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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: September 22, 2011 [EBook #37506]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3648, 25 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
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+
+L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
+
+Avec ce numéro L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
+CONTENANT:
+BAGATELLE
+
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+
+Ce numéro se compose de VINGT-QUATRE PAGES dont huit brochées à part
+avec des aquarelles de L. Sabattier: UN MOIS À PÉKIN.
+
+Il contient deux suppléments:
+1° _L'Illustration Théâtrale_ avec le texte complet de BAGATELLE, de
+Paul Hervieu, et un portrait de l'auteur par Léon Bonnat, reproduit en
+couleurs;
+2° Le 1er fascicule des SOUVENIRS D'ALGÉRIE (Récits de chasse et de
+guerre), du général Bruneau.
+
+
+
+[Illustration: L'ILLUSTRATION
+Prix de ce Numéro: Un Franc. SAMEDI 25 JANVIER 1913 71e Année.--N° 3648.]
+
+[Illustration: M. RAYMOND POINCARÉ Élu président de la République
+française le 17 janvier, pour entrer en fonctions le 18 février 1913.
+_Photographie Ch. Gerschel, prise spécialement pour_ L'Illustration, _le
+lendemain de l'élection présidentielle, dans le cabinet de travail de M.
+Poincaré, rue du Commandant-Marchand._]
+
+
+
+AVIS AUX ACTIONNAIRES
+DE «L'ILLUSTRATION»
+
+_MM. les Actionnaires de la Société du journal_ L'ILLUSTRATION _sont
+convoqués en Assemblée générale ordinaire pour le jeudi 13 février
+prochain, au siège social,_ 13, rue Saint-Georges, Paris, _à deux
+heures._
+
+ORDRE DU JOUR:
+
+Lecture des rapports du gérant et du conseil de surveillance. Examen et
+approbation, s'il y a lieu, de ces rapports, du bilan et des comptes de
+l'exercice 1912.--Répartition des bénéfices.--Fixation du
+dividende.--Proposition du gérant relativement aux frais
+généraux.--Renouvellement du conseil de surveillance.--Fixation du
+chiffre du traitement du gérant pour l'année 1913.
+
+_Pour assister à cette réunion, MM. les Actionnaires propriétaires de_
+TITRES AU PORTEUR _doivent en faire le dépôt avant le 7 février, à la
+Caisse de la Société. Il leur sera remis en échange un_ RÉCÉPISSÉ
+_servant de carte d'entrée._
+
+
+
+_C'est, comme il convenait, à l'Élection présidentielle du 17 janvier
+qu'est consacrée la plus grande partie de ce numéro. Nous n'avons pas
+voulu cependant ajourner la publication du second article illustré de_
+L. SABATTIER: _Un mois à Pékin. Il remplit huit pages brochées à part,
+dont quatre en couleurs._
+
+_Dans le supplément théâtral de cette semaine, qui contient Bagatelle,
+de_ PAUL HERVIEU, _nos lecteurs trouveront une autre gravure en
+couleurs: le portrait du grand écrivain, par_ LÉON BONNAT.
+
+_Dans le prochain numéro, nous publierons Kismet._
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+LE FROID
+
+--Oui, je pars. Je pars demain, déclara, dans le salon où nous étions
+réunis, à l'heure du thé, un homme d'environ cinquante ans.
+
+Ces mots déchaînèrent à la minute un concert d'exclamations et de
+regrets: «--Quelle chance vous avez!... Je vous envie! Vous allez dans
+le Midi, bien sûr? Chercher le soleil? Ah! la chaleur! la bonne chaleur!
+
+--Vous n'y êtes pas, dit-il, je vais quérir la neige et trouver le
+froid.»
+
+Et, comme chacun s'étonnait, croyant à une boutade, il précisa sa
+pensée: «Mais oui. J'ai été élevé dans cette idée fondamentale qu'il y
+avait des saisons. Les saisons! Ma mère m'en a tout de suite, dès que
+j'ai pu commencer à bégayer, appris et fait épeler les noms, justement
+sur un calendrier, que j'ai depuis conservé comme une rareté et une
+relique. C'était un calendrier de 1831, de sa jeunesse à elle, et
+qu'elle avait gardé. Je le vois. Fané, décoloré, un peu cassé, ayant
+souffert des coins, garni toujours de la ficelle vieux rose qui avait
+servi à l'accrocher. Il portait, écrits au-dessus des colonnes de mois,
+les noms respectifs des saisons qui étaient au nombre de _quatre_. Oh!
+je ne me trompe pas! Mes souvenirs sont très précis. Pas une de plus,
+pas une de moins. On les appelait: l'Hiver, le Printemps, l'Été et
+l'Automne. Et quatre images ravissantes, ineffaçables à jamais dans mon
+esprit et reproduites dans mon coeur, déterminaient et fixaient le
+caractère spécial de chacune des époques distinctes et qui ne se
+confondaient pas, qui étaient comme les parents, les membres, séparés et
+unis, d'une même famille, désignée sous le vocable d'_année_.
+
+» Voici ce que représentaient ces vignettes, tableaux parlants:
+
+» Pour l'Hiver, c'était un lac immense, à perte de vue gelé, sur lequel
+glissaient, avec une grâce vertigineuse, des messieurs en chapeau haut
+de forme et drapés de manteaux romains, chaussés de patins recourbés
+comme des cimeterres. Des dames indolentes étaient poussées dans des
+traîneaux d'où retombaient des fourrures balayant la glace, et sur le
+bord du lac une vieille femme de la campagne pliait, le dos courbé sous
+un fagot de bois mort, tandis qu'au loin,... bien loin... bien loin...
+une petite fumée, solide et nourrie, se sauvait d'un toit de chaumière
+écrasée de neige. Ah! qu'on devait donc bien se chauffer les pieds dans
+cette petite maison-là! Le Printemps, c'était deux jeunes filles,
+assises en robe de bal, dans une prairie, taquinant ensemble une
+pâquerette, non loin d'une tour gothique sur les créneaux de laquelle
+deux pigeons se cajolaient. L'Été s'exprimait par un repas joyeux sur
+l'herbe, et la course échevelée d'une fillette en pantalon de percale,
+agitant un filet d'un vert de sucre d'orge à la poursuite d'un papillon
+de la taille d'un merle. Et enfin, des vendangeurs actifs et accroupis
+parmi les treilles couleur d'or, un promeneur pensif avec un livre
+ouvert à la main, et des enfants lançant dans le ciel un indécis
+cerf-volant plus grand qu'eux, en forme de bouclier des croisades,
+soulignaient les charmes acides et toute la mélancolie de l'Automne.
+
+» Tout cela était parfaitement clair et indubitable. On ne pouvait s'y
+méprendre. Il y avait des saisons. Elles existaient. Ma mère les avait
+vues, comme je vous vois. Elle les avait passées maintes fois depuis
+qu'elle était au monde, et ses parents aussi. Souvent elle me raconta
+que l'hiver de telle année, en Gâtinais, la rivière avait été prise
+pendant plus d'une semaine et qu'elle l'avait traversée à pied, et
+qu'elle portait de la mousseline à pois aux processions du mois de
+Marie, et que dès juillet on ne savait plus où se fourrer tellement il
+faisait chaud. J'ai donc pris, dès le jeune âge, cette mauvaise
+habitude, d'une règle climatérique, d'une marche et d'un ordre dans la
+succession, la distribution du chaud et du froid, du soleil et de la
+pluie, de la grêle et du vent. J'ai besoin pour bien vivre et demeurer
+l'esprit tranquille de n'être pas troublé ni bousculé de ce côté-là. De
+cette discipline de la nature dépend la mienne, celle de mes pensées, et
+si tout se conduit mal autour de moi je commence moi-même à me déranger.
+Or voici plus d'une demi-douzaine d'années que le ciel a la berlue et
+que les saisons, atteintes de folie, douce ou furieuse, entrent les unes
+dans les autres, au point qu'on ne peut plus les distinguer. Elles
+semblent s'amuser à un continuel cache-cache, et se déplacer sans cesse.
+Et, pour mieux nous jouer un tour, elles n'observent plus le leur. Les
+bourgeons pointent en janvier et il gèle à la Trinité. Eh bien, j'avoue
+que ces aberrations de la nature me rendent malade et que je m'applique
+alors, autant qu'il m'est permis, à y remédier, en allant chercher, là
+où j'ai le plus de probabilités de la rencontrer, la température
+correspondante au moment de l'année. J'entends maintenir avec énergie,
+et rétablir quand elle est rompue, la tradition classique, c
+'est-à-dire: du froid pendant l'hiver, du frais au printemps, du chaud
+en été, et de l'humide à l'automne. Ces sensations physiques me sont
+nécessaires, indispensables. Elles sont réclamées par mon corps et par
+ma raison avec autant de force et de netteté que l'est, par mon esprit,
+mes yeux et mes oreilles, la perception du temps et de sa mesure...
+Pourriez-vous vivre en face d'une horloge continuant à marcher quoique
+détraquée, et qui marquerait et sonnerait onze heures quand il en est
+trois? Accepteriez-vous, d'autre part, un baromètre qui indiquerait
+ponctuellement la tempête quand le firmament est d'azur et qui piquerait
+au beau quand l'orage éclate? Non. Comprenez donc en ce cas que j'exige
+une corrélation loyale entre la saison et son expression, ses
+manifestations logiques et légitimes. Or nous sommes en janvier, et il
+fait ici un avril pourri. Je m'en vais donc à la rencontre de l'hiver,
+et je pars demain.
+
+--Pour où?
+
+--Pour la Suisse.
+
+--Simplement? C'est tout? Pourquoi pas les pays plus avancés du Nord?
+les royaumes de glace? les pôles?
+
+--Parce que je suis un sage et qu'il ne faut rien exagérer... Je veux du
+froid, sans doute, du vrai et du bon, mais supportable, du froid joli et
+civilisé. Je n'exige pas celui des pâles voyageurs et des virtuoses du
+scorbut, celui qui solidifie le mercure et fait craquer les ongles... Ce
+sera pour plus tard, quand je serai entraîné. En attendant, la Suisse
+pacifique et sans surprises violentes me convient assez. Les hôtels y
+sont excellents, chauffés à merveille, les sapins ont des givres qui
+semblent oubliés de la nuit de Noël et la neige y a la couleur du lait
+qui remplit les seaux de bois dans les vacheries. Je me réjouis déjà de
+la voir, étendue partout, cette neige honnête, d'y marcher, d'y compter
+les trous de mes pas, d'y observer la forme si sympathique de mes pieds
+plus petits que leur trace, d'entendre le craquement de soie que vont
+faire, en la pressant bientôt, mes prudentes semelles. J'ai toujours
+éprouvé qu'elle exerçait sur nous une action morale extraordinaire et
+vivifiante. Elle fouette et bat le sang, resserre les tissus de la peau
+comme ceux des idées. Elle fait penser pur et blanc, et jamais ne finit
+dans la boue. Le froid précisément la préserve de cette dégradation et
+de cette souillure, il la maintient et la pétrifie. C'est le plus beau
+des tapis, le plus moelleux des gazons. Et puis la Suisse, prise
+brusquement et à petites doses, nous donne, l'hiver, d'admirables leçons
+de calme et d'immobilité. Le mouvement même et les exercices auxquels on
+s'y livre ont leur rythme, leurs lois, et n'offrent rien de commun avec
+l'agitation que nous cause la fièvre cérébrale de Paris. On n'est plus
+le même en face de la montagne, on retrouve sa plénitude, son équilibre
+et sa sérénité...»
+
+Arrêtant là tout d'un coup son apologie du froid, l'amateur des saisons
+sentit qu'il en avait dit assez et rentra dans le silence que personne
+autour de lui ne songea d'ailleurs à rompre. Chacun suivait, pour une
+minute au plus... dans l'avenir comme dans le passé, sa vision
+personnelle d'hiver et de frimas. Celui-ci était retourné aux
+récréations de l'enfance... aux mois d'engelures et de cache-nez, aux
+glissoires dans la cour... Celui-là aux grand'gardes pendant le siège,
+dans les tranchées durcies... Cet autre à la lecture du _Capitaine
+Hatteras_, du temps que, sous la lampe de famille, il naviguait en
+frôlant les banquises. Une jeune femme, les yeux fermés, dansait à ce
+bal costumé où la poudre lui allait si bien... Et, du fond de son
+fauteuil, une grand'mère regardait en face d'elle, dans la glace, ses
+cheveux devenus d'argent dont la neige ne fondrait plus.
+
+HENRI LAVEDAN.
+
+(Reproduction et traduction réservées.)
+
+
+
+[Illustration: Son grand-oncle: Paulin Gillon, député de la Meuse et
+maire de Bar-le-Duc de 1840 à 1848.]
+
+[Illustration: Son arrière-grand'mère: Mme Landry Gillon.]
+
+[Illustration: Son arrière-grand-père: Landry Gillon, neuf fois député
+de la Meuse.]
+
+TROIS ARRIÈRE-PARENTS DE M. RAYMOND POINCARÉ
+
+LE NOUVEAU PRÉSIDENT
+
+L'ÉLECTION PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE
+
+Nulle élection, sans doute, ne reçut de l'immense majorité de l'opinion
+un accueil plus chaleureux, plus enthousiaste, que celle qui vient de
+porter à la suprême magistrature de la République M. Raymond Poincaré.
+
+En France, une joie sereine, des espoirs infinis, une confiance
+touchante, une patriotique fierté. En Europe, une sympathie unanime qui
+s'est traduite par les télégrammes les plus flatteurs pour l'élu,
+qu'avaient désigné et sa haute valeur intellectuelle et la dignité
+irréprochable de sa carrière politique. Quiconque aime la France a
+marqué d'une pierre blanche la date du 17 janvier. Il semble que de ce
+jour-là une ère nouvelle se soit ouverte pour notre pays.
+
+Nous ne saurions revenir sur les luttes qui agitèrent cette journée et
+celles qui la précédèrent: c'est le passé,--un passé qu'il faut effacer
+dans la concorde, la paix, le travail fécond pour la patrie.
+
+Notons toutefois, puisque aussi bien nous nous efforçons d'enregistrer
+ici, semaine par semaine, pour les chercheurs de l'avenir, les faits qui
+intéressent l'histoire, notons les deux phases principales de cette
+lutte qui fut ardente, les deux scrutins dont le dernier donna à M.
+Raymond Poincaré la victoire sur son concurrent, M. Jules Pams.
+
+[Illustration: M. et Mme Antoni Poincaré, père et mère du nouveau
+Président.]
+
+La compétition, en effet, était nettement circonscrite entre ces deux
+hommes politiques. Et chacun d'eux avait son grand électeur, M. Georges
+Clemenceau, ancien président du Conseil, menant campagne pour M. Pams,
+après avoir, un moment, dans les réunions préparatoires, soutenu M.
+Antonin Dubost, tandis que M. Aristide Briand, garde des sceaux, ancien
+président du Conseil aussi, défendait de tout son coeur la candidature
+de M. Raymond Poincaré. Et c'étaient là deux Warwicks également
+passionnés, également habiles et connaissant à fond leur Parlement et
+les ressorts qu'il convient de faire jouer pour l'émouvoir, le décider.
+Il faut bien croire pourtant--le résultat acquis est là qui en
+témoigne--que l'éloquence de l'un fut plus persuasive que la verve de
+l'autre.
+
+[Illustration: La maison natale de M. Raymond Poincaré, à Bar-le-Duc.]
+
+Au premier tour de scrutin, M. Raymond Poincaré venait en tête avec 429
+voix contre 327 à son concurrent. D'autres votes s'étaient égarés, on
+peut bien le dire aujourd'hui sans risquer de désobliger personne, sur
+les noms de MM. Ribot et Deschanel, qui n'étaient plus candidats; un
+fantaisiste avait même accordé son suffrage à M. Henri Rochefort, tandis
+que les socialistes, avec ensemble, votaient pour leur doyen d'âge, M.
+Vaillant.
+
+Pourtant, M. Raymond Poincaré n'avait pas atteint la majorité absolue,
+qui était de 434 voix, 867 suffrages ayant été exprimés. Il fallut un
+second tour de scrutin.
+
+M. Raymond Poincaré y triompha. Du moment où, gravissant les degrés de
+la tribune pour déposer son bulletin, il fut salué par les acclamations
+de l'Assemblée nationale, sa victoire déjà était certaine. De fait, 483
+voix--le chiffre même qu'avait obtenu autrefois M. Émile Loubet--lui
+décernaient l'honneur suprême. Et M. Antonin Dubost, du haut du
+fauteuil, le proclama «Président de la République française pour sept
+ans à partir du jour où prendrait fin le mandat du Président en
+exercice».
+
+De longs applaudissements, des cris de «Vive la République!» saluèrent
+cette formule sacramentelle,--auxquels firent écho, dehors, dans la cour
+de Marbre, sur la place d'Armes, dès que la foule connut les résultats
+du scrutin, d'enthousiastes vivats. Quelques heures plus tard, c'était
+le pays tout entier qui exultait à la nouvelle de cette élection qu'il
+souhaitait, qu'il espérait d'une ardeur telle que toute autre l'eût déçu
+profondément.
+
+
+
+LA VIE DE M. RAYMOND POINCARÉ
+
+Le nouveau chef d'État est Lorrain de bonne souche, et, dans les
+circonstances actuelles, il n'est pas jusqu'à cette origine qui ne donne
+au choix de l'Assemblée nationale un caractère patriotique, sentimental,
+peut-on dire, dont le peuple entier a été profondément touché.
+
+[Illustration: M. Antoni Poincaré, dans les dernières années de sa vie,
+photographié par Mme Raymond Poincaré.]
+
+M. Poincaré (Raymond-Nicolas-Landry, sur les registres de l'état civil)
+est né, en effet, à Bar-le-Duc le 20 août 1860. Son père, Antoni
+Poincaré--. Un Nancéen--mort l'an dernier inspecteur général des ponts
+et chaussées, était alors, dans cette ville, ingénieur ordinaire au
+corps. Il habitait, dans la rue des Tanneurs, qui a depuis changé son
+nom expressif pour celui de rue Nève, une maison de décorative
+apparence, qui garde encore le caractère sobre et élégant des
+architectures du dix-huitième siècle, mais qui, en réalité, est beaucoup
+plus ancienne. En arrière, est un jardinet très simple que coupe un
+canal aux sombres eaux vives, une dérivation de l'Ornain au bord de
+laquelle, probablement, en des temps lointains, s'échelonnaient les
+ateliers qui avaient donné à la rue des Tanneurs sa vieille
+dénomination.
+
+[Illustration: Le petit Raymond Poincaré, à six mois, sur les genoux de
+sa mère; à trois ans, près de son chien favori; le jour de sa première
+communion. TROIS INSTANTANÉS DE L'ENFANT QUI DEVAIT ÊTRE UN JOUR
+PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE]
+
+L'immeuble appartint longtemps à M. Ficatier-Gillon, grand-père maternel
+de M. Raymond Poincaré. Ce nom de Gillon est vénéré dans le Barrois,
+ayant été illustré tour à tour par Jean Landry Gillon qui, sous le règne
+de Louis-Philippe, avocat général à la Cour de cassation, fut élu neuf
+fois député de la Meuse, preuve éclatante de son ascendant sur ses
+compatriotes, et par Paulin Gillon, avocat, maire de Bar de 1840 à 1848,
+puis également député, puis enfin sénateur inamovible et sur qui un
+dicton charmant courait, là-bas, au pays: «Paulin Gillon, à l'occasion,
+sait dépouiller sa table pour faire une bonne action.» Le premier était
+l'arrière-grand-père, le second le grand-oncle du nouveau Président.
+
+[Illustration: Le lycée de Bar-le-Duc, où le jeune Raymond Poincaré fit
+ses études.--_Phot. Oterlaender._]
+
+La maison familiale de la rue des Tanneurs passa plus tard au docteur
+Enard dont le fils, lui-même médecin distingué, continue de l'habiter et
+en fait, avec infiniment de bonne grâce, les honneurs aux visiteurs
+curieux. Et Mme Enard mère évoque la figure de l'enfant aujourd'hui élevé
+si haut, du «petit monsieur Raymond», sérieux de toujours, appliqué,
+précis; montre, au pied d'un vieil arbre, le banc de fonte où, studieux
+écolier, il préparait ses leçons, et la fenêtre de laquelle il fixa, en
+un dessin hésitant que conserve pieusement quelque intime, le panorama
+pittoresque du vieux Bar juché sur sa colline.
+
+La précoce maturité du caractère, c'est la première qualité que
+s'accordent à discerner, chez M. Raymond Poincaré, ceux qui le connurent
+jeune, ses condisciples d'il y a trente à quarante ans, ceux qui
+l'accompagnaient, le matin, au lycée par cette rue de la Banque toute
+bordée de souvenirs émouvants: la maison qu'occupa Bismarck aux jours
+tragiques, celle où logeait Moltke, et la Banque elle-même, le vaste
+hôtel où s'installa le roi Guillaume et où se décida, en conseil de
+guerre, le fameux «mouvement tournant» qui aboutit à la prise de Sedan.
+
+[Illustration: «Le Clos», vu du jardin.]
+
+[Illustration: «Le Clos» et la campagne environnante.]
+
+
+
+LA PROPRIÉTÉ DE M. RAYMOND POINCARÉ, A SAMPIGNY, DANS LA MEUSE
+
+Au reste, ce pays, tel qu'il apparaît, du moins, en cette saison, voilé
+de brumes, pailleté de givre, ce pays, dont rêvera, quelques années plus
+tard, nostalgique, le lycéen de Bar exilé à Paris et interné à
+Louis-le-Grand, semble prédisposer aux pensées graves. Il apparaît
+lui-même songeur, sévère un peu, malgré la courbe molle de ses collines
+et l'argent frissonnant de ses rivières enchâssées dans l'émail vert des
+prairies gorgées d'eau. De Bar-le-Duc à Sampigny, petit bourg très fier,
+désormais, de posséder le castel neuf, aux toits élancés, qui s'érige au
+bord d'un domaine modeste où, chaque été, le Président vient jouir de
+quelques semaines de repos, de Sampigny à Nubécourt où, dans un petit
+enclos ombreux, à l'écart des tombes du village déferlant au pied des
+murs d'un vieux sanctuaire roman, ondulent les sépultures des familles
+Gillon, Ficatier, Poincaré, les lames sous lesquelles reposent et Landry
+et Paulin Gillon, et le tertre où l'on étendit, voilà un an à peine, la
+dépouille d'Antoni Poincaré, près d'une autre place préparée dont
+l'écusson vide attendra longtemps encore, nous l'espérons, le nom de
+Nanine-Marie Ficatier, son épouse; dans toute cette contrée si proche
+des frontières, attentive comme une sentinelle, sur les routes sinueuses
+et accidentées où, à chaque détour, presque, on croise ou l'on dépasse
+quelque troupe en manoeuvres, quelque patrouille, où à chaque pas vous
+salue d'un sourire plein de confiance et d'entrain quelque petit soldat
+courbé sur une ingrate et nécessaire besogne de terrassier, du haut des
+collines rondes, à travers les bois poudrés à frimas, ce qu'on éprouve
+c'est une impression de recueillement, non point mélancolique et dolent,
+comme en Bretagne par exemple, mais volontaire, mais concentré, profond.
+Et la devise de Bar-le-Duc traduit à merveille l'état d'âme des hommes
+issus de ce fort terroir qui vous conquiert sans s'y appliquer par des
+sourires: «Plus penser que dire».
+
+Le jeune Raymond Poincaré quitta le pays de son enfance à seize ans,
+pour venir faire à Paris sa rhétorique supérieure et sa philosophie. Son
+départ du lycée de Bar laissait à ses émules affectueux, à ses amis de
+coeur, qui s'appelaient Pol Brouchot, aujourd'hui conseiller à la cour
+de Paris, Léon Oudinot, mort censeur des études au lycée Buffon, et
+Henry Bohn, qui fut sous-inspecteur de l'enregistrement et qui a disparu
+aussi, des gerbes de lauriers à se partager. Il est amusant de
+feuilleter les palmarès des dernières distributions de prix où il fut
+nommé; son nom y figure à chaque paragraphe: excellence, narration
+latine, narration française, version latine, version grecque, thème
+grec, histoire, géographie, allemand, mathématiques, histoire naturelle,
+dessin d'imitation,... les lettres, les sciences, les arts même, son
+intelligence vive s'assimile avec une aisance égale toutes les matières
+du programme. Un de ses professeurs à Louis-le-Grand, M. Lafon,
+l'orientera vers les lettres et décidera de sa vocation.
+
+
+
+LA CARRIÈRE POLITIQUE
+
+Bachelier, puis licencié ès lettres, l'étudiant dut interrompre, en
+1879, son droit pour satisfaire, comme volontaire d'un an aux
+obligations militaires. Elles furent légères à cet homme de devoir, à ce
+Lorrain patriote fervent. «On a eu raison, écrivait-il de Nancy, où il
+était incorporé au 26e d'infanterie, à son ami Pol Brouchot, on a eu
+raison de te dire que mon volontariat m'est une tâche fort douce et ceux
+qui t'ont assuré que je n'avais pas encore trouvé ici l'occasion de me
+chagriner ne sont pas des conteurs.»
+
+Il était caporal quand il passa ses examens de seconde année. Au sortir
+du régiment il était sergent. Et il témoigna de son amour du métier
+militaire en servant tour à tour comme sous-lieutenant de réserve aux
+chasseurs à pied, puis comme lieutenant et comme capitaine aux alpins.
+
+En 1880, il entrait au barreau, et Me du Buit le choisissait comme
+secrétaire: ce fut l'aurore de sa carrière au Palais, où il devait
+bientôt se classer parmi les maîtres. C'est à ce moment que, curieux
+sans doute de connaître un domaine voisin de celui qui était sien, il
+fut--il veut bien, avec cette délicieuse urbanité qui est l'une de ses
+qualités les plus séduisantes, le rappeler à l'occasion à ceux d'entre
+nous qu'il accueille--un peu notre confrère, ayant assumé les fonctions
+de chroniqueur judiciaire au _Voltaire_.
+
+Il commença sa carrière politique comme chef de cabinet de M. Jules
+Develle, son compatriote, titulaire, dans le cabinet Freycinet, en 1886,
+du portefeuille de l'Agriculture. Ce fut alors qu'il posa sa
+candidature, comme conseiller général, dans le canton de Pierrefitte
+(dont Sampigny, son actuelle résidence d'été, est l'une des communes).
+Il fut élu. L'année suivante, il remplaçait comme député de Commercy M.
+Liouville. L'arrondissement, fidèle, lui renouvela son mandat jusqu'en
+1902, jusqu'au moment où il passa de la Chambre au Sénat.
+
+[Illustration: M. Raymond Poincaré, député de la Meuse, à 27 ans.]
+
+A la Chambre des députés, M. Raymond Poincaré avait, d'emblée, conquis
+une situation enviable. Un discours sur le budget des finances, en
+octobre 1890, avait mis en lumière la clarté de son esprit, son entente
+des affaires publiques. En 1893, il se voyait confier le rapport général
+sur le budget. Cette même année, il faisait partie, comme ministre de
+l'Instruction publique, du cabinet Charles Dupuy, qui dura seulement
+quelques mois (avril-décembre). Mais quand, six mois plus tard, M.
+Charles Dupuy reprit la présidence du Conseil, il confia à M. Raymond
+Poincaré le ministère des Finances (juin 1894 à janvier 1895). M. Ribot,
+qui succéda à M. Ch. Dupuy comme chef du gouvernement, conserva ce
+collaborateur précieux, que la souplesse de son esprit et l'étendue de
+ses connaissances mettaient à même de rendre, à la tête de l'un ou
+l'autre département, des services distingués, lui confiant derechef le
+ministère de l'Instruction publique.
+
+[Illustration: Mme Raymond Poincaré. Phot. Nadar.]
+
+La chute du cabinet Ribot fit rentrer dans le rang M. Raymond Poincaré.
+Ses collègues le portèrent bientôt à la vice-présidence de la Chambre,
+où il fut tour à tour réélu trois fois (1896-1897-1898).
+
+M. Sarrien, en mars 1906, le rappela au pouvoir, lui attribuant le
+ministère des Finances, qu'il abandonna au moment où M. Clemenceau fut
+appelé à former un cabinet.
+
+A la fin de 1911, période troublée, inquiète, on discutait le traité
+franco-allemand. M. Raymond Poincaré était chargé, par le Sénat, de
+rédiger le rapport sur cet instrument diplomatique lorsque tomba le
+ministère Caillaux. C'est alors qu'il fut appelé--janvier 1912--à former
+le cabinet aux destinées duquel il présida jusqu'au 17 janvier dernier.
+
+Au cours de ses passages successifs au ministère, M. Raymond Poincaré a
+attaché son nom à diverses réformes ou actes politiques importants. Il a
+fait proclamer l'autonomie des Universités, créé le doctorat ès sciences
+politiques et administratives, fait adopter l'impôt progressif sur les
+successions, puis, président du Conseil, fait ratifier au Parlement le
+traité franco-allemand et le traité franco-espagnol, voter le traité
+instituant le protectorat marocain et, enfin, fait accepter par la
+Chambre la réforme électorale.
+
+Au moment où l'Assemblée nationale vient de donner à sa politique
+générale une si haute et si éloquente consécration, il sied de rappeler,
+bien que ces souvenirs soient encore tout frais dans nos mémoires, avec
+quel fier souci de la dignité nationale il a dirigé, depuis un an, les
+affaires extérieures de la France.
+
+En ces derniers mois, il avait assumé un rôle agissant qui lui avait
+conféré, aux yeux de l'Europe entière, un prestige considérable. Dès que
+se dessina la crise balkanique, il avait pris l'initiative généreuse de
+faire, appel à une entente des puissances en vue d'une action
+pacificatrice. Il n'a pas dépendu de ses sages conseils, des vaillants
+efforts qu'il multiplia jusqu'au bout, que l'orage actuel ne fût
+conjuré. Le mérite de son attitude, si conforme à la grande tradition
+française, demeure entier à son actif: il s'est, en ces jours troublés,
+inquiétants, affirmé grand homme d'État. Son influence dans la politique
+intérieure ne fut pas moins bienfaisante. L'autorité avec laquelle, au
+nom de la France, il avait paru devant l'Europe, ferme sans provocation,
+l'esprit conciliant mais résolu qu'il avait montré en face des
+adversaires mêmes du dedans, ce sont les deux bases solides de l'estime,
+de l'affection que lui a vouées la foule équitable.
+
+
+
+L'ACADÉMICIEN
+
+M. Raymond Poincaré est, depuis 1909, membre de l'Académie française où
+il a remplacé cet autre Lorrain admirable, Émile Gebhart et où l'a
+accueilli M. Ernest Lavisse.
+
+En dehors des classiques thèses de doctorat, en dehors même de son
+oeuvre oratoire, plaidoiries, discours politiques, d'une pensée si forte
+et d'une forme littéraire si parfaite, il était désigné au choix de
+l'illustre Compagnie par un ouvrage qui, sous le titre _Idées
+contemporaines_, publié en 1906, contient une série d'études sur des
+sujets très divers, du «Courage fiscal» à un «Éloge d'Arago», d'un
+chapitre sur «l'Éducation des jeunes filles» à un autre sur «Jeanne
+d'Arc et l'idée nationale», où son esprit pénétrant, son talent sobre et
+de grand style se montrent sous les aspects les plus variés et les plus
+captivants.
+
+Et, détail piquant, celui qui, dans quelques semaines, va porter en
+écharpe le grand cordon de la Légion d'honneur n'était, jusqu'à présent,
+pas même chevalier de l'ordre... Que, d'ailleurs, on n'en prenne pas
+texte pour récriminer contre l'injustice de ceux qui récompensent les
+mérites. La vérité est que M. Raymond Poincaré était entré dans la
+politique, était ministre même avant l'âge où les plus ambitieux peuvent
+songer à la croix,--et qu'une loi sévère interdit aux parlementaires en
+fonctions de la recevoir, quels que soient les services qu'ils puissent
+rendre à la République.
+
+G. B.
+
+
+
+[Illustration: L'élément féminin au Congrès de Versailles: le couloir
+des tribunes réservées. _Dessin de Simont_.]
+
+LES COULISSES DU CONGRÈS
+
+DANS LES COULOIRS DES TRIBUNES
+
+Nous montrons, plus loin, par un document photographique qui fixe une
+minute d'histoire, l'acte décisif du Congrès, la proclamation, devant
+l'Assemblée nationale, du nouveau président de la République. Mais ce
+n'est pas dans la salle des séances que se joua tout entière la partie
+engagée pour la plus haute magistrature de l'État. Et les coulisses,
+mondaines et politiques, de l'élection présentèrent, en cette journée
+mémorable, de curieux aspects.
+
+[Illustration: M. Antonin Dubost ouvrant la séance. _Croquis de H. Le
+Riche._]
+
+Dans le couloir des tribunes réservées à d'heureux et rares invités, à
+l'heure du vote, on se croirait presque dans un couloir de théâtre,
+pendant un entr'acte de répétition générale. Le spectacle parlementaire
+qui se donne ici est, en effet, fort couru, et jamais, de mémoire de
+congressiste, on ne vit salle plus brillante, plus nombreuse en jolies
+femmes. Elles sont venues là, attirées par la grande affaire parisienne
+qu'est avant tout, à leurs yeux, l'élection présidentielle, excitées
+comme par l'attrait d'une pièce nouvelle, dont on a beaucoup parlé avant
+que le rideau se lève, et dont on attend beaucoup: sera-ce le triomphe
+indiscutable, complet, ou simplement le succès d'estime?
+
+De leurs fauteuils de balcon où elles formaient la plus gracieuse des
+«corbeilles», elles ont assisté à la première partie du
+spectacle,--entendez la proclamation du premier scrutin. Et maintenant,
+répandues dans les couloirs, elles échangent leurs impressions et leurs
+voeux, consultent l'important personnage qui passe, un papier à la main,
+discutent les chiffres, commentent les résultats. Tandis qu'en bas, dans
+la galerie des Bustes, les dernières passions se mêlent et se heurtent à
+grand bruit, ici on cause discrètement, à voix douce, comme dans un
+salon. Une réunion mondaine s'est improvisée, en un coin du palais où
+s'agitent les destinées de la France. Et sans doute en est-il, parmi ces
+élégantes, qui, reprises bientôt par des préoccupations moins graves,
+s'interrompent de parler «politique», pour aborder le
+chapitre--inépuisable--des toilettes.
+
+DANS LA GALERIE DES BUSTES
+
+Cependant le second tour a commencé, et la salle des séances, où tout à
+l'heure se pressaient, impatients d'entendre proclamer le premier
+scrutin, les membres de l'Assemblée nationale, s'est vidée en un
+instant. C'est maintenant dans la galerie des Bustes, emplie de rumeurs,
+qu'est le spectacle.
+
+[Illustration: M. Aynard et M. Méline.]
+
+[Illustration: M. Combes et M. Ribot.]
+
+[Illustration: M. Deschanel. Dans la galerie des Bustes, pendant le
+scrutin. _Croquis de H. Le Riche._]
+
+[Illustration: Les discussions de la dernière heure dans la galerie des
+Bustes, pendant qu'on vote dans l'hémicycle. Debout, au premier plan, M.
+Combes et l'abbé Lemire; au milieu d'un groupe, M. Aristide Briand
+adjurant quelques adversaires de grossir la majorité de M. Poincaré dont
+l'élection est déjà certaine; à gauche, deux dessinateurs de
+_L'Illustration. Dessin de Léon Fauret._]
+
+Tandis que chacun va successivement voter, des groupes se forment près
+des portes, autour de la table où sont posés les bulletins. Sénateurs et
+députés s'abordent, s'interrogent, échangent un mot, un sourire,
+rapprochés et séparés au hasard des rencontres. Certains se félicitent,
+escomptant le succès de leur candidat; d'autres discutent encore, non
+sans véhémence. Des colloques s'établissent, dont plus d'un paraît
+imprévu: M. Ribot se penche vers M. Combes, qui, l'instant d'avant
+s'entretenait avec l'abbé Lemire. Très entouré, M. Briand exhorte, avec
+sa persuasive éloquence, plusieurs parlementaires à «faire l'union
+républicaine sur le nom de M. Poincaré». Cependant, comme le jour tombe,
+une longue théorie d'huissiers traverse la galerie, porteurs de lampes
+destinées aux salons voisins, où des remuons se tiennent... La bataille
+va s'achever.
+
+[Illustration: UNE MINUTE HISTORIQUE AU CONGRÈS DE VERSAILLES.--Le
+président de l'Assemblée nationale, M. Antonin Dubost, lit les résultats
+définitifs du second scrutin qui donne la majorité absolue à M. Raymond
+Poincaré.--_Phot. René Millaud_.]
+
+Il est exactement six heures quarante-cinq. Après la suspension de
+séance d'une heure qui a suivi le second scrutin, le président de
+l'Assemblée nationale a fait son entrée dans la salle du Congrès, peu à
+peu désertée pendant les opérations de dépouillement et où viennent
+d'affluer en un clin d'oeil, dans toutes les travées, de l'extrême
+droite à l'extrême gauche, les 872 votants. L'instant est solennel. Une
+heure et une date se fixent dans l'histoire parlementaire de la France;
+toute l'attention, tous les regards des congressistes vont au président
+de l'Assemblée qui se lève, et il y a une minute d'immobilité et de
+silence,--tandis qu'au-dessus de ce millier de têtes où viennent de
+bouillonner les passions politiques, tout là-haut, allongé sur la
+toiture vitrée de la salle, un audacieux opérateur prend un cliché
+unique dans les annales de la photographie. Il remplit, lui aussi, son
+rôle historique avec vaillance et précision et saisit, dans toute son
+ampleur, avec tous ses premiers rôles et tous ses figurants, la
+physionomie de ce Congrès du 17 janvier, que les circonstances, les
+luttes ardentes de la veille et les indications précises de l'opinion
+nationale auront rendu exceptionnel.
+
+[Illustration: LA POPULARITÉ DU NOUVEAU PRÉSIDENT.--M. Poincaré, le soir
+de son élection, paraît (entouré de sa famille et de quelques amis) à
+une fenêtre de son hôtel, rue du Commandant-Marchand, pour répondre à
+ceux qui sont venus l'acclamer.]
+
+M. Poincaré a connu, le 17 janvier, les premières émotions de la grande
+popularité. Les Parisiens attendaient impatiemment, mais sans vouloir
+douter de sa victoire, la décision du Congrès: ils l'ont accueillie avec
+une joie unanime. Et ce furent, sur les boulevards, devant les
+transparents des journaux annonçant, en lettres lumineuses, les
+résultats officiels, dans les cinématographes où déjà se déroulaient,
+sur l'écran, les péripéties de la journée, des manifestations spontanées
+en l'honneur du nouveau président de la République.
+
+Salué par des ovations chaleureuses à son retour de Versailles, devant
+la gare des Invalides, et aux abords de l'Elysée, où il était allé,
+selon le protocole, rendre visite à M. Fallières, l'élu du Congrès avait
+regagné son hôtel de la rue du Commandant-Marchand. Plusieurs milliers
+de personnes vinrent l'y acclamer vers 11 heures, demandant à grands
+cris qu'il se montrât. Et M. Poincaré dut paraître à son balcon, entouré
+de Mme Poincaré--que réclamait aussi la foule, et qui eut sa part des
+applaudissements--et de quelques amis, tandis que les photographes se
+hâtaient de prendre des clichés de cette scène, à la vive lumière du
+magnésium.
+
+
+
+[Illustration: Pour M. Pams: M. Georges Clemenceau.]
+
+[Illustration: Pour M. Poincaré: M. Briand.]
+
+LES DEUX GRANDS ÉLECTEURS DU CONGRÈS DE VERSAILLES
+
+LE NOUVEAU CABINET
+
+Au lendemain de son élection à la présidence de la République, M.
+Raymond Poincaré, en complet accord avec ses collègues, remettait à M.
+Armand Fallières la démission du ministère. Le soir même, le chef de
+l'État confiait à M. Aristide Briand la mission de former le nouveau
+cabinet.
+
+La tâche qu'avait assumée allègrement M. Aristide Briand lui fut facile.
+
+Son rêve eût été de conserver, groupés autour de lui, tous les
+collaborateurs du cabinet Poincaré, puisque aussi bien il entend
+continuer la politique qui, depuis un an, a donné de si féconds
+résultats. Mais en dehors de M. Pams, qui s'était retiré la veille de
+l'élection présidentielle, trois autres de ses collègues lui exprimèrent
+le regret de ne pouvoir demeurer à ses côtés: MM. Delcassé, ministre de
+la Marine, Léon Bourgeois, ministre du Travail, et M. Lebrun, qui avait
+remplacé au ministère de la Guerre M. Millerand. Il fallut donc
+pourvoir--avec celui des Affaires étrangères--quatre portefeuilles de
+titulaires nouveaux. De plus, quelques remaniements furent nécessaires
+dans l'attribution des autres départements, M. Aristide Briand tenant à
+prendre, avec la présidence du Conseil, le ministère de l'Intérieur.
+
+Le ministère fut constitué dès mardi soir:
+
+Dix de ses membres appartenaient déjà à l'ancien cabinet, cinq qui y
+reprennent des portefeuilles avaient précédemment été ministres: M.
+Barthou, qui remplace M. Aristide Briand à la vice-présidence du conseil
+des ministres, avait déjà occupé ces hautes fonctions. M. Jonnart a été
+ministre des Travaux publics en 1893-1894, mais il s'est surtout imposé
+à l'attention dans les hautes fonctions de gouverneur général de
+l'Algérie, auxquelles il fut appelé à deux reprises, en 1900, puis de
+1903 à 1911. M. Eugène Etienne, qui avait été auparavant ministre de
+l'Intérieur, prit le portefeuille de la Guerre dans le cabinet Rouvier
+et le conserva dans le cabinet Sarrien. Enfin, M. Pierre Baudin, ancien
+ministre des Travaux publics, est désigné pour présider aux destinées de
+la marine par sa qualité de président de la Ligue maritime, et par
+l'intelligente sollicitude qu'il a toujours montrée aux choses de la
+marine.
+
+[Illustration:
+
+M. Fernand David. M. Bourély. M. P. Morel. H. Chaumet. M. J. Dupuy.
+Agriculture. S.-s. Finances. S.-s. Intérieur. S.-s. Postes. Travaux publ.
+
+E. Besnard. M. Jonnart. M. Guist'hau. M. L. Barthou. M. Briand. M. J. Morel.
+Travail. Maires étr. Commerce. Justice. Intérieur. Colonies.
+
+M. Klotz. M. P. Baudin M. Steeg M. I. Bérard. M. Etienne.
+Finances. Marine. Instr. publ. S.-s. Beaux-Arts, Guerre.
+
+LE NOUVEAU MINISTÈRE, PRÉSIDÉ PAR M. BRIAND.--_Phot. H. Manuel._]
+
+
+
+[Illustration: LES SOUVENIRS DE L'ÉPOPÉE, A NICOPOLIS.--La princesse
+Marie Bonaparte (Georges de Grèce) visite les lieux où furent ensevelis,
+en 1798, parmi les ruines antiques, les héroïques défenseurs français de
+Preveza.--_Phot. S. Vlasto._]
+
+On a dit avec quel dévouement les jeunes princesses de la famille royale
+de Grèce ont organisé les secours aux blessés en Grèce, en Thessalie et
+en Epire, mais il sera particulièrement agréable aux Français qu'un ami
+de _L'Illustration_, actuellement en Epire, M. S. Vlasto, leur signale
+le rôle bienfaisant, en cette guerre, d'une princesse de France, la
+princesse Georges de Grèce, née princesse Marie Bonaparte:
+
+«Après avoir installé à ses frais le vaisseau-hôpital _Albania_, la
+princesse Marie est venue à Preveza où, de ses deniers, elle a créé un
+hôpital qu'elle a placé sous la direction de Mme Panas, veuve du célèbre
+chirurgien, dame de la Croix-Rouge française.
+
+«Toute l'Epire est sous le charme de cette princesse française qui ne
+recule devant aucune fatigue, visite et soigne elle-même les blessés,
+organise des soupes populaires pour les réfugiés et porte partout le
+rayonnement de sa bonté et de sa beauté.
+
+» Le hasard a conduit les pas de la princesse Marie à Nicopolis où eut
+lieu en 1798 la défense héroïque de 280 Français assiégés par 6.000
+sauvages musulmans sous les ordres de Mouktar pacha, le fils du fameux
+Ali, pacha de Janina.
+
+»Fouqueville raconte (tome I, chapitre IV, de son _Histoire de la
+régénération de la Grèce_) l'admirable résistance de quelques soldats
+français conduits par Tissot et le capitaine Richemond. Il décrit
+l'affreux massacre des prisonniers, «le bras du bourreau nègre qui
+n'avait cessé d'égorger s'arrêta, son corps s'agita convulsivement, ses
+genoux fléchirent et il vint tomber asphyxié au milieu des martyrs».
+
+»La photographie représente la princesse Marie, qui, adossée aux murs du
+petit théâtre antique de Nicopolis, contemple les lieux où furent
+massacrés et où sont enterrés les soldats de Bonaparte.»
+
+[Illustration: Les porte-drapeau des régiments qui ont combattu en
+Tripolitaine, suivis de leurs colonels respectifs, gravissent l'autel de
+la Patrie, où le roi d'Italie épingle sur chaque étendard la médaille de
+la campagne de Libye.--_Phot. Vaucher et Luigi Veccia._]
+
+
+
+APRÈS LA CONQUÊTE
+
+_Notre correspondant de Rome nous écrit:_
+
+Rome, revêtue de sa parure de fête, a reçu hier, 19 janvier, les
+délégations des régiments qui ont pris part à la campagne de
+Tripolitaine et qui venaient dans la capitale pour faire décorer leurs
+drapeaux par le roi.
+
+La cérémonie, magnifique, fut empreinte d'un caractère de noblesse et de
+grandeur qui impressionna profondément tous ceux qui y assistèrent.
+
+Après une revue à Castro Pretorio, les troupes de Libye, y compris un
+bataillon d'asoari, dénièrent devant les souverains, sur la place de
+l'Indépendance.
+
+Du terrain de la revue jusqu'à la piazza Venezia, les troupes de la
+garnison de Rome en grande tenue formaient la haie, tandis que leurs
+camarades rentrés d'Afrique passaient en tenue de campagne, au milieu
+des hourras et des fleurs dont la foule était prodigue.
+
+Ensuite, sur le monument Victor-Emmanuel II lui-même, la cérémonie
+principale se déroula en une véritable apothéose.
+
+Les souverains et la reine mère, ayant à leurs côtés tous les princes de
+la maison de Savoie, vinrent se placer sur le monument, au pied de
+l'autel de la Patrie.
+
+Les officiers qui venaient de combattre en Libye se groupèrent également
+sur le monument; en bas, à droite, prirent place les généraux et les
+amiraux, et, à gauche, les députés et les sénateurs.
+
+Alors, sur un signe du ministre de la Guerre, le général Spingardi, les
+porte-drapeau dont les étendards vont être décorés s'avancent sur un
+rang, suivis des colonels de chaque régiment.
+
+Le moment est solennel. Sur la grande place, les troupes sont massées en
+carré; c'est une féerie de couleurs et d'armes qui étincellent au
+soleil. Les drapeaux, dont quelques-uns sont en loques, s'inclinent
+devant le roi, qui, après avoir entendu un bref discours de présentation
+du ministre de la Guerre, s'avance et épingle tour à tour sur la soie
+glorieuse la médaille conquise en Libye.
+
+La cérémonie terminée, les souverains, escortés d'un brillant état-major
+et de tous les princes royaux, sont rentrés au Quirinal où la foule leur
+fit de chaudes ovations.
+
+Le soir, au théâtre Constanzi, eut lieu une grande représentation de
+gala à laquelle les souverains assistèrent.
+
+La journée du 19 janvier peut être considérée comme le digne
+couronnement de la guerre italo-turque et de la conquête de la
+Tripolitaine.
+
+[Illustration: MM. de Giers. de Wangenheim. Garoni. Bompard. Pallavicini.
+Gérard Lowther.
+
+(Russie). (Allemagne). (Italie). (France). (Autriche-Hongrie).
+(Angleterre).
+
+Les ambassadeurs sortent de la Sublime-Porte, après avoir remis la note
+des puissances. _Phot. du Dr Renzo Larco, envoyé spécial du_ Corriere
+della Sera.]
+
+Il faut noter l'amabilité avec laquelle la presse étrangère a été admise
+à participer à la fête. On a voulu lui faire oublier les rigueurs de la
+censure qui, pendant l'année de guerre, fut inexorable, et on y a
+pleinement réussi.
+
+ROBERT VAUCHER.
+
+
+
+LES GRANDES PUISSANCES
+ET LA TURQUIE
+
+La note collective des grandes puissances qui, ainsi que nous l'avons
+indiqué la semaine dernière, conseillait à la Turquie de céder
+Andrinople et d'abandonner à l'Europe la solution de la question des
+îles, a été remise à la Porte par les ambassadeurs le jour même où
+paraissait notre précédent numéro. Les représentants des six grandes
+puissances s'étaient donné rendez-vous, le 17 janvier, à 3 heures, à la
+Sublime-Porte où le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie
+et doyen du corps diplomatique, a pris seul la parole: «Au nom de nos
+gouvernements, a-t-il dit au ministre des Affaires étrangères ottoman,
+nous avons l'honneur de vous remettre la présente note à laquelle nous
+vous prions de répondre le plus tôt possible.»--«Le gouvernement
+impérial répondra dans le plus bref délai», dit Noradounghian Gabriel
+effendi, en recevant le document.
+
+L'entrevue, très courtoise, ne dura que quelques minutes et les
+ambassadeurs se retirèrent, tandis qu'un de nos confrères italiens, le
+docteur Renzo Larco, correspondant du _Corriere della Sera_, réussissait
+à prendre un cliché du groupe sortant de la, Sublime-Porte.
+
+L'impression générale, sur le moment, était que l'on se heurterait, du
+côté du gouvernement turc, à une résistance traduite par un refus poli
+de céder Andrinople. Mais ces derniers jours, après la démarche
+collective, il semble bien que de nouvelles instances individuelles et
+pressantes dis plusieurs des ambassadeurs ont fortement influencé les
+ministres ottomans, qui sont maintenant résignés aux suprêmes
+sacrifices, le haut conseil de dignitaires et de fonctionnaires convoqué
+par le gouvernement s'étant prononcé, comme on le prévoyait, en faveur
+de la paix.
+
+Il faut cependant aussi tenir compte, en ces circonstances, du sentiment
+de l'armée, dont l'état moral, depuis l'arrivée à Tchataldja d'Enver
+bey, de Fethi bey et des héros de Tripoli, se serait complètement
+transformé et qui, avec ses 200.000 hommes campés entre Tchataldja et
+Gallipoli à moins de 50 kilomètres de Constantinople, constitue une
+puissance qu'on ne saurait négliger dans les décisions actuelles.
+
+
+
+LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
+
+_La Question d'Orient en 1913._
+
+Dans la nuit du 9 au 10 janvier 1853, tandis qu'on dansait au Palais
+d'Hiver de Saint-Pétersbourg, l'empereur Nicolas prenait à part, fort
+amicalement, l'ambassadeur de la reine, lord Seymour, et lui disait ces
+paroles historiques: «Milord, nous avons sur les bras un _homme malade_,
+gravement malade, ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper
+avant que les dispositions nécessaires fussent prises.» L'agonisant
+dont, il y a soixante ans, la fin prochaine préoccupait si vivement le
+tsar, c'était le Turc, récemment amputé de la Grèce et de l'Égypte, et
+fort incomplètement remis de ses dernières angoisses. En dépit des
+pronostics, le malade a pu survivre à la crise qui le menaçait alors et
+à bien d'autres crises depuis. Mais on ne se refait pas une santé avec
+d'incessantes opérations chirurgicales ou des panacées empiriques, et
+l'heure fatale paraît bien avoir sonné en ce début de 1913, où toute
+l'Europe, de nouveau, se rassemble _Au chevet de la Turquie_. L'image
+est de M. Stéphane Lauzanne. Elle rend parfaitement sensible la
+situation diplomatique d'aujourd'hui et elle donne le meilleur des
+titres au volume tout frémissant d'actualité que vient de publier le
+brillant rédacteur en chef du _Matin_.
+
+Le livre de M. Stéphane Lauzanne (Ed. Fayard) est le premier ouvrage où
+se trouvent réunis--et à quelle heure opportune!--en une série de
+chapitres clairs, animés, pittoresques et substantiels, toutes les idées
+intéressantes, tous les documents utiles, tous les faits notables qui
+fixent la question d'Orient, en 1913. Déjà, sans doute, dans ses lettres
+et ses dépêches, M. Stéphane Lauzanne nous avait fait connaître les
+éléments précieux de son enquête sur le Bosphore, parmi les foules de
+Péra, dans les palais de Constantinople, ou dans l'état-major de
+Tchataldja; déjà, il nous avait silhouetté en traits précis le visage
+arménien de Noradounghian Gabriel effendi, le ministre des Affaires
+étrangères, fin lettré, ainsi que la haute et lourde silhouette du
+généralissime Nazim, «qui ne manque ni de bon sens, ni de valeur, mais
+dont le principal défaut est de faire tout un peu tard»; et aussi la
+douloureuse physionomie du grand vizir Kiamil, le grêle octogénaire qui
+incarne toute l'angoisse ottomane, et encore la double face de Mahmoud
+Chefket, qui mina son propre effort de réorganisation matérielle de
+l'armée en ruinant le moral traditionnel du soldat musulman; et enfin la
+sympathique figure du vaillant et malheureux Mahmoud Mouktar... Mais
+toutes ces notes, hâtives et colorées, devaient être liées entre elles
+et présentées en même temps que l'exposé--contrôlé, complété et libéré
+de la censure--des grands faits militaires, en un tableau d'ensemble, un
+tableau d'histoire de la Turquie d'Europe à ses derniers jours. Il n'est
+pas un chapitre de ce livre qui ne fournît à l'esprit soucieux
+d'actualités des indications précieuses et des sujets de méditation ou
+de discussion. Mais surtout on lit avec stupeur les pages révélatrices,
+documentaires, sur l'extraordinaire panique de Kirk-Kilissé qui décida,
+semble-t-il, de la défaite de l'empire et paraît avoir été comme voulue
+par le destin. Il y a aussi un chapitre très renseigné sur les
+massacres, les fameux massacres si exclusivement reprochés aux Turcs.
+
+--Jamais, affirmait la soeur Jeanne, directrice de l'hôpital français de
+Constantinople, jamais une de nos soeurs n'a été molestée ou inquiétée.
+Il y en eut qui s'en furent exercer leur ministère jusqu'au fond des
+montagnes d'Arménie: pas une seule n'a été outragée ou malmenée. Nous
+n'avons pas eu à nous plaindre des Turcs. Notre robe est plus sacrée
+pour eux que pour beaucoup de chrétiens.
+
+Quant au général Baumann, le réorganisateur français de la gendarmerie
+ottomane, il a répété bien des fois depuis les débuts de la guerre:
+
+--Ne croyez pas que les massacreurs furent toujours les Turcs. Ne croyez
+pas que les victimes furent toujours les Bulgares ou les Grecs. Si vous
+voulez connaître la vérité telle qu'elle est, lisez les rapports que les
+onze officiers français qui sont de votre race, de votre mentalité, de
+votre croyance, ont rédigés depuis des mois sur les événements de
+Macédoine. Et puis vous jugerez.
+
+M. Stéphane Lauzanne nous donne des extraits de ces rapports. Ils sont
+édifiants et méritaient vraiment quelque publicité. Mais, s'il en
+résulte que, peut-être en Macédoine, ce ne sont pas toujours les mêmes
+qui ont été massacrés, on n'en devait pas moins souhaiter que cette ère
+de sauvagerie prît fin d'une façon ou d'une autre et qu'à des mains plus
+adroites ou plus fermes fût confiée l'oeuvre, dédaignée par les Turcs,
+de réconciliation nationale et de régénération économique.
+
+On attendait impatiemment un livre récent et complet ou, du moins, aussi
+complet que possible sur l'Albanie et les Albanais. Ce livre: l'_Albanie
+inconnue_ (Hachette), paraît aujourd'hui sous la signature de M. Gabriel
+Louis-Jaray. Selon l'heureuse expression de M. Gabriel Hanotaux en sa
+belle préface, «cet ouvrage arrive à son heure puisqu'il révèle à
+l'Europe la plus attardée de ses provinces au moment où elle devient la
+plus jeune de ses nations». En l'été 1909, poussé par un instinct
+vraiment divinatoire, M. Louis-Jaray a réussi à franchir les montagnes
+centrales de Licema et de Mirdite où nul étranger ne s'était aventuré
+avant lui, et c'est le récit de cette excursion hardie, de ce voyage
+presque impossible que vulgarise son livre d'aujourd'hui. On suit
+l'explorateur et ses quinze hommes d'escorte dans la marche redoutable
+qu'il accomplit en boucle depuis Uskub jusqu'à l'Adriatique par
+Pritchina, Mitrovitza, Spek, Prizrend, Licema, Orosch au pays des
+Mirdites, Scutari, Antivari, San Giovanni di Medua, Durazzo pour revenir
+à Uskub; et tous ces noms, devenus soudainement célèbres, s'appliquent,
+en suivant cet itinéraire, à des réalités, évoquent à la fois des
+paysages grandioses et des intérêts humains, racontent des traditions et
+des émotions qui présentent l'Albanie--la principauté indépendante de
+demain--avec le fort relief de son caractère à la fois sauvage et
+antique dans l'évolution moderne européenne.
+
+A mentionner, enfin, dans la bibliographie récente de la question
+d'Orient, le pittoresque recueil d'observations (Ed. P. Roger, 4 fr.),
+notées sur place par M. A. Muzet, _Aux pays balkaniques: Monténégro,
+Serbie, Bulgarie_.
+
+Actualités sociales.
+
+«Il y a quelque chose de changé en France.» Voilà ce que l'on entend
+communément répéter dans notre pays où de nouveau s'exalte superbement
+l'idée de patrie. Sans doute, on peut dater de la première menace
+allemande un peu précise l'origine de ce réveil national. Mais, pour
+réaliser, chez nous, ce rajeunissement d'âme, n'y eût-il que l'imminence
+du péril extérieur. La vérité aussi, c'est que, depuis trois ou quatre
+ans, une génération toute neuve d'intellectuels est arrivée à l'âge
+d'homme, une génération libérée du pessimisme, du dogmatisme décevant
+des aînés et qui a substitué au goût stérile de la méditation, le désir,
+la volonté vivifiante de l'action.
+
+«Si, écrivait Renan dans _Patrice_, si Napoléon eût été aussi critique
+que moi, le 18 brumaire n'aurait pas eu lieu. Celui qui veut tout saisir
+dans ses concepts est faible et effacé, incapable d'agir avec énergie...
+Un tel homme est peu fait pour réussir auprès des autres hommes, et de
+fait, il n'est pas dans les conditions humaines, _il n'est pas né
+viable_.»
+
+Au cours de sa très intéressante enquête, recueillie par l'_Opinion_, et
+éditée d'hier par la librairie Plon, Agathon a pu se convaincre et nous
+convaincre que _les Jeunes Gens d'aujourd'hui_ sont nés remarquablement
+viables. Ils ont le courage, l'espoir, l'optimisme, qui sont les plus
+précieuses des forces sociales. Et ils sentent la vanité de la négation,
+en même temps que «la difficulté de se passer d'un absolu moral». D'où,
+parallèlement à un retour au réalisme politique, un retour à l'idéal, au
+mysticisme, une renaissance des religions et plus particulièrement du
+catholicisme. On pourra discuter, en leur détail, certaines des
+affirmations d'Agathon, mais il serait difficile de n'être point frappé
+de la vérité générale de ses conclusions que confirme tout ce que, à
+l'heure actuelle, nous pouvons observer autour de nous. Dans une seconde
+partie du livre d'Agathon, se trouvent réunis les témoignages nouveaux
+et également décisifs, acquis après l'enquête dans tous les milieux
+intellectuels où l'on peut maintenant découvrir--dit l'un des
+témoins--«une intuition rajeunie de la réalité morale qu'est l'âme
+française, l'amour des hommes plutôt que des idées, d'un poète plutôt
+que d'un hémistiche, le goût de s'imposer, sans honte, une discipline
+morale», tout cela qui fait «une génération sérieuse, ardente et riche
+de sensibilité».
+
+_Les Fastes révolutionnaires._ C'est pendant la Terreur, un dimanche, à
+Tréguier, où, pour la première fois, se dresse la guillotine. On conduit
+à l'échafaud une femme du peuple, une mère, condamnée à mort pour avoir
+donné asile à des prêtres insoumis... «Peu après 9 heures, on perçut,
+dominant le pas rythmé des soldats, une voix claire, une voix de femme
+qui chantait l'_Ave maris Stella_. C'était la condamnée, qu'on emmenait
+au supplice. Tous ceux qui, aux écoutes, l'entendirent du fond de leurs
+maisons en étaient immobiles d'angoisse et, derrière ces persiennes
+fermées, ces façades mortes, il y avait quelque part des enfants
+suffoquant de sanglots, qui reconnaissaient la voix de leur maman. Elle
+y pensait, elle le savait, elle chantait pourtant... Elle était tout en
+blanc; à son corsage, elle avait placé cinq fleurs... cinq fleurs qui,
+pour elle, avaient nom Ursule, Claudine, Marie, Yves-Louis et
+Jean-Baptiste. Et, sous la fraîcheur de ce bouquet symbolique, son coeur
+battait ses dernières pulsations...» Dans le nouveau recueil de récits
+révolutionnaires, auquel nous empruntons ces lignes émouvantes (_Bleus,
+Blancs et Rouges_, Perrin, 5 fr.), M. G. Lenôtre nous convainc aisément
+que la Terreur en province fut plus sanglante et plus impitoyable encore
+qu'à Paris. Tels missionnaires de la Convention y rivalisèrent
+d'atrocité voulue et raffinée. «Durant le demi-siècle qui suivit la
+Révolution, les survivants de l'un et de l'autre camp, encore sous
+l'étreinte de l'effrayant cauchemar, se refusaient d'un tacite accord à
+en évoquer certaines visions trop repoussantes... Mais, à présent que la
+mode est de discréditer systématiquement les victimes et d'exalter
+effrontément les oppresseurs, une telle réserve n'est plus autorisée.
+Quand tout sera connu, même l'immonde, on jugera impartialement auxquels
+revient l'opprobre et à qui doit aller la pitié.» Lisez «Taupin», «le
+Mariage de M. de Bréchard», «l'Abbé Jumel», «Mlle de La Chauvinière»,
+«Angélique des Melliers», «Auguste». Vous frissonnerez souvent au
+contact de la vérité qui passe, froide et nue comme le couperet. Mais
+vous ne pourrez détacher vos yeux de ces tableaux de la folie rouge
+reconstitués par l'art si personnel et minutieusement documenté de cet
+incomparable évocateur.
+
+D'autres témoignages précieux, d'autres documents impitoyables sur les
+fastes sanglants de cette terrible époque nous sont également présentés
+par M. Paul Gaulot dans une émouvante étude sur _les Petites Victimes de
+la Terreur_ (Plon). Ces petites victimes--ainsi désignées pour leur
+humble condition sociale, car devant la guillotine il n'y eut que des
+égaux--Catherine Cler, Marie-Madeleine Coutelet, Laverdy, Dervillé,
+Paverolles, Agathe Jolivet, Marguerite Boulet, Charles Noël et une
+quinzaine d'autres, étaient des jeunes filles des pauvres femmes, des
+vieillards, des fous, dont aucun n'était assurément capable de faire
+courir le moindre danger, non point à la société, mais au régime
+lui-même. Et tous, néanmoins, périrent «légalement». condamnés
+régulièrement par des juges et pour des «crimes» que n'avaient prévus
+encore aucune législation ni aucune civilisation.
+
+Il semble bien que l'on n'aura jamais tout dit sur la question Louis
+XVII, car la bibliographie sur ce mystère de l'histoire s'allonge chaque
+année de quelques nouvelles études. Ce n'est certainement point la
+«Réponse» de M. Boissy d'Anglas «à M. Frédéric Masson et à quelques
+autres», (_la Question Louis XVII_, Daragon, 1 fr. 25) qui nous
+convaincra d'une façon décisive de la réalité de la survivance. Mais
+plutôt les arguments nets, directs, multiples et concordants, que M.
+Gustave Bord a accumulés dans les quatre forts volumes de son ouvrage:
+_Autour du Temple_ (Émile-Paul), nous paraîtraient-ils beaucoup plus
+solidement confirmer la vérité simple, jusqu'ici le plus généralement
+admise par l'histoire, de la mort au Temple de l'enfant royal. Le
+laborieux ouvrage de M. Gustave Bord mériterait une minutieuse analyse.
+Mais on ne peut point toujours parler de la question Louis XVII. Il
+suffira de signaler cette très complète et très curieuse enquête à ceux
+que le sujet continue de particulièrement passionner.
+
+
+
+MORT DE L'ÉVÊQUE D'ÉVREUX
+
+Un digne et doux prélat vient de disparaître au milieu de l'affliction
+sincère et exceptionnelle de tout un diocèse. Mgr Meunier, à qui la
+ville d'Évreux vient de faire des funérailles grandioses, était né en
+Corse, à Calvi, le 10 janvier 1844. Après avoir exercé pendant dix ans à
+Avignon les fonctions de vicaire général, il fut nommé évêque d'Évreux,
+en 1898. Très bon, extrêmement charitable, ardemment patriote, il était
+très populaire auprès de ses fidèles et tenu en haute estime dans
+l'épiscopat pour sa haute valeur morale.
+
+[Illustration: Mgr Meunier.--Phot. Jubier.]
+
+
+
+LA PREMIÈRE FEMME DÉPUTÉ
+AUX ÉTATS-UNIS
+
+Pour la première fois aux États-Unis, en décembre dernier, une femme a
+été élue député. C'est la doctoresse Nena Jolidon-Croake, que les
+électeurs de l'État de Washington, où le droit de vote et,
+conséquemment, de représentation est reconnu aux femmes, ont envoyée
+participer aux travaux législatifs.
+
+Mme Nena Jolidon-Croake est d'origine française. Le berceau de sa
+famille est Vauthiermont, dans l'ancien département du Haut-Rhin. Son
+arrière-grand-père fut l'un des volontaires français qui s'enrôlèrent
+aux États-Unis pour prendre part à la guerre de l'Indépendance. Après
+son retour en France, le soldat de Washington exerça les fonctions
+d'instituteur. Il était maire de Vauthiermont en 1814, lors de
+l'invasion des alliés, et fut tué par les Prussiens pour s'être
+courageusement opposé à leurs exactions. Le grand-père de Mme
+Jolidon-Croake, également instituteur à Vauthiermont, quitta la France
+pour l'Amérique en 1826. Il emmenait avec lui ses enfants, dont l'un
+d'eux, François Jolidon, le père du député actuel, revint souvent sur le
+vieux continent et maintint les relations les plus étroites entre la
+branche américaine et la branche française de la même famille.
+
+[Illustration Mme N. Jolidon-Croake.--Phot. Peterson.]
+
+Dans les lettres récentes qu'elle adressa à ses parents de France, la
+doctoresse Jolidon-Croake, député américain, donne de fort intéressants
+détails sur les difficultés de sa campagne électorale au cours de
+laquelle elle dut lutter contre six concurrents masculins.
+
+Il est à noter--curieuse coïncidence--que c'est la petite-fille d'un
+ancien soldat français de Washington qui devient la première femme
+député d'Amérique dans l'État précisément qui a reçu le nom du
+libérateur de la grande république américaine.
+
+
+
+L'ANNIVERSAIRE DE BUZENVAL
+
+L'anniversaire de la bataille de Buzenval a été célébré, dimanche
+dernier, 19 janvier, suivant la bonne tradition patriotique. Tandis que,
+à Garches, les autorités et les habitants de la commune se rendaient, en
+pieux pèlerinage, au cimetière où reposent les soldats morts pour la
+patrie, le maire et la municipalité de Rueil, toutes les sociétés
+locales, les jeunes gens de la classe 1912, s'étaient réunis pour venir
+déposer des couronnes sur le monument commémoratif du glorieux combat.
+Après les discours, le maire de Rueil, M. Leblond, remit la médaille de
+la guerre à une vaillante femme, Mme Dietenbek, qui, engagée volontaire
+en 1870, servit comme cantinière au 11e bataillon de marche et fut
+blessée à Buzenval. Mme Dietenbek avait revêtu, pour la circonstance,
+son uniforme d'antan, si seyant, si gai. Sur la tunique bleue, M.
+Leblond épingla le ruban; puis, martialement, il lui donna l'accolade.
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LES VIVRES ET LES MUNITIONS DE L'ARMÉE BULGARE.
+
+On a dit, avec raison, que les victoires des alliés balkaniques peuvent
+être attribuées, dans une large mesure, à l'excellente organisation du
+service de ravitaillement. Il semble notamment que les Bulgares ont eu à
+résoudre, sous ce rapport, des problèmes que nombre d'états-majors
+européens eussent considérés comme presque insolubles.
+
+Notre collaborateur, M. de Pennenrun, doit nous conter bientôt la façon
+remarquable dont fonctionnèrent les chemins de fer bulgares. Mais, comme
+le fait remarquer, dans la _Revue, générale des sciences_, le commandant
+Lemarc, l'armée de la Maritza ne put utiliser que peu de temps la voie
+ferrée Sofia--Philippopoli--Mustapha-Pacha. Au bout, de quelques jours,
+elle se trouva à 90, 100, 150 kilomètres de la ligne.
+
+Comment cette armée put-elle se ravitailler rapidement dans de telles
+conditions? Les données sérieuses manquent encore pour l'expliquer. Le
+commandant Lemarc nous indique du moins les facilités que put rencontrer
+l'état-major et les difficultés qu'il eut à résoudre.
+
+A l'entrée en campagne, l'armée de la Maritza comptait 8 divisions
+formant un total de 225.000 hommes, soit à peu près la valeur de cinq
+corps d'armée français. Le haut commandement avait, pour assurer la
+nourriture du soldat, des ressources de divers ordres: les vivres du
+pays, les vivres portés par les hommes, ceux transportés par des
+voitures suivant les troupes, et ceux envoyés de l'arrière.
+
+La guerre ayant commencé aussitôt après la récolte, l'armée bulgare
+s'est trouvée dans des conditions exceptionnelles pour vivre aux dépens
+des pays traversés. Les paysans de Thrace ont, en effet, l'habitude de
+conserver d'une récolte à l'autre ce qui est nécessaire à la nourriture
+de leur famille et de leurs animaux.
+
+Or, l'expérience apprend que, dans un pays agricole moyennement peuplé,
+60 à 70 habitants par kilomètre carré, une zone de 3 kilomètres carrés
+au maximum peut faire vivre 1.000 hommes pendant un jour. En Thrace, où
+la densité de la population ne dépasse guère 30 habitants par kilomètre
+carré, il faudrait une zone de 5 kilomètres carrés. Dès lors, l'armée
+bulgare avait besoin d'une zone d'environ 100 kilomètres de longueur sur
+30 à 35 kilomètres de profondeur pour s'alimenter durant quatre jours,
+sans rien recevoir de l'arrière et sans toucher à ses réserves. Cela
+représentait 750 hommes pour 10 kilomètres carrés.
+
+En ce qui concerne la viande, on admet qu'un pays, à moins d'être très
+pauvre, possède 10 têtes de gros bétail par kilomètre carré (non compris
+les moutons et les porcs). Une zone de 10 kilomètres carrés pouvait donc
+fournir 100 têtes qui, à raison de 400 rations par tête, donnaient 4.000
+rations pour les 750 hommes occupant cette surface.
+
+[Illustration: Devant le monument de Buzenval: le maire de Rueil
+embrassant l'ancienne cantinière du 11e bataillon de marche, Mme
+Dietenbek, après lui avoir remis la médaille de 1870.]
+
+Le commandant Lemarc estime que, dans ces conditions, la période de
+concentration n'offrait aux Bulgares aucun problème d'alimentation
+difficile; l'exploitation des ressources locales pouvait suffire.
+
+Le ravitaillement par convois présentait d'autres difficultés. Disons
+seulement qu'en supposant les huit divisions de l'armée de Thrace
+éloignées de huit étapes de leur base, il fallait, pour assurer la
+nourriture des troupes, 12.800 voitures avec 25.600 animaux de trait.
+
+Examinons maintenant le chapitre des munitions.
+
+Chaque division possédait comme artillerie:
+
+9 batteries Schneider (Creusot), de 4 pièces;
+
+3 à 6 batteries Krupp, de 3 à 6 pièces;
+
+1 batterie d'obusiers lourds de 4 pièces.
+
+Soit un total de 54 à 72 pièces légères et de 4 pièces lourdes.
+
+On peut compter, par pièce rapide, une consommation journalière de 70 à
+140 coups par pièce. Pendant la guerre de Mandchourie, certaines
+batteries japonaises ou russes ont tiré 500 coups par pièce dans un seul
+jour.
+
+Si nous adoptons 140 coups pour les pièces légères, 100 coups pour les
+pièces lourdes, la consommation pour deux batailles aura été
+respectivement de 280 et 200 coups.
+
+Soit pour une division:
+
+280 x 60 (nombre moyen de pièces légères) = 16.800 coups.
+
+200 x 4 (pièces lourdes) = 800 coups.
+
+Le total pour les 8 divisions serait:
+
+134.400 coups de pièces légères pesant 1.500.000 kilos;
+
+6.400 coups de pièces lourdes, pesant 130.000 kilos.
+
+Pour transporter ces munitions d'artillerie, il fallait 3.260 voitures.
+
+D'autre part, on peut admettre qu'un homme consommait 50 cartouches dans
+un petit combat et 100 cartouches dans une bataille. En supposant que
+chaque soldat bulgare ait été engagé dans deux combats et dans une
+bataille, il aura consommé 200 cartouches. Soit, pour l'armée, 36
+millions de cartouches pesant un million de kilos et formant le
+chargement de 2.000 voitures.
+
+Récapitulons. Le ravitaillement de l'armée de la Maritza exigeait:
+
+ Voitures.
+
+ Pour les vivres. 12.800
+
+ Pour les munitions d'artillerie. 3.260
+ Pour les munitions d'infanterie. 2.000
+
+ Ensemble. 18.060
+
+De son côté, l'armée d'Andrinople demandait environ 5.000 voitures.
+
+Soit un total de 23.060 voitures avec 46.120 animaux.
+
+Cette masse de véhicules occuperait sur une route une longueur de 230
+kilomètres, soit la distance de Paris à Maubeuge.
+
+
+
+LES ACCIDENTS DU TRAVAIL EN FRANCE.
+
+Le nombre des accidents du travail, depuis l'année 1904, a subi une
+progression régulière qui peut sembler étrange et excessive:
+
+ En 1901...... 229.162 accidents.
+
+ En 1902...... 223.286
+
+ En 1903...... 212.753
+
+ En 1904...... 222.124
+
+ En 1905...... 259.882
+
+ En 1906...... 306.860
+
+ En 1907...... 359.747
+
+ En 1908...... 354.027
+
+ En 1909...... 383.249
+
+Ainsi, de 1904 à 1909, dans l'espace de cinq années seulement, le nombre
+des accidents a presque doublé.
+
+Il est remarquable d'ailleurs que cette augmentation (qui de 1908 à 1909
+est de 8,25 %) affecte toutes les catégories professionnelles sauf deux,
+celle des tailles de pierres précieuses et celle de la manutention.
+
+L'Inspection du travail attribue cet accroissement à une reprise
+générale de l'activité commerciale et industrielle.
+
+Il serait facile de démontrer que les deux courbes ne sont nullement
+parallèles.
+
+Il semblerait plus logique de voir dans ce mouvement le résultat d'une
+éducation spéciale des intéressés. Pendant les quatre premières années,
+le nombre des accidents reste stationnaire. Les intéressés connaissent à
+peine la loi, et ne savent pas s'en servir. Ils l'étudient. Mais, dès
+1905, ils la connaissent, et s'en servent.
+
+
+
+LA PRÉVISION DES TREMBLEMENTS DE TERRE.
+
+On sait qu'un sismologiste anglais, M. H. E. Reid, a proposé un moyen de
+prévoir les tremblements de terre consistant à dresser des piliers en
+ligne faisant l'angle droit avec un début de faille. Si, après avoir
+bien repéré ces piliers, on continue à les surveiller, on discernera de
+petites modifications résultant de petits mouvements insensibles qui
+présagent et précèdent toujours des mouvements beaucoup plus forts.
+
+Un autre sismologiste, M. C. Davison, propose une surveillance des
+petites secousses dans le temps et dans l'espace, car elles en présagent
+toujours de plus violentes. Dans le cas du séisme de Mino-Owari, au
+Japon, en 1891, il y a eu une augmentation marquée de fréquence des
+chocs autour de la ligne de rupture, de la faille, pendant les quatre
+années précédentes. Le grand déplacement d'où résulte un tremblement de
+terre a toujours besoin d'être préparé: il faut que, les uns après les
+autres, divers obstacles au glissement disparaissent. C'est cette
+disparition progressive d'obstacles qui est cause des chocs
+préliminaires, et qui, tout à coup, permet la catastrophe brusque et
+considérable. Si donc, on observe avec soin, et si l'on porte sur la
+carte l'indication des épicentres des petites secousses ressenties, on
+peut considérer la ligne qui réunit ces épicentres comme donnant
+l'esquisse générale d'une faille qui se produira avant longtemps, de
+façon subite. Dans le cas du Mino-Owari, il est très visible que la
+carte des failles qu'on pouvait présager d'après les petites secousses
+deux ans avant le séisme coïncide exactement avec la carte des failles
+réalisées lors de ce dernier.
+
+
+
+UN ESSAI D'INDUSTRIE SUCRIÈRE EN ANGLETERRE.
+
+L'Angleterre consomme une quantité énorme de sucre qu'elle est obligée
+d'importer de ses colonies et des pays étrangers, car on admet
+généralement que le sol et le climat des îles Britanniques ne comportent
+point une culture rémunératrice de la betterave.
+
+Des Hollandais, croyant cette opinion peu justifiée, ont fait un essai
+dans le comté de Norfolk; une première récolte de 3.000 tonnes de
+betteraves a été envoyée dans les sucreries du continent où elle a
+fourni un pourcentage de sucre très satisfaisant. En présence des
+résultats obtenus, une société a construit une usine à Cautley et elle a
+mis en culture la surface nécessaire pour produire environ 40.000 tonnes
+de betteraves à la récolte prochaine.
+
+
+
+LA DURETÉ DE L'EAU ET LA DENTITION.
+
+L'eau _dure_, c'est-à-dire tenant en dissolution beaucoup de sels et en
+particulier des sels de chaux, est, en général, considérée comme plutôt
+mauvaise pour la santé.
+
+Or, d'après les observations d'un spécialiste allemand, le docteur Rose,
+la beauté de la dentition serait en raison directe de la dureté de l'eau
+de boisson. Voici, en effet, le pourcentage de dentitions entièrement
+saines observé chez des milliers d'enfants habitant des localités
+différentes où l'eau présentait des degrés hydrotimétriques de dureté
+fort variés:
+
+ Proportion.
+ Dureté de l'eau de dentitions saines.
+
+ Moins de 2° ............... 1,3 %
+
+ 5 à 10°.......... 4,3 %
+
+ 15 à 20°.......... 6,4 %
+
+ 25 à 30°........... 14,5 %
+
+ Plus de 38°................ 20,2 %
+
+Les meilleures dentitions se trouveraient dans les localités où, en plus
+de la chaux, les eaux renferment de la magnésie qui durcit l'émail.
+
+D'autre part, la chaux et la magnésie, en combattant l'acidité du sang,
+empêcheraient le rachitisme des enfants.
+
+En fait, le nombre des jeunes gens aptes au service militaire augmente
+dans les régions où les eaux sont plus dures. Dans le département de
+Hohnstein, où les eaux ont 10 degrés hydrotimétriques, le nombre des
+recrues est environ moitié moindre que dans les régions où les eaux
+atteignent 30 degrés.
+
+Aussi, le professeur Hempel, de Dresde, blâme les personnes qui
+recherchent des eaux de boisson très pures. Il recommande «l'eau tendre
+pour la baignoire et la chaudière, l'eau dure pour la carafe».
+
+La course cycliste des six jours au Vélodrome d'Hiver.
+
+
+
+UNE GRANDE ÉPREUVE CYCLISTE A PARIS
+
+Si l'on excepte les épreuves mémorable; d'aviation, jamais peut-être, à
+Paris, une manifestation sportive n'attira la même foule, ne suscita le
+même enthousiasme que la course cycliste des six jours, organisée au
+Vélodrome d'hiver. Imaginée en 1896 par un Américain, cette épreuve
+comportait à l'origine une course individuelle de six jours, soit cent
+quarante-quatre heures; trois fois, elle fut disputée à New-York dans
+ces conditions d'une sévérité outrancière. Depuis plusieurs années la
+course a lieu par équipes de deux hommes ayant le droit de se relayer à
+leur guise.
+
+Seize équipes, la plupart françaises, quelques-unes belges, américaines,
+ou mixtes, prirent le départ lundi 13 janvier, à 6 heures du soir. Ce
+nombre était peu à peu réduit à six équipes qui, fait extraordinaire
+mais s'étant déjà produit, terminèrent le parcours _ex-aequo_, après
+avoir couvert exactement 4.467 kil. 580, ce qui représente 17.870 fois
+le tour de la piste de 250 mètres. Pour stimuler l'ardeur des coureurs,
+plusieurs spectateurs avaient eu l'idée d'offrir des primes de 100, 200,
+500 francs--notre confrère l'_Auto_ alla jusqu'à 1.000 francs--au
+coureur terminant en tête tel ou tel tour de piste. Les primes
+succédaient aux primes et, à la lueur de milliers de lampes électriques,
+l'épreuve s'acheva dans un enthousiasme indescriptible. Mais le résultat
+était nul. Une nouvelle course de vitesse, sur dix tours de piste, qui
+donna lieu à une lutte passionnante entre les deux champions qui
+tenaient la tête, le Français Dupré et l'Australien Goullet, fit
+attribuer la victoire à ce dernier.
+
+La foule qui, au cours des six jours, a apporté aux guichets du
+vélodrome près de 250.000 francs, acclama le vainqueur et sembla oublier
+que, dans l'épreuve réelle des cent quarante-quatre heures, il y a six
+ou plutôt douze vainqueurs qui firent preuve d'uni; endurance
+mathématiquement égale. Ne sommes-nous pas habitués, en effet, à voir
+les grandes victoires sportives reposer sur des fractions de seconde?
+
+
+
+LA CROIX DE Mme PAQUIN
+
+Dans la promotion dite du 1er janvier, le ministre du Commerce vient de
+décorer Mme Paquin: en sa personne, la couture française, la rue de la
+Paix tout entière a été justement honorée.
+
+Vice-présidente de la Chambre syndicale de sa profession, directrice,
+avec son frère, d'une maison fameuse Mme Paquin, dont le nom évoque à
+l'esprit des merveilles de luxe et de goût, méritait à coup sûr d'être
+choisie comme représentant d'une industrie qui a pris, depuis quelques
+années, une extension considérable. A toutes les expositions organisées
+à l'étranger depuis 1900, à celle de Turin, notamment, les pavillons de
+la toilette féminine française ont constitué l'une des attractions les
+plus courues.
+
+[Illustration: Mme Paquin.--_Phot. Agié._]
+
+Avec ses émules, plus qu'aucun autre peut-on dire, Mme Paquin a
+contribué à cet éclatant succès. Et elle a ainsi accru, au dehors, le
+prestige de la mode française.
+
+
+
+M. GUSTAVE HABERT
+
+Un des plus parisiens et des plus distingués parmi les grands chefs de
+la Compagnie P.-L.-M., dont il était aussi un vétéran, M. Gustave
+Habert, vient de mourir à l'âge de soixante-dix ans.
+
+[Illustration: M. Gustave Habert.--_Phot. Chusseau-Plaviens._]
+
+Entré tout jeune à la Compagnie, en 1862, M. Habert s'était fait
+remarquer de bonne heure par une intelligence pleine de tact s'alliant à
+une rare élévation de caractère. Après avoir franchi les divers échelons
+de la hiérarchie, il avait été appelé au poste envié de secrétaire
+général de la Compagnie; dans ces fonctions parfois difficiles, qui
+exigent autant de doigté que de fermeté, il sut, par sa bonne grâce et
+la sûreté de ses relations, se concilier toutes les sympathies.
+
+Travailleur acharné, ayant conservé une verdeur que beaucoup envieraient
+à un âge moins avancé, M. Habert s'était décidé à prendre sa retraite,
+il y a seulement quelques mois. Nommé secrétaire général honoraire, il
+avait résigné ces fonctions, à la fin de 1911. Il avait été remplacé par
+M. Georges Goy, secrétaire général actuel, qui continue, avec d'aussi
+précieuses qualités, les traditions en honneur dans le haut commandement
+du P.-L.-M.
+
+
+
+_Huit pages non brochées, dont quatre en couleurs, sur UN MOIS A PÉKIN
+complètent ce numéro._
+
+
+
+[Illustration: POSTES-VIGIE, par Henriot.]
+
+
+
+[Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
+pas été fournis.]
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3648, 25 ***
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+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
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+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
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+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
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+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+.poem p.i12 {margin-left: 6em}
+.poem p.i14 {margin-left: 7em}
+.poem p.i16 {margin-left: 8em}
+.poem p.i18 {margin-left: 9em}
+.poem p.i20 {margin-left: 10em}
+.poem p.i30 {margin-left: 15em}
+
+
+
+</style>
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: September 22, 2011 [EBook #37506]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3648, 25 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Ce numéro se compose de <span class="sc">vingt-quatre pages</span> dont huit brochées à part
+avec des aquarelles de L. Sabattier: <span class="sc">Un mois à Pékin</span>.<br>
+
+Il contient deux suppléments:<br>
+
+1° <i>L'Illustration Théâtrale</i> avec le texte complet de <span class="sc">Bagatelle</span>, de
+Paul Hervieu, et un portrait de l'auteur par Léon Bonnat, reproduit en
+couleurs;<br>
+
+2° Le 1er fascicule des <span class="sc">Souvenirs d'Algérie</span> (Récits de chasse et de
+guerre), du général Bruneau.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>M. RAYMOND POINCARÉ Élu président de la République
+française le 17 janvier, pour entrer en fonctions le 18 février 1913.
+<i>Photographie Ch. Gerschel, prise spécialement pour</i> L'Illustration, <i>le
+lendemain de l'élection présidentielle, dans le cabinet de travail de M.
+Poincaré, rue du Commandant-Marchand.</i></b></p>
+
+<div class="somm">
+
+<h3>AVIS AUX ACTIONNAIRES<br>
+
+DE «L'ILLUSTRATION»</h3>
+
+<p><i>MM. les Actionnaires de la Société du journal</i> <span class="sc">L'Illustration</span> <i>sont
+convoqués en Assemblée générale ordinaire pour le jeudi 13 février
+prochain, au siège social,</i> 13, rue Saint-Georges, Paris, <i>à deux
+heures.</i></p>
+
+<p><span class="sc">ORDRE DU JOUR:</span></p>
+
+<p>Lecture des rapports du gérant et du conseil de surveillance. Examen et
+approbation, s'il y a lieu, de ces rapports, du bilan et des comptes de
+l'exercice 1912.--Répartition des bénéfices.--Fixation du
+dividende.--Proposition du gérant relativement aux frais
+généraux.--Renouvellement du conseil de surveillance.--Fixation du
+chiffre du traitement du gérant pour l'année 1913.</p>
+
+<p><i>Pour assister à cette réunion, MM. les Actionnaires propriétaires de</i>
+<span class="sc">titres au porteur</span> <i>doivent en faire le dépôt avant le 7 février, à la
+Caisse de la Société. Il leur sera remis en échange un</i> <span class="sc">récépissé</span>
+<i>servant de carte d'entrée.</i></p><br>
+
+<p class="mid">-------------</p>
+<br>
+
+<p><i>C'est, comme il convenait, à <b>l'Élection présidentielle du 17 janvier</b>
+qu'est consacrée la plus grande partie de ce numéro. Nous n'avons pas
+voulu cependant ajourner la publication du second article illustré de</i>
+<span class="sc">L. Sabattier</span>: <i><b>Un mois à Pékin.</b> Il remplit huit pages brochées à part,
+dont quatre en couleurs.</i></p>
+
+<p><i>Dans le supplément théâtral de cette semaine, qui contient <b>Bagatelle</b>,
+de</i> <span class="sc">Paul Hervieu</span>, <i>nos lecteurs trouveront une autre gravure en
+couleurs: le portrait du grand écrivain, par</i> <span class="sc">Léon Bonnat</span>.</p>
+
+<p><i>Dans le prochain numéro, nous publierons <b>Kismet.</b></i></p>
+</div>
+<br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>LE FROID</h4>
+
+<p>--Oui, je pars. Je pars demain, déclara, dans le salon où nous étions
+réunis, à l'heure du thé, un homme d'environ cinquante ans.</p>
+
+<p>Ces mots déchaînèrent à la minute un concert d'exclamations et de
+regrets: «--Quelle chance vous avez!... Je vous envie! Vous allez dans
+le Midi, bien sûr? Chercher le soleil? Ah! la chaleur! la bonne chaleur!</p>
+
+<p>--Vous n'y êtes pas, dit-il, je vais quérir la neige et trouver le
+froid.»</p>
+
+<p>Et, comme chacun s'étonnait, croyant à une boutade, il précisa sa
+pensée: «Mais oui. J'ai été élevé dans cette idée fondamentale qu'il y
+avait des saisons. Les saisons! Ma mère m'en a tout de suite, dès que
+j'ai pu commencer à bégayer, appris et fait épeler les noms, justement
+sur un calendrier, que j'ai depuis conservé comme une rareté et une
+relique. C'était un calendrier de 1831, de sa jeunesse à elle, et
+qu'elle avait gardé. Je le vois. Fané, décoloré, un peu cassé, ayant
+souffert des coins, garni toujours de la ficelle vieux rose qui avait
+servi à l'accrocher. Il portait, écrits au-dessus des colonnes de mois,
+les noms respectifs des saisons qui étaient au nombre de <i>quatre</i>. Oh!
+je ne me trompe pas! Mes souvenirs sont très précis. Pas une de plus,
+pas une de moins. On les appelait: l'Hiver, le Printemps, l'Été et
+l'Automne. Et quatre images ravissantes, ineffaçables à jamais dans mon
+esprit et reproduites dans mon coeur, déterminaient et fixaient le
+caractère spécial de chacune des époques distinctes et qui ne se
+confondaient pas, qui étaient comme les parents, les membres, séparés et
+unis, d'une même famille, désignée sous le vocable d'<i>année</i>.</p>
+
+<p>» Voici ce que représentaient ces vignettes, tableaux parlants:</p>
+
+<p>» Pour l'Hiver, c'était un lac immense, à perte de vue gelé, sur lequel
+glissaient, avec une grâce vertigineuse, des messieurs en chapeau haut
+de forme et drapés de manteaux romains, chaussés de patins recourbés
+comme des cimeterres. Des dames indolentes étaient poussées dans des
+traîneaux d'où retombaient des fourrures balayant la glace, et sur le
+bord du lac une vieille femme de la campagne pliait, le dos courbé sous
+un fagot de bois mort, tandis qu'au loin,... bien loin... bien loin...
+une petite fumée, solide et nourrie, se sauvait d'un toit de chaumière
+écrasée de neige. Ah! qu'on devait donc bien se chauffer les pieds dans
+cette petite maison-là! Le Printemps, c'était deux jeunes filles,
+assises en robe de bal, dans une prairie, taquinant ensemble une
+pâquerette, non loin d'une tour gothique sur les créneaux de laquelle
+deux pigeons se cajolaient. L'Été s'exprimait par un repas joyeux sur
+l'herbe, et la course échevelée d'une fillette en pantalon de percale,
+agitant un filet d'un vert de sucre d'orge à la poursuite d'un papillon
+de la taille d'un merle. Et enfin, des vendangeurs actifs et accroupis
+parmi les treilles couleur d'or, un promeneur pensif avec un livre
+ouvert à la main, et des enfants lançant dans le ciel un indécis
+cerf-volant plus grand qu'eux, en forme de bouclier des croisades,
+soulignaient les charmes acides et toute la mélancolie de l'Automne.</p>
+
+<p>» Tout cela était parfaitement clair et indubitable. On ne pouvait s'y
+méprendre. Il y avait des saisons. Elles existaient. Ma mère les avait
+vues, comme je vous vois. Elle les avait passées maintes fois depuis
+qu'elle était au monde, et ses parents aussi. Souvent elle me raconta
+que l'hiver de telle année, en Gâtinais, la rivière avait été prise
+pendant plus d'une semaine et qu'elle l'avait traversée à pied, et
+qu'elle portait de la mousseline à pois aux processions du mois de
+Marie, et que dès juillet on ne savait plus où se fourrer tellement il
+faisait chaud. J'ai donc pris, dès le jeune âge, cette mauvaise
+habitude, d'une règle climatérique, d'une marche et d'un ordre dans la
+succession, la distribution du chaud et du froid, du soleil et de la
+pluie, de la grêle et du vent. J'ai besoin pour bien vivre et demeurer
+l'esprit tranquille de n'être pas troublé ni bousculé de ce côté-là. De
+cette discipline de la nature dépend la mienne, celle de mes pensées, et
+si tout se conduit mal autour de moi je commence moi-même à me déranger.
+Or voici plus d'une demi-douzaine d'années que le ciel a la berlue et
+que les saisons, atteintes de folie, douce ou furieuse, entrent les unes
+dans les autres, au point qu'on ne peut plus les distinguer. Elles
+semblent s'amuser à un continuel cache-cache, et se déplacer sans cesse.
+Et, pour mieux nous jouer un tour, elles n'observent plus le leur. Les
+bourgeons pointent en janvier et il gèle à la Trinité. Eh bien, j'avoue
+que ces aberrations de la nature me rendent malade et que je m'applique
+alors, autant qu'il m'est permis, à y remédier, en allant chercher, là
+où j'ai le plus de probabilités de la rencontrer, la température
+correspondante au moment de l'année. J'entends maintenir avec énergie,
+et rétablir quand elle est rompue, la tradition classique, c
+'est-à-dire: du froid pendant l'hiver, du frais au printemps, du chaud
+en été, et de l'humide à l'automne. Ces sensations physiques me sont
+nécessaires, indispensables. Elles sont réclamées par mon corps et par
+ma raison avec autant de force et de netteté que l'est, par mon esprit,
+mes yeux et mes oreilles, la perception du temps et de sa mesure...
+Pourriez-vous vivre en face d'une horloge continuant à marcher quoique
+détraquée, et qui marquerait et sonnerait onze heures quand il en est
+trois? Accepteriez-vous, d'autre part, un baromètre qui indiquerait
+ponctuellement la tempête quand le firmament est d'azur et qui piquerait
+au beau quand l'orage éclate? Non. Comprenez donc en ce cas que j'exige
+une corrélation loyale entre la saison et son expression, ses
+manifestations logiques et légitimes. Or nous sommes en janvier, et il
+fait ici un avril pourri. Je m'en vais donc à la rencontre de l'hiver,
+et je pars demain.</p>
+
+<p>--Pour où?</p>
+
+<p>--Pour la Suisse.</p>
+
+<p>--Simplement? C'est tout? Pourquoi pas les pays plus avancés du Nord?
+les royaumes de glace? les pôles?</p>
+
+<p>--Parce que je suis un sage et qu'il ne faut rien exagérer... Je veux du
+froid, sans doute, du vrai et du bon, mais supportable, du froid joli et
+civilisé. Je n'exige pas celui des pâles voyageurs et des virtuoses du
+scorbut, celui qui solidifie le mercure et fait craquer les ongles... Ce
+sera pour plus tard, quand je serai entraîné. En attendant, la Suisse
+pacifique et sans surprises violentes me convient assez. Les hôtels y
+sont excellents, chauffés à merveille, les sapins ont des givres qui
+semblent oubliés de la nuit de Noël et la neige y a la couleur du lait
+qui remplit les seaux de bois dans les vacheries. Je me réjouis déjà de
+la voir, étendue partout, cette neige honnête, d'y marcher, d'y compter
+les trous de mes pas, d'y observer la forme si sympathique de mes pieds
+plus petits que leur trace, d'entendre le craquement de soie que vont
+faire, en la pressant bientôt, mes prudentes semelles. J'ai toujours
+éprouvé qu'elle exerçait sur nous une action morale extraordinaire et
+vivifiante. Elle fouette et bat le sang, resserre les tissus de la peau
+comme ceux des idées. Elle fait penser pur et blanc, et jamais ne finit
+dans la boue. Le froid précisément la préserve de cette dégradation et
+de cette souillure, il la maintient et la pétrifie. C'est le plus beau
+des tapis, le plus moelleux des gazons. Et puis la Suisse, prise
+brusquement et à petites doses, nous donne, l'hiver, d'admirables leçons
+de calme et d'immobilité. Le mouvement même et les exercices auxquels on
+s'y livre ont leur rythme, leurs lois, et n'offrent rien de commun avec
+l'agitation que nous cause la fièvre cérébrale de Paris. On n'est plus
+le même en face de la montagne, on retrouve sa plénitude, son équilibre
+et sa sérénité...»</p>
+
+<p>Arrêtant là tout d'un coup son apologie du froid, l'amateur des saisons
+sentit qu'il en avait dit assez et rentra dans le silence que personne
+autour de lui ne songea d'ailleurs à rompre. Chacun suivait, pour une
+minute au plus... dans l'avenir comme dans le passé, sa vision
+personnelle d'hiver et de frimas. Celui-ci était retourné aux
+récréations de l'enfance... aux mois d'engelures et de cache-nez, aux
+glissoires dans la cour... Celui-là aux grand'gardes pendant le siège,
+dans les tranchées durcies... Cet autre à la lecture du <i>Capitaine
+Hatteras</i>, du temps que, sous la lampe de famille, il naviguait en
+frôlant les banquises. Une jeune femme, les yeux fermés, dansait à ce
+bal costumé où la poudre lui allait si bien... Et, du fond de son
+fauteuil, une grand'mère regardait en face d'elle, dans la glace, ses
+cheveux devenus d'argent dont la neige ne fondrait plus.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Henri Lavedan</span>.</span></p>
+
+<p>(Reproduction et traduction réservées.)</p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Son grand-oncle: Paulin Gillon, député de la Meuse et
+maire de Bar-le-Duc de 1840 à 1848.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>Son arrière-grand'mère: Mme Landry Gillon.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Son arrière-grand-père: Landry Gillon, neuf fois député
+de la Meuse.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h4>TROIS ARRIÈRE-PARENTS DE M. RAYMOND POINCARÉ</h4>
+
+<h3>LE NOUVEAU PRÉSIDENT</h3>
+
+<h4>L'ÉLECTION PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE</h4>
+
+<p>Nulle élection, sans doute, ne reçut de l'immense majorité de l'opinion
+un accueil plus chaleureux, plus enthousiaste, que celle qui vient de
+porter à la suprême magistrature de la République M. Raymond Poincaré.</p>
+
+<p>En France, une joie sereine, des espoirs infinis, une confiance
+touchante, une patriotique fierté. En Europe, une sympathie unanime qui
+s'est traduite par les télégrammes les plus flatteurs pour l'élu,
+qu'avaient désigné et sa haute valeur intellectuelle et la dignité
+irréprochable de sa carrière politique. Quiconque aime la France a
+marqué d'une pierre blanche la date du 17 janvier. Il semble que de ce
+jour-là une ère nouvelle se soit ouverte pour notre pays.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/002a.png"><br><b>M. et Mme Antoni Poincaré, père et mère du<br> nouveau
+Président.</b></p>
+
+<p>Nous ne saurions revenir sur les luttes qui agitèrent cette journée et
+celles qui la précédèrent: c'est le passé,--un passé qu'il faut effacer
+dans la concorde, la paix, le travail fécond pour la patrie.</p>
+
+<p>Notons toutefois, puisque aussi bien nous nous efforçons d'enregistrer
+ici, semaine par semaine, pour les chercheurs de l'avenir, les faits qui
+intéressent l'histoire, notons les deux phases principales de cette
+lutte qui fut ardente, les deux scrutins dont le dernier donna à M.
+Raymond Poincaré la victoire sur son concurrent, M. Jules Pams.</p>
+
+<p>La compétition, en effet, était nettement circonscrite entre ces deux
+hommes politiques. Et chacun d'eux avait son grand électeur, M. Georges
+Clemenceau, ancien président du Conseil, menant campagne pour M. Pams,
+après avoir, un moment, dans les réunions préparatoires, soutenu M.
+Antonin Dubost, tandis que M. Aristide Briand, garde des sceaux, ancien
+président du Conseil aussi, défendait de tout son coeur la candidature
+de M. Raymond Poincaré. Et c'étaient là deux Warwicks également
+passionnés, également habiles et connaissant à fond leur Parlement et
+les ressorts qu'il convient de faire jouer pour l'émouvoir, le décider.
+Il faut bien croire pourtant--le résultat acquis est là qui en
+témoigne--que l'éloquence de l'un fut plus persuasive que la verve de
+l'autre.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La maison natale de <br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Raymond Poincaré, à Bar-le-Duc.</b></p>
+
+<p>Au premier tour de scrutin, M. Raymond Poincaré venait en tête avec 429
+voix contre 327 à son concurrent. D'autres votes s'étaient égarés, on
+peut bien le dire aujourd'hui sans risquer de désobliger personne, sur
+les noms de MM. Ribot et Deschanel, qui n'étaient plus candidats; un
+fantaisiste avait même accordé son suffrage à M. Henri Rochefort, tandis
+que les socialistes, avec ensemble, votaient pour leur doyen d'âge, M.
+Vaillant.</p>
+
+<p>Pourtant, M. Raymond Poincaré n'avait pas atteint la majorité absolue,
+qui était de 434 voix, 867 suffrages ayant été exprimés. Il fallut un
+second tour de scrutin.</p>
+
+<p>M. Raymond Poincaré y triompha. Du moment où, gravissant les degrés de
+la tribune pour déposer son bulletin, il fut salué par les acclamations
+de l'Assemblée nationale, sa victoire déjà était certaine. De fait, 483
+voix--le chiffre même qu'avait obtenu autrefois M. Émile Loubet--lui
+décernaient l'honneur suprême. Et M. Antonin Dubost, du haut du
+fauteuil, le proclama «Président de la République française pour sept
+ans à partir du jour où prendrait fin le mandat du Président en
+exercice».</p>
+
+<p>De longs applaudissements, des cris de «Vive la République!» saluèrent
+cette formule sacramentelle,--auxquels firent écho, dehors, dans la cour
+de Marbre, sur la place d'Armes, dès que la foule connut les résultats
+du scrutin, d'enthousiastes vivats. Quelques heures plus tard, c'était
+le pays tout entier qui exultait à la nouvelle de cette élection qu'il
+souhaitait, qu'il espérait d'une ardeur telle que toute autre l'eût déçu
+profondément.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/002c.png"><br><b>M. Antoni Poincaré, dans les dernières années de<br> sa vie,
+photographié par Mme Raymond Poincaré.</b></p>
+
+<h4>LA VIE DE M. RAYMOND POINCARÉ</h4>
+
+<p>Le nouveau chef d'État est Lorrain de bonne souche, et, dans les
+circonstances actuelles, il n'est pas jusqu'à cette origine qui ne donne
+au choix de l'Assemblée nationale un caractère patriotique, sentimental,
+peut-on dire, dont le peuple entier a été profondément touché.</p>
+
+<p>M. Poincaré (Raymond-Nicolas-Landry, sur les registres de l'état civil)
+est né, en effet, à Bar-le-Duc le 20 août 1860. Son père, Antoni
+Poincaré--. Un Nancéen--mort l'an dernier inspecteur général des ponts
+et chaussées, était alors, dans cette ville, ingénieur ordinaire au
+corps. Il habitait, dans la rue des Tanneurs, qui a depuis changé son
+nom expressif pour celui de rue Nève, une maison de décorative
+apparence, qui garde encore le caractère sobre et élégant des
+architectures du dix-huitième siècle, mais qui, en réalité, est beaucoup
+plus ancienne. En arrière, est un jardinet très simple que coupe un
+canal aux sombres eaux vives, une dérivation de l'Ornain au bord de
+laquelle, probablement, en des temps lointains, s'échelonnaient les
+ateliers qui avaient donné à la rue des Tanneurs sa vieille
+dénomination.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"><br><b>Le petit Raymond Poincaré, à six mois, sur les genoux de
+sa mère;<br>à trois ans, près de son chien favori; le jour de sa première
+communion.</b></p>
+<h4>TROIS INSTANTANÉS DE L'ENFANT QUI DEVAIT ÊTRE UN JOUR
+PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE</h4>
+
+<p>L'immeuble appartint longtemps à M. Ficatier-Gillon, grand-père maternel
+de M. Raymond Poincaré. Ce nom de Gillon est vénéré dans le Barrois,
+ayant été illustré tour à tour par Jean Landry Gillon qui, sous le règne
+de Louis-Philippe, avocat général à la Cour de cassation, fut élu neuf
+fois député de la Meuse, preuve éclatante de son ascendant sur ses
+compatriotes, et par Paulin Gillon, avocat, maire de Bar de 1840 à 1848,
+puis également député, puis enfin sénateur inamovible et sur qui un
+dicton charmant courait, là-bas, au pays: «Paulin Gillon, à l'occasion,
+sait dépouiller sa table pour faire une bonne action.» Le premier était
+l'arrière-grand-père, le second le grand-oncle du nouveau Président.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>Le lycée de Bar-le-Duc, où le jeune Raymond Poincaré fit
+ses études.</b>--<i>Phot. Oterlaender.</i></p>
+
+<p>La maison familiale de la rue des Tanneurs passa plus tard au docteur
+Enard dont le fils, lui-même médecin distingué, continue de l'habiter et
+en fait, avec infiniment de bonne grâce, les honneurs aux visiteurs
+curieux. Et Mme Enard mère évoque la figure de l'enfant aujourd'hui élevé
+si haut, du «petit monsieur Raymond», sérieux de toujours, appliqué,
+précis; montre, au pied d'un vieil arbre, le banc de fonte où, studieux
+écolier, il préparait ses leçons, et la fenêtre de laquelle il fixa, en
+un dessin hésitant que conserve pieusement quelque intime, le panorama
+pittoresque du vieux Bar juché sur sa colline.</p>
+
+<p>La précoce maturité du caractère, c'est la première qualité que
+s'accordent à discerner, chez M. Raymond Poincaré, ceux qui le connurent
+jeune, ses condisciples d'il y a trente à quarante ans, ceux qui
+l'accompagnaient, le matin, au lycée par cette rue de la Banque toute
+bordée de souvenirs émouvants: la maison qu'occupa Bismarck aux jours
+tragiques, celle où logeait Moltke, et la Banque elle-même, le vaste
+hôtel où s'installa le roi Guillaume et où se décida, en conseil de
+guerre, le fameux «mouvement tournant» qui aboutit à la prise de Sedan.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003c.png"><br>
+
+<b>«Le Clos», vu du jardin.
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+«Le Clos» et la campagne environnante.</b></p>
+
+<h4>LA PROPRIÉTÉ DE M. RAYMOND POINCARÉ, A SAMPIGNY, DANS LA MEUSE</h4>
+
+<p>Au reste, ce pays, tel qu'il apparaît, du moins, en cette saison, voilé
+de brumes, pailleté de givre, ce pays, dont rêvera, quelques années plus
+tard, nostalgique, le lycéen de Bar exilé à Paris et interné à
+Louis-le-Grand, semble prédisposer aux pensées graves. Il apparaît
+lui-même songeur, sévère un peu, malgré la courbe molle de ses collines
+et l'argent frissonnant de ses rivières enchâssées dans l'émail vert des
+prairies gorgées d'eau. De Bar-le-Duc à Sampigny, petit bourg très fier,
+désormais, de posséder le castel neuf, aux toits élancés, qui s'érige au
+bord d'un domaine modeste où, chaque été, le Président vient jouir de
+quelques semaines de repos, de Sampigny à Nubécourt où, dans un petit
+enclos ombreux, à l'écart des tombes du village déferlant au pied des
+murs d'un vieux sanctuaire roman, ondulent les sépultures des familles
+Gillon, Ficatier, Poincaré, les lames sous lesquelles reposent et Landry
+et Paulin Gillon, et le tertre où l'on étendit, voilà un an à peine, la
+dépouille d'Antoni Poincaré, près d'une autre place préparée dont
+l'écusson vide attendra longtemps encore, nous l'espérons, le nom de
+Nanine-Marie Ficatier, son épouse; dans toute cette contrée si proche
+des frontières, attentive comme une sentinelle, sur les routes sinueuses
+et accidentées où, à chaque détour, presque, on croise ou l'on dépasse
+quelque troupe en manoeuvres, quelque patrouille, où à chaque pas vous
+salue d'un sourire plein de confiance et d'entrain quelque petit soldat
+courbé sur une ingrate et nécessaire besogne de terrassier, du haut des
+collines rondes, à travers les bois poudrés à frimas, ce qu'on éprouve
+c'est une impression de recueillement, non point mélancolique et dolent,
+comme en Bretagne par exemple, mais volontaire, mais concentré, profond.
+Et la devise de Bar-le-Duc traduit à merveille l'état d'âme des hommes
+issus de ce fort terroir qui vous conquiert sans s'y appliquer par des
+sourires: «Plus penser que dire».</p>
+
+<p>Le jeune Raymond Poincaré quitta le pays de son enfance à seize ans,
+pour venir faire à Paris sa rhétorique supérieure et sa philosophie. Son
+départ du lycée de Bar laissait à ses émules affectueux, à ses amis de
+coeur, qui s'appelaient Pol Brouchot, aujourd'hui conseiller à la cour
+de Paris, Léon Oudinot, mort censeur des études au lycée Buffon, et
+Henry Bohn, qui fut sous-inspecteur de l'enregistrement et qui a disparu
+aussi, des gerbes de lauriers à se partager. Il est amusant de
+feuilleter les palmarès des dernières distributions de prix où il fut
+nommé; son nom y figure à chaque paragraphe: excellence, narration
+latine, narration française, version latine, version grecque, thème
+grec, histoire, géographie, allemand, mathématiques, histoire naturelle,
+dessin d'imitation,... les lettres, les sciences, les arts même, son
+intelligence vive s'assimile avec une aisance égale toutes les matières
+du programme. Un de ses professeurs à Louis-le-Grand, M. Lafon,
+l'orientera vers les lettres et décidera de sa vocation.</p>
+
+<h4>LA CARRIÈRE POLITIQUE</h4>
+
+<p>Bachelier, puis licencié ès lettres, l'étudiant dut interrompre, en
+1879, son droit pour satisfaire, comme volontaire d'un an aux
+obligations militaires. Elles furent légères à cet homme de devoir, à ce
+Lorrain patriote fervent. «On a eu raison, écrivait-il de Nancy, où il
+était incorporé au 26e d'infanterie, à son ami Pol Brouchot, on a eu
+raison de te dire que mon volontariat m'est une tâche fort douce et ceux
+qui t'ont assuré que je n'avais pas encore trouvé ici l'occasion de me
+chagriner ne sont pas des conteurs.»</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004a.png"><br>
+<b>M. Raymond Poincaré, député de<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;la Meuse, à 27 ans.</b></p>
+
+<p>Il était caporal quand il passa ses examens de seconde année. Au sortir
+du régiment il était sergent. Et il témoigna de son amour du métier
+militaire en servant tour à tour comme sous-lieutenant de réserve aux
+chasseurs à pied, puis comme lieutenant et comme capitaine aux alpins.</p>
+
+<p>En 1880, il entrait au barreau, et Me du Buit le choisissait comme
+secrétaire: ce fut l'aurore de sa carrière au Palais, où il devait
+bientôt se classer parmi les maîtres. C'est à ce moment que, curieux
+sans doute de connaître un domaine voisin de celui qui était sien, il
+fut--il veut bien, avec cette délicieuse urbanité qui est l'une de ses
+qualités les plus séduisantes, le rappeler à l'occasion à ceux d'entre
+nous qu'il accueille--un peu notre confrère, ayant assumé les fonctions
+de chroniqueur judiciaire au <i>Voltaire</i>.</p>
+
+<p>Il commença sa carrière politique comme chef de cabinet de M. Jules
+Develle, son compatriote, titulaire, dans le cabinet Freycinet, en 1886,
+du portefeuille de l'Agriculture. Ce fut alors qu'il posa sa
+candidature, comme conseiller général, dans le canton de Pierrefitte
+(dont Sampigny, son actuelle résidence d'été, est l'une des communes).
+Il fut élu. L'année suivante, il remplaçait comme député de Commercy M.
+Liouville. L'arrondissement, fidèle, lui renouvela son mandat jusqu'en
+1902, jusqu'au moment où il passa de la Chambre au Sénat.</p>
+
+<p>A la Chambre des députés, M. Raymond Poincaré avait, d'emblée, conquis
+une situation enviable. Un discours sur le budget des finances, en
+octobre 1890, avait mis en lumière la clarté de son esprit, son entente
+des affaires publiques. En 1893, il se voyait confier le rapport général
+sur le budget. Cette même année, il faisait partie, comme ministre de
+l'Instruction publique, du cabinet Charles Dupuy, qui dura seulement
+quelques mois (avril-décembre). Mais quand, six mois plus tard, M.
+Charles Dupuy reprit la présidence du Conseil, il confia à M. Raymond
+Poincaré le ministère des Finances (juin 1894 à janvier 1895). M. Ribot,
+qui succéda à M. Ch. Dupuy comme chef du gouvernement, conserva ce
+collaborateur précieux, que la souplesse de son esprit et l'étendue de
+ses connaissances mettaient à même de rendre, à la tête de l'un ou
+l'autre département, des services distingués, lui confiant derechef le
+ministère de l'Instruction publique.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/004b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mme Raymond Poincaré.</b> Phot. Nadar.</p>
+
+<p>La chute du cabinet Ribot fit rentrer dans le rang M. Raymond Poincaré.
+Ses collègues le portèrent bientôt à la vice-présidence de la Chambre,
+où il fut tour à tour réélu trois fois (1896-1897-1898).</p>
+
+<p>M. Sarrien, en mars 1906, le rappela au pouvoir, lui attribuant le
+ministère des Finances, qu'il abandonna au moment où M. Clemenceau fut
+appelé à former un cabinet.</p>
+
+<p>A la fin de 1911, période troublée, inquiète, on discutait le traité
+franco-allemand. M. Raymond Poincaré était chargé, par le Sénat, de
+rédiger le rapport sur cet instrument diplomatique lorsque tomba le
+ministère Caillaux. C'est alors qu'il fut appelé--janvier 1912--à former
+le cabinet aux destinées duquel il présida jusqu'au 17 janvier dernier.</p>
+
+<p>Au cours de ses passages successifs au ministère, M. Raymond Poincaré a
+attaché son nom à diverses réformes ou actes politiques importants. Il a
+fait proclamer l'autonomie des Universités, créé le doctorat ès sciences
+politiques et administratives, fait adopter l'impôt progressif sur les
+successions, puis, président du Conseil, fait ratifier au Parlement le
+traité franco-allemand et le traité franco-espagnol, voter le traité
+instituant le protectorat marocain et, enfin, fait accepter par la
+Chambre la réforme électorale.</p>
+
+<p>Au moment où l'Assemblée nationale vient de donner à sa politique
+générale une si haute et si éloquente consécration, il sied de rappeler,
+bien que ces souvenirs soient encore tout frais dans nos mémoires, avec
+quel fier souci de la dignité nationale il a dirigé, depuis un an, les
+affaires extérieures de la France.</p>
+
+<p>En ces derniers mois, il avait assumé un rôle agissant qui lui avait
+conféré, aux yeux de l'Europe entière, un prestige considérable. Dès que
+se dessina la crise balkanique, il avait pris l'initiative généreuse de
+faire, appel à une entente des puissances en vue d'une action
+pacificatrice. Il n'a pas dépendu de ses sages conseils, des vaillants
+efforts qu'il multiplia jusqu'au bout, que l'orage actuel ne fût
+conjuré. Le mérite de son attitude, si conforme à la grande tradition
+française, demeure entier à son actif: il s'est, en ces jours troublés,
+inquiétants, affirmé grand homme d'État. Son influence dans la politique
+intérieure ne fut pas moins bienfaisante. L'autorité avec laquelle, au
+nom de la France, il avait paru devant l'Europe, ferme sans provocation,
+l'esprit conciliant mais résolu qu'il avait montré en face des
+adversaires mêmes du dedans, ce sont les deux bases solides de l'estime,
+de l'affection que lui a vouées la foule équitable.</p>
+
+<h4><span class="sc">l'académicien</span></h4>
+
+<p>M. Raymond Poincaré est, depuis 1909, membre de l'Académie française où
+il a remplacé cet autre Lorrain admirable, Émile Gebhart et où l'a
+accueilli M. Ernest Lavisse.</p>
+
+<p>En dehors des classiques thèses de doctorat, en dehors même de son
+oeuvre oratoire, plaidoiries, discours politiques, d'une pensée si forte
+et d'une forme littéraire si parfaite, il était désigné au choix de
+l'illustre Compagnie par un ouvrage qui, sous le titre <i>Idées
+contemporaines</i>, publié en 1906, contient une série d'études sur des
+sujets très divers, du «Courage fiscal» à un «Éloge d'Arago», d'un
+chapitre sur «l'Éducation des jeunes filles» à un autre sur «Jeanne
+d'Arc et l'idée nationale», où son esprit pénétrant, son talent sobre et
+de grand style se montrent sous les aspects les plus variés et les plus
+captivants.</p>
+
+<p>Et, détail piquant, celui qui, dans quelques semaines, va porter en
+écharpe le grand cordon de la Légion d'honneur n'était, jusqu'à présent,
+pas même chevalier de l'ordre... Que, d'ailleurs, on n'en prenne pas
+texte pour récriminer contre l'injustice de ceux qui récompensent les
+mérites. La vérité est que M. Raymond Poincaré était entré dans la
+politique, était ministre même avant l'âge où les plus ambitieux peuvent
+songer à la croix,--et qu'une loi sévère interdit aux parlementaires en
+fonctions de la recevoir, quels que soient les services qu'ils puissent
+rendre à la République.<br>
+
+<span class="rig">G. B.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>L'élément féminin au Congrès de Versailles: le couloir
+des tribunes réservées.</b> <i>Dessin de Simont</i>.</p>
+
+<h3>LES COULISSES DU CONGRÈS</h3>
+
+<h4>DANS LES COULOIRS DES TRIBUNES</h4>
+
+<p>Nous montrons, plus loin, par un document photographique qui fixe une
+minute d'histoire, l'acte décisif du Congrès, la proclamation, devant
+l'Assemblée nationale, du nouveau président de la République. Mais ce
+n'est pas dans la salle des séances que se joua tout entière la partie
+engagée pour la plus haute magistrature de l'État. Et les coulisses,
+mondaines et politiques, de l'élection présentèrent, en cette journée
+mémorable, de curieux aspects.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/005b.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Antonin Dubost ouvrant la séance.</b><br><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Croquis de H. Le
+Riche.</i></p>
+
+<p>Dans le couloir des tribunes réservées à d'heureux et rares invités, à
+l'heure du vote, on se croirait presque dans un couloir de théâtre,
+pendant un entr'acte de répétition générale. Le spectacle parlementaire
+qui se donne ici est, en effet, fort couru, et jamais, de mémoire de
+congressiste, on ne vit salle plus brillante, plus nombreuse en jolies
+femmes. Elles sont venues là, attirées par la grande affaire parisienne
+qu'est avant tout, à leurs yeux, l'élection présidentielle, excitées
+comme par l'attrait d'une pièce nouvelle, dont on a beaucoup parlé avant
+que le rideau se lève, et dont on attend beaucoup: sera-ce le triomphe
+indiscutable, complet, ou simplement le succès d'estime?</p>
+
+<p>De leurs fauteuils de balcon où elles formaient la plus gracieuse des
+«corbeilles», elles ont assisté à la première partie du
+spectacle,--entendez la proclamation du premier scrutin. Et maintenant,
+répandues dans les couloirs, elles échangent leurs impressions et leurs
+voeux, consultent l'important personnage qui passe, un papier à la main,
+discutent les chiffres, commentent les résultats. Tandis qu'en bas, dans
+la galerie des Bustes, les dernières passions se mêlent et se heurtent à
+grand bruit, ici on cause discrètement, à voix douce, comme dans un
+salon. Une réunion mondaine s'est improvisée, en un coin du palais où
+s'agitent les destinées de la France. Et sans doute en est-il, parmi ces
+élégantes, qui, reprises bientôt par des préoccupations moins graves,
+s'interrompent de parler «politique», pour aborder le
+chapitre--inépuisable--des toilettes.</p>
+
+<h4>DANS LA GALERIE DES BUSTES</h4>
+
+<p>Cependant le second tour a commencé, et la salle des séances, où tout à
+l'heure se pressaient, impatients d'entendre proclamer le premier
+scrutin, les membres de l'Assemblée nationale, s'est vidée en un
+instant. C'est maintenant dans la galerie des Bustes, emplie de rumeurs,
+qu'est le spectacle.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/005c.png"><br><b>M. Aynard et M. Méline.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/005d.png"><br><b>M. Combes et M. Ribot.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/005e.png"><br><b>M. Deschanel.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>Dans la galerie des Bustes, pendant le
+scrutin.</b> <i>Croquis de H. Le Riche.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006.png"><br><b>Les discussions de la dernière heure dans la galerie des
+Bustes, pendant qu'on vote dans l'hémicycle.</b><br>Debout, au premier plan, M.
+Combes et l'abbé Lemire; au milieu d'un groupe, M. Aristide Briand
+adjurant quelques adversaires de grossir la majorité de M. Poincaré dont
+l'élection est déjà certaine; à gauche, deux dessinateurs de
+<i>L'Illustration. Dessin de Léon Fauret.</i></p>
+
+<p>Tandis que chacun va successivement voter, des groupes se forment près
+des portes, autour de la table où sont posés les bulletins. Sénateurs et
+députés s'abordent, s'interrogent, échangent un mot, un sourire,
+rapprochés et séparés au hasard des rencontres. Certains se félicitent,
+escomptant le succès de leur candidat; d'autres discutent encore, non
+sans véhémence. Des colloques s'établissent, dont plus d'un paraît
+imprévu: M. Ribot se penche vers M. Combes, qui, l'instant d'avant
+s'entretenait avec l'abbé Lemire. Très entouré, M. Briand exhorte, avec
+sa persuasive éloquence, plusieurs parlementaires à «faire l'union
+républicaine sur le nom de M. Poincaré». Cependant, comme le jour tombe,
+une longue théorie d'huissiers traverse la galerie, porteurs de lampes
+destinées aux salons voisins, où des remuons se tiennent... La bataille
+va s'achever.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"><br><b>UNE MINUTE HISTORIQUE AU CONGRÈS DE VERSAILLES.--Le
+président de l'Assemblée nationale, M. Antonin Dubost, lit les résultats
+définitifs du second scrutin qui donne la majorité absolue à M. Raymond
+Poincaré.</b>--<i>Phot. René Millaud</i>.</p>
+
+<p>Il est exactement six heures quarante-cinq. Après la suspension de
+séance d'une heure qui a suivi le second scrutin, le président de
+l'Assemblée nationale a fait son entrée dans la salle du Congrès, peu à
+peu désertée pendant les opérations de dépouillement et où viennent
+d'affluer en un clin d'oeil, dans toutes les travées, de l'extrême
+droite à l'extrême gauche, les 872 votants. L'instant est solennel. Une
+heure et une date se fixent dans l'histoire parlementaire de la France;
+toute l'attention, tous les regards des congressistes vont au président
+de l'Assemblée qui se lève, et il y a une minute d'immobilité et de
+silence,--tandis qu'au-dessus de ce millier de têtes où viennent de
+bouillonner les passions politiques, tout là-haut, allongé sur la
+toiture vitrée de la salle, un audacieux opérateur prend un cliché
+unique dans les annales de la photographie. Il remplit, lui aussi, son
+rôle historique avec vaillance et précision et saisit, dans toute son
+ampleur, avec tous ses premiers rôles et tous ses figurants, la
+physionomie de ce Congrès du 17 janvier, que les circonstances, les
+luttes ardentes de la veille et les indications précises de l'opinion
+nationale auront rendu exceptionnel.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008.png"><br><b>LA POPULARITÉ DU NOUVEAU PRÉSIDENT.--M. Poincaré, le soir
+de son élection, paraît (entouré de sa famille et de quelques amis) à
+une fenêtre de son hôtel,<br> rue du Commandant-Marchand, pour répondre à
+ceux qui sont venus l'acclamer.</b></p>
+
+<p>M. Poincaré a connu, le 17 janvier, les premières émotions de la grande
+popularité. Les Parisiens attendaient impatiemment, mais sans vouloir
+douter de sa victoire, la décision du Congrès: ils l'ont accueillie avec
+une joie unanime. Et ce furent, sur les boulevards, devant les
+transparents des journaux annonçant, en lettres lumineuses, les
+résultats officiels, dans les cinématographes où déjà se déroulaient,
+sur l'écran, les péripéties de la journée, des manifestations spontanées
+en l'honneur du nouveau président de la République.</p>
+
+<p>Salué par des ovations chaleureuses à son retour de Versailles, devant
+la gare des Invalides, et aux abords de l'Elysée, où il était allé,
+selon le protocole, rendre visite à M. Fallières, l'élu du Congrès avait
+regagné son hôtel de la rue du Commandant-Marchand. Plusieurs milliers
+de personnes vinrent l'y acclamer vers 11 heures, demandant à grands
+cris qu'il se montrât. Et M. Poincaré dut paraître à son balcon, entouré
+de Mme Poincaré--que réclamait aussi la foule, et qui eut sa part des
+applaudissements--et de quelques amis, tandis que les photographes se
+hâtaient de prendre des clichés de cette scène, à la vive lumière du
+magnésium.</p>
+
+<h4>LES DEUX GRANDS ÉLECTEURS DU CONGRÈS DE VERSAILLES</h4>
+
+
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/009a.png"><br><b>Pour M. Pams: M. Georges Clemenceau.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<h4>LE NOUVEAU CABINET</h4>
+<p>Au lendemain de son élection à la présidence de la République, M.
+Raymond Poincaré, en complet accord avec ses collègues, remettait à M.
+Armand Fallières la démission du ministère. Le soir même, le chef de
+l'État confiait à M. Aristide Briand la mission de former le nouveau
+cabinet.</p>
+
+<p>La tâche qu'avait assumée allègrement M. Aristide Briand lui fut facile.</p>
+
+<p>Son rêve eût été de conserver, groupés autour de lui, tous les
+collaborateurs du cabinet Poincaré, puisque aussi bien il entend
+continuer la politique qui, depuis un an, a donné de si féconds
+résultats. Mais en dehors de M. Pams, qui s'était retiré la veille de
+l'élection présidentielle, trois autres de ses collègues lui exprimèrent
+le regret de ne pouvoir demeurer à ses côtés: MM. Delcassé, ministre de</p>
+
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/009b.png"><br><b>Pour M. Poincaré: M. Briand.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>la Marine, Léon Bourgeois, ministre du Travail, et M. Lebrun, qui avait
+remplacé au ministère de la Guerre M. Millerand. Il fallut donc
+pourvoir--avec celui des Affaires étrangères--quatre portefeuilles de
+titulaires nouveaux. De plus, quelques remaniements furent nécessaires
+dans l'attribution des autres départements, M. Aristide Briand tenant à
+prendre, avec la présidence du Conseil, le ministère de l'Intérieur.</p>
+
+<p>Le ministère fut constitué dès mardi soir:</p>
+
+<p>Dix de ses membres appartenaient déjà à l'ancien cabinet, cinq qui y
+reprennent des portefeuilles avaient précédemment été ministres: M.
+Barthou, qui remplace M. Aristide Briand à la vice-présidence du conseil
+des ministres, avait déjà occupé ces hautes fonctions. M. Jonnart a été
+ministre des Travaux publics en 1893-1894, mais il s'est surtout imposé
+à l'attention dans les hautes fonctions de gouverneur général de
+l'Algérie, auxquelles il fut appelé à deux reprises, en 1900, puis de
+1903 à 1911. M. Eugène Etienne, qui avait été auparavant ministre de
+l'Intérieur, prit le portefeuille de la Guerre dans le cabinet Rouvier
+et le conserva dans le cabinet Sarrien. Enfin, M. Pierre Baudin, ancien
+ministre des Travaux publics, est désigné pour présider aux destinées de
+la marine par sa qualité de président de la Ligue maritime, et par
+l'intelligente sollicitude qu'il a toujours montrée aux choses de la
+marine.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009c.png"><br>
+
+
+<span class="sml">M. David. M. Bourély. M. P. Morel. H. Chaumet. M. J. Dupuy.<br>
+Agriculture. S.-s. Finances. S.-s. Intérieur. S.-s. Postes. Travaux publ.<br>
+<br>
+E. Besnard. M. Jonnart. M. Guist'hau. M. L. Barthou. M. Briand. M. J. Morel.<br> Travail. Maires étr. Commerce. Justice. Intérieur. Colonies.<br>
+<br>
+M. Klotz. M. P. Baudin M. Steeg M. I. Bérard. M. Etienne.<br>
+Finances. Marine. Instr. publ. S.-s. Beaux-Arts, Guerre.</span></p>
+
+<p class="mid"><b>LE NOUVEAU MINISTÈRE, PRÉSIDÉ PAR M. BRIAND.</b>--<i>Phot. H. Manuel.</i></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>LES SOUVENIRS DE L'ÉPOPÉE, A NICOPOLIS.--La princesse
+Marie Bonaparte (Georges de Grèce) visite les lieux où furent ensevelis,
+en 1798, parmi les ruines antiques, les héroïques défenseurs français de
+Preveza.</b>--<i>Phot. S. Vlasto.</i></p>
+
+<p>On a dit avec quel dévouement les jeunes princesses de la famille royale
+de Grèce ont organisé les secours aux blessés en Grèce, en Thessalie et
+en Epire, mais il sera particulièrement agréable aux Français qu'un ami
+de <i>L'Illustration</i>, actuellement en Epire, M. S. Vlasto, leur signale
+le rôle bienfaisant, en cette guerre, d'une princesse de France, la
+princesse Georges de Grèce, née princesse Marie Bonaparte:</p>
+
+<p>«Après avoir installé à ses frais le vaisseau-hôpital <i>Albania</i>, la
+princesse Marie est venue à Preveza où, de ses deniers, elle a créé un
+hôpital qu'elle a placé sous la direction de Mme Panas, veuve du célèbre
+chirurgien, dame de la Croix-Rouge française.</p>
+
+<p>«Toute l'Epire est sous le charme de cette princesse française qui ne
+recule devant aucune fatigue, visite et soigne elle-même les blessés,
+organise des soupes populaires pour les réfugiés et porte partout le
+rayonnement de sa bonté et de sa beauté.</p>
+
+<p>» Le hasard a conduit les pas de la princesse Marie à Nicopolis où eut
+lieu en 1798 la défense héroïque de 280 Français assiégés par 6.000
+sauvages musulmans sous les ordres de Mouktar pacha, le fils du fameux
+Ali, pacha de Janina.</p>
+
+<p>»Fouqueville raconte (tome I, chapitre IV, de son <i>Histoire de la
+régénération de la Grèce</i>) l'admirable résistance de quelques soldats
+français conduits par Tissot et le capitaine Richemond. Il décrit
+l'affreux massacre des prisonniers, «le bras du bourreau nègre qui
+n'avait cessé d'égorger s'arrêta, son corps s'agita convulsivement, ses
+genoux fléchirent et il vint tomber asphyxié au milieu des martyrs».</p>
+
+<p>»La photographie représente la princesse Marie, qui, adossée aux murs du
+petit théâtre antique de Nicopolis, contemple les lieux où furent
+massacrés et où sont enterrés les soldats de Bonaparte.»</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011a.png"><br><b>Les porte-drapeau des régiments qui ont combattu en
+Tripolitaine, suivis de leurs colonels respectifs, gravissent l'autel de
+la Patrie, où le roi d'Italie épingle sur chaque étendard la médaille de
+la campagne de Libye.</b>--<i>Phot. Vaucher et Luigi Veccia.</i></p>
+
+<h3>APRÈS LA CONQUÊTE</h3>
+
+<p class="mid"><i>Notre correspondant de Rome nous écrit:</i></p>
+
+<p>Rome, revêtue de sa parure de fête, a reçu hier, 19 janvier, les
+délégations des régiments qui ont pris part à la campagne de
+Tripolitaine et qui venaient dans la capitale pour faire décorer leurs
+drapeaux par le roi.</p>
+
+<p>La cérémonie, magnifique, fut empreinte d'un caractère de noblesse et de
+grandeur qui impressionna profondément tous ceux qui y assistèrent.</p>
+
+<p>Après une revue à Castro Pretorio, les troupes de Libye, y compris un
+bataillon d'asoari, dénièrent devant les souverains, sur la place de
+l'Indépendance.</p>
+
+<p>Du terrain de la revue jusqu'à la piazza Venezia, les troupes de la
+garnison de Rome en grande tenue formaient la haie, tandis que leurs
+camarades rentrés d'Afrique passaient en tenue de campagne, au milieu
+des hourras et des fleurs dont la foule était prodigue.</p>
+
+<p>Ensuite, sur le monument Victor-Emmanuel II lui-même, la cérémonie
+principale se déroula en une véritable apothéose.</p>
+
+<p>Les souverains et la reine mère, ayant à leurs côtés tous les princes de
+la maison de Savoie, vinrent se placer sur le monument, au pied de
+l'autel de la Patrie.</p>
+
+<p>Les officiers qui venaient de combattre en Libye se groupèrent également
+sur le monument; en bas, à droite, prirent place les généraux et les
+amiraux, et, à gauche, les députés et les sénateurs.</p>
+
+<p>Alors, sur un signe du ministre de la Guerre, le général Spingardi, les
+porte-drapeau dont les étendards vont être décorés s'avancent sur un
+rang, suivis des colonels de chaque régiment.</p>
+
+<p>Le moment est solennel. Sur la grande place, les troupes sont massées en
+carré; c'est une féerie de couleurs et d'armes qui étincellent au
+soleil. Les drapeaux, dont quelques-uns sont en loques, s'inclinent
+devant le roi, qui, après avoir entendu un bref discours de présentation
+du ministre de la Guerre, s'avance et épingle tour à tour sur la soie
+glorieuse la médaille conquise en Libye.</p>
+
+<p>La cérémonie terminée, les souverains, escortés d'un brillant état-major
+et de tous les princes royaux, sont rentrés au Quirinal où la foule leur
+fit de chaudes ovations.</p>
+
+<p>Le soir, au théâtre Constanzi, eut lieu une grande représentation de
+gala à laquelle les souverains assistèrent.</p>
+
+<p>La journée du 19 janvier peut être considérée comme le digne
+couronnement de la guerre italo-turque et de la conquête de la
+Tripolitaine.</p>
+
+<p>Il faut noter l'amabilité avec laquelle la presse étrangère a été admise
+à participer à la fête. On a voulu lui faire oublier les rigueurs de la
+censure qui, pendant l'année de guerre, fut inexorable, et on y a
+pleinement réussi.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Robert Vaucher.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011b.png"><br>
+<span class="sml">MM. de Giers. de Wangenheim. Garoni. Bompard. Pallavicini.
+Gérard Lowther.<br>
+(Russie). (Allemagne). (Italie). (France). (Autriche-Hongrie).
+(Angleterre).</span><br>
+
+<b>Les ambassadeurs sortent de la Sublime-Porte, après avoir remis la note
+des puissances.</b><br><i>Phot. du Dr Renzo Larco, envoyé spécial du</i> Corriere
+della Sera.</p>
+
+<h3>LES GRANDES PUISSANCES</h3>
+
+<h4>ET LA TURQUIE</h4>
+
+<p>La note collective des grandes puissances qui, ainsi que nous l'avons
+indiqué la semaine dernière, conseillait à la Turquie de céder
+Andrinople et d'abandonner à l'Europe la solution de la question des
+îles, a été remise à la Porte par les ambassadeurs le jour même où
+paraissait notre précédent numéro. Les représentants des six grandes
+puissances s'étaient donné rendez-vous, le 17 janvier, à 3 heures, à la
+Sublime-Porte où le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie
+et doyen du corps diplomatique, a pris seul la parole: «Au nom de nos
+gouvernements, a-t-il dit au ministre des Affaires étrangères ottoman,
+nous avons l'honneur de vous remettre la présente note à laquelle nous
+vous prions de répondre le plus tôt possible.»--«Le gouvernement
+impérial répondra dans le plus bref délai», dit Noradounghian Gabriel
+effendi, en recevant le document.</p>
+
+<p>L'entrevue, très courtoise, ne dura que quelques minutes et les
+ambassadeurs se retirèrent, tandis qu'un de nos confrères italiens, le
+docteur Renzo Larco, correspondant du <i>Corriere della Sera</i>, réussissait
+à prendre un cliché du groupe sortant de la, Sublime-Porte.</p>
+
+<p>L'impression générale, sur le moment, était que l'on se heurterait, du
+côté du gouvernement turc, à une résistance traduite par un refus poli
+de céder Andrinople. Mais ces derniers jours, après la démarche
+collective, il semble bien que de nouvelles instances individuelles et
+pressantes dis plusieurs des ambassadeurs ont fortement influencé les
+ministres ottomans, qui sont maintenant résignés aux suprêmes
+sacrifices, le haut conseil de dignitaires et de fonctionnaires convoqué
+par le gouvernement s'étant prononcé, comme on le prévoyait, en faveur
+de la paix.</p>
+
+<p>Il faut cependant aussi tenir compte, en ces circonstances, du sentiment
+de l'armée, dont l'état moral, depuis l'arrivée à Tchataldja d'Enver
+bey, de Fethi bey et des héros de Tripoli, se serait complètement
+transformé et qui, avec ses 200.000 hommes campés entre Tchataldja et
+Gallipoli à moins de 50 kilomètres de Constantinople, constitue une
+puissance qu'on ne saurait négliger dans les décisions actuelles.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES &amp; LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<p><i>La Question d'Orient en 1913.</i></p>
+
+<p>Dans la nuit du 9 au 10 janvier 1853, tandis qu'on dansait au Palais
+d'Hiver de Saint-Pétersbourg, l'empereur Nicolas prenait à part, fort
+amicalement, l'ambassadeur de la reine, lord Seymour, et lui disait ces
+paroles historiques: «Milord, nous avons sur les bras un <i>homme malade</i>,
+gravement malade, ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper
+avant que les dispositions nécessaires fussent prises.» L'agonisant
+dont, il y a soixante ans, la fin prochaine préoccupait si vivement le
+tsar, c'était le Turc, récemment amputé de la Grèce et de l'Égypte, et
+fort incomplètement remis de ses dernières angoisses. En dépit des
+pronostics, le malade a pu survivre à la crise qui le menaçait alors et
+à bien d'autres crises depuis. Mais on ne se refait pas une santé avec
+d'incessantes opérations chirurgicales ou des panacées empiriques, et
+l'heure fatale paraît bien avoir sonné en ce début de 1913, où toute
+l'Europe, de nouveau, se rassemble <i>Au chevet de la Turquie</i>. L'image
+est de M. Stéphane Lauzanne. Elle rend parfaitement sensible la
+situation diplomatique d'aujourd'hui et elle donne le meilleur des
+titres au volume tout frémissant d'actualité que vient de publier le
+brillant rédacteur en chef du <i>Matin</i>.</p>
+
+<p>Le livre de M. Stéphane Lauzanne (Ed. Fayard) est le premier ouvrage où
+se trouvent réunis--et à quelle heure opportune!--en une série de
+chapitres clairs, animés, pittoresques et substantiels, toutes les idées
+intéressantes, tous les documents utiles, tous les faits notables qui
+fixent la question d'Orient, en 1913. Déjà, sans doute, dans ses lettres
+et ses dépêches, M. Stéphane Lauzanne nous avait fait connaître les
+éléments précieux de son enquête sur le Bosphore, parmi les foules de
+Péra, dans les palais de Constantinople, ou dans l'état-major de
+Tchataldja; déjà, il nous avait silhouetté en traits précis le visage
+arménien de Noradounghian Gabriel effendi, le ministre des Affaires
+étrangères, fin lettré, ainsi que la haute et lourde silhouette du
+généralissime Nazim, «qui ne manque ni de bon sens, ni de valeur, mais
+dont le principal défaut est de faire tout un peu tard»; et aussi la
+douloureuse physionomie du grand vizir Kiamil, le grêle octogénaire qui
+incarne toute l'angoisse ottomane, et encore la double face de Mahmoud
+Chefket, qui mina son propre effort de réorganisation matérielle de
+l'armée en ruinant le moral traditionnel du soldat musulman; et enfin la
+sympathique figure du vaillant et malheureux Mahmoud Mouktar... Mais
+toutes ces notes, hâtives et colorées, devaient être liées entre elles
+et présentées en même temps que l'exposé --contrôlé, complété et libéré
+de la censure--des grands faits militaires, en un tableau d'ensemble, un
+tableau d'histoire de la Turquie d'Europe à ses derniers jours. Il n'est
+pas un chapitre de ce livre qui ne fournît à l'esprit soucieux
+d'actualités des indications précieuses et des sujets de méditation ou
+de discussion. Mais surtout on lit avec stupeur les pages révélatrices,
+documentaires, sur l'extraordinaire panique de Kirk-Kilissé qui décida,
+semble-t-il, de la défaite de l'empire et paraît avoir été comme voulue
+par le destin. Il y a aussi un chapitre très renseigné sur les
+massacres, les fameux massacres si exclusivement reprochés aux Turcs.</p>
+
+<p>--Jamais, affirmait la soeur Jeanne, directrice de l'hôpital français de
+Constantinople, jamais une de nos soeurs n'a été molestée ou inquiétée.
+Il y en eut qui s'en furent exercer leur ministère jusqu'au fond des
+montagnes d'Arménie: pas une seule n'a été outragée ou malmenée. Nous
+n'avons pas eu à nous plaindre des Turcs. Notre robe est plus sacrée
+pour eux que pour beaucoup de chrétiens.</p>
+
+<p>Quant au général Baumann, le réorganisateur français de la gendarmerie
+ottomane, il a répété bien des fois depuis les débuts de la guerre:</p>
+
+<p>--Ne croyez pas que les massacreurs furent toujours les Turcs. Ne croyez
+pas que les victimes furent toujours les Bulgares ou les Grecs. Si vous
+voulez connaître la vérité telle qu'elle est, lisez les rapports que les
+onze officiers français qui sont de votre race, de votre mentalité, de
+votre croyance, ont rédigés depuis des mois sur les événements de
+Macédoine. Et puis vous jugerez.</p>
+
+<p>M. Stéphane Lauzanne nous donne des extraits de ces rapports. Ils sont
+édifiants et méritaient vraiment quelque publicité. Mais, s'il en
+résulte que, peut-être en Macédoine, ce ne sont pas toujours les mêmes
+qui ont été massacrés, on n'en devait pas moins souhaiter que cette ère
+de sauvagerie prît fin d'une façon ou d'une autre et qu'à des mains plus
+adroites ou plus fermes fût confiée l'oeuvre, dédaignée par les Turcs,
+de réconciliation nationale et de régénération économique.</p>
+
+<p>On attendait impatiemment un livre récent et complet ou, du moins, aussi
+complet que possible sur l'Albanie et les Albanais. Ce livre: l'<i>Albanie
+inconnue</i> (Hachette), paraît aujourd'hui sous la signature de M. Gabriel
+Louis-Jaray. Selon l'heureuse expression de M. Gabriel Hanotaux en sa
+belle préface, «cet ouvrage arrive à son heure puisqu'il révèle à
+l'Europe la plus attardée de ses provinces au moment où elle devient la
+plus jeune de ses nations». En l'été 1909, poussé par un instinct
+vraiment divinatoire, M. Louis-Jaray a réussi à franchir les montagnes
+centrales de Licema et de Mirdite où nul étranger ne s'était aventuré
+avant lui, et c'est le récit de cette excursion hardie, de ce voyage
+presque impossible que vulgarise son livre d'aujourd'hui. On suit
+l'explorateur et ses quinze hommes d'escorte dans la marche redoutable
+qu'il accomplit en boucle depuis Uskub jusqu'à l'Adriatique par
+Pritchina, Mitrovitza, Spek, Prizrend, Licema, Orosch au pays des
+Mirdites, Scutari, Antivari, San Giovanni di Medua, Durazzo pour revenir
+à Uskub; et tous ces noms, devenus soudainement célèbres, s'appliquent,
+en suivant cet itinéraire, à des réalités, évoquent à la fois des
+paysages grandioses et des intérêts humains, racontent des traditions et
+des émotions qui présentent l'Albanie--la principauté indépendante de
+demain--avec le fort relief de son caractère à la fois sauvage et
+antique dans l'évolution moderne européenne.</p>
+
+<p>A mentionner, enfin, dans la bibliographie récente de la question
+d'Orient, le pittoresque recueil d'observations (Ed. P. Roger, 4 fr.),
+notées sur place par M. A. Muzet, <i>Aux pays balkaniques: Monténégro,
+Serbie, Bulgarie</i>.</p>
+
+<p>Actualités sociales.</p>
+
+<p>«Il y a quelque chose de changé en France.» Voilà ce que l'on entend
+communément répéter dans notre pays où de nouveau s'exalte superbement
+l'idée de patrie. Sans doute, on peut dater de la première menace
+allemande un peu précise l'origine de ce réveil national. Mais, pour
+réaliser, chez nous, ce rajeunissement d'âme, n'y eût-il que l'imminence
+du péril extérieur. La vérité aussi, c'est que, depuis trois ou quatre
+ans, une génération toute neuve d'intellectuels est arrivée à l'âge
+d'homme, une génération libérée du pessimisme, du dogmatisme décevant
+des aînés et qui a substitué au goût stérile de la méditation, le désir,
+la volonté vivifiante de l'action.</p>
+
+<p>«Si, écrivait Renan dans <i>Patrice</i>, si Napoléon eût été aussi critique
+que moi, le 18 brumaire n'aurait pas eu lieu. Celui qui veut tout saisir
+dans ses concepts est faible et effacé, incapable d'agir avec énergie...
+Un tel homme est peu fait pour réussir auprès des autres hommes, et de
+fait, il n'est pas dans les conditions humaines, <i>il n'est pas né
+viable</i>.»</p>
+
+<p>Au cours de sa très intéressante enquête, recueillie par l'<i>Opinion</i>, et
+éditée d'hier par la librairie Plon, Agathon a pu se convaincre et nous
+convaincre que <i>les Jeunes Gens d'aujourd'hui</i> sont nés remarquablement
+viables. Ils ont le courage, l'espoir, l'optimisme, qui sont les plus
+précieuses des forces sociales. Et ils sentent la vanité de la négation,
+en même temps que «la difficulté de se passer d'un absolu moral». D'où,
+parallèlement à un retour au réalisme politique, un retour à l'idéal, au
+mysticisme, une renaissance des religions et plus particulièrement du
+catholicisme. On pourra discuter, en leur détail, certaines des
+affirmations d'Agathon, mais il serait difficile de n'être point frappé
+de la vérité générale de ses conclusions que confirme tout ce que, à
+l'heure actuelle, nous pouvons observer autour de nous. Dans une seconde
+partie du livre d'Agathon, se trouvent réunis les témoignages nouveaux
+et également décisifs, acquis après l'enquête dans tous les milieux
+intellectuels où l'on peut maintenant découvrir--dit l'un des
+témoins--«une intuition rajeunie de la réalité morale qu'est l'âme
+française, l'amour des hommes plutôt que des idées, d'un poète plutôt
+que d'un hémistiche, le goût de s'imposer, sans honte, une discipline
+morale», tout cela qui fait «une génération sérieuse, ardente et riche
+de sensibilité».</p>
+
+<p><i>Les Fastes révolutionnaires.</i> C'est pendant la Terreur, un dimanche, à
+Tréguier, où, pour la première fois, se dresse la guillotine. On conduit
+à l'échafaud une femme du peuple, une mère, condamnée à mort pour avoir
+donné asile à des prêtres insoumis... «Peu après 9 heures, on perçut,
+dominant le pas rythmé des soldats, une voix claire, une voix de femme
+qui chantait l'<i>Ave maris Stella</i>. C'était la condamnée, qu'on emmenait
+au supplice. Tous ceux qui, aux écoutes, l'entendirent du fond de leurs
+maisons en étaient immobiles d'angoisse et, derrière ces persiennes
+fermées, ces façades mortes, il y avait quelque part des enfants
+suffoquant de sanglots, qui reconnaissaient la voix de leur maman. Elle
+y pensait, elle le savait, elle chantait pourtant... Elle était tout en
+blanc; à son corsage, elle avait placé cinq fleurs... cinq fleurs qui,
+pour elle, avaient nom Ursule, Claudine, Marie, Yves-Louis et
+Jean-Baptiste. Et, sous la fraîcheur de ce bouquet symbolique, son coeur
+battait ses dernières pulsations...» Dans le nouveau recueil de récits
+révolutionnaires, auquel nous empruntons ces lignes émouvantes (<i>Bleus,
+Blancs et Rouges</i>, Perrin, 5 fr.), M. G. Lenôtre nous convainc aisément
+que la Terreur en province fut plus sanglante et plus impitoyable encore
+qu'à Paris. Tels missionnaires de la Convention y rivalisèrent
+d'atrocité voulue et raffinée. «Durant le demi-siècle qui suivit la
+Révolution, les survivants de l'un et de l'autre camp, encore sous
+l'étreinte de l'effrayant cauchemar, se refusaient d'un tacite accord à
+en évoquer certaines visions trop repoussantes... Mais, à présent que la
+mode est de discréditer systématiquement les victimes et d'exalter
+effrontément les oppresseurs, une telle réserve n'est plus autorisée.
+Quand tout sera connu, même l'immonde, on jugera impartialement auxquels
+revient l'opprobre et à qui doit aller la pitié.» Lisez «Taupin», «le
+Mariage de M. de Bréchard», «l'Abbé Jumel», «Mlle de La Chauvinière»,
+«Angélique des Melliers», «Auguste». Vous frissonnerez souvent au
+contact de la vérité qui passe, froide et nue comme le couperet. Mais
+vous ne pourrez détacher vos yeux de ces tableaux de la folie rouge
+reconstitués par l'art si personnel et minutieusement documenté de cet
+incomparable évocateur.</p>
+
+<p>D'autres témoignages précieux, d'autres documents impitoyables sur les
+fastes sanglants de cette terrible époque nous sont également présentés
+par M. Paul Gaulot dans une émouvante étude sur <i>les Petites Victimes de
+la Terreur</i> (Plon). Ces petites victimes--ainsi désignées pour leur
+humble condition sociale, car devant la guillotine il n'y eut que des
+égaux--Catherine Cler, Marie-Madeleine Coutelet, Laverdy, Dervillé,
+Paverolles, Agathe Jolivet, Marguerite Boulet, Charles Noël et une
+quinzaine d'autres, étaient des jeunes filles des pauvres femmes, des
+vieillards, des fous, dont aucun n'était assurément capable de faire
+courir le moindre danger, non point à la société, mais au régime
+lui-même. Et tous, néanmoins, périrent «légalement». condamnés
+régulièrement par des juges et pour des «crimes» que n'avaient prévus
+encore aucune législation ni aucune civilisation.</p>
+
+<p>Il semble bien que l'on n'aura jamais tout dit sur la question Louis
+XVII, car la bibliographie sur ce mystère de l'histoire s'allonge chaque
+année de quelques nouvelles études. Ce n'est certainement point la
+«Réponse» de M. Boissy d'Anglas «à M. Frédéric Masson et à quelques
+autres», (<i>la Question Louis XVII</i>, Daragon, 1 fr. 25) qui nous
+convaincra d'une façon décisive de la réalité de la survivance. Mais
+plutôt les arguments nets, directs, multiples et concordants, que M.
+Gustave Bord a accumulés dans les quatre forts volumes de son ouvrage:
+<i>Autour du Temple</i> (Émile-Paul), nous paraîtraient-ils beaucoup plus
+solidement confirmer la vérité simple, jusqu'ici le plus généralement
+admise par l'histoire, de la mort au Temple de l'enfant royal. Le
+laborieux ouvrage de M. Gustave Bord mériterait une minutieuse analyse.
+Mais on ne peut point toujours parler de la question Louis XVII. Il
+suffira de signaler cette très complète et très curieuse enquête à ceux
+que le sujet continue de particulièrement passionner.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012a.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mgr Meunier.</b>--Phot. Jubier.</p>
+
+<h3><span class="sc">MORT DE L'ÉVÊQUE D'ÉVREUX</span></h3>
+
+<p>Un digne et doux prélat vient de disparaître au milieu de l'affliction
+sincère et exceptionnelle de tout un diocèse. Mgr Meunier, à qui la
+ville d'Évreux vient de faire des funérailles grandioses, était né en
+Corse, à Calvi, le 10 janvier 1844. Après avoir exercé pendant dix ans à
+Avignon les fonctions de vicaire général, il fut nommé évêque d'Évreux,
+en 1898. Très bon, extrêmement charitable, ardemment patriote, il était
+très populaire auprès de ses fidèles et tenu en haute estime dans
+l'épiscopat pour sa haute valeur morale.</p>
+
+
+
+<h3>LA PREMIÈRE FEMME DÉPUTÉ</h3>
+
+<h4>AUX ÉTATS-UNIS</h4>
+
+<p>Pour la première fois aux États-Unis, en décembre dernier, une femme a
+été élue député. C'est la doctoresse Nena Jolidon-Croake, que les
+électeurs de l'État de Washington, où le droit de vote et,
+conséquemment, de représentation est reconnu aux femmes, ont envoyée
+participer aux travaux législatifs.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/012b.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mme N. Jolidon-Croake.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--Phot. Peterson.</p>
+
+<p>Mme Nena Jolidon-Croake est d'origine française. Le berceau de sa
+famille est Vauthiermont, dans l'ancien département du Haut-Rhin. Son
+arrière-grand-père fut l'un des volontaires français qui s'enrôlèrent
+aux États-Unis pour prendre part à la guerre de l'Indépendance. Après
+son retour en France, le soldat de Washington exerça les fonctions
+d'instituteur. Il était maire de Vauthiermont en 1814, lors de
+l'invasion des alliés, et fut tué par les Prussiens pour s'être
+courageusement opposé à leurs exactions. Le grand-père de Mme
+Jolidon-Croake, également instituteur à Vauthiermont, quitta la France
+pour l'Amérique en 1826. Il emmenait avec lui ses enfants, dont l'un
+d'eux, François Jolidon, le père du député actuel, revint souvent sur le
+vieux continent et maintint les relations les plus étroites entre la
+branche américaine et la branche française de la même famille.</p>
+
+
+
+<p>Dans les lettres récentes qu'elle adressa à ses parents de France, la
+doctoresse Jolidon-Croake, député américain, donne de fort intéressants
+détails sur les difficultés de sa campagne électorale au cours de
+laquelle elle dut lutter contre six concurrents masculins.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/013.png"><br><b>
+Devant le monument de Buzenval: le maire de Rueil<br>
+embrassant l'ancienne cantinière du 11e bataillon<br>
+de marche, Mme Dietenbek, après lui avoir remis<br>
+la médaille de 1870.</b></p>
+
+<p>Il est à noter--curieuse coïncidence--que c'est la petite-fille d'un
+ancien soldat français de Washington qui devient la première femme
+député d'Amérique dans l'État précisément qui a reçu le nom du
+libérateur de la grande république américaine.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>L'ANNIVERSAIRE DE BUZENVAL</h3>
+
+<p>L'anniversaire de la bataille de Buzenval a été célébré, dimanche
+dernier, 19 janvier, suivant la bonne tradition patriotique. Tandis que,
+à Garches, les autorités et les habitants de la commune se rendaient, en
+pieux pèlerinage, au cimetière où reposent les soldats morts pour la
+patrie, le maire et la municipalité de Rueil, toutes les sociétés
+locales, les jeunes gens de la classe 1912, s'étaient réunis pour venir
+déposer des couronnes sur le monument commémoratif du glorieux combat.
+Après les discours, le maire de Rueil, M. Leblond, remit la médaille de
+la guerre à une vaillante femme, Mme Dietenbek, qui, engagée volontaire
+en 1870, servit comme cantinière au 11e bataillon de marche et fut
+blessée à Buzenval. Mme Dietenbek avait revêtu, pour la circonstance,
+son uniforme d'antan, si seyant, si gai. Sur la tunique bleue, M.
+Leblond épingla le ruban; puis, martialement, il lui donna l'accolade.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<p><span class="sc">Les vivres et les munitions de l'armée bulgare.</span></p>
+
+<p>On a dit, avec raison, que les victoires des alliés balkaniques peuvent
+être attribuées, dans une large mesure, à l'excellente organisation du
+service de ravitaillement. Il semble notamment que les Bulgares ont eu à
+résoudre, sous ce rapport, des problèmes que nombre d'états-majors
+européens eussent considérés comme presque insolubles.</p>
+
+<p>Notre collaborateur, M. de Pennenrun, doit nous conter bientôt la façon
+remarquable dont fonctionnèrent les chemins de fer bulgares. Mais, comme
+le fait remarquer, dans la <i>Revue, générale des sciences</i>, le commandant
+Lemarc, l'armée de la Maritza ne put utiliser que peu de temps la voie
+ferrée Sofia--Philippopoli--Mustapha-Pacha. Au bout, de quelques jours,
+elle se trouva à 90, 100, 150 kilomètres de la ligne.</p>
+
+<p>Comment cette armée put-elle se ravitailler rapidement dans de telles
+conditions? Les données sérieuses manquent encore pour l'expliquer. Le
+commandant Lemarc nous indique du moins les facilités que put rencontrer
+l'état-major et les difficultés qu'il eut à résoudre.</p>
+
+<p>A l'entrée en campagne, l'armée de la Maritza comptait 8 divisions
+formant un total de 225.000 hommes, soit à peu près la valeur de cinq
+corps d'armée français. Le haut commandement avait, pour assurer la
+nourriture du soldat, des ressources de divers ordres: les vivres du
+pays, les vivres portés par les hommes, ceux transportés par des
+voitures suivant les troupes, et ceux envoyés de l'arrière.</p>
+
+<p>La guerre ayant commencé aussitôt après la récolte, l'armée bulgare
+s'est trouvée dans des conditions exceptionnelles pour vivre aux dépens
+des pays traversés. Les paysans de Thrace ont, en effet, l'habitude de
+conserver d'une récolte à l'autre ce qui est nécessaire à la nourriture
+de leur famille et de leurs animaux.</p>
+
+<p>Or, l'expérience apprend que, dans un pays agricole moyennement peuplé,
+60 à 70 habitants par kilomètre carré, une zone de 3 kilomètres carrés
+au maximum peut faire vivre 1.000 hommes pendant un jour. En Thrace, où
+la densité de la population ne dépasse guère 30 habitants par kilomètre
+carré, il faudrait une zone de 5 kilomètres carrés. Dès lors, l'armée
+bulgare avait besoin d'une zone d'environ 100 kilomètres de longueur sur
+30 à 35 kilomètres de profondeur pour s'alimenter durant quatre jours,
+sans rien recevoir de l'arrière et sans toucher à ses réserves. Cela
+représentait 750 hommes pour 10 kilomètres carrés.</p>
+
+<p>En ce qui concerne la viande, on admet qu'un pays, à moins d'être très
+pauvre, possède 10 têtes de gros bétail par kilomètre carré (non compris
+les moutons et les porcs). Une zone de 10 kilomètres carrés pouvait donc
+fournir 100 têtes qui, à raison de 400 rations par tête, donnaient 4.000
+rations pour les 750 hommes occupant cette surface.</p>
+
+
+
+<p>Le commandant Lemarc estime que, dans ces conditions, la période de
+concentration n'offrait aux Bulgares aucun problème d'alimentation
+difficile; l'exploitation des ressources locales pouvait suffire.</p>
+
+<p>Le ravitaillement par convois présentait d'autres difficultés. Disons
+seulement qu'en supposant les huit divisions de l'armée de Thrace
+éloignées de huit étapes de leur base, il fallait, pour assurer la
+nourriture des troupes, 12.800 voitures avec 25.600 animaux de trait.</p>
+
+<p>Examinons maintenant le chapitre des munitions.</p>
+
+<p>Chaque division possédait comme artillerie:</p>
+
+<p>9 batteries Schneider (Creusot), de 4 pièces;<br>
+
+3 à 6 batteries Krupp, de 3 à 6 pièces;<br>
+
+1 batterie d'obusiers lourds de 4 pièces.</p>
+
+<p>Soit un total de 54 à 72 pièces légères et de 4 pièces lourdes.</p>
+
+<p>On peut compter, par pièce rapide, une consommation journalière de 70 à
+140 coups par pièce. Pendant la guerre de Mandchourie, certaines
+batteries japonaises ou russes ont tiré 500 coups par pièce dans un seul
+jour.</p>
+
+<p>Si nous adoptons 140 coups pour les pièces légères, 100 coups pour les
+pièces lourdes, la consommation pour deux batailles aura été
+respectivement de 280 et 200 coups.</p>
+
+<p>Soit pour une division:</p>
+
+<p>280 x 60 (nombre moyen de pièces légères) = 16.800 coups.<br>
+
+ 200 x 4 (pièces lourdes) = 800 coups.</p>
+
+<p>Le total pour les 8 divisions serait:</p>
+
+<p>134.400 coups de pièces légères pesant 1.500.000 kilos;<br>
+
+6.400 coups de pièces lourdes, pesant 130.000 kilos.</p>
+
+<p>Pour transporter ces munitions d'artillerie, il fallait 3.260 voitures.</p>
+
+<p>D'autre part, on peut admettre qu'un homme consommait 50 cartouches dans
+un petit combat et 100 cartouches dans une bataille. En supposant que
+chaque soldat bulgare ait été engagé dans deux combats et dans une
+bataille, il aura consommé 200 cartouches. Soit, pour l'armée, 36
+millions de cartouches pesant un million de kilos et formant le
+chargement de 2.000 voitures.</p>
+
+<p>Récapitulons. Le ravitaillement de l'armée de la Maritza exigeait:</p>
+
+<pre>
+
+ Voitures.
+
+ Pour les vivres. 12.800
+ Pour les munitions d'artillerie. 3.260
+ Pour les munitions d'infanterie. 2.000
+
+ Ensemble. 18.060
+</pre>
+
+<p>De son côté, l'armée d'Andrinople demandait environ 5.000 voitures.</p>
+
+<p>Soit un total de 23.060 voitures avec 46.120 animaux.</p>
+
+<p>Cette masse de véhicules occuperait sur une route une longueur de 230
+kilomètres, soit la distance de Paris à Maubeuge.</p><br><br>
+
+<h3><span class="sc">Les accidents du travail en France.</span></h3>
+
+<p>Le nombre des accidents du travail, depuis l'année 1904, a subi une
+progression régulière qui peut sembler étrange et excessive:</p>
+
+<pre>
+ En 1901...... 229.162 accidents.
+ En 1902...... 223.286
+ En 1903...... 212.753
+ En 1904...... 222.124
+ En 1905...... 259.882
+ En 1906...... 306.860
+ En 1907...... 359.747
+ En 1908...... 354.027
+ En 1909...... 383.249
+</pre>
+
+<p>Ainsi, de 1904 à 1909, dans l'espace de cinq années seulement, le nombre
+des accidents a presque doublé.</p>
+
+<p>Il est remarquable d'ailleurs que cette augmentation (qui de 1908 à 1909
+est de 8,25%) affecte toutes les catégories professionnelles sauf deux,
+celle des tailles de pierres précieuses et celle de la manutention.</p>
+
+<p>L'Inspection du travail attribue cet accroissement à une reprise
+générale de l'activité commerciale et industrielle.</p>
+
+<p>Il serait facile de démontrer que les deux courbes ne sont nullement
+parallèles.</p>
+
+<p>Il semblerait plus logique de voir dans ce mouvement le résultat d'une
+éducation spéciale des intéressés. Pendant les quatre premières années,
+le nombre des accidents reste stationnaire. Les intéressés connaissent à
+peine la loi, et ne savent pas s'en servir. Ils l'étudient. Mais, dès
+1905, ils la connaissent, et s'en servent.</p>
+
+<br><br>
+
+<h4><span class="sc">La prévision des tremblements de terre.</span></h4>
+
+<p>On sait qu'un sismologiste anglais, M. H. E. Reid, a proposé un moyen de
+prévoir les tremblements de terre consistant à dresser des piliers en
+ligne faisant l'angle droit avec un début de faille. Si, après avoir
+bien repéré ces piliers, on continue à les surveiller, on discernera de
+petites modifications résultant de petits mouvements insensibles qui
+présagent et précèdent toujours des mouvements beaucoup plus forts.</p>
+
+<p>Un autre sismologiste, M. C. Davison, propose une surveillance des
+petites secousses dans le temps et dans l'espace, car elles en présagent
+toujours de plus violentes. Dans le cas du séisme de Mino-Owari, au
+Japon, en 1891, il y a eu une augmentation marquée de fréquence des
+chocs autour de la ligne de rupture, de la faille, pendant les quatre
+années précédentes. Le grand déplacement d'où résulte un tremblement de
+terre a toujours besoin d'être préparé: il faut que, les uns après les
+autres, divers obstacles au glissement disparaissent. C'est cette
+disparition progressive d'obstacles qui est cause des chocs
+préliminaires, et qui, tout à coup, permet la catastrophe brusque et
+considérable. Si donc, on observe avec soin, et si l'on porte sur la
+carte l'indication des épicentres des petites secousses ressenties, on
+peut considérer la ligne qui réunit ces épicentres comme donnant
+l'esquisse générale d'une faille qui se produira avant longtemps, de
+façon subite. Dans le cas du Mino-Owari, il est très visible que la
+carte des failles qu'on pouvait présager d'après les petites secousses
+deux ans avant le séisme coïncide exactement avec la carte des failles
+réalisées lors de ce dernier.</p>
+
+<h4><span class="sc">Un essai d'industrie sucrière en Angleterre.</span></h4>
+
+<p>L'Angleterre consomme une quantité énorme de sucre qu'elle est obligée
+d'importer de ses colonies et des pays étrangers, car on admet
+généralement que le sol et le climat des îles Britanniques ne comportent
+point une culture rémunératrice de la betterave.</p>
+
+<p>Des Hollandais, croyant cette opinion peu justifiée, ont fait un essai
+dans le comté de Norfolk; une première récolte de 3.000 tonnes de
+betteraves a été envoyée dans les sucreries du continent où elle a
+fourni un pourcentage de sucre très satisfaisant. En présence des
+résultats obtenus, une société a construit une usine à Cautley et elle a
+mis en culture la surface nécessaire pour produire environ 40.000 tonnes
+de betteraves à la récolte prochaine.</p>
+
+<h4><span class="sc">La dureté de l'eau et la dentition.</span></h4>
+
+<p>L'eau <i>dure</i>, c'est-à-dire tenant en dissolution beaucoup de sels et en
+particulier des sels de chaux, est, en général, considérée comme plutôt
+mauvaise pour la santé.</p>
+
+<p>Or, d'après les observations d'un spécialiste allemand, le docteur Rose,
+la beauté de la dentition serait en raison directe de la dureté de l'eau
+de boisson. Voici, en effet, le pourcentage de dentitions entièrement
+saines observé chez des milliers d'enfants habitant des localités
+différentes où l'eau présentait des degrés hydrotimétriques de dureté
+fort variés:</p>
+
+<pre>
+ Proportion.
+ Dureté de l'eau de dentitions saines.
+
+ Moins de 2° ............... 1,3 %
+ 5 à 10°.......... 4,3 %
+ 15 à 20°.......... 6,4 %
+ 25 à 30°........... 14,5 %
+ Plus de 38°................ 20,2 %
+</pre>
+
+<p>Les meilleures dentitions se trouveraient dans les localités où, en plus
+de la chaux, les eaux renferment de la magnésie qui durcit l'émail.</p>
+
+<p>D'autre part, la chaux et la magnésie, en combattant l'acidité du sang,
+empêcheraient le rachitisme des enfants.</p>
+
+<p>En fait, le nombre des jeunes gens aptes au service militaire augmente
+dans les régions où les eaux sont plus dures. Dans le département de
+Hohnstein, où les eaux ont 10 degrés hydrotimétriques, le nombre des
+recrues est environ moitié moindre que dans les régions où les eaux
+atteignent 30 degrés.</p>
+
+<p>Aussi, le professeur Hempel, de Dresde, blâme les personnes qui
+recherchent des eaux de boisson très pures. Il recommande «l'eau tendre
+pour la baignoire et la chaudière, l'eau dure pour la carafe».</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br><b>La course cycliste des six jours au Vélodrome d'Hiver.</b></p>
+
+<h3>UNE GRANDE ÉPREUVE CYCLISTE A PARIS</h3>
+
+<p>Si l'on excepte les épreuves mémorable; d'aviation, jamais peut-être, à
+Paris, une manifestation sportive n'attira la même foule, ne suscita le
+même enthousiasme que la course cycliste des six jours, organisée au
+Vélodrome d'hiver. Imaginée en 1896 par un Américain, cette épreuve
+comportait à l'origine une course individuelle de six jours, soit cent
+quarante-quatre heures; trois fois, elle fut disputée à New-York dans
+ces conditions d'une sévérité outrancière. Depuis plusieurs années la
+course a lieu par équipes de deux hommes ayant le droit de se relayer à
+leur guise.</p>
+
+<p>Seize équipes, la plupart françaises, quelques-unes belges, américaines,
+ou mixtes, prirent le départ lundi 13 janvier, à 6 heures du soir. Ce
+nombre était peu à peu réduit à six équipes qui, fait extraordinaire
+mais s'étant déjà produit, terminèrent le parcours <i>ex-aequo</i>, après
+avoir couvert exactement 4.467 kil. 580, ce qui représente 17.870 fois
+le tour de la piste de 250 mètres. Pour stimuler l'ardeur des coureurs,
+plusieurs spectateurs avaient eu l'idée d'offrir des primes de 100, 200,
+500 francs --notre confrère l'<i>Auto</i> alla jusqu'à 1.000 francs--au
+coureur terminant en tête tel ou tel tour de piste. Les primes
+succédaient aux primes et, à la lueur de milliers de lampes électriques,
+l'épreuve s'acheva dans un enthousiasme indescriptible. Mais le résultat
+était nul. Une nouvelle course de vitesse, sur dix tours de piste, qui
+donna lieu à une lutte passionnante entre les deux champions qui
+tenaient la tête, le Français Dupré et l'Australien Goullet, fit
+attribuer la victoire à ce dernier.</p>
+
+<p>La foule qui, au cours des six jours, a apporté aux guichets du
+vélodrome près de 250.000 francs, acclama le vainqueur et sembla oublier
+que, dans l'épreuve réelle des cent quarante-quatre heures, il y a six
+ou plutôt douze vainqueurs qui firent preuve d'uni; endurance
+mathématiquement égale. Ne sommes-nous pas habitués, en effet, à voir
+les grandes victoires sportives reposer sur des fractions de seconde?</p>
+<br><br>
+
+<h3>LA CROIX DE Mme PAQUIN</h3>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/014b.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mme Paquin.</b>--<i>Phot. Agié.</i></p>
+
+<p>Dans la promotion dite du 1er janvier, le ministre du Commerce vient de
+décorer Mme Paquin: en sa personne, la couture française, la rue de la
+Paix tout entière a été justement honorée.</p>
+
+<p>Vice-présidente de la Chambre syndicale de sa profession, directrice,
+avec son frère, d'une maison fameuse Mme Paquin, dont le nom évoque à
+l'esprit des merveilles de luxe et de goût, méritait à coup sûr d'être
+choisie comme représentant d'une industrie qui a pris, depuis quelques
+années, une extension considérable. A toutes les expositions organisées
+à l'étranger depuis 1900, à celle de Turin, notamment, les pavillons de
+la toilette féminine française ont constitué l'une des attractions les
+plus courues.</p>
+
+<p>Avec ses émules, plus qu'aucun autre peut-on dire, Mme Paquin a
+contribué à cet éclatant succès. Et elle a ainsi accru, au dehors, le
+prestige de la mode française.</p>
+
+<h3>M. GUSTAVE HABERT</h3>
+
+<p>Un des plus parisiens et des plus distingués parmi les grands chefs de
+la Compagnie P.-L.-M., dont il était aussi un vétéran, M. Gustave
+Habert, vient de mourir à l'âge de soixante-dix ans.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/014c.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Gustave Habert.</b><br>--<i>Phot. Chusseau-Plaviens.</i></p>
+
+<p>Entré tout jeune à la Compagnie, en 1862, M. Habert s'était fait
+remarquer de bonne heure par une intelligence pleine de tact s'alliant à
+une rare élévation de caractère. Après avoir franchi les divers échelons
+de la hiérarchie, il avait été appelé au poste envié de secrétaire
+général de la Compagnie; dans ces fonctions parfois difficiles, qui
+exigent autant de doigté que de fermeté, il sut, par sa bonne grâce et
+la sûreté de ses relations, se concilier toutes les sympathies.</p>
+
+<p>Travailleur acharné, ayant conservé une verdeur que beaucoup envieraient
+à un âge moins avancé, M. Habert s'était décidé à prendre sa retraite,
+il y a seulement quelques mois. Nommé secrétaire général honoraire, il
+avait résigné ces fonctions, à la fin de 1911. Il avait été remplacé par
+M. Georges Goy, secrétaire général actuel, qui continue, avec d'aussi
+précieuses qualités, les traditions en honneur dans le haut commandement
+du P.-L.-M.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br><a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br>
+
+<p><i>Huit pages <b>non</b> brochées, <b>dont quatre en couleurs, sur UN MOIS A PÉKIN
+complètent ce numéro.</b></i></p>
+
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>
+[Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.]</p>
+
+
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3648, 25 ***
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+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+
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+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+works.
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+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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