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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (1/6) - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: September 30, 2015 [EBook #50083] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été -repris. - -Les mots et phrases imprimés en gras dans le texte d'origine -sont marqués =ainsi=. - - - - - MÉMOIRES - - SUR MADAME - - DE SÉVIGNÉ. - - PREMIÈRE PARTIE. - - - - - TYPOGRAPHIE DE H. FIRMIN DIDOT.--MESNIL (EURE) - - - - - MÉMOIRES - - TOUCHANT - - LA VIE ET LES ÉCRITS - - DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL - - DAME DE BOURBILLY - - MARQUISE DE SÉVIGNÉ, - - DURANT LA RÉGENCE ET LA FRONDE. - - SUIVIS - - De Notes et d'Éclaircissements, - - PAR - - M. LE BARON WALCKENAER. - - TROISIÈME ÉDITION, - - REVUE ET CORRIGÉE. - - PARIS, - - LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET CIE, - - IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE, - - RUE JACOB, 56. - - 1856. - - - - - MÉMOIRES - - TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS - - DE - - MARIE DE RABUTIN-CHANTAL, - - DAME DE BOURBILLY, - - MARQUISE DE SÉVIGNÉ. - - - - - CHAPITRE PREMIER. - - 1592-1627. - - Château de Bourbilly.--Famille des Rabutins.--Tableau - représentant sainte Chantal.--Belle réponse de Bénigne - Fremyot.--Postérité de sainte Chantal.--De Bénigne Rabutin.--Son - duel avec Boulleville.--Son combat à l'Ile de Ré.--Sa mort. - - -A deux lieues au sud-ouest de la ville de Semur en Bourgogne, et à la -même distance de l'ancien bourg d'Époisses, dans un vallon tapissé de -prairies et de toutes parts environné de coteaux que couvrent des bois -et des vignes, s'élève, près des bords d'une petite rivière, le vieux -château de Bourbilly. La rivière, que l'on nomme le Sérain, du haut -d'un rocher se précipite en cascade dans le vallon, le traverse, s'y -divise, et roule en murmurant ses eaux limpides. Le château, entouré de -murailles épaisses et flanquées de tourelles, présentait à l'extérieur -un carré, et à l'intérieur une vaste cour. Son entrée était fermée par -un pont-levis que dominait une tour. - -Ce domaine, qui relevait comme fief de la seigneurie d'Époisses, était -devenu l'apanage de la branche ainée des Rabutins, lorsque, à une -époque très-reculée, le lieu d'où cette famille tirait son nom, situé -dans la paroisse de Changy, près de Charolles, eut été détruit.[1] -Bourbilly devint alors la principale habitation des Rabutins; la -chapelle était affectée à leur sépulture, et les terres qui en -dépendaient fournissaient les plus fortes parties de leurs revenus. - - [1] X. GIRAULT, _Détails historiques sur les ancêtres, le lieu de - la naissance, les possessions et les descendants de madame de_ - SÉVIGNÉ, dans les _Lettres inédites_, 1819, p. XLVIII et - LII.--_Ibid._, XXVII. - -Le château il y a dix ans[2] ne s'offrait déjà plus aux regards des -voyageurs tel qu'il était autrefois. A la place du pont-levis on voyait -un pont en briques, de deux arches, et au lieu de la tour un petit -bâtiment entouré d'arbres. Une des principales façades venait d'être -abattue; les vastes salles des corps de logis qu'on avait conservés -étaient converties en greniers: il ne restait plus de leur antique -magnificence que des chambranles de cheminée curieusement sculptés, et -sur les murs des peintures à demi effacées, parmi lesquelles on -distinguait l'écusson des Rabutins, qui par leurs alliances tenaient à -la première dynastie des ducs de Bourgogne et à la famille royale de -Danemark.[3] Un seul portrait avait résisté comme par miracle à toutes -les causes de destruction: c'était celui de la pieuse Chantal. - - [2] J'écrivais ceci en 1831. - - [3] _Lettres de madame de_ SÉVIGNÉ, _de sa famille et de ses - amis_, édit. de Monmerqué, 1820, in-8º, t. I, p. 52. - -Cette sainte femme était la fille de Bénigne Fremyot, de ce courageux -président au parlement de Dijon, qui, menacé par les ligueurs, s'il -n'embrassait leur parti, de voir immoler son fils, qu'ils avaient fait -prisonnier, répondit: «Il vaut mieux au fils de mourir innocent, qu'au -père de vivre perfide.» Ce fils fut depuis archevêque de Bourges. Sa -sÅ“ur, Jeanne Fremyot, avait épousé, en 1592, Christophe second de -Rabutin, baron de Chantal et de Bourbilly, gouverneur de Semur, qui -périt à l'âge de trente-six ans, d'une blessure reçue par accident à la -chasse. Sa veuve se retira avec ses enfants chez son beau-père, Guy de -Rabutin, dans le château de Chantal, près d'Autun, commune de -Montelon[4]. C'est dans ce séjour, où elle demeura pendant plus de sept -ans, que Fremyot de Chantal, obligée de donner ses soins à un vieillard -brusque et quinteux, que dominait une servante méchante et intéressée, -eut occasion d'exercer ces vertus chrétiennes qui lui ont valu, plus -d'un siècle après sa mort, les honneurs de la canonisation. On sait que -ce fut elle qui fut la fondatrice de l'ordre de la Visitation, et -qu'elle mourut à Moulins, le 13 décembre 1641, dans un des -quatre-vingt-sept monastères de son ordre qu'elle avait établis. On -montre encore aujourd'hui, dans le petit village de Bourbilly, le grand -four où cette sainte veuve faisait cuire elle-même le pain des -pauvres[5]. - - [4] X. GIRAULT, _Détails historiques_, etc., p. XXXIII; _Carte de - la France_, de Cassini, no 84. - - [5] _Ibid._, p. XXXVIII; _Éloge historique ou Vie abrégée de - sainte_ FREMYOT DE CHANTAL, 1768, in-12, p. 201. - -Elle n'avait eu qu'un seul fils, Celse-Bénigne de Rabutin, né en 1597. -Il fut élevé à Dijon, chez ce président Fremyot, son aïeul, dont nous -avons parlé. Bénigne de Rabutin épousa, en 1624, Marie de Coulanges, -fille de Philippe, seigneur de la Tour-Coulanges, conseiller d'État, -secrétaire des finances[6]. Aucun cavalier ne pouvait alors être -comparé à Bénigne de Rabutin, soit pour les avantages du corps, soit -pour ceux de l'esprit; aucun d'eux ne l'emportait sur lui en courage; -aucun ne pouvait l'égaler par son amabilité, par cette inépuisable -gaieté qui lui faisait donner aux choses les plus communes un tour -original[7]. Mais de graves défauts nuisaient à tant de brillantes -qualités: il était vif, colère; il poussait la franchise jusqu'à la -rudesse, et manifestait quelquefois son dédain et sa causticité par un -laconisme insolent. Aussi eut-il souvent occasion de se soustraire à la -rigueur des édits qui prohibaient les duels. - - [6] _Lettres inédites de madame de_ SÉVIGNÉ, 1814, in-8º, p. - XXXIV; _ibid._, édition 1819, in-12, p. XLVII.--SAINT-SURIN, - Notice sur madame de Sévigné, dans l'édition des _Lettres de_ - SÉVIGNÉ, t. I, p. 54.--_Recueil de chansons choisies_ (par de - Coulanges), 1694, in-12, p. 73.--CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII - de la collect., p. 187. - - [7] BUSSY DE RABUTIN, _Généalogie_, dans les _Lettres de_ - SÉVIGNÉ, édition de Monmerqué, t. III, p. 374, note A. - -L'année même de son mariage, il assistait, à Paris, au service divin -avec sa femme et toute sa famille. Il venait de communier, lorsqu'un -laquais entra dans l'église, et lui vint dire que Boutteville de -Montmorency, son ami, l'attendait à la porte Saint-Antoine, et avait -besoin de lui pour être son second contre Pont-Gibaud, cadet de la -maison de Lude. Le baron de Chantal, quoique en souliers à mule de -velours noir, et dans un costume qui n'était nullement celui d'un -combat, quitte l'autel, se rend à l'instant même au lieu du -rendez-vous, et se bat avec sa bravoure ordinaire[8]. - - [8] _Ibid._, t. I, p. 53. - -Les lois civiles et religieuses étaient également outragées par cet -acte téméraire. Le zèle des prédicateurs s'en émut; on dirigea des -poursuites contre le baron de Chantal; il fut obligé de se cacher chez -son beau-frère, le comte de Toulongeon. Cette leçon ne le corrigea -point; et ce même Boutteville, six mois après, l'aurait encore entraîné -dans sa querelle avec le duc d'Elbeuf, si la duchesse d'Elbeuf, -prévenue à temps, n'eût fait intervenir le roi, qui empêcha ce duel[9]. - - [9] _Généalogie de la maison de Rabutin_, dans l'édition des - _Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ de Monmerqué, t. I, p. XVIII, et - t. VII, p. 98. - -Cependant le cardinal de Richelieu ne s'opposa point à ce que le baron -de Chantal reparût à la cour; mais il ne lui pardonna pas son étroite -liaison avec Henri de Talleyrand, prince de Chalais, qui avait été -décapité comme coupable de haute trahison. Tout sentiment généreux est -suspect au despotisme; son inexorable vengeance poursuit jusque dans la -tombe l'objet de sa haine, et il persécute jusqu'au souvenir qui en -reste. Il fut facile au cardinal de Richelieu de fermer tout accès à la -faveur à un homme dont l'esprit indépendant et railleur devait surtout -déplaire à Louis XIII, monarque d'un caractère faible et d'un esprit -méticuleux. - -Le supplice du comte de Boutteville, à qui son ardeur effrénée pour les -duels avait fait trancher la tête le 21 juin 1627, acheva de désespérer -le baron de Chantal. Il apprit que les Anglais, pour secourir les -protestants de la Rochelle, devaient faire une descente sur les côtes -de France, et il s'empressa de se rendre dans l'île de Ré, dont le -marquis de Toiras, son ami, était gouverneur. Il lui demanda de servir -sous ses ordres comme volontaire, satisfait d'avoir saisi cette -occasion d'exercer sa bravoure et de courir des dangers pour la -défense de son pays. L'homme énergique qui dans l'âge de l'ambition est -condamné au repos et repoussé de la carrière des honneurs par la -persécution cherche hors de l'enceinte tracée un noble but à ses -efforts: lorsqu'il l'aperçoit, dût-il y trouver la mort, il s'élance -vers lui de tout son courage, et demande à la gloire ce que le pouvoir -lui refuse. - -Le 22 juillet 1627, au soir, on vit paraître les Anglais près des côtes -de l'île de Ré. A la faveur de la marée montante, ils s'approchèrent de -la pointe de Semblenceau, et mirent deux mille hommes à terre. Leurs -chaloupes continuaient à augmenter ce nombre, lorsque Toiras s'avança -contre eux avec huit cents hommes d'infanterie et deux cents chevaux, -qu'il divisa en sept escadrons, dont cinq étaient placés à -l'avant-garde et deux derrière l'infanterie. Le premier de ces -escadrons, composé des gentils-hommes volontaires et de l'élite de la -noblesse, était commandé par le baron de Chantal. Ces cinq escadrons -s'avancèrent d'abord au pas et en bon ordre; mais, pris en flanc par le -canon des vaisseaux, qui tonnait de toutes parts, ils furent obligés de -partir et de fondre à bride abattue sur l'ennemi, que d'abord ils -repoussèrent jusque dans l'eau. La précipitation qu'ils avaient mise -dans leur attaque ne permit pas à l'infanterie, qui cheminait -péniblement dans le sable, d'arriver à temps pour les soutenir; et les -deux escadrons qui étaient restés en arrière, n'ayant point reçu -d'ordre de Toiras, demeurèrent immobiles. Alors les Anglais, -s'apercevant du petit nombre de ceux qu'ils avaient à combattre, -reprirent courage; et, redoublant le feu de leurs vaisseaux, par le -moyen de leurs canons à cartouches et des mousquetaires dont ils les -avaient bordés, ils firent reculer la cavalerie et l'infanterie des -Français, et les mirent en déroute. Ce combat avait duré six heures; -et dans le nombre des gentils-hommes français qui y périrent, on compta -le frère de Toiras, les barons de Navailles, de Cause, de Verrerie du -Tablier, et le baron de Chantal[10]. Ce dernier avait eu trois chevaux -tués sous lui, et avait reçu vingt-sept coups de lance. Si l'on en -croit l'historien Gregorio Leti, autorité douteuse, ce fut le célèbre -Cromwell qui le blessa mortellement[11]. Ainsi périt, dans la trente et -unième année de son âge, le dernier des descendants mâles de la branche -aînée des Rabutins. Il n'eut qu'un seul enfant de son mariage avec -Marie de Coulanges: c'était Marie de Rabutin-Chantal, depuis célèbre -sous le nom de Sévigné, et qui est l'objet de ces Mémoires[12]. - - [10] _Mémoires de_ RICHELIEU, dans la coll. des Mém. sur l'hist. - de Fr. de Petitot, t. XXIII, p. 320.--ARCÈRE, _Histoire de la - ville de La Rochelle_, in-4º, t. II, p. 234. - - [11] _Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, édit. de 1768, préface; et - GIRAULT, _Lettres inédites_, 1819, _Notice_, p. XLVIII.--L'abbé - COTIN, _Poésies chrétiennes_, 1658, in-12, p. 112. - - [12] _Éloge historique ou Vie abrégée de sainte_ FREMYOT DE - CHANTAL; Paris, 1768, in-12, p. 163. - - - - -CHAPITRE II. - -1626-1644. - - Naissance de Marie de Rabutin.--Devient orpheline à l'âge de six - ans.--N'a point connu la piété filiale.--Est délaissée par son - aïeule sainte Chantal.--Est placée sous la tutelle de Philippe de - la Tour de Coulanges.--Passe sa première enfance au village de - Sucy, avec son cousin de Coulanges, le chansonnier.--Mort de - Philippe de Coulanges.--L'éducation de Marie de Rabutin est - confiée à Christophe de Coulanges, abbé de Livry.--Caractère de - cet abbé.--Des obligations que lui a madame de Sévigné.--Elle - reçoit les leçons de Chapelain et de Ménage.--De ce qu'elle doit - à l'éducation, et de ce qu'elle doit à la nature. - - -Marie de Rabutin-Chantal naquit à Paris, le jeudi 5 février 1626, dans -l'hôtel que son père occupait à la place Royale du Marais, le quartier -le plus renommé alors pour l'élégance des habitations. Elle fut tenue -le lendemain sur les fonts de baptême par messire Charles Le Normand, -seigneur de Beaumont, mestre de camp, gouverneur de la Fère, et premier -maître d'hôtel du roi, et par Marie de Baise, femme de messire Philippe -de Coulanges, conseiller du roi en ses conseils d'État[13]. Marie de -Rabutin-Chantal perdit sa mère en 1632, et fut orpheline à l'âge de six -ans. Les doux sentiments de la piété filiale n'eurent pas le temps de -se développer en elle. Il est remarquable qu'ils paraissent avoir été -inconnus à cette femme, qui encourut le reproche de s'être livrée avec -excès à la plus désintéressée comme à la plus touchante des passions, -l'amour maternel. Dans les lettres nombreuses qu'elle nous a laissées, -on ne trouve ni le nom de sa mère, ni un souvenir qui la concerne. Elle -y parle une ou deux fois de son père, mais c'est pour faire allusion à -l'originalité de ses défauts[14]. Dans une lettre à sa fille, en date -du 22 juillet, elle ajoute après cette date: «Jour de la Madeleine, où -fut tué, il y a quelques années, un père que j'avais[15].» Qu'elle est -triste cette puissance du temps et de la mort, puisqu'une âme aussi -sensible ne paraît pas même avoir éprouvé le besoin si naturel de -chercher à renouer la chaîne brisée des affections et des regrets; à -suppléer au néant de la mémoire par les mystérieuses inspirations du -cÅ“ur; à se rattacher par la pensée à ceux par qui nous existons, et -dont la tombe, privée de nos larmes, s'est ouverte auprès de notre -berceau! - - [13] Acte de baptême de madame DE SÉVIGNÉ dans la _Revue - rétrospective_, t. IV, p. 310, no 10, juillet 1834.--SÉVIGNÉ, - lettre en date du 5 février 1672, t. II, p. 316.--_Ibid., lettre_ - du 5 février 1674, t. III, p. 325.--Registres de la paroisse - Saint-Paul. - - [14] SÉVIGNÉ, _lettres_ en date du 16 août 1675, t. III, p. 374; - du 13 décembre 1684, t. VIII, p. 212. - - [15] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 22 juillet 1671. - -La pieuse Chantal, quoique alors débarrassée de tout soin de famille, -puisqu'elle avait marié la seule fille qui lui restait au comte de -Toulongeon, se dispensa des devoirs d'aïeule envers sa petite-fille; -et, tout occupée de la fondation de nouveaux monastères, elle -recommanda à son frère, l'archevêque de Bourges, la jeune orpheline, -qui fut remise par lui entre les mains de ses parents maternels[16]. - - [16] _Lettres de_ SÉVIGNÉ; édit. de 1768, préface.--GIRAULT, - _Notice_, p. XLIII et XLIX. - -Marie de Rabutin-Chantal fut donc d'abord placée sous la tutelle de son -oncle Philippe de la Tour de Coulanges, et élevée avec son cousin -Emmanuel, si connu depuis dans le monde sous le nom de petit Coulanges, -comme le plus aimable des convives et le plus gai des chansonniers. Ils -passèrent ensemble quelques années de leur enfance à la campagne, dans -le joli village de Sucy, en Brie, à quatre lieues au sud-est de -Paris[17], où de la Tour de Coulanges avait fait bâtir une superbe -maison. Emmanuel y était né; il n'avait qu'un an ou deux lorsque sa -cousine Marie y entra, et il n'en avait que cinq ou six lorsqu'elle en -sortit, âgée de dix ans[18]. - - [17] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 22 juillet 1676.--Monmerqué, dans - SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IV, p. 362, et t. I, p. 55 de la - _Notice_.--L'abbé DE BÅ’UF, _Hist. du Diocèse de Paris_, t. - XIV, p. 317. - - [18] _Recueil de Chansons choisies_, 1694, in-12, p. - 72.--BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_, t. I, p. 13, édit. de 1696, - in-4º, et p. 13 de l'édit. in-12. - -Dans une de ses lettres, elle rappelle à son cousin, avec sa grâce -accoutumée, ces souvenirs de l'enfance: «Le moyen que vous ne m'aimiez -pas? C'est la première chose que vous avez faite quand vous avez -commencé d'ouvrir les yeux; et c'est moi aussi qui ai commencé la vogue -de vous aimer et de vous trouver aimable.» - -Philippe de la Tour de Coulanges mourut en 1636. Il se tint une -assemblée de famille pour procéder au choix d'un tuteur de la jeune -orpheline dont il avait soin. Roger de Rabutin, son cousin, depuis si -célèbre sous le nom de comte de Bussy, y assista comme étant chargé de -la procuration de son père. Bussy, alors seulement âgé de dix-huit ans, -se doutait peu des désirs, des craintes, des repentirs que lui ferait -éprouver un jour cette enfant sa parente. L'assemblée de famille nomma -pour tuteur de Marie de Chantal, Christophe de Coulanges, abbé de -Livry, frère de Philippe de Coulanges, et, comme lui, oncle de madame -de Sévigné du côté maternel. L'abbé de Coulanges fut pour madame de -Sévigné un précepteur vigilant, un homme d'affaires habile, un ami -constant; il soigna son enfance, surveilla sa jeunesse, la conseilla -comme femme, la dirigea comme veuve; et enfin, en mourant, il lui -laissa tout son bien. Heureusement pour elle, il prolongea sa carrière -jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans[19]. De son côté, elle fit le charme -de son existence, et fut la consolation de ses vieux jours. Jamais elle -ne balança à faire céder ses goûts les plus chers et ses plus fortes -inclinations[20], même le désir de rejoindre sa fille lorsque sa -présence était nécessaire ou même agréable, au _bien-bon_. C'est ainsi -qu'elle le nommait toujours. Elle l'aimait d'affection, et n'éprouvait -aucune peine à lui rendre des soins; mais elle nous apprend que si elle -en avait eu, elle l'aurait sacrifiée à la crainte d'avoir des reproches -à se faire: elle pensait qu'en fait de reconnaissance et de devoirs il -fallait se mettre en garde contre l'égoïsme, qui nous rend toujours -satisfaits de nous-mêmes, «et tâcher, sur ce point, d'établir la peur -dans son cÅ“ur et dans sa conscience[21]». - - [19] SÉVIGNÉ, _lettres_ de septembre 1687, t. VII, p. 470; du 13 - novembre 1687, t. VIII, p. 34. - - [20] SÉVIGNÉ, _lettres_ du 10 mai 1676, t. IV, p. 290; du 5 - octobre 1677, t. V, p. 265; du 6 janvier 1687, t. VII, p. 406; du - 28 juillet 1680, t. VI, p. 396. - - [21] SÉVIGNÉ, _lettre_ de mai 1690, dans les _Lettres inédites_ - publiées par Monmerqué, 1827, in-8º, p. 33. - -L'idée qu'elle nous donne dans ses lettres de l'abbé de Coulanges est -celle d'un homme d'un esprit ordinaire, mais d'un excellent jugement, -ayant beaucoup de bonnes qualités, mêlées de quelques défauts. Il -s'entendait en affaires, et savait aussi bien diriger une exploitation -rurale que présider à des partages; terminer une liquidation, que -conduire un procès. Il aimait l'argent, se levait de grand matin, et -redoublait d'activité lorsque quelque motif d'intérêt le commandait. -Habile calculateur, il supportait impatiemment qu'on fît une faute -contre une des quatre règles de l'arithmétique. Il se plaisait à lire -et à relire les titres de propriété et les transactions de famille; il -en pesait toutes les paroles, épluchait jusqu'aux points et aux -virgules. Méthodique, et même minutieux, il avait grand soin, lorsqu'il -avait plusieurs lettres à écrire, de commencer chacune d'elles par y -mettre l'adresse, afin de se garantir de toute méprise[22]. Du reste, -d'un commerce assez facile, mais pourtant impatient et colère; donnant -de bons conseils, mais avec brusquerie et sans aucun ménagement[23]. - - [22] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 23 octobre 1675, t. IV, p. 58. - - [23] SÉVIGNÉ, _lettres_ du 6 octobre 1673, t. III, p. 104; du 27 - octobre 1673, t. III, p. 121; du 12 juillet 1675, t. III, p. 328; - et du 13 octobre, t. IV, p. 40. - -Tel était l'abbé de Coulanges. Mais, pour être juste envers lui, il -faudrait l'apprécier d'après ses Å“uvres; et la plus belle de toutes -fut sans contredit l'éducation de madame de Sévigné. On juge un homme -d'après ce que l'on sait de ses talents et de ses actions; mais ce -n'est là le plus souvent que la portion de sa vie la moins propre à -nous le faire connaître. C'est moins par ce qu'il a fait que par ce -qu'il s'est abstenu de faire, que la plupart du temps un personnage -quelconque mérite l'estime ou le blâme; moins par ce qu'il a dit que -par ce qu'il a pensé, moins par les motifs apparents qui le font agir -que par ceux qu'il ne dévoile jamais. On peut croire, avec raison, que -celui qui s'est toujours fait chérir de ceux dont il était entouré, -qui pour assurer le bonheur des êtres confiés à sa tutelle a toujours -triomphé des difficultés et des obstacles, possédait des qualités -secrètes plus rares, plus éminentes, ou du moins plus désirables, que -celles dont on lui a fait les honneurs dans le monde. - -Si l'on en croit les expressions que la reconnaissance et la douleur -inspirent à madame de Sévigné, elle doit non-seulement le repos de sa -vie entière, mais encore ses sentiments, ses vertus, son esprit, sa -gaieté, sa santé, enfin tout ce qu'elle a été, tout ce dont elle a -joui, à l'abbé de Coulanges. C'est nous donner de lui une trop haute -idée, et qui se trouve d'ailleurs démentie par elle-même. Nous n'avons -point de détails sur l'éducation de madame de Sévigné; mais nous savons -que l'abbé de Coulanges la dirigea seul, et qu'il l'a continuée, en -quelque sorte, lorsqu'elle fut entrée dans le monde, par l'ascendant -qu'il avait acquis sur sa pupille. Nous pouvons donc connaître ce que -fut cette éducation en examinant tout ce qui dans madame de Sévigné a -dû être le résultat des premières impressions, de l'instruction du -jeune âge et des conseils de l'amitié, et ce qui n'a pu être que le -produit de ses dispositions naturelles, de ses penchants, de son -caractère, de ses réflexions et des résolutions qui lui étaient -propres. Nous pourrons alors apprécier tout ce qu'elle doit au -_bien-bon_, et aussi tout ce qu'elle doit à la nature, qui fut pour -elle aussi une _bien-bonne_. - -Cet examen est facile: ses actions, ses goûts, ses aversions, ses -défauts, ses vertus, ses faiblesses, nous sont connus surtout par les -lettres qu'elle a écrites à sa fille, et précisément par celles de ces -lettres qu'elle croyait ne devoir être jamais lues que par celle à qui -elle les écrivait. C'est dans ces lignes, si rapidement tracées, que se -manifestent ses pensées les plus fugitives, ses sentiments les plus -cachés, tous les mouvements de son cÅ“ur, tous les calculs de sa -raison, tous les élans de son imagination; son âme tout entière -s'épanche sur le papier, dans toute la sécurité du commerce le plus -intime; et comme l'oiseau délices de nos campagnes, caché sous le -feuillage, croit ne chanter que pour l'objet aimé, elle a, sans le -savoir, rendu le monde entier confident des accents de sa tendresse. - -Sans doute l'éducation n'était pour rien dans ce qui charmait en elle -au premier aspect. Ce teint d'une rare fraîcheur, cette riche chevelure -blonde, ces yeux brillants et animés, ces jolis traits, cette -physionomie irrégulière, mais expressive, cette taille élégante, -étaient autant de dons que lui avait faits la nature[24]. Mais on peut -penser que l'air pur de la campagne, que l'excellent régime auquel elle -fut soumise dans son enfance et dans sa première jeunesse, -contribuèrent beaucoup à l'heureux développement de ses attraits, et -qu'elle dut en partie aux soins intelligents de son tuteur cette santé -florissante dont elle a joui toute sa vie, cette forte constitution -qu'elle sut si bien gouverner. Sa jolie voix se produisait avec toute -la science musicale que l'on possédait de son temps, et une danse -brillante faisait ressortir avec plus d'éclat la prestesse et la grâce -habituelles de ses mouvements. Tous ces talents furent dus aux soins -donnés à son éducation. Elle est encore redevable aux instructions de -son tuteur de son sincère attachement à la religion. Ses liaisons avec -les parents de son mari ont donné naissance à ses inclinations pour la -secte sévère des solitaires de Port-Royal: c'est le propre des femmes -de ne point aimer à prendre avec elles-mêmes la responsabilité d'une -décision sur des matières graves ou qui exigent une longue réflexion, -et de régler leurs opinions sur celles de ceux qui les entourent, selon -l'affection qu'elles leur portent ou la confiance qu'elles leur -accordent: c'est pourquoi leur conviction se manifeste si souvent avec -toute la chaleur d'un sentiment et tout l'emportement d'une passion. -Cependant madame de Sévigné ne dut qu'à son bon sens exquis de -n'adopter qu'une partie des dogmes de Port-Royal, et de rejeter ceux -qui répugnaient à sa raison; elle ne dut qu'à son âme, naturellement -pieuse, cette foi pleine d'espérance, cette douce confiance dans la -Providence, qui nous range, dit-elle, comme il lui plaît, et dont elle -veut qu'on respecte la conduite[25]. C'est là le trait distinctif de sa -croyance et toute sa philosophie. Dévote par désir et mondaine par -nature[26], elle aimait la joie et les plaisirs, et savait les animer -et les répandre autour d'elle. Ces penchants, qui la rendaient si -aimable, n'étaient sans doute point excités par son tuteur, mais il ne -les restreignait pas. On ne voit pas non plus qu'il se soit beaucoup -inquiété de cette coquetterie innée de sa pupille, qu'on remarquait à -la satisfaction qu'elle éprouvait de se voir des admirateurs dans tous -les rangs de la société, ni qu'il ait réprimé la franchise, souvent un -peu libre, de ses paroles. Rassuré par l'heureux équilibre de ses sens -et de sa raison, par la fermeté de ses principes religieux, il -applaudissait à l'art qu'elle possédait de se faire des amis dévoués de -tous ceux qui avaient perdu l'espérance de lui appartenir comme amants. -Lorsqu'un d'entre eux était tombé dans la disgrâce du pouvoir, ou avait -essuyé quelque malheur, on savait qu'elle ne négligeait rien pour le -servir et lui témoigner son attachement. Ce qu'on ne pouvait non plus -attribuer à l'éducation, et ce qui résistait à tous les conseils de la -sagesse, c'étaient les mouvements immodérés de ce cÅ“ur trop plein de -l'amour maternel, s'abandonnant avec excès à cette passion qui domina -son existence et en avança le terme. - - [24] _Voy._ BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_; l'abbé ARNAULD, - _Mémoires_; madame DE LA FAYETTE, et les _Lettres de madame_ DE - SÉVIGNÉ, _passim_. - - [25] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 10 juin 1671, t. III, p. 83. - - [26] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 9 juin 1680, t. VI, p. 305. - -L'abbé de Coulanges mérite surtout des éloges de ne s'être pas contenté -de bien régler les affaires de sa pupille, mais de lui avoir enseigné à -les régler elle-même; et puisque cette jeune et unique héritière était -appelée à régir de grands biens, ce fut lui avoir rendu le plus éminent -service que de lui avoir enseigné comment la fortune se conserve et -s'accroît, par l'ordre et l'économie; de lui avoir fait comprendre que -les richesses sont surtout nécessaires à celle qui veut soutenir avec -dignité et succès le rôle difficile et glorieux de mère de famille; de -l'avoir astreinte à régler elle-même ses comptes avec ses fermiers et -ses gens d'affaires; à suivre sans ennui toutes les phases d'un procès, -et à parler au besoin avec précision et clarté le langage de la -chicane. Un autre éloge que mérite l'abbé de Coulanges, c'est de -n'avoir rien négligé pour donner à sa pupille une solide instruction. -C'est surtout au goût pour la lecture, que madame de Sévigné avait -contracté presque dès son enfance, qu'elle dut de préférer souvent la -vie économique, mais monotone, de sa solitude des Rochers, à -l'existence brillante, mais dispendieuse, variée, mais agitée, de Paris -et de la cour. Ce fut au charme qu'elle éprouvait dans ce studieux -commerce avec les plus beaux génies de la France et de l'Italie, au -choix et à la diversité qu'elle savait y mettre, qu'elle fut redevable -de ces consolations dont son cÅ“ur sensible n'eut que trop souvent -besoin, et comme épouse et comme mère. C'est enfin à cette habitude -d'échapper par les jouissances de l'esprit à la tyrannie des sens, -qu'elle a dû pendant une jeunesse indépendante, sans cesse assiégée par -les séductions, toute la gloire et tout le bonheur de sa vie. - -Chapelain, célèbre comme mauvais poëte, mais bon littérateur et bon -critique, et Ménage, le savant Ménage, furent tous deux ses maîtres, et -s'enorgueillirent avec raison de l'avoir eue pour élève. On ne peut -douter en effet que leurs leçons n'aient contribué à donner à son style -cette perfection et cette correction qu'il n'eût point acquises sous -des maîtres gagés; mais elle ne dut ni à son tuteur ni à ses maîtres, -ni à Chapelain ni à Ménage, cette mémoire docile et prompte, cette -sensibilité exquise, cette imagination souple et forte, ce goût -délicat, qui lui font trouver tous les traits, toutes les couleurs, -toutes les nuances, pour peindre avec autant de vivacité que de vérité; -qui font jaillir sous sa plume, avec la rapidité de la pensée, les -images touchantes, les expressions nobles, les saillies spirituelles, -les réflexions morales, les folies divertissantes, les traits sublimes. -Elle n'a dû qu'à elle-même le talent d'intéresser ses lecteurs à ses -plus insignifiantes causeries; de les faire participer à ses douleurs, -à ses prévoyances, à ses craintes, à ses souvenirs, à ses douces -rêveries; et cela naturellement, à propos, sans recherche, sans effort, -avec une facilité, un abandon, une grâce, un charme qu'on admirera -toujours, qu'on égalera quelquefois, mais qu'on ne surpassera jamais. - - - - -Chapitre III. - -1634-1644. - - Abbaye de Livry.--Sa situation.--Marie de Rabutin y passe sa - jeunesse.--Prédilection de madame de Sévigné pour ce lieu dans - tout le cours de sa vie.--Elle le quitte, et fait son entrée dans - le monde.--Son mariage avec Henri de Sévigné.--Détails sur la - personne de Henri de Sévigné.--Sur ses ancêtres et sa - parenté.--Détails sur l'existence des deux époux dans le - commencement de leur mariage. - - -L'abbaye de Livry, où Marie de Rabutin-Chantal passa les dernières -années de son enfance et les premières de son adolescence, est, ainsi -que le village de ce nom, située au milieu de la forêt de Bondy, à -quatre lieues au nord-est de Paris, sur la route qui conduit à Meaux. -L'éloge que madame de Sévigné fait sans cesse de cette habitation, et -le plaisir qu'elle éprouvait à la revoir, est la preuve certaine du -bonheur dont elle a joui dans son jeune âge. Rien ne lui paraît -au-dessus des belles allées du parc de Livry; nulle part les arbres -n'ont une aussi belle verdure, nulle part les chèvrefeuilles ne -répandent une aussi suave odeur. Elle aimait à s'asseoir, elle aimait à -écrire sous ces voûtes de feuillage, où les chants éclatants des -rossignols la forçaient quelquefois, par une agréable distraction, à -suspendre le travail de sa plume: elle se promenait souvent dans la -forêt majestueuse qui entourait cette habitation, et se riait de la -terreur que ces routes solitaires et sombres inspiraient aux Champenois -et aux Lorrains. Dans les chaleurs de l'été, on la voit quelquefois se -dérober au grand monde, et aller seule goûter à Livry les délices des -fraîches soirées et les beautés du clair de lune; elle y retourne -encore, et plusieurs fois, en novembre, pour voir les dernières -feuilles et jouir des derniers beaux jours. Enfin, lorsqu'elle apprend, -après avoir perdu son oncle chéri, que le roi a nommé à cette abbaye et -qu'il faut la quitter, elle ne peut, sans verser des larmes, dire adieu -pour toujours à cette aimable solitude qu'elle avait tant aimée[27]. - - [27] SÉVIGNÉ, _lettres_ du 27 avril 1671, t. II, p. 89; 30 mai - 1672, t. II, p. 451; 6 septembre 1675, t. III, p. 456; 3 novembre - 1677, t. V, p. 281; 22 novembre 1679, t. VI, p. 12; 14 juillet - 1680, t. VI, p. 367; 13 novembre 1687, t. VIII, p. 36. - -Pour bien comprendre ce qu'elle éprouvait alors, il faut avoir soi-même -ressenti la puissante impression qu'exerce sur nous la vue des lieux où -nous avons passé notre enfance, lorsque nous nous y retrouvons, comme -madame de Sévigné, au déclin de la vie. Comme alors ce long passé qui -nous sépare de nos premiers souvenirs nous paraît s'être rapidement -éloigné! avec quelle vitesse le terme de notre existence semble -s'approcher de nous, et comme nos pensées se plongent dans l'éternité -qui le suit! avec quel attendrissement, pour échapper à l'abîme de nos -réflexions, nous nous reportons vers cet âge d'innocence insouciante, -où les mécomptes du cÅ“ur, les déceptions de l'espérance, la perte de -tout ce qui nous fut cher, les maux présents, les inquiétudes pour -l'avenir, nous étaient inconnus; où l'air pur, les eaux limpides, le -parfum des fleurs, les frais ombrages, nous faisaient goûter sans -mélange le bonheur d'exister; où nos heures, sans laisser de traces, -passaient vagabondes, fugitives et légères, comme le vol du papillon! - -Mais à l'époque dont nous nous occupons les pensées sombres, les -sentiments mélancoliques ne pouvaient trouver place dans l'âme de la -jeune de Chantal, qu'aucun souci n'avait agitée, qu'aucune passion -n'avait émue, qu'aucun chagrin n'avait attristée. Aussi ce fut sans -répugnance qu'elle fit son entrée dans le monde, où on la conduisit de -bonne heure[28]. Ceux qui avaient le plus l'habitude de la voir furent -étonnés de lui trouver alors des attraits et une amabilité qu'ils ne -lui soupçonnaient pas. Comme la fleur cachée dans l'ombre n'épanouit -ses couleurs et n'évapore ses parfums qu'aux brillants rayons du -soleil, ainsi Marie de Rabutin ne développa tout ce qu'elle avait de -grâce, d'esprit, de vive et franche gaieté, que lorsqu'elle eut quitté -les solitudes de Livry pour paraître à la cour et dans les cercles de -la capitale. Sur ce nouveau théâtre, qui lui convenait si bien, cette -_demoiselle de Bourgogne_, ainsi qu'elle-même se qualifie, attira -aussitôt tous les regards, et devint l'objet de l'attention générale. -On savait qu'avec tant de charmes, et l'honneur de son alliance, elle -apportait une dot de 100,000 écus, qui faisaient plus de 600,000 fr. de -notre monnaie actuelle, sans compter les héritages qu'elle devait -recueillir, et qui se montèrent par la suite à plus de 200,000 fr., -c'est-à -dire 400,000 fr., valeur de notre époque.[29] - - [28] SÉVIGNÉ, _lettre à Bussy_, du 19 juin 1680, t. VI, p. 328. - - [29] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 10 juin 1671, t. II, p. 81, édit. - Monmerqué. - -Un grand nombre de partis s'offrirent: Gondi, à qui sa nouvelle -promotion à la coadjutorerie de Paris donnait une grande influence, -chercha à faire tomber le choix de la jeune héritière sur le marquis de -Sévigné, son parent: il y parvint, à la faveur de l'abbé de Livry, -depuis longtemps ami intime de la mère du marquis. Henri de Sévigné -épousa Marie de Rabutin-Chantal le 4 août 1641, dans l'église de -Saint-Gervais. La bénédiction nuptiale fut donnée par Jacques de -Nuchèze, évêque et comte de Châlons-sur-Saône, oncle paternel de la -mariée, en présence de trois de ses oncles maternels, de Coulanges, -abbé de Livry, de Coulanges-Saint-Aubin, de Coulanges-Chezières, et de -Jean-François-Paul de Gondi, archevêque de Corinthe et coadjuteur de -Paris[30]. Marie de Rabutin-Chantal était alors âgée de dix-huit ans; -Henri de Sévigné aussi était jeune, beau, bien fait, riche, et avait su -lui plaire par ses manières enjouées. Il était maréchal de camp, et sa -famille, une des plus anciennes de Bretagne, avait formé des alliances -avec les Clisson, les Montmorency, les Rohan[31]. Tout ce qu'on -recherche, tout ce qu'on désire, paraissait donc réuni dans ce mariage. -Mais les qualités qui recommandaient le marquis de Sévigné étaient -apparentes, et ses défauts étaient cachés. Le plus grand de tous était -d'avoir peu de délicatesse dans les sentiments, d'être uniquement -adonné aux plaisirs des sens, et peu digne de posséder une femme aussi -spirituelle. «Il aima partout, dit le comte de Bussy-Rabutin, et n'aima -jamais rien d'aussi aimable que sa femme.» Il l'estimait, mais sans -l'aimer; elle, sans pouvoir l'estimer, ne cessa point de l'aimer[32]. - - [30] L'acte de ce mariage est aux archives de l'hôtel de ville, - et a été extrait des registres de l'église de Saint-Gervais par - M. MONMERQUÉ, qui l'a depuis imprimé dans une petite brochure, - intitulée _Billet italien de madame_ DE SÉVIGNÉ, 1844, in-8º, p. - 8.--Sur Jacques de Nuchèze, voyez ci-après, chapitre XI, p. 149. - - [31] CONRART, _Mémoires_, dans la collect. du Petitot et - Monmerqué, t. XLVIII, p. 185, et dans SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. - de Monmerqué, t. I, p. 58.--TALLEMANT DES RÉAUX, mss. de la - bibliothèque de M. de Châteaugiron (folio 566). - - [32] Bussy, _Généalogie_, dans SÉVIGNÉ, t. I, p. XVIII et p. 58 - de la notice.--CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 185. - -Cependant les nuages qui obscurcirent cette union ne s'accumulèrent que -par degrés. Les premières années en furent heureuses, et se passèrent -dans la capitale, au milieu des amusements et de l'agitation du grand -monde; ou à la terre des Rochers, parmi les plaisirs champêtres et des -vassaux dévoués, dont les seigneurs des châteaux, et surtout ceux de -Bretagne, étaient alors entourés. Tout s'accordait à faire jouir ces -deux époux du bonheur qu'on éprouve dans le commencement d'un -établissement formé avec tous les avantages de la richesse, de la -jeunesse et de la beauté, lorsque nous nous rendons agréables à tous, -et que tous se montrent empressés à nous plaire. Le marquis de Sévigné -et sa femme étaient tous deux amis des plaisirs et de la joie, tous -deux dans l'âge de la légèreté et de l'insouciance; ils tenaient tous -deux par leur parenté à des personnages qui, par ambition, par goût ou -par situation, se montraient fastueux et prodigues. L'archevêque de -Paris et son coadjuteur, depuis si fameux sous le nom de cardinal de -Retz, étaient les plus proches parents du marquis. La marquise était -nièce de Hugues de Bussy le Commandeur, qui, l'année même du mariage du -marquis de Sévigné, devint, par droit d'ancienneté, grand prieur du -Temple, ce qui lui donnait désormais un revenu de plus le 100,000 -livres, ou plutôt 200,000 livres, monnaie actuelle, de redevances -ecclésiastiques, auxquelles l'Église n'eut qu'une faible part[33]. Le -marquis et la marquise de Sévigné, par le luxe de leur table et par les -agréments de leurs personnes, réunirent chez eux la société la plus -aimable et la plus brillante: eux-mêmes faisaient partie de celle qui -à Paris avait alors le plus d'éclat, et à laquelle toutes les sociétés -choisies se réunissaient comme dans un centre commun, la société de -l'hôtel de Rambouillet. Madame de Sévigné devint bientôt un des -principaux ornements de ce cercle célèbre, qui sous le rapport des -manières, de la littérature et du langage, exerçait alors une sorte de -dictature. - - [33] SÉVIGNÉ, _lettres_ du 1er octobre 1654, t. I, p. 28; du - 26 novembre 1681, t. VII, p. 88.--BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 94, - et 373 de l'édition d'Amsterdam, 1721, in-12, ou t. I, p. 117 de - l'édition in-4º, 1696. - - - - -CHAPITRE IV. - - Assertion de M. Petitot sur madame de Sévigné.--Pourquoi - l'histoire est toujours mal écrite.--Causes de l'erreur de M. - Petitot.--Il faut distinguer les temps.--Trois époques dans - l'existence de l'hôtel de Rambouillet.--Peinture de l'époque où - madame de Sévigné entra dans le monde.--Influence de l'hôtel de - Rambouillet à cette époque.--Témoignages de Saint-Évremond et de - Fléchier.--De la marquise de Rambouillet.--De ses plans pour la - réforme de la société.--Portrait de Julie d'Angennes, sa - fille.--Comme elle affermit et continua le règne de sa - mère.--Nécessité pour l'intelligence de la vie et des écrits de - madame de Sévigné, de faire connaître ce qui concerne l'hôtel de - Rambouillet et la société de cette époque. - - -Un auteur auquel l'histoire de France est redevable d'un grand et utile -travail, ayant occasion de faire connaître les femmes distinguées par -leur naissance, leur beauté et leur esprit, que madame de Rambouillet -avait attirées chez elle, nomme dans le nombre madame de Sévigné; puis -il ajoute: «Madame de Sévigné avait un trop bon esprit pour approuver -l'affectation de sentiment et de langage adoptée par cette société: il -paraît même qu'elle était parvenue à y faire une espèce de -schisme[34].» - - [34] PETITOT, _Notice sur madame de la Fayette_, dans la - collection des _Mémoires sur l'histoire de France, depuis - l'avénement de Henri IV jusqu'à la paix de 1763_, t. LXIV, p. - 338. - -De même que les personnes préoccupées ou inattentives ne saisissent -jamais que la dernière phrase d'un raisonnement ou les dernières -paroles d'une conversation, il semble que la postérité ne soit destinée -à connaître l'histoire d'un siècle ou d'une époque que d'après -l'impression que ses dernières années ont laissée, et d'après les -discours et les récits du siècle ou de l'époque qui lui a succédé: or, -ce temps où le retentissement des passions qui ont fait irruption n'a -point encore cessé; où les blessures faites aux intérêts, aux -réputations, aux amours-propres, ne sont pas encore cicatrisées; où les -haines, les affections, les préjugés ont changé de forme et de nom sans -changer de nature, est peut-être le temps le moins favorable de tous -pour nous offrir une image fidèle de celui dont il est le plus -rapproché. Cependant celle qu'il nous livre est celle qu'on adopte -comme parfaitement ressemblante; et c'est d'après ce type altéré ou -incomplet qu'on en parle, qu'on en raisonne, qu'on en écrit, ressassant -et reproduisant sans cesse les mêmes erreurs; car les esprits patients -qui recueillent, comparent et discutent les faits ont toujours été -rares: ils le sont encore plus aujourd'hui, et ils semblent même être -entièrement inutiles, puisque pour nous l'histoire la plus vraie selon -le siècle est celle qui nous offre le plus de faits extraordinaires ou -inexplicables, le plus de contrastes singuliers, en un mot le plus -d'invraisemblances; où tout ne se passe pas comme il a plu aux -événements et à la Providence, mais selon ce qui plaît à notre -imagination, selon ce qui est conforme aux fantômes qu'elle s'est -créés. De là , par une conséquence nécessaire, on en est venu à écrire -dans plus de cent volumes, et à faire recevoir comme un axiome -très-philosophique, que le roman était plus vrai que l'histoire. - -Je préviens, quelles qu'en soient pour moi les conséquences, que je -n'écris point pour cette classe de lecteurs, quoique je n'ignore pas -que ce soit la plus nombreuse. Aussi, malgré la peine que j'ai de -contrarier ceux qui sont si bien disposés en faveur de madame de -Sévigné et en même temps si prévenus contre l'hôtel de Rambouillet, je -n'hésite pas cependant à leur affirmer que rien n'est plus opposé à la -vérité que l'assertion de M. Petitot, et qu'on ne trouverait pas dans -les écrits contemporains une seule ligne qui pût la justifier. - -Tout démontre, au contraire, que c'est aux savantes ou ingénieuses -conversations de l'hôtel de Rambouillet que madame de Sévigné a dû de -voir se développer et s'affermir en elle ce goût vif pour la lecture et -les jouissances de l'esprit, dont ses inclinations pour le plaisir et -la dissipation l'auraient probablement éloignée; que c'est aussi dans -cet hôtel, dans ce véritable palais d'honneur, comme le nomme Bayle -(dont le scepticisme n'a pas pu même trouver place sur ce point), que -madame de Sévigné a pu apprendre combien de louanges, de considération -et d'empire s'attachent aux femmes qui dans le monde, dont elles -obtiennent les hommages, restent maîtresses d'elles-mêmes et résistent -aux charmes dangereux de la volupté, pour chercher un bonheur plus -durable dans le sein de la vertu. Cet exemple donné à sa jeunesse eut, -n'en doutons pas, une salutaire influence sur sa conduite, lorsqu'elle -eut à traverser plusieurs années dans la situation la plus périlleuse -où une femme puisse se trouver. - -Ce qui a surtout égaré l'auteur que j'ai cité, c'est que le souvenir de -l'hôtel de Rambouillet lui a aussitôt rappelé celui de Molière et des -_Précieuses ridicules_, oubliant qu'un intervalle de quinze ans sépare -l'époque de l'apparition de cette comédie et celle où l'hôtel de -Rambouillet exerçait, sans opposition comme sans partage, son heureuse -influence; et dans cet intervalle est la Fronde. L'expérience nous a -fait assez connaître que l'effet des guerres civiles et des révolutions -politiques n'est pas seulement de démasquer les visages, de mettre à -nu les cÅ“urs, d'établir la discorde partout où régnait une harmonie -au moins apparente, mais aussi de changer subitement tous les rapports -sociaux. Une métamorphose complète s'opère alors dans le langage et -dans les actions; elle est si prompte, que ceux qui ont l'idée la moins -avantageuse de la nature humaine ont peine à y croire. L'intérêt, la -peur, un vil égoïsme ou une basse ambition, semblent produire le même -effet que l'eau de cette source magique dont nous parle l'Arioste, qui -changeait aussitôt l'amour en haine et la haine en amour. Tous les -droits de la reconnaissance sont méconnus, tous les liens de la -dépendance sont rompus; on outrage ceux que l'on flattait, on flatte -ceux que l'on outrageait; on s'arrange avec le présent en calomniant le -passé; l'on se fait violence pour effacer jusqu'au souvenir de ce qui -fut, afin de mettre à profit ce qui est; en un mot, on change tout à -coup, et sans honte, de parti, de principes, de liaisons, d'habitudes, -de manières, de préjugés et de ridicules. - -Sans doute les altérations produites par la Fronde ne sont point -comparables à celles dont nous avons été plusieurs fois témoins; mais -pour n'avoir pas été aussi profondes, aussi universelles, elles n'en -sont pas moins réelles; et c'est pour les avoir ignorées que plusieurs -écrivains estimables ont porté tant de faux jugements, émis tant -d'idées erronées sur ces temps divers de notre histoire; temps que l'on -a réunis à tort sous la dénomination, trop générale et trop vague, de -_siècle de Louis XIV_. Ce siècle comprend plusieurs époques, qu'il faut -distinguer pour le bien connaître. - -Le sujet dont nous nous occupons semblerait même nous obliger de -remonter plus haut; car les réunions de l'hôtel de Rambouillet datent -de la fin du règne de Henri IV. Ces réunions ont brillé de tout leur -éclat pendant le règne de Louis XIII, ont commencé à décliner sous la -régence et la Fronde, et ont perdu toute leur suprématie sur la société -lorsque Louis XIV a été en âge de tenir lui-même sa cour. - -Sous le rapport de la littérature, on doit aussi pendant le même -intervalle de temps distinguer plusieurs époques: celle de la -domination du cardinal de Richelieu, celle de la régence, celle de la -Fronde, et enfin celle qui date du mariage de Louis XIV et de la paix -des Pyrénées et se prolonge durant toute la partie glorieuse du règne -du grand monarque. A la première époque appartiennent presque -entièrement Malherbe, Corneille, Balzac et Voiture; à la seconde, -Saint-Évremond, Ménage, Sarrasin, Chapelain; à la troisième, Pascal, -Bossuet, Molière, La Fontaine, Racine, Boileau, Pellisson. L'hôtel de -Rambouillet maintint entière son influence sur les mÅ“urs et les -habitudes, dans la haute société, pendant tout le temps de la première -époque. Ensuite les divisions politiques et la licence des guerres font -suspendre ces réunions, les dénaturent ou les affaiblissent. Au retour -de la paix, la société, la littérature et les arts reprennent une -nouvelle vigueur et une autre forme; d'abord, sous les auspices du -généreux Fouquet, et ensuite sous ceux de Colbert et de Louis XIV. -Alors disparaît le reste d'influence qu'avait conservé l'hôtel de -Rambouillet. La comédie des _Précieuses ridicules_, de Molière, signala -cette époque, mais ne la produisit pas. Une longue série de grands -hommes illustre le règne du grand roi, mais dans les vingt dernières -années de ce règne on remarque encore une quatrième époque: c'est celle -qui annonce les approches du temps de la scandaleuse régence du duc -d'Orléans, et en a déjà tous les caractères. Les éloges ont cessé, -l'enthousiasme est éteint, les désastres et les malheurs jettent leurs -crêpes sombres sur les anciens trophées; de nouveaux génies surgissent -en littérature, mais ils nous peignent la dégradation des mÅ“urs, ou -font la satire du gouvernement: c'est le temps des Fénelon, des J.-B. -Rousseau, des Chaulieu, des le Sage; car on ne doit pas oublier que la -comédie de _Turcaret_, qui semble une peinture si exacte de la régence, -fut cependant jouée six ans avant la mort de Louis XIV. Madame de -Sévigné, morte en 1696, à peine a entrevu le commencement de cette -dernière époque; elle n'apparut qu'à la fin de la première, mais elle a -parcouru en entier les autres. Lorsqu'en 1644 elle commença à prendre -rang dans le monde, les noms mêmes de Molière, de Boileau, de La -Fontaine[35], de Racine étaient inconnus. Alors les réunions de l'hôtel -de Rambouillet se composaient de tout ce qu'il y avait en France et à -la cour de plus illustre par le rang, les dignités, la naissance: les -femmes les plus remarquables par leur beauté ou par leur esprit -mettaient un grand prix à faire partie de ces cercles. Jamais leur -influence sur les mÅ“urs, la littérature et les réputations n'avait -été plus grande et plus absolue. Ils dominaient dans l'Académie -française nouvellement créée, dans les sociétés les plus brillantes de -la capitale, et même à la cour; mais comme la plus grande prospérité -des empires qui durent depuis longtemps est voisine des révolutions et -des catastrophes qui les ébranlent et les font crouler, la plus haute -fortune de l'hôtel de Rambouillet se trouva aussi rapprochée de sa -décadence et de sa chute. - - [35] Voyez _Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine_, - 3e édit., 1824, in-8º, p. 468. - -Cette époque du mariage de madame de Sévigné est précisément celle des -temps les plus heureux de la minorité de Louis XIV, des plus heureux -peut-être dont la France ait jamais joui[36]. Anne d'Autriche venait de -raffermir son gouvernement et d'assurer le pouvoir de son ministre en -se débarrassant de la cabale des _importants_, en exilant ceux qui, -pour récompense des services qu'ils lui avaient rendus dans le temps où -elle était en butte aux persécutions d'un ministre despote, voulaient -exploiter à leur profit l'autorité qui lui était conférée comme -régente. On respirait de n'être plus soumis à la tyrannie de Richelieu -ou à la domination tracassière et impuissante des intrigues de cour. La -guerre continuait, mais elle donnait de l'emploi à la valeur française; -elle procurait au dehors de la gloire, sans causer aucune inquiétude au -dedans. D'Harcourt et Gassion combattaient avec un égal succès; Turenne -et le duc d'Enghien, depuis connu sous le nom de grand Condé, -s'acquéraient par leurs victoires, fruit d'habiles manÅ“uvres, la -réputation de premiers capitaines de l'Europe. Les armes françaises -triomphaient partout, en Espagne, en Flandre, en Allemagne et en -Italie. Des traités avantageux entre la France, la Hollande et le -Portugal, venaient d'être conclus ou renouvelés; les courtisans étaient -caressés et flattés par un ministre qui tâchait d'apaiser l'envie -qu'inspirait son titre d'étranger et le caractère suspect de la faveur -extraordinaire dont il jouissait auprès d'une reine douce, indulgente -et bonne, mais non exempte de coquetterie. La justice reprenait son -cours, le commerce renaissait, l'industrie acquérait une nouvelle -activité; et la société et ce qu'on appelle le beau monde redoublaient -d'ardeur pour les plaisirs et les jouissances sociales. C'est de ce -temps que Saint-Évremond avait, dans sa vieillesse, conservé un -souvenir si agréable, et qu'il décrit dans son épître à Ninon de -Lenclos: - - J'ai vu le temps de la bonne régence, - Temps où régnait une heureuse abondance, - Temps où la ville aussi bien que la cour - Ne respiraient que les jeux et l'amour. - ....................................... - Femmes savaient sans faire les savantes: - Molière en vain eût cherché dans la cour - Les ridicules affectées; - Et ses _Fâcheux_ n'auraient point vu le jour, - Manque d'objets à fournir les idées[37]. - - [36] Louis-Henri DE LOMÉNIE, compte de Brienne, _Mémoires_, t. I, - p. 326. - - [37] SAINT-ÉVREMOND, _Å’uvres_, édit. de 1753, in-12, t. III, - p. 294. - -Fléchier, qui, dans sa jeunesse, avait aussi été témoin des réunions de -l'hôtel de Rambouillet, ne craignit pas, trente ans après, de louer en -chaire celle qui y présidait sous le nom romanesque d'Arthénice, que -lui avaient donné les poëtes. Il prouve par ses paroles combien sa -mémoire était restée chère à la génération qui l'avait suivie. -«Souvenez-vous, dit-il, de ces cabinets que l'on regarde encore avec -tant de vénération, où l'esprit se purifiait, où la vertu était révérée -sous le nom d'incomparable Arthénice, où se rendaient tant de personnes -de qualité et de mérite, qui composaient une cour choisie, nombreuse -sans confusion, modeste sans contrainte, savante sans orgueil, polie -sans affectation[38].» - - [38] FLÉCHIER, Oraison funèbre de madame de Montausier, dans les - _Oraisons funèbres de_ BOSSUET, FLÉCHIER, _et autres orateurs_, - Paris, 1820, in-8º, t. I, p. 55; ou _Recueil des oraisons - funèbres prononcées par messire_ ESPRIT FLÉCHIER, 1740, in-12, p. - 15. - -Pour bien apprécier le mérite de madame de Rambouillet et les services -qu'elle a rendus, il faut se rappeler qu'elle a vécu principalement -sous deux règnes où l'influence de la cour sur la société était presque -nulle; qu'elle parut sur la scène du monde lorsque les mÅ“urs qui -succédaient aux guerres de religion étaient rudes et grossières, -lorsque la langue n'était pas encore fixée, et qu'aucun des -chefs-d'Å“uvre de nos grands maîtres en littérature n'avait encore vu -le jour. - -Henri IV, remarquable par son esprit fertile en saillies, par cette -facilité d'élocution qui semble naturelle aux hommes du midi de la -France, protégea les lettres comme roi; mais il les aimait peu, et ne -s'en occupa point[39]. Ses habitudes et ses manières étaient celles -d'un guerrier; il ne mit aucune mesure ni aucun mystère dans ses -inclinations pour les femmes, et son commerce avec elles fut purement -sensuel. Toujours occupé de ses affaires et de ses plaisirs, en -déréglant les mÅ“urs par ses exemples il ne chercha point à les -polir. Les habitudes retirées de Louis XIII, son tempérament maladif, -timide et scrupuleux, le rendaient encore moins propre que son père à -tenir une cour; et cependant la paix qui avait succédé aux fureurs de -la Ligue faisait sentir le besoin d'une nouvelle carrière à ceux qui -s'élançaient dans la vie; les esprits s'agitant pour donner sans cesse -de nouveaux aliments à leur activité, se portaient avec ardeur vers -toutes les jouissances sociales. - - [39] _Voy._ D'AUBIGNÉ et FAUCHET. - -Ce fut dans ces circonstances que Catherine de Vivonne[40], qui à l'âge -de douze ans[41] avait épousé, en 1600, Charles d'Angennes, marquis de -Rambouillet, entreprit de réunir chez elle la société choisie de la -cour et de la ville. Elle se fit une étude de l'attacher en quelque -sorte à sa personne, de la modeler conformément à ses goûts et à ses -désirs. Sa position dans le monde, ses qualités et ses vertus, lui -donnaient les moyens de réussir dans ce projet. Sa famille, l'une des -plus anciennes d'Italie par sa mère, Julie Savelli, comptait trois de -nos rois pour alliés; elle était, ainsi que celle de son mari, -illustrée depuis longtemps par de hautes dignités et de grands -services[42]. Le marquis de Rambouillet, qui n'était point dégénéré de -ses ancêtres, continuait à rendre dans la diplomatie d'importants -services, et s'acquittait avec honneur des ambassades dont il était -chargé. La marquise de Rambouillet était belle, jeune, riche, et avait -dans ses manières quelque chose d'imposant et de gracieux. Son esprit -était nourri par la lecture des meilleurs auteurs italiens et -espagnols[43]. Lorsqu'elle eut commencé à recevoir les atteintes de -l'âge, une de ses filles, qu'elle avait eue à seize ans, et dont elle -paraissait être la sÅ“ur, continua à répandre autour d'elle cet -attrait de la jeunesse et de la beauté, qui ne manque jamais son effet, -même auprès des plus indifférents; et à cette époque on en voyait peu -de tels dans la société. Cette fille chérie, nommée Julie-Lucie, est -celle qui épousa depuis le duc de Montausier. Une autre, Angélique, -fut mariée à ce même marquis, depuis comte de Grignan, qui, doublement -veuf, devait s'unir à la fille de madame de Sévigné. La marquise de -Rambouillet eut encore trois autres filles, qui toutes trois se firent -religieuses: l'une devint abbesse de Saint-Étienne de Reims, et les -deux autres furent successivement abbesses d'Yères, près Paris. De -temps en temps elles venaient à l'hôtel de Rambouillet faire admirer, -dans ces mondaines et brillantes assemblées, où tous les talents se -trouvaient représentés, les grâces mystiques des cloîtres et les -tranquilles vertus de la religion[44]. Mais Julie d'Agennes fut l'objet -de la prédilection de sa mère, et, formée par elle, porta plus loin -qu'elle encore l'ambition de s'attirer les hommages par le double -empire de l'esprit et de la beauté. Comme les liens du mariage -l'auraient séparée d'une mère chérie, lui auraient fait perdre son -indépendance, et auraient nui au genre de vie dans lequel elle se -complaisait, elle chercha à les éviter. Mais celui qui avait été admis -à aspirer à l'honneur de sa main, le marquis de la Salle, depuis duc de -Montausier, ne se laissa pas rebuter par cette résolution, et mit en -Å“uvre pour la vaincre tout ce que l'amour a de plus pressant, tout -ce que la galanterie a de plus aimable. Elle ne céda enfin qu'après -quatorze ans de résistance, sur l'ordre formel et les instances de son -père et de sa mère, lorsque sa jeunesse fut entièrement passée, et -qu'elle eut obtenu que cet amant si constant eût changé de religion et -adopté celle qu'elle professait elle-même[45]. - - [40] DE LA CHESNAYE DES BOIS, _Dictionnaire de la Noblesse_, 2e - édit., in-4º, t. I, p. 269.--MÉNAGE, _édit._--_Poésies de_ - MALHERBE, 2e édit., 1689, p. 515.--DE THOU, _Hist._ - - [41] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. II, p. 214, édit. - in-8º. - - [42] DE THOU, _Hist._, édit. in-4º, t. X, p. 406-536-544; t. II, - p. 67 à 199; et BRIZARD, _De l'amour de Henri IV pour les - lettres_.--FLÉCHIER, _Or. funèbr._, 1740, in-12, p. - 10-14.--DUSSAULT, _Choix d'oraisons funèbres_, in-8º, t. I, p. - 52 et 55. - - [43] HUET, _Commentarius de rebus ad cum pertinentibus_, p. - 212.--FLÉCHIER, dans le Recueil de Dussault, t. I, p. - 52-55.--FLÉCHIER, dans l'édit. de 1740, in-12, p. 10. - - [44] _Poésies de François_ DE MAUCROIX, 1825, in-8º, p. - 291.--_Mémoires de M. le duc_ DE MONTAUSIER, 1731, t. I, p. 6 et - 28-37-43; t. II, p. 90, 92, et p. 35.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. II, p. 207-256, note 10.--ANSELME, _Hist. - généalog. de la maison de France_, t. III, édit. de 1733; t. II, - p. 427; t. VIII, p. 769.--MORERI, dernière édit., 1759, t. I, p. - 50, t. X, p. 679.--DE LA CHESNAYE DES BOIS, _Dict. de la - Noblesse_, t. I, p. 289; t. VIII, p. 769. - - [45] _Mémoires du duc_ DE MONTAUSIER, t. I, p. 83, 84, 86. - -La marquise de Rambouillet et Julie d'Angennes, unies par les -sentiments les plus tendres et les plus puissants, par une parfaite -conformité de pensées et d'inclinations, parvinrent à réunir autour -d'elles une cour aussi brillante et aussi nombreuse que celle que -l'ambition et l'intérêt assemblent dans les palais des rois; mais elle -en différait en ce que l'on n'y voyait d'autres courtisans que ceux des -Muses; en ce que l'on n'y obéissait qu'aux inspirations de l'amitié ou -de l'amour; en ce qu'on n'y connaissait d'autre domination que celle de -l'esprit et de la beauté, et qu'ainsi la contrainte et l'ennui en -étaient bannis. Durant le temps de leur règne, fondé sur le plus -légitime de tous les principes, le consentement universel, madame de -Rambouillet et sa fille furent les modèles que tout le monde citait, -que tout le monde admirait, que chacun s'efforçait d'imiter. Les jeunes -femmes comme les femmes âgées s'empressaient auprès d'elles avec toutes -les marques de la déférence et de l'attachement les plus sincères; -elles étaient pour les jeunes gens comme pour les vieillards les objets -d'une sorte de culte, et furent célébrées par les poëtes comme des -divinités mortelles[46]. Pour elles l'inflexible étiquette renonçait à -ses usages les plus rigoureux; et Segrais remarque comme une chose -extraordinaire pour son temps que les princesses allaient chez la -marquise de Rambouillet, quoiqu'elle ne fût pas duchesse[47]. - - [46] _Lettres de feu_ BALZAC à CONRART, p. 26 et p. - 215.--MALHERBE, édit. de 1822, in-8º, p. 113.--VOITURE, _lettre_ - no 70, à mademoiselle de Rambouillet, t. I, p. 168, édit. de - 1677, in-12.--ÆGIDII MENAGII _Poemata_, 1663, p. 108.--LA - MESNARDIÈRE, _Poésies_, 1656, in-folio, p. 89-109, 114 à 116. - - [47] SEGRAIS, _Å’uvres_, édit. de 1755, t. II, p. 20. - -Tous ceux qui fréquentaient l'hôtel de Rambouillet adoptèrent bientôt -des manières plus nobles, un langage plus épuré, et exempt de tout -accent provincial. Les femmes surtout, à qui plus de loisirs et une -organisation plus délicate donnent un tact social plus prompt et plus -fin, furent les premières à profiter des avantages que leur présentait -cette fréquentation continuelle d'esprits cultivés et de personnes sans -cesse occupées à imiter ce que chacune d'elles offrait de plus -agréable, de plus propre à plaire à tous. Aussi celles qui étaient -associées à ces réunions se faisaient promptement remarquer, et se -distinguaient facilement de celles qui n'y étaient point admises. Pour -montrer l'estime qu'on faisait d'elles, on les nomma les PRÉCIEUSES, -les ILLUSTRES; titre dont elles-mêmes se paraient, et qui fut toujours -donné et reçu comme une distinction honorable pendant le long espace de -temps que l'hôtel de Rambouillet conserva son influence sur la société. - -Puisque madame de Sévigné fut aussi une _précieuse_, ce serait ici le -lieu d'étudier avec soin ce qui concerne les précieuses, et d'examiner -les altérations que la marquise de Rambouillet et de Julie d'Angennes -ont produites sur la société en France: d'abord, sous le rapport des -habitudes, et en quelque sorte du matériel de la vie sociale; ensuite, -sur les devoirs qui prescrivent l'honneur et l'amitié entre des -personnes que des inclinations semblables et le besoin de se voir -réunissent souvent ensemble; puis sur les relations des deux sexes -entre eux; et enfin sur le goût dans les ouvrages d'esprit, et sur les -vicissitudes ou les progrès de la littérature et des arts. J'ai -entrepris et exécuté cette tâche avec un esprit dégagé de tout préjugé -favorable ou défavorable à des temps qui, quoique si loin de nous, -n'ont trouvé jusqu'ici que des panégyristes outrés ou des détracteurs -injustes. Mais ce tableau, trop étendu pour ne pas nous distraire de -notre objet principal, trouvera sa place ailleurs. - -Je vais seulement tâcher de donner, de la manière la plus brève et la -plus rapide qu'il me sera possible, une idée de la société que madame -de Rambouillet réunissait chez elle à l'époque où madame de Sévigné y -fut introduite. Pour y parvenir, usons un instant du privilége des -romanciers; et par une fiction, qui sera vraie jusque dans ses moindres -détails, allons chercher la nouvelle mariée au milieu d'une de ces -assemblées où elle a commencé à briller. Chaque trait de cette peinture -sera justifié par des témoignages contemporains tracés par les mains -mêmes des personnages qui vont entrer en scène; et des citations -exactes donneront aux lecteurs les moyens d'en vérifier l'exactitude. -Transportons-nous rue Saint-Thomas-du-Louvre, à l'hôtel de Rambouillet, -qui, par sa façade intérieure, dominait par la vue le Carrousel et les -Tuileries. - - - - -CHAPITRE V. - -1644. - - Réunion à l'hôtel de Rambouillet.--On doit entendre la lecture - d'une pièce de Corneille.--Aspect que présente la chambre à - coucher de madame de Rambouillet.--Noms et désignations des - personnes qui s'y trouvaient assemblées.--Voiture se fait - attendre.--Dialogue à son sujet.--Aparté de Charleval et de - Sarrasin.--Voiture entre.--Reproches qu'on lui adresse.--Ses - réponses.--Il récite un rondeau.--Action de mademoiselle Paulet - après cette lecture.--Nouvel aparté de Charleval et de - Sarrasin.--Observation de l'abbé de Montreuil sur - Voiture.--L'abbé de Montreuil récite un madrigal sur madame de - Sévigné.--Dialogue au sujet de Ménage et de madame de - Sévigné.--On veut jouer à colin-maillard en attendant - Corneille.--Il entre avec Benserade.--On s'assied.--Corneille lit - sa tragédie de _Théodore, vierge et martyre_.--Effet qu'elle - produit.--Beaux vers que chacun en a retenus.--Ceux que l'abbesse - d'Yères avait inscrits sur ses tablettes sont lus par le jeune - abbé Bossuet.--Impression que produit cette lecture.--Opinion de - chacun en se retirant. - - -C'était dans une matinée d'automne de l'année 1644; le soleil de midi -dardait sur les fenêtres de la chambre à coucher de madame de -Rambouillet. Les rideaux de soie, bleus comme l'ameublement, n'y -laissaient pénétrer qu'un demi-jour azuré. Une nombreuse société, -convoquée pour entendre la lecture d'une nouvelle pièce de Corneille, -s'y trouvait rassemblée. Un grand paravent, tiré entre la porte et la -cheminée, formait dans la chambre même une chambre intérieure[48]. Si -on y était entré sans être prévenu qu'on devait y trouver une brillante -réunion, cette chambre eût paru déserte; et en regardant devant soi on -n'y eût vu qu'une seule femme, grande, forte, bien faite, non pas -très-jeune, mais encore très-belle, occupée à regarder dans la rue à -travers les rideaux, qu'elle entr'ouvrait légèrement. C'était -mademoiselle Paulet, que ses beaux yeux, son regard vif et fier, sa -chevelure d'un blond ardent, l'impétuosité de son caractère et -l'énergie de ses affections avaient fait surnommer la Lionne. La -marquise de Rambouillet l'avait depuis longtemps admise dans sa -familiarité, et elle lui servait habituellement de secrétaire[49]. Mais -un mélange des plus suaves odeurs, qui s'exhalait de l'alcôve avec un -bruit confus de voix, aurait aussitôt forcé les yeux de se tourner vers -la droite; et à travers les colonnes dorées de cette alcôve, sous sa -voûte, ornée d'ingénieuses allégories sur l'hymen, l'amour, le sommeil -et l'étude, on eût aperçu une troupe folâtre de jeunes femmes et de -jeunes gens, qui, par la quantité de plumes et de rubans dont ils -étaient chargés, ressemblaient à un parterre de fleurs, dont les -couleurs vives et variées éclataient dans l'ombre. - - [48] SOMAIZE, _Procès des Précieuses_, 1660, p. 47. - - [49] VOITURE, _Å’uvres_, édit. de 1677, t. I, p. 28, 40, 42, - 44, 46, 52, 54, 61, 77, 79.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, - t. I, p. 196 à 204. - -En s'approchant, on eût bientôt distingué l'élite de la société de -Paris et de la cour, réunie ou plutôt resserrée dans la vaste ruelle de -madame de Rambouillet. On eût reconnu la princesse de Condé, -accompagnée de sa fille, qui devint peu après duchesse de Longueville; -elle causait avec la marquise de Rosembault: la duchesse d'Aiguillon -parlait bas à l'oreille de la marquise de Vardes, qui avait près d'elle -madame du Vigean; la marquise de Sablé s'entretenait avec madame de -Cornuel; madame de la Vergne tenait la main de sa jeune fille, depuis -si célèbre sous le nom de comtesse de la Fayette; puis les comtesses -de Fiesque, de Saint-Martin, de Maure, et madame Duplessis-Guénégaud, -causaient ensemble à voix basse. La duchesse de Chevreuse écoutait avec -attention mademoiselle de Scudéry[50]. Près du lit, la marquise de -Rambouillet entre deux de ses filles, la jeune Clarice-Diane, abbesse -d'Yères, et Louise-Isabelle d'Angennes[51]. A côté de cette dernière -était la marquise de Sévigné, occupée avec Julie d'Angennes à -considérer les fraîches miniatures de la fameuse _Guirlande_; tandis -qu'à leurs pieds le marquis de la Salle (Montausier), assis sur son -manteau qu'il avait détaché, leur souriait, et paraissait heureux des -compliments que lui adressait madame de Sévigné sur son incomparable -galanterie[52]. Douze autres jeunes seigneurs étaient moitié assis, -moitié couchés sur leurs manteaux, dont les étoffes de soie, d'or et -d'argent brillaient sur le tapis, ou flottaient sur les pieds des -dames[53]. A ses joues colorées, à sa figure joyeuse, on reconnaissait -facilement parmi eux le marquis de Sévigné, assis aux pieds de -mademoiselle du Vigean; il lui donnait des nouvelles de l'armée[54], -lui parlait de Gramont et de Saint-Évremond, et la faisait rire; lui -racontait les exploits du duc d'Enghien, et la faisait rougir. Le -marquis de Villarceaux, et de Gondi, depuis peu archevêque de Corinthe, -coadjuteur de Paris, et le marquis de Feuquières, étaient tous trois -debout; le premier derrière le fauteuil de la duchesse d'Aiguillon, le -second derrière celui de la duchesse de Chevreuse, le troisième à côté -de madame Duplessis-Guénégaud. Toutes les dames tenaient une petite -badine[55], que quelques-unes s'amusaient à faire tourner entre leurs -doigts. Les jeunes gens, pour donner plus d'action à leurs discours et -plus de grâce à leurs gestes, agitaient par intervalle dans l'air les -blancs et gros panaches de leurs petits chapeaux, ou, posant ceux-ci -sur leurs genoux, jouaient nonchalamment avec les plumes qui les -couvraient[56]. Sur le devant de l'alcôve, et en avant des colonnes, -étaient assis, sur des chaises et sur des placets, sorte de tabourets -bas et larges, des personnages que leurs habillements plus modestes -faisaient reconnaître à l'instant pour des hommes de lettres ou des -ecclésiastiques: c'étaient Balzac, Ménage, Scudéry, Chapelain, Costart, -Conrart, la Mesnardière, l'abbé de Montreuil, Marigny le jeune, l'abbé -Bossuet, le petit abbé Godeau, depuis évêque de Vence, et grave auteur -d'un gros volume de poésies chrétiennes; mais alors, à cause de -l'exiguïté de sa taille et de son assiduité auprès de Julie d'Angennes, -on le nommait par dérision le nain de la princesse Julie[57]. Quatre -autres personnages étaient debout, appuyés contre un des côtés de -l'alcôve et une de ses colonnes: moins richement vêtus que les galants -illustres assis aux pieds des dames, mais parés avec plus d'élégance et -de recherche que ceux qui étaient gravement posés sur des chaises et -des placets, ils formaient un petit groupe à part, promenaient, avec un -air narquois, leurs regards sur l'assemblée; causaient ensemble tout -bas, et souriaient de temps à autre; c'étaient Sarrasin, Charleval, -Montplaisir et Saint-Pavin. - - [50] SOMAIZE, _le Grand Dictionnaire des Précieuses_, 1661, t. I, - p. 81, 154, 178; t. II, p. 8--HUETII _Commentarius de rebus ad - eum pertinentibus_, p. 213; _Mélanges d'Histoire et de - Littérature_, recueillis par VIGNEUL-MARVILLE, édit. de 1699, p. - 299.--DE BAUSSET, _Histoire de Bossuet_, 1814, in-8º, t. I, p. - 31. - - [51] Voyez ci-dessus, p. 34. - - [52] _Mémoires de Montausier_, p. 135 à 204.--DE BURE, _Catalogue - des Livres de la Vallière_, 1783, in-8º, t. II, p. 382.--RIVES, - _Notice historique_, 1779.--_Biographie universelle_, art. JARRY - et MONTAUSIER.--HUETII _Commentarius_, p. 293 à 294.--_Huetiana_, - p. 103, no 43. - - [53] SOMAIZE, _Procès des Précieuses_, 1660, p. 48.--MOLIÈRE, - _Comtesse d'Escarbagnas_, scène 19.--BUSSY-RABUTIN, _Supplément - de ses Mémoires_, t. I, p. 12. - - [54] DE MAISEAUX, _Vie de Saint-Évremond_, dans ses Å’uvres, - 1753, in-12, t. I, p. 14.--DE BAUSSET, _Histoire de Bossuet_, - in-8º, t. I, p. 22.--_Chansons historiques_, mss., t. I, p. 3, - verso.--VOITURE, _Å’uvres_, _lettres_ 10, t. I, p. - 22.--_Poésies de_ Franç. DE MAUCROIX, p. 291. - - [55] SOMAIZE, _Procès des Précieuses_, p. 49. - - [56] _Ibid._, p. 51; _Récit de la farce des Précieuses_, 1660, - Anvers, in-12, p. 19. - - [57] L'abbé ARNAULD, _Mémoires_, édit. de 1756, t. I, p. - 14.--_Å’uvres de Boileau_, édit. de Saint-Marc, 1747, t. III, - p. 192, n. 3. - -«Est-ce que M. de Voiture n'arrive pas?» dit la marquise de Rambouillet -à mademoiselle Paulet, qui continuait à regarder par la fenêtre.--«Je -ne le vois pas encore,» répondit-elle sans se détourner.--«Ah, le -traître! dit Charleval, il se fera attendre.»--«Non, dit la marquise de -Rambouillet; car je n'ai donné rendez-vous à M. Corneille qu'à midi et -demi, ne voulant pas qu'il fût interrompu par les survenants. C'est -parce que M. de Voiture demeure dans cette rue, et presque à côté de -l'hôtel[58], qu'il n'est pas encore arrivé: les plus près sont les -moins pressés.» Saint-Pavin, prenant la parole: «J'ai entendu dire, -madame, qu'il s'était battu avec Chaveroche, votre intendant, et que -celui-ci l'avait blessé.»--«Cette blessure n'est rien, monsieur, dit -madame de Rambouillet, et ne l'empêchera pas de venir. Mais ne parlez -pas, je vous prie, de cette ridicule affaire.»--«Ma mère, dit Clarice -d'Angennes en s'adressant à Saint-Pavin, a fait comprendre à Chaveroche -toute l'impertinence de son procédé; il en a fait des excuses à M. de -Voiture, et ils sont les meilleurs amis du monde: si bien que M. de -Voiture a donné à Chaveroche le procès de sa sÅ“ur et toutes ses -affaires à suivre[59], pendant le voyage qu'il va faire en -Espagne.»--«Est-ce qu'il va nous quitter?» dit Sarrasin.--«Après-demain -il part, répliqua Clarice; et certainement il ne manquera pas de se -rendre ici.»--«Vous allez le voir arriver, dit l'abbesse d'Yères; je -viens de lui dépêcher Poncette.»--«Mieux eût valu, ma fille, dit madame -de Rambouillet, lui envoyer un valet de pied.» - - [58] PELLISSON, _Hist. de l'Académie Française_, 1729, p. 240, - édit. in-4º. - - [59] VIGNEUL DE MARVILLE (Bonaventure d'Argonne), _Mélanges - d'Histoire et de Littérature_, t. II, p. 381.--VOITURE, _lettre_ - 147, t. I, p. 311. - -«La prudente Arthénice connaît notre homme,» dit Sarrasin tout bas, en -se penchant à l'oreille de son voisin Charleval.--«Quoi! dit celui-ci -avec surprise, la fille d'un portier?»--«N'importe, répliqua l'autre en -souriant; tout lui est bon, depuis le sceptre jusqu'à la houlette, -depuis la couronne jusqu'à la calle[60].»--«Mais sincèrement, avec ce -corps exigu, ces yeux effarés, ce visage niais, le croyez-vous donc si -redoutable?»--«Oui, quoique tout ce que vous dites soit vrai et qu'il -en plaisante lui-même[61]; mais il sait donner à cette physionomie si -grotesque tant d'expression, il a tant d'esprit, de grâce et de gaieté; -il sait si bien se plier à tout, s'accommoder de tout; il a une -réputation si bien acquise d'habileté, de loyauté et de générosité, que -partout il se fait écouter, que partout il parvient à plaire, dans les -cercles et dans les ruelles, dans les palais et les chaumières.»--«Fort -bien, mais Poncette est une enfant, petite, idiote d'ailleurs, et peu -jolie.»--«Une enfant! oh non! la perdrix est maillée! seize ans, de la -fraîcheur; de gros traits, mais de beaux yeux.»--«Oui; mais songez donc -que notre cher Voiture grisonne; il est dans l'âge du repos.»--«Il y -paraît peu, je vous assure: quoique fils d'un marchand de vin, c'est un -buveur d'eau, et ces hommes-là sont privilégiés[62].» - - [60] SARRASIN, _Å’uvres_, 1758, p. 250.--_Calle_, coiffure de - femme du peuple. - - [61] VOITURE, _Å’uvres_, édit. de 1677, t. I, p. 18. _Lettre à - une maîtresse inconnue_, et _lettre_ 52, t. I, p. 129. - - [62] VOITURE, _Å’uvres_, 1677, in 12, t. I, p. 68. - -Ce petit aparté était à peine terminé, qu'on entendit mademoiselle -Paulet dire: «Ah! voilà M. de Voiture!» et aussitôt elle courut se -placer près du fauteuil de madame de Rambouillet, et s'appuya contre -une des colonnes du lit. - -On annonça Voiture; il entra: aussitôt Sarrasin, Charleval, presque -tous les hommes de lettres, plusieurs des seigneurs, Montausier, -Sévigné, vont à sa rencontre, lui donnent la main, lui souhaitent le -bonjour, et l'embrassent. Ce n'est qu'avec peine qu'il parvient, en se -dandinant sur ses deux jambes écartées, afin de ne pas froisser ses -canons, assez près de madame de Rambouillet pour pouvoir lui faire une -double salutation. Sa figure est riante, son habillement est simple, -mais d'une élégance et d'une fraîcheur remarquables. - -«Monsieur, lui dit la marquise, vous nous avez donc disgraciées? voilà -quatre jours que je ne vous ai vu; et même, en vous promettant M. -Corneille, il faut encore vous envoyer chercher.»--«Ah, madame! -plaignez-moi, et ne me grondez pas. La mission qu'il a plu à son -éminence de me donner pour l'Espagne m'a contraint à des conférences -sans fin avec le cardinal de la Valette, monseigneur le duc d'Orléans -et les gens d'affaires. Pendant tout ce temps je n'ai vécu que de -regrets, je n'ai pensé qu'à vous et à mademoiselle de Rambouillet. Je -me disais qu'il m'en arrive à votre égard comme de la santé, dont on ne -connaît tout le prix que quand on la perd.»--«Monsieur de Voiture, dit -la marquise, vous le savez, j'ai défendu les compliments.»--«Madame, je -vous obéis; la vérité n'est point un compliment: on sait que toutes les -fois qu'il m'a fallu, par devoir, m'éloigner de vous, et résider -à la cour de France, à celle de Lorraine, de l'Espagne, en -Italie, en Angleterre, partout la société m'a paru maussade et -monotone.»--«Cependant, monsieur, je vous ai souvent entendu dire qu'il -fallait faire de grands efforts contre l'ennui, et que les voyages -étaient contre ce mal un puissant remède.»--«C'est vrai, madame; mais -les grands efforts abattent, et les puissants remèdes affaiblissent. On -ne s'amuse, on ne se repose, on ne jouit qu'à l'hôtel de Rambouillet, -qu'à la cour d'Arthénice; c'est celle de la beauté, de l'esprit et des -grâces[63].» - - [63] VOITURE, _lettre 74 sur la reprise de Corbie_, t. I, p. 180 - et 242, édit. de 1677. - -«Monsieur de Voiture, dit Julie d'Angennes, il faut que je vous gronde: -vous m'avez envoyé douze galands pour ma discrétion, c'est enfreindre -les règles du jeu; j'avais fixé votre perte à un seul galand.»--«Ah, -mademoiselle! qu'eût fait votre simarre[64] d'un seul galand? Douze -sont bien peu pour vous; ils seront confondus dans la foule.» - - [64] SOMAIZE, _Procès des Précieuses_, 1660, in-12, p. - 50.--_Galand_, nÅ“ud de rubans.--_Simarre_, robe de femme. - ---«Mais, Monsieur de Voiture, dit l'abbesse d'Yères, est-ce que vous -n'avez pas reçu mon chat? Vous ne m'en parlez pas.»--«Si, je l'ai reçu! -Voyez, madame,» dit Voiture en ôtant un de ses gants, et montrant sa -main droite, légèrement égratignée.--«Ah! dit l'abbesse en souriant -malignement, ce n'est pas mon chat qui a fait cela; vous le -calomniez.»--«C'est bien lui, madame; et depuis trois jours qu'il est -chez moi il n'y a laissé personne sans lui faire porter de semblables -marques de ses faveurs. C'est la plus jolie bête du monde. Rominagrobis -lui-même, qui est, comme vous savez, le prince des chats, ne saurait -avoir une meilleure mine. Je trouve seulement que, pour un chat nourri -en religion, il est fort mal disposé à garder la clôture: point de -fenêtre ouverte qu'il ne s'y veuille jeter. Il n'y a pas de chat -séculier qui soit plus volage et plus volontaire. J'espère cependant -que je l'apprivoiserai par de bons traitements; je ne le nourris que de -biscuit. Pourtant, quelque aimable qu'il soit de sa personne, ce sera -toujours en votre considération, madame, que je l'aimerai; et je -l'aimerai tant pour l'amour de vous, que j'espère faire changer le -proverbe, et que l'on dira dorénavant: Qui m'aime, aime mon chat. Si -après ce présent vous me donnez encore le corbeau que vous m'avez -promis, et si vous voulez m'envoyer un de ces jours Poncette dans un -panier, vous pourrez vous vanter de m'avoir donné toutes les bêtes que -j'aime[65].» - - [65] VOITURE, _Lettres_, no 153, t. I, p. 318.--VIGNEUL DE - MARVILLE, _Mélanges d'Histoire et de Littérature_, t. II, p. 383. - -La physionomie de Voiture avait, en prononçant ces paroles, une -expression de gaieté si comique, que la marquise de Rambouillet eut -bien de la peine à s'empêcher de rire. Pourtant elle se contint, et lui -dit d'un air moitié badin, moitié sérieux: «Ne pourriez-vous, monsieur, -laisser toutes ces fadaises, et nous réciter quelques vers nouveaux de -votre composition?»--«Il n'en fait plus, dit Julie d'Angennes, -depuis qu'il est dans les négociations. Apollon n'est pas -diplomate.»--«Cependant, dit Voiture, il lui faut négocier sans cesse -des traités de paix avec la beauté, et lutter continuellement contre -les indiscrétions du cÅ“ur.»--«Toujours est-il vrai, dit Julie -d'Angennes, qu'infidèle aux Muses comme à vos amis, vous avez laissé la -poésie pour les affaires.»--«Si j'osais, dit Voiture, démentir la dame -des pensées de l'invincible Gustave, je lui réciterais une pièce de -vers que j'ai composée ce matin même.»--«Ah! récitez-la, dit l'abbesse -d'Yères, récitez-la; cela nous amusera.»--«Nullement, madame; car elle -est fort triste.»--«C'est une élégie, dit Isabelle d'Angennes: ah! tant -mieux, je n'ai jamais entendu réciter de pièce sérieuse à M. de -Voiture, et j'avoue que je serais bien curieuse de savoir comment il -s'y prend; mais peut-être il plaisante.»--«Je n'en ai pas l'intention, -madame,» dit Voiture. - -Le bruit confus des voix, des éclats de rire et des conversations -particulières cessa, par un seul geste de la marquise de Rambouillet. -Il se fit un grand silence, et tous les yeux se dirigèrent sur Voiture. -Sa figure rieuse avait pris une teinte de mélancolie douce, ses yeux -paraissaient voilés, son attitude annonçait le recueillement et la -tristesse. En le voyant si différent de lui-même, on ne douta point -qu'il ne se mît à réciter une longue et lamentable élégie, genre de -composition qu'on savait n'être nullement approprié à son talent; l'on -commençait à redouter l'ennui, et à regretter les conversations si -vives et si animées que le poëte malencontreux forçait d'interrompre. -On se rassura cependant quand il annonça un rondeau; mais cette annonce -fit croire d'abord que son air affligé n'avait été qu'un moyen de -mieux faire ressortir la gaieté de son rondeau. On se trompait encore, -et toute l'assemblée fut émue lorsque Voiture eut récité avec -simplicité, mais avec un accent passionné qu'il n'avait jamais eu, le -rondeau suivant: - - -LA SÉPARATION. - - Mon âme, adieu! Quoique le cÅ“ur m'en fende, - Et que l'Amour de partir me défende, - Ce traître honneur veut, pour me martyser, - Par un départ nos deux cÅ“urs déchirer, - Et de laisser ton bel Å“il me commande. - Je ne veux pas qu'en larmes tu t'épande: - Et, sans qu'en rien ton amour appréhende, - Dis-moi gaiement, sans plaindre et soupirer, - Mon âme, adieu! - - Car je te laisse, et je te recommande, - De mon esprit la partie la plus grande, - Sans plus vouloir jamais la retirer. - Car rien que toi je ne puis désirer, - Et veux t'aimer jusqu'à ce que je rende - Mon âme à Dieu[66]. - - [66] VOITURE, _Å’uvres_, 1678, t. II, p. 71.--RICHELET, _Les - plus belles Lettres des meilleurs auteurs français_, 4e édit., - 1708, in 12, t. I, p. 48. - -A peine Voiture eut-il fini de réciter le rondeau, que mademoiselle -Paulet prit, sur le lit où madame de Sévigné l'avait placé, le livre de -la _Guirlande_; puis, baissant la tête, elle sortit de l'alcôve, et -alla reporter le précieux volume dans le cabinet de Julie d'Angennes. - -Il se fit un instant de silence, pendant lequel Sarrasin se pencha -encore vers l'épaule de son voisin Charleval, et lui dit à l'oreille: -«Le renard a fait fuir la lionne.»--«Elle reviendra au terrier,» dit -Charleval; puis tous deux se mirent à sourire, en suivant des yeux -mademoiselle Paulet, et regardant Voiture. - -«--Si Voiture rend son âme à Dieu, dit l'abbé de Montreuil, il faudra -le faire accompagner par une trentaine de ces Amours coquets, grands -comédiens, qui le servent merveilleusement, et qui ne ressentent jamais -les passions qu'ils témoignent[67].» - - [67] SARRASIN, _Pompe funèbre de Voiture_, dans les _Å’uvres de - Sarrasin_, 1658, p. 259. - ---«Ne trouvez-vous pas, madame, dit Saint-Pavin à madame de -Sévigné, que Montreuil n'en parle que par envie?»--«M. de Montreuil -est étourdi, mais il n'est point envieux,» répondit madame de -Sévigné[68].--«Ah, oui, vous le défendez, parce qu'il est votre grand -madrigalier[69].»--«Étrange défense, dit Montreuil, et qui ressemble -fort à une accusation.»--«Mais je ne savais pas, dit Julie d'Angennes, -que M. de Montreuil eût fait des madrigaux pour madame de -Sévigné.»--«Pour que cela ne fût pas, mademoiselle, il faudrait qu'on -me dit comment on peut s'empêcher d'en faire.»--«Dites-nous le dernier -de tous, si vous vous en souvenez.»--«Cela n'est pas difficile; ce -n'est que quatre vers impromptu récités à madame la marquise, tout -aussitôt qu'on lui eut débandé les yeux à la partie de colin-maillard -que nous jouâmes hier chez la duchesse de Chevreuse. Elle aura sans -doute déjà oublié ces vers, et je reçois comme une faveur, -mademoiselle, l'occasion que vous me donnez de les lui réciter encore: - - De toutes les façons vous avez droit de plaire, - Mais surtout vous savez nous charmer en ce jour: - Voyant vos yeux bandés, on vous prend pour l'Amour; - Les voyant découverts, on vous prend pour sa mère[70]. - - [68] SÉVIGNÉ, _lettres_ (1656), _à Ménage_, t. I, p. 47. - - [69] ANCILLON, _Mémoires concernant les vies et les ouvrages de - plusieurs modernes célèbres de la république des lettres_, 1709, - p. 48. - - [70] MONTREUIL, _Å’uvres_, édit. de 1666, p. 472; édit. de - 1671, p. 321.--DE SERCY, _Poésies choisies_, 1653, p. 322. - -Voiture et Sarrasin, qui avaient entendu le madrigal du jeune -Montreuil, vinrent lui prendre la main, et le complimentèrent. Ces -félicitations des deux plus beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet -tournèrent les regards de toute la société sur Montreuil. Alors ceux -qui avaient retenu le quatrain le répétèrent aux personnes qui ne le -connaissaient pas, et on ne distinguait plus, au milieu des voix qui se -faisaient entendre simultanément, que les mots: «_Plaire, Amour, sa -mère_; c'est charmant.» La figure de Montreuil était rayonnante du -plaisir que lui causait le succès de son madrigal, et madame de Sévigné -ne put s'empêcher d'être un peu confuse de l'unanimité des louanges -données dans cette occasion à sa figure, à sa parure, à toute sa -personne. Cependant, de toutes les femmes jeunes et belles qui -brillaient alors, elle était celle qui se laissait le moins déconcerter -par les éloges. Madame de Rambouillet ne fut pas fâchée de voir que -cette fois on y avait réussi. Elle trouvait que l'émotion, en colorant -son teint, avait augmenté ses attraits; et un sentiment mêlé de malice -et de bonté la faisait jouir de l'embarras de cette nouvelle mariée, et -lui inspirait le désir de le prolonger. C'est pourquoi, en s'adressant -à Ménage, elle dit: «Est-ce que M. Ménage n'a point encore fait de vers -pour madame de Sévigné?»--«Il en a fait, dit Chapelain, pour -mademoiselle Marie de Rabutin, et aussi pour madame la marquise, -non-seulement en français, mais encore en italien[71].»--«Et je gage, -dit Saint-Pavin, qu'il en a fait aussi en latin et en grec.»--«M. -Ménage, reprit madame de Sévigné, est trop mon ami pour me faire honte -de mon ignorance, et pour m'adresser des vers dans une langue que je -n'entends pas.» - - [71] ÆGIDII MENAGII _Poemata_; Elzev., 1663, p. 158.--_Le - Pêcheur, idylle à madame de Sévigné_, et, p. 305 et 312, _Sopra - il ritratto_; ibid., _editio septima_, 1680, p. 170-289, 294-304. - -Madame de Rambouillet allait prier Ménage de réciter les vers qu'il -avait composés pour madame de Sévigné, lorsque tout à coup le marquis -de Vardes dit: «Faisons encore jouer madame de Sévigné à -colin-maillard.» Aussitôt il se lève, et entraîne hors de l'alcôve -toute l'assemblée, qui se réjouit de son idée, et se dispose à la -mettre à exécution[72]. En vain madame de Rambouillet fait observer que -la demi-heure est sonnée, et que Corneille ne tardera point à arriver. -On insiste, on prie, et on promet de cesser à l'instant que Corneille -entrera. Un bandeau, formé par un ruban couleur de feu, est placé par -madame de Sévigné sur les yeux de mademoiselle de la Vergne, qui, âgée -seulement de douze ans, et la plus jeune des personnes présentes, -devait, d'après les lois du jeu, être la première condamnée à se voir -privée de la vue. Déjà la pauvrette, tout étonnée de ne plus tenir la -main de sa mère et de se trouver isolée au milieu de la chambre, -étendait ses petits bras, et l'on s'écartait lorsqu'on entendit rouler -dans la cour deux carrosses qui se suivaient. Dans l'un était la -comtesse de la Roche-Guyon; Benserade amenait dans le sien les deux -frères Corneille. - - [72] HAMILTON, _Mémoires du comte de Gramont_, ch. VII, p. 252, - édit. in-12, ou t. I, p. 161 des _Å’uvres du comte d'Hamilton_, - édit. de Renouard; Paris, 1812, in-8º.--_Memoirs of count - Gramont_; London, 1809, in-8º, t. II, p. 46.--LORET, _Muse - historique_, liv. III, p. 7, _lettre 2_, en date du 14 janvier - 1652. - -La société, qui, quelques minutes auparavant, aurait reçu avec de -grandes démonstrations de joie le poëte qu'elle attendait, fut comme -pétrifiée lorsqu'elle l'entendit annoncer après la comtesse de la -Roche-Guyon et Benserade. Il se fit un instant de silence, comme dans -une troupe d'écoliers que le maître a surpris jouant à l'heure des -études. Madame de Rambouillet se leva, alla elle-même au-devant de la -comtesse et de Benserade, puis ensuite rendit le salut aux deux frères; -et comme elle vit que chacun se disposait à rentrer dans l'alcôve, elle -se hâta de dire que la lecture aurait lieu dans la chambre. Des valets -de pied y rangèrent selon ses ordres les fauteuils, les chaises et les -placets[73]: elle en fit apporter un nombre égal à celui des personnes -présentes; et engageant tout le monde à prendre un siége, elle défendit -de s'asseoir sur le parquet. Ces dispositions, qui plurent beaucoup aux -gens de lettres, aux ecclésiastiques et aux précieuses âgées, -contrarièrent les jeunes gens et les jeunes femmes: ils regrettaient -leur position dans l'alcôve, et se repentirent de l'idée qu'ils avaient -eue de jouer à colin-maillard; tous avaient du dépit que Corneille fût -venu si tard, ou qu'il ne fût pas venu plus tôt. - - [73] BOILEAU, _Satire_ I, t. I, p. 88, édit. de Saint-Surin; - ibid., _Lutrin_, ch. II, vers 33 et 34.--_Mémoires_ DE - HENRI-LOUIS DE LOMÉNIE, COMTE DE BRIENNE, t. II, p. 203 et 218. - -Cependant c'était en grande partie le même auditoire qui avait assisté -l'année précédente à la lecture de _Rodogune_, qui en avait prédit le -succès; et les bruyants applaudissements avec lesquels cette pièce -était journellement accueillie avaient établi l'opinion que Corneille -s'était surpassé lui-même, et que son talent, déjà si élevé, -grandissait encore. On s'attendait donc à entendre la lecture d'un -nouveau chef-d'Å“uvre, plus surprenant peut-être que celui qui -attirait chaque jour la foule au théâtre. Cette attente excitait -vivement la curiosité de l'assemblée. On se résolut à écouter avec -attention, et on garda le plus profond silence. - -Corneille lut sa nouvelle production, intitulée _Théodore, vierge et -martyre, tragédie chrétienne_... Il lut... comme il lisait toujours, -c'est-à -dire fort mal, s'appesantissant sur chaque vers, et déclamant -d'une voix rauque et monotone[74]. Quand il eut fini, l'auditoire fut -très-surpris d'avoir été peu ému par cette lecture. Le sujet semblait -théâtral, et cependant les caractères étaient froids et languissants. -On fut choqué de plusieurs inconvenances, de certaines expressions, et -de quelques images que le sujet n'indiquait que trop, et que les -précieuses avaient particulièrement en aversion. Cependant les hommes -de lettres, dont les décisions comptaient dans cette assemblée et -entraînaient les autres suffrages, se souvenaient de _Polyeucte_, autre -tragédie chrétienne qu'ils avaient jugée assez peu propre à réussir au -théâtre, et pour laquelle l'admiration publique allait toujours -croissant. La réputation de Corneille, alors à son apogée, leur -imposait, et les faisait douter de leur propre opinion. Aussi, malgré -l'impression qu'avait faite sur eux la lecture de _Théodore_, le -jugement qu'ils portèrent sur cette pièce fut en général favorable; -toutefois, ils s'accordèrent à blâmer quelques vers et certaines -tirades, qui furent depuis retranchées par l'auteur. C'étaient -précisément les passages qui choquaient le plus la délicatesse de nos -précieuses. Mais, comme pour consoler Corneille de la rigueur de ces -critiques, chaque personne de l'assemblée se mit à réciter, l'une après -l'autre, les vers de la pièce qu'elle avait retenus et adoptés. - - [74] LA BRUYÈRE, _Caractères_, ch. XII.--_Menagiana_, 3e édit., - t. II, p. 162.--VIGNEUL DE MARVILLE, _Mélanges d'Histoire de - Littérature_, t. I, p. 167. - -Le duc de la Rochefoucauld, en regardant mademoiselle de Condé, dit: - - L'objet où vont mes vÅ“ux serait digne d'un Dieu[75]. - -Gondi: - - Qui commence le mieux ne fait rien s'il n'achève. - -Montausier: - - Un montent est bien long à qui ne sait pas feindre. - -Madame de Chevreuse: - - Ah! lorsqu'un grand obstacle à nos fureurs s'oppose, - Se venger à demi est du moins quelque chose[76]. - -Le marquis de Sévigné: - - On retire souvent le bras pour mieux frapper[77]. - -Balzac: - - Je fuis l'ambition, mais je hais la faiblesse. - -Benserade: - - Tout fait peur à l'Amour, c'est un enfant timide[78]. - -Julie d'Angennes: - - Un bienfait perd sa grâce à le trop publier: - Qui veut qu'on s'en souvienne, il le doit oublier[79]. - - [75] _Théodore, vierge et martyre_, acte II, scène 4. - - [76] _Ibid._, acte V, scène 6. - - [77] _Ibid._, acte IV, scène 1. - - [78] _Ibid._, acte IV, scène 2. - - [79] _Ibid._, acte I, scène 2. - -Mais cette suite de citations fut tout à coup interrompue par l'action -de l'abbé Bossuet, qu'on vit s'avancer vers l'abbesse d'Yères, et qui, -en rougissant (il n'avait que dix-sept ans), la pria de vouloir bien -communiquer à l'assemblée ce qu'il lui avait vu écrire sur ses -tablettes pendant que M. Corneille lisait, présumant que c'étaient des -vers de la tragédie. Clarice d'Angennes sourit en regardant le jeune -abbé, et lui remit aussitôt ses tablettes, avec un air de nonchalante -résignation. - -Tout le monde dirigea ses regards vers l'ecclésiastique adolescent; -personne ne l'avait remarqué, et il n'avait pas encore proféré une -seule parole. Il lut: - - L'amour va rarement jusque dans un tombeau - S'unir au reste affreux de l'objet le plus beau[80]. - - Qui s'apprête à mourir, qui court à ces supplices, - N'abaisse pas son âme à ces molles délices; - Et, près de rendre compte à son juge éternel, - Il craint d'y porter même un désir criminel. - Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice, - C'est courir à la vie et non pas au supplice. - - Un obstacle éternel à vos désirs s'oppose: - Chrétienne, et sous les lois d'un plus puissant époux.... - Mais, seigneur, à ce mot ne soyez point jaloux: - Quelque haute splendeur que vous teniez de Rome, - Il est plus grand que vous, mais ce n'est point un homme. - - C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois: - C'est lui qui tient ma foi, c'est lui dont j'ai fait choix[81]. - - [80] _Théodore, vierge et martyre_, acte I, scène 2. - - [81] _Ibid._, acte III, scène 3; t. V, p. 328 de l'édit. des - Classiques de Lefèvre, 1824, in-8º. - -Après la lecture de ces vers, on s'empressa autour de la jeune abbesse; -on loua son bon goût, et l'on convint que c'était elle qui avait choisi -les plus beaux vers de la pièce; ceux, dit Sarrasin, qui dans leur -application offraient le plus de motifs d'admiration et de regrets. -Mais ce qui surtout frappa de surprise toute l'assemblée, ce fut -l'organe sonore, tragique et pénétrant du jeune abbé en déclamant ces -vers; ce fut la beauté de ses traits, et cet air imposant qui -contrastait si singulièrement avec son extrême jeunesse. L'impression -qu'il produisit fut courte et subite, mais profonde et durable; et -chacun en se retirant resta convaincu que la nouvelle tragédie -chrétienne de Corneille, pour intéresser presque à l'égal de -_Polyeucte_, n'aurait eu besoin que d'être lue par le jeune abbé -Bossuet, au lieu de l'être par son auteur[82]. - - [82] FRANÇOIS DU NEUFCHATEAU, _Esprit du grand Corneille_, 1819, - in-8º, p. 159.--DE BAUSSET, _Histoire de Bossuet_, 1814, in-8º, - t. I, p. 22. - - - - -CHAPITRE VI. - -1644-1648. - - Pourquoi la vie de madame de Sévigné se trouve mêlée à celle des - principaux personnages et aux principaux événements de son - siècle.--Des adorateurs et des alcovistes de madame de Sévigné - pendant sa jeunesse.--Portrait de madame de Sévigné par madame de - La Fayette.--Justification d'une expression de précieuse qu'elle - emploie.--Suite du portrait.--Ménage donne des leçons à - mademoiselle Chantal.--Il en devient amoureux.--Trait satirique - de Boileau contre Ménage.--Conduite de Marie Chantal envers - Ménage.--Lettre qu'elle lui écrit.--Réponse de celui-ci.--Seconde - lettre de mademoiselle Chantal à Ménage.--Comment elle se - comporte avec lui après son mariage.--Diverses anecdotes - relatives à la liaison de Ménage avec madame de - Sévigné.--Caractère de Ménage.--Ridicule qu'il se donne.--Estimé - et chéri de madame de Sévigné.--De Chapelain.--Portrait du - chevalier de Méré.--Il fait sa cour à madame de Sévigné, et lui - déplaît.--Portrait de l'abbé de Montreuil.--Sa liaison avec - madame de Sévigné.--Liaison de madame de Sévigné avec Marigny, - Saint-Pavin, Segrais. - - -Revenons à madame de Sévigné. L'hôtel de Rambouillet et les révolutions -opérées dans nos mÅ“urs et notre littérature durant l'époque de sa -jeunesse nous ont distraits d'elle pendant quelques instants, mais ne -nous en ont point écartés. C'est une étrange destinée que la sienne: -son sort fut prospère, sa vie uniforme, sans aucune aventure -extraordinaire, sans aucun incident remarquable, sans aucun changement -de fortune; et cependant, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, son -souvenir se rattache à celui des plus illustres personnages et des plus -grands événements de son siècle. Elle en a été l'historien sans le -savoir, une des gloires sans s'en douter. Elle ne s'occupa que -d'elle-même, de ses enfants, de ses parents, de ses amis; et pourtant, -par la part qu'elle nous y fait prendre, elle se trouve mêlée à toutes -les intrigues et à toutes les cabales de cette époque. Enfin, pour -dernière singularité, jamais elle n'écrivit une seule page pour le -public, jamais elle ne songea à faire un ouvrage; et elle est devenue, -sans l'avoir prévu, un auteur classique du premier ordre. - -Ses attraits, son amabilité et son esprit attirèrent auprès d'elle, dès -son entrée dans le monde, plusieurs adorateurs déclarés, et un grand -nombre d'alcovistes assidus. Quelques-uns ne faisaient qu'user du -privilége de l'usage, si cher surtout aux gens de lettres, de -s'inscrire fictivement et poétiquement au nombre de ses amants, sans -ressentir pour elle une passion plus prononcée que pour les autres -dames qui agréaient de même leurs assiduités; mais il y en eut auxquels -elle inspira un amour véritable, que la différence des rangs et de la -fortune, qui exerçait alors une plus grande influence qu'aujourd'hui -sur les sentiments du cÅ“ur, ne leur permettait guère d'espérer de -faire partager. De tous ceux qui composaient sa petite cour, les plus -dangereux étaient les hommes qui, dans une classe égale ou supérieure à -la sienne, furent épris de ses attraits au point d'employer auprès -d'elle tous les moyens de séduction, de concevoir l'espérance de s'en -faire aimer et de la faire manquer à ses devoirs. Ce n'était pas, dans -ce siècle d'intrigues amoureuses, une chose dont on se fît scrupule, à -moins qu'on ne fût dévôt; et les personnages de la haute noblesse ne le -devenaient ordinairement que dans un âge avancé. Lorsque, dans la -jeunesse, leurs inclinations se tournaient vers la piété, ils se -faisaient prêtres. Les dignités et les richesses ne manquaient pas à -ceux d'entre eux qui avaient cette vocation, et elles n'attiraient que -trop souvent ceux qui ne l'avaient pas. Autrement le goût de la -galanterie et le talent de séduire les femmes étaient considérés comme -des qualités inséparables de ce qu'on appelait alors un _honnête -homme_: expression d'un sens très-flexible, et dont il est difficile de -bien faire connaître aujourd'hui les diverses acceptions, puisqu'elle -était souvent synonyme de galant[83] ou homme à bonnes fortunes; -qu'elle signifiait quelquefois un homme du monde, ou un homme bien -élevé et de la haute société; et aussi un homme d'honneur. Un secret, -que la prudence de madame de Sévigné parvint pendant quelque temps à -dérober aux yeux intéressés et clairvoyants des séducteurs qui -l'entouraient, fut bientôt connu d'eux tous, et les rendit plus ardents -dans leurs poursuites. Les nombreuses et éclatantes infidélités du -marquis de Sévigné apprirent bientôt à tout le monde qu'il n'avait pour -la plus aimable des femmes que de la tiédeur et de l'indifférence, l'on -sut que, sans aucun égard pour sa vertu, il la blessait au cÅ“ur et -humiliait sans cesse son juste orgueil, en ne se donnant aucun soin -pour cacher le scandale de sa conduite, et en prenant souvent (non par -calcul, mais par ignorance) ceux dont elle était aimée pour premiers -confidents de ses inclinations vagabondes. - - [83] _Lois de la Galanterie_, dans le _Recueil des pièces en - prose_, 1658, p. 51. - -Pour se faire une idée de l'empressement que madame de Sévigné, -négligée et délaissée par son mari, devait exciter autour d'elle, il -faut connaître comment elle était appréciée par la société d'hommes et -de femmes aimables qui l'entouraient; et rien ne peut mieux nous -l'apprendre que madame de La Fayette, dans le portrait qu'elle a tracé -de son amie, quelques années après l'époque dont nous nous occupons. Ce -portrait est sous la forme d'une allocution qu'un inconnu est supposé -adresser à madame de Sévigné elle-même, selon la mode de ce temps, -très-accréditée parmi les habitués de l'hôtel de Rambouillet. On sait -que par ces sortes de jeux d'esprit, tout en voulant flatter la -personne qu'on prétendait peindre, on ambitionnait cependant le mérite -de la ressemblance; on atténuait les défauts, mais on ne les passait -pas sous silence; on exagérait les louanges, mais on n'en donnait point -de fausses. Pour madame de Sévigné, les témoignages contemporains les -moins contestables et les plus irrécusables attestent la parfaite -exactitude et la précision des traits du portrait que madame de La -Fayette en a fait. Nous ne citerons ici que les passages qui se -rapportent à l'objet qui nous occupe. - -«Sachez donc, madame (dit l'inconnu à madame de Sévigné), si par hasard -vous ne le savez pas, que votre esprit pare et embellit si fort votre -personne, qu'il n'y en a point sur la terre d'aussi charmante lorsque -vous êtes animée par une conversation dont la contrainte est bannie. Le -brillant de votre esprit donne un si grand éclat à votre teint et à vos -yeux, que, quoiqu'il semble que l'esprit ne dût toucher que les -oreilles, il est pourtant certain que le vôtre éblouit les yeux[84].» - - [84] _Lettres de madame de Sévigné_, t. I, p. LXXII. - -Cette expression d'_un esprit qui éblouit les yeux_ a été blâmée, comme -étant du style de précieuse; et il est certain qu'elle en a le -caractère. C'est peut-être même une de celles que Molière, s'il l'avait -connue, eût signalée pour la ridiculiser. Boileau l'a cependant -employée depuis, et quoique ce soit d'une manière moins hardie, il a -été critiqué sur ce point par le poëte le Brun[85]. Nous avons en vain -cherché une expression qui peignit d'une manière aussi vraie, aussi -énergique, l'effet produit par une jolie femme encore dans tout l'éclat -et toute la fraîcheur du bel âge, qui, s'animant par l'action d'une -conversation enjouée ou passionnée, électrise les âmes de ceux qui -l'écoutent, et par ses gestes, ses paroles, ses regards, les plonge -dans un enivrement dont ils ne peuvent se défendre. N'est-il pas vrai -que cette femme, dont il y a peu d'instants on se contentait de louer -froidement la beauté, brille alors d'attraits si variés, d'un effet si -prompt, si puissant, si inattendu, que sa vue nous émeut encore plus -que ses paroles? Le jeune homme ardent et sensible qui, dans l'âge -fougueux des passions et dans de telles circonstances, éprouva plus -d'une fois, en regardant une femme, de véritables éblouissements, n'ira -pas chercher d'autre expression que celle dont madame de La Fayette -s'est servie pour rendre l'effet magique produit par madame de Sévigné, -quand, avec cet abandon, cette grâce, cet entraînement, cette éloquence -qui lui étaient naturels, elle parlait avec feu d'un sujet qui lui -plaisait, au milieu d'un cercle d'où, comme le dit madame de La -Fayette, la contrainte était bannie. Autrement, selon une tradition qui -est venue jusqu'à nous[86], elle portait dans le monde une telle -habitude de sécurité, d'insouciance, qu'en certains moments elle se -faisait oublier, et paraissait presque nulle. - - [85] BOILEAU, _épître IX_, édit. de Berriat Saint-Prix, t. II, p. - 108.--AUGER, _Mercure de France_, mars 1808, p. 601. - - [86] L'abbé DE VAUXELLES, _Réflexions sur les lettres de madame - de Sévigné_, t. I, p. LXXI. - -Mais continuons de citer madame de La Fayette, et n'oublions pas de -remarquer que, dans ce portrait, c'est un homme qui est censé parler: - -«Votre âme est grande et noble; vous êtes sensible à la gloire et à -l'ambition, et vous ne l'êtes pas moins aux plaisirs; vous paraissez -née pour eux, et il semble qu'ils soient faits pour vous. Votre -présence augmente les divertissements, et les divertissements -augmentent votre beauté lorsqu'ils vous environnent. Enfin, la joie est -l'état véritable de votre âme, et le chagrin vous est plus contraire -qu'à qui que ce soit. Vous êtes naturellement tendre et passionnée; -mais, à la honte de notre sexe, votre tendresse vous a été inutile, et -vous l'avez renfermée dans le vôtre. Votre cÅ“ur, madame, est sans -doute un bien qui ne peut se mériter; jamais il n'y en eut un si -généreux, si bien fait, si fidèle. Il y a des gens qui vous soupçonnent -de ne pas le montrer toujours tel qu'il est; mais, au contraire, vous -êtes si accoutumée à n'y rien sentir qui ne vous soit honorable, que -vous y laissez voir ce que la prudence vous obligerait à cacher. Vous -êtes la plus civile et la plus obligeante personne qui ait jamais été, -et, par un air libre et doux qui est dans toutes vos actions, les plus -simples compliments de bienséance paraissent en votre bouche des -protestations d'amitié; et tous les gens qui sortent d'auprès de vous -s'en vont persuadés de votre estime et de votre bienveillance, sans -qu'ils puissent se dire quelle marque vous leur avez donnée de l'une et -de l'autre.» - -C'est surtout par ce dernier trait du caractère de madame de Sévigné, -où la coquetterie naturelle à son sexe avait bien quelque part, qu'on -comprend combien il était difficile à celui qu'elle avait enchaîné à -son char, de pouvoir s'en détacher. - -Ménage ne l'éprouva que trop. Ce littérateur eut de son vivant une -prodigieuse célébrité, et est un des érudits de son siècle le plus -souvent cité par ceux du nôtre; ce qu'il doit plutôt à la variété qu'à -la perfection de ses travaux, qui sont cependant très-recommandables. -Ménage était bien fait, et d'une figure agréable; il réunissait au goût -des lettres une forte inclination pour les femmes. Aussi ce penchant le -porta-t-il toute sa vie à faire des vers pour elles, dans toutes les -langues qu'il savait, c'est-à -dire en grec, en latin, en espagnol, en -italien, en français; et il les faisait aussi bien qu'on peut les faire -lorsqu'on n'est pas né poëte. Le jeune Boileau, qui sentait sa force et -sa vocation, et appréciait à leur juste valeur les vers si vantés de -Ménage, peut-être en secret jaloux de la réputation qu'il s'était -acquise et de ses succès auprès des dames, avait cherché, dans une de -ses premières satires, à le ridiculiser, et avait dit: - - Si je pense parler d'un galant de notre âge, - Ma plume pour rimer rencontrera Ménage[87]. - -Mais trouvant que Ménage, qui joignait à beaucoup d'amabilité dans la -société un mérite réel, ne prêterait pas facilement au ridicule, -Boileau, lorsqu'il livra cette satire à l'impression, changea ces vers, -et à Ménage substitua l'abbé de Pure[88]. - - [87] _Recueil de vers choisis_, 1665, in-12. - - [88] _Ibid._--BOILEAU, _Satire_ II, t. I, p. 44 de l'édit. de - Saint-Marc.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 126, - in-8º. - -L'abbé Ménage (car il était aussi abbé, et, comme bien d'autres, pour -posséder des bénéfices, mais non pour exercer les fonctions -ecclésiastiques) pouvait avoir trente-deux ou trente-trois ans -lorsqu'il connut Marie de Rabutin-Chantal, et qu'il consentit à lui -donner des leçons. Il n'avait encore rien publié, mais il était en -grande réputation parmi les savants, tant français qu'étrangers, et en -correspondance régulière avec les plus renommés d'entre eux[89]. Ménage -ne put donner ses soins à l'instruction de Marie Chantal sans en -devenir amoureux; et il jouissait délicieusement des marques d'amitié -qu'elle lui donnait, et du succès de ses leçons, lorsque les -dispositions faites pour le mariage de sa jeune élève avec le marquis -de Sévigné vinrent contrister son cÅ“ur. Il est présumable que Marie -Chantal, alors fortement préoccupée de son changement d'état, oublia -trop alors le pauvre Ménage, ou que lui-même s'aperçut, quoiqu'un peu -tard, qu'il devait chercher par l'absence un remède à une passion sans -espoir. Il voulut donc rompre avec elle, et prit pour prétexte, réel ou -supposé, quelque marque d'inattention qui lui faisait penser que ses -soins ne lui étaient plus aussi agréables que par le passé. L'amour -malheureux éprouve une sorte de soulagement à rejeter sur l'objet aimé -le tort des peines qu'il éprouve: c'est encore un moyen de l'occuper de -soi et d'avoir avec lui quelque chose de commun; c'est une sorte de -compensation et de vengeance que de lui faire partager les tourments -dont il est la cause. Ce projet de rupture de Ménage donna lieu à une -correspondance entre lui et son élève, dont il ne nous reste que deux -lettres; mais elles suffisent pour nous montrer que Marie Chantal, -toute jeune qu'elle était, avait compris que l'amour de Ménage était -pour elle sans conséquence, et ne la forçait point à se priver des -assiduités d'un homme dont la société était agréable et instructive, et -pour lequel elle avait une véritable amitié. L'adresse qu'elle met à le -retenir se manifeste assez dans la lettre suivante, et prouve que dès -son plus jeune âge madame de Sévigné n'était point étrangère à l'art -des coquettes, et que si sa vertu ne lui permettait pas de l'employer -pour conquérir des amants, elle savait en user pour conserver ses amis -et en augmenter le nombre. - - [89] _Mémoires pour servir à la vie de Ménage, dans le - Ménagiana_, t. I, édit. de 1715.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. IV, p. 137, ou t. VII, p. 39-66, article - _Ménage_. - - -LETTRE DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL A MÉNAGE. - -«Je vous dis, encore une fois, que nous ne nous entendons pas; et vous -êtes bien heureux d'être éloquent, car sans cela tout ce que vous -m'avez mandé ne vaudrait guère, quoique cela soit merveilleusement bien -arrangé. Je n'en suis pourtant pas effrayée; et je sens ma conscience -si nette de ce que vous me dites, que je ne perds pas l'espérance de -vous faire connaître sa pureté. C'est pourtant chose impossible, si -vous ne m'accordez une visite d'une demi-heure; et je ne comprends pas -par quel motif vous me la refusez si opiniâtrément. Je vous conjure, -encore une fois, de venir ici; et puisque vous ne voulez pas que ce -soit aujourd'hui, je vous supplie que ce soit demain. Si vous n'y venez -pas, peut-être ne me fermerez-vous pas votre porte; et je vous -poursuivrai de si près, que vous serez contraint d'avouer que vous avez -un peu tort. Vous me voulez cependant faire passer pour ridicule, en me -disant que vous n'êtes brouillé avec moi qu'à cause que vous êtes fâché -de mon départ. Si cela était ainsi, je mériterais les Petites-Maisons, -et non pas votre haine; mais il y a toute différence, et j'ai -seulement peine à comprendre que quand on aime une personne et qu'on la -regrette, il faille, à cause de cela, lui faire froid au dernier point -les dernières fois qu'on la voit. Cela est une façon d'agir tout -extraordinaire; et comme je n'y étais pas accoutumée, vous devez -excuser ma surprise. Cependant je vous conjure de croire qu'il n'y a -pas un de ces anciens et nouveaux amis dont vous me parlez que j'estime -ni que j'aime tant que vous; c'est pourquoi, devant que de vous perdre, -donnez-moi la consolation de vous mettre dans votre tort, et de dire -que c'est vous qui ne m'aimez plus[90]. CHANTAL.» - - [90] _Lettre de Marie de Rabutin-Chantal à Ménage_, t. I, p. 1, - édit. de Monmerqué, 1820, in-8º. - -N'est-il pas charmant de la voir consentir à une séparation à condition -qu'il lui donnera la consolation de le mettre dans son tort, et cela -par un aveu qu'elle sait être impossible? Quoi de plus piquant et en -même temps de plus aimable qu'une telle lettre; et où est le moyen d'y -résister quand on aime? Ménage ne le put; il chicana, il s'excusa, il -ergota sur l'expression de _défunte amitié_ qu'elle avait employée dans -une de ses lettres, et il revint, en esclave soumis, se remettre à la -chaîne. Elle le prit au mot, et lui répondit ainsi: - - -LETTRE DE MARIE CHANTAL A MÉNAGE. - -«C'est vous qui m'avez appris à parler de votre amitié comme d'une -pauvre défunte; car, pour moi, je ne m'en serais jamais avisée, en vous -aimant comme je fais. Prenez-vous-en donc à vous de cette vilaine -parole qui vous a déplu, et croyez que je ne puis avoir plus de joie -que de savoir que vous conservez pour moi l'amitié que vous m'avez -promise, et qu'elle est ressuscitée glorieusement. Adieu[91]. - - «CHANTAL.» - - [91] _Lettre de Marie Chantal à Ménage_, t. I, p. 3, édit. de M.; - ou t. I, p. 4, de l'édit. de G. de S.-G. - -Le plus récent des commentateurs de madame de Sévigné[92] a cru voir -dans ces lettres le trouble d'une âme innocente et les agitations d'un -cÅ“ur novice; et rien assurément ne prouve mieux qu'une telle -assertion combien l'histoire des époques les plus rapprochées de nous -sont mal connues et mal comprises, lorsque de longues et grandes -révolutions ont brisé la chaîne des habitudes, oblitéré les traditions -et changé les préjugés. Pour se méprendre ainsi sur les intentions qui -ont dicté les lettres de Marie Chantal à Ménage, il a fallu ignorer -entièrement tout ce que, dans le siècle où elle écrivait, la différence -du rang et de la naissance imposait de respect et de timidité d'une -part, et donnait d'assurance et de liberté de l'autre. Mais, sans cette -considération, il suffit de faire attention aux expressions dont se -sert Marie Chantal, pour ne pas méconnaître la nature de ses -sentiments. Si ce qu'on suppose eût été vrai, elle n'aurait pas si -souvent rappelé à Ménage son amitié; elle ne se serait pas si souvent -servie pour elle-même du mot _aimer_; elle n'aurait pas sollicité avec -prière une entrevue. Il n'est pas de fillette de quinze ans, quelque -inexpérimentée qu'elle soit, à qui, lorsqu'elle aime, l'instinct de la -pudeur n'apprenne à mettre dans ses aveux plus de réserve. Marie -Chantal avait dix-huit ans, et connaissait déjà le monde, sa politique -et ses usages. Les lettres que nous venons de citer suffiraient seules -pour le prouver; toutes celles qu'elle a écrites depuis à Ménage en -différents temps, et toute sa conduite envers lui, confirment -l'interprétation que nous leur avons donnée[93]. - - [92] GAULT DE SAINT-GERMAIN, _Lettres de Sévigné_, t. I, p. 1. - - [93] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 39, édit. de Monmerqué; t. I, - p. 39 de l'édit. de Gault de Saint-Germain.--_Mém. de Coulanges_, - p. 323; _Lettres_, t. I, p. 16, en date du 12 janvier. - -Un jour madame de Sévigné promit d'aller prendre Ménage dans sa -voiture, pour aller respirer l'air avec lui au Cours. On sait que cette -promenade, formée par quatre rangées d'arbres à la suite des Tuileries, -hors de l'enceinte de la ville, le long de la Seine, était le -rendez-vous du beau monde dans la belle saison[94]. Madame de Sévigné -ne put tenir sa promesse; et ce jour elle fut forcée, par une cause -quelconque et par le mauvais temps, de rester chez elle. Elle chargea -Montreuil de prévenir Ménage de ce contre-temps. Celui-ci oublia la -commission. Aussitôt madame de Sévigné, craignant que Ménage ne lui -supposât un tort qu'elle n'avait pas, se hâta de s'excuser par la -lettre qui suit: - - -LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A MÉNAGE. - -«Si Montreuil n'était point douze fois plus étourdi qu'un hanneton, -vous verriez bien que je ne vous ai fait aucune malice; car il se -chargea de vous faire savoir que je ne pouvais vous aller prendre, et -me le promit si sérieusement, que, croyant ce qu'il me disait, qu'il -n'était plus si fou qu'il avait été, je m'en fiai à lui; et c'est la -faute que je fis. Outre cela, le temps épouvantable qu'il fit vous -devait assez dire que je n'irais point au Cours. Tout cela vous fait -voir que je n'ai aucun tort; c'est pourquoi je vous conseille, puisque -vous êtes revenu de Pontoise, de n'y point retourner pour vous pendre; -cela n'en vaut pas la peine, et vous y serez toujours reçu quand vous -voudrez bien. Mon cher, croyez que je ne suis point irrégulière pour -vous, et que je vous aime très-fort[95].» - - [94] LE MAIRE, _Paris ancien et moderne_, 1685, t. III, p. 386. - - [95] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de Monmerqué, _lettre_ 25, t. I, - p. 47; édit. de G. de S.-G., _lettre_ 26, t. I, p. 58. Rien - n'indique l'année où cette lettre a été écrite, quoique les - éditeurs la placent sous l'année 1656. - -Dans un autre billet, qui porte pour suscription _A l'ami Ménage_, elle -répond à une lettre qu'il lui avait écrite pour lui demander la -permission de s'éloigner d'elle, et pour se plaindre de quelque -refroidissement dans sa correspondance et ses procédés envers lui. - - -LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A MÉNAGE. - -«Vous demandez congé de si bonne grâce, qu'il est difficile de vous -refuser. Il y a bien de la différence de cette fois-ci à l'autre dont -vous parlez, et de cette lettre à l'autre dont vous parlez encore: j'ai -fait mon possible pour y pouvoir revenir, mais il m'a été impossible, -et je ne sais comment elle m'est échappée; le principal est que le -fonds y est toujours, et ce qui me la fit écrire n'est en rien diminué. -Je vous ordonne de le croire, et de vous occuper un peu, pendant votre -voyage, à songer et à dire du bien de moi; j'en ferai de même pour -vous, et je vous attendrai le lendemain de votre retour à dîner ici. -Adieu, l'ami; de tous les amis, le meilleur[96].» - - [96] SÉVIGNÉ, _Lettres inédites_, dans les _Mémoires de M. de - Coulanges_, publiés par M. Monmerqué, p. 324, in-8º. - -Ménage, bien loin d'être satisfait d'expressions aussi tendres, y -voyait l'intention de badiner avec une passion qu'on ne redoutait -point. Aussi nous verrons pur la suite qu'il s'éloigna souvent de -madame de Sévigné, et qu'a chaque marque de retour elle a grand soin, -pour le rattacher, de lui témoigner sa reconnaissance en termes -affectueux. Le malin Bussy, auquel ce jeu de coquetterie de sa cousine -envers Ménage n'avait point échappé, rapporte une anecdote piquante -dont Ménage lui-même confirme la vérité, en reprochant, sans trop -d'aigreur, à Bussy de l'avoir divulguée[97]. Ménage était chez madame -de Sévigné un jour qu'elle voulait sortir pour aller faire quelques -emplettes; sa demoiselle, comme on disait alors, c'est-à -dire sa femme -de chambre, ne se trouvait point en état de la suivre. Madame de -Sévigné dit à Ménage de monter avec elle dans son carrosse. Le savant, -cachant sous un air badin le dépit qu'il éprouvait d'être traité sans -façon, lui dit qu'il était bien rude pour lui que, non contente des -rigueurs dont elle le rendait l'objet, elle parût si peu le craindre et -si peu redouter la médisance: «Mettez-vous, dit-elle, dans mon -carrosse; et si vous me fâchez, je vous irai voir chez vous[98].» - - [97] _Ménagiana_, t. IV, p. 215. - - [98] BUSSY, _Histoire amoureuse des Gaules_, édit. de Liége, p. - 32; édit. 1754, t. I, p. 250. - -Elle n'y manqua pas. Un jour qu'elle partait pour la campagne, elle -vint lui dire adieu; puis, à son retour, elle se plaignit à lui de ce -qu'il ne lui avait point écrit: «Je vous ai écrit, lui dit-il; mais -après avoir relu ma lettre, je la trouvai trop passionnée, et je ne -jugeai pas à propos de vous l'envoyer[99].» - - [99] _Ménagiana._ - -Les tête-à -tête de madame de Sévigné avec Ménage étaient d'autant plus -dangereux pour lui, qu'elle était bien loin d'imiter la roideur de -certaines précieuses. Elle ne repoussait pas de légères privautés, et -se laissait facilement baiser les bras et les mains. Ce que Bussy dit à -cet égard[100] est confirmé par une petite anecdote que Ménage rapporte -lui-même: «Je tenais, dit-il, une des mains de madame de Sévigné dans -les miennes; lorsqu'elle l'eut retirée, M. Peletier me dit: «Voilà le -plus bel ouvrage qui soit sorti de vos mains[101].» - - [100] BUSSY, _Histoire amoureuse des Gaules_; Liége, in-12, p. - 45. - - [101] _Ménagiana_, t. I, p. 167. - -La passion bien connue de Ménage pour madame de Sévigné et ses manières -avec elle lui valurent une petite leçon, qui lui fut donnée par la -marquise de Lavardin, dans le carrosse de laquelle il voyageait. Tous -deux se rendaient en Bretagne, pour aller voir madame de Sévigné. -Ménage, qui se trouvait seul avec la marquise de Lavardin, se mit à -faire le galant, et lui prenait les mains pour les baiser: «Monsieur -Ménage, lui dit en riant madame de Lavardin, vous vous recordez pour -madame de Sévigné[102].» - - [102] _Ibid._, t. III, p. 233. - -Un jour, madame de Sévigné embrassa Ménage avec familiarité, et comme -elle aurait pu faire avec un frère. S'apercevant de l'étonnement de -plusieurs des hommes présents, dont quelques-uns lui faisaient la cour, -elle se retourna vers eux en riant, et leur dit: «C'est ainsi qu'on -baisait dans la primitive Église.» - -Madame de Sévigné eut toujours dans Ménage une grande confiance, et -elle lui faisait confidence de ses affaires les plus secrètes. Après un -entretien de ce genre, il lui dit un jour: «Je suis actuellement votre -confesseur, et j'ai été votre martyr!»--«Et moi votre vierge, -répliqua-t-elle gaiement[103]. - - [103] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires manuscrits_, in-folio, 566 à - 568. - -Elle avait pour son savoir cette estime et cette déférence que l'on -conserve toujours pour un maître; toutefois, cela ne la rendait pas -plus soumise à ses décisions sur la langue lorsqu'elles n'étaient pas -de son goût. Tout le monde sait qu'ayant demandé à Ménage des nouvelles -de sa santé, il lui répondit: «Madame, je suis enrhumé.»--«Je la suis -aussi,» dit madame de Sévigné. Ménage, fidèle à ses anciennes habitudes -à l'égard de son écolière, lui fit observer, avec raison, que, selon -les règles de la langue, elle devait dire, Je le suis.--«Vous direz -comme il vous plaira, reprit-elle avec vivacité; mais, moi, si je -disais ainsi, je croirais avoir de la barbe au menton.» - -Chapelain avait contribué plus encore que Ménage à l'éducation de -madame de Sévigné; mais il avait près de cinquante ans lorsque son -élève se maria, et par son âge comme par son caractère il se trouvait à -l'abri de toute séduction: cependant il est inscrit dans le -dictionnaire de Somaize, ainsi que Ménage, au nombre de ceux qui se -montraient les plus assidus aux cercles et dans la ruelle de la jeune -marquise de Sévigné[104]. - - [104] SOMAIZE, _le Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, - seconde partie, p. 151. - -Le chevalier de Méré, qui dans le monde prenait rang entre les -courtisans et les auteurs, et qui était lorsque Ménage vint à Paris un -des hommes les plus à la mode, se mit aussi au nombre des poursuivants -de madame de Sévigné. Ses succès dans les ruelles lui faisaient penser -qu'il était le cavalier le plus accompli de son temps. Pour l'esprit, -il se croyait supérieur à Voiture, parce qu'il avait fait quelques -critiques assez justes de son style. Une légère teinture des sciences -l'avait mis en rapport avec les Pascal et les Huyghens, et d'autres -grands physiciens de cette époque; et, prenant au pied de la lettre les -éloges qu'ils lui donnaient, il se croyait leur égal pour le -génie[105]. Il accueillit Ménage, qui lui fut présenté par Balzac, et -loua ses écrits. Ménage, dont la réputation était naissante, ne se -montra point ingrat; il vanta partout le chevalier de Méré, et même le -présenta chez plusieurs dames qui aimèrent à le recevoir, et -particulièrement chez la duchesse de Lesdiguières, dont Méré devint -l'ami, et à laquelle il a adressé le plus grand nombre des lettres qui -nous restent de lui. Il est probable que ce fut aussi à Ménage que le -chevalier de Méré dut la connaissance de madame de Sévigné; et par là -Ménage se donna un nouveau rival, sinon très-redoutable, du moins -très-assidu[106]. Ce fut au chevalier de Méré que Ménage dédia ses -_Observations sur la Langue Française_; et dans l'épître dédicatoire il -lui dit: «Je vous prie de vous souvenir que lorsque nous faisions notre -cour ensemble à une dame de grande qualité et de grand mérite, quelque -passion que j'eusse pour cette illustre personne, je souffrais -volontiers qu'elle vous aimât plus que moi, parce que je vous aimais -aussi plus que moi-même[107].» Ce n'est là qu'une de ces insipides -phrases de dédicace comme on en faisait alors, sans sincérité, sans -vérité. - - [105] DE MÉRÉ, _Å’uvres, lettre 19 à Pascal_, t. II, p. 60 à - 63. - - [106] _Ménagiana_, t. II, p. 363.--DE MÉRÉ, _Å’uvres_, t. II, - p. 5, 54, 56, 97, 116, 149, 175. - - [107] MÉNAGE, _Observations sur la Langue Française_, 1672, - in-folio. - -Madame de Sévigné appréciait beaucoup dans Ménage les qualités solides -de l'ami, l'érudition de l'homme de lettres. Elle était flattée de ses -hommages, heureuse de ses conseils, et aurait regretté d'en être -privée; mais elle n'avait, au contraire, que des répugnances pour la -fatuité et le pédantisme du chevalier de Méré. Elle parle, dans une de -ses lettres, avec beaucoup de dédain, de son _chien de style_, et de la -ridicule critique qu'il fait, en collet monté de l'esprit libre, badin -et charmant de Voiture[108]. - - [108] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 24 novembre 1679, t. VI, p. 31. - -Méré, qui dans le commencement de la faveur de madame de Maintenon -s'attribuait sans façon l'honneur de l'avoir formée, parce qu'il lui -avait été de quelque utilité dans sa jeunesse, et qui, en lui proposant -de l'épouser, lui avait écrit[109]: «Je ne sache point de galant homme -aussi digne de vous que moi»; Méré n'était pas de l'espèce de ceux que -préférait madame de Sévigné: mais elle le supportait, et même le -traitait avec les égards que lui paraissait exiger la réputation que -certaines ruelles lui avaient faite[110]. Une telle conduite ne doit -point être taxée de fausseté, et montre, au contraire, une sagesse -digne de louange. Il serait trop long, trop ennuyeux, et aussi trop -dangereux, d'être continuellement en discussion avec le monde au milieu -duquel on vit. C'est ce qui arriverait à tout homme judicieux, s'il -s'obstinait à ne vouloir prendre les choses que pour ce qu'elles sont -réellement, et s'il refusait toujours de consentir à les admettre pour -ce qu'elles sont réputées être. - - [109] MÉRÉ, _Å’uvres, lettre 43_, t. II, p. 122, 124, édit. - d'Amsterdam, 1692. - - [110] MONMERQUÉ, article MÉRÉ, dans la _Biographie universelle_. - -Avec moins de savoir, moins d'importance et de vanité, mais avec plus -d'esprit et d'amabilité, le jeune abbé de Montreuil, ami et depuis -secrétaire de Cosnac, évêque de Valence, contribua beaucoup plus que le -chevalier de Méré à l'agrément de la société que réunissait madame de -Sévigné. Jovial, étourdi; montrant souvent ses belles dents; d'une -humeur libre, paresseuse; dissipant en voyages, en plaisir, les revenus -d'assez gros bénéfices; parlant un peu l'italien et l'espagnol, et -faisant négligemment et facilement des madrigaux et des chansons pour -les femmes auxquelles il aimait à plaire, tel était Montreuil[111]. On -sait que le soin qu'il prit d'envoyer ses vers à tous les faiseurs de -recueils lui a valu l'honneur de fournir une rime à Boileau[112]. Il ne -sut point mauvais gré à ce poëte d'un léger trait de satire qui a -transmis son nom à la postérité plus sûrement que les deux éditions de -ses ouvrages qu'il a lui-même publiées. Outre le joli madrigal qu'il a -composé pour madame de Sévigné, et que nous avons rapporté dans le -chapitre précédent[113], son recueil contient encore deux lettres qu'il -lui a adressées, et que les éditeurs de madame de Sévigné n'ont point -reproduites. Nous aurons occasion d'en faire mention à leur date. - - [111] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 64. - - [112] BOILEAU, _Satire VII_, vers 83, t. I, p. 114 de l'édition - de Saint-Marc, 1747; ou t. I, p. 178, édition de Saint-Surin, - 1821, in-8º. - - [113] _Voyez_ ci-dessus, chapitre V, p. 50. - -Dans la même classe que Montreuil était Marigny. Quoique ayant la -prétention d'être noble d'ancienne date, il était fils d'un marchand de -fer possesseur de la seigneurie de Marigny, dans le Nivernais. Parmi -tous les cavaliers qui formaient son galant cortége, madame de Sévigné -n'en comptait pas de plus gai, de plus spirituel, de plus réjouissant -que ce chansonnier de la Fronde, gros, court, rebondi, au teint -fleuri; il avait fait un voyage en Suède, et passait pour avoir obtenu -les bonnes grâces de la reine Christine[114]. Il était attaché au -coadjuteur depuis cardinal de Retz, et presque un des familiers du -marquis de Sévigné lorsque celui-ci épousa Marie de Chantal; mais à -cette époque son âge, déjà mûr, et son goût pour le vin et la bonne -chère, le rendaient pour notre jeune marquise un séducteur peu -dangereux: toutefois, elle goûtait beaucoup son intarissable gaieté, la -facilité, la grâce et la finesse mordante de son esprit[115]. - - [114] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 263, in-8º, ou t. VII, p. - 179, et la correspondance de Chanut, mss., t. I, Bib. Roy. - - [115] _Lettre de M_. DE MARIGNY, la Haye, 1658, in-12 de 84 - pages.--_Å’uvres de M._ DE MARIGNY, en vers et en prose, 1674, - in-12 de 162 pages.--Fr. NÉE DE LA ROCHELLE, _Mémoires pour - servir à l'histoire politique et littéraire du département de la - Nièvre_, 1827, in-8º, t. III, p. 152-156. -#/ - -Saint-Pavin, le petit bossu[116], était aussi une des connaissances les -plus anciennes de madame de Sévigné, et une des plus intimes. Il avait -une maison à Livry, lieu dont son père, président aux enquêtes et -prévôt des marchands, était seigneur. Cet aimable voluptueux, qui -dépensait d'une manière peu exemplaire les revenus de ses bénéfices, -attirait à sa campagne, par son amabilité, son humeur joyeuse et sa -bonne chère, la meilleure société de Paris. Le prince de Condé, au -retour de la guerre, ne manquait jamais, pour se délasser, d'y aller -passer un jour ou deux[117]. Saint-Pavin était le premier à plaisanter -des difformités de sa taille. Il a lui-même tracé ainsi son portrait: - - Soit par hasard, soit par dépit, - La nature injuste me fit - Court, entassé, la panse grosse, - Au milieu de mon dos se hausse - Certain amas d'os et de chair, - Fait en pointe de clocher; - Mes bras d'une longueur extrême, - Et mes jambes presque de même, - Me font prendre le plus souvent - Pour un petit moulin à vent. - - [116] SAINT-PAVIN, _Poésies_, p. 79 et 80, édit de Saint-Marc, - 1749, p. 35. - - [117] Id., _Avertissement_, p. 1.--TITON DU TILLET, _Parnasse_, - p. 298. - -Saint-Pavin eut occasion de voir la jeune Marie de Chantal à Livry, -chez son cousin l'abbé de Coulanges, où il allait fréquemment, amenant -avec lui ses compagnons de plaisir[118]. Il fut charmé de la jeune et -belle Bourguignonne; et il lui exprima très-familièrement dans ses vers -ce qu'il ressentait. Il continua sur le même ton après qu'elle fut -mariée. Madame de Sévigné pouvait, sans craindre la calomnie, s'amuser -des attentions et des hommages d'un homme très-spirituel, mais si peu -propre par sa conformation à inspirer de l'amour. Aussi se -plaisait-elle dans sa société; on voit même qu'elle aimait à lui -écrire. Il lui dit dans une fort jolie épître: - - Je ne me pique point d'écrire, - J'y veux renoncer désormais; - Et même j'oublierais à lire, - Si vous ne m'écriviez jamais[119]. - - [118] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1129, t. XI, p. 126, 213; t. I, p. 311; - t. IX, p. 243.--L'abbé LE BÅ’UF, _Hist. du Diocèse de Paris_, - t. VI, p. 197; SAINT-PAVIN, _Poésies_, 1759, in-12, p. 35. - - [119] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 6. - -Après son mariage, dans la belle saison, madame de Sévigné se faisait -un plaisir d'aller passer tous les vendredis à Livry, chez son tuteur. -Saint-Pavin, qui à cette époque de l'année n'habitait jamais la ville, -ne la voyait que ces jours-là ; et il les passait si agréablement, -qu'il fit à ce sujet l'impromptu suivant: - - Seigneur, que vos bontés sont grandes - De nous écouter de si haut! - On vous fait diverses demandes; - Seul vous savez ce qu'il nous faut. - Je suis honteux de mes faiblesses. - Pour les honneurs, pour les richesses, - Je vous importunai jadis: - J'y renonce, je le proteste. - Multipliez les vendredis, - Je vous quitte de tout le reste. - -On voit, par une facile épître faite sur deux rimes, le plaisir qu'il -éprouvait à correspondre avec madame de Sévigné: - - M'envoyer faire un compliment - Par un laquais sans jugement, - Qui ne sait ce qu'il veut me dire, - C'est vous commettre étrangement; - Vous feriez bien mieux de m'écrire: - On s'explique plus finement, - Et la réponse qu'on s'attire, - Quand elle est faite galamment, - Se refuse malaisément - D'une personne qui soupire - Toujours respectueusement. - Essayons ces choses pour rire: - Dans un billet adroitement - Je vous conterai mon martyre; - A le recevoir, à le lire, - Vous façonnerez[120] grandement, - Et vous répondrez fièrement, - Donnant pourtant votre agrément - Au beau feu que l'amour inspire. - Ceux qui voudront malignement - Traiter de trop d'emportement - Ce commerce, pour en médire, - Ne diront pas certainement: - Telle maîtresse, tel amant - Sont faits égaux comme de cire. - Vous êtes belle assurément, - Et je tiens beaucoup du satyre[121]. - - [120] C'est-à -dire: _vous ferez des façons_. MONTAIGNE emploie ce - mot dans ce sens. - - [121] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IX, p. 243, no 1129. - -Ce fut aussi vers cette époque, et dès le commencement de son mariage, -que madame de Sévigné fit connaissance avec Segrais. Le comte de -Fiesque, fils de la gouvernante de mademoiselle de Montpensier, fut -éloigné de la cour, et se retira à Caen. Dons cette ville il se lia -avec Segrais, qui, alors âgé de vingt ans, avait déjà acquis dans sa -province une petite célébrité littéraire par la composition d'une -tragédie et d'un roman. Le comte de Fiesque, lorsqu'il fut rappelé de -son exil, emmena avec lui Segrais, et le présenta à la cour, où il eut -des succès, possédant les qualités de l'homme du monde à un plus haut -degré encore que celles de l'homme de lettres. Mademoiselle de -Montpensier le fit entrer dans sa maison en qualité de gentil-homme -ordinaire[122]. Il fut aussi introduit à l'hôtel de Rambouillet, et se -lia intimement avec Ménage et Chapelain; il eut toujours une haute -opinion de leur savoir et de leur talent. On voit que ses sociétés, ses -admirations, ses affections, étaient les mêmes que celles de madame de -Sévigné. Les éloges que dans la suite Boileau donna à ses vers[123] ne -purent lui faire pardonner ceux que le satirique décocha contre ses -amis, et surtout contre Chapelain[124]. Ce fut encore une sympathie de -plus avec madame de Sévigné. Aussi conserva-t-elle toujours Segrais -comme ami. Dans les premiers temps de leur connaissance, il aspira -comme tant d'autres à un autre titre. Il était presque du même âge -qu'elle, et fort aimable[125]. Un jour, il perdit une discrétion en -jouant avec elle, et lui adressa ce madrigal impromptu, qui depuis a -été imprimé dans ses Å“uvres[126]: - - Vous m'avez fait supercherie: - Faites-moi raison, je vous prie, - D'une si blâmable action. - En jouant avec vous, jeune et belle marquise, - Je n'ai cru hasarder qu'une discrétion, - Et m'y voilà pour toute ma franchise. - Mais qu'ai-je fait aussi? Ne savais-je pas bien - Qu'on perd tout avec vous, et qu'on n'y gagne rien? - - [122] _Vie de Segrais_, dans les _Å’uvres_ DE SEGRAIS, t. I. - - [123] BOILEAU, _Art poétique_, chant IV, t. II, p. 300, édit. de - Saint-Surin. - - [124] _Segraisiana_.--SEGRAIS, _Å’uvres_, t. II, p. 64. - - [125] _Vie de Segrais_, dans ses _Å’uvres_, édit. de 1755, t. - I, p. 1.--_Ibid._--_Segraisiana_, t. II, p. 107.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ en date du 5 mai 1689, t. VIII, p. 462, et t. I, p. - 301; t. II, p. 45; t. IV, p. 478; t. V, p. 344. - - [126] SEGRAIS, _Å’uvres_, 1755, t. I, p. 274.--_Diverses - Poésies_ de Jean REGNAUT DE SEGRAIS, gentil-homme normand; Paris, - chez Antoine Sommaville, 1659, in-12, p. 78.--SEGRAIS, _Poésies_, - 3e édit., p. 278. -Nous venons de faire connaître une partie de ceux qui, admis dans -la société intime de madame de Sévigné durant les premières années -de son entrée dans le monde, ne déguisèrent pas le désir qu'ils -avaient de l'aider à se venger des indignes procédés de son mari. -Passons à ceux d'un rang plus élevé. - - - - -CHAPITRE VII. - - Influence de l'éducation et des préjugés de rang et de naissance - sur le sentiment de l'amour.--Différences entre le siècle de - Louis XIV et le nôtre sous ce rapport.--Des personnages de la - haute classe qui firent leur cour à madame de Sévigné.--Du prince - de Conti.--De Turenne.--Du marquis de Noirmoutier.--De - Servien.--De Fouquet.--Du comte du Lude.--Sa passion pour madame - de Sévigné.--Ce que Bussy a dit de la nature de leur liaison.--De - Bussy.--Toute sa vie se trouve liée à celle de madame de - Sévigné.--Nécessité de la connaître.--Portrait de Bussy.--Son - caractère.--Désordres de sa jeunesse.--Ses premières aventures - galantes.--A Guise avec une jeune veuve.--Il va à - Châlons.--Devient amoureux de mademoiselle de Romorantin.--Sa - liaison avec une bourgeoise de la ville.--Dernière conversation - de Bussy avec mademoiselle de Romorantin.--Ce qu'elle devint - depuis.--Suite et fin de la liaison de Bussy avec la bourgeoise - de Châlons.--Bussy va en garnison à Moulins.--Son intrigue avec - une comtesse.--Il devient amoureux d'une de ses parentes.--Se - montre délicat et généreux envers elle.--Son père s'oppose au - mariage qu'il veut contracter.--On le marie avec mademoiselle de - Toulongeon.--Il revoit sa parente mariée.--Renoue sa liaison avec - elle.--Il devient amoureux d'une autre parente, dont il n'obtient - rien.--Il devient amoureux de sa cousine Marie de Rabutin-Chantal - aussitôt après qu'elle fut mariée au marquis de Sévigné.--Il - regrette de ne l'avoir pas épousée, et forme le projet de la - séduire. - - -L'homme change par la civilisation; et à mesure qu'elle se complique on -voit s'altérer en lui jusqu'à ces penchants irrésistibles que le -Créateur lui a donnés pour l'accomplissement de ses fins les plus -universelles. L'amour même, cette loi générale de tous les êtres -vivants, cette grande nécessité de la création, se modifie selon l'état -des sociétés humaines, et subit aussi les conséquences des révolutions -qu'elles éprouvent. Dans les premiers âges des nations, l'objet de -toutes les pensées, le but de toutes les ambitions, c'est la -satisfaction des besoins physiques; chez les peuples depuis longtemps -civilisés, familiarisés avec le luxe et les arts, le cÅ“ur et -l'imagination se créent d'autres éléments de bonheur, des jouissances -d'un autre ordre; et les rapports entre les deux sexes s'imprègnent de -toutes les conditions auxquelles l'existence est soumise, et sans -lesquelles elle devient un fardeau insupportable. L'amour alors a -besoin, pour naître, de la conformité d'idées, de sentiments, qui -résultent du même genre de vie, des mêmes habitudes; et, parmi ceux que -la fortune a dispensés de tous soins matériels, les causes morales qui -le produisent sont plus énergiques que les causes physiques. C'est dans -l'âme et non dans les sens que s'allume d'abord le foyer de cette -passion. Les beaux traits, les charmes ravissants d'une femme de la -classe inférieure, commune dans son langage, ignoble dans ses manières, -pourront bien exciter, pour quelque temps, le désir de celui qui a été -habitué à rechercher dans celle qu'il aime tout ce qu'il estime le plus -dans lui-même; mais jamais ils ne feront naître cette passion qui nous -fait vivre en autrui, qui transporte notre existence tout entière dans -l'objet aimé. - -C'est pourtant à la confusion des rangs, au nivellement des diverses -classes de la société, qu'est dû ce débordement de mÅ“urs qui -prévalut en France dans le dix-huitième siècle. Lorsque les plus grands -seigneurs eurent mis leur amour-propre à ne pas se distinguer, par -leurs manières et leurs façons de vivre, de l'artiste et de l'homme de -lettres; lorsque les femmes des financiers, des marchands opulents, -n'offrirent plus de différence par leur éducation, par leur -habillement, avec les dames du plus haut rang; quand l'égalité fut -reconnue entre tous les gens du monde comme une condition essentielle -aux relations sociales, alors disparurent tous les obstacles qui -s'opposaient à la réciprocité des sentiments. La politesse, -l'instruction, le savoir-vivre, les déférences mutuelles, la liberté du -discours, tout fut égal entre des personnes qui présentaient d'ailleurs -tant d'inégalités sous les rapports du rang, de la naissance et de la -fortune. Bien plus, tant d'admiration fut prodiguée aux talents -agréables, qu'on mit dans les plus hautes classes de l'orgueil à y -exceller. Dès lors il ne dut plus y avoir de conquête trop relevée pour -un musicien ou un danseur; c'était le maître qui consentait à se livrer -à son élève. - -Il n'en était point ainsi du temps de madame de Sévigné. Les diverses -classes de la société se mêlaient entre elles, sans se confondre. -Jusque dans la familiarité d'un commerce journalier, elles maintenaient -les degrés de subordination, et les nuances de ton et de manières qui -les distinguaient aussi sûrement que la diversité de leurs habits. -L'inégalité des rangs et des conditions établissait des barrières dont -l'amour s'effarouchait, et qu'il cherchait rarement à franchir. - -Ainsi donc, parmi ceux qui aspiraient aux faveurs de madame de Sévigné, -les hommes de la cour et ceux de la haute noblesse étaient les seuls -qui pouvaient l'attaquer avec avantage, les seuls qui fussent -réellement dangereux pour elle. Son humeur libre, gaie, joviale, et sa -coquetterie naturelle, firent qu'il s'en présenta plusieurs; et comme -nous les retrouvons presque tous au nombre de ses amis les plus dévoués -et les plus assidus, il est essentiel de les faire connaître au -lecteur. - -Le premier de tous, par son rang et sa naissance, était le prince de -Conti, frère du grand Condé. Moins habile que lui sur le champ de -bataille, il était auprès des femmes plus spirituel et plus aimable, et -obtint auprès d'elles plus de succès, quoiqu'il fût contrefait[127]. - - [127] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 17; _lettre de Bussy_ en date - du 16 juin 1654. - -Le grand Turenne eut toujours pour les femmes le penchant le plus -décidé; et ses instances auprès de madame de Sévigné furent assez vives -pour la forcer de se dérober à ses visites, devenues trop fréquentes -pour ne pas la compromettre[128]. On trouve aussi dans cette liste le -marquis de Noirmoutier et le comte de Vassé, qui se battit en duel, en -1646, avec le comte Rieux de Beaujeu, capitaine de cavalerie dans le -régiment de Grancey[129]. Il faut ajouter encore les deux surintendants -des finances Servien et Fouquet, surtout ce dernier, pour lequel madame -de Sévigné fit voir un attachement si sincère et si vif dans sa -disgrâce. - - [128] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 42; _lettre de Bussy_ en date - du 7 octobre 1655. - - [129] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 113, édit. in-12, p. 141 de l'édit. - in-4º.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Mém. mss._, in-folio, p. 566 et - 567. - -Mais tous ces amants n'osèrent concevoir l'espoir de réussir auprès de -madame de Sévigné qu'après qu'elle eut perdu son mari; tandis que le -comte du Lude et Bussy-Rabutin voulurent surprendre son inexpérience -aussitôt après son mariage, et cherchèrent à tirer parti, au profit de -l'amour, des justes mécontentements de l'hymen. - -Le comte du Lude, quoique assez laid de visage, était grand, bien fait; -et, ce qui n'était pas alors un avantage médiocre, même pour un homme, -il avait une belle chevelure. Il excellait à tous les exercices, -dansait avec une grâce remarquable, maniait un cheval avec une -hardiesse et une dextérité merveilleuses, et était habile à l'escrime. -A toutes ces qualités du corps il joignait encore celles de -l'esprit[130]; c'était un des hommes de France dont on citait le plus -de bons mots. On ne doutait point de son courage; il en avait donné des -preuves dans plusieurs combats singuliers; mais la douceur de son -caractère et son naturel enclin à la mollesse lui donnaient de -l'éloignement pour les fatigues et les violences de la guerre. Ce fut -la faveur du monarque plutôt que ses exploits et ses services qui le -portèrent successivement jusqu'aux premiers grades militaires. Il fut -par la suite nommé grand maître de l'artillerie, puis créé duc; par -héritage et par le revenu de ses charges, il se vit possesseur d'une -immense fortune[131]. Il aimait le plaisir, et s'était acquis auprès -des femmes cette sorte de réputation qui se concilie les bonnes grâces -de toutes, parce qu'elle suppose plus de vivacité dans l'attaque, plus -d'excuses dans la défaite, plus de gloire dans la résistance. Ce qui -contribuait à lui conserver la bienveillance générale du beau sexe, -c'est que, quoique volage en amour, il n'était jamais perfide. Il -n'aimait pas longtemps, mais il aimait fortement; souvent ses larmes -témoignaient de la violence et de la sincérité de sa passion, et -attendrissaient celles que ses séductions n'avaient pu fléchir. Il -portait jusque dans les déréglements de la volupté les sentiments d'un -homme juste. Souvent infidèle, jamais il ne cherchait à se venger d'une -infidélité; toujours discret et modeste dans ses triomphes, il prenait -autant de soin pour ménager la réputation des femmes qu'il avait -autrefois aimées, que de celles dont l'intérêt présent de son amour lui -faisait un devoir de cacher les écarts à la malignité publique[132]. - - [130] _Ménagiana_, t. I, p. 205. - - [131] SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, 1820, in 8º, t. V, p. 343, - note B.--DANGEAU, _Journal_ des 30 et 31 août 1685, t. I, p. 71, - édit. 1830. - - [132] BUSSY-RABUTIN, _Hist. amoureuse des Gaules_, édit. 1754, t. - I, p. 260 à 262, et p. 42 de l'édit. de Liége. - -Si sa passion pour madame de Sévigné fut connue, ce fut par le coupable -libelle de Bussy. Cette publicité fit que madame de Sévigné plaisantait -de cet amour longtemps après dans une lettre à sa fille. Cette lettre -nous apprend que les deux mariages que le comte du Lude contracta -successivement dans le cours de sa vie ne firent point cesser ses -intrigues galantes. Madame de Coulanges fut au nombre de celles dont il -parvint à se faire aimer[133]. - - [133] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VI, p. 157, édit. Monm., lettre du - 1er mars 1680, no 716. - -Bussy est forcé de rendre hommage à la vertu de sa cousine. Il avoue -qu'elle sut résister à l'amour du comte du Lude; mais en même temps, -comme il fallait que l'animosité qui guidait sa plume se satisfit, il -prétend que le comte du Lude n'a pas mis assez de constance dans ses -poursuites, et qu'au moment même où il tourna ses vÅ“ux d'un autre -côté madame de Sévigné inclinait à se rendre. - -Bussy était bien convaincu du contraire de ce qu'il écrivait, et -lui-même s'est reproché ces lignes coupables, et les a démenties avec -l'expression du plus sincère repentir. Il savait d'ailleurs qu'il était -alors pour sa cousine un séducteur autrement dangereux que le comte du -Lude. Madame de Sévigné n'a eu en effet avec aucun homme des rapports -aussi longs, aussi multipliés qu'avec Bussy-Rabutin, et, si on excepte -son mari et son tuteur, des rapports aussi intimes. Nul ne l'a si -longtemps et constamment aimée; nul ne l'a louée aussi souvent et plus -sincèrement; nul n'a eu pour son esprit une admiration plus grande, -pour sa vertu une estime plus profonde; nul ne lui a inspiré des -sentiments plus tendres et ne lui a causé des peines plus amères. - -La vie de Bussy-Rabutin se trouve presque constamment liée à celle de -madame de Sévigné. La correspondance qu'elle a entretenue avec lui est -la seule, de toutes les correspondances qui la concernent, qui nous -reste entière; car nous n'avons point les réponses de nombreuses -lettres qu'elle adressa à sa fille, tandis que Bussy a eu grand soin de -nous conserver les lettres qu'il a reçues de sa cousine et celles qu'il -lui a écrites. Il est donc nécessaire, pour notre sujet, de bien faire -connaître Bussy et de raconter la suite de ses aventures galantes avant -qu'il fût devenu amoureux de madame Sévigné et qu'il eût employé pour -en triompher tout l'art d'un séducteur expérimenté, et peu délicat sur -le choix de ses moyens. Il faut aussi rechercher quel était alors -l'état de sa fortune, son rang et sa position dans le monde, les motifs -d'intérêts ou d'ambition qui le faisaient agir. - -A l'époque du mariage de madame de Sévigné, quels que fussent les -qualités brillantes et les avantages que réunissait le comte du Lude, -il était cependant, sous bien des rapports, inférieur à Bussy. -Celui-ci, relativement à l'ancienneté et à l'illustration de sa -naissance, n'avait rien à lui envier, et lui était supérieur par son -rang et ses services personnels. Le comte du Lude n'avait alors fait -qu'une seule campagne comme volontaire. Il semblait avoir renoncé à la -guerre, et n'avait aucun grade dans l'armée; tandis que Bussy, au -contraire, avait commencé dès l'âge de seize ans une carrière militaire -aussi brillante que rapide[134]. Il avait combattu avec gloire sous le -duc d'Enghien, et mérité les éloges de ce jeune et grand capitaine. Il -avait été nommé colonel à vingt ans, et on lui avait confié le -commandement du régiment de son père. Par la mort de celui-ci il se -trouvait, au temps dont nous parlons, c'est-à -dire à vingt-six ans, -lieutenant de roi du Nivernais[135], et de plus revêtu de la charge de -capitaine lieutenant des chevau-légers du prince de Condé, qu'il avait -achetée. L'année suivante il fut nommé conseiller d'État. A trente-cinq -ans il était déjà lieutenant général et mestre de camp de la cavalerie -légère. Quant aux facultés de l'esprit, Bussy avait encore une grande -supériorité sur le comte du Lude; malgré les brillantes reparties de ce -dernier. Une ode de Racan, adressée au père de Bussy, avait inspiré au -fils, à sa sortie du collége, un goût vif pour les belles-lettres[136]; -et au milieu des camps, de la cour et du monde, il s'y appliqua avec -assez de succès pour que par la suite personne ne crût que l'Académie -Française lui eût fait une faveur en l'admettant dans son sein. Il a -peut-être été trop loué par la Bruyère, qui louait si peu; il a -peut-être eu de son vivant une réputation littéraire exagérée; mais on -ne peut disconvenir qu'il ne soit un écrivain spirituel, élégant et -pur, et ce mérite l'emporte sur celui de diseur de bons mots. Sous les -rapports physiques, relativement aux avantages extérieurs, il avait -encore une plus grande supériorité sur son rival. Sa taille était -majestueuse, ses yeux grands et doux; son nez tirait sur l'aquilin; sa -bouche était bien faite, sa physionomie ouverte et heureuse; ses -cheveux blonds, déliés et clairs[137]. Sa position à l'égard de madame -de Sévigné favorisait ses desseins sur elle, et faisait qu'avec des -armes égales il était difficile de lutter avec lui. Il jouissait auprès -de sa cousine de privautés qu'excepté son mari, elle ne pouvait -accorder à aucun autre homme, puisqu'il n'y en avait pas d'autre qui -fût son parent d'aussi proche. - - [134] BUSSY, _Mémoires_, édit. 1721, t. I, p. 2, 6, 13, 19, 23, - 41, 43, 94, 96 et 105.--_Ibid._, _Hist. amour. des Gaules_, édit. - 1754, t. I, p. 160; édit. de Liége, p. 43. - - [135] BUSSY, _Discours à ses Enfants_, édit. 1694, p. 184, - 207-211, t. III des _Mémoires_, p. 272, 280 et 281; _Mémoires_, - t. I, p. 93, 94, 96, ou édit. 1696, in-4º, t. I, p. - 130.--D'OLIVET, _Hist. de l'Académie_, in-4º, ou t. II, p. 212. - - [136] BUSSY, _Discours à ses Enfants_, 1694, in-12, p. 175; - _Mémoires_, 1721, t. I, p. 268.--D'OLIVET, _Hist. de l'Académie_, - 1709, in-4º, ou t. II, p. 250. - - [137] BUSSY, _Amours des Gaules_, p. 18; _Hist. am. des Gaules_, - 1654, in-12, t. I, p. 283. - -Dans ce siècle, c'eût été aux yeux de tous un sujet de blâme, une sorte -d'aberration morale, une manière de penser basse et vulgaire, que de -n'être pas sensible aux avantages de la naissance. Plusieurs passages -des lettres de madame de Sévigné, durement tancés par un de ces -ignorants commentateurs qui n'ont étudié l'histoire que dans les -carrefours et le cÅ“ur humain que dans les tabagies, nous prouvent -que, malgré son bon sens naturel et sa philosophie si vraie, et -quelquefois si profonde, madame de Sévigné était fortement imbue des -opinions que de son temps on nommait de nobles sentiments, un orgueil -légitime, et que dans le nôtre nous avons taxées de préjugés ridicules -et de vanités puériles. L'esprit de famille, si puissant alors, -secondait fortement les inclinations de notre jeune veuve pour son -cousin, et la rendait fière de toutes les qualités qui brillaient en -lui et de tous les succès qu'il obtenait. Il était en effet le seul -héritier du nom des Rabutins; ce nom ne pouvait plus se perpétuer que -par ce dernier et unique rejeton de la branche cadette[138], puisque la -branche aînée n'était représentée que par madame de Sévigné, et se -trouvait perdue dans la maison avec laquelle elle s'était alliée. - -Bussy chercha à mettre à profit tous ces avantages pour séduire sa -cousine, et y joignit même la perfidie. Il se vengea par un moyen plus -cruel encore de n'avoir pu réussir; et il ne dut enfin qu'au bon -naturel de celle à qui il aurait pu inspirer de l'amour, de pouvoir -conserver avec elle un commerce amical, qui était devenu nécessaire à -tous deux. - -Mais pour Bussy, il en fut toujours ainsi: son orgueil, son caractère -malin et envieux, sa vanité de bel esprit, son égoïsme firent avorter -tous les projets formés par son ambition, et rendirent inutiles pour -son bonheur toutes les faveurs de la fortune, tous les dons de la -nature. Nous ne nous occuperons qu'en passant de sa vie politique et -militaire, et qu'autant qu'elle se ralliera à notre sujet; mais il est -essentiel d'examiner quelles étaient les femmes avec lesquelles il -avait été en relation jusqu'à l'époque du mariage de madame de Sévigné -et lorsqu'il porta ses vues sur elle. - -Rien ne prouve mieux que le détail de son premier amour le respect que -les jeunes gens de ce temps avaient pour les femmes, et les changements -qui se sont introduits dans les moyens employés pour leur plaire. Bussy -se montra dès son entrée dans le monde dissipateur et déréglé dans sa -conduite. Il abusa de la procuration qui lui fut donnée pour assister -au conseil de famille relatif - - [138] _Généalogie des Rabutins_, dans les _Lettres inédites_, - 1819, p. 18. -à la nomination d'un tuteur pour sa cousine Marie de -Rabutin-Chantal; et par une ruse coupable, il arracha, au moyen de -cette procuration, au médecin Guinaut trois cents pistoles sur une -somme plus forte que son père avait confiée à ce dernier[139]. -Bussy dépensa cette somme en débauches; puis il se battit ensuite -en duel pour des causes très-légères. Tous ces faits n'annonçaient -pas un jeune homme scrupuleux et timide auprès des femmes. -Cependant, en 1638, et alors âgé de près de vingt ans[140], se -trouvant en garnison à Guise, une jeune veuve de qualité, fort -belle, brune, qui comptait environ vingt-cinq ans, et la fille d'un -bourgeois de la ville, beaucoup plus jeune et très-jolie, devinrent -toutes deux les objets de ses attentions particulières, et il -paraissait être bien accueilli de l'une et de l'autre. Il décrit -très-bien l'hésitation et la timidité d'un premier amour, et toutes -les délices d'un premier succès[141]. Nous ne le suivrons pas dans -ces récits; mais nous n'omettrons pas de rapporter ses tentatives -infructueuses auprès de mademoiselle de Romorantin, parce qu'elles -font connaître les mÅ“urs relâchées de la haute société de cette -époque, et les dangers où se trouvait exposée une jeune femme telle -que madame de Sévigné, au milieu d'un tel monde. - - [139] BUSSY, _Mémoires_, édit. in-12, t. I, p. 13, 14; édit. - in-4º, t. I, p. 16, 17. Voyez ci-dessus, p. 10, chap. III. - - [140] BUSSY, _Mém._, édit. in-4º, t. I, p. 47 et 67; in-12, t. - I, p. 3, 19, 38, 41, 47, 54.--D'OLIVET, _Hist. de l'Académie - franç._, t. II, p. 253.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 12. - - [141] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 37, édit. 1696, in-4º, ou t. - I, p. 30, édit. in-12. - -Bussy avait conduit son régiment en garnison à Aï. Il l'y laissa, et se -rendit à Châlons en Champagne pour rendre ses devoirs à François de -l'Hospital, connu alors sous le nom de du Hallier[142], et qui fut -depuis maréchal de France. Il commandait alors dans la province. Bussy -vit chez lui pour la première fois mademoiselle de Romorantin, blonde, -petite, mais d'une beauté éblouissante; il en devint aussitôt amoureux. -Mademoiselle de Romorantin était la fille de madame du Hallier. Bussy -dit de cette dame qu'elle avait eu des enfants de beaucoup de gens, et -pas un légitime. En effet, madame du Hallier était cette Charlotte des -Essarts, comtesse de Romorantin, célèbre par ses liaisons avec Henri -IV, et qui surpassait en beauté toutes ses autres maîtresses[143]; elle -eut du roi deux filles, toutes deux légitimées. Elle vécut ensuite avec -Louis de Lorraine, cardinal-duc de Guise, et archevêque de Reims. Elle -en eut cinq enfants. On prétendit (et cette prétention fut portée par -la suite devant les tribunaux) qu'il y avait eu un mariage secret entre -elle et le cardinal de Guise, par dispense du pape. Du Hallier, -intéressé à prendre la chose sur ce pied, la reconnut, dans son contrat -de mariage, comme veuve de ce prince; mais, avant d'épouser du Hallier, -elle avait vécu avec de Vic, archevêque d'Auch. Ce fut une singulière -destinée que celle de du Hallier. D'évêque de Meaux, il devint maréchal -de France; et de deux femmes qu'il épousa successivement, la première -avait été la maîtresse d'un roi et de deux archevêques; et la seconde, -simple lingère dans sa jeunesse, se maria en troisièmes noces à un abbé -commendataire, précédemment roi de Pologne (Jean-Casimir)[144]. Ces -contrastes en disent plus sur les effets des révolutions d'État et des -guerres civiles, et sur les déréglements des mÅ“urs pendant les deux -règnes qui précédèrent celui de Louis XIV, que des volumes entiers -d'histoire. - - [142] BUSSY, _Mém._, in-12, t. I, p. 42; de l'édit. in-4º, t. I, - p. 52.--_Supplément aux Mémoires_, 1re partie, p. 2. - - [143] Voyez TALLEMANT, _Historiettes_; Paris, 1834, in-8º, t. I, - p. 105. - - [144] ANSELME, _Histoire généalogique de la Maison de France_, t. - VII, p. 523.--DE LA CHESNAYE DES BOIS, _Dictionnaire de la - Noblesse_, t. VIII, p. 102, et t. VI, p. 137.--Mademoiselle DE - GUISE, _les Amours du grand Alexandre, suivies de pièces - intéressantes pour servir à l'histoire d'Henri IV_ (par LA BORDE, - valet de chambre du roi), 1786, in-12, t. II, p. - 198.--MONTPENSIER, _Mémoires_ (année 1658), t. XLII, p. 277 de la - collection de Petitot. - -Bussy nous apprend qu'il était parent de madame du Hallier, et il parle -en ces termes de l'accueil qu'elle lui fit: «Quelque vieille que fût -madame du Hallier, elle aimait à rire et à faire bonne chère; et comme -elle se faisait assez de justice pour croire que cela ne suffisait pas -pour retenir la jeunesse auprès d'elle, elle prenait soin d'avoir -toujours la meilleure compagnie de la ville et les plus jolies femmes -dans sa maison. Elle me trouvait, à ce qu'elle disait, un garçon de -belle espérance, et digne de sa nourriture; et, me voyant de -l'inclination à la galanterie, elle me faisait souvent des leçons qui -m'auraient dû donner de la politesse. Son grand chapitre était les -ruses des dames et leurs infidélités; et je m'étonne qu'après les -impressions qu'elle m'en a données, j'aie pu me fier à quelques-unes, -et n'être pas le plus jaloux des hommes[145].» - - [145] _Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le comte de_ - BUSSY-RABUTIN, 1re partie, an du monde 7539417, p. 3. - -Louise de Lorraine, qu'on nommait dans le monde mademoiselle de -Romorantin, était la seconde des filles que Charlotte des Essarts avait -eues du cardinal de Guise, toutes deux reconnues par leur père. Bussy -remarque que madame du Hallier ne manquait jamais l'occasion de -rappeler à mademoiselle de Romorantin qu'elle était née princesse; et -il dépeint cette jeune personne comme naturellement enjouée, permettant -de grandes libertés dans la conversation, et à qui on pouvait tout -dire, pourvu que les paroles fussent décentes. - -Avec deux femmes de ce caractère, Bussy crut qu'il lui serait facile de -mettre à profit les leçons qu'il avait reçues de sa veuve. Il avait -débuté à Guise par une double conquête, ce qui lui avait donné la -présomption de croire qu'aucun cÅ“ur de femme ne pouvait lui -résister. Mais il fut cette fois trompé dans ses espérances. Quoique -mademoiselle de Romorantin fût plus jeune que lui[146], elle avait déjà -beaucoup plus d'usage du monde et de pénétration. Sa fierté naturelle, -celle qu'elle tirait de sa naissance et du rang de son beau-père, -éloignait d'elle jusqu'à la pensée qu'elle pût se rendre coupable d'une -faiblesse: elle était d'ailleurs soigneusement gardée par sa mère, et -la surveillance d'une femme aussi expérimentée ne pouvait être -facilement déjouée. «Je lui rendais, dit Bussy, plus de devoirs, comme -à ma maîtresse, que je n'eus fait à une reine que je n'eusse point -aimée... Je l'appelais mademoiselle,... elle m'appelait son cousin... -Elle était assez bonne princesse pour moi... Elle en faisait assez pour -m'empêcher de la quitter, n'en faisait pas assez pour que je fusse -content. J'avais de quoi satisfaire la vanité d'un Gascon, mais pas -assez pour remplir les desseins d'un homme fort amoureux, et qui va au -solide[147].» - - [146] BUSSY, _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 2 et 4. - - [147] _Ibid._, p. 6. - -Un heureux hasard, ou plutôt un heureux succès, semblait aider Bussy à -sortir de cette situation pénible. Il s'était lié d'une étroite amitié -avec un nommé Jumeaux, de la maison de Duprat, capitaine de cavalerie, -beau, jeune, bien fait, brave, gai, spirituel, et, comme lui, en -quartier d'hiver en Champagne. Selon l'usage de ces temps, ces deux -amis n'avaient qu'un même lit, et se confiaient mutuellement leurs -secrets. Bussy avait donc fait confidence de son amour pour -mademoiselle de Romorantin à Jumeaux, et il avait persuadé à celui-ci -de choisir aussi, à son exemple, une maîtresse à séduire; même il lui -avait épargné l'embarras du choix, en lui désignant une jolie brune de -la ville. Jumeaux, qui n'aimait que la vie des camps et la débauche, ne -se prêta qu'imparfaitement à ce projet. Pour lui en rendre l'exécution -plus facile, Bussy usa de son influence, et fit inviter chez madame du -Hallier la maîtresse de son ami. La dame fut sensible aux soins que -Bussy se donnait pour elle, et les attribua à l'amour qu'elle crut lui -avoir inspiré. Alors, comme rien ne s'y opposait, elle se livra au -penchant de son cÅ“ur, qui l'entraînait vers Bussy. Les chagrins que -causait à Bussy l'inutilité de ses efforts auprès de mademoiselle de -Romorantin suggérèrent à Jumeaux l'idée de le consoler, en le laissant -libre d'aimer celle qui le préférait à lui. Bussy était trop amoureux -pour pouvoir profiter entièrement de la générosité de Jumeaux; mais il -consentit cependant à ce qu'il proposait, dans l'espérance que la -jalousie produirait quelques effets heureux pour son amour sur -mademoiselle de Romorantin, et que la crainte de le perdre la -forcerait, pour n'être pas abandonnée, à se montrer plus facile à son -égard. - -Ce fut tout le contraire; et elle le désespéra en lui avouant, dans une -explication qui fut le résultat de son changement de conduite, qu'elle -s'était sentie de l'inclination pour lui; mais en même temps elle lui -déclara qu'un cÅ“ur capable de se partager était indigne d'elle. «Et -souvenez-vous, dit-elle, mon cousin, que le peu de douceurs que vous -aviez près de moi valait mieux que toutes les faveurs que vous allez -chercher.» Bussy, plus amoureux qu'il ne l'avait jamais été, exprima -son repentir, implora son pardon, mais en vain. Jamais il ne put -parvenir à se replacer auprès de cette fière beauté dans la même -situation qu'il avait trouvée si pénible, et que la violence de son -amour lui faisait trouver digne d'envie depuis qu'il en était déchu. -Pour se délivrer de ses instances, elle lui fit connaître qu'elle avait -trop d'orgueil pour avoir contre lui de la haine ou de la colère, et -qu'elle le servirait pour son avancement, auprès de son beau-père, plus -ouvertement qu'auparavant; mais qu'il ne fallait plus qu'il songeât à -elle: qu'elle se considérait comme entièrement dégagée, et que si elle -ne l'était pas, elle ferait les plus grands efforts pour l'être. - -Ces derniers mots ayant réveillé dans le cÅ“ur de Bussy une faible -espérance, il essaya de nouveau tout ce que les prières et les larmes -ont de plus touchant, tout ce que les protestations d'une ardente -passion ont de plus persuasif. Tout fut inutile. Mademoiselle de -Romorantin se montra inflexible, et la fermeté de ses paroles ne permit -plus de douter de la fixité de ses résolutions. - -Bussy s'attacha alors à celle qui avait conçu pour lui l'amour le plus -passionné; mais celle-ci devint excessivement jalouse de mademoiselle -de Romorantin, quoique Bussy se réduisit à l'égard de cette dernière -aux termes de la simple amitié. Elle voulut exiger qu'il ne la vît -point et qu'il cessât d'aller chez madame du Hallier. Bussy ne voulut -point céder à cette exigence. Elle prit d'autres résolutions, et fit -entendre à mademoiselle de Romorantin qu'elle savait que Bussy lui -avait parlé de son amour, qu'il avait offert de lui en faire le -sacrifice, et qu'elle n'avait pas voulu l'accepter. Mademoiselle de -Romorantin, sans se déconcerter, lui dit qu'elle ne savait pas si Bussy -était discret; mais qu'elle avait peine à croire qu'il fût menteur, et -qu'elle lui parlerait de cette affaire[148]. Alors la dame, prévoyant -que sa ruse serait bientôt découverte, se repentit de l'avoir employée. -Elle en fit l'aveu à Bussy, en fondant en larmes. Bussy lui dit qu'il -n'y avait pas d'autre moyen de réparer sa faute que d'aller faire à -mademoiselle de Romorantin la confidence de sa liaison avec lui et de -toutes ses faiblesses, et de lui demander pardon de l'offense que les -tourments de la jalousie lui avaient fait commettre. La dame suivit -d'autant plus volontiers ce conseil, qu'elle y vit un moyen d'empêcher -Bussy de tromper mademoiselle de Romorantin sur la nature de leur -liaison, et de mettre l'orgueil de sa rivale dans l'intérêt de sa -passion. La confession qu'elle fit donna ensuite lieu à un entretien -entre Bussy et mademoiselle de Romorantin, qui nous prouve combien à -cette époque il y avait dans la haute classe de liberté dans le -commerce entre les deux sexes, et jusqu'où pouvait aller la licence des -entretiens avec les nobles demoiselles et les dames auxquelles on -devait le plus de respect[149]. - - [148] BUSSY, _Supplément aux Mémoires_, partie I, p. 17. - - [149] _Ibid._, p. 18. - -Ce fut la dernière conversation que Bussy eut avec mademoiselle de -Romorantin. Le lendemain, elle partit avec sa mère. Bussy nous dit -qu'il ne l'a pas revue depuis, et il n'en fait plus mention dans ses -Mémoires. Nous savons cependant par d'autres qu'elle tint tout ce que -le récit de Bussy pouvait faire présumer d'elle. Peu de mois après -avoir quitté Châlons, elle épousa (le 4 novembre 1639) Claude de Pot, -seigneur de Rhodes, grand maître des cérémonies de France. Elle devint -veuve en 1650, fut mêlée à toutes les affaires de la Fronde, eut des -liaisons particulières avec le garde des sceaux Châteauneuf, et de plus -intimes encore avec le duc de Beaufort, et mourut à Paris, le 15 -juillet 1652, à l'âge de trente-trois ans, laissant la réputation d'une -des femmes les plus galantes et les plus intrigantes de son temps[150]. - - [150] NEMOURS, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 460.--MOTTEVILLE, - _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 173.--PETITOT, _Introduction aux - Mémoires sur la Fronde_, t. XXXV, p. 145.--RETZ, _Mémoires_, I. - XLV, p. 37, 105, 115, 147, 157, 186, 187, 192.--JOLY, _Mém._, t. - XLVII, p. 105.--LORET, _Muse historique_, 15 octobre 1650, t. I, - p. 63.--SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 25 février 1685, t. VII, p. - 34. - -Le départ de mademoiselle de Romorantin causa une grande joie à la -maîtresse de Bussy, qui crut être par là délivrée de tout motif de -tourment. Elle se trompait. La jalousie s'attache à l'amour comme -l'envie au bonheur, pour en troubler toutes les jouissances; et lorsque -la destinée se complaît à écarter les causes qui pourraient alimenter -ces deux passions haineuses, elles s'en créent d'imaginaires, qui -produisent des angoisses aussi douloureuses que si elles étaient -réelles. - -Le père de Bussy n'ignorait pas la liaison amoureuse de son fils à -Châlons. Il lui écrivit qu'il y avait dans cette ville une fille riche, -qui donnerait en dot à son mari quatre cent mille francs, et qu'il -ferait bien de ne pas laisser échapper une aussi belle fortune; que -c'était une occasion de mettre à profit le talent de plaire aux dames, -qu'il paraissait avoir acquis. Bussy trouva l'avis de son père fort -bon, résolut de le suivre, et chercha à se dégager des liens qui -l'enchaînaient. - -D'après les dispositions où se trouvait Bussy, ce fut avec satisfaction -qu'il vit arriver le temps d'entrer en campagne: il se rendit à l'armée -devant Thionville, qu'assiégeait M. de Feuquières. - -L'hiver suivant (en 1640), Bussy fut envoyé en garnison à Moulins, où -il eut une nouvelle intrigue avec une comtesse qu'il eut à disputer au -marquis de Mauny, fils du maréchal de la Ferté, et au fils d'Arnauld -d'Andilly, alors militaire, depuis abbé, le même qui fut lié avec -madame de Sévigné, et dont nous avons les Mémoires. - -Quelque forts que fussent les attachements de Bussy, jusqu'ici aucun -n'avait duré plus longtemps que son séjour dans la ville où il les -contractait; lorsqu'il cessait d'y être en garnison ou qu'il fallait se -rendre à l'armée, il reprenait sa liberté, et il n'était plus question -de rien. Il n'en fut pas de même de l'amour qu'il éprouva pour une de -ses parentes. Il venait de passer cinq mois en captivité à la Bastille; -on l'avait rendu responsable de la conduite de son régiment, qui à -Moulins avait pratiqué le faux saunage, et donné lieu à de grandes -plaintes de la part de l'administration des gabelles. Cette rigueur, -qui était méritée, puisque son absence des lieux où son devoir -l'obligeait à résider était la principale cause du désordre, lui parut -injuste. Il vint à la cour en 1642, dans l'intention de quitter le -service; et, en attendant quelque occasion favorable d'y rentrer, il -résolut de chercher fortune par un mariage. Ennemi de toute contrainte, -il eût désiré rester garçon; mais il voulut satisfaire son père, qui -désirait fortement le voir établi. «J'aurais voulu, dit-il, de ces -mariages de riches veuves qui s'entêtent d'un beau garçon, et qu'on -m'eût pris avec mes droits, sans demander autre chose.» Son nouvel -amour vint fort mal à propos contrarier les desseins de son père et ses -propres résolutions. Sa parente était fort belle, mais n'avait point de -fortune. «Croyant d'abord, dit-il, m'amuser, en attendant que j'eusse -rencontré quelque bon parti, je finis par en devenir amoureux. Dans les -commencements de ma passion, je fus assez mon maître pour ne la vouloir -point épouser, ne désirant pas me ruiner pour l'amour d'elle; et quand -l'amour m'eut mis en état de ne plus songer à mes intérêts, je songeai -aux siens, et je ne voulus pas la rendre malheureuse en l'épousant -malgré mon père, ni la ruiner pour l'amour de moi... Et sur cela -j'admire la bizarrerie de mon amour, qui n'avait d'autre but que -soi-même; car je ne voulais ni débaucher ma maîtresse ni l'épouser.» - -La parente de Bussy répondait sans aucun détour à sa tendresse, et se -livrait avec lui à d'innocentes caresses avec la plus intime confiance -et le plus entier abandon. Il arriva un jour que, dans un de ces -entretiens qui les rendaient si heureux, Bussy, emporté par son désir -amoureux, parut vouloir oublier ses généreuses résolutions; et elle, se -sentant aussi incapable d'opposer aucune résistance, prit une attitude -suppliante, et lui dit: «Vous êtes le maître, mon cousin, si vous le -voulez absolument; mais vous ne le voudrez pas si vous désirez me -donner la plus grande marque d'amour qui soit en votre pouvoir...» Et -cette marque d'amour, si difficile à donner dans un tel moment, il la -lui donna[151]. Ce fut un beau trait de Bussy, et peu d'accord avec la -conduite de toute sa vie. Il nous montre qu'il a du moins une fois -éprouvé ce sentiment si rare qui rend l'âme, plus que les sens, avide -des jouissances qu'il procure, et qui ne s'empare du cÅ“ur que pour -en chasser tous les penchants impurs et n'y plus laisser de place -qu'aux vertus généreuses. - - [151] BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_, t. I, p. 91.--_Ibid._, in-4º, - t. I, p. 112. - -Cependant l'amour que Bussy inspirait à sa parente ne paraît pas avoir -été égal à celui qu'il ressentait pour elle. Dès qu'elle eut appris que -le père et la mère de Bussy, inquiets de la liaison de leur fils avec -elle, s'étaient hâtés d'arrêter son mariage avec Gabrielle de -Toulongeon, elle rompit tout commerce avec son cousin, et son -attachement sembla cesser dès qu'elle eut perdu l'espoir de devenir sa -femme. Bussy en fut surpris, et profondément affligé. Son père, -craignant qu'il n'en tombât malade, l'emmena avec lui en Normandie, -afin de chercher à le distraire. - -Les préliminaires du mariage de Bussy traînaient en longueur, et six -mois s'étaient écoulés depuis sa rupture avec sa cousine, lorsque, au -moment où il s'y attendait le moins, il la rencontra à Dijon avec sa -sÅ“ur. Cette sÅ“ur était mariée, et c'était chez elle que s'était -formée et entretenue leur liaison. Toutes deux témoignèrent leur -surprise et leur joie en revoyant Bussy. Il resta huit jours à Dijon, -par suite de cette rencontre; et il y serait demeuré plus longtemps, -sans la crainte d'exciter la jalousie de mademoiselle de Toulongeon. Il -avait alors moins d'amour pour sa cousine, et en même temps moins de -respect; de son côté, elle avait moins d'abandon et plus de réserve. -«Je prenais d'autorité, dit-il, ces faveurs qu'elle accordait autrefois -à mes prières; si elle m'avait laissé faire alors, je ne l'aurais pas -tant ménagée que je faisais: mais elle n'avait garde de se remettre à -ma discrétion, ne doutant pas que je n'en abusasse.» - -Bussy épousa, peu de temps après, mademoiselle de Toulongeon[152], et -fut près d'un an sans entendre parler de sa cousine. Il la revit à -Paris, plus belle, plus séduisante qu'elle n'avait jamais été, mais -engagée, ainsi que lui, dans les liens du mariage[153]. «Je ne voulus -pas, dit-il, perdre mes services passés: je lui rendis donc quelques -soins; et comme je ne craignais rien, je ne perdis pas mes peines. -Depuis ce temps-là je n'ai point douté que la hardiesse en amour -n'avançât fort les affaires. Je sais bien qu'il faut aimer avec respect -pour être aimé; mais assurément pour être récompensé il faut -entreprendre, et l'on voit plus d'effrontés réussir sans amour, que de -respectueux avec la plus grande passion du monde[154].» Mais pour -Bussy, plus que pour tout autre, la possession devenait promptement un -remède à l'amour; et cette femme qui avait été pour lui l'objet d'une -affection si forte et si pure, qui lui avait inspiré des sentiments si -délicats et si tendres, cessa promptement de lui plaire. Il trouva -qu'elle manquait entièrement de ces manières agréables, de ce je ne -sais quoi qui nous enchaîne et qu'on ne peut exprimer. «Plus on -connaissait ma cousine, dit-il, moins on avait d'amour pour elle; et -son corps, son esprit et sa conduite lui faisaient perdre les amours -que son visage lui avait attirés[155].» - - [152] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 91 à 93, édit. in-12; de - l'in-4º, t. I, p. 114. - - [153] _Ibid._, p. 93; de l'in-4º, p. 115. - - [154] _Ibid._, p. 93. - - [155] _Ibid._, p. 94. - -Il est probable que le prompt refroidissement que Bussy ressentit pour -cette cousine provenait de l'amour dont il s'était épris pour une autre -cousine, non aussi belle peut-être, mais plus spirituelle et plus -aimable. Cet amour dura plus longtemps que tous les autres, précisément -parce qu'il ne put jamais se satisfaire. L'époque où Bussy se mit à -rechercher les bonnes grâces de la marquise de Sévigné coïncide en -effet avec celle de sa rupture avec la comtesse des environs de -Moulins, et avec la fin de sa liaison avec cette parente dont nous -venons de parler. Ce fut entre 1642 et 1644, pendant les deux années -que Bussy resta sans emploi, qu'il fit marcher de front le plus -d'aventures galantes, au milieu desquelles vint se placer son mariage. -Lui-même nous apprend que ce ne fut qu'après que sa cousine Sévigné fut -mariée qu'il devint amoureux d'elle[156]. Le père de Bussy, qui -convoitait les grands biens de mademoiselle de Rabutin-Chantal, aurait -voulu que son fils l'épousât; mais celui-ci, préoccupé de son amour -pour son autre parente, seconda mal les projets paternels. Sa cousine -Chantal était d'ailleurs alors fort jeune; et son caractère jovial et -folâtre, l'habitude qu'il avait de la voir, la familiarité avec -laquelle il s'était accoutumé avec elle, la lui faisaient considérer -comme une enfant. Il n'ouvrit les yeux sur tous les agréments dont elle -était pourvue que lorsqu'elle fut mariée, et qu'il eut été témoin de -ses succès dans le monde: alors il regretta le trésor qu'il avait -laissé échapper, et résolut de le ravir à celui qui s'en était rendu -possesseur. C'était cependant son ami, mais un ami qui n'était pas plus -scrupuleux que lui sur ces matières. - - [156] BUSSY, _Histoire amoureuse des Gaules_, t. I, p. 25 de - l'édit. 1754, et p. 33 de l'édit. de Liége. - -D'après ce que nous savons de la vie de Bussy jusqu'à cette époque, on -ne peut s'empêcher de reconnaître que ses avantages personnels, son -amabilité, l'expérience qu'il avait acquise des faiblesses du cÅ“ur -chez les femmes, l'assurance que lui donnaient de nombreux succès en -amour, et son immoralité même, ne le rendissent un séducteur des plus -dangereux. Madame de Sévigné n'avait que dix-huit ans lorsque Bussy -commença contre elle son plan d'attaque. Il connaissait la tendresse -qu'elle avait pour son mari; et dans les premiers temps de son mariage, -n'espérant pas pouvoir la distraire de ce sentiment, il chercha -seulement à lui rendre sa présence agréable, et à obtenir sa confiance: -il y réussit. Il était en même temps le confident de l'époux. Celui-ci -lui racontait ses prouesses amoureuses, et madame de Sévigné les -chagrins qu'elle en ressentait. Cependant à cette époque même Bussy -acheta la charge de lieutenant de la compagnie des chevau-légers du -prince de Condé, et rentra au service. D'un autre côté, le marquis de -Sévigné emmena sa femme à sa terre près de Vitré en Bretagne. Bussy se -vit donc forcé de se séparer de sa cousine. Cette absence ne fit -qu'accroître sa passion naissante. Les procédés du marquis de Sévigné -envers sa femme augmentaient dans Bussy l'espoir qu'il avait de se -faire aimer. Aussi, pour ne pas se laisser oublier, il eut grand soin -d'entretenir avec sa cousine un commerce de lettres. - - - - -CHAPITRE VIII. - -1644-1646. - - La vie des particuliers est subordonnée aux événements - publics.--Des causes de la guerre qui forçaient Bussy, ainsi que - toute la jeune noblesse, à s'éloigner tous les ans de la capitale - pendant la belle saison.--Le marquis de Sévigné n'obtient la - lieutenance de la ville de Fougères qu'après son mariage.--Lettre - de Montreuil à madame de Sévigné, qui le prouve.--Le marquis de - Sévigné conduit sa femme à sa terre des Rochers.--Description de - cette terre, du château, des pays qui l'environnent, et de ses - habitants.--Monsieur et madame de Sévigné y passent une année - entière.--Bussy, après la campagne, se rend à sa terre de - Forléans.--Il revient à Paris, et, en commun avec Lenet, il écrit - une épître en prose et en vers à madame de Sévigné.--Dévouement - de Lenet pour la maison de Condé.--Bussy se brouille avec - Lenet.--Pourquoi on doit se défier du jugement qu'il en - porte.--Bussy part pour l'armée, et s'y distingue; il écrit à - madame de Sévigné. - - -Cette mystérieuse providence qui régit les États, les élève ou les -abaisse, les trouble ou les calme, accroît leur prospérité ou les -précipite vers leur chute, entraîne aussi dans leurs révolutions les -destinées des individus, et y subordonne leur existence. De même que la -connaissance des faits généraux de l'histoire ne peut résulter que de -celle des faits particuliers à ceux qui y jouent les principaux rôles, -la vie des personnes les plus étrangères à l'ambition et au tourbillon -des affaires a besoin, pour être comprise, qu'on la replace au milieu -des grands événements qui se sont passés de leur temps. - -A l'époque du mariage de madame de Sévigné, l'Angleterre était agitée -par cette terrible lutte qui devait la première donner l'exemple d'une -tête royale tombant sous la hache du bourreau. Déjà la reine -d'Angleterre, fille de Henri IV, avait été obligée de s'enfuir, et de -chercher un refuge à Paris. La maison d'Autriche, que le génie de -Richelieu avait comprimée, crut trouver par la mort de ce grand -ministre une occasion favorable de ressaisir l'influence qu'elle avait -perdue. L'Espagne, malgré l'épuisement de ses finances et le peu de -talent de ceux qui la gouvernaient, aspirait toujours, comme sous -Charles-Quint, à la domination de l'Europe; et ces hautes prétentions -s'y perpétuaient comme par tradition. De même que dans un grand -seigneur déchu l'orgueil de la naissance et le souvenir de sa fortune -lui inspirent des projets et lui font conserver une attitude au-dessus -de sa condition présente, ainsi, voulant mettre à profit la faiblesse -et la confusion inséparables des premiers moments d'une minorité, -l'Espagne avait, malgré les négociations de paix qu'on continuait à -Munster, recommencé la guerre contre la France; mais elle rencontra -Condé et Turenne, et devant ces deux jeunes et grands capitaines la -réputation des guerriers de Charles-Quint et des bandes espagnoles -s'éclipsa pour toujours. - -C'est cette guerre qui forçait toute la jeune noblesse de voler aux -frontières, et de quitter après chaque hiver les délices de la capitale -ou de la cour. C'est aussi la même cause qui arrachait chaque année -Bussy à ses intrigues amoureuses, et le forçait, par le changement de -résidence, à en renouer tous les ans de nouvelles. Le marquis de -Sévigné ne paraît pas avoir éprouvé ni le même besoin de gloire ni la -même ambition; il chercha, au contraire, à s'éloigner du théâtre des -combats, et sollicita la lieutenance de Fougères, petite ville de -Bretagne, assez rapprochée de sa terre des Rochers. Une lettre de -l'abbé de Montreuil à la marquise de Sévigné, qu'elle reçut à Paris, -au retour d'un de ses voyages de Bretagne, semble prouver que le -marquis de Sévigné n'obtint le commandement de Fougères que par suite -et en considération de son mariage. - - -LETTRE DE L'ABBÉ DE MONTREUIL A LA MARQUISE DE SÉVIGNÉ. - -«Comme votre mérite ne saurait demeurer plus longtemps en un même lieu -sans éclat, il court un bruit que vous êtes à Paris. Je ne le saurais -croire: c'est une des choses du monde que je souhaite le plus, et ces -choses-là n'arrivent point. J'envoie pourtant au hasard savoir s'il est -vrai, afin qu'en ce cas je ne sois plus malade. Ce ne sera pas le -premier miracle que vous aurez fait; dans votre illustre race, on les -sait faire de mère en fils. Vous savez que madame de Chantal y était -fort sujette; et tous les honnêtes gens qui vous voient et qui vous -entendent demeurent d'accord que monsieur son fils, qui était votre -père, a fait un grand miracle. Je vous supplie donc, si vous êtes de -retour, de ne vous point faire celer, afin que j'aie le plaisir de me -porter bien et l'honneur de vous voir. C'est une grâce que je crois -mériter autant qu'autrefois, puisque je suis aussi étourdi, aussi fou, -et disant les choses aussi mal à propos que jamais. Je ne songe pas -qu'encore que je ne sois pas changé, vous pourriez bien être changée -et, au lieu de la lettre monosyllabe que je reçus de vous l'an passé, -dans laquelle il y avait _oui_, m'en envoyer une de même longueur, où -il y aurait _non_. Je suis, avec tout le sérieux et le respect dont je -suis capable (le premier n'est pas grand, l'autre si), - -«Votre très-humble serviteur, DE MONTREUIL.» - -POST-SCRIPTUM. «J'ai oublié à mettre des _madame_ dans ma lettre; et _à -présent que vous êtes lieutenante de Fougères_, c'est une grande faute. -Tenez donc, en voilà trois; distribuez-les aux endroits qui vous -sembleront en avoir plus de besoin, madame, madame, madame[157].» - - [157] MONTREUIL, _Å’uvres_, édit. 1671, p. 4; édit. 1656, p. 5. - -Cette lettre justifie un peu l'épithète de fou qu'on avait donnée à -Montreuil dans la société. Mais c'est là un rôle que la jeunesse avisée -se plaît souvent à jouer auprès des jeunes femmes, pour accroître -encore le privilége qui lui est accordé de se montrer indiscrète. Le -marquis de Sévigné, pressé sans doute d'aller exercer sa nouvelle -charge, conduisit au printemps de l'année 1645 sa femme en Bretagne, à -sa terre des Rochers, située à une lieue et demie au sud-est de Vitré. -Ce lieu, où depuis madame de Sévigné a fait des séjours si fréquents et -si prolongés, où elle a écrit un si grand nombre de ses lettres, est -dans un vallon au fond duquel coule un bras de rivière, un des -affluents de la Vilaine. On s'y rend de Vitré par une chaussée pavée en -grosses et larges pierres, qui annoncent la richesse et la puissance -des anciens seigneurs. Le pays est ombragé de hêtres, de chênes, de -châtaigniers, qui croissent avec vigueur sur les flancs des murs de -terre qui entourent les propriétés dans cette partie de la Bretagne. Le -château est situé sur un vaste plateau, d'où la vue ne s'étend pas à -une demi-lieue. Cette vue est bornée par un terrain inégal et ondulé, -et par des champs subdivisés en une multitude de clôtures formées par -des haies, entourées de fossés, de parapets et d'épines, et bordées -encore par d'immenses bouquets d'arbres qu'on ne prend jamais soin -d'émonder. D'aucun côté on n'aperçoit de rochers, ce qui semble -démontrer que le nom de ce domaine a une autre étymologie que la -signification habituelle du mot qui sert à le désigner[158]. - - [158] NICOT, _Thresor de la Langue Françoyse_, 1606, in-folio, p. - 572 et 673, aux mots _Roc_ ou _Rochier_.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. II, p. 425. - -Le château, qui subsiste encore, avait lorsque madame de Sévigné s'y -transporta pour la première fois déjà près de trois cents ans -d'antiquité. L'escalier en limaçon est pratiqué dans une tour, et le -corps de logis est flanqué de deux autres tours, bordées toutes deux de -têtes gothiques, de figures grossières, depuis la naissance du toit -jusqu'au sommet. L'aspect du sol est en harmonie avec celui de cet -antique édifice; et un académicien, qui le visita en 1822, nous dépeint -les champs qui l'environnent, enclos, couverts de genêts, n'offrant que -des landes stériles ou les traces d'une agriculture négligée; et une -race d'habitants à membres courts et trapus, le teint jaune, les yeux -noirs, les cheveux longs et tombants, revêtus d'un manteau de chèvre ou -de brebis. Ils logent dans des maisons aussi mal soignées que leur -corps; hommes, femmes et enfants couchent au-dessous les uns des autres -dans des armoires à grands tiroirs, souvent en face de la vache ou du -mouton qui passent la tête par le treillis mitoyen, entre la portion -d'habitation destinée à l'étable et celle qui forme leur unique -chambre[159]. - - [159] DUREAU DE LA MALLE, _Lettres sur les Rochers de madame de - Sévigné_; Paris, 1822, in-8º, p. 6, 7 et 9. - -Ce séjour était bien triste et bien sauvage pour une jeune femme -habituée aux bosquets de Livry, aux magnifiques hôtels de la capitale, -aux salons somptueux du Louvre, du Luxembourg, du Palais-Royal et du -Temple. Mais madame de Sévigné s'y trouvait avec un époux qui ne lui -avait donné alors aucun sujet de plainte, qu'elle aimait avec -tendresse; et tous deux étaient uniquement occupés à jouir de ces -premiers temps de l'hymen, si remplis de bonheur et d'espérances. Ils -passèrent dans leur terre non-seulement le printemps, l'été et -l'automne, mais encore tout l'hiver. - -Bussy, qui pendant cette dernière saison était revenu à Paris pour y -résider, fut fort déconcerté de n'y pas retrouver sa cousine. Il avait -été en Nivernais pour y recevoir, en sa nouvelle qualité, les hommages -de la province; sa femme l'accompagnait. Il la conduisit à la terre de -Forléans, près de Semur, en Bourgogne. Ce domaine, situé à une lieue de -Bourbilly, avait appartenu au père de madame de Sévigné, et depuis -était passé à la branche cadette des Rabutins[160]. Bussy y demeura -avec sa femme; mais il en repartit promptement, et se rendit en toute -hâte à la cour, dès qu'il sut que, par la protection du prince de Condé -(le père du duc d'Enghien, depuis le grand Condé), il venait d'être -fait conseiller d'État[161]. Lenet, alors son ami, procureur général au -parlement de Dijon, qui a joué un rôle assez important, quoique -secondaire, dans la Fronde, et dont nous avons des Mémoires, venait -d'obtenir la même faveur par le même canal[162]. Lenet, comme -Bourguignon, était fort lié avec la marquise de Sévigné. Se trouvant à -Paris pour le même motif que Bussy, il fut, ainsi que lui, étonné et -contrarié d'apprendre que, elle et son mari, fussent restés en -Bretagne. Cette conformité de regrets des deux amis leur fit composer -en commun une lettre en vers, que les deux époux reçurent à leur terre -des Rochers. Pour l'esprit et la facilité, cette épître ne le cède en -rien à celles de Chaulieu et de la Fare, et n'offre pas plus -d'incorrection et de négligences. - - Salut à vous, gens de campagne, - A vous, _immeubles_ de Bretagne, - Attachés à votre maison - Au delà de toute raison: - Salut à tous deux, quoique indignes - De nos saluts et de ces lignes. - Mais un vieux reste d'amitié - Nous fait avoir de vous pitié, - Voyant le plus beau de votre âge - Se passer dans votre village, - Et que vous perdez aux Rochers - Des moments à nous autres chers. - Peut-être que vos cÅ“urs tranquilles, - Censurant l'embarras des villes - Goûtent aux champs en liberté - Le repos et l'oisiveté; - Peut-être aussi que le _ménage_ - Que vous faites dans le village - Fait aller votre revenu - Où jamais il ne fût venu: - Ce sont raisons fort pertinentes - D'être aux champs pour doubler ses rentes; - D'entendre là parler de soi - Conjointement avec le roi. - . . . . . . . . . . . . . . . . . - Certes ce sont là des honneurs - Que l'on ne reçoit point ailleurs? - Sans compter l'octroi de la fête; - De lever tant sur chaque bête; - De donner des permissions; - D'être chef aux processions; - De commander que l'on s'amasse - Ou pour la pêche ou pour la chasse; - Rouer de coups qui ne fait pas - Corvée de charrue ou de bras[163]. - - [160] XAVIER GIRAULT, _Notice sur la Famille de Sévigné_, dans - les _Lettres inédites de Sévigné_, édit. 1819, in-12, p. LV; - édit. des mêmes _Lettres inédites_, in-8º, p. XL.; _Lettres de - Sévigné_, 1823, in-8º, t. I, p. CI.--M. GIRAULT cite _Courte - Hist. de Bourgogne_, t. V, p. 526. - - [161] BUSSY, _Mémoires_, édit. in-12, t. I, p. 104 et 106; édit. - in-4º, p. 132. - - [162] PETITOT, _Notice sur Lenet_, dans la _Collection des - Mémoires sur l'Hist. de France_, t. LIII, p. 6.--Cf. _Revue de - Paris_ du 28 décembre 1844. - - [163] _Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le comte de - Bussy_, t. I, p. 35.--_Collection des Mémoires sur l'Histoire de - France_, t. LIII, p. 4. - -Cette lettre fut écrite la veille même du jour où Bussy partit de Paris -pour se rendre à l'armée, à la fin de mars 1646[164]. Bussy, un an -avant, avait, en commun avec Jumeaux, écrit une autre lettre en vers à -Lenet. Dans cette lettre, datée du camp d'Hailbron, il l'appelle son -bon ami[165], et dans ses Mémoires il lui reproche de l'avoir délaissé -dans sa disgrâce, sans qu'il lui eût fourni aucun sujet de -plainte[166]: mais le refroidissement de leur amitié a dû commencer -lorsque Bussy eut abandonné le parti du prince de Condé, auquel Lenet -resta attaché dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Jeune et -sans expérience, Lenet se jeta dans les intrigues de la Fronde; et, -comme beaucoup d'autres, ne sachant pas prévoir les événements, il ne -les appréciait qu'après qu'ils étaient accomplis, et ne s'apercevait -des fautes qu'il commettait qu'après qu'il n'était plus temps de les -réparer. Il faut que, même bien après ces temps de trouble, il se soit -mêlé à quelques intrigues qui lui attirèrent la disgrâce du roi; car en -1669 il fut exilé à Quimper-Corentin, et en s'y rendant il passa deux -jours au château de Riée, en Poitou, chez le comte d'Hauterive, qui -chercha, mais en vain, à le réconcilier avec Bussy, son ami[167]. Lenet -plaisait beaucoup à madame de Sévigné; et lorsqu'il mourut, elle le -regretta vivement[168]. Il fut un de ceux qui, par sa gaieté, souvent -grotesque, contribuèrent aux joies de sa jeunesse[169]. «Vous aurez vu -Larrei (écrit-elle à sa fille, de cette même solitude des Rochers où -quarante-trois ans auparavant elle avait reçu l'épître en vers dont -nous venons de citer quelques passages); c'est, je crois, le fils de -feu Lenet, qui était attaché à feu M. le Prince, et qui avait de -l'esprit comme douze. J'étais bien jeune quand je riais avec lui[170].» -Et dans une autre lettre à Bussy, postérieure encore à celle dont nous -venons de faire mention, elle dit: «J'ai vu ici M. de Larrei, fils de -notre pauvre ami Lenet, avec qui nous avons tant ri; car jamais il ne -fut une jeunesse plus riante que la nôtre de toutes les façons[171].» -Madame de Sévigné ignorait encore alors que Bussy avait été tout à fait -brouillé avec Lenet, ou peut-être pensait-elle que la mort de ce -dernier avait dû effacer le souvenir de ses torts, s'il en avait eu. -Dans tous les cas, elle dut être désagréablement affectée de la -réponse qui lui fut faite par Bussy, qui lui disait que ce Lenet, avec -qui ils avaient tous deux tant ri, était homme sans jugement et sans -probité[172]. L'orgueil excessif de Bussy lui inspirait de la haine et -de la rancune contre ceux qui l'avaient offensé, ou dont il croyait -avoir à se plaindre; et il faut se tenir en garde contre le venin âcre -et mordant de sa plume, souvent calomniatrice. Toutefois, Gourville, -dans ses Mémoires, donne des détails sur la manière dont Lenet gérait -les affaires du prince, qui paraissent appuyer la plus grave des -accusations de Bussy contre lui[173]. - - [164] BUSSY, _Mémoires_, édit. in-12, t. I, p. 166. - - [165] BUSSY-RABUTIN, Mém., t. I, p. 97; _Supplément_, partie I, - p. 27. - - [166] SÉVIGNÉ, _Lettre_ du 5 juin 1689, t. VIII, p. 485, - édit.--M. BUSSY, _Lettre à Corbinelli_, du 12 février 1678, t. V, - p. 312; _Notice sur Lenet_, t. LIII, p. 22 des _Mémoires sur - l'Hist. de France_. - - [167] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 2 août 1671, t. II, p. 168. - - [168] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 114, en date du 8 novembre 1669. - - [169] SÉVIGNÉ, _Lettres à Lenet_, publiée par M. Vallet de - Viriville, dans la _Revue de Paris_, 28 décembre 1844. - - [170] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 5 juin 1689, no 1070, t. - VIII, p. 485. - - [171] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 12 juillet 1691, p. 1182, t. - IX, p. 457. - - [172] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IX, p. 491; _Lettre de Bussy_, en - date du 9 août 1691. - - [173] GOURVILLE, _Mémoires_, dans PETITOT, t. LII, p. 442. - -Le dévouement de Lenet pour la maison de Condé, qui avait produit sa -rupture avec Bussy, était dans les mÅ“urs du temps. Lorsque après la -paix de Bordeaux, en 1650, Lenet se présenta devant la reine pour lui -offrir ses respects, Anne d'Autriche, qui en traitant avec les révoltés -n'avait cédé qu'à la nécessité, ne put en le voyant s'empêcher de dire, -de manière à être entendue: «Que ne devrait-on pas faire à des gens qui -sortent d'une ville rebelle, et s'en vont tout droit à Stenay vers -madame de Longueville et M. de Turenne?» (Tous deux étaient alors dans -le parti opposé au gouvernement.) Lenet eut le courage de relever ces -paroles, et de supplier la reine de ne pas confondre avec des -brouillons, qu'on ne peut assez châtier, ceux qui, accablés -d'obligations, ne sauraient prendre un autre parti que de servir les -princes à qui ils sont redevables. Il lui rappela l'exemple de Marie de -Médicis, persécutée par Richelieu, et termina en disant: «Songez, -madame, que par le discours qu'il vous a plu de faire vous permettez à -toutes vos créatures de vous abandonner, si jamais vous venez à être -persécutée sous le nom du roi votre fils.» Sa réponse fut approuvée de -toute la cour; et mademoiselle de Montpensier, alors dans le parti de -Mazarin, lui en témoigna son admiration. «J'aime, dit-elle, les gens -qui ne ménagent ni biens, ni vie, ni fortune, pour sauver ceux à qui -ils se sont donnés[174].» Ces sentiments étaient alors ceux de tous les -gens d'honneur. La dette de la reconnaissance ne peut admettre aucun -doute; tandis que dans les conflits politiques il est facile de faire -plier la raison d'État au gré de ses intérêts et de ses passions. Nous -aurons bientôt occasion de voir que c'étaient ces habitudes, ces -préjugés d'honneur, ces grandes inégalités des rangs et des conditions, -la subordination établie en raison de la dépendance, qui rendaient les -partis si faciles à former, si faciles à apaiser. Toutes leurs forces -se trouvaient concentrées sur un petit nombre de têtes principales. -Elles étaient donc en peu de temps réunies, et aussi, par la même -raison, promptement dispersées. - - [174] LENET, _Mémoires_, dans PETITOT, t. LIV, p. 139. - -Madame de Sévigné, dans une de ses lettres à Bussy, dit que Larrei -l'avait étonnée en lui contant comme son père avait dissipé tous ses -grands biens, et qu'il n'en avait rien eu[175]. Bussy lui répondit: -«Lenet était né sans biens; il en avait volé à Bordeaux en servant M. -le Prince; il en mangea une partie, et M. le Prince lui reprit -l'autre[176].» Il est difficile de croire qu'un homme qui devint -procureur général au parlement de Dijon, puis fut nommé par la -régente, en 1649, intendant de justice, de police et de finances à -Paris, fût né sans biens, ou qu'il n'ait pu en acquérir légitimement. -Au reste, ces explications entre Bussy et sa cousine, sur un ami de -leur jeunesse, avaient lieu vingt ans après la mort de ce dernier, qui -précéda de beaucoup la leur. Lenet mourut à Paris, le 3 juillet 1671. - - [175] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IX, p. 457. - - [176] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IX, p. 481; _lettre de Bussy_, en - date du 9 août 1691. - -La campagne que Bussy fit en 1646 marque l'époque la plus brillante de -sa vie militaire. Il servit dans l'armée de Flandre, d'abord commandée -par Gaston, duc d'Orléans, oncle du roi, et ensuite par le duc -d'Enghien. Trois maréchaux de France se trouvaient à cette armée; et -Bussy y donna de telles preuves de talent et de valeur, qu'il mérita -les éloges du duc d'Enghien. Aussi n'eut-il rien de plus pressé que -d'écrire à sa cousine une lettre datée du camp de Hondschoote, lettre -qu'il a insérée en entier dans son _Discours à ses Enfants_. «J'écrivis -alors, leur dit-il, le détail de la campagne à votre tante de Sévigné, -mes enfants, dans une lettre moitié vers et moitié prose; et comme elle -lui plut, je crois que vous serez bien aise de la voir[177].» - - [177] _Discours du comte_ BUSSY DE RABUTIN _à ses Enfants_, 1694, - in-12, p. 223.--_Å’uvres mêlées de messire_ ROGER DE RABUTIN, - t. III _des Mémoires de_ BUSSY DE RABUTIN, 1721, in-12, t. I, p. - 123; et de l'édit. in-4º, t. I, p. 153. - -Dans cette lettre, il raconte en vers la prise de Courtray et de -Berg-Saint-Winox, qui fut bientôt suivie de celle de Mardick, de -Furnes, de Dunkerque. Mais comme c'est au siége de Mardick que Bussy se -distingua principalement, et qu'il reçut les éloges du duc d'Enghien, -c'est aussi à ce siége qu'il s'arrête le plus longtemps. - - Mais enfin Saint-Winox, privé de tout secours, - Ne dura pas plus de deux jours: - Et de là de Mardick nous fîmes l'entreprise. - Si je voulais tous faire le portrait - Des hasards que courut le prince avant la prise, - Je n'aurais jamais fait. - Ce fut là que, pour mon bonheur, - L'ennemi rasant la tranchée, - Devant ce prince j'eus l'honneur - De tirer une fois l'épée. - Ce fut en cette occasion - Qu'il fit lui-même une action - Digne d'éternelle mémoire; - Et que, m'ayant d'honneurs comblé, - Il se déchargea de la gloire - Dont il se trouvait accablé. - -«Je ne vous saurais dire, ma chère cousine, combien monsieur le Duc -prôna le peu que je fis en cette sortie; mais ce qui la rendit plus -considérable, ce furent les choses qu'il y fit et la mort ou les -blessures de gens de qualité qui s'y trouvèrent: et tout cela me fit -honneur, parce que je commandais.» - -Il termine ainsi sa lettre: - - Sans les eaux, le froid et le vent, - Seules ressources de l'Espagne, - Mon prince aurait poussé plus avant sa campagne; - Et moi je finirais mes récits de combats - Et l'éloge de son altesse, - En vous parlant de ma tendresse, - Si je n'étais un peu trop las[178]. - - [178] BUSSY, _Discours à ses Enfants_, p. 231. - -Madame de Sévigné, lorsqu'elle se rendait en Bretagne, n'était pas -toujours condamnée au triste séjour des Rochers; et une de ses lettres -à sa fille nous apprend qu'elle faisait avec son mari de fréquents -voyages dans toute la province, et allait souvent à Nantes, qui était -alors comme aujourd'hui, dans cette partie de la France, la ville la -plus populeuse, la plus riche et la plus agréable à habiter. Madame de -Sévigné trouvait que l'air de cette ville mêlé à celui de la mer avait -l'inconvénient de la brunir, et de gâter son beau teint[179]: elle -préférait l'air de l'Ile-de-France, c'est-à -dire celui de Paris. Ceci -rappelle le mot si connu de madame de Staël, exilée dans son château de -Coppet, sur les bords du lac de Genève, devant qui l'on vantait ce lac -et ses magnifiques points de vue: «J'aimerais mieux, répondit-elle, le -ruisseau de la rue du Bac.» C'est un des plus noirs et des plus infects -de la capitale de la France. - - [179] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 30 août 1671, t. II, p. 173, édit. M., - et t. II, p. 207, édit. de G. de S.-G. - - - - -CHAPITRE IX. - -1647-1648. - - Bussy retourne en Bourgogne.--Mort de sa femme: sincère dans - l'expression de ses regrets.--Il retourne à la cour.--Est bien - reçu du prince de Condé, qui l'emmène en Catalogne.--Madame de - Sévigné, restée aux Rochers, accouche d'un fils.--Lettre de - madame de Sévigné à Bussy sur ce sujet.--Réponse de - Bussy.--Madame de Sévigné recommande Launay-Lyais à - Bussy.--Empressement que celui-ci met à lui répondre - favorablement.--Le prince de Condé échoue devant Lérida.--Il - répare par une nouvelle campagne en Flandre l'échec fait à sa - gloire.--Prend Ypres.--Envoie Bussy à la cour pour annoncer son - succès, et lui donne ainsi les moyens de terminer une nouvelle - aventure. - - -Après la campagne, Bussy retourna en Bourgogne; et bientôt après ce -retour, vers le milieu du mois de décembre 1646, il eut la douleur de -perdre sa femme. Il en avait eu trois filles, et point d'enfant mâle. -«Elle m'aimait fort, dit-il; elle avait bien de la vertu, et assez de -beauté et d'esprit.» Il ajoute qu'il fut extrêmement affligé de cette -perte; et on doit le croire, car l'hypocrisie de sensibilité n'était -pas son défaut: il montre au contraire le plus souvent, en écrivant, de -la sécheresse de cÅ“ur et quelquefois de la dureté[180]. - - [180] BUSSY, _Mémoires_, édit., in-12, t. I, p. 125, ou de - l'édition in-4º, t. I, p. 156. - -Toutefois, sa douleur ne l'empêcha pas d'aller à la cour; il fut bien -reçu du duc d'Enghien, devenu prince de Condé par la mort de son père, -qui eut lieu à la même époque. Le nouveau prince de Condé fut nommé -vice-roi de Catalogne, et chargé de commander l'armée qui devait -combattre les Espagnols de ce côté. Il emmena Bussy, que rien ne -retenait à Paris: il n'y avait pas trouvé sa cousine; elle était encore -restée aux Rochers. Cette fois elle avait un motif pour ne pas -entreprendre dans la mauvaise saison un voyage alors long et difficile, -à cause du mauvais état des routes et le peu de perfection des -voitures; et ce motif, après trois ans de mariage passés sans enfant, -lui était trop agréable pour qu'elle regrettât les amusements de la -capitale, auxquels d'ailleurs il lui était impossible de prendre part. -Lorsque Bussy, au commencement de février, alla loger au Temple chez -son oncle le grand prieur[181], elle se trouvait vers la fin de sa -première grossesse, et le mois suivant elle donna un héritier au nom de -Sévigné. La joie de cette jeune femme éclate avec une vivacité -singulière dans la lettre suivante, qu'elle écrivit à Bussy, le 15 mars -1647. - - [181] BUSSY, _Mém._, in-12, t. I, p. 128; de l'in-4º, t. I, p. - 157. - - -LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A BUSSY. - -«Je vous trouve un plaisant mignon de ne m'avoir pas écrit depuis deux -mois! Avez-vous oublié qui je suis et le rang que je tiens dans la -famille? Ah! vraiment, petit cadet, je vous en ferai bien ressouvenir: -si vous me fâchez, je vous réduirai au _lambel_. Vous savez que je suis -sur la fin d'une grossesse, et je ne trouve en vous non plus -d'inquiétude de ma santé que si j'étais encore fille. Eh bien! je vous -apprends, quand vous en devriez enrager, que je suis accouchée d'un -garçon, à qui je vais faire sucer la haine contre vous avec le lait; et -que j'en ferai encore bien d'autres, seulement pour vous faire des -ennemis. Vous n'avez pas eu l'esprit d'en faire autant: le beau faiseur -de filles! - -«Mais c'est assez vous cacher ma tendresse, mon cher cousin; le naturel -l'emporte sur la politique. J'avais résolu de vous gronder sur votre -paresse, depuis le commencement jusqu'à la fin; je me fais trop de -violence, et il en faut revenir à vous dire que M. de Sévigné et moi -vous aimons fort, et que nous parlons souvent du plaisir qu'il y aurait -d'être avec vous[182].» - - [182] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. 1820, in-8º, t. I, p. 6, no 4, - en date du 15 mars 1647, et t. I, p. 7 de édit. 1823, in-8º. - -Bussy reçut cette lettre à Valence, lorsqu'il était en route pour se -rendre à l'armée de Catalogne. Elle lui plut tant, il la trouva si -spirituelle, qu'il l'inséra en entier dans ses Mémoires[183], ainsi que -la réponse qu'il y fit, datée de Valence le 12 avril 1647. - - [183] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 128 et 129 de l'édit. in-12, et - de l'in-4º, t. I, p. 159 et 160. - - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - -«Pour répondre à votre lettre du 15 mars, je vous dirai, madame, que je -m'aperçois que vous prenez une certaine habitude de me gourmander, qui -a plus l'air de maîtresse que de cousine. Prenez garde à quoi vous vous -engagez: car enfin, quand je me serai une fois bien résolu à souffrir, -je voudrai avoir les douceurs des amants aussi bien que les rudesses. -Je sais que vous êtes chef des armes, et que je dois du respect à cette -qualité; mais vous abusez un peu de mes soumissions........... - -«Au reste, ma belle cousine, je ne vous régale point sur la fécondité -dont vous me menacez; car depuis la loi de grâce, on n'en a pas plus -d'estime pour une femme; et quelques modernes même, fondés en -expérience, en ont fait moins de cas. Tenez-vous-en donc, si vous m'en -croyez, au garçon que vous venez de faire; c'est une action bien -louable, et je vous avoue que je n'ai pas eu l'esprit d'en faire -autant: aussi envié-je ce bonheur à M. de Sévigné plus que chose au -monde. - -«J'ai fort souhaité que vous vinssiez tous deux à Paris quand j'y -étais; mais maintenant que j'en suis parti, je serais bien fâché que -vous y allassiez, c'est-à -dire que vous eussiez des plaisirs sans moi: -vous n'en avez déjà que trop en Bretagne[184].» - - [184] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. 1820, t. I, p. 7, no 5, en date - du 12 avril 1647; et dans l'édit. 1823, t. I, p. 8.--BUSSY, - _Mémoires_, t. I, p. 128 et 129. - -Madame de Sévigné avait recommandé à Bussy un gentil-homme breton, -nommé Launay-Lyais, volontaire dans les troupes qu'il commandait. -Bussy, empressé à saisir toutes les occasions de faire sa cour à sa -cousine, termine sa lettre en lui parlant de son protégé. «Il est -honnête homme, dit-il, et ma chère cousine me l'a recommandé: je vous -laisse à penser si je le servirai.» Il se garde bien de dire qu'il -trouvait Launay-Lyais d'une vanité ridicule[185]. Un honnête homme -recommandé par madame de Sévigné devait être à ses yeux un homme sans -défaut. - - [185] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 193.--Voyez ci-après, chap. - XIV, p. 206. - -La campagne de Catalogne fut bien loin d'être aussi glorieuse que celle -de Flandre: le vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Nordlingen, celui -qui le premier donna Dunkerque à la France, échoua devant la petite -ville de Lérida, et fut obligé de faire retraite avec son armée[186]. - - [186] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 135 de l'édit. in 12, et de - l'in-4º, 1696, t. I, p. 168. - -Il alla tenir les états de Bourgogne à Dijon[187], et bientôt après il -répara l'échec que Lérida avait fait à sa gloire, par une nouvelle -campagne en Flandre. Il prit Ypres le 27 mai, et chargea Bussy, qui ne -l'avait point quitté, d'en aller porter la nouvelle à la cour[188]. -Condé voulait par là non-seulement favoriser Bussy auprès des ministres -et de la reine régente, mais encore lui donner les moyens de terminer -une affaire qu'il croyait utile à sa fortune. Étrange aventure, qui -doit être racontée en détail: elle fera le sujet du chapitre suivant. - - [187] _Ibid._, t. I, p. 151 et 157. - - [188] _Ibid._, t. I, p. 156. - - - - -CHAPITRE X. - -1645-1649. - - Bussy veut se remarier.--Il fait connaissance avec un nommé Le - Bocage, qui lui indique une jeune veuve, belle et riche.--Il la - voit, elle lui plaît.--On lui persuade que les parents de la - veuve s'opposent à son mariage, mais qu'elle lui est - favorable.--Il se décide à l'enlever.--Il confie son projet au - prince de Condé, qui lui fournit les moyens de l'exécuter.--Abus - de la puissance des nobles à cette époque.--Fréquence des - enlèvements.--On ignore si Bussy était encore dans l'erreur - relativement aux sentiments de cette veuve pour lui.--Quelle - était cette veuve et sa famille.--Elle avait perdu sa mère dans - un âge tendre.--Tristesse qu'elle en ressent.--Elle épouse M. de - Miramion.--Devient veuve à seize ans.--Accouche d'une - fille.--Madame de Miramion veut se faire religieuse.--Ses parents - s'y opposent.--Ils veulent la marier.--Elle demande du temps pour - s'y décider.--Bussy forme le projet de l'enlever et d'en faire sa - femme.--Ses motifs.--Mesures qu'il prend.--Accompagné d'une - escorte, il arrête sa voiture à Saint-Cloud, et se saisit d'elle - et de sa belle-mère.--Efforts qu'elle fait pour lui résister.--Il - l'emmène avec sa belle-mère.--Il dépose cette dernière en - chemin.--Madame de Miramion, dans la forêt de Livry, - s'échappe.--Est reprise.--Bussy la conduit dans le château de - Launay.--Fermeté de madame de Miramion à l'égard de ses - ravisseurs.--Son frère arrive à Sens pour la délivrer.--Bussy la - fait reconduire dans cette ville, et s'évade avec son - escorte.--Suite de cette affaire.--La justice informe contre - Bussy.--Madame de Miramion, interrogée, refuse de le charger.--Le - prince de Condé intervient pour faire suspendre les - poursuites.--Mauvaise pensée de Bussy contre le frère de madame - de Miramion.--Il y résiste.--On cesse les poursuites.--A quelle - condition?--Longtemps après, Bussy demande audience à madame de - Miramion.--Elle la lui accorde.--Son entrevue avec elle.--Il la - sollicite pour obtenir sa protection dans un procès.--Elle lui - accorde sa demande.--Éloge de madame de Miramion.--Nombre de ses - bonnes Å“uvres--Ce qu'en dit madame de Sévigné.--L'action de - Bussy ne diminue pas son intimité avec madame de Sévigné.--Elle - lui donne occasion d'aller demeurer avec elle sous le même toit. - - -Bussy, qui n'avait que des filles, désirait contracter un second -mariage, espérant par là obtenir un héritier de son nom. Ses parents le -pressaient vivement de prendre ce parti. Il cherchait à trouver une -femme qui eût de la jeunesse et de la beauté et en même temps de la -fortune. Cette dernière condition lui paraissait essentielle pour -soutenir dignement son rang à la cour et pour satisfaire ses -inclinations pour le plaisir et ses goûts dispendieux. Il s'entretenait -fréquemment sur ce sujet avec son oncle le grand prieur du Temple, chez -lequel il logeait quand il venait à Paris. Ce fut chez lui qu'il fit -connaissance d'un vieux bourgeois nommé Le Bocage, propriétaire d'un -domaine considérable, voisin de la commanderie de Launay. Cette -commanderie, située dans la commune de Saint-Martin-sur-Oreuse, près de -Sens[189], servait au grand prieur de maison de campagne pendant la -belle saison; son neveu Bussy allait souvent l'y voir, et y séjournait -quelquefois plusieurs semaines. C'est par ce voisinage de campagne que -s'était formée la liaison entre Le Bocage, Christophe de Rabutin et le -comte de Bussy. Instruit du désir que ce dernier avait de trouver une -femme riche, Le Bocage lui proposa une veuve jeune, belle, d'une piété -et d'une douceur angéliques, et de plus millionnaire[190]. - - [189] ROGER DE RABUTIN, comte DE BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 152 - et suiv.--_Carte de Cassini_, no 48. - - [190] BUSSY, _Discours à ses Enfants_, 1694, in-12, p. 232, ou - _Å’uvres mêlées_, t. III des _Mémoires_, p. 289. - -Le Bocage ne la connaissait point personnellement; mais il avait un -ami dans lequel la veuve avait, disait-on, beaucoup de confiance: -c'était son confesseur, un père de la Merci, nommé le père Clément, -moine corrompu, qui cherchait à séduire sa pénitente, et à la livrer à -Bussy pour en tirer de l'argent[191]. Bussy eut une conférence avec -lui, et par son moyen il parvint à voir deux fois à l'église la jeune -veuve, dont la figure lui parut ravissante. Il n'avait pu ni -s'approcher d'elle ni lui parler. Cependant le père Clément l'assura -qu'il lui avait plu; mais en même temps il l'avertit qu'elle n'osait -rien résoudre sans le consentement de ses parents; et ils voulaient -absolument qu'elle épousât un homme de robe. Il conseilla donc à Bussy -de ne risquer aucune démarche, et de le laisser faire. Il devait -s'adresser à ses principaux parents pour qu'ils consentissent à ce -mariage; et en cas de refus il se chargeait de persuader à la jeune -veuve d'user du droit qu'elle avait de disposer d'elle-même. Pour cette -négociation il demandait de l'argent à Bussy, sous prétexte de séduire -les personnes de service auprès de la veuve; et Bussy, complétement sa -dupe, lui remit ainsi successivement une somme de deux mille écus. -Comme le temps d'entrer en campagne approchait, le père Clément engagea -Bussy à ne pas différer son départ pour l'armée. Bussy partit en effet -le 6 mai 1648, mais après avoir obtenu de son négociateur la promesse -qu'il l'instruirait de tout. Il reçut de lui, trois semaines après son -départ, une lettre qui l'instruisait que les parents de la jeune veuve -lui étaient contraires, qu'elle n'avait pas la force de leur résister; -mais qu'elle désirait que par une violence apparente Bussy lui arrachât -un consentement qui se trouverait conforme au vÅ“u secret de son -cÅ“ur[192]. Le moine perfide n'avait pu réussir dans ses projets de -séduction. Aussitôt qu'il avait essayé d'entamer sa négociation, madame -de Miramion l'avait congédié, et avait pris un autre confesseur. Pour -s'en venger, il voulut mettre à profit l'audace et la crédulité de -Bussy: il lui persuada qu'il avait toujours comme confesseur la -confiance de la jeune veuve; et, quelque invraisemblable que fût la -fable qu'il imagina pour engager Bussy à l'enlever, Bussy le crut, et -se détermina à suivre le conseil qui lui était donné. L'autorité des -intendants et des commissaires du roi avait été créée par Richelieu -pour s'opposer aux désordres des nobles, qui regardaient comme un des -priviléges de leur caste de pouvoir se mettre au-dessus des lois. Cette -autorité nouvelle n'était pas tellement affermie, qu'il lui fût -toujours possible de prévenir ou de punir les abus auxquels elle était -chargée de s'opposer; et les guerres civiles de la Fronde, en -affaiblissant le ressort du gouvernement, permirent à la noblesse de -retomber dans la licence des anciens temps, qui lui était d'autant plus -chère qu'elle lui semblait un signe certain de son antique -indépendance. Durant ces temps de trouble, ou pendant les espèces -d'interrègne de la régence, les exemples de violence de la part de -personnages puissants envers des femmes de la classe inférieure ou de -celles qui dans la classe bourgeoise se trouvaient dépourvues de -famille et d'appui, étaient d'autant plus fréquents qu'ils restaient -presque toujours impunis[193]. Comme Bussy avait alors toute la faveur -du prince de Condé, il lui fit le récit de son affaire, et ne lui cacha -rien de ses projets. Cette aventure plut au jeune prince, qui offrit à -Bussy de lui donner une commission pour se rendre à Paris, et même de -lui remettre le commandement de Bellegarde, une de ses places en -Bourgogne, pour se retirer après l'enlèvement. Bussy lui en témoigna sa -reconnaissance, accepta la commission, mais refusa l'offre qui lui -était faite de la place de Bellegarde; il dit qu'il lui suffisait -d'avoir la faculté de conduire sa belle prisonnière à Launay. Cette -commanderie avait en effet une espèce de château fort très-ancien, -pourvu de hautes et épaisses murailles: on y pénétrait après avoir -passé plusieurs ponts-levis. - - [191] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. V, p. 371, édit. - in-8º, t. IX, p. 234, édit. in-12. - - [192] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 155 de l'édit. in-12, et de - l'in-4º, t. I, p. 194. - - [193] CHAVAGNAC, _Mémoires_, in-12, t. I, p. 100. - -Aussitôt que Bussy se fut acquitté de la commission que le prince de -Condé lui avait donnée, et qu'il eut terminé toutes ses affaires en -cour, il se rendit chez son négociateur, qui lui confirma tout ce qu'il -lui avait écrit, et qui l'encouragea dans la résolution qu'il avait -prise d'enlever la veuve à sa famille; ne doutant pas, disait-il, que -quand elle s'en trouverait séparée, elle ne consentit de son plein gré -à épouser Bussy. Rien n'était plus facile à Bussy que de s'assurer -avant l'événement des sentiments de la veuve à son égard; et c'est -peut-être pour s'excuser de ce que sa présomption ne lui a pas permis -le plus léger doute, et par la honte que sa vanité lui faisait éprouver -d'avoir été dupe d'une ruse grossière, que, dans ses Mémoires, il -affirme que son négociateur n'avait dans cette affaire d'autre intérêt -apparent que l'avantage et la satisfaction des parties, et que par -cette raison il ne pouvait douter de la sincérité de ses paroles[194]. -Il est vrai que le caractère dont ce négociateur était revêtu et la -nature de ses relations avec la jeune veuve devaient écarter de lui -toute défiance. Ainsi, tandis que l'innocente beauté n'avait jamais -rien su, ni des prétentions de Bussy sur elle, ni du désir qu'il avait -de l'épouser; que personne ne l'en avait entretenue; qu'elle n'en avait -été instruite ni directement ni indirectement; que jusqu'à l'approche -du jour fatal où on attenta à sa liberté elle avait ignoré le danger -qui la menaçait, Bussy croyait fermement qu'elle avait donné son -consentement à ce projet d'enlèvement, et qu'elle en avait été informée -depuis longtemps. - - [194] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 155. - -Le nom de famille de cette jeune veuve était Marie Bonneau. Elle était -fille de Jacques Bonneau, seigneur de Rubelle, riche bourgeois -d'Orléans, et de Marie d'Ivry[195]. Enfant précoce, elle aimait sa mère -avec une énergie et une raison au-dessus de son âge, et comptait à -peine neuf ans lorsqu'elle la perdit. Cette violence faite à un premier -sentiment, cette première idée de la mort et d'une éternelle -séparation, firent sur elle une impression si profonde et si durable, -qu'elle résista à tous les efforts que l'on fit pour l'effacer. Les -plaisirs se pressaient en vain autour d'elle, ils ne pouvaient expulser -de son cÅ“ur une douleur qui en avait pénétré la substance, ni -dissiper une mélancolie qui lui était chère. Une de ses tantes s'était -chargée de continuer son éducation: quoique sÅ“ur d'un évêque, cette -tante trouvait que les idées religieuses prenaient trop d'empire sur sa -pupille, et elle la conduisait sans cesse dans le monde, au bal et à la -comédie. Partout l'éclat de ses charmes, plus encore que ses grandes -richesses, attirait sur ses pas une foule de jeunes gens qui briguaient -l'honneur d'obtenir sa main. Elle épousa, dans le mois de mai 1645, -Jean-Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion, conseiller au -parlement de Paris, dont la fortune égalait la sienne[196]. Il n'avait -pas vingt-sept ans, était beau, bien fait, du caractère le plus -heureux. Moins que sa tante, il la gênait pour ses exercices de piété. -Une union si bien assortie lui fit éprouver un bonheur qu'elle n'avait -connu que dans son enfance: elle aimait, elle était aimée; Dieu s'y -trouvait, et sa mère entre elle et Dieu. Elle ne formait plus qu'un -seul vÅ“u: c'était de mériter, par l'innocence du cÅ“ur et la -pureté de l'âme, que les bénédictions versées sur elle dans cette vie -ne pussent nuire aux espérances qu'elle avait conçues pour la vie à -venir. Six mois (seulement six mois!) s'écoulèrent dans les délices -d'une telle existence. Au bout de ce temps, son mari fut atteint d'une -fluxion de poitrine, et mourut, la laissant enceinte. - - [195] L'abbé DE CHOISY, _Vie de madame de Miramion_, 1706, - in-4º, p. 6, ou 1707, in-12. - - [196] L'abbé DE CHOISY, _Vie de madame de Miramion_, p. - 10.--_Mémoires complets et authentiques du duc_ DE SAINT-SIMON, - 1829, in-8º, t. I, p. 351. - -Elle accoucha d'une fille, si languissante et si faible en naissant, -que les soins les plus assidus ne pouvaient que faiblement la disputer -à la mort. La religion et la tendresse maternelle empêchèrent madame de -Miramion de succomber à son désespoir. Elle passa les deux premières -années de son veuvage dans la retraite la plus austère, toujours au -pied des autels ou du berceau de sa fille. Née le 2 novembre 1629, -madame de Miramion n'avait que seize ans et demi lorsqu'elle devint -veuve et mère[197]. Ses parents, dont elle était tendrement aimée, -craignaient qu'elle ne se fît religieuse: ils désiraient la conserver -au milieu d'eux; et son extrême jeunesse leur fit espérer que le moyen -qu'ils avaient employé efficacement une première fois leur réussirait -une seconde. Ils laissèrent d'abord un libre cours à sa douleur; et, -croyant que le temps y avait apporté quelque diminution, ils la -pressèrent de contracter un nouveau mariage. Des partis brillants se -présentèrent, et lui étaient chaque jour proposés. Plusieurs de ceux -qui la recherchaient regrettaient, en la voyant si belle, qu'elle fût -si riche, et que la fortune fût un obstacle à leurs désirs, ou un motif -de suspecter la sincérité de leur amour. Quant à ses résolutions, elles -n'étaient pas douteuses: elle ne laissait échapper aucune occasion de -les exprimer de manière à faire renoncer ceux qui la recherchaient au -projet qu'ils avaient conçu. Elle se reprochait souvent, en leur -présence, les passions qu'elle faisait naître involontairement, et en -témoignait son chagrin. Attaquée de la petite vérole, elle regretta que -cette maladie ne lui eût pas enlevé ses attraits, dont sa piété lui -faisait détester le pouvoir. Cependant, vivement touchée de -l'attachement et du désintéressement de ses parents, elle n'osait -fermer sa porte aux prétendants qu'ils introduisaient auprès d'elle. -Son humilité lui faisait penser aussi qu'elle n'était pas encore digne -de se consacrer à Dieu: elle semblait hésiter, et suppliait qu'on lui -donnât du temps pour se décider. En attendant, elle multipliait les -prières et les actes de dévotion, dans l'espérance que Dieu parlerait à -son cÅ“ur, et lui révélerait sa volonté. Pourtant on se flattait -d'obtenir son consentement pour lui faire épouser M. de Caumartin, et -ce seul espoir comblait de joie deux familles riches et puissantes qui -désiraient vivement cette alliance[198]. - - [197] _Vie de madame de Miramion_, in-4º, p. 11. - - [198] TALLEMANT, _Mém._, t. V, p. 372, édit. in-8º t. IX, édit. - in-12. - -Telle était celle que Bussy, sans la connaître, se proposait d'enlever -pour en faire sa femme, persuadé qu'elle se trouverait honorée de lui -appartenir et charmée de paraître à la cour, où sa naissance et le rang -de ses parents ne l'appelaient pas. Assuré de la protection du -vainqueur de Rocroi, il regardait un enlèvement comme sans conséquence -envers une femme qui, malgré sa richesse, n'était à ses yeux qu'une -bourgeoise. Rubelle, frère aîné de madame de Miramion, alors âgé de -vingt-cinq ans, était seul, dans toute sa famille, capable d'inspirer -quelque crainte à Bussy, si Bussy, réputé brave parmi les braves, eût -été accessible à une crainte de cette nature. D'ailleurs, il convoitait -les richesses de notre jeune veuve, il était épris de ses charmes, il -croyait lui plaire; ses motifs étaient purs, son but honorable: il n'y -avait donc pas à balancer. Sa résolution fut irrévocablement prise, et -il se disposa à l'exécuter. - -Les préparatifs ne furent pas tenus tellement secrets qu'il n'en -transpirât quelque chose. Madame de Miramion fut avertie par plusieurs -personnes qu'on voulait l'enlever; mais comme on ne lui nommait pas -celui qui avait le projet de se porter à cet excès d'audace, et que -parmi tous ceux qui aspiraient à sa main, et qu'elle connaissait bien, -pas un seul ne pouvait être soupçonné de songer à une action aussi -coupable, elle n'ajouta aucune foi aux propos qu'on lui tint à ce -sujet, et ne prit aucune précaution[199]. - - [199] _Vie de madame de Miramion_, p. 12. - -Bussy savait qu'elle s'était retirée à Issy avec sa belle-mère, chez de -Choisy, conseiller d'État, grand-père du mari qu'elle avait perdu[200]. -Les affidés dont Bussy l'avait entourée lui apprirent que le 7 août -elle devait aller au mont Valérien, pour y faire ses dévotions. Bussy -dressa ses plans en conséquence: il disposa d'abord quatre relais de -Saint-Cloud au château de Launay, trajet d'environ vingt-cinq lieues. -Il assembla une forte escorte, composée de Rabutin son frère, d'un -gentil-homme de ses amis, qui avait fait sous ses ordres deux campagnes -comme volontaire, et de trois autres gentils-hommes de ses vassaux et -dans sa dépendance. Ces cinq cavaliers étaient suivis de deux ou trois -serviteurs, comme eux bien montés et bien armés[201]. - - [200] L'abbé DE CHOISY, _Vie de madame de Miramion_, p. 10, 12 et - 19, édit. in-4º.--BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 160, de l'édit. - in-12; t. I, p. 200, de l'édit. in-4º. - - [201] CHOISY, _Vie de madame de Miramion_, p. 13, in-4º. - -Madame de Miramion, l'esprit uniquement occupé de l'acte pieux qu'elle -allait accomplir, partit d'Issy à sept heures du matin, le jour précis -qui avait été indiqué à Bussy. Elle avait avec elle sa belle-mère; et -de plus, selon l'usage des dames riches et d'un rang distingué de cette -époque, de ne jamais se montrer en public sans être suivies d'une -partie de leurs familiers, elle était accompagnée d'un écuyer âgé, et -de deux demoiselles, pour parler le langage de ce temps, c'est-à -dire -de deux femmes attachées à son service. L'une d'elles était une -gouvernante entre deux âges, l'autre une jeune femme de chambre, nommée -Gabrielle. Un seul domestique se trouvait derrière. L'escadron de Bussy -était posté sur la route qui conduit de Saint-Cloud au mont Valérien, -vis-à -vis le pont[202]; lorsque le carrosse de madame de Miramion l'eut -passé, il fut arrêté, et en même temps deux cavaliers se présentèrent -aux portières pour abaisser ce qu'on nommait alors les mantelets, ou -les rideaux de cuir qui les fermaient. Madame de Miramion voulut -repousser les agresseurs en les frappant avec son sac, et en criant au -secours! de toutes ses forces. Mais ses cris et les faibles armes -qu'elle employait étaient également impuissants. Pourtant les -cavaliers, ne pouvant parvenir à abaisser les mantelets, tirèrent leur -épée pour couper les courroies qui les attachaient aux portières. -Madame de Miramion, avec un courage au-dessus de son sexe, chercha à -leur arracher leurs armes, et s'ensanglanta les mains. Pendant ce -combat si inégal, l'escadron avait forcé le cocher de repasser le pont, -et d'entrer dans le bois de Boulogne[203]. Là les attendait une voiture -plus légère, attelée de six chevaux. Bussy voulut y faire entrer madame -de Miramion: il ne put y parvenir, ni de gré ni de force. Elle se -cramponnait si fortement dans son carrosse, qu'il était impossible de -l'en arracher sans lui faire une trop grande violence et sans la -blesser. Elle poussait d'ailleurs des cris aigus, et il était urgent, -pour le succès de l'entreprise, de mettre promptement fin à cette -lutte. Bussy fit alors dételer les deux chevaux du carrosse de madame -de Miramion, et ensuite atteler à ce même carrosse les six chevaux de -sa voiture. Deux palefreniers s'emparèrent du cocher et des deux -chevaux de madame de Miramion, et furent chargés de les conduire à -Paris, et de les retenir en captivité jusqu'à nouvel ordre. - - [202] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 160. - - [203] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 160 à 200. - -L'escadron, divisé en deux, se plaça de chaque côté du carrosse, et -l'on se mit à courir au grand galop à travers la plaine Saint-Denis, -jusqu'à la forêt de Livry. Madame de Miramion ne cessait de crier à -tous les passants qu'on l'enlevait de force: elle disait son nom, et -suppliait, les larmes aux yeux, qu'on allât avertir sa famille à Paris. -Mais le nuage du poussière produit par tant de chevaux la dérobait en -partie aux yeux de ceux à qui elle s'adressait; le vent, le bruit, et -la rapidité de la marche, étouffaient ses cris et emportaient ses -paroles. - -Dans la forêt de Livry, il fut impossible à l'escorte de se tenir sur -les côtés du carrosse; une portion courut devant, et l'autre derrière. -Madame de Miramion crut qu'en se jetant par la portière dans un taillis -épais, elle ne serait pas aperçue, et pourrait peut-être se cacher et -se sauver. L'exécution suivit la pensée: elle se précipita dans les -ronces et les épines, et se fourra au milieu des plus épais buissons, -sans songer qu'elle se mettait le visage tout en sang; mais elle fut -bientôt poursuivie par ses ravisseurs; et, s'apercevant qu'elle ne -pouvait pas leur échapper, elle voulut au moins éviter qu'ils ne la -touchassent. Elle courut donc de toutes ses forces vers son carrosse, -et s'élança dedans avant qu'on pût l'atteindre. - -Bussy fit faire halte dans la partie la plus solitaire de la forêt de -Livry. Tous les hommes de l'escorte prirent à la hâte quelques -rafraîchissements, et on en fit prendre également à toutes les -personnes qui se trouvaient dans la voiture. Mais ce fut en vain qu'on -pressa madame de Miramion d'imiter leur exemple: elle déclara qu'elle -était résolue à n'accepter aucune nourriture tant qu'on ne lui aurait -pas rendu sa liberté. - -Bussy, qui n'était pas encore revenu de l'erreur où l'avaient plongé -les rapports du père Clément, étonné et inquiet de la résistance de -madame de Miramion, se flattait que ce n'était qu'une feinte: il espéra -qu'elle se calmerait s'il la débarrassait de la présence de sa -belle-mère et de son vieil écuyer. En conséquence il les força tous -deux à mettre pied à terre; il expulsa aussi du carrosse la vieille -gouvernante. Il aurait voulu ne laisser auprès de sa captive que la -demoiselle Gabrielle; mais il se vit forcé de souffrir que le laquais -qui se trouvait derrière, et qu'il voulait renvoyer, continuât à -accompagner sa maîtresse, parce qu'il se montra résolu à se faire tuer, -plutôt que de la quitter. Bussy fit aussi abaisser les mantelets de la -voiture, afin qu'on ne pût ni voir la belle éplorée, ni entendre ses -cris, si elle en poussait encore. - -Ces arrangements pris, on repartit avec la rapidité de l'éclair. Madame -de Miramion, recueillant ses forces et sa présence d'esprit, coupa avec -un petit couteau qu'elle avait dans son sac les mantelets de sa -voiture, et parvint ainsi à se mettre à découvert et à rétablir sa -communication avec le dehors. Elle continuait ses exclamations et ses -instances, et jetait de l'argent à tous ceux qu'elle rencontrait. Les -marques de son désespoir, ses libéralités et ses prières devenaient -surtout inquiétantes et embarrassantes pour ses ravisseurs, toutes les -fois qu'ils étaient forcés de s'arrêter et de changer de chevaux; mais -alors ils disaient à ceux qu'elle ameutait autour d'elle, que c'était -une folle qu'ils allaient renfermer par ordre de la cour. Madame de -Miramion, avec ses cheveux épars, sans coiffe, sans mouchoir sur son -sein, les habits déchirés, les mains et le visage ensanglantés, ne -donnait que trop de vraisemblance à ces assertions. - -Bussy en voyant les efforts de sa captive pour lui échapper, et les -signes non équivoques de sa profonde douleur, acquit la triste -certitude qu'il n'y avait rien de simulé dans sa résistance; et il lui -fut démontré que jamais elle n'avait donné son assentiment à un -enlèvement. Il affirme dans ses Mémoires qu'il eut dès lors la pensée -de la reconduire chez elle, mais qu'il en fut dissuadé par son frère. -Celui-ci lui représenta que lorsque l'effroi de cette course rapide -serait dissipé, il serait possible, à force de témoignages de respect -et de bons traitements envers la belle veuve, d'obtenir quelque -changement à ses résolutions; et que dans tous les cas si on se -décidait à lui rendre sa liberté, il valait mieux le faire à Launay -même, afin qu'il fût bien constaté qu'on avait agi de plein gré. La -suite du récit et le témoignage de madame de Miramion, que nous a -transmis l'abbé de Choisy, prouveront, au contraire, que ce fut Bussy -lui-même qui persista le plus longtemps dans ses projets coupables, et -que ses amis et ses complices furent obligés de le forcer à y -renoncer[204]. - - [204] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 161.--CHOISY, _Vie de madame de - Miramion_, p. 13. - -Enfin on arriva au château de Launay. Le fracas des chaînes de fer et -des ponts-levis en s'abaissant, les sons lugubres et sourds que fit -entendre le carrosse en roulant au-dessus des fossés, et sous la voûte -obscure qui conduisait à la cour intérieure; le grand nombre de -gentils-hommes armés qu'elle y vit rassemblés, et que Bussy avait -réunis pour se défendre s'il était attaqué, ou si l'on entreprenait de -pénétrer dans le château, tout contribua à accroître la terreur dont -madame de Miramion était frappée. Elle ignorait les noms et les projets -de ceux qui osaient se permettre envers elle tant de violence. La -précaution qu'ils avaient prise de la séparer de sa belle-mère, le peu -d'effet qu'avaient produit sur eux ses larmes et ses prières, les lui -faisaient considérer comme des hommes féroces, inexorables, capables de -tout. Aussi ne voulut-elle pas quitter sa voiture; et quand on eut -dételé les chevaux, elle s'obstinait à y rester, et voulait y passer -la nuit. - -Alors se présenta devant elle un chevalier de Malte, quelle reconnut -pour avoir fait partie de l'escorte, et être du nombre de ses -ravisseurs[205]. Il la supplia, dans les termes les plus respectueux, -de vouloir bien descendre, et de consentir à entrer dans le château. - - [205] BUSSY, _Mémoires_, édit. in-12, t. I, p. 181; de l'édit. - in-4º, t. I, p. 227. - -Madame de Miramion, sans quitter sa place, demanda d'une voix ferme, à -celui qui lui adressait ces paroles, si c'était par ses ordres qu'elle -souffrait un pareil traitement. «Non, madame; c'est M. le comte de -Bussy-Rabutin, qui nous a assuré avoir votre consentement pour vous -conduire ici.»--«Ce qu'il vous a dit est faux!» dit-elle en élevant -encore plus la voix.--«Madame, reprit le chevalier, nous sommes ici -deux cents gentils-hommes amis de Bussy: s'il nous a trompés, nous vous -servirons contre lui, et nous vous mettrons en liberté. Daignez -seulement vous expliquer en présence de plusieurs de nous; et, en -attendant, ne refusez pas de descendre et de vous reposer de vos -fatigues.» - -L'air doux, compatissant et suppliant du chevalier inspira de la -confiance à madame de Miramion; cependant elle ne voulut point monter -dans les appartements, mais elle consentit à entrer dans une salle -basse et humide, qui n'avait été nullement préparée pour la recevoir. -On se hâta d'y faire du feu, on y porta les coussins de son carrosse -pour qu'elle pût s'asseoir[206]. En entrant, elle vit deux pistolets -sur une table, s'en saisit, et, remarquant qu'ils étaient chargés, -elle les mit auprès d'elle, et parut un instant rassurée: mais sa femme -de chambre s'étant levée pour sortir, elle la fit rasseoir, et lui dit: -«Non, non, demeurez; vous ne me quitterez point.» On lui servit à -manger: elle écarta d'elle les plats sans y toucher. Pour se dérober -aux premières explosions de son courroux, Bussy s'était tenu à l'écart. -Il était extrêmement surpris de la voir si exaspérée, si inébranlable -dans ses résolutions.--«On m'avait assuré, dit-il à ses complices, que -c'était un mouton, et c'est une lionne en furie.» Toutefois, comme il -présumait beaucoup de lui-même, il ne désespéra pas encore de la -fléchir; mais il crut devoir faire préparer les voies par une -gouvernante du château et par les personnes les plus notables de son -escorte. Toutes vinrent assurer à madame de Miramion que les projets de -Bussy n'avaient rien que d'honorable; qu'il était pour elle le plus -passionné, le plus soumis des amants; que si elle voulait consentir à -l'épouser, elle trouverait en lui un mari aussi tendre que complaisant. -On fit l'éloge de Bussy, de son caractère, de son esprit; on n'oublia -pas de faire valoir ses richesses, son rang, son crédit à la cour, -l'amitié qu'avait pour lui le prince de Condé; on expliqua la cause de -l'erreur qui avait donné lieu à l'enlèvement. Aucun de ceux qui -l'accompagnaient n'aurait consenti à le suivre si, comme lui, on -n'avait pas cru que cet acte apparent de violence n'était qu'une -feinte, et qu'il avait lieu de concert avec elle. On ajoutait que -Bussy, désespéré de sa méprise et des reproches qu'elle lui attirait, -n'osait paraître devant elle. Pourtant c'est à son confesseur tout seul -qu'elle devait s'en prendre des violences dont elle était victime; le -père Clément seul était coupable, Bussy était innocent. - - [206] _Vie de madame de Miramion_, t. I, p. 16, in-4º, et p. 17 - de l'édit. in-12. - -Ces explications, en faisant connaître à madame de Miramion la noire -intrigue du père Clément, calmèrent un peu l'effroi qu'elle avait eu en -entrant dans le château; mais elles excitèrent son indignation contre -Bussy, qui parce qu'il se croyait puissant voulait la forcer à -l'épouser, et employait de tels moyens pour y parvenir. Elle se refusa -à toutes les instances qui lui étaient faites, et continua à insister -pour que sa liberté lui fût rendue. - -Lorsqu'on vit qu'elle était inaccessible à la persuasion, on essaya de -la dompter par la crainte. On lui peignit le comte de Bussy, -ordinairement si bon, si généreux, dans ce moment méconnaissable aux -yeux de ses propres amis, tant son amour était violent, tant l'idée de -se voir trompé dans ses espérances lui inspirait de projets sinistres. -On cherchait à démontrer à madame de Miramion la nécessité, dans son -propre intérêt, de ne pas réduire au dernier degré du désespoir un -homme dans l'état où se trouvait Bussy. Tous ces discours ne purent -faire fléchir un instant la jeune veuve ni lui arracher la moindre -concession. - -Bussy alors renvoya auprès d'elle le chevalier de Malte, qui seul était -parvenu à la faire consentir à descendre de voiture: il lui dit que M. -le comte de Bussy était résolu, puisqu'elle l'exigeait, à la remettre -en liberté; mais qu'avant il demandait en grâce qu'elle voulût bien -l'écouter un moment. - -Aussitôt Bussy parut avec ceux qui l'avaient escorté. Mais avant -d'entrer il mit un genou en terre, et se présenta les deux mains -jointes, et dans l'attitude d'un suppliant[207]. A son aspect, et sans -lui donner le temps d'articuler un seul mot, madame de Miramion se -dressa sur ses pieds, leva une de ses mains vers le ciel, et dit: -«Monsieur, je jure devant le Dieu vivant, mon créateur et le vôtre, -que je ne vous épouserai jamais.» Puis elle retomba évanouie. Un -médecin de Sens, que Bussy avait eu la précaution de faire venir au -château, lui prit le pouls, et dit qu'il ne sentait presque aucun -battement; il déclara qu'elle était dans un danger imminent. Quarante -heures s'étaient, en effet, écoulées sans qu'elle eût pris aucune -nourriture, et cette longue abstinence et ces continuelles agitations -avait épuisé ses forces. - - [207] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. V, p. 372, édit. - in-8º, et t. IX, p. 235, édit. in-12. - -Tandis que ces choses se passaient, la belle-mère de madame de -Miramion, que Bussy avait si inhumainement laissée avec le vieil écuyer -au milieu de la forêt de Livry, n'était pas restée oisive. Elle avait -marché avec rapidité jusqu'au premier village; elle avait fait monter à -cheval le vieil écuyer, pour aller en avant annoncer à sa famille -l'événement sinistre qui avait eu lieu, et demander du secours. Elle -prit pour elle, faute d'autres, des chevaux de charrue, qui la -traînèrent jusqu'au faubourg de Paris. Elle apprit en arrivant que, -d'après son message, un bon nombre de cavaliers, ayant M. de Rubelle en -tête, étaient déjà partis, et s'étaient dirigés sur Sens[208]. - - [208] _Vie de madame de Miramion_, in-4º, p. 18; et p. 20 de - l'édit. in-12. - -Ils étaient depuis une demi-heure environ dans cette ville, lorsque -madame de Miramion, par son serment, par l'évanouissement qui l'avait -suivi, avait frappé de stupeur tous ceux qui se trouvaient présents. Ce -fut dans cet instant qu'on vint annoncer à Bussy que toute la ville de -Sens était en rumeur, et que six cents hommes étaient prêts à en sortir -pour venir assiéger le château de Launay. Bussy ne se laissa point -effrayer par cette nouvelle; mais voyant que madame de Miramion, par -l'effet des secours qui lui avaient été prodigués, avait promptement -repris ses sens, il résolut de faire une dernière tentative pour -obtenir d'elle qu'elle consentît à rester au moins un jour à Launay. - -Les plus humbles prières, les protestations les plus ferventes furent -en vain mises en usage par Bussy. Comme il avait débuté par lui dire -qu'il était incapable d'attenter à sa liberté[209], et que si elle -voulait, il la ferait reconduire à Sens; pour toute réponse à ses -demandes et à ses instances, elle se contenta de le prier de donner -sur-le-champ des ordres pour son départ. - - [209] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 161, édit. in-12; t. I, p. 201 - de l'édit. in-4º. - -«Mais hélas! madame, dit Bussy avec l'accent de la plus profonde -douleur, si vous partez, je ne vous reverrai jamais...! Si encore vous -me permettiez de réparer mes torts involontaires, et d'être tant que je -vivrai votre serviteur!» Madame de Miramion, craignant qu'il ne -rétractât la promesse qu'il avait faite, crut devoir céder à la -position critique où elle se trouvait, et dissimuler. «Si vous me -laissez partir, dit-elle avec douceur, vous réussirez plutôt par cette -voie que par celle que vous avez prise.» Mais Bussy, qui savait lire -dans les yeux d'une femme ses véritables sentiments: «Je ne m'y attends -pas, madame, dit-il avec tristesse; mais, quoique persuadé du -contraire, je suis trop honnête homme pour vous contraindre; et, -quelles que soient vos rigueurs, je vous serai toujours dévoué.» Il la -supplia ensuite de prendre quelque nourriture. «Quand les chevaux -seront à mon carrosse, dit-elle, j'accepterai.» - -Les chevaux furent mis, et, sans se faire presser, elle mangea deux -Å“ufs frais. Bussy remit en secret cinquante pièces d'or à la -demoiselle Gabrielle, pour fournir, dit-il dans ses Mémoires[210], à -la dépense du voyage, mais évidemment pour se la rendre favorable. Le -carrosse partit, escorté par le chevalier de Malte, qui avait inspiré -le plus de confiance à madame de Miramion, et deux autres -gentils-hommes. Le chevalier se tenait près de la portière de la -voiture, et tout le long du voyage il entretint madame de Miramion sur -Bussy, protestant que son ami avait été trompé, et que ses intentions -étaient pures. Cependant, craignant d'être arrêté par la justice de -Sens, le chevalier fit faire halte à cent pas du faubourg de la ville. -Le cocher et les postillons dételèrent les chevaux, l'escorte salua -madame de Miramion; et maîtres, valets, coursiers disparurent, et -s'enfuirent au château de Launay. - - [210] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 162, édit. in-12; et édit. in-4º, - t. I, p. 202. - -Madame de Miramion resta seule avec la femme de chambre, et le fidèle -domestique qui n'avait point voulu la quitter. Elle traversa le -faubourg de Sens à pied, et trouva la porte de la ville fermée. Elle -apprit, dans l'hôtellerie où elle se réfugia, que tout le monde y était -en armes par ordre de la reine régente, pour aller au secours d'une -dame que l'on avait enlevée de force. «Hélas! c'est moi,» dit-elle. -Alors la nouvelle de son arrivée franchit bientôt les murs de la ville; -et son frère, sa belle-mère, et l'abbé, depuis vicomte, de Marilly, son -parent, vinrent la prendre. La joie qu'elle éprouva de se trouver au -milieu des siens fut grande; mais l'ébranlement que cet événement avait -produit était trop fort pour qu'elle y résistât. Elle tomba malade; on -la transporta à Paris, pour être plus à portée de tous les secours. Le -danger augmentant, on lui administra les sacrements, et on désespéra de -sa vie. Cependant elle échappa à la mort; mais elle ne revint à la -santé qu'après une longue et pénible convalescence. - -Rubelle, aussitôt l'arrivée de sa sÅ“ur à Sens, avait envoyé au -château de Launay le prévôt avec une troupe d'hommes armés, pour se -saisir de Bussy; mais Bussy avait déjà disparu, avec tous ses -complices. - -La justice informa: ce fut contre la volonté de madame de Miramion, qui -dans ses dépositions se montra aussi favorable à Bussy qu'elle le -pouvait sans trahir la vérité. Elle supplia sa famille de vouloir bien -pardonner au coupable repentant. On était d'autant moins disposé à -céder à ses instances, que depuis cet événement elle se montra encore -plus rebelle à toute proposition de mariage et qu'elle ne voulut en -écouter aucune. Elle considérait tout ce qui s'était passé comme un -avertissement du ciel. Elle prit avec elle-même l'engagement de rester -toujours veuve, et de consacrer sa vie à Dieu et aux bonnes - Å“uvres. - -Le caractère qu'elle déploya, si éloigné de l'idée que Bussy s'en était -formée, d'après de faux rapports, fit comprendre à celui-ci la gravité -de son action. Il pria le prince de Condé d'intervenir. Condé écrivit à -la famille une lettre, très-pressante, et demanda grâce pour Bussy. On -eut égard aux sollicitations d'un prince qui, par la victoire de Lens, -venait encore de sauver une fois la France[211]. - - [211] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 162 de l'édit. in-12; t. I, p. 203 - de l'édit. in-4º.--_Vie de madame de Miramion_, p. 19, édit. - in-4º, p. 20, in-12. - -On suspendit les poursuites; mais on les reprit lorsque Condé et Bussy, -tous deux du parti de la cour, faisaient la guerre au parlement et à la -Fronde. - -Bussy avoue que pendant cette guerre il eut l'idée d'incendier le -château de Rubelle près Melun, propriété de madame de Miramion. -«J'eusse pu, dit-il, par là mériter du côté de la cour, auprès de -laquelle on se rendait recommandable par le mal que l'on faisait aux -affaires du parlement.» Bien loin de céder à cette mauvaise pensée, -Bussy mit dans ce château une sauvegarde, et empêcha qu'on ne prît rien -ni au seigneur du lieu ni aux habitants du village. Il recueillit le -fruit de sa bonne conduite. On cessa les poursuites; mais sous la -condition que Bussy promettrait de ne jamais paraître devant madame de -Miramion, et qu'il quitterait à l'instant tous les lieux où elle se -trouverait. - -Quelque humiliante que fût cette promesse, il la fit et y fut fidèle. -Trente-six ans s'écoulèrent, sans qu'il revît une seule fois madame de -Miramion. Au bout de ce temps il eut un procès où se trouvait engagée -une partie de sa fortune[212]. Le gain ou la perte de ce procès -dépendait du président de Nesmond, qui avait épousé la fille unique de -madame de Miramion. Pour obvier au tort que pouvait lui faire dans -l'esprit du gendre le souvenir de l'attentat qu'il avait commis contre -la belle-mère, il eut l'idée de s'adresser à elle-même pour intercéder -en sa faveur. Il savait que l'abbé de Choisy, son ami, était cousin -germain de madame de Miramion. Par lui, il obtint qu'elle lui -permettrait d'avoir avec elle un entretien particulier. Bussy fut donc -admis en présence de celle qui avait été l'objet d'un des plus étranges -événements de sa vie, événement dont la mémoire, malgré le laps des -années, n'avait cessé de lui être présente et douloureuse. Au lieu de -cette jeune beauté au regard doux et mélancolique, à la taille svelte -et légère, revêtue de soie et de dentelles, dont il avait été à -Saint-Cloud le ravisseur, il vit une femme forte, grasse, la tête -enveloppée d'une grande coiffe, couverte d'une simple robe de laine -grise, avec une large collerette de batiste non plissée, tombant sur -ses épaules[213], et sur sa poitrine une croix suspendue à une petite -tresse de cheveux. C'étaient ceux de sa fille. Les yeux de madame de -Miramion avaient encore conservé de l'éclat, et les agréments de son -visage n'avaient pas entièrement disparu sous l'embonpoint d'un double -menton; l'expression de ses traits, son maintien, son costume, tout en -elle était dans une parfaite harmonie; tout contribuait à exprimer -l'absence des passions, la modération dans les désirs, et cette -satisfaction intérieure, ce bonheur tranquille et doux que procurent -une conscience pure et la pratique des vertus. C'était dans toute sa -personne un calme si profond, qu'il semblait que jamais aucune joie -n'avait exalté son âme, qu'aucun chagrin n'avait contristé son cÅ“ur. -Bussy en fut si singulièrement frappé, qu'il resta comme interdit à son -aspect. Mais il fut bientôt rassuré par le ton bienveillant avec lequel -elle lui dit de s'asseoir, et l'empressement qu'elle mit à le prier de -lui faire connaître le motif qui l'amenait près d'elle. Après que Bussy -eut donné le détail de son affaire et démontré, avec clarté et -évidence, son bon droit, madame de Miramion lui répondit qu'elle lui -promettait de parler à son gendre et de tâcher de le rendre favorable à -sa cause. Le jugement suivit de près ses promesses, et Bussy gagna son -procès. - - [212] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 168 de l'édit. in-12; t. I, p. 219 - de l'édit. in-4º.--DE CHOISY, _Vie de madame de Miramion_, p. - 21, édit. in-12. - - [213] _Vie de madame de Miramion_, p. 22, et _le Portrait de - madame Miramion peint par_ DE TROY, _gravé par_ ÉDELINCK. - -Tous ceux qui sont versés dans l'histoire du grand siècle reconnaîtront -madame de Miramion à cette action généreuse. Ils savent que c'est cette -même femme qui, après avoir fait le serment de se consacrer à Dieu, -préféra ses devoirs de mère à l'oisiveté des cloîtres; soigna sa fille, -presque toujours malade; consuma les belles années de sa jeunesse à -faire son éducation; la produisit dans le monde, la maria, et assura -son bonheur par tous les moyens que la tendresse maternelle peut -suggérer[214]; puis, libre de tous soins domestiques, s'abandonna à cet -immense amour de l'humanité, à cette charité ardente[215] qui semblait -augmenter les forces de son corps et les ressources de son esprit, en -raison de l'accroissement des misères qu'elle avait à soulager; que -c'est cette même femme qui fonda à Paris, à Amiens, à la -Ferté-sous-Jouarre, les communautés de son nom, et donna par là des -maîtresses d'école aux pauvres filles, des garde-malades intelligentes -et instruites aux habitants des campagnes[216]; qui ouvrit des ateliers -de travail pour la vertu laborieuse, et des maisons de refuge pour le -vice repentant[217]; qui pendant deux ans nourrit de son patrimoine -sept cents pauvres que l'Hôpital général avait été obligé d'expulser -faute de fonds[218]; qui aida saint Vincent de Paul à soutenir -l'Å“uvre des enfants trouvés[219]; qui dans Melun désolé par une -maladie contagieuse porta tous les genres de secours, et deux mois -durant y brava la mort en soignant de ses propres mains ceux que leurs -parents, leurs amis, frappés d'épouvante, avaient abandonnés[220]; qui -contribua par ses largesses à l'établissement des missions étrangères, -et fit bénir le nom français jusqu'aux extrémités du globe. C'est -encore elle qui se prosterna aux pieds d'un père irrité, arrêta sur ses -lèvres la malédiction qui allait frapper un fils, et en fit descendre -le pardon. C'est elle que les princesses enviaient aux pauvres, dont -elles demandaient les conseils dans leurs afflictions, dont elles -imploraient la présence et les prières à leurs derniers moments. Louis -XIV, avec ce discernement exquis qui le caractérisait, l'avait choisie -pour être la distributrice de ses aumônes[221]; toutes les personnes -qui aspiraient au mérite de détruire ou de combattre les maux qui -affligent l'humanité ou accablent l'infortune croyaient ne pouvoir -accomplir leurs Å“uvres bienfaisantes sans sa participation. - - [214] _Vie de madame de Miramion_, 1706, in-4º, p. 24, 33, 35, - 39-41. - - [215] _Ibid._, p. 31. - - [216] _Ibid._, p. 52, 65-194. - - [217] _Ibid._, p. 143.--FÉLIBIEN, _Histoire de la ville de - Paris_, vol. I, part. 2, p. 1492. - - [218] _Ibid._, p. 50. - - [219] _Ibid._, p. 139. - - [220] _Vie de madame de Miramion_, p. 73. - - [221] DANGEAU, _Mémoires_, 24 mars 1696, t. II, p. 41.--_Vie de - madame de Miramion_, p. 71.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, 1829, t. I, - p. 350, 351.--SAINT-SIMON, _Å’uvres complètes_, 1791, t. XI, p. - 35 et 36.--FÉLIBIEN, _Hist. de Paris_, p. 1520. - -Madame de Sévigné qualifie madame de Miramion de _Mère de l'Église_, et -elle dit avec raison que sa perte a été une perte publique[222]. Quand -elle en parlait ainsi, le nom de madame de Miramion, béni par tous les -pauvres, prononcé avec respect par tous les riches, était devenu -célèbre; mais à l'époque dont nous nous occupons ses vertus comme sa -beauté étaient ignorées du monde, où elle ne paraissait jamais. Aussi, -au milieu des événements qui attiraient alors l'attention publique, -l'attentat de Bussy fit peu de bruit. Madame de Sévigné paraît l'avoir -ignoré, ou ne l'avoir connu que d'une manière inexacte, et propre, à -justifier son cousin. Il est certain du moins que leur intimité n'en -fut en rien altérée; au contraire, on verra, par la suite de notre -récit, que la nécessité où fut Bussy d'échapper aux poursuites dirigées -contre lui lui donna l'occasion, ou le prétexte, de résider pendant -quelques jours sous le même toit avec sa cousine; ce qui augmenta -encore cette familiarité qui existait entre elle et lui, qu'autorisait -leur parenté, et qu'il considérait avec raison comme un des moyens les -plus puissants de seconder l'exécution de ses desseins. - - [222] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 31 janvier 1689, t. VIII, p. - 317, du 29 mars 1696, t. X, p. 201. - - - - -CHAPITRE XI. - -1648. - - Bussy revient à Paris.--Il n'y trouve pas madame de Sévigné.--Il - apprend qu'elle est à l'abbaye de Ferrières.--Antiquité de cette - abbaye.--Pourquoi possédée par l'évêque de Châlons.--Parenté de - l'évêque de Châlons et des Rabutins.--Événements qui ont engagé - M. et madame de Sévigné à l'aller voir.--Molé de Champlatreux - intervient pour arranger l'affaire de Bussy.--On exige que Bussy - s'éloigne de Paris.--Il se rend à Ferrières.--Retourne à - Paris.--Reçoit des ordres pour organiser à Autun une compagnie de - chevau-légers.--Pourquoi il se décide à écrire à M. et à madame - de Sévigné en nom collectif.--Lettre de Bussy.--Perfection de la - gastronomie à cette époque.--Nécessité, pour l'objet du cet - ouvrage, de donner une idée exacte de la guerre et des - personnages de la Fronde. - - -Bussy, ainsi que nous l'avons déjà dit, avait quitté subitement le -château de Launay. Il s'était rendu à Paris, espérant y trouver madame -de Sévigné. Il apprit qu'elle était allée avec son mari passer la belle -saison chez son oncle l'évêque de Châlons, à Ferrières. Cette célèbre -abbaye, dont on faisait remonter l'antiquité au temps de Clovis, était -située sur les bords riants de la rivière de Loing, à trois lieues au -nord de Montargis[223]. André Fremyot, archevêque de Bourges, frère de -sainte Chantal, l'avait réformée et rebâtie, et y avait placé des -bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Jacques Nuchèze, son -neveu, nommé son coadjuteur, devint titulaire de cette abbaye, -quoiqu'elle fût hors du diocèse de Châlons, dont il fut fait -évêque[224]. Il aimait à y résider, à y jouir des délices de la -campagne, et il y faisait bonne chère. Fils de Jacques de Nuchèze, -baron de Bussy-le-Franc, et de Marguerite Fremyot, sÅ“ur de sainte -Chantal, il était oncle de madame de Sévigné et de Bussy. Il se -trouvait heureux de recevoir dans son riant séjour des hôtes jeunes et -aimables tels que M. et madame de Sévigné, dont il avait béni le -mariage[225]; et il eut d'autant moins de peine à les retenir près de -lui, que les dissensions politiques avaient eu leur effet ordinaire. -Tous les plaisirs étaient interrompus dans la capitale, toutes les -relations sociales suspendues. La journée des Barricades avait eu lieu; -la cour avait été obligée de s'enfuir à Saint-Germain. La paix offerte -par le parlement ayant été acceptée aux conditions qu'il avait -imposées, la cour était revenue à Paris, et Bussy avec elle. Le procès -intenté contre lui pour le fait de l'enlèvement de madame de Miramion -le força de s'en éloigner. Molé de Champlatreux, fils du premier -président Molé, avait été chargé par le prince de Condé de -s'entremettre entre Bussy et la famille de madame de Miramion, pour -procurer un accommodement[226]; mais on exigea, pour condition -préalable, que Bussy quittât Paris, pour ne mettre aucun obstacle à des -négociations dont il désirait de voir la fin. Il se rendit d'abord dans -ses terres de Bourgogne, où ses affaires le réclamaient; mais il se -hâta de les terminer, et partit le 15 octobre 1648 pour aller à -l'abbaye de Ferrières, charmé de l'idée de se trouver réuni dans la -même habitation avec sa cousine. Entièrement occupé d'elle, il oubliait -tout le reste, et serait reste longtemps dans cette agréable retraite, -où les heures s'écoulaient avec une douce rapidité[227]. Mais au bout -de dix jours une lettre de sa mère lui annonça que sa présence était -indispensable à Paris pour y terminer son affaire[228]: il s'y rendit, -et ne trouva point les choses aussi avancées qu'on le lui avait fait -entendre. Il regrettait d'avoir quitté sa cousine, et se disposait à la -rejoindre, lorsqu'il reçut des ordres du roi pour aller à Autun y -compléter le régiment de chevau-légers du prince de Condé. Dans -l'impossibilité où il se trouvait de retourner à Ferrières, il résolut -d'écrire à madame de Sévigné; mais, comme il savait que sa lettre -serait lue de son mari, il prit le parti d'écrire à tous deux en nom -collectif, de manière à ne rien omettre de tout ce qu'il lui importait -de dire, sans cependant faire naître les soupçons. Pour les écarter -plus sûrement, il parle dans sa lettre d'une jeune beauté de Paris qui -avait frappé ses regards. Naturellement vaniteux, il aimait à rendre sa -cousine la confidente de ses amours passagères, afin de prouver qu'il -ne manquait pas de moyens de se distraire de ses rigueurs, et qu'en -l'aimant il lui sacrifiait plus d'une rivale. - - [223] _Gallia Christiana_, t. IV, p. 944; et t. XII, p. 156, 157 - et 171. - - [224] _Gallia Christiana_, t. IV, p. 944. - - [225] _Voyez_ ci-dessus, chap. III, p. 21. - - [226] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 162. - - -LETTRE DE BUSSY A M. ET A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Paris, ce 15 novembre 1648. - -«J'ai pensé d'abord écrire à chacun de vous en particulier; mais j'ai -cru ensuite que cela me donnerait trop de peine, de faire ainsi des -baise-mains à l'un dans la lettre de l'autre; j'ai appréhendé que -l'apostille ne l'offensât; de sorte que j'ai pris le parti de vous -écrire à tous deux l'un portant l'autre. - - [227] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 165-179-184, p. 40. - - [228] _Ibid._, t. I, p. 165. - -«La plus sûre nouvelle que j'aie à vous apprendre, c'est que je me suis -fort ennuyé depuis que je ne vous ai vus. Cela est assez étonnant; car -enfin je suis venu voir cette petite brune pour qui vous m'avez vu le -cÅ“ur un peu tendre: à la vérité, elle m'avait ce qu'on appelle sauté -aux yeux, et je ne lui avais pas encore parlé. C'est une beauté -surprenante, de qui la conversation guérit: on peut dire que pour -l'aimer il ne faut la voir qu'un moment, car si on la voit davantage on -ne l'aime plus; voilà où j'en suis réduit. Mais j'oubliais de vous -demander des nouvelles de la santé de notre cher oncle. Je vous prie de -l'entretenir de propos joyeux... Au reste, si vous ne revenez bientôt, -je vous irai retrouver: aussi bien mes affaires ne s'achèveront -qu'après les fêtes de Noël. Mais ne pensez pas revenir l'un sans -l'autre, car en cette rencontre je ne suis pas homme à me payer de -raisons. - -«Depuis que je vous ai quittés, je ne mange presque plus. Vous qui -présumez de votre mérite, vous ne manquerez pas de croire que le regret -de votre absence me réduit à cette extrémité; point du tout: ce sont -les soupes de messire Crochet qui me donnent du dégoût pour toutes les -autres[229].» - - [229] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 166, édit. in-12.--_Ibid._, t. I, - p. 207, in-4º.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I., p. 9, édit. 1820. - (Les deux versions diffèrent.) - -Il ne faut pas s'étonner de voir Bussy s'extasier sur les soupes de -messire Crochet. Je ne sais si les _artistes en gastronomie_ de notre -siècle, qui prétendent bien du moins avoir une supériorité -incontestable à cet égard sur les siècles qui l'ont précédé, pourraient -nous donner une nomenclature de potages égale à celle des _officiers -de_ _bouche_ de cette époque. Un livre qui paraît avoir eu alors -beaucoup de vogue nous donne les noms et les recettes de trente-quatre -potages différents[230]. - - [230] _L'Eschole parfaite des officiers de bouche_, seconde - édition, chez Jean Ribou, 1666, in-12, p. 260 à 347. - -La vie dissipée que madame de Sévigné menait alors, autant par -inclination que pour plaire à son mari, ne contribuait pas peu à tenir -en haleine la jalousie de son cousin, et lui faisait redouter d'être -supplanté par un rival. Non-seulement la danse, la musique, les -spectacles, les cercles brillants, et tous les plaisirs que son sexe -préfère, étaient de son goût; mais elle aimait encore à partager ceux -que les fatigues qu'il faut endurer semblent avoir exclusivement -réservés aux hommes. C'est vers cette époque qu'elle alla passer -quelques jours à la belle terre de Savigny-sur-Orges, non loin de -Monthléry, possédée alors par Ferdinand de la Baulme, comte de -Mont-Revel. Là , elle rencontra Charlotte de Séguier, marquise de Sully, -fille du chancelier Séguier[231], et un certain M. de Chate, dont elle -garda un long souvenir, puisque vingt-quatre ans après elle parle à sa -fille des trois jours qu'elle passa avec lui, et durant lesquels elle -s'adonna aux plaisirs de la chasse. «Je suis étonnée d'apprendre que -vous avez M. de Chate: il est vrai que j'ai été trois jours avec lui à -Savigny. Il me paraissait fort honnête homme; je lui trouvais une -ressemblance en détrempe qui ne le brouillait pas avec moi. S'il vous -conte ce qui m'arriva à Savigny, il vous dira que j'eus le derrière -fort écorché d'avoir couru un cerf avec madame de Sully, qui est -présentement madame de Verneuil[232].» - - [231] LE BÅ’UF, _Hist. du Diocèse de Paris_, t. XII, p. 70. - - [232] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 6 septembre 1671, t. II, p. 180, édit. - de Monmerqué, t. II, p 215, édit. de G. de S.-G. - -Plusieurs conjectures se présentent sur cette _ressemblance en -détrempe_ que madame de Sévigné aimait à retrouver dans M. de Chate; -mais il n'en est aucune que l'on puisse choisir de préférence et -appuyer sur des faits; il vaut mieux les passer sous silence. Une -erreur singulière est celle des commentateurs de madame de Sévigné, qui -ont cru que ce de Chate était le même que le Clermont-Chate qui eut une -intrigue avec la princesse de Conti en 1694, comme si les dates -n'excluaient pas une telle supposition. On peut seulement présumer -qu'il était son père, ou son frère aîné, beaucoup plus âgé[233]. - - [233] Madame de Verneuil, née en 1622, mourut en 1704, âgée de - quatre-vingt-un ans et dix mois. - -Nos lecteurs se sont déjà aperçus, par quelques circonstances de nos -récits, que le temps de paix et de bonheur qui signala les premières -années de la régence d'Anne d'Autriche avait cessé. Déjà la Fronde et -la guerre civile étaient commencées; et cette jeunesse folâtre qui -fréquentait les ruelles et les salons des princesses s'était précipitée -dans les factions avec toute l'inexpérience et l'emportement de son -âge. Quand tout ordre social fut rompu, quand aucune passion ne connut -plus de frein, la galanterie dégénéra en licence, et le plaisir en -débauche. Il est nécessaire de donner une idée exacte de cette -aventureuse époque, pour savoir ce que devint madame de Sévigné en la -traversant. Sans cela on ne pourrait comprendre ni ses lettres, ni les -motifs de ses actions, ni ceux des personnages du règne de Louis XIV -avec lesquels elle fut liée. - - - - -CHAPITRE XII. - -1648-1649. - - Fausses idées des historiens sur la Fronde.--Caractère de cette - époque.--Causes anciennes qui l'ont fait naître.--Nécessité de - les connaître.--Les Gaules préparées par les Romains à former un - seul État.--Gouvernement féodal produit par la distribution des - bénéfices.--Autorité royale réduite à son plus bas degré à - l'avénement de Hugues Capet.--Des causes qui tendaient à la - relever de son abaissement.--Ruine du gouvernement féodal achevée - sous Philippe le Bel.--Louis XI abat la puissance des gouverneurs - qui s'étaient rendus indépendants.--Il élève les parlements et - les offices judiciaires.--Le tiers état, élevé par l'autorité - royale, veut en réprimer les excès.--L'autorité royale se sert - des parlements contre le tiers état.--Les parlements prennent de - l'ascendant, et veulent partager le pouvoir avec l'autorité - royale.--Les grands et les nobles profitent des divisions entre - le roi et le parlement pour tâcher de ressaisir leur ancienne - puissance.--Le tiers état incline vers l'un ou l'autre parti pour - assurer ses droits.--Affaiblissement de l'autorité royale sous la - minorité de Louis XIII.--Richelieu la relève, et établit le - despotisme.--Il y était forcé par l'état des partis.--Mesures - qu'il prend pour anéantir l'ascendant des gouverneurs de - province, des gens de robe et de finance.--Après Richelieu, - nouvelle régence.--Nouvel affaiblissement de - l'autorité.--Avénement de Mazarin au ministère.--Il veut - continuer le système de gouvernement créé par Richelieu.--Les - grands, les parlements et la bourgeoisie s'y opposent.--Naissance - de la Fronde.--Tous les partis réunis contre le ministre avaient - des vues différentes.--Pourquoi Condé, Turenne, La Rochefoucauld, - le cardinal de Retz, changent si facilement de parti.--La Fronde - moins sanglante que la Ligue, mais due à des causes aussi - puissantes.--La religion, comme dans la Ligue, y joue un grand - rôle.--Naissance du jansénisme.--La réforme de Luther éclaire sur - les abus de la cour de Rome, et donne le goût des discussions - théologiques.--Doctrine de saint Augustin et de l'Église sur - l'autorité des papes.--Doctrine des jansénistes sur la - grâce.--Effet de cette doctrine sur la morale.--Cause de son - succès.--Port-Royal des Champs.--Des solitaires qui s'y - retirent.--Leur genre de vie, leurs travaux, leurs - écrits.--Pourquoi ils se trouvaient liés avec les chefs de la - Fronde, avec le cardinal de Retz.--Composition de la société à - cette époque.--Les grands avaient des clients et des vassaux - tenant à eux, changeant de parti avec eux.--Les Sévignés, parents - du cardinal de Retz, le reconnaissaient pour chef et protecteur - de leur famille.--Madame de Sévigné jetée par son mari dans le - parti de la Fronde et des jansénistes.--Situation des affaires en - 1648.--Habileté de Mazarin.--Barricades.--Paix avec le - parlement.--Griefs contre Mazarin.--Mécontentements des - grands.--On inspire des craintes au peuple.--Une nouvelle crise - se prépare. - - -La Fronde n'a duré que quatre ans. Placée entre le despotisme de -Richelieu et le long règne de Louis XIV, ce choc si vif, si animé de -toutes les puissances du corps social, de toutes les grandes capacités -qui s'étaient subitement développées durant cette mémorable époque, n'a -paru à presque tous les historiens qu'un accident, qu'une espèce -d'interrègne du pouvoir absolu, résultat passager de quelques ambitions -personnelles, de quelques intrigues d'amour. Telle est surtout l'idée -que Voltaire en donne; mais elle est fausse. La Fronde est une des -époques les plus remarquables de notre histoire, par les lumières -qu'elle y répand, par les enseignements politiques qu'elle fournit. -C'est l'expression la plus concentrée, la plus dramatique d'une lutte -dont les causes ont toujours existé et ont produit des révolutions qui -durent encore; causes qui, par leurs actions, tantôt cachées, tantôt -dévoilées, tantôt lentes et progressives, tantôt rapides et violentes, -ont sans cesse modifié, altéré ou subitement changé nos lois, nos -mÅ“urs et nos habitudes. - -Aussi, pour les bien comprendre, il faut nous replacer au berceau de -notre histoire, et saisir d'un seul regard la vie entière de la nation. -Pour trouver comment s'opèrent les débordements d'un fleuve, il est -nécessaire d'en tracer le cours et de remonter jusqu'à sa source. - -La réunion de tous les peuples gaulois, de tous les pays compris entre -le Rhin et les Alpes, la mer et les Pyrénées, en une seule province -romaine; les grandes routes que ce peuple dominateur y pratiqua, et qui -en unissaient toutes les parties; la conquête de ce pays par les -Francs; l'établissement du vaste empire de Charlemagne, et les -assemblées régulières et générales de la nation sous les deux premières -races, donnèrent à la France une force d'agrégation et un sentiment de -nationalité que les partages et les guerres entre des princes ennemis, -et entre les différentes provinces, ont souvent affaibli, mais n'ont pu -anéantir entièrement. - -La distribution des terres à cultiver, ou des bénéfices concédés pour -un temps ou pour la vie, fut une conséquence nécessaire d'un grand -territoire conquis par une armée peu nombreuse, et donna naissance à la -vassalité. L'application à la race royale des lois qui chez les Francs -régissaient la famille produisit le partage égal de la monarchie entre -tous les enfants du monarque, et fut une cause de divisions, de crimes, -de malheurs et d'anarchie qui affaiblit l'autorité royale. Les -bénéficiers en profitèrent pour retenir, au delà du temps prescrit, et -sans l'aveu des concessionnaires, les terres qui leur avaient été -concédées; et leurs héritiers en conservèrent la possession comme de -biens qui leur appartenaient, dès qu'ils remplissaient, comme leurs -auteurs, les conditions de la concession. Ainsi les bénéfices et les -fiefs donnés à temps et révocables devinrent héréditaires; la -vassalité fut immobilisée: elle fut transportée des personnages aux -terres. La même cause donna aux délégués des rois pour le gouvernement -et la défense du pays, c'est-à -dire aux comtes, aux ducs et autres -officiers de la couronne, les moyens d'être indépendants ou de se faire -assez redouter pour rendre leurs charges et offices inamovibles, au -lieu d'être, comme avant, révocables à volonté. Ils les firent -convertir, sous de certaines conditions d'obéissance, en fiefs -héréditaires. C'est ainsi que la féodalité prit naissance, et devint la -loi des particuliers et la loi de l'État. - -L'avénement de Hugues Capet au trône, ou le commencement de la -troisième race, marque le plus haut degré du système féodal, et en même -temps le plus grand abaissement de l'autorité royale. La France n'était -alors qu'un ensemble d'États confédérés entre eux, et régis par la loi -des fiefs. La couronne était un grand fief. Mais cependant même alors, -au milieu de vassaux ayant tous des intérêts particuliers souvent -opposés à ceux de l'État, et de serfs, qui n'étaient rien, celui qui -portait cette couronne était le seul qui centralisât dans sa personne -les intérêts généraux, et par conséquent le seul qui eût le grand -caractère de nationalité; le seul qui par son titre, ses droits, ses -pouvoirs, ses devoirs, avait les moyens de former un lien commun, de -réaliser cette idée de France qui sous Clovis, sous Charlemagne, et -sous le système de vassalité absolue, avait eu autrefois tant de force, -mais qui, toute faible qu'elle était, ne s'était pas effacée. - -Cette position tendait à augmenter sans cesse l'autorité de ceux qui -s'y trouvaient placés, malgré les fautes qu'ils pouvaient commettre. -Par la même raison, le pouvoir des grands vassaux, dont les intérêts -réciproques étaient divergents, et souvent opposés à ceux de l'État, -devait diminuer graduellement, quelque habileté qu'ils missent à le -défendre ou à le conserver. On peut renverser par la violence des -institutions fortes; mais tant qu'elles existent, on ne peut échapper à -leurs conséquences. - -L'abolition de l'esclavage personnel, due à la propagation de la morale -évangélique, au véritable esprit du christianisme et aux progrès de -l'industrie agricole, manufacturière et commerçante, fit surgir une -nouvelle classe dans la nation, distincte de celle des nobles et du -clergé. Cette classe s'accrut rapidement en nombre et en richesses; et -ses efforts pour prendre dans l'État une influence proportionnée à sa -puissance réelle amenèrent l'affranchissement des communes et le -pouvoir des villes. Les appels successifs en matière de justice -remontant jusqu'au roi, introduits par saint Louis et nécessités par la -complication des intérêts sociaux, fondèrent la puissance des gens de -loi ou des parlements. - -Nos rois, en s'appuyant habilement sur les communes et les villes, ou -sur le tiers état et sur les parlements, purent lutter avec avantage -contre leurs grands vassaux, dont quelques-uns étaient de puissants -monarques. Ils ressaisirent ainsi graduellement le pouvoir utile à -tous, qu'ils avaient perdu; ils réunirent à la couronne les grands -fiefs, qui recueillaient plus d'avantages à se mettre sous leur -protection qu'à conserver leur indépendance ou leur allodialité. Ainsi -se trouva peu à peu anéantie la féodalité dans ses rapports avec -l'autorité royale. Philippe le Bel, par l'établissement des armées -permanentes et le droit de battre monnaie enlevé à tous les seigneurs, -acheva la ruine du gouvernement féodal. - -Ce ne fut donc pas Louis XI, ainsi qu'on l'a dit, qui abattit la -féodalité. Lorsque ce roi spirituel, rusé et cruel, parvint au trône, -les provinces n'étaient point régies par des pairs du royaume, ni par -de hauts barons, ni par les descendants des familles revêtues d'un -droit héréditaire, mais par des gouverneurs nommés par l'autorité -royale, et révocables à sa volonté. Seulement ces gouverneurs, il est -vrai, étaient des princes du sang, des membres de la famille royale, -qui avaient profité de l'état de démence de Charles VI et de -l'indolence de Charles VII pour se rendre indépendants dans leurs -gouvernements. Ce fut contre ces grands et récents usurpateurs que -Louis XI eut à lutter. En rendant inamovibles les offices de judicature -et de finance, et en les plaçant sous l'inspection et l'autorité des -parlements, il restreignit la puissance des gouverneurs; mais en même -temps, et sans le prévoir, il créa pour l'autorité royale des obstacles -contre lesquels elle devait un jour se briser. - -Le tiers état, après s'être en partie affranchi du joug féodal par le -secours de la puissance royale, chercha en vain un point d'appui dans -les états généraux contre l'envahissement et les abus de cette même -puissance. Réduit à ses propres forces, et sans le secours des deux -autres ordres, dont les intérêts étaient différents des siens, il ne -put jamais parvenir à mettre hors de toute contestation sa part -d'influence dans les affaires nationales; ce qui aurait dû être une -conséquence des subsides et des subventions en hommes ou en nature -accordés par l'organe de ses députés. Mais ses efforts pour acquérir -une légitime indépendance furent souvent assez énergiques pour faire -pressentir ce qu'on pouvait en redouter. Ce fut alors que les rois -employèrent contre le tiers état les parlements, dont ils s'étaient -heureusement servis contre la noblesse et le clergé. Les rois -flattèrent l'orgueil de ces grandes compagnies judiciaires, en leur -conférant en partie les attributions et l'autorité des états généraux, -qu'ils redoutaient, et que la progression toujours croissante des taxes -aurait forcé d'assembler trop fréquemment. Ainsi s'accrut -successivement l'autorité des parlements, et particulièrement celle du -parlement de Paris, qui renfermait dans son sein les pairs du royaume, -les princes du sang, et les grands dignitaires de la couronne. Ces -hautes cours nationales devinrent imposantes pour le monarque même. -Toutefois, comme il en nommait les membres, tant que le gouvernement -eut de l'énergie, les parlements servirent plutôt d'appui que -d'obstacle au pouvoir; mais sous les faibles règnes de Charles IX et de -Henri III les parlements cherchèrent leur tour à amoindrir l'autorité -royale, pour accroître la leur. Les grands profitèrent alors des -divisions qui s'établirent entre le roi et les parlements pour -s'efforcer de reconquérir de nouveau l'indépendance qu'ils avaient -perdue; et le tiers état inclina tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre -de ces partis, selon qu'il avait plus à espérer ou à redouter des uns -ou des autres. Les progrès de la réforme religieuse, qui augmentèrent -encore les causes de discorde, et le fanatisme, en secouant ses torches -sur ces matières inflammables, achevèrent de tout embraser. L'autorité -royale, craignant de lutter à force ouverte, chercha à tromper et à -diviser, et devint cruelle par peur. Un roi habile et victorieux, -joignant l'énergie à la prudence, parvint à comprimer les éléments de -trouble et de désordre, mais ne les anéantit pas. A la mort de Henri -IV, et pendant la régence de Louis XIII, les grands, les gouverneurs de -province, et les parlements, s'emparèrent de nouveau, à leur profit, -des plus importantes attributions de l'autorité royale, au détriment du -tiers état et des libertés publiques. Mais Richelieu parut. - -Rendre à la couronne sa dignité et au pouvoir royal sa force et son -action fut l'Å“uvre de Richelieu. Jamais on ne vit à la tête d'un -grand État un génie plus digne de le gouverner. Le despotisme est une -forme de gouvernement qui répugne à la raison; la cruauté est sa -compagne, et la terreur son moyen. Pour s'établir et se maintenir, il -lui faut faire une continuelle violence à la nature humaine; mais le -médecin emploie aussi le poison pour sauver la vie à son malade, et le -régime auquel il le contraint serait mortel pour celui qui jouirait -d'une santé robuste. La première loi de l'homme d'État est de ne pas -laisser périr l'État; et avant de condamner en lui le despote il faut -se demander s'il a pu éviter de le devenir. Richelieu pouvait-il sauver -la France, la maintenir dans son intégrité, et y faire triompher sur -tous les principes destructeurs le principe de la nationalité, qui n'y -était plus représenté que par la personne du roi, sans faire dominer -par-dessus toute autre puissance la puissance royale? Telle est la -question. Or, en examinant la situation du royaume à cette époque on -reconnaîtra que toutes les autorités autres que celle du roi étaient -usurpées, illégales, divergentes et oppressives. L'autorité royale -était la seule régulatrice, la seule légitime, la seule protectrice, la -seule conservatrice. Peut-être pourra-t-on penser que contre l'anarchie -des pouvoirs Richelieu eût pu trouver un remède efficace dans -l'imposante autorité des états généraux; ce serait mal connaître la -situation de la France à cette époque. Les états généraux, s'il les -avait assemblés, eussent été sous l'influence des princes et des -grands, alors maîtres de toutes les provinces, commandant dans toutes -les forteresses; leurs résolutions eussent accru le pouvoir des classes -privilégiées, diminué l'autorité royale, et rendu encore plus -insupportable le joug qui pesait sur le peuple ou le tiers état. - -Du moins, dira-t-on encore, Richelieu aurait pu s'appuyer sur les -parlements, et surtout sur celui de Paris, où siégeaient les princes du -sang et les pairs de France, et par là , sous des formes plus -convenables à une monarchie limitée, exercer un pouvoir plus légal que -son despotisme farouche. Cela eût été possible, en effet, si les -parlements avaient pu être restreints à leur fonction primitive, celle -de rendre la justice, et aussi à celle que les rois leur avaient -conférée, d'enregistrer les impôts; s'ils s'étaient contentés du droit, -si utile, de faire des remontrances, le seul que l'usage et les -ordonnances leur avaient donné dans les attributions législatives; mais -en l'absence des états généraux ils voulaient être substitués à leur -autorité. Ainsi que je l'ai déjà remarqué, les offices de finance -avaient été rendus inamovibles, aussi bien que les offices de -judicature; et ceux qui les possédaient, et dont le nombre se montait à -plus de quarante mille chefs de famille, puissants par leurs richesses, -étaient unis d'intérêt avec les parlements sous la juridiction desquels -ils se trouvaient placés; tous étaient des membres ou des clients des -familles parlementaires. Richelieu ne pouvait donc se flatter d'être -secondé par les parlements dans sa régénération administrative. Ces -compagnies se seraient, au contraire, opposées aux actes de vigueur qui -étaient indispensables pour réprimer les abus, soulager les peuples, -faire ployer les grands sous le joug des lois, et fonder un -gouvernement régulier. Trop d'intérêts particuliers s'opposaient à -l'intérêt général pour qu'on pût espérer que ce dernier prévalût, si -l'on était assez imprudent pour établir entre eux et lui un conflit. -Richelieu n'avait d'autre moyen que de saisir le pouvoir par lui-même, -et sans le secours d'aucune autre force que celle du sceptre royal. Il -y était contraint par sa position, lors même qu'il n'y aurait pas été -enclin par son caractère. En politique on ne peut jamais isoler le -passé du présent; et c'est en se pénétrant des conditions que l'un et -l'autre nous imposent, que l'on peut parvenir à dominer l'avenir. La -création des intendants de province fut de la part de Richelieu une -innovation hardie, par laquelle il affaiblit l'autorité des gouverneurs -en la partageant, ou plutôt en lui ôtant ses plus solides appuis, la -levée des impôts et l'administration des finances. Il ne s'en tint pas -là . Les gouvernements des provinces furent donnés à des hommes de son -choix, et qu'il eut soin de prendre dans des rangs moins élevés que les -Condé, les Montmorency, les d'Épernon, les Vendôme, et autres seigneurs -riches et puissants, et par conséquent très-insubordonnés: ceux-ci -étaient parvenus à faire de ces grandes charges des portions de leur -patrimoine particulier et des apanages de leur famille, quoiqu'elles -fussent de droit à la discrétion du monarque. Richelieu détruisit la -hiérarchie financière, et l'influence que les parlements exerçaient par -elle. Il sépare habilement les affaires judiciaires de celles qui -étaient administratives. Les charges des trésoriers et des élus, qui -étaient héréditaires, furent abolies. Ils furent remplacés par des -intendants de justice, de police et de finance, nommés par le roi et -révocables à volonté. - -Contre l'opposition et les clameurs d'une si grande multitude de -personnages qu'il ruinait, par un changement subit et par une -banqueroute inique; contre les complots et la fureur des grands, qu'il -privait d'une autorité illégitimement acquise, mais en quelque sorte -consacrée par le temps, Richelieu lutta avec des armes terribles. Il -foudroya pour gouverner, mais enfin il gouverna. Partout il établit -l'ordre et la sécurité et les bienfaits d'une administration vigilante -et sévère; sous lui la France fut calme, forte, glorieuse et redoutée. - -Il mourut admiré et abhorré. Les peuples, satisfaits d'être délivrés -d'un joug aussi pesant, obéirent avec joie à la reine régente. Les -courtisans furent d'abord enchantés de son gouvernement. Il ne leur -refusait rien. Il semblait, a dit l'un d'eux, qu'il n'y eût plus que -quatre petits mots dans la langue française: «La reine est si -bonne[234]!» Les prisons d'État s'ouvrirent; les attributions des -parlements furent respectées; les princes du sang et les grands furent -réintégrés dans leurs commandements. Ce fut pendant quelque temps un -concert unanime de louanges et de continuelles actions de grâces. Mais -lorsque les princes et les parlements voulurent, comme avant Richelieu, -participer à la direction générale de l'État, et surtout à la -distribution des places et des faveurs, on fut tout surpris de trouver -de la résistance dans la reine régente. On se scandalisa de lui voir -manifester la volonté de gouverner. Dans toutes les tentatives qu'elle -fit alors pour retenir un pouvoir qu'on envahissait, ou ressaisir celui -qu'elle avait imprudemment laissé échapper, on ne voulait voir que la -continuation du système odieux de Richelieu. L'exaspération s'accrut au -plus haut degré lorsqu'on la vit donner toute sa confiance à un -étranger, à un cardinal, à une créature de Richelieu. A ce triple -titre, Mazarin était également odieux aux grands, aux parlements, à la -bourgeoisie. Le pouvoir, que l'habitude avait fait considérer comme -absolu, fut donc attaqué par ces trois partis simultanément; mais, -malgré la crainte de l'ennemi commun, qui les unissait, ces partis n'en -avaient pas moins une origine et des conditions d'existence -différentes, et par conséquent aussi des intérêts différents. Les -grands voulaient exercer la puissance en se plaçant au-dessus des lois; -le parlement, augmenter la sienne par les lois; les bourgeois, établir -la leur aux dépens des lois; à leurs yeux elles étaient abusives, et le -pouvoir leur semblait oppresseur. Tous les partis, pour arriver à leur -but, avaient recours à la violence ou en empruntaient le secours. Les -grands voulaient contraindre le pouvoir à se mettre sous leur -direction, afin qu'il ne fût exercé qu'à leur profit. Pour y parvenir, -ils faisaient alliance avec le parlement, avec le peuple, avec -l'étranger. Tout moyen leur était bon: ils n'avaient de crainte pour -aucun péril, de répugnance pour aucun crime. Les parlements, plus -scrupuleux, mais non moins passionnés, se servaient habilement des -lois, dont ils se déclaraient les protecteurs, pour justifier leurs -prétentions et satisfaire leur ambition. Le peuple inclinait toujours -pour le parti qui annonçait vouloir le protéger contre l'oppression, -alléger ses souffrances, et lui assurer ses franchises. Mais, sans -organisation, sans expérience de sa force, il ne pouvait rien par -lui-même, et recherchait l'appui des grands, ou du parlement, ou de -l'autorité royale. Telle était la position de cette dernière, que quand -elle se livrait aux grands, elle était toujours certaine de les mettre -de son côté et de les détacher du parlement et du peuple; quand elle -se plaçait sous l'égide du parlement, les grands, qui tenaient les -citadelles et le gouvernement des provinces, se liguaient contre elle, -et conspiraient avec l'étranger pour lui faire la guerre. De là tant de -changements de parti et d'intrigues contraires; ce qui ne prouve pas, -comme l'a dit Voltaire, qu'on ne savait ni ce qu'on voulait ni pourquoi -on était en armes. On le savait très-bien. Les intérêts généraux sont -stables; les résolutions et les actions qu'ils nécessitent sont -toujours les mêmes. Pour les servir, on ne peut aspirer qu'à un seul -but, le bien public. Les moyens de l'atteindre sont dans tous les temps -les mêmes: l'ordre, l'économie, la justice, le désintéressement, la -fermeté, la vigilance, la droiture. Mais les intérêts privés varient -sans cesse, comme les destinées particulières: ceux du lendemain ne -sont pas toujours ceux de la veille; le but qu'on a atteint devient un -moyen pour arriver à un but plus éloigné, détourné, ou même opposé. -Jamais l'ambition et la cupidité ne s'arrêtent; elles ne peuvent -réussir qu'en se déguisant, et comme elles savent que de toutes les -formes qu'elles empruntent, celle de l'intérêt public contribue le plus -à leur succès, elles n'épargnent rien pour le simuler. Cependant, au -fond, elles leur sont presque toujours opposées, et il leur arrive -souvent de travailler contre elles-mêmes et de servir cet intérêt -contre lequel elles conspirent. La nécessité de dérober leurs secrets -aux yeux de la multitude, dont la coopération leur est nécessaire, les -y contraint. De là les changements de masque des hommes d'État, les -contradictions que nous remarquons dans leurs actions et leurs -discours, au milieu des tourbillons de la guerre civile et du tumulte -des partis. - - [234] RETZ, _Mém._, dans Petitot, t. XLIV, p. 177. - -Nous voyons dans la Fronde Condé faire la guerre au parlement et au -peuple, et assiéger Paris pour le roi; puis ensuite se mettre du côté -du peuple et du parlement pour défendre Paris contre la cour. -Pensez-vous que dans le premier cas il ait, sujet fidèle, été animé par -le désir de rétablir l'autorité royale contre des sujets rebelles? que -dans le second, citoyen généreux, il se soit dévoué pour soutenir les -droits du peuple contre les oppressives usurpations d'un ministre? -Nullement. Le but où tend Condé est toujours le même, quoique les -moyens qu'il emploie soient différents: il ne veut qu'arracher le -pouvoir à Mazarin, pour l'exercer à sa place. - -Ce n'est pas seulement parce que la duchesse de Longueville est belle, -que Turenne et La Rochefoucauld se disputent si ardemment ses faveurs; -mais c'est parce que, par son esprit et l'énergie de son caractère, -elle a un grand ascendant sur son mari et sur son frère le grand Condé, -et qu'après la chute de Mazarin on croit déjà voir Condé à la tête du -gouvernement[235]. Pourquoi le coadjuteur change-t-il si souvent de -parti? pourquoi cherche-t-il à les brouiller entre eux et à négocier -avec tous? pourquoi, malgré sa fougue apparente, ménage-t-il à la fois -la régente, le parlement, la Fronde, le pape et les jansénistes? C'est -qu'ayant reconnu la nullité du grand Condé hors du champ de bataille, -celle du duc d'Orléans sur tous les points, il se croit plus d'esprit -et de talent que Mazarin, qu'il a l'espoir de le remplacer, et qu'il -veut aussi obtenir le chapeau de cardinal. Par là il se trouve forcé à -seconder tour à tour ceux qui voulaient renverser le premier ministre -et ceux qui voulaient soutenir la régente, c'est-à -dire tous les -partis contraires. S'il se montre si assidu auprès de mademoiselle de -Chevreuse, cette beauté si peu spirituelle; s'il lui sacrifie deux de -ses maîtresses, c'est qu'il a besoin de sa mère, son seul intermédiaire -auprès de la reine. Ce n'était donc pas l'amour, comme le dit Voltaire, -qui faisait et défaisait les cabales. L'amour, si on peut profaner ce -nom pour des liaisons de cette nature, n'était dans la Fronde que le -serviteur de l'ambition et l'esclave de la sédition. Sans doute cette -guerre de la Fronde ne fut ni aussi longue ni aussi sanglante que celle -de la Ligue. Le fanatisme n'avait pas séparé une même nation en deux -peuples différents, dont chacun ne voyait de salut que dans la -destruction de l'autre; on ne voulait point détrôner un roi, changer -une dynastie, mais chasser un ministre, ou lui arracher des -concessions. On le poursuivait plutôt par le ridicule que par la haine. -En vain le parlement appela sur lui, par un arrêt, le fer des -assassins, il ne s'en trouva point. Mais la verve des chansonniers et -des poëtes satiriques, le cynisme injurieux des auteurs de libelles, ne -tarissaient point sur son compte. La presse suffisait à peine pour -reproduire les nombreux pamphlets dont il était l'objet. Cependant -cette guerre civile ne se passa point non plus sans qu'il y eût du sang -de répandu sur les champs de bataille, ni sans quelques actes de -cruauté. La religion aussi, quoiqu'elle ne jouât pas, comme au temps de -la Ligue, le principal rôle dans les discussions qui se produisaient, -n'y était pas non plus étrangère; et c'est ici le lieu de faire -connaître la nouvelle secte qui venait de s'élever au sein de l'Église -catholique, et son influence sur les événements de cette époque. - - [235] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXVIII, p. 128; t. XXXIX, p. - 45.--NEMOURS, t. XXXIV, p. 406. - -La réforme de Luther avait non-seulement détaché des papes une grande -portion de l'Église, mais elle avait aussi éclairé celle qui leur était -restée fidèle. Les plus fervents catholiques, en repoussant les dogmes -des protestants, leurs interprétations de l'Écriture et des mystères, -n'avaient pu s'empêcher d'approuver leurs efforts pour combattre les -abus contraires à l'esprit de la religion, et d'admirer le courage, la -science et l'habileté qu'ils avaient déployés dans cette lutte. Le -pouvoir que les papes avaient usurpé semblait aux évêques attentatoire -à leur autorité. Ils avaient vu avec peine la cour de Rome, après que -les moyens sanglants de l'inquisition eurent été usés ou repoussés dans -plusieurs pays, se créer un nouvel appui dans un corps religieux, -organisé d'après le principe le plus absolu de l'obéissance passive; -sorte de milice répandue partout, placée en dehors de la hiérarchie -ecclésiastique, ou à côté d'elle, et ne pouvant être dominée ni -restreinte par les moyens qui lui sont propres; sans attributions -spéciales; s'adaptant à tout, dominant partout, et paraissant partout -obéir. On trouvait que cet ordre, et par conséquent Rome, qui -l'approuvait et le soutenait, avait dans ses livres corrompu la pureté -de la foi, pour l'accommoder aux relâchements du siècle et servir ses -ambitieux desseins. Des esprits religieux et rigides croyaient donc -s'assurer des moyens de salut en ne reconnaissant dans les papes que -l'autorité qui leur était attribuée par les constitutions de l'Église; -en redonnant aux doctrines des Pères de l'Église, et surtout à celles -de saint Augustin, l'ascendant que leur avaient fait perdre des -doctrines contraires. Des théologiens renommés, Edmond Richer, syndic -de la Sorbonne, et Michel Bains, professeur à Louvain, avaient publié, -dans ce but, des livres qui, comme on devait s'y attendre, furent -condamnés à Rome[236]. Ces condamnations ne servirent qu'à augmenter -le nombre des prosélytes à la cause qu'ils défendaient. Deux hommes -liés par l'amitié la plus intime, Duverger de Hauranne, abbé de -Saint-Cyran, et Jansenius, évêque d'Ypres, entreprirent de rassembler -sous un même drapeau tous ces généreux sectaires, d'en augmenter le -nombre, de les discipliner, et de faire en sorte qu'ils ne consumassent -point inutilement leurs forces en efforts individuels. Le premier -employa pour y parvenir un talent de persuasion auquel rien ne -résistait, pas même les geôliers chargés de le garder dans la prison où -il fut confiné. Doué d'une prodigieuse activité, il entretint une vaste -correspondance, qui étendait au loin l'empire qu'il exerçait sur les -esprits. Jansenius, son ami, avec plus d'érudition et une plus grande -force de tête, donna les moyens de tirer des nombreux in-folio de saint -Augustin un corps de doctrines conforme aux idées et aux principes des -réformateurs. Son livre publié, en 1640, sous le titre d'_Augustinus_ -devint l'évangile de la nouvelle secte. C'est ce livre dont Nicolas -Cornet, docteur de Sorbonne, prétendit avoir résumé les principes en -cinq propositions, qu'on fit condamner par la cour de Rome; acte -imprudent et impolitique, qui ne fit qu'augmenter le mal auquel on -voulait remédier, et qui devint, dans ce siècle et dans le suivant, la -source d'interminables discussions, de débats insensés et de -déplorables persécutions. - -Ainsi naquit la secte des jansénistes, en haine des jésuites, en -opposition avec Rome, mais qui cependant aspirait à être le plus ferme -soutien de Rome et du catholicisme, si Rome, cédant avec les progrès du -temps et lui accordant ce qu'elle exigeait, eût voulu la seconder dans -ses pieux desseins. - - [236] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, dans les _Mém. sur - l'Hist. de France_, t. XXXIII, p. 15. - -Les principaux points de leurs doctrines étaient que la juridiction -ecclésiastique appartient essentiellement à toute l'Église; que les -évêques n'en étaient que les ministres; qu'elle devait être exercée par -les conciles assemblés, où les papes n'avaient que le droit de -présidence[237]. Ils prétendaient aussi donner à la morale et aux -actions humaines un mobile unique et divin, et ils soutenaient que -l'homme ou le pécheur ne peut rien sans la grâce, c'est-à -dire sans -l'intervention divine; qu'il doit avant tout s'efforcer de l'obtenir -par un pur amour de Dieu, dépouillé de tous motifs humains, même les -plus louables. Selon eux, les justes ont besoin, pour accomplir les -commandements de Dieu, et même pour prier sincèrement, que la grâce -efficace détermine invariablement leur volonté; et cette grâce dépend -de la pure miséricorde de Dieu. - - [237] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, t. XXXIII, p. 86. - -Cette doctrine paraît en effet être celle de saint Augustin, que -Bossuet appelle le plus éclairé et le plus profond des docteurs. Mais -de la manière dont elle était développée et expliquée par la nouvelle -secte, elle conduisait au fatalisme, et était contraire aux dogmes de -l'Église; et les théologiens qui l'avaient adoptée ne pouvaient -échapper aux conséquences qu'elle présente contre le libre arbitre ou -l'indépendance de la volonté de l'homme, principe fondamental et -incontesté dans la religion chrétienne. - -Des maximes sévères de piété, une plus grande exaltation religieuse, -résultaient de ces dogmes ou en étaient déduites par la secte. Aussi -Bossuet, qui se rapprochait des jansénistes par ses doctrines sur le -pouvoir du pape, sur la nécessité de le restreindre et sur -l'indépendance des évêques, se montre-t-il effrayé de l'absolutisme des -doctrines de la nouvelle secte, «qui font paraître, dit-il, la -religion trop pesante, l'Évangile excessif, et le christianisme -impossible[238].» Madame de Sévigné, liée avec les chefs des -jansénistes, et qui inclinait pour leurs opinions, mais dont la raison -et le bon sens s'accommodaient peu de leurs subtilités, leur demandait -de vouloir bien, par pitié pour elle, épaissir un peu la religion, qui -s'évaporait à force de raisonnements[239]. - - [238] BOSSUET, _Oraison funèbre de Cornet_. - - [239] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, t. I, p. - 466. - -Cependant, à une époque où les combats répétés contre la réforme -avaient, ainsi que je l'ai remarqué, donné aux idées religieuses un -grand empire sur les esprits, la doctrine des jansénistes, malgré ses -erreurs, par la base toute divine de sa morale, par l'enchaînement des -principes et des conséquences, par les garanties qu'elle semblait -donner contre les abus de la cour de Rome, était singulièrement propre -à plaire aux âmes généreuses, aux hommes instruits et aux caractères -énergiques. Elle se conciliait par son austérité même ceux que le monde -avait entraînés dans de grands désordres, parce qu'elle semblait leur -offrir des moyens plus certains de réparer en peu de temps les -souillures de leur vie passée. Enfin, elle plaisait à la généralité des -esprits, parce qu'elle établissait dans les matières religieuses ce -droit d'examen et de résistance à l'autorité que l'on réclamait alors -avec tant de chaleur pour les matières politiques. Il est des temps où -les peuples supportent encore plus patiemment l'esclavage du corps que -celui de la pensée. - -Aussi le gouvernement ouvrit de bonne heure les yeux sur les dangers -de cette nouvelle secte. Duverger de Hauranne fut persécuté et -emprisonné par Richelieu, ce qui augmenta encore le nombre de ses -prosélytes. - -Sous le règne suivant les disciples de l'abbé de Saint-Cyran, par leur -union avec les religieuses de Port-Royal, alors gouvernées par une -abbesse du plus grand mérite, Angélique Arnauld, acquirent la -consistance d'un parti. Il était peu nombreux, mais très-respectable -par les vertus, par les talents et la renommée de ceux qui le -composaient. Ils s'étaient tous retirés dans un vallon sauvage et -agreste, entouré de forêts et de marécages, à six lieues de Paris, près -du village de Chevreuse. Les religieuses de Port-Royal avaient eu -autrefois leur couvent dans ce vallon. Elles l'avaient depuis -transporté à Paris; mais elles l'y rétablirent de nouveau lorsque les -disciples de l'abbé de Saint-Cyran et de Jansenius, qui la plupart -étaient leurs frères, leurs parents ou leurs directeurs, eurent -converti, par la culture et des travaux bien dirigés, ce vallon -marécageux et malsain en un délicieux Élysée orné d'habitations -charmantes. Ces solitaires formèrent, à la manière des anciens Pères du -désert, dans leurs asiles champêtres, une espèce de communauté où -chacun d'eux avait un emploi. Ils étaient jardiniers, maçons, -vignerons, garde-chasse, laboureurs, aussi bien que prédicateurs, -prêtres ou auteurs. Toujours étroitement unis entre eux, sincères dans -leur renoncement au monde, convaincus de la sainteté de leur doctrine, -regardant comme un devoir impérieux de leur conscience de chercher à la -propager, ils étaient prêts à supporter tous les genres de persécution -plutôt que de se résoudre à faire aucune concession qui pût y porter -atteinte. Ils considérèrent qu'ils rempliraient un double but, celui de -se faire des prosélytes et d'être utiles à la société, s'ils se -dévouaient à l'instruction de la jeunesse. Ils ouvrirent donc une -école, qui fut d'abord peu nombreuse, mais qui bientôt augmenta -rapidement. Ils publièrent pour leurs élèves des traités élémentaires -dans diverses branches des connaissances humaines, qui chacun dans leur -genre sont restés des chefs-d'Å“uvre. L'admiration qu'ils inspirèrent -leur fit des partisans de tous ceux qui s'étaient acquis quelque -renommée dans les lettres[240]. - - [240] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, t. XXXIII, p. - 9.--SÉVIGNÉ, 26 janv. 1674, t. III, p. 327, édit. 1823.--_Ibid._, - t. III, p. 227, édit. 1820. - -Des esprits aussi levés, des hommes aussi indépendants, d'une aussi -grande austérité, unis pour la réforme des mÅ“urs, ne pouvaient -manquer de s'attirer la haine et la colère d'un gouvernement -dissipateur. Ils avaient donc pour amis, ou pour partisans déclarés ou -secrets, tous ceux qui, par quelque motif que ce fût, formaient -opposition au ministre; tous ceux qui, par intérêt ou par zèle pour le -bien public, aspiraient à réformer les abus qui déshonoraient l'Église -ou appauvrissaient l'État. - -Ainsi, quoique les solitaires de Port-Royal eussent l'air de ne vouloir -prendre aucun parti dans les dissensions civiles, et que, fidèles aux -préceptes de l'Évangile, ils se montrassent soumis aux autorités dans -tout ce qui était étranger au culte, cependant ils étaient liés avec -tous les chefs de la Fronde et détestés à la cour à l'égal des -frondeurs. Par une alliance nécessaire de la religion avec la -politique, tout janséniste était frondeur, tout frondeur était disposé -à devenir janséniste. Les uns et les autres aspiraient également à -réformer l'État et l'Église, dont alors on ne séparait pas les -intérêts. Le cardinal Mazarin avait d'ailleurs approuvé la bulle du -pape qui condamnait Jansenius, et il favorisait les jésuites; tous les -jansénistes étaient par cette seule raison ligués contre ce ministre, -et enclins à favoriser les frondeurs. - -Le cardinal de Retz, qui gouvernait le diocèse de Paris comme -coadjuteur de son oncle, malade et incapable, avait sous sa juridiction -le couvent de Port-Royal. Il se trouvait avoir avec les jansénistes une -trop grande conformité de but, pour ne pas leur être favorable; et il -était trop habile pour ne pas tirer parti de l'influence que leur -donnaient leur vertu et leurs grands talents. Par eux il gouvernait les -curés de Paris, qui presque tous avaient embrassé les dogmes de la -nouvelle secte; et l'ascendant que les curés avaient alors sur le -peuple lui servait à soulever ou à calmer à son gré les flots de la -sédition[241]. - - [241] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 77. - -Cependant l'alliance que les chefs de faction formaient avec les -jansénistes était souvent peu durable. Les premiers se gouvernaient par -des intérêts variables, les seconds par des principes inflexibles. Les -premiers étaient des hommes agités par toutes les passions mondaines, -les seconds n'aspiraient qu'à la propagation de leur croyance: mais la -piété n'éteignait point en eux l'orgueil, le plus indomptable des vices -de l'homme, parce qu'il est le seul assez habile pour revêtir des -formes qui font méconnaître sa nature, le seul assez audacieux pour -s'asseoir à côté de la vertu. Les jansénistes, comme les jésuites, -leurs adversaires, regardaient comme un devoir, pour le succès de leur -prosélytisme, de ne pas rester étrangers aux agitations de la politique -et aux révolutions de l'État. Ils avaient même à cet égard un avantage -sur les jésuites: ils ne s'étaient point cloîtrés; ils n'avaient formé -aucun vÅ“u, prononcé aucun serment, contracté aucun engagement, ni -fait aucune promesse d'obéissance envers des supérieurs. Ceux d'entre -eux qui s'étaient condamnés à la retraite, les solitaires de -Port-Royal, étaient restés séculiers; la plupart avaient joué des rôles -importants sur la scène du monde; et on pouvait dire que s'ils -s'étaient retirés volontairement des premiers plans, ce n'était pas -pour rompre toute liaison avec les acteurs qui s'y trouvaient, mais -pour former un aparté. Là ils ne s'occupaient que d'un seul point, et, -comme tous les sectaires, entraînés par une idée fixe, ils agréaient ou -repoussaient les actions et les sentiments, selon qu'ils étaient -favorables ou contraires à leur projet de réforme. Comme alors les -hommes changeaient souvent de parti, et que les partis eux-mêmes -variaient dans leur but et dans leurs moyens, tantôt combattant contre -le gouvernement, tantôt s'alliant avec lui, les jansénistes se -trouvaient fréquemment avoir pour ennemis les mêmes hommes qui avaient -été leurs partisans les plus déclarés, et pour amis ceux qui s'étaient -montrés leurs plus violents persécuteurs. Ces continuelles péripéties -ajoutaient encore à la complication, déjà si grande, des intrigues -multipliées de ce singulier drame politique. - -Pour bien comprendre comment les grands pouvaient, à cette époque, -changer si souvent de bannière, et faire tourner subitement les partis -au gré de leurs intérêts, il faut se reporter à la composition de la -société telle qu'elle était alors en France. La féodalité du siècle de -Hugues Capet avait depuis bien longtemps disparu de la constitution de -l'État; mais elle existait encore dans les lois privées, dans les -priviléges particuliers, et encore plus dans les mÅ“urs, qui -survivent longtemps à la destruction des lois. Toutes ces causes -faisaient de la noblesse un peuple à part. Louis XI et ensuite -Richelieu avaient bien pu comprimer les grands, et leur ôter le pouvoir -de porter leurs mains sur le sceptre; mais ils n'avaient pu faire qu'il -n'y eût des grands, ils n'avaient pu leur enlever ni leurs vastes -domaines, ni la vénération attachée à leurs noms; ils n'avaient pu -empêcher que leurs vassaux, les membres de leurs familles, les nobles -des provinces où ils tenaient un si grand état, ne continuassent, par -intérêt comme par habitude, à se grouper autour d'eux, ne se plaçassent -sous leur protection, n'obéissent à leurs ordres, ne se fissent un -honneur de les servir. Sans doute les progrès du commerce, du luxe et -de l'industrie avaient beaucoup diminué cette triple influence des -richesses territoriales, du rang et de la naissance; cependant elle -était encore très-puissante à cette époque. Rien n'est plus commun, -dans les mémoires de ce temps, que de lire au sujet de personnages -nobles et titrés, qu'ils étaient ou avaient été domestiques de tel -prince, de tel duc, de tel maréchal; ce qui signifie seulement qu'ils -avaient ou avaient eu un emploi dans leurs maisons. Dans les moments de -péril et de crise, il suffisait au coadjuteur, au duc de Longueville, -ou à tel autre individu de ce rang, d'écrire dans les provinces où -leurs terres étaient situées pour faire arriver aussitôt dans la -capitale deux ou trois cents gentils-hommes qui leur servaient -d'escorte, et qui étaient prêts à se battre pour eux aussitôt qu'ils en -auraient reçu l'ordre[242]. Il leur importait peu de quel parti était -leur chef, quelle cause il avait embrassée. La fortune de tous -dépendait de lui; c'est à sa fortune qu'ils s'attachaient. Quand ils -l'abandonnaient, ils renonçaient en même temps à sa protection et au -soutien qu'ils pouvaient prétendre de tous ceux qui lui appartenaient; -et alors c'était presque toujours pour se placer comme client obéissant -et soumis sous un patron plus puissant, ou dont ils espéraient -davantage. Ils entraînaient en même temps dans leur défection tous les -nobles qui leur étaient subordonnés, ou qui se trouvaient sous leur -dépendance immédiate. Un noble était donc habitué à n'avoir point -d'autre opinion que celle de son chef. Il ne pouvait rester isolé, sans -protecteur et sans compagnons d'armes, sans serviteurs, comme un vilain -ou un bourgeois, qui à ses yeux, quelque riche qu'il fût, était sans -seigneur, et par conséquent sans honneur. Son honneur à lui, il le -plaçait dans sa servitude; c'était la preuve de sa noblesse, la marque -de sa puissance, le signe de son crédit. - - [242] RETZ, _Mémoires_, t. XLV. - -C'est ainsi que toutes les branches de la famille de Sévigné -reconnaissaient alors pour protecteur et pour chef Gondi, archevêque de -Corinthe, coadjuteur de l'archevêque de Paris, et oncle du mari de -madame de Sévigné. Sa naissance, son rang, ses richesses, le pouvoir -dont il était revêtu comme seul administrateur du premier diocèse du -royaume, comme l'homme le plus populaire de Paris, comme un des chefs -de la Fronde, le rendaient un des personnages les plus importants de -l'État. Ses grands talents lui donnaient d'ailleurs un irrésistible -ascendant sur tous ceux qui l'approchaient. Le chevalier Renaud de -Sévigné, qui habitait une maison dans la cour extérieure de -Port-Royal[243], et le marquis de Sévigné[244] se trouvèrent donc, par -le coadjuteur, nécessairement enrôlés sous les drapeaux de la Fronde, -et imbus de la doctrine des jansénistes. Par les mêmes causes, la -jeune marquise de Sévigné, qui aimait son mari, qui goûtait fort -l'esprit, l'éloquence, le caractère aimable, et les vertus domestiques -(car il en avait) du coadjuteur, devint frondeuse et janséniste[245]. - - [243] PETITOT, _Mémoires_, t. XXXIII, p. 85. - - [244] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 188. - - [245] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXVIII, p. 34. - -Cependant le cardinal Mazarin, malgré la haine et l'opposition des -partis, faisait preuve d'une grande étendue de vue et d'une rare -habileté dans le gouvernement. C'est en 1648, l'année même où -l'emprisonnement de Broussel avait donné lieu à la journée des -Barricades, qu'il consomma le grand ouvrage de la paix de Munster, si -avantageuse à la France. Mais il avait laissé dilapider les finances -par Particelli Emeri, Italien comme lui; et il acquérait, en vendant -les grâces de la cour, une fortune immense et honteuse. - -La reine, après la journée des Barricades[246], s'était retirée à Ruel, -chez la duchesse d'Aiguillon[247]. La déclaration du 24 octobre -satisfit le parlement et sembla tout apaiser, et fut comme un traité de -paix, qui ramena la reine à Paris[248]. Elle y revint le 21 octobre, et -y fut bien reçue; mais cette paix qui avait été conclue ne devait être -qu'une courte trêve. Le parlement, qui avait obtenu des garanties de -liberté, était seul intéressé à la maintenir. L'orgueil d'Anne -d'Autriche s'indignait d'avoir été obligée de céder[249]. Les princes -du sang, c'est-à -dire le duc d'Orléans, Condé, le duc de Bouillon, -étaient mécontents que la cour eût accepté des conditions qui ne leur -laissaient aucune influence. Le coadjuteur, chef de la Fronde, et les -jeunes membres du parlement avec lesquels il était d'accord, et qui -formaient la force de son parti, étaient déterminés à ne point souffrir -que les rênes du gouvernement fussent abandonnées à Mazarin. Ils -étaient les moins satisfaits de tous, les moins disposés au repos; de -sorte que les satires, les épigrammes, les chansons contre le ministre, -et même contre la reine, recommencèrent de nouveau. On inspira des -craintes au peuple, au sujet de quelques troupes qu'on avait fait -approcher. Le parlement, s'apercevant que la déclaration n'était pas -exécutée, recommença ses assemblées et ses remontrances; et tout -faisait présager une nouvelle crise[250]. - - [246] RETZ, _Mémoires_, t. XLIV, p. 206-210.--MOTTEVILLE, - _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 13.--PETITOT, _Notice sur la Fronde_, - t. XXXV, p. 89.--_Fastes des Rois_, 1697, in-8º, p. 190. - - [247] MOTTEVILLE, t. XXXVIII, p. 41. - - [248] _Ibid._, t. XXXVIII, p. 100. - - [249] _Ibid._, t. XXXVIII, p. 96. - - [250] RETZ, _Mémoires_, t. XLIV, p. 261, ou p. 18 de l'édit. de - 1836. - - - - -CHAPITRE XIII. - -1648-1649. - - Madame de Sévigné accouche d'une fille.--Conjectures sur le lieu - de sa naissance.--Date du séjour de madame de Sévigné au château - de Ferrières; son retour à Paris.--Elle y trouve - Marigny.--Impromptu qu'il fait pour elle.--Brusqueries et mauvais - procédés du marquis de Sévigné envers sa femme.--Bussy devient le - confident des deux époux.--Sentiments de madame de Sévigné pour - son cousin.--Il conçoit l'espérance de la séduire.--Fuite de la - cour à Saint-Germain.--Bussy est obligé de la - suivre.--Commencement de la première guerre de Paris.--Le marquis - de Sévigné se rend en Normandie.--Rôle qu'il joue dans cette - guerre.--Le chevalier Renaud de Sévigné est employé par le - coadjuteur.--Bussy réclame auprès du ministre l'argent qui lui - est dû.--Il sert avec zèle le parti du roi.--Il envoie à Paris - pour ramener ses chevaux.--Il écrit à sa cousine.--Lettre de - Bussy à madame de Sévigné.--Bussy se trouve à l'attaque du pont - de Charenton.--Il envoie réclamer les chevaux qu'on lui avait - pris.--Madame de Sévigné s'emploie pour lui, et lui - répond.--Autre lettre de Bussy à madame de Sévigné.--Paix conclue - entre la cour et le parlement.--Bussy veut rentrer dans Paris, et - manque d'être assommé à la barrière.--Il repart de Paris.--Condé, - mécontent, lui donne des ordres, qu'il fait exécuter par son - maréchal des logis.--Bussy se rend en Bourgogne; il y trouve - Condé, qui l'oblige à partir pour l'armée.--Bussy insatiable - d'intrigues galantes.--Pendant son séjour au Temple, Bussy fait - sa cour à une jeune personne, et s'en fait aimer.--Forcé de la - quitter, il lui écrit de l'armée. - - -Pendant toute cette orageuse année de 1648, qui vit commencer les -troubles précurseurs de la guerre civile, madame de Sévigné avait été -retenue par son mari loin de la capitale; elle était accouchée d'une -fille, celle-là même qui devait remplir une si grande place dans son -existence, et devenir pour elle la source de tant de tendresse, -d'inquiétudes, de plaisirs et de tourments. Les noms de baptême donnés -à cette enfant, devenue, sous le nom de Grignan, plus célèbre par les -lettres de sa mère que par l'antique noblesse de celui qu'elle épousa, -furent Françoise-Marguerite. Le jour précis et le lieu de sa naissance -ne sont pas connus avec certitude. Tout porte à croire cependant que -mademoiselle de Sévigné est née à la terre des Rochers. Nous avons vu -que madame de Sévigné se trouvait encore à l'abbaye de Ferrières le 15 -novembre. Elle revint à Paris à la fin de ce même mois: elle y trouva -toute la cour. La reine régente, accompagnée du roi son fils, avait -fait son entrée dans la capitale, la veille de la Toussaint, au bruit -des acclamations de joie de tout le peuple[251]. - - [251] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 100. - -Madame de Sévigné retrouva encore à Paris son cousin Bussy et le gai et -spirituel Marigny. Il revenait de Suède[252]. Aussitôt après son -retour, le coadjuteur s'était empressé de se l'attacher; il employait -utilement sa muse joviale, burlesque et populaire, à ridiculiser tous -ceux qui se montraient contraires à ses projets[253]. Marigny, le -1er janvier 1649, envoya, sous le titre d'étrennes à la marquise de -Sévigné, pour lui souhaiter la bonne année, les vers suivants, écrits -dans ce mauvais style grotesque si fort à la mode alors: - - Adorable et belle marquise, - Plus belle mille fois qu'un satin blanc tout neuf; - Au premier jour de l'an mil sept cent quarante-neuf, - Je vous présenterais de bon cÅ“ur ma franchise; - Mais les charmes que vous avez - Depuis quelque temps me l'ont prise. - Je ne sais si vous le savez[254]. - - [252] Voyez la _Correspondance de Chanut_, mss., Bibl. du Roi, t. - I, _lettre_ du 13 janvier. - - [253] RETZ, _Mémoires_, t. XLIV, p. 281-302, t. XLV, p. 54 et 59. - - [254] Charles DE SERCY, _Poésies choisies_, 2e partie, 1653, - in-12, p. 217.--_Å’uvres de_ MARIGNY, 1670, in-12, p. - 94.--_Recueil des plus belles pièces des poëtes français_, 1692, - t. IV, p. 200. - -Bussy, de plus en plus amoureux de sa cousine, continuait à se montrer -très-assidu auprès d'elle. Il s'était habilement insinué dans la -confiance de son mari. Admis comme parent dans la familiarité la plus -intime des deux époux, il était souvent témoin des brusqueries de -Sévigné envers sa femme; il écoutait avec une apparente sympathie les -plaintes de celle-ci sur les infidélités répétées du marquis et sur les -peines qu'elle en éprouvait. Abusant de l'inexpérience de sa jeune -cousine, il acceptait le rôle de conciliateur, dont elle le chargeait, -avec une feinte répugnance, mais avec une joie secrète. Elle croyait -qu'il employait dans l'intérêt de son bonheur conjugal l'ascendant que -lui donnaient sur le marquis de Sévigné la supériorité de son esprit et -l'amitié qu'il paraissait avoir pour lui. Peut-être aussi, sans qu'elle -s'en doutât, madame de Sévigné aimait-elle à trouver dans les soins, -les flatteries et la conversation d'un homme aussi aimable et aussi -spirituel que Bussy, un dédommagement aux délaissements d'un époux dont -les manières à son égard faisaient un si grand contraste avec celles de -son cousin; et le besoin d'être consolée n'était pas le seul motif qui -lui faisait prolonger ses entretiens avec le consolateur. Les lettres -qui nous restent d'elle et les ménagements qu'elle eut toujours pour -Bussy, même après les torts les plus grands qu'un homme puisse avoir -envers une femme, donnent lieu de le croire[255]. Quoi qu'il en soit, -Bussy n'en doutait pas, et un caractère moins présomptueux que le sien -en eût été également persuadé. Aussi écrivait-il et agissait-il en -conséquence: quoiqu'il n'ignorât pas tous les scrupules qu'il avait à -vaincre, il était plein d'espoir, et de jour en jour moins réservé dans -son langage. A mesure que les torts du mari se multipliaient, et qu'ils -froissaient et humiliaient le cÅ“ur d'une épouse dont la tendresse, -l'esprit et les attraits devaient la garantir de tout outrage, Bussy -devenait plus entreprenant. Il se croyait près du but qu'il avait tant -désiré atteindre, lorsque, par une fatalité qui semblait lui être -particulière dans ses amours avec sa cousine, il se vit subitement -séparé d'elle par un événement qui non-seulement compromettait le -succès de sa longue attente, mais les destinées de la France entière. - - [255] BUSSY, _Histoire amoureuse des Gaules_, p. 34 et 37, - édition sans date; _Histoire amoureuse des Gaules_, 1754, in-12, - t. I, p. 251. - -Le lendemain du jour des Rois, le 7 janvier, on apprit que la reine -régente, qui avait reçu la veille et tenu son cercle comme à -l'ordinaire, était partie dans la nuit avec le roi et toute sa cour, et -qu'elle s'était retirée à Saint-Germain. Elle fut suivie par le duc -d'Orléans et le prince de Condé. La première guerre civile, ou la -première guerre de Paris, commença aussitôt[256]. - - [256] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 139, 155.--RETZ, - _Mémoires_, t. XLIV, p. 284.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LI, p. - 460.--OMER TALON, _Mém._, t. LXI, p. 380.--GUY-JOLY, _Mém._, t. - XLVII, p. 45.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 141. - -Le duc de Longueville se rendit en Normandie. Il était le gouverneur de -cette province, et il voulait la faire déclarer contre la cour et pour -la Fronde. Il emmena avec lui un grand nombre de gentils-hommes, et -entre autres le marquis de Sévigné, dont les hauts faits les plus -remarquables dans cette guerre furent, si l'on en croit le spirituel -Saint-Évremond, d'avoir su en mainte occasion faire rire son altesse le -gouverneur par ses quolibets et son esprit goguenard[257]. Son oncle -Renaud de Sévigné joua un rôle plus important. Le coadjuteur lui donna -le commandement du régiment qu'il fit lever à ses frais pour la défense -de Paris; et comme Gondi avait aussi le titre d'archevêque de Corinthe, -on nomma le régiment que commandait Renaud de Sévigné, le régiment de -Corinthe. Quand ce corps eut été battu dans une sortie, les royalistes -appelèrent cette déroute _la première aux Corinthiens_, plaisanterie -qui fit rire les frondeurs eux-mêmes[258]. Renaud de Sévigné fut encore -employé par le coadjuteur dans quelques-unes des nombreuses -négociations qu'on pouvait dire être continuelles en ces temps de -trouble, où l'on ne se déclarait presque jamais pour un parti sans -offrir en même temps des conditions, pour prix de sa défection, au -parti contraire. Renaud de Sévigné fut pendant la Fronde considéré -comme un personnage assez notable pour que le cardinal de Retz, dans -une de ses conférences avec la reine et Mazarin, ne voulût point faire -sa paix avec la cour sans le comprendre au nombre de ceux pour lesquels -il réclamait des indemnités pécuniaires[259]. Il demandait pour lui -22,000 livres, ou 44,000 fr. de notre monnaie actuelle. Aucune mention -ne fut faite alors du marquis de Sévigné. L'expédition où il avait été -employé n'eut aucun succès. Plusieurs nobles, et entre autres -Saint-Évremond, refusèrent de se joindre au duc de Longueville; et le -projet qu'il avait de faire révolter la Normandie échoua par l'arrivée -du comte d'Harcourt, que la reine se hâta d'envoyer dans cette -province[260]. - - [257] SAINT-ÉVREMOND, _Retraite de M. le duc de Longueville_, - _Å’uvres_, 1753, t. II, p. 12. - - [258] RETZ, _Mémoires_, t. XLIV, p. 321.--JOLY, _Mém._, t. XLVII, - p. 52. - - [259] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 99. - - [260] DE MAIZEAUX, _Vie de Saint-Évremond_, dans les _Å’uvres - de_ SAINT-ÉVREMOND, t. I, p. 20; t. II, p. 1. - -La duchesse de Longueville n'alla point rejoindre la cour ni son mari; -elle se déclara pour la Fronde, et resta dans Paris. Toutes les femmes -des seigneurs qui avaient embrassé le même parti imitèrent son exemple. -Madame de Sévigné fut de ce nombre: elle n'accompagna point son mari en -Normandie, et resta dans la capitale. Les courageuses résolutions de -tant de beautés d'un haut rang, qui avaient dans l'armée des -assiégeants leurs frères, leurs parents, leurs amis, excitèrent parmi -les bourgeois et le peuple un enthousiasme extraordinaire, et accrurent -encore le feu de la sédition. - -Bussy, que la reine n'avait pas mis dans le secret de son évasion, -s'échappa avec peine de Paris, maudissant Mazarin, la guerre, et sa -position, qui le forçaient de se séparer de sa cousine, de servir le -prince de Condé, dont il était mécontent, et de suivre la cour, qui ne -lui payait point les deux années d'appointements dus pour sa -lieutenance de Nivernais[261]. Cependant il obéit avec zèle aux ordres -qui lui furent donnés. Il tira du Nivernais les régiments qui y étaient -en quartier, et d'Autun les chevau-légers du prince de Condé; il -conduisit toutes ces troupes à Saint-Denis, où il fut placé sous les -ordres du maréchal Duplessis-Praslin[262]. Bussy envoya un de ses -laquais à Paris, pour lui ramener ses chevaux de carrosse; et pour -qu'on les laissât sortir de la ville, il les fit passer pour être ceux -de son oncle le grand prieur du Temple. Il ne négligea pas en cette -occasion d'écrire à sa cousine, et lui envoya la lettre suivante[263]: - - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «A Saint-Denis, 5 février 1649. - -«J'ai longtemps balancé à vous écrire, ne sachant si vous étiez devenue -mon ennemie ou si vous étiez toujours ma bonne cousine, et si je devais -vous envoyer un laquais ou un trompette. Enfin, me ressouvenant de vous -avoir ouïe blâmer la brutalité d'Horace pour avoir dit à son beau-frère -qu'il ne le connaissait plus depuis la guerre déclarée entre leurs -républiques, j'ai cru que l'intérêt de votre parti ne vous empêcherait -pas de lire mes lettres; et pour moi, je vous assure que, hors le -service du roi mon maître, je suis votre très-humble serviteur. - -«Ne croyez pas, ma chère cousine, que ce soit ici la fin de ma lettre: -je vous veux dire encore deux mots de notre guerre. Je trouve qu'il -fait bien froid pour faire garde. Il est vrai que le bois ne nous coûte -rien ici, et que nous y faisons _grande chère_ à bon marché. Avec tout -cela il m'y ennuie fort; et sans l'espérance de vous faire quelque -plaisir au sac de Paris, et que vous ne passerez que par mes mains, je -crois que je déserterais. Mais cette vue me fait prendre patience. - -«J'envoie ce laquais pour me rapporter de vos nouvelles, et pour me -faire venir mes chevaux de carrosse, sous le nom de notre oncle le -grand prieur. Adieu, ma chère cousine.» - - [261] BUSSY, _Mémoires_, édit. in-12, t. I, p. 171, 173, 176; - édit. de 1696, in-4º, t. I, p. 214, 215 et 219. - - [262] RETZ, _Mém._, t. XLIV, p. 319.--Maréchal DUPLESSIS, - _Mémoires_, t. LVII, p. 291. - - [263] SÉVIGNÉ, _Lettres_, no 7, t. I, p. 11 édit. de - Monmerqué.--BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 174, édit. in-12; et de - l'édit. in-4º, t. I, p. 218.--Cette lettre est mal datée dans - les éditions. - -Le lendemain du jour qui suivit le départ de cette lettre, Bussy partit -de Saint-Denis dans la nuit, aux flambeaux, par un froid excessif; et -au lever de l'aurore sa cavalerie se trouva rangée entre le parc de -Vincennes et Conflans. Condé attaqua Charenton et s'en empara, mais -seulement après trois combats meurtriers. Le marquis de Chaulieu du -côté des frondeurs, et Gaspard de Coligny, duc de Châtillon, du côté -des royalistes, y furent tués[264]. Les frondeurs s'étaient emparés de -Brie-Comte-Robert. On forma le projet de reprendre cette place, dans le -dessein où l'on était d'affamer Paris. Le maréchal de Grancey eut cette -commission, et le maréchal Duplessis-Praslin fut chargé de protéger ses -opérations avec un corps de troupes. Les chevau-légers de Bussy en -faisaient partie. Il marcha donc pour cette expédition, qui ne dura que -huit jours[265]. Revenu dans son cantonnement de Saint-Denis, Bussy -apprit que les gens du maréchal la Mothe-Houdancourt avaient rencontré -sur la route ses chevaux que son cocher lui amenait, et qu'ils s'en -étaient emparés. Bussy se décida à envoyer un trompette au maréchal -pour les réclamer, et en même temps il chargea le trompette de la -lettre suivante pour madame de Sévigné[266]: - - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Saint-Denis, le 5 mars 1649. - -«C'est à ce coup que je vous traite en ennemie, Madame, en vous -écrivant par mon trompette. La vérité est que c'est au maréchal de la -Mothe que je l'envoie, pour le prier de me renvoyer les chevaux du -carrosse du grand prieur notre oncle, que ses domestiques ont pris -comme on me les amenait. Je ne vous prie pas de vous y employer, car -c'est votre affaire aussi bien que la mienne; mais nous jugerons, par -le succès de votre entremise, quelle considération on a pour vous dans -votre parti; c'est-à -dire que nous avons bonne opinion de vos généraux, -s'ils font le cas qu'ils doivent de vos recommandations. - -«J'arrive présentement de notre expédition de Brie-Comte-Robert, las -comme un chien. Il y a huit jours que je ne me suis déshabillé: nous -sommes vos maîtres, mais il faut avouer que ce n'est pas sans peine. La -guerre de Paris commence fort à m'ennuyer. Si vous ne mourez bientôt de -faim, nous mourrons de fatigue; rendez-vous, ou nous allons nous -rendre. Pour moi, avec tous mes autres maux, j'ai encore une extrême -impatience de vous voir. Si M. le cardinal (_Mazarin_) avait à Paris -une cousine faite comme vous, je me trompe fort, ou la paix se ferait -à quelque prix que ce fût; tant y a que je la ferais, moi, si j'étais à -sa place, car, sur ma foi, je vous aime fort.» - - [264] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 176 de l'édit. in-12, et p. 219 - de l'édit. in-4º.--GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 56.--LA - ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LI, p. 465--MOTTEVILLE, _Mém._, t. - XXXVIII, p. 183--MONTPENSIER, t. XLI, p. 47 et 50.--RETZ, _Mém._, - t. XLIV, p. 325.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 158.--OMER TALON, - _Mém._, t. LXI, p. 104.--AVRIGNY, _Mémoires chronologiques_, t. - II, p. 425.--_Mémoires de ***, pour servir à l'hist. du - dix-septième siècle_, t. LVIII, p. 102.--_Fastes des Rois des - maisons de Bourbon et d'Orléans_, 1697, in-8º, p. 190. - - [265] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 159.--DUPLESSIS, _Mém._, t. - LVII, p. 295.--OMER TALON, _Mém._, t. LXI, p. 424. - - [266] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 177, édit. in-12; de l'édit. - in-4º, t. I, p. 221.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. 1, p. 12, no 3. - -Madame de Sévigné s'employa d'une manière active pour faire rendre à -son cousin ses chevaux; mais le maréchal de la Mothe s'y refusa. Elle -répondit à la lettre de Bussy, et lui apprit le mauvais succès de sa -négociation. On voit, par la réponse qu'il lui adressa le même jour, -l'empressement qu'il mettait à saisir toutes les occasions de -correspondre avec elle, et le plaisir qu'il avait à la railler sur les -défaites de son parti[267]. - - [267] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 177, et p. 222 de l'édit. - in-4º.--_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 13, no 9.--Cette lettre - est mal daté dans les éditions. - - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Saint-Denis, le 6 mars 1649. - -«Tant pis pour ceux qui vous ont refusé mes chevaux, ma belle cousine; -je ne sais pas si cela leur fera grand profit, mais je sais bien que -cela ne leur fait pas grand honneur. Pour moi, je suis tout consolé de -cette perte, par les marques d'amitié que j'ai reçues de vous en cette -rencontre. Pour M. de la Mothe, _maréchal_ de la Ligue, si jamais il -avait besoin de moi, il trouverait un chevalier peu courtois. - -«Mais parlons un peu de la paix: qu'en croit-on à Paris? L'on en a ici -fort méchante opinion: cela est étrange que les deux partis la -souhaitent, et qu'on n'en puisse venir à bout. - -«Vous m'appelez insolent, de vous avoir mandé que nous avions pris -Brie. Est-ce que l'on dit à Paris que cela n'est pas vrai? Si nous en -avions levé le siége, nous aurions été bien inquiets; car pour vos -généraux, ils ont eu toute la patience imaginable: nous aurions tort de -nous en plaindre. - -«Voulez-vous que je vous parle franchement, ma belle cousine? Comme il -n'y a point de péril pour nous à courre avec vos gens, il n'y a point -aussi d'honneur à gagner: ils ne disputent pas assez la partie, nous -n'y avons point de plaisir; qu'ils se rendent, ou qu'ils se battent -bien. Il n'y a, je crois, jamais eu que cette guerre où la fortune -n'ait point eu de part: quand nous pouvons tant faire que de vous -trouver, c'est un coup sûr à nous que de vous battre, et le nombre ni -l'avantage du lieu ne peuvent pas seulement faire balancer la victoire. - -«Ah! que vous m'allez haïr, ma belle cousine! toutes les fleurettes du -monde ne pourront pas vous apaiser.» - -Cette paix que Bussy désirait tant fut conclue six jours après la -lettre que nous venons de citer. Elle fut consentie le 11 mars entre la -reine et les commissaires du parlement; mais on ne le sut à Paris que -le 13, et la déclaration royale qui en réglait les dispositions ne fut -approuvée par le parlement que le 1er avril. On convint d'une trêve -de trois jours entre les parties belligérantes, à partir du jour où les -commissaires du parlement étaient tombés d'accord des conditions de la -paix avec la reine. On renouvelait cette trêve tous les trois jours -avant qu'elle fût expirée, afin de procurer au parlement le temps de -délibérer et de donner son approbation. Bussy, dans cet intervalle, -entreprit de se rendre à Paris, afin de voir sa cousine. Arrivé à la -porte Saint-Martin, où il se présenta accompagné de son frère et de -deux autres personnes, l'officier du poste, à moitié ivre, voulut -l'empêcher de passer outre, et lui demanda s'il avait un billet du -maréchal Duplessis. Bussy lui répondit que la trêve était publiée, et -qu'il n'avait pas besoin de billet pour entrer. L'officier lui dit -qu'il n'entrerait pas sans billet. Bussy, contrarié de ce refus, -déclara qu'il s'en allait aussi de son côté empêcher les gens de Paris -d'entrer à Saint-Denis. Alors l'officier se mit à crier «au Mazarin!» -Aussitôt Bussy fut enveloppé par une foule de gens qui sortirent des -maisons environnantes: on l'assaillit lui et ses compagnons. Bussy -reçut un coup de bâton sur la tête, qui lui fit une large blessure, et -ce fut avec peine qu'on parvint à le faire entrer, ainsi que sa suite, -dans un corps de garde voisin. On s'occupa à panser sa blessure; mais -la multitude augmentait autour de lui et de ceux qui l'accompagnaient. -On se pressait pour les voir comme des bêtes curieuses; on vociférait, -on menaçait de les massacrer. Bussy, dans cette situation critique (il -dit dans ses Mémoires qu'il n'a jamais vu la mort de si près), osa -prendre à partie un homme qui s'emportait en injures contre le roi; -mais comme en même temps Bussy, en défendant le roi, se mit à maudire -Mazarin, il fut applaudi par le peuple et ne courut plus de danger: on -lui permit d'écrire, et il en profita pour donner avis de son aventure -au chevalier Dufresnoy, qui vint six heures après, muni d'un ordre du -prévôt des marchands, délivrer les malheureux captifs. Le chevalier -Dufresnoy prit Bussy dans son carrosse, et le conduisit au Temple, chez -son oncle le grand prieur. - -Bussy ne put jouir longtemps du bonheur de se trouver à Paris avec sa -cousine. Le prince de Condé, qui avait contre lui des sujets de -mécontentement graves, ou à qui son esprit caustique et son caractère -présomptueux et moqueur avaient déplu, cherchait à lui occasionner des -dégoûts; il voulait que Bussy vendît à Guitaut sa charge de -capitaine-lieutenant des chevau-légers. Le comte de Guitaut était -cornette dans cette compagnie, et il avait toute la confiance du -prince[268]. Bussy résista; alors Condé donna l'ordre à sa compagnie de -chevau-légers de marcher en Flandre. La guerre s'y continuait. Les -Espagnols, profitant des troubles civils, avaient repris Ypres et -Saint-Venant. Bussy évita cette fois l'obligation de se rendre à -l'armée, en chargeant son maréchal des logis de l'exécution des ordres -qu'il avait reçus, et en prétextant des affaires de famille qui -exigeaient sa présence en Bourgogne, où en effet il eut soin de se -rendre. Malheureusement pour lui, le prince de Condé y vint aussi, et -Bussy se trouva dans la nécessité d'aller lui rendre ses devoirs à -Dijon. Là , le prince lui réitéra l'ordre d'aller à l'armée; il fallait -nécessairement ou vendre sa charge, ou faire la campagne: Bussy préféra -ce dernier parti[269]. - - [268] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 181 de l'édit. in-12; et de - l'édit. in-4º, p. 226. - - [269] _Ibid._, t. I, p. 151, édit. in-12. - -Ni les projets de mariage que Bussy formait à cette époque[270], ni la -mort du seul frère qui lui restait, et dont il avait reçu des marques -de dévouement et d'amitié[271], ni l'amour qu'il avait pour sa cousine, -ne pouvaient arrêter ce besoin d'intrigues galantes qui le dominait. -Pendant son séjour à Paris, il eut occasion de voir dans le Temple, où -il demeurait, deux demoiselles[272]. Elles étaient sÅ“urs, «aussi -jolies femmes, dit-il, qu'il y en eût en France, et jusque alors en -fort bonne réputation». Elles demeuraient avec leur mère. De concert -avec un autre gentil-homme, qui devait l'accompagner à l'armée comme -volontaire, Bussy s'introduisit chez elles, et se fit aimer de la -cadette, tandis que son compagnon adressait ses hommages à l'aînée. -Tous deux se montraient fort assidus dans cette maison, et n'en -sortaient le soir que fort tard. D'après une lettre de Bussy, datée de -Clermont en Beauvoisis le 15 septembre 1649, il paraît même que les -deux galants passèrent avec les deux sÅ“urs la nuit entière du jour -qui précéda leur départ pour l'armée; mais cette lettre même prouve -qu'ils ne purent parvenir à exécuter leurs coupables projets de -séduction. - - [270] _Ibid._, t. I, p. 183 de l'édit. in-12; et de l'édit. - in-4º, p. 229. - - [271] _Ibid._, t. I, p. 181 de l'édit. in-12; et de l'édit. - in-4º, p. 227. - - [272] _Suppl. aux Mémoires et Lettres de M. le comte de_ BUSSY, - p. 37. - - - - -CHAPITRE XIV. - -1649-1650. - - Réflexions sur l'effet des dissensions civiles.--Bussy ne se - détermine que par son seul intérêt.--Arrestation des - princes.--Effets produits par cette mesure.--Récit des - circonstances qui l'ont amenée.--Rôle que joue Gondi au milieu de - ces événements.--Bussy offre de vendre sa charge à Guitaut, qui - s'y refuse.--Bussy ne se déclare pour aucun parti.--Il se - marie.--Il continue à suivre le parti de Condé.--Il enlève en - Berry le régiment du comte de Saint-Aignan.--Bussy est toujours - amoureux de madame de Sévigné.--Il charge Launay-Liais de lui - remettre une lettre.--Lettre de Bussy à madame de - Sévigné.--Vanité de Launay-Liais.--Tavannes lui adresse un mot - humiliant.--Launay-Liais avait toute la confiance de - Bussy.--Bussy, par son secours, se rend en Bourgogne, et échappe - aux ennemis au moyen d'un déguisement.--Réflexions sur les - travestissements pendant toute la durée de la Fronde. - - -Les dissensions civiles, en se prolongeant, ne manquent jamais de -montrer le triste spectacle des torts de tous les partis; ceux même qui -y étaient entrés avec les penchants et les illusions de la vertu, -honteux des souillures qu'ils ont contractées dans la lutte, finissent -presque toujours par se renfermer dans le cercle étroit des intérêts -individuels, et achèvent de se dégrader, en ne reconnaissant plus pour -seul mobile de leurs actions qu'un lâche égoïsme. Alors tout amour du -bien public s'éteint; les cÅ“urs deviennent insensibles à toute -généreuse sympathie; l'âme se flétrit, tout ce qu'elle avait de divin -disparaît; semblable à ces aromates qui, après avoir répandu au loin -l'odeur et l'éclat de leur ardent brasier, ont perdu par la combustion -jusqu'à la faculté de s'enflammer, et ne forment plus qu'une cendre -vile, sans chaleur, sans lumière et sans parfum. - -Bussy n'était pas même au rang de ceux dont le patriotisme avait besoin -d'être détrompé par l'inutilité de ses efforts: jamais il ne s'était -laissé guider par d'autre motif que par son ambition, sa cupidité et -les autres passions qui le dominaient. Quoique mécontent du prince de -Condé, il n'avait pas hésité à suivre son parti, parce que c'était en -même temps celui de la cour, dont il attendait des grâces. Lorsque la -paix fut faite, il se disposait à quitter le prince et à s'attacher à -Mazarin, qui était devenu la source des faveurs, tandis que Condé -perdait tous les jours de son crédit. Bussy avait consenti, dans ce -but, à vendre à Guitaut sa charge de capitaine de chevau-légers; Condé -le pressait de conclure. Le 18 janvier 1650 Bussy était allé rendre ses -devoirs au prince, qui lui demanda si son affaire avec Guitaut était -terminée, ajoutant que l'argent de ce dernier était tout prêt. C'était -le prince qui le lui prêtait. Bussy promit de terminer cette affaire -sans perdre de temps; et en effet telle était son intention[273]. Mais -le soir même il apprit que le prince de Condé, le prince de Conti, son -frère et le duc de Longueville, avaient été arrêtés au Palais-Royal, au -sortir du conseil, et conduits à Vincennes comme prisonniers -d'État[274]. - - [273] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 190 de l'édit. in-12, et p. 238 de - l'édit. in-4º. - - [274] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 102, ou p. 191 de l'édit. 1836 - de M. Champollion-Figeac.--ARNAULD, t. XXXIV, p. 287.--BRIENNE, - t. XXXVI, p. 160.--JOLY, t. XLVII, p. 97. - -Cet événement inattendu, qui frappa de stupeur la cour, Paris, la -France entière, paraîtrait inexplicable, si les Mémoires des principaux -acteurs qui occupaient alors la scène politique, et qui pour cette -seule année forment plusieurs volumes, ne nous avaient fait connaître -jusque dans les plus petits détails les luttes secrètes des partis, la -complication des intérêts individuels, la multiplicité des intrigues, -qui rendirent un tel acte de l'autorité non-seulement possible, mais -nécessaire. Autrement, on ne pourrait comprendre comment la reine et -son ministre purent arbitrairement et injustement faire arrêter et -conduire en prison le vainqueur de Rocroi et de Lens, le héros qui -avait deux fois sauvé la France et la capitale des armes de l'Espagne, -le prince du sang qui avait soutenu l'autorité du roi contre les -Parisiens révoltés, le plus éminent des pairs de France; et cela sans -qu'il eût conspiré contre l'État, sans qu'il pût être accusé d'aucun -délit. On ne pourrait même deviner pourquoi toute la cour avait à se -féliciter d'une si violente et si injuste rigueur; pourquoi le -parlement, dont Condé avait maintenu l'autorité contre les séditieuses -émeutes de la Fronde, ne songea pas à réclamer contre une telle -atteinte portée aux lois du royaume, aux conventions protectrices de la -liberté individuelle faites entre lui et le gouvernement; pourquoi, -enfin, le peuple de Paris fit des feux de joie en apprenant la -captivité de ce même prince dont il fêta depuis le retour par d'autres -feux de joie, et des acclamations non moins unanimes et non moins -bruyantes[275]. - - [275] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 7.--JOLY, t. XLVII, p. - 100.--MONGLAT, t. L, p. 217. - -Notre sujet exige que les lecteurs connaissent l'enchaînement des -scènes politiques qui amenèrent de si étranges résultats. - -L'accommodement fait l'année précédente était plutôt une trêve entre -les partis qu'une paix solide. Le parlement avait conservé le droit de -s'assembler et de délibérer sur les affaires d'État, ce que la cour -avait voulu empêcher; et Mazarin resta ministre, quoique le parlement, -le peuple, les princes mêmes eussent désiré qu'il cessât de l'être. Ce -qui prolonge l'infortune des États, c'est que rarement parmi les hommes -qui se montrent les plus actifs et les plus habiles au renversement -d'un gouvernement, il s'en trouve qui soient capables de le conduire; -et quand ils existent, le sort s'arrange presque toujours de manière à -ce que les circonstances les empêchent de se placer au premier rang. -C'était à Gaston, oncle du roi, lieutenant général du royaume, -qu'appartenait, de concert avec la régente, la principale direction des -affaires; mais Gaston se reconnaissait lui-même trop faible et trop -incapable pour prétendre à se charger d'un tel fardeau. Il ne voulait -rien décider, et se trouvait offensé quand on décidait sans lui. Jaloux -de l'influence de Mazarin, plus jaloux encore de celle de Condé, aucun -des deux ne pouvait prétendre à gouverner avec lui; et cependant Gaston -était assez puissant pour avoir un parti et empêcher qu'on ne pût -gouverner sans lui: propre à s'opposer à tout, inhabile à rien -exécuter. Lors même qu'Anne d'Autriche eût consenti à éloigner son -ministre, à vaincre sa répugnance pour la Fronde et les frondeurs, elle -n'aurait pu former un gouvernement avec les chefs de ce parti. Le duc -de Beaufort, son chef nominal, était sans instruction et sans esprit. -Gondi, son véritable chef, homme éloquent, spirituel, hardi, habile -dans la conduite des affaires, dans l'art de se faire des partisans, -brave, généreux, loyal même quand il suivait les mouvements de son âme -et ses inclinations naturelles, était sans foi, sans scrupule, sans -retenue, sans prévoyance, quand il s'abandonnait à ses passions, qui -le poussaient sans cesse à un libertinage excessif et hors de raison. -Un tel homme n'eût pu remplacer celui qui s'était depuis longtemps -formé aux affaires de France sous un maître tel que Richelieu; qui, -profondément dissimulé, était inaccessible à tout sentiment qui aurait -pu déranger les calculs de son ambition. D'ailleurs, ainsi que Mazarin, -Gondi eût eu contre lui les princes, et n'eût pu résister à leurs -nombreux partisans. Gondi avait, par l'ascendant de ses talents, une -grande influence dans le parlement de Paris; mais on s'y défiait de -lui, et cette compagnie, dans sa composition hétérogène, offrait plutôt -des moyens à l'opposition que des forces au gouvernement. Condé, à qui -l'État devait sa gloire et le roi sa sûreté, était donc le seul sur -lequel Anne d'Autriche aurait pu s'appuyer; mais ce jeune héros était -sans capacité pour les affaires. Il n'aurait donc pu remplir le vide -qu'eût laissé la retraite de Mazarin. Condé, dont l'orgueil était -encore exalté par les flatteries des jeunes seigneurs qui formaient sa -cour, et qu'on appelait les petits maîtres, n'usait de l'influence que -sa position lui donnait que pour arracher de Mazarin les places et les -grâces dont il pouvait disposer: lui et ses adhérents se montraient -insatiables. Ainsi, Condé se rendait redoutable et odieux à Mazarin, et -se faisait détester du peuple comme soutien de Mazarin, en même temps -qu'il choquait, par son arrogance, le parlement, déjà indisposé contre -lui à cause de son avidité et de son ambition[276]. - - [276] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 65-105. - -Tel était l'état des choses, lorsque des circonstances singulières, qui -accompagnèrent le meurtre d'un des domestiques de Condé, firent croire -à ce prince que les chefs de la Fronde avaient conspiré contre lui -pour l'assassiner. Il crut, par ce crime, avoir trouvé une occasion -d'anéantir cette faction dans la personne de ses chefs, et il intenta -un procès en parlement contre les auteurs de ce meurtre. La voix -publique en indiquait particulièrement deux, Beaufort et Gondi; et -Condé, par son accusation, espérait les forcer à quitter Paris, où ils -trouvaient dans le peuple leur principal moyen d'influence. Mais en -attaquant ainsi, et pour ainsi dire corps à corps, les deux hommes les -plus populaires, Condé ne ménageait pas davantage le premier ministre. -Il se conduisait avec lui avec tant de hauteur et d'arrogance, que la -jeune noblesse qui entourait ce prince, lorsqu'elle voulait le flatter, -appelait Mazarin son esclave[277]. Un gentil-homme nommé Jarzé, attaché -à Condé, s'imagina follement que la reine régente avait du goût pour -lui; et il osa lui faire parvenir une déclaration d'amour. La reine, en -présence de toute la cour, le tança en termes très-durs sur sa ridicule -fatuité, et lui défendit de jamais paraître devant elle. Le prince de -Condé se prétendit blessé de l'affront fait à Jarzé; et dès le -lendemain il alla voir le premier ministre, et exigea insolemment que -Jarzé fût reçu le soir même chez la reine. Anne d'Autriche se soumit, -mais ne put supporter une telle humiliation sans chercher à s'en -venger. Dans le cÅ“ur d'une femme, tout ressentiment cède à celui de -l'orgueil irrité. Un billet écrit au coadjuteur, de la main même d'Anne -d'Autriche, amena près d'elle ce singulier archevêque, ce tribun si -redouté. Des négociations avaient précédé cette entrevue. Les -conditions de l'accord furent facilement stipulées. Gondi, avec une -inexprimable adresse et un bonheur extraordinaire, se joua au milieu -des intrigues qui en furent la suite. Il parvint à se rendre le -confident de Gaston; il le fit renoncer à son favori l'abbé de la -Rivière; il l'engagea dans la coalition qui venait de s'opérer entre la -cour et la Fronde, et il obtint son assentiment pour l'arrestation des -trois princes. Tout réussit: la reine régente, au moment du conseil, -donna l'ordre fatal, puis se renferma dans son oratoire. Elle fit -mettre à ses côtés l'enfant-roi, afin qu'il priât Dieu de concert avec -elle pour obtenir l'heureux achèvement d'un acte tyrannique, qui devait -produire dans le royaume de nouveaux malheurs et rallumer le feu des -guerres civiles[278]. - - [277] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 4.--MONTPENSIER, t. - XLI, p. 78.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 93. - - [278] RETZ, _Mémoires_, t. XIV, p. 102.--L'ABBÉ ARNAULD, - _Mémoires_, t. XXXIV, p. 287.--BRIENNE, _Mémoires_, t. XXXVI, p. - 160.--JOLY, t. XLVII, p. 97.--MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. - 7.--MONGLAT, t. L, p. 217. - -Aussitôt que Bussy connut l'arrestation du prince de Condé, il alla -trouver Guitaut, et lui proposa de signer le traité, sur lequel ils -étaient tombés d'accord; mais Guitaut s'y refusa, disant que l'argent -dont il avait besoin devait être fourni par le prince, dont la -captivité empêchait l'exécution de la promesse qu'il avait faite. Alors -Bussy n'osa se déclarer pour la cour, comme il en avait le projet, -parce que Condé l'aurait privé, et à bon droit, du prix de sa charge de -capitaine-lieutenant des chevau-légers. Toutefois, il ne s'empressa pas -de prendre parti pour un prince dont il croyait avoir à se plaindre. Il -s'abstint d'aller au Palais-Royal; mais il ne rejoignit pas les autres -officiers du prince de Condé, qui s'étaient renfermés dans Stenay et -dans Bellegarde. Pour pouvoir garder une sorte de neutralité et tarder -à se déclarer, il profita des soins et des préparatifs qu'exigeait son -mariage projeté avec Louise de Rouville, cousine issue de germain de -Marguerite de Lorraine, seconde femme de Gaston, duc d'Orléans. La mère -de Bussy et son oncle le grand prieur de France le pressaient de -conclure cette union, dans l'espoir de voir continuer le nom des -Rabutins, dont Bussy était le seul rejeton mâle. Ce mariage se fit au -mois de mai[279]. Dès lors, quoique le parlementent eût enregistré sans -opposition la déclaration royale qui faisait connaître les motifs de -l'arrestation des princes, quoique la Normandie et la Bourgogne se -fussent soumises à la cour, cependant une partie de la Guienne, la -ville et le parlement de Bordeaux, avaient levé l'étendard de la -révolte et s'étaient déclarés pour Condé. Turenne et la duchesse de -Longueville avaient, pour soutenir la cause des princes captifs, -rassemblé des troupes à Stenay. Un fort parti s'était formé pour eux -dans le parlement de Paris et dans toute la France. Toute la noblesse -était à juste titre révoltée d'un acte aussi inique d'oppression envers -un prince du sang, et envers un guerrier qui avait rendu de si grands -services à l'État. Bussy, sans se priver du droit qu'il avait au -remboursement de sa charge, ne pouvait hésiter plus longtemps à prendre -le parti de Condé; il se déclara donc pour lui. Clémence de Maillé, -femme du prince, qui dans cette crise déploya un courage et une force -de caractère dont personne, et son époux moins que tout autre, ne -l'aurait crue capable, s'était échappée de Chantilly, et s'était -renfermée dès le 14 avril dans Montrond[280]. Ce château, qui depuis -l'année 1621 appartenait à la maison de Condé, était alors bien -fortifié, et dominait la petite ville de Saint-Amand dans le -Bourbonnais. La princesse quitta Montrond pour se rendre à Bordeaux, où -elle arriva le 15 juin[281]. Les ducs de Bouillon et de La -Rochefoucauld, aidés du parlement et du peuple, se disposaient à y -soutenir un siége contre l'armée royale; et la princesse, qui s'y était -renfermée avec eux, envoya un exprès à Paris, pour donner l'ordre aux -comtes de Bussy, de Tavannes et de Chastelux de se rendre à Montrond. -Elle écrivit en particulier à Bussy pour l'engager, lorsqu'il serait -dans le pays, à faire tous ses efforts, à user de l'influence que lui -donnait sa qualité de lieutenant de roi de Nivernais, pour se rendre -maître de la Charité-sur-Loire[282]. Bussy obéit; et, après avoir reçu -à Montrond ses commissions, il ouvrit la campagne en Berry par -l'enlèvement d'une partie du régiment d'infanterie du comte de -Saint-Aignan. - - [279] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 194 de l'édit. in-12, et p. 243 de - l'édit. in-4º.--BUSSY, _Discours à ses Enfants_, 1694, in-12, p. - 240. - - [280] LENET, _Mém._, t. LIII, p. 157. - - [281] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 41. - - [282] LENET, _Mémoires_, t. LIII, p. 157. - -Cependant ni la guerre ni le mariage conclu avec Louise de Rouville ne -purent triompher de la passion que Bussy avait conçue pour sa cousine -et le distraire de ses projets sur elle. Il l'avait laissée à Paris, -toujours fidèle au parti de Gondi ou de la Fronde, et par conséquent -actuellement dans celui de la cour et de Mazarin, réuni à celui de la -Fronde, ou ayant fait avec ce parti un pacte momentané contre l'ennemi -commun. Ainsi madame de Sévigné se trouvait contraire au parti des -princes, dans lequel Bussy était engagé. Le sort semblait s'attacher à -placer le cousin et la cousine, qui toujours désiraient se réunir, dans -des camps opposés et ennemis. Launay-Liais, ce gentil-homme breton dont -nous avons parlé[283], que madame de Sévigné avait recommandé à Bussy, -et qu'il avait pris à son service, désira se rendre à Paris. Bussy le -lui permit, et saisit cette occasion, que peut-être lui-même avait fait -naître, pour envoyer à sa cousine la lettre suivante, datée de Montrond -le 2 juillet[284]: - - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Au camp de Montrond, ce 2 juillet 1650. - -«Je me suis enfin déclaré pour M. le Prince, ma belle cousine; ce n'a -pas été sans de grandes répugnances, car je sers contre mon roi un -prince qui ne m'aime pas. Il est vrai que l'état où il est me fait -pitié; je le servirai donc pendant sa prison comme s'il m'aimait; et -s'il en sort jamais, je lui remettrai sa lieutenance, et je le -quitterai aussitôt pour rentrer dans mon devoir. - -«Que dites-vous de ces sentiments-là , madame? Mandez-moi, je vous prie, -si vous ne les trouvez pas grands et nobles. Au reste, écrivons-nous -souvent, le cardinal n'en saura rien; et s'il venait à le découvrir et -à vous faire donner une lettre de cachet, il est beau à une femme de -vingt ans d'être mêlée dans les affaires d'État. La célèbre madame de -Chevreuse n'a pas commencé de meilleure heure. Pour moi, je vous -l'avoue, ma belle cousine, j'aimerais assez à vous faire faire un -crime, de quelque nature qu'il fût. Quand je songe que nous étions déjà -l'année passée dans des partis différents, et que nous y sommes encore -aujourd'hui, quoique nous en ayons changé, je crois que nous jouons aux -barres. Cependant votre parti est toujours le meilleur; car vous ne -sortez point de Paris, et moi je vais de Paris à Montrond, et j'ai -peur qu'à la fin je n'aille de Montrond au diable. - -«Pour nouvelles, je vous dirai que je viens de défaire le régiment de -Saint-Aignan; si le mestre de camp y avait été en personne, je n'en -aurais pas eu si bon marché. - -«Le sieur de Launay-Liais vous dira la vie que nous faisons; c'est un -garçon qui a du mérite, et que par cette considération je servirai -volontiers; mais la plus forte sera parce que vous l'aimez, et que je -croirai vous faire plaisir. Adieu, ma belle cousine.» - - [283] Voyez ci-dessus, chap. IX, p. 122; et SÉVIGNÉ, _Lettres_, - t. I, p. 15, no 10, édit. M.; t. I, p. 16, édit. G. de S.-G. - - [284] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 196 de l'édit. in-12. - -Launay-Liais avait accompagné Bussy lorsqu'il partit de Paris en poste -avec Tavannes, Chastelux et Chavagnac, et quelques autres officiers de -Condé, pour se rendre à Montrond. Bussy et ses compagnons avaient tous -pris, pour leur sûreté, des noms supposés. Launay-Liais voulut les -imiter, et semblait éprouver de la difficulté à choisir un nom pour -lui; Tavannes, qui trouva sa vanité ridicule, lui dit: «Prenez le nom -que j'ai adopté, et je m'appellerai Launay-Liais; plus certain de me -cacher avec ce nom mieux que qui que ce soit dans la compagnie.» Bussy, -qui rapporte dans ses Mémoires[285] ce trait humiliant pour ce pauvre -gentil-homme, eut beaucoup à se louer de ses services et de sa -fidélité. Quand Bussy fut obligé de se rendre à Paris, et d'y demeurer -déguisé, afin de conférer avec le duc de Nemours sur les moyens de -servir la cause des princes, il avoue que Launay-Liais était le seul en -qui il pût avoir une confiance entière. Deux mois plus tard, Bussy fut -forcé de se déguiser encore pour se rendre en Bourgogne; la mort de sa -mère l'obligeait à participer de sa personne à l'arrangement de ses -affaires. Ce fut encore Launay-Liais qu'il employa pour achever -heureusement ce voyage difficile, et dangereux pour lui dans les -circonstances où il se trouvait. Bussy fit jouer à Launay-Liais le rôle -du maître, et le faisait marcher en avant; tandis que lui, affublé -d'une perruque noire, avec un emplâtre sur l'Å“il, et de tout point -méconnaissable, suivait à cheval comme domestique, et portait la -valise[286]. Jamais l'on ne vit un plus grand nombre de déguisements et -de travestissements, même de la part des plus hauts personnages, que -pendant les quatre années que dura la Fronde. Les aventures qui les -rendaient nécessaires, ou auxquelles ils donnaient lieu, surpassaient -tout ce que les auteurs des comédies espagnoles, alors à la mode, -avaient imaginé de plus étrange, de plus inattendu et de plus -romanesque. - - [285] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 193 de l'édit. in-12; et de l'édit. - in-4º, p. 242. - - [286] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 199-201 de l'édit. in-12; et de - l'édit. in-4º, t. I, p. 249 et 251. - - - - -CHAPITRE XV. - -1650. - - L'arrestation des princes augmente le nombre des partis.--On en - compte cinq.--Celui de Mazarin.--Celui de Condé, ou la nouvelle - Fronde.--Celui de l'ancienne Fronde, ou de Gondi.--Celui du - parlement.--Celui de Gaston.--Noms des chefs et des principaux - personnages de chaque parti.--Leurs caractères, leurs - intrigues.--Nature de l'attachement d'Anne d'Autriche pour son - ministre.--Motifs qui faisaient agir Mazarin, Gaston, La - Rochefoucauld, Turenne, Châteaubriand, Nemours, Gondi, et la - duchesse de Chevreuse.--Madame de Sévigné, liée avec la duchesse - de Chevreuse, lui donne un souper splendide.--Citation de la - _Gazette_ de Loret à ce sujet.--Loret appartenait au parti de la - cour.--Sa _Gazette_ était dédiée à mademoiselle de Longueville; - caractère de cette princesse. - - -L'arrestation des princes avait singulièrement compliqué les événements -de la scène politique; elle avait déplacé tous les intérêts, et au lieu -de réunir les partis et de les comprimer, elle en avait augmenté le -nombre. On en comptait cinq, représentés par autant de chefs -principaux, autour desquels se groupaient toutes les affections et -toutes les ambitions particulières. - -D'abord le parti de Mazarin, seul contre tous, dont Servien, la -marquise de Sablé, et quelques autres personnages de la cour, étaient -plutôt les complices intéressés que les partisans[287]. Ce parti avait -pour appui l'habileté de son chef, la prédilection invincible, -l'inébranlable fermeté d'Anne d'Autriche, et le nom du roi. C'était là -toute sa force, mais cette force était immense; c'était elle qui lui -assurait l'obéissance d'hommes éclairés et consciencieux, tels que les -Palluau, les Duplessis-Praslin, les Saint-Simon, ayant une grande -influence dans l'armée; les Brienne, dans la diplomatie; les Talon, les -de Mesmes[288], dans la magistrature. Ces hommes obéissaient au premier -ministre par honneur, et par suite de leurs habitudes monarchiques. Au -milieu des déchirements des partis, ils ne voyaient d'autorité légitime -que dans la reine régente: mais ils souhaitaient, aussi vivement -peut-être que ceux des partis contraires, que Mazarin fût éloigné. Cet -étranger les exposait tous à l'animosité publique qui le poursuivait. -Anne d'Autriche employa souvent les artifices familiers à son sexe pour -détourner leur opposition dans le conseil, et calmer leurs -mécontentements. - - [287] BRIENNE, _Mémoires_. t. XXXVI, p. 161, 165.--LENET, - _Mémoires_, t. LIII, p. 479. - - [288] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 47.--TALON, - _Mémoires_, t. LXII, p. 60. - -Le parti des princes, que les succès des ennemis de la France durant -leur captivité rendaient de jour en jour plus populaires et plus -intéressants, était composé de toute la jeune noblesse. De ces chefs -apparents, le seul capable de le diriger était le duc de Bouillon. Mais -pour conduire un parti il faut s'identifier avec lui, se dévouer à lui -tout entier; et le duc de Bouillon avait des vues particulières, -étrangères, ou même contraires, à l'intérêt de son parti; et avant cet -intérêt il plaçait celui du maintien ou de l'élévation de sa maison. La -duchesse de Longueville, la princesse de Condé, La Rochefoucauld et -Turenne n'avaient ni assez de finesse, ni assez d'habileté en -intrigues, pour pouvoir diriger ce parti et lutter contre Mazarin; mais -ils étaient secondés par trois hommes qui, quoique obscurs, -déployèrent dans ces circonstances difficiles des talents -extraordinaires. C'était Lenet, qui ne quittait pas la princesse de -Condé, et la servait de sa plume et de ses conseils; c'était Montreuil, -frère de l'ami de madame de Sévigné, dont nous avons parlé. Montreuil, -quoiqu'il n'ait jamais rien publié, fut de l'Académie Française, et il -était secrétaire du prince de Condé. Il sut, par une adresse infinie, -et en imaginant sans cesse de nouveaux moyens, correspondre avec les -princes, et mettre toujours en défaut la vigilance de leurs -gardiens[289]. C'était surtout Gourville, qui, après avoir porté la -livrée comme valet de chambre du duc de La Rochefoucauld, était devenu -son homme d'affaires, son confident, son ami; Gourville, qui sous un -air épais cachait l'esprit le plus fin, le plus délié, le plus fécond -en ressources; persuasif, insinuant, énergique, prompt, réfléchi; -sachant arriver au but par la route directe; ou, sous les regards des -opposants, l'atteindre inaperçu, par voies souterraines et tortueuses: -homme qui jamais ne connut de situation, quelque désespérée qu'elle -fût, sans avoir la confiance qu'il pourrait en sortir. Les plus habiles -considéraient-ils une affaire comme perdue, Gourville survenait, -donnait de l'espoir, promettait de s'en mêler: aussitôt le succès était -certain et l'échec impossible. - - [289] PELLISSON, _Hist. de l'Académie Française_, 1749, in-4º, - p. 182, 261, 363.--RETZ, t. XLV, p. 163.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. - 102. - -Cependant Gourville n'était pas même encore, sous le rapport de -l'habileté, le premier de son parti. Le personnage qui méritait ce -titre était une femme: c'était Anne de Gonzague, princesse Palatine. -Par son penchant à la galanterie, elle n'échappait point aux faiblesses -de son sexe; mais par son calme imperturbable au milieu des plus -violentes agitations, par la hauteur de ses vues, la profondeur de ses -desseins, la justesse et la rapidité de ses résolutions, l'art de tout -faire concourir à son but, elle montra dans toute sa vigueur le -caractère de l'homme d'État et l'âme du conspirateur[290]. Sa -générosité l'avait portée à tout faire pour tirer les princes de -prison; elle y travaillait constamment. Et tel est l'ascendant des -talents et d'une volonté énergique, que c'est à ses conseils que se -soumettaient tous les partisans des princes, c'est à elle -qu'aboutissaient les fils de toutes les intrigues[291]. - - [290] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 45-78.--GOURVILLE, t. - XXXV, p. 266 et suiv.--RETZ, t. XLV et XLVI.--GUY-JOLY, t. XLVII. - - [291] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 29. - -Le parti des princes avait été surnommé la nouvelle Fronde. L'ancienne, -quoique ayant perdu de son énergie par son union avec la cour, -conservait cependant sa haine contre le premier ministre. Il n'était -pas au pouvoir de Gondi de faire cesser entièrement ces dispositions -hostiles; mais il pouvait empêcher qu'elles ne fussent mises en action -d'une manière dangereuse. Gondi agit d'abord dans ce sens avec bonne -foi, et fut fidèle dans les premiers moments à l'accord qu'il avait -fait avec la reine. Peut-être qu'on eût pu le rattacher alors pour -toujours au parti de la cour; mais Mazarin ne put croire que le -coadjuteur, si fertile en ruses, doué de tant de finesse, fût capable -de générosité et de franchise. Dans la pratique de la vie, la défiance -a ses dangers comme l'aveugle confiance; et on échoue aussi bien pour -n'avoir pas voulu croire à la vertu, que pour n'avoir pas su deviner le -vice. Mazarin jugeait d'après lui-même un homme qui lui ressemblait -sous beaucoup de rapports, mais non pas sur tous. D'ailleurs, il -craignait qu'il ne cherchât à lui enlever l'affection de la reine; et -cette crainte n'était pas sans motifs. Gondi se vit en butte aux -soupçons et ensuite aux machinations du pouvoir, qui travaillait à le -perdre, tandis que lui compromettait pour le pouvoir son influence et -sa popularité. Il se hâta, pour la reconquérir, de se jeter avec tout -son parti du côté des princes, et ne vit de salut que dans leur -délivrance. Cette alliance de deux camps depuis si longtemps ennemis -fut conclue entre le coadjuteur et la princesse Palatine, et rendue -tellement ferme et secrète par la confiance que ces deux chefs de parti -s'inspiraient mutuellement, que Mazarin, qui redoutait sans cesse cette -union, qui la soupçonnait toujours, ne la connut d'une manière certaine -que quand elle éclata par ses effets[292]. - - [292] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 103; t. XLI, p. 115, - 116.--JOLY, t. XLVII, p. 114 à 116.--LENET, t. LIII, p. 478. - -Le parlement formait un quatrième parti. Non que cette compagnie fût -unanime; mais il y avait dans son sein une honorable majorité qui -repoussait également les frondeurs, les séditieux et le ministre. Le -parlement aurait donc été disposé à se réunir au parti des princes, et -à lui prêter appui; mais il eût fallu pour cela que les chefs de ce -parti renonçassent à se lier avec les étrangers. Turenne et madame de -Longueville s'étaient joints aux Espagnols pour combattre la France. La -princesse de Condé, les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, qui -s'étaient renfermés dans Bordeaux, avaient fait alliance avec eux, et -en avaient reçu des secours en argent. Les envoyés espagnols à Paris -conféraient journellement avec les chefs de l'ancienne comme de la -nouvelle Fronde. - -Gaston, qui aurait pu être le modérateur de tous les partis, en formait -à lui seul un cinquième. Ses irrésolutions empêchaient qu'il ne donnât -de force à aucun des autres, mais il formait à tous un obstacle -redoutable. Son inclination comme son intérêt auraient dû ne le jamais -faire dévier du parti de la cour; et il lui fut toujours opposé. Poussé -par sa jalousie contre Condé et contre le premier ministre, il agissait -d'une manière contraire à ses désirs. Il ne manquait cependant ni -d'esprit, ni de finesse, ni même d'une sorte d'éloquence; et le -chef-d'Å“uvre de l'adresse de Gondi fut d'avoir su, selon le besoin -de ses desseins, mettre Gaston avec la Fronde contre les princes, et -ensuite pour les princes contre Mazarin. - -La complication et la multiplicité des partis n'était rien en -comparaison de celle des intérêts privés, qui se croisaient tellement -et en tant de sens divers, qui tournaient avec une telle mobilité, que, -dans l'ignorance où l'on était des motifs secrets des principaux -acteurs de cette scène si vive, si mêlée, si turbulente, on ne -concevait plus rien à leurs actions, et on était disposé quelquefois à -les regarder tous comme des insensés, plus ennemis d'eux-mêmes qu'ils -ne l'étaient de leurs antagonistes. - -Si l'on en croyait les libelles du temps, et surtout la satire en vers -qui fit condamner le poëte Marlet[293] à être pendu, l'obstination que -mettait la reine régente à exposer la couronne de son fils en gardant -un ministre détesté de tous s'expliquerait naturellement par une raison -toute différente de la raison d'État. L'avocat général Talon, madame de -Motteville et la duchesse de Nemours[294] disculpent Anne d'Autriche -sous ce rapport. Ce sont trois témoins respectables et sincères; sans -nul doute, ce qu'ils ont dit, ils l'ont pensé. Mais MADAME, duchesse -d'Orléans, Élisabeth-Charlotte, affirme dans sa correspondance[295] -qu'Anne d'Autriche avait épousé secrètement le cardinal Mazarin, qui -n'était point prêtre. Elle dit qu'on connaissait tous les détails de ce -mariage, et que l'on montrait de son temps, au Palais-Royal, le chemin -dérobé par lequel Mazarin se rendait de nuit chez la reine. Elle -observe que ces mariages clandestins étaient fréquents à cette époque, -et cite celui de la veuve de Charles Ier, qui épousa secrètement son -chevalier d'honneur. On peut penser qu'Élisabeth-Charlotte n'a pu -écrire que d'après la tradition, et que ses récits ne peuvent -contre-balancer les assertions des personnages contemporains que nous -avons rapportées. Mais certains faits sont souvent mieux connus -longtemps après la mort des personnes qu'ils concernent, que de leur -vivant ou des temps voisins de leur décès; ils ne sont entièrement -dévoilés que lorsqu'il n'existe plus aucun motif pour les tenir -secrets. On ne peut douter des sentiments de la reine pour Mazarin, -lorsqu'on lit une lettre qu'elle lui écrivit en date du 30 juin 1660, -dont on possède l'autographe[296]; l'aveu qu'elle fit dans son oratoire -à madame de Brienne[297]; les confidences de madame de Chevreuse au -cardinal de Retz[298]. D'ailleurs, quels qu'aient été les motifs de -l'attachement d'Anne d'Autriche pour Mazarin, il est certain qu'ils -étaient tout-puissants sur elle. Elle se prêta à tous les projets que -formait son ministre pour accroître son pouvoir et sa fortune. La -guerre de Bordeaux s'alluma parce que Mazarin voulait faire épouser une -de ses nièces par le duc de Candale, fils du duc d'Épernon; et pour ne -pas laisser partir, faute de solde, les Suisses lorsque leur secours -était le plus nécessaire, Anne d'Autriche mit ses pierreries en gage, -et ne voulut pas souffrir que Mazarin répondit de la somme qu'il -fallait payer[299]. - - [293] GUY-PATIN, _Nouveau Recueil de Lettres choisies_, t. V, p. - 31. - - [294] TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 64.--MOTTEVILLE, t. XL, p. - 304 à 308.--NEMOURS, t. XXXIV, p. 472 et 382. - - [295] _Mémoires sur la cour de Louis XIV et de le régence, - extraits de la correspondance allemande d'_ÉLISABETH-CHARLOTTE, - DUCHESSE D'ORLÉANS, _mère du régent_, 1823, in-8º p. - 319.--_Ibid._, _Mémoires et fragments historiques_, édit. 1832, - p. 330. - - [296] _Lettre d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin_, en date du - 30 juin 1660, mss., Biblioth. Royale; et IIIe partie, p. 471. - - [297] LOMÉNIE DE BRIENNE, _Mém._, 1828, t. II, p. 40, 42, 43, et - p. 337. - - [298] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 415 à 417, et p. 303 de - l'édit. 1836. - - [299] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 47. - -Gaston d'Orléans, après avoir consenti à l'emprisonnement des princes, -ne se décidait à entrer dans le projet de leur délivrance que sous la -promesse du mariage de sa fille, la duchesse d'Alençon, avec le duc -d'Enghien, fils du grand Condé[300]. La Rochefoucauld et Turenne -songeaient alors souvent moins à leur gloire ou au succès de leur -parti, qu'à ce qui pouvait être utile à la duchesse de Longueville, -dont ils désiraient se faire aimer. De plus obscures liaisons, qui ont -échappé même à l'abondance anecdotique des Mémoires de ce temps, -semblent aussi avoir exercé leur influence sur la conduite des plus -hauts personnages. Dans une lettre que Gondi avait écrite à Turenne, et -qu'il observe avoir été honnêtement folle, il ne déguise pas qu'au -milieu de beaucoup de motifs sérieux qu'il donnait à ce grand guerrier -pour le déterminer à la paix, il n'oubliait pas de l'entretenir de -l'espoir de revoir une petite grisette de la rue des Petits-Champs, que -Turenne aimait de tout son cÅ“ur[301]. Les plus faibles causes -avaient action sur des hommes qui, tous jeunes et ardents, suivaient -des partis différents, mais sans préjugés, sans principes, sans -conviction, sans haine et sans attachement. Les femmes jouaient dans -tous ces événements des rôles importants, auxquels le genre de -galanterie et de culte envers la beauté mis en honneur par l'hôtel de -Rambouillet n'était pas étranger. Ainsi on ne pouvait rien espérer du -duc de Beaufort, même dans ce qui le touchait le plus, si on ne s'était -avant assuré du consentement de la duchesse de Montbazon, qui avait sur -lui tout pouvoir. Nemours, amoureux de la duchesse de Châtillon, aimée -du prince de Condé, embrassait avec chaleur la cause de ce prince, -parce que sa maîtresse l'y excitait; et la duchesse de Nemours -s'employait de toutes ses forces pour procurer la liberté au prince de -Condé, dans l'espérance qu'il surveillerait la duchesse de Châtillon, -et empêcherait les infidélités de son mari. Enfin, le garde des sceaux -Châteauneuf, septuagénaire, tournait au gré de cette madame de Rhodes -que Bussy nous a déjà fait connaître lorsqu'elle était demoiselle de -Romorantin. - - [300] GUY-JOLY, _Mémoires_, t. XLVII, p. 115. - - [301] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 148, ou p. 209 de l'édit. - 1836. - -Gondi lui-même, malgré la supériorité de son esprit, se laissait aller, -par suite de ses inclinations pour les femmes, à des imprudences et à -des indiscrétions qui mettaient sa vie en danger et faisaient avorter -ses mesures les mieux concertées. Pour apaiser la jalousie de -mademoiselle de Chevreuse, il se permit une expression méprisante sur -la reine, qui fut redite, et qui devint la cause de la haine violente -qu'elle conserva toujours contre lui. La princesse de Guéméné, furieuse -d'avoir été abandonnée, offrit à la reine, si elle voulait y consentir, -de faire disparaître le coadjuteur en l'attirant chez elle, et en le -confinant dans un souterrain de son hôtel. Gondi sut qu'on avait formé -le projet de l'assassiner; et lorsqu'il allait à l'hôtel de Chevreuse, -il plaçait, pour sa sûreté, des vedettes en dehors de la porte de cet -hôtel, et tout près des sentinelles de la reine qui gardaient le -Palais-Royal[302], sans faire attention à l'effet que produisait cet -excès d'insolence et de scandale. Avec tous les talents propres à -dominer les partis, il ne pouvait s'attirer la confiance d'aucun. Il -regardait toute alliance avec l'étranger comme odieuse et impolitique; -et cependant, lorsque ses embarras augmentaient il prêtait l'oreille à -l'envoyé de l'archiduc, et même à celui de Cromwell[303]. En même -temps, plein d'admiration pour le comte de Montrose, qu'il appelait un -héros à la Plutarque, il se liait avec lui d'une étroite amitié, et -l'aidait de tout son crédit dans les efforts qu'il faisait pour -rétablir sur le trône le roi légitime de la Grande-Bretagne. Gondi -semblait, en un mot, se montrer jaloux d'épuiser tous les contrastes. -Lorsque le nÅ“ud du drame où il s'était engagé fut devenu tellement -compliqué par ses intrigues qu'il n'entrevit plus la possibilité de le -dénouer, il chercha les moyens de se retirer de la scène avec le plus -d'avantages possible pour les siens et pour lui, et à obtenir le -chapeau de cardinal. Le mariage de mademoiselle de Chevreuse avec le -prince de Conti devint la condition essentielle de toutes les -négociations qu'il entamait soit avec la cour, soit avec la duchesse de -Chevreuse: celle-ci, Caumartin et madame de Rhodes, l'aidaient -puissamment dans ses intrigues[304]. Les souvenirs d'une ancienne et -étroite amitié, l'habitude d'une familiarité contractée dans la -jeunesse, donnaient auprès de la reine des moyens d'influence à la -duchesse de Chevreuse, si constante dans ses haines, si inconstante -dans ses amours. La reine, qui d'ailleurs se trouvait encore -malheureuse par les obstacles que lui opposaient tant de factions, lui -avait rendu en partie sa confiance. La duchesse de Chevreuse semblait -aussi avoir les mêmes intérêts que Gondi, puisque, ainsi que lui, elle -désirait vivement l'union de sa fille avec un prince du sang. Mais elle -avait de grandes sommes à réclamer du gouvernement, et le succès de ses -réclamations dépendait de la décision du premier ministre: elle -ménageait donc Mazarin, et négociait en même temps avec lui et avec -l'ancienne et la nouvelle Fronde. Elle mettait à profit pour elle-même -l'influence que ses liaisons à la cour, avec le coadjuteur et avec les -princes, lui donnaient dans tous les partis. Elle était aidée dans ses -intrigues par le marquis de Laigues, homme de courage, mais de peu de -sens[305], qui, lors de son exil à Bruxelles, s'était déclaré son amant -pour se rendre important dans le parti de la Fronde, qu'il avait -embrassé. Comme il ne restait plus à la duchesse de Chevreuse des appas -de sa jeunesse que leur ancienne célébrité[306], elle n'avait pas -toujours beaucoup à se louer de l'humeur et des procédés de -Laigues[307]. Celui-ci avait été jusque alors tout dévoué au -coadjuteur; mais Gondi s'aperçut bientôt que Laigues entrait dans des -projets différents des siens. Afin d'avoir quelqu'un qui pût lui -répondre de la duchesse de Chevreuse, il aurait voulu substituer auprès -d'elle d'Hacqueville à Laigues. D'Hacqueville était l'ami particulier -de Gondi et aussi celui de madame de Sévigné; et secondé par madame de -Chevreuse et madame de Rhodes, Gondi aurait réussi à faire expulser -Laigues, si d'Hacqueville avait voulu consentir à ce projet. Nul homme -n'était plus obligeant que d'Hacqueville; mais, malgré le désir qu'il -montrait d'être utile à ses amis, il recula devant cette continuelle -immolation de lui-même. Peut-être aussi était-il trop honnête homme -pour se prêter à un tel rôle[308]. - - [302] RETZ, _Mémoires_, t. LXV, p. 185. - - [303] _Ibid._, t. LXV, p. 151. - - [304] _Ibid._, t. XLV, p. 157 et 158, 192 et 197.--JOLY, t. - XLVII, p. 93, 111 et 114. - - [305] RETZ, _Mémoires_, t. XLIV, p. 408. - - [306] LOMÉNIE, comte de BRIENNE, t. I, p. 317. - - [307] RETZ, _Mémoires_, t. XLV, p. 157; t. XLVII, p. 271. - - [308] _Le secret ou les véritables causes de la détention et de - l'élargissement de MM. les princes de Condé et de Conti, et le - duc de Longueville, avec un exact recueil de toutes les - délibérations du parlement dans les assemblées qui ont été faites - pour leur liberté et pour l'éloignement du cardinal Mazarin, où - sont exposés tous les raisonnements de chacun de Messieurs dans - leurs opinions_; 1651, in-4º de 84 pages, p. 25, 26 et 29, et p. - 45. - -Madame de Sévigné, tout entière à son mari et à ses enfants, était -étrangère à toutes ces intrigues; mais elle était liée avec les -personnes qui secondaient les projets du coadjuteur, et par conséquent -avec la duchesse de Chevreuse. Un article de la _Muse historique de -Loret_ (quelle étrange Muse!) nous prouve combien la liaison de madame -de Sévigné avec cette duchesse était intime. Dans le mois de juillet de -cette année 1650, au retour de la promenade du Cours, où la haute -société allait alors en voiture prendre le frais, le marquis et la -marquise de Sévigné donnèrent un souper splendide à la duchesse de -Chevreuse. La manière bruyante dont éclata la joie des frondeurs fit -ressembler ce repas nocturne à une petite orgie; et par cette raison il -devint un moment l'objet des entretiens de la capitale. Voici comment -s'exprime à ce sujet le rimeur gazetier, dans sa feuille du 26 juillet -1650: - - On fait ici grand'mention - D'une belle collation - Qu'à la duchesse de Chevreuse - Sévigné, de race frondeuse, - Donna depuis quatre ou cinq jours, - Quand on fut revenu du Cours. - On y vit briller aux chandelles - Des gorges passablement belles: - On y vit nombre de galants; - On y mangea des ortolans; - On chanta des chansons à boire; - On dit cent fois non--oui--non, voire. - La Fronde, dit-on, y claqua: - Un plat d'argent on escroqua; - On répandit quelque potage, - Et je n'en sais pas davantage[309]. - - [309] LORET, _Muse historique_, liv. I, p. 28, _lettre_ 10. - -On voit, d'après ces détails, que déjà les manières et les habitudes du -grand monde se ressentaient de la licence des guerres civiles, et -qu'elles ne ressemblaient plus à celles dont l'hôtel de Rambouillet -offrait encore le modèle épuré. Il serait possible aussi qu'il y eût -quelque exagération dans le récit de Loret; il était du parti de la -cour; il recevait de Mazarin une pension de deux cents écus, et -détestait la Fronde. Sa gazette en vers était adressée à sa -protectrice, mademoiselle de Longueville, d'autant plus contraire à la -Fronde que sa belle-mère était l'héroïne de ce parti. Mademoiselle de -Longueville est cette princesse qui nous a laissé des Mémoires; elle -épousa le duc de Nemours, et il est souvent fait mention d'elle dans -les écrits de ce temps, quoiqu'elle ne se soit mêlée dans aucune -intrigue, qu'elle n'ait participé à aucun événement. Son immense -fortune, les lumières de son esprit, la hauteur de ses sentiments, ses -grands airs, la sévère dignité de ses manières, l'énergie de son -caractère, en ont fait pendant la régence, et durant le long règne de -Louis XIV, un personnage à part, qui ne se soumit à aucune influence, -et ne permettait pas plus au monarque absolu de faire varier ses -déterminations, qu'à la mode de changer les formes de son -habillement[310]. - - [310] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLII, p. 182 et 183; t. XLI, p. - 57.--LORET, liv. I, p. 9.--MOTTEVILLE, t. XXXVIII, p. 275.--SAINT - SIMON, t. I, p. 251; t. V, p. 425.--PETITOT, _Notice_, t. XXXIV, - p. 381. - - - - -CHAPITRE XVI. - -1650-1651. - - Mariage de madame de La Vergne avec le chevalier de - Sévigné.--Détails sur mademoiselle de La Vergne.--Sa - correspondance avec Costar.--Explications de certains passages - des lettres de ce dernier.--Lettres de Scarron à madame Renaud de - Sévigné.--Erreur de l'éditeur sur ces lettres.--La maison de - Scarron était fréquentée par toute la haute société de la - Fronde.--Scarron était recherché par des femmes différentes de - rang et de réputation.--Licence de ses mÅ“urs; sa difformité, - ses dispositions joyeuses.--Il aimait les beaux-arts, et - commandait des tableaux au Poussin.--Scarron devient à la mode, - et est importuné par les visites.--Pourquoi la marquise de - Sévigné ne voyait point Scarron.--Explication de la lettre de - Scarron à madame Renaud de Sévigné.--Remarque sur le mot - _précieuse_.--Cause de l'erreur des éditeurs de Scarron. - - -A la fin de cette même année il y eut un événement inattendu dans la -famille des Sévignés, qui probablement fut la cause de la longue et -étroite liaison de la marquise de Sévigné avec une des femmes les plus -justement célèbres de ce siècle, l'auteur de la _Princesse de Clèves_ -et de _Zaïde_. - -Madame de La Vergne épousa en secondes noces le chevalier Renaud de -Sévigné, dont il a été fait mention précédemment[311]. Il paraît qu'en -l'épousant elle lui donna l'usufruit de tous ses biens après sa mort. -Ce mariage et les conditions du contrat ne plurent pas à mademoiselle -de La Vergne; voici comme le gazetier Loret en parle dans sa feuille -du 1er janvier 1651: - - Madame, dit-on, de La Vergne, - De Paris, et non pas d'Auvergne, - Voyant un front assez uni - Au chevalier de Sévigni, - Galant homme, et de bonne taille - Pour bien aller à la bataille, - D'elle seule prenant aveu, - L'a réduit à rompre son vÅ“u; - Si bien qu'au lieu d'aller à Malte, - Auprès d'icelle il a fait halte - En qualité de son mari, - Qui n'en est nullement marri, - Cette affaire lui semblant bonne. - Mais cette charmante mignonne - Qu'elle a de son premier époux - En témoigne un peu de courroux; - Ayant cru, pour être fort belle, - Que la fête serait pour elle; - Que l'Amour ne trempe ses dards - Que dans ses aimables regards; - Que les filles fraîches et neuves - Se doivent préférer aux veuves, - Et qu'un de ces tendrons charmants - Vaut mieux que quarante mamans. - - [311] Voyez ci-dessus, ch. XII, p. 180; ch. XIII, p. 187, et - LORET, _Muse historique_, liv. II, p. 2.--GUY-JOLY, _Mémoires_, - t. XLVII, p. 52. - -Mademoiselle de La Vergne, fille d'Aymar de La Vergne, gouverneur du -Havre, auquel elle dut son éducation, avait près de dix-neuf ans -lorsque sa mère se remaria[312]. Déjà elle-même était recherchée pour -sa beauté et son esprit, et donnait de l'emploi aux poëtes. Ménage, qui -lui avait enseigné le latin et l'italien, avait composé pour elle des -vers qui valent beaucoup mieux que ceux qu'elle lui a inspirés -lorsqu'elle fut devenue comtesse de La Fayette[313]. - - [312] Conférez _Lettres_ de mesdames de Villars, de Coulanges, de - la Fayette, et de Ninon de Lenclos, 1803, in-12, t. II, p. - 3.--_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 127 de la _Notice_ - SAINT-SURIN.--GROUVELLE, _Lettres de Sévigné_, t. I, p. CXVII. - - [313] MENAGII _Poemata_, éd. 3e, p. 320; 4e éd., p. 283; 7e - édit., p. 272. - -L'abbé Costar, l'ami de Ménage, et aussi celui de Voiture et de Balzac, -archidiacre du Mans, lieu de sa résidence, où il était recherché, -autant à cause de ses bons dîners que de sa réputation de bel -esprit[314], entretenait avec mademoiselle de La Vergne une -correspondance suivie. Il lui envoyait les livres qu'il composait, -comme à une des personnes dont il ambitionnait le plus le suffrage; il -aimait à recevoir ses lettres. Dans une de celles qu'il lui écrit, il -lui donne l'épithète d'_incomparable_[315]; dans une autre, il lui -parle de l'extrême joie qu'il a de l'avoir revue si belle, si -spirituelle, si pleine de raison. Ailleurs il lui demande «si elle -jouit paisiblement de la chère compagnie de ses pensées et de celle de -monsieur et de madame de Sévigné,» c'est-à -dire de celle de sa mère et -de son beau-père, retirés alors avec elle dans leur château de -Champiré, près de Segré, en Anjou[316]. La mère de mademoiselle de La -Vergne mourut cinq ou six ans après avoir contracté ce second mariage, -puisque la lettre de condoléance écrite au sujet de sa mort, par -Costar, est adressée non à mademoiselle de La Vergne, mais à madame la -comtesse de La Fayette. Or, mademoiselle de La Vergne ne fut mariée au -comte de La Fayette qu'en 1655, et le recueil où cette lettre se trouve -fut achevé d'imprimer le 1er mars 1657. C'est donc entre ces deux -dates que Renaud de Sévigné devint veuf[317]; et c'est aussi à sa -femme, et non à la marquise de Sévigné, qu'est adressée la lettre de -Costar que Richelet a reproduite dans le _Recueil des plus belles -Lettres françaises_[318]. - - [314] _Ménagiana_, t. I, p. 283; t. II, p. 76; t. III, p. 296. - - [315] COSTAR, _Lettres_, 1657, in-4º, p. 547; _lettres_ 97, p. - 540; _lettres_ 194, 548 et 549; _lettres_ 197-198. - - [316] _Ibid._, p. 545, 548 et 549; _lettres_ 196, 198. - - [317] COSTAR, _Lettres_, 1er recueil, t. I, p. 852, _lettre_ - 200. - - [318] _Ibid._, t. I, p. 892, _lettre_ 354.--RICHELET, _Recueil - des plus belles Lettres françaises_, t. II, p. 515. - -Ces éclaircissements étaient nécessaires pour que la similitude des -noms ne produisît pas la confusion des faits et des personnes. - -Ce n'est pas que Costar ne connût aussi la marquise de Sévigné: nous -verrons bientôt qu'il partageait l'admiration qu'elle excitait; mais il -était lié moins intimement avec elle qu'avec son amie. Celui dont on -disait qu'il était le plus galant des pédants et le plus pédant des -galants, devait moins plaire à la gaie et folâtre marquise de Sévigné -qu'à la sérieuse et savante comtesse de La Fayette[319]. - - [319] _Ménagiana_, t. II, p. 76.--TALLEMANT, t. IV, p. 98, 1re - édit.; t. VII, p. 1-14, 2e édit. - -Si les lettres de Costar réclament une grande attention, à cause du -manque de dates et de désignation précise des personnes auxquelles -elles sont adressées, ici elles nous garantissent de l'erreur que -pourrait nous faire commettre la ressemblance des noms. Il n'en est pas -de même des lettres de Scarron publiées après sa mort: là se trouve -précisément le genre de méprise contre lequel nous avons dû prémunir -les lecteurs. L'éditeur qui le premier a publié les Å“uvres posthumes -de Scarron a trouvé, parmi les papiers de ce poëte burlesque qui lui -furent remis par d'Elbène, son ami, le brouillon ou la copie d'une -lettre adressée à madame de Sévigné[320]. N'en connaissant pas la date, -il s'est imaginé à tort qu'elle concernait la marquise de Sévigné, et -il place son nom en tête. Cependant il est évident que cette lettre, -comme celle de Costar que nous venons de mentionner, a été adressée à -madame de Sévigné, femme du chevalier, et non à la marquise; et il est -inutile pour le but que nous nous proposons, de la transcrire ici. - - [320] _Dernières Å’uvres de_ SCARRON, 1669, in-12, t. I, p. 2 - de l'_Épître dédicatoire_, et p. 28; _ibid._, édit. de 1700, t. - I, p. 16; _ibid._, édit. de 1737, in-18, t. I, p. 47. - - -LETTRE DE SCARRON A MADAME RENAUD DE SÉVIGNÉ. - - «Madame, - -«Encore que je n'aie pas si souvent l'honneur de vous voir que quantité -de beaux esprits et de beaux hommes, qui font si souvent chez vous de -grosses assemblées, je vous prie de croire qu'il n'y a ni bel homme ni -bel esprit qui vous honore tant que moi. Cela étant si vrai qu'il n'y a -rien de plus vrai, je crois que vous m'obtiendrez de votre -grande-duchesse une lettre pour le gouvernement du Havre, afin qu'il -facilite notre gouvernement. Quand je dis votre grande-duchesse, je -dirais aussi bien la mienne, si j'osais; mais je sais assez bien régler -mon ambition pour un poëte. Vous ne serez pas aujourd'hui quitte avec -moi pour une importunité; je vous prie de donner les placets que je -vous envoie à M. de Barillon et à ceux de sa chambre qui sont connus de -vous. Je baise humblement les mains à monseigneur de Sévigné, à -mademoiselle de La Vergne, toute lumineuse, toute précieuse, toute, -etc., et à vous, madame, à qui je suis de toute mon âme, - - «Madame, - - «Votre très-humble et très-affectionné serviteur, - - «SCARRON.» - -Comme on le voit par les dernières lignes, cette lettre a été écrite -antérieurement au mariage de mademoiselle de La Vergne avec le comte de -La Fayette; et alors madame de Sévigné, la marquise, n'avait point vu -Scarron, quoique son mari fût fort lié avec lui et se plût dans sa -société. Ainsi que nous le dirons par la suite, elle ne fit -connaissance avec ce poëte qu'après être devenue veuve; mais nous ne -devons pas différer les éclaircissements qui peuvent expliquer cette -singularité. - -La maison de Scarron, toujours fréquentée par les nombreux admirateurs -de l'esprit burlesque et bouffon, devint vers l'époque dont nous nous -occupons le rendez-vous général des frondeurs. Gondi y allait souvent, -et y menait tous ses amis; ceux du prince de Condé s'y réunissaient -aussi, et nulle part on ne faisait des soupers où l'un fût plus à -l'aise, où régnât une gaieté plus franche, mais en même temps plus -licencieuse[321]. Scarron s'était rendu cher à la Fronde, en partageant -son animosité contre Mazarin. Quoique pensionné par la reine, il n'en -fut pas moins ardent à poursuivre le ministre par ses épigrammes et par -ses satires. Le ressentiment d'auteur se joignait en lui à la malignité -de l'homme de parti. Scarron avait dédié au cardinal Mazarin son poëme -du _Typhon_, le premier qu'il ait composé dans le genre burlesque, et -aussi le meilleur; le ministre n'y fit aucune attention. Scarron exhala -son dépit dans une satire intitulée _la Mazarinade_[322], avec une -telle violence, qu'il est difficile de comprendre comment un amas -d'injures sans gaieté comme sans esprit, écrit dans le style le plus -cynique, n'a pas révolté généralement les lecteurs de ce temps, de -quelque parti qu'ils fussent. Bien loin de là , cette satire eut un -succès prodigieux, non-seulement parmi le peuple, mais encore parmi les -personnages de la Fronde de l'esprit le plus cultivé: tant il est vrai -que les partis se plaisent à nourrir leur haine des plus grossiers -aliments, et à se précipiter dans tous les excès quand ils entrevoient -par là les moyens d'accroître ou d'accélérer leur vengeance. On dit que -Mazarin lui-même, qu'un déluge de libelles plus virulents les uns que -les autres avait trouvé impassible, ne put se contenir en lisant _la -Mazarinade_, et qu'il ressentit vivement, et n'oublia jamais, les -outrages qu'elle contenait[323]. - - [321] SEGRAIS, _Å’uvres_, t. II, p. 110, édit. de 1756 - in-12.--SCARRON, _Å’uvres_, t. I, p. 46. - - [322] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, in-12, t. I, p. I-XIII.--JOLY, - _Mémoires_, t. XLVII, p. 53. - - [323] SEGRAIS, _Mémoires_, t. II des _Å’uvres_, p. 98 et 123. - -Scarron, devenu ainsi célèbre par son esprit, et encore plus par -l'usage qu'il en faisait, était quelquefois invité chez les dames dont -les maris étaient les habitués de ses réunions. Il se faisait -transporter (car il ne pouvait marcher) chez la duchesse de -Lesdiguières, chez la marquise de Villarceaux, la duchesse d'Aiguillon, -mesdames de Fiesque, de Brienne, la marquise d'Estissac, mesdemoiselles -de Hautefort, de Saint-Mégrin, d'Escars, la présidente de Pommereul. Il -se montrait alors le plus réjouissant des causeurs; mais celles qui -goûtaient le plus sa société n'osaient fréquenter ses réunions. Celui -qui tolérait dans sa maison les désordres de sa propre sÅ“ur, qui -même en plaisantait, et disait que le marquis de Tresmes lui faisait -des neveux, non à la mode de Bretagne, mais à la mode du Marais[324], -ne pouvait recevoir chez lui que des femmes qui avaient banni tous les -scrupules de la pudeur. Aussi toutes celles que l'on y voyait étaient -de cette sorte. C'était la célèbre Marion de Lorme, qui mourut dans le -cours de cette année 1650[325]; la comtesse de la Suze, qu'on disait -avoir changé de religion afin de ne voir son mari ni dans ce monde ni -dans l'autre; Ninon de Lenclos, qu'il suffit de nommer, et que nous -allons faire connaître plus particulièrement à nos lecteurs. A cette -liste il faut ajouter encore quelques femmes auteurs: madame -Deshoulières et la célèbre mademoiselle Scudéry. - - [324] _Vie de Scarron_, t. I de ses _Å’uvres_, édit. de 1737; - t. I, p. 41.--LA BEAUMELLE, _Mémoires de Maintenon_, t. I, p. - 155.--SEGRAIS, _Mémoires anecdot._, t. II, p. 105. - - [325] LORET, _Muse historique_, liv. I, p. 22. - -En dépit de ses infirmités, du délabrement de sa fortune, des guerres -civiles et des procès de famille, Scarron conservait sa gaieté, et les -inclinations de sa jeunesse: il aimait les femmes, le vin, la bonne -chère, la poésie et les beaux-arts. Assiégé sans cesse par tous les -genres de souffrances, victime de tous les événements publics et -privés, plus la nature et la destinée faisaient d'efforts pour -l'accabler sous le poids des calamités, plus il semblait s'attacher à -les narguer par son étonnant courage: non-seulement il les supportait, -mais il ne paraissait pas même les ressentir. Stoïcien d'une nouvelle -espèce, et bien plus véritablement tel que ceux qui dans l'antiquité se -paraient de ce titre pompeux; bien plus vrai surtout, bien plus franc -dans sa philosophie, il n'avait rompu avec aucun de ses goûts; et -quoiqu'il perdît chaque jour les moyens de les satisfaire, il ne -voulait pas reconnaître la nécessité d'y renoncer, tant qu'un souffle -de vie lui restait pour éprouver les impressions du plaisir. Ainsi on -apprend avec étonnement que, malgré la réduction qu'avaient éprouvé -ses revenus, il continuait toujours à acheter des tableaux. Dans sa -jeunesse, il avait cultivé la peinture avec assez de succès; il s'était -trouvé (en 1634) à Rome avec le Poussin; et nous lisons dans les -lettres de ce grand peintre que pendant la Fronde (en 1649-1650) il -s'occupait à Rome de deux tableaux qui lui avaient été commandés par -Scarron: l'un des deux devait représenter un sujet bachique[326]. - - [326] NICOLAS POUSSIN, _Lettres_, 1824, in-8º, p. 297 et 317; - _lettres_ en date du 7 février 1649, et du 29 mai 1650. - -La marquise de Sévigné, qui, bien loin d'être prude, a mérité le -reproche d'avoir été un peu trop libre dans ses expressions, était -cependant du nombre des jeunes femmes que la licence de Scarron et le -cynisme de ses écrits effarouchaient. Il était d'ailleurs tellement -difforme, qu'il dit dans plusieurs de ses lettres qu'on interdisait sa -vue aux femmes enceintes; et, d'après les descriptions que nous avons -de sa personne, il ne paraît pas que cette assertion fût seulement une -plaisanterie, ni qu'elle eût rien d'exagéré. Enfin, une des femmes avec -lesquelles Scarron se plaisait le plus était Ninon de Lenclos; et nos -lecteurs seront, dans le chapitre suivant, instruits des motifs -qu'avait la marquise de Sévigné pour éviter tous les lieux où elle -pouvait se rencontrer avec cette femme, alors si scandaleusement -célèbre. - -Quelques-unes de ces causes, ou peut-être toutes ces causes réunies, -ont empêché longtemps la marquise de Sévigné non-seulement d'admettre -Scarron dans sa société, mais même de le voir, quoique ce fût alors une -mode de l'avoir vu, et que par ses difformités mêmes il fût devenu -l'objet d'une curiosité que chacun s'empressait de satisfaire. C'est ce -dont lui-même se plaint amèrement, quand il dépeint, dans une de ses -épîtres, le campagnard qui dans Paris séjourne, - - Et, n'ayant rien à faire tous les jours, - Lui rend visite avant l'heure du Cours, - Comme on va voir un lion de la foire[327]. - - [327] SCARRON, _Épître chagrine au maréchal d'Albret_, - _Å’uvres_, 1737, t. I, p. 216. - -Madame Renaud de Sévigné, qui tenait chez elle des assemblées de beaux -esprits, n'avait pas les mêmes motifs que la marquise pour éviter -Scarron, et elle en avait plusieurs pour rechercher sa société. Aussi -est-ce à elle qu'il s'adresse pour obtenir, par la lettre que nous -avons transcrite, des recommandations pour le gouverneur du Havre, -neveu de la duchesse d'Aiguillon, qu'il appelle sa grande-duchesse. Le -placet pour le président Barrillon était probablement relatif au procès -que Scarron perdit contre sa belle-mère, quelque temps après; et ce qui -excuse en partie l'éditeur qui a le premier publié cette lettre, en -1669, d'avoir cru qu'elle était adressée à la marquise de Sévigné, -c'est que celle-ci était alors liée avec Barillon autant que, de son -vivant, l'avait été madame Renaud de Sévigné[328]. Mais ce qui est dit -à la fin de cette lettre sur mademoiselle de La Vergne aurait dû, avec -un peu d'attention, lui faire apercevoir son erreur. Remarquons de -quelle manière Scarron fait l'éloge de cette jeune personne, «toute -lumineuse, dit-il, toute _précieuse_.» Ce mot _précieuse_ était alors -la louange la plus grande que l'on pût faire d'une femme. C'est parmi -les précieuses que se trouvaient les meilleures amies et les -protectrices de Scarron: c'est dans les rangs des précieuses qu'il -obtenait le plus de succès, car en tout genre les extrêmes se touchent. -Depuis que le mot _précieuse_ a changé de signification, il n'a été -remplacé par aucun autre. Dans son acception primitive il exprimait par -un seul mot la grâce et la dignité des manières unies à la culture de -l'esprit et aux talents, l'accord parfait du bon goût et du bon ton; en -un mot, tout ce qui dans les hauts rangs de la société peut donner -l'idée d'une femme accomplie. Tout cela se trouvait alors renfermé dans -cette courte phrase: «C'est une précieuse.» - - [328] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 296; t. II, p. 394; t. VIII, - p. 287, 299, 306, 363; t. IX, p. 464. - - - - -CHAPITRE XVII. - -1650. - - Le marquis de Sévigné devient amoureux de Ninon de Lenclos.--Le - mari, le fils et le petit-fils de madame de Sévigné s'attachent à - Ninon.--Nécessité de bien connaître les circonstances de sa vie - pour éclaircir les faits qui se rattachent à celle de madame de - Sévigné.--Époques de la naissance et de la mort de Ninon.--Trois - périodes à distinguer dans sa longue vie.--Différences qui les - caractérisent.--Fixité de ses principes.--Son inconstance en - amour.--Sa constance en amitié.--Portrait de sa personne.--Noms - de ses principaux amants.--Sa conduite envers les plus riches; - elle les distingue en trois classes.--Jugement de Châteauneuf à - son sujet.--Célébrée par les poëtes.--Épigramme du grand prieur - de Vendôme contre elle.--Sa réplique.--Billet qu'elle donne à La - Châtre.--Sa passion pour le marquis de Villarceaux.--Aventures de - sa jeunesse.--Noms de ses premiers amants.--Admise d'abord dans - la haute société du Marais.--Ses amours avec le duc de - Châtillon.--Avec le duc d'Enghien.--Vers de Saint-Évremond à ce - sujet.--Elle fait une maladie grave.--Mot qu'elle dit, croyant - mourir.--Son trait d'espiéglerie envers Navailles.--Querelles - produites par les passions qu'elle excite.--La reine régente veut - la faire enfermer au couvent.--Réponse de Ninon à - l'exempt.--Marque insigne de considération que lui donne le grand - Condé.--Sa liaison avec Émery et les gens de finance.--Avec - Coulon.--Avec d'Aubijoux.--Le comte de Vasse fait sa cour à la - marquise de Sévigné, et est supplanté auprès de Ninon par le - marquis de Sévigné. - - -Un peu avant l'époque du mariage de madame de La Vergne, dont nous -venons de parler, le cÅ“ur de madame de Sévigné fut contristé par un -malheur dont elle semblait plus que toute autre femme devoir être -préservée. Jeune, belle, mère de deux enfants charmants, dont l'un -continuait le nom de l'ancienne famille dans laquelle elle était -entrée, pleine d'esprit, d'attraits, de grâce et d'enjouement, quelle -autre femme pouvait mieux qu'elle se flatter de captiver un époux -qu'elle aimait, et dont ses actions et sa conduite devaient lui -concilier la tendresse? Nous avons déjà remarqué qu'il n'en fut pas -ainsi. Madame de Sévigné eut à supporter les fréquentes infidélités -d'un homme qu'aucun sentiment de devoir ne retenait, et qui trouvait -dans la vertu même de sa femme des motifs pour se livrer avec plus de -sécurité à la vie licencieuse dont il avait contracté l'habitude; mais -du moins le cÅ“ur n'était pour rien dans ces liaisons passagères, et -l'obscurité de celles qui en subissaient la honte les avait dérobées -jusqu'alors à la malignité publique, et peut-être même à la -connaissance de celle qu'elles offensaient. Mais madame de Sévigné -apprit enfin (nous dirons bientôt par qui) que son mari se trouvait -engagé dans les liens de la plus dangereuse des beautés du jour, de -celle qu'on ne pouvait se résoudre à quitter, même lorsqu'on n'en était -plus aimé, et qui, tel qu'un souverain altier, avait le privilége -d'enchaîner à sa suite, et de retenir à sa cour, ses favoris -disgraciés. Elle sut que le marquis de Sévigné était devenu l'amant -préféré de Ninon de Lenclos. - -Elle ne pouvait douter que cet attachement, trompant l'espoir de -nombreux rivaux, allait être partout divulgué, et que personne -n'ignorerait l'affront qu'elle se trouvait forcée de subir et la -douleur qu'elle en ressentait. - -Ninon de Lenclos avait alors trente-quatre ans, et par conséquent dix -ans de plus que madame de Sévigné; et non-seulement elle lui enleva le -cÅ“ur de son mari, mais elle inspira une folle passion à son fils, -fut aimée de son petit-fils, et fit ainsi subir dans la même famille, -après sa jeunesse écoulée, l'influence de ses attraits et la puissance -de ses séductions à trois générations successives. L'antiquité païenne -eût été moins que nous surprise d'un fait aussi singulier, et moins -embarrassée pour s'en rendre compte: elle n'eût pas manqué d'y voir un -effet de la volonté des dieux, un résultat de la fatalité et du destin, -un prodige de la mère des Amours. La superstition du moyen âge eût -infailliblement expliqué la chose par le pouvoir du démon, par des -conjurations et des sorcelleries. Quant à nous, rejetons d'un siècle -qui repousse toute illusion, nous avons à faire connaître quels sont -les enchantements naturels qui produisirent de tels effets, et nous ne -pouvons y parvenir qu'en recherchant tout ce qui peut nous donner une -idée exacte de la personne et du caractère de cette femme séduisante. - -Née le 15 mai 1616, et morte le 17 octobre 1705[329], Anne de Lenclos a -vécu près de quatre-vingt-dix ans. Ornement de la fin du règne de Louis -XIII, elle a brillé dans la régence, et a parcouru presque en entier le -long règne de Louis XIV. Elle expira avant que les revers des dernières -années de ce règne mémorable eussent terni la gloire du grand roi. -Comme pour les personnes qui ont joui de l'existence dans toute sa -durée, on doit distinguer dans sa vie trois phases différentes: la -jeunesse, l'âge mûr, et la vieillesse. Mais pour Ninon de Lenclos, -cette distinction ne suffit pas; elle n'est pas assez tranchée. On peut -dire d'elle que dans les trois âges de sa longue carrière, par ses -relations avec le monde, elle a été trois personnes différentes. Dans -tous les temps l'histoire de sa vie se trouve mêlée avec celle de -madame de Sévigné, à laquelle elle a survécu; aussi nous aurons souvent -occasion de parler d'elle dans ces Mémoires. Nous dirons donc seulement -ici ce qu'elle fut dans sa jeunesse et ce qu'elle a été depuis, jusqu'à -l'époque où elle commença à se faire aimer du marquis de Sévigné. - - [329] Et non en 1706. Conférez _Hist. de la vie et des ouvrages - de La Fontaine_, 3e édition, p. 448.--DE B*** (de Bret), - _Mémoires sur la vie de Lenclos_, 1751, in-12.--DOUXMESNIL, - _Mémoires et Lettres pour servir à l'Histoire de la vie de - mademoiselle de Lenclos_, 1751.--VOLTAIRE, _Å’uvres_, édit. de - Renouard, t. XLIII, p. 470; _Dictionnaire Philosophique_, t. - XXXV, p. 224. - -Mais il est impossible d'obtenir une image fidèle de cette femme -extraordinaire dans un des divers périodes de sa vie, si on ne les -compare pas entre eux; et rien ne peut mieux servir à établir d'une -manière courte et précise les différences qui les caractérisent, que -les noms mêmes par lesquels il fut d'usage de la désigner dans ces -trois âges différents. Dans sa vieillesse, c'est, pour tout le monde, -mademoiselle de Lenclos; madame de Sévigné elle-même ne la mentionne -jamais alors que par ce nom, et elle en parle d'une manière conforme à -la considération dont celle-ci jouissait parmi les femmes de la haute -société, qui lui savaient gré de l'heureuse influence qu'elle y -exerçait. Il en était de même parmi les hommes les plus graves, les -plus élevés en dignités, qui s'honoraient d'être admis chez elle. Dans -l'âge mûr, c'est Ninon de Lenclos, blâmée pour ses opinions en matière -de religion, redoutée encore pour ses séductions, mais avec laquelle le -monde s'habituait à compter; recherchée pour son esprit et son -amabilité, et s'acquérant chaque jour de plus en plus l'estime -générale, par la loyauté de son caractère et la sûreté de son commerce. -Pour Saint-Évremond, pour les esprits forts et les libertins, comme on -les appelait alors, c'est-à -dire les incrédules en religion, Ninon de -Lenclos était à cette époque un sage, sous les atours des Grâces; -c'était la moderne Léontium[330]. Dans sa jeunesse brillante et -désordonnée, c'est pour ses nombreux adorateurs la charmante Ninon; -mais le plus souvent, et surtout pour mademoiselle de Longueville, pour -madame de Sévigné, pour toutes les dames de haut parage, pour le -gazetier Loret, qui est leur parasite et leur écho, c'est la Ninon, la -dangereuse Ninon, Ninon la courtisane[331]. - - [330] SAINT-ÉVREMOND, _Å’uvres_, 1753, in-12, t. V, p. 173. - - [331] LORET, _Muse historique_, liv. II, 1651, p. 14. - -Qu'on ne croie pas que ces différences aient été les résultats des -changements et des modifications qu'éprouvent souvent les natures les -plus fermes et les plus énergiques pendant le cours d'une longue vie. -Le temps a bien pu altérer les attraits de Ninon de Lenclos, mais il -n'a eu aucune prise sur ses principes et sur son caractère. Jamais -femme ne s'est montrée sous ce rapport plus constante et plus d'accord -avec elle-même. De bonne heure formée au scepticisme et à une sagesse -toute mondaine par la lecture de Montaigne et de Charron, elle se -montra éprise des charmes de la société. Elle se fit aimer de toutes -les personnes qui lui en faisaient goûter les jouissances. Son âme -s'abandonna tout entière à l'amitié; elle chérit toutes les vertus, -perfectionna en elle toutes les qualités qui font naître ou consolident -ce sentiment. Quant à l'amour, elle ne le considérait que comme un -besoin des sens, auquel la nature n'a attaché le plus vif de tous les -plaisirs que pour nous ôter la volonté de lui résister. Selon elle, ce -besoin ne produit en nous qu'un penchant aveugle, qui n'est fondé -sur aucun mérite de l'objet aimé, et qui n'engage à aucune -reconnaissance[332]. Abandonnée à elle-même dès l'âge de quinze -ans[333], son ardente constitution lui fit peut-être de cette -licencieuse doctrine une nécessité; et le degré d'intensité avec lequel -cette nécessité pesa sur sa vie explique toute la différence qu'on -observe chez elle dans les trois périodes dont nous avons parlé. Dans -le premier, elle fut dominée par ses désirs; dans le second, elle put -composer avec eux; dans le dernier, elle s'en vit entièrement délivrée; -et sa raison forte, pure et radieuse, débarrassée de l'obstacle qui -l'offusquait, brilla dans toute sa clarté, et lui concilia tous les -suffrages. Sa société fut alors recherchée par les femmes avec autant -d'empressement que par les hommes. - - [332] L'abbé DE CHATEAUNEUF, _Dialogue sur la Musique des - Anciens_, 1725. - - [333] DOUXMESNIL, _Mémoires et Lettres pour servir à l'Histoire - de Ninon de Lenclos_, 1751, in-12, p. 6. - -Si dans l'effervescence de la jeunesse Ninon ne se fit aucun scrupule -sur le nombre de ses amants, elle se montra pourtant très-délicate sur -le choix. Tout ce qui était vulgaire, tout ce qui s'éloignait de cette -politesse exquise, de cette élégance de manières dont elle avait -contracté l'habitude, ne lui inspirait que du dégoût. Sous tous ces -rapports, c'était une véritable _précieuse_. Mais, à part ces formes et -ces apparences extérieures qui alors distinguaient fortement de la -bourgeoisie les hautes classes de la société, Ninon n'était guidée dans -ses liaisons amoureuses que par l'intérêt de ses plaisirs; et comme les -sens que le cÅ“ur ne domine pas ont essentiellement besoin de -variété, elle était dans ses amours d'une extrême légèreté. Non qu'elle -eût recours aux perfidies ou aux infidélités: gardant toujours son -indépendance quand elle voulait quitter un amant, elle lui déclarait -ses intentions, et ne le traitait pas alors comme ami avec moins -d'affection[334]. Mais il fallait qu'il se soumît, et cédât la place à -son rival: ni soupirs, ni plaintes, ni gémissements, n'y pouvaient -rien. S'il avait fait résistance, il aurait cessé d'être son ami et -d'user du privilége de la voir. Il n'en était pas un que cette crainte -ne retînt; tant cette femme enchanteresse savait captiver par les -charmes de sa conversation, tant elle exerçait de puissance sur ceux -qui l'approchaient[335]! D'ailleurs, le succès d'un rival n'empêchait -pas qu'on eût l'espoir de le supplanter un jour, et en ne désertant pas -la place, l'heureux moment du retour pouvait arriver, et arrivait -quelquefois. - - [334] SAINT-ÉVREMOND, _Å’uvres_, t. IV, p. 306, _lettres à - Ninon_.--VOLTAIRE, _Lettres sur Ninon, Mélanges_, t. XLIII _des - Å’uvres_.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. IV, p. 420 à 423. - - [335] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques et complets_, 1829, - in-8º, ch. XXXIV, t. IV, p. 420.--LA MESNARDIÈRE, _Poésies_, - 1656, in-fol., p. 65. - -Afin d'attirer autour d'elle une cour nombreuse d'adorateurs assez -fervents pour se montrer dociles à ses capricieux désirs, il n'était -pas besoin qu'elle fît aucun effort: la nature y avait pourvu. - -Sa taille était grande et bien prise; toutes les parties de son corps, -dans des proportions parfaites; la jambe fine, la main petite et -potelée; les bras, le cou et la gorge admirables par leurs contours -gracieux; la peau blanche, le teint légèrement coloré: elle avait cette -sorte d'embonpoint modéré qui annonce une santé ferme et constante. Sa -tête présentait un ovale régulier; ses cheveux étaient châtain brun; -ses sourcils, noirs, bien séparés et bien arqués; ses yeux, grands et -noirs, ombragés par de longues paupières, qui en tempéraient l'éclat. -Son nez et son menton, bien modelés, étaient dans une harmonie parfaite -avec le reste de ses traits; ses lèvres vermeilles, un peu saillantes -et relevées vers les coins, et ses dents du plus bel émail, rangées -avec une régularité remarquable, donnaient à sa bouche et à son sourire -un attrait inexprimable[336]. Sa physionomie était à la fois ouverte, -fine, tendre et animée. Quand rien ne l'affectait, et dans l'habitude -de la vie, elle paraissait froide et indolente; mais au moindre objet -qui faisait sortir son âme de cet état de repos, que la multiplicité de -ses émotions semblait lui rendre nécessaire, toute sa personne -paraissait transformée; ses traits se passionnaient, le son de sa voix -allait au cÅ“ur; la grâce de ses gestes et de ses poses, l'expression -de ses regards, tout en elle charmait les sens et excitait leur -ardeur[337]. Parfaitement décente dans la manière de se vêtir, elle ne -montrait de ses attraits que ce que la mode chez les femmes de mÅ“urs -sévères ne leur permettait pas de cacher. De riches habillements ne la -couvraient jamais; ils étaient toujours de la plus élégante simplicité -et de la plus exquise fraîcheur. - -Telle était Ninon. Quand Homère nous raconte l'arrivée d'Hélène à -Troie, il dépeint non-seulement les jeunes guerriers, mais les -vieillards, ravis à son aspect. L'influence de la beauté est générale, -et l'âge même ne nous en garantit pas. Qu'on juge donc de l'impression -que dut faire une femme telle que nous l'avons dépeinte, dans un siècle -de galanterie et de volupté, à une époque où plaire aux dames et s'en -faire aimer semblait être un des plus grands besoins, une des -principales occupations de la vie! Tout ce qu'il y avait de beau, de -brillant et d'illustre parmi les jeunes seigneurs de la cour, ceux même -qui comptaient des conquêtes dans les rangs les plus élevés, -s'empressèrent d'accroître le nombre des adorateurs de Ninon, et -briguèrent ses faveurs. Dans le nombre on remarqua le jeune duc -d'Enghien, depuis si célèbre sous le nom de grand Condé; le comte de -Miossens, depuis maréchal d'Albret; le comte de Palluau, depuis -maréchal de Clérambault; le marquis de Créqui, le commandeur de Souvré, -le marquis de Vardes, le marquis de Jarzé, le comte de Guiche[338], le -beau duc de Candale, Châtillon, le prince de Marsillac, le comte -d'Aubijoux, Navailles, et plusieurs autres. - - [336] GÉDÉON TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 310 à - 320, 1re édition; t. VII, p. 224 et 225, 2e - édition.--DOUXMESNIL, _Mém. et Lettres_, p. 10. - - [337] DOUXMESNIL, _Mém. et Lettres_, p. 12. - - [338] SOMAIZE, _Grand Dictionnaire des Précieuses_, p. 53. - -Ninon jouissait d'un patrimoine modique, mais suffisant pour la rendre -indépendante. L'intérêt n'eut aucune part à ses choix; et même dans le -second période de sa vie elle s'abstint de rien accepter de ses amants -ou de ses amis qui eût quelque valeur[339]. Mais dans sa jeunesse, -moins prudente et moins réservée, elle ne se refusa pas à entraîner -dans d'assez grandes prodigalités ceux que lui asservissait l'amour: il -lui semblait que c'était là une preuve de plus de l'effet de ses -charmes, dont elle se plaisait à essayer la puissance. Comme les -despotes, qui ne croient pas régner s'ils n'abusent de leur pouvoir, -c'est envers ceux qui étaient les plus disposés au faste et à la -magnificence qu'elle se montrait plus difficile. Un de ses -contemporains nous apprend qu'alors on distinguait les adorateurs de -Ninon en trois classes: les payants, les martyrs, et les favoris. Mais -bien souvent les payants n'arrivaient pas à être classés parmi les -favoris; et lorsqu'ils devenaient exigeants, elle n'en voulait ni comme -amis ni comme amants. Tallemant des Réaux rapporte dans ses Mémoires -qu'à Lyon un nommé Perrachon, frère d'un avocat célèbre[340], en fut -tellement épris, qu'il la pria d'accepter de lui une superbe maison, -sans réclamer d'elle d'autre faveur que la permission de la voir -quelquefois. Elle y consentit, et l'acte de donation se fit; mais -Perrachon ayant manifesté d'autres intentions, elle lui rendit sa -maison, et le congédia. Un nommé Fourreau, homme fort riche, grand -gourmet, qui savait par elle-même qu'il ne devait rien espérer d'elle -que le plaisir d'être admis dans sa société, ne s'exposa jamais à être -traité comme Perrachon. Sa générosité fut sans bornes comme son -désintéressement. Quand elle avait besoin de répandre quelques -bienfaits ou d'acquitter quelques dépenses, elle tirait sur lui, comme -sur un banquier, des billets au porteur, qui commençaient toujours par -ces mots: «Fourreau payera,» et Fourreau payait toujours. Ce fut Ninon -qui se lassa la première de faire payer Fourreau, et qui cessa de tirer -sur lui[341]. - - [339] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. VII, p. 229, édit. - in-12.--VOLTAIRE, _Lettres sur Lenclos_, t. XLIII. - - [340] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, 1834, in-8º, t. IV, - p. 114; ou t. VII, p. 229, in-12. Voyez, sur Perrachon l'avocat, - _le Faux satirique puni_; Lyon, 1696, in-8º. - - [341] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 315; ou t. - VII, p. 230, édit. in-12.--SCARRON, _Épître à Fourreau_, - _Å’uvres_, t. VIII, p. 131. - -Ceux qu'on nommait ses martyrs se trouvaient dans les rangs de ses amis -les plus chéris, de ceux pour lesquels elle ne connaissait pas -l'inconstance, de ceux qui ne la quittaient presque jamais et dont la -société lui était nécessaire, mais qui cependant se trouvaient -malheureux par la contemplation de ses appas et auraient voulu avoir -part à ses faveurs. On remarquait parmi eux Saint-Évremond, -Regnier-Desmarais, la Mesnardière et le gentil et spirituel Charleval. -Elle se plaisait tant avec ce dernier, qu'il eut toujours l'espoir de -la fléchir, sans que jamais elle lui ait rien accordé. Mais quoiqu'elle -ne demandât point dans ses amants les qualités qui rendirent le marquis -de Soyecour si fameux dans les annales de la galanterie[342], cependant -elle ne put jamais se résoudre à essayer d'un homme dont Scarron, en -faisant allusion à la délicatesse de son corps et à la finesse de son -esprit, disait qu'il avait été nourri par les Muses avec du -blanc-manger et du blanc de poulet; ce qui ne l'empêcha pas de vivre -jusqu'à l'âge de quatre-vingt ans[343]. Tallemant des Réaux nomme -encore au nombre des martyrs de Ninon le comte de Brancas, et un jeune -homme nommé Moreau, fils du lieutenant civil, remarquable par les -agréments de sa figure et de son esprit; il faillit succomber à l'excès -de sa passion pour Ninon. - -Quelques-uns de ceux qui composaient le cortége habituel de Ninon ne -supportaient pas aussi patiemment ses refus, et n'acceptaient point le -martyre; alors ils cessaient de vouloir être comptés au nombre de ses -amis, lorsqu'ils avaient perdu l'espoir de parvenir dans les rangs de -ses favoris. Tel fut le grand prieur de Vendôme, qui, désespérant de -l'emporter sur ses rivaux, se retira en lui faisant remettre ce -quatrain injurieux: - - Indigne de mes feux, indigne de mes larmes, - Je renonce sans peine à tes faibles appas; - Mon amour te prêtait des charmes, - Ingrate, que tu n'avais pas. - -Elle lui renvoya sur-le-champ son quatrain ainsi parodié: - - Insensible à tes feux, insensible à tes larmes, - Je te vois renoncer à mes faibles appas: - Mais si l'amour prête des charmes, - Pourquoi n'en empruntais-tu pas[344]? - - [342] BRET, p. 94. - - [343] VIGNEUL DE MARVILLE (Bonaventure d'Argonne), _Mélanges - d'Histoire et de Littérature_, t. II, p. 243. - -L'abbé de Châteauneuf a dit de Ninon que ses amants n'avaient pas de -plus dangereux rivaux que ses amis, parce qu'en effet on savait que -personne ne pouvait fixer son inconstance. Tout le monde connaît la -singulière précaution que prit avec elle La Châtre, colonel général des -Suisses, son amant favorisé. Il se voyait obligé de partir pour -l'armée: dans un moment où le regret d'une séparation le rendait -l'objet des plus tendres caresses, il demanda à son amante de lui -signer un billet par lequel elle promettait de lui être fidèle jusqu'à -son retour. A peine La Châtre fut-il parti, que Ninon choisit un autre -amant; et dans le moment même de son infidélité, la promesse qu'elle -avait faite lui revenant en mémoire, elle ne put s'empêcher de s'écrier -en riant: «Ah! le bon billet qu'a La Châtre!» L'amant favorisé demanda -à Ninon l'explication de ces paroles; elle la lui donna. Il raconta la -chose; ce qui, dit Saint-Simon, accabla La Châtre d'un ridicule qui -gagna jusqu'à l'armée[345]. - - [344] BRET, p. 24 et 25. - - [345] SAINT-SIMON, _Mémoires_, édit. 1829, t. IV, p. - 320.--BUSSY-RABUTIN, _Å’uvres mêlées_, t. III des _Mémoires_, - p. 264.--_Discours de Bussy à ses Enfants_, 1694, p. 161. - -Cette humeur volage de Ninon laissait de l'espérance à tous ses -poursuivants, surtout aux amis qui étaient toujours là pour en -profiter. Ainsi, aucun des martyrs ne désespérait de pouvoir passer -dans la classe des favoris. D'ailleurs elle-même les encourageait dans -cet espoir, non par coquetterie, non par calcul, mais parce qu'en effet -elle n'était jamais certaine de ses propres dispositions. A ceux de ses -plus intimes amis qui la pressaient trop vivement, elle disait souvent: -«Attends mon caprice.» Ses liaisons amoureuses n'étaient en effet à ses -yeux que des caprices des sens. Interrogée sur le nombre de ses amants, -Tallemant des Réaux lui a entendu répondre: «J'en suis à mon -dix-huitième caprice. J'en suis à mon vingtième caprice[346].» - -On conçoit facilement tout ce qu'un tel mode d'existence donnait -d'activité à cette jeunesse qui entourait Ninon et composait ses -cercles; combien sa seule présence excitait le désir de plaire; combien -on calculait avec impatience la durée de ses caprices, et comment celui -qui parvenait à la tenir plus longtemps engagée semblait, en quelque -sorte, faire tort à tous les autres. - -J'ai dit que le sentiment n'avait aucune part aux liaisons amoureuses -de Ninon; il faut cependant admettre une exception à cette assertion, -mais une seule exception dans tout le cours de sa vie. Une seule fois -Ninon connut l'amour, ses peines, ses anxiétés, ses emportements, ses -jalousies. Le marquis de Villarceaux fut le seul qui sut lui inspirer -une passion forte et durable, peut-être parce qu'il fut pour elle -l'amant le plus passionné, celui dont le cÅ“ur était le plus -véritablement épris. Les familiarités de Ninon avec ses amis donnèrent -à Villarceaux de telles craintes, lui occasionnèrent tant de jalousie, -qu'il en tomba malade[347]. La douleur de Ninon fut alors excessive; et -pour qu'il ne doutât pas de ses intentions de se consacrer uniquement à -lui, elle coupa ses beaux cheveux, et les lui envoya. Il fut si -vivement touché de cette marque de tendresse, qu'il guérit. -Villarceaux, pour mieux s'assurer de sa précieuse conquête, l'emmena en -Normandie, dans le château de Varicarville, son ami. Ninon amoureuse, -Ninon se consacrant à un seul homme, fut un désappointement des plus -violents pour toute cette brillante jeunesse dont elle faisait les -délices, pour toutes les sociétés dont elle était l'âme. Ce fut à cette -époque que Saint-Évremond lui adressa cette jolie élégie où, après lui -avoir rappelé ses triomphes sur le duc de Châtillon et le duc -d'Enghien, il tâche de lui faire honte de son asservissement actuel, et -où il lui rappelle ses propres maximes: - - Écoutez donc un avis salutaire, - Sachez de moi ce que tous devez faire. - Un dieu chagrin s'irrite contre vous: - Tâchez, Philis, d'apaiser son courroux. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Il faut brûler d'une flamme légère, - Vive et brillante, et toujours passagère; - Être inconstante aussi longtemps qu'on peut: - Car un temps vient que ne l'est pas qui veut[348]. - - [346] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 314; ou t. VII, p. 229, - édit. in-12. - - [347] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, 1834, in-8º, t. IV, - p. 318; ou t. VII, p. 232, édit. in-12. - - [348] SAINT-ÉVREMOND, _Å’uvres_, t. II, p. 92, édit. de 1753. - -Mais la passion de Ninon pour Villarceaux date de l'année 1652, et est -ainsi postérieure de deux ans au choix qu'elle fit de Sévigné. Ceci me -rappelle qu'il est nécessaire à mon sujet de raconter ce qu'on sait de -cette femme célèbre antérieurement à cette époque, et de reprendre -l'ordre chronologique des faits qui la concernent, que le désir de la -faire connaître à mes lecteurs m'a fait abandonner. A cet égard, les -Mémoires de Tallemant des Réaux me serviront de guide. Il dit que -Villarceaux avait été le dernier amant de Ninon; il est donc évident -qu'il écrivait à l'époque même de cette liaison, et il nous fournit un -des témoignages les plus rapprochés des faits qu'il raconte. - -Ninon était encore très-jeune lorsque son père, M. de Lenclos, -gentil-homme de Touraine de la suite du duc d'Elbeuf, fut forcé de -sortir de France pour avoir tué en duel le comte de Chabans, d'une -manière peu honorable[349], Lenclos jouait fort bien du luth[350], et -communiqua ce talent à sa fille. C'était son seul enfant, et il avait -pris plaisir à la former. Elle fit de si grands progrès dans la -musique, et dansait la sarabande avec tant de grâce, qu'elle fut, avec -sa mère, invitée dans les cercles les plus brillants du Marais; et dans -un âge aussi précoce elle se fit déjà remarquer par la vivacité de son -esprit. Son père, homme d'une vie peu réglée, lui avait inculqué des -principes conformes à ceux qu'il avait lui-même adoptés. Sa mère, -nommée Abra Raconis, demoiselle de l'Orléanais, était au contraire -très-pieuse, et avait cherché à inspirer à sa fille des sentiments -semblables aux siens, et à combattre, autant qu'il était en elle, les -effets de l'éducation paternelle; mais ce fut en vain; la fougue des -sens entraînait la jeune Ninon, et l'empêchait d'écouter les sages -conseils d'une mère que pourtant elle chérissait tendrement. - - [349] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. VII, p. 225, édit. - in-12; t. V, p. 202, édit. in-8º. - - [350] Conférez TALLEMANT DES RÉAUX, t. VII, p. 225--DOUXMESNIL, - _Mém. et Lettres_, p. 4.--VOLTAIRE, _Mélanges_, t. XLIII, p. 48. - -Saint-Étienne, capitaine des chevau-légers, homme d'une bravoure -extraordinaire, qui ne dut sa fortune qu'à son épée, fut le premier -amant de Ninon[351]. Il s'était présenté pour l'épouser, et la -séduisit. Si l'on s'en rapporte à Segrais et à Voltaire[352], il -paraîtrait que le cardinal de Richelieu en voyant la jeune Ninon ne put -s'empêcher de ressentir des désirs. Saint-Étienne aurait été son -intermédiaire; il portait les billets que l'Éminence adressait à Ninon, -et rapportait les réponses. «Ce fut la seule fois, dit Voltaire, -qu'elle se donna sans consulter son goût.» Cette assertion n'est -peut-être pas exacte, même en supposant que l'anecdote soit véritable. -Voltaire a négligé de rappeler les dates; et il a cru que lorsque Ninon -fut en âge de pouvoir inspirer de l'amour, Richelieu approchait du -terme de sa vie: le goût de l'antithèse a fait dire à Voltaire que -Ninon avait eu les dernières faveurs de ce grand ministre, et qu'elle -lui avait accordé ses premières. Mais il n'a pas fait attention qu'en -1632, lorsque Ninon avait seize ans, Armand de Richelieu n'en avait que -quarante-sept; il était donc encore alors dans la force de l'âge, et -tout le monde sait qu'il avait une fort belle figure. Voltaire ajoute -que Richelieu fit à Ninon une pension de deux mille livres. Elle -comptait au nombre de ses amis plusieurs créatures du cardinal[353]; et -peut-être une pension généreusement accordée sur leur sollicitation -par le ministre pour cette jeune et noble orpheline, peu favorisée par -la fortune, a-t-elle donné lieu à la supposition d'une liaison qui -n'exista point. Le récit du comte de Chavagnac est plus obscur et plus -invraisemblable encore que celui de Voltaire; il le tenait de son -frère, qui avait été l'amant de Marion de Lorme. Ce fut Marion de -Lorme, selon Chavagnac, que Richelieu chargea d'offrir à la jeune Ninon -cinquante mille écus pour prix de ses faveurs; et Ninon, qui depuis la -mort de Cinq-Mars vivait avec un conseiller au parlement, refusa, -dit-on, l'offre magnifique du cardinal[354]. - - [351] LA CHESNAYE DES BOIS, _Dictionnaire de la Noblesse_, t. - XII, p. 442.--TALLEMANT, _Historiettes_, t. IV, p. 31; ou t. VII, - p. 225, édit. in-12. - - [352] SEGRAIS, _Mémoires et Anecdotes_, t. II des _Å’uvres_, p. - 133.--VOLTAIRE, _Å’uvres_, édit. de Renouard, t. XLIII, p. 463. - - [353] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. VII, p. 232 et 236, - édit. in-12. - - [354] CHAVAGNAC (Gaspard), _Mémoires_, 1699, in-12, t. I, p. - 57.--_Ibid._, 3e édit., 1701, in-12.--BRET, p. 24 et 28. - -Quoi qu'il en soit de ces assertions diverses et contradictoires, il -est certain que s'il a existé une liaison entre Richelieu et Ninon, -elle fut longtemps ignorée. Tallemant des Réaux, qui se montre -très-bien instruit des anecdotes scandaleuses de son temps, et prend -plaisir à les raconter, dans le long article qu'il a consacré à Ninon -ne nous dit rien de sa liaison avec le cardinal de Richelieu; et il -nous apprend que le chevalier de Rarai succéda à la passion qu'elle -avait eue pour Saint-Étienne. Ce Rarai ou Raré nous paraît être le même -personnage que Scarron a mentionné dans sa légende des eaux de Bourbon: - - Raré, cet aimable garçon[355], - Lequel a si bonne façon? - - [355] SCARRON, _Å’uvres_, t. I, p. 18.--TALLEMANT, t. VII, p. - 225, édit. in-12; ou t. IV, p. 310. - -Le chevalier de Raré était le fils de madame de Raré, gouvernante des -filles de Gaston, duc d'Orléans; il fut tué le 17 août 1655, au siége -de Condé. S'il n'y a pas confusion de deux personnages du même nom ou -de la même famille, Raré aurait été de la maison de Grignan; et la -femme qu'il épousa, et dont il eut au moins un enfant, devrait être -comptée au nombre des amies de madame de Sévigné, car elle est souvent -mentionnée dans sa correspondance[356]. - - [356] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 466.--MONTPENSIER, t. XLI, p. - 313.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VI, p. 401, édit. de Monmerqué; t. - VII, p. 142, édit. de G. de S.-G. (_lettre_ en date du 31 juillet - 1680).--SAINT-SIMON, _Mém._, t. VIII, p. 154. Sur les de Lancy, - marquis de Rarai, cousins maternels de mademoiselle de Sévigné, - voyez la troisième partie de ces _Mémoires_, p. 133. - -Il paraît, d'après une circonstance peu importante rapportée par -Tallemant des Réaux[357], qu'à l'époque de son intrigue avec Raré, -Ninon était surveillée de près par sa mère; ce qui prouverait qu'elle -avait été bien précoce en ses amours, puisqu'il est certain qu'elle -perdit sa mère en 1630, avant d'avoir atteint l'âge de quinze ans. La -douleur qu'elle ressentit fut si vive, que le lendemain même de cette -perte fatale elle alla se jeter dans un couvent, et annonça l'intention -d'y rester[358]. Cette résolution ne dura pas. Son père mourut l'année -suivante, âgé de cinquante ans. Ainsi à quinze ans Ninon se trouva -maîtresse de sa fortune et de ses actions. Elle sortit du couvent, et -reprit facilement le goût du monde. - - [357] TALLEMANT DES RÉAUX, t. VII, p. 226, édition in-12; t. IV, - p. 312, édition in-8º. - - [358] TALLEMANT DES RÉAUX, _ibid._--BRET, p. 40.--DOUXMESNIL, p. - 6.--SCARRON, _Épître à Sarrazin_, t. VIII, p. 98, édit. de 1737. - -La jeune orpheline fut d'abord accueillie avec empressement dans toutes -les sociétés du Marais où elle avait été reçue du vivant de sa mère. -Scarron, qui habitait aussi ce quartier du monde élégant, et qui d'un -petit abbé au teint frais, à la taille svelte et bien prise, beau -danseur, habile musicien, était devenu, par l'horrible maladie qui -l'avait défiguré, l'objet de la pitié de ce même monde où il avait -autrefois brillé, nous apprend, dans une de ses épîtres, quelles -étaient les dames qui présidaient aux cercles où Ninon était admise, et -qui toutes demeuraient dans ce quartier. C'étaient la princesse de -Guéméné, la duchesse de Rohan, la marquise de Piennes, la maréchale de -Bassompierre; mesdames de Maugiron, de Villequier, de Blerancourt, de -Lude, de Bois-Dauphin (Souvré), la marquise de Grimault[359]. Plusieurs -des femmes que nous venons de nommer étaient loin d'être -irréprochables; cependant toutes blâmèrent sévèrement la conduite de la -jeune Ninon, et s'accordèrent à ne plus la recevoir chez elles. Les -sociétés de Ninon en femmes se trouvèrent donc réduites à Marion de -Lorme[360], qui avait été célèbre par sa beauté et le scandale de sa -vie; à la comtesse de la Suze, et à quelques autres _précieuses_ qui -avaient secoué le joug de l'opinion. - - [359] SCARRON, _Å’uvres_, t. VIII, p. 28.--CONRART, _Mém._, t. - XLVIII, p. 81. - - [360] SCARRON, _Adieu au Marais et à la place Royale_, t. VIII, - p. 33. - -Ce fut lors de son inclination pour Coligny, marquis d'Andelot, depuis -duc de Châtillon[361], que Ninon jeta le masque et bannit toute -contrainte. Cette conquête lui acquit dans tout Paris une célébrité qui -s'était auparavant renfermée dans le cercle des sociétés dont elle -faisait le charme. Avant cette époque, le secret de ses amours avait -été si bien gardé, que l'on crut généralement que Châtillon avait été -sa première inclination. Cette croyance était celle de Saint-Évremond, -qui lui rappelle à elle-même cet accord ravissant de deux êtres qui -aiment pour la première fois: - - Ce beau garçon dont vous fûtes éprise - Mit dans vos mains son aimable franchise[362]. - Il était jeune, il n'avait point senti - Ce que ressent un cÅ“ur assujetti: - Et jeune encore, vous ignoriez l'usage - Des mouvements qu'excite un beau visage; - Vous ignoriez la peine et le plaisir - Qu'ont su donner l'amour et le désir. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Jamais les nÅ“uds d'une chaîne si sainte - N'eurent pour vous ni force ni contrainte; - Une si douce et si tendre amitié - Ne vit jamais un tourment sans pitié; - Les seuls soupirs que l'amour nous envoie - Furent mêlés à l'excès de la joie, - Et les plaisirs sans cesse renaissants - Remplirent l'âme et comblèrent les sens[363]. - - [361] CHAVAGNAC, _Mémoires_; Besançon, 1699, in-12, t. I, p. 57 - et 105.--BUSSY, _Mém._, t. I, p. 82. - - [362] Ce mot veut dire liberté, indépendance, dans le langage de - ce temps; on pourrait en citer cent exemples. - - [363] SAINT-ÉVREMOND, t. II, p. 88. - -L'illustration d'une grande naissance était un des moindres avantages -qui distinguaient Gaspard de Châtillon. Sa belle taille, son air noble, -fier et doux, son teint frais et animé, ses grands yeux noirs et -brillants, son esprit enjoué, son caractère complaisant, ses manières -élégantes et polies, le rendaient un des hommes les plus séduisants de -son temps. Renommé pour sa valeur dans les combats, il promettait à la -France un grand capitaine, lorsqu'il fut tué dans la guerre de la -Fronde, à l'attaque du pont de Charenton[364]. - - [364] CHAVAGNAC, _Mémoires_, t. I, p. 195. - -A Châtillon succéda Miossens, depuis maréchal d'Albret; ce Miossens, -dit Scarron, - - . . . . . . . aux maris si terrible, - Ce Miossens à l'amour si sensible, - Mais si léger en toutes ses amours, - Qu'il change encore, et changera toujours[365]. - - [365] SCARRON, _Épître chagrine_ ou _Satire_ II, t. VIII, p. 206. - -C'est Miossens[366], Charleval et d'Elbène que Tallemant accuse d'avoir -le plus contribué à inspirer à Ninon ces principes épicuriens et -irréligieux dont elle faisait profession dans sa jeunesse, et qu'elle -mettait en pratique. Nous avons déjà fait mention de Charleval. -D'Elbène fut d'abord capitaine-lieutenant des chevau-légers, puis -chambellan de Gaston, duc d'Orléans. Il était connu par l'originalité -de son esprit et son insouciance pour les affaires; et il vécut toute -sa vie de ses dettes, comme un autre de ses revenus[367]. C'est -Miossens qui, par son faste, donna le plus d'éclat aux déréglements de -Ninon. Cependant il fut promptement supplanté près d'elle par le jeune -duc d'Enghien (depuis le grand Condé), tout resplendissant alors des -premiers lauriers de la victoire. C'est ce que Saint-Évremond rappelle -encore à Ninon dans la pièce de vers que nous avons déjà citée: - - Un maréchal, l'ornement de la France, - Rare en esprit, magnifique en dépense, - Devint sensible à tous vos agréments, - Et fit son bien d'être de vos amants. - Ce jeune duc qui gagnait des batailles, - Qui sut couvrir de tant de funérailles - Les champs fameux de Norlingue et Rocroi, - Qui sut remplir nos ennemis d'effroi, - Las de fournir des sujets à l'histoire, - Voulant jouir quelquefois de sa gloire, - De fier et grand rendu civil et doux, - Ce même duc allait souper chez vous. - Comme un héros jamais ne su repose, - Après souper il faisait autre chose; - Et sans savoir s'il poussait des soupirs, - Je sais au moins qu'il aimait ses plaisirs[368]. - - [366] TALLEMANT, _Historiettes_, t. IV, p. 315; ou t. VII, p. - 230; t. V, p. 293; ou t. IX, p. 158.--DE LA CHESNAYE DES BOIS, - _Dictionnaire de la Noblesse_, t. X, p. 143.--BRET, _Vie de - Ninon_, p. 23. - - [367] LA CHESNAYE DES BOIS, _Dictionnaire de la Noblesse_, t. VI, - p. 14.--RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 56.--CHAPELLE et BACHAUMONT, p. - 7 de l'éd. 1755.--_Lettre de Ninon à S.-Évremond_, dans - DOUXMESNIL, p. 194. - - [368] SAINT-ÉVREMOND, _Å’uvres_, t. II, p. 89 et 90. - -Ce fut peu de temps après sa liaison avec le duc d'Enghien, à l'âge de -vingt-deux ans, c'est-à -dire en 1638, que Ninon de Lenclos fit une -longue maladie, qui la conduisit aux portes du tombeau. Elle crut sa -fin prochaine; entourée de ses nombreux amis et songeant à la brièveté -de la vie, elle dit à toute cette jeunesse qui s'affligeait de la -perdre: «Hélas! je ne laisse au monde que des mourants.» - -Elle se rétablit, et quand sa convalescence fut terminée, elle reparut -dans le monde plus belle encore qu'elle n'était avant sa maladie. Elle -reprit son genre de vie habituel, et devenue plus hardie elle se montra -plus gaie, plus folâtre que dans sa première jeunesse. Ses liaisons -avec le marquis de Jarzé et le chevalier de Méré datent de cette -époque[369]. - - [369] MÉRÉ, _Å’uvres_, t. I, p. 196, _lettre_ 88.--MORÉRI, t. - VII, p. 479. - -Ninon fit, en 1648, un voyage à Lyon déguisée en homme, et courant la -poste à franc étrier pour atteindre ce beau Villars, que sa mine -héroïque fit surnommer Orondate[370]. Elle le quitta ou en fut -quittée, et alla se renfermer au couvent. Elle plut aux religieuses par -son enjouement, et le cardinal-archevêque de Lyon lui rendit de -fréquentes visites. Peut-être, d'après les dispositions à la retraite -qu'elle semblait montrer, conçut-il l'espérance de lui faire changer de -conduite, et de la ramener à la religion par ses raisonnements et ses -pieuses exhortations; mais cette tâche était difficile. Du Plessis de -Richelieu, cardinal-archevêque de Lyon, était le frère aîné du -ministre, et autant il le surpassait en vertus et en piété, autant il -lui était inférieur par l'esprit et les talents[371]. - - [370] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 313; ou t. - VII, p. 228, édit. in-12. Le beau Villars était le père du - maréchal. - - [371] TALLEMANT DES RÉAUX, t. VII, p. 228.--_Biographie - universelle_, t. XXXVIII, p. 33. - -Ninon revint à Paris, et signala son retour par une aventure dont la -singularité piquante devint pendant quelques jours l'objet des -entretiens de toutes les sociétés de la capitale avides de scandale. -Navailles, qui fut depuis créé duc et maréchal de France, était un des -plus jolis hommes et un des mieux faits de son temps. Ninon ne l'avait -jamais vu. Elle se promenait au Cours, et aperçut le maréchal de -Gramont qui faisait approcher de lui un cavalier. Celui-ci descendit de -cheval, et monta dans la voiture du maréchal. Ce cavalier était -Navailles. Ninon, après l'avoir considéré attentivement, lui fit dire -qu'à la sortie du Cours elle désirait lui parler. Navailles se rendit -avec empressement à cette invitation. Ninon le fait monter dans son -carrosse, l'emmène, lui fait servir un bon souper, et le conduit -ensuite elle-même dans une chambre à coucher élégamment ornée; puis -elle lui dit de se mettre au lit, lui fait espérer qu'il aura bientôt -compagnie, et se retire. Navailles s'était ce jour-là levé de -très-bonne heure pour chasser, et il avait passé la plus grande partie -de la journée à cet exercice violent: cependant la délicieuse attente -de la promesse qui lui avait été faite le tint longtemps éveillé; mais -la fatigue qu'il avait éprouvée, la mollesse de sa couche, le firent -enfin succomber au sommeil. Ninon entre doucement dans sa chambre, et -emporte ses habits. Le lendemain de grand matin, revêtue de l'uniforme -du dormeur, l'épée au côté, le chapeau à plumet enfoncé sur la tête, la -folle femme s'approche du lit où reposait Navailles, profondément -endormi; elle frappe du pied la terre, et prononce des paroles de mort -et de vengeance. Navailles se réveille en sursaut, s'imaginant que -c'est un rival qui veut l'assassiner. «Point de surprise, dit-il, au -nom de Dieu point de surprise! je suis homme d'honneur, et je vous -donnerai satisfaction.» Ninon ôte le chapeau qui lui couvre la tête, -laisse les longs flots de ses beaux cheveux retomber sur ses épaules, -et éclate de rire. Ce nouveau caprice ne subsista pas aussi longtemps -que Navailles aurait dû l'espérer, d'après d'aussi heureux -commencements; il dura encore trois mois: au bout de ce temps Navailles -se vit forcé, non sans de douloureux regrets, de céder la place à un -successeur[372]. - - [372] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 312; ou t. - VII, p. 227, édit. in-12. - -Le nombre des poursuivants de Ninon augmentait en raison de sa -célébrité; et l'émulation que l'ardeur de lui plaire excitait souvent -entre tant de rivaux amenait des altercations, dont elle avait bien de -la peine à prévenir les suites dangereuses. C'est ce que Scarron a -exprimé à sa manière burlesque et cynique dans ses _Adieux au_ -_Marais_, où il parle de toutes les beautés célèbres de ce quartier de -Paris[373]: - - Adieu, bien que ne soyez blonde, - Fille dont parle tout le monde, - Charmant esprit, belle Ninon. - La maîtresse d'Agamemnon - N'eut jamais rien de comparable - A tout ce qui vous rend aimable, - Était sans voix, était sans luth, - Et mit pourtant les Grecs en rut: - Tant est vrai que fille trop belle - N'engendre jamais que querelle. - - [373] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, t. VIII, p. 32. - -Cependant la vie licencieuse de Ninon et le trouble qu'elle portait -dans les familles, peut-être aussi un zèle vrai et désintéressé pour le -maintien des bonnes mÅ“urs, suscitèrent contre elle un parti nombreux -et puissant. On s'adressa à la reine-mère pour faire cesser un scandale -qu'elle avait, dit-on, trop longtemps toléré. Ninon était _demoiselle_, -c'est-à -dire noble de naissance; et comme telle, selon les mÅ“urs et -les habitudes de ce temps, placée sous la surveillance de l'autorité; -elle se trouvait, plus qu'une simple bourgeoise, obligée de se -conformer aux volontés de la cour. La reine lui envoya l'ordre de se -retirer dans un couvent. Un exempt fut chargé de l'exécution du cette -lettre de cachet. Ninon, à qui il la présenta, la lut, et remarqua -qu'on n'y avait désigné aucun couvent particulier. «Monsieur, dit-elle -à l'exempt, puisque la reine a tant de bontés pour moi que de me -laisser le choix du couvent où elle veut que je me retire, je choisis -celui des grands Cordeliers[374].» L'exempt, stupéfait, ne répliqua -rien, et on alla porter cette réponse à la reine, qui, selon -Saint-Simon et Chavagnac, la trouva si plaisante qu'elle laissa Ninon -en repos[375]; mais, selon des récits plus vraisemblables, cette -affaire se passa tout autrement. Des amis puissants de Ninon, les ducs -de Candale et de Mortemart, et surtout le prince de Condé, -intervinrent, et elle ne dut qu'à leurs sollicitations de continuer à -jouir de son indépendance. Il est certain que pendant que Ninon se -trouvait ainsi menacée d'être frappée par l'autorité le prince de -Condé, qui depuis longtemps n'avait eu avec elle que des relations de -simple amitié, l'ayant aperçue dans son carrosse, fit arrêter le sien, -en descendit, et alla chapeau bas saluer Ninon, en présence de la foule -étonnée. Cette marque de déférence et de respect de la part du -vainqueur de Rocroi et de Lens envers celle qu'on traitait de -courtisane imposa silence à ses ennemis. Cependant le bruit avait couru -dans Paris qu'on voulait la mettre aux Filles repenties; «ce qui serait -bien injuste, disait le comte de Bautru, car elle n'est ni fille ni -repentie[376].» - - [374] GASPARD COMTE DE CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. - 57-59.--SAINT-SIMON, _Mém._, édit. 1829, t. IV, p. 420, ch. - 34.--VOLTAIRE, _Mélanges, lettre sur mademoiselle de Lenclos_, t. - XLIII, p. 464, édit. de Renouard.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. IV, p. 316; t. VII, p. 231, édit. in-12. - - [375] CHAVAGNAC, édit. 1699, t. I, p. 59. - - [376] _Ménagiana_, t. II, p. 130.--BRET, p. 60. - -Il est présumable que la peur causée par ces menaces de l'autorité -détermina Ninon à s'abstenir de choisir ses amants parmi les gens de -cour. Du moins pendant quelque temps les financiers et les gens de robe -eurent des succès auprès d'elle. Elle engagea dans ses liens Émery, le -surintendant des finances, auquel elle fit succéder Coulon, conseiller -au parlement de Paris, grand frondeur, fort riche, et qui surpassa -pour elle en magnificence le surintendant lui-même. Émery, avant de -devenir amoureux de Ninon, vivait depuis longtemps avec la femme de -Coulon, fille de Cornuel, contrôleur général des finances, dont la -femme fut si célèbre par son esprit et ses bons mots[377]. Lorsque -Coulon enleva à Émery sa maîtresse, on trouva qu'il y avait entre ces -deux hommes une sorte de parité de procédés, une application plaisante -de la loi du talion; et cette double intrigue donna lieu à quelques -chansons insipides, mais auxquelles la malignité publique prêta cours -dans le monde; on les a recueillies dans les volumineux recueils -manuscrits de vaudevilles et de couplets relatifs aux événements de -cette époque[378]. De tous les amants de Ninon, Coulon fut celui qui -sut le mieux lui faire agréer le faste et le luxe dont il affectait de -se parer auprès de celle qu'il aimait. Mais il eut tort de compter ce -moyen au nombre de ceux qui pouvaient fixer l'humeur volage de sa -maîtresse. Elle n'aimait ni la pompe ni le fracas dans ses plaisirs, et -revint bientôt à la prédilection qu'elle avait toujours montrée pour -les gens de cour, la haute noblesse, et les militaires; classe d'hommes -qui à cette époque avait un avantage marqué sur toutes les autres, par -tout ce qui peut plaire et contribuer aux agréments de la vie sociale. - - [377] VOLTAIRE, t. XLIII, p. 464.--TALLEMANT DES RÉAUX, t. VII, - p. 226. - - [378] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 311, in-8º.--CONRART, - _Mém._, t. XLVIII, p. 238.--_Chansons historiques, ms. de mon - cabinet_, en 8 vol. in-folio, t. II, p. 203, verso.--RETZ, - _Mém._, t. XLV, p. 244.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 126. - -Coulon fut congédié pour le comte d'Aubijoux, dont Ninon s'éprit -fortement. Il était homme d'esprit et de mérite, riche, et d'une -ancienne famille; il fut gouverneur de la ville et citadelle de -Montpellier, et lieutenant général pour le roi dans l'Albigeois[379]. -C'est dans ses jardins, près de Toulouse, que furent supposés tracés -les vers du voyage de Chapelle et de Bachaumont, si souvent cités. Il -mourut dans cette même retraite, le dernier de son nom, le 9 novembre -1656[380]. Pour lui Ninon abandonna le Marais, et alla demeurer au -faubourg Saint-Germain. Ce changement de quartier ne diminua pas son -penchant à l'inconstance: il sembla, au contraire, l'augmenter, en lui -facilitant les moyens de faire de nouvelles connaissances. - - [379] COMPAYRE, _Études historiques sur l'Albigeois_; Albi, 1845, - in-8º, p. 112-119. - - [380] DE LA CHESNAYE DES BOIS, _Dictionnaire de la Noblesse_, - 1770, in-4º, t. I, p. 504; t. VI, p. 58.--CHAPELLE, _Å’uvres_, - édit. 1755, in-12, p. 38 et 40, édit. 1826, in-8º, p. - 29.--TALLEMANT, _Historiettes_, t. IV, p. 311; ou t. VII, p. 226; - et t. V, p. 288; ou t. IX, p. 154. - -Ninon, par sa nouvelle demeure, était devenue la voisine de l'abbé de -Bois-Robert et de madame Paget[381], femme d'un maître des requêtes -fort riche, homme à bonnes fortunes, qui partagea assez longtemps, avec -le beau duc de Candale, les faveurs de la comtesse d'Olonne, si -scandaleusement célèbre[382]. Madame Paget, que de Somaize[383] nomme -au nombre des illustres précieuses du faubourg Saint-Germain, était à -la fois prude et galante. Lorsqu'elle allait à l'église, elle se -trouvait souvent placée près de Ninon; en attendant le prédicateur, -elle prenait plaisir à s'entretenir avec elle sans la connaître; et -elle eut un grand désir de savoir le nom d'une femme si spirituelle et -si belle. Elle s'aperçut qu'un de ses amis, un nommé du Pin, trésorier -des Menus-Plaisirs, saluait cette étrangère; et aussitôt elle l'arrêta -pour obtenir de lui les informations qu'elle désirait. Du Pin ne jugea -pas à propos de lever l'incognito que Ninon avait gardé. Il répondit -donc que c'était madame d'Argencourt de Bretagne, qui était sortie de -sa province pour un procès qu'elle avait à Paris; et il équivoqua et -plaisanta sur ce nom de d'Argencourt. Madame Paget n'eut rien de plus -pressé que d'offrir ses services, et même au besoin les secours de sa -bourse, à la prétendue madame d'Argencourt; elle lui nomma les nombreux -amis quelle avait dans le parlement, et dont la protection pouvait lui -assurer le gain de son procès. Elle insista avec chaleur pour qu'elle -acceptât ses offres, et l'assura qu'elle ne pouvait avoir de plus -grande joie que d'être utile à une aussi aimable personne. Ninon, qui -avait beaucoup de peine à garder son sérieux, témoigna à madame Paget -sa reconnaissance, et lui dit qu'elle profiterait de ses offres -obligeantes si le besoin s'en présentait. Comme Ninon finissait de -parler, l'abbé de Bois-Robert vint à passer, et la salua. Madame Paget, -étonnée, interrogea Ninon pour savoir d'où elle connaissait cet abbé. -«Il est mon voisin, répondit Ninon, depuis que je loge au faubourg, et -il vient souvent me voir.» Alors madame Paget crut devoir prémunir la -belle étrangère contre les dangers d'une telle liaison, et, pour lui -prouver jusqu'à quel point elle devait la redouter, elle lui dit que -l'abbé de Bois-Robert faisait sa société habituelle de la trop célèbre -Ninon, dont elle se mit à parler en termes très-injurieux. Ninon, sans -se déconcerter, lui dit: «Ah, madame! il ne faut pas croire tout ce -qu'on dit de cette Ninon; on en dit peut-être autant de vous et de -moi: la médisance n'épargne personne.» Au sortir de l'église, l'abbé de -Bois-Robert, qui ne savait rien de la méprise de madame Paget, -s'approcha d'elle en lui disant: «Vous avez bien causé avec Ninon.» -Madame Paget devint furieuse de cette mystification, et ne pouvait la -pardonner ni à du Pin ni à Ninon. Mais bientôt elle se rappela le -plaisir qu'elle avait éprouvé dans ses entretiens avec cette femme -extraordinaire; elle regretta de ne plus pouvoir en jouir, et elle -employa ce même du Pin pour trouver les moyens de la revoir encore. -Cette entrevue se fit dans le jardin d'un oculiste nommé Thévenin, -allié à la famille Paget; les voisins avaient la faculté d'entrer à -toute heure dans ce jardin et de s'y promener. Ce fut madame Paget qui, -dans ce lieu, aborda Ninon la première, et elles conversèrent ensemble -avec la même amitié et le même abandon qu'auparavant, sans qu'il fût en -rien question de la feinte qui avait eu lieu, et de ce qui s'était -passé précédemment[384]. - - [381] DE BOIS-ROBERT-METEL, _Å’uvres poétiques_, 1659, in-8º, - p. 303; _Stances à madame Paget_. Ces stances prouvent le - voisinage. - - [382] BUSSY DE RABUTIN, _Histoire amoureuse des Gaules_, p. 11 à - 21, édit. de Liége in-18; p. 14 à 21, édit. de 1754, in-12. - - [383] DE SOMAIZE, _Dictionnaire des Précieuses_, t. II, p. 87; - _Polénie_, p. 30 _de la Clef_. - - [384] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, 1834, in 8º, t. IV, - p. 316; sur l'entrevue de Ninon avec la présidente Tamboneau, - voyez t. V, p. 300; ou t. IX, p. 165, édit. in-12. - -Après avoir donné au comte d'Aubijoux quelques successeurs dont nous -ignorons les noms, Ninon parut un instant disposée à céder aux -instances du comte de Vassé. Celui-ci avait cherché à séduire la -marquise de Sévigné; et, par une sorte de justice de la destinée, ce -fut le marquis de Sévigné qui lui enleva la conquête de Ninon, et qui -lui fit donner son congé au moment même où il croyait son succès -assuré[385]. - - [385] BUSSY-RABUTIN, _Hist. amoureuse des Gaules_, t. I, p. 154, - édit. 1754, in-12; et dans l'édition de Liége, p. 36 de la suite - de l'_Histoire d'Ardelise_; et p. 227, édit. de Liége, 1666 (sans - nom d'auteur). - - - - -CHAPITRE XVIII. - -1651. - - Bussy toujours amoureux de madame de Sévigné cherche à la - séduire.--Il devient le confident de son mari et le sien.--Parti - qu'il tire de cette position.--Il instruit madame de Sévigné de - la liaison de son mari avec Ninon.--Le courroux qu'elle en - ressent engage Bussy à se déclarer.--Récit qu'il fait lui-même - des suites de sa déclaration.--Madame de Sévigné parle à son mari - de sa liaison avec Ninon.--Bussy persuade au marquis de Sévigné - que ce n'est pas lui qui en avait instruit sa femme.--Bussy écrit - à madame de Sévigné pour lui reprocher son indiscrétion, et - l'engage en même temps à se venger de son mari.--Le marquis de - Sévigné intercepte cette lettre, et défend à sa femme de voir - Bussy. - - -Bussy, qui, malgré son récent mariage, était toujours épris de sa -cousine, ne la perdait pas de vue. Il avait eu l'adresse de se -concilier l'amitié et la confiance de son mari. Celui-ci l'avait pris -pour confident de ses désordres; peut-être il les encourageait. A -l'égard de madame de Sévigné, au contraire, Bussy jouait le rôle d'ami -et de conciliateur: il semblait compatir à ses peines; il lui offrait -ses bons offices et son influence auprès de son époux; il recevait les -témoignages de reconnaissance de sa cousine pour l'intérêt qu'il -mettait à servir sa tendresse conjugale. Par cette conduite, il était -parvenu à déguiser ses projets, à écarter toute défiance, à se rendre -nécessaire: il avait habitué madame de Sévigné à ne lui rien cacher, à -se confier à lui avec l'abandon le plus entier. Puis, quand il -s'aperçut que les brusqueries de Sévigné, sa froideur, ses fréquentes -infidélités, avaient commencé à lui aliéner le cÅ“ur de sa femme, il -pensa qu'il était temps de se montrer à elle sous un autre aspect. Il -voulut se hâter d'arriver au but où il tendait depuis longtemps avec -tant de patience et de persévérance. L'amitié que sa cousine avait pour -lui, les éloges qu'elle donnait à son esprit, la familiarité produite -par un commerce intime et habituel, furent, de la part d'un homme aussi -vain et aussi présomptueux, autant de signes interprétés en faveur de -sa passion. Il ne douta point que celle qui en était l'objet ne la -partageât, et il crut trouver une occasion favorable de faire taire ses -scrupules en l'instruisant de la liaison de Ninon avec le marquis de -Sévigné, dont celui-ci lui avait fait confidence lorsque cette liaison -était encore ignorée de tout le monde. Quand il vit madame de Sévigné -courroucée de ce nouvel outrage, et douloureusement affectée de l'éclat -qu'il ferait dans le monde, Bussy se crut au comble de ses vÅ“ux, et -ne craignit pas de se démasquer entièrement. Mais il faut l'entendre -faire lui-même le récit de sa perfidie, et ne pas oublier qu'il a écrit -dans le but de diffamer sa cousine, avec laquelle, ainsi que nous le -dirons plus tard, il s'était brouillé. Il faut donc, en le lisant, -faire la part des expressions que lui arrachent le dépit et l'orgueil -humiliés, expressions qu'il a depuis démenties de la manière la plus -forte, et avec toutes les marques du plus sincère repentir. Dans tout -le reste, son récit est parfaitement exact; et ce qui le prouve, c'est -que madame de Sévigné, qui se plaignit par la suite de ce qu'il avait, -par cet écrit satirique, calomnié ses sentiments et noirci son -caractère[386], ne l'accusa jamais d'avoir altéré la vérité des -faits[387]. - - [386] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 26 juil. 1668, no 53, t. I, - p. 127, édit. 1820. - - [387] BUSSY, _Hist. am. des Gaules_, t. I, p. 251 de l'édit. - 1754; p. 33 de la suite de l'_Histoire d'Ardelise_, dans l'édit. - de Liége, _ibid._; _Hist. am. de la France_, 1710, p. 293; p. - 224, édit. de Liége, 1666, in-18. - -«Voilà , mes chers, le portrait de madame de Sévigné. Son bien, qui -accommodait fort le mien, parce que c'était un parti de ma maison, -obligea mon père de souhaiter que je l'épousasse; mais, quoique je ne -la connusse pas alors si bien que je fais aujourd'hui, je ne répondis -point au dessein de mon père. Certaine manière étourdie dont je la -voyais agir[388] me la faisait appréhender, et je la trouvais la plus -jolie fille du monde pour être la femme d'un autre. Ce sentiment-là -m'aida fort à ne la point épouser; mais comme elle fut mariée un peu de -temps après moi, j'en devins amoureux; et la plus forte raison qui -m'obligea d'en faire ma maîtresse fut celle qui m'avait empêché de -souhaiter d'être son mari. - - [388] Il y a dans l'édition de Liége, sans date, p. 33, et dans - celle avec la date de 1666, p. 225: «Certaine manière effrontée - que je lui voyais.» - -«Comme j'étais son proche parent, j'avais un fort grand accès chez -elle, et je voyais les chagrins que son mari lui donnait tous les -jours; elle s'en plaignait à moi bien souvent, et me priait de lui -faire honte de mille attachements ridicules qu'il avait. Je la servis -en cela quelque temps fort heureusement; mais enfin le naturel de son -mari l'emportant sur mes conseils, de propos délibéré je me mis à être -amoureux d'elle, plus par la commodité de la conjoncture que par la -force de mon inclination. - -«Un jour donc que Sévigné m'avait dit qu'il avait passé la veille la -plus agréable nuit du monde, non-seulement pour lui, mais pour la dame -avec qui il l'avait passée: Vous pouvez croire, ajouta-t-il, que ce -n'est pas avec votre cousine; c'est avec Ninon.--Tant pis pour vous, -lui dis-je; ma cousine vaut mille fois mieux; et je suis persuadé que -si elle n'était pas votre femme elle serait votre maîtresse.--Cela -pourrait bien être, me répondit-il. - -«Je ne l'eus pas si tôt quitté, que j'allai tout conter à madame de -Sévigné.--Il y a bien de quoi se vanter à lui, dit-elle en rougissant -de dépit.--Ne faites pas semblant de savoir cela, lui répondis-je; car -vous en voyez la conséquence.--Je crois que vous êtes fou, reprit-elle, -de me donner cet avis, ou que vous croyez que je suis folle.--Vous le -seriez bien plus, madame, lui répliquai-je, si vous ne lui rendiez la -pareille, que si vous lui redisiez ce que je vous ai dit. Vengez-vous, -ma belle cousine, je serai de moitié dans la vengeance; car enfin vos -intérêts me sont aussi chers que les miens propres.--Tout beau, -monsieur le comte! me dit-elle, je ne suis pas si fâchée que vous le -pensez. - -«Le lendemain, ayant trouvé Sévigné au Cours, il se mit avec moi dans -mon carrosse. Aussitôt qu'il y fut:--Je pense, dit-il, que vous avez -dit à votre cousine ce que je vous contai hier de Ninon, parce qu'elle -m'en a touché quelque chose.--Moi! lui répliquai-je, je ne lui en ai -point parlé, monsieur; mais, comme elle a de l'esprit, elle m'a dit -tant de choses sur le chapitre de la jalousie, qu'elle rencontre -quelquefois juste. Sévigné s'étant rendu à une si bonne raison, me -remit sur le chapitre de sa bonne fortune; et, après m'avoir dit mille -avantages qu'il y avait d'être amoureux, il conclut par me dire qu'il -le voulait être toute sa vie, et même qu'il l'était alors de Ninon -autant qu'on le pouvait être; qu'il s'en allait passer la nuit à -Saint-Cloud avec elle et avec Vassé, qui leur donnait une fête, et -duquel ils se moquaient ensemble. - -«Je lui redis ce que je lui avais dit mille fois, que quoique sa femme -fût sage, il en pourrait faire tant qu'enfin il la désespérerait; et -que, quelque honnête homme devenant amoureux d'elle dans le temps qu'il -lui ferait de méchants tours, elle pourrait peut-être chercher des -douceurs dans l'amour et dans la vengeance, qu'elle n'aurait pas -envisagée dans l'amour seulement. Et là -dessus nous étant séparés, -j'écrivis cette lettre à sa femme: - - -_Lettre._ - - «Je n'avais pas tort hier, madame, de me défier de votre - imprudence: vous avez dit à votre mari ce que je vous ai dit. - Vous voyez bien que ce n'est pas pour mes intérêts que je vous - fais ce reproche; car tout ce qui m'en peut arriver est de perdre - son amitié, et pour vous, madame, il y a bien plus à craindre. - J'ai pourtant été assez heureux pour le désabuser. Au reste, - madame, il est tellement persuadé qu'on ne peut être honnête - homme sans être toujours amoureux, que je désespère de vous voir - jamais contente si vous n'aspirez qu'à être aimée de lui. Mais - que cela ne vous alarme pas, madame; comme j'ai commencé de vous - servir, je ne vous abandonnerai pas en l'état où vous êtes. Vous - savez que la jalousie a quelquefois plus de vertu pour retenir un - cÅ“ur que les charmes et le mérite; je vous conseille d'en - donner à votre mari, ma belle cousine, et pour cela je m'offre à - vous. Si vous le faites revenir par là , je vous aime assez pour - recommencer mon premier personnage de votre agent auprès de lui, - et me faire sacrifier encore pour vous rendre heureuse; et s'il - faut qu'il vous échappe, aimez-moi, ma cousine, et je vous - aiderai à vous venger de lui en vous aimant toute ma vie.» - -«Le page à qui je donnai cette lettre l'étant allé porter à madame de -Sévigné, la trouva endormie; et comme il attendait qu'on l'éveillât, -Sévigné arriva de la campagne. Celui-ci ayant su de mon page, que je -n'avais pas instruit là -dessus, ne prévoyant pas que le mari dût -arriver si tôt, ayant su, dis-je, qu'il avait une lettre de ma part à -sa femme, la lui demanda sans rien soupçonner; et l'ayant lue à l'heure -même, lui dit de s'en retourner, qu'il n'y avait nulle réponse à faire. -Vous pouvez juger comme je le reçus: je fus sur le point de le tuer, -voyant le danger où il avait exposé ma cousine; et je ne dormis pas une -heure de cette nuit-là . Sévigné, de son côté, ne la passa pas meilleure -que moi; et le lendemain, après de grands reproches qu'il fit à sa -femme, il lui défendit de me voir. Elle me le manda, en m'avertissant -qu'avec un peu de patience tout cela s'accommoderait un jour[389].» - - [389] BUSSY DE RABUTIN, _Hist. am. des Gaules_, édit. de Liége, - p. 33 à 39 de la suite de l'_Histoire d'Ardelise_, t. I, p. - 251-257 de l'édition 1754, in-12; p. 230 de l'édit. de Liége, - 1666, in-18, avec la sphère, intitulée _édition nouvelle_. - - -Ainsi Bussy ne recueillit d'autre fruit de ses intrigues que de se voir -expulsé de chez une parente dont la société lui était devenue d'autant -plus nécessaire qu'il en avait toujours joui depuis son enfance, et -qu'il n'en avait jamais si bien apprécié les douceurs et les agréments -qu'à l'époque où il se trouvait forcé d'y renoncer. - - - - -CHAPITRE XIX. - -1651. - - Des cause qui éteignent le patriotisme et produisent les - émigrations.--État des partis en France.--Projet de former une - colonie en Amérique.--Il s'établit une compagnie pour exploiter - la Guyane et faire le commerce d'esclaves.--Scarron et Ninon sont - au nombre de ceux qui veulent émigrer.--La crainte d'une nouvelle - persécution avait déterminé Ninon à s'expatrier; cependant, ni - elle ni Scarron ne s'embarquent.--Ninon quitte le marquis de - Sévigné, qui est remplacé par Rambouillet de la Sablière.--Vassé - succède à Rambouillet.--Citation des Mémoires de - Tallemant.--Désintéressement de Ninon.--Elle refuse les dons du - marquis de Sévigné.--L'abbé de Livry force madame de Sévigné à se - séparer de biens de son mari.--Jugement que porte Tallemant sur - celui-ci.--Madame de Sévigné s'engage pour son mari.--Remontrance - de Ménage à ce sujet.--Repartie un peu libre de madame de Sévigné - à Ménage.--Pourquoi les éditeurs de madame de Sévigné ont été - obligés de changer dans ses lettres quelques expressions. - - -Quand le gouvernement est dans toute son intégrité, les peuples songent -moins aux avantages qu'aux abus qu'entraîne l'exercice d'une puissance -toujours trop faible pour protéger l'État contre les intérêts privés -qui lui font sans cesse la guerre, toujours trop forte pour n'être pas -tentée d'usurper sur les droits individuels et les libertés publiques. -Mais lorsque, après un bouleversement d'État, la puissance -gouvernementale se trouve incapable, par son affaiblissement, d'assurer -le règne des lois; quand un pays est déchiré par les partis, qui -suppriment tour à tour et exercent avec violence un pouvoir éphémère, -alors les victimes de ces révolutions successives, et ceux qui ne -partagèrent jamais les fureurs des factieux ni les bassesses des -ambitieux, désespérant de voir une fin aux maux de leur patrie, s'en -détachent, et cherchent souvent dans d'autres contrées une existence -plus tranquille, ou du moins l'espérance d'un meilleur avenir; -sentiment qui ne s'éteint jamais dans le cÅ“ur de l'homme, et qui est -à la fois le mobile de ses efforts et l'appui de son courage. - -Tels étaient les motifs qui agissaient sur les esprits au commencement -de l'année 1651, et qui favorisèrent en France les projets d'une -colonisation en Amérique. A cette époque, tous les partis s'étaient -réunis contre celui qui voulait les dominer tous; ils désiraient tous -également que l'on mît fin à la captivité des princes, parce que chacun -d'eux espérait pouvoir se faire un appui de leur autorité, et un moyen -de leur influence, pour anéantir leurs adversaires. Le parti de la cour -même avait aussi cette espérance. Les princes furent donc mis en -liberté. Mais cette réparation tardive d'une grande injustice -affaiblissait encore l'autorité de la reine régente et de son ministre, -qui s'en étaient rendus coupables; et l'on ne pouvait que prévoir des -troubles plus grands encore que ceux qu'on avait vus, lorsque le parti -des princes, longtemps opprimé, viendrait encore ajouter son action à -la fermentation produite par le parti de la cour, celui du parlement et -celui de la Fronde. - -Des quatre nations bornées par la mer Atlantique, la nation française -était la seule qui ne se fût point mise en mesure d'entrer dans le -partage des richesses que promettait le Nouveau Monde. Cependant -quelques aventuriers français, au commencement du dix-septième siècle, -s'étaient fixés à Cayenne; et en 1643 des négociants de Rouen avaient -en vain cherché à tirer parti de cet établissement. - -En 1651 une compagnie se forma, qui obtint du gouvernement la -concession de cette colonie, et réunit à Paris sept à huit cents -individus disposés à s'y transporter. Les contrées qu'entouraient la -mer et les grands fleuves Amazone et Orénoque, n'étaient pas alors, -comme aujourd'hui, considérées comme des lieux d'exil et de mort, comme -des pays humides et malsains, et souvent visités par des fièvres -pestilentielles. Au contraire, on ajoutait foi aux brillantes -descriptions qu'en avaient données ceux qui les premiers en firent la -découverte, l'Espagnol Orellana et le célèbre Walter Ralegh[390]. On -croyait, d'après leurs relations, qu'il existait dans l'intérieur une -contrée qu'on désignait par le nom magnifique de _el Dorado_; qu'elle -renfermait des mines d'or, et des pierreries plus riches que toutes -celles du Pérou; et on se faisait l'idée la plus délicieuse de la -beauté du pays, de la douceur et de la salubrité de son climat. Les -belles fleurs, les oiseaux brillants, les animaux singuliers qu'on en -tirait et qu'on transportait en Europe, semblaient ne laisser aucun -doute sur la réalité de ces illusions. On citait des vieillards qui -s'étaient guéris de la goutte par un voyage à l'île Martinique[391]; et -il semblait qu'il suffisait de se transporter dans le Nouveau Monde -pour se délivrer de tous les maux et pour y jouir du bonheur et de la -santé. Un grand nombre de personnes notables de Paris, après avoir pris -des actions dans la nouvelle compagnie, fatiguées du gouvernement -comme des partis qui lui étaient opposés, avaient résolu de se joindre -à la nouvelle colonie. Indépendamment des richesses qu'on espérait -recueillir, on se croyait certain de faire une prompte et rapide -fortune par l'achat et la vente des esclaves dont on avait besoin pour -la culture des îles, genre de trafic que l'opinion publique ne -proscrivait pas. Dans le nombre de ces émigrants se trouvait la femme -d'un maréchal de France. L'infortuné Scarron avait placé une petite -somme dans cette entreprise; et, entraîné comme malgré lui par les -sollicitations de ses amis, qui le flattaient de pouvoir guérir ses -infirmités par les bienfaits d'un meilleur climat, il se décida à -s'embarquer[392]. Ninon prit aussi la même résolution. Un événement -bien futile en apparence, mais qui eut des suites graves, l'avait -forcée à cette étrange détermination. Plusieurs jeunes seigneurs -dînaient chez elle un jour de carême; un des convives jeta par la -fenêtre un os de poulet qui tomba dans la rue, sur l'épaule d'un prêtre -de la paroisse de Saint-Sulpice. Le curé se plaignit à l'abbé de -Saint-Germain des Prés. Avant l'édit de 1674, qui réunit les justices -particulières au Châtelet de Paris, cet abbé avait droit de juridiction -sur le faubourg Saint-Germain des Prés. Un fait bien simple en lui-même -fut représenté comme une atteinte grave envers la religion, comme un -dessein prémédité d'insulter à ses ministres[393]. La reine régente, -irritée, voulait faire enfermer Ninon; mais on apaisa tout avec de -l'argent. La résolution que Ninon prit alors de s'embarquer désarmait -ses antagonistes; ils n'osèrent plus l'attaquer, et ils gardaient le -silence en présence des clameurs occasionnées par l'annonce de son -prochain départ. Ceux qui s'étaient accoutumés à la voir (et le nombre -en était grand) ne pouvaient penser sans les plus vifs regrets qu'ils -allaient être privés d'elle pour longtemps, et peut-être pour toujours: -hommes puissants à la cour et dans la haute société, leurs plaintes -bruyantes et amères retentissaient dans tous les cercles, et ils -n'épargnaient ni ceux ni celles dont le rigorisme et l'intolérance -amenaient de tels résultats. - - [390] Conférez l'article _Ralegh_, dans la _Biographie - universelle_, et dans les _Vies de plusieurs Personnages - illustres_, t. I, p. 260. - - [391] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, in-12, t. I, p. 55 de - l'histoire des ouvrages de Scarron, et p. 41 du texte, _Lettre à - Sarrazin_. - - [392] _Histoire de M. Scarron_, par la Martinière, 1737, dans les - _Å’uvres_, t. I, p. 55; et _Lettre à Sarrazin_, p. 41 du - texte.--LORET, liv. II, p. 179, _lettre_ 52, en date du 31 - décembre 1651. - - [393] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mém._, t. IV, p. 316, édit. in-8º; - ou t. VII, p. 231. - -Cependant la première embarcation pour la nouvelle colonie eut lieu; -elle consistait en sept cents individus, tant hommes que femmes; -Scarron et Ninon n'étaient point du nombre[394]. Il est probable que -leur trajet dans le Nouveau Monde devait se faire sur un navire -particulier. Quoi qu'il en soit, ce délai leur fut utile. Cette -nouvelle tentative de colonisation fut encore plus malheureuse que les -précédentes, et, de même que Scarron, Ninon ne partit point. - - [394] LORET, liv. III, p. 57, _lettre_ en date du 19 mai 1652. - -Il semblait que cette circonstance dût être fâcheuse pour madame de -Sévigné, mais elle lui était indifférente. Déjà l'inconstance de Ninon, -mieux que n'aurait pu faire son absence, avait cessé de la lui rendre -redoutable; déjà Rambouillet de la Sablière, dont le nom a conservé -quelque célébrité, plus par sa femme que par ses madrigaux, avait fait -congédier Sévigné. Tallemant des Réaux[395] était le beau-frère de -Rambouillet. Ce fut lui qui l'introduisit chez Ninon. Après avoir parlé -du voyage qu'elle fit à Lyon, et de sa liaison avec Sévigné, il ajoute: -«M. de Rambouillet eut son tour; durant sa passion, personne ne la -voyait que celui-là . Il allait bien d'autres gens chez elle, mais ce -n'était que pour la conversation, et quelquefois pour souper; car elle -avait un ordinaire assez raisonnable; sa maison était passablement -meublée: elle avait une chaise [une voiture] fort propre. Elle écrivit -en badinant à Rambouillet: «Je crois que je t'aimerai trois mois; c'est -trois siècles pour moi.» Charleval ayant trouvé chez elle ce -jouvenceau, qu'il n'y avait pas encore vu, s'approcha de l'oreille de -la belle, et lui dit: «Ma chère, voilà qui a bien l'air d'être un de -vos caprices[396].» - - [395] Conférez la _Vie de Rambouillet de la Sablière_, dans les - _Poésies diverses de Rambouillet de la Sablière et Fr. de - Maucroix_, 1825, in-8º; et l'article _Sablière_, dans la - _Biographie universelle_.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, - t. IV, p. 274, in-8º; t. VII, p. 189.--WALCK, _Vie de plusieurs - Personnages célèbres_, t. II, p. 227. - - [396] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 314, in-8º; et t. VII, p. - 229, in-12. - -Le règne de Rambouillet ne fut pas plus long que celui du marquis de -Sévigné; il fut supplanté par Vassé, qui recueillit ainsi le fruit de -sa longue persévérance. Comme Coulon et d'Aubijoux, Vassé, se plut à -user de ses richesses pour satisfaire sa vanité, et à faire parade -d'une conquête dont il était glorieux; et ce fut aussi la cause qui la -lui fit perdre. - -Tallemant remarque à ce sujet que Ninon ne voulut rien recevoir du -marquis de Sévigné qu'une bague de peu de valeur: peut-être eût-il été -à désirer pour madame de Sévigné que son mari eût conservé plus -longtemps une maîtresse aussi désintéressée; il n'en continua pas -moins, après l'avoir perdue, de donner en ce genre de nouveaux sujets -de peine à sa femme. Les nouvelles liaisons qu'il contracta -contribuèrent, ainsi que son défaut d'ordre, à déranger sa fortune. Ce -fut alors que madame de Sévigné se sépara de biens d'avec lui; mais -elle ne put s'y déterminer qu'après y avoir été en quelque sorte -contrainte par les instances de l'abbé de Livry. Celui-ci ne put -empêcher que, peu de temps après cette séparation, elle ne se rendît -caution pour M. de Sévigné d'une somme de cinquante mille écus. Ménage, -qui n'aimait pas le marquis, ne put se contenir quand il apprit ce -nouvel engagement. Usant des droits d'une ancienne amitié, il gronda -vivement madame de Sévigné de cette faiblesse, et lui dit: «Madame, une -femme prudente ne doit jamais placer de si fortes sommes sur la tête -d'un mari.--Pourvu que je ne mette que cela sur sa tête, que -pourra-t-on me dire?» répondit-elle[397].--Nous n'eussions pas -reproduit cette grivoise repartie, si elle ne servait à faire ressortir -une singularité du caractère de madame de Sévigné, dont nous avons déjà -parlé: c'est que le besoin de gaieté qu'éprouvait cette femme -spirituelle la rendait très-libre dans ses propos, et que son -imagination n'était pas aussi chaste que sa raison et sa conscience. - -«Sévigné, dit Tallemant, n'était point un honnête homme: il ruinait sa -femme, qui est une des plus agréables de Paris. Elle chante, elle -danse, elle a de l'esprit, elle est vive, et ne peut se tenir de dire -ce qu'elle croit joli, quoique assez souvent ce soient des choses un -peu gaillardes: même elle en affecte, et trouve moyen de les faire -venir à propos[398].» - - [397] TALLEMANT, t. IV, p. 300, édit. in-8º, t. VII, p. 216, - édit. in-12. - - [398] _Ibid._, p. 299, in-8º; t. VII, p. 217, édit. in-12. - -Ce n'est pas seulement ceux qui ont eu occasion de voir madame de -Sévigné et de s'entretenir avec elle qui confirment cette observation, -mais ce sont ses lettres mêmes. Ceux qui les ont les premiers livrée à -l'impression sous le règne de Louis XV, à l'époque de la plus grande -dépravation des mÅ“urs en France, ont cru nécessaire de changer -quelques expressions, et d'adoucir certains passages, par trop libres, -pour ne pas choquer la délicatesse du public de leur temps. Le plus -savant et le plus exact éditeur de madame de Sévigné n'a pas osé -rétablir dans son édition ces parties du texte telles qu'il les -trouvait dans les lettres autographes qu'il a collationnées, et s'est -déterminé à laisser subsister les changements que les précédents -éditeurs y avaient faits; et il est telle repartie échappée à madame de -Sévigné dans la vivacité du dialogue, citée par Tallemant, que nous ne -voudrions pas reproduire dans ces Mémoires. Chose étrange, que nous -soyons devenus plus scrupuleux et plus susceptibles qu'une _précieuse_ -formée à l'école de Rambouillet! - - - - -CHAPITRE XX. - -1651. - - Sévigné conduit sa femme en Bretagne, et revient à Paris.--Il - devient amoureux de madame de Gondran.--Détails sur madame de - Gondran et sa famille.--Ses amours avec la Roche-Giffart, - lorsqu'elle était demoiselle Bigot.--Ses autres amants - lorsqu'elle fut mariée.--Sévigné obtient ses faveurs.--Il - emprunte à mademoiselle de Chevreuse ses pendants d'oreilles, - pour les prêter à madame de Gondran.--Comment l'abbé de Romilly - s'y prend pour l'humilier.--Le bruit court que le marquis de - Sévigné s'est battu en duel.--Alarme que cette nouvelle cause à - madame de Sévigné.--Le chevalier d'Albret fait sa cour à madame - de Gondran.--Il ne peut réussir.--Le bruit court que le marquis - de Sévigné a fait des plaisanteries sur son compte.--Le chevalier - d'Albret provoque Sévigné en duel.--Ils se battent.--Sévigné est - blessé, et meurt. - - -Le marquis de Sévigné, pour se livrer avec moins de contrainte à sa vie -licencieuse et désordonnée, avait conduit sa femme en Bretagne, à sa -terre des Rochers; il l'y avait laissée, et était revenu à Paris. Après -avoir été quitté par Ninon, il devint amoureux de madame de Gondran, -qui s'était acquis à Paris une certaine célébrité par sa beauté et ses -galanteries. Pour ce qui concerne sa beauté, je dois faire observer -cependant que Tallemant, en parlant de cette nouvelle inclination de -Sévigné, interrompt souvent son récit en disant: «Pour moi, j'eusse -mieux aimé sa femme.» Et Bussy a fait la même réflexion sur toutes les -maîtresses de Sévigné. - -Madame de Gondran était la fille de Bigot de la Honville, secrétaire du -roi, et contrôleur général des gabelles. Elle perdit sa mère fort -jeune; et son père, ne jugeant pas à propos de la garder avec lui, la -mit sous la tutelle de sa sÅ“ur aînée, mariée à Louvigny, secrétaire -du roi[399]. Madame de Louvigny, femme modeste et retirée, vit tout à -coup sa maison envahie par un grand nombre de jeunes gens de la cour et -de la ville, qu'attiraient la beauté et plus encore les coquetteries de -sa sÅ“ur[400]. Madame de Louvigny n'osa point faire refuser sa porte -à des personnes qui par leur rang, beaucoup au-dessus du sien, -commandaient des égards; et elle ne put empêcher sa sÅ“ur de se -plaire dans leurs entretiens, et d'être l'objet de leurs attentions et -de leurs civilités. Cependant le nombre s'en accroissait sans cesse, et -il n'était bruit dans Paris, parmi les jeunes seigneurs coureurs des -belles, que de la charmante _Lolo_. C'est par ce surnom, diminutif du -nom de Charlotte, qui était le sien, qu'on avait pris l'habitude de -désigner mademoiselle Bigot de la Honville. Son père, tous ses parents, -et surtout sa sÅ“ur, pensèrent que, pour éviter les dangers des -inclinations qu'elle manifestait, il fallait se hâter de la marier. Un -parti se présentait: c'était de Gondran, un des fils de Galland, avocat -célèbre[401]. Le fils aîné de Galland s'était aussi distingué dans la -carrière du barreau, et soutenait dignement un nom que son père avait -illustré. Quant à de Gondran, il était paresseux, glouton, ivrogne, -brutal[402]. Aucune qualité personnelle ne le recommandait, mais il -était riche. Il devint très-amoureux de la jeune Bigot. Elle n'avait -pour lui ni affection ni estime. Aussi, malgré les avantages qu'il -pouvait offrir sous le rapport de la fortune, le père et les parents de -mademoiselle Bigot se refusaient à favoriser ses prétentions. Mais on -s'aperçut bientôt que la jeune fille avait formé une liaison amoureuse -avec la Roche-Giffart[403], gentilhomme breton, et marié. On se hâta -d'accepter les offres de Gondran, et on lui accorda mademoiselle Bigot. -Moins épris et moins stupide, il eût été facile à de Gondran de prévoir -le sort qui l'attendait. Conrart, qui nous fournit ces détails, décrit -de la manière suivante les préliminaires de ce mariage: «Pendant que -mademoiselle Bigot était accordée, nombre de galants étaient tous les -jours chez sa sÅ“ur à lui en conter, se mettant à genoux devant elle, -et faisant toutes les autres badineries que font les amoureux: le -pauvre futur était en un coin de la chambre avec quelqu'un des parents -à s'entretenir, sans oser presque approcher d'elle ni lui rien -dire[404].» - - [399] Qu'il ne faut pas confondre avec le comte de Louvigny, - depuis duc de Gramont. - - [400] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 192. - - [401] LORET, liv. V, p. 39, 18 mars 1654. - - [402] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 288, édit. in-8º; t. VII, - p. 190, édit. in-12. - - [403] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 111 et 190.--Duchesse DE - NEMOURS, _Mém._, t. XXXIV, p. 531.--RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. - 124.--TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 270 à 298, in-8º; ou t. - VII, p. 192-197. - - [404] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 190. - -Mademoiselle Bigot, devenue madame de Gondran, n'en continua pas moins -sa liaison avec la Roche-Giffart. Le secret de cette liaison fut -longtemps bien gardé; mais la femme de la Roche-Giffart, ayant conçu -quelque soupçon, força le secrétaire de son mari, et y trouva vingt -lettres de madame de Gondran, toutes plus libres et plus passionnées -les unes que les autres[405]. L'éclat que madame de la Roche-Giffart -fit de cette aventure autorisa la belle-mère de madame de Gondran, -chez laquelle cette derrière demeurait, à la surveiller de près. Elle -l'empêcha de recevoir le chevalier de Guise, quoique son mari y -consentît. Cependant, à l'abri de la soutane, elle laissa s'introduire -auprès d'elle le jeune abbé d'Aumale, beau comme un ange, selon -l'expression du cardinal de Retz[406], et beaucoup plus dangereux que -ne l'eût été le chevalier de Guise. Cet abbé fut nommé depuis -archevêque de Reims; puis, après la mort de son aîné, qui fut tué en -duel par le duc de Beaufort, il devint duc de Nemours, et épousa, au -grand étonnement du monde, mademoiselle de Longueville[407], dont nous -avons parlé. - - [405] TALLEMANT, _Mém._, t. VII, p. 185 à 214, édit. in-12. - - [406] RETZ, _Mém._, année 1650, t. XLV, p. 183. - - [407] _Gallia christiana_, t. IX, p. 162.--NEMOURS, _Mém._, t. - XXXIV, p. 379, 380, 462.--MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 241. - -Le même motif qui avait protégé l'abbé d'Aumale contre les soupçons de -la belle-mère de madame de Gondran, permit aussi à l'abbé de -Romilly[408] de fréquenter sa maison[409]. Cet abbé, impudent, -débauché, sujet à l'ivresse, compromit la femme de Gondran par ses -propos indiscrets. La belle-mère était âgée, prude et acariâtre; sa -belle-fille, par ses complaisances, ses souplesses et ses flatteries, -sut se la rendre favorable, et finit enfin par obtenir la liberté de -recevoir tous ceux qui lui convenaient. Sévigné fut de ce nombre, et -obtint ses faveurs; il plaisait aussi à son mari, qu'il menait partout -avec lui; il le mettait de tous les festins, de tous les -divertissements et de toutes les fêtes qu'il donnait à madame de -Gondran. Pour elle il se montra plus prodigue qu'il n'avait jamais -été. Elle désira, pendant le carnaval, pouvoir se parer des superbes -pendants d'oreilles qu'elle avait vus à mademoiselle de Chevreuse. Le -marquis de Sévigné eut, pour la satisfaire, la faiblesse d'aller chez -mademoiselle de Chevreuse, et la pria de lui prêter ses pendants -d'oreilles pour mademoiselle de La Vergne. Mademoiselle de Chevreuse -les lui remit; il les porta sur-le-champ à sa maîtresse, qui se montra -le même soir au bal avec ce riche ornement. Tout le monde reconnut -aussitôt les pendants d'oreilles de mademoiselle de Chevreuse; et -plusieurs personnes, le lendemain, lui témoignèrent leur étonnement -qu'elle eût pu se décider à prêter cette parure à madame de Gondran. Le -marquis de Sévigné, craignant les reproches de mademoiselle de -Chevreuse, alla voir mademoiselle de La Vergne, lui avoua tout, et fit -si bien par ses instances et ses prières, qu'il la décida à empêcher -qu'on ne découvrît son honteux stratagème. Mademoiselle de La Vergne -alla chez mademoiselle de Chevreuse pour lui faire ses remercîments, et -mit en même temps sur son compte le prêt qui avait été fait à madame de -Gondran[410]. Celle-ci ainsi que son mari se trouvaient, au moyen des -dépenses du marquis de Sévigné, en communauté de plaisirs avec toute la -jeune noblesse: le mari et la femme commencèrent bientôt à dédaigner la -bourgeoisie, et même leurs anciens amis et leurs propres parents, qui -appartenaient comme eux à cette classe; ils répétaient souvent qu'il -n'y avait que les gens de cour qui fussent aimables. Cette ridicule -vanité donna envie à plusieurs des amants de madame de Gondran de se -venger d'elle. L'abbé de Romilly, dans un moment d'ivresse, tint sur -son compte en présence de son mari les propos les plus grossiers et -les plus insultants[411]. Un nommé Lacger[412], qui fut secrétaire des -commandements de la reine Christine, se plut à raconter dans un bal -cette scène étrange. Tout fut redit au marquis de Sévigné, qui devint -furieux. Pour punir l'outrage fait à sa maîtresse, il s'était proposé -de donner des coups de canne à Lacger, dans une nombreuse assemblée où -il croyait le rencontrer. Mais Lacger, averti à temps, n'y parut point. -Ces circonstances, dénaturées et racontées diversement, firent dire que -Sévigné s'était battu en duel, et avait reçu un coup d'épée. Cette -fausse nouvelle courut les provinces, et parvint jusqu'en Bretagne. -Madame de Sévigné, alarmée, écrivit à son mari une lettre pleine de -tendres reproches et d'inquiétude sur sa santé. Cette lettre sur ce -faux duel parvint au marquis quatre jours[413] avant le duel véritable -où il succomba, et qui nous reste à raconter. - - [408] TALLEMANT DES RÉAUX, t. VII, p. 205, édit. in-12. - - [409] _Ibid._, t. IV, p. 290; t. V, p. 340, in-8º; ou t. IX, p. - 205, édit. in-12.--CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 191. - - [410] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mém._, t. IV, p. 302, édit. in-8º; - t. VII, p. 218, édit. in 12. - - [411] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 191. - - [412] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mém._, t. IV, p. 301, éd. in-8º; t. - VII, p. 217, éd. in-12.--_Lettres de feu Balzac à M. Conrart_, - 1659, in-18, p. 195, _lettre_ 24. Voy. la _Lettre de Lacger à - Balzac_, en date du 2 mars 1652. - - [413] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mém._, t. IV, p. 303, édit. in-8º; - t. VII, p. 219, édit. in-12. - -Le chevalier d'Albret, frère cadet de Miossens, bien fait, aimable, -spirituel, se mit à faire sa cour à madame de Gondran; mais il ne put -parvenir à supplanter le marquis de Sévigné, qui par une constante -assiduité, par des plaisirs variés et continuels, par l'or qu'il -prodiguait pour elle, la retenait dans ses liens. D'Albret y renonça, -après s'être vu quatre fois de suite refuser la porte. Il ne pouvait -douter qu'en lui faisant cette espèce d'affront, madame de Gondran -n'eût cédé aux désirs ou à la volonté de son amant. Il était donc déjà -fort mal disposé envers Sévigné, lorsqu'on lui dit que celui-ci s'était -permis avec sa maîtresse des railleries sur son compte, et qu'il avait -tenu des propos tendant à le déprécier, sinon sous le rapport de -l'honneur, du moins sous celui des femmes. C'était Lacger, qui, avec -toute l'habileté et la perfidie de la haine et de la vengeance, avait -inventé cette fable, et l'avait racontée au chevalier d'Albret, en lui -donnant toutes les couleurs de la vraisemblance. Pour s'en éclaircir, -le chevalier d'Albret pria le marquis de Soyecour, son ami, de demander -à Sévigné lui-même s'il avait réellement tenu à son sujet le discours -qu'on lui prêtait[414]. Sévigné dit à Soyecour qu'il n'avait jamais -parlé au désavantage du chevalier d'Albret; en même temps, ne voulant -pas avoir l'air de redouter un rival, il ajouta qu'il ne lui disait -cela que pour rendre hommage à la vérité, mais nullement pour se -justifier, parce qu'il ne le faisait jamais que l'épée à la main. - - [414] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 86. - -Sur cette réponse on se donna rendez-vous derrière le couvent de -Picpus, le vendredi 3 février 1651, à midi. De part et d'autre on fut -exact. Le marquis de Sévigné, qui avait fait porter les épées, dit -d'abord au chevalier d'Albret qu'il n'avait jamais dit de lui ce qu'on -lui avait rapporté, et qu'il était son serviteur. Les deux antagonistes -s'embrassèrent. Le chevalier d'Albret dit ensuite qu'il ne fallait pas -moins se battre. Sévigné répondit qu'il l'entendait bien ainsi, et -qu'il ne s'était pas rendu en ce lieu pour s'en retourner sans rien -faire. Aussitôt on s'écarte, et le combat commence. Sévigné porte trois -ou quatre bottes à son adversaire, qui eut son haut-de-chausses percé, -mais ne fut point blessé. Sévigné veut récidiver; il se découvre: -Albret prend son temps et pare; Sévigné se précipite sur son -adversaire, reçoit un coup d'épée qui lui traverse le corps, et tombe. -On le ramène à Paris: dès que les chirurgiens eurent examiné sa -blessure, ils déclarèrent qu'elle était mortelle. Il expira, en effet, -le lendemain, regrettant de mourir à vingt-sept ans. Ses amis, ou -plutôt ses compagnons de plaisir, étaient accourus auprès de lui. Parmi -eux se trouvait Gondran, celui de tous qui était le plus sincèrement -affligé de sa perte[415]. - - [415] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 185-187. - - - - -CHAPITRE XXI. - -1651. - - Le marquis de Sévigné peu regretté du monde.--Il était - dissipateur et fâcheux.--Explication de ce mot.--Madame de - Sévigné fut violemment affligée de la mort de son mari.--Signes - qu'elle donne de sa douleur deux ans après l'événement.--Elle - revient à Paris aussitôt qu'elle l'a appris.--Elle est obligée de - s'adresser à madame de Gondran pour avoir des cheveux de son mari - et son portrait.--État de Paris lorsque madame de Sévigné y - arriva.--Tout y était en fermentation.--La cour et le roi gardés - dans la capitale.--Condé mauvais politique.--Habileté de la reine - régente.--Ses manÅ“uvres pour ravoir son ministre.--La reine - est soupçonnée à tort d'avoir voulu faire emprisonner le - coadjuteur.--Condé quitte Paris, et se retire à Saint-Maur.--Les - députés de la noblesse demandent la convocation des états - généraux.--La reine et le parlement s'y opposent.--La reine - régente travaille à diviser les partis.--La plupart des agents de - toutes ces intrigues étaient des femmes.--Détails sur la - princesse Palatine.--Mademoiselle de Chevreuse.--La duchesse de - Lesdiguières.--Mademoiselle de Longueville.--Mademoiselle de - Montpensier.--Madame de Rhodes.--La duchesse de Montbazon.--La - duchesse de Châtillon.--La duchesse de Longueville.--Fêtes - données dans la capitale.--Nouveautés théâtrales.--Mariages du - duc de MercÅ“ur et de mademoiselle de Mancini.--Brillant - carnaval.--Madame de Sévigné passe son deuil dans la - solitude.--Se dispose à retourner en Bretagne.--Scarron lui écrit - pour se plaindre de ne l'avoir pas vue.--Elle lui promet d'aller - lui rendre visite à son retour de Bretagne. - - -Quoique le marquis de Sévigné fût bien fait, d'une figure agréable; -quoiqu'il ne manquât ni d'esprit ni d'amabilité, qu'il fût homme -d'honneur, et ne fût ni méchant, ni trompeur, ni perfide, si ce n'est -envers sa femme, ce qui comptait peu, même alors, cependant il ne fut -point regretté[416]. Il s'était partout acquis la réputation d'un de -ces hommes qu'on désignait par le nom de fâcheux, c'est-à -dire de ceux -qui occupent sans cesse les autres d'eux-mêmes, et se rendent par là -fatigants et importuns. De plus il était dissipateur; et les -dissipateurs sont toujours besoigneux. Bien loin de pouvoir être utiles -à leurs amis, ils leur sont souvent à charge; leur prodigalité ne -s'exerce qu'au profit des usuriers, des parasites et des flatteurs, ou -des femmes sans honneur, sans conscience et sans délicatesse. Il y a -donc des défauts et un genre d'inconduite qui nuisent plus à un homme -dans l'estime et dans l'affection des autres, que des vices reconnus, -que certaines actions coupables; car on voit des hommes qui, malgré ce -double cachet de réprobation, conservent encore dans l'adversité des -amis sincères et dévoués. C'est qu'il est des vices qui peuvent -s'allier avec de nombreuses et fortes vertus, et des torts graves qui -n'excluent ni l'élévation de l'âme ni un cÅ“ur capable de sympathiser -avec les autres. Au lieu que le double caractère de fâcheux et de -dissipateur implique un égoïsme profond; et l'égoïsme repousse toutes -les résolutions généreuses, ne tient aucun compte des autres, resserre -et concentre toute l'existence dans le moi individuel. Il est l'opposé -de l'amitié et de l'amour, qui ne connaissent de vie et de bonheur que -par l'expansion des sentiments, la réciprocité des services, l'échange -du dévouement, des affections et des jouissances. - - [416] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 188. - -Cependant il fallait bien que le marquis de Sévigné possédât quelques -qualités aimables, puisqu'il fut aimé de sa femme. La douleur que -madame de Sévigné ressentit de la perte de son mari fut sincère, -violente et durable. Elle s'évanouit la première fois qu'elle revit, -dans une assemblée, le chevalier d'Albret; et deux ans après le duel -Tallemant la vit, dans un bal, pâlir et presque défaillir à la vue de -Soyecour. En apercevant Lacger dans une allée de Saint-Cloud, où elle -se promenait, elle dit: «Voilà l'homme du monde que je hais le plus, -par le mal que m'ont fait ses indiscrétions.» Deux officiers aux -gardes, qui se trouvaient près d'elle, lui offrirent de le fustiger -devant elle: «Gardons-nous-en bien, dit-elle; il est avec plusieurs de -mes parents, auxquels vous ne voudriez pas faire affront.» Et elle se -détourna avec son cortége dans une autre allée du parc, pour éviter de -rencontrer Lacger[417]. - - [417] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. IV, p. 303; t. VII, p. - 219, édit. in-12. - -Aussitôt que madame de Sévigné eut appris en Bretagne que son mari -s'était battu en duel, elle revint en toute hâte à Paris; mais elle -n'arriva point assez tôt pour lui rendre les derniers devoirs. Le bruit -courut même que n'ayant de lui ni portrait ni cheveux, elle en avait -fait la demande à madame de Gondran, qui y satisfit sur-le-champ. De -son côté, madame de Sévigné renvoya à madame de Gondran toutes les -lettres que celle-ci avait écrites au marquis de Sévigné. Tallemant dit -que ces lettres étaient, pour le style et l'indécence des expressions, -semblables à celles que, plus jeune, madame de Gondran avait autrefois -adressées à la Roche-Giffart[418]. - - [418] _Ibid._, t. IV, p. 303, in-8º; t. VII, p. 218, in-12. - -Jamais Paris n'avait eu un aspect plus alarmant que lors du tragique -événement qui força madame de Sévigné à y revenir; jamais le Palais de -Justice, le Palais-Royal, le Luxembourg, l'archevêché, les hôtels des -princes et des grands seigneurs, n'avaient présenté le spectacle de -tant d'agitations tumultueuses, de tant de changements rapides, de -passions ardentes, d'intrigues compliquées. Cette capitale se -remplissait de gens de guerre, que les princes, le duc de Beaufort, le -coadjuteur, le duc d'Orléans, y appelaient. Poursuivi par la haine de -tous les partis, Mazarin avait été obligé de céder enfin à l'orage. Il -s'était déterminé à fuir; et la crainte de voir s'échapper à sa suite -le roi et la reine régente avait soulevé le peuple de Paris, et y avait -fait prévaloir l'influence du duc d'Orléans et du coadjuteur, qui -s'était rendu maître de l'esprit de ce prince. Toutes les portes -étaient gardées; aucune femme même ne pouvait sortir du Palais-Royal -sans ôter son masque et décliner son nom[419]. A toute heure du jour, -et même de la nuit, des émissaires du duc d'Orléans, des officiers de -la garde bourgeoise, pénétraient dans le palais pour s'assurer si le -roi s'y trouvait; et ils forçaient la reine régente à le leur montrer. -Le monarque enfant, par sa beauté, ses grâces, le calme de son sommeil, -saisissait de respect et d'amour ceux qui étaient admis à le -contempler. Ceux-ci rendaient compte au peuple de leur mission, en -termes qui faisaient partager à la multitude attentive les sentiments -que la vue du roi leur avait inspirés; et, au milieu de leurs actes les -plus séditieux, ils portaient ainsi un remède à la sédition[420]. - - [419] RETZ, _Mém._, t. XLV et XLVI.--MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. - XXXIX, p. 152 et 162.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 127. - - [420] MONGLAT, _Mém._, t. L., p. 282, 290.--DUPLESSIS, _Mém._, t. - LVII, p. 363-366. - -La reine régente, dans le dessein de sortir de la captivité, avait été -obligée de rendre la liberté au prince de Condé, ainsi qu'à son frère -et à son beau-frère. Ils étaient rentrés dans Paris en vainqueurs, aux -acclamations de tout le peuple, de la noblesse et du parlement. -Mazarin, qui s'était rendu au Havre pour implorer la protection du -prisonnier qu'il était venu délivrer, était sorti du royaume. On crut -son autorité pour toujours anéantie; mais un petit nombre de -courtisans, qui lisaient dans le cÅ“ur de la reine, en jugèrent -autrement, et durent à la conduite habile qu'ils tinrent dans ces -circonstances la haute fortune où ils s'élevèrent dans la suite. - -Nul doute que dans le premier moment Condé n'eût pu enlever facilement -la régence à la reine, dépourvue de son premier ministre et reconnue -incapable de gouverner par elle-même; mais alors la direction des -affaires appartenait de droit au duc d'Orléans, dont Condé était -jaloux. Condé aima mieux conserver la régence à la reine, et, en ne se -séparant ni du duc d'Orléans ni de la Fronde, se rendre redoutable au -gouvernement et le forcer de compter avec lui[421]. Si cette union des -princes entre eux et avec le parti de la Fronde avait subsisté, le -rétablissement de l'autorité royale eût été impossible; et le -commencement du règne de Louis XIV, qui, quoique âgé seulement de -treize ans accomplis, allait, d'après une loi exceptionnelle, être -déclaré majeur, aurait offert le spectacle, si fréquent dans nos -annales, d'un État en proie aux déchirements des factions et aux -horreurs de l'anarchie. - - [421] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 477.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. - 64.--JOLY, t. XLVII, p. 148. - -Mais, par bonheur pour la France et pour la reine régente, Condé était -aussi mauvais politique que grand guerrier. Il ne tint aucune des -promesses qu'il avait faites aux chefs de la Fronde, auteurs de sa -délivrance[422]. Le mariage du prince de Conti et de mademoiselle de -Chevreuse, qui avait été la base du traité, et entraînait d'autres -engagements, fut rompu sans aucun égard[423]. La reine régente, pour -parvenir au rappel de son ministre, eut l'habileté de déguiser sa -marche, et choisit d'abord pour le remplacer Chavigny, ennemi personnel -de Mazarin; puis elle négocia avec tout le monde, et opposa habilement -la Fronde au prince de Condé, celui-ci au duc d'Orléans[424], le -parlement à l'assemblée de la noblesse, l'aversion contre Mazarin à la -crainte qu'inspirait le coadjuteur[425]. L'autorité royale, tout -affaiblie qu'elle était, devint pour elle un puissant moyen d'influence -par les faveurs qu'elle avait à distribuer, par les espérances qu'elle -faisait naître. Enfin la reine se prévalait aussi d'un commencement de -popularité acquise par le renvoi de son ministre, et par sa fermeté, -son calme, sa douceur au milieu des émeutes populaires[426]. Ses -ministres, qu'elle abusait, n'avaient que les apparences du pouvoir; ce -qu'il avait de réel, Mazarin le possédait tout entier. De Bruhl, le -lieu de son exil, il gouvernait la France; la reine ne prenait aucune -résolution sans qu'elle lui eût été inspirée par lui, ou sans qu'il -l'eût approuvée. Condé, au contraire, ne faisait rien, ne résolvait -rien qu'on n'eût prévu longtemps d'avance, et qui ne fût aussitôt -divulgué par les indiscrétions de son parti, ou par les siennes. Il -révoltait par son orgueil, et décourageait par ses indécisions et ses -défiances. Effrayé de son isolement, déjà il était entré en négociation -avec les Espagnols, et songeait à la guerre. On le sut, et les projets -les plus violents furent proposés contre lui. D'Harcourt et -d'Hocquincourt s'offrirent de le tuer. Le coadjuteur, dans ses -Mémoires, insinue que la reine le désirait, et qu'il s'y opposa. Madame -de Motteville, au contraire, prétend que le coadjuteur avait conçu le -crime, et que la reine s'y refusa. Il y a calomnie de part et d'autre. -Nous apprenons, par les Mémoires de Monglat, que Gondi et Anne -d'Autriche rejetèrent également ce parti, proposé par de vils et -ambitieux courtisans[427]. Mais si on ne voulut pas faire assassiner ce -prince, on résolut de s'en défaire en le faisant arrêter de nouveau. -Prévenu à temps par Chavigny[428], Condé quitta Paris, et se retira à -Saint-Maur, appelant autour de lui tous ses amis. C'était annoncer la -guerre civile. Elle n'effrayait pas la reine régente, parce qu'elle -rendait nécessaire le rappel de son ministre[429]. - - [422] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 184, 209-212.--JOLY, t. XLVII, p. - 102.--CLAUDE JOLY, t. XLVII, p. 491-497. - - [423] LORET, _Muse historique_, t. I, p. 5.--RETZ, _Mém._, t. - XLV, p. 280 à 287.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 213.--CLAUDE JOLY, - t. XLVII, p. 494-497. - - [424] NEMOURS, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 384-502.--MONTPENSIER, - _Mém._, t. XLI, p. 29 et 130.--GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. - 151-158. - - [425] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 188.--NEMOURS, t. XXXIV, p. 487. - - [426] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 191. - - [427] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 290-292.--MOTTEVILLE, _Mém._, t. - XXXIX, p. 184.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 289.--CLAUDE JOLY, - _Mém._, t. XLVII, p. 490. - - [428] GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 153. - - [429] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 304.--CHAVAGNAC, _Mém._, 1699, t. - I, p. 125. - -Pour éviter d'en venir à cette extrémité, une pensée salutaire avait -germé parmi les députés de la noblesse des provinces, réunis à Paris au -nombre de plus de huit cents. Ils avaient adressé une requête à la -reine régente, pour qu'elle convoquât les états généraux[430]. La reine -promit qu'ils seraient assemblés à Tours, aussitôt après que la -majorité du roi serait déclarée; et l'assemblée des nobles, -satisfaite, se sépara. C'était tout ce qu'on désirait; cette réunion -inquiétait l'autorité, et on était pressé d'y mettre un terme. Pour -s'en délivrer, on lui fit une promesse qu'on n'avait pas intention de -tenir. Il était facile de l'éluder: si on excepte cette masse d'hommes -éclairés et sincères amis de leur pays, qui dans les temps de troubles -ne forment point de factions, parce qu'ils se tiennent éloignés de -toutes, personne ne voulait les états généraux. Tous les partis -s'accordaient donc à rejeter cette mesure: le gouvernement, parce -qu'elle aurait ajouté à ses embarras et restreint son autorité; le -parlement, parce qu'elle lui aurait ôté ce grand privilége d'être le -protecteur du peuple et le gardien des libertés publiques; les princes, -parce qu'elle aurait diminué leur influence et mis des bornes à leur -illégale puissance. Cependant le duc de La Rochefoucauld est forcé -d'avouer qu'alors les états généraux eussent sauvé le royaume[431]. -Cela était vrai; quoique, un siècle et demi plus tard, ils le -plongèrent dans l'abîme des révolutions. - - [430] GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 143.--MONGLAT, t. I, p. 282. - - [431] LA ROCHEFOUCAULD, _Mémoires_, t. LII, p. 64. - -La reine régente, pour rompre les alliances qui s'étaient formées entre -les partis, fut contrainte de prendre des engagements qu'elle aurait -voulu rompre, et elle se vit entraînée à consentir à l'élévation de ses -ennemis, ou plutôt des ennemis de Mazarin: par là elle les rendit plus -redoutables[432]; et il fut plus difficile de prévoir quelle serait -l'issue de la guerre civile, qu'on ne cherchait pus trop à éviter. -Ainsi, Gondi parvint par la cour, et malgré la cour, au but où tendait -depuis longtemps son ambition: il fut nommé cardinal. Condé, dont la -reine aurait voulu atténuer l'influence, reçut le gouvernement de -Guienne, qui conférait une autorité presque absolue sur une des plus -vastes et des plus guerrières provinces de France. Il est remarquable -que les agents principaux de toutes ces grandes intrigues furent des -femmes; que ce furent elles qui les firent réussir, en préparèrent ou -en précipitèrent les résultats, au gré de leurs passions ou de leurs -intérêts particuliers. Ainsi, la reine régente, entourée des ennemis de -Mazarin, forcée de dissimuler, et se défiant de ceux de sa propre -maison qui détestaient ce ministre[433], ou d'hommes timides, qui -craignaient de se mettre à dos le gouvernement et les princes, montra -souvent autant de résolution, de fermeté et de présence d'esprit que -celui pour lequel elle se sacrifiait. Elle fut parfaitement secondée -par la duchesse de Navailles, qui entretenait une correspondance active -avec Mazarin[434]. Ce fut mademoiselle de Longueville qui détacha son -père du parti des princes et le réconcilia avec la reine[435]. La -princesse Palatine, après avoir si habilement manÅ“uvré pour faire -cesser la captivité des princes, se montra également adroite pour -servir la reine, quand elle vit que Condé lui refusait son influence -pour porter aux finances le marquis de la Vieuville, père de son -amant[436]. La duchesse de Chevreuse, qui avait fait du mariage de sa -fille avec Conti l'une des conditions de la liberté des princes, se -tourna subitement du côté de la reine quand elle s'aperçut que Condé, -après avoir recueilli les avantages d'une des deux clauses du traité, -cherchait à éluder l'autre. C'est alors que, de concert avec la -duchesse de Lesdiguières, qui était de la maison de Gondi[437], elle -forma entre le coadjuteur et la reine cette alliance dont le mystère -fut pendant quelque temps d'autant plus impénétrable, que, pour -conserver son influence et nuire plus efficacement au prince de Condé, -il fut permis au coadjuteur de seconder, dans le parlement et dans la -Fronde, les haines populaires contre Mazarin. Ainsi, pendant que Gondi -était d'accord avec ce ministre, il agissait de manière à faire croire -qu'il était son plus mortel ennemi[438]. MADEMOISELLE, fille du premier -lit de Gaston d'Orléans, à qui sa naissance, ses grands biens, son -caractère altier donnaient l'importance d'un personnage politique, -s'offrait de servir la reine régente auprès de son père, ou contre son -père; mais elle ne prétendait à rien moins, pour prix de son appui, que -de se faire reine, et d'épouser le jeune monarque son cousin, dont -l'âge était si fort au-dessous du sien. Elle s'agitait sans cesse pour -parvenir à son but, mais sans avancer d'un pas; et, selon les -alternatives de l'accroissement ou de la diminution de ses espérances, -elle flottait continuellement entre le parti d'Orléans ou celui de la -cour, sans en tromper aucun, mais sans se donner franchement et sans -retour ni à l'un ni à l'autre[439]. Le duc d'Orléans était conseillé -par sa femme Marguerite de Lorraine[440] et par l'abbé de la Rivière. -La duchesse de Bouillon avait pris un grand ascendant sur son mari, -homme de tête et de mérite[441]. Madame de Rhodes gouvernait le garde -des sceaux Châteauneuf[442]; madame de Montbazon, le duc de -Beaufort[443]. La duchesse de Longueville, par haine pour la duchesse -de Chevreuse et pour sa fille, brouillait le parti des princes avec la -Fronde, et ménageait la reine régente, pour n'être pas forcée -d'exécuter la promesse qu'elle avait faite à tous les siens d'aller en -Normandie rejoindre son mari: elle poussait à la guerre civile, contre -leur intention et leurs désirs, les princes de Condé et de Conti ses -frères, le duc de Nemours, son amant, et le duc de La Rochefoucauld, -qu'elle lui avait donné pour rival. En même temps elle entretenait des -intelligences avec la princesse Palatine, et par elle avec la reine, -dans le but de se rendre à la fois utile et redoutable au parti des -princes comme à celui de la cour[444]. - - [432] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 203.--GUY-JOLY, - _Mémoires_, t. XLVII, p. 147. - - [433] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 279.--RETZ, t. XLV, p. 319.--LA - ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 64. - - [434] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 4, 109, 148, 164, 191, - 192. - - [435] NEMOURS, _Mém._, t. XXXIV, p. 481, 491, 492.--MOTTEVILLE, - t. XXXIX, p. 240. - - [436] RETZ, t. XLV, p. 282.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 165, 186, - 215.--JOLY, t. XLVII, p. 153.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. - 50.--MONGLAT, t. L, p. 29. - - [437] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 226.--Cardinal MAZARIN, _Lettres - publiées par Ravenel_, 1836, in-8º, p. 16 et 17.--Les - rendez-vous du mademoiselle de Chevreuse et du coadjuteur se - donnaient chez la marquise de Rhodes; le coadjuteur trompait - alors la princesse de Guémené, dont il était l'amant. Voyez, - ci-dessus, chap. VII, p. 98. - - [438] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 151, 153.--RETZ, _Mém._ - - [439] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 315. - - [440] RETZ, t. XLV, p. 376; t. XLVI, p. 5.--TALON, t. LXII, p. - 226. - - [441] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 98. - - [442] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 211.--JOLY, t. XLVII, p. 152. - - [443] RETZ, t. XLV, p. 406. Voyez ci-dessus, chap. VII, p. 98. - - [444] NEMOURS, _Mém._, t. XXXIV, p. 484, 491, 492, - 510.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 179, 181, 203, 210, 240, 296, - 319.--JOLY, t. XLVII, p. 144, 185.--CONRART, t. XLVIII, p. - 225.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 72.--TALON, t. LXII, p. - 225.--CHAVAGNAC, 1699, in-12, t. I, p. 124.--MONGLAT, t. I, p. - 305. - -Mazarin était instruit de toutes ces intrigues par sa correspondance, -par la _Gazette_ imprimée, par des gazettes à la main[445]; il savait -en démêler les ressorts avec une admirable sagacité; il en informait -la reine, et lui envoyait de longs mémoires pour l'éclairer sur les -intentions de ceux qui dirigeaient ses conseils, et pour lui enseigner -les moyens de faire concourir tous les partis à son rappel et au -rétablissement de son autorité. Il y intéressait sa religion, et son -affection pour lui: «Je vous conjure, lui disait-il dans sa lettre du -12 mai 1651, de bien considérer ce mémoire et la lettre qui -l'accompagne au moins trois fois, quand ce ne serait qu'en trois jours. -Vous le pouvez faire dans vos retraites; et croyez que cela importe au -service de Dieu, du roi, au vôtre, et à celui du plus passionné pour la -moindre de vos volontés.» - - [445] MAZARIN, _Lettres à la reine, à la princesse Palatine_, - etc., 1836, in-8º, p. 60, 61. - -Il l'engageait à dissimuler avec tout le monde, à caresser tout le -monde, à se servir de tout le monde, à se défier de tout le monde, à ne -se faire aucun scrupule de se raccommoder avec des gens qui lui avaient -fait du mal, et qu'elle avait juste sujet de haïr et de vouloir perdre; -«car, dit-il, la règle de conduite des princes ne doit jamais être la -passion de la haine ou de l'amour, mais l'intérêt et l'avantage de -l'État et le soutien de leur autorité[446].» On voit que la politique -de la reine tendait à faire offrir son alliance à tous les partis, pour -écraser le parti contraire; mais elle y mettait pour condition première -de l'aider à effectuer le rappel de son ministre. Mazarin, par sa -correspondance, paraît avoir été assez certain de la fidélité de Le -Tellier; mais nous voyons, par une lettre et un mémoire envoyés à la -reine, que Mazarin considérait Servien, de Lyonne et Chavigny comme les -soutiens du prince de Condé. La princesse Palatine était l'âme du parti -de madame de Longueville, qu'elle cherchait à entraîner du côté de -celui de la reine et de Mazarin, avec lequel elle était en -correspondance secrète. La duchesse d'Aiguillon, artificieuse et -intéressée, se servait du respectable Vincent de Paul, de madame de -Saujeon et de Le Tellier, pour faire agir le duc d'Orléans dans un sens -contraire à Mazarin, et pour créer des obstacles au retour de ce -ministre, qu'elle n'aimait pas[447]. Ce que Mazarin surtout s'attachait -à démontrer à la reine, comme le plus grand danger pour l'autorité du -roi, qui dans quatre mois devait être majeur, c'était de donner trop de -puissance au prince de Condé[448]. Par cette raison, il ne voulait pas -que l'on favorisât l'ambition des maréchaux du Dognon, Palluau, -Gramont, qui, ainsi que Chavigny, Servien et de Lyonne, étaient du -parti de ce prince[449]. Il écrivit cependant à de Lyonne; mais c'était -pour lui adresser des reproches. Selon lui, le prince de Condé avait -réduit le _ministériat_ en république. - - [446] MAZARIN, _Lettres_, etc., p. 76 (à M. de Lyonne, mai 1651). - - [447] _Documents historiques_, _Lettres de_ MAZARIN _à la reine, - et Mémoire dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de - France_, t. II, p. 1, 15, 17, etc.--_Lettres du cardinal_ MAZARIN - _à la reine, à la princesse Palatine, etc., écrites pendant sa - retraite hors de France_, en 1651 et 1652; Paris, 1836, in-8º, - p. 44. - - [448] MAZARIN, _Lettres_, etc., p. 47. - - [449] _Ibid._, p. 62 et 63. - -Ce qu'il y a surtout de remarquable dans les lettres que Mazarin -pendant son exil écrivit à la reine, c'est la vive expression contenue -dans quelques-unes de ses sentiments pour elle, qui laisse peu de doute -sur la nature de leur liaison[450]. Il lui conseille de plier jusqu'à -la majorité du jeune roi, qui dans quelques mois devait avoir treize -ans accomplis[451]; et elle conforme sa conduite envers le duc -d'Orléans, le parlement et Condé, à ce conseil; simulant et dissimulant -toujours[452]. - - [450] _Ibid._, p. 71. Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. - 471. - - [451] Conférez la lettre du 11 mai 1651, p. 30, 38. - - [452] Pag. 192, _lettre_ 30. - -Au milieu de toutes ces intrigues politiques et galantes, de ces -ruptures et de ces coupables négociations avec les ennemis de l'État, -de ces projets d'assassinats ou d'arrestations nouvelles; quand on -craignait que le roi ne s'enfuit, quand on redoutait que les princes ne -voulussent l'enlever, la capitale semblait plongée dans le délire de la -joie, dans le tumulte des plaisirs. Jamais autant de bals et de fêtes; -jamais autant de gaieté et d'insouciance apparente; jamais les -promenades publiques aussi fréquentées, les théâtres aussi encombrés de -spectateurs[453]. A Saint-Maur, la comédie, la chasse, la bonne chère, -contribuaient à grossir le nombre de ceux qui se préparaient à la -guerre civile[454]. Partout les visages paraissaient calmes, et tous -les cÅ“urs étaient agités. C'était au milieu d'une contredanse que -Monglat apprenait la nouvelle de l'armement de Paris; c'était parmi les -pompeuses réunions, les jeux et les divertissements de tous genres, que -le prétendant d'Angleterre, le frivole Charles II, de retour de sa -malheureuse expédition, oubliait l'échec qu'il venait d'éprouver, et -son trône perdu, et la sauvage Écosse par lui abandonnée. C'était aussi -au milieu des fêtes splendides dont elle gratifiait deux fois la -semaine toute la haute société[455], que MADEMOISELLE refusait la main -de ce monarque dépossédé, plus courageux qu'heureux, plus aimable que -grand. Enivrée des hommages dont elle était l'objet, elle s'imaginait -déjà être reine de France, et prévoyait peu que celui qu'elle refusait -dût régner un jour. Elle était bien loin de penser que, pour obtenir -une couronne qu'on ne pensait pas à lui donner, elle en perdait une qui -lui était offerte. Cependant, longtemps après, en écrivant ses -Mémoires, malgré les regrets que le souvenir de ces temps devait lui -faire éprouver, nous voyons qu'elle aimait à se rappeler le brillant et -joyeux carnaval de cette année, comme une des plus riantes époques de -sa vie. - - [453] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 275.--RETZ, t. XLV, p. 299, - 382.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 108.--PARFAICT, _Hist. du Théastre - françois_, t. VII, p. 289 à 319.--MONTPENSIER, t. XLI, p. - 299.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 108. - - [454] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 78. - - [455] MONTPENSIER, t. XLI, p. 121, 145, 146, 152, 155.--LORET, - _Muse historique_, liv. III, p. 17 (14 janvier 1652); p. 21 - (février).--_Vie de Jacques II, roi d'Angleterre, d'après les - Mémoires écrits de sa main_, 1819, in-8º, t. I, p. 69 à - 70.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 156. Conférez la troisième - partie de ces _Mémoires_, chapitre XIV, p. 239 et suiv. - -Madame de Sévigné ne prit part ni à ces intrigues ni à ces plaisirs. -Elle termina aussi promptement qu'elle put les affaires qui l'avaient -amenée à Paris, et elle repartit aussitôt pour aller dans sa terre des -Rochers se livrer à sa douleur, et passer dans la solitude les premiers -temps d'un veuvage qui ne devait finir qu'avec sa vie. Scarron, ami de -son mari, avait envoyé chez elle avant son départ, pour lui faire -connaître combien il regrettait que ses souffrances et ses infirmités -ne lui permissent pas d'aller lui faire en personne ses compliments de -condoléance. Il s'affligeait de ce qu'il était forcé de laisser -échapper, même dans cette triste occasion, le plaisir de la voir au -moins une fois avant de mourir. Madame de Sévigné, touchée de ses -regrets, et peut-être aussi flattée de ses louanges (car à cette époque -le pauvre Scarron, à l'apogée de sa réputation, était aussi le célèbre -Scarron), lui fit dire que puisqu'il ne pouvait venir chez elle, elle -lui promettait qu'aussitôt après son retour elle irait lui rendre -visite. C'est alors que Scarron la pria, dans le style burlesque qui -lui était familier, d'exécuter avant son départ une si séduisante -promesse, parce que plus tard il ne serait plus temps, attendu qu'il -serait mort. Madame de Sévigné partit, mais après avoir écrit à Scarron -de ne pas mourir avant son retour, et avant qu'elle l'eût vu. Cette -plaisanterie était permise avec un homme qui avait résolu de ne prendre -rien au sérieux, pas même la douleur, pas même la mort. Ce fut alors -qu'il lui écrivit la lettre suivante: - - -LETTRE DE SCARRON A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - - «Madame, - - «J'ai vécu de régime le mieux que j'ai pu, pour obéir au - commandement que vous m'avez fait de ne mourir point que vous ne - m'eussiez vu. Mais, madame, avec tout mon régime, je me sens tous - les jours mourir d'impatience de vous voir. Si vous eussiez mieux - mesuré vos forces et les miennes, cela ne serait pas arrivé. Vous - autres dames de prodigieux mérite, vous vous imaginez qu'il n'y a - qu'à commander: nous autres malades, nous ne disposons pas ainsi - de notre vie. Contentez-vous de faire mourir ceux qui vous voient - plus tôt qu'ils ne veulent, sans vouloir faire vivre ceux qui ne - vous voient pas aussi longtemps que vous le voulez; et ne vous en - prenez qu'à vous-même de ce que je ne puis obéir au premier - commandement que vous m'avez jamais fait, puisque vous aurez hâté - ma mort, qu'il y a grande apparence que pour vous plaire j'aurais - de bon cÅ“ur reçue aussi bien qu'un autre. Mais ne - pourriez-vous pas changer le genre de mort? Je ne vous en serais - pas peu obligé. Toutes ces morts d'impatience et d'amour ne sont - plus à mon usage, encore moins à mon gré; et si j'ai pleuré cent - fois pour des personnes qui en sont mortes, encore que je ne les - connusse point, songez à ce que je ferai pour moi-même, qui - faisais état de mourir de ma belle mort. Mais on ne peut éviter - sa destinée, et de près et de loin vous m'auriez toujours fait - mourir. Ce qui me console, c'est que si je vous avais vue, j'en - serais mort bien plus cruellement. On dit que vous êtes une - dangereuse dame, et que ceux qui ne vous regardent pas assez - sobrement en sont bien malades, et ne la font guère longue. Je me - tiens donc à la mort qu'il vous a plu de me donner, et je vous la - pardonne de bon cÅ“ur. Adieu, madame; je meurs votre - très-humble serviteur; et je prie Dieu que les divertissements - que vous aurez en Bretagne ne soient point troublés par le - remords d'avoir fait mourir un homme qui ne vous avait jamais - rien fait. - - Et du moins souviens-toi, cruelle, - Si je meurs sans te voir, - Que ce n'est pas ma faute. - - «La rime n'est pas trop bonne; mais à l'heure de la mort on songe - à bien mourir, plutôt qu'à bien rimer[456].» - - [456] _Les dernières Å’uvres de M. Scarron_, 1669, t. I, p. 21; - édit. de 1700, t. I, p. 12.--_Å’uvres de M. Scarron_, 1737, - in-12, t. I, p. 43. L'intitulé est: _A madame de Sévigny la - veuve_, selon la manière habituelle d'écrire ce nom - alors.--Conférez RICHELET, _Les plus belles Lettres françoises - sur toutes sortes de sujets, tirées des meilleurs auteurs, avec - les noms_; 4e _édition_, 1708, t. I, p. 50. - - - - -CHAPITRE XXII. - -1651. - - Réflexion sur l'état de l'âme quand un événement change notre - destinée.--Courage des femmes dans l'adversité.--Caractère de - madame de Sévigné.--Résolution qu'elle prend de consacrer sa vie - à ses enfants.--Réflexions qui ont dû la déterminer.--Grandeur de - son sacrifice.--Motifs tirés de la conduite de son mari.--Aveux - qu'elle fait sur les deux années les plus heureuses de sa - vie.--Ce qu'elle dit du temps de son existence écoulé depuis son - veuvage.--Elle se replace sous la tutelle de l'abbé de Livry.--Il - remet ses affaires en ordre.--Elle quitte les Rochers, et revient - à Paris à l'entrée de l'hiver.--Citation de la Gazette de Loret à - ce sujet.--Elle va rendre visite à Scarron.--Vers qu'il lui - adresse.--État de Paris lorsqu'elle y arriva.--Tumulte au - parlement le 21 octobre.--Lit de justice.--Majorité du roi - déclarée.--Déjà il sait dissimuler.--Il signe l'ordonnance du - rappel de Mazarin.--Position de la cour à l'égard de Condé.--La - reine mère se décide à le poursuivre.--Elle sort de Paris avec le - roi.--Le cardinal de Retz se trompe en croyant qu'il aurait pu - empêcher ce départ.--Quelle était la position du cardinal de Retz - à l'égard des partis.--Changements opérés dans les intentions et - les projets du président Molé et de la princesse Palatine.--Le - parti de Condé et celui de la Fronde s'affaiblissent.--Embarras - de la reine.--Conduite du parlement, ses désirs et ses - craintes.--Progrès de l'anarchie.--Preuve tirée de la conduite du - comte du Dognon.--Désordre dans les finances.--Mazarin rentre en - France, accompagné d'une armée.--Le parlement charge en vain le - duc d'Orléans d'exécuter ses arrêts.--Pourquoi le pouvoir - échappait au duc d'Orléans. - - -Quand un événement inattendu rompt subitement le cours de notre -destinée, notre âme, étonnée du coup qui la frappe, semble d'abord -douter d'elle-même, l'altération qu'elle éprouve réagit sur tout ce qui -nous environne. Le monde nous apparaît sous un nouvel aspect; toutes -nos illusions s'évanouissent. Dans nos longues rêveries, nous -soumettons à un nouvel examen nos idées, nos opinions, et même nos -affections. Nous interrogeons nos souvenirs; et le passé se montre -alors sous un jour tout nouveau. Il semble qu'après avoir terminé toute -une existence, avant d'en recommencer une autre, et de s'élancer vers -un douteux avenir, on éprouve le besoin d'examiner autour de soi le sol -sur lequel on se trouve transporté et les écueils qu'il faudra -surmonter dans cette nouvelle carrière où le sort nous précipite. Cette -nécessité réveille alors souvent en nous une puissance de réflexion, -une force de résolution, que nous n'avions jamais connues; notre nature -même semble changée. On a vu des individus soumis à une telle influence -acquérir tout à coup, comme par un don surnaturel, les qualités et les -vertus nécessaires à leur nouvelle vie. Pour justifier ces réflexions, -l'exemple d'hommes longtemps inconnus et médiocres sous des conditions -communes, qui soudainement, dans de grandes circonstances ou de grands -revers, ont montré un courage et déployé des facultés qu'on ne leur -aurait pas soupçonnés, ne manquerait pas; mais ces heureuses et -étonnantes métamorphoses sont peut-être encore plus fréquentes et plus -remarquables parmi les femmes; elles présentent du moins des contrastes -plus frappants, plus étonnants. Quelque timide que soit une femme, -quelque bornée même que soit son intelligence, il est rare qu'elle ne -surprenne pas ceux qui la connaissent par une énergie et une présence -d'esprit propres à la tirer des crises les plus difficiles, lorsqu'un -sentiment profond l'anime, et surtout lorsque c'est celui de l'amour -maternel. L'histoire nous en fournit d'illustres exemples. Plusieurs -reines régentes ont fait voir dans les orages de leur courte -administration une sérénité de caractère et une habileté dont peu -d'hommes eussent été capables. Mais les faits les plus décisifs en ce -genre ne sont pas ceux que l'histoire puisse consigner dans ses -annales, puisqu'ils ont surtout lieu dans les conditions privées, où -les sentiments naturels ont bien plus de force que dans les cours, que -parmi les grands, condamnés aux tourments de l'ambition et de l'envie. - -Madame de Sévigné, qui, sous une apparence de légèreté, joignait à une -sensibilité exquise une grande élévation d'âme, eut dans la solitude où -elle s'était renfermée tout le temps de faire les réflexions que lui -suggéraient sa nouvelle position et le malheur qu'elle venait -d'éprouver. Agée seulement de vingt-cinq ans; déjà célèbre par son -esprit, son amabilité, ses attraits; libre de choisir entre un grand -nombre de concurrents qui allaient se disputer sa main; assez versée -dans la connaissance du monde pour espérer de faire un bon choix, elle -pouvait, par un nouveau mariage, accroître sa fortune, et se promettre -un bonheur que son premier époux semblait ne lui avoir fait connaître -que pour lui en rendre la privation plus pénible. Mais elle se donnait -un maître, elle en donnait un à ses enfants; elle faisait tort à leur -fortune, si une nouvelle famille, résultant d'un nouvel hymen, -nécessitait la division de son bien en un plus grand nombre de parts. -Pouvait-elle se flatter alors de conserver les mêmes sentiments pour -les deux chères créatures sorties de son sein? Une tendresse plus -partagée serait-elle toujours aussi vive? Malgré ses résolutions, -pouvait-elle être certaine de ne pas préférer un jour les enfants d'un -mari vivant à ceux d'un mari qui n'existait plus, les enfants de celui -qui la rendait heureuse aux enfants de celui qui n'avait payé son -amour que par l'abandon et l'infidélité? N'est-ce pas d'ailleurs une -des nécessités comme un des bienfaits de la nature, que l'inclination -des mères pour leurs enfants soit toujours en raison des besoins qu'ils -ont d'elles, et que l'enfant le plus jeune, ou le plus débile, soit -toujours celui qu'elles préfèrent? Tout était donc en faveur des -derniers survenants, et au détriment de leurs aînés. Pouvait-elle, de -plus, espérer que le soin de plaire à un nouvel époux, les dissipations -du monde qui en seraient la conséquence, ne l'empêcheraient pas de -diriger l'éducation de ce fils et de cette fille, objets de toutes ses -affections, de toutes ses pensées? Qui sait si cette tendresse même ne -deviendrait pas une occasion de discorde et de contrariété entre elle -et son époux? si elle ne serait pas forcée, pour ne pas nuire à l'union -conjugale, de comprimer le plus fort comme le plus vertueux de tous ses -penchants? Si donc un nouveau mariage lui promettait des jouissances et -de la sécurité pour son avenir, il n'offrait pour ses enfants que -pertes et que dangers. Après avoir fait toutes ces réflexions, madame -de Sévigné n'hésita pas, et prit la résolution de se condamner toute sa -vie au veuvage, de consacrer à ses enfants toute son existence. -Lorsqu'on songe aux embarras de fortune que lui avait créés son mari, -aux domaines qu'il lui fallait régir, et qui se trouvaient aux deux -extrémités du royaume, à ses inclinations pour le plaisir, aux mÅ“urs -de cette époque, à tous les genres de séduction auxquels une jeune -femme de la classe élevée était sans cesse en butte, on ne peut -s'empêcher de reconnaître qu'il y eut dans la résolution de madame de -Sévigné un grand héroïsme maternel; et cette résolution, elle l'exécuta -de manière à se rendre digne de servir de modèle à toutes les mères. - -S'il est vrai d'affirmer que madame de Sévigné ne put trouver que dans -sa tendresse pour ses enfants la force nécessaire pour consommer un -sacrifice qui tant que dura sa jeunesse devait se renouveler à tous les -instants, cependant on peut croire aussi que la conduite que tint son -premier mari a pu lui faciliter ce sacrifice, en lui inspirant des -craintes pour un second mariage. Les témoignages irrécusables de Bussy -et de Tallemant ne nous laissent aucun doute qu'elle n'aimât son mari; -et nous avons vu précédemment que longtemps après elle ne put sans -s'évanouir supporter la vue de ceux qui avaient causé sa mort; mais -nous avons son propre témoignage pour nous convaincre qu'elle n'était -point aveugle sur ses défauts, et que si dans les premiers temps de -leur union elle a joui de quelque bonheur, ce bonheur fut passager. -Elle ressentit vivement la tyrannie dont plus tard il la rendit -victime. - -Trois ans seulement après la mort du marquis de Sévigné, dans une -lettre écrite le 1er octobre 1654, madame de Sévigné s'étonne que -Ménage lui ait parlé avec tant d'éloge du grand prieur de Malte, Hugues -de Rabutin, brave gentil-homme, dit son neveu de Bussy, mais brusque, -et d'une politesse telle qu'un corsaire en peut avoir[457]. Elle -rappelle que le marquis de Sévigné l'appelait toujours _mon oncle le -pirate_; et elle ajoute: «Il s'était mis dans la fantaisie que c'était -sa bête de ressemblance, et je trouve qu'il avait assez raison[458].» -Vers la fin de sa vie, en 1687, à l'âge de soixante ans, elle s'excuse -envers Bussy de ne pouvoir lui donner les dates des changements de -charge de son fils, et ajoute: «Je confonds quasi toutes les années, -parce qu'il n'y en a qu'une ou deux dans mon imagination qui aient -mérité d'y demeurer et d'y tenir place[459].» La curiosité de Bussy fut -excitée par cet aveu; et, dans la réponse qu'il lui fit, il l'interroge -ainsi: «Je voudrais bien savoir quelles sont les deux de vos années qui -méritent de rester dans votre mémoire. D'une autre que vous, je dirais -que c'est l'année où vous fûtes mariée, et celle où vous devîntes -veuve[460].» Madame de Sévigné lui répond: «Je n'avais retenu de dates -que l'année de ma naissance et celle de mon mariage; mais sans -augmenter le nombre, je m'en vais oublier celle où je suis née, qui -m'attriste et qui m'accable [parce qu'elle lui rappelle son âge], et je -mettrai à la place celle de mon veuvage, et le commencement d'une -existence qui a été assez douce et assez heureuse, sans éclat et sans -distinction: mais elle finira plus chrétiennement que si elle avait eu -de grands mouvements; et c'est en vérité le principal[461].» - - [457] BUSSY, _Mémoires_, t. II, p. 62, édit. in-12, 1721; t. II, - p. 274 de l'édit. in-4º. - - [458] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1er octobre 1654, t. I, p. 28, édit. - M.; t. I, p. 36, édit. G. de S.-G. - - [459] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (en date du 31 mai 1687), t. VII, p. - 446, édit. de M. - - [460] SÉVIGNÉ, _lettre de Bussy_, 4 juin 1687, t. VII, p. 419, - édit. de M. - - [461] SÉVIGNÉ, 17 juin 1687, t. VII, p. 454, édit. de M. - -Ainsi, madame de Sévigné n'eut jamais lieu de se repentir de la -résolution qu'elle avait prise. Aussitôt après la mort de son mari, -elle se remit sous la tutelle de l'excellent abbé de Livry, du moins -pour la gestion de ses affaires, qui étaient dans une grande confusion. -Après le gain de plusieurs procès et quelques années d'une sévère -économie, les dettes furent payées, les terres remises en bon état, et -l'ordre partout établi[462]. Cela se fit sans que madame de Sévigné -fût obligée de se retirer du monde. Elle y reparut même avant la fin de -son veuvage[463], et au milieu des événements qui occupaient alors -toute la France. Loret crut devoir annoncer, dans la _Gazette_ du 19 -novembre 1651, comme une nouvelle qui intéressait toute la capitale, le -retour de cette jolie veuve: - - Sévigné, veuve, jeune et belle, - Comme une chaste tourterelle - Ayant d'un cÅ“ur triste et marri - Lamenté monsieur son mari, - Est de retour de la campagne, - C'est-à -dire de la Bretagne; - Et, malgré ses sombres atours - Qui semblent ternir ses beaux jours, - Vient augmenter dans nos ruelles - L'agréable nombre des belles[464]. - - [462] SÉVIGNÉ, _lettre_ du 2 septembre 1687, t. VII, p. 470. - - [463] M. DE SAINT-SURIN, _Notice_, p. 61, dit à tort qu'elle ne - reparut qu'en 1654. - - [464] LORET, _Muse historique_, liv. II, t. I, p. 157. - -Fidèle à sa promesse, madame de Sévigné alla voir Scarron aussitôt -après son arrivée; ce qui lui valut, de la part du pauvre malade, ce -mauvais madrigal qui a été recueilli dans ses Å“uvres[465]: - - Bel ange en deuil qui m'êtes apparue, - Je suis charmé de votre vue: - Je ne l'aurais pas cru - Que vous fussiez de tant d'attraits pourvue. - Sont-ils de votre cru? - Ou, si l'on vous les vend, enseignez-moi la rue - Où vous prenez de si charmants attraits - Qui charment de loin et de près. - - [465] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, in-18, t. VIII, p. 427, - _Madrigal à madame de Sévigné_. - -Lorsque madame de Sévigné revint à Paris après huit mois d'absence, -tout y paraissait tranquille, et les habitants de cette grande -capitale, naguère si agités, ne semblaient penser qu'à leurs plaisirs: -mais c'était un calme entre deux tempêtes. Le parlement, les princes, -la cour, le cardinal Mazarin, occupaient tous les esprits; tous étaient -attentifs à leurs moindres actions; ils étaient les sujets de tous les -entretiens. Il semblait, dit madame de Motteville, que Paris était -toute la France[466]. On prévoyait, on redoutait de nouvelles crises. -Les partis venaient de se livrer à tous leurs emportements: effrayés de -leurs excès, ils négociaient, et cherchaient à éviter les maux où -devait les plonger la guerre civile; mais ils voulaient tous y parvenir -sans rien sacrifier de leurs prétentions. Comme ils étaient tous sans -bonne foi, sans conscience, ils ne pouvaient s'inspirer aucune -confiance; ils parlaient sans cesse de conciliation, ils tâchaient de -se tromper, de s'écraser mutuellement. L'arène de leurs débats, depuis -que les chefs de la Fronde s'étaient secrètement réunis avec la -cour[467], avait été transportée des rues et des places publiques dans -le sein même du parlement. Tout le monde avait été glacé d'effroi en -apprenant les détails de cette fameuse journée du 21 août, lorsque les -partisans du coadjuteur et ceux du prince de Condé, occupant, comme -deux armées en présence, tous les postes du Palais de Justice, au -dedans et au dehors, avaient tiré l'épée, et avaient été sur le point -de souiller le temple des lois par un affreux carnage[468]. Dans cette -journée, Gondi avait failli être écrasé entre les deux énormes -battants des portes de la grand'chambre, et poignardé par les ordres de -La Rochefoucauld. Peu après, Condé, irrité de voir que Gondi était le -seul obstacle qui empêchât le duc d'Orléans de se réunir à lui, résolut -de faire enlever ce prélat factieux et de le retenir en captivité. -L'habile Gourville se chargea de l'exécution de ce projet, qui n'avorta -que par une cause toute fortuite[469]. - - [466] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 271. - - [467] Ibid., _Mém._, t. XXXIX, p. 274. - - [468] Ibid., _Mém._, t. XXXIX, p. 267.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. - 293.--TALON, t. LXII, p. 242. - - [469] GOURVILLE, _Mém._, t. LII, p. 241.--LA ROCHEFOUCAULD, t. - LII, p. 101.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 193 et 197.--MOTTEVILLE, t. - XXXIX, p. 301, 320, 321. - -Gondi ne redoutait pas les émeutes populaires; courageux jusqu'à -l'imprudence, il prenait plaisir à se jouer des dangers qui lui étaient -interdits par son état: Condé, au contraire, accoutumé à de plus -illustres périls, s'indignait d'être exposé aux chances d'une si -ignoble lutte. Dominé par la crainte de succomber, il se hâta trop de -sortir de Paris. Son éloignement alarma la cour, mais rassura le -parlement et les bourgeois. Le parlement désirait la paix, les -principaux chefs de son parti la désiraient aussi; mais chacun d'eux se -trouvant dans une position à l'égard de la cour telle qu'ils ne -pouvaient traiter avec avantage pour eux-mêmes, ils opinèrent à la -guerre. Condé s'y résolut, quoique prévoyant qu'il serait abandonné de -ceux qui l'y entraînaient, si la fortune ne lui était pas -favorable[470]. Il refusa de se trouver avec les autres princes du sang -au lit de justice où la majorité du roi fut déclarée[471]. Cette -cérémonie, qui eut lieu le 7 septembre (1651), fut faite avec -éclat[472]. L'enfant-roi traversa à cheval les rues de Paris, escorté -de toute sa maison et de toute sa cour; mais le peuple, conservant -encore des rancunes et des dispositions factieuses, n'avait contemplé -qu'avec froideur ces premières pompes du règne le plus fastueux et le -plus glorieux de notre histoire. Cependant, de dessus son coursier que -sa jeune main gouvernait avec grâce, Louis XIV salua l'homme le plus -populaire du moment, le coadjuteur, qu'il aperçut à une fenêtre[473]. -Déjà le novice souverain savait pratiquer la dissimulation, qu'une -politique, qui se prend souvent dans ses propres piéges, enseigne comme -la première qualité de l'art de régner. - - [470] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 220.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, - p. 101.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 193 et 197.--MOTTEVILLE, t. - XXXIX, p. 301. - - [471] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 430.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. - 91.--TALON, t. LXII, p. 247. - - [472] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 186.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 278. - - [473] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 186.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. - 278.--Conférez t. XXIV de l'_Hist. de France en estampes_, - Bibliothèque royale. - -Le roi en commençant son règne confirma, par sa première ordonnance, -les arrêts du parlement qui bannissaient Mazarin; et les premières -lettres qu'il signa furent pour lui ordonner de revenir[474]. Il y eut -cependant un intervalle de deux mois entre ces deux actes. Anne -d'Autriche hésita longtemps à faire ce qu'elle désirait le plus. -Beaucoup plus puissante comme reine mère que comme reine régente, -désormais elle parlait au nom du roi, qui ne devait compte qu'à Dieu de -ses résolutions. Elle n'était plus dans la nécessité de se concerter -avec le lieutenant général du royaume ou avec le parlement. Elle était -résolue à poursuivre Condé dans son gouvernement de Guienne: il avait -fait, sans avoir pris les ordres du roi, des levées de troupes; et le -parlement l'avait déclaré rebelle, et criminel de haute trahison et de -lèse-majesté[475]. Ces actes de rébellion ouverte fournissaient à la -reine des prétextes pour sortir de Paris, et des moyens de soustraire -le roi à la domination des frondeurs. Le coadjuteur s'accuse fortement -d'avoir permis ce départ, et d'y avoir fait consentir le duc d'Orléans. -Il cite cet exemple pour prouver que dans les grandes crises d'État il -y a des moments d'erreur et d'aveuglement qui font commettre aux plus -habiles des fautes que les moins expérimentés auraient pu éviter; mais -il avoue qu'il désirait lui-même ce départ, sans lequel il ne pouvait -conserver son ascendant sur le duc d'Orléans[476]. Le cardinal de Retz -a écrit ses Mémoires comme les grands généraux leurs campagnes, en se -donnant tout le mérite des succès que le hasard a produits, en -assujettissant les faits aux règles de la stratégie. Il exagère ici -beaucoup la puissance qu'il avait à cette époque. Il lui eût été -difficile, et même impossible, d'empêcher la cour d'aller rejoindre -l'armée. L'état des choses était bien changé pour le coadjuteur et pour -la Fronde. Les intelligences du coadjuteur avec la cour étaient -connues; et sa nomination au cardinalat, qui révéla le but de tous les -mouvements qu'il s'était donnés, lui avait fait perdre beaucoup de sa -popularité[477]. Les bourgeois de Paris étaient fatigués d'une lutte si -nuisible à leur fortune et à la prospérité de leur ville. Ils -haïssaient toujours Mazarin, mais ils détestaient encore plus l'orgueil -insultant de Condé. L'influence du coadjuteur dans le parlement avaient -décliné encore plus que dans le peuple. Gondi ne comptait guère de son -parti qu'une vingtaine de jeunes gens des plus fougueux[478]. Le reste, -tout en admirant ses talents, n'avait aucune confiance en lui, et -redoutait son esprit factieux. Le premier président Matthieu Molé, qui -par ses vertus et sa courageuse résistance envers la cour, sa fermeté -au milieu des émeutes populaires, avait acquis sur sa compagnie une si -haute autorité, ne se montrait plus tel qu'il avait été dans la -régence. Il avait peu de biens, dix enfants, soixante et six ans, et -réprouvait également les factieuses prétentions des chefs de la Fronde -et la coupable ambition des princes. Toujours prêt à dire aux -dépositaires de l'autorité du roi de mâles vérités, il était décidé, -après ce devoir accompli, à plier sous la volonté de cette autorité -lorsqu'elle aurait prononcé. Il avait accepté les sceaux; et en s'en -allant rejoindre la cour, non-seulement il n'avait rien caché à sa -compagnie de ses résolutions, mais il avait usé de tout son ascendant -pour les lui faire partager: s'il n'y était pas entièrement parvenu, il -avait de beaucoup diminué la force et l'âpreté de l'opposition. La -princesse Palatine, toujours asservie au besoin de ses passions, -toujours nécessiteuse, s'était réunie sincèrement à la cour, dont elle -avait reçu cent mille écus, et qui avait, selon ses désirs, accordé les -finances au marquis de la Vieuville[479]. - - [474] MONGLAT, t. L, p. 294.--DUPLESSIS, t. LVII, p. 379. - - [475] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 460.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. - 192.--CHAVAGNAC, _Mém._, 1699, in-12, t. I, p. 113. - - [476] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 438. - - [477] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 322. - - [478] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 296.--RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. - 2. - - [479] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 142 à 154. - -Quoique mademoiselle de Chevreuse n'eût cessé d'aimer Gondi et qu'elle -lui fût restée fidèle, la duchesse, sa mère s'était arrangée -secrètement avec Mazarin; et sa défection devint manifeste et publique -lorsqu'elle quitta Paris, sous le prétexte d'aller conduire sa fille -abbesse à Pont-aux-Dames[480]. - - [480] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 300.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, - t. LII, p. 84. - -L'affaiblissement du parti de Condé était aussi rapide que celui de la -Fronde. Ce prince, après les ennuis de la captivité, aurait voulu jouir -des délices de son beau séjour de Chantilly; ses inclinations -guerrières fléchissaient sous les attraits de la volupté, dont son -amour pour la duchesse de Châtillon lui faisait éprouver toute la -puissance[481]. C'est avec regret qu'il avait été entraîné dans la -guerre civile; et pourtant le dépit et l'orgueil lui faisaient oublier -ses glorieuses victoires, son rang, sa patrie, ses propres intérêts. Il -se portait aux plus coupables extrémités. En vertu du traité qu'il -avait conclu avec les plus grands ennemis de la France, des vaisseaux -espagnols chargés de subsides et de munitions étaient entrés dans le -port de Bordeaux, au grand scandale des membres du parlement siégeant -en cette ville, le seul parmi tous les autres parlements du royaume qui -se fût ouvertement déclaré pour lui[482]. Il cherchait à traiter avec -Cromwell et à faire renaître le parti des protestants; mais ceux-ci -n'étaient nullement mécontents de Mazarin, qui, en habile ministre, -avait veillé à ce que les ordonnances rendues en leur faveur fussent -fidèlement exécutées. Ils résistèrent aux suggestions de Condé. -Cependant le parlement de Toulouse et celui de Provence avaient -enregistré les ordonnances qui déclaraient Mazarin rebelle. Le -parlement de Paris nourrissait contre lui des sentiments plus haineux -et plus hostiles encore; mais la crainte de son retour rendait -l'illustre compagnie plus prudente et plus politique que les autres, -et elle ménageait dans Condé le plus puissant ennemi d'un ministre -proscrit par ses arrêts[483]. - - [481] JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 184.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. - 296. - - [482] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 97. - - [483] RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 460.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 192. - -Cependant un grand nombre de ceux qui étaient jusque là restés fidèles -au parti du vainqueur de Rocroi l'abandonnèrent: quelques-uns, gagnés -par les places et les récompenses que la cour leur offrait; d'autres, -parce qu'après avoir sans scrupule résisté à la reine régente, ils se -considéraient comme criminels en portant les armes contre le roi, -déclaré majeur. Laigues, Noirmoutier, le maréchal de la Mothe, furent -de ce nombre[484]. Le duc de Bouillon même et Turenne refusèrent de se -joindre à Condé: le premier, parce qu'il espérait, par sa soumission à -l'autorité royale, rentrer plus promptement dans sa principauté de -Sedan; le second, parce que la cour lui offrit le commandement en chef -d'une armée. Bussy-Rabutin, auquel le prince de Condé avait écrit de sa -main le 15 septembre, pour l'inviter à venir le joindre, alla porter -cette lettre à la reine, et se rangea sous les drapeaux du roi: il -reçut l'ordre d'aller dans sa lieutenance de Nivernais, avec les -troupes qu'il avait sous son commandement[485]. - - [484] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 303 et 304.--GUY-JOLY, t. XLVII, - p. 185. - - [485] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 203, 205, 216 et 222 de - l'édit. 1721, in-12. - -L'armée royale, commandée par le comte d'Harcourt, remportait en toute -occasion la victoire sur les troupes de Condé[486]. Tout semblait -favoriser la reine, et cependant ses embarras et sa perplexité -augmentaient avec ses succès mêmes. Elle désirait par-dessus tout -rappeler le cardinal Mazarin; mais elle ne se déguisait pas que par la -rentrée du ce ministre l'inflammation des esprits arrêterait les -progrès de l'armée royale, et jetterait un grand nombre de personnes -dans le parti de Condé; tandis qu'en continuant à poursuivre ses -avantages contre ce prince, il n'était pas douteux qu'elle ne le forçât -promptement à la soumission, aux conditions qu'il lui plairait de lui -imposer; mais alors elle craignait que les ministres qu'elle avait -nommés (Châteauneuf, Le Tellier, Lyonne et Brienne), après avoir rendu -au pays et à la couronne un aussi grand service que de mettre fin à la -guerre civile, n'eussent assez de crédit et d'autorité pour se -maintenir, malgré elle, au timon des affaires, à l'exclusion de -Mazarin, qu'ils détestaient[487]. Elle savait que ses ministres, en lui -faisant ainsi violence pour maintenir l'exil du cardinal, acquerraient -dans toute la France une immense popularité; et qu'ils étaient certains -d'être appuyés par la noblesse, les princes, le duc d'Orléans, les -parlements. - - [486] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 327. - - [487] NEMOURS, _Mém._, t. XXXIV, p. 519.--BRIENNE, t. XXXVI, p. - 187.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 299.--DUPLESSIS-PRASLIN, t. LVI, - p. 336, 374, 375 et 386.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 113. - -Durant ces dissensions et ces temporisations, les Espagnols avaient -repris presque toutes les villes que Condé leur avait précédemment -enlevées[488]. L'anarchie croissait. De simples commandants de place se -rendaient indépendants, levaient des taxes, et soumettaient par la -crainte le pays qui les environnait. Le désordre était dans les -finances, et l'on était sur le point de suspendre le payement des -rentes à l'hôtel de ville[489]. - - [488] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 299.--MONGLAT, t. LII, p. 300. - - [489] TALON, t. LXII, p. 294. - -Pour se tirer de tous ses embarras, ou du moins pour mettre un terme à -ses incertitudes et à ses anxiétés, la reine se résolut à rappeler -auprès d'elle son ministre. Les nouveaux arrêts rendus par le parlement -de Paris pour empêcher le retour de Mazarin contribuèrent encore à -l'affermir dans sa résolution. Elle s'indignait que cette compagnie de -juges et de légistes eût la prétention de s'immiscer dans le -gouvernement du roi, déclaré majeur. L'éloignement du cardinal avait-il -pacifié le royaume? avait-il remédié à l'orgueil des grands, à la -morgue et aux prétentions des parlements, à l'insolence de la Fronde? -Point. C'est depuis lors, au contraire, que le roi avait été menacé, -tenu prisonnier dans son palais, et qu'il avait été obligé de -s'éloigner de la capitale pour pouvoir agir en liberté[490]. - - [490] DUPLESSIS-PRASLIN, t. LVII, p. 376 et 377. - -Par ces considérations, la reine se décida à donner les ordres -nécessaires pour le rappel de Mazarin. L'émotion du parlement de Paris -à cette nouvelle alla encore au delà de ce qu'on aurait pu prévoir. Par -un arrêt[491], il confirma celui par lequel il avait déjà prononcé -l'exil de Mazarin; il défendit à tous les gouverneurs et commandant de -place de le recevoir[492]; il ordonna à tout sujet du roi du lui courir -sus; il fit vendre à l'encan son riche mobilier, sa nombreuse et -précieuse bibliothèque[493], et enfin il mit sa tête à prix; genre -d'atrocité qu'on s'interdisait même contre les pirates[494]. Ces -mesures ne l'effrayèrent pas, il entra en France; et dans une lettre à -la reine, datée de Pont-sur-Yonne, le 11 janvier 1652, il écrivit: «On -me mande que quantité d'assassins sont partis de Paris pour -entreprendre contre le cardinal, après avoir reçu la bénédiction de M. -de Beaufort; mais Dieu le garantira. Je vous promets qu'il n'appréhende -rien, et qu'il fait le voyage avec la tranquillité d'esprit que ce -porteur vous pourra dire[495].» - - [491] _Arrest de la cour du parlement, donné contre le cardinal - de Mazarin, publié le trentième décembre mil six cent cinquante - et un. A Paris, par les imprimeurs du roy, M. DC. LI, avec - privilége de Sa Majesté_; sept pages in-4º. - - [492] TALON, t. XLII, p. 295, 305.--ANQUETIL, _Intrigue du - cabinet_, t. IV, p. 134. Voir les arrêts des 7 et 8 février, 11 - mars, 2 et 8 août. - - [493] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 6, _lettre_ 1, en - date du 14 janvier 1652. Il y avait 700 romans, 550 comédies, 330 - tragédies. - - [494] TALON, t. LXII, p. 305. - - [495] _Lettres du cardinal_ MAZARIN _à la reine, à la princesse - Palatine_, etc., pendant sa retraite hors du France, en 1651 et - 1652, avec notes et explications par Ravenel; Paris, 1836, - in-8º, p. 484. - - - - -CHAPITRE XXIII. - -1651-1652. - - Réflexions sur le sentiment produit par un événement redouté et - longtemps différé.--Surprise qu'occasionne la nouvelle de - l'entrée de Mazarin en France.--Le parlement envoie des - commissaires pour arrêter sa marche.--Conduite du duc - d'Orléans.--Condé organise la guerre civile avec des moyens - insuffisants.--Le parti des princes s'unit à la - Fronde.--Intrigues de Gondi.--Il est en défiance au - peuple.--Mazarin et la reine intriguent contre lui en cour de - Rome.--Il les déjoue.--Efforts que font les ministres pour - conserver leurs places.--Rôle que jouent les acteurs - secondaires.--Détails sur Nemours, Beaufort, la duchesse de - Châtillon, le prince de Conti, la duchesse de Longueville.--Le - parti du duc d'Orléans, aussi divisé que celui de la - Fronde.--Désastres et famine qui sont les résultats de la guerre - civile.--Conférences pour la paix. - - -Il n'y a pas de sentiment plus élastique que l'espérance: le moindre -véhicule suffit pour soulever le poids qui le comprime, et lui rendre -toute son expansion. Lorsqu'une calamité que tout le monde considère -comme inévitable et imminente se trouve seulement retardée, on se -persuade aussitôt que les causes qui devaient l'amener s'affaiblissent -ou ont disparu; on calcule toutes les chances qui lui sont contraires, -on ferme les yeux sur celles qui la favorisent; tous les délais -ajoutent à la confiance, et si ces délais se prolongent, on finit par -se rassurer. On ne croit plus à un danger qui a inutilement et -longtemps fatigué nos prévisions; on s'habitue à un orage qui gronde -sans cesse, sans jamais éclater. On s'arrange comme si on n'avait plus -rien à en craindre: et quand la foudre tombe et frappe, elle surprend -et accable ceux-là même qui avaient le plus formellement annoncé sa -prochaine détonation, et qui s'étaient prémunis contre les périls de sa -chute. - -Cette vérité se fit surtout sentir lorsque Mazarin rompit son ban, et -entra en France, suivi d'une armée qu'il amenait, disait-il, au roi, -pour l'aider à combattre les rebelles, mais qui était plutôt destinée à -protéger la personne de son ministre[496]. On savait depuis longtemps -que des lieux où la cour, sans cesse ambulante, faisait temporairement -sa résidence, et de Bruhl, où s'était retiré Mazarin, partaient et -arrivaient sans cesse des personnes qui avaient toute la confiance de -la reine et du cardinal. Les noms de ces messagers même n'avaient pu -être cachés; on n'ignorait pas qu'ils étaient au nombre de quatre: -Bartet, Brachet, Milet et l'abbé Fouquet; et la singulière similitude -des finales de leurs noms avait fait dire plaisamment au duc d'Orléans -que désormais il fallait changer une des règles du rudiment de -Despautère sur les genres, et mettre: «Omnia nomina terminata in _et_ -sunt _mazarini_ generis.» (Tous les noms qui se terminent en _et_ sont -du genre mazarin.) L'intelligence de la reine avec le ministre proscrit -n'était donc plus un mystère[497]. On se doutait qu'aucune mesure -importante n'était résolue dans le conseil sans que la reine eût reçu -l'avis du cardinal; on s'était aperçu que si l'on y prenait une -résolution contraire à ses secrètes instructions, des ordres cachés en -empêchaient l'exécution. Cependant, lorsque, après la déclaration de la -majorité du roi, Condé eut levé l'étendard de la révolte, il se vit -abandonné de presque toute la France[498]. Les mesures de Châteauneuf -et de Villeroi furent si bien prises, que le cabinet acquit plus -d'influence et d'autorité; le gouvernement du roi se raffermit; il -marcha pour la première fois de concert avec le parlement. La reine -parut se confier à ses ministres. On ne la vit plus avoir si souvent -recours aux conseils du cardinal; elle dit même aux plus intimes amis -de Mazarin, que celui-ci avait habilement placés près d'elle, qu'on ne -pouvait pas penser encore à le rappeler, et que son retour devait être -différé, au moins jusqu'à l'entière réduction de Condé et de son parti. -Les ministres, qui s'appuyaient sur le besoin qu'on avait d'eux, mais -dont aucun ne pouvait prétendre à la suprématie ou aux priviléges de la -faveur, introduisirent dans le conseil le prince Thomas de Savoie, -guerrier assez distingué, mais non heureux; d'un sens assez droit, mais -borgne, sourd, et pesant: il ne pouvait donner aucun ombrage à ceux qui -exerçaient le pouvoir[499]. Cousin germain de la reine, elle avait en -lui toute confiance; et la présidence du conseil, que les ministres lui -déféraient, convenait également à son rang, à sa naissance, à sa -réputation d'intégrité, à sa position à la cour. Toutes les dépêches se -signaient en sa présence; «et il fut, dit madame de Nemours, favori, et -presque premier ministre, sans qu'il en eût seulement le moindre -soupçon.» - - [496] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 3, _lettre_ 1, en - date du 7 janvier.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 317 et - 320.--BRIENNE, t. XXXVI, p. 98.--_Nemours_, t. XXXIV, p. 519 et - 520. - - [497] LA FARE, _Mém._, t. LXV, p. 163.--Depuis que ceci a été - écrit, la correspondance de Mazarin avec la reine a été publiée - par la Société de l'Histoire de France: _Lettres du cardinal - Mazarin à la reine_, etc., 1836, in-8º. Nous l'avons déjà - plusieurs fois citée. - - [498] LORET, _Muse hist._, t. III, p. 52. Lettre du 21 avril - 1652. - - [499] NEMOURS, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 517 et 519. - -Un tel état des choses rassurait tout le monde contre le retour, au -moins prochain, du cardinal Mazarin. L'on espérait bien qu'après -l'entière extinction de la révolte de Condé, le concours de tous les -ordres de l'État, des princes et des ministres, empêcherait pour -toujours ce retour, et qu'on ne reverrait jamais en France cet étranger -proscrit par tous les parlements, devenu odieux à tous les partis. - -Telle était à cet égard la disposition des esprits, lorsqu'on apprit -tout à coup qu'il était rappelé; qu'il s'avançait dans l'intérieur du -royaume, et que, de plus, un arrêt du conseil d'en haut (mot nouveau, -et dont s'offensaient les défenseurs des libertés publiques) avait -cassé l'arrêt que le parlement de Paris venait de rendre pour le -repousser[500]. - - [500] _Recueil des arrêts_, etc.: arrêt du parlement du 29 - décembre 1651; arrêt du conseil d'en haut du 18 janvier - 1652.--_Gouvernement de France justifié par l'ordre des temps, - servant de réponse au prétendu arrêt de cassation du conseil, du - 18 janvier 1652_; in-4º, 41 pages. - -Il suffit de connaître le caractère fougueux et emporté de la nation -française pour concevoir quelle fut, à cette nouvelle si inattendue, la -fureur générale. Tous les partis se reformèrent instantanément, et -semblaient avoir acquis plus de violence. Les nobles, le peuple, le -parlement, les partisans des princes, ceux de la Fronde, n'eurent plus -qu'un seul sentiment, qu'un seul intérêt, qu'un seul cri, l'expulsion -de Mazarin. La cour même et la plus grande partie des royalistes[501] -formaient en secret le même vÅ“u; plusieurs le manifestaient -hautement, se croyant certains que Mazarin ne pourrait jamais résister -à cette unanimité de haine, à cet accord d'opposition de tous contre -un seul[502]. - - [501] LORET, liv. III, p. 14 et 15. Lettre du 28 février 1652. - - [502] DUPLESSIS, _Mém._, t. LVII, p. 38.--ANQUETIL, t. IV, p. 10. - -Mais ce torrent qui s'élançait avec tant d'impétuosité, et avec un -fracas capable de faire croire à quiconque le considérait de loin qu'il -allait tout submerger, se dispersait après sa chute dans un si grand -nombre de lits différents, et se subdivisait en tant de petites -rigoles, que vu de près il cessait de paraître redoutable. - -C'est qu'aucun événement peut-être ne produisit une péripétie plus -grande que celle qu'occasionna le retour de Mazarin en France. Tous les -partis se trouvèrent par là placés dans des positions si bizarres et si -monstrueuses; les intérêts particuliers, les passions, les haines des -différents acteurs de ce grand drame firent éclore subitement une telle -multitude d'intrigues, que, malgré les dépositions et les aveux de -presque tous ceux qui y jouèrent les principaux rôles, et les minutieux -détails où ils sont entrés dans leurs Mémoires, les historiens n'ont -pas su les démêler toutes, et par conséquent n'ont pu les exposer avec -clarté. - -Le parlement rendait des arrêts[503] et envoyait des commissaires pour -arrêter Mazarin dans sa marche; mais en même temps, instruit par le -passé et en garde contre les funestes résultats de ses emportements, -redoutant les princes et leur domination, il ne voulait pas qu'aucune -atteinte fût portée aux droits du roi. Il refusait d'autoriser la -saisie des deniers publics[504], et il interdisait toute levée de -soldats qui n'était pas faite au nom du roi; ce qui était accorder au -seul Mazarin la faculté de se recruter[505]; le parlement s'effrayait à -la seule proposition d'un arrêt d'union avec les autres cours -souveraines, croyant déjà voir par là renouveler les scènes -tumultueuses de la première Fronde. Cependant il implorait en même -temps l'appui du duc d'Orléans, et il acceptait le secours des troupes -qui étaient à sa disposition. Pourtant Gaston, ayant cessé d'être -lieutenant général, ne pouvait légalement lever des troupes et -commander une armée sans le consentement du roi, devenu majeur. Le -parlement proscrivait Condé et ses adhérents, qui s'étaient armés pour -repousser Mazarin. Le duc d'Orléans, de son côté, aurait voulu s'unir -intimement au parlement, et ne pas enfreindre les lois du royaume[506]: -il faisait alliance avec Condé, et se compromettait pour lui, en -prenant sous sa protection les troupes que Nemours avait été chercher -en Flandre chez les Espagnols[507]. Tout en détestant l'étranger, il -favorisait l'exécution du traité que Condé avait contracté avec lui; il -s'en rendait complice. Il dissimulait avec les amis des lois, qui -avaient mis en lui toutes leurs espérances, et ne répondait que par des -subterfuges et des assertions mensongères aux discours éloquents du -vertueux Talon. Il se trouvait entraîné dans toutes ces démarches par -la nécessité de pourvoir au plus pressé, en repoussant Mazarin; mais -comme il ne craignait rien tant que l'élévation de Condé en le -secondant contre Mazarin, il cherchait à lui nuire dans le parlement, -dans le peuple, et dans son propre parti. - - [503] TALON, _Mém._, t. LXIX, p. 305, 326.--NEMOURS, t. XXXIV, p. - 521. - - [504] MONTPENSIER, t. XLI, p. 3.--RETZ, t. XLVI, p. 6, 14, 17. - - [505] TALON, t. LXIX, p. 326. - - [506] RETZ, t. XLVI, p. 13.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 317, - 330.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 110.--RETZ, _Mém._, t. XLVI, - p. 24, 30. - - [507] TALON, _Mém._, t. LXIX, p. 317 et 318.--LA ROCHEFOUCAULD, - t. LII, p. 110. - -Condé, entraîné à organiser la guerre civile avec des partisans divisés -entre eux, d'une fidélité douteuse, fut obligé de combattre, avec des -recrues à peine instruites, à peine enrégimentées, les meilleures -troupes de l'Europe[508], celles-là même qui avaient vaincu sous lui. -Il lui fallut soutenir son parti par sa seule personne, faire taire -toutes ses répugnances, changer toutes ses anciennes combinaisons, -toutes ses habitudes. Il voulait dominer, et arracher des places et de -l'argent pour une noblesse altière et avide qui se dévouait pour le -servir; et tous les moyens lui semblaient bons, parce qu'il éprouvait -le besoin d'avoir recours à tous. L'adversité le mettait dans la -nécessité de faire violence à son caractère, naturellement impérieux, -peu affable, impatient de toute contrainte[509]. Proscrit par le -parlement de Paris, il cherchait à s'en faire un appui, en s'associant -à lui dans sa haine contre Mazarin. Détesté de la reine, qu'il avait -outragée, il négociait en secret avec elle; et pour la gagner, il -consentait à la rentrée de Mazarin en France et à son maintien au -ministère, mais avec de telles conditions, que si on les avait -acceptées, le roi se serait trouvé sous sa domination. Ennemi personnel -de Gondi, il concluait un traité avec le duc d'Orléans, par lequel il -consentit que Gondi restât son conseil et conservât toute sa confiance. -Plein de mépris pour toutes les influences populaires, il cherchait à -se faire un parti dans la Fronde, et donnait à celui qui en était le -chef, au duc de Beaufort, le commandement d'un de ses corps de troupes. - - [508] RETZ, t. XLVI, p. 52. - - [509] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 318.--CHAVAGNAC, _Mém._, 1699, - in-12, t. I, p. 131. - -De son côté, la Fronde, ou les populations bourgeoises qui la -formaient, se montraient également opposées à Mazarin et aux princes. -Il faut cependant en excepter Bordeaux, où ces derniers s'étaient -retires, et s'étaient formé un parti; mais ils n'étaient pas les -maîtres de cette ville, et c'était plutôt la haine contre le duc -d'Épernon, que leur inclination pour les princes, qui avait poussé les -Bordelais à la révolte. Les autres principales villes du royaume -eussent montré, si elles en avaient eu l'occasion, les mêmes -dispositions que Paris et Orléans, qui toutes deux, en haine de Mazarin -comme de Condé, refusèrent l'entrée de leurs remparts aux troupes du -roi ainsi qu'à l'armée des princes. Cependant l'esprit d'opposition -protestante qui dominait dans le midi fit beaucoup de partisans à Condé -dans cette partie de la France; et Chavagnac nous apprend qu'il n'eut -pas alors plus de peine à lever un régiment pour ce prince que si c'eût -été pour le roi[510]. Il eût fallu au peuple des chefs puissants, pour -qu'il pût intervenir entre ces ambitions rivales d'une manière utile -pour lui; mais tous ceux qui auraient pu se mettre à sa tête, tels que -le duc de Bouillon et Turenne, s'étaient rangés du côté de la cour. En -général, presque tous les grands personnages politiques de cette époque -avaient des intérêts différents de ceux des partis qu'ils avaient -embrassés. Voilà pourquoi on ne peut démêler les fils de ce drame -compliqué qu'en entrant dans les détails de la vie privée de chacun des -principaux acteurs, et en s'instruisant des motifs qui les faisaient -agir. - - [510] CHAVAGNAC, _Mémoires_, 1699, in-12, t. I, p. 113, 141. - -Gondi, dont la nomination au cardinalat n'était pas encore confirmée -par le pape, agissait de manière à ce que la cour n'eût aucun prétexte -pour la révoquer. Quoiqu'il n'eût point cessé de fréquenter l'hôtel de -Chevreuse, il savait qu'il n'y était plus sur le même pied -qu'auparavant; il n'ignorait pas que la duchesse de Chevreuse, -entraînée par des nécessités de fortune dans le parti de Mazarin, ne se -conduisait plus que par les conseils de l'abbé Fouquet; que sa fille, -jalouse de la princesse Palatine[511], et irritée des fréquentes -visites qu'il lui avait faites, avait, par dépit et par vengeance, -redit à la reine les plaisanteries qu'il s'était permises sur son -compte. Ainsi Gondi, ayant dans Mazarin et dans Anne d'Autriche deux -ennemis personnels, ne pouvait les empêcher de lui nuire qu'en -continuant de se montrer pour la cour un allié fidèle, mais prêt à être -un antagoniste redoutable si on l'y contraignait, en manquant aux -promesses qui lui avaient été faites. C'est pourquoi il s'attachait à -se rendre maître de l'esprit du duc d'Orléans, et qu'il le fit résoudre -à armer contre Mazarin et à réunir ses troupes à celles de Condé[512]. -Il aurait bien désiré exercer sur le parti dont celui-ci était le chef -la même influence que sur celui d'Orléans; mais l'aversion que les -dernières luttes avaient fait naître à son égard dans le cÅ“ur de -Condé n'était pas le seul obstacle qui s'y opposait. La Rochefoucauld, -Chavigny, la duchesse de Longueville, avaient tous trois l'ambition de -diriger ce parti; et quoiqu'ils ne fussent pas toujours d'accord entre -eux, ils l'eussent été pour empêcher que Gondi, qu'ils haïssaient et -dont ils redoutaient les talents, pût entrer en partage de l'ascendant -qu'ils avaient pris dans le conseil de Condé[513]. Aussi Gondi, -quoiqu'il cherchât à rendre l'armée commandée par Condé assez forte -pour repousser celle de Mazarin, s'efforçait d'un autre côté à ruiner -le parti de ce prince dans le parlement et dans le peuple. Pour cet -effet il s'était étroitement uni avec la princesse Palatine et avec -madame de Rhodes: celle-ci avait fait nommer le maréchal de l'Hospital, -son beau-père, au gouvernement de Paris; et Gondi disposait du prévôt -des marchands, son ami intime[514]. Ainsi toutes les hautes autorités -de la capitale étaient dévouées à la cour et à Gondi; mais les agents -de Condé animaient le peuple contre Gondi[515]: de sorte qu'il n'osait -plus sortir qu'entouré d'une escorte de gentils-hommes armés qui -faisaient partie de sa maison ou qui s'étaient déclarés ses -partisans[516]. - - [511] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 208 à 211. - - [512] RETZ, t. XLVI, p. 55.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 210. - - [513] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 211. - - [514] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 207, 208.--TALON, t. LXII, p. 851. - - [515] RETZ, t. XLVI, p. 30, 33, 49. - - [516] LORET, liv. III, p. 46; _Gazette_ du 7 avril 1652. - -Ces divisions parmi les frondeurs occasionnaient des émeutes, où, selon -sa coutume, la populace ne distinguait ni amis ni ennemis. Ainsi l'on -se jeta sur le carrosse de la comtesse de Rieux, quoique son mari se -fût déclaré contre Mazarin[517]; on attaqua celui du président -Thoré[518]; le marquis de Tonquedec, ami de madame de Sévigné, fut -dépouillé et outragé; on voulait piller l'hôtel de Nevers, qui -appartenait à Duplessis-Guénégaud, bien connu pour être partisan de -Mazarin[519]. Le peuple maltraitait les personnes qui par ruse -cherchaient à sortir de Paris; il poursuivit pour ce motif deux filles -de la reine, Ségur et Gourdon, leur enleva tout ce qu'elles emportaient -avec elles, et voulait brûler la maison où elles s'étaient -réfugiées[520]. Elles furent obligées de se faire reconduire au -Luxembourg, chez le duc d'Orléans, qui leur donna les moyens d'aller -rejoindre la cour. Les duchesses de Bouillon et d'Aiguillon coururent -aussi les plus grands dangers en faisant une semblable tentative[521]. -Dans le même temps la populace forçait les portes de la Conciergerie; -et tandis que les prisonniers et les criminels étalent ainsi rendus à -la liberté, Paris était devenu pour ses habitants les plus inoffensifs -une vaste prison. - - [517] RETZ, t. XLVI, p. 48 et 70. - - [518] LORET, liv. III, p. 86 et 88, du 23 et 25 juin 1652. - - [519] GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 213, 214.--TALON, _Mém._, t. - LXII, p. 151.--CONRART, t. XLVIII, p. 55, 56, 59. - - [520] LORET, liv. III, p. 69, 70; du 26 mai 1652. - - [521] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 66; du 19 mai - 1552.--CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 56. - -Des raisons d'étiquette et de préséance empêchaient Gondi de siéger au -parlement jusqu'à ce que sa nomination au cardinalat eût été confirmée; -mais sa double opposition contre Mazarin et contre Condé, -l'affaiblissement de son crédit parmi le peuple, lui avaient fait -regagner toute son influence sur cette puissante compagnie; et il -l'exerçait par le moyen du duc d'Orléans, qui avait une grande facilité -d'élocution, et dont il dirigeait toutes les démarches. Toutefois, -l'ascendant que Gondi avait reconquis sur le parlement était accompagné -de beaucoup de défiance. On redoutait les entraves que ses intérêts -privés pouvaient apporter à la pacification générale, que l'on désirait -vivement. Il fut sur le point de manquer le but qu'il se proposait par -toutes ces manÅ“uvres. Mazarin et la reine avaient fait écrire par le -roi au pape pour révoquer sa nomination au cardinalat; et ils avaient, -en envoyant cette dépêche au bailli de Vallançay, l'ambassadeur de -France à Rome, autorisé celui-ci à solliciter le chapeau pour lui-même. -Le ressentiment des obstacles que Gondi apportait à la réconciliation -de Gaston avec la cour, et des conseils qu'il avait donnés à celui-ci, -avait été la cause de cette nouvelle détermination de Mazarin et de la -reine. On faisait valoir auprès du pape, pour la justifier, les -liaisons de Gondi avec les jansénistes et la licence de ses mÅ“urs: -ces deux motifs publics et notoires semblaient ne devoir laisser aucun -doute sur l'issue de cette affaire, car déjà les jansénistes, devenus -assez puissants pour paraître redoutables, étaient détestés à -Rome[522]. Cependant Innocent X, instruit secrètement du contenu de la -dépêche de la cour de France avant qu'on ne la lui eût fait connaître -officiellement, se hâta de tenir un conclave le 22 février 1652, et y -préconisa Gondi au cardinalat; de sorte que la cour de France se vit -forcée de considérer sa révocation comme non avenue, de supprimer la -dépêche envoyée à son ambassadeur, et de paraître satisfaite de la -confirmation de sa propre nomination[523]. Ce résultat fut produit par -l'antipathie personnelle du pape contre Mazarin, qu'il avait connu à -Rome avant son élévation; par l'opinion qu'on avait en Italie de la -prochaine et inévitable chute de ce ministre; et encore plus peut-être -par une révolution de palais qui substitua à l'influence qu'exerçait la -princesse Olympie, celle de la princesse Rossane, qu'avait épousée le -neveu du pape, et que Gondi avait su gagner par des présents. L'abbé -Charrier, son agent principal à Rome, sut mettre habilement à profit -tous ces moyens, et conduisit avec adresse cette négociation, dont le -succès causa une surprise générale. - - [522] GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 208. - - [523] LORET, t. III, p. 33, _lettre_ du 3 mars 1652.--BRIENNE, t. - XXXVI, p. 205.--RETZ, t. XLVI, p. 40.--MONGLAT, t. L, p. - 328.--NEMOURS, t. XXXIV.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 207. - -On ne peut s'empêcher de reconnaître que le cardinal de Retz déploya -dans le cours de tous ces événements de prodigieux talents. On s'étonne -de la multiplicité de ses combinaisons, mais on peut douter qu'elles -fussent bien réfléchies et toutes propres à concourir au but. Il -s'était aliéné la duchesse de Chevreuse et la princesse de Guémené, -qui, aussi, s'était tournée du côté de la cour. Il avait offensé la -reine, exaspéré Mazarin; il excitait la défiance du parlement; il ne -satisfaisait pas les frondeurs, n'obtenait du duc d'Orléans, et avec -des peines infinies, qu'une confiance imparfaite[524]; et enfin il -s'était fait du vainqueur de Rocroi et de Lens un ennemi mortel[525]. -Il semblait que Gondi ne se trouvât bien que dans les agitations et les -intrigues, et qu'il se plût à les faire naître; semblable à ces -gladiateurs qui appellent des adversaires au combat, et aiment à en -voir accroître le nombre, afin de faire admirer plus longtemps leur -adresse et leur énergie dans la lutte. Gondi, emporté par la fougue de -ses passions, leur sacrifiait trop souvent ses intérêts; Mazarin, sans -haine comme sans affection, ne se laissait jamais distraire des -siens[526]. - - [524] RETZ, t. XLVI, p. 55.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 212. - - [525] MONGLAT, t. L, p. 338. - - [526] DUPLESSIS, _Mémoires_, t. LVII, p. 384.--LA FARE, t. LXV, - p. 144. - -Châteauneuf, aussitôt après l'arrivée de Mazarin à Poitiers, avait pris -le parti de la retraite[527]; et depuis le retour du premier ministre -on remarqua plus d'ensemble et plus de secret dans les résolutions du -conseil; ses résolutions furent suivies d'une plus rapide exécution. -Chavigny, à Paris, s'était fait l'agent du parti de Condé. Une ambition -plus élevée que celle de la réussite de ce parti le faisait agir. -Chavigny, formé aux affaires par Richelieu, et pour lequel ce grand -homme avait une tendresse toute paternelle, ne pouvait oublier que -Mazarin lui devait son élévation[528]. Appelé un instant au ministère -par la politique d'Anne d'Autriche, Chavigny voulait y rentrer. Il -était le plus redoutable ennemi de Gondi, et comme chef du parti de -Condé, et comme lui disputant la confiance de Gaston, sur l'esprit -duquel Chavigny avait de l'influence. De concert avec le duc de Rohan, -la duchesse d'Aiguillon et Fabert, il forma le dessein d'un traité -entre les princes et Mazarin; et au moyen de l'alliance que Condé avait -formée avec les Espagnols, il voulait conclure ensuite la paix -générale. Comme alors il eût été le principal négociateur de cette paix -et le premier auteur d'un si grand bienfait, il espérait acquérir par -là une autorité assez grande dans le cabinet et dans les conseils pour -expulser Mazarin et prendre sa place. Mais Condé s'aperçut bientôt que -Chavigny, dans ses conférences avec le premier ministre, ne se -conformait pas à ses instructions; il lui retira sa confiance, et, sans -l'en prévenir, il se servit pour ces négociations de Gourville, de La -Rochefoucauld et de la duchesse de Châtillon[529]. - - [527] DUPLESSIS, _Mém._, t. LVII, p. 381.--LORET, liv. III, p. - 20, _lettre_ du 11 février 1652. - - [528] CONRART, t. XLVIII, p. 69.--MONGLAT, t. L, p. 338. - - [529] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 128, 148, - 150.--CONRART, t. XLVIII, p. 70. - -Les acteurs secondaires de ce grand drame n'offraient pas moins de -diversité dans les motifs de leurs actions. Beaufort, qui commandait -les troupes de Gaston, et Nemours celles du prince de Condé, quoique -beaux-frères, affaiblissaient par leurs divisions une armée que leur -concorde aurait pu rendre redoutable. La nécessité des opérations -militaires exigeait qu'ils s'éloignassent de Paris; et ils aimaient au -contraire à s'y montrer à leurs maîtresses revêtus de l'uniforme de -général et munis du bâton de commandement[530]. Beaufort, comme chef de -la Fronde, autrefois d'accord en tout avec Gondi, maintenant le -contrariait dans toutes ses mesures. Le prince de Conti, auquel son -frère n'avait pu se dispenser de donner une autorité au moins nominale, -avait presque toujours été gouverné par sa sÅ“ur la duchesse de -Longueville, au point de donner cours à des bruits et à des libelles -outrageants pour tous deux[531]. La duchesse était sous l'influence du -duc de La Rochefoucauld, son amant, et la plus forte tête du parti. Le -prince de Conti se montrait jaloux de cette influence; son secrétaire, -le poëte Sarrasin, était fort lié avec une demoiselle de la -Verpillière, fille d'honneur de la duchesse de Longueville; et comme il -arrive toujours que les subordonnés croient avancer leur fortune en -servant les passions de leurs maîtres, Sarrasin et la Verpillière se -concertèrent avec les marquis de Jarzé et de Saint-Romain pour donner -un rival au duc de La Rochefoucauld. Ils introduisirent le beau duc de -Nemours auprès de la duchesse de Longueville; et celle-ci, qui -détestait la duchesse de Châtillon, crut triompher en lui enlevant cet -amant. Le prince de Condé se vit avec satisfaction délivré par sa -sÅ“ur des trop justes motifs de jalousie que lui inspirait le duc de -Nemours; et ce dernier sacrifia son amour à son ambition. La -Rochefoucauld dut regretter l'ascendant que lui donnait un illustre -attachement, mais non pas la perte d'une maîtresse qui, si l'on en -croit Bussy, négligeait par trop le soin de sa personne, et avait dans -le commerce intime les fâcheux inconvénients qu'entraîne une telle -négligence[532]. Mais on n'obtint pas de ces combinaisons, formées au -profit de petits intérêts et de petites passions, les résultats qu'on -s'était promis. Le prince de Conti et la duchesse de Longueville ne -furent pas plus d'accord entre eux que lorsque La Rochefoucauld les -divisait. A Bordeaux ils favorisèrent des partis contraires, et -contribuèrent à augmenter les troubles et à affaiblir le parti des -princes en le divisant. La duchesse de Longueville, lorsqu'elle ne fut -plus dirigée par La Rochefoucauld, ne cessa de s'égarer dans des -projets sans but, et de se compromettre dans des intrigues sans -résultat[533]. Quand Nemours eut été blessé, sa femme se rendit à -l'armée pour le soigner, et la duchesse de Châtillon, sous prétexte de -visiter un de ses châteaux, l'accompagna jusqu'à Montargis: elle se -rendit dans le couvent des Filles de Sainte-Marie, d'où, se croyant -bien cachée, elle allait, sous divers déguisements, voir celui qu'elle -n'avait pas cessé d'aimer. Ces mystérieuses visites ne furent bientôt -plus un secret pour personne; et alors Condé et sa sÅ“ur purent se -convaincre combien sont différents les sentiments que l'amour inspire -et ceux que simulent l'intérêt et la vanité[534]. Le grand Condé, par -son esprit et sa figure, avait tous les moyens de plaire aux femmes; -mais il y réussissait peu. Si on excepte mademoiselle du Vigean, qui se -fit carmélite ne pouvant l'épouser, il ne paraît pas qu'il ait pu -contracter de véritables attachements de cÅ“ur. Il poussait plus -loin encore que sa sÅ“ur la duchesse de Longueville le défaut de -soins de sa personne. Dans l'habitude de la vie presque toujours mal -vêtu, il n'était beau que sur un champ de bataille[535]. Aussi le duc -de Nemours ne fut pas le seul rival que Condé eût à redouter auprès de -cette beauté pour laquelle Louis XIV, dans ses jeux enfantins, avait -montré une préférence qui a fourni la matière d'un élégant badinage à -la muse spirituelle de Benserade[536]. Un abbé nommé Cambiac, au -service de la maison de Condé, balança pendant quelque temps la passion -que Nemours avait fait naître dans le cÅ“ur de la duchesse de -Châtillon; et la jalousie de Nemours ne put faire expulser Cambiac. La -duchesse ménageait en lui l'homme qui avait obtenu le plus d'empire sur -sa parente, la princesse de Condé douairière. La condescendance de la -duchesse de Châtillon envers cet homme intrigant et libertin lui valut, -de la part de la princesse douairière, un legs de plus de cent mille -écus en Bavière, et l'usufruit d'une terre de vingt mille livres de -rentes. Cependant Cambiac se retira, lorsqu'il sut que Condé était son -rival[537]. Mais le vainqueur de Rocroi était plus habile à livrer des -batailles qu'à conduire une intrigue d'amour. Il eut la maladresse -d'employer pour intermédiaire auprès de sa nouvelle maîtresse un -certain gentilhomme nommé Vineuil[538], qui était bien, il est vrai, un -de ses plus habiles et fidèles serviteurs, mais que sa figure, son -esprit plaisant et satirique, son caractère entreprenant, rendaient -très-dangereux pour les femmes. Il s'était même acquis quelque -célébrité par ses succès en ce genre. Madame de Montbazon, madame de -Mouy et la princesse de Wurtemberg avaient successivement éprouvé les -effets de ses séductions. Vineuil plut aussi à la duchesse de -Châtillon; et il ne crut pas trahir son prince, ni manquer à la foi -qu'il lui devait, en ne se refusant pas des plaisirs qui, goûtés en -secret, ne pouvaient causer aucune peine à celui qui l'avait exposé à -la tentation. En cela il se conformait aux mÅ“urs de son siècle; il -lavait même ainsi, par sa fraude, la honte des négociations dont on le -chargeait. Condé seul avait tort; mais ce tort, il ne le connut jamais. -Vineuil fut toujours en grande faveur auprès de lui[539]. Nemours -excitait sa jalousie, et Nemours ne redoutait que Condé. Cependant -alors, et au mois de mars de l'année 1652, le marquis de La Boulaye et -le comte de Choisy, tous deux amoureux de la duchesse de Châtillon, -voulurent se battre en duel à son sujet. Le bruit s'en répandit dans le -monde. La duchesse de Châtillon l'apprit, et parut inopinément sur le -lieu où les deux adversaires s'étaient donné rendez-vous; et au moment -même où ils venaient de tirer l'épée elle les sépara, les prit par la -main, et les conduisit chez le duc d'Orléans, qui chargea les -maréchaux de France alors à Paris, L'Hospital, Schomberg et -d'Étampes, d'arranger cette affaire et d'empêcher un combat. Ils y -parvinrent[540]; mais ces rivalités, ces intrigues de femmes -affaiblissaient beaucoup le parti de Condé, et empêchaient qu'il n'y -eût ni secret ni ensemble dans l'exécution des projets arrêtés dans le -conseil de son chef. - - [530] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 56. - - [531] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 72, 226. - - [532] NEMOURS, t. XXXIV, p. 528.--CHAVAGNAC, édit. 1699, t. I, p. - 124.--BUSSY, _Amours des Gaules_, édit. 1754, t. I, p. 134, 153, - 155. - - [533] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 30, 132, 135, 145 et - 146. - - [534] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 215. - - [535] MONTPENSIER, t. XLI, p. 314. - - [536] LOMÉNIE DE BRIENNE, _Mémoires inédits_, t. II, p. 307, ch. - 28.--BUSSY, _Hist. am. des Gaules_, t. I, p. 141, édit. 1754, ou - p. 125 de l'édit. de Liége; ou _Hist. amoureuse de France_, 1710, - in-12, p. 170. C'est le même ouvrage, sous un autre titre, et une - très-bonne édition. - - [537] LENET, t. LIV, p. 177 et 181.--BUSSY, _Hist. am. de - France_, édit. de 1710, p. 183 et 198; _Hist. am. des Gaules_, - édit. de 1754, p. 152; p. 135, édit. origin. de - Liége.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 48.--CONRART, _Mém._, - t. XLVIII, p. 230. - - [538] BUSSY, _Hist. amour. de France_, 1710, in-12, p. 192, 230, - 235; _Hist. amour. des Gaules_, édit. de 1754, p. 160, 193, 199. - - [539] NEMOURS, _Mém._, t. XXXIV, p. 503.--MOTTEVILLE, _Mém._, t. - XXXIX, p. 216 à 307.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 75 et - 96.--DE BRIENNE, _Mém._, t. XXXVI, p 188 et 193.--TALON, _Mém._, - t. LXII, p. 276. - - [540] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 33, _lettre_ du 3 - mars 1652. - -Le parti du duc d'Orléans n'offrait pas plus d'unité que celui de -Condé. Il avait perdu dans Bouillon l'appui d'un prince puissant par -ses richesses et par son habileté politique; dans Turenne, l'ascendant -que donnent les talents militaires et l'amour des soldats. Les deux -principaux conseils de Gaston, Gondi et Chavigny, étaient ennemis, et -publiaient l'un contre l'autre des libelles anonymes[541]. Chefs -dirigeants dans des partis contraires, ils poussaient dans des sens -opposés, et dans des mesures contradictoires, un prince faible et -irrésolu. Chacun des deux avait des partisans dans la famille même de -ce prince. La duchesse d'Orléans appuyait Gondi. MADEMOISELLE, au -contraire, s'était rangée du côté de Chavigny. Le prince de Condé, qui -entretenait avec elle un commerce de lettres, avait su la gagner par -ses flatteries, et lui avait promis, s'il restait le maître et -parvenait à chasser Mazarin, de lui faire épouser le roi. Autant elle -avait eu autrefois d'antipathie pour Condé, autant elle montrait -d'enthousiasme pour sa gloire et de zèle pour ses intérêts[542]. Le -courage et la présence d'esprit qu'elle déploya dans Orléans, où son -père l'avait envoyée, achevèrent d'accroître son orgueil, et -d'augmenter l'excessive confiance qu'elle avait en elle. Cette ville -dont on lui avait refusé l'entrée, elle s'en rendit maîtresse en -escaladant ses remparts, et en pénétrant seule et sans escorte par une -brèche qu'avait faite pour elle le parti populaire. L'autorité qu'elle -y avait exercée; ces troupes qui s'étaient rangées sous son -commandement; ces conseils de guerriers présidés par elle; ses deux -dames d'honneur, les comtesse de Fiesque et de Frontenac, proclamées à -la tête de l'armée, au son des trompettes, ses maréchaux de camp; la -popularité qu'elle s'était acquise en empêchant les troupes du roi de -pénétrer dans la ville qui lui était soumise[543]; tout cela avait -enivré son imagination, déjà exaltée par la lecture des romans[544]. -Elle se passionna pour la gloire militaire; Condé fut son héros. -Pourtant elle cherchait à persuader à la reine qu'il était de son -intérêt de la marier avec le roi; et à ce prix, elle consentait à tout. -Quant à son père, il ne pouvait rien pour elle, non plus que le -parlement; et par cette raison elle se laissait souvent engager dans -des démarches et des intrigues contraires au parti de Gaston, et -surtout toujours en opposition avec la direction que Gondi s'efforçait -de donner à ce parti. - - [541] PETITOT, _Introduction aux Mémoires de la Fronde_, t. XXXV, - p. 237.--_Vie du cardinal_ DE RAIS, 1836, in-8º, p. 258 et 355. - - [542] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 160. - - [543] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 45 (7 avril); t. - III, p. 53 (21 avril).--MONTPENSIER. t. XLI, p. 170. - - [544] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 170, 175.--TALON, t. LXII, - p. 349.--CHAVAGNAC, t. I, p. 168.--ANQUETIL, t. IV, p. - 152.--SAINT-AULAIRE, t. III, p. 92.--_Histoire de France en - estampes_, t. XXV, Bibl. roy. - -D'un autre côté, la cour était abandonnée par ceux sur lesquels elle -avait le droit de compter. Le chancelier, qui, comme chef de la -justice, aurait dû donner l'exemple de l'obéissance aux ordres du roi, -irrité d'avoir été éloigné du ministère, fit en sorte que le duc de -Sully, son gendre, qui commandait à Nantes, permît le passage de cette -ville aux troupes du duc de Nemours; et le duc de Rohan, que la reine -avait nomme gouverneur d'Anjou, fit révolter Angers contre les troupes -royales; mais ensuite il ne leur résista pas aussi longtemps qu'il -aurait pu le faire dans l'intérêt du prince[545]. La cour, ainsi que -les partis qui lui étaient opposés, ne se lassait pas, pour la réussite -de ses projets, d'employer la fraude, la violence, la crainte, la -séduction: tous les moyens lui étaient bons. Mazarin ne répugnait pas -même aux plus honteux. Ainsi la maréchale de Guébriant, qu'il avait -mise dans ses intérêts, ne se fit aucun scrupule d'abuser de la -confiance de Charlevoix et des droits que la reconnaissance lui donnait -sur un officier dont son mari avait été le bienfaiteur. Elle ne rougit -pas d'employer le ministère d'une demoiselle bien faite et de facile -composition, dit madame de Nemours, pour attirer ce commandant de -Brissach hors de sa forteresse, le faire prisonnier, et se rendre -maîtresse de la place qu'il était chargé de garder. Toutefois cette -trahison ne réussit qu'à demi. La garnison, indignée, remit la place au -comte d'Harcourt, qui n'était point contre le parti du roi, mais qui -cependant était au nombre des mécontents, et peu favorable à -Mazarin[546]. - - [545] LORET, liv. III, p. 35, _lettre_ du 10 mars 1652.--ARNAULD, - t. XXXIV, p. 296.--TALON, t. LXII, p. 348, 351.--NEMOURS, t. - XXXIV, p. 522.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 114 et 115. - - [546] MONGLAT, t. L, p. 394.--NEMOURS, t. XXXIV, p. 538. - -Le plus nul, le plus insignifiant de tous les chefs de la première -Fronde, le duc de Longueville, fut le seul d'entre eux qui dans ces -nouvelles circonstances se conduisit avec sagesse et dignité, qui se -montra un sujet fidèle, mais non servile. Il suivit un plan arrêté, -conforme au bien public et à une bonne et saine politique. Retiré dans -son gouvernement de Normandie, il fut sollicité par tous les partis, et -ne se déclara d'abord pour aucun; enfin il fit connaître ses intentions -de ne pas se séparer du roi[547]. Mais, sans prendre fait et cause pour -son ministre, il se prononça de manière à faire craindre à la cour, -s'il était contrarié par elle, de le voir se replacer de nouveau sous -l'empire de sa femme et de son beau-frère, auquel il s'était soustrait. -Ainsi par ses instigations le parlement de Rouen avait demandé -l'éloignement de Mazarin, à l'exemple de celui de Paris, mais sans -adhérer aux actes de proscription de ce dernier[548]. La déclaration -parlementaire servit au duc de Longueville de prétexte pour se refuser -à admettre les troupes royales dans sa province, où cependant il -maintenait la levée des impôts au profit du roi. Par là il parvint à -rester maître absolu dans son gouvernement, et il se fit chérir des -habitants, qu'il protégeait contre tous les maux de la guerre -civile[549]. - - [547] LORET, liv. III, p. 40, 52, _lettres_ des 17 mars et 21 - avril 1652. - - [548] CONRART, t. XLVIII, p. 69. - - [549] BRIENNE, _Mém._, t. XXXVI, p. 209. - -Les désastres qu'elle occasionnait étaient portés à leur comble, et -encore accrus par le peu d'autorité que les chefs militaires avaient -sur leurs subordonnés. Un seul fait suffira pour faire juger du degré -d'anarchie où l'on était arrivé. Pendant que la cour était en marche, -la petite écurie du roi fut pillée par le frère du comte de Broglie, -qui cependant était du parti de la cour; et ce brigandage fut considéré -comme une équipée plaisante, dont on s'amusa, et qui excita le rire. -Les troupes de tous les partis, mal payées, mal nourries, pillaient, -brûlaient, saisissaient les deniers publies, dévastaient les campagnes, -rançonnaient les cultivateurs, et produisaient partout où elles -séjournaient une misère extrême et une hideuse famine[550]. Des bandes -de malheureux abandonnaient leurs habitations, et suivaient l'armée du -roi en demandant du pain: la cour vit plusieurs fois sur son passage -des hommes mourant de faim, et des enfants tétant encore sur le sein de -leurs mères, qui venaient de rendre les derniers soupirs[551]. La -reine, fortement émue d'un tel spectacle, disait que les princes et les -parlements répondraient devant Dieu de tant de calamités, oubliant -ainsi la part qu'elle y avait elle-même. Ce n'était pas tout. Les -Espagnols s'avançaient sur nos frontières, et entraient en France comme -alliés du prince de Condé, mais dans la réalité pour profiter de nos -divisions. Turenne leur fit offrir de l'argent pour se retirer, et les -menaça d'une bataille s'ils n'y consentaient. Ils prirent l'argent, et -délivrèrent ainsi les troupes royales de la crainte d'avoir deux armées -à combattre[552]. - - [550] _Lettres de feu_ BALZAC _à M. Conrart_, 1659, in-12, p. - 135, liv. II, _lettre_ 25, en date du 20 novembre 1651; p. 151, - liv. III, _lettre_ en date du 19 février 1652; p. 166, _lettre_ - 8, en date du 3 avril 1652; et p. 181, en date du 29 avril 1652. - - [551] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 33.--LA PORTE, _Mém._, t. LIX, p. - 432.--DUPLESSIS, _Mém._, t. LVII, p. 427 et 429. - - [552] DUPLESSIS, _Mém._, t. LVII, p. 296. - -Chaque parti se montrait jaloux de rejeter la cause des malheurs qu'on -éprouvait sur les partis contraires; tous parlaient de paix et -semblaient la désirer, et tous la voulaient en effet; mais chacun d'eux -avait la volonté d'en régler seul les conditions. Toutefois, pour -éloigner d'eux l'odieux de la continuation de la guerre civile, le -parlement et les princes envoyèrent des députés à Saint-Germain, où la -cour s'était retirée: ces députés étaient munis de pouvoirs pour -négocier; mais ils avaient ordre de ne point voir Mazarin, et de ne pas -communiquer avec lui directement ni indirectement. Lorsqu'ils furent -introduits auprès de la reine, Mazarin était à côté d'elle. Les -conférences s'engagèrent donc entre eux et le ministre proscrit. Alors -ces députés perdirent la confiance de leurs partis, et augmentèrent -beaucoup les divisions qui s'y trouvaient, par la crainte qu'ils firent -naître que ceux qui semblaient parler avec plus de véhémence et -d'acharnement contre Mazarin ne fussent déjà entrés en arrangement avec -lui[553]. - - [553] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 40.--LORET, liv. III, p. 58, - en date du 28 avril (1652); et liv. III, p. 59, en date du 5 - mai.--MONGLAT, t. L, p. 339.--_Vie du cardinal_ DE RAIS, 1836, - in-8º, p. 361. - - - - -CHAPITRE XXIV. - -1651-1652. - - Situation de la capitale pendant le séjour qu'y fit madame de - Sévigné.--Paris se ressentait peu des désastres des - provinces.--Succès des théâtres.--Les malheurs publics ramenaient - à la méditation et à la religion.--Le nombre des solitaires de - Port-Royal augmente.--Leur influence sur les gens de lettres et - sur certaines réunions.--Madame de Sévigné alors très-répandue - dans le monde.--Courtisée par le duc de Rohan et le marquis de - Tonquedec.--Ses liaisons intimes avec sa tante la marquise de La - Troche; avec mademoiselle de La Vergne.--Détails sur cette - dernière et sur mademoiselle de La Loupe, son amie.--Mademoiselle - de La Loupe est promise en mariage au comte d'Olonne.--Le - cardinal de Retz tente de la séduire.--Il est secondé dans cette - intrigue par le duc de Brissac, amoureux de mademoiselle de La - Vergne.--Récit que le cardinal de Retz fait lui-même de son - aventure avec mademoiselle de La Loupe.--Celle-ci épouse le comte - d'Olonne.--Sa visite au camp du duc de Lorraine, et commencement - de son intrigue avec le comte de Beuvron.--Liaison du cardinal de - Retz avec madame de Pommereul. - - -Nous avons exposé dans le chapitre précédent les intrigues et les -événements dont Paris fut occupé, et qui fournissaient matière aux -entretiens de tous les salons et de toutes les ruelles pendant l'hiver -qu'y passa madame de Sévigné, c'est-à -dire depuis la mi-novembre 1651 -jusqu'aux premiers jours d'avril 1652. Dans cet intervalle de temps, -cette capitale jouissait d'une assez grande tranquillité, et se -ressentait peu des malheurs qui affligeaient les provinces. Paris avait -refusé d'ouvrir ses portes aux troupes de tous les partis, qui avaient -successivement cherché à s'introduire dans son enceinte, et l'ordre y -était maintenu par des régiments de gardes bourgeoises, dont les -colonels étaient tous des membres du parlement, ou des personnages -nobles, ou considérables par leur fortune et leur naissance. La Fronde -y était peu active, les émeutes rares et promptement apaisées[554]. La -guerre même avait contribué à faire affluer dans Paris un grand nombre -de personnes qui, ne se trouvant pas en sûreté dans leurs châteaux ou -dans les faubourgs de la ville, avaient été obligées de se mettre sous -la protection de ses remparts. Cet accroissement de consommation et de -richesses donnait une forte impulsion au commerce, et faisait prospérer -les affaires d'une population de tout temps remarquable par l'activité -de son industrie. Les bals ne discontinuaient pas; et MADEMOISELLE, de -retour de son expédition d'Orléans, avait recommencé de nouveau à -donner des fêtes brillantes, à réunir chez elle toute la haute société. -La jeunesse de cette époque saisissait avec ardeur toutes les occasions -de se divertir; elle aimait à mêler le plaisir aux intrigues, les -jouissances de la mollesse aux périls des combats[555]. - - [554] LORET, liv. III, p. 45, _lettre_ du 7 avril 1652. - - [555] LA FARE, t. LXV, p. 144. - -Raymond Poisson, comme auteur et comme acteur, attirait alors la foule -au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil; et là aussi le -grand Corneille produisait _Nicomède_, qui ne fut pas sa dernière -tragédie, mais la dernière digne de lui. Ce chef-d'Å“uvre disputait -la vogue au _Don Japhet d'Arménie_ de Scarron, à la _Folle gageure_ et -aux _Trois Orontes_ de l'abbé de Boisrobert, depuis si complétement -oubliés. Mais ce qui faisait fureur et surpassait encore le succès de -_Nicomède_ et des autres pièces qui partageaient, avec celle de -Corneille, l'attention publique, c'était une pastorale insipide, -intitulée _Amaryllis_, originairement composée par Rotrou, refaite par -Tristan, et augmentée de trois scènes qui ne tenaient pas à la pièce, -mais dans laquelle jouait, déguisée en homme, une actrice qui excitait -l'enthousiasme et attirait les applaudissements universels. -L'engouement pour ce spectacle dura tout le temps du carnaval et une -grande partie du carême[556], et se renouvela dans l'été de l'année -suivante. Ainsi, dans tous les temps, comme aujourd'hui, l'effet des -représentations théâtrales est plus redevable au talent des acteurs, à -l'habileté des danseurs, à l'excellence de la musique ou à la beauté -des décorations, qu'au génie des auteurs dramatiques. - - [556] LORET, _Muse historique_, l. III, p. 39, 17 mars 1652.--Les - frères PARFAICT, _Hist. du Théastre françois_, t. VII, p. - 328-366. - -Au milieu de la licence de ces temps, de ces apparences de légèreté, on -voyait cependant régner dans une partie de la société un penchant pour -les méditations profondes, pour une vie sérieuse et appliquée. Les -sciences et la religion faisaient de nombreuses conquêtes dans la haute -société, les cÅ“urs tendres, les imaginations vives et les -intelligences fortes. La maréchale de Rantzau, encore pleine -d'attraits, étonna par sa résolution à se faire religieuse; et, malgré -les instances de ses parents et de ses amis, elle prononça ses vÅ“ux, -et fut à jamais perdue pour un monde où elle brillait, et qui se -montrait si désireux de la retenir[557]. D'autres jeunes personnes -riches et belles prononcèrent des vÅ“ux à cette époque; et leurs -noms, moins célèbres, ont cependant été recueillis par le gazetier -Loret. Un grand nombre de femmes dans les rangs les plus élevés de la -société se consacraient au soulagement des pauvres, et l'activité de -leur zèle charitable semblait s'accroître en raison des misères -publiques. Leurs largesses ne se restreignaient pas au peuple de la -capitale: la duchesse d'Orléans vendit cet hiver une partie de son -riche mobilier pour secourir les malheureux cultivateurs de la -Champagne que la guerre avait ruinés[558]. Les solitaires de Port-Royal -virent leur nombre s'accroître d'hommes illustrés dans diverses -professions. Ils avaient accueilli dans leurs rangs des militaires, des -avocats, des ingénieurs. Le duc de Luynes, qui avait été un des chefs -les plus ardents de la Fronde, s'était réuni à eux, et faisait -construire le château de Vaumurier, près de leur champêtre séjour. Ils -l'avaient nommé général de la petite armée formée par eux avec les -paysans de la vallée, pour se défendre contre les maraudeurs et les -troupes du duc de Lorraine. A l'approche de ces troupes, les -religieuses de Port-Royal s'étaient retirées dans leur maison de Paris; -mais les solitaires étaient restés, déterminés à braver tous les -dangers. Ils employèrent les ouvriers du château de Vaumurier à -fortifier l'enceinte du couvent, à la munir de tourelles pour pouvoir -s'y retrancher au besoin; ils s'adonnèrent tous aux exercices -militaires et au maniement des armes. Cependant ils faisaient paraître -en même temps des livres élémentaires supérieurs à tous ceux que l'on -possédait, et des livres de controverse remarquables par la clarté, -l'élégance et la rapidité du style. Le succès des premiers se mesurait -sur les besoins qu'on en avait, et les seconds étaient lus avec -empressement par un public avide de discussions sur les matières -religieuses et politiques, qui lui paraissaient propres à embarrasser -le pouvoir. Ainsi ces pieux solitaires semblaient se montrer jaloux -d'étendre leur influence sur tous les âges, mais par la plus légitime -et la moins contestable de toutes les autorités, celle des talents et -des vertus. Les jésuites répandaient contre eux des écrits où l'on -peignait sous de noires couleurs leurs projets pour l'avenir, et leurs -intentions secrètes. Ils n'y répondaient point, et se contentaient de -les faire flétrir par l'autorité épiscopale, comme des libelles -injurieux et calomnieux. Ils étaient toujours intimement attachés au -cardinal de Retz, auquel ils pardonnèrent ses mÅ“urs relâchées, en -faveur de l'appui qu'il leur prêtait. Ils avaient fait adopter leur -doctrine par presque tout le clergé de la cathédrale et les curés de -Paris[559]. Leurs ouvrages et leurs exemples avaient donné un caractère -plus grave à ces réunions d'hommes de lettres, de savants et de gens du -monde, qui, en l'absence de Montausier et de sa femme, et dans le deuil -où était plongée toute la famille d'Angennes par la perte de son -chef[560], ne se tenaient plus à l'hôtel de Rambouillet, mais au petit -Luxembourg, chez la duchesse d'Aiguillon, à qui, comme nièce du -cardinal de Richelieu, ce glorieux patronage des noms célèbres et des -hautes capacités convenait plus qu'à toute autre. Un fils de -l'intendant de Rouen se montrait un des plus assidus à ces réunions; -son père devait à la protection de la duchesse une partie de sa fortune -et l'intendance dont il était pourvu. Ce jeune homme s'était acquis de -la réputation par ses découvertes en physique, et on l'écoutait avec -plus d'attention et de déférence qu'autrefois Voiture à l'hôtel de -Rambouillet[561]. Le gazetier Loret, qui assista à une des réunions qui -eurent lieu au petit Luxembourg dans le cours de cette année, nous dit -qu'un grand nombre de ducs, de marquis, de cordons bleus et de belles -dames, prirent un vif plaisir à entendre ce jeune homme expliquer des -inventions mathématiques et des expériences de physique toutes -nouvelles: - - Il fit encor sur des fontaines - Des démonstrations si pleines - D'esprit et de subtilité, - Que l'on vit bien, en vérité, - Qu'un très-beau génie il possède; - Et l'on le traita d'Archimède[562]. - - [557] LORET, l. III, p. 39. - - [558] LORET, l. III, p. 41, 17 mars 1652. - - [559] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, t. XXXIII de la - _Collection des Mémoires relatifs à l'Hist. de. France_; _Pièces - justificatives_ des _Mém. de Du Fossé_; _Mémoires de Fontaine_; - _Mém. de Joly_. - - [560] LORET, liv. III, p. 32, _lettre_ en date du 3 mars 1652. - - [561] LORET, liv. III, p. 50.--_Biographie universelle_, t. - XXXIII, p. 51.--MONTUCLA, _Hist. des Mathématiques_, t. I, p. 63. - - [562] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 50, _lettre_ du 14 - avril 1652. - -L'éloge était magnifique, mais il n'était nullement exagéré, car ce -jeune homme était Pascal. - -L'Esclache, dont les écrits sont moins célèbres, brillait alors autant -que lui dans ces réunions, et peut servir à prouver combien le goût de -l'instruction et des méditations profondes était en honneur dans les -classes élevées et chez les personnes des deux sexes[563]. Loret dit -que, - - Dans ce même palais charmant - De la nièce du grand Armand, - -il entendit un soir, en présence d'un cercle brillant de belles dames -et de hauts personnages, M. L'Esclache faire un discours pour prouver -l'immortalité de l'âme. - - Mais quoique ce fût doctement, - Ce fut pourtant si nettement, - Et par des raisons si faciles, - Que les esprits les moins dociles - Comprenaient aisément le sens - De ses arguments ravissants[564]. - - [563] LORET, l. III, p. 51; p. 163, _lettres_ du 14 avril et du - 23 novembre 1652.--TALON, t. LXII, p. 390.--SEGRAIS, _Å’uvres_, - t. I, p. 29 et 30.--HUETII _Commentarius de rebus ad eum - pertinentibus_, t. I, p. 2, 43, 122, 144. - - [564] LORET, liv. III, p. 51, _lettre_ du 14 avril 1652. - -D'après ces détails sur l'esprit de la société de cette époque, il est -facile de s'apercevoir que le temps de la jeunesse de madame de Sévigné -ne ressemblait nullement à celui où nous reporte le commencement de sa -correspondance avec sa fille, alors que Louis XIV interdisait à ses -courtisans et aux dames de sa cour tout entretien sur les matières -politiques et religieuses; lorsqu'on ne parlait que du roi, de ses -fêtes, de ses ballets, de ses maîtresses, de sa gloire, de ses -conquêtes, des vers faits à sa louange, des prodiges et des -magnificences de Versailles, du nouveau spectacle de l'Opéra; des -tragédies où Racine réduisait Melpomène à ne retracer que les -enchantements de l'amour; des comédies où Molière frappait d'un -ridicule ineffaçable toute femme qui affichait quelque prétention à une -supériorité quelconque sur les personnes de son sexe, et où ce grand -comique se complaisait à montrer les dames de haut parage inférieures à -leurs servantes en esprit et en bon sens. On comprend pourquoi madame -de Sévigné, dans ses entretiens épistolaires avec sa fille, manie des -sujets que de nos jours une femme du monde n'oserait ou ne pourrait -aborder; on devine aussi par quels motifs madame de Grignan fut -soumise, dans le plan de son éducation, à des genres d'études plus -fortes encore que celles de sa mère, et comment madame de La Sablière -et elle s'étaient instruites dans les hautes sciences et comprenaient -la philosophie de Descartes. Cela s'explique par la différence des -âges, par l'époque de la jeunesse et des premiers développements de -l'intelligence. Pour madame de Sévigné, cette époque appartenait aux -réunions de l'hôtel de Rambouillet; pour madame de Grignan et madame de -La Sablière, c'était celle dont les assemblées du petit Luxembourg -avaient fourni le modèle. - -C'est pendant cette dernière époque que madame de Sévigné, répandue -dans tous les grands cercles de la capitale, dont elle était un des -principaux ornements, se vit le plus exposée aux séductions de la jeune -et brillante noblesse qui s'empressait autour d'elle; sa société -particulière était aussi nombreuse que remarquable par les personnages -qui la composaient. Elle avait retrouvé à Paris le grand prieur Hugues -de Rabutin, qui n'avait point quitté le Temple. Mais les événements -avaient éloigné d'elle le comte de Bussy-Rabutin[565]. Stationné dans -le Nivernais avec les troupes du roi, Bussy ne pouvait même, par -correspondance, communiquer avec elle. Les partis ne se faisaient pas -scrupule d'arrêter les courriers, de leur enlever leurs paquets et de -violer le secret des lettres[566]. Bussy laissait donc le champ libre à -ses rivaux, et n'avait aucun moyen de prévenir ou de contrecarrer les -progrès qu'ils pourraient faire dans le cÅ“ur de sa belle cousine. De -tous ceux qu'il avait à craindre, le plus éminent par sa naissance et -ses dignités était le duc de Rohan. La famille des Sévignés avait -l'honneur d'être alliée à celle des Rohans; et en Bretagne, où madame -de Sévigné faisait de longues résidences, le duc de Rohan tenait un des -premiers rangs. Il avait même voulu disputer la présidence des états de -cette province au duc de Vendôme[567], et l'opposition qu'avait mise à -cette prétention le maréchal de La Meilleraye fut un des motifs qui le -porta à se jeter dans le parti de Condé. Après la prise d'Angers par -les troupes du roi, Rohan s'était rendu à Paris. Il y revit madame de -Sévigné; et quoiqu'il rencontrât chez elle les amis et les alliés du -coadjuteur, et un grand nombre de personnages d'un parti contraire au -sien, il ne put s'abstenir de la voir fréquemment. De son côté, elle le -traitait avec les égards dus à son rang, et aussi avec cette -bienveillance que la femme la moins coquette ne refuse jamais à celui -qui se déclare un de ses admirateurs. Cependant, comme le duc de Rohan -était marié, il était impossible que madame de Sévigné se méprît sur la -nature des hommages qu'il lui adressait. Par cette raison, il ne -pouvait être dangereux pour elle. Il n'en était pas de même du jeune -comte du Lude, qui par sa constance s'était fait considérer comme son -chevalier; mais un gentil-homme breton, le marquis de Tonquedec, -cavalier accompli, par ses assiduités et ses attentions, balançait -auprès d'elle le comte du Lude. Marigny et Ménage, les anciens amis de -son jeune âge, et tous ceux qui formaient l'escorte du cardinal de -Retz, Montmorency, Brissac, le président de Bellièvre, Montrésor, le -comte de Châteaubriand, Caumartin, l'honnête et obligeant -d'Hacqueville, de Château-Renauld, de Bussy-Lameth, d'Argenteuil, -d'Humières, le marquis de Sablonière[568], l'Écossais Montrose, et les -officiers qu'il avait amenés avec lui après la mort de Charles Ier; -enfin, Renaud de Sévigné, auquel l'unissaient des liens de parenté, -tels étaient ceux qui composaient, en hommes, à madame de Sévigné une -société aussi variée que choisie, aussi nombreuse qu'agréable[569]. - - [565] BUSSY, _Mémoires_, édit. 1721, in-12, t. III, p. 219 à 374. - - [566] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 156-379. - - [567] L'abbé ARNAULD, _Mém._, t. XXXIV, p. 293. - - [568] RETZ, t. XLVI, p. 129 et 130; conférez pour ce nom _Vie du - cardinal de Rais_, 1836, in-8º, p. 323. - - [569] PETITOT, _Introduction aux Mémoires, de la Fronde_, t. - XXXV, p. 208.--RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 129, 130; p. 216, - 220.--SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 24 juillet 1680, t. VI, p. - 387; t. IV, p. 132, en date du 18 décembre 1675. - -Son deuil venait de se terminer au commencement de cette année 1652, et -elle se répandit dans le monde sans qu'aucun motif de bienséance pût y -mettre obstacle. - -Elle était recherchée par toutes les femmes qui aimaient à tenir chez -elles des cercles brillants; mais celles chez lesquelles on la voyait -le plus souvent étaient la duchesse de Lesdiguières et la princesse -Palatine; cette dernière, quoique du parti de la cour, resta toujours -attachée à Gondi, et le servit avec zèle et loyauté. Les amies les plus -intimes de madame de Sévigné étaient sa tante maternelle, née Henriette -de Coulanges, et sÅ“ur de François, marquis de La Trousse, conseiller -au parlement de Rennes, et de la maison de La Savonnière en Anjou; -madame de Lavardin, qu'elle loue comme une femme d'un bon et solide -esprit[570]; madame Renaud de Sévigné, et sa fille mademoiselle de La -Vergne, qui toutes deux habitaient pendant l'été leur terre près -d'Angers, et se trouvaient liées avec le duc de Rohan, gouverneur -d'Anjou, et avec la duchesse sa femme; avec de Fourilles, gouverneur de -la ville d'Angers, avec l'évêque d'Angers, et surtout avec Lavardin, -évêque du Mans, qui, semblable à Costar, son archidiacre, était plus -renommé par la délicatesse et la joie de ses banquets, que pour la -sainteté de sa vie[571]. Ainsi, tous les membres de cette société -particulière de madame de Sévigné se trouvaient unis par des rapports -de voisinage, de parenté, d'affection, communs à tous, et aussi par -cette confiance mutuelle et ce charme constant que fait éprouver -l'habitude de se voir, de se fréquenter et de correspondre -continuellement les uns avec les autres. - - [570] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IX, p. 439, _lettre_ en date du 10 - avril 1691. - - [571] ARNAULD, _Mém._, t. XXXIV, p. 303, 305 et 306.--COSTAR, - _Lettres_, in-4º, p. 548. - -Mademoiselle de La Vergne, qui avait été, par le veuvage et -l'éloignement de madame de Sévigné, privée pendant quelque temps de sa -meilleure amie, contracta une nouvelle liaison avec une jeune personne, -qui par son enjouement, ses allures vives et dégagées, inspirait la -joie dans toutes les sociétés où elle paraissait. Elle avait pour son -âge un peu trop d'embonpoint; sa taille, un peu courte, manquait -d'élégance; mais ses bras, ses mains et toute sa personne étaient -admirablement modelés; ses cheveux étaient châtains, ses yeux brillants -et vifs, son visage arrondi, ses traits délicats et mignards, sa bouche -petite et gracieuse. Cette beauté était Catherine-Henriette d'Angennes, -fille du baron de La Loupe, de la même famille que le marquis de -Rambouillet. Elle était demandée par Louis de La Trémouille, comte -d'Olonne; et ce mariage était même annoncé comme prochain dans la -_Gazette_ de Loret, du 3 mars 1652: - - D'Olonne aspire à l'hyménée - De la belle Loupe l'aînée, - Et l'on croit que dans peu de jours - Ils jouiront de leurs amours. - -Le gazetier ne se trompait pas, et c'est sous le nom de comtesse -d'Olonne que l'amie de mademoiselle de La Vergne s'acquit depuis une si -malheureuse célébrité par ses galanteries avec le marquis de Beuvron, -le duc de Candale, Saint-Évremond, l'abbé de Villarceaux, le comte de -Guiche, et tant d'autres[572]. Le cardinal de Retz en était devenu -amoureux. Il avait quitté mademoiselle de Chevreuse, qui, selon le -jugement qu'il en porte, avait plus de beauté que d'agrément, et était -sotte jusqu'au ridicule[573]. Gondi, rompu aux intrigues galantes, -devina le naturel et les penchants secrets de la jeune de La Loupe; -mais il en présuma trop, ou plutôt il présuma trop de lui-même. -Lorsqu'on songe aux périls qui le menaçaient alors, aux interminables -devoirs auxquels il était assujetti par sa nouvelle dignité, aux -événements importants qu'il cherchait à diriger ou à tourner à son -profit, on est surpris de le voir si fortement préoccupé de cette -nouvelle passion. Le duc de Brissac l'y encourageait; ce jeune duc -était lui-même amoureux de mademoiselle de La Vergne, dont la maison -était limitrophe de celle où demeuraient les demoiselles de La Loupe; -et une communication avait été pratiquée entre les deux maisons, pour -que les deux amies pussent se voir aussi souvent qu'il leur plairait. -Le duc de Brissac, en se faisant le complaisant empressé des plaisirs -du cardinal, avait acquis sur lui un assez grand ascendant, même pour -les affaires sérieuses. Il se rendait donc tous les soirs avec Gondi -chez mademoiselle de La Vergne, où ils étaient presque toujours -certains d'y trouver mademoiselle de La Loupe. Là , chacun d'eux pouvait -ainsi entretenir à loisir celle dont il était charmé. Gondi s'était -fait faire pour ces visites nocturnes un habit élégant[574]. Sa -position comme son humeur ne lui permettaient pas de longs -préliminaires. Le mariage projeté était aussi pour lui un motif de se -hâter. Ayant affaire à une jeune personne vive et coquette, sa vanité -lui fit croire la chose assez avancée pour pouvoir brusquer une -conclusion; mais il ne pouvait rien sans un tête-à -tête, et obtenir un -rendez-vous d'une demoiselle presque fiancée, et par conséquent -toujours entourée, paraissait impossible. Il y parvint cependant: pour -connaître par quels moyens, laissons parler cet homme excessif dans le -mal comme dans le bien, qui étonne par la franchise de ses aveux, et -dont Bossuet a dit avec raison qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le -craindre, ni le haïr à demi[575]. Ce récit, d'ailleurs, nous semble -propre à jeter un jour vif sur la situation de Paris à cette époque, et -sur les dangers où se trouvait exposée, au milieu d'un tel monde, une -jeune veuve, riche, indépendante, et avec le caractère et les attraits -de madame de Sévigné. - - [572] LORET, liv. III, p. 33, _lettre_ du 3 mars 1652.--BUSSY, - _Hist. am. de la France_, 1710, p. 1, 154.--HAMILTON, - _Å’uvres_, t. I, p. 123 des _Mémoires de - Gramont_.--SAINT-ÉVREMOND, t. II, p. 36-42 et p. 109. - - [573] RETZ, _Mém._, t. I, p. 221, édit. d'Amsterdam, in-12. - - [574] GUY-JOLY, _Mémoires_, t. XLVII, p. 251. - - [575] BOSSUET, _Oraison funèbre de Le Tellier_, cité par - Petitot.--_Notice sur le cardinal de Retz_, dans la _Collect. des - Mém. de l'Hist. de Fr._, t. XLIV, p. 79. - -«Un jour que j'étais avec MONSIEUR dans son cabinet de livres, Bruneau -y entra tout effaré, pour m'avertir qu'il y avait dans la cour une -assemblée de deux ou trois cents de ces criailleurs qui disaient que -je trahissais MONSIEUR, et qu'ils me tueraient. MONSIEUR me parut -consterné à cette nouvelle, je le remarquai; et l'exemple du maréchal -de Clermont, assommé entre les bras du dauphin[576], qui tout au plus -ne pouvait pas avoir eu plus de peur que j'en voyais à MONSIEUR, me -revenant dans l'esprit, je pris le parti que je crus le plus sûr, -quoiqu'il parût le plus hasardeux. Je descendis avec Château-Renauld et -d'Hacqueville, qui étaient seuls avec moi, et j'allai droit à ces -séditieux, en leur demandant qui était leur chef[577]. Un gueux d'entre -eux, qui avait une vieille plume jaune à son chapeau, me répondit -insolemment: «C'est moi.» Je me tournai du côté de la rue de Tournon, -en disant: «Gardes de la porte, que l'on me pende ce coquin à ces -grilles.» Il me fit une profonde révérence; il me dit qu'il n'avait pas -cru manquer au respect qu'il me devait; qu'il était venu seulement avec -ses camarades pour me dire que le bruit courait que je voulais mener -MONSIEUR à la cour et le raccommoder avec le Mazarin; qu'ils ne le -croyaient pas, qu'ils étaient mes serviteurs, et prêts à mourir pour -mon service, pourvu que je leur promisse d'être toujours bon -frondeur[578]. - - [576] En 1358. - - [577] Voyez LORET, liv. III, p. 66, _lettre_ du 19 mai 1652. - - [578] Conférez encore CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 75, qui - confirme que ceci se passa à la fin de mai 1652. - -«Ils m'offraient de m'accompagner; mais je n'avais pas besoin de cette -escorte pour le voyage que j'avais résolu, comme vous l'allez voir. Il -n'était pas au moins fort long; car madame de La Vergne, mère de madame -de La Fayette, et qui avait épousé en secondes noces le chevalier de -Sévigné, logeait où loge présentement madame sa fille. Cette madame de -La Vergne était honnête femme dans le fond mais intéressée au dernier -point, et plus susceptible de vanité pour toutes sortes d'intrigues -sans exception, que femme que j'aie jamais connue. Celle dans laquelle -je lui proposais ce jour-là de me rendre de bons offices était de -nature à effaroucher d'abord une prude. J'assaisonnai mon discours de -tant de protestations de bonnes intentions et d'honnêtetés, qu'il ne -fut pas rebuté; mais aussi ne fut-il reçu que sous les promesses -solennelles que je fis, de ne prétendre jamais qu'elle étendît les -services que je lui demandais au delà de ceux que l'on peut rendre en -conscience pour procurer une bonne, chaste, pure et sainte amitié. Je -m'engageai à tout ce qu'on voulut. On prit mes paroles pour bonnes, et -l'on se sut très-bon gré d'avoir trouvé une occasion toute propre à -rompre dans la suite le commerce que j'avais avec madame de Pommereul, -que l'on ne croyait pas si innocent. - -«Celui dans lequel je demandai que l'on me servît ne devait être que -tout spirituel et tout angélique, car c'était celui de mademoiselle de -La Loupe, que vous avez vue depuis sous le nom de madame d'Olonne. Elle -m'avait fort plu quelques jours auparavant, dans une petite assemblée -qui s'était faite dans le cabinet de MADAME; elle était jolie, elle -était belle, précieuse par son air et par sa modestie. Elle logeait -tout proche de madame de La Vergne, elle était amie intime de -mademoiselle sa fille; elle avait même percé une porte par laquelle -elles se voyaient sans sortir du logis. L'attachement que M. le -chevalier de Sévigné avait pour moi, l'habitude que j'avais dans sa -maison, et ce que je savais de l'adresse de sa femme, contribuèrent -beaucoup à mes espérances. Elles se trouvèrent vaines par l'événement; -car, bien qu'on ne m'arrachât pas les yeux, bien que je m'aperçusse à -certains airs que l'on n'était pas fâchée de voir la pourpre soumise, -tout armée et tout éclatante qu'elle était, on se tint toujours sur un -pied de sévérité, ou plutôt de modestie, qui me lia la langue, -quoiqu'elle fût assez libertine: ce qui doit étonner ceux qui n'ont -point connu mademoiselle de La Loupe et qui n'ont ouï parler que de -madame d'Olonne. Cette historiette n'est pas trop, comme vous voyez, à -l'honneur de ma galanterie[579].» - - [579] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 49.--_Vie du cardinal de Rais_, - édit. 1836, p. 340.--GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 251. - -Le mariage de mademoiselle de La Loupe avec le comte d'Olonne eut lieu -quelques semaines après l'entrevue dont le cardinal de Retz nous a -transmis le récit; et peu de mois après la comtesse d'Olonne s'était -déjà séparée de son mari. Lorsque mademoiselle de Montpensier alla à -cheval, avec son père le duc d'Orléans et le prince de Condé, au-devant -du duc de Lorraine, campé près de Villeneuve-Saint-Georges, madame -d'Olonne, sa sÅ“ur mademoiselle de La Loupe la jeune, la duchesse de -Sully, et les comtesses de Fiesque et de Frontenac, faisaient partie de -l'escadron des dames qui composaient le cortége de cette princesse. «On -s'étonna, dit MADEMOISELLE, de la voir là , son mari étant auprès du -roi, cornette de ses chevau-légers.» Il est probable que la liaison de -la comtesse d'Olonne avec le marquis de Beuvron, la seule de toutes -celles qu'elle forma qui fut quelque temps tenue secrète, était déjà -commencée; peut-être même avait-elle précédé le mariage, et ce premier -attachement a pu être l'obstacle inconnu qui fit échouer les projets de -séduction du cardinal[580]. Une autre cause, plus probable, se trouve -aussi dans la répugnance que, malgré sa pourpre, son haut rang, devait -causer à une jeune beauté, plus frappée des agréments du corps que de -ceux de l'esprit, un homme tel que Gondi. Si le portrait que nous trace -Tallemant des Réaux, de ce héros de la Fronde, est fidèle, c'était «un -petit homme noir, à vue très-basse, mal fait, laid, et maladroit de ses -mains à toutes choses[581].» Madame de Pommereul, dont il parle dans -cette partie de ses Mémoires, et avec laquelle il avait vécu, était la -femme d'un président au grand conseil, qui, mariée contre son gré, et -en discorde avec son mari, s'était séparée de lui[582]: madame de -Sévigné fut liée avec son fils et son petit-fils, qui occupèrent des -charges importantes[583]. - - [580] MADEMOISELLE, _Mémoires_, t. XLI, p. 245 et 246.--BUSSY, - _Hist. amoureuse de France_, 1710, in-12, p. 4.--SAINT-SIMON, - _Mém. inédits_, t. XI, p. 135. - - [581] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 102, édit. - in-8º; t. VII, p. 18 de l'édit. in-12. - - [582] _Ibid._, t. IV, p. 113, édit. in-8º; t. VII, p. 30. - - [583] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 22 décembre 1675), t. IV, p. 261 - et 264, édit. de G.; t. IV, p. 118 et 143, édit. de M. (20 - juillet, 11, 14 septembre, 26 octobre 1689); t. IX, p. 380 et - 381, et t. X, p. 60, édit. de G.; t. IX, p. 44, 111, 115, 184, - 185, édit. de M. - - - - -CHAPITRE XXV. - -1652. - - Haine contre Mazarin.--Menaces du parlement contre le gazetier - Loret.--Libelles et chansons contre la reine et son - ministre.--Sermon du père Le Boux en faveur de la cause - royale.--Prédications furibondes du père George contre la - cour.--La cause royale gagne des partisans.--Beaufort battu à - Gergeau.--Mazarin plein de confiance en lui-même.--L'armée royale - est subitement attaquée par Condé.--Comment ce prince parvient à - rejoindre son armée.--Habileté de Gourville et de - Chavagnac.--Condé manque d'être pris par Bussy-Rabutin.--Combat - de Bléneau.--Conséquences de ce combat si Condé eût battu l'armée - royale.--Condé entre dans Paris.--Ses fautes.--Suites et - résultats de la victoire de Turenne.--Événements et intrigues qui - les produisent.--L'histoire ne mesure pas le temps d'après la - durée astronomique. - - -Quelque nombreux, quelque divisés que fussent les partis qui -s'agitaient dans Paris, ils se réunissaient tous pour s'opposer à -Mazarin et résister au roi, ou plutôt à la reine sa mère. Ceux qui -étaient partisans du premier ministre, comme ceux qui, tout en le -détestant, voyaient trop de dangers à ne pas respecter en lui une -autorité exercée au nom du roi, étaient en petit nombre; et leur voix -était tellement comprimée, que Loret fut menacé, par les membres du -parlement, d'un décret de prise de corps, parce que dans sa _misérable -Gazette_ (comme lui-même la nomme avec juste raison), il avait exprimé -avec trop de franchise son opinion en faveur de la cause royale. Il se -vit obligé de renoncer à la liberté de ses rimes, et de ne plus -raisonner - - Sur l'état présent des affaires, - Pour n'irriter tels adversaires[584]. - -Ce qui lui parut dur; car en terminant une de ses lettres il s'écrie: - - Ah! que c'est une étrange chose - Quand on veut jaser, et qu'on n'ose[585]! - - [584] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 24, 26, _lettre_ en - date du 18 février 1652. - - [585] _Ibid._, _id._, p. 34, _lettre_ en date du 3 mars, t. III, - p. 110, _lettre_ en date du 18 août; t. III, p. 40. - -Cependant les libelles les plus odieux et les chansons les plus -ordurières contre la reine et contre Mazarin s'imprimaient librement, -et circulaient parmi le peuple, sans que le parlement songeât à -réprimer tant d'audace. De tout temps ceux qui se sont armés contre le -pouvoir, sous le prétexte de se soustraire à l'oppression, commencent -par opprimer leurs adversaires, parlent sans cesse de justice, de -liberté et d'humanité, et se montrent iniques et cruels. - -La chaire évangélique avait pourtant maintenu son indépendance, et le -parlement n'osait y porter atteinte. On s'empressait de se rendre aux -sermons du père Le Boux, de l'Oratoire, et à ceux du père George, -capucin, qui tous deux, mêlant la politique aux saintes leçons de la -religion, prêchaient, le premier en faveur de la cause royale, le -second pour la Fronde et le parlement. Le père Le Boux fut plusieurs -fois insulté par la populace au sortir de l'église; mais il n'en -continua pas moins à exhorter tous les partis à se réunir dans une -commune obéissance aux ordres du roi[586]. Gaston assista à l'un de -ses sermons, le 10 mars de cette année 1652, durant le carême; il y -vint avec toute sa famille; et l'intrépide prédicateur, saisissant -l'occasion qui s'offrait à lui, s'adressa à ce fils de France, et -l'exhorta, avec tout la chaleur d'une éloquence vive et passionnée, à -tarir la source des pleurs que la France versait et à faire cesser tous -les maux qui pesaient sur elle. Il lui promit pour récompense les -bénédictions du ciel et celles de tout le royaume, qui avait le droit -de tout espérer de sa bonté et de sa puissante intervention. De son -côté, le père George ne se montrait pas moins actif, dans ses -furibondes prédications, à peindre la reine et son ministre comme -altérés de sang et de vengeance, et ne songeant qu'à la destruction de -Paris et à l'extermination de ses habitants. - - [586] _Ibid._, p. 38, _lettre_ en date du 17 mars; _ibid._, p. - 43, _lettre_ en date du 7 avril.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. - 164.--Le père BERTHOD, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 319. - -Quoique le parti des royalistes fût en apparence le plus faible, il -gagnait tous les jours de nouveaux partisans dans le peuple. Il cachait -sa force, afin d'entretenir la division parmi les autres; et la -violence de ceux-ci augmentait à proportion de leur affaiblissement -progressif[587]. D'ailleurs, on savait que Condé, en Guienne, tout en -faisant des prodiges de tactique militaire, avait toujours échoué -contre le comte d'Harcourt; qu'Angers était pris, et que Beaufort -venait d'être battu à Gergeau. Cet échec, joint à la division qui -régnait entre Nemours et Beaufort, avait mis le désordre et jeté le -découragement parmi leurs soldats. On ne doutait pas que l'armée -royale, commandée par deux généraux aussi habiles que Turenne et le -maréchal d'Hocquincourt, ne parvînt à triompher facilement de troupes -désorganisées, et conduites par des chefs sans expérience, sans -talents militaires. On prévoyait le moment, peu éloigné, où cette armée -victorieuse s'approcherait de Paris, de Paris sans défense et -renfermant un si grand nombre de partisans avoués ou secrets de la -cause royale[588]. Mazarin surtout n'en doutait pas; et, peu inquiet -sur les résultats des arrêts qui mettaient sa tête à prix, il se -félicitait d'avoir assuré son triomphe par son retour et de ne s'être -pas laissé imposer par la haute renommée militaire de Condé et par -l'éclat de ses victoires. - - [587] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 44. - - [588] PETITOT, _Introduction à la Fronde_, t. XXXIV de la - collection, p. 234, 235, 243.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mémoires_, t. - LII, p. 114. - -Tandis que non-seulement le ministre, mais toute la cour, mais toute -l'armée étaient dans ces sentiments, que la division commandée par le -maréchal d'Hocquincourt se reposait, tranquille comme on l'est après -une victoire, tout à coup, au milieu de la nuit, le 7 avril, cette -division est subitement attaquée par l'armée de Nemours et de Beaufort, -avec une impétuosité et un ensemble de manÅ“uvres dont on ne croyait -pas ses chefs capables. Cinq quartiers sont successivement enlevés et -dispersés, le reste est mis en déroute; les fuyards vont apprendre ce -désastre à Briare, où campait Turenne, et à Gien, où était la -cour[589]. Celle-ci se crut perdue, et sur le point d'être enveloppée -et prisonnière. Si le roi eût été pris et entre les mains des rebelles, -ceux-ci auraient eu le pouvoir, et tout était terminé[590]. Soudain -Turenne, qui croit à peine les récits qui lui sont faits, monte à -cheval, accompagné de son état-major, et il se poste en avant sur une -éminence qui dominait la plaine. De là , à la lueur des villages -enflammés, il examine attentivement la manière dont sont rangés les -corps de troupes de l'ennemi; puis, après quelques minutes de -réflexion, il dit: «Monsieur le Prince est là ; c'est lui qui commande -son armée.» - - [589] DESORMEAUX, _Hist. du prince de Condé_, 1769, in-12, t. - III, p. 217. - - [590] MONGLAT, t. L, p. 333.--LA PORTE, t. LIX, p. 427. - -Cela était invraisemblable, mais cela était vrai. Condé, instruit par -Chavigny des divisions qui régnaient entre Beaufort et Nemours, et de -l'insubordination des officiers et des soldats qu'il avait placés sous -leurs ordres, avait marché nuit et jour, et traversé plus de cent vingt -lieues de pays, déguisé en palefrenier, décidé à se faire tuer plutôt -que de se laisser prendre. Il était accompagné du duc de La -Rochefoucauld, du jeune prince de Marsillac, du comte de Guitaut, du -marquis de Lévis. Celui-ci, muni d'un passeport du comte d'Harcourt, -était le seul chef apparent; les autres semblaient composer sa suite; -mais tous se laissaient guider et conduire par deux hommes aussi -intelligents qu'intrépides: c'étaient le comte de Chavagnac et -Gourville. Sans leur présence d'esprit, sans leur extraordinaire -activité, sans leur connaissance des lieux et des hommes, Condé eût été -dix fois reconnu et fait prisonnier avec ceux qui l'escortaient, tant -il savait peu se contraindre, tant il se pliait peu et gauchement à ce -qu'exigeait le rôle prescrit par le déguisement qu'il avait -emprunté[591]. Oubliant qu'il était transfuge et proscrit, il fut même -sur le point d'éclater contre un gentil-homme royaliste de la -connaissance de Chavagnac, qui, ignorant les noms et les qualités des -hôtes que celui-ci lui avait amenés, se mit à déclamer pendant le -souper contre les princes, et parla fort librement et en termes -très-injurieux des galanteries de la duchesse de Longueville[592]. La -faiblesse du prince de Marsillac, jeune adolescent, qui ne pouvait -supporter les fatigues d'une marche si précipitée; les premières -attaques de goutte que ressentit alors le duc de La Rochefoucauld, son -père, devinrent pour Gourville une source d'embarras et d'inquiétude. -Tous ses efforts et ceux de Chavagnac n'auraient pu empêcher Condé -d'être pris lors de son passage de la Loire au bec de l'Allier, si -Bussy-Rabutin, qui commandait à la Charité-sur-Loire, eût été à son -poste, et si le prince ne s'était pas éloigné promptement de cette -place. Mais cette fuite précipitée le fit reconnaître; et la reine, à -qui on avait entendu dire, «Il périra, ou je périrai[593]» envoya des -cavaliers à sa poursuite. Il échappa à leurs recherches, et parvint -enfin, après divers accidents romanesques, à rejoindre son armée près -de Lorris, au sortir de la forêt d'Orléans[594]. - - [591] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 134, - 256.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 200.--CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. - 131. - - [592] LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 35.--CHAVAGNAC, - _Mém._, t. I, p. 148. - - [593] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 276-278, édit. in-12. - - [594] GOURVILLE, _Mém._, t. LII, p. 254-261.--CHAVAGNAC, t. I, p. - 147.--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 328.--MONTPENSIER, t. XLI, p. - 198.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mém._, t. LII, p. 134 et 135. - -C'était sa présence qui avait inspiré à ses soldats, découragés et -battus, cette ardeur et cette impétuosité dont le corps d'armée -d'Hocquincourt avait été victime. Condé se préparait à en disperser les -restes, lorsque Turenne parut. Ce grand capitaine, en voyant les -dispositions prises pour un nouveau combat, comprit qu'elles ne -pouvaient être l'Å“uvre de Nemours et de Beaufort; il devina aussitôt -quel redoutable ennemi il avait à combattre, et se hâta de prendre ses -mesures en conséquence. Avec quatre mille hommes, il arrêta le -vainqueur de Rocroi, qui en commandait plus de douze mille, mit un -terme à ses succès, et sauva le roi de France. Rien ne manque à la -célébrité de ce combat de Bléneau, puisqu'il a été décrit et commenté, -avec une clarté et une précision qu'on ne saurait surpasser, par le -plus grand guerrier de notre âge[595]. - - [595] NAPOLÉON, _Mém._--BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 288, - édit. in-12--MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 333.--MONTPENSIER, t. XLI, - p. 212.--RETZ, t. XLVI, p. 83. - -Si Condé, après avoir forcé la cour et l'armée royale à se retirer -devant lui, était resté à la tête de ses troupes, nul doute qu'il n'eût -pu tenir la campagne avec avantage et augmenté le nombre de ses -partisans. La Guienne, dont il possédait la capitale, lui était -dévouée; la Provence, commandée par le duc d'Angoulême, tenait pour -lui; le Languedoc, dont MONSIEUR était gouverneur, ne lui eût point été -contraire; le duc d'Harcourt, si mécontent du cardinal, se serait -déclaré en sa faveur; et peut-être alors aurait-il été assez puissant -pour pouvoir exécuter le coupable projet, qu'on lui a prêté à tort, de -détrôner le roi et de changer la dynastie[596]: mais du moins s'il -avait voulu négocier, il eût été certain de faire sa paix à des -conditions glorieuses pour lui et utiles pour les siens[597]. Loin de -là , Condé, après le combat de Bléneau, quitta subitement son armée; il -en laissa le commandement à des chefs subalternes, et se rendit à Paris -avec Beaufort, Nemours et La Rochefoucauld[598]. Le grand capitaine se -métamorphosa en négociateur maladroit, et le prince du sang en -imprudent factieux. Cette faute énorme engendra rapidement toute la -série des conséquences qui suivirent, et dont les derniers termes -furent la rentrée du roi et de la cour dans Paris, l'anéantissement de -toutes les garanties contre les abus du pouvoir, obtenues en 1648 par -la convention faite avec le parlement; le rappel de Mazarin, et le -triomphe complet de l'autorité absolue du roi; puis enfin le douloureux -spectacle pour la France de voir Condé à la solde de l'étranger, et -général de l'armée d'Espagne, combattant avec les Espagnols contre sa -patrie. Mais avant d'arriver à ce résultat que d'événements, -d'intrigues, de désastres, ont eu lieu dans cette seule année! - - [596] _Extrait de la vie écrite en marge d'une Bible de_ JEAN DE - COLIGNY, dans les _Contes historiques_ de Musset-Pathay, p. 236. - - [597] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 392, 396. - - [598] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 50, _lettre_ en date - du 14 avril 1652.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 262.--JOLY, - _Mémoires_, t. LXVII, p. 215. - -L'histoire ne mesure pas le temps d'après sa durée astronomique; -souvent les faits se pressent avec tant de rapidité et déroulent un si -long avenir, que peu de jours leur suffisent pour former un grand -nombre des anneaux de la chaîne historique. De même que les flots d'un -fleuve, avant de se perdre dans la mer, parcourent des intervalles -semblables avec des vitesses différentes, lorsqu'ils se précipitent en -cascades du haut des rochers, roulent en torrent sur une pente -inclinée, ou coulent lentement sur un lit horizontal, ainsi les moments -de la vie humaine et les années des peuples, avant de s'anéantir dans -l'océan des âges, tantôt se traînent avec lenteur, ou marchent avec -régularité, tantôt volent avec légèreté et sans bruit, ou fendent -l'espace avec le fracas et la rapidité de la foudre. - - - - -CHAPITRE XXVI. - -1652-1653. - - C'est dans cette année que se pose le principe fondamental de la - monarchie de Louis XIV.--Madame de Sévigné a vécu avec les - principaux personnages de la Fronde.--Nécessité de les faire - connaître.--Comment Mazarin et Turenne ont contribué, par la - réunion de leurs talents, au triomphe de la cause - royale.--Mazarin nommé surintendant de l'éducation du jeune - roi.--Il se concilie son affection.--Habileté de sa - politique.--Circonstances où Louis révèle l'énergie de son - caractère.--L'éducation qui lui était donnée et les événements de - sa jeunesse étaient propres à développer ses facultés pour le - gouvernement.--Calme et courage de Mazarin au milieu des - dangers.--Son adresse dans les négociations.--La dévastation des - campagnes et les progrès de l'anarchie aliènent les bourgeois de - la cause des princes.--Mazarin négocie avec eux et avec le - parlement.--Ordonnance royale qui transporte le parlement de - Paris à Pontoise.--Plaisanterie de Benserade.--Mazarin fait - demander son éloignement par le parlement.--Il se retire à - Bouillon.--Le roi est redemandé par le parlement et le peuple de - Paris.--Le roi se conforme à toutes les instructions que lui - avait laissées Mazarin.--Tout le monde cherche à traiter avec ce - ministre.--Bussy-Rabutin va à Bouillon pour le voir.--Mazarin - revient lorsque tous les actes de rigueur ont été - accomplis.--Mazarin s'empare de toute l'autorité, et termine la - Fronde.--Mazarin comparé à Richelieu et à Retz. - - -Dans cette année 1652 le principe générateur de la monarchie de Louis -XIV fut posé, et la fortune d'un grand nombre des personnages qui -firent la gloire de son règne, la carrière qu'ils parcoururent, et les -destinées de leur vie entière, se trouvèrent déterminées par la part -qu'ils avaient prise dans les événements de cette époque. Madame de -Sévigné a vécu avec la plupart de ces personnages; elle en parle -continuellement dans ses lettres; elle se trouvait elle-même à Paris au -milieu d'eux, lors de ces grandes secousses. Il est donc impossible de -réussir dans le dessein que nous avons formé d'éclairer l'histoire de -son siècle par ses écrits, et de mieux faire comprendre ses écrits par -la peinture de son siècle, sans faire connaître en même temps chacun de -ces personnages, le rôle qu'il a joué, les passions qui le faisaient -mouvoir, les intrigues dont il était l'auteur, l'instrument ou la -victime; et ce que devenait enfin la société au milieu de laquelle -s'est passée l'année la plus agitée de la jeunesse de madame de -Sévigné. - -Mazarin et Turenne attirent d'abord notre attention, comme les premiers -acteurs de ce grand drame politique. Jamais, dans des positions aussi -difficiles et aussi compliquées, deux hommes, l'un dans le cabinet, -l'autre sur les champs de bataille, n'ont déployé autant d'habileté. A -cette époque décisive ils ne firent pas une faute, et profitèrent -toujours des fautes de leurs antagonistes. Unissant tous deux la -prudence et l'audace, ils surent s'avancer et se retirer à propos. Ne -négligeant rien, prévoyant tout, ils assortirent et modifièrent -promptement leurs plans et leurs résolutions, selon les circonstances -qu'ils ne pouvaient changer, ou selon celles qu'ils avaient fait -naître. Leurs génies si divers, leurs caractères si opposés se -prêtèrent un mutuel appui, et contribuèrent à assurer leurs succès -respectifs, par des moyens différents. Tel fut le nombre des obstacles -qu'ils avaient à surmonter, que chacun d'eux eût manqué son but et -éprouvé une défaite, sans le secours de l'autre. Si Mazarin n'avait -pas, par une ruse adroite, fait connaître à Fuensaldagne le danger que -courait l'Espagne en rendant Condé trop puissant, et en forçant le roi -de France, n'importe à quelle condition, à se réunir à lui pour -repousser l'ennemi commun, l'armée de Fuensaldagne se serait réunie à -celle de Condé, et Turenne, accablé, n'aurait pu continuer la -lutte[599]. Si Turenne n'avait pas deviné, par les marches du duc de -Lorraine, qu'il manquait de sincérité dans ses négociations avec -Mazarin, l'armée des princes se serait encore trouvée doublée. L'habile -capitaine, agissant avec ce faux allié comme envers un ennemi, se posta -devant lui au moment où il s'y attendait le moins; et, le forçant ainsi -à combattre, ou à exécuter son traité, il lui fit effectuer sa -retraite. - - [599] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 362. - -Turenne se conciliait l'attachement des soldats, et se faisait des amis -de tous les officiers de son armée; tandis que Condé révoltait souvent -ceux de la sienne par sa hauteur et sa dureté insultante. Mazarin -acquérait sans cesse des partisans[600] par sa modération et sa -souplesse, par la juste opinion que l'on avait de son habileté et de sa -longue pratique des affaires, par les grâces qu'il accordait, par les -promesses qu'il prodiguait, par l'entière confiance que la reine avait -en lui, par l'affection du jeune roi, qu'il avait su capter. Il s'était -fait nommer surintendant de son éducation; et, bien loin de le tenir -éloigné des affaires comme on l'a prétendu, il le contraignait à s'y -appliquer. Il l'initia à toutes les négociations qui eurent lieu -pendant les troubles; il lui donna communication des lettres qu'il -recevait de tous les partis, des propositions qui lui étaient faites; -et il lui démontra que l'intérêt et l'ambition s'étaient masqués du -prétexte du bien public pour chercher à le renverser, et qu'il lui eût -été facile de rester ministre, s'il avait voulu permettre à Condé, au -duc d'Orléans, au cardinal de Retz, aux meneurs du parlement, de -s'emparer chacun d'une portion de l'autorité royale. C'était pour elle -qu'il se sacrifiait, qu'il s'adonnait à une vie si laborieuse; c'était -pour elle qu'il avait supporté l'exil, et qu'il exposait sa vie, en -bravant, par sa rentrée en France, les arrêts de proscription. - - [600] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 407. - -Veut-on savoir quels furent sur le jeune roi les effets des -instructions de Mazarin, qu'on se rappelle deux faits. - -Quand le président de Nesmond fut à Compiègne admis, avec une -députation du parlement, en présence du trône, pour y lire les -remontrances de sa compagnie et demander l'éloignement de Mazarin, -Louis XIV, rougissant de colère, interrompit l'orateur au milieu de sa -harangue, arracha au président le papier qu'il tenait à la main, puis -dit qu'il en délibérerait avec son conseil. Nesmond voulut en vain -réclamer, remontrer à cet enfant couronné qu'il agissait contre tous -les usages; Louis persista, et la députation fut forcée de se retirer. - -Mazarin était absent, lorsqu'il fut décidé que la cour ferait le 21 -octobre son entrée solennelle dans Paris, où le feu de la sédition -avait tout embrasé et était à peine éteint. La reine et les ministres, -et le maréchal Duplessis, qui commandait les troupes, décidèrent que le -jeune roi se placerait près du carrosse de sa mère, qu'il serait -entouré par le régiment des gardes suisses et le reste de l'armée. Il -fut impossible d'amener Louis à consentir à cet arrangement[601]. Il -fallut le laisser agir à sa volonté; et il fit son entrée à cheval, à -la tête du régiment des gardes françaises, seul en avant de son -cortége. A la lueur de plusieurs milliers de flambeaux, il chemina -lentement à travers les flots d'un peuple immense, qui admirait la -beauté de son coursier, sa jeunesse, ses grâces, sa noble sécurité, et -qui témoignait, par ses bruyantes acclamations, une joie qui allait -jusqu'au délire[602]. Louis le Grand ne se retrouve-t-il pas tout -entier dans ces deux actes d'un souverain de quatorze ans? - - [601] Père BERTHOD, t. XLVIII, p. 369.--Maréchal DUPLESSIS, - _Mémoires_, t. LVII, p. 404. - - [602] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 355.--MONGLAT, _Mém._, t. - L, p. 375. - -Sans doute il faut faire ici la part du naturel et du caractère, qui -dans chaque individu est le résultat de l'ensemble de son organisation, -et ne dépend pas de l'éducation. Mais l'éducation que Louis reçut par -les soins de Mazarin était éminemment propre à développer ces heureux -germes. Faite au milieu des camps et des guerres civiles, elle était la -meilleure qu'on pût donner à un monarque. Toujours l'exemple se -trouvait avec le précepte, la théorie près de la pratique, l'expérience -à côté du principe[603]. Quelle belle leçon donnait à son roi un -ministre que la proscription ne pouvait distraire des soins du -gouvernement! qui négociait tranquillement avec ceux-là même qui -avaient fait vendre ses meubles et ses livres, pour payer l'assassin -qui le tuerait[604]! La première clause de ces négociations était -toujours qu'il serait banni du royaume: contre cette clause Mazarin ne -faisait aucune objection. Il semblait ne se compter pour rien; mais il -discutait les autres, et prouvait aux négociateurs qu'elles étaient -attentatoires à l'autorité royale; il leur démontrait que les -parlements, qui voulaient le bien du royaume, le livraient par leur -résistance à l'étranger; il leur faisait voir qu'étant sans force pour -exécuter leurs arrêts, lors même qu'on accéderait à tout ce qu'ils -demandaient, ils n'en seraient pas plus avancés, attendu que cela ne -désarmerait pas les princes, qui avaient d'autres prétentions. Alors il -leur faisait confidence des offres secrètes de ceux-ci, et des -dispositions où ils étaient de le laisser gouverner, pourvu qu'il -consentît à des concessions qui toutes étaient dans les intérêts -particuliers de la noblesse militaire, et bien plus encore au détriment -des parlements et de la bourgeoisie que de l'autorité royale. - - [603] LOMÉNIE DE BRIENNE, t. II, chap. XXXVII, p. 297. - - [604] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 109, _lettre_ du 11 - août 1652. - -Chaque parti, à l'insu des autres, cherchait à traiter avec Mazarin, -dans l'espérance de tirer avantage des embarras de sa situation. Il -avait donc les secrets de tous, et personne n'avait les siens; personne -ne pouvait deviner ses intentions et ses projets. Comme tous les partis -se trompaient mutuellement, et que même en se confédérant contre lui -ils restaient toujours désunis, il lui devint facile de les diviser, de -les affaiblir les uns par les autres, de connaître tous les ressorts -qui les faisaient agir, de mesurer le degré de leur force et de leur -faiblesse respectives, ignoré d'eux-mêmes. Cette exacte appréciation -des leviers qu'on peut faire mouvoir, des obstacles qui sont à vaincre, -est à la fois la tâche la plus difficile et la plus essentielle de -l'homme d'État. Elle seule peut indiquer quand il faut battre en -retraite ou s'avancer avec hardiesse, laisser agir le temps ou -précipiter les événements, donner de la sécurité ou inspirer de la -crainte. Les gouvernements les plus faibles peuvent se raffermir, si -ceux qui les dirigent possèdent cette habileté; les mieux établis -peuvent être précipités dans l'abîme, si elle leur manque. Les moyens -puissants que ceux-ci ont à leur disposition leur deviennent inutiles -au moment du danger, parce que ces dangers ils n'ont pas su les -prévoir, et qu'ils ignorent comment on peut en triompher. La -pusillanimité succède toujours à une folle confiance. Le bon guerrier -n'est pas celui qui sait le mieux braver les périls, mais celui qui -sait le mieux les apercevoir et les prévenir, et qui ne désespère pas -de la victoire, quelque forte que soit la résistance. - -L'impassibilité de Mazarin au milieu des partis, qui tous -l'assiégeaient et le battaient en brèche, était admirable, sa tactique -merveilleuse. Il négociait avec tous leurs chefs, et ne paraissait -choqué ni surpris d'aucune de leurs propositions, quelque extravagantes -qu'elles pussent être. Bien mieux, il accédait sur-le-champ à celles -qui pouvaient satisfaire le plus leurs intérêts, sans rompre -entièrement le ressort de l'autorité royale; mais ces concessions -étalent toujours mesurées sur le degré d'influence et de puissance que -pouvaient exercer ceux auxquels il les faisait, et sur la force que -leur alliance donnait au gouvernement. Cette facilité de Mazarin -trompait les négociateurs, qui se présumaient beaucoup plus redoutables -qu'ils ne l'étaient réellement. On voulait tout obtenir, ou du moins on -exigeait au delà de ce que l'on considérait comme déjà concédé. Le -temps s'écoulait; et l'autorité royale grandissait, gagnait du terrain -parmi les masses; les partis s'amoindrissaient, et les négociations -même qui avaient lieu, dont le secret perçait, ou qui était divulgué à -dessein par Mazarin, contribuaient encore à leur discrédit. On s'en -apercevait, et l'on se décidait à accepter les conditions déjà -consenties. Mais alors Mazarin reculait à son tour, et changeait les -conditions selon l'état des choses et la situation de chacun à chaque -conférence[605]. C'est ainsi que tous les arrangements et tous les -compromis avec les chefs de parti furent différés, jusqu'au moment où -l'autorité royale, rompant ouvertement les faibles entraves par -lesquelles on prétendait la retenir, put agir en liberté, et se -manifester dans toute sa puissance. Ce ne fut pas, comme on l'a dit, -par dissimulation, par finesse seulement, que Mazarin parvint au but -qu'il s'était proposé; ce fut par le jeu d'une politique habile, qui -résultait naturellement de la parfaite connaissance qu'il avait su se -procurer des positions particulières de chacun des personnages -puissants auxquels il avait affaire, et de tous les motifs qui -pouvaient exercer de l'influence sur l'opinion et les intérêts des -masses. - - [605] RETZ, _Mémoires_, t. XLVI, p. 89.--CONRART, t. XLVIII, p. - 40 et 408.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 243.--Le maréchal DUPLESSIS, - t. LVII, p. 402.--TALON, t. LXII, p. 385.--MAZARIN, _Lettres - inédites à la reine, à la princesse Palatine_, etc., écrites - pendant sa retraite hors de France en 1651 et 1652, in-8º, 1836. - -L'embarras et les obstacles que présentaient les partis n'étaient pas -les seuls dont Mazarin eût à triompher. Il en avait d'autres (en -quelque sorte domestiques et privés) dans le sein de la cour, dans -l'intérieur même du conseil; et ceux-là il fallait les anéantir, ou -renoncer à tout espoir de succès. Continuellement il avait à lutter -contre des courtisans puissants qui le haïssaient; il avait à empêcher -que les ressentiments et la colère dont la reine était animée -n'influassent sur les mesures du gouvernement[606]; qu'elles ne fussent -entachées d'obstination, dictées par des motifs de haine ou d'amour, de -faveur ou de vengeance, de vanité ou d'orgueil: toutes choses qui dans -les affaires publiques ne conduisent jamais qu'à de funestes résultats. - - [606] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 165. - -Mais c'est surtout dans les derniers moments du dénoûment de ce grand -drame que la conduite de Mazarin nous paraît mériter d'être étudiée. - -La dévastation des campagnes, la haine que les princes s'étaient -attirée par leur violence, le progrès de l'anarchie, avaient rendu le -retour du roi et de la cour un besoin pour la bourgeoisie, pour l'élite -de la population de Paris, et pour le parlement lui-même. Mazarin sut -deviner alors, malgré les démonstrations extérieures, malgré la -dispersion de ceux du _Papier_ par ceux de la _Paille_[607], que la -victoire était certaine; mais il comprit qu'il la rendrait plus -complète en la différant. C'est alors qu'il lia des correspondances -secrètes plus intimes et plus actives avec les partisans du roi dans -Paris. Quelques-uns étaient ses affidés, et parmi eux se trouvaient des -personnages importants, tels que le duc de Bournonville, qui était -resté caché dans Paris, au péril de sa vie[608]. D'autres, tels que -Fouquet, procureur général du parlement, déclamaient contre lui de -concert avec lui, afin d'être écoutés sans défiance lorsqu'ils -démontraient la nécessité d'ouvrir au roi les portes de sa -capitale[609]. Plusieurs étaient des bourgeois obscurs, mais zélés, -ayant d'autant plus d'influence sur le peuple, qu'ils voulaient le -bien public sans aucun motif d'ambition. De ceux-là il s'en trouve de -tels dans tous les temps, et ils ne sont pas les moins utiles, quand le -pouvoir sait les mettre en Å“uvre. Mazarin excita par des offres -avantageuses des membres du parlement à venir le trouver; et plusieurs -d'entre ceux qu'il n'avait pu émouvoir par des motifs vertueux, ou une -noble ambition, furent corrompus à prix d'argent[610]. Il fit rendre -une ordonnance royale qui transférait le parlement de Paris à Pontoise. -Le nombre de ceux qui obéirent à cette ordonnance fut d'abord si petit, -que Benserade dit un jour plaisamment qu'il venait de rencontrer le -parlement dans un carrosse coupé[611]. Mais dans ce petit nombre se -trouvaient le garde des sceaux Molé, le chancelier Séguier, et la -quantité de juges rigoureusement suffisante pour rendre des arrêts. Ce -fut par ces arrêts, qui anéantissaient l'effet de ceux de Paris, que ce -parlement de Pontoise rendit alors d'éminents services à la cause -royale. Mazarin était assez puissant pour rentrer dans Paris avec la -cour, s'il l'avait voulu; mais ce fut alors que, pour réduire -l'opposition à un état de faiblesse qui ne pût lui laisser aucun -espoir, il employa la plus habile des manÅ“uvres. Le roi fut supplié -par le parlement de Pontoise de vouloir bien éloigner son ministre, et -de le faire sortir du royaume. Mazarin sembla obéir, se sacrifier pour -le roi et la monarchie, et se retira à Bouillon[612]. Dès lors il ne -resta pas même un prétexte aux princes, aux frondeurs, aux parlements, -de s'armer contre l'autorité[613]. Toutes les craintes, toutes les -préventions s'évanouirent; le retour du roi fut imploré à grands cris, -comme une faveur, par tous les corps de l'État et par toute la -population, depuis si longtemps victime des maux de la guerre civile. -On ne s'offrit point seulement au pouvoir, on se précipita au devant de -lui[614]. Dès qu'on sut les négociations commencées, on les crut -terminées; tous les ambitieux, redoutant d'être devancés, se pressèrent -de faire leur paix: tous craignaient d'être les derniers à déposer -l'étendard de la rébellion[615]. - - [607] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 463.--MONTPENSIER, t. LXI, p. - 323.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 224 et 240.--MONGLAT, t. L, p. - 337.--LORET, liv. III, p. 92, du 7 juillet.--BERTHOD, t. XLVIII, - p. 289, 298, 305. - - [608] BERTHOD, _Mém._, t. XLVIII, p. 351.--_Histoire de la - Monarchie françoise_, 1re édit., 1697, in-12, p. 444, 445. - - [609] Voyez _Discours du sieur de Sève de Chastignouville_, dans - l'_Histoire de la Monarchie françoise sous le règne de Louis le - Grand_, 1697, in-12, t. I, p. 444, 445. - - [610] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 324. - - [611] BERTHOD, _Mém._, t. XLVIII, p. 287 à 292, 327, - 351.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 236.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 325. - - [612] RETZ, t. XLVI, p. 410.--TALON, t. LXII, p. 428, - 445.--LORET, liv. III, p. 109, _lettre_ 32, en date du 11 - août.--MONGLAT, t. L, p. 358. - - [613] MONGLAT, t. L, p. 359.--LORET, liv. III, p. 115, 25 - août.--TALON, t. LXII, p. 455 et 466.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. - 349. - - [614] RETZ, t. XLVI, p. 153.--LORET, liv. III, p. 126, 25 - septembre.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 50.--Père BERTHOD, t. XLVIII, - p. 325 à 347. - - [615] BERTHOD, _Mém._, t. XLVIII, p. 300. - -Cette grande concession faite aux parlements du royaume, aux sentiments -ou aux préventions du peuple, fut d'autant plus puissante dans ses -effets qu'elle eut lieu au moment où elle ne paraissait plus -nécessaire, et où on s'y attendait le moins. Elle fut considérée comme -une faveur, comme un acte libre et volontaire du monarque; et elle lui -acquit aussitôt une grande popularité. Mais si cette mesure était -décisive pour le rétablissement de l'autorité royale, elle n'était pas -sans dangers pour les intérêts personnels de Mazarin. Il avait déjà -éprouvé que son ascendant sur l'esprit de la reine et l'intérêt qu'il -lui inspirait pouvaient céder à la crainte. La déclaration royale qui -avait ordonné son premier bannissement avait été faite sans aucun -ménagement, et avait rejeté sur lui tout l'odieux des infractions de -celle de 1648. Il en avait été profondément blessé. L'ordre qu'il avait -reçu peu après de se rendre à Rome, pour y ménager les intérêts du -royaume, acheva de lui démontrer qu'on voulait l'écarter des affaires. -Il n'obéit point à cet ordre; et les deux lettres qu'il écrivit pour -s'en excuser, et qui furent adressées au secrétaire d'État de Brienne, -pour être communiquées à la reine et à son conseil, sont d'une habileté -consommée. Il demande à être mis en prison, à être jugé, ou plutôt il -veut se soumettre à tout ce que la reine ordonnera de lui; elle peut -lui infliger telle peine qu'il lui plaira, disposer de tout ce qui lui -appartient, sans que son dévouement, son respect, sa reconnaissance -pour elle puissent en être altérés. A cette dénomination d'étranger, -dont on lui fait un reproche, il oppose vingt-trois années de sa vie -passées au service de la France, agrandie par ses négociations; et il -demande noblement si beaucoup de Français peuvent se vanter d'en avoir -fait autant pour elle[616]. Mazarin savait donc par expérience tout ce -qu'il avait à redouter en s'éloignant; il savait qu'il laissait à la -cour un grand nombre de puissants personnages jaloux de la faveur dont -il jouissait[617]. Plusieurs l'avaient souvent marqué par leurs -hauteurs insultantes, d'autant plus redoutables que, par leurs noms et -les charges dont ils étaient pourvus, ils exerçaient un grand pouvoir, -et formaient la force du parti royaliste. Les principaux étaient les -ducs de Bouillon, Miossens, Roquelaure, Créqui, Villeroi, Souvré. -Parfaitement instruit des prétentions et du caractère de chacun d'eux, -Mazarin eut soin avant de partir de se les attacher par des faveurs, -et prit avec eux des engagements qui leur en promettaient après son -retour plus qu'ils n'en avaient déjà reçu[618]. Puis il mit auprès de -la reine pour sous-ministres Le Tellier et Servien, qu'il s'était -attachés. Tous deux étaient très-capables d'expédier les affaires -courantes; mais leurs caractères étaient antipathiques, et ils -nourrissaient l'un contre l'autre une jalousie et une haine que Mazarin -avait grand soin d'entretenir. Ondedei et l'abbé Fouquet, en défiance -l'un de l'autre, tous deux bien en cour, devaient lui rendre compte de -tout, et correspondaient avec lui, moins par lettres que par -l'intermédiaire de Brachet et de Ciron, courriers du cabinet, qui -allaient et revenaient sans cesse de Paris à Bouillon. - - [616] MAZARIN, _Lettres à la reine_, etc., écrites en 1651 et - 1652, _lettres_ 52, 53 et 54, p. 291 à 308. - - [617] LORET, liv. III, p. 95, _lettre_ du 14 juillet.--GUY-JOLY, - t. XLVII, p. 236.--MONGLAT, t. L, p. 342. - - [618] MONGLAT, _Mém._, t. L, p. 342.--Le maréchal DUPLESSIS, t. - LVII, p. 406 et 407. - -Mazarin avait aussi pris soin d'entourer le jeune roi de serviteurs qui -lui étaient dévoués; il lui avait laissé par écrit une instruction, qui -contenait tout ce qu'il avait à dire dans tous les cas inopinés qui -pourraient se présenter. Bussy, qui se rendit alors, comme beaucoup -d'autres, à Bouillon pour solliciter personnellement Mazarin -relativement aux demandes et aux réclamations qu'il avait adressées au -gouvernement, fut frappé d'admiration en voyant avec quel calme, quelle -présence d'esprit ce ministre proscrit administrait la France du fond -du petit château des Ardennes, où il s'était retiré sans gardes et sans -suite[619]; avec quelle rapidité il expédiait les courriers qui lui -arrivaient à tout moment, car Bussy atteste, et tous les Mémoires sont -d'accord sur ce point, qu'à cette époque il ne fut rien résolu de -quelque importance que conformément aux décisions du ministre exilé. - - [619] RETZ, t. XLVI, p. 164 et 168.--LA FARE, t. LXV, p. - 145.--BUSSY, _Mém._, t. I, p. 372.--MONGLAT, t. L, p. 397. - -Après que le roi eut fait sa rentrée dans Paris, qu'il eut tenu au -Louvre son lit de justice, qu'il eut interdit au parlement, par des -paroles sévères, la discussion des affaires publiques; après que tous -les chefs et les meneurs de l'insurrection eurent été exilés, ou que -d'eux-mêmes, hommes et femmes, ils eurent fui de la capitale; après que -le cardinal de Retz, le plus redoutable de tous les factieux, eut été -incarcéré; après qu'une déclaration du roi eut cassé tous les arrêts -rendus contre Mazarin, Mazarin reparut[620]. - - [620] BRIENNE, t. XXXVI, p. 312.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. - 353.--TALON, t. LXII, p. 366, 370, 465, 466, 470, 478.--RETZ, t. - XLVI, p. 195, 197, 198, 205, 206.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 232, - 238, 242, 250, 273.--Père BERTHOD, t. XLVIII, p. 334, 363, - 372.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 339, 349, 350, 352, 354, - 373.--MONGLAT, t. L, p. 369, 372, 398, 375, 376.--LORET, liv. - III, p. 149, _lettre_ en date du 26 octobre.--BUSSY, _Mém._, t. - I, p. 133, 374. - -Son entrée dans Paris (le 2 février 1653) ressembla bien plus à un -triomphe qu'au retour d'un proscrit, et fut le dénoûment et la dernière -scène de la Fronde. Tous les partis avaient été frappés, au moment de -leur plus grand discrédit, par les coups répétés de l'autorité royale, -et se trouvaient atterrés et brisés. Partout dans Paris les rubans -blancs et les bandelettes de papier blanc avaient remplacé la paille -des frondeurs, et les rubans jaunes, bleus, rouges et isabelle; et -l'unité de la couleur semblait être devenue un emblème de l'unité de -l'autorité et du commandement. - -Mazarin sut parfaitement juger sa position, et la force que lui -donnaient les fautes des partis qu'il avait su vaincre. Il reprit -l'exercice du pouvoir royal tel qu'il existait avant la première -Fronde, tel que Richelieu l'avait laissé, comme s'il n'avait éprouvé -aucune interruption. Cette marche habile lui acquit l'estime de tous -les cabinets étrangers: elle releva la France, qui par ses divisions -était devenue le jouet et la risée d'une perfide et tortueuse -politique[621]. - - [621] TALON, _Mém._, t. LXII, p. 470, 478, 482.--GUY-JOLY, t. - XLVII, p. 246.--Père BERTHOD, t. LXVIII, p. 364, 370. - -Ainsi au théâtre, après une intrigue compliquée où l'imagination se -fatigue sans parvenir à en prévoir les résultats, apparaît à la fin -l'être puissant et mystérieux qui a tout conduit, dont la présence -explique tout, dénoue tout, replace tout dans une situation naturelle, -et fixe pour toujours les destinées de tous les personnages de la -pièce[622]. - - [622] LORET, liv. IV, p. 18, _lettre_ en date du 8 février 1653. - -On a reconnu dans Richelieu toutes les qualités d'un grand ministre, -malgré ses vices, ses petitesses, son amour-propre d'auteur, ses -persécutions et ses vengeances. Pourquoi Mazarin, qui eut à lutter -contre de plus grands talents, contre des génies supérieurs, n'a-t-il -pas aussi, malgré son avarice et ses autres défauts, obtenu la même -justice? Le premier déploya plus de grandeur dans ses desseins, plus de -vigueur dans leur exécution; le second, plus de fécondité dans ses -moyens, plus de prudence et de finesse. Le premier brava les haines; le -second, les ridicules. Richelieu força ses opposants à être ses -esclaves ou ses victimes; Mazarin fit de ses antagonistes ses créatures -ou ses dupes. Tous les deux sont arrivés à leur but par des voies -différentes: ils ont été les maîtres de l'État, et n'ont jamais séparé -leurs intérêts de ceux du trône, ni les intérêts du trône de la -personne du monarque; ils ont ajouté à la grandeur et à la gloire de la -France, et tous deux ont contribué à préparer le beau règne de Louis -XIV. - -Voltaire compare Mazarin à Retz comme homme d'État, et prononce que des -deux Retz est le génie supérieur: pour appuyer son jugement, il renvoie -aux dépêches de l'un et aux Mémoires de l'autre. Singulière preuve, -erreur étrange! Y a-t-il quelque comparaison à établir entre des écrits -particuliers et secrets, tracés avec la rapidité qu'exige le besoin du -moment, au milieu des agitations d'une vie occupée, et ceux que l'on -compose pour le public, qu'on élabore à loisir dans le calme et dans la -retraite? Est-ce qu'on ne doit pas, d'ailleurs, toujours séparer -l'homme de l'écrivain ou de l'orateur? Autre chose est la pensée, autre -chose est la résolution; autre chose est le discours, autre chose est -l'action. Un intervalle profond sépare la théorie de la pratique; le -génie des lettres et de l'éloquence ne suppose pas toujours celui des -affaires. Tous deux peuvent coexister sans se nuire; mais l'un n'est -pas le résultat de l'autre. La prévision, l'à -propos, l'inspiration -soudaine, la souplesse et la promptitude d'un esprit propre à trouver -toujours de nouvelles combinaisons pour tous les événements, sous -quelque face qu'ils se présentent, sous quelque forme qu'ils se -modifient; l'empire qu'on exerce sur soi-même pour tout faire tourner -(jusqu'au hasard) au profit de ses projets; cette persévérance qui ne -se laisse distraire par aucune passion, dominer par aucune affection; -cette défiance qui nous met en garde contre nos illusions et celle des -autres; cette activité qui ne néglige aucun détail, surveille tous les -accidents, ne perd jamais de vue les points culminants des affaires: -tout cela est inutile à l'écrivain, à l'orateur, mais est indispensable -à l'homme d'État; et encore, avec toutes ces qualités, celui-ci ne peut -rien sans la force du caractère et la puissance de la volonté. Le -talent de l'homme de lettres ou de l'orateur n'a besoin pour atteindre -tout son éclat et produire tous ses effets que des moyens qu'il puise -dans sa mémoire, son jugement et son imagination; et comme il est plus -facile de perfectionner, par l'exercice et le travail, ses forces -intellectuelles, d'apprendre à polir son style ou d'ajouter à la grâce -de son débit, que de se donner l'énergie qui manque ou de changer les -inclinations qui résultent de l'organisation, il arrivera souvent que -des hommes d'État deviendront, au milieu de la pratique des affaires, -d'habiles écrivains, des orateurs faciles et diserts; tandis que le -meilleur écrivain, le plus sublime orateur ne pourra devenir un homme -d'État, si la nature n'a pas donné à son âme la trempe nécessaire, à -son esprit les qualités requises; si elle lui a dénié les penchants et -les passions qui le rendent propre à une vie tumultueuse et agitée, ou -si, heureusement pour lui, elle lui en a conféré qui lui sont -contraires. - -Laissez de côté les historiens, qui tous, sur la foi les uns des -autres, accolent à certains noms des jugements formulés d'avance; -étudiez les faits dans les écrits contemporains, dans les actes -publics, et vous serez convaincu que ce n'est pas un homme d'État -ordinaire que celui qui a négocié le traité de Munster et conclu la -paix des Pyrénées; qui a donné l'Alsace à la France, et préparé de loin -ses droits au riche héritage de l'Espagne; qui a terminé la guerre -civile et la guerre étrangère; qui a rétabli l'autorité royale dans -toute sa majesté et sa force; et qui, après avoir pris les rênes de -l'État, envahi, déchiré et affaibli, le laissa, en mourant, tranquille -au dedans, puissant et respecté au dehors. Non, le ministre qui fut le -collaborateur de Richelieu, et qui forma Colbert, n'est pas tel que -nous le dépeignent ceux qui ont cru pouvoir écrire l'histoire de ces -temps d'après les satires des frondeurs, les harangues des -parlementaires, et l'insidieux mais habile _factum_ que le cardinal de -Retz, nous a laissé sous le titre de _Mémoires_. - -Il existe entre Mazarin et Retz, considérés comme hommes d'État, toute -la distance qui sépare celui qui s'est montré capable de conduire un -grand royaume au milieu des circonstances les plus difficiles, et celui -qui a prouvé qu'il ne savait pas se conduire lui-même, lors même que le -sort le favorisait. Dans cette seconde guerre de Paris surtout, on peut -dire que Retz n'a commis que des fautes; et il ne sembla avoir employé -toutes les ressources de son esprit et tous les efforts de son -éloquence que pour marcher plus sûrement à sa perte et y entraîner ses -amis, et avec eux Gaston, qui s'abandonna trop à ses conseils. La -présomption et la vanité de Retz l'aveuglèrent jusqu'à la fin. Si après -le massacre de l'hôtel de ville, au lieu d'armer et de se fortifier -dans le clos de l'Archevêché[623], il eût pris le prétexte des -désordres qui avaient eu lieu, et de l'anarchie qui régnait dans Paris, -pour se retirer dans ses terres, loin de la cour et des factions qui -concouraient à le repousser et à se défier de lui, il eût acquis -l'estime publique, il se fût réconcilié avec la reine; il aurait -infailliblement obtenu par la suite, dans les affaires, l'influence due -à ses talents, à sa dignité d'archevêque, à l'empire qu'il exerçait sur -le clergé et sur une portion du peuple de Paris. Même après avoir -laissé échapper cette occasion, il eût encore pu arriver au même -résultat, lorsque, à la tête de la députation du clergé, il se présenta -devant le roi, pour le supplier de rentrer dans sa capitale. S'il eût -mis à profit cette mission, où il étala tant de luxe et de -magnificence[624]; s'il eût agi avec sincérité envers son souverain; si -sa conduite et ses sentiments eussent été d'accord avec les paroles -qu'il prononça en cette occasion; si le chapeau de cardinal, qu'il -reçut alors des mains du monarque, avait été pour lui, comme il devait -l'être, le gage d'une noble et pieuse réconciliation, sa destinée, à la -suite des crises de sa jeunesse, eût été aussi utile, aussi brillante -qu'elle a été inutile et obscure. Si même, après les mauvais conseils -donnés à Gaston, il avait accepté l'offre que lui faisait le -gouvernement de payer une partie de ses dettes et de consentir à partir -pour Rome chargé d'une mission à laquelle on eût attaché de forts -émoluments, il eût pu conserver son rang, sa dignité et ses richesses, -et récompenser tous ceux qui l'avaient soutenu dans sa rébellion, et -dont il occasionnait la disgrâce. Mais, de même qu'il avait d'abord -cédé à l'orgueil impolitique de tenir tête, dans Paris[625], au prince -de Condé, il voulut, malgré les conseils de ses amis, rester encore -dans la capitale après la rentrée du roi. On avait attribué -généralement à son influence la retraite de Mazarin, quoiqu'elle fût -due à une autre cause: or, rien n'est souvent plus désastreux que de -paraître revêtu d'une puissance plus grande que celle que l'on -possède[626]. Retz s'aveugla sur sa position: il ne sut pas prévoir, -cet homme d'État, que tous les partis lui attribueraient leur défaite, -et qu'aucun ne le soutiendrait[627]. Ce fin politique se laissa prendre -aux paroles que lui adressa le monarque adolescent, lorsqu'il se rendit -au Louvre pour le complimenter avec son clergé; et il ne comprit pas -que ces paroles avaient été dictées. Ce galant si habile à ruser avec -les femmes, ce séducteur si adroit, fut, comme un jeune novice, la dupe -de sa fatuité, et se laissa amorcer par la doucereuse coquetterie d'une -reine qui le haïssait. Cet orateur si habitué aux succès se crut -populaire parce qu'il attirait la foule à ses sermons; et cependant la -princesse Palatine, qui, quoique royaliste, ne pouvait sans peine voir -succomber cet illustre associé de ses anciennes conspirations, -l'exhortait à fuir. Elle ne lui cacha point qu'on était décidé à -l'écarter à tout prix, même par le sacrifice de sa vie[628]: le public -sembla l'en avertir, lorsque, à une représentation de _Nicomède_, il -lui fit, par des acclamations, l'application de ce vers: - - Quiconque entre au palais porte sa tête au roi[629]. - -Cependant avec Mazarin ce n'était pas là le genre de danger qui -menaçait Gondi. Cet habile ministre comprenait combien l'arrestation de -l'ancien chef de la Fronde serait utile au pouvoir dans l'esprit des -peuples, comme signe de force, et combien pourrait lui nuire un lâche -assassinat, indice de faiblesse et de cruauté[630]. Gondi, quoique -dûment prévenu, considéra comme un manque de courage de déférer aux -avis qui lui étaient donnés[631]; lui qui avait vu saisir et conduire -en prison le premier prince du sang, le vainqueur de Rocroi, crut que -l'on n'oserait pas attenter à sa liberté, parce qu'il était revêtu de -la pourpre ecclésiastique. Il avait dit lui-même au président de -Bellièvre qu'il avait deux bonnes rames en main, dont l'une était la -masse du cardinal, et l'autre la crosse de Paris[632]: pourquoi donc ne -se mettait-il pas en une position où l'on n'aurait pu lui ôter la -liberté de faire mouvoir ses rames, et s'obstinait-il à pousser sa -barque contre des écueils où elles devenaient inutiles? - - [623] GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. 220, 231, 232. - - [624] RETZ, t. XLVI, p. 161.--MONGLAT, t. L, p. 366. - - [625] RETZ, t. XLVI, p. 132. - - [626] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVI, p. 310.--GUY-JOLY, t. - XLVII, p. 259. - - [627] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 247. - - [628] _Ibid._, p. 246 et 248.--RETZ, t. XLVI, p. - 177.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 355.--BRIENNE, t. XXXVI, p. - 114.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 473. - - [629] CORNEILLE, _Nicomède_, acte I, 1, T. IV, P. 8, ÉDIT. 1692. - - [630] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 254 à 255. - - [631] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 372. - - [632] RETZ, _Mémoires_, t. XLVI, p. 92 et 93. - -Il fut enfin arrêté et incarcéré[633], et cet événement causa l'exil, -la fuite ou la ruine de tous ses amis, de tous les adhérents qu'il -avait dans Paris; ce fût le commencement des malheurs qui le -poursuivirent pendant une grande partie de sa vie. Les fautes qu'il a -commises, et qui amenèrent ce résultat, font d'autant plus de peine -qu'il supporta l'adversité avec courage et avec dignité; qu'à des -talents de l'ordre le plus élevé il joignit des qualités aimables. Il -méritait sous plusieurs rapports l'admiration et l'attachement que -madame de Sévigné professait pour lui. Il avait de l'élévation dans -l'âme, un cÅ“ur sensible, généreux, capable de dévouement, et sincère -dans le commerce de l'amitié. On ne pouvait lui reprocher ni les -petitesses, ni l'égoïsme, ni la basse cupidité de Mazarin; et -l'histoire lui aurait accordé la supériorité sur son rival, si elle -jugeait les personnages qu'elle évoque devant son tribunal d'après -leurs vertus privées, et non sur leurs actes publics. Mais ce n'est pas -ainsi qu'elle procède: elle ne considère les qualités et les défauts -des hommes que par leurs résultats sur les destinées des peuples. Le -mérite et le démérite des actions humaines, considérés sous le point de -vue de l'éternelle justice, ne lui appartiennent pas, et dépendent -d'une juridition plus élevée que la sienne. - - [633] _Ibid._, p. 220, 233, 235.--LORET, liv. III, p. 177, - _lettre_ du 21 décembre 1652.--MONTGLAT, t. L, p. 397.--TALON, t. - LXII, p. 477. - - - - -CHAPITRE XXVII. - -1652-1653. - - Motifs qui ont fait préférer à l'auteur de cet ouvrage la forme - des mémoires à celle de l'histoire.--Condé, rentré dans Paris, va - siéger au parlement.--Réprimandes sévères qu'on lui - adresse.--Pourquoi l'arrêt du parlement ne s'opposait pas à sa - présence dans Paris.--Le parlement, abandonné du peuple de Paris, - se trouve sans force.--Il redoute également Mazarin et - Condé.--Madame de Longueville pousse Condé à la guerre.--La - Rochefoucauld et Nemours l'engagent à faire la paix.--La duchesse - de Châtillon devient la maîtresse de Condé et son négociateur - auprès de la cour.--Mort de Chavigny, de Brienne, et de - Bouillon.--Divisions entre ceux du parti de Condé.--Haine entre - Nemours et de Beaufort.--Noms des hommes éminents du parti des - princes.--Détails sur Chabot.--Son mariage avec mademoiselle de - Rohan.--Madame de Rohan, douairière, s'y oppose.--Elle prétend - que Tancrède est son fils, et doit hériter des biens de son - mari.--Celui-ci est tué dans un combat.--Rohan-Chabot se - réconcilie avec sa belle-mère.--Il fait enregistrer ses lettres - de duc et pair, et continue à être amoureux de madame de Sévigné. - - -Quant à Condé et à Gaston, ils ne dirigèrent pas les événements, ils se -laissèrent gouverner par eux. Ils ne donnèrent pas l'impulsion, ils la -reçurent. Le détail des faits peut seul nous donner une idée exacte des -incertitudes de leur esprit et des variations de leurs projets. -Revenons donc à ce qui se passa à la suite du combat de Bléneau. Ce -récit achèvera de nous mieux faire connaître tous les personnages de la -Fronde, même ceux que nous avons déjà essayé de peindre. Dans cet -ouvrage, où rien de ce qui concerne madame de Sévigné ne doit être -omis, nous nous sommes proposé aussi de peindre le monde où elle a -vécu, et, pour atteindre ce but, l'allure libre et irrégulière des -mémoires nous a paru préférable à la marche compassée de l'histoire. -Celle-ci retrace la vie des États; elle doit classer les grands -événements, les raconter tous, les astreindre à l'ordre des dates, et -ne point s'occuper des existences individuelles et des aventures -privées; et ce sont précisément celles dont nous entretenons le plus -longuement les lecteurs, parce que par là nous leur présentons une -image plus vive, plus fidèle de chaque personne et de chaque époque. -Selon qu'il est nécessaire à nos desseins, tantôt nous anticipons sur -l'avenir, tantôt nous rétrogradons dans le passé. Nous ne rappelons les -faits généraux qu'autant qu'ils sont nécessaires pour éclairer les -faits particuliers; mais dans la Fronde ce sont ceux-ci qui ont -entraîné les faits généraux, et on ne peut les isoler les uns des -autres. De là les développements où nous sommes forcé de nous livrer -pour ne pas laisser incomplète cette partie de notre ouvrage et -répandre plus de clarté sur celles qui la suivront. - -Condé, encore ensanglanté de la victoire qu'il venait de remporter sur -les troupes du roi, rentra dans Paris, et vint siéger sur les fleurs de -lis, dans ce même parlement qui l'avait déclaré criminel de -lèse-majesté. Le président Bailleul et Amelot ne craignirent pas de lui -adresser des réprimandes sévères sur cette insulte faite aux lois et à -la justice. Mais l'arrêt qui condamnait Condé portait en même temps que -l'exécution en serait suspendue jusqu'à ce que Mazarin fût sorti du -royaume. Condé pouvait donc légalement se présenter au parlement. La -nécessité de se justifier lui en fournissait le prétexte[634], et les -termes de l'arrêt lui en conféraient le droit. Il pouvait résider à -Paris tant que Mazarin serait en France; et lors même que le parlement -eût voulu l'expulser de la capitale, la haine contre Mazarin était -encore trop générale, le parti de la Fronde encore trop nombreux, -l'influence de Beaufort sur la populace de Paris trop grande, pour que -le parlement eût l'espoir de se voir obéi. Tout ce qu'il pouvait faire, -soutenu par la garde bourgeoise, par le prévôt des marchands, Lefebvre, -et par le gouverneur de Paris, le maréchal de L'Hospital, tous deux -secrètement dans les intérêts du roi, c'était de ne pas permettre que -Condé introduisît des troupes dans Paris, dont l'entrée était aussi -interdite aux troupes royales. - - [634] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 38.--MONGLAT, _Mémoires_, t. L, - p. 336.--OMER TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 353.--CONRART, - _Mémoires_, t. XLVIII, p. 37. - -Toutes les forces de l'opposition dirigées contre Mazarin résidaient -donc dans Condé. Tous les partis qui la formaient, ceux-là même qui -étaient les moins favorables à ce prince, ne pouvaient se déguiser -qu'ils étaient à la discrétion du premier ministre, si Condé faisait sa -paix. On pouvait, au contraire, forcer la cour à expulser Mazarin, ou -obtenir des conditions favorables si Condé continuait la guerre. La -crainte ou l'espérance de chacune de ces alternatives donnait donc une -grande activité aux intrigues qui s'agitaient autour de ce prince. A la -tête du parti qui le poussait à la guerre était sa sÅ“ur, la duchesse -de Longueville, que la paix eût obligée à se réunir à son mari. Aussi -s'empressait-elle de compromettre son frère en s'unissant aux -Espagnols. Par ses lettres, par les émissaires de l'Espagne, par ses -amis, par Chavigny, elle excitait Condé à rompre toute négociation avec -la cour[635]. Les ducs de La Rochefoucauld et de Nemours étaient les -chefs de ceux qui, parmi les partisans de Condé, voulaient qu'il fît sa -paix avec Mazarin[636]. Ils étaient d'avis qu'il devait abandonner le -duc d'Orléans, le parlement et la Fronde, afin d'obtenir des conditions -plus avantageuses pour lui seul et pour tous ceux qui s'étaient -attachés à sa personne. La Rochefoucauld pensa qu'il lui serait -impossible de faire adopter son plan de conduite à Condé, s'il ne -parvenait pas à le soustraire entièrement à l'influence de la duchesse -de Longueville et à celle de Chavigny; et il imagina d'employer dans ce -but les charmes de la duchesse de Châtillon. Condé en était toujours -amoureux; mais le duc de Nemours, à son retour de Flandre, où il -s'était rendu pour ramener dans l'armée des princes des troupes -espagnoles, n'avait pu revoir celle dont il avait été si violemment -épris sans lui renouveler ses protestations d'amour, sans lui demander -pardon des infidélités que les séductions de la duchesse de Longueville -lui avaient fait commettre. La duchesse de Châtillon, qui par le retour -de cet amant, qu'elle n'avait pas cessé d'aimer, se trouvait flattée -dans son orgueil, satisfaite dans sa haine contre la duchesse de -Longueville, et contentée dans ses affections, n'eut pas de peine à -recevoir le coupable en grâce. La réconciliation fut entière et sincère -de part et d'autre, et eut toute la force d'un naissant attachement. La -Rochefoucauld avait d'abord vu cette réconciliation avec plaisir, parce -qu'elle le vengeait de l'abandon et de l'infidélité de la duchesse de -Longueville; mais il en fut ensuite contrarié, parce qu'elle s'opposait -à ses desseins. Il comprit que le manége et les ressources de la -coquetterie ne suffiraient pas à la duchesse de Châtillon pour obtenir -sur Condé l'empire nécessaire à la réussite de ses projets. Pourtant il -s'efforça de la rendre l'instrument de ses desseins; il flatta sa -vanité, exalta son ambition; il lui fit comprendre qu'il dépendait -d'elle de se rendre la souveraine de l'État: que pour cela il ne -s'agissait que de diriger sur Condé l'effet de ses charmes; mais il lui -démontra aussi la nécessité de se livrer à lui sans aucun partage. Il -fit comprendre au duc de Nemours que s'il parvenait à comprimer ses -sentiments, à dompter sa jalousie, il pouvait, en se servant auprès de -Condé de la duchesse de Châtillon, devenir l'arbitre de la paix ou de -la guerre, jouer le premier rôle dans les négociations qui se -poursuivaient, et s'assurer les conditions les plus avantageuses pour -lui-même. Toute la jeune noblesse de cette époque était livrée aux -passions qui agitent le plus puissamment le cÅ“ur de l'homme, la -volupté, l'ambition et la cupidité: chacune de ces passions devenait un -moyen de suffire aux exigences de celle qui se trouvait la plus forte. -Nemours, qu'elles dominaient, entrevit la possibilité de les satisfaire -toutes en imposant pendant quelque temps silence à l'une d'elles. La -duchesse de Châtillon elle-même, excitée par l'espoir de se venger -doublement de la duchesse de Longueville en lui enlevant son frère, -après lui avoir repris son amant, aida Nemours à consommer son -sacrifice[637]. Il consentit à ce qu'on lui proposait, et le plan du -duc de La Rochefoucauld reçut son exécution. Le prince de Condé donna -en toute propriété le beau domaine de Merlou à la duchesse de -Châtillon, qui n'en possédait que l'usufruit[638]. Elle devint sa -maîtresse déclarée[639]. C'était chez elle qu'il donnait tous ses -rendez-vous, et que se tenaient tous les conseils relatifs aux affaires -de son parti. La duchesse de Châtillon crut ennoblir le rôle qu'elle -jouait, en se chargeant de conduire les négociations de ce parti. C'est -à ce titre qu'elle parut à la cour avec faste et avec éclat. Elle y fut -reçue avec toutes les déférences que réclamait l'importance de sa -mission. L'ascendant qu'elle avait pris sur le prince de Condé était -une bonne lettre de créance, et donnait du poids à ses paroles. -Cependant elle avait plus de beauté que d'esprit et de finesse; et -Mazarin, qui ne désirait que gagner du temps, se félicita d'avoir à -traiter avec un tel diplomate. Chavigny, son ancien collègue sous -Richelieu, qui aurait pu lui être opposé, fut écarté, par les motifs -que nous avons déjà développés. Le succès du piquant libelle que le -caustique et spirituel coadjuteur composa contre Chavigny[640]; les -menaces et les injures outrageantes que lui adressa, en présence de -toute son escorte, le prince de Condé, lorsqu'il eut découvert ses -ruses, ses intrigues et ses projets, si différents des siens; l'ennui -de se trouver éloigné du théâtre des affaires, lui causèrent un tel -chagrin qu'il en mourut, quoiqu'il ne fût âgé que de quarante-quatre -ans. Brienne, qui, sincèrement dévoué à la reine mère, n'avait jamais -ployé sous Mazarin, et qui était un de ceux qui croyaient nécessaire de -sacrifier ce ministre à la paix publique, mourut aussi alors[641]. On -perdit encore le duc de Bouillon, qui, par sa naissance et sa haute -capacité, aurait pu prétendre à la première place dans le conseil. -Ainsi tout semblait favoriser Mazarin, et la destinée prenait soin de -le débarrasser de ceux qui auraient pu mettre obstacle à sa fortune. - - [635] DE VILLEFORE, _la véritable Vie d'Anne-Geneviève de - Bourbon, duchesse de Longueville_, t. I, p. 232 et 234, édit. - d'Amsterdam, 1739, in-12; ou _Vie de madame de Longueville_, p. - 56 à 59, édit. de Paris, 1738. - - [636] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 348. - - [637] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 156 à 158, 162. - - [638] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 70, en date du 26 - mai.--CHAVAGNAC, _Mémoires_, t. I, p. 331.--LA ROCHEFOUCAULD, t. - LII, p. 156 à 158. - - [639] MONTPENSIER, t. XLI, p. 245. - - [640] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 92 et 181, _le Contretemps de M. - de Chavigny, premier ministre de monsieur le Prince_.--LORET, - liv. III, p. 142, _lettre_ en date du 12 octobre.--CONRART, t. - XLVIII, p. 220.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 178.--SAINT-SIMON, - _Mémoires inédits_, édit. 1829, t. I, p. 71 et 72. - - [641] LORET, lib. III, p. 110, _lettre_ en date du 18 août 1652. - -La combinaison formée par le duc de La Rochefoucauld ne fit -qu'augmenter la désunion qui existait déjà dans le parti de Condé. -Nemours haïssait le duc de Beaufort, dont il avait épousé la sÅ“ur; -femme douce, bonne, indulgente, vertueuse, qui, s'il l'avait aimée, -aurait réussi à rétablir l'harmonie entre son frère et son mari. On se -rappelle qu'une querelle s'était élevée entre eux au sujet du -commandement de l'armée. Nemours était persuadé qu'alors il avait été -grièvement offensé, et qu'il n'avait obtenu qu'une réparation -insuffisante. Beaufort avait beaucoup d'empire sur le petit peuple de -Paris, et jouissait d'une grande faveur auprès de Condé, auquel il ne -pouvait inspirer aucune jalousie. Ce fut un motif de plus pour Nemours, -qui souffrait de la violence qu'il faisait à ses sentiments à l'égard -de la duchesse de Châtillon et de Condé. Ne pouvant s'attaquer à ce -prince, il lui semblait qu'en se vengeant de lui sur Beaufort, il -laverait dans le sang de celui-ci l'offense faite à son honneur et les -blessures faites à son amour. Cependant Condé employait tous ses -efforts pour réconcilier les deux beaux-frères: tous deux lui étaient -nécessaires. Les ducs de La Rochefoucauld, de Beaufort, de Nemours et -de Rohan-Chabot, étaient les hommes les plus éminents de son parti. - -Ce dernier, par lui-même, et par sa femme, le servait avec chaleur. Il -avait épousé la fille de ce Henri de Rohan, duc et pair de France, dont -nous avons des Mémoires, et qui fut un des plus grands hommes de son -temps[642]. Rien n'étonna plus que ce mariage d'une fille unique, de la -seule héritière de Rohan, si belle, si orgueilleuse, que le comte de -Soissons avait pense épouser, à laquelle s'étaient offerts le duc de -Weimar, chargé des lauriers de la victoire, et le beau duc de Nemours, -l'aîné des princes de la maison de Savoie. Elle leur préféra un cadet -de la famille de Chabot, un simple gentil-homme sans établissement, -sans illustration, sans fortune. Chabot n'était pas remarquable par la -beauté des traits de son visage, mais il était bien fait, spirituel, et -dansait avec une grâce admirable. Il s'aperçut qu'il plaisait à la -jeune héritière de Rohan; il s'attacha à ses pas, et négligea sa -carrière militaire, afin de pouvoir lui faire assidûment sa cour. «Cet -amour, dit MADEMOISELLE, dura quelques années, et donna lieu à une -infinité de jolies intrigues.» Chabot, qui se faisait chérir par ses -qualités sociales, eut l'adresse d'intéresser à la réussite de ses -desseins la plupart des personnes qui approchaient le plus souvent de -mademoiselle de Rohan, et qui avaient le plus d'influence sur son -esprit; entre autres, la marquise de Pienne, depuis comtesse de -Fiesque, sa cousine germaine, et son cousin germain le duc de Sully. -C'est dans le château de celui-ci que se fit le mariage[643]. Mais le -plus puissant appui de Chabot dans toute cette affaire avait été le -prince de Condé, alors duc d'Enghien. Chabot s'était rendu le confident -du prince auprès de mademoiselle du Vigean. D'Enghien alors commandait -les armées royales contre la Fronde, et avait un grand ascendant sur le -cardinal et sur la reine régente. Il en profita pour les faire -consentir au mariage de mademoiselle de Rohan et de Chabot, et pour -faire donner à celui-ci un brevet de duc et pair, afin que mademoiselle -de Rohan ne perdit pas son rang lorsqu'elle serait devenue sa femme. La -seule condition de cette insigne faveur fut que Chabot, qui était -protestant, ferait élever ses enfants dans la religion catholique[644]. -Mais la mère de la nouvelle mariée, Marguerite de Béthune, fille du -grand Sully, duchesse douairière de Rohan, femme galante, dit Lenet, -pleine d'esprit, et possédant tous les talents propres à la cour, -furieuse de n'avoir pu réussir à empêcher ce mariage, eut recours au -plus étrange des expédients pour frustrer sa fille de tous ses droits à -l'héritage paternel. Elle fit paraître un fils, le disant d'elle et de -Rohan. Elle l'avait fait élever secrètement, et avait jusque alors -caché sa parenté, par la raison, disait-elle, que son mari était -brouillé avec la cour. Elle accusait mademoiselle de Rohan de l'avoir -fait enlever et conduire en Hollande, où elle lui payait une pension. -Ce jeune homme était connu sous le nom de Tancrède, et était sans aucun -doute un fils naturel de la duchesse douairière de Rohan. Elle lui -donna un train, une maison, et le nom de duc de Rohan; elle lui fit -engager, en cette qualité, un procès au parlement contre Rohan-Chabot -et sa femme, à l'effet d'être mis en possession, comme aîné, de tous -les biens de la maison de Rohan. Tancrède, qui voulait se rendre digne -par sa valeur du grand capitaine qu'il réclamait pour père, cherchait -toutes les occasions de se montrer avec éclat, et fut tué dans un -combat contre les Parisiens, lors de la première guerre de la -Fronde[645]. Sa mort termina ce romanesque procès. La duchesse -douairière de Rohan se réconcilia sincèrement avec sa fille, qui ne -s'opposa point à ce que le jeune Tancrède, qui ne pouvait plus nuire à -ses intérêts, fût inhumé comme enfant légitime[646]. - - [642] MOTTEVILLE, t. XXXVII, p. 143, 144; t. XXXVIII, p. - 175.--MONTPENSIER, t. XL, p. 452.--RETZ, t. XLIV, p. - 324.--MONGLAT, t. L, p. 157.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de - Monmerqué, 1820, in-8º, t. I, p. 213, _lettre_ en date du 15 - décembre 1670, no 92.--_Ibid._, édit. de Gault de Saint-Germain, - 1823, in-8º, t. I, p. 284, no 105. - - [643] MOTTEVILLE, t. XL, p. 454. En 1646. - - [644] LENET, _Mémoires_, t. LIV, p. 212.--SAINT SIMON, _Mémoires - inédits_, t. II, p. 160 et 162, chap. XI. - - [645] RETZ, _Mém._, t. XLIV, p. 324.--MONGLAT, t. L, p. - 157.--GRIFFET, _Histoire de Tancrède de Rohan_; Liége, 1767, - in-12, p. 52. - - [646] LORET, _Muse historique_, liv. VI, p. 32, _lettre_ 9, 27 - février 1655. - -Le duc de Rohan-Chabot fut donc ainsi délivré de toute inquiétude -relativement à la possession de l'immense fortune qu'il avait acquise -par son mariage; mais il n'en était pas de même de son titre de duc et -pair. Pour jouir de toutes les prérogatives qui s'y trouvaient -attachées, il fallait que le brevet du roi qui le lui conférait fût -vérifié et enregistré au parlement de Paris: un arrêt de ce parlement -ordonnait qu'aucune vérification de ce genre ne pourrait avoir lieu -tant que le cardinal Mazarin serait en France. Cet obstacle n'arrêta -point Rohan-Chabot. Il profita du moment où Condé, par les émeutes -populaires qu'il avait suscitées, avait imprimé une sorte de terreur -dans Paris; et, en partie par crainte, en partie par ses amis et ceux -de Condé, il parvint à faire vérifier et enregistrer son brevet, et à -être reçu duc et pair dans une séance solennelle du parlement[647], -nonobstant les oppositions de Châtillon, de Tresmes, de Liancourt, de -la Mothe-Houdancourt, qui avaient obtenu avant lui des lettres de ducs -et pairs, et n'avaient pu encore, à cause de l'arrêt, en obtenir la -vérification et l'enregistrement. - - [647] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 151 à 158.--TALON, _Mém._, - t. LXII, p. 420. - -Ainsi le duc de Rohan-Chabot devait en partie à l'appui du prince de -Condé son nom, son rang et sa fortune; mais comme il était aussi -redevable de tout cela à Mazarin et à la reine, ce n'est qu'avec regret -qu'il s'était vu obligé, pour rester fidèle à Condé, de se déclarer -contre le roi. Aussi était-il un des plus ardents dans le parti de ceux -qui voulaient la paix, et par conséquent un de ceux que Condé employait -avec le plus de confiance dans ses négociations avec Mazarin[648]. La -duchesse de Rohan-Chabot était à cet égard dans les mêmes sentiments -que son mari. D'un caractère énergique et altier, elle dominait ses -volontés, mais non pas ses affections; et depuis quelque temps il -s'abandonnait sans partage à l'amour dont il était épris pour la -marquise de Sévigné[649]. - - [648] TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 462. - - [649] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 154 et 155. - - - - -CHAPITRE XXVIII. - -1652-1653. - - Position du Gaston.--Ses fautes, qui causent son exil.--Caractère - et genre de vie de sa femme, Marguerite de - Lorraine.--MADEMOISELLE occupe pendant la guerre le premier rang - dans Paris.--Son caractère; ses relations avec le prince de - Condé.--Ses projets de mariage.--Bons mots du roi et de la reine - d'Angleterre sur MADEMOISELLE.--Les deux fils de cette reine - servent dans deux armées différentes.--Conduite du duc de - Lorraine.--Tous les partis flattent MADEMOISELLE, sans se confier - à elle.--Son genre de dévotion.--Elle croyait aux - astrologues.--Grand nombre de noblesse militaire et d'officiers - dans Paris, par le voisinage des armées.--Fêtes données par - MADEMOISELLE.--Autres réunions.--Turenne et le duc de Lorraine - font traîner la guerre en longueur.--Fêtes données dans les - camps.--Trêves et négociations. - - -Gaston était le seul qui pût, de concert avec le parlement, donnera -l'opposition un caractère de légalité. Quoique le roi eût été déclaré -majeur, Gaston pouvait soutenir qu'il n'était pas libre, et prendre, -dans l'intérêt de son neveu, des mesures pour que le royaume ne -souffrit aucun dommage de ceux qui voulaient faire tourner à leur -profit l'inexpérience d'un monarque encore trop jeune pour pouvoir se -conduire par lui-même. Aussi le prince de Condé montrait en toute -occasion une grande déférence pour Gaston; il employait tous les moyens -pour obtenir son consentement sur toutes ses démarches. Tous les partis -négociaient avec lui et intriguaient avec lui. Gaston, faible et -irrésolu, n'en embrassait aucun, n'en servait aucun avec suite et -sincérité. C'était le moyen d'être abandonné par tous, et d'assurer le -succès de Mazarin. Ce succès était dans son intérêt, et il le sentait, -car il chercha à transiger avec la cour; mais, faute de l'avoir fait à -temps, il fut obligé de se soumettre sans condition, et fut exilé par -lettres de cachet au moment de la rentrée du roi. Pendant toute la -durée de la guerre, des flots de peuple se portaient quelquefois à son -palais du Luxembourg, situé alors hors de l'enceinte des remparts de -Paris; et on voyait fréquemment sortir de ce palais des négociateurs et -des courriers. Du reste, il vivait fort retiré, et il n'y avait chez -lui ni ces nombreuses réunions, ni ces fêtes, ni ces repas splendides -qui se succédaient alors presque journellement chez les personnages que -leurs rangs appelaient à jouer les premiers rôles dans leurs partis. La -duchesse d'Orléans, Marguerite de Lorraine, était alors affligée de la -perte d'un de ses enfants, et enceinte d'un autre. Bonne, bienfaisante, -pleine de sens et de raison, au besoin même énergique, mais nerveuse, -vaporeuse, inégale, indolente, elle ne pouvait se résoudre à tenir -cercle, et aimait à vivre dans la retraite. Aussi le cardinal de Retz, -dans ses Mémoires, nous dépeint-il MONSIEUR, lorsqu'il revenait avec -lui du parlement au Luxembourg, entrant dans son cabinet de livres, -jetant sur la table son chapeau couvert d'un panache de plumes, et -fermant ensuite la porte au verrou; puis commençant par des -exclamations ou des questions ces longues discussions, où se -développaient si bien, mais si longuement, les avantages et les -inconvénients de toutes les combinaisons politiques; et où, après -plusieurs heures écoulées dans d'éloquentes polémiques, les deux -interlocuteurs se séparaient sans avoir rien arrêté, rien résolu. C'est -aussi dans ce cabinet que Gaston donnait tous ses rendez-vous, que se -tenaient toutes ses conférences. Si, après avoir longtemps délibéré, on -n'était pas d'accord, alors on proposait de passer chez la duchesse -d'Orléans pour avoir son avis. Quoiqu'elle eût peu d'étendue dans -l'esprit, on estimait sa franchise, sa droiture et son jugement: elle -avait plus d'élévation d'âme et de force dans le caractère que son -mari; et les conseillers de celui-ci, lorsqu'ils n'étaient pas de son -avis, aimaient, ainsi que lui, à recourir aux décisions de sa -femme[650]. Mais alors il ne fallait pas que les consultants fussent -trop nombreux, car elle n'eût pu rester avec eux tous dans la même -chambre; il ne fallait pas qu'aucun d'eux eût des bottines de cuir de -Russie, si fort à la mode alors, car elle n'en aurait pu supporter -l'odeur sans se trouver mal. Lors même que son frère le duc de Lorraine -vint à Paris, Marguerite ne changea rien à ses habitudes et à son genre -de vie; et quand absolument il fallait que Gaston donnât un grand dîner -ou une fête, ce n'était point dans son palais que la chose avait lieu, -c'était chez son chancelier: la femme de celui-ci, la comtesse de -Choisy, en faisait les honneurs; la duchesse n'y paraissait point[651]. - - [650] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 170. - - [651] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 320. - -Il résultait de cet intérieur de Gaston, que mademoiselle de -Montpensier, sa fille du premier lit, qui avait des goûts tout opposés -à ceux de sa belle-mère, tenait, en l'absence de la cour, le premier -rang dans Paris, et que durant cette année de troubles et de guerre -civile elle fut réellement la reine de la société. Ce qui ajoutait -encore pour elle à l'illusion, c'est que c'était aux Tuileries, où elle -demeurait alors[652], qu'elle donnait ses concerts, ses bals et ses -divertissements. Le courage qu'elle avait montré à Orléans, cette -générosité qui la porta à faire des levées d'hommes à ses frais, tout -contribua à la rendre populaire et chère aux partis qui s'opposaient à -la cour et à Mazarin. Les chefs cherchaient à profiter de la faiblesse -qu'elle avait de s'abandonner toujours aux espérances les plus -flatteuses relativement aux mariages qu'elle désirait contracter. Le -prince de Condé, s'il réussissait, lui faisait entrevoir comme certain, -par son mariage avec Louis XIV, la couronne de France en perspective. -La Rochefoucauld et les autres amis de ce prince, lorsqu'on recevait de -Bordeaux des nouvelles qui annonçaient que la princesse de Condé, -naturellement délicate, était dangereusement malade, lui parlaient du -veuvage du prince de Condé comme prochain; ils émettaient l'opinion -que, dans cette supposition, le prince ne pourrait rien faire de plus -avantageux pour lui que de se proposer pour l'épouser, et qu'ils l'y -engageraient. Alors toutes les attentions, les prévenances que Condé -avait pour elle lui paraissaient des indices certains de ses vues pour -l'avenir; et comme elle avait une grande admiration pour ce héros, -lorsque ses espérances faiblissaient du côté du roi, elle se reposait -délicieusement sur l'idée d'une autre union honorable, et où les âges -comme les penchants mutuels seraient mieux assortis. Quand des -nouvelles plus rassurantes sur la santé de madame la Princesse -faisaient évanouir ou du moins éloignaient encore cet espoir, les -lettres de Fuensaldagne, appuyées par les promesses du duc de Lorraine, -lui donnaient l'assurance d'épouser l'archiduc[653]; et ainsi toujours -une nouvelle chimère était substituée à celle qu'elle avait longtemps -nourrie: elle la caressait avec la même crédulité, parce qu'en effet sa -naissance et ses grands biens donnaient de la probabilité aux projets -que son imagination faisait éclore. - - [652] _Ibid._, p. 336. - - [653] MONTPENSIER, t. XLI, p. 306. - -La reine d'Angleterre, dont MADEMOISELLE, ainsi que je l'ai déjà dit, -avait refusé le fils aîné, le Prétendant, disait malignement que, comme -la célèbre Pucelle, MADEMOISELLE ferait le salut de la France, -puisqu'elle avait, comme elle, commencé par chasser les Anglais et -sauvé Orléans. Cette reine, quoique du parti de la cour, était, à cause -de son rang et de son rôle de conciliatrice, de toutes les fêtes et de -toutes les réunions qui avaient lieu alors dans Paris[654]. Une chose -qui étonnait, c'est que ses deux fils (qu'on vit depuis monter l'un -après l'autre sur le trône d'Angleterre) servaient, l'un dans l'armée -du duc de Lorraine, l'autre dans l'armée de Turenne. On ignorait que le -duc de Lorraine, avant d'avoir reçu de l'argent de l'Espagne pour aller -secourir Condé, en avait accepté auparavant de la France pour joindre -son armée à l'armée royale. C'est d'après cette promesse qu'on l'avait -laissé entrer dans l'intérieur du royaume; et le prince Charles -d'Angleterre s'était mis comme volontaire dans son armée, jusqu'à ce -qu'il fut décidé de quel côté il se tournerait. - - [654] MONTPENSIER, t. XLI, p. 233--CONRART, t. XLVIII, p. 42. - -MADEMOISELLE avait lieu de croire que Mazarin et la reine ne -consentiraient jamais à son mariage avec le roi, à moins qu'ils n'y -fussent contraints par les succès de l'armée des princes. Cette seule -considération suffisait pour mettre MADEMOISELLE dans le parti de la -duchesse de Longueville, qui poussait Condé à la guerre[655]. Elle -avait, d'ailleurs, des prétentions sur le cÅ“ur de Condé aussi bien -que sur sa main; et il suffisait que la duchesse de Châtillon, dont -elle était jalouse, eût embrassé le parti de la paix pour qu'elle se -jetât avec chaleur dans les rangs du parti contraire[656]. Si les chefs -de tous les partis la flattaient et cherchaient à l'attirer à eux, -aucun cependant ne lui confiait ses secrets; on redoutait l'instabilité -de ses résolutions, son inexpérience dans les affaires, ses vanités, -ses imprudences, sa fougue, ses scrupules, ses inconséquences. Portant -jusqu'à l'excès l'orgueil du rang et de la naissance, le sentiment seul -de sa dignité l'eût défendue contre l'entraînement des passions, lors -même qu'elle n'eût pas été portée à y résister par des principes de -vertu et par attachement à la religion. Elle n'avait cependant qu'une -dévotion peu fervente; mais, de même que la reine mère se retirait -souvent dans son oratoire afin de prier pour le succès des troupes -royales, MADEMOISELLE faisait sans cesse dire des messes pour le -triomphe de l'armée des princes[657]. Nous apprenons par elle-même -qu'elle désapprouva les génuflexions au milieu de la rue et les autres -démonstrations, peu sincères selon elle, auxquelles le prince de Condé -se soumit lorsque, le 11 juin, le clergé promena dans Paris, avec toute -la pompe d'une procession générale, la châsse de sainte Geneviève[658]. -Cette procession avait été ordonnée, sur les instances du peuple, par -le parlement, le jour même où il délibéra comment il réaliserait les -cent cinquante mille livres promises à celui qui apporterait la tête de -Mazarin[659]. La conduite que Condé tint dans cette circonstance fut -considérée par MADEMOISELLE comme un acte d'hypocrisie indigne de lui, -et dont le seul motif était de plaire au peuple. Il est évident aussi, -d'après la manière dont elle s'exprime dans ses Mémoires, que la foi -aux reliques de la douce vierge de Nanterre était affaiblie dans la -classe élevée, et même que toutes les croyances de ce genre étaient -considérées comme des préjugés populaires et des superstitions -bourgeoises, peu dignes de la haute aristocratie; mais en même temps -nous apprenons, par les nombreux témoignages de personnages de cette -caste, qu'elle était adonnée à l'astrologie et à la divination, et -qu'elle croyait aux revenants[660]. - - [655] MONTPENSIER, t. XLI, p. 230. - - [656] MONTPENSIER, t. XLI, p. 269, 290, 292, 315. - - [657] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 339. - - [658] LORET, liv. III, p. 79, 81, _lettre_ du 16 juin - 1652.--MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 314, 333.--GUY-JOLY, t. - XLVII, p. 222 et 334. - - [659] TALON, _Mémoires_, t. LXII. - - [660] MONTPENSIER, _Mém._, t. LXI, p. 471.--SEGRAIS, _Mémoires et - Anecdotes_, t. II, p. 34. - -L'entrée de Condé et des princes qui l'accompagnaient amena dans Paris -un grand nombre de généraux et d'officiers; et ceux des armées campées -dans les environs profitèrent d'un voisinage peu favorable à la -discipline, mais très-propice au plaisir[661]. Il semblait que tous les -jeunes guerriers, que l'élite de la noblesse de France, et même des -pays circonvoisins, s'étaient donné rendez-vous dans la capitale. On -reconnaissait, aux couleurs de leurs écharpes, les chefs dont ils -dépendaient, les partis et les peuples auxquels ils appartenaient: -celles des Lorrains, rouges; des Espagnols, jaunes; de Gaston, bleues; -de Condé, isabelle[662]. Cette réunion de brillants uniformes donnait -un éclat à toutes les fêtes qui avaient lieu alors, et fournissait des -occasions d'en augmenter le nombre. Cependant la présence de tant -d'étrangers, ces drapeaux et ces étendards de l'Espagne que l'on voyait -sans cesse flotter avec les drapeaux et les étendards de la France, -offensaient les regards sévères des magistrats du parlement, et -causaient une vive douleur aux nobles royalistes qui n'avaient pas -rejoint la cour, et aux honnêtes bourgeois qui, en embrassant le parti -de la Fronde, n'avaient pas abjuré l'amour de leur pays. - - [661] MONTPENSIER, t. LI, p. 251. - - [662] DESORMEAUX, _Histoire de Louis de Bourbon, prince de - Condé_, 1769, in-12, t. III, p. 155.--MONTPENSIER, t. XLI, p. - 313. - -C'était précisément cette quantité de guerriers de tant de partis et de -nations qui réjouissait la haute noblesse des deux sexes, entièrement -livrée à l'ardeur des factions et à la fougue de ses passions. Elle y -voyait un signe de force; elle y trouvait un motif de sécurité pour le -présent, et d'espérance pour l'avenir. La plupart de ces héroïnes de la -Fronde, si belles, si jeunes, si coquettes, étaient charmées de se voir -favorisées par les circonstances dans le désir qu'elles avaient de -s'attirer le plus grand nombre d'hommages, de mettre plus de variété et -de séduction dans ce commerce de galanterie que favorisaient -singulièrement l'agitation et le désordre des guerres. - -Aussi les fêtes ne discontinuaient pas: MADEMOISELLE en donnait presque -tous les soirs[663]; et quand elle s'en abstenait, ses deux dames -d'honneur, les comtesses de Fiesque et de Frontenac, profitaient de ces -jours de vacances pour en donner à leur tour[664]. La comtesse de -Choisy en rendait pour MONSIEUR, la duchesse de Châtillon pour le -prince de Condé, la présidente de Pommereul pour le cardinal de Retz, -qui ne pouvait admettre chez lui de tels divertissements; mais il y -donnait de somptueux repas. Des soirées brillantes avaient lieu aussi -chez les duchesses de Chevreuse, d'Aiguillon, de Montbazon, de Rohan, -et chez la marquise de Bonnelle. Tous les genres de plaisirs connus -alors trouvaient place dans ces soirées, surtout dans celles que -donnait MADEMOISELLE, les plus complètes et les plus belles. Elle -faisait presque toujours venir les comédiens et les vingt-quatre -violons. On commençait par jouer une comédie, ou une tragédie, ou un -ballet; ensuite concert; puis après venait le jeu de colin-maillard, ou -d'autres jeux de société. Après ces jeux on dansait, et on terminait -par une exquise et somptueuse collation. Les cartes, que plus tard -Mazarin mit à la mode, ne se voyaient que rarement à ces -divertissements[665]. Mais quand vint la belle saison, les plaisirs de -ce monde frivole et brillant ne se renfermèrent pas uniquement dans -Paris. - - [663] MONTPENSIER, t. XLI, p. 331-334 et 337, 341, 374. - - [664] MONTPENSIER, _loc. cit._--LORET, _Muse historique_, lib. - III, _lettre_ du 12 octobre 1753. - - [665] LORET, lib. III, p. 72, _lettre_ en date du 2 juin - 1652.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 361. - -Turenne et le duc de Lorraine employaient toute leur tactique pour -faire traîner la guerre en longueur[666]: le premier, afin de donner le -temps au cardinal Mazarin de détruire les partis en les divisant; le -second, pour les tromper tous. Tout le monde voulait négocier: le parti -de la Fronde et du parlement, pour ne pas se battre; Gaston, pour se -faire honneur du rétablissement de la paix; le prince de Condé, pour ne -pas paraître y mettre obstacle, et faire acheter cette paix par des -concessions qui lui fussent avantageuses; le duc de Lorraine, pour -obtenir de l'argent de toutes mains; Retz, pour conserver son -cardinalat et son archevêché, garder la faveur de Gaston, et obtenir de -la cour l'oubli du passé[667]. Ainsi les corps d'armée, longtemps en -présence sans vouloir se combattre, campaient. Ces espèces de trêves, -jointes aux négociations qui avaient lieu et qu'on s'efforçait en vain -de rendre secrètes, firent souvent croire à la paix bien avant quelle -ne fût conclue[668]. Alors les officiers et les personnages des divers -partis communiquaient entre eux; car il ne faut pas oublier de -remarquer que, quoiqu'on se battît avec valeur, qu'on se tuât, qu'on se -fît des prisonniers dans un jour de bataille, les haines que les chefs -avaient les uns contre les autres n'existaient pas également parmi -leurs partisans respectifs. Ceux-ci s'étaient partagés en des camps -différents par des motifs d'intérêt, par suite de leurs liaisons ou de -leur parenté, et quelques-uns par caprice et pour ne pas rester oisifs. -Les soldats désertaient, et passaient facilement d'une armée dans une -autre[669]; la gaieté régnait au milieu des dangers et de la mort. Les -plus hauts personnages, entraînés par cette disposition générale des -esprits, conservaient entre eux les bienséances que nécessitait leur -intimité ou que réclamaient les liens du sang. Ainsi, quoique Gaston -fût réputé le chef de l'opposition et des frondeurs, le roi lui envoya -le duc d'Amville, pour lui faire des compliments de condoléance sur la -mort de son fils le duc de Valois[670]. C'était avec jovialité et -courtoisie que les généraux se combattaient. Chavagnac, qui tenait pour -Condé, n'en conférait pas moins familièrement et amicalement avec -Turenne; et ayant appris qu'il manquait de provisions pour sa cuisine, -il eut soin, lorsqu'il l'eut quitté, de lui faire porter un bon dîner. -Turenne lui promit, en récompense, de venir bientôt l'assiéger dans -Étampes[671]. - - [666] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 60, _lettre_ en date - du 5 mai; et p. 67, _lettre_ en date du 19 mai. - - [667] RETZ, t. LXVI, p. 185.--Comte DE BRIENNE, _Mém._, t. XXXVI, - p. 212. - - [668] TALON, t. LXII, p. 365.--CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 167. - - [669] CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 167, 168.--LORET, _Muse - historique_, liv. III, p. 60, _lettre_ en date du 5 mai. - - [670] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 337. - - [671] CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 168.--LORET, _loc. cit._ - -Les suspensions des opérations militaires avaient lieu au milieu de -l'été: les Parisiens en profitaient pour prendre l'air hors de leurs -remparts. Les belles dames, les héroïnes de la Fronde, montaient à -cheval, et, accompagnées de jeunes cavaliers, elles se rendaient au -camp des princes, à celui du duc de Lorraine. On les y recevait au -bruit des trompettes et de la musique guerrière; on leur donnait des -festins sous la tente, et l'on dansait sous les ombrages des bois -voisins. MADEMOISELLE se plaisait beaucoup à ces brillantes cavalcades: -toujours montée sur un superbe coursier et suivie d'un nombreux -cortége, elle aimait à assister aux revues, aux exercices, aux parades, -et aux évolutions militaires. Ces divers spectacles attiraient hors de -Paris une grande partie de sa population: les routes étaient couvertes -de carrosses, de bourgeois à cheval, de gens à pied, qui allaient et -revenaient sans cesse de la ville aux camps et des camps à la ville. Ce -beau soleil, ces belles campagnes, ces réjouissants banquets, ces -pompes belliqueuses, ravissaient un peuple prompt et facile à -s'émouvoir; il oubliait les maux causés par ses divisions, et la guerre -ne lui paraissait plus exister que pour donner plus d'éclat aux fêtes -et plus de variété au plaisir[672]. Mais elle avait dans le midi de la -France un caractère de perfidie et d'atrocité réprouvé par les -habitants de la capitale. - - [672] MONTPENSIER, t. XLI, p. 311.--MONGLAT, t. L, p. 363. - - - - -CHAPITRE XXIX. - -1652-1653. - - Arrivée du duc de Lorraine à Paris.--Sa présence y augmente la - licence des mÅ“urs.--Portrait du duc de Lorraine.--Sa - politique.--Sa conduite envers les femmes.--Ses réponses aux - duchesses de Châtillon et de Montbazon.--Sa déférence envers - MADEMOISELLE.--Il fait sa cour à la comtesse de Frontenac.--Il - paraît à la place Royale déguisé en abbesse.--Propos de - mademoiselle de Rambouillet à ce sujet.--Pourquoi le désordre - avait pénétré jusque dans les cloîtres.--Conduite des religieuses - de Longchamps.--Supplique de l'abbesse de ce monastère au - cardinal de La Rochefoucauld.--Enquête faite à ce sujet par - Vincent de Paul. - - -La licence des mÅ“urs, que l'état de la société semblait avoir portée -au plus haut degré, fut encore augmentée par l'arrivée de Charles IV, -duc de Lorraine, à Paris[673]. Ce prince, âgé alors de quarante-huit -ans, joignait à une taille élevée une constitution robuste, et montrait -une grande habileté à tous les exercices du corps. Actif, joyeux, -spirituel et goguenard, il aimait par-dessus tout le métier de la -guerre, où il excellait; aimé du soldat et du peuple, il était envers -ses inférieurs communicatif et indulgent jusqu'à l'excès, mais fier, -silencieux et méticuleux avec ses égaux, avec les princes souverains, -et même avec les têtes couronnées. Ancien amant de la duchesse de -Chevreuse, qui s'était autrefois réfugiée à sa cour, beau-frère de -Gaston, qui avait épousé sa sÅ“ur sans l'autorisation et contre la -volonté du roi son frère, le duc de Lorraine avait passé sa vie à -lutter contre Richelieu et contre la France; à perdre, à reprendre ses -États, et à les reperdre encore; à lever sans cesse des troupes et à -combattre. Non compris dans le traité de Munster, dépouillé de son -duché et de toutes ses places fortes, dont quelques-unes étaient -occupées par Condé, qu'il haïssait, il n'avait pour tout bien, pour -toute ressource qu'une armée de dix mille hommes, qui lui était -dévouée, parce qu'il la laissait piller et s'enrichir aux dépens des -pays où il la conduisait. Il se vendait successivement à l'Allemagne, à -l'Espagne, à la France; faisait profession de ne tenir à sa parole -qu'autant que son intérêt l'y obligeait: sa vie était celle d'un -brigand plutôt que celle d'un prince souverain[674]. Il avait les yeux -du chat, et il en avait aussi la perfidie[675]. Il aimait passionnément -les femmes, et ne se croyait pas plus engagé avec elles par les -cérémonies du mariage qu'avec les rois par les conditions d'un traité. -Il avait à cet égard bravé l'opinion publique et les excommunications -du pape, en osant, de sa propre autorité, déclarer nul son mariage avec -la duchesse Nicole, dont il s'était approprié la souveraineté, et en -épousant ensuite Béatrix de Cusane, princesse de Cantecroix[676]. Cette -belle et spirituelle personne le suivait partout à cheval, et on -l'avait surnommée sa _femme de campagne_. - - [673] RETZ, t. XLVI, p. 111.--TALON, t. LXII, p. 466.--LORET, - _Muse historique_, liv. III, p. 75, 77. - - [674] CONRART, t. XLVIII, p. 85, 86, 88.--PAVILLON, _Å’uvres_, - t. II, p. 241, édit. 1750. - - [675] SEGRAIS, _Å’uvres_, édit. 1755, t. II, p. 89, 90. - - [676] LORET, _Muse historique_, liv. IV, p. 21, _lettre_ du 15 - février 1653. - -D'après la situation des affaires à cette époque et la force respective -des armées, le duc de Lorraine, en se réunissant à Condé ou à -Turenne[677], pouvait à son gré faire pencher la balance en faveur de -l'un ou de l'autre. Il se trouvait donc ainsi l'arbitre entre des -partis auxquels il s'intéressait fort peu, sachant bien que le faible -Gaston, lors même que la cause des princes triompherait, ne serait pas -le régulateur de la France, mais bien Condé, dont il n'espérait pas -plus que de Fuensaldagne ou de Mazarin. Il dissimulait ses véritables -sentiments à son beau-frère avec plus de soin encore qu'à tout autre; -et tantôt il simulait un complet dévouement, tantôt il affectait de la -froideur, suggérait des querelles de préséance, et faisait craindre une -défection[678]. La marche avancée de son armée, sa visite à Paris, -donnèrent des craintes à la cour, excitèrent des soupçons, et forcèrent -Turenne de lever le siége d'Étampes et de se rapprocher de la -capitale[679]. Tous les partis, dont les intrigues aboutissaient à -Paris, devenu le centre des négociations, cherchaient donc à profiter -du séjour du duc de Lorraine pour l'attirer à eux. Lui, par -l'intermédiaire de l'ex-ministre Châteauneuf, continuait toujours en -secret ses relations et ses pourparlers avec la cour[680]. Les femmes, -qui jouaient un si grand rôle dans les affaires, employèrent toutes les -ressources de la coquetterie, tous les moyens que la finesse et la ruse -propres à leur sexe purent leur suggérer, pour influencer d'une manière -conforme à l'intérêt de leur parti les déterminations de Charles -IV[681]. Le rusé partisan non-seulement profita, mais abusa de la -position que les circonstances lui avaient faite. Il poussa jusqu'à -l'excès la bouffonnerie et le dévergondage des paroles, auxquels il -avait l'habitude de s'abandonner dans le commerce ordinaire de la -vie[682]. Ses manières si étranges parurent piquantes et naïves à cette -société, déjà portée à la licence, continuellement remuée par des -sensations extraordinaires, et toujours avide d'en éprouver de -nouvelles. Ce qui aurait dû le faire expulser de tous les cercles polis -fut précisément ce qui le fit rechercher, ce qui excita la curiosité, -ce qui le mit à la mode. Lorsqu'il se trouvait seul au milieu des -dames, et que la conversation tombait sur les désastres occasionnés par -les troupes de tous les partis[683], il se plaisait, dans ses récits, à -exagérer les dévastations et les cruautés de ses soldats. Selon lui, le -vol, le viol, le meurtre, étaient pour eux de petits crimes: ils -mangeaient de la chair humaine, et à ce sujet il se livrait à -d'horribles détails, semblables à ceux des contes d'ogres que l'on -faisait alors aux enfants[684], et que depuis Perrault a consignés par -écrit[685]. Cependant il les débitait avec un si grand sang-froid, -qu'on doutait s'il parlait sérieusement ou s'il plaisantait: il -semblait se complaire à être plutôt considéré comme le chef d'une -troupe de démons que comme un général d'armée. Il se taisait sur les -intérêts et les affaires qui paraissaient avoir été le but de son -voyage à Paris; ou quand on l'interrogeait et qu'on voulait le sonder, -il répondait par des plaisanteries: s'il daignait faire une réponse -sérieuse, elle était évasive. Pressé un jour par les duchesses de -Châtillon et de Montbazon de s'expliquer sur ses intentions, il les -prit toutes deux par la main, et dit: Allons, mesdames, appelons les -violons, dansons, amusons-nous; c'est ainsi qu'on doit négocier avec -les dames[686]. Cependant celles qui lui parlaient d'une manière -conforme à ses intérêts s'en faisaient écouter. Ainsi la princesse de -Guémené sut l'empêcher d'aller secourir Étampes, en lui démontrant que -par là il rendrait Condé trop puissant. Il flattait l'orgueil de -MADEMOISELLE, en ayant pour elle plus de déférence qu'il n'en montrait -pour sa propre sÅ“ur, la duchesse d'Orléans: il lui parlait souvent -de son mariage avec l'archiduc, et il avait pour elle des égards et un -ton de galanterie respectueuse tout différent de celui qu'il prenait -avec les autres femmes. La politique entrait pour beaucoup dans cette -conduite; mais il s'y joignait un autre motif. La jolie comtesse de -Frontenac lui avait plu[687], et il ne pouvait voir aussi fréquemment -qu'il le désirait la dame d'honneur sans se mettre très-avant dans les -bonnes grâces de la princesse. Mais il se montrait aussi fort sensible -aux charmes de ses nièces, les deux filles de Gaston. MADEMOISELLE en -fut jalouse, et ce sentiment fit disparaître en elle toute l'affection -que le duc de Lorraine lui avait inspirée. Elle se réjouit de le voir -quitter Paris, et apprit sans regret la nouvelle de la retraite de son -armée; ce qui pourtant portait un coup fatal au parti qu'elle avait -embrassé[688]. Les intérêts du cÅ“ur ou ceux de la vanité l'emportent -toujours chez les femmes sur tous les autres. Rarement sont-elles assez -maîtresses d'elles-mêmes pour sacrifier leurs goûts, leurs -antipathies, leurs préférences, aux nécessités d'un grand -dessein[689]. - - [677] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 98, _lettre_ en date - du 21 juillet 1652. - - [678] CONRART, t. XLVIII, p. 80. - - [679] RETZ, _Mém._, t. XLVI, p. 110. - - [680] CONRART, t. XLVIII, p. 76, 81. - - [681] MONTPENSIER, t. XLI, p. 326. - - [682] MONTPENSIER, t. XLI, p. 247.--CONRART, t. XLVIII, p. 79. - - [683] CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 167 et 174.--PONTIS, _Mém._, t. - XXXI, p. 471. - - [684] CONRART, t. XLVIII, p. 85. - - [685] Voyez les _Lettres sur les Contes des fées attribués à - Perrault, et sur l'origine de la féerie_. - - [686] LORET, _Muse histor._, liv. III, p. 77, _lettre_ du 9 juin - 1652. - - [687] MONTPENSIER, t. XLI, p. 249. - - [688] _Ibid._, t. XLI, p. 243.--SAINT-SIMON, _Mém. inédits_, t. - V, p. 255. - - [689] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 247 et 249. - -Une anecdote relative au duc de Lorraine, toute frivole qu'elle pourra -sembler à quelques lecteurs, va trop directement au but que nous nous -sommes proposé, de donner dans ce chapitre une idée de la liberté du -commerce qui régnait alors entre les deux sexes, pour que nous la -passions sous silence. - -Charles IV pria mademoiselle de Chevreuse de le mener à la place -Royale, un jour que l'on faisait jouer les violons; mais en même temps -il désira rester inconnu. Pour le satisfaire, il fut décidé qu'on le -couvrirait d'une grande écharpe noire que prêta l'abbesse de Maugiron, -et qu'ainsi déguisé, mademoiselle de Chevreuse le ferait passer pour sa -sÅ“ur, l'abbesse de Pont-aux-Dames[690]. Arrivés à la place Royale, -mademoiselle de Chevreuse et sa prétendue sÅ“ur rencontrèrent -mademoiselle de Rambouillet avec madame de Souvré ou de Bois-Dauphin, -et mademoiselle d'Harcourt, qui étaient prêtes à monter en voiture pour -se rendre dans une maison du voisinage, où elles étaient invitées à -souper. Mademoiselle de Rambouillet témoigna à mademoiselle de -Chevreuse la surprise qu'elle éprouvait de la trouver à pied à cette -heure sur la place publique; et elle lui demanda en même temps quelle -était cette grande personne en noir qui l'accompagnait, et se tenait à -l'écart. «C'est, dit mademoiselle de Chevreuse en parlant à l'oreille -de mademoiselle de Rambouillet, le duc de Lorraine qui veut rester -incognito, et que je fais passer pour ma sÅ“ur, l'abbesse de -Pont-aux-Dames.» En même temps mademoiselle de Chevreuse, en -s'adressant au duc de Lorraine, lui dit: «Ma sÅ“ur, pourquoi vous -tenez-vous si loin? Ces dames vous font-elles peur? Ce sont nos -meilleures amies; elles veulent vous dire bonsoir.» Le duc de Lorraine -s'approcha, et joua son rôle de religieuse le mieux qu'il put; mais, -dans son embarras, il ne répondait que par des signes et des -remercîments aux questions qu'on lui adressait. Mademoiselle de -Rambouillet, naturellement gaie et malicieuse, s'efforça, mais en vain, -de faire monter dans sa voiture mademoiselle de Chevreuse et sa -prétendue sÅ“ur. Elle dit depuis à Conrart que si elle avait réussi, -elle avait le projet, aussitôt que tout le monde aurait été placé, de -faire peur au grand guerrier, en faisant lever la portière de la -voiture, et en criant: «Touche, cocher, droit au Pont-Neuf! nous sommes -toutes mazarines; nous tenons M. de Lorraine, et il faut le jeter à -l'eau.» - - [690] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 81. Ce fait eut lieu le 4 - juin. Anne-Marie de Lorraine-Chevreuse, abbesse de - Pont-aux-Dames, mourut deux mois après, le 5 août 1652. - -Il ne faut pas s'étonner si l'on voyait alors des abbesses, même -cloîtrées, figurer à cette époque dans le monde et dans les cercles de -Paris. Un grand nombre de religieuses avaient été obligées de quitter -leurs couvents et de se réfugier en ville, pour fuir les dangers -auxquels elles étaient exposées de la part d'une soldatesque sans -frein, qui pillait et dévastait les campagnes; mais ces exilées du -cloître retrouvaient des périls aussi grands, quoique d'une autre -nature, dans le sein de la capitale. Plusieurs d'entre elles, par le -séjour qu'elles y firent, ajoutèrent un nouveau genre de scandale à -ceux que présentaient déjà les désordres de ces temps, mais elles -n'outragèrent pas aussi ouvertement la morale publique que les -religieuses de Longchamps. L'abbaye de Longchamps, fondée près du bois -de Boulogne par la sÅ“ur de saint Louis, et richement dotée par cette -princesse, avait été soustraite par elle à la juridiction de l'évêque -de Paris et du clergé régulier, et placée sous la direction des frères -mineurs, c'est-à -dire des cordeliers de l'ordre de Saint-François. De -là était résulté le relâchement à la règle, et la corruption qui en -avait été la suite. Elle s'y perpétuait depuis le quatorzième siècle, -et avait encore augmenté pendant la régence et la Fronde. Les parloirs -n'étaient point fermés; des hommes, qui n'étaient pas même parents des -religieuses, y avaient accès, et s'entretenaient avec elles à l'insu de -l'abbesse. Les confesseurs venaient de nuit, sous prétexte de remplir -les devoirs de leur ministère, et se trouvaient ainsi à des heures -indues tête à tête avec leurs pénitentes. Quelques-uns même, gagnés à -prix d'argent, avaient ouvert leurs confessionnaux à des laïques -déguisés; des jeunes gens avaient été surpris nuitamment introduits -dans l'intérieur du couvent par de jeunes religieuses, ou par les -sÅ“urs tourières, avec lesquelles les frères mineurs étaient sur le -pied d'une indécente familiarité. Les recteurs du monastère et les -pères provinciaux, qui étaient les supérieurs ecclésiastiques de -l'abbesse, au lieu de la seconder dans ses pieux efforts pour la -répression des abus, la punition des délits, révoquaient et annulaient -les mesures qu'elle prenait pour y mettre un terme. Le désordre et -l'insubordination croissaient rapidement, et semblaient être portés à -leur plus haut point, lorsque la marche des troupes et les progrès des -opérations militaires autour de Paris forcèrent toute la communauté de -Longchamps de se réfugier dans cette capitale. Les sÅ“urs qui avaient -lutté avec tant d'audace contre l'autorité de l'abbesse s'en -affranchirent entièrement, et ne conservèrent même plus les apparences -de la soumission. On les vit, gardant leur costume de religieuse, -donner à ces vêtements, symbole de la pureté et de la sévère pudeur, -une immodeste élégance, que le charme de la nouveauté et le contraste -de leur sainte profession rendaient plus voluptueuse et plus -séduisante. Elles portaient des rubans couleur de feu, des gants -d'Espagne, des montres d'or, des bijoux, et tous les ornements mondains -que pouvait admettre le genre d'habits dont elles étaient revêtues. -Sous prétexte de faire des visites à leurs parents, leurs -connaissances, elles sortaient, et passaient des jours et des nuits -dans la chambre de leurs amants. L'abbesse, de concert avec les -religieuses les plus âgées, et avec les jeunes religieuses qui ne -s'étaient point écartées de leurs devoirs, se détermina à avoir recours -à l'autorité supérieure. Sur l'instance du procureur général, l'abbaye -de Longchamps avait été replacée, dès l'année 1560, par un arrêt du -parlement, sous la discipline de l'évêque de Paris; mais l'ordre des -frères mineurs n'avait pas voulu reconnaître cet arrêt: et d'ailleurs -il en eût été autrement, qu'on n'eût rien pu espérer du cardinal de -Retz, qui, en sa qualité de coadjuteur, administrait le diocèse. Ses -mÅ“urs étaient connues, et on savait qu'il ne consentirait jamais à -prendre aucune mesure qui pût attenter aux priviléges d'un ordre -monastique qui lui était dévoué, et qui, par le nombre et la richesse -de ses couvents, avait dans Paris une grande influence. L'abbesse crut -donc devoir s'adresser directement au pape. Elle lui fit présenter une -supplique, qui fut écoutée favorablement. Le cardinal de La -Rochefoucauld, d'après les ordres du saint-père, en écrivit au -respectable Vincent de Paul; et sur le rapport de ce pieux -ecclésiastique (rapport où nous avons puisé ces faits), lorsque la -guerre de la Fronde fut terminée, on prit des mesures pour rétablir la -règle dans le couvent de Longchamps. Ces mesures furent efficaces; mais -cependant le monastère ne subit pas une reforme aussi sévère que celle -qu'avait opérée dans Port-Royal des Champs son abbesse, la célèbre -Angélique Arnauld, qui quarante ans avant cette époque, refusa à son -propre père la permission d'entrer dans l'intérieur de son -cloître[691]. - - [691] _Lettre de_ SAINT VINCENT DE PAUL _au cardinal de La - Rochefoucauld sur l'état de dépravation de l'abbaye de - Longchamps, en latin, avec la traduction française et des notes_, - p. J. L. (J. Labouderie); Paris, 1827, in-8º (21 pages). Le - texte latin de cette lettre avait été publié dans l'ouvrage de J. - DELORT, intitulé _Mes Voyages aux environs de Paris_, 1821, - in-8º, t. II, p. 167 à 175. Delort a cru que cette lettre était - adressée au cardinal Mazarin: elle est datée de Paris, le 25 - octobre 1652.--_Gallia christiana_, in-fol., t. VII, p. 943.--LE - BÅ’UF, _Hist. du Diocèse de Paris_, t. III, p. 26.--GRÉGOIRE, - _les Ruines de Port-Royal des Champs_, 1809, in-8º.--Sur la - réforme d'Angélique Arnauld, et la fameuse journée du Guichet, - conférez SAINTE-BEUVE, _Port-Royal_, t. I, p. 115. - - - - -CHAPITRE XXX. - -1652-1653. - - Condé se réconcilie avec les Parisiens, par l'activité qu'il met - à les défendre.--Il conduit quelques-unes de ses compagnies à - Saint-Cloud et à Saint-Denis.--Les bourgeois sont glorieux de - servir sous lui.--MADEMOISELLE obtient la permission de faire - entrer les troupes de ce prince dans Paris.--Combat sanglant de - Saint-Antoine.--Prodiges de valeur.--Mort de Saint-Mesgrin.--Son - amour pour mademoiselle du Vigean.--Exploits de La Ferté et de - Turenne.--Effet produit par les chefs de l'armée de Condé, - rentrant blessés dans Paris.--Entrevue de Condé avec - MADEMOISELLE.--Désolation de Condé.--Il retourne au combat, et - rentre dans Paris avec son armée.--MADEMOISELLE est l'héroïne de - cette journée.--Souvenir qu'elle en conserva, et ce qu'elle dit - d'elle dans ses Mémoires. - - -Quoique les habitants de Paris eussent refusé d'admettre dans leur -ville les troupes des princes; quoiqu'ils eussent même formé des -retranchements autour du faubourg Saint-Antoine, pour résister à une -surprise et se mettre à l'abri des maraudeurs; quoique enfin ils -vissent avec peine tant d'officiers étrangers que la présence de Condé -autorisait à séjourner au milieu d'eux, cependant la grande majorité -détestait sincèrement Mazarin. L'antipathie qu'il avait excitée était -nourrie et accrue par les libelles qu'on ne cessait de publier contre -ce ministre, et qu'on répandait avec profusion. On voulait son -expulsion. Les Parisiens ne purent donc sans reconnaissance être -témoins de l'activité et de la bravoure que Condé déploya pour le -triomphe d'une cause qui était aussi la leur. Depuis longtemps -organisés en garde bourgeoise, formant seize régiments subdivisés en -cent vingt-six compagnies[692], qui presque tous avaient pour colonels -des conseillers au parlement et des maîtres des requêtes, les troubles -civils leur avaient donné occasion de s'exercer au maniement des armes, -et leur avaient communiqué, malgré leurs habitudes citadines, une sorte -d'ardeur martiale. Rien ne se communique plus rapidement, plus -facilement, plus généralement, que cette sympathie qui unit entre elles -des masses d'hommes par des peines et des travaux semblables, par des -hasards et des périls communs; où les efforts de chacun s'attirent la -reconnaissance de tous; où l'estime de nos compagnons d'armes nous -rehausse à nos propres yeux, et porte notre courage jusqu'à ce degré -d'exaltation qui ne lui permet pas de fléchir devant la crainte de la -mort. Condé sut profiter habilement de cet enthousiasme pour la gloire -militaire, qui s'était emparé des Parisiens. Il conduisit hors de Paris -quelques compagnies bourgeoises, et les fit se battre avec succès, de -concert avec les troupes réglées, à Saint-Cloud et à Saint-Denis. Ceux -qui avaient fait partie de ces expéditions revenaient fiers d'avoir -servi et combattu sous les ordres du plus grand capitaine du -siècle[693], et ceux qui n'avaient pas eu cet avantage enviaient le -sort de leurs camarades. Condé dut à cette admiration que les bourgeois -avaient conçue pour ses talents militaires, et à l'intérêt qu'il leur -inspirait, son salut et celui de son armée lors de la journée de -Saint-Antoine, le 2 juillet. - - [692] _Manuscrit du président de Lamoignon sur la garde - bourgeoise de Paris_, in-4º, cité dans SAINT AULAIRE, _Hist. de - la Fronde_, 1827, in-8º, t. III, p. 312. - - [693] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 334. - -Pour cette célèbre affaire, nous avons encore l'excellente description -de Napoléon[694]; mais ici sa science et son exactitude stratégique ne -peuvent suffire à l'historien. Jamais peut-être un combat moderne n'a -plus ressemblé à ces combats antiques décrits par les poëtes, où les -chefs s'exposent et se jettent dans la mêlée aussi bien que les -soldats, et où chaque guerrier se bat avec acharnement, non pas -seulement pour la gloire ou pour un intérêt général, mais pour assouvir -ses haines ou ses passions particulières[695]. - - [694] _Mém. de l'empereur_ NAPOLÉON, _écrits par lui à - Sainte-Hélène_. - - [695] DESORMEAUX, _Histoire de Condé_, t. III, p. 297 à 298, - 301.--RAMSAY, _Hist. de Turenne_, 1735, t. I, p. 265.--RAGUENET, - _Hist. de Turenne_, 1769, in-12, p. 205 à 218. - -La population de Paris sur les remparts et les toits de ses maisons, et -le jeune roi et toute la cour du haut des collines de Charonne, -contemplèrent avec étonnement et avec des émotions également vives, -quoique diverses et opposées, les prodiges de valeur et de génie -militaire que déployèrent dans cette journée Turenne et Condé; tous -deux, comme les deux grands héros du poëme d'Homère, se portant en -avant avec impétuosité; triomphants et victorieux partout où ils -étaient en personne; battus et repoussés là où ils n'étaient point; se -disputant pied à pied les mêmes positions, qui furent prises et -reprises alternativement en versant des torrents de sang; et voyant -leurs meilleurs officiers et leurs plus chers amis, tués ou blessés, -disparaître successivement du champ de carnage[696]. - - [696] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 338 et 344.--DESORMEAUX, _Hist. du - prince de Condé_, in-12, t. III, p. 297 et 298.--Le maréchal - DUPLESSIS, t. LVII, p. 398.--TALON, t. LXII, p. 410. - -Le marquis de Saint-Mesgrin, qui commandait un détachement, avait juré -d'immoler Condé de sa propre main, ou de mourir en le combattant. -Autrefois épris de mademoiselle du Vigean, Saint-Mesgrin n'avait pu -parvenir à l'épouser, parce que le prince de Condé avait mis obstacle à -son dessein en offrant ses hommages à cette jeune beauté, que ses -poursuites avaient enlevée au monde et forcée à se faire carmélite. -Saint-Mesgrin, dès qu'il aperçut Condé dans la mêlée, se précipita sur -lui à la tête de son escadron. Le jeune marquis de Rambouillet, et -Mancini, neveu de Mazarin, le premier par enthousiasme pour la -cause royale, le second par reconnaissance pour un oncle dont -s'enorgueillissait sa famille, se joignirent à Saint-Mesgrin, et le -secondèrent dans sa fureur en la partageant. Ces trois jeunes -guerriers, l'espoir de maisons illustres et puissantes, périrent tous -trois dans cette attaque contre le terrible Condé[697]. Tous trois -furent vivement regrettés, mais nul plus que Saint-Mesgrin. Il ne -laissait point d'enfants. Sa jeune veuve épousa depuis le duc de -Chaulnes, gouverneur de Bretagne. Elle fut une des plus intimes amies -de madame de Sévigné[698]. - - [697] RAMSAY, _Hist. du vicomte de Turenne_, 1735, in-4º, t. I, - p. 265 et 267.--LORET, liv. III, p. 91.--RETZ, t. XLVI, p. - 124.--CHAVAGNAC, t. I, p. 180.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 226 et - 230.--CORBINELLI, _lettre_ dans les _Mémoires du Comte de Bussy_, - t. I, p. 338.--MONGLAT, t. L, p. 349. - - [698] SAINT-SIMON, t. I, p. 84, 196.--CONRART, p. 111, - 115.--DESORMEAUX, t. III, p. 299, 303.--SOMAIZE, _Dictionnaire - des Précieuses_, 1661, t. I, p. 79.--Au mot CLIDARIS, conférez - _la Clef_, p. 15; SOPHRONIE, dans cet article, est madame DE - SÉVIGNÉ. - -Aux douleurs et aux craintes que faisait éprouver aux spectateurs -réunis sur la butte de Charonne une lutte aussi opiniâtre, aussi -sanglante et aussi incertaine dans ses résultats, succéda tout à coup -une surprise qui combla de joie la reine et le jeune roi, et tous les -royalistes rassemblés autour d'eux. On vit le maréchal de La Ferté -venir au secours de Turenne avec sa grosse artillerie, et placer ses -batteries de manière à foudroyer entièrement l'armée des princes, qui, -forcée de tous côtés, se reployait en désordre sur la place d'armes, en -avant de la porte Saint-Antoine, et paraissait ne pas pouvoir échapper -à une totale destruction. Les Parisiens, témoins du même spectacle, -furent saisis de douleur et d'effroi en contemplant le sort qui -menaçait Condé et tous les siens. Des larmes coulèrent de tous les yeux -quand on vit les chefs les plus illustres de son armée traverser la -ville portés par leurs amis ou par leurs écuyers, et laisser de longues -traces de leur passage par le sang qui s'écoulait de leurs -blessures[699]. Mais peu après une autre scène vint faire diversion au -désespoir de cette multitude, et de bruyantes acclamations signalèrent -la sympathie que lui faisait éprouver le spectacle dont elle était -témoin. MADEMOISELLE, accompagnée des duchesses de Châtillon, de -Nemours, de Montbazon, de Rohan, que tant de passions divisaient, qu'un -même et pressant intérêt unissait, se rendait à l'hôtel de ville; et, -par la terreur qu'inspirait la foule immense qui la suivait, elle força -le maréchal de L'Hospital et le prévôt des marchands à signer l'ordre -d'ouvrir les portes de Paris à Condé. Des cris d'enthousiasme et de -reconnaissance furent poussés universellement quand MADEMOISELLE -reparut triomphante aux yeux du peuple, et montra l'ordre qui devait -sauver d'une mort inévitable un héros et tant de braves guerriers qui -s'immolaient pour le salut de tous. - - [699] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 167. - -Jamais le prince de Condé n'eut plus de droit qu'en ce moment de sa -vie à l'intérêt des âmes élevées, à l'admiration de ceux qui savent -apprécier le véritable courage, qui n'est qu'un instinct farouche quand -les sentiments d'homme, la sensibilité de cÅ“ur, ne s'y trouvent pas -réunis. Dans le moment où il se croyait perdu, anéanti sans ressource, -MADEMOISELLE l'envoya prier de quitter un instant le champ de bataille, -pour venir conférer avec elle sur les moyens de le sauver. Il arriva -dans une maison de particulier voisine de la Bastille, où elle lui -avait assigné rendez-vous[700]. «Il avait, dit-elle dans ses Mémoires, -deux doigts de poussière sur le visage, ses cheveux tout mêlés, son -collet et sa chemise pleins de sang, sa cuirasse pleine de coups; et il -tenait à la main son épée nue, dont le fourreau était perdu[701].» -Lorsque MADEMOISELLE lui eut fait part de l'ouverture des portes de la -ville, du secours des compagnies bourgeoises qui s'avançaient pour -protéger sa retraite, et que l'artillerie de la Bastille, d'après les -mesures qu'elle avait prises, allait être dirigée contre les troupes -royales, les traits du guerrier, auparavant sombres et sévères comme -ceux de quelqu'un qui s'apprête à mourir glorieusement, au lieu de -reprendre de la sérénité, exprimèrent tout à coup le plus grand -abattement, la plus profonde douleur. Rassuré sur le sort de son armée -et sur le sien, il songea à ses valeureux compagnons d'armes qu'il -avait vus disparaître du champ de bataille; et, accablé par cette -pensée, il se laissa tomber sur une chaise, et dit, en fondant en -larmes: «Ma cousine, vous voyez un homme au désespoir; j'ai perdu tous -mes amis. La Rochefoucauld, Nemours, Vallon, Clinchamp, Guitaut, sont -blessés à mort.--Non, dit MADEMOISELLE, La Rochefoucauld a une -blessure au visage, mais il a déjà recouvré la vue; Guitaut m'a assuré -que sa blessure n'était pas mortelle: on vient de me donner des -nouvelles de Clinchamp, et il ne court aucun danger; ainsi de Vallon et -de tant d'autres. Espérez, tout ira; restez ici, vous prendrez le -commandement à mesure que vos troupes rentreront.» Comme elle finissait -de parler, on entendit le canon de la Bastille. A ces consolantes -paroles, à ce signal de son salut[702], Condé, ressaisissant toute -l'énergie de son âme et son aspect martial, se lève en disant: «Non, ma -cousine, je ne dois rentrer que le dernier!» Et il part précipitamment, -pour se mettre à la tête de ses troupes et commander la retraite. -MADEMOISELLE, d'après la recommandation qu'il lui avait faite, se tint -près des portes, pour assurer le passage des bagages et des blessés. - - [700] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 262. - - [701] _Ibid._, p. 262, 263, 265. - - [702] MONGLAT, t. L, p. 352.--SAINT-SIMON, _Mém. inéd._, 1829, - in-8º, t. I, p. 49. - -On peut dire que si Condé et Turenne furent les héros de cette journée, -MADEMOISELLE en fut l'héroïne. Aussi dit-elle dans ses Mémoires, avec -un souvenir orgueilleux, qui la charmait encore après tant d'années: -«Je commandais comme dans Orléans[703].» - - [703] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 265 à 269. - - - - -CHAPITRE XXXI. - -1652-1653. - - Condé reste dans Paris.--Il s'aliène le parlement et les anciens - frondeur.--Il soulève la populace.--Massacre à l'hôtel de - ville.--Ces cruautés ramènent le parlement et les bourgeois de - Paris dans le parti du roi.--Condé frappé par le comte de - Rieux.--Sentiment de Talon sur ce fait.--Nemours se bat en duel - contre Beaufort, et est tué.--Désespoir de la duchesse de - Châtillon.--Condé perd tout crédit dans Paris.--Gaston veut en - vain se déclarer lieutenant général.--Il n'obtient ni troupe ni - argent.--Le peuple refuse de payer les taxes mises par le - parlement.--Mazarin s'éloigne.--La rentrée du roi est - décidée.--Condé, an lieu de se soumettre, quitte Paris.--La - duchesse de Châtillon essaye en vain de le retenir.--Mort de - mademoiselle de Chevreuse.--L'abbé Fouquet, son amant, devient - l'amant de la duchesse de Châtillon.--Condé, à la tête des - Espagnols, s'empare de Rethel et de Mouzon.--Il est aidé par le - duc de Lorraine.--Réponse de ce dernier aux reproches de la - cour.--La déclaration du roi à sa rentrée est enregistrée, mais - non sans opposition.--La puissance des parlements est - anéantie.--L'autorité royale règne sans partage. - - -Turenne se vit, par le canon de la Bastille et l'ouverture de la porte -Saint-Antoine, arracher une victoire dont les résultats eussent été -décisifs. Il n'avait pu obtenir des habitants de Paris que son armée -traversât la ville sans s'y arrêter; et Condé dut à ses revers mêmes la -faculté d'y faire entrer tout ce qui lui restait de troupes, et de les -y faire résider. Ce fut précisément ce qui occasionna toutes ses fautes -et lui fut le plus fatal. Dès qu'au lieu de la séduction et des -intrigues il put avoir recours à la force, ce dernier moyen, si bien -d'accord avec son caractère altier, fut le seul employé[704]. Lorsque -le duc de Lorraine se fut retiré avec ses troupes, Condé vit que les -siennes étaient, trop peu nombreuses pour tenir la campagne contre -l'armée royale; il voulut contraindre le parlement et les bourgeois de -Paris à lui fournir de l'argent et des hommes. Il leva le masque avec -les anciens frondeurs, qui n'avaient voulu que l'éloignement de -Mazarin, mais non se soustraire à l'autorité légitime du roi; il -répondit à leurs justes reproches avec hauteur et dédain[705]. Il avait -fait venir de Bordeaux son agent le plus actif, le spirituel -Marigny[706]: celui-ci, avec plusieurs de ses affidés, travailla à -exciter le mécontentement de cette partie du peuple que dans les -grandes villes la misère et le vice tiennent toujours disposée à opérer -des bouleversements, lorsque, au lieu de la comprimer, on lui donne les -moyens de se soulever. Le duc de Beaufort, le héros de la populace de -Paris, qu'on avait surnommé _le roi des halles_, joua un des principaux -rôles dans ces trames odieuses[707]. Elles réussirent à occasionner des -émeutes qui épouvantèrent le gouverneur, le prévôt des marchands, les -échevins[708], bannirent toute sécurité, et forcèrent à fuir, sous -divers déguisements, toutes les personnes d'un rang élevé[709] connues -pour être attachées au parti de la cour. Gaston ne provoquait pas ces -désordres, mais il les souffrait et ne faisait rien pour les empêcher, -dans l'espoir qu'ils forceraient le parlement à le déclarer régent. Il -avait aposté parmi le peuple un nommé Peny, autrefois trésorier de -Limoges. Cet homme, suivi d'une grande multitude, se postait souvent à -son palais, et lui présentait des pétitions au nom de la ville entière, -afin qu'il se chargeât de la régence[710]. - - [704] RETZ, t. XLVI, p. 120.--TALON, t. LXII, p. 402.--CONRART, - t. XLVIII, p. 44, 47, 49, 161 et 163. - - [705] CONRART, t. XLVIII, p. 73. - - [706] _Ibid._, p. 96, 99, 107. - - [707] _Ibid._, p. 93 et 96. - - [708] LORET, liv. III, p. 95, _lettre_ en date du 14 juillet - 1652.--MONGLAT, t. L, p. 355, 357.--TALON, t. LXII, p. 377, 381, - 418. - - [709] MONTPENSIER, t. XLI, p. 285.--CONRART, t. XLVIII, p. 42, - 47, 49, 51, 61, 68, 169. - - [710] LORET, liv. III, p. 98, 21 juillet 1652.--TALON, t. LXII, - p. 370.--CONRART, t. XLVIII, p. 59, 60, 68, 147, 161.--Père - BERTHOD, t. XLVIII, p. 307. - -L'impuissance des autorités pour le rétablissement de l'ordre força de -recourir à une assemblée générale des notables bourgeois, qui -n'avait lieu que dans les grandes crises et dans les occasions -importantes[711]. Condé y parut: dès qu'il eut vu qu'il n'en pourrait -rien obtenir, et qu'au contraire les mesures délibérées par cette -assemblée seraient dirigées contre lui et son parti, il sortit de -l'hôtel de ville, et donna le signal à la populace rassemblée sur la -place. Il avait placé parmi elle plusieurs de ses soldats, déguisés en -gens du peuple[712]. Aussitôt un effroyable tumulte commença: plusieurs -personnages, au nombre des plus estimés et des plus respectés, furent -les victimes des assassins et des incendiaires; la terreur se répandit -dans Paris; le duc de Lorraine lui-même eut bien de la peine à -s'échapper, et à se soustraire, à la fureur populaire[713]. Le calme -cependant se rétablit promptement, par les mesures que prirent ceux-là -même qui avaient soulevé la tempête; mais l'horreur d'une si atroce -perfidie retomba entièrement sur Condé: quelque soin qu'il prît, ainsi -que ses partisans, pour éloigner les soupçons et déguiser la part qu'il -avait eue à cet événement, on persista à croire qu'il en était -l'auteur. Les membres du parlement les plus francs dans leur opposition -contre Mazarin, en apercevant l'abîme où l'on plongeait l'État, virent -la nécessité de triompher de leur aversion, et allèrent rejoindre le -roi, avec la résolution de faire tout ce qu'il ordonnerait, ou plutôt -tout ce qui serait ordonné en son nom[714]. - - [711] TALON, t. LXII, p. 409, 412, 416. - - [712] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 116, 121, 128, 135, 162. - - [713] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 345, 346.--LA ROCHEFOUCAULD, t. - LII, p. 171.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 279 à 285.--GUY-JOLY, t. - XLVII, p. 227, 229, 232.--LORET, liv. III, p. 92, 95, _lettres_ - en date du 7 et 14 juillet 1652. - - [714] LORET, liv. III, p. 95, _lettre_ en date du 14 juillet. - -Sans vouloir disculper Condé de son odieuse conduite à cette époque, il -faut avouer cependant qu'il n'aurait jamais conçu de lui-même l'idée -d'armer une portion des habitants de la capitale contre l'autre, afin -de régner par la peur, si bon nombre de bourgeois recommandables[715] -par leur réputation et leur existence sociale ne s'étaient point -abandonnés à leur haine contre Mazarin, jusqu'au point de souhaiter que -ses partisans et ceux qui complotaient ouvertement pour sa rentrée -fussent anéantis. «Les hommes, dit à ce sujet le cardinal de Retz dans -ses Mémoires, ne se sentent pas dans des espèces de fièvres d'état qui -tiennent de la frénésie. Je connaissais en ce temps-là des gens de bien -qui étaient persuadés jusqu'au martyre, s'il eût été nécessaire, de la -justice de la cause des princes. J'en connaissais d'autres, d'une vertu -désintéressée et consommée, qui fussent morts de joie pour la défense -de celle de la cour. L'ambition des grands se sert de ces dispositions -comme il convient à leurs intérêts; ils aident à aveugler le reste des -hommes, et ils s'aveuglent encore eux-mêmes après, plus dangereusement -que le reste des hommes.» Un fait rapporté par Conrart prouve que le -cardinal de Retz n'exagère pas le fanatisme de cette époque. Après les -horribles journées dont nous avons parlé, un prêtre de Saint-Jean en -Grève osa dire, en chaire, qu'on devait regretter que tous les -mazarinistes assemblés à l'hôtel de ville n'eussent pas péri et que le -peuple n'en eût pas fait justice. On attribuait généralement à Condé -l'intention d'avoir voulu, par cette émeute, faire assassiner tout ce -qui restait de l'ancienne Fronde; et cette opinion augmenta encore -l'indignation publique contre lui. Dès ce moment son parti déclina dans -la capitale, et celui du roi s'accrut, ou plutôt il n'y en eut pas -d'autre, lorsque Mazarin eut pris, ainsi que nous l'avons dit la -résolution de s'éloigner. Le malheur, ce rude précepteur des hommes, -atteignit toutes les classes, calma les têtes, raffermit les jugements. -La dévastation des campagnes, la défiance et la peur, avaient produit -dans Paris la famine et la misère. Des maladies contagieuses s'y -étaient développées, la petite vérole y faisait de grands ravages[716]; -la guerre avait obligé cette année les Parisiens à se renfermer dans -leurs remparts, durant les chaleurs de l'été. Les paysans des environs, -reçus dans la ville avec leurs bestiaux, avaient encore augmenté le -resserrement de la population[717]: à toutes ces causes d'insalubrité -venaient se joindre les émeutes et les tumultes populaires, qui sont -peut-être une de celles qui agissent de la manière la plus funeste sur -la santé publique. En effet, l'expérience de tous les siècles a prouvé -que dans les intervalles de désorganisation sociale et aux époques des -guerres civiles les fléaux destructeurs acquièrent un degré d'intensité -qu'on ne leur connaît point dans des temps plus heureux; parce qu'alors -les organes sont tendus, le sang et le fluide nerveux sont échauffés -par l'effet des passions qui agitent les populations, par les excès -auxquels elles se livrent, par le dérangement de toutes les habitudes, -par le défaut de soins et de prévoyance, tant de la part des magistrats -que de celle des individus. - - [715] Père BERTHOD, t. XLVIII, p. 329. - - [716] LORET, liv. III, p. 120 et 159, _lettres_ en date du 1er - septembre et du 16 novembre 1652. - - [717] TALON, t. LXII, p. 298, 368, 419, 406, 408 et 412. - -Le déclin du parti de Condé et l'exemple de l'insubordination populaire -relâchèrent les liens de la discipline dans son armée, et affaiblirent -son autorité parmi les siens. Ce fut là sans doute pour Condé un des -plus fâcheux résultats de son séjour dans Paris, un de ceux qui -contribuèrent le plus à la chute de son parti. Quand il voulut -reprocher aux chefs de son armée la dévastation des campagnes, qui lui -attirait tant de haine, Tavannes lui répondit avec insolence que la -cavalerie ne pouvait vivre sans fourrage, et que le meilleur moyen de -s'en procurer était de couper les blés. Chavagnac, qu'il réprimanda -justement pour un vol de trois cent mille livres de marchandises, -commis par ses soldats, le quitta, et passa dans le parti du roi[718]. -Condé eut une altercation avec le comte de Rieux: celui-ci, dans -l'emportement de sa colère, osa le frapper. Gaston fit aussitôt -conduire de Rieux à la Bastille[719]; mais ce manque de respect envers -un prince du sang est considéré par l'avocat général Talon[720], qui -pourtant haïssait Condé, comme un des symptômes les plus manifestes de -l'anéantissement de tout principe d'ordre, comme un des signes -certains de la dissolution de la monarchie: tant alors, malgré les -progrès de l'opposition et les excès de la sédition, la vénération pour -la race royale était encore empreinte dans tous les esprits! Nemours, -méprisant les ordres de Condé, et pensant que c'était bien assez de lui -avoir immolé son amour sans lui sacrifier sa haine, força enfin -Beaufort à se battre pour une misérable querelle de préséance. Nemours -fut tué[721], et sa mort causa la même émotion qu'un malheur public. -Les hommes regrettaient en lui un guerrier brave et chevaleresque, qui -voulait la paix. Beau, galant, gracieux et enjoué[722], il fut pleuré -des femmes, et plus amèrement et plus longtemps de la sienne que de -toute autre, quoique moins qu'aucune autre elle eût à se louer de lui. -La duchesse de Châtillon fut pendant quelque temps plongée par cette -mort dans un état de désespoir. «De vingt amants qu'elle a favorisés, -dit Bussy, elle n'a jamais aimé que le duc de Nemours[723].» - - [718] CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 188. - - [719] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 293. - - [720] TALON, t. LXII, p. 442. - - [721] MONTPENSIER, t. XLI, p. 289, 290.--MONGLAT, t. L, p. - 357.--RETZ, t. XLVI, p. 148.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. - 243.--CHAVAGNAC, t. I, p. 184.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. - 172.--LORET, liv. III, p. 104; liv. IV, p. 50, _lettres_ en date - des 4 août et 2 mai. - - [722] BUSSY-RABUTIN, _Hist. am. de France_, 1710, p. 159; _Hist. - am. des Gaules_, 1754, t. I, p. 131. - - [723] BUSSY-RABUTIN, _Hist. am. de France_, 1710, p. 162 et 194. - -Tout semblait se réunir pour accabler Condé. La forteresse de Montrond, -où il avait déposé une grande partie de ses munitions et de ses -équipages de guerre, se rendit au maréchal de Palluau après un long -blocus[724]. Le prince de Lorraine par sa retraite avait réalisé la -railleuse menace qu'il avait faite, lors de la procession générale, -d'abandonner Condé à la protection de sainte Geneviève[725]. Le -parlement, ou plutôt ce qui restait de jeune conseillers de cette -compagnie, avait, dans une de ses séances, déclaré le roi captif et le -duc d'Orléans régent, et nommé Condé pour commander les troupes; mais -les présidents à mortier, le procureur général Fouquet, les avocats -généraux Talon et Bignon, déployant alors un grand courage, refusèrent -de siéger et de prêter leur ministère à ces arrêts. Alors cette -compagnie, abandonnée de ses chefs, n'étant plus obéie du peuple, ne -voulut plus s'assembler. Condé, par des émeutes, par les chaînes et les -barricades qu'il faisait tendre tous les jours, essaya de l'y -contraindre par la peur; mais il ne put y réussir[726]. La création -d'une lieutenance générale fut une mesure absurde, et contraire à tous -les usages du royaume sous un roi majeur; le duc de Beaufort fut -arbitrairement substitué comme gouverneur de Paris à l'Hospital, et -Broussel remplaça Lefebvre-La-Barre, prévôt des marchands, qui avait -donné sa démission après le massacre de l'hôtel de ville: toute cette -magistrature tyrannique, à laquelle on voulait donner une forme légale, -ne put imprimer de force aux arrêts illégalement rendus par un -parlement incomplet, dominé par la crainte. Il fut impossible de lever -les taxes en hommes et en argent qu'on avait mises sur les bourgeois de -Paris[727]. Alors Condé se trouva réduit, pour faire subsister ses -troupes et se procurer de quoi les payer, à leur laisser piller, dans -les environs de Paris[728], les maisons de ceux qui étaient connus pour -être royalistes ou mazarinistes, ou qui, quoique frondeurs, n'étaient -pas _princistes_, pour nous servir du jargon de ce temps; car chaque -époque de révolution a le sien. Dès lors Condé fut en horreur à tous -les honnêtes gens[729]: un pamphlet du cardinal de Retz, intitulé _les -Intrigues de la paix_, dont il se vendit en peu de jours un nombre -prodigieux d'exemplaires, et dans lequel se trouvait démasqué le secret -des négociations de Condé avec l'Espagne et avec Mazarin, acheva de -désabuser ceux qui étaient le plus prévenus en faveur de la cause des -princes, et enleva à ceux-ci le peu de partisans qu'ils avaient encore. -Les incertitudes et les hésitations de Gaston[730], augmentant avec les -craintes du prochain retour du roi dans Paris, achevèrent d'ôter à -Condé son seul appui, et le laissèrent sans ressource et sans moyen de -se soutenir dans la capitale et de continuer la guerre. - - [724] MONGLAT, t. L, p. 364.--LORET, liv. III, p. 122, du 8 - septembre. - - [725] GOURVILLE, _Mém._, t. LII, p. 268.--TALON, t. LXII, p. 296. - - [726] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 98, 109.--TALON, t. LXII, p. - 432. - - [727] Père BERTHOD, _Mém._, t. XLVIII, p. 311, 313. - - [728] CONRART, t. XLVIII, p. 178.--TALON, t. LXII, p. 434. - - [729] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 231.--BRIENNE, t. XXXVI, p. 207. - - [730] CONRART, t. XLVIII, p. 109.--TALON, t. LXII, p. 432. - -Un seul parti restait à ce prince: c'était de poser les armes devant -son roi. Il le pouvait avec honneur, puisque le prétexte même de la -résistance avait été écarté, et que Mazarin n'était plus en France. Nul -doute que l'espoir d'arriver à ce résultat et de conserver Condé au -roi, mais Condé désarmé et soumis, n'ait été un des motifs qui avaient -déterminé l'habile ministre à s'éloigner. Beaufort, de Guise, Rohan, -Richelieu, résolus à s'arranger avec la cour dès qu'ils virent que -Gaston restait neutre, invitaient Condé à céder; mais aucun d'eux -n'avait assez d'influence sur son esprit pour en arracher cette -détermination[731]. Nemours n'était plus; La Rochefoucauld, grièvement -blessé, était retenu dans son lit: Condé se trouva ainsi livré à la -faction de la duchesse de Longueville, ennemie de ces deux hommes, et -qui l'entraînait du côté des Espagnols, avec lesquels il avait conclu -des traités[732]. Condé avait dit à ceux qui le poussaient à la guerre, -qu'il serait le dernier à prendre les armes, et le dernier à les -poser[733]. Il tint parole. Plusieurs motifs puissants le -déterminaient. Il ne doutait pas, et toute la France en était -convaincue comme lui, que l'exil de Mazarin ne fût une ruse pour -dissoudre les partis; et il prévoyait que ce ministre serait -promptement rappelé. Sous son administration, Condé ne pouvait espérer -aucun commandement, ni aspirer à exercer aucune influence. L'exemple du -duc de Lorraine, plus libre, plus puissant, plus redouté à la tête de -son armée qu'il ne l'avait été à la cour de Nancy, lorsqu'il était -possesseur du duché de Lorraine, séduisait Condé[734]. La guerre était -son élément, les camps sa patrie, les champs de bataille ses délices, -la gloire sa divinité. Son âme altière ne put supporter l'idée de -fléchir sous Mazarin, de profiter d'une amnistie, de languir dans le -repos et l'obscurité. - - [731] GUY-JOLY, t. XLVII, p. 233, 235 et 230.--CONRART, t. - XLVIII, p. 171.--LORET, liv. III, p. 44, 46, 151 et 17, _lettres_ - des 24 mars, 7 avril, 20 novembre, 7 décembre. - - [732] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 173.--TALON, t. LXII, p. 472. - - [733] LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 170. - - [734] _Ibid._, p. 162. - -En vain la duchesse de Châtillon, qui ne voulait pas quitter la France, -essaya d'y retenir Condé: elle ne put rien obtenir. Il paraît même -qu'il avait cessé de l'aimer depuis qu'il n'était plus obligé de la -disputer à Nemours[735]; peut-être aussi eut-il connaissance de sa -liaison avec l'abbé Fouquet, qui commença vers cette époque. -Mademoiselle de Chevreuse, auprès de laquelle cet abbé avait remplacé -le cardinal de Retz, mourut, après trois jours de maladie, dans tout -l'éclat de la jeunesse et de la beauté[736]. - - [735] BUSSY-RABUTIN, _Hist. am. de France_, édit. 1710, p. 193; - _Hist. am. des Gaules_, édit. 1754, t. I, p. 163.--GUY-JOLY, t. - XLVII, p. 23.--LA ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 178. - - [736] MONTPENSIER, t. XLI, p. 368. - -L'abbé Fouquet, libre de tout engagement de cÅ“ur, fut peu de temps -après fait prisonnier, et détenu sur parole dans l'hôtel de Condé. -Investi de la confiance de Mazarin, il eut de fréquentes conférences -avec la duchesse de Châtillon pour les négociations qui avaient lieu -alors entre Condé et la cour. Jeune, aimable, entreprenant, exercé par -l'usage à faire naître et à saisir auprès des femmes l'instant -favorable, l'abbé Fouquet ne tarda pas à mettre à profit les faciles et -amoureuses dispositions de sa belle négociatrice. Puis, par la suite, -quand le retour du roi et le triomphe de Mazarin l'eurent investi d'un -grand crédit, il employa la perfidie pour s'en assurer la possession -exclusive; il la fit exiler à sa terre de Mello (Merlou), près de -Creil. Mais il s'aperçut bientôt qu'en l'isolant de la cour il n'avait -pas écarté tous ses rivaux. A Mello, le chanoine Cambiac, deux Anglais, -mylord Graf, et George Digby comte de Bristol, gouverneur de Mantes et -de l'Isle-Adam, se trouvaient sans cesse auprès d'elle, et firent -éprouver à l'abbé Fouquet toutes les fureurs de la jalousie. -D'ailleurs, la foule des poursuivants que le prince de Condé, par le -respect et la crainte qu'il inspirait, avait écartée, se rapprocha de -la belle duchesse quand on le vit séparé d'elle; et peut-être vit-elle -s'éloigner ce héros, dont la conquête au moins honorait ses charmes, -avec aussi peu de regret qu'il en montra lui-même en la quittant. Le -cardinal de Retz aurait pu lui appliquer ce qu'il a dit de la duchesse -de Montbazon, qu'il n'avait guère vu de femmes qui, dans le vice, -conservassent moins de respect pour la vertu[737]. Cependant madame de -Sévigné, répandue alors dans toute la société des femmes opposées à la -cour, la voyait souvent, et avait avec elle des liaisons d'amitié qui -étaient comme héréditaires dans sa famille. La duchesse de Châtillon -était la fille de ce Montmorency-Bouteville dont nous avons parlé dans -le premier chapitre de cet ouvrage, qui périt sur l'échafaud, victime -de sa passion pour les duels, et dont la mort fut la cause indirecte de -celle du père de madame de Sévigné[738]. - - [737] BUSSY-RABUTIN, _Hist. am. de France_, 1710, p. 199 à 210; - _Hist. am. des Gaules_, édit. 1754, t. I, p. 162 à 170.--SAUVAL, - _Galanteries des Rois de France_, t. II, p. 96.--Père BERTHOD, t. - XLVIII, p. 370, 371.--MONTPENSIER, t. XLI, p. 56. - - [738] Voyez ci-dessus, chapitre I, p. 6. - -Condé partit, abhorré de ce même peuple dont il avait été accueilli -avec des acclamations de joie quelques mois auparavant[739]. Dès qu'il -eut quitté le théâtre des intrigues et des factions populaires, où il -n'avait éprouvé que des chutes, recueilli que des ridicules et des -crimes, et qu'il se retrouva à la tête d'une armée, il redevint -lui-même et ce que la nature l'avait fait, c'est-à -dire un grand -capitaine et un valeureux guerrier. Il se fit suivre par la victoire, -en combattant contre sa patrie avec ces mêmes Espagnols qu'il avait -vaincus lorsqu'il s'était battu pour elle. Il ne tarda pas à s'emparer -de Saint-Porcien, de Rhetel et de Mouzon[740]. Cette fois il fut -sincèrement secondé dans ses plans militaires par le duc de Lorraine, -qui conduisit de nouveau en Champagne ses bandes dévastatrices[741]. En -vain on voulut le faire rétrograder, en lui opposant le traité qu'il -avait signé et l'argent qu'il avait reçu: il répondit qu'il était sorti -de France conformément au traité, mais qu'il n'avait pas promis dans le -traité de n'y point rentrer. - - [739] Père BERTHOD, _Mém._, t. XLVIII, p. 364 et 366.--LA - ROCHEFOUCAULD, t. LII, p. 178.--MONGLAT, t. L, p. 377. - - [740] RETZ, t. XLVI, p. 144.--GUY-JOLY, _Mém._, t. XLVII, p. - 242.--DESORMEAUX, _Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, - second du nom_; 1769, in-12, t. I, p. 370. - - [741] RETZ, t. XLVI, p. 181. - -Ce fut contre ces deux rudes jouteurs que Turenne eut à lutter. Ce fut -à lui à sauver la France des attaques des ennemis extérieure, qui -eurent lieu simultanément du côté de l'Italie, où les Français -perdirent Casal, qu'ils possédaient depuis 1628; de l'Espagne, où -Barcelone leur fut enlevée; des Pays-Bas, où on leur prit Gravelines et -Dunkerque. Il fallait encore que les victoires dans l'intérieur fussent -aidées par les négociations de Mazarin, et parvinssent en même temps à -anéantir la guerre civile, qui, apaisée dans la capitale, continuait -avec acharnement dans le midi du royaume; il fallait aller délivrer -Bordeaux, dont les rebelles étaient en possession, et qu'ils avaient -fait le centre de leurs opérations[742]. - - [742] MONGLAT, t. L, p. 378, 380, 382, 383, 386, 389, - 390.--CHAVAGNAC, _Mém._, t. I, p. 174, 389, 390. - -La déclaration du roi dans la séance du Louvre du 22 octobre (1652), -qui interdisait aux cours de justice toute discussion sur les affaires -du royaume, et bannissait arbitrairement plusieurs de leurs membres, -des princes du sang, des pairs de France, et tous les principaux -fauteurs de la Fronde, ne fut pas vérifiée au parlement sans -opposition. Camus de Pontcarré, Le Boindre, Le Boult, et quelques -autres magistrats, réclamèrent les garanties précédemment accordées par -la reine régente sous la minorité du roi: les discours qu'ils -prononcèrent en cette occasion furent les derniers accents que fit -entendre sous ce règne la liberté parlementaire. Le jour qui termina -l'année 1652 vit éclore plusieurs édits bursaux pour lever de l'argent -par voies extraordinaires[743]. Ces édits, contraires à la déclaration -du 24 octobre 1648, et qui l'anéantissaient, furent enregistrés sans -résistance par le parlement de Paris, et ne donnèrent lieu à aucune -remontrance de la part de la cour des aides. - - [743] TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 467 à 481. - -Ainsi fut annulée la puissance politique des parlements et l'influence -de la magistrature sur le gouvernement de l'État. L'autorité royale -n'eut plus de digue légale. Les magistrats étaient pris dans la -bourgeoisie, parmi les légistes, les commerçants; il y avait donc une -sympathie naturelle et une communauté d'intérêts entre les parlements -et les classes riches du tiers état. A un petit nombre d'exceptions -près, celles-ci restèrent étrangères aux hautes dignités militaires et -ecclésiastiques, qui étaient devenues le patrimoine exclusif de la -noblesse. Les princes du sang, les seigneurs puissants étaient donc -unis avec les nobles par les mêmes motifs que le tiers état avec les -parlements; ils avaient voulu, de même que les parlements, se rendre -redoutables à l'autorité royale. Cette faction, par suite des derniers -événements, se trouvait représentée par le seul Condé; et sa fuite à -l'étranger, ses alliances avec lui, les troupes étrangères qu'il -commandait, avaient converti une guerre civile en une guerre étrangère. -Si celle-ci pouvait être terminée heureusement et par un traité de -paix, sans aucune concession à un sujet révolté, l'autorité royale -s'établissait alors sans contrôle et sans obstacle, et n'avait plus -rien à redouter que de ses propres excès ou de sa faiblesse, ou de -l'impéritie de ceux qui pouvaient être appelés à l'exercer. Ce fut ce -grand Å“uvre que Mazarin entreprit, et qu'il termina heureusement. - - - - -CHAPITRE XXXII. - -1652-1653. - - Effet que produit sur les esprits l'existence d'un gouvernement - ou sa désorganisation.--Les habitants paisibles de la France - désespèrent d'y voir renaître la tranquillité.--Plusieurs songent - à l'abandonner.--Balzac veut se transporter en Hollande.--Ce - qu'il écrit à Conrart à ce sujet.--Conrart et le duc de - Montausier empêchent Balzac d'exécuter son projet.--Le duc de - Montausier est blessé en faisant la guerre contre les - rebelles.--Inconvénients de la guerre pour Balzac.--Il ne peut - recevoir les nouveaux livres de Paris.--Sa lettre à Conrart à ce - sujet.--Explications sur cette lettre.--Détails sur Salmonet de - Montet.--Sur Ogier.--Sur l'ouvrage de Ménage, intitulé - _Miscellanea_.--Idylle de ce recueil, dédiée à madame de - Sévigné.--Vers de cette dédicace.--Reproche de poëte fait par - Ménage à madame de Sévigné, qui manque de vérité.--L'affaire du - duc de Rohan et du marquis de Tonquedec le démontre. - - -Nous l'avons déjà dit, tant que l'autorité publique maintient -l'exercice des lois et de l'administration, qu'elle lève régulièrement -des impôts et s'appuie sur des armées disciplinées et obéissantes, -quelles que soient les attaques dont elle est l'objet, on se refuse à -croire qu'elle puisse jamais être arrêtée dans son action. Les moyens -qu'elle a de se soutenir sont si concentrés, si nombreux et si -puissants, ceux de ses adversaires toujours si disséminés et si -faibles, qu'on n'imagine même pas comment ceux-ci pourraient opérer un -bouleversement: et en effet, il n'aurait jamais lieu si cette opinion -ne donnait pas au pouvoir lui-même une idée exagérée de sa force, un -aveuglement et un orgueil qui lui font mépriser cette sage défiance, -cette continuelle vigilance, nécessaires à sa durée; s'il ne se livrait -pas, dans son indolence, aux mains de l'impéritie et de la trahison. -Lorsque les factions ont pris la place de cette autorité publique -anéantie, on a aussi peine à comprendre comment l'ordre pourra renaître -du sein du désordre; et comme alors tous les partis parlent un langage -également faux, parce qu'il est toujours passionné ou hypocrite, -l'honnête homme éclairé qui les méprise tous, dont toutes les habitudes -sont contrariées, toutes les jouissances troublées, toutes les -espérances dissipées par la tempête, se détache de sa patrie; ou plutôt -il songe alors à aller chercher sous un gouvernement régulier le repos, -dont il ne prévoit plus pouvoir goûter les douceurs dans le pays qui -l'a vu naître. - -Telles étaient les dispositions où se trouvait Balzac à l'époque de -cette seconde guerre de la Fronde. Cette ancienne gloire, cet ancien -soutien de l'hôtel de Rambouillet, regardé alors comme le premier -écrivain en prose que la France possédât, tâchait de prolonger son -existence par un régime constant, et, comme il le dit lui-même, par des -débauches régulières de lait d'ânesse. Retiré à sa terre de Balzac, -près d'Angoulême, les dissensions qui déchiraient la France -l'affectaient si douloureusement, que, malgré la débilité de l'âge et -la faiblesse de sa santé, il avait pris la résolution de se retirer en -Hollande. Le 10 mai de cette année 1652, c'est-à -dire après la nouvelle -de l'entrée de Condé à Paris, il écrivait à son ami Conrart, qui était -resté dans la capitale pendant cette terrible lutte: «Si Dieu n'a pitié -de nous, et ne nous envoie bientôt sa fille bien aimée, qui est madame -la Paix, je suis absolument résolu de fuir des objets qui me blessent -le cÅ“ur par les yeux. Quand je serais plus caduc et plus malade que -je ne suis, je sortirais du royaume, au hasard de mourir sur la mer, si -je m'embarque à La Rochelle, ou de mourir dans une hôtellerie, si je -fais mon voyage par terre[744].» - -Balzac eût, malgré les instances de Conrart, exécuté son projet, sans -les blessures que reçut le duc de Montausier en combattant contre les -rebelles. Le duc se vit forcé de revenir à Angoulême pour se faire -soigner, et il resta longtemps dans un état de faiblesse qui lui -interdisait toute occupation. La société et les entretiens de Balzac -devinrent pour Montausier la plus agréable de toutes les distractions -aux maux qu'il endurait; il le pria de ne pas l'en priver, et fit tous -ses efforts pour l'engager à renoncer au projet qu'il avait conçu. De -son côté, Balzac retrouva dans le commerce intime de M. et de madame de -Montausier un charme qui lui rappelait les beaux jours de l'hôtel de -Rambouillet[745]. Cette circonstance empêcha donc Balzac d'aller mourir -ailleurs que dans sa patrie; mais il souffrait vivement des privations -que la guerre lui imposait, et surtout de l'interruption des courriers -et des voitures, qui l'empêchait de recevoir les lettres que son ami -Conrart lui écrivait et les livres qu'il lui envoyait. - - [744] _Lettres de feu Balzac à M. Conrart_; Paris, 1659, in-18, - p. 194, liv. III, _lettre_ 16. - - [745] _Ibid._, p. 201, 203, liv. III, _lettre_ 19. - -Le 20 juillet, c'est-à -dire après avoir reçu des nouvelles du combat de -Saint-Antoine et du massacre de l'hôtel de ville, il lui écrivait: - -«Ayant appris les nouvelles générales, et n'ayant point eu des vôtres -particulières, je ne puis que je ne sois en peine de vous, de M. de -Grasse (Godeau) et de M. de Chapelain. Je crains tous les coups de la -tempête pour des biens si rares et si précieux, pour des biens que j'ai -dans le vaisseau agité. Dieu veuille calmer votre Paris et rassurer nos -provinces! Ne fera-t-il pas descendre du ciel en terre cette fille bien -aimée pour laquelle je soupire jour et nuit? Il y a dans la maladie de -l'État je ne sais quoi de divin qui se moque de la raison humaine. -Aristote, Tacite, Machiavel, ne verraient goutte dans nos ténèbres. -Toute la prudence est ici accablée par la force du destin; les moindres -de ces désordres sont ceux qui troublent le commerce de nos Muses; et -néanmoins je ne les estime petits que par la raison des plus grands. -Car en effet quel malheur d'être privé pendant si longtemps de la -consolation de nos livres, de nos chastes et innocentes voluptés! de ne -plus rien voir de Port-Royal et de la boutique des Elzevirs! de ne -pouvoir lire ni les remontrances de M. Salmonet, ni les vers de Ménage, -ni les sermons de M. Ogier!» - -Ainsi, nous apprenons par cette lettre que tout ce qui sortait de la -plume des solitaires de Port-Royal attirait aussitôt l'attention des -savants comme des gens du monde. Quant à Salmonet, il était, ainsi que -son frère, attaché au service du cardinal de Retz; et tous deux le -suivirent à Nantes[746], et partagèrent sa captivité. Le dernier, qu'on -nommait de Montet, du nom de sa famille, fut depuis lieutenant-colonel -du régiment écossais de Douglas, et tué en Alsace; l'autre Robert de -Montet de Salmonet, dont parle Balzac, s'était fait un nom par une -histoire des derniers troubles d'Angleterre, et venait de publier, sous -le voile de l'anonyme, mais avec l'approbation du cardinal de Retz, une -brochure in-folio de 72 pages, sortie des presses du fameux imprimeur -Antoine Vitré, intitulée: _Remontrance très-humble faite au sérénissime -prince Charles II, roi de la Grande-Bretagne, sur les affaires -présentes_[747]. Cet écrit de circonstance fut alors regardé comme un -chef-d'Å“uvre; son succès et son titre seul prouvent suffisamment -qu'alors l'usurpation de Cromwell n'était pas tellement consolidée -qu'on n'entretînt encore en France des espérances de voir remonter -Charles II sur le trône. Ogier, si peu connu aujourd'hui, était un -prédicateur célèbre et grand littérateur[748], faisant, comme beaucoup -de littérateurs de cette époque, de petits vers et des dissertations -critiques, et mêlant les combats littéraires aux exercices de sa -profession. Il avait pris, en gardant l'anonyme, la défense de Balzac -contre le père Goulu, général des feuillants; et son apologie fut -trouvée si belle, que Balzac fut soupçonné d'avoir eu la faiblesse de -vouloir passer pour en être l'auteur. A l'époque de la lettre de Balzac -que nous venons de transcrire, Ogier venait de publier, sous le titre -singulier d'_Actions publiques_[749], le premier volume des sermons -qu'il avait prêchés à Paris. Il paraît que la beauté de son débit avait -beaucoup servi à sa réputation; car lorsque Balzac l'entendit prêcher -pour la première fois dans l'église de Saint-Cosme, il dit: «Ce -théâtre est trop petit pour un si grand acteur[750].» On conçoit, -d'après ces antécédents, l'impatience que Balzac avait de lire dans -leur première nouveauté, des compositions dont il avait conçu une idée -si avantageuse. - - [746] GUY-JOLY, _Mémoires_, t. XLVII, p. 308 à 312. - - [747] _Mémoires de Michel de Marolles_, 1755, t. I, p. 244; et t. - III, p. 360. - - [748] WEISS, _Biographie universelle_, article _Ogier_ - (François). - - [749] OGIER, _Actions publiques_, 1652, 1655, 2 vol. in-4º. - - [750] _Ménagiana_, t. I, p. 305. - -Le désir qu'il éprouvait de lire les vers de son ami Ménage n'était pas -moins grand; mais il fut assez promptement satisfait, car six semaines -après les doléances qu'il avait faites à Conrart il reçut le précieux -volume in-4º intitulé _Miscellanea_ (Mélanges)[751], le premier -ouvrage que Ménage ait publié. Ce recueil, aujourd'hui si peu lu et -même si peu connu, fit alors sensation dans le monde littéraire, et -donna lieu à des éloges et à des critiques[752]. Plusieurs des pièces -qu'il renferme avaient déjà paru séparément, ou dans d'autres recueils. -Celui-ci se fit longtemps attendre; car le privilége du roi qui en -permettait l'impression est du mois de mai 1650, et il ne fut achevé -d'imprimer que le 27 août 1652. Le bon Balzac dut être ravi en recevant -ce volume; il y trouvait d'abord en tête un beau portrait de Nanteuil, -qui lui retraçait les traits de son ami Ménage; puis une dédicace en -latin à M. de Montausier, qui prouve que Ménage, quoique alors aux -gages du coadjuteur, ne reniait point ses anciennes amitiés, et ne -craignait pas, an milieu des plus grandes fureurs de la Fronde, de -donner à un royaliste zélé les louanges qu'il méritait, et même de -souhaiter qu'il triomphât dans les combats qu'il livrait aux rebelles: -_Vale et_ _vince_, dit-il en finissant. Qu'on ne croie pas cependant -que cette épître soit de la même date que le reste du recueil. Non; -Ménage l'écrivit au moment même où il envoyait son livre à -l'impression. Elle est datée du 9 avril 1652; et alors le cardinal de -Retz ne désirait pas le succès de Condé, et voyait avec plaisir les -résistances que les royalistes lui opposaient dans le midi. - - [751] ÆGIDII MENAGII _Miscellanea_; Parisiis, apud August. - Courbé, 1652, in-4º. - - [752] Gilles BOILEAU, _Avis à M. Ménage_, dans LA MONNOYE, - _Recueil de pièces choisies, tant en prose qu'en vers_, 2 vol. - in-12, 1714, t. I, p. 177 à 331. - -Balzac trouvait ensuite dans ce volume plusieurs pièces à lui dédiées, -qui contenaient ses louanges; puis les bouffonnes et spirituelles -caricatures accompagnant les pièces écrites en latin contre un -professeur de grec au Collége de France, devenu célèbre par ses -ridicules, son avarice, ses habitudes de parasite, l'âcreté de ses -sarcasmes, souvent spirituels, contre tous les gens de lettres en -réputation; ce qui fit composer contre lui un si grand nombre -d'épigrammes et de satires, qu'on en a depuis formé un recueil qui n'a -pas moins de deux volumes[753]. Après ce piquant écrit, _Vita Mamuræ_, -qui avait déjà paru imprimé dans un premier recueil contre Montmaur, et -que Ménage avait composé à l'âge de vingt-quatre ans, Balzac retrouvait -plusieurs pièces du spirituel Sarrazin et d'autres beaux esprits, que -probablement il avait entendu lire autrefois à l'hôtel de Rambouillet; -ensuite des pièces de vers en grec, en latin et en français, toutes -composées par Ménage, dont la muse ne se contentait pas de sa langue -maternelle et traînait à sa suite toutes les langues savantes. -Cependant il s'abusait, le docte Ménage, de vouloir donner à sa -renommée toutes sortes de trompettes: c'était le moyen de n'obtenir de -retentissement d'aucune. Il en est du poëte comme du musicien, qui -n'excitera jamais notre admiration par les merveilles de son exécution -si, au lieu de tirer vanité de pouvoir exercer son art sur un grand -nombre d'instruments, il ne cherche pas à en reculer les bornes en -consacrant sur un seul tous ses efforts, et en tâchant d'y surpasser -tous ses rivaux. L'ingénieuse antiquité n'a donné au dieu des vers et -de l'harmonie qu'une seule lyre. - - [753] SALLENGRE, _Histoire de Pierre de Montmaur, professeur - royal en langue grecque à l'Université de Paris_; 1715, 2 vol. - in-12, t. I, p. 44; et t. I, p. LXXX et LXXXVI. - -Quoi qu'il en soit, une idylle intitulée _le Pêcheur, ou Alexis_, -dédiée à madame la marquise de Sévigné, et précédée d'une longue tirade -de vers à sa louange, se trouve dans le même volume, et explique -suffisamment les détails qu'on vient de lire. Cette pièce est le -premier hommage public rendu à celle qui fait l'objet de ces Mémoires; -et quoiqu'elle n'ait paru qu'en 1652, elle a du être composée au plus -tard en 1649, c'est-à -dire entre les deux Frondes, et avant que madame -de Sévigné fût devenue veuve. Elle commence ainsi, dans cette première -édition des poésies françaises de Ménage[754]: - - Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage, - Ornement de la cour, merveille de notre âge, - Aimable Sévigné, dont les charmes puissants - Captivent la raison et maîtrisent les sens; - Mais de qui la vertu, sur le visage peinte, - Inspire aux plus hardis le respect et la crainte... - - [754] Nous indiquons les pages où se trouve cette pièce dans - toutes les éditions des poésies de Ménage: - - ÆGIDII MENAGII _Miscellanea_, in-4º, 1652, p. 105. (Courbé.) - - -- _Poemata_, 2e édit. in-8º, 1656, p. 76. (Id.) - -- -- 3e édit. in-8º, 1658, p. 21. (Id.) - -- -- 4e édit. (Elzevirs), in-18, 1663, p. 158. - -- -- 5e édit. -- -- 1668, p. 146. - -- -- 6e édit. (chez Claude Barbin), in-4º, 1673, - p. 185. - -- -- 7e édit. (chez Le Petit), in-8º, 1680, - p. 170. - -- -- 8e édit. (Amstelodami, apud Westenium), in-12, - 1687, p. 202. - -Nous ne transcrirons pas les vers qui suivent, parce que plus -emphatiques encore que ceux-ci, ils donnent une idée encore plus -fausse, s'il est possible, de madame de Sévigné, de sa manière d'être -dans le monde et des sentiments qu'elle y faisait naître. Dans tous les -ouvrages que Ménage publia par la suite, il saisit toutes les occasions -de faire l'éloge de madame de Sévigné. «Le nom de madame de Sévigné, -disait l'évêque de Laon, est dans les ouvrages de Ménage ce qu'est le -chien du Bassan dans les portraits de ce peintre; il ne saurait -s'empêcher de l'y mettre[755].» - - [755] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 139, édit. - in-8º, ou t. VII, p. 54 de l'édit. in-12. - -Sans fiel, sans haine, bonne et indulgente pour tous, madame de Sévigné -n'embrassa avec chaleur aucun des partis qui divisaient la France. Son -bon sens, son esprit, sa vertu, lui firent connaître ce qu'il y avait -de faux, d'exagéré, de coupable, de haïssable dans chacun d'eux; et -quoique par sa parenté, par ses amis, par l'indépendance de sa -position, et peut-être aussi par celle de son caractère, elle inclinât -pour l'opposition, pour la Fronde, pour ces puissants raisonneurs de -Port-Royal, cependant elle mit tant de modération dans sa conduite, -elle se concilia tellement la bienveillance des personnes dont les -opinions ne s'accordaient pas avec les siennes, que dans l'intervalle -de paix qui eut lieu entre les deux Frondes, quand Ménage composa son -idylle, elle fut bien reçue à la cour, et en fit, comme il dit, -l'ornement. Durant la seconde Fronde, pendant le feu de la guerre -civile, lorsque les partis se trouvaient les plus animés les uns contre -les autres, à l'époque où Ménage publia ses _Mélanges_, elle avait -conservé toutes les connaissances qu'elle avait acquises parmi les -royalistes; elle était restée fidèle à tous les attachements qu'elle -avait contractés dans ce parti, où, comme dans les autres, elle avait -des admirateurs et des courtisans. Ceux qui étaient restés à Paris -étaient accueillis par elle avec le même empressement que ceux du parti -contraire; elle n'établissait d'autres différences entre eux que celles -que pouvaient y mettre leur sociabilité, leur degré de mérite, ou leur -talent de plaire. Sa beauté, sa jeunesse, sa fraîcheur, son amabilité, -rassemblaient partout autour d'elle un nombreux cortége; et le goût -qu'elle avait pour le monde et pour ses plaisirs ne lui permettait pas -de montrer à personne ce visage sévère, ni «cette âme insensible aux -traits de la pitié[756],» que Ménage, dans son jargon de versificateur, -croyait devoir lui prêter, par un faux goût d'exagération que les -romans de mademoiselle de Scudéry avaient mis à la mode. Par sa -résistance à tous les genres de séduction, madame de Sévigné inspirait -certainement du respect, mais elle n'inspirait de la crainte à -personne: elle avait pour cela une physionomie trop vive, trop gaie, -trop ouverte, trop de franchise et d'abandon dans ses discours et dans -ses manières. Si toute sa vie, si tout ce que ses contemporains en ont -écrit, si toutes ses lettres ne démontraient pas l'exactitude de ce -que nous avançons ici, l'affaire du duc de Rohan et du marquis de -Tonquedec, qui eut lieu à l'époque dont nous nous occupons, et qui fit -alors beaucoup de bruit à Paris, dans les cercles et les ruelles de la -haute société, suffirait pour le prouver. - - [756] ÆGIDII MENAGII _Miscellanea_, p. 105; _le Pêcheur, ou - Alexis, dédié à madame de Sévigny_ (Sévigné). - - - - -CHAPITRE XXXIII. - -1652-1653. - - Détails sur le marquis de Tonquedec.--Son amour pour madame de - Sévigné.--Il veut secourir, dans un tumulte, le président de - Bellièvre.--Il manque d'être assommé par la populace.--Sa haine - contre le parti de Condé.--Rohan se rencontre avec lui chez la - marquise de Sévigné.--Tonquedec se conduit avec hauteur dans - cette entrevue.--La duchesse de Rohan s'en offense.--Elle pousse - son mari à demander une explication.--Le duc de Rohan va trouver - Tonquedec chez madame de Sévigné.--Menace qu'il lui adresse, en - présence de toute la société rassemblée chez elle.--Réponse de - Tonquedec.--Il veut se battre, mais on l'oblige à sortir de - Paris.--Embarras de madame de Sévigné.--Elle va voir la duchesse - de Rohan.--Exigences de celle-ci.--Madame de Sévigné se refuse à - subir les conditions qu'elle veut lui imposer.--Le chevalier - Renaud de Sévigné envoie un cartel au duc de Rohan.--Ils se - rendent hors de la ville pour se battre.--Un exempt du duc - d'Orléans les en empêche.--Tonquedec envoie un cartel au duc de - Rohan.--Réponse évasive de celui-ci.--Du Lude, Chavagnac et - Brissac menacent de provoquer Rohan au combat, s'il ne donne pas - satisfaction à Tonquedec.--La duchesse de Rohan fait donner des - gardes à son mari, et le fait surveiller pour qu'il ne puisse se - battre.--Tonquedec rentre dans Paris avec la cour.--Son affaire - avec Rohan n'eut aucune suite.--Mort de Rohan. - - -Le marquis de Tonquedec était un gentil-homme breton, parent de la -duchesse de Rohan. Il parut d'abord vouloir se joindre au parti des -princes, et il avait même promis au duc de Rohan de lever un régiment -pour lui. Non-seulement il n'exécuta pas sa promesse, mais il se mit du -parti de la cour, et devint un des partisans du cardinal Mazarin. Il se -brouilla ainsi avec le duc de Rohan, et ils ne se voyaient plus. -Cependant, durant la seconde guerre de la Fronde Tonquedec était resté -à Paris. Peut-être n'y était-il retenu qu'à cause du séjour qu'y -faisait la marquise de Sévigné, dont il était épris. Vers la fin du -mois de mai de l'année 1652, Tonquedec passait par hasard dans la rue, -au moment même où le peuple maltraitait le fils du premier président de -Bellièvre, qui, muni d'un passeport, voulait sortir de la ville. -Tonquedec prit sa défense, et chercha à favoriser sa sortie: il manqua -d'être assommé par la populace, et fut obligé de garder le lit pendant -quelques jours, par suite des contusions qu'il avait reçues[757]. Cette -circonstance augmenta encore son aversion contre les partisans de -Condé, qui, assez mal vus de la bourgeoisie, étaient alors -tout-puissants parmi le bas peuple. - - [757] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 69, _lettre_ du 26 - mai 1652. Voyez ci-dessus, chap. XXIII, p. 328. - -Aussitôt que Tonquedec fut rétabli, il alla voir madame de Sévigné. Il -se trouvait seul avec elle un certain mardi, dans la matinée du 18 juin -1652, lorsque le duc de Rohan y arriva[758]. Tonquedec, nonchalamment -assis dans un fauteuil placé dans la ruelle et au chevet du lit de la -marquise, se leva à demi, ôta son chapeau; mais il se rassit avant que -le duc eût un siége et sans lui offrir sa place, qui était la place -d'honneur. Le duc de Rohan fut interdit de cette rencontre et de la -contenance de Tonquedec. Il fit, contre son ordinaire, une visite -courte et silencieuse, et se retira avec toutes les apparences d'un -homme piqué[759]. De retour chez lui, il conta ce qui s'était passé à -la duchesse sa femme. Celle-ci, outrée de ce qu'elle considérait comme -un affront, lui dit que la chose ne pouvait en rester là , et qu'il -fallait qu'elle fût réparée. Rohan se rendit donc le lendemain chez la -marquise de Sévigné, et se plaignit à elle de l'incivilité de -Tonquedec. Madame de Sévigné convint qu'à la vérité il avait été bien -fier. Cette manière d'excuser Tonquedec enflamma encore le courroux de -l'altière duchesse, à qui les paroles de la marquise furent rapportées. -D'après les instigations de sa femme, Rohan retourna le lendemain chez -madame de Sévigné, non plus seul, mais accompagné d'un grand nombre de -gentils-hommes. Arrivé à l'hôtel de Sévigné, il vit à la porte le -carrosse du comte du Lude. Il demanda au cocher si son maître était là . -Le cocher répondit que non; qu'il y avait amené M. le marquis de -Tonquedec, auquel M. le comte avait prêté son carrosse. Rohan, laissant -son cortége à la porte de l'hôtel, monta seul chez madame de Sévigné; -il la trouva en compagnie avec sa tante la marquise de La Trousse, avec -Marigny et Tonquedec. Rohan, se sentant fort de l'escorte nombreuse -qu'il avait amenée, dit en entrant à Tonquedec: «On m'a dit que vous -vous vantiez de m'avoir nargué céans; je viens aujourd'hui vous -apprendre à me rendre ce que vous me devez.--Monsieur, dit Tonquedec -avec un air de mépris, je vous rendrai toujours plus que je ne vous -dois.--Vous ne sauriez, répliqua le duc; et je vous montrerai bien ce -que vous me devez.» Rohan ordonna ensuite à Tonquedec de sortir, le -menaçant, s'il n'obéissait pas, de le faire chasser par son escorte. -Tonquedec tira son épée; mais madame de Sévigné, sa tante et Marigny -s'interposèrent, et le supplièrent d'éviter une catastrophe sanglante, -dont une lutte aussi inégale le rendrait victime. Tonquedec dit qu'il -obéirait à madame de Sévigné; mais en se retirant il manifesta -l'intention d'obtenir raison de l'insulte qui lui était faite. Gaston -et le maréchal de Schomberg le firent chercher pour le faire arrêter, -et il fut obligé de s'évader, et d'aller rejoindre la cour. - - [758] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 88 à 92. - - [759] _Ibid._, p. 91, 92. - -Madame de Sévigné, qui après la première entrevue des deux rivaux en -avait redouté les suites, était allée, dans l'espérance de les -prévenir, faire une visite à la duchesse de Rohan. Elle en fut reçue -très-froidement, et s'en plaignit à mademoiselle de Chabot, sÅ“ur du -duc de Rohan. Mademoiselle de Chabot lui dit que pour que la duchesse -fût contente d'elle, il fallait qu'elle promît de ne plus jamais -recevoir chez elle le marquis de Tonquedec. Madame de Sévigné refusa de -consentir à cette humiliation; et à cause de ce refus les Rohans et -leurs amis rejetaient sur elle tout le tort de la scène qui avait eu -lieu. - -Madame de Sévigné était désespérée d'une affaire qui la brouillait avec -toute une famille illustre et puissante à Paris et en Bretagne, qui la -rendait l'objet des entretiens de tout le monde, l'exposait à un blâme -qu'elle n'avait pas mérité, et qui menaçait de se terminer d'une -manière tragique. En effet un duel semblait inévitable; la chose était -publique, et Loret même en avait parlé dans sa gazette[760]. -L'arrogance et les procédés de la duchesse de Rohan dans cette -circonstance furent généralement blâmés; mais l'influence que les -circonstances politiques et l'appui de Condé donnaient aux Rohans -empêchaient que l'opinion ne se manifestât ouvertement en faveur de -madame de Sévigné. Les Rohans abusèrent à son égard du désavantage de -sa position: ils se conduisirent avec une hauteur inconvenante; mais -ils eurent bientôt lieu de s'en repentir, et ils apprirent qu'une -femme jeune, jolie, spirituelle et vertueuse, qui sait tirer parti des -dons qu'elle a reçus du ciel, est aussi une puissance, qu'on ne peut -opprimer impunément. - - [760] LORET, _Muse historique_, liv. III, p. 85, _lettre_ du 23 - juin 1652. - -Vers la fin de juillet, et aussitôt que Rohan eut été déclaré duc et -pair au parlement, il reçut un cartel du chevalier Renaud de Sévigné, -pour qu'il eût à lui rendre raison de sa conduite envers la marquise, -sa parente. Tous deux se rendirent hors de la ville; un exempt du duc -d'Orléans, par ordre de Son Altesse Royale, vint arrêter Rohan au -moment où les deux combattants venaient de mettre bas leur pourpoint et -de tirer leurs épées[761]. Le duc d'Orléans donna un garde à Rohan et -un au chevalier Renaud de Sévigné, pour les empêcher de se battre: -cette mesure, qui était selon les usages de ce temps, calma les -craintes de la duchesse de Rohan, qui l'avait provoquée; mais elle fit -tort à la réputation de son mari, dont la bravoure était suspecte: il -passait pour être plus habile à la danse qu'à l'escrime[762]. C'était -d'ailleurs un moyen de différer l'issue de cette affaire, et non de la -terminer. Les amis de madame de Sévigné ne paraissaient pas disposés à -céder. - - [761] LORET, _Muse Historique_, liv. III, p. 85, 87, _lettre_ en - date du 23 juin 1652. - - [762] GUY-JOLY, _Mémoires_, t. XLVII, p. 205. - -Le duc de Rohan reçut bientôt un nouveau cartel du marquis de -Tonquedec, qui, n'obtenant pas de réponse, fit parler au duc par les -comtes de Vassé et de Chavagnac. Rohan ne répondit à ceux-ci que d'une -manière évasive: alors le comte du Lude, le duc de Brissac et le comte -de Chavagnac allèrent de nouveau le trouver, et lui signifièrent que -s'il ne se battait pas avec Tonquedec, il fallait qu'il tirât l'épée -contre eux, et qu'il eût à se pourvoir de deux amis qui voulussent avec -lui se battre contre eux. Le barbare usage de ces duels collectifs -n'était pas, comme l'on voit, entièrement aboli, quoique les exemples -en fussent devenus rares. Le duc de Rohan se vit ainsi forcé de -promettre de répondre à l'appel de Tonquedec, aussitôt qu'il pourrait -se délivrer de son garde. La duchesse de Rohan, qui craignait pour les -jours de son mari, était, dit Conrart, un garde bien plus difficile à -éviter que celui qui lui avait été donné par le duc d'Orléans. Elle -faisait veiller le duc de Rohan en tous lieux, même la nuit, de peur -qu'il ne lui échappât; mais on disait dans le monde qu'elle n'avait pas -tant de peine à le garder et à l'empêcher de se battre qu'elle voulait -bien le faire croire[763]. C'est alors qu'elle se repentit vivement de -s'être attaquée à notre jeune veuve, et d'avoir été à son égard si -injuste et si arrogante. Cependant, elle réussit à empêcher le combat, -et cette affaire n'eut pas d'autre suite, soit à cause de -l'intervention de madame de Sévigné, soit parce que les deux -antagonistes, suivant des partis différents, ne purent se rejoindre, -soit enfin parce que le rapide affaiblissement de la santé du duc de -Rohan ne lui permit pas de réparer le tort que cette aventure faisait à -son honneur. En effet, aussitôt après le retour du roi, le duc et la -duchesse de Rohan furent exilés de Paris, et le duc de Rohan mourut le -dernier jour du mois de février de l'année suivante, à son château de -Chanteloup, où, déjà gravement malade, il s'était fait transporter, par -l'avis des médecins, pour respirer un meilleur air[764]. - - [763] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 155. - - [764] LORET, _Muse historique_, liv. VI, p. 35, _lettre_ 10 en - date du 6 mars 1655. - - - - -CHAPITRE XXXIV. - -1652-1663. - - Le retour du roi dans Paris en fait disparaître toute la société - de la Fronde.--Scarron seul reste.--Sa maison devient le - rendez-vous de tous les jeunes seigneurs royalistes.--Changement - opéré dans son intérieur.--Il épouse la petite-fille d'Agrippa - d'Aubigné.--Réflexions sur les événements extraordinaires que - fournit l'histoire, comparés aux fictions des poëtes et des - romancières.--Le mariage de Scarron fit peu de sensation.--Sa - femme, connue sous le nom de _la belle Indienne_.--Diverses - versions sur ses aventures et son mariage.--Le bruit court que - Scarron va se transporter aux îles, et que sa femme est - enceinte.--Liaison de madame Scarron et de Ninon de - Lenclos.--Madame Scarron reste pieuse et vertueuse, malgré cette - liaison.--Elle est aimée du marquis de Villarceaux.--Scarron va à - Tours pour affaires de famille.--Madame Scarron attire chez son - mari la meilleure société.--Changement heureux qu'elle opère en - lui.--Madame Scarron reçue dans les plus hautes - sociétés.--Observations judicieuses de Saint-Simon sur les - changements opérés par l'invention des sonnettes de renvoi sur - l'intérieur des familles.--Le défaut de cette invention fut utile - à madame Scarron pour se faire bien accueillir.--Motifs qui - empêchaient alors madame de Sévigné de contracter une liaison - intime avec madame Scarron. - - -Le retour du roi dans Paris et l'arrestation du cardinal de Retz -avaient fait disparaître de la capitale toute la brillante société de -la Fronde: Gaston et toute sa cour, MADEMOISELLE et ses dames -d'honneur, Condé et son brillant cortége d'officiers, et toutes les -dames de son parti, les duchesses de Châtillon, de Montbazon, de Rohan, -de Beaufort; tous les amis et partisans du coadjuteur, le duc de -Brissac, Renaud de Sévigné, Châteaubriand, Lameth, Château-Regnauld, -d'Argenteuil, d'Humières, Caumartin, d'Hacqueville et l'Écossais -Montrose[765]. - - [765] RETZ, t. XLVI, p. 226, 230. - -Toutes ces personnes, et beaucoup d'autres, plus ou moins liées avec -madame de Sévigné, avaient été exilées de Paris par lettres de cachet, -ou étaient forcées de partir ou de se cacher, par la crainte d'être -arrêtées. De tous ceux qui avaient marqué par leur opposition à la -cour, Scarron seul, retenu et défendu par ses infirmités, était resté; -et ce qui paraît étrange, c'est que sa maison ne cessa point d'être -aussi fréquentée qu'auparavant; elle continua à être le rendez-vous de -tout ce qu'il y avait de monde élégant, jeune, spirituel et aimable. -Non-seulement les seigneurs royalistes se montraient, comme avaient -fait ceux de la Fronde, empressés à la fréquenter, mais, ce qu'on -n'avait pas vu jusque alors, des femmes d'un haut rang, d'une -réputation irréprochable, y allaient, et ne s'y trouvaient point -déplacées. - -Quand on se rappelle les virulentes et détestables satires qu'avait -écrites contre Mazarin ce prince des poëtes burlesques, on comprend -qu'il est nécessaire d'expliquer pourquoi, après le retour de Mazarin -et lors de la toute-puissance de ce ministre, Scarron continua à être -l'objet d'une faveur publique si marquée. - -Un grand changement s'était opéré dans l'intérieur du vieux poëte, dans -son mode d'existence, dans les dispositions de son esprit, et surtout -dans les sentiments de son cÅ“ur. - -A l'époque où les événements de la seconde guerre de Paris se -succédaient avec le plus de rapidité, au commencement de juin de -l'année 1652, Scarron se maria[766]: ce fut de sa part un acte de -charité envers une enfant, et cet acte de charité devait avoir un jour -sur les destinées de la France une plus longue influence que tous les -mouvements que se donnaient alors Turenne et Condé, Mazarin et -Retz[767]. - - [766] LORET, liv. III, p. 77, _lettre_ en date du 9 juin 1652; - liv. III, p. 139, _lettre_ 40 en date du 5 octobre 1652; liv. - III, p. 154, _lettre_ 45, en date du 9 novembre 1652.--Conférez - les frères PARFAICT, _Hist. du Théastre François_, t. VI, p. - 351.--SEGRAIS, _Mém._, dans les _Å’uvres_, t. II, p. 65, 85, - 100, 105.--LORET, liv. II, p. 179, en date du 31 décembre - 1651.--LA BEAUMELLE, _Mémoires de madame de Maintenon_, t. I, p. - 144.--DREUX DU RADIER, _Mém., hist. et critiques des reines et - régentes de France_; Amsterdam, 1782, t. VI, p. 343.--Madame - SUARD, _Madame de Maintenon peinte par elle-même_, édit. 1810, p. - 12.--Madame GUIZOT, _Vie de Paul Scarron_, dans la _Vie des - poëtes français_, par M. Guizot, p. 489.--MONMERQUÉ, _Biographie - universelle_, t. XXVI, p. 267.--FABIEN PILLET, _ibid._, t. LXI, - p. 44. - - [767] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, t. I, p. 42, _lettre_ à - mademoiselle d'Aubigné, édit. 1619, p. 19; édit. 1700, p. 11; - édit. 1737, p. 54. - -La petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, âgée de seize ans et demi[768], -éclatante de fraîcheur, éblouissante de beauté, adorable par ses grâces -et son esprit, ravissante de pudeur et d'innocence, était devenue la -femme de ce poëte bouffon et obscène, de ce cul-de-jatte, de cet -assemblage de toutes les difformités, de toutes les souffrances -humaines, ruiné, endetté, ne subsistant que des produits précaires de -sa plume. Telle était la misère profonde où se trouvait plongée une -famille jadis puissante et illustre, que la jeune fille se trouva tout -heureuse d'avoir inspiré de la pitié au généreux Scarron, et, en -recevant la main de cet infirme vieillard, de se condamner par -l'hymen, durant les plus belles années de sa vie, à un triste célibat. - - [768] MONMERQUÉ, article _Maintenon_, dans la _Biographie - universelle_, t. XXVI, p. 265. - -Romanciers et poëtes, vous dont l'imagination se complaît dans les -chutes rapides et les élévations subites, contemplez cet enfant qui se -joue sur le rivage de Sicile, près de la ville de Mazzara. Né dans la -classe du peuple, sa famille n'a pas même de nom; c'est un des enfants -de Pierre, de ce pêcheur dont vous voyez là -bas l'humble cabane; mais -un jour viendra que ce bambin, joignant son nom de baptême à celui de -la ville qui renferma son berceau, sera Jules de Mazarin, couvert de la -pourpre romaine, armoriant son écusson du faisceau consulaire de Jules -César, gouvernant la France, et par elle préparant et influençant les -destinées de l'Europe entière[769]. - - [769] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques et complets_, t. XI, p. - 190.--LOMÉNIE DE BRIENNE, _Mémoires inédits_, t. II, p. 10. - -Écoutez: quand ceci sera arrivé, quand la capricieuse fortune, qui se -joue dédaigneusement des destinées et des prévisions humaines, vous -paraîtra avoir épuisé en faveur de Jules de Mazarin toute sa puissance, -venez, et faites-vous ouvrir la prison de Niort. Examinez cette autre -enfant, dont des haillons couvrent à peine la nudité. Elle est née, la -petite créature, dans ce sombre et sale réduit, où son père et sa mère -ont été enfermés pour dettes. Elle n'a pas cinq ans, et joue avec la -fille de son geôlier. Celle-ci, dans sa vanité enfantine, lui montre -les beaux habits qu'elle porte, les brillants joujoux qu'on lui a -donnés[770]. Voyez alors la pauvrette, elle qui n'est nourrie que du -pain de la charité, lever sa petite tête avec fierté, et dire à sa -compagne: «C'est vrai, je n'ai ni habits ni joujoux; mais je suis -_demoiselle_, et vous ne l'êtes pas.» Oui, certes, elle était -demoiselle, et bien noble demoiselle, la petite-fille de ce guerrier -célèbre, de ce grand homme, de cet ami, de ce compagnon de Henri IV! et -elle ne paraîtra pas avoir dérogé de son illustre origine en devenant -la femme du poëte Scarron; et ces amants si richement parés qui la -courtisent, et ces grandes dames qui la protègent, sont loin de se -douter que cette charmante malheureuse, comme ils l'appellent, -s'assiéra un jour près du trône de France, et qu'à elle ils devront -leurs richesses, leurs dignités, l'élévation de leurs enfants et les -nouvelles splendeurs de leurs races. Romanciers et poëtes, que sont vos -fictions auprès de ces réalités de l'histoire! - - [770] LA BEAUMELLE, _Histoire de madame de Maintenon_, t. I, p. - 105. - -Le mariage de Scarron avec la jeune d'Aubigné fit peu de sensation et -causa peu d'étonnement. Indépendamment des combats, des intrigues, des -événements de tout genre qui occupaient les esprits, on crut, non sans -quelque raison, que cette nouvelle détermination du plus célèbre des -auteurs burlesques tenait à celle qu'il avait prise de se transporter -dans les îles d'Amérique pour y chercher une amélioration à sa santé, -ou du moins un soulagement à ses maux. On contait diversement les -aventures de la jeune orpheline. On savait qu'elle s'était soustraite, -par ce singulier mariage, au dur despotisme d'une parente avare[771]; -mais on ignorait la captivité et les misères des premières années de -son enfance. On la croyait née en Amérique[772]; on avait appris que -ses parents s'y étaient transportés, dans l'espoir de réparer les -désastres de leur fortune, et par cette raison on ne la désignait dans -le monde que sous le nom de _la belle Indienne_. Ce qui semblait -devoir faire admettre ce récit, c'était son teint, d'une blancheur -éblouissante, mais pâle, qui ajoutait à l'éclat de ses yeux, grands, -noirs, brillants et doux, ce qui lui donnait de la ressemblance avec -une créole. Des faits vrais, que sa famille était plus disposée à -propager qu'à contredire, confirmaient encore cette croyance. On avait -appris que c'était en s'informant des personnes qui pouvaient lui -donner des renseignements sur les contrées lointaines où il voulait se -rendre, que Scarron avait fait sa connaissance[773]; et l'on pensait -qu'il avait résolu de reconduire dans sa belle patrie, sous les -bosquets embaumés des tropiques, la jeune garde-malade qu'il s'était -donnée. Il paraît en effet qu'il eut ce projet: lorsqu'on sut qu'il -était sorti de Paris avec sa femme, le bruit courut qu'ils allaient -tous deux s'embarquer; et le gazetier Loret, qui n'était ni malin ni -méchant, en devisant sur ce prétendu voyage dans sa bavarde -gazette[774], dit qu'on répandait aussi la nouvelle que madame Scarron -était enceinte. C'était à la fois une plaisanterie cruelle et une -calomnie. - - [771] LA BEAUMELLE, _Histoire de madame de Maintenon_, t. I, p. - 113. - - [772] SAINT-SIMON, _Å’uvres complètes_, 1791, t. II, p. 16. - - [773] SEGRAIS, _Mémoires et Anecdotes_, dans ses _Å’uvres_, - 1735, in-12, t. II, p. 85. - - [774] LORET, liv. III, p. 139, _lettre_ 10, en date du 5 octobre; - _ibid._, liv. III, p. 154.--SCARRON, _Å’uvres_, t. II, p. 65. - -Le pauvre paralytique, en songeant à la gaieté folâtre et souvent -cynique de ses discours, s'était lui-même fait justice, en disant: «Je -ne lui ferai pas de sottises, mais je lui en apprendrai beaucoup[775].» - - [775] SEGRAIS, _Mémoires et Anecdotes_, t. I, p. 64--LA - BEAUMELLE, _Mémoires pour servir à l'histoire de madame de - Maintenon et à celle du siècle passé_, liv. I, chap. VI, t. I, p. - 144. - -L'âge, la laideur, les infirmités de son époux, n'étaient pas les seuls -motifs qui donnèrent lieu à la malignité publique de s'exercer sur le -compte de madame Scarron dans les commencements de son mariage. Elle -avait contracté la liaison la plus intime avec Ninon de Lenclos, et, -selon l'usage de ce temps pour les personnes qu'unissait une étroite -amitié, elle partageait souvent avec elle le même lit. On pouvait -penser alors que Ninon de Lenclos, qui avait presque le double de l'âge -de madame Scarron, exerçait sur elle assez d'influence pour lui faire -partager ses penchants voluptueux et sa philosophie épicurienne. -Cependant il n'en était pas ainsi: la religion était là , une noble -fierté, des sens tempérés, un amour inné de la vertu, et encore plus un -violent désir de s'attirer les louanges et de se faire admirer. C'est -elle-même qui a fait l'aveu de ce dernier motif comme d'une -faiblesse[776]; et alors on doit présumer que ce désir fut encore -augmenté par les discours mêmes qu'elle entendit tenir dans le monde -sur son amie. Ninon, qui la chérissait, aurait voulu en faire son -élève, et la rendre heureuse à sa manière. Elle ne s'en est point -cachée, et, dans son âge avancé, on lui a souvent entendu dire de -madame de Maintenon: «Dans sa jeunesse, elle était vertueuse par -faiblesse d'esprit. J'aurais voulu l'en guérir; mais elle craignait -trop Dieu.» Cet aveu de Ninon et le témoignage de Tallemant des Réaux, -sans cesse occupé à recueillir les anecdotes les plus scandaleuses -qu'il entendait raconter dans les sociétés de son temps, résolvent les -doutes qu'on a élevés sur madame Scarron au sujet du marquis de -Villarceaux[777]. Que fût devenue la malheureuse Ninon si sa jeune -amie, cédant aux poursuites et aux séductions du seul homme qui ait été -soupçonné de lui avoir inspiré de l'amour, lui eût enlevé l'amant le -plus fortement et le plus constamment chéri de son cÅ“ur, et eût -ainsi mis en pratique les principes qu'elle avait cherché à lui -inculquer? - - [776] _Ms. de mademoiselle d'Aumale_, cité dans les _Mémoires de - Maintenon_, t. I, p. 151.--Madame SUARD, _Madame de Maintenon - peinte par elle-même_, 1810, in-8º, p. 19. - - [777] AUGER, _Lettres de madame de Maintenon, précédées de sa - vie_, t. XLIII.--TALLEMANT, _Mém._, t. V, p. 264, édit. in-8º; - ou t. IX, p. 130, édit. in-12.--SCARRON, _Å’uvres_, Amsterdam, - 1737, t. I, p. 48; édit. 1700, t. I, p. 18; _Dernières Å’uvres - de Scarron_, 1669, t. I, p. 31. - -La conduite de madame Scarron dans cette circonstance lui valut la -protection et l'amitié de la marquise de Villarceaux; et son succès -dans cette première épreuve contre les orages des passions affermit dès -le premier pas sa marche dans le sentier où elle se proposait de -marcher. Sa vie ressemble à ces longs golfes de la mer, dont la -navigation devient plus facile quand on est parvenu à franchir -heureusement le détroit semé d'écueils qui en forme l'entrée. A part -les principes fondamentaux sur la religion, personne ne pouvait mieux -que Ninon guider madame Scarron sur cette scène du monde où elle était -forcée de se produire, ni lui faire mieux connaître les personnages qui -se trouvaient placés autour d'elle. L'attachement de Ninon pour madame -Scarron s'accrut encore par la preuve de générosité et de vertu qu'elle -en avait reçue, et sa confiance en celle qui lui offrait toute sécurité -contre une dangereuse rivalité fut entière. D'un autre côté, les -qualités aimables de Ninon, les sages conseils qui venaient sans cesse -au secours de l'inexpérience de sa jeunesse[778], ses générosités, ses -complaisances et ses attentions pour son époux, avaient inspiré pour -elle à madame Scarron de l'estime et de l'amitié. Toujours elle lui -conserva ces sentiments; et lorsque des sociétés différentes, des -genres de vie opposés les eurent séparées, elles ne furent jamais -désunies. Quand d'impérieuses convenances les empêchèrent de se voir, -ou de ne se voir qu'en secret, elles s'écrivirent. Enfin, madame de -Maintenon, assise près du trône, environnée des respects de la cour du -grand monarque dont elle était la compagne, n'oublia pas les titres -qu'avait auprès d'elle l'amie de la femme de Scarron. Mademoiselle de -Lenclos en fut convaincue toutes les fois qu'elle voulut l'être: il est -vrai qu'elle le voulut rarement. Ce fut toujours pour obliger des amis, -et jamais pour elle-même[779]. La philosophique Ninon était loin -d'envier le sort de son ancienne compagne: elle aurait regardé comme un -malheur de se trouver forcée d'échanger contre le pompeux esclavage du -rang que celle-ci occupait, sa douce liberté et son heureuse -médiocrité; elle n'ignora même pas que madame de Maintenon, affaissée -sous le poids de la multiplicité de ses devoirs et des ennuis de la -grandeur, pensait comme elle à cet égard. - - [778] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, t. I, p. 404; _Etrennes à - mademoiselle de Lenclos_, t. I, p. 48. - - [779] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, 1829, in-8º, t. IV, - p. 420, chapitre XXXIV. - -Le public apprit bientôt que Scarron avait renoncé à son voyage en -Amérique; on sut qu'il s'était rendu à Tours pour affaires de famille, -et qu'il était revenu à Paris avec sa femme. Les sollicitations -multipliées que celle-ci fut obligée de faire pour que son mari ne fut -pas exilé de la capitale après que le roi y fut rentré attirèrent sur -elle l'attention de toute la cour. Un intérêt puissant s'attachait à -ses malheurs, à sa jeunesse, à sa beauté. Son air de candeur et -d'innocence démentait les bruits que sa liaison avec Ninon avait -accrédités. Ils furent réfutés d'une manière plus efficace encore quand -on la vit protégée et recherchée par toutes les femmes de ceux qu'on -lui avait donnés pour amants: quand la marquise de Villarceaux, les -duchesses de Richelieu et d'Albret, s'accordèrent toutes à louer sa -sagesse, son amabilité, son esprit, et que toutes les trois, et -plusieurs autres dames également connues par la sévérité de leurs -principes et la régularité de leurs mÅ“urs, l'admirent dans leur -société intime. - -Mais, quoiqu'elle en fût flattée, elle ne cédait que rarement à leurs -invitations, rarement elle quittait le malheureux Scarron. Servante -empressée quand il était malade, compagne enjouée quand il souffrait -moins, docile écolière dans ses moments de loisir, secrétaire diligent -et critique plein de goût quand il composait[780], charme et délice de -la société qui se rassemblait à sa table et autour de son fauteuil, -elle suffisait à tout, était partout et à tout moment, comme une -divinité bienfaisante, apportant tous les biens, soulageant tous les -maux. Par cette conduite elle parvint à opérer un changement -extraordinaire, une métamorphose complète dans le caractère, les -sentiments et l'esprit même de ce vieillard, et ce fut avec une -promptitude qui parut tenir du miracle. Scarron, qui se montrait -auparavant si impatient de dissiper dans la joie et dans la débauche le -peu de jours qui lui restaient, si insouciant, si déhonté, si -impudique, n'est plus semblable à lui-même; il pense, il parle, il -agit, il écrit tout différemment qu'il n'a fait jusque alors. Voyez-le, -ce bouffon cynique qui plaisantait sur le déshonneur de sa propre -sÅ“ur[781]: il croit à la vertu[782], il en fait l'éloge. L'ange lui -est apparu, c'est comme une révélation. Il ne s'inquiète plus de -lui-même: une seule idée le poursuit, l'assiège, le tourmente sans -cesse. Cette idée, c'est de trouver les moyens d'assurer un sort à -cette orpheline, après qu'il ne sera plus. Voilà sa seule pensée, son -unique occupation. Il sait qu'il n'a plus longtemps à vivre, et qu'il -faut qu'il se hâte. Rien ne lui coûte pour expier ses torts envers le -tout-puissant ministre, pour reconquérir la protection de la reine -mère, dont il se dit le malade en titre, et envers laquelle il s'est -montré ingrat[783]. Il n'est pas de projets qu'il n'enfante pour courir -après cette fortune qu'il a laissée s'échapper avec tant -d'indifférence. Lui, le burlesque, veut devenir financier; il se -fatigue à calculer, il propose des plans d'entreprise, en poursuit le -privilége, mais toujours au nom de sa femme, pour sa femme, pour elle -seule; il n'a besoin de rien, elle a besoin de tout; il ne parle que -d'elle, que pour elle. Il la recommande à tous ses amis, disant en -pleurant qu'elle est «digne d'un autre époux, digne d'un meilleur -sort». Il travaille et il écrit sans cesse pour obtenir de l'argent des -libraires ou des comédiens; mais tout ce qui sort de sa plume est plus -délicat, plus spirituel, sans mauvais goût. Il est gai sans être -bouffon, et badin sans gravelure; son âme, son esprit, son cÅ“ur, se -sont améliorés, épurés; il amuse, il réjouit, il attendrit; il est -devenu plus cher à ses amis et à tous ceux qui le connaissent. - - [780] SEGRAIS, _Mémoires anecdotes_, t. II, p. 84 et 85. - - [781] LA BAUMELLE, _Mémoires_, t. I, p. 155. - - [782] _Ibid._, t. I, p. 183 et 184.--Madame SUARD, _Madame de - Maintenon peinte par elle-même_, seconde édition, 1810, in-8º, - p. 31. - - [783] SCARRON, _Å’uvres_, édit. 1737, t. I, p. 169; _les - dernières Å’uvres de Scarron_, t. I, p. 310; _Å’uvres_, édit. - 1737, t. VIII, p. 73; _Estocade à monseigneur le cardinal - Mazarin_, p. 430; _Madrigal sur un portrait de Son Éminence peint - par Mignard, Å’uvres_, 1737, t. VIII, p. 418. - -Scarron en se mariant avait encore vu diminuer ses faibles revenus; il -s'était vu obligé de renoncer au canonicat dont il était pourvu. Aucune -des entreprises qu'il avait conçues ne put recevoir d'exécution[784]. -Sa femme obtint une pension de seize cents francs par la protection de -madame Fouquet[785], dont les bienfaits ainsi que ceux de quelques -autres dames l'aidèrent à lutter contre la pauvreté. Dans les sociétés -brillantes où elle se trouvait lancée, elle éprouva que dans -l'adversité et dans une humble condition la beauté vertueuse peut bien -s'acquérir l'estime, échapper à l'abandon et au mépris, mais non -obtenir les mêmes respects, les mêmes égards que le rang et la -richesse. Le ton cavalier des poëtes qui chantaient les louanges de _la -belle Indienne_[786], les discours et les manières des jeunes seigneurs -qui se rassemblaient chez Scarron, les complaisances auxquelles elle se -soumettait envers les dames qui s'étaient déclarées ses protectrices, -et qu'on acceptait sans façon, lui démontraient chaque jour cette -vérité. C'est une observation fine et judicieuse de Saint-Simon, -qu'avant l'invention des sonnettes de renvoi dans l'intérieur des -appartements, les dames de haut parage avaient besoin d'avoir -continuellement près d'elles de ces femmes que leur naissance et leur -éducation ne rendaient pas déplacées dans leur société, quoique la -modicité de leur fortune parût les en écarter, mais qui, par cette -raison même, se montraient disposées à leur rendre les services -auxquels sont astreintes, par les devoirs de leurs charges, celles qui -accompagnent les reines et les princesses. Nous ajouterons que cette -invention a produit dans les mÅ“urs et les habitudes de la -bourgeoisie des changements plus grands que dans les hautes classes. -Mais Saint-Simon n'en parle pas, parce qu'il n'a pas eu occasion de les -observer. Il revient, au contraire, assez fréquemment sur les -différences qu'il remarquait avoir été produites entre l'ancienne et la -nouvelle société à laquelle il appartenait, par l'influence de cet -usage, pour nous faire penser qu'il était récent lorsqu'il écrivait ses -Mémoires[787]. Nos recherches n'ont pu nous faire découvrir l'époque -précise où il a commencé à se répandre; mais nous avons tout lieu de -croire que, toute simple que peut paraître l'invention qui lui a donné -lieu, elle a pourtant été ignorée durant le règne de Louis XIV. -Saint-Simon, habile à découvrir l'action des petites causes sur les -grands événements, attribue aux occasions que ce défaut de -perfectionnement dans nos habitations fournit à madame de Maintenon, -pour se rendre nécessaire, ses premiers succès dans le grand monde et -les utiles liaisons qu'elle y forma. Par la mémoire qu'elle conserva de -ces temps de dépendance et de sujétion, Saint-Simon explique aussi les -faveurs royales qu'elle fit pleuvoir sur ses anciennes protectrices et -sur leur postérité, sur les d'Albret, les Richelieu, les -Montchevreuil, les Villars, les d'Harcourt et les Villarceaux. Il y a -de l'exagération dans ce point de vue, mais il y a aussi de la vérité; -et cette vérité ne nuit pas autant à la bonne réputation de madame de -Maintenon que Saint-Simon le croyait et le voulait. - - [784] _Lettres de Scarron à Fouquet, surintendant des finances_, - dans ses _Å’uvres_, édition 1737, t. I, p. 100, 101, 104, 110, - 114, 116, 118, 138, 139, 157; et dans _les dernières Å’uvres de - Scarron_, 1669, t. I, p. 140, 141, 154, édit. 1700, p. 73, 79, - 201. - - [785] SCARRON, _Å’uvres_, t. I, p. 79, 92, 167; _Lettre au duc - d'Elbeuf_, dernières Å’uvres de Scarron, t. I, p. 294. - - [786] LA MESNARDIÈRE, _Poésies_, 1656, in-folio, p. - 189.--SEGRAIS, t. II, p. 105. - - [787] _Å’uvres complètes de_ LOUIS DE SAINT-SIMON, t. II, p. - 16, 19; SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. I, p. 40; t. II, p. 407; t. - XIII, p. 105, 108, 402. - -Quoi qu'il en soit, ces détails nous ramènent à la position -particulière de madame de Sévigné à l'égard de madame Scarron, -non-seulement à l'époque dont nous nous occupons, mais pendant toute la -durée de la vie de l'une et de l'autre. On a vu que c'était précisément -peu de temps avant qu'il se mariât que madame de Sévigné s'était -déterminée à voir le vieux poëte, et qu'il était résulté de sa visite, -entre elle et lui, un échange de louanges et d'aimables plaisanteries, -un commerce de lettres[788]. Nulle n'était plus propre que madame de -Sévigné à apprécier tout le mérite de la femme que Scarron s'était -donnée, et plusieurs passages de ses lettres[789] prouvent qu'elle -l'avait parfaitement jugée; mais la veuve du marquis de Sévigné n'était -pas d'un rang à pouvoir disputer le patronage de cette jeune femme à -celles qui se l'étaient exclusivement attribué: elle n'avait pas, comme -elles, les moyens de la protéger efficacement. D'un autre côté, elle se -trouvait dans une position trop élevée pour vivre avec elle sur le pied -d'égalité. D'ailleurs, l'amie de Ninon de Lenclos, de celle qui sans -aucun égard, sans aucun scrupule, avait séduit son mari, et jeté le -trouble dans son intérieur, ne pouvait que difficilement obtenir sa -confiance. Ainsi donc, quoique madame de Sévigné se soit fréquemment -trouvée à cette époque dans les mêmes sociétés que madame Scarron, et -qu'elle goûtât «son esprit aimable et merveilleusement droit[790]», il -n'y eut point entre elles de liaisons familières et suivies. Ce ne fut -que lorsque madame Scarron, devenue veuve, eut acquis par l'éducation -des enfants naturels du roi une grande importance dans le monde, que -madame de Sévigné se lia assez particulièrement avec elle pour -l'inviter à ses soupers et en recevoir de fréquentes visites. Nous -verrons par la suite combien elle se plaisait à lui entendre faire -l'éloge de madame de Grignan et raconter les nouvelles de la cour[791]. - - [788] SCARRON, _Å’uvres_, 1737, t. I, p. 47; _les dernières - Å’uvres de_ SCARRON, 1669, t. I, p. 28; id., édit. 1700, t. I, - p. 16. - - [789] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 259 et 275, _lettres_ en date - des 6 et 25 décembre 1671. - - [790] SÉVIGNÉ, t. II, p. 290, _lettre_ en date du 13 janvier - 1672. - - [791] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XIII, p. - 105.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 275 et 290; t. VI, p. 214; - _lettres_ en date des 25 décembre 1671, 13 janvier 1672, 29 mars - 1680. - - - - -CHAPITRE XXXV. - -1653-1654. - - Madame de Sévigné ne partageait aucune des passions des - partis.--Ses motifs pour rester à Paris.--Le retour de la cour y - ramène plusieurs de ses amis.--Marigny resté à Paris, et obligé - de se cacher, est sur le point d'être pris.--Il parvient à - s'évader.--Audace des partisans de Condé.--Ils enlevaient des - hommes riches, pour en tirer rançon.--Cruauté dans les deux - partis.--Fin tragique du frère de Chavagnac à Sarlat.--Quatre - bourgeois de Périgueux condamnés à être pendus par le duc de - Candale, pour en obtenir rançon.--Gourville enlève Burin, - directeur des postes, pour en tirer de l'argent.--La - Rochefoucauld marie son fils avec une demoiselle de La - Roche-Guyon, et se réconcilie avec le roi.--Rôle important que - joue Gourville dans cette circonstance.--Il est gagné par le - cardinal Mazarin.--Il se rend à Bordeaux pour y négocier la - paix.--Il contribue plus à sa conclusion que les troupes du duc - de Candale.--Le prince de Conti et la duchesse de Longueville se - soumettent.--La duchesse de Longueville voit à Moulins madame de - Montmorency, abbesse de Sainte-Marie, et devient pieuse.--Ses - regrets, sa dévotion.--Sa correspondance avec l'abbesse de - Sainte-Marie et les Carmélites de la rue Saint-Jacques.--Conti se - réconcilie avec Mazarin, et épouse la fille de Martinozzi, nièce - de ce ministre.--Cessation de la guerre civile.--Les intérêts des - chefs, qui auraient pu la faire renaître, se trouvent ralliés à - ceux du roi et de son ministre. - - -Aucune des passions qui dans les temps de partis corrompent le cÅ“ur -et pervertissent le jugement n'avait de prise sur madame de Sévigné. -Elle n'avait pour elle-même d'autre intérêt, d'autre ambition, d'autre -pensée, que de remettre en ordre sa fortune, dérangée par les -prodigalités de son mari, et de s'occuper de l'éducation de ses -enfants. Ses liens de famille et de parenté, ses liaisons de société, -son goût pour les plaisirs et les distractions, l'avaient conduite dans -les cercles de la Fronde comme dans ceux de la cour, et lui avaient -fait connaître tous les grands personnages de son temps, tous ceux qui -jouèrent dans les affaires publiques un rôle important; mais elle ne -s'était laissé entraîner dans aucune des intrigues de politique ou -d'amour où ils se trouvaient tous engagés, par lesquelles ils étaient -si fortement agités. Aussi, elle n'avait d'ennemis ni de rivales dans -aucun parti; elle comptait dans tous des amis, des admirateurs, des -courtisans, et par conséquent au besoin de chauds partisans, -d'intrépides défenseurs. L'aventure de Tonquedec et de Rohan, que nous -avons racontée, en a fourni la preuve. - -Madame de Sévigné n'eut donc aucun motif qui la forçât de quitter Paris -après que le roi y fut rentré. Elle en avait, au contraire, plusieurs -pour y rester. L'hiver allait commencer. Les campagnes, par suite du -mouvement continuel des armées, de la désorganisation du gouvernement, -n'offraient plus de sécurité aux voyageurs, et les châteaux même -n'étaient pas à l'abri des incursions et des dévastations des -maraudeurs. Le séjour de la capitale garantissait madame de Sévigné de -tous ces dangers, et ne lui promettait que des agréments. Si l'exil ou -la fuite lui avaient enlevé plusieurs de ses connaissances et de ses -amis, poursuivis par les rigueurs du pouvoir, la cour en ramenait un -aussi grand nombre, qui peu de mois auparavant avaient été aussi forcés -de s'exiler et de fuir, pour éviter de devenir victimes des factions. -Ainsi, les chances alternatives de tous les partis étaient pour elle -des motifs de douleur et de regret; elle sympathisait avec toutes les -infortunes; plus que toute autre, elle ressentait le besoin de la -concorde, et s'affligeait des divisions, des haines et des déchirements -auxquels la France était en proie. Il résultait de cette position, où -madame de Sévigné se trouvait placée par la modération de son caractère -et la sensibilité de son cÅ“ur, que personne ne formait des souhaits -plus conformes aux véritables intérêts de son pays et à ceux de -l'humanité. Elle aurait voulu que la guerre civile cessât, que la paix -s'établit d'une manière solide, et qu'une réconciliation générale et -sincère s'opérât entre tous ceux qui se haïssaient ou se persécutaient -mutuellement. - -Mais on était loin d'être encore arrivé là . Tous ceux qui avaient agi -et écrit contre Mazarin n'obtinrent pas la même indulgence que Scarron. -Marigny, dont madame de Sévigné aimait tant l'esprit et la gaieté, -était resté dans Paris. Il était un de ceux qui, par ses chansons et -ses vers, auxquels Loret donne l'épithète de cruels[792], avaient le -plus contribué à ridiculiser le cardinal parmi le peuple. Agent actif -du parti de Condé, il continuait à entretenir une correspondance avec -ce prince. On le sut; et le lieutenant civil envoya des archers pour -l'arrêter, ainsi que Breteval, marchand de dentelles dans la rue des -Bourdonnais, chez lequel Marigny s'était caché. On saisit Breteval -lorsqu'il était encore au lit. Marigny, qui entendit du bruit dans la -maison à une heure indue, devina quelle en était la cause: aussitôt il -se lève, et, sans se donner le temps de se couvrir d'aucun vêtement, il -monte nu en chemise sur les toits, sans que personne puisse -l'apercevoir; puis il pénètre jusqu'à une lucarne dans le grenier d'une -maison voisine. Ne s'y croyant pas en sûreté, il descend dans la cave; -mais le froid et l'humidité le gagnant, il se disposait à sortir de ce -nouveau gîte, quand une jeune servante y vint pour chercher du vin. -Elle jeta un cri en voyant un homme en chemise. Marigny calma sa -frayeur, et lui dit qu'il était un marchand de Rouen poursuivi par ses -créanciers, et ami de M. Breteval; il la supplia d'aller, sans en -parler à son maître, avertir Dalancé, chirurgien, dont le logis était -tout proche, et de lui dire de venir le joindre. La jeune fille exécuta -fidèlement la commission qui lui avait été donnée. Dalancé, qui croyait -son ami Marigny arrêté, reçut avec joie la messagère; il la récompensa -généreusement, lui recommanda de garder sur cette aventure le plus -profond secret, d'avoir bien soin de son prisonnier, et de l'assurer -qu'il irait sur le soir le tirer de son cachot. En effet, il porta à -Marigny des habits, et lui fournit des moyens de s'évader de Paris, et -d'aller à Bruxelles rejoindre le prince de Condé[793]. Mais Croisy et -plusieurs autres membres du parlement, qu'on savait être en -correspondance avec Condé, moins heureux que Marigny, furent arrêtés à -cette époque. - - [792] LORET, _Muse historique_, liv. IV, p. 4 du 4 janvier 1653. - - [793] GUY-JOLY, _Mémoires_, t. XLVII, p. 277.--LORET, t. IV, p. - 39, _lettre_ en date du 22 mars 1653.--_Lettres de M. de - Marigny_, 1658, t. I, p. 1, 59. - -Mazarin se trouvait d'autant plus obligé de faire surveiller et saisir -les partisans de Condé, qu'on appelait alors les _princistes_, qu'ils -cherchaient à suppléer à leur petit nombre par leur activité et par -leur audace; ils osaient surprendre et saisir de vive force des hommes -connus par leurs richesses et leur dévouement au roi et à Mazarin, et -ils les contraignaient à racheter leur vie et leur liberté par une -forte rançon. Cachés sous toutes sortes de travestissements, ils -exerçaient leurs brigandages jusque dans Paris même. Palluau, Vitry, -Brancas, Sanguin, Genlis, mademoiselle de Guerchy, furent attaqués et -dépouillés dans les rues de la capitale. Les délits de ce genre y -devinrent si fréquents, qu'on forma une chambre de justice, -c'est-à -dire qu'on créa un tribunal extraordinaire, pour juger ces -délinquants: deux de leurs agents et complices furent condamnés à mort -et exécutés[794]. - - [794] LORET, _Muse historique_, liv. IV, p. 34 et 39, des 15 et - 22 mars 1653.--MONGLAT, t. L, p. 398. - -Ces attentats étaient communs à tous les partis, et celui du roi n'en -avait pas été exempt. Ces guerres civiles, qu'on nous dépeint comme une -lutte d'épigrammes et de chansons, n'ont produit que trop de scènes -tragiques, que trop d'exemples de perfidie et de cruauté[795]; mais les -historiens croient leur tâche remplie lorsqu'ils ont raconté les -événements principaux, et dédaignent trop souvent de s'occuper des -faits particuliers, qui les expliquent et en dévoilent les causes, en -nous faisant connaître l'état du pays et les mÅ“urs et les habitudes -qui prévalaient aux époques où ils se sont passés. Lorsque le parti -royaliste séduisit la garnison de Sarlat, où le frère de Chavagnac -commandait pour Condé, sa femme, jeune et belle, accourant au secours -de son mari, fut par les propres officiers de celui-ci tuée par une -décharge de mousquets, ainsi que son enfant, qui l'accompagnait, et la -nourrice qui le portait dans ses bras. Lui-même, après avoir échappé -aux meurtriers de sa femme et de son fils, manqua d'être assassiné par -un maître d'hôtel qui le servait depuis dix ans, et qu'il surprit -occupé à vider son coffre-fort[796]. Gaspard de Chavagnac, quoique -alors engagé dans le parti contraire à son frère, fut douloureusement -affecté de ce malheur, et témoigna une juste horreur pour le crime qui -le produisit. Cependant, il raconte sans manifester le moindre regret -ni le plus petit remords comment, après la prise de Périgueux, lui et -le duc de Candale condamnèrent quatre bourgeois des plus notables à -être pendus, afin de forcer la ville à racheter leur vie pour une -rançon de trois cent mille francs, qui leur fut payée[797]. - - [795] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 399. - - [796] CHAVAGNAC, _Mémoires_, 1699, t. I, p. 175. - - [797] _Ibid._, p. 204, 206. - -Gourville, l'honnête Gourville, si souvent loué par madame de Sévigné, -et qui par sa fidélité et sa générosité envers ses amis, les agréments -et la sûreté de son commerce, a mérité tous les éloges qu'elle en a -faits[798], rapporte dans ses Mémoires, non comme un fait qu'il se -reproche, mais comme une prouesse dont il tire vanité, qu'étant -désÅ“uvré à Damvilliers, il eut l'idée d'enlever quelques personnes -opulentes des environs de Paris, pour les mettre à rançon. Il en fit la -proposition au marquis de Sillery, gouverneur de la ville, et à La -Mothe, qui y était lieutenant du roi; ils l'agréèrent. Gourville, -assisté des mêmes officiers et des mêmes cavaliers avec lesquels il -avait en vain cherché à enlever le cardinal de Retz, réussit cette fois -à s'emparer de Burin, directeur des postes, qu'il savait être riche en -argent comptant. Burin fut conduit à Damvilliers. «Il arriva, dit -Gourville, fatigué et désolé. Je feignis de le consoler, et, ayant -traité de sa liberté, je convins à quarante mille livres. L'argent -étant venu quelque temps après, il s'en alla[799].» - - [798] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 21, 36; t. III, p. 29; t. VI, - p. 211, en date des 17 et 26 avril 1671, 8 juillet 1672, 26 mars - 1680. - - [799] GOURVILLE, t. LII, p. 269 (il est écrit à tort - _Barin_).--LORET, liv. IV, p. 14, du 1er février - 1653.--MONGLAT, t. L, p. 399. - -Il est difficile de croire que le duc de La Rochefoucauld, dont -Gourville était la créature, ait ignoré cet acte de brigandage. Après -la retraite de Condé à Bruxelles, c'est à Damvilliers que La -Rochefoucauld se retira et qu'il passa toute cette année 1653. Il -désirait se réconcilier avec la cour, pour conclure le mariage de son -fils, le prince de Marsillac, avec mademoiselle de La Roche-Guyon, -l'unique héritière de Duplessis-Liancourt. Il chargea Gourville de se -rendre auprès de Condé, à l'effet d'obtenir son consentement à ce -mariage. Gourville, sous divers déguisements, fit pour cette affaire -plusieurs voyages à Bruxelles, et Mazarin apprit qu'il était de retour -et caché dans Paris; il jura qu'il n'en sortirait pas. Depuis longtemps -il le faisait chercher pour le faire arrêter. Gourville comprit, en -homme habile, qu'en allant au-devant du danger il parviendrait plus -sûrement à l'éviter: il demanda au ministre qui le cherchait une -audience, et il l'obtint. Possesseur d'importants secrets, porteur de -paroles des princes et de plusieurs chefs de faction qui conservaient -du pouvoir, parfaitement instruit des dispositions et des désirs de -chacun d'eux, Gourville sut donner des conseils utiles, s'ils étaient -suivis, à tous ceux dont il avait été jusque ici l'adroit et intrépide -agent, mais plus utiles encore aux intérêts du roi et à ceux de son -ministre. Mazarin, avec sa perspicacité ordinaire, devina dans cette -entrevue tout le parti qu'il pouvait tirer d'un tel homme. Il lui fit -des propositions qui furent acceptées, et il se l'attacha. Gourville -réconcilia le duc de La Rochefoucauld avec la cour; puis, chargé de -pleins pouvoirs de Mazarin, il se rendit à Bordeaux, et par l'argent, -qu'il employa bien et à propos, par ses intrigues avec madame de -Calvimont, maîtresse du prince de Conti, avec les membres influents du -parlement de Bordeaux et les chefs des factions qui divisaient alors -cette malheureuse ville, il fit plus que le duc de Candale avec toutes -ses troupes pour la conclusion de la paix. Cette paix, signée le 24 -juillet 1653, termina la guerre civile en France; et Gourville fut le -premier qui porta cette heureuse nouvelle à Mazarin et à la cour[800]. - - [800] LORET, _Muse historique_, t. IV, p. 139, du 22 novembre - 1653.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 358.--GOURVILLE, _Mém._, t. LII, - p. 273, 279 et 280.--DESORMEAUX, _Hist. de Condé_, t. III, p. - 423. - -La princesse de Condé, avec son fils, alla rejoindre son mari dans les -Pays-Bas. Conti se retira à sa terre des Granges près de Pézénas[801], -et la duchesse de Longueville à Moulins, chez sa parente l'abbesse des -Filles de Sainte-Marie[802], la veuve de ce duc de Montmorency que -Richelieu avait fait décapiter. Ce fut là , et près du tombeau de son -oncle, dont la mort lui avait fait répandre tant de larmes à l'âge de -treize ans[803], que la duchesse de Longueville commença ce long retour -vers Dieu, qui, souvent traversé par les irrésolutions et les -distractions du monde, ne fut cependant jamais interrompu, et se -termina par des austérités que la foi la plus sincère et la plus vive -peuvent seules suggérer. - - [801] LORET, liv. IV, p. 139.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. - 338.--GOURVILLE, _Mém._, t. LII, p. 273 à 279 et - 286.--DESORMEAUX, _Histoire de Condé_, t. III, p. 423. - - [802] DE VILLEFORT, _la véritable Vie d'Anne-Geneviève de - Bourbon, duchesse de Longueville_, 1739, in-12, t. II, p. 237. - - [803] Id., t. I, p. 2.--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 357. - -De toutes les femmes qui avaient figuré avec éclat dans la Fronde, la -duchesse de Longueville était celle que les événements avaient le plus -maltraitée, et qui trouvait le plus de mécomptes par le rétablissement -de la paix. Douloureusement affectée de la mort du duc de Nemours, -qu'elle avait sincèrement aimé, elle avait vu Condé s'éloigner d'elle -et entièrement livré à l'influence de la duchesse de Châtillon, son -ennemie. Elle s'était brouillée avec Conti en s'opposant à ses volontés -à Bordeaux et en assistant dans cette ville un parti qui lui était -opposé. Elle était détestée de la cour, non-seulement pour avoir -fomenté la guerre par ses intrigues, mais pour avoir mis, le plus -longtemps qu'elle l'avait pu, des obstacles à la paix; enfin, elle -était justement rejetée par son mari, dont elle avait méconnu les -droits et l'autorité. Les seules consolations qui lui restassent, le -seul baume versé sur les plaies de ce cÅ“ur agité et ulcéré par tant -de passions, de douleurs, de regrets et de repentir, étaient les -exhortations et les prières de l'illustre veuve de Montmorency et de la -prieure des Carmélites de la rue Saint-Jacques à Paris. Ses velléités -de piété et de réforme pendant son séjour à Bordeaux l'avaient fait -entrer en correspondance avec cette dernière[804]; et cette -correspondance devint plus active à mesure qu'elle faisait plus de -progrès dans sa conversion. Les opinions peuvent varier, mais le -caractère reste invariable. Madame de Longueville porta l'empreinte du -sien jusque dans cette nouvelle carrière de piété où elle se trouvait -engagée. Les disputes religieuses que les jansénistes avaient fait -naître fournirent de nouveaux aliments à l'activité de son esprit et -un nouvel emploi à son ardeur pour l'intrigue[805]. - - [804] DE VILLEFORT, _Vie de la duchesse de Longueville_, t. II, - p. 46, 65, 72, édit. 1738.--LORET, liv. V, p. 10, _lettre_ 3, en - date du 17 janvier 1654. - - [805] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 295, 300.--MONTPENSIER, t. - XLI, p. 410. - -Quant à Conti, ses conseillers, voyant le pouvoir de Mazarin désormais -sans contrôle, le décidèrent à demander en mariage une des nièces de ce -ministre, afin de rendre sa réconciliation complète et de rentrer en -grâce à la cour. Conti, prince du sang, en prenant une femme dans la -famille de Jules de Mazarin[806], eut la liberté de choisir; et il -choisit bien, car il préféra à toutes les autres nièces du cardinal la -fille de Martinozzi, qui était belle et se montra vertueuse. Le duc de -Candale, à qui elle avait été promise et qui jusque alors avait répugné -à une telle mésalliance, arriva justement à Paris au moment où elle -venait d'être accordée à Conti. Candale eut le chagrin de se voir -refuser celle que Mazarin avait tenu à grand honneur de lui faire -épouser. Conti, rentré en grâce auprès de la reine mère et du roi, -reçut le commandement en chef de l'armée de Catalogne. On mit sous ses -ordres le duc de Candale et un choix des meilleurs officiers[807]. - - [806] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 357. - - [807] DESORMEAUX, _Hist. de Condé_, t. III, p. 429. - -C'est ainsi qu'en ralliant les intérêts des chefs les plus puissants et -les plus habiles aux intérêts du roi et du gouvernement, Mazarin -non-seulement termina la guerre civile, mais mit Condé et ses partisans -dans l'impossibilité de la faire renaître. - - - - -CHAPITRE XXXVI. - -1653-1654. - - Condé prend Rocroi.--Turenne, Sainte-Menehould.--La cour et le - conseil suivent l'armée.--Bons effets qui en résultent pour - l'éducation du roi.--Fêtes et réjouissances au retour du - roi.--Invention de la petite poste.--Nouveautés - théâtrales.--Corneille donne _Pertharite_; traduit l'_Imitation - de J.-C._--Le _Cid_ joué aux noces de la princesse de - Schomberg.--Pièces de Cyrano de Bergerac et de Montauban.--Goût - des spectacles très-vif parmi les grands.--Ils louaient les - acteurs pour leurs châteaux.--Moyens de distraction que - MADEMOISELLE employait dans son exil.--Trois troupes de comédiens - parcouraient les provinces.--Troupe de Molière, qui va jouer chez - le prince de Conti, à Pézénas.--Deux théâtres publics à - Paris.--Ballets de la cour donnés sur le théâtre du - Petit-Bourbon.--Mascarade de _Cassandre_, 1er ballet du - roi.--Description de ce ballet.--Travestissement de MONSIEUR en - femme.--Mauvaise influence de cette pratique.--Carême accompagné - du jubilé.--Assiduité aux églises.--Retour du marquis et de la - marquise de Montausier à l'hôtel de Rambouillet.--Assemblées chez - mademoiselle de Scudéry et la comtesse de la Suze.--Ridicules des - nouvelles précieuses.--Recueil de poésies choisies.--Vers à - Ninon.--Madrigal adressé à madame de Sévigné. - - -Tout était pacifié dans l'intérieur; mais la guerre durait toujours -avec les Espagnols, auxquels nos divisions avaient donné Condé, qui -seul valait une armée. Cependant ce grand capitaine, contrarié dans ses -plans de campagne par la jalousie de ceux-là même qui se servaient de -lui, par les calculs égoïstes du duc de Lorraine[808], se borna -cette fois à la prise de Rocroi; et Turenne, réduit, à cause de -son petit nombre de troupes, à éviter une action générale, se -contenta de harceler sans cesse son ennemi, et de s'emparer de -Sainte-Menehould[809]. - - [808] LORET, liv. IV, p. 151; _lettre_ du 20 décembre 1653. - - [809] Le maréchal DUPLESSIS-PRASLIN, _Mém._, t. LVII, p. 406 et - 415.--LORET, liv. IV, p. 147, 20 décembre 1653. - -La reine régente, le ministre, le roi, suivirent l'armée pendant tout -le temps de la campagne. Ainsi la cour se confondait avec l'état-major -de Turenne, le conseil du cabinet avec le conseil de guerre. Les -courtisans étaient les guerriers; l'exécution suivait les résolutions. -Sous les yeux et par les exemples d'un habile ministre et d'un grand -capitaine, le jeune roi apprenait à se battre et à régner. - -Cependant la cour résida pendant tout l'hiver et une grande partie de -cette année dans la capitale; et sa présence fut signalée par des fêtes -et des réjouissances, qui dans les premiers temps du retour furent -moins pompeuses et moins riches que celles de la Fronde, mais où se -manifestait un accord de vÅ“ux et de sentiments qui n'avait pu -exister au milieu de partis divisés de but et d'intérêt[810]. Nulle -reine, nulle femme n'a jamais su aussi bien qu'Anne d'Autriche tenir un -cercle; et Louis XIV parvenu au plus haut degré de sa puissance, alors -qu'il mettait autant d'amour-propre à bien régir sa cour qu'à gouverner -son royaume, a souvent regretté de ne trouver ni dans sa femme, ni dans -celles auxquelles il en conféra les droits et les priviléges, cet art -que possédait sa mère de faire régner parmi tant de personnes -différentes de rang, de sexe et d'âge, les sévères lois de l'étiquette, -et de les rendre pour toutes douces et légères, et quelquefois -flatteuses; de maintenir au milieu de la plus nombreuse réunion -l'ordre sans contrainte et la liberté sans confusion; d'y faire -circuler la joie et respecter les convenances; de se montrer toujours -attentive sans affectation, gracieuse avec bonté, et familière avec -dignité[811]. - - [810] LORET, liv. III, p. 156 et 166; liv. IV, p. 12, 137. - - [811] SAINT-SIMON, _Mém. authent._, t. IV, p. 292. - -Quoique la pénurie des finances et la misère générale ne permissent pas -d'étaler beaucoup de luxe, il y eut cependant cette année des repas -donnés par la ville de Paris à Mazarin, et par Mazarin à MONSIEUR, au -sujet des fiançailles de la princesse Louise de Savoie, fille du prince -Thomas, avec le prince de Bade[812]; puis à l'occasion de la solennité -de la Saint-Louis, des fêtes à l'hôtel de ville[813], au Louvre et dans -les places publiques, auxquelles prirent part la cour, la noblesse, les -bourgeois et le peuple. - - [812] LORET, t. IV, p. 35 et 38.--MONGLAT, t. L, p. 399. - - [813] LORET, liv. IV, p. 97 et 99, des 28 et 30 août - 1653.--_Hist. de la Monarchie françoise, sous le règne de Louis - le Grand_, 1697, in-12, t. I, p. 5. - -Le retour du roi dans Paris, en ramenant la sécurité, avait donné une -impulsion plus rapide au commerce et rendu les communications entre les -habitants de cette grande cité et ses différents quartiers plus -fréquentes. Toujours un progrès dans la civilisation est signalé par -quelque invention nouvelle, qui en est à la fois le résultat et -l'indice. Cette activité inusitée imprimée cette année aux relations -sociales dans Paris y donna lieu à l'établissement de la petite poste. -C'est Loret qui nous apprend cette curieuse particularité. On mit, -dit-il, - - Des boîtes nombreuses et drues - Aux petites et grandes rues, - Où par soi-même, ou ses laquais, - Où pour ne porter des paquets, - Avis, billets, missive, ou lettres, - Que des gens commis pour cela - Iront chercher et prendre là , - Pour, d'une diligence habile, - Les porter partout par la ville[814]. - - [814] LORET, liv. IV, p. 95, du 16 août 1653. - -Le goût des représentations théâtrales s'accrut dès qu'on n'eut plus -l'esprit préoccupé ou l'âme affligée par les événements de la guerre -civile. La tragédie de _Pertharite_ fut représentée cette année, et sa -chute fut complète; Corneille la fit cependant imprimer, et, dans une -préface chagrine, il témoigna combien ce revers inattendu lui avait été -sensible: il y faisait ses adieux à la poésie dramatique, mais en se -donnant à lui-même cet éloge[815], «de laisser par ses travaux le -théâtre français dans un meilleur état qu'il ne l'avait trouvé, et du -côté de l'art, et du côté des mÅ“urs». Ses contemporains ne lui ont -pas contesté cette vérité, et ont parlé de lui comme la postérité. Mais -il n'avait alors que quarante-sept ans, et déjà son génie avait faibli: -sa muse, qui avait jeté un si grand éclat, ne pouvait plus chausser le -cothurne tragique. C'est donc à tort qu'il se plaignait du public, qui -ne voulait plus de ses pièces, parce que, dit-il, elles étaient passées -de mode. Le public donnait un démenti à ce reproche en applaudissant -avec enthousiasme toutes les fois qu'on donnait _le Cid_ ou -quelques-uns des chefs-d'Å“uvre de ce grand poëte[816]. Il se mit à -traduire l'_Imitation de Jésus-Christ_, et le vide qu'il laissait au -théâtre fut rempli tantôt par Cyrano de Bergerac, tantôt par un nommé -Montauban. Ces auteurs, dont l'un est aujourd'hui si peu lu, et -l'autre si peu connu, obtinrent des succès qui lui étaient refusés. Son -frère Thomas, qui avait pris le nom de Corneille de Lisle, donna deux -nouvelles pièces, qui réussirent. Un jeune homme dont Tristan avait -fait son secrétaire, et que son esprit, son caractère et sa sociabilité -lui avaient fait prendre en amitié, donna à la même époque, à l'hôtel -de Bourgogne, sa première comédie, dont le succès fut complet[817]. Ce -jeune homme, c'était Quinault, dont les vers de Boileau firent de son -temps trop déchoir la réputation, et que les éloges de Voltaire ont -trop exalté depuis. La destinée de Quinault fut toujours d'avoir plus -de panégyristes que de lecteurs. - - [815] CORNEILLE, _Pertharite, Avis au lecteur_, t. VII, p. 1, - 1824, in-8º. - - [816] LORET, liv. IV, p. 5, _lettre_ 2, en date du 11 janvier - 1653. - - [817] Les frères PARFAICT, _Hist. du Théastre françois_, t. VII, - p. 383 à 444.--QUINAULT, édit. 1715, t. I, p. 6 de la notice, et - p. 3. - -Aujourd'hui le goût des spectacles est devenu très-vif et très-général -parmi les classes moyennes, et même parmi celles du peuple; il a, au -contraire, beaucoup diminué dans les hautes classes: c'était l'inverse -à l'époque dont nous nous occupons. Quoique ce goût commençât à se -répandre plus généralement, cependant c'était dans les classes élevées -qu'il était le plus prononcé; c'étaient elles qui faisaient vivre les -comédiens, et donnaient de la réputation et de la vogue aux pièces de -théâtre. Elles étaient alors une jouissance de l'esprit: les sens y -avaient peu de part. Le prestige des décorations et la beauté des -costumes, les sons harmonieux des instruments n'en avaient pas fait -presque uniquement un plaisir des yeux et des oreilles. Le poëte, -semblable à un magicien qui nous enlève à l'univers réel pour nous -livrer aux fantômes qu'il lui plaît de faire comparaître, n'avait -d'autre ressource que son art pour s'emparer de l'imagination des -spectateurs, pour donner aux fictions l'apparence de la réalité. C'est -à ces grandes différences dans l'art dramatique et dans le public pour -lequel on l'exerçait que l'on doit attribuer, suivant nous, celles que -l'on remarque entre les chefs-d'Å“uvre des deux derniers siècles et -les compositions des auteurs de nos jours. - -En raison de ce penchant prononcé des hautes classes pour les -représentations théâtrales, on ne pouvait alors donner de grandes -fêtes, pas même de grands repas[818], sans le secours des comédiens; et -lorsque les princes et les grands se trouvaient absents de la capitale -et retirés dans leurs châteaux, ils y retenaient à leurs gages des -troupes d'acteurs pour un temps plus ou moins long, ou ils les -faisaient venir de la ville voisine. - - [818] LORET, liv. IV, p. 94 et 95, _lettre_ 30, datée du 16 août - 1653, p. 97.--LORET, liv. V, p. 19 et p. 24, des 7 et 21 février - 1654. - -MADEMOISELLE, qui dans son château de Saint-Fargeau[819], qu'elle -agrandissait, cherchait à se distraire des ennuis de son exil, avec sa -vieille gouvernante, ses deux jeunes dames d'honneur[820], sa -naine[821], ses perroquets, ses chiens, ses chevaux d'Angleterre, et la -chasse, entretenait une troupe de comédiens. Forcée par son père -d'aller le voir à Blois, elle se mit à voyager de château en château; -et elle nous apprend dans ses Mémoires qu'elle eut à Tours un plaisir -sensible de retrouver dans cette ville cette même troupe d'acteurs -qu'elle avait eue à ses gages tout l'hiver. Elle fut si contente de -leur jeu, qu'elle les rappela à Saint-Fargeau. Cependant, elle avait vu -à son passage à Orléans une autre troupe, qu'elle avait trouvée -très-bonne; c'était celle qui était restée à Poitiers avec la cour, et -l'avait suivie à Saumur[822]. - - [819] Dans le département de l'Yonne, sur la rivière Loing, entre - Bléneau et Saint-Sauveur. Ce château a été très-bien décrit par - M. le baron CHAILLOU DES BARRES, _Les châteaux d'Ancy-le-Franc, - de Saint-Fargeau, Chastellux et Tantay_, 1845, in-4º, p. 50 et - 71. - - [820] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLI, p. 383, 388, 424, 434.--LORET, - liv. III, p. 107, _lettre_ du 7 août 1652. - - [821] LORET, liv. IV, p. 22, _lettre_ en date du 15 février 1653. - - [822] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 384, 407, 421. - -Une troisième troupe, qui dans les années précédentes avait, à -Bordeaux, été accueillie avec faveur par le duc d'Épernon, continuait à -se faire voir dans le midi. Elle passa cette année à Lyon, et y obtint -un très-grand succès par une comédie nouvelle en cinq actes, en vers, -qu'avait composée un des acteurs de cette troupe. Cette même troupe, -conduite par le jeune auteur-acteur qui la dirigeait, alla trouver à -Pézénas le prince de Conti, qui la prit à ses gages pendant toute la -tenue des états de Languedoc. La nouvelle comédie fut représentée -devant le prince et les députés des états, et obtint autant de succès -qu'à Lyon. Cette comédie était _l'Étourdi_, et le comédien-auteur, le -sieur Poquelin de Molière. On voit que le prince de Conti n'était pas -le plus mal partagé, et que sous ce rapport il n'avait rien à envier à -la capitale[823]. - - [823] LE GALLOIS DE GRIMAREST, _Vie de Molière_, 1705, in-12, p. - 22. - -Paris n'avait alors que deux théâtres ouverts au public: celui de -l'hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil, qui était le plus -fréquenté; et celui du Petit-Bourbon, construit dans une galerie, seul -reste de l'hôtel du connétable de Bourbon, qu'on avait démoli[824]. Des -acteurs italiens y étaient venus, pour la première fois, donner cette -année des modèles de ce genre de comique trivial et bouffon qui fut -depuis si goûté[825]. - - [824] Voyez le plan de Paris par BEREY, 1654. - - [825] LORET, liv. IV, p. 94 et 95, _lettre 30_, datée du 16 août - 1653. - -Comme ce théâtre était voisin de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, et -touchait au Louvre, où le roi logeait, on en profita pour les fêtes de -la cour. Tous les jeunes seigneurs et toutes les jeunes dames qui la -composaient, et le jeune roi lui-même et son frère, exécutèrent sur ce -théâtre ces fameux ballets dits royaux, où ils admirent à figurer avec -eux les acteurs qui avaient par leurs leçons contribué à développer -leurs talents pour le chant, la pantomime et la danse. - -Benserade fut seul chargé de composer les vers de ces ballets[826]; et -l'à -propos des allusions qu'il sut mettre dans ces compositions fut la -source de sa réputation et de sa fortune. Flatter les grands en les -amusant est pour eux un genre de mérite qu'aucun autre ne peut -surpasser. - - [826] _Discours de M._ L. T. (Louis Tallemant) _touchant la vie - de M. de Benserade, en tête des Å’uvres de M. de Benserade_; - chez Charles de Sercy, 1697, t. I, p. 8. - -Le premier de ces ballets où le jeune roi figura fut joué au -Palais-Royal; il était intitulé _la Mascarade de Cassandre_[827]. Mais -le second, ayant pour titre _la Nuit_, fut exécuté sur le théâtre du -Petit-Bourbon, vers la fin de février 1653[828], avec des décorations -et des costumes supérieurs par leur magnificence à tout ce qu'on avait -vu jusqu'alors. Ce ballet, beaucoup plus long que le premier, était -divisé en quatre parties ou quatre veilles. Tout ce qu'il y avait alors -de personnes de distinction présentes à Paris, et madame de Sévigné -dans le nombre, fut invité aux représentations de ce ballet. Le roi y -paraissait à la fin, personnifié sous les traits d'un Soleil levant, et -il y déclamait ou chantait les vers suivants: - - Déjà seul je conduis mes chevaux lumineux, - Qui traînent la splendeur et l'éclat après eux. - Une divine main m'en a remis les rênes: - Une grande déesse a soutenu mes droits; - Nous avons même gloire: elle est l'astre des reines, - Je suis l'astre des rois. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quand j'aurai dissipé les ombres de la France, - Vers les climats lointains ma clarté paraissant - Ira, victorieuse, au milieu de Byzance - Effacer le croissant[829]. - - [827] BENSERADE, _Å’uvres_, 1697, t. II, p. 14. - - [828] LORET, liv. IV, p. 23, 28, 29, 30, 33, 37, 97, des 8 et 16 - mars, et 23 août 1653; liv. V, p. 19 et 24, des 7 janvier et 21 - février 1654. - - [829] BENSERADE, t. II, p. 69 et 70, édit. 1697. - -C'est ainsi qu'on adulait ce monarque adolescent et qu'on fomentait en -lui le goût des guerres et des conquêtes. Les poëtes n'étaient pas les -seuls qui fissent des prédictions en sa faveur: les astrologues, qui -conservaient encore un assez grand crédit, assuraient que dans les -astres on découvrait des pronostics funestes à tous ceux qui -s'opposeraient à son autorité[830]. - - [830] LORET, t. IV, p. 126, du 1er novembre 1653. - -Louis remplissait encore d'autres rôles dans ce ballet de _la Nuit_, -d'un genre plus gracieux et moins héroïque. Des stances, assez longues, -qu'il avait à débiter sous la figure d'un des Jeux qui sont à la suite -de Vénus se terminaient ainsi: - - La jeunesse a mauvaise grâce - Quand, trop sérieuse, elle passe - Sans voir le palais d'Amour; - Il faut qu'elle entre; et pour le sage, - Si ce n'est pas son vrai séjour, - C'est un gîte sur son passage[831]. - - [831] BENSERADE, t. II, p. 36. - -Je remarque que dans cette pièce et dans celles du même genre qui -suivirent on céda trop facilement aux inclinations que MONSIEUR avait -pour les habillements de femme, et qu'il faisait partager à ceux qui -l'entouraient. Dans ce ballet, le jeune marquis de Villeroy, fils de -son gouverneur, élevé avec lui, fut habillé en femme, et représentait -une coquette, tandis que MONSIEUR jouait le rôle de son galant[832]. -Sans doute de tels travestissements n'avaient rien que de plaisant, -rien que d'innocent entre deux enfants de douze à treize ans; mais la -suite en fit voir les déplorables conséquences, et démontra combien -l'influence des premières impressions est dangereuse[833]. - - [832] BENSERADE, t. II, p. 25 et 27, _septième entrée_. - - [833] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 20. - -Le carême, qui fut cette année suivi d'un jubilé, mit fin aux ballets -et aux divertissements. Le besoin de fuir le théâtre de la guerre et le -désir de se montrer à la cour avaient attiré dans la capitale plusieurs -évêques; ce qui donna plus de pompe aux cérémonies ecclésiastiques et -contribua à augmenter l'assiduité avec laquelle on fréquentait les -églises. Le jeune roi, qui n'était pas accoutumé à voir autour de lui -tant de personnages revêtus des insignes de l'épiscopat, demanda quel -en était le nombre; on lui dit qu'ils étaient trente. «Ce serait assez -d'un seul,» répondit-il. Sur ce mot si judicieux, la plupart reçurent -l'ordre de retourner dans leurs diocèses[834]. Au reste, on mit autant -de ferveur dans les dévotions pendant toute la durée du carême, qu'on -avait montré d'ardeur à se livrer aux plaisirs de tous genres pendant -les mois précédents[835]; c'était là le caractère de l'époque. - - [834] LORET, liv. IV, p. 8, _lettre_ du 18 janvier 1653. - - [835] LORET, liv. IV, p. 51.--_Mémoires du duc de_ MONTAUSIER, t. - I, p. 124 à 126.--_Lettres de_ BALZAC _à _ CONRART, p. 230. - -Après la paix de Bordeaux, le marquis et la marquise de Montausier -étaient revenus à Paris, et continuèrent à résider dans l'hôtel de -Rambouillet; mais les brillantes assemblées et les réunions littéraires -de cet hôtel avaient cessé, pour ne plus renaître, par suite de la -guerre civile. Le marquis de Rambouillet venait de mourir; la cour -absorbait déjà tous les moments des personnages les plus importants, -parmi ceux qui formaient autrefois cette société. Monsieur et madame de -Montausier étaient occupés à solliciter les justes récompenses des -services qu'ils avaient rendus. Mazarin voulait les faire porter sur -d'autres, dont le dévouement au roi, ne procédant pas des mêmes -sentiments d'honneur qui avaient fait agir Montausier, lui paraissait -devoir être acheté par des faveurs[836]. Les gens de lettres beaux -esprits, ayant perdu leur grand centre de réunion, prirent l'habitude -de se rassembler les uns chez les autres, mais plus particulièrement -chez mademoiselle de Scudéry, dont la réputation était alors à son -apogée, et chez madame la comtesse de La Suze, qui venait de se -convertir à la religion catholique, sans s'affermir dans la foi, sans -améliorer ses mÅ“urs. C'est dans ces réunions d'une nature assez -ambiguë que l'on commença à exagérer les manières et le langage des -habitués de l'hôtel de Rambouillet; c'est dans ces nouveaux salons, -c'est dans ces ruelles que se développèrent ces ridicules qui, par un -coup de fortune pour le grand peintre comique, vinrent se placer sous -son pinceau au début de sa carrière, et lui firent obtenir tout à coup, -par le moyen d'une simple farce, mais admirable par l'à -propos des -leçons qu'elle renfermait, une célébrité qu'il n'eût peut-être pas -acquise si promptement par un des grands chefs-d'Å“uvre qui ont -depuis illustré son nom. - - [836] LORET, liv. IV, p. 51.--_Mémoires de M. le duc de_ - MONTAUSIER, liv. I, p. 124, 126.--_Lettres de_ BALZAC _à _ - CONRART, p. 230. - -Ce fut cette année (1653) que le libraire de Sercy publia les deux -premiers volumes d'un recueil de poésies choisies[837] qui renferme des -pièces de plus de trente auteurs, c'est-à -dire de tous les faiseurs de -vers alors en vogue. Ce recueil, qui eut une suite, devint le vrai -patron de cette littérature froidement galante au grossièrement -burlesque, semée de pointes, de jeux de mots ou de sentiments exagérés -qui dominait alors dans la poésie fugitive, et qui ne cessa que lorsque -La Fontaine et madame Deshoulières eurent les premiers donné des -exemples du naturel et des grâces légères qui conviennent à ce genre de -composition. Ce qui surprend lorsqu'on parcourt ce livre, c'est d'y -trouver des pièces érotiques qui ne sont pas toujours exemptes -d'obscénités, quoique le volume soit dédié à l'abbé de Saint-Germain, -Beaupré, conseiller et aumônier du roi. Nous citerons de ce recueil des -stances adressées par un auteur anonyme à _mademoiselle de Lenclos_, -afin de faire connaître quelle était alors la célébrité que Ninon -s'était acquise et les impressions quelle faisait naître: - - Ah, Ninon! de qui la beauté - Méritait une antre aventure, - Et qui devais avoir été - Femme ou maîtresse d'Épicure, - . . . . . . . . . . . . . . . - Mon âme languit tout le jour: - J'admire ton luth et la grâce. - . . . . . . . . . . . . . . . - Je me sens touché jusqu'au vif, - Quand mon âme voluptueuse - Se pâme au mouvement lascif - De ta sarabande amoureuse. - . . . . . . . . . . . . . . . . - Socrate, et tout sage et tout bon, - N'a rien dit qui tes dits égale; - Auprès de toi, le vieux barbon - N'entendait rien à la morale[838]. - - [837] _Poésies choisies de MM. Corneille, Benserade, de Scudéry, - Bois-Robert, Sarrazin, Desmarets, Bertaud, Saint-Laurent, - Colletet, la Mesnardière, de Montreuil, Vignier, Chevreau, - Malleville, Tristan, Testu, Maucroy, de Prade, Girard, de l'Age_, - et plusieurs autres. A Paris, chez Charles de Sercy, 1653, in-12, - t. I. - - [838] _Poésies choisies_, 1653, t. I, p. 199. - -Ces vers, d'ailleurs, suffisent pour justifier ce que nous avons dit du -contraste des pièces de ce volume avec sa dédicace; nous devons -prévenir qu'ils sont au nombre des plus modestes de ceux que nous -aurions pu citer à l'appui de notre observation[839]. - - [839] _Ibid._, p. 74. - -C'est dans ce recueil que l'on trouve pour la première fois imprimé le -quatrain que Montreuil fit pour madame de Sévigné, après l'avoir vue -jouer à colin-maillard, et aussi les vers que Marigny lui envoya pour -étrennes[840]. Immédiatement après ceux-ci, nous en trouvons d'autres, -d'un ton plus sérieux et plus passionné, qui lui sont également -adressés; il sont anonymes et sans date. Nous devons donc les rapporter -à celle de la publication et leur donner place ici: - - Ne trouver rien de beau que vous, - Sans cesse songer à vos charmes, - Être chagrin, être jaloux - Répandre quelquefois des larmes, - N'avoir point de repos, ni de nuit, ni de jour, - Est-ce de l'amitié, Philis, ou de l'amour[841]? - - [840] Voy. ci-dessus, chap. V, p. 49; et chap. XIII, p. 183. - - [841] _Recueil de Poésies choisies_, 2e partie, t. II, p. 217 et - 218. - -Si l'on considère que ces vers se trouvent placés immédiatement après -ceux que Marigny a avoués, on doit présumer que l'auteur des derniers -est le même que celui de ceux qui précèdent. Il n'est pas étonnant -qu'en les faisant imprimer Marigny gardât l'anonyme; c'était déjà une -assez forte indiscrétion que de les publier en désignant celle qui en -était l'objet. Mais tout semblait permis aux poëtes; et une déclaration -d'amour quand elle était en vers ne semblait qu'un jeu d'esprit, qui ne -compromettait personne. - - - - -CHAPITRE XXXVII. - -1653-1654. - - La société de madame de Sévigné devient de jour en jour plus - nombreuse.--Bussy-Rabutin de retour à Paris.--Ce qu'il fit - pendant la guerre civile.--Ses réclamations auprès du - gouvernement.--Le Tellier le renvoie à Colbert, l'intendant de - Mazarin.--Colbert prélude déjà à l'administration du - royaume.--Bussy, ne pouvant quitter l'armée, envoie Corbinelli - pour suivre ses affaires.--Quel était Corbinelli.--Corbinelli - vient à Paris.--Il voit pour la première fois madame de - Sévigné.--Il est fort goûté par elle.--Caractère de - Corbinelli.--Origine de sa famille.--Ses liaisons avec madame de - Sévigné.--Obstacles que rencontre Bussy pour le succès de ses - demandes.--Ennemis qu'il s'était faits.--Il traite avec Palluau - de sa charge de mestre de camp de la cavalerie légère.--Il - recommence ses intrigues d'amour.--Laisse sa femme en - Bourgogne.--Va à Launay.--Puis à Paris.--Se trouve au siége de - Vervins.--Revient à Paris.--Loge au Temple.--Est aimé de son - oncle.--Ne peut se contenter de ce que lui accorde madame de - Sévigné.--Il se lie avec le comte de La Feuillade et le comte - d'Arcy.--Tous trois promettent de se servir dans leurs - amours.--Ils tirent aux dés les trois amies.--Madame de Précy - échoit à Bussy.--Madame de Monglat à La Feuillade.--Bussy devient - amoureux de madame de Monglat.--Portrait de cette dame.--Portrait - qu'en fait l'auteur du Dictionnaire des Précieuses.--Comment - Bussy, en trahissant La Feuillade, parvient à se faire aimer de - madame de Monglat.--Bussy propose à madame de Sévigné de lui - donner une fête.--Elle accepte.--Madame de Monglat était en - secret le but de cette fête.--Madame de Précy s'aperçoit qu'elle - est jouée.--Son ressentiment est partagé par la vicomtesse de - Lisle.--Bussy part pour l'armée avec La Feuillade. - - -Madame de Sévigné voyait s'accroître chaque jour le nombre des -personnes qui faisaient gloire d'être admises dans sa société. Son -cousin Bussy contribuait à en augmenter les agréments. Il était revenu -à Paris[842], et se montrait assidu chez elle; il y jouissait de ces -privautés qu'une étroite parenté et une longue intimité ne permettaient -pas de lui refuser, lors même que par inclination madame de Sévigné -n'eût pas été charmée de pouvoir les lui accorder sans blesser les -convenances. - - [842] BUSSY-RABUTIN, _Discours à ses Enfants_, 1694, in-12, p. - 261; id., _Mém._, t. I, p. 372 de l'édition in-12; t. I, p. 457 - de l'édition in-4º. - -Bussy, pendant toute la durée de cette seconde guerre civile, avait -passé son temps désagréablement, et avait joué un rôle assez -obscur[843]. Il avait cependant rendu des services signalés à la cause -royale. On l'avait chargé de garder la Charité et Nevers, deux passages -importants sur la Loire, et de secourir le général Palluau, qui -assiégeait Montrond. Il reçut des éloges pour la manière dont il avait -exécuté les ordres du roi; mais on ne lui payait pas les sommes qui lui -étaient dues pour les appointements de sa charge, pour sa pension, pour -la solde de ses troupes, pour les subsistances qu'il avait fournies. Il -avait demandé qu'on lui permît de prélever par lui-même, sur les -tailles et les autres revenus du Nivernais, le montant de ce qu'il -réclamait. Le ministre Le Tellier, que ce détail concernait, répondit -qu'il fallait pour cela obtenir l'autorisation de M. de Colbert, -intendant de monseigneur de Mazarin[844]. Ainsi Colbert, n'étant encore -que l'intendant du cardinal, préludait déjà à l'administration du -royaume. - - [843] Ibid., _Mémoires_, t. I, p. 219 à 326 de l'édit. in-12; t. - I, p. 474 à 456. - - [844] Ibid., _Mém._, t. I, p. 229, 221, 226, 236. - -Au lieu de répondre aux demandes de Bussy, on forma contre lui des -plaintes sur les violences et les extorsions que ses troupes se -permettaient et sur leur indiscipline[845]. Bussy, dans l'impossibilité -où il se trouvait de quitter son poste, envoya pour se justifier et -suivre l'effet de ses réclamations un gentil-homme qu'il avait pris à -son service, nommé Corbinelli. Celui-ci mit beaucoup de zèle, -d'activité et d'adresse à suivre les négociations dont Bussy l'avait -chargé. Il ne se laissa rebuter ni par les délais, ni par les prétextes -qu'on employait pour l'écarter; il ne cessa de solliciter et -d'importuner les ministres[846]: obligé pour cela de suivre la cour, -qui voyageait toujours à la suite de l'armée, il arriva ainsi avec elle -devant Paris au commencement de juillet de l'année 1652, et il y entra -quelques jours avant l'incendie et le massacre de l'hôtel de -ville[847]. - - [845] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 320. - - [846] CORBINELLI, _lettres_ en date des 25 et 26 juin, et 2 - juillet 1652, dans les _Mémoires de Bussy_, t. I, p. 326, 329, - 332 de l'édition in-12; et t. I, p. 401, 405 et 408 de l'édit. - in-4º. - - [847] Idem, _lettres_ datées de Paris les 4 et 9 juillet 1652, t. - I, p. 334 et 337 des _Mémoires de Bussy-Rabutin_, édit. in-12; et - t. I, p. 410 et 414 de l'édit. in-4º, 1694. - -C'est à cette époque que Corbinelli eut occasion de voir souvent madame -de Sévigné et de faire connaissance avec elle: dès le premier abord -elle fut prévenue en sa faveur par le caractère de loyauté et de -franchise qu'elle lui reconnut, et en même temps charmée de son esprit, -de son savoir et de son jugement. Depuis, elle n'a jamais cessé d'avoir -avec lui des relations d'une solide amitié; et il fut toujours compris -dans le nombre choisi de ceux dont la société lui était chère, et sur -lesquels elle pouvait compter. La famille de Corbinelli était -originaire de Florence. Son grand-père, allié de Catherine de Médicis, -avait été chargé de l'éducation du duc d'Anjou (depuis roi de France -sous le nom de Henri III); son père fut secrétaire de Marie de Médicis, -et attaché au maréchal d'Ancre; sa fortune s'écroula avec celle de ce -favori[848]. Corbinelli avait étudié à Rome sous les jésuites; il se -trouvait encore en cette ville en 1644, près du pape Urbain VIII, son -parent. La mort prématurée de ce pape le laissa sans fortune et sans -état. C'est alors qu'il vint en France, et que Bussy, comme il le dit -avec vérité, fut assez heureux pour se l'attacher[849]. Doué d'un -esprit fin et pénétrant, d'un caractère égal et doux, d'un goût sûr et -exercé, littérateur, musicien, et amateur éclairé de ces beaux-arts -auxquels sa patrie primitive était redevable d'une si grande -illustration, Corbinelli se faisait des amis de tous ceux qui le -connaissaient, et des protecteurs de tous les grands, auxquels il -plaisait. Dépourvu d'ambition, il faisait de temps à autre de faibles -tentatives pour remédier à l'exiguïté de sa fortune; puis, quand il -trouvait trop d'obstacles à vaincre, il retombait dans son insouciance -habituelle, et ne paraissait nullement affecté de n'avoir pas réussi. -Ses amis et ses protecteurs ne montraient pas alors à cet égard plus de -sollicitude que lui-même. Aussi, malgré ses liaisons avec tant d'hommes -riches et puissants, malgré sa capacité reconnue pour les affaires, -toute sa vie se passa ainsi à essayer, sans pouvoir y parvenir, de -sortir de la condition médiocre où le sort l'avait réduit. Cette vie -n'en fut ni moins longue ni moins heureuse. Corbinelli vécut plus de -cent ans, et mourut universellement regretté. Il avait, cédant à la -mode de ce temps, tracé un portrait de madame de Sévigné, qui eut un -grand succès parmi les beaux esprits et les précieuses. On ne le trouve -malheureusement dans aucun des ouvrages, peu remarquables, qu'on a -imprimés de lui, et qui, en partie composés d'extraits, sont -aujourd'hui oubliés[850]. Dans son _Dictionnaire des Précieuses_, -Somaize dit que Corbinelli s'était fait le lecteur de madame de -Sévigné. Nous verrons qu'il fut aussi quelquefois par intervalles son -secrétaire, et nous le retrouverons souvent dans le cours de ces -Mémoires. Quand Corbinelli vint se fixer à Paris, il se logea dans le -quartier du Marais du Temple, où demeurait aussi, comme nous l'avons -déjà dit, madame de Sévigné[851]. - - [848] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 205. - - [849] _Ibid._ - - [850] CORBINELLI, _Extraits de tous les beaux endroits des - ouvrages des plus célèbres auteurs de ce temps_; Amsterdam, 1681, - 5 vol. in-12; _les Anciens Historiens réduits en maximes_, 1694, - in-12; _Histoire de la maison de Gondi_, 1705, 2 vol. in-4º. - - [851] SOMAIZE, _le grand Dictionnaire historique des Précieuses_, - 1661, t. I, p. 93. - -Bussy ne se contentait point des lettres flatteuses que Mazarin lui -écrivait, ni de celle qu'il lui fit écrire par le roi lui-même. Il -sollicita des faveurs plus solides et plus profitables, et eut beaucoup -de peine à les obtenir. Ses indiscrétions lui avaient aliéné la -princesse Palatine, dont l'influence était grande à la cour. Il fit -agir l'abbé Fouquet, et son frère Nicolas Fouquet, procureur général au -parlement de Paris, qui venait d'être nommé, avec Servien, surintendant -des finances, après la mort de la Vieuville. Bussy était lié avec tous -deux, et par leurs démarches et les siennes propres il obtint enfin la -faculté de pouvoir traiter avec Palluau de la charge de mestre de camp -de la cavalerie légère, lorsque Palluau eut été fait maréchal de -France, en prenant le nom de Clérambault. Bussy a donné dans ses -Mémoires l'histoire de cette charge de mestre de camp. Il l'acheta -270,000 livres, ce qui fait à peu près 540,000 francs de notre monnaie -actuelle. Il la garda douze ans[852]. - - [852] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. I, p. 377, 388; et t. I, p 462 de - l'édit. in-4º. - -Pendant qu'il la sollicitait, et avant qu'il fût en mesure d'en prendre -possession et de se rendre à l'armée de Turenne pour commencer une -nouvelle campagne[853], Bussy, selon sa coutume, se livra avec beaucoup -d'activité à ses intrigues d'amour. Il avait laissé sa femme dans sa -terre de Bourgogne, après le siége de Montrond; et au retour du voyage -qu'il avait fait à Sedan pour voir le cardinal Mazarin, il s'était -rendu à Launay chez son oncle le grand prieur; puis il était revenu -avec lui et avec toute la cour à Paris, au mois d'octobre 1652; il -était ensuite reparti pour l'armée, et se trouva au siége de Vervins, -qui fut pris en trois jours, pendant un froid rigoureux, en janvier -1653. Il rentra de nouveau dans Paris avec le cardinal de Mazarin le 2 -février, et il résolut de ne point quitter la capitale qu'il n'eût -obtenu la charge qu'il sollicitait[854]. Il logeait au Temple, chez son -oncle le grand prieur, qui, à cause de ses goûts, très-analogues aux -siens, l'avait pris dans une affection toute particulière. - - [853] _Ibid._, t. I, p. 374, 389, 397. - - [854] _Ibid._, t. I, p. 374; ou t. I, p. 458 de l'édit. in-4º. - -Bussy se montrait vivement épris de sa cousine; mais le régime auquel -elle assujettissait son amour ne s'accommodait pas avec ses -inclinations. Toutefois, comme sa présomption lui faisait croire qu'il -n'en serait pas toujours ainsi, il ne renonçait pas à ses instances. En -attendant le moment heureux qu'il espérait, il fallait vivre, comme il -le dit lui-même: c'est à quoi Bussy songeait, c'est ce dont il -s'occupait, malgré qu'il eût une femme jeune et fidèle, et malgré ses -déclarations d'amour à madame de Sévigné. - -Il s'était lié intimement avec d'Arcy et avec La Feuillade, qui fut -depuis fait duc et maréchal de France. Compagnons d'armes et de -plaisir, on les voyait toujours, tous les trois ensemble, aux bals, aux -spectacles, aux concerts, aux réunions qui eurent lieu pendant l'hiver. -Ils y rencontrèrent fréquemment trois femmes jeunes, jolies, liées -entre elles, qui ne se quittaient jamais, qu'on ne voyait jamais -isolées. Cette parité de nombre, cette similitude de liaison, attira -l'attention des trois amis, qui abordèrent fréquemment ce trio de -belles, et les trouvèrent aimables. Voilà nos trois séducteurs qui -voient dans cette singulière rencontre un coup heureux de la destinée; -c'est un avertissement du dieu d'Amour, c'est une proie qu'il leur -offre, et dont chacun d'eux peut avoir sa part sans envier celle de son -ami. Ils forment donc une ligue pour attaquer de concert les trois -belles, et ils promettent de s'entr'aider, de se servir mutuellement, -pour que chacun puisse capter la sienne. Une de ces femmes était la -marquise de Monglat, une autre la vicomtesse de Lisle, la troisième -madame de Précy. La difficulté était de s'accorder sur les choix; ils -crurent pouvoir y échapper en tirant au sort. Les trois noms furent mis -dans une bourse. Madame de Monglat échut à La Feuillade, madame de -Lisle à d'Arcy, et madame de Précy à Bussy de Rabutin. - -Mais le sort avait fort mal arrangé cette affaire, du moins pour -Bussy. Quoique chacune de ces trois femmes eût des agréments -particuliers, madame de Monglat, si elle n'était pas la plus jolie, -était la plus aimable, la plus spirituelle. Petite-fille du chancelier -de Chiverny, son nom était Isabelle Hurault de Chiverny[855]. Elle -avait épousé Paul-Clermont, marquis de Monglat, grand maître de la -garde-robe, qui nous a laissé d'excellents Mémoires[856]. Madame de -Monglat était une brune piquante, nez retroussé, yeux petits, mais -vifs, traits fins et délicats, teint animé, de beaux cheveux, taille -moyenne, avec un cou, des bras, des mains qui auraient pu servir de -modèle aux sculpteurs. Enjouée, folâtre, étourdie, d'un esprit -pénétrant, fécond en saillies, elle aimait les vers, la musique, les -artistes et les gens de lettres, dont elle appréciait les productions -avec goût, avec sagacité[857]. C'est pourquoi Somaize lui a donné une -place dans son _Dictionnaire des Précieuses_, où il en parle sous le -nom de Delphiniane. «Elle connaît, dit-il, tous les auteurs et leurs -pièces, leur donne souvent des sujets pour les accommoder au théâtre; -et par cette raison elle mérite non-seulement le nom de précieuse, mais -de véritable.» - - [855] _Inscriptions des portraits du château de Bussy_, citées - par Millin, _Voyage dans les Départements du midi de la France_, - t. I, p. 210. - - [856] MONGLAT, _Mémoires_, t. XLIX, p. 5 (dans la Notice). - - [857] _Histoire de madame de Monglat et de Bussy_, dans l'_Hist. - am. des Gaules_, 1754, in-12, t. I, p. 265 à 290; ou dans - l'_Hist. am. de France_, 1710, in-12, p. 308 à 337.--_Hist. de - Bussy et de Bélise_, dans l'_Hist. am. des Gaules_, p. 47 (après - p. 190), édit. de Liége, in-18, avec la croix de Saint-André, ou - édit. nouvelle, 1666, in-18, p. 240. - -Bussy préférait beaucoup madame de Monglat à ses deux amies, et surtout -à madame de Précy, qui était celle qu'il trouvait le moins à son -gré[858]. La Feuillade fut forcé de s'absenter pour se rendre à -l'armée; et Bussy, qui restait à Paris, fut chargé de ses intérêts -auprès de madame de Monglat, qui semblait avoir l'intention d'agréer -les propositions d'amour de La Feuillade. Bussy, tout en ayant l'air de -servir son ami auprès de madame de Monglat, employa pour lui-même tous -les moyens de séduction qu'une longue pratique et de nombreux succès -auprès des femmes lui avaient donnés. Mais comme les promesses qu'il -avait faites, et qui n'étaient point ignorées de madame de Monglat, -pouvaient lui donner l'apparence d'un homme perfide, quand il s'aperçut -qu'il lui plaisait il devint moins assidu auprès d'elle; et lorsqu'il -eut la certitude d'être aimé, il cessa de la voir. Elle le fit venir, -pour lui demander l'explication de sa conduite. Il lui dit qu'il avait -trop tard reconnu le danger auquel La Feuillade l'avait exposé: que la -violence de l'amour qu'elle lui avait inspiré ne lui permettait pas de -remplir auprès d'elle les engagements qu'il avait pris envers son ami; -qu'il allait lui écrire pour lui en faire l'aveu. Il écrivit en effet à -La Feuillade qu'il allait s'abstenir de voir madame de Monglat, parce -qu'il craignait d'en être trop bien accueilli et de nuire à un ami -qu'il avait promis de servir. Soit orgueil, soit présomption, soit -confiance, La Feuillade n'accepta point le refus de Bussy. Au -contraire, il lui rappela ses promesses, et l'engagea à lui continuer -ses soins. Il lui écrivit: «Quand on est aussi délicat que vous le -paraissez, on est assurément incapable de trahir.» En même temps il lui -envoya une lettre pour madame de Monglat, où il lui disait qu'il -n'était point étonné qu'un honnête homme n'eût pu la voir sans en -devenir amoureux; mais que ce n'était pas une raison à Bussy pour se -retirer; qu'il était persuadé qu'il aurait assez de force pour -résister, mais que dans le cas contraire il savait qu'elle ne donnerait -jamais son cÅ“ur à un traître. - - [858] BUSSY, _Hist. am. de France_, 1710, in-12, p. 327 et 328; - et _Histoire amoureuse des Gaules_, édit. 1754, t. I, p. 283. - -Bussy remit ces deux lettres à madame de Monglat, après en avoir fait -disparaître les dernières phrases, qui avaient trait à la perfidie de -sa conduite. Madame de Monglat, d'après l'aveu que Bussy avait fait à -La Feuillade, ne vit que de l'indifférence dans les instances que ce -dernier faisait à son rival pour continuer à la voir. Sa vanité -blessée, d'accord avec ses inclinations, lui inspirèrent le désir de -punir La Feuillade de son impertinente sécurité. - -Bussy en était là de ses intrigues amoureuses, courtisant ouvertement -madame de Sévigné et madame de Précy, et secrètement madame de Monglat. -Il prévoyait que, sur le point d'obtenir sa charge de mestre de camp de -cavalerie légère, il serait bientôt obligé de quitter Paris; il -désirait laisser de lui, en partant, une impression favorable dans le -cÅ“ur de sa cousine et s'assurer l'affection de madame de Monglat, -auprès de laquelle il se voyait bien plus avancé, quoique leur liaison -fût plus récente. Il proposa donc à madame de Sévigné de lui donner une -fête au Temple. Elle accepta. Il ne manqua pas d'y inviter les trois -amies, madame de Monglat, madame de Lisle, et madame de Précy. Madame -de Sévigné ignorait alors les intrigues de son cousin, ou, si elle en -soupçonnait quelque chose, elle s'en inquiétait peu. Elle avait même, -par un billet écrit en italien, engagé à se rendre à cette fête une de -ses amies qui (elle le savait) plaisait beaucoup à Bussy; c'était la -marquise d'Uxelles, jolie, spirituelle et coquette[859]. Madame de -Sévigné fit avec tant de grâce les honneurs de cette fête, elle y parut -si aimable, que, malgré le grand nombre de beautés qui s'y trouvaient -réunies, aucune ne parut plus qu'elle digne des hommages que Bussy lui -rendait avec autant d'éclat que de magnificence. - - [859] SÉVIGNÉ, _Billet italien à madame la marquise d'Uxelles, - suivi d'une lettre de madame de_ GRIGNAN _à la même_, publié pour - la première fois par M. MONMERQUÉ, 1844, in-8º, p. 13. (Puisque - l'éditeur (p. 4) disserte sur la date de ce billet, elle n'est - pas dans l'autographe) - -Madame de Précy, à laquelle les assiduités de Bussy auprès de madame de -Monglat n'avaient causé aucune jalousie, parce qu'elle les avait -attribuées à son amitié pour La Feuillade, aux engagements qu'il avait -contractés avec lui, crut aussi que Bussy s'était servi de sa cousine -comme d'un moyen détourné pour lui donner une fête; que madame de -Sévigné en était le prétexte, mais qu'elle en était l'objet véritable; -et les discours de Bussy contribuaient à entretenir chez elle cette -erreur. Elle admira une galanterie aussi fine, aussi respectueuse, qui -témoignait un amour si vrai, si délicat, et tout à fait dans les -manières et les habitudes du code galant que les précieuses de cette -époque avaient mis à la mode. - -Quant à madame de Monglat, qui était en secret prévenue de tout, elle -s'abandonna sans plus de résistance aux enchantements dont -l'environnait un amant qui lui paraissait si généreux, si persévérant, -et elle ne lui laissa plus aucun doute sur la nature de ses sentiments. -Mais laissons-le lui-même donner la description de cette fête. - -«Quelques jours avant que de partir, je voulus adoucir le chagrin que -me donnait la violence que je me faisais à cacher ma passion; et pour -cet effet je donnai à madame de Sévigné une fête si belle et si -extraordinaire, que vous serez bien aise que je vous en fasse la -description. Premièrement, figurez-vous dans le jardin du Temple, que -vous connaissez, un bois que deux allées croisent: à l'endroit où elles -se rencontrent, il y avait un assez grand rond d'arbres, aux branches -desquels on avait attaché cent chandeliers de cristal. Dans un des -côtés de ce rond on avait dressé un théâtre magnifique, dont la -décoration méritait bien d'être éclairée comme elle était; et l'éclat -de mille bougies, que les feuilles des arbres empêchaient de -s'échapper, rendait une lumière si vive en cet endroit, que le soleil -ne l'eût pas éclairé davantage: aussi, par cette raison, les environs -en étaient si obscurs, que les yeux ne servaient de rien. La nuit était -la plus tranquille du monde. D'abord la comédie commença, qui fut -trouvée fort plaisante. Après ce divertissement, vingt-quatre violons -ayant joué des ritournelles, jouèrent des branles, des courantes et des -petites danses. La compagnie n'était pas si grande qu'elle était bien -choisie: les uns dansaient, les autres voyaient danser, et les autres, -de qui les affaires étaient plus avancées, se promenaient avec leurs -maîtresses dans des allées où l'on se touchait pour se voir[860]. Cela -dura jusqu'au jour, et, comme si le ciel eût agi de concert avec moi, -l'aurore parut quand les bougies cessèrent d'éclairer. Cette fête -réussit si bien, qu'on en manda les particularités partout, et à -l'heure qu'il est on en parle avec admiration[861].» - - [860] Il y a ainsi dans l'édition de 1754, p. 286, et dans celle - de 1710, p. 354, et dans le manuscrit de l'Institut; mais dans - les trois éditions de Liége, p. 67 ou 207, ou p. 258, il y a «où - l'on s'engageait sans se voir.» - - [861] _Hist. am. des Gaules_, 1654, in-12, t. I, p. 286, 332; - édit. de Liége, dans l'une, p. 69, dans l'autre, p. 207, édit. - nouv., 1666, p. 257. - -Cependant madame de Précy s'aperçut qu'elle était jouée[862]. La -vicomtesse de Lisle, jolie Bretonne, admirable danseuse, coquette et -pleine de grâce, avait aussi été courtisée, puis délaissée par Bussy. -Elle partagea le ressentiment de madame de Précy. Bussy, par ses -manÅ“uvres, parvint à brouiller entre elles les trois amies; puis il -partit pour l'armée, mal avec La Feuillade, très-bien avec madame de -Monglat, et toujours au même degré d'intimité et de bienveillance -amicale avec madame de Sévigné. - - [862] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. V, p. 343 et 344; ou t. - IX, p. 207, édit. in-12. - - - - -CHAPITRE XXXVIII. - -1653-1654. - - Bussy revient à Paris.--Il y retrouve madame de Sévigné.--Ils - passent tous deux l'hiver dans la capitale.--Spectacle et - divertissements.--On ouvre un nouveau théâtre au - Marais.--_L'Écolier de Salamanque_, pièce de Scarron.--Corneille - et Bois-Robert traitent le même sujet.--Éducation du jeune - roi.--Son goût pour la danse.--Nouveaux ballets royaux.--Ballet - des _Proverbes_.--Ballet de _Pélée et de Thétis_.--Nièces du - cardinal de Mazarin.--Préférences de Louis XIV pour - l'aînée.--Tempérament précoce du jeune roi.--On songe à le - marier.--Mariage du prince de Conti.--Bal à ce sujet.--Portrait - du prince de Conti.--Bussy lui plaît.--Conti s'occupait des - affaires de galanterie.--Il courtise madame de Sévigné.--Trouve - un rival dans le comte du Lude.--Le surintendant Fouquet se - déclare l'amant de madame de Sévigné.--Origine de la fortune de - Fouquet.--Son goût pour les femmes et les beaux-arts.--Sa - magnificence et sa générosité.--Turenne recherche aussi madame de - Sévigné.--Bussy ne se laisse pas décourager par le nombre de ses - rivaux. - - -Bussy, vers la fin de décembre, revint à Paris[863]. La campagne -s'était passée pour lui sans gloire, et il avait eu la maladresse -d'indisposer contre lui Turenne, en usant avec peu d'égards des -priviléges de sa nouvelle charge de mestre de camp de la cavalerie -légère[864]. Il retrouva dans la capitale madame de Sévigné, qui y -était restée; et tous deux y passèrent l'hiver, durant lequel les -festins, les spectacles et les fêtes se succédèrent presque sans -interruption[865]. La nécessité d'amuser un jeune roi, le désir de lui -plaire, cet amour des distractions et des jouissances qui succède aux -privations qu'on a été forcé de s'imposer pendant les temps de -calamité, auraient fait, au besoin, imaginer des prétextes de -divertissements, ou même on s'y serait livré sans prétexte. Mais le -nombre des mariages qui à cette époque eurent lieu à la cour, dans la -haute noblesse et parmi la riche bourgeoisie[866], fournirent des -occasions répétées, et en quelque sorte obligées, de se livrer à la -joie et au plaisir. On s'empara avec ardeur de motifs aussi légitimes; -et la gaieté enivrante qui se manifesta dans toutes ces fêtes nuptiales -s'augmentait encore par la richesse des habillements, la fraîcheur, -l'éclat des décorations et les éblouissantes illuminations des lieux où -l'on se réunissait. - - [863] BUSSY, _Mémoires_, t. I, p. 397, édit. in-12; t. I, p. 487 - de l'édit. in-4º. - - [864] _Ibid._, t. I, p. 391, édit. in-12; et t. I, p. 479 de - l'édit. in-4º. - - [865] LORET, _Muse historique_, liv. V, p. 18, 19, 23, 24, 27, - 31, 54, 78, 92, 132, 161, 168, 169. - - [866] LORET, liv. V, p. 31, en date du 7 mars 1654. LORET porte à - 1,200 le nombre de ces mariages. - -Les deux seuls théâtres qui existaient à Paris ne purent plus suffire -au public nombreux qui prenait goût au spectacle: on rouvrit donc le -théâtre du Marais, situé rue de la Poterie, où sous Louis XIII la -troupe des comédiens italiens dirigée par Mondori avait su faire rire -jusqu'au sombre et soucieux cardinal de Richelieu. Scarron, par sa -comédie de _l'Écolier de Salamanque_, ou des _Généreux ennemis_, sut -attirer la foule à ce théâtre, et le mit en crédit. Deux autres -auteurs, Thomas Corneille et Bois-Robert profitèrent des lectures -qu'ils avaient entendu faire de cette pièce chez Scarron même, -traitèrent le même sujet, et firent jouer leurs pièces sur le théâtre -de l'hôtel de Bourgogne. Cependant Scarron eut encore la priorité de -la représentation, et, ce qui vaut mieux, la supériorité dans le -succès. Ses imitateurs lui avaient bien pris son sujet, mais ils -n'avaient pu lui dérober son esprit, sa facilité, et la verve de sa -muse rieuse et bouffonne. C'est dans cette pièce que Scarron a créé le -personnage de Crispin, ce valet niais et rusé, caractère que Molière et -Regnard n'ont pas dédaigné de lui emprunter, et que leurs -chefs-d'Å“uvre ont en quelque sorte naturalisé sur notre -théâtre[867]. - - [867] Frères PARFAICT, _Hist. du Théastre françois_, 1746, t. - VIII, p. 95.--SCARRON, _Å’uvres_, édit. 1737, t. VII, p. 101 à - 196. - -Le jeune roi, en présence duquel Mazarin tenait tous ses conseils, -délibérait et expédiait toutes les grandes affaires[868], montrait un -goût très-vif pour tous les exercices de corps, et surtout pour le -cheval, la danse, et pour les ballets pantomimes. On en joua trois -nouveaux pendant l'hiver: celui des _Proverbes_[869] et celui du -_Temps_[870] étaient en actions et fort courts, sans aucun chant, sans -aucun récitatif en vers, sauf un seul couplet d'introduction; aussi -furent-ils tous deux joués et dansés dans la salle des gardes. Mais il -n'en fut pas de même du ballet de _Pélée et de Thétis_, pour lequel on -fit venir des comédiens de Mantoue, et qui parut supérieur à tout ce -qu'on avait vu jusque alors en ce genre. Ce ballet, qui fut représenté -sur le théâtre du Petit-Bourbon, charma la cour, et ravit tous les -spectateurs auxquels il fut permis d'y assister. On trouva que Bouty -avait été heureusement inspiré dans les inventions du sujet, les -figures et les danses; que Benserade s'était surpassé dans les vers, -Torelli par le prestige des décorations, et les musiciens par la beauté -de leurs airs[871]. On convint généralement que le jeune roi n'avait -jamais déployé autant de talent et de grâces que dans les nombreux -rôles qu'il remplissait dans ce ballet; lui-même se plaisait tant à y -jouer, qu'il en fit donner des représentations pendant tout l'hiver, et -quelquefois jusqu'à trois dans une même semaine[872]. Il y paraissait -sous cinq costumes différents, et représentait Apollon, Mars, une -Furie, une dryade, et un courtisan. - - [868] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 190, 192.--DUPLESSIS, - _Mémoires_, t. LVII, p. 419 et 420. - - [869] LORET, liv. V, p. 24, _lettre_ en date du 21 février - 1654.--BENSERADE, _Å’uvres_, édit. 1697, t. II, p. 101 à 110. - - [870] BENSERADE, _Å’uvres_, t. II, p. 111 à 112.--LORET, liv. - V, p. 160. - - [871] LORET, liv. V, p. 45, _lettre 16_, en date du 18 avril, - 1654.--_Description particulière du grand ballet de Pélée et de - Thétis, avec les machines, changements de scène, habits, et tout - ce qui a fait admettre ces merveilleuses représentations_; dédiée - à monseigneur le comte de Saint-Agnan, premier gentilhomme de la - chambre du roi. A Paris, citez Robert Ballard, seul imprimeur du - roi pour la musique, 1654, in-fol. - - [872] LORET, liv. V, p. 51, 54, _lettres_ en date des 25 avril et - 2 mai 1654. - -Mazarin, habile à se servir de tous les moyens, avait fait venir de -Rome ses deux sÅ“urs Mancini et Martinozzi, dont les filles -augmentèrent encore le nombre des jeunes beautés qui figuraient dans -ces divertissements[873]. On s'aperçut bientôt que Louis paraissait -considérer avec plus de plaisir que toute autre l'aînée des -Mancini[874], quoiqu'elle fût fort petite et d'une beauté -médiocre[875]. Elle jouait la déesse de la Musique dans ce ballet de -_Pélée et de Thétis_[876]. Les inclinations enfantines du jeune roi -pour mademoiselle d'Heudicourt et la duchesse de Châtillon[877] -n'avaient donné lieu jusque alors qu'à d'ingénieux couplets; mais Louis -commençait à entrer dans l'âge où l'on épiait avec une continuelle et -curieuse attention, et des sentiments bien divers, les moindres signes -qui pouvaient manifester les secrets penchants de son cÅ“ur. Anne -d'Autriche, qui par les révélations de la Porte, premier valet de -chambre[878], avait eu connaissance de la précocité peu commune de son -fils, vit avec une extrême inquiétude et beaucoup de déplaisir ses -préférences pour une nièce de Mazarin. Quoique le roi n'eût pas encore -atteint l'âge de dix-sept ans, Anne d'Autriche commençait dès lors à -songer à l'alliance qu'il conviendrait le mieux de contracter pour la -France et pour lui. Le mariage du prince de Conti avec Martinozzi, -cette autre nièce de Mazarin, fut célébré au Louvre vers la fin de -février[879]; et le bal qui eut lieu en cette occasion surpassa tous -les autres en magnificence. Trois des plus jeunes des nièces de -Mazarin, récemment arrivées de Rome, firent leur première entrée à la -cour. Là brillait encore un essaim de jeunes beautés: Beuvron, -Comminges, la brune et piquante Villeroy, Mortemart, plus jeune et plus -belle encore. On y vit aussi la sÅ“ur du roi détrôné d'Angleterre, -cette gentille Henriette[880], qui n'était alors âgée que de onze ans, -et qui devait, au sein du bonheur, au milieu d'une cour dont elle était -adorée, succomber à la fatalité qui poursuivait sa famille. - - [873] LORET, liv. V, p. 28 et 30, _lettre_ en date du 28 février - 1654.--MONGLAT, t. L, p. 432. - - [874] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 367, 400. - - [875] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLII, p. 170. - - [876] BENSERADE, t. II, p. 93. - - [877] LORET, liv. V, p. 159, _lettre_ en date du 5 décembre 1654. - - [878] LA PORTE, _Mém._, t. LIX, p. 433, 441, 444 et 447. - - [879] LORET, liv. V, p. 24, 26, 28, _lettre_ en date du 28 - février 1654.--MONGLAT, t. L, p. 431. Le prince de Conti arriva à - Paris le 6 février. - - [880] LORET, liv. V, p. 27. - -Armand de Bourbon, prince de Conti, avait, sur un corps difforme, une -très-belle tête, ornée d'une longue chevelure[881]. Il rachetait ses -imperfections physiques par beaucoup d'amabilité. Vif, gai, sémillant, -un peu enclin à la raillerie, nourri d'études solides, il était amateur -des belles-lettres et appréciateur très-éclairé des ouvrages de -littérature. Généreux jusqu'à la prodigalité; brave, mais sans talent -militaire; destiné par son éducation à l'Église, les dissensions -civiles l'avaient jeté dans le métier des armes, auquel il semblait -avoir pris d'autant plus de goût qu'il y était moins propre. D'un -caractère faible, il répugnait à prendre par lui-même une résolution. -Avec beaucoup d'esprit, il avait toujours besoin que quelqu'un prit de -l'ascendant sur son esprit[882]. Bussy lui plut par ses saillies, par -la conformité de ses goûts avec les siens. Comme presque tous ceux qui -sont affectés de gibbosité, Conti avait une inclination désordonnée -pour les femmes; et, par une conséquence naturelle de ce penchant, il -s'occupait beaucoup de ce qui se passait dans le monde galant, qu'il -avait surnommé le _pays de la Braquerie_[883]; il avait dressé de ce -pays, qu'il prétendait bien connaître, une carte faite à l'imitation de -la _carte de Tendre_ de mademoiselle de Scudéry dans le roman de -_Clélie_[884], dont la première partie venait de paraître. - - [881] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 401, in-12; t. I, p. 492 de - l'in-4º. - - [882] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 293. - - [883] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 457, in-12; et t. I, p. 561 de - l'in-4º. - - [884] MONMERQUÉ, _Biographie universelle_, t. XLI, p. 387, - article _Scudéry_.--SEGRAIS, _Å’uvres_, 1755, t. I, p. 247 et - la note; SEGRAIS, _Poésies_, 1661, in-12, p. 244. - -Ainsi Conti, quoiqu'il fût récemment marié, n'était, pas plus que -Bussy, d'humeur à garder la foi conjugale; et ce prince ne put revoir -madame de Sévigné, pour laquelle il avait, du vivant de son mari, -éprouvé de l'inclination, sans devenir encore plus sensible à ses -attraits et à tout ce que la liberté du veuvage ajoutait à son esprit -et à ses grâces, aux agréments de sa société et de son commerce. - -D'un autre côté, le comte du Lude, déjà en faveur auprès du jeune -monarque, et qui dans le ballet de _Pélée et de Thétis_ avait été -choisi pour remplir le rôle de magicien[885], se montrait plus empressé -auprès de madame de Sévigné. Il faisait valoir les droits de sa longue -persévérance, et ceux qu'il avait acquis en se déclarant le plus -intrépide de ses chevaliers, dans son épineuse affaire avec la famille -de Rohan. - - [885] BENSERADE, _Ballet des Noces de Pélée et de Thétis_, 2e - entrée, t. II, p. 79. - -Un autre amant, non moins aimable et plus dangereux qu'un prince du -sang et un favori du roi, avait aussi fait l'aveu de son amour à notre -belle veuve. C'était Fouquet, le surintendant des finances, le frère de -cet abbé intrigant et libertin, si fort en crédit auprès de Mazarin et -de la reine. - -Mazarin, après la mort du marquis de la Vieuville, songea à diminuer la -trop grande influence des surintendants des finances. Il crut y -parvenir en partageant la place entre deux personnes, et en plaçant -sous eux des intendants particuliers, qui devaient administrer d'après -leurs ordres[886]. Il fit donc Servien et Fouquet surintendants, avec -un pouvoir égal. Fouquet était déjà procureur général au parlement de -Paris, et il avait été pourvu de cette charge importante à l'âge de -trente-cinq ans. Il en avait trente-neuf lorsqu'il fut nommé -surintendant. Mazarin, en le choisissant, n'avait eu pour but que de se -rapprocher du parlement, et d'atténuer les préventions que cette -compagnie de magistrats avait contre lui. Il avait cru que Fouquet se -trouverait trop occupé de sa charge de procureur général pour se mêler -de finances, et que Servien, dont il avait éprouvé la docilité et -l'habileté dans d'importantes missions diplomatiques, aurait seul la -principale direction. C'est en effet ainsi que les choses se passèrent -pendant la première année de cette nouvelle organisation. Mais bientôt -l'incapacité de Servien en matière de finances devint manifeste; et -Mazarin, qui à l'époque même où il voulait presser les opérations de la -guerre, voyait l'État sans argent et sans crédit, prêta l'oreille à -Fouquet, qui promit de trouver des ressources. Servien reçut l'ordre de -le laisser agir: dès ce moment Fouquet fut réellement le seul -surintendant des finances de France[887], et avec des pouvoirs -proportionnés aux besoins qu'on avait de lui. Fouquet tint toutes les -promesses qu'il avait faites. Nonobstant l'épuisement du trésor, il -trouva des moyens de faire face à toutes les dépenses, à une époque où, -par les difficultés qu'éprouvait le recouvrement des deniers publics et -le discrédit général, il paraissait impossible de se procurer de -l'argent. Fouquet devint dès lors pour le gouvernement un homme -nécessaire. Il ne fut plus question de lui imposer aucun contrôle; -pourvu qu'il comptât les sommes dont on avait besoin, on le laissa -libre sur les moyens de se remplir de ses avances, et d'administrer le -produit des impôts comme il l'entendrait. Il se hâta d'en profiter pour -l'augmentation de sa fortune. Mais homme d'affaires et homme d'esprit, -il était aussi homme de plaisir; il aimait les arts, les lettres, et -surtout les femmes. Né par son organisation pour toutes les jouissances -sociales, et propre à toutes les fonctions par sa haute capacité, il -semblait, par son air de grandeur et sa générosité sans bornes, encore -au-dessus du poste éminent où il se trouvait placé. Il faisait à ses -châteaux de Vaux et de Saint-Mandé[888] des constructions et des -embellissements dignes d'un prince souverain. Il y plaçait de riches -collections de tableaux, de livres, de statues antiques, et d'objets -rares et curieux. Il attirait chez lui ce qu'il y avait de plus aimable -et de plus spirituel à la cour et dans les hautes sociétés de la -capitale; il s'attachait par des bienfaits les poëtes, les savants et -les artistes. Il oubliait les faveurs dont il les comblait, et -paraissait seulement reconnaissant des jouissances qu'il en recevait; -plus jaloux de se montrer à eux comme ami que comme protecteur. Mais -ses penchants voluptueux usurpaient une trop grande partie de son -temps. Rien ne lui coûtait pour satisfaire ses fantaisies amoureuses. -L'or était prodigué, les intrigues les plus habiles étaient mises en -jeu pour assurer la défaite de celles qui lui présentaient quelque -résistance; et il leur était d'autant plus difficile de lui échapper, -que c'était dans leur société intime, parmi des femmes que leur rang -mettait à l'abri du soupçon d'un rôle aussi honteux, que se -rencontraient ses agents les plus dévoués[889]. Lui-même était un -séducteur plus puissant que l'or, plus habile que ses plus adroits -complices. A une figure agréable il joignait des manières insinuantes, -un esprit disposé à saisir toutes les occasions de plaire, et ingénieux -à les faire naître. Il possédait cet instinct des procédés délicats, -que rien ne peut suppléer; et il avait au besoin toute l'éloquence de -la passion, qui entraîne toujours, quoiqu'elle soit toujours trompeuse, -même lorsqu'elle est sincère. Tel était le nouveau et redoutable ami -que madame de Sévigné avait à combattre et à maintenir à une distance -convenable. - - [886] _Lettres de provision de messieurs Servien et Fouquet, de - la surintendance des finances, en date du 8 février 1654._--Dans - FOUQUET, _Défenses_, 1665, in-18, t. II, p. 352.--LORET, liv. IV, - p. 20.--MONGLAT, t. L, p. 398.--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_, t. XIII, p. 296; et t. XVII, p. 260. - - [887] _Règlement de M. Servien et de M. Fouquet, en date du 24 - décembre 1654._--FOUQUET, _Défenses_, t. II, p. 355.--_Seconde - provision de_ M. FOUQUET _de la charge de surintendant, en date - du 21 février 1659_, t. II, p. 358 des _Défenses_.--_Défenses de_ - FOUQUET _sur tous les points du procès_, t. II, p. 61 et 67. - - [888] FOUQUET, _Défenses_, t. III, p. 136 à 150. - - [889] FOUQUET, _Défenses_, t. II, p. 15, 16 et 183; t. III, p. - 199. - -Un autre personnage, dont l'hommage était encore plus flatteur pour -l'orgueil d'une femme, Turenne, avait fait sa déclaration à madame de -Sévigné. Elle jugea nécessaire de mettre dans sa conduite envers le -héros une réserve dont elle s'abstenait envers tous ceux qui se -trouvaient à son égard dans la même position. Pendant le court séjour -que Turenne fit à Paris durant la belle saison de cette année 1654, il -se présenta plusieurs fois chez madame de Sévigné; mais elle évita de -le recevoir, soit parce qu'elle pensait que les assiduités d'un prince -d'une si haute renommée seraient fatales à sa réputation, soit qu'elle -craignit d'exciter la jalousie de celle qu'il venait d'épouser, soit -enfin par quelques autres motifs qui nous sont inconnus[890]. - - [890] RAMSAY, _Histoire du vicomte de Turenne_, 1745, in-4º. - Turenne s'était marié (en 1653) à Charlotte de Caumont, fille du - maréchal de la Force, riche héritière, qui mourut sans enfants. - -Les succès de Bussy auprès de madame de Monglat, les attraits d'un -récent attachement, n'avaient pu le distraire de son amour pour sa -cousine. Il croyait, avec raison, que les progrès qu'il avait faits -dans son cÅ“ur par suite d'une longue intimité et les affections de -famille lui donnaient de grands avantages sur tous ses rivaux, sans -ceux qu'il tenait de ses qualités personnelles, et que son orgueil -exagérait. Aussi fut-il loin de se décourager. - -Il semble, au contraire, qu'il mettait d'autant plus de prix à -triompher de madame de Sévigné, qu'il la voyait entourée de plus -d'hommages. Cependant il ne pouvait se déguiser qu'il avait dans Conti -et dans Fouquet deux antagonistes qu'il était difficile d'écarter. -Quant au premier, l'ambition, plus forte chez Bussy que tous les -sentiments du cÅ“ur, ne lui permettait pas de songer à une rivalité; -mais si sa cousine devait succomber à la vanité de dominer un prince du -sang, l'immoralité de Bussy ne répugnait pas à la possibilité d'un -partage. Il n'en était pas de même pour le surintendant, dont les -poursuites excitaient son envie et sa jalousie. Mais comme il lui était -redevable de la finance de sa charge, que celui-ci lui avait prêtée, et -qu'il avait besoin de lui pour ses intérêts pécuniaires, il se trouvait -forcé de le ménager. Quant à Turenne, comme Bussy ne l'avait point vu -chez sa cousine, qui avait refusé de l'admettre, il ignorait qu'il en -fût amoureux, et il ne l'apprit qu'à la campagne suivante, et par -l'aveu même de Turenne[891]. - - [891] BUSSY-RABUTIN, _Mém._, t. II, p. 107.--FOUQUET, _Suite de - la continuation de la production de Fouquet, pour servir de - réponse à cette de Talon_, 3e tome des Elzévirs, 1666, in-18, et - faisant le tome 8 des _Défenses_, p. 105. - - - - -CHAPITRE XXXIX. - -1653. - - Bussy est placé dans l'armée de Conti.--Il se rend avec lui à - Perpignan.--Obtient sa confiance et sa faveur.--Conti le surnomme - _son templier_.--Conti fait confidence à Bussy-Rabutin de son - amour pour madame de Sévigné.--Lettre de Bussy à madame de - Sévigné à ce sujet.--Détails sur Senectaire, mentionné dans cette - lettre.--Madame de Sévigné repousse les conseils de - Bussy-Rabutin.--Nouvelle lettre de Bussy à madame de - Sévigné.--Détails sur mademoiselle de Biais.--Madame de Sévigné, - pour réprimer la licence de la plume de Bussy, lui fait part de - la résolution de montrer à sa tante de Coulanges toutes les - lettres qu'il lui écrira.--Autre lettre de Bussy à madame de - Sévigné, datée du camp de Vergès.--Apostille à la marquise de La - Trousse.--Détails sur la marquise d'Uxelles.--Cause de - l'inclination que Bussy avait pour elle.--Détails sur le duc - d'Elbeuf et la marquise de Nesle.--Le marquis de Vardes au nombre - des amis de madame de Sévigné.--Détails sur la liaison du marquis - de Vardes avec la duchesse de Roquelaure.--Bussy répond aux - sarcasmes de madame de Sévigné contre ses poulets.--Quels sont - les trois rivaux dont il est fait mention dans sa - réponse.--Madame de Sévigné quitte Paris, et se rend à sa terre - des Rochers. - - -Telle était la position de Bussy à l'égard de madame de Sévigné. -Cependant l'hiver finit, et l'on parla à la cour des généraux et des -officiers qui devaient servir pendant la campagne. Bussy obtint d'être -placé sous les ordres du prince de Conti, qui commandait en Catalogne. -Il partit au mois de mai avec ce prince, et fit route avec lui, dans -son carrosse, de Paris à Perpignan[892]. Conti était encore accompagné -du poëte Sarrazin, son secrétaire, qui mourut dans l'année, et de -l'intendant de sa maison, l'abbé Roquette, assez connu depuis, comme -évêque d'Autun, pour être le modèle que Molière a eu en vue dans son -Tartufe. Bussy sut profiter de ce voyage pour s'avancer dans la faveur -de Conti, qui ne le nommait jamais que _son templier_[893]. Ses -inclinations pour les femmes, le jeu et la bonne chère, et sa résidence -au Temple lorsqu'il était à Paris, lui avaient valu ce sobriquet. -Ainsi, c'est surtout par ses défauts que Bussy était parvenu à plaire -au prince. Celui-ci, qui ignorait les sentiments de Bussy pour sa -cousine, après lui avoir fait un grand éloge de ses charmes, lui fit -confidence de l'inclination qu'il avait pour elle. Bussy adressa -aussitôt à madame de Sévigné la lettre suivante: - -LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Montpellier, le 16 juin 1654. - -«J'ai bien appris de vos nouvelles, madame: ne vous souvenez-vous point -de la conversation que vous eûtes chez madame de Montausier avec -monsieur le prince de Conti, l'hiver dernier? Il m'a conté qu'il vous -avait dit quelques douceurs, qu'il vous avait trouvée fort aimable, et -qu'il vous en dirait deux mots cet hiver. Tenez-vous bien, ma belle -cousine! telle dame qui n'est point intéressée est quelquefois -ambitieuse; et qui peut résister aux finances du roi ne résiste pas -toujours aux cousins de sa Majesté. De la manière dont le prince m'a -parlé de son dessein, je vois bien que je suis désigné pour confident; -je crois que vous ne vous y opposerez pas, sachant, comme vous faites, -avec quelle capacité je me suis acquitté de cette charge en d'autres -rencontres. Pour moi, j'en suis ravi, dans l'espérance de la -succession: vous m'entendez bien, ma belle cousine. Si, après tout ce -que la fortune veut vous mettre en main, je n'en suis pas plus heureux, -ce ne sera pas votre faute; mais vous en aurez soin assurément, car -enfin il faut bien que vous me serviez à quelque chose. Tout ce qui -m'inquiète, c'est que vous serez un peu embarrassée entre ces deux -rivaux; et il me semble déjà vous entendre dire: - - Des deux côtés j'ai beaucoup de chagrin: - O Dieu, l'étrange peine! - Dois-je chasser l'ami de mon cousin? - Dois-je chasser le cousin de la reine? - - [892] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 400 de l'édit. in-12; et t. I, p. - 491 de l'édit. in-4º.--LORET, _Muse historique_, liv. V, p. 90. - - [893] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 419, in-12; t. I, p. 524 de - l'in-4º; BUSSY, _Discours à ses Enfants_, 1694, in-12, p. 272. - -«Peut-être craindrez-vous de vous attacher au service des princes, et -que mon exemple vous en rebutera; peut-être la taille de l'un ne vous -plaira-t-elle pas; peut-être aussi la figure de l'autre. Mandez-moi des -nouvelles de celui-ci, et les progrès qu'ils a faits depuis mon départ; -à combien d'acquits patents il a mis votre liberté. La fortune vous -fait de belles avances, ma chère cousine: n'en soyez point ingrate. -Vous vous amusez après la vertu, comme si c'était une chose solide, et -vous méprisez les biens comme si vous ne pouviez jamais en manquer: ne -savez-vous pas ce que disait le vieux Senectaire, homme d'une grande -expérience et du meilleur sens du monde: Que les gens d'honneur -n'avaient point de chausses? Nous vous verrons un jour regretter le -temps que vous aurez perdu; nous vous verrons repentir d'avoir mal -employé votre jeunesse, et d'avoir voulu avec tant de peine acquérir -et conserver une réputation qu'un médisant peut vous ôter, et qui -dépend plus de la fortune que de votre conduite..... - -«Adieu, ma belle cousine; songez quelquefois à moi, et que vous n'avez -ni parent ni ami qui vous aime tant que je fais. Je voudrais..... non, -je n'achèverai pas, de peur de vous déplaire; mais vous pouvez bien -savoir ce que je voudrais[894].» - - [894] BUSSY, _Mém._, t. I, p. 401, in-12; t. I, p. 493 de - l'in-4º.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 17, édit. Monmerqué; t. - I, p. 22, édit. de Gault de Saint-Germain. - -Les allusions que Bussy fait dans cette lettre à l'amour du -surintendant pour madame de Sévigné n'auront point échappé au lecteur. -Le vieux Senectaire, dont il est fait mention ici était Henri, seigneur -de Saint-Nectaire, père du maréchal de la Ferté-Senneterre. Ce nom de -Saint-Nectaire fut d'abord changé, par euphonie, en celui de -Senectaire, et ensuite en celui de Senneterre. Senneterre n'était point -tel que semblerait le faire présumer le mot piquant que Bussy rapporte -de lui, qui était dans sa bouche la satire du monde et de la cour, mais -non pas l'expression de ses sentiments. Senneterre avait été -ambassadeur en Angleterre[895], et mourut respecté et recherché jusqu'à -la fin, en 1662, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Pendant la Fronde il -avait été du parti des modérés, et voyait dans l'accord du duc -d'Orléans et de la reine le seul moyen de faire cesser les troubles et -de rétablir l'autorité. Courtisan sage et délié, il sut se mouvoir au -milieu d'hommes et de partis variables, sans s'attirer l'inimitié -d'aucun. Il esquiva souvent la faveur de la reine, pour ne pas trahir -la confiance du duc d'Orléans, et se montra loyal envers tous. Ami de -Châteauneuf et de Villeroy, il cessait de les seconder dans leurs -projets quand ces projets n'avaient plus pour but le bien de l'État, -mais leur ambition personnelle. Il contribua beaucoup avec le maréchal -Duplessis au retour de Mazarin, quoiqu'il n'aimât pas ce ministre et -lui fût souvent opposé; il se concilia par là sa bienveillance. Madame -de Motteville, liée avec lui d'amitié, et qui partageait tous ses -sentiments, était son intermédiaire auprès de la reine. Celle-ci, dans -les occasions importantes, désirait toujours avoir l'avis de ce Nestor -des hommes d'État, et lui demandait en secret des conseils, qu'elle ne -suivait pas, et qu'elle se repentait toujours de n'avoir pas -suivis[896]. - - [895] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 241. - - [896] CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 241.--MOTTEVILLE, t. - XXXIX, p. 211, 214, 242, 306.--RETZ, t. XLV, p. 290, 468; t. - XLVI, p. 65.--LORET, liv. II, p. 156, _lettre_ du 19 novembre - 1651. - -Nous n'avons point la réponse que madame de Sévigné fit à la lettre de -Bussy; mais nous pouvons facilement juger, par celle qu'il lui écrivit -après l'avoir reçue, avec quelle mesure, avec quelle dignité, avec -quelle franchise d'expression elle repoussa les viles insinuations de -son cousin, puisqu'elle parvint à convaincre un homme qui croyait peu à -la vertu des femmes, de la constance et de la sincérité de ses -résolutions. On voit aussi par cette lettre comment, sans se fâcher, -sans le blâmer, en lui disant même des choses agréables pour son -amour-propre et satisfaisantes pour son cÅ“ur, elle le força tout -doucement à se renfermer dans les limites où elle voulait le contenir. - - -LETTRE DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ. - - «Figuières, le 30 juillet 1654. - -«Mon Dieu, que vous avez d'esprit, ma belle cousine! que vous écrivez -bien, que vous êtes aimable! Il faut avouer qu'étant aussi prude que -vous l'êtes, vous m'avez grande obligation de ce que je ne vous aime -pas plus que je ne fais. Ma foi, j'ai bien de la peine à me retenir; -tantôt je condamne votre insensibilité, tantôt je l'excuse; mais je -vous estime toujours. J'ai des raisons de ne vous pas déplaire en cette -rencontre; mais j'en ai de si fortes de vous désobéir! Quoi! vous me -flattez, ma belle cousine, vous me dites des douceurs, et vous ne -voulez pas que j'aie les dernières tendresses pour vous! Eh bien, je ne -les aurai pas: il faut bien vouloir ce que vous voulez, et vous aimer à -votre mode. Mais vous me répondrez un jour devant Dieu de la violence -que je me fais et des maux qui s'ensuivront. - -«Au reste, madame, vous me mandez qu'après que vous êtes demeurée -d'accord avec Chapelain que j'étais un honnête homme, et que même vous -l'avez remercié du bien qu'il vous disait de moi, je ne puis plus vous -dire que vous êtes du parti du dernier venu. Je ne vois pas que cela -vous justifie beaucoup; vous m'entendez louer, et vous faites de même. -Que sais-je, s'il vous avait dit: C'est un galant homme que M. de -Bussy; il ne peut manquer de faire son chemin; il est seulement à -craindre qu'il ne s'attache un peu trop à ses plaisirs quand il est à -Paris.--Que sais-je, dis-je, si vous n'auriez pas cru qu'il eût raison, -et si, dans votre cÅ“ur au moins, vous n'auriez pas condamné ma -conduite? car enfin je vous ai vue dans des alarmes mal fondées, après -de semblables conversations. C'est une marque que les bonnes -impressions que vous avez de moi ne sont pas encore bien fortes. Bien -m'en prend que vous voyiez souvent de mes amis; sans cela mademoiselle -de Biais m'aurait bientôt ruiné dans votre esprit. Je ne vous -traiterais pas de même si l'occasion s'en présentait; je ne rejetterais -pas seulement la médisance la plus outrée qu'on me ferait de vous, mais -la plus légère même, précédée de vos louanges. Adieu, ma belle cousine; -donnez-moi de vos nouvelles[897].» - - [897] BUSSY, _Mém._, in-12, t. I, p. 423; in-4º, p. - 519.--SÉVIGNÉ, édit. 1620, t. I, p. 20; édit. de G. S.-G., t. I, - p. 26. - -La demoiselle de Biais, dont il est question dans cette lettre, était -une demoiselle de compagnie qu'avait madame de Sévigné. Elle était de -son âge, laide, sans fortune, sans esprit, mais fort instruite. Madame -de Sévigné, dans une de ses lettres, l'appelle la petite de Biais, et -paraît disposée à s'égayer sur son compte[898]; par la suite, le fils -de madame de Sévigné la nommait, par dérision, sa tante[899]. -Mademoiselle du Pré, une des précieuses du cercle de mademoiselle de -Scudéry, s'étonne beaucoup, dans une lettre adressée au comte de -Bussy[900], que cette demoiselle, âgée de quarante-cinq ans[901], ait -pu enfin trouver un mari. - - [898] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 9 juin 1680, t. VI, p. 304 et - 305. - - [899] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 15 décembre 1675, t. IV, p. - 129. - - [900] _Lettre de mademoiselle du Pré au comte de Bussy_, en date - du 22 juin 1671, dans les _Nouvelles Lettres de messire Roger de - Rabutin, comte de Bussy_, t. V, p. 191. - - [901] Non pas cinquante-cinq, comme il est dit dans la note des - _Lettres de madame de Sévigné_, t. I, p. 21. - -Madame de Sévigné fut satisfaite de la docilité de son cousin; mais -cependant, pour se prémunir à l'avenir contre les licences de sa plume, -elle jugea convenable de s'astreindre à montrer toutes les lettres -qu'elle recevrait de lui à sa tante maternelle, Henriette de Coulanges, -veuve de François Hardi, marquis de La Trousse. Elle fit part de cette -résolution à Bussy, et tâcha en même temps de lui persuader que cette -bonne et durable amitié qui devait présider à leur commerce -alimenterait mieux leur correspondance que tous ses poulets d'amour -dictés par la coquetterie, la fausseté et la perfidie, plutôt que par -un sentiment vrai. Bussy, qui prenait plaisir à ses entretiens -épistolaires avec sa cousine, ne s'offensa point des précautions -qu'elle prenait contre lui; elles le flattaient, sans le décourager. Il -lui adressa une nouvelle et longue lettre, datée du camp de Vergès, le -17 août. Dans cette lettre il lui disait: - -LETTRE DE BUSSY DE RABUTIN A MADAME DE SÉVIGNÉ. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -«Je crois donc, ma belle cousine, que vous m'aimez; et je vous assure -que je suis pour vous comme vous êtes pour moi, c'est-à -dire content au -dernier point de vous et de votre amitié. Ce n'est pas que je demeure -d'accord avec vous que votre lettre, toute franche et toute signée -comme vous dites, fasse honte à tous les poulets; ces deux choses n'ont -rien de commun entre elles: il vous doit suffire que l'on approuve -votre manière d'écrire à vos bons amis, sans vouloir médire des -poulets, qui ne vous ont jamais rien dit. Vous êtes une ingrate, -madame, de les traiter mal, après qu'ils ont eu tant de respect pour -vous; pour moi, je vous l'avoue, je suis dans l'intérêt des poulets, -non pas contre vos lettres, mais je ne vois pas qu'il faille prendre -de parti entre eux; ce sont des beautés différentes: vos lettres ont -leurs grâces, et les poulets les leurs. Mais, pour vous parler -franchement, si l'on pouvait avoir de vos poulets, madame, on ne ferait -pas tant de cas de vos lettres. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -«Je suis bien aise que vous soyez satisfaite du surintendant: c'est une -marque qu'il se met à la raison, et qu'il ne prend plus tant les choses -à cÅ“ur qu'il faisait. Quand vous ne voulez pas ce qu'on veut, madame, -il faut bien vouloir ce que vous voulez; on est encore trop heureux de -demeurer de vos amis: il n'y a guère que vous, dans le royaume, qui -puissiez réduire un amant à se contenter d'amitié; nous n'en voyons -presque point qui d'amant éconduit ne devienne ennemi; et je suis -persuadé qu'il faut qu'une femme ait un mérite extraordinaire pour -faire en sorte que le dépit d'un amant maltraité ne le porte pas à -rompre avec elle. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -«Je suis ravi d'être bien avec messieurs vos oncles [l'abbé de Livry et -Philippe de Coulanges]; jalousie à part, ce sont d'honnêtes gens: mais -il n'y a personne de parfait dans ce monde; s'ils n'étaient jaloux, ils -seraient peut-être quelque chose de pis. Avec tout cela je ne les -crains pas trop; et savez-vous bien pourquoi, madame? C'est que je vous -crains beaucoup, et que vous êtes cent fois plus jalouse de vous -qu'eux-mêmes. - -«J'oubliais de vous dire que j'écris à M. de Coulanges sur la mort de -madame sa femme [Marie Le Fèvre d'Ormesson, morte, le 5 juillet 1654]. -Madame de Bussy me mande que je lui ai bien de l'obligation de ce qu'il -a fait pour moi à la chambre des comptes. Ce qui redouble le déplaisir -que j'ai de la perte qu'il a faite, c'est que j'appréhende qu'il ne -devienne mon quatrième rival, car il avait assez de disposition du -vivant de sa femme; mais la considération le retenait toujours. - -«Adieu, ma belle cousine; c'est assez badiner pour cette fois. Voici le -sérieux de ma lettre: je vous aime de tout mon cÅ“ur[902].» - - [902] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 22, édit. de Monmerqué; t. I, - p. 98, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Mém._, édit. in-12, t. I, p. - 428; édit. in-4º, p. 52. - -Dans l'apostille de cette lettre il s'adresse à madame la marquise de -La Trousse, et termine en disant: «Madame, en vous rassurant sur les -lettres trop tendres, j'ai honte d'en écrire de si folles, sachant que -vous devez les lire, vous qui êtes si sage, et devant qui les -précieuses ne font que blanchir. Il n'importe; votre vertu n'est point -farouche, et jamais personne n'a mieux accordé Dieu et le monde que -vous ne faites.» - -Bussy donne à sa cousine des nouvelles de Corbinelli, qu'il avait -emmené avec lui. Il se plaint qu'elle ne lui dit rien sur la marquise -d'Uxelles, «qui, dit-il, est de ses bonnes amies, et assez des -siennes». Il veut savoir ce qu'elle fait; il voudrait faire quelque -chose pour elle, et «si elle veut sortir de condition,» il lui en -offrira. «Est-ce qu'elle n'est plus à Paris, dit-il, ou que vous ne -voulez pas m'en parler, de peur d'être obligée de me mander ce qu'elle -fait?» Cette manière de s'exprimer de Bussy sur la marquise d'Uxelles -prouve (ce que nous avons déjà dit) qu'elle était galante. Son nom de -famille était Marie de Bailleul; elle s'était mariée avec le marquis de -Nangis. Devenue veuve après un an, elle avait épousé en secondes noces -Louis Chalons du Blé, marquis d'Uxelles, lieutenant général. C'était -une femme très-aimable, en correspondance avec un grand nombre de beaux -esprits et de personnages célèbres de son temps[903], et -particulièrement avec le petit Coulanges et avec madame de Sévigné, à -laquelle elle a survécu. Après avoir fait à son second mari nombre -d'infidélités, elle lui fit ériger, après sa mort, un magnifique -tombeau[904]. Elle profita de son intimité avec Louvois pour élever son -fils, qu'elle aimait peu[905], aux premières dignités militaires. - - [903] MONMERQUÉ, dans les _Lettres de Sévigné_, t. I, p. 25, note - _a_. - - [904] _Lettre de Coulanges_, en date du 1er août 1705, dans - l'édit. des _Lettres de Sévigné_ de Gault de Saint-Germain, 1823, - in-8º, t. XI, p. 418 à 420. - - [905] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 7. _lettre_ en date du 20 - juin 1672, p. 32; _lettre_ en date du 8 juillet 1672, du 26 août - 1676, t. IV, p. 438.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLII, p. 356. - -Bussy, malgré sa liaison avec madame de Monglat, ses intrigues avec la -marquise de Gouville, dont nous parlerons dans la suite de ces -Mémoires, poursuivit encore de ses attentions la marquise d'Uxelles; -mais le ton cavalier qu'il se permettait à son égard dans ses instances -amoureuses donnait à son orgueil les moyens de se consoler d'éprouver -un échec là où d'autres avaient réussi. La marquise d'Uxelles lui -plaisait plus par son esprit que par sa beauté. Il aimait à entretenir -avec elle une correspondance qui de sa part, et avec une femme de ce -caractère, eût eu moins d'agrément, et n'aurait pu être aussi fréquente -et aussi longtemps prolongée, si la galanterie n'en avait été la base -et le prétexte[906]. - - [906] SÉVIGNÉ, _lettre_ en date du 4 août 1657 (de Bussy à - Sévigné), t. I, p. 54.--BUSSY, _Mém._, édit. in-12, t. II, p. - 91.--_Supplément aux Mémoires de Bussy_, t. I, p. 158. Voyez - ci-dessus, chap. 37, p. 511. - -Dans cette même lettre à madame de Sévigné, Bussy s'étonne de la -constance du duc d'Elbeuf pour la marquise de Nesle[907]. «Ne voit-il -pas, dit-il, ses dents, ou plutôt ne les sent-il pas! Je savais bien -que l'amour ôtait la vue; mais j'ignorais qu'il privât de l'odorat.» -Bussy serait, d'après cela, très-inquiet de ce que deviendrait la -duchesse d'Elbeuf, s'il ne pensait pas que cette belle, récemment -revenue des eaux de Bourbon, n'eût déjà pris des mesures pour se -venger, et s'il ne croyait pas son mari déjà sur la défensive. Bussy -n'aurait pas fait de telles plaisanteries sur cette jeune femme, déjà -mariée en secondes noces, s'il avait pu prévoir qu'elle dût mourir à -l'âge de vingt-huit ans, six semaines après la lettre qu'il -écrivait[908]. Cependant Bussy était bien instruit de ce qui la -concernait: il savait que la duchesse d'Elbeuf avait favorablement -écouté le plus aimable, le plus brillant des séducteurs de cette -époque, le marquis de Vardes; c'était aussi le plus célèbre par le -nombre de ses conquêtes. Bussy le vit à l'armée, où il avait un -commandement; et il apprit par lui ce qu'il avait jusque là ignoré, que -le marquis de Vardes était aussi au nombre des amis ou du moins des -connaissances de la marquise de Sévigné. Au ton sérieux qu'il prend -tout à coup en parlant de lui, on s'aperçoit que cette nouvelle lui -cause de l'inquiétude, et qu'il cherche à prémunir sa cousine contre un -homme aussi dangereux. C'est après avoir fait mention de la duchesse -d'Elbeuf qu'il ajoute: «Nous avons ici le marquis de Vardes, un de ses -amants, qui m'a dit qu'il était de vos amis, et qu'il voulait vous -écrire. Je sais, par M. le prince de Conti, qu'il a dessein d'être -amoureux de la duchesse de Roquelaure cet hiver: et sur cela, madame, -ne plaignez-vous pas les pauvres femmes, qui bien souvent récompensent -par une véritable passion un amour de dessein, c'est-à -dire donnent du -bon argent pour de la fausse monnaie!» - - [907] SÉVIGNÉ, t. I, p. 23, édit. de 1820. - - [908] _Ibid._, p. 24. - -Bussy, en ne songeant qu'à sa cousine, tirait un pronostic trop -véritable. Charlotte-Marie de Daillon, fille du comte du Lude, duchesse -de Roquelaure, ne comptait pas encore une année de mariage, lorsque -Vardes méditait sa ruine[909]. La surprise qu'avait causée à la cour -son éclatante beauté n'avait pas encore cessé. Son mari, ce même duc de -Roquelaure qui s'est acquis par ses bons mots et ses bouffonneries une -célébrité populaire, amoureux et jaloux, la surveillait avec la -vigilance d'un avare environné d'envieux qui cherchent à lui ravir le -nouveau trésor dont il est devenu possesseur. Vardes sut cependant -fasciner ses yeux d'Argus, et ne réussit que trop à se faire aimer de -la duchesse de Roquelaure. Mais comme le caractère du duc exigeait la -plus grande discrétion et le plus profond mystère, les deux amants, -d'accord, cherchèrent les moyens de se voir sans éveiller ses soupçons. -La duchesse les trouva en mettant dans ses intérêts et dans sa -confidence un abbé que son mari avait placé près d'elle comme gardien -de sa vertu, et qui était chargé de lui rendre compte de toutes ses -actions. Cette intrigue fut tenue tellement secrète, que, malgré ce que -Vardes avait dit au prince de Conti, personne n'en soupçonna -l'existence. Mais Vardes fut bientôt rebuté par tant de précautions, et -fatigué d'un attachement qui entraînait avec lui tant d'ennui et de -perte de temps. Ses impatiences, son antipathie contre toute -contrainte, décelèrent l'affaiblissement de son amour. Sa présence aux -rendez-vous devint de plus en plus rare; il cessa enfin de s'y trouver, -et il forma d'autres liens. - - [909] CONRART, _Mém._, t. XLVIII, p. 250.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. - I, p. 24, 46, édit. 1820, _lettre_ en date du 25 novembre 1655; - et t. I, p. 56, de l'édit. de G. de S.-G.--LORET, liv. IV, p. 109 - et 113, _lettres_ 34 et 35, en date des 20 et 26 septembre année - 1653. - -Le désespoir de la duchesse de Roquelaure ne peut se décrire. Depuis -longtemps tous ceux qui l'approchaient cherchaient par intérêt et par -ambition à la faire céder aux instances du jeune duc d'Anjou, le frère -du roi, qui la recherchait. Elle-même alors voulut se contraindre à -écouter le jeune prince, afin de pouvoir oublier Vardes; mais elle ne -put y parvenir. Sa santé déclina rapidement. Elle dit aux personnes qui -lui donnaient des soins, et qui étaient entrées le plus avant dans son -intimité, qu'il était inutile qu'on lui fît aucun remède; qu'une -passion qu'elle avait dans le cÅ“ur la consumait, et qu'elle désirait -mourir. On chercha à connaître, on s'efforça de deviner, quel était -l'objet d'un sentiment si profond, d'une si ardente affection; mais on -ne put même former une conjecture à ce sujet, car elle montrait une -égale indifférence pour tous les hommes, quoique tous cherchassent à -lui plaire. Quelque temps après, à la suite d'un accouchement -difficile, le 15 décembre 1657, elle mourut; et l'on sut alors que -Vardes, qui depuis quelque temps ne fréquentait plus sa maison, était -celui dont elle avait caché le nom avec tant de soin. Cette femme, si -sensible et si belle, n'avait que vingt-trois ans lorsqu'elle termina -sa vie. Elle fut universellement regrettée. On chérissait sa douceur, -sa bonté, ses gentillesses, ses grâces, autant qu'on admirait sa -beauté. La cour entière fut attristée par sa mort, et sentit qu'elle -avait perdu un de ses principaux ornements[910]. La duchesse de -Roquelaure était sÅ“ur du comte du Lude, ce constant adorateur de -madame de Sévigné. - - [910] LORET, liv. VIII, p. 105, _lettre_ du 22 décembre 1657; - liv. V, p. 85, _lettre 28_, en date du 11 juillet 1654. - -Bussy n'aurait pas écrit une aussi longue lettre à sa cousine -uniquement pour l'entretenir des autres, sans s'occuper de lui-même; ce -que nous en avons cité prouve au contraire que c'est par là qu'il -commence, que c'est aussi par là qu'il termine. Il ne pouvait en effet -se dispenser de manifester les regrets que lui faisait éprouver la -défense de ne plus parler de son amour: auteur de nombreux poulets tant -en prose qu'en vers, il ne voulut pas laisser sans réponse les -sarcasmes de sa cousine contre les poulets. - -Les trois rivaux dont Bussy parle dans sa lettre, sur un ton moitié -sérieux moitié plaisant, étaient le prince de Conti, le surintendant -Fouquet, et le comte du Lude. - -Quelques semaines après la réception de cette lettre, madame de Sévigné -quitta Paris pour se rendre à sa terre des Rochers. Ce départ ne -terminait pas la lutte périlleuse qu'elle soutenait contre Bussy. - - - - -TABLE SOMMAIRE - -DES CHAPITRES DE CE VOLUME. - -CHAPITRE PREMIER.--1592-1627. Pages - - Ancêtres de Marie de Rabutin-Chantal. 1 - -CHAPITRE II.--1626-1644. - - Sa naissance, son éducation. 8 - -CHAPITRE III.--1634-1644. - - De la jeunesse de Marie de Rabutin-Chantal, et de son mariage - avec le marquis de Sévigné. 18 - -CHAPITRE IV. - - De l'hôtel de Rambouillet, et de la société qui s'y réunissait. 24 - -CHAPITRE V.--1644. - - Une matinée de madame de Sévigné passée à l'hôtel de - Rambouillet. 38 - -CHAPITRE VI.--1644-1648. - - Liaisons de madame de Sévigné avec Ménage, Chapelain, Marigny, - l'abbé de Montreuil, Saint-Pavin, Segrais. 57 - -CHAPITRE VII. - - Des personnages de la haute classe qui firent leur cour à - madame de Sévigné.--De Bussy, et de ses intrigues - amoureuses. 81 - -CHAPITRE VIII.--1644-1646. - - Du marquis de Sévigné, de sa terre des Rochers, de Bussy, - de Montreuil et de Lenet. 105 - -CHAPITRE IX.--1647-1648. - - De Bussy, de Condé.--Madame de Sévigné accouche d'un fils. 119 - -CHAPITRE X.--1645-1649. - - De Bussy et de madame de Miramion. 124 - -CHAPITRE XI.--1648. - - De Bussy, de l'évêque de Châlons, et de madame de Sévigné. 150 - -CHAPITRE XII.--1648-1649. - - De la Fronde, de ses causes, de ses commencements et de ses - progrès; journée des Barricades. 156 - -CHAPITRE XIII.--1848-1649. - - De Bussy; madame de Sévigné accouche d'une fille. 183 - -CHAPITRE XIV.--1649-1650. - - De Bussy, de madame de Sévigné; arrestation des princes. 197 - -CHAPITRE XV.--1650. - - Des divers partis de la Fronde. 209 - -CHAPITRE XVI.--1650-1651. - - Du chevalier Renaud de Sévigné, de madame et de mademoiselle - de La Vergne, de Scarron et de madame de Sévigné. 223 - -CHAPITRE XVII.--1650. - - De Ninon de Lenclos et du marquis de Sévigné. 234 - -CHAPITRE XVIII.--1651. - - De Bussy et de madame de Sévigné, de Ninon de Lenclos et du - marquis de Sévigné. 264 - -CHAPITRE XIX.--1651. - - De Ninon de Lenclos, de Scarron, du marquis et de la marquise - de Sévigné. 270 - -CHAPITRE XX.--1651. - - De madame de Gondran; du marquis de Sévigné, de son duel - avec d'Albret, et de sa mort. 278 - -CHAPITRE XXI.--1651. - - De madame de Sévigné et de son veuvage; intrigues dans Paris. 286 - -CHAPITRE XXII.--1651. - - Événements de la Fronde, des résolutions de madame de Sévigné - à cette époque. 303 - -CHAPITRE XXIII.--1651-1652. - - La Fronde et la guerre civile. 320 - -CHAPITRE XXIV.--1651-1652. - - De madame de Sévigné, de Tonquedec et de Rohan; des intrigues - amoureuses du cardinal de Retz, et des désastres de la - guerre civile. 344 - -CHAPITRE XXV.--1652. - - Événements de la Fronde, fanatisme des partis, combat de - Bleneau. 361 - -CHAPITRE XXVI.--1652-1653. - - Derniers événements de la Fronde; comparaison de Mazarin et - de Retz. 369 - -CHAPITRE XXVII.--1652-1653. - - Division des partis; de Rohan-Chabot et de madame de Sévigné. 391 - -CHAPITRE XXVIII.--1652-1653. - - De Gaston, de MADEMOISELLE, de Turenne, et du duc de - Lorraine. 402 - -CHAPITRE XXIX.--1652-1653. - - Le duc de Lorraine à Paris; de MADEMOISELLE, des religieuses - de Longchamps. 413 - -CHAPITRE XXX.--1652-1653. - - Continuation de la guerre civile; du combat de Saint-Antoine. 423 - -CHAPITRE XXXI.--1652-1653. - - Massacre à l'hôtel de ville; derniers événements de la guerre - de Paris. 430 - -CHAPITRE XXXII.--1652-1653. - - De Balzac, de Conrart, de Ménage, et de son idylle adressée à - madame de Sévigné. 445 - -CHAPITRE XXXIII.--1652-1653. - - De madame de Sévigné, du marquis de Tonquedec et du duc de - Rohan-Chabot. 456 - -CHAPITRE XXXIV.--1652-1653. - - De madame Scarron et de madame de Sévigné. 462 - -CHAPITRE XXXV.--1653-1654. - - De madame de Sévigné et des partis; conversion de la duchesse - de Longueville; fin de la guerre civile. 477 - -CHAPITRE XXXVI.--1653-1654. - - Guerre avec l'Espagne et Condé; plaisirs dans Paris; des - nouvelles précieuses, madrigal à madame de Sévigné. 481 - -CHAPITRE XXXVII.--1653-1654. - - De Bussy, de madame de Monglat, de madame de Sévigné, de - Corbinelli. 501 - -CHAPITRE XXXVIII.--1654. - - Spectacles de Paris, ballets royaux; de Bussy, de madame de - Sévigné. 513 - -CHAPITRE XXXIX.--1654. - - De Bussy, du prince de Conti; madame de Sévigné part pour - les Rochers. 526 - - - - -A LA MÊME LIBRAIRIE - -CLASSIQUES FRANÇAIS - -COLLECTION IN-18 JÉSUS - - - =Beaumarchais.= Théâtre, 1 vol. 3 fr. - - =Bernardin de Saint-Pierre.= Paul et Virginie. 1 vol. 3 fr. - -- Études de la nature. 1 vol 3 fr. - - =Boileau.= Å’uvres. 1 vol. 3 fr. - - =Bossuet.= Sermons. 1 vol. 3 fr. - -- Oraisons funèbres. 1 vol. 3 fr. - -- Discours. 1 vol. 3 fr. - - =Buffon.= Époques de la nature. 1 vol. 3 fr. - -- Les Animaux. 1 vol. 3 fr. - - =Châteaubriand.= Atala. 1 vol. 3 fr. - -- Génie du Christianisme. 2 vol. 6 fr. - -- Martyrs. 1 vol. 3 fr. - -- Natchez. 1 vol. 3 fr. - -- Itinéraire de Paris à Jérusalem. 2 vol. 6 fr. - -- Mélanges politiques et littéraires. 1 vol. 3 fr. - -- Études historiques. 1 vol. 3 fr. - -- Analyse raisonnée de l'histoire de France. 1 vol. 3 fr. - - _Chefs-d'Å“uvre tragiques._ 2 vol. 6 fr. - - _Chefs-d'Å“uvre comiques._ 8 vol. 24 fr. - - _Chefs-d'Å“uvre historiques._ 2 vol. 6 fr. - - _Classiques de la table._ 2 vol. 6 fr. - - =Corneille.= Théâtre. 2 vol. 6 fr. - - =Courier= (Paul-Louis). 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Vol. 1/6, by Charles Athanase Walckenaer</title> - <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> - <style type="text/css"> - - h1,h2 {text-align: center; - clear: both;} - - h1 {margin-top: 2em;} - - h2 {margin-top: 4em; margin-bottom: 1em;} - - h2.normal {margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; - page-break-after: avoid;} - - div.titlepage, - div.frontmatter - { - text-align: center; - page-break-before: always; - page-break-after: always; - } - - div.titlepage p - { - text-align: center; - font-weight: bold; - line-height: 1.8em; - } - - div.frontmatter p - { - text-align: center; - margin-top: 4em; - } - - .titlepage p - { - text-align: center; - font-weight: bold; - line-height: 1.3em; - } - - div.chapter - {page-break-before: always; margin-top: 4em; margin-bottom: 2em; text-align: center;} - - div.topspace {margin-top: 4em;} - - .space {margin-top: 2em;} - - .end - { - text-align: center; - font-size: small; - margin-top: 2em; - margin-bottom: 4em; - } - - hr.deco {width: 5%;} - hr.tb {width: 5%; 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (1/6) - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: September 30, 2015 [EBook #50083] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. -Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p> - -<h1><span class="xlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="xs">SUR MADAME</span><br /> -<span class="xxlarge">DE SÉVIGNÉ.</span><br /> -<span class="large">PREMIÈRE PARTIE.</span></h1> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p> - -<div class="frontmatter"><br /> -<hr class="deco" /><br /> -<p class="small">TYPOGRAPHIE DE H. FIRMIN DIDOT.—MESNIL (EURE)</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p> - -<div class="topspace titlepage"> -<p><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="medium">TOUCHANT</span><br /> -<span class="xlarge">LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="large">DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span><br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY</span><br /> -<span class="large">MARQUISE DE SÉVIGNÉ,</span></p> -<p><span class="small">DURANT LA RÉGENCE ET LA FRONDE.</span><br /> -<span class="xs">SUIVIS</span><br /> -<span class="xs">De Notes et d'Éclaircissements,</span><br /> -<span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="large">M. LE BARON WALCKENAER.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">TROISIÈME ÉDITION,</span><br /> -<span class="small">REVUE ET CORRIGÉE.</span></p> -<hr class="deco" /> - -<p><span class="large">PARIS,</span><br /> -<span class="medium">LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C<sup>IE</sup>,</span><br /> -<span class="xs">IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE,</span><br /> -<span class="xs">RUE JACOB, 56.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">1856.</span></p> -</div> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span> -<span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<h2><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="large">TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="xs">DE</span><br /> -<span class="medium">MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span>,<br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY</span>,<br /> -<span class="xlarge">MARQUISE DE SÉVIGNÉ.</span></h2> - -<p class="extra">CHAPITRE PREMIER.<br /> -<span class="medium">1592-1627.</span></p> - -<p class="hanging indent"> -Château de Bourbilly.—Famille des Rabutins.—Tableau représentant -sainte Chantal.—Belle réponse de Bénigne Fremyot.—Postérité -de sainte Chantal.—De Bénigne Rabutin.—Son duel avec -Boulleville.—Son combat à l'Ile de Ré.—Sa mort.</p> -</div> - -<p>A deux lieues au sud-ouest de la ville de Semur en -Bourgogne, et à la même distance de l'ancien bourg d'Époisses, -dans un vallon tapissé de prairies et de toutes -parts environné de coteaux que couvrent des bois et des -vignes, s'élève, près des bords d'une petite rivière, le vieux -château de Bourbilly. La rivière, que l'on nomme le Sérain, -du haut d'un rocher se précipite en cascade dans -le vallon, le traverse, s'y divise, et roule en murmurant -ses eaux limpides. Le château, entouré de murailles épaisses -et flanquées de tourelles, présentait à l'extérieur un -<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -carré, et à l'intérieur une vaste cour. Son entrée était fermée -par un pont-levis que dominait une tour.</p> - -<p>Ce domaine, qui relevait comme fief de la seigneurie -d'Époisses, était devenu l'apanage de la branche ainée des -Rabutins, lorsque, à une époque très-reculée, le lieu d'où -cette famille tirait son nom, situé dans la paroisse de -Changy, près de Charolles, eut été détruit.<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a> Bourbilly -devint alors la principale habitation des Rabutins; la chapelle -était affectée à leur sépulture, et les terres qui en -dépendaient fournissaient les plus fortes parties de leurs -revenus.</p> - -<p>Le château il y a dix ans<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a> ne s'offrait déjà plus aux -regards des voyageurs tel qu'il était autrefois. A la place -du pont-levis on voyait un pont en briques, de deux arches, -et au lieu de la tour un petit bâtiment entouré d'arbres. -Une des principales façades venait d'être abattue; les vastes -salles des corps de logis qu'on avait conservés étaient -converties en greniers: il ne restait plus de leur antique -magnificence que des chambranles de cheminée curieusement -sculptés, et sur les murs des peintures à demi effacées, -parmi lesquelles on distinguait l'écusson des Rabutins, -qui par leurs alliances tenaient à la première -dynastie des ducs de Bourgogne et à la famille royale de -Danemark.<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a> Un seul portrait avait résisté comme par miracle -à toutes les causes de destruction: c'était celui de -la pieuse Chantal.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span> -Cette sainte femme était la fille de Bénigne Fremyot, -de ce courageux président au parlement de Dijon, qui, -menacé par les ligueurs, s'il n'embrassait leur parti, de -voir immoler son fils, qu'ils avaient fait prisonnier, répondit: -«Il vaut mieux au fils de mourir innocent, qu'au -père de vivre perfide.» Ce fils fut depuis archevêque de -Bourges. Sa sœur, Jeanne Fremyot, avait épousé, en 1592, -Christophe second de Rabutin, baron de Chantal et de -Bourbilly, gouverneur de Semur, qui périt à l'âge de -trente-six ans, d'une blessure reçue par accident à la -chasse. Sa veuve se retira avec ses enfants chez son beau-père, -Guy de Rabutin, dans le château de Chantal, près -d'Autun, commune de Montelon<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a>. C'est dans ce séjour, -où elle demeura pendant plus de sept ans, que Fremyot -de Chantal, obligée de donner ses soins à un vieillard -brusque et quinteux, que dominait une servante méchante -et intéressée, eut occasion d'exercer ces vertus chrétiennes -qui lui ont valu, plus d'un siècle après sa mort, les honneurs -de la canonisation. On sait que ce fut elle qui fut -la fondatrice de l'ordre de la Visitation, et qu'elle mourut -à Moulins, le 13 décembre 1641, dans un des quatre-vingt-sept -monastères de son ordre qu'elle avait établis. -On montre encore aujourd'hui, dans le petit village de -Bourbilly, le grand four où cette sainte veuve faisait cuire -elle-même le pain des pauvres<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>.</p> - -<p>Elle n'avait eu qu'un seul fils, Celse-Bénigne de Rabutin, -né en 1597. Il fut élevé à Dijon, chez ce président -Fremyot, son aïeul, dont nous avons parlé. Bénigne de -<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -Rabutin épousa, en 1624, Marie de Coulanges, fille de -Philippe, seigneur de la Tour-Coulanges, conseiller d'État, -secrétaire des finances<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>. Aucun cavalier ne pouvait alors -être comparé à Bénigne de Rabutin, soit pour les avantages -du corps, soit pour ceux de l'esprit; aucun d'eux ne -l'emportait sur lui en courage; aucun ne pouvait l'égaler -par son amabilité, par cette inépuisable gaieté qui lui -faisait donner aux choses les plus communes un tour original<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>. -Mais de graves défauts nuisaient à tant de brillantes -qualités: il était vif, colère; il poussait la franchise -jusqu'à la rudesse, et manifestait quelquefois son -dédain et sa causticité par un laconisme insolent. Aussi -eut-il souvent occasion de se soustraire à la rigueur des -édits qui prohibaient les duels.</p> - -<p>L'année même de son mariage, il assistait, à Paris, -au service divin avec sa femme et toute sa famille. Il venait -de communier, lorsqu'un laquais entra dans l'église, -et lui vint dire que Boutteville de Montmorency, son -ami, l'attendait à la porte Saint-Antoine, et avait besoin -de lui pour être son second contre Pont-Gibaud, cadet -de la maison de Lude. Le baron de Chantal, quoique en -souliers à mule de velours noir, et dans un costume qui -n'était nullement celui d'un combat, quitte l'autel, se -rend à l'instant même au lieu du rendez-vous, et se bat -avec sa bravoure ordinaire<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -Les lois civiles et religieuses étaient également outragées -par cet acte téméraire. Le zèle des prédicateurs s'en -émut; on dirigea des poursuites contre le baron de Chantal; -il fut obligé de se cacher chez son beau-frère, le -comte de Toulongeon. Cette leçon ne le corrigea point; -et ce même Boutteville, six mois après, l'aurait encore -entraîné dans sa querelle avec le duc d'Elbeuf, si la duchesse -d'Elbeuf, prévenue à temps, n'eût fait intervenir -le roi, qui empêcha ce duel<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a>.</p> - -<p>Cependant le cardinal de Richelieu ne s'opposa point à -ce que le baron de Chantal reparût à la cour; mais il ne -lui pardonna pas son étroite liaison avec Henri de Talleyrand, -prince de Chalais, qui avait été décapité comme coupable -de haute trahison. Tout sentiment généreux est -suspect au despotisme; son inexorable vengeance poursuit -jusque dans la tombe l'objet de sa haine, et il persécute -jusqu'au souvenir qui en reste. Il fut facile au cardinal -de Richelieu de fermer tout accès à la faveur à un homme -dont l'esprit indépendant et railleur devait surtout déplaire -à Louis XIII, monarque d'un caractère faible et -d'un esprit méticuleux.</p> - -<p>Le supplice du comte de Boutteville, à qui son ardeur -effrénée pour les duels avait fait trancher la tête le 21 juin -1627, acheva de désespérer le baron de Chantal. Il apprit -que les Anglais, pour secourir les protestants de la Rochelle, -devaient faire une descente sur les côtes de France, -et il s'empressa de se rendre dans l'île de Ré, dont le marquis -de Toiras, son ami, était gouverneur. Il lui demanda -de servir sous ses ordres comme volontaire, satisfait d'avoir -saisi cette occasion d'exercer sa bravoure et de courir -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -des dangers pour la défense de son pays. L'homme énergique -qui dans l'âge de l'ambition est condamné au repos -et repoussé de la carrière des honneurs par la persécution -cherche hors de l'enceinte tracée un noble but à ses -efforts: lorsqu'il l'aperçoit, dût-il y trouver la mort, il -s'élance vers lui de tout son courage, et demande à la -gloire ce que le pouvoir lui refuse.</p> - -<p>Le 22 juillet 1627, au soir, on vit paraître les Anglais -près des côtes de l'île de Ré. A la faveur de la marée montante, -ils s'approchèrent de la pointe de Semblenceau, et -mirent deux mille hommes à terre. Leurs chaloupes continuaient -à augmenter ce nombre, lorsque Toiras s'avança -contre eux avec huit cents hommes d'infanterie et deux -cents chevaux, qu'il divisa en sept escadrons, dont cinq -étaient placés à l'avant-garde et deux derrière l'infanterie. -Le premier de ces escadrons, composé des gentils-hommes -volontaires et de l'élite de la noblesse, était commandé -par le baron de Chantal. Ces cinq escadrons s'avancèrent -d'abord au pas et en bon ordre; mais, pris en flanc par le -canon des vaisseaux, qui tonnait de toutes parts, ils furent -obligés de partir et de fondre à bride abattue sur l'ennemi, -que d'abord ils repoussèrent jusque dans l'eau. La précipitation -qu'ils avaient mise dans leur attaque ne permit pas -à l'infanterie, qui cheminait péniblement dans le sable, -d'arriver à temps pour les soutenir; et les deux escadrons -qui étaient restés en arrière, n'ayant point reçu d'ordre -de Toiras, demeurèrent immobiles. Alors les Anglais, s'apercevant -du petit nombre de ceux qu'ils avaient à combattre, -reprirent courage; et, redoublant le feu de leurs -vaisseaux, par le moyen de leurs canons à cartouches et -des mousquetaires dont ils les avaient bordés, ils firent reculer -la cavalerie et l'infanterie des Français, et les mirent -<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -en déroute. Ce combat avait duré six heures; et dans le -nombre des gentils-hommes français qui y périrent, on -compta le frère de Toiras, les barons de Navailles, -de Cause, de Verrerie du Tablier, et le baron de Chantal<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>. -Ce dernier avait eu trois chevaux tués sous lui, -et avait reçu vingt-sept coups de lance. Si l'on en croit -l'historien Gregorio Leti, autorité douteuse, ce fut le célèbre -Cromwell qui le blessa mortellement<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>. Ainsi périt, -dans la trente et unième année de son âge, le dernier des -descendants mâles de la branche aînée des Rabutins. Il -n'eut qu'un seul enfant de son mariage avec Marie de -Coulanges: c'était Marie de Rabutin-Chantal, depuis célèbre -sous le nom de Sévigné, et qui est l'objet de ces -Mémoires<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span></p> -<h2>CHAPITRE II.<br /> -<span class="medium">1626-1644.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Naissance de Marie de Rabutin.—Devient orpheline à l'âge de six -ans.—N'a point connu la piété filiale.—Est délaissée par son -aïeule sainte Chantal.—Est placée sous la tutelle de Philippe de -la Tour de Coulanges.—Passe sa première enfance au village de -Sucy, avec son cousin de Coulanges, le chansonnier.—Mort de Philippe -de Coulanges.—L'éducation de Marie de Rabutin est confiée -à Christophe de Coulanges, abbé de Livry.—Caractère de cet -abbé.—Des obligations que lui a madame de Sévigné.—Elle -reçoit les leçons de Chapelain et de Ménage.—De ce qu'elle doit -à l'éducation, et de ce qu'elle doit à la nature.</p> -</div> - -<p>Marie de Rabutin-Chantal naquit à Paris, le jeudi 5 février -1626, dans l'hôtel que son père occupait à la place -Royale du Marais, le quartier le plus renommé alors pour -l'élégance des habitations. Elle fut tenue le lendemain sur -les fonts de baptême par messire Charles Le Normand, -seigneur de Beaumont, mestre de camp, gouverneur de -la Fère, et premier maître d'hôtel du roi, et par Marie de -Baise, femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller -du roi en ses conseils d'État<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>. Marie de Rabutin-Chantal -perdit sa mère en 1632, et fut orpheline à l'âge de six -ans. Les doux sentiments de la piété filiale n'eurent pas -le temps de se développer en elle. Il est remarquable qu'ils -paraissent avoir été inconnus à cette femme, qui encourut -<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span> -le reproche de s'être livrée avec excès à la plus désintéressée -comme à la plus touchante des passions, l'amour -maternel. Dans les lettres nombreuses qu'elle nous a laissées, -on ne trouve ni le nom de sa mère, ni un souvenir -qui la concerne. Elle y parle une ou deux fois de son père, -mais c'est pour faire allusion à l'originalité de ses défauts<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>. -Dans une lettre à sa fille, en date du 22 juillet, -elle ajoute après cette date: «Jour de la Madeleine, où -fut tué, il y a quelques années, un père que j'avais<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a>.» -Qu'elle est triste cette puissance du temps et de la mort, -puisqu'une âme aussi sensible ne paraît pas même avoir -éprouvé le besoin si naturel de chercher à renouer la -chaîne brisée des affections et des regrets; à suppléer au -néant de la mémoire par les mystérieuses inspirations du -cœur; à se rattacher par la pensée à ceux par qui nous -existons, et dont la tombe, privée de nos larmes, s'est -ouverte auprès de notre berceau!</p> - -<p>La pieuse Chantal, quoique alors débarrassée de tout -soin de famille, puisqu'elle avait marié la seule fille qui -lui restait au comte de Toulongeon, se dispensa des devoirs -d'aïeule envers sa petite-fille; et, tout occupée de la -fondation de nouveaux monastères, elle recommanda à -son frère, l'archevêque de Bourges, la jeune orpheline, -qui fut remise par lui entre les mains de ses parents maternels<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>.</p> - -<p>Marie de Rabutin-Chantal fut donc d'abord placée sous -la tutelle de son oncle Philippe de la Tour de Coulanges, -<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span> -et élevée avec son cousin Emmanuel, si connu depuis -dans le monde sous le nom de petit Coulanges, comme le -plus aimable des convives et le plus gai des chansonniers. -Ils passèrent ensemble quelques années de leur enfance -à la campagne, dans le joli village de Sucy, en Brie, à -quatre lieues au sud-est de Paris<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a>, où de la Tour de Coulanges -avait fait bâtir une superbe maison. Emmanuel y -était né; il n'avait qu'un an ou deux lorsque sa cousine -Marie y entra, et il n'en avait que cinq ou six lorsqu'elle -en sortit, âgée de dix ans<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>.</p> - -<p>Dans une de ses lettres, elle rappelle à son cousin, avec -sa grâce accoutumée, ces souvenirs de l'enfance: «Le -moyen que vous ne m'aimiez pas? C'est la première chose -que vous avez faite quand vous avez commencé d'ouvrir -les yeux; et c'est moi aussi qui ai commencé la vogue de -vous aimer et de vous trouver aimable.»</p> - -<p>Philippe de la Tour de Coulanges mourut en 1636. Il se -tint une assemblée de famille pour procéder au choix d'un -tuteur de la jeune orpheline dont il avait soin. Roger de -Rabutin, son cousin, depuis si célèbre sous le nom de -comte de Bussy, y assista comme étant chargé de la procuration -de son père. Bussy, alors seulement âgé de dix-huit -ans, se doutait peu des désirs, des craintes, des repentirs -que lui ferait éprouver un jour cette enfant sa parente. -L'assemblée de famille nomma pour tuteur de Marie de -Chantal, Christophe de Coulanges, abbé de Livry, frère de -Philippe de Coulanges, et, comme lui, oncle de madame -<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span> -de Sévigné du côté maternel. L'abbé de Coulanges fut -pour madame de Sévigné un précepteur vigilant, un -homme d'affaires habile, un ami constant; il soigna son -enfance, surveilla sa jeunesse, la conseilla comme femme, -la dirigea comme veuve; et enfin, en mourant, il lui -laissa tout son bien. Heureusement pour elle, il prolongea -sa carrière jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>. De son -côté, elle fit le charme de son existence, et fut la consolation -de ses vieux jours. Jamais elle ne balança à faire -céder ses goûts les plus chers et ses plus fortes inclinations<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>, -même le désir de rejoindre sa fille lorsque sa présence -était nécessaire ou même agréable, au <i>bien-bon</i>. -C'est ainsi qu'elle le nommait toujours. Elle l'aimait d'affection, -et n'éprouvait aucune peine à lui rendre des soins; -mais elle nous apprend que si elle en avait eu, elle l'aurait -sacrifiée à la crainte d'avoir des reproches à se faire: elle -pensait qu'en fait de reconnaissance et de devoirs il fallait -se mettre en garde contre l'égoïsme, qui nous rend toujours -satisfaits de nous-mêmes, «et tâcher, sur ce point, -d'établir la peur dans son cœur et dans sa conscience<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a>».</p> - -<p>L'idée qu'elle nous donne dans ses lettres de l'abbé de -Coulanges est celle d'un homme d'un esprit ordinaire, mais -d'un excellent jugement, ayant beaucoup de bonnes qualités, -mêlées de quelques défauts. Il s'entendait en affaires, -et savait aussi bien diriger une exploitation rurale que -<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -présider à des partages; terminer une liquidation, que conduire -un procès. Il aimait l'argent, se levait de grand -matin, et redoublait d'activité lorsque quelque motif d'intérêt -le commandait. Habile calculateur, il supportait impatiemment -qu'on fît une faute contre une des quatre -règles de l'arithmétique. Il se plaisait à lire et à relire les -titres de propriété et les transactions de famille; il en pesait -toutes les paroles, épluchait jusqu'aux points et aux -virgules. Méthodique, et même minutieux, il avait grand -soin, lorsqu'il avait plusieurs lettres à écrire, de commencer -chacune d'elles par y mettre l'adresse, afin de se -garantir de toute méprise<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a>. Du reste, d'un commerce -assez facile, mais pourtant impatient et colère; donnant -de bons conseils, mais avec brusquerie et sans aucun -ménagement<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a>.</p> - -<p>Tel était l'abbé de Coulanges. Mais, pour être juste envers -lui, il faudrait l'apprécier d'après ses œuvres; et la -plus belle de toutes fut sans contredit l'éducation de madame -de Sévigné. On juge un homme d'après ce que l'on -sait de ses talents et de ses actions; mais ce n'est là le -plus souvent que la portion de sa vie la moins propre à -nous le faire connaître. C'est moins par ce qu'il a fait que -par ce qu'il s'est abstenu de faire, que la plupart du -temps un personnage quelconque mérite l'estime ou le -blâme; moins par ce qu'il a dit que par ce qu'il a pensé, -moins par les motifs apparents qui le font agir que par -ceux qu'il ne dévoile jamais. On peut croire, avec raison, -que celui qui s'est toujours fait chérir de ceux dont il était -<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -entouré, qui pour assurer le bonheur des êtres confiés à -sa tutelle a toujours triomphé des difficultés et des obstacles, -possédait des qualités secrètes plus rares, plus -éminentes, ou du moins plus désirables, que celles dont -on lui a fait les honneurs dans le monde.</p> - -<p>Si l'on en croit les expressions que la reconnaissance et -la douleur inspirent à madame de Sévigné, elle doit non-seulement -le repos de sa vie entière, mais encore ses sentiments, -ses vertus, son esprit, sa gaieté, sa santé, enfin -tout ce qu'elle a été, tout ce dont elle a joui, à l'abbé de -Coulanges. C'est nous donner de lui une trop haute idée, -et qui se trouve d'ailleurs démentie par elle-même. Nous -n'avons point de détails sur l'éducation de madame de -Sévigné; mais nous savons que l'abbé de Coulanges la dirigea -seul, et qu'il l'a continuée, en quelque sorte, lorsqu'elle -fut entrée dans le monde, par l'ascendant qu'il avait -acquis sur sa pupille. Nous pouvons donc connaître ce que -fut cette éducation en examinant tout ce qui dans madame -de Sévigné a dû être le résultat des premières impressions, -de l'instruction du jeune âge et des conseils -de l'amitié, et ce qui n'a pu être que le produit de ses dispositions -naturelles, de ses penchants, de son caractère, -de ses réflexions et des résolutions qui lui étaient propres. -Nous pourrons alors apprécier tout ce qu'elle doit -au <i>bien-bon</i>, et aussi tout ce qu'elle doit à la nature, qui -fut pour elle aussi une <i>bien-bonne</i>.</p> - -<p>Cet examen est facile: ses actions, ses goûts, ses aversions, -ses défauts, ses vertus, ses faiblesses, nous sont -connus surtout par les lettres qu'elle a écrites à sa fille, -et précisément par celles de ces lettres qu'elle croyait ne -devoir être jamais lues que par celle à qui elle les écrivait. -C'est dans ces lignes, si rapidement tracées, que se manifestent -<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -ses pensées les plus fugitives, ses sentiments les -plus cachés, tous les mouvements de son cœur, tous les -calculs de sa raison, tous les élans de son imagination; -son âme tout entière s'épanche sur le papier, dans toute -la sécurité du commerce le plus intime; et comme l'oiseau -délices de nos campagnes, caché sous le feuillage, -croit ne chanter que pour l'objet aimé, elle a, sans le -savoir, rendu le monde entier confident des accents de sa -tendresse.</p> - -<p>Sans doute l'éducation n'était pour rien dans ce qui -charmait en elle au premier aspect. Ce teint d'une rare -fraîcheur, cette riche chevelure blonde, ces yeux brillants -et animés, ces jolis traits, cette physionomie irrégulière, -mais expressive, cette taille élégante, étaient autant de -dons que lui avait faits la nature<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a>. Mais on peut penser que -l'air pur de la campagne, que l'excellent régime auquel elle -fut soumise dans son enfance et dans sa première jeunesse, -contribuèrent beaucoup à l'heureux développement de ses -attraits, et qu'elle dut en partie aux soins intelligents de -son tuteur cette santé florissante dont elle a joui toute sa -vie, cette forte constitution qu'elle sut si bien gouverner. -Sa jolie voix se produisait avec toute la science musicale -que l'on possédait de son temps, et une danse brillante -faisait ressortir avec plus d'éclat la prestesse et la grâce -habituelles de ses mouvements. Tous ces talents furent -dus aux soins donnés à son éducation. Elle est encore -redevable aux instructions de son tuteur de son sincère -attachement à la religion. Ses liaisons avec les parents de -son mari ont donné naissance à ses inclinations pour la -secte sévère des solitaires de Port-Royal: c'est le propre -<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span> -des femmes de ne point aimer à prendre avec elles-mêmes -la responsabilité d'une décision sur des matières graves ou -qui exigent une longue réflexion, et de régler leurs opinions -sur celles de ceux qui les entourent, selon l'affection -qu'elles leur portent ou la confiance qu'elles leur accordent: -c'est pourquoi leur conviction se manifeste si souvent -avec toute la chaleur d'un sentiment et tout l'emportement -d'une passion. Cependant madame de Sévigné ne dut qu'à -son bon sens exquis de n'adopter qu'une partie des dogmes -de Port-Royal, et de rejeter ceux qui répugnaient à sa -raison; elle ne dut qu'à son âme, naturellement pieuse, -cette foi pleine d'espérance, cette douce confiance dans la -Providence, qui nous range, dit-elle, comme il lui plaît, -et dont elle veut qu'on respecte la conduite<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>. C'est là le -trait distinctif de sa croyance et toute sa philosophie. Dévote -par désir et mondaine par nature<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>, elle aimait la -joie et les plaisirs, et savait les animer et les répandre autour -d'elle. Ces penchants, qui la rendaient si aimable, -n'étaient sans doute point excités par son tuteur, mais il -ne les restreignait pas. On ne voit pas non plus qu'il se -soit beaucoup inquiété de cette coquetterie innée de sa pupille, -qu'on remarquait à la satisfaction qu'elle éprouvait -de se voir des admirateurs dans tous les rangs de la société, -ni qu'il ait réprimé la franchise, souvent un peu -libre, de ses paroles. Rassuré par l'heureux équilibre de ses -sens et de sa raison, par la fermeté de ses principes religieux, -il applaudissait à l'art qu'elle possédait de se faire -des amis dévoués de tous ceux qui avaient perdu l'espérance -de lui appartenir comme amants. Lorsqu'un d'entre -eux était tombé dans la disgrâce du pouvoir, ou avait -<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -essuyé quelque malheur, on savait qu'elle ne négligeait -rien pour le servir et lui témoigner son attachement. Ce -qu'on ne pouvait non plus attribuer à l'éducation, et ce -qui résistait à tous les conseils de la sagesse, c'étaient les -mouvements immodérés de ce cœur trop plein de l'amour -maternel, s'abandonnant avec excès à cette passion qui -domina son existence et en avança le terme.</p> - -<p>L'abbé de Coulanges mérite surtout des éloges de ne -s'être pas contenté de bien régler les affaires de sa pupille, -mais de lui avoir enseigné à les régler elle-même; et puisque -cette jeune et unique héritière était appelée à régir de -grands biens, ce fut lui avoir rendu le plus éminent service -que de lui avoir enseigné comment la fortune se conserve -et s'accroît, par l'ordre et l'économie; de lui avoir -fait comprendre que les richesses sont surtout nécessaires -à celle qui veut soutenir avec dignité et succès le rôle difficile -et glorieux de mère de famille; de l'avoir astreinte à -régler elle-même ses comptes avec ses fermiers et ses gens -d'affaires; à suivre sans ennui toutes les phases d'un procès, -et à parler au besoin avec précision et clarté le langage -de la chicane. Un autre éloge que mérite l'abbé de -Coulanges, c'est de n'avoir rien négligé pour donner à sa -pupille une solide instruction. C'est surtout au goût pour -la lecture, que madame de Sévigné avait contracté presque -dès son enfance, qu'elle dut de préférer souvent la vie -économique, mais monotone, de sa solitude des Rochers, -à l'existence brillante, mais dispendieuse, variée, mais -agitée, de Paris et de la cour. Ce fut au charme qu'elle -éprouvait dans ce studieux commerce avec les plus beaux -génies de la France et de l'Italie, au choix et à la diversité -qu'elle savait y mettre, qu'elle fut redevable de ces -consolations dont son cœur sensible n'eut que trop souvent -<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span> -besoin, et comme épouse et comme mère. C'est enfin à -cette habitude d'échapper par les jouissances de l'esprit -à la tyrannie des sens, qu'elle a dû pendant une jeunesse -indépendante, sans cesse assiégée par les séductions, -toute la gloire et tout le bonheur de sa vie.</p> - -<p>Chapelain, célèbre comme mauvais poëte, mais bon -littérateur et bon critique, et Ménage, le savant Ménage, -furent tous deux ses maîtres, et s'enorgueillirent avec raison -de l'avoir eue pour élève. On ne peut douter en effet -que leurs leçons n'aient contribué à donner à son style -cette perfection et cette correction qu'il n'eût point acquises -sous des maîtres gagés; mais elle ne dut ni à son tuteur -ni à ses maîtres, ni à Chapelain ni à Ménage, cette mémoire -docile et prompte, cette sensibilité exquise, cette -imagination souple et forte, ce goût délicat, qui lui font -trouver tous les traits, toutes les couleurs, toutes les nuances, -pour peindre avec autant de vivacité que de vérité; -qui font jaillir sous sa plume, avec la rapidité de la pensée, -les images touchantes, les expressions nobles, les -saillies spirituelles, les réflexions morales, les folies divertissantes, -les traits sublimes. Elle n'a dû qu'à elle-même -le talent d'intéresser ses lecteurs à ses plus insignifiantes -causeries; de les faire participer à ses douleurs, à ses prévoyances, -à ses craintes, à ses souvenirs, à ses douces -rêveries; et cela naturellement, à propos, sans recherche, -sans effort, avec une facilité, un abandon, une grâce, un -charme qu'on admirera toujours, qu'on égalera quelquefois, -mais qu'on ne surpassera jamais.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span></p> -<h2>CHAPITRE III.<br /> -<span class="medium">1634-1644.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Abbaye de Livry.—Sa situation.—Marie de Rabutin y passe sa jeunesse.—Prédilection -de madame de Sévigné pour ce lieu dans tout -le cours de sa vie.—Elle le quitte, et fait son entrée dans le monde.—Son -mariage avec Henri de Sévigné.—Détails sur la personne de -Henri de Sévigné.—Sur ses ancêtres et sa parenté.—Détails sur -l'existence des deux époux dans le commencement de leur mariage.</p> -</div> - -<p>L'abbaye de Livry, où Marie de Rabutin-Chantal passa -les dernières années de son enfance et les premières de -son adolescence, est, ainsi que le village de ce nom, située -au milieu de la forêt de Bondy, à quatre lieues au nord-est -de Paris, sur la route qui conduit à Meaux. L'éloge -que madame de Sévigné fait sans cesse de cette habitation, -et le plaisir qu'elle éprouvait à la revoir, est la preuve -certaine du bonheur dont elle a joui dans son jeune âge. -Rien ne lui paraît au-dessus des belles allées du parc de -Livry; nulle part les arbres n'ont une aussi belle verdure, -nulle part les chèvrefeuilles ne répandent une aussi suave -odeur. Elle aimait à s'asseoir, elle aimait à écrire sous ces -voûtes de feuillage, où les chants éclatants des rossignols -la forçaient quelquefois, par une agréable distraction, -à suspendre le travail de sa plume: elle se promenait -souvent dans la forêt majestueuse qui entourait cette habitation, -et se riait de la terreur que ces routes solitaires -et sombres inspiraient aux Champenois et aux Lorrains. -Dans les chaleurs de l'été, on la voit quelquefois se dérober -au grand monde, et aller seule goûter à Livry les -délices des fraîches soirées et les beautés du clair de lune; -<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -elle y retourne encore, et plusieurs fois, en novembre, -pour voir les dernières feuilles et jouir des derniers beaux -jours. Enfin, lorsqu'elle apprend, après avoir perdu -son oncle chéri, que le roi a nommé à cette abbaye et -qu'il faut la quitter, elle ne peut, sans verser des larmes, -dire adieu pour toujours à cette aimable solitude qu'elle -avait tant aimée<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>.</p> - -<p>Pour bien comprendre ce qu'elle éprouvait alors, il -faut avoir soi-même ressenti la puissante impression -qu'exerce sur nous la vue des lieux où nous avons passé -notre enfance, lorsque nous nous y retrouvons, comme -madame de Sévigné, au déclin de la vie. Comme alors ce -long passé qui nous sépare de nos premiers souvenirs -nous paraît s'être rapidement éloigné! avec quelle vitesse -le terme de notre existence semble s'approcher de nous, -et comme nos pensées se plongent dans l'éternité qui le -suit! avec quel attendrissement, pour échapper à l'abîme -de nos réflexions, nous nous reportons vers cet âge d'innocence -insouciante, où les mécomptes du cœur, les déceptions -de l'espérance, la perte de tout ce qui nous fut -cher, les maux présents, les inquiétudes pour l'avenir, -nous étaient inconnus; où l'air pur, les eaux limpides, le -parfum des fleurs, les frais ombrages, nous faisaient -goûter sans mélange le bonheur d'exister; où nos heures, -sans laisser de traces, passaient vagabondes, fugitives -et légères, comme le vol du papillon!</p> - -<p>Mais à l'époque dont nous nous occupons les pensées -sombres, les sentiments mélancoliques ne pouvaient trouver -<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -place dans l'âme de la jeune de Chantal, qu'aucun -souci n'avait agitée, qu'aucune passion n'avait émue, -qu'aucun chagrin n'avait attristée. Aussi ce fut sans répugnance -qu'elle fit son entrée dans le monde, où on la -conduisit de bonne heure<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a>. Ceux qui avaient le plus l'habitude -de la voir furent étonnés de lui trouver alors des -attraits et une amabilité qu'ils ne lui soupçonnaient pas. -Comme la fleur cachée dans l'ombre n'épanouit ses couleurs -et n'évapore ses parfums qu'aux brillants rayons du -soleil, ainsi Marie de Rabutin ne développa tout ce qu'elle -avait de grâce, d'esprit, de vive et franche gaieté, que -lorsqu'elle eut quitté les solitudes de Livry pour paraître -à la cour et dans les cercles de la capitale. Sur ce nouveau -théâtre, qui lui convenait si bien, cette <i>demoiselle de -Bourgogne</i>, ainsi qu'elle-même se qualifie, attira aussitôt -tous les regards, et devint l'objet de l'attention générale. -On savait qu'avec tant de charmes, et l'honneur de -son alliance, elle apportait une dot de 100,000 écus, qui -faisaient plus de 600,000 fr. de notre monnaie actuelle, -sans compter les héritages qu'elle devait recueillir, et qui -se montèrent par la suite à plus de 200,000 fr., c'est-à-dire -400,000 fr., valeur de notre époque.<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a></p> - -<p>Un grand nombre de partis s'offrirent: Gondi, à qui -sa nouvelle promotion à la coadjutorerie de Paris donnait -une grande influence, chercha à faire tomber le choix de -la jeune héritière sur le marquis de Sévigné, son parent: -il y parvint, à la faveur de l'abbé de Livry, depuis longtemps -ami intime de la mère du marquis. Henri de Sévigné -épousa Marie de Rabutin-Chantal le 4 août 1641, -dans l'église de Saint-Gervais. La bénédiction nuptiale fut -<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -donnée par Jacques de Nuchèze, évêque et comte de Châlons-sur-Saône, -oncle paternel de la mariée, en présence -de trois de ses oncles maternels, de Coulanges, abbé de -Livry, de Coulanges-Saint-Aubin, de Coulanges-Chezières, -et de Jean-François-Paul de Gondi, archevêque de Corinthe -et coadjuteur de Paris<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a>. Marie de Rabutin-Chantal -était alors âgée de dix-huit ans; Henri de Sévigné aussi -était jeune, beau, bien fait, riche, et avait su lui plaire -par ses manières enjouées. Il était maréchal de camp, -et sa famille, une des plus anciennes de Bretagne, avait -formé des alliances avec les Clisson, les Montmorency, les -Rohan<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>. Tout ce qu'on recherche, tout ce qu'on désire, -paraissait donc réuni dans ce mariage. Mais les qualités -qui recommandaient le marquis de Sévigné étaient apparentes, -et ses défauts étaient cachés. Le plus grand de -tous était d'avoir peu de délicatesse dans les sentiments, -d'être uniquement adonné aux plaisirs des sens, et peu -digne de posséder une femme aussi spirituelle. «Il aima -partout, dit le comte de Bussy-Rabutin, et n'aima jamais -rien d'aussi aimable que sa femme.» Il l'estimait, mais -sans l'aimer; elle, sans pouvoir l'estimer, ne cessa point -de l'aimer<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -Cependant les nuages qui obscurcirent cette union ne -s'accumulèrent que par degrés. Les premières années en -furent heureuses, et se passèrent dans la capitale, au milieu -des amusements et de l'agitation du grand monde; -ou à la terre des Rochers, parmi les plaisirs champêtres et -des vassaux dévoués, dont les seigneurs des châteaux, -et surtout ceux de Bretagne, étaient alors entourés. Tout -s'accordait à faire jouir ces deux époux du bonheur qu'on -éprouve dans le commencement d'un établissement formé -avec tous les avantages de la richesse, de la jeunesse et de -la beauté, lorsque nous nous rendons agréables à tous, et -que tous se montrent empressés à nous plaire. Le marquis -de Sévigné et sa femme étaient tous deux amis des plaisirs -et de la joie, tous deux dans l'âge de la légèreté et de l'insouciance; -ils tenaient tous deux par leur parenté à des -personnages qui, par ambition, par goût ou par situation, -se montraient fastueux et prodigues. L'archevêque de -Paris et son coadjuteur, depuis si fameux sous le nom de -cardinal de Retz, étaient les plus proches parents du -marquis. La marquise était nièce de Hugues de Bussy le -Commandeur, qui, l'année même du mariage du marquis -de Sévigné, devint, par droit d'ancienneté, grand prieur -du Temple, ce qui lui donnait désormais un revenu de plus -le 100,000 livres, ou plutôt 200,000 livres, monnaie actuelle, -de redevances ecclésiastiques, auxquelles l'Église -n'eut qu'une faible part<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>. Le marquis et la marquise de -Sévigné, par le luxe de leur table et par les agréments de -leurs personnes, réunirent chez eux la société la plus -<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span> -aimable et la plus brillante: eux-mêmes faisaient partie de -celle qui à Paris avait alors le plus d'éclat, et à laquelle -toutes les sociétés choisies se réunissaient comme dans -un centre commun, la société de l'hôtel de Rambouillet. -Madame de Sévigné devint bientôt un des principaux -ornements de ce cercle célèbre, qui sous le rapport des -manières, de la littérature et du langage, exerçait alors -une sorte de dictature.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span></p> -<h2>CHAPITRE IV.</h2> - -<p class="hanging indent">Assertion de M. Petitot sur madame de Sévigné.—Pourquoi l'histoire -est toujours mal écrite.—Causes de l'erreur de M. Petitot.—Il -faut distinguer les temps.—Trois époques dans l'existence -de l'hôtel de Rambouillet.—Peinture de l'époque où madame de -Sévigné entra dans le monde.—Influence de l'hôtel de Rambouillet -à cette époque.—Témoignages de Saint-Évremond et de Fléchier.—De -la marquise de Rambouillet.—De ses plans pour la -réforme de la société.—Portrait de Julie d'Angennes, sa fille.—Comme -elle affermit et continua le règne de sa mère.—Nécessité -pour l'intelligence de la vie et des écrits de madame de Sévigné, -de faire connaître ce qui concerne l'hôtel de Rambouillet et la société -de cette époque.</p> -</div> - -<p>Un auteur auquel l'histoire de France est redevable -d'un grand et utile travail, ayant occasion de faire connaître -les femmes distinguées par leur naissance, leur -beauté et leur esprit, que madame de Rambouillet avait -attirées chez elle, nomme dans le nombre madame de Sévigné; -puis il ajoute: «Madame de Sévigné avait un trop -bon esprit pour approuver l'affectation de sentiment et de -langage adoptée par cette société: il paraît même qu'elle -était parvenue à y faire une espèce de schisme<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>.»</p> - -<p>De même que les personnes préoccupées ou inattentives -ne saisissent jamais que la dernière phrase d'un raisonnement -ou les dernières paroles d'une conversation, il semble -que la postérité ne soit destinée à connaître l'histoire -d'un siècle ou d'une époque que d'après l'impression que -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -ses dernières années ont laissée, et d'après les discours et -les récits du siècle ou de l'époque qui lui a succédé: or, -ce temps où le retentissement des passions qui ont fait -irruption n'a point encore cessé; où les blessures faites -aux intérêts, aux réputations, aux amours-propres, ne -sont pas encore cicatrisées; où les haines, les affections, -les préjugés ont changé de forme et de nom sans changer -de nature, est peut-être le temps le moins favorable de -tous pour nous offrir une image fidèle de celui dont il est -le plus rapproché. Cependant celle qu'il nous livre est -celle qu'on adopte comme parfaitement ressemblante; et -c'est d'après ce type altéré ou incomplet qu'on en parle, -qu'on en raisonne, qu'on en écrit, ressassant et reproduisant -sans cesse les mêmes erreurs; car les esprits patients -qui recueillent, comparent et discutent les faits ont toujours -été rares: ils le sont encore plus aujourd'hui, et ils -semblent même être entièrement inutiles, puisque pour -nous l'histoire la plus vraie selon le siècle est celle qui -nous offre le plus de faits extraordinaires ou inexplicables, -le plus de contrastes singuliers, en un mot le plus d'invraisemblances; -où tout ne se passe pas comme il a plu aux -événements et à la Providence, mais selon ce qui plaît -à notre imagination, selon ce qui est conforme aux fantômes -qu'elle s'est créés. De là, par une conséquence nécessaire, -on en est venu à écrire dans plus de cent volumes, -et à faire recevoir comme un axiome très-philosophique, -que le roman était plus vrai que l'histoire.</p> - -<p>Je préviens, quelles qu'en soient pour moi les conséquences, -que je n'écris point pour cette classe de lecteurs, -quoique je n'ignore pas que ce soit la plus nombreuse. -Aussi, malgré la peine que j'ai de contrarier ceux qui sont -si bien disposés en faveur de madame de Sévigné et en -<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span> -même temps si prévenus contre l'hôtel de Rambouillet, -je n'hésite pas cependant à leur affirmer que rien n'est -plus opposé à la vérité que l'assertion de M. Petitot, et -qu'on ne trouverait pas dans les écrits contemporains une -seule ligne qui pût la justifier.</p> - -<p>Tout démontre, au contraire, que c'est aux savantes ou -ingénieuses conversations de l'hôtel de Rambouillet que -madame de Sévigné a dû de voir se développer et s'affermir -en elle ce goût vif pour la lecture et les jouissances de -l'esprit, dont ses inclinations pour le plaisir et la dissipation -l'auraient probablement éloignée; que c'est aussi -dans cet hôtel, dans ce véritable palais d'honneur, comme -le nomme Bayle (dont le scepticisme n'a pas pu même -trouver place sur ce point), que madame de Sévigné a -pu apprendre combien de louanges, de considération et -d'empire s'attachent aux femmes qui dans le monde, -dont elles obtiennent les hommages, restent maîtresses -d'elles-mêmes et résistent aux charmes dangereux de -la volupté, pour chercher un bonheur plus durable dans -le sein de la vertu. Cet exemple donné à sa jeunesse eut, -n'en doutons pas, une salutaire influence sur sa conduite, -lorsqu'elle eut à traverser plusieurs années dans la situation -la plus périlleuse où une femme puisse se trouver.</p> - -<p>Ce qui a surtout égaré l'auteur que j'ai cité, c'est que -le souvenir de l'hôtel de Rambouillet lui a aussitôt rappelé -celui de Molière et des <i>Précieuses ridicules</i>, oubliant -qu'un intervalle de quinze ans sépare l'époque de l'apparition -de cette comédie et celle où l'hôtel de Rambouillet -exerçait, sans opposition comme sans partage, son heureuse -influence; et dans cet intervalle est la Fronde. L'expérience -nous a fait assez connaître que l'effet des guerres -civiles et des révolutions politiques n'est pas seulement de -<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -démasquer les visages, de mettre à nu les cœurs, d'établir -la discorde partout où régnait une harmonie au moins -apparente, mais aussi de changer subitement tous les rapports -sociaux. Une métamorphose complète s'opère alors -dans le langage et dans les actions; elle est si prompte, -que ceux qui ont l'idée la moins avantageuse de la nature -humaine ont peine à y croire. L'intérêt, la peur, un vil -égoïsme ou une basse ambition, semblent produire le -même effet que l'eau de cette source magique dont nous -parle l'Arioste, qui changeait aussitôt l'amour en haine -et la haine en amour. Tous les droits de la reconnaissance -sont méconnus, tous les liens de la dépendance sont rompus; -on outrage ceux que l'on flattait, on flatte ceux que -l'on outrageait; on s'arrange avec le présent en calomniant -le passé; l'on se fait violence pour effacer jusqu'au -souvenir de ce qui fut, afin de mettre à profit ce qui est; -en un mot, on change tout à coup, et sans honte, de parti, -de principes, de liaisons, d'habitudes, de manières, de -préjugés et de ridicules.</p> - -<p>Sans doute les altérations produites par la Fronde ne -sont point comparables à celles dont nous avons été plusieurs -fois témoins; mais pour n'avoir pas été aussi profondes, -aussi universelles, elles n'en sont pas moins réelles; -et c'est pour les avoir ignorées que plusieurs écrivains -estimables ont porté tant de faux jugements, émis tant -d'idées erronées sur ces temps divers de notre histoire; -temps que l'on a réunis à tort sous la dénomination, trop -générale et trop vague, de <i>siècle de Louis XIV</i>. Ce siècle -comprend plusieurs époques, qu'il faut distinguer pour le -bien connaître.</p> - -<p>Le sujet dont nous nous occupons semblerait même nous -obliger de remonter plus haut; car les réunions de l'hôtel -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -de Rambouillet datent de la fin du règne de Henri IV. Ces -réunions ont brillé de tout leur éclat pendant le règne de -Louis XIII, ont commencé à décliner sous la régence et la -Fronde, et ont perdu toute leur suprématie sur la société -lorsque Louis XIV a été en âge de tenir lui-même sa cour.</p> - -<p>Sous le rapport de la littérature, on doit aussi pendant -le même intervalle de temps distinguer plusieurs époques: -celle de la domination du cardinal de Richelieu, celle de -la régence, celle de la Fronde, et enfin celle qui date du -mariage de Louis XIV et de la paix des Pyrénées et se prolonge -durant toute la partie glorieuse du règne du grand -monarque. A la première époque appartiennent presque -entièrement Malherbe, Corneille, Balzac et Voiture; à la -seconde, Saint-Évremond, Ménage, Sarrasin, Chapelain; -à la troisième, Pascal, Bossuet, Molière, La Fontaine, -Racine, Boileau, Pellisson. L'hôtel de Rambouillet maintint -entière son influence sur les mœurs et les habitudes, -dans la haute société, pendant tout le temps de la première -époque. Ensuite les divisions politiques et la licence des -guerres font suspendre ces réunions, les dénaturent ou les -affaiblissent. Au retour de la paix, la société, la littérature -et les arts reprennent une nouvelle vigueur et une autre -forme; d'abord, sous les auspices du généreux Fouquet, -et ensuite sous ceux de Colbert et de Louis XIV. Alors -disparaît le reste d'influence qu'avait conservé l'hôtel de -Rambouillet. La comédie des <i>Précieuses ridicules</i>, de -Molière, signala cette époque, mais ne la produisit pas. -Une longue série de grands hommes illustre le règne du -grand roi, mais dans les vingt dernières années de ce règne -on remarque encore une quatrième époque: c'est celle -qui annonce les approches du temps de la scandaleuse régence -du duc d'Orléans, et en a déjà tous les caractères. -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -Les éloges ont cessé, l'enthousiasme est éteint, les désastres -et les malheurs jettent leurs crêpes sombres sur -les anciens trophées; de nouveaux génies surgissent en -littérature, mais ils nous peignent la dégradation des -mœurs, ou font la satire du gouvernement: c'est le temps -des Fénelon, des J.-B. Rousseau, des Chaulieu, des le -Sage; car on ne doit pas oublier que la comédie de <i>Turcaret</i>, -qui semble une peinture si exacte de la régence, fut -cependant jouée six ans avant la mort de Louis XIV. Madame -de Sévigné, morte en 1696, à peine a entrevu le -commencement de cette dernière époque; elle n'apparut -qu'à la fin de la première, mais elle a parcouru en entier -les autres. Lorsqu'en 1644 elle commença à prendre rang -dans le monde, les noms mêmes de Molière, de Boileau, -de La Fontaine<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>, de Racine étaient inconnus. Alors les réunions -de l'hôtel de Rambouillet se composaient de tout ce -qu'il y avait en France et à la cour de plus illustre par le -rang, les dignités, la naissance: les femmes les plus remarquables -par leur beauté ou par leur esprit mettaient un -grand prix à faire partie de ces cercles. Jamais leur influence -sur les mœurs, la littérature et les réputations n'avait été -plus grande et plus absolue. Ils dominaient dans l'Académie -française nouvellement créée, dans les sociétés les -plus brillantes de la capitale, et même à la cour; mais -comme la plus grande prospérité des empires qui durent -depuis longtemps est voisine des révolutions et des catastrophes -qui les ébranlent et les font crouler, la plus haute -fortune de l'hôtel de Rambouillet se trouva aussi rapprochée -de sa décadence et de sa chute.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -Cette époque du mariage de madame de Sévigné est -précisément celle des temps les plus heureux de la minorité -de Louis XIV, des plus heureux peut-être dont la -France ait jamais joui<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>. Anne d'Autriche venait de raffermir -son gouvernement et d'assurer le pouvoir de son -ministre en se débarrassant de la cabale des <i>importants</i>, -en exilant ceux qui, pour récompense des services qu'ils -lui avaient rendus dans le temps où elle était en butte aux -persécutions d'un ministre despote, voulaient exploiter à -leur profit l'autorité qui lui était conférée comme régente. -On respirait de n'être plus soumis à la tyrannie de Richelieu -ou à la domination tracassière et impuissante -des intrigues de cour. La guerre continuait, mais elle -donnait de l'emploi à la valeur française; elle procurait -au dehors de la gloire, sans causer aucune inquiétude au -dedans. D'Harcourt et Gassion combattaient avec un égal -succès; Turenne et le duc d'Enghien, depuis connu sous -le nom de grand Condé, s'acquéraient par leurs victoires, -fruit d'habiles manœuvres, la réputation de premiers capitaines -de l'Europe. Les armes françaises triomphaient -partout, en Espagne, en Flandre, en Allemagne et en -Italie. Des traités avantageux entre la France, la Hollande -et le Portugal, venaient d'être conclus ou renouvelés; les -courtisans étaient caressés et flattés par un ministre qui -tâchait d'apaiser l'envie qu'inspirait son titre d'étranger -et le caractère suspect de la faveur extraordinaire dont -il jouissait auprès d'une reine douce, indulgente et bonne, -mais non exempte de coquetterie. La justice reprenait -son cours, le commerce renaissait, l'industrie acquérait -une nouvelle activité; et la société et ce qu'on appelle -<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span> -le beau monde redoublaient d'ardeur pour les plaisirs et -les jouissances sociales. C'est de ce temps que Saint-Évremond -avait, dans sa vieillesse, conservé un souvenir si -agréable, et qu'il décrit dans son épître à Ninon de Lenclos:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>J'ai vu le temps de la bonne régence,</p> -<p>Temps où régnait une heureuse abondance,</p> -<p>Temps où la ville aussi bien que la cour</p> -<p>Ne respiraient que les jeux et l'amour.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </b></p> -<p>Femmes savaient sans faire les savantes:</p> -<p>Molière en vain eût cherché dans la cour</p> -<p class="i2"> Les ridicules affectées;</p> -<p>Et ses <i>Fâcheux</i> n'auraient point vu le jour,</p> -<p>Manque d'objets à fournir les idées<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Fléchier, qui, dans sa jeunesse, avait aussi été témoin -des réunions de l'hôtel de Rambouillet, ne craignit pas, -trente ans après, de louer en chaire celle qui y présidait -sous le nom romanesque d'Arthénice, que lui avaient -donné les poëtes. Il prouve par ses paroles combien sa -mémoire était restée chère à la génération qui l'avait -suivie. «Souvenez-vous, dit-il, de ces cabinets que l'on -regarde encore avec tant de vénération, où l'esprit se purifiait, -où la vertu était révérée sous le nom d'incomparable -Arthénice, où se rendaient tant de personnes de -qualité et de mérite, qui composaient une cour choisie, -nombreuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante -sans orgueil, polie sans affectation<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>.»</p> - -<p>Pour bien apprécier le mérite de madame de Rambouillet -et les services qu'elle a rendus, il faut se rappeler -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -qu'elle a vécu principalement sous deux règnes où -l'influence de la cour sur la société était presque nulle; -qu'elle parut sur la scène du monde lorsque les mœurs -qui succédaient aux guerres de religion étaient rudes et -grossières, lorsque la langue n'était pas encore fixée, et -qu'aucun des chefs-d'œuvre de nos grands maîtres en littérature -n'avait encore vu le jour.</p> - -<p>Henri IV, remarquable par son esprit fertile en saillies, -par cette facilité d'élocution qui semble naturelle aux -hommes du midi de la France, protégea les lettres comme -roi; mais il les aimait peu, et ne s'en occupa point<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>. Ses -habitudes et ses manières étaient celles d'un guerrier; il -ne mit aucune mesure ni aucun mystère dans ses inclinations -pour les femmes, et son commerce avec elles fut -purement sensuel. Toujours occupé de ses affaires et de -ses plaisirs, en déréglant les mœurs par ses exemples il -ne chercha point à les polir. Les habitudes retirées de -Louis XIII, son tempérament maladif, timide et scrupuleux, -le rendaient encore moins propre que son père à -tenir une cour; et cependant la paix qui avait succédé -aux fureurs de la Ligue faisait sentir le besoin d'une -nouvelle carrière à ceux qui s'élançaient dans la vie; les -esprits s'agitant pour donner sans cesse de nouveaux -aliments à leur activité, se portaient avec ardeur vers -toutes les jouissances sociales.</p> - -<p>Ce fut dans ces circonstances que Catherine de Vivonne<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a>, -qui à l'âge de douze ans<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a> avait épousé, en 1600, -<span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, entreprit -de réunir chez elle la société choisie de la cour et de la -ville. Elle se fit une étude de l'attacher en quelque sorte -à sa personne, de la modeler conformément à ses goûts -et à ses désirs. Sa position dans le monde, ses qualités -et ses vertus, lui donnaient les moyens de réussir dans ce -projet. Sa famille, l'une des plus anciennes d'Italie par -sa mère, Julie Savelli, comptait trois de nos rois pour -alliés; elle était, ainsi que celle de son mari, illustrée -depuis longtemps par de hautes dignités et de grands services<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>. -Le marquis de Rambouillet, qui n'était point dégénéré -de ses ancêtres, continuait à rendre dans la diplomatie -d'importants services, et s'acquittait avec honneur -des ambassades dont il était chargé. La marquise de Rambouillet -était belle, jeune, riche, et avait dans ses manières -quelque chose d'imposant et de gracieux. Son esprit était -nourri par la lecture des meilleurs auteurs italiens et espagnols<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>. -Lorsqu'elle eut commencé à recevoir les atteintes -de l'âge, une de ses filles, qu'elle avait eue à seize -ans, et dont elle paraissait être la sœur, continua à répandre -autour d'elle cet attrait de la jeunesse et de la -beauté, qui ne manque jamais son effet, même auprès des -plus indifférents; et à cette époque on en voyait peu de -tels dans la société. Cette fille chérie, nommée Julie-Lucie, -est celle qui épousa depuis le duc de Montausier. -<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span> -Une autre, Angélique, fut mariée à ce même marquis, -depuis comte de Grignan, qui, doublement veuf, devait -s'unir à la fille de madame de Sévigné. La marquise -de Rambouillet eut encore trois autres filles, qui toutes -trois se firent religieuses: l'une devint abbesse de Saint-Étienne -de Reims, et les deux autres furent successivement -abbesses d'Yères, près Paris. De temps en temps -elles venaient à l'hôtel de Rambouillet faire admirer, dans -ces mondaines et brillantes assemblées, où tous les talents -se trouvaient représentés, les grâces mystiques des cloîtres -et les tranquilles vertus de la religion<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a>. Mais Julie d'Agennes -fut l'objet de la prédilection de sa mère, et, formée -par elle, porta plus loin qu'elle encore l'ambition de s'attirer -les hommages par le double empire de l'esprit et de -la beauté. Comme les liens du mariage l'auraient séparée -d'une mère chérie, lui auraient fait perdre son indépendance, -et auraient nui au genre de vie dans lequel elle -se complaisait, elle chercha à les éviter. Mais celui qui -avait été admis à aspirer à l'honneur de sa main, le marquis -de la Salle, depuis duc de Montausier, ne se laissa -pas rebuter par cette résolution, et mit en œuvre pour la -vaincre tout ce que l'amour a de plus pressant, tout ce -que la galanterie a de plus aimable. Elle ne céda enfin -qu'après quatorze ans de résistance, sur l'ordre formel -et les instances de son père et de sa mère, lorsque sa -<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span> -jeunesse fut entièrement passée, et qu'elle eut obtenu -que cet amant si constant eût changé de religion et -adopté celle qu'elle professait elle-même<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a>.</p> - -<p>La marquise de Rambouillet et Julie d'Angennes, unies -par les sentiments les plus tendres et les plus puissants, -par une parfaite conformité de pensées et d'inclinations, -parvinrent à réunir autour d'elles une cour aussi brillante -et aussi nombreuse que celle que l'ambition et l'intérêt assemblent -dans les palais des rois; mais elle en différait -en ce que l'on n'y voyait d'autres courtisans que ceux des -Muses; en ce que l'on n'y obéissait qu'aux inspirations de -l'amitié ou de l'amour; en ce qu'on n'y connaissait d'autre -domination que celle de l'esprit et de la beauté, et -qu'ainsi la contrainte et l'ennui en étaient bannis. Durant -le temps de leur règne, fondé sur le plus légitime de tous -les principes, le consentement universel, madame de Rambouillet -et sa fille furent les modèles que tout le monde -citait, que tout le monde admirait, que chacun s'efforçait -d'imiter. Les jeunes femmes comme les femmes âgées -s'empressaient auprès d'elles avec toutes les marques de -la déférence et de l'attachement les plus sincères; elles -étaient pour les jeunes gens comme pour les vieillards -les objets d'une sorte de culte, et furent célébrées par les -poëtes comme des divinités mortelles<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a>. Pour elles l'inflexible -étiquette renonçait à ses usages les plus rigoureux; -et Segrais remarque comme une chose extraordinaire -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -pour son temps que les princesses allaient chez la marquise -de Rambouillet, quoiqu'elle ne fût pas duchesse<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>.</p> - -<p>Tous ceux qui fréquentaient l'hôtel de Rambouillet -adoptèrent bientôt des manières plus nobles, un langage -plus épuré, et exempt de tout accent provincial. Les -femmes surtout, à qui plus de loisirs et une organisation -plus délicate donnent un tact social plus prompt et plus -fin, furent les premières à profiter des avantages que leur -présentait cette fréquentation continuelle d'esprits cultivés -et de personnes sans cesse occupées à imiter ce que -chacune d'elles offrait de plus agréable, de plus propre -à plaire à tous. Aussi celles qui étaient associées à ces -réunions se faisaient promptement remarquer, et se distinguaient -facilement de celles qui n'y étaient point admises. -Pour montrer l'estime qu'on faisait d'elles, on les -nomma les <span class="smcap">PRÉCIEUSES</span>, les <span class="smcap">ILLUSTRES</span>; titre dont elles-mêmes -se paraient, et qui fut toujours donné et reçu -comme une distinction honorable pendant le long espace -de temps que l'hôtel de Rambouillet conserva son influence -sur la société.</p> - -<p>Puisque madame de Sévigné fut aussi une <i>précieuse</i>, -ce serait ici le lieu d'étudier avec soin ce qui concerne les -précieuses, et d'examiner les altérations que la marquise -de Rambouillet et de Julie d'Angennes ont produites sur la -société en France: d'abord, sous le rapport des habitudes, -et en quelque sorte du matériel de la vie sociale; -ensuite, sur les devoirs qui prescrivent l'honneur et l'amitié -entre des personnes que des inclinations semblables -et le besoin de se voir réunissent souvent ensemble; puis -sur les relations des deux sexes entre eux; et enfin sur -<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span> -le goût dans les ouvrages d'esprit, et sur les vicissitudes -ou les progrès de la littérature et des arts. J'ai entrepris -et exécuté cette tâche avec un esprit dégagé de tout préjugé -favorable ou défavorable à des temps qui, quoique -si loin de nous, n'ont trouvé jusqu'ici que des panégyristes -outrés ou des détracteurs injustes. Mais ce tableau, -trop étendu pour ne pas nous distraire de notre objet principal, -trouvera sa place ailleurs.</p> - -<p>Je vais seulement tâcher de donner, de la manière la -plus brève et la plus rapide qu'il me sera possible, une -idée de la société que madame de Rambouillet réunissait -chez elle à l'époque où madame de Sévigné y fut introduite. -Pour y parvenir, usons un instant du privilége -des romanciers; et par une fiction, qui sera vraie jusque -dans ses moindres détails, allons chercher la nouvelle -mariée au milieu d'une de ces assemblées où elle a -commencé à briller. Chaque trait de cette peinture sera -justifié par des témoignages contemporains tracés par les -mains mêmes des personnages qui vont entrer en scène; -et des citations exactes donneront aux lecteurs les moyens -d'en vérifier l'exactitude. Transportons-nous rue Saint-Thomas-du-Louvre, -à l'hôtel de Rambouillet, qui, par -sa façade intérieure, dominait par la vue le Carrousel et -les Tuileries.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE V.<br /> -<span class="medium">1644.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Réunion à l'hôtel de Rambouillet.—On doit entendre la lecture -d'une pièce de Corneille.—Aspect que présente la chambre -à coucher de madame de Rambouillet.—Noms et désignations des -personnes qui s'y trouvaient assemblées.—Voiture se fait attendre.—Dialogue -à son sujet.—Aparté de Charleval et de Sarrasin.—Voiture -entre.—Reproches qu'on lui adresse.—Ses réponses.—Il -récite un rondeau.—Action de mademoiselle Paulet après cette -lecture.—Nouvel aparté de Charleval et de Sarrasin.—Observation -de l'abbé de Montreuil sur Voiture.—L'abbé de Montreuil -récite un madrigal sur madame de Sévigné.—Dialogue au sujet de -Ménage et de madame de Sévigné.—On veut jouer à colin-maillard -en attendant Corneille.—Il entre avec Benserade.—On s'assied.—Corneille -lit sa tragédie de <i>Théodore, vierge et martyre</i>.—Effet -qu'elle produit.—Beaux vers que chacun en a retenus.—Ceux -que l'abbesse d'Yères avait inscrits sur ses tablettes sont lus -par le jeune abbé Bossuet.—Impression que produit cette lecture.—Opinion -de chacun en se retirant.</p> -</div> - -<p>C'était dans une matinée d'automne de l'année 1644; -le soleil de midi dardait sur les fenêtres de la chambre à -coucher de madame de Rambouillet. Les rideaux de soie, -bleus comme l'ameublement, n'y laissaient pénétrer qu'un -demi-jour azuré. Une nombreuse société, convoquée pour -entendre la lecture d'une nouvelle pièce de Corneille, s'y -trouvait rassemblée. Un grand paravent, tiré entre la porte -et la cheminée, formait dans la chambre même une chambre -intérieure<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>. Si on y était entré sans être prévenu qu'on -devait y trouver une brillante réunion, cette chambre eût -<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span> -paru déserte; et en regardant devant soi on n'y eût vu -qu'une seule femme, grande, forte, bien faite, non pas -très-jeune, mais encore très-belle, occupée à regarder dans -la rue à travers les rideaux, qu'elle entr'ouvrait légèrement. -C'était mademoiselle Paulet, que ses beaux yeux, son regard -vif et fier, sa chevelure d'un blond ardent, l'impétuosité -de son caractère et l'énergie de ses affections avaient -fait surnommer la Lionne. La marquise de Rambouillet -l'avait depuis longtemps admise dans sa familiarité, et elle -lui servait habituellement de secrétaire<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>. Mais un mélange -des plus suaves odeurs, qui s'exhalait de l'alcôve avec un -bruit confus de voix, aurait aussitôt forcé les yeux de se -tourner vers la droite; et à travers les colonnes dorées de -cette alcôve, sous sa voûte, ornée d'ingénieuses allégories -sur l'hymen, l'amour, le sommeil et l'étude, on eût aperçu -une troupe folâtre de jeunes femmes et de jeunes gens, -qui, par la quantité de plumes et de rubans dont ils étaient -chargés, ressemblaient à un parterre de fleurs, dont les -couleurs vives et variées éclataient dans l'ombre.</p> - -<p>En s'approchant, on eût bientôt distingué l'élite de la -société de Paris et de la cour, réunie ou plutôt resserrée -dans la vaste ruelle de madame de Rambouillet. On eût -reconnu la princesse de Condé, accompagnée de sa fille, -qui devint peu après duchesse de Longueville; elle causait -avec la marquise de Rosembault: la duchesse d'Aiguillon -parlait bas à l'oreille de la marquise de Vardes, qui avait -près d'elle madame du Vigean; la marquise de Sablé s'entretenait -avec madame de Cornuel; madame de la Vergne -tenait la main de sa jeune fille, depuis si célèbre sous le -<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span> -nom de comtesse de la Fayette; puis les comtesses de -Fiesque, de Saint-Martin, de Maure, et madame Duplessis-Guénégaud, -causaient ensemble à voix basse. La duchesse -de Chevreuse écoutait avec attention mademoiselle de -Scudéry<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>. Près du lit, la marquise de Rambouillet entre -deux de ses filles, la jeune Clarice-Diane, abbesse d'Yères, -et Louise-Isabelle d'Angennes<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>. A côté de cette dernière -était la marquise de Sévigné, occupée avec Julie -d'Angennes à considérer les fraîches miniatures de la fameuse -<i>Guirlande</i>; tandis qu'à leurs pieds le marquis de -la Salle (Montausier), assis sur son manteau qu'il avait -détaché, leur souriait, et paraissait heureux des compliments -que lui adressait madame de Sévigné sur son incomparable -galanterie<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a>. Douze autres jeunes seigneurs étaient -moitié assis, moitié couchés sur leurs manteaux, dont les -étoffes de soie, d'or et d'argent brillaient sur le tapis, ou -flottaient sur les pieds des dames<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>. A ses joues colorées, -à sa figure joyeuse, on reconnaissait facilement parmi -eux le marquis de Sévigné, assis aux pieds de mademoiselle -du Vigean; il lui donnait des nouvelles de l'armée<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span> -lui parlait de Gramont et de Saint-Évremond, et la faisait -rire; lui racontait les exploits du duc d'Enghien, et la -faisait rougir. Le marquis de Villarceaux, et de Gondi, depuis -peu archevêque de Corinthe, coadjuteur de Paris, et -le marquis de Feuquières, étaient tous trois debout; le -premier derrière le fauteuil de la duchesse d'Aiguillon, le -second derrière celui de la duchesse de Chevreuse, le -troisième à côté de madame Duplessis-Guénégaud. Toutes -les dames tenaient une petite badine<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>, que quelques-unes -s'amusaient à faire tourner entre leurs doigts. Les jeunes -gens, pour donner plus d'action à leurs discours et plus -de grâce à leurs gestes, agitaient par intervalle dans l'air -les blancs et gros panaches de leurs petits chapeaux, ou, -posant ceux-ci sur leurs genoux, jouaient nonchalamment -avec les plumes qui les couvraient<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>. Sur le devant de l'alcôve, -et en avant des colonnes, étaient assis, sur des chaises -et sur des placets, sorte de tabourets bas et larges, des -personnages que leurs habillements plus modestes faisaient -reconnaître à l'instant pour des hommes de lettres ou des -ecclésiastiques: c'étaient Balzac, Ménage, Scudéry, Chapelain, -Costart, Conrart, la Mesnardière, l'abbé de Montreuil, -Marigny le jeune, l'abbé Bossuet, le petit abbé Godeau, -depuis évêque de Vence, et grave auteur d'un gros -volume de poésies chrétiennes; mais alors, à cause de -l'exiguïté de sa taille et de son assiduité auprès de Julie -d'Angennes, on le nommait par dérision le nain de la -<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -princesse Julie<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>. Quatre autres personnages étaient debout, -appuyés contre un des côtés de l'alcôve et une de ses -colonnes: moins richement vêtus que les galants illustres -assis aux pieds des dames, mais parés avec plus d'élégance -et de recherche que ceux qui étaient gravement posés sur -des chaises et des placets, ils formaient un petit groupe à -part, promenaient, avec un air narquois, leurs regards -sur l'assemblée; causaient ensemble tout bas, et souriaient -de temps à autre; c'étaient Sarrasin, Charleval, Montplaisir -et Saint-Pavin.</p> - -<p>«Est-ce que M. de Voiture n'arrive pas?» dit la marquise -de Rambouillet à mademoiselle Paulet, qui continuait -à regarder par la fenêtre.—«Je ne le vois pas encore,» -répondit-elle sans se détourner.—«Ah, le traître! -dit Charleval, il se fera attendre.»—«Non, dit la marquise -de Rambouillet; car je n'ai donné rendez-vous à -M. Corneille qu'à midi et demi, ne voulant pas qu'il fût interrompu -par les survenants. C'est parce que M. de Voiture -demeure dans cette rue, et presque à côté de l'hôtel<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>, -qu'il n'est pas encore arrivé: les plus près sont les moins -pressés.» Saint-Pavin, prenant la parole: «J'ai entendu -dire, madame, qu'il s'était battu avec Chaveroche, votre -intendant, et que celui-ci l'avait blessé.»—«Cette blessure -n'est rien, monsieur, dit madame de Rambouillet, -et ne l'empêchera pas de venir. Mais ne parlez pas, je vous -prie, de cette ridicule affaire.»—«Ma mère, dit Clarice -d'Angennes en s'adressant à Saint-Pavin, a fait comprendre -à Chaveroche toute l'impertinence de son procédé; il -en a fait des excuses à M. de Voiture, et ils sont les meilleurs -<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span> -amis du monde: si bien que M. de Voiture a donné -à Chaveroche le procès de sa sœur et toutes ses affaires à -suivre<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>, pendant le voyage qu'il va faire en Espagne.»—«Est-ce -qu'il va nous quitter?» dit Sarrasin.—«Après-demain -il part, répliqua Clarice; et certainement il ne -manquera pas de se rendre ici.»—«Vous allez le voir -arriver, dit l'abbesse d'Yères; je viens de lui dépêcher -Poncette.»—«Mieux eût valu, ma fille, dit madame de -Rambouillet, lui envoyer un valet de pied.»</p> - -<p>«La prudente Arthénice connaît notre homme,» dit -Sarrasin tout bas, en se penchant à l'oreille de son voisin -Charleval.—«Quoi! dit celui-ci avec surprise, la fille -d'un portier?»—«N'importe, répliqua l'autre en souriant; -tout lui est bon, depuis le sceptre jusqu'à la houlette, -depuis la couronne jusqu'à la calle<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>.»—«Mais sincèrement, -avec ce corps exigu, ces yeux effarés, ce visage -niais, le croyez-vous donc si redoutable?»—«Oui, quoique -tout ce que vous dites soit vrai et qu'il en plaisante -lui-même<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>; mais il sait donner à cette physionomie si -grotesque tant d'expression, il a tant d'esprit, de grâce et -de gaieté; il sait si bien se plier à tout, s'accommoder de -tout; il a une réputation si bien acquise d'habileté, de -loyauté et de générosité, que partout il se fait écouter, -que partout il parvient à plaire, dans les cercles et dans -les ruelles, dans les palais et les chaumières.»—«Fort -bien, mais Poncette est une enfant, petite, idiote d'ailleurs, -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -et peu jolie.»—«Une enfant! oh non! la perdrix -est maillée! seize ans, de la fraîcheur; de gros traits, mais -de beaux yeux.»—«Oui; mais songez donc que notre -cher Voiture grisonne; il est dans l'âge du repos.»—«Il -y paraît peu, je vous assure: quoique fils d'un marchand -de vin, c'est un buveur d'eau, et ces hommes-là sont privilégiés<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>.»</p> - -<p>Ce petit aparté était à peine terminé, qu'on entendit -mademoiselle Paulet dire: «Ah! voilà M. de Voiture!» -et aussitôt elle courut se placer près du fauteuil de madame -de Rambouillet, et s'appuya contre une des colonnes -du lit.</p> - -<p>On annonça Voiture; il entra: aussitôt Sarrasin, Charleval, -presque tous les hommes de lettres, plusieurs des -seigneurs, Montausier, Sévigné, vont à sa rencontre, lui -donnent la main, lui souhaitent le bonjour, et l'embrassent. -Ce n'est qu'avec peine qu'il parvient, en se dandinant -sur ses deux jambes écartées, afin de ne pas froisser -ses canons, assez près de madame de Rambouillet pour -pouvoir lui faire une double salutation. Sa figure est riante, -son habillement est simple, mais d'une élégance et d'une -fraîcheur remarquables.</p> - -<p>«Monsieur, lui dit la marquise, vous nous avez donc -disgraciées? voilà quatre jours que je ne vous ai vu; et -même, en vous promettant M. Corneille, il faut encore -vous envoyer chercher.»—«Ah, madame! plaignez-moi, -et ne me grondez pas. La mission qu'il a plu à son éminence -de me donner pour l'Espagne m'a contraint à des -conférences sans fin avec le cardinal de la Valette, monseigneur -le duc d'Orléans et les gens d'affaires. Pendant -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -tout ce temps je n'ai vécu que de regrets, je n'ai pensé -qu'à vous et à mademoiselle de Rambouillet. Je me disais -qu'il m'en arrive à votre égard comme de la santé, dont on -ne connaît tout le prix que quand on la perd.»—«Monsieur -de Voiture, dit la marquise, vous le savez, j'ai défendu -les compliments.»—«Madame, je vous obéis; la -vérité n'est point un compliment: on sait que toutes les -fois qu'il m'a fallu, par devoir, m'éloigner de vous, et résider -à la cour de France, à celle de Lorraine, de l'Espagne, -en Italie, en Angleterre, partout la société m'a paru maussade -et monotone.»—«Cependant, monsieur, je vous ai -souvent entendu dire qu'il fallait faire de grands efforts -contre l'ennui, et que les voyages étaient contre ce mal un -puissant remède.»—«C'est vrai, madame; mais les -grands efforts abattent, et les puissants remèdes affaiblissent. -On ne s'amuse, on ne se repose, on ne jouit qu'à -l'hôtel de Rambouillet, qu'à la cour d'Arthénice; c'est -celle de la beauté, de l'esprit et des grâces<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a>.»</p> - -<p>«Monsieur de Voiture, dit Julie d'Angennes, il faut que -je vous gronde: vous m'avez envoyé douze galands pour -ma discrétion, c'est enfreindre les règles du jeu; j'avais -fixé votre perte à un seul galand.»—«Ah, mademoiselle! -qu'eût fait votre simarre<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a> d'un seul galand? Douze -sont bien peu pour vous; ils seront confondus dans la -foule.»</p> - -<p>—«Mais, Monsieur de Voiture, dit l'abbesse d'Yères, -est-ce que vous n'avez pas reçu mon chat? Vous ne m'en -parlez pas.»—«Si, je l'ai reçu! Voyez, madame,» dit -<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -Voiture en ôtant un de ses gants, et montrant sa main -droite, légèrement égratignée.—«Ah! dit l'abbesse en -souriant malignement, ce n'est pas mon chat qui a fait cela; -vous le calomniez.»—«C'est bien lui, madame; et depuis -trois jours qu'il est chez moi il n'y a laissé personne sans lui -faire porter de semblables marques de ses faveurs. C'est -la plus jolie bête du monde. Rominagrobis lui-même, qui -est, comme vous savez, le prince des chats, ne saurait avoir -une meilleure mine. Je trouve seulement que, pour un chat -nourri en religion, il est fort mal disposé à garder la clôture: -point de fenêtre ouverte qu'il ne s'y veuille jeter. Il -n'y a pas de chat séculier qui soit plus volage et plus volontaire. -J'espère cependant que je l'apprivoiserai par de -bons traitements; je ne le nourris que de biscuit. Pourtant, -quelque aimable qu'il soit de sa personne, ce sera -toujours en votre considération, madame, que je l'aimerai; -et je l'aimerai tant pour l'amour de vous, que j'espère -faire changer le proverbe, et que l'on dira dorénavant: -Qui m'aime, aime mon chat. Si après ce présent vous me -donnez encore le corbeau que vous m'avez promis, et si -vous voulez m'envoyer un de ces jours Poncette dans un -panier, vous pourrez vous vanter de m'avoir donné toutes -les bêtes que j'aime<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a>.»</p> - -<p>La physionomie de Voiture avait, en prononçant ces -paroles, une expression de gaieté si comique, que la marquise -de Rambouillet eut bien de la peine à s'empêcher de -rire. Pourtant elle se contint, et lui dit d'un air moitié badin, -moitié sérieux: «Ne pourriez-vous, monsieur, laisser -toutes ces fadaises, et nous réciter quelques vers nouveaux -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -de votre composition?»—«Il n'en fait plus, dit Julie -d'Angennes, depuis qu'il est dans les négociations. Apollon -n'est pas diplomate.»—«Cependant, dit Voiture, -il lui faut négocier sans cesse des traités de paix avec la -beauté, et lutter continuellement contre les indiscrétions -du cœur.»—«Toujours est-il vrai, dit Julie d'Angennes, -qu'infidèle aux Muses comme à vos amis, vous avez laissé -la poésie pour les affaires.»—«Si j'osais, dit Voiture, -démentir la dame des pensées de l'invincible Gustave, je -lui réciterais une pièce de vers que j'ai composée ce matin -même.»—«Ah! récitez-la, dit l'abbesse d'Yères, récitez-la; -cela nous amusera.»—«Nullement, madame; -car elle est fort triste.»—«C'est une élégie, dit Isabelle -d'Angennes: ah! tant mieux, je n'ai jamais entendu -réciter de pièce sérieuse à M. de Voiture, et j'avoue que -je serais bien curieuse de savoir comment il s'y prend; -mais peut-être il plaisante.»—«Je n'en ai pas l'intention, -madame,» dit Voiture.</p> - -<p>Le bruit confus des voix, des éclats de rire et des conversations -particulières cessa, par un seul geste de la marquise -de Rambouillet. Il se fit un grand silence, et tous les -yeux se dirigèrent sur Voiture. Sa figure rieuse avait pris -une teinte de mélancolie douce, ses yeux paraissaient voilés, -son attitude annonçait le recueillement et la tristesse. -En le voyant si différent de lui-même, on ne douta point -qu'il ne se mît à réciter une longue et lamentable élégie, -genre de composition qu'on savait n'être nullement approprié -à son talent; l'on commençait à redouter l'ennui, -et à regretter les conversations si vives et si animées que -le poëte malencontreux forçait d'interrompre. On se rassura -cependant quand il annonça un rondeau; mais cette -annonce fit croire d'abord que son air affligé n'avait été -<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span> -qu'un moyen de mieux faire ressortir la gaieté de son rondeau. -On se trompait encore, et toute l'assemblée fut émue -lorsque Voiture eut récité avec simplicité, mais avec un -accent passionné qu'il n'avait jamais eu, le rondeau suivant:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i5 small">LA SÉPARATION.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Mon âme, adieu! Quoique le cœur m'en fende,</p> -<p>Et que l'Amour de partir me défende,</p> -<p>Ce traître honneur veut, pour me martyser,</p> -<p>Par un départ nos deux cœurs déchirer,</p> -<p>Et de laisser ton bel œil me commande.</p> -<p>Je ne veux pas qu'en larmes tu t'épande:</p> -<p>Et, sans qu'en rien ton amour appréhende,</p> -<p>Dis-moi gaiement, sans plaindre et soupirer,</p> -<p class="i4"> Mon âme, adieu!</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Car je te laisse, et je te recommande,</p> -<p>De mon esprit la partie la plus grande,</p> -<p>Sans plus vouloir jamais la retirer.</p> -<p>Car rien que toi je ne puis désirer,</p> -<p>Et veux t'aimer jusqu'à ce que je rende</p> -<p class="i4"> Mon âme à Dieu<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>.</p> -</div></div> - -<p>A peine Voiture eut-il fini de réciter le rondeau, que -mademoiselle Paulet prit, sur le lit où madame de Sévigné -l'avait placé, le livre de la <i>Guirlande</i>; puis, baissant -la tête, elle sortit de l'alcôve, et alla reporter le précieux -volume dans le cabinet de Julie d'Angennes.</p> - -<p>Il se fit un instant de silence, pendant lequel Sarrasin -se pencha encore vers l'épaule de son voisin Charleval, -et lui dit à l'oreille: «Le renard a fait fuir la lionne.»—«Elle -reviendra au terrier,» dit Charleval; puis tous deux -<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -se mirent à sourire, en suivant des yeux mademoiselle -Paulet, et regardant Voiture.</p> - -<p>«—Si Voiture rend son âme à Dieu, dit l'abbé de -Montreuil, il faudra le faire accompagner par une trentaine -de ces Amours coquets, grands comédiens, qui le -servent merveilleusement, et qui ne ressentent jamais les -passions qu'ils témoignent<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a>.»</p> - -<p>—«Ne trouvez-vous pas, madame, dit Saint-Pavin -à madame de Sévigné, que Montreuil n'en parle que -par envie?»—«M. de Montreuil est étourdi, mais il -n'est point envieux,» répondit madame de Sévigné<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a>.—«Ah, -oui, vous le défendez, parce qu'il est votre grand -madrigalier<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>.»—«Étrange défense, dit Montreuil, et -qui ressemble fort à une accusation.»—«Mais je ne savais -pas, dit Julie d'Angennes, que M. de Montreuil eût -fait des madrigaux pour madame de Sévigné.»—«Pour -que cela ne fût pas, mademoiselle, il faudrait qu'on me -dit comment on peut s'empêcher d'en faire.»—«Dites-nous -le dernier de tous, si vous vous en souvenez.»—«Cela -n'est pas difficile; ce n'est que quatre vers impromptu -récités à madame la marquise, tout aussitôt -qu'on lui eut débandé les yeux à la partie de colin-maillard -que nous jouâmes hier chez la duchesse de Chevreuse. -Elle aura sans doute déjà oublié ces vers, et je reçois -comme une faveur, mademoiselle, l'occasion que vous me -donnez de les lui réciter encore:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>De toutes les façons vous avez droit de plaire,</p> -<p>Mais surtout vous savez nous charmer en ce jour:</p> -<p>Voyant vos yeux bandés, on vous prend pour l'Amour;</p> -<p>Les voyant découverts, on vous prend pour sa mère<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Voiture et Sarrasin, qui avaient entendu le madrigal -du jeune Montreuil, vinrent lui prendre la main, et le -complimentèrent. Ces félicitations des deux plus beaux -esprits de l'hôtel de Rambouillet tournèrent les regards -de toute la société sur Montreuil. Alors ceux qui avaient -retenu le quatrain le répétèrent aux personnes qui ne le -connaissaient pas, et on ne distinguait plus, au milieu des -voix qui se faisaient entendre simultanément, que les -mots: «<i>Plaire, Amour, sa mère</i>; c'est charmant.» La -figure de Montreuil était rayonnante du plaisir que lui -causait le succès de son madrigal, et madame de Sévigné -ne put s'empêcher d'être un peu confuse de l'unanimité -des louanges données dans cette occasion à sa figure, à sa -parure, à toute sa personne. Cependant, de toutes les -femmes jeunes et belles qui brillaient alors, elle était celle -qui se laissait le moins déconcerter par les éloges. Madame -de Rambouillet ne fut pas fâchée de voir que cette fois -on y avait réussi. Elle trouvait que l'émotion, en colorant -son teint, avait augmenté ses attraits; et un sentiment -mêlé de malice et de bonté la faisait jouir de l'embarras -de cette nouvelle mariée, et lui inspirait le désir de le -prolonger. C'est pourquoi, en s'adressant à Ménage, elle -dit: «Est-ce que M. Ménage n'a point encore fait de -vers pour madame de Sévigné?»—«Il en a fait, dit -Chapelain, pour mademoiselle Marie de Rabutin, et aussi -<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -pour madame la marquise, non-seulement en français, -mais encore en italien<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>.»—«Et je gage, dit Saint-Pavin, -qu'il en a fait aussi en latin et en grec.»—«M. -Ménage, reprit madame de Sévigné, est trop mon -ami pour me faire honte de mon ignorance, et pour m'adresser -des vers dans une langue que je n'entends pas.»</p> - -<p>Madame de Rambouillet allait prier Ménage de réciter -les vers qu'il avait composés pour madame de Sévigné, -lorsque tout à coup le marquis de Vardes dit: «Faisons -encore jouer madame de Sévigné à colin-maillard.» Aussitôt -il se lève, et entraîne hors de l'alcôve toute l'assemblée, -qui se réjouit de son idée, et se dispose à la mettre -à exécution<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>. En vain madame de Rambouillet fait -observer que la demi-heure est sonnée, et que Corneille -ne tardera point à arriver. On insiste, on prie, et on promet -de cesser à l'instant que Corneille entrera. Un bandeau, -formé par un ruban couleur de feu, est placé par -madame de Sévigné sur les yeux de mademoiselle de la -Vergne, qui, âgée seulement de douze ans, et la plus jeune -des personnes présentes, devait, d'après les lois du jeu, -être la première condamnée à se voir privée de la vue. -Déjà la pauvrette, tout étonnée de ne plus tenir la main -de sa mère et de se trouver isolée au milieu de la chambre, -étendait ses petits bras, et l'on s'écartait lorsqu'on entendit -<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -rouler dans la cour deux carrosses qui se suivaient. -Dans l'un était la comtesse de la Roche-Guyon; Benserade -amenait dans le sien les deux frères Corneille.</p> - -<p>La société, qui, quelques minutes auparavant, aurait -reçu avec de grandes démonstrations de joie le poëte -qu'elle attendait, fut comme pétrifiée lorsqu'elle l'entendit -annoncer après la comtesse de la Roche-Guyon -et Benserade. Il se fit un instant de silence, comme -dans une troupe d'écoliers que le maître a surpris jouant -à l'heure des études. Madame de Rambouillet se leva, -alla elle-même au-devant de la comtesse et de Benserade, -puis ensuite rendit le salut aux deux frères; et comme -elle vit que chacun se disposait à rentrer dans l'alcôve, -elle se hâta de dire que la lecture aurait lieu dans la -chambre. Des valets de pied y rangèrent selon ses ordres -les fauteuils, les chaises et les placets<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>: elle en fit apporter -un nombre égal à celui des personnes présentes; et -engageant tout le monde à prendre un siége, elle défendit -de s'asseoir sur le parquet. Ces dispositions, qui plurent -beaucoup aux gens de lettres, aux ecclésiastiques et aux -précieuses âgées, contrarièrent les jeunes gens et les jeunes -femmes: ils regrettaient leur position dans l'alcôve, -et se repentirent de l'idée qu'ils avaient eue de jouer à -colin-maillard; tous avaient du dépit que Corneille fût -venu si tard, ou qu'il ne fût pas venu plus tôt.</p> - -<p>Cependant c'était en grande partie le même auditoire -qui avait assisté l'année précédente à la lecture de <i>Rodogune</i>, -qui en avait prédit le succès; et les bruyants applaudissements -avec lesquels cette pièce était journellement -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -accueillie avaient établi l'opinion que Corneille -s'était surpassé lui-même, et que son talent, déjà si élevé, -grandissait encore. On s'attendait donc à entendre la lecture -d'un nouveau chef-d'œuvre, plus surprenant peut-être -que celui qui attirait chaque jour la foule au théâtre. -Cette attente excitait vivement la curiosité de l'assemblée. -On se résolut à écouter avec attention, et on garda le -plus profond silence.</p> - -<p>Corneille lut sa nouvelle production, intitulée <i>Théodore, -vierge et martyre, tragédie chrétienne</i>... Il lut... -comme il lisait toujours, c'est-à-dire fort mal, s'appesantissant -sur chaque vers, et déclamant d'une voix rauque -et monotone<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor"> [74]</a>. Quand il eut fini, l'auditoire fut très-surpris -d'avoir été peu ému par cette lecture. Le sujet semblait -théâtral, et cependant les caractères étaient froids et -languissants. On fut choqué de plusieurs inconvenances, -de certaines expressions, et de quelques images que le -sujet n'indiquait que trop, et que les précieuses avaient -particulièrement en aversion. Cependant les hommes de -lettres, dont les décisions comptaient dans cette assemblée -et entraînaient les autres suffrages, se souvenaient de <i>Polyeucte</i>, -autre tragédie chrétienne qu'ils avaient jugée assez -peu propre à réussir au théâtre, et pour laquelle l'admiration -publique allait toujours croissant. La réputation de -Corneille, alors à son apogée, leur imposait, et les faisait -douter de leur propre opinion. Aussi, malgré l'impression -qu'avait faite sur eux la lecture de <i>Théodore</i>, le jugement -qu'ils portèrent sur cette pièce fut en général favorable; -toutefois, ils s'accordèrent à blâmer quelques vers et certaines -<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -tirades, qui furent depuis retranchées par l'auteur. -C'étaient précisément les passages qui choquaient le plus -la délicatesse de nos précieuses. Mais, comme pour consoler -Corneille de la rigueur de ces critiques, chaque personne -de l'assemblée se mit à réciter, l'une après l'autre, -les vers de la pièce qu'elle avait retenus et adoptés.</p> - -<p>Le duc de la Rochefoucauld, en regardant mademoiselle -de Condé, dit:</p> - -<p class="quote">L'objet où vont mes vœux serait digne d'un Dieu<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor"> [75]</a>.</p> - -<p>Gondi:</p> - -<p class="quote">Qui commence le mieux ne fait rien s'il n'achève.</p> - -<p>Montausier:</p> - -<p class="quote">Un montent est bien long à qui ne sait pas feindre.</p> - -<p>Madame de Chevreuse:</p> - -<p class="quote">Ah! lorsqu'un grand obstacle à nos fureurs s'oppose,<br /> -Se venger à demi est du moins quelque chose<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor"> [76]</a>.</p> - -<p>Le marquis de Sévigné:</p> - -<p class="quote">On retire souvent le bras pour mieux frapper<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor"> [77]</a>.</p> - -<p>Balzac:</p> - -<p class="quote">Je fuis l'ambition, mais je hais la faiblesse.</p> - -<p>Benserade:</p> - -<p class="quote">Tout fait peur à l'Amour, c'est un enfant timide<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor"> [78]</a>.</p> - -<p>Julie d'Angennes:</p> - -<p class="quote">Un bienfait perd sa grâce à le trop publier:<br /> -Qui veut qu'on s'en souvienne, il le doit oublier<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor"> [79]</a>.</p> - -<p>Mais cette suite de citations fut tout à coup interrompue -par l'action de l'abbé Bossuet, qu'on vit s'avancer vers -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -l'abbesse d'Yères, et qui, en rougissant (il n'avait que -dix-sept ans), la pria de vouloir bien communiquer à l'assemblée -ce qu'il lui avait vu écrire sur ses tablettes pendant -que M. Corneille lisait, présumant que c'étaient des -vers de la tragédie. Clarice d'Angennes sourit en regardant -le jeune abbé, et lui remit aussitôt ses tablettes, -avec un air de nonchalante résignation.</p> - -<p>Tout le monde dirigea ses regards vers l'ecclésiastique -adolescent; personne ne l'avait remarqué, et il n'avait -pas encore proféré une seule parole. Il lut:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>L'amour va rarement jusque dans un tombeau</p> -<p>S'unir au reste affreux de l'objet le plus beau<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor"> [80]</a>.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Qui s'apprête à mourir, qui court à ces supplices,</p> -<p>N'abaisse pas son âme à ces molles délices;</p> -<p>Et, près de rendre compte à son juge éternel,</p> -<p>Il craint d'y porter même un désir criminel.</p> -<p>Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice,</p> -<p>C'est courir à la vie et non pas au supplice.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Un obstacle éternel à vos désirs s'oppose:</p> -<p>Chrétienne, et sous les lois d'un plus puissant époux....</p> -<p>Mais, seigneur, à ce mot ne soyez point jaloux:</p> -<p>Quelque haute splendeur que vous teniez de Rome,</p> -<p>Il est plus grand que vous, mais ce n'est point un homme.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois:</p> -<p>C'est lui qui tient ma foi, c'est lui dont j'ai fait choix<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor"> [81]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Après la lecture de ces vers, on s'empressa autour de la -jeune abbesse; on loua son bon goût, et l'on convint que -c'était elle qui avait choisi les plus beaux vers de la pièce; -ceux, dit Sarrasin, qui dans leur application offraient le -<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -plus de motifs d'admiration et de regrets. Mais ce qui -surtout frappa de surprise toute l'assemblée, ce fut l'organe -sonore, tragique et pénétrant du jeune abbé en déclamant -ces vers; ce fut la beauté de ses traits, et cet air -imposant qui contrastait si singulièrement avec son extrême -jeunesse. L'impression qu'il produisit fut courte et -subite, mais profonde et durable; et chacun en se retirant -resta convaincu que la nouvelle tragédie chrétienne de -Corneille, pour intéresser presque à l'égal de <i>Polyeucte</i>, -n'aurait eu besoin que d'être lue par le jeune abbé Bossuet, -au lieu de l'être par son auteur<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor"> [82]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE VI.<br /> -<span class="medium">1644-1648.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Pourquoi la vie de madame de Sévigné se trouve mêlée à celle des -principaux personnages et aux principaux événements de son -siècle.—Des adorateurs et des alcovistes de madame de Sévigné -pendant sa jeunesse.—Portrait de madame de Sévigné par madame -de La Fayette.—Justification d'une expression de précieuse -qu'elle emploie.—Suite du portrait.—Ménage donne des leçons -à mademoiselle Chantal.—Il en devient amoureux.—Trait satirique -de Boileau contre Ménage.—Conduite de Marie Chantal -envers Ménage.—Lettre qu'elle lui écrit.—Réponse de celui-ci.—Seconde -lettre de mademoiselle Chantal à Ménage.—Comment -elle se comporte avec lui après son mariage.—Diverses anecdotes -relatives à la liaison de Ménage avec madame de Sévigné.—Caractère -de Ménage.—Ridicule qu'il se donne.—Estimé et chéri de -madame de Sévigné.—De Chapelain.—Portrait du chevalier de -Méré.—Il fait sa cour à madame de Sévigné, et lui déplaît.—Portrait -de l'abbé de Montreuil.—Sa liaison avec madame de -Sévigné.—Liaison de madame de Sévigné avec Marigny, Saint-Pavin, -Segrais.</p> -</div> - -<p>Revenons à madame de Sévigné. L'hôtel de Rambouillet -et les révolutions opérées dans nos mœurs et notre littérature -durant l'époque de sa jeunesse nous ont distraits -d'elle pendant quelques instants, mais ne nous en ont -point écartés. C'est une étrange destinée que la sienne: -son sort fut prospère, sa vie uniforme, sans aucune aventure -extraordinaire, sans aucun incident remarquable, sans -aucun changement de fortune; et cependant, depuis sa -naissance jusqu'à sa mort, son souvenir se rattache à celui -des plus illustres personnages et des plus grands événements -<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -de son siècle. Elle en a été l'historien sans le savoir, -une des gloires sans s'en douter. Elle ne s'occupa que -d'elle-même, de ses enfants, de ses parents, de ses amis; -et pourtant, par la part qu'elle nous y fait prendre, elle -se trouve mêlée à toutes les intrigues et à toutes les cabales -de cette époque. Enfin, pour dernière singularité, jamais -elle n'écrivit une seule page pour le public, jamais elle -ne songea à faire un ouvrage; et elle est devenue, sans -l'avoir prévu, un auteur classique du premier ordre.</p> - -<p>Ses attraits, son amabilité et son esprit attirèrent auprès -d'elle, dès son entrée dans le monde, plusieurs adorateurs -déclarés, et un grand nombre d'alcovistes assidus. -Quelques-uns ne faisaient qu'user du privilége de l'usage, -si cher surtout aux gens de lettres, de s'inscrire fictivement -et poétiquement au nombre de ses amants, sans -ressentir pour elle une passion plus prononcée que pour -les autres dames qui agréaient de même leurs assiduités; -mais il y en eut auxquels elle inspira un amour véritable, -que la différence des rangs et de la fortune, qui exerçait -alors une plus grande influence qu'aujourd'hui sur les -sentiments du cœur, ne leur permettait guère d'espérer -de faire partager. De tous ceux qui composaient sa petite -cour, les plus dangereux étaient les hommes qui, dans -une classe égale ou supérieure à la sienne, furent épris de -ses attraits au point d'employer auprès d'elle tous les -moyens de séduction, de concevoir l'espérance de s'en -faire aimer et de la faire manquer à ses devoirs. Ce n'était -pas, dans ce siècle d'intrigues amoureuses, une chose -dont on se fît scrupule, à moins qu'on ne fût dévôt; et les -personnages de la haute noblesse ne le devenaient ordinairement -que dans un âge avancé. Lorsque, dans la jeunesse, -leurs inclinations se tournaient vers la piété, ils se -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -faisaient prêtres. Les dignités et les richesses ne manquaient -pas à ceux d'entre eux qui avaient cette vocation, et elles -n'attiraient que trop souvent ceux qui ne l'avaient pas. -Autrement le goût de la galanterie et le talent de séduire -les femmes étaient considérés comme des qualités inséparables -de ce qu'on appelait alors un <i>honnête homme</i>: expression -d'un sens très-flexible, et dont il est difficile de -bien faire connaître aujourd'hui les diverses acceptions, -puisqu'elle était souvent synonyme de galant<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor"> [83]</a> ou homme -à bonnes fortunes; qu'elle signifiait quelquefois un homme -du monde, ou un homme bien élevé et de la haute société; -et aussi un homme d'honneur. Un secret, que la -prudence de madame de Sévigné parvint pendant quelque -temps à dérober aux yeux intéressés et clairvoyants des -séducteurs qui l'entouraient, fut bientôt connu d'eux tous, -et les rendit plus ardents dans leurs poursuites. Les nombreuses -et éclatantes infidélités du marquis de Sévigné apprirent -bientôt à tout le monde qu'il n'avait pour la plus -aimable des femmes que de la tiédeur et de l'indifférence, -l'on sut que, sans aucun égard pour sa vertu, il la blessait -au cœur et humiliait sans cesse son juste orgueil, en -ne se donnant aucun soin pour cacher le scandale de sa -conduite, et en prenant souvent (non par calcul, mais par -ignorance) ceux dont elle était aimée pour premiers confidents -de ses inclinations vagabondes.</p> - -<p>Pour se faire une idée de l'empressement que madame -de Sévigné, négligée et délaissée par son mari, devait exciter -autour d'elle, il faut connaître comment elle était -appréciée par la société d'hommes et de femmes aimables -qui l'entouraient; et rien ne peut mieux nous l'apprendre -<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -que madame de La Fayette, dans le portrait qu'elle a tracé -de son amie, quelques années après l'époque dont nous -nous occupons. Ce portrait est sous la forme d'une allocution -qu'un inconnu est supposé adresser à madame de -Sévigné elle-même, selon la mode de ce temps, très-accréditée -parmi les habitués de l'hôtel de Rambouillet. On sait -que par ces sortes de jeux d'esprit, tout en voulant flatter -la personne qu'on prétendait peindre, on ambitionnait -cependant le mérite de la ressemblance; on atténuait les -défauts, mais on ne les passait pas sous silence; on exagérait -les louanges, mais on n'en donnait point de fausses. -Pour madame de Sévigné, les témoignages contemporains -les moins contestables et les plus irrécusables attestent la -parfaite exactitude et la précision des traits du portrait que -madame de La Fayette en a fait. Nous ne citerons ici que -les passages qui se rapportent à l'objet qui nous occupe.</p> - -<p>«Sachez donc, madame (dit l'inconnu à madame de -Sévigné), si par hasard vous ne le savez pas, que votre -esprit pare et embellit si fort votre personne, qu'il n'y -en a point sur la terre d'aussi charmante lorsque vous -êtes animée par une conversation dont la contrainte est -bannie. Le brillant de votre esprit donne un si grand -éclat à votre teint et à vos yeux, que, quoiqu'il semble -que l'esprit ne dût toucher que les oreilles, il est pourtant -certain que le vôtre éblouit les yeux<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor"> [84]</a>.»</p> - -<p>Cette expression d'<i>un esprit qui éblouit les yeux</i> a été -blâmée, comme étant du style de précieuse; et il est certain -qu'elle en a le caractère. C'est peut-être même une -de celles que Molière, s'il l'avait connue, eût signalée -pour la ridiculiser. Boileau l'a cependant employée depuis, -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -et quoique ce soit d'une manière moins hardie, il a été -critiqué sur ce point par le poëte le Brun<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor"> [85]</a>. Nous avons -en vain cherché une expression qui peignit d'une manière -aussi vraie, aussi énergique, l'effet produit par une jolie -femme encore dans tout l'éclat et toute la fraîcheur du -bel âge, qui, s'animant par l'action d'une conversation -enjouée ou passionnée, électrise les âmes de ceux qui -l'écoutent, et par ses gestes, ses paroles, ses regards, -les plonge dans un enivrement dont ils ne peuvent se défendre. -N'est-il pas vrai que cette femme, dont il y a peu -d'instants on se contentait de louer froidement la beauté, -brille alors d'attraits si variés, d'un effet si prompt, si -puissant, si inattendu, que sa vue nous émeut encore -plus que ses paroles? Le jeune homme ardent et sensible -qui, dans l'âge fougueux des passions et dans de telles -circonstances, éprouva plus d'une fois, en regardant une -femme, de véritables éblouissements, n'ira pas chercher -d'autre expression que celle dont madame de La Fayette -s'est servie pour rendre l'effet magique produit par madame -de Sévigné, quand, avec cet abandon, cette grâce, -cet entraînement, cette éloquence qui lui étaient naturels, -elle parlait avec feu d'un sujet qui lui plaisait, au milieu -d'un cercle d'où, comme le dit madame de La Fayette, la -contrainte était bannie. Autrement, selon une tradition -qui est venue jusqu'à nous<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor"> [86]</a>, elle portait dans le monde -une telle habitude de sécurité, d'insouciance, qu'en certains -moments elle se faisait oublier, et paraissait presque nulle.</p> - -<p>Mais continuons de citer madame de La Fayette, et n'oublions -<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -pas de remarquer que, dans ce portrait, c'est un -homme qui est censé parler:</p> - -<p>«Votre âme est grande et noble; vous êtes sensible à -la gloire et à l'ambition, et vous ne l'êtes pas moins aux -plaisirs; vous paraissez née pour eux, et il semble qu'ils -soient faits pour vous. Votre présence augmente les divertissements, -et les divertissements augmentent votre -beauté lorsqu'ils vous environnent. Enfin, la joie est -l'état véritable de votre âme, et le chagrin vous est plus -contraire qu'à qui que ce soit. Vous êtes naturellement -tendre et passionnée; mais, à la honte de notre sexe, -votre tendresse vous a été inutile, et vous l'avez renfermée -dans le vôtre. Votre cœur, madame, est sans doute -un bien qui ne peut se mériter; jamais il n'y en eut un si -généreux, si bien fait, si fidèle. Il y a des gens qui vous -soupçonnent de ne pas le montrer toujours tel qu'il est; -mais, au contraire, vous êtes si accoutumée à n'y rien -sentir qui ne vous soit honorable, que vous y laissez -voir ce que la prudence vous obligerait à cacher. Vous -êtes la plus civile et la plus obligeante personne qui ait -jamais été, et, par un air libre et doux qui est dans -toutes vos actions, les plus simples compliments de -bienséance paraissent en votre bouche des protestations -d'amitié; et tous les gens qui sortent d'auprès de vous -s'en vont persuadés de votre estime et de votre bienveillance, -sans qu'ils puissent se dire quelle marque -vous leur avez donnée de l'une et de l'autre.»</p> - -<p>C'est surtout par ce dernier trait du caractère de madame -de Sévigné, où la coquetterie naturelle à son sexe avait -bien quelque part, qu'on comprend combien il était difficile -à celui qu'elle avait enchaîné à son char, de pouvoir -s'en détacher.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> -Ménage ne l'éprouva que trop. Ce littérateur eut de son -vivant une prodigieuse célébrité, et est un des érudits de -son siècle le plus souvent cité par ceux du nôtre; ce -qu'il doit plutôt à la variété qu'à la perfection de ses travaux, -qui sont cependant très-recommandables. Ménage -était bien fait, et d'une figure agréable; il réunissait au -goût des lettres une forte inclination pour les femmes. -Aussi ce penchant le porta-t-il toute sa vie à faire des vers -pour elles, dans toutes les langues qu'il savait, c'est-à-dire -en grec, en latin, en espagnol, en italien, en français; et -il les faisait aussi bien qu'on peut les faire lorsqu'on n'est -pas né poëte. Le jeune Boileau, qui sentait sa force et sa -vocation, et appréciait à leur juste valeur les vers si vantés -de Ménage, peut-être en secret jaloux de la réputation qu'il -s'était acquise et de ses succès auprès des dames, avait -cherché, dans une de ses premières satires, à le ridiculiser, -et avait dit:</p> - -<p class="quote"> -Si je pense parler d'un galant de notre âge,<br /> -Ma plume pour rimer rencontrera Ménage<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor"> [87]</a>.</p> - -<p>Mais trouvant que Ménage, qui joignait à beaucoup d'amabilité -dans la société un mérite réel, ne prêterait pas -facilement au ridicule, Boileau, lorsqu'il livra cette satire -à l'impression, changea ces vers, et à Ménage substitua -l'abbé de Pure<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor"> [88]</a>.</p> - -<p>L'abbé Ménage (car il était aussi abbé, et, comme bien -d'autres, pour posséder des bénéfices, mais non pour exercer -les fonctions ecclésiastiques) pouvait avoir trente-deux -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -ou trente-trois ans lorsqu'il connut Marie de Rabutin-Chantal, -et qu'il consentit à lui donner des leçons. Il n'avait -encore rien publié, mais il était en grande réputation -parmi les savants, tant français qu'étrangers, et en correspondance -régulière avec les plus renommés d'entre eux<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor"> [89]</a>. -Ménage ne put donner ses soins à l'instruction de Marie -Chantal sans en devenir amoureux; et il jouissait délicieusement -des marques d'amitié qu'elle lui donnait, et du -succès de ses leçons, lorsque les dispositions faites pour le -mariage de sa jeune élève avec le marquis de Sévigné -vinrent contrister son cœur. Il est présumable que Marie -Chantal, alors fortement préoccupée de son changement -d'état, oublia trop alors le pauvre Ménage, ou que lui-même -s'aperçut, quoiqu'un peu tard, qu'il devait chercher -par l'absence un remède à une passion sans espoir. -Il voulut donc rompre avec elle, et prit pour prétexte, réel -ou supposé, quelque marque d'inattention qui lui faisait -penser que ses soins ne lui étaient plus aussi agréables que -par le passé. L'amour malheureux éprouve une sorte de -soulagement à rejeter sur l'objet aimé le tort des peines -qu'il éprouve: c'est encore un moyen de l'occuper de soi -et d'avoir avec lui quelque chose de commun; c'est une -sorte de compensation et de vengeance que de lui faire partager -les tourments dont il est la cause. Ce projet de rupture -de Ménage donna lieu à une correspondance entre lui et -son élève, dont il ne nous reste que deux lettres; mais -elles suffisent pour nous montrer que Marie Chantal, -toute jeune qu'elle était, avait compris que l'amour de -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -Ménage était pour elle sans conséquence, et ne la forçait -point à se priver des assiduités d'un homme dont la société -était agréable et instructive, et pour lequel elle avait -une véritable amitié. L'adresse qu'elle met à le retenir -se manifeste assez dans la lettre suivante, et prouve que -dès son plus jeune âge madame de Sévigné n'était point -étrangère à l'art des coquettes, et que si sa vertu ne lui -permettait pas de l'employer pour conquérir des amants, -elle savait en user pour conserver ses amis et en augmenter -le nombre.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL A MÉNAGE.</p> - -<p>«Je vous dis, encore une fois, que nous ne nous entendons -pas; et vous êtes bien heureux d'être éloquent, car -sans cela tout ce que vous m'avez mandé ne vaudrait -guère, quoique cela soit merveilleusement bien arrangé. -Je n'en suis pourtant pas effrayée; et je sens ma conscience -si nette de ce que vous me dites, que je ne perds -pas l'espérance de vous faire connaître sa pureté. C'est -pourtant chose impossible, si vous ne m'accordez une visite -d'une demi-heure; et je ne comprends pas par quel motif -vous me la refusez si opiniâtrément. Je vous conjure, -encore une fois, de venir ici; et puisque vous ne voulez -pas que ce soit aujourd'hui, je vous supplie que ce soit demain. -Si vous n'y venez pas, peut-être ne me fermerez-vous -pas votre porte; et je vous poursuivrai de si près, que -vous serez contraint d'avouer que vous avez un peu tort. -Vous me voulez cependant faire passer pour ridicule, en -me disant que vous n'êtes brouillé avec moi qu'à cause que -vous êtes fâché de mon départ. Si cela était ainsi, je mériterais -les Petites-Maisons, et non pas votre haine; mais -<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span> -il y a toute différence, et j'ai seulement peine à comprendre -que quand on aime une personne et qu'on la regrette, -il faille, à cause de cela, lui faire froid au dernier point -les dernières fois qu'on la voit. Cela est une façon d'agir -tout extraordinaire; et comme je n'y étais pas accoutumée, -vous devez excuser ma surprise. Cependant je vous conjure -de croire qu'il n'y a pas un de ces anciens et nouveaux -amis dont vous me parlez que j'estime ni que j'aime tant -que vous; c'est pourquoi, devant que de vous perdre, donnez-moi -la consolation de vous mettre dans votre tort, et -de dire que c'est vous qui ne m'aimez plus<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor"> [90]</a>. <span class="smcap">Chantal</span>.»</p> -</div> - -<p>N'est-il pas charmant de la voir consentir à une séparation -à condition qu'il lui donnera la consolation de le -mettre dans son tort, et cela par un aveu qu'elle sait être -impossible? Quoi de plus piquant et en même temps de -plus aimable qu'une telle lettre; et où est le moyen d'y -résister quand on aime? Ménage ne le put; il chicana, -il s'excusa, il ergota sur l'expression de <i>défunte amitié</i> -qu'elle avait employée dans une de ses lettres, et il revint, -en esclave soumis, se remettre à la chaîne. Elle le prit au -mot, et lui répondit ainsi:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE MARIE CHANTAL A MÉNAGE.</p> - -<p>«C'est vous qui m'avez appris à parler de votre amitié -comme d'une pauvre défunte; car, pour moi, je ne m'en -serais jamais avisée, en vous aimant comme je fais. Prenez-vous-en -donc à vous de cette vilaine parole qui vous a déplu, -et croyez que je ne puis avoir plus de joie que de savoir -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> -que vous conservez pour moi l'amitié que vous m'avez -promise, et qu'elle est ressuscitée glorieusement. Adieu<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor"> [91]</a>.</p> -<p class="signature">«<span class="smcap">Chantal</span>.»</p> -</div> - -<p>Le plus récent des commentateurs de madame de Sévigné<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor"> [92]</a> -a cru voir dans ces lettres le trouble d'une âme innocente -et les agitations d'un cœur novice; et rien assurément -ne prouve mieux qu'une telle assertion combien -l'histoire des époques les plus rapprochées de nous sont -mal connues et mal comprises, lorsque de longues et grandes -révolutions ont brisé la chaîne des habitudes, oblitéré -les traditions et changé les préjugés. Pour se méprendre -ainsi sur les intentions qui ont dicté les lettres de Marie -Chantal à Ménage, il a fallu ignorer entièrement tout -ce que, dans le siècle où elle écrivait, la différence du -rang et de la naissance imposait de respect et de timidité -d'une part, et donnait d'assurance et de liberté de l'autre. -Mais, sans cette considération, il suffit de faire attention -aux expressions dont se sert Marie Chantal, pour ne pas -méconnaître la nature de ses sentiments. Si ce qu'on -suppose eût été vrai, elle n'aurait pas si souvent rappelé à -Ménage son amitié; elle ne se serait pas si souvent servie -pour elle-même du mot <i>aimer</i>; elle n'aurait pas sollicité -avec prière une entrevue. Il n'est pas de fillette de quinze -ans, quelque inexpérimentée qu'elle soit, à qui, lorsqu'elle -aime, l'instinct de la pudeur n'apprenne à mettre dans -ses aveux plus de réserve. Marie Chantal avait dix-huit -ans, et connaissait déjà le monde, sa politique et ses usages. -Les lettres que nous venons de citer suffiraient seules -<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -pour le prouver; toutes celles qu'elle a écrites depuis à -Ménage en différents temps, et toute sa conduite envers -lui, confirment l'interprétation que nous leur avons -donnée<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor"> [93]</a>.</p> - -<p>Un jour madame de Sévigné promit d'aller prendre -Ménage dans sa voiture, pour aller respirer l'air avec lui -au Cours. On sait que cette promenade, formée par quatre -rangées d'arbres à la suite des Tuileries, hors de l'enceinte -de la ville, le long de la Seine, était le rendez-vous du -beau monde dans la belle saison<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor"> [94]</a>. Madame de Sévigné -ne put tenir sa promesse; et ce jour elle fut forcée, par -une cause quelconque et par le mauvais temps, de rester -chez elle. Elle chargea Montreuil de prévenir Ménage de -ce contre-temps. Celui-ci oublia la commission. Aussitôt -madame de Sévigné, craignant que Ménage ne lui supposât -un tort qu'elle n'avait pas, se hâta de s'excuser par -la lettre qui suit:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A MÉNAGE.</p> - -<p>«Si Montreuil n'était point douze fois plus étourdi qu'un -hanneton, vous verriez bien que je ne vous ai fait aucune -malice; car il se chargea de vous faire savoir que je ne -pouvais vous aller prendre, et me le promit si sérieusement, -que, croyant ce qu'il me disait, qu'il n'était plus -si fou qu'il avait été, je m'en fiai à lui; et c'est la faute -que je fis. Outre cela, le temps épouvantable qu'il fit vous -devait assez dire que je n'irais point au Cours. Tout cela -vous fait voir que je n'ai aucun tort; c'est pourquoi je vous -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -conseille, puisque vous êtes revenu de Pontoise, de n'y -point retourner pour vous pendre; cela n'en vaut pas la -peine, et vous y serez toujours reçu quand vous voudrez -bien. Mon cher, croyez que je ne suis point irrégulière -pour vous, et que je vous aime très-fort<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor"> [95]</a>.»</p> -</div> - -<p>Dans un autre billet, qui porte pour suscription <i>A -l'ami Ménage</i>, elle répond à une lettre qu'il lui avait écrite -pour lui demander la permission de s'éloigner d'elle, et -pour se plaindre de quelque refroidissement dans sa correspondance -et ses procédés envers lui.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A MÉNAGE.</p> - -<p>«Vous demandez congé de si bonne grâce, qu'il est -difficile de vous refuser. Il y a bien de la différence de -cette fois-ci à l'autre dont vous parlez, et de cette lettre -à l'autre dont vous parlez encore: j'ai fait mon possible -pour y pouvoir revenir, mais il m'a été impossible, et je -ne sais comment elle m'est échappée; le principal est -que le fonds y est toujours, et ce qui me la fit écrire n'est -en rien diminué. Je vous ordonne de le croire, et de vous -occuper un peu, pendant votre voyage, à songer et à -dire du bien de moi; j'en ferai de même pour vous, et je -vous attendrai le lendemain de votre retour à dîner ici. -Adieu, l'ami; de tous les amis, le meilleur<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor"> [96]</a>.»</p> -</div> - -<p>Ménage, bien loin d'être satisfait d'expressions aussi -tendres, y voyait l'intention de badiner avec une passion -<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span> -qu'on ne redoutait point. Aussi nous verrons pur la suite -qu'il s'éloigna souvent de madame de Sévigné, et qu'a -chaque marque de retour elle a grand soin, pour le rattacher, -de lui témoigner sa reconnaissance en termes affectueux. -Le malin Bussy, auquel ce jeu de coquetterie -de sa cousine envers Ménage n'avait point échappé, rapporte -une anecdote piquante dont Ménage lui-même confirme -la vérité, en reprochant, sans trop d'aigreur, à Bussy -de l'avoir divulguée<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor"> [97]</a>. Ménage était chez madame de Sévigné -un jour qu'elle voulait sortir pour aller faire quelques -emplettes; sa demoiselle, comme on disait alors, -c'est-à-dire sa femme de chambre, ne se trouvait point -en état de la suivre. Madame de Sévigné dit à Ménage -de monter avec elle dans son carrosse. Le savant, cachant -sous un air badin le dépit qu'il éprouvait d'être -traité sans façon, lui dit qu'il était bien rude pour lui -que, non contente des rigueurs dont elle le rendait l'objet, -elle parût si peu le craindre et si peu redouter la -médisance: «Mettez-vous, dit-elle, dans mon carrosse; -et si vous me fâchez, je vous irai voir chez vous<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor"> [98]</a>.»</p> - -<p>Elle n'y manqua pas. Un jour qu'elle partait pour la -campagne, elle vint lui dire adieu; puis, à son retour, -elle se plaignit à lui de ce qu'il ne lui avait point écrit: -«Je vous ai écrit, lui dit-il; mais après avoir relu ma -lettre, je la trouvai trop passionnée, et je ne jugeai pas à -propos de vous l'envoyer<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor"> [99]</a>.»</p> - -<p>Les tête-à-tête de madame de Sévigné avec Ménage -<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -étaient d'autant plus dangereux pour lui, qu'elle était -bien loin d'imiter la roideur de certaines précieuses. Elle -ne repoussait pas de légères privautés, et se laissait facilement -baiser les bras et les mains. Ce que Bussy dit à -cet égard<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor"> [100]</a> est confirmé par une petite anecdote que Ménage -rapporte lui-même: «Je tenais, dit-il, une des -mains de madame de Sévigné dans les miennes; lorsqu'elle -l'eut retirée, M. Peletier me dit: «Voilà le plus bel ouvrage -qui soit sorti de vos mains<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor"> [101]</a>.»</p> - -<p>La passion bien connue de Ménage pour madame de -Sévigné et ses manières avec elle lui valurent une petite -leçon, qui lui fut donnée par la marquise de Lavardin, -dans le carrosse de laquelle il voyageait. Tous deux se -rendaient en Bretagne, pour aller voir madame de Sévigné. -Ménage, qui se trouvait seul avec la marquise de -Lavardin, se mit à faire le galant, et lui prenait les mains -pour les baiser: «Monsieur Ménage, lui dit en riant madame -de Lavardin, vous vous recordez pour madame de -Sévigné<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor"> [102]</a>.»</p> - -<p>Un jour, madame de Sévigné embrassa Ménage avec -familiarité, et comme elle aurait pu faire avec un frère. -S'apercevant de l'étonnement de plusieurs des hommes -présents, dont quelques-uns lui faisaient la cour, elle se -retourna vers eux en riant, et leur dit: «C'est ainsi qu'on -baisait dans la primitive Église.»</p> - -<p>Madame de Sévigné eut toujours dans Ménage une -grande confiance, et elle lui faisait confidence de ses affaires -les plus secrètes. Après un entretien de ce genre, -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -il lui dit un jour: «Je suis actuellement votre confesseur, -et j'ai été votre martyr!»—«Et moi votre vierge, -répliqua-t-elle gaiement<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor"> [103]</a>.</p> - -<p>Elle avait pour son savoir cette estime et cette déférence -que l'on conserve toujours pour un maître; toutefois, -cela ne la rendait pas plus soumise à ses décisions sur -la langue lorsqu'elles n'étaient pas de son goût. Tout le -monde sait qu'ayant demandé à Ménage des nouvelles de -sa santé, il lui répondit: «Madame, je suis enrhumé.»—«Je -la suis aussi,» dit madame de Sévigné. Ménage, -fidèle à ses anciennes habitudes à l'égard de son écolière, -lui fit observer, avec raison, que, selon les règles de la -langue, elle devait dire, Je le suis.—«Vous direz -comme il vous plaira, reprit-elle avec vivacité; mais, -moi, si je disais ainsi, je croirais avoir de la barbe au -menton.»</p> - -<p>Chapelain avait contribué plus encore que Ménage à -l'éducation de madame de Sévigné; mais il avait près de -cinquante ans lorsque son élève se maria, et par son âge -comme par son caractère il se trouvait à l'abri de toute -séduction: cependant il est inscrit dans le dictionnaire -de Somaize, ainsi que Ménage, au nombre de ceux qui -se montraient les plus assidus aux cercles et dans la ruelle -de la jeune marquise de Sévigné<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor"> [104]</a>.</p> - -<p>Le chevalier de Méré, qui dans le monde prenait rang -entre les courtisans et les auteurs, et qui était lorsque -Ménage vint à Paris un des hommes les plus à la mode, -se mit aussi au nombre des poursuivants de madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -Sévigné. Ses succès dans les ruelles lui faisaient penser -qu'il était le cavalier le plus accompli de son temps. Pour -l'esprit, il se croyait supérieur à Voiture, parce qu'il avait -fait quelques critiques assez justes de son style. Une légère -teinture des sciences l'avait mis en rapport avec les Pascal -et les Huyghens, et d'autres grands physiciens de cette -époque; et, prenant au pied de la lettre les éloges qu'ils -lui donnaient, il se croyait leur égal pour le génie<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor"> [105]</a>. Il -accueillit Ménage, qui lui fut présenté par Balzac, et loua -ses écrits. Ménage, dont la réputation était naissante, ne -se montra point ingrat; il vanta partout le chevalier de -Méré, et même le présenta chez plusieurs dames qui aimèrent -à le recevoir, et particulièrement chez la duchesse -de Lesdiguières, dont Méré devint l'ami, et à laquelle il -a adressé le plus grand nombre des lettres qui nous restent -de lui. Il est probable que ce fut aussi à Ménage que le -chevalier de Méré dut la connaissance de madame de Sévigné; -et par là Ménage se donna un nouveau rival, sinon -très-redoutable, du moins très-assidu<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor"> [106]</a>. Ce fut au chevalier -de Méré que Ménage dédia ses <i>Observations sur la -Langue Française</i>; et dans l'épître dédicatoire il lui dit: -«Je vous prie de vous souvenir que lorsque nous faisions -notre cour ensemble à une dame de grande qualité et de -grand mérite, quelque passion que j'eusse pour cette illustre -personne, je souffrais volontiers qu'elle vous aimât -plus que moi, parce que je vous aimais aussi plus que moi-même<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor"> [107]</a>.» -Ce n'est là qu'une de ces insipides phrases de dédicace -comme on en faisait alors, sans sincérité, sans vérité.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -Madame de Sévigné appréciait beaucoup dans Ménage -les qualités solides de l'ami, l'érudition de l'homme de -lettres. Elle était flattée de ses hommages, heureuse de -ses conseils, et aurait regretté d'en être privée; mais elle -n'avait, au contraire, que des répugnances pour la fatuité -et le pédantisme du chevalier de Méré. Elle parle, dans -une de ses lettres, avec beaucoup de dédain, de son <i>chien -de style</i>, et de la ridicule critique qu'il fait, en collet -monté de l'esprit libre, badin et charmant de Voiture<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor"> [108]</a>.</p> - -<p>Méré, qui dans le commencement de la faveur de madame -de Maintenon s'attribuait sans façon l'honneur de -l'avoir formée, parce qu'il lui avait été de quelque utilité -dans sa jeunesse, et qui, en lui proposant de l'épouser, -lui avait écrit<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor"> [109]</a>: «Je ne sache point de galant homme -aussi digne de vous que moi»; Méré n'était pas de l'espèce -de ceux que préférait madame de Sévigné: mais elle -le supportait, et même le traitait avec les égards que lui -paraissait exiger la réputation que certaines ruelles lui -avaient faite<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor"> [110]</a>. Une telle conduite ne doit point être taxée -de fausseté, et montre, au contraire, une sagesse digne de -louange. Il serait trop long, trop ennuyeux, et aussi trop -dangereux, d'être continuellement en discussion avec le -monde au milieu duquel on vit. C'est ce qui arriverait à -tout homme judicieux, s'il s'obstinait à ne vouloir prendre -les choses que pour ce qu'elles sont réellement, et s'il -refusait toujours de consentir à les admettre pour ce -qu'elles sont réputées être.</p> - -<p>Avec moins de savoir, moins d'importance et de vanité, -<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -mais avec plus d'esprit et d'amabilité, le jeune abbé de -Montreuil, ami et depuis secrétaire de Cosnac, évêque -de Valence, contribua beaucoup plus que le chevalier de -Méré à l'agrément de la société que réunissait madame -de Sévigné. Jovial, étourdi; montrant souvent ses belles -dents; d'une humeur libre, paresseuse; dissipant en voyages, -en plaisir, les revenus d'assez gros bénéfices; parlant -un peu l'italien et l'espagnol, et faisant négligemment -et facilement des madrigaux et des chansons pour les -femmes auxquelles il aimait à plaire, tel était Montreuil<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor"> [111]</a>. -On sait que le soin qu'il prit d'envoyer ses vers à tous les -faiseurs de recueils lui a valu l'honneur de fournir une -rime à Boileau<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor"> [112]</a>. Il ne sut point mauvais gré à ce poëte -d'un léger trait de satire qui a transmis son nom à la postérité -plus sûrement que les deux éditions de ses ouvrages -qu'il a lui-même publiées. Outre le joli madrigal -qu'il a composé pour madame de Sévigné, et que nous -avons rapporté dans le chapitre précédent<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor"> [113]</a>, son recueil -contient encore deux lettres qu'il lui a adressées, et que -les éditeurs de madame de Sévigné n'ont point reproduites. -Nous aurons occasion d'en faire mention à leur date.</p> - -<p>Dans la même classe que Montreuil était Marigny. -Quoique ayant la prétention d'être noble d'ancienne date, -il était fils d'un marchand de fer possesseur de la seigneurie -de Marigny, dans le Nivernais. Parmi tous les -cavaliers qui formaient son galant cortége, madame de -Sévigné n'en comptait pas de plus gai, de plus spirituel, -de plus réjouissant que ce chansonnier de la Fronde, -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -gros, court, rebondi, au teint fleuri; il avait fait un -voyage en Suède, et passait pour avoir obtenu les bonnes -grâces de la reine Christine<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor"> [114]</a>. Il était attaché au coadjuteur -depuis cardinal de Retz, et presque un des familiers -du marquis de Sévigné lorsque celui-ci épousa Marie de -Chantal; mais à cette époque son âge, déjà mûr, et son -goût pour le vin et la bonne chère, le rendaient pour -notre jeune marquise un séducteur peu dangereux: toutefois, -elle goûtait beaucoup son intarissable gaieté, la -facilité, la grâce et la finesse mordante de son esprit<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor"> [115]</a>.</p> - -<p>Saint-Pavin, le petit bossu<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor"> [116]</a>, était aussi une des connaissances -les plus anciennes de madame de Sévigné, et -une des plus intimes. Il avait une maison à Livry, lieu -dont son père, président aux enquêtes et prévôt des marchands, -était seigneur. Cet aimable voluptueux, qui dépensait -d'une manière peu exemplaire les revenus de ses -bénéfices, attirait à sa campagne, par son amabilité, son -humeur joyeuse et sa bonne chère, la meilleure société -de Paris. Le prince de Condé, au retour de la guerre, ne -manquait jamais, pour se délasser, d'y aller passer un jour -ou deux<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor"> [117]</a>. Saint-Pavin était le premier à plaisanter des difformités -de sa taille. Il a lui-même tracé ainsi son portrait:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Soit par hasard, soit par dépit,</p> -<p>La nature injuste me fit</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span></div> -<p>Court, entassé, la panse grosse,</p> -<p>Au milieu de mon dos se hausse</p> -<p>Certain amas d'os et de chair,</p> -<p>Fait en pointe de clocher;</p> -<p>Mes bras d'une longueur extrême,</p> -<p>Et mes jambes presque de même,</p> -<p>Me font prendre le plus souvent</p> -<p>Pour un petit moulin à vent.</p> -</div></div> - -<p>Saint-Pavin eut occasion de voir la jeune Marie de -Chantal à Livry, chez son cousin l'abbé de Coulanges, -où il allait fréquemment, amenant avec lui ses compagnons -de plaisir<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor"> [118]</a>. Il fut charmé de la jeune et belle Bourguignonne; -et il lui exprima très-familièrement dans ses -vers ce qu'il ressentait. Il continua sur le même ton après -qu'elle fut mariée. Madame de Sévigné pouvait, sans -craindre la calomnie, s'amuser des attentions et des hommages -d'un homme très-spirituel, mais si peu propre par -sa conformation à inspirer de l'amour. Aussi se plaisait-elle -dans sa société; on voit même qu'elle aimait à lui -écrire. Il lui dit dans une fort jolie épître:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Je ne me pique point d'écrire,</p> -<p>J'y veux renoncer désormais;</p> -<p>Et même j'oublierais à lire,</p> -<p>Si vous ne m'écriviez jamais<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor"> [119]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Après son mariage, dans la belle saison, madame de -Sévigné se faisait un plaisir d'aller passer tous les vendredis -à Livry, chez son tuteur. Saint-Pavin, qui à cette -époque de l'année n'habitait jamais la ville, ne la voyait -<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span> -que ces jours-là; et il les passait si agréablement, qu'il -fit à ce sujet l'impromptu suivant:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Seigneur, que vos bontés sont grandes</p> -<p>De nous écouter de si haut!</p> -<p>On vous fait diverses demandes;</p> -<p>Seul vous savez ce qu'il nous faut.</p> -<p>Je suis honteux de mes faiblesses.</p> -<p>Pour les honneurs, pour les richesses,</p> -<p>Je vous importunai jadis:</p> -<p>J'y renonce, je le proteste.</p> -<p>Multipliez les vendredis,</p> -<p>Je vous quitte de tout le reste.</p> -</div></div> - -<p>On voit, par une facile épître faite sur deux rimes, le -plaisir qu'il éprouvait à correspondre avec madame de -Sévigné:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>M'envoyer faire un compliment</p> -<p>Par un laquais sans jugement,</p> -<p>Qui ne sait ce qu'il veut me dire,</p> -<p>C'est vous commettre étrangement;</p> -<p>Vous feriez bien mieux de m'écrire:</p> -<p>On s'explique plus finement,</p> -<p>Et la réponse qu'on s'attire,</p> -<p>Quand elle est faite galamment,</p> -<p>Se refuse malaisément</p> -<p>D'une personne qui soupire</p> -<p>Toujours respectueusement.</p> -<p>Essayons ces choses pour rire:</p> -<p>Dans un billet adroitement</p> -<p>Je vous conterai mon martyre;</p> -<p>A le recevoir, à le lire,</p> -<p>Vous façonnerez<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor"> [120]</a> grandement,</p> -<p>Et vous répondrez fièrement,</p> -<p>Donnant pourtant votre agrément</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span></div> -<p>Au beau feu que l'amour inspire.</p> -<p>Ceux qui voudront malignement</p> -<p>Traiter de trop d'emportement</p> -<p>Ce commerce, pour en médire,</p> -<p>Ne diront pas certainement:</p> -<p>Telle maîtresse, tel amant</p> -<p>Sont faits égaux comme de cire.</p> -<p>Vous êtes belle assurément,</p> -<p>Et je tiens beaucoup du satyre<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor"> [121]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Ce fut aussi vers cette époque, et dès le commencement -de son mariage, que madame de Sévigné fit connaissance -avec Segrais. Le comte de Fiesque, fils de la gouvernante -de mademoiselle de Montpensier, fut éloigné de la cour, -et se retira à Caen. Dons cette ville il se lia avec Segrais, -qui, alors âgé de vingt ans, avait déjà acquis dans sa province -une petite célébrité littéraire par la composition -d'une tragédie et d'un roman. Le comte de Fiesque, lorsqu'il -fut rappelé de son exil, emmena avec lui Segrais, -et le présenta à la cour, où il eut des succès, possédant -les qualités de l'homme du monde à un plus haut degré -encore que celles de l'homme de lettres. Mademoiselle de -Montpensier le fit entrer dans sa maison en qualité de -gentil-homme ordinaire<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor"> [122]</a>. Il fut aussi introduit à l'hôtel de -Rambouillet, et se lia intimement avec Ménage et Chapelain; -il eut toujours une haute opinion de leur savoir et -de leur talent. On voit que ses sociétés, ses admirations, -ses affections, étaient les mêmes que celles de madame de -Sévigné. Les éloges que dans la suite Boileau donna à ses -vers<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor"> [123]</a> ne purent lui faire pardonner ceux que le satirique -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -décocha contre ses amis, et surtout contre Chapelain<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor"> [124]</a>. Ce -fut encore une sympathie de plus avec madame de Sévigné. -Aussi conserva-t-elle toujours Segrais comme ami. -Dans les premiers temps de leur connaissance, il aspira -comme tant d'autres à un autre titre. Il était presque du -même âge qu'elle, et fort aimable<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor"> [125]</a>. Un jour, il perdit -une discrétion en jouant avec elle, et lui adressa ce madrigal -impromptu, qui depuis a été imprimé dans ses -œuvres<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor"> [126]</a>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2"> Vous m'avez fait supercherie:</p> -<p class="i2"> Faites-moi raison, je vous prie,</p> -<p class="i2"> D'une si blâmable action.</p> -<p>En jouant avec vous, jeune et belle marquise,</p> -<p>Je n'ai cru hasarder qu'une discrétion,</p> -<p class="i1"> Et m'y voilà pour toute ma franchise.</p> -<p>Mais qu'ai-je fait aussi? Ne savais-je pas bien</p> -<p>Qu'on perd tout avec vous, et qu'on n'y gagne rien?</p> -</div></div> - -<p>Nous venons de faire connaître une partie de ceux qui, -admis dans la société intime de madame de Sévigné durant -les premières années de son entrée dans le monde, ne déguisèrent -pas le désir qu'ils avaient de l'aider à se venger -des indignes procédés de son mari. Passons à ceux d'un -rang plus élevé.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE VII.</h2> - -<p class="hanging indent"> -Influence de l'éducation et des préjugés de rang et de naissance sur -le sentiment de l'amour.—Différences entre le siècle de Louis XIV -et le nôtre sous ce rapport.—Des personnages de la haute classe -qui firent leur cour à madame de Sévigné.—Du prince de Conti.—De -Turenne.—Du marquis de Noirmoutier.—De Servien.—De -Fouquet.—Du comte du Lude.—Sa passion pour madame de -Sévigné.—Ce que Bussy a dit de la nature de leur liaison.—De -Bussy.—Toute sa vie se trouve liée à celle de madame de Sévigné.—Nécessité -de la connaître.—Portrait de Bussy.—Son caractère.—Désordres -de sa jeunesse.—Ses premières aventures galantes.—A -Guise avec une jeune veuve.—Il va à Châlons.—Devient -amoureux de mademoiselle de Romorantin.—Sa liaison avec une -bourgeoise de la ville.—Dernière conversation de Bussy avec mademoiselle -de Romorantin.—Ce qu'elle devint depuis.—Suite et -fin de la liaison de Bussy avec la bourgeoise de Châlons.—Bussy -va en garnison à Moulins.—Son intrigue avec une comtesse.—Il -devient amoureux d'une de ses parentes.—Se montre délicat et -généreux envers elle.—Son père s'oppose au mariage qu'il veut -contracter.—On le marie avec mademoiselle de Toulongeon.—Il -revoit sa parente mariée.—Renoue sa liaison avec elle.—Il -devient amoureux d'une autre parente, dont il n'obtient rien.—Il -devient amoureux de sa cousine Marie de Rabutin-Chantal aussitôt -après qu'elle fut mariée au marquis de Sévigné.—Il regrette de -ne l'avoir pas épousée, et forme le projet de la séduire.</p> -</div> - -<p>L'homme change par la civilisation; et à mesure qu'elle -se complique on voit s'altérer en lui jusqu'à ces penchants -irrésistibles que le Créateur lui a donnés pour l'accomplissement -de ses fins les plus universelles. L'amour -même, cette loi générale de tous les êtres vivants, cette -grande nécessité de la création, se modifie selon l'état des -sociétés humaines, et subit aussi les conséquences des révolutions -<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span> -qu'elles éprouvent. Dans les premiers âges des -nations, l'objet de toutes les pensées, le but de toutes les -ambitions, c'est la satisfaction des besoins physiques; -chez les peuples depuis longtemps civilisés, familiarisés -avec le luxe et les arts, le cœur et l'imagination se créent -d'autres éléments de bonheur, des jouissances d'un autre -ordre; et les rapports entre les deux sexes s'imprègnent -de toutes les conditions auxquelles l'existence est soumise, -et sans lesquelles elle devient un fardeau insupportable. -L'amour alors a besoin, pour naître, de la conformité -d'idées, de sentiments, qui résultent du même -genre de vie, des mêmes habitudes; et, parmi ceux que -la fortune a dispensés de tous soins matériels, les causes -morales qui le produisent sont plus énergiques que les -causes physiques. C'est dans l'âme et non dans les sens -que s'allume d'abord le foyer de cette passion. Les beaux -traits, les charmes ravissants d'une femme de la classe inférieure, -commune dans son langage, ignoble dans ses -manières, pourront bien exciter, pour quelque temps, le -désir de celui qui a été habitué à rechercher dans celle qu'il -aime tout ce qu'il estime le plus dans lui-même; mais jamais -ils ne feront naître cette passion qui nous fait vivre -en autrui, qui transporte notre existence tout entière dans -l'objet aimé.</p> - -<p>C'est pourtant à la confusion des rangs, au nivellement -des diverses classes de la société, qu'est dû ce débordement -de mœurs qui prévalut en France dans le dix-huitième -siècle. Lorsque les plus grands seigneurs eurent mis leur -amour-propre à ne pas se distinguer, par leurs manières et -leurs façons de vivre, de l'artiste et de l'homme de lettres; -lorsque les femmes des financiers, des marchands opulents, -n'offrirent plus de différence par leur éducation, -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -par leur habillement, avec les dames du plus haut rang; -quand l'égalité fut reconnue entre tous les gens du monde -comme une condition essentielle aux relations sociales, -alors disparurent tous les obstacles qui s'opposaient à la -réciprocité des sentiments. La politesse, l'instruction, le -savoir-vivre, les déférences mutuelles, la liberté du discours, -tout fut égal entre des personnes qui présentaient -d'ailleurs tant d'inégalités sous les rapports du rang, de la -naissance et de la fortune. Bien plus, tant d'admiration -fut prodiguée aux talents agréables, qu'on mit dans les -plus hautes classes de l'orgueil à y exceller. Dès lors il ne -dut plus y avoir de conquête trop relevée pour un musicien -ou un danseur; c'était le maître qui consentait à se -livrer à son élève.</p> - -<p>Il n'en était point ainsi du temps de madame de Sévigné. -Les diverses classes de la société se mêlaient entre elles, -sans se confondre. Jusque dans la familiarité d'un commerce -journalier, elles maintenaient les degrés de subordination, -et les nuances de ton et de manières qui les distinguaient -aussi sûrement que la diversité de leurs habits. -L'inégalité des rangs et des conditions établissait des -barrières dont l'amour s'effarouchait, et qu'il cherchait -rarement à franchir.</p> - -<p>Ainsi donc, parmi ceux qui aspiraient aux faveurs de -madame de Sévigné, les hommes de la cour et ceux de la -haute noblesse étaient les seuls qui pouvaient l'attaquer -avec avantage, les seuls qui fussent réellement dangereux -pour elle. Son humeur libre, gaie, joviale, et sa coquetterie -naturelle, firent qu'il s'en présenta plusieurs; et -comme nous les retrouvons presque tous au nombre de ses -amis les plus dévoués et les plus assidus, il est essentiel -de les faire connaître au lecteur.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -Le premier de tous, par son rang et sa naissance, était -le prince de Conti, frère du grand Condé. Moins habile -que lui sur le champ de bataille, il était auprès des femmes -plus spirituel et plus aimable, et obtint auprès -d'elles plus de succès, quoiqu'il fût contrefait<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor"> [127]</a>.</p> - -<p>Le grand Turenne eut toujours pour les femmes le penchant -le plus décidé; et ses instances auprès de madame -de Sévigné furent assez vives pour la forcer de se dérober -à ses visites, devenues trop fréquentes pour ne pas la -compromettre<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor"> [128]</a>. On trouve aussi dans cette liste le marquis -de Noirmoutier et le comte de Vassé, qui se battit en -duel, en 1646, avec le comte Rieux de Beaujeu, capitaine -de cavalerie dans le régiment de Grancey<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor"> [129]</a>. Il faut ajouter -encore les deux surintendants des finances Servien et Fouquet, -surtout ce dernier, pour lequel madame de Sévigné -fit voir un attachement si sincère et si vif dans sa disgrâce.</p> - -<p>Mais tous ces amants n'osèrent concevoir l'espoir de -réussir auprès de madame de Sévigné qu'après qu'elle -eut perdu son mari; tandis que le comte du Lude et Bussy-Rabutin -voulurent surprendre son inexpérience aussitôt -après son mariage, et cherchèrent à tirer parti, au profit -de l'amour, des justes mécontentements de l'hymen.</p> - -<p>Le comte du Lude, quoique assez laid de visage, était -grand, bien fait; et, ce qui n'était pas alors un avantage -médiocre, même pour un homme, il avait une belle chevelure. -Il excellait à tous les exercices, dansait avec une -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -grâce remarquable, maniait un cheval avec une hardiesse -et une dextérité merveilleuses, et était habile à l'escrime. -A toutes ces qualités du corps il joignait encore celles de -l'esprit<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor"> [130]</a>; c'était un des hommes de France dont on citait le -plus de bons mots. On ne doutait point de son courage; il -en avait donné des preuves dans plusieurs combats singuliers; -mais la douceur de son caractère et son naturel enclin -à la mollesse lui donnaient de l'éloignement pour -les fatigues et les violences de la guerre. Ce fut la faveur -du monarque plutôt que ses exploits et ses services -qui le portèrent successivement jusqu'aux premiers grades -militaires. Il fut par la suite nommé grand maître -de l'artillerie, puis créé duc; par héritage et par le revenu -de ses charges, il se vit possesseur d'une immense -fortune<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor"> [131]</a>. Il aimait le plaisir, et s'était acquis auprès des -femmes cette sorte de réputation qui se concilie les bonnes -grâces de toutes, parce qu'elle suppose plus de vivacité -dans l'attaque, plus d'excuses dans la défaite, plus -de gloire dans la résistance. Ce qui contribuait à lui conserver -la bienveillance générale du beau sexe, c'est que, -quoique volage en amour, il n'était jamais perfide. Il -n'aimait pas longtemps, mais il aimait fortement; souvent -ses larmes témoignaient de la violence et de la -sincérité de sa passion, et attendrissaient celles que ses -séductions n'avaient pu fléchir. Il portait jusque dans -les déréglements de la volupté les sentiments d'un homme -juste. Souvent infidèle, jamais il ne cherchait à se venger -d'une infidélité; toujours discret et modeste dans ses -triomphes, il prenait autant de soin pour ménager la réputation -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -des femmes qu'il avait autrefois aimées, que de -celles dont l'intérêt présent de son amour lui faisait un -devoir de cacher les écarts à la malignité publique<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor"> [132]</a>.</p> - -<p>Si sa passion pour madame de Sévigné fut connue, ce -fut par le coupable libelle de Bussy. Cette publicité fit que -madame de Sévigné plaisantait de cet amour longtemps -après dans une lettre à sa fille. Cette lettre nous apprend -que les deux mariages que le comte du Lude contracta -successivement dans le cours de sa vie ne firent point cesser -ses intrigues galantes. Madame de Coulanges fut au -nombre de celles dont il parvint à se faire aimer<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor"> [133]</a>.</p> - -<p>Bussy est forcé de rendre hommage à la vertu de sa -cousine. Il avoue qu'elle sut résister à l'amour du comte -du Lude; mais en même temps, comme il fallait que l'animosité -qui guidait sa plume se satisfit, il prétend que -le comte du Lude n'a pas mis assez de constance dans -ses poursuites, et qu'au moment même où il tourna ses -vœux d'un autre côté madame de Sévigné inclinait à se -rendre.</p> - -<p>Bussy était bien convaincu du contraire de ce qu'il -écrivait, et lui-même s'est reproché ces lignes coupables, -et les a démenties avec l'expression du plus sincère repentir. -Il savait d'ailleurs qu'il était alors pour sa cousine -un séducteur autrement dangereux que le comte du Lude. -Madame de Sévigné n'a eu en effet avec aucun homme -des rapports aussi longs, aussi multipliés qu'avec Bussy-Rabutin, -et, si on excepte son mari et son tuteur, des rapports -aussi intimes. Nul ne l'a si longtemps et constamment -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -aimée; nul ne l'a louée aussi souvent et plus -sincèrement; nul n'a eu pour son esprit une admiration -plus grande, pour sa vertu une estime plus profonde; -nul ne lui a inspiré des sentiments plus tendres et ne lui -a causé des peines plus amères.</p> - -<p>La vie de Bussy-Rabutin se trouve presque constamment -liée à celle de madame de Sévigné. La correspondance -qu'elle a entretenue avec lui est la seule, de toutes les correspondances -qui la concernent, qui nous reste entière; -car nous n'avons point les réponses de nombreuses lettres -qu'elle adressa à sa fille, tandis que Bussy a eu grand soin -de nous conserver les lettres qu'il a reçues de sa cousine -et celles qu'il lui a écrites. Il est donc nécessaire, pour -notre sujet, de bien faire connaître Bussy et de raconter -la suite de ses aventures galantes avant qu'il fût devenu -amoureux de madame Sévigné et qu'il eût employé -pour en triompher tout l'art d'un séducteur expérimenté, -et peu délicat sur le choix de ses moyens. Il faut aussi -rechercher quel était alors l'état de sa fortune, son rang -et sa position dans le monde, les motifs d'intérêts ou -d'ambition qui le faisaient agir.</p> - -<p>A l'époque du mariage de madame de Sévigné, quels -que fussent les qualités brillantes et les avantages que réunissait -le comte du Lude, il était cependant, sous bien des -rapports, inférieur à Bussy. Celui-ci, relativement à l'ancienneté -et à l'illustration de sa naissance, n'avait rien à -lui envier, et lui était supérieur par son rang et ses services -personnels. Le comte du Lude n'avait alors fait qu'une -seule campagne comme volontaire. Il semblait avoir renoncé -à la guerre, et n'avait aucun grade dans l'armée; -tandis que Bussy, au contraire, avait commencé dès l'âge -de seize ans une carrière militaire aussi brillante que rapide<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor"> [134]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -Il avait combattu avec gloire sous le duc d'Enghien, -et mérité les éloges de ce jeune et grand capitaine. -Il avait été nommé colonel à vingt ans, et on lui avait -confié le commandement du régiment de son père. Par -la mort de celui-ci il se trouvait, au temps dont nous parlons, -c'est-à-dire à vingt-six ans, lieutenant de roi du -Nivernais<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor"> [135]</a>, et de plus revêtu de la charge de capitaine -lieutenant des chevau-légers du prince de Condé, qu'il -avait achetée. L'année suivante il fut nommé conseiller -d'État. A trente-cinq ans il était déjà lieutenant général -et mestre de camp de la cavalerie légère. Quant aux -facultés de l'esprit, Bussy avait encore une grande supériorité -sur le comte du Lude; malgré les brillantes reparties -de ce dernier. Une ode de Racan, adressée au père -de Bussy, avait inspiré au fils, à sa sortie du collége, un -goût vif pour les belles-lettres<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor"> [136]</a>; et au milieu des camps, -de la cour et du monde, il s'y appliqua avec assez de succès -pour que par la suite personne ne crût que l'Académie -Française lui eût fait une faveur en l'admettant dans -son sein. Il a peut-être été trop loué par la Bruyère, qui -louait si peu; il a peut-être eu de son vivant une réputation -littéraire exagérée; mais on ne peut disconvenir -qu'il ne soit un écrivain spirituel, élégant et pur, et ce -<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -mérite l'emporte sur celui de diseur de bons mots. Sous les -rapports physiques, relativement aux avantages extérieurs, -il avait encore une plus grande supériorité sur son -rival. Sa taille était majestueuse, ses yeux grands et doux; -son nez tirait sur l'aquilin; sa bouche était bien faite, sa -physionomie ouverte et heureuse; ses cheveux blonds, -déliés et clairs<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor"> [137]</a>. Sa position à l'égard de madame de Sévigné -favorisait ses desseins sur elle, et faisait qu'avec des -armes égales il était difficile de lutter avec lui. Il jouissait -auprès de sa cousine de privautés qu'excepté son mari, -elle ne pouvait accorder à aucun autre homme, puisqu'il -n'y en avait pas d'autre qui fût son parent d'aussi proche.</p> - -<p>Dans ce siècle, c'eût été aux yeux de tous un sujet de -blâme, une sorte d'aberration morale, une manière de -penser basse et vulgaire, que de n'être pas sensible aux -avantages de la naissance. Plusieurs passages des lettres -de madame de Sévigné, durement tancés par un de ces -ignorants commentateurs qui n'ont étudié l'histoire que -dans les carrefours et le cœur humain que dans les tabagies, -nous prouvent que, malgré son bon sens naturel -et sa philosophie si vraie, et quelquefois si profonde, -madame de Sévigné était fortement imbue des opinions -que de son temps on nommait de nobles sentiments, -un orgueil légitime, et que dans le nôtre nous avons -taxées de préjugés ridicules et de vanités puériles. L'esprit -de famille, si puissant alors, secondait fortement les inclinations -de notre jeune veuve pour son cousin, et la -rendait fière de toutes les qualités qui brillaient en lui et -de tous les succès qu'il obtenait. Il était en effet le seul -<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -héritier du nom des Rabutins; ce nom ne pouvait plus se -perpétuer que par ce dernier et unique rejeton de la branche -cadette<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor"> [138]</a>, puisque la branche aînée n'était représentée -que par madame de Sévigné, et se trouvait perdue dans -la maison avec laquelle elle s'était alliée.</p> - -<p>Bussy chercha à mettre à profit tous ces avantages pour -séduire sa cousine, et y joignit même la perfidie. Il se -vengea par un moyen plus cruel encore de n'avoir pu -réussir; et il ne dut enfin qu'au bon naturel de celle à -qui il aurait pu inspirer de l'amour, de pouvoir conserver -avec elle un commerce amical, qui était devenu nécessaire -à tous deux.</p> - -<p>Mais pour Bussy, il en fut toujours ainsi: son orgueil, -son caractère malin et envieux, sa vanité de bel esprit, -son égoïsme firent avorter tous les projets formés par son -ambition, et rendirent inutiles pour son bonheur toutes -les faveurs de la fortune, tous les dons de la nature. Nous -ne nous occuperons qu'en passant de sa vie politique et -militaire, et qu'autant qu'elle se ralliera à notre sujet; -mais il est essentiel d'examiner quelles étaient les femmes -avec lesquelles il avait été en relation jusqu'à l'époque -du mariage de madame de Sévigné et lorsqu'il porta ses -vues sur elle.</p> - -<p>Rien ne prouve mieux que le détail de son premier -amour le respect que les jeunes gens de ce temps avaient -pour les femmes, et les changements qui se sont introduits -dans les moyens employés pour leur plaire. Bussy -se montra dès son entrée dans le monde dissipateur et -déréglé dans sa conduite. Il abusa de la procuration qui -lui fut donnée pour assister au conseil de famille relatif</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -à la nomination d'un tuteur pour sa cousine Marie de Rabutin-Chantal; -et par une ruse coupable, il arracha, au -moyen de cette procuration, au médecin Guinaut trois -cents pistoles sur une somme plus forte que son père avait -confiée à ce dernier<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor"> [139]</a>. Bussy dépensa cette somme en débauches; -puis il se battit ensuite en duel pour des causes -très-légères. Tous ces faits n'annonçaient pas un jeune -homme scrupuleux et timide auprès des femmes. Cependant, -en 1638, et alors âgé de près de vingt ans<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor"> [140]</a>, se trouvant -en garnison à Guise, une jeune veuve de qualité, fort -belle, brune, qui comptait environ vingt-cinq ans, et la fille -d'un bourgeois de la ville, beaucoup plus jeune et très-jolie, -devinrent toutes deux les objets de ses attentions particulières, -et il paraissait être bien accueilli de l'une et de l'autre. -Il décrit très-bien l'hésitation et la timidité d'un premier -amour, et toutes les délices d'un premier succès<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor"> [141]</a>. Nous -ne le suivrons pas dans ces récits; mais nous n'omettrons -pas de rapporter ses tentatives infructueuses auprès de -mademoiselle de Romorantin, parce qu'elles font connaître -les mœurs relâchées de la haute société de cette -époque, et les dangers où se trouvait exposée une jeune -femme telle que madame de Sévigné, au milieu d'un tel -monde.</p> - -<p>Bussy avait conduit son régiment en garnison à Aï. Il -l'y laissa, et se rendit à Châlons en Champagne pour rendre -ses devoirs à François de l'Hospital, connu alors sous -<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -le nom de du Hallier<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor"> [142]</a>, et qui fut depuis maréchal de -France. Il commandait alors dans la province. Bussy vit -chez lui pour la première fois mademoiselle de Romorantin, -blonde, petite, mais d'une beauté éblouissante; il -en devint aussitôt amoureux. Mademoiselle de Romorantin -était la fille de madame du Hallier. Bussy dit de cette -dame qu'elle avait eu des enfants de beaucoup de gens, et -pas un légitime. En effet, madame du Hallier était cette -Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, célèbre -par ses liaisons avec Henri IV, et qui surpassait en beauté -toutes ses autres maîtresses<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor"> [143]</a>; elle eut du roi deux filles, -toutes deux légitimées. Elle vécut ensuite avec Louis de -Lorraine, cardinal-duc de Guise, et archevêque de Reims. -Elle en eut cinq enfants. On prétendit (et cette prétention -fut portée par la suite devant les tribunaux) qu'il y avait -eu un mariage secret entre elle et le cardinal de Guise, -par dispense du pape. Du Hallier, intéressé à prendre la -chose sur ce pied, la reconnut, dans son contrat de mariage, -comme veuve de ce prince; mais, avant d'épouser -du Hallier, elle avait vécu avec de Vic, archevêque d'Auch. -Ce fut une singulière destinée que celle de du Hallier. D'évêque -de Meaux, il devint maréchal de France; et de -deux femmes qu'il épousa successivement, la première -avait été la maîtresse d'un roi et de deux archevêques; -et la seconde, simple lingère dans sa jeunesse, se maria -en troisièmes noces à un abbé commendataire, précédemment -roi de Pologne (Jean-Casimir)<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor"> [144]</a>. Ces contrastes en -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -disent plus sur les effets des révolutions d'État et des -guerres civiles, et sur les déréglements des mœurs pendant -les deux règnes qui précédèrent celui de Louis XIV, -que des volumes entiers d'histoire.</p> - -<p>Bussy nous apprend qu'il était parent de madame du -Hallier, et il parle en ces termes de l'accueil qu'elle lui -fit: «Quelque vieille que fût madame du Hallier, elle aimait -à rire et à faire bonne chère; et comme elle se faisait -assez de justice pour croire que cela ne suffisait pas -pour retenir la jeunesse auprès d'elle, elle prenait soin d'avoir -toujours la meilleure compagnie de la ville et les plus -jolies femmes dans sa maison. Elle me trouvait, à ce -qu'elle disait, un garçon de belle espérance, et digne de -sa nourriture; et, me voyant de l'inclination à la galanterie, -elle me faisait souvent des leçons qui m'auraient dû -donner de la politesse. Son grand chapitre était les ruses -des dames et leurs infidélités; et je m'étonne qu'après les -impressions qu'elle m'en a données, j'aie pu me fier à quelques-unes, -et n'être pas le plus jaloux des hommes<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor"> [145]</a>.»</p> - -<p>Louise de Lorraine, qu'on nommait dans le monde -mademoiselle de Romorantin, était la seconde des filles -que Charlotte des Essarts avait eues du cardinal de Guise, -toutes deux reconnues par leur père. Bussy remarque que -madame du Hallier ne manquait jamais l'occasion de -rappeler à mademoiselle de Romorantin qu'elle était née -<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -princesse; et il dépeint cette jeune personne comme naturellement -enjouée, permettant de grandes libertés dans -la conversation, et à qui on pouvait tout dire, pourvu -que les paroles fussent décentes.</p> - -<p>Avec deux femmes de ce caractère, Bussy crut qu'il lui -serait facile de mettre à profit les leçons qu'il avait reçues -de sa veuve. Il avait débuté à Guise par une double conquête, -ce qui lui avait donné la présomption de croire -qu'aucun cœur de femme ne pouvait lui résister. Mais il -fut cette fois trompé dans ses espérances. Quoique mademoiselle -de Romorantin fût plus jeune que lui<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor"> [146]</a>, elle avait -déjà beaucoup plus d'usage du monde et de pénétration. -Sa fierté naturelle, celle qu'elle tirait de sa naissance et du -rang de son beau-père, éloignait d'elle jusqu'à la pensée -qu'elle pût se rendre coupable d'une faiblesse: elle était -d'ailleurs soigneusement gardée par sa mère, et la surveillance -d'une femme aussi expérimentée ne pouvait être -facilement déjouée. «Je lui rendais, dit Bussy, plus de -devoirs, comme à ma maîtresse, que je n'eus fait à une -reine que je n'eusse point aimée... Je l'appelais mademoiselle,... -elle m'appelait son cousin... Elle était assez -bonne princesse pour moi... Elle en faisait assez pour -m'empêcher de la quitter, n'en faisait pas assez pour -que je fusse content. J'avais de quoi satisfaire la vanité -d'un Gascon, mais pas assez pour remplir les desseins -d'un homme fort amoureux, et qui va au solide<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor"> [147]</a>.»</p> - -<p>Un heureux hasard, ou plutôt un heureux succès, -semblait aider Bussy à sortir de cette situation pénible. -Il s'était lié d'une étroite amitié avec un nommé Jumeaux, -<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span> -de la maison de Duprat, capitaine de cavalerie, beau, -jeune, bien fait, brave, gai, spirituel, et, comme lui, -en quartier d'hiver en Champagne. Selon l'usage de ces -temps, ces deux amis n'avaient qu'un même lit, et se -confiaient mutuellement leurs secrets. Bussy avait donc -fait confidence de son amour pour mademoiselle de Romorantin -à Jumeaux, et il avait persuadé à celui-ci de -choisir aussi, à son exemple, une maîtresse à séduire; -même il lui avait épargné l'embarras du choix, en lui -désignant une jolie brune de la ville. Jumeaux, qui n'aimait -que la vie des camps et la débauche, ne se prêta -qu'imparfaitement à ce projet. Pour lui en rendre l'exécution -plus facile, Bussy usa de son influence, et fit inviter -chez madame du Hallier la maîtresse de son ami. -La dame fut sensible aux soins que Bussy se donnait -pour elle, et les attribua à l'amour qu'elle crut lui avoir -inspiré. Alors, comme rien ne s'y opposait, elle se livra -au penchant de son cœur, qui l'entraînait vers Bussy. -Les chagrins que causait à Bussy l'inutilité de ses efforts -auprès de mademoiselle de Romorantin suggérèrent à -Jumeaux l'idée de le consoler, en le laissant libre d'aimer -celle qui le préférait à lui. Bussy était trop amoureux -pour pouvoir profiter entièrement de la générosité de -Jumeaux; mais il consentit cependant à ce qu'il proposait, -dans l'espérance que la jalousie produirait quelques -effets heureux pour son amour sur mademoiselle de -Romorantin, et que la crainte de le perdre la forcerait, -pour n'être pas abandonnée, à se montrer plus facile à -son égard.</p> - -<p>Ce fut tout le contraire; et elle le désespéra en lui -avouant, dans une explication qui fut le résultat de son -changement de conduite, qu'elle s'était sentie de l'inclination -<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -pour lui; mais en même temps elle lui déclara -qu'un cœur capable de se partager était indigne d'elle. -«Et souvenez-vous, dit-elle, mon cousin, que le peu de -douceurs que vous aviez près de moi valait mieux que -toutes les faveurs que vous allez chercher.» Bussy, plus -amoureux qu'il ne l'avait jamais été, exprima son repentir, -implora son pardon, mais en vain. Jamais il ne put -parvenir à se replacer auprès de cette fière beauté dans -la même situation qu'il avait trouvée si pénible, et que -la violence de son amour lui faisait trouver digne d'envie -depuis qu'il en était déchu. Pour se délivrer de ses instances, -elle lui fit connaître qu'elle avait trop d'orgueil -pour avoir contre lui de la haine ou de la colère, et -qu'elle le servirait pour son avancement, auprès de son -beau-père, plus ouvertement qu'auparavant; mais qu'il -ne fallait plus qu'il songeât à elle: qu'elle se considérait -comme entièrement dégagée, et que si elle ne l'était pas, -elle ferait les plus grands efforts pour l'être.</p> - -<p>Ces derniers mots ayant réveillé dans le cœur de Bussy -une faible espérance, il essaya de nouveau tout ce que -les prières et les larmes ont de plus touchant, tout ce -que les protestations d'une ardente passion ont de plus -persuasif. Tout fut inutile. Mademoiselle de Romorantin -se montra inflexible, et la fermeté de ses paroles ne permit -plus de douter de la fixité de ses résolutions.</p> - -<p>Bussy s'attacha alors à celle qui avait conçu pour lui -l'amour le plus passionné; mais celle-ci devint excessivement -jalouse de mademoiselle de Romorantin, quoique -Bussy se réduisit à l'égard de cette dernière aux termes -de la simple amitié. Elle voulut exiger qu'il ne la vît point -et qu'il cessât d'aller chez madame du Hallier. Bussy ne -voulut point céder à cette exigence. Elle prit d'autres résolutions, -<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span> -et fit entendre à mademoiselle de Romorantin -qu'elle savait que Bussy lui avait parlé de son amour, qu'il -avait offert de lui en faire le sacrifice, et qu'elle n'avait -pas voulu l'accepter. Mademoiselle de Romorantin, sans -se déconcerter, lui dit qu'elle ne savait pas si Bussy était -discret; mais qu'elle avait peine à croire qu'il fût menteur, -et qu'elle lui parlerait de cette affaire<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor"> [148]</a>. Alors la -dame, prévoyant que sa ruse serait bientôt découverte, se -repentit de l'avoir employée. Elle en fit l'aveu à Bussy, en -fondant en larmes. Bussy lui dit qu'il n'y avait pas d'autre -moyen de réparer sa faute que d'aller faire à mademoiselle -de Romorantin la confidence de sa liaison avec -lui et de toutes ses faiblesses, et de lui demander pardon -de l'offense que les tourments de la jalousie lui avaient -fait commettre. La dame suivit d'autant plus volontiers -ce conseil, qu'elle y vit un moyen d'empêcher Bussy de -tromper mademoiselle de Romorantin sur la nature de -leur liaison, et de mettre l'orgueil de sa rivale dans l'intérêt -de sa passion. La confession qu'elle fit donna ensuite -lieu à un entretien entre Bussy et mademoiselle de -Romorantin, qui nous prouve combien à cette époque -il y avait dans la haute classe de liberté dans le commerce -entre les deux sexes, et jusqu'où pouvait aller la licence -des entretiens avec les nobles demoiselles et les dames -auxquelles on devait le plus de respect<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor"> [149]</a>.</p> - -<p>Ce fut la dernière conversation que Bussy eut avec -mademoiselle de Romorantin. Le lendemain, elle partit -avec sa mère. Bussy nous dit qu'il ne l'a pas revue depuis, -et il n'en fait plus mention dans ses Mémoires. -Nous savons cependant par d'autres qu'elle tint tout ce -<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span> -que le récit de Bussy pouvait faire présumer d'elle. Peu de -mois après avoir quitté Châlons, elle épousa (le 4 novembre -1639) Claude de Pot, seigneur de Rhodes, grand -maître des cérémonies de France. Elle devint veuve en -1650, fut mêlée à toutes les affaires de la Fronde, eut des -liaisons particulières avec le garde des sceaux Châteauneuf, -et de plus intimes encore avec le duc de Beaufort, -et mourut à Paris, le 15 juillet 1652, à l'âge de trente-trois -ans, laissant la réputation d'une des femmes les plus -galantes et les plus intrigantes de son temps<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor"> [150]</a>.</p> - -<p>Le départ de mademoiselle de Romorantin causa une -grande joie à la maîtresse de Bussy, qui crut être par là -délivrée de tout motif de tourment. Elle se trompait. La -jalousie s'attache à l'amour comme l'envie au bonheur, -pour en troubler toutes les jouissances; et lorsque la destinée -se complaît à écarter les causes qui pourraient alimenter -ces deux passions haineuses, elles s'en créent -d'imaginaires, qui produisent des angoisses aussi douloureuses -que si elles étaient réelles.</p> - -<p>Le père de Bussy n'ignorait pas la liaison amoureuse -de son fils à Châlons. Il lui écrivit qu'il y avait dans cette -ville une fille riche, qui donnerait en dot à son mari quatre -cent mille francs, et qu'il ferait bien de ne pas laisser -échapper une aussi belle fortune; que c'était une occasion -de mettre à profit le talent de plaire aux dames, qu'il paraissait -avoir acquis. Bussy trouva l'avis de son père fort -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -bon, résolut de le suivre, et chercha à se dégager des -liens qui l'enchaînaient.</p> - -<p>D'après les dispositions où se trouvait Bussy, ce fut -avec satisfaction qu'il vit arriver le temps d'entrer en -campagne: il se rendit à l'armée devant Thionville, -qu'assiégeait M. de Feuquières.</p> - -<p>L'hiver suivant (en 1640), Bussy fut envoyé en garnison -à Moulins, où il eut une nouvelle intrigue avec une -comtesse qu'il eut à disputer au marquis de Mauny, fils -du maréchal de la Ferté, et au fils d'Arnauld d'Andilly, -alors militaire, depuis abbé, le même qui fut lié avec -madame de Sévigné, et dont nous avons les Mémoires.</p> - -<p>Quelque forts que fussent les attachements de Bussy, -jusqu'ici aucun n'avait duré plus longtemps que son séjour -dans la ville où il les contractait; lorsqu'il cessait d'y -être en garnison ou qu'il fallait se rendre à l'armée, il reprenait -sa liberté, et il n'était plus question de rien. Il -n'en fut pas de même de l'amour qu'il éprouva pour une -de ses parentes. Il venait de passer cinq mois en captivité -à la Bastille; on l'avait rendu responsable de la conduite -de son régiment, qui à Moulins avait pratiqué le faux -saunage, et donné lieu à de grandes plaintes de la part -de l'administration des gabelles. Cette rigueur, qui était -méritée, puisque son absence des lieux où son devoir l'obligeait -à résider était la principale cause du désordre, -lui parut injuste. Il vint à la cour en 1642, dans l'intention -de quitter le service; et, en attendant quelque occasion -favorable d'y rentrer, il résolut de chercher fortune -par un mariage. Ennemi de toute contrainte, il eût désiré -rester garçon; mais il voulut satisfaire son père, qui désirait -fortement le voir établi. «J'aurais voulu, dit-il, de -ces mariages de riches veuves qui s'entêtent d'un beau garçon, -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -et qu'on m'eût pris avec mes droits, sans demander -autre chose.» Son nouvel amour vint fort mal à propos contrarier -les desseins de son père et ses propres résolutions. -Sa parente était fort belle, mais n'avait point de fortune. -«Croyant d'abord, dit-il, m'amuser, en attendant que -j'eusse rencontré quelque bon parti, je finis par en devenir -amoureux. Dans les commencements de ma passion, je -fus assez mon maître pour ne la vouloir point épouser, -ne désirant pas me ruiner pour l'amour d'elle; et quand -l'amour m'eut mis en état de ne plus songer à mes intérêts, -je songeai aux siens, et je ne voulus pas la rendre -malheureuse en l'épousant malgré mon père, ni la ruiner -pour l'amour de moi... Et sur cela j'admire la bizarrerie -de mon amour, qui n'avait d'autre but que soi-même; car -je ne voulais ni débaucher ma maîtresse ni l'épouser.»</p> - -<p>La parente de Bussy répondait sans aucun détour à sa -tendresse, et se livrait avec lui à d'innocentes caresses avec -la plus intime confiance et le plus entier abandon. Il arriva -un jour que, dans un de ces entretiens qui les rendaient -si heureux, Bussy, emporté par son désir amoureux, -parut vouloir oublier ses généreuses résolutions; et -elle, se sentant aussi incapable d'opposer aucune résistance, -prit une attitude suppliante, et lui dit: «Vous êtes -le maître, mon cousin, si vous le voulez absolument; -mais vous ne le voudrez pas si vous désirez me donner -la plus grande marque d'amour qui soit en votre pouvoir...» -Et cette marque d'amour, si difficile à donner -dans un tel moment, il la lui donna<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor"> [151]</a>. Ce fut un beau trait -de Bussy, et peu d'accord avec la conduite de toute sa vie. -Il nous montre qu'il a du moins une fois éprouvé ce sentiment -<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span> -si rare qui rend l'âme, plus que les sens, avide -des jouissances qu'il procure, et qui ne s'empare du cœur -que pour en chasser tous les penchants impurs et n'y plus -laisser de place qu'aux vertus généreuses.</p> - -<p>Cependant l'amour que Bussy inspirait à sa parente ne -paraît pas avoir été égal à celui qu'il ressentait pour elle. -Dès qu'elle eut appris que le père et la mère de Bussy, inquiets -de la liaison de leur fils avec elle, s'étaient hâtés -d'arrêter son mariage avec Gabrielle de Toulongeon, elle -rompit tout commerce avec son cousin, et son attachement -sembla cesser dès qu'elle eut perdu l'espoir de devenir sa -femme. Bussy en fut surpris, et profondément affligé. -Son père, craignant qu'il n'en tombât malade, l'emmena -avec lui en Normandie, afin de chercher à le distraire.</p> - -<p>Les préliminaires du mariage de Bussy traînaient en -longueur, et six mois s'étaient écoulés depuis sa rupture -avec sa cousine, lorsque, au moment où il s'y attendait -le moins, il la rencontra à Dijon avec sa sœur. Cette sœur -était mariée, et c'était chez elle que s'était formée et entretenue -leur liaison. Toutes deux témoignèrent leur surprise -et leur joie en revoyant Bussy. Il resta huit jours à -Dijon, par suite de cette rencontre; et il y serait demeuré -plus longtemps, sans la crainte d'exciter la jalousie de -mademoiselle de Toulongeon. Il avait alors moins d'amour -pour sa cousine, et en même temps moins de respect; -de son côté, elle avait moins d'abandon et plus de -réserve. «Je prenais d'autorité, dit-il, ces faveurs qu'elle -accordait autrefois à mes prières; si elle m'avait laissé -faire alors, je ne l'aurais pas tant ménagée que je faisais: -mais elle n'avait garde de se remettre à ma discrétion, ne -doutant pas que je n'en abusasse.»</p> - -<p>Bussy épousa, peu de temps après, mademoiselle de -<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span> -Toulongeon<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor"> [152]</a>, et fut près d'un an sans entendre parler de -sa cousine. Il la revit à Paris, plus belle, plus séduisante -qu'elle n'avait jamais été, mais engagée, ainsi que lui, -dans les liens du mariage<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor"> [153]</a>. «Je ne voulus pas, dit-il, -perdre mes services passés: je lui rendis donc quelques -soins; et comme je ne craignais rien, je ne perdis pas -mes peines. Depuis ce temps-là je n'ai point douté que la -hardiesse en amour n'avançât fort les affaires. Je sais bien -qu'il faut aimer avec respect pour être aimé; mais assurément -pour être récompensé il faut entreprendre, et l'on -voit plus d'effrontés réussir sans amour, que de respectueux -avec la plus grande passion du monde<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor"> [154]</a>.» Mais -pour Bussy, plus que pour tout autre, la possession devenait -promptement un remède à l'amour; et cette femme -qui avait été pour lui l'objet d'une affection si forte et si -pure, qui lui avait inspiré des sentiments si délicats et si -tendres, cessa promptement de lui plaire. Il trouva qu'elle -manquait entièrement de ces manières agréables, de ce -je ne sais quoi qui nous enchaîne et qu'on ne peut exprimer. -«Plus on connaissait ma cousine, dit-il, moins on -avait d'amour pour elle; et son corps, son esprit et sa -conduite lui faisaient perdre les amours que son visage -lui avait attirés<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor"> [155]</a>.»</p> - -<p>Il est probable que le prompt refroidissement que Bussy -ressentit pour cette cousine provenait de l'amour dont il -s'était épris pour une autre cousine, non aussi belle peut-être, -mais plus spirituelle et plus aimable. Cet amour -dura plus longtemps que tous les autres, précisément parce -<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span> -qu'il ne put jamais se satisfaire. L'époque où Bussy se mit -à rechercher les bonnes grâces de la marquise de Sévigné -coïncide en effet avec celle de sa rupture avec la comtesse -des environs de Moulins, et avec la fin de sa liaison avec -cette parente dont nous venons de parler. Ce fut entre -1642 et 1644, pendant les deux années que Bussy resta -sans emploi, qu'il fit marcher de front le plus d'aventures -galantes, au milieu desquelles vint se placer son mariage. -Lui-même nous apprend que ce ne fut qu'après que sa -cousine Sévigné fut mariée qu'il devint amoureux d'elle<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor"> [156]</a>. -Le père de Bussy, qui convoitait les grands biens de mademoiselle -de Rabutin-Chantal, aurait voulu que son fils -l'épousât; mais celui-ci, préoccupé de son amour pour son -autre parente, seconda mal les projets paternels. Sa cousine -Chantal était d'ailleurs alors fort jeune; et son caractère -jovial et folâtre, l'habitude qu'il avait de la voir, la -familiarité avec laquelle il s'était accoutumé avec elle, la -lui faisaient considérer comme une enfant. Il n'ouvrit les -yeux sur tous les agréments dont elle était pourvue que -lorsqu'elle fut mariée, et qu'il eut été témoin de ses succès -dans le monde: alors il regretta le trésor qu'il avait laissé -échapper, et résolut de le ravir à celui qui s'en était rendu -possesseur. C'était cependant son ami, mais un ami qui -n'était pas plus scrupuleux que lui sur ces matières.</p> - -<p>D'après ce que nous savons de la vie de Bussy jusqu'à -cette époque, on ne peut s'empêcher de reconnaître que -ses avantages personnels, son amabilité, l'expérience qu'il -avait acquise des faiblesses du cœur chez les femmes, -l'assurance que lui donnaient de nombreux succès en -amour, et son immoralité même, ne le rendissent un -<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span> -séducteur des plus dangereux. Madame de Sévigné n'avait -que dix-huit ans lorsque Bussy commença contre elle son -plan d'attaque. Il connaissait la tendresse qu'elle avait pour -son mari; et dans les premiers temps de son mariage, -n'espérant pas pouvoir la distraire de ce sentiment, il -chercha seulement à lui rendre sa présence agréable, et -à obtenir sa confiance: il y réussit. Il était en même -temps le confident de l'époux. Celui-ci lui racontait ses -prouesses amoureuses, et madame de Sévigné les chagrins -qu'elle en ressentait. Cependant à cette époque -même Bussy acheta la charge de lieutenant de la compagnie -des chevau-légers du prince de Condé, et rentra au -service. D'un autre côté, le marquis de Sévigné emmena -sa femme à sa terre près de Vitré en Bretagne. Bussy se -vit donc forcé de se séparer de sa cousine. Cette absence -ne fit qu'accroître sa passion naissante. Les procédés du -marquis de Sévigné envers sa femme augmentaient dans -Bussy l'espoir qu'il avait de se faire aimer. Aussi, pour ne -pas se laisser oublier, il eut grand soin d'entretenir avec -sa cousine un commerce de lettres.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE VIII.<br /> -<span class="medium">1644-1646.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -La vie des particuliers est subordonnée aux événements publics.—Des -causes de la guerre qui forçaient Bussy, ainsi que toute la jeune -noblesse, à s'éloigner tous les ans de la capitale pendant la belle -saison.—Le marquis de Sévigné n'obtient la lieutenance de la -ville de Fougères qu'après son mariage.—Lettre de Montreuil à -madame de Sévigné, qui le prouve.—Le marquis de Sévigné conduit -sa femme à sa terre des Rochers.—Description de cette terre, -du château, des pays qui l'environnent, et de ses habitants.—Monsieur -et madame de Sévigné y passent une année entière.—Bussy, -après la campagne, se rend à sa terre de Forléans.—Il -revient à Paris, et, en commun avec Lenet, il écrit une épître en -prose et en vers à madame de Sévigné.—Dévouement de Lenet -pour la maison de Condé.—Bussy se brouille avec Lenet.—Pourquoi -on doit se défier du jugement qu'il en porte.—Bussy part -pour l'armée, et s'y distingue; il écrit à madame de Sévigné.</p> -</div> - -<p>Cette mystérieuse providence qui régit les États, les -élève ou les abaisse, les trouble ou les calme, accroît -leur prospérité ou les précipite vers leur chute, entraîne -aussi dans leurs révolutions les destinées des individus, -et y subordonne leur existence. De même que la connaissance -des faits généraux de l'histoire ne peut résulter que -de celle des faits particuliers à ceux qui y jouent les principaux -rôles, la vie des personnes les plus étrangères à -l'ambition et au tourbillon des affaires a besoin, pour être -comprise, qu'on la replace au milieu des grands événements -qui se sont passés de leur temps.</p> - -<p>A l'époque du mariage de madame de Sévigné, l'Angleterre -était agitée par cette terrible lutte qui devait la première -<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -donner l'exemple d'une tête royale tombant sous la -hache du bourreau. Déjà la reine d'Angleterre, fille de -Henri IV, avait été obligée de s'enfuir, et de chercher un -refuge à Paris. La maison d'Autriche, que le génie de -Richelieu avait comprimée, crut trouver par la mort de ce -grand ministre une occasion favorable de ressaisir l'influence -qu'elle avait perdue. L'Espagne, malgré l'épuisement -de ses finances et le peu de talent de ceux qui la gouvernaient, -aspirait toujours, comme sous Charles-Quint, -à la domination de l'Europe; et ces hautes prétentions s'y -perpétuaient comme par tradition. De même que dans un -grand seigneur déchu l'orgueil de la naissance et le souvenir -de sa fortune lui inspirent des projets et lui font conserver -une attitude au-dessus de sa condition présente, -ainsi, voulant mettre à profit la faiblesse et la confusion inséparables -des premiers moments d'une minorité, l'Espagne -avait, malgré les négociations de paix qu'on continuait -à Munster, recommencé la guerre contre la France; mais -elle rencontra Condé et Turenne, et devant ces deux jeunes -et grands capitaines la réputation des guerriers de Charles-Quint -et des bandes espagnoles s'éclipsa pour toujours.</p> - -<p>C'est cette guerre qui forçait toute la jeune noblesse de -voler aux frontières, et de quitter après chaque hiver les -délices de la capitale ou de la cour. C'est aussi la même -cause qui arrachait chaque année Bussy à ses intrigues -amoureuses, et le forçait, par le changement de résidence, -à en renouer tous les ans de nouvelles. Le marquis de -Sévigné ne paraît pas avoir éprouvé ni le même besoin de -gloire ni la même ambition; il chercha, au contraire, à -s'éloigner du théâtre des combats, et sollicita la lieutenance -de Fougères, petite ville de Bretagne, assez rapprochée -de sa terre des Rochers. Une lettre de l'abbé de -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -Montreuil à la marquise de Sévigné, qu'elle reçut à Paris, -au retour d'un de ses voyages de Bretagne, semble prouver -que le marquis de Sévigné n'obtint le commandement de -Fougères que par suite et en considération de son mariage.</p> - -<div class="blockquote"> - -<p class="center">LETTRE DE L'ABBÉ DE MONTREUIL<br /> -A LA MARQUISE DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p>«Comme votre mérite ne saurait demeurer plus longtemps -en un même lieu sans éclat, il court un bruit que -vous êtes à Paris. Je ne le saurais croire: c'est une des -choses du monde que je souhaite le plus, et ces choses-là -n'arrivent point. J'envoie pourtant au hasard savoir s'il -est vrai, afin qu'en ce cas je ne sois plus malade. Ce ne -sera pas le premier miracle que vous aurez fait; dans -votre illustre race, on les sait faire de mère en fils. Vous -savez que madame de Chantal y était fort sujette; et -tous les honnêtes gens qui vous voient et qui vous entendent -demeurent d'accord que monsieur son fils, qui -était votre père, a fait un grand miracle. Je vous supplie -donc, si vous êtes de retour, de ne vous point faire celer, -afin que j'aie le plaisir de me porter bien et l'honneur -de vous voir. C'est une grâce que je crois mériter autant -qu'autrefois, puisque je suis aussi étourdi, aussi fou, et -disant les choses aussi mal à propos que jamais. Je ne -songe pas qu'encore que je ne sois pas changé, vous pourriez -bien être changée et, au lieu de la lettre monosyllabe -que je reçus de vous l'an passé, dans laquelle il y avait -<i>oui</i>, m'en envoyer une de même longueur, où il y aurait -<i>non</i>. Je suis, avec tout le sérieux et le respect dont je suis -capable (le premier n'est pas grand, l'autre si),</p> - -<p class="signature">«Votre très-humble serviteur, <span class="smcap">de Montreuil</span>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -<span class="smcap">Post-scriptum.</span> «J'ai oublié à mettre des <i>madame</i> -dans ma lettre; et <i>à présent que vous êtes lieutenante -de Fougères</i>, c'est une grande faute. Tenez donc, en -voilà trois; distribuez-les aux endroits qui vous sembleront -en avoir plus de besoin, madame, madame, madame<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor"> [157]</a>.»</p> -</div> - -<p>Cette lettre justifie un peu l'épithète de fou qu'on avait -donnée à Montreuil dans la société. Mais c'est là un rôle -que la jeunesse avisée se plaît souvent à jouer auprès des -jeunes femmes, pour accroître encore le privilége qui lui -est accordé de se montrer indiscrète. Le marquis de Sévigné, -pressé sans doute d'aller exercer sa nouvelle -charge, conduisit au printemps de l'année 1645 sa femme -en Bretagne, à sa terre des Rochers, située à une lieue et -demie au sud-est de Vitré. Ce lieu, où depuis madame -de Sévigné a fait des séjours si fréquents et si prolongés, -où elle a écrit un si grand nombre de ses lettres, est -dans un vallon au fond duquel coule un bras de rivière, -un des affluents de la Vilaine. On s'y rend de Vitré par -une chaussée pavée en grosses et larges pierres, qui annoncent -la richesse et la puissance des anciens seigneurs. -Le pays est ombragé de hêtres, de chênes, de châtaigniers, -qui croissent avec vigueur sur les flancs des murs -de terre qui entourent les propriétés dans cette partie -de la Bretagne. Le château est situé sur un vaste plateau, -d'où la vue ne s'étend pas à une demi-lieue. Cette vue est -bornée par un terrain inégal et ondulé, et par des champs -subdivisés en une multitude de clôtures formées par des -haies, entourées de fossés, de parapets et d'épines, et -bordées encore par d'immenses bouquets d'arbres qu'on -<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -ne prend jamais soin d'émonder. D'aucun côté on n'aperçoit -de rochers, ce qui semble démontrer que le nom -de ce domaine a une autre étymologie que la signification -habituelle du mot qui sert à le désigner<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor"> [158]</a>.</p> - -<p>Le château, qui subsiste encore, avait lorsque madame -de Sévigné s'y transporta pour la première fois déjà près -de trois cents ans d'antiquité. L'escalier en limaçon est -pratiqué dans une tour, et le corps de logis est flanqué de -deux autres tours, bordées toutes deux de têtes gothiques, -de figures grossières, depuis la naissance du toit -jusqu'au sommet. L'aspect du sol est en harmonie avec -celui de cet antique édifice; et un académicien, qui le visita -en 1822, nous dépeint les champs qui l'environnent, -enclos, couverts de genêts, n'offrant que des landes stériles -ou les traces d'une agriculture négligée; et une race -d'habitants à membres courts et trapus, le teint jaune, -les yeux noirs, les cheveux longs et tombants, revêtus -d'un manteau de chèvre ou de brebis. Ils logent dans des -maisons aussi mal soignées que leur corps; hommes, femmes -et enfants couchent au-dessous les uns des autres -dans des armoires à grands tiroirs, souvent en face de la -vache ou du mouton qui passent la tête par le treillis mitoyen, -entre la portion d'habitation destinée à l'étable et -celle qui forme leur unique chambre<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor"> [159]</a>.</p> - -<p>Ce séjour était bien triste et bien sauvage pour une -jeune femme habituée aux bosquets de Livry, aux magnifiques -hôtels de la capitale, aux salons somptueux du -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -Louvre, du Luxembourg, du Palais-Royal et du Temple. -Mais madame de Sévigné s'y trouvait avec un époux qui -ne lui avait donné alors aucun sujet de plainte, qu'elle -aimait avec tendresse; et tous deux étaient uniquement -occupés à jouir de ces premiers temps de l'hymen, si -remplis de bonheur et d'espérances. Ils passèrent dans -leur terre non-seulement le printemps, l'été et l'automne, -mais encore tout l'hiver.</p> - -<p>Bussy, qui pendant cette dernière saison était revenu -à Paris pour y résider, fut fort déconcerté de n'y pas retrouver -sa cousine. Il avait été en Nivernais pour y recevoir, -en sa nouvelle qualité, les hommages de la province; sa -femme l'accompagnait. Il la conduisit à la terre -de Forléans, près de Semur, en Bourgogne. Ce domaine, -situé à une lieue de Bourbilly, avait appartenu au père -de madame de Sévigné, et depuis était passé à la branche -cadette des Rabutins<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor"> [160]</a>. Bussy y demeura avec sa femme; -mais il en repartit promptement, et se rendit en toute -hâte à la cour, dès qu'il sut que, par la protection du -prince de Condé (le père du duc d'Enghien, depuis le -grand Condé), il venait d'être fait conseiller d'État<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor"> [161]</a>. Lenet, -alors son ami, procureur général au parlement de -Dijon, qui a joué un rôle assez important, quoique secondaire, -dans la Fronde, et dont nous avons des Mémoires, -venait d'obtenir la même faveur par le même -<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -canal<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor"> [162]</a>. Lenet, comme Bourguignon, était fort lié avec -la marquise de Sévigné. Se trouvant à Paris pour le même -motif que Bussy, il fut, ainsi que lui, étonné et contrarié -d'apprendre que, elle et son mari, fussent restés en -Bretagne. Cette conformité de regrets des deux amis leur -fit composer en commun une lettre en vers, que les deux -époux reçurent à leur terre des Rochers. Pour l'esprit et -la facilité, cette épître ne le cède en rien à celles de Chaulieu -et de la Fare, et n'offre pas plus d'incorrection et de -négligences.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Salut à vous, gens de campagne,</p> -<p>A vous, <i>immeubles</i> de Bretagne,</p> -<p>Attachés à votre maison</p> -<p>Au delà de toute raison:</p> -<p>Salut à tous deux, quoique indignes</p> -<p>De nos saluts et de ces lignes.</p> -<p>Mais un vieux reste d'amitié</p> -<p>Nous fait avoir de vous pitié,</p> -<p>Voyant le plus beau de votre âge</p> -<p>Se passer dans votre village,</p> -<p>Et que vous perdez aux Rochers</p> -<p>Des moments à nous autres chers.</p> -<p>Peut-être que vos cœurs tranquilles,</p> -<p>Censurant l'embarras des villes</p> -<p>Goûtent aux champs en liberté</p> -<p>Le repos et l'oisiveté;</p> -<p>Peut-être aussi que le <i>ménage</i></p> -<p>Que vous faites dans le village</p> -<p>Fait aller votre revenu</p> -<p>Où jamais il ne fût venu:</p> -<p>Ce sont raisons fort pertinentes</p> -<p>D'être aux champs pour doubler ses rentes;</p> -<p>D'entendre là parler de soi</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span></div> -<p>Conjointement avec le roi.</p> -<p><i>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</i></p> -<p>Certes ce sont là des honneurs</p> -<p>Que l'on ne reçoit point ailleurs?</p> -<p>Sans compter l'octroi de la fête;</p> -<p>De lever tant sur chaque bête;</p> -<p>De donner des permissions;</p> -<p>D'être chef aux processions;</p> -<p>De commander que l'on s'amasse</p> -<p>Ou pour la pêche ou pour la chasse;</p> -<p>Rouer de coups qui ne fait pas</p> -<p>Corvée de charrue ou de bras<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor"> [163]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Cette lettre fut écrite la veille même du jour où Bussy -partit de Paris pour se rendre à l'armée, à la fin de mars -1646<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor"> [164]</a>. Bussy, un an avant, avait, en commun avec Jumeaux, -écrit une autre lettre en vers à Lenet. Dans cette -lettre, datée du camp d'Hailbron, il l'appelle son bon -ami<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor"> [165]</a>, et dans ses Mémoires il lui reproche de l'avoir -délaissé dans sa disgrâce, sans qu'il lui eût fourni aucun -sujet de plainte<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor"> [166]</a>: mais le refroidissement de leur amitié -a dû commencer lorsque Bussy eut abandonné le parti -du prince de Condé, auquel Lenet resta attaché dans la -bonne comme dans la mauvaise fortune. Jeune et sans -expérience, Lenet se jeta dans les intrigues de la Fronde; -et, comme beaucoup d'autres, ne sachant pas prévoir les -événements, il ne les appréciait qu'après qu'ils étaient -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -accomplis, et ne s'apercevait des fautes qu'il commettait -qu'après qu'il n'était plus temps de les réparer. Il faut -que, même bien après ces temps de trouble, il se soit -mêlé à quelques intrigues qui lui attirèrent la disgrâce du -roi; car en 1669 il fut exilé à Quimper-Corentin, et en -s'y rendant il passa deux jours au château de Riée, en -Poitou, chez le comte d'Hauterive, qui chercha, mais -en vain, à le réconcilier avec Bussy, son ami<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor"> [167]</a>. Lenet -plaisait beaucoup à madame de Sévigné; et lorsqu'il mourut, -elle le regretta vivement<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor"> [168]</a>. Il fut un de ceux qui, -par sa gaieté, souvent grotesque, contribuèrent aux joies -de sa jeunesse<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor"> [169]</a>. «Vous aurez vu Larrei (écrit-elle à sa -fille, de cette même solitude des Rochers où quarante-trois -ans auparavant elle avait reçu l'épître en vers dont -nous venons de citer quelques passages); c'est, je crois, -le fils de feu Lenet, qui était attaché à feu M. le Prince, -et qui avait de l'esprit comme douze. J'étais bien jeune -quand je riais avec lui<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor"> [170]</a>.» Et dans une autre lettre à -Bussy, postérieure encore à celle dont nous venons de -faire mention, elle dit: «J'ai vu ici M. de Larrei, fils de -notre pauvre ami Lenet, avec qui nous avons tant ri; car -jamais il ne fut une jeunesse plus riante que la nôtre de -toutes les façons<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor"> [171]</a>.» Madame de Sévigné ignorait encore -alors que Bussy avait été tout à fait brouillé avec Lenet, -ou peut-être pensait-elle que la mort de ce dernier avait -dû effacer le souvenir de ses torts, s'il en avait eu. Dans -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -tous les cas, elle dut être désagréablement affectée de la -réponse qui lui fut faite par Bussy, qui lui disait que ce -Lenet, avec qui ils avaient tous deux tant ri, était homme -sans jugement et sans probité<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor"> [172]</a>. L'orgueil excessif de -Bussy lui inspirait de la haine et de la rancune contre -ceux qui l'avaient offensé, ou dont il croyait avoir à se -plaindre; et il faut se tenir en garde contre le venin âcre -et mordant de sa plume, souvent calomniatrice. Toutefois, -Gourville, dans ses Mémoires, donne des détails sur -la manière dont Lenet gérait les affaires du prince, qui -paraissent appuyer la plus grave des accusations de Bussy -contre lui<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor"> [173]</a>.</p> - -<p>Le dévouement de Lenet pour la maison de Condé, -qui avait produit sa rupture avec Bussy, était dans les -mœurs du temps. Lorsque après la paix de Bordeaux, en -1650, Lenet se présenta devant la reine pour lui offrir ses -respects, Anne d'Autriche, qui en traitant avec les révoltés -n'avait cédé qu'à la nécessité, ne put en le voyant -s'empêcher de dire, de manière à être entendue: «Que ne -devrait-on pas faire à des gens qui sortent d'une ville rebelle, -et s'en vont tout droit à Stenay vers madame de -Longueville et M. de Turenne?» (Tous deux étaient alors -dans le parti opposé au gouvernement.) Lenet eut le courage -de relever ces paroles, et de supplier la reine de ne -pas confondre avec des brouillons, qu'on ne peut assez -châtier, ceux qui, accablés d'obligations, ne sauraient -prendre un autre parti que de servir les princes à qui ils -sont redevables. Il lui rappela l'exemple de Marie de Médicis, -persécutée par Richelieu, et termina en disant: -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -«Songez, madame, que par le discours qu'il vous a plu -de faire vous permettez à toutes vos créatures de vous -abandonner, si jamais vous venez à être persécutée sous -le nom du roi votre fils.» Sa réponse fut approuvée de -toute la cour; et mademoiselle de Montpensier, alors dans -le parti de Mazarin, lui en témoigna son admiration. -«J'aime, dit-elle, les gens qui ne ménagent ni biens, ni -vie, ni fortune, pour sauver ceux à qui ils se sont donnés<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor"> [174]</a>.» -Ces sentiments étaient alors ceux de tous les gens -d'honneur. La dette de la reconnaissance ne peut admettre -aucun doute; tandis que dans les conflits politiques -il est facile de faire plier la raison d'État au gré de -ses intérêts et de ses passions. Nous aurons bientôt occasion -de voir que c'étaient ces habitudes, ces préjugés -d'honneur, ces grandes inégalités des rangs et des conditions, -la subordination établie en raison de la dépendance, -qui rendaient les partis si faciles à former, si faciles -à apaiser. Toutes leurs forces se trouvaient concentrées -sur un petit nombre de têtes principales. Elles -étaient donc en peu de temps réunies, et aussi, par la -même raison, promptement dispersées.</p> - -<p>Madame de Sévigné, dans une de ses lettres à Bussy, -dit que Larrei l'avait étonnée en lui contant comme son -père avait dissipé tous ses grands biens, et qu'il n'en avait -rien eu<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor"> [175]</a>. Bussy lui répondit: «Lenet était né sans biens; -il en avait volé à Bordeaux en servant M. le Prince; il en -mangea une partie, et M. le Prince lui reprit l'autre<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor"> [176]</a>.» Il -est difficile de croire qu'un homme qui devint procureur -<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span> -général au parlement de Dijon, puis fut nommé par la -régente, en 1649, intendant de justice, de police et de -finances à Paris, fût né sans biens, ou qu'il n'ait pu en -acquérir légitimement. Au reste, ces explications entre -Bussy et sa cousine, sur un ami de leur jeunesse, avaient -lieu vingt ans après la mort de ce dernier, qui précéda de -beaucoup la leur. Lenet mourut à Paris, le 3 juillet 1671.</p> - -<p>La campagne que Bussy fit en 1646 marque l'époque -la plus brillante de sa vie militaire. Il servit dans l'armée -de Flandre, d'abord commandée par Gaston, duc d'Orléans, -oncle du roi, et ensuite par le duc d'Enghien. Trois -maréchaux de France se trouvaient à cette armée; et -Bussy y donna de telles preuves de talent et de valeur, -qu'il mérita les éloges du duc d'Enghien. Aussi n'eut-il -rien de plus pressé que d'écrire à sa cousine une lettre datée -du camp de Hondschoote, lettre qu'il a insérée en entier -dans son <i>Discours à ses Enfants</i>. «J'écrivis alors, leur -dit-il, le détail de la campagne à votre tante de Sévigné, -mes enfants, dans une lettre moitié vers et moitié prose; -et comme elle lui plut, je crois que vous serez bien aise -de la voir<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor"> [177]</a>.»</p> - -<p>Dans cette lettre, il raconte en vers la prise de Courtray -et de Berg-Saint-Winox, qui fut bientôt suivie de -celle de Mardick, de Furnes, de Dunkerque. Mais -comme c'est au siége de Mardick que Bussy se distingua -principalement, et qu'il reçut les éloges du duc d'Enghien, -c'est aussi à ce siége qu'il s'arrête le plus longtemps.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span></div> -<p>Mais enfin Saint-Winox, privé de tout secours,</p> -<p class="i2"> Ne dura pas plus de deux jours:</p> -<p>Et de là de Mardick nous fîmes l'entreprise.</p> -<p class="i2"> Si je voulais tous faire le portrait</p> -<p>Des hasards que courut le prince avant la prise,</p> -<p class="i3"> Je n'aurais jamais fait.</p> -<p class="i2"> Ce fut là que, pour mon bonheur,</p> -<p class="i2"> L'ennemi rasant la tranchée,</p> -<p class="i2"> Devant ce prince j'eus l'honneur</p> -<p class="i2"> De tirer une fois l'épée.</p> -<p class="i2"> Ce fut en cette occasion</p> -<p class="i2"> Qu'il fit lui-même une action</p> -<p class="i2"> Digne d'éternelle mémoire;</p> -<p class="i2"> Et que, m'ayant d'honneurs comblé,</p> -<p class="i2"> Il se déchargea de la gloire</p> -<p class="i2"> Dont il se trouvait accablé.</p> -</div></div> - -<p>«Je ne vous saurais dire, ma chère cousine, combien -monsieur le Duc prôna le peu que je fis en cette sortie; -mais ce qui la rendit plus considérable, ce furent les choses -qu'il y fit et la mort ou les blessures de gens de qualité -qui s'y trouvèrent: et tout cela me fit honneur, parce -que je commandais.»</p> - -<p>Il termine ainsi sa lettre:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2"> Sans les eaux, le froid et le vent,</p> -<p class="i2"> Seules ressources de l'Espagne,</p> -<p>Mon prince aurait poussé plus avant sa campagne;</p> -<p>Et moi je finirais mes récits de combats</p> -<p class="i2"> Et l'éloge de son altesse,</p> -<p class="i2"> En vous parlant de ma tendresse,</p> -<p class="i2"> Si je n'étais un peu trop las<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor"> [178]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Madame de Sévigné, lorsqu'elle se rendait en Bretagne, -n'était pas toujours condamnée au triste séjour des Rochers; -et une de ses lettres à sa fille nous apprend qu'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -faisait avec son mari de fréquents voyages dans toute la -province, et allait souvent à Nantes, qui était alors -comme aujourd'hui, dans cette partie de la France, la -ville la plus populeuse, la plus riche et la plus agréable -à habiter. Madame de Sévigné trouvait que l'air de cette -ville mêlé à celui de la mer avait l'inconvénient de la brunir, -et de gâter son beau teint<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor"> [179]</a>: elle préférait l'air de -l'Ile-de-France, c'est-à-dire celui de Paris. Ceci rappelle -le mot si connu de madame de Staël, exilée dans son -château de Coppet, sur les bords du lac de Genève, devant -qui l'on vantait ce lac et ses magnifiques points de -vue: «J'aimerais mieux, répondit-elle, le ruisseau de -la rue du Bac.» C'est un des plus noirs et des plus infects -de la capitale de la France.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE IX.<br /> -<span class="medium">1647-1648.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy retourne en Bourgogne.—Mort de sa femme: sincère dans l'expression -de ses regrets.—Il retourne à la cour.—Est bien reçu -du prince de Condé, qui l'emmène en Catalogne.—Madame de Sévigné, -restée aux Rochers, accouche d'un fils.—Lettre de madame -de Sévigné à Bussy sur ce sujet.—Réponse de Bussy.—Madame -de Sévigné recommande Launay-Lyais à Bussy.—Empressement -que celui-ci met à lui répondre favorablement.—Le prince de -Condé échoue devant Lérida.—Il répare par une nouvelle campagne -en Flandre l'échec fait à sa gloire.—Prend Ypres.—Envoie -Bussy à la cour pour annoncer son succès, et lui donne ainsi les -moyens de terminer une nouvelle aventure.</p> -</div> - -<p>Après la campagne, Bussy retourna en Bourgogne; et -bientôt après ce retour, vers le milieu du mois de décembre -1646, il eut la douleur de perdre sa femme. Il en -avait eu trois filles, et point d'enfant mâle. «Elle m'aimait -fort, dit-il; elle avait bien de la vertu, et assez de -beauté et d'esprit.» Il ajoute qu'il fut extrêmement affligé -de cette perte; et on doit le croire, car l'hypocrisie -de sensibilité n'était pas son défaut: il montre au contraire -le plus souvent, en écrivant, de la sécheresse de -cœur et quelquefois de la dureté<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor"> [180]</a>.</p> - -<p>Toutefois, sa douleur ne l'empêcha pas d'aller à la cour; -il fut bien reçu du duc d'Enghien, devenu prince de -Condé par la mort de son père, qui eut lieu à la même -<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span> -époque. Le nouveau prince de Condé fut nommé vice-roi -de Catalogne, et chargé de commander l'armée qui devait -combattre les Espagnols de ce côté. Il emmena Bussy, -que rien ne retenait à Paris: il n'y avait pas trouvé sa -cousine; elle était encore restée aux Rochers. Cette fois -elle avait un motif pour ne pas entreprendre dans la mauvaise -saison un voyage alors long et difficile, à cause du -mauvais état des routes et le peu de perfection des voitures; -et ce motif, après trois ans de mariage passés sans -enfant, lui était trop agréable pour qu'elle regrettât les -amusements de la capitale, auxquels d'ailleurs il lui était -impossible de prendre part. Lorsque Bussy, au commencement -de février, alla loger au Temple chez son oncle -le grand prieur<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor"> [181]</a>, elle se trouvait vers la fin de sa première -grossesse, et le mois suivant elle donna un héritier -au nom de Sévigné. La joie de cette jeune femme éclate -avec une vivacité singulière dans la lettre suivante, qu'elle -écrivit à Bussy, le 15 mars 1647.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ A BUSSY.</p> - -<p>«Je vous trouve un plaisant mignon de ne m'avoir pas -écrit depuis deux mois! Avez-vous oublié qui je suis et -le rang que je tiens dans la famille? Ah! vraiment, petit -cadet, je vous en ferai bien ressouvenir: si vous me fâchez, -je vous réduirai au <i>lambel</i>. Vous savez que je suis -sur la fin d'une grossesse, et je ne trouve en vous non -plus d'inquiétude de ma santé que si j'étais encore fille. -Eh bien! je vous apprends, quand vous en devriez enrager, -que je suis accouchée d'un garçon, à qui je vais faire -sucer la haine contre vous avec le lait; et que j'en ferai -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> -encore bien d'autres, seulement pour vous faire des ennemis. -Vous n'avez pas eu l'esprit d'en faire autant: le -beau faiseur de filles!</p> - -<p>«Mais c'est assez vous cacher ma tendresse, mon cher -cousin; le naturel l'emporte sur la politique. J'avais résolu -de vous gronder sur votre paresse, depuis le commencement -jusqu'à la fin; je me fais trop de violence, et il en -faut revenir à vous dire que M. de Sévigné et moi vous -aimons fort, et que nous parlons souvent du plaisir qu'il -y aurait d'être avec vous<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor"> [182]</a>.»</p> -</div> - -<p>Bussy reçut cette lettre à Valence, lorsqu'il était en -route pour se rendre à l'armée de Catalogne. Elle lui plut -tant, il la trouva si spirituelle, qu'il l'inséra en entier dans -ses Mémoires<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor"> [183]</a>, ainsi que la réponse qu'il y fit, datée de -Valence le 12 avril 1647.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p>«Pour répondre à votre lettre du 15 mars, je vous dirai, -madame, que je m'aperçois que vous prenez une certaine -habitude de me gourmander, qui a plus l'air de maîtresse -que de cousine. Prenez garde à quoi vous vous engagez: -car enfin, quand je me serai une fois bien résolu à souffrir, -je voudrai avoir les douceurs des amants aussi bien -que les rudesses. Je sais que vous êtes chef des armes, et -que je dois du respect à cette qualité; mais vous abusez -un peu de mes soumissions...........</p> - -<p>«Au reste, ma belle cousine, je ne vous régale point sur -<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span> -la fécondité dont vous me menacez; car depuis la loi de -grâce, on n'en a pas plus d'estime pour une femme; et -quelques modernes même, fondés en expérience, en ont -fait moins de cas. Tenez-vous-en donc, si vous m'en -croyez, au garçon que vous venez de faire; c'est une action -bien louable, et je vous avoue que je n'ai pas eu l'esprit -d'en faire autant: aussi envié-je ce bonheur à M. de -Sévigné plus que chose au monde.</p> - -<p>«J'ai fort souhaité que vous vinssiez tous deux à Paris -quand j'y étais; mais maintenant que j'en suis parti, je -serais bien fâché que vous y allassiez, c'est-à-dire que vous -eussiez des plaisirs sans moi: vous n'en avez déjà que trop -en Bretagne<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor"> [184]</a>.»</p> -</div> - -<p>Madame de Sévigné avait recommandé à Bussy un -gentil-homme breton, nommé Launay-Lyais, volontaire -dans les troupes qu'il commandait. Bussy, empressé à -saisir toutes les occasions de faire sa cour à sa cousine, -termine sa lettre en lui parlant de son protégé. «Il est -honnête homme, dit-il, et ma chère cousine me l'a recommandé: -je vous laisse à penser si je le servirai.» Il se -garde bien de dire qu'il trouvait Launay-Lyais d'une vanité -ridicule<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor"> [185]</a>. Un honnête homme recommandé par madame -de Sévigné devait être à ses yeux un homme sans -défaut.</p> - -<p>La campagne de Catalogne fut bien loin d'être aussi -glorieuse que celle de Flandre: le vainqueur de Rocroi, -de Fribourg, de Nordlingen, celui qui le premier donna -Dunkerque à la France, échoua devant la petite ville -<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span> -de Lérida, et fut obligé de faire retraite avec son armée<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor"> [186]</a>.</p> - -<p>Il alla tenir les états de Bourgogne à Dijon<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor"> [187]</a>, et bientôt -après il répara l'échec que Lérida avait fait à sa gloire, -par une nouvelle campagne en Flandre. Il prit Ypres le -27 mai, et chargea Bussy, qui ne l'avait point quitté, d'en -aller porter la nouvelle à la cour<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor"> [188]</a>. Condé voulait par là -non-seulement favoriser Bussy auprès des ministres et de -la reine régente, mais encore lui donner les moyens de terminer -une affaire qu'il croyait utile à sa fortune. Étrange -aventure, qui doit être racontée en détail: elle fera le -sujet du chapitre suivant.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE X.<br /> -<span class="medium">1645-1649.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy veut se remarier.—Il fait connaissance avec un nommé Le Bocage, -qui lui indique une jeune veuve, belle et riche.—Il la voit, -elle lui plaît.—On lui persuade que les parents de la veuve s'opposent -à son mariage, mais qu'elle lui est favorable.—Il se décide à -l'enlever.—Il confie son projet au prince de Condé, qui lui fournit -les moyens de l'exécuter.—Abus de la puissance des nobles à cette -époque.—Fréquence des enlèvements.—On ignore si Bussy était -encore dans l'erreur relativement aux sentiments de cette veuve -pour lui.—Quelle était cette veuve et sa famille.—Elle avait -perdu sa mère dans un âge tendre.—Tristesse qu'elle en ressent.—Elle -épouse M. de Miramion.—Devient veuve à seize ans.—Accouche -d'une fille.—Madame de Miramion veut se faire religieuse.—Ses -parents s'y opposent.—Ils veulent la marier.—Elle -demande du temps pour s'y décider.—Bussy forme le projet -de l'enlever et d'en faire sa femme.—Ses motifs.—Mesures qu'il -prend.—Accompagné d'une escorte, il arrête sa voiture à Saint-Cloud, -et se saisit d'elle et de sa belle-mère.—Efforts qu'elle fait -pour lui résister.—Il l'emmène avec sa belle-mère.—Il dépose -cette dernière en chemin.—Madame de Miramion, dans la forêt de -Livry, s'échappe.—Est reprise.—Bussy la conduit dans le château -de Launay.—Fermeté de madame de Miramion à l'égard de ses ravisseurs.—Son -frère arrive à Sens pour la délivrer.—Bussy la -fait reconduire dans cette ville, et s'évade avec son escorte.—Suite -de cette affaire.—La justice informe contre Bussy.—Madame -de Miramion, interrogée, refuse de le charger.—Le prince de Condé -intervient pour faire suspendre les poursuites.—Mauvaise pensée -de Bussy contre le frère de madame de Miramion.—Il y résiste.—On -cesse les poursuites.—A quelle condition?—Longtemps après, -Bussy demande audience à madame de Miramion.—Elle la lui accorde.—Son -entrevue avec elle.—Il la sollicite pour obtenir sa -protection dans un procès.—Elle lui accorde sa demande.—Éloge -<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span> -de madame de Miramion.—Nombre de ses bonnes œuvres—Ce -qu'en dit madame de Sévigné.—L'action de Bussy ne diminue pas -son intimité avec madame de Sévigné.—Elle lui donne occasion -d'aller demeurer avec elle sous le même toit.</p> -</div> - -<p>Bussy, qui n'avait que des filles, désirait contracter un -second mariage, espérant par là obtenir un héritier de -son nom. Ses parents le pressaient vivement de prendre -ce parti. Il cherchait à trouver une femme qui eût de la -jeunesse et de la beauté et en même temps de la fortune. -Cette dernière condition lui paraissait essentielle pour -soutenir dignement son rang à la cour et pour satisfaire -ses inclinations pour le plaisir et ses goûts dispendieux. Il -s'entretenait fréquemment sur ce sujet avec son oncle le -grand prieur du Temple, chez lequel il logeait quand il -venait à Paris. Ce fut chez lui qu'il fit connaissance d'un -vieux bourgeois nommé Le Bocage, propriétaire d'un -domaine considérable, voisin de la commanderie de Launay. -Cette commanderie, située dans la commune de Saint-Martin-sur-Oreuse, -près de Sens<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor"> [189]</a>, servait au grand prieur -de maison de campagne pendant la belle saison; son -neveu Bussy allait souvent l'y voir, et y séjournait quelquefois -plusieurs semaines. C'est par ce voisinage de campagne -que s'était formée la liaison entre Le Bocage, -Christophe de Rabutin et le comte de Bussy. Instruit du -désir que ce dernier avait de trouver une femme riche, -Le Bocage lui proposa une veuve jeune, belle, d'une piété -et d'une douceur angéliques, et de plus millionnaire<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor"> [190]</a>.</p> - -<p>Le Bocage ne la connaissait point personnellement; -<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -mais il avait un ami dans lequel la veuve avait, disait-on, -beaucoup de confiance: c'était son confesseur, un père de -la Merci, nommé le père Clément, moine corrompu, qui -cherchait à séduire sa pénitente, et à la livrer à Bussy -pour en tirer de l'argent<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor"> [191]</a>. Bussy eut une conférence avec -lui, et par son moyen il parvint à voir deux fois à l'église -la jeune veuve, dont la figure lui parut ravissante. Il -n'avait pu ni s'approcher d'elle ni lui parler. Cependant -le père Clément l'assura qu'il lui avait plu; mais en même -temps il l'avertit qu'elle n'osait rien résoudre sans le consentement -de ses parents; et ils voulaient absolument -qu'elle épousât un homme de robe. Il conseilla donc à -Bussy de ne risquer aucune démarche, et de le laisser faire. -Il devait s'adresser à ses principaux parents pour qu'ils -consentissent à ce mariage; et en cas de refus il se chargeait -de persuader à la jeune veuve d'user du droit qu'elle -avait de disposer d'elle-même. Pour cette négociation il -demandait de l'argent à Bussy, sous prétexte de séduire -les personnes de service auprès de la veuve; et Bussy, -complétement sa dupe, lui remit ainsi successivement une -somme de deux mille écus. Comme le temps d'entrer en -campagne approchait, le père Clément engagea Bussy à -ne pas différer son départ pour l'armée. Bussy partit en -effet le 6 mai 1648, mais après avoir obtenu de son négociateur -la promesse qu'il l'instruirait de tout. Il reçut de -lui, trois semaines après son départ, une lettre qui l'instruisait -que les parents de la jeune veuve lui étaient -contraires, qu'elle n'avait pas la force de leur résister; -mais qu'elle désirait que par une violence apparente Bussy -lui arrachât un consentement qui se trouverait conforme -<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -au vœu secret de son cœur<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor"> [192]</a>. Le moine perfide n'avait pu -réussir dans ses projets de séduction. Aussitôt qu'il avait -essayé d'entamer sa négociation, madame de Miramion -l'avait congédié, et avait pris un autre confesseur. Pour -s'en venger, il voulut mettre à profit l'audace et la crédulité -de Bussy: il lui persuada qu'il avait toujours comme -confesseur la confiance de la jeune veuve; et, quelque -invraisemblable que fût la fable qu'il imagina pour engager -Bussy à l'enlever, Bussy le crut, et se détermina à suivre -le conseil qui lui était donné. L'autorité des intendants -et des commissaires du roi avait été créée par Richelieu -pour s'opposer aux désordres des nobles, qui regardaient -comme un des priviléges de leur caste de pouvoir se mettre -au-dessus des lois. Cette autorité nouvelle n'était pas -tellement affermie, qu'il lui fût toujours possible de prévenir -ou de punir les abus auxquels elle était chargée de -s'opposer; et les guerres civiles de la Fronde, en affaiblissant -le ressort du gouvernement, permirent à la noblesse -de retomber dans la licence des anciens temps, qui lui était -d'autant plus chère qu'elle lui semblait un signe certain de -son antique indépendance. Durant ces temps de trouble, -ou pendant les espèces d'interrègne de la régence, les -exemples de violence de la part de personnages puissants -envers des femmes de la classe inférieure ou de celles qui -dans la classe bourgeoise se trouvaient dépourvues de -famille et d'appui, étaient d'autant plus fréquents qu'ils -restaient presque toujours impunis<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor"> [193]</a>. Comme Bussy avait -alors toute la faveur du prince de Condé, il lui fit le récit -de son affaire, et ne lui cacha rien de ses projets. Cette -aventure plut au jeune prince, qui offrit à Bussy de lui -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -donner une commission pour se rendre à Paris, et même -de lui remettre le commandement de Bellegarde, une de -ses places en Bourgogne, pour se retirer après l'enlèvement. -Bussy lui en témoigna sa reconnaissance, accepta -la commission, mais refusa l'offre qui lui était faite de la -place de Bellegarde; il dit qu'il lui suffisait d'avoir la -faculté de conduire sa belle prisonnière à Launay. Cette -commanderie avait en effet une espèce de château fort -très-ancien, pourvu de hautes et épaisses murailles: on -y pénétrait après avoir passé plusieurs ponts-levis.</p> - -<p>Aussitôt que Bussy se fut acquitté de la commission -que le prince de Condé lui avait donnée, et qu'il eut terminé -toutes ses affaires en cour, il se rendit chez son négociateur, -qui lui confirma tout ce qu'il lui avait écrit, et -qui l'encouragea dans la résolution qu'il avait prise d'enlever -la veuve à sa famille; ne doutant pas, disait-il, que -quand elle s'en trouverait séparée, elle ne consentit de -son plein gré à épouser Bussy. Rien n'était plus facile à -Bussy que de s'assurer avant l'événement des sentiments -de la veuve à son égard; et c'est peut-être pour s'excuser -de ce que sa présomption ne lui a pas permis le plus -léger doute, et par la honte que sa vanité lui faisait éprouver -d'avoir été dupe d'une ruse grossière, que, dans ses -Mémoires, il affirme que son négociateur n'avait dans -cette affaire d'autre intérêt apparent que l'avantage et la -satisfaction des parties, et que par cette raison il ne -pouvait douter de la sincérité de ses paroles<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor"> [194]</a>. Il est vrai -que le caractère dont ce négociateur était revêtu et la -nature de ses relations avec la jeune veuve devaient écarter -de lui toute défiance. Ainsi, tandis que l'innocente -<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -beauté n'avait jamais rien su, ni des prétentions de Bussy -sur elle, ni du désir qu'il avait de l'épouser; que personne -ne l'en avait entretenue; qu'elle n'en avait été instruite -ni directement ni indirectement; que jusqu'à l'approche -du jour fatal où on attenta à sa liberté elle avait -ignoré le danger qui la menaçait, Bussy croyait fermement -qu'elle avait donné son consentement à ce projet d'enlèvement, -et qu'elle en avait été informée depuis longtemps.</p> - -<p>Le nom de famille de cette jeune veuve était Marie -Bonneau. Elle était fille de Jacques Bonneau, seigneur -de Rubelle, riche bourgeois d'Orléans, et de Marie d'Ivry<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor"> [195]</a>. -Enfant précoce, elle aimait sa mère avec une -énergie et une raison au-dessus de son âge, et comptait -à peine neuf ans lorsqu'elle la perdit. Cette violence faite -à un premier sentiment, cette première idée de la mort -et d'une éternelle séparation, firent sur elle une impression -si profonde et si durable, qu'elle résista à tous les -efforts que l'on fit pour l'effacer. Les plaisirs se pressaient -en vain autour d'elle, ils ne pouvaient expulser de -son cœur une douleur qui en avait pénétré la substance, -ni dissiper une mélancolie qui lui était chère. Une de ses -tantes s'était chargée de continuer son éducation: quoique -sœur d'un évêque, cette tante trouvait que les idées -religieuses prenaient trop d'empire sur sa pupille, et elle -la conduisait sans cesse dans le monde, au bal et à la -comédie. Partout l'éclat de ses charmes, plus encore que -ses grandes richesses, attirait sur ses pas une foule de -jeunes gens qui briguaient l'honneur d'obtenir sa main. -Elle épousa, dans le mois de mai 1645, Jean-Jacques de -<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -Beauharnais, seigneur de Miramion, conseiller au parlement -de Paris, dont la fortune égalait la sienne<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor"> [196]</a>. Il n'avait -pas vingt-sept ans, était beau, bien fait, du caractère le -plus heureux. Moins que sa tante, il la gênait pour ses -exercices de piété. Une union si bien assortie lui fit éprouver -un bonheur qu'elle n'avait connu que dans son enfance: -elle aimait, elle était aimée; Dieu s'y trouvait, et -sa mère entre elle et Dieu. Elle ne formait plus qu'un seul -vœu: c'était de mériter, par l'innocence du cœur et la -pureté de l'âme, que les bénédictions versées sur elle dans -cette vie ne pussent nuire aux espérances qu'elle avait -conçues pour la vie à venir. Six mois (seulement six mois!) -s'écoulèrent dans les délices d'une telle existence. Au bout -de ce temps, son mari fut atteint d'une fluxion de poitrine, -et mourut, la laissant enceinte.</p> - -<p>Elle accoucha d'une fille, si languissante et si faible en -naissant, que les soins les plus assidus ne pouvaient que -faiblement la disputer à la mort. La religion et la tendresse -maternelle empêchèrent madame de Miramion de -succomber à son désespoir. Elle passa les deux premières -années de son veuvage dans la retraite la plus austère, -toujours au pied des autels ou du berceau de sa fille. Née -le 2 novembre 1629, madame de Miramion n'avait que -seize ans et demi lorsqu'elle devint veuve et mère<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor"> [197]</a>. Ses -parents, dont elle était tendrement aimée, craignaient -qu'elle ne se fît religieuse: ils désiraient la conserver au -milieu d'eux; et son extrême jeunesse leur fit espérer que -le moyen qu'ils avaient employé efficacement une première -<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> -fois leur réussirait une seconde. Ils laissèrent d'abord -un libre cours à sa douleur; et, croyant que le temps -y avait apporté quelque diminution, ils la pressèrent de -contracter un nouveau mariage. Des partis brillants se -présentèrent, et lui étaient chaque jour proposés. Plusieurs -de ceux qui la recherchaient regrettaient, en la -voyant si belle, qu'elle fût si riche, et que la fortune fût un -obstacle à leurs désirs, ou un motif de suspecter la sincérité -de leur amour. Quant à ses résolutions, elles n'étaient -pas douteuses: elle ne laissait échapper aucune occasion -de les exprimer de manière à faire renoncer ceux qui la -recherchaient au projet qu'ils avaient conçu. Elle se reprochait -souvent, en leur présence, les passions qu'elle faisait -naître involontairement, et en témoignait son chagrin. -Attaquée de la petite vérole, elle regretta que cette maladie -ne lui eût pas enlevé ses attraits, dont sa piété lui faisait -détester le pouvoir. Cependant, vivement touchée de -l'attachement et du désintéressement de ses parents, elle -n'osait fermer sa porte aux prétendants qu'ils introduisaient -auprès d'elle. Son humilité lui faisait penser aussi -qu'elle n'était pas encore digne de se consacrer à Dieu: -elle semblait hésiter, et suppliait qu'on lui donnât du -temps pour se décider. En attendant, elle multipliait les -prières et les actes de dévotion, dans l'espérance que Dieu -parlerait à son cœur, et lui révélerait sa volonté. Pourtant -on se flattait d'obtenir son consentement pour lui faire -épouser M. de Caumartin, et ce seul espoir comblait de -joie deux familles riches et puissantes qui désiraient vivement -cette alliance<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor"> [198]</a>.</p> - -<p>Telle était celle que Bussy, sans la connaître, se proposait -<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span> -d'enlever pour en faire sa femme, persuadé qu'elle se -trouverait honorée de lui appartenir et charmée de paraître -à la cour, où sa naissance et le rang de ses parents ne l'appelaient -pas. Assuré de la protection du vainqueur de Rocroi, -il regardait un enlèvement comme sans conséquence -envers une femme qui, malgré sa richesse, n'était à ses -yeux qu'une bourgeoise. Rubelle, frère aîné de madame -de Miramion, alors âgé de vingt-cinq ans, était seul, dans -toute sa famille, capable d'inspirer quelque crainte à -Bussy, si Bussy, réputé brave parmi les braves, eût été accessible -à une crainte de cette nature. D'ailleurs, il convoitait -les richesses de notre jeune veuve, il était épris de ses -charmes, il croyait lui plaire; ses motifs étaient purs, son -but honorable: il n'y avait donc pas à balancer. Sa résolution -fut irrévocablement prise, et il se disposa à l'exécuter.</p> - -<p>Les préparatifs ne furent pas tenus tellement secrets -qu'il n'en transpirât quelque chose. Madame de Miramion -fut avertie par plusieurs personnes qu'on voulait l'enlever; -mais comme on ne lui nommait pas celui qui avait le projet -de se porter à cet excès d'audace, et que parmi tous -ceux qui aspiraient à sa main, et qu'elle connaissait -bien, pas un seul ne pouvait être soupçonné de songer à -une action aussi coupable, elle n'ajouta aucune foi aux propos -qu'on lui tint à ce sujet, et ne prit aucune précaution<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor"> [199]</a>.</p> - -<p>Bussy savait qu'elle s'était retirée à Issy avec sa belle-mère, -chez de Choisy, conseiller d'État, grand-père du -mari qu'elle avait perdu<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor"> [200]</a>. Les affidés dont Bussy l'avait -entourée lui apprirent que le 7 août elle devait aller au -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -mont Valérien, pour y faire ses dévotions. Bussy dressa -ses plans en conséquence: il disposa d'abord quatre relais -de Saint-Cloud au château de Launay, trajet d'environ -vingt-cinq lieues. Il assembla une forte escorte, composée -de Rabutin son frère, d'un gentil-homme de ses amis, qui -avait fait sous ses ordres deux campagnes comme volontaire, -et de trois autres gentils-hommes de ses vassaux -et dans sa dépendance. Ces cinq cavaliers étaient suivis -de deux ou trois serviteurs, comme eux bien montés et -bien armés<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor"> [201]</a>.</p> - -<p>Madame de Miramion, l'esprit uniquement occupé de -l'acte pieux qu'elle allait accomplir, partit d'Issy à sept -heures du matin, le jour précis qui avait été indiqué à -Bussy. Elle avait avec elle sa belle-mère; et de plus, selon -l'usage des dames riches et d'un rang distingué de cette -époque, de ne jamais se montrer en public sans être suivies -d'une partie de leurs familiers, elle était accompagnée -d'un écuyer âgé, et de deux demoiselles, pour parler le -langage de ce temps, c'est-à-dire de deux femmes attachées -à son service. L'une d'elles était une gouvernante -entre deux âges, l'autre une jeune femme de chambre, -nommée Gabrielle. Un seul domestique se trouvait derrière. -L'escadron de Bussy était posté sur la route qui -conduit de Saint-Cloud au mont Valérien, vis-à-vis le -pont<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor"> [202]</a>; lorsque le carrosse de madame de Miramion l'eut -passé, il fut arrêté, et en même temps deux cavaliers se -présentèrent aux portières pour abaisser ce qu'on nommait -alors les mantelets, ou les rideaux de cuir qui les -fermaient. Madame de Miramion voulut repousser les -agresseurs en les frappant avec son sac, et en criant au -<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -secours! de toutes ses forces. Mais ses cris et les faibles -armes qu'elle employait étaient également impuissants. -Pourtant les cavaliers, ne pouvant parvenir à abaisser -les mantelets, tirèrent leur épée pour couper les courroies -qui les attachaient aux portières. Madame de Miramion, -avec un courage au-dessus de son sexe, chercha -à leur arracher leurs armes, et s'ensanglanta les mains. -Pendant ce combat si inégal, l'escadron avait forcé le -cocher de repasser le pont, et d'entrer dans le bois de -Boulogne<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor"> [203]</a>. Là les attendait une voiture plus légère, -attelée de six chevaux. Bussy voulut y faire entrer madame -de Miramion: il ne put y parvenir, ni de gré -ni de force. Elle se cramponnait si fortement dans son -carrosse, qu'il était impossible de l'en arracher sans lui -faire une trop grande violence et sans la blesser. Elle -poussait d'ailleurs des cris aigus, et il était urgent, pour -le succès de l'entreprise, de mettre promptement fin à -cette lutte. Bussy fit alors dételer les deux chevaux du -carrosse de madame de Miramion, et ensuite atteler à -ce même carrosse les six chevaux de sa voiture. Deux -palefreniers s'emparèrent du cocher et des deux chevaux -de madame de Miramion, et furent chargés de les conduire -à Paris, et de les retenir en captivité jusqu'à nouvel -ordre.</p> - -<p>L'escadron, divisé en deux, se plaça de chaque côté du -carrosse, et l'on se mit à courir au grand galop à travers -la plaine Saint-Denis, jusqu'à la forêt de Livry. Madame -de Miramion ne cessait de crier à tous les passants qu'on -l'enlevait de force: elle disait son nom, et suppliait, les -larmes aux yeux, qu'on allât avertir sa famille à Paris. -<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -Mais le nuage du poussière produit par tant de chevaux -la dérobait en partie aux yeux de ceux à qui elle s'adressait; -le vent, le bruit, et la rapidité de la marche, étouffaient -ses cris et emportaient ses paroles.</p> - -<p>Dans la forêt de Livry, il fut impossible à l'escorte de -se tenir sur les côtés du carrosse; une portion courut -devant, et l'autre derrière. Madame de Miramion crut -qu'en se jetant par la portière dans un taillis épais, elle -ne serait pas aperçue, et pourrait peut-être se cacher et -se sauver. L'exécution suivit la pensée: elle se précipita -dans les ronces et les épines, et se fourra au milieu des -plus épais buissons, sans songer qu'elle se mettait le -visage tout en sang; mais elle fut bientôt poursuivie par -ses ravisseurs; et, s'apercevant qu'elle ne pouvait pas -leur échapper, elle voulut au moins éviter qu'ils ne la -touchassent. Elle courut donc de toutes ses forces vers -son carrosse, et s'élança dedans avant qu'on pût l'atteindre.</p> - -<p>Bussy fit faire halte dans la partie la plus solitaire de la -forêt de Livry. Tous les hommes de l'escorte prirent à la -hâte quelques rafraîchissements, et on en fit prendre également -à toutes les personnes qui se trouvaient dans la -voiture. Mais ce fut en vain qu'on pressa madame de -Miramion d'imiter leur exemple: elle déclara qu'elle -était résolue à n'accepter aucune nourriture tant qu'on -ne lui aurait pas rendu sa liberté.</p> - -<p>Bussy, qui n'était pas encore revenu de l'erreur où -l'avaient plongé les rapports du père Clément, étonné et -inquiet de la résistance de madame de Miramion, se flattait -que ce n'était qu'une feinte: il espéra qu'elle se calmerait -s'il la débarrassait de la présence de sa belle-mère -et de son vieil écuyer. En conséquence il les força tous -<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -deux à mettre pied à terre; il expulsa aussi du carrosse -la vieille gouvernante. Il aurait voulu ne laisser auprès -de sa captive que la demoiselle Gabrielle; mais il se vit -forcé de souffrir que le laquais qui se trouvait derrière, -et qu'il voulait renvoyer, continuât à accompagner sa maîtresse, -parce qu'il se montra résolu à se faire tuer, plutôt -que de la quitter. Bussy fit aussi abaisser les mantelets -de la voiture, afin qu'on ne pût ni voir la belle éplorée, -ni entendre ses cris, si elle en poussait encore.</p> - -<p>Ces arrangements pris, on repartit avec la rapidité de -l'éclair. Madame de Miramion, recueillant ses forces et sa -présence d'esprit, coupa avec un petit couteau qu'elle avait -dans son sac les mantelets de sa voiture, et parvint ainsi -à se mettre à découvert et à rétablir sa communication -avec le dehors. Elle continuait ses exclamations et ses -instances, et jetait de l'argent à tous ceux qu'elle rencontrait. -Les marques de son désespoir, ses libéralités et ses -prières devenaient surtout inquiétantes et embarrassantes -pour ses ravisseurs, toutes les fois qu'ils étaient forcés de -s'arrêter et de changer de chevaux; mais alors ils disaient -à ceux qu'elle ameutait autour d'elle, que c'était une folle -qu'ils allaient renfermer par ordre de la cour. Madame de -Miramion, avec ses cheveux épars, sans coiffe, sans mouchoir -sur son sein, les habits déchirés, les mains et le -visage ensanglantés, ne donnait que trop de vraisemblance -à ces assertions.</p> - -<p>Bussy en voyant les efforts de sa captive pour lui échapper, -et les signes non équivoques de sa profonde douleur, -acquit la triste certitude qu'il n'y avait rien de simulé -dans sa résistance; et il lui fut démontré que jamais elle -n'avait donné son assentiment à un enlèvement. Il affirme -dans ses Mémoires qu'il eut dès lors la pensée de la reconduire -<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -chez elle, mais qu'il en fut dissuadé par son frère. -Celui-ci lui représenta que lorsque l'effroi de cette course -rapide serait dissipé, il serait possible, à force de témoignages -de respect et de bons traitements envers la belle -veuve, d'obtenir quelque changement à ses résolutions; -et que dans tous les cas si on se décidait à lui rendre sa -liberté, il valait mieux le faire à Launay même, afin qu'il -fût bien constaté qu'on avait agi de plein gré. La suite du -récit et le témoignage de madame de Miramion, que nous -a transmis l'abbé de Choisy, prouveront, au contraire, que -ce fut Bussy lui-même qui persista le plus longtemps dans -ses projets coupables, et que ses amis et ses complices -furent obligés de le forcer à y renoncer<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor"> [204]</a>.</p> - -<p>Enfin on arriva au château de Launay. Le fracas des -chaînes de fer et des ponts-levis en s'abaissant, les sons -lugubres et sourds que fit entendre le carrosse en roulant -au-dessus des fossés, et sous la voûte obscure qui conduisait -à la cour intérieure; le grand nombre de gentils-hommes -armés qu'elle y vit rassemblés, et que Bussy avait -réunis pour se défendre s'il était attaqué, ou si l'on entreprenait -de pénétrer dans le château, tout contribua à -accroître la terreur dont madame de Miramion était frappée. -Elle ignorait les noms et les projets de ceux qui -osaient se permettre envers elle tant de violence. La précaution -qu'ils avaient prise de la séparer de sa belle-mère, -le peu d'effet qu'avaient produit sur eux ses larmes et ses -prières, les lui faisaient considérer comme des hommes -féroces, inexorables, capables de tout. Aussi ne voulut-elle -pas quitter sa voiture; et quand on eut dételé les -<span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -chevaux, elle s'obstinait à y rester, et voulait y passer -la nuit.</p> - -<p>Alors se présenta devant elle un chevalier de Malte, -quelle reconnut pour avoir fait partie de l'escorte, et être -du nombre de ses ravisseurs<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor"> [205]</a>. Il la supplia, dans les -termes les plus respectueux, de vouloir bien descendre, et -de consentir à entrer dans le château.</p> - -<p>Madame de Miramion, sans quitter sa place, demanda -d'une voix ferme, à celui qui lui adressait ces paroles, si -c'était par ses ordres qu'elle souffrait un pareil traitement. -«Non, madame; c'est M. le comte de Bussy-Rabutin, -qui nous a assuré avoir votre consentement pour vous -conduire ici.»—«Ce qu'il vous a dit est faux!» dit-elle -en élevant encore plus la voix.—«Madame, reprit le -chevalier, nous sommes ici deux cents gentils-hommes -amis de Bussy: s'il nous a trompés, nous vous servirons -contre lui, et nous vous mettrons en liberté. Daignez -seulement vous expliquer en présence de plusieurs de -nous; et, en attendant, ne refusez pas de descendre et -de vous reposer de vos fatigues.»</p> - -<p>L'air doux, compatissant et suppliant du chevalier inspira -de la confiance à madame de Miramion; cependant -elle ne voulut point monter dans les appartements, mais -elle consentit à entrer dans une salle basse et humide, qui -n'avait été nullement préparée pour la recevoir. On se -hâta d'y faire du feu, on y porta les coussins de son carrosse -pour qu'elle pût s'asseoir<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor"> [206]</a>. En entrant, elle vit deux -pistolets sur une table, s'en saisit, et, remarquant qu'ils -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -étaient chargés, elle les mit auprès d'elle, et parut un -instant rassurée: mais sa femme de chambre s'étant levée -pour sortir, elle la fit rasseoir, et lui dit: «Non, non, demeurez; -vous ne me quitterez point.» On lui servit à manger: -elle écarta d'elle les plats sans y toucher. Pour se dérober -aux premières explosions de son courroux, Bussy -s'était tenu à l'écart. Il était extrêmement surpris de la voir -si exaspérée, si inébranlable dans ses résolutions.—«On -m'avait assuré, dit-il à ses complices, que c'était un mouton, -et c'est une lionne en furie.» Toutefois, comme il -présumait beaucoup de lui-même, il ne désespéra pas encore -de la fléchir; mais il crut devoir faire préparer les voies -par une gouvernante du château et par les personnes les -plus notables de son escorte. Toutes vinrent assurer à madame -de Miramion que les projets de Bussy n'avaient rien -que d'honorable; qu'il était pour elle le plus passionné, le -plus soumis des amants; que si elle voulait consentir à -l'épouser, elle trouverait en lui un mari aussi tendre que -complaisant. On fit l'éloge de Bussy, de son caractère, de -son esprit; on n'oublia pas de faire valoir ses richesses, son -rang, son crédit à la cour, l'amitié qu'avait pour lui le -prince de Condé; on expliqua la cause de l'erreur qui avait -donné lieu à l'enlèvement. Aucun de ceux qui l'accompagnaient -n'aurait consenti à le suivre si, comme lui, on -n'avait pas cru que cet acte apparent de violence n'était -qu'une feinte, et qu'il avait lieu de concert avec elle. On -ajoutait que Bussy, désespéré de sa méprise et des reproches -qu'elle lui attirait, n'osait paraître devant elle. Pourtant -c'est à son confesseur tout seul qu'elle devait s'en -prendre des violences dont elle était victime; le père Clément -seul était coupable, Bussy était innocent.</p> - -<p>Ces explications, en faisant connaître à madame de Miramion -<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span> -la noire intrigue du père Clément, calmèrent un -peu l'effroi qu'elle avait eu en entrant dans le château; -mais elles excitèrent son indignation contre Bussy, qui -parce qu'il se croyait puissant voulait la forcer à l'épouser, -et employait de tels moyens pour y parvenir. Elle -se refusa à toutes les instances qui lui étaient faites, et -continua à insister pour que sa liberté lui fût rendue.</p> - -<p>Lorsqu'on vit qu'elle était inaccessible à la persuasion, -on essaya de la dompter par la crainte. On lui peignit le -comte de Bussy, ordinairement si bon, si généreux, dans -ce moment méconnaissable aux yeux de ses propres amis, -tant son amour était violent, tant l'idée de se voir trompé -dans ses espérances lui inspirait de projets sinistres. On -cherchait à démontrer à madame de Miramion la nécessité, -dans son propre intérêt, de ne pas réduire au dernier degré -du désespoir un homme dans l'état où se trouvait Bussy. -Tous ces discours ne purent faire fléchir un instant la -jeune veuve ni lui arracher la moindre concession.</p> - -<p>Bussy alors renvoya auprès d'elle le chevalier de Malte, -qui seul était parvenu à la faire consentir à descendre de -voiture: il lui dit que M. le comte de Bussy était résolu, -puisqu'elle l'exigeait, à la remettre en liberté; mais qu'avant -il demandait en grâce qu'elle voulût bien l'écouter un -moment.</p> - -<p>Aussitôt Bussy parut avec ceux qui l'avaient escorté. -Mais avant d'entrer il mit un genou en terre, et se présenta -les deux mains jointes, et dans l'attitude d'un suppliant<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor"> [207]</a>. -A son aspect, et sans lui donner le temps d'articuler -un seul mot, madame de Miramion se dressa sur -ses pieds, leva une de ses mains vers le ciel, et dit: -<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span> -«Monsieur, je jure devant le Dieu vivant, mon créateur -et le vôtre, que je ne vous épouserai jamais.» Puis elle -retomba évanouie. Un médecin de Sens, que Bussy avait -eu la précaution de faire venir au château, lui prit le -pouls, et dit qu'il ne sentait presque aucun battement; il -déclara qu'elle était dans un danger imminent. Quarante -heures s'étaient, en effet, écoulées sans qu'elle eût pris -aucune nourriture, et cette longue abstinence et ces continuelles -agitations avait épuisé ses forces.</p> - -<p>Tandis que ces choses se passaient, la belle-mère de -madame de Miramion, que Bussy avait si inhumainement -laissée avec le vieil écuyer au milieu de la forêt de Livry, -n'était pas restée oisive. Elle avait marché avec rapidité -jusqu'au premier village; elle avait fait monter à cheval -le vieil écuyer, pour aller en avant annoncer à sa famille -l'événement sinistre qui avait eu lieu, et demander du -secours. Elle prit pour elle, faute d'autres, des chevaux -de charrue, qui la traînèrent jusqu'au faubourg de Paris. -Elle apprit en arrivant que, d'après son message, un bon -nombre de cavaliers, ayant M. de Rubelle en tête, étaient -déjà partis, et s'étaient dirigés sur Sens<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor"> [208]</a>.</p> - -<p>Ils étaient depuis une demi-heure environ dans cette -ville, lorsque madame de Miramion, par son serment, par -l'évanouissement qui l'avait suivi, avait frappé de stupeur -tous ceux qui se trouvaient présents. Ce fut dans cet instant -qu'on vint annoncer à Bussy que toute la ville de Sens -était en rumeur, et que six cents hommes étaient prêts à -en sortir pour venir assiéger le château de Launay. Bussy -ne se laissa point effrayer par cette nouvelle; mais voyant -que madame de Miramion, par l'effet des secours qui lui -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -avaient été prodigués, avait promptement repris ses sens, il -résolut de faire une dernière tentative pour obtenir d'elle -qu'elle consentît à rester au moins un jour à Launay.</p> - -<p>Les plus humbles prières, les protestations les plus ferventes -furent en vain mises en usage par Bussy. Comme -il avait débuté par lui dire qu'il était incapable d'attenter -à sa liberté<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor"> [209]</a>, et que si elle voulait, il la ferait reconduire -à Sens; pour toute réponse à ses demandes et à ses instances, -elle se contenta de le prier de donner sur-le-champ -des ordres pour son départ.</p> - -<p>«Mais hélas! madame, dit Bussy avec l'accent de la -plus profonde douleur, si vous partez, je ne vous reverrai -jamais...! Si encore vous me permettiez de réparer mes -torts involontaires, et d'être tant que je vivrai votre serviteur!» -Madame de Miramion, craignant qu'il ne rétractât -la promesse qu'il avait faite, crut devoir céder à la -position critique où elle se trouvait, et dissimuler. «Si -vous me laissez partir, dit-elle avec douceur, vous réussirez -plutôt par cette voie que par celle que vous avez -prise.» Mais Bussy, qui savait lire dans les yeux d'une -femme ses véritables sentiments: «Je ne m'y attends -pas, madame, dit-il avec tristesse; mais, quoique persuadé -du contraire, je suis trop honnête homme pour vous contraindre; -et, quelles que soient vos rigueurs, je vous serai -toujours dévoué.» Il la supplia ensuite de prendre quelque -nourriture. «Quand les chevaux seront à mon carrosse, -dit-elle, j'accepterai.»</p> - -<p>Les chevaux furent mis, et, sans se faire presser, elle -mangea deux œufs frais. Bussy remit en secret cinquante -pièces d'or à la demoiselle Gabrielle, pour fournir, -<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -dit-il dans ses Mémoires<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor"> [210]</a>, à la dépense du voyage, mais -évidemment pour se la rendre favorable. Le carrosse partit, -escorté par le chevalier de Malte, qui avait inspiré le -plus de confiance à madame de Miramion, et deux autres -gentils-hommes. Le chevalier se tenait près de la portière -de la voiture, et tout le long du voyage il entretint madame -de Miramion sur Bussy, protestant que son ami -avait été trompé, et que ses intentions étaient pures. -Cependant, craignant d'être arrêté par la justice de Sens, -le chevalier fit faire halte à cent pas du faubourg de la -ville. Le cocher et les postillons dételèrent les chevaux, -l'escorte salua madame de Miramion; et maîtres, valets, -coursiers disparurent, et s'enfuirent au château de -Launay.</p> - -<p>Madame de Miramion resta seule avec la femme de -chambre, et le fidèle domestique qui n'avait point voulu -la quitter. Elle traversa le faubourg de Sens à pied, et -trouva la porte de la ville fermée. Elle apprit, dans l'hôtellerie -où elle se réfugia, que tout le monde y était en -armes par ordre de la reine régente, pour aller au secours -d'une dame que l'on avait enlevée de force. «Hélas! c'est -moi,» dit-elle. Alors la nouvelle de son arrivée franchit -bientôt les murs de la ville; et son frère, sa belle-mère, et -l'abbé, depuis vicomte, de Marilly, son parent, vinrent la -prendre. La joie qu'elle éprouva de se trouver au milieu -des siens fut grande; mais l'ébranlement que cet événement -avait produit était trop fort pour qu'elle y résistât. -Elle tomba malade; on la transporta à Paris, pour être plus -à portée de tous les secours. Le danger augmentant, on lui -administra les sacrements, et on désespéra de sa vie. Cependant -<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -elle échappa à la mort; mais elle ne revint à la -santé qu'après une longue et pénible convalescence.</p> - -<p>Rubelle, aussitôt l'arrivée de sa sœur à Sens, avait envoyé -au château de Launay le prévôt avec une troupe -d'hommes armés, pour se saisir de Bussy; mais Bussy -avait déjà disparu, avec tous ses complices.</p> - -<p>La justice informa: ce fut contre la volonté de madame -de Miramion, qui dans ses dépositions se montra -aussi favorable à Bussy qu'elle le pouvait sans trahir la -vérité. Elle supplia sa famille de vouloir bien pardonner -au coupable repentant. On était d'autant moins disposé à -céder à ses instances, que depuis cet événement elle se -montra encore plus rebelle à toute proposition de mariage -et qu'elle ne voulut en écouter aucune. Elle considérait -tout ce qui s'était passé comme un avertissement du ciel. -Elle prit avec elle-même l'engagement de rester toujours -veuve, et de consacrer sa vie à Dieu et aux bonnes -œuvres.</p> - -<p>Le caractère qu'elle déploya, si éloigné de l'idée que -Bussy s'en était formée, d'après de faux rapports, fit comprendre -à celui-ci la gravité de son action. Il pria le prince -de Condé d'intervenir. Condé écrivit à la famille une lettre, -très-pressante, et demanda grâce pour Bussy. On eut -égard aux sollicitations d'un prince qui, par la victoire -de Lens, venait encore de sauver une fois la France<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor"> [211]</a>.</p> - -<p>On suspendit les poursuites; mais on les reprit lorsque -Condé et Bussy, tous deux du parti de la cour, faisaient la -guerre au parlement et à la Fronde.</p> - -<p>Bussy avoue que pendant cette guerre il eut l'idée d'incendier -le château de Rubelle près Melun, propriété de -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -madame de Miramion. «J'eusse pu, dit-il, par là mériter -du côté de la cour, auprès de laquelle on se rendait recommandable -par le mal que l'on faisait aux affaires du parlement.» -Bien loin de céder à cette mauvaise pensée, -Bussy mit dans ce château une sauvegarde, et empêcha -qu'on ne prît rien ni au seigneur du lieu ni aux habitants -du village. Il recueillit le fruit de sa bonne conduite. On -cessa les poursuites; mais sous la condition que Bussy -promettrait de ne jamais paraître devant madame de -Miramion, et qu'il quitterait à l'instant tous les lieux où -elle se trouverait.</p> - -<p>Quelque humiliante que fût cette promesse, il la fit et -y fut fidèle. Trente-six ans s'écoulèrent, sans qu'il revît -une seule fois madame de Miramion. Au bout de ce temps -il eut un procès où se trouvait engagée une partie de sa -fortune<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor"> [212]</a>. Le gain ou la perte de ce procès dépendait du -président de Nesmond, qui avait épousé la fille unique de -madame de Miramion. Pour obvier au tort que pouvait -lui faire dans l'esprit du gendre le souvenir de l'attentat -qu'il avait commis contre la belle-mère, il eut l'idée de s'adresser -à elle-même pour intercéder en sa faveur. Il savait -que l'abbé de Choisy, son ami, était cousin germain de madame -de Miramion. Par lui, il obtint qu'elle lui permettrait -d'avoir avec elle un entretien particulier. Bussy -fut donc admis en présence de celle qui avait été l'objet -d'un des plus étranges événements de sa vie, événement -dont la mémoire, malgré le laps des années, n'avait -cessé de lui être présente et douloureuse. Au lieu de cette -jeune beauté au regard doux et mélancolique, à la taille -svelte et légère, revêtue de soie et de dentelles, dont il -<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span> -avait été à Saint-Cloud le ravisseur, il vit une femme forte, -grasse, la tête enveloppée d'une grande coiffe, couverte -d'une simple robe de laine grise, avec une large collerette -de batiste non plissée, tombant sur ses épaules<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor"> [213]</a>, et sur -sa poitrine une croix suspendue à une petite tresse -de cheveux. C'étaient ceux de sa fille. Les yeux de madame -de Miramion avaient encore conservé de l'éclat, et -les agréments de son visage n'avaient pas entièrement -disparu sous l'embonpoint d'un double menton; l'expression -de ses traits, son maintien, son costume, tout en elle -était dans une parfaite harmonie; tout contribuait à exprimer -l'absence des passions, la modération dans les désirs, -et cette satisfaction intérieure, ce bonheur tranquille et -doux que procurent une conscience pure et la pratique -des vertus. C'était dans toute sa personne un calme si -profond, qu'il semblait que jamais aucune joie n'avait -exalté son âme, qu'aucun chagrin n'avait contristé son -cœur. Bussy en fut si singulièrement frappé, qu'il resta -comme interdit à son aspect. Mais il fut bientôt rassuré -par le ton bienveillant avec lequel elle lui dit de s'asseoir, -et l'empressement qu'elle mit à le prier de lui faire connaître -le motif qui l'amenait près d'elle. Après que Bussy -eut donné le détail de son affaire et démontré, avec clarté -et évidence, son bon droit, madame de Miramion lui répondit -qu'elle lui promettait de parler à son gendre et -de tâcher de le rendre favorable à sa cause. Le jugement -suivit de près ses promesses, et Bussy gagna son procès.</p> - -<p>Tous ceux qui sont versés dans l'histoire du grand -siècle reconnaîtront madame de Miramion à cette action -généreuse. Ils savent que c'est cette même femme qui, -<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -après avoir fait le serment de se consacrer à Dieu, préféra -ses devoirs de mère à l'oisiveté des cloîtres; soigna sa -fille, presque toujours malade; consuma les belles années -de sa jeunesse à faire son éducation; la produisit dans le -monde, la maria, et assura son bonheur par tous les -moyens que la tendresse maternelle peut suggérer<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor"> [214]</a>; -puis, libre de tous soins domestiques, s'abandonna à cet -immense amour de l'humanité, à cette charité ardente<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor"> [215]</a> -qui semblait augmenter les forces de son corps et les ressources -de son esprit, en raison de l'accroissement des -misères qu'elle avait à soulager; que c'est cette même -femme qui fonda à Paris, à Amiens, à la Ferté-sous-Jouarre, -les communautés de son nom, et donna par là -des maîtresses d'école aux pauvres filles, des garde-malades -intelligentes et instruites aux habitants des campagnes<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor"> [216]</a>; -qui ouvrit des ateliers de travail pour la vertu -laborieuse, et des maisons de refuge pour le vice repentant<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor"> [217]</a>; -qui pendant deux ans nourrit de son patrimoine -sept cents pauvres que l'Hôpital général avait été obligé -d'expulser faute de fonds<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor"> [218]</a>; qui aida saint Vincent de Paul -à soutenir l'œuvre des enfants trouvés<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor"> [219]</a>; qui dans Melun -désolé par une maladie contagieuse porta tous les genres -de secours, et deux mois durant y brava la mort en -soignant de ses propres mains ceux que leurs parents, -leurs amis, frappés d'épouvante, avaient abandonnés<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor"> [220]</a>; qui -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -contribua par ses largesses à l'établissement des missions -étrangères, et fit bénir le nom français jusqu'aux extrémités -du globe. C'est encore elle qui se prosterna aux -pieds d'un père irrité, arrêta sur ses lèvres la malédiction -qui allait frapper un fils, et en fit descendre le pardon. -C'est elle que les princesses enviaient aux pauvres, -dont elles demandaient les conseils dans leurs afflictions, -dont elles imploraient la présence et les prières à leurs -derniers moments. Louis XIV, avec ce discernement exquis -qui le caractérisait, l'avait choisie pour être la distributrice -de ses aumônes<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor"> [221]</a>; toutes les personnes qui aspiraient -au mérite de détruire ou de combattre les maux -qui affligent l'humanité ou accablent l'infortune croyaient -ne pouvoir accomplir leurs œuvres bienfaisantes sans sa -participation.</p> - -<p>Madame de Sévigné qualifie madame de Miramion de -<i>Mère de l'Église</i>, et elle dit avec raison que sa perte -a été une perte publique<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor"> [222]</a>. Quand elle en parlait ainsi, le -nom de madame de Miramion, béni par tous les pauvres, -prononcé avec respect par tous les riches, était devenu -célèbre; mais à l'époque dont nous nous occupons ses -vertus comme sa beauté étaient ignorées du monde, où elle -ne paraissait jamais. Aussi, au milieu des événements qui -attiraient alors l'attention publique, l'attentat de Bussy fit -peu de bruit. Madame de Sévigné paraît l'avoir ignoré, -ou ne l'avoir connu que d'une manière inexacte, et propre, -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -à justifier son cousin. Il est certain du moins que leur -intimité n'en fut en rien altérée; au contraire, on verra, -par la suite de notre récit, que la nécessité où fut Bussy -d'échapper aux poursuites dirigées contre lui lui donna -l'occasion, ou le prétexte, de résider pendant quelques -jours sous le même toit avec sa cousine; ce qui augmenta -encore cette familiarité qui existait entre elle et lui, qu'autorisait -leur parenté, et qu'il considérait avec raison -comme un des moyens les plus puissants de seconder -l'exécution de ses desseins.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XI.<br /> -<span class="medium">1648.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy revient à Paris.—Il n'y trouve pas madame de Sévigné.—Il -apprend qu'elle est à l'abbaye de Ferrières.—Antiquité de cette -abbaye.—Pourquoi possédée par l'évêque de Châlons.—Parenté -de l'évêque de Châlons et des Rabutins.—Événements qui ont -engagé M. et madame de Sévigné à l'aller voir.—Molé de Champlatreux -intervient pour arranger l'affaire de Bussy.—On exige -que Bussy s'éloigne de Paris.—Il se rend à Ferrières.—Retourne -à Paris.—Reçoit des ordres pour organiser à Autun une compagnie -de chevau-légers.—Pourquoi il se décide à écrire à M. et à -madame de Sévigné en nom collectif.—Lettre de Bussy.—Perfection -de la gastronomie à cette époque.—Nécessité, pour l'objet -du cet ouvrage, de donner une idée exacte de la guerre et des personnages -de la Fronde.</p> -</div> - -<p>Bussy, ainsi que nous l'avons déjà dit, avait quitté -subitement le château de Launay. Il s'était rendu à Paris, -espérant y trouver madame de Sévigné. Il apprit qu'elle -était allée avec son mari passer la belle saison chez son -oncle l'évêque de Châlons, à Ferrières. Cette célèbre abbaye, -dont on faisait remonter l'antiquité au temps de -Clovis, était située sur les bords riants de la rivière de -Loing, à trois lieues au nord de Montargis<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor"> [223]</a>. André Fremyot, -archevêque de Bourges, frère de sainte Chantal, -l'avait réformée et rebâtie, et y avait placé des bénédictins -de la congrégation de Saint-Maur. Jacques Nuchèze, -son neveu, nommé son coadjuteur, devint titulaire de -cette abbaye, quoiqu'elle fût hors du diocèse de Châlons, -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -dont il fut fait évêque<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor"> [224]</a>. Il aimait à y résider, à y jouir des -délices de la campagne, et il y faisait bonne chère. Fils -de Jacques de Nuchèze, baron de Bussy-le-Franc, et de -Marguerite Fremyot, sœur de sainte Chantal, il était oncle -de madame de Sévigné et de Bussy. Il se trouvait heureux -de recevoir dans son riant séjour des hôtes jeunes -et aimables tels que M. et madame de Sévigné, dont -il avait béni le mariage<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor"> [225]</a>; et il eut d'autant moins de peine -à les retenir près de lui, que les dissensions politiques -avaient eu leur effet ordinaire. Tous les plaisirs étaient -interrompus dans la capitale, toutes les relations sociales -suspendues. La journée des Barricades avait eu lieu; la -cour avait été obligée de s'enfuir à Saint-Germain. La -paix offerte par le parlement ayant été acceptée aux conditions -qu'il avait imposées, la cour était revenue à Paris, -et Bussy avec elle. Le procès intenté contre lui pour le -fait de l'enlèvement de madame de Miramion le força de -s'en éloigner. Molé de Champlatreux, fils du premier président -Molé, avait été chargé par le prince de Condé de -s'entremettre entre Bussy et la famille de madame de Miramion, -pour procurer un accommodement<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor"> [226]</a>; mais on -exigea, pour condition préalable, que Bussy quittât Paris, -pour ne mettre aucun obstacle à des négociations dont il -désirait de voir la fin. Il se rendit d'abord dans ses terres -de Bourgogne, où ses affaires le réclamaient; mais il se -hâta de les terminer, et partit le 15 octobre 1648 pour aller -à l'abbaye de Ferrières, charmé de l'idée de se trouver -réuni dans la même habitation avec sa cousine. Entièrement -occupé d'elle, il oubliait tout le reste, et serait -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -reste longtemps dans cette agréable retraite, où les heures -s'écoulaient avec une douce rapidité<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor"> [227]</a>. Mais au bout -de dix jours une lettre de sa mère lui annonça que sa -présence était indispensable à Paris pour y terminer son -affaire<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor"> [228]</a>: il s'y rendit, et ne trouva point les choses aussi -avancées qu'on le lui avait fait entendre. Il regrettait -d'avoir quitté sa cousine, et se disposait à la rejoindre, -lorsqu'il reçut des ordres du roi pour aller à Autun y -compléter le régiment de chevau-légers du prince de Condé. -Dans l'impossibilité où il se trouvait de retourner à -Ferrières, il résolut d'écrire à madame de Sévigné; mais, -comme il savait que sa lettre serait lue de son mari, il -prit le parti d'écrire à tous deux en nom collectif, de manière -à ne rien omettre de tout ce qu'il lui importait de -dire, sans cependant faire naître les soupçons. Pour les -écarter plus sûrement, il parle dans sa lettre d'une jeune -beauté de Paris qui avait frappé ses regards. Naturellement -vaniteux, il aimait à rendre sa cousine la confidente -de ses amours passagères, afin de prouver qu'il ne manquait -pas de moyens de se distraire de ses rigueurs, et -qu'en l'aimant il lui sacrifiait plus d'une rivale.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A M. ET A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Paris, ce 15 novembre 1648.</p> - -<p>«J'ai pensé d'abord écrire à chacun de vous en particulier; -mais j'ai cru ensuite que cela me donnerait trop -de peine, de faire ainsi des baise-mains à l'un dans la -lettre de l'autre; j'ai appréhendé que l'apostille ne l'offensât; -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> -de sorte que j'ai pris le parti de vous écrire à tous -deux l'un portant l'autre.</p> - -<p>«La plus sûre nouvelle que j'aie à vous apprendre, -c'est que je me suis fort ennuyé depuis que je ne vous ai -vus. Cela est assez étonnant; car enfin je suis venu voir -cette petite brune pour qui vous m'avez vu le cœur un -peu tendre: à la vérité, elle m'avait ce qu'on appelle -sauté aux yeux, et je ne lui avais pas encore parlé. C'est -une beauté surprenante, de qui la conversation guérit: -on peut dire que pour l'aimer il ne faut la voir qu'un -moment, car si on la voit davantage on ne l'aime plus; -voilà où j'en suis réduit. Mais j'oubliais de vous demander -des nouvelles de la santé de notre cher oncle. Je vous -prie de l'entretenir de propos joyeux... Au reste, si vous -ne revenez bientôt, je vous irai retrouver: aussi bien mes -affaires ne s'achèveront qu'après les fêtes de Noël. Mais -ne pensez pas revenir l'un sans l'autre, car en cette rencontre -je ne suis pas homme à me payer de raisons.</p> - -<p>«Depuis que je vous ai quittés, je ne mange presque -plus. Vous qui présumez de votre mérite, vous ne manquerez -pas de croire que le regret de votre absence me -réduit à cette extrémité; point du tout: ce sont les soupes -de messire Crochet qui me donnent du dégoût pour -toutes les autres<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor"> [229]</a>.»</p> -</div> - -<p>Il ne faut pas s'étonner de voir Bussy s'extasier sur les -soupes de messire Crochet. Je ne sais si les <i>artistes en -gastronomie</i> de notre siècle, qui prétendent bien du -moins avoir une supériorité incontestable à cet égard sur -les siècles qui l'ont précédé, pourraient nous donner une -nomenclature de potages égale à celle des <i>officiers de</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -<i>bouche</i> de cette époque. Un livre qui paraît avoir eu alors -beaucoup de vogue nous donne les noms et les recettes de -trente-quatre potages différents<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor"> [230]</a>.</p> - -<p>La vie dissipée que madame de Sévigné menait alors, -autant par inclination que pour plaire à son mari, ne contribuait -pas peu à tenir en haleine la jalousie de son cousin, -et lui faisait redouter d'être supplanté par un rival. -Non-seulement la danse, la musique, les spectacles, les -cercles brillants, et tous les plaisirs que son sexe préfère, -étaient de son goût; mais elle aimait encore à partager -ceux que les fatigues qu'il faut endurer semblent avoir exclusivement -réservés aux hommes. C'est vers cette époque -qu'elle alla passer quelques jours à la belle terre de Savigny-sur-Orges, -non loin de Monthléry, possédée alors par -Ferdinand de la Baulme, comte de Mont-Revel. Là, elle -rencontra Charlotte de Séguier, marquise de Sully, fille -du chancelier Séguier<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor"> [231]</a>, et un certain M. de Chate, dont -elle garda un long souvenir, puisque vingt-quatre ans -après elle parle à sa fille des trois jours qu'elle passa avec -lui, et durant lesquels elle s'adonna aux plaisirs de la chasse. -«Je suis étonnée d'apprendre que vous avez M. de Chate: -il est vrai que j'ai été trois jours avec lui à Savigny. Il me paraissait -fort honnête homme; je lui trouvais une ressemblance -en détrempe qui ne le brouillait pas avec moi. S'il -vous conte ce qui m'arriva à Savigny, il vous dira que j'eus -le derrière fort écorché d'avoir couru un cerf avec madame -de Sully, qui est présentement madame de Verneuil<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor"> [232]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -Plusieurs conjectures se présentent sur cette <i>ressemblance -en détrempe</i> que madame de Sévigné aimait à retrouver -dans M. de Chate; mais il n'en est aucune que -l'on puisse choisir de préférence et appuyer sur des faits; -il vaut mieux les passer sous silence. Une erreur singulière -est celle des commentateurs de madame de Sévigné, qui -ont cru que ce de Chate était le même que le Clermont-Chate -qui eut une intrigue avec la princesse de Conti en -1694, comme si les dates n'excluaient pas une telle supposition. -On peut seulement présumer qu'il était son père, -ou son frère aîné, beaucoup plus âgé<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor"> [233]</a>.</p> - -<p>Nos lecteurs se sont déjà aperçus, par quelques circonstances -de nos récits, que le temps de paix et de bonheur -qui signala les premières années de la régence d'Anne -d'Autriche avait cessé. Déjà la Fronde et la guerre civile -étaient commencées; et cette jeunesse folâtre qui fréquentait -les ruelles et les salons des princesses s'était précipitée -dans les factions avec toute l'inexpérience et l'emportement -de son âge. Quand tout ordre social fut rompu, -quand aucune passion ne connut plus de frein, la galanterie -dégénéra en licence, et le plaisir en débauche. Il est -nécessaire de donner une idée exacte de cette aventureuse -époque, pour savoir ce que devint madame de Sévigné en -la traversant. Sans cela on ne pourrait comprendre ni ses -lettres, ni les motifs de ses actions, ni ceux des personnages -du règne de Louis XIV avec lesquels elle fut liée.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XII.<br /> -<span class="medium">1648-1649.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Fausses idées des historiens sur la Fronde.—Caractère de cette époque.—Causes -anciennes qui l'ont fait naître.—Nécessité de les -connaître.—Les Gaules préparées par les Romains à former un -seul État.—Gouvernement féodal produit par la distribution des -bénéfices.—Autorité royale réduite à son plus bas degré à l'avénement -de Hugues Capet.—Des causes qui tendaient à la relever de -son abaissement.—Ruine du gouvernement féodal achevée sous -Philippe le Bel.—Louis XI abat la puissance des gouverneurs qui -s'étaient rendus indépendants.—Il élève les parlements et les -offices judiciaires.—Le tiers état, élevé par l'autorité royale, veut -en réprimer les excès.—L'autorité royale se sert des parlements -contre le tiers état.—Les parlements prennent de l'ascendant, et -veulent partager le pouvoir avec l'autorité royale.—Les grands et -les nobles profitent des divisions entre le roi et le parlement pour -tâcher de ressaisir leur ancienne puissance.—Le tiers état incline -vers l'un ou l'autre parti pour assurer ses droits.—Affaiblissement -de l'autorité royale sous la minorité de Louis XIII.—Richelieu -la relève, et établit le despotisme.—Il y était forcé par l'état des -partis.—Mesures qu'il prend pour anéantir l'ascendant des gouverneurs -de province, des gens de robe et de finance.—Après -Richelieu, nouvelle régence.—Nouvel affaiblissement de l'autorité.—Avénement -de Mazarin au ministère.—Il veut continuer le système -de gouvernement créé par Richelieu.—Les grands, les parlements -et la bourgeoisie s'y opposent.—Naissance de la Fronde.—Tous -les partis réunis contre le ministre avaient des vues différentes.—Pourquoi -Condé, Turenne, La Rochefoucauld, le cardinal -de Retz, changent si facilement de parti.—La Fronde moins -sanglante que la Ligue, mais due à des causes aussi puissantes.—La -religion, comme dans la Ligue, y joue un grand rôle.—Naissance -du jansénisme.—La réforme de Luther éclaire sur les abus -de la cour de Rome, et donne le goût des discussions théologiques.—Doctrine -<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -de saint Augustin et de l'Église sur l'autorité des -papes.—Doctrine des jansénistes sur la grâce.—Effet de cette -doctrine sur la morale.—Cause de son succès.—Port-Royal des -Champs.—Des solitaires qui s'y retirent.—Leur genre de vie, -leurs travaux, leurs écrits.—Pourquoi ils se trouvaient liés avec -les chefs de la Fronde, avec le cardinal de Retz.—Composition de -la société à cette époque.—Les grands avaient des clients et des -vassaux tenant à eux, changeant de parti avec eux.—Les Sévignés, -parents du cardinal de Retz, le reconnaissaient pour chef et -protecteur de leur famille.—Madame de Sévigné jetée par son -mari dans le parti de la Fronde et des jansénistes.—Situation des -affaires en 1648.—Habileté de Mazarin.—Barricades.—Paix -avec le parlement.—Griefs contre Mazarin.—Mécontentements -des grands.—On inspire des craintes au peuple.—Une nouvelle -crise se prépare.</p> -</div> - -<p>La Fronde n'a duré que quatre ans. Placée entre le -despotisme de Richelieu et le long règne de Louis XIV, -ce choc si vif, si animé de toutes les puissances du corps -social, de toutes les grandes capacités qui s'étaient subitement -développées durant cette mémorable époque, n'a -paru à presque tous les historiens qu'un accident, qu'une -espèce d'interrègne du pouvoir absolu, résultat passager -de quelques ambitions personnelles, de quelques intrigues -d'amour. Telle est surtout l'idée que Voltaire en -donne; mais elle est fausse. La Fronde est une des époques -les plus remarquables de notre histoire, par les lumières -qu'elle y répand, par les enseignements politiques -qu'elle fournit. C'est l'expression la plus concentrée, la -plus dramatique d'une lutte dont les causes ont toujours -existé et ont produit des révolutions qui durent encore; -causes qui, par leurs actions, tantôt cachées, tantôt dévoilées, -tantôt lentes et progressives, tantôt rapides et -violentes, ont sans cesse modifié, altéré ou subitement -changé nos lois, nos mœurs et nos habitudes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -Aussi, pour les bien comprendre, il faut nous replacer -au berceau de notre histoire, et saisir d'un seul regard la -vie entière de la nation. Pour trouver comment s'opèrent -les débordements d'un fleuve, il est nécessaire d'en tracer -le cours et de remonter jusqu'à sa source.</p> - -<p>La réunion de tous les peuples gaulois, de tous les pays -compris entre le Rhin et les Alpes, la mer et les Pyrénées, -en une seule province romaine; les grandes routes -que ce peuple dominateur y pratiqua, et qui en unissaient -toutes les parties; la conquête de ce pays par les Francs; -l'établissement du vaste empire de Charlemagne, et les -assemblées régulières et générales de la nation sous les -deux premières races, donnèrent à la France une force -d'agrégation et un sentiment de nationalité que les partages -et les guerres entre des princes ennemis, et entre -les différentes provinces, ont souvent affaibli, mais n'ont -pu anéantir entièrement.</p> - -<p>La distribution des terres à cultiver, ou des bénéfices -concédés pour un temps ou pour la vie, fut une conséquence -nécessaire d'un grand territoire conquis par une -armée peu nombreuse, et donna naissance à la vassalité. -L'application à la race royale des lois qui chez les -Francs régissaient la famille produisit le partage égal -de la monarchie entre tous les enfants du monarque, et -fut une cause de divisions, de crimes, de malheurs et -d'anarchie qui affaiblit l'autorité royale. Les bénéficiers -en profitèrent pour retenir, au delà du temps prescrit, -et sans l'aveu des concessionnaires, les terres qui leur -avaient été concédées; et leurs héritiers en conservèrent -la possession comme de biens qui leur appartenaient, -dès qu'ils remplissaient, comme leurs auteurs, les conditions -de la concession. Ainsi les bénéfices et les fiefs -<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -donnés à temps et révocables devinrent héréditaires; la -vassalité fut immobilisée: elle fut transportée des personnages -aux terres. La même cause donna aux délégués des -rois pour le gouvernement et la défense du pays, c'est-à-dire -aux comtes, aux ducs et autres officiers de la couronne, -les moyens d'être indépendants ou de se faire assez -redouter pour rendre leurs charges et offices inamovibles, -au lieu d'être, comme avant, révocables à volonté. Ils les -firent convertir, sous de certaines conditions d'obéissance, -en fiefs héréditaires. C'est ainsi que la féodalité prit naissance, -et devint la loi des particuliers et la loi de l'État.</p> - -<p>L'avénement de Hugues Capet au trône, ou le commencement -de la troisième race, marque le plus haut degré -du système féodal, et en même temps le plus grand -abaissement de l'autorité royale. La France n'était alors -qu'un ensemble d'États confédérés entre eux, et régis -par la loi des fiefs. La couronne était un grand fief. Mais -cependant même alors, au milieu de vassaux ayant tous -des intérêts particuliers souvent opposés à ceux de l'État, -et de serfs, qui n'étaient rien, celui qui portait cette couronne -était le seul qui centralisât dans sa personne les -intérêts généraux, et par conséquent le seul qui eût le -grand caractère de nationalité; le seul qui par son titre, -ses droits, ses pouvoirs, ses devoirs, avait les moyens de -former un lien commun, de réaliser cette idée de France -qui sous Clovis, sous Charlemagne, et sous le système -de vassalité absolue, avait eu autrefois tant de force, -mais qui, toute faible qu'elle était, ne s'était pas effacée.</p> - -<p>Cette position tendait à augmenter sans cesse l'autorité -de ceux qui s'y trouvaient placés, malgré les fautes -qu'ils pouvaient commettre. Par la même raison, le pouvoir -des grands vassaux, dont les intérêts réciproques -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -étaient divergents, et souvent opposés à ceux de l'État, -devait diminuer graduellement, quelque habileté qu'ils -missent à le défendre ou à le conserver. On peut renverser -par la violence des institutions fortes; mais tant -qu'elles existent, on ne peut échapper à leurs conséquences.</p> - -<p>L'abolition de l'esclavage personnel, due à la propagation -de la morale évangélique, au véritable esprit du -christianisme et aux progrès de l'industrie agricole, manufacturière -et commerçante, fit surgir une nouvelle -classe dans la nation, distincte de celle des nobles et du -clergé. Cette classe s'accrut rapidement en nombre et en -richesses; et ses efforts pour prendre dans l'État une influence -proportionnée à sa puissance réelle amenèrent -l'affranchissement des communes et le pouvoir des -villes. Les appels successifs en matière de justice remontant -jusqu'au roi, introduits par saint Louis et nécessités -par la complication des intérêts sociaux, fondèrent la -puissance des gens de loi ou des parlements.</p> - -<p>Nos rois, en s'appuyant habilement sur les communes -et les villes, ou sur le tiers état et sur les parlements, -purent lutter avec avantage contre leurs grands vassaux, -dont quelques-uns étaient de puissants monarques. Ils -ressaisirent ainsi graduellement le pouvoir utile à tous, -qu'ils avaient perdu; ils réunirent à la couronne les grands -fiefs, qui recueillaient plus d'avantages à se mettre sous -leur protection qu'à conserver leur indépendance ou leur -allodialité. Ainsi se trouva peu à peu anéantie la féodalité -dans ses rapports avec l'autorité royale. Philippe le Bel, -par l'établissement des armées permanentes et le droit -de battre monnaie enlevé à tous les seigneurs, acheva la -ruine du gouvernement féodal.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -Ce ne fut donc pas Louis XI, ainsi qu'on l'a dit, qui -abattit la féodalité. Lorsque ce roi spirituel, rusé et cruel, -parvint au trône, les provinces n'étaient point régies par -des pairs du royaume, ni par de hauts barons, ni par les -descendants des familles revêtues d'un droit héréditaire, -mais par des gouverneurs nommés par l'autorité royale, -et révocables à sa volonté. Seulement ces gouverneurs, -il est vrai, étaient des princes du sang, des membres de -la famille royale, qui avaient profité de l'état de démence -de Charles VI et de l'indolence de Charles VII pour se -rendre indépendants dans leurs gouvernements. Ce fut -contre ces grands et récents usurpateurs que Louis XI eut -à lutter. En rendant inamovibles les offices de judicature -et de finance, et en les plaçant sous l'inspection et l'autorité -des parlements, il restreignit la puissance des gouverneurs; -mais en même temps, et sans le prévoir, il -créa pour l'autorité royale des obstacles contre lesquels -elle devait un jour se briser.</p> - -<p>Le tiers état, après s'être en partie affranchi du joug -féodal par le secours de la puissance royale, chercha en -vain un point d'appui dans les états généraux contre -l'envahissement et les abus de cette même puissance. Réduit -à ses propres forces, et sans le secours des deux autres -ordres, dont les intérêts étaient différents des siens, -il ne put jamais parvenir à mettre hors de toute contestation -sa part d'influence dans les affaires nationales; ce -qui aurait dû être une conséquence des subsides et des -subventions en hommes ou en nature accordés par l'organe -de ses députés. Mais ses efforts pour acquérir une -légitime indépendance furent souvent assez énergiques -pour faire pressentir ce qu'on pouvait en redouter. Ce fut -alors que les rois employèrent contre le tiers état les -<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span> -parlements, dont ils s'étaient heureusement servis contre -la noblesse et le clergé. Les rois flattèrent l'orgueil de ces -grandes compagnies judiciaires, en leur conférant en partie -les attributions et l'autorité des états généraux, qu'ils -redoutaient, et que la progression toujours croissante des -taxes aurait forcé d'assembler trop fréquemment. Ainsi -s'accrut successivement l'autorité des parlements, et particulièrement -celle du parlement de Paris, qui renfermait -dans son sein les pairs du royaume, les princes du sang, -et les grands dignitaires de la couronne. Ces hautes cours -nationales devinrent imposantes pour le monarque même. -Toutefois, comme il en nommait les membres, tant que -le gouvernement eut de l'énergie, les parlements servirent -plutôt d'appui que d'obstacle au pouvoir; mais sous -les faibles règnes de Charles IX et de Henri III les parlements -cherchèrent leur tour à amoindrir l'autorité -royale, pour accroître la leur. Les grands profitèrent alors -des divisions qui s'établirent entre le roi et les parlements -pour s'efforcer de reconquérir de nouveau l'indépendance -qu'ils avaient perdue; et le tiers état inclina tantôt vers -l'un, tantôt vers l'autre de ces partis, selon qu'il avait -plus à espérer ou à redouter des uns ou des autres. Les -progrès de la réforme religieuse, qui augmentèrent encore -les causes de discorde, et le fanatisme, en secouant ses -torches sur ces matières inflammables, achevèrent de tout -embraser. L'autorité royale, craignant de lutter à force -ouverte, chercha à tromper et à diviser, et devint cruelle -par peur. Un roi habile et victorieux, joignant l'énergie -à la prudence, parvint à comprimer les éléments de trouble -et de désordre, mais ne les anéantit pas. A la mort -de Henri IV, et pendant la régence de Louis XIII, les -grands, les gouverneurs de province, et les parlements, -<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span> -s'emparèrent de nouveau, à leur profit, des plus importantes -attributions de l'autorité royale, au détriment du -tiers état et des libertés publiques. Mais Richelieu parut.</p> - -<p>Rendre à la couronne sa dignité et au pouvoir royal -sa force et son action fut l'œuvre de Richelieu. Jamais on -ne vit à la tête d'un grand État un génie plus digne de le -gouverner. Le despotisme est une forme de gouvernement -qui répugne à la raison; la cruauté est sa compagne, et la -terreur son moyen. Pour s'établir et se maintenir, il lui -faut faire une continuelle violence à la nature humaine; -mais le médecin emploie aussi le poison pour sauver la -vie à son malade, et le régime auquel il le contraint serait -mortel pour celui qui jouirait d'une santé robuste. La -première loi de l'homme d'État est de ne pas laisser périr -l'État; et avant de condamner en lui le despote il faut -se demander s'il a pu éviter de le devenir. Richelieu pouvait-il -sauver la France, la maintenir dans son intégrité, -et y faire triompher sur tous les principes destructeurs -le principe de la nationalité, qui n'y était plus représenté -que par la personne du roi, sans faire dominer -par-dessus toute autre puissance la puissance royale? -Telle est la question. Or, en examinant la situation du -royaume à cette époque on reconnaîtra que toutes les autorités -autres que celle du roi étaient usurpées, illégales, -divergentes et oppressives. L'autorité royale était -la seule régulatrice, la seule légitime, la seule protectrice, -la seule conservatrice. Peut-être pourra-t-on penser que -contre l'anarchie des pouvoirs Richelieu eût pu trouver -un remède efficace dans l'imposante autorité des états généraux; -ce serait mal connaître la situation de la France -à cette époque. Les états généraux, s'il les avait assemblés, -eussent été sous l'influence des princes et des -<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -grands, alors maîtres de toutes les provinces, commandant -dans toutes les forteresses; leurs résolutions eussent -accru le pouvoir des classes privilégiées, diminué l'autorité -royale, et rendu encore plus insupportable le joug qui -pesait sur le peuple ou le tiers état.</p> - -<p>Du moins, dira-t-on encore, Richelieu aurait pu s'appuyer -sur les parlements, et surtout sur celui de Paris, -où siégeaient les princes du sang et les pairs de France, -et par là, sous des formes plus convenables à une monarchie -limitée, exercer un pouvoir plus légal que son despotisme -farouche. Cela eût été possible, en effet, si les -parlements avaient pu être restreints à leur fonction primitive, -celle de rendre la justice, et aussi à celle que les -rois leur avaient conférée, d'enregistrer les impôts; s'ils -s'étaient contentés du droit, si utile, de faire des remontrances, -le seul que l'usage et les ordonnances leur -avaient donné dans les attributions législatives; mais -en l'absence des états généraux ils voulaient être substitués -à leur autorité. Ainsi que je l'ai déjà remarqué, les -offices de finance avaient été rendus inamovibles, aussi -bien que les offices de judicature; et ceux qui les possédaient, -et dont le nombre se montait à plus de quarante -mille chefs de famille, puissants par leurs richesses, -étaient unis d'intérêt avec les parlements sous la juridiction -desquels ils se trouvaient placés; tous étaient des -membres ou des clients des familles parlementaires. Richelieu -ne pouvait donc se flatter d'être secondé par les -parlements dans sa régénération administrative. Ces compagnies -se seraient, au contraire, opposées aux actes de -vigueur qui étaient indispensables pour réprimer les abus, -soulager les peuples, faire ployer les grands sous le joug -des lois, et fonder un gouvernement régulier. Trop d'intérêts -<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -particuliers s'opposaient à l'intérêt général pour -qu'on pût espérer que ce dernier prévalût, si l'on était -assez imprudent pour établir entre eux et lui un conflit. -Richelieu n'avait d'autre moyen que de saisir le pouvoir -par lui-même, et sans le secours d'aucune autre force que -celle du sceptre royal. Il y était contraint par sa position, -lors même qu'il n'y aurait pas été enclin par son caractère. -En politique on ne peut jamais isoler le passé du -présent; et c'est en se pénétrant des conditions que l'un -et l'autre nous imposent, que l'on peut parvenir à dominer -l'avenir. La création des intendants de province fut de la -part de Richelieu une innovation hardie, par laquelle il -affaiblit l'autorité des gouverneurs en la partageant, ou -plutôt en lui ôtant ses plus solides appuis, la levée des -impôts et l'administration des finances. Il ne s'en tint -pas là. Les gouvernements des provinces furent donnés à -des hommes de son choix, et qu'il eut soin de prendre -dans des rangs moins élevés que les Condé, les Montmorency, -les d'Épernon, les Vendôme, et autres seigneurs -riches et puissants, et par conséquent très-insubordonnés: -ceux-ci étaient parvenus à faire de ces grandes charges -des portions de leur patrimoine particulier et des apanages -de leur famille, quoiqu'elles fussent de droit à la -discrétion du monarque. Richelieu détruisit la hiérarchie -financière, et l'influence que les parlements exerçaient -par elle. Il sépare habilement les affaires judiciaires de -celles qui étaient administratives. Les charges des trésoriers -et des élus, qui étaient héréditaires, furent abolies. -Ils furent remplacés par des intendants de justice, de -police et de finance, nommés par le roi et révocables à -volonté.</p> - -<p>Contre l'opposition et les clameurs d'une si grande multitude -<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -de personnages qu'il ruinait, par un changement -subit et par une banqueroute inique; contre les complots -et la fureur des grands, qu'il privait d'une autorité illégitimement -acquise, mais en quelque sorte consacrée par le -temps, Richelieu lutta avec des armes terribles. Il foudroya -pour gouverner, mais enfin il gouverna. Partout -il établit l'ordre et la sécurité et les bienfaits d'une administration -vigilante et sévère; sous lui la France fut calme, -forte, glorieuse et redoutée.</p> - -<p>Il mourut admiré et abhorré. Les peuples, satisfaits -d'être délivrés d'un joug aussi pesant, obéirent avec joie -à la reine régente. Les courtisans furent d'abord enchantés -de son gouvernement. Il ne leur refusait rien. Il semblait, -a dit l'un d'eux, qu'il n'y eût plus que quatre petits -mots dans la langue française: «La reine est si bonne<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor"> [234]</a>!» -Les prisons d'État s'ouvrirent; les attributions des parlements -furent respectées; les princes du sang et les -grands furent réintégrés dans leurs commandements. Ce -fut pendant quelque temps un concert unanime de louanges -et de continuelles actions de grâces. Mais lorsque les -princes et les parlements voulurent, comme avant Richelieu, -participer à la direction générale de l'État, et surtout -à la distribution des places et des faveurs, on fut tout surpris -de trouver de la résistance dans la reine régente. On se -scandalisa de lui voir manifester la volonté de gouverner. -Dans toutes les tentatives qu'elle fit alors pour retenir un -pouvoir qu'on envahissait, ou ressaisir celui qu'elle avait -imprudemment laissé échapper, on ne voulait voir que la -continuation du système odieux de Richelieu. L'exaspération -s'accrut au plus haut degré lorsqu'on la vit donner -<span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span> -toute sa confiance à un étranger, à un cardinal, à une -créature de Richelieu. A ce triple titre, Mazarin était également -odieux aux grands, aux parlements, à la bourgeoisie. -Le pouvoir, que l'habitude avait fait considérer -comme absolu, fut donc attaqué par ces trois partis simultanément; -mais, malgré la crainte de l'ennemi commun, -qui les unissait, ces partis n'en avaient pas moins -une origine et des conditions d'existence différentes, et par -conséquent aussi des intérêts différents. Les grands voulaient -exercer la puissance en se plaçant au-dessus des -lois; le parlement, augmenter la sienne par les lois; les -bourgeois, établir la leur aux dépens des lois; à leurs yeux -elles étaient abusives, et le pouvoir leur semblait oppresseur. -Tous les partis, pour arriver à leur but, avaient recours -à la violence ou en empruntaient le secours. Les -grands voulaient contraindre le pouvoir à se mettre sous -leur direction, afin qu'il ne fût exercé qu'à leur profit. -Pour y parvenir, ils faisaient alliance avec le parlement, -avec le peuple, avec l'étranger. Tout moyen leur était -bon: ils n'avaient de crainte pour aucun péril, de répugnance -pour aucun crime. Les parlements, plus scrupuleux, -mais non moins passionnés, se servaient habilement -des lois, dont ils se déclaraient les protecteurs, pour justifier -leurs prétentions et satisfaire leur ambition. Le peuple -inclinait toujours pour le parti qui annonçait vouloir -le protéger contre l'oppression, alléger ses souffrances, et -lui assurer ses franchises. Mais, sans organisation, sans -expérience de sa force, il ne pouvait rien par lui-même, -et recherchait l'appui des grands, ou du parlement, ou de -l'autorité royale. Telle était la position de cette dernière, -que quand elle se livrait aux grands, elle était toujours -certaine de les mettre de son côté et de les détacher du -<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -parlement et du peuple; quand elle se plaçait sous l'égide -du parlement, les grands, qui tenaient les citadelles et le -gouvernement des provinces, se liguaient contre elle, et -conspiraient avec l'étranger pour lui faire la guerre. De là -tant de changements de parti et d'intrigues contraires; ce -qui ne prouve pas, comme l'a dit Voltaire, qu'on ne savait -ni ce qu'on voulait ni pourquoi on était en armes. On le -savait très-bien. Les intérêts généraux sont stables; les -résolutions et les actions qu'ils nécessitent sont toujours -les mêmes. Pour les servir, on ne peut aspirer qu'à un -seul but, le bien public. Les moyens de l'atteindre sont -dans tous les temps les mêmes: l'ordre, l'économie, la -justice, le désintéressement, la fermeté, la vigilance, la -droiture. Mais les intérêts privés varient sans cesse, comme -les destinées particulières: ceux du lendemain ne sont pas -toujours ceux de la veille; le but qu'on a atteint devient -un moyen pour arriver à un but plus éloigné, détourné, -ou même opposé. Jamais l'ambition et la cupidité ne s'arrêtent; -elles ne peuvent réussir qu'en se déguisant, et -comme elles savent que de toutes les formes qu'elles empruntent, -celle de l'intérêt public contribue le plus à leur -succès, elles n'épargnent rien pour le simuler. Cependant, -au fond, elles leur sont presque toujours opposées, et il -leur arrive souvent de travailler contre elles-mêmes et de -servir cet intérêt contre lequel elles conspirent. La nécessité -de dérober leurs secrets aux yeux de la multitude, -dont la coopération leur est nécessaire, les y contraint. De -là les changements de masque des hommes d'État, les -contradictions que nous remarquons dans leurs actions et -leurs discours, au milieu des tourbillons de la guerre civile -et du tumulte des partis.</p> - -<p>Nous voyons dans la Fronde Condé faire la guerre au -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -parlement et au peuple, et assiéger Paris pour le roi; puis -ensuite se mettre du côté du peuple et du parlement pour -défendre Paris contre la cour. Pensez-vous que dans le -premier cas il ait, sujet fidèle, été animé par le désir de -rétablir l'autorité royale contre des sujets rebelles? que -dans le second, citoyen généreux, il se soit dévoué pour -soutenir les droits du peuple contre les oppressives usurpations -d'un ministre? Nullement. Le but où tend Condé est -toujours le même, quoique les moyens qu'il emploie soient -différents: il ne veut qu'arracher le pouvoir à Mazarin, -pour l'exercer à sa place.</p> - -<p>Ce n'est pas seulement parce que la duchesse de Longueville -est belle, que Turenne et La Rochefoucauld se disputent -si ardemment ses faveurs; mais c'est parce que, -par son esprit et l'énergie de son caractère, elle a un -grand ascendant sur son mari et sur son frère le grand -Condé, et qu'après la chute de Mazarin on croit déjà voir -Condé à la tête du gouvernement<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor"> [235]</a>. Pourquoi le coadjuteur -change-t-il si souvent de parti? pourquoi cherche-t-il -à les brouiller entre eux et à négocier avec tous? pourquoi, -malgré sa fougue apparente, ménage-t-il à la fois -la régente, le parlement, la Fronde, le pape et les jansénistes? -C'est qu'ayant reconnu la nullité du grand Condé -hors du champ de bataille, celle du duc d'Orléans -sur tous les points, il se croit plus d'esprit et de talent -que Mazarin, qu'il a l'espoir de le remplacer, et qu'il -veut aussi obtenir le chapeau de cardinal. Par là il se -trouve forcé à seconder tour à tour ceux qui voulaient -renverser le premier ministre et ceux qui voulaient -<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -soutenir la régente, c'est-à-dire tous les partis contraires. -S'il se montre si assidu auprès de mademoiselle de Chevreuse, -cette beauté si peu spirituelle; s'il lui sacrifie -deux de ses maîtresses, c'est qu'il a besoin de sa mère, -son seul intermédiaire auprès de la reine. Ce n'était donc -pas l'amour, comme le dit Voltaire, qui faisait et défaisait -les cabales. L'amour, si on peut profaner ce nom pour -des liaisons de cette nature, n'était dans la Fronde que -le serviteur de l'ambition et l'esclave de la sédition. Sans -doute cette guerre de la Fronde ne fut ni aussi longue ni -aussi sanglante que celle de la Ligue. Le fanatisme n'avait -pas séparé une même nation en deux peuples différents, -dont chacun ne voyait de salut que dans la destruction -de l'autre; on ne voulait point détrôner un roi, -changer une dynastie, mais chasser un ministre, ou lui arracher -des concessions. On le poursuivait plutôt par le ridicule -que par la haine. En vain le parlement appela sur -lui, par un arrêt, le fer des assassins, il ne s'en trouva -point. Mais la verve des chansonniers et des poëtes satiriques, -le cynisme injurieux des auteurs de libelles, ne -tarissaient point sur son compte. La presse suffisait à peine -pour reproduire les nombreux pamphlets dont il était -l'objet. Cependant cette guerre civile ne se passa point non -plus sans qu'il y eût du sang de répandu sur les champs -de bataille, ni sans quelques actes de cruauté. La religion -aussi, quoiqu'elle ne jouât pas, comme au temps de la -Ligue, le principal rôle dans les discussions qui se produisaient, -n'y était pas non plus étrangère; et c'est ici le -lieu de faire connaître la nouvelle secte qui venait de s'élever -au sein de l'Église catholique, et son influence sur -les événements de cette époque.</p> - -<p>La réforme de Luther avait non-seulement détaché des -<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -papes une grande portion de l'Église, mais elle avait aussi -éclairé celle qui leur était restée fidèle. Les plus fervents -catholiques, en repoussant les dogmes des protestants, -leurs interprétations de l'Écriture et des mystères, n'avaient -pu s'empêcher d'approuver leurs efforts pour combattre -les abus contraires à l'esprit de la religion, et d'admirer -le courage, la science et l'habileté qu'ils avaient -déployés dans cette lutte. Le pouvoir que les papes avaient -usurpé semblait aux évêques attentatoire à leur autorité. -Ils avaient vu avec peine la cour de Rome, après que les -moyens sanglants de l'inquisition eurent été usés ou repoussés -dans plusieurs pays, se créer un nouvel appui -dans un corps religieux, organisé d'après le principe le -plus absolu de l'obéissance passive; sorte de milice répandue -partout, placée en dehors de la hiérarchie ecclésiastique, -ou à côté d'elle, et ne pouvant être dominée ni -restreinte par les moyens qui lui sont propres; sans attributions -spéciales; s'adaptant à tout, dominant partout, -et paraissant partout obéir. On trouvait que cet ordre, et -par conséquent Rome, qui l'approuvait et le soutenait, -avait dans ses livres corrompu la pureté de la foi, pour -l'accommoder aux relâchements du siècle et servir ses ambitieux -desseins. Des esprits religieux et rigides croyaient -donc s'assurer des moyens de salut en ne reconnaissant -dans les papes que l'autorité qui leur était attribuée par -les constitutions de l'Église; en redonnant aux doctrines -des Pères de l'Église, et surtout à celles de saint Augustin, -l'ascendant que leur avaient fait perdre des doctrines -contraires. Des théologiens renommés, Edmond Richer, -syndic de la Sorbonne, et Michel Bains, professeur à -Louvain, avaient publié, dans ce but, des livres qui, -comme on devait s'y attendre, furent condamnés à -<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -Rome<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor"> [236]</a>. Ces condamnations ne servirent qu'à augmenter le -nombre des prosélytes à la cause qu'ils défendaient. Deux -hommes liés par l'amitié la plus intime, Duverger de Hauranne, -abbé de Saint-Cyran, et Jansenius, évêque d'Ypres, -entreprirent de rassembler sous un même drapeau tous ces -généreux sectaires, d'en augmenter le nombre, de les discipliner, -et de faire en sorte qu'ils ne consumassent point -inutilement leurs forces en efforts individuels. Le premier -employa pour y parvenir un talent de persuasion auquel -rien ne résistait, pas même les geôliers chargés de le garder -dans la prison où il fut confiné. Doué d'une prodigieuse -activité, il entretint une vaste correspondance, qui -étendait au loin l'empire qu'il exerçait sur les esprits. Jansenius, -son ami, avec plus d'érudition et une plus grande -force de tête, donna les moyens de tirer des nombreux -in-folio de saint Augustin un corps de doctrines conforme -aux idées et aux principes des réformateurs. Son livre -publié, en 1640, sous le titre d'<i>Augustinus</i> devint l'évangile -de la nouvelle secte. C'est ce livre dont Nicolas Cornet, -docteur de Sorbonne, prétendit avoir résumé les -principes en cinq propositions, qu'on fit condamner par -la cour de Rome; acte imprudent et impolitique, qui ne -fit qu'augmenter le mal auquel on voulait remédier, et -qui devint, dans ce siècle et dans le suivant, la source -d'interminables discussions, de débats insensés et de déplorables -persécutions.</p> - -<p>Ainsi naquit la secte des jansénistes, en haine des jésuites, -en opposition avec Rome, mais qui cependant aspirait -à être le plus ferme soutien de Rome et du catholicisme, -si Rome, cédant avec les progrès du temps et lui -<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -accordant ce qu'elle exigeait, eût voulu la seconder dans -ses pieux desseins.</p> - -<p>Les principaux points de leurs doctrines étaient que la -juridiction ecclésiastique appartient essentiellement à toute -l'Église; que les évêques n'en étaient que les ministres; -qu'elle devait être exercée par les conciles assemblés, où -les papes n'avaient que le droit de présidence<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor"> [237]</a>. Ils prétendaient -aussi donner à la morale et aux actions humaines -un mobile unique et divin, et ils soutenaient que -l'homme ou le pécheur ne peut rien sans la grâce, c'est-à-dire -sans l'intervention divine; qu'il doit avant tout s'efforcer -de l'obtenir par un pur amour de Dieu, dépouillé -de tous motifs humains, même les plus louables. Selon eux, -les justes ont besoin, pour accomplir les commandements -de Dieu, et même pour prier sincèrement, que la grâce -efficace détermine invariablement leur volonté; et cette -grâce dépend de la pure miséricorde de Dieu.</p> - -<p>Cette doctrine paraît en effet être celle de saint Augustin, -que Bossuet appelle le plus éclairé et le plus profond -des docteurs. Mais de la manière dont elle était développée -et expliquée par la nouvelle secte, elle conduisait au -fatalisme, et était contraire aux dogmes de l'Église; et les -théologiens qui l'avaient adoptée ne pouvaient échapper -aux conséquences qu'elle présente contre le libre arbitre -ou l'indépendance de la volonté de l'homme, principe -fondamental et incontesté dans la religion chrétienne.</p> - -<p>Des maximes sévères de piété, une plus grande exaltation -religieuse, résultaient de ces dogmes ou en étaient déduites -par la secte. Aussi Bossuet, qui se rapprochait des -jansénistes par ses doctrines sur le pouvoir du pape, sur la -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> -nécessité de le restreindre et sur l'indépendance des évêques, -se montre-t-il effrayé de l'absolutisme des doctrines -de la nouvelle secte, «qui font paraître, dit-il, la religion -trop pesante, l'Évangile excessif, et le christianisme impossible<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor"> [238]</a>.» -Madame de Sévigné, liée avec les chefs des -jansénistes, et qui inclinait pour leurs opinions, mais dont -la raison et le bon sens s'accommodaient peu de leurs -subtilités, leur demandait de vouloir bien, par pitié pour -elle, épaissir un peu la religion, qui s'évaporait à force -de raisonnements<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor"> [239]</a>.</p> - -<p>Cependant, à une époque où les combats répétés contre -la réforme avaient, ainsi que je l'ai remarqué, donné aux -idées religieuses un grand empire sur les esprits, la doctrine -des jansénistes, malgré ses erreurs, par la base toute -divine de sa morale, par l'enchaînement des principes et -des conséquences, par les garanties qu'elle semblait donner -contre les abus de la cour de Rome, était singulièrement -propre à plaire aux âmes généreuses, aux hommes -instruits et aux caractères énergiques. Elle se conciliait par -son austérité même ceux que le monde avait entraînés -dans de grands désordres, parce qu'elle semblait leur offrir -des moyens plus certains de réparer en peu de temps -les souillures de leur vie passée. Enfin, elle plaisait à la -généralité des esprits, parce qu'elle établissait dans les -matières religieuses ce droit d'examen et de résistance à -l'autorité que l'on réclamait alors avec tant de chaleur -pour les matières politiques. Il est des temps où les peuples -supportent encore plus patiemment l'esclavage du -corps que celui de la pensée.</p> - -<p>Aussi le gouvernement ouvrit de bonne heure les yeux -<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -sur les dangers de cette nouvelle secte. Duverger de Hauranne -fut persécuté et emprisonné par Richelieu, ce qui -augmenta encore le nombre de ses prosélytes.</p> - -<p>Sous le règne suivant les disciples de l'abbé de Saint-Cyran, -par leur union avec les religieuses de Port-Royal, -alors gouvernées par une abbesse du plus grand mérite, -Angélique Arnauld, acquirent la consistance d'un parti. -Il était peu nombreux, mais très-respectable par les vertus, -par les talents et la renommée de ceux qui le composaient. -Ils s'étaient tous retirés dans un vallon sauvage -et agreste, entouré de forêts et de marécages, à six lieues -de Paris, près du village de Chevreuse. Les religieuses -de Port-Royal avaient eu autrefois leur couvent dans ce -vallon. Elles l'avaient depuis transporté à Paris; mais -elles l'y rétablirent de nouveau lorsque les disciples de -l'abbé de Saint-Cyran et de Jansenius, qui la plupart -étaient leurs frères, leurs parents ou leurs directeurs, -eurent converti, par la culture et des travaux bien dirigés, -ce vallon marécageux et malsain en un délicieux Élysée -orné d'habitations charmantes. Ces solitaires formèrent, à -la manière des anciens Pères du désert, dans leurs asiles -champêtres, une espèce de communauté où chacun d'eux -avait un emploi. Ils étaient jardiniers, maçons, vignerons, -garde-chasse, laboureurs, aussi bien que prédicateurs, -prêtres ou auteurs. Toujours étroitement unis entre eux, -sincères dans leur renoncement au monde, convaincus de -la sainteté de leur doctrine, regardant comme un devoir -impérieux de leur conscience de chercher à la propager, ils -étaient prêts à supporter tous les genres de persécution -plutôt que de se résoudre à faire aucune concession qui -pût y porter atteinte. Ils considérèrent qu'ils rempliraient -un double but, celui de se faire des prosélytes et d'être -<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -utiles à la société, s'ils se dévouaient à l'instruction de la -jeunesse. Ils ouvrirent donc une école, qui fut d'abord peu -nombreuse, mais qui bientôt augmenta rapidement. Ils -publièrent pour leurs élèves des traités élémentaires dans -diverses branches des connaissances humaines, qui chacun -dans leur genre sont restés des chefs-d'œuvre. L'admiration -qu'ils inspirèrent leur fit des partisans de tous ceux -qui s'étaient acquis quelque renommée dans les lettres<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor"> [240]</a>.</p> - -<p>Des esprits aussi levés, des hommes aussi indépendants, -d'une aussi grande austérité, unis pour la réforme -des mœurs, ne pouvaient manquer de s'attirer la haine -et la colère d'un gouvernement dissipateur. Ils avaient -donc pour amis, ou pour partisans déclarés ou secrets, -tous ceux qui, par quelque motif que ce fût, formaient -opposition au ministre; tous ceux qui, par intérêt ou par -zèle pour le bien public, aspiraient à réformer les abus -qui déshonoraient l'Église ou appauvrissaient l'État.</p> - -<p>Ainsi, quoique les solitaires de Port-Royal eussent l'air -de ne vouloir prendre aucun parti dans les dissensions civiles, -et que, fidèles aux préceptes de l'Évangile, ils se -montrassent soumis aux autorités dans tout ce qui était -étranger au culte, cependant ils étaient liés avec tous les -chefs de la Fronde et détestés à la cour à l'égal des frondeurs. -Par une alliance nécessaire de la religion avec la -politique, tout janséniste était frondeur, tout frondeur -était disposé à devenir janséniste. Les uns et les autres -aspiraient également à réformer l'État et l'Église, dont -alors on ne séparait pas les intérêts. Le cardinal Mazarin -avait d'ailleurs approuvé la bulle du pape qui condamnait -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -Jansenius, et il favorisait les jésuites; tous les jansénistes -étaient par cette seule raison ligués contre ce ministre, -et enclins à favoriser les frondeurs.</p> - -<p>Le cardinal de Retz, qui gouvernait le diocèse de Paris -comme coadjuteur de son oncle, malade et incapable, avait -sous sa juridiction le couvent de Port-Royal. Il se trouvait -avoir avec les jansénistes une trop grande conformité -de but, pour ne pas leur être favorable; et il était trop -habile pour ne pas tirer parti de l'influence que leur donnaient -leur vertu et leurs grands talents. Par eux il gouvernait -les curés de Paris, qui presque tous avaient embrassé -les dogmes de la nouvelle secte; et l'ascendant que -les curés avaient alors sur le peuple lui servait à soulever -ou à calmer à son gré les flots de la sédition<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor"> [241]</a>.</p> - -<p>Cependant l'alliance que les chefs de faction formaient -avec les jansénistes était souvent peu durable. Les premiers -se gouvernaient par des intérêts variables, les seconds -par des principes inflexibles. Les premiers étaient des -hommes agités par toutes les passions mondaines, les seconds -n'aspiraient qu'à la propagation de leur croyance: -mais la piété n'éteignait point en eux l'orgueil, le plus -indomptable des vices de l'homme, parce qu'il est le seul -assez habile pour revêtir des formes qui font méconnaître -sa nature, le seul assez audacieux pour s'asseoir à côté -de la vertu. Les jansénistes, comme les jésuites, leurs adversaires, -regardaient comme un devoir, pour le succès de -leur prosélytisme, de ne pas rester étrangers aux agitations -de la politique et aux révolutions de l'État. Ils -avaient même à cet égard un avantage sur les jésuites: ils -ne s'étaient point cloîtrés; ils n'avaient formé aucun vœu, -<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -prononcé aucun serment, contracté aucun engagement, ni -fait aucune promesse d'obéissance envers des supérieurs. -Ceux d'entre eux qui s'étaient condamnés à la retraite, -les solitaires de Port-Royal, étaient restés séculiers; la -plupart avaient joué des rôles importants sur la scène du -monde; et on pouvait dire que s'ils s'étaient retirés volontairement -des premiers plans, ce n'était pas pour rompre -toute liaison avec les acteurs qui s'y trouvaient, mais -pour former un aparté. Là ils ne s'occupaient que d'un -seul point, et, comme tous les sectaires, entraînés par -une idée fixe, ils agréaient ou repoussaient les actions et -les sentiments, selon qu'ils étaient favorables ou contraires -à leur projet de réforme. Comme alors les hommes -changeaient souvent de parti, et que les partis eux-mêmes -variaient dans leur but et dans leurs moyens, tantôt -combattant contre le gouvernement, tantôt s'alliant avec -lui, les jansénistes se trouvaient fréquemment avoir pour -ennemis les mêmes hommes qui avaient été leurs partisans -les plus déclarés, et pour amis ceux qui s'étaient montrés -leurs plus violents persécuteurs. Ces continuelles péripéties -ajoutaient encore à la complication, déjà si grande, -des intrigues multipliées de ce singulier drame politique.</p> - -<p>Pour bien comprendre comment les grands pouvaient, -à cette époque, changer si souvent de bannière, et faire -tourner subitement les partis au gré de leurs intérêts, il -faut se reporter à la composition de la société telle qu'elle -était alors en France. La féodalité du siècle de Hugues -Capet avait depuis bien longtemps disparu de la constitution -de l'État; mais elle existait encore dans les lois -privées, dans les priviléges particuliers, et encore plus -dans les mœurs, qui survivent longtemps à la destruction -des lois. Toutes ces causes faisaient de la noblesse un -<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -peuple à part. Louis XI et ensuite Richelieu avaient bien -pu comprimer les grands, et leur ôter le pouvoir de porter -leurs mains sur le sceptre; mais ils n'avaient pu faire -qu'il n'y eût des grands, ils n'avaient pu leur enlever ni -leurs vastes domaines, ni la vénération attachée à leurs -noms; ils n'avaient pu empêcher que leurs vassaux, les -membres de leurs familles, les nobles des provinces où -ils tenaient un si grand état, ne continuassent, par intérêt -comme par habitude, à se grouper autour d'eux, -ne se plaçassent sous leur protection, n'obéissent à leurs -ordres, ne se fissent un honneur de les servir. Sans doute -les progrès du commerce, du luxe et de l'industrie -avaient beaucoup diminué cette triple influence des richesses -territoriales, du rang et de la naissance; cependant -elle était encore très-puissante à cette époque. Rien -n'est plus commun, dans les mémoires de ce temps, que -de lire au sujet de personnages nobles et titrés, qu'ils -étaient ou avaient été domestiques de tel prince, de tel -duc, de tel maréchal; ce qui signifie seulement qu'ils -avaient ou avaient eu un emploi dans leurs maisons. -Dans les moments de péril et de crise, il suffisait au coadjuteur, -au duc de Longueville, ou à tel autre individu de -ce rang, d'écrire dans les provinces où leurs terres étaient -situées pour faire arriver aussitôt dans la capitale deux ou -trois cents gentils-hommes qui leur servaient d'escorte, et -qui étaient prêts à se battre pour eux aussitôt qu'ils en -auraient reçu l'ordre<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor"> [242]</a>. Il leur importait peu de quel parti -était leur chef, quelle cause il avait embrassée. La fortune -de tous dépendait de lui; c'est à sa fortune qu'ils s'attachaient. -Quand ils l'abandonnaient, ils renonçaient en -<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -même temps à sa protection et au soutien qu'ils pouvaient -prétendre de tous ceux qui lui appartenaient; et alors c'était -presque toujours pour se placer comme client obéissant et -soumis sous un patron plus puissant, ou dont ils espéraient -davantage. Ils entraînaient en même temps dans leur défection -tous les nobles qui leur étaient subordonnés, ou -qui se trouvaient sous leur dépendance immédiate. Un -noble était donc habitué à n'avoir point d'autre opinion -que celle de son chef. Il ne pouvait rester isolé, sans protecteur -et sans compagnons d'armes, sans serviteurs, -comme un vilain ou un bourgeois, qui à ses yeux, quelque -riche qu'il fût, était sans seigneur, et par conséquent -sans honneur. Son honneur à lui, il le plaçait dans sa servitude; -c'était la preuve de sa noblesse, la marque de sa -puissance, le signe de son crédit.</p> - -<p>C'est ainsi que toutes les branches de la famille de Sévigné -reconnaissaient alors pour protecteur et pour chef -Gondi, archevêque de Corinthe, coadjuteur de l'archevêque -de Paris, et oncle du mari de madame de Sévigné. -Sa naissance, son rang, ses richesses, le pouvoir dont il -était revêtu comme seul administrateur du premier diocèse -du royaume, comme l'homme le plus populaire de Paris, -comme un des chefs de la Fronde, le rendaient un des -personnages les plus importants de l'État. Ses grands talents -lui donnaient d'ailleurs un irrésistible ascendant sur -tous ceux qui l'approchaient. Le chevalier Renaud de -Sévigné, qui habitait une maison dans la cour extérieure -de Port-Royal<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor"> [243]</a>, et le marquis de Sévigné<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor"> [244]</a> se trouvèrent -donc, par le coadjuteur, nécessairement enrôlés sous les -drapeaux de la Fronde, et imbus de la doctrine des jansénistes. -<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span> -Par les mêmes causes, la jeune marquise de Sévigné, -qui aimait son mari, qui goûtait fort l'esprit, l'éloquence, -le caractère aimable, et les vertus domestiques -(car il en avait) du coadjuteur, devint frondeuse et janséniste<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor"> [245]</a>.</p> - -<p>Cependant le cardinal Mazarin, malgré la haine et l'opposition -des partis, faisait preuve d'une grande étendue -de vue et d'une rare habileté dans le gouvernement. C'est -en 1648, l'année même où l'emprisonnement de Broussel -avait donné lieu à la journée des Barricades, qu'il consomma -le grand ouvrage de la paix de Munster, si avantageuse -à la France. Mais il avait laissé dilapider les -finances par Particelli Emeri, Italien comme lui; et il -acquérait, en vendant les grâces de la cour, une fortune -immense et honteuse.</p> - -<p>La reine, après la journée des Barricades<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor"> [246]</a>, s'était retirée -à Ruel, chez la duchesse d'Aiguillon<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor"> [247]</a>. La déclaration -du 24 octobre satisfit le parlement et sembla tout apaiser, -et fut comme un traité de paix, qui ramena la reine à -Paris<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor"> [248]</a>. Elle y revint le 21 octobre, et y fut bien reçue; -mais cette paix qui avait été conclue ne devait être -qu'une courte trêve. Le parlement, qui avait obtenu des -garanties de liberté, était seul intéressé à la maintenir. -L'orgueil d'Anne d'Autriche s'indignait d'avoir été obligée -de céder<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor"> [249]</a>. Les princes du sang, c'est-à-dire le duc -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -d'Orléans, Condé, le duc de Bouillon, étaient mécontents -que la cour eût accepté des conditions qui ne leur laissaient -aucune influence. Le coadjuteur, chef de la Fronde, -et les jeunes membres du parlement avec lesquels il était -d'accord, et qui formaient la force de son parti, étaient -déterminés à ne point souffrir que les rênes du gouvernement -fussent abandonnées à Mazarin. Ils étaient les moins -satisfaits de tous, les moins disposés au repos; de sorte -que les satires, les épigrammes, les chansons contre le -ministre, et même contre la reine, recommencèrent de -nouveau. On inspira des craintes au peuple, au sujet de -quelques troupes qu'on avait fait approcher. Le parlement, -s'apercevant que la déclaration n'était pas exécutée, -recommença ses assemblées et ses remontrances; et -tout faisait présager une nouvelle crise<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor"> [250]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XIII.<br /> -<span class="medium">1648-1649.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Madame de Sévigné accouche d'une fille.—Conjectures sur le lieu -de sa naissance.—Date du séjour de madame de Sévigné au château -de Ferrières; son retour à Paris.—Elle y trouve Marigny.—Impromptu -qu'il fait pour elle.—Brusqueries et mauvais procédés du -marquis de Sévigné envers sa femme.—Bussy devient le confident -des deux époux.—Sentiments de madame de Sévigné pour son -cousin.—Il conçoit l'espérance de la séduire.—Fuite de la cour -à Saint-Germain.—Bussy est obligé de la suivre.—Commencement -de la première guerre de Paris.—Le marquis de Sévigné se -rend en Normandie.—Rôle qu'il joue dans cette guerre.—Le chevalier -Renaud de Sévigné est employé par le coadjuteur.—Bussy -réclame auprès du ministre l'argent qui lui est dû.—Il sert avec -zèle le parti du roi.—Il envoie à Paris pour ramener ses chevaux.—Il -écrit à sa cousine.—Lettre de Bussy à madame de Sévigné.—Bussy -se trouve à l'attaque du pont de Charenton.—Il envoie -réclamer les chevaux qu'on lui avait pris.—Madame de Sévigné -s'emploie pour lui, et lui répond.—Autre lettre de Bussy à madame -de Sévigné.—Paix conclue entre la cour et le parlement.—Bussy -veut rentrer dans Paris, et manque d'être assommé à la barrière.—Il -repart de Paris.—Condé, mécontent, lui donne des ordres, -qu'il fait exécuter par son maréchal des logis.—Bussy se rend -en Bourgogne; il y trouve Condé, qui l'oblige à partir pour l'armée.—Bussy -insatiable d'intrigues galantes.—Pendant son séjour -au Temple, Bussy fait sa cour à une jeune personne, et s'en fait -aimer.—Forcé de la quitter, il lui écrit de l'armée.</p> -</div> - -<p>Pendant toute cette orageuse année de 1648, qui vit -commencer les troubles précurseurs de la guerre civile, -madame de Sévigné avait été retenue par son mari loin -de la capitale; elle était accouchée d'une fille, celle-là -même qui devait remplir une si grande place dans son -<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span> -existence, et devenir pour elle la source de tant de tendresse, -d'inquiétudes, de plaisirs et de tourments. Les -noms de baptême donnés à cette enfant, devenue, sous le -nom de Grignan, plus célèbre par les lettres de sa mère -que par l'antique noblesse de celui qu'elle épousa, furent -Françoise-Marguerite. Le jour précis et le lieu de sa naissance -ne sont pas connus avec certitude. Tout porte à -croire cependant que mademoiselle de Sévigné est née à -la terre des Rochers. Nous avons vu que madame de -Sévigné se trouvait encore à l'abbaye de Ferrières le 15 novembre. -Elle revint à Paris à la fin de ce même mois: -elle y trouva toute la cour. La reine régente, accompagnée -du roi son fils, avait fait son entrée dans la capitale, -la veille de la Toussaint, au bruit des acclamations de joie -de tout le peuple<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor"> [251]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné retrouva encore à Paris son cousin -Bussy et le gai et spirituel Marigny. Il revenait de -Suède<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor"> [252]</a>. Aussitôt après son retour, le coadjuteur s'était -empressé de se l'attacher; il employait utilement sa muse -joviale, burlesque et populaire, à ridiculiser tous ceux -qui se montraient contraires à ses projets<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor"> [253]</a>. Marigny, le -1<sup>er</sup> janvier 1649, envoya, sous le titre d'étrennes à la -marquise de Sévigné, pour lui souhaiter la bonne année, -les vers suivants, écrits dans ce mauvais style grotesque -si fort à la mode alors:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2"> Adorable et belle marquise,</p> -<p>Plus belle mille fois qu'un satin blanc tout neuf;</p> -<p>Au premier jour de l'an mil sept cent quarante-neuf,</p> -<p>Je vous présenterais de bon cœur ma franchise;</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span></div> -<p>Mais les charmes que vous avez</p> -<p>Depuis quelque temps me l'ont prise.</p> -<p>Je ne sais si vous le savez<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor"> [254]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Bussy, de plus en plus amoureux de sa cousine, continuait -à se montrer très-assidu auprès d'elle. Il s'était habilement -insinué dans la confiance de son mari. Admis -comme parent dans la familiarité la plus intime des deux -époux, il était souvent témoin des brusqueries de Sévigné -envers sa femme; il écoutait avec une apparente sympathie -les plaintes de celle-ci sur les infidélités répétées du -marquis et sur les peines qu'elle en éprouvait. Abusant -de l'inexpérience de sa jeune cousine, il acceptait le rôle -de conciliateur, dont elle le chargeait, avec une feinte répugnance, -mais avec une joie secrète. Elle croyait qu'il employait -dans l'intérêt de son bonheur conjugal l'ascendant -que lui donnaient sur le marquis de Sévigné la supériorité -de son esprit et l'amitié qu'il paraissait avoir pour lui. -Peut-être aussi, sans qu'elle s'en doutât, madame de Sévigné -aimait-elle à trouver dans les soins, les flatteries et -la conversation d'un homme aussi aimable et aussi spirituel -que Bussy, un dédommagement aux délaissements -d'un époux dont les manières à son égard faisaient un si -grand contraste avec celles de son cousin; et le besoin d'être -consolée n'était pas le seul motif qui lui faisait prolonger -ses entretiens avec le consolateur. Les lettres qui nous -restent d'elle et les ménagements qu'elle eut toujours pour -Bussy, même après les torts les plus grands qu'un homme -puisse avoir envers une femme, donnent lieu de le croire<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor"> [255]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -Quoi qu'il en soit, Bussy n'en doutait pas, et un caractère -moins présomptueux que le sien en eût été également -persuadé. Aussi écrivait-il et agissait-il en conséquence: -quoiqu'il n'ignorât pas tous les scrupules qu'il -avait à vaincre, il était plein d'espoir, et de jour en jour -moins réservé dans son langage. A mesure que les torts -du mari se multipliaient, et qu'ils froissaient et humiliaient -le cœur d'une épouse dont la tendresse, l'esprit -et les attraits devaient la garantir de tout outrage, Bussy -devenait plus entreprenant. Il se croyait près du but -qu'il avait tant désiré atteindre, lorsque, par une fatalité -qui semblait lui être particulière dans ses amours -avec sa cousine, il se vit subitement séparé d'elle par -un événement qui non-seulement compromettait le succès -de sa longue attente, mais les destinées de la France -entière.</p> - -<p>Le lendemain du jour des Rois, le 7 janvier, on apprit -que la reine régente, qui avait reçu la veille et tenu son -cercle comme à l'ordinaire, était partie dans la nuit avec -le roi et toute sa cour, et qu'elle s'était retirée à Saint-Germain. -Elle fut suivie par le duc d'Orléans et le prince -de Condé. La première guerre civile, ou la première -guerre de Paris, commença aussitôt<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor"> [256]</a>.</p> - -<p>Le duc de Longueville se rendit en Normandie. Il était -le gouverneur de cette province, et il voulait la faire déclarer -contre la cour et pour la Fronde. Il emmena avec -lui un grand nombre de gentils-hommes, et entre autres le -marquis de Sévigné, dont les hauts faits les plus remarquables -<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -dans cette guerre furent, si l'on en croit le spirituel -Saint-Évremond, d'avoir su en mainte occasion faire -rire son altesse le gouverneur par ses quolibets et son esprit -goguenard<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor"> [257]</a>. Son oncle Renaud de Sévigné joua un -rôle plus important. Le coadjuteur lui donna le commandement -du régiment qu'il fit lever à ses frais pour la -défense de Paris; et comme Gondi avait aussi le titre d'archevêque -de Corinthe, on nomma le régiment que commandait -Renaud de Sévigné, le régiment de Corinthe. -Quand ce corps eut été battu dans une sortie, les royalistes -appelèrent cette déroute <i>la première aux Corinthiens</i>, -plaisanterie qui fit rire les frondeurs eux-mêmes<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor"> [258]</a>. Renaud -de Sévigné fut encore employé par le coadjuteur dans -quelques-unes des nombreuses négociations qu'on pouvait -dire être continuelles en ces temps de trouble, où l'on ne -se déclarait presque jamais pour un parti sans offrir en -même temps des conditions, pour prix de sa défection, -au parti contraire. Renaud de Sévigné fut pendant la -Fronde considéré comme un personnage assez notable -pour que le cardinal de Retz, dans une de ses conférences -avec la reine et Mazarin, ne voulût point faire sa paix -avec la cour sans le comprendre au nombre de ceux pour -lesquels il réclamait des indemnités pécuniaires<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor"> [259]</a>. Il demandait -pour lui 22,000 livres, ou 44,000 fr. de notre monnaie -actuelle. Aucune mention ne fut faite alors du marquis -de Sévigné. L'expédition où il avait été employé n'eut -aucun succès. Plusieurs nobles, et entre autres Saint-Évremond, -refusèrent de se joindre au duc de Longueville; -<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span> -et le projet qu'il avait de faire révolter la Normandie -échoua par l'arrivée du comte d'Harcourt, que la reine -se hâta d'envoyer dans cette province<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor"> [260]</a>.</p> - -<p>La duchesse de Longueville n'alla point rejoindre la -cour ni son mari; elle se déclara pour la Fronde, et resta -dans Paris. Toutes les femmes des seigneurs qui avaient -embrassé le même parti imitèrent son exemple. Madame -de Sévigné fut de ce nombre: elle n'accompagna point -son mari en Normandie, et resta dans la capitale. Les -courageuses résolutions de tant de beautés d'un haut -rang, qui avaient dans l'armée des assiégeants leurs -frères, leurs parents, leurs amis, excitèrent parmi les -bourgeois et le peuple un enthousiasme extraordinaire, -et accrurent encore le feu de la sédition.</p> - -<p>Bussy, que la reine n'avait pas mis dans le secret de -son évasion, s'échappa avec peine de Paris, maudissant -Mazarin, la guerre, et sa position, qui le forçaient de se -séparer de sa cousine, de servir le prince de Condé, dont -il était mécontent, et de suivre la cour, qui ne lui payait -point les deux années d'appointements dus pour sa lieutenance -de Nivernais<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor"> [261]</a>. Cependant il obéit avec zèle aux -ordres qui lui furent donnés. Il tira du Nivernais les régiments -qui y étaient en quartier, et d'Autun les chevau-légers -du prince de Condé; il conduisit toutes ces troupes -à Saint-Denis, où il fut placé sous les ordres du maréchal -Duplessis-Praslin<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor"> [262]</a>. Bussy envoya un de ses laquais à -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -Paris, pour lui ramener ses chevaux de carrosse; et pour -qu'on les laissât sortir de la ville, il les fit passer pour -être ceux de son oncle le grand prieur du Temple. Il ne -négligea pas en cette occasion d'écrire à sa cousine, et lui -envoya la lettre suivante<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor"> [263]</a>:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«A Saint-Denis, 5 février 1649.</p> - -<p>«J'ai longtemps balancé à vous écrire, ne sachant si -vous étiez devenue mon ennemie ou si vous étiez toujours -ma bonne cousine, et si je devais vous envoyer un -laquais ou un trompette. Enfin, me ressouvenant de vous -avoir ouïe blâmer la brutalité d'Horace pour avoir dit à -son beau-frère qu'il ne le connaissait plus depuis la guerre -déclarée entre leurs républiques, j'ai cru que l'intérêt de -votre parti ne vous empêcherait pas de lire mes lettres; et -pour moi, je vous assure que, hors le service du roi -mon maître, je suis votre très-humble serviteur.</p> - -<p>«Ne croyez pas, ma chère cousine, que ce soit ici la -fin de ma lettre: je vous veux dire encore deux mots de -notre guerre. Je trouve qu'il fait bien froid pour faire -garde. Il est vrai que le bois ne nous coûte rien ici, et que -nous y faisons <i>grande chère</i> à bon marché. Avec tout -cela il m'y ennuie fort; et sans l'espérance de vous faire -quelque plaisir au sac de Paris, et que vous ne passerez -que par mes mains, je crois que je déserterais. Mais cette -vue me fait prendre patience.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -«J'envoie ce laquais pour me rapporter de vos nouvelles, -et pour me faire venir mes chevaux de carrosse, -sous le nom de notre oncle le grand prieur. Adieu, ma -chère cousine.»</p> -</div> - -<p>Le lendemain du jour qui suivit le départ de cette -lettre, Bussy partit de Saint-Denis dans la nuit, aux flambeaux, -par un froid excessif; et au lever de l'aurore sa -cavalerie se trouva rangée entre le parc de Vincennes et -Conflans. Condé attaqua Charenton et s'en empara, mais -seulement après trois combats meurtriers. Le marquis de -Chaulieu du côté des frondeurs, et Gaspard de Coligny, -duc de Châtillon, du côté des royalistes, y furent tués<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor"> [264]</a>. -Les frondeurs s'étaient emparés de Brie-Comte-Robert. -On forma le projet de reprendre cette place, dans le dessein -où l'on était d'affamer Paris. Le maréchal de Grancey -eut cette commission, et le maréchal Duplessis-Praslin -fut chargé de protéger ses opérations avec un corps de -troupes. Les chevau-légers de Bussy en faisaient partie. -Il marcha donc pour cette expédition, qui ne dura que -huit jours<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor"> [265]</a>. Revenu dans son cantonnement de Saint-Denis, -Bussy apprit que les gens du maréchal la Mothe-Houdancourt -avaient rencontré sur la route ses chevaux -<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -que son cocher lui amenait, et qu'ils s'en étaient emparés. -Bussy se décida à envoyer un trompette au maréchal pour les -réclamer, et en même temps il chargea le trompette -de la lettre suivante pour madame de Sévigné<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor"> [266]</a>:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Saint-Denis, le 5 mars 1649.</p> - -<p>«C'est à ce coup que je vous traite en ennemie, Madame, -en vous écrivant par mon trompette. La vérité est -que c'est au maréchal de la Mothe que je l'envoie, pour le -prier de me renvoyer les chevaux du carrosse du grand -prieur notre oncle, que ses domestiques ont pris comme -on me les amenait. Je ne vous prie pas de vous y employer, -car c'est votre affaire aussi bien que la mienne; -mais nous jugerons, par le succès de votre entremise, -quelle considération on a pour vous dans votre parti; -c'est-à-dire que nous avons bonne opinion de vos généraux, -s'ils font le cas qu'ils doivent de vos recommandations.</p> - -<p>«J'arrive présentement de notre expédition de Brie-Comte-Robert, -las comme un chien. Il y a huit jours -que je ne me suis déshabillé: nous sommes vos maîtres, -mais il faut avouer que ce n'est pas sans peine. La guerre -de Paris commence fort à m'ennuyer. Si vous ne mourez -bientôt de faim, nous mourrons de fatigue; rendez-vous, -ou nous allons nous rendre. Pour moi, avec tous mes -autres maux, j'ai encore une extrême impatience de vous -voir. Si M. le cardinal (<i>Mazarin</i>) avait à Paris une cousine -<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -faite comme vous, je me trompe fort, ou la paix se -ferait à quelque prix que ce fût; tant y a que je la ferais, -moi, si j'étais à sa place, car, sur ma foi, je vous -aime fort.»</p> -</div> - -<p>Madame de Sévigné s'employa d'une manière active -pour faire rendre à son cousin ses chevaux; mais le maréchal -de la Mothe s'y refusa. Elle répondit à la lettre de -Bussy, et lui apprit le mauvais succès de sa négociation. -On voit, par la réponse qu'il lui adressa le même jour, -l'empressement qu'il mettait à saisir toutes les occasions -de correspondre avec elle, et le plaisir qu'il avait à la -railler sur les défaites de son parti<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor"> [267]</a>.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Saint-Denis, le 6 mars 1649.</p> - -<p>«Tant pis pour ceux qui vous ont refusé mes chevaux, -ma belle cousine; je ne sais pas si cela leur fera grand -profit, mais je sais bien que cela ne leur fait pas grand -honneur. Pour moi, je suis tout consolé de cette perte, -par les marques d'amitié que j'ai reçues de vous en cette -rencontre. Pour M. de la Mothe, <i>maréchal</i> de la Ligue, -si jamais il avait besoin de moi, il trouverait un chevalier -peu courtois.</p> - -<p>«Mais parlons un peu de la paix: qu'en croit-on à -Paris? L'on en a ici fort méchante opinion: cela est -étrange que les deux partis la souhaitent, et qu'on n'en -puisse venir à bout.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -«Vous m'appelez insolent, de vous avoir mandé que -nous avions pris Brie. Est-ce que l'on dit à Paris que cela -n'est pas vrai? Si nous en avions levé le siége, nous aurions -été bien inquiets; car pour vos généraux, ils ont eu -toute la patience imaginable: nous aurions tort de nous -en plaindre.</p> - -<p>«Voulez-vous que je vous parle franchement, ma belle -cousine? Comme il n'y a point de péril pour nous à courre -avec vos gens, il n'y a point aussi d'honneur à gagner: -ils ne disputent pas assez la partie, nous n'y avons point -de plaisir; qu'ils se rendent, ou qu'ils se battent bien. Il -n'y a, je crois, jamais eu que cette guerre où la fortune -n'ait point eu de part: quand nous pouvons tant faire que -de vous trouver, c'est un coup sûr à nous que de vous -battre, et le nombre ni l'avantage du lieu ne peuvent pas -seulement faire balancer la victoire.</p> - -<p>«Ah! que vous m'allez haïr, ma belle cousine! toutes -les fleurettes du monde ne pourront pas vous apaiser.»</p> -</div> - -<p>Cette paix que Bussy désirait tant fut conclue six jours -après la lettre que nous venons de citer. Elle fut consentie -le 11 mars entre la reine et les commissaires du parlement; -mais on ne le sut à Paris que le 13, et la déclaration -royale qui en réglait les dispositions ne fut approuvée -par le parlement que le 1<sup>er</sup> avril. On convint d'une trêve -de trois jours entre les parties belligérantes, à partir du -jour où les commissaires du parlement étaient tombés -d'accord des conditions de la paix avec la reine. On renouvelait -cette trêve tous les trois jours avant qu'elle -fût expirée, afin de procurer au parlement le temps de -délibérer et de donner son approbation. Bussy, dans cet -intervalle, entreprit de se rendre à Paris, afin de voir sa -cousine. Arrivé à la porte Saint-Martin, où il se présenta -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> -accompagné de son frère et de deux autres personnes, -l'officier du poste, à moitié ivre, voulut l'empêcher de -passer outre, et lui demanda s'il avait un billet du maréchal -Duplessis. Bussy lui répondit que la trêve était publiée, -et qu'il n'avait pas besoin de billet pour entrer. -L'officier lui dit qu'il n'entrerait pas sans billet. Bussy, -contrarié de ce refus, déclara qu'il s'en allait aussi de son -côté empêcher les gens de Paris d'entrer à Saint-Denis. -Alors l'officier se mit à crier «au Mazarin!» Aussitôt Bussy -fut enveloppé par une foule de gens qui sortirent des maisons -environnantes: on l'assaillit lui et ses compagnons. -Bussy reçut un coup de bâton sur la tête, qui lui fit une -large blessure, et ce fut avec peine qu'on parvint à le faire -entrer, ainsi que sa suite, dans un corps de garde voisin. -On s'occupa à panser sa blessure; mais la multitude augmentait -autour de lui et de ceux qui l'accompagnaient. -On se pressait pour les voir comme des bêtes curieuses; -on vociférait, on menaçait de les massacrer. Bussy, dans -cette situation critique (il dit dans ses Mémoires qu'il n'a -jamais vu la mort de si près), osa prendre à partie un -homme qui s'emportait en injures contre le roi; mais -comme en même temps Bussy, en défendant le roi, se mit -à maudire Mazarin, il fut applaudi par le peuple et ne -courut plus de danger: on lui permit d'écrire, et il en -profita pour donner avis de son aventure au chevalier -Dufresnoy, qui vint six heures après, muni d'un ordre du -prévôt des marchands, délivrer les malheureux captifs. -Le chevalier Dufresnoy prit Bussy dans son carrosse, et -le conduisit au Temple, chez son oncle le grand prieur.</p> - -<p>Bussy ne put jouir longtemps du bonheur de se trouver -à Paris avec sa cousine. Le prince de Condé, qui avait -contre lui des sujets de mécontentement graves, ou à qui -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -son esprit caustique et son caractère présomptueux et -moqueur avaient déplu, cherchait à lui occasionner des -dégoûts; il voulait que Bussy vendît à Guitaut sa charge -de capitaine-lieutenant des chevau-légers. Le comte de -Guitaut était cornette dans cette compagnie, et il avait -toute la confiance du prince<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor"> [268]</a>. Bussy résista; alors Condé -donna l'ordre à sa compagnie de chevau-légers de marcher -en Flandre. La guerre s'y continuait. Les Espagnols, -profitant des troubles civils, avaient repris Ypres et Saint-Venant. -Bussy évita cette fois l'obligation de se rendre à -l'armée, en chargeant son maréchal des logis de l'exécution -des ordres qu'il avait reçus, et en prétextant des -affaires de famille qui exigeaient sa présence en Bourgogne, -où en effet il eut soin de se rendre. Malheureusement -pour lui, le prince de Condé y vint aussi, et Bussy -se trouva dans la nécessité d'aller lui rendre ses devoirs à -Dijon. Là, le prince lui réitéra l'ordre d'aller à l'armée; -il fallait nécessairement ou vendre sa charge, ou faire la -campagne: Bussy préféra ce dernier parti<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor"> [269]</a>.</p> - -<p>Ni les projets de mariage que Bussy formait à cette -époque<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor"> [270]</a>, ni la mort du seul frère qui lui restait, et dont -il avait reçu des marques de dévouement et d'amitié<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor"> [271]</a>, ni -l'amour qu'il avait pour sa cousine, ne pouvaient arrêter -ce besoin d'intrigues galantes qui le dominait. Pendant -son séjour à Paris, il eut occasion de voir dans le Temple, -où il demeurait, deux demoiselles<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor"> [272]</a>. Elles étaient sœurs, -<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span> -«aussi jolies femmes, dit-il, qu'il y en eût en France, et -jusque alors en fort bonne réputation». Elles demeuraient -avec leur mère. De concert avec un autre gentil-homme, -qui devait l'accompagner à l'armée comme volontaire, -Bussy s'introduisit chez elles, et se fit aimer de la cadette, -tandis que son compagnon adressait ses hommages à -l'aînée. Tous deux se montraient fort assidus dans cette -maison, et n'en sortaient le soir que fort tard. D'après -une lettre de Bussy, datée de Clermont en Beauvoisis le -15 septembre 1649, il paraît même que les deux galants -passèrent avec les deux sœurs la nuit entière du jour qui -précéda leur départ pour l'armée; mais cette lettre même -prouve qu'ils ne purent parvenir à exécuter leurs coupables -projets de séduction.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XIV.<br /> -<span class="medium">1649-1650.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Réflexions sur l'effet des dissensions civiles.—Bussy ne se détermine -que par son seul intérêt.—Arrestation des princes.—Effets produits -par cette mesure.—Récit des circonstances qui l'ont amenée.—Rôle -que joue Gondi au milieu de ces événements.—Bussy -offre de vendre sa charge à Guitaut, qui s'y refuse.—Bussy -ne se déclare pour aucun parti.—Il se marie.—Il continue à -suivre le parti de Condé.—Il enlève en Berry le régiment du -comte de Saint-Aignan.—Bussy est toujours amoureux de madame -de Sévigné.—Il charge Launay-Liais de lui remettre une -lettre.—Lettre de Bussy à madame de Sévigné.—Vanité de Launay-Liais.—Tavannes -lui adresse un mot humiliant.—Launay-Liais -avait toute la confiance de Bussy.—Bussy, par son secours, -se rend en Bourgogne, et échappe aux ennemis au moyen d'un déguisement.—Réflexions -sur les travestissements pendant toute la -durée de la Fronde.</p> -</div> - -<p>Les dissensions civiles, en se prolongeant, ne manquent -jamais de montrer le triste spectacle des torts de tous les -partis; ceux même qui y étaient entrés avec les penchants -et les illusions de la vertu, honteux des souillures -qu'ils ont contractées dans la lutte, finissent presque toujours -par se renfermer dans le cercle étroit des intérêts -individuels, et achèvent de se dégrader, en ne reconnaissant -plus pour seul mobile de leurs actions qu'un lâche -égoïsme. Alors tout amour du bien public s'éteint; les -cœurs deviennent insensibles à toute généreuse sympathie; -l'âme se flétrit, tout ce qu'elle avait de divin disparaît; -semblable à ces aromates qui, après avoir répandu -au loin l'odeur et l'éclat de leur ardent brasier, ont -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -perdu par la combustion jusqu'à la faculté de s'enflammer, -et ne forment plus qu'une cendre vile, sans chaleur, -sans lumière et sans parfum.</p> - -<p>Bussy n'était pas même au rang de ceux dont le patriotisme -avait besoin d'être détrompé par l'inutilité de ses -efforts: jamais il ne s'était laissé guider par d'autre motif -que par son ambition, sa cupidité et les autres passions -qui le dominaient. Quoique mécontent du prince de -Condé, il n'avait pas hésité à suivre son parti, parce que -c'était en même temps celui de la cour, dont il attendait -des grâces. Lorsque la paix fut faite, il se disposait à -quitter le prince et à s'attacher à Mazarin, qui était -devenu la source des faveurs, tandis que Condé perdait -tous les jours de son crédit. Bussy avait consenti, dans ce -but, à vendre à Guitaut sa charge de capitaine de chevau-légers; -Condé le pressait de conclure. Le 18 janvier 1650 -Bussy était allé rendre ses devoirs au prince, qui lui demanda -si son affaire avec Guitaut était terminée, ajoutant -que l'argent de ce dernier était tout prêt. C'était le prince -qui le lui prêtait. Bussy promit de terminer cette affaire -sans perdre de temps; et en effet telle était son intention<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor"> [273]</a>. -Mais le soir même il apprit que le prince de Condé, le -prince de Conti, son frère et le duc de Longueville, -avaient été arrêtés au Palais-Royal, au sortir du conseil, -et conduits à Vincennes comme prisonniers d'État<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor"> [274]</a>.</p> - -<p>Cet événement inattendu, qui frappa de stupeur la -cour, Paris, la France entière, paraîtrait inexplicable, si -les Mémoires des principaux acteurs qui occupaient alors -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -la scène politique, et qui pour cette seule année forment -plusieurs volumes, ne nous avaient fait connaître jusque -dans les plus petits détails les luttes secrètes des partis, -la complication des intérêts individuels, la multiplicité -des intrigues, qui rendirent un tel acte de l'autorité non-seulement -possible, mais nécessaire. Autrement, on ne -pourrait comprendre comment la reine et son ministre -purent arbitrairement et injustement faire arrêter et -conduire en prison le vainqueur de Rocroi et de Lens, -le héros qui avait deux fois sauvé la France et la capitale -des armes de l'Espagne, le prince du sang qui avait soutenu -l'autorité du roi contre les Parisiens révoltés, le -plus éminent des pairs de France; et cela sans qu'il eût -conspiré contre l'État, sans qu'il pût être accusé d'aucun -délit. On ne pourrait même deviner pourquoi toute la -cour avait à se féliciter d'une si violente et si injuste rigueur; -pourquoi le parlement, dont Condé avait maintenu -l'autorité contre les séditieuses émeutes de la Fronde, -ne songea pas à réclamer contre une telle atteinte portée -aux lois du royaume, aux conventions protectrices de la -liberté individuelle faites entre lui et le gouvernement; -pourquoi, enfin, le peuple de Paris fit des feux de joie en -apprenant la captivité de ce même prince dont il fêta -depuis le retour par d'autres feux de joie, et des acclamations -non moins unanimes et non moins bruyantes<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor"> [275]</a>.</p> - -<p>Notre sujet exige que les lecteurs connaissent l'enchaînement -des scènes politiques qui amenèrent de si -étranges résultats.</p> - -<p>L'accommodement fait l'année précédente était plutôt -une trêve entre les partis qu'une paix solide. Le parlement -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -avait conservé le droit de s'assembler et de délibérer -sur les affaires d'État, ce que la cour avait voulu empêcher; -et Mazarin resta ministre, quoique le parlement, le -peuple, les princes mêmes eussent désiré qu'il cessât de -l'être. Ce qui prolonge l'infortune des États, c'est que -rarement parmi les hommes qui se montrent les plus -actifs et les plus habiles au renversement d'un gouvernement, -il s'en trouve qui soient capables de le conduire; -et quand ils existent, le sort s'arrange presque toujours -de manière à ce que les circonstances les empêchent -de se placer au premier rang. C'était à Gaston, oncle -du roi, lieutenant général du royaume, qu'appartenait, -de concert avec la régente, la principale direction des affaires; -mais Gaston se reconnaissait lui-même trop faible -et trop incapable pour prétendre à se charger d'un tel fardeau. -Il ne voulait rien décider, et se trouvait offensé quand -on décidait sans lui. Jaloux de l'influence de Mazarin, plus -jaloux encore de celle de Condé, aucun des deux ne pouvait -prétendre à gouverner avec lui; et cependant Gaston -était assez puissant pour avoir un parti et empêcher qu'on -ne pût gouverner sans lui: propre à s'opposer à tout, inhabile -à rien exécuter. Lors même qu'Anne d'Autriche -eût consenti à éloigner son ministre, à vaincre sa répugnance -pour la Fronde et les frondeurs, elle n'aurait pu -former un gouvernement avec les chefs de ce parti. Le -duc de Beaufort, son chef nominal, était sans instruction -et sans esprit. Gondi, son véritable chef, homme éloquent, -spirituel, hardi, habile dans la conduite des affaires, -dans l'art de se faire des partisans, brave, généreux, loyal -même quand il suivait les mouvements de son âme et ses -inclinations naturelles, était sans foi, sans scrupule, sans -retenue, sans prévoyance, quand il s'abandonnait à ses -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -passions, qui le poussaient sans cesse à un libertinage -excessif et hors de raison. Un tel homme n'eût pu remplacer -celui qui s'était depuis longtemps formé aux affaires -de France sous un maître tel que Richelieu; qui, profondément -dissimulé, était inaccessible à tout sentiment qui -aurait pu déranger les calculs de son ambition. D'ailleurs, -ainsi que Mazarin, Gondi eût eu contre lui les princes, et -n'eût pu résister à leurs nombreux partisans. Gondi avait, -par l'ascendant de ses talents, une grande influence dans -le parlement de Paris; mais on s'y défiait de lui, et cette -compagnie, dans sa composition hétérogène, offrait plutôt -des moyens à l'opposition que des forces au gouvernement. -Condé, à qui l'État devait sa gloire et le roi sa -sûreté, était donc le seul sur lequel Anne d'Autriche aurait -pu s'appuyer; mais ce jeune héros était sans capacité pour -les affaires. Il n'aurait donc pu remplir le vide qu'eût laissé -la retraite de Mazarin. Condé, dont l'orgueil était encore -exalté par les flatteries des jeunes seigneurs qui formaient -sa cour, et qu'on appelait les petits maîtres, n'usait de -l'influence que sa position lui donnait que pour arracher -de Mazarin les places et les grâces dont il pouvait disposer: -lui et ses adhérents se montraient insatiables. Ainsi, -Condé se rendait redoutable et odieux à Mazarin, et se -faisait détester du peuple comme soutien de Mazarin, en -même temps qu'il choquait, par son arrogance, le parlement, -déjà indisposé contre lui à cause de son avidité et -de son ambition<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor"> [276]</a>.</p> - -<p>Tel était l'état des choses, lorsque des circonstances singulières, -qui accompagnèrent le meurtre d'un des domestiques -de Condé, firent croire à ce prince que les chefs de -<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span> -la Fronde avaient conspiré contre lui pour l'assassiner. Il -crut, par ce crime, avoir trouvé une occasion d'anéantir -cette faction dans la personne de ses chefs, et il intenta -un procès en parlement contre les auteurs de ce meurtre. -La voix publique en indiquait particulièrement deux, -Beaufort et Gondi; et Condé, par son accusation, espérait -les forcer à quitter Paris, où ils trouvaient dans le peuple -leur principal moyen d'influence. Mais en attaquant ainsi, -et pour ainsi dire corps à corps, les deux hommes les plus -populaires, Condé ne ménageait pas davantage le premier -ministre. Il se conduisait avec lui avec tant de hauteur et -d'arrogance, que la jeune noblesse qui entourait ce prince, -lorsqu'elle voulait le flatter, appelait Mazarin son esclave<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor"> [277]</a>. -Un gentil-homme nommé Jarzé, attaché à Condé, s'imagina -follement que la reine régente avait du goût pour -lui; et il osa lui faire parvenir une déclaration d'amour. -La reine, en présence de toute la cour, le tança en termes -très-durs sur sa ridicule fatuité, et lui défendit de jamais -paraître devant elle. Le prince de Condé se prétendit -blessé de l'affront fait à Jarzé; et dès le lendemain il alla -voir le premier ministre, et exigea insolemment que Jarzé -fût reçu le soir même chez la reine. Anne d'Autriche se -soumit, mais ne put supporter une telle humiliation sans -chercher à s'en venger. Dans le cœur d'une femme, tout -ressentiment cède à celui de l'orgueil irrité. Un billet écrit -au coadjuteur, de la main même d'Anne d'Autriche, amena -près d'elle ce singulier archevêque, ce tribun si redouté. -Des négociations avaient précédé cette entrevue. Les -conditions de l'accord furent facilement stipulées. Gondi, -avec une inexprimable adresse et un bonheur extraordinaire, -<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -se joua au milieu des intrigues qui en furent la -suite. Il parvint à se rendre le confident de Gaston; il le -fit renoncer à son favori l'abbé de la Rivière; il l'engagea -dans la coalition qui venait de s'opérer entre la cour et -la Fronde, et il obtint son assentiment pour l'arrestation -des trois princes. Tout réussit: la reine régente, au moment -du conseil, donna l'ordre fatal, puis se renferma -dans son oratoire. Elle fit mettre à ses côtés l'enfant-roi, -afin qu'il priât Dieu de concert avec elle pour obtenir -l'heureux achèvement d'un acte tyrannique, qui devait -produire dans le royaume de nouveaux malheurs et rallumer -le feu des guerres civiles<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor"> [278]</a>.</p> - -<p>Aussitôt que Bussy connut l'arrestation du prince de -Condé, il alla trouver Guitaut, et lui proposa de signer le -traité, sur lequel ils étaient tombés d'accord; mais Guitaut -s'y refusa, disant que l'argent dont il avait besoin -devait être fourni par le prince, dont la captivité empêchait -l'exécution de la promesse qu'il avait faite. Alors Bussy -n'osa se déclarer pour la cour, comme il en avait le projet, -parce que Condé l'aurait privé, et à bon droit, du prix de -sa charge de capitaine-lieutenant des chevau-légers. Toutefois, -il ne s'empressa pas de prendre parti pour un prince -dont il croyait avoir à se plaindre. Il s'abstint d'aller au -Palais-Royal; mais il ne rejoignit pas les autres officiers -du prince de Condé, qui s'étaient renfermés dans Stenay -et dans Bellegarde. Pour pouvoir garder une sorte de neutralité -et tarder à se déclarer, il profita des soins et des -préparatifs qu'exigeait son mariage projeté avec Louise -<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -de Rouville, cousine issue de germain de Marguerite de -Lorraine, seconde femme de Gaston, duc d'Orléans. La -mère de Bussy et son oncle le grand prieur de France le -pressaient de conclure cette union, dans l'espoir de voir -continuer le nom des Rabutins, dont Bussy était le seul -rejeton mâle. Ce mariage se fit au mois de mai<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor"> [279]</a>. Dès lors, -quoique le parlementent eût enregistré sans opposition la déclaration -royale qui faisait connaître les motifs de l'arrestation -des princes, quoique la Normandie et la Bourgogne -se fussent soumises à la cour, cependant une partie de la -Guienne, la ville et le parlement de Bordeaux, avaient levé -l'étendard de la révolte et s'étaient déclarés pour Condé. -Turenne et la duchesse de Longueville avaient, pour soutenir -la cause des princes captifs, rassemblé des troupes -à Stenay. Un fort parti s'était formé pour eux dans le parlement -de Paris et dans toute la France. Toute la noblesse -était à juste titre révoltée d'un acte aussi inique d'oppression -envers un prince du sang, et envers un guerrier -qui avait rendu de si grands services à l'État. Bussy, sans -se priver du droit qu'il avait au remboursement de sa -charge, ne pouvait hésiter plus longtemps à prendre le parti -de Condé; il se déclara donc pour lui. Clémence de Maillé, -femme du prince, qui dans cette crise déploya un courage -et une force de caractère dont personne, et son -époux moins que tout autre, ne l'aurait crue capable, -s'était échappée de Chantilly, et s'était renfermée dès le -14 avril dans Montrond<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor"> [280]</a>. Ce château, qui depuis l'année -1621 appartenait à la maison de Condé, était alors bien -fortifié, et dominait la petite ville de Saint-Amand dans -<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span> -le Bourbonnais. La princesse quitta Montrond pour se -rendre à Bordeaux, où elle arriva le 15 juin<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor"> [281]</a>. Les ducs -de Bouillon et de La Rochefoucauld, aidés du parlement -et du peuple, se disposaient à y soutenir un siége contre -l'armée royale; et la princesse, qui s'y était renfermée -avec eux, envoya un exprès à Paris, pour donner l'ordre -aux comtes de Bussy, de Tavannes et de Chastelux de se -rendre à Montrond. Elle écrivit en particulier à Bussy -pour l'engager, lorsqu'il serait dans le pays, à faire tous -ses efforts, à user de l'influence que lui donnait sa qualité -de lieutenant de roi de Nivernais, pour se rendre maître -de la Charité-sur-Loire<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor"> [282]</a>. Bussy obéit; et, après avoir -reçu à Montrond ses commissions, il ouvrit la campagne -en Berry par l'enlèvement d'une partie du régiment -d'infanterie du comte de Saint-Aignan.</p> - -<p>Cependant ni la guerre ni le mariage conclu avec Louise -de Rouville ne purent triompher de la passion que Bussy -avait conçue pour sa cousine et le distraire de ses projets -sur elle. Il l'avait laissée à Paris, toujours fidèle au parti -de Gondi ou de la Fronde, et par conséquent actuellement -dans celui de la cour et de Mazarin, réuni à celui de la -Fronde, ou ayant fait avec ce parti un pacte momentané -contre l'ennemi commun. Ainsi madame de Sévigné se -trouvait contraire au parti des princes, dans lequel Bussy -était engagé. Le sort semblait s'attacher à placer le cousin -et la cousine, qui toujours désiraient se réunir, dans des -camps opposés et ennemis. Launay-Liais, ce gentil-homme -breton dont nous avons parlé<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor"> [283]</a>, que madame de Sévigné -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -avait recommandé à Bussy, et qu'il avait pris à son service, -désira se rendre à Paris. Bussy le lui permit, et -saisit cette occasion, que peut-être lui-même avait fait -naître, pour envoyer à sa cousine la lettre suivante, datée -de Montrond le 2 juillet<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor"> [284]</a>:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Au camp de Montrond, ce 2 juillet 1650.</p> - -<p>«Je me suis enfin déclaré pour M. le Prince, ma belle -cousine; ce n'a pas été sans de grandes répugnances, car -je sers contre mon roi un prince qui ne m'aime pas. Il -est vrai que l'état où il est me fait pitié; je le servirai -donc pendant sa prison comme s'il m'aimait; et s'il en -sort jamais, je lui remettrai sa lieutenance, et je le quitterai -aussitôt pour rentrer dans mon devoir.</p> - -<p>«Que dites-vous de ces sentiments-là, madame? Mandez-moi, -je vous prie, si vous ne les trouvez pas grands -et nobles. Au reste, écrivons-nous souvent, le cardinal -n'en saura rien; et s'il venait à le découvrir et à vous -faire donner une lettre de cachet, il est beau à une femme -de vingt ans d'être mêlée dans les affaires d'État. La -célèbre madame de Chevreuse n'a pas commencé de meilleure -heure. Pour moi, je vous l'avoue, ma belle cousine, -j'aimerais assez à vous faire faire un crime, de quelque -nature qu'il fût. Quand je songe que nous étions déjà l'année -passée dans des partis différents, et que nous y sommes -encore aujourd'hui, quoique nous en ayons changé, -je crois que nous jouons aux barres. Cependant votre -parti est toujours le meilleur; car vous ne sortez point de -<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -Paris, et moi je vais de Paris à Montrond, et j'ai peur -qu'à la fin je n'aille de Montrond au diable.</p> - -<p>«Pour nouvelles, je vous dirai que je viens de défaire -le régiment de Saint-Aignan; si le mestre de camp y avait -été en personne, je n'en aurais pas eu si bon marché.</p> - -<p>«Le sieur de Launay-Liais vous dira la vie que nous -faisons; c'est un garçon qui a du mérite, et que par cette -considération je servirai volontiers; mais la plus forte -sera parce que vous l'aimez, et que je croirai vous faire -plaisir. Adieu, ma belle cousine.»</p> -</div> - -<p>Launay-Liais avait accompagné Bussy lorsqu'il partit -de Paris en poste avec Tavannes, Chastelux et Chavagnac, -et quelques autres officiers de Condé, pour se rendre -à Montrond. Bussy et ses compagnons avaient tous pris, -pour leur sûreté, des noms supposés. Launay-Liais voulut -les imiter, et semblait éprouver de la difficulté à choisir -un nom pour lui; Tavannes, qui trouva sa vanité ridicule, -lui dit: «Prenez le nom que j'ai adopté, et je m'appellerai -Launay-Liais; plus certain de me cacher avec ce nom -mieux que qui que ce soit dans la compagnie.» Bussy, -qui rapporte dans ses Mémoires<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor"> [285]</a> ce trait humiliant pour -ce pauvre gentil-homme, eut beaucoup à se louer de ses -services et de sa fidélité. Quand Bussy fut obligé de se -rendre à Paris, et d'y demeurer déguisé, afin de conférer -avec le duc de Nemours sur les moyens de servir la cause -des princes, il avoue que Launay-Liais était le seul en qui -il pût avoir une confiance entière. Deux mois plus tard, -Bussy fut forcé de se déguiser encore pour se rendre en -Bourgogne; la mort de sa mère l'obligeait à participer de -sa personne à l'arrangement de ses affaires. Ce fut encore -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -Launay-Liais qu'il employa pour achever heureusement -ce voyage difficile, et dangereux pour lui dans les circonstances -où il se trouvait. Bussy fit jouer à Launay-Liais -le rôle du maître, et le faisait marcher en avant; -tandis que lui, affublé d'une perruque noire, avec un emplâtre -sur l'œil, et de tout point méconnaissable, suivait à -cheval comme domestique, et portait la valise<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor"> [286]</a>. Jamais -l'on ne vit un plus grand nombre de déguisements et de -travestissements, même de la part des plus hauts personnages, -que pendant les quatre années que dura la -Fronde. Les aventures qui les rendaient nécessaires, ou -auxquelles ils donnaient lieu, surpassaient tout ce que -les auteurs des comédies espagnoles, alors à la mode, -avaient imaginé de plus étrange, de plus inattendu et -de plus romanesque.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XV.<br /> -<span class="medium">1650.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -L'arrestation des princes augmente le nombre des partis.—On en -compte cinq.—Celui de Mazarin.—Celui de Condé, ou la nouvelle -Fronde.—Celui de l'ancienne Fronde, ou de Gondi.—Celui -du parlement.—Celui de Gaston.—Noms des chefs et des principaux -personnages de chaque parti.—Leurs caractères, leurs -intrigues.—Nature de l'attachement d'Anne d'Autriche pour son -ministre.—Motifs qui faisaient agir Mazarin, Gaston, La Rochefoucauld, -Turenne, Châteaubriand, Nemours, Gondi, et la duchesse -de Chevreuse.—Madame de Sévigné, liée avec la duchesse -de Chevreuse, lui donne un souper splendide.—Citation de la -<i>Gazette</i> de Loret à ce sujet.—Loret appartenait au parti de la -cour.—Sa <i>Gazette</i> était dédiée à mademoiselle de Longueville; -caractère de cette princesse.</p> -</div> - -<p>L'arrestation des princes avait singulièrement compliqué -les événements de la scène politique; elle avait déplacé -tous les intérêts, et au lieu de réunir les partis et de -les comprimer, elle en avait augmenté le nombre. On en -comptait cinq, représentés par autant de chefs principaux, -autour desquels se groupaient toutes les affections et -toutes les ambitions particulières.</p> - -<p>D'abord le parti de Mazarin, seul contre tous, dont -Servien, la marquise de Sablé, et quelques autres personnages -de la cour, étaient plutôt les complices intéressés -que les partisans<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor"> [287]</a>. Ce parti avait pour appui l'habileté -<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -de son chef, la prédilection invincible, l'inébranlable fermeté -d'Anne d'Autriche, et le nom du roi. C'était là toute -sa force, mais cette force était immense; c'était elle qui -lui assurait l'obéissance d'hommes éclairés et consciencieux, -tels que les Palluau, les Duplessis-Praslin, les Saint-Simon, -ayant une grande influence dans l'armée; les -Brienne, dans la diplomatie; les Talon, les de Mesmes<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor"> [288]</a>, -dans la magistrature. Ces hommes obéissaient au premier -ministre par honneur, et par suite de leurs habitudes monarchiques. -Au milieu des déchirements des partis, ils ne -voyaient d'autorité légitime que dans la reine régente: -mais ils souhaitaient, aussi vivement peut-être que ceux -des partis contraires, que Mazarin fût éloigné. Cet étranger -les exposait tous à l'animosité publique qui le poursuivait. -Anne d'Autriche employa souvent les artifices familiers -à son sexe pour détourner leur opposition dans le -conseil, et calmer leurs mécontentements.</p> - -<p>Le parti des princes, que les succès des ennemis de la -France durant leur captivité rendaient de jour en jour -plus populaires et plus intéressants, était composé de toute -la jeune noblesse. De ces chefs apparents, le seul capable -de le diriger était le duc de Bouillon. Mais pour conduire -un parti il faut s'identifier avec lui, se dévouer à lui tout -entier; et le duc de Bouillon avait des vues particulières, -étrangères, ou même contraires, à l'intérêt de son parti; -et avant cet intérêt il plaçait celui du maintien ou de l'élévation -de sa maison. La duchesse de Longueville, la princesse -de Condé, La Rochefoucauld et Turenne n'avaient -ni assez de finesse, ni assez d'habileté en intrigues, pour -pouvoir diriger ce parti et lutter contre Mazarin; mais ils -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -étaient secondés par trois hommes qui, quoique obscurs, -déployèrent dans ces circonstances difficiles des talents -extraordinaires. C'était Lenet, qui ne quittait pas la princesse -de Condé, et la servait de sa plume et de ses conseils; -c'était Montreuil, frère de l'ami de madame de Sévigné, -dont nous avons parlé. Montreuil, quoiqu'il n'ait jamais -rien publié, fut de l'Académie Française, et il était secrétaire -du prince de Condé. Il sut, par une adresse infinie, -et en imaginant sans cesse de nouveaux moyens, correspondre -avec les princes, et mettre toujours en défaut la vigilance -de leurs gardiens<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor"> [289]</a>. C'était surtout Gourville, qui, -après avoir porté la livrée comme valet de chambre du duc -de La Rochefoucauld, était devenu son homme d'affaires, -son confident, son ami; Gourville, qui sous un air épais -cachait l'esprit le plus fin, le plus délié, le plus fécond en -ressources; persuasif, insinuant, énergique, prompt, réfléchi; -sachant arriver au but par la route directe; ou, sous -les regards des opposants, l'atteindre inaperçu, par voies -souterraines et tortueuses: homme qui jamais ne connut -de situation, quelque désespérée qu'elle fût, sans avoir la -confiance qu'il pourrait en sortir. Les plus habiles considéraient-ils -une affaire comme perdue, Gourville survenait, -donnait de l'espoir, promettait de s'en mêler: aussitôt -le succès était certain et l'échec impossible.</p> - -<p>Cependant Gourville n'était pas même encore, sous le -rapport de l'habileté, le premier de son parti. Le personnage -qui méritait ce titre était une femme: c'était Anne -de Gonzague, princesse Palatine. Par son penchant à la -galanterie, elle n'échappait point aux faiblesses de son -sexe; mais par son calme imperturbable au milieu des plus -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -violentes agitations, par la hauteur de ses vues, la profondeur -de ses desseins, la justesse et la rapidité de ses résolutions, -l'art de tout faire concourir à son but, elle montra -dans toute sa vigueur le caractère de l'homme d'État -et l'âme du conspirateur<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor"> [290]</a>. Sa générosité l'avait portée à -tout faire pour tirer les princes de prison; elle y travaillait -constamment. Et tel est l'ascendant des talents et d'une -volonté énergique, que c'est à ses conseils que se soumettaient -tous les partisans des princes, c'est à elle qu'aboutissaient -les fils de toutes les intrigues<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor"> [291]</a>.</p> - -<p>Le parti des princes avait été surnommé la nouvelle -Fronde. L'ancienne, quoique ayant perdu de son énergie -par son union avec la cour, conservait cependant sa haine -contre le premier ministre. Il n'était pas au pouvoir de -Gondi de faire cesser entièrement ces dispositions hostiles; -mais il pouvait empêcher qu'elles ne fussent mises en action -d'une manière dangereuse. Gondi agit d'abord dans -ce sens avec bonne foi, et fut fidèle dans les premiers -moments à l'accord qu'il avait fait avec la reine. Peut-être -qu'on eût pu le rattacher alors pour toujours au parti -de la cour; mais Mazarin ne put croire que le coadjuteur, -si fertile en ruses, doué de tant de finesse, fût capable de -générosité et de franchise. Dans la pratique de la vie, la -défiance a ses dangers comme l'aveugle confiance; et on -échoue aussi bien pour n'avoir pas voulu croire à la vertu, -que pour n'avoir pas su deviner le vice. Mazarin jugeait -d'après lui-même un homme qui lui ressemblait sous beaucoup -de rapports, mais non pas sur tous. D'ailleurs, il -craignait qu'il ne cherchât à lui enlever l'affection de la -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -reine; et cette crainte n'était pas sans motifs. Gondi se vit -en butte aux soupçons et ensuite aux machinations du pouvoir, -qui travaillait à le perdre, tandis que lui compromettait -pour le pouvoir son influence et sa popularité. Il se -hâta, pour la reconquérir, de se jeter avec tout son parti -du côté des princes, et ne vit de salut que dans leur délivrance. -Cette alliance de deux camps depuis si longtemps -ennemis fut conclue entre le coadjuteur et la princesse -Palatine, et rendue tellement ferme et secrète par la confiance -que ces deux chefs de parti s'inspiraient mutuellement, -que Mazarin, qui redoutait sans cesse cette union, -qui la soupçonnait toujours, ne la connut d'une manière -certaine que quand elle éclata par ses effets<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor"> [292]</a>.</p> - -<p>Le parlement formait un quatrième parti. Non que -cette compagnie fût unanime; mais il y avait dans son -sein une honorable majorité qui repoussait également les -frondeurs, les séditieux et le ministre. Le parlement aurait -donc été disposé à se réunir au parti des princes, et -à lui prêter appui; mais il eût fallu pour cela que les chefs -de ce parti renonçassent à se lier avec les étrangers. Turenne -et madame de Longueville s'étaient joints aux Espagnols -pour combattre la France. La princesse de Condé, -les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, qui s'étaient -renfermés dans Bordeaux, avaient fait alliance avec eux, -et en avaient reçu des secours en argent. Les envoyés -espagnols à Paris conféraient journellement avec les chefs -de l'ancienne comme de la nouvelle Fronde.</p> - -<p>Gaston, qui aurait pu être le modérateur de tous les -partis, en formait à lui seul un cinquième. Ses irrésolutions -empêchaient qu'il ne donnât de force à aucun des -<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -autres, mais il formait à tous un obstacle redoutable. Son -inclination comme son intérêt auraient dû ne le jamais -faire dévier du parti de la cour; et il lui fut toujours opposé. -Poussé par sa jalousie contre Condé et contre le -premier ministre, il agissait d'une manière contraire à -ses désirs. Il ne manquait cependant ni d'esprit, ni de -finesse, ni même d'une sorte d'éloquence; et le chef-d'œuvre -de l'adresse de Gondi fut d'avoir su, selon le besoin -de ses desseins, mettre Gaston avec la Fronde contre les -princes, et ensuite pour les princes contre Mazarin.</p> - -<p>La complication et la multiplicité des partis n'était rien -en comparaison de celle des intérêts privés, qui se croisaient -tellement et en tant de sens divers, qui tournaient -avec une telle mobilité, que, dans l'ignorance où l'on -était des motifs secrets des principaux acteurs de cette -scène si vive, si mêlée, si turbulente, on ne concevait plus -rien à leurs actions, et on était disposé quelquefois à les -regarder tous comme des insensés, plus ennemis d'eux-mêmes -qu'ils ne l'étaient de leurs antagonistes.</p> - -<p>Si l'on en croyait les libelles du temps, et surtout la -satire en vers qui fit condamner le poëte Marlet<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor"> [293]</a> à être -pendu, l'obstination que mettait la reine régente à exposer -la couronne de son fils en gardant un ministre détesté -de tous s'expliquerait naturellement par une raison toute -différente de la raison d'État. L'avocat général Talon, -madame de Motteville et la duchesse de Nemours<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor"> [294]</a> disculpent -Anne d'Autriche sous ce rapport. Ce sont trois -témoins respectables et sincères; sans nul doute, ce qu'ils -ont dit, ils l'ont pensé. Mais MADAME, duchesse d'Orléans, -<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -Élisabeth-Charlotte, affirme dans sa correspondance<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor"> [295]</a> -qu'Anne d'Autriche avait épousé secrètement le -cardinal Mazarin, qui n'était point prêtre. Elle dit qu'on -connaissait tous les détails de ce mariage, et que l'on -montrait de son temps, au Palais-Royal, le chemin dérobé -par lequel Mazarin se rendait de nuit chez la reine. Elle -observe que ces mariages clandestins étaient fréquents à -cette époque, et cite celui de la veuve de Charles I<sup>er</sup>, qui -épousa secrètement son chevalier d'honneur. On peut penser -qu'Élisabeth-Charlotte n'a pu écrire que d'après la -tradition, et que ses récits ne peuvent contre-balancer les -assertions des personnages contemporains que nous avons -rapportées. Mais certains faits sont souvent mieux connus -longtemps après la mort des personnes qu'ils concernent, -que de leur vivant ou des temps voisins de leur décès; -ils ne sont entièrement dévoilés que lorsqu'il n'existe plus -aucun motif pour les tenir secrets. On ne peut douter des -sentiments de la reine pour Mazarin, lorsqu'on lit une -lettre qu'elle lui écrivit en date du 30 juin 1660, dont on -possède l'autographe<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor"> [296]</a>; l'aveu qu'elle fit dans son oratoire -à madame de Brienne<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor"> [297]</a>; les confidences de madame de -Chevreuse au cardinal de Retz<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor"> [298]</a>. D'ailleurs, quels qu'aient -été les motifs de l'attachement d'Anne d'Autriche pour -Mazarin, il est certain qu'ils étaient tout-puissants sur -elle. Elle se prêta à tous les projets que formait son ministre -<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -pour accroître son pouvoir et sa fortune. La guerre -de Bordeaux s'alluma parce que Mazarin voulait faire -épouser une de ses nièces par le duc de Candale, fils du -duc d'Épernon; et pour ne pas laisser partir, faute de -solde, les Suisses lorsque leur secours était le plus nécessaire, -Anne d'Autriche mit ses pierreries en gage, et -ne voulut pas souffrir que Mazarin répondit de la somme -qu'il fallait payer<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor"> [299]</a>.</p> - -<p>Gaston d'Orléans, après avoir consenti à l'emprisonnement -des princes, ne se décidait à entrer dans le projet -de leur délivrance que sous la promesse du mariage de -sa fille, la duchesse d'Alençon, avec le duc d'Enghien, fils -du grand Condé<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor"> [300]</a>. La Rochefoucauld et Turenne songeaient -alors souvent moins à leur gloire ou au succès de -leur parti, qu'à ce qui pouvait être utile à la duchesse de -Longueville, dont ils désiraient se faire aimer. De plus -obscures liaisons, qui ont échappé même à l'abondance -anecdotique des Mémoires de ce temps, semblent aussi -avoir exercé leur influence sur la conduite des plus hauts -personnages. Dans une lettre que Gondi avait écrite à Turenne, -et qu'il observe avoir été honnêtement folle, il ne -déguise pas qu'au milieu de beaucoup de motifs sérieux -qu'il donnait à ce grand guerrier pour le déterminer à la -paix, il n'oubliait pas de l'entretenir de l'espoir de revoir -une petite grisette de la rue des Petits-Champs, que Turenne -aimait de tout son cœur<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor"> [301]</a>. Les plus faibles causes -avaient action sur des hommes qui, tous jeunes et ardents, -suivaient des partis différents, mais sans préjugés, sans -principes, sans conviction, sans haine et sans attachement. -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -Les femmes jouaient dans tous ces événements des -rôles importants, auxquels le genre de galanterie et de -culte envers la beauté mis en honneur par l'hôtel de -Rambouillet n'était pas étranger. Ainsi on ne pouvait -rien espérer du duc de Beaufort, même dans ce qui le touchait -le plus, si on ne s'était avant assuré du consentement -de la duchesse de Montbazon, qui avait sur lui tout -pouvoir. Nemours, amoureux de la duchesse de Châtillon, -aimée du prince de Condé, embrassait avec chaleur la -cause de ce prince, parce que sa maîtresse l'y excitait; et -la duchesse de Nemours s'employait de toutes ses forces -pour procurer la liberté au prince de Condé, dans l'espérance -qu'il surveillerait la duchesse de Châtillon, et empêcherait -les infidélités de son mari. Enfin, le garde des -sceaux Châteauneuf, septuagénaire, tournait au gré de -cette madame de Rhodes que Bussy nous a déjà fait connaître -lorsqu'elle était demoiselle de Romorantin.</p> - -<p>Gondi lui-même, malgré la supériorité de son esprit, se -laissait aller, par suite de ses inclinations pour les femmes, -à des imprudences et à des indiscrétions qui mettaient sa -vie en danger et faisaient avorter ses mesures les mieux -concertées. Pour apaiser la jalousie de mademoiselle de -Chevreuse, il se permit une expression méprisante sur la -reine, qui fut redite, et qui devint la cause de la haine -violente qu'elle conserva toujours contre lui. La princesse -de Guéméné, furieuse d'avoir été abandonnée, offrit à la -reine, si elle voulait y consentir, de faire disparaître le -coadjuteur en l'attirant chez elle, et en le confinant dans -un souterrain de son hôtel. Gondi sut qu'on avait formé -le projet de l'assassiner; et lorsqu'il allait à l'hôtel de -Chevreuse, il plaçait, pour sa sûreté, des vedettes en -dehors de la porte de cet hôtel, et tout près des sentinelles -<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span> -de la reine qui gardaient le Palais-Royal<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor"> [302]</a>, sans faire -attention à l'effet que produisait cet excès d'insolence et -de scandale. Avec tous les talents propres à dominer les -partis, il ne pouvait s'attirer la confiance d'aucun. Il -regardait toute alliance avec l'étranger comme odieuse et -impolitique; et cependant, lorsque ses embarras augmentaient -il prêtait l'oreille à l'envoyé de l'archiduc, et -même à celui de Cromwell<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor"> [303]</a>. En même temps, plein d'admiration -pour le comte de Montrose, qu'il appelait un -héros à la Plutarque, il se liait avec lui d'une étroite -amitié, et l'aidait de tout son crédit dans les efforts qu'il -faisait pour rétablir sur le trône le roi légitime de la Grande-Bretagne. -Gondi semblait, en un mot, se montrer jaloux -d'épuiser tous les contrastes. Lorsque le nœud du drame -où il s'était engagé fut devenu tellement compliqué par -ses intrigues qu'il n'entrevit plus la possibilité de le -dénouer, il chercha les moyens de se retirer de la scène -avec le plus d'avantages possible pour les siens et pour -lui, et à obtenir le chapeau de cardinal. Le mariage de -mademoiselle de Chevreuse avec le prince de Conti devint -la condition essentielle de toutes les négociations qu'il -entamait soit avec la cour, soit avec la duchesse de Chevreuse: -celle-ci, Caumartin et madame de Rhodes, l'aidaient -puissamment dans ses intrigues<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor"> [304]</a>. Les souvenirs -d'une ancienne et étroite amitié, l'habitude d'une familiarité -contractée dans la jeunesse, donnaient auprès de la -reine des moyens d'influence à la duchesse de Chevreuse, -si constante dans ses haines, si inconstante dans ses -<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span> -amours. La reine, qui d'ailleurs se trouvait encore malheureuse -par les obstacles que lui opposaient tant de factions, -lui avait rendu en partie sa confiance. La duchesse -de Chevreuse semblait aussi avoir les mêmes intérêts que -Gondi, puisque, ainsi que lui, elle désirait vivement -l'union de sa fille avec un prince du sang. Mais elle avait -de grandes sommes à réclamer du gouvernement, et le -succès de ses réclamations dépendait de la décision du -premier ministre: elle ménageait donc Mazarin, et négociait -en même temps avec lui et avec l'ancienne et la -nouvelle Fronde. Elle mettait à profit pour elle-même l'influence -que ses liaisons à la cour, avec le coadjuteur et -avec les princes, lui donnaient dans tous les partis. Elle -était aidée dans ses intrigues par le marquis de Laigues, -homme de courage, mais de peu de sens<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor"> [305]</a>, qui, lors de -son exil à Bruxelles, s'était déclaré son amant pour se -rendre important dans le parti de la Fronde, qu'il avait -embrassé. Comme il ne restait plus à la duchesse de Chevreuse -des appas de sa jeunesse que leur ancienne célébrité<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor"> [306]</a>, -elle n'avait pas toujours beaucoup à se louer de -l'humeur et des procédés de Laigues<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor"> [307]</a>. Celui-ci avait été -jusque alors tout dévoué au coadjuteur; mais Gondi s'aperçut -bientôt que Laigues entrait dans des projets différents -des siens. Afin d'avoir quelqu'un qui pût lui répondre de -la duchesse de Chevreuse, il aurait voulu substituer auprès -d'elle d'Hacqueville à Laigues. D'Hacqueville était l'ami -particulier de Gondi et aussi celui de madame de Sévigné; -et secondé par madame de Chevreuse et madame de Rhodes, -Gondi aurait réussi à faire expulser Laigues, si d'Hacqueville -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -avait voulu consentir à ce projet. Nul homme n'était -plus obligeant que d'Hacqueville; mais, malgré le -désir qu'il montrait d'être utile à ses amis, il recula devant -cette continuelle immolation de lui-même. Peut-être aussi -était-il trop honnête homme pour se prêter à un tel rôle<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor"> [308]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné, tout entière à son mari et à ses -enfants, était étrangère à toutes ces intrigues; mais elle -était liée avec les personnes qui secondaient les projets du -coadjuteur, et par conséquent avec la duchesse de Chevreuse. -Un article de la <i>Muse historique de Loret</i> (quelle -étrange Muse!) nous prouve combien la liaison de madame -de Sévigné avec cette duchesse était intime. Dans le mois -de juillet de cette année 1650, au retour de la promenade -du Cours, où la haute société allait alors en voiture prendre -le frais, le marquis et la marquise de Sévigné donnèrent -un souper splendide à la duchesse de Chevreuse. La -manière bruyante dont éclata la joie des frondeurs fit -ressembler ce repas nocturne à une petite orgie; et par -cette raison il devint un moment l'objet des entretiens de -la capitale. Voici comment s'exprime à ce sujet le rimeur -gazetier, dans sa feuille du 26 juillet 1650:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>On fait ici grand'mention</p> -<p>D'une belle collation</p> -<p>Qu'à la duchesse de Chevreuse</p> -<p>Sévigné, de race frondeuse,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span></div> -<p>Donna depuis quatre ou cinq jours,</p> -<p>Quand on fut revenu du Cours.</p> -<p>On y vit briller aux chandelles</p> -<p>Des gorges passablement belles:</p> -<p>On y vit nombre de galants;</p> -<p>On y mangea des ortolans;</p> -<p>On chanta des chansons à boire;</p> -<p>On dit cent fois non—oui—non, voire.</p> -<p>La Fronde, dit-on, y claqua:</p> -<p>Un plat d'argent on escroqua;</p> -<p>On répandit quelque potage,</p> -<p>Et je n'en sais pas davantage<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor"> [309]</a>.</p> -</div></div> - -<p>On voit, d'après ces détails, que déjà les manières et -les habitudes du grand monde se ressentaient de la licence -des guerres civiles, et qu'elles ne ressemblaient plus à -celles dont l'hôtel de Rambouillet offrait encore le modèle -épuré. Il serait possible aussi qu'il y eût quelque exagération -dans le récit de Loret; il était du parti de la cour; -il recevait de Mazarin une pension de deux cents écus, et -détestait la Fronde. Sa gazette en vers était adressée à sa -protectrice, mademoiselle de Longueville, d'autant plus -contraire à la Fronde que sa belle-mère était l'héroïne de -ce parti. Mademoiselle de Longueville est cette princesse -qui nous a laissé des Mémoires; elle épousa le duc de Nemours, -et il est souvent fait mention d'elle dans les écrits -de ce temps, quoiqu'elle ne se soit mêlée dans aucune -intrigue, qu'elle n'ait participé à aucun événement. Son -immense fortune, les lumières de son esprit, la hauteur -de ses sentiments, ses grands airs, la sévère dignité de -ses manières, l'énergie de son caractère, en ont fait pendant -la régence, et durant le long règne de Louis XIV, -un personnage à part, qui ne se soumit à aucune influence, -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -et ne permettait pas plus au monarque absolu de faire -varier ses déterminations, qu'à la mode de changer les -formes de son habillement<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor"> [310]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XVI.<br /> -<span class="medium">1650-1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Mariage de madame de La Vergne avec le chevalier de Sévigné.—Détails -sur mademoiselle de La Vergne.—Sa correspondance avec -Costar.—Explications de certains passages des lettres de ce dernier.—Lettres -de Scarron à madame Renaud de Sévigné.—Erreur -de l'éditeur sur ces lettres.—La maison de Scarron était fréquentée -par toute la haute société de la Fronde.—Scarron était recherché -par des femmes différentes de rang et de réputation.—Licence -de ses mœurs; sa difformité, ses dispositions joyeuses.—Il aimait -les beaux-arts, et commandait des tableaux au Poussin.—Scarron -devient à la mode, et est importuné par les visites.—Pourquoi -la marquise de Sévigné ne voyait point Scarron.—Explication de -la lettre de Scarron à madame Renaud de Sévigné.—Remarque -sur le mot <i>précieuse</i>.—Cause de l'erreur des éditeurs de Scarron.</p> -</div> - -<p>A la fin de cette même année il y eut un événement -inattendu dans la famille des Sévignés, qui probablement -fut la cause de la longue et étroite liaison de la marquise -de Sévigné avec une des femmes les plus justement célèbres -de ce siècle, l'auteur de la <i>Princesse de Clèves</i> -et de <i>Zaïde</i>.</p> - -<p>Madame de La Vergne épousa en secondes noces le chevalier -Renaud de Sévigné, dont il a été fait mention précédemment<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor"> [311]</a>. -Il paraît qu'en l'épousant elle lui donna -l'usufruit de tous ses biens après sa mort. Ce mariage -et les conditions du contrat ne plurent pas à mademoiselle -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -de La Vergne; voici comme le gazetier Loret en parle -dans sa feuille du 1<sup>er</sup> janvier 1651:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Madame, dit-on, de La Vergne,</p> -<p>De Paris, et non pas d'Auvergne,</p> -<p>Voyant un front assez uni</p> -<p>Au chevalier de Sévigni,</p> -<p>Galant homme, et de bonne taille</p> -<p>Pour bien aller à la bataille,</p> -<p>D'elle seule prenant aveu,</p> -<p>L'a réduit à rompre son vœu;</p> -<p>Si bien qu'au lieu d'aller à Malte,</p> -<p>Auprès d'icelle il a fait halte</p> -<p>En qualité de son mari,</p> -<p>Qui n'en est nullement marri,</p> -<p>Cette affaire lui semblant bonne.</p> -<p>Mais cette charmante mignonne</p> -<p>Qu'elle a de son premier époux</p> -<p>En témoigne un peu de courroux;</p> -<p>Ayant cru, pour être fort belle,</p> -<p>Que la fête serait pour elle;</p> -<p>Que l'Amour ne trempe ses dards</p> -<p>Que dans ses aimables regards;</p> -<p>Que les filles fraîches et neuves</p> -<p>Se doivent préférer aux veuves,</p> -<p>Et qu'un de ces tendrons charmants</p> -<p>Vaut mieux que quarante mamans.</p> -</div></div> - -<p>Mademoiselle de La Vergne, fille d'Aymar de La Vergne, -gouverneur du Havre, auquel elle dut son éducation, -avait près de dix-neuf ans lorsque sa mère se remaria<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor"> [312]</a>. -Déjà elle-même était recherchée pour sa beauté et son esprit, -et donnait de l'emploi aux poëtes. Ménage, qui lui -<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span> -avait enseigné le latin et l'italien, avait composé pour elle -des vers qui valent beaucoup mieux que ceux qu'elle lui a -inspirés lorsqu'elle fut devenue comtesse de La Fayette<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor"> [313]</a>.</p> - -<p>L'abbé Costar, l'ami de Ménage, et aussi celui de Voiture -et de Balzac, archidiacre du Mans, lieu de sa résidence, -où il était recherché, autant à cause de ses bons -dîners que de sa réputation de bel esprit<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor"> [314]</a>, entretenait -avec mademoiselle de La Vergne une correspondance -suivie. Il lui envoyait les livres qu'il composait, comme -à une des personnes dont il ambitionnait le plus le suffrage; -il aimait à recevoir ses lettres. Dans une de celles -qu'il lui écrit, il lui donne l'épithète d'<i>incomparable</i><a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor"> [315]</a>; -dans une autre, il lui parle de l'extrême joie qu'il a de -l'avoir revue si belle, si spirituelle, si pleine de raison. -Ailleurs il lui demande «si elle jouit paisiblement de la -chère compagnie de ses pensées et de celle de monsieur et -de madame de Sévigné,» c'est-à-dire de celle de sa mère -et de son beau-père, retirés alors avec elle dans leur château -de Champiré, près de Segré, en Anjou<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor"> [316]</a>. La mère de -mademoiselle de La Vergne mourut cinq ou six ans après -avoir contracté ce second mariage, puisque la lettre de -condoléance écrite au sujet de sa mort, par Costar, est -adressée non à mademoiselle de La Vergne, mais à madame -la comtesse de La Fayette. Or, mademoiselle de La -Vergne ne fut mariée au comte de La Fayette qu'en 1655, -et le recueil où cette lettre se trouve fut achevé d'imprimer -le 1<sup>er</sup> mars 1657. C'est donc entre ces deux dates que Renaud -<span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span> -de Sévigné devint veuf<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor"> [317]</a>; et c'est aussi à sa femme, -et non à la marquise de Sévigné, qu'est adressée la lettre -de Costar que Richelet a reproduite dans le <i>Recueil des -plus belles Lettres françaises</i><a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor"> [318]</a>.</p> - -<p>Ces éclaircissements étaient nécessaires pour que la similitude -des noms ne produisît pas la confusion des faits -et des personnes.</p> - -<p>Ce n'est pas que Costar ne connût aussi la marquise de -Sévigné: nous verrons bientôt qu'il partageait l'admiration -qu'elle excitait; mais il était lié moins intimement -avec elle qu'avec son amie. Celui dont on disait qu'il était -le plus galant des pédants et le plus pédant des galants, -devait moins plaire à la gaie et folâtre marquise de Sévigné -qu'à la sérieuse et savante comtesse de La Fayette<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor"> [319]</a>.</p> - -<p>Si les lettres de Costar réclament une grande attention, -à cause du manque de dates et de désignation précise des -personnes auxquelles elles sont adressées, ici elles nous -garantissent de l'erreur que pourrait nous faire commettre -la ressemblance des noms. Il n'en est pas de même des lettres -de Scarron publiées après sa mort: là se trouve précisément -le genre de méprise contre lequel nous avons dû -prémunir les lecteurs. L'éditeur qui le premier a publié les -œuvres posthumes de Scarron a trouvé, parmi les papiers -de ce poëte burlesque qui lui furent remis par d'Elbène, -son ami, le brouillon ou la copie d'une lettre adressée à -madame de Sévigné<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor"> [320]</a>. N'en connaissant pas la date, il s'est -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -imaginé à tort qu'elle concernait la marquise de Sévigné, -et il place son nom en tête. Cependant il est évident que -cette lettre, comme celle de Costar que nous venons de -mentionner, a été adressée à madame de Sévigné, femme -du chevalier, et non à la marquise; et il est inutile pour -le but que nous nous proposons, de la transcrire ici.</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE SCARRON A MADAME RENAUD DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="start">«Madame,</p> - -<p>«Encore que je n'aie pas si souvent l'honneur de vous -voir que quantité de beaux esprits et de beaux hommes, -qui font si souvent chez vous de grosses assemblées, je -vous prie de croire qu'il n'y a ni bel homme ni bel esprit -qui vous honore tant que moi. Cela étant si vrai qu'il n'y -a rien de plus vrai, je crois que vous m'obtiendrez de -votre grande-duchesse une lettre pour le gouvernement du -Havre, afin qu'il facilite notre gouvernement. Quand je dis -votre grande-duchesse, je dirais aussi bien la mienne, si -j'osais; mais je sais assez bien régler mon ambition pour -un poëte. Vous ne serez pas aujourd'hui quitte avec moi -pour une importunité; je vous prie de donner les placets -que je vous envoie à M. de Barillon et à ceux de sa -chambre qui sont connus de vous. Je baise humblement -les mains à monseigneur de Sévigné, à mademoiselle de -La Vergne, toute lumineuse, toute précieuse, toute, etc., -et à vous, madame, à qui je suis de toute mon âme,</p> - -<p class="sig2">«Madame,<br /> -<span class="i1">«Votre très-humble et très-affectionné serviteur,</span><br /> -<span class="i2">«<span class="smcap">Scarron</span>.»</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -Comme on le voit par les dernières lignes, cette lettre a -été écrite antérieurement au mariage de mademoiselle de -La Vergne avec le comte de La Fayette; et alors madame -de Sévigné, la marquise, n'avait point vu Scarron, quoique -son mari fût fort lié avec lui et se plût dans sa société. -Ainsi que nous le dirons par la suite, elle ne fit connaissance -avec ce poëte qu'après être devenue veuve; mais -nous ne devons pas différer les éclaircissements qui peuvent -expliquer cette singularité.</p> - -<p>La maison de Scarron, toujours fréquentée par les nombreux -admirateurs de l'esprit burlesque et bouffon, devint -vers l'époque dont nous nous occupons le rendez-vous -général des frondeurs. Gondi y allait souvent, et y menait -tous ses amis; ceux du prince de Condé s'y réunissaient -aussi, et nulle part on ne faisait des soupers où l'un fût -plus à l'aise, où régnât une gaieté plus franche, mais en -même temps plus licencieuse<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor"> [321]</a>. Scarron s'était rendu cher -à la Fronde, en partageant son animosité contre Mazarin. -Quoique pensionné par la reine, il n'en fut pas moins ardent -à poursuivre le ministre par ses épigrammes et par -ses satires. Le ressentiment d'auteur se joignait en lui à la -malignité de l'homme de parti. Scarron avait dédié au -cardinal Mazarin son poëme du <i>Typhon</i>, le premier qu'il -ait composé dans le genre burlesque, et aussi le meilleur; -le ministre n'y fit aucune attention. Scarron exhala son -dépit dans une satire intitulée <i>la Mazarinade</i><a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor"> [322]</a>, avec une -telle violence, qu'il est difficile de comprendre comment un -amas d'injures sans gaieté comme sans esprit, écrit dans -<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -le style le plus cynique, n'a pas révolté généralement les -lecteurs de ce temps, de quelque parti qu'ils fussent. Bien -loin de là, cette satire eut un succès prodigieux, non-seulement -parmi le peuple, mais encore parmi les personnages -de la Fronde de l'esprit le plus cultivé: tant il est -vrai que les partis se plaisent à nourrir leur haine des plus -grossiers aliments, et à se précipiter dans tous les excès -quand ils entrevoient par là les moyens d'accroître ou -d'accélérer leur vengeance. On dit que Mazarin lui-même, -qu'un déluge de libelles plus virulents les uns que les autres -avait trouvé impassible, ne put se contenir en lisant -<i>la Mazarinade</i>, et qu'il ressentit vivement, et n'oublia -jamais, les outrages qu'elle contenait<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor"> [323]</a>.</p> - -<p>Scarron, devenu ainsi célèbre par son esprit, et encore -plus par l'usage qu'il en faisait, était quelquefois invité -chez les dames dont les maris étaient les habitués de ses -réunions. Il se faisait transporter (car il ne pouvait marcher) -chez la duchesse de Lesdiguières, chez la marquise -de Villarceaux, la duchesse d'Aiguillon, mesdames de -Fiesque, de Brienne, la marquise d'Estissac, mesdemoiselles -de Hautefort, de Saint-Mégrin, d'Escars, la présidente -de Pommereul. Il se montrait alors le plus réjouissant -des causeurs; mais celles qui goûtaient le plus sa -société n'osaient fréquenter ses réunions. Celui qui tolérait -dans sa maison les désordres de sa propre sœur, qui même -en plaisantait, et disait que le marquis de Tresmes lui -faisait des neveux, non à la mode de Bretagne, mais à -la mode du Marais<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor"> [324]</a>, ne pouvait recevoir chez lui que des -<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> -femmes qui avaient banni tous les scrupules de la pudeur. -Aussi toutes celles que l'on y voyait étaient de cette -sorte. C'était la célèbre Marion de Lorme, qui mourut -dans le cours de cette année 1650<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor"> [325]</a>; la comtesse de -la Suze, qu'on disait avoir changé de religion afin de ne -voir son mari ni dans ce monde ni dans l'autre; Ninon -de Lenclos, qu'il suffit de nommer, et que nous allons -faire connaître plus particulièrement à nos lecteurs. A -cette liste il faut ajouter encore quelques femmes auteurs: -madame Deshoulières et la célèbre mademoiselle -Scudéry.</p> - -<p>En dépit de ses infirmités, du délabrement de sa fortune, -des guerres civiles et des procès de famille, Scarron -conservait sa gaieté, et les inclinations de sa jeunesse: -il aimait les femmes, le vin, la bonne chère, la -poésie et les beaux-arts. Assiégé sans cesse par tous les -genres de souffrances, victime de tous les événements -publics et privés, plus la nature et la destinée faisaient -d'efforts pour l'accabler sous le poids des calamités, plus -il semblait s'attacher à les narguer par son étonnant courage: -non-seulement il les supportait, mais il ne paraissait -pas même les ressentir. Stoïcien d'une nouvelle espèce, et -bien plus véritablement tel que ceux qui dans l'antiquité -se paraient de ce titre pompeux; bien plus vrai -surtout, bien plus franc dans sa philosophie, il n'avait -rompu avec aucun de ses goûts; et quoiqu'il perdît chaque -jour les moyens de les satisfaire, il ne voulait pas reconnaître -la nécessité d'y renoncer, tant qu'un souffle de vie -lui restait pour éprouver les impressions du plaisir. Ainsi -on apprend avec étonnement que, malgré la réduction -<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -qu'avaient éprouvé ses revenus, il continuait toujours à -acheter des tableaux. Dans sa jeunesse, il avait cultivé la -peinture avec assez de succès; il s'était trouvé (en 1634) -à Rome avec le Poussin; et nous lisons dans les lettres de -ce grand peintre que pendant la Fronde (en 1649-1650) -il s'occupait à Rome de deux tableaux qui lui avaient été -commandés par Scarron: l'un des deux devait représenter -un sujet bachique<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor"> [326]</a>.</p> - -<p>La marquise de Sévigné, qui, bien loin d'être prude, a -mérité le reproche d'avoir été un peu trop libre dans ses -expressions, était cependant du nombre des jeunes femmes -que la licence de Scarron et le cynisme de ses écrits effarouchaient. -Il était d'ailleurs tellement difforme, qu'il dit -dans plusieurs de ses lettres qu'on interdisait sa vue aux -femmes enceintes; et, d'après les descriptions que nous -avons de sa personne, il ne paraît pas que cette assertion -fût seulement une plaisanterie, ni qu'elle eût rien d'exagéré. -Enfin, une des femmes avec lesquelles Scarron se -plaisait le plus était Ninon de Lenclos; et nos lecteurs seront, -dans le chapitre suivant, instruits des motifs qu'avait -la marquise de Sévigné pour éviter tous les lieux où -elle pouvait se rencontrer avec cette femme, alors si scandaleusement -célèbre.</p> - -<p>Quelques-unes de ces causes, ou peut-être toutes ces -causes réunies, ont empêché longtemps la marquise de -Sévigné non-seulement d'admettre Scarron dans sa société, -mais même de le voir, quoique ce fût alors une -mode de l'avoir vu, et que par ses difformités mêmes -il fût devenu l'objet d'une curiosité que chacun s'empressait -de satisfaire. C'est ce dont lui-même se plaint amèrement, -<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -quand il dépeint, dans une de ses épîtres, le -campagnard qui dans Paris séjourne,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Et, n'ayant rien à faire tous les jours,</p> -<p>Lui rend visite avant l'heure du Cours,</p> -<p>Comme on va voir un lion de la foire<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor"> [327]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Madame Renaud de Sévigné, qui tenait chez elle des -assemblées de beaux esprits, n'avait pas les mêmes motifs -que la marquise pour éviter Scarron, et elle en avait -plusieurs pour rechercher sa société. Aussi est-ce à elle -qu'il s'adresse pour obtenir, par la lettre que nous avons -transcrite, des recommandations pour le gouverneur du -Havre, neveu de la duchesse d'Aiguillon, qu'il appelle sa -grande-duchesse. Le placet pour le président Barrillon -était probablement relatif au procès que Scarron perdit -contre sa belle-mère, quelque temps après; et ce qui -excuse en partie l'éditeur qui a le premier publié cette -lettre, en 1669, d'avoir cru qu'elle était adressée à la marquise -de Sévigné, c'est que celle-ci était alors liée avec -Barillon autant que, de son vivant, l'avait été madame -Renaud de Sévigné<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor"> [328]</a>. Mais ce qui est dit à la fin de cette -lettre sur mademoiselle de La Vergne aurait dû, avec un -peu d'attention, lui faire apercevoir son erreur. Remarquons -de quelle manière Scarron fait l'éloge de cette -jeune personne, «toute lumineuse, dit-il, toute <i>précieuse</i>.» -Ce mot <i>précieuse</i> était alors la louange la plus grande -que l'on pût faire d'une femme. C'est parmi les précieuses -que se trouvaient les meilleures amies et les protectrices -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -de Scarron: c'est dans les rangs des précieuses qu'il obtenait -le plus de succès, car en tout genre les extrêmes se -touchent. Depuis que le mot <i>précieuse</i> a changé de signification, -il n'a été remplacé par aucun autre. Dans son -acception primitive il exprimait par un seul mot la grâce -et la dignité des manières unies à la culture de l'esprit -et aux talents, l'accord parfait du bon goût et du bon ton; -en un mot, tout ce qui dans les hauts rangs de la société -peut donner l'idée d'une femme accomplie. Tout cela se -trouvait alors renfermé dans cette courte phrase: «C'est -une précieuse.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XVII.<br /> -<span class="medium">1650.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Le marquis de Sévigné devient amoureux de Ninon de Lenclos.—Le -mari, le fils et le petit-fils de madame de Sévigné s'attachent à -Ninon.—Nécessité de bien connaître les circonstances de sa vie -pour éclaircir les faits qui se rattachent à celle de madame de Sévigné.—Époques -de la naissance et de la mort de Ninon.—Trois -périodes à distinguer dans sa longue vie.—Différences qui les -caractérisent.—Fixité de ses principes.—Son inconstance en -amour.—Sa constance en amitié.—Portrait de sa personne.—Noms -de ses principaux amants.—Sa conduite envers les plus -riches; elle les distingue en trois classes.—Jugement de Châteauneuf -à son sujet.—Célébrée par les poëtes.—Épigramme du -grand prieur de Vendôme contre elle.—Sa réplique.—Billet -qu'elle donne à La Châtre.—Sa passion pour le marquis de Villarceaux.—Aventures -de sa jeunesse.—Noms de ses premiers -amants.—Admise d'abord dans la haute société du Marais.—Ses -amours avec le duc de Châtillon.—Avec le duc d'Enghien.—Vers -de Saint-Évremond à ce sujet.—Elle fait une maladie grave.—Mot -qu'elle dit, croyant mourir.—Son trait d'espiéglerie envers -Navailles.—Querelles produites par les passions qu'elle excite.—La -reine régente veut la faire enfermer au couvent.—Réponse -de Ninon à l'exempt.—Marque insigne de considération que lui -donne le grand Condé.—Sa liaison avec Émery et les gens de -finance.—Avec Coulon.—Avec d'Aubijoux.—Le comte de Vasse -fait sa cour à la marquise de Sévigné, et est supplanté auprès de -Ninon par le marquis de Sévigné.</p> -</div> - -<p>Un peu avant l'époque du mariage de madame de La -Vergne, dont nous venons de parler, le cœur de madame -de Sévigné fut contristé par un malheur dont elle semblait -plus que toute autre femme devoir être préservée. -Jeune, belle, mère de deux enfants charmants, dont l'un -<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -continuait le nom de l'ancienne famille dans laquelle elle -était entrée, pleine d'esprit, d'attraits, de grâce et d'enjouement, -quelle autre femme pouvait mieux qu'elle se -flatter de captiver un époux qu'elle aimait, et dont ses actions -et sa conduite devaient lui concilier la tendresse? -Nous avons déjà remarqué qu'il n'en fut pas ainsi. Madame -de Sévigné eut à supporter les fréquentes infidélités -d'un homme qu'aucun sentiment de devoir ne retenait, et -qui trouvait dans la vertu même de sa femme des motifs -pour se livrer avec plus de sécurité à la vie licencieuse -dont il avait contracté l'habitude; mais du moins le cœur -n'était pour rien dans ces liaisons passagères, et l'obscurité -de celles qui en subissaient la honte les avait dérobées jusqu'alors -à la malignité publique, et peut-être même à la -connaissance de celle qu'elles offensaient. Mais madame de -Sévigné apprit enfin (nous dirons bientôt par qui) que son -mari se trouvait engagé dans les liens de la plus dangereuse -des beautés du jour, de celle qu'on ne pouvait se -résoudre à quitter, même lorsqu'on n'en était plus aimé, et -qui, tel qu'un souverain altier, avait le privilége d'enchaîner -à sa suite, et de retenir à sa cour, ses favoris disgraciés. -Elle sut que le marquis de Sévigné était devenu l'amant -préféré de Ninon de Lenclos.</p> - -<p>Elle ne pouvait douter que cet attachement, trompant -l'espoir de nombreux rivaux, allait être partout divulgué, -et que personne n'ignorerait l'affront qu'elle se trouvait -forcée de subir et la douleur qu'elle en ressentait.</p> - -<p>Ninon de Lenclos avait alors trente-quatre ans, et par -conséquent dix ans de plus que madame de Sévigné; et -non-seulement elle lui enleva le cœur de son mari, mais -elle inspira une folle passion à son fils, fut aimée de son -petit-fils, et fit ainsi subir dans la même famille, après -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -sa jeunesse écoulée, l'influence de ses attraits et la puissance -de ses séductions à trois générations successives. -L'antiquité païenne eût été moins que nous surprise d'un -fait aussi singulier, et moins embarrassée pour s'en rendre -compte: elle n'eût pas manqué d'y voir un effet de la -volonté des dieux, un résultat de la fatalité et du destin, -un prodige de la mère des Amours. La superstition du -moyen âge eût infailliblement expliqué la chose par le -pouvoir du démon, par des conjurations et des sorcelleries. -Quant à nous, rejetons d'un siècle qui repousse toute -illusion, nous avons à faire connaître quels sont les enchantements -naturels qui produisirent de tels effets, et -nous ne pouvons y parvenir qu'en recherchant tout ce qui -peut nous donner une idée exacte de la personne et du caractère -de cette femme séduisante.</p> - -<p>Née le 15 mai 1616, et morte le 17 octobre 1705<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor"> [329]</a>, -Anne de Lenclos a vécu près de quatre-vingt-dix ans. Ornement -de la fin du règne de Louis XIII, elle a brillé dans -la régence, et a parcouru presque en entier le long règne de -Louis XIV. Elle expira avant que les revers des dernières -années de ce règne mémorable eussent terni la gloire du -grand roi. Comme pour les personnes qui ont joui de l'existence -dans toute sa durée, on doit distinguer dans sa vie -trois phases différentes: la jeunesse, l'âge mûr, et la vieillesse. -Mais pour Ninon de Lenclos, cette distinction ne -suffit pas; elle n'est pas assez tranchée. On peut dire d'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -que dans les trois âges de sa longue carrière, par ses relations -avec le monde, elle a été trois personnes différentes. -Dans tous les temps l'histoire de sa vie se trouve -mêlée avec celle de madame de Sévigné, à laquelle elle a -survécu; aussi nous aurons souvent occasion de parler -d'elle dans ces Mémoires. Nous dirons donc seulement ici -ce qu'elle fut dans sa jeunesse et ce qu'elle a été depuis, -jusqu'à l'époque où elle commença à se faire aimer du -marquis de Sévigné.</p> - -<p>Mais il est impossible d'obtenir une image fidèle de cette -femme extraordinaire dans un des divers périodes de sa -vie, si on ne les compare pas entre eux; et rien ne peut -mieux servir à établir d'une manière courte et précise les -différences qui les caractérisent, que les noms mêmes par -lesquels il fut d'usage de la désigner dans ces trois âges -différents. Dans sa vieillesse, c'est, pour tout le monde, -mademoiselle de Lenclos; madame de Sévigné elle-même -ne la mentionne jamais alors que par ce nom, et elle en -parle d'une manière conforme à la considération dont -celle-ci jouissait parmi les femmes de la haute société, -qui lui savaient gré de l'heureuse influence qu'elle y exerçait. -Il en était de même parmi les hommes les plus graves, -les plus élevés en dignités, qui s'honoraient d'être -admis chez elle. Dans l'âge mûr, c'est Ninon de Lenclos, -blâmée pour ses opinions en matière de religion, redoutée -encore pour ses séductions, mais avec laquelle le -monde s'habituait à compter; recherchée pour son esprit -et son amabilité, et s'acquérant chaque jour de plus en -plus l'estime générale, par la loyauté de son caractère et -la sûreté de son commerce. Pour Saint-Évremond, pour -les esprits forts et les libertins, comme on les appelait -alors, c'est-à-dire les incrédules en religion, Ninon de -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -Lenclos était à cette époque un sage, sous les atours des -Grâces; c'était la moderne Léontium<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor"> [330]</a>. Dans sa jeunesse -brillante et désordonnée, c'est pour ses nombreux adorateurs -la charmante Ninon; mais le plus souvent, et -surtout pour mademoiselle de Longueville, pour madame -de Sévigné, pour toutes les dames de haut parage, -pour le gazetier Loret, qui est leur parasite et leur -écho, c'est la Ninon, la dangereuse Ninon, Ninon la -courtisane<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor"> [331]</a>.</p> - -<p>Qu'on ne croie pas que ces différences aient été les résultats -des changements et des modifications qu'éprouvent -souvent les natures les plus fermes et les plus énergiques -pendant le cours d'une longue vie. Le temps a bien pu -altérer les attraits de Ninon de Lenclos, mais il n'a eu -aucune prise sur ses principes et sur son caractère. Jamais -femme ne s'est montrée sous ce rapport plus constante -et plus d'accord avec elle-même. De bonne heure formée -au scepticisme et à une sagesse toute mondaine par la lecture -de Montaigne et de Charron, elle se montra éprise -des charmes de la société. Elle se fit aimer de toutes les -personnes qui lui en faisaient goûter les jouissances. Son -âme s'abandonna tout entière à l'amitié; elle chérit toutes -les vertus, perfectionna en elle toutes les qualités qui -font naître ou consolident ce sentiment. Quant à l'amour, -elle ne le considérait que comme un besoin des -sens, auquel la nature n'a attaché le plus vif de tous les -plaisirs que pour nous ôter la volonté de lui résister. Selon -elle, ce besoin ne produit en nous qu'un penchant -aveugle, qui n'est fondé sur aucun mérite de l'objet aimé, -<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -et qui n'engage à aucune reconnaissance<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor"> [332]</a>. Abandonnée à -elle-même dès l'âge de quinze ans<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor"> [333]</a>, son ardente constitution -lui fit peut-être de cette licencieuse doctrine une nécessité; -et le degré d'intensité avec lequel cette nécessité -pesa sur sa vie explique toute la différence qu'on observe -chez elle dans les trois périodes dont nous avons parlé. -Dans le premier, elle fut dominée par ses désirs; dans le -second, elle put composer avec eux; dans le dernier, elle -s'en vit entièrement délivrée; et sa raison forte, pure et -radieuse, débarrassée de l'obstacle qui l'offusquait, brilla -dans toute sa clarté, et lui concilia tous les suffrages. Sa -société fut alors recherchée par les femmes avec autant -d'empressement que par les hommes.</p> - -<p>Si dans l'effervescence de la jeunesse Ninon ne se fit -aucun scrupule sur le nombre de ses amants, elle se montra -pourtant très-délicate sur le choix. Tout ce qui était -vulgaire, tout ce qui s'éloignait de cette politesse exquise, -de cette élégance de manières dont elle avait contracté -l'habitude, ne lui inspirait que du dégoût. Sous tous ces -rapports, c'était une véritable <i>précieuse</i>. Mais, à part ces -formes et ces apparences extérieures qui alors distinguaient -fortement de la bourgeoisie les hautes classes de -la société, Ninon n'était guidée dans ses liaisons amoureuses -que par l'intérêt de ses plaisirs; et comme les sens -que le cœur ne domine pas ont essentiellement besoin de -variété, elle était dans ses amours d'une extrême légèreté. -Non qu'elle eût recours aux perfidies ou aux infidélités: -gardant toujours son indépendance quand elle voulait -<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -quitter un amant, elle lui déclarait ses intentions, et ne -le traitait pas alors comme ami avec moins d'affection<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor"> [334]</a>. -Mais il fallait qu'il se soumît, et cédât la place à son rival: -ni soupirs, ni plaintes, ni gémissements, n'y pouvaient -rien. S'il avait fait résistance, il aurait cessé d'être -son ami et d'user du privilége de la voir. Il n'en était pas -un que cette crainte ne retînt; tant cette femme enchanteresse -savait captiver par les charmes de sa conversation, -tant elle exerçait de puissance sur ceux qui l'approchaient<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor"> [335]</a>! -D'ailleurs, le succès d'un rival n'empêchait pas -qu'on eût l'espoir de le supplanter un jour, et en ne désertant -pas la place, l'heureux moment du retour pouvait -arriver, et arrivait quelquefois.</p> - -<p>Afin d'attirer autour d'elle une cour nombreuse d'adorateurs -assez fervents pour se montrer dociles à ses -capricieux désirs, il n'était pas besoin qu'elle fît aucun -effort: la nature y avait pourvu.</p> - -<p>Sa taille était grande et bien prise; toutes les parties de -son corps, dans des proportions parfaites; la jambe fine, -la main petite et potelée; les bras, le cou et la gorge admirables -par leurs contours gracieux; la peau blanche, le -teint légèrement coloré: elle avait cette sorte d'embonpoint -modéré qui annonce une santé ferme et constante. -Sa tête présentait un ovale régulier; ses cheveux étaient -châtain brun; ses sourcils, noirs, bien séparés et bien arqués; -ses yeux, grands et noirs, ombragés par de longues -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span> -paupières, qui en tempéraient l'éclat. Son nez et son menton, -bien modelés, étaient dans une harmonie parfaite -avec le reste de ses traits; ses lèvres vermeilles, un peu -saillantes et relevées vers les coins, et ses dents du plus -bel émail, rangées avec une régularité remarquable, donnaient -à sa bouche et à son sourire un attrait inexprimable<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor"> [336]</a>. -Sa physionomie était à la fois ouverte, fine, tendre -et animée. Quand rien ne l'affectait, et dans l'habitude de -la vie, elle paraissait froide et indolente; mais au moindre -objet qui faisait sortir son âme de cet état de repos, que la -multiplicité de ses émotions semblait lui rendre nécessaire, -toute sa personne paraissait transformée; ses traits se passionnaient, -le son de sa voix allait au cœur; la grâce de -ses gestes et de ses poses, l'expression de ses regards, tout -en elle charmait les sens et excitait leur ardeur<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor"> [337]</a>. Parfaitement -décente dans la manière de se vêtir, elle ne montrait -de ses attraits que ce que la mode chez les femmes -de mœurs sévères ne leur permettait pas de cacher. De -riches habillements ne la couvraient jamais; ils étaient -toujours de la plus élégante simplicité et de la plus exquise -fraîcheur.</p> - -<p>Telle était Ninon. Quand Homère nous raconte l'arrivée -d'Hélène à Troie, il dépeint non-seulement les jeunes -guerriers, mais les vieillards, ravis à son aspect. L'influence -de la beauté est générale, et l'âge même ne nous -en garantit pas. Qu'on juge donc de l'impression que dut -faire une femme telle que nous l'avons dépeinte, dans -un siècle de galanterie et de volupté, à une époque où -<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span> -plaire aux dames et s'en faire aimer semblait être un des -plus grands besoins, une des principales occupations de -la vie! Tout ce qu'il y avait de beau, de brillant et d'illustre -parmi les jeunes seigneurs de la cour, ceux même -qui comptaient des conquêtes dans les rangs les plus élevés, -s'empressèrent d'accroître le nombre des adorateurs -de Ninon, et briguèrent ses faveurs. Dans le nombre -on remarqua le jeune duc d'Enghien, depuis si célèbre -sous le nom de grand Condé; le comte de Miossens, depuis -maréchal d'Albret; le comte de Palluau, depuis maréchal -de Clérambault; le marquis de Créqui, le commandeur -de Souvré, le marquis de Vardes, le marquis -de Jarzé, le comte de Guiche<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor"> [338]</a>, le beau duc de Candale, -Châtillon, le prince de Marsillac, le comte d'Aubijoux, -Navailles, et plusieurs autres.</p> - -<p>Ninon jouissait d'un patrimoine modique, mais suffisant -pour la rendre indépendante. L'intérêt n'eut aucune -part à ses choix; et même dans le second période de sa -vie elle s'abstint de rien accepter de ses amants ou de -ses amis qui eût quelque valeur<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor"> [339]</a>. Mais dans sa jeunesse, -moins prudente et moins réservée, elle ne se refusa pas -à entraîner dans d'assez grandes prodigalités ceux que -lui asservissait l'amour: il lui semblait que c'était là une -preuve de plus de l'effet de ses charmes, dont elle se plaisait -à essayer la puissance. Comme les despotes, qui ne -croient pas régner s'ils n'abusent de leur pouvoir, c'est -envers ceux qui étaient les plus disposés au faste et à la -magnificence qu'elle se montrait plus difficile. Un de ses -contemporains nous apprend qu'alors on distinguait les -<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -adorateurs de Ninon en trois classes: les payants, les -martyrs, et les favoris. Mais bien souvent les payants -n'arrivaient pas à être classés parmi les favoris; et lorsqu'ils -devenaient exigeants, elle n'en voulait ni comme -amis ni comme amants. Tallemant des Réaux rapporte -dans ses Mémoires qu'à Lyon un nommé Perrachon, -frère d'un avocat célèbre<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor"> [340]</a>, en fut tellement épris, qu'il la -pria d'accepter de lui une superbe maison, sans réclamer -d'elle d'autre faveur que la permission de la voir quelquefois. -Elle y consentit, et l'acte de donation se fit; mais -Perrachon ayant manifesté d'autres intentions, elle lui -rendit sa maison, et le congédia. Un nommé Fourreau, -homme fort riche, grand gourmet, qui savait par elle-même -qu'il ne devait rien espérer d'elle que le plaisir -d'être admis dans sa société, ne s'exposa jamais à être -traité comme Perrachon. Sa générosité fut sans bornes -comme son désintéressement. Quand elle avait besoin de -répandre quelques bienfaits ou d'acquitter quelques dépenses, -elle tirait sur lui, comme sur un banquier, des -billets au porteur, qui commençaient toujours par ces -mots: «Fourreau payera,» et Fourreau payait toujours. -Ce fut Ninon qui se lassa la première de faire payer Fourreau, -et qui cessa de tirer sur lui<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor"> [341]</a>.</p> - -<p>Ceux qu'on nommait ses martyrs se trouvaient dans les -rangs de ses amis les plus chéris, de ceux pour lesquels -elle ne connaissait pas l'inconstance, de ceux qui ne la -<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -quittaient presque jamais et dont la société lui était nécessaire, -mais qui cependant se trouvaient malheureux -par la contemplation de ses appas et auraient voulu avoir -part à ses faveurs. On remarquait parmi eux Saint-Évremond, -Regnier-Desmarais, la Mesnardière et le gentil et -spirituel Charleval. Elle se plaisait tant avec ce dernier, -qu'il eut toujours l'espoir de la fléchir, sans que jamais -elle lui ait rien accordé. Mais quoiqu'elle ne demandât -point dans ses amants les qualités qui rendirent le marquis -de Soyecour si fameux dans les annales de la galanterie<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor"> [342]</a>, -cependant elle ne put jamais se résoudre à -essayer d'un homme dont Scarron, en faisant allusion à -la délicatesse de son corps et à la finesse de son esprit, -disait qu'il avait été nourri par les Muses avec du blanc-manger -et du blanc de poulet; ce qui ne l'empêcha pas de -vivre jusqu'à l'âge de quatre-vingt ans<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor"> [343]</a>. Tallemant des -Réaux nomme encore au nombre des martyrs de Ninon -le comte de Brancas, et un jeune homme nommé Moreau, -fils du lieutenant civil, remarquable par les agréments de -sa figure et de son esprit; il faillit succomber à l'excès de -sa passion pour Ninon.</p> - -<p>Quelques-uns de ceux qui composaient le cortége habituel -de Ninon ne supportaient pas aussi patiemment ses -refus, et n'acceptaient point le martyre; alors ils cessaient -de vouloir être comptés au nombre de ses amis, lorsqu'ils -avaient perdu l'espoir de parvenir dans les rangs de ses -favoris. Tel fut le grand prieur de Vendôme, qui, désespérant -de l'emporter sur ses rivaux, se retira en lui faisant -remettre ce quatrain injurieux:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span></div> -<p>Indigne de mes feux, indigne de mes larmes,</p> -<p>Je renonce sans peine à tes faibles appas;</p> -<p class="i2"> Mon amour te prêtait des charmes,</p> -<p class="i2"> Ingrate, que tu n'avais pas.</p> -</div></div> - -<p>Elle lui renvoya sur-le-champ son quatrain ainsi parodié:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Insensible à tes feux, insensible à tes larmes,</p> -<p>Je te vois renoncer à mes faibles appas:</p> -<p class="i2"> Mais si l'amour prête des charmes,</p> -<p class="i2"> Pourquoi n'en empruntais-tu pas<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor"> [344]</a>?</p> -</div></div> - -<p>L'abbé de Châteauneuf a dit de Ninon que ses amants -n'avaient pas de plus dangereux rivaux que ses amis, -parce qu'en effet on savait que personne ne pouvait fixer -son inconstance. Tout le monde connaît la singulière précaution -que prit avec elle La Châtre, colonel général des -Suisses, son amant favorisé. Il se voyait obligé de partir -pour l'armée: dans un moment où le regret d'une séparation -le rendait l'objet des plus tendres caresses, il demanda -à son amante de lui signer un billet par lequel elle promettait -de lui être fidèle jusqu'à son retour. A peine La -Châtre fut-il parti, que Ninon choisit un autre amant; -et dans le moment même de son infidélité, la promesse -qu'elle avait faite lui revenant en mémoire, elle ne put -s'empêcher de s'écrier en riant: «Ah! le bon billet qu'a -La Châtre!» L'amant favorisé demanda à Ninon l'explication -de ces paroles; elle la lui donna. Il raconta la chose; -ce qui, dit Saint-Simon, accabla La Châtre d'un ridicule -qui gagna jusqu'à l'armée<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor"> [345]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -Cette humeur volage de Ninon laissait de l'espérance à -tous ses poursuivants, surtout aux amis qui étaient toujours -là pour en profiter. Ainsi, aucun des martyrs ne -désespérait de pouvoir passer dans la classe des favoris. -D'ailleurs elle-même les encourageait dans cet espoir, non -par coquetterie, non par calcul, mais parce qu'en effet -elle n'était jamais certaine de ses propres dispositions. A -ceux de ses plus intimes amis qui la pressaient trop vivement, -elle disait souvent: «Attends mon caprice.» Ses -liaisons amoureuses n'étaient en effet à ses yeux que -des caprices des sens. Interrogée sur le nombre de ses -amants, Tallemant des Réaux lui a entendu répondre: -«J'en suis à mon dix-huitième caprice. J'en suis à mon -vingtième caprice<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor"> [346]</a>.»</p> - -<p>On conçoit facilement tout ce qu'un tel mode d'existence -donnait d'activité à cette jeunesse qui entourait Ninon -et composait ses cercles; combien sa seule présence -excitait le désir de plaire; combien on calculait avec -impatience la durée de ses caprices, et comment celui -qui parvenait à la tenir plus longtemps engagée semblait, -en quelque sorte, faire tort à tous les autres.</p> - -<p>J'ai dit que le sentiment n'avait aucune part aux liaisons -amoureuses de Ninon; il faut cependant admettre -une exception à cette assertion, mais une seule exception -dans tout le cours de sa vie. Une seule fois Ninon connut -l'amour, ses peines, ses anxiétés, ses emportements, ses -jalousies. Le marquis de Villarceaux fut le seul qui sut lui -inspirer une passion forte et durable, peut-être parce qu'il -fut pour elle l'amant le plus passionné, celui dont le cœur -était le plus véritablement épris. Les familiarités de Ninon -<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -avec ses amis donnèrent à Villarceaux de telles craintes, -lui occasionnèrent tant de jalousie, qu'il en tomba malade<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor"> [347]</a>. -La douleur de Ninon fut alors excessive; et pour -qu'il ne doutât pas de ses intentions de se consacrer uniquement -à lui, elle coupa ses beaux cheveux, et les lui -envoya. Il fut si vivement touché de cette marque de tendresse, -qu'il guérit. Villarceaux, pour mieux s'assurer -de sa précieuse conquête, l'emmena en Normandie, dans -le château de Varicarville, son ami. Ninon amoureuse, -Ninon se consacrant à un seul homme, fut un désappointement -des plus violents pour toute cette brillante jeunesse -dont elle faisait les délices, pour toutes les sociétés -dont elle était l'âme. Ce fut à cette époque que Saint-Évremond -lui adressa cette jolie élégie où, après lui avoir -rappelé ses triomphes sur le duc de Châtillon et le duc -d'Enghien, il tâche de lui faire honte de son asservissement -actuel, et où il lui rappelle ses propres maximes:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Écoutez donc un avis salutaire,</p> -<p>Sachez de moi ce que tous devez faire.</p> -<p>Un dieu chagrin s'irrite contre vous:</p> -<p>Tâchez, Philis, d'apaiser son courroux.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Il faut brûler d'une flamme légère,</p> -<p>Vive et brillante, et toujours passagère;</p> -<p>Être inconstante aussi longtemps qu'on peut:</p> -<p>Car un temps vient que ne l'est pas qui veut<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor"> [348]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Mais la passion de Ninon pour Villarceaux date de l'année -1652, et est ainsi postérieure de deux ans au choix -qu'elle fit de Sévigné. Ceci me rappelle qu'il est nécessaire -<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -à mon sujet de raconter ce qu'on sait de cette femme célèbre -antérieurement à cette époque, et de reprendre -l'ordre chronologique des faits qui la concernent, que le -désir de la faire connaître à mes lecteurs m'a fait abandonner. -A cet égard, les Mémoires de Tallemant des -Réaux me serviront de guide. Il dit que Villarceaux avait -été le dernier amant de Ninon; il est donc évident qu'il -écrivait à l'époque même de cette liaison, et il nous fournit -un des témoignages les plus rapprochés des faits qu'il -raconte.</p> - -<p>Ninon était encore très-jeune lorsque son père, M. de -Lenclos, gentil-homme de Touraine de la suite du duc -d'Elbeuf, fut forcé de sortir de France pour avoir tué en -duel le comte de Chabans, d'une manière peu honorable<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor"> [349]</a>, -Lenclos jouait fort bien du luth<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor"> [350]</a>, et communiqua ce talent -à sa fille. C'était son seul enfant, et il avait pris plaisir à -la former. Elle fit de si grands progrès dans la musique, -et dansait la sarabande avec tant de grâce, qu'elle fut, -avec sa mère, invitée dans les cercles les plus brillants du -Marais; et dans un âge aussi précoce elle se fit déjà remarquer -par la vivacité de son esprit. Son père, homme -d'une vie peu réglée, lui avait inculqué des principes conformes -à ceux qu'il avait lui-même adoptés. Sa mère, -nommée Abra Raconis, demoiselle de l'Orléanais, était -au contraire très-pieuse, et avait cherché à inspirer à sa -fille des sentiments semblables aux siens, et à combattre, -autant qu'il était en elle, les effets de l'éducation paternelle; -mais ce fut en vain; la fougue des sens entraînait -<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -la jeune Ninon, et l'empêchait d'écouter les sages conseils -d'une mère que pourtant elle chérissait tendrement.</p> - -<p>Saint-Étienne, capitaine des chevau-légers, homme -d'une bravoure extraordinaire, qui ne dut sa fortune qu'à -son épée, fut le premier amant de Ninon<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor"> [351]</a>. Il s'était présenté -pour l'épouser, et la séduisit. Si l'on s'en rapporte à -Segrais et à Voltaire<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor"> [352]</a>, il paraîtrait que le cardinal de -Richelieu en voyant la jeune Ninon ne put s'empêcher -de ressentir des désirs. Saint-Étienne aurait été son intermédiaire; -il portait les billets que l'Éminence adressait à -Ninon, et rapportait les réponses. «Ce fut la seule fois, -dit Voltaire, qu'elle se donna sans consulter son goût.» -Cette assertion n'est peut-être pas exacte, même en supposant -que l'anecdote soit véritable. Voltaire a négligé de -rappeler les dates; et il a cru que lorsque Ninon fut en -âge de pouvoir inspirer de l'amour, Richelieu approchait -du terme de sa vie: le goût de l'antithèse a fait dire à Voltaire -que Ninon avait eu les dernières faveurs de ce grand -ministre, et qu'elle lui avait accordé ses premières. Mais -il n'a pas fait attention qu'en 1632, lorsque Ninon avait -seize ans, Armand de Richelieu n'en avait que quarante-sept; -il était donc encore alors dans la force de l'âge, et -tout le monde sait qu'il avait une fort belle figure. Voltaire -ajoute que Richelieu fit à Ninon une pension de deux mille -livres. Elle comptait au nombre de ses amis plusieurs -créatures du cardinal<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor"> [353]</a>; et peut-être une pension généreusement -<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span> -accordée sur leur sollicitation par le ministre pour -cette jeune et noble orpheline, peu favorisée par la fortune, -a-t-elle donné lieu à la supposition d'une liaison -qui n'exista point. Le récit du comte de Chavagnac est -plus obscur et plus invraisemblable encore que celui de -Voltaire; il le tenait de son frère, qui avait été l'amant de -Marion de Lorme. Ce fut Marion de Lorme, selon Chavagnac, -que Richelieu chargea d'offrir à la jeune Ninon -cinquante mille écus pour prix de ses faveurs; et Ninon, -qui depuis la mort de Cinq-Mars vivait avec un conseiller -au parlement, refusa, dit-on, l'offre magnifique du cardinal<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor"> [354]</a>.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit de ces assertions diverses et contradictoires, -il est certain que s'il a existé une liaison entre -Richelieu et Ninon, elle fut longtemps ignorée. Tallemant -des Réaux, qui se montre très-bien instruit des anecdotes -scandaleuses de son temps, et prend plaisir à les raconter, -dans le long article qu'il a consacré à Ninon ne nous dit -rien de sa liaison avec le cardinal de Richelieu; et il nous -apprend que le chevalier de Rarai succéda à la passion -qu'elle avait eue pour Saint-Étienne. Ce Rarai ou Raré -nous paraît être le même personnage que Scarron a mentionné -dans sa légende des eaux de Bourbon:</p> - -<p class="quote">Raré, cet aimable garçon<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor"> [355]</a>,<br /> -Lequel a si bonne façon?</p> - -<p>Le chevalier de Raré était le fils de madame de Raré, -gouvernante des filles de Gaston, duc d'Orléans; il fut tué -<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span> -le 17 août 1655, au siége de Condé. S'il n'y a pas confusion -de deux personnages du même nom ou de la même -famille, Raré aurait été de la maison de Grignan; et la -femme qu'il épousa, et dont il eut au moins un enfant, -devrait être comptée au nombre des amies de madame -de Sévigné, car elle est souvent mentionnée dans sa correspondance<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor"> [356]</a>.</p> - -<p>Il paraît, d'après une circonstance peu importante rapportée -par Tallemant des Réaux<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor"> [357]</a>, qu'à l'époque de son -intrigue avec Raré, Ninon était surveillée de près par sa -mère; ce qui prouverait qu'elle avait été bien précoce en -ses amours, puisqu'il est certain qu'elle perdit sa mère en -1630, avant d'avoir atteint l'âge de quinze ans. La douleur -qu'elle ressentit fut si vive, que le lendemain même de -cette perte fatale elle alla se jeter dans un couvent, et annonça -l'intention d'y rester<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor"> [358]</a>. Cette résolution ne dura pas. -Son père mourut l'année suivante, âgé de cinquante ans. -Ainsi à quinze ans Ninon se trouva maîtresse de sa fortune -et de ses actions. Elle sortit du couvent, et reprit facilement -le goût du monde.</p> - -<p>La jeune orpheline fut d'abord accueillie avec empressement -dans toutes les sociétés du Marais où elle avait -été reçue du vivant de sa mère. Scarron, qui habitait aussi -<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -ce quartier du monde élégant, et qui d'un petit abbé au -teint frais, à la taille svelte et bien prise, beau danseur, -habile musicien, était devenu, par l'horrible maladie qui -l'avait défiguré, l'objet de la pitié de ce même monde où -il avait autrefois brillé, nous apprend, dans une de ses -épîtres, quelles étaient les dames qui présidaient aux cercles -où Ninon était admise, et qui toutes demeuraient -dans ce quartier. C'étaient la princesse de Guéméné, la -duchesse de Rohan, la marquise de Piennes, la maréchale -de Bassompierre; mesdames de Maugiron, de Villequier, -de Blerancourt, de Lude, de Bois-Dauphin (Souvré), la -marquise de Grimault<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor"> [359]</a>. Plusieurs des femmes que nous -venons de nommer étaient loin d'être irréprochables; cependant -toutes blâmèrent sévèrement la conduite de la -jeune Ninon, et s'accordèrent à ne plus la recevoir chez -elles. Les sociétés de Ninon en femmes se trouvèrent donc -réduites à Marion de Lorme<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor"> [360]</a>, qui avait été célèbre par -sa beauté et le scandale de sa vie; à la comtesse de la Suze, -et à quelques autres <i>précieuses</i> qui avaient secoué le joug -de l'opinion.</p> - -<p>Ce fut lors de son inclination pour Coligny, marquis -d'Andelot, depuis duc de Châtillon<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor"> [361]</a>, que Ninon jeta le -masque et bannit toute contrainte. Cette conquête lui acquit -dans tout Paris une célébrité qui s'était auparavant -renfermée dans le cercle des sociétés dont elle faisait le -charme. Avant cette époque, le secret de ses amours avait -<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -été si bien gardé, que l'on crut généralement que Châtillon -avait été sa première inclination. Cette croyance -était celle de Saint-Évremond, qui lui rappelle à elle-même -cet accord ravissant de deux êtres qui aiment pour -la première fois:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ce beau garçon dont vous fûtes éprise</p> -<p>Mit dans vos mains son aimable franchise<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor"> [362]</a>.</p> -<p>Il était jeune, il n'avait point senti</p> -<p>Ce que ressent un cœur assujetti:</p> -<p>Et jeune encore, vous ignoriez l'usage</p> -<p>Des mouvements qu'excite un beau visage;</p> -<p>Vous ignoriez la peine et le plaisir</p> -<p>Qu'ont su donner l'amour et le désir.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Jamais les nœuds d'une chaîne si sainte</p> -<p>N'eurent pour vous ni force ni contrainte;</p> -<p>Une si douce et si tendre amitié</p> -<p>Ne vit jamais un tourment sans pitié;</p> -<p>Les seuls soupirs que l'amour nous envoie</p> -<p>Furent mêlés à l'excès de la joie,</p> -<p>Et les plaisirs sans cesse renaissants</p> -<p>Remplirent l'âme et comblèrent les sens<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor"> [363]</a>.</p> -</div></div> - -<p>L'illustration d'une grande naissance était un des moindres -avantages qui distinguaient Gaspard de Châtillon. -Sa belle taille, son air noble, fier et doux, son teint frais -et animé, ses grands yeux noirs et brillants, son esprit -enjoué, son caractère complaisant, ses manières élégantes -et polies, le rendaient un des hommes les plus -séduisants de son temps. Renommé pour sa valeur dans -les combats, il promettait à la France un grand capitaine, -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -lorsqu'il fut tué dans la guerre de la Fronde, à -l'attaque du pont de Charenton<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor"> [364]</a>.</p> - -<p>A Châtillon succéda Miossens, depuis maréchal d'Albret; -ce Miossens, dit Scarron,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . . . . .</b> aux maris si terrible,</p> -<p>Ce Miossens à l'amour si sensible,</p> -<p>Mais si léger en toutes ses amours,</p> -<p>Qu'il change encore, et changera toujours<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor"> [365]</a>.</p> -</div></div> - -<p>C'est Miossens<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor"> [366]</a>, Charleval et d'Elbène que Tallemant -accuse d'avoir le plus contribué à inspirer à Ninon ces -principes épicuriens et irréligieux dont elle faisait profession -dans sa jeunesse, et qu'elle mettait en pratique. Nous -avons déjà fait mention de Charleval. D'Elbène fut d'abord -capitaine-lieutenant des chevau-légers, puis chambellan -de Gaston, duc d'Orléans. Il était connu par l'originalité -de son esprit et son insouciance pour les affaires; et il -vécut toute sa vie de ses dettes, comme un autre de ses -revenus<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor"> [367]</a>. C'est Miossens qui, par son faste, donna le -plus d'éclat aux déréglements de Ninon. Cependant il fut -promptement supplanté près d'elle par le jeune duc d'Enghien -(depuis le grand Condé), tout resplendissant alors -des premiers lauriers de la victoire. C'est ce que Saint-Évremond -rappelle encore à Ninon dans la pièce de vers -que nous avons déjà citée:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Un maréchal, l'ornement de la France,</p> -<p>Rare en esprit, magnifique en dépense,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span></div> -<p>Devint sensible à tous vos agréments,</p> -<p>Et fit son bien d'être de vos amants.</p> -<p>Ce jeune duc qui gagnait des batailles,</p> -<p>Qui sut couvrir de tant de funérailles</p> -<p>Les champs fameux de Norlingue et Rocroi,</p> -<p>Qui sut remplir nos ennemis d'effroi,</p> -<p>Las de fournir des sujets à l'histoire,</p> -<p>Voulant jouir quelquefois de sa gloire,</p> -<p>De fier et grand rendu civil et doux,</p> -<p>Ce même duc allait souper chez vous.</p> -<p>Comme un héros jamais ne su repose,</p> -<p>Après souper il faisait autre chose;</p> -<p>Et sans savoir s'il poussait des soupirs,</p> -<p>Je sais au moins qu'il aimait ses plaisirs<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor"> [368]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Ce fut peu de temps après sa liaison avec le duc d'Enghien, -à l'âge de vingt-deux ans, c'est-à-dire en 1638, que -Ninon de Lenclos fit une longue maladie, qui la conduisit -aux portes du tombeau. Elle crut sa fin prochaine; entourée -de ses nombreux amis et songeant à la brièveté de la -vie, elle dit à toute cette jeunesse qui s'affligeait de la perdre: -«Hélas! je ne laisse au monde que des mourants.»</p> - -<p>Elle se rétablit, et quand sa convalescence fut terminée, -elle reparut dans le monde plus belle encore qu'elle -n'était avant sa maladie. Elle reprit son genre de vie habituel, -et devenue plus hardie elle se montra plus gaie, -plus folâtre que dans sa première jeunesse. Ses liaisons -avec le marquis de Jarzé et le chevalier de Méré datent -de cette époque<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor"> [369]</a>.</p> - -<p>Ninon fit, en 1648, un voyage à Lyon déguisée en -homme, et courant la poste à franc étrier pour atteindre -ce beau Villars, que sa mine héroïque fit surnommer -<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -Orondate<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor"> [370]</a>. Elle le quitta ou en fut quittée, et alla se -renfermer au couvent. Elle plut aux religieuses par son -enjouement, et le cardinal-archevêque de Lyon lui rendit -de fréquentes visites. Peut-être, d'après les dispositions à -la retraite qu'elle semblait montrer, conçut-il l'espérance -de lui faire changer de conduite, et de la ramener à la religion -par ses raisonnements et ses pieuses exhortations; -mais cette tâche était difficile. Du Plessis de Richelieu, -cardinal-archevêque de Lyon, était le frère aîné du ministre, -et autant il le surpassait en vertus et en piété, autant -il lui était inférieur par l'esprit et les talents<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor"> [371]</a>.</p> - -<p>Ninon revint à Paris, et signala son retour par une -aventure dont la singularité piquante devint pendant quelques -jours l'objet des entretiens de toutes les sociétés de -la capitale avides de scandale. Navailles, qui fut depuis -créé duc et maréchal de France, était un des plus jolis -hommes et un des mieux faits de son temps. Ninon ne -l'avait jamais vu. Elle se promenait au Cours, et aperçut -le maréchal de Gramont qui faisait approcher de lui un -cavalier. Celui-ci descendit de cheval, et monta dans la -voiture du maréchal. Ce cavalier était Navailles. Ninon, -après l'avoir considéré attentivement, lui fit dire qu'à la -sortie du Cours elle désirait lui parler. Navailles se rendit -avec empressement à cette invitation. Ninon le fait monter -dans son carrosse, l'emmène, lui fait servir un bon -souper, et le conduit ensuite elle-même dans une chambre -à coucher élégamment ornée; puis elle lui dit de se mettre -au lit, lui fait espérer qu'il aura bientôt compagnie, et se -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -retire. Navailles s'était ce jour-là levé de très-bonne -heure pour chasser, et il avait passé la plus grande partie -de la journée à cet exercice violent: cependant la délicieuse -attente de la promesse qui lui avait été faite le tint -longtemps éveillé; mais la fatigue qu'il avait éprouvée, la -mollesse de sa couche, le firent enfin succomber au sommeil. -Ninon entre doucement dans sa chambre, et emporte -ses habits. Le lendemain de grand matin, revêtue de l'uniforme -du dormeur, l'épée au côté, le chapeau à plumet -enfoncé sur la tête, la folle femme s'approche du lit où -reposait Navailles, profondément endormi; elle frappe du -pied la terre, et prononce des paroles de mort et de vengeance. -Navailles se réveille en sursaut, s'imaginant que -c'est un rival qui veut l'assassiner. «Point de surprise, -dit-il, au nom de Dieu point de surprise! je suis homme -d'honneur, et je vous donnerai satisfaction.» Ninon ôte -le chapeau qui lui couvre la tête, laisse les longs flots de -ses beaux cheveux retomber sur ses épaules, et éclate de -rire. Ce nouveau caprice ne subsista pas aussi longtemps -que Navailles aurait dû l'espérer, d'après d'aussi heureux -commencements; il dura encore trois mois: au bout de -ce temps Navailles se vit forcé, non sans de douloureux -regrets, de céder la place à un successeur<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor"> [372]</a>.</p> - -<p>Le nombre des poursuivants de Ninon augmentait en -raison de sa célébrité; et l'émulation que l'ardeur de lui -plaire excitait souvent entre tant de rivaux amenait des -altercations, dont elle avait bien de la peine à prévenir -les suites dangereuses. C'est ce que Scarron a exprimé à -sa manière burlesque et cynique dans ses <i>Adieux au</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span> -<i>Marais</i>, où il parle de toutes les beautés célèbres de ce -quartier de Paris<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor"> [373]</a>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Adieu, bien que ne soyez blonde,</p> -<p>Fille dont parle tout le monde,</p> -<p>Charmant esprit, belle Ninon.</p> -<p>La maîtresse d'Agamemnon</p> -<p>N'eut jamais rien de comparable</p> -<p>A tout ce qui vous rend aimable,</p> -<p>Était sans voix, était sans luth,</p> -<p>Et mit pourtant les Grecs en rut:</p> -<p>Tant est vrai que fille trop belle</p> -<p>N'engendre jamais que querelle.</p> -</div></div> - -<p>Cependant la vie licencieuse de Ninon et le trouble -qu'elle portait dans les familles, peut-être aussi un zèle -vrai et désintéressé pour le maintien des bonnes mœurs, -suscitèrent contre elle un parti nombreux et puissant. On -s'adressa à la reine-mère pour faire cesser un scandale -qu'elle avait, dit-on, trop longtemps toléré. Ninon était -<i>demoiselle</i>, c'est-à-dire noble de naissance; et comme telle, -selon les mœurs et les habitudes de ce temps, placée -sous la surveillance de l'autorité; elle se trouvait, plus -qu'une simple bourgeoise, obligée de se conformer aux -volontés de la cour. La reine lui envoya l'ordre de se -retirer dans un couvent. Un exempt fut chargé de l'exécution -du cette lettre de cachet. Ninon, à qui il la présenta, -la lut, et remarqua qu'on n'y avait désigné aucun -couvent particulier. «Monsieur, dit-elle à l'exempt, -puisque la reine a tant de bontés pour moi que de me -laisser le choix du couvent où elle veut que je me retire, -je choisis celui des grands Cordeliers<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor"> [374]</a>.» L'exempt, stupéfait, -<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span> -ne répliqua rien, et on alla porter cette réponse à -la reine, qui, selon Saint-Simon et Chavagnac, la trouva -si plaisante qu'elle laissa Ninon en repos<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor"> [375]</a>; mais, selon -des récits plus vraisemblables, cette affaire se passa tout -autrement. Des amis puissants de Ninon, les ducs de -Candale et de Mortemart, et surtout le prince de Condé, -intervinrent, et elle ne dut qu'à leurs sollicitations de -continuer à jouir de son indépendance. Il est certain que -pendant que Ninon se trouvait ainsi menacée d'être frappée -par l'autorité le prince de Condé, qui depuis longtemps -n'avait eu avec elle que des relations de simple -amitié, l'ayant aperçue dans son carrosse, fit arrêter le -sien, en descendit, et alla chapeau bas saluer Ninon, en -présence de la foule étonnée. Cette marque de déférence -et de respect de la part du vainqueur de Rocroi et de Lens -envers celle qu'on traitait de courtisane imposa silence -à ses ennemis. Cependant le bruit avait couru dans Paris -qu'on voulait la mettre aux Filles repenties; «ce qui serait -bien injuste, disait le comte de Bautru, car elle n'est ni -fille ni repentie<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor"> [376]</a>.»</p> - -<p>Il est présumable que la peur causée par ces menaces -de l'autorité détermina Ninon à s'abstenir de choisir ses -amants parmi les gens de cour. Du moins pendant quelque -temps les financiers et les gens de robe eurent des -succès auprès d'elle. Elle engagea dans ses liens Émery, -le surintendant des finances, auquel elle fit succéder Coulon, -conseiller au parlement de Paris, grand frondeur, -<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -fort riche, et qui surpassa pour elle en magnificence le -surintendant lui-même. Émery, avant de devenir amoureux -de Ninon, vivait depuis longtemps avec la femme -de Coulon, fille de Cornuel, contrôleur général des finances, -dont la femme fut si célèbre par son esprit et ses bons -mots<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor"> [377]</a>. Lorsque Coulon enleva à Émery sa maîtresse, on -trouva qu'il y avait entre ces deux hommes une sorte de -parité de procédés, une application plaisante de la loi du -talion; et cette double intrigue donna lieu à quelques -chansons insipides, mais auxquelles la malignité publique -prêta cours dans le monde; on les a recueillies dans les -volumineux recueils manuscrits de vaudevilles et de couplets -relatifs aux événements de cette époque<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor"> [378]</a>. De tous -les amants de Ninon, Coulon fut celui qui sut le mieux lui -faire agréer le faste et le luxe dont il affectait de se parer -auprès de celle qu'il aimait. Mais il eut tort de compter ce -moyen au nombre de ceux qui pouvaient fixer l'humeur -volage de sa maîtresse. Elle n'aimait ni la pompe ni le -fracas dans ses plaisirs, et revint bientôt à la prédilection -qu'elle avait toujours montrée pour les gens de cour, la -haute noblesse, et les militaires; classe d'hommes qui à -cette époque avait un avantage marqué sur toutes les -autres, par tout ce qui peut plaire et contribuer aux -agréments de la vie sociale.</p> - -<p>Coulon fut congédié pour le comte d'Aubijoux, dont -Ninon s'éprit fortement. Il était homme d'esprit et de -mérite, riche, et d'une ancienne famille; il fut gouverneur -<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -de la ville et citadelle de Montpellier, et lieutenant général -pour le roi dans l'Albigeois<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor"> [379]</a>. C'est dans ses jardins, -près de Toulouse, que furent supposés tracés les vers du -voyage de Chapelle et de Bachaumont, si souvent cités. Il -mourut dans cette même retraite, le dernier de son nom, -le 9 novembre 1656<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor"> [380]</a>. Pour lui Ninon abandonna le -Marais, et alla demeurer au faubourg Saint-Germain. Ce -changement de quartier ne diminua pas son penchant à -l'inconstance: il sembla, au contraire, l'augmenter, en lui -facilitant les moyens de faire de nouvelles connaissances.</p> - -<p>Ninon, par sa nouvelle demeure, était devenue la voisine -de l'abbé de Bois-Robert et de madame Paget<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor"> [381]</a>, femme -d'un maître des requêtes fort riche, homme à bonnes -fortunes, qui partagea assez longtemps, avec le beau duc -de Candale, les faveurs de la comtesse d'Olonne, si scandaleusement -célèbre<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor"> [382]</a>. Madame Paget, que de Somaize<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor"> [383]</a> -nomme au nombre des illustres précieuses du faubourg -Saint-Germain, était à la fois prude et galante. Lorsqu'elle -allait à l'église, elle se trouvait souvent placée près de -Ninon; en attendant le prédicateur, elle prenait plaisir à -s'entretenir avec elle sans la connaître; et elle eut un -<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -grand désir de savoir le nom d'une femme si spirituelle et -si belle. Elle s'aperçut qu'un de ses amis, un nommé du -Pin, trésorier des Menus-Plaisirs, saluait cette étrangère; -et aussitôt elle l'arrêta pour obtenir de lui les informations -qu'elle désirait. Du Pin ne jugea pas à propos de -lever l'incognito que Ninon avait gardé. Il répondit donc -que c'était madame d'Argencourt de Bretagne, qui était -sortie de sa province pour un procès qu'elle avait à Paris; -et il équivoqua et plaisanta sur ce nom de d'Argencourt. -Madame Paget n'eut rien de plus pressé que d'offrir ses -services, et même au besoin les secours de sa bourse, à -la prétendue madame d'Argencourt; elle lui nomma les -nombreux amis quelle avait dans le parlement, et dont -la protection pouvait lui assurer le gain de son procès. -Elle insista avec chaleur pour qu'elle acceptât ses offres, -et l'assura qu'elle ne pouvait avoir de plus grande joie -que d'être utile à une aussi aimable personne. Ninon, qui -avait beaucoup de peine à garder son sérieux, témoigna à -madame Paget sa reconnaissance, et lui dit qu'elle profiterait -de ses offres obligeantes si le besoin s'en présentait. -Comme Ninon finissait de parler, l'abbé de Bois-Robert -vint à passer, et la salua. Madame Paget, étonnée, interrogea -Ninon pour savoir d'où elle connaissait cet abbé. -«Il est mon voisin, répondit Ninon, depuis que je loge au -faubourg, et il vient souvent me voir.» Alors madame -Paget crut devoir prémunir la belle étrangère contre les -dangers d'une telle liaison, et, pour lui prouver jusqu'à -quel point elle devait la redouter, elle lui dit que l'abbé de -Bois-Robert faisait sa société habituelle de la trop célèbre -Ninon, dont elle se mit à parler en termes très-injurieux. -Ninon, sans se déconcerter, lui dit: «Ah, madame! il ne -faut pas croire tout ce qu'on dit de cette Ninon; on en dit -<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -peut-être autant de vous et de moi: la médisance n'épargne -personne.» Au sortir de l'église, l'abbé de Bois-Robert, -qui ne savait rien de la méprise de madame Paget, -s'approcha d'elle en lui disant: «Vous avez bien causé -avec Ninon.» Madame Paget devint furieuse de cette mystification, -et ne pouvait la pardonner ni à du Pin ni à Ninon. -Mais bientôt elle se rappela le plaisir qu'elle avait -éprouvé dans ses entretiens avec cette femme extraordinaire; -elle regretta de ne plus pouvoir en jouir, et elle employa -ce même du Pin pour trouver les moyens de la revoir -encore. Cette entrevue se fit dans le jardin d'un oculiste -nommé Thévenin, allié à la famille Paget; les voisins -avaient la faculté d'entrer à toute heure dans ce jardin et -de s'y promener. Ce fut madame Paget qui, dans ce lieu, -aborda Ninon la première, et elles conversèrent ensemble -avec la même amitié et le même abandon qu'auparavant, -sans qu'il fût en rien question de la feinte qui avait eu -lieu, et de ce qui s'était passé précédemment<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor"> [384]</a>.</p> - -<p>Après avoir donné au comte d'Aubijoux quelques successeurs -dont nous ignorons les noms, Ninon parut un -instant disposée à céder aux instances du comte de Vassé. -Celui-ci avait cherché à séduire la marquise de Sévigné; -et, par une sorte de justice de la destinée, ce fut le marquis -de Sévigné qui lui enleva la conquête de Ninon, et -qui lui fit donner son congé au moment même où il -croyait son succès assuré<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor"> [385]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XVIII.<br /> -<span class="medium">1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy toujours amoureux de madame de Sévigné cherche à la séduire.—Il -devient le confident de son mari et le sien.—Parti qu'il tire de -cette position.—Il instruit madame de Sévigné de la liaison de -son mari avec Ninon.—Le courroux qu'elle en ressent engage -Bussy à se déclarer.—Récit qu'il fait lui-même des suites de sa déclaration.—Madame -de Sévigné parle à son mari de sa liaison -avec Ninon.—Bussy persuade au marquis de Sévigné que ce n'est -pas lui qui en avait instruit sa femme.—Bussy écrit à madame de -Sévigné pour lui reprocher son indiscrétion, et l'engage en même -temps à se venger de son mari.—Le marquis de Sévigné intercepte -cette lettre, et défend à sa femme de voir Bussy.</p> -</div> - -<p>Bussy, qui, malgré son récent mariage, était toujours -épris de sa cousine, ne la perdait pas de vue. Il avait eu -l'adresse de se concilier l'amitié et la confiance de son -mari. Celui-ci l'avait pris pour confident de ses désordres; -peut-être il les encourageait. A l'égard de madame de Sévigné, -au contraire, Bussy jouait le rôle d'ami et de conciliateur: -il semblait compatir à ses peines; il lui offrait -ses bons offices et son influence auprès de son époux; il -recevait les témoignages de reconnaissance de sa cousine -pour l'intérêt qu'il mettait à servir sa tendresse conjugale. -Par cette conduite, il était parvenu à déguiser ses projets, -à écarter toute défiance, à se rendre nécessaire: il avait -habitué madame de Sévigné à ne lui rien cacher, à se -confier à lui avec l'abandon le plus entier. Puis, quand il -s'aperçut que les brusqueries de Sévigné, sa froideur, ses -fréquentes infidélités, avaient commencé à lui aliéner le -cœur de sa femme, il pensa qu'il était temps de se montrer -<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -à elle sous un autre aspect. Il voulut se hâter d'arriver -au but où il tendait depuis longtemps avec tant de patience -et de persévérance. L'amitié que sa cousine avait -pour lui, les éloges qu'elle donnait à son esprit, la familiarité -produite par un commerce intime et habituel, furent, -de la part d'un homme aussi vain et aussi présomptueux, -autant de signes interprétés en faveur de sa passion. -Il ne douta point que celle qui en était l'objet ne la partageât, -et il crut trouver une occasion favorable de faire -taire ses scrupules en l'instruisant de la liaison de Ninon -avec le marquis de Sévigné, dont celui-ci lui avait fait confidence -lorsque cette liaison était encore ignorée de tout le -monde. Quand il vit madame de Sévigné courroucée de -ce nouvel outrage, et douloureusement affectée de l'éclat -qu'il ferait dans le monde, Bussy se crut au comble de ses -vœux, et ne craignit pas de se démasquer entièrement. -Mais il faut l'entendre faire lui-même le récit de sa perfidie, -et ne pas oublier qu'il a écrit dans le but de diffamer -sa cousine, avec laquelle, ainsi que nous le dirons plus -tard, il s'était brouillé. Il faut donc, en le lisant, faire la -part des expressions que lui arrachent le dépit et l'orgueil -humiliés, expressions qu'il a depuis démenties de la manière -la plus forte, et avec toutes les marques du plus sincère -repentir. Dans tout le reste, son récit est parfaitement -exact; et ce qui le prouve, c'est que madame de Sévigné, -qui se plaignit par la suite de ce qu'il avait, par cet écrit -satirique, calomnié ses sentiments et noirci son caractère<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor"> [386]</a>, -ne l'accusa jamais d'avoir altéré la vérité des faits<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor"> [387]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -«Voilà, mes chers, le portrait de madame de Sévigné. -Son bien, qui accommodait fort le mien, parce que c'était -un parti de ma maison, obligea mon père de souhaiter -que je l'épousasse; mais, quoique je ne la connusse pas -alors si bien que je fais aujourd'hui, je ne répondis point -au dessein de mon père. Certaine manière étourdie dont -je la voyais agir<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor"> [388]</a> me la faisait appréhender, et je la trouvais -la plus jolie fille du monde pour être la femme d'un -autre. Ce sentiment-là m'aida fort à ne la point épouser; -mais comme elle fut mariée un peu de temps après moi, -j'en devins amoureux; et la plus forte raison qui m'obligea -d'en faire ma maîtresse fut celle qui m'avait empêché -de souhaiter d'être son mari.</p> - -<p>«Comme j'étais son proche parent, j'avais un fort grand -accès chez elle, et je voyais les chagrins que son mari -lui donnait tous les jours; elle s'en plaignait à moi bien -souvent, et me priait de lui faire honte de mille attachements -ridicules qu'il avait. Je la servis en cela quelque -temps fort heureusement; mais enfin le naturel de son -mari l'emportant sur mes conseils, de propos délibéré -je me mis à être amoureux d'elle, plus par la commodité -de la conjoncture que par la force de mon inclination.</p> - -<p>«Un jour donc que Sévigné m'avait dit qu'il avait passé -la veille la plus agréable nuit du monde, non-seulement -pour lui, mais pour la dame avec qui il l'avait passée: -Vous pouvez croire, ajouta-t-il, que ce n'est pas avec votre -cousine; c'est avec Ninon.—Tant pis pour vous, lui dis-je; -ma cousine vaut mille fois mieux; et je suis persuadé -que si elle n'était pas votre femme elle serait votre maîtresse.—Cela -pourrait bien être, me répondit-il.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -«Je ne l'eus pas si tôt quitté, que j'allai tout conter à -madame de Sévigné.—Il y a bien de quoi se vanter à lui, -dit-elle en rougissant de dépit.—Ne faites pas semblant -de savoir cela, lui répondis-je; car vous en voyez la conséquence.—Je -crois que vous êtes fou, reprit-elle, de me -donner cet avis, ou que vous croyez que je suis folle.—Vous -le seriez bien plus, madame, lui répliquai-je, si -vous ne lui rendiez la pareille, que si vous lui redisiez ce -que je vous ai dit. Vengez-vous, ma belle cousine, je -serai de moitié dans la vengeance; car enfin vos intérêts -me sont aussi chers que les miens propres.—Tout beau, -monsieur le comte! me dit-elle, je ne suis pas si fâchée -que vous le pensez.</p> - -<p>«Le lendemain, ayant trouvé Sévigné au Cours, il se -mit avec moi dans mon carrosse. Aussitôt qu'il y fut:—Je -pense, dit-il, que vous avez dit à votre cousine ce que -je vous contai hier de Ninon, parce qu'elle m'en a touché -quelque chose.—Moi! lui répliquai-je, je ne lui en ai -point parlé, monsieur; mais, comme elle a de l'esprit, elle -m'a dit tant de choses sur le chapitre de la jalousie, qu'elle -rencontre quelquefois juste. Sévigné s'étant rendu à une -si bonne raison, me remit sur le chapitre de sa bonne -fortune; et, après m'avoir dit mille avantages qu'il y avait -d'être amoureux, il conclut par me dire qu'il le voulait -être toute sa vie, et même qu'il l'était alors de Ninon autant -qu'on le pouvait être; qu'il s'en allait passer la nuit -à Saint-Cloud avec elle et avec Vassé, qui leur donnait -une fête, et duquel ils se moquaient ensemble.</p> - -<p>«Je lui redis ce que je lui avais dit mille fois, que -quoique sa femme fût sage, il en pourrait faire tant qu'enfin -il la désespérerait; et que, quelque honnête homme devenant -amoureux d'elle dans le temps qu'il lui ferait de -<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -méchants tours, elle pourrait peut-être chercher des douceurs -dans l'amour et dans la vengeance, qu'elle n'aurait -pas envisagée dans l'amour seulement. Et là-dessus nous -étant séparés, j'écrivis cette lettre à sa femme:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center"><i>Lettre.</i></p> - -<p>«Je n'avais pas tort hier, madame, de me défier de -votre imprudence: vous avez dit à votre mari ce que je -vous ai dit. Vous voyez bien que ce n'est pas pour mes intérêts -que je vous fais ce reproche; car tout ce qui m'en -peut arriver est de perdre son amitié, et pour vous, madame, -il y a bien plus à craindre. J'ai pourtant été assez -heureux pour le désabuser. Au reste, madame, il est tellement -persuadé qu'on ne peut être honnête homme sans -être toujours amoureux, que je désespère de vous voir -jamais contente si vous n'aspirez qu'à être aimée de lui. -Mais que cela ne vous alarme pas, madame; comme j'ai -commencé de vous servir, je ne vous abandonnerai pas -en l'état où vous êtes. Vous savez que la jalousie a quelquefois -plus de vertu pour retenir un cœur que les charmes -et le mérite; je vous conseille d'en donner à votre mari, -ma belle cousine, et pour cela je m'offre à vous. Si vous -le faites revenir par là, je vous aime assez pour recommencer -mon premier personnage de votre agent auprès de lui, -et me faire sacrifier encore pour vous rendre heureuse; -et s'il faut qu'il vous échappe, aimez-moi, ma cousine, -et je vous aiderai à vous venger de lui en vous aimant -toute ma vie.»</p> -</div> - -<p>«Le page à qui je donnai cette lettre l'étant allé porter -à madame de Sévigné, la trouva endormie; et comme il -<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -attendait qu'on l'éveillât, Sévigné arriva de la campagne. -Celui-ci ayant su de mon page, que je n'avais pas instruit -là-dessus, ne prévoyant pas que le mari dût arriver si tôt, -ayant su, dis-je, qu'il avait une lettre de ma part à sa -femme, la lui demanda sans rien soupçonner; et l'ayant -lue à l'heure même, lui dit de s'en retourner, qu'il n'y -avait nulle réponse à faire. Vous pouvez juger comme je -le reçus: je fus sur le point de le tuer, voyant le danger -où il avait exposé ma cousine; et je ne dormis pas une -heure de cette nuit-là. Sévigné, de son côté, ne la passa -pas meilleure que moi; et le lendemain, après de grands -reproches qu'il fit à sa femme, il lui défendit de me voir. -Elle me le manda, en m'avertissant qu'avec un peu de -patience tout cela s'accommoderait un jour<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor"> [389]</a>.»</p> - -<p class="p2">Ainsi Bussy ne recueillit d'autre fruit de ses intrigues -que de se voir expulsé de chez une parente dont la société -lui était devenue d'autant plus nécessaire qu'il en avait -toujours joui depuis son enfance, et qu'il n'en avait jamais -si bien apprécié les douceurs et les agréments qu'à -l'époque où il se trouvait forcé d'y renoncer.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XIX.<br /> -<span class="medium">1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Des cause qui éteignent le patriotisme et produisent les émigrations.—État -des partis en France.—Projet de former une colonie en -Amérique.—Il s'établit une compagnie pour exploiter la Guyane -et faire le commerce d'esclaves.—Scarron et Ninon sont au nombre -de ceux qui veulent émigrer.—La crainte d'une nouvelle persécution -avait déterminé Ninon à s'expatrier; cependant, ni elle ni -Scarron ne s'embarquent.—Ninon quitte le marquis de Sévigné, -qui est remplacé par Rambouillet de la Sablière.—Vassé succède -à Rambouillet.—Citation des Mémoires de Tallemant.—Désintéressement -de Ninon.—Elle refuse les dons du marquis de Sévigné.—L'abbé -de Livry force madame de Sévigné à se séparer de biens de -son mari.—Jugement que porte Tallemant sur celui-ci.—Madame -de Sévigné s'engage pour son mari.—Remontrance de Ménage à -ce sujet.—Repartie un peu libre de madame de Sévigné à Ménage.—Pourquoi -les éditeurs de madame de Sévigné ont été obligés de -changer dans ses lettres quelques expressions.</p> -</div> - -<p>Quand le gouvernement est dans toute son intégrité, -les peuples songent moins aux avantages qu'aux abus -qu'entraîne l'exercice d'une puissance toujours trop faible -pour protéger l'État contre les intérêts privés qui lui font -sans cesse la guerre, toujours trop forte pour n'être pas -tentée d'usurper sur les droits individuels et les libertés -publiques. Mais lorsque, après un bouleversement d'État, -la puissance gouvernementale se trouve incapable, par -son affaiblissement, d'assurer le règne des lois; quand -un pays est déchiré par les partis, qui suppriment tour à -tour et exercent avec violence un pouvoir éphémère, -alors les victimes de ces révolutions successives, et ceux -<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span> -qui ne partagèrent jamais les fureurs des factieux ni les -bassesses des ambitieux, désespérant de voir une fin aux -maux de leur patrie, s'en détachent, et cherchent souvent -dans d'autres contrées une existence plus tranquille, ou -du moins l'espérance d'un meilleur avenir; sentiment -qui ne s'éteint jamais dans le cœur de l'homme, et qui -est à la fois le mobile de ses efforts et l'appui de son courage.</p> - -<p>Tels étaient les motifs qui agissaient sur les esprits au -commencement de l'année 1651, et qui favorisèrent en -France les projets d'une colonisation en Amérique. A cette -époque, tous les partis s'étaient réunis contre celui qui -voulait les dominer tous; ils désiraient tous également que -l'on mît fin à la captivité des princes, parce que chacun -d'eux espérait pouvoir se faire un appui de leur autorité, -et un moyen de leur influence, pour anéantir leurs adversaires. -Le parti de la cour même avait aussi cette espérance. -Les princes furent donc mis en liberté. Mais cette -réparation tardive d'une grande injustice affaiblissait encore -l'autorité de la reine régente et de son ministre, qui -s'en étaient rendus coupables; et l'on ne pouvait que -prévoir des troubles plus grands encore que ceux qu'on -avait vus, lorsque le parti des princes, longtemps opprimé, -viendrait encore ajouter son action à la fermentation -produite par le parti de la cour, celui du parlement -et celui de la Fronde.</p> - -<p>Des quatre nations bornées par la mer Atlantique, la -nation française était la seule qui ne se fût point mise -en mesure d'entrer dans le partage des richesses que promettait -le Nouveau Monde. Cependant quelques aventuriers -français, au commencement du dix-septième siècle, -s'étaient fixés à Cayenne; et en 1643 des négociants de -<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -Rouen avaient en vain cherché à tirer parti de cet établissement.</p> - -<p>En 1651 une compagnie se forma, qui obtint du gouvernement -la concession de cette colonie, et réunit à Paris -sept à huit cents individus disposés à s'y transporter. Les -contrées qu'entouraient la mer et les grands fleuves Amazone -et Orénoque, n'étaient pas alors, comme aujourd'hui, -considérées comme des lieux d'exil et de mort, comme -des pays humides et malsains, et souvent visités par des -fièvres pestilentielles. Au contraire, on ajoutait foi aux -brillantes descriptions qu'en avaient données ceux qui les -premiers en firent la découverte, l'Espagnol Orellana et -le célèbre Walter Ralegh<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor"> [390]</a>. On croyait, d'après leurs relations, -qu'il existait dans l'intérieur une contrée qu'on -désignait par le nom magnifique de <i>el Dorado</i>; qu'elle -renfermait des mines d'or, et des pierreries plus riches que -toutes celles du Pérou; et on se faisait l'idée la plus délicieuse -de la beauté du pays, de la douceur et de la salubrité -de son climat. Les belles fleurs, les oiseaux brillants, -les animaux singuliers qu'on en tirait et qu'on -transportait en Europe, semblaient ne laisser aucun doute -sur la réalité de ces illusions. On citait des vieillards qui -s'étaient guéris de la goutte par un voyage à l'île Martinique<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor"> [391]</a>; -et il semblait qu'il suffisait de se transporter dans -le Nouveau Monde pour se délivrer de tous les maux et -pour y jouir du bonheur et de la santé. Un grand nombre -de personnes notables de Paris, après avoir pris des actions -dans la nouvelle compagnie, fatiguées du gouvernement -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -comme des partis qui lui étaient opposés, avaient -résolu de se joindre à la nouvelle colonie. Indépendamment -des richesses qu'on espérait recueillir, on se croyait certain -de faire une prompte et rapide fortune par l'achat et -la vente des esclaves dont on avait besoin pour la culture -des îles, genre de trafic que l'opinion publique ne -proscrivait pas. Dans le nombre de ces émigrants se trouvait -la femme d'un maréchal de France. L'infortuné Scarron -avait placé une petite somme dans cette entreprise; -et, entraîné comme malgré lui par les sollicitations de ses -amis, qui le flattaient de pouvoir guérir ses infirmités par -les bienfaits d'un meilleur climat, il se décida à s'embarquer<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor"> [392]</a>. -Ninon prit aussi la même résolution. Un événement -bien futile en apparence, mais qui eut des suites graves, -l'avait forcée à cette étrange détermination. Plusieurs jeunes -seigneurs dînaient chez elle un jour de carême; un des -convives jeta par la fenêtre un os de poulet qui tomba -dans la rue, sur l'épaule d'un prêtre de la paroisse de -Saint-Sulpice. Le curé se plaignit à l'abbé de Saint-Germain -des Prés. Avant l'édit de 1674, qui réunit les justices -particulières au Châtelet de Paris, cet abbé avait droit -de juridiction sur le faubourg Saint-Germain des Prés. -Un fait bien simple en lui-même fut représenté comme -une atteinte grave envers la religion, comme un dessein -prémédité d'insulter à ses ministres<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor"> [393]</a>. La reine régente, irritée, -voulait faire enfermer Ninon; mais on apaisa tout -avec de l'argent. La résolution que Ninon prit alors de -<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span> -s'embarquer désarmait ses antagonistes; ils n'osèrent -plus l'attaquer, et ils gardaient le silence en présence -des clameurs occasionnées par l'annonce de son prochain -départ. Ceux qui s'étaient accoutumés à la voir (et le nombre -en était grand) ne pouvaient penser sans les plus vifs -regrets qu'ils allaient être privés d'elle pour longtemps, -et peut-être pour toujours: hommes puissants à la cour -et dans la haute société, leurs plaintes bruyantes et amères -retentissaient dans tous les cercles, et ils n'épargnaient -ni ceux ni celles dont le rigorisme et l'intolérance amenaient -de tels résultats.</p> - -<p>Cependant la première embarcation pour la nouvelle colonie -eut lieu; elle consistait en sept cents individus, tant -hommes que femmes; Scarron et Ninon n'étaient point du -nombre<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor"> [394]</a>. Il est probable que leur trajet dans le Nouveau -Monde devait se faire sur un navire particulier. Quoi qu'il -en soit, ce délai leur fut utile. Cette nouvelle tentative de -colonisation fut encore plus malheureuse que les précédentes, -et, de même que Scarron, Ninon ne partit point.</p> - -<p>Il semblait que cette circonstance dût être fâcheuse -pour madame de Sévigné, mais elle lui était indifférente. -Déjà l'inconstance de Ninon, mieux que n'aurait pu faire -son absence, avait cessé de la lui rendre redoutable; déjà -Rambouillet de la Sablière, dont le nom a conservé quelque -célébrité, plus par sa femme que par ses madrigaux, -avait fait congédier Sévigné. Tallemant des Réaux<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor"> [395]</a> était -<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -le beau-frère de Rambouillet. Ce fut lui qui l'introduisit -chez Ninon. Après avoir parlé du voyage qu'elle fit à Lyon, -et de sa liaison avec Sévigné, il ajoute: «M. de Rambouillet -eut son tour; durant sa passion, personne ne la voyait -que celui-là. Il allait bien d'autres gens chez elle, mais ce -n'était que pour la conversation, et quelquefois pour souper; -car elle avait un ordinaire assez raisonnable; sa maison -était passablement meublée: elle avait une chaise [une -voiture] fort propre. Elle écrivit en badinant à Rambouillet: -«Je crois que je t'aimerai trois mois; c'est trois siècles -pour moi.» Charleval ayant trouvé chez elle ce jouvenceau, -qu'il n'y avait pas encore vu, s'approcha de l'oreille -de la belle, et lui dit: «Ma chère, voilà qui a bien l'air -d'être un de vos caprices<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor"> [396]</a>.»</p> - -<p>Le règne de Rambouillet ne fut pas plus long que celui -du marquis de Sévigné; il fut supplanté par Vassé, qui -recueillit ainsi le fruit de sa longue persévérance. Comme -Coulon et d'Aubijoux, Vassé, se plut à user de ses richesses -pour satisfaire sa vanité, et à faire parade d'une conquête -dont il était glorieux; et ce fut aussi la cause qui la -lui fit perdre.</p> - -<p>Tallemant remarque à ce sujet que Ninon ne voulut -rien recevoir du marquis de Sévigné qu'une bague de -peu de valeur: peut-être eût-il été à désirer pour madame -de Sévigné que son mari eût conservé plus longtemps -une maîtresse aussi désintéressée; il n'en continua -pas moins, après l'avoir perdue, de donner en ce genre de -nouveaux sujets de peine à sa femme. Les nouvelles liaisons -qu'il contracta contribuèrent, ainsi que son défaut -d'ordre, à déranger sa fortune. Ce fut alors que madame -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -de Sévigné se sépara de biens d'avec lui; mais elle ne put -s'y déterminer qu'après y avoir été en quelque sorte contrainte -par les instances de l'abbé de Livry. Celui-ci ne -put empêcher que, peu de temps après cette séparation, -elle ne se rendît caution pour M. de Sévigné d'une somme -de cinquante mille écus. Ménage, qui n'aimait pas le -marquis, ne put se contenir quand il apprit ce nouvel -engagement. Usant des droits d'une ancienne amitié, -il gronda vivement madame de Sévigné de cette faiblesse, -et lui dit: «Madame, une femme prudente ne doit jamais -placer de si fortes sommes sur la tête d'un mari.—Pourvu -que je ne mette que cela sur sa tête, que pourra-t-on -me dire?» répondit-elle<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor"> [397]</a>.—Nous n'eussions pas -reproduit cette grivoise repartie, si elle ne servait à -faire ressortir une singularité du caractère de madame -de Sévigné, dont nous avons déjà parlé: c'est que le -besoin de gaieté qu'éprouvait cette femme spirituelle -la rendait très-libre dans ses propos, et que son imagination -n'était pas aussi chaste que sa raison et sa conscience.</p> - -<p>«Sévigné, dit Tallemant, n'était point un honnête -homme: il ruinait sa femme, qui est une des plus agréables -de Paris. Elle chante, elle danse, elle a de l'esprit, -elle est vive, et ne peut se tenir de dire ce qu'elle croit -joli, quoique assez souvent ce soient des choses un peu -gaillardes: même elle en affecte, et trouve moyen de les -faire venir à propos<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor"> [398]</a>.»</p> - -<p>Ce n'est pas seulement ceux qui ont eu occasion de voir -madame de Sévigné et de s'entretenir avec elle qui confirment -cette observation, mais ce sont ses lettres mêmes. -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -Ceux qui les ont les premiers livrée à l'impression sous le -règne de Louis XV, à l'époque de la plus grande dépravation -des mœurs en France, ont cru nécessaire de changer -quelques expressions, et d'adoucir certains passages, -par trop libres, pour ne pas choquer la délicatesse du public -de leur temps. Le plus savant et le plus exact éditeur -de madame de Sévigné n'a pas osé rétablir dans -son édition ces parties du texte telles qu'il les trouvait -dans les lettres autographes qu'il a collationnées, et s'est -déterminé à laisser subsister les changements que les précédents -éditeurs y avaient faits; et il est telle repartie -échappée à madame de Sévigné dans la vivacité du dialogue, -citée par Tallemant, que nous ne voudrions pas -reproduire dans ces Mémoires. Chose étrange, que nous -soyons devenus plus scrupuleux et plus susceptibles -qu'une <i>précieuse</i> formée à l'école de Rambouillet!</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XX.<br /> -<span class="medium">1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Sévigné conduit sa femme en Bretagne, et revient à Paris.—Il devient -amoureux de madame de Gondran.—Détails sur madame de Gondran -et sa famille.—Ses amours avec la Roche-Giffart, lorsqu'elle -était demoiselle Bigot.—Ses autres amants lorsqu'elle fut mariée.—Sévigné -obtient ses faveurs.—Il emprunte à mademoiselle de Chevreuse -ses pendants d'oreilles, pour les prêter à madame de Gondran.—Comment -l'abbé de Romilly s'y prend pour l'humilier.—Le -bruit court que le marquis de Sévigné s'est battu en duel.—Alarme -que cette nouvelle cause à madame de Sévigné.—Le chevalier -d'Albret fait sa cour à madame de Gondran.—Il ne peut -réussir.—Le bruit court que le marquis de Sévigné a fait des plaisanteries -sur son compte.—Le chevalier d'Albret provoque Sévigné -en duel.—Ils se battent.—Sévigné est blessé, et meurt.</p> -</div> - -<p>Le marquis de Sévigné, pour se livrer avec moins de -contrainte à sa vie licencieuse et désordonnée, avait conduit -sa femme en Bretagne, à sa terre des Rochers; il l'y -avait laissée, et était revenu à Paris. Après avoir été quitté -par Ninon, il devint amoureux de madame de Gondran, -qui s'était acquis à Paris une certaine célébrité par sa -beauté et ses galanteries. Pour ce qui concerne sa beauté, -je dois faire observer cependant que Tallemant, en parlant -de cette nouvelle inclination de Sévigné, interrompt -souvent son récit en disant: «Pour moi, j'eusse mieux -aimé sa femme.» Et Bussy a fait la même réflexion sur -toutes les maîtresses de Sévigné.</p> - -<p>Madame de Gondran était la fille de Bigot de la Honville, -secrétaire du roi, et contrôleur général des gabelles. -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -Elle perdit sa mère fort jeune; et son père, ne jugeant pas -à propos de la garder avec lui, la mit sous la tutelle de sa -sœur aînée, mariée à Louvigny, secrétaire du roi<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor"> [399]</a>. Madame -de Louvigny, femme modeste et retirée, vit tout à -coup sa maison envahie par un grand nombre de jeunes -gens de la cour et de la ville, qu'attiraient la beauté et -plus encore les coquetteries de sa sœur<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor"> [400]</a>. Madame de -Louvigny n'osa point faire refuser sa porte à des personnes -qui par leur rang, beaucoup au-dessus du sien, commandaient -des égards; et elle ne put empêcher sa sœur de -se plaire dans leurs entretiens, et d'être l'objet de leurs -attentions et de leurs civilités. Cependant le nombre s'en -accroissait sans cesse, et il n'était bruit dans Paris, parmi -les jeunes seigneurs coureurs des belles, que de la charmante -<i>Lolo</i>. C'est par ce surnom, diminutif du nom de -Charlotte, qui était le sien, qu'on avait pris l'habitude de -désigner mademoiselle Bigot de la Honville. Son père, -tous ses parents, et surtout sa sœur, pensèrent que, pour -éviter les dangers des inclinations qu'elle manifestait, il -fallait se hâter de la marier. Un parti se présentait: c'était -de Gondran, un des fils de Galland, avocat célèbre<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor"> [401]</a>. Le -fils aîné de Galland s'était aussi distingué dans la carrière -du barreau, et soutenait dignement un nom que son -père avait illustré. Quant à de Gondran, il était paresseux, -glouton, ivrogne, brutal<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor"> [402]</a>. Aucune qualité personnelle -ne le recommandait, mais il était riche. Il devint -<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -très-amoureux de la jeune Bigot. Elle n'avait pour lui ni -affection ni estime. Aussi, malgré les avantages qu'il -pouvait offrir sous le rapport de la fortune, le père et -les parents de mademoiselle Bigot se refusaient à favoriser -ses prétentions. Mais on s'aperçut bientôt que la jeune -fille avait formé une liaison amoureuse avec la Roche-Giffart<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor"> [403]</a>, -gentilhomme breton, et marié. On se hâta -d'accepter les offres de Gondran, et on lui accorda mademoiselle -Bigot. Moins épris et moins stupide, il eût -été facile à de Gondran de prévoir le sort qui l'attendait. -Conrart, qui nous fournit ces détails, décrit de la manière -suivante les préliminaires de ce mariage: «Pendant que -mademoiselle Bigot était accordée, nombre de galants -étaient tous les jours chez sa sœur à lui en conter, se -mettant à genoux devant elle, et faisant toutes les autres -badineries que font les amoureux: le pauvre futur était -en un coin de la chambre avec quelqu'un des parents à -s'entretenir, sans oser presque approcher d'elle ni lui -rien dire<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor"> [404]</a>.»</p> - -<p>Mademoiselle Bigot, devenue madame de Gondran, -n'en continua pas moins sa liaison avec la Roche-Giffart. -Le secret de cette liaison fut longtemps bien gardé; mais -la femme de la Roche-Giffart, ayant conçu quelque soupçon, -força le secrétaire de son mari, et y trouva vingt -lettres de madame de Gondran, toutes plus libres et plus -passionnées les unes que les autres<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor"> [405]</a>. L'éclat que madame -de la Roche-Giffart fit de cette aventure autorisa la belle-mère -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -de madame de Gondran, chez laquelle cette derrière -demeurait, à la surveiller de près. Elle l'empêcha de recevoir -le chevalier de Guise, quoique son mari y consentît. -Cependant, à l'abri de la soutane, elle laissa s'introduire -auprès d'elle le jeune abbé d'Aumale, beau comme un -ange, selon l'expression du cardinal de Retz<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor"> [406]</a>, et beaucoup -plus dangereux que ne l'eût été le chevalier de -Guise. Cet abbé fut nommé depuis archevêque de Reims; -puis, après la mort de son aîné, qui fut tué en duel par -le duc de Beaufort, il devint duc de Nemours, et épousa, -au grand étonnement du monde, mademoiselle de Longueville<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor"> [407]</a>, -dont nous avons parlé.</p> - -<p>Le même motif qui avait protégé l'abbé d'Aumale contre -les soupçons de la belle-mère de madame de Gondran, -permit aussi à l'abbé de Romilly<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor"> [408]</a> de fréquenter sa maison<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor"> [409]</a>. -Cet abbé, impudent, débauché, sujet à l'ivresse, -compromit la femme de Gondran par ses propos indiscrets. -La belle-mère était âgée, prude et acariâtre; sa -belle-fille, par ses complaisances, ses souplesses et ses -flatteries, sut se la rendre favorable, et finit enfin par obtenir -la liberté de recevoir tous ceux qui lui convenaient. -Sévigné fut de ce nombre, et obtint ses faveurs; il plaisait -aussi à son mari, qu'il menait partout avec lui; il le -mettait de tous les festins, de tous les divertissements et -de toutes les fêtes qu'il donnait à madame de Gondran. -Pour elle il se montra plus prodigue qu'il n'avait jamais -<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span> -été. Elle désira, pendant le carnaval, pouvoir se parer des -superbes pendants d'oreilles qu'elle avait vus à mademoiselle -de Chevreuse. Le marquis de Sévigné eut, pour la -satisfaire, la faiblesse d'aller chez mademoiselle de Chevreuse, -et la pria de lui prêter ses pendants d'oreilles pour -mademoiselle de La Vergne. Mademoiselle de Chevreuse -les lui remit; il les porta sur-le-champ à sa maîtresse, qui -se montra le même soir au bal avec ce riche ornement. -Tout le monde reconnut aussitôt les pendants d'oreilles de -mademoiselle de Chevreuse; et plusieurs personnes, le -lendemain, lui témoignèrent leur étonnement qu'elle eût -pu se décider à prêter cette parure à madame de Gondran. -Le marquis de Sévigné, craignant les reproches de mademoiselle -de Chevreuse, alla voir mademoiselle de La Vergne, -lui avoua tout, et fit si bien par ses instances et ses -prières, qu'il la décida à empêcher qu'on ne découvrît -son honteux stratagème. Mademoiselle de La Vergne alla -chez mademoiselle de Chevreuse pour lui faire ses remercîments, -et mit en même temps sur son compte le prêt -qui avait été fait à madame de Gondran<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor"> [410]</a>. Celle-ci ainsi -que son mari se trouvaient, au moyen des dépenses du -marquis de Sévigné, en communauté de plaisirs avec toute -la jeune noblesse: le mari et la femme commencèrent -bientôt à dédaigner la bourgeoisie, et même leurs anciens -amis et leurs propres parents, qui appartenaient comme -eux à cette classe; ils répétaient souvent qu'il n'y avait -que les gens de cour qui fussent aimables. Cette ridicule -vanité donna envie à plusieurs des amants de madame de -Gondran de se venger d'elle. L'abbé de Romilly, dans un -moment d'ivresse, tint sur son compte en présence de -<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -son mari les propos les plus grossiers et les plus insultants<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor"> [411]</a>. -Un nommé Lacger<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor"> [412]</a>, qui fut secrétaire des commandements -de la reine Christine, se plut à raconter dans -un bal cette scène étrange. Tout fut redit au marquis de -Sévigné, qui devint furieux. Pour punir l'outrage fait à -sa maîtresse, il s'était proposé de donner des coups de -canne à Lacger, dans une nombreuse assemblée où il -croyait le rencontrer. Mais Lacger, averti à temps, n'y -parut point. Ces circonstances, dénaturées et racontées -diversement, firent dire que Sévigné s'était battu en duel, -et avait reçu un coup d'épée. Cette fausse nouvelle courut -les provinces, et parvint jusqu'en Bretagne. Madame de -Sévigné, alarmée, écrivit à son mari une lettre pleine de -tendres reproches et d'inquiétude sur sa santé. Cette lettre -sur ce faux duel parvint au marquis quatre jours<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor"> [413]</a> -avant le duel véritable où il succomba, et qui nous reste -à raconter.</p> - -<p>Le chevalier d'Albret, frère cadet de Miossens, bien -fait, aimable, spirituel, se mit à faire sa cour à madame -de Gondran; mais il ne put parvenir à supplanter le marquis -de Sévigné, qui par une constante assiduité, par des -plaisirs variés et continuels, par l'or qu'il prodiguait pour -elle, la retenait dans ses liens. D'Albret y renonça, après -s'être vu quatre fois de suite refuser la porte. Il ne pouvait -douter qu'en lui faisant cette espèce d'affront, madame -de Gondran n'eût cédé aux désirs ou à la volonté de son -<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -amant. Il était donc déjà fort mal disposé envers Sévigné, -lorsqu'on lui dit que celui-ci s'était permis avec sa -maîtresse des railleries sur son compte, et qu'il avait -tenu des propos tendant à le déprécier, sinon sous le rapport -de l'honneur, du moins sous celui des femmes. C'était -Lacger, qui, avec toute l'habileté et la perfidie de la haine -et de la vengeance, avait inventé cette fable, et l'avait -racontée au chevalier d'Albret, en lui donnant toutes les -couleurs de la vraisemblance. Pour s'en éclaircir, le chevalier -d'Albret pria le marquis de Soyecour, son ami, de -demander à Sévigné lui-même s'il avait réellement tenu -à son sujet le discours qu'on lui prêtait<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor"> [414]</a>. Sévigné dit à -Soyecour qu'il n'avait jamais parlé au désavantage du -chevalier d'Albret; en même temps, ne voulant pas avoir -l'air de redouter un rival, il ajouta qu'il ne lui disait cela -que pour rendre hommage à la vérité, mais nullement -pour se justifier, parce qu'il ne le faisait jamais que l'épée -à la main.</p> - -<p>Sur cette réponse on se donna rendez-vous derrière le -couvent de Picpus, le vendredi 3 février 1651, à midi. -De part et d'autre on fut exact. Le marquis de Sévigné, -qui avait fait porter les épées, dit d'abord au chevalier -d'Albret qu'il n'avait jamais dit de lui ce qu'on lui avait -rapporté, et qu'il était son serviteur. Les deux antagonistes -s'embrassèrent. Le chevalier d'Albret dit ensuite -qu'il ne fallait pas moins se battre. Sévigné répondit qu'il -l'entendait bien ainsi, et qu'il ne s'était pas rendu en ce -lieu pour s'en retourner sans rien faire. Aussitôt on s'écarte, -et le combat commence. Sévigné porte trois ou -quatre bottes à son adversaire, qui eut son haut-de-chausses -<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span> -percé, mais ne fut point blessé. Sévigné veut récidiver; -il se découvre: Albret prend son temps et pare; Sévigné -se précipite sur son adversaire, reçoit un coup d'épée -qui lui traverse le corps, et tombe. On le ramène à Paris: -dès que les chirurgiens eurent examiné sa blessure, -ils déclarèrent qu'elle était mortelle. Il expira, en effet, -le lendemain, regrettant de mourir à vingt-sept ans. -Ses amis, ou plutôt ses compagnons de plaisir, étaient -accourus auprès de lui. Parmi eux se trouvait Gondran, -celui de tous qui était le plus sincèrement affligé de sa -perte<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor"> [415]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXI.<br /> -<span class="medium">1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Le marquis de Sévigné peu regretté du monde.—Il était dissipateur -et fâcheux.—Explication de ce mot.—Madame de Sévigné fut violemment -affligée de la mort de son mari.—Signes qu'elle donne de -sa douleur deux ans après l'événement.—Elle revient à Paris aussitôt -qu'elle l'a appris.—Elle est obligée de s'adresser à madame de -Gondran pour avoir des cheveux de son mari et son portrait.—État -de Paris lorsque madame de Sévigné y arriva.—Tout y était -en fermentation.—La cour et le roi gardés dans la capitale.—Condé -mauvais politique.—Habileté de la reine régente.—Ses -manœuvres pour ravoir son ministre.—La reine est soupçonnée à -tort d'avoir voulu faire emprisonner le coadjuteur.—Condé quitte -Paris, et se retire à Saint-Maur.—Les députés de la noblesse demandent -la convocation des états généraux.—La reine et le parlement -s'y opposent.—La reine régente travaille à diviser les partis.—La -plupart des agents de toutes ces intrigues étaient des femmes.—Détails -sur la princesse Palatine.—Mademoiselle de Chevreuse.—La -duchesse de Lesdiguières.—Mademoiselle de Longueville.—Mademoiselle -de Montpensier.—Madame de Rhodes.—La duchesse -de Montbazon.—La duchesse de Châtillon.—La duchesse -de Longueville.—Fêtes données dans la capitale.—Nouveautés -théâtrales.—Mariages du duc de Mercœur et de mademoiselle de -Mancini.—Brillant carnaval.—Madame de Sévigné passe son deuil -dans la solitude.—Se dispose à retourner en Bretagne.—Scarron -lui écrit pour se plaindre de ne l'avoir pas vue.—Elle lui promet -d'aller lui rendre visite à son retour de Bretagne.</p> -</div> - -<p>Quoique le marquis de Sévigné fût bien fait, d'une figure -agréable; quoiqu'il ne manquât ni d'esprit ni d'amabilité, -qu'il fût homme d'honneur, et ne fût ni méchant, -ni trompeur, ni perfide, si ce n'est envers sa femme, ce -qui comptait peu, même alors, cependant il ne fut point -<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -regretté<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor"> [416]</a>. Il s'était partout acquis la réputation d'un de -ces hommes qu'on désignait par le nom de fâcheux, c'est-à-dire -de ceux qui occupent sans cesse les autres d'eux-mêmes, -et se rendent par là fatigants et importuns. De -plus il était dissipateur; et les dissipateurs sont toujours -besoigneux. Bien loin de pouvoir être utiles à leurs amis, -ils leur sont souvent à charge; leur prodigalité ne s'exerce -qu'au profit des usuriers, des parasites et des flatteurs, -ou des femmes sans honneur, sans conscience et sans délicatesse. -Il y a donc des défauts et un genre d'inconduite -qui nuisent plus à un homme dans l'estime et dans l'affection -des autres, que des vices reconnus, que certaines -actions coupables; car on voit des hommes qui, malgré -ce double cachet de réprobation, conservent encore dans -l'adversité des amis sincères et dévoués. C'est qu'il est des -vices qui peuvent s'allier avec de nombreuses et fortes -vertus, et des torts graves qui n'excluent ni l'élévation -de l'âme ni un cœur capable de sympathiser avec les autres. -Au lieu que le double caractère de fâcheux et de dissipateur -implique un égoïsme profond; et l'égoïsme repousse -toutes les résolutions généreuses, ne tient aucun -compte des autres, resserre et concentre toute l'existence -dans le moi individuel. Il est l'opposé de l'amitié et de -l'amour, qui ne connaissent de vie et de bonheur que par -l'expansion des sentiments, la réciprocité des services, -l'échange du dévouement, des affections et des jouissances.</p> - -<p>Cependant il fallait bien que le marquis de Sévigné -possédât quelques qualités aimables, puisqu'il fut aimé -de sa femme. La douleur que madame de Sévigné ressentit -de la perte de son mari fut sincère, violente et durable. -<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> -Elle s'évanouit la première fois qu'elle revit, dans une -assemblée, le chevalier d'Albret; et deux ans après le duel -Tallemant la vit, dans un bal, pâlir et presque défaillir -à la vue de Soyecour. En apercevant Lacger dans une allée -de Saint-Cloud, où elle se promenait, elle dit: «Voilà -l'homme du monde que je hais le plus, par le mal que m'ont -fait ses indiscrétions.» Deux officiers aux gardes, qui se -trouvaient près d'elle, lui offrirent de le fustiger devant -elle: «Gardons-nous-en bien, dit-elle; il est avec plusieurs -de mes parents, auxquels vous ne voudriez pas faire -affront.» Et elle se détourna avec son cortége dans une -autre allée du parc, pour éviter de rencontrer Lacger<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor"> [417]</a>.</p> - -<p>Aussitôt que madame de Sévigné eut appris en Bretagne -que son mari s'était battu en duel, elle revint en -toute hâte à Paris; mais elle n'arriva point assez tôt pour -lui rendre les derniers devoirs. Le bruit courut même que -n'ayant de lui ni portrait ni cheveux, elle en avait fait la -demande à madame de Gondran, qui y satisfit sur-le-champ. -De son côté, madame de Sévigné renvoya à madame -de Gondran toutes les lettres que celle-ci avait écrites -au marquis de Sévigné. Tallemant dit que ces lettres -étaient, pour le style et l'indécence des expressions, semblables -à celles que, plus jeune, madame de Gondran -avait autrefois adressées à la Roche-Giffart<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor"> [418]</a>.</p> - -<p>Jamais Paris n'avait eu un aspect plus alarmant que -lors du tragique événement qui força madame de Sévigné -à y revenir; jamais le Palais de Justice, le Palais-Royal, -le Luxembourg, l'archevêché, les hôtels des princes et -des grands seigneurs, n'avaient présenté le spectacle de -<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span> -tant d'agitations tumultueuses, de tant de changements -rapides, de passions ardentes, d'intrigues compliquées. -Cette capitale se remplissait de gens de guerre, que les -princes, le duc de Beaufort, le coadjuteur, le duc d'Orléans, -y appelaient. Poursuivi par la haine de tous les -partis, Mazarin avait été obligé de céder enfin à l'orage. -Il s'était déterminé à fuir; et la crainte de voir s'échapper -à sa suite le roi et la reine régente avait soulevé le peuple -de Paris, et y avait fait prévaloir l'influence du duc d'Orléans -et du coadjuteur, qui s'était rendu maître de l'esprit -de ce prince. Toutes les portes étaient gardées; aucune -femme même ne pouvait sortir du Palais-Royal sans -ôter son masque et décliner son nom<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor"> [419]</a>. A toute heure du -jour, et même de la nuit, des émissaires du duc d'Orléans, -des officiers de la garde bourgeoise, pénétraient dans le -palais pour s'assurer si le roi s'y trouvait; et ils forçaient -la reine régente à le leur montrer. Le monarque enfant, -par sa beauté, ses grâces, le calme de son sommeil, saisissait -de respect et d'amour ceux qui étaient admis à le -contempler. Ceux-ci rendaient compte au peuple de leur -mission, en termes qui faisaient partager à la multitude -attentive les sentiments que la vue du roi leur avait inspirés; -et, au milieu de leurs actes les plus séditieux, ils -portaient ainsi un remède à la sédition<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor"> [420]</a>.</p> - -<p>La reine régente, dans le dessein de sortir de la captivité, -avait été obligée de rendre la liberté au prince de -Condé, ainsi qu'à son frère et à son beau-frère. Ils étaient -rentrés dans Paris en vainqueurs, aux acclamations de -<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -tout le peuple, de la noblesse et du parlement. Mazarin, -qui s'était rendu au Havre pour implorer la protection du -prisonnier qu'il était venu délivrer, était sorti du royaume. -On crut son autorité pour toujours anéantie; mais un petit -nombre de courtisans, qui lisaient dans le cœur de la -reine, en jugèrent autrement, et durent à la conduite -habile qu'ils tinrent dans ces circonstances la haute fortune -où ils s'élevèrent dans la suite.</p> - -<p>Nul doute que dans le premier moment Condé n'eût -pu enlever facilement la régence à la reine, dépourvue -de son premier ministre et reconnue incapable de gouverner -par elle-même; mais alors la direction des affaires -appartenait de droit au duc d'Orléans, dont Condé était -jaloux. Condé aima mieux conserver la régence à la reine, -et, en ne se séparant ni du duc d'Orléans ni de la Fronde, -se rendre redoutable au gouvernement et le forcer de -compter avec lui<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor"> [421]</a>. Si cette union des princes entre eux -et avec le parti de la Fronde avait subsisté, le rétablissement -de l'autorité royale eût été impossible; et le commencement -du règne de Louis XIV, qui, quoique âgé -seulement de treize ans accomplis, allait, d'après une loi -exceptionnelle, être déclaré majeur, aurait offert le spectacle, -si fréquent dans nos annales, d'un État en proie aux -déchirements des factions et aux horreurs de l'anarchie.</p> - -<p>Mais, par bonheur pour la France et pour la reine régente, -Condé était aussi mauvais politique que grand -guerrier. Il ne tint aucune des promesses qu'il avait faites -aux chefs de la Fronde, auteurs de sa délivrance<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor"> [422]</a>. Le -<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span> -mariage du prince de Conti et de mademoiselle de Chevreuse, -qui avait été la base du traité, et entraînait d'autres -engagements, fut rompu sans aucun égard<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor"> [423]</a>. La reine -régente, pour parvenir au rappel de son ministre, eut -l'habileté de déguiser sa marche, et choisit d'abord pour -le remplacer Chavigny, ennemi personnel de Mazarin; -puis elle négocia avec tout le monde, et opposa habilement -la Fronde au prince de Condé, celui-ci au duc d'Orléans<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor"> [424]</a>, -le parlement à l'assemblée de la noblesse, l'aversion -contre Mazarin à la crainte qu'inspirait le coadjuteur<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor"> [425]</a>. -L'autorité royale, tout affaiblie qu'elle était, devint pour -elle un puissant moyen d'influence par les faveurs qu'elle -avait à distribuer, par les espérances qu'elle faisait naître. -Enfin la reine se prévalait aussi d'un commencement de -popularité acquise par le renvoi de son ministre, et par -sa fermeté, son calme, sa douceur au milieu des émeutes -populaires<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor"> [426]</a>. Ses ministres, qu'elle abusait, n'avaient que -les apparences du pouvoir; ce qu'il avait de réel, Mazarin -le possédait tout entier. De Bruhl, le lieu de son exil, il -gouvernait la France; la reine ne prenait aucune résolution -sans qu'elle lui eût été inspirée par lui, ou sans qu'il -l'eût approuvée. Condé, au contraire, ne faisait rien, ne -résolvait rien qu'on n'eût prévu longtemps d'avance, et -qui ne fût aussitôt divulgué par les indiscrétions de son -parti, ou par les siennes. Il révoltait par son orgueil, et -<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span> -décourageait par ses indécisions et ses défiances. Effrayé -de son isolement, déjà il était entré en négociation avec -les Espagnols, et songeait à la guerre. On le sut, et les -projets les plus violents furent proposés contre lui. D'Harcourt -et d'Hocquincourt s'offrirent de le tuer. Le coadjuteur, -dans ses Mémoires, insinue que la reine le désirait, -et qu'il s'y opposa. Madame de Motteville, au contraire, -prétend que le coadjuteur avait conçu le crime, et que -la reine s'y refusa. Il y a calomnie de part et d'autre. -Nous apprenons, par les Mémoires de Monglat, que -Gondi et Anne d'Autriche rejetèrent également ce parti, -proposé par de vils et ambitieux courtisans<a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor"> [427]</a>. Mais si on -ne voulut pas faire assassiner ce prince, on résolut de -s'en défaire en le faisant arrêter de nouveau. Prévenu à -temps par Chavigny<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor"> [428]</a>, Condé quitta Paris, et se retira à -Saint-Maur, appelant autour de lui tous ses amis. C'était -annoncer la guerre civile. Elle n'effrayait pas la reine régente, -parce qu'elle rendait nécessaire le rappel de son -ministre<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor"> [429]</a>.</p> - -<p>Pour éviter d'en venir à cette extrémité, une pensée -salutaire avait germé parmi les députés de la noblesse des -provinces, réunis à Paris au nombre de plus de huit cents. -Ils avaient adressé une requête à la reine régente, pour -qu'elle convoquât les états généraux<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor"> [430]</a>. La reine promit -qu'ils seraient assemblés à Tours, aussitôt après que la -<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -majorité du roi serait déclarée; et l'assemblée des nobles, -satisfaite, se sépara. C'était tout ce qu'on désirait; cette -réunion inquiétait l'autorité, et on était pressé d'y mettre -un terme. Pour s'en délivrer, on lui fit une promesse -qu'on n'avait pas intention de tenir. Il était facile de l'éluder: -si on excepte cette masse d'hommes éclairés et -sincères amis de leur pays, qui dans les temps de troubles -ne forment point de factions, parce qu'ils se tiennent -éloignés de toutes, personne ne voulait les états généraux. -Tous les partis s'accordaient donc à rejeter cette mesure: -le gouvernement, parce qu'elle aurait ajouté à ses embarras -et restreint son autorité; le parlement, parce -qu'elle lui aurait ôté ce grand privilége d'être le protecteur -du peuple et le gardien des libertés publiques; les -princes, parce qu'elle aurait diminué leur influence et mis -des bornes à leur illégale puissance. Cependant le duc de -La Rochefoucauld est forcé d'avouer qu'alors les états -généraux eussent sauvé le royaume<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor"> [431]</a>. Cela était vrai; -quoique, un siècle et demi plus tard, ils le plongèrent dans -l'abîme des révolutions.</p> - -<p>La reine régente, pour rompre les alliances qui s'étaient -formées entre les partis, fut contrainte de prendre des engagements -qu'elle aurait voulu rompre, et elle se vit entraînée -à consentir à l'élévation de ses ennemis, ou plutôt -des ennemis de Mazarin: par là elle les rendit plus redoutables<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor"> [432]</a>; -et il fut plus difficile de prévoir quelle serait -l'issue de la guerre civile, qu'on ne cherchait pus trop à -éviter. Ainsi, Gondi parvint par la cour, et malgré la cour, -au but où tendait depuis longtemps son ambition: il fut -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -nommé cardinal. Condé, dont la reine aurait voulu atténuer -l'influence, reçut le gouvernement de Guienne, qui -conférait une autorité presque absolue sur une des plus -vastes et des plus guerrières provinces de France. Il est -remarquable que les agents principaux de toutes ces -grandes intrigues furent des femmes; que ce furent elles -qui les firent réussir, en préparèrent ou en précipitèrent -les résultats, au gré de leurs passions ou de leurs intérêts -particuliers. Ainsi, la reine régente, entourée des ennemis -de Mazarin, forcée de dissimuler, et se défiant de ceux de -sa propre maison qui détestaient ce ministre<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor"> [433]</a>, ou d'hommes -timides, qui craignaient de se mettre à dos le gouvernement -et les princes, montra souvent autant de résolution, -de fermeté et de présence d'esprit que celui pour lequel -elle se sacrifiait. Elle fut parfaitement secondée par la duchesse -de Navailles, qui entretenait une correspondance -active avec Mazarin<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor"> [434]</a>. Ce fut mademoiselle de Longueville -qui détacha son père du parti des princes et le réconcilia -avec la reine<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor"> [435]</a>. La princesse Palatine, après avoir si habilement -manœuvré pour faire cesser la captivité des princes, -se montra également adroite pour servir la reine, quand -elle vit que Condé lui refusait son influence pour porter -aux finances le marquis de la Vieuville, père de son amant<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor"> [436]</a>. -La duchesse de Chevreuse, qui avait fait du mariage de -sa fille avec Conti l'une des conditions de la liberté des -<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -princes, se tourna subitement du côté de la reine quand -elle s'aperçut que Condé, après avoir recueilli les avantages -d'une des deux clauses du traité, cherchait à éluder -l'autre. C'est alors que, de concert avec la duchesse de -Lesdiguières, qui était de la maison de Gondi<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor"> [437]</a>, elle forma -entre le coadjuteur et la reine cette alliance dont le mystère -fut pendant quelque temps d'autant plus impénétrable, -que, pour conserver son influence et nuire plus efficacement -au prince de Condé, il fut permis au coadjuteur -de seconder, dans le parlement et dans la Fronde, les -haines populaires contre Mazarin. Ainsi, pendant que -Gondi était d'accord avec ce ministre, il agissait de manière -à faire croire qu'il était son plus mortel ennemi<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor"> [438]</a>. -<span class="smcap">Mademoiselle</span>, fille du premier lit de Gaston d'Orléans, -à qui sa naissance, ses grands biens, son caractère altier -donnaient l'importance d'un personnage politique, s'offrait -de servir la reine régente auprès de son père, ou contre -son père; mais elle ne prétendait à rien moins, pour -prix de son appui, que de se faire reine, et d'épouser le -jeune monarque son cousin, dont l'âge était si fort au-dessous -du sien. Elle s'agitait sans cesse pour parvenir à -son but, mais sans avancer d'un pas; et, selon les alternatives -de l'accroissement ou de la diminution de ses espérances, -elle flottait continuellement entre le parti d'Orléans -ou celui de la cour, sans en tromper aucun, mais -sans se donner franchement et sans retour ni à l'un ni à -<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span> -l'autre<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor"> [439]</a>. Le duc d'Orléans était conseillé par sa femme -Marguerite de Lorraine<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor"> [440]</a> et par l'abbé de la Rivière. La -duchesse de Bouillon avait pris un grand ascendant sur -son mari, homme de tête et de mérite<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor"> [441]</a>. Madame de Rhodes -gouvernait le garde des sceaux Châteauneuf<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor"> [442]</a>; madame -de Montbazon, le duc de Beaufort<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor"> [443]</a>. La duchesse de Longueville, -par haine pour la duchesse de Chevreuse et pour -sa fille, brouillait le parti des princes avec la Fronde, et -ménageait la reine régente, pour n'être pas forcée d'exécuter -la promesse qu'elle avait faite à tous les siens d'aller -en Normandie rejoindre son mari: elle poussait à la -guerre civile, contre leur intention et leurs désirs, les -princes de Condé et de Conti ses frères, le duc de Nemours, -son amant, et le duc de La Rochefoucauld, qu'elle lui avait -donné pour rival. En même temps elle entretenait des -intelligences avec la princesse Palatine, et par elle avec -la reine, dans le but de se rendre à la fois utile et redoutable -au parti des princes comme à celui de la cour<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor"> [444]</a>.</p> - -<p>Mazarin était instruit de toutes ces intrigues par sa -correspondance, par la <i>Gazette</i> imprimée, par des gazettes -à la main<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor"> [445]</a>; il savait en démêler les ressorts avec une -<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -admirable sagacité; il en informait la reine, et lui envoyait -de longs mémoires pour l'éclairer sur les intentions -de ceux qui dirigeaient ses conseils, et pour lui enseigner -les moyens de faire concourir tous les partis à son -rappel et au rétablissement de son autorité. Il y intéressait -sa religion, et son affection pour lui: «Je vous conjure, -lui disait-il dans sa lettre du 12 mai 1651, de bien considérer -ce mémoire et la lettre qui l'accompagne au moins -trois fois, quand ce ne serait qu'en trois jours. Vous le -pouvez faire dans vos retraites; et croyez que cela importe -au service de Dieu, du roi, au vôtre, et à celui du plus -passionné pour la moindre de vos volontés.»</p> - -<p>Il l'engageait à dissimuler avec tout le monde, à caresser -tout le monde, à se servir de tout le monde, à se défier -de tout le monde, à ne se faire aucun scrupule de se raccommoder -avec des gens qui lui avaient fait du mal, et -qu'elle avait juste sujet de haïr et de vouloir perdre; «car, -dit-il, la règle de conduite des princes ne doit jamais être -la passion de la haine ou de l'amour, mais l'intérêt et l'avantage -de l'État et le soutien de leur autorité<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor"> [446]</a>.» On voit -que la politique de la reine tendait à faire offrir son alliance -à tous les partis, pour écraser le parti contraire; -mais elle y mettait pour condition première de l'aider à -effectuer le rappel de son ministre. Mazarin, par sa correspondance, -paraît avoir été assez certain de la fidélité -de Le Tellier; mais nous voyons, par une lettre et un mémoire -envoyés à la reine, que Mazarin considérait Servien, -de Lyonne et Chavigny comme les soutiens du prince -de Condé. La princesse Palatine était l'âme du parti de -madame de Longueville, qu'elle cherchait à entraîner du -<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -côté de celui de la reine et de Mazarin, avec lequel elle -était en correspondance secrète. La duchesse d'Aiguillon, -artificieuse et intéressée, se servait du respectable Vincent -de Paul, de madame de Saujeon et de Le Tellier, pour faire -agir le duc d'Orléans dans un sens contraire à Mazarin, et -pour créer des obstacles au retour de ce ministre, qu'elle -n'aimait pas<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor"> [447]</a>. Ce que Mazarin surtout s'attachait à démontrer -à la reine, comme le plus grand danger pour -l'autorité du roi, qui dans quatre mois devait être majeur, -c'était de donner trop de puissance au prince de Condé<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor"> [448]</a>. -Par cette raison, il ne voulait pas que l'on favorisât l'ambition -des maréchaux du Dognon, Palluau, Gramont, -qui, ainsi que Chavigny, Servien et de Lyonne, étaient -du parti de ce prince<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor"> [449]</a>. Il écrivit cependant à de Lyonne; -mais c'était pour lui adresser des reproches. Selon lui, le -prince de Condé avait réduit le <i>ministériat</i> en république.</p> - -<p>Ce qu'il y a surtout de remarquable dans les lettres que -Mazarin pendant son exil écrivit à la reine, c'est la -vive expression contenue dans quelques-unes de ses sentiments -pour elle, qui laisse peu de doute sur la nature -de leur liaison<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor"> [450]</a>. Il lui conseille de plier jusqu'à la majorité -du jeune roi, qui dans quelques mois devait avoir -treize ans accomplis<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor"> [451]</a>; et elle conforme sa conduite envers -<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span> -le duc d'Orléans, le parlement et Condé, à ce conseil; -simulant et dissimulant toujours<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor"> [452]</a>.</p> - -<p>Au milieu de toutes ces intrigues politiques et galantes, -de ces ruptures et de ces coupables négociations avec les -ennemis de l'État, de ces projets d'assassinats ou d'arrestations -nouvelles; quand on craignait que le roi ne -s'enfuit, quand on redoutait que les princes ne voulussent -l'enlever, la capitale semblait plongée dans le délire -de la joie, dans le tumulte des plaisirs. Jamais autant de -bals et de fêtes; jamais autant de gaieté et d'insouciance -apparente; jamais les promenades publiques aussi fréquentées, -les théâtres aussi encombrés de spectateurs<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor"> [453]</a>. -A Saint-Maur, la comédie, la chasse, la bonne chère, -contribuaient à grossir le nombre de ceux qui se préparaient -à la guerre civile<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor"> [454]</a>. Partout les visages paraissaient -calmes, et tous les cœurs étaient agités. C'était au -milieu d'une contredanse que Monglat apprenait la nouvelle -de l'armement de Paris; c'était parmi les pompeuses -réunions, les jeux et les divertissements de tous genres, -que le prétendant d'Angleterre, le frivole Charles II, de -retour de sa malheureuse expédition, oubliait l'échec qu'il -venait d'éprouver, et son trône perdu, et la sauvage -Écosse par lui abandonnée. C'était aussi au milieu des -fêtes splendides dont elle gratifiait deux fois la semaine -toute la haute société<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor"> [455]</a>, que <span class="smcap">Mademoiselle</span> refusait la -<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span> -main de ce monarque dépossédé, plus courageux qu'heureux, -plus aimable que grand. Enivrée des hommages -dont elle était l'objet, elle s'imaginait déjà être reine -de France, et prévoyait peu que celui qu'elle refusait dût -régner un jour. Elle était bien loin de penser que, pour -obtenir une couronne qu'on ne pensait pas à lui donner, -elle en perdait une qui lui était offerte. Cependant, longtemps -après, en écrivant ses Mémoires, malgré les regrets -que le souvenir de ces temps devait lui faire éprouver, -nous voyons qu'elle aimait à se rappeler le brillant et -joyeux carnaval de cette année, comme une des plus -riantes époques de sa vie.</p> - -<p>Madame de Sévigné ne prit part ni à ces intrigues ni à -ces plaisirs. Elle termina aussi promptement qu'elle put -les affaires qui l'avaient amenée à Paris, et elle repartit -aussitôt pour aller dans sa terre des Rochers se livrer à -sa douleur, et passer dans la solitude les premiers temps -d'un veuvage qui ne devait finir qu'avec sa vie. Scarron, -ami de son mari, avait envoyé chez elle avant son départ, -pour lui faire connaître combien il regrettait que ses -souffrances et ses infirmités ne lui permissent pas d'aller -lui faire en personne ses compliments de condoléance. Il -s'affligeait de ce qu'il était forcé de laisser échapper, -même dans cette triste occasion, le plaisir de la voir au -moins une fois avant de mourir. Madame de Sévigné, -touchée de ses regrets, et peut-être aussi flattée de ses -louanges (car à cette époque le pauvre Scarron, à l'apogée -de sa réputation, était aussi le célèbre Scarron), lui -<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span> -fit dire que puisqu'il ne pouvait venir chez elle, elle lui -promettait qu'aussitôt après son retour elle irait lui rendre -visite. C'est alors que Scarron la pria, dans le style -burlesque qui lui était familier, d'exécuter avant son départ -une si séduisante promesse, parce que plus tard il -ne serait plus temps, attendu qu'il serait mort. Madame -de Sévigné partit, mais après avoir écrit à Scarron de ne -pas mourir avant son retour, et avant qu'elle l'eût vu. -Cette plaisanterie était permise avec un homme qui avait -résolu de ne prendre rien au sérieux, pas même la douleur, -pas même la mort. Ce fut alors qu'il lui écrivit la -lettre suivante:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE SCARRON A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="start">«Madame,</p> - -<p>«J'ai vécu de régime le mieux que j'ai pu, pour obéir au -commandement que vous m'avez fait de ne mourir point -que vous ne m'eussiez vu. Mais, madame, avec tout mon -régime, je me sens tous les jours mourir d'impatience de -vous voir. Si vous eussiez mieux mesuré vos forces et les -miennes, cela ne serait pas arrivé. Vous autres dames de -prodigieux mérite, vous vous imaginez qu'il n'y a qu'à -commander: nous autres malades, nous ne disposons pas -ainsi de notre vie. Contentez-vous de faire mourir ceux -qui vous voient plus tôt qu'ils ne veulent, sans vouloir faire -vivre ceux qui ne vous voient pas aussi longtemps que -vous le voulez; et ne vous en prenez qu'à vous-même de -ce que je ne puis obéir au premier commandement que -vous m'avez jamais fait, puisque vous aurez hâté ma -mort, qu'il y a grande apparence que pour vous plaire -j'aurais de bon cœur reçue aussi bien qu'un autre. Mais -<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span> -ne pourriez-vous pas changer le genre de mort? Je ne -vous en serais pas peu obligé. Toutes ces morts d'impatience -et d'amour ne sont plus à mon usage, encore -moins à mon gré; et si j'ai pleuré cent fois pour des personnes -qui en sont mortes, encore que je ne les connusse -point, songez à ce que je ferai pour moi-même, qui faisais -état de mourir de ma belle mort. Mais on ne peut éviter sa -destinée, et de près et de loin vous m'auriez toujours fait -mourir. Ce qui me console, c'est que si je vous avais vue, -j'en serais mort bien plus cruellement. On dit que vous -êtes une dangereuse dame, et que ceux qui ne vous regardent -pas assez sobrement en sont bien malades, et ne la -font guère longue. Je me tiens donc à la mort qu'il vous a -plu de me donner, et je vous la pardonne de bon cœur. -Adieu, madame; je meurs votre très-humble serviteur; -et je prie Dieu que les divertissements que vous aurez en -Bretagne ne soient point troublés par le remords d'avoir -fait mourir un homme qui ne vous avait jamais rien fait.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Et du moins souviens-toi, cruelle,</p> -<p class="i1"> Si je meurs sans te voir,</p> -<p class="i1"> Que ce n'est pas ma faute.</p> -</div></div> - -<p>«La rime n'est pas trop bonne; mais à l'heure de la mort -on songe à bien mourir, plutôt qu'à bien rimer<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor"> [456]</a>.»</p> -</div> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXII.<br /> -<span class="medium">1651.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Réflexion sur l'état de l'âme quand un événement change notre destinée.—Courage -des femmes dans l'adversité.—Caractère de -madame de Sévigné.—Résolution qu'elle prend de consacrer sa -vie à ses enfants.—Réflexions qui ont dû la déterminer.—Grandeur -de son sacrifice.—Motifs tirés de la conduite de son mari.—Aveux -qu'elle fait sur les deux années les plus heureuses de sa vie.—Ce -qu'elle dit du temps de son existence écoulé depuis son veuvage.—Elle -se replace sous la tutelle de l'abbé de Livry.—Il -remet ses affaires en ordre.—Elle quitte les Rochers, et revient à -Paris à l'entrée de l'hiver.—Citation de la Gazette de Loret à ce -sujet.—Elle va rendre visite à Scarron.—Vers qu'il lui adresse.—État -de Paris lorsqu'elle y arriva.—Tumulte au parlement le -21 octobre.—Lit de justice.—Majorité du roi déclarée.—Déjà -il sait dissimuler.—Il signe l'ordonnance du rappel de Mazarin.—Position -de la cour à l'égard de Condé.—La reine mère se décide -à le poursuivre.—Elle sort de Paris avec le roi.—Le cardinal -de Retz se trompe en croyant qu'il aurait pu empêcher ce départ.—Quelle -était la position du cardinal de Retz à l'égard des partis.—Changements -opérés dans les intentions et les projets du président -Molé et de la princesse Palatine.—Le parti de Condé et celui -de la Fronde s'affaiblissent.—Embarras de la reine.—Conduite -du parlement, ses désirs et ses craintes.—Progrès de l'anarchie.—Preuve -tirée de la conduite du comte du Dognon.—Désordre -dans les finances.—Mazarin rentre en France, accompagné d'une -armée.—Le parlement charge en vain le duc d'Orléans d'exécuter -ses arrêts.—Pourquoi le pouvoir échappait au duc d'Orléans.</p> -</div> - -<p>Quand un événement inattendu rompt subitement le -cours de notre destinée, notre âme, étonnée du coup qui -la frappe, semble d'abord douter d'elle-même, l'altération -qu'elle éprouve réagit sur tout ce qui nous environne. Le -<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span> -monde nous apparaît sous un nouvel aspect; toutes nos -illusions s'évanouissent. Dans nos longues rêveries, nous -soumettons à un nouvel examen nos idées, nos opinions, -et même nos affections. Nous interrogeons nos souvenirs; -et le passé se montre alors sous un jour tout nouveau. Il -semble qu'après avoir terminé toute une existence, avant -d'en recommencer une autre, et de s'élancer vers un douteux -avenir, on éprouve le besoin d'examiner autour de -soi le sol sur lequel on se trouve transporté et les écueils -qu'il faudra surmonter dans cette nouvelle carrière où le -sort nous précipite. Cette nécessité réveille alors souvent -en nous une puissance de réflexion, une force de résolution, -que nous n'avions jamais connues; notre nature -même semble changée. On a vu des individus soumis à -une telle influence acquérir tout à coup, comme par un -don surnaturel, les qualités et les vertus nécessaires à -leur nouvelle vie. Pour justifier ces réflexions, l'exemple -d'hommes longtemps inconnus et médiocres sous des conditions -communes, qui soudainement, dans de grandes -circonstances ou de grands revers, ont montré un courage -et déployé des facultés qu'on ne leur aurait pas -soupçonnés, ne manquerait pas; mais ces heureuses et -étonnantes métamorphoses sont peut-être encore plus fréquentes -et plus remarquables parmi les femmes; elles présentent -du moins des contrastes plus frappants, plus -étonnants. Quelque timide que soit une femme, quelque -bornée même que soit son intelligence, il est rare qu'elle -ne surprenne pas ceux qui la connaissent par une énergie -et une présence d'esprit propres à la tirer des crises les -plus difficiles, lorsqu'un sentiment profond l'anime, et -surtout lorsque c'est celui de l'amour maternel. L'histoire -nous en fournit d'illustres exemples. Plusieurs reines régentes -<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span> -ont fait voir dans les orages de leur courte administration -une sérénité de caractère et une habileté dont -peu d'hommes eussent été capables. Mais les faits les plus -décisifs en ce genre ne sont pas ceux que l'histoire puisse -consigner dans ses annales, puisqu'ils ont surtout lieu -dans les conditions privées, où les sentiments naturels -ont bien plus de force que dans les cours, que parmi -les grands, condamnés aux tourments de l'ambition et -de l'envie.</p> - -<p>Madame de Sévigné, qui, sous une apparence de légèreté, -joignait à une sensibilité exquise une grande élévation -d'âme, eut dans la solitude où elle s'était renfermée -tout le temps de faire les réflexions que lui suggéraient sa -nouvelle position et le malheur qu'elle venait d'éprouver. -Agée seulement de vingt-cinq ans; déjà célèbre par son -esprit, son amabilité, ses attraits; libre de choisir entre -un grand nombre de concurrents qui allaient se disputer -sa main; assez versée dans la connaissance du monde -pour espérer de faire un bon choix, elle pouvait, par un -nouveau mariage, accroître sa fortune, et se promettre un -bonheur que son premier époux semblait ne lui avoir fait -connaître que pour lui en rendre la privation plus pénible. -Mais elle se donnait un maître, elle en donnait un à ses enfants; -elle faisait tort à leur fortune, si une nouvelle famille, -résultant d'un nouvel hymen, nécessitait la division de son -bien en un plus grand nombre de parts. Pouvait-elle se flatter -alors de conserver les mêmes sentiments pour les deux -chères créatures sorties de son sein? Une tendresse plus partagée -serait-elle toujours aussi vive? Malgré ses résolutions, -pouvait-elle être certaine de ne pas préférer un jour les enfants -d'un mari vivant à ceux d'un mari qui n'existait plus, -les enfants de celui qui la rendait heureuse aux enfants de -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span> -celui qui n'avait payé son amour que par l'abandon et -l'infidélité? N'est-ce pas d'ailleurs une des nécessités comme -un des bienfaits de la nature, que l'inclination des mères -pour leurs enfants soit toujours en raison des besoins qu'ils -ont d'elles, et que l'enfant le plus jeune, ou le plus débile, -soit toujours celui qu'elles préfèrent? Tout était donc en -faveur des derniers survenants, et au détriment de leurs -aînés. Pouvait-elle, de plus, espérer que le soin de plaire -à un nouvel époux, les dissipations du monde qui en seraient -la conséquence, ne l'empêcheraient pas de diriger -l'éducation de ce fils et de cette fille, objets de toutes ses -affections, de toutes ses pensées? Qui sait si cette tendresse -même ne deviendrait pas une occasion de discorde et de -contrariété entre elle et son époux? si elle ne serait pas forcée, -pour ne pas nuire à l'union conjugale, de comprimer -le plus fort comme le plus vertueux de tous ses penchants? -Si donc un nouveau mariage lui promettait des jouissances -et de la sécurité pour son avenir, il n'offrait pour ses -enfants que pertes et que dangers. Après avoir fait toutes -ces réflexions, madame de Sévigné n'hésita pas, et prit la -résolution de se condamner toute sa vie au veuvage, de -consacrer à ses enfants toute son existence. Lorsqu'on -songe aux embarras de fortune que lui avait créés son -mari, aux domaines qu'il lui fallait régir, et qui se trouvaient -aux deux extrémités du royaume, à ses inclinations -pour le plaisir, aux mœurs de cette époque, à tous les -genres de séduction auxquels une jeune femme de la -classe élevée était sans cesse en butte, on ne peut s'empêcher -de reconnaître qu'il y eut dans la résolution de madame -de Sévigné un grand héroïsme maternel; et cette -résolution, elle l'exécuta de manière à se rendre digne -de servir de modèle à toutes les mères.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span> -S'il est vrai d'affirmer que madame de Sévigné ne put -trouver que dans sa tendresse pour ses enfants la force -nécessaire pour consommer un sacrifice qui tant que dura -sa jeunesse devait se renouveler à tous les instants, cependant -on peut croire aussi que la conduite que tint son -premier mari a pu lui faciliter ce sacrifice, en lui inspirant -des craintes pour un second mariage. Les témoignages -irrécusables de Bussy et de Tallemant ne nous laissent -aucun doute qu'elle n'aimât son mari; et nous avons -vu précédemment que longtemps après elle ne put sans -s'évanouir supporter la vue de ceux qui avaient causé sa -mort; mais nous avons son propre témoignage pour nous -convaincre qu'elle n'était point aveugle sur ses défauts, -et que si dans les premiers temps de leur union elle a -joui de quelque bonheur, ce bonheur fut passager. Elle -ressentit vivement la tyrannie dont plus tard il la rendit -victime.</p> - -<p>Trois ans seulement après la mort du marquis de Sévigné, -dans une lettre écrite le 1<sup>er</sup> octobre 1654, madame de -Sévigné s'étonne que Ménage lui ait parlé avec tant d'éloge -du grand prieur de Malte, Hugues de Rabutin, brave -gentil-homme, dit son neveu de Bussy, mais brusque, et -d'une politesse telle qu'un corsaire en peut avoir<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor"> [457]</a>. Elle -rappelle que le marquis de Sévigné l'appelait toujours <i>mon -oncle le pirate</i>; et elle ajoute: «Il s'était mis dans la fantaisie -que c'était sa bête de ressemblance, et je trouve -qu'il avait assez raison<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor"> [458]</a>.» Vers la fin de sa vie, en 1687, -à l'âge de soixante ans, elle s'excuse envers Bussy de ne -<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -pouvoir lui donner les dates des changements de charge -de son fils, et ajoute: «Je confonds quasi toutes les années, -parce qu'il n'y en a qu'une ou deux dans mon imagination -qui aient mérité d'y demeurer et d'y tenir place<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor"> [459]</a>.» -La curiosité de Bussy fut excitée par cet aveu; et, dans la -réponse qu'il lui fit, il l'interroge ainsi: «Je voudrais bien -savoir quelles sont les deux de vos années qui méritent de -rester dans votre mémoire. D'une autre que vous, je dirais -que c'est l'année où vous fûtes mariée, et celle où vous -devîntes veuve<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor"> [460]</a>.» Madame de Sévigné lui répond: «Je -n'avais retenu de dates que l'année de ma naissance et -celle de mon mariage; mais sans augmenter le nombre, -je m'en vais oublier celle où je suis née, qui m'attriste et -qui m'accable [parce qu'elle lui rappelle son âge], et je -mettrai à la place celle de mon veuvage, et le commencement -d'une existence qui a été assez douce et assez -heureuse, sans éclat et sans distinction: mais elle finira -plus chrétiennement que si elle avait eu de grands mouvements; -et c'est en vérité le principal<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor"> [461]</a>.»</p> - -<p>Ainsi, madame de Sévigné n'eut jamais lieu de se repentir -de la résolution qu'elle avait prise. Aussitôt après -la mort de son mari, elle se remit sous la tutelle de l'excellent -abbé de Livry, du moins pour la gestion de ses -affaires, qui étaient dans une grande confusion. Après -le gain de plusieurs procès et quelques années d'une sévère -économie, les dettes furent payées, les terres remises en -bon état, et l'ordre partout établi<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor"> [462]</a>. Cela se fit sans que -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span> -madame de Sévigné fût obligée de se retirer du monde. -Elle y reparut même avant la fin de son veuvage<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor"> [463]</a>, et -au milieu des événements qui occupaient alors toute la -France. Loret crut devoir annoncer, dans la <i>Gazette</i> du -19 novembre 1651, comme une nouvelle qui intéressait -toute la capitale, le retour de cette jolie veuve:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Sévigné, veuve, jeune et belle,</p> -<p>Comme une chaste tourterelle</p> -<p>Ayant d'un cœur triste et marri</p> -<p>Lamenté monsieur son mari,</p> -<p>Est de retour de la campagne,</p> -<p>C'est-à-dire de la Bretagne;</p> -<p>Et, malgré ses sombres atours</p> -<p>Qui semblent ternir ses beaux jours,</p> -<p>Vient augmenter dans nos ruelles</p> -<p>L'agréable nombre des belles<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor"> [464]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Fidèle à sa promesse, madame de Sévigné alla voir -Scarron aussitôt après son arrivée; ce qui lui valut, de la -part du pauvre malade, ce mauvais madrigal qui a été -recueilli dans ses œuvres<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor"> [465]</a>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i1"> Bel ange en deuil qui m'êtes apparue,</p> -<p class="i2"> Je suis charmé de votre vue:</p> -<p class="i2"> Je ne l'aurais pas cru</p> -<p class="i1"> Que vous fussiez de tant d'attraits pourvue.</p> -<p class="i3"> Sont-ils de votre cru?</p> -<p>Ou, si l'on vous les vend, enseignez-moi la rue</p> -<p class="i1"> Où vous prenez de si charmants attraits</p> -<p class="i2"> Qui charment de loin et de près.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -Lorsque madame de Sévigné revint à Paris après huit -mois d'absence, tout y paraissait tranquille, et les habitants -de cette grande capitale, naguère si agités, ne semblaient -penser qu'à leurs plaisirs: mais c'était un calme -entre deux tempêtes. Le parlement, les princes, la cour, le -cardinal Mazarin, occupaient tous les esprits; tous étaient -attentifs à leurs moindres actions; ils étaient les sujets -de tous les entretiens. Il semblait, dit madame de Motteville, -que Paris était toute la France<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor"> [466]</a>. On prévoyait, on -redoutait de nouvelles crises. Les partis venaient de se -livrer à tous leurs emportements: effrayés de leurs excès, -ils négociaient, et cherchaient à éviter les maux où devait -les plonger la guerre civile; mais ils voulaient tous -y parvenir sans rien sacrifier de leurs prétentions. Comme -ils étaient tous sans bonne foi, sans conscience, ils ne -pouvaient s'inspirer aucune confiance; ils parlaient sans -cesse de conciliation, ils tâchaient de se tromper, de s'écraser -mutuellement. L'arène de leurs débats, depuis que -les chefs de la Fronde s'étaient secrètement réunis avec -la cour<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor"> [467]</a>, avait été transportée des rues et des places publiques -dans le sein même du parlement. Tout le monde -avait été glacé d'effroi en apprenant les détails de cette -fameuse journée du 21 août, lorsque les partisans du -coadjuteur et ceux du prince de Condé, occupant, comme -deux armées en présence, tous les postes du Palais de -Justice, au dedans et au dehors, avaient tiré l'épée, et -avaient été sur le point de souiller le temple des lois par -un affreux carnage<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor"> [468]</a>. Dans cette journée, Gondi avait -<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -failli être écrasé entre les deux énormes battants des portes -de la grand'chambre, et poignardé par les ordres de -La Rochefoucauld. Peu après, Condé, irrité de voir que -Gondi était le seul obstacle qui empêchât le duc d'Orléans -de se réunir à lui, résolut de faire enlever ce prélat factieux -et de le retenir en captivité. L'habile Gourville se -chargea de l'exécution de ce projet, qui n'avorta que par -une cause toute fortuite<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor"> [469]</a>.</p> - -<p>Gondi ne redoutait pas les émeutes populaires; courageux -jusqu'à l'imprudence, il prenait plaisir à se jouer des -dangers qui lui étaient interdits par son état: Condé, au -contraire, accoutumé à de plus illustres périls, s'indignait -d'être exposé aux chances d'une si ignoble lutte. Dominé -par la crainte de succomber, il se hâta trop de sortir de -Paris. Son éloignement alarma la cour, mais rassura le -parlement et les bourgeois. Le parlement désirait la paix, -les principaux chefs de son parti la désiraient aussi; mais -chacun d'eux se trouvant dans une position à l'égard de -la cour telle qu'ils ne pouvaient traiter avec avantage -pour eux-mêmes, ils opinèrent à la guerre. Condé s'y -résolut, quoique prévoyant qu'il serait abandonné de ceux -qui l'y entraînaient, si la fortune ne lui était pas favorable<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor"> [470]</a>. -Il refusa de se trouver avec les autres princes du -sang au lit de justice où la majorité du roi fut déclarée<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor"> [471]</a>. -Cette cérémonie, qui eut lieu le 7 septembre (1651), fut -<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span> -faite avec éclat<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor"> [472]</a>. L'enfant-roi traversa à cheval les rues -de Paris, escorté de toute sa maison et de toute sa cour; -mais le peuple, conservant encore des rancunes et des -dispositions factieuses, n'avait contemplé qu'avec froideur -ces premières pompes du règne le plus fastueux et le plus -glorieux de notre histoire. Cependant, de dessus son coursier -que sa jeune main gouvernait avec grâce, Louis XIV -salua l'homme le plus populaire du moment, le coadjuteur, -qu'il aperçut à une fenêtre<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor"> [473]</a>. Déjà le novice souverain -savait pratiquer la dissimulation, qu'une politique, -qui se prend souvent dans ses propres piéges, enseigne -comme la première qualité de l'art de régner.</p> - -<p>Le roi en commençant son règne confirma, par sa -première ordonnance, les arrêts du parlement qui bannissaient -Mazarin; et les premières lettres qu'il signa furent -pour lui ordonner de revenir<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor"> [474]</a>. Il y eut cependant un intervalle -de deux mois entre ces deux actes. Anne d'Autriche -hésita longtemps à faire ce qu'elle désirait le plus. -Beaucoup plus puissante comme reine mère que comme -reine régente, désormais elle parlait au nom du roi, qui -ne devait compte qu'à Dieu de ses résolutions. Elle n'était -plus dans la nécessité de se concerter avec le lieutenant général -du royaume ou avec le parlement. Elle était résolue -à poursuivre Condé dans son gouvernement de Guienne: -il avait fait, sans avoir pris les ordres du roi, des levées -de troupes; et le parlement l'avait déclaré rebelle, et criminel -<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span> -de haute trahison et de lèse-majesté<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor"> [475]</a>. Ces actes -de rébellion ouverte fournissaient à la reine des prétextes -pour sortir de Paris, et des moyens de soustraire le roi à -la domination des frondeurs. Le coadjuteur s'accuse fortement -d'avoir permis ce départ, et d'y avoir fait consentir -le duc d'Orléans. Il cite cet exemple pour prouver -que dans les grandes crises d'État il y a des moments -d'erreur et d'aveuglement qui font commettre aux plus -habiles des fautes que les moins expérimentés auraient pu -éviter; mais il avoue qu'il désirait lui-même ce départ, -sans lequel il ne pouvait conserver son ascendant sur le -duc d'Orléans<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor"> [476]</a>. Le cardinal de Retz a écrit ses Mémoires -comme les grands généraux leurs campagnes, en se donnant -tout le mérite des succès que le hasard a produits, -en assujettissant les faits aux règles de la stratégie. Il exagère -ici beaucoup la puissance qu'il avait à cette époque. -Il lui eût été difficile, et même impossible, d'empêcher -la cour d'aller rejoindre l'armée. L'état des choses était -bien changé pour le coadjuteur et pour la Fronde. Les -intelligences du coadjuteur avec la cour étaient connues; -et sa nomination au cardinalat, qui révéla le but de tous -les mouvements qu'il s'était donnés, lui avait fait perdre -beaucoup de sa popularité<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor"> [477]</a>. Les bourgeois de Paris étaient -fatigués d'une lutte si nuisible à leur fortune et à la prospérité -de leur ville. Ils haïssaient toujours Mazarin, mais -ils détestaient encore plus l'orgueil insultant de Condé. -L'influence du coadjuteur dans le parlement avaient décliné -<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span> -encore plus que dans le peuple. Gondi ne comptait -guère de son parti qu'une vingtaine de jeunes gens des -plus fougueux<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor"> [478]</a>. Le reste, tout en admirant ses talents, -n'avait aucune confiance en lui, et redoutait son esprit -factieux. Le premier président Matthieu Molé, qui par -ses vertus et sa courageuse résistance envers la cour, sa -fermeté au milieu des émeutes populaires, avait acquis -sur sa compagnie une si haute autorité, ne se montrait -plus tel qu'il avait été dans la régence. Il avait peu de -biens, dix enfants, soixante et six ans, et réprouvait également -les factieuses prétentions des chefs de la Fronde -et la coupable ambition des princes. Toujours prêt à dire -aux dépositaires de l'autorité du roi de mâles vérités, il -était décidé, après ce devoir accompli, à plier sous la volonté -de cette autorité lorsqu'elle aurait prononcé. Il avait -accepté les sceaux; et en s'en allant rejoindre la cour, -non-seulement il n'avait rien caché à sa compagnie de ses -résolutions, mais il avait usé de tout son ascendant pour -les lui faire partager: s'il n'y était pas entièrement parvenu, -il avait de beaucoup diminué la force et l'âpreté de -l'opposition. La princesse Palatine, toujours asservie au -besoin de ses passions, toujours nécessiteuse, s'était réunie -sincèrement à la cour, dont elle avait reçu cent mille -écus, et qui avait, selon ses désirs, accordé les finances -au marquis de la Vieuville<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor"> [479]</a>.</p> - -<p>Quoique mademoiselle de Chevreuse n'eût cessé d'aimer -Gondi et qu'elle lui fût restée fidèle, la duchesse, sa -mère s'était arrangée secrètement avec Mazarin; et sa -défection devint manifeste et publique lorsqu'elle quitta -<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span> -Paris, sous le prétexte d'aller conduire sa fille abbesse à -Pont-aux-Dames<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor"> [480]</a>.</p> - -<p>L'affaiblissement du parti de Condé était aussi rapide -que celui de la Fronde. Ce prince, après les ennuis de la -captivité, aurait voulu jouir des délices de son beau séjour -de Chantilly; ses inclinations guerrières fléchissaient sous -les attraits de la volupté, dont son amour pour la duchesse -de Châtillon lui faisait éprouver toute la puissance<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor"> [481]</a>. C'est -avec regret qu'il avait été entraîné dans la guerre civile; -et pourtant le dépit et l'orgueil lui faisaient oublier ses -glorieuses victoires, son rang, sa patrie, ses propres intérêts. -Il se portait aux plus coupables extrémités. En vertu -du traité qu'il avait conclu avec les plus grands ennemis -de la France, des vaisseaux espagnols chargés de subsides -et de munitions étaient entrés dans le port de Bordeaux, au -grand scandale des membres du parlement siégeant en cette -ville, le seul parmi tous les autres parlements du royaume -qui se fût ouvertement déclaré pour lui<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor"> [482]</a>. Il cherchait à -traiter avec Cromwell et à faire renaître le parti des protestants; -mais ceux-ci n'étaient nullement mécontents de -Mazarin, qui, en habile ministre, avait veillé à ce que les -ordonnances rendues en leur faveur fussent fidèlement -exécutées. Ils résistèrent aux suggestions de Condé. Cependant -le parlement de Toulouse et celui de Provence -avaient enregistré les ordonnances qui déclaraient Mazarin -rebelle. Le parlement de Paris nourrissait contre lui -des sentiments plus haineux et plus hostiles encore; mais -la crainte de son retour rendait l'illustre compagnie plus -<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span> -prudente et plus politique que les autres, et elle ménageait -dans Condé le plus puissant ennemi d'un ministre proscrit -par ses arrêts<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor"> [483]</a>.</p> - -<p>Cependant un grand nombre de ceux qui étaient jusque -là restés fidèles au parti du vainqueur de Rocroi l'abandonnèrent: -quelques-uns, gagnés par les places et les -récompenses que la cour leur offrait; d'autres, parce qu'après -avoir sans scrupule résisté à la reine régente, ils se -considéraient comme criminels en portant les armes contre -le roi, déclaré majeur. Laigues, Noirmoutier, le maréchal -de la Mothe, furent de ce nombre<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor"> [484]</a>. Le duc de Bouillon -même et Turenne refusèrent de se joindre à Condé: le -premier, parce qu'il espérait, par sa soumission à l'autorité -royale, rentrer plus promptement dans sa principauté -de Sedan; le second, parce que la cour lui offrit le commandement -en chef d'une armée. Bussy-Rabutin, auquel -le prince de Condé avait écrit de sa main le 15 septembre, -pour l'inviter à venir le joindre, alla porter cette lettre à -la reine, et se rangea sous les drapeaux du roi: il reçut -l'ordre d'aller dans sa lieutenance de Nivernais, avec -les troupes qu'il avait sous son commandement<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor"> [485]</a>.</p> - -<p>L'armée royale, commandée par le comte d'Harcourt, -remportait en toute occasion la victoire sur les troupes -de Condé<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor"> [486]</a>. Tout semblait favoriser la reine, et cependant -ses embarras et sa perplexité augmentaient avec ses -succès mêmes. Elle désirait par-dessus tout rappeler le -cardinal Mazarin; mais elle ne se déguisait pas que par -<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span> -la rentrée du ce ministre l'inflammation des esprits arrêterait -les progrès de l'armée royale, et jetterait un grand -nombre de personnes dans le parti de Condé; tandis qu'en -continuant à poursuivre ses avantages contre ce prince, il -n'était pas douteux qu'elle ne le forçât promptement à la -soumission, aux conditions qu'il lui plairait de lui imposer; -mais alors elle craignait que les ministres qu'elle avait -nommés (Châteauneuf, Le Tellier, Lyonne et Brienne), -après avoir rendu au pays et à la couronne un aussi grand -service que de mettre fin à la guerre civile, n'eussent assez -de crédit et d'autorité pour se maintenir, malgré elle, au -timon des affaires, à l'exclusion de Mazarin, qu'ils détestaient<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor"> [487]</a>. -Elle savait que ses ministres, en lui faisant ainsi -violence pour maintenir l'exil du cardinal, acquerraient -dans toute la France une immense popularité; et qu'ils -étaient certains d'être appuyés par la noblesse, les princes, -le duc d'Orléans, les parlements.</p> - -<p>Durant ces dissensions et ces temporisations, les Espagnols -avaient repris presque toutes les villes que Condé -leur avait précédemment enlevées<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor"> [488]</a>. L'anarchie croissait. -De simples commandants de place se rendaient indépendants, -levaient des taxes, et soumettaient par la crainte -le pays qui les environnait. Le désordre était dans les -finances, et l'on était sur le point de suspendre le payement -des rentes à l'hôtel de ville<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor"> [489]</a>.</p> - -<p>Pour se tirer de tous ses embarras, ou du moins pour -mettre un terme à ses incertitudes et à ses anxiétés, la -<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span> -reine se résolut à rappeler auprès d'elle son ministre. Les -nouveaux arrêts rendus par le parlement de Paris pour -empêcher le retour de Mazarin contribuèrent encore à -l'affermir dans sa résolution. Elle s'indignait que cette -compagnie de juges et de légistes eût la prétention de -s'immiscer dans le gouvernement du roi, déclaré majeur. -L'éloignement du cardinal avait-il pacifié le royaume? -avait-il remédié à l'orgueil des grands, à la morgue -et aux prétentions des parlements, à l'insolence de la -Fronde? Point. C'est depuis lors, au contraire, que le -roi avait été menacé, tenu prisonnier dans son palais, et -qu'il avait été obligé de s'éloigner de la capitale pour -pouvoir agir en liberté<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor"> [490]</a>.</p> - -<p>Par ces considérations, la reine se décida à donner les -ordres nécessaires pour le rappel de Mazarin. L'émotion -du parlement de Paris à cette nouvelle alla encore au -delà de ce qu'on aurait pu prévoir. Par un arrêt<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor"> [491]</a>, il confirma -celui par lequel il avait déjà prononcé l'exil de Mazarin; -il défendit à tous les gouverneurs et commandant -de place de le recevoir<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor"> [492]</a>; il ordonna à tout sujet du roi -du lui courir sus; il fit vendre à l'encan son riche mobilier, -sa nombreuse et précieuse bibliothèque<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor"> [493]</a>, et enfin il -mit sa tête à prix; genre d'atrocité qu'on s'interdisait -<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span> -même contre les pirates<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor"> [494]</a>. Ces mesures ne l'effrayèrent -pas, il entra en France; et dans une lettre à la reine, datée -de Pont-sur-Yonne, le 11 janvier 1652, il écrivit: «On -me mande que quantité d'assassins sont partis de Paris -pour entreprendre contre le cardinal, après avoir reçu la -bénédiction de M. de Beaufort; mais Dieu le garantira. -Je vous promets qu'il n'appréhende rien, et qu'il fait le -voyage avec la tranquillité d'esprit que ce porteur vous -pourra dire<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor"> [495]</a>.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXIII.<br /> -<span class="medium">1651-1652.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Réflexions sur le sentiment produit par un événement redouté et longtemps -différé.—Surprise qu'occasionne la nouvelle de l'entrée de -Mazarin en France.—Le parlement envoie des commissaires pour -arrêter sa marche.—Conduite du duc d'Orléans.—Condé organise -la guerre civile avec des moyens insuffisants.—Le parti des princes -s'unit à la Fronde.—Intrigues de Gondi.—Il est en défiance au -peuple.—Mazarin et la reine intriguent contre lui en cour de -Rome.—Il les déjoue.—Efforts que font les ministres pour conserver -leurs places.—Rôle que jouent les acteurs secondaires.—Détails -sur Nemours, Beaufort, la duchesse de Châtillon, le prince -de Conti, la duchesse de Longueville.—Le parti du duc d'Orléans, -aussi divisé que celui de la Fronde.—Désastres et famine qui sont -les résultats de la guerre civile.—Conférences pour la paix.</p> -</div> - -<p>Il n'y a pas de sentiment plus élastique que l'espérance: -le moindre véhicule suffit pour soulever le poids qui le -comprime, et lui rendre toute son expansion. Lorsqu'une -calamité que tout le monde considère comme inévitable -et imminente se trouve seulement retardée, on se persuade -aussitôt que les causes qui devaient l'amener s'affaiblissent -ou ont disparu; on calcule toutes les chances -qui lui sont contraires, on ferme les yeux sur celles qui la -favorisent; tous les délais ajoutent à la confiance, et si ces -délais se prolongent, on finit par se rassurer. On ne croit -plus à un danger qui a inutilement et longtemps fatigué -nos prévisions; on s'habitue à un orage qui gronde sans -cesse, sans jamais éclater. On s'arrange comme si on -n'avait plus rien à en craindre: et quand la foudre -<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span> -tombe et frappe, elle surprend et accable ceux-là même -qui avaient le plus formellement annoncé sa prochaine -détonation, et qui s'étaient prémunis contre les périls de -sa chute.</p> - -<p>Cette vérité se fit surtout sentir lorsque Mazarin rompit -son ban, et entra en France, suivi d'une armée qu'il amenait, -disait-il, au roi, pour l'aider à combattre les rebelles, -mais qui était plutôt destinée à protéger la personne de son -ministre<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor"> [496]</a>. On savait depuis longtemps que des lieux où -la cour, sans cesse ambulante, faisait temporairement sa -résidence, et de Bruhl, où s'était retiré Mazarin, partaient -et arrivaient sans cesse des personnes qui avaient toute la -confiance de la reine et du cardinal. Les noms de ces messagers -même n'avaient pu être cachés; on n'ignorait pas -qu'ils étaient au nombre de quatre: Bartet, Brachet, Milet -et l'abbé Fouquet; et la singulière similitude des finales de -leurs noms avait fait dire plaisamment au duc d'Orléans -que désormais il fallait changer une des règles du rudiment -de Despautère sur les genres, et mettre: «Omnia nomina -terminata in <i>et</i> sunt <i>mazarini</i> generis.» (Tous les noms -qui se terminent en <i>et</i> sont du genre mazarin.) L'intelligence -de la reine avec le ministre proscrit n'était donc plus -un mystère<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor"> [497]</a>. On se doutait qu'aucune mesure importante -n'était résolue dans le conseil sans que la reine eût reçu -<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span> -l'avis du cardinal; on s'était aperçu que si l'on y prenait -une résolution contraire à ses secrètes instructions, des -ordres cachés en empêchaient l'exécution. Cependant, -lorsque, après la déclaration de la majorité du roi, Condé -eut levé l'étendard de la révolte, il se vit abandonné de -presque toute la France<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor"> [498]</a>. Les mesures de Châteauneuf et -de Villeroi furent si bien prises, que le cabinet acquit plus -d'influence et d'autorité; le gouvernement du roi se raffermit; -il marcha pour la première fois de concert avec -le parlement. La reine parut se confier à ses ministres. On -ne la vit plus avoir si souvent recours aux conseils du cardinal; -elle dit même aux plus intimes amis de Mazarin, -que celui-ci avait habilement placés près d'elle, qu'on ne -pouvait pas penser encore à le rappeler, et que son retour -devait être différé, au moins jusqu'à l'entière réduction -de Condé et de son parti. Les ministres, qui s'appuyaient -sur le besoin qu'on avait d'eux, mais dont aucun ne pouvait -prétendre à la suprématie ou aux priviléges de la faveur, -introduisirent dans le conseil le prince Thomas de -Savoie, guerrier assez distingué, mais non heureux; d'un -sens assez droit, mais borgne, sourd, et pesant: il ne -pouvait donner aucun ombrage à ceux qui exerçaient le -pouvoir<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor"> [499]</a>. Cousin germain de la reine, elle avait en lui -toute confiance; et la présidence du conseil, que les ministres -lui déféraient, convenait également à son rang, à -sa naissance, à sa réputation d'intégrité, à sa position à -la cour. Toutes les dépêches se signaient en sa présence; -«et il fut, dit madame de Nemours, favori, et presque -premier ministre, sans qu'il en eût seulement le moindre -soupçon.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span> -Un tel état des choses rassurait tout le monde contre le -retour, au moins prochain, du cardinal Mazarin. L'on -espérait bien qu'après l'entière extinction de la révolte -de Condé, le concours de tous les ordres de l'État, des -princes et des ministres, empêcherait pour toujours ce retour, -et qu'on ne reverrait jamais en France cet étranger -proscrit par tous les parlements, devenu odieux à tous les -partis.</p> - -<p>Telle était à cet égard la disposition des esprits, -lorsqu'on apprit tout à coup qu'il était rappelé; qu'il s'avançait -dans l'intérieur du royaume, et que, de plus, un -arrêt du conseil d'en haut (mot nouveau, et dont s'offensaient -les défenseurs des libertés publiques) avait cassé -l'arrêt que le parlement de Paris venait de rendre pour -le repousser<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor"> [500]</a>.</p> - -<p>Il suffit de connaître le caractère fougueux et emporté -de la nation française pour concevoir quelle fut, à cette -nouvelle si inattendue, la fureur générale. Tous les partis -se reformèrent instantanément, et semblaient avoir acquis -plus de violence. Les nobles, le peuple, le parlement, les -partisans des princes, ceux de la Fronde, n'eurent plus -qu'un seul sentiment, qu'un seul intérêt, qu'un seul cri, -l'expulsion de Mazarin. La cour même et la plus grande -partie des royalistes<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor"> [501]</a> formaient en secret le même vœu; -plusieurs le manifestaient hautement, se croyant certains -que Mazarin ne pourrait jamais résister à cette unanimité -<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span> -de haine, à cet accord d'opposition de tous contre un -seul<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor"> [502]</a>.</p> - -<p>Mais ce torrent qui s'élançait avec tant d'impétuosité, -et avec un fracas capable de faire croire à quiconque le -considérait de loin qu'il allait tout submerger, se dispersait -après sa chute dans un si grand nombre de lits différents, -et se subdivisait en tant de petites rigoles, que -vu de près il cessait de paraître redoutable.</p> - -<p>C'est qu'aucun événement peut-être ne produisit une -péripétie plus grande que celle qu'occasionna le retour -de Mazarin en France. Tous les partis se trouvèrent par -là placés dans des positions si bizarres et si monstrueuses; -les intérêts particuliers, les passions, les haines des différents -acteurs de ce grand drame firent éclore subitement -une telle multitude d'intrigues, que, malgré les dépositions -et les aveux de presque tous ceux qui y jouèrent les -principaux rôles, et les minutieux détails où ils sont entrés -dans leurs Mémoires, les historiens n'ont pas su les -démêler toutes, et par conséquent n'ont pu les exposer -avec clarté.</p> - -<p>Le parlement rendait des arrêts<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor"> [503]</a> et envoyait des commissaires -pour arrêter Mazarin dans sa marche; mais en -même temps, instruit par le passé et en garde contre -les funestes résultats de ses emportements, redoutant les -princes et leur domination, il ne voulait pas qu'aucune -atteinte fût portée aux droits du roi. Il refusait d'autoriser -la saisie des deniers publics<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor"> [504]</a>, et il interdisait toute levée -de soldats qui n'était pas faite au nom du roi; ce qui était -<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span> -accorder au seul Mazarin la faculté de se recruter<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor"> [505]</a>; le -parlement s'effrayait à la seule proposition d'un arrêt d'union -avec les autres cours souveraines, croyant déjà voir -par là renouveler les scènes tumultueuses de la première -Fronde. Cependant il implorait en même temps l'appui du -duc d'Orléans, et il acceptait le secours des troupes qui -étaient à sa disposition. Pourtant Gaston, ayant cessé d'être -lieutenant général, ne pouvait légalement lever des troupes -et commander une armée sans le consentement du roi, devenu -majeur. Le parlement proscrivait Condé et ses adhérents, -qui s'étaient armés pour repousser Mazarin. Le duc -d'Orléans, de son côté, aurait voulu s'unir intimement au -parlement, et ne pas enfreindre les lois du royaume<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor"> [506]</a>: il -faisait alliance avec Condé, et se compromettait pour lui, -en prenant sous sa protection les troupes que Nemours -avait été chercher en Flandre chez les Espagnols<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor"> [507]</a>. Tout -en détestant l'étranger, il favorisait l'exécution du traité -que Condé avait contracté avec lui; il s'en rendait complice. -Il dissimulait avec les amis des lois, qui avaient mis -en lui toutes leurs espérances, et ne répondait que par des -subterfuges et des assertions mensongères aux discours -éloquents du vertueux Talon. Il se trouvait entraîné dans -toutes ces démarches par la nécessité de pourvoir au plus -pressé, en repoussant Mazarin; mais comme il ne craignait -rien tant que l'élévation de Condé en le secondant -contre Mazarin, il cherchait à lui nuire dans le parlement, -dans le peuple, et dans son propre parti.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span> -Condé, entraîné à organiser la guerre civile avec des -partisans divisés entre eux, d'une fidélité douteuse, fut -obligé de combattre, avec des recrues à peine instruites, à -peine enrégimentées, les meilleures troupes de l'Europe<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor"> [508]</a>, -celles-là même qui avaient vaincu sous lui. Il lui fallut soutenir -son parti par sa seule personne, faire taire toutes ses -répugnances, changer toutes ses anciennes combinaisons, -toutes ses habitudes. Il voulait dominer, et arracher des places -et de l'argent pour une noblesse altière et avide qui se -dévouait pour le servir; et tous les moyens lui semblaient -bons, parce qu'il éprouvait le besoin d'avoir recours à tous. -L'adversité le mettait dans la nécessité de faire violence à -son caractère, naturellement impérieux, peu affable, impatient -de toute contrainte<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor"> [509]</a>. Proscrit par le parlement de -Paris, il cherchait à s'en faire un appui, en s'associant à -lui dans sa haine contre Mazarin. Détesté de la reine, qu'il -avait outragée, il négociait en secret avec elle; et pour la -gagner, il consentait à la rentrée de Mazarin en France et -à son maintien au ministère, mais avec de telles conditions, -que si on les avait acceptées, le roi se serait trouvé -sous sa domination. Ennemi personnel de Gondi, il concluait -un traité avec le duc d'Orléans, par lequel il consentit -que Gondi restât son conseil et conservât toute sa -confiance. Plein de mépris pour toutes les influences populaires, -il cherchait à se faire un parti dans la Fronde, -et donnait à celui qui en était le chef, au duc de Beaufort, -le commandement d'un de ses corps de troupes.</p> - -<p>De son côté, la Fronde, ou les populations bourgeoises -qui la formaient, se montraient également opposées à Mazarin -<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span> -et aux princes. Il faut cependant en excepter Bordeaux, -où ces derniers s'étaient retires, et s'étaient formé -un parti; mais ils n'étaient pas les maîtres de cette ville, et -c'était plutôt la haine contre le duc d'Épernon, que leur inclination -pour les princes, qui avait poussé les Bordelais à -la révolte. Les autres principales villes du royaume eussent -montré, si elles en avaient eu l'occasion, les mêmes dispositions -que Paris et Orléans, qui toutes deux, en haine de -Mazarin comme de Condé, refusèrent l'entrée de leurs -remparts aux troupes du roi ainsi qu'à l'armée des princes. -Cependant l'esprit d'opposition protestante qui dominait -dans le midi fit beaucoup de partisans à Condé dans cette -partie de la France; et Chavagnac nous apprend qu'il n'eut -pas alors plus de peine à lever un régiment pour ce prince -que si c'eût été pour le roi<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor"> [510]</a>. Il eût fallu au peuple des -chefs puissants, pour qu'il pût intervenir entre ces ambitions -rivales d'une manière utile pour lui; mais tous ceux -qui auraient pu se mettre à sa tête, tels que le duc de -Bouillon et Turenne, s'étaient rangés du côté de la cour. -En général, presque tous les grands personnages politiques -de cette époque avaient des intérêts différents de ceux des -partis qu'ils avaient embrassés. Voilà pourquoi on ne peut -démêler les fils de ce drame compliqué qu'en entrant dans -les détails de la vie privée de chacun des principaux acteurs, -et en s'instruisant des motifs qui les faisaient agir.</p> - -<p>Gondi, dont la nomination au cardinalat n'était pas -encore confirmée par le pape, agissait de manière à ce -que la cour n'eût aucun prétexte pour la révoquer. Quoiqu'il -n'eût point cessé de fréquenter l'hôtel de Chevreuse, -il savait qu'il n'y était plus sur le même pied -<span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span> -qu'auparavant; il n'ignorait pas que la duchesse de Chevreuse, -entraînée par des nécessités de fortune dans le -parti de Mazarin, ne se conduisait plus que par les conseils -de l'abbé Fouquet; que sa fille, jalouse de la princesse -Palatine<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor"> [511]</a>, et irritée des fréquentes visites qu'il lui -avait faites, avait, par dépit et par vengeance, redit à la -reine les plaisanteries qu'il s'était permises sur son compte. -Ainsi Gondi, ayant dans Mazarin et dans Anne d'Autriche -deux ennemis personnels, ne pouvait les empêcher -de lui nuire qu'en continuant de se montrer pour la cour -un allié fidèle, mais prêt à être un antagoniste redoutable -si on l'y contraignait, en manquant aux promesses -qui lui avaient été faites. C'est pourquoi il s'attachait à -se rendre maître de l'esprit du duc d'Orléans, et qu'il le -fit résoudre à armer contre Mazarin et à réunir ses troupes -à celles de Condé<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor"> [512]</a>. Il aurait bien désiré exercer sur le -parti dont celui-ci était le chef la même influence que -sur celui d'Orléans; mais l'aversion que les dernières -luttes avaient fait naître à son égard dans le cœur de Condé -n'était pas le seul obstacle qui s'y opposait. La Rochefoucauld, -Chavigny, la duchesse de Longueville, avaient -tous trois l'ambition de diriger ce parti; et quoiqu'ils ne -fussent pas toujours d'accord entre eux, ils l'eussent été -pour empêcher que Gondi, qu'ils haïssaient et dont ils redoutaient -les talents, pût entrer en partage de l'ascendant -qu'ils avaient pris dans le conseil de Condé<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor"> [513]</a>. Aussi Gondi, -quoiqu'il cherchât à rendre l'armée commandée par Condé -assez forte pour repousser celle de Mazarin, s'efforçait -d'un autre côté à ruiner le parti de ce prince dans le parlement -<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span> -et dans le peuple. Pour cet effet il s'était étroitement -uni avec la princesse Palatine et avec madame de -Rhodes: celle-ci avait fait nommer le maréchal de l'Hospital, -son beau-père, au gouvernement de Paris; et -Gondi disposait du prévôt des marchands, son ami intime<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor"> [514]</a>. -Ainsi toutes les hautes autorités de la capitale -étaient dévouées à la cour et à Gondi; mais les agents -de Condé animaient le peuple contre Gondi<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor"> [515]</a>: de sorte -qu'il n'osait plus sortir qu'entouré d'une escorte de gentils-hommes -armés qui faisaient partie de sa maison ou -qui s'étaient déclarés ses partisans<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor"> [516]</a>.</p> - -<p>Ces divisions parmi les frondeurs occasionnaient des -émeutes, où, selon sa coutume, la populace ne distinguait -ni amis ni ennemis. Ainsi l'on se jeta sur le carrosse de -la comtesse de Rieux, quoique son mari se fût déclaré -contre Mazarin<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor"> [517]</a>; on attaqua celui du président Thoré<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor"> [518]</a>; -le marquis de Tonquedec, ami de madame de Sévigné, fut -dépouillé et outragé; on voulait piller l'hôtel de Nevers, qui -appartenait à Duplessis-Guénégaud, bien connu pour être -partisan de Mazarin<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor"> [519]</a>. Le peuple maltraitait les personnes -qui par ruse cherchaient à sortir de Paris; il poursuivit pour -ce motif deux filles de la reine, Ségur et Gourdon, leur enleva -tout ce qu'elles emportaient avec elles, et voulait brûler -la maison où elles s'étaient réfugiées<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor"> [520]</a>. Elles furent obligées -de se faire reconduire au Luxembourg, chez le duc d'Orléans, -<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span> -qui leur donna les moyens d'aller rejoindre la cour. -Les duchesses de Bouillon et d'Aiguillon coururent aussi -les plus grands dangers en faisant une semblable tentative<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor"> [521]</a>. -Dans le même temps la populace forçait les portes -de la Conciergerie; et tandis que les prisonniers et les -criminels étalent ainsi rendus à la liberté, Paris était -devenu pour ses habitants les plus inoffensifs une vaste -prison.</p> - -<p>Des raisons d'étiquette et de préséance empêchaient -Gondi de siéger au parlement jusqu'à ce que sa nomination -au cardinalat eût été confirmée; mais sa double opposition -contre Mazarin et contre Condé, l'affaiblissement de -son crédit parmi le peuple, lui avaient fait regagner toute -son influence sur cette puissante compagnie; et il l'exerçait -par le moyen du duc d'Orléans, qui avait une grande -facilité d'élocution, et dont il dirigeait toutes les démarches. -Toutefois, l'ascendant que Gondi avait reconquis sur -le parlement était accompagné de beaucoup de défiance. -On redoutait les entraves que ses intérêts privés pouvaient -apporter à la pacification générale, que l'on désirait vivement. -Il fut sur le point de manquer le but qu'il se proposait -par toutes ces manœuvres. Mazarin et la reine -avaient fait écrire par le roi au pape pour révoquer sa -nomination au cardinalat; et ils avaient, en envoyant cette -dépêche au bailli de Vallançay, l'ambassadeur de France -à Rome, autorisé celui-ci à solliciter le chapeau pour lui-même. -Le ressentiment des obstacles que Gondi apportait -à la réconciliation de Gaston avec la cour, et des conseils -qu'il avait donnés à celui-ci, avait été la cause de cette -nouvelle détermination de Mazarin et de la reine. On faisait -<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span> -valoir auprès du pape, pour la justifier, les liaisons de -Gondi avec les jansénistes et la licence de ses mœurs: ces -deux motifs publics et notoires semblaient ne devoir laisser -aucun doute sur l'issue de cette affaire, car déjà les jansénistes, -devenus assez puissants pour paraître redoutables, -étaient détestés à Rome<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor"> [522]</a>. Cependant Innocent X, -instruit secrètement du contenu de la dépêche de la cour -de France avant qu'on ne la lui eût fait connaître officiellement, -se hâta de tenir un conclave le 22 février 1652, -et y préconisa Gondi au cardinalat; de sorte que la cour -de France se vit forcée de considérer sa révocation comme -non avenue, de supprimer la dépêche envoyée à son ambassadeur, -et de paraître satisfaite de la confirmation de -sa propre nomination<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor"> [523]</a>. Ce résultat fut produit par l'antipathie -personnelle du pape contre Mazarin, qu'il avait -connu à Rome avant son élévation; par l'opinion qu'on -avait en Italie de la prochaine et inévitable chute de ce -ministre; et encore plus peut-être par une révolution de -palais qui substitua à l'influence qu'exerçait la princesse -Olympie, celle de la princesse Rossane, qu'avait épousée -le neveu du pape, et que Gondi avait su gagner par des -présents. L'abbé Charrier, son agent principal à Rome, -sut mettre habilement à profit tous ces moyens, et conduisit -avec adresse cette négociation, dont le succès causa -une surprise générale.</p> - -<p>On ne peut s'empêcher de reconnaître que le cardinal -de Retz déploya dans le cours de tous ces événements de -prodigieux talents. On s'étonne de la multiplicité de ses -<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span> -combinaisons, mais on peut douter qu'elles fussent bien -réfléchies et toutes propres à concourir au but. Il s'était -aliéné la duchesse de Chevreuse et la princesse de Guémené, -qui, aussi, s'était tournée du côté de la cour. Il -avait offensé la reine, exaspéré Mazarin; il excitait la défiance -du parlement; il ne satisfaisait pas les frondeurs, -n'obtenait du duc d'Orléans, et avec des peines infinies, -qu'une confiance imparfaite<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor"> [524]</a>; et enfin il s'était fait du -vainqueur de Rocroi et de Lens un ennemi mortel<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor"> [525]</a>. Il -semblait que Gondi ne se trouvât bien que dans les agitations -et les intrigues, et qu'il se plût à les faire naître; -semblable à ces gladiateurs qui appellent des adversaires -au combat, et aiment à en voir accroître le nombre, afin -de faire admirer plus longtemps leur adresse et leur énergie -dans la lutte. Gondi, emporté par la fougue de ses -passions, leur sacrifiait trop souvent ses intérêts; Mazarin, -sans haine comme sans affection, ne se laissait jamais -distraire des siens<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor"> [526]</a>.</p> - -<p>Châteauneuf, aussitôt après l'arrivée de Mazarin à -Poitiers, avait pris le parti de la retraite<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor"> [527]</a>; et depuis le -retour du premier ministre on remarqua plus d'ensemble -et plus de secret dans les résolutions du conseil; ses résolutions -furent suivies d'une plus rapide exécution. Chavigny, -à Paris, s'était fait l'agent du parti de Condé. Une -ambition plus élevée que celle de la réussite de ce parti le -faisait agir. Chavigny, formé aux affaires par Richelieu, -<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span> -et pour lequel ce grand homme avait une tendresse toute -paternelle, ne pouvait oublier que Mazarin lui devait son -élévation<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor"> [528]</a>. Appelé un instant au ministère par la politique -d'Anne d'Autriche, Chavigny voulait y rentrer. Il -était le plus redoutable ennemi de Gondi, et comme chef -du parti de Condé, et comme lui disputant la confiance -de Gaston, sur l'esprit duquel Chavigny avait de l'influence. -De concert avec le duc de Rohan, la duchesse -d'Aiguillon et Fabert, il forma le dessein d'un traité entre -les princes et Mazarin; et au moyen de l'alliance que -Condé avait formée avec les Espagnols, il voulait conclure -ensuite la paix générale. Comme alors il eût été le -principal négociateur de cette paix et le premier auteur -d'un si grand bienfait, il espérait acquérir par là une autorité -assez grande dans le cabinet et dans les conseils -pour expulser Mazarin et prendre sa place. Mais Condé -s'aperçut bientôt que Chavigny, dans ses conférences avec -le premier ministre, ne se conformait pas à ses instructions; -il lui retira sa confiance, et, sans l'en prévenir, il -se servit pour ces négociations de Gourville, de La Rochefoucauld -et de la duchesse de Châtillon<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor"> [529]</a>.</p> - -<p>Les acteurs secondaires de ce grand drame n'offraient -pas moins de diversité dans les motifs de leurs actions. -Beaufort, qui commandait les troupes de Gaston, et Nemours -celles du prince de Condé, quoique beaux-frères, -affaiblissaient par leurs divisions une armée que leur -concorde aurait pu rendre redoutable. La nécessité des -opérations militaires exigeait qu'ils s'éloignassent de Paris; -<span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span> -et ils aimaient au contraire à s'y montrer à leurs maîtresses -revêtus de l'uniforme de général et munis du bâton -de commandement<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor"> [530]</a>. Beaufort, comme chef de la Fronde, -autrefois d'accord en tout avec Gondi, maintenant le contrariait -dans toutes ses mesures. Le prince de Conti, auquel -son frère n'avait pu se dispenser de donner une -autorité au moins nominale, avait presque toujours été -gouverné par sa sœur la duchesse de Longueville, au -point de donner cours à des bruits et à des libelles outrageants -pour tous deux<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor"> [531]</a>. La duchesse était sous l'influence -du duc de La Rochefoucauld, son amant, et la plus forte -tête du parti. Le prince de Conti se montrait jaloux de -cette influence; son secrétaire, le poëte Sarrasin, était fort -lié avec une demoiselle de la Verpillière, fille d'honneur -de la duchesse de Longueville; et comme il arrive toujours -que les subordonnés croient avancer leur fortune en -servant les passions de leurs maîtres, Sarrasin et la Verpillière -se concertèrent avec les marquis de Jarzé et de -Saint-Romain pour donner un rival au duc de La Rochefoucauld. -Ils introduisirent le beau duc de Nemours auprès -de la duchesse de Longueville; et celle-ci, qui détestait -la duchesse de Châtillon, crut triompher en lui -enlevant cet amant. Le prince de Condé se vit avec satisfaction -délivré par sa sœur des trop justes motifs de -jalousie que lui inspirait le duc de Nemours; et ce dernier -sacrifia son amour à son ambition. La Rochefoucauld -dut regretter l'ascendant que lui donnait un illustre -attachement, mais non pas la perte d'une maîtresse -qui, si l'on en croit Bussy, négligeait par trop le soin -<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span> -de sa personne, et avait dans le commerce intime les -fâcheux inconvénients qu'entraîne une telle négligence<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor"> [532]</a>. -Mais on n'obtint pas de ces combinaisons, formées au profit -de petits intérêts et de petites passions, les résultats -qu'on s'était promis. Le prince de Conti et la duchesse de -Longueville ne furent pas plus d'accord entre eux que -lorsque La Rochefoucauld les divisait. A Bordeaux ils favorisèrent -des partis contraires, et contribuèrent à augmenter -les troubles et à affaiblir le parti des princes en le -divisant. La duchesse de Longueville, lorsqu'elle ne fut -plus dirigée par La Rochefoucauld, ne cessa de s'égarer -dans des projets sans but, et de se compromettre dans -des intrigues sans résultat<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor"> [533]</a>. Quand Nemours eut été -blessé, sa femme se rendit à l'armée pour le soigner, et la -duchesse de Châtillon, sous prétexte de visiter un de ses -châteaux, l'accompagna jusqu'à Montargis: elle se rendit -dans le couvent des Filles de Sainte-Marie, d'où, se croyant -bien cachée, elle allait, sous divers déguisements, voir celui -qu'elle n'avait pas cessé d'aimer. Ces mystérieuses -visites ne furent bientôt plus un secret pour personne; et -alors Condé et sa sœur purent se convaincre combien sont -différents les sentiments que l'amour inspire et ceux que -simulent l'intérêt et la vanité<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor"> [534]</a>. Le grand Condé, par son -esprit et sa figure, avait tous les moyens de plaire aux -femmes; mais il y réussissait peu. Si on excepte mademoiselle -du Vigean, qui se fit carmélite ne pouvant l'épouser, -il ne paraît pas qu'il ait pu contracter de véritables -<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span> -attachements de cœur. Il poussait plus loin encore que sa -sœur la duchesse de Longueville le défaut de soins de sa -personne. Dans l'habitude de la vie presque toujours mal -vêtu, il n'était beau que sur un champ de bataille<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor"> [535]</a>. Aussi -le duc de Nemours ne fut pas le seul rival que Condé eût -à redouter auprès de cette beauté pour laquelle Louis XIV, -dans ses jeux enfantins, avait montré une préférence qui -a fourni la matière d'un élégant badinage à la muse spirituelle -de Benserade<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor"> [536]</a>. Un abbé nommé Cambiac, au -service de la maison de Condé, balança pendant quelque -temps la passion que Nemours avait fait naître dans le -cœur de la duchesse de Châtillon; et la jalousie de Nemours -ne put faire expulser Cambiac. La duchesse ménageait en -lui l'homme qui avait obtenu le plus d'empire sur sa parente, -la princesse de Condé douairière. La condescendance -de la duchesse de Châtillon envers cet homme -intrigant et libertin lui valut, de la part de la princesse -douairière, un legs de plus de cent mille écus en Bavière, -et l'usufruit d'une terre de vingt mille livres de rentes. -Cependant Cambiac se retira, lorsqu'il sut que Condé -était son rival<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor"> [537]</a>. Mais le vainqueur de Rocroi était plus -habile à livrer des batailles qu'à conduire une intrigue -d'amour. Il eut la maladresse d'employer pour intermédiaire -<span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span> -auprès de sa nouvelle maîtresse un certain gentilhomme -nommé Vineuil<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor"> [538]</a>, qui était bien, il est vrai, un -de ses plus habiles et fidèles serviteurs, mais que sa figure, -son esprit plaisant et satirique, son caractère entreprenant, -rendaient très-dangereux pour les femmes. Il -s'était même acquis quelque célébrité par ses succès en ce -genre. Madame de Montbazon, madame de Mouy et la -princesse de Wurtemberg avaient successivement éprouvé -les effets de ses séductions. Vineuil plut aussi à la duchesse -de Châtillon; et il ne crut pas trahir son prince, ni manquer -à la foi qu'il lui devait, en ne se refusant pas des -plaisirs qui, goûtés en secret, ne pouvaient causer aucune -peine à celui qui l'avait exposé à la tentation. En cela il -se conformait aux mœurs de son siècle; il lavait même -ainsi, par sa fraude, la honte des négociations dont on le -chargeait. Condé seul avait tort; mais ce tort, il ne le -connut jamais. Vineuil fut toujours en grande faveur auprès -de lui<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor"> [539]</a>. Nemours excitait sa jalousie, et Nemours ne -redoutait que Condé. Cependant alors, et au mois de mars -de l'année 1652, le marquis de La Boulaye et le comte de -Choisy, tous deux amoureux de la duchesse de Châtillon, -voulurent se battre en duel à son sujet. Le bruit s'en répandit -dans le monde. La duchesse de Châtillon l'apprit, -et parut inopinément sur le lieu où les deux adversaires -s'étaient donné rendez-vous; et au moment même où ils -venaient de tirer l'épée elle les sépara, les prit par la -<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span> -main, et les conduisit chez le duc d'Orléans, qui chargea -les maréchaux de France alors à Paris, L'Hospital, Schomberg -et d'Étampes, d'arranger cette affaire et d'empêcher -un combat. Ils y parvinrent<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor"> [540]</a>; mais ces rivalités, ces intrigues -de femmes affaiblissaient beaucoup le parti de -Condé, et empêchaient qu'il n'y eût ni secret ni ensemble -dans l'exécution des projets arrêtés dans le conseil -de son chef.</p> - -<p>Le parti du duc d'Orléans n'offrait pas plus d'unité que -celui de Condé. Il avait perdu dans Bouillon l'appui d'un -prince puissant par ses richesses et par son habileté politique; -dans Turenne, l'ascendant que donnent les talents -militaires et l'amour des soldats. Les deux principaux -conseils de Gaston, Gondi et Chavigny, étaient ennemis, -et publiaient l'un contre l'autre des libelles anonymes<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor"> [541]</a>. -Chefs dirigeants dans des partis contraires, ils poussaient -dans des sens opposés, et dans des mesures contradictoires, -un prince faible et irrésolu. Chacun des deux avait -des partisans dans la famille même de ce prince. La duchesse -d'Orléans appuyait Gondi. <span class="smcap">Mademoiselle</span>, au -contraire, s'était rangée du côté de Chavigny. Le prince -de Condé, qui entretenait avec elle un commerce de lettres, -avait su la gagner par ses flatteries, et lui avait -promis, s'il restait le maître et parvenait à chasser Mazarin, -de lui faire épouser le roi. Autant elle avait eu -autrefois d'antipathie pour Condé, autant elle montrait -d'enthousiasme pour sa gloire et de zèle pour ses intérêts<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor"> [542]</a>. -Le courage et la présence d'esprit qu'elle déploya -<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span> -dans Orléans, où son père l'avait envoyée, achevèrent -d'accroître son orgueil, et d'augmenter l'excessive confiance -qu'elle avait en elle. Cette ville dont on lui avait -refusé l'entrée, elle s'en rendit maîtresse en escaladant -ses remparts, et en pénétrant seule et sans escorte par -une brèche qu'avait faite pour elle le parti populaire. -L'autorité qu'elle y avait exercée; ces troupes qui s'étaient -rangées sous son commandement; ces conseils de guerriers -présidés par elle; ses deux dames d'honneur, les -comtesse de Fiesque et de Frontenac, proclamées à la -tête de l'armée, au son des trompettes, ses maréchaux de -camp; la popularité qu'elle s'était acquise en empêchant -les troupes du roi de pénétrer dans la ville qui lui était -soumise<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor"> [543]</a>; tout cela avait enivré son imagination, déjà -exaltée par la lecture des romans<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor"> [544]</a>. Elle se passionna -pour la gloire militaire; Condé fut son héros. Pourtant -elle cherchait à persuader à la reine qu'il était de son intérêt -de la marier avec le roi; et à ce prix, elle consentait -à tout. Quant à son père, il ne pouvait rien pour elle, -non plus que le parlement; et par cette raison elle se laissait -souvent engager dans des démarches et des intrigues -contraires au parti de Gaston, et surtout toujours en opposition -avec la direction que Gondi s'efforçait de donner -à ce parti.</p> - -<p>D'un autre côté, la cour était abandonnée par ceux sur -lesquels elle avait le droit de compter. Le chancelier, qui, -comme chef de la justice, aurait dû donner l'exemple de -<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span> -l'obéissance aux ordres du roi, irrité d'avoir été éloigné -du ministère, fit en sorte que le duc de Sully, son gendre, -qui commandait à Nantes, permît le passage de cette ville -aux troupes du duc de Nemours; et le duc de Rohan, que -la reine avait nomme gouverneur d'Anjou, fit révolter -Angers contre les troupes royales; mais ensuite il ne leur -résista pas aussi longtemps qu'il aurait pu le faire dans -l'intérêt du prince<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor"> [545]</a>. La cour, ainsi que les partis qui lui -étaient opposés, ne se lassait pas, pour la réussite de ses -projets, d'employer la fraude, la violence, la crainte, la -séduction: tous les moyens lui étaient bons. Mazarin ne -répugnait pas même aux plus honteux. Ainsi la maréchale -de Guébriant, qu'il avait mise dans ses intérêts, ne se fit -aucun scrupule d'abuser de la confiance de Charlevoix et -des droits que la reconnaissance lui donnait sur un officier -dont son mari avait été le bienfaiteur. Elle ne rougit pas -d'employer le ministère d'une demoiselle bien faite et de -facile composition, dit madame de Nemours, pour attirer -ce commandant de Brissach hors de sa forteresse, le faire -prisonnier, et se rendre maîtresse de la place qu'il était -chargé de garder. Toutefois cette trahison ne réussit qu'à -demi. La garnison, indignée, remit la place au comte -d'Harcourt, qui n'était point contre le parti du roi, mais -qui cependant était au nombre des mécontents, et peu -favorable à Mazarin<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor"> [546]</a>.</p> - -<p>Le plus nul, le plus insignifiant de tous les chefs de la -première Fronde, le duc de Longueville, fut le seul d'entre -eux qui dans ces nouvelles circonstances se conduisit -<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span> -avec sagesse et dignité, qui se montra un sujet fidèle, -mais non servile. Il suivit un plan arrêté, conforme au -bien public et à une bonne et saine politique. Retiré dans -son gouvernement de Normandie, il fut sollicité par tous -les partis, et ne se déclara d'abord pour aucun; enfin il -fit connaître ses intentions de ne pas se séparer du roi<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor"> [547]</a>. -Mais, sans prendre fait et cause pour son ministre, il se -prononça de manière à faire craindre à la cour, s'il était -contrarié par elle, de le voir se replacer de nouveau sous -l'empire de sa femme et de son beau-frère, auquel il s'était -soustrait. Ainsi par ses instigations le parlement -de Rouen avait demandé l'éloignement de Mazarin, à -l'exemple de celui de Paris, mais sans adhérer aux actes -de proscription de ce dernier<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor"> [548]</a>. La déclaration parlementaire -servit au duc de Longueville de prétexte pour se refuser -à admettre les troupes royales dans sa province, où -cependant il maintenait la levée des impôts au profit du -roi. Par là il parvint à rester maître absolu dans son gouvernement, -et il se fit chérir des habitants, qu'il protégeait -contre tous les maux de la guerre civile<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor"> [549]</a>.</p> - -<p>Les désastres qu'elle occasionnait étaient portés à leur -comble, et encore accrus par le peu d'autorité que les -chefs militaires avaient sur leurs subordonnés. Un seul -fait suffira pour faire juger du degré d'anarchie où l'on -était arrivé. Pendant que la cour était en marche, la petite -écurie du roi fut pillée par le frère du comte de Broglie, -qui cependant était du parti de la cour; et ce brigandage -fut considéré comme une équipée plaisante, dont -on s'amusa, et qui excita le rire. Les troupes de tous les -<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span> -partis, mal payées, mal nourries, pillaient, brûlaient, -saisissaient les deniers publies, dévastaient les campagnes, -rançonnaient les cultivateurs, et produisaient partout -où elles séjournaient une misère extrême et une hideuse -famine<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor"> [550]</a>. Des bandes de malheureux abandonnaient leurs -habitations, et suivaient l'armée du roi en demandant du -pain: la cour vit plusieurs fois sur son passage des hommes -mourant de faim, et des enfants tétant encore sur le -sein de leurs mères, qui venaient de rendre les derniers -soupirs<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor"> [551]</a>. La reine, fortement émue d'un tel spectacle, -disait que les princes et les parlements répondraient devant -Dieu de tant de calamités, oubliant ainsi la part -qu'elle y avait elle-même. Ce n'était pas tout. Les Espagnols -s'avançaient sur nos frontières, et entraient en France -comme alliés du prince de Condé, mais dans la réalité -pour profiter de nos divisions. Turenne leur fit offrir de -l'argent pour se retirer, et les menaça d'une bataille s'ils -n'y consentaient. Ils prirent l'argent, et délivrèrent ainsi -les troupes royales de la crainte d'avoir deux armées à -combattre<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor"> [552]</a>.</p> - -<p>Chaque parti se montrait jaloux de rejeter la cause des -malheurs qu'on éprouvait sur les partis contraires; tous -parlaient de paix et semblaient la désirer, et tous la voulaient -en effet; mais chacun d'eux avait la volonté d'en -régler seul les conditions. Toutefois, pour éloigner d'eux -l'odieux de la continuation de la guerre civile, le parlement -<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span> -et les princes envoyèrent des députés à Saint-Germain, -où la cour s'était retirée: ces députés étaient munis -de pouvoirs pour négocier; mais ils avaient ordre de ne -point voir Mazarin, et de ne pas communiquer avec lui -directement ni indirectement. Lorsqu'ils furent introduits -auprès de la reine, Mazarin était à côté d'elle. Les conférences -s'engagèrent donc entre eux et le ministre proscrit. -Alors ces députés perdirent la confiance de leurs partis, -et augmentèrent beaucoup les divisions qui s'y trouvaient, -par la crainte qu'ils firent naître que ceux qui semblaient -parler avec plus de véhémence et d'acharnement contre -Mazarin ne fussent déjà entrés en arrangement avec lui<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor"> [553]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXIV.<br /> -<span class="medium">1651-1652.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Situation de la capitale pendant le séjour qu'y fit madame de Sévigné.—Paris -se ressentait peu des désastres des provinces.—Succès -des théâtres.—Les malheurs publics ramenaient à la méditation et -à la religion.—Le nombre des solitaires de Port-Royal augmente.—Leur -influence sur les gens de lettres et sur certaines réunions.—Madame -de Sévigné alors très-répandue dans le monde.—Courtisée -par le duc de Rohan et le marquis de Tonquedec.—Ses liaisons -intimes avec sa tante la marquise de La Troche; avec mademoiselle -de La Vergne.—Détails sur cette dernière et sur mademoiselle -de La Loupe, son amie.—Mademoiselle de La Loupe est -promise en mariage au comte d'Olonne.—Le cardinal de Retz -tente de la séduire.—Il est secondé dans cette intrigue par le duc -de Brissac, amoureux de mademoiselle de La Vergne.—Récit que -le cardinal de Retz fait lui-même de son aventure avec mademoiselle -de La Loupe.—Celle-ci épouse le comte d'Olonne.—Sa -visite au camp du duc de Lorraine, et commencement de son -intrigue avec le comte de Beuvron.—Liaison du cardinal de -Retz avec madame de Pommereul.</p> -</div> - -<p>Nous avons exposé dans le chapitre précédent les intrigues -et les événements dont Paris fut occupé, et qui -fournissaient matière aux entretiens de tous les salons et -de toutes les ruelles pendant l'hiver qu'y passa madame -de Sévigné, c'est-à-dire depuis la mi-novembre 1651 jusqu'aux -premiers jours d'avril 1652. Dans cet intervalle -de temps, cette capitale jouissait d'une assez grande tranquillité, -et se ressentait peu des malheurs qui affligeaient -les provinces. Paris avait refusé d'ouvrir ses portes aux -troupes de tous les partis, qui avaient successivement -<span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span> -cherché à s'introduire dans son enceinte, et l'ordre y était -maintenu par des régiments de gardes bourgeoises, dont -les colonels étaient tous des membres du parlement, ou -des personnages nobles, ou considérables par leur fortune -et leur naissance. La Fronde y était peu active, les émeutes -rares et promptement apaisées<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor"> [554]</a>. La guerre même avait -contribué à faire affluer dans Paris un grand nombre de -personnes qui, ne se trouvant pas en sûreté dans leurs châteaux -ou dans les faubourgs de la ville, avaient été obligées -de se mettre sous la protection de ses remparts. Cet -accroissement de consommation et de richesses donnait -une forte impulsion au commerce, et faisait prospérer les -affaires d'une population de tout temps remarquable par -l'activité de son industrie. Les bals ne discontinuaient pas; -et <span class="smcap">Mademoiselle</span>, de retour de son expédition d'Orléans, -avait recommencé de nouveau à donner des fêtes brillantes, -à réunir chez elle toute la haute société. La jeunesse -de cette époque saisissait avec ardeur toutes les -occasions de se divertir; elle aimait à mêler le plaisir aux -intrigues, les jouissances de la mollesse aux périls des -combats<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor"> [555]</a>.</p> - -<p>Raymond Poisson, comme auteur et comme acteur, attirait -alors la foule au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, -rue Mauconseil; et là aussi le grand Corneille produisait -<i>Nicomède</i>, qui ne fut pas sa dernière tragédie, mais la -dernière digne de lui. Ce chef-d'œuvre disputait la vogue -au <i>Don Japhet d'Arménie</i> de Scarron, à la <i>Folle gageure</i> -et aux <i>Trois Orontes</i> de l'abbé de Boisrobert, depuis si -complétement oubliés. Mais ce qui faisait fureur et surpassait -encore le succès de <i>Nicomède</i> et des autres pièces qui -<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span> -partageaient, avec celle de Corneille, l'attention publique, -c'était une pastorale insipide, intitulée <i>Amaryllis</i>, originairement -composée par Rotrou, refaite par Tristan, et -augmentée de trois scènes qui ne tenaient pas à la pièce, -mais dans laquelle jouait, déguisée en homme, une actrice -qui excitait l'enthousiasme et attirait les applaudissements -universels. L'engouement pour ce spectacle dura -tout le temps du carnaval et une grande partie du carême<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor"> [556]</a>, -et se renouvela dans l'été de l'année suivante. -Ainsi, dans tous les temps, comme aujourd'hui, l'effet des -représentations théâtrales est plus redevable au talent -des acteurs, à l'habileté des danseurs, à l'excellence de la -musique ou à la beauté des décorations, qu'au génie des -auteurs dramatiques.</p> - -<p>Au milieu de la licence de ces temps, de ces apparences -de légèreté, on voyait cependant régner dans une -partie de la société un penchant pour les méditations -profondes, pour une vie sérieuse et appliquée. Les sciences -et la religion faisaient de nombreuses conquêtes dans la -haute société, les cœurs tendres, les imaginations vives -et les intelligences fortes. La maréchale de Rantzau, encore -pleine d'attraits, étonna par sa résolution à se faire -religieuse; et, malgré les instances de ses parents et de ses -amis, elle prononça ses vœux, et fut à jamais perdue pour -un monde où elle brillait, et qui se montrait si désireux -de la retenir<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor"> [557]</a>. D'autres jeunes personnes riches et belles -prononcèrent des vœux à cette époque; et leurs noms, -moins célèbres, ont cependant été recueillis par le gazetier -Loret. Un grand nombre de femmes dans les rangs les -<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span> -plus élevés de la société se consacraient au soulagement -des pauvres, et l'activité de leur zèle charitable semblait -s'accroître en raison des misères publiques. Leurs largesses -ne se restreignaient pas au peuple de la capitale: la duchesse -d'Orléans vendit cet hiver une partie de son riche -mobilier pour secourir les malheureux cultivateurs de la -Champagne que la guerre avait ruinés<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor"> [558]</a>. Les solitaires de -Port-Royal virent leur nombre s'accroître d'hommes illustrés -dans diverses professions. Ils avaient accueilli -dans leurs rangs des militaires, des avocats, des ingénieurs. -Le duc de Luynes, qui avait été un des chefs les -plus ardents de la Fronde, s'était réuni à eux, et faisait -construire le château de Vaumurier, près de leur champêtre -séjour. Ils l'avaient nommé général de la petite armée -formée par eux avec les paysans de la vallée, pour se -défendre contre les maraudeurs et les troupes du duc de -Lorraine. A l'approche de ces troupes, les religieuses de -Port-Royal s'étaient retirées dans leur maison de Paris; -mais les solitaires étaient restés, déterminés à braver tous -les dangers. Ils employèrent les ouvriers du château de -Vaumurier à fortifier l'enceinte du couvent, à la munir -de tourelles pour pouvoir s'y retrancher au besoin; ils s'adonnèrent -tous aux exercices militaires et au maniement -des armes. Cependant ils faisaient paraître en même temps -des livres élémentaires supérieurs à tous ceux que l'on -possédait, et des livres de controverse remarquables par -la clarté, l'élégance et la rapidité du style. Le succès des -premiers se mesurait sur les besoins qu'on en avait, et -les seconds étaient lus avec empressement par un public -avide de discussions sur les matières religieuses et politiques, -<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span> -qui lui paraissaient propres à embarrasser le pouvoir. -Ainsi ces pieux solitaires semblaient se montrer jaloux -d'étendre leur influence sur tous les âges, mais par -la plus légitime et la moins contestable de toutes les autorités, -celle des talents et des vertus. Les jésuites répandaient -contre eux des écrits où l'on peignait sous de noires -couleurs leurs projets pour l'avenir, et leurs intentions -secrètes. Ils n'y répondaient point, et se contentaient de -les faire flétrir par l'autorité épiscopale, comme des libelles -injurieux et calomnieux. Ils étaient toujours intimement -attachés au cardinal de Retz, auquel ils pardonnèrent -ses mœurs relâchées, en faveur de l'appui qu'il -leur prêtait. Ils avaient fait adopter leur doctrine par presque -tout le clergé de la cathédrale et les curés de Paris<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor"> [559]</a>. -Leurs ouvrages et leurs exemples avaient donné un caractère -plus grave à ces réunions d'hommes de lettres, -de savants et de gens du monde, qui, en l'absence de -Montausier et de sa femme, et dans le deuil où était plongée -toute la famille d'Angennes par la perte de son chef<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor"> [560]</a>, -ne se tenaient plus à l'hôtel de Rambouillet, mais au -petit Luxembourg, chez la duchesse d'Aiguillon, à qui, -comme nièce du cardinal de Richelieu, ce glorieux patronage -des noms célèbres et des hautes capacités convenait -plus qu'à toute autre. Un fils de l'intendant de Rouen se -montrait un des plus assidus à ces réunions; son père -devait à la protection de la duchesse une partie de sa fortune -et l'intendance dont il était pourvu. Ce jeune -homme s'était acquis de la réputation par ses découvertes -<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span> -en physique, et on l'écoutait avec plus d'attention et -de déférence qu'autrefois Voiture à l'hôtel de Rambouillet<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor"> [561]</a>. -Le gazetier Loret, qui assista à une des réunions -qui eurent lieu au petit Luxembourg dans le cours de cette -année, nous dit qu'un grand nombre de ducs, de marquis, -de cordons bleus et de belles dames, prirent un vif -plaisir à entendre ce jeune homme expliquer des inventions -mathématiques et des expériences de physique -toutes nouvelles:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il fit encor sur des fontaines</p> -<p>Des démonstrations si pleines</p> -<p>D'esprit et de subtilité,</p> -<p>Que l'on vit bien, en vérité,</p> -<p>Qu'un très-beau génie il possède;</p> -<p>Et l'on le traita d'Archimède<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor"> [562]</a>.</p> -</div></div> - -<p>L'éloge était magnifique, mais il n'était nullement exagéré, -car ce jeune homme était Pascal.</p> - -<p>L'Esclache, dont les écrits sont moins célèbres, brillait -alors autant que lui dans ces réunions, et peut servir -à prouver combien le goût de l'instruction et des -méditations profondes était en honneur dans les classes -élevées et chez les personnes des deux sexes<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor"> [563]</a>. Loret -dit que,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Dans ce même palais charmant</p> -<p>De la nièce du grand Armand,</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span> -il entendit un soir, en présence d'un cercle brillant de -belles dames et de hauts personnages, M. L'Esclache faire -un discours pour prouver l'immortalité de l'âme.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Mais quoique ce fût doctement,</p> -<p>Ce fut pourtant si nettement,</p> -<p>Et par des raisons si faciles,</p> -<p>Que les esprits les moins dociles</p> -<p>Comprenaient aisément le sens</p> -<p>De ses arguments ravissants<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor"> [564]</a>.</p> -</div></div> - -<p>D'après ces détails sur l'esprit de la société de cette -époque, il est facile de s'apercevoir que le temps de la jeunesse -de madame de Sévigné ne ressemblait nullement à -celui où nous reporte le commencement de sa correspondance -avec sa fille, alors que Louis XIV interdisait à ses -courtisans et aux dames de sa cour tout entretien sur les -matières politiques et religieuses; lorsqu'on ne parlait que -du roi, de ses fêtes, de ses ballets, de ses maîtresses, de sa -gloire, de ses conquêtes, des vers faits à sa louange, des -prodiges et des magnificences de Versailles, du nouveau -spectacle de l'Opéra; des tragédies où Racine réduisait -Melpomène à ne retracer que les enchantements de l'amour; -des comédies où Molière frappait d'un ridicule ineffaçable -toute femme qui affichait quelque prétention à -une supériorité quelconque sur les personnes de son sexe, -et où ce grand comique se complaisait à montrer les -dames de haut parage inférieures à leurs servantes en esprit -et en bon sens. On comprend pourquoi madame de -Sévigné, dans ses entretiens épistolaires avec sa fille, -manie des sujets que de nos jours une femme du monde -n'oserait ou ne pourrait aborder; on devine aussi par quels -<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span> -motifs madame de Grignan fut soumise, dans le plan de -son éducation, à des genres d'études plus fortes encore -que celles de sa mère, et comment madame de La Sablière -et elle s'étaient instruites dans les hautes sciences et -comprenaient la philosophie de Descartes. Cela s'explique -par la différence des âges, par l'époque de la jeunesse et -des premiers développements de l'intelligence. Pour madame -de Sévigné, cette époque appartenait aux réunions -de l'hôtel de Rambouillet; pour madame de Grignan et -madame de La Sablière, c'était celle dont les assemblées -du petit Luxembourg avaient fourni le modèle.</p> - -<p>C'est pendant cette dernière époque que madame de Sévigné, -répandue dans tous les grands cercles de la capitale, -dont elle était un des principaux ornements, se vit -le plus exposée aux séductions de la jeune et brillante -noblesse qui s'empressait autour d'elle; sa société particulière -était aussi nombreuse que remarquable par les personnages -qui la composaient. Elle avait retrouvé à Paris -le grand prieur Hugues de Rabutin, qui n'avait point -quitté le Temple. Mais les événements avaient éloigné -d'elle le comte de Bussy-Rabutin<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor"> [565]</a>. Stationné dans le Nivernais -avec les troupes du roi, Bussy ne pouvait même, -par correspondance, communiquer avec elle. Les partis -ne se faisaient pas scrupule d'arrêter les courriers, de -leur enlever leurs paquets et de violer le secret des lettres<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor"> [566]</a>. -Bussy laissait donc le champ libre à ses rivaux, et -n'avait aucun moyen de prévenir ou de contrecarrer les -progrès qu'ils pourraient faire dans le cœur de sa belle -cousine. De tous ceux qu'il avait à craindre, le plus éminent -par sa naissance et ses dignités était le duc de Rohan. -<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span> -La famille des Sévignés avait l'honneur d'être alliée à -celle des Rohans; et en Bretagne, où madame de Sévigné -faisait de longues résidences, le duc de Rohan tenait un -des premiers rangs. Il avait même voulu disputer la présidence -des états de cette province au duc de Vendôme<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor"> [567]</a>, -et l'opposition qu'avait mise à cette prétention le maréchal -de La Meilleraye fut un des motifs qui le porta à se -jeter dans le parti de Condé. Après la prise d'Angers par -les troupes du roi, Rohan s'était rendu à Paris. Il y revit -madame de Sévigné; et quoiqu'il rencontrât chez elle les -amis et les alliés du coadjuteur, et un grand nombre de -personnages d'un parti contraire au sien, il ne put s'abstenir -de la voir fréquemment. De son côté, elle le traitait -avec les égards dus à son rang, et aussi avec cette bienveillance -que la femme la moins coquette ne refuse jamais -à celui qui se déclare un de ses admirateurs. Cependant, -comme le duc de Rohan était marié, il était impossible -que madame de Sévigné se méprît sur la nature des hommages -qu'il lui adressait. Par cette raison, il ne pouvait -être dangereux pour elle. Il n'en était pas de même du -jeune comte du Lude, qui par sa constance s'était fait -considérer comme son chevalier; mais un gentil-homme -breton, le marquis de Tonquedec, cavalier accompli, par -ses assiduités et ses attentions, balançait auprès d'elle le -comte du Lude. Marigny et Ménage, les anciens amis de -son jeune âge, et tous ceux qui formaient l'escorte du -cardinal de Retz, Montmorency, Brissac, le président de -Bellièvre, Montrésor, le comte de Châteaubriand, Caumartin, -l'honnête et obligeant d'Hacqueville, de Château-Renauld, -de Bussy-Lameth, d'Argenteuil, d'Humières, -<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span> -le marquis de Sablonière<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor"> [568]</a>, l'Écossais Montrose, et les -officiers qu'il avait amenés avec lui après la mort de -Charles I<sup>er</sup>; enfin, Renaud de Sévigné, auquel l'unissaient -des liens de parenté, tels étaient ceux qui composaient, -en hommes, à madame de Sévigné une société -aussi variée que choisie, aussi nombreuse qu'agréable<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor"> [569]</a>.</p> - -<p>Son deuil venait de se terminer au commencement de -cette année 1652, et elle se répandit dans le monde sans -qu'aucun motif de bienséance pût y mettre obstacle.</p> - -<p>Elle était recherchée par toutes les femmes qui aimaient -à tenir chez elles des cercles brillants; mais celles chez lesquelles -on la voyait le plus souvent étaient la duchesse -de Lesdiguières et la princesse Palatine; cette dernière, -quoique du parti de la cour, resta toujours attachée à -Gondi, et le servit avec zèle et loyauté. Les amies les plus -intimes de madame de Sévigné étaient sa tante maternelle, -née Henriette de Coulanges, et sœur de François, -marquis de La Trousse, conseiller au parlement de Rennes, -et de la maison de La Savonnière en Anjou; madame de -Lavardin, qu'elle loue comme une femme d'un bon et -solide esprit<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor"> [570]</a>; madame Renaud de Sévigné, et sa fille -mademoiselle de La Vergne, qui toutes deux habitaient -pendant l'été leur terre près d'Angers, et se trouvaient -liées avec le duc de Rohan, gouverneur d'Anjou, et avec la -duchesse sa femme; avec de Fourilles, gouverneur de la -<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span> -ville d'Angers, avec l'évêque d'Angers, et surtout avec -Lavardin, évêque du Mans, qui, semblable à Costar, son -archidiacre, était plus renommé par la délicatesse et la -joie de ses banquets, que pour la sainteté de sa vie<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor"> [571]</a>. Ainsi, -tous les membres de cette société particulière de madame -de Sévigné se trouvaient unis par des rapports de voisinage, -de parenté, d'affection, communs à tous, et aussi -par cette confiance mutuelle et ce charme constant que fait -éprouver l'habitude de se voir, de se fréquenter et de correspondre -continuellement les uns avec les autres.</p> - -<p>Mademoiselle de La Vergne, qui avait été, par le veuvage -et l'éloignement de madame de Sévigné, privée pendant -quelque temps de sa meilleure amie, contracta une -nouvelle liaison avec une jeune personne, qui par son enjouement, -ses allures vives et dégagées, inspirait la joie -dans toutes les sociétés où elle paraissait. Elle avait pour -son âge un peu trop d'embonpoint; sa taille, un peu courte, -manquait d'élégance; mais ses bras, ses mains et toute -sa personne étaient admirablement modelés; ses cheveux -étaient châtains, ses yeux brillants et vifs, son visage arrondi, -ses traits délicats et mignards, sa bouche petite -et gracieuse. Cette beauté était Catherine-Henriette d'Angennes, -fille du baron de La Loupe, de la même famille -que le marquis de Rambouillet. Elle était demandée par -Louis de La Trémouille, comte d'Olonne; et ce mariage -était même annoncé comme prochain dans la <i>Gazette</i> de -Loret, du 3 mars 1652:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>D'Olonne aspire à l'hyménée</p> -<p>De la belle Loupe l'aînée,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span></div> -<p>Et l'on croit que dans peu de jours</p> -<p>Ils jouiront de leurs amours.</p> -</div></div> - -<p>Le gazetier ne se trompait pas, et c'est sous le nom de -comtesse d'Olonne que l'amie de mademoiselle de La Vergne -s'acquit depuis une si malheureuse célébrité par ses -galanteries avec le marquis de Beuvron, le duc de Candale, -Saint-Évremond, l'abbé de Villarceaux, le comte de -Guiche, et tant d'autres<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor"> [572]</a>. Le cardinal de Retz en était devenu -amoureux. Il avait quitté mademoiselle de Chevreuse, -qui, selon le jugement qu'il en porte, avait plus -de beauté que d'agrément, et était sotte jusqu'au ridicule<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor"> [573]</a>. -Gondi, rompu aux intrigues galantes, devina le -naturel et les penchants secrets de la jeune de La Loupe; -mais il en présuma trop, ou plutôt il présuma trop de -lui-même. Lorsqu'on songe aux périls qui le menaçaient -alors, aux interminables devoirs auxquels il était assujetti -par sa nouvelle dignité, aux événements importants -qu'il cherchait à diriger ou à tourner à son profit, on est -surpris de le voir si fortement préoccupé de cette nouvelle -passion. Le duc de Brissac l'y encourageait; ce jeune -duc était lui-même amoureux de mademoiselle de La Vergne, -dont la maison était limitrophe de celle où demeuraient -les demoiselles de La Loupe; et une communication -avait été pratiquée entre les deux maisons, pour -que les deux amies pussent se voir aussi souvent qu'il -leur plairait. Le duc de Brissac, en se faisant le complaisant -empressé des plaisirs du cardinal, avait acquis sur -<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span> -lui un assez grand ascendant, même pour les affaires sérieuses. -Il se rendait donc tous les soirs avec Gondi chez -mademoiselle de La Vergne, où ils étaient presque toujours -certains d'y trouver mademoiselle de La Loupe. -Là, chacun d'eux pouvait ainsi entretenir à loisir celle -dont il était charmé. Gondi s'était fait faire pour ces -visites nocturnes un habit élégant<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor"> [574]</a>. Sa position comme -son humeur ne lui permettaient pas de longs préliminaires. -Le mariage projeté était aussi pour lui un motif de -se hâter. Ayant affaire à une jeune personne vive et coquette, -sa vanité lui fit croire la chose assez avancée -pour pouvoir brusquer une conclusion; mais il ne pouvait -rien sans un tête-à-tête, et obtenir un rendez-vous -d'une demoiselle presque fiancée, et par conséquent toujours -entourée, paraissait impossible. Il y parvint cependant: -pour connaître par quels moyens, laissons parler -cet homme excessif dans le mal comme dans le bien, -qui étonne par la franchise de ses aveux, et dont Bossuet -a dit avec raison qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le -craindre, ni le haïr à demi<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor"> [575]</a>. Ce récit, d'ailleurs, nous -semble propre à jeter un jour vif sur la situation de Paris -à cette époque, et sur les dangers où se trouvait exposée, -au milieu d'un tel monde, une jeune veuve, riche, indépendante, -et avec le caractère et les attraits de madame -de Sévigné.</p> - -<p>«Un jour que j'étais avec <span class="smcap">Monsieur</span> dans son cabinet -de livres, Bruneau y entra tout effaré, pour m'avertir qu'il -y avait dans la cour une assemblée de deux ou trois cents -<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span> -de ces criailleurs qui disaient que je trahissais <span class="smcap">Monsieur</span>, -et qu'ils me tueraient. <span class="smcap">Monsieur</span> me parut consterné à -cette nouvelle, je le remarquai; et l'exemple du maréchal -de Clermont, assommé entre les bras du dauphin<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor"> [576]</a>, qui -tout au plus ne pouvait pas avoir eu plus de peur que j'en -voyais à <span class="smcap">Monsieur</span>, me revenant dans l'esprit, je pris le -parti que je crus le plus sûr, quoiqu'il parût le plus hasardeux. -Je descendis avec Château-Renauld et d'Hacqueville, -qui étaient seuls avec moi, et j'allai droit à ces -séditieux, en leur demandant qui était leur chef<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor"> [577]</a>. Un -gueux d'entre eux, qui avait une vieille plume jaune à -son chapeau, me répondit insolemment: «C'est moi.» Je -me tournai du côté de la rue de Tournon, en disant: -«Gardes de la porte, que l'on me pende ce coquin à ces -grilles.» Il me fit une profonde révérence; il me dit -qu'il n'avait pas cru manquer au respect qu'il me devait; -qu'il était venu seulement avec ses camarades pour me -dire que le bruit courait que je voulais mener <span class="smcap">Monsieur</span> -à la cour et le raccommoder avec le Mazarin; qu'ils ne -le croyaient pas, qu'ils étaient mes serviteurs, et prêts à -mourir pour mon service, pourvu que je leur promisse -d'être toujours bon frondeur<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor"> [578]</a>.</p> - -<p>«Ils m'offraient de m'accompagner; mais je n'avais pas -besoin de cette escorte pour le voyage que j'avais résolu, -comme vous l'allez voir. Il n'était pas au moins fort long; -car madame de La Vergne, mère de madame de La Fayette, -et qui avait épousé en secondes noces le chevalier de Sévigné, -logeait où loge présentement madame sa fille. Cette -<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span> -madame de La Vergne était honnête femme dans le fond -mais intéressée au dernier point, et plus susceptible de -vanité pour toutes sortes d'intrigues sans exception, que -femme que j'aie jamais connue. Celle dans laquelle je lui -proposais ce jour-là de me rendre de bons offices était de -nature à effaroucher d'abord une prude. J'assaisonnai -mon discours de tant de protestations de bonnes intentions -et d'honnêtetés, qu'il ne fut pas rebuté; mais aussi ne fut-il -reçu que sous les promesses solennelles que je fis, de ne -prétendre jamais qu'elle étendît les services que je lui demandais -au delà de ceux que l'on peut rendre en conscience -pour procurer une bonne, chaste, pure et sainte -amitié. Je m'engageai à tout ce qu'on voulut. On prit -mes paroles pour bonnes, et l'on se sut très-bon gré d'avoir -trouvé une occasion toute propre à rompre dans la -suite le commerce que j'avais avec madame de Pommereul, -que l'on ne croyait pas si innocent.</p> - -<p>«Celui dans lequel je demandai que l'on me servît ne -devait être que tout spirituel et tout angélique, car c'était -celui de mademoiselle de La Loupe, que vous avez vue depuis -sous le nom de madame d'Olonne. Elle m'avait fort -plu quelques jours auparavant, dans une petite assemblée -qui s'était faite dans le cabinet de <span class="smcap">Madame</span>; elle était jolie, -elle était belle, précieuse par son air et par sa modestie. -Elle logeait tout proche de madame de La Vergne, elle -était amie intime de mademoiselle sa fille; elle avait même -percé une porte par laquelle elles se voyaient sans sortir -du logis. L'attachement que M. le chevalier de Sévigné -avait pour moi, l'habitude que j'avais dans sa maison, et -ce que je savais de l'adresse de sa femme, contribuèrent -beaucoup à mes espérances. Elles se trouvèrent vaines -par l'événement; car, bien qu'on ne m'arrachât pas les -<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span> -yeux, bien que je m'aperçusse à certains airs que l'on -n'était pas fâchée de voir la pourpre soumise, tout armée -et tout éclatante qu'elle était, on se tint toujours sur un -pied de sévérité, ou plutôt de modestie, qui me lia la langue, -quoiqu'elle fût assez libertine: ce qui doit étonner -ceux qui n'ont point connu mademoiselle de La Loupe et -qui n'ont ouï parler que de madame d'Olonne. Cette historiette -n'est pas trop, comme vous voyez, à l'honneur -de ma galanterie<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor"> [579]</a>.»</p> - -<p>Le mariage de mademoiselle de La Loupe avec le comte -d'Olonne eut lieu quelques semaines après l'entrevue dont -le cardinal de Retz nous a transmis le récit; et peu de -mois après la comtesse d'Olonne s'était déjà séparée de -son mari. Lorsque mademoiselle de Montpensier alla à -cheval, avec son père le duc d'Orléans et le prince de -Condé, au-devant du duc de Lorraine, campé près de Villeneuve-Saint-Georges, -madame d'Olonne, sa sœur mademoiselle -de La Loupe la jeune, la duchesse de Sully, et les -comtesses de Fiesque et de Frontenac, faisaient partie de -l'escadron des dames qui composaient le cortége de cette -princesse. «On s'étonna, dit <span class="smcap">Mademoiselle</span>, de la voir là, -son mari étant auprès du roi, cornette de ses chevau-légers.» -Il est probable que la liaison de la comtesse d'Olonne -avec le marquis de Beuvron, la seule de toutes celles -qu'elle forma qui fut quelque temps tenue secrète, était -déjà commencée; peut-être même avait-elle précédé le -mariage, et ce premier attachement a pu être l'obstacle -inconnu qui fit échouer les projets de séduction du cardinal<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor"> [580]</a>. -Une autre cause, plus probable, se trouve aussi dans -<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span> -la répugnance que, malgré sa pourpre, son haut rang, devait -causer à une jeune beauté, plus frappée des agréments -du corps que de ceux de l'esprit, un homme tel que -Gondi. Si le portrait que nous trace Tallemant des Réaux, -de ce héros de la Fronde, est fidèle, c'était «un petit -homme noir, à vue très-basse, mal fait, laid, et maladroit -de ses mains à toutes choses<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor"> [581]</a>.» Madame de Pommereul, -dont il parle dans cette partie de ses Mémoires, -et avec laquelle il avait vécu, était la femme d'un président -au grand conseil, qui, mariée contre son gré, et en -discorde avec son mari, s'était séparée de lui<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor"> [582]</a>: madame -de Sévigné fut liée avec son fils et son petit-fils, qui occupèrent -des charges importantes<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor"> [583]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXV.<br /> -<span class="medium">1652.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Haine contre Mazarin.—Menaces du parlement contre le gazetier -Loret.—Libelles et chansons contre la reine et son ministre.—Sermon -du père Le Boux en faveur de la cause royale.—Prédications -furibondes du père George contre la cour.—La cause royale gagne -des partisans.—Beaufort battu à Gergeau.—Mazarin plein de -confiance en lui-même.—L'armée royale est subitement attaquée -par Condé.—Comment ce prince parvient à rejoindre son armée.—Habileté -de Gourville et de Chavagnac.—Condé manque d'être -pris par Bussy-Rabutin.—Combat de Bléneau.—Conséquences -de ce combat si Condé eût battu l'armée royale.—Condé entre -dans Paris.—Ses fautes.—Suites et résultats de la victoire de -Turenne.—Événements et intrigues qui les produisent.—L'histoire -ne mesure pas le temps d'après la durée astronomique.</p> -</div> - -<p>Quelque nombreux, quelque divisés que fussent les -partis qui s'agitaient dans Paris, ils se réunissaient tous -pour s'opposer à Mazarin et résister au roi, ou plutôt à -la reine sa mère. Ceux qui étaient partisans du premier -ministre, comme ceux qui, tout en le détestant, voyaient -trop de dangers à ne pas respecter en lui une autorité exercée -au nom du roi, étaient en petit nombre; et leur voix -était tellement comprimée, que Loret fut menacé, par les -membres du parlement, d'un décret de prise de corps, -parce que dans sa <i>misérable Gazette</i> (comme lui-même -la nomme avec juste raison), il avait exprimé avec trop -de franchise son opinion en faveur de la cause royale. Il -<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span> -se vit obligé de renoncer à la liberté de ses rimes, et de -ne plus raisonner</p> - -<p class="quote"> -Sur l'état présent des affaires,<br /> -Pour n'irriter tels adversaires<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor"> [584]</a>.</p> - -<p>Ce qui lui parut dur; car en terminant une de ses lettres -il s'écrie:</p> - -<p class="quote"> -Ah! que c'est une étrange chose<br /> -Quand on veut jaser, et qu'on n'ose<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor"> [585]</a>!</p> - -<p>Cependant les libelles les plus odieux et les chansons les -plus ordurières contre la reine et contre Mazarin s'imprimaient -librement, et circulaient parmi le peuple, sans que -le parlement songeât à réprimer tant d'audace. De tout -temps ceux qui se sont armés contre le pouvoir, sous -le prétexte de se soustraire à l'oppression, commencent -par opprimer leurs adversaires, parlent sans cesse de justice, -de liberté et d'humanité, et se montrent iniques et -cruels.</p> - -<p>La chaire évangélique avait pourtant maintenu son indépendance, -et le parlement n'osait y porter atteinte. On -s'empressait de se rendre aux sermons du père Le Boux, de -l'Oratoire, et à ceux du père George, capucin, qui tous -deux, mêlant la politique aux saintes leçons de la religion, -prêchaient, le premier en faveur de la cause royale, le second -pour la Fronde et le parlement. Le père Le Boux fut -plusieurs fois insulté par la populace au sortir de l'église; -mais il n'en continua pas moins à exhorter tous les partis -à se réunir dans une commune obéissance aux ordres du -<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span> -roi<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor"> [586]</a>. Gaston assista à l'un de ses sermons, le 10 mars de -cette année 1652, durant le carême; il y vint avec toute -sa famille; et l'intrépide prédicateur, saisissant l'occasion -qui s'offrait à lui, s'adressa à ce fils de France, et l'exhorta, -avec tout la chaleur d'une éloquence vive et passionnée, à -tarir la source des pleurs que la France versait et à faire -cesser tous les maux qui pesaient sur elle. Il lui promit -pour récompense les bénédictions du ciel et celles de tout -le royaume, qui avait le droit de tout espérer de sa bonté -et de sa puissante intervention. De son côté, le père -George ne se montrait pas moins actif, dans ses furibondes -prédications, à peindre la reine et son ministre comme altérés -de sang et de vengeance, et ne songeant qu'à la destruction -de Paris et à l'extermination de ses habitants.</p> - -<p>Quoique le parti des royalistes fût en apparence le plus -faible, il gagnait tous les jours de nouveaux partisans dans -le peuple. Il cachait sa force, afin d'entretenir la division -parmi les autres; et la violence de ceux-ci augmentait à -proportion de leur affaiblissement progressif<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor"> [587]</a>. D'ailleurs, -on savait que Condé, en Guienne, tout en faisant des prodiges -de tactique militaire, avait toujours échoué contre le -comte d'Harcourt; qu'Angers était pris, et que Beaufort -venait d'être battu à Gergeau. Cet échec, joint à la division -qui régnait entre Nemours et Beaufort, avait mis le -désordre et jeté le découragement parmi leurs soldats. On -ne doutait pas que l'armée royale, commandée par deux -généraux aussi habiles que Turenne et le maréchal d'Hocquincourt, -ne parvînt à triompher facilement de troupes -<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span> -désorganisées, et conduites par des chefs sans expérience, -sans talents militaires. On prévoyait le moment, peu éloigné, -où cette armée victorieuse s'approcherait de Paris, -de Paris sans défense et renfermant un si grand nombre -de partisans avoués ou secrets de la cause royale<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor"> [588]</a>. Mazarin -surtout n'en doutait pas; et, peu inquiet sur les résultats -des arrêts qui mettaient sa tête à prix, il se félicitait -d'avoir assuré son triomphe par son retour et de ne s'être -pas laissé imposer par la haute renommée militaire de -Condé et par l'éclat de ses victoires.</p> - -<p>Tandis que non-seulement le ministre, mais toute la -cour, mais toute l'armée étaient dans ces sentiments, que la -division commandée par le maréchal d'Hocquincourt se reposait, -tranquille comme on l'est après une victoire, tout à -coup, au milieu de la nuit, le 7 avril, cette division est subitement -attaquée par l'armée de Nemours et de Beaufort, -avec une impétuosité et un ensemble de manœuvres dont on -ne croyait pas ses chefs capables. Cinq quartiers sont successivement -enlevés et dispersés, le reste est mis en déroute; -les fuyards vont apprendre ce désastre à Briare, où campait -Turenne, et à Gien, où était la cour<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor"> [589]</a>. Celle-ci se crut -perdue, et sur le point d'être enveloppée et prisonnière. Si -le roi eût été pris et entre les mains des rebelles, ceux-ci -auraient eu le pouvoir, et tout était terminé<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor"> [590]</a>. Soudain Turenne, -qui croit à peine les récits qui lui sont faits, monte -à cheval, accompagné de son état-major, et il se poste en -avant sur une éminence qui dominait la plaine. De là, à la -<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span> -lueur des villages enflammés, il examine attentivement la -manière dont sont rangés les corps de troupes de l'ennemi; -puis, après quelques minutes de réflexion, il dit: -«Monsieur le Prince est là; c'est lui qui commande son -armée.»</p> - -<p>Cela était invraisemblable, mais cela était vrai. Condé, -instruit par Chavigny des divisions qui régnaient entre -Beaufort et Nemours, et de l'insubordination des officiers -et des soldats qu'il avait placés sous leurs ordres, avait -marché nuit et jour, et traversé plus de cent vingt lieues -de pays, déguisé en palefrenier, décidé à se faire tuer plutôt -que de se laisser prendre. Il était accompagné du duc de -La Rochefoucauld, du jeune prince de Marsillac, du comte -de Guitaut, du marquis de Lévis. Celui-ci, muni d'un passeport -du comte d'Harcourt, était le seul chef apparent; les -autres semblaient composer sa suite; mais tous se laissaient -guider et conduire par deux hommes aussi intelligents -qu'intrépides: c'étaient le comte de Chavagnac et -Gourville. Sans leur présence d'esprit, sans leur extraordinaire -activité, sans leur connaissance des lieux et des -hommes, Condé eût été dix fois reconnu et fait prisonnier -avec ceux qui l'escortaient, tant il savait peu se contraindre, -tant il se pliait peu et gauchement à ce qu'exigeait le -rôle prescrit par le déguisement qu'il avait emprunté<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor"> [591]</a>. -Oubliant qu'il était transfuge et proscrit, il fut même sur -le point d'éclater contre un gentil-homme royaliste de la -connaissance de Chavagnac, qui, ignorant les noms et les -qualités des hôtes que celui-ci lui avait amenés, se mit à -déclamer pendant le souper contre les princes, et parla -<span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span> -fort librement et en termes très-injurieux des galanteries -de la duchesse de Longueville<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor"> [592]</a>. La faiblesse du prince de -Marsillac, jeune adolescent, qui ne pouvait supporter les -fatigues d'une marche si précipitée; les premières attaques -de goutte que ressentit alors le duc de La Rochefoucauld, -son père, devinrent pour Gourville une source d'embarras -et d'inquiétude. Tous ses efforts et ceux de Chavagnac -n'auraient pu empêcher Condé d'être pris lors de son -passage de la Loire au bec de l'Allier, si Bussy-Rabutin, -qui commandait à la Charité-sur-Loire, eût été à son -poste, et si le prince ne s'était pas éloigné promptement -de cette place. Mais cette fuite précipitée le fit reconnaître; -et la reine, à qui on avait entendu dire, «Il périra, ou je -périrai<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor"> [593]</a>» envoya des cavaliers à sa poursuite. Il échappa -à leurs recherches, et parvint enfin, après divers accidents -romanesques, à rejoindre son armée près de Lorris, -au sortir de la forêt d'Orléans<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor"> [594]</a>.</p> - -<p>C'était sa présence qui avait inspiré à ses soldats, découragés -et battus, cette ardeur et cette impétuosité dont le -corps d'armée d'Hocquincourt avait été victime. Condé se -préparait à en disperser les restes, lorsque Turenne parut. -Ce grand capitaine, en voyant les dispositions prises pour -un nouveau combat, comprit qu'elles ne pouvaient être -l'œuvre de Nemours et de Beaufort; il devina aussitôt -quel redoutable ennemi il avait à combattre, et se hâta -de prendre ses mesures en conséquence. Avec quatre -<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span> -mille hommes, il arrêta le vainqueur de Rocroi, qui en -commandait plus de douze mille, mit un terme à ses succès, -et sauva le roi de France. Rien ne manque à la célébrité -de ce combat de Bléneau, puisqu'il a été décrit et -commenté, avec une clarté et une précision qu'on ne saurait -surpasser, par le plus grand guerrier de notre âge<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor"> [595]</a>.</p> - -<p>Si Condé, après avoir forcé la cour et l'armée royale à -se retirer devant lui, était resté à la tête de ses troupes, -nul doute qu'il n'eût pu tenir la campagne avec avantage -et augmenté le nombre de ses partisans. La Guienne, dont -il possédait la capitale, lui était dévouée; la Provence, -commandée par le duc d'Angoulême, tenait pour lui; le -Languedoc, dont <span class="smcap">Monsieur</span> était gouverneur, ne lui eût -point été contraire; le duc d'Harcourt, si mécontent du -cardinal, se serait déclaré en sa faveur; et peut-être alors -aurait-il été assez puissant pour pouvoir exécuter le coupable -projet, qu'on lui a prêté à tort, de détrôner le roi et de -changer la dynastie<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor"> [596]</a>: mais du moins s'il avait voulu négocier, -il eût été certain de faire sa paix à des conditions glorieuses -pour lui et utiles pour les siens<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor"> [597]</a>. Loin de là, Condé, -après le combat de Bléneau, quitta subitement son armée; -il en laissa le commandement à des chefs subalternes, et -se rendit à Paris avec Beaufort, Nemours et La Rochefoucauld<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor"> [598]</a>. -Le grand capitaine se métamorphosa en négociateur -<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span> -maladroit, et le prince du sang en imprudent factieux. -Cette faute énorme engendra rapidement toute la série des -conséquences qui suivirent, et dont les derniers termes -furent la rentrée du roi et de la cour dans Paris, l'anéantissement -de toutes les garanties contre les abus du pouvoir, -obtenues en 1648 par la convention faite avec le parlement; -le rappel de Mazarin, et le triomphe complet de -l'autorité absolue du roi; puis enfin le douloureux spectacle -pour la France de voir Condé à la solde de l'étranger, -et général de l'armée d'Espagne, combattant avec les -Espagnols contre sa patrie. Mais avant d'arriver à ce résultat -que d'événements, d'intrigues, de désastres, ont -eu lieu dans cette seule année!</p> - -<p>L'histoire ne mesure pas le temps d'après sa durée astronomique; -souvent les faits se pressent avec tant de rapidité -et déroulent un si long avenir, que peu de jours -leur suffisent pour former un grand nombre des anneaux -de la chaîne historique. De même que les flots d'un fleuve, -avant de se perdre dans la mer, parcourent des intervalles -semblables avec des vitesses différentes, lorsqu'ils se précipitent -en cascades du haut des rochers, roulent en torrent -sur une pente inclinée, ou coulent lentement sur un -lit horizontal, ainsi les moments de la vie humaine et les -années des peuples, avant de s'anéantir dans l'océan des -âges, tantôt se traînent avec lenteur, ou marchent avec -régularité, tantôt volent avec légèreté et sans bruit, ou -fendent l'espace avec le fracas et la rapidité de la foudre.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXVI.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -C'est dans cette année que se pose le principe fondamental de la monarchie -de Louis XIV.—Madame de Sévigné a vécu avec les principaux -personnages de la Fronde.—Nécessité de les faire connaître.—Comment -Mazarin et Turenne ont contribué, par la réunion de -leurs talents, au triomphe de la cause royale.—Mazarin nommé -surintendant de l'éducation du jeune roi.—Il se concilie son affection.—Habileté -de sa politique.—Circonstances où Louis révèle -l'énergie de son caractère.—L'éducation qui lui était donnée et -les événements de sa jeunesse étaient propres à développer ses -facultés pour le gouvernement.—Calme et courage de Mazarin au -milieu des dangers.—Son adresse dans les négociations.—La dévastation -des campagnes et les progrès de l'anarchie aliènent les -bourgeois de la cause des princes.—Mazarin négocie avec eux et -avec le parlement.—Ordonnance royale qui transporte le parlement -de Paris à Pontoise.—Plaisanterie de Benserade.—Mazarin -fait demander son éloignement par le parlement.—Il se retire à -Bouillon.—Le roi est redemandé par le parlement et le peuple de -Paris.—Le roi se conforme à toutes les instructions que lui avait -laissées Mazarin.—Tout le monde cherche à traiter avec ce ministre.—Bussy-Rabutin -va à Bouillon pour le voir.—Mazarin revient -lorsque tous les actes de rigueur ont été accomplis.—Mazarin -s'empare de toute l'autorité, et termine la Fronde.—Mazarin -comparé à Richelieu et à Retz.</p> -</div> - -<p>Dans cette année 1652 le principe générateur de la -monarchie de Louis XIV fut posé, et la fortune d'un grand -nombre des personnages qui firent la gloire de son règne, -la carrière qu'ils parcoururent, et les destinées de leur -vie entière, se trouvèrent déterminées par la part qu'ils -avaient prise dans les événements de cette époque. Madame -<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span> -de Sévigné a vécu avec la plupart de ces personnages; -elle en parle continuellement dans ses lettres; elle -se trouvait elle-même à Paris au milieu d'eux, lors de ces -grandes secousses. Il est donc impossible de réussir dans -le dessein que nous avons formé d'éclairer l'histoire de -son siècle par ses écrits, et de mieux faire comprendre ses -écrits par la peinture de son siècle, sans faire connaître -en même temps chacun de ces personnages, le rôle qu'il -a joué, les passions qui le faisaient mouvoir, les intrigues -dont il était l'auteur, l'instrument ou la victime; et ce que -devenait enfin la société au milieu de laquelle s'est passée -l'année la plus agitée de la jeunesse de madame de Sévigné.</p> - -<p>Mazarin et Turenne attirent d'abord notre attention, -comme les premiers acteurs de ce grand drame politique. -Jamais, dans des positions aussi difficiles et aussi compliquées, -deux hommes, l'un dans le cabinet, l'autre sur les -champs de bataille, n'ont déployé autant d'habileté. A -cette époque décisive ils ne firent pas une faute, et profitèrent -toujours des fautes de leurs antagonistes. Unissant -tous deux la prudence et l'audace, ils surent s'avancer et -se retirer à propos. Ne négligeant rien, prévoyant tout, -ils assortirent et modifièrent promptement leurs plans et -leurs résolutions, selon les circonstances qu'ils ne pouvaient -changer, ou selon celles qu'ils avaient fait naître. -Leurs génies si divers, leurs caractères si opposés se prêtèrent -un mutuel appui, et contribuèrent à assurer leurs -succès respectifs, par des moyens différents. Tel fut le -nombre des obstacles qu'ils avaient à surmonter, que -chacun d'eux eût manqué son but et éprouvé une défaite, -sans le secours de l'autre. Si Mazarin n'avait pas, par une -ruse adroite, fait connaître à Fuensaldagne le danger que -<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span> -courait l'Espagne en rendant Condé trop puissant, et en -forçant le roi de France, n'importe à quelle condition, à -se réunir à lui pour repousser l'ennemi commun, l'armée -de Fuensaldagne se serait réunie à celle de Condé, et -Turenne, accablé, n'aurait pu continuer la lutte<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor"> [599]</a>. Si -Turenne n'avait pas deviné, par les marches du duc de -Lorraine, qu'il manquait de sincérité dans ses négociations -avec Mazarin, l'armée des princes se serait encore -trouvée doublée. L'habile capitaine, agissant avec ce faux -allié comme envers un ennemi, se posta devant lui au -moment où il s'y attendait le moins; et, le forçant ainsi à -combattre, ou à exécuter son traité, il lui fit effectuer sa -retraite.</p> - -<p>Turenne se conciliait l'attachement des soldats, et se faisait -des amis de tous les officiers de son armée; tandis que -Condé révoltait souvent ceux de la sienne par sa hauteur -et sa dureté insultante. Mazarin acquérait sans cesse des -partisans<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor"> [600]</a> par sa modération et sa souplesse, par la juste -opinion que l'on avait de son habileté et de sa longue pratique -des affaires, par les grâces qu'il accordait, par les -promesses qu'il prodiguait, par l'entière confiance que la -reine avait en lui, par l'affection du jeune roi, qu'il avait -su capter. Il s'était fait nommer surintendant de son -éducation; et, bien loin de le tenir éloigné des affaires -comme on l'a prétendu, il le contraignait à s'y appliquer. -Il l'initia à toutes les négociations qui eurent lieu pendant -les troubles; il lui donna communication des lettres qu'il -recevait de tous les partis, des propositions qui lui étaient -faites; et il lui démontra que l'intérêt et l'ambition s'étaient -masqués du prétexte du bien public pour chercher -<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span> -à le renverser, et qu'il lui eût été facile de rester ministre, -s'il avait voulu permettre à Condé, au duc d'Orléans, au -cardinal de Retz, aux meneurs du parlement, de s'emparer -chacun d'une portion de l'autorité royale. C'était -pour elle qu'il se sacrifiait, qu'il s'adonnait à une vie si -laborieuse; c'était pour elle qu'il avait supporté l'exil, et -qu'il exposait sa vie, en bravant, par sa rentrée en France, -les arrêts de proscription.</p> - -<p>Veut-on savoir quels furent sur le jeune roi les effets -des instructions de Mazarin, qu'on se rappelle deux -faits.</p> - -<p>Quand le président de Nesmond fut à Compiègne admis, -avec une députation du parlement, en présence du -trône, pour y lire les remontrances de sa compagnie et -demander l'éloignement de Mazarin, Louis XIV, rougissant -de colère, interrompit l'orateur au milieu de sa harangue, -arracha au président le papier qu'il tenait à la -main, puis dit qu'il en délibérerait avec son conseil. Nesmond -voulut en vain réclamer, remontrer à cet enfant -couronné qu'il agissait contre tous les usages; Louis persista, -et la députation fut forcée de se retirer.</p> - -<p>Mazarin était absent, lorsqu'il fut décidé que la cour -ferait le 21 octobre son entrée solennelle dans Paris, où -le feu de la sédition avait tout embrasé et était à peine -éteint. La reine et les ministres, et le maréchal Duplessis, -qui commandait les troupes, décidèrent que le jeune roi -se placerait près du carrosse de sa mère, qu'il serait entouré -par le régiment des gardes suisses et le reste de -l'armée. Il fut impossible d'amener Louis à consentir à -cet arrangement<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor"> [601]</a>. Il fallut le laisser agir à sa volonté; et -<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span> -il fit son entrée à cheval, à la tête du régiment des gardes -françaises, seul en avant de son cortége. A la lueur de -plusieurs milliers de flambeaux, il chemina lentement à -travers les flots d'un peuple immense, qui admirait la -beauté de son coursier, sa jeunesse, ses grâces, sa noble -sécurité, et qui témoignait, par ses bruyantes acclamations, -une joie qui allait jusqu'au délire<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor"> [602]</a>. Louis le Grand -ne se retrouve-t-il pas tout entier dans ces deux actes d'un -souverain de quatorze ans?</p> - -<p>Sans doute il faut faire ici la part du naturel et du caractère, -qui dans chaque individu est le résultat de l'ensemble -de son organisation, et ne dépend pas de l'éducation. -Mais l'éducation que Louis reçut par les soins de -Mazarin était éminemment propre à développer ces heureux -germes. Faite au milieu des camps et des guerres -civiles, elle était la meilleure qu'on pût donner à un monarque. -Toujours l'exemple se trouvait avec le précepte, -la théorie près de la pratique, l'expérience à côté du principe<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor"> [603]</a>. -Quelle belle leçon donnait à son roi un ministre -que la proscription ne pouvait distraire des soins du gouvernement! -qui négociait tranquillement avec ceux-là -même qui avaient fait vendre ses meubles et ses livres, -pour payer l'assassin qui le tuerait<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor"> [604]</a>! La première clause -de ces négociations était toujours qu'il serait banni du -royaume: contre cette clause Mazarin ne faisait aucune -objection. Il semblait ne se compter pour rien; mais il -discutait les autres, et prouvait aux négociateurs qu'elles -étaient attentatoires à l'autorité royale; il leur démontrait -<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span> -que les parlements, qui voulaient le bien du royaume, le -livraient par leur résistance à l'étranger; il leur faisait -voir qu'étant sans force pour exécuter leurs arrêts, lors -même qu'on accéderait à tout ce qu'ils demandaient, ils -n'en seraient pas plus avancés, attendu que cela ne désarmerait -pas les princes, qui avaient d'autres prétentions. -Alors il leur faisait confidence des offres secrètes de ceux-ci, -et des dispositions où ils étaient de le laisser gouverner, -pourvu qu'il consentît à des concessions qui toutes -étaient dans les intérêts particuliers de la noblesse militaire, -et bien plus encore au détriment des parlements et -de la bourgeoisie que de l'autorité royale.</p> - -<p>Chaque parti, à l'insu des autres, cherchait à traiter -avec Mazarin, dans l'espérance de tirer avantage des embarras -de sa situation. Il avait donc les secrets de tous, et -personne n'avait les siens; personne ne pouvait deviner -ses intentions et ses projets. Comme tous les partis se -trompaient mutuellement, et que même en se confédérant -contre lui ils restaient toujours désunis, il lui devint facile -de les diviser, de les affaiblir les uns par les autres, de -connaître tous les ressorts qui les faisaient agir, de mesurer -le degré de leur force et de leur faiblesse respectives, -ignoré d'eux-mêmes. Cette exacte appréciation des leviers -qu'on peut faire mouvoir, des obstacles qui sont à -vaincre, est à la fois la tâche la plus difficile et la plus essentielle -de l'homme d'État. Elle seule peut indiquer quand -il faut battre en retraite ou s'avancer avec hardiesse, -laisser agir le temps ou précipiter les événements, donner -de la sécurité ou inspirer de la crainte. Les gouvernements -les plus faibles peuvent se raffermir, si ceux qui les dirigent -possèdent cette habileté; les mieux établis peuvent -être précipités dans l'abîme, si elle leur manque. Les -<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span> -moyens puissants que ceux-ci ont à leur disposition leur -deviennent inutiles au moment du danger, parce que ces -dangers ils n'ont pas su les prévoir, et qu'ils ignorent -comment on peut en triompher. La pusillanimité succède -toujours à une folle confiance. Le bon guerrier n'est -pas celui qui sait le mieux braver les périls, mais celui -qui sait le mieux les apercevoir et les prévenir, et qui ne -désespère pas de la victoire, quelque forte que soit la -résistance.</p> - -<p>L'impassibilité de Mazarin au milieu des partis, qui -tous l'assiégeaient et le battaient en brèche, était admirable, -sa tactique merveilleuse. Il négociait avec tous -leurs chefs, et ne paraissait choqué ni surpris d'aucune de -leurs propositions, quelque extravagantes qu'elles pussent -être. Bien mieux, il accédait sur-le-champ à celles -qui pouvaient satisfaire le plus leurs intérêts, sans rompre -entièrement le ressort de l'autorité royale; mais ces concessions -étalent toujours mesurées sur le degré d'influence -et de puissance que pouvaient exercer ceux auxquels il -les faisait, et sur la force que leur alliance donnait au -gouvernement. Cette facilité de Mazarin trompait les négociateurs, -qui se présumaient beaucoup plus redoutables -qu'ils ne l'étaient réellement. On voulait tout obtenir, ou -du moins on exigeait au delà de ce que l'on considérait -comme déjà concédé. Le temps s'écoulait; et l'autorité -royale grandissait, gagnait du terrain parmi les masses; -les partis s'amoindrissaient, et les négociations même qui -avaient lieu, dont le secret perçait, ou qui était divulgué à -dessein par Mazarin, contribuaient encore à leur discrédit. -On s'en apercevait, et l'on se décidait à accepter les conditions -déjà consenties. Mais alors Mazarin reculait à son -tour, et changeait les conditions selon l'état des choses et -<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span> -la situation de chacun à chaque conférence<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor"> [605]</a>. C'est ainsi -que tous les arrangements et tous les compromis avec les -chefs de parti furent différés, jusqu'au moment où l'autorité -royale, rompant ouvertement les faibles entraves -par lesquelles on prétendait la retenir, put agir en liberté, -et se manifester dans toute sa puissance. Ce ne fut -pas, comme on l'a dit, par dissimulation, par finesse -seulement, que Mazarin parvint au but qu'il s'était proposé; -ce fut par le jeu d'une politique habile, qui résultait -naturellement de la parfaite connaissance qu'il avait -su se procurer des positions particulières de chacun des -personnages puissants auxquels il avait affaire, et de -tous les motifs qui pouvaient exercer de l'influence sur -l'opinion et les intérêts des masses.</p> - -<p>L'embarras et les obstacles que présentaient les partis -n'étaient pas les seuls dont Mazarin eût à triompher. Il en -avait d'autres (en quelque sorte domestiques et privés) -dans le sein de la cour, dans l'intérieur même du conseil; -et ceux-là il fallait les anéantir, ou renoncer à tout espoir -de succès. Continuellement il avait à lutter contre -des courtisans puissants qui le haïssaient; il avait à empêcher -que les ressentiments et la colère dont la reine -était animée n'influassent sur les mesures du gouvernement<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor"> [606]</a>; -qu'elles ne fussent entachées d'obstination, dictées -par des motifs de haine ou d'amour, de faveur ou de -vengeance, de vanité ou d'orgueil: toutes choses qui -<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span> -dans les affaires publiques ne conduisent jamais qu'à de -funestes résultats.</p> - -<p>Mais c'est surtout dans les derniers moments du dénoûment -de ce grand drame que la conduite de Mazarin -nous paraît mériter d'être étudiée.</p> - -<p>La dévastation des campagnes, la haine que les princes -s'étaient attirée par leur violence, le progrès de l'anarchie, -avaient rendu le retour du roi et de la cour un besoin -pour la bourgeoisie, pour l'élite de la population de -Paris, et pour le parlement lui-même. Mazarin sut deviner -alors, malgré les démonstrations extérieures, malgré la -dispersion de ceux du <i>Papier</i> par ceux de la <i>Paille</i><a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor"> [607]</a>, que -la victoire était certaine; mais il comprit qu'il la rendrait -plus complète en la différant. C'est alors qu'il lia des correspondances -secrètes plus intimes et plus actives avec les -partisans du roi dans Paris. Quelques-uns étaient ses affidés, -et parmi eux se trouvaient des personnages importants, -tels que le duc de Bournonville, qui était resté caché dans -Paris, au péril de sa vie<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor"> [608]</a>. D'autres, tels que Fouquet, -procureur général du parlement, déclamaient contre lui -de concert avec lui, afin d'être écoutés sans défiance lorsqu'ils -démontraient la nécessité d'ouvrir au roi les portes -de sa capitale<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor"> [609]</a>. Plusieurs étaient des bourgeois obscurs, -mais zélés, ayant d'autant plus d'influence sur le peuple, -<span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span> -qu'ils voulaient le bien public sans aucun motif d'ambition. -De ceux-là il s'en trouve de tels dans tous les temps, -et ils ne sont pas les moins utiles, quand le pouvoir sait -les mettre en œuvre. Mazarin excita par des offres avantageuses -des membres du parlement à venir le trouver; et -plusieurs d'entre ceux qu'il n'avait pu émouvoir par des -motifs vertueux, ou une noble ambition, furent corrompus -à prix d'argent<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor"> [610]</a>. Il fit rendre une ordonnance royale qui -transférait le parlement de Paris à Pontoise. Le nombre -de ceux qui obéirent à cette ordonnance fut d'abord si -petit, que Benserade dit un jour plaisamment qu'il venait -de rencontrer le parlement dans un carrosse coupé<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor"> [611]</a>. Mais -dans ce petit nombre se trouvaient le garde des sceaux -Molé, le chancelier Séguier, et la quantité de juges rigoureusement -suffisante pour rendre des arrêts. Ce fut par -ces arrêts, qui anéantissaient l'effet de ceux de Paris, que -ce parlement de Pontoise rendit alors d'éminents services -à la cause royale. Mazarin était assez puissant pour rentrer -dans Paris avec la cour, s'il l'avait voulu; mais ce fut -alors que, pour réduire l'opposition à un état de faiblesse -qui ne pût lui laisser aucun espoir, il employa la plus habile -des manœuvres. Le roi fut supplié par le parlement -de Pontoise de vouloir bien éloigner son ministre, et de -le faire sortir du royaume. Mazarin sembla obéir, se sacrifier -pour le roi et la monarchie, et se retira à Bouillon<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor"> [612]</a>. -Dès lors il ne resta pas même un prétexte aux princes, -aux frondeurs, aux parlements, de s'armer contre l'autorité<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor"> [613]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span> -Toutes les craintes, toutes les préventions s'évanouirent; -le retour du roi fut imploré à grands cris, -comme une faveur, par tous les corps de l'État et par -toute la population, depuis si longtemps victime des maux -de la guerre civile. On ne s'offrit point seulement au pouvoir, -on se précipita au devant de lui<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor"> [614]</a>. Dès qu'on sut les -négociations commencées, on les crut terminées; tous -les ambitieux, redoutant d'être devancés, se pressèrent -de faire leur paix: tous craignaient d'être les derniers -à déposer l'étendard de la rébellion<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor"> [615]</a>.</p> - -<p>Cette grande concession faite aux parlements du royaume, -aux sentiments ou aux préventions du peuple, fut -d'autant plus puissante dans ses effets qu'elle eut lieu au -moment où elle ne paraissait plus nécessaire, et où on s'y -attendait le moins. Elle fut considérée comme une faveur, -comme un acte libre et volontaire du monarque; et elle -lui acquit aussitôt une grande popularité. Mais si cette -mesure était décisive pour le rétablissement de l'autorité -royale, elle n'était pas sans dangers pour les intérêts personnels -de Mazarin. Il avait déjà éprouvé que son ascendant -sur l'esprit de la reine et l'intérêt qu'il lui inspirait -pouvaient céder à la crainte. La déclaration royale qui -avait ordonné son premier bannissement avait été faite -sans aucun ménagement, et avait rejeté sur lui tout l'odieux -des infractions de celle de 1648. Il en avait été -profondément blessé. L'ordre qu'il avait reçu peu après -<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span> -de se rendre à Rome, pour y ménager les intérêts du -royaume, acheva de lui démontrer qu'on voulait l'écarter -des affaires. Il n'obéit point à cet ordre; et les deux lettres -qu'il écrivit pour s'en excuser, et qui furent adressées -au secrétaire d'État de Brienne, pour être communiquées -à la reine et à son conseil, sont d'une habileté consommée. -Il demande à être mis en prison, à être jugé, ou plutôt -il veut se soumettre à tout ce que la reine ordonnera de -lui; elle peut lui infliger telle peine qu'il lui plaira, disposer -de tout ce qui lui appartient, sans que son dévouement, -son respect, sa reconnaissance pour elle puissent -en être altérés. A cette dénomination d'étranger, dont on -lui fait un reproche, il oppose vingt-trois années de sa vie -passées au service de la France, agrandie par ses négociations; -et il demande noblement si beaucoup de Français -peuvent se vanter d'en avoir fait autant pour elle<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor"> [616]</a>. -Mazarin savait donc par expérience tout ce qu'il avait à -redouter en s'éloignant; il savait qu'il laissait à la cour un -grand nombre de puissants personnages jaloux de la faveur -dont il jouissait<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor"> [617]</a>. Plusieurs l'avaient souvent marqué -par leurs hauteurs insultantes, d'autant plus redoutables -que, par leurs noms et les charges dont ils étaient -pourvus, ils exerçaient un grand pouvoir, et formaient la -force du parti royaliste. Les principaux étaient les ducs -de Bouillon, Miossens, Roquelaure, Créqui, Villeroi, -Souvré. Parfaitement instruit des prétentions et du caractère -de chacun d'eux, Mazarin eut soin avant de partir -<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span> -de se les attacher par des faveurs, et prit avec eux des engagements -qui leur en promettaient après son retour plus -qu'ils n'en avaient déjà reçu<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor"> [618]</a>. Puis il mit auprès de la -reine pour sous-ministres Le Tellier et Servien, qu'il -s'était attachés. Tous deux étaient très-capables d'expédier -les affaires courantes; mais leurs caractères étaient antipathiques, -et ils nourrissaient l'un contre l'autre une jalousie -et une haine que Mazarin avait grand soin d'entretenir. -Ondedei et l'abbé Fouquet, en défiance l'un de l'autre, -tous deux bien en cour, devaient lui rendre compte de tout, -et correspondaient avec lui, moins par lettres que par -l'intermédiaire de Brachet et de Ciron, courriers du cabinet, -qui allaient et revenaient sans cesse de Paris à -Bouillon.</p> - -<p>Mazarin avait aussi pris soin d'entourer le jeune roi de -serviteurs qui lui étaient dévoués; il lui avait laissé par -écrit une instruction, qui contenait tout ce qu'il avait à -dire dans tous les cas inopinés qui pourraient se présenter. -Bussy, qui se rendit alors, comme beaucoup d'autres, -à Bouillon pour solliciter personnellement Mazarin relativement -aux demandes et aux réclamations qu'il avait -adressées au gouvernement, fut frappé d'admiration en -voyant avec quel calme, quelle présence d'esprit ce ministre -proscrit administrait la France du fond du petit -château des Ardennes, où il s'était retiré sans gardes et -sans suite<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor"> [619]</a>; avec quelle rapidité il expédiait les courriers -qui lui arrivaient à tout moment, car Bussy atteste, et -<span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span> -tous les Mémoires sont d'accord sur ce point, qu'à cette -époque il ne fut rien résolu de quelque importance que -conformément aux décisions du ministre exilé.</p> - -<p>Après que le roi eut fait sa rentrée dans Paris, qu'il -eut tenu au Louvre son lit de justice, qu'il eut interdit -au parlement, par des paroles sévères, la discussion des -affaires publiques; après que tous les chefs et les meneurs -de l'insurrection eurent été exilés, ou que d'eux-mêmes, -hommes et femmes, ils eurent fui de la capitale; après -que le cardinal de Retz, le plus redoutable de tous les -factieux, eut été incarcéré; après qu'une déclaration du roi -eut cassé tous les arrêts rendus contre Mazarin, Mazarin -reparut<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor"> [620]</a>.</p> - -<p>Son entrée dans Paris (le 2 février 1653) ressembla -bien plus à un triomphe qu'au retour d'un proscrit, et fut -le dénoûment et la dernière scène de la Fronde. Tous les -partis avaient été frappés, au moment de leur plus grand -discrédit, par les coups répétés de l'autorité royale, et se -trouvaient atterrés et brisés. Partout dans Paris les rubans -blancs et les bandelettes de papier blanc avaient remplacé -la paille des frondeurs, et les rubans jaunes, bleus, -rouges et isabelle; et l'unité de la couleur semblait être -devenue un emblème de l'unité de l'autorité et du commandement.</p> - -<p>Mazarin sut parfaitement juger sa position, et la force -<span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span> -que lui donnaient les fautes des partis qu'il avait su vaincre. -Il reprit l'exercice du pouvoir royal tel qu'il existait -avant la première Fronde, tel que Richelieu l'avait laissé, -comme s'il n'avait éprouvé aucune interruption. Cette -marche habile lui acquit l'estime de tous les cabinets -étrangers: elle releva la France, qui par ses divisions -était devenue le jouet et la risée d'une perfide et tortueuse -politique<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor"> [621]</a>.</p> - -<p>Ainsi au théâtre, après une intrigue compliquée où l'imagination -se fatigue sans parvenir à en prévoir les résultats, -apparaît à la fin l'être puissant et mystérieux qui -a tout conduit, dont la présence explique tout, dénoue -tout, replace tout dans une situation naturelle, et fixe -pour toujours les destinées de tous les personnages de la -pièce<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor"> [622]</a>.</p> - -<p>On a reconnu dans Richelieu toutes les qualités d'un -grand ministre, malgré ses vices, ses petitesses, son -amour-propre d'auteur, ses persécutions et ses vengeances. -Pourquoi Mazarin, qui eut à lutter contre de plus -grands talents, contre des génies supérieurs, n'a-t-il pas -aussi, malgré son avarice et ses autres défauts, obtenu la -même justice? Le premier déploya plus de grandeur dans -ses desseins, plus de vigueur dans leur exécution; le second, -plus de fécondité dans ses moyens, plus de prudence -et de finesse. Le premier brava les haines; le second, les -ridicules. Richelieu força ses opposants à être ses esclaves -ou ses victimes; Mazarin fit de ses antagonistes ses créatures -ou ses dupes. Tous les deux sont arrivés à leur but -par des voies différentes: ils ont été les maîtres de l'État, -<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span> -et n'ont jamais séparé leurs intérêts de ceux du trône, ni -les intérêts du trône de la personne du monarque; ils ont -ajouté à la grandeur et à la gloire de la France, et tous -deux ont contribué à préparer le beau règne de Louis XIV.</p> - -<p>Voltaire compare Mazarin à Retz comme homme d'État, -et prononce que des deux Retz est le génie supérieur: -pour appuyer son jugement, il renvoie aux dépêches -de l'un et aux Mémoires de l'autre. Singulière -preuve, erreur étrange! Y a-t-il quelque comparaison à -établir entre des écrits particuliers et secrets, tracés avec -la rapidité qu'exige le besoin du moment, au milieu des -agitations d'une vie occupée, et ceux que l'on compose -pour le public, qu'on élabore à loisir dans le calme et -dans la retraite? Est-ce qu'on ne doit pas, d'ailleurs, -toujours séparer l'homme de l'écrivain ou de l'orateur? -Autre chose est la pensée, autre chose est la résolution; -autre chose est le discours, autre chose est l'action. Un -intervalle profond sépare la théorie de la pratique; le génie -des lettres et de l'éloquence ne suppose pas toujours celui -des affaires. Tous deux peuvent coexister sans se nuire; -mais l'un n'est pas le résultat de l'autre. La prévision, -l'à-propos, l'inspiration soudaine, la souplesse et la promptitude -d'un esprit propre à trouver toujours de nouvelles -combinaisons pour tous les événements, sous quelque face -qu'ils se présentent, sous quelque forme qu'ils se modifient; -l'empire qu'on exerce sur soi-même pour tout faire -tourner (jusqu'au hasard) au profit de ses projets; cette -persévérance qui ne se laisse distraire par aucune passion, -dominer par aucune affection; cette défiance qui nous met -en garde contre nos illusions et celle des autres; cette -activité qui ne néglige aucun détail, surveille tous les accidents, -ne perd jamais de vue les points culminants des -<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span> -affaires: tout cela est inutile à l'écrivain, à l'orateur, mais -est indispensable à l'homme d'État; et encore, avec toutes -ces qualités, celui-ci ne peut rien sans la force du caractère -et la puissance de la volonté. Le talent de l'homme -de lettres ou de l'orateur n'a besoin pour atteindre tout -son éclat et produire tous ses effets que des moyens qu'il -puise dans sa mémoire, son jugement et son imagination; -et comme il est plus facile de perfectionner, par l'exercice -et le travail, ses forces intellectuelles, d'apprendre à polir -son style ou d'ajouter à la grâce de son débit, que de se -donner l'énergie qui manque ou de changer les inclinations -qui résultent de l'organisation, il arrivera souvent -que des hommes d'État deviendront, au milieu de la -pratique des affaires, d'habiles écrivains, des orateurs faciles -et diserts; tandis que le meilleur écrivain, le plus -sublime orateur ne pourra devenir un homme d'État, si -la nature n'a pas donné à son âme la trempe nécessaire, -à son esprit les qualités requises; si elle lui a dénié les -penchants et les passions qui le rendent propre à une vie -tumultueuse et agitée, ou si, heureusement pour lui, elle -lui en a conféré qui lui sont contraires.</p> - -<p>Laissez de côté les historiens, qui tous, sur la foi les -uns des autres, accolent à certains noms des jugements -formulés d'avance; étudiez les faits dans les écrits contemporains, -dans les actes publics, et vous serez convaincu -que ce n'est pas un homme d'État ordinaire que -celui qui a négocié le traité de Munster et conclu la paix -des Pyrénées; qui a donné l'Alsace à la France, et préparé -de loin ses droits au riche héritage de l'Espagne; qui a -terminé la guerre civile et la guerre étrangère; qui a rétabli -l'autorité royale dans toute sa majesté et sa force; et -qui, après avoir pris les rênes de l'État, envahi, déchiré -<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span> -et affaibli, le laissa, en mourant, tranquille au dedans, -puissant et respecté au dehors. Non, le ministre qui fut -le collaborateur de Richelieu, et qui forma Colbert, n'est -pas tel que nous le dépeignent ceux qui ont cru pouvoir -écrire l'histoire de ces temps d'après les satires des frondeurs, -les harangues des parlementaires, et l'insidieux -mais habile <i>factum</i> que le cardinal de Retz, nous a laissé -sous le titre de <i>Mémoires</i>.</p> - -<p>Il existe entre Mazarin et Retz, considérés comme -hommes d'État, toute la distance qui sépare celui qui s'est -montré capable de conduire un grand royaume au milieu -des circonstances les plus difficiles, et celui qui a prouvé -qu'il ne savait pas se conduire lui-même, lors même que le -sort le favorisait. Dans cette seconde guerre de Paris surtout, -on peut dire que Retz n'a commis que des fautes; et -il ne sembla avoir employé toutes les ressources de son -esprit et tous les efforts de son éloquence que pour marcher -plus sûrement à sa perte et y entraîner ses amis, et -avec eux Gaston, qui s'abandonna trop à ses conseils. La -présomption et la vanité de Retz l'aveuglèrent jusqu'à la -fin. Si après le massacre de l'hôtel de ville, au lieu -d'armer et de se fortifier dans le clos de l'Archevêché<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor"> [623]</a>, il -eût pris le prétexte des désordres qui avaient eu lieu, et de -l'anarchie qui régnait dans Paris, pour se retirer dans ses -terres, loin de la cour et des factions qui concouraient à -le repousser et à se défier de lui, il eût acquis l'estime publique, -il se fût réconcilié avec la reine; il aurait infailliblement -obtenu par la suite, dans les affaires, l'influence -due à ses talents, à sa dignité d'archevêque, à l'empire -qu'il exerçait sur le clergé et sur une portion du peuple de -<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span> -Paris. Même après avoir laissé échapper cette occasion, il -eût encore pu arriver au même résultat, lorsque, à la tête -de la députation du clergé, il se présenta devant le roi, -pour le supplier de rentrer dans sa capitale. S'il eût mis à -profit cette mission, où il étala tant de luxe et de magnificence<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor"> [624]</a>; -s'il eût agi avec sincérité envers son souverain; -si sa conduite et ses sentiments eussent été d'accord -avec les paroles qu'il prononça en cette occasion; si le -chapeau de cardinal, qu'il reçut alors des mains du monarque, -avait été pour lui, comme il devait l'être, le gage -d'une noble et pieuse réconciliation, sa destinée, à la suite -des crises de sa jeunesse, eût été aussi utile, aussi brillante -qu'elle a été inutile et obscure. Si même, après les mauvais -conseils donnés à Gaston, il avait accepté l'offre que -lui faisait le gouvernement de payer une partie de ses dettes -et de consentir à partir pour Rome chargé d'une mission -à laquelle on eût attaché de forts émoluments, il eût -pu conserver son rang, sa dignité et ses richesses, et récompenser -tous ceux qui l'avaient soutenu dans sa rébellion, -et dont il occasionnait la disgrâce. Mais, de même -qu'il avait d'abord cédé à l'orgueil impolitique de tenir tête, -dans Paris<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor"> [625]</a>, au prince de Condé, il voulut, malgré les -conseils de ses amis, rester encore dans la capitale après -la rentrée du roi. On avait attribué généralement à son -influence la retraite de Mazarin, quoiqu'elle fût due à -une autre cause: or, rien n'est souvent plus désastreux -que de paraître revêtu d'une puissance plus grande que -celle que l'on possède<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor"> [626]</a>. Retz s'aveugla sur sa position: il -<span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span> -ne sut pas prévoir, cet homme d'État, que tous les partis -lui attribueraient leur défaite, et qu'aucun ne le soutiendrait<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor"> [627]</a>. -Ce fin politique se laissa prendre aux paroles que -lui adressa le monarque adolescent, lorsqu'il se rendit au -Louvre pour le complimenter avec son clergé; et il ne -comprit pas que ces paroles avaient été dictées. Ce galant -si habile à ruser avec les femmes, ce séducteur si -adroit, fut, comme un jeune novice, la dupe de sa fatuité, -et se laissa amorcer par la doucereuse coquetterie -d'une reine qui le haïssait. Cet orateur si habitué aux succès -se crut populaire parce qu'il attirait la foule à ses sermons; -et cependant la princesse Palatine, qui, quoique -royaliste, ne pouvait sans peine voir succomber cet illustre -associé de ses anciennes conspirations, l'exhortait à fuir. -Elle ne lui cacha point qu'on était décidé à l'écarter à tout -prix, même par le sacrifice de sa vie<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor"> [628]</a>: le public sembla -l'en avertir, lorsque, à une représentation de <i>Nicomède</i>, -il lui fit, par des acclamations, l'application de ce vers:</p> - -<p class="quote">Quiconque entre au palais porte sa tête au roi<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor"> [629]</a>.</p> - -<p>Cependant avec Mazarin ce n'était pas là le genre de -danger qui menaçait Gondi. Cet habile ministre comprenait -combien l'arrestation de l'ancien chef de la Fronde -serait utile au pouvoir dans l'esprit des peuples, comme signe -de force, et combien pourrait lui nuire un lâche assassinat, -indice de faiblesse et de cruauté<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor"> [630]</a>. Gondi, quoique -<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span> -dûment prévenu, considéra comme un manque de courage -de déférer aux avis qui lui étaient donnés<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor"> [631]</a>; lui qui avait -vu saisir et conduire en prison le premier prince du sang, -le vainqueur de Rocroi, crut que l'on n'oserait pas attenter -à sa liberté, parce qu'il était revêtu de la pourpre -ecclésiastique. Il avait dit lui-même au président de Bellièvre -qu'il avait deux bonnes rames en main, dont l'une -était la masse du cardinal, et l'autre la crosse de Paris<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor"> [632]</a>: -pourquoi donc ne se mettait-il pas en une position où -l'on n'aurait pu lui ôter la liberté de faire mouvoir ses -rames, et s'obstinait-il à pousser sa barque contre des -écueils où elles devenaient inutiles?</p> - -<p>Il fut enfin arrêté et incarcéré<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor"> [633]</a>, et cet événement causa -l'exil, la fuite ou la ruine de tous ses amis, de tous les -adhérents qu'il avait dans Paris; ce fût le commencement -des malheurs qui le poursuivirent pendant une grande -partie de sa vie. Les fautes qu'il a commises, et qui amenèrent -ce résultat, font d'autant plus de peine qu'il supporta -l'adversité avec courage et avec dignité; qu'à des -talents de l'ordre le plus élevé il joignit des qualités aimables. -Il méritait sous plusieurs rapports l'admiration -et l'attachement que madame de Sévigné professait pour -lui. Il avait de l'élévation dans l'âme, un cœur sensible, -généreux, capable de dévouement, et sincère dans -le commerce de l'amitié. On ne pouvait lui reprocher ni -les petitesses, ni l'égoïsme, ni la basse cupidité de Mazarin; -et l'histoire lui aurait accordé la supériorité sur son -rival, si elle jugeait les personnages qu'elle évoque devant -<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span> -son tribunal d'après leurs vertus privées, et non sur -leurs actes publics. Mais ce n'est pas ainsi qu'elle procède: -elle ne considère les qualités et les défauts des hommes -que par leurs résultats sur les destinées des peuples. Le -mérite et le démérite des actions humaines, considérés -sous le point de vue de l'éternelle justice, ne lui appartiennent -pas, et dépendent d'une juridition plus élevée -que la sienne.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXVII.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Motifs qui ont fait préférer à l'auteur de cet ouvrage la forme des -mémoires à celle de l'histoire.—Condé, rentré dans Paris, va siéger -au parlement.—Réprimandes sévères qu'on lui adresse.—Pourquoi -l'arrêt du parlement ne s'opposait pas à sa présence dans -Paris.—Le parlement, abandonné du peuple de Paris, se trouve -sans force.—Il redoute également Mazarin et Condé.—Madame -de Longueville pousse Condé à la guerre.—La Rochefoucauld et -Nemours l'engagent à faire la paix.—La duchesse de Châtillon -devient la maîtresse de Condé et son négociateur auprès de la cour.—Mort -de Chavigny, de Brienne, et de Bouillon.—Divisions entre -ceux du parti de Condé.—Haine entre Nemours et de Beaufort.—Noms -des hommes éminents du parti des princes.—Détails sur -Chabot.—Son mariage avec mademoiselle de Rohan.—Madame -de Rohan, douairière, s'y oppose.—Elle prétend que Tancrède est -son fils, et doit hériter des biens de son mari.—Celui-ci est tué -dans un combat.—Rohan-Chabot se réconcilie avec sa belle-mère.—Il -fait enregistrer ses lettres de duc et pair, et continue à être -amoureux de madame de Sévigné.</p> -</div> - -<p>Quant à Condé et à Gaston, ils ne dirigèrent pas les -événements, ils se laissèrent gouverner par eux. Ils ne -donnèrent pas l'impulsion, ils la reçurent. Le détail des -faits peut seul nous donner une idée exacte des incertitudes -de leur esprit et des variations de leurs projets. -Revenons donc à ce qui se passa à la suite du combat de -Bléneau. Ce récit achèvera de nous mieux faire connaître -tous les personnages de la Fronde, même ceux que nous -avons déjà essayé de peindre. Dans cet ouvrage, où rien -de ce qui concerne madame de Sévigné ne doit être omis, -<span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span> -nous nous sommes proposé aussi de peindre le monde où -elle a vécu, et, pour atteindre ce but, l'allure libre et -irrégulière des mémoires nous a paru préférable à la -marche compassée de l'histoire. Celle-ci retrace la vie des -États; elle doit classer les grands événements, les raconter -tous, les astreindre à l'ordre des dates, et ne point -s'occuper des existences individuelles et des aventures -privées; et ce sont précisément celles dont nous entretenons -le plus longuement les lecteurs, parce que par là -nous leur présentons une image plus vive, plus fidèle de -chaque personne et de chaque époque. Selon qu'il est nécessaire -à nos desseins, tantôt nous anticipons sur l'avenir, -tantôt nous rétrogradons dans le passé. Nous ne rappelons -les faits généraux qu'autant qu'ils sont nécessaires -pour éclairer les faits particuliers; mais dans la Fronde -ce sont ceux-ci qui ont entraîné les faits généraux, et on -ne peut les isoler les uns des autres. De là les développements -où nous sommes forcé de nous livrer pour ne pas -laisser incomplète cette partie de notre ouvrage et répandre -plus de clarté sur celles qui la suivront.</p> - -<p>Condé, encore ensanglanté de la victoire qu'il venait -de remporter sur les troupes du roi, rentra dans Paris, et -vint siéger sur les fleurs de lis, dans ce même parlement -qui l'avait déclaré criminel de lèse-majesté. Le président -Bailleul et Amelot ne craignirent pas de lui adresser des -réprimandes sévères sur cette insulte faite aux lois et à -la justice. Mais l'arrêt qui condamnait Condé portait en -même temps que l'exécution en serait suspendue jusqu'à -ce que Mazarin fût sorti du royaume. Condé pouvait donc -légalement se présenter au parlement. La nécessité de se -justifier lui en fournissait le prétexte<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor"> [634]</a>, et les termes de -<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span> -l'arrêt lui en conféraient le droit. Il pouvait résider à Paris -tant que Mazarin serait en France; et lors même que le -parlement eût voulu l'expulser de la capitale, la haine -contre Mazarin était encore trop générale, le parti de la -Fronde encore trop nombreux, l'influence de Beaufort -sur la populace de Paris trop grande, pour que le parlement -eût l'espoir de se voir obéi. Tout ce qu'il pouvait -faire, soutenu par la garde bourgeoise, par le prévôt des -marchands, Lefebvre, et par le gouverneur de Paris, le -maréchal de L'Hospital, tous deux secrètement dans les -intérêts du roi, c'était de ne pas permettre que Condé introduisît -des troupes dans Paris, dont l'entrée était aussi -interdite aux troupes royales.</p> - -<p>Toutes les forces de l'opposition dirigées contre Mazarin -résidaient donc dans Condé. Tous les partis qui la -formaient, ceux-là même qui étaient les moins favorables -à ce prince, ne pouvaient se déguiser qu'ils étaient à la -discrétion du premier ministre, si Condé faisait sa paix. -On pouvait, au contraire, forcer la cour à expulser Mazarin, -ou obtenir des conditions favorables si Condé continuait -la guerre. La crainte ou l'espérance de chacune de ces -alternatives donnait donc une grande activité aux intrigues -qui s'agitaient autour de ce prince. A la tête du parti -qui le poussait à la guerre était sa sœur, la duchesse de -Longueville, que la paix eût obligée à se réunir à son -mari. Aussi s'empressait-elle de compromettre son frère -en s'unissant aux Espagnols. Par ses lettres, par les émissaires -de l'Espagne, par ses amis, par Chavigny, elle -excitait Condé à rompre toute négociation avec la cour<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor"> [635]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span> -Les ducs de La Rochefoucauld et de Nemours étaient les -chefs de ceux qui, parmi les partisans de Condé, voulaient -qu'il fît sa paix avec Mazarin<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor"> [636]</a>. Ils étaient d'avis qu'il -devait abandonner le duc d'Orléans, le parlement et la -Fronde, afin d'obtenir des conditions plus avantageuses -pour lui seul et pour tous ceux qui s'étaient attachés à sa -personne. La Rochefoucauld pensa qu'il lui serait impossible -de faire adopter son plan de conduite à Condé, s'il ne -parvenait pas à le soustraire entièrement à l'influence de -la duchesse de Longueville et à celle de Chavigny; et il -imagina d'employer dans ce but les charmes de la duchesse -de Châtillon. Condé en était toujours amoureux; mais le -duc de Nemours, à son retour de Flandre, où il s'était rendu -pour ramener dans l'armée des princes des troupes espagnoles, -n'avait pu revoir celle dont il avait été si violemment -épris sans lui renouveler ses protestations d'amour, -sans lui demander pardon des infidélités que les séductions -de la duchesse de Longueville lui avaient fait commettre. -La duchesse de Châtillon, qui par le retour de cet amant, -qu'elle n'avait pas cessé d'aimer, se trouvait flattée dans -son orgueil, satisfaite dans sa haine contre la duchesse -de Longueville, et contentée dans ses affections, n'eut -pas de peine à recevoir le coupable en grâce. La réconciliation -fut entière et sincère de part et d'autre, et eut -toute la force d'un naissant attachement. La Rochefoucauld -avait d'abord vu cette réconciliation avec plaisir, -parce qu'elle le vengeait de l'abandon et de l'infidélité de -<span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span> -la duchesse de Longueville; mais il en fut ensuite contrarié, -parce qu'elle s'opposait à ses desseins. Il comprit que -le manége et les ressources de la coquetterie ne suffiraient -pas à la duchesse de Châtillon pour obtenir sur Condé -l'empire nécessaire à la réussite de ses projets. Pourtant -il s'efforça de la rendre l'instrument de ses desseins; il -flatta sa vanité, exalta son ambition; il lui fit comprendre -qu'il dépendait d'elle de se rendre la souveraine de l'État: -que pour cela il ne s'agissait que de diriger sur Condé -l'effet de ses charmes; mais il lui démontra aussi la nécessité -de se livrer à lui sans aucun partage. Il fit comprendre -au duc de Nemours que s'il parvenait à comprimer -ses sentiments, à dompter sa jalousie, il pouvait, en se -servant auprès de Condé de la duchesse de Châtillon, -devenir l'arbitre de la paix ou de la guerre, jouer le premier -rôle dans les négociations qui se poursuivaient, et -s'assurer les conditions les plus avantageuses pour lui-même. -Toute la jeune noblesse de cette époque était -livrée aux passions qui agitent le plus puissamment le -cœur de l'homme, la volupté, l'ambition et la cupidité: -chacune de ces passions devenait un moyen de suffire aux -exigences de celle qui se trouvait la plus forte. Nemours, -qu'elles dominaient, entrevit la possibilité de les satisfaire -toutes en imposant pendant quelque temps silence à l'une -d'elles. La duchesse de Châtillon elle-même, excitée par -l'espoir de se venger doublement de la duchesse de Longueville -en lui enlevant son frère, après lui avoir repris son -amant, aida Nemours à consommer son sacrifice<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor"> [637]</a>. Il consentit -à ce qu'on lui proposait, et le plan du duc de La Rochefoucauld -reçut son exécution. Le prince de Condé donna -<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span> -en toute propriété le beau domaine de Merlou à la duchesse -de Châtillon, qui n'en possédait que l'usufruit<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor"> [638]</a>. Elle -devint sa maîtresse déclarée<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor"> [639]</a>. C'était chez elle qu'il donnait -tous ses rendez-vous, et que se tenaient tous les conseils -relatifs aux affaires de son parti. La duchesse de Châtillon -crut ennoblir le rôle qu'elle jouait, en se chargeant -de conduire les négociations de ce parti. C'est à ce titre -qu'elle parut à la cour avec faste et avec éclat. Elle y fut -reçue avec toutes les déférences que réclamait l'importance -de sa mission. L'ascendant qu'elle avait pris sur le -prince de Condé était une bonne lettre de créance, et donnait -du poids à ses paroles. Cependant elle avait plus de -beauté que d'esprit et de finesse; et Mazarin, qui ne désirait -que gagner du temps, se félicita d'avoir à traiter avec -un tel diplomate. Chavigny, son ancien collègue sous -Richelieu, qui aurait pu lui être opposé, fut écarté, par -les motifs que nous avons déjà développés. Le succès du -piquant libelle que le caustique et spirituel coadjuteur -composa contre Chavigny<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor"> [640]</a>; les menaces et les injures -outrageantes que lui adressa, en présence de toute son escorte, -le prince de Condé, lorsqu'il eut découvert ses ruses, -ses intrigues et ses projets, si différents des siens; -l'ennui de se trouver éloigné du théâtre des affaires, lui -causèrent un tel chagrin qu'il en mourut, quoiqu'il ne fût -<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span> -âgé que de quarante-quatre ans. Brienne, qui, sincèrement -dévoué à la reine mère, n'avait jamais ployé sous -Mazarin, et qui était un de ceux qui croyaient nécessaire -de sacrifier ce ministre à la paix publique, mourut aussi -alors<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor"> [641]</a>. On perdit encore le duc de Bouillon, qui, par sa -naissance et sa haute capacité, aurait pu prétendre à la -première place dans le conseil. Ainsi tout semblait favoriser -Mazarin, et la destinée prenait soin de le débarrasser -de ceux qui auraient pu mettre obstacle à sa fortune.</p> - -<p>La combinaison formée par le duc de La Rochefoucauld -ne fit qu'augmenter la désunion qui existait déjà dans le -parti de Condé. Nemours haïssait le duc de Beaufort, dont -il avait épousé la sœur; femme douce, bonne, indulgente, -vertueuse, qui, s'il l'avait aimée, aurait réussi à rétablir -l'harmonie entre son frère et son mari. On se rappelle -qu'une querelle s'était élevée entre eux au sujet du commandement -de l'armée. Nemours était persuadé qu'alors il -avait été grièvement offensé, et qu'il n'avait obtenu qu'une -réparation insuffisante. Beaufort avait beaucoup d'empire -sur le petit peuple de Paris, et jouissait d'une grande faveur -auprès de Condé, auquel il ne pouvait inspirer aucune -jalousie. Ce fut un motif de plus pour Nemours, qui -souffrait de la violence qu'il faisait à ses sentiments à -l'égard de la duchesse de Châtillon et de Condé. Ne -pouvant s'attaquer à ce prince, il lui semblait qu'en se -vengeant de lui sur Beaufort, il laverait dans le sang de -celui-ci l'offense faite à son honneur et les blessures -faites à son amour. Cependant Condé employait tous ses -efforts pour réconcilier les deux beaux-frères: tous deux -<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span> -lui étaient nécessaires. Les ducs de La Rochefoucauld, de -Beaufort, de Nemours et de Rohan-Chabot, étaient les -hommes les plus éminents de son parti.</p> - -<p>Ce dernier, par lui-même, et par sa femme, le servait -avec chaleur. Il avait épousé la fille de ce Henri de Rohan, -duc et pair de France, dont nous avons des Mémoires, et -qui fut un des plus grands hommes de son temps<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor"> [642]</a>. Rien -n'étonna plus que ce mariage d'une fille unique, de la -seule héritière de Rohan, si belle, si orgueilleuse, que le -comte de Soissons avait pense épouser, à laquelle s'étaient -offerts le duc de Weimar, chargé des lauriers de la victoire, -et le beau duc de Nemours, l'aîné des princes de la -maison de Savoie. Elle leur préféra un cadet de la famille -de Chabot, un simple gentil-homme sans établissement, -sans illustration, sans fortune. Chabot n'était pas remarquable -par la beauté des traits de son visage, mais il était -bien fait, spirituel, et dansait avec une grâce admirable. -Il s'aperçut qu'il plaisait à la jeune héritière de Rohan; il -s'attacha à ses pas, et négligea sa carrière militaire, afin -de pouvoir lui faire assidûment sa cour. «Cet amour, dit -<span class="smcap">Mademoiselle</span>, dura quelques années, et donna lieu à -une infinité de jolies intrigues.» Chabot, qui se faisait -chérir par ses qualités sociales, eut l'adresse d'intéresser à -la réussite de ses desseins la plupart des personnes qui -approchaient le plus souvent de mademoiselle de Rohan, -et qui avaient le plus d'influence sur son esprit; entre autres, -la marquise de Pienne, depuis comtesse de Fiesque, -<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span> -sa cousine germaine, et son cousin germain le duc de Sully. -C'est dans le château de celui-ci que se fit le mariage<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor"> [643]</a>. -Mais le plus puissant appui de Chabot dans toute cette -affaire avait été le prince de Condé, alors duc d'Enghien. -Chabot s'était rendu le confident du prince auprès de -mademoiselle du Vigean. D'Enghien alors commandait -les armées royales contre la Fronde, et avait un grand ascendant -sur le cardinal et sur la reine régente. Il en profita -pour les faire consentir au mariage de mademoiselle -de Rohan et de Chabot, et pour faire donner à celui-ci un -brevet de duc et pair, afin que mademoiselle de Rohan ne -perdit pas son rang lorsqu'elle serait devenue sa femme. -La seule condition de cette insigne faveur fut que Chabot, -qui était protestant, ferait élever ses enfants dans la religion -catholique<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor"> [644]</a>. Mais la mère de la nouvelle mariée, -Marguerite de Béthune, fille du grand Sully, duchesse -douairière de Rohan, femme galante, dit Lenet, pleine -d'esprit, et possédant tous les talents propres à la cour, -furieuse de n'avoir pu réussir à empêcher ce mariage, eut -recours au plus étrange des expédients pour frustrer sa -fille de tous ses droits à l'héritage paternel. Elle fit paraître -un fils, le disant d'elle et de Rohan. Elle l'avait fait élever -secrètement, et avait jusque alors caché sa parenté, par -la raison, disait-elle, que son mari était brouillé avec la -cour. Elle accusait mademoiselle de Rohan de l'avoir fait -enlever et conduire en Hollande, où elle lui payait une -pension. Ce jeune homme était connu sous le nom de Tancrède, -et était sans aucun doute un fils naturel de la -duchesse douairière de Rohan. Elle lui donna un train, -<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span> -une maison, et le nom de duc de Rohan; elle lui fit engager, -en cette qualité, un procès au parlement contre -Rohan-Chabot et sa femme, à l'effet d'être mis en possession, -comme aîné, de tous les biens de la maison de Rohan. -Tancrède, qui voulait se rendre digne par sa valeur du -grand capitaine qu'il réclamait pour père, cherchait toutes -les occasions de se montrer avec éclat, et fut tué dans un -combat contre les Parisiens, lors de la première guerre -de la Fronde<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor"> [645]</a>. Sa mort termina ce romanesque procès. -La duchesse douairière de Rohan se réconcilia sincèrement -avec sa fille, qui ne s'opposa point à ce que le jeune -Tancrède, qui ne pouvait plus nuire à ses intérêts, fût -inhumé comme enfant légitime<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor"> [646]</a>.</p> - -<p>Le duc de Rohan-Chabot fut donc ainsi délivré de toute -inquiétude relativement à la possession de l'immense fortune -qu'il avait acquise par son mariage; mais il n'en était -pas de même de son titre de duc et pair. Pour jouir de -toutes les prérogatives qui s'y trouvaient attachées, il fallait -que le brevet du roi qui le lui conférait fût vérifié et -enregistré au parlement de Paris: un arrêt de ce parlement -ordonnait qu'aucune vérification de ce genre ne pourrait -avoir lieu tant que le cardinal Mazarin serait en -France. Cet obstacle n'arrêta point Rohan-Chabot. Il profita -du moment où Condé, par les émeutes populaires qu'il -avait suscitées, avait imprimé une sorte de terreur dans -Paris; et, en partie par crainte, en partie par ses amis et -ceux de Condé, il parvint à faire vérifier et enregistrer -son brevet, et à être reçu duc et pair dans une séance solennelle -<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span> -du parlement<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor"> [647]</a>, nonobstant les oppositions de -Châtillon, de Tresmes, de Liancourt, de la Mothe-Houdancourt, -qui avaient obtenu avant lui des lettres de ducs -et pairs, et n'avaient pu encore, à cause de l'arrêt, en -obtenir la vérification et l'enregistrement.</p> - -<p>Ainsi le duc de Rohan-Chabot devait en partie à l'appui -du prince de Condé son nom, son rang et sa fortune; -mais comme il était aussi redevable de tout cela à Mazarin -et à la reine, ce n'est qu'avec regret qu'il s'était vu -obligé, pour rester fidèle à Condé, de se déclarer contre -le roi. Aussi était-il un des plus ardents dans le parti de -ceux qui voulaient la paix, et par conséquent un de ceux -que Condé employait avec le plus de confiance dans ses -négociations avec Mazarin<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor"> [648]</a>. La duchesse de Rohan-Chabot -était à cet égard dans les mêmes sentiments que son -mari. D'un caractère énergique et altier, elle dominait -ses volontés, mais non pas ses affections; et depuis quelque -temps il s'abandonnait sans partage à l'amour dont il -était épris pour la marquise de Sévigné<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor"> [649]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXVIII.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Position du Gaston.—Ses fautes, qui causent son exil.—Caractère et -genre de vie de sa femme, Marguerite de Lorraine.—<span class="smcap">Mademoiselle</span> -occupe pendant la guerre le premier rang dans Paris.—Son -caractère; ses relations avec le prince de Condé.—Ses projets de -mariage.—Bons mots du roi et de la reine d'Angleterre sur <span class="smcap">Mademoiselle</span>.—Les -deux fils de cette reine servent dans deux armées -différentes.—Conduite du duc de Lorraine.—Tous les partis flattent -<span class="smcap">Mademoiselle</span>, sans se confier à elle.—Son genre de dévotion.—Elle -croyait aux astrologues.—Grand nombre de noblesse militaire -et d'officiers dans Paris, par le voisinage des armées.—Fêtes -données par <span class="smcap">Mademoiselle</span>.—Autres réunions.—Turenne et le -duc de Lorraine font traîner la guerre en longueur.—Fêtes données -dans les camps.—Trêves et négociations.</p> -</div> - -<p>Gaston était le seul qui pût, de concert avec le parlement, -donnera l'opposition un caractère de légalité. Quoique -le roi eût été déclaré majeur, Gaston pouvait soutenir -qu'il n'était pas libre, et prendre, dans l'intérêt de son -neveu, des mesures pour que le royaume ne souffrit aucun -dommage de ceux qui voulaient faire tourner à leur profit -l'inexpérience d'un monarque encore trop jeune pour -pouvoir se conduire par lui-même. Aussi le prince de -Condé montrait en toute occasion une grande déférence -pour Gaston; il employait tous les moyens pour obtenir -son consentement sur toutes ses démarches. Tous les partis -négociaient avec lui et intriguaient avec lui. Gaston, -faible et irrésolu, n'en embrassait aucun, n'en servait -aucun avec suite et sincérité. C'était le moyen d'être abandonné -<span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span> -par tous, et d'assurer le succès de Mazarin. Ce succès -était dans son intérêt, et il le sentait, car il chercha -à transiger avec la cour; mais, faute de l'avoir fait à -temps, il fut obligé de se soumettre sans condition, et -fut exilé par lettres de cachet au moment de la rentrée -du roi. Pendant toute la durée de la guerre, des flots de -peuple se portaient quelquefois à son palais du Luxembourg, -situé alors hors de l'enceinte des remparts de Paris; -et on voyait fréquemment sortir de ce palais des négociateurs -et des courriers. Du reste, il vivait fort retiré, et il -n'y avait chez lui ni ces nombreuses réunions, ni ces fêtes, -ni ces repas splendides qui se succédaient alors presque -journellement chez les personnages que leurs rangs -appelaient à jouer les premiers rôles dans leurs partis. La -duchesse d'Orléans, Marguerite de Lorraine, était alors -affligée de la perte d'un de ses enfants, et enceinte d'un -autre. Bonne, bienfaisante, pleine de sens et de raison, -au besoin même énergique, mais nerveuse, vaporeuse, -inégale, indolente, elle ne pouvait se résoudre à tenir -cercle, et aimait à vivre dans la retraite. Aussi le -cardinal de Retz, dans ses Mémoires, nous dépeint-il -<span class="smcap">Monsieur</span>, lorsqu'il revenait avec lui du parlement au -Luxembourg, entrant dans son cabinet de livres, jetant -sur la table son chapeau couvert d'un panache de plumes, -et fermant ensuite la porte au verrou; puis commençant -par des exclamations ou des questions ces longues -discussions, où se développaient si bien, mais si longuement, -les avantages et les inconvénients de toutes les -combinaisons politiques; et où, après plusieurs heures -écoulées dans d'éloquentes polémiques, les deux interlocuteurs -se séparaient sans avoir rien arrêté, rien -résolu. C'est aussi dans ce cabinet que Gaston donnait -<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span> -tous ses rendez-vous, que se tenaient toutes ses conférences. -Si, après avoir longtemps délibéré, on n'était -pas d'accord, alors on proposait de passer chez la duchesse -d'Orléans pour avoir son avis. Quoiqu'elle eût -peu d'étendue dans l'esprit, on estimait sa franchise, sa -droiture et son jugement: elle avait plus d'élévation -d'âme et de force dans le caractère que son mari; et les -conseillers de celui-ci, lorsqu'ils n'étaient pas de son avis, -aimaient, ainsi que lui, à recourir aux décisions de sa -femme<a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor"> [650]</a>. Mais alors il ne fallait pas que les consultants -fussent trop nombreux, car elle n'eût pu rester avec eux -tous dans la même chambre; il ne fallait pas qu'aucun -d'eux eût des bottines de cuir de Russie, si fort à la mode -alors, car elle n'en aurait pu supporter l'odeur sans se -trouver mal. Lors même que son frère le duc de Lorraine -vint à Paris, Marguerite ne changea rien à ses habitudes -et à son genre de vie; et quand absolument il fallait que -Gaston donnât un grand dîner ou une fête, ce n'était point -dans son palais que la chose avait lieu, c'était chez son -chancelier: la femme de celui-ci, la comtesse de Choisy, -en faisait les honneurs; la duchesse n'y paraissait point<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor"> [651]</a>.</p> - -<p>Il résultait de cet intérieur de Gaston, que mademoiselle -de Montpensier, sa fille du premier lit, qui avait -des goûts tout opposés à ceux de sa belle-mère, tenait, en -l'absence de la cour, le premier rang dans Paris, et que -durant cette année de troubles et de guerre civile elle fut -réellement la reine de la société. Ce qui ajoutait encore -pour elle à l'illusion, c'est que c'était aux Tuileries, où -elle demeurait alors<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor"> [652]</a>, qu'elle donnait ses concerts, ses -<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span> -bals et ses divertissements. Le courage qu'elle avait montré -à Orléans, cette générosité qui la porta à faire des levées -d'hommes à ses frais, tout contribua à la rendre populaire -et chère aux partis qui s'opposaient à la cour -et à Mazarin. Les chefs cherchaient à profiter de la faiblesse -qu'elle avait de s'abandonner toujours aux espérances -les plus flatteuses relativement aux mariages qu'elle -désirait contracter. Le prince de Condé, s'il réussissait, -lui faisait entrevoir comme certain, par son mariage avec -Louis XIV, la couronne de France en perspective. La -Rochefoucauld et les autres amis de ce prince, lorsqu'on -recevait de Bordeaux des nouvelles qui annonçaient que -la princesse de Condé, naturellement délicate, était dangereusement -malade, lui parlaient du veuvage du prince -de Condé comme prochain; ils émettaient l'opinion que, -dans cette supposition, le prince ne pourrait rien faire de -plus avantageux pour lui que de se proposer pour l'épouser, -et qu'ils l'y engageraient. Alors toutes les attentions, -les prévenances que Condé avait pour elle lui paraissaient -des indices certains de ses vues pour l'avenir; et comme -elle avait une grande admiration pour ce héros, lorsque -ses espérances faiblissaient du côté du roi, elle se reposait -délicieusement sur l'idée d'une autre union honorable, et où -les âges comme les penchants mutuels seraient mieux assortis. -Quand des nouvelles plus rassurantes sur la santé -de madame la Princesse faisaient évanouir ou du moins -éloignaient encore cet espoir, les lettres de Fuensaldagne, -appuyées par les promesses du duc de Lorraine, lui donnaient -l'assurance d'épouser l'archiduc<a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor"> [653]</a>; et ainsi toujours -une nouvelle chimère était substituée à celle qu'elle avait -<span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span> -longtemps nourrie: elle la caressait avec la même crédulité, -parce qu'en effet sa naissance et ses grands biens -donnaient de la probabilité aux projets que son imagination -faisait éclore.</p> - -<p>La reine d'Angleterre, dont <span class="smcap">Mademoiselle</span>, ainsi que je -l'ai déjà dit, avait refusé le fils aîné, le Prétendant, disait -malignement que, comme la célèbre Pucelle, <span class="smcap">Mademoiselle</span> -ferait le salut de la France, puisqu'elle avait, comme -elle, commencé par chasser les Anglais et sauvé Orléans. -Cette reine, quoique du parti de la cour, était, à cause de -son rang et de son rôle de conciliatrice, de toutes les fêtes -et de toutes les réunions qui avaient lieu alors dans Paris<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor"> [654]</a>. -Une chose qui étonnait, c'est que ses deux fils (qu'on vit -depuis monter l'un après l'autre sur le trône d'Angleterre) -servaient, l'un dans l'armée du duc de Lorraine, l'autre -dans l'armée de Turenne. On ignorait que le duc de Lorraine, -avant d'avoir reçu de l'argent de l'Espagne pour -aller secourir Condé, en avait accepté auparavant de la -France pour joindre son armée à l'armée royale. C'est -d'après cette promesse qu'on l'avait laissé entrer dans l'intérieur -du royaume; et le prince Charles d'Angleterre -s'était mis comme volontaire dans son armée, jusqu'à ce -qu'il fut décidé de quel côté il se tournerait.</p> - -<p><span class="smcap">Mademoiselle</span> avait lieu de croire que Mazarin et la -reine ne consentiraient jamais à son mariage avec le roi, -à moins qu'ils n'y fussent contraints par les succès de l'armée -des princes. Cette seule considération suffisait pour -mettre <span class="smcap">Mademoiselle</span> dans le parti de la duchesse de Longueville, -qui poussait Condé à la guerre<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor"> [655]</a>. Elle avait, d'ailleurs, -des prétentions sur le cœur de Condé aussi bien -<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span> -que sur sa main; et il suffisait que la duchesse de Châtillon, -dont elle était jalouse, eût embrassé le parti de la -paix pour qu'elle se jetât avec chaleur dans les rangs du -parti contraire<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor"> [656]</a>. Si les chefs de tous les partis la flattaient -et cherchaient à l'attirer à eux, aucun cependant ne lui -confiait ses secrets; on redoutait l'instabilité de ses résolutions, -son inexpérience dans les affaires, ses vanités, ses -imprudences, sa fougue, ses scrupules, ses inconséquences. -Portant jusqu'à l'excès l'orgueil du rang et de la -naissance, le sentiment seul de sa dignité l'eût défendue -contre l'entraînement des passions, lors même qu'elle -n'eût pas été portée à y résister par des principes de vertu -et par attachement à la religion. Elle n'avait cependant -qu'une dévotion peu fervente; mais, de même que la -reine mère se retirait souvent dans son oratoire afin de -prier pour le succès des troupes royales, <span class="smcap">Mademoiselle</span> -faisait sans cesse dire des messes pour le triomphe -de l'armée des princes<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor"> [657]</a>. Nous apprenons par elle-même -qu'elle désapprouva les génuflexions au milieu de la rue -et les autres démonstrations, peu sincères selon elle, auxquelles -le prince de Condé se soumit lorsque, le 11 juin, -le clergé promena dans Paris, avec toute la pompe d'une -procession générale, la châsse de sainte Geneviève<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor"> [658]</a>. Cette -procession avait été ordonnée, sur les instances du peuple, -par le parlement, le jour même où il délibéra comment -il réaliserait les cent cinquante mille livres promises à celui -qui apporterait la tête de Mazarin<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor"> [659]</a>. La conduite que -<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span> -Condé tint dans cette circonstance fut considérée par -<span class="smcap">Mademoiselle</span> comme un acte d'hypocrisie indigne de -lui, et dont le seul motif était de plaire au peuple. Il -est évident aussi, d'après la manière dont elle s'exprime -dans ses Mémoires, que la foi aux reliques de la douce -vierge de Nanterre était affaiblie dans la classe élevée, -et même que toutes les croyances de ce genre étaient considérées -comme des préjugés populaires et des superstitions -bourgeoises, peu dignes de la haute aristocratie; -mais en même temps nous apprenons, par les nombreux -témoignages de personnages de cette caste, qu'elle était -adonnée à l'astrologie et à la divination, et qu'elle croyait -aux revenants<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor"> [660]</a>.</p> - -<p>L'entrée de Condé et des princes qui l'accompagnaient -amena dans Paris un grand nombre de généraux et d'officiers; -et ceux des armées campées dans les environs profitèrent -d'un voisinage peu favorable à la discipline, mais -très-propice au plaisir<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor"> [661]</a>. Il semblait que tous les jeunes -guerriers, que l'élite de la noblesse de France, et même -des pays circonvoisins, s'étaient donné rendez-vous dans -la capitale. On reconnaissait, aux couleurs de leurs écharpes, -les chefs dont ils dépendaient, les partis et les peuples -auxquels ils appartenaient: celles des Lorrains, rouges; -des Espagnols, jaunes; de Gaston, bleues; de Condé, -isabelle<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor"> [662]</a>. Cette réunion de brillants uniformes donnait un -éclat à toutes les fêtes qui avaient lieu alors, et fournissait -des occasions d'en augmenter le nombre. Cependant la -<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span> -présence de tant d'étrangers, ces drapeaux et ces étendards -de l'Espagne que l'on voyait sans cesse flotter avec -les drapeaux et les étendards de la France, offensaient les -regards sévères des magistrats du parlement, et causaient -une vive douleur aux nobles royalistes qui n'avaient pas -rejoint la cour, et aux honnêtes bourgeois qui, en embrassant -le parti de la Fronde, n'avaient pas abjuré l'amour -de leur pays.</p> - -<p>C'était précisément cette quantité de guerriers de tant -de partis et de nations qui réjouissait la haute noblesse des -deux sexes, entièrement livrée à l'ardeur des factions et -à la fougue de ses passions. Elle y voyait un signe de -force; elle y trouvait un motif de sécurité pour le présent, -et d'espérance pour l'avenir. La plupart de ces héroïnes -de la Fronde, si belles, si jeunes, si coquettes, étaient -charmées de se voir favorisées par les circonstances -dans le désir qu'elles avaient de s'attirer le plus grand -nombre d'hommages, de mettre plus de variété et de séduction -dans ce commerce de galanterie que favorisaient -singulièrement l'agitation et le désordre des guerres.</p> - -<p>Aussi les fêtes ne discontinuaient pas: <span class="smcap">Mademoiselle</span> -en donnait presque tous les soirs<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor"> [663]</a>; et quand elle s'en abstenait, -ses deux dames d'honneur, les comtesses de Fiesque -et de Frontenac, profitaient de ces jours de vacances -pour en donner à leur tour<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor"> [664]</a>. La comtesse de Choisy en -rendait pour <span class="smcap">Monsieur</span>, la duchesse de Châtillon pour le -prince de Condé, la présidente de Pommereul pour le cardinal -de Retz, qui ne pouvait admettre chez lui de tels divertissements; -mais il y donnait de somptueux repas. Des -<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span> -soirées brillantes avaient lieu aussi chez les duchesses de -Chevreuse, d'Aiguillon, de Montbazon, de Rohan, et chez -la marquise de Bonnelle. Tous les genres de plaisirs connus -alors trouvaient place dans ces soirées, surtout dans -celles que donnait <span class="smcap">Mademoiselle</span>, les plus complètes et -les plus belles. Elle faisait presque toujours venir les comédiens -et les vingt-quatre violons. On commençait par -jouer une comédie, ou une tragédie, ou un ballet; ensuite -concert; puis après venait le jeu de colin-maillard, -ou d'autres jeux de société. Après ces jeux on dansait, et -on terminait par une exquise et somptueuse collation. Les -cartes, que plus tard Mazarin mit à la mode, ne se voyaient -que rarement à ces divertissements<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor"> [665]</a>. Mais quand vint la -belle saison, les plaisirs de ce monde frivole et brillant ne -se renfermèrent pas uniquement dans Paris.</p> - -<p>Turenne et le duc de Lorraine employaient toute leur -tactique pour faire traîner la guerre en longueur<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor"> [666]</a>: le premier, -afin de donner le temps au cardinal Mazarin de détruire -les partis en les divisant; le second, pour les tromper -tous. Tout le monde voulait négocier: le parti de la Fronde -et du parlement, pour ne pas se battre; Gaston, pour se faire -honneur du rétablissement de la paix; le prince de Condé, -pour ne pas paraître y mettre obstacle, et faire acheter cette -paix par des concessions qui lui fussent avantageuses; le duc -de Lorraine, pour obtenir de l'argent de toutes mains; Retz, -pour conserver son cardinalat et son archevêché, garder la -faveur de Gaston, et obtenir de la cour l'oubli du passé<a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor"> [667]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span> -Ainsi les corps d'armée, longtemps en présence sans vouloir -se combattre, campaient. Ces espèces de trêves, jointes -aux négociations qui avaient lieu et qu'on s'efforçait en vain -de rendre secrètes, firent souvent croire à la paix bien -avant quelle ne fût conclue<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor"> [668]</a>. Alors les officiers et les personnages -des divers partis communiquaient entre eux; car -il ne faut pas oublier de remarquer que, quoiqu'on se -battît avec valeur, qu'on se tuât, qu'on se fît des prisonniers -dans un jour de bataille, les haines que les chefs -avaient les uns contre les autres n'existaient pas également -parmi leurs partisans respectifs. Ceux-ci s'étaient partagés -en des camps différents par des motifs d'intérêt, par suite -de leurs liaisons ou de leur parenté, et quelques-uns par -caprice et pour ne pas rester oisifs. Les soldats désertaient, -et passaient facilement d'une armée dans une autre<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor"> [669]</a>; la -gaieté régnait au milieu des dangers et de la mort. Les plus -hauts personnages, entraînés par cette disposition générale -des esprits, conservaient entre eux les bienséances que nécessitait -leur intimité ou que réclamaient les liens du sang. -Ainsi, quoique Gaston fût réputé le chef de l'opposition et -des frondeurs, le roi lui envoya le duc d'Amville, pour lui -faire des compliments de condoléance sur la mort de son fils -le duc de Valois<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor"> [670]</a>. C'était avec jovialité et courtoisie que les -généraux se combattaient. Chavagnac, qui tenait pour -Condé, n'en conférait pas moins familièrement et amicalement -avec Turenne; et ayant appris qu'il manquait de -provisions pour sa cuisine, il eut soin, lorsqu'il l'eut quitté, -de lui faire porter un bon dîner. Turenne lui promit, en -<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span> -récompense, de venir bientôt l'assiéger dans Étampes<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor"> [671]</a>.</p> - -<p>Les suspensions des opérations militaires avaient lieu -au milieu de l'été: les Parisiens en profitaient pour prendre -l'air hors de leurs remparts. Les belles dames, les -héroïnes de la Fronde, montaient à cheval, et, accompagnées -de jeunes cavaliers, elles se rendaient au camp -des princes, à celui du duc de Lorraine. On les y recevait -au bruit des trompettes et de la musique guerrière; on -leur donnait des festins sous la tente, et l'on dansait sous -les ombrages des bois voisins. <span class="smcap">Mademoiselle</span> se plaisait -beaucoup à ces brillantes cavalcades: toujours montée -sur un superbe coursier et suivie d'un nombreux cortége, -elle aimait à assister aux revues, aux exercices, aux parades, -et aux évolutions militaires. Ces divers spectacles -attiraient hors de Paris une grande partie de sa population: -les routes étaient couvertes de carrosses, de bourgeois -à cheval, de gens à pied, qui allaient et revenaient -sans cesse de la ville aux camps et des camps à la ville. -Ce beau soleil, ces belles campagnes, ces réjouissants -banquets, ces pompes belliqueuses, ravissaient un peuple -prompt et facile à s'émouvoir; il oubliait les maux causés -par ses divisions, et la guerre ne lui paraissait plus exister -que pour donner plus d'éclat aux fêtes et plus de variété -au plaisir<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor"> [672]</a>. Mais elle avait dans le midi de la France -un caractère de perfidie et d'atrocité réprouvé par les -habitants de la capitale.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXIX.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Arrivée du duc de Lorraine à Paris.—Sa présence y augmente la -licence des mœurs.—Portrait du duc de Lorraine.—Sa politique.—Sa -conduite envers les femmes.—Ses réponses aux duchesses -de Châtillon et de Montbazon.—Sa déférence envers <span class="smcap">Mademoiselle</span>.—Il -fait sa cour à la comtesse de Frontenac.—Il paraît à la -place Royale déguisé en abbesse.—Propos de mademoiselle de -Rambouillet à ce sujet.—Pourquoi le désordre avait pénétré jusque -dans les cloîtres.—Conduite des religieuses de Longchamps.—Supplique -de l'abbesse de ce monastère au cardinal de La Rochefoucauld.—Enquête -faite à ce sujet par Vincent de Paul.</p> -</div> - -<p>La licence des mœurs, que l'état de la société semblait -avoir portée au plus haut degré, fut encore augmentée par -l'arrivée de Charles IV, duc de Lorraine, à Paris<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor"> [673]</a>. Ce -prince, âgé alors de quarante-huit ans, joignait à une taille -élevée une constitution robuste, et montrait une grande -habileté à tous les exercices du corps. Actif, joyeux, spirituel -et goguenard, il aimait par-dessus tout le métier de -la guerre, où il excellait; aimé du soldat et du peuple, il -était envers ses inférieurs communicatif et indulgent jusqu'à -l'excès, mais fier, silencieux et méticuleux avec ses -égaux, avec les princes souverains, et même avec les têtes -couronnées. Ancien amant de la duchesse de Chevreuse, -qui s'était autrefois réfugiée à sa cour, beau-frère de Gaston, -qui avait épousé sa sœur sans l'autorisation et contre -la volonté du roi son frère, le duc de Lorraine avait passé -<span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span> -sa vie à lutter contre Richelieu et contre la France; à perdre, -à reprendre ses États, et à les reperdre encore; à lever sans -cesse des troupes et à combattre. Non compris dans le traité -de Munster, dépouillé de son duché et de toutes ses places -fortes, dont quelques-unes étaient occupées par Condé, -qu'il haïssait, il n'avait pour tout bien, pour toute ressource -qu'une armée de dix mille hommes, qui lui était -dévouée, parce qu'il la laissait piller et s'enrichir aux dépens -des pays où il la conduisait. Il se vendait successivement -à l'Allemagne, à l'Espagne, à la France; faisait profession -de ne tenir à sa parole qu'autant que son intérêt -l'y obligeait: sa vie était celle d'un brigand plutôt que -celle d'un prince souverain<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor"> [674]</a>. Il avait les yeux du chat, et -il en avait aussi la perfidie<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor"> [675]</a>. Il aimait passionnément les -femmes, et ne se croyait pas plus engagé avec elles par les -cérémonies du mariage qu'avec les rois par les conditions -d'un traité. Il avait à cet égard bravé l'opinion publique -et les excommunications du pape, en osant, de sa propre -autorité, déclarer nul son mariage avec la duchesse Nicole, -dont il s'était approprié la souveraineté, et en épousant -ensuite Béatrix de Cusane, princesse de Cantecroix<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor"> [676]</a>. -Cette belle et spirituelle personne le suivait partout à cheval, -et on l'avait surnommée sa <i>femme de campagne</i>.</p> - -<p>D'après la situation des affaires à cette époque et la -force respective des armées, le duc de Lorraine, en se -réunissant à Condé ou à Turenne<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor"> [677]</a>, pouvait à son gré -<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span> -faire pencher la balance en faveur de l'un ou de l'autre. -Il se trouvait donc ainsi l'arbitre entre des partis auxquels -il s'intéressait fort peu, sachant bien que le faible Gaston, -lors même que la cause des princes triompherait, ne serait -pas le régulateur de la France, mais bien Condé, -dont il n'espérait pas plus que de Fuensaldagne ou de -Mazarin. Il dissimulait ses véritables sentiments à son -beau-frère avec plus de soin encore qu'à tout autre; -et tantôt il simulait un complet dévouement, tantôt il -affectait de la froideur, suggérait des querelles de préséance, -et faisait craindre une défection<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor"> [678]</a>. La marche avancée -de son armée, sa visite à Paris, donnèrent des craintes -à la cour, excitèrent des soupçons, et forcèrent Turenne -de lever le siége d'Étampes et de se rapprocher de la capitale<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor"> [679]</a>. -Tous les partis, dont les intrigues aboutissaient -à Paris, devenu le centre des négociations, cherchaient -donc à profiter du séjour du duc de Lorraine pour l'attirer -à eux. Lui, par l'intermédiaire de l'ex-ministre Châteauneuf, -continuait toujours en secret ses relations et ses -pourparlers avec la cour<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor"> [680]</a>. Les femmes, qui jouaient un si -grand rôle dans les affaires, employèrent toutes les ressources -de la coquetterie, tous les moyens que la finesse -et la ruse propres à leur sexe purent leur suggérer, pour -influencer d'une manière conforme à l'intérêt de leur parti -les déterminations de Charles IV<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor"> [681]</a>. Le rusé partisan non-seulement -profita, mais abusa de la position que les circonstances -lui avaient faite. Il poussa jusqu'à l'excès la bouffonnerie -et le dévergondage des paroles, auxquels il avait -<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span> -l'habitude de s'abandonner dans le commerce ordinaire de -la vie<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor"> [682]</a>. Ses manières si étranges parurent piquantes et -naïves à cette société, déjà portée à la licence, continuellement -remuée par des sensations extraordinaires, et toujours -avide d'en éprouver de nouvelles. Ce qui aurait dû -le faire expulser de tous les cercles polis fut précisément -ce qui le fit rechercher, ce qui excita la curiosité, ce qui -le mit à la mode. Lorsqu'il se trouvait seul au milieu des -dames, et que la conversation tombait sur les désastres -occasionnés par les troupes de tous les partis<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor"> [683]</a>, il se plaisait, -dans ses récits, à exagérer les dévastations et les -cruautés de ses soldats. Selon lui, le vol, le viol, le meurtre, -étaient pour eux de petits crimes: ils mangeaient de -la chair humaine, et à ce sujet il se livrait à d'horribles -détails, semblables à ceux des contes d'ogres que l'on faisait -alors aux enfants<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor"> [684]</a>, et que depuis Perrault a consignés -par écrit<a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor"> [685]</a>. Cependant il les débitait avec un si grand sang-froid, -qu'on doutait s'il parlait sérieusement ou s'il plaisantait: -il semblait se complaire à être plutôt considéré -comme le chef d'une troupe de démons que comme un général -d'armée. Il se taisait sur les intérêts et les affaires -qui paraissaient avoir été le but de son voyage à Paris; -ou quand on l'interrogeait et qu'on voulait le sonder, il -répondait par des plaisanteries: s'il daignait faire une réponse -sérieuse, elle était évasive. Pressé un jour par les -duchesses de Châtillon et de Montbazon de s'expliquer -<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span> -sur ses intentions, il les prit toutes deux par la main, et -dit: Allons, mesdames, appelons les violons, dansons, -amusons-nous; c'est ainsi qu'on doit négocier avec les -dames<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor"> [686]</a>. Cependant celles qui lui parlaient d'une manière -conforme à ses intérêts s'en faisaient écouter. Ainsi la -princesse de Guémené sut l'empêcher d'aller secourir -Étampes, en lui démontrant que par là il rendrait Condé -trop puissant. Il flattait l'orgueil de <span class="smcap">Mademoiselle</span>, en -ayant pour elle plus de déférence qu'il n'en montrait pour -sa propre sœur, la duchesse d'Orléans: il lui parlait souvent -de son mariage avec l'archiduc, et il avait pour elle -des égards et un ton de galanterie respectueuse tout différent -de celui qu'il prenait avec les autres femmes. La -politique entrait pour beaucoup dans cette conduite; mais -il s'y joignait un autre motif. La jolie comtesse de Frontenac -lui avait plu<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor"> [687]</a>, et il ne pouvait voir aussi fréquemment -qu'il le désirait la dame d'honneur sans se mettre -très-avant dans les bonnes grâces de la princesse. Mais il -se montrait aussi fort sensible aux charmes de ses nièces, -les deux filles de Gaston. <span class="smcap">Mademoiselle</span> en fut jalouse, -et ce sentiment fit disparaître en elle toute l'affection -que le duc de Lorraine lui avait inspirée. Elle se réjouit -de le voir quitter Paris, et apprit sans regret la nouvelle -de la retraite de son armée; ce qui pourtant portait un -coup fatal au parti qu'elle avait embrassé<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor"> [688]</a>. Les intérêts -du cœur ou ceux de la vanité l'emportent toujours chez -les femmes sur tous les autres. Rarement sont-elles assez -maîtresses d'elles-mêmes pour sacrifier leurs goûts, leurs -<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span> -antipathies, leurs préférences, aux nécessités d'un grand -dessein<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor"> [689]</a>.</p> - -<p>Une anecdote relative au duc de Lorraine, toute frivole -qu'elle pourra sembler à quelques lecteurs, va trop directement -au but que nous nous sommes proposé, de donner -dans ce chapitre une idée de la liberté du commerce qui -régnait alors entre les deux sexes, pour que nous la passions -sous silence.</p> - -<p>Charles IV pria mademoiselle de Chevreuse de le mener -à la place Royale, un jour que l'on faisait jouer les violons; -mais en même temps il désira rester inconnu. Pour le -satisfaire, il fut décidé qu'on le couvrirait d'une grande -écharpe noire que prêta l'abbesse de Maugiron, et qu'ainsi -déguisé, mademoiselle de Chevreuse le ferait passer pour -sa sœur, l'abbesse de Pont-aux-Dames<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor"> [690]</a>. Arrivés à la place -Royale, mademoiselle de Chevreuse et sa prétendue sœur -rencontrèrent mademoiselle de Rambouillet avec madame -de Souvré ou de Bois-Dauphin, et mademoiselle d'Harcourt, -qui étaient prêtes à monter en voiture pour se -rendre dans une maison du voisinage, où elles étaient invitées -à souper. Mademoiselle de Rambouillet témoigna -à mademoiselle de Chevreuse la surprise qu'elle éprouvait -de la trouver à pied à cette heure sur la place publique; -et elle lui demanda en même temps quelle était cette -grande personne en noir qui l'accompagnait, et se tenait à -l'écart. «C'est, dit mademoiselle de Chevreuse en parlant -à l'oreille de mademoiselle de Rambouillet, le duc de Lorraine -qui veut rester incognito, et que je fais passer pour -<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span> -ma sœur, l'abbesse de Pont-aux-Dames.» En même temps -mademoiselle de Chevreuse, en s'adressant au duc de Lorraine, -lui dit: «Ma sœur, pourquoi vous tenez-vous si -loin? Ces dames vous font-elles peur? Ce sont nos meilleures -amies; elles veulent vous dire bonsoir.» Le duc de -Lorraine s'approcha, et joua son rôle de religieuse le -mieux qu'il put; mais, dans son embarras, il ne répondait -que par des signes et des remercîments aux questions -qu'on lui adressait. Mademoiselle de Rambouillet, naturellement -gaie et malicieuse, s'efforça, mais en vain, de -faire monter dans sa voiture mademoiselle de Chevreuse -et sa prétendue sœur. Elle dit depuis à Conrart que si -elle avait réussi, elle avait le projet, aussitôt que tout le -monde aurait été placé, de faire peur au grand guerrier, -en faisant lever la portière de la voiture, et en criant: -«Touche, cocher, droit au Pont-Neuf! nous sommes toutes -mazarines; nous tenons M. de Lorraine, et il faut le jeter -à l'eau.»</p> - -<p>Il ne faut pas s'étonner si l'on voyait alors des abbesses, -même cloîtrées, figurer à cette époque dans le monde -et dans les cercles de Paris. Un grand nombre de religieuses -avaient été obligées de quitter leurs couvents et -de se réfugier en ville, pour fuir les dangers auxquels elles -étaient exposées de la part d'une soldatesque sans frein, -qui pillait et dévastait les campagnes; mais ces exilées du -cloître retrouvaient des périls aussi grands, quoique d'une -autre nature, dans le sein de la capitale. Plusieurs d'entre -elles, par le séjour qu'elles y firent, ajoutèrent un -nouveau genre de scandale à ceux que présentaient déjà -les désordres de ces temps, mais elles n'outragèrent pas -aussi ouvertement la morale publique que les religieuses -de Longchamps. L'abbaye de Longchamps, fondée près -<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span> -du bois de Boulogne par la sœur de saint Louis, et richement -dotée par cette princesse, avait été soustraite par -elle à la juridiction de l'évêque de Paris et du clergé -régulier, et placée sous la direction des frères mineurs, -c'est-à-dire des cordeliers de l'ordre de Saint-François. -De là était résulté le relâchement à la règle, et la corruption -qui en avait été la suite. Elle s'y perpétuait depuis -le quatorzième siècle, et avait encore augmenté -pendant la régence et la Fronde. Les parloirs n'étaient -point fermés; des hommes, qui n'étaient pas même parents -des religieuses, y avaient accès, et s'entretenaient -avec elles à l'insu de l'abbesse. Les confesseurs venaient -de nuit, sous prétexte de remplir les devoirs de leur ministère, -et se trouvaient ainsi à des heures indues tête à -tête avec leurs pénitentes. Quelques-uns même, gagnés à -prix d'argent, avaient ouvert leurs confessionnaux à des -laïques déguisés; des jeunes gens avaient été surpris nuitamment -introduits dans l'intérieur du couvent par de jeunes -religieuses, ou par les sœurs tourières, avec lesquelles -les frères mineurs étaient sur le pied d'une indécente familiarité. -Les recteurs du monastère et les pères provinciaux, -qui étaient les supérieurs ecclésiastiques de l'abbesse, -au lieu de la seconder dans ses pieux efforts pour -la répression des abus, la punition des délits, révoquaient -et annulaient les mesures qu'elle prenait pour y mettre un -terme. Le désordre et l'insubordination croissaient rapidement, -et semblaient être portés à leur plus haut point, -lorsque la marche des troupes et les progrès des opérations -militaires autour de Paris forcèrent toute la communauté -de Longchamps de se réfugier dans cette capitale. -Les sœurs qui avaient lutté avec tant d'audace contre -l'autorité de l'abbesse s'en affranchirent entièrement, et -<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span> -ne conservèrent même plus les apparences de la soumission. -On les vit, gardant leur costume de religieuse, donner -à ces vêtements, symbole de la pureté et de la sévère -pudeur, une immodeste élégance, que le charme de -la nouveauté et le contraste de leur sainte profession rendaient -plus voluptueuse et plus séduisante. Elles portaient -des rubans couleur de feu, des gants d'Espagne, -des montres d'or, des bijoux, et tous les ornements mondains -que pouvait admettre le genre d'habits dont elles -étaient revêtues. Sous prétexte de faire des visites à leurs -parents, leurs connaissances, elles sortaient, et passaient -des jours et des nuits dans la chambre de leurs amants. -L'abbesse, de concert avec les religieuses les plus âgées, -et avec les jeunes religieuses qui ne s'étaient point écartées -de leurs devoirs, se détermina à avoir recours à l'autorité -supérieure. Sur l'instance du procureur général, l'abbaye -de Longchamps avait été replacée, dès l'année 1560, par -un arrêt du parlement, sous la discipline de l'évêque de -Paris; mais l'ordre des frères mineurs n'avait pas voulu -reconnaître cet arrêt: et d'ailleurs il en eût été autrement, -qu'on n'eût rien pu espérer du cardinal de Retz, qui, en sa -qualité de coadjuteur, administrait le diocèse. Ses mœurs -étaient connues, et on savait qu'il ne consentirait jamais -à prendre aucune mesure qui pût attenter aux priviléges -d'un ordre monastique qui lui était dévoué, et qui, par -le nombre et la richesse de ses couvents, avait dans -Paris une grande influence. L'abbesse crut donc devoir -s'adresser directement au pape. Elle lui fit présenter une -supplique, qui fut écoutée favorablement. Le cardinal de -La Rochefoucauld, d'après les ordres du saint-père, en -écrivit au respectable Vincent de Paul; et sur le rapport -de ce pieux ecclésiastique (rapport où nous avons puisé -<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span> -ces faits), lorsque la guerre de la Fronde fut terminée, -on prit des mesures pour rétablir la règle dans le couvent -de Longchamps. Ces mesures furent efficaces; mais -cependant le monastère ne subit pas une reforme aussi -sévère que celle qu'avait opérée dans Port-Royal des -Champs son abbesse, la célèbre Angélique Arnauld, qui -quarante ans avant cette époque, refusa à son propre -père la permission d'entrer dans l'intérieur de son cloître<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor"> [691]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXX.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Condé se réconcilie avec les Parisiens, par l'activité qu'il met à les -défendre.—Il conduit quelques-unes de ses compagnies à Saint-Cloud -et à Saint-Denis.—Les bourgeois sont glorieux de servir -sous lui.—<span class="smcap">Mademoiselle</span> obtient la permission de faire entrer les -troupes de ce prince dans Paris.—Combat sanglant de Saint-Antoine.—Prodiges -de valeur.—Mort de Saint-Mesgrin.—Son -amour pour mademoiselle du Vigean.—Exploits de La Ferté et -de Turenne.—Effet produit par les chefs de l'armée de Condé, -rentrant blessés dans Paris.—Entrevue de Condé avec <span class="smcap">Mademoiselle</span>.—Désolation -de Condé.—Il retourne au combat, et rentre -dans Paris avec son armée.—<span class="smcap">Mademoiselle</span> est l'héroïne de cette -journée.—Souvenir qu'elle en conserva, et ce qu'elle dit d'elle -dans ses Mémoires.</p> -</div> - -<p>Quoique les habitants de Paris eussent refusé d'admettre -dans leur ville les troupes des princes; quoiqu'ils eussent -même formé des retranchements autour du faubourg -Saint-Antoine, pour résister à une surprise et se mettre à -l'abri des maraudeurs; quoique enfin ils vissent avec peine -tant d'officiers étrangers que la présence de Condé autorisait -à séjourner au milieu d'eux, cependant la grande majorité -détestait sincèrement Mazarin. L'antipathie qu'il avait -excitée était nourrie et accrue par les libelles qu'on ne cessait -de publier contre ce ministre, et qu'on répandait avec -profusion. On voulait son expulsion. Les Parisiens ne purent -donc sans reconnaissance être témoins de l'activité et -de la bravoure que Condé déploya pour le triomphe d'une -cause qui était aussi la leur. Depuis longtemps organisés -<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span> -en garde bourgeoise, formant seize régiments subdivisés -en cent vingt-six compagnies<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor"> [692]</a>, qui presque tous avaient -pour colonels des conseillers au parlement et des maîtres -des requêtes, les troubles civils leur avaient donné occasion -de s'exercer au maniement des armes, et leur avaient -communiqué, malgré leurs habitudes citadines, une sorte -d'ardeur martiale. Rien ne se communique plus rapidement, -plus facilement, plus généralement, que cette sympathie -qui unit entre elles des masses d'hommes par des -peines et des travaux semblables, par des hasards et des -périls communs; où les efforts de chacun s'attirent la -reconnaissance de tous; où l'estime de nos compagnons -d'armes nous rehausse à nos propres yeux, et porte notre -courage jusqu'à ce degré d'exaltation qui ne lui permet -pas de fléchir devant la crainte de la mort. Condé sut profiter -habilement de cet enthousiasme pour la gloire militaire, -qui s'était emparé des Parisiens. Il conduisit hors de -Paris quelques compagnies bourgeoises, et les fit se battre -avec succès, de concert avec les troupes réglées, à Saint-Cloud -et à Saint-Denis. Ceux qui avaient fait partie de ces -expéditions revenaient fiers d'avoir servi et combattu sous -les ordres du plus grand capitaine du siècle<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor"> [693]</a>, et ceux qui -n'avaient pas eu cet avantage enviaient le sort de leurs -camarades. Condé dut à cette admiration que les bourgeois -avaient conçue pour ses talents militaires, et à l'intérêt -qu'il leur inspirait, son salut et celui de son armée -lors de la journée de Saint-Antoine, le 2 juillet.</p> - -<p>Pour cette célèbre affaire, nous avons encore l'excellente -<span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span> -description de Napoléon<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor"> [694]</a>; mais ici sa science et son -exactitude stratégique ne peuvent suffire à l'historien. Jamais -peut-être un combat moderne n'a plus ressemblé à -ces combats antiques décrits par les poëtes, où les chefs -s'exposent et se jettent dans la mêlée aussi bien que les -soldats, et où chaque guerrier se bat avec acharnement, -non pas seulement pour la gloire ou pour un intérêt général, -mais pour assouvir ses haines ou ses passions particulières<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor"> [695]</a>.</p> - -<p>La population de Paris sur les remparts et les toits de -ses maisons, et le jeune roi et toute la cour du haut des -collines de Charonne, contemplèrent avec étonnement et -avec des émotions également vives, quoique diverses et -opposées, les prodiges de valeur et de génie militaire que -déployèrent dans cette journée Turenne et Condé; tous -deux, comme les deux grands héros du poëme d'Homère, -se portant en avant avec impétuosité; triomphants et victorieux -partout où ils étaient en personne; battus et repoussés -là où ils n'étaient point; se disputant pied à pied -les mêmes positions, qui furent prises et reprises alternativement -en versant des torrents de sang; et voyant leurs -meilleurs officiers et leurs plus chers amis, tués ou blessés, -disparaître successivement du champ de carnage<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor"> [696]</a>.</p> - -<p>Le marquis de Saint-Mesgrin, qui commandait un détachement, -avait juré d'immoler Condé de sa propre main, -<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span> -ou de mourir en le combattant. Autrefois épris de mademoiselle -du Vigean, Saint-Mesgrin n'avait pu parvenir -à l'épouser, parce que le prince de Condé avait mis obstacle -à son dessein en offrant ses hommages à cette jeune -beauté, que ses poursuites avaient enlevée au monde et -forcée à se faire carmélite. Saint-Mesgrin, dès qu'il aperçut -Condé dans la mêlée, se précipita sur lui à la tête de -son escadron. Le jeune marquis de Rambouillet, et Mancini, -neveu de Mazarin, le premier par enthousiasme -pour la cause royale, le second par reconnaissance pour -un oncle dont s'enorgueillissait sa famille, se joignirent -à Saint-Mesgrin, et le secondèrent dans sa fureur en la -partageant. Ces trois jeunes guerriers, l'espoir de maisons -illustres et puissantes, périrent tous trois dans cette -attaque contre le terrible Condé<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor"> [697]</a>. Tous trois furent vivement -regrettés, mais nul plus que Saint-Mesgrin. Il ne -laissait point d'enfants. Sa jeune veuve épousa depuis le -duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne. Elle fut une -des plus intimes amies de madame de Sévigné<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor"> [698]</a>.</p> - -<p>Aux douleurs et aux craintes que faisait éprouver aux -spectateurs réunis sur la butte de Charonne une lutte -aussi opiniâtre, aussi sanglante et aussi incertaine dans -ses résultats, succéda tout à coup une surprise qui combla -de joie la reine et le jeune roi, et tous les royalistes rassemblés -<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span> -autour d'eux. On vit le maréchal de La Ferté -venir au secours de Turenne avec sa grosse artillerie, et -placer ses batteries de manière à foudroyer entièrement -l'armée des princes, qui, forcée de tous côtés, se reployait -en désordre sur la place d'armes, en avant de la porte -Saint-Antoine, et paraissait ne pas pouvoir échapper à -une totale destruction. Les Parisiens, témoins du même -spectacle, furent saisis de douleur et d'effroi en contemplant -le sort qui menaçait Condé et tous les siens. Des -larmes coulèrent de tous les yeux quand on vit les chefs -les plus illustres de son armée traverser la ville portés par -leurs amis ou par leurs écuyers, et laisser de longues -traces de leur passage par le sang qui s'écoulait de leurs -blessures<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor"> [699]</a>. Mais peu après une autre scène vint faire diversion -au désespoir de cette multitude, et de bruyantes acclamations -signalèrent la sympathie que lui faisait éprouver -le spectacle dont elle était témoin. <span class="smcap">Mademoiselle</span>, -accompagnée des duchesses de Châtillon, de Nemours, -de Montbazon, de Rohan, que tant de passions divisaient, -qu'un même et pressant intérêt unissait, se rendait à -l'hôtel de ville; et, par la terreur qu'inspirait la foule immense -qui la suivait, elle força le maréchal de L'Hospital -et le prévôt des marchands à signer l'ordre d'ouvrir les -portes de Paris à Condé. Des cris d'enthousiasme et de -reconnaissance furent poussés universellement quand -<span class="smcap">Mademoiselle</span> reparut triomphante aux yeux du peuple, -et montra l'ordre qui devait sauver d'une mort inévitable -un héros et tant de braves guerriers qui s'immolaient -pour le salut de tous.</p> - -<p>Jamais le prince de Condé n'eut plus de droit qu'en ce -<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span> -moment de sa vie à l'intérêt des âmes élevées, à l'admiration -de ceux qui savent apprécier le véritable courage, -qui n'est qu'un instinct farouche quand les sentiments -d'homme, la sensibilité de cœur, ne s'y trouvent pas réunis. -Dans le moment où il se croyait perdu, anéanti sans -ressource, <span class="smcap">Mademoiselle</span> l'envoya prier de quitter un -instant le champ de bataille, pour venir conférer avec elle -sur les moyens de le sauver. Il arriva dans une maison -de particulier voisine de la Bastille, où elle lui avait assigné -rendez-vous<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor"> [700]</a>. «Il avait, dit-elle dans ses Mémoires, -deux doigts de poussière sur le visage, ses cheveux tout -mêlés, son collet et sa chemise pleins de sang, sa cuirasse -pleine de coups; et il tenait à la main son épée nue, dont -le fourreau était perdu<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor"> [701]</a>.» Lorsque <span class="smcap">Mademoiselle</span> lui eut -fait part de l'ouverture des portes de la ville, du secours -des compagnies bourgeoises qui s'avançaient pour protéger -sa retraite, et que l'artillerie de la Bastille, d'après les -mesures qu'elle avait prises, allait être dirigée contre les -troupes royales, les traits du guerrier, auparavant sombres -et sévères comme ceux de quelqu'un qui s'apprête à -mourir glorieusement, au lieu de reprendre de la sérénité, -exprimèrent tout à coup le plus grand abattement, la plus -profonde douleur. Rassuré sur le sort de son armée et sur -le sien, il songea à ses valeureux compagnons d'armes -qu'il avait vus disparaître du champ de bataille; et, accablé -par cette pensée, il se laissa tomber sur une chaise, -et dit, en fondant en larmes: «Ma cousine, vous voyez -un homme au désespoir; j'ai perdu tous mes amis. La -Rochefoucauld, Nemours, Vallon, Clinchamp, Guitaut, -sont blessés à mort.—Non, dit <span class="smcap">Mademoiselle</span>, La Rochefoucauld -<span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span> -a une blessure au visage, mais il a déjà recouvré -la vue; Guitaut m'a assuré que sa blessure n'était -pas mortelle: on vient de me donner des nouvelles de -Clinchamp, et il ne court aucun danger; ainsi de Vallon -et de tant d'autres. Espérez, tout ira; restez ici, vous -prendrez le commandement à mesure que vos troupes rentreront.» -Comme elle finissait de parler, on entendit le -canon de la Bastille. A ces consolantes paroles, à ce signal -de son salut<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor"> [702]</a>, Condé, ressaisissant toute l'énergie de son -âme et son aspect martial, se lève en disant: «Non, ma -cousine, je ne dois rentrer que le dernier!» Et il part précipitamment, -pour se mettre à la tête de ses troupes et -commander la retraite. <span class="smcap">Mademoiselle</span>, d'après la recommandation -qu'il lui avait faite, se tint près des portes, -pour assurer le passage des bagages et des blessés.</p> - -<p>On peut dire que si Condé et Turenne furent les héros -de cette journée, <span class="smcap">Mademoiselle</span> en fut l'héroïne. Aussi -dit-elle dans ses Mémoires, avec un souvenir orgueilleux, -qui la charmait encore après tant d'années: «Je commandais -comme dans Orléans<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor"> [703]</a>.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXI.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Condé reste dans Paris.—Il s'aliène le parlement et les anciens frondeur.—Il -soulève la populace.—Massacre à l'hôtel de ville.—Ces -cruautés ramènent le parlement et les bourgeois de Paris dans -le parti du roi.—Condé frappé par le comte de Rieux.—Sentiment -de Talon sur ce fait.—Nemours se bat en duel contre Beaufort, -et est tué.—Désespoir de la duchesse de Châtillon.—Condé -perd tout crédit dans Paris.—Gaston veut en vain se déclarer -lieutenant général.—Il n'obtient ni troupe ni argent.—Le peuple -refuse de payer les taxes mises par le parlement.—Mazarin s'éloigne.—La -rentrée du roi est décidée.—Condé, an lieu de se soumettre, -quitte Paris.—La duchesse de Châtillon essaye en vain de -le retenir.—Mort de mademoiselle de Chevreuse.—L'abbé Fouquet, -son amant, devient l'amant de la duchesse de Châtillon.—Condé, -à la tête des Espagnols, s'empare de Rethel et de Mouzon.—Il -est aidé par le duc de Lorraine.—Réponse de ce dernier aux -reproches de la cour.—La déclaration du roi à sa rentrée est enregistrée, -mais non sans opposition.—La puissance des parlements -est anéantie.—L'autorité royale règne sans partage.</p> -</div> - -<p>Turenne se vit, par le canon de la Bastille et l'ouverture -de la porte Saint-Antoine, arracher une victoire dont -les résultats eussent été décisifs. Il n'avait pu obtenir des -habitants de Paris que son armée traversât la ville sans -s'y arrêter; et Condé dut à ses revers mêmes la faculté -d'y faire entrer tout ce qui lui restait de troupes, et de les -y faire résider. Ce fut précisément ce qui occasionna toutes -ses fautes et lui fut le plus fatal. Dès qu'au lieu de la séduction -et des intrigues il put avoir recours à la force, ce -dernier moyen, si bien d'accord avec son caractère altier, -<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span> -fut le seul employé<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor"> [704]</a>. Lorsque le duc de Lorraine se fut -retiré avec ses troupes, Condé vit que les siennes étaient, -trop peu nombreuses pour tenir la campagne contre l'armée -royale; il voulut contraindre le parlement et les -bourgeois de Paris à lui fournir de l'argent et des hommes. -Il leva le masque avec les anciens frondeurs, qui n'avaient -voulu que l'éloignement de Mazarin, mais non se soustraire -à l'autorité légitime du roi; il répondit à leurs justes -reproches avec hauteur et dédain<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor"> [705]</a>. Il avait fait venir de -Bordeaux son agent le plus actif, le spirituel Marigny<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor"> [706]</a>: -celui-ci, avec plusieurs de ses affidés, travailla à exciter -le mécontentement de cette partie du peuple que dans -les grandes villes la misère et le vice tiennent toujours -disposée à opérer des bouleversements, lorsque, au lieu -de la comprimer, on lui donne les moyens de se soulever. -Le duc de Beaufort, le héros de la populace de Paris, -qu'on avait surnommé <i>le roi des halles</i>, joua un des -principaux rôles dans ces trames odieuses<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor"> [707]</a>. Elles réussirent -à occasionner des émeutes qui épouvantèrent le gouverneur, -le prévôt des marchands, les échevins<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor"> [708]</a>, bannirent -toute sécurité, et forcèrent à fuir, sous divers déguisements, -toutes les personnes d'un rang élevé<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor"> [709]</a> connues -pour être attachées au parti de la cour. Gaston ne provoquait -pas ces désordres, mais il les souffrait et ne faisait -<span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span> -rien pour les empêcher, dans l'espoir qu'ils forceraient le -parlement à le déclarer régent. Il avait aposté parmi le -peuple un nommé Peny, autrefois trésorier de Limoges. -Cet homme, suivi d'une grande multitude, se postait -souvent à son palais, et lui présentait des pétitions au -nom de la ville entière, afin qu'il se chargeât de la -régence<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor"> [710]</a>.</p> - -<p>L'impuissance des autorités pour le rétablissement de -l'ordre força de recourir à une assemblée générale des notables -bourgeois, qui n'avait lieu que dans les grandes -crises et dans les occasions importantes<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor"> [711]</a>. Condé y parut: -dès qu'il eut vu qu'il n'en pourrait rien obtenir, et qu'au -contraire les mesures délibérées par cette assemblée seraient -dirigées contre lui et son parti, il sortit de l'hôtel -de ville, et donna le signal à la populace rassemblée sur -la place. Il avait placé parmi elle plusieurs de ses soldats, -déguisés en gens du peuple<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor"> [712]</a>. Aussitôt un effroyable tumulte -commença: plusieurs personnages, au nombre des -plus estimés et des plus respectés, furent les victimes des -assassins et des incendiaires; la terreur se répandit dans -Paris; le duc de Lorraine lui-même eut bien de la peine -à s'échapper, et à se soustraire, à la fureur populaire<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor"> [713]</a>. Le -calme cependant se rétablit promptement, par les mesures -que prirent ceux-là même qui avaient soulevé la tempête; -<span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span> -mais l'horreur d'une si atroce perfidie retomba entièrement -sur Condé: quelque soin qu'il prît, ainsi que ses -partisans, pour éloigner les soupçons et déguiser la part -qu'il avait eue à cet événement, on persista à croire qu'il -en était l'auteur. Les membres du parlement les plus francs -dans leur opposition contre Mazarin, en apercevant l'abîme -où l'on plongeait l'État, virent la nécessité de triompher -de leur aversion, et allèrent rejoindre le roi, avec la résolution -de faire tout ce qu'il ordonnerait, ou plutôt tout -ce qui serait ordonné en son nom<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor"> [714]</a>.</p> - -<p>Sans vouloir disculper Condé de son odieuse conduite à -cette époque, il faut avouer cependant qu'il n'aurait jamais -conçu de lui-même l'idée d'armer une portion des -habitants de la capitale contre l'autre, afin de régner par -la peur, si bon nombre de bourgeois recommandables<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor"> [715]</a> -par leur réputation et leur existence sociale ne s'étaient -point abandonnés à leur haine contre Mazarin, jusqu'au -point de souhaiter que ses partisans et ceux qui complotaient -ouvertement pour sa rentrée fussent anéantis. «Les -hommes, dit à ce sujet le cardinal de Retz dans ses Mémoires, -ne se sentent pas dans des espèces de fièvres d'état -qui tiennent de la frénésie. Je connaissais en ce temps-là -des gens de bien qui étaient persuadés jusqu'au martyre, -s'il eût été nécessaire, de la justice de la cause des princes. -J'en connaissais d'autres, d'une vertu désintéressée et consommée, -qui fussent morts de joie pour la défense de celle -de la cour. L'ambition des grands se sert de ces dispositions -comme il convient à leurs intérêts; ils aident à -aveugler le reste des hommes, et ils s'aveuglent encore -<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span> -eux-mêmes après, plus dangereusement que le reste des -hommes.» Un fait rapporté par Conrart prouve que le -cardinal de Retz n'exagère pas le fanatisme de cette époque. -Après les horribles journées dont nous avons parlé, -un prêtre de Saint-Jean en Grève osa dire, en chaire, -qu'on devait regretter que tous les mazarinistes assemblés -à l'hôtel de ville n'eussent pas péri et que le peuple n'en -eût pas fait justice. On attribuait généralement à Condé -l'intention d'avoir voulu, par cette émeute, faire assassiner -tout ce qui restait de l'ancienne Fronde; et cette opinion -augmenta encore l'indignation publique contre lui. -Dès ce moment son parti déclina dans la capitale, et celui -du roi s'accrut, ou plutôt il n'y en eut pas d'autre, lorsque -Mazarin eut pris, ainsi que nous l'avons dit la résolution -de s'éloigner. Le malheur, ce rude précepteur des hommes, -atteignit toutes les classes, calma les têtes, raffermit -les jugements. La dévastation des campagnes, la défiance -et la peur, avaient produit dans Paris la famine et la misère. -Des maladies contagieuses s'y étaient développées, -la petite vérole y faisait de grands ravages<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor"> [716]</a>; la guerre -avait obligé cette année les Parisiens à se renfermer dans -leurs remparts, durant les chaleurs de l'été. Les paysans -des environs, reçus dans la ville avec leurs bestiaux, -avaient encore augmenté le resserrement de la population<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor"> [717]</a>: -à toutes ces causes d'insalubrité venaient se joindre -les émeutes et les tumultes populaires, qui sont peut-être -une de celles qui agissent de la manière la plus funeste -sur la santé publique. En effet, l'expérience de tous les -siècles a prouvé que dans les intervalles de désorganisation -<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span> -sociale et aux époques des guerres civiles les fléaux -destructeurs acquièrent un degré d'intensité qu'on ne leur -connaît point dans des temps plus heureux; parce qu'alors -les organes sont tendus, le sang et le fluide nerveux -sont échauffés par l'effet des passions qui agitent les populations, -par les excès auxquels elles se livrent, par le -dérangement de toutes les habitudes, par le défaut de -soins et de prévoyance, tant de la part des magistrats que -de celle des individus.</p> - -<p>Le déclin du parti de Condé et l'exemple de l'insubordination -populaire relâchèrent les liens de la discipline -dans son armée, et affaiblirent son autorité parmi les -siens. Ce fut là sans doute pour Condé un des plus fâcheux -résultats de son séjour dans Paris, un de ceux qui contribuèrent -le plus à la chute de son parti. Quand il voulut -reprocher aux chefs de son armée la dévastation des campagnes, -qui lui attirait tant de haine, Tavannes lui répondit -avec insolence que la cavalerie ne pouvait vivre sans -fourrage, et que le meilleur moyen de s'en procurer était -de couper les blés. Chavagnac, qu'il réprimanda justement -pour un vol de trois cent mille livres de marchandises, -commis par ses soldats, le quitta, et passa dans le -parti du roi<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor"> [718]</a>. Condé eut une altercation avec le comte de -Rieux: celui-ci, dans l'emportement de sa colère, osa le -frapper. Gaston fit aussitôt conduire de Rieux à la Bastille<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor"> [719]</a>; -mais ce manque de respect envers un prince du sang -est considéré par l'avocat général Talon<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor"> [720]</a>, qui pourtant -haïssait Condé, comme un des symptômes les plus manifestes -de l'anéantissement de tout principe d'ordre, comme -<span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span> -un des signes certains de la dissolution de la monarchie: -tant alors, malgré les progrès de l'opposition et les excès -de la sédition, la vénération pour la race royale était encore -empreinte dans tous les esprits! Nemours, méprisant -les ordres de Condé, et pensant que c'était bien assez de -lui avoir immolé son amour sans lui sacrifier sa haine, -força enfin Beaufort à se battre pour une misérable querelle -de préséance. Nemours fut tué<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor"> [721]</a>, et sa mort causa la même -émotion qu'un malheur public. Les hommes regrettaient -en lui un guerrier brave et chevaleresque, qui voulait la -paix. Beau, galant, gracieux et enjoué<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor"> [722]</a>, il fut pleuré des -femmes, et plus amèrement et plus longtemps de la sienne -que de toute autre, quoique moins qu'aucune autre elle eût -à se louer de lui. La duchesse de Châtillon fut pendant -quelque temps plongée par cette mort dans un état de -désespoir. «De vingt amants qu'elle a favorisés, dit Bussy, -elle n'a jamais aimé que le duc de Nemours<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor"> [723]</a>.»</p> - -<p>Tout semblait se réunir pour accabler Condé. La forteresse -de Montrond, où il avait déposé une grande partie -de ses munitions et de ses équipages de guerre, se rendit -au maréchal de Palluau après un long blocus<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor"> [724]</a>. Le prince -de Lorraine par sa retraite avait réalisé la railleuse menace -qu'il avait faite, lors de la procession générale, d'abandonner -Condé à la protection de sainte Geneviève<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor"> [725]</a>. Le -<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span> -parlement, ou plutôt ce qui restait de jeune conseillers de -cette compagnie, avait, dans une de ses séances, déclaré le -roi captif et le duc d'Orléans régent, et nommé Condé pour -commander les troupes; mais les présidents à mortier, le -procureur général Fouquet, les avocats généraux Talon et -Bignon, déployant alors un grand courage, refusèrent de -siéger et de prêter leur ministère à ces arrêts. Alors cette -compagnie, abandonnée de ses chefs, n'étant plus obéie du -peuple, ne voulut plus s'assembler. Condé, par des émeutes, -par les chaînes et les barricades qu'il faisait tendre tous -les jours, essaya de l'y contraindre par la peur; mais il ne put -y réussir<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor"> [726]</a>. La création d'une lieutenance générale fut une -mesure absurde, et contraire à tous les usages du royaume -sous un roi majeur; le duc de Beaufort fut arbitrairement -substitué comme gouverneur de Paris à l'Hospital, et -Broussel remplaça Lefebvre-La-Barre, prévôt des marchands, -qui avait donné sa démission après le massacre de -l'hôtel de ville: toute cette magistrature tyrannique, à laquelle -on voulait donner une forme légale, ne put imprimer -de force aux arrêts illégalement rendus par un parlement -incomplet, dominé par la crainte. Il fut impossible de lever -les taxes en hommes et en argent qu'on avait mises -sur les bourgeois de Paris<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor"> [727]</a>. Alors Condé se trouva réduit, -pour faire subsister ses troupes et se procurer de quoi les -payer, à leur laisser piller, dans les environs de Paris<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor"> [728]</a>, -les maisons de ceux qui étaient connus pour être royalistes -ou mazarinistes, ou qui, quoique frondeurs, n'étaient -pas <i>princistes</i>, pour nous servir du jargon de ce temps; -<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span> -car chaque époque de révolution a le sien. Dès lors Condé -fut en horreur à tous les honnêtes gens<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor"> [729]</a>: un pamphlet du -cardinal de Retz, intitulé <i>les Intrigues de la paix</i>, dont il -se vendit en peu de jours un nombre prodigieux d'exemplaires, -et dans lequel se trouvait démasqué le secret des -négociations de Condé avec l'Espagne et avec Mazarin, -acheva de désabuser ceux qui étaient le plus prévenus -en faveur de la cause des princes, et enleva à ceux-ci le -peu de partisans qu'ils avaient encore. Les incertitudes et -les hésitations de Gaston<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor"> [730]</a>, augmentant avec les craintes -du prochain retour du roi dans Paris, achevèrent d'ôter -à Condé son seul appui, et le laissèrent sans ressource -et sans moyen de se soutenir dans la capitale et de continuer -la guerre.</p> - -<p>Un seul parti restait à ce prince: c'était de poser les -armes devant son roi. Il le pouvait avec honneur, puisque -le prétexte même de la résistance avait été écarté, et que -Mazarin n'était plus en France. Nul doute que l'espoir -d'arriver à ce résultat et de conserver Condé au roi, mais -Condé désarmé et soumis, n'ait été un des motifs qui -avaient déterminé l'habile ministre à s'éloigner. Beaufort, -de Guise, Rohan, Richelieu, résolus à s'arranger avec la -cour dès qu'ils virent que Gaston restait neutre, invitaient -Condé à céder; mais aucun d'eux n'avait assez d'influence -sur son esprit pour en arracher cette détermination<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor"> [731]</a>. -Nemours n'était plus; La Rochefoucauld, grièvement -blessé, était retenu dans son lit: Condé se trouva -<span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span> -ainsi livré à la faction de la duchesse de Longueville, -ennemie de ces deux hommes, et qui l'entraînait du côté -des Espagnols, avec lesquels il avait conclu des traités<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor"> [732]</a>. -Condé avait dit à ceux qui le poussaient à la guerre, qu'il -serait le dernier à prendre les armes, et le dernier à les -poser<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor"> [733]</a>. Il tint parole. Plusieurs motifs puissants le déterminaient. -Il ne doutait pas, et toute la France en était -convaincue comme lui, que l'exil de Mazarin ne fût une -ruse pour dissoudre les partis; et il prévoyait que ce ministre -serait promptement rappelé. Sous son administration, -Condé ne pouvait espérer aucun commandement, -ni aspirer à exercer aucune influence. L'exemple du duc -de Lorraine, plus libre, plus puissant, plus redouté à la -tête de son armée qu'il ne l'avait été à la cour de Nancy, -lorsqu'il était possesseur du duché de Lorraine, séduisait -Condé<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor"> [734]</a>. La guerre était son élément, les camps sa patrie, -les champs de bataille ses délices, la gloire sa divinité. -Son âme altière ne put supporter l'idée de fléchir sous -Mazarin, de profiter d'une amnistie, de languir dans le -repos et l'obscurité.</p> - -<p>En vain la duchesse de Châtillon, qui ne voulait pas -quitter la France, essaya d'y retenir Condé: elle ne put -rien obtenir. Il paraît même qu'il avait cessé de l'aimer -depuis qu'il n'était plus obligé de la disputer à Nemours<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor"> [735]</a>; -peut-être aussi eut-il connaissance de sa liaison avec -l'abbé Fouquet, qui commença vers cette époque. Mademoiselle -<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span> -de Chevreuse, auprès de laquelle cet abbé -avait remplacé le cardinal de Retz, mourut, après trois -jours de maladie, dans tout l'éclat de la jeunesse et de -la beauté<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor"> [736]</a>.</p> - -<p>L'abbé Fouquet, libre de tout engagement de cœur, fut -peu de temps après fait prisonnier, et détenu sur parole -dans l'hôtel de Condé. Investi de la confiance de Mazarin, -il eut de fréquentes conférences avec la duchesse de Châtillon -pour les négociations qui avaient lieu alors entre -Condé et la cour. Jeune, aimable, entreprenant, exercé -par l'usage à faire naître et à saisir auprès des femmes -l'instant favorable, l'abbé Fouquet ne tarda pas à mettre -à profit les faciles et amoureuses dispositions de sa belle -négociatrice. Puis, par la suite, quand le retour du roi et -le triomphe de Mazarin l'eurent investi d'un grand crédit, -il employa la perfidie pour s'en assurer la possession exclusive; -il la fit exiler à sa terre de Mello (Merlou), près -de Creil. Mais il s'aperçut bientôt qu'en l'isolant de la cour -il n'avait pas écarté tous ses rivaux. A Mello, le chanoine -Cambiac, deux Anglais, mylord Graf, et George Digby -comte de Bristol, gouverneur de Mantes et de l'Isle-Adam, -se trouvaient sans cesse auprès d'elle, et firent éprouver à -l'abbé Fouquet toutes les fureurs de la jalousie. D'ailleurs, -la foule des poursuivants que le prince de Condé, par le -respect et la crainte qu'il inspirait, avait écartée, se rapprocha -de la belle duchesse quand on le vit séparé d'elle; -et peut-être vit-elle s'éloigner ce héros, dont la conquête -au moins honorait ses charmes, avec aussi peu de regret -qu'il en montra lui-même en la quittant. Le cardinal de -Retz aurait pu lui appliquer ce qu'il a dit de la duchesse -<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span> -de Montbazon, qu'il n'avait guère vu de femmes qui, dans -le vice, conservassent moins de respect pour la vertu<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor"> [737]</a>. -Cependant madame de Sévigné, répandue alors dans -toute la société des femmes opposées à la cour, la voyait -souvent, et avait avec elle des liaisons d'amitié qui étaient -comme héréditaires dans sa famille. La duchesse de Châtillon -était la fille de ce Montmorency-Bouteville dont -nous avons parlé dans le premier chapitre de cet ouvrage, -qui périt sur l'échafaud, victime de sa passion pour les -duels, et dont la mort fut la cause indirecte de celle du -père de madame de Sévigné<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor"> [738]</a>.</p> - -<p>Condé partit, abhorré de ce même peuple dont il avait -été accueilli avec des acclamations de joie quelques mois -auparavant<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor"> [739]</a>. Dès qu'il eut quitté le théâtre des intrigues -et des factions populaires, où il n'avait éprouvé que des -chutes, recueilli que des ridicules et des crimes, et qu'il -se retrouva à la tête d'une armée, il redevint lui-même et -ce que la nature l'avait fait, c'est-à-dire un grand capitaine -et un valeureux guerrier. Il se fit suivre par la victoire, en -combattant contre sa patrie avec ces mêmes Espagnols qu'il -avait vaincus lorsqu'il s'était battu pour elle. Il ne tarda -pas à s'emparer de Saint-Porcien, de Rhetel et de Mouzon<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor"> [740]</a>. -Cette fois il fut sincèrement secondé dans ses -<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span> -plans militaires par le duc de Lorraine, qui conduisit de -nouveau en Champagne ses bandes dévastatrices<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor"> [741]</a>. En -vain on voulut le faire rétrograder, en lui opposant le -traité qu'il avait signé et l'argent qu'il avait reçu: il répondit -qu'il était sorti de France conformément au traité, -mais qu'il n'avait pas promis dans le traité de n'y point -rentrer.</p> - -<p>Ce fut contre ces deux rudes jouteurs que Turenne eut -à lutter. Ce fut à lui à sauver la France des attaques des -ennemis extérieure, qui eurent lieu simultanément du côté -de l'Italie, où les Français perdirent Casal, qu'ils possédaient -depuis 1628; de l'Espagne, où Barcelone leur fut -enlevée; des Pays-Bas, où on leur prit Gravelines et Dunkerque. -Il fallait encore que les victoires dans l'intérieur -fussent aidées par les négociations de Mazarin, et parvinssent -en même temps à anéantir la guerre civile, qui, -apaisée dans la capitale, continuait avec acharnement -dans le midi du royaume; il fallait aller délivrer Bordeaux, -dont les rebelles étaient en possession, et qu'ils -avaient fait le centre de leurs opérations<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor"> [742]</a>.</p> - -<p>La déclaration du roi dans la séance du Louvre du -22 octobre (1652), qui interdisait aux cours de justice -toute discussion sur les affaires du royaume, et bannissait -arbitrairement plusieurs de leurs membres, des princes -du sang, des pairs de France, et tous les principaux fauteurs -de la Fronde, ne fut pas vérifiée au parlement sans -opposition. Camus de Pontcarré, Le Boindre, Le Boult, et -quelques autres magistrats, réclamèrent les garanties précédemment -accordées par la reine régente sous la minorité -<span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span> -du roi: les discours qu'ils prononcèrent en cette occasion -furent les derniers accents que fit entendre sous ce règne -la liberté parlementaire. Le jour qui termina l'année 1652 -vit éclore plusieurs édits bursaux pour lever de l'argent -par voies extraordinaires<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor"> [743]</a>. Ces édits, contraires à la déclaration -du 24 octobre 1648, et qui l'anéantissaient, furent -enregistrés sans résistance par le parlement de Paris, et -ne donnèrent lieu à aucune remontrance de la part de la -cour des aides.</p> - -<p>Ainsi fut annulée la puissance politique des parlements -et l'influence de la magistrature sur le gouvernement de -l'État. L'autorité royale n'eut plus de digue légale. Les -magistrats étaient pris dans la bourgeoisie, parmi les légistes, -les commerçants; il y avait donc une sympathie -naturelle et une communauté d'intérêts entre les parlements -et les classes riches du tiers état. A un petit nombre -d'exceptions près, celles-ci restèrent étrangères aux -hautes dignités militaires et ecclésiastiques, qui étaient -devenues le patrimoine exclusif de la noblesse. Les princes -du sang, les seigneurs puissants étaient donc unis -avec les nobles par les mêmes motifs que le tiers état avec -les parlements; ils avaient voulu, de même que les parlements, -se rendre redoutables à l'autorité royale. Cette -faction, par suite des derniers événements, se trouvait -représentée par le seul Condé; et sa fuite à l'étranger, ses -alliances avec lui, les troupes étrangères qu'il commandait, -avaient converti une guerre civile en une guerre -étrangère. Si celle-ci pouvait être terminée heureusement -et par un traité de paix, sans aucune concession à un sujet -révolté, l'autorité royale s'établissait alors sans contrôle -<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span> -et sans obstacle, et n'avait plus rien à redouter que de -ses propres excès ou de sa faiblesse, ou de l'impéritie de -ceux qui pouvaient être appelés à l'exercer. Ce fut ce -grand œuvre que Mazarin entreprit, et qu'il termina heureusement.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXII.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Effet que produit sur les esprits l'existence d'un gouvernement ou sa -désorganisation.—Les habitants paisibles de la France désespèrent -d'y voir renaître la tranquillité.—Plusieurs songent à l'abandonner.—Balzac -veut se transporter en Hollande.—Ce qu'il écrit à -Conrart à ce sujet.—Conrart et le duc de Montausier empêchent -Balzac d'exécuter son projet.—Le duc de Montausier est blessé en -faisant la guerre contre les rebelles.—Inconvénients de la guerre -pour Balzac.—Il ne peut recevoir les nouveaux livres de Paris.—Sa -lettre à Conrart à ce sujet.—Explications sur cette lettre.—Détails -sur Salmonet de Montet.—Sur Ogier.—Sur l'ouvrage de -Ménage, intitulé <i>Miscellanea</i>.—Idylle de ce recueil, dédiée à madame -de Sévigné.—Vers de cette dédicace.—Reproche de poëte -fait par Ménage à madame de Sévigné, qui manque de vérité.—L'affaire -du duc de Rohan et du marquis de Tonquedec le démontre.</p> -</div> - -<p>Nous l'avons déjà dit, tant que l'autorité publique -maintient l'exercice des lois et de l'administration, qu'elle -lève régulièrement des impôts et s'appuie sur des armées -disciplinées et obéissantes, quelles que soient les attaques -dont elle est l'objet, on se refuse à croire qu'elle puisse jamais -être arrêtée dans son action. Les moyens qu'elle a de -se soutenir sont si concentrés, si nombreux et si puissants, -ceux de ses adversaires toujours si disséminés et si faibles, -qu'on n'imagine même pas comment ceux-ci pourraient -opérer un bouleversement: et en effet, il n'aurait jamais -lieu si cette opinion ne donnait pas au pouvoir lui-même -<span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span> -une idée exagérée de sa force, un aveuglement et un orgueil -qui lui font mépriser cette sage défiance, cette continuelle -vigilance, nécessaires à sa durée; s'il ne se livrait -pas, dans son indolence, aux mains de l'impéritie et de la -trahison. Lorsque les factions ont pris la place de cette -autorité publique anéantie, on a aussi peine à comprendre -comment l'ordre pourra renaître du sein du désordre; et -comme alors tous les partis parlent un langage également -faux, parce qu'il est toujours passionné ou hypocrite, -l'honnête homme éclairé qui les méprise tous, dont toutes -les habitudes sont contrariées, toutes les jouissances troublées, -toutes les espérances dissipées par la tempête, se -détache de sa patrie; ou plutôt il songe alors à aller chercher -sous un gouvernement régulier le repos, dont il ne -prévoit plus pouvoir goûter les douceurs dans le pays qui -l'a vu naître.</p> - -<p>Telles étaient les dispositions où se trouvait Balzac à -l'époque de cette seconde guerre de la Fronde. Cette ancienne -gloire, cet ancien soutien de l'hôtel de Rambouillet, -regardé alors comme le premier écrivain en prose que la -France possédât, tâchait de prolonger son existence par -un régime constant, et, comme il le dit lui-même, par des -débauches régulières de lait d'ânesse. Retiré à sa terre -de Balzac, près d'Angoulême, les dissensions qui déchiraient -la France l'affectaient si douloureusement, que, -malgré la débilité de l'âge et la faiblesse de sa santé, il -avait pris la résolution de se retirer en Hollande. Le 10 -mai de cette année 1652, c'est-à-dire après la nouvelle de -l'entrée de Condé à Paris, il écrivait à son ami Conrart, -qui était resté dans la capitale pendant cette terrible lutte: -«Si Dieu n'a pitié de nous, et ne nous envoie bientôt sa -fille bien aimée, qui est madame la Paix, je suis absolument -<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span> -résolu de fuir des objets qui me blessent le cœur -par les yeux. Quand je serais plus caduc et plus malade -que je ne suis, je sortirais du royaume, au hasard -de mourir sur la mer, si je m'embarque à La Rochelle, ou -de mourir dans une hôtellerie, si je fais mon voyage par -terre<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor"> [744]</a>.»</p> - -<p>Balzac eût, malgré les instances de Conrart, exécuté -son projet, sans les blessures que reçut le duc de Montausier -en combattant contre les rebelles. Le duc se vit forcé -de revenir à Angoulême pour se faire soigner, et il resta -longtemps dans un état de faiblesse qui lui interdisait -toute occupation. La société et les entretiens de Balzac -devinrent pour Montausier la plus agréable de toutes les -distractions aux maux qu'il endurait; il le pria de ne pas -l'en priver, et fit tous ses efforts pour l'engager à renoncer -au projet qu'il avait conçu. De son côté, Balzac -retrouva dans le commerce intime de M. et de madame -de Montausier un charme qui lui rappelait les beaux -jours de l'hôtel de Rambouillet<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor"> [745]</a>. Cette circonstance empêcha -donc Balzac d'aller mourir ailleurs que dans sa patrie; -mais il souffrait vivement des privations que la -guerre lui imposait, et surtout de l'interruption des courriers -et des voitures, qui l'empêchait de recevoir les -lettres que son ami Conrart lui écrivait et les livres qu'il -lui envoyait.</p> - -<p>Le 20 juillet, c'est-à-dire après avoir reçu des nouvelles -du combat de Saint-Antoine et du massacre de -l'hôtel de ville, il lui écrivait:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span> -«Ayant appris les nouvelles générales, et n'ayant point -eu des vôtres particulières, je ne puis que je ne sois en -peine de vous, de M. de Grasse (Godeau) et de M. de -Chapelain. Je crains tous les coups de la tempête pour des -biens si rares et si précieux, pour des biens que j'ai dans -le vaisseau agité. Dieu veuille calmer votre Paris et rassurer -nos provinces! Ne fera-t-il pas descendre du ciel en -terre cette fille bien aimée pour laquelle je soupire jour et -nuit? Il y a dans la maladie de l'État je ne sais quoi de -divin qui se moque de la raison humaine. Aristote, Tacite, -Machiavel, ne verraient goutte dans nos ténèbres. -Toute la prudence est ici accablée par la force du destin; -les moindres de ces désordres sont ceux qui troublent le -commerce de nos Muses; et néanmoins je ne les estime -petits que par la raison des plus grands. Car en effet -quel malheur d'être privé pendant si longtemps de la consolation -de nos livres, de nos chastes et innocentes voluptés! -de ne plus rien voir de Port-Royal et de la boutique -des Elzevirs! de ne pouvoir lire ni les remontrances -de M. Salmonet, ni les vers de Ménage, ni les sermons -de M. Ogier!»</p> - -<p>Ainsi, nous apprenons par cette lettre que tout ce qui -sortait de la plume des solitaires de Port-Royal attirait -aussitôt l'attention des savants comme des gens du monde. -Quant à Salmonet, il était, ainsi que son frère, attaché -au service du cardinal de Retz; et tous deux le suivirent -à Nantes<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor"> [746]</a>, et partagèrent sa captivité. Le dernier, qu'on -nommait de Montet, du nom de sa famille, fut depuis -lieutenant-colonel du régiment écossais de Douglas, et tué -en Alsace; l'autre Robert de Montet de Salmonet, dont -<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span> -parle Balzac, s'était fait un nom par une histoire des derniers -troubles d'Angleterre, et venait de publier, sous le -voile de l'anonyme, mais avec l'approbation du cardinal -de Retz, une brochure in-folio de 72 pages, sortie des -presses du fameux imprimeur Antoine Vitré, intitulée: -<i>Remontrance très-humble faite au sérénissime prince -Charles II, roi de la Grande-Bretagne, sur les affaires -présentes</i><a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor"> [747]</a>. Cet écrit de circonstance fut alors regardé -comme un chef-d'œuvre; son succès et son titre seul -prouvent suffisamment qu'alors l'usurpation de Cromwell -n'était pas tellement consolidée qu'on n'entretînt encore -en France des espérances de voir remonter Charles II sur -le trône. Ogier, si peu connu aujourd'hui, était un prédicateur -célèbre et grand littérateur<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor"> [748]</a>, faisant, comme beaucoup -de littérateurs de cette époque, de petits vers et des -dissertations critiques, et mêlant les combats littéraires -aux exercices de sa profession. Il avait pris, en gardant -l'anonyme, la défense de Balzac contre le père Goulu, -général des feuillants; et son apologie fut trouvée si belle, -que Balzac fut soupçonné d'avoir eu la faiblesse de vouloir -passer pour en être l'auteur. A l'époque de la lettre -de Balzac que nous venons de transcrire, Ogier venait de -publier, sous le titre singulier d'<i>Actions publiques</i><a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor"> [749]</a>, le -premier volume des sermons qu'il avait prêchés à Paris. -Il paraît que la beauté de son débit avait beaucoup servi -à sa réputation; car lorsque Balzac l'entendit prêcher pour -la première fois dans l'église de Saint-Cosme, il dit: «Ce -<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span> -théâtre est trop petit pour un si grand acteur<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor"> [750]</a>.» On conçoit, -d'après ces antécédents, l'impatience que Balzac -avait de lire dans leur première nouveauté, des compositions -dont il avait conçu une idée si avantageuse.</p> - -<p>Le désir qu'il éprouvait de lire les vers de son ami Ménage -n'était pas moins grand; mais il fut assez promptement -satisfait, car six semaines après les doléances qu'il -avait faites à Conrart il reçut le précieux volume in-4<sup>o</sup> -intitulé <i>Miscellanea</i> (Mélanges)<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor"> [751]</a>, le premier ouvrage que -Ménage ait publié. Ce recueil, aujourd'hui si peu lu et -même si peu connu, fit alors sensation dans le monde littéraire, -et donna lieu à des éloges et à des critiques<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor"> [752]</a>. -Plusieurs des pièces qu'il renferme avaient déjà paru séparément, -ou dans d'autres recueils. Celui-ci se fit longtemps -attendre; car le privilége du roi qui en permettait -l'impression est du mois de mai 1650, et il ne fut achevé -d'imprimer que le 27 août 1652. Le bon Balzac dut être -ravi en recevant ce volume; il y trouvait d'abord en tête -un beau portrait de Nanteuil, qui lui retraçait les traits -de son ami Ménage; puis une dédicace en latin à M. de -Montausier, qui prouve que Ménage, quoique alors aux -gages du coadjuteur, ne reniait point ses anciennes amitiés, -et ne craignait pas, an milieu des plus grandes fureurs -de la Fronde, de donner à un royaliste zélé les -louanges qu'il méritait, et même de souhaiter qu'il triomphât -dans les combats qu'il livrait aux rebelles: <i>Vale et</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span> -<i>vince</i>, dit-il en finissant. Qu'on ne croie pas cependant -que cette épître soit de la même date que le reste du recueil. -Non; Ménage l'écrivit au moment même où il envoyait -son livre à l'impression. Elle est datée du 9 avril -1652; et alors le cardinal de Retz ne désirait pas le succès -de Condé, et voyait avec plaisir les résistances que les -royalistes lui opposaient dans le midi.</p> - -<p>Balzac trouvait ensuite dans ce volume plusieurs pièces -à lui dédiées, qui contenaient ses louanges; puis les bouffonnes -et spirituelles caricatures accompagnant les pièces -écrites en latin contre un professeur de grec au Collége de -France, devenu célèbre par ses ridicules, son avarice, ses -habitudes de parasite, l'âcreté de ses sarcasmes, souvent -spirituels, contre tous les gens de lettres en réputation; -ce qui fit composer contre lui un si grand nombre d'épigrammes -et de satires, qu'on en a depuis formé un recueil -qui n'a pas moins de deux volumes<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor"> [753]</a>. Après ce piquant -écrit, <i>Vita Mamuræ</i>, qui avait déjà paru imprimé dans -un premier recueil contre Montmaur, et que Ménage avait -composé à l'âge de vingt-quatre ans, Balzac retrouvait -plusieurs pièces du spirituel Sarrazin et d'autres beaux esprits, -que probablement il avait entendu lire autrefois à -l'hôtel de Rambouillet; ensuite des pièces de vers en grec, -en latin et en français, toutes composées par Ménage, dont -la muse ne se contentait pas de sa langue maternelle et -traînait à sa suite toutes les langues savantes. Cependant -il s'abusait, le docte Ménage, de vouloir donner à sa renommée -toutes sortes de trompettes: c'était le moyen de -<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span> -n'obtenir de retentissement d'aucune. Il en est du poëte -comme du musicien, qui n'excitera jamais notre admiration -par les merveilles de son exécution si, au lieu de tirer -vanité de pouvoir exercer son art sur un grand nombre -d'instruments, il ne cherche pas à en reculer les -bornes en consacrant sur un seul tous ses efforts, et en -tâchant d'y surpasser tous ses rivaux. L'ingénieuse antiquité -n'a donné au dieu des vers et de l'harmonie qu'une -seule lyre.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, une idylle intitulée <i>le Pêcheur, ou -Alexis</i>, dédiée à madame la marquise de Sévigné, et précédée -d'une longue tirade de vers à sa louange, se trouve -dans le même volume, et explique suffisamment les détails -qu'on vient de lire. Cette pièce est le premier hommage -public rendu à celle qui fait l'objet de ces Mémoires; et -quoiqu'elle n'ait paru qu'en 1652, elle a du être composée -au plus tard en 1649, c'est-à-dire entre les deux Frondes, -et avant que madame de Sévigné fût devenue -veuve. Elle commence ainsi, dans cette première édition -des poésies françaises de Ménage<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor"> [754]</a>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span></div> -<p>Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage,</p> -<p>Ornement de la cour, merveille de notre âge,</p> -<p>Aimable Sévigné, dont les charmes puissants</p> -<p>Captivent la raison et maîtrisent les sens;</p> -<p>Mais de qui la vertu, sur le visage peinte,</p> -<p>Inspire aux plus hardis le respect et la crainte...</p> -</div></div> - -<p>Nous ne transcrirons pas les vers qui suivent, parce que -plus emphatiques encore que ceux-ci, ils donnent une idée -encore plus fausse, s'il est possible, de madame de Sévigné, -de sa manière d'être dans le monde et des sentiments -qu'elle y faisait naître. Dans tous les ouvrages que Ménage -publia par la suite, il saisit toutes les occasions de -faire l'éloge de madame de Sévigné. «Le nom de madame -de Sévigné, disait l'évêque de Laon, est dans les -ouvrages de Ménage ce qu'est le chien du Bassan dans -les portraits de ce peintre; il ne saurait s'empêcher de -l'y mettre<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor"> [755]</a>.»</p> - -<p>Sans fiel, sans haine, bonne et indulgente pour tous, -madame de Sévigné n'embrassa avec chaleur aucun des -partis qui divisaient la France. Son bon sens, son esprit, -sa vertu, lui firent connaître ce qu'il y avait de faux, d'exagéré, -de coupable, de haïssable dans chacun d'eux; et -quoique par sa parenté, par ses amis, par l'indépendance -de sa position, et peut-être aussi par celle de son caractère, -elle inclinât pour l'opposition, pour la Fronde, pour -ces puissants raisonneurs de Port-Royal, cependant elle -mit tant de modération dans sa conduite, elle se concilia -tellement la bienveillance des personnes dont les opinions -ne s'accordaient pas avec les siennes, que dans l'intervalle -de paix qui eut lieu entre les deux Frondes, quand Ménage -<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span> -composa son idylle, elle fut bien reçue à la cour, et en -fit, comme il dit, l'ornement. Durant la seconde Fronde, -pendant le feu de la guerre civile, lorsque les partis se -trouvaient les plus animés les uns contre les autres, à l'époque -où Ménage publia ses <i>Mélanges</i>, elle avait conservé -toutes les connaissances qu'elle avait acquises parmi les -royalistes; elle était restée fidèle à tous les attachements -qu'elle avait contractés dans ce parti, où, comme dans les -autres, elle avait des admirateurs et des courtisans. Ceux -qui étaient restés à Paris étaient accueillis par elle avec -le même empressement que ceux du parti contraire; elle -n'établissait d'autres différences entre eux que celles que -pouvaient y mettre leur sociabilité, leur degré de mérite, -ou leur talent de plaire. Sa beauté, sa jeunesse, sa fraîcheur, -son amabilité, rassemblaient partout autour d'elle -un nombreux cortége; et le goût qu'elle avait pour le -monde et pour ses plaisirs ne lui permettait pas de montrer -à personne ce visage sévère, ni «cette âme insensible -aux traits de la pitié<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor"> [756]</a>,» que Ménage, dans son jargon -de versificateur, croyait devoir lui prêter, par un faux -goût d'exagération que les romans de mademoiselle de -Scudéry avaient mis à la mode. Par sa résistance à tous -les genres de séduction, madame de Sévigné inspirait -certainement du respect, mais elle n'inspirait de la crainte -à personne: elle avait pour cela une physionomie trop -vive, trop gaie, trop ouverte, trop de franchise et d'abandon -dans ses discours et dans ses manières. Si toute -sa vie, si tout ce que ses contemporains en ont écrit, si -toutes ses lettres ne démontraient pas l'exactitude de ce -<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span> -que nous avançons ici, l'affaire du duc de Rohan et du -marquis de Tonquedec, qui eut lieu à l'époque dont nous -nous occupons, et qui fit alors beaucoup de bruit à Paris, -dans les cercles et les ruelles de la haute société, suffirait -pour le prouver.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXIII.<br /> -<span class="medium">1652-1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Détails sur le marquis de Tonquedec.—Son amour pour madame de -Sévigné.—Il veut secourir, dans un tumulte, le président de Bellièvre.—Il -manque d'être assommé par la populace.—Sa haine -contre le parti de Condé.—Rohan se rencontre avec lui chez la -marquise de Sévigné.—Tonquedec se conduit avec hauteur dans -cette entrevue.—La duchesse de Rohan s'en offense.—Elle -pousse son mari à demander une explication.—Le duc de Rohan -va trouver Tonquedec chez madame de Sévigné.—Menace qu'il -lui adresse, en présence de toute la société rassemblée chez elle.—Réponse -de Tonquedec.—Il veut se battre, mais on l'oblige à sortir -de Paris.—Embarras de madame de Sévigné.—Elle va voir la -duchesse de Rohan.—Exigences de celle-ci.—Madame de Sévigné -se refuse à subir les conditions qu'elle veut lui imposer.—Le -chevalier Renaud de Sévigné envoie un cartel au duc de Rohan.—Ils -se rendent hors de la ville pour se battre.—Un exempt du duc -d'Orléans les en empêche.—Tonquedec envoie un cartel au duc -de Rohan.—Réponse évasive de celui-ci.—Du Lude, Chavagnac -et Brissac menacent de provoquer Rohan au combat, s'il ne donne -pas satisfaction à Tonquedec.—La duchesse de Rohan fait donner -des gardes à son mari, et le fait surveiller pour qu'il ne puisse se -battre.—Tonquedec rentre dans Paris avec la cour.—Son affaire -avec Rohan n'eut aucune suite.—Mort de Rohan.</p> -</div> - -<p>Le marquis de Tonquedec était un gentil-homme breton, -parent de la duchesse de Rohan. Il parut d'abord vouloir -se joindre au parti des princes, et il avait même promis au -duc de Rohan de lever un régiment pour lui. Non-seulement -il n'exécuta pas sa promesse, mais il se mit du parti -de la cour, et devint un des partisans du cardinal Mazarin. -Il se brouilla ainsi avec le duc de Rohan, et ils ne se -<span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span> -voyaient plus. Cependant, durant la seconde guerre de la -Fronde Tonquedec était resté à Paris. Peut-être n'y était-il -retenu qu'à cause du séjour qu'y faisait la marquise de -Sévigné, dont il était épris. Vers la fin du mois de mai -de l'année 1652, Tonquedec passait par hasard dans la -rue, au moment même où le peuple maltraitait le fils du -premier président de Bellièvre, qui, muni d'un passeport, -voulait sortir de la ville. Tonquedec prit sa défense, -et chercha à favoriser sa sortie: il manqua d'être assommé -par la populace, et fut obligé de garder le lit pendant -quelques jours, par suite des contusions qu'il avait reçues<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor"> [757]</a>. -Cette circonstance augmenta encore son aversion -contre les partisans de Condé, qui, assez mal vus de la -bourgeoisie, étaient alors tout-puissants parmi le bas -peuple.</p> - -<p>Aussitôt que Tonquedec fut rétabli, il alla voir madame -de Sévigné. Il se trouvait seul avec elle un certain mardi, -dans la matinée du 18 juin 1652, lorsque le duc de Rohan -y arriva<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor"> [758]</a>. Tonquedec, nonchalamment assis dans un fauteuil -placé dans la ruelle et au chevet du lit de la marquise, -se leva à demi, ôta son chapeau; mais il se rassit avant -que le duc eût un siége et sans lui offrir sa place, qui -était la place d'honneur. Le duc de Rohan fut interdit de -cette rencontre et de la contenance de Tonquedec. Il fit, -contre son ordinaire, une visite courte et silencieuse, et se -retira avec toutes les apparences d'un homme piqué<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor"> [759]</a>. De -retour chez lui, il conta ce qui s'était passé à la duchesse -sa femme. Celle-ci, outrée de ce qu'elle considérait comme -<span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span> -un affront, lui dit que la chose ne pouvait en rester là, et -qu'il fallait qu'elle fût réparée. Rohan se rendit donc le -lendemain chez la marquise de Sévigné, et se plaignit à -elle de l'incivilité de Tonquedec. Madame de Sévigné convint -qu'à la vérité il avait été bien fier. Cette manière d'excuser -Tonquedec enflamma encore le courroux de l'altière -duchesse, à qui les paroles de la marquise furent rapportées. -D'après les instigations de sa femme, Rohan retourna -le lendemain chez madame de Sévigné, non plus seul, -mais accompagné d'un grand nombre de gentils-hommes. -Arrivé à l'hôtel de Sévigné, il vit à la porte le carrosse du -comte du Lude. Il demanda au cocher si son maître était -là. Le cocher répondit que non; qu'il y avait amené M. le -marquis de Tonquedec, auquel M. le comte avait prêté son -carrosse. Rohan, laissant son cortége à la porte de l'hôtel, -monta seul chez madame de Sévigné; il la trouva en compagnie -avec sa tante la marquise de La Trousse, avec Marigny -et Tonquedec. Rohan, se sentant fort de l'escorte -nombreuse qu'il avait amenée, dit en entrant à Tonquedec: -«On m'a dit que vous vous vantiez de m'avoir nargué -céans; je viens aujourd'hui vous apprendre à me rendre -ce que vous me devez.—Monsieur, dit Tonquedec avec -un air de mépris, je vous rendrai toujours plus que je ne -vous dois.—Vous ne sauriez, répliqua le duc; et je vous -montrerai bien ce que vous me devez.» Rohan ordonna -ensuite à Tonquedec de sortir, le menaçant, s'il n'obéissait -pas, de le faire chasser par son escorte. Tonquedec -tira son épée; mais madame de Sévigné, sa tante et Marigny -s'interposèrent, et le supplièrent d'éviter une catastrophe -sanglante, dont une lutte aussi inégale le rendrait -victime. Tonquedec dit qu'il obéirait à madame de Sévigné; -mais en se retirant il manifesta l'intention d'obtenir -<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span> -raison de l'insulte qui lui était faite. Gaston et le maréchal -de Schomberg le firent chercher pour le faire arrêter, -et il fut obligé de s'évader, et d'aller rejoindre la cour.</p> - -<p>Madame de Sévigné, qui après la première entrevue -des deux rivaux en avait redouté les suites, était allée, -dans l'espérance de les prévenir, faire une visite à la duchesse -de Rohan. Elle en fut reçue très-froidement, et -s'en plaignit à mademoiselle de Chabot, sœur du duc de -Rohan. Mademoiselle de Chabot lui dit que pour que la -duchesse fût contente d'elle, il fallait qu'elle promît de -ne plus jamais recevoir chez elle le marquis de Tonquedec. -Madame de Sévigné refusa de consentir à cette -humiliation; et à cause de ce refus les Rohans et leurs -amis rejetaient sur elle tout le tort de la scène qui avait -eu lieu.</p> - -<p>Madame de Sévigné était désespérée d'une affaire qui -la brouillait avec toute une famille illustre et puissante à -Paris et en Bretagne, qui la rendait l'objet des entretiens -de tout le monde, l'exposait à un blâme qu'elle n'avait -pas mérité, et qui menaçait de se terminer d'une manière -tragique. En effet un duel semblait inévitable; la chose -était publique, et Loret même en avait parlé dans sa -gazette<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor"> [760]</a>. L'arrogance et les procédés de la duchesse de -Rohan dans cette circonstance furent généralement blâmés; -mais l'influence que les circonstances politiques et -l'appui de Condé donnaient aux Rohans empêchaient que -l'opinion ne se manifestât ouvertement en faveur de madame -de Sévigné. Les Rohans abusèrent à son égard du -désavantage de sa position: ils se conduisirent avec une -hauteur inconvenante; mais ils eurent bientôt lieu de s'en -<span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span> -repentir, et ils apprirent qu'une femme jeune, jolie, spirituelle -et vertueuse, qui sait tirer parti des dons qu'elle -a reçus du ciel, est aussi une puissance, qu'on ne peut -opprimer impunément.</p> - -<p>Vers la fin de juillet, et aussitôt que Rohan eut été déclaré -duc et pair au parlement, il reçut un cartel du -chevalier Renaud de Sévigné, pour qu'il eût à lui rendre -raison de sa conduite envers la marquise, sa parente. -Tous deux se rendirent hors de la ville; un exempt du -duc d'Orléans, par ordre de Son Altesse Royale, vint -arrêter Rohan au moment où les deux combattants venaient -de mettre bas leur pourpoint et de tirer leurs -épées<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor"> [761]</a>. Le duc d'Orléans donna un garde à Rohan et un -au chevalier Renaud de Sévigné, pour les empêcher de -se battre: cette mesure, qui était selon les usages de ce -temps, calma les craintes de la duchesse de Rohan, qui -l'avait provoquée; mais elle fit tort à la réputation de -son mari, dont la bravoure était suspecte: il passait pour -être plus habile à la danse qu'à l'escrime<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor"> [762]</a>. C'était d'ailleurs -un moyen de différer l'issue de cette affaire, et non -de la terminer. Les amis de madame de Sévigné ne paraissaient -pas disposés à céder.</p> - -<p>Le duc de Rohan reçut bientôt un nouveau cartel du -marquis de Tonquedec, qui, n'obtenant pas de réponse, -fit parler au duc par les comtes de Vassé et de Chavagnac. -Rohan ne répondit à ceux-ci que d'une manière évasive: -alors le comte du Lude, le duc de Brissac et le comte de -Chavagnac allèrent de nouveau le trouver, et lui signifièrent -que s'il ne se battait pas avec Tonquedec, il fallait -<span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span> -qu'il tirât l'épée contre eux, et qu'il eût à se pourvoir de -deux amis qui voulussent avec lui se battre contre eux. Le -barbare usage de ces duels collectifs n'était pas, comme l'on -voit, entièrement aboli, quoique les exemples en fussent -devenus rares. Le duc de Rohan se vit ainsi forcé de promettre -de répondre à l'appel de Tonquedec, aussitôt qu'il -pourrait se délivrer de son garde. La duchesse de Rohan, -qui craignait pour les jours de son mari, était, dit Conrart, -un garde bien plus difficile à éviter que celui qui lui -avait été donné par le duc d'Orléans. Elle faisait veiller le -duc de Rohan en tous lieux, même la nuit, de peur qu'il -ne lui échappât; mais on disait dans le monde qu'elle n'avait -pas tant de peine à le garder et à l'empêcher de se -battre qu'elle voulait bien le faire croire<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor"> [763]</a>. C'est alors -qu'elle se repentit vivement de s'être attaquée à notre jeune -veuve, et d'avoir été à son égard si injuste et si arrogante. -Cependant, elle réussit à empêcher le combat, et -cette affaire n'eut pas d'autre suite, soit à cause de l'intervention -de madame de Sévigné, soit parce que les deux -antagonistes, suivant des partis différents, ne purent se -rejoindre, soit enfin parce que le rapide affaiblissement -de la santé du duc de Rohan ne lui permit pas de réparer -le tort que cette aventure faisait à son honneur. En effet, -aussitôt après le retour du roi, le duc et la duchesse de -Rohan furent exilés de Paris, et le duc de Rohan mourut -le dernier jour du mois de février de l'année suivante, à -son château de Chanteloup, où, déjà gravement malade, -il s'était fait transporter, par l'avis des médecins, pour -respirer un meilleur air<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor"> [764]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_462"> 462</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXIV.<br /> -<span class="medium">1652-1663.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Le retour du roi dans Paris en fait disparaître toute la société de la -Fronde.—Scarron seul reste.—Sa maison devient le rendez-vous -de tous les jeunes seigneurs royalistes.—Changement opéré dans -son intérieur.—Il épouse la petite-fille d'Agrippa d'Aubigné.—Réflexions -sur les événements extraordinaires que fournit l'histoire, -comparés aux fictions des poëtes et des romancières.—Le mariage -de Scarron fit peu de sensation.—Sa femme, connue sous le nom -de <i>la belle Indienne</i>.—Diverses versions sur ses aventures et son -mariage.—Le bruit court que Scarron va se transporter aux îles, -et que sa femme est enceinte.—Liaison de madame Scarron et de -Ninon de Lenclos.—Madame Scarron reste pieuse et vertueuse, -malgré cette liaison.—Elle est aimée du marquis de Villarceaux.—Scarron -va à Tours pour affaires de famille.—Madame Scarron -attire chez son mari la meilleure société.—Changement heureux -qu'elle opère en lui.—Madame Scarron reçue dans les plus hautes -sociétés.—Observations judicieuses de Saint-Simon sur les changements -opérés par l'invention des sonnettes de renvoi sur l'intérieur -des familles.—Le défaut de cette invention fut utile à madame -Scarron pour se faire bien accueillir.—Motifs qui empêchaient -alors madame de Sévigné de contracter une liaison intime -avec madame Scarron.</p> -</div> - -<p>Le retour du roi dans Paris et l'arrestation du cardinal -de Retz avaient fait disparaître de la capitale toute la -brillante société de la Fronde: Gaston et toute sa cour, -<span class="smcap">Mademoiselle</span> et ses dames d'honneur, Condé et son brillant -cortége d'officiers, et toutes les dames de son parti, -les duchesses de Châtillon, de Montbazon, de Rohan, de -Beaufort; tous les amis et partisans du coadjuteur, le duc -<span class="pagenum"><a id="Page_463"> 463</a></span> -de Brissac, Renaud de Sévigné, Châteaubriand, Lameth, -Château-Regnauld, d'Argenteuil, d'Humières, Caumartin, -d'Hacqueville et l'Écossais Montrose<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor"> [765]</a>.</p> - -<p>Toutes ces personnes, et beaucoup d'autres, plus ou -moins liées avec madame de Sévigné, avaient été exilées -de Paris par lettres de cachet, ou étaient forcées de partir -ou de se cacher, par la crainte d'être arrêtées. De tous -ceux qui avaient marqué par leur opposition à la cour, -Scarron seul, retenu et défendu par ses infirmités, était -resté; et ce qui paraît étrange, c'est que sa maison ne -cessa point d'être aussi fréquentée qu'auparavant; elle -continua à être le rendez-vous de tout ce qu'il y avait -de monde élégant, jeune, spirituel et aimable. Non-seulement -les seigneurs royalistes se montraient, comme -avaient fait ceux de la Fronde, empressés à la fréquenter, -mais, ce qu'on n'avait pas vu jusque alors, des femmes -d'un haut rang, d'une réputation irréprochable, y allaient, -et ne s'y trouvaient point déplacées.</p> - -<p>Quand on se rappelle les virulentes et détestables satires -qu'avait écrites contre Mazarin ce prince des poëtes -burlesques, on comprend qu'il est nécessaire d'expliquer -pourquoi, après le retour de Mazarin et lors de la toute-puissance -de ce ministre, Scarron continua à être l'objet -d'une faveur publique si marquée.</p> - -<p>Un grand changement s'était opéré dans l'intérieur du -vieux poëte, dans son mode d'existence, dans les dispositions -de son esprit, et surtout dans les sentiments de -son cœur.</p> - -<p>A l'époque où les événements de la seconde guerre de -Paris se succédaient avec le plus de rapidité, au commencement -<span class="pagenum"><a id="Page_464"> 464</a></span> -de juin de l'année 1652, Scarron se maria<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor"> [766]</a>: ce -fut de sa part un acte de charité envers une enfant, et cet -acte de charité devait avoir un jour sur les destinées de -la France une plus longue influence que tous les mouvements -que se donnaient alors Turenne et Condé, Mazarin -et Retz<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor"> [767]</a>.</p> - -<p>La petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, âgée de seize ans -et demi<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor"> [768]</a>, éclatante de fraîcheur, éblouissante de beauté, -adorable par ses grâces et son esprit, ravissante de pudeur -et d'innocence, était devenue la femme de ce poëte -bouffon et obscène, de ce cul-de-jatte, de cet assemblage -de toutes les difformités, de toutes les souffrances humaines, -ruiné, endetté, ne subsistant que des produits précaires -de sa plume. Telle était la misère profonde où se -trouvait plongée une famille jadis puissante et illustre, -que la jeune fille se trouva tout heureuse d'avoir inspiré -de la pitié au généreux Scarron, et, en recevant la main -<span class="pagenum"><a id="Page_465"> 465</a></span> -de cet infirme vieillard, de se condamner par l'hymen, -durant les plus belles années de sa vie, à un triste célibat.</p> - -<p>Romanciers et poëtes, vous dont l'imagination se complaît -dans les chutes rapides et les élévations subites, -contemplez cet enfant qui se joue sur le rivage de Sicile, -près de la ville de Mazzara. Né dans la classe du peuple, -sa famille n'a pas même de nom; c'est un des enfants de -Pierre, de ce pêcheur dont vous voyez là-bas l'humble -cabane; mais un jour viendra que ce bambin, joignant -son nom de baptême à celui de la ville qui renferma son -berceau, sera Jules de Mazarin, couvert de la pourpre -romaine, armoriant son écusson du faisceau consulaire -de Jules César, gouvernant la France, et par elle préparant -et influençant les destinées de l'Europe entière<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor"> [769]</a>.</p> - -<p>Écoutez: quand ceci sera arrivé, quand la capricieuse -fortune, qui se joue dédaigneusement des destinées et des -prévisions humaines, vous paraîtra avoir épuisé en faveur -de Jules de Mazarin toute sa puissance, venez, et faites-vous -ouvrir la prison de Niort. Examinez cette autre enfant, -dont des haillons couvrent à peine la nudité. Elle est -née, la petite créature, dans ce sombre et sale réduit, où -son père et sa mère ont été enfermés pour dettes. Elle n'a -pas cinq ans, et joue avec la fille de son geôlier. Celle-ci, -dans sa vanité enfantine, lui montre les beaux habits -qu'elle porte, les brillants joujoux qu'on lui a donnés<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor"> [770]</a>. -Voyez alors la pauvrette, elle qui n'est nourrie que du -pain de la charité, lever sa petite tête avec fierté, et dire -à sa compagne: «C'est vrai, je n'ai ni habits ni joujoux; -<span class="pagenum"><a id="Page_466"> 466</a></span> -mais je suis <i>demoiselle</i>, et vous ne l'êtes pas.» Oui, -certes, elle était demoiselle, et bien noble demoiselle, la -petite-fille de ce guerrier célèbre, de ce grand homme, -de cet ami, de ce compagnon de Henri IV! et elle ne paraîtra -pas avoir dérogé de son illustre origine en devenant -la femme du poëte Scarron; et ces amants si richement -parés qui la courtisent, et ces grandes dames qui la -protègent, sont loin de se douter que cette charmante -malheureuse, comme ils l'appellent, s'assiéra un jour près -du trône de France, et qu'à elle ils devront leurs richesses, -leurs dignités, l'élévation de leurs enfants et les nouvelles -splendeurs de leurs races. Romanciers et poëtes, -que sont vos fictions auprès de ces réalités de l'histoire!</p> - -<p>Le mariage de Scarron avec la jeune d'Aubigné fit peu -de sensation et causa peu d'étonnement. Indépendamment -des combats, des intrigues, des événements de tout genre -qui occupaient les esprits, on crut, non sans quelque raison, -que cette nouvelle détermination du plus célèbre des -auteurs burlesques tenait à celle qu'il avait prise de se -transporter dans les îles d'Amérique pour y chercher une -amélioration à sa santé, ou du moins un soulagement à -ses maux. On contait diversement les aventures de la -jeune orpheline. On savait qu'elle s'était soustraite, par -ce singulier mariage, au dur despotisme d'une parente -avare<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor"> [771]</a>; mais on ignorait la captivité et les misères des -premières années de son enfance. On la croyait née en -Amérique<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor"> [772]</a>; on avait appris que ses parents s'y étaient -transportés, dans l'espoir de réparer les désastres de leur -fortune, et par cette raison on ne la désignait dans le -<span class="pagenum"><a id="Page_467"> 467</a></span> -monde que sous le nom de <i>la belle Indienne</i>. Ce qui semblait -devoir faire admettre ce récit, c'était son teint, d'une -blancheur éblouissante, mais pâle, qui ajoutait à l'éclat -de ses yeux, grands, noirs, brillants et doux, ce qui lui -donnait de la ressemblance avec une créole. Des faits -vrais, que sa famille était plus disposée à propager qu'à -contredire, confirmaient encore cette croyance. On avait -appris que c'était en s'informant des personnes qui pouvaient -lui donner des renseignements sur les contrées -lointaines où il voulait se rendre, que Scarron avait fait -sa connaissance<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor"> [773]</a>; et l'on pensait qu'il avait résolu de reconduire -dans sa belle patrie, sous les bosquets embaumés -des tropiques, la jeune garde-malade qu'il s'était -donnée. Il paraît en effet qu'il eut ce projet: lorsqu'on -sut qu'il était sorti de Paris avec sa femme, le bruit courut -qu'ils allaient tous deux s'embarquer; et le gazetier -Loret, qui n'était ni malin ni méchant, en devisant sur -ce prétendu voyage dans sa bavarde gazette<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor"> [774]</a>, dit qu'on -répandait aussi la nouvelle que madame Scarron était -enceinte. C'était à la fois une plaisanterie cruelle et une -calomnie.</p> - -<p>Le pauvre paralytique, en songeant à la gaieté folâtre -et souvent cynique de ses discours, s'était lui-même fait -justice, en disant: «Je ne lui ferai pas de sottises, mais -je lui en apprendrai beaucoup<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor"> [775]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_468"> 468</a></span> -L'âge, la laideur, les infirmités de son époux, n'étaient -pas les seuls motifs qui donnèrent lieu à la malignité publique -de s'exercer sur le compte de madame Scarron -dans les commencements de son mariage. Elle avait contracté -la liaison la plus intime avec Ninon de Lenclos, et, -selon l'usage de ce temps pour les personnes qu'unissait -une étroite amitié, elle partageait souvent avec elle le -même lit. On pouvait penser alors que Ninon de Lenclos, -qui avait presque le double de l'âge de madame Scarron, -exerçait sur elle assez d'influence pour lui faire partager -ses penchants voluptueux et sa philosophie épicurienne. -Cependant il n'en était pas ainsi: la religion était là, une -noble fierté, des sens tempérés, un amour inné de la -vertu, et encore plus un violent désir de s'attirer les -louanges et de se faire admirer. C'est elle-même qui a fait -l'aveu de ce dernier motif comme d'une faiblesse<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor"> [776]</a>; et alors -on doit présumer que ce désir fut encore augmenté par -les discours mêmes qu'elle entendit tenir dans le monde -sur son amie. Ninon, qui la chérissait, aurait voulu en -faire son élève, et la rendre heureuse à sa manière. Elle ne -s'en est point cachée, et, dans son âge avancé, on lui a -souvent entendu dire de madame de Maintenon: «Dans -sa jeunesse, elle était vertueuse par faiblesse d'esprit. -J'aurais voulu l'en guérir; mais elle craignait trop Dieu.» -Cet aveu de Ninon et le témoignage de Tallemant des -Réaux, sans cesse occupé à recueillir les anecdotes les -plus scandaleuses qu'il entendait raconter dans les sociétés -de son temps, résolvent les doutes qu'on a élevés sur madame -<span class="pagenum"><a id="Page_469"> 469</a></span> -Scarron au sujet du marquis de Villarceaux<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor"> [777]</a>. Que -fût devenue la malheureuse Ninon si sa jeune amie, cédant -aux poursuites et aux séductions du seul homme qui -ait été soupçonné de lui avoir inspiré de l'amour, lui eût -enlevé l'amant le plus fortement et le plus constamment -chéri de son cœur, et eût ainsi mis en pratique les principes -qu'elle avait cherché à lui inculquer?</p> - -<p>La conduite de madame Scarron dans cette circonstance -lui valut la protection et l'amitié de la marquise de -Villarceaux; et son succès dans cette première épreuve -contre les orages des passions affermit dès le premier -pas sa marche dans le sentier où elle se proposait de marcher. -Sa vie ressemble à ces longs golfes de la mer, dont -la navigation devient plus facile quand on est parvenu à -franchir heureusement le détroit semé d'écueils qui en -forme l'entrée. A part les principes fondamentaux sur la -religion, personne ne pouvait mieux que Ninon guider madame -Scarron sur cette scène du monde où elle était forcée -de se produire, ni lui faire mieux connaître les personnages -qui se trouvaient placés autour d'elle. L'attachement -de Ninon pour madame Scarron s'accrut encore par la -preuve de générosité et de vertu qu'elle en avait reçue, et -sa confiance en celle qui lui offrait toute sécurité contre -une dangereuse rivalité fut entière. D'un autre côté, les -qualités aimables de Ninon, les sages conseils qui venaient -sans cesse au secours de l'inexpérience de sa jeunesse<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor"> [778]</a>, -ses générosités, ses complaisances et ses attentions -<span class="pagenum"><a id="Page_470"> 470</a></span> -pour son époux, avaient inspiré pour elle à madame Scarron -de l'estime et de l'amitié. Toujours elle lui conserva -ces sentiments; et lorsque des sociétés différentes, des -genres de vie opposés les eurent séparées, elles ne furent -jamais désunies. Quand d'impérieuses convenances les -empêchèrent de se voir, ou de ne se voir qu'en secret, -elles s'écrivirent. Enfin, madame de Maintenon, assise -près du trône, environnée des respects de la cour du grand -monarque dont elle était la compagne, n'oublia pas les -titres qu'avait auprès d'elle l'amie de la femme de Scarron. -Mademoiselle de Lenclos en fut convaincue toutes les -fois qu'elle voulut l'être: il est vrai qu'elle le voulut rarement. -Ce fut toujours pour obliger des amis, et jamais -pour elle-même<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor"> [779]</a>. La philosophique Ninon était loin d'envier -le sort de son ancienne compagne: elle aurait regardé -comme un malheur de se trouver forcée d'échanger contre -le pompeux esclavage du rang que celle-ci occupait, sa -douce liberté et son heureuse médiocrité; elle n'ignora -même pas que madame de Maintenon, affaissée sous le -poids de la multiplicité de ses devoirs et des ennuis de -la grandeur, pensait comme elle à cet égard.</p> - -<p>Le public apprit bientôt que Scarron avait renoncé à -son voyage en Amérique; on sut qu'il s'était rendu à -Tours pour affaires de famille, et qu'il était revenu à Paris -avec sa femme. Les sollicitations multipliées que celle-ci -fut obligée de faire pour que son mari ne fut pas exilé -de la capitale après que le roi y fut rentré attirèrent sur -elle l'attention de toute la cour. Un intérêt puissant s'attachait -à ses malheurs, à sa jeunesse, à sa beauté. Son -<span class="pagenum"><a id="Page_471"> 471</a></span> -air de candeur et d'innocence démentait les bruits que sa -liaison avec Ninon avait accrédités. Ils furent réfutés d'une -manière plus efficace encore quand on la vit protégée et -recherchée par toutes les femmes de ceux qu'on lui avait -donnés pour amants: quand la marquise de Villarceaux, -les duchesses de Richelieu et d'Albret, s'accordèrent -toutes à louer sa sagesse, son amabilité, son esprit, et -que toutes les trois, et plusieurs autres dames également -connues par la sévérité de leurs principes et la régularité -de leurs mœurs, l'admirent dans leur société intime.</p> - -<p>Mais, quoiqu'elle en fût flattée, elle ne cédait que rarement -à leurs invitations, rarement elle quittait le malheureux -Scarron. Servante empressée quand il était malade, -compagne enjouée quand il souffrait moins, docile -écolière dans ses moments de loisir, secrétaire diligent et -critique plein de goût quand il composait<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor"> [780]</a>, charme et délice -de la société qui se rassemblait à sa table et autour de -son fauteuil, elle suffisait à tout, était partout et à tout -moment, comme une divinité bienfaisante, apportant tous -les biens, soulageant tous les maux. Par cette conduite -elle parvint à opérer un changement extraordinaire, une -métamorphose complète dans le caractère, les sentiments -et l'esprit même de ce vieillard, et ce fut avec une promptitude -qui parut tenir du miracle. Scarron, qui se montrait -auparavant si impatient de dissiper dans la joie et -dans la débauche le peu de jours qui lui restaient, si insouciant, -si déhonté, si impudique, n'est plus semblable -à lui-même; il pense, il parle, il agit, il écrit tout différemment -qu'il n'a fait jusque alors. Voyez-le, ce bouffon -cynique qui plaisantait sur le déshonneur de sa propre -<span class="pagenum"><a id="Page_472"> 472</a></span> -sœur<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor"> [781]</a>: il croit à la vertu<a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor"> [782]</a>, il en fait l'éloge. L'ange lui -est apparu, c'est comme une révélation. Il ne s'inquiète -plus de lui-même: une seule idée le poursuit, l'assiège, -le tourmente sans cesse. Cette idée, c'est de trouver les -moyens d'assurer un sort à cette orpheline, après qu'il ne -sera plus. Voilà sa seule pensée, son unique occupation. -Il sait qu'il n'a plus longtemps à vivre, et qu'il faut qu'il -se hâte. Rien ne lui coûte pour expier ses torts envers le -tout-puissant ministre, pour reconquérir la protection de -la reine mère, dont il se dit le malade en titre, et envers -laquelle il s'est montré ingrat<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor"> [783]</a>. Il n'est pas de projets -qu'il n'enfante pour courir après cette fortune qu'il a -laissée s'échapper avec tant d'indifférence. Lui, le burlesque, -veut devenir financier; il se fatigue à calculer, il -propose des plans d'entreprise, en poursuit le privilége, -mais toujours au nom de sa femme, pour sa femme, pour -elle seule; il n'a besoin de rien, elle a besoin de tout; il ne -parle que d'elle, que pour elle. Il la recommande à tous ses -amis, disant en pleurant qu'elle est «digne d'un autre -époux, digne d'un meilleur sort». Il travaille et il écrit sans -cesse pour obtenir de l'argent des libraires ou des comédiens; -mais tout ce qui sort de sa plume est plus délicat, -plus spirituel, sans mauvais goût. Il est gai sans être bouffon, -et badin sans gravelure; son âme, son esprit, son -<span class="pagenum"><a id="Page_473"> 473</a></span> -cœur, se sont améliorés, épurés; il amuse, il réjouit, il -attendrit; il est devenu plus cher à ses amis et à tous -ceux qui le connaissent.</p> - -<p>Scarron en se mariant avait encore vu diminuer ses -faibles revenus; il s'était vu obligé de renoncer au canonicat -dont il était pourvu. Aucune des entreprises qu'il -avait conçues ne put recevoir d'exécution<a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor"> [784]</a>. Sa femme -obtint une pension de seize cents francs par la protection -de madame Fouquet<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor"> [785]</a>, dont les bienfaits ainsi que -ceux de quelques autres dames l'aidèrent à lutter contre -la pauvreté. Dans les sociétés brillantes où elle se trouvait -lancée, elle éprouva que dans l'adversité et dans -une humble condition la beauté vertueuse peut bien s'acquérir -l'estime, échapper à l'abandon et au mépris, mais -non obtenir les mêmes respects, les mêmes égards que -le rang et la richesse. Le ton cavalier des poëtes qui -chantaient les louanges de <i>la belle Indienne</i><a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor"> [786]</a>, les discours -et les manières des jeunes seigneurs qui se rassemblaient -chez Scarron, les complaisances auxquelles elle -se soumettait envers les dames qui s'étaient déclarées ses -protectrices, et qu'on acceptait sans façon, lui démontraient -chaque jour cette vérité. C'est une observation fine -et judicieuse de Saint-Simon, qu'avant l'invention des -sonnettes de renvoi dans l'intérieur des appartements, les -dames de haut parage avaient besoin d'avoir continuellement -<span class="pagenum"><a id="Page_474"> 474</a></span> -près d'elles de ces femmes que leur naissance et -leur éducation ne rendaient pas déplacées dans leur société, -quoique la modicité de leur fortune parût les en -écarter, mais qui, par cette raison même, se montraient -disposées à leur rendre les services auxquels sont astreintes, -par les devoirs de leurs charges, celles qui accompagnent -les reines et les princesses. Nous ajouterons que -cette invention a produit dans les mœurs et les habitudes -de la bourgeoisie des changements plus grands que dans -les hautes classes. Mais Saint-Simon n'en parle pas, parce -qu'il n'a pas eu occasion de les observer. Il revient, au -contraire, assez fréquemment sur les différences qu'il remarquait -avoir été produites entre l'ancienne et la nouvelle -société à laquelle il appartenait, par l'influence de -cet usage, pour nous faire penser qu'il était récent lorsqu'il -écrivait ses Mémoires<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor"> [787]</a>. Nos recherches n'ont pu -nous faire découvrir l'époque précise où il a commencé -à se répandre; mais nous avons tout lieu de croire que, -toute simple que peut paraître l'invention qui lui a donné -lieu, elle a pourtant été ignorée durant le règne de -Louis XIV. Saint-Simon, habile à découvrir l'action des -petites causes sur les grands événements, attribue aux -occasions que ce défaut de perfectionnement dans nos habitations -fournit à madame de Maintenon, pour se rendre -nécessaire, ses premiers succès dans le grand monde et -les utiles liaisons qu'elle y forma. Par la mémoire qu'elle -conserva de ces temps de dépendance et de sujétion, -Saint-Simon explique aussi les faveurs royales qu'elle fit -pleuvoir sur ses anciennes protectrices et sur leur postérité, -<span class="pagenum"><a id="Page_475"> 475</a></span> -sur les d'Albret, les Richelieu, les Montchevreuil, -les Villars, les d'Harcourt et les Villarceaux. Il y a de -l'exagération dans ce point de vue, mais il y a aussi de la -vérité; et cette vérité ne nuit pas autant à la bonne réputation -de madame de Maintenon que Saint-Simon le -croyait et le voulait.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, ces détails nous ramènent à la position -particulière de madame de Sévigné à l'égard de madame -Scarron, non-seulement à l'époque dont nous nous -occupons, mais pendant toute la durée de la vie de l'une -et de l'autre. On a vu que c'était précisément peu de temps -avant qu'il se mariât que madame de Sévigné s'était déterminée -à voir le vieux poëte, et qu'il était résulté de -sa visite, entre elle et lui, un échange de louanges et -d'aimables plaisanteries, un commerce de lettres<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor"> [788]</a>. Nulle -n'était plus propre que madame de Sévigné à apprécier -tout le mérite de la femme que Scarron s'était donnée, et -plusieurs passages de ses lettres<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor"> [789]</a> prouvent qu'elle l'avait -parfaitement jugée; mais la veuve du marquis de Sévigné -n'était pas d'un rang à pouvoir disputer le patronage -de cette jeune femme à celles qui se l'étaient exclusivement -attribué: elle n'avait pas, comme elles, les -moyens de la protéger efficacement. D'un autre côté, elle -se trouvait dans une position trop élevée pour vivre avec -elle sur le pied d'égalité. D'ailleurs, l'amie de Ninon de -Lenclos, de celle qui sans aucun égard, sans aucun scrupule, -avait séduit son mari, et jeté le trouble dans son -intérieur, ne pouvait que difficilement obtenir sa confiance. -<span class="pagenum"><a id="Page_476"> 476</a></span> -Ainsi donc, quoique madame de Sévigné se soit -fréquemment trouvée à cette époque dans les mêmes sociétés -que madame Scarron, et qu'elle goûtât «son esprit -aimable et merveilleusement droit<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor"> [790]</a>», il n'y eut point -entre elles de liaisons familières et suivies. Ce ne fut que -lorsque madame Scarron, devenue veuve, eut acquis par -l'éducation des enfants naturels du roi une grande importance -dans le monde, que madame de Sévigné se lia assez -particulièrement avec elle pour l'inviter à ses soupers -et en recevoir de fréquentes visites. Nous verrons par la -suite combien elle se plaisait à lui entendre faire l'éloge -de madame de Grignan et raconter les nouvelles de la -cour<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor"> [791]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_477"> 477</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXV.<br /> -<span class="medium">1653-1654.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Madame de Sévigné ne partageait aucune des passions des partis.—Ses -motifs pour rester à Paris.—Le retour de la cour y ramène -plusieurs de ses amis.—Marigny resté à Paris, et obligé de se -cacher, est sur le point d'être pris.—Il parvient à s'évader.—Audace -des partisans de Condé.—Ils enlevaient des hommes riches, -pour en tirer rançon.—Cruauté dans les deux partis.—Fin -tragique du frère de Chavagnac à Sarlat.—Quatre bourgeois de -Périgueux condamnés à être pendus par le duc de Candale, pour en -obtenir rançon.—Gourville enlève Burin, directeur des postes, -pour en tirer de l'argent.—La Rochefoucauld marie son fils avec -une demoiselle de La Roche-Guyon, et se réconcilie avec le roi.—Rôle -important que joue Gourville dans cette circonstance.—Il est -gagné par le cardinal Mazarin.—Il se rend à Bordeaux pour y -négocier la paix.—Il contribue plus à sa conclusion que les troupes -du duc de Candale.—Le prince de Conti et la duchesse de -Longueville se soumettent.—La duchesse de Longueville voit à -Moulins madame de Montmorency, abbesse de Sainte-Marie, et devient -pieuse.—Ses regrets, sa dévotion.—Sa correspondance avec -l'abbesse de Sainte-Marie et les Carmélites de la rue Saint-Jacques.—Conti -se réconcilie avec Mazarin, et épouse la fille de Martinozzi, -nièce de ce ministre.—Cessation de la guerre civile.—Les intérêts -des chefs, qui auraient pu la faire renaître, se trouvent ralliés à -ceux du roi et de son ministre.</p> -</div> - -<p>Aucune des passions qui dans les temps de partis corrompent -le cœur et pervertissent le jugement n'avait de -prise sur madame de Sévigné. Elle n'avait pour elle-même -d'autre intérêt, d'autre ambition, d'autre pensée, que de -remettre en ordre sa fortune, dérangée par les prodigalités -de son mari, et de s'occuper de l'éducation de ses enfants. -<span class="pagenum"><a id="Page_478"> 478</a></span> -Ses liens de famille et de parenté, ses liaisons de société, -son goût pour les plaisirs et les distractions, l'avaient conduite -dans les cercles de la Fronde comme dans ceux de -la cour, et lui avaient fait connaître tous les grands personnages -de son temps, tous ceux qui jouèrent dans les -affaires publiques un rôle important; mais elle ne s'était -laissé entraîner dans aucune des intrigues de politique ou -d'amour où ils se trouvaient tous engagés, par lesquelles -ils étaient si fortement agités. Aussi, elle n'avait d'ennemis -ni de rivales dans aucun parti; elle comptait dans -tous des amis, des admirateurs, des courtisans, et par -conséquent au besoin de chauds partisans, d'intrépides -défenseurs. L'aventure de Tonquedec et de Rohan, que -nous avons racontée, en a fourni la preuve.</p> - -<p>Madame de Sévigné n'eut donc aucun motif qui la forçât -de quitter Paris après que le roi y fut rentré. Elle en -avait, au contraire, plusieurs pour y rester. L'hiver allait -commencer. Les campagnes, par suite du mouvement -continuel des armées, de la désorganisation du gouvernement, -n'offraient plus de sécurité aux voyageurs, et les -châteaux même n'étaient pas à l'abri des incursions et des -dévastations des maraudeurs. Le séjour de la capitale garantissait -madame de Sévigné de tous ces dangers, et ne -lui promettait que des agréments. Si l'exil ou la fuite lui -avaient enlevé plusieurs de ses connaissances et de ses amis, -poursuivis par les rigueurs du pouvoir, la cour en ramenait -un aussi grand nombre, qui peu de mois auparavant -avaient été aussi forcés de s'exiler et de fuir, pour éviter -de devenir victimes des factions. Ainsi, les chances alternatives -de tous les partis étaient pour elle des motifs de -douleur et de regret; elle sympathisait avec toutes les infortunes; -plus que toute autre, elle ressentait le besoin de -<span class="pagenum"><a id="Page_479"> 479</a></span> -la concorde, et s'affligeait des divisions, des haines et -des déchirements auxquels la France était en proie. Il résultait -de cette position, où madame de Sévigné se trouvait -placée par la modération de son caractère et la sensibilité -de son cœur, que personne ne formait des souhaits -plus conformes aux véritables intérêts de son pays et à -ceux de l'humanité. Elle aurait voulu que la guerre civile -cessât, que la paix s'établit d'une manière solide, et -qu'une réconciliation générale et sincère s'opérât entre -tous ceux qui se haïssaient ou se persécutaient mutuellement.</p> - -<p>Mais on était loin d'être encore arrivé là. Tous ceux -qui avaient agi et écrit contre Mazarin n'obtinrent pas la -même indulgence que Scarron. Marigny, dont madame -de Sévigné aimait tant l'esprit et la gaieté, était resté dans -Paris. Il était un de ceux qui, par ses chansons et ses vers, -auxquels Loret donne l'épithète de cruels<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor"> [792]</a>, avaient le -plus contribué à ridiculiser le cardinal parmi le peuple. -Agent actif du parti de Condé, il continuait à entretenir une -correspondance avec ce prince. On le sut; et le lieutenant -civil envoya des archers pour l'arrêter, ainsi que Breteval, -marchand de dentelles dans la rue des Bourdonnais, -chez lequel Marigny s'était caché. On saisit Breteval lorsqu'il -était encore au lit. Marigny, qui entendit du bruit -dans la maison à une heure indue, devina quelle en était -la cause: aussitôt il se lève, et, sans se donner le temps -de se couvrir d'aucun vêtement, il monte nu en chemise -sur les toits, sans que personne puisse l'apercevoir; puis -il pénètre jusqu'à une lucarne dans le grenier d'une maison -voisine. Ne s'y croyant pas en sûreté, il descend -<span class="pagenum"><a id="Page_480"> 480</a></span> -dans la cave; mais le froid et l'humidité le gagnant, -il se disposait à sortir de ce nouveau gîte, quand une -jeune servante y vint pour chercher du vin. Elle jeta un -cri en voyant un homme en chemise. Marigny calma sa -frayeur, et lui dit qu'il était un marchand de Rouen poursuivi -par ses créanciers, et ami de M. Breteval; il la supplia -d'aller, sans en parler à son maître, avertir Dalancé, -chirurgien, dont le logis était tout proche, et de lui -dire de venir le joindre. La jeune fille exécuta fidèlement -la commission qui lui avait été donnée. Dalancé, qui -croyait son ami Marigny arrêté, reçut avec joie la messagère; -il la récompensa généreusement, lui recommanda -de garder sur cette aventure le plus profond secret, -d'avoir bien soin de son prisonnier, et de l'assurer -qu'il irait sur le soir le tirer de son cachot. En effet, il -porta à Marigny des habits, et lui fournit des moyens -de s'évader de Paris, et d'aller à Bruxelles rejoindre le -prince de Condé<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor"> [793]</a>. Mais Croisy et plusieurs autres membres -du parlement, qu'on savait être en correspondance -avec Condé, moins heureux que Marigny, furent arrêtés -à cette époque.</p> - -<p>Mazarin se trouvait d'autant plus obligé de faire surveiller -et saisir les partisans de Condé, qu'on appelait alors -les <i>princistes</i>, qu'ils cherchaient à suppléer à leur petit -nombre par leur activité et par leur audace; ils osaient -surprendre et saisir de vive force des hommes connus -par leurs richesses et leur dévouement au roi et à Mazarin, -et ils les contraignaient à racheter leur vie et leur -<span class="pagenum"><a id="Page_481"> 481</a></span> -liberté par une forte rançon. Cachés sous toutes sortes -de travestissements, ils exerçaient leurs brigandages jusque -dans Paris même. Palluau, Vitry, Brancas, Sanguin, -Genlis, mademoiselle de Guerchy, furent attaqués et -dépouillés dans les rues de la capitale. Les délits de ce -genre y devinrent si fréquents, qu'on forma une chambre -de justice, c'est-à-dire qu'on créa un tribunal extraordinaire, -pour juger ces délinquants: deux de leurs agents -et complices furent condamnés à mort et exécutés<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor"> [794]</a>.</p> - -<p>Ces attentats étaient communs à tous les partis, et -celui du roi n'en avait pas été exempt. Ces guerres civiles, -qu'on nous dépeint comme une lutte d'épigrammes et de -chansons, n'ont produit que trop de scènes tragiques, -que trop d'exemples de perfidie et de cruauté<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor"> [795]</a>; mais -les historiens croient leur tâche remplie lorsqu'ils ont -raconté les événements principaux, et dédaignent trop -souvent de s'occuper des faits particuliers, qui les expliquent -et en dévoilent les causes, en nous faisant connaître -l'état du pays et les mœurs et les habitudes qui prévalaient -aux époques où ils se sont passés. Lorsque le -parti royaliste séduisit la garnison de Sarlat, où le frère -de Chavagnac commandait pour Condé, sa femme, jeune -et belle, accourant au secours de son mari, fut par les -propres officiers de celui-ci tuée par une décharge de -mousquets, ainsi que son enfant, qui l'accompagnait, et -la nourrice qui le portait dans ses bras. Lui-même, après -avoir échappé aux meurtriers de sa femme et de son fils, -manqua d'être assassiné par un maître d'hôtel qui le servait -<span class="pagenum"><a id="Page_482"> 482</a></span> -depuis dix ans, et qu'il surprit occupé à vider son -coffre-fort<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor"> [796]</a>. Gaspard de Chavagnac, quoique alors engagé -dans le parti contraire à son frère, fut douloureusement -affecté de ce malheur, et témoigna une juste horreur pour -le crime qui le produisit. Cependant, il raconte sans manifester -le moindre regret ni le plus petit remords comment, -après la prise de Périgueux, lui et le duc de Candale -condamnèrent quatre bourgeois des plus notables à être -pendus, afin de forcer la ville à racheter leur vie pour une -rançon de trois cent mille francs, qui leur fut payée<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor"> [797]</a>.</p> - -<p>Gourville, l'honnête Gourville, si souvent loué par -madame de Sévigné, et qui par sa fidélité et sa générosité -envers ses amis, les agréments et la sûreté de son commerce, -a mérité tous les éloges qu'elle en a faits<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor"> [798]</a>, rapporte -dans ses Mémoires, non comme un fait qu'il se reproche, -mais comme une prouesse dont il tire vanité, qu'étant -désœuvré à Damvilliers, il eut l'idée d'enlever quelques -personnes opulentes des environs de Paris, pour les mettre -à rançon. Il en fit la proposition au marquis de Sillery, -gouverneur de la ville, et à La Mothe, qui y était lieutenant -du roi; ils l'agréèrent. Gourville, assisté des mêmes -officiers et des mêmes cavaliers avec lesquels il avait -en vain cherché à enlever le cardinal de Retz, réussit -cette fois à s'emparer de Burin, directeur des postes, -qu'il savait être riche en argent comptant. Burin fut conduit -à Damvilliers. «Il arriva, dit Gourville, fatigué -et désolé. Je feignis de le consoler, et, ayant traité de -sa liberté, je convins à quarante mille livres. L'argent -<span class="pagenum"><a id="Page_483"> 483</a></span> -étant venu quelque temps après, il s'en alla<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor"> [799]</a>.»</p> - -<p>Il est difficile de croire que le duc de La Rochefoucauld, -dont Gourville était la créature, ait ignoré cet acte -de brigandage. Après la retraite de Condé à Bruxelles, -c'est à Damvilliers que La Rochefoucauld se retira et -qu'il passa toute cette année 1653. Il désirait se réconcilier -avec la cour, pour conclure le mariage de son fils, le -prince de Marsillac, avec mademoiselle de La Roche-Guyon, -l'unique héritière de Duplessis-Liancourt. Il -chargea Gourville de se rendre auprès de Condé, à l'effet -d'obtenir son consentement à ce mariage. Gourville, sous -divers déguisements, fit pour cette affaire plusieurs voyages -à Bruxelles, et Mazarin apprit qu'il était de retour et -caché dans Paris; il jura qu'il n'en sortirait pas. Depuis -longtemps il le faisait chercher pour le faire arrêter. Gourville -comprit, en homme habile, qu'en allant au-devant -du danger il parviendrait plus sûrement à l'éviter: il -demanda au ministre qui le cherchait une audience, et -il l'obtint. Possesseur d'importants secrets, porteur de -paroles des princes et de plusieurs chefs de faction qui -conservaient du pouvoir, parfaitement instruit des dispositions -et des désirs de chacun d'eux, Gourville sut donner -des conseils utiles, s'ils étaient suivis, à tous ceux -dont il avait été jusque ici l'adroit et intrépide agent, mais -plus utiles encore aux intérêts du roi et à ceux de son -ministre. Mazarin, avec sa perspicacité ordinaire, devina -dans cette entrevue tout le parti qu'il pouvait tirer d'un -tel homme. Il lui fit des propositions qui furent acceptées, -et il se l'attacha. Gourville réconcilia le duc de La Rochefoucauld -<span class="pagenum"><a id="Page_484"> 484</a></span> -avec la cour; puis, chargé de pleins pouvoirs de -Mazarin, il se rendit à Bordeaux, et par l'argent, qu'il -employa bien et à propos, par ses intrigues avec madame -de Calvimont, maîtresse du prince de Conti, avec les -membres influents du parlement de Bordeaux et les chefs -des factions qui divisaient alors cette malheureuse ville, -il fit plus que le duc de Candale avec toutes ses troupes -pour la conclusion de la paix. Cette paix, signée le 24 juillet -1653, termina la guerre civile en France; et Gourville -fut le premier qui porta cette heureuse nouvelle à -Mazarin et à la cour<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor"> [800]</a>.</p> - -<p>La princesse de Condé, avec son fils, alla rejoindre son -mari dans les Pays-Bas. Conti se retira à sa terre des -Granges près de Pézénas<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor"> [801]</a>, et la duchesse de Longueville à -Moulins, chez sa parente l'abbesse des Filles de Sainte-Marie<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor"> [802]</a>, -la veuve de ce duc de Montmorency que Richelieu -avait fait décapiter. Ce fut là, et près du tombeau de son -oncle, dont la mort lui avait fait répandre tant de larmes -à l'âge de treize ans<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor"> [803]</a>, que la duchesse de Longueville -commença ce long retour vers Dieu, qui, souvent -traversé par les irrésolutions et les distractions du -monde, ne fut cependant jamais interrompu, et se termina -par des austérités que la foi la plus sincère et la plus -vive peuvent seules suggérer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_485"> 485</a></span> -De toutes les femmes qui avaient figuré avec éclat dans -la Fronde, la duchesse de Longueville était celle que les -événements avaient le plus maltraitée, et qui trouvait le -plus de mécomptes par le rétablissement de la paix. Douloureusement -affectée de la mort du duc de Nemours, -qu'elle avait sincèrement aimé, elle avait vu Condé s'éloigner -d'elle et entièrement livré à l'influence de la duchesse -de Châtillon, son ennemie. Elle s'était brouillée -avec Conti en s'opposant à ses volontés à Bordeaux et -en assistant dans cette ville un parti qui lui était opposé. -Elle était détestée de la cour, non-seulement pour avoir -fomenté la guerre par ses intrigues, mais pour avoir -mis, le plus longtemps qu'elle l'avait pu, des obstacles à -la paix; enfin, elle était justement rejetée par son mari, -dont elle avait méconnu les droits et l'autorité. Les seules -consolations qui lui restassent, le seul baume versé sur les -plaies de ce cœur agité et ulcéré par tant de passions, de -douleurs, de regrets et de repentir, étaient les exhortations -et les prières de l'illustre veuve de Montmorency et de la -prieure des Carmélites de la rue Saint-Jacques à Paris. -Ses velléités de piété et de réforme pendant son séjour à -Bordeaux l'avaient fait entrer en correspondance avec -cette dernière<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor"> [804]</a>; et cette correspondance devint plus active -à mesure qu'elle faisait plus de progrès dans sa conversion. -Les opinions peuvent varier, mais le caractère reste invariable. -Madame de Longueville porta l'empreinte du sien -jusque dans cette nouvelle carrière de piété où elle se trouvait -engagée. Les disputes religieuses que les jansénistes -avaient fait naître fournirent de nouveaux aliments à -<span class="pagenum"><a id="Page_486"> 486</a></span> -l'activité de son esprit et un nouvel emploi à son ardeur -pour l'intrigue<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor"> [805]</a>.</p> - -<p>Quant à Conti, ses conseillers, voyant le pouvoir de -Mazarin désormais sans contrôle, le décidèrent à demander -en mariage une des nièces de ce ministre, afin de rendre -sa réconciliation complète et de rentrer en grâce à la -cour. Conti, prince du sang, en prenant une femme dans la -famille de Jules de Mazarin<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor"> [806]</a>, eut la liberté de choisir; et il -choisit bien, car il préféra à toutes les autres nièces du cardinal -la fille de Martinozzi, qui était belle et se montra -vertueuse. Le duc de Candale, à qui elle avait été promise -et qui jusque alors avait répugné à une telle mésalliance, -arriva justement à Paris au moment où elle venait d'être -accordée à Conti. Candale eut le chagrin de se voir refuser -celle que Mazarin avait tenu à grand honneur de lui -faire épouser. Conti, rentré en grâce auprès de la reine -mère et du roi, reçut le commandement en chef de l'armée -de Catalogne. On mit sous ses ordres le duc de Candale -et un choix des meilleurs officiers<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor"> [807]</a>.</p> - -<p>C'est ainsi qu'en ralliant les intérêts des chefs les plus -puissants et les plus habiles aux intérêts du roi et du gouvernement, -Mazarin non-seulement termina la guerre civile, -mais mit Condé et ses partisans dans l'impossibilité -de la faire renaître.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_487"> 487</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXVI.<br /> -<span class="medium">1653-1654.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Condé prend Rocroi.—Turenne, Sainte-Menehould.—La cour et le -conseil suivent l'armée.—Bons effets qui en résultent pour l'éducation -du roi.—Fêtes et réjouissances au retour du roi.—Invention -de la petite poste.—Nouveautés théâtrales.—Corneille donne -<i>Pertharite</i>; traduit l'<i>Imitation de J.-C.</i>—Le <i>Cid</i> joué aux noces -de la princesse de Schomberg.—Pièces de Cyrano de Bergerac et -de Montauban.—Goût des spectacles très-vif parmi les grands.—Ils -louaient les acteurs pour leurs châteaux.—Moyens de distraction -que <span class="smcap">Mademoiselle</span> employait dans son exil.—Trois troupes -de comédiens parcouraient les provinces.—Troupe de Molière, qui -va jouer chez le prince de Conti, à Pézénas.—Deux théâtres publics -à Paris.—Ballets de la cour donnés sur le théâtre du Petit-Bourbon.—Mascarade -de <i>Cassandre</i>, 1<sup>er</sup> ballet du roi.—Description -de ce ballet.—Travestissement de <span class="smcap">Monsieur</span> en femme.—Mauvaise -influence de cette pratique.—Carême accompagné du -jubilé.—Assiduité aux églises.—Retour du marquis et de la marquise -de Montausier à l'hôtel de Rambouillet.—Assemblées chez -mademoiselle de Scudéry et la comtesse de la Suze.—Ridicules -des nouvelles précieuses.—Recueil de poésies choisies.—Vers à -Ninon.—Madrigal adressé à madame de Sévigné.</p> -</div> - -<p>Tout était pacifié dans l'intérieur; mais la guerre durait -toujours avec les Espagnols, auxquels nos divisions avaient -donné Condé, qui seul valait une armée. Cependant ce -grand capitaine, contrarié dans ses plans de campagne -par la jalousie de ceux-là même qui se servaient de lui, -par les calculs égoïstes du duc de Lorraine<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor"> [808]</a>, se borna cette -fois à la prise de Rocroi; et Turenne, réduit, à cause de -<span class="pagenum"><a id="Page_488"> 488</a></span> -son petit nombre de troupes, à éviter une action générale, -se contenta de harceler sans cesse son ennemi, et de s'emparer -de Sainte-Menehould<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor"> [809]</a>.</p> - -<p>La reine régente, le ministre, le roi, suivirent l'armée -pendant tout le temps de la campagne. Ainsi la cour se -confondait avec l'état-major de Turenne, le conseil du cabinet -avec le conseil de guerre. Les courtisans étaient les -guerriers; l'exécution suivait les résolutions. Sous les -yeux et par les exemples d'un habile ministre et d'un -grand capitaine, le jeune roi apprenait à se battre et à -régner.</p> - -<p>Cependant la cour résida pendant tout l'hiver et une -grande partie de cette année dans la capitale; et sa présence -fut signalée par des fêtes et des réjouissances, qui -dans les premiers temps du retour furent moins pompeuses -et moins riches que celles de la Fronde, mais où se manifestait -un accord de vœux et de sentiments qui n'avait -pu exister au milieu de partis divisés de but et d'intérêt<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor"> [810]</a>. -Nulle reine, nulle femme n'a jamais su aussi bien qu'Anne -d'Autriche tenir un cercle; et Louis XIV parvenu au plus -haut degré de sa puissance, alors qu'il mettait autant d'amour-propre -à bien régir sa cour qu'à gouverner son -royaume, a souvent regretté de ne trouver ni dans sa -femme, ni dans celles auxquelles il en conféra les droits -et les priviléges, cet art que possédait sa mère de faire -régner parmi tant de personnes différentes de rang, de -sexe et d'âge, les sévères lois de l'étiquette, et de les rendre -pour toutes douces et légères, et quelquefois flatteuses; -de maintenir au milieu de la plus nombreuse réunion -<span class="pagenum"><a id="Page_489"> 489</a></span> -l'ordre sans contrainte et la liberté sans confusion; d'y -faire circuler la joie et respecter les convenances; de se -montrer toujours attentive sans affectation, gracieuse -avec bonté, et familière avec dignité<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor"> [811]</a>.</p> - -<p>Quoique la pénurie des finances et la misère générale ne -permissent pas d'étaler beaucoup de luxe, il y eut cependant -cette année des repas donnés par la ville de Paris à -Mazarin, et par Mazarin à <span class="smcap">Monsieur</span>, au sujet des fiançailles -de la princesse Louise de Savoie, fille du prince -Thomas, avec le prince de Bade<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor"> [812]</a>; puis à l'occasion de la -solennité de la Saint-Louis, des fêtes à l'hôtel de ville<a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor"> [813]</a>, -au Louvre et dans les places publiques, auxquelles prirent -part la cour, la noblesse, les bourgeois et le peuple.</p> - -<p>Le retour du roi dans Paris, en ramenant la sécurité, -avait donné une impulsion plus rapide au commerce et -rendu les communications entre les habitants de cette -grande cité et ses différents quartiers plus fréquentes. -Toujours un progrès dans la civilisation est signalé par -quelque invention nouvelle, qui en est à la fois le résultat -et l'indice. Cette activité inusitée imprimée cette année -aux relations sociales dans Paris y donna lieu à l'établissement -de la petite poste. C'est Loret qui nous apprend -cette curieuse particularité. On mit, dit-il,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Des boîtes nombreuses et drues</p> -<p>Aux petites et grandes rues,</p> -<p>Où par soi-même, ou ses laquais,</p> -<p>Où pour ne porter des paquets,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_490"> 490</a></span></div> -<p>Avis, billets, missive, ou lettres,</p> -<p>Que des gens commis pour cela</p> -<p>Iront chercher et prendre là,</p> -<p>Pour, d'une diligence habile,</p> -<p>Les porter partout par la ville<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor"> [814]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Le goût des représentations théâtrales s'accrut dès -qu'on n'eut plus l'esprit préoccupé ou l'âme affligée par -les événements de la guerre civile. La tragédie de <i>Pertharite</i> -fut représentée cette année, et sa chute fut complète; -Corneille la fit cependant imprimer, et, dans une -préface chagrine, il témoigna combien ce revers inattendu -lui avait été sensible: il y faisait ses adieux à la poésie dramatique, -mais en se donnant à lui-même cet éloge<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor"> [815]</a>, «de -laisser par ses travaux le théâtre français dans un meilleur -état qu'il ne l'avait trouvé, et du côté de l'art, et du côté -des mœurs». Ses contemporains ne lui ont pas contesté -cette vérité, et ont parlé de lui comme la postérité. Mais -il n'avait alors que quarante-sept ans, et déjà son génie -avait faibli: sa muse, qui avait jeté un si grand éclat, -ne pouvait plus chausser le cothurne tragique. C'est donc -à tort qu'il se plaignait du public, qui ne voulait plus -de ses pièces, parce que, dit-il, elles étaient passées de -mode. Le public donnait un démenti à ce reproche en -applaudissant avec enthousiasme toutes les fois qu'on -donnait <i>le Cid</i> ou quelques-uns des chefs-d'œuvre de ce -grand poëte<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor"> [816]</a>. Il se mit à traduire l'<i>Imitation de Jésus-Christ</i>, -et le vide qu'il laissait au théâtre fut rempli -tantôt par Cyrano de Bergerac, tantôt par un nommé -Montauban. Ces auteurs, dont l'un est aujourd'hui si peu -<span class="pagenum"><a id="Page_491"> 491</a></span> -lu, et l'autre si peu connu, obtinrent des succès qui -lui étaient refusés. Son frère Thomas, qui avait pris le -nom de Corneille de Lisle, donna deux nouvelles pièces, -qui réussirent. Un jeune homme dont Tristan avait fait -son secrétaire, et que son esprit, son caractère et sa sociabilité -lui avaient fait prendre en amitié, donna à la -même époque, à l'hôtel de Bourgogne, sa première -comédie, dont le succès fut complet<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor"> [817]</a>. Ce jeune homme, -c'était Quinault, dont les vers de Boileau firent de son -temps trop déchoir la réputation, et que les éloges de -Voltaire ont trop exalté depuis. La destinée de Quinault -fut toujours d'avoir plus de panégyristes que de -lecteurs.</p> - -<p>Aujourd'hui le goût des spectacles est devenu très-vif et -très-général parmi les classes moyennes, et même parmi -celles du peuple; il a, au contraire, beaucoup diminué -dans les hautes classes: c'était l'inverse à l'époque dont -nous nous occupons. Quoique ce goût commençât à se répandre -plus généralement, cependant c'était dans les classes -élevées qu'il était le plus prononcé; c'étaient elles qui -faisaient vivre les comédiens, et donnaient de la réputation -et de la vogue aux pièces de théâtre. Elles étaient alors -une jouissance de l'esprit: les sens y avaient peu de part. -Le prestige des décorations et la beauté des costumes, les -sons harmonieux des instruments n'en avaient pas fait -presque uniquement un plaisir des yeux et des oreilles. -Le poëte, semblable à un magicien qui nous enlève à -l'univers réel pour nous livrer aux fantômes qu'il lui -plaît de faire comparaître, n'avait d'autre ressource que -<span class="pagenum"><a id="Page_492"> 492</a></span> -son art pour s'emparer de l'imagination des spectateurs, -pour donner aux fictions l'apparence de la réalité. C'est à -ces grandes différences dans l'art dramatique et dans le -public pour lequel on l'exerçait que l'on doit attribuer, -suivant nous, celles que l'on remarque entre les chefs-d'œuvre -des deux derniers siècles et les compositions des -auteurs de nos jours.</p> - -<p>En raison de ce penchant prononcé des hautes classes -pour les représentations théâtrales, on ne pouvait alors -donner de grandes fêtes, pas même de grands repas<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor"> [818]</a>, -sans le secours des comédiens; et lorsque les princes et les -grands se trouvaient absents de la capitale et retirés dans -leurs châteaux, ils y retenaient à leurs gages des troupes -d'acteurs pour un temps plus ou moins long, ou ils les -faisaient venir de la ville voisine.</p> - -<p><span class="smcap">Mademoiselle</span>, qui dans son château de Saint-Fargeau<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor"> [819]</a>, -qu'elle agrandissait, cherchait à se distraire des ennuis de -son exil, avec sa vieille gouvernante, ses deux jeunes -dames d'honneur<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor"> [820]</a>, sa naine<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor"> [821]</a>, ses perroquets, ses chiens, -ses chevaux d'Angleterre, et la chasse, entretenait une -troupe de comédiens. Forcée par son père d'aller le voir -à Blois, elle se mit à voyager de château en château; et -elle nous apprend dans ses Mémoires qu'elle eut à Tours -<span class="pagenum"><a id="Page_493"> 493</a></span> -un plaisir sensible de retrouver dans cette ville cette même -troupe d'acteurs qu'elle avait eue à ses gages tout l'hiver. -Elle fut si contente de leur jeu, qu'elle les rappela à Saint-Fargeau. -Cependant, elle avait vu à son passage à Orléans -une autre troupe, qu'elle avait trouvée très-bonne; -c'était celle qui était restée à Poitiers avec la cour, et -l'avait suivie à Saumur<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor"> [822]</a>.</p> - -<p>Une troisième troupe, qui dans les années précédentes -avait, à Bordeaux, été accueillie avec faveur par le duc -d'Épernon, continuait à se faire voir dans le midi. Elle -passa cette année à Lyon, et y obtint un très-grand succès -par une comédie nouvelle en cinq actes, en vers, qu'avait -composée un des acteurs de cette troupe. Cette même -troupe, conduite par le jeune auteur-acteur qui la dirigeait, -alla trouver à Pézénas le prince de Conti, qui la -prit à ses gages pendant toute la tenue des états de Languedoc. -La nouvelle comédie fut représentée devant le -prince et les députés des états, et obtint autant de succès -qu'à Lyon. Cette comédie était <i>l'Étourdi</i>, et le comédien-auteur, -le sieur Poquelin de Molière. On voit que le prince -de Conti n'était pas le plus mal partagé, et que sous ce -rapport il n'avait rien à envier à la capitale<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor"> [823]</a>.</p> - -<p>Paris n'avait alors que deux théâtres ouverts au public: -celui de l'hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil, qui -était le plus fréquenté; et celui du Petit-Bourbon, construit -dans une galerie, seul reste de l'hôtel du connétable -de Bourbon, qu'on avait démoli<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor"> [824]</a>. Des acteurs italiens y -étaient venus, pour la première fois, donner cette année -<span class="pagenum"><a id="Page_494"> 494</a></span> -des modèles de ce genre de comique trivial et bouffon qui -fut depuis si goûté<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor"> [825]</a>.</p> - -<p>Comme ce théâtre était voisin de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, -et touchait au Louvre, où le roi logeait, on -en profita pour les fêtes de la cour. Tous les jeunes seigneurs -et toutes les jeunes dames qui la composaient, et -le jeune roi lui-même et son frère, exécutèrent sur ce -théâtre ces fameux ballets dits royaux, où ils admirent à -figurer avec eux les acteurs qui avaient par leurs leçons -contribué à développer leurs talents pour le chant, la -pantomime et la danse.</p> - -<p>Benserade fut seul chargé de composer les vers de ces -ballets<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor"> [826]</a>; et l'à-propos des allusions qu'il sut mettre dans -ces compositions fut la source de sa réputation et de sa -fortune. Flatter les grands en les amusant est pour eux -un genre de mérite qu'aucun autre ne peut surpasser.</p> - -<p>Le premier de ces ballets où le jeune roi figura fut joué -au Palais-Royal; il était intitulé <i>la Mascarade de Cassandre</i><a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor"> [827]</a>. -Mais le second, ayant pour titre <i>la Nuit</i>, fut -exécuté sur le théâtre du Petit-Bourbon, vers la fin de février -1653<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor"> [828]</a>, avec des décorations et des costumes supérieurs -par leur magnificence à tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. -Ce ballet, beaucoup plus long que le premier, -était divisé en quatre parties ou quatre veilles. Tout ce -qu'il y avait alors de personnes de distinction présentes à -<span class="pagenum"><a id="Page_495"> 495</a></span> -Paris, et madame de Sévigné dans le nombre, fut invité -aux représentations de ce ballet. Le roi y paraissait à la -fin, personnifié sous les traits d'un Soleil levant, et il y -déclamait ou chantait les vers suivants:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Déjà seul je conduis mes chevaux lumineux,</p> -<p>Qui traînent la splendeur et l'éclat après eux.</p> -<p>Une divine main m'en a remis les rênes:</p> -<p>Une grande déesse a soutenu mes droits;</p> -<p>Nous avons même gloire: elle est l'astre des reines,</p> -<p class="i3"> Je suis l'astre des rois.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Quand j'aurai dissipé les ombres de la France,</p> -<p>Vers les climats lointains ma clarté paraissant</p> -<p>Ira, victorieuse, au milieu de Byzance</p> -<p class="i3"> Effacer le croissant<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor"> [829]</a>.</p> -</div></div> - -<p>C'est ainsi qu'on adulait ce monarque adolescent et -qu'on fomentait en lui le goût des guerres et des conquêtes. -Les poëtes n'étaient pas les seuls qui fissent des -prédictions en sa faveur: les astrologues, qui conservaient -encore un assez grand crédit, assuraient que dans les -astres on découvrait des pronostics funestes à tous ceux -qui s'opposeraient à son autorité<a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor"> [830]</a>.</p> - -<p>Louis remplissait encore d'autres rôles dans ce ballet -de <i>la Nuit</i>, d'un genre plus gracieux et moins héroïque. -Des stances, assez longues, qu'il avait à débiter sous la -figure d'un des Jeux qui sont à la suite de Vénus se terminaient -ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>La jeunesse a mauvaise grâce</p> -<p>Quand, trop sérieuse, elle passe</p> -<p class="i1"> Sans voir le palais d'Amour;</p> -<p>Il faut qu'elle entre; et pour le sage,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_496"> 496</a></span></div> -<p>Si ce n'est pas son vrai séjour,</p> -<p>C'est un gîte sur son passage<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor"> [831]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Je remarque que dans cette pièce et dans celles du -même genre qui suivirent on céda trop facilement aux inclinations -que <span class="smcap">Monsieur</span> avait pour les habillements de -femme, et qu'il faisait partager à ceux qui l'entouraient. -Dans ce ballet, le jeune marquis de Villeroy, fils de son -gouverneur, élevé avec lui, fut habillé en femme, et représentait -une coquette, tandis que <span class="smcap">Monsieur</span> jouait le -rôle de son galant<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor"> [832]</a>. Sans doute de tels travestissements -n'avaient rien que de plaisant, rien que d'innocent entre -deux enfants de douze à treize ans; mais la suite en fit -voir les déplorables conséquences, et démontra combien -l'influence des premières impressions est dangereuse<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor"> [833]</a>.</p> - -<p>Le carême, qui fut cette année suivi d'un jubilé, mit -fin aux ballets et aux divertissements. Le besoin de fuir le -théâtre de la guerre et le désir de se montrer à la cour -avaient attiré dans la capitale plusieurs évêques; ce qui -donna plus de pompe aux cérémonies ecclésiastiques et -contribua à augmenter l'assiduité avec laquelle on fréquentait -les églises. Le jeune roi, qui n'était pas accoutumé -à voir autour de lui tant de personnages revêtus des -insignes de l'épiscopat, demanda quel en était le nombre; -on lui dit qu'ils étaient trente. «Ce serait assez d'un seul,» -répondit-il. Sur ce mot si judicieux, la plupart reçurent -l'ordre de retourner dans leurs diocèses<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor"> [834]</a>. Au reste, on mit -autant de ferveur dans les dévotions pendant toute la -durée du carême, qu'on avait montré d'ardeur à se livrer -<span class="pagenum"><a id="Page_497"> 497</a></span> -aux plaisirs de tous genres pendant les mois précédents<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor"> [835]</a>; -c'était là le caractère de l'époque.</p> - -<p>Après la paix de Bordeaux, le marquis et la marquise -de Montausier étaient revenus à Paris, et continuèrent -à résider dans l'hôtel de Rambouillet; mais les -brillantes assemblées et les réunions littéraires de cet -hôtel avaient cessé, pour ne plus renaître, par suite de -la guerre civile. Le marquis de Rambouillet venait de -mourir; la cour absorbait déjà tous les moments des -personnages les plus importants, parmi ceux qui formaient -autrefois cette société. Monsieur et madame de -Montausier étaient occupés à solliciter les justes récompenses -des services qu'ils avaient rendus. Mazarin voulait -les faire porter sur d'autres, dont le dévouement au -roi, ne procédant pas des mêmes sentiments d'honneur -qui avaient fait agir Montausier, lui paraissait -devoir être acheté par des faveurs<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor"> [836]</a>. Les gens de lettres -beaux esprits, ayant perdu leur grand centre de réunion, -prirent l'habitude de se rassembler les uns chez les autres, -mais plus particulièrement chez mademoiselle de Scudéry, -dont la réputation était alors à son apogée, et chez madame -la comtesse de La Suze, qui venait de se convertir à -la religion catholique, sans s'affermir dans la foi, sans -améliorer ses mœurs. C'est dans ces réunions d'une nature -assez ambiguë que l'on commença à exagérer les manières -et le langage des habitués de l'hôtel de Rambouillet; -c'est dans ces nouveaux salons, c'est dans ces ruelles -que se développèrent ces ridicules qui, par un coup de -<span class="pagenum"><a id="Page_498"> 498</a></span> -fortune pour le grand peintre comique, vinrent se placer -sous son pinceau au début de sa carrière, et lui firent obtenir -tout à coup, par le moyen d'une simple farce, -mais admirable par l'à-propos des leçons qu'elle renfermait, -une célébrité qu'il n'eût peut-être pas acquise si -promptement par un des grands chefs-d'œuvre qui ont -depuis illustré son nom.</p> - -<p>Ce fut cette année (1653) que le libraire de Sercy publia -les deux premiers volumes d'un recueil de poésies choisies<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor"> [837]</a> -qui renferme des pièces de plus de trente auteurs, -c'est-à-dire de tous les faiseurs de vers alors en vogue. Ce -recueil, qui eut une suite, devint le vrai patron de cette -littérature froidement galante au grossièrement burlesque, -semée de pointes, de jeux de mots ou de sentiments exagérés -qui dominait alors dans la poésie fugitive, et qui -ne cessa que lorsque La Fontaine et madame Deshoulières -eurent les premiers donné des exemples du naturel et des -grâces légères qui conviennent à ce genre de composition. -Ce qui surprend lorsqu'on parcourt ce livre, c'est d'y -trouver des pièces érotiques qui ne sont pas toujours -exemptes d'obscénités, quoique le volume soit dédié à -l'abbé de Saint-Germain, Beaupré, conseiller et aumônier -du roi. Nous citerons de ce recueil des stances adressées -par un auteur anonyme à <i>mademoiselle de Lenclos</i>, -afin de faire connaître quelle était alors la célébrité que -Ninon s'était acquise et les impressions quelle faisait -naître:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_499"> 499</a></span></div> -<p>Ah, Ninon! de qui la beauté</p> -<p>Méritait une antre aventure,</p> -<p>Et qui devais avoir été</p> -<p>Femme ou maîtresse d'Épicure,</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Mon âme languit tout le jour:</p> -<p>J'admire ton luth et la grâce.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Je me sens touché jusqu'au vif,</p> -<p>Quand mon âme voluptueuse</p> -<p>Se pâme au mouvement lascif</p> -<p>De ta sarabande amoureuse.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Socrate, et tout sage et tout bon,</p> -<p>N'a rien dit qui tes dits égale;</p> -<p>Auprès de toi, le vieux barbon</p> -<p>N'entendait rien à la morale<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor"> [838]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Ces vers, d'ailleurs, suffisent pour justifier ce que nous -avons dit du contraste des pièces de ce volume avec sa dédicace; -nous devons prévenir qu'ils sont au nombre des -plus modestes de ceux que nous aurions pu citer à l'appui -de notre observation<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor"> [839]</a>.</p> - -<p>C'est dans ce recueil que l'on trouve pour la première -fois imprimé le quatrain que Montreuil fit pour madame -de Sévigné, après l'avoir vue jouer à colin-maillard, et -aussi les vers que Marigny lui envoya pour étrennes<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor"> [840]</a>. -Immédiatement après ceux-ci, nous en trouvons d'autres, -d'un ton plus sérieux et plus passionné, qui lui sont également -adressés; il sont anonymes et sans date. Nous devons -donc les rapporter à celle de la publication et leur -donner place ici:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_500"> 500</a></span></div> -<p class="i3"> Ne trouver rien de beau que vous,</p> -<p class="i3"> Sans cesse songer à vos charmes,</p> -<p class="i3"> Être chagrin, être jaloux</p> -<p class="i3"> Répandre quelquefois des larmes,</p> -<p>N'avoir point de repos, ni de nuit, ni de jour,</p> -<p>Est-ce de l'amitié, Philis, ou de l'amour<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor"> [841]</a>?</p> -</div></div> - -<p>Si l'on considère que ces vers se trouvent placés immédiatement -après ceux que Marigny a avoués, on doit présumer -que l'auteur des derniers est le même que celui de -ceux qui précèdent. Il n'est pas étonnant qu'en les faisant -imprimer Marigny gardât l'anonyme; c'était déjà une -assez forte indiscrétion que de les publier en désignant -celle qui en était l'objet. Mais tout semblait permis aux -poëtes; et une déclaration d'amour quand elle était -en vers ne semblait qu'un jeu d'esprit, qui ne compromettait -personne.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_501"> 501</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXVII.<br /> -<span class="medium">1653-1654.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -La société de madame de Sévigné devient de jour en jour plus nombreuse.—Bussy-Rabutin -de retour à Paris.—Ce qu'il fit pendant -la guerre civile.—Ses réclamations auprès du gouvernement.—Le -Tellier le renvoie à Colbert, l'intendant de Mazarin.—Colbert -prélude déjà à l'administration du royaume.—Bussy, ne pouvant -quitter l'armée, envoie Corbinelli pour suivre ses affaires.—Quel -était Corbinelli.—Corbinelli vient à Paris.—Il voit pour la première -fois madame de Sévigné.—Il est fort goûté par elle.—Caractère -de Corbinelli.—Origine de sa famille.—Ses liaisons avec -madame de Sévigné.—Obstacles que rencontre Bussy pour le -succès de ses demandes.—Ennemis qu'il s'était faits.—Il traite -avec Palluau de sa charge de mestre de camp de la cavalerie légère.—Il -recommence ses intrigues d'amour.—Laisse sa femme -en Bourgogne.—Va à Launay.—Puis à Paris.—Se trouve au -siége de Vervins.—Revient à Paris.—Loge au Temple.—Est -aimé de son oncle.—Ne peut se contenter de ce que lui accorde -madame de Sévigné.—Il se lie avec le comte de La Feuillade et -le comte d'Arcy.—Tous trois promettent de se servir dans leurs -amours.—Ils tirent aux dés les trois amies.—Madame de Précy -échoit à Bussy.—Madame de Monglat à La Feuillade.—Bussy devient -amoureux de madame de Monglat.—Portrait de cette dame.—Portrait -qu'en fait l'auteur du Dictionnaire des Précieuses.—Comment -Bussy, en trahissant La Feuillade, parvient à se faire aimer -de madame de Monglat.—Bussy propose à madame de Sévigné de -lui donner une fête.—Elle accepte.—Madame de Monglat était -en secret le but de cette fête.—Madame de Précy s'aperçoit qu'elle -est jouée.—Son ressentiment est partagé par la vicomtesse de -Lisle.—Bussy part pour l'armée avec La Feuillade.</p> -</div> - -<p>Madame de Sévigné voyait s'accroître chaque jour le -nombre des personnes qui faisaient gloire d'être admises -<span class="pagenum"><a id="Page_502"> 502</a></span> -dans sa société. Son cousin Bussy contribuait à en augmenter -les agréments. Il était revenu à Paris<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor"> [842]</a>, et se montrait -assidu chez elle; il y jouissait de ces privautés qu'une -étroite parenté et une longue intimité ne permettaient pas -de lui refuser, lors même que par inclination madame -de Sévigné n'eût pas été charmée de pouvoir les lui accorder -sans blesser les convenances.</p> - -<p>Bussy, pendant toute la durée de cette seconde guerre -civile, avait passé son temps désagréablement, et avait -joué un rôle assez obscur<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor"> [843]</a>. Il avait cependant rendu des -services signalés à la cause royale. On l'avait chargé de -garder la Charité et Nevers, deux passages importants -sur la Loire, et de secourir le général Palluau, qui assiégeait -Montrond. Il reçut des éloges pour la manière dont -il avait exécuté les ordres du roi; mais on ne lui payait -pas les sommes qui lui étaient dues pour les appointements -de sa charge, pour sa pension, pour la solde de ses -troupes, pour les subsistances qu'il avait fournies. Il avait -demandé qu'on lui permît de prélever par lui-même, sur -les tailles et les autres revenus du Nivernais, le montant -de ce qu'il réclamait. Le ministre Le Tellier, que ce détail -concernait, répondit qu'il fallait pour cela obtenir l'autorisation -de M. de Colbert, intendant de monseigneur -de Mazarin<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor"> [844]</a>. Ainsi Colbert, n'étant encore que l'intendant -du cardinal, préludait déjà à l'administration du -royaume.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_503"> 503</a></span> -Au lieu de répondre aux demandes de Bussy, on forma -contre lui des plaintes sur les violences et les extorsions -que ses troupes se permettaient et sur leur indiscipline<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor"> [845]</a>. -Bussy, dans l'impossibilité où il se trouvait de quitter son -poste, envoya pour se justifier et suivre l'effet de ses réclamations -un gentil-homme qu'il avait pris à son service, -nommé Corbinelli. Celui-ci mit beaucoup de zèle, -d'activité et d'adresse à suivre les négociations dont Bussy -l'avait chargé. Il ne se laissa rebuter ni par les délais, ni -par les prétextes qu'on employait pour l'écarter; il ne -cessa de solliciter et d'importuner les ministres<a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor"> [846]</a>: obligé -pour cela de suivre la cour, qui voyageait toujours à la -suite de l'armée, il arriva ainsi avec elle devant Paris au -commencement de juillet de l'année 1652, et il y entra -quelques jours avant l'incendie et le massacre de l'hôtel -de ville<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor"> [847]</a>.</p> - -<p>C'est à cette époque que Corbinelli eut occasion de voir -souvent madame de Sévigné et de faire connaissance avec -elle: dès le premier abord elle fut prévenue en sa faveur -par le caractère de loyauté et de franchise qu'elle lui reconnut, -et en même temps charmée de son esprit, de son -savoir et de son jugement. Depuis, elle n'a jamais cessé -d'avoir avec lui des relations d'une solide amitié; et il fut -toujours compris dans le nombre choisi de ceux dont la -société lui était chère, et sur lesquels elle pouvait compter. -<span class="pagenum"><a id="Page_504"> 504</a></span> -La famille de Corbinelli était originaire de Florence. Son -grand-père, allié de Catherine de Médicis, avait été chargé -de l'éducation du duc d'Anjou (depuis roi de France sous -le nom de Henri III); son père fut secrétaire de Marie de -Médicis, et attaché au maréchal d'Ancre; sa fortune s'écroula -avec celle de ce favori<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor"> [848]</a>. Corbinelli avait étudié à -Rome sous les jésuites; il se trouvait encore en cette ville -en 1644, près du pape Urbain VIII, son parent. La mort -prématurée de ce pape le laissa sans fortune et sans état. -C'est alors qu'il vint en France, et que Bussy, comme il -le dit avec vérité, fut assez heureux pour se l'attacher<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor"> [849]</a>. -Doué d'un esprit fin et pénétrant, d'un caractère égal et -doux, d'un goût sûr et exercé, littérateur, musicien, et -amateur éclairé de ces beaux-arts auxquels sa patrie primitive -était redevable d'une si grande illustration, Corbinelli -se faisait des amis de tous ceux qui le connaissaient, -et des protecteurs de tous les grands, auxquels il plaisait. -Dépourvu d'ambition, il faisait de temps à autre de faibles -tentatives pour remédier à l'exiguïté de sa fortune; puis, -quand il trouvait trop d'obstacles à vaincre, il retombait -dans son insouciance habituelle, et ne paraissait nullement -affecté de n'avoir pas réussi. Ses amis et ses protecteurs -ne montraient pas alors à cet égard plus de -sollicitude que lui-même. Aussi, malgré ses liaisons avec -tant d'hommes riches et puissants, malgré sa capacité reconnue -pour les affaires, toute sa vie se passa ainsi à essayer, -sans pouvoir y parvenir, de sortir de la condition -médiocre où le sort l'avait réduit. Cette vie n'en fut ni -moins longue ni moins heureuse. Corbinelli vécut plus de -cent ans, et mourut universellement regretté. Il avait, -<span class="pagenum"><a id="Page_505"> 505</a></span> -cédant à la mode de ce temps, tracé un portrait de madame -de Sévigné, qui eut un grand succès parmi les beaux -esprits et les précieuses. On ne le trouve malheureusement -dans aucun des ouvrages, peu remarquables, qu'on a imprimés -de lui, et qui, en partie composés d'extraits, sont aujourd'hui -oubliés<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor"> [850]</a>. Dans son <i>Dictionnaire des Précieuses</i>, -Somaize dit que Corbinelli s'était fait le lecteur de -madame de Sévigné. Nous verrons qu'il fut aussi quelquefois -par intervalles son secrétaire, et nous le retrouverons -souvent dans le cours de ces Mémoires. Quand Corbinelli -vint se fixer à Paris, il se logea dans le quartier du Marais -du Temple, où demeurait aussi, comme nous l'avons -déjà dit, madame de Sévigné<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor"> [851]</a>.</p> - -<p>Bussy ne se contentait point des lettres flatteuses que -Mazarin lui écrivait, ni de celle qu'il lui fit écrire par le -roi lui-même. Il sollicita des faveurs plus solides et plus -profitables, et eut beaucoup de peine à les obtenir. Ses -indiscrétions lui avaient aliéné la princesse Palatine, dont -l'influence était grande à la cour. Il fit agir l'abbé Fouquet, -et son frère Nicolas Fouquet, procureur général au -parlement de Paris, qui venait d'être nommé, avec Servien, -surintendant des finances, après la mort de la Vieuville. -Bussy était lié avec tous deux, et par leurs démarches -et les siennes propres il obtint enfin la faculté de -pouvoir traiter avec Palluau de la charge de mestre de -camp de la cavalerie légère, lorsque Palluau eut été fait -<span class="pagenum"><a id="Page_506"> 506</a></span> -maréchal de France, en prenant le nom de Clérambault. -Bussy a donné dans ses Mémoires l'histoire de cette -charge de mestre de camp. Il l'acheta 270,000 livres, ce -qui fait à peu près 540,000 francs de notre monnaie -actuelle. Il la garda douze ans<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor"> [852]</a>.</p> - -<p>Pendant qu'il la sollicitait, et avant qu'il fût en mesure -d'en prendre possession et de se rendre à l'armée -de Turenne pour commencer une nouvelle campagne<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor"> [853]</a>, -Bussy, selon sa coutume, se livra avec beaucoup d'activité -à ses intrigues d'amour. Il avait laissé sa femme dans sa -terre de Bourgogne, après le siége de Montrond; et au -retour du voyage qu'il avait fait à Sedan pour voir le -cardinal Mazarin, il s'était rendu à Launay chez son oncle -le grand prieur; puis il était revenu avec lui et avec toute -la cour à Paris, au mois d'octobre 1652; il était ensuite -reparti pour l'armée, et se trouva au siége de Vervins, -qui fut pris en trois jours, pendant un froid rigoureux, -en janvier 1653. Il rentra de nouveau dans Paris avec le -cardinal de Mazarin le 2 février, et il résolut de ne -point quitter la capitale qu'il n'eût obtenu la charge -qu'il sollicitait<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor"> [854]</a>. Il logeait au Temple, chez son oncle le -grand prieur, qui, à cause de ses goûts, très-analogues -aux siens, l'avait pris dans une affection toute particulière.</p> - -<p>Bussy se montrait vivement épris de sa cousine; mais -le régime auquel elle assujettissait son amour ne s'accommodait -pas avec ses inclinations. Toutefois, comme sa présomption -<span class="pagenum"><a id="Page_507"> 507</a></span> -lui faisait croire qu'il n'en serait pas toujours -ainsi, il ne renonçait pas à ses instances. En attendant le -moment heureux qu'il espérait, il fallait vivre, comme -il le dit lui-même: c'est à quoi Bussy songeait, c'est ce -dont il s'occupait, malgré qu'il eût une femme jeune -et fidèle, et malgré ses déclarations d'amour à madame -de Sévigné.</p> - -<p>Il s'était lié intimement avec d'Arcy et avec La Feuillade, -qui fut depuis fait duc et maréchal de France. Compagnons -d'armes et de plaisir, on les voyait toujours, tous -les trois ensemble, aux bals, aux spectacles, aux concerts, -aux réunions qui eurent lieu pendant l'hiver. Ils y rencontrèrent -fréquemment trois femmes jeunes, jolies, liées -entre elles, qui ne se quittaient jamais, qu'on ne voyait -jamais isolées. Cette parité de nombre, cette similitude -de liaison, attira l'attention des trois amis, qui abordèrent -fréquemment ce trio de belles, et les trouvèrent -aimables. Voilà nos trois séducteurs qui voient dans cette -singulière rencontre un coup heureux de la destinée; c'est -un avertissement du dieu d'Amour, c'est une proie qu'il -leur offre, et dont chacun d'eux peut avoir sa part sans -envier celle de son ami. Ils forment donc une ligue pour -attaquer de concert les trois belles, et ils promettent de -s'entr'aider, de se servir mutuellement, pour que chacun -puisse capter la sienne. Une de ces femmes était la marquise -de Monglat, une autre la vicomtesse de Lisle, la -troisième madame de Précy. La difficulté était de s'accorder -sur les choix; ils crurent pouvoir y échapper en tirant -au sort. Les trois noms furent mis dans une bourse. Madame -de Monglat échut à La Feuillade, madame de Lisle -à d'Arcy, et madame de Précy à Bussy de Rabutin.</p> - -<p>Mais le sort avait fort mal arrangé cette affaire, du -<span class="pagenum"><a id="Page_508"> 508</a></span> -moins pour Bussy. Quoique chacune de ces trois femmes -eût des agréments particuliers, madame de Monglat, si -elle n'était pas la plus jolie, était la plus aimable, la plus -spirituelle. Petite-fille du chancelier de Chiverny, son -nom était Isabelle Hurault de Chiverny<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor"> [855]</a>. Elle avait -épousé Paul-Clermont, marquis de Monglat, grand maître -de la garde-robe, qui nous a laissé d'excellents Mémoires<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor"> [856]</a>. -Madame de Monglat était une brune piquante, -nez retroussé, yeux petits, mais vifs, traits fins et délicats, -teint animé, de beaux cheveux, taille moyenne, avec un -cou, des bras, des mains qui auraient pu servir de modèle -aux sculpteurs. Enjouée, folâtre, étourdie, d'un esprit -pénétrant, fécond en saillies, elle aimait les vers, la musique, -les artistes et les gens de lettres, dont elle appréciait -les productions avec goût, avec sagacité<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor"> [857]</a>. C'est pourquoi -Somaize lui a donné une place dans son <i>Dictionnaire des -Précieuses</i>, où il en parle sous le nom de Delphiniane. -«Elle connaît, dit-il, tous les auteurs et leurs pièces, leur -donne souvent des sujets pour les accommoder au théâtre; -et par cette raison elle mérite non-seulement le -nom de précieuse, mais de véritable.»</p> - -<p>Bussy préférait beaucoup madame de Monglat à ses -deux amies, et surtout à madame de Précy, qui était celle -<span class="pagenum"><a id="Page_509"> 509</a></span> -qu'il trouvait le moins à son gré<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor"> [858]</a>. La Feuillade fut forcé -de s'absenter pour se rendre à l'armée; et Bussy, qui restait -à Paris, fut chargé de ses intérêts auprès de madame -de Monglat, qui semblait avoir l'intention d'agréer les propositions -d'amour de La Feuillade. Bussy, tout en ayant -l'air de servir son ami auprès de madame de Monglat, -employa pour lui-même tous les moyens de séduction -qu'une longue pratique et de nombreux succès auprès -des femmes lui avaient donnés. Mais comme les promesses -qu'il avait faites, et qui n'étaient point ignorées de madame -de Monglat, pouvaient lui donner l'apparence d'un -homme perfide, quand il s'aperçut qu'il lui plaisait il devint -moins assidu auprès d'elle; et lorsqu'il eut la certitude -d'être aimé, il cessa de la voir. Elle le fit venir, pour -lui demander l'explication de sa conduite. Il lui dit qu'il -avait trop tard reconnu le danger auquel La Feuillade l'avait -exposé: que la violence de l'amour qu'elle lui avait -inspiré ne lui permettait pas de remplir auprès d'elle les -engagements qu'il avait pris envers son ami; qu'il allait -lui écrire pour lui en faire l'aveu. Il écrivit en effet à La -Feuillade qu'il allait s'abstenir de voir madame de Monglat, -parce qu'il craignait d'en être trop bien accueilli et -de nuire à un ami qu'il avait promis de servir. Soit orgueil, -soit présomption, soit confiance, La Feuillade n'accepta -point le refus de Bussy. Au contraire, il lui rappela -ses promesses, et l'engagea à lui continuer ses soins. Il lui -écrivit: «Quand on est aussi délicat que vous le paraissez, -on est assurément incapable de trahir.» En même temps il -lui envoya une lettre pour madame de Monglat, où il lui -<span class="pagenum"><a id="Page_510"> 510</a></span> -disait qu'il n'était point étonné qu'un honnête homme n'eût -pu la voir sans en devenir amoureux; mais que ce n'était -pas une raison à Bussy pour se retirer; qu'il était persuadé -qu'il aurait assez de force pour résister, mais que -dans le cas contraire il savait qu'elle ne donnerait jamais -son cœur à un traître.</p> - -<p>Bussy remit ces deux lettres à madame de Monglat, -après en avoir fait disparaître les dernières phrases, qui -avaient trait à la perfidie de sa conduite. Madame de Monglat, -d'après l'aveu que Bussy avait fait à La Feuillade, ne -vit que de l'indifférence dans les instances que ce dernier -faisait à son rival pour continuer à la voir. Sa vanité -blessée, d'accord avec ses inclinations, lui inspirèrent -le désir de punir La Feuillade de son impertinente -sécurité.</p> - -<p>Bussy en était là de ses intrigues amoureuses, courtisant -ouvertement madame de Sévigné et madame de Précy, -et secrètement madame de Monglat. Il prévoyait que, sur -le point d'obtenir sa charge de mestre de camp de cavalerie -légère, il serait bientôt obligé de quitter Paris; il désirait -laisser de lui, en partant, une impression favorable dans le -cœur de sa cousine et s'assurer l'affection de madame de -Monglat, auprès de laquelle il se voyait bien plus avancé, -quoique leur liaison fût plus récente. Il proposa donc à -madame de Sévigné de lui donner une fête au Temple. -Elle accepta. Il ne manqua pas d'y inviter les trois amies, -madame de Monglat, madame de Lisle, et madame de -Précy. Madame de Sévigné ignorait alors les intrigues de -son cousin, ou, si elle en soupçonnait quelque chose, elle -s'en inquiétait peu. Elle avait même, par un billet écrit en -italien, engagé à se rendre à cette fête une de ses amies -qui (elle le savait) plaisait beaucoup à Bussy; c'était la -<span class="pagenum"><a id="Page_511"> 511</a></span> -marquise d'Uxelles, jolie, spirituelle et coquette<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor"> [859]</a>. Madame -de Sévigné fit avec tant de grâce les honneurs de -cette fête, elle y parut si aimable, que, malgré le grand -nombre de beautés qui s'y trouvaient réunies, aucune ne -parut plus qu'elle digne des hommages que Bussy lui rendait -avec autant d'éclat que de magnificence.</p> - -<p>Madame de Précy, à laquelle les assiduités de Bussy -auprès de madame de Monglat n'avaient causé aucune -jalousie, parce qu'elle les avait attribuées à son amitié -pour La Feuillade, aux engagements qu'il avait contractés -avec lui, crut aussi que Bussy s'était servi de sa cousine -comme d'un moyen détourné pour lui donner une fête; -que madame de Sévigné en était le prétexte, mais qu'elle -en était l'objet véritable; et les discours de Bussy contribuaient -à entretenir chez elle cette erreur. Elle admira -une galanterie aussi fine, aussi respectueuse, qui témoignait -un amour si vrai, si délicat, et tout à fait dans les -manières et les habitudes du code galant que les précieuses -de cette époque avaient mis à la mode.</p> - -<p>Quant à madame de Monglat, qui était en secret prévenue -de tout, elle s'abandonna sans plus de résistance -aux enchantements dont l'environnait un amant qui lui -paraissait si généreux, si persévérant, et elle ne lui laissa -plus aucun doute sur la nature de ses sentiments. Mais -laissons-le lui-même donner la description de cette fête.</p> - -<p>«Quelques jours avant que de partir, je voulus adoucir -le chagrin que me donnait la violence que je me faisais -à cacher ma passion; et pour cet effet je donnai à madame -<span class="pagenum"><a id="Page_512"> 512</a></span> -de Sévigné une fête si belle et si extraordinaire, que vous -serez bien aise que je vous en fasse la description. Premièrement, -figurez-vous dans le jardin du Temple, que vous -connaissez, un bois que deux allées croisent: à l'endroit -où elles se rencontrent, il y avait un assez grand rond d'arbres, -aux branches desquels on avait attaché cent chandeliers -de cristal. Dans un des côtés de ce rond on avait -dressé un théâtre magnifique, dont la décoration méritait -bien d'être éclairée comme elle était; et l'éclat de mille -bougies, que les feuilles des arbres empêchaient de s'échapper, -rendait une lumière si vive en cet endroit, que -le soleil ne l'eût pas éclairé davantage: aussi, par cette -raison, les environs en étaient si obscurs, que les yeux ne -servaient de rien. La nuit était la plus tranquille du monde. -D'abord la comédie commença, qui fut trouvée fort plaisante. -Après ce divertissement, vingt-quatre violons ayant -joué des ritournelles, jouèrent des branles, des courantes -et des petites danses. La compagnie n'était pas si grande -qu'elle était bien choisie: les uns dansaient, les autres -voyaient danser, et les autres, de qui les affaires étaient -plus avancées, se promenaient avec leurs maîtresses dans -des allées où l'on se touchait pour se voir<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor"> [860]</a>. Cela dura jusqu'au -jour, et, comme si le ciel eût agi de concert avec moi, -l'aurore parut quand les bougies cessèrent d'éclairer. -Cette fête réussit si bien, qu'on en manda les particularités -partout, et à l'heure qu'il est on en parle avec admiration<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor"> [861]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_513"> 513</a></span> -Cependant madame de Précy s'aperçut qu'elle était -jouée<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor"> [862]</a>. La vicomtesse de Lisle, jolie Bretonne, admirable -danseuse, coquette et pleine de grâce, avait aussi été courtisée, -puis délaissée par Bussy. Elle partagea le ressentiment -de madame de Précy. Bussy, par ses manœuvres, -parvint à brouiller entre elles les trois amies; puis il partit -pour l'armée, mal avec La Feuillade, très-bien avec madame -de Monglat, et toujours au même degré d'intimité -et de bienveillance amicale avec madame de Sévigné.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_514"> 514</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXVIII.<br /> -<span class="medium">1653-1654.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy revient à Paris.—Il y retrouve madame de Sévigné.—Ils -passent tous deux l'hiver dans la capitale.—Spectacle et divertissements.—On -ouvre un nouveau théâtre au Marais.—<i>L'Écolier -de Salamanque</i>, pièce de Scarron.—Corneille et Bois-Robert -traitent le même sujet.—Éducation du jeune roi.—Son goût -pour la danse.—Nouveaux ballets royaux.—Ballet des <i>Proverbes</i>.—Ballet -de <i>Pélée et de Thétis</i>.—Nièces du cardinal de Mazarin.—Préférences -de Louis XIV pour l'aînée.—Tempérament précoce -du jeune roi.—On songe à le marier.—Mariage du prince de -Conti.—Bal à ce sujet.—Portrait du prince de Conti.—Bussy -lui plaît.—Conti s'occupait des affaires de galanterie.—Il courtise -madame de Sévigné.—Trouve un rival dans le comte du Lude.—Le -surintendant Fouquet se déclare l'amant de madame de Sévigné.—Origine -de la fortune de Fouquet.—Son goût pour les -femmes et les beaux-arts.—Sa magnificence et sa générosité.—Turenne -recherche aussi madame de Sévigné.—Bussy ne se laisse -pas décourager par le nombre de ses rivaux.</p> -</div> - -<p>Bussy, vers la fin de décembre, revint à Paris<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor"> [863]</a>. La -campagne s'était passée pour lui sans gloire, et il avait -eu la maladresse d'indisposer contre lui Turenne, en -usant avec peu d'égards des priviléges de sa nouvelle -charge de mestre de camp de la cavalerie légère<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor"> [864]</a>. Il retrouva -dans la capitale madame de Sévigné, qui y était -restée; et tous deux y passèrent l'hiver, durant lequel -<span class="pagenum"><a id="Page_515"> 515</a></span> -les festins, les spectacles et les fêtes se succédèrent presque -sans interruption<a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor"> [865]</a>. La nécessité d'amuser un jeune -roi, le désir de lui plaire, cet amour des distractions et -des jouissances qui succède aux privations qu'on a été -forcé de s'imposer pendant les temps de calamité, auraient -fait, au besoin, imaginer des prétextes de divertissements, -ou même on s'y serait livré sans prétexte. Mais -le nombre des mariages qui à cette époque eurent lieu -à la cour, dans la haute noblesse et parmi la riche bourgeoisie<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor"> [866]</a>, -fournirent des occasions répétées, et en quelque -sorte obligées, de se livrer à la joie et au plaisir. On s'empara -avec ardeur de motifs aussi légitimes; et la gaieté -enivrante qui se manifesta dans toutes ces fêtes nuptiales -s'augmentait encore par la richesse des habillements, la -fraîcheur, l'éclat des décorations et les éblouissantes illuminations -des lieux où l'on se réunissait.</p> - -<p>Les deux seuls théâtres qui existaient à Paris ne purent -plus suffire au public nombreux qui prenait goût au spectacle: -on rouvrit donc le théâtre du Marais, situé rue de -la Poterie, où sous Louis XIII la troupe des comédiens -italiens dirigée par Mondori avait su faire rire jusqu'au -sombre et soucieux cardinal de Richelieu. Scarron, par -sa comédie de <i>l'Écolier de Salamanque</i>, ou des <i>Généreux -ennemis</i>, sut attirer la foule à ce théâtre, et le mit -en crédit. Deux autres auteurs, Thomas Corneille et Bois-Robert -profitèrent des lectures qu'ils avaient entendu -faire de cette pièce chez Scarron même, traitèrent le -même sujet, et firent jouer leurs pièces sur le théâtre de -<span class="pagenum"><a id="Page_516"> 516</a></span> -l'hôtel de Bourgogne. Cependant Scarron eut encore la -priorité de la représentation, et, ce qui vaut mieux, la -supériorité dans le succès. Ses imitateurs lui avaient bien -pris son sujet, mais ils n'avaient pu lui dérober son esprit, -sa facilité, et la verve de sa muse rieuse et bouffonne. -C'est dans cette pièce que Scarron a créé le personnage -de Crispin, ce valet niais et rusé, caractère que -Molière et Regnard n'ont pas dédaigné de lui emprunter, -et que leurs chefs-d'œuvre ont en quelque sorte naturalisé -sur notre théâtre<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor"> [867]</a>.</p> - -<p>Le jeune roi, en présence duquel Mazarin tenait tous -ses conseils, délibérait et expédiait toutes les grandes -affaires<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor"> [868]</a>, montrait un goût très-vif pour tous les exercices -de corps, et surtout pour le cheval, la danse, et pour -les ballets pantomimes. On en joua trois nouveaux pendant -l'hiver: celui des <i>Proverbes</i><a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor"> [869]</a> et celui du <i>Temps</i><a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor"> [870]</a> -étaient en actions et fort courts, sans aucun chant, sans -aucun récitatif en vers, sauf un seul couplet d'introduction; -aussi furent-ils tous deux joués et dansés dans la -salle des gardes. Mais il n'en fut pas de même du ballet de -<i>Pélée et de Thétis</i>, pour lequel on fit venir des comédiens -de Mantoue, et qui parut supérieur à tout ce qu'on avait -vu jusque alors en ce genre. Ce ballet, qui fut représenté -sur le théâtre du Petit-Bourbon, charma la cour, et ravit -tous les spectateurs auxquels il fut permis d'y assister. -<span class="pagenum"><a id="Page_517"> 517</a></span> -On trouva que Bouty avait été heureusement inspiré dans -les inventions du sujet, les figures et les danses; que Benserade -s'était surpassé dans les vers, Torelli par le prestige -des décorations, et les musiciens par la beauté de -leurs airs<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor"> [871]</a>. On convint généralement que le jeune roi -n'avait jamais déployé autant de talent et de grâces que -dans les nombreux rôles qu'il remplissait dans ce ballet; -lui-même se plaisait tant à y jouer, qu'il en fit donner des -représentations pendant tout l'hiver, et quelquefois jusqu'à -trois dans une même semaine<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor"> [872]</a>. Il y paraissait sous -cinq costumes différents, et représentait Apollon, Mars, -une Furie, une dryade, et un courtisan.</p> - -<p>Mazarin, habile à se servir de tous les moyens, avait -fait venir de Rome ses deux sœurs Mancini et Martinozzi, -dont les filles augmentèrent encore le nombre des jeunes -beautés qui figuraient dans ces divertissements<a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor"> [873]</a>. On s'aperçut -bientôt que Louis paraissait considérer avec plus de -plaisir que toute autre l'aînée des Mancini<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor"> [874]</a>, quoiqu'elle -fût fort petite et d'une beauté médiocre<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor"> [875]</a>. Elle jouait la -déesse de la Musique dans ce ballet de <i>Pélée et de Thétis</i><a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor"> [876]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_518"> 518</a></span> -Les inclinations enfantines du jeune roi pour mademoiselle -d'Heudicourt et la duchesse de Châtillon<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor"> [877]</a> n'avaient donné -lieu jusque alors qu'à d'ingénieux couplets; mais Louis -commençait à entrer dans l'âge où l'on épiait avec une -continuelle et curieuse attention, et des sentiments bien -divers, les moindres signes qui pouvaient manifester les -secrets penchants de son cœur. Anne d'Autriche, qui par -les révélations de la Porte, premier valet de chambre<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor"> [878]</a>, -avait eu connaissance de la précocité peu commune de -son fils, vit avec une extrême inquiétude et beaucoup -de déplaisir ses préférences pour une nièce de Mazarin. -Quoique le roi n'eût pas encore atteint l'âge de dix-sept -ans, Anne d'Autriche commençait dès lors à songer à -l'alliance qu'il conviendrait le mieux de contracter pour -la France et pour lui. Le mariage du prince de Conti avec -Martinozzi, cette autre nièce de Mazarin, fut célébré au -Louvre vers la fin de février<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor"> [879]</a>; et le bal qui eut lieu en -cette occasion surpassa tous les autres en magnificence. -Trois des plus jeunes des nièces de Mazarin, récemment -arrivées de Rome, firent leur première entrée à la cour. -Là brillait encore un essaim de jeunes beautés: Beuvron, -Comminges, la brune et piquante Villeroy, Mortemart, -plus jeune et plus belle encore. On y vit aussi la -sœur du roi détrôné d'Angleterre, cette gentille Henriette<a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor"> [880]</a>, -qui n'était alors âgée que de onze ans, et qui devait, au -sein du bonheur, au milieu d'une cour dont elle était -adorée, succomber à la fatalité qui poursuivait sa famille.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_519"> 519</a></span> -Armand de Bourbon, prince de Conti, avait, sur un -corps difforme, une très-belle tête, ornée d'une longue -chevelure<a id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor"> [881]</a>. Il rachetait ses imperfections physiques par -beaucoup d'amabilité. Vif, gai, sémillant, un peu enclin -à la raillerie, nourri d'études solides, il était amateur des -belles-lettres et appréciateur très-éclairé des ouvrages de -littérature. Généreux jusqu'à la prodigalité; brave, mais -sans talent militaire; destiné par son éducation à l'Église, -les dissensions civiles l'avaient jeté dans le métier des armes, -auquel il semblait avoir pris d'autant plus de goût -qu'il y était moins propre. D'un caractère faible, il répugnait -à prendre par lui-même une résolution. Avec beaucoup -d'esprit, il avait toujours besoin que quelqu'un prit -de l'ascendant sur son esprit<a id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor"> [882]</a>. Bussy lui plut par ses -saillies, par la conformité de ses goûts avec les siens. -Comme presque tous ceux qui sont affectés de gibbosité, -Conti avait une inclination désordonnée pour les femmes; -et, par une conséquence naturelle de ce penchant, -il s'occupait beaucoup de ce qui se passait dans le monde -galant, qu'il avait surnommé le <i>pays de la Braquerie</i><a id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor"> [883]</a>; -il avait dressé de ce pays, qu'il prétendait bien connaître, -une carte faite à l'imitation de la <i>carte de Tendre</i> -de mademoiselle de Scudéry dans le roman de <i>Clélie</i><a id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor"> [884]</a>, -dont la première partie venait de paraître.</p> - -<p>Ainsi Conti, quoiqu'il fût récemment marié, n'était, -pas plus que Bussy, d'humeur à garder la foi conjugale; -<span class="pagenum"><a id="Page_520"> 520</a></span> -et ce prince ne put revoir madame de Sévigné, pour laquelle -il avait, du vivant de son mari, éprouvé de l'inclination, -sans devenir encore plus sensible à ses attraits -et à tout ce que la liberté du veuvage ajoutait à son esprit -et à ses grâces, aux agréments de sa société et de son -commerce.</p> - -<p>D'un autre côté, le comte du Lude, déjà en faveur auprès -du jeune monarque, et qui dans le ballet de <i>Pélée -et de Thétis</i> avait été choisi pour remplir le rôle de magicien<a id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor"> [885]</a>, -se montrait plus empressé auprès de madame de -Sévigné. Il faisait valoir les droits de sa longue persévérance, -et ceux qu'il avait acquis en se déclarant le plus -intrépide de ses chevaliers, dans son épineuse affaire avec -la famille de Rohan.</p> - -<p>Un autre amant, non moins aimable et plus dangereux -qu'un prince du sang et un favori du roi, avait aussi fait -l'aveu de son amour à notre belle veuve. C'était Fouquet, -le surintendant des finances, le frère de cet abbé intrigant -et libertin, si fort en crédit auprès de Mazarin et de -la reine.</p> - -<p>Mazarin, après la mort du marquis de la Vieuville, -songea à diminuer la trop grande influence des surintendants -des finances. Il crut y parvenir en partageant la -place entre deux personnes, et en plaçant sous eux des -intendants particuliers, qui devaient administrer d'après -leurs ordres<a id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor"> [886]</a>. Il fit donc Servien et Fouquet surintendants, -<span class="pagenum"><a id="Page_521"> 521</a></span> -avec un pouvoir égal. Fouquet était déjà procureur -général au parlement de Paris, et il avait été pourvu -de cette charge importante à l'âge de trente-cinq ans. Il -en avait trente-neuf lorsqu'il fut nommé surintendant. -Mazarin, en le choisissant, n'avait eu pour but que de se -rapprocher du parlement, et d'atténuer les préventions que -cette compagnie de magistrats avait contre lui. Il avait -cru que Fouquet se trouverait trop occupé de sa charge de -procureur général pour se mêler de finances, et que Servien, -dont il avait éprouvé la docilité et l'habileté dans -d'importantes missions diplomatiques, aurait seul la principale -direction. C'est en effet ainsi que les choses se -passèrent pendant la première année de cette nouvelle -organisation. Mais bientôt l'incapacité de Servien en matière -de finances devint manifeste; et Mazarin, qui à -l'époque même où il voulait presser les opérations de la -guerre, voyait l'État sans argent et sans crédit, prêta l'oreille -à Fouquet, qui promit de trouver des ressources. -Servien reçut l'ordre de le laisser agir: dès ce moment -Fouquet fut réellement le seul surintendant des finances de -France<a id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor"> [887]</a>, et avec des pouvoirs proportionnés aux besoins -qu'on avait de lui. Fouquet tint toutes les promesses qu'il -avait faites. Nonobstant l'épuisement du trésor, il trouva -des moyens de faire face à toutes les dépenses, à une -époque où, par les difficultés qu'éprouvait le recouvrement -des deniers publics et le discrédit général, il paraissait -impossible de se procurer de l'argent. Fouquet -<span class="pagenum"><a id="Page_522"> 522</a></span> -devint dès lors pour le gouvernement un homme nécessaire. -Il ne fut plus question de lui imposer aucun contrôle; -pourvu qu'il comptât les sommes dont on avait besoin, -on le laissa libre sur les moyens de se remplir de ses -avances, et d'administrer le produit des impôts comme il -l'entendrait. Il se hâta d'en profiter pour l'augmentation -de sa fortune. Mais homme d'affaires et homme d'esprit, -il était aussi homme de plaisir; il aimait les arts, les lettres, -et surtout les femmes. Né par son organisation pour -toutes les jouissances sociales, et propre à toutes les fonctions -par sa haute capacité, il semblait, par son air de -grandeur et sa générosité sans bornes, encore au-dessus -du poste éminent où il se trouvait placé. Il faisait à ses -châteaux de Vaux et de Saint-Mandé<a id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor"> [888]</a> des constructions -et des embellissements dignes d'un prince souverain. Il y -plaçait de riches collections de tableaux, de livres, de -statues antiques, et d'objets rares et curieux. Il attirait -chez lui ce qu'il y avait de plus aimable et de plus spirituel -à la cour et dans les hautes sociétés de la capitale; il -s'attachait par des bienfaits les poëtes, les savants et les -artistes. Il oubliait les faveurs dont il les comblait, et paraissait -seulement reconnaissant des jouissances qu'il en -recevait; plus jaloux de se montrer à eux comme ami que -comme protecteur. Mais ses penchants voluptueux usurpaient -une trop grande partie de son temps. Rien ne lui -coûtait pour satisfaire ses fantaisies amoureuses. L'or était -prodigué, les intrigues les plus habiles étaient mises en jeu -pour assurer la défaite de celles qui lui présentaient quelque -résistance; et il leur était d'autant plus difficile de lui -échapper, que c'était dans leur société intime, parmi des -<span class="pagenum"><a id="Page_523"> 523</a></span> -femmes que leur rang mettait à l'abri du soupçon d'un rôle -aussi honteux, que se rencontraient ses agents les plus -dévoués<a id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor"> [889]</a>. Lui-même était un séducteur plus puissant que -l'or, plus habile que ses plus adroits complices. A une -figure agréable il joignait des manières insinuantes, un -esprit disposé à saisir toutes les occasions de plaire, et ingénieux -à les faire naître. Il possédait cet instinct des procédés -délicats, que rien ne peut suppléer; et il avait au -besoin toute l'éloquence de la passion, qui entraîne toujours, -quoiqu'elle soit toujours trompeuse, même lorsqu'elle -est sincère. Tel était le nouveau et redoutable ami -que madame de Sévigné avait à combattre et à maintenir -à une distance convenable.</p> - -<p>Un autre personnage, dont l'hommage était encore plus -flatteur pour l'orgueil d'une femme, Turenne, avait fait -sa déclaration à madame de Sévigné. Elle jugea nécessaire -de mettre dans sa conduite envers le héros une réserve -dont elle s'abstenait envers tous ceux qui se trouvaient à -son égard dans la même position. Pendant le court séjour -que Turenne fit à Paris durant la belle saison de cette -année 1654, il se présenta plusieurs fois chez madame de -Sévigné; mais elle évita de le recevoir, soit parce qu'elle -pensait que les assiduités d'un prince d'une si haute renommée -seraient fatales à sa réputation, soit qu'elle craignit -d'exciter la jalousie de celle qu'il venait d'épouser, -soit enfin par quelques autres motifs qui nous sont inconnus<a id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor"> [890]</a>.</p> - -<p>Les succès de Bussy auprès de madame de Monglat, -<span class="pagenum"><a id="Page_524"> 524</a></span> -les attraits d'un récent attachement, n'avaient pu le distraire -de son amour pour sa cousine. Il croyait, avec raison, -que les progrès qu'il avait faits dans son cœur par -suite d'une longue intimité et les affections de famille -lui donnaient de grands avantages sur tous ses rivaux, -sans ceux qu'il tenait de ses qualités personnelles, et que -son orgueil exagérait. Aussi fut-il loin de se décourager.</p> - -<p>Il semble, au contraire, qu'il mettait d'autant plus de -prix à triompher de madame de Sévigné, qu'il la voyait -entourée de plus d'hommages. Cependant il ne pouvait se -déguiser qu'il avait dans Conti et dans Fouquet deux antagonistes -qu'il était difficile d'écarter. Quant au premier, -l'ambition, plus forte chez Bussy que tous les sentiments -du cœur, ne lui permettait pas de songer à une rivalité; -mais si sa cousine devait succomber à la vanité de dominer -un prince du sang, l'immoralité de Bussy ne répugnait -pas à la possibilité d'un partage. Il n'en était pas de même -pour le surintendant, dont les poursuites excitaient son -envie et sa jalousie. Mais comme il lui était redevable de -la finance de sa charge, que celui-ci lui avait prêtée, et -qu'il avait besoin de lui pour ses intérêts pécuniaires, il -se trouvait forcé de le ménager. Quant à Turenne, comme -Bussy ne l'avait point vu chez sa cousine, qui avait refusé -de l'admettre, il ignorait qu'il en fût amoureux, et il ne -l'apprit qu'à la campagne suivante, et par l'aveu même -de Turenne<a id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor"> [891]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_525"> 525</a></span></p> - -<h2>CHAPITRE XXXIX.<br /> -<span class="medium">1653.</span></h2> - -<p class="hanging indent"> -Bussy est placé dans l'armée de Conti.—Il se rend avec lui à Perpignan.—Obtient -sa confiance et sa faveur.—Conti le surnomme -<i>son templier</i>.—Conti fait confidence à Bussy-Rabutin de son amour -pour madame de Sévigné.—Lettre de Bussy à madame de Sévigné -à ce sujet.—Détails sur Senectaire, mentionné dans cette lettre.—Madame -de Sévigné repousse les conseils de Bussy-Rabutin.—Nouvelle -lettre de Bussy à madame de Sévigné.—Détails sur mademoiselle -de Biais.—Madame de Sévigné, pour réprimer la licence -de la plume de Bussy, lui fait part de la résolution de montrer à sa -tante de Coulanges toutes les lettres qu'il lui écrira.—Autre lettre -de Bussy à madame de Sévigné, datée du camp de Vergès.—Apostille -à la marquise de La Trousse.—Détails sur la marquise -d'Uxelles.—Cause de l'inclination que Bussy avait pour elle.—Détails -sur le duc d'Elbeuf et la marquise de Nesle.—Le marquis -de Vardes au nombre des amis de madame de Sévigné.—Détails -sur la liaison du marquis de Vardes avec la duchesse de Roquelaure.—Bussy -répond aux sarcasmes de madame de Sévigné -contre ses poulets.—Quels sont les trois rivaux dont il est fait -mention dans sa réponse.—Madame de Sévigné quitte Paris, et se -rend à sa terre des Rochers.</p> -</div> - -<p>Telle était la position de Bussy à l'égard de madame -de Sévigné. Cependant l'hiver finit, et l'on parla à la cour -des généraux et des officiers qui devaient servir pendant -la campagne. Bussy obtint d'être placé sous les ordres du -prince de Conti, qui commandait en Catalogne. Il partit -au mois de mai avec ce prince, et fit route avec lui, dans -son carrosse, de Paris à Perpignan<a id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor"> [892]</a>. Conti était encore -<span class="pagenum"><a id="Page_526"> 526</a></span> -accompagné du poëte Sarrazin, son secrétaire, qui mourut -dans l'année, et de l'intendant de sa maison, l'abbé -Roquette, assez connu depuis, comme évêque d'Autun, -pour être le modèle que Molière a eu en vue dans son -Tartufe. Bussy sut profiter de ce voyage pour s'avancer -dans la faveur de Conti, qui ne le nommait jamais que -<i>son templier</i><a id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor"> [893]</a>. Ses inclinations pour les femmes, le jeu -et la bonne chère, et sa résidence au Temple lorsqu'il -était à Paris, lui avaient valu ce sobriquet. Ainsi, c'est -surtout par ses défauts que Bussy était parvenu à plaire -au prince. Celui-ci, qui ignorait les sentiments de Bussy -pour sa cousine, après lui avoir fait un grand éloge de -ses charmes, lui fit confidence de l'inclination qu'il avait -pour elle. Bussy adressa aussitôt à madame de Sévigné -la lettre suivante:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Montpellier, le 16 juin 1654.</p> - -<p>«J'ai bien appris de vos nouvelles, madame: ne vous -souvenez-vous point de la conversation que vous eûtes chez -madame de Montausier avec monsieur le prince de Conti, -l'hiver dernier? Il m'a conté qu'il vous avait dit quelques -douceurs, qu'il vous avait trouvée fort aimable, et qu'il -vous en dirait deux mots cet hiver. Tenez-vous bien, ma -belle cousine! telle dame qui n'est point intéressée est quelquefois -ambitieuse; et qui peut résister aux finances du -roi ne résiste pas toujours aux cousins de sa Majesté. De -la manière dont le prince m'a parlé de son dessein, je vois -<span class="pagenum"><a id="Page_527"> 527</a></span> -bien que je suis désigné pour confident; je crois que vous -ne vous y opposerez pas, sachant, comme vous faites, -avec quelle capacité je me suis acquitté de cette charge en -d'autres rencontres. Pour moi, j'en suis ravi, dans l'espérance -de la succession: vous m'entendez bien, ma belle cousine. -Si, après tout ce que la fortune veut vous mettre en -main, je n'en suis pas plus heureux, ce ne sera pas votre -faute; mais vous en aurez soin assurément, car enfin il faut -bien que vous me serviez à quelque chose. Tout ce qui -m'inquiète, c'est que vous serez un peu embarrassée entre -ces deux rivaux; et il me semble déjà vous entendre -dire:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Des deux côtés j'ai beaucoup de chagrin:</p> -<p class="i2"> O Dieu, l'étrange peine!</p> -<p>Dois-je chasser l'ami de mon cousin?</p> -<p>Dois-je chasser le cousin de la reine?</p> -</div></div> - -<p>«Peut-être craindrez-vous de vous attacher au service -des princes, et que mon exemple vous en rebutera; peut-être -la taille de l'un ne vous plaira-t-elle pas; peut-être -aussi la figure de l'autre. Mandez-moi des nouvelles de -celui-ci, et les progrès qu'ils a faits depuis mon départ; à -combien d'acquits patents il a mis votre liberté. La fortune -vous fait de belles avances, ma chère cousine: n'en -soyez point ingrate. Vous vous amusez après la vertu, -comme si c'était une chose solide, et vous méprisez les -biens comme si vous ne pouviez jamais en manquer: ne -savez-vous pas ce que disait le vieux Senectaire, homme -d'une grande expérience et du meilleur sens du monde: -Que les gens d'honneur n'avaient point de chausses? -Nous vous verrons un jour regretter le temps que vous -aurez perdu; nous vous verrons repentir d'avoir mal employé -votre jeunesse, et d'avoir voulu avec tant de peine -<span class="pagenum"><a id="Page_528"> 528</a></span> -acquérir et conserver une réputation qu'un médisant peut -vous ôter, et qui dépend plus de la fortune que de votre -conduite.....</p> - -<p>«Adieu, ma belle cousine; songez quelquefois à moi, -et que vous n'avez ni parent ni ami qui vous aime tant -que je fais. Je voudrais..... non, je n'achèverai pas, de -peur de vous déplaire; mais vous pouvez bien savoir ce -que je voudrais<a id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor"> [894]</a>.»</p> -</div> - -<p>Les allusions que Bussy fait dans cette lettre à l'amour -du surintendant pour madame de Sévigné n'auront point -échappé au lecteur. Le vieux Senectaire, dont il est fait -mention ici était Henri, seigneur de Saint-Nectaire, père -du maréchal de la Ferté-Senneterre. Ce nom de Saint-Nectaire -fut d'abord changé, par euphonie, en celui de Senectaire, -et ensuite en celui de Senneterre. Senneterre -n'était point tel que semblerait le faire présumer le mot -piquant que Bussy rapporte de lui, qui était dans sa -bouche la satire du monde et de la cour, mais non pas -l'expression de ses sentiments. Senneterre avait été ambassadeur -en Angleterre<a id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor"> [895]</a>, et mourut respecté et recherché -jusqu'à la fin, en 1662, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. -Pendant la Fronde il avait été du parti des modérés, et -voyait dans l'accord du duc d'Orléans et de la reine le -seul moyen de faire cesser les troubles et de rétablir l'autorité. -Courtisan sage et délié, il sut se mouvoir au milieu -d'hommes et de partis variables, sans s'attirer l'inimitié -d'aucun. Il esquiva souvent la faveur de la reine, pour ne -pas trahir la confiance du duc d'Orléans, et se montra -<span class="pagenum"><a id="Page_529"> 529</a></span> -loyal envers tous. Ami de Châteauneuf et de Villeroy, il -cessait de les seconder dans leurs projets quand ces projets -n'avaient plus pour but le bien de l'État, mais leur -ambition personnelle. Il contribua beaucoup avec le maréchal -Duplessis au retour de Mazarin, quoiqu'il n'aimât -pas ce ministre et lui fût souvent opposé; il se concilia par -là sa bienveillance. Madame de Motteville, liée avec lui -d'amitié, et qui partageait tous ses sentiments, était son -intermédiaire auprès de la reine. Celle-ci, dans les occasions -importantes, désirait toujours avoir l'avis de ce -Nestor des hommes d'État, et lui demandait en secret des -conseils, qu'elle ne suivait pas, et qu'elle se repentait -toujours de n'avoir pas suivis<a id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor"> [896]</a>.</p> - -<p>Nous n'avons point la réponse que madame de Sévigné -fit à la lettre de Bussy; mais nous pouvons facilement -juger, par celle qu'il lui écrivit après l'avoir reçue, avec -quelle mesure, avec quelle dignité, avec quelle franchise -d'expression elle repoussa les viles insinuations de son -cousin, puisqu'elle parvint à convaincre un homme qui -croyait peu à la vertu des femmes, de la constance et de -la sincérité de ses résolutions. On voit aussi par cette lettre -comment, sans se fâcher, sans le blâmer, en lui disant -même des choses agréables pour son amour-propre -et satisfaisantes pour son cœur, elle le força tout doucement -à se renfermer dans les limites où elle voulait le -contenir.</p> - -<div class="blockquote"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_530"> 530</a></span></div> -<p class="center">LETTRE DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p class="date">«Figuières, le 30 juillet 1654.</p> - -<p>«Mon Dieu, que vous avez d'esprit, ma belle cousine! -que vous écrivez bien, que vous êtes aimable! Il faut -avouer qu'étant aussi prude que vous l'êtes, vous m'avez -grande obligation de ce que je ne vous aime pas plus que -je ne fais. Ma foi, j'ai bien de la peine à me retenir; tantôt -je condamne votre insensibilité, tantôt je l'excuse; mais -je vous estime toujours. J'ai des raisons de ne vous pas -déplaire en cette rencontre; mais j'en ai de si fortes de -vous désobéir! Quoi! vous me flattez, ma belle cousine, -vous me dites des douceurs, et vous ne voulez pas que -j'aie les dernières tendresses pour vous! Eh bien, je ne -les aurai pas: il faut bien vouloir ce que vous voulez, et -vous aimer à votre mode. Mais vous me répondrez un jour -devant Dieu de la violence que je me fais et des maux -qui s'ensuivront.</p> - -<p>«Au reste, madame, vous me mandez qu'après que -vous êtes demeurée d'accord avec Chapelain que j'étais -un honnête homme, et que même vous l'avez remercié -du bien qu'il vous disait de moi, je ne puis plus vous dire -que vous êtes du parti du dernier venu. Je ne vois pas que -cela vous justifie beaucoup; vous m'entendez louer, et vous -faites de même. Que sais-je, s'il vous avait dit: C'est un -galant homme que M. de Bussy; il ne peut manquer de -faire son chemin; il est seulement à craindre qu'il ne s'attache -un peu trop à ses plaisirs quand il est à Paris.—Que -sais-je, dis-je, si vous n'auriez pas cru qu'il eût raison, -et si, dans votre cœur au moins, vous n'auriez pas -condamné ma conduite? car enfin je vous ai vue dans des -<span class="pagenum"><a id="Page_531"> 531</a></span> -alarmes mal fondées, après de semblables conversations. -C'est une marque que les bonnes impressions que vous -avez de moi ne sont pas encore bien fortes. Bien m'en -prend que vous voyiez souvent de mes amis; sans cela -mademoiselle de Biais m'aurait bientôt ruiné dans votre -esprit. Je ne vous traiterais pas de même si l'occasion s'en -présentait; je ne rejetterais pas seulement la médisance la -plus outrée qu'on me ferait de vous, mais la plus légère -même, précédée de vos louanges. Adieu, ma belle cousine; -donnez-moi de vos nouvelles<a id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor"> [897]</a>.»</p> -</div> - -<p>La demoiselle de Biais, dont il est question dans cette -lettre, était une demoiselle de compagnie qu'avait madame -de Sévigné. Elle était de son âge, laide, sans fortune, sans -esprit, mais fort instruite. Madame de Sévigné, dans une -de ses lettres, l'appelle la petite de Biais, et paraît disposée -à s'égayer sur son compte<a id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor"> [898]</a>; par la suite, le fils de madame -de Sévigné la nommait, par dérision, sa tante<a id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor"> [899]</a>. -Mademoiselle du Pré, une des précieuses du cercle de -mademoiselle de Scudéry, s'étonne beaucoup, dans une -lettre adressée au comte de Bussy<a id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor"> [900]</a>, que cette demoiselle, -âgée de quarante-cinq ans<a id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor"> [901]</a>, ait pu enfin trouver un mari.</p> - -<p>Madame de Sévigné fut satisfaite de la docilité de son -cousin; mais cependant, pour se prémunir à l'avenir -contre les licences de sa plume, elle jugea convenable de -<span class="pagenum"><a id="Page_532"> 532</a></span> -s'astreindre à montrer toutes les lettres qu'elle recevrait -de lui à sa tante maternelle, Henriette de Coulanges, -veuve de François Hardi, marquis de La Trousse. Elle fit -part de cette résolution à Bussy, et tâcha en même temps -de lui persuader que cette bonne et durable amitié qui -devait présider à leur commerce alimenterait mieux leur -correspondance que tous ses poulets d'amour dictés par -la coquetterie, la fausseté et la perfidie, plutôt que par un -sentiment vrai. Bussy, qui prenait plaisir à ses entretiens -épistolaires avec sa cousine, ne s'offensa point des précautions -qu'elle prenait contre lui; elles le flattaient, sans -le décourager. Il lui adressa une nouvelle et longue lettre, -datée du camp de Vergès, le 17 août. Dans cette lettre il -lui disait:</p> - -<div class="blockquote"> -<p class="center">LETTRE DE BUSSY DE RABUTIN<br /> -A MADAME DE SÉVIGNÉ.</p> - -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b><br /> -«Je crois donc, ma belle cousine, que vous m'aimez; -et je vous assure que je suis pour vous comme vous êtes -pour moi, c'est-à-dire content au dernier point de vous -et de votre amitié. Ce n'est pas que je demeure d'accord -avec vous que votre lettre, toute franche et toute signée -comme vous dites, fasse honte à tous les poulets; ces -deux choses n'ont rien de commun entre elles: il vous -doit suffire que l'on approuve votre manière d'écrire à -vos bons amis, sans vouloir médire des poulets, qui ne -vous ont jamais rien dit. Vous êtes une ingrate, madame, -de les traiter mal, après qu'ils ont eu tant de respect pour -vous; pour moi, je vous l'avoue, je suis dans l'intérêt -des poulets, non pas contre vos lettres, mais je ne vois -<span class="pagenum"><a id="Page_533"> 533</a></span> -pas qu'il faille prendre de parti entre eux; ce sont des -beautés différentes: vos lettres ont leurs grâces, et les -poulets les leurs. Mais, pour vous parler franchement, si -l'on pouvait avoir de vos poulets, madame, on ne ferait -pas tant de cas de vos lettres.</p> - -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b><br /> -«Je suis bien aise que vous soyez satisfaite du surintendant: -c'est une marque qu'il se met à la raison, et -qu'il ne prend plus tant les choses à cœur qu'il faisait. -Quand vous ne voulez pas ce qu'on veut, madame, il -faut bien vouloir ce que vous voulez; on est encore trop -heureux de demeurer de vos amis: il n'y a guère que -vous, dans le royaume, qui puissiez réduire un amant à -se contenter d'amitié; nous n'en voyons presque point -qui d'amant éconduit ne devienne ennemi; et je suis -persuadé qu'il faut qu'une femme ait un mérite extraordinaire -pour faire en sorte que le dépit d'un amant maltraité -ne le porte pas à rompre avec elle.</p> - -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b><br /> -«Je suis ravi d'être bien avec messieurs vos oncles -[l'abbé de Livry et Philippe de Coulanges]; jalousie à -part, ce sont d'honnêtes gens: mais il n'y a personne de -parfait dans ce monde; s'ils n'étaient jaloux, ils seraient -peut-être quelque chose de pis. Avec tout cela je ne les -crains pas trop; et savez-vous bien pourquoi, madame? -C'est que je vous crains beaucoup, et que vous êtes cent -fois plus jalouse de vous qu'eux-mêmes.</p> - -<p>«J'oubliais de vous dire que j'écris à M. de Coulanges -sur la mort de madame sa femme [Marie Le Fèvre d'Ormesson, -morte, le 5 juillet 1654]. Madame de Bussy me -mande que je lui ai bien de l'obligation de ce qu'il a fait -pour moi à la chambre des comptes. Ce qui redouble le -<span class="pagenum"><a id="Page_534"> 534</a></span> -déplaisir que j'ai de la perte qu'il a faite, c'est que j'appréhende -qu'il ne devienne mon quatrième rival, car il -avait assez de disposition du vivant de sa femme; mais la -considération le retenait toujours.</p> - -<p>«Adieu, ma belle cousine; c'est assez badiner pour -cette fois. Voici le sérieux de ma lettre: je vous aime de -tout mon cœur<a id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor"> [902]</a>.»</p> -</div> - -<p>Dans l'apostille de cette lettre il s'adresse à madame la -marquise de La Trousse, et termine en disant: «Madame, -en vous rassurant sur les lettres trop tendres, j'ai honte -d'en écrire de si folles, sachant que vous devez les lire, -vous qui êtes si sage, et devant qui les précieuses ne font -que blanchir. Il n'importe; votre vertu n'est point farouche, -et jamais personne n'a mieux accordé Dieu et le -monde que vous ne faites.»</p> - -<p>Bussy donne à sa cousine des nouvelles de Corbinelli, -qu'il avait emmené avec lui. Il se plaint qu'elle ne lui dit -rien sur la marquise d'Uxelles, «qui, dit-il, est de ses -bonnes amies, et assez des siennes». Il veut savoir ce -qu'elle fait; il voudrait faire quelque chose pour elle, et -«si elle veut sortir de condition,» il lui en offrira. «Est-ce -qu'elle n'est plus à Paris, dit-il, ou que vous ne voulez -pas m'en parler, de peur d'être obligée de me mander ce -qu'elle fait?» Cette manière de s'exprimer de Bussy sur la -marquise d'Uxelles prouve (ce que nous avons déjà dit) -qu'elle était galante. Son nom de famille était Marie de -Bailleul; elle s'était mariée avec le marquis de Nangis. -Devenue veuve après un an, elle avait épousé en secondes -noces Louis Chalons du Blé, marquis d'Uxelles, lieutenant -<span class="pagenum"><a id="Page_535"> 535</a></span> -général. C'était une femme très-aimable, en correspondance -avec un grand nombre de beaux esprits et de -personnages célèbres de son temps<a id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor"> [903]</a>, et particulièrement -avec le petit Coulanges et avec madame de Sévigné, à -laquelle elle a survécu. Après avoir fait à son second mari -nombre d'infidélités, elle lui fit ériger, après sa mort, un -magnifique tombeau<a id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor"> [904]</a>. Elle profita de son intimité avec -Louvois pour élever son fils, qu'elle aimait peu<a id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor"> [905]</a>, aux -premières dignités militaires.</p> - -<p>Bussy, malgré sa liaison avec madame de Monglat, ses -intrigues avec la marquise de Gouville, dont nous parlerons -dans la suite de ces Mémoires, poursuivit encore de -ses attentions la marquise d'Uxelles; mais le ton cavalier -qu'il se permettait à son égard dans ses instances amoureuses -donnait à son orgueil les moyens de se consoler -d'éprouver un échec là où d'autres avaient réussi. La marquise -d'Uxelles lui plaisait plus par son esprit que par sa -beauté. Il aimait à entretenir avec elle une correspondance -qui de sa part, et avec une femme de ce caractère, eût eu -moins d'agrément, et n'aurait pu être aussi fréquente et -aussi longtemps prolongée, si la galanterie n'en avait été -la base et le prétexte<a id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor"> [906]</a>.</p> - -<p>Dans cette même lettre à madame de Sévigné, Bussy -<span class="pagenum"><a id="Page_536"> 536</a></span> -s'étonne de la constance du duc d'Elbeuf pour la marquise -de Nesle<a id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor"> [907]</a>. «Ne voit-il pas, dit-il, ses dents, ou plutôt -ne les sent-il pas! Je savais bien que l'amour ôtait la -vue; mais j'ignorais qu'il privât de l'odorat.» Bussy serait, -d'après cela, très-inquiet de ce que deviendrait la -duchesse d'Elbeuf, s'il ne pensait pas que cette belle, récemment -revenue des eaux de Bourbon, n'eût déjà pris -des mesures pour se venger, et s'il ne croyait pas son mari -déjà sur la défensive. Bussy n'aurait pas fait de telles plaisanteries -sur cette jeune femme, déjà mariée en secondes -noces, s'il avait pu prévoir qu'elle dût mourir à l'âge de -vingt-huit ans, six semaines après la lettre qu'il écrivait<a id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor"> [908]</a>. -Cependant Bussy était bien instruit de ce qui la concernait: -il savait que la duchesse d'Elbeuf avait favorablement -écouté le plus aimable, le plus brillant des séducteurs -de cette époque, le marquis de Vardes; c'était aussi -le plus célèbre par le nombre de ses conquêtes. Bussy le -vit à l'armée, où il avait un commandement; et il apprit -par lui ce qu'il avait jusque là ignoré, que le marquis de -Vardes était aussi au nombre des amis ou du moins des -connaissances de la marquise de Sévigné. Au ton sérieux -qu'il prend tout à coup en parlant de lui, on s'aperçoit -que cette nouvelle lui cause de l'inquiétude, et qu'il cherche -à prémunir sa cousine contre un homme aussi dangereux. -C'est après avoir fait mention de la duchesse d'Elbeuf -qu'il ajoute: «Nous avons ici le marquis de Vardes, -un de ses amants, qui m'a dit qu'il était de vos amis, et -qu'il voulait vous écrire. Je sais, par M. le prince de -Conti, qu'il a dessein d'être amoureux de la duchesse de -Roquelaure cet hiver: et sur cela, madame, ne plaignez-vous -<span class="pagenum"><a id="Page_537"> 537</a></span> -pas les pauvres femmes, qui bien souvent récompensent -par une véritable passion un amour de dessein, c'est-à-dire -donnent du bon argent pour de la fausse monnaie!»</p> - -<p>Bussy, en ne songeant qu'à sa cousine, tirait un pronostic -trop véritable. Charlotte-Marie de Daillon, fille du -comte du Lude, duchesse de Roquelaure, ne comptait pas -encore une année de mariage, lorsque Vardes méditait sa -ruine<a id="FNanchor_909" href="#Footnote_909" class="fnanchor"> [909]</a>. La surprise qu'avait causée à la cour son éclatante -beauté n'avait pas encore cessé. Son mari, ce même duc -de Roquelaure qui s'est acquis par ses bons mots et ses -bouffonneries une célébrité populaire, amoureux et jaloux, -la surveillait avec la vigilance d'un avare environné -d'envieux qui cherchent à lui ravir le nouveau trésor dont -il est devenu possesseur. Vardes sut cependant fasciner -ses yeux d'Argus, et ne réussit que trop à se faire aimer -de la duchesse de Roquelaure. Mais comme le caractère -du duc exigeait la plus grande discrétion et le plus profond -mystère, les deux amants, d'accord, cherchèrent les -moyens de se voir sans éveiller ses soupçons. La duchesse -les trouva en mettant dans ses intérêts et dans sa confidence -un abbé que son mari avait placé près d'elle comme -gardien de sa vertu, et qui était chargé de lui rendre -compte de toutes ses actions. Cette intrigue fut tenue tellement -secrète, que, malgré ce que Vardes avait dit au -prince de Conti, personne n'en soupçonna l'existence. -Mais Vardes fut bientôt rebuté par tant de précautions, -et fatigué d'un attachement qui entraînait avec lui tant -d'ennui et de perte de temps. Ses impatiences, son antipathie -<span class="pagenum"><a id="Page_538"> 538</a></span> -contre toute contrainte, décelèrent l'affaiblissement -de son amour. Sa présence aux rendez-vous devint -de plus en plus rare; il cessa enfin de s'y trouver, et il -forma d'autres liens.</p> - -<p>Le désespoir de la duchesse de Roquelaure ne peut se -décrire. Depuis longtemps tous ceux qui l'approchaient -cherchaient par intérêt et par ambition à la faire céder -aux instances du jeune duc d'Anjou, le frère du roi, qui -la recherchait. Elle-même alors voulut se contraindre à -écouter le jeune prince, afin de pouvoir oublier Vardes; -mais elle ne put y parvenir. Sa santé déclina rapidement. -Elle dit aux personnes qui lui donnaient des soins, et qui -étaient entrées le plus avant dans son intimité, qu'il était -inutile qu'on lui fît aucun remède; qu'une passion qu'elle -avait dans le cœur la consumait, et qu'elle désirait mourir. -On chercha à connaître, on s'efforça de deviner, quel -était l'objet d'un sentiment si profond, d'une si ardente -affection; mais on ne put même former une conjecture à -ce sujet, car elle montrait une égale indifférence pour tous -les hommes, quoique tous cherchassent à lui plaire. Quelque -temps après, à la suite d'un accouchement difficile, le -15 décembre 1657, elle mourut; et l'on sut alors que -Vardes, qui depuis quelque temps ne fréquentait plus sa -maison, était celui dont elle avait caché le nom avec tant -de soin. Cette femme, si sensible et si belle, n'avait que -vingt-trois ans lorsqu'elle termina sa vie. Elle fut universellement -regrettée. On chérissait sa douceur, sa bonté, -ses gentillesses, ses grâces, autant qu'on admirait sa -beauté. La cour entière fut attristée par sa mort, et sentit -qu'elle avait perdu un de ses principaux ornements<a id="FNanchor_910" href="#Footnote_910" class="fnanchor"> [910]</a>. La -<span class="pagenum"><a id="Page_539"> 539</a></span> -duchesse de Roquelaure était sœur du comte du Lude, ce -constant adorateur de madame de Sévigné.</p> - -<p>Bussy n'aurait pas écrit une aussi longue lettre à sa cousine -uniquement pour l'entretenir des autres, sans s'occuper -de lui-même; ce que nous en avons cité prouve au contraire -que c'est par là qu'il commence, que c'est aussi par -là qu'il termine. Il ne pouvait en effet se dispenser de -manifester les regrets que lui faisait éprouver la défense -de ne plus parler de son amour: auteur de nombreux poulets -tant en prose qu'en vers, il ne voulut pas laisser sans -réponse les sarcasmes de sa cousine contre les poulets.</p> - -<p>Les trois rivaux dont Bussy parle dans sa lettre, sur un -ton moitié sérieux moitié plaisant, étaient le prince de -Conti, le surintendant Fouquet, et le comte du Lude.</p> - -<p>Quelques semaines après la réception de cette lettre, -madame de Sévigné quitta Paris pour se rendre à sa terre -des Rochers. Ce départ ne terminait pas la lutte périlleuse -qu'elle soutenait contre Bussy.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_540"> 540</a></span> -<span class="pagenum"><a id="Page_541"> 541</a></span></p> - -<h2>TABLE SOMMAIRE<br /> -<span class="large">DES CHAPITRES DE CE VOLUME.</span></h2> - -<table id="ToC" summary="contents"> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.—1592-1627.</th> -</tr> -<tr> -<td> </td> -<td class="tdr">Pages.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Ancêtres de Marie de Rabutin-Chantal.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.—1626-1644.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sa naissance, son éducation.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_8">8</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.—1634-1644.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De la jeunesse de Marie de Rabutin-Chantal, et de son mariage -avec le marquis de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_18">18</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IV.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De l'hôtel de Rambouillet, et de la société qui s'y réunissait.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_24">24</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE V.—1644.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Une matinée de madame de Sévigné passée à l'hôtel de Rambouillet.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_38">38</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VI.—1644-1648.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Liaisons de madame de Sévigné avec Ménage, Chapelain, Marigny, -l'abbé de Montreuil, Saint-Pavin, Segrais.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_57">57</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VII.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Des personnages de la haute classe qui firent leur cour à madame -de Sévigné.—De Bussy, et de ses intrigues amoureuses.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_81">81</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VIII.—1644-1646.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Du marquis de Sévigné, de sa terre des Rochers, de Bussy, -de Montreuil et de Lenet.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_105">105</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_542"> 542</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IX.—1647-1648.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy, de Condé.—Madame de Sévigné accouche d'un fils.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_119">119</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE X.—1645-1649.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy et de madame de Miramion.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_124">124</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XI.—1648.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy, de l'évêque de Châlons, et de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_150">150</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XII.—1648-1649.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De la Fronde, de ses causes, de ses commencements et de ses -progrès; journée des Barricades.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_156">156</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIII.—1848-1649.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy; madame de Sévigné accouche d'une fille.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_183">183</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIV.—1649-1650.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy, de madame de Sévigné; arrestation des princes.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_197">197</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XV.—1650.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Des divers partis de la Fronde.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_209">209</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVI.—1650-1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Du chevalier Renaud de Sévigné, de madame et de mademoiselle -de La Vergne, de Scarron et de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_223">223</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVII.—1650.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Ninon de Lenclos et du marquis de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_234">234</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVIII.—1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy et de madame de Sévigné, de Ninon de Lenclos et du -marquis de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_264">264</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIX.—1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Ninon de Lenclos, de Scarron, du marquis et de la marquise -de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_270">270</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XX.—1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame de Gondran; du marquis de Sévigné, de son duel -avec d'Albret, et de sa mort.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_278">278</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXI.—1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame de Sévigné et de son veuvage; intrigues dans Paris.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_296">296</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_543"> 543</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXII.—1651.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Événements de la Fronde, des résolutions de madame de Sévigné -à cette époque.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_303">303</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXIII.—1651-1652.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La Fronde et la guerre civile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_320">320</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXIV.—1651-1652.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame de Sévigné, de Tonquedec et de Rohan; des intrigues -amoureuses du cardinal de Retz, et des désastres de -la guerre civile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_344">344</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXV.—1652.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Événements de la Fronde, fanatisme des partis, combat de Bleneau.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_361">361</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXVI.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Derniers événements de la Fronde; comparaison de Mazarin et -de Retz.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_369">369</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXVII.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Division des partis; de Rohan-Chabot et de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_391">391</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXVIII.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Gaston, de <span class="smcap">Mademoiselle</span>, de Turenne, et du duc de Lorraine.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_402">402</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXIX.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le duc de Lorraine à Paris; de <span class="smcap">Mademoiselle</span>, des religieuses de -Longchamps.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_413">413</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXX.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Continuation de la guerre civile; du combat de Saint-Antoine.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_423">423</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXI.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Massacre à l'hôtel de ville; derniers événements de la guerre de -Paris.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_430">430</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXII.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Balzac, de Conrart, de Ménage, et de son idylle adressée à -madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_445">445</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXIII.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame de Sévigné, du marquis de Tonquedec et du duc de -Rohan-Chabot.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_456">456</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_544"> 544</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXIV.—1652-1653.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame Scarron et de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_462">462</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXV.—1653-1654.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De madame de Sévigné et des partis; conversion de la duchesse -de Longueville; fin de la guerre civile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_477">477</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXVI.—1653-1654.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Guerre avec l'Espagne et Condé; plaisirs dans Paris; des nouvelles -précieuses, madrigal à madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_481">481</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXVII.—1653-1654.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy, de madame de Monglat, de madame de Sévigné, de -Corbinelli.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_501">501</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXVIII.—1654.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Spectacles de Paris, ballets royaux; de Bussy, de madame de -Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_513">513</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XXXIX.—1654.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy, du prince de Conti; madame de Sévigné part pour -les Rochers.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_526">526</a></td> -</tr> -</table> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_545"> 545</a></span> -<span class="pagenum"><a id="Page_546"> 546</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<h2><span class="large">A LA MÊME LIBRAIRIE</span><br /> -CLASSIQUES FRANÇAIS<br /> -<span class="medium">COLLECTION IN-18 JÉSUS</span></h2> -</div> - -<table id="ad" summary="books"> -<tr> -<td class="tdl"><b>Beaumarchais.</b> Théâtre, 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Bernardin de Saint-Pierre.</b> Paul et Virginie. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Études de la nature. 1 vol</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Boileau.</b> Œuvres. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Bossuet.</b> Sermons. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Oraisons funèbres. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Discours. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Buffon.</b> Époques de la nature. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Les Animaux. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Châteaubriand.</b> Atala. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Génie du Christianisme. 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1"> —</span> Martyrs. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1"> —</span> Natchez. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Itinéraire de Paris à Jérusalem. 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Mélanges politiques et littéraires. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Études historiques. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Analyse raisonnée de l'histoire de France. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><i>Chefs-d'œuvre tragiques.</i> 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><i>Chefs-d'œuvre comiques.</i> 8 vol.</td> -<td class="tdr">24 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><i>Chefs-d'œuvre historiques.</i> 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><i>Classiques de la table.</i> 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Corneille.</b> Théâtre. 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Courier</b> (Paul-Louis). Œuvres. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Cuvier.</b> Discours. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>D'Aguesseau.</b> Œuvres choisies. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Delavigne</b> (Casimir). Œuvres complètes. 4 vol.</td> -<td class="tdr">14 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Poésies, Messéniennes et Œuvres posthumes.</td> -<td class="tdr">4 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Delille.</b> Œuvres choisies. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Diderot.</b> Œuvres choisies. 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Fénelon.</b> Télémaque. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Éducation des filles. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Existence de Dieu. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Florian.</b> Fables. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Florian.</b> Don Quichotte. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>La Bruyère.</b> Caractères. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>La Fontaine.</b> Fables. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>La Rochefoucauld.</b> 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Le Sage.</b> Gil Blas. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Maistre</b> (Xavier de). 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Malherbe.</b> J.-B. Rousseau. Lebrun. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Marmontel.</b> Littérature. 3 vol.</td> -<td class="tdr">9 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Massillon.</b> Petit Carême. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Maury.</b> Éloquence. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Molière.</b> Théâtre. 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Montaigne.</b> 2 vol.</td> -<td class="tdr">6 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Montesquieu.</b> Grandeur. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Esprit des lois. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Pascal.</b> Provinciales. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Pensées. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Rabelais.</b> Œuvres. 2 vol.</td> -<td class="tdr">8 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Racine</b> (Louis). Poème de la Religion. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Racine.</b> Théâtre. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Regnard.</b> Œuvres diverses. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Ronsard.</b> Choix de poésies. 2 vol.</td> -<td class="tdr">8 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Rousseau.</b> Nouvelle Héloïse. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Émile. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Confessions. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Petits chefs-d'œuvre. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Sévigné.</b> Choix de lettres. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Lettres complètes. 6 vol.</td> -<td class="tdr">18 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Staël</b> (de). De l'Allemagne. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Corinne. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Delphine. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><b>Voltaire.</b> Commentaires sur Corneille. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">—<span class="i1"> —</span> Henriade. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Théâtre. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Siècle de Louis XIV. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Siècle de Louis XV. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Charles XII. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Contes. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">— <span class="i1">—</span> Romans. 1 vol.</td> -<td class="tdr">3 fr.</td> -</tr> -</table> - -<div class="chapter"> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <span class="smcap">X. Girault</span>, <i>Détails historiques sur les ancêtres, le lieu de la -naissance, les possessions et les descendants de madame de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>, -dans les <i>Lettres inédites</i>, 1819, p. <span class="smcap">XLVIII</span> et <span class="smcap">LII</span>.—<i>Ibid.</i>, <span class="smcap">XXVII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> J'écrivais ceci en 1831.</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <i>Lettres de madame de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>de sa famille et de ses amis</i>, -édit. de Monmerqué, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> <span class="smcap">X. Girault</span>, <i>Détails historiques</i>, etc., p. <span class="smcap">XXXIII</span>; <i>Carte de la -France</i>, de Cassini, n<sup>o</sup> 84.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <i>Ibid.</i>, p. <span class="smcap">XXXVIII</span>; <i>Éloge historique ou Vie abrégée de sainte</i> -<span class="smcap">Fremyot de Chantal</span>, 1768, in-12, p. 201.</p> - -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> <i>Lettres inédites de madame de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>, 1814, in-8<sup>o</sup>, p. <span class="smcap">XXXIV</span>; -<i>ibid.</i>, édition 1819, in-12, p. <span class="smcap">XLVII</span>.—<span class="smcap">Saint-Surin</span>, Notice sur madame -de Sévigné, dans l'édition des <i>Lettres de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>, t. I, p. 54.—<i>Recueil -de chansons choisies</i> (par de Coulanges), 1694, in-12, -p. 73.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII de la collect., p. 187.</p> -</div> -<div class="footnote"> -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <span class="smcap">Bussy de Rabutin</span>, <i>Généalogie</i>, dans les <i>Lettres de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>, -édition de Monmerqué, t. III, p. 374, note A.</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> <i>Généalogie de la maison de Rabutin</i>, dans l'édition des <i>Lettres -de madame</i><span class="smcap"> De Sévigné</span> de Monmerqué, t. I, p. <span class="smcap">XVIII</span>, et t. VII, p. 98.</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="smcap">Richelieu</span>, dans la coll. des Mém. sur l'hist. de Fr. -de Petitot, t. XXIII, p. 320.—<span class="smcap">Arcère</span>, <i>Histoire de la ville de La -Rochelle</i>, in-4<sup>o</sup>, t. II, p. 234.</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="smcap">de Sévigné,</span> édit. de 1768, préface; et <span class="smcap">Girault</span>, -<i>Lettres inédites</i>, 1819, <i>Notice</i>, p. <span class="smcap">XLVIII</span>.—L'abbé <span class="smcap">Cotin</span>, -<i>Poésies chrétiennes</i>, 1658, in-12, p. 112.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> <i>Éloge historique ou Vie abrégée de sainte</i> <span class="smcap">Fremyot de Chantal</span>; -Paris, 1768, in-12, p. 163.</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Acte de baptême de madame <span class="smcap">de Sévigné</span> dans la <i>Revue rétrospective</i>, -t. IV, p. 310, n<sup>o</sup> 10, juillet 1834.—<span class="smcap">Sévigné</span>, lettre en date -du 5 février 1672, t. II, p. 316.—<i>Ibid., lettre</i> du 5 février 1674, -t. III, p. 325.—Registres de la paroisse Saint-Paul.</p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> en date du 16 août 1675, t. III, p. 374; du -13 décembre 1684, t. VIII, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 22 juillet 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> <i>Lettres de</i> <span class="smcap">Sévigné</span>; édit. de 1768, préface.—<span class="smcap">Girault</span>, <i>Notice</i>, -p. <span class="smcap">XLIII</span> et <span class="smcap">XLIX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 22 juillet 1676.—Monmerqué, dans <span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. IV, p. 362, et t. I, p. 55 de la <i>Notice</i>.—L'abbé <span class="smcap">de -Bœuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. XIV, p. 317.</p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> <i>Recueil de Chansons choisies</i>, 1694, in-12, p. 72.—<span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, -<i>Mémoires</i>, t. I, p. 13, édit. de 1696, in-4<sup>o</sup>, et p. 13 de l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> de septembre 1687, t. VII, p. 470; du 13 novembre -1687, t. VIII, p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> du 10 mai 1676, t. IV, p. 290; du 5 octobre -1677, t. V, p. 265; du 6 janvier 1687, t. VII, p. 406; du 28 juillet -1680, t. VI, p. 396.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> de mai 1690, dans les <i>Lettres inédites</i> publiées -par Monmerqué, 1827, in-8<sup>o</sup>, p. 33.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 23 octobre 1675, t. IV, p. 58.</p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> du 6 octobre 1673, t. III, p. 104; du 27 octobre -1673, t. III, p. 121; du 12 juillet 1675, t. III, p. 328; et du 13 -octobre, t. IV, p. 40.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> <i>Voy.</i> <span class="smcap">Bussy-rabutin</span>, <i>Mémoires</i>; l'abbé <span class="smcap">Arnauld</span>, <i>Mémoires</i>; madame -<span class="smcap">de La Fayette</span>, et les <i>Lettres de madame</i> <span class="smcap">de Sévigné</span>, <i>passim</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 10 juin 1671, t. III, p. 83.</p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 9 juin 1680, t. VI, p. 305.</p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> du 27 avril 1671, t. II, p. 89; 30 mai 1672, -t. II, p. 451; 6 septembre 1675, t. III, p. 456; 3 novembre 1677, -t. V, p. 281; 22 novembre 1679, t. VI, p. 12; 14 juillet 1680, t. VI, -p. 367; 13 novembre 1687, t. VIII, p. 36.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre à Bussy</i>, du 19 juin 1680, t. VI, p. 328.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 10 juin 1671, t. II, p. 81, édit. Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> L'acte de ce mariage est aux archives de l'hôtel de ville, et a été -extrait des registres de l'église de Saint-Gervais par <span class="smcap">M. Monmerqué</span>, -qui l'a depuis imprimé dans une petite brochure, intitulée <i>Billet italien -de madame</i> <span class="smcap">de Sévigné</span>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 8.—Sur Jacques de -Nuchèze, voyez ci-après, chapitre XI, p. 149.</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, dans la collect. du Petitot et Monmerqué, -t. XLVIII, p. 185, et dans <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de Monmerqué, -t. I, p. 58.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, mss. de la bibliothèque de -M. de Châteaugiron (folio 566).</p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> Bussy, <i>Généalogie</i>, dans <span class="smcap">Sévigné</span>, t. I, p. XVIII et p. 58 de la -notice.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 185.</p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> du 1<sup>er</sup> octobre 1654, t. I, p. 28; du 26 novembre -1681, t. VII, p. 88.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 94, et 373 de l'édition -d'Amsterdam, 1721, in-12, ou t. I, p. 117 de l'édition in-4<sup>o</sup>, 1696.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur madame de la Fayette</i>, dans la collection -des <i>Mémoires sur l'histoire de France, depuis l'avénement de -Henri IV jusqu'à la paix de 1763</i>, t. LXIV, p. 338.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Voyez <i>Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine</i>, -3<sup>e</sup> édit., 1824, in-8<sup>o</sup>, p. 468.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Louis-Henri <span class="smcap">de Loménie</span>, compte de Brienne, <i>Mémoires</i>, t. I, -p. 326.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de 1753, in-12, t. III, p. 294.</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> <span class="smcap">Fléchier</span>, Oraison funèbre de madame de Montausier, dans les -<i>Oraisons funèbres de</i> <span class="smcap">Bossuet</span>, <span class="smcap">Fléchier</span>, <i>et autres orateurs</i>, Paris, -1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 55; ou <i>Recueil des oraisons funèbres prononcées -par messire</i> <span class="smcap">Esprit Fléchier</span>, 1740, in-12, p. 15.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> <i>Voy.</i> <span class="smcap">d'Aubigné</span> et <span class="smcap">Fauchet</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> <span class="smcap">De la Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire de la Noblesse</i>, -2<sup>e</sup> édit., in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 269.—<span class="smcap">Ménage</span>, <i>édit.</i>—<i>Poésies de</i> <span class="smcap">Malherbe</span>, -2<sup>e</sup> édit., 1689, p. 515.—<span class="smcap">De Thou</span>, <i>Hist.</i></p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. II, p. 214, édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> <span class="smcap">De Thou</span>, <i>Hist.</i>, édit. in-4<sup>o</sup>, t. X, p. 406-536-544; t. II, p. 67 à -199; et <span class="smcap">Brizard</span>, <i>De l'amour de Henri IV pour les lettres</i>.—<span class="smcap">Fléchier</span>, -<i>Or. funèbr.</i>, 1740, in-12, p. 10-14.—<span class="smcap">Dussault</span>, <i>Choix d'oraisons -funèbres</i>, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 52 et 55.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> <span class="smcap">Huet</span>, <i>Commentarius de rebus ad cum pertinentibus</i>, p. 212.—<span class="smcap">Fléchier</span>, -dans le Recueil de Dussault, t. I, p. 52-55.—<span class="smcap">Fléchier</span>, -dans l'édit. de 1740, in-12, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>Poésies de François</i> <span class="smcap">De Maucroix</span>, 1825, in-8<sup>o</sup>, p. 291.—<i>Mémoires -de M. le duc</i> <span class="smcap">de Montausier</span>, 1731, t. I, p. 6 et 28-37-43; t. II, -p. 90, 92, et p. 35.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. II, -p. 207-256, note 10.—<span class="smcap">ANSELME</span>, <i>Hist. généalog. de la maison de -France</i>, t. III, édit. de 1733; t. II, p. 427; t. VIII, p. 769.—<span class="smcap">Moreri</span>, -dernière édit., 1759, t. I, p. 50, t. X, p. 679.—<span class="smcap">De la Chesnaye -des Bois</span>, <i>Dict. de la Noblesse</i>, t. I, p. 289; t. VIII, p. 769.</p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> <i>Mémoires du duc</i> <span class="smcap">de Montausier</span>, t. I, p. 83, 84, 86.</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> <i>Lettres de feu</i> <span class="smcap">Balzac</span> à <span class="smcap">Conrart</span>, p. 26 et p. 215.—<span class="smcap">Malherbe</span>, -édit. de 1822, in-8<sup>o</sup>, p. 113.—<span class="smcap">Voiture</span>, <i>lettre</i> n<sup>o</sup> 70, à mademoiselle -de Rambouillet, t. I, p. 168, édit. de 1677, in-12.—<span class="smcap">Ægidii -Menagii</span> <i>Poemata</i>, 1663, p. 108.—<span class="smcap">La Mesnardière</span>, <i>Poésies</i>, 1656, -in-folio, p. 89-109, 114 à 116.</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de 1755, t. II, p. 20.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>Procès des Précieuses</i>, 1660, p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de 1677, t. I, p. 28, 40, 42, 44, 46, 52, -54, 61, 77, 79.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 196 à 204.</p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>le Grand Dictionnaire des Précieuses</i>, 1661, t. I, -p. 81, 154, 178; t. II, p. 8—<span class="smcap">Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum -pertinentibus</i>, p. 213; <i>Mélanges d'Histoire et de Littérature</i>, recueillis -par <span class="smcap">Vigneul-Marville</span>, édit. de 1699, p. 299.—<span class="smcap">de Bausset</span>, -<i>Histoire de Bossuet</i>, 1814, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> Voyez ci-dessus, p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <i>Mémoires de Montausier</i>, p. 135 à 204.—<span class="smcap">De Bure</span>, <i>Catalogue -des Livres de la Vallière</i>, 1783, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 382.—<span class="smcap">Rives</span>, <i>Notice -historique</i>, 1779.—<i>Biographie universelle</i>, art. <span class="smcap">Jarry</span> et <span class="smcap">Montausier</span>.—<span class="smcap">Huetii</span> -<i>Commentarius</i>, p. 293 à 294.—<i>Huetiana</i>, p. 103, n<sup>o</sup> 43.</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>Procès des Précieuses</i>, 1660, p. 48.—<span class="smcap">Molière</span>, <i>Comtesse -d'Escarbagnas</i>, scène 19.—<span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Supplément de -ses Mémoires</i>, t. I, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> <span class="smcap">De Maiseaux</span>, <i>Vie de Saint-Évremond</i>, dans ses Œuvres, 1753, -in-12, t. I, p. 14.—<span class="smcap">de Bausset</span>, <i>Histoire de Bossuet</i>, in-8<sup>o</sup>, t. I, -p. 22.—<i>Chansons historiques</i>, mss., t. I, p. 3, verso.—<span class="smcap">Voiture</span>, -<i>Œuvres</i>, <i>lettres</i> 10, t. I, p. 22.—<i>Poésies de</i> Franç. <span class="smcap">de Maucroix</span>, -p. 291.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>Procès des Précieuses</i>, p. 49.</p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> <i>Ibid.</i>, p. 51; <i>Récit de la farce des Précieuses</i>, 1660, Anvers, -in-12, p. 19.</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> L'abbé <span class="smcap">Arnauld</span>, <i>Mémoires</i>, édit. de 1756, t. I, p. 14.—<i>Œuvres -de Boileau</i>, édit. de Saint-Marc, 1747, t. III, p. 192, n. 3.</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> <span class="smcap">Pellisson</span>, <i>Hist. de l'Académie Française</i>, 1729, p. 240, édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> <span class="smcap">Vigneul de Marville</span> (Bonaventure d'Argonne), <i>Mélanges d'Histoire -et de Littérature</i>, t. II, p. 381.—<span class="smcap">Voiture</span>, <i>lettre</i> 147, t. I, p. 311.</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <span class="smcap">Sarrasin</span>, <i>Œuvres</i>, 1758, p. 250.—<i>Calle</i>, coiffure de femme -du peuple.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de 1677, t. I, p. 18. <i>Lettre à une maîtresse -inconnue</i>, et <i>lettre</i> 52, t. I, p. 129.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>Œuvres</i>, 1677, in 12, t. I, p. 68.</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>lettre 74 sur la reprise de Corbie</i>, t. I, p. 180 et -242, édit. de 1677.</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>Procès des Précieuses</i>, 1660, in-12, p. 50.—<i>Galand</i>, -nœud de rubans.—<i>Simarre</i>, robe de femme.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>Lettres</i>, n<sup>o</sup> 153, t. I, p. 318.—<span class="smcap">Vigneul de Marville</span>, -<i>Mélanges d'Histoire et de Littérature</i>, t. II, p. 383.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <span class="smcap">Voiture</span>, <i>Œuvres</i>, 1678, t. II, p. 71.—<span class="smcap">Richelet</span>, <i>Les plus -belles Lettres des meilleurs auteurs français</i>, 4<sup>e</sup> édit., 1708, -in 12, t. I, p. 48.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="smcap">Sarrasin</span>, <i>Pompe funèbre de Voiture</i>, dans les <i>Œuvres de Sarrasin</i>, -1658, p. 259.</p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettres</i> (1656), <i>à Ménage</i>, t. I, p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <span class="smcap">Ancillon</span>, <i>Mémoires concernant les vies et les ouvrages de -plusieurs modernes célèbres de la république des lettres</i>, 1709, -p. 48.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <span class="smcap">Montreuil</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de 1666, p. 472; édit. de 1671, p. 321.—<span class="smcap">de -Sercy</span>, <i>Poésies choisies</i>, 1653, p. 322.</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <span class="smcap">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata</i>; Elzev., 1663, p. 158.—<i>Le Pêcheur, -idylle à madame de Sévigné</i>, et, p. 305 et 312, <i>Sopra il ritratto</i>; -ibid., <i>editio septima</i>, 1680, p. 170-289, 294-304.</p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <span class="smcap">Hamilton</span>, <i>Mémoires du comte de Gramont</i>, ch. VII, p. 252, -édit. in-12, ou t. I, p. 161 des <i>Œuvres du comte d'Hamilton</i>, édit. -de Renouard; Paris, 1812, in-8<sup>o</sup>.—<i>Memoirs of count Gramont</i>; -London, 1809, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 46.—<span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, -liv. III, p. 7, <i>lettre 2</i>, en date du 14 janvier 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <span class="smcap">Boileau</span>, <i>Satire</i> I, t. I, p. 88, édit. de Saint-Surin; ibid., <i>Lutrin</i>, -ch. II, vers 33 et 34.—<i>Mémoires</i> <span class="smcap">de Henri-louis de Loménie, -Comte de Brienne</span>, t. II, p. 203 et 218.</p> - -<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <span class="smcap">La Bruyère</span>, <i>Caractères</i>, ch. XII.—<i>Menagiana</i>, 3<sup>e</sup> édit., -t. II, p. 162.—<span class="smcap">Vigneul de Marville</span>, <i>Mélanges d'Histoire de -Littérature</i>, t. I, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> <i>Théodore, vierge et martyre</i>, acte II, scène 4.</p> - -<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> <i>Ibid.</i>, acte V, scène 6.</p> - -<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> <i>Ibid.</i>, acte IV, scène 1.</p> - -<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> <i>Ibid.</i>, acte IV, scène 2.</p> - -<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> <i>Ibid.</i>, acte I, scène 2.</p> - -<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <i>Théodore, vierge et martyre</i>, acte I, scène 2.</p> - -<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> <i>Ibid.</i>, acte III, scène 3; t. V, p. 328 de l'édit. des Classiques de -Lefèvre, 1824, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> <span class="smcap">François du Neufchateau</span>, <i>Esprit du grand Corneille</i>, 1819, -in-8<sup>o</sup>, p. 159.—<span class="smcap">De Bausset</span>, <i>Histoire de Bossuet</i>, 1814, in-8<sup>o</sup>, t. I, -p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <i>Lois de la Galanterie</i>, dans le <i>Recueil des pièces en prose</i>, -1658, p. 51.</p> - -<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> <i>Lettres de madame de Sévigné</i>, t. I, p. LXXII.</p> - -<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> <span class="smcap">Boileau</span>, <i>épître IX</i>, édit. de Berriat Saint-Prix, t. II, p. 108.—<span class="smcap">Auger</span>, -<i>Mercure de France</i>, mars 1808, p. 601.</p> - -<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> L'abbé <span class="smcap">de Vauxelles</span>, <i>Réflexions sur les lettres de madame de -Sévigné</i>, t. I, p. LXXI.</p> - -<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <i>Recueil de vers choisis</i>, 1665, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <i>Ibid.</i>—<span class="smcap">Boileau</span>, <i>Satire</i> II, t. I, p. 44 de l'édit. de Saint-Marc.—<span class="smcap">Tallemant -des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 126, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <i>Mémoires pour servir à la vie de Ménage, dans le Ménagiana</i>, -t. I, édit. de 1715.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, -p. 137, ou t. VII, p. 39-66, article <i>Ménage</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <i>Lettre de Marie de Rabutin-Chantal à Ménage</i>, t. I, p. 1, -édit. de Monmerqué, 1820, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> <i>Lettre de Marie Chantal à Ménage</i>, t. I, p. 3, édit. de M.; ou -t. I, p. 4, de l'édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <span class="smcap">Gault de Saint-Germain</span>, <i>Lettres de Sévigné</i>, t. I, p. 1.</p> - -<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 39, édit. de Monmerqué; t. I, p. 39 de -l'édit. de Gault de Saint-Germain.—<i>Mém. de Coulanges</i>, p. 323; -<i>Lettres</i>, t. I, p. 16, en date du 12 janvier.</p> - -<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <span class="smcap">Le Maire</span>, <i>Paris ancien et moderne</i>, 1685, t. III, p. 386.</p> - -<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de Monmerqué, <i>lettre</i> 25, t. I, p. 47; -édit. de G. de S.-G., <i>lettre</i> 26, t. I, p. 58. Rien n'indique l'année où -cette lettre a été écrite, quoique les éditeurs la placent sous l'année -1656.</p> - -<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres inédites</i>, dans les <i>Mémoires de M. de Coulanges</i>, -publiés par M. Monmerqué, p. 324, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> <i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 215.</p> - -<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, édit. de Liége, p. 32; -édit. 1754, t. I, p. 250.</p> - -<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <i>Ménagiana.</i></p> - -<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>; Liége, in-12, p. 45.</p> - -<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> <i>Ménagiana</i>, t. I, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <i>Ibid.</i>, t. III, p. 233.</p> - -<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires manuscrits</i>, in-folio, 566 à -568.</p> - -<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>le Grand Dictionnaire historique des Précieuses</i>, -seconde partie, p. 151.</p> - -<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <span class="smcap">De Méré</span>, <i>Œuvres, lettre 19 à Pascal</i>, t. II, p. 60 à 63.</p> - -<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <i>Ménagiana</i>, t. II, p. 363.—<span class="smcap">De Méré</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 5, 54, -56, 97, 116, 149, 175.</p> - -<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <span class="smcap">Ménage</span>, <i>Observations sur la Langue Française</i>, 1672, in-folio.</p> - -<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 24 novembre 1679, t. VI, p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> <span class="smcap">Méré</span>, <i>Œuvres, lettre 43</i>, t. II, p. 122, 124, édit. d'Amsterdam, -1692.</p> - -<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <span class="smcap">Monmerqué</span>, article <span class="smcap">Méré</span>, dans la <i>Biographie universelle</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> <span class="smcap">Boileau</span>, <i>Satire VII</i>, vers 83, t. I, p. 114 de l'édition de Saint-Marc, -1747; ou t. I, p. 178, édition de Saint-Surin, 1821, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Voyez</i> ci-dessus, chapitre V, p. 50.</p> - -<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <span class="smcap">Tallemant Des Réaux</span>, t. IV, p. 263, in-8<sup>o</sup>, ou t. VII, p. 179, et -la correspondance de Chanut, mss., t. I, Bib. Roy.</p> - -<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <i>Lettre de M</i>. <span class="smcap">de Marigny</span>, la Haye, 1658, in-12 de 84 pages.—<i>Œuvres -de M.</i> <span class="smcap">de Marigny</span>, en vers et en prose, 1674, in-12 de -162 pages.—Fr. <span class="smcap">Née de la Rochelle</span>, <i>Mémoires pour servir à -l'histoire politique et littéraire du département de la Nièvre</i>, -1827, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 152-156.</p> - -<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <span class="smcap">Saint-Pavin</span>, <i>Poésies</i>, p. 79 et 80, édit de Saint-Marc, 1749, p. 35.</p> - -<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> Id., <i>Avertissement</i>, p. 1.—<span class="smcap">Titon du Tillet</span>, <i>Parnasse</i>, p. 298.</p> - -<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1129, t. XI, p. 126, 213; t. I, p. 311; t. IX, -p. 243.—L'abbé <span class="smcap">Le Bœuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 197; -<span class="smcap">Saint-Pavin</span>, <i>Poésies</i>, 1759, in-12, p. 35.</p> - -<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de Monmerqué, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> C'est-à-dire: <i>vous ferez des façons</i>. <span class="smcap">Montaigne</span> emploie ce mot -dans ce sens.</p> - -<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. IX, p. 243, n<sup>o</sup> 1129.</p> - -<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <i>Vie de Segrais</i>, dans les <i>Œuvres</i> <span class="smcap">de Segrais</span>, t. I.</p> - -<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> <span class="smcap">Boileau</span>, <i>Art poétique</i>, chant IV, t. II, p. 300, édit. de Saint-Surin.</p> - -<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <i>Segraisiana</i>.—<span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <i>Vie de Segrais</i>, dans ses <i>Œuvres</i>, édit. de 1755, t. I, p. 1.—<i>Ibid.</i>—<i>Segraisiana</i>, -t. II, p. 107.—<span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 5 mai 1689, -t. VIII, p. 462, et t. I, p. 301; t. II, p. 45; t. IV, p. 478; t. V, p. 344.</p> - -<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, 1755, t. I, p. 274.—<i>Diverses Poésies</i> de Jean -<span class="smcap">Regnaut de Segrais</span>, gentil-homme normand; Paris, chez Antoine -Sommaville, 1659, in-12, p. 78.—<span class="smcap">Segrais</span>, <i>Poésies</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 278.</p> - -<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 17; <i>lettre de Bussy</i> en date du 16 -juin 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 42; <i>lettre de Bussy</i> en date du 7 octobre -1655.</p> - -<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 113, édit. in-12, p. 141 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Tallemant -Des Réaux</span>, <i>Mém. mss.</i>, in-folio, p. 566 et 567.</p> - -<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <i>Ménagiana</i>, t. I, p. 205.</p> - -<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, édit. de Monmerqué, 1820, in 8<sup>o</sup>, t. V, p. 343, note B.—<span class="smcap">Dangeau</span>, -<i>Journal</i> des 30 et 31 août 1685, t. I, p. 71, édit. 1830.</p> - -<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. amoureuse des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, -p. 260 à 262, et p. 42 de l'édit. de Liége.</p> - -<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. VI, p. 157, édit. Monm., lettre du 1<sup>er</sup> mars -1680, n<sup>o</sup> 716.</p> - -<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. 1721, t. I, p. 2, 6, 13, 19, 23, 41, 43, 94, -96 et 105.—<i>Ibid.</i>, <i>Hist. amour. des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, p. 160; -édit. de Liége, p. 43.</p> - -<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, édit. 1694, p. 184, 207-211, t. III -des <i>Mémoires</i>, p. 272, 280 et 281; <i>Mémoires</i>, t. I, p. 93, 94, 96, ou -édit. 1696, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 130.—<span class="smcap">D'Olivet</span>, <i>Hist. de l'Académie</i>, -in-4<sup>o</sup>, ou t. II, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, 1694, in-12, p. 175; <i>Mémoires</i>, -1721, t. I, p. 268.—<span class="smcap">D'Olivet</span>, <i>Hist. de l'Académie</i>, 1709, in-4<sup>o</sup>, -ou t. II, p. 250.</p> - -<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Amours des Gaules</i>, p. 18; <i>Hist. am. des Gaules</i>, 1654, -in-12, t. I, p. 283.</p> - -<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Généalogie des Rabutins</i>, dans les <i>Lettres inédites</i>, 1819, p. 18.</p> - -<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. in-12, t. I, p. 13, 14; édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, -p. 16, 17. Voyez ci-dessus, p. 10, chap. III.</p> - -<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 47 et 67; in-12, t. I, p. 3, 19, -38, 41, 47, 54.—<span class="smcap">D'Olivet</span>, <i>Hist. de l'Académie franç.</i>, t. II, p. 253.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. I, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 37, édit. 1696, in-4<sup>o</sup>, ou t. I, p. 30, -édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, in-12, t. I, p. 42; de l'édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 52.—<i>Supplément -aux Mémoires</i>, 1<sup>re</sup> partie, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> Voyez <span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>; Paris, 1834, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> <span class="smcap">Anselme</span>, <i>Histoire généalogique de la Maison de France</i>, -t. VII, p. 523.—<span class="smcap">De La Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire de la Noblesse</i>, -t. VIII, p. 102, et t. VI, p. 137.—Mademoiselle <span class="smcap">de Guise</span>, <i>les -Amours du grand Alexandre, suivies de pièces intéressantes pour -servir à l'histoire d'Henri IV</i> (par <span class="smcap">La Borde</span>, valet de chambre du -roi), 1786, in-12, t. II, p. 198.—<span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i> (année -1658), t. XLII, p. 277 de la collection de Petitot.</p> - -<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> <i>Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le comte de</i> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, -1<sup>re</sup> partie, an du monde 7539417, p. 3.</p> - -<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 2 et 4.</p> - -<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <i>Ibid.</i>, p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Supplément aux Mémoires</i>, partie I, p. 17.</p> - -<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <i>Ibid.</i>, p. 18.</p> - -<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 460.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XXXVIII, p. 173.—<span class="smcap">Petitot</span>, <i>Introduction aux Mémoires -sur la Fronde</i>, t. XXXV, p. 145.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, I. XLV, p. 37, -105, 115, 147, 157, 186, 187, 192.—<span class="smcap">Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 105.—<span class="smcap">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, 15 octobre 1650, t. I, p. 63.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>lettre</i> en date du 25 février 1685, t. VII, p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 91.—<i>Ibid.</i>, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 112.</p> - -<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 91 à 93, édit. in-12; de l'in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 114.</p> - -<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <i>Ibid.</i>, p. 93; de l'in-4<sup>o</sup>, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <i>Ibid.</i>, p. 93.</p> - -<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Ibid.</i>, p. 94.</p> - -<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, t. I, p. 25 de l'édit. -1754, et p. 33 de l'édit. de Liége.</p> - -<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> <span class="smcap">Montreuil</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1671, p. 4; édit. 1656, p. 5.</p> - -<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> <span class="smcap">Nicot</span>, <i>Thresor de la Langue Françoyse</i>, 1606, in-folio, p. 572 -et 673, aux mots <i>Roc</i> ou <i>Rochier</i>.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, -t. II, p. 425.</p> - -<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> <span class="smcap">Dureau de la Malle</span>, <i>Lettres sur les Rochers de madame de -Sévigné</i>; Paris, 1822, in-8<sup>o</sup>, p. 6, 7 et 9.</p> - -<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> <span class="smcap">Xavier Girault</span>, <i>Notice sur la Famille de Sévigné</i>, dans les -<i>Lettres inédites de Sévigné</i>, édit. 1819, in-12, p. LV; édit. des mêmes -<i>Lettres inédites</i>, in-8<sup>o</sup>, p. <span class="smcap">XL</span>.; <i>Lettres de Sévigné</i>, 1823, in-8<sup>o</sup>, -t. I, p. <span class="smcap">CI</span>.—<span class="smcap">M. Girault</span> cite <i>Courte Hist. de Bourgogne</i>, t. V, -p. 526.</p> - -<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. in-12, t. I, p. 104 et 106; édit. in-4<sup>o</sup>, -p. 132.</p> - -<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur Lenet</i>, dans la <i>Collection des Mémoires -sur l'Hist. de France</i>, t. LIII, p. 6.—Cf. <i>Revue de Paris</i> du 28 décembre -1844.</p> - -<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> <i>Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le comte de Bussy</i>, -t. I, p. 35.—<i>Collection des Mémoires sur l'Histoire de France</i>, -t. LIII, p. 4.</p> - -<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. in-12, t. I, p. 166.</p> - -<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, Mém., t. I, p. 97; <i>Supplément</i>, partie I, p. 27.</p> - -<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> du 5 juin 1689, t. VIII, p. 485, édit.—<span class="smcap">M. Bussy</span>, -<i>Lettre à Corbinelli</i>, du 12 février 1678, t. V, p. 312; <i>Notice sur -Lenet</i>, t. LIII, p. 22 des <i>Mémoires sur l'Hist. de France</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 2 août 1671, t. II, p. 168.</p> - -<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 114, en date du 8 novembre 1669.</p> - -<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres à Lenet</i>, publiée par M. Vallet de Viriville, -dans la <i>Revue de Paris</i>, 28 décembre 1844.</p> - -<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 5 juin 1689, n<sup>o</sup> 1070, t. VIII, p. 485.</p> - -<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 12 juillet 1691, p. 1182, t. IX, p. 457.</p> - -<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. IX, p. 491; <i>Lettre de Bussy</i>, en date du -9 août 1691.</p> - -<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, dans <span class="smcap">Petitot</span>, t. LII, p. 442.</p> - -<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <span class="smcap">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>, dans <span class="smcap">Petitot</span>, t. LIV, p. 139.</p> - -<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. IX, p. 457.</p> - -<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. IX, p. 481; <i>lettre de Bussy</i>, en date du -9 août 1691.</p> - -<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <i>Discours du comte</i> <span class="smcap">Bussy de Rabutin</span> <i>à ses Enfants</i>, 1694, in-12, -p. 223.—<i>Œuvres mêlées de messire</i> <span class="smcap">Roger de Rabutin</span>, t. III <i>des -Mémoires de</i> <span class="smcap">Bussy de Rabutin</span>, 1721, in-12, t. I, p. 123; et de l'édit. -in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 153.</p> - -<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, p. 231.</p> - -<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 30 août 1671, t. II, p. 173, édit. M., et t. II, -p. 207, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit., in-12, t. I, p. 125, ou de l'édition in-4<sup>o</sup>, -t. I, p. 156.</p> - -<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, in-12, t. I, p. 128; de l'in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 157.</p> - -<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 6, n<sup>o</sup> 4, en date du -15 mars 1647, et t. I, p. 7 de édit. 1823, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 128 et 129 de l'édit. in-12, et de l'in-4<sup>o</sup>, -t. I, p. 159 et 160.</p> - -<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1820, t. I, p. 7, n<sup>o</sup> 5, en date du 12 avril -1647; et dans l'édit. 1823, t. I, p. 8.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 128 -et 129.</p> - -<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 193.—Voyez ci-après, chap. XIV, p. 206.</p> - -<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 135 de l'édit. in 12, et de l'in-4<sup>o</sup>, 1696, -t. I, p. 168.</p> - -<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 151 et 157.</p> - -<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 156.</p> - -<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> <span class="smcap">Roger de Rabutin</span>, comte <span class="smcap">de Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 152 et -suiv.—<i>Carte de Cassini</i>, n<sup>o</sup> 48.</p> - -<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, 1694, in-12, p. 232, ou <i>Œuvres -mêlées</i>, t. III des <i>Mémoires</i>, p. 289.</p> - -<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. V, p. 371, édit. in-8<sup>o</sup>, -t. IX, p. 234, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 155 de l'édit. in-12, et de l'in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 194.</p> - -<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mémoires</i>, in-12, t. I, p. 100.</p> - -<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 155.</p> - -<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> L'abbé <span class="smcap">de Choisy</span>, <i>Vie de madame de Miramion</i>, 1706, in-4<sup>o</sup>, -p. 6, ou 1707, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> L'abbé <span class="smcap">de Choisy</span>, <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 10.—<i>Mémoires -complets et authentiques du duc</i> <span class="smcap">de Saint-Simon</span>, 1829, -in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 351.</p> - -<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, in-4<sup>o</sup>, p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> <span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Mém.</i>, t. V, p. 372, édit. in-8<sup>o</sup> t. IX, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> L'abbé <span class="smcap">de Choisy</span>, <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 10, 12 et -19, édit. in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 160, de l'édit. in-12; t. I, -p. 200, de l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> <span class="smcap">Choisy</span>, <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 13, in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 160.</p> - -<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 160 à 200.</p> - -<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 161.—<span class="smcap">Choisy</span>, <i>Vie de madame de -Miramion</i>, p. 13.</p> - -<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. in-12, t. I, p. 181; de l'édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, -p. 227.</p> - -<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, t. I, p. 16, in-4<sup>o</sup>, et p. 17 de -l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. V, p. 372, édit. in-8<sup>o</sup>, et -t. IX, p. 235, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, in-4<sup>o</sup>, p. 18; et p. 20 de l'édit. -in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 161, édit. in-12; t. I, p. 201 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 162, édit. in-12; et édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, -p. 202.</p> - -<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 162 de l'édit. in-12; t. I, p. 203 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.—<i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 19, édit. in-4<sup>o</sup>, p. 20, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 168 de l'édit. in-12; t. I, p. 219 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">De Choisy</span>, <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 21, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 22, et <i>le Portrait de madame -Miramion peint par</i> <span class="smcap">de Troy</span>, <i>gravé par</i> <span class="smcap">Édelinck</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, 1706, in-4<sup>o</sup>, p. 24, 33, 35, 39-41.</p> - -<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <i>Ibid.</i>, p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> <i>Ibid.</i>, p. 52, 65-194.</p> - -<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> <i>Ibid.</i>, p. 143.—<span class="smcap">Félibien</span>, <i>Histoire de la ville de Paris</i>, vol. I, -part. 2, p. 1492.</p> - -<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> <i>Ibid.</i>, p. 50.</p> - -<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> <i>Ibid.</i>, p. 139.</p> - -<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <i>Vie de madame de Miramion</i>, p. 73.</p> - -<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> <span class="smcap">Dangeau</span>, <i>Mémoires</i>, 24 mars 1696, t. II, p. 41.—<i>Vie de madame -de Miramion</i>, p. 71.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, 1829, t. I, -p. 350, 351.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres complètes</i>, 1791, t. XI, p. 35 -et 36.—<span class="smcap">Félibien</span>, <i>Hist. de Paris</i>, p. 1520.</p> - -<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 31 janvier 1689, t. VIII, p. 317, du -29 mars 1696, t. X, p. 201.</p> - -<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <i>Gallia Christiana</i>, t. IV, p. 944; et t. XII, p. 156, 157 et 171.</p> - -<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> <i>Gallia Christiana</i>, t. IV, p. 944.</p> - -<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> <i>Voyez</i> ci-dessus, chap. III, p. 21.</p> - -<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 162.</p> - -<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 165-179-184, p. 40.</p> - -<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 165.</p> - -<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 166, édit. in-12.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 207, in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. I., p. 9, édit. 1820. (Les deux versions diffèrent.)</p> - -<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> <i>L'Eschole parfaite des officiers de bouche</i>, seconde édition, chez -Jean Ribou, 1666, in-12, p. 260 à 347.</p> - -<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> <span class="smcap">Le Bœuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. XII, p. 70.</p> - -<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 6 septembre 1671, t. II, p. 180, édit. de Monmerqué, -t. II, p 215, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> Madame de Verneuil, née en 1622, mourut en 1704, âgée -de quatre-vingt-un ans et dix mois.</p> - -<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, dans Petitot, t. XLIV, p. 177.</p> - -<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVIII, p. 128; t. XXXIX, p. 45.—<span class="smcap">Nemours</span>, -t. XXXIV, p. 406.</p> - -<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, dans les <i>Mém. sur l'Hist. de -France</i>, t. XXXIII, p. 15.</p> - -<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, t. XXXIII, p. 86.</p> - -<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> <span class="smcap">Bossuet</span>, <i>Oraison funèbre de Cornet</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, t. I, p. 466.</p> - -<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, t. XXXIII, p. 9.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -26 janv. 1674, t. III, p. 327, édit. 1823.—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 227, édit. 1820.</p> - -<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 77.</p> - -<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV.</p> - -<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIII, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 188.</p> - -<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVIII, p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIV, p. 206-210.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XXXVIII, p. 13.—<span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur la Fronde</i>, t. XXXV, p. 89.—<i>Fastes -des Rois</i>, 1697, in-8<sup>o</sup>, p. 190.</p> - -<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXVIII, p. 41.</p> - -<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> <i>Ibid.</i>, t. XXXVIII, p. 100.</p> - -<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> <i>Ibid.</i>, t. XXXVIII, p. 96.</p> - -<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIV, p. 261, ou p. 18 de l'édit. de 1836.</p> - -<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVIII, p. 100.</p> - -<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> Voyez la <i>Correspondance de Chanut</i>, mss., Bibl. du Roi, t. I, -<i>lettre</i> du 13 janvier.</p> - -<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIV, p. 281-302, t. XLV, p. 54 et 59.</p> - -<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Charles <span class="smcap">de Sercy</span>, <i>Poésies choisies</i>, 2<sup>e</sup> partie, 1653, in-12, p. 217.—<i>Œuvres -de</i> <span class="smcap">Marigny</span>, 1670, in-12, p. 94.—<i>Recueil des plus belles -pièces des poëtes français</i>, 1692, t. IV, p. 200.</p> - -<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, p. 34 et 37, édition sans -date; <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, 1754, in-12, t. I, p. 251.</p> - -<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVIII, p. 139, 155.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIV, p. 284.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LI, p. 460.—<span class="smcap">Omer -Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXI, p. 380.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, -p. 45.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 141.</p> - -<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Retraite de M. le duc de Longueville</i>, <i>Œuvres</i>, -1753, t. II, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIV, p. 321.—<span class="smcap">Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 99.</p> - -<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> <span class="smcap">De Maizeaux</span>, <i>Vie de Saint-Évremond</i>, dans les <i>Œuvres de</i> -<span class="smcap">Saint-Évremond</span>, t. I, p. 20; t. II, p. 1.</p> - -<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. in-12, t. I, p. 171, 173, 176; édit. de -1696, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 214, 215 et 219.</p> - -<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIV, p. 319.—Maréchal <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LVII, p. 291.</p> - -<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, n<sup>o</sup> 7, t. I, p. 11 édit. de Monmerqué.—<span class="smcap">Bussy</span>, -<i>Mémoires</i>, t. I, p. 174, édit. in-12; et de l'édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 218.—Cette -lettre est mal datée dans les éditions.</p> - -<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 176 de l'édit. in-12, et p. 219 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 56.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, -t. LI, p. 465—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVIII, p. 183—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XLI, p. 47 et 50.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIV, p. 325.—<span class="smcap">Monglat</span>, -<i>Mém.</i>, t. L, p. 158.—<span class="smcap">Omer Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXI, p. 104.—<span class="smcap">Avrigny</span>, -<i>Mémoires chronologiques</i>, t. II, p. 425.—<i>Mémoires de ***, -pour servir à l'hist. du dix-septième siècle</i>, t. LVIII, p. 102.—<i>Fastes -des Rois des maisons de Bourbon et d'Orléans</i>, 1697, -in-8<sup>o</sup>, p. 190.</p> - -<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 159.—<span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, -p. 295.—<span class="smcap">Omer Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXI, p. 424.</p> - -<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 177, édit. in-12; de l'édit. in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 221.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. 1, p. 12, n<sup>o</sup> 3.</p> - -<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 177, et p. 222 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.—<i>Lettres -de Sévigné</i>, t. I, p. 13, n<sup>o</sup> 9.—Cette lettre est mal daté dans -les éditions.</p> - -<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 181 de l'édit. in-12; et de l'édit. in-4<sup>o</sup>, -p. 226.</p> - -<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 151, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 183 de l'édit. in-12; et de l'édit. in-4<sup>o</sup>, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 181 de l'édit. in-12; et de l'édit. in-4<sup>o</sup>, p. 227.</p> - -<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> <i>Suppl. aux Mémoires et Lettres de M. le comte de</i> <span class="smcap">Bussy</span>, p. 37.</p> - -<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 190 de l'édit. in-12, et p. 238 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 102, ou p. 191 de l'édit. 1836 de -M. Champollion-Figeac.—<span class="smcap">Arnauld</span>, t. XXXIV, p. 287.—<span class="smcap">Brienne</span>, -t. XXXVI, p. 160.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 97.</p> - -<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 7.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 100.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 217.</p> - -<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 65-105.</p> - -<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 4.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, -p. 78.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 93.</p> - -<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XIV, p. 102.—<span class="smcap">L'abbé Arnauld</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XXXIV, p. 287.—<span class="smcap">Brienne</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVI, p. 160.—<span class="smcap">Joly</span>, -t. XLVII, p. 97.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 7.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 217.</p> - -<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 194 de l'édit. in-12, et p. 243 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, 1694, in-12, p. 240.</p> - -<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> <span class="smcap">Lenet</span>, <i>Mém.</i>, t. LIII, p. 157.</p> - -<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 41.</p> - -<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <span class="smcap">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>, t. LIII, p. 157.</p> - -<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> Voyez ci-dessus, chap. IX, p. 122; et <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, -p. 15, n<sup>o</sup> 10, édit. M.; t. I, p. 16, édit. G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 196 de l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 193 de l'édit. in-12; et de l'édit. in-4<sup>o</sup>, p. 242.</p> - -<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 199-201 de l'édit. in-12; et de l'édit. -in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 249 et 251.</p> - -<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> <span class="smcap">Brienne</span>, <i>Mémoires</i>. t. XXXVI, p. 161, 165.—<span class="smcap">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LIII, p. 479.</p> - -<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 47.—<span class="smcap">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXII, p. 60.</p> - -<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> <span class="smcap">Pellisson</span>, <i>Hist. de l'Académie Française</i>, 1749, in-4<sup>o</sup>, p. 182, -261, 363.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 163.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 102.</p> - -<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 45-78.—<span class="smcap">Gourville</span>, t. XXXV, -p. 266 et suiv.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLV et XLVI.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII.</p> - -<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 29.</p> - -<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 103; t. XLI, p. 115, 116.—<span class="smcap">Joly</span>, -t. XLVII, p. 114 à 116.—<span class="smcap">Lenet</span>, t. LIII, p. 478.</p> - -<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> <span class="smcap">Guy-Patin</span>, <i>Nouveau Recueil de Lettres choisies</i>, t. V, p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII, p. 64.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XL, p. 304 à 308.—<span class="smcap">Nemours</span>, -t. XXXIV, p. 472 et 382.</p> - -<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[295]</a> <i>Mémoires sur la cour de Louis XIV et de le régence, extraits -de la correspondance allemande d'</i><span class="smcap">Élisabeth-Charlotte, Duchesse -d'Orléans</span>, <i>mère du régent</i>, 1823, in-8<sup>o</sup> p. 319.—<i>Ibid.</i>, -<i>Mémoires et fragments historiques</i>, édit. 1832, p. 330.</p> - -<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> <i>Lettre d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin</i>, en date du -30 juin 1660, mss., Biblioth. Royale; et III<sup>e</sup> partie, p. 471.</p> - -<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> <span class="smcap">Loménie de Brienne</span>, <i>Mém.</i>, 1828, t. II, p. 40, 42, 43, et p. 337.</p> - -<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 415 à 417, et p. 303 de l'édit. 1836.</p> - -<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 148, ou p. 209 de l'édit. 1836.</p> - -<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 185.</p> - -<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> <i>Ibid.</i>, t. LXV, p. 151.</p> - -<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> <i>Ibid.</i>, t. XLV, p. 157 et 158, 192 et 197.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 93, -111 et 114.</p> - -<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIV, p. 408.</p> - -<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <span class="smcap">Loménie</span>, comte de <span class="smcap">Brienne</span>, t. I, p. 317.</p> - -<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLV, p. 157; t. XLVII, p. 271.</p> - -<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <i>Le secret ou les véritables causes de la détention et de l'élargissement -de MM. les princes de Condé et de Conti, et le duc de -Longueville, avec un exact recueil de toutes les délibérations du -parlement dans les assemblées qui ont été faites pour leur liberté -et pour l'éloignement du cardinal Mazarin, où sont exposés -tous les raisonnements de chacun de Messieurs dans leurs -opinions</i>; 1651, in-4<sup>o</sup> de 84 pages, p. 25, 26 et 29, et p. 45.</p> - -<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. I, p. 28, <i>lettre</i> 10.</p> - -<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLII, p. 182 et 183; t. XLI, p. 57.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. I, p. 9.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXVIII, p. 275.—<span class="smcap">Saint -Simon</span>, t. I, p. 251; t. V, p. 425.—<span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice</i>, t. XXXIV, -p. 381.</p> - -<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> Voyez ci-dessus, ch. XII, p. 180; ch. XIII, p. 187, et <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse -historique</i>, liv. II, p. 2.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> Conférez <i>Lettres</i> de mesdames de Villars, de Coulanges, de la -Fayette, et de Ninon de Lenclos, 1803, in-12, t. II, p. 3.—<i>Lettres -de Sévigné</i>, t. I, p. 127 de la <i>Notice</i> <span class="smcap">Saint-Surin</span>.—<span class="smcap">Grouvelle</span>, -<i>Lettres de Sévigné</i>, t. I, p. <span class="smcap">CXVII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <span class="smcap">Menagii</span> <i>Poemata</i>, éd. 3<sup>e</sup>, p. 320; 4<sup>e</sup> éd., p. 283; 7<sup>e</sup> édit., p. 272.</p> - -<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> <i>Ménagiana</i>, t. I, p. 283; t. II, p. 76; t. III, p. 296.</p> - -<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> <span class="smcap">Costar</span>, <i>Lettres</i>, 1657, in-4<sup>o</sup>, p. 547; <i>lettres</i> 97, p. 540; <i>lettres</i> -194, 548 et 549; <i>lettres</i> 197-198.</p> - -<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> <i>Ibid.</i>, p. 545, 548 et 549; <i>lettres</i> 196, 198.</p> - -<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <span class="smcap">Costar</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> recueil, t. I, p. 852, <i>lettre</i> 200.</p> - -<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 892, <i>lettre</i> 354.—<span class="smcap">Richelet</span>, <i>Recueil des plus -belles Lettres françaises</i>, t. II, p. 515.</p> - -<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <i>Ménagiana</i>, t. II, p. 76.—<span class="smcap">Tallemant</span>, t. IV, p. 98, 1<sup>re</sup> édit.; -t. VII, p. 1-14, 2<sup>e</sup> édit.</p> - -<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> <i>Dernières Œuvres de</i> <span class="smcap">Scarron</span>, 1669, in-12, t. I, p. 2 de l'<i>Épître -dédicatoire</i>, et p. 28; <i>ibid.</i>, édit. de 1700, t. I, p. 16; <i>ibid.</i>, édit. de -1737, in-18, t. I, p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 110, édit. de 1756 in-12.—<span class="smcap">Scarron</span>, -<i>Œuvres</i>, t. I, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, in-12, t. I, p. <span class="smcap">I-XIII</span>.—<span class="smcap">Joly</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVII, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires</i>, t. II des <i>Œuvres</i>, p. 98 et 123.</p> - -<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a> <i>Vie de Scarron</i>, t. I de ses <i>Œuvres</i>, édit. de 1737; t. I, p. 41.—<span class="smcap">La -Beaumelle</span>, <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. I, p. 155.—<span class="smcap">Segrais</span>, -<i>Mémoires anecdot.</i>, t. II, p. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. I, p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> <span class="smcap">Nicolas Poussin</span>, <i>Lettres</i>, 1824, in-8<sup>o</sup>, p. 297 et 317; <i>lettres</i> en -date du 7 février 1649, et du 29 mai 1650.</p> - -<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Épître chagrine au maréchal d'Albret</i>, <i>Œuvres</i>, -1737, t. I, p. 216.</p> - -<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 296; t. II, p. 394; t. VIII, p. 287, 299, -306, 363; t. IX, p. 464.</p> - -<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> Et non en 1706. Conférez <i>Hist. de la vie et des ouvrages de La -Fontaine</i>, 3<sup>e</sup> édition, p. 448.—<span class="smcap">De B***</span> (de Bret), <i>Mémoires sur -la vie de Lenclos</i>, 1751, in-12.—<span class="smcap">Douxmesnil</span>, <i>Mémoires et Lettres -pour servir à l'Histoire de la vie de mademoiselle de Lenclos</i>, -1751.—<span class="smcap">Voltaire</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de Renouard, t. XLIII, p. 470; -<i>Dictionnaire Philosophique</i>, t. XXXV, p. 224.</p> - -<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, 1753, in-12, t. V, p. 173.</p> - -<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. II, 1651, p. 14.</p> - -<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> L'abbé <span class="smcap">de Chateauneuf</span>, <i>Dialogue sur la Musique des Anciens</i>, -1725.</p> - -<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> <span class="smcap">Douxmesnil</span>, <i>Mémoires et Lettres pour servir à l'Histoire de -Ninon de Lenclos</i>, 1751, in-12, p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. IV, p. 306, <i>lettres à Ninon</i>.—<span class="smcap">Voltaire</span>, -<i>Lettres sur Ninon, Mélanges</i>, t. XLIII <i>des Œuvres</i>.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. IV, p. 420 à 423.</p> - -<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques et complets</i>, 1829, in-8<sup>o</sup>, -ch. <span class="smcap">XXXIV</span>, t. IV, p. 420.—<span class="smcap">La Mesnardière</span>, <i>Poésies</i>, 1656, in-fol., -p. 65.</p> - -<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> <span class="smcap">Gédéon Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 310 à -320, 1<sup>re</sup> édition; t. VII, p. 224 et 225, 2<sup>e</sup> édition.—<span class="smcap">Douxmesnil</span>, -<i>Mém. et Lettres</i>, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> <span class="smcap">Douxmesnil</span>, <i>Mém. et Lettres</i>, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>Grand Dictionnaire des Précieuses</i>, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. VII, p. 229, édit. in-12.—<span class="smcap">Voltaire</span>, -<i>Lettres sur Lenclos</i>, t. XLIII.</p> - -<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, 1834, in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 114; -ou t. VII, p. 229, in-12. Voyez, sur Perrachon l'avocat, <i>le Faux -satirique puni</i>; Lyon, 1696, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 315; ou t. VII, p. 230, -édit. in-12.—<span class="smcap">Scarron</span>, <i>Épître à Fourreau</i>, <i>Œuvres</i>, t. VIII, -p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> <span class="smcap">Bret</span>, p. 94.</p> - -<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> <span class="smcap">Vigneul de Marville</span> (Bonaventure d'Argonne), <i>Mélanges -d'Histoire et de Littérature</i>, t. II, p. 243.</p> - -<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> <span class="smcap">Bret</span>, p. 24 et 25.</p> - -<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, édit. 1829, t. IV, p. 320.—<span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, -<i>Œuvres mêlées</i>, t. III des <i>Mémoires</i>, p. 264.—<i>Discours de -Bussy à ses Enfants</i>, 1694, p. 161.</p> - -<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. IV, p. 314; ou t. VII, p. 229, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, 1834, in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 318; -ou t. VII, p. 232, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 92, édit. de 1753.</p> - -<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. VII, p. 225, édit. in-12; -t. V, p. 202, édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[350]</a> Conférez <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. VII, p. 225—<span class="smcap">Douxmesnil</span>, -<i>Mém. et Lettres</i>, p. 4.—<span class="smcap">Voltaire</span>, <i>Mélanges</i>, t. XLIII, p. 48.</p> - -<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> <span class="smcap">La Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire de la Noblesse</i>, t. XII, -p. 442.—<span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 31; ou t. VII, p. 225, -édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires et Anecdotes</i>, t. II des <i>Œuvres</i>, p. 133.—<span class="smcap">Voltaire</span>, -<i>Œuvres</i>, édit. de Renouard, t. XLIII, p. 463.</p> - -<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. VII, p. 232 et 236, édit. -in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span> (Gaspard), <i>Mémoires</i>, 1699, in-12, t. I, p. 57.—<i>Ibid.</i>, -3<sup>e</sup> édit., 1701, in-12.—<span class="smcap">Bret</span>, p. 24 et 28.</p> - -<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 18.—<span class="smcap">Tallemant</span>, t. VII, p. 225, édit. -in-12; ou t. IV, p. 310.</p> - -<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356" class="label">[356]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 466.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 313.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. VI, p. 401, édit. de Monmerqué; t. VII, -p. 142, édit. de G. de S.-G. (<i>lettre</i> en date du 31 juillet 1680).—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, -<i>Mém.</i>, t. VIII, p. 154. Sur les de Lancy, marquis de -Rarai, cousins maternels de mademoiselle de Sévigné, voyez la troisième -partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 133.</p> - -<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. VII, p. 226, édition in-12; t. IV, p. 312, -édition in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>ibid.</i>—<span class="smcap">Bret</span>, p. 40.—<span class="smcap">Douxmesnil</span>, p. 6.—<span class="smcap">Scarron</span>, -<i>Épître à Sarrazin</i>, t. VIII, p. 98, édit. de 1737.</p> - -<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, t. VIII, p. 28.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, -p. 81.</p> - -<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Adieu au Marais et à la place Royale</i>, t. VIII, -p. 33.</p> - -<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mémoires</i>; Besançon, 1699, in-12, t. I, p. 57 et -105.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 82.</p> - -<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> Ce mot veut dire liberté, indépendance, dans le langage de ce -temps; on pourrait en citer cent exemples.</p> - -<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, t. II, p. 88.</p> - -<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 195.</p> - -<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Épître chagrine</i> ou <i>Satire</i> II, t. VIII, p. 206.</p> - -<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 315; ou t. VII, p. 230; t. V, -p. 293; ou t. IX, p. 158.—<span class="smcap">De la Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire -de la Noblesse</i>, t. X, p. 143.—<span class="smcap">Bret</span>, <i>Vie de Ninon</i>, p. 23.</p> - -<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> <span class="smcap">La Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire de la Noblesse</i>, t. VI, p. 14.—<span class="smcap">Retz</span>, -<i>Mém.</i>, t. XLV, p. 56.—<span class="smcap">Chapelle</span> et <span class="smcap">Bachaumont</span>, p. 7 de l'éd. -1755.—<i>Lettre de Ninon à S.-Évremond</i>, dans <span class="smcap">Douxmesnil</span>, p. 194.</p> - -<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <span class="smcap">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 89 et 90.</p> - -<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> <span class="smcap">Méré</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 196, <i>lettre</i> 88.—<span class="smcap">Moréri</span>, t. VII, -p. 479.</p> - -<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 313; ou t. VII, -p. 228, édit. in-12. Le beau Villars était le père du maréchal.</p> - -<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. VII, p. 228.—<i>Biographie universelle</i>, -t. XXXVIII, p. 33.</p> - -<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 312; ou t. VII, -p. 227, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, t. VIII, p. 32.</p> - -<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> <span class="smcap">Gaspard comte de Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 57-59.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, -<i>Mém.</i>, édit. 1829, t. IV, p. 420, ch. 34.—<span class="smcap">Voltaire</span>, <i>Mélanges, -lettre sur mademoiselle de Lenclos</i>, t. XLIII, p. 464, édit. de -Renouard.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 316; -t. VII, p. 231, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, édit. 1699, t. I, p. 59.</p> - -<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> <i>Ménagiana</i>, t. II, p. 130.—<span class="smcap">Bret</span>, p. 60.</p> - -<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> <span class="smcap">Voltaire</span>, t. XLIII, p. 464.—<span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. VII, -p. 226.</p> - -<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. IV, p. 311, in-8<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, -t. XLVIII, p. 238.—<i>Chansons historiques, ms. de mon cabinet</i>, -en 8 vol. in-folio, t. II, p. 203, verso.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 244.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 126.</p> - -<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> <span class="smcap">Compayre</span>, <i>Études historiques sur l'Albigeois</i>; Albi, 1845, -in-8<sup>o</sup>, p. 112-119.</p> - -<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <span class="smcap">De la Chesnaye des Bois</span>, <i>Dictionnaire de la Noblesse</i>, 1770, -in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 504; t. VI, p. 58.—<span class="smcap">Chapelle</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1755, -in-12, p. 38 et 40, édit. 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 29.—<span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, -t. IV, p. 311; ou t. VII, p. 226; et t. V, p. 288; ou t. IX, p. 154.</p> - -<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> <span class="smcap">De Bois-Robert-Metel</span>, <i>Œuvres poétiques</i>, 1659, in-8<sup>o</sup>, p. 303; -<i>Stances à madame Paget</i>. Ces stances prouvent le voisinage.</p> - -<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <span class="smcap">Bussy de Rabutin</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, p. 11 à 21, -édit. de Liége in-18; p. 14 à 21, édit. de 1754, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <span class="smcap">De Somaize</span>, <i>Dictionnaire des Précieuses</i>, t. II, p. 87; <i>Polénie</i>, -p. 30 <i>de la Clef</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, 1834, in 8<sup>o</sup>, t. IV, p. 316; -sur l'entrevue de Ninon avec la présidente Tamboneau, voyez t. V, -p. 300; ou t. IX, p. 165, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. amoureuse des Gaules</i>, t. I, p. 154, édit. -1754, in-12; et dans l'édition de Liége, p. 36 de la suite de l'<i>Histoire -d'Ardelise</i>; et p. 227, édit. de Liége, 1666 (sans nom d'auteur).</p> - -<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 26 juil. 1668, n<sup>o</sup> 53, t. I, p. 127, édit. 1820.</p> - -<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Hist. am. des Gaules</i>, t. I, p. 251 de l'édit. 1754; p. 33 -de la suite de l'<i>Histoire d'Ardelise</i>, dans l'édit. de Liége, <i>ibid.</i>; <i>Hist. -am. de la France</i>, 1710, p. 293; p. 224, édit. de Liége, 1666, in-18.</p> - -<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]</a> Il y a dans l'édition de Liége, sans date, p. 33, et dans celle avec -la date de 1666, p. 225: «Certaine manière effrontée que je lui voyais.»</p> - -<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> <span class="smcap">Bussy de Rabutin</span>, <i>Hist. am. des Gaules</i>, édit. de Liége, p. 33 à -39 de la suite de l'<i>Histoire d'Ardelise</i>, t. I, p. 251-257 de l'édition -1754, in-12; p. 230 de l'édit. de Liége, 1666, in-18, avec la sphère, -intitulée <i>édition nouvelle</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> Conférez l'article <i>Ralegh</i>, dans la <i>Biographie universelle</i>, et -dans les <i>Vies de plusieurs Personnages illustres</i>, t. I, p. 260.</p> - -<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, in-12, t. I, p. 55 de l'histoire des ouvrages -de Scarron, et p. 41 du texte, <i>Lettre à Sarrazin</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <i>Histoire de M. Scarron</i>, par la Martinière, 1737, dans les <i>Œuvres</i>, -t. I, p. 55; et <i>Lettre à Sarrazin</i>, p. 41 du texte.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. II, -p. 179, <i>lettre</i> 52, en date du 31 décembre 1651.</p> - -<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mém.</i>, t. IV, p. 316, édit. in-8<sup>o</sup>; ou -t. VII, p. 231.</p> - -<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 57, <i>lettre</i> en date du 19 mai 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> Conférez la <i>Vie de Rambouillet de la Sablière</i>, dans les <i>Poésies -diverses de Rambouillet de la Sablière et Fr. de Maucroix</i>, 1825, -in-8<sup>o</sup>; et l'article <i>Sablière</i>, dans la <i>Biographie universelle</i>.—<span class="smcap">Tallemant -des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 274, in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 189.—<span class="smcap">Walck</span>, -<i>Vie de plusieurs Personnages célèbres</i>, t. II, p. 227.</p> - -<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. IV, p. 314, in-8<sup>o</sup>; et t. VII, p. 229, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> <span class="smcap">Tallemant</span>, t. IV, p. 300, édit. in-8<sup>o</sup>, t. VII, p. 216, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> <i>Ibid.</i>, p. 299, in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 217, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> Qu'il ne faut pas confondre avec le comte de Louvigny, depuis -duc de Gramont.</p> - -<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 192.</p> - -<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 39, 18 mars 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. IV, p. 288, édit. in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 190, -édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 111 et 190.—Duchesse <span class="smcap">de Nemours</span>, -<i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 531.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 124.—<span class="smcap">Tallemant -des Réaux</span>, t. IV, p. 270 à 298, in-8<sup>o</sup>; ou t. VII, p. 192-197.</p> - -<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 190.</p> - -<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> <span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Mém.</i>, t. VII, p. 185 à 214, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, année 1650, t. XLV, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> <i>Gallia christiana</i>, t. IX, p. 162.—<span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, -p. 379, 380, 462.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 241.</p> - -<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, t. VII, p. 205, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> <i>Ibid.</i>, t. IV, p. 290; t. V, p. 340, in-8<sup>o</sup>; ou t. IX, p. 205, édit. -in-12.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 191.</p> - -<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mém.</i>, t. IV, p. 302, édit. in-8<sup>o</sup>; t. VII, -p. 218, édit. in 12.</p> - -<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 191.</p> - -<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mém.</i>, t. IV, p. 301, éd. in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 217, -éd. in-12.—<i>Lettres de feu Balzac à M. Conrart</i>, 1659, in-18, p. 195, -<i>lettre</i> 24. Voy. la <i>Lettre de Lacger à Balzac</i>, en date du 2 mars 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mém.</i>, t. IV, p. 303, édit. in-8<sup>o</sup>; t. VII, -p. 219, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 86.</p> - -<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 185-187.</p> - -<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 188.</p> - -<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 303; t. VII, p. 219, -édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> <i>Ibid.</i>, t. IV, p. 303, in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 218, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV et XLVI.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XXXIX, p. 152 et 162.—<span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 127.</p> - -<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L., p. 282, 290.—<span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, -p. 363-366.</p> - -<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 477.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, -p. 64.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 184, 209-212.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 102.—<span class="smcap">Claude -Joly</span>, t. XLVII, p. 491-497.</p> - -<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, t. I, p. 5.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 280 -à 287.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 213.—<span class="smcap">Claude Joly</span>, t. XLVII, -p. 494-497.</p> - -<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 384-502.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -<i>Mém.</i>, t. XLI, p. 29 et 130.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 151-158.</p> - -<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 188.—<span class="smcap">Nemours</span>, t. XXXIV, p. 487.</p> - -<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 191.</p> - -<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 290-292.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, -p. 184.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 289.—<span class="smcap">Claude Joly</span>, <i>Mém.</i>, -t. XLVII, p. 490.</p> - -<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 153.</p> - -<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 304.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, 1699, t. I, -p. 125.</p> - -<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 143.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. I, p. 282.</p> - -<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 203.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVII, p. 147.</p> - -<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 279.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 319.—<span class="smcap">La -Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 4, 109, 148, 164, 191, 192.</p> - -<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 481, 491, 492.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 240.</p> - -<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 282.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 165, 186, 215.—<span class="smcap">Joly</span>, -t. XLVII, p. 153.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 50.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 29.</p> - -<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 226.—Cardinal <span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres -publiées par Ravenel</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 16 et 17.—Les rendez-vous -du mademoiselle de Chevreuse et du coadjuteur se donnaient chez -la marquise de Rhodes; le coadjuteur trompait alors la princesse de -Guémené, dont il était l'amant. Voyez, ci-dessus, chap. <span class="smcap">VII</span>, p. 98.</p> - -<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 151, 153.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i></p> - -<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 315.</p> - -<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 376; t. XLVI, p. 5.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 226.</p> - -<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 98.</p> - -<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 211.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, p. 152.</p> - -<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 406. Voyez ci-dessus, chap. VII, p. 98.</p> - -<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 484, 491, 492, 510.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 179, 181, 203, 210, 240, 296, 319.—<span class="smcap">Joly</span>, t. XLVII, -p. 144, 185.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 225.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, -t. LII, p. 72.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 225.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, 1699, in-12, -t. I, p. 124.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. I, p. 305.</p> - -<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> <span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres à la reine, à la princesse Palatine</i>, etc., -1836, in-8<sup>o</sup>, p. 60, 61.</p> - -<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> <span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres</i>, etc., p. 76 (à M. de Lyonne, mai 1651).</p> - -<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> <i>Documents historiques</i>, <i>Lettres de</i> <span class="smcap">Mazarin</span> <i>à la reine, et -Mémoire dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France</i>, -t. II, p. 1, 15, 17, etc.—<i>Lettres du cardinal</i> <span class="smcap">Mazarin</span> <i>à la reine, à -la princesse Palatine, etc., écrites pendant sa retraite hors de -France</i>, en 1651 et 1652; Paris, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 44.</p> - -<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> <span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres</i>, etc., p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> <i>Ibid.</i>, p. 62 et 63.</p> - -<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <i>Ibid.</i>, p. 71. Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 471.</p> - -<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> Conférez la lettre du 11 mai 1651, p. 30, 38.</p> - -<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> Pag. 192, <i>lettre</i> 30.</p> - -<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 275.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLV, p. 299, 382.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 108.—<span class="smcap">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théastre françois</i>, -t. VII, p. 289 à 319.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 299.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 108.</p> - -<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 78.</p> - -<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 121, 145, 146, 152, 155.—<span class="smcap">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, liv. III, p. 17 (14 janvier 1652); p. 21 (février).—<i>Vie -de Jacques II, roi d'Angleterre, d'après les Mémoires écrits -de sa main</i>, 1819, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 69 à 70.—<span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, -t. XLI, p. 156. Conférez la troisième partie de ces <i>Mémoires</i>, chapitre -XIV, p. 239 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> <i>Les dernières Œuvres de M. Scarron</i>, 1669, t. I, p. 21; édit. de -1700, t. I, p. 12.—<i>Œuvres de M. Scarron</i>, 1737, in-12, t. I, p. 43. -L'intitulé est: <i>A madame de Sévigny la veuve</i>, selon la manière habituelle -d'écrire ce nom alors.—Conférez <span class="smcap">Richelet</span>, <i>Les plus belles -Lettres françoises sur toutes sortes de sujets, tirées des meilleurs -auteurs, avec les noms</i>; 4<sup>e</sup> <i>édition</i>, 1708, t. I, p. 50.</p> - -<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 62, édit. in-12, 1721; t. II, p. 274 de -l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> octobre 1654, t. I, p. 28, édit. M.; t. I, -p. 36, édit. G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (en date du 31 mai 1687), t. VII, p. 446, édit. -de M.</p> - -<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre de Bussy</i>, 4 juin 1687, t. VII, p. 419, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, 17 juin 1687, t. VII, p. 454, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> du 2 septembre 1687, t. VII, p. 470.</p> - -<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <span class="smcap">M. de Saint-Surin</span>, <i>Notice</i>, p. 61, dit à tort qu'elle ne reparut -qu'en 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. II, t. I, p. 157.</p> - -<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, in-18, t. VIII, p. 427, <i>Madrigal à -madame de Sévigné</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 271.</p> - -<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> Ibid., <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 274.</p> - -<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> Ibid., <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 267.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, -p. 293.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 242.</p> - -<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 241.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, -p. 101.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 193 et 197.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, -p. 301, 320, 321.</p> - -<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 220.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 101.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, -t. XLVII, p. 193 et 197.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 301.</p> - -<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 430.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 91.—<span class="smcap">Talon</span>, -t. LXII, p. 247.</p> - -<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 186.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 278.</p> - -<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 186.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 278.—Conférez -t. XXIV de l'<i>Hist. de France en estampes</i>, Bibliothèque -royale.</p> - -<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 294.—<span class="smcap">Duplessis</span>, t. LVII, p. 379.</p> - -<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 460.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 192.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -<i>Mém.</i>, 1699, in-12, t. I, p. 113.</p> - -<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 438.</p> - -<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 322.</p> - -<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 296.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, -p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 142 à 154.</p> - -<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 300.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, -t. LII, p. 84.</p> - -<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> <span class="smcap">Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 184.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 296.</p> - -<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 97.</p> - -<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLV, p. 460.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 192.</p> - -<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 303 et 304.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 185.</p> - -<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 203, 205, 216 et 222 de l'édit. -1721, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 327.</p> - -<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 519.—<span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, p. 187.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 299.—<span class="smcap">Duplessis-Praslin</span>, t. LVI, p. 336, -374, 375 et 386.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 113.</p> - -<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 299.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. LII, p. 300.</p> - -<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 294.</p> - -<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <span class="smcap">Duplessis-Praslin</span>, t. LVII, p. 376 et 377.</p> - -<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> <i>Arrest de la cour du parlement, donné contre le cardinal de -Mazarin, publié le trentième décembre mil six cent cinquante -et un. A Paris, par les imprimeurs du roy, M. DC. LI, avec privilége -de Sa Majesté</i>; sept pages in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. XLII, p. 295, 305.—<span class="smcap">Anquetil</span>, <i>Intrigue du cabinet</i>, -t. IV, p. 134. Voir les arrêts des 7 et 8 février, 11 mars, 2 et 8 août.</p> - -<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 6, <i>lettre</i> 1, en date du 14 -janvier 1652. Il y avait 700 romans, 550 comédies, 330 tragédies.</p> - -<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 305.</p> - -<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> <i>Lettres du cardinal</i> <span class="smcap">Mazarin</span> <i>à la reine, à la princesse Palatine</i>, -etc., pendant sa retraite hors du France, en 1651 et 1652, avec -notes et explications par Ravenel; Paris, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 484.</p> - -<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 3, <i>lettre</i> 1, en date du 7 janvier.—<span class="smcap">Monglat</span>, -<i>Mém.</i>, t. L, p. 317 et 320.—<span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, -p. 98.—<i>Nemours</i>, t. XXXIV, p. 519 et 520.</p> - -<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> <span class="smcap">La Fare</span>, <i>Mém.</i>, t. LXV, p. 163.—Depuis que ceci a été -écrit, la correspondance de Mazarin avec la reine a été publiée par -la Société de l'Histoire de France: <i>Lettres du cardinal Mazarin -à la reine</i>, etc., 1836, in-8<sup>o</sup>. Nous l'avons déjà plusieurs fois -citée.</p> - -<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse hist.</i>, t. III, p. 52. Lettre du 21 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 517 et 519.</p> - -<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <i>Recueil des arrêts</i>, etc.: arrêt du parlement du 29 décembre -1651; arrêt du conseil d'en haut du 18 janvier 1652.—<i>Gouvernement -de France justifié par l'ordre des temps, servant de réponse -au prétendu arrêt de cassation du conseil, du 18 janvier 1652</i>; -in-4<sup>o</sup>, 41 pages.</p> - -<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 14 et 15. Lettre du 28 février 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, p. 38.—<span class="smcap">Anquetil</span>, t. IV, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIX, p. 305, 326.—<span class="smcap">Nemours</span>, t. XXXIV, -p. 521.</p> - -<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 3.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 6, 14, 17.</p> - -<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXIX, p. 326.</p> - -<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 13.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 317, 330.—<span class="smcap">La -Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 110.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 24, 30.</p> - -<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIX, p. 317 et 318.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, -t. LII, p. 110.</p> - -<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 318.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, 1699, -in-12, t. I, p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mémoires</i>, 1699, in-12, t. I, p. 113, 141.</p> - -<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 208 à 211.</p> - -<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 55.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 210.</p> - -<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 211.</p> - -<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 207, 208.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 851.</p> - -<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 30, 33, 49.</p> - -<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 46; <i>Gazette</i> du 7 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 48 et 70.</p> - -<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 86 et 88, du 23 et 25 juin 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 213, 214.—<span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, -p. 151.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 55, 56, 59.</p> - -<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 69, 70; du 26 mai 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 66; du 19 mai 1552.—<span class="smcap">Conrart</span>, -<i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 56.</p> - -<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 208.</p> - -<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> <span class="smcap">Loret</span>, t. III, p. 33, <i>lettre</i> du 3 mars 1652.—<span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, -p. 205.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 40.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 328.—<span class="smcap">Nemours</span>, -t. XXXIV.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 55.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 338.</p> - -<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mémoires</i>, t. LVII, p. 384.—<span class="smcap">La Fare</span>, t. LXV, -p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, p. 381.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 20, <i>lettre</i> -du 11 février 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 69.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 338.</p> - -<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 128, 148, 150.—<span class="smcap">Conrart</span>, -t. XLVIII, p. 70.</p> - -<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 56.</p> - -<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 72, 226.</p> - -<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, t. XXXIV, p. 528.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, édit. 1699, t. I, -p. 124.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Amours des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, p. 134, -153, 155.</p> - -<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 30, 132, 135, 145 et 146.</p> - -<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 215.</p> - -<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 314.</p> - -<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> <span class="smcap">Loménie de Brienne</span>, <i>Mémoires inédits</i>, t. II, p. 307, ch. 28.—<span class="smcap">Bussy</span>, -<i>Hist. am. des Gaules</i>, t. I, p. 141, édit. 1754, ou p. 125 de -l'édit. de Liége; ou <i>Hist. amoureuse de France</i>, 1710, in-12, p. 170. -C'est le même ouvrage, sous un autre titre, et une très-bonne édition.</p> - -<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> <span class="smcap">Lenet</span>, t. LIV, p. 177 et 181.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Hist. am. de France</i>, -édit. de 1710, p. 183 et 198; <i>Hist. am. des Gaules</i>, édit. de 1754, -p. 152; p. 135, édit. origin. de Liége.—<span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, -p. 48.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 230.</p> - -<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Hist. amour. de France</i>, 1710, in-12, p. 192, 230, 235; -<i>Hist. amour. des Gaules</i>, édit. de 1754, p. 160, 193, 199.</p> - -<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> <span class="smcap">Nemours</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 503.—<span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, -t. XXXIX, p. 216 à 307.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 75 -et 96.—<span class="smcap">De Brienne</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVI, p 188 et 193.—<span class="smcap">Talon</span>, -<i>Mém.</i>, t. LXII, p. 276.</p> - -<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 33, <i>lettre</i> du 3 mars 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Introduction aux Mémoires de la Fronde</i>, t. XXXV, -p. 237.—<i>Vie du cardinal</i> <span class="smcap">de Rais</span>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 258 et 355.</p> - -<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 160.</p> - -<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 45 (7 avril); t. III, p. 53 -(21 avril).—<span class="smcap">Montpensier</span>. t. XLI, p. 170.</p> - -<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 170, 175.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 349.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -t. I, p. 168.—<span class="smcap">Anquetil</span>, t. IV, p. 152.—<span class="smcap">Saint-Aulaire</span>, -t. III, p. 92.—<i>Histoire de France en estampes</i>, t. XXV, Bibl. roy.</p> - -<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 35, <i>lettre</i> du 10 mars 1652.—<span class="smcap">Arnauld</span>, -t. XXXIV, p. 296.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 348, 351.—<span class="smcap">Nemours</span>, t. XXXIV, -p. 522.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 114 et 115.</p> - -<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 394.—<span class="smcap">Nemours</span>, t. XXXIV, p. 538.</p> - -<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 40, 52, <i>lettres</i> des 17 mars et 21 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 69.</p> - -<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> <span class="smcap">Brienne</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVI, p. 209.</p> - -<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> <i>Lettres de feu</i> <span class="smcap">Balzac</span> <i>à M. Conrart</i>, 1659, in-12, p. 135, liv. II, -<i>lettre</i> 25, en date du 20 novembre 1651; p. 151, liv. III, <i>lettre</i> en -date du 19 février 1652; p. 166, <i>lettre</i> 8, en date du 3 avril 1652; -et p. 181, en date du 29 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 33.—<span class="smcap">La Porte</span>, <i>Mém.</i>, t. LIX, p. 432.—<span class="smcap">Duplessis</span>, -<i>Mém.</i>, t. LVII, p. 427 et 429.</p> - -<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, p. 296.</p> - -<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 40.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 58, en -date du 28 avril (1652); et liv. III, p. 59, en date du 5 mai.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 339.—<i>Vie du cardinal</i> <span class="smcap">de Rais</span>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 45, <i>lettre</i> du 7 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> <span class="smcap">La Fare</span>, t. LXV, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, l. III, p. 39, 17 mars 1652.—Les frères -<span class="smcap">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théastre françois</i>, t. VII, p. 328-366.</p> - -<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> <span class="smcap">Loret</span>, l. III, p. 39.</p> - -<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> <span class="smcap">Loret</span>, l. III, p. 41, 17 mars 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, t. XXXIII de la <i>Collection -des Mémoires relatifs à l'Hist. de. France</i>; <i>Pièces justificatives</i> -des <i>Mém. de Du Fossé</i>; <i>Mémoires de Fontaine</i>; <i>Mém. de Joly</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 32, <i>lettre</i> en date du 3 mars 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 50.—<i>Biographie universelle</i>, t. XXXIII, -p. 51.—<span class="smcap">Montucla</span>, <i>Hist. des Mathématiques</i>, t. I, p. 63.</p> - -<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 50, <i>lettre</i> du 14 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> <span class="smcap">Loret</span>, l. III, p. 51; p. 163, <i>lettres</i> du 14 avril et du 23 novembre -1652.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 390.—<span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 29 -et 30.—<span class="smcap">Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>, -t. I, p. 2, 43, 122, 144.</p> - -<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 51, <i>lettre</i> du 14 avril 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, édit. 1721, in-12, t. III, p. 219 à 374.</p> - -<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 156-379.</p> - -<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> L'abbé <span class="smcap">Arnauld</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 293.</p> - -<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 129 et 130; conférez pour ce nom <i>Vie du cardinal -de Rais</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 323.</p> - -<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Introduction aux Mémoires, de la Fronde</i>, t. XXXV, -p. 208.—<span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 129, 130; p. 216, 220.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>lettre</i> en date du 24 juillet 1680, t. VI, p. 387; t. IV, p. 132, -en date du 18 décembre 1675.</p> - -<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. IX, p. 439, <i>lettre</i> en date du 10 avril 1691.</p> - -<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> <span class="smcap">Arnauld</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 303, 305 et 306.—<span class="smcap">Costar</span>, <i>Lettres</i>, -in-4<sup>o</sup>, p. 548.</p> - -<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 33, <i>lettre</i> du 3 mars 1652.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Hist. am. -de la France</i>, 1710, p. 1, 154.—<span class="smcap">Hamilton</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 123 -des <i>Mémoires de Gramont</i>.—<span class="smcap">Saint-Évremond</span>, t. II, p. 36-42 et -p. 109.</p> - -<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 221, édit. d'Amsterdam, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 251.</p> - -<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> <span class="smcap">Bossuet</span>, <i>Oraison funèbre de Le Tellier</i>, cité par Petitot.—<i>Notice -sur le cardinal de Retz</i>, dans la <i>Collect. des Mém. de l'Hist. -de Fr.</i>, t. XLIV, p. 79.</p> - -<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> En 1358.</p> - -<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> Voyez <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 66, <i>lettre</i> du 19 mai 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> Conférez encore <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 75, qui confirme -que ceci se passa à la fin de mai 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 49.—<i>Vie du cardinal de Rais</i>, édit. -1836, p. 340.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 251.</p> - -<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> <span class="smcap">Mademoiselle</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 245 et 246.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Hist. -amoureuse de France</i>, 1710, in-12, p. 4.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mém. -inédits</i>, t. XI, p. 135.</p> - -<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 102, édit. in-8<sup>o</sup>; -t. VII, p. 18 de l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> <i>Ibid.</i>, t. IV, p. 113, édit. in-8<sup>o</sup>; t. VII, p. 30.</p> - -<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 22 décembre 1675), t. IV, p. 261 et 264, -édit. de G.; t. IV, p. 118 et 143, édit. de M. (20 juillet, 11, 14 septembre, -26 octobre 1689); t. IX, p. 380 et 381, et t. X, p. 60, édit. -de G.; t. IX, p. 44, 111, 115, 184, 185, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 24, 26, <i>lettre</i> en date du -18 février 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> <i>Ibid.</i>, <i>id.</i>, p. 34, <i>lettre</i> en date du 3 mars, t. III, p. 110, <i>lettre</i> -en date du 18 août; t. III, p. 40.</p> - -<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> <i>Ibid.</i>, p. 38, <i>lettre</i> en date du 17 mars; <i>ibid.</i>, p. 43, <i>lettre</i> en -date du 7 avril.—<span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 164.—Le père -<span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 319.</p> - -<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 44.</p> - -<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> <span class="smcap">Petitot</span>, <i>Introduction à la Fronde</i>, t. XXXIV de la collection, -p. 234, 235, 243.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, -p. 114.</p> - -<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> <span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Hist. du prince de Condé</i>, 1769, in-12, t. III, p. 217.</p> - -<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 333.—<span class="smcap">La Porte</span>, t. LIX, p. 427.</p> - -<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 134, 256.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XLI, p. 200.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 35.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, -t. I, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 276-278, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 254-261.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, t. I, -p. 147.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 328.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, -p. 198.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 134 et 135.</p> - -<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> <span class="smcap">Napoléon</span>, <i>Mém.</i>—<span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 288, édit. -in-12—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 333.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 212.—<span class="smcap">Retz</span>, -t. XLVI, p. 83.</p> - -<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> <i>Extrait de la vie écrite en marge d'une Bible de</i> <span class="smcap">Jean de Coligny</span>, -dans les <i>Contes historiques</i> de Musset-Pathay, p. 236.</p> - -<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 392, 396.</p> - -<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 50, <i>lettre</i> en date du 14 avril -1652.—<span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 262.—<span class="smcap">Joly</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXVII, p. 215.</p> - -<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 362.</p> - -<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 407.</p> - -<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 369.—Maréchal <span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LVII, p. 404.</p> - -<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 355.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, -p. 375.</p> - -<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> <span class="smcap">Loménie de Brienne</span>, t. II, chap. XXXVII, p. 297.</p> - -<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 109, <i>lettre</i> du 11 août 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVI, p. 89.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 40 et -408.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 243.—Le maréchal <span class="smcap">Duplessis</span>, t. LVII, -p. 402.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 385.—<span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres inédites à la -reine, à la princesse Palatine</i>, etc., écrites pendant sa retraite hors -de France en 1651 et 1652, in-8<sup>o</sup>, 1836.</p> - -<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 165.</p> - -<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 463.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. LXI, p. 323.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, -t. XLVII, p. 224 et 240.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 337.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. III, p. 92, du 7 juillet.—<span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 289, 298, 305.</p> - -<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> <span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 351.—<i>Histoire de la Monarchie -françoise</i>, 1<sup>re</sup> édit., 1697, in-12, p. 444, 445.</p> - -<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> Voyez <i>Discours du sieur de Sève de Chastignouville</i>, dans -l'<i>Histoire de la Monarchie françoise sous le règne de Louis le -Grand</i>, 1697, in-12, t. I, p. 444, 445.</p> - -<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 324.</p> - -<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> <span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 287 à 292, 327, 351.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, -t. XLVII, p. 236.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 325.</p> - -<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 410.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 428, 445.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. III, p. 109, <i>lettre</i> 32, en date du 11 août.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 358.</p> - -<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 359.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 115, 25 août.—<span class="smcap">Talon</span>, -t. LXII, p. 455 et 466.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 349.</p> - -<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 153.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 126, 25 septembre.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, -t. XLVII, p. 50.—Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 325 à -347.</p> - -<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> <span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 300.</p> - -<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> <span class="smcap">Mazarin</span>, <i>Lettres à la reine</i>, etc., écrites en 1651 et 1652, <i>lettres</i> -52, 53 et 54, p. 291 à 308.</p> - -<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 95, <i>lettre</i> du 14 juillet.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, -p. 236.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 342.</p> - -<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, t. L, p. 342.—Le maréchal <span class="smcap">Duplessis</span>, t. LVII, -p. 406 et 407.</p> - -<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 164 et 168.—<span class="smcap">La Fare</span>, t. LXV, p. 145.—<span class="smcap">Bussy</span>, -<i>Mém.</i>, t. I, p. 372.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 397.</p> - -<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> <span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, p. 312.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 353.—<span class="smcap">Talon</span>, -t. LXII, p. 366, 370, 465, 466, 470, 478.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, -p. 195, 197, 198, 205, 206.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 232, 238, 242, -250, 273.—Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 334, 363, 372.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XLI, p. 339, 349, 350, 352, 354, 373.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 369, -372, 398, 375, 376.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 149, <i>lettre</i> en date du 26 octobre.—<span class="smcap">Bussy</span>, -<i>Mém.</i>, t. I, p. 133, 374.</p> - -<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, t. LXII, p. 470, 478, 482.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, -p. 246.—Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. LXVIII, p. 364, 370.</p> - -<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 18, <i>lettre</i> en date du 8 février 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 220, 231, 232.</p> - -<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 161.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 366.</p> - -<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 132.</p> - -<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVI, p. 310.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, -p. 259.</p> - -<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 247.</p> - -<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> <i>Ibid.</i>, p. 246 et 248.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 177.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 355.—<span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, p. 114.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XLI, p. 473.</p> - -<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> <span class="smcap">Corneille</span>, <i>Nicomède</i>, acte I, sc. 1, t. IV, p. 8, édit. 1692.</p> - -<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 254 à 255.</p> - -<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 372.</p> - -<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVI, p. 92 et 93.</p> - -<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> <i>Ibid.</i>, p. 220, 233, 235.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 177, <i>lettre</i> du 21 -décembre 1652.—<span class="smcap">Montglat</span>, t. L, p. 397.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 477.</p> - -<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 38.—<span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 336.—<span class="smcap">Omer -Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII, p. 353.—<span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVIII, p. 37.</p> - -<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> <span class="smcap">De Villefore</span>, <i>la véritable Vie d'Anne-Geneviève de Bourbon, -duchesse de Longueville</i>, t. I, p. 232 et 234, édit. d'Amsterdam, -1739, in-12; ou <i>Vie de madame de Longueville</i>, p. 56 à 59, édit. de -Paris, 1738.</p> - -<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 348.</p> - -<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 156 à 158, 162.</p> - -<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 70, en date du 26 mai.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -<i>Mémoires</i>, t. I, p. 331.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, -p. 156 à 158.</p> - -<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 245.</p> - -<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 92 et 181, <i>le Contretemps de M. de -Chavigny, premier ministre de monsieur le Prince</i>.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. III, p. 142, <i>lettre</i> en date du 12 octobre.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, -p. 220.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 178.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires -inédits</i>, édit. 1829, t. I, p. 71 et 72.</p> - -<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> <span class="smcap">Loret</span>, lib. III, p. 110, <i>lettre</i> en date du 18 août 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXVII, p. 143, 144; t. XXXVIII, p. 175.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XL, p. 452.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLIV, p. 324.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, -p. 157.—<span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de Monmerqué, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, -p. 213, <i>lettre</i> en date du 15 décembre 1670, n<sup>o</sup> 92.—<i>Ibid.</i>, édit. de -Gault de Saint-Germain, 1823, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 284, n<sup>o</sup> 105.</p> - -<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XL, p. 454. En 1646.</p> - -<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> <span class="smcap">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>, t. LIV, p. 212.—<span class="smcap">Saint Simon</span>, <i>Mémoires inédits</i>, -t. II, p. 160 et 162, chap. <span class="smcap">XI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIV, p. 324.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 157.—<span class="smcap">Griffet</span>, -<i>Histoire de Tancrède de Rohan</i>; Liége, 1767, in-12, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. VI, p. 32, <i>lettre</i> 9, 27 février -1655.</p> - -<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 151 à 158.—<span class="smcap">Talon</span>, <i>Mém.</i>, -t. LXII, p. 420.</p> - -<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII, p. 462.</p> - -<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 154 et 155.</p> - -<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 170.</p> - -<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 320.</p> - -<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> <i>Ibid.</i>, p. 336.</p> - -<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 306.</p> - -<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 233—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 42.</p> - -<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 230.</p> - -<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 269, 290, 292, 315.</p> - -<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 339.</p> - -<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 79, 81, <i>lettre</i> du 16 juin 1652.—<span class="smcap">Motteville</span>, -<i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 314, 333.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 222 et 334.</p> - -<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII.</p> - -<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. LXI, p. 471.—<span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires et -Anecdotes</i>, t. II, p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. LI, p. 251.</p> - -<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> <span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé</i>, -1769, in-12, t. III, p. 155.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 313.</p> - -<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 331-334 et 337, 341, 374.</p> - -<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>loc. cit.</i>—<span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, lib. III, <i>lettre</i> -du 12 octobre 1753.</p> - -<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> <span class="smcap">Loret</span>, lib. III, p. 72, <i>lettre</i> en date du 2 juin 1652.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -t. XLI, p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 60, <i>lettre</i> en date du 5 mai; -et p. 67, <i>lettre</i> en date du 19 mai.</p> - -<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. LXVI, p. 185.—Comte <span class="smcap">de Brienne</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXVI, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 365.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 167, 168.—<span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, -liv. III, p. 60, <i>lettre</i> en date du 5 mai.</p> - -<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIX, p. 337.</p> - -<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 168.—<span class="smcap">Loret</span>, <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 311.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 363.</p> - -<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 111.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 466.—<span class="smcap">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, liv. III, p. 75, 77.</p> - -<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 85, 86, 88.—<span class="smcap">Pavillon</span>, <i>Œuvres</i>, -t. II, p. 241, édit. 1750.</p> - -<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1755, t. II, p. 89, 90.</p> - -<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. IV, p. 21, <i>lettre</i> du 15 février 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 98, <i>lettre</i> en date du 21 -juillet 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 80.</p> - -<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> <span class="smcap">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVI, p. 110.</p> - -<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 76, 81.</p> - -<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 326.</p> - -<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 247.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 79.</p> - -<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 167 et 174.—<span class="smcap">Pontis</span>, <i>Mém.</i>, -t. XXXI, p. 471.</p> - -<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> Voyez les <i>Lettres sur les Contes des fées attribués à Perrault, -et sur l'origine de la féerie</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse histor.</i>, liv. III, p. 77, <i>lettre</i> du 9 juin 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 249.</p> - -<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> <i>Ibid.</i>, t. XLI, p. 243.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mém. inédits</i>, t. V, -p. 255.</p> - -<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 247 et 249.</p> - -<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 81. Ce fait eut lieu le 4 juin. -Anne-Marie de Lorraine-Chevreuse, abbesse de Pont-aux-Dames, -mourut deux mois après, le 5 août 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <i>Lettre de</i> <span class="smcap">Saint Vincent de Paul</span> <i>au cardinal de La Rochefoucauld -sur l'état de dépravation de l'abbaye de Longchamps, en -latin, avec la traduction française et des notes</i>, p. J. L. (J. Labouderie); -Paris, 1827, in-8<sup>o</sup> (21 pages). Le texte latin de cette lettre -avait été publié dans l'ouvrage de <span class="smcap">J. Delort</span>, intitulé <i>Mes Voyages -aux environs de Paris</i>, 1821, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 167 à 175. Delort a cru -que cette lettre était adressée au cardinal Mazarin: elle est datée -de Paris, le 25 octobre 1652.—<i>Gallia christiana</i>, in-fol., t. VII, -p. 943.—<span class="smcap">Le Bœuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. III, p. 26.—<span class="smcap">Grégoire</span>, -<i>les Ruines de Port-Royal des Champs</i>, 1809, in-8<sup>o</sup>.—Sur -la réforme d'Angélique Arnauld, et la fameuse journée du Guichet, -conférez <span class="smcap">Sainte-Beuve</span>, <i>Port-Royal</i>, t. I, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <i>Manuscrit du président de Lamoignon sur la garde bourgeoise -de Paris</i>, in-4<sup>o</sup>, cité dans <span class="smcap">Saint Aulaire</span>, <i>Hist. de la Fronde</i>, -1827, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 312.</p> - -<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 334.</p> - -<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> <i>Mém. de l'empereur</i> <span class="smcap">Napoléon</span>, <i>écrits par lui à Sainte-Hélène</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> <span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Histoire de Condé</i>, t. III, p. 297 à 298, 301.—<span class="smcap">Ramsay</span>, -<i>Hist. de Turenne</i>, 1735, t. I, p. 265.—<span class="smcap">Raguenet</span>, <i>Hist. -de Turenne</i>, 1769, in-12, p. 205 à 218.</p> - -<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 338 et 344.—<span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Hist. du -prince de Condé</i>, in-12, t. III, p. 297 et 298.—Le maréchal <span class="smcap">Duplessis</span>, -t. LVII, p. 398.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 410.</p> - -<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> <span class="smcap">Ramsay</span>, <i>Hist. du vicomte de Turenne</i>, 1735, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 265 -et 267.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 91.—<span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 124.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -t. I, p. 180.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 226 et 230.—<span class="smcap">Corbinelli</span>, -<i>lettre</i> dans les <i>Mémoires du Comte de Bussy</i>, t. I, p. 338.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 349.</p> - -<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, t. I, p. 84, 196.—<span class="smcap">Conrart</span>, p. 111, 115.—<span class="smcap">Desormeaux</span>, -t. III, p. 299, 303.—<span class="smcap">Somaize</span>, <i>Dictionnaire des Précieuses</i>, -1661, t. I, p. 79.—Au mot <span class="smcap">Clidaris</span>, conférez <i>la Clef</i>, p. 15; <span class="smcap">Sophronie</span>, -dans cet article, est madame <span class="smcap">de Sévigné</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 262.</p> - -<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> <i>Ibid.</i>, p. 262, 263, 265.</p> - -<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 352.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mém. inéd.</i>, 1829, in-8<sup>o</sup>, -t. I, p. 49.</p> - -<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 265 à 269.</p> - -<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 120.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 402.—<span class="smcap">Conrart</span>, -t. XLVIII, p. 44, 47, 49, 161 et 163.</p> - -<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 73.</p> - -<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> <i>Ibid.</i>, p. 96, 99, 107.</p> - -<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> <i>Ibid.</i>, p. 93 et 96.</p> - -<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 95, <i>lettre</i> en date du 14 juillet 1652.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 355, 357.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 377, 381, 418.</p> - -<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 285.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 42, 47, -49, 51, 61, 68, 169.</p> - -<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 98, 21 juillet 1652.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, -p. 370.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 59, 60, 68, 147, 161.—Père -<span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 307.</p> - -<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 409, 412, 416.</p> - -<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 116, 121, 128, 135, 162.</p> - -<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 345, 346.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, -t. LII, p. 171.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 279 à 285.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, -t. XLVII, p. 227, 229, 232.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 92, 95, <i>lettres</i> en -date du 7 et 14 juillet 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 95, <i>lettre</i> en date du 14 juillet.</p> - -<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, p. 329.</p> - -<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 120 et 159, <i>lettres</i> en date du 1<sup>er</sup> septembre -et du 16 novembre 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 298, 368, 419, 406, 408 et 412.</p> - -<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 188.</p> - -<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 293.</p> - -<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> <span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 442.</p> - -<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 289, 290.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 357.—<span class="smcap">Retz</span>, -t. XLVI, p. 148.—<span class="smcap">Guy-joly</span>, t. XLVII, p. 243.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -t. I, p. 184.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 172.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, -p. 104; liv. IV, p. 50, <i>lettres</i> en date des 4 août et 2 mai.</p> - -<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. am. de France</i>, 1710, p. 159; <i>Hist. am. -des Gaules</i>, 1754, t. I, p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. am. de France</i>, 1710, p. 162 et 194.</p> - -<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 364.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 122, du 8 septembre.</p> - -<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 268.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 296.</p> - -<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 98, 109.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, -p. 432.</p> - -<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> Père <span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 311, 313.</p> - -<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 178.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 434.</p> - -<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 231.—<span class="smcap">Brienne</span>, t. XXXVI, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, p. 109.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 432.</p> - -<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 233, 235 et 230.—<span class="smcap">Conrart</span>, t. XLVIII, -p. 171.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 44, 46, 151 et 17, <i>lettres</i> des 24 mars, -7 avril, 20 novembre, 7 décembre.</p> - -<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 173.—<span class="smcap">Talon</span>, t. LXII, p. 472.</p> - -<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> <span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 170.</p> - -<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> <i>Ibid.</i>, p. 162.</p> - -<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. am. de France</i>, édit. 1710, p. 193; <i>Hist. -am. des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, p. 163.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, t. XLVII, p. 23.—<span class="smcap">La -Rochefoucauld</span>, t. LII, p. 178.</p> - -<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 368.</p> - -<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Hist. am. de France</i>, 1710, p. 199 à 210; <i>Hist. -am. des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, p. 162 à 170.—<span class="smcap">Sauval</span>, <i>Galanteries -des Rois de France</i>, t. II, p. 96.—Père <span class="smcap">Berthod</span>, t. XLVIII, -p. 370, 371.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, p. 56.</p> - -<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> Voyez ci-dessus, chapitre I, p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> Père <span class="smcap">Berthod</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 364 et 366.—<span class="smcap">La Rochefoucauld</span>, -t. LII, p. 178.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 377.</p> - -<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 144.—<span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVII, p. 242.—<span class="smcap">Desormeaux</span>, -<i>Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, second -du nom</i>; 1769, in-12, t. I, p. 370.</p> - -<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 181.</p> - -<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 378, 380, 382, 383, 386, 389, 390.—<span class="smcap">Chavagnac</span>, -<i>Mém.</i>, t. I, p. 174, 389, 390.</p> - -<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> <span class="smcap">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII, p. 467 à 481.</p> - -<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> <i>Lettres de feu Balzac à M. Conrart</i>; Paris, 1659, in-18, p. 194, -liv. III, <i>lettre</i> 16.</p> - -<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> <i>Ibid.</i>, p. 201, 203, liv. III, <i>lettre</i> 19.</p> - -<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 308 à 312.</p> - -<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> <i>Mémoires de Michel de Marolles</i>, 1755, t. I, p. 244; et t. III, -p. 360.</p> - -<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> <span class="smcap">Weiss</span>, <i>Biographie universelle</i>, article <i>Ogier</i> (François).</p> - -<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> <span class="smcap">Ogier</span>, <i>Actions publiques</i>, 1652, 1655, 2 vol. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> <i>Ménagiana</i>, t. I, p. 305.</p> - -<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> <span class="smcap">Ægidii Menagii</span> <i>Miscellanea</i>; Parisiis, apud August. Courbé, -1652, in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> Gilles <span class="smcap">Boileau</span>, <i>Avis à M. Ménage</i>, dans <span class="smcap">la Monnoye</span>, <i>Recueil -de pièces choisies, tant en prose qu'en vers</i>, 2 vol. in-12, 1714, -t. I, p. 177 à 331.</p> - -<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> <span class="smcap">Sallengre</span>, <i>Histoire de Pierre de Montmaur, professeur royal -en langue grecque à l'Université de Paris</i>; 1715, 2 vol. in-12, -t. I, p. 44; et t. I, p. <span class="smcap">LXXX</span> et <span class="smcap">LXXXVI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> Nous indiquons les pages où se trouve cette pièce dans toutes les -éditions des poésies de Ménage:</p> - -<table id="menage" summary="poetry"> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smcap">Ægidii Menagii</span> <span class="i04"> <i>Miscellanea</i>,</span> in-4<sup>o</sup>, 1652, p. 105. (Courbé.)</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span><span class="i1">—</span> <span class="i1"><i>Poemata</i>, 2<sup>e</sup> édit. in-8<sup>o</sup>, 1656, p. 76. (Id.)</span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">3<sup>e</sup> édit. in-8<sup>o</sup>, 1658, p. 21. (Id.)</span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">4<sup>e</sup> édit. (Elzevirs), in-18, 1663, p. 158.</span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">5<sup>e</sup> édit.</span><span class="i1">—</span><span class="i2">—</span> <span class="i2">1668, p. 146.</span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">6<sup>e</sup> édit. (chez Claude Barbin), in-4<sup>o</sup>, 1673, p. 185.</span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">7<sup>e</sup> édit. (chez Le Petit),</span> in-8<sup>o</sup>, 1680, p. 170.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">— </span><span class="i1">—</span> <span class="i1">8<sup>e</sup> édit. (Amstelodami, apud Westenium),</span> in-12, 1687, p. 202.</td> -</tr> -</table> - -<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, p. 139, édit. in-8<sup>o</sup>, -ou t. VII, p. 54 de l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> <span class="smcap">Ægidii Menagii</span> <i>Miscellanea</i>, p. 105; <i>le Pêcheur, ou Alexis, -dédié à madame de Sévigny</i> (Sévigné).</p> - -<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 69, <i>lettre</i> du 26 mai 1652. -Voyez ci-dessus, chap. XXIII, p. 328.</p> - -<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 88 à 92.</p> - -<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> <i>Ibid.</i>, p. 91, 92.</p> - -<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. III, p. 85, <i>lettre</i> du 23 juin 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse Historique</i>, liv. III, p. 85, 87, <i>lettre</i> en date du -23 juin 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 205.</p> - -<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 155.</p> - -<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. VI, p. 35, <i>lettre</i> 10 en date du -6 mars 1655.</p> - -<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> <span class="smcap">Retz</span>, t. XLVI, p. 226, 230.</p> - -<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 77, <i>lettre</i> en date du 9 juin 1652; liv. III, -p. 139, <i>lettre</i> 40 en date du 5 octobre 1652; liv. III, p. 154, <i>lettre</i> 45, -en date du 9 novembre 1652.—Conférez les frères <span class="smcap">Parfaict</span>, <i>Hist. -du Théastre François</i>, t. VI, p. 351.—<span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mém.</i>, dans les <i>Œuvres</i>, -t. II, p. 65, 85, 100, 105.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. II, p. 179, en date du -31 décembre 1651.—<span class="smcap">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires de madame de -Maintenon</i>, t. I, p. 144.—<span class="smcap">Dreux du Radier</span>, <i>Mém., hist. et critiques -des reines et régentes de France</i>; Amsterdam, 1782, t. VI, -p. 343.—Madame <span class="smcap">Suard</span>, <i>Madame de Maintenon peinte par elle-même</i>, -édit. 1810, p. 12.—Madame <span class="smcap">Guizot</span>, <i>Vie de Paul Scarron</i>, -dans la <i>Vie des poëtes français</i>, par M. Guizot, p. 489.—<span class="smcap">Monmerqué</span>, -<i>Biographie universelle</i>, t. XXVI, p. 267.—<span class="smcap">Fabien Pillet</span>, -<i>ibid.</i>, t. LXI, p. 44.</p> - -<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, t. I, p. 42, <i>lettre</i> à mademoiselle -d'Aubigné, édit. 1619, p. 19; édit. 1700, p. 11; édit. 1737, p. 54.</p> - -<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> <span class="smcap">Monmerqué</span>, article <i>Maintenon</i>, dans la <i>Biographie universelle</i>, -t. XXVI, p. 265.</p> - -<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques et complets</i>, t. XI, p. 190.—<span class="smcap">Loménie -de Brienne</span>, <i>Mémoires inédits</i>, t. II, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> <span class="smcap">La Beaumelle</span>, <i>Histoire de madame de Maintenon</i>, t. I, p. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> <span class="smcap">La Beaumelle</span>, <i>Histoire de madame de Maintenon</i>, t. I, -p. 113.</p> - -<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres complètes</i>, 1791, t. II, p. 16.</p> - -<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires et Anecdotes</i>, dans ses <i>Œuvres</i>, 1735, in-12, -t. II, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 139, <i>lettre</i> 10, en date du 5 octobre; <i>ibid.</i>, -liv. III, p. 154.—<span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 65.</p> - -<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires et Anecdotes</i>, t. I, p. 64—<span class="smcap">La Beaumelle</span>, -<i>Mémoires pour servir à l'histoire de madame de Maintenon et à -celle du siècle passé</i>, liv. I, chap. <span class="smcap">VI</span>, t. I, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> <i>Ms. de mademoiselle d'Aumale</i>, cité dans les <i>Mémoires de Maintenon</i>, -t. I, p. 151.—Madame <span class="smcap">Suard</span>, <i>Madame de Maintenon peinte -par elle-même</i>, 1810, in-8<sup>o</sup>, p. 19.</p> - -<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> <span class="smcap">Auger</span>, <i>Lettres de madame de Maintenon, précédées de sa vie</i>, -t. XLIII.—<span class="smcap">Tallemant</span>, <i>Mém.</i>, t. V, p. 264, édit. in-8<sup>o</sup>; ou t. IX, p. 130, -édit. in-12.—<span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, Amsterdam, 1737, t. I, p. 48; édit. -1700, t. I, p. 18; <i>Dernières Œuvres de Scarron</i>, 1669, t. I, p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, t. I, p. 404; <i>Etrennes à mademoiselle -de Lenclos</i>, t. I, p. 48.</p> - -<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, 1829, in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 420, -chapitre XXXIV.</p> - -<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> <span class="smcap">Segrais</span>, <i>Mémoires anecdotes</i>, t. II, p. 84 et 85.</p> - -<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> <span class="smcap">La Baumelle</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 155.</p> - -<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 183 et 184.—Madame <span class="smcap">Suard</span>, <i>Madame de -Maintenon peinte par elle-même</i>, seconde édition, 1810, in-8<sup>o</sup>, -p. 31.</p> - -<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1737, t. I, p. 169; <i>les dernières Œuvres -de Scarron</i>, t. I, p. 310; <i>Œuvres</i>, édit. 1737, t. VIII, p. 73; -<i>Estocade à monseigneur le cardinal Mazarin</i>, p. 430; <i>Madrigal -sur un portrait de Son Éminence peint par Mignard, Œuvres</i>, -1737, t. VIII, p. 418.</p> - -<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> <i>Lettres de Scarron à Fouquet, surintendant des finances</i>, -dans ses <i>Œuvres</i>, édition 1737, t. I, p. 100, 101, 104, 110, 114, 116, -118, 138, 139, 157; et dans <i>les dernières Œuvres de Scarron</i>, 1669, -t. I, p. 140, 141, 154, édit. 1700, p. 73, 79, 201.</p> - -<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 79, 92, 167; <i>Lettre au duc d'Elbeuf</i>, -dernières Œuvres de Scarron, t. I, p. 294.</p> - -<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> <span class="smcap">La Mesnardière</span>, <i>Poésies</i>, 1656, in-folio, p. 189.—<span class="smcap">Segrais</span>, t. II, -p. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> <i>Œuvres complètes de</i> <span class="smcap">Louis de Saint-Simon</span>, t. II, p. 16, 19; -<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 40; t. II, p. 407; t. XIII, p. 105, -108, 402.</p> - -<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> <span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, 1737, t. I, p. 47; <i>les dernières Œuvres de</i> -<span class="smcap">Scarron</span>, 1669, t. I, p. 28; id., édit. 1700, t. I, p. 16.</p> - -<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 259 et 275, <i>lettres</i> en date des 6 et -25 décembre 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, t. II, p. 290, <i>lettre</i> en date du 13 janvier 1672.</p> - -<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XIII, p. 105.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. II, p. 275 et 290; t. VI, p. 214; <i>lettres</i> en date des -25 décembre 1671, 13 janvier 1672, 29 mars 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. IV, p. 4 du 4 janvier 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> <span class="smcap">Guy-Joly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVII, p. 277.—<span class="smcap">Loret</span>, t. IV, p. 39, -<i>lettre</i> en date du 22 mars 1653.—<i>Lettres de M. de Marigny</i>, 1658, -t. I, p. 1, 59.</p> - -<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. IV, p. 34 et 39, des 15 et 22 mars -1653.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 398.</p> - -<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 399.</p> - -<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> <span class="smcap">Chavagnac</span>, <i>Mémoires</i>, 1699, t. I, p. 175.</p> - -<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> <i>Ibid.</i>, p. 204, 206.</p> - -<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 21, 36; t. III, p. 29; t. VI, p. 211, en -date des 17 et 26 avril 1671, 8 juillet 1672, 26 mars 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, t. LII, p. 269 (il est écrit à tort <i>Barin</i>).—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. IV, p. 14, du 1<sup>er</sup> février 1653.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 399.</p> - -<p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800" class="label">[800]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, t. IV, p. 139, du 22 novembre 1653.—<span class="smcap">Motteville</span>, -t. XXXIX, p. 358.—<span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mém.</i>, t. LII, p. 273, -279 et 280.—<span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Hist. de Condé</i>, t. III, p. 423.</p> - -<p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801" class="label">[801]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 139.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 338.—<span class="smcap">Gourville</span>, -<i>Mém.</i>, t. LII, p. 273 à 279 et 286.—<span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Histoire de -Condé</i>, t. III, p. 423.</p> - -<p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802" class="label">[802]</a> <span class="smcap">De Villefort</span>, <i>la véritable Vie d'Anne-Geneviève de Bourbon, -duchesse de Longueville</i>, 1739, in-12, t. II, p. 237.</p> - -<p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803" class="label">[803]</a> Id., t. I, p. 2.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 357.</p> - -<p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804" class="label">[804]</a> <span class="smcap">De Villefort</span>, <i>Vie de la duchesse de Longueville</i>, t. II, p. 46, -65, 72, édit. 1738.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 10, <i>lettre</i> 3, en date du -17 janvier 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805" class="label">[805]</a> <span class="smcap">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 295, 300.—<span class="smcap">Montpensier</span>, t. XLI, -p. 410.</p> - -<p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806" class="label">[806]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 357.</p> - -<p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807" class="label">[807]</a> <span class="smcap">Desormeaux</span>, <i>Hist. de Condé</i>, t. III, p. 429.</p> - -<p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808" class="label">[808]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 151; <i>lettre</i> du 20 décembre 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809" class="label">[809]</a> Le maréchal <span class="smcap">Duplessis-Praslin</span>, <i>Mém.</i>, t. LVII, p. 406 et 415.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. IV, p. 147, 20 décembre 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810" class="label">[810]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. III, p. 156 et 166; liv. IV, p. 12, 137.</p> - -<p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811" class="label">[811]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authent.</i>, t. IV, p. 292.</p> - -<p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812" class="label">[812]</a> <span class="smcap">Loret</span>, t. IV, p. 35 et 38.—<span class="smcap">Monglat</span>, t. L, p. 399.</p> - -<p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813" class="label">[813]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 97 et 99, des 28 et 30 août 1653.—<i>Hist. de la -Monarchie françoise, sous le règne de Louis le Grand</i>, 1697, in-12, -t. I, p. 5.</p> - -<p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814" class="label">[814]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 95, du 16 août 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815" class="label">[815]</a> <span class="smcap">Corneille</span>, <i>Pertharite, Avis au lecteur</i>, t. VII, p. 1, 1824, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816" class="label">[816]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 5, <i>lettre</i> 2, en date du 11 janvier 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817" class="label">[817]</a> Les frères <span class="smcap">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théastre françois</i>, t. VII, p. 383 -à 444.—<span class="smcap">Quinault</span>, édit. 1715, t. I, p. 6 de la notice, et p. 3.</p> - -<p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818" class="label">[818]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 94 et 95, <i>lettre</i> 30, datée du 16 août 1653, -p. 97.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 19 et p. 24, des 7 et 21 février 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819" class="label">[819]</a> Dans le département de l'Yonne, sur la rivière Loing, entre Bléneau -et Saint-Sauveur. Ce château a été très-bien décrit par M. le -baron <span class="smcap">Chaillou des Barres</span>, <i>Les châteaux d'Ancy-le-Franc, de -Saint-Fargeau, Chastellux et Tantay</i>, 1845, in-4<sup>o</sup>, p. 50 et 71.</p> - -<p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820" class="label">[820]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLI, p. 383, 388, 424, 434.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. III, p. 107, <i>lettre</i> du 7 août 1652.</p> - -<p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821" class="label">[821]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 22, <i>lettre</i> en date du 15 février 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822" class="label">[822]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 384, 407, 421.</p> - -<p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823" class="label">[823]</a> <span class="smcap">Le Gallois de Grimarest</span>, <i>Vie de Molière</i>, 1705, in-12, p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824" class="label">[824]</a> Voyez le plan de Paris par <span class="smcap">Berey</span>, 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825" class="label">[825]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 94 et 95, <i>lettre 30</i>, datée du 16 août 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826" class="label">[826]</a> <i>Discours de M.</i> L. T. (Louis Tallemant) <i>touchant la vie de -M. de Benserade, en tête des Œuvres de M. de Benserade</i>; chez -Charles de Sercy, 1697, t. I, p. 8.</p> - -<p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827" class="label">[827]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>, 1697, t. II, p. 14.</p> - -<p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828" class="label">[828]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 23, 28, 29, 30, 33, 37, 97, des 8 et 16 mars, et -23 août 1653; liv. V, p. 19 et 24, des 7 janvier et 21 février 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829" class="label">[829]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, t. II, p. 69 et 70, édit. 1697.</p> - -<p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830" class="label">[830]</a> <span class="smcap">Loret</span>, t. IV, p. 126, du 1<sup>er</sup> novembre 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831" class="label">[831]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, t. II, p. 36.</p> - -<p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832" class="label">[832]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, t. II, p. 25 et 27, <i>septième entrée</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833" class="label">[833]</a> <span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 20.</p> - -<p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834" class="label">[834]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 8, <i>lettre</i> du 18 janvier 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835" class="label">[835]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 51.—<i>Mémoires du duc de</i> <span class="smcap">Montausier</span>, t. I, -p. 124 à 126.—<i>Lettres de</i> <span class="smcap">Balzac</span> <i>à</i> <span class="smcap">Conrart</span>, p. 230.</p> - -<p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836" class="label">[836]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 51.—<i>Mémoires de M. le duc de</i> <span class="smcap">Montausier</span>, -liv. I, p. 124, 126.—<i>Lettres de</i> <span class="smcap">Balzac</span> <i>à</i> <span class="smcap">Conrart</span>, p. 230.</p> - -<p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837" class="label">[837]</a> <i>Poésies choisies de MM. Corneille, Benserade, de Scudéry, -Bois-Robert, Sarrazin, Desmarets, Bertaud, Saint-Laurent, Colletet, -la Mesnardière, de Montreuil, Vignier, Chevreau, Malleville, -Tristan, Testu, Maucroy, de Prade, Girard, de l'Age</i>, -et plusieurs autres. A Paris, chez Charles de Sercy, 1653, in-12, t. I.</p> - -<p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838" class="label">[838]</a> <i>Poésies choisies</i>, 1653, t. I, p. 199.</p> - -<p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839" class="label">[839]</a> <i>Ibid.</i>, p. 74.</p> - -<p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840" class="label">[840]</a> Voy. ci-dessus, chap. V, p. 49; et chap. XIII, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841" class="label">[841]</a> <i>Recueil de Poésies choisies</i>, 2<sup>e</sup> partie, t. II, p. 217 et 218.</p> - -<p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842" class="label">[842]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Discours à ses Enfants</i>, 1694, in-12, p. 261; -id., <i>Mém.</i>, t. I, p. 372 de l'édition in-12; t. I, p. 457 de l'édition -in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843" class="label">[843]</a> Ibid., <i>Mémoires</i>, t. I, p. 219 à 326 de l'édit. in-12; t. I, p. 474 -à 456.</p> - -<p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844" class="label">[844]</a> Ibid., <i>Mém.</i>, t. I, p. 229, 221, 226, 236.</p> - -<p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845" class="label">[845]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 320.</p> - -<p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846" class="label">[846]</a> <span class="smcap">Corbinelli</span>, <i>lettres</i> en date des 25 et 26 juin, et 2 juillet 1652, -dans les <i>Mémoires de Bussy</i>, t. I, p. 326, 329, 332 de l'édition in-12; -et t. I, p. 401, 405 et 408 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847" class="label">[847]</a> Idem, <i>lettres</i> datées de Paris les 4 et 9 juillet 1652, t. I, p. 334 -et 337 des <i>Mémoires de Bussy-Rabutin</i>, édit. in-12; et t. I, p. 410 -et 414 de l'édit. in-4<sup>o</sup>, 1694.</p> - -<p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848" class="label">[848]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 205.</p> - -<p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849" class="label">[849]</a> <i>Ibid.</i></p> - -<p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850" class="label">[850]</a> <span class="smcap">Corbinelli</span>, <i>Extraits de tous les beaux endroits des ouvrages -des plus célèbres auteurs de ce temps</i>; Amsterdam, 1681, 5 vol. -in-12; <i>les Anciens Historiens réduits en maximes</i>, 1694, in-12; -<i>Histoire de la maison de Gondi</i>, 1705, 2 vol. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851" class="label">[851]</a> <span class="smcap">Somaize</span>, <i>le grand Dictionnaire historique des Précieuses</i>, -1661, t. I, p. 93.</p> - -<p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852" class="label">[852]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 377, 388; et t. I, p 462 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853" class="label">[853]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 374, 389, 397.</p> - -<p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854" class="label">[854]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 374; ou t. I, p. 458 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855" class="label">[855]</a> <i>Inscriptions des portraits du château de Bussy</i>, citées par -Millin, <i>Voyage dans les Départements du midi de la France</i>, t. I, -p. 210.</p> - -<p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856" class="label">[856]</a> <span class="smcap">MONGLAT</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIX, p. 5 (dans la Notice).</p> - -<p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857" class="label">[857]</a> <i>Histoire de madame de Monglat et de Bussy</i>, dans l'<i>Hist. am. -des Gaules</i>, 1754, in-12, t. I, p. 265 à 290; ou dans l'<i>Hist. am. de -France</i>, 1710, in-12, p. 308 à 337.—<i>Hist. de Bussy et de Bélise</i>, -dans l'<i>Hist. am. des Gaules</i>, p. 47 (après p. 190), édit. de Liége, in-18, -avec la croix de Saint-André, ou édit. nouvelle, 1666, in-18, -p. 240.</p> - -<p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858" class="label">[858]</a> <span class="smcap">BUSSY</span>, <i>Hist. am. de France</i>, 1710, in-12, p. 327 et 328; et <i>Histoire -amoureuse des Gaules</i>, édit. 1754, t. I, p. 283.</p> - -<p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859" class="label">[859]</a> <span class="smcap">SÉVIGNÉ</span>, <i>Billet italien à madame la marquise d'Uxelles, -suivi d'une lettre de madame de</i> <span class="smcap">GRIGNAN</span> <i>à la même</i>, publié pour la -première fois par M. <span class="smcap">MONMERQUÉ</span>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 13. (Puisque l'éditeur -(p. 4) disserte sur la date de ce billet, elle n'est pas dans l'autographe)</p> - -<p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860" class="label">[860]</a> Il y a ainsi dans l'édition de 1754, p. 286, et dans celle de 1710, -p. 354, et dans le manuscrit de l'Institut; mais dans les trois éditions -de Liége, p. 67 ou 207, ou p. 258, il y a «où l'on s'engageait -sans se voir.»</p> - -<p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861" class="label">[861]</a> <i>Hist. am. des Gaules</i>, 1654, in-12, t. I, p. 286, 332; édit. de -Liége, dans l'une, p. 69, dans l'autre, p. 207, édit. nouv., 1666, p. 257.</p> - -<p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862" class="label">[862]</a> <span class="smcap">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. V, p. 343 et 344; ou t. IX, -p. 207, édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863" class="label">[863]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 397, édit. in-12; t. I, p. 487 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864" class="label">[864]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. 391, édit. in-12; et t. I, p. 479 de l'édit. in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865" class="label">[865]</a> <span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. V, p. 18, 19, 23, 24, 27, 31, 54, -78, 92, 132, 161, 168, 169.</p> - -<p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866" class="label">[866]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 31, en date du 7 mars 1654. <span class="smcap">Loret</span> porte à -1,200 le nombre de ces mariages.</p> - -<p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867" class="label">[867]</a> Frères <span class="smcap">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théastre françois</i>, 1746, t. VIII, -p. 95.—<span class="smcap">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1737, t. VII, p. 101 à 196.</p> - -<p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868" class="label">[868]</a> <span class="smcap">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 190, 192.—<span class="smcap">Duplessis</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LVII, p. 419 et 420.</p> - -<p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869" class="label">[869]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 24, <i>lettre</i> en date du 21 février 1654.—<span class="smcap">Benserade</span>, -<i>Œuvres</i>, édit. 1697, t. II, p. 101 à 110.</p> - -<p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870" class="label">[870]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 111 à 112.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 160.</p> - -<p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871" class="label">[871]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 45, <i>lettre 16</i>, en date du 18 avril, 1654.—<i>Description -particulière du grand ballet de Pélée et de Thétis, avec -les machines, changements de scène, habits, et tout ce qui a fait -admettre ces merveilleuses représentations</i>; dédiée à monseigneur -le comte de Saint-Agnan, premier gentilhomme de la chambre du roi. -A Paris, citez Robert Ballard, seul imprimeur du roi pour la musique, -1654, in-fol.</p> - -<p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872" class="label">[872]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 51, 54, <i>lettres</i> en date des 25 avril et 2 mai 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873" class="label">[873]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 28 et 30, <i>lettre</i> en date du 28 février 1654.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 432.</p> - -<p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874" class="label">[874]</a> <span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, p. 367, 400.</p> - -<p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875" class="label">[875]</a> <span class="smcap">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLII, p. 170.</p> - -<p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876" class="label">[876]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, t. II, p. 93.</p> - -<p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877" class="label">[877]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 159, <i>lettre</i> en date du 5 décembre 1654.</p> - -<p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878" class="label">[878]</a> <span class="smcap">La Porte</span>, <i>Mém.</i>, t. LIX, p. 433, 441, 444 et 447.</p> - -<p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879" class="label">[879]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 24, 26, 28, <i>lettre</i> en date du 28 février 1654.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 431. Le prince de Conti arriva à Paris le 6 février.</p> - -<p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880" class="label">[880]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. V, p. 27.</p> - -<p><a id="Footnote_881" href="#FNanchor_881" class="label">[881]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 401, in-12; t. I, p. 492 de l'in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_882" href="#FNanchor_882" class="label">[882]</a> <span class="smcap">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 293.</p> - -<p><a id="Footnote_883" href="#FNanchor_883" class="label">[883]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 457, in-12; et t. I, p. 561 de l'in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_884" href="#FNanchor_884" class="label">[884]</a> <span class="smcap">Monmerqué</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. XLI, p. 387, article <i>Scudéry</i>.—<span class="smcap">Segrais</span>, -<i>Œuvres</i>, 1755, t. I, p. 247 et la note; <span class="smcap">Segrais</span>, -<i>Poésies</i>, 1661, in-12, p. 244.</p> - -<p><a id="Footnote_885" href="#FNanchor_885" class="label">[885]</a> <span class="smcap">Benserade</span>, <i>Ballet des Noces de Pélée et de Thétis</i>, 2<sup>e</sup> entrée, -t. II, p. 79.</p> - -<p><a id="Footnote_886" href="#FNanchor_886" class="label">[886]</a> <i>Lettres de provision de messieurs Servien et Fouquet, de la -surintendance des finances, en date du 8 février 1654.</i>—Dans -<span class="smcap">Fouquet</span>, <i>Défenses</i>, 1665, in-18, t. II, p. 352.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 20.—<span class="smcap">Monglat</span>, -t. L, p. 398.—<span class="smcap">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, -t. XIII, p. 296; et t. XVII, p. 260.</p> - -<p><a id="Footnote_887" href="#FNanchor_887" class="label">[887]</a> <i>Règlement de M. Servien et de M. Fouquet, en date du 24 décembre -1654.</i>—<span class="smcap">Fouquet</span>, <i>Défenses</i>, t. II, p. 355.—<i>Seconde provision -de</i> <span class="smcap">M. Fouquet</span> <i>de la charge de surintendant, en date du -21 février 1659</i>, t. II, p. 358 des <i>Défenses</i>.—<i>Défenses de</i> <span class="smcap">Fouquet</span> -<i>sur tous les points du procès</i>, t. II, p. 61 et 67.</p> - -<p><a id="Footnote_888" href="#FNanchor_888" class="label">[888]</a> <span class="smcap">Fouquet</span>, <i>Défenses</i>, t. III, p. 136 à 150.</p> - -<p><a id="Footnote_889" href="#FNanchor_889" class="label">[889]</a> <span class="smcap">Fouquet</span>, <i>Défenses</i>, t. II, p. 15, 16 et 183; t. III, p. 199.</p> - -<p><a id="Footnote_890" href="#FNanchor_890" class="label">[890]</a> <span class="smcap">Ramsay</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>, 1745, in-4<sup>o</sup>. Turenne -s'était marié (en 1653) à Charlotte de Caumont, fille du maréchal de -la Force, riche héritière, qui mourut sans enfants.</p> - -<p><a id="Footnote_891" href="#FNanchor_891" class="label">[891]</a> <span class="smcap">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mém.</i>, t. II, p. 107.—<span class="smcap">Fouquet</span>, <i>Suite de la continuation -de la production de Fouquet, pour servir de réponse à -cette de Talon</i>, 3<sup>e</sup> tome des Elzévirs, 1666, in-18, et faisant le tome 8 -des <i>Défenses</i>, p. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_892" href="#FNanchor_892" class="label">[892]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 400 de l'édit. in-12; et t. I, p. 491 de l'édit. -in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. V, p. 90.</p> - -<p><a id="Footnote_893" href="#FNanchor_893" class="label">[893]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 419, in-12; t. I, p. 524 de l'in-4<sup>o</sup>; <span class="smcap">Bussy</span>, -<i>Discours à ses Enfants</i>, 1694, in-12, p. 272.</p> - -<p><a id="Footnote_894" href="#FNanchor_894" class="label">[894]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, t. I, p. 401, in-12; t. I, p. 493 de l'in-4<sup>o</sup>.—<span class="smcap">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. I, p. 17, édit. Monmerqué; t. I, p. 22, édit. de Gault de -Saint-Germain.</p> - -<p><a id="Footnote_895" href="#FNanchor_895" class="label">[895]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 241.</p> - -<p><a id="Footnote_896" href="#FNanchor_896" class="label">[896]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 241.—<span class="smcap">Motteville</span>, t. XXXIX, -p. 211, 214, 242, 306.—<span class="smcap">RETZ</span>, t. XLV, p. 290, 468; t. XLVI, p. 65.—<span class="smcap">Loret</span>, -liv. II, p. 156, <i>lettre</i> du 19 novembre 1651.</p> - -<p><a id="Footnote_897" href="#FNanchor_897" class="label">[897]</a> <span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, in-12, t. I, p. 423; in-4<sup>o</sup>, p. 519.—<span class="smcap">Sévigné</span>, édit. -1620, t. I, p. 20; édit. de G. S.-G., t. I, p. 26.</p> - -<p><a id="Footnote_898" href="#FNanchor_898" class="label">[898]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 9 juin 1680, t. VI, p. 304 et 305.</p> - -<p><a id="Footnote_899" href="#FNanchor_899" class="label">[899]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 15 décembre 1675, t. IV, p. 129.</p> - -<p><a id="Footnote_900" href="#FNanchor_900" class="label">[900]</a> <i>Lettre de mademoiselle du Pré au comte de Bussy</i>, en date du -22 juin 1671, dans les <i>Nouvelles Lettres de messire Roger de -Rabutin, comte de Bussy</i>, t. V, p. 191.</p> - -<p><a id="Footnote_901" href="#FNanchor_901" class="label">[901]</a> Non pas cinquante-cinq, comme il est dit dans la note des <i>Lettres -de madame de Sévigné</i>, t. I, p. 21.</p> - -<p><a id="Footnote_902" href="#FNanchor_902" class="label">[902]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 22, édit. de Monmerqué; t. I, p. 98, -édit. de G. de S.-G.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, édit. in-12, t. I, p. 428; édit. -in-4<sup>o</sup>, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_903" href="#FNanchor_903" class="label">[903]</a> <span class="smcap">Monmerqué</span>, dans les <i>Lettres de Sévigné</i>, t. I, p. 25, note <i>a</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_904" href="#FNanchor_904" class="label">[904]</a> <i>Lettre de Coulanges</i>, en date du 1<sup>er</sup> août 1705, dans l'édit. des -<i>Lettres de Sévigné</i> de Gault de Saint-Germain, 1823, in-8<sup>o</sup>, t. XI, -p. 418 à 420.</p> - -<p><a id="Footnote_905" href="#FNanchor_905" class="label">[905]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 7. <i>lettre</i> en date du 20 juin 1672, -p. 32; <i>lettre</i> en date du 8 juillet 1672, du 26 août 1676, t. IV, p. 438.—<span class="smcap">Montpensier</span>, -<i>Mém.</i>, t. XLII, p. 356.</p> - -<p><a id="Footnote_906" href="#FNanchor_906" class="label">[906]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, <i>lettre</i> en date du 4 août 1657 (de Bussy à Sévigné), -t. I, p. 54.—<span class="smcap">Bussy</span>, <i>Mém.</i>, édit. in-12, t. II, p. 91.—<i>Supplément aux -Mémoires de Bussy</i>, t. I, p. 158. Voyez ci-dessus, chap. 37, p. 511.</p> - -<p><a id="Footnote_907" href="#FNanchor_907" class="label">[907]</a> <span class="smcap">Sévigné</span>, t. I, p. 23, édit. de 1820.</p> - -<p><a id="Footnote_908" href="#FNanchor_908" class="label">[908]</a> <i>Ibid.</i>, p. 24.</p> - -<p><a id="Footnote_909" href="#FNanchor_909" class="label">[909]</a> <span class="smcap">Conrart</span>, <i>Mém.</i>, t. XLVIII, p. 250.—<span class="smcap">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 24, -46, édit. 1820, <i>lettre</i> en date du 25 novembre 1655; et t. I, p. 56, de -l'édit. de G. de S.-G.—<span class="smcap">Loret</span>, liv. IV, p. 109 et 113, <i>lettres</i> 34 et 35, -en date des 20 et 26 septembre année 1653.</p> - -<p><a id="Footnote_910" href="#FNanchor_910" class="label">[910]</a> <span class="smcap">Loret</span>, liv. VIII, p. 105, <i>lettre</i> du 22 décembre 1657; liv. V, -p. 85, <i>lettre 28</i>, en date du 11 juillet 1654.</p> - </div> - </div> -</div> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écrits -de Marie de Rabutin-Chantal, (1/6) by Charles Athanase Walckenaer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - -***** This file should be named 50083-h.htm or 50083-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/0/0/8/50083/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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