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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:10:59 -0700
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@@ -0,0 +1,2581 @@
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: January 31, 2012 [EBook #38729]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 10 MAI 1913 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913
+
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+
+Ce numéro contient lº LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Théâtre nº 6: HÉLÈNE
+ARDOUIN, de M. Alfred Capus; 2° UN SUPPLÉMENT ÉCONOMIQUE ET FINANCIER de
+deux pages.
+
+L'ILLUSTRATION
+_Prix du Numéro: Un Franc._
+SAMEDI 10 MAI 1913
+_71e Année.-Nº 3663._
+
+L'ARRIVEE D'ALPHONSE XIII Le roi d'Espagne et le président de la
+République à la gare du Bois de Boulogne.
+
+
+
+NOTRE NUMÉRO DU SALON
+
+_Nos lecteurs ont pu constater les nouveaux progrès réalisés dans
+l'édition de notre numéro du Salon. Le nombre des planches hors texte et
+remmargées, en couleurs ou en héliogravure, a été augmenté; presque
+toutes les pages ont été tirées en deux tons et plus de 150 tableaux ont
+été reproduits, donnant une idée d'ensemble assez complète de la double
+exposition de peinture du Grand Palais._
+
+_Malheureusement l'établissement d'un pareil numéro, dont le poids
+atteint un kilogramme, et qui est tiré à 138.000 exemplaires, a
+constitué un travail énorme, pour lequel il était impossible de prendre
+une avance, et qui a dû être mené à bien en quelques jours seulement. Le
+Salon est, en effet, une actualité, et certains tableaux, les plus
+intéressants et les mieux signés, n'arrivent au Grand Palais que dans
+les derniers jours d'avril._
+
+_Bien que nos ateliers se soient fait aider par la plus importante
+maison d'imprimerie et de brochure de Paris, il a été impossible
+d'obtenir l'assemblage et le brochage de plus de 25.000 exemplaires par
+jour. Ces opérations n'ayant pu commencer que le mercredi 30 avril, et
+le jeudi de l'Ascension, puis le dimanche étant jours de chômage légal,
+ce n'est donc que le mercredi 7 mai que le brochage complet a été
+terminé._
+
+_Nos abonnés s'expliquent ainsi le retard qu'ils ont subi dans la
+réception, de leur numéro._
+
+_Notre Salon et notre Noël sont de véritables primes que nous leur
+adressons, deux fois par an. Pour ces albums copieux et luxueux, nous
+leur demandons une tolérance de quelques jours sur les dates fixées._
+
+LA PETITE ILLUSTRATION
+
+Nous publierons le 17 mai:
+_Servir_
+la belle oeuvre de M. HENRI LAVEDAN, jouée par M. Lucien Guitry au
+théâtre Sarah-Bernhardt.
+_La Chienne du roi_, un acte du même auteur, qui accompagnait _Servir_
+sur l'affiche, complétera ce numéro de _La Petite Illustration_.
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+LA FUGUE
+
+Je ne sais pas ce qui a passé dans l'air, et dans tout moi-même. Je
+montais les Champs-Elysées, par un de ces temps si beaux, d'une suavité
+si fine et si tendre qu'aucune phrase échappée du coeur, aucun mot rare
+et choisi, ne seraient capables d'en fournir la plus petite idée!... La
+vie, pour un instant, consentait à se révéler dans sa beauté première,
+et les paradis n'étaient plus perdus. Je m'avançais dans un vertige de
+joie. En une seconde tout était devenu rassurant, clair et délicieux--La
+tristesse? Evanouie! Ah! vieux sortilège du printemps. Toujours le même!
+et toujours si nouveau! Je te reconnaissais à tes bouffées, à ton feu,
+frais et pénétrant, à ce sucre que tu mets dans le sang et dont tu
+saupoudres les lèvres où notre langue le fait fondre, en y savourant un
+goût ressuscité de fleur et de baiser. Tout ce qui allait, venait, tout
+ce qui me croisait et m'appelait semblait y dépenser exprès une
+incroyable allégresse. On mettait à marcher, à courir, à voler à son
+but, une hâte gaie. Et il y avait aussi dans cette activité comme une
+soif d'évasion. Rien ne bougeait qui ne le fît avec des façons de
+partir. Et de cette course dirigée, de ces impatiences, de ces élans
+pris tout à coup vers une invisible fontaine, de cette précipitation
+fiévreuse, élégante et frivole, de la candide volupté du ciel et de la
+douceur des arômes et des caresses de la brise, de tout ce grand
+étourdissement que rien ne peut exprimer qu'un soupir, un soupir
+d'extase découragée, de tout cela sortait et se formait une idée
+haletante, impérieuse, prompte, résumée par ce mot bref: la fugue.
+
+Oui, la Fugue! Elle était partout. On la respirait, on la buvait. Elle
+traversait de part en part les cerveaux comme une flèche de laque rouge.
+Elle filait et sifflait avec le cri pointu et arraché de l'hirondelle et
+les poumons se dilataient pour avaler plus de vent. La Fugue!
+C'est-à-dire fuite. Fuir, mais fuir sans frayeur, sans craindre de se
+retourner,... et fuir en avant, bondir dans le temps et l'espace, et
+partir... oh! pas tout à fait, «partir un peu» seulement, en sachant
+bien qu'on reviendra. Que ce mot renferme d'attraits, qu'il secoue de
+charmes! Qu'il fait flotter de beaux rubans! Il a les diverses couleurs
+de la décision, de la brusquerie, du caprice et du rêve. Il est preste,
+aimable, et tout trépidant d'impromptu. En le lançant pour le rattraper,
+tel qu'un jongleur qui taquine une boule d'or, nous voilà déjà sur une
+pointe de pied ainsi que des masques de comédie italienne et des noms de
+ville, qui sont à eux seuls des carillons de bonheur, nous tintent aux
+oreilles: des Naples, des Florence, des Rome, des Grenade. Nous perdons
+la tête... à nous retrouver dans la glace avec nos yeux d'hier, si
+hardis de jeunesse, car nous sommes toujours jeunes, quel que soit notre
+âge, tant que nous ranime et nous prend cette printanière folie du
+départ. Les vieillards n'ont pas de fugue.
+
+Mais, dès qu'elle est en nous, la fugue nous remplit. Elle parle, avec
+une voix défaillante de rendez-vous, ou bien elle chante... elle exhale
+en une amoureuse langueur des refrains de vieilles romances, des tours
+Saint-Jacques écoutées les yeux mi-clos, la main sur la poitrine, en
+modulant des souvenirs. Ou bien elle commande: «Allons! pars! obéis!...
+Va-t'en...! Laisse là, pour un jour, ta chambre et ta maison... et viens
+avec moi, prends ma main, ma main qui brûle et veut s'enfoncer dans la
+tienne. En route! Je suis la fugue.»
+
+--Mais où irons-nous? Peu importe. Jamais bien loin pourtant, car la
+fugue est rapide, et, comme le plaisir d'amour, ne dure qu'un moment.
+Ses minutes sont comptées d'avance. Elle est faite d'une joie dévorante
+et pressée, comme dérobée, volée à l'étalage. Ainsi, que ce soit ici ou
+là, en un pays étranger tout proche, ou dans un coin de France, la fugue
+sera folle et presque irréfléchie, un billet de bonheur d'aller et
+retour. Nous partirons tels que nous sommes, sans autres bagages que
+nous, et, pour plus de logique, nous devrions être nu-tête, ainsi que
+pour la récréation, quand nous étions enfants. Ah! cette joie de
+s'échapper, de «s'enlever» soi-même comme si l'on s'emportait et se
+prenait en croupe, afin de galoper ailleurs! Et n'est-ce pas, en dehors
+du printemps, par toute saison, le besoin perpétuel de l'homme, agité
+sans cesse d'autre chose?
+
+Le lecteur sédentaire qui reste des longues journées plongé dans le
+livre et qui ne sent plus glisser et couler sur lui le sable des
+minutes, s'imagine, parce qu'il demeure assis dans le même fauteuil,
+qu'il ne change pas de place,... il en change constamment, il n'est
+jamais là où nous croyons et où il croit être... il se dévore en
+perpétuelles fugues et le volume, le chapitre, la page, la ligne et le
+mot l'emportent loin du monde. On peut même dire, sans se tromper, que
+les immobilisés sont les plus grands fugaces. Tous ceux que retient une
+chaîne ne cherchent qu'à la tendre et veulent la briser... ou l'alléger
+alors et la supprimer par les escapades de l'esprit. Les grands chemins
+parcourus sont ceux que, du fond d'un siège usé, combine et recommence
+le paralytique. Le sommeil est la fugue nécessaire imposée par la
+tyrannie de la nature, et l'insomnie est une espèce d'échappement
+maladif et tourmenté de la pensée.
+
+Prenez la vie, la vie quotidienne; vous y verrez que, du matin au soir,
+tout n'est que fugue ininterrompue, sans répit. Les courses, les
+visites, les besognes, les prétendues obligations, tous les plaisirs,
+toutes les affaires, graves ou sans conséquences,... fugues... fugues.
+La prière en est une et le baiser une autre. La charité, l'exercice du
+devoir, le sacrifice et le dévouement sont des fugues... car rien de
+tout cela ne s'opère dans le calme ni la lenteur. Il faut de la fièvre
+et de la poussée en tout ce que l'on fait avec un grand désir, et
+l'ardeur a pour loi d'être toujours rapide. Les voyages sont de vastes
+fugues, et les absences de petites. Et aussi les ivresses et les
+recueillements. Et à chaque minute, à chaque seconde, la fugue est là
+qui, se jetant dans les roues d'une autre, nous dérange et nous ravit,
+en plein travail, au milieu de la conversation, pendant le morceau de
+piano, quand le comédien parle au théâtre, ou qu'au salon chante la
+femme, à tout moment, à tout venant...
+
+Nos goûts et nos appétits... Nos courses chez les antiquaires, fugues
+dans le passé, randonnées dans les plaines du vieux temps... chasses à
+travers les forêts de l'histoire... Comme on se dit tout à coup, avant
+le dîner: «Une idée... Si nous allions à Versailles... ou simplement au
+Bois... le tour des lacs, et puis nous rentrerons,...» l'altéré
+d'autrefois se prescrit soudain: «Une idée... si nous allions
+aujourd'hui, tout de suite au quinzième? Non... au dix-huitième?...» Ou
+bien il pense: «Demain j'irai à l'Empire» comme on décide: «Je pars pour
+Anvers.» Et tout cela, tout ce qui est fugue a pour caractère aussi de
+s'accomplir dans une sorte de joie et de contentement vif et soutenu...
+Il n'existe pas de fugues tristes, de fugues d'ennui. Ces mots-là ne
+vont pas ensemble, tandis que fugue amoureuse est, au contraire, une
+locution qui semble tout particulièrement juste et réussie. Venise,
+Séville, sont des villes qui n'ont pour raison d'être que de marquer les
+points et les étapes des fugues passionnées, et le bon dimanche
+hebdomadaire, avec son repos honnête, ou ses risibles tours du monde de
+banlieue, est la fugue des pauvres gens, des travailleurs de semaine.
+
+Ainsi de fugue en fugue, de balade en balade de nos pensées et de nos
+coeurs qui nous lâchent, nous trompent, nous faussent compagnie,
+s'échappent toujours, et ne sont du matin au soir qu'en partance, nous
+gagnons, sans nous en apercevoir, en la redoutant, l'heure de la mort,
+la dernière fugue. Et quand je dis: la dernière! Qui sait? Quelles
+fugues nous attendent? Les immenses fugues d'après la vie...
+
+HENRI LAVEDAN.
+
+_(Reproduction et traduction réservées.)_
+
+
+
+LE ROI D'ESPAGNE A PARIS
+
+_Notre confrère M. Raymond Recouly, le brillant rédacteur des articles
+de politique étrangère au_ Figaro, _reçu en audience au palais de Madrid
+par le roi Alphonse XIII avant son départ pour Paris, a pu longuement
+s'entretenir avec lui de toutes les questions qui intéressent et
+rapprochent la France et l'Espagne, des relations unissant les deux
+pays, de leur oeuvre commune au Maroc. Le_ Figaro _a reproduit ces
+déclarations. M. Raymond Recouly, dans l'article qu'on va lire, trace
+pour nos lecteurs, d'après ses impressions personnelles, un vivant
+portrait du souverain qui a été, cette semaine, notre hôte._
+
+Sa Majesté Alphonse XIII, roi d'Espagne, est assurément, et de beaucoup,
+le souverain étranger le plus populaire en France, depuis la mort
+d'Édouard VII. Dans notre pays où l'on apprécie par-dessus tout la
+crânerie et la bravoure, qui donc se montra aussi brave, aussi crâne que
+lui? Les «risques du métier royal» ne sont pour aucun autre aussi
+grands, aussi quotidiens que pour lui. Il les assume avec un sang-froid,
+un calme, une tranquillité parfaits, dédaigneux des lettres de menace
+qui lui parviennent par centaines, refusant obstinément de modifier,
+sous aucun prétexte, quoi que ce soit du programme des cérémonies.
+
+C'est chez nous, au cours de son premier voyage officiel, à Paris, en
+1905, qu'il reçut, si l'on peut dire, le baptême du feu. On sait sa
+fière contenance au moment de l'attentat de la rue de Rohan, le jeune
+roi, debout dans la voiture, disant à l'escorte, avec un geste calme:
+«Ce n'est rien, messieurs, rassurez-vous!» puis se penchant hors de la
+portière et agitant son casque à long plumage blanc pour montrer aux
+personnes de sa suite qu'il n'avait aucun mal.
+
+Juste une année plus tard, jour pour jour, au retour de l'église où
+venait d'être célébré son mariage avec la princesse Ena de Battenberg,
+ce fut l'effroyable attentat de la calle Mayor. L'anarchiste Morales, du
+second étage qu'il avait tranquillement loué, sans que nul cherchât à le
+surveiller et à l'inquiéter, jette une énorme bombe dissimulée dans un
+bouquet de fleurs sur le carrosse de gala où se trouvent le roi et la
+reine. Depuis quelque temps, le _sereno_, le pittoresque veilleur de
+nuit, dans les rues madrilènes, avait remarqué un homme qui, du haut
+d'un balcon, lançait des oranges dans la rue: c'était Morales qui se
+faisait la main et s'entraînait à ne pas manquer son coup. La bombe tua
+ou blessa une quarantaine de personnes. Le couple royal, par le plus
+extraordinaire des miracles, n'eut pas la plus légère blessure.
+
+Et il y a quelques semaines à peine, tandis que le roi, précédant un
+imposant cortège d'officiers, de généraux, s'en revenait à cheval du
+champ de manoeuvres où les recrues avaient prêté le serment, un homme
+s'approche et lui tire, à bout portant, trois coups de revolver que,
+seule, sa merveilleuse présence d'esprit lui permet d'éviter.
+
+Comment refuser son admiration à un courage si tranquille, à une si
+parfaite maîtrise de soi?
+
+ *
+ * *
+
+Il ne tiendrait pourtant qu'au roi, s'il laissait prendre les
+précautions que son entourage ne cesse de lui demander, de diminuer,
+dans une proportion considérable, les dangers auxquels il s'expose. On
+le supplie, par exemple, de sortir toujours encadré d'une escorte qui
+tiendrait à une certaine distance la foule. Il s'y est jusqu'ici
+obstinément refusé. A tout instant, au cours des cérémonies ou des
+voyages, il est accoutumé à recevoir des placets et des suppliques que
+les intéressés, ayant toute liberté de s'approcher, lui tendent de la
+main à la main. Le moyen, dans ces conditions, d'organiser une
+surveillance tant soit peu efficace?
+
+Les Espagnols ont un proverbe qui revient dans leur bouche très
+fréquemment: _Lo que debe ser no puede faltar_ (ce qui doit être ne
+saurait manquer).
+
+Il y a quelques traces de cette résignation dans la bravoure insouciante
+et un peu fataliste du roi. Il y a ce sentiment que, quoi qu'on fasse,
+en dépit des mesures les plus minutieuses, les plus strictes, la part
+d'imprévu restera malgré tout très grande. Et, alors, à quoi bon?
+Pourquoi donc se gâter, s'empoisonner l'existence? Ne vaut-il pas mieux
+s'en remettre un peu à la Fortune qui s'est montrée et qui continuera,
+souhaitons-le, à se montrer si bienveillante envers un homme ignorant
+absolument ce que c'est d'avoir peur?
+
+ *
+ * *
+
+Dans son magnifique et imposant palais de Madrid, la suprême parure de
+sa capitale, j'ai eu tout récemment l'honneur d'être reçu, en audience
+particulière, par Sa Majesté Alphonse XIII. Les grandes cours
+spacieuses, les longs couloirs où se tiennent, immobiles, des
+hallebardiers, pleins de prestance, les salons où des tapisseries
+inestimables, les plus belles qui soient au monde, voisinent avec les
+portraits de Goya, tout cela proclame les longs siècles de gloire de
+cette puissante monarchie espagnole.
+
+Et, certes, le contraste n'est pas petit entre ce vieux palais et ce
+jeune souverain, l'un, représentant la fière Espagne obstinément
+attachée à ses traditions et comme murée dans son originalité, l'autre,
+épris au contraire de toutes les nouveautés.
+
+[Illustration: Cte de Romanonès. S. M. Alphonse XIII. Le roi d'Espagne
+et son président du Conseil.]
+
+De haute taille et très élancé, le regard vif, le geste prompt, avec une
+extraordinaire souplesse de mouvements qui dénote un corps entraîné à
+tous les exercices, à toutes les fatigues, le roi donne une grande
+impression de vigueur et de santé. Tout ce qu'on a raconté sur sa faible
+constitution, sur les maladies qui le guettent, doit être décidément
+relégué au rang des fables. Le régime minutieux et bien réglé auquel il
+fut soumis dès sa naissance, les soins vigilants de la plus dévouée des
+mères, le grand air, la pratique des sports, ont fait merveille.
+
+Il faut une santé peu commune pour déployer une si prodigieuse activité,
+pour mener, sans défaillance, une existence aussi bien remplie. Les
+affaires publiques, les conseils de ses ministres, les réceptions, les
+audiences, la chasse, le yachting, l'automobile, etc., le roi prétend
+conduire tout cela de front. Il est notamment un enragé joueur de polo.
+Il y a quelque temps de cela, au cours d'une partie très mouvementée,
+son poney s'abattit et la tête de celui qui le montait vint donner si
+rudement sur le sol qu'Alphonse XIII demeura plus d'un quart d'heure
+évanoui. Sa famille, son entourage, que cet accident avait remplis
+d'inquiétude, désireux d'en éviter un pareil à l'avenir, le suppliaient
+de renoncer pour toujours au polo. «C'est une des choses qui m'amusent,
+qui me récréent le plus, répondit le roi. Pourquoi donc voulez-vous
+m'imposer pareille privation? La vie n'est plus possible si, par crainte
+des accidents, il faut renoncer à tout ce qui en fait le charme!»
+
+Le roi est également passionné pour l'automobile. Il est un excellent
+chauffeur et il adore conduire lui-même. Au moment de son mariage, les
+automobilistes espagnols et étrangers lui offrirent une fête au Pardo,
+durant laquelle il fut accueilli par des acclamations enthousiastes. On
+m'a raconté, à cet égard, une anecdote assez curieuse. Alphonse XIII,
+toujours désireux d'essayer de nouvelles machines, en achète un très
+grand nombre dont il se défait ensuite assez rapidement. L'une d'elles
+ne lui donnant qu'une médiocre satisfaction, il avait chargé son
+mécanicien de la vendre à n'importe quel prix. Quelques jours après,
+comme il courait les routes, aux environs de Madrid, il aperçoit de loin
+une voiture en panne; à mesure qu'il s'approche, il reconnaît que c'est
+celle dont il s'est débarrassé; par-dessous, étendu à plat ventre, dans
+la poussière, soufflant et geignant, le malheureux acquéreur essayait,
+mais en vain, de réparer ce qui était irréparable. Que faire? Le roi,
+relevant son col et rabattant sa casquette, passa à la quatrième
+vitesse!...
+
+ *
+ * *
+
+Au cours du long entretien qu'il m'accorda, Alphonse XIII me parla du
+Maroc où l'Espagne et la France possèdent des intérêts solidaires et
+défendent la même cause. Son grand désir est que l'action des deux pays
+soit concertée, de manière à ce que les efforts, les sacrifices de l'un
+bénéficient des efforts, des sacrifices de l'autre. Il me parla surtout
+de l'armée, de la nôtre et de la sienne. Il connaît un certain nombre de
+nos officiers; nul, plus que lui, ne rend hommage à leurs rares
+qualités, à leur énergie, à leur abnégation. Par ses soins, sous son
+impulsion de tous les jours, l'armée espagnole est en train de subir une
+très importante réorganisation qui aura pour effet d'accroître
+sensiblement son nombre et sa valeur. Le service obligatoire vient
+d'être institué; on a supprimé la faculté des remplacements et des
+rachats qui éloignaient de la caserne l'élite du pays, tous les jeunes
+gens des classes bourgeoises et aristocratiques.
+
+D'ailleurs, ce n'est pas seulement dans l'armée qu'on peut constater de
+très sérieux progrès. Au point de vue économique, pour ce qui est du
+calme, de la tranquillité du pays, de la solidité du régime, les
+améliorations sont indéniables. Quiconque revient maintenant en Espagne,
+après un intervalle de quelques années, note, à tout instant, les
+heureux résultats de ces améliorations. L'accroissement de la population
+est considérable, en dépit d'une émigration intense dans l'Amérique du
+Sud, en Algérie, au Maroc. Cette émigration n'appauvrit point le pays
+autant qu'on pourrait le croire: un assez grand nombre d'émigrés
+retournent dans la mère patrie, après fortune faite. Ils y apportent
+leurs capitaux, leur activité, leur intelligence qui s'est ouverte aux
+choses de l'étranger. La politique espagnole se fait plus stable et plus
+saine. Or, l'un des facteurs de cette politique, le facteur essentiel,
+c'est la personnalité, la popularité du roi. De cela, tous les Espagnols
+qui sont sincères, tous les étrangers connaissant bien l'Espagne sont
+unanimes à convenir.
+
+En même temps qu'elle développe aussi sa puissance et sa richesse,
+l'Espagne éprouve tout naturellement le désir, le besoin de sortir de
+son isolement. Elle veut ne plus rester isolée, confinée dans sa
+péninsule. La majorité des hommes politiques et du public incline
+nettement vers une entente plus étroite avec l'Angleterre et la France.
+
+Le roi Alphonse XIII, par tout ce qu'on sait de son orientation, de ses
+sympathies personnelles, ressent beaucoup plus vivement qu'aucun de ses
+sujets ce désir-là. C'est justement ce qui donne à son séjour parmi nous
+une importance, une signification exceptionnelles. C'est une raison de
+plus pour qu'on se réjouisse de l'accueil si chaleureux que Paris vient
+de faire à ce très sympathique et très attachant souverain!
+
+RAYMOND RECOULY.
+
+
+
+_Ce numéro étant mis sous presse peu d'heures après l'arrivée du
+souverain à Paris, c'est dans le suivant que nous pourrons rendre compte
+des visites royales à Fontainebleau et à Saint-Cyr._
+
+
+
+[Illustration: La revue de la garnison de Paris, sur l'esplanade des
+Invalides: le général Michel ouvre le défilé et salue la tribune
+officielle.]
+
+[Illustration: LES FÊTES MILITAIRES EN L'HONNEUR DU ROI D'ESPAGNE.--A
+Fontainebleau: l'inspection des officiers de l'École d'artillerie.]
+
+Mercredi, jour de l'arrivée du roi d'Espagne à Paris, les acclamations,
+très chaleureuses, se sont partagées entre le souverain, notre hôte, le
+président de la République française et les troupes de la garnison de
+Paris, qui, mise tout entière sur pied, des Champs-Elysées aux
+Invalides, défila ensuite sur l'Esplanade devant le souverain. Le
+lendemain, jeudi, qui fut la journée de Fontainebleau, Alphonse XIII
+reprit contact avec notre armée que, cette fois, on lui présenta en
+manoeuvre d'abord dans la vallée de la Solle où évoluèrent deux brigades
+de cavalerie, ensuite au polygone où furent exécutés d'intéressants
+exercices d'artillerie en campagne.
+
+[Illustration: LE DISCOURS DE M. BARTHOU A CAEN.--«... Notre grand pays
+veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec sa fierté et sa
+dignité, non la paix née de la peur!»
+
+A la droite de M. Barthou: M. Perrotte, maire de Caen; M. Klotz,
+ministre de l'Intérieur; M. Hendlé, préfet du Calvados; à sa gauche: M.
+Pichon, ministre des Affaires étrangères; M. Chéron, ministre du
+Travail, député du Calvados.--_Phot_. Matin.]
+
+Dimanche dernier, à Caen, au banquet organisé en l'honneur du Congrès
+des Petites Amicales d'instituteurs et des oeuvres postscolaires, M.
+Louis Barthou, président du Conseil, a prononcé le grand discours que
+l'on attendait de lui à la veille de la rentrée des Chambres et auquel
+les graves problèmes à résoudre d'urgence, tels que la loi militaire et
+la loi électorale, en même temps que les inquiétudes internationales de
+l'heure présente, devaient donner une portée exceptionnelle.
+
+Donc M. Louis Barthou a été très écouté, et il a été aussi très
+applaudi, car on lui a su gré de se placer résolument sur le terrain
+national. Le président du Conseil, en effet, dans un éloquent appel au
+pays, a insisté avec force sur le devoir national qu'impose à tous la
+situation extérieure. Et, constatant l'élan et l'union patriotiques qui
+se sont manifestés, chez nous, aux heures graves, il a pu dire:
+
+«Ce grand pays veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec
+sa fierté et sa dignité, non la paix née de la peur.»
+
+D'où la nécessité de renforcer nos effectifs par le service de trois
+ans:
+
+«Il ne s'agit pas de céder à une sorte de folie contagieuse des
+armements. Il s'agit de se défendre... Quand le devoir prend la forme
+d'un intérêt national, il faut tout simplement faire son devoir. Ce
+devoir, le gouvernement l'accomplit en affirmant, dès maintenant, sa
+volonté de maintenir sous les drapeaux la classe libérable au 1er
+octobre prochain.»
+
+Avant de faire ces importantes déclarations, le président du Conseil,
+envisageant la situation politique intérieure, avait affirmé: «La
+République ne peut pas désarmer devant ses adversaires, mais nous nous
+refusons à des agressions ou à des vexations indignes de républicains
+conscients de leurs devoirs et de leur force.»
+
+Enfin, parlant de la loi électorale, M. Louis Barthou a déclaré
+nettement que, «s'il dépend du gouvernement, la consultation électorale
+de 1914 ne se fera pas au scrutin d'arrondissement.»
+
+
+
+COMPLICATIONS BALKANIQUES
+LES DIFFICULTÉS DU PARTAGE ENTRE LES ALLIES
+ET LA QUESTION D'ALBANIE
+
+La question de Scutari est en voie de règlement, mais l'éventualité
+d'une occupation de l'Albanie par l'Autriche-Hongrie et l'Italie n'est
+pas encore définitivement écartée et un très grave problème reste ainsi
+posé devant l'Europe. Comme on va voir, il est en connexion étroite avec
+celui du partage entre les alliés des territoires conquis par eux sur
+les Turcs.
+
+Quelles seraient d'abord les conséquences générales d'une installation
+austro-italienne en Albanie, que personne n'aurait la naïveté de
+supposer devoir être provisoire? Les unes sont évidentes, les autres
+presque inévitables.
+
+Conséquences certaines: l'anéantissement de l'oeuvre de la Conférence de
+Londres qui a décidé le principe d'une Albanie autonome sous le contrôle
+et la garantie des six grandes puissances; la destruction de l'équilibre
+naval adriatique et, par conséquent, méditerranéen, ce qui porterait un
+préjudice grave à la France et à l'Angleterre; l'abandon du principe:
+«Les Balkans aux peuples balkaniques», qui, depuis la guerre d'Orient, a
+été la base de l'entente européenne.
+
+Conséquences presque inévitables: par l'effet de la violation du
+principe: «les Balkans aux peuples balkaniques», la nécessité pour les
+voisins de l'Albanie, les Monténégrins, les Serbes et les Grecs, de
+s'opposer par la force à l'occupation austro-italienne (or, l'idée de
+derrière la tête des Autrichiens est de trouver un prétexte pour écraser
+la Serbie sans que la Russie intervienne); l'ouverture de la «politique
+des compensations» entre les grandes puissances aux dépens de la Turquie
+asiatique. En effet, si deux grandes puissances européennes,
+l'Autriche-Hongrie et l'Italie, s'agrandissaient aux dépens de la
+Turquie d'Europe, tous les précédents historiques obligeraient à
+envisager que les quatre autres grandes puissances, la Russie,
+l'Allemagne, l'Angleterre et la France, voudraient obtenir des avantages
+compensateurs qui ne pourraient être trouvés qu'aux dépens de l'empire
+ottoman d'Asie.
+
+[Illustration: Écoles, églises et monastères grecs en Epire.]
+
+Enfin, et c'est le point sur lequel nous allons insister, l'intervention
+austro-italienne en Albanie pourrait déterminer une rupture décisive de
+l'entente balkanique ou, au contraire, aider à la solution des
+difficultés du partage entre les alliés.
+
+ *
+ * *
+
+Il est bien connu que des dissentiments graves existent à cet égard
+entre les Serbes, les Grecs et les Bulgares, enthousiasmés par l'étendue
+de leurs victoires qui ont dépassé toutes leurs prévisions.
+
+Précisons donc les raisons des conflits d'intérêt entre les alliés afin
+de discerner, en relation avec le projet d'intervention austro-italienne
+en Albanie, quelles transactions sont susceptibles de permettre le
+maintien du bloc balkanique.
+
+LES PRÉTENTIONS GRECQUES
+
+Elles ont trait à la fois à l'Epire, à la Macédoine et aux îles de la
+mer Égée.
+
+En Epire, la Grèce se heurte à l'Italie. Les cartes ci-dessous et
+ci-contre montrent à quel point les divergences sont grandes entre les
+gouvernements de Rome et d'Athènes, combien, par conséquent, les Grecs
+doivent être émus par le projet d'intervention italienne dans le sud de
+l'Albanie et dans la région même qu'ils revendiquent. Forts de leur
+droit, ils déclarent formellement qu'ils considèrent leurs conquêtes
+comme définitives et que, si l'Italie veut les chasser d'Epire, ils
+résisteront par la force. «D'ailleurs, disent-ils, la partie de l'Epire
+que nous revendiquons est habitée par une forte majorité hellène. Qu'on
+fasse un plébiscite, on verra bien.» Le carton ci-dessous indiquant les
+nombreuses écoles, églises et monastères qu'ils ont en Epire suffit à
+démontrer que les Grecs ne courent aucun risque en proposant une
+consultation des populations et à quel point les prétentions italiennes
+sont injustifiées.
+
+Le différend qui existe entre les Hellènes et les Bulgares est également
+très dangereux.
+
+Pour les Grecs, il y a deux questions qui ne se posent même pas: celle
+de la péninsule chalcidique qui est entièrement grecque et celle de leur
+maintien à Salonique (Thessalonique en grec).
+
+«Aucun traité avant la guerre n'a réglé entre nous et les Bulgares,
+disent les Grecs, le partage des territoires conquis; nous avons pris
+Salonique les premiers. Cette ville est placée dans notre sphère
+d'action géographique. Nous prétendons y rester. Notre roi Georges, en
+mourant à Salonique, a consacré définitivement cette cité terre
+hellénique. Nous occupons la ville avec près de cent mille hommes qui,
+actuellement, se retranchent stratégiquement aux alentours. Si les
+Bulgares veulent nous en chasser, il faudra qu'ils agissent par la
+force.»
+
+[Illustration: Maximum des prétentions grecques. Le grisé indique la
+région que réclame la Grèce et que lui contestent l'Italie d'une part,
+la Bulgarie et la Serbie de l'autre.--Pour la signification des lignes
+de points, traits et croix, se reporter à la carte générale ci-contre.]
+
+Remarquons encore que les prétentions helléniques dépassent de beaucoup
+Salonique. En principe, les Grecs les soutiennent ainsi. «L'extension de
+la Bulgarie en Thrace va aller bien au delà de tout ce que l'on pouvait
+supposer. Puisque nous allons abandonner aux Bulgares 400.000 Grecs, au
+moins, sans aucun espoir de retour, au nom de l'équilibre balkanique,
+nous devons avoir une compensation importante en Macédoine.»
+
+[Illustration: Iles qui faisaient partie de l'empire turc, actuellement
+occupées par l'Italie (noms soulignés d'un trait-double) ou par la Grèce
+(noms soulignés d'un trait simple). Les premières comptent, sur 118.000
+habitants. 102.000 habitants grecs (25.000 à Rhodes, 18.000 à Kolymnos,
+16.000 à Symi, 10.500 à Kos, etc.) et 16.000 Musulmans; les secondes,
+sur 325.000 habitants, 300.000 Grecs (115.000 à Mytilène, 70.000 à Chio,
+47.000 à Samos, 24.500 à Lemnos, 12.000 à Thasos, 12.500 à Nikaria,
+etc.), et 25.000 Musulmans.]
+
+[Illustration: Carte montrant les difficultés du partage, entre les
+alliés balkaniques, des territoires conquis.]
+
+Partant de ce point de vue, le gouvernement d'Athènes, au cours des
+hostilités, a proposé à celui de Sofia comme base de partage des
+territoires gréco-bulgares une ligne partant à l'est de Kavala et
+passant ensuite par Drama, Demir-Hissar, laissant au sud le lac de
+Dorijan, puis Monastir, pour aboutir à peu près au milieu du lac
+d'Okrida. Il est évident que ce tracé exprime un maximum des prétentions
+grecques qui n'a d'ailleurs aucune chance d'être accepté par la
+Bulgarie. On le sait bien à Athènes, aussi a-t-on en vue deux
+transactions. L'une est indiquée par une ligne partant du fond du golfe
+d'Orfano, passant au-dessus du lac de Dorijan et s'infléchissant ensuite
+au sud de façon à laisser Monastir aux Serbes pour aboutir au milieu du
+lac de Prespa. Enfin, ultime transaction, dont les Grecs ne parlent
+encore que sans précision, les Hellènes se contenteraient d'avoir autour
+de Salonique un territoire suffisamment étendu pour assurer la défense
+stratégique de la ville. Mais c'est là, semble-t-il, le minimum
+irréductible des prétentions des Grecs. «Sinon, disent-ils, nous
+subirons s'il le faut la guerre.»
+
+A la vérité, étant donné la tension des esprits, il suffirait d'un
+incident fâcheux pour compliquer encore la situation. A Nikaia, il y a
+peu de temps, un véritable combat s'est engagé entre Grecs et Bulgares;
+et, dans le triangle Sérès, Kavala, golfe d'Orfano, les troupes des deux
+pays alliés sont toujours en contact dangereux, les Bulgares occupant le
+nord du triangle et les Grecs toute la partie sud bordant la mer.
+
+A propos des îles, les Grecs ont affaire aux grandes puissances. Aucune
+difficulté en ce qui concerne la Crète; elle leur est accordée. Mais ils
+réclament, en outre, la possession définitive de toutes les îles de la
+mer Egée, y compris celles occupées par l'Italie pendant la guerre de
+Tripolitaine. Comme ils ne peuvent pas agir directement contre les
+Italiens pour les expulser, les Grecs s'en remettent à l'action de la
+Triple Entente, qui a déjà exprimé l'opinion que ces îles devaient
+revenir à la Grèce, comme ayant une population grecque. Quant aux îles
+occupées par la Grèce et qui se trouvent près de la Turquie d'Asie et
+des détroits, les puissances de la Triple Alliance les refusent à la
+Grèce sous prétexte de ne pas mettre en danger la puissance turque en
+Asie, mais les Grecs font remarquer que ces îles ont une population
+hellène et que ce sont les seules qui présentent pour eux un réel
+intérêt, puisque, en dehors de ces îles, il ne s'agit que de quelques
+rochers inhabités. Deux îles surtout tiennent au coeur des Hellènes:
+Mytilène, avec 115.000 Grecs, et Chio avec 70.000.
+
+LES PRÉTENTIONS SERBES
+
+Le conflit entre Serbes et Bulgares est aussi aigu que celui entre Grecs
+et Bulgares. Il est rendu plus délicat encore par l'existence d'un
+traité d'alliance sur l'interprétation duquel on n'est pas d'accord
+actuellement à Belgrade et à Sofia.
+
+«Il faut bien comprendre, disent les Serbes, que Je traité du 12 mars
+1912 n'envisageait pas exclusivement une guerre devant amener un partage
+définitif des territoires turcs. Quand nous avons signé, il s'agissait
+surtout d'obtenir de la Turquie l'application des réformes promises à la
+population macédonienne par le traité de Berlin, et, par conséquent, de
+nous mettre d'accord sur la délimitation éventuelle des futures
+provinces autonomes. Toutefois, il était prévu que l'action diplomatique
+pourrait échouer et qu'une guerre éclaterait. Dans ce cas, on a envisagé
+le partage de la Macédoine. Voici comment on a procédé. Le traité
+serbo-bulgare a d'abord délimité deux zones de territoires incontestés,
+l'une serbe, l'autre bulgare, la région située entre ces deux zones
+formant le territoire contestable. Comme le montre la carte, la région
+bulgare incontestée se trouvait à l'est de la ligne suivant d'abord la
+chaîne des Rhodopes et ensuite la Struma pour aboutir au fond du golfe
+d'Orfano. La zone serbe incontestée était bornée par une ligne partant
+de la frontière serbo-bulgare, passant par les monts du Karadagh, du
+Char Planina, donc nous attribuant tout le vilayet de Scutari, sous la
+seule condition que nous, Serbes, en fissions la conquête effective, et
+aboutissant à l'Adriatique bien au sud de Durazzo.
+
+«Quant à la zone contestable, elle avait, elle-même, été délimitée dans
+une certaine mesure par une ligne partant du point de jonction des
+frontières serbo-bulgares et passant ensuite à l'ouest de Kuprulu
+(Velès) pour aboutir au sommet du lac d'Okrida. Toute la portion à l'est
+de cette ligne était considérée comme plutôt bulgare, mais il était
+entendu qu'en cas de contestation on recourrait à l'arbitrage de
+l'empereur de Russie.
+
+«Voilà ce que disait le traité. Dans l'intérêt commun des alliés et
+spécialement des Bulgares, nous avons fait beaucoup plus que notre
+accord ne nous le prescrivait. Nous avons mobilisé 360.000 hommes au
+lieu de 150.000. Les Bulgares devaient même nous aider avec 100.000
+hommes dans la région du Vardar. Nous avons dû nous en passer. N'est-il
+pas évident que, du fait de son plus grand effort en Macédoine, la
+Serbie a puissamment soulagé la Bulgarie qui a pu employer toutes ses
+forces dans la vallée de la Maritza et marcher sur Tchataldja?
+Aurait-elle pu le faire si elle avait envoyé 100.000 hommes en
+Macédoine?
+
+«Il y a encore un point fort important à mettre en lumière. _D'après
+notre traité d'alliance, la Bulgarie était tenue d'envoyer au secours de
+la Serbie 200.000 soldats bulgares, si elle était attaquée par
+l'Autriche._ Cédant aux conseils des puissances amies, nous avons évité
+un conflit avec l'Autriche. Nous avons ainsi renoncé au vilayet de
+Scutari avec Durazzo que nous avaient abandonné les Bulgares et, comme
+conséquence, nous ne leur avons pas demandé leur concours contre
+l'Autriche. Les Bulgares ne doivent-ils pas nous indemniser de notre
+renonciation à un droit qui a entraîné l'abandon de nos prétentions
+essentielles sur la côte de l'Adriatique? Rotez encore que la guerre a
+été prolongée pour nous d'au moins cinq mois dans le seul intérêt de la
+Bulgarie. Après la bataille de Lulé-Bourgas, la paix aurait été possible
+si les Bulgares n'avaient pas maintenu toutes leurs exigences. Or, nous
+les avons aidés à les soutenir. Alors que notre traité ne nous y
+obligeait nullement, nous leur avons donné 50.000 hommes pendant toute
+la durée du siège d'Andrinople. Nous avons aussi fourni du matériel de
+siège et supporté des dépenses supplémentaires.
+
+[Illustration: Maximum des prétentions serbes. Le grisé indique les
+territoires que la Serbie, ayant dû renoncer au nord de l'Albanie,
+réclame en Macédoine et que lui contestent les Bulgares et les
+Grecs.--Pour la signification des lignes de points, traits et croix, se
+reporter à la carte générale de la page précédente.]
+
+Enfin, dernière considération, grâce à notre concours, les Bulgares
+obtiennent beaucoup plus de territoires qu'ils ne l'espéraient
+eux-mêmes.
+
+«Pour tous ces motifs, nous nous adressons à la Bulgarie et lui
+proposons, dans l'intérêt de l'entente balkanique, de partager les
+territoires conquis non pas d'après un traité dont nous avons largement
+outrepassé les obligations, mais d'après l'équité. Or, l'équité
+n'est-elle pas indiquée par une ligne suivant à peu près les territoires
+occupés par nous, Serbes; par exemple, par une ligne partant au sud-est
+d'Egri-Palanka et laissant Istip aux Bulgares, coupant le lac de Borijan
+et allant ensuite rejoindre la frontière des Grecs avec lesquels nous
+nous arrangerons toujours, bien que, comme nous, ils prétendent à
+Monastir, et que nous ne soyons pas encore d'accord sur d'autres points.
+
+«En raison de nos énormes sacrifices de toute nature, les Bulgares
+doivent nous écouter et discuter avec nous. S'ils ne le veulent pas,
+c'est qu'ils envisagent la possibilité de nous faire la guerre.»
+
+Comme on voit, les Serbes comme les Grecs tiennent le même raisonnement
+aux Bulgares et disent en somme: «Pourquoi quitterions-nous les
+positions que nous occupons?» Il résulte de cette identité d'intérêt et
+de situation entre Serbes et Grecs que ceux-ci seraient amenés à
+résister d'accord aux Bulgares, si finalement ceux-ci en appelaient aux
+armes, _résultat qu'évidemment s'efforceraient d'obtenir l'Autriche et
+l'Italie si elles intervenaient en Albanie._
+
+LES PRÉTENTIONS BULGARES
+
+Ces multiples arguments n'ont pas encore eu raison de la ténacité des
+Bulgares. Il y a peu de jours, le gouvernement de Sofia n'avait pas
+répondu à la demande officielle du cabinet de Belgrade de négocier et de
+discuter, mais officieusement les Bulgares tiennent aux Serbes le
+langage suivant:
+
+«Certes, vous vous êtes conduits envers nous en alliés très loyaux
+pendant la guerre. Nous le reconnaissons volontiers. Vous en avez
+l'honneur. Mais rien ne saurait modifier la valeur de notre traité
+auquel nous attribuons un sens étroit et limitatif, et qui, selon nous,
+prévoyait tous les concours que vous nous avez donnés. Nous prétendons
+donc à la possession des territoires situés à l'est de la ligne tracée
+par le traité, donc de Monastir et de Kuprulu (Vélès).»
+
+Aux Grecs, les Bulgares disent:
+
+«Non seulement nous considérons vos prétentions sur Serès comme
+exorbitantes et inadmissibles, mais pour nous il y a une question de
+Salonique. En Bulgarie, notre opinion publique très ardente considère
+depuis longtemps Salonique, dont l'hinterland est bulgare, comme le
+symbole de la Macédoine, et il nous est bien difficile de la faire
+revenir sur sa conviction que Salonique doit appartenir à la Bulgarie.»
+
+Les Bulgares les plus excessifs voudraient non seulement Salonique, mais
+encore que la frontière gréco-bulgare fût ainsi tracée. Elle partirait
+de l'embouchure de la Vistritza, dans le golfe de Salonique, et finirait
+à la frontière gréco-albanaise près de Koritza. Les Bulgares auraient
+ainsi Jenidje-Vardar, avec son lac, Vodena, Ostrovo et son lac, Kastoria
+et son lac. Ils toucheraient ainsi à l'Albanie.
+
+Les Grecs ne semblent nullement disposés même à discuter un pareil
+tracé.
+
+Nos cartes montrent clairement à quel degré ces diverses prétentions
+_maxima_ des alliés sont opposées et quelles possibilités elles ouvrent
+aux intrigues austro-italiennes. A première vue, ces prétentions
+paraissent tellement inconciliables qu'un conflit sanglant semble
+inévitable. Il y a cependant, malgré les efforts tripliciens à Sofia, de
+sérieuses raisons d'espérer que de larges transactions interviendront,
+car si, en Serbie, en Grèce et en Bulgarie, l'opinion publique, excitée
+au plus haut point, offre un terrain favorable aux puissances qui
+cherchent la division des Balkaniques, il se trouve heureusement à la
+tête de ces trois pays des hommes d'État aux qualités éminentes. Ils ont
+montré déjà trop de prévoyance et de hauteur de vues pour ne pas partir
+de cette vérité certaine que l'union seule des alliés a fait leur
+victoire dans la guerre, que leur entente seule encore permettra aux
+Etats balkaniques de tirer pendant la paix tous les fruits de leurs
+brillants succès.
+
+Comprenant leur impérieux intérêt commun de défendre avant tout la
+formule «les Balkans aux peuples balkaniques», ils inclineront sans
+doute aux concessions mutuelles indispensables pour que la confédération
+balkanique puisse durer et devenir une grande force politique,
+économique et militaire.
+
+Certes, les hommes d'État des Balkans, pour arriver à ce résultat, si
+souhaitable dans l'intérêt vital de leur pays, ont plus que jamais à
+lutter contre des influences extérieures qui travaillent à les brouiller
+à mort. L'Autriche, aidée de l'Allemagne et de l'Italie, va évidemment
+tout faire pour séparer les Bulgares des Serbes et des Grecs. Une guerre
+entre eux faciliterait singulièrement une occupation austro-italienne en
+Albanie; les Serbes et les Grecs étant pris entre deux feux. Elle
+comblerait, en outre, les voeux secrets de la diplomatie allemande, car
+elle empêcherait pour longtemps la réalisation de la confédération
+balkanique qui est un véritable cauchemar pour Vienne et pour Berlin.
+
+Des hommes d'État aussi avisés que les souverains des Balkans et MM.
+Guéchof, Pachitch, Venizelos, ont trop «d'avenir dans l'esprit» pour ne
+pas comprendre la gravité décisive des prétentions austro-italiennes.
+Ils rechercheront sur la base de quels principes supérieurs les
+concessions mutuelles peuvent se faire. Ces principes, on peut les
+entrevoir. Il est de l'intérêt commun des Balkaniques qu'aucune autre
+puissance ne s'installe dans la péninsule et que les partages soient
+faits entre eux de telle sorte qu'aucun souvenir vraiment cruel ne
+puisse rester au coeur de l'un d'eux. Pour arriver à ce résultat
+satisfaisant, il convient que la répartition territoriale définitive
+laisse autant que possible chaque allié parfaitement indépendant dans
+sa sphère géographique.
+
+LES CONCESSIONS RÉCIPROQUES POSSIBLES
+
+Maintenant, quelles concessions réciproques peuvent être envisagées?
+
+Il semble bien que les Bulgares seront amenés à faire aux Grecs le
+sacrifice de Salonique, puisqu'il ne saurait être évité sans guerre. Or,
+cette guerre odieuse entre alliés, au lendemain de la victoire, ne
+vaudrait certainement pas pour les Bulgares les avantages de toute
+nature qui peuvent résulter pour eux d'une entente avec les Grecs.
+D'ailleurs, si les Bulgares laissent définitivement Salonique aux Grecs,
+avec naturellement les territoires environnants nécessaires pour assurer
+la défense de la ville, ils ne se priveront d'aucun élément essentiel
+pour mettre en valeur les territoires de la Bulgarie considérablement
+agrandie. Bans Salonique, ville avant tout cosmopolite, où il y a fort
+peu de Bulgares, c'est le port qui est intéressant. Or, les Bulgares
+vont avoir sur la mer Égée plusieurs points où il est possible de faire
+d'excellents ports purement bulgares. A Kavala, notamment, la situation
+est admirable et on peut y créer de toutes pièces un port aussi bien
+approprié aux besoins de la marine de commerce que de la marine de
+guerre.
+
+[Illustration: Maximum des prétentions bulgares. Le grisé indique les
+territoires que les Bulgares réclament à l'ouest en vertu de leur traité
+avec les Serbes, et au sud en contestant aux Grecs Salonique et une
+partie de la Macédoine.-Pour la signification des lignes de points,
+traits et croix, se reporter à la carte générale de la page précédente.]
+
+D'autre part, l'abandon de leurs prétentions sur Salonique permettrait
+peut-être aux Bulgares d'obtenir un autre résultat qui leur serait
+précieux et qu'ils souhaitent ardemment: la cession de deux îles
+occupées par les Grecs qui, par leur position géographique,
+conviendraient singulièrement à la grande Bulgarie; l'île de Thasos, qui
+paraît presque indispensable pour assurer l'avenir stratégique de
+Kavala; Samothrace, bien que plus éloignée du rivage, présente le même
+intérêt pour le futur port bulgare de Dédé-Agatch. Or, ces deux îles,
+occupées par la Grèce, ont une population grecque. Samothrace compte
+3.600 Hellènes et Thasos 12.344. Il est bien évident que les Bulgares ne
+peuvent songer à obtenir ces îles des Grecs que s'ils font à ces
+derniers des concessions autour de Salonique. D'autre part, les Grecs
+n'ont pas d'intérêt à conserver deux îles qui seraient pour les Bulgares
+des objets trop tentants de constante convoitise.
+
+Entre les Bulgares et les Serbes, il est souhaitable au plus haut point,
+d'une part que des deux côtés aucune mesure militaire ne soit prise qui
+puisse être considérée comme offensante et que les Bulgares, appréciant
+l'étendue et la diversité des sacrifices serbes, ne se montrent pas
+intransigeants et qu'en tous cas l'arbitrage, prévu avant la guerre, de
+l'empereur de Russie permette une entente durable entre Serbes et
+Bulgares qui, au cours des hostilités, ont eu tant de raisons de
+s'estimer réciproquement. Les Serbes, coupés de l'Adriatique, souhaitent
+naturellement de n'avoir à s'entendre qu'avec un seul État, la Grèce,
+pour assurer leur issue économique vers Salonique.
+
+Les puissances de la Triple Entente ont des motifs trop puissants de
+vouloir la durée de l'union balkanique pour ne pas s'entremettre
+activement afin de maintenir l'accord des Balkaniques, surtout devant la
+menace de l'intervention austro-italienne, et pour faciliter les
+transactions indispensables au partage des territoires conquis sur les
+Turcs. C'est aux alliés, en cette heure si grave pour leur avenir, à
+faciliter la mission des puissances qui leur ont manifesté tant de
+sympathies, en leur faisant confiance, en s'abstenant de récriminations
+inutiles, en évitant le _bluff_ des demandes exagérées indigne de leur
+cause, en gardant constantes chez eux l'estime et la reconnaissance
+réciproques qui doivent rester au coeur de ceux qui ont combattu du même
+côté, et pour une cause aussi sainte que la libération du séculaire joug
+ottoman.
+
+Animés de cet esprit, les Balkaniques qui, après avoir triomphé de tant
+de difficultés, grâce à une entente étroite, ont encore à assurer leur
+avenir, feront bloc contre l'immixtion dans la péninsule de puissances
+non balkaniques, si elle se produit, et ils comprendront finalement que,
+selon notre proverbe, «une mauvaise transaction vaut mieux qu'un bon
+procès.» Elle vaudra infiniment mieux surtout qu'une guerre fratricide
+entre les alliés, qui ternirait, devant le monde entier et d'une façon
+irrémédiable, la gloire jusqu'ici si grande de la magnifique épopée
+balkanique.
+
+ANDRÉ CHÉRADAME.
+
+
+
+[Illustration: LES FÊTES DE JEANNE D'ARC A PARIS.--Une procession
+aux-flambeaux dans le parc des Franciscaines, impasse Reille. _Phot. L.
+Gimpel, sur plaque hypersensibilisée._]
+
+Célébrée, dans toute la France, avec une grande ferveur patriotique, la
+fête de Jeanne d'Arc a été marquée, à Paris, dimanche dernier, par de
+belles manifestations, qui se sont déroulées dans l'ordre et
+l'enthousiasme. Tandis que les façades des maisons, dans beaucoup de
+quartiers, s'étaient parées de guirlandes, de drapeaux, et d'étendards
+bleu et blanc, les statues de l'héroïne lorraine avaient été abondamment
+fleuries, et, devant les monuments bien connus de la place des
+Pyramides, de la place Saint-Augustin et du boulevard Saint-Marcel, ce
+fut dès les premières heures de la matinée un défilé d'imposants
+cortèges,--celui de la Ligue des Patriotes, conduit par son vaillant
+président M. Paul Déroulède, celui des ligueurs d'Action française et
+des élèves des grandes écoles et des lycées, celui des élus de Paris,
+auxquels s'étaient jointes de nombreuses sociétés.
+
+Pour avoir attiré moins de foule, la cérémonie dont nous donnons ici une
+gracieuse image ne fut pas l'une des moins touchantes. Les
+Franciscaines, dont la communauté s'étend, non loin du parc Montsouris,
+dans les calmes abords de l'impasse Reille, ont voué un culte spécial à
+la Bienheureuse, sous l'invocation de laquelle elles ont placé des
+bonnes oeuvres et un patronage de jeunes filles: en dehors des heures de
+travail, celles-ci apprennent là le chant grégorien, et sont les pieuses
+élèves de la «manécanterie Jeanne d'Arc». Dimanche soir, à 8 heures,
+elles étaient toutes réunies dans le jardin joliment illuminé, pour
+participer à la procession aux flambeaux organisée par les soeurs autour
+de la statue de Jeanne d'Arc qui se dresse sous les arceaux des arbres.
+Après qu'elles en eurent fait le tour, un sermon fut prononcé par le
+Père Ledoré, général des Eudistes, et la cérémonie se termina par la
+bénédiction du Saint-Sacrement.
+
+
+
+[Illustration: Les Monténégrins creusent, dans le sol pierreux de la
+colline enfin conquise, des fosses pour leurs morts.]
+
+[Illustration: APRÈS LA PRISE DE TARABOCH.--Aspect d'une tranchée
+turque. _Phot. H. Grant, du_ Daily Mirror.]
+
+[Illustration: L'évacuation de la ville par les troupes d'Essad pacha.]
+
+[Illustration: Les Monténégrins entrent dans Scutari.]
+
+[Illustration: Entrée du prince Danilo et de ses officiers.]
+
+[Illustration: L'OCCUPATION DE SCUTARI PAR LES MONTÉNÉGRINS.--Les femmes
+jettent des fleurs sur le passage de l'automobile du prince Danilo
+rapportant à Cettigne les drapeaux turcs pris à Taraboch.--_Phot. H.
+Grant, du_ Daily Mirror.]
+
+[Illustration: UNE JOURNÉE GLORIEUSE POUR LES ARMES MONTÉNÉGRINES: LES
+ÉTENDARDS ROYAUX DÉPLOYÉS SUR LA CIME DU TARABOCH]
+
+_Ce fut pour le Monténégro un jour de grande allégresse, l'un des plus
+heureux de toute son héroïque histoire que celui où, sur le sommet du
+Taraboch, arrosé de tant de sang, les étendards rouges où s'éploie
+l'aigle d'argent dominèrent le lac paisible, l'opulente plaine
+qu'égaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et
+surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de
+joie sans lendemain, hélas! Sous la pression des puissances,
+solidarisées avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit
+pays a dû abandonner sa conquête, la remettre à l'Europe: dans quelques
+jours, des détachements de marins débarqués des navires qui bloquent
+toujours les côtes monténégrines, assureront la police de Scutari. Cet
+abandon imposé, inéluctable, a été discuté au cours d'un conseil
+solennel de la Couronne, auquel assistèrent tous les princes de la
+famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut
+être étonnamment pathétique. En une première séance, le roi écouta les
+avis, d'aucuns--et ceux des généraux en tête--conciliants, pacifiques;
+d'autres--ainsi celui du prince héritier Danih, qui a joué dans toute
+cette guerre un rôle éminent--intransigeants, préconisant la résistance
+désespérée. A l'ouverture de la séance suivante, Nicolas 1er Pétrovitch
+fit connaître sa décision: «Il me faut consentir à l'évacuation de
+Scutari, de cette Scutari qui était le rêve le plus cher de mes jeunes
+années, de cette Scutari qui était à la fois pour les Monténégrins et
+l'héritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux.» Et, quand il
+eut, de sa main, rédigé et signé le télégramme annonçant ce renoncement,
+le vieux héros de l'indépendance pleura._
+
+[Illustration: HEURE DE TRIOMPHE.--Les clefs de Scutari dans une main,
+le roi du Monténégro déploie de l'autre, devant ses sujets, un drapeau
+pris aux Turcs.]
+
+[Illustration: Le roi Nicolas. UN PETIT PEUPLE HÉROÏQUE.--Tout le
+Monténégro en trois photographies: un vieux roi, des invalides, et des
+enfants qui grandiront pour combattre à leur tour.--_Phot. H. Grant._]
+
+[Illustration: Le bureau de l'agent consulaire français après
+l'explosion de l'obus tombé dans le jardin.]
+
+[Illustration: La famine pendant le siège: Mme Krajewski, femme de
+l'agent consulaire de France, soignant un affamé.]
+
+[Illustration: Maison des Franciscains éventrée par un obus.]
+
+[Illustration: Pendant le bombardement: la famille et les amis de
+l'agent consulaire de France, M. Krajewski, réfugiés dans la cave du
+Consulat.]
+
+[Illustration: Ruines d'une maison turque après le bombardement.]
+
+[Illustration: LES EFFETS DU BOMBARDEMENT DE SCUTARI.--Dommages causés
+dans le jardin du Consulat de France par un obus de 150 mm.--_Phot. de
+M. C. H. Moore et du Dr. Merhaut._]
+
+
+
+[Illustration: Embrasement de la basilique du Sacré-Coeur pour la fête
+de Jeanne d'Arc à Montmartre.--_Phot. Famechon et Lejards._]
+
+UNE VISION D'APOTHÉOSE
+
+Nous montrons, à une page précédente, la gracieuse cérémonie par
+laquelle fut célébrée, le soir du 4 mai, chez les Franciscaines de
+l'impasse Reille, la fête de Jeanne d'Arc, patronne de leurs bonnes
+oeuvres. Tandis que, dans leur jardin retiré, les flambeaux, les
+veilleuses multicolores suspendues aux arbres, jetaient leur éclat
+discret, tout à l'autre bout de Paris, le Sacré-Coeur s'embrasait
+magnifiquement. Les feux de Bengale, rouges et verts, allumés au pied de
+la basilique, les illuminations du dôme et des coupoles, lui faisaient,
+dans la nuit, une auréole de clarté; et elle apparaissait, de loin, dans
+son nuage lumineux, plus resplendissante encore de se détacher sur un
+ciel sans étoiles, au-dessus des lueurs incertaines de la ville.
+
+La «journée de Jeanne d'Arc» se termina sur cette vision d'apothéose que
+parvient à rendre, malgré les difficultés de la photographie nocturne,
+le cliché reproduit à cette page.
+
+
+
+LES MÉDAILLÉS DE 1870 AU BRÉSIL
+
+Il y a quelques semaines, au Brésil, ceux de nos compatriotes qui
+pouvaient orner leur boutonnière du ruban de 1870 se réunissaient en une
+cordiale agape où ils évoquaient avec émotion les souvenirs de la
+guerre. Ils étaient six survivants, MM. Georges Prevault, Félix Avril,
+André Bourdelot, Claude Manasse, Louis Domingues et Clémencey, qui
+avaient demandé au colonel Balagny, le distingué chef de notre mission
+militaire à Sao Paulo, et au consul de France, M. Charles Birlé, de
+présider leur dîner commémoratif. Ce fut, loin du pays, qu'à chaque
+minute de cette soirée l'on évoqua, une petite fête charmante où des
+toasts, que les circonstances actuelles rendaient plus graves et plus
+ardents, furent portés à la mère patrie.
+
+[Illustration: Un groupe de six anciens combattants de 1870 vivant à Sao
+Paulo (Brésil) réunis sous la présidence du colonel Balagny et du consul
+de Fiance, M. Birlé.--_Phot. A. Bourdelot._]
+
+
+
+LE SERMONNAIRE DES PARISIENNES
+
+Aux nombreux auditeurs et aux auditrices plus nombreuses encore des
+conférences données, le mois dernier, à la salle de la Société de
+Géographie, par Mgr Bolo, le médaillon, exposé en ce moment au Salon et
+dû au sculpteur Doisy, que nous reproduisons ici, rappellera de
+saisissante manière les traits de l'éminent prélat dont les rudes
+sermons savent si spirituellement châtier les frivolités ou les erreurs
+de la vie mondaine. Il est des visages dont la ressemblance ne saurait
+être mieux rendue que par le relief, dur et vigoureux, du métal: ce
+profil nettement tracé, d'une si fine et s, ardente expression, porte
+l'accent de la vie.
+
+[Illustration: Médaillon de Mgr Bolo, par Doisy.]
+
+Depuis deux ans qu'il s'est attaché à traiter pour les Parisiennes, en
+des séries de causeries placées à pareille époque, des sujets de morale
+auxquels ne conviendrait point la majesté de la chaire, Mgr Bolo a vu
+s'accroître son auditoire féminin, empressé à subir les rigueurs
+persuasives de son éloquence. De: même que Mme de Sévigné aimait à
+entendre Bourdaloue, «qui frappe toujours comme un sourd, disant les
+vérités à bride abattue», nos contemporaines se plaisent à écouter la
+parole du conférencier qui les charme en les gourmandant. Après avoir,
+la première fois, parlé des «Jeunes filles d'aujourd'hui», puis des
+«Mariages de demain», Mgr Bolo avait pris comme sujets, cette année,
+«l'Empire des Salons» et «la Morale des Salons». Ce lui fut matière à
+retracer, en termes particulièrement heureux, toute l'histoire des
+salons littéraires, qui sont, dans le domaine de l'esprit, «une sorte de
+Champagne délimitée et de première zone où s'élabore notre fin et clair
+langage, ce langage fluide, doré, pétillant, dont la vivacité explose en
+des mots qui sautent comme des bouchons». Si l'ancienne conversation
+française--celle qui était en honneur à l'Hôtel de Rambouillet--fut
+abondamment louée par le prédicateur, nos réunions mondaines de
+maintenant provoquèrent ses sévérités. Mgr Bolo blâme les potins, les
+commérages, redoute l'influence des «théâtrières»--entendez les femmes
+de théâtre--accuse le bridge et la musique... C'est un sermonnaire
+ardent, impétueux. Mais il séduit, jusque dans ses plus vives
+remontrances. Il est le critique le, moins indulgent de notre
+temps,--qui ne lui ménage pas les éloges.
+
+
+
+[Illustration: Un légionnaire lit les prières funèbres devant les
+cercueils des morts de Nekhila.--_Phot. Georges Ancelm._]
+
+NOTRE ACTION AU MAROC
+
+_Les dépêches fréquemment publiées par les quotidiens, en ces derniers
+temps, ont donné l'impression qu'il se produisait, au Maroc, une
+recrudescence d'activité guerrière. Et, en effet, les soldats qui ont
+charge d'assurer la tranquillité à ceux qui veulent poursuivre une
+besogne pacifique ont eu, avec les tribus turbulentes, la tâche rude.
+Nous nous sommes appliqués à résumer ici les diverses phases des
+opérations qui leur ont été confiées._
+
+DANS LA RÉGION DE LA MOULOUYA
+
+Le travail de jonction de l'Algérie au Maroc par Taza se poursuivait
+lentement et sans bruit depuis quelques mois, d'après la méthode
+favorite du général Lyautey,--la fameuse méthode de la «tache d'huile».
+Selon l'expression imagée de M. Ladreit de La Charrière, on sapait
+doucement la falaise de part et d'autre, à l'occident et à l'orient,
+jusqu'à ce qu'elle fût prête à tomber. Quelques craquements du côté de
+la Moulouya viennent de révéler cette prudente besogne. Tandis que, par
+l'ouest, le général Gouraud, aussi sagace négociateur, quand il
+convient, qu'il se montre, en d'autres circonstances, prestigieux
+entraîneur d'hommes, installait sans incident, sans avoir tiré un seul
+coup de fusil, un poste à Souk el Arba de Tissa, chez les Hya'ma, les
+choses, au contraire, se sont passées moins doucement dans la région de
+la Moulouya.
+
+Au commencement de février, progressant de quelques kilomètres, une
+partie des troupes composant la garnison de Taourirt s'établissaient à
+Merada constituées en «groupe mobile» sous les ordres du général
+Girardot, avec la mission, précisée par le général Alix, commandant le
+Maroc oriental, de maintenir et de consolider les résultats acquis au
+cours des opérations de mai et juin 1912--dont nous avons rendu compte
+en leur temps--de s'avancer autant que possible sur la rive gauche de la
+Moulouya, afin de préparer une marche éventuelle sur la casbah M'Soun,
+étape importante de la pénétration vers Taza, qui ne s'accomplira que
+l'heure bien sonnée, enfin de protéger les travaux du chemin de fer à
+voie étroite qui gagne peu à peu vers Guercif (la première locomotive
+est arrivée au milieu du mois dernier à Taourirt).
+
+Sitôt installé à Merada, le groupe mobile se mit à l'oeuvre, rayonnant
+incessamment dans la plaine de Tafrata, repassant par tous les points
+qui furent, l'an dernier, le théâtre de pénibles combats. Grâce à
+l'appoint en hommes que fournirent les garnisons de Debdou et de
+Guercif, des postes furent mis à l'oued Cefla, à Sidi Yousef, à
+Maharidja et Safsafat. Entre temps, on reconnaissait la plaine de Djel,
+parcourant les territoires des Haouara et des Beni bou Yahi, et on
+atteignait, comme M. Etienne le pouvait déclarer à la Chambre, les
+environs de la casbah M'Soun, sans avoir tiré un coup de feu.
+
+Le 9 avril, confiant en cette tranquillité, le général Girardot, avec
+son groupe, partait pour aller établir un poste nouveau à Nekhila, sur
+l'oued Bou Redim, affluent de la Moulouya, au pied du massif du Guilliz,
+l'un des premiers contreforts de la chaîne du Rif. La route fut calme.
+Mais à peine arrivait-on au camp, vers une heure de l'après-midi, qu'une
+attaque se produisit. Une fusillade éclata sur les crêtes montagneuses
+du Zag, au nord. On était engagé, et il fallut se battre pendant cinq
+heures pour repousser l'ennemi, qui laissa dix morts sur le terrain.
+Nous avions seulement six blessés.
+
+On n'eut qu'un court répit: à 9 heures du soir, les Béni bou Yahi,
+auxquels on avait affaire, livraient un nouvel assaut plus furieux. Ils
+arrivaient presque aux tranchées: un tirailleur, Saïd Sahar, fut tué à
+bout portant. Le combat, violent, mouvementé, ne prit fin qu'à une heure
+du matin.
+
+Nos troupes avaient à peine eu le temps de souffler un peu et de se
+remettre de ces alertes, quand, dans l'après-midi du 10, vers 2 heures,
+des coups de feu, de nouveau, partirent d'une crête. Le capitaine
+Doreau, à la tête d'un détachement de la 2e compagnie du 1er étranger,
+fut envoyé pour occuper cette position. Les Béni bou Yahi lentement
+reculèrent vers le Guilliz, poursuivis par les légionnaires. Mais cette
+retraite cachait une embuscade.
+
+Tout à coup, la petite troupe se vit entourée, cernée de toutes parts,
+accablée par une horde sept à huit fois supérieure en nombre. Le
+capitaine Doreau, en vain, voulut ramener ses hommes; c'était bien tard,
+et le cercle se resserrait.
+
+Dès le premier moment, le lieutenant Grosjean, qui transmettait l'ordre
+du capitaine, était frappé d'une balle sous l'omoplate. Le feu des
+nôtres ne parvint pas à arrêter l'élan de l'ennemi, qui continuait à
+progresser. Alors, le capitaine donna l'ordre suprême: «En avant! à la
+baïonnette!» Ce fut sa dernière parole: une balle en pleine tête le
+foudroyait.
+
+[Illustration: Carte de la région voisine de la Moulouya où opèrent nos
+troupes du Maroc oriental.]
+
+[Illustration: Sur les rives de la Moulouya: au premier plan, ruines de
+la casbah de Merada; au centre, les montagnes du Guilliz, et, tout à
+l'arrière-plan, le moyen Atlas.--_Phot. Georges Ancelm._]
+
+[Illustration: NOS PROGRÈS DANS LE MAROC ORIENTAL.--Sur les bords de
+l'oued Mellélou, à Safsafat, notre poste le plus avancé dans la
+direction de Taza, au sud de la casbah M'Soun.-_Phot. du lieut.
+Durdilly._]
+
+[Illustration: Colonel Mangin. Devant la casbah de Mechra en Nefad en
+feu: le colonel Mangin, son état-major et, à côté de son fanion, le
+fanion de ralliement abandonné par Moha ou Saïd.]
+
+[Illustration: A LA CONQUÊTE DE L'ATLAS MAROCAIN.--La casbah Tadla sur
+l'oued Oum er Rbia. Vue prise le 7 avril, jour où le colonel Mangin,
+ayant bousculé la harka de Moha ou Saïd, se jeta rapidement sur le seul
+pont permettant sa fuite. Phot. du lieut. Bourgoin.]
+
+[Illustration: Carte des régions du Maroc occidental où opèrent les
+colonnes Mangin et Henrys.]
+
+Bientôt se produisait un corps à corps épique. Les cadavres, des deux
+côtés jonchaient le sol.
+
+«La retraite est forcée, écrit un des acteurs de ce combat farouche. Le
+lieutenant Grosjean, qui, bien que blessé, se traînant, assume le
+commandement, l'a ordonnée lui-même. Les Béni bou Yahi, ivres de sang et
+de carnage, se précipitent, armés de formidables poignards. Les
+poitrines halètent. On entend le ronronnement des balles de gros
+calibre, mêlé aux sifflements des projectiles Lebel. Avec des cris
+démoniaques, les Marocains essaient d'achever les blessés, s'acharnent
+même sur les morts. Le corps du capitaine Doreau est frappé de trois
+coups dans la poitrine; le caporal Schwartz, inerte, a la tête tranchée,
+que dis-je? hachée! Le lieutenant Grosjean essaie de se relever, mais
+ses forces le trahissent, et, dans un cri, il retombe épuisé: «A moi, la
+Légion!»
+
+«Cet appel du chef a été entendu. Les légionnaires qui se repliaient
+font volte-face et foncent sur l'ennemi, baïonnette au canon. Le fer
+rougi de sang défonce les poitrines. C'est un spectacle poignant que
+celui de cette poignée d'hommes disciplinés, et vaillante plus qu'on ne
+saurait le dire, se frayant un passage au milieu de cette tourbe
+hurlante et grimaçante. Ils arrivent auprès de leur lieutenant, le
+saisissent à bras le corps, le relèvent, l'emportent, glorieux otage.
+Une pluie de balles s'abat sur eux. Le sergent Panter, qui soutient le
+lieutenant Grosjean, a le pouce enlevé. Le lieutenant lui-même a la main
+droite traversée. Plusieurs légionnaires tombent à leur tour. Alors, des
+luttes désespérées s'engagent, car il s'agit de ne pas laisser les
+blessés aux mains de ces sauvages, et chaque groupe, protégeant et
+entraînant un frère d'armes hors de combat, n'est, pour les fusils
+marocains, qu'une trop belle cible...
+
+«Enfin, des goumiers en patrouille ont entendu la fusillade. Ils
+arrivent à la rescousse. Le camp est prévenu: c'est pour les Beni bou
+Yahi la débâcle. Mais de quel prix ce succès est acheté: nous avons sept
+morts, dont le capitaine Doreau et deux caporaux, et neuf blessés, tout
+cela sur trente-sept combattants: car ils n'étaient que quarante engagés
+en cette affaire si rude!
+
+«Deux jours plus tard, le 12 avril, à 7 heures du matin, un très simple
+et très émouvant cortège se dirigeait du camp vers le cimetière de
+Merada. Précédées de la section de mitrailleuses du 6e bataillon, sept
+arabas ornées de lauriers, de feuillages, de tentures tricolores de
+fortune, portaient à leur dernière demeure les dépouilles des braves de
+Nekhila. Toute la garnison assistait à cette triste cérémonie, et, après
+un discours du commandant Quirin, un légionnaire, tête nue, la figure
+grave, dit la prière des morts,--en latin. C'est, disaient les hommes,
+un ancien «curé». Qui sait quelles épaves recèle la légion, si brave, si
+noble?» Au moins, nous demeurions sur nos positions: le 16 avril, le
+général Girardot inaugurait officiellement le poste. Pour la première
+fois, le pavillon tricolore flottait sur la «redoute Doreau».
+
+Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus
+ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre
+l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de
+facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole
+où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en
+déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui
+les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est
+là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi,
+regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se
+remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.
+
+Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la
+marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du
+général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont
+il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos
+bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni
+bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.
+
+Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de
+plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau,
+le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue
+seulement par 500 hommes.
+
+A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie
+plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure,
+trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les
+ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour
+l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un
+instant de repos, engagèrent l'action.
+
+_Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya._
+
+Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou
+Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à
+une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les
+feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent
+dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur
+camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés,
+qu'on ramena vers Merada.
+
+Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une
+attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau
+de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter
+dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes
+confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira
+d'affaire seule et repoussa cette agression.
+
+Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa
+colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus
+dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il
+aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce
+nouveau bond en avant.
+
+A L'ASSAUT DE L'ATLAS MAROCAIN
+
+La brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais
+plein «d'allant», d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia,
+occupation affirmée par l'installation d'un poste, a déterminé dans la
+région occupée par les Zaïanes une certaine effervescence, à laquelle il
+a fallu faire face vigoureusement. De là, toute une série d'opérations
+qui se poursuivent encore à l'heure actuelle, et que couronnera, très
+vraisemblablement, une action d'ensemble, annoncée, puis démentie, à
+laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaïane
+et son hypothétique capitale Khenifra.
+
+En attendant le déclenchement décisif, deux colonnes, sous le
+commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'énergique
+besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaïanes, l'autre
+descendant vers le sud dans la région de Meknès.
+
+Menacé d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaïani, notre irréconciliable
+ennemi, qui s'est rapproché jusqu'à Betmat Aïssaoua, d'où il commande
+aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se décide à
+prendre les devants.
+
+«Il quitte, nous écrit un des officiers de la colonne, l'oued Zem le 25
+mars à minuit et tombe, à 9 heures du matin, sur le campement de notre
+vieil adversaire, qui ne dut son salut qu'à une fuite rapide. L'audace
+du colonel déconcerte les contingents que poussait le Zaïani et qui se
+sentent abandonnés de lui. Les Beni Zemmour, Smaala, Beni Khirane
+commencent à comprendre l'inutilité d'une plus grande résistance et ils
+viennent, les uns après les autres, offrir leur soumission au colonel.
+Pour les hâter, celui-ci se porte à la rencontre d'un détachement de
+sortie, venu de Zailiga, qui pourrait, le cas échéant, prendre les
+tribus par derrière.»
+
+C'était le premier avantage remporté sur des tribus qu'aucun sultan n'a
+dominées depuis Moulai Ismaïl, le contemporain du Roi-Soleil. C'était le
+point de départ d'une campagne de première importance.
+
+«Restaient, continue notre correspondant, les contingents du Sud. Les
+Chleuh, chassés de leurs montagnes par la neige, s'étaient groupés sous
+les ordres de Moha ou Saïd sur les deux rives de l'Oum er Rbia. Cet
+autre adversaire avait, en outre, entraîné dans son sillage les Aït
+Roboa.
+
+«Le colonel Mangin songe à réduire ces contingents. Il part subitement,
+le 6 avril dans l'après-midi, de la dechra Brakne où il avait reçu la
+soumission des tribus du Nord, et vient coucher à Boujad, qu'il quitte
+au milieu de la nuit pour chercher à atteindre Moha ou Saïd; mais des
+guetteurs nous éventent et les campements sont levés précipitamment et
+dirigés vers l'oued. Les pluies des derniers jours et la fonte des
+neiges ont grossi le cours d'eau au point que bon nombre de gués sont
+impraticables et que la majeure partie des hommes et des animaux devra
+gagner l'unique pont de la casbah Tadla: c'est l'objectif du colonel
+Mangin. Il l'atteint vers 10 heures du matin et y trouve un désordre
+indescriptible. Cavaliers et piétons se bousculent pour franchir
+l'étroit passage, alors que plus de dix mille moutons, qui n'ont pas
+encore eu le temps de passer, nous sont abandonnés.
+
+«Mais Moha ou Saïd nous avait échappé. Il s'était retiré chez lui, à
+Mechra en Nefad, au pied de la montagne, à 12 kilomètres de la casbah
+Tadla. A 2 heures, la colonne se remet en marche et se dirige vers le
+repaire de notre ennemi, qui se reposait tranquillement des fatigues de
+la matinée. Et c'est une nouvelle fuite de notre adversaire, un départ
+tellement rapide, que le chef si prestigieux nous abandonne son étendard
+de satin blanc.
+
+«Un foyer d'agitation existe encore à Beni Mellal, où sont groupés
+environ quatre mille guerriers. De même que les précédents, le colonel
+Mangin va le réduire à néant. Partie de la casbah Tadla le 10 avril à 11
+heures du matin, la colonne vient camper à Zidania, malgré de belles
+attaques de Marocains qui cherchent à l'accrocher en arrière.
+
+«Un orage dans la soirée fait craindre des difficultés pour le
+lendemain, mais qu'importe? les admirables troupes pressentent la
+victoire, et il est peu d'obstacles pour les arrêter. A midi, la
+résistance était brisée, les innombrables défenseurs de la casbah Béni
+Mellal et des jardins qui l'entouraient avaient dû nous céder le
+terrain.»
+
+Ayant frappé ce coup énergique, le colonel Mangin continua pendant
+quelques jours à parcourir le pays, recueillant force soumissions,--mais
+quelle sincérité faut-il attendre de ces gens à qui, confiants, on donne
+l'aman, et qu'on retrouve huit jours après devant soi, le fusil à la
+main?
+
+Le 19 avril, enfin, la colonne Mangin atteignait l'oued el Abid à Dar
+Caïd Embarek, où elle devait donner la main au lieutenant-colonel Savy,
+venu de Marakech. La violence du courant de l'oued ne permit qu'aux
+cavaliers du lieutenant-colonel Savy de passer sur la rive droite, mais
+la jonction était faite et l'impression produite sur les indigènes
+considérable. Ils comprenaient que, désormais, toute tentative de
+rébellion serait rapidement réprimée, que, soit de Marakech, soit d'El
+Borouj, soit de l'oued Zem, des colonnes pouvaient se porter sur le
+moindre foyer d'agitation.
+
+A quelques jours de là, le 25 avril, le colonel Mangin revenait à El
+Borouj pour y accueillir le général Lyautey, qui avait tenu à se rendre
+compte de la situation au Tadla. Le résident général reçut les caïds
+récemment soumis, et, très certainement, sut trouver les mots
+convaincants pour les affermir dans leurs résolutions pacifiques et leur
+démontrer que leur intérêt bien entendu même les engage à vivre avec
+nous en bonne intelligence.
+
+Après le départ du général Lyautey, le colonel Mangin reprenait ses
+troupes à Dar ould Zidouh et les ramenait à la casbah Tadla.
+
+Le 26 avril, il était de nouveau en route, marchant sur Aïn Zerga. Près
+de ce point, son arrière-garde fut en butte à une attaque de la part des
+contingents Aïb Attala et Aïb Bouzem. Toute la colonne dut être engagée,
+tant l'agresseur devenait mordant. Repoussé, enfin, et poursuivi par
+toute la cavalerie et l'artillerie montée, l'ennemi subit des pertes
+nombreuses. De notre côté, 4 tués et 27 blessés, parmi lesquels le
+colonel Mangin lui-même, atteint légèrement à la jambe.
+
+Dans la nuit même, la colonne continuait sa marche vers Sidi Ali ben
+Brahim, où était groupée une harka de Chleuh. Le terrain qu'elle
+traversa était jonché encore de cadavres de Marocains tombés la veille.
+
+L'ennemi guettait les nôtres, embusqué dans un bois d'oliviers, en avant
+de Sidi Ali. Le combat fut un des plus meurtriers que nous ayons livrés,
+puisque nous eûmes 18 morts et 41 blessés. La harka était nombreuse et
+acharnée. Elle tint bon jusqu'à 8 heures du soir, puis alors se débanda
+à bout d'effort, se dispersa dans toutes les directions. Elle se
+reformait un peu plus tard et, à distance respectueuse, observait notre
+attitude. Le colonel Mangin, pour en finir, recourut à une ruse
+classique: il feignit de se replier. Son mouvement fut suivi par
+l'ennemi. Alors, se retournant brusquement, dans une vigoureuse
+contre-attaque, il infligea aux Chleuh des pertes considérables. La
+colonne passa la nuit à Sidi Ali et n'en repartit que le
+lendemain,--sans avoir été de nouveau inquiétée. Le 2 mai, elle rentrait
+à la casbah Zidania.
+
+Plus au nord, le colonel Henrys de son côté a déployé une activité égale
+et a eu à faire face à des groupes non moins ardents, Zemmour, Beni
+M'Tir, Beni M'Guild, Guerouane.
+
+Parti d'El Hajeb au commencement d'avril, son action devait se
+développer vers le sud. Le 2 avril, en un raid rapide, il surprenait un
+campement hostile et lui enlevait ses troupeaux; le lendemain, il
+occupait la casbah des mêmes dissidents. Des négociations s'ouvraient
+immédiatement. Un premier douar zemmour de 60 tentes faisait sa
+soumission, et, en quelques jours, 200 tentes guerouanes sollicitaient
+et obtenaient l'aman.
+
+Ces négociations furent à maintes reprises interrompues; quelque
+effervescence se produisait qui obligeait le colonel Henrys à porter un
+coup rapide, toujours suivi de soumissions nouvelles.
+
+L'un de ses succès les plus remarquables fut, le 23 avril, la prise et
+la destruction de la casbah Ifran. Pour l'atteindre, il avait fallu à
+ses vaillantes troupes traverser la forêt de Jaba, passer le mont
+Koudiat, à 1.700 mètres d'altitude, dans le brouillard, le froid, la
+neige.
+
+Le 24, le colonel Henrys prenait contact avec la colonne Comte, venue de
+Fez sans qu'on ait signalé, dans sa marche, aucun incident.
+
+Les dissidents, en revanche, ne devaient pas laisser au colonel Henrys
+grand répit.
+
+Bientôt, il était avisé qu'ils allaient attaquer son camp de Dar Caïd
+Itto (sur la position exacte duquel on n'est pas encore exactement
+fixés). Sans attendre cette attaque, le colonel décidait de prendre
+l'offensive et de se porter sur Azrou où les dissidents étaient
+installés. Mais eux-mêmes, avertis, se retirèrent sur les hauteurs
+boisées qui dominent le sud de la ville. Celle-ci fut occupée après une
+courte résistance. Le colonel y trouva des approvisionnements de bois
+considérables, qui serviront à la construction de redoutes fortifiées.
+
+Les Marocains firent pourtant un retour offensif. Ils furent repoussés.
+
+Le colonel Henrys regagna le camp de Dar Caïd Itto, en détruisant sur sa
+route quatre casbahs appartenant à la tribu des Beni M'Guild, dans la
+vallée de l'oued Tigrira.
+
+[Illustration: Passage de l'Oum er Rbia par l'artillerie de 75, à la
+casbah Zidania.--_Phot. du vétérinaire militaire Wagner._]
+
+
+
+CE QU'IL FAUT VOIR
+
+PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER
+
+Voilà une expérience faite, et nous savons dès maintenant ce qu'il
+faudra voir le 4 mai de l'an prochain. Il faudra voir la fête de Jeanne
+d'Arc. Des Français de tous les partis en réclamaient, depuis des
+années, la célébration. Qu'attendait-on pour les satisfaire? Dans un
+pays comme le nôtre, où l'on adore non seulement la bravoure, mais les
+gestes les attitudes jolies de la bravoure, et qui a pour capitale une
+ville dont un philosophe a dit qu'elle était le paradis des femmes, on
+imagine très bien de quel éclat charmant, de quelle somptuosité tendre
+et pieuse pourra être revêtu un tel hommage, le jour où la loi l'aura
+consacré; une fête officielle de l'Héroïsme guerrier qui sera la fête
+d'une jeune fille! N'est-ce pas de quoi enflammer de joie tous les
+cours? Nous n'avons eu, dimanche dernier, qu'une ébauche de cette
+fête-là, puisqu'elle n'est point officielle encore... Quel émouvant
+spectacle pourtant nous donna cette foule parisienne, qu'on dit
+sceptique, et que nous vîmes heureuse de pavoiser, de défiler, de prier
+pour une petite villageoise qui sauva sa patrie, et dont l'aventure
+prodigieuse a des grâces de conte de fées. Des penseurs ont voulu faire
+du 1er mai la fête du Peuple. Je crois bien qu'à cette date-là, celle du
+4 mai va faire désormais la plus sérieuse des concurrences,--et que le
+peuple ne s'en plaindra point.
+
+ *
+ * *
+
+Jeanne d'Arc fêtée dimanche; un roi salué, trois jours après, par les
+acclamations de Paris... Les étrangers qui furent témoins de cette
+commémoration et de cette visite rendront au moins cette justice au
+Paris de 1913 qu'il sait être républicain avec éclectisme et politesse.
+Il est vrai que le roi d'Espagne est un de ses monarques favoris. Paris
+aime Alphonse XIII pour sa jeunesse, pour son courage, pour l'espèce de
+sérénité élégante qu'il oppose aux petites misères et aux grands risques
+de son métier de roi, et enfin (car on est égoïste!) pour l'amitié très
+sincère que nous savons qu'il a pour nous.
+
+Mais pourquoi ce souverain s'en va-t-il si vite d'une ville qu'il aime?
+Il ne s'est même pas donné le temps de goûter la grâce... un peu
+mouillée de notre printemps. Il y avait trop de monde et trop de bruit
+aux Champs-Elysées, mercredi, pour qu'il y pût voir comme la neige de
+nos marronniers en fleurs est jolie à regarder entre l'Arc de triomphe
+et l'Obélisque. Il n'a pas vu nos Salons du Grand Palais. Il n'a pas vu
+se dresser sur la piste sablée du Concours hippique les formes blanches
+d'un peuple de statues... Il n'a même pas regardé nos petits Salons!
+
+Ils sont plus charmants que jamais et composent, à cette heure, un
+spectacle d'exceptionnel attrait. Les petits Salons, c'est ce qu'il faut
+voir cette semaine.
+
+Je place au nombre des «petits Salons» cette délicieuse exposition de
+l'Union centrale consacrée aux Arts féminins et à laquelle les grands
+murs nus du Pavillon de Marsan font un si auguste cadre. Arts féminins,
+en chacun desquels s'évoque un peu de l'âme de nos vieilles provinces.
+Paris leur envoie, à ces provinces, ses modes, qui changent deux fois
+par an. Elles lui envoient, elles, d'exquis souvenirs de leur passé, et
+ce qu'il y a d'éternel dans leurs traditions d'élégance. Car les modes
+d'une province, c'est quelque chose dont on ne sait pas l'âge, et qui ne
+change jamais.
+
+ *
+ * *
+
+De la rue de Rivoli, courons à la rue de Sèze (après une halte, qui ne
+sera pas sans agrément, chez les _Intimistes_, du boulevard
+Malesherbes); et nous voici devant l'Exposition charmante de Luigi Loir.
+Personne ne connaît mieux que ce peintre nos boulevards extérieurs et
+notre banlieue; et l'on pourrait dire qu'à travers ces décors-là Luigi
+Loir est, pour l'étranger, le meilleur des guides, car il leur en fait
+voir ce que d'eux-mêmes, en vérité, ils n'y auraient jamais vu. De
+Montmartre ou de Bougival l'étranger ne connaît guère que les heures
+brillantes du jour ou de la nuit. Il a vu Bougival sous le soleil du
+printemps; Montmartre sous le flamboiement de ses illuminations et de
+ses tapages nocturnes. Luigi Loir nous en montre et nous en fait aimer
+les mélancolies crépusculaires. Cet instant de la journée où
+s'entr'ouvre sur la nuit qui vient «l'oeil clignotant des bleus becs de
+gaz», personne ne l'a décrit aussi finement, aussi spirituellement que
+lui.
+ *
+ * *
+
+De l'esprit! Il semble qu'on ait peur d'en avoir, en peinture; ou qu'on
+ne sache pas en avoir. Aux premiers rangs de ceux qui en ont, et
+beaucoup, saluons M. André Devambez dont voici précisément l'Exposition
+ouverte, depuis quelques jours, à côté de celle de Luigi Loir, chez
+Georges Petit. Près de cent cinquante «numéros» groupés en un Salon
+unique! C'est que M. Devambez possède ce don, aussi rare chez les
+peintres que chez les écrivains, de savoir dire beaucoup de choses en de
+très courts alinéas. M. André Devambez fait penser à ces maîtres
+flamands et hollandais dont les «petits tableaux» contiennent souvent de
+si grande peinture. Et comme il aurait tort d'agrandir les toiles où il
+peint! N'y fait-il pas tenir tout ce qu'il veut? Ne s'y montre-t-il pas,
+tour à tour, poète, historien, humoriste?
+
+Humoriste! Comme je sais gré à M. Devambez d'oser l'être franchement;
+d'avoir compris--comme le comprenaient ces maîtres flamands et
+hollandais dont il était temps, vraiment, de reprendre chez nous la
+tradition délicieuse--qu'une réalité _comique_, c'est quelque chose qui
+peut être peint tout aussi bien que dessiné, et que la couleur ne
+saurait être le privilège des sujets nobles,--ou ennuyeux. M. Devambez
+aura été l'un des premiers à s'apercevoir de cela. Remercions-le du
+service qu'il nous rend... et qu'il rend à la peinture!
+
+UN PARISIEN.
+
+
+
+AGENDA (10-17 mai 1913)
+
+EXAMENS ET CONCOURS.--Le cours complémentaire d'études coloniales au
+Collège de France est vacant. (Le délai d'inscription et de production
+des titres des candidats expirera le _18 mai._)--Le _14 mai_ auront
+lieu, à Paris, des examens pour l'obtention des brevets de langue
+annamite, cambodgienne et caractères chinois.--Un concours
+d'architecture est ouvert à Toulon, entre tous les architectes français,
+pour la reconstruction de l'hôtel de ville de Toulon.
+
+CONFÉRENCE.--Comédie des Champs-Elysées (avenue Montaigne), le _10 mai_,
+à 4 h. 1/2: _la Femme et le Théâtre_, conférence et auditions de M.
+Marcel Prévost, à-propos en vers de M. Xavier Roux.
+
+EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--_Paris_: Grand Palais: Salon de la Société des
+Artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit
+Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23,
+rue de Constantine): exposition d'objets d'art du moyen âge et de la
+renaissance au profit de la Croix-Rouge française. Cette exposition
+durera jusqu'à fin mai.
+
+--Hôtel de Ville (salle Saint-Jean): exposition de la Société artistique
+et littéraire de la Préfecture de la Seine.
+
+--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): exposition d'oeuvres des
+frères Delahogue (vues de Tunisie et d'Algérie).--Au Palais de Glace:
+Salon des Humoristes, organisé par le _Rire_.--Galerie Devambez (43,
+boulevard Malesherbes), jusqu'au _17 mai_: exposition de la Société des
+Intimistes.--Salle Georges Petit (8, rue de Sèze), jusqu'au _15 mai_:
+aquarelles et dessins par A. Devambez; tableaux, aquarelles et études
+par Luigi Loir.--Galerie La Boétie (64 bis, rue La Boétie), jusqu'au _21
+mai_: exposition de la société Le Pastel.
+
+L'EXPOSITION CANINE.--L'exposition canine internationale, organisée par
+la Société centrale pour l'amélioration des races de chiens en France,
+se tiendra sur la terrasse de l'Orangerie des Tuileries du _17_ au _26
+mai_. Elle aura lieu en deux séries: 1° chiens courants français et
+étrangers, bassets et chiens d'arrêt; 2° chiens courants bâtards, chiens
+de berger, de garde, et chiens de luxe.
+
+CONCERTS.--Le _15 mai_, salle Gaveau, en soirée, concert donné par le
+violoniste Jacques Thibaud; à la même date, salle Pleyel, concert du
+«quatuor avec piano (Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux. Jules
+Marneff).
+
+SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _10 mai_, le Tremblay; le _11_,
+Longchamp; le _12_, Saint-Cloud; le _13_, Saint-Ouen; le _14_, le
+Tremblay; le _15_, Longchamp; le _16_, Maisons-Laffitte; le _17_,
+Saint-Ouen.--_Escrime_: le _17 mai_, assaut du cercle Hoche; le _18 mai_
+s'ouvrira, au Jardin des Tuileries, la grande semaine des armes de
+combat organisée par la Fédération parisienne d'escrimeurs.--Automobile:
+les _11_ et _12 mai_ se courra le tour de Sicile (Targa-Florio); du _11_
+au _15 mai_, grand meeting de vitesse organisé par le Club de la Sarthe
+et de l'Ouest, la Flèche, Laval, Tours.--Le _18 mai_, ouverture du 4e
+Salon de l'automobile à Saint-Pétersbourg.--_Boxe_: les grands prix
+amateurs de boxe anglaise se disputeront, les _11_ et _18 mai_, à la
+salle Boisleux, et les mêmes jours, au Boxing Hall.--Le match de boxe
+pour le titre de champion d'Europe, qui devait se disputer à
+l'exposition de Gand le _25 mai_, est remis au _1er juin_.--_Cyclisme_:
+les _17_ et _18 mai_, course Bordeaux-Paris.--Au Parc des Princes, les
+_11_ et _12 mai_, grand meeting de la Pentecôte; grand prix de la
+Pentecôte; course à l'australienne.--_Athlétisme_: courses à pied le _12
+mai_, Racing-Club de France contre South London Harriers; le _18 mai_,
+prix Blanchet.
+
+
+
+LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
+
+DINGO
+
+Le dingo est un chien qui nous vient d'Australie, un chien, à vrai dire,
+ni chien ni loup, mais plutôt loup que chien, et qui tient surtout du
+loup de Russie; à ce détail près--observe sir Edward Herpett, le
+personnage de préface du nouveau livre de M. Octave Mirbeau (1)--à cela
+près «que, n'ayant ni le pelage gris du loup, ni son échine basse, il
+rappelle, sans l'excuse de la faim et même sans un goût très violent
+pour la viande, sa férocité carnassière.» Enfin, le dingo est un loup
+dont l'illusoire ressemblance avec le chien suffit à le faire accepter
+comme chien parmi les bêtes et les gens de notre société organisée. Mais
+il n'en est pas moins que le dingo reste loup et qu'en traversant les
+foules--humaines et animales--ordonnées, policées, civilisées, de notre
+temps, il y demeure un élément de trouble, de contraste, et--pour M.
+Mirbeau--d'études comparatives. Sauvagerie contre civilisation. La bête
+instinctive contre l'homme éduqué. La nature contre l'artifice. Ouvrons,
+à nouveau, parmi les décors de cette époque, la lice des millénaires et
+tenons les paris. M. Octave Mirbeau s'est réservé le soin de tirer la
+philosophie, ou du moins une philosophie, de ce rapprochement et de cet
+antagonisme, et, sans grande hésitation, avec une sorte de joie, il a
+donné comme titre au recueil de ses impressions, observations,
+conclusions, le nom de celui qui, dans ce contact émouvant, lui paraît
+avoir joué le rôle du personnage noble, du héros. Il a donné comme titre
+à son livre le nom de la bête sauvage: _Dingo_.
+
+ [Note 1: _Dingo_, par Octave Mirbeau, Eug. Fasquelle, édit.]
+
+Donc, _Dingo_, récit d'une vie de chien, est surtout une histoire de la
+vie des hommes, des hommes d'aujourd'hui et aussi sans doute des hommes
+de demain; car M. Octave Mirbeau ne semble guère admettre dans
+l'évolution de l'humanité de grandes possibilités de changement, ni
+surtout de perfectionnement. L'homme est grotesque quand il n'est pas
+criminel et criminel quand il n'est pas grotesque. Vous ne le sortirez
+point de là, et il paraît difficile, tout pesé, que jamais l'âme d'un
+homme puisse valoir l'âme d'un chien, voire d'un chien féroce.
+
+Ne vous indignez pas trop contre M. Octave Mirbeau, ni contre son livre.
+D'abord M. Mirbeau a prodigué dans ce livre tout le talent âpre que vous
+aimez en lui, et rarement l'art de la forme a davantage paré la violence
+du fond. M. Mirbeau, vous le savez, est le plus poignant, le plus
+impitoyable des pessimistes satiriques. C'est le pamphlet en une phrase,
+en un mot, en une virgule. Il vous étrangle entre deux tirets et vous
+assomme avec trois points de suspension. Il est à lui seul Juvénal et La
+Rochefoucauld, Diogène et Jean Veber. Mais encore vaut-il mieux ne le
+comparer à nul autre. Mirbeau est Mirbeau sans plus et sans moins. Et
+c'est bien assez pour son compte et pour le nôtre.
+
+La société des hommes, dans le nouveau livre de M. Mirbeau, tient en un
+village de quelque Seine-et-Oise, le village de Ponteilles-en-Barcis. Il
+y a là, d'un côté, tous les représentants de notre organisation
+économique, politique, administrative, militaire, religieuse, ceux de la
+famille, ceux de la communauté et ceux de l'État. Il y a, de l'autre
+côté, Dingo, le chien sauvage. Et le massacre commence. Si M. Mirbeau,
+en ce carnage, épargnait quelqu'un ou quelque chose, cela deviendrait
+tout à fait angoissant, car tels de nous qui ne compteraient point parmi
+les exceptions pourraient se sentir directement et cruellement atteints.
+Mais qu'on se rassure! M. Mirbeau n'épargne rien, ni personne. Il ne
+fait point de quartier. Tout y passe: maréchaussée, justice, finances
+publiques, économie domestique, commerce, littérature, théâtre, science,
+et non point seulement la science officielle consacrée, décorée, mais
+encore la science indépendante, combattue, entravée. Tous y passent,
+depuis le maire jusqu'au garde champêtre, sans oublier le gendarme--qui
+fraude, pour le vendre plus cher, le fumier de la gendarmerie--sans
+oublier l'employé des postes qui, derrière son guichet, pèse les lettres
+et les frappe du timbre «avec une violence précise et comme s'il
+accomplissait un acte de vengeance». Vous devinez bien que ne sont mis
+hors de compte ni le médecin, ni le pharmacien, ni le vétérinaire, ni
+l'Institut Pasteur, «une belle blague!».
+
+Bien entendu, la charité humaine, la solidarité, l'amitié, sont traitées
+comme vous pensez. La bonté, la pitié! Ah! ah! Vous entendez d'ici ce
+rire de M. Mirbeau, ce rire court et sec qui se brise sur les dents et
+vous laisse un froid aux gencives. Et ce qu'il y a de terrible, parfois,
+presque tout le temps même de votre lecture, c'est que vous avez
+vraiment envie de rire avec M. Mirbeau, et du même rire que lui. Et
+pourquoi? Tout simplement parce que tous les personnages types que nous
+voyons réunis à Ponteilles, le village «qui crève d'or» et «se berce de
+rêves atroces», tous ces personnages sont indiscutablement vrais. Nous
+avons lu leurs effroyables histoires, chaque matin, dans les journaux;
+nous avons vu frémir de leurs haineuses colères les grimoires d'avoués;
+nous avons connu leur redoutable sottise et leur lâche fureur quand ils
+composent une foule; et surtout nous avons soupçonné leurs tares, leur
+avidité, leur hypocrisie, et leur facilité à commettre tous les crimes
+que ne sait pas atteindre la justice, et dont, en sa conscience de bête
+sauvage, s'indigne le chien féroce de M. Mirbeau. Car c'est là, au fond,
+tout le secret de la violence justicière de Dingo, qui, lâché au milieu
+de ces appétits, de ces bassesses, inflige à tout le pays de multiples
+et ruineuses expiations. Bien plus. Il nous communique, ce Dingo, et par
+une irrésistible contagion, un peu de sa rage de meurtre. On a comme
+envie de lui crier: «Bravo! Dingo. Continue, Dingo! Pille et tue! Ne
+t'arrête point aux bêtes domestiques, civilisées, elles aussi, les
+pauvres... Sus aux gens, aux habitants, ceux de Ponteilles, jusqu'au
+dernier.»
+
+Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, songé un
+seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-même, que l'humanité de
+Ponteilles était toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas moins
+ravis, d'avoir été conviés par Dingo à nous mirer dans les mares de
+Ponteilles, car, pour nous y être vus un moment, nous les hommes, si
+laids, tellement difformes et à ce point infâmes, nous éprouvons, quand
+c'est fini, cette même impression heureuse que l'on ressent après que
+cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse placé
+devant notre visage. Nous nous savons plus beaux,--et meilleurs.
+
+ALBÉRIC CAHUET.
+
+Voir, dans _La Petite Illustration_, le compte rendu des autres livres
+nouveaux.
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+_Cyrano de Bergerac_, poursuivant son éblouissante carrière, vient
+d'atteindre sa millième représentation sur cette même scène de la
+Porte-Saint-Martin, d'où il s'élança il y a quinze ans vers la gloire. A
+cette occasion, les directeurs de ce théâtre et l'auteur ont offert au
+public parisien une représentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On
+imagine aisément quels enthousiastes applaudissements les ont
+récompensés de ce geste généreux. M. Edmond Rostand, dans une pensée
+délicate, voulant associer à son triomphe l'inoubliable Coquelin aîné,
+avait, la veille, en pleine représentation, fait adresser à la mémoire
+du créateur du rôle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succède, un
+salut profondément émouvant. Les spectateurs privilégiés de cette
+commémoration touchante ont uni, dans une ovation spontanée, le nom du
+grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce
+public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.
+
+La Comédie-Française a enrichi son répertoire de pièces en un acte d'une
+délicieuse petite comédie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet,
+_Venise_, et elle a monté _Riquet à la Houppe_, une des comédies de
+Théodore de Banville où s'affirment le plus brillamment les prestigieux
+dons poétiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie,
+l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fête à
+l'une et à l'autre de ces oeuvres, jouées à ravir, la première par Mlle
+Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair,
+Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Croué.
+
+_Panurge_, représenté à la Gaîté-Lyrique, est la dernière partition
+écrite pour la scène par Massenet. Dans cet opéra-comique, vivant,
+joyeux et pittoresque, le compositeur regretté semble avoir voulu
+renouveler sa manière. Tour à tour allègre, comique, amoureuse,
+sentimentale, sa musique charme et émeut. Le livret, d'une tenue très
+littéraire, est dû à la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et
+Maurice Boukay. Le succès de cette oeuvre a été vif. Il convient d'y
+associer les excellents artistes qui l'interprètent: Mlles Lucy Arbel et
+Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.
+
+A l'Odéon, M. André Antoine a eu l'ingénieuse idée de présenter
+l'_Esther_ de Racine dans une mise en scène inspirée des tapisseries de
+Troy. Les artistes, revêtus de costumes dessinés par M. Ibels,
+reproduisaient les attitudes des personnages imaginés par le célèbre
+peintre, et le décor, dû à M. Paquereau, était une copie fidèle de celui
+qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les
+choeurs.
+
+D'un roman qu'il avait publié dans le Figaro sous le titre _l'Ile
+fantôme_, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comédie-Française, a
+tiré une pièce, _l'Entraîneuse_, jouée avec succès à Bruxelles et
+reprise ces jours derniers au théâtre Antoine. Un musicien, pauvre et
+méconnu, mais encouragé, soutenu, «entraîné» par sa femme, aimante et
+dévouée, n'arrive finalement à faire représenter sa première oeuvre et
+ne parvient par là à la fortune, à la célébrité, qu'au prix d'un
+douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la
+valeur en le tenant secret même lorsque, après le triomphe, son mari la
+délaisse et la trahit. On a applaudi cette pièce qui nous présente une
+étude, très scéniquement composée, d'un intérieur d'artistes; on a
+beaucoup applaudi aussi les interprètes, au premier rang desquels il
+faut citer Mlle Margel, d'une sincérité ardente et pathétique et dont la
+renommée s'accroît légitimement à chaque nouvelle apparition, et un
+débutant--du moins à Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux
+et juste, peut faire prédire à coup sûr le plus bel avenir.
+
+Au théâtre Michel, _Manche Câline_, la comédie de M. Pierre Frondaie,
+est accompagnée hormis quelques jours d'une fantaisie, _Pas davantage_,
+de M. Nozière, tout à fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant
+et badin, que le spirituel auteur a transposé du dix-huitième siècle
+(même quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en
+l'adaptant au goût moderne; une musique facile et d'ailleurs agréable,
+de M. Marcel Lattès, accompagne cette jolie fantaisie.
+
+Le théâtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise du _Bossu_, pièce qui fut,
+il y a juste un demi-siècle, tirée du roman de Paul Féval par l'auteur
+lui-même, aidé du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mélodrame
+historique attendrissant et divertissant, l'un des modèles de ce genre
+qui fit fortune de 1850 à 1865. Dans le rôle de Lagardère, créé par le
+fameux Mélingue, M. Joubé déploie la fougue qui convient au
+chevaleresque et romanesque héros.
+
+La Société des Escholiers, présidée par M. Auguste Rondel, nous a donné
+un intéressant spectacle composé de deux petites comédies la _Bonne
+École_, de M. Jean Hermel, et _Ainsi soit-il_, de MM. Gallo et
+Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. François de Nion,
+_l'État second_; c'est l'exposé curieux, étonnant, d'un cas d'hypnose
+assez rare et exceptionnel, mais traité avec une ingéniosité et une
+sobriété dramatiques qui ont valu à l'auteur de sincères
+applaudissements.
+
+M. Octave Bernard fait représenter en ce moment, au Théâtre Nouveau de
+Belleville, _Mirka la Brune_, soeur cadette des _Deux Orphelines_ et de
+_la Porteuse de pain_. Le public populaire a paru s'intéresser à ce
+drame où, après bien des péripéties émouvantes ou comiques, les méchants
+sont punis et les justes récompensés.
+
+Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs
+portes aux Champs-Elysées sur _la Revue de Marigny_ de MM. Michel Carré
+et André Borde, où défilent, selon l'usage, dans des décors somptueux,
+et en costumes pittoresques et variés, d'innombrables virtuoses de la
+comédie, du chant et de la danse,--et il en est même, comme miss
+Campton, qui cumulent et sont à la fois comédiennes, chanteuses et
+danseuses.
+
+[Illustration: Le transmetteur téléphonique à deux microphones, un pour
+la bouche, un pour le nez.]
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LE TÉLÉPHONE INTENSIF.
+
+La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle
+dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les
+constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement
+la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans
+l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont
+aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les
+constructeurs.
+
+D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle
+aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur
+du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses
+variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que
+possible les variations de la voix.
+
+Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du
+palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes
+s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès
+lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux
+groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans
+les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.
+
+Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se
+distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux
+microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle
+respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à
+l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une
+amplification sonore importante et une netteté de la voix
+particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.
+
+Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au
+moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque
+communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les
+microphones.
+
+A PROPOS DE LA STATION DE TRAPPES.
+
+La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station
+météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait
+voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises
+sur la haute atmosphère.
+
+La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort
+laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à
+assurer le fonctionnement de celle-ci.
+
+Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et
+on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la
+station de Trappes est perdue pour la science.
+
+Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes
+vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M.
+H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de
+Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne
+pouvait accepter.
+
+La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère
+scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée,
+donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut
+intérêt.
+
+Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique
+font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les
+variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter
+sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est
+calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour
+obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour
+l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux
+centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements
+précis.
+
+Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce
+titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État.
+Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de
+la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à
+l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de
+hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les
+recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera
+probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette
+besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile
+aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.
+
+Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la
+science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se
+poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un
+intérêt national.
+
+PRODUCTION D'ENGRAIS AU MOYEN DE L'ALUMINIUM.
+
+Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de
+produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que,
+dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés
+économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se
+doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un
+jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.
+
+On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très
+riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en
+France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a
+constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de
+charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium
+d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme
+engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1
+fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus
+considérable.
+
+Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le
+consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut,
+néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de
+l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un
+développement constant.
+
+De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909,
+pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la
+production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.
+
+L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs
+en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr.
+95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera
+sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.
+
+LA CHALEUR SUPPORTÉE PAR LE CORPS HUMAIN.
+
+L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près
+double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les
+climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment
+une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60
+degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de
+la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient
+couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un
+des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre,
+à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55
+degrés.
+
+Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la
+température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un
+four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une
+température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau,
+c'est-à-dire 100 degrés.
+
+Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent
+les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se
+transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état
+une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.
+
+En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être
+protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps
+humain est capable de supporter une température presque suffisante pour
+cuire une côtelette.
+
+LA PRÉTENDUE SOLIDARITÉ OUVRIÈRE DES FOURMIS.
+
+La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique
+nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz,
+observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces
+insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.
+
+A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à
+répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de
+navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne
+dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à
+la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage
+continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion
+d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la
+miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt
+dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si
+l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à
+toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de
+pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices.
+Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le
+fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un
+travail utile.
+
+D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout
+à prendre le bien du voisin.
+
+BILAN DE GRÈVES.
+
+Une étude documentaire, publiée récemment par le _Times_ sur le
+mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres
+particulièrement intéressants.
+
+L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont
+englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de
+40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent
+des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années
+1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.
+
+L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves,
+961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le
+bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève
+générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total
+des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a
+été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de
+1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période
+1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte
+de plus de 30 millions de journées de travail.
+
+
+
+[Illustration: Gestes du Mexique: la réconciliation officielle et
+publique des généraux Huerta et Orozco, au palais présidentiel de
+Mexico.]
+
+LA POLITIQUE AU MEXIQUE
+
+A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection
+régulière du président de la République mexicaine, les troubles
+renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans
+l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la
+tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent,
+que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général
+Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances
+d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de
+détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les
+scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la
+politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à
+composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons
+publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à
+la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens
+paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois
+agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux
+dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les
+deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais
+présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une
+large accolade, à la mode hispano-américaine.
+
+Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef
+Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou
+ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme
+annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous
+les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils
+qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder
+et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la
+longue présidence de Porfirio Diaz.
+
+
+
+LA TOURNÉE DE M. SILVAIN
+
+C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que
+promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir
+des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une
+longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son
+voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire
+infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner
+Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le
+vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en
+quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique
+chariot de Thespis.
+
+Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est
+poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui
+l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du
+théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en
+collaboration avec M. Jaubert, l'_Andromaque_ d'Euripide, traduite et
+adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de
+laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée,
+Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore
+donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent
+fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre
+une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on
+voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis,
+à Phtie, en Thessalie.
+
+[Illustration: Le sociétaire de la Comédie-Française en voyage: M.
+Silvain.]
+
+[Illustration: Une représentation d'_Andromaque_ (d'après Euripide) au
+théâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de
+Thétis.]
+
+LA TOURNÉE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.--_Photographies C. Nataf._
+
+
+
+LE RAID HIPPIQUE BIARRITZ-PARIS
+
+Le raid hippique des officiers de la réserve et de l'armée territoriale
+avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualités d'endurance
+remarquables; la course de 1913 adonné des résultats tout à fait
+exceptionnels.
+
+L'épreuve comportait le voyage de Biarritz à Paris; mais le trajet de
+Biarritz à Bordeaux constituait un exercice d'entraînement n'appelant
+aucun classement; la véritable course commençait à Bordeaux. Pour la
+première fois, aucune limite de vitesse n'avait été imposée aux
+concurrents. Guidés par une science hippique déjà éprouvée, nos
+officiers purent ainsi demander à leurs chevaux l'effort maximum, et,
+malgré cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivèrent à
+Versailles.
+
+[Illustration: Biarritz-Paris à cheval: le sous-lieutenant Crespiat et
+sa jument _Bibi_.]
+
+La première place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er
+régiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril, à 5
+heur s du matin, arrivait à Versailles le jeudi à 3 heures de
+l'après-midi, ayant couvert exactement 560 kilomètres en quatre-vingts
+heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomètres par jour pendant trois
+jours et demi.
+
+Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de
+Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgouët, Caillât, classés
+immédiatement après le vainqueur, avaient eux-mêmes soutenu un train
+d'environ 140 kilomètres par 24 heures.
+
+
+
+[Illustration: QUAND ON EST DE MAUVAISE HUMEUR, par Henriot.]
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various
+
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913
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+Author: Various
+
+Release Date: January 31, 2012 [EBook #38729]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 10 MAI 1913 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p Class="sml">Ce numéro contient<br>
+lº LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Théâtre nº 6: <span class="sc">Hélène
+Ardouin</span>, de M. Alfred Capus;<br>
+2° <span class="sc">Un Supplément économique et financier</span> de
+deux pages.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>L'ARRIVEE D'ALPHONSE XIII Le roi d'Espagne et le président de la<br>
+République à la gare du Bois de Boulogne.</b></p>
+<br><br>
+
+<h4>NOTRE NUMÉRO DU SALON</h4>
+
+<p><i>Nos lecteurs ont pu constater les nouveaux progrès réalisés dans
+l'édition de notre numéro du Salon. Le nombre des planches hors texte et
+remmargées, en couleurs ou en héliogravure, a été augmenté; presque
+toutes les pages ont été tirées en deux tons et plus de 150 tableaux ont
+été reproduits, donnant une idée d'ensemble assez complète de la double
+exposition de peinture du Grand Palais.</i></p>
+
+<p><i>Malheureusement l'établissement d'un pareil numéro, dont le poids
+atteint un kilogramme, et qui est tiré à 138.000 exemplaires, a
+constitué un travail énorme, pour lequel il était impossible de prendre
+une avance, et qui a dû être mené à bien en quelques jours seulement. Le
+Salon est, en effet, une actualité, et certains tableaux, les plus
+intéressants et les mieux signés, n'arrivent au Grand Palais que dans
+les derniers jours d'avril.</i></p>
+
+<p><i>Bien que nos ateliers se soient fait aider par la plus importante
+maison d'imprimerie et de brochure de Paris, il a été impossible
+d'obtenir l'assemblage et le brochage de plus de 25.000 exemplaires par
+jour. Ces opérations n'ayant pu commencer que le mercredi 30 avril, et
+le jeudi de l'Ascension, puis le dimanche étant jours de chômage légal,
+ce n'est donc que le mercredi 7 mai que le brochage complet a été
+terminé.</i></p>
+
+<p><i>Nos abonnés s'expliquent ainsi le retard qu'ils ont subi dans la
+réception, de leur numéro.</i></p>
+
+<p><i>Notre Salon et notre Noël sont de véritables primes que nous leur
+adressons, deux fois par an. Pour ces albums copieux et luxueux, nous
+leur demandons une tolérance de quelques jours sur les dates fixées.</i></p>
+
+<h4>LA PETITE ILLUSTRATION</h4>
+
+<p>Nous publierons le 17 mai:<br>
+
+<b><i>Servir</i></b><br>
+
+la belle oeuvre de <span class="sc">M. Henri Lavedan</span>, jouée par M. Lucien Guitry au
+théâtre Sarah-Bernhardt.<br>
+
+<b><i>La Chienne du roi</i></b>, un acte du même auteur, qui accompagnait <i>Servir</i>
+sur l'affiche, complétera ce numéro de <i>La Petite Illustration</i>.</p>
+<br><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>LA FUGUE</h4>
+
+<p>Je ne sais pas ce qui a passé dans l'air, et dans tout moi-même. Je
+montais les Champs-Elysées, par un de ces temps si beaux, d'une suavité
+si fine et si tendre qu'aucune phrase échappée du coeur, aucun mot rare
+et choisi, ne seraient capables d'en fournir la plus petite idée!... La
+vie, pour un instant, consentait à se révéler dans sa beauté première,
+et les paradis n'étaient plus perdus. Je m'avançais dans un vertige de
+joie. En une seconde tout était devenu rassurant, clair et délicieux--La
+tristesse? Evanouie! Ah! vieux sortilège du printemps. Toujours le même!
+et toujours si nouveau! Je te reconnaissais à tes bouffées, à ton feu,
+frais et pénétrant, à ce sucre que tu mets dans le sang et dont tu
+saupoudres les lèvres où notre langue le fait fondre, en y savourant un
+goût ressuscité de fleur et de baiser. Tout ce qui allait, venait, tout
+ce qui me croisait et m'appelait semblait y dépenser exprès une
+incroyable allégresse. On mettait à marcher, à courir, à voler à son
+but, une hâte gaie. Et il y avait aussi dans cette activité comme une
+soif d'évasion. Rien ne bougeait qui ne le fît avec des façons de
+partir. Et de cette course dirigée, de ces impatiences, de ces élans
+pris tout à coup vers une invisible fontaine, de cette précipitation
+fiévreuse, élégante et frivole, de la candide volupté du ciel et de la
+douceur des arômes et des caresses de la brise, de tout ce grand
+étourdissement que rien ne peut exprimer qu'un soupir, un soupir
+d'extase découragée, de tout cela sortait et se formait une idée
+haletante, impérieuse, prompte, résumée par ce mot bref: la fugue.</p>
+
+<p>Oui, la Fugue! Elle était partout. On la respirait, on la buvait. Elle
+traversait de part en part les cerveaux comme une flèche de laque rouge.
+Elle filait et sifflait avec le cri pointu et arraché de l'hirondelle et
+les poumons se dilataient pour avaler plus de vent. La Fugue!
+C'est-à-dire fuite. Fuir, mais fuir sans frayeur, sans craindre de se
+retourner,... et fuir en avant, bondir dans le temps et l'espace, et
+partir... oh! pas tout à fait, «partir un peu» seulement, en sachant
+bien qu'on reviendra. Que ce mot renferme d'attraits, qu'il secoue de
+charmes! Qu'il fait flotter de beaux rubans! Il a les diverses couleurs
+de la décision, de la brusquerie, du caprice et du rêve. Il est preste,
+aimable, et tout trépidant d'impromptu. En le lançant pour le rattraper,
+tel qu'un jongleur qui taquine une boule d'or, nous voilà déjà sur une
+pointe de pied ainsi que des masques de comédie italienne et des noms de
+ville, qui sont à eux seuls des carillons de bonheur, nous tintent aux
+oreilles: des Naples, des Florence, des Rome, des Grenade. Nous perdons
+la tête... à nous retrouver dans la glace avec nos yeux d'hier, si
+hardis de jeunesse, car nous sommes toujours jeunes, quel que soit notre
+âge, tant que nous ranime et nous prend cette printanière folie du
+départ. Les vieillards n'ont pas de fugue.</p>
+
+<p>Mais, dès qu'elle est en nous, la fugue nous remplit. Elle parle, avec
+une voix défaillante de rendez-vous, ou bien elle chante... elle exhale
+en une amoureuse langueur des refrains de vieilles romances, des tours
+Saint-Jacques écoutées les yeux mi-clos, la main sur la poitrine, en
+modulant des souvenirs. Ou bien elle commande: «Allons! pars! obéis!...
+Va-t'en...! Laisse là, pour un jour, ta chambre et ta maison... et viens
+avec moi, prends ma main, ma main qui brûle et veut s'enfoncer dans la
+tienne. En route! Je suis la fugue.»</p>
+
+<p>--Mais où irons-nous? Peu importe. Jamais bien loin pourtant, car la
+fugue est rapide, et, comme le plaisir d'amour, ne dure qu'un moment.
+Ses minutes sont comptées d'avance. Elle est faite d'une joie dévorante
+et pressée, comme dérobée, volée à l'étalage. Ainsi, que ce soit ici ou
+là, en un pays étranger tout proche, ou dans un coin de France, la fugue
+sera folle et presque irréfléchie, un billet de bonheur d'aller et
+retour. Nous partirons tels que nous sommes, sans autres bagages que
+nous, et, pour plus de logique, nous devrions être nu-tête, ainsi que
+pour la récréation, quand nous étions enfants. Ah! cette joie de
+s'échapper, de «s'enlever» soi-même comme si l'on s'emportait et se
+prenait en croupe, afin de galoper ailleurs! Et n'est-ce pas, en dehors
+du printemps, par toute saison, le besoin perpétuel de l'homme, agité
+sans cesse d'autre chose?</p>
+
+<p>Le lecteur sédentaire qui reste des longues journées plongé dans le
+livre et qui ne sent plus glisser et couler sur lui le sable des
+minutes, s'imagine, parce qu'il demeure assis dans le même fauteuil,
+qu'il ne change pas de place,... il en change constamment, il n'est
+jamais là où nous croyons et où il croit être... il se dévore en
+perpétuelles fugues et le volume, le chapitre, la page, la ligne et le
+mot l'emportent loin du monde. On peut même dire, sans se tromper, que
+les immobilisés sont les plus grands fugaces. Tous ceux que retient une
+chaîne ne cherchent qu'à la tendre et veulent la briser... ou l'alléger
+alors et la supprimer par les escapades de l'esprit. Les grands chemins
+parcourus sont ceux que, du fond d'un siège usé, combine et recommence
+le paralytique. Le sommeil est la fugue nécessaire imposée par la
+tyrannie de la nature, et l'insomnie est une espèce d'échappement
+maladif et tourmenté de la pensée.</p>
+
+<p>Prenez la vie, la vie quotidienne; vous y verrez que, du matin au soir,
+tout n'est que fugue ininterrompue, sans répit. Les courses, les
+visites, les besognes, les prétendues obligations, tous les plaisirs,
+toutes les affaires, graves ou sans conséquences,... fugues... fugues.
+La prière en est une et le baiser une autre. La charité, l'exercice du
+devoir, le sacrifice et le dévouement sont des fugues... car rien de
+tout cela ne s'opère dans le calme ni la lenteur. Il faut de la fièvre
+et de la poussée en tout ce que l'on fait avec un grand désir, et
+l'ardeur a pour loi d'être toujours rapide. Les voyages sont de vastes
+fugues, et les absences de petites. Et aussi les ivresses et les
+recueillements. Et à chaque minute, à chaque seconde, la fugue est là
+qui, se jetant dans les roues d'une autre, nous dérange et nous ravit,
+en plein travail, au milieu de la conversation, pendant le morceau de
+piano, quand le comédien parle au théâtre, ou qu'au salon chante la
+femme, à tout moment, à tout venant...</p>
+
+<p>Nos goûts et nos appétits... Nos courses chez les antiquaires, fugues
+dans le passé, randonnées dans les plaines du vieux temps... chasses à
+travers les forêts de l'histoire... Comme on se dit tout à coup, avant
+le dîner: «Une idée... Si nous allions à Versailles... ou simplement au
+Bois... le tour des lacs, et puis nous rentrerons,...» l'altéré
+d'autrefois se prescrit soudain: «Une idée... si nous allions
+aujourd'hui, tout de suite au quinzième? Non... au dix-huitième?...» Ou
+bien il pense: «Demain j'irai à l'Empire» comme on décide: «Je pars pour
+Anvers.» Et tout cela, tout ce qui est fugue a pour caractère aussi de
+s'accomplir dans une sorte de joie et de contentement vif et soutenu...
+Il n'existe pas de fugues tristes, de fugues d'ennui. Ces mots-là ne
+vont pas ensemble, tandis que fugue amoureuse est, au contraire, une
+locution qui semble tout particulièrement juste et réussie. Venise,
+Séville, sont des villes qui n'ont pour raison d'être que de marquer les
+points et les étapes des fugues passionnées, et le bon dimanche
+hebdomadaire, avec son repos honnête, ou ses risibles tours du monde de
+banlieue, est la fugue des pauvres gens, des travailleurs de semaine.</p>
+
+<p>Ainsi de fugue en fugue, de balade en balade de nos pensées et de nos
+coeurs qui nous lâchent, nous trompent, nous faussent compagnie,
+s'échappent toujours, et ne sont du matin au soir qu'en partance, nous
+gagnons, sans nous en apercevoir, en la redoutant, l'heure de la mort,
+la dernière fugue. Et quand je dis: la dernière! Qui sait? Quelles
+fugues nous attendent? Les immenses fugues d'après la vie...<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Henri Lavedan.</span></span></p><br>
+
+<p><i>(Reproduction et traduction réservées.)</i></p><br><br>
+
+<h3>LE ROI D'ESPAGNE A PARIS</h3>
+
+<p><i>Notre confrère M. Raymond Recouly, le brillant rédacteur des articles
+de politique étrangère au</i> Figaro, <i>reçu en audience au palais de Madrid
+par le roi Alphonse XIII avant son départ pour Paris, a pu longuement
+s'entretenir avec lui de toutes les questions qui intéressent et
+rapprochent la France et l'Espagne, des relations unissant les deux
+pays, de leur oeuvre commune au Maroc. Le</i> Figaro <i>a reproduit ces
+déclarations. M. Raymond Recouly, dans l'article qu'on va lire, trace
+pour nos lecteurs, d'après ses impressions personnelles, un vivant
+portrait du souverain qui a été, cette semaine, notre hôte.</i></p>
+
+<p>Sa Majesté Alphonse XIII, roi d'Espagne, est assurément, et de beaucoup,
+le souverain étranger le plus populaire en France, depuis la mort
+d'Édouard VII. Dans notre pays où l'on apprécie par-dessus tout la
+crânerie et la bravoure, qui donc se montra aussi brave, aussi crâne que
+lui? Les «risques du métier royal» ne sont pour aucun autre aussi
+grands, aussi quotidiens que pour lui. Il les assume avec un sang-froid,
+un calme, une tranquillité parfaits, dédaigneux des lettres de menace
+qui lui parviennent par centaines, refusant obstinément de modifier,
+sous aucun prétexte, quoi que ce soit du programme des cérémonies.</p>
+
+<p>C'est chez nous, au cours de son premier voyage officiel, à Paris, en
+1905, qu'il reçut, si l'on peut dire, le baptême du feu. On sait sa
+fière contenance au moment de l'attentat de la rue de Rohan, le jeune
+roi, debout dans la voiture, disant à l'escorte, avec un geste calme:
+«Ce n'est rien, messieurs, rassurez-vous!» puis se penchant hors de la
+portière et agitant son casque à long plumage blanc pour montrer aux
+personnes de sa suite qu'il n'avait aucun mal.</p>
+
+<p>Juste une année plus tard, jour pour jour, au retour de l'église où
+venait d'être célébré son mariage avec la princesse Ena de Battenberg,
+ce fut l'effroyable attentat de la calle Mayor. L'anarchiste Morales, du
+second étage qu'il avait tranquillement loué, sans que nul cherchât à le
+surveiller et à l'inquiéter, jette une énorme bombe dissimulée dans un
+bouquet de fleurs sur le carrosse de gala où se trouvent le roi et la
+reine. Depuis quelque temps, le <i>sereno</i>, le pittoresque veilleur de
+nuit, dans les rues madrilènes, avait remarqué un homme qui, du haut
+d'un balcon, lançait des oranges dans la rue: c'était Morales qui se
+faisait la main et s'entraînait à ne pas manquer son coup. La bombe tua
+ou blessa une quarantaine de personnes. Le couple royal, par le plus
+extraordinaire des miracles, n'eut pas la plus légère blessure.</p>
+
+<p>Et il y a quelques semaines à peine, tandis que le roi, précédant un
+imposant cortège d'officiers, de généraux, s'en revenait à cheval du
+champ de manoeuvres où les recrues avaient prêté le serment, un homme
+s'approche et lui tire, à bout portant, trois coups de revolver que,
+seule, sa merveilleuse présence d'esprit lui permet d'éviter.</p>
+
+<p>Comment refuser son admiration à un courage si tranquille, à une si
+parfaite maîtrise de soi?</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Il ne tiendrait pourtant qu'au roi, s'il laissait prendre les
+précautions que son entourage ne cesse de lui demander, de diminuer,
+dans une proportion considérable, les dangers auxquels il s'expose. On
+le supplie, par exemple, de sortir toujours encadré d'une escorte qui
+tiendrait à une certaine distance la foule. Il s'y est jusqu'ici
+obstinément refusé. A tout instant, au cours des cérémonies ou des
+voyages, il est accoutumé à recevoir des placets et des suppliques que
+les intéressés, ayant toute liberté de s'approcher, lui tendent de la
+main à la main. Le moyen, dans ces conditions, d'organiser une
+surveillance tant soit peu efficace?</p>
+
+<p>Les Espagnols ont un proverbe qui revient dans leur bouche très
+fréquemment: <i>Lo que debe ser no puede faltar</i> (ce qui doit être ne
+saurait manquer).</p>
+
+<p>Il y a quelques traces de cette résignation dans la bravoure insouciante
+et un peu fataliste du roi. Il y a ce sentiment que, quoi qu'on fasse,
+en dépit des mesures les plus minutieuses, les plus strictes, la part
+d'imprévu restera malgré tout très grande. Et, alors, à quoi bon?
+Pourquoi donc se gâter, s'empoisonner l'existence? Ne vaut-il pas mieux
+s'en remettre un peu à la Fortune qui s'est montrée et qui continuera,
+souhaitons-le, à se montrer si bienveillante envers un homme ignorant
+absolument ce que c'est d'avoir peur?</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Dans son magnifique et imposant palais de Madrid, la suprême parure de
+sa capitale, j'ai eu tout récemment l'honneur d'être reçu, en audience
+particulière, par Sa Majesté Alphonse XIII. Les grandes cours
+spacieuses, les longs couloirs où se tiennent, immobiles, des
+hallebardiers, pleins de prestance, les salons où des tapisseries
+inestimables, les plus belles qui soient au monde, voisinent avec les
+portraits de Goya, tout cela proclame les longs siècles de gloire de
+cette puissante monarchie espagnole.</p>
+
+<p>Et, certes, le contraste n'est pas petit entre ce vieux palais et ce
+jeune souverain, l'un, représentant la fière Espagne obstinément
+attachée à ses traditions et comme murée dans son originalité, l'autre,
+épris au contraire de toutes les nouveautés.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br>
+Cte de Romanonès.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S. M. Alphonse XIII.<br>
+<b>Le roi d'Espagne et son président du Conseil.</b></p>
+
+<p>De haute taille et très élancé, le regard vif, le geste prompt, avec une
+extraordinaire souplesse de mouvements qui dénote un corps entraîné à
+tous les exercices, à toutes les fatigues, le roi donne une grande
+impression de vigueur et de santé. Tout ce qu'on a raconté sur sa faible
+constitution, sur les maladies qui le guettent, doit être décidément
+relégué au rang des fables. Le régime minutieux et bien réglé auquel il
+fut soumis dès sa naissance, les soins vigilants de la plus dévouée des
+mères, le grand air, la pratique des sports, ont fait merveille.</p>
+
+<p>Il faut une santé peu commune pour déployer une si prodigieuse activité,
+pour mener, sans défaillance, une existence aussi bien remplie. Les
+affaires publiques, les conseils de ses ministres, les réceptions, les
+audiences, la chasse, le yachting, l'automobile, etc., le roi prétend
+conduire tout cela de front. Il est notamment un enragé joueur de polo.
+Il y a quelque temps de cela, au cours d'une partie très mouvementée,
+son poney s'abattit et la tête de celui qui le montait vint donner si
+rudement sur le sol qu'Alphonse XIII demeura plus d'un quart d'heure
+évanoui. Sa famille, son entourage, que cet accident avait remplis
+d'inquiétude, désireux d'en éviter un pareil à l'avenir, le suppliaient
+de renoncer pour toujours au polo. «C'est une des choses qui m'amusent,
+qui me récréent le plus, répondit le roi. Pourquoi donc voulez-vous
+m'imposer pareille privation? La vie n'est plus possible si, par crainte
+des accidents, il faut renoncer à tout ce qui en fait le charme!»</p>
+
+<p>Le roi est également passionné pour l'automobile. Il est un excellent
+chauffeur et il adore conduire lui-même. Au moment de son mariage, les
+automobilistes espagnols et étrangers lui offrirent une fête au Pardo,
+durant laquelle il fut accueilli par des acclamations enthousiastes. On
+m'a raconté, à cet égard, une anecdote assez curieuse. Alphonse XIII,
+toujours désireux d'essayer de nouvelles machines, en achète un très
+grand nombre dont il se défait ensuite assez rapidement. L'une d'elles
+ne lui donnant qu'une médiocre satisfaction, il avait chargé son
+mécanicien de la vendre à n'importe quel prix. Quelques jours après,
+comme il courait les routes, aux environs de Madrid, il aperçoit de loin
+une voiture en panne; à mesure qu'il s'approche, il reconnaît que c'est
+celle dont il s'est débarrassé; par-dessous, étendu à plat ventre, dans
+la poussière, soufflant et geignant, le malheureux acquéreur essayait,
+mais en vain, de réparer ce qui était irréparable. Que faire? Le roi,
+relevant son col et rabattant sa casquette, passa à la quatrième
+vitesse!...</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Au cours du long entretien qu'il m'accorda, Alphonse XIII me parla du
+Maroc où l'Espagne et la France possèdent des intérêts solidaires et
+défendent la même cause. Son grand désir est que l'action des deux pays
+soit concertée, de manière à ce que les efforts, les sacrifices de l'un
+bénéficient des efforts, des sacrifices de l'autre. Il me parla surtout
+de l'armée, de la nôtre et de la sienne. Il connaît un certain nombre de
+nos officiers; nul, plus que lui, ne rend hommage à leurs rares
+qualités, à leur énergie, à leur abnégation. Par ses soins, sous son
+impulsion de tous les jours, l'armée espagnole est en train de subir une
+très importante réorganisation qui aura pour effet d'accroître
+sensiblement son nombre et sa valeur. Le service obligatoire vient
+d'être institué; on a supprimé la faculté des remplacements et des
+rachats qui éloignaient de la caserne l'élite du pays, tous les jeunes
+gens des classes bourgeoises et aristocratiques.</p>
+
+<p>D'ailleurs, ce n'est pas seulement dans l'armée qu'on peut constater de
+très sérieux progrès. Au point de vue économique, pour ce qui est du
+calme, de la tranquillité du pays, de la solidité du régime, les
+améliorations sont indéniables. Quiconque revient maintenant en Espagne,
+après un intervalle de quelques années, note, à tout instant, les
+heureux résultats de ces améliorations. L'accroissement de la population
+est considérable, en dépit d'une émigration intense dans l'Amérique du
+Sud, en Algérie, au Maroc. Cette émigration n'appauvrit point le pays
+autant qu'on pourrait le croire: un assez grand nombre d'émigrés
+retournent dans la mère patrie, après fortune faite. Ils y apportent
+leurs capitaux, leur activité, leur intelligence qui s'est ouverte aux
+choses de l'étranger. La politique espagnole se fait plus stable et plus
+saine. Or, l'un des facteurs de cette politique, le facteur essentiel,
+c'est la personnalité, la popularité du roi. De cela, tous les Espagnols
+qui sont sincères, tous les étrangers connaissant bien l'Espagne sont
+unanimes à convenir.</p>
+
+<p>En même temps qu'elle développe aussi sa puissance et sa richesse,
+l'Espagne éprouve tout naturellement le désir, le besoin de sortir de
+son isolement. Elle veut ne plus rester isolée, confinée dans sa
+péninsule. La majorité des hommes politiques et du public incline
+nettement vers une entente plus étroite avec l'Angleterre et la France.</p>
+
+<p>Le roi Alphonse XIII, par tout ce qu'on sait de son orientation, de ses
+sympathies personnelles, ressent beaucoup plus vivement qu'aucun de ses
+sujets ce désir-là. C'est justement ce qui donne à son séjour parmi nous
+une importance, une signification exceptionnelles. C'est une raison de
+plus pour qu'on se réjouisse de l'accueil si chaleureux que Paris vient
+de faire à ce très sympathique et très attachant souverain!<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Raymond Recouly.</span></span></p><br><br>
+
+<p><i>Ce numéro étant mis sous presse peu d'heures après l'arrivée du
+souverain à Paris, c'est dans le suivant que nous pourrons rendre compte
+des visites royales à Fontainebleau et à Saint-Cyr.</i></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"><br>
+<b>La revue de la garnison de Paris, sur l'esplanade des<br>
+Invalides: le général Michel ouvre le défilé et salue la tribune
+officielle.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003b.png"><br>
+<b>LES FÊTES MILITAIRES EN L'HONNEUR DU ROI D'ESPAGNE.--A<br>
+Fontainebleau: l'inspection des officiers de l'École d'artillerie.</b></p>
+
+<p>Mercredi, jour de l'arrivée du roi d'Espagne à Paris, les acclamations,
+très chaleureuses, se sont partagées entre le souverain, notre hôte, le
+président de la République française et les troupes de la garnison de
+Paris, qui, mise tout entière sur pied, des Champs-Elysées aux
+Invalides, défila ensuite sur l'Esplanade devant le souverain. Le
+lendemain, jeudi, qui fut la journée de Fontainebleau, Alphonse XIII
+reprit contact avec notre armée que, cette fois, on lui présenta en
+manoeuvre d'abord dans la vallée de la Solle où évoluèrent deux brigades
+de cavalerie, ensuite au polygone où furent exécutés d'intéressants
+exercices d'artillerie en campagne.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br>
+<b>LE DISCOURS DE M. BARTHOU A CAEN.--«... Notre grand pays
+veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec sa fierté et sa
+dignité, non la paix née de la peur!»<br>
+
+A la droite de M. Barthou: M. Perrotte, maire de Caen; M. Klotz,
+ministre de l'Intérieur; M. Hendlé, préfet du Calvados; à sa gauche: M.
+Pichon, ministre des Affaires étrangères; M. Chéron, ministre du
+Travail, député du Calvados.--</b><i>Phot</i>. Matin.</p>
+
+<p>Dimanche dernier, à Caen, au banquet organisé en l'honneur du Congrès
+des Petites Amicales d'instituteurs et des oeuvres postscolaires, M.
+Louis Barthou, président du Conseil, a prononcé le grand discours que
+l'on attendait de lui à la veille de la rentrée des Chambres et auquel
+les graves problèmes à résoudre d'urgence, tels que la loi militaire et
+la loi électorale, en même temps que les inquiétudes internationales de
+l'heure présente, devaient donner une portée exceptionnelle.</p>
+
+<p>Donc M. Louis Barthou a été très écouté, et il a été aussi très
+applaudi, car on lui a su gré de se placer résolument sur le terrain
+national. Le président du Conseil, en effet, dans un éloquent appel au
+pays, a insisté avec force sur le devoir national qu'impose à tous la
+situation extérieure. Et, constatant l'élan et l'union patriotiques qui
+se sont manifestés, chez nous, aux heures graves, il a pu dire:</p>
+
+<p>«Ce grand pays veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec
+sa fierté et sa dignité, non la paix née de la peur.»</p>
+
+<p>D'où la nécessité de renforcer nos effectifs par le service de trois
+ans:</p>
+
+<p>«Il ne s'agit pas de céder à une sorte de folie contagieuse des
+armements. Il s'agit de se défendre... Quand le devoir prend la forme
+d'un intérêt national, il faut tout simplement faire son devoir. Ce
+devoir, le gouvernement l'accomplit en affirmant, dès maintenant, sa
+volonté de maintenir sous les drapeaux la classe libérable au 1er
+octobre prochain.»</p>
+
+<p>Avant de faire ces importantes déclarations, le président du Conseil,
+envisageant la situation politique intérieure, avait affirmé: «La
+République ne peut pas désarmer devant ses adversaires, mais nous nous
+refusons à des agressions ou à des vexations indignes de républicains
+conscients de leurs devoirs et de leur force.»</p>
+
+<p>Enfin, parlant de la loi électorale, M. Louis Barthou a déclaré
+nettement que, «s'il dépend du gouvernement, la consultation électorale
+de 1914 ne se fera pas au scrutin d'arrondissement.»</p>
+<br><br>
+
+<h3>COMPLICATIONS BALKANIQUES</h3>
+
+<h4>LES DIFFICULTÉS DU PARTAGE ENTRE LES ALLIES<br>
+
+ET LA QUESTION D'ALBANIE</h4>
+
+<p>La question de Scutari est en voie de règlement, mais l'éventualité
+d'une occupation de l'Albanie par l'Autriche-Hongrie et l'Italie n'est
+pas encore définitivement écartée et un très grave problème reste ainsi
+posé devant l'Europe. Comme on va voir, il est en connexion étroite avec
+celui du partage entre les alliés des territoires conquis par eux sur
+les Turcs.</p>
+
+<p>Quelles seraient d'abord les conséquences générales d'une installation
+austro-italienne en Albanie, que personne n'aurait la naïveté de
+supposer devoir être provisoire? Les unes sont évidentes, les autres
+presque inévitables.</p>
+
+<p>Conséquences certaines: l'anéantissement de l'oeuvre de la Conférence de
+Londres qui a décidé le principe d'une Albanie autonome sous le contrôle
+et la garantie des six grandes puissances; la destruction de l'équilibre
+naval adriatique et, par conséquent, méditerranéen, ce qui porterait un
+préjudice grave à la France et à l'Angleterre; l'abandon du principe:
+«Les Balkans aux peuples balkaniques», qui, depuis la guerre d'Orient, a
+été la base de l'entente européenne.</p>
+
+<p>Conséquences presque inévitables: par l'effet de la violation du
+principe: «les Balkans aux peuples balkaniques», la nécessité pour les
+voisins de l'Albanie, les Monténégrins, les Serbes et les Grecs, de
+s'opposer par la force à l'occupation austro-italienne (or, l'idée de
+derrière la tête des Autrichiens est de trouver un prétexte pour écraser
+la Serbie sans que la Russie intervienne); l'ouverture de la «politique
+des compensations» entre les grandes puissances aux dépens de la Turquie
+asiatique. En effet, si deux grandes puissances européennes,
+l'Autriche-Hongrie et l'Italie, s'agrandissaient aux dépens de la
+Turquie d'Europe, tous les précédents historiques obligeraient à
+envisager que les quatre autres grandes puissances, la Russie,
+l'Allemagne, l'Angleterre et la France, voudraient obtenir des avantages
+compensateurs qui ne pourraient être trouvés qu'aux dépens de l'empire
+ottoman d'Asie.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005b.png"><br><b>Écoles, églises et monastères grecs en Epire.<br>
+
+<img alt="" src="images/005b-1.png"> Tracé de frontière demandé par la Grèce.<img alt="" src="images/005b-2.png"> Tracé de
+frontière proposé par l'Italie.
+
+<img alt="" src="images/005b-3.png"> Ancienne frontière grecque. <img alt="" src="images/005b-4.png"> Siège de Métropolite grec. <img alt="" src="images/005b-5.png">
+Villages grecs pillés
+
+et incendiés par les Albanais. <img alt="" src="images/005b-6.png"> Écoles grecques. <img alt="" src="images/005b-7.png"> Eglises. <img alt="" src="images/005b-8.png"> Monastères
+grecs.<br>
+
+<img alt="" src="images/005b-9.png"> Écoles, églises, monastères grecs laissés hors du tracé de
+frontière demandé par la Grèce, dans la région au nord de Valona et à
+l'ouest de Berat.</b></p>
+
+<p>Enfin, et c'est le point sur lequel nous allons insister, l'intervention
+austro-italienne en Albanie pourrait déterminer une rupture décisive de
+l'entente balkanique ou, au contraire, aider à la solution des
+difficultés du partage entre les alliés.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Il est bien connu que des dissentiments graves existent à cet égard
+entre les Serbes, les Grecs et les Bulgares, enthousiasmés par l'étendue
+de leurs victoires qui ont dépassé toutes leurs prévisions.</p>
+
+<p>Précisons donc les raisons des conflits d'intérêt entre les alliés afin
+de discerner, en relation avec le projet d'intervention austro-italienne
+en Albanie, quelles transactions sont susceptibles de permettre le
+maintien du bloc balkanique.</p>
+
+<h4>LES PRÉTENTIONS GRECQUES</h4>
+
+<p>Elles ont trait à la fois à l'Epire, à la Macédoine et aux îles de la
+mer Égée.</p>
+
+<p>En Epire, la Grèce se heurte à l'Italie. Les cartes ci-dessous et
+ci-contre montrent à quel point les divergences sont grandes entre les
+gouvernements de Rome et d'Athènes, combien, par conséquent, les Grecs
+doivent être émus par le projet d'intervention italienne dans le sud de
+l'Albanie et dans la région même qu'ils revendiquent. Forts de leur
+droit, ils déclarent formellement qu'ils considèrent leurs conquêtes
+comme définitives et que, si l'Italie veut les chasser d'Epire, ils
+résisteront par la force. «D'ailleurs, disent-ils, la partie de l'Epire
+que nous revendiquons est habitée par une forte majorité hellène. Qu'on
+fasse un plébiscite, on verra bien.» Le carton ci-dessous indiquant les
+nombreuses écoles, églises et monastères qu'ils ont en Epire suffit à
+démontrer que les Grecs ne courent aucun risque en proposant une
+consultation des populations et à quel point les prétentions italiennes
+sont injustifiées.</p>
+
+<p>Le différend qui existe entre les Hellènes et les Bulgares est également
+très dangereux.</p>
+
+<p>Pour les Grecs, il y a deux questions qui ne se posent même pas: celle
+de la péninsule chalcidique qui est entièrement grecque et celle de leur
+maintien à Salonique (Thessalonique en grec).</p>
+
+<p>«Aucun traité avant la guerre n'a réglé entre nous et les Bulgares,
+disent les Grecs, le partage des territoires conquis; nous avons pris
+Salonique les premiers. Cette ville est placée dans notre sphère
+d'action géographique. Nous prétendons y rester. Notre roi Georges, en
+mourant à Salonique, a consacré définitivement cette cité terre
+hellénique. Nous occupons la ville avec près de cent mille hommes qui,
+actuellement, se retranchent stratégiquement aux alentours. Si les
+Bulgares veulent nous en chasser, il faudra qu'ils agissent par la
+force.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>Maximum des prétentions grecques.</b><br>
+<span class="sml">
+Le grisé indique la région que réclame la Grèce et que lui contestent<br>
+l'Italie d'une part, la Bulgarie et la Serbie de l'autre.--Pour la<br>
+signification des lignes de points, traits et croix, se reporter à la<br>
+carte générale plus haut.</span></p>
+
+<p>Remarquons encore que les prétentions helléniques dépassent de beaucoup
+Salonique. En principe, les Grecs les soutiennent ainsi. «L'extension de
+la Bulgarie en Thrace va aller bien au delà de tout ce que l'on pouvait
+supposer. Puisque nous allons abandonner aux Bulgares 400.000 Grecs, au
+moins, sans aucun espoir de retour, au nom de l'équilibre balkanique,
+nous devons avoir une compensation importante en Macédoine.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005c.png"><br><b>Iles qui faisaient partie de l'empire turc, actuellement
+occupées par l'Italie (noms soulignés d'un trait-double) ou par la Grèce
+(noms soulignés d'un trait simple).</b><br>
+<span class="sml"> Les premières comptent, sur 118.000
+habitants. 102.000 habitants grecs (25.000 à Rhodes, 18.000 à Kolymnos,
+16.000 à Symi, 10.500 à Kos, etc.) et 16.000 Musulmans; les secondes,
+sur 325.000 habitants, 300.000 Grecs (115.000 à Mytilène, 70.000 à Chio,
+47.000 à Samos, 24.500 à Lemnos, 12.000 à Thasos, 12.500 à Nikaria,
+etc.), et 25.000 Musulmans.</span></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006small.png"><br><a href="images/006large.png">(Agrandissement)</a><br><b>Carte montrant les difficultés du partage, entre les
+alliés balkaniques, des territoires conquis.</b><br>
+
+<img alt="" src="images/006-01.png"> Frontière extrême demandée par la Grèce en Epire et en
+Macédoine <img alt="" src="images/006-02.png"> Frontière gréco-albanaise proposée par l'Italie. <img alt="" src="images/006-03.png">
+Transaction qu'accepterait la Grèce en Macédoine.
+
+<img alt="" src="images/006-04.png"> Frontière que le traité serbo-bulgare reconnaissait à la
+Serbie <img alt="" src="images/006-05.png"> Frontière serbo-bulgare soumise à l'arbitrage de
+l'empereur de Russie <img alt="" src="images/006-06.png"> Frontière proposée par la Serbie.
+
+<img alt="" src="images/006-07.png"> Frontière que le traité serbo-bulgare reconnaissait à la
+Bulgarie <img alt="" src="images/006-08.png"> Frontière extrême réclamée par la Bulgarie. <img alt="" src="images/006-09.png">
+Frontière albanaise proposée à Londres.
+
+<img alt="" src="images/006-10.png"> Anciennes frontières des Etats balkaniques.</p>
+
+<p>Partant de ce point de vue, le gouvernement d'Athènes, au cours des
+hostilités, a proposé à celui de Sofia comme base de partage des
+territoires gréco-bulgares une ligne partant à l'est de Kavala et
+passant ensuite par Drama, Demir-Hissar, laissant au sud le lac de
+Dorijan, puis Monastir, pour aboutir à peu près au milieu du lac
+d'Okrida. Il est évident que ce tracé exprime un maximum des prétentions
+grecques qui n'a d'ailleurs aucune chance d'être accepté par la
+Bulgarie. On le sait bien à Athènes, aussi a-t-on en vue deux
+transactions. L'une est indiquée par une ligne partant du fond du golfe
+d'Orfano, passant au-dessus du lac de Dorijan et s'infléchissant ensuite
+au sud de façon à laisser Monastir aux Serbes pour aboutir au milieu du
+lac de Prespa. Enfin, ultime transaction, dont les Grecs ne parlent
+encore que sans précision, les Hellènes se contenteraient d'avoir autour
+de Salonique un territoire suffisamment étendu pour assurer la défense
+stratégique de la ville. Mais c'est là, semble-t-il, le minimum
+irréductible des prétentions des Grecs. «Sinon, disent-ils, nous
+subirons s'il le faut la guerre.»</p>
+
+<p>A la vérité, étant donné la tension des esprits, il suffirait d'un
+incident fâcheux pour compliquer encore la situation. A Nikaia, il y a
+peu de temps, un véritable combat s'est engagé entre Grecs et Bulgares;
+et, dans le triangle Sérès, Kavala, golfe d'Orfano, les troupes des deux
+pays alliés sont toujours en contact dangereux, les Bulgares occupant le
+nord du triangle et les Grecs toute la partie sud bordant la mer.</p>
+
+<p>A propos des îles, les Grecs ont affaire aux grandes puissances. Aucune
+difficulté en ce qui concerne la Crète; elle leur est accordée. Mais ils
+réclament, en outre, la possession définitive de toutes les îles de la
+mer Egée, y compris celles occupées par l'Italie pendant la guerre de
+Tripolitaine. Comme ils ne peuvent pas agir directement contre les
+Italiens pour les expulser, les Grecs s'en remettent à l'action de la
+Triple Entente, qui a déjà exprimé l'opinion que ces îles devaient
+revenir à la Grèce, comme ayant une population grecque. Quant aux îles
+occupées par la Grèce et qui se trouvent près de la Turquie d'Asie et
+des détroits, les puissances de la Triple Alliance les refusent à la
+Grèce sous prétexte de ne pas mettre en danger la puissance turque en
+Asie, mais les Grecs font remarquer que ces îles ont une population
+hellène et que ce sont les seules qui présentent pour eux un réel
+intérêt, puisque, en dehors de ces îles, il ne s'agit que de quelques
+rochers inhabités. Deux îles surtout tiennent au coeur des Hellènes:
+Mytilène, avec 115.000 Grecs, et Chio avec 70.000.</p>
+
+<h4>LES PRÉTENTIONS SERBES</h4>
+
+<p>Le conflit entre Serbes et Bulgares est aussi aigu que celui entre Grecs
+et Bulgares. Il est rendu plus délicat encore par l'existence d'un
+traité d'alliance sur l'interprétation duquel on n'est pas d'accord
+actuellement à Belgrade et à Sofia.</p>
+
+<p>«Il faut bien comprendre, disent les Serbes, que Je traité du 12 mars
+1912 n'envisageait pas exclusivement une guerre devant amener un partage
+définitif des territoires turcs. Quand nous avons signé, il s'agissait
+surtout d'obtenir de la Turquie l'application des réformes promises à la
+population macédonienne par le traité de Berlin, et, par conséquent, de
+nous mettre d'accord sur la délimitation éventuelle des futures
+provinces autonomes. Toutefois, il était prévu que l'action diplomatique
+pourrait échouer et qu'une guerre éclaterait. Dans ce cas, on a envisagé
+le partage de la Macédoine. Voici comment on a procédé. Le traité
+serbo-bulgare a d'abord délimité deux zones de territoires incontestés,
+l'une serbe, l'autre bulgare, la région située entre ces deux zones
+formant le territoire contestable. Comme le montre la carte, la région
+bulgare incontestée se trouvait à l'est de la ligne suivant d'abord la
+chaîne des Rhodopes et ensuite la Struma pour aboutir au fond du golfe
+d'Orfano. La zone serbe incontestée était bornée par une ligne partant
+de la frontière serbo-bulgare, passant par les monts du Karadagh, du
+Char Planina, donc nous attribuant tout le vilayet de Scutari, sous la
+seule condition que nous, Serbes, en fissions la conquête effective, et
+aboutissant à l'Adriatique bien au sud de Durazzo.</p>
+
+<p>«Quant à la zone contestable, elle avait, elle-même, été délimitée dans
+une certaine mesure par une ligne partant du point de jonction des
+frontières serbo-bulgares et passant ensuite à l'ouest de Kuprulu
+(Velès) pour aboutir au sommet du lac d'Okrida. Toute la portion à l'est
+de cette ligne était considérée comme plutôt bulgare, mais il était
+entendu qu'en cas de contestation on recourrait à l'arbitrage de
+l'empereur de Russie.</p>
+
+<p>«Voilà ce que disait le traité. Dans l'intérêt commun des alliés et
+spécialement des Bulgares, nous avons fait beaucoup plus que notre
+accord ne nous le prescrivait. Nous avons mobilisé 360.000 hommes au
+lieu de 150.000. Les Bulgares devaient même nous aider avec 100.000
+hommes dans la région du Vardar. Nous avons dû nous en passer. N'est-il
+pas évident que, du fait de son plus grand effort en Macédoine, la
+Serbie a puissamment soulagé la Bulgarie qui a pu employer toutes ses
+forces dans la vallée de la Maritza et marcher sur Tchataldja?
+Aurait-elle pu le faire si elle avait envoyé 100.000 hommes en
+Macédoine?</p>
+
+<p>«Il y a encore un point fort important à mettre en lumière. <i>D'après
+notre traité d'alliance, la Bulgarie était tenue d'envoyer au secours de
+la Serbie 200.000 soldats bulgares, si elle était attaquée par
+l'Autriche.</i> Cédant aux conseils des puissances amies, nous avons évité
+un conflit avec l'Autriche. Nous avons ainsi renoncé au vilayet de
+Scutari avec Durazzo que nous avaient abandonné les Bulgares et, comme
+conséquence, nous ne leur avons pas demandé leur concours contre
+l'Autriche. Les Bulgares ne doivent-ils pas nous indemniser de notre
+renonciation à un droit qui a entraîné l'abandon de nos prétentions
+essentielles sur la côte de l'Adriatique? Rotez encore que la guerre a
+été prolongée pour nous d'au moins cinq mois dans le seul intérêt de la
+Bulgarie. Après la bataille de Lulé-Bourgas, la paix aurait été possible
+si les Bulgares n'avaient pas maintenu toutes leurs exigences. Or, nous
+les avons aidés à les soutenir. Alors que notre traité ne nous y
+obligeait nullement, nous leur avons donné 50.000 hommes pendant toute
+la durée du siège d'Andrinople. Nous avons aussi fourni du matériel de
+siège et supporté des dépenses supplémentaires.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="12" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="Illustation">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007a.png"><br><b>Maximum des prétentions serbes.<br> Le grisé indique les
+territoires que la Serbie, ayant dû renoncer au nord de l'Albanie,
+réclame en Macédoine et que lui contestent les Bulgares et les
+Grecs.--Pour la signification des lignes de points, traits et croix, se
+reporter à la carte générale de la page précédente.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007b.png"><br><b>Maximum des prétentions bulgares.<br> Le grisé indique les
+territoires que les Bulgares réclament à l'ouest en vertu de leur traité
+avec les Serbes, et au sud en contestant aux Grecs Salonique et une
+partie de la Macédoine.-Pour la signification des lignes de points,
+traits et croix, se reporter à la carte générale de la page précédente.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<p>Enfin, dernière considération, grâce à notre concours, les Bulgares
+obtiennent beaucoup plus de territoires qu'ils ne l'espéraient
+eux-mêmes.</p>
+
+<p>«Pour tous ces motifs, nous nous adressons à la Bulgarie et lui
+proposons, dans l'intérêt de l'entente balkanique, de partager les
+territoires conquis non pas d'après un traité dont nous avons largement
+outrepassé les obligations, mais d'après l'équité. Or, l'équité
+n'est-elle pas indiquée par une ligne suivant à peu près les territoires
+occupés par nous, Serbes; par exemple, par une ligne partant au sud-est
+d'Egri-Palanka et laissant Istip aux Bulgares, coupant le lac de Borijan
+et allant ensuite rejoindre la frontière des Grecs avec lesquels nous
+nous arrangerons toujours, bien que, comme nous, ils prétendent à
+Monastir, et que nous ne soyons pas encore d'accord sur d'autres points.</p>
+
+<p>«En raison de nos énormes sacrifices de toute nature, les Bulgares
+doivent nous écouter et discuter avec nous. S'ils ne le veulent pas,
+c'est qu'ils envisagent la possibilité de nous faire la guerre.»</p>
+
+<p>Comme on voit, les Serbes comme les Grecs tiennent le même raisonnement
+aux Bulgares et disent en somme: «Pourquoi quitterions-nous les
+positions que nous occupons?» Il résulte de cette identité d'intérêt et
+de situation entre Serbes et Grecs que ceux-ci seraient amenés à
+résister d'accord aux Bulgares, si finalement ceux-ci en appelaient aux
+armes, <i>résultat qu'évidemment s'efforceraient d'obtenir l'Autriche et
+l'Italie si elles intervenaient en Albanie.</i></p>
+
+<h4>LES PRÉTENTIONS BULGARES</h4>
+
+<p>Ces multiples arguments n'ont pas encore eu raison de la ténacité des
+Bulgares. Il y a peu de jours, le gouvernement de Sofia n'avait pas
+répondu à la demande officielle du cabinet de Belgrade de négocier et de
+discuter, mais officieusement les Bulgares tiennent aux Serbes le
+langage suivant:</p>
+
+<p>«Certes, vous vous êtes conduits envers nous en alliés très loyaux
+pendant la guerre. Nous le reconnaissons volontiers. Vous en avez
+l'honneur. Mais rien ne saurait modifier la valeur de notre traité
+auquel nous attribuons un sens étroit et limitatif, et qui, selon nous,
+prévoyait tous les concours que vous nous avez donnés. Nous prétendons
+donc à la possession des territoires situés à l'est de la ligne tracée
+par le traité, donc de Monastir et de Kuprulu (Vélès).»</p>
+
+<p>Aux Grecs, les Bulgares disent:</p>
+
+<p>«Non seulement nous considérons vos prétentions sur Serès comme
+exorbitantes et inadmissibles, mais pour nous il y a une question de
+Salonique. En Bulgarie, notre opinion publique très ardente considère
+depuis longtemps Salonique, dont l'hinterland est bulgare, comme le
+symbole de la Macédoine, et il nous est bien difficile de la faire
+revenir sur sa conviction que Salonique doit appartenir à la Bulgarie.»</p>
+
+<p>Les Bulgares les plus excessifs voudraient non seulement Salonique, mais
+encore que la frontière gréco-bulgare fût ainsi tracée. Elle partirait
+de l'embouchure de la Vistritza, dans le golfe de Salonique, et finirait
+à la frontière gréco-albanaise près de Koritza. Les Bulgares auraient
+ainsi Jenidje-Vardar, avec son lac, Vodena, Ostrovo et son lac, Kastoria
+et son lac. Ils toucheraient ainsi à l'Albanie.</p>
+
+<p>Les Grecs ne semblent nullement disposés même à discuter un pareil
+tracé.</p>
+
+<p>Nos cartes montrent clairement à quel degré ces diverses prétentions
+<i>maxima</i> des alliés sont opposées et quelles possibilités elles ouvrent
+aux intrigues austro-italiennes. A première vue, ces prétentions
+paraissent tellement inconciliables qu'un conflit sanglant semble
+inévitable. Il y a cependant, malgré les efforts tripliciens à Sofia, de
+sérieuses raisons d'espérer que de larges transactions interviendront,
+car si, en Serbie, en Grèce et en Bulgarie, l'opinion publique, excitée
+au plus haut point, offre un terrain favorable aux puissances qui
+cherchent la division des Balkaniques, il se trouve heureusement à la
+tête de ces trois pays des hommes d'État aux qualités éminentes. Ils ont
+montré déjà trop de prévoyance et de hauteur de vues pour ne pas partir
+de cette vérité certaine que l'union seule des alliés a fait leur
+victoire dans la guerre, que leur entente seule encore permettra aux
+Etats balkaniques de tirer pendant la paix tous les fruits de leurs
+brillants succès.</p>
+
+<p>Comprenant leur impérieux intérêt commun de défendre avant tout la
+formule «les Balkans aux peuples balkaniques», ils inclineront sans
+doute aux concessions mutuelles indispensables pour que la confédération
+balkanique puisse durer et devenir une grande force politique,
+économique et militaire.</p>
+
+<p>Certes, les hommes d'État des Balkans, pour arriver à ce résultat, si
+souhaitable dans l'intérêt vital de leur pays, ont plus que jamais à
+lutter contre des influences extérieures qui travaillent à les brouiller
+à mort. L'Autriche, aidée de l'Allemagne et de l'Italie, va évidemment
+tout faire pour séparer les Bulgares des Serbes et des Grecs. Une guerre
+entre eux faciliterait singulièrement une occupation austro-italienne en
+Albanie; les Serbes et les Grecs étant pris entre deux feux. Elle
+comblerait, en outre, les voeux secrets de la diplomatie allemande, car
+elle empêcherait pour longtemps la réalisation de la confédération
+balkanique qui est un véritable cauchemar pour Vienne et pour Berlin.</p>
+
+<p>Des hommes d'État aussi avisés que les souverains des Balkans et MM.
+Guéchof, Pachitch, Venizelos, ont trop «d'avenir dans l'esprit» pour ne
+pas comprendre la gravité décisive des prétentions austro-italiennes.
+Ils rechercheront sur la base de quels principes supérieurs les
+concessions mutuelles peuvent se faire. Ces principes, on peut les
+entrevoir. Il est de l'intérêt commun des Balkaniques qu'aucune autre
+puissance ne s'installe dans la péninsule et que les partages soient
+faits entre eux de telle sorte qu'aucun souvenir vraiment cruel ne
+puisse rester au coeur de l'un d'eux. Pour arriver à ce résultat
+satisfaisant, il convient que la répartition territoriale définitive
+laisse autant que possible chaque allié parfaitement indépendant dans
+sa sphère géographique.</p>
+
+<h4>LES CONCESSIONS RÉCIPROQUES POSSIBLES</h4>
+
+<p>Maintenant, quelles concessions réciproques peuvent être envisagées?</p>
+
+<p>Il semble bien que les Bulgares seront amenés à faire aux Grecs le
+sacrifice de Salonique, puisqu'il ne saurait être évité sans guerre. Or,
+cette guerre odieuse entre alliés, au lendemain de la victoire, ne
+vaudrait certainement pas pour les Bulgares les avantages de toute
+nature qui peuvent résulter pour eux d'une entente avec les Grecs.
+D'ailleurs, si les Bulgares laissent définitivement Salonique aux Grecs,
+avec naturellement les territoires environnants nécessaires pour assurer
+la défense de la ville, ils ne se priveront d'aucun élément essentiel
+pour mettre en valeur les territoires de la Bulgarie considérablement
+agrandie. Bans Salonique, ville avant tout cosmopolite, où il y a fort
+peu de Bulgares, c'est le port qui est intéressant. Or, les Bulgares
+vont avoir sur la mer Égée plusieurs points où il est possible de faire
+d'excellents ports purement bulgares. A Kavala, notamment, la situation
+est admirable et on peut y créer de toutes pièces un port aussi bien
+approprié aux besoins de la marine de commerce que de la marine de
+guerre.</p>
+
+
+
+<p>D'autre part, l'abandon de leurs prétentions sur Salonique permettrait
+peut-être aux Bulgares d'obtenir un autre résultat qui leur serait
+précieux et qu'ils souhaitent ardemment: la cession de deux îles
+occupées par les Grecs qui, par leur position géographique,
+conviendraient singulièrement à la grande Bulgarie; l'île de Thasos, qui
+paraît presque indispensable pour assurer l'avenir stratégique de
+Kavala; Samothrace, bien que plus éloignée du rivage, présente le même
+intérêt pour le futur port bulgare de Dédé-Agatch. Or, ces deux îles,
+occupées par la Grèce, ont une population grecque. Samothrace compte
+3.600 Hellènes et Thasos 12.344. Il est bien évident que les Bulgares ne
+peuvent songer à obtenir ces îles des Grecs que s'ils font à ces
+derniers des concessions autour de Salonique. D'autre part, les Grecs
+n'ont pas d'intérêt à conserver deux îles qui seraient pour les Bulgares
+des objets trop tentants de constante convoitise.</p>
+
+<p>Entre les Bulgares et les Serbes, il est souhaitable au plus haut point,
+d'une part que des deux côtés aucune mesure militaire ne soit prise qui
+puisse être considérée comme offensante et que les Bulgares, appréciant
+l'étendue et la diversité des sacrifices serbes, ne se montrent pas
+intransigeants et qu'en tous cas l'arbitrage, prévu avant la guerre, de
+l'empereur de Russie permette une entente durable entre Serbes et
+Bulgares qui, au cours des hostilités, ont eu tant de raisons de
+s'estimer réciproquement. Les Serbes, coupés de l'Adriatique, souhaitent
+naturellement de n'avoir à s'entendre qu'avec un seul État, la Grèce,
+pour assurer leur issue économique vers Salonique.</p>
+
+<p>Les puissances de la Triple Entente ont des motifs trop puissants de
+vouloir la durée de l'union balkanique pour ne pas s'entremettre
+activement afin de maintenir l'accord des Balkaniques, surtout devant la
+menace de l'intervention austro-italienne, et pour faciliter les
+transactions indispensables au partage des territoires conquis sur les
+Turcs. C'est aux alliés, en cette heure si grave pour leur avenir, à
+faciliter la mission des puissances qui leur ont manifesté tant de
+sympathies, en leur faisant confiance, en s'abstenant de récriminations
+inutiles, en évitant le <i>bluff</i> des demandes exagérées indigne de leur
+cause, en gardant constantes chez eux l'estime et la reconnaissance
+réciproques qui doivent rester au coeur de ceux qui ont combattu du même
+côté, et pour une cause aussi sainte que la libération du séculaire joug
+ottoman.</p>
+
+<p>Animés de cet esprit, les Balkaniques qui, après avoir triomphé de tant
+de difficultés, grâce à une entente étroite, ont encore à assurer leur
+avenir, feront bloc contre l'immixtion dans la péninsule de puissances
+non balkaniques, si elle se produit, et ils comprendront finalement que,
+selon notre proverbe, «une mauvaise transaction vaut mieux qu'un bon
+procès.» Elle vaudra infiniment mieux surtout qu'une guerre fratricide
+entre les alliés, qui ternirait, devant le monde entier et d'une façon
+irrémédiable, la gloire jusqu'ici si grande de la magnifique épopée
+balkanique.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">André Chéradame.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008.png"><br><b>LES FÊTES DE JEANNE D'ARC A PARIS.--Une procession
+aux-flambeaux dans le parc des Franciscaines, impasse Reille.</b> <i>Phot. L.
+Gimpel, sur plaque hypersensibilisée.</i></p>
+
+<p>Célébrée, dans toute la France, avec une grande ferveur patriotique, la
+fête de Jeanne d'Arc a été marquée, à Paris, dimanche dernier, par de
+belles manifestations, qui se sont déroulées dans l'ordre et
+l'enthousiasme. Tandis que les façades des maisons, dans beaucoup de
+quartiers, s'étaient parées de guirlandes, de drapeaux, et d'étendards
+bleu et blanc, les statues de l'héroïne lorraine avaient été abondamment
+fleuries, et, devant les monuments bien connus de la place des
+Pyramides, de la place Saint-Augustin et du boulevard Saint-Marcel, ce
+fut dès les premières heures de la matinée un défilé d'imposants
+cortèges,--celui de la Ligue des Patriotes, conduit par son vaillant
+président M. Paul Déroulède, celui des ligueurs d'Action française et
+des élèves des grandes écoles et des lycées, celui des élus de Paris,
+auxquels s'étaient jointes de nombreuses sociétés.</p>
+
+<p>Pour avoir attiré moins de foule, la cérémonie dont nous donnons ici une
+gracieuse image ne fut pas l'une des moins touchantes. Les
+Franciscaines, dont la communauté s'étend, non loin du parc Montsouris,
+dans les calmes abords de l'impasse Reille, ont voué un culte spécial à
+la Bienheureuse, sous l'invocation de laquelle elles ont placé des
+bonnes oeuvres et un patronage de jeunes filles: en dehors des heures de
+travail, celles-ci apprennent là le chant grégorien, et sont les pieuses
+élèves de la «manécanterie Jeanne d'Arc». Dimanche soir, à 8 heures,
+elles étaient toutes réunies dans le jardin joliment illuminé, pour
+participer à la procession aux flambeaux organisée par les soeurs autour
+de la statue de Jeanne d'Arc qui se dresse sous les arceaux des arbres.
+Après qu'elles en eurent fait le tour, un sermon fut prononcé par le
+Père Ledoré, général des Eudistes, et la cérémonie se termina par la
+bénédiction du Saint-Sacrement.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009a.png"><br><b>Les Monténégrins creusent, dans le sol pierreux de la<br>
+colline enfin conquise, des fosses pour leurs morts.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"><br><b>APRÈS LA PRISE DE TARABOCH.--Aspect d'une tranchée<br>
+turque.</b> <i>Phot. H. Grant, du</i> Daily Mirror.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"><br><b>L'évacuation de la ville par les troupes d'Essad pacha.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010b.png"><br><b>Les Monténégrins entrent dans Scutari.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+Entrée du prince Danilo et de ses officiers.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010c.png"><br><b>
+L'OCCUPATION DE SCUTARI PAR LES MONTÉNÉGRINS.--Les femmes<br>
+jettent des fleurs sur le passage de l'automobile du prince Danilo<br>
+rapportant à Cettigne les drapeaux turcs pris à Taraboch.--</b><i>Phot. H.
+Grant, du</i> Daily Mirror.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br><b>UNE JOURNÉE GLORIEUSE POUR LES ARMES MONTÉNÉGRINES: LES
+ÉTENDARDS ROYAUX DÉPLOYÉS SUR LA CIME DU TARABOCH</b></p>
+
+<p><i>Ce fut pour le Monténégro un jour de grande allégresse, l'un des plus
+heureux de toute son héroïque histoire que celui où, sur le sommet du
+Taraboch, arrosé de tant de sang, les étendards rouges où s'éploie
+l'aigle d'argent dominèrent le lac paisible, l'opulente plaine
+qu'égaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et
+surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de
+joie sans lendemain, hélas! Sous la pression des puissances,
+solidarisées avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit
+pays a dû abandonner sa conquête, la remettre à l'Europe: dans quelques
+jours, des détachements de marins débarqués des navires qui bloquent
+toujours les côtes monténégrines, assureront la police de Scutari. Cet
+abandon imposé, inéluctable, a été discuté au cours d'un conseil
+solennel de la Couronne, auquel assistèrent tous les princes de la
+famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut
+être étonnamment pathétique. En une première séance, le roi écouta les
+avis, d'aucuns--et ceux des généraux en tête--conciliants, pacifiques;
+d'autres--ainsi celui du prince héritier Danih, qui a joué dans toute
+cette guerre un rôle éminent--intransigeants, préconisant la résistance
+désespérée. A l'ouverture de la séance suivante, Nicolas 1er Pétrovitch
+fit connaître sa décision: «Il me faut consentir à l'évacuation de
+Scutari, de cette Scutari qui était le rêve le plus cher de mes jeunes
+années, de cette Scutari qui était à la fois pour les Monténégrins et
+l'héritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux.» Et, quand il
+eut, de sa main, rédigé et signé le télégramme annonçant ce renoncement,
+le vieux héros de l'indépendance pleura.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br><b>HEURE DE TRIOMPHE.--Les clefs de Scutari dans une main,<br>
+le roi du Monténégro déploie de l'autre, devant ses sujets, un drapeau
+pris aux Turcs.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"><br><b>Le roi Nicolas.<br>
+UN PETIT PEUPLE HÉROÏQUE.--Tout le
+Monténégro en trois photographies: un vieux roi, des invalides, et des
+enfants qui grandiront pour combattre à leur tour.</b>--<i>Phot. H. Grant.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="12" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="Illustation">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Le bureau de l'agent consulaire français après
+l'explosion de l'obus tombé dans le jardin.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>La famine pendant le siège: Mme Krajewski, femme de
+l'agent consulaire de France, soignant un affamé.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013b.png"></p>
+
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="8" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="Illustation">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;">
+<b>Maison des Franciscains éventrée par un obus.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Pendant le bombardement: la famille et les amis de
+l'agent consulaire de France, M. Krajewski, réfugiés dans la cave du
+Consulat.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;">
+<b>Ruines d'une maison turque après le bombardement.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013c.png"><br><b>LES EFFETS DU BOMBARDEMENT DE SCUTARI.--Dommages causés
+dans le jardin du Consulat de France par un obus de 150 mm.</b>--<i>Phot. de
+M. C. H. Moore et du Dr. Merhaut.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br><b>Embrasement de la basilique du Sacré-Coeur pour la fête<br>
+de Jeanne d'Arc à Montmartre.</b>--<i>Phot. Famechon et Lejards.</i>]</p>
+
+<h3>UNE VISION D'APOTHÉOSE</h3>
+
+<p>Nous montrons, à une page précédente, la gracieuse cérémonie par
+laquelle fut célébrée, le soir du 4 mai, chez les Franciscaines de
+l'impasse Reille, la fête de Jeanne d'Arc, patronne de leurs bonnes
+oeuvres. Tandis que, dans leur jardin retiré, les flambeaux, les
+veilleuses multicolores suspendues aux arbres, jetaient leur éclat
+discret, tout à l'autre bout de Paris, le Sacré-Coeur s'embrasait
+magnifiquement. Les feux de Bengale, rouges et verts, allumés au pied de
+la basilique, les illuminations du dôme et des coupoles, lui faisaient,
+dans la nuit, une auréole de clarté; et elle apparaissait, de loin, dans
+son nuage lumineux, plus resplendissante encore de se détacher sur un
+ciel sans étoiles, au-dessus des lueurs incertaines de la ville.</p>
+
+<p>La «journée de Jeanne d'Arc» se termina sur cette vision d'apothéose que
+parvient à rendre, malgré les difficultés de la photographie nocturne,
+le cliché reproduit à cette page.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LES MÉDAILLÉS DE 1870 AU BRÉSIL</h3>
+
+<p>Il y a quelques semaines, au Brésil, ceux de nos compatriotes qui
+pouvaient orner leur boutonnière du ruban de 1870 se réunissaient en une
+cordiale agape où ils évoquaient avec émotion les souvenirs de la
+guerre. Ils étaient six survivants, MM. Georges Prevault, Félix Avril,
+André Bourdelot, Claude Manasse, Louis Domingues et Clémencey, qui
+avaient demandé au colonel Balagny, le distingué chef de notre mission
+militaire à Sao Paulo, et au consul de France, M. Charles Birlé, de
+présider leur dîner commémoratif. Ce fut, loin du pays, qu'à chaque
+minute de cette soirée l'on évoqua, une petite fête charmante où des
+toasts, que les circonstances actuelles rendaient plus graves et plus
+ardents, furent portés à la mère patrie.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br><b>
+Un groupe de six anciens combattants de 1870 vivant à Sao<br>
+Paulo (Brésil) réunis sous la présidence du colonel Balagny<br>
+et du consul de Fiance, M. Birlé.</b>--<i>Phot. A. Bourdelot.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>LE SERMONNAIRE DES PARISIENNES</h3>
+
+<p>Aux nombreux auditeurs et aux auditrices plus nombreuses encore des
+conférences données, le mois dernier, à la salle de la Société de
+Géographie, par Mgr Bolo, le médaillon, exposé en ce moment au Salon et
+dû au sculpteur Doisy, que nous reproduisons ici, rappellera de
+saisissante manière les traits de l'éminent prélat dont les rudes
+sermons savent si spirituellement châtier les frivolités ou les erreurs
+de la vie mondaine. Il est des visages dont la ressemblance ne saurait
+être mieux rendue que par le relief, dur et vigoureux, du métal: ce
+profil nettement tracé, d'une si fine et s, ardente expression, porte
+l'accent de la vie.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/014c.png"><br><b>Médaillon de Mgr Bolo, par Doisy.</b></p>
+
+<p>Depuis deux ans qu'il s'est attaché à traiter pour les Parisiennes, en
+des séries de causeries placées à pareille époque, des sujets de morale
+auxquels ne conviendrait point la majesté de la chaire, Mgr Bolo a vu
+s'accroître son auditoire féminin, empressé à subir les rigueurs
+persuasives de son éloquence. De: même que Mme de Sévigné aimait à
+entendre Bourdaloue, «qui frappe toujours comme un sourd, disant les
+vérités à bride abattue», nos contemporaines se plaisent à écouter la
+parole du conférencier qui les charme en les gourmandant. Après avoir,
+la première fois, parlé des «Jeunes filles d'aujourd'hui», puis des
+«Mariages de demain», Mgr Bolo avait pris comme sujets, cette année,
+«l'Empire des Salons» et «la Morale des Salons». Ce lui fut matière à
+retracer, en termes particulièrement heureux, toute l'histoire des
+salons littéraires, qui sont, dans le domaine de l'esprit, «une sorte de
+Champagne délimitée et de première zone où s'élabore notre fin et clair
+langage, ce langage fluide, doré, pétillant, dont la vivacité explose en
+des mots qui sautent comme des bouchons». Si l'ancienne conversation
+française--celle qui était en honneur à l'Hôtel de Rambouillet--fut
+abondamment louée par le prédicateur, nos réunions mondaines de
+maintenant provoquèrent ses sévérités. Mgr Bolo blâme les potins, les
+commérages, redoute l'influence des «théâtrières»--entendez les femmes
+de théâtre--accuse le bridge et la musique... C'est un sermonnaire
+ardent, impétueux. Mais il séduit, jusque dans ses plus vives
+remontrances. Il est le critique le, moins indulgent de notre
+temps,--qui ne lui ménage pas les éloges.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015a.png"><br><b>Un légionnaire lit les prières funèbres devant les<br>
+cercueils des morts de Nekhila.</b>--<i>Phot. Georges Ancelm.</i></p>
+
+<h3>NOTRE ACTION AU MAROC</h3>
+
+<p><i>Les dépêches fréquemment publiées par les quotidiens, en ces derniers
+temps, ont donné l'impression qu'il se produisait, au Maroc, une
+recrudescence d'activité guerrière. Et, en effet, les soldats qui ont
+charge d'assurer la tranquillité à ceux qui veulent poursuivre une
+besogne pacifique ont eu, avec les tribus turbulentes, la tâche rude.
+Nous nous sommes appliqués à résumer ici les diverses phases des
+opérations qui leur ont été confiées.</i></p>
+
+<h4>DANS LA RÉGION DE LA MOULOUYA</h4>
+
+<p>Le travail de jonction de l'Algérie au Maroc par Taza se poursuivait
+lentement et sans bruit depuis quelques mois, d'après la méthode
+favorite du général Lyautey, --la fameuse méthode de la «tache d'huile».
+Selon l'expression imagée de M. Ladreit de La Charrière, on sapait
+doucement la falaise de part et d'autre, à l'occident et à l'orient,
+jusqu'à ce qu'elle fût prête à tomber. Quelques craquements du côté de
+la Moulouya viennent de révéler cette prudente besogne. Tandis que, par
+l'ouest, le général Gouraud, aussi sagace négociateur, quand il
+convient, qu'il se montre, en d'autres circonstances, prestigieux
+entraîneur d'hommes, installait sans incident, sans avoir tiré un seul
+coup de fusil, un poste à Souk el Arba de Tissa, chez les Hya'ma, les
+choses, au contraire, se sont passées moins doucement dans la région de
+la Moulouya.</p>
+
+<p>Au commencement de février, progressant de quelques kilomètres, une
+partie des troupes composant la garnison de Taourirt s'établissaient à
+Merada constituées en «groupe mobile» sous les ordres du général
+Girardot, avec la mission, précisée par le général Alix, commandant le
+Maroc oriental, de maintenir et de consolider les résultats acquis au
+cours des opérations de mai et juin 1912--dont nous avons rendu compte
+en leur temps--de s'avancer autant que possible sur la rive gauche de la
+Moulouya, afin de préparer une marche éventuelle sur la casbah M'Soun,
+étape importante de la pénétration vers Taza, qui ne s'accomplira que
+l'heure bien sonnée, enfin de protéger les travaux du chemin de fer à
+voie étroite qui gagne peu à peu vers Guercif (la première locomotive
+est arrivée au milieu du mois dernier à Taourirt).</p>
+
+<p>Sitôt installé à Merada, le groupe mobile se mit à l'oeuvre, rayonnant
+incessamment dans la plaine de Tafrata, repassant par tous les points
+qui furent, l'an dernier, le théâtre de pénibles combats. Grâce à
+l'appoint en hommes que fournirent les garnisons de Debdou et de
+Guercif, des postes furent mis à l'oued Cefla, à Sidi Yousef, à
+Maharidja et Safsafat. Entre temps, on reconnaissait la plaine de Djel,
+parcourant les territoires des Haouara et des Beni bou Yahi, et on
+atteignait, comme M. Etienne le pouvait déclarer à la Chambre, les
+environs de la casbah M'Soun, sans avoir tiré un coup de feu.</p>
+
+<p>Le 9 avril, confiant en cette tranquillité, le général Girardot, avec
+son groupe, partait pour aller établir un poste nouveau à Nekhila, sur
+l'oued Bou Redim, affluent de la Moulouya, au pied du massif du Guilliz,
+l'un des premiers contreforts de la chaîne du Rif. La route fut calme.
+Mais à peine arrivait-on au camp, vers une heure de l'après-midi, qu'une
+attaque se produisit. Une fusillade éclata sur les crêtes montagneuses
+du Zag, au nord. On était engagé, et il fallut se battre pendant cinq
+heures pour repousser l'ennemi, qui laissa dix morts sur le terrain.
+Nous avions seulement six blessés.</p>
+
+<p>On n'eut qu'un court répit: à 9 heures du soir, les Béni bou Yahi,
+auxquels on avait affaire, livraient un nouvel assaut plus furieux. Ils
+arrivaient presque aux tranchées: un tirailleur, Saïd Sahar, fut tué à
+bout portant. Le combat, violent, mouvementé, ne prit fin qu'à une heure
+du matin.</p>
+
+<p>Nos troupes avaient à peine eu le temps de souffler un peu et de se
+remettre de ces alertes, quand, dans l'après-midi du 10, vers 2 heures,
+des coups de feu, de nouveau, partirent d'une crête. Le capitaine
+Doreau, à la tête d'un détachement de la 2e compagnie du 1er étranger,
+fut envoyé pour occuper cette position. Les Béni bou Yahi lentement
+reculèrent vers le Guilliz, poursuivis par les légionnaires. Mais cette
+retraite cachait une embuscade.</p>
+
+<p>Tout à coup, la petite troupe se vit entourée, cernée de toutes parts,
+accablée par une horde sept à huit fois supérieure en nombre. Le
+capitaine Doreau, en vain, voulut ramener ses hommes; c'était bien tard,
+et le cercle se resserrait.</p>
+
+<p>Dès le premier moment, le lieutenant Grosjean, qui transmettait l'ordre
+du capitaine, était frappé d'une balle sous l'omoplate. Le feu des
+nôtres ne parvint pas à arrêter l'élan de l'ennemi, qui continuait à
+progresser. Alors, le capitaine donna l'ordre suprême: «En avant! à la
+baïonnette!» Ce fut sa dernière parole: une balle en pleine tête le
+foudroyait.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015b.png"><br><b>
+Carte de la région voisine de la Moulouya où opèrent nos<br>
+troupes du Maroc oriental.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016a.png"><br><b>Sur les rives de la Moulouya: au premier plan, ruines de
+la casbah de Merada; au centre, les montagnes du Guilliz, et, tout à
+l'arrière-plan, le moyen Atlas.</b>--<i>Phot. Georges Ancelm.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016b.png"><br><b>NOS PROGRÈS DANS LE MAROC ORIENTAL.--Sur les bords de
+l'oued Mellélou, à Safsafat, notre poste le plus avancé dans la
+direction de Taza, au sud de la casbah M'Soun.--</b><br><i>Phot. du lieut.
+Durdilly.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/017a.png"><br><b>Colonel Mangin. Devant la casbah de Mechra en Nefad en
+feu: le colonel Mangin, son état-major et, à côté de son fanion, le
+fanion de ralliement abandonné par Moha ou Saïd.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/017b.png"><br><b>A LA CONQUÊTE DE L'ATLAS MAROCAIN.--La casbah Tadla sur
+l'oued Oum er Rbia. Vue prise le 7 avril, jour où le colonel Mangin,
+ayant bousculé la harka de Moha ou Saïd, se jeta rapidement sur le seul
+pont permettant sa fuite.</b> Phot. du lieut. Bourgoin.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/018.png"><br><b>Carte des régions du Maroc occidental où opèrent les
+colonnes Mangin et Henrys.</b></p>
+
+<p>Bientôt se produisait un corps à corps épique. Les cadavres, des deux
+côtés jonchaient le sol.</p>
+
+<p>«La retraite est forcée, écrit un des acteurs de ce combat farouche. Le
+lieutenant Grosjean, qui, bien que blessé, se traînant, assume le
+commandement, l'a ordonnée lui-même. Les Béni bou Yahi, ivres de sang et
+de carnage, se précipitent, armés de formidables poignards. Les
+poitrines halètent. On entend le ronronnement des balles de gros
+calibre, mêlé aux sifflements des projectiles Lebel. Avec des cris
+démoniaques, les Marocains essaient d'achever les blessés, s'acharnent
+même sur les morts. Le corps du capitaine Doreau est frappé de trois
+coups dans la poitrine; le caporal Schwartz, inerte, a la tête tranchée,
+que dis-je? hachée! Le lieutenant Grosjean essaie de se relever, mais
+ses forces le trahissent, et, dans un cri, il retombe épuisé: «A moi, la
+Légion!»</p>
+
+<p>«Cet appel du chef a été entendu. Les légionnaires qui se repliaient
+font volte-face et foncent sur l'ennemi, baïonnette au canon. Le fer
+rougi de sang défonce les poitrines. C'est un spectacle poignant que
+celui de cette poignée d'hommes disciplinés, et vaillante plus qu'on ne
+saurait le dire, se frayant un passage au milieu de cette tourbe
+hurlante et grimaçante. Ils arrivent auprès de leur lieutenant, le
+saisissent à bras le corps, le relèvent, l'emportent, glorieux otage.
+Une pluie de balles s'abat sur eux. Le sergent Panter, qui soutient le
+lieutenant Grosjean, a le pouce enlevé. Le lieutenant lui-même a la main
+droite traversée. Plusieurs légionnaires tombent à leur tour. Alors, des
+luttes désespérées s'engagent, car il s'agit de ne pas laisser les
+blessés aux mains de ces sauvages, et chaque groupe, protégeant et
+entraînant un frère d'armes hors de combat, n'est, pour les fusils
+marocains, qu'une trop belle cible...</p>
+
+<p>«Enfin, des goumiers en patrouille ont entendu la fusillade. Ils
+arrivent à la rescousse. Le camp est prévenu: c'est pour les Beni bou
+Yahi la débâcle. Mais de quel prix ce succès est acheté: nous avons sept
+morts, dont le capitaine Doreau et deux caporaux, et neuf blessés, tout
+cela sur trente-sept combattants: car ils n'étaient que quarante engagés
+en cette affaire si rude!</p>
+
+<p>«Deux jours plus tard, le 12 avril, à 7 heures du matin, un très simple
+et très émouvant cortège se dirigeait du camp vers le cimetière de
+Merada. Précédées de la section de mitrailleuses du 6e bataillon, sept
+arabas ornées de lauriers, de feuillages, de tentures tricolores de
+fortune, portaient à leur dernière demeure les dépouilles des braves de
+Nekhila. Toute la garnison assistait à cette triste cérémonie, et, après
+un discours du commandant Quirin, un légionnaire, tête nue, la figure
+grave, dit la prière des morts,--en latin. C'est, disaient les hommes,
+un ancien «curé». Qui sait quelles épaves recèle la légion, si brave, si
+noble?» Au moins, nous demeurions sur nos positions: le 16 avril, le
+général Girardot inaugurait officiellement le poste. Pour la première
+fois, le pavillon tricolore flottait sur la «redoute Doreau».</p>
+
+<p>Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus
+ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre
+l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de
+facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole
+où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en
+déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui
+les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est
+là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi,
+regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se
+remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.</p>
+
+<p>Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la
+marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du
+général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont
+il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos
+bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni
+bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.</p>
+
+<p>Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de
+plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau,
+le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue
+seulement par 500 hommes.</p>
+
+<p>A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie
+plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure,
+trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les
+ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour
+l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un
+instant de repos, engagèrent l'action.</p>
+
+<p><i>Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya.</i></p>
+
+<p>Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou
+Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à
+une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les
+feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent
+dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur
+camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés,
+qu'on ramena vers Merada.</p>
+
+<p>Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une
+attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau
+de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter
+dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes
+confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira
+d'affaire seule et repoussa cette agression.</p>
+
+<p>Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa
+colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus
+dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il
+aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce
+nouveau bond en avant.</p>
+
+<h4><span class="sc">a l'assaut de l'atlas marocain</span></h4>
+
+<p>La brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais
+plein «d'allant», d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia,
+occupation affirmée par l'installation d'un poste, a déterminé dans la
+région occupée par les Zaïanes une certaine effervescence, à laquelle il
+a fallu faire face vigoureusement. De là, toute une série d'opérations
+qui se poursuivent encore à l'heure actuelle, et que couronnera, très
+vraisemblablement, une action d'ensemble, annoncée, puis démentie, à
+laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaïane
+et son hypothétique capitale Khenifra.</p>
+
+<p>En attendant le déclenchement décisif, deux colonnes, sous le
+commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'énergique
+besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaïanes, l'autre
+descendant vers le sud dans la région de Meknès.</p>
+
+<p>Menacé d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaïani, notre irréconciliable
+ennemi, qui s'est rapproché jusqu'à Betmat Aïssaoua, d'où il commande
+aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se décide à
+prendre les devants.</p>
+
+<p>«Il quitte, nous écrit un des officiers de la colonne, l'oued Zem le 25
+mars à minuit et tombe, à 9 heures du matin, sur le campement de notre
+vieil adversaire, qui ne dut son salut qu'à une fuite rapide. L'audace
+du colonel déconcerte les contingents que poussait le Zaïani et qui se
+sentent abandonnés de lui. Les Beni Zemmour, Smaala, Beni Khirane
+commencent à comprendre l'inutilité d'une plus grande résistance et ils
+viennent, les uns après les autres, offrir leur soumission au colonel.
+Pour les hâter, celui-ci se porte à la rencontre d'un détachement de
+sortie, venu de Zailiga, qui pourrait, le cas échéant, prendre les
+tribus par derrière.»</p>
+
+<p>C'était le premier avantage remporté sur des tribus qu'aucun sultan n'a
+dominées depuis Moulai Ismaïl, le contemporain du Roi-Soleil. C'était le
+point de départ d'une campagne de première importance.</p>
+
+<p>«Restaient, continue notre correspondant, les contingents du Sud. Les
+Chleuh, chassés de leurs montagnes par la neige, s'étaient groupés sous
+les ordres de Moha ou Saïd sur les deux rives de l'Oum er Rbia. Cet
+autre adversaire avait, en outre, entraîné dans son sillage les Aït
+Roboa.</p>
+
+<p>«Le colonel Mangin songe à réduire ces contingents. Il part subitement,
+le 6 avril dans l'après-midi, de la dechra Brakne où il avait reçu la
+soumission des tribus du Nord, et vient coucher à Boujad, qu'il quitte
+au milieu de la nuit pour chercher à atteindre Moha ou Saïd; mais des
+guetteurs nous éventent et les campements sont levés précipitamment et
+dirigés vers l'oued. Les pluies des derniers jours et la fonte des
+neiges ont grossi le cours d'eau au point que bon nombre de gués sont
+impraticables et que la majeure partie des hommes et des animaux devra
+gagner l'unique pont de la casbah Tadla: c'est l'objectif du colonel
+Mangin. Il l'atteint vers 10 heures du matin et y trouve un désordre
+indescriptible. Cavaliers et piétons se bousculent pour franchir
+l'étroit passage, alors que plus de dix mille moutons, qui n'ont pas
+encore eu le temps de passer, nous sont abandonnés.</p>
+
+<p>«Mais Moha ou Saïd nous avait échappé. Il s'était retiré chez lui, à
+Mechra en Nefad, au pied de la montagne, à 12 kilomètres de la casbah
+Tadla. A 2 heures, la colonne se remet en marche et se dirige vers le
+repaire de notre ennemi, qui se reposait tranquillement des fatigues de
+la matinée. Et c'est une nouvelle fuite de notre adversaire, un départ
+tellement rapide, que le chef si prestigieux nous abandonne son étendard
+de satin blanc.</p>
+
+<p>«Un foyer d'agitation existe encore à Beni Mellal, où sont groupés
+environ quatre mille guerriers. De même que les précédents, le colonel
+Mangin va le réduire à néant. Partie de la casbah Tadla le 10 avril à 11
+heures du matin, la colonne vient camper à Zidania, malgré de belles
+attaques de Marocains qui cherchent à l'accrocher en arrière.</p>
+
+<p>«Un orage dans la soirée fait craindre des difficultés pour le
+lendemain, mais qu'importe? les admirables troupes pressentent la
+victoire, et il est peu d'obstacles pour les arrêter. A midi, la
+résistance était brisée, les innombrables défenseurs de la casbah Béni
+Mellal et des jardins qui l'entouraient avaient dû nous céder le
+terrain.»</p>
+
+<p>Ayant frappé ce coup énergique, le colonel Mangin continua pendant
+quelques jours à parcourir le pays, recueillant force soumissions,--mais
+quelle sincérité faut-il attendre de ces gens à qui, confiants, on donne
+l'aman, et qu'on retrouve huit jours après devant soi, le fusil à la
+main?</p>
+
+<p>Le 19 avril, enfin, la colonne Mangin atteignait l'oued el Abid à Dar
+Caïd Embarek, où elle devait donner la main au lieutenant-colonel Savy,
+venu de Marakech. La violence du courant de l'oued ne permit qu'aux
+cavaliers du lieutenant-colonel Savy de passer sur la rive droite, mais
+la jonction était faite et l'impression produite sur les indigènes
+considérable. Ils comprenaient que, désormais, toute tentative de
+rébellion serait rapidement réprimée, que, soit de Marakech, soit d'El
+Borouj, soit de l'oued Zem, des colonnes pouvaient se porter sur le
+moindre foyer d'agitation.</p>
+
+<p>A quelques jours de là, le 25 avril, le colonel Mangin revenait à El
+Borouj pour y accueillir le général Lyautey, qui avait tenu à se rendre
+compte de la situation au Tadla. Le résident général reçut les caïds
+récemment soumis, et, très certainement, sut trouver les mots
+convaincants pour les affermir dans leurs résolutions pacifiques et leur
+démontrer que leur intérêt bien entendu même les engage à vivre avec
+nous en bonne intelligence.</p>
+
+<p>Après le départ du général Lyautey, le colonel Mangin reprenait ses
+troupes à Dar ould Zidouh et les ramenait à la casbah Tadla.</p>
+
+<p>Le 26 avril, il était de nouveau en route, marchant sur Aïn Zerga. Près
+de ce point, son arrière-garde fut en butte à une attaque de la part des
+contingents Aïb Attala et Aïb Bouzem. Toute la colonne dut être engagée,
+tant l'agresseur devenait mordant. Repoussé, enfin, et poursuivi par
+toute la cavalerie et l'artillerie montée, l'ennemi subit des pertes
+nombreuses. De notre côté, 4 tués et 27 blessés, parmi lesquels le
+colonel Mangin lui-même, atteint légèrement à la jambe.</p>
+
+<p>Dans la nuit même, la colonne continuait sa marche vers Sidi Ali ben
+Brahim, où était groupée une harka de Chleuh. Le terrain qu'elle
+traversa était jonché encore de cadavres de Marocains tombés la veille.</p>
+
+<p>L'ennemi guettait les nôtres, embusqué dans un bois d'oliviers, en avant
+de Sidi Ali. Le combat fut un des plus meurtriers que nous ayons livrés,
+puisque nous eûmes 18 morts et 41 blessés. La harka était nombreuse et
+acharnée. Elle tint bon jusqu'à 8 heures du soir, puis alors se débanda
+à bout d'effort, se dispersa dans toutes les directions. Elle se
+reformait un peu plus tard et, à distance respectueuse, observait notre
+attitude. Le colonel Mangin, pour en finir, recourut à une ruse
+classique: il feignit de se replier. Son mouvement fut suivi par
+l'ennemi. Alors, se retournant brusquement, dans une vigoureuse
+contre-attaque, il infligea aux Chleuh des pertes considérables. La
+colonne passa la nuit à Sidi Ali et n'en repartit que le
+lendemain,--sans avoir été de nouveau inquiétée. Le 2 mai, elle rentrait
+à la casbah Zidania.</p>
+
+<p>Plus au nord, le colonel Henrys de son côté a déployé une activité égale
+et a eu à faire face à des groupes non moins ardents, Zemmour, Beni
+M'Tir, Beni M'Guild, Guerouane.</p>
+
+<p>Parti d'El Hajeb au commencement d'avril, son action devait se
+développer vers le sud. Le 2 avril, en un raid rapide, il surprenait un
+campement hostile et lui enlevait ses troupeaux; le lendemain, il
+occupait la casbah des mêmes dissidents. Des négociations s'ouvraient
+immédiatement. Un premier douar zemmour de 60 tentes faisait sa
+soumission, et, en quelques jours, 200 tentes guerouanes sollicitaient
+et obtenaient l'aman.</p>
+
+<p>Ces négociations furent à maintes reprises interrompues; quelque
+effervescence se produisait qui obligeait le colonel Henrys à porter un
+coup rapide, toujours suivi de soumissions nouvelles.</p>
+
+<p>L'un de ses succès les plus remarquables fut, le 23 avril, la prise et
+la destruction de la casbah Ifran. Pour l'atteindre, il avait fallu à
+ses vaillantes troupes traverser la forêt de Jaba, passer le mont
+Koudiat, à 1.700 mètres d'altitude, dans le brouillard, le froid, la
+neige.</p>
+
+<p>Le 24, le colonel Henrys prenait contact avec la colonne Comte, venue de
+Fez sans qu'on ait signalé, dans sa marche, aucun incident.</p>
+
+<p>Les dissidents, en revanche, ne devaient pas laisser au colonel Henrys
+grand répit.</p>
+
+<p>Bientôt, il était avisé qu'ils allaient attaquer son camp de Dar Caïd
+Itto (sur la position exacte duquel on n'est pas encore exactement
+fixés). Sans attendre cette attaque, le colonel décidait de prendre
+l'offensive et de se porter sur Azrou où les dissidents étaient
+installés. Mais eux-mêmes, avertis, se retirèrent sur les hauteurs
+boisées qui dominent le sud de la ville. Celle-ci fut occupée après une
+courte résistance. Le colonel y trouva des approvisionnements de bois
+considérables, qui serviront à la construction de redoutes fortifiées.</p>
+
+<p>Les Marocains firent pourtant un retour offensif. Ils furent repoussés.</p>
+
+<p>Le colonel Henrys regagna le camp de Dar Caïd Itto, en détruisant sur sa
+route quatre casbahs appartenant à la tribu des Beni M'Guild, dans la
+vallée de l'oued Tigrira.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/019.png"><br><b>
+Passage de l'Oum er Rbia par l'artillerie de 75, à la
+casbah Zidania.</b><br>--<i>Phot. du vétérinaire militaire Wagner.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>CE QU'IL FAUT VOIR</h3>
+
+<h4>PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER</h4>
+
+<p>Voilà une expérience faite, et nous savons dès maintenant ce qu'il
+faudra voir le 4 mai de l'an prochain. Il faudra voir la fête de Jeanne
+d'Arc. Des Français de tous les partis en réclamaient, depuis des
+années, la célébration. Qu'attendait-on pour les satisfaire? Dans un
+pays comme le nôtre, où l'on adore non seulement la bravoure, mais les
+gestes les attitudes jolies de la bravoure, et qui a pour capitale une
+ville dont un philosophe a dit qu'elle était le paradis des femmes, on
+imagine très bien de quel éclat charmant, de quelle somptuosité tendre
+et pieuse pourra être revêtu un tel hommage, le jour où la loi l'aura
+consacré; une fête officielle de l'Héroïsme guerrier qui sera la fête
+d'une jeune fille! N'est-ce pas de quoi enflammer de joie tous les
+cours? Nous n'avons eu, dimanche dernier, qu'une ébauche de cette
+fête-là, puisqu'elle n'est point officielle encore... Quel émouvant
+spectacle pourtant nous donna cette foule parisienne, qu'on dit
+sceptique, et que nous vîmes heureuse de pavoiser, de défiler, de prier
+pour une petite villageoise qui sauva sa patrie, et dont l'aventure
+prodigieuse a des grâces de conte de fées. Des penseurs ont voulu faire
+du 1er mai la fête du Peuple. Je crois bien qu'à cette date-là, celle du
+4 mai va faire désormais la plus sérieuse des concurrences,--et que le
+peuple ne s'en plaindra point.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Jeanne d'Arc fêtée dimanche; un roi salué, trois jours après, par les
+acclamations de Paris... Les étrangers qui furent témoins de cette
+commémoration et de cette visite rendront au moins cette justice au
+Paris de 1913 qu'il sait être républicain avec éclectisme et politesse.
+Il est vrai que le roi d'Espagne est un de ses monarques favoris. Paris
+aime Alphonse XIII pour sa jeunesse, pour son courage, pour l'espèce de
+sérénité élégante qu'il oppose aux petites misères et aux grands risques
+de son métier de roi, et enfin (car on est égoïste!) pour l'amitié très
+sincère que nous savons qu'il a pour nous.</p>
+
+<p>Mais pourquoi ce souverain s'en va-t-il si vite d'une ville qu'il aime?
+Il ne s'est même pas donné le temps de goûter la grâce... un peu
+mouillée de notre printemps. Il y avait trop de monde et trop de bruit
+aux Champs-Elysées, mercredi, pour qu'il y pût voir comme la neige de
+nos marronniers en fleurs est jolie à regarder entre l'Arc de triomphe
+et l'Obélisque. Il n'a pas vu nos Salons du Grand Palais. Il n'a pas vu
+se dresser sur la piste sablée du Concours hippique les formes blanches
+d'un peuple de statues... Il n'a même pas regardé nos petits Salons!</p>
+
+<p>Ils sont plus charmants que jamais et composent, à cette heure, un
+spectacle d'exceptionnel attrait. Les petits Salons, c'est ce qu'il faut
+voir cette semaine.</p>
+
+<p>Je place au nombre des «petits Salons» cette délicieuse exposition de
+l'Union centrale consacrée aux Arts féminins et à laquelle les grands
+murs nus du Pavillon de Marsan font un si auguste cadre. Arts féminins,
+en chacun desquels s'évoque un peu de l'âme de nos vieilles provinces.
+Paris leur envoie, à ces provinces, ses modes, qui changent deux fois
+par an. Elles lui envoient, elles, d'exquis souvenirs de leur passé, et
+ce qu'il y a d'éternel dans leurs traditions d'élégance. Car les modes
+d'une province, c'est quelque chose dont on ne sait pas l'âge, et qui ne
+change jamais.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>De la rue de Rivoli, courons à la rue de Sèze (après une halte, qui ne
+sera pas sans agrément, chez les <i>Intimistes</i>, du boulevard
+Malesherbes); et nous voici devant l'Exposition charmante de Luigi Loir.
+Personne ne connaît mieux que ce peintre nos boulevards extérieurs et
+notre banlieue; et l'on pourrait dire qu'à travers ces décors-là Luigi
+Loir est, pour l'étranger, le meilleur des guides, car il leur en fait
+voir ce que d'eux-mêmes, en vérité, ils n'y auraient jamais vu. De
+Montmartre ou de Bougival l'étranger ne connaît guère que les heures
+brillantes du jour ou de la nuit. Il a vu Bougival sous le soleil du
+printemps; Montmartre sous le flamboiement de ses illuminations et de
+ses tapages nocturnes. Luigi Loir nous en montre et nous en fait aimer
+les mélancolies crépusculaires. Cet instant de la journée où
+s'entr'ouvre sur la nuit qui vient «l'oeil clignotant des bleus becs de
+gaz», personne ne l'a décrit aussi finement, aussi spirituellement que
+lui.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>De l'esprit! Il semble qu'on ait peur d'en avoir, en peinture; ou qu'on
+ne sache pas en avoir. Aux premiers rangs de ceux qui en ont, et
+beaucoup, saluons M. André Devambez dont voici précisément l'Exposition
+ouverte, depuis quelques jours, à côté de celle de Luigi Loir, chez
+Georges Petit. Près de cent cinquante «numéros» groupés en un Salon
+unique! C'est que M. Devambez possède ce don, aussi rare chez les
+peintres que chez les écrivains, de savoir dire beaucoup de choses en de
+très courts alinéas. M. André Devambez fait penser à ces maîtres
+flamands et hollandais dont les «petits tableaux» contiennent souvent de
+si grande peinture. Et comme il aurait tort d'agrandir les toiles où il
+peint! N'y fait-il pas tenir tout ce qu'il veut? Ne s'y montre-t-il pas,
+tour à tour, poète, historien, humoriste?</p>
+
+<p>Humoriste! Comme je sais gré à M. Devambez d'oser l'être franchement;
+d'avoir compris--comme le comprenaient ces maîtres flamands et
+hollandais dont il était temps, vraiment, de reprendre chez nous la
+tradition délicieuse--qu'une réalité <i>comique</i>, c'est quelque chose qui
+peut être peint tout aussi bien que dessiné, et que la couleur ne
+saurait être le privilège des sujets nobles,--ou ennuyeux. M. Devambez
+aura été l'un des premiers à s'apercevoir de cela. Remercions-le du
+service qu'il nous rend... et qu'il rend à la peinture!<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Un Parisien.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>AGENDA (10-17 mai 1913)</h3>
+
+<p><span class="sc">Examens et concours</span>.--Le cours complémentaire d'études coloniales au
+Collège de France est vacant. (Le délai d'inscription et de production
+des titres des candidats expirera le <i>18 mai.</i>)--Le <i>14 mai</i> auront
+lieu, à Paris, des examens pour l'obtention des brevets de langue
+annamite, cambodgienne et caractères chinois.--Un concours
+d'architecture est ouvert à Toulon, entre tous les architectes français,
+pour la reconstruction de l'hôtel de ville de Toulon.</p>
+
+<p><span class="sc">Conférence</span>.--Comédie des Champs-Elysées (avenue Montaigne), le <i>10 mai</i>,
+à 4 h. 1/2: <i>la Femme et le Théâtre</i>, conférence et auditions de M.
+Marcel Prévost, à-propos en vers de M. Xavier Roux.</p>
+
+<p><span class="sc">Expositions artistiques</span>.--<i>Paris</i>: Grand Palais: Salon de la Société des
+Artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit
+Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23,
+rue de Constantine): exposition d'objets d'art du moyen âge et de la
+renaissance au profit de la Croix-Rouge française. Cette exposition
+durera jusqu'à fin mai.</p>
+
+<p>--Hôtel de Ville (salle Saint-Jean): exposition de la Société artistique
+et littéraire de la Préfecture de la Seine.</p>
+
+<p>--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): exposition d'oeuvres des
+frères Delahogue (vues de Tunisie et d'Algérie).--Au Palais de Glace:
+Salon des Humoristes, organisé par le <i>Rire</i>.--Galerie Devambez (43,
+boulevard Malesherbes), jusqu'au <i>17 mai</i>: exposition de la Société des
+Intimistes.--Salle Georges Petit (8, rue de Sèze), jusqu'au <i>15 mai</i>:
+aquarelles et dessins par A. Devambez; tableaux, aquarelles et études
+par Luigi Loir.--Galerie La Boétie (64 bis, rue La Boétie), jusqu'au <i>21
+mai</i>: exposition de la société Le Pastel.</p>
+
+<p><span class="sc">L'exposition canine</span>.--L'exposition canine internationale, organisée par
+la Société centrale pour l'amélioration des races de chiens en France,
+se tiendra sur la terrasse de l'Orangerie des Tuileries du <i>17</i> au <i>26
+mai</i>. Elle aura lieu en deux séries: 1° chiens courants français et
+étrangers, bassets et chiens d'arrêt; 2° chiens courants bâtards, chiens
+de berger, de garde, et chiens de luxe.</p>
+
+<p><span class="sc">Concerts</span>.--Le <i>15 mai</i>, salle Gaveau, en soirée, concert donné par le
+violoniste Jacques Thibaud; à la même date, salle Pleyel, concert du
+«quatuor avec piano (Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux. Jules
+Marneff).</p>
+
+<p><span class="sc">Sports</span>.--<i>Courses de chevaux</i>: le <i>10 mai</i>, le Tremblay; le <i>11</i>,
+Longchamp; le <i>12</i>, Saint-Cloud; le <i>13</i>, Saint-Ouen; le <i>14</i>, le
+Tremblay; le <i>15</i>, Longchamp; le <i>16</i>, Maisons-Laffitte; le <i>17</i>,
+Saint-Ouen.--<i>Escrime</i>: le <i>17 mai</i>, assaut du cercle Hoche; le <i>18 mai</i>
+s'ouvrira, au Jardin des Tuileries, la grande semaine des armes de
+combat organisée par la Fédération parisienne d'escrimeurs.--Automobile:
+les <i>11</i> et <i>12 mai</i> se courra le tour de Sicile (Targa-Florio); du <i>11</i>
+au <i>15 mai</i>, grand meeting de vitesse organisé par le Club de la Sarthe
+et de l'Ouest, la Flèche, Laval, Tours.--Le <i>18 mai</i>, ouverture du 4e
+Salon de l'automobile à Saint-Pétersbourg.--<i>Boxe</i>: les grands prix
+amateurs de boxe anglaise se disputeront, les <i>11</i> et <i>18 mai</i>, à la
+salle Boisleux, et les mêmes jours, au Boxing Hall.--Le match de boxe
+pour le titre de champion d'Europe, qui devait se disputer à
+l'exposition de Gand le <i>25 mai</i>, est remis au <i>1er juin</i>.--<i>Cyclisme</i>:
+les <i>17</i> et <i>18 mai</i>, course Bordeaux-Paris.--Au Parc des Princes, les
+<i>11</i> et <i>12 mai</i>, grand meeting de la Pentecôte; grand prix de la
+Pentecôte; course à l'australienne.--<i>Athlétisme</i>: courses à pied le <i>12
+mai</i>, Racing-Club de France contre South London Harriers; le <i>18 mai</i>,
+prix Blanchet.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES &amp; LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<h4>DINGO</h4>
+
+<p>Le dingo est un chien qui nous vient d'Australie, un chien, à vrai dire,
+ni chien ni loup, mais plutôt loup que chien, et qui tient surtout du
+loup de Russie; à ce détail près--observe sir Edward Herpett, le
+personnage de préface du nouveau livre de M. Octave Mirbeau (1)--à cela
+près «que, n'ayant ni le pelage gris du loup, ni son échine basse, il
+rappelle, sans l'excuse de la faim et même sans un goût très violent
+pour la viande, sa férocité carnassière.» Enfin, le dingo est un loup
+dont l'illusoire ressemblance avec le chien suffit à le faire accepter
+comme chien parmi les bêtes et les gens de notre société organisée. Mais
+il n'en est pas moins que le dingo reste loup et qu'en traversant les
+foules--humaines et animales--ordonnées, policées, civilisées, de notre
+temps, il y demeure un élément de trouble, de contraste, et--pour M.
+Mirbeau--d'études comparatives. Sauvagerie contre civilisation. La bête
+instinctive contre l'homme éduqué. La nature contre l'artifice. Ouvrons,
+à nouveau, parmi les décors de cette époque, la lice des millénaires et
+tenons les paris. M. Octave Mirbeau s'est réservé le soin de tirer la
+philosophie, ou du moins une philosophie, de ce rapprochement et de cet
+antagonisme, et, sans grande hésitation, avec une sorte de joie, il a
+donné comme titre au recueil de ses impressions, observations,
+conclusions, le nom de celui qui, dans ce contact émouvant, lui paraît
+avoir joué le rôle du personnage noble, du héros. Il a donné comme titre
+à son livre le nom de la bête sauvage: <i>Dingo</i>.</p>
+
+<blockquote>Note 1: <i>Dingo</i>, par Octave Mirbeau, Eug. Fasquelle, édit.</blockquote>
+
+<p>Donc, <i>Dingo</i>, récit d'une vie de chien, est surtout une histoire de la
+vie des hommes, des hommes d'aujourd'hui et aussi sans doute des hommes
+de demain; car M. Octave Mirbeau ne semble guère admettre dans
+l'évolution de l'humanité de grandes possibilités de changement, ni
+surtout de perfectionnement. L'homme est grotesque quand il n'est pas
+criminel et criminel quand il n'est pas grotesque. Vous ne le sortirez
+point de là, et il paraît difficile, tout pesé, que jamais l'âme d'un
+homme puisse valoir l'âme d'un chien, voire d'un chien féroce.</p>
+
+<p>Ne vous indignez pas trop contre M. Octave Mirbeau, ni contre son livre.
+D'abord M. Mirbeau a prodigué dans ce livre tout le talent âpre que vous
+aimez en lui, et rarement l'art de la forme a davantage paré la violence
+du fond. M. Mirbeau, vous le savez, est le plus poignant, le plus
+impitoyable des pessimistes satiriques. C'est le pamphlet en une phrase,
+en un mot, en une virgule. Il vous étrangle entre deux tirets et vous
+assomme avec trois points de suspension. Il est à lui seul Juvénal et La
+Rochefoucauld, Diogène et Jean Veber. Mais encore vaut-il mieux ne le
+comparer à nul autre. Mirbeau est Mirbeau sans plus et sans moins. Et
+c'est bien assez pour son compte et pour le nôtre.</p>
+
+<p>La société des hommes, dans le nouveau livre de M. Mirbeau, tient en un
+village de quelque Seine-et-Oise, le village de Ponteilles-en-Barcis. Il
+y a là, d'un côté, tous les représentants de notre organisation
+économique, politique, administrative, militaire, religieuse, ceux de la
+famille, ceux de la communauté et ceux de l'État. Il y a, de l'autre
+côté, Dingo, le chien sauvage. Et le massacre commence. Si M. Mirbeau,
+en ce carnage, épargnait quelqu'un ou quelque chose, cela deviendrait
+tout à fait angoissant, car tels de nous qui ne compteraient point parmi
+les exceptions pourraient se sentir directement et cruellement atteints.
+Mais qu'on se rassure! M. Mirbeau n'épargne rien, ni personne. Il ne
+fait point de quartier. Tout y passe: maréchaussée, justice, finances
+publiques, économie domestique, commerce, littérature, théâtre, science,
+et non point seulement la science officielle consacrée, décorée, mais
+encore la science indépendante, combattue, entravée. Tous y passent,
+depuis le maire jusqu'au garde champêtre, sans oublier le gendarme--qui
+fraude, pour le vendre plus cher, le fumier de la gendarmerie--sans
+oublier l'employé des postes qui, derrière son guichet, pèse les lettres
+et les frappe du timbre «avec une violence précise et comme s'il
+accomplissait un acte de vengeance». Vous devinez bien que ne sont mis
+hors de compte ni le médecin, ni le pharmacien, ni le vétérinaire, ni
+l'Institut Pasteur, «une belle blague!».</p>
+
+<p>Bien entendu, la charité humaine, la solidarité, l'amitié, sont traitées
+comme vous pensez. La bonté, la pitié! Ah! ah! Vous entendez d'ici ce
+rire de M. Mirbeau, ce rire court et sec qui se brise sur les dents et
+vous laisse un froid aux gencives. Et ce qu'il y a de terrible, parfois,
+presque tout le temps même de votre lecture, c'est que vous avez
+vraiment envie de rire avec M. Mirbeau, et du même rire que lui. Et
+pourquoi? Tout simplement parce que tous les personnages types que nous
+voyons réunis à Ponteilles, le village «qui crève d'or» et «se berce de
+rêves atroces», tous ces personnages sont indiscutablement vrais. Nous
+avons lu leurs effroyables histoires, chaque matin, dans les journaux;
+nous avons vu frémir de leurs haineuses colères les grimoires d'avoués;
+nous avons connu leur redoutable sottise et leur lâche fureur quand ils
+composent une foule; et surtout nous avons soupçonné leurs tares, leur
+avidité, leur hypocrisie, et leur facilité à commettre tous les crimes
+que ne sait pas atteindre la justice, et dont, en sa conscience de bête
+sauvage, s'indigne le chien féroce de M. Mirbeau. Car c'est là, au fond,
+tout le secret de la violence justicière de Dingo, qui, lâché au milieu
+de ces appétits, de ces bassesses, inflige à tout le pays de multiples
+et ruineuses expiations. Bien plus. Il nous communique, ce Dingo, et par
+une irrésistible contagion, un peu de sa rage de meurtre. On a comme
+envie de lui crier: «Bravo! Dingo. Continue, Dingo! Pille et tue! Ne
+t'arrête point aux bêtes domestiques, civilisées, elles aussi, les
+pauvres... Sus aux gens, aux habitants, ceux de Ponteilles, jusqu'au
+dernier.»</p>
+
+<p>Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, songé un
+seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-même, que l'humanité de
+Ponteilles était toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas moins
+ravis, d'avoir été conviés par Dingo à nous mirer dans les mares de
+Ponteilles, car, pour nous y être vus un moment, nous les hommes, si
+laids, tellement difformes et à ce point infâmes, nous éprouvons, quand
+c'est fini, cette même impression heureuse que l'on ressent après que
+cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse placé
+devant notre visage. Nous nous savons plus beaux, --et meilleurs.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Albéric Cahuet.</span></span></p><br>
+
+<p>Voir, dans <i>La Petite Illustration</i>, le compte rendu des autres livres
+nouveaux.</p><br><br>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p><i>Cyrano de Bergerac</i>, poursuivant son éblouissante carrière, vient
+d'atteindre sa millième représentation sur cette même scène de la
+Porte-Saint-Martin, d'où il s'élança il y a quinze ans vers la gloire. A
+cette occasion, les directeurs de ce théâtre et l'auteur ont offert au
+public parisien une représentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On
+imagine aisément quels enthousiastes applaudissements les ont
+récompensés de ce geste généreux. M. Edmond Rostand, dans une pensée
+délicate, voulant associer à son triomphe l'inoubliable Coquelin aîné,
+avait, la veille, en pleine représentation, fait adresser à la mémoire
+du créateur du rôle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succède, un
+salut profondément émouvant. Les spectateurs privilégiés de cette
+commémoration touchante ont uni, dans une ovation spontanée, le nom du
+grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce
+public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.</p>
+
+<p>La Comédie-Française a enrichi son répertoire de pièces en un acte d'une
+délicieuse petite comédie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet,
+<i>Venise</i>, et elle a monté <i>Riquet à la Houppe</i>, une des comédies de
+Théodore de Banville où s'affirment le plus brillamment les prestigieux
+dons poétiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie,
+l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fête à
+l'une et à l'autre de ces oeuvres, jouées à ravir, la première par Mlle
+Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair,
+Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Croué.</p>
+
+<p><i>Panurge</i>, représenté à la Gaîté-Lyrique, est la dernière partition
+écrite pour la scène par Massenet. Dans cet opéra-comique, vivant,
+joyeux et pittoresque, le compositeur regretté semble avoir voulu
+renouveler sa manière. Tour à tour allègre, comique, amoureuse,
+sentimentale, sa musique charme et émeut. Le livret, d'une tenue très
+littéraire, est dû à la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et
+Maurice Boukay. Le succès de cette oeuvre a été vif. Il convient d'y
+associer les excellents artistes qui l'interprètent: Mlles Lucy Arbel et
+Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.</p>
+
+<p>A l'Odéon, M. André Antoine a eu l'ingénieuse idée de présenter
+l'<i>Esther</i> de Racine dans une mise en scène inspirée des tapisseries de
+Troy. Les artistes, revêtus de costumes dessinés par M. Ibels,
+reproduisaient les attitudes des personnages imaginés par le célèbre
+peintre, et le décor, dû à M. Paquereau, était une copie fidèle de celui
+qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les
+choeurs.</p>
+
+<p>D'un roman qu'il avait publié dans le Figaro sous le titre <i>l'Ile
+fantôme</i>, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comédie-Française, a
+tiré une pièce, <i>l'Entraîneuse</i>, jouée avec succès à Bruxelles et
+reprise ces jours derniers au théâtre Antoine. Un musicien, pauvre et
+méconnu, mais encouragé, soutenu, «entraîné» par sa femme, aimante et
+dévouée, n'arrive finalement à faire représenter sa première oeuvre et
+ne parvient par là à la fortune, à la célébrité, qu'au prix d'un
+douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la
+valeur en le tenant secret même lorsque, après le triomphe, son mari la
+délaisse et la trahit. On a applaudi cette pièce qui nous présente une
+étude, très scéniquement composée, d'un intérieur d'artistes; on a
+beaucoup applaudi aussi les interprètes, au premier rang desquels il
+faut citer Mlle Margel, d'une sincérité ardente et pathétique et dont la
+renommée s'accroît légitimement à chaque nouvelle apparition, et un
+débutant--du moins à Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux
+et juste, peut faire prédire à coup sûr le plus bel avenir.</p>
+
+<p>Au théâtre Michel, <i>Manche Câline</i>, la comédie de M. Pierre Frondaie,
+est accompagnée hormis quelques jours d'une fantaisie, <i>Pas davantage</i>,
+de M. Nozière, tout à fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant
+et badin, que le spirituel auteur a transposé du dix-huitième siècle
+(même quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en
+l'adaptant au goût moderne; une musique facile et d'ailleurs agréable,
+de M. Marcel Lattès, accompagne cette jolie fantaisie.</p>
+
+<p>Le théâtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise du <i>Bossu</i>, pièce qui fut,
+il y a juste un demi-siècle, tirée du roman de Paul Féval par l'auteur
+lui-même, aidé du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mélodrame
+historique attendrissant et divertissant, l'un des modèles de ce genre
+qui fit fortune de 1850 à 1865. Dans le rôle de Lagardère, créé par le
+fameux Mélingue, M. Joubé déploie la fougue qui convient au
+chevaleresque et romanesque héros.</p>
+
+<p>La Société des Escholiers, présidée par M. Auguste Rondel, nous a donné
+un intéressant spectacle composé de deux petites comédies la <i>Bonne
+École</i>, de M. Jean Hermel, et <i>Ainsi soit-il</i>, de MM. Gallo et
+Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. François de Nion,
+<i>l'État second</i>; c'est l'exposé curieux, étonnant, d'un cas d'hypnose
+assez rare et exceptionnel, mais traité avec une ingéniosité et une
+sobriété dramatiques qui ont valu à l'auteur de sincères
+applaudissements.</p>
+
+<p>M. Octave Bernard fait représenter en ce moment, au Théâtre Nouveau de
+Belleville, <i>Mirka la Brune</i>, soeur cadette des <i>Deux Orphelines</i> et de
+<i>la Porteuse de pain</i>. Le public populaire a paru s'intéresser à ce
+drame où, après bien des péripéties émouvantes ou comiques, les méchants
+sont punis et les justes récompensés.</p>
+
+<p>Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs
+portes aux Champs-Elysées sur <i>la Revue de Marigny</i> de MM. Michel Carré
+et André Borde, où défilent, selon l'usage, dans des décors somptueux,
+et en costumes pittoresques et variés, d'innombrables virtuoses de la
+comédie, du chant et de la danse,--et il en est même, comme miss
+Campton, qui cumulent et sont à la fois comédiennes, chanteuses et
+danseuses.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/020.png"><br>
+<b>Le transmetteur téléphonique à deux microphones,<br>un pour
+la bouche, un pour le nez.</b></p>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">Le téléphone intensif.</span></span></p><br>
+
+<p>La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle
+dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les
+constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement
+la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans
+l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont
+aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les
+constructeurs.</p>
+
+<p>D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle
+aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur
+du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses
+variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que
+possible les variations de la voix.</p>
+
+<p>Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du
+palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes
+s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès
+lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux
+groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans
+les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.</p>
+
+<p>Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se
+distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux
+microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle
+respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à
+l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une
+amplification sonore importante et une netteté de la voix
+particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.</p>
+
+<p>Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au
+moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque
+communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les
+microphones.</p>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">A propos de la station des Trappes.</span></span></p><br>
+
+<p>La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station
+météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait
+voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises
+sur la haute atmosphère.</p>
+
+<p>La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort
+laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à
+assurer le fonctionnement de celle-ci.</p>
+
+<p>Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et
+on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la
+station de Trappes est perdue pour la science.</p>
+
+<p>Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes
+vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M.
+H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de
+Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne
+pouvait accepter.</p>
+
+<p>La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère
+scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée,
+donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut
+intérêt.</p>
+
+<p>Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique
+font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les
+variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter
+sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est
+calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour
+obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour
+l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux
+centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements
+précis.</p>
+
+<p>Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce
+titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État.
+Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de
+la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à
+l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de
+hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les
+recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera
+probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette
+besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile
+aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.</p>
+
+<p>Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la
+science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se
+poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un
+intérêt national.</p>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">Production d'engrais au moyen de l'aluminium.</span></span></p><br>
+
+<p>Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de
+produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que,
+dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés
+économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se
+doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un
+jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.</p>
+
+<p>On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très
+riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en
+France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a
+constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de
+charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium
+d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme
+engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1
+fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus
+considérable.</p>
+
+<p>Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le
+consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut,
+néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de
+l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un
+développement constant.</p>
+
+<p>De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909,
+pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la
+production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.</p>
+
+<p>L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs
+en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr.
+95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera
+sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.</p>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">La chaleur supportée par le corps humain.</span></span></p><br>
+
+<p>L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près
+double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les
+climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment
+une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60
+degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de
+la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient
+couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un
+des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre,
+à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55
+degrés.</p>
+
+<p>Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la
+température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un
+four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une
+température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau,
+c'est-à-dire 100 degrés.</p>
+
+<p>Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent
+les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se
+transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état
+une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.</p>
+
+<p>En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être
+protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps
+humain est capable de supporter une température presque suffisante pour
+cuire une côtelette.</p>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">La prétendue solidarité ouvrière des fourmis.</span></span></p><br>
+
+<p>La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique
+nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz,
+observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces
+insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.</p>
+
+<p>A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à
+répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de
+navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne
+dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à
+la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage
+continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion
+d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la
+miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt
+dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si
+l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à
+toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de
+pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices.
+Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le
+fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un
+travail utile.</p>
+
+<p>D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout
+à prendre le bien du voisin.</p>
+
+<p><span class="rig"><span class="sc">Bilan de grèves.</span></span></p><br>
+
+<p>Une étude documentaire, publiée récemment par le <i>Times</i> sur le
+mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres
+particulièrement intéressants.</p>
+
+<p>L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont
+englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de
+40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent
+des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années
+1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.</p>
+
+<p>L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves,
+961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le
+bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève
+générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total
+des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a
+été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de
+1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période
+1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte
+de plus de 30 millions de journées de travail.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/021a.png"><br><b>
+Gestes du Mexique: la réconciliation officielle et<br>
+publique des généraux Huerta et Orozco, au palais<br>
+présidentiel de Mexico.</b></p>
+
+<h3>LA POLITIQUE AU MEXIQUE</h3>
+
+<p>A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection
+régulière du président de la République mexicaine, les troubles
+renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans
+l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la
+tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent,
+que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général
+Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances
+d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de
+détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les
+scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la
+politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à
+composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons
+publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à
+la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens
+paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois
+agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux
+dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les
+deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais
+présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une
+large accolade, à la mode hispano-américaine.</p>
+
+<p>Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef
+Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou
+ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme
+annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous
+les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils
+qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder
+et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la
+longue présidence de Porfirio Diaz.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LA TOURNÉE DE M. SILVAIN</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/021b.png"><br><b>
+Le sociétaire de la Comédie-Française<br> en voyage: M. Silvain.</b></p>
+
+<p>C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que
+promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir
+des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une
+longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son
+voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire
+infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner
+Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le
+vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en
+quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique
+chariot de Thespis.</p>
+
+<p>Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est
+poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui
+l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du
+théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en
+collaboration avec M. Jaubert, l'<i>Andromaque</i> d'Euripide, traduite et
+adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de
+laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée,
+Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore
+donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent
+fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre
+une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on
+voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis,
+à Phtie, en Thessalie.</p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/021d.png"><br><b>Une représentation d'<i>Andromaque</i> (d'après Euripide) au<br>
+théâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de
+Thétis.</b></p>
+
+<p class="mid"><b>LA TOURNÉE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.</b>--<i>Photographies C. Nataf.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LE RAID HIPPIQUE BIARRITZ-PARIS</h3>
+
+<p>Le raid hippique des officiers de la réserve et de l'armée territoriale
+avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualités d'endurance
+remarquables; la course de 1913 adonné des résultats tout à fait
+exceptionnels.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/021c.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Biarritz-Paris: le sous-lieutenant<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Crespiat et sa jument</b> <i>Bibi</i>.</p>
+
+<p>L'épreuve comportait le voyage de Biarritz à Paris; mais le trajet de
+Biarritz à Bordeaux constituait un exercice d'entraînement n'appelant
+aucun classement; la véritable course commençait à Bordeaux. Pour la
+première fois, aucune limite de vitesse n'avait été imposée aux
+concurrents. Guidés par une science hippique déjà éprouvée, nos
+officiers purent ainsi demander à leurs chevaux l'effort maximum, et,
+malgré cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivèrent à
+Versailles.</p>
+
+
+
+<p>La première place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er
+régiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril, à 5
+heur s du matin, arrivait à Versailles le jeudi à 3 heures de
+l'après-midi, ayant couvert exactement 560 kilomètres en quatre-vingts
+heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomètres par jour pendant trois
+jours et demi.</p>
+
+<p>Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de
+Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgouët, Caillât, classés
+immédiatement après le vainqueur, avaient eux-mêmes soutenu un train
+d'environ 140 kilomètres par 24 heures.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><b>QUAND ON EST DE MAUVAISE HUMEUR, par Henriot.</b><br><img alt="" src="images/022small.png"><br><a href="images/022large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp01.png"><br>
+Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés<br>
+ en titre ne nous ont pas été fournis</p>
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various
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+works. See paragraph 1.E below.
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