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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905
+
+Author: Various
+
+Release Date: July 15, 2011 [EBook #36742]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905
+
+Avec ce Numéro L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT LES OBERLÉ
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+Supplément de ce numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant les Oberlé,
+par Edmond Haraucourt. L'ILLUSTRATION Prix de ce Numéro: Un Franc.
+SAMEDI 9 DÉCEMBRE 1905 63e Année-N° 3276
+
+[Illustration: L'ARRIVÉE DES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVEGE DANS LEUR
+CAPITALE Le roi Haakon VII, portant le prince héritier, serre la main de
+M. Michelsen, premier ministre, venu le saluer à bord du _Heimdal,_ en
+rade de Christiania, le 25 novembre.--_D'après une photographie._]
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
+
+Rue de Sèze. La grande cohue. Quelque chose comme une émeute
+silencieuse,--autour d'une porte; la prise d'assaut d'on ne sait quoi
+par une foule très élégante qui, des deux rues voisines, afflue, se
+serre en interminables files au long des trottoirs, guette fiévreusement
+son tour d'entrer... C'est le grand spectacle de la semaine,--autrement
+sensationnel qu'une «première» aux théâtres du boulevard; un spectacle
+où ce n'est pas de l'émotion inventée et truquée, de la littérature
+qu'on nous sert, mais de la douleur «pour de bon», le dénouement du
+drame vécu dont un homme est mort. La vente Cronier! Tout Paris a voulu
+voir cela et, depuis cinq jours, la salle Georges Petit est une étuve.
+On s'écrase, on joue des coudes pour arriver jusqu'aux cimaises:
+
+--Avez-vous vu le Gainsborough?
+
+--Et cette _Flore_, ma chère! c'est le chef-d'oeuvre de Carpeaux.
+
+--Moi, ce sont les tapisseries que je voudrais m'offrir. Ces cartons de
+Boucher! c'est le triomphe de Beauvais.
+
+--Et le Watteau! Et les Fragonard!
+
+--Il y a un Perronneau délicieux.
+
+--Oui, mais Chardin!
+
+--Et les La Tour, donc!...
+
+L'amie qui me régale de cette promenade à «l'exposition Cronier» est
+fort emballée. Je lui demande: «Vous connaissez le Louvre?» Elle me
+répond: «Très mal; on n'a pas le temps.» Je lui demande encore:
+«Etes-vous allée voir, à Versailles, l'adorable galerie de peinture du
+dix-huitième que M. de Nolhac vient d'installer dans les appartements du
+Dauphin?» Elle ne sait ce que je veux dire, et, distraitement, fait:
+«Non. Mais regardez donc ça, comme c'est joli!»
+
+Elle n'est allée ni au Louvre, ni à Versailles, ni en aucun des lieux où
+les délices de l'art d'autrefois s'offrent continuellement, librement et
+sans risque de bousculade, à la vue de tout le monde. Aux yeux de mon
+amie, le Louvre et Versailles, c'est des expositions Cronier qui ne
+ferment jamais, et où, par conséquent, on n'ira jamais, parce qu'il n'y
+aura jamais de raison pour qu'on se presse d'y aller. Cette
+exposition-ci, au contraire, c'est comme un petit Louvre «interdit au
+public» et dont les portes se seraient, par accident, entre-bâillées
+pour quelques jours à la curiosité de huit ou dix mille privilégiés. On
+s'y rue donc.
+
+Et puis, il n'y a pas que la peinture. Il y a _l'accident_. Il y a
+l'attrait des circonstances dramatiques dans lesquelles ce rare
+spectacle nous est offert. La Rochefoucauld nous enseigne que, presque
+toujours, un peu de joie se mêle au spectacle de l'infortune des autres.
+J'imagine que nulle part cette abominable réflexion ne saurait se
+vérifier mieux qu'ici. Nulle émotion n'ennoblit la curiosité de cette
+foule. On voit des gens rire; on entend des mots d'esprit; on devine
+qu'au souvenir du désastre évoqué par cet étalage de chefs-d'oeuvre
+d'inavouées rancunes se soulagent et que, devant ces Chardin, ces
+Fragonard, ces Corot, ces La Tour à vendre, plus d'une jalousie
+mondaine, secrètement, se sent vengée. Les meilleurs plaignent le
+disparu, mais, tout de même, éprouvent une sensation agréable à la
+pensée qu'en cette tragique aventure ce fut un autre qu'eux qui
+«écopa»... Et ce sont là, évidemment, des sensations qu'une visite aux
+musées nationaux ne saurait donner.
+
+ *
+ * *
+
+La semaine, au surplus, fut propice aux bavardages, aux confidences, aux
+potins mondains. Le soir même du jour où l'exposition Cronier fermait
+ses portes, la Comédie-Française rouvrait les siennes aux abonnés.
+Reprise des «mardis»... c'est une date, cela. La reprise des mardis de
+la Comédie-Française marque l'officielle réouverture de la saison
+mondaine à Paris. Octobre et novembre sont les mois des petites
+rentrées: rentrées d'écoles, de tribunaux, d'universités. Du château on
+ne revient que plus tard. Les sports d'automne, les grandes chasses,
+retiennent un peu plus longtemps, chaque année, loin de Paris, la
+clientèle de premières loges des, «mardis», et ce n'est guère qu'en
+décembre qu'elle consent à nous rejoindre, ou qu'elle est censée nous
+avoir rejoints.
+
+C'est à la Comédie-Française qu'elle donne ses premiers rendez-vous. Se
+préoccupe-t-elle beaucoup des «nouveautés» que va lui servir M. Jules
+Claretie? J'en doute un peu. J'ai, l'hiver dernier, fréquenté quelques
+loges de la Comédie, aux jours d'abonnement; et il m'a semblé que, chez
+la plupart de ces auditeurs hebdomadaires, l'art dramatique n'excitait
+pas une passion très forte. L'abonné écoute Molière et Racine par
+habitude; Augier, Dumas, Pailleron par politesse; et, avec un peu plus
+de curiosité, Hervieu, Donnay, Capus, Brieux, dont il connaît les
+figures, et avec qui il a dîné. Il n'applaudit qu'avec réserve ce qui
+lui plaît et, s'il est mécontent, ne le dissimule point. La bonne humeur
+ne lui revient franchement qu'aux entr'actes. L'entr'acte est, pour
+l'abonné, le moment délicieux du spectacle; celui où, débarrassé du
+devoir d'écouter une pièce qui l'amuse peu et de paraître attentif aux
+gestes de comédiens qui lui indiffèrent, il s'évade vers les coulisses,
+amusé par la grâce qui lui sourit, par la beauté qu'il effleure:
+innocents plaisirs qu'on aime pour ce qu'ils ont d'un peu illicite et de
+clandestin! Dans la salle, les grillages dorés des baignoires se sont
+abaissés; les portes des loges s'entr'ouvrent; on se rend des visites;
+des conversations s'engagent où il est rarement question de la pièce
+qu'on est venu entendre; et cette trop courte récréation ne prend fin
+qu'à l'instant où les trois coups sont frappés...
+
+ *
+ * *
+
+Un homme est toujours assuré d'avoir pour lui l'opinion publique et de
+mettre, comme on dit, les rieurs de son côté, quand il s'avise, en
+France, de résister à la tyrannie d'une loi mauvaise ou d'un règlement
+maladroit.
+
+Beaucoup de gens sauront donc gré de son geste de rébellion au voyageur
+qui, l'autre jour, passant la frontière à Tourcoing pour rentrer à
+Paris, refusa de descendre de wagon pour faire visiter en douane ses
+bagages à main, fut condamné pour ce fait à cinq cents francs d'amende
+par le juge de paix, et a résolu, dit-on, de faire appel de ce jugement
+devant la Cour.
+
+Le cas est d'autant plus intéressant que le rebelle qu'on va juger
+n'appartient point à ce qu'on appelle le parti du désordre. Ce n'est ni
+un révolutionnaire qui s'insurge par habitude contre les lois, ni un
+politicien d'opposition préoccupé de chercher noise au gouvernement, ni
+un étudiant qui s'amuse. C'est un grave et pacifique officier
+ministériel, un agent de change connu et dont les opinions
+conservatrices sont notoires.
+
+Mais il est probable que M. R. G... a voyagé beaucoup en Europe, et
+qu'ayant comparé le régime des douanes françaises à celui des douanes de
+plusieurs autres grands pays, il a souffert de la comparaison. Sans
+doute l'État est fort excusable de se défendre contre les fraudes
+variées qui le menacent, puisque, aux yeux de beaucoup de citoyens,
+voler l'État ce n'est pas voler. Mais n'est-ce pas assez qu'il oblige le
+voyageur à tenir ses bagages ouverts «à toute réquisition de
+l'autorité»; et n'est-ce pas trop qu'il lui impose le devoir de se
+déranger pour venir lui-même au-devant de cette réquisition-là?
+
+Il est vrai que c'est un métier bien délicat que celui de «gabelou», et
+qu'en France surtout cette sorte d'espionnage légal se heurte à des
+susceptibilités, à des malices, à des trucs qui y rendent l'application
+de la loi plus malaisée peut-être que partout ailleurs. Il y a tant
+d'hommes d'esprit, dans ce pays-ci!
+
+On me contait dernièrement l'aventure d'un ancien ministre, M. Yves
+Guyot, qui, passant avec une valise à la main devant les employés de
+l'octroi, est arrêté par l'invariable question:
+
+--Vous n'avez rien à déclarer?
+
+--Rien du tout, fait M. Guyot.
+
+--Ouvrez, dit le commis.
+
+--Je refuse.
+
+Le commis se fâche, invoque le droit de l'État, appelle à son secours un
+chef, devant qui, très poliment, l'ancien ministre s'explique:
+«J'aurais, dit-il, ouvert cette valise si vous m'en aviez requis du
+premier coup, et sans phrases. Cela, c'est votre droit. Mais vous m'avez
+_demandé_ si j'avais quelque chose à déclarer; j'ai dit non; et vous ne
+m'avez pas cru. Cela, je ne l'admets pas. Vous avez le droit de fouiller
+mes bagages, mais non celui de mettre en doute publiquement ma probité.»
+
+Qui avait raison?
+
+SONIA.
+
+
+
+L'ENTRÉE DES SOUVERAINS
+
+NORVÉGIENS A CHRISTIANIA
+
+Les nouveaux souverains de Norvège ont fait leur entrée solennelle dans
+leur capitale le 25 novembre.
+
+Dès le matin, le navire de guerre le _Heimdal_, portant les membres du
+gouvernement, était allé à la rencontre du yacht royal le _Danebrog_,
+venant de Copenhague, escorté de vaisseaux des marines norvégienne,
+danoise, anglaise et allemande. Après le transbordement de Leurs
+Majestés et du jeune prince héritier sur le _Heimdal_, celui-ci se mit
+en route pour Christiania; il y arrivait à 1 h. 1/2, salué par des
+salves d'artillerie et les hurrahs de la foule. Au débarcadère, la
+municipalité reçut les souverains sous un pavillon drapé de rouge, et
+son chef leur adressa des souhaits de bienvenue auxquels le roi répondit
+quelques paroles d'une cordiale simplicité; puis ce fut à travers la
+ville, parmi les pavoisements, les guirlandes, les acclamations de la
+multitude, le défilé du cortège officiel se rendant au château, où
+devait avoir lieu, dans la salle du Trône, la réception du Storthing et
+du corps diplomatique. Malgré le voile de brume qui l'enveloppait,
+malgré la neige qui poudrait ses toits et couvrait d'un épais tapis
+blanc le sol de ses rues, Christiania était en liesse, et ce froid décor
+d'hiver formait un pittoresque contraste avec la chaleur de
+l'enthousiasme populaire.
+
+Le lendemain dimanche, le roi et la reine se rendirent à l'église
+Saint-Sauveur, au seuil de laquelle les attendaient les pasteurs.
+
+Le lundi 27, Haakon VII, toujours acclamé sur son passage, allait prêter
+serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé sous
+la présidence de M. Berner.
+
+La gracieuse reine Maud et le petit prince Olaf eurent leur large part
+des ovations et des marques de sympathie multipliées pendant ces
+journées de bon accueil. Le roi s'en montra vivement touché. Aussi bien,
+le jour de l'arrivée, l'esprit familial qu'il apporte de la cour de
+Danemark s'était affirmé par un joli mouvement de fierté paternelle,
+lorsque, à bord du _Heimdal_, il avait pris dans ses bras, pour le
+présenter à M. Michelsen, premier ministre et chef du gouvernement
+provisoire, l'enfant royal, dont le frais visage, épanoui sous son
+bonnet de fourrure, semblait sourire inconsciemment à l'avenir de la
+nouvelle dynastie.
+
+
+
+[Illustration: Une rue de magasins juifs après le passage des pillards.]
+
+[Illustration: La même rue après le passage des incendiaires.]
+
+A ISMAÏL (BESSARABIE)
+
+ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE
+
+La Russie est, en ce moment, presque isolée du reste du monde: ses
+postiers, ses télégraphistes, sont en grève; les chemins de fer
+fonctionnent de la façon la plus irrégulière, au bon plaisir des
+employés ou de ceux qui les mènent. C'est miracle que des courriers
+arrivent encore de temps à autre. Cependant, le zèle de nos
+correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de
+toutes les parties de l'empire troublé, d'intéressants documents.
+
+Les trois premières photographies de cette page donnent une idée des
+excès auxquels se livrent les antisémites.
+
+Deux sont prises à quelques heures d'intervalle dans la même rue
+d'Ismaïl, près de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord
+passé et emporté tout ce qui pouvait constituer un butin profitable.
+
+[Illustration: A SARATOF.--Vue intérieure de la synagogue pillée et
+incendiée.]
+
+Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu.
+
+La troisième photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont
+fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de représailles contre
+ceux qu'ils considèrent comme les instigateurs du mouvement
+révolutionnaire.
+
+Notre dernière photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle
+donne une vue du premier Congrès général qu'aient tenu les délégués des
+paysans. Il a eu lieu à Moscou la semaine dernière. D'autres réunions de
+paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet été. Cette
+assemblée, du fait qu'elle réunissait des délégués de différentes
+provinces, a une importance et une portée considérables, et les
+résolutions qui y ont été prises--une tend à la «socialisation» de la
+terre, une autre déclare nuls les emprunts d'État contractés après le 23
+novembre--montrent que le «moujik» s'organise, et sait ce qu'il veut.
+
+[Illustration: A MOSCOU.--Le premier Congrès général des délégués du
+Corps des paysans.--_Phot. Smirnof_.]
+
+
+
+LES NOUVELLES BALLES
+
+BALLES ALLEMANDE (1905).--BALLES FRANÇAISE (1898)
+
+Depuis l'introduction, dans notre armée, de la balle D qui donnait au
+fusil 1886 (fusil Lebel) tous les avantages des fusils de _très petit_
+calibre adoptés en Italie, au Japon et dans d'autres pays, l'infanterie
+allemande, qui avait conservé sa cartouche 1888, se trouvait, par
+rapport à l'infanterie française, dans un état d'infériorité notable.
+Aussi les spécialistes allemands cherchaient-ils avec persistance un
+projectile qui rendît à leur fusil 1898 son ancien rang. C'est le
+résultat qu'ils viennent enfin d'atteindre.
+
+La nouvelle balle allemande porte le nom de balle S, de l'initiale du
+mot _Spitzgeschoss_ (projectile à pointe). Elle présente, en effet, au
+lieu de la forme en ogive émoussée de la balle 1888 (fig. b), une forme
+très allongée, presque conique, avec un méplat imperceptible (fig. c).
+Alors que dans les projectiles ordinaires de l'infanterie ou de
+l'artillerie la pointe constitue habituellement le tiers au plus de la
+hauteur, dans la balle S la pointe s'étend sur plus de la moitié de la
+longueur totale (1). C'est là une révolution complète dans la forme des
+projectiles; c'est même la _faillite_ de l'ancienne balistique.
+
+[Illustration: Fig. a. Fig. b. Fig. c.
+Balle Lebel Balle allemande Balle S, nouvelle (1886). (1888). balle
+allemande.]
+
+On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement
+encore), dans les cours de toutes les écoles militaires de tous les pays
+du monde, que la meilleure forme avant à donner aussi bien aux balles
+qu'aux obus était une ogive d'une hauteur égale au diamètre du
+projectile, ogive tronquée à l'avant par un méplat. Telle était, par
+exemple, la forme donnée à la balle 1886-1893 de notre fusil actuel,
+balle ogivale à méplat de 4 millimètres (fig. a). Telle était également,
+à peu de chose près, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b),
+celle-ci ne différant de l'ancienne balle française que par l'arrondi de
+la partie antérieure. Au reste, à part cette légère modification, la
+balle allemande était identique à la nôtre comme calibre, longueur et
+poids, si bien que, le tracé intérieur des deux armes étant aussi le
+même, les deux fusils se trouvaient tout à fait équivalents au point de
+vue du tir.
+
+Cet état de choses s'était modifié il y a quelques années, quand nous
+avions adopté la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale,
+c'est-à-dire très pointue à l'avant et de forme légèrement fuyante à
+l'arrière (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle
+1886-1893, en plomb chemisé de maillechort, elle est sensiblement plus
+légère que cette dernière, en raison de la densité moins grande du métal
+qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la
+balistique, qui voulaient des balles en métal très lourd, elle conserve
+mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue
+que celle de la balle qui l'a précédée.
+
+On peut d'ailleurs juger des progrès réalisés depuis quarante ans, en ce
+qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci
+représente à la même échelle, et pour la distance de 1.000 mètres, les
+trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la
+trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888
+et 1898. Or les deux premières s'élèvent jusqu'à 17 ou 18 mètres, tandis
+que la dernière ne dépasse pas 10 mètres. Quant au progrès réalisé par
+la balle S elle-même, on l'appréciera sur la figure e, qui représente,
+pour la distance de 700 mètres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et
+des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil
+1898 tirant la nouvelle balle. La première s'élève en effet deux fois
+plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone
+dangereuse beaucoup moins étendue.
+
+(1) On a prétendu aussi que le culot de la balle S était arrondi au lieu
+d'être coupé d'équerre (voir la ligne pointillée de la fig. e), mais
+nous croyons que la balle ainsi établie était une simple balle
+d'expérience et non la balle définitivement adoptée en Allemagne, et
+brevetée depuis plusieurs mois par la _Deutsche Waffen und Munitions
+fabriken_.
+
+(2) Par un sentiment de réserve que l'on comprendra facilement, et bien
+que le secret encore conservé sur la balle D soit, depuis longtemps, le
+_secret de Polichinelle_, nous nous abstenons de donner le dessin de ce
+projectile.
+
+[Illustration: Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.]
+
+[Illustration: Fig. e.--Trajectoires du fusil 1898 allemand avec
+l'ancienne balle et avec la nouvelle.]
+
+Il ne sera peut-être pas inutile ici, puisque nous venons d'écrire ce
+mot, de définir ce qu'on appelle, en langage technique, la _zone
+dangereuse_: c'est la zone dans laquelle la balle se rapproche
+suffisamment du sol pour frapper un homme détaille ordinaire (lm,70) et
+où, par suite, elle devient dangereuse.
+
+Nous allons éclaircir par un exemple ce que cette définition peut avoir
+d'obscur:
+
+Considérons sur la figure f la trajectoire de 600 mètres de la balle D.
+On voit que cette trajectoire s'élève seulement à lm,70 au-dessus du
+terrain horizontal.
+
+[Illustration: du fusil français avec la balle D. Fig. f.--Zones
+dangereuses du fusil allemand avec la balle S.]
+
+Par conséquent, depuis l'endroit où la balle est lancée jusqu'à celui où
+elle vient toucher le sol, 600 mètres plus loin, elle peut atteindre un
+homme de lm,70. On dit alors que la _zone dangereuse_ est de 600 mètres.
+
+Avant l'adoption de cette balle, notre fusil actuel n'avait qu'une zone
+dangereuse de 500 mètres, c'est-à-dire que l'infanterie ne pouvait
+battre _d'une façon continue_ le terrain situé en avant de son front que
+jusqu'à la distance de 500 mètres.
+
+La balle S allemande a une zone dangereuse encore plus considérable qui,
+pour un homme debout, atteint environ 675 mètres, comme le montre la
+partie inférieure de la figure f. Pour un tireur à genou, cette zone
+dangereuse est encore de 500 mètres et, pour un tireur couché, elle
+s'élève au chiffre inattendu de 270 mètres. Cette balle est donc
+sensiblement supérieure à la nôtre, ce qui n'a rien d'extraordinaire,
+car elle est venue bien après et les Allemands ont pu ainsi profiter du
+résultat de nos recherches.
+
+Ajoutons encore quelques détails: la balle S allemande possède une
+chemise en acier nickelé qui ressemble _extérieurement_ à la chemise en
+maillechort de notre ancienne balle, mais qui est beaucoup plus
+résistante de façon à ne point s'arracher dans le canon. Elle est
+_beaucoup_ plus légère (10 gr.) que l'ancienne balle allemande (14 gr 7)
+et, de plus, elle est lancée par une charge de poudre notablement plus
+forte que celle de la balle 1888. Pour ces deux raisons, elle sort de
+l'arme avec la vitesse initiale extrêmement considérable de 860 mètres
+par seconde, au lieu des 620 mètres que possédaient l'ancienne balle
+1888 allemande et notre balle 1886 elle-même. La balle D, qui est
+seulement un peu moins lourde que la balle 1886, possède de son côté une
+vitesse peu inférieure à 700 mètres, grâce à l'emploi d'une charge de
+poudre plus forte. Elle a donc une vitesse plus réduite que la balle S;
+mais, en raison de son poids, elle triomphe plus facilement de la
+résistance de l'air et conserve un peu mieux sa vitesse, ce qui rétablit
+l'équilibre dans une certaine mesure.
+
+Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait croire et à ce
+qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa
+légèreté et elle conserve sa supériorité sur l'ancienne balle allemande,
+non seulement à 2.000 mètres, mais jusqu'à la distance invraisemblable
+de 4.000 mètres.
+
+Quant à la _précision_ du tir, bien loin d'avoir été atteinte par
+l'allégement de la balle, comme nous le prêchaient jusqu'ici les
+balisticiens vieux jeu, elle a été augmentée dans la proportion de 5 à 7
+environ.
+
+C'est là un résultat qu'on avait déjà constaté en France avec la balle
+D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire.
+
+D'autre part, la _pénétration_ s'est fortement accrue. C'est ainsi que
+la balle S tirée dans le bois de pin à 400 mètres s'enfonce de 80 cent,
+au lieu de 45 à 800 35--25 à 1.800 10--5
+
+A 350 mètres, elle traverse 7 millimètres de fer.
+
+Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimètres au
+maximum.
+
+Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'épaisseur (22
+cent, environ), c'est-à-dire qu'elle traverse une brique _en long_. Les
+murs de clôture ordinaire ne se trouvent donc plus à l'épreuve de la
+balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu à des surprises parfois
+désagréables. On sera atteint derrière un mur, comme derrière un gros
+arbre, du moins aux distances inférieures à 400 mètres.
+
+Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4 à 5 grammes de
+moins que la cartouche en service jusqu'à ce jour, l'approvisionnement
+en munitions du fantassin allemand peut être augmenté d'un quart (150
+cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et précieux
+avantage.
+
+En résumé, l'armée allemande vient de faire avec la balle S un progrès
+technique des plus sérieux, progrès qui laisse derrière lui celui que
+nous avions accompli nous-mêmes. C'est là un fait qui mérite d'être
+apprécié à sa juste valeur, surtout après les éloges dithyrambiques
+jadis consacrés à la balle D.
+
+Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une
+supériorité notable sur l'armée allemande avec la balle D et le canon de
+75 à tir rapide; cette supériorité était même assez accentuée pour faire
+quelque peu hésiter nos voisins de l'Est devant l'hypothèse d'une
+agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la
+nôtre; les Allemands achèvent de construire un matériel d'artillerie à
+tir rapide qui sera presque l'équivalent du nôtre et qui aura sur ce
+dernier une supériorité numérique de près de moitié (1); enfin ils
+disposent d'une artillerie lourde à tir rapide _que nous n'avons pas
+encore_. Il semble qu'il y ait là une situation de nature à préoccuper
+tous ceux qui ont la responsabilité de notre défense nationale.
+
+L. S.
+
+N.-B.--Les renseignements qui précèdent sont extraits du _Manuel de tir
+de l'infanterie allemande (Schiessvorschrift fur die infanterie)_,
+document officiel approuvé par l'empereur Guillaume le 2 novembre 1905.
+Il paraît par suite difficile d'en contester la valeur.
+
+Note 1: Voir dans _L'Illustration_ du 30 septembre 1905, l'article sur le
+«Nouveau canon allemand».
+
+On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre
+de la Guerre allemand, général von Einem, ait jugé bon de porter à la
+connaissance de toute l'armée des renseignements très étendus concernant
+la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation
+si en dehors des usages habituels de l'armée allemande, rassurer les
+esprits en montrant toute l'étendue du progrès qui vient d'être
+accompli.
+
+
+
+[Illustration: Le port. Vieille forteresse construite par les Génois. Vue
+générale de Mitylène].
+
+LA DÉMONSTRATION DE MITYLÈNE
+
+Le gouvernement ottoman ayant refusé d'accepter le contrôle financier
+que les grandes puissances européennes, d'un commun accord, jugeaient
+nécessaire d'établir en Macédoine, les divers États intéressés ont
+décidé de recourir, pour l'y contraindre, à une démonstration navale
+collective. L'Allemagne, quoique déclarant hautement s'associer à cette
+manifestation, s'est excusée de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux
+joindre l'escadre internationale; elle a prétexté qu'elle n'avait, dans
+la Méditerranée, nul navire de guerre. La force navale qui s'est réunie
+au Pirée, pour, de là, aller bloquer Mitylène, est donc composée, en
+principal, des navires français _Charlemagne_ et _Dard_; de navires
+russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la
+marine autrichienne, est investi du commandement de l'expédition.
+
+Partie le 26 novembre du Pirée, l'escadre internationale a mouillé
+quelques heures plus tard devant Mitylène. Le 28, des détachements des
+équipages des diverses nationalités, au nombre de 400 hommes en tout,
+débarquaient sans rencontrer aucune autre résistance qu'une protestation
+diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le télégraphe.
+
+[Illustration: Bombes découvertes dans l'hôtel allemand «Kroecker», sous
+le grand escalier.]
+
+[Illustration: Bombes découvertes au «cercle d'Orient», fréquenté par
+les représentants des puissances étrangères à Constantinople. (La petite
+pèse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)]
+
+On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel
+avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est
+également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral
+Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne
+Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge.
+Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène
+ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement
+bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son
+manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les
+Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour
+les navires.
+
+Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et,
+ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos.
+
+
+
+LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE
+
+L'attentat dirigé, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a été,
+en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation
+arménienne, et la commission d'enquête constituée, aussitôt, sous la
+présidence de Nedjib Pacha Melhamé, pour instruire l'affaire et
+rechercher les coupables, s'est trouvée en présence d'une besogne aussi
+compliquée que difficile.
+
+[Illustration: Garabet Vartanian Ohannès Arfarian.]
+
+DEUX DES ARMÉNIENS CONDAMNÉS A MORT
+
+Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des
+coupables. On avait pourtant ramassé, sur le lieu de l'explosion, un
+morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estampé, le numéro
+1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de
+la voiture qui avait apporté l'engin, puis le propriétaire du véhicule.
+
+Ce fut enfin la clef de l'enquête. Mais à peine la commission avait-elle
+commencé ses travaux, peu de jours après l'attentat d'Yildiz Kiosk,
+qu'un Arménien récemment arrivé d'Amérique, Vartanian, tuait à coups de
+revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian,
+qui avait refusé des subsides aux révolutionnaires. Vartanian fut
+arrêté. Son revolver était semblable à celui d'un de ses compatriotes,
+venant également d'Amérique et inculpé dans l'affaire de la bombe
+Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient été armés tous deux par le
+même Comité, la preuve du complot.
+
+Le champ des investigations se précisa.
+
+Des perquisitions faites à Constantinople firent découvrir de nombreuses
+bombes, surtout dans le quartier européen. L'une, saisie au cercle
+d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hérissée de
+pointes, présentait l'aspect d'un énorme marron, pesait 50 kilogrammes.
+Dans une seule maison, l'hôtel allemand Kroecker, on recueillit douze
+engins.
+
+Après Vartanian et Arfarian, d'autres Arméniens furent arrêtés. Tous ont
+été condamnés à mort. On mit également la main sur un Belge, Jauris,
+considéré comme complice de l'attentat contre le sultan. La légation de
+Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son
+procès vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur
+principal de l'attentat, un Arménien russe connu sous le pseudonyme de
+Ripps.
+
+
+
+[Illustration: LES BOUÉES LUMINEUSES DU PLATEAU DES MINQUIERS 1. Le
+bateau des Ponts et chaussées accostant la bouée pour la charger.--2.
+Commencement de l'opération de chargement.--3. L'opération terminée,
+l'homme rentre à bord.--4. L'_Augustin-Fresnel_, bateau spécial des
+Ponts et chaussées.--5. Les réservoirs de gaz d'huile à bord de
+l'_Augustin-Fresnel_--6. Une bouée à sec dans le parc des
+Minquiers.--7. En mer, la nuit.--_Voir l'article, page 399._]
+
+
+
+VERTIGE MODERNE
+Dessin de Georges Scott.
+
+
+
+[Illustration: Deux blue-jackets un peu gais.]
+
+[Illustration: Les marins de l'escadre britannique d'Extrême-Orient se
+dirigeant de la gare de Shimbashi vers le parc de Hibya.]
+
+LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO
+
+Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait
+mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration
+pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée
+d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent
+à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes
+successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices;
+ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux
+nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de
+bienvenue: _Welcome_; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à
+peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries--une sorte de
+grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri
+desquelles les _blue-jackets_ fraternisaient, le verre en main, avec
+leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres
+breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un
+charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner
+extraordinairement tout un bataillon de _geishas_, personnes plutôt
+légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.
+
+C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant
+de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la
+capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré
+l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement
+et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante
+sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs,
+n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de
+cette mémorable bordée.
+
+[Illustration: Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les
+rues de Tokio]
+
+
+
+Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.
+
+LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE
+
+Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M.
+Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur,
+blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre,
+habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles,
+la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment
+braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci,
+à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large
+partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second
+million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une
+famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!
+
+M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable
+accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de
+_L'Illustration_ que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez
+qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire
+auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces
+modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine
+joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants
+s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des
+millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un
+estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques
+instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de
+bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous
+conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par
+lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du
+quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.
+
+C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en
+prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains
+journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur
+rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très
+tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur
+est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur
+plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.
+
+[Illustration: M. Georges Messing sur la scène de son petit théâtre de
+marionnettes.]
+
+[Illustration: Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la
+Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé
+l'écriteau: A LOUER.)]
+
+
+
+[Illustration: La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris:
+aspect actuel.]
+
+[Illustration: La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la
+Commune.]
+
+[Illustration: Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers,
+place Saint-Georges, pendant la Commune.]
+
+LA MAISON DE M. THIERS
+
+Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une
+vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme
+d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait
+à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la
+République.
+
+Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève,
+entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps
+l'auteur de _l'Histoire du Consulat et de l'Empire_ avant l'époque de la
+Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances.
+A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement
+insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées
+de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République
+française, prenait un arrêté ainsi conçu:
+
+«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront
+saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La
+maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les
+citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux
+Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent
+arrêté.»
+
+Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le
+27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M.
+Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation,
+de la maison démolie.
+
+
+
+LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER
+
+Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait
+réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette
+semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M.
+Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.
+
+Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces
+marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer
+que nos choix avaient été judicieux.
+
+_Le Billet doux_, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000
+francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands
+pour 420.000 francs; _le Volant_, par Chardin, a été acquis moyennant
+140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; _le Lorgneur_, acheté
+par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant
+plus osé affirmer qu'il était de Watteau.
+
+Du _Portrait de la comtesse de Coventry_, pastel de La Tour, on donne
+72.000 francs. Le spirituel et souriant _Portrait du graveur Schmidt_,
+autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en
+1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. _La Liseuse_, de
+Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs.
+
+_Le Printemps_, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, _Vache à
+la lisière d'un bois_, à 40.100 francs; _le Pâtre_, de Corot, à 47.000
+francs; _la Mare_, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école
+anglaise, on a eu quelques déceptions. Le _Portrait présumé de sir John
+Campbell_, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le _Portrait
+de miss Day_, par Lawrence, à 43.000 francs; _la Jeune Laitière_, bien
+qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais
+le Reynolds du catalogue, _Esquisse du portrait de lady Stanhope_,
+«attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache
+intitulée _Méditation_, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non
+plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs.
+Qu'eût-ce été d'un Gainsborough?
+
+Quant aux deux tapisseries, le panneau de _l'Histoire de Don Quichotte_,
+exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000
+francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, _Psyché montrant ses
+joyaux à ses soeurs_, 300.000 francs.
+
+En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!
+
+[Illustration: LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES
+PETIT.--A quatre cent mille!... _Le Billet doux_, de Fragonard!...--On
+demande à voir!... _Le Billet doux_, de Fragonard, a été adjugé 420.000
+francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais à la charge de
+l'acquéreur.]
+
+
+
+LIVRES NOUVEAUX
+
+_Romans._
+
+Par son titre: _Pom-Prune_, le livre de M. Paul Guiraud (Albin
+Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la
+fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères,
+très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du
+principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de
+son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la
+condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions
+publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est
+destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se
+succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de
+province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales,
+intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et,
+vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent
+jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit
+crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la
+procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une
+apparence de vie, tels sont les _Bonshommes en papier_ (Fasquelle, 3 fr.
+50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une
+intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des
+scribes de ministères et autres _papyrocéphales_. A signaler aussi le
+récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel
+de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les
+principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle.
+
+Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre
+social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un
+visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles
+Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son _Homme de peine_
+(Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est
+disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre
+sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu
+communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son
+existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante.
+
+Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache
+vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle
+est _Mademoiselle Nouveau-Jeu_ (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de
+M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles,
+surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des
+enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu
+jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile.
+
+Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases
+d'un complot, telle est _l'Idylle dans un drame_ (Mame, 3 fr.), que
+publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un
+ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents,
+anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il
+est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques,
+puisque persécutés, malheureux et frondeurs.
+
+De l'aveu et par la volonté de l'auteur, M. Gabriel Faure, _l'Amour sous
+les lauriers-roses_--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman
+(Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune étude philosophique,
+psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue
+fine, délicate, sensuelle, dont les rives du lac de Côme et les jardins
+de Bellagio constituent les voluptueux décors.
+
+M. Paul Bertnay--l'auteur de _Jusqu'aux étoiles_--dont nos lecteurs ont
+pu récemment encore apprécier le fin talent, vient de publier en
+librairie _la Buissonnière_ (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont
+_L'Illustration_ eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donné tant de
+charme vaillant à un personnage de jeune fille et tant de grâce
+spirituelle à un personnage de jeune femme.
+
+_Auteurs gais_.
+
+Vingt nouvelles très courtes, dont la première, _Détails sur mon
+suicide_, prête son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le
+récent apport de MM. Max et Alex Fischer à la collection des «auteurs
+gais». Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non
+plus n'engendre pas la mélancolie. La verve humoristique de ces
+fantaisistes jumeaux, déjà justement réputés en leur genre, a ceci de
+particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrêmes de la
+bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa légèreté. Un style
+concis, rapide, incisif, de qualité vraiment littéraire, ajoute encore à
+l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie,
+sous leur forme paradoxale.
+
+_Histoire._
+
+Le comte de Gobineau--dont le nom fut mêlé à de récentes
+polémiques--avait, aux deux pôles de sa brillante carrière de diplomate,
+de penseur et d'écrivain, consacré deux études aux destinées de la
+Grèce. Ce sont ces _Deux Études sur la Grèce moderne_ (Plon, 3 fr. 50),
+l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre
+plaidant la cause des Hellènes dans le remaniement de la carte d'Orient,
+qu'un éditeur avisé vient de réunir en un seul volume.
+
+Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages
+qui, cette année, ont traité du problème oriental et parmi lesquels nous
+citerons: _la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine,
+1821-1905_ (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M.
+Albéric Cahuet sur la matière.
+
+La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde.
+C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oublié au prix de quels
+efforts diplomatiques la froideur prolongée de jadis entre les deux
+nations s'est transformée en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est
+l'histoire des «années troubles», des années de froissements politiques,
+sous l'influence de Crispi et d'antagonisme économique, que, dans son
+remarquable ouvrage, _la France et l'Italie, 1881-1899_ (Plon, 2 vol.,
+15 fr), M. A. Billot nous présente. M. A. Billot était ambassadeur à
+Rome pendant les années troubles. C'est donc avec la plus autorisée des
+compétences que son livre est écrit.
+
+Dans un livre fort agréable à lire, _les Derniers Républicains_ (Victor
+Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les
+convictions des généraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert,
+qui--Pichegru excepté--furent, en quelque sorte, les demi-solde
+républicains du Consulat et de l'Empire.
+
+Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, _Paris sous
+Napoléon: administration et grands travaux_ (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac
+de Laborie ne se contente pas de tracer un fidèle tableau des
+transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache
+également à nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers,
+théâtres, cafés, lieux de public et lieux de plaisir où se mouvait la
+société d'alors.
+
+_Littérature_.
+
+En écrivant son _Histoire de la littérature française, 900-1900_
+(Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de
+nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées,
+l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit--disent les
+programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le
+plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été
+conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins,
+de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est
+efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement
+illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très
+célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les
+programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire».
+
+Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou
+simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel
+ou non--connaît la difficulté du _qualificatif_. Bien souvent, celui qui
+conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente
+pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et,
+parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à
+réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en
+composant un _Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie_
+(Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son
+petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée
+de la main.
+
+_Questions d'actualité._
+
+Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur
+Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins
+celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers
+ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités
+authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John
+Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la
+liste de ces livres révélateurs. _Lui_ (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est
+Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est
+un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J.
+Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands.
+Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la
+caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse.
+Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe!
+
+Dans un volume in-8° de près de six cents pages, _le Président Émile
+Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république_ (Jurai,
+15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat
+qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures
+présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un
+précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la
+troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien
+faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment
+illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements
+notoires.
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LES EFFETS D'UNE TROMBE.
+
+Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les environs de Cravant, près
+de Beaugency. M. Maillard vient de signaler quelques-uns des curieux
+effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est accompagné d'une
+dépression barométrique très forte au centre du tourbillon. Dans une
+cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne. Ailleurs, dans un
+grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a été jetée à un mètre
+de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une habitation, a
+littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air sous la
+cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la pression
+à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu du même
+principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de dedans en
+dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble étonnant, mais
+qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les toitures les
+plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures formées d'ardoises
+ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas souffert appréciablement:
+en effet, les ardoises ou tuiles, en se soulevant légèrement, aspirées
+par la dépression extérieure, ou plutôt soulevées par la pression
+intérieure, ont permis à la pression intérieure de se mettre en
+équilibre avec l'extérieure; les toitures neuves, solides, totalement
+appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été enlevées tout d'une pièce, au
+contraire. C'est qu'elles manquaient de jeu, c'est qu'elles mettaient
+obstacle à l'établissement de l'équilibre: elles ont éclaté comme les
+murs ou les vitres cités plus haut, et ont été enlevées. Dans les champs
+on a observé aussi de singuliers effets. Un champ d'avoine a été
+totalement privé de son grain. Les tiges sont restées en place, amarrées
+par les racines; mais les grains, moins solidement attachés aux tiges,
+ont été enlevés, comme si un peigne y avait passé. Cet effet de happage
+est dû à un violent courant d'air ascendant.
+
+LE SOUFRE DE LA LOUISIANE.
+
+Il y a une vingtaine d'années, des sondages effectués en Louisiane, près
+du lac Charles, dans l'espoir de découvrir du pétrole, révélèrent un
+gisement de soufre d'environ 35 mètres d'épaisseur à 140 mètres de la
+surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe
+aquifère et des sables boulants; quatre compagnies essayèrent
+successivement de vaincre ces difficultés et se ruinèrent.
+
+En 1891, M. Frasch imagina un procédé aussi bizarre qu'audacieux. On
+fore jusqu'à la partie inférieure du gisement un trou qu'on munit d'un
+tubage de 254 millimètres de diamètre s'arrêtant à la partie supérieure
+du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui
+descendent presque au fond du trou de sonde et présentent des diamètres
+respectifs de 152, 76 et 25 millimètres. Les intervalles entre ces
+quatre tubes forment donc trois «couronnes».
+
+Par la couronne extérieure on lance de l'eau sous pression suffisante
+pour atteindre la température de 330° centigrades: le soufre, fusible à
+110°, monte dans la couronne intermédiaire par suite de la pression de
+l'eau. On envoie de l'air comprimé par le petit tube central, et le
+soufre liquide, se mélangeant de bulles d'air, est refoulé dans la
+couronne centrale, formant une colonne de densité inférieure à celle du
+soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver à l'air libre.
+Le soufre sort ainsi du sol, tout raffiné, avec un degré de pureté de
+99,6%.
+
+La richesse du gisement actuellement reconnu est évaluée à 40 millions
+de tonnes.
+
+La production de la mine, qui était de 100 tonnes par jour en 1902,
+atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M.
+Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait,
+affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation
+mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque
+totalité était jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en
+1902). Les États-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une
+entente récente entre les compagnies intéressées, le soufre de la
+Louisiane ne sera exporté que dans quelques régions déterminées
+d'Europe.
+
+UN PRÉSENT DE M. LOUBET À LA REINE DE PORTUGAL.
+
+[Illustration: Gerbe de roses en orfèvrerie offerte par le président de
+la République à la reine de Portugal.]
+
+Le président de la République a prié le roi de Portugal de vouloir bien
+offrir en son nom, à la reine Amélie, une gerbe de roses de France,
+exécutée par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent,
+plongent leurs tiges dans un très beau vase en cristal de Galle, monté
+sur pied d'orfèvrerie, portant, d'un côté, l'écusson royal au chiffre de
+la reine; de l'autre, les armes de la République avec une banderole d'or
+où est inscrite la dédicace: _Émile Loubet, président de la République
+française, à S. M. la reine Amélie de Portugal._
+
+TRAINS DE BOIS SUR LE PACIFIQUE.
+
+On se rappelle peut-être que des spéculateurs américains avaient imaginé
+de recourir au flottage pour le transport des bois à travers les océans.
+Ils avaient calculé qu'en formant des radeaux représentant la charge de
+vingt grands navires, il suffirait qu'un seul sur trois arrivât à
+destination pour rendre le procédé économique. Le premier essai réussit
+exactement dans cette proportion; mais, contrairement aux prévisions,
+les bois des radeaux disloqués, au lieu d'être portés par le Gulf-Stream
+vers les rivages antarctiques, arrivèrent dans les parages des Açores.
+Durant plusieurs mois, les navigateurs y furent exposés à se heurter à
+d'innombrables troncs mesurant de 75 centimètres à 2 mètres de diamètre,
+et de 9 mètres à 27 mètres de longueur. Ce mode de transport, à peu près
+abandonné sur la côte orientale des États-Unis, est devenu assez usité
+entre le Canada et San-Francisco, la proximité continuelle l'assèchement
+et la pêche du lac d'Enghien de la côte en atténuant les risques pour
+les exploiteurs... et pour les autres.
+
+[Illustration: Un coup de filet ramenant 1.800 kilos de poisson.]
+
+[Illustration: Le lac complètement asséché.]
+
+Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire
+en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traîneront sur
+le Pacifique, des rives canadiennes aux côtes chinoises. Si ce «fagot»
+se disloque en route, les accidents que ces épaves pourront causer
+seront compensés dans une certaine mesure par les nouvelles données
+qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en
+outre, apporter la richesse à de nombreuses familles de pêcheurs.
+
+L'ÉPAISSEUR DE LA GLACE EN SIBÉRIE.
+
+On savait, d'après les observations de Middendorf, que l'épaisseur de la
+nappe de glace des lacs sibériens varie ordinairement entre lm,50 et
+lm,80, sans dépasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de
+communiquer le résultat d'études faites, au même point de vue, sur les
+eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisseï, l'épaisseur de glace
+oscille entre 70 et 90 centimètres; à l'extrémité septentrionale de la
+Sibérie, vers Bouloum et Rourskoyé-Oustié, elle atteint 2 mètres et
+2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa, à Verkhoyansk; ce point,
+situé sous 67° 30' de latitude, est pourtant voisin du pôle froid de
+l'ancien monde, et la température moyenne des trois mois d'hiver y varie
+de -44° à -48°, s'abaissant parfois à -67°.
+
+Enfin, en Transbaïkalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (51°30'
+et 53°35') on trouve d'un mètre à 2m,35 de glace; l'épaisseur croît très
+vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait défaut. Pour
+empêcher la congélation complète des rivières peu profondes et sauver la
+vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de
+branches de pin qui déterminent la formation de monceaux de neige
+mettant la couche de glace à l'abri de la température extérieure.
+
+LA PÊCHE DU LAC D'ENGHIEN.
+
+Tous les cinq ans environ, on assèche le lac d'Enghien pour procéder au
+curage du fond.
+
+C'est l'occasion d'une grande pêche, toujours fructueuse, car cette eau,
+dont s'accommoderaient mal les truites, est très favorable à la
+multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a
+quelques jours, le lac a été mis presque complètement à sec et il n'a
+pas fallu moins de près de trois semaines pour mener à bout cette
+opération; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait été laissé
+plein d'eau, on a retiré 3.400 kilos de poisson dont le frétillement
+était guetté par de nombreux curieux.
+
+L'HÔPITAL CLAUDE-BERNARD.
+
+Le nouvel hôpital élevé à la porte d'Aubervilliers, et dont nous
+donnions récemment une vue d'ensemble, vient d'être inauguré en présence
+de M. le président de la République. Il portera le nom d' «hôpital
+Claude-Bernard»!
+
+Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer à M.
+Émile Loubet à quel point l'installation en était parfaite et quel soin
+on avait pris de se conformer, dans les moindres détails aux
+prescriptions des hygiénistes. C'est ainsi que l'air et la lumière
+pénètrent à flots par de larges baies dans toutes les salles chauffées à
+la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqués, ce qui permet de
+fréquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles.
+
+L'hôpital Claude-Bernard est, de tout point, un hôpital modèle.
+
+LES BOUÉES LUMINEUSES _Voir la gravure page 390._
+
+Le récent naufrage de l'_Hilda_, en vue de Saint-Malo, semble résulter
+surtout de l'impossibilité où se trouva le capitaine d'apercevoir, à
+travers la brume, les feux de la rade et de reconnaître les récifs qui
+en gênent l'approche.
+
+Pour parer à cette éventualité dangereuse, la marine entretient, en de
+nombreux points voisins des côtes, de France, des feux flottants
+destinés à signaler les écueils par les temps où les projections
+lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre.
+
+Le «plateau des Minquiers», massif de rochers fort dangereux, situé
+précisément dans le golfe de Saint-Malo, était jadis signalé par un
+bateau-feu comportant un équipage et devant être ravitaillé tous les dix
+ou quinze jours. Ce bateau a été remplacé par cinq bouées lumineuses qui
+peuvent fonctionner, abandonnées à elles-mêmes, durant trois mois. En
+fait, cependant, on les recharge à peu près aussi souvent qu'on
+ravitaillait le bateau-feu: on se borne à attendre une mer calme pour
+aborder à ces rochers, dont l'accès, fort difficile par les gros temps
+d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines.
+
+En tôle d'acier très résistante, d'une seule pièce, contenant du gaz
+d'huile à la pression de 11 atmosphères, la bouée pèse 5 tonnes. Elle
+est munie d'une longue queue chargée d'un poids de 1.500 kilos qui lui
+assure une grande stabilité, et de gros champignons en fonte, remplaçant
+une ancre, l'empêchent de dériver. La lampe est entourée de lentilles
+identiques à celles des phares.
+
+[Illustration: Une salle du nouvel hôpital Claude-Bernard, à
+Aubervilliers.]
+
+Pour le chargement, le bateau accoste la bouée, l'amarre, et un homme
+fixe à son extrémité supérieure un tuyau par lequel on envoie le gaz
+pompé dans les réservoirs du bateau. De temps en temps, les bouées sont
+remplacées et ramenées au port pour être repeintes et nettoyées.
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue,
+avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: _la Grande
+Famille_, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule
+en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui
+a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque
+de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort
+goûté--et fort applaudi. _L'Illustration_ publiera _la Grande Famille_
+dans son prochain numéro.
+
+Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique
+comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée
+_Triplepatte_, met en scène un viveur mondain que tous ses proches,
+parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens
+du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite,
+manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à
+la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la
+satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien
+comme pour le mal. _Triplepatte_ est très bien interprété par
+l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en
+scène brillante.
+
+Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style
+anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est
+cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel
+balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de
+s'ennuyer; le musicien _des Filles Jackson et Cie_, M. Clérice, a
+beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est
+lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve
+des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.
+
+Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en
+dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année
+écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de
+la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les
+vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue
+rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des
+principales nouveautés du temps présent.
+
+Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un
+plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: _la Cousine
+Bette_. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée.
+Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent
+un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de
+1830, et accentuent la portée des principales situations du drame.
+
+
+
+[Illustration: La devanture de la librairie du _Cu-Cut_.
+
+L'atelier du _Cu-Cut_ saccagé.
+
+La porte de l'imprimerie du _Cu-Cut_.]
+
+A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS
+ESPAGNOLS
+
+LES INCIDENTS DE BARCELONE
+
+L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques années déjà, a repris,
+ces temps derniers, avec une nouvelle intensité, à la suite des
+élections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent
+pas à se séparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie.
+Leur attitude a exaspéré leurs adversaires, et des officiers, dans un
+excès de zèle loyaliste regrettable, viennent de se porter à de
+fâcheuses extrémités.
+
+Réunis au nombre de trois cents, armés de leurs sabres, de haches, de
+revolvers, d'outils divers, ils se sont rués vers les locaux occupés par
+le journal catalaniste le Cu-Cut, à l'imprimerie d'abord, où ils ont
+pénétré de force après avoir brisé la devanture et fracturé la porte.
+Une fois là, ils détruisirent les machines, firent main basse sur tout
+le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous
+l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rédaction reçut
+ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccagée. Puis la
+_Veu de Catalogna_, autre journal catalaniste, fut envahie à son tour,
+dans les mêmes conditions, et traitée de pareille façon.
+
+Et, tandis que brûlaient les _autodafés_, les passants inoffensifs
+étaient molestés et obligés, sous menace de coups, de crier: «Vive
+l'Espagne! A bas la Catalogne!»
+
+
+
+[Illustration: La princesse Eugénie de Battenberg.--_Phot. Hughes et
+Mullins._]
+
+LA FUTURE REINE D'ESPAGNE Depuis quelque temps, le bruit s'est répandu
+des prochaines fiançailles du roi d'Espagne avec la princesse
+Victoria-Eugénie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore
+reçu de confirmation officielle, on a dès maintenant de sérieuses
+raisons de la tenir pour véridique. C'est lors de son séjour à Londres,
+au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fixé son choix
+sur la fille de la princesse Béatrice, soeur du roi Édouard VII, et
+veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de
+Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projeté, Alphonse XIII se
+trouverait, on le voit, étroitement allié à la maison d'Angleterre. La
+future reine, qui est la filleule de l'impératrice Eugénie, est née à
+Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa
+dix-huitième année; on s'accorde à louer le charme de sa beauté blonde,
+la culture de son intelligence, la vivacité de son esprit. Elle a trois
+frères, dont l'aîné, le prince Alexandre-Albert, âgé de dix-neuf ans,
+appartient à la marine britannique.
+
+
+
+SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN
+
+A la suite de la démission du cabinet conservateur présidé par M.
+Balfour, le roi d'Angleterre a confié à sir Henry Campbell Bannerman, le
+leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet
+libéral.
+
+[Illustration: Sir Henry Campbell Bannerman.--_Phot. E. H. Mills._]
+
+Né en Écosse en 1836, le nouveau «premier» du gouvernement britannique
+est âgé de soixante-neuf ans; il siège depuis 1868 à la Chambre des
+communes, sur les bancs de ce parti libéral dont il est devenu le chef.
+Au cours de sa longue carrière politique, il fut, de 1871 à 1874,
+secrétaire des Finances au ministère de la Guerre, fonctions qu'il
+reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrétaire de
+l'Amirauté, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrétaire d'État à
+la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone.
+
+
+
+L'«OMÉGA»
+
+On vient de mettre à l'eau le submersible _Oméga_, construit à Toulon,
+dans l'arsenal du Mourillon.
+
+[Illustration: Le submersible _Oméga_, qui vient d'être lancé à Toulon.]
+
+La coque, en forme de cigare aplati à l'avant et évasé vers l'arrière,
+supporte une passerelle d'environ 20 mètres qui émerge seule pendant la
+navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du
+commandant avec son capot. Cette coque, à peu près semblable à celle des
+autres submersibles, est d'un tonnage bien supérieur: 301 tonneaux; elle
+mesure 48 mètres de longueur. La vitesse prévue est de 11 noeuds.
+
+
+
+M. PHILIPPE JOURDE
+
+M. Philippe Jourde, président honoraire de l'Association des
+journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne,
+qu'il présida également, et de la Caisse des victimes du devoir, vient
+de mourir à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien négociant, il était
+entré au conseil d'administration du _Siècle_, puis avait dirigé ce
+journal pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il
+s'était établi au château de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues,
+dont, pendant dix-huit ans, il fut le représentant au conseil général
+des Bouches-du-Rhône. C'est là qu'il s'est éteint, après avoir consacré
+l'activité de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non
+seulement à la constitution d'une importante collection d'objets d'art
+et d'une bibliothèque de plus de 20.000 volumes, léguée au Puy, sa ville
+natale, mais encore à la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment
+de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique établissement que la
+généreuse donation de M. Jourde a fait la propriété de l'Association de
+secours des gens de mer de la Méditerranée.
+
+[Illustration: M. Philippe Jourde.--_Phot. Pierre Petit._]
+
+
+
+LA RECETTE, par Henriot.
+
+
+
+_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique
+sont entièrement gratuits.)_
+
+LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE
+
+On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider
+facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles
+contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très
+simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant
+ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un
+récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout
+danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de
+l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une
+fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans
+qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps,
+et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide.
+
+Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions
+indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir
+ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre
+figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils
+sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20
+centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6
+mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou
+diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la
+hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour
+toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond.
+
+Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages
+métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec
+des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La
+fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se
+place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce
+et le bouchon.
+
+Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide
+carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de
+raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant
+au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir.
+
+[Illustration:]
+
+Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont
+au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le
+surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme
+s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes,
+un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz,
+au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus
+basse.
+
+Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la
+sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide
+carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se
+dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à
+mesure qu'il arrive.
+
+Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez _M. Rameau,
+ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris._
+
+
+Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
+pas été fournis.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 ***
+
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+ http://www.gutenberg.org/3/6/7/4/36742/
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
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+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
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+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
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+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
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+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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+ License. You must require such a user to return or
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+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
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+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
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+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905, by Various
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+Title: L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905
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+Author: Various
+
+Release Date: July 15, 2011 [EBook #36742]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 ***
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+
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+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Supplément de ce numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant les Oberlé,
+par Edmond Haraucourt. </p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>L'ARRIVÉE DES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVEGE DANS LEUR
+CAPITALE<br> Le roi Haakon VII, portant le prince héritier, serre la main de
+M. Michelsen, premier ministre, venu le saluer à bord du <i>Heimdal,</i> en
+rade de Christiania, le 25 novembre.</b><br>--<i>D'après une photographie.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4>
+
+<p>Rue de Sèze. La grande cohue. Quelque chose comme une émeute
+silencieuse,--autour d'une porte; la prise d'assaut d'on ne sait quoi
+par une foule très élégante qui, des deux rues voisines, afflue, se
+serre en interminables files au long des trottoirs, guette fiévreusement
+son tour d'entrer... C'est le grand spectacle de la semaine,--autrement
+sensationnel qu'une «première» aux théâtres du boulevard; un spectacle
+où ce n'est pas de l'émotion inventée et truquée, de la littérature
+qu'on nous sert, mais de la douleur «pour de bon», le dénouement du
+drame vécu dont un homme est mort. La vente Cronier! Tout Paris a voulu
+voir cela et, depuis cinq jours, la salle Georges Petit est une étuve.
+On s'écrase, on joue des coudes pour arriver jusqu'aux cimaises:</p>
+
+<p>--Avez-vous vu le Gainsborough?</p>
+
+<p>--Et cette <i>Flore</i>, ma chère! c'est le chef-d'oeuvre de Carpeaux.</p>
+
+<p>--Moi, ce sont les tapisseries que je voudrais m'offrir. Ces cartons de
+Boucher! c'est le triomphe de Beauvais.</p>
+
+<p>--Et le Watteau! Et les Fragonard!</p>
+
+<p>--Il y a un Perronneau délicieux.</p>
+
+<p>--Oui, mais Chardin!</p>
+
+<p>--Et les La Tour, donc!...</p>
+
+<p>L'amie qui me régale de cette promenade à «l'exposition Cronier» est
+fort emballée. Je lui demande: «Vous connaissez le Louvre?» Elle me
+répond: «Très mal; on n'a pas le temps.» Je lui demande encore:
+«Etes-vous allée voir, à Versailles, l'adorable galerie de peinture du
+dix-huitième que M. de Nolhac vient d'installer dans les appartements du
+Dauphin?» Elle ne sait ce que je veux dire, et, distraitement, fait:
+«Non. Mais regardez donc ça, comme c'est joli!»</p>
+
+<p>Elle n'est allée ni au Louvre, ni à Versailles, ni en aucun des lieux où
+les délices de l'art d'autrefois s'offrent continuellement, librement et
+sans risque de bousculade, à la vue de tout le monde. Aux yeux de mon
+amie, le Louvre et Versailles, c'est des expositions Cronier qui ne
+ferment jamais, et où, par conséquent, on n'ira jamais, parce qu'il n'y
+aura jamais de raison pour qu'on se presse d'y aller. Cette
+exposition-ci, au contraire, c'est comme un petit Louvre «interdit au
+public» et dont les portes se seraient, par accident, entre-bâillées
+pour quelques jours à la curiosité de huit ou dix mille privilégiés. On
+s'y rue donc.</p>
+
+<p>Et puis, il n'y a pas que la peinture. Il y a <i>l'accident</i>. Il y a
+l'attrait des circonstances dramatiques dans lesquelles ce rare
+spectacle nous est offert. La Rochefoucauld nous enseigne que, presque
+toujours, un peu de joie se mêle au spectacle de l'infortune des autres.
+J'imagine que nulle part cette abominable réflexion ne saurait se
+vérifier mieux qu'ici. Nulle émotion n'ennoblit la curiosité de cette
+foule. On voit des gens rire; on entend des mots d'esprit; on devine
+qu'au souvenir du désastre évoqué par cet étalage de chefs-d'oeuvre
+d'inavouées rancunes se soulagent et que, devant ces Chardin, ces
+Fragonard, ces Corot, ces La Tour à vendre, plus d'une jalousie
+mondaine, secrètement, se sent vengée. Les meilleurs plaignent le
+disparu, mais, tout de même, éprouvent une sensation agréable à la
+pensée qu'en cette tragique aventure ce fut un autre qu'eux qui
+«écopa»... Et ce sont là, évidemment, des sensations qu'une visite aux
+musées nationaux ne saurait donner.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>La semaine, au surplus, fut propice aux bavardages, aux confidences, aux
+potins mondains. Le soir même du jour où l'exposition Cronier fermait
+ses portes, la Comédie-Française rouvrait les siennes aux abonnés.
+Reprise des «mardis»... c'est une date, cela. La reprise des mardis de
+la Comédie-Française marque l'officielle réouverture de la saison
+mondaine à Paris. Octobre et novembre sont les mois des petites
+rentrées: rentrées d'écoles, de tribunaux, d'universités. Du château on
+ne revient que plus tard. Les sports d'automne, les grandes chasses,
+retiennent un peu plus longtemps, chaque année, loin de Paris, la
+clientèle de premières loges des, «mardis», et ce n'est guère qu'en
+décembre qu'elle consent à nous rejoindre, ou qu'elle est censée nous
+avoir rejoints.</p>
+
+<p>C'est à la Comédie-Française qu'elle donne ses premiers rendez-vous. Se
+préoccupe-t-elle beaucoup des «nouveautés» que va lui servir M. Jules
+Claretie? J'en doute un peu. J'ai, l'hiver dernier, fréquenté quelques
+loges de la Comédie, aux jours d'abonnement; et il m'a semblé que, chez
+la plupart de ces auditeurs hebdomadaires, l'art dramatique n'excitait
+pas une passion très forte. L'abonné écoute Molière et Racine par
+habitude; Augier, Dumas, Pailleron par politesse; et, avec un peu plus
+de curiosité, Hervieu, Donnay, Capus, Brieux, dont il connaît les
+figures, et avec qui il a dîné. Il n'applaudit qu'avec réserve ce qui
+lui plaît et, s'il est mécontent, ne le dissimule point. La bonne humeur
+ne lui revient franchement qu'aux entr'actes. L'entr'acte est, pour
+l'abonné, le moment délicieux du spectacle; celui où, débarrassé du
+devoir d'écouter une pièce qui l'amuse peu et de paraître attentif aux
+gestes de comédiens qui lui indiffèrent, il s'évade vers les coulisses,
+amusé par la grâce qui lui sourit, par la beauté qu'il effleure:
+innocents plaisirs qu'on aime pour ce qu'ils ont d'un peu illicite et de
+clandestin! Dans la salle, les grillages dorés des baignoires se sont
+abaissés; les portes des loges s'entr'ouvrent; on se rend des visites;
+des conversations s'engagent où il est rarement question de la pièce
+qu'on est venu entendre; et cette trop courte récréation ne prend fin
+qu'à l'instant où les trois coups sont frappés...</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Un homme est toujours assuré d'avoir pour lui l'opinion publique et de
+mettre, comme on dit, les rieurs de son côté, quand il s'avise, en
+France, de résister à la tyrannie d'une loi mauvaise ou d'un règlement
+maladroit.</p>
+
+<p>Beaucoup de gens sauront donc gré de son geste de rébellion au voyageur
+qui, l'autre jour, passant la frontière à Tourcoing pour rentrer à
+Paris, refusa de descendre de wagon pour faire visiter en douane ses
+bagages à main, fut condamné pour ce fait à cinq cents francs d'amende
+par le juge de paix, et a résolu, dit-on, de faire appel de ce jugement
+devant la Cour.</p>
+
+<p>Le cas est d'autant plus intéressant que le rebelle qu'on va juger
+n'appartient point à ce qu'on appelle le parti du désordre. Ce n'est ni
+un révolutionnaire qui s'insurge par habitude contre les lois, ni un
+politicien d'opposition préoccupé de chercher noise au gouvernement, ni
+un étudiant qui s'amuse. C'est un grave et pacifique officier
+ministériel, un agent de change connu et dont les opinions
+conservatrices sont notoires.</p>
+
+<p>Mais il est probable que M. R. G... a voyagé beaucoup en Europe, et
+qu'ayant comparé le régime des douanes françaises à celui des douanes de
+plusieurs autres grands pays, il a souffert de la comparaison. Sans
+doute l'État est fort excusable de se défendre contre les fraudes
+variées qui le menacent, puisque, aux yeux de beaucoup de citoyens,
+voler l'État ce n'est pas voler. Mais n'est-ce pas assez qu'il oblige le
+voyageur à tenir ses bagages ouverts «à toute réquisition de
+l'autorité»; et n'est-ce pas trop qu'il lui impose le devoir de se
+déranger pour venir lui-même au-devant de cette réquisition-là?</p>
+
+<p>Il est vrai que c'est un métier bien délicat que celui de «gabelou», et
+qu'en France surtout cette sorte d'espionnage légal se heurte à des
+susceptibilités, à des malices, à des trucs qui y rendent l'application
+de la loi plus malaisée peut-être que partout ailleurs. Il y a tant
+d'hommes d'esprit, dans ce pays-ci!</p>
+
+<p>On me contait dernièrement l'aventure d'un ancien ministre, M. Yves
+Guyot, qui, passant avec une valise à la main devant les employés de
+l'octroi, est arrêté par l'invariable question:</p>
+
+<p>--Vous n'avez rien à déclarer?</p>
+
+<p>--Rien du tout, fait M. Guyot.</p>
+
+<p>--Ouvrez, dit le commis.</p>
+
+<p>--Je refuse.</p>
+
+<p>Le commis se fâche, invoque le droit de l'État, appelle à son secours un
+chef, devant qui, très poliment, l'ancien ministre s'explique:
+«J'aurais, dit-il, ouvert cette valise si vous m'en aviez requis du
+premier coup, et sans phrases. Cela, c'est votre droit. Mais vous m'avez
+<i>demandé</i> si j'avais quelque chose à déclarer; j'ai dit non; et vous ne
+m'avez pas cru. Cela, je ne l'admets pas. Vous avez le droit de fouiller
+mes bagages, mais non celui de mettre en doute publiquement ma probité.»</p>
+
+<p>Qui avait raison?<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Sonia</span>.</span></p><br><br>
+
+<h3>L'ENTRÉE DES SOUVERAINS<br>
+
+NORVÉGIENS A CHRISTIANIA</h3>
+
+<p>Les nouveaux souverains de Norvège ont fait leur entrée solennelle dans
+leur capitale le 25 novembre.</p>
+
+<p>Dès le matin, le navire de guerre le <i>Heimdal</i>, portant les membres du
+gouvernement, était allé à la rencontre du yacht royal le <i>Danebrog</i>,
+venant de Copenhague, escorté de vaisseaux des marines norvégienne,
+danoise, anglaise et allemande. Après le transbordement de Leurs
+Majestés et du jeune prince héritier sur le <i>Heimdal</i>, celui-ci se mit
+en route pour Christiania; il y arrivait à 1 h. 1/2, salué par des
+salves d'artillerie et les hurrahs de la foule. Au débarcadère, la
+municipalité reçut les souverains sous un pavillon drapé de rouge, et
+son chef leur adressa des souhaits de bienvenue auxquels le roi répondit
+quelques paroles d'une cordiale simplicité; puis ce fut à travers la
+ville, parmi les pavoisements, les guirlandes, les acclamations de la
+multitude, le défilé du cortège officiel se rendant au château, où
+devait avoir lieu, dans la salle du Trône, la réception du Storthing et
+du corps diplomatique. Malgré le voile de brume qui l'enveloppait,
+malgré la neige qui poudrait ses toits et couvrait d'un épais tapis
+blanc le sol de ses rues, Christiania était en liesse, et ce froid décor
+d'hiver formait un pittoresque contraste avec la chaleur de
+l'enthousiasme populaire.</p>
+
+<p>Le lendemain dimanche, le roi et la reine se rendirent à l'église
+Saint-Sauveur, au seuil de laquelle les attendaient les pasteurs.</p>
+
+<p>Le lundi 27, Haakon VII, toujours acclamé sur son passage, allait prêter
+serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé sous
+la présidence de M. Berner.</p>
+
+<p>La gracieuse reine Maud et le petit prince Olaf eurent leur large part
+des ovations et des marques de sympathie multipliées pendant ces
+journées de bon accueil. Le roi s'en montra vivement touché. Aussi bien,
+le jour de l'arrivée, l'esprit familial qu'il apporte de la cour de
+Danemark s'était affirmé par un joli mouvement de fierté paternelle,
+lorsque, à bord du <i>Heimdal</i>, il avait pris dans ses bras, pour le
+présenter à M. Michelsen, premier ministre et chef du gouvernement
+provisoire, l'enfant royal, dont le frais visage, épanoui sous son
+bonnet de fourrure, semblait sourire inconsciemment à l'avenir de la
+nouvelle dynastie.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Une rue de magasins juifs après le passage des pillards.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>La même rue après le passage des incendiaires.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+
+<h3>A ISMAÏL (BESSARABIE)</h3>
+
+<h4>ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE</h4>
+
+<p>La Russie est, en ce moment, presque isolée du reste du monde: ses
+postiers, ses télégraphistes, sont en grève; les chemins de fer
+fonctionnent de la façon la plus irrégulière, au bon plaisir des
+employés ou de ceux qui les mènent. C'est miracle que des courriers
+arrivent encore de temps à autre. Cependant, le zèle de nos
+correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de
+toutes les parties de l'empire troublé, d'intéressants documents.</p>
+
+<p>Les trois premières photographies de cette page donnent une idée des
+excès auxquels se livrent les antisémites.</p>
+
+<p>Deux sont prises à quelques heures d'intervalle dans la même rue
+d'Ismaïl, près de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord
+passé et emporté tout ce qui pouvait constituer un butin profitable.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b><span class="sc">A Saratof</span>.--Vue intérieure de la synagogue pillée et
+incendiée.</b></p>
+
+<p>Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu.</p>
+
+<p>La troisième photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont
+fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de représailles contre
+ceux qu'ils considèrent comme les instigateurs du mouvement
+révolutionnaire.</p>
+
+<p>Notre dernière photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle
+donne une vue du premier Congrès général qu'aient tenu les délégués des
+paysans. Il a eu lieu à Moscou la semaine dernière. D'autres réunions de
+paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet été. Cette
+assemblée, du fait qu'elle réunissait des délégués de différentes
+provinces, a une importance et une portée considérables, et les
+résolutions qui y ont été prises--une tend à la «socialisation» de la
+terre, une autre déclare nuls les emprunts d'État contractés après le 23
+novembre--montrent que le «moujik» s'organise, et sait ce qu'il veut.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002c.png"><br><b>A MOSCOU.--Le premier Congrès général des délégués du
+Corps des paysans.</b>--<i>Phot. Smirnof</i>.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES NOUVELLES BALLES</h3>
+
+<h4>BALLES ALLEMANDE (1905).--BALLES FRANÇAISE (1898)</h4>
+
+<p>Depuis l'introduction, dans notre armée, de la balle D qui donnait au
+fusil 1886 (fusil Lebel) tous les avantages des fusils de <i>très petit</i>
+calibre adoptés en Italie, au Japon et dans d'autres pays, l'infanterie
+allemande, qui avait conservé sa cartouche 1888, se trouvait, par
+rapport à l'infanterie française, dans un état d'infériorité notable.
+Aussi les spécialistes allemands cherchaient-ils avec persistance un
+projectile qui rendît à leur fusil 1898 son ancien rang. C'est le
+résultat qu'ils viennent enfin d'atteindre.</p>
+
+<p>La nouvelle balle allemande porte le nom de balle S, de l'initiale du
+mot <i>Spitzgeschoss</i> (projectile à pointe). Elle présente, en effet, au
+lieu de la forme en ogive émoussée de la balle 1888 (fig. b), une forme
+très allongée, presque conique, avec un méplat imperceptible (fig. c).
+Alors que dans les projectiles ordinaires de l'infanterie ou de
+l'artillerie la pointe constitue habituellement le tiers au plus de la
+hauteur, dans la balle S la pointe s'étend sur plus de la moitié de la
+longueur totale (1). C'est là une révolution complète dans la forme des
+projectiles; c'est même la <i>faillite</i> de l'ancienne balistique.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 170px; text-align: center;">
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;">
+Fig. a.<br>
+Balle Lebel<br>
+(1886).
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;">
+Fig. b.<br>
+Balle allemande<br>
+(1888).
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;">
+Fig. c.<br>
+Balle S, nouvelle<br>
+balle allemande.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 170px; text-align: center;">
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement
+encore), dans les cours de toutes les écoles militaires de tous les pays
+du monde, que la meilleure forme avant à donner aussi bien aux balles
+qu'aux obus était une ogive d'une hauteur égale au diamètre du
+projectile, ogive tronquée à l'avant par un méplat. Telle était, par
+exemple, la forme donnée à la balle 1886-1893 de notre fusil actuel,
+balle ogivale à méplat de 4 millimètres (fig. a). Telle était également,
+à peu de chose près, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b),
+celle-ci ne différant de l'ancienne balle française que par l'arrondi de
+la partie antérieure. Au reste, à part cette légère modification, la
+balle allemande était identique à la nôtre comme calibre, longueur et
+poids, si bien que, le tracé intérieur des deux armes étant aussi le
+même, les deux fusils se trouvaient tout à fait équivalents au point de
+vue du tir.</p>
+
+<p>Cet état de choses s'était modifié il y a quelques années, quand nous
+avions adopté la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale,
+c'est-à-dire très pointue à l'avant et de forme légèrement fuyante à
+l'arrière (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle
+1886-1893, en plomb chemisé de maillechort, elle est sensiblement plus
+légère que cette dernière, en raison de la densité moins grande du métal
+qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la
+balistique, qui voulaient des balles en métal très lourd, elle conserve
+mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue
+que celle de la balle qui l'a précédée.</p>
+
+<p>On peut d'ailleurs juger des progrès réalisés depuis quarante ans, en ce
+qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci
+représente à la même échelle, et pour la distance de 1.000 mètres, les
+trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la
+trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888
+et 1898. Or les deux premières s'élèvent jusqu'à 17 ou 18 mètres, tandis
+que la dernière ne dépasse pas 10 mètres. Quant au progrès réalisé par
+la balle S elle-même, on l'appréciera sur la figure e, qui représente,
+pour la distance de 700 mètres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et
+des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil
+1898 tirant la nouvelle balle. La première s'élève en effet deux fois
+plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone
+dangereuse beaucoup moins étendue.</p>
+
+<p>(1) On a prétendu aussi que le culot de la balle S était arrondi au lieu
+d'être coupé d'équerre (voir la ligne pointillée de la fig. e), mais
+nous croyons que la balle ainsi établie était une simple balle
+d'expérience et non la balle définitivement adoptée en Allemagne, et
+brevetée depuis plusieurs mois par la <i>Deutsche Waffen und Munitions
+fabriken</i>.</p>
+
+<p>(2) Par un sentiment de réserve que l'on comprendra facilement, et bien
+que le secret encore conservé sur la balle D soit, depuis longtemps, le
+<i>secret de Polichinelle</i>, nous nous abstenons de donner le dessin de ce
+projectile.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003c.png"><br><b>Fig. e.--Trajectoires du fusil 1898 allemand avec
+l'ancienne balle et avec la nouvelle.</b></p>
+
+<p>Il ne sera peut-être pas inutile ici, puisque nous venons d'écrire ce
+mot, de définir ce qu'on appelle, en langage technique, la <i>zone
+dangereuse</i>: c'est la zone dans laquelle la balle se rapproche
+suffisamment du sol pour frapper un homme détaille ordinaire (lm,70) et
+où, par suite, elle devient dangereuse.</p>
+
+<p>Nous allons éclaircir par un exemple ce que cette définition peut avoir
+d'obscur:</p>
+
+<p>Considérons sur la figure f la trajectoire de 600 mètres de la balle D.
+On voit que cette trajectoire s'élève seulement à 1m,70 au-dessus du
+terrain horizontal.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003d.png"></p>
+<pre>
+ Fig. f.--Zones dangereuses du fusil français avec la balle D.
+ du fusil allemand avec la balle S.</pre>
+
+
+<p>Par conséquent, depuis l'endroit où la balle est lancée jusqu'à celui où
+elle vient toucher le sol, 600 mètres plus loin, elle peut atteindre un
+homme de lm,70. On dit alors que la <i>zone dangereuse</i> est de 600 mètres.</p>
+
+<p>Avant l'adoption de cette balle, notre fusil actuel n'avait qu'une zone
+dangereuse de 500 mètres, c'est-à-dire que l'infanterie ne pouvait
+battre <i>d'une façon continue</i> le terrain situé en avant de son front que
+jusqu'à la distance de 500 mètres.</p>
+
+<p>La balle S allemande a une zone dangereuse encore plus considérable qui,
+pour un homme debout, atteint environ 675 mètres, comme le montre la
+partie inférieure de la figure f. Pour un tireur à genou, cette zone
+dangereuse est encore de 500 mètres et, pour un tireur couché, elle
+s'élève au chiffre inattendu de 270 mètres. Cette balle est donc
+sensiblement supérieure à la nôtre, ce qui n'a rien d'extraordinaire,
+car elle est venue bien après et les Allemands ont pu ainsi profiter du
+résultat de nos recherches.</p>
+
+<p>Ajoutons encore quelques détails: la balle S allemande possède une
+chemise en acier nickelé qui ressemble <i>extérieurement</i> à la chemise en
+maillechort de notre ancienne balle, mais qui est beaucoup plus
+résistante de façon à ne point s'arracher dans le canon. Elle est
+<i>beaucoup</i> plus légère (10 gr.) que l'ancienne balle allemande (14 gr 7)
+et, de plus, elle est lancée par une charge de poudre notablement plus
+forte que celle de la balle 1888. Pour ces deux raisons, elle sort de
+l'arme avec la vitesse initiale extrêmement considérable de 860 mètres
+par seconde, au lieu des 620 mètres que possédaient l'ancienne balle
+1888 allemande et notre balle 1886 elle-même. La balle D, qui est
+seulement un peu moins lourde que la balle 1886, possède de son côté une
+vitesse peu inférieure à 700 mètres, grâce à l'emploi d'une charge de
+poudre plus forte. Elle a donc une vitesse plus réduite que la balle S;
+mais, en raison de son poids, elle triomphe plus facilement de la
+résistance de l'air et conserve un peu mieux sa vitesse, ce qui rétablit
+l'équilibre dans une certaine mesure.</p>
+
+<p>Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait croire et à ce
+qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa
+légèreté et elle conserve sa supériorité sur l'ancienne balle allemande,
+non seulement à 2.000 mètres, mais jusqu'à la distance invraisemblable
+de 4.000 mètres.</p>
+
+<p>Quant à la <i>précision</i> du tir, bien loin d'avoir été atteinte par
+l'allégement de la balle, comme nous le prêchaient jusqu'ici les
+balisticiens vieux jeu, elle a été augmentée dans la proportion de 5 à 7
+environ.</p>
+
+<p>C'est là un résultat qu'on avait déjà constaté en France avec la balle
+D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire.</p>
+
+<p>D'autre part, la <i>pénétration</i> s'est fortement accrue. C'est ainsi que
+la balle S tirée dans le bois de pin à 400 mètres s'enfonce de 80 cent,
+au lieu de 45 à 800 35--25 à 1.800 10--5</p>
+
+<p>A 350 mètres, elle traverse 7 millimètres de fer.</p>
+
+<p>Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimètres au
+maximum.</p>
+
+<p>Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'épaisseur (22
+cent, environ), c'est-à-dire qu'elle traverse une brique <i>en long</i>. Les
+murs de clôture ordinaire ne se trouvent donc plus à l'épreuve de la
+balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu à des surprises parfois
+désagréables. On sera atteint derrière un mur, comme derrière un gros
+arbre, du moins aux distances inférieures à 400 mètres.</p>
+
+<p>Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4 à 5 grammes de
+moins que la cartouche en service jusqu'à ce jour, l'approvisionnement
+en munitions du fantassin allemand peut être augmenté d'un quart (150
+cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et précieux
+avantage.</p>
+
+<p>En résumé, l'armée allemande vient de faire avec la balle S un progrès
+technique des plus sérieux, progrès qui laisse derrière lui celui que
+nous avions accompli nous-mêmes. C'est là un fait qui mérite d'être
+apprécié à sa juste valeur, surtout après les éloges dithyrambiques
+jadis consacrés à la balle D.</p>
+
+<p>Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une
+supériorité notable sur l'armée allemande avec la balle D et le canon de
+75 à tir rapide; cette supériorité était même assez accentuée pour faire
+quelque peu hésiter nos voisins de l'Est devant l'hypothèse d'une
+agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la
+nôtre; les Allemands achèvent de construire un matériel d'artillerie à
+tir rapide qui sera presque l'équivalent du nôtre et qui aura sur ce
+dernier une supériorité numérique de près de moitié (1); enfin ils
+disposent d'une artillerie lourde à tir rapide <i>que nous n'avons pas
+encore</i>. Il semble qu'il y ait là une situation de nature à préoccuper
+tous ceux qui ont la responsabilité de notre défense nationale.<br>
+
+<span class="rig">L. S.</span></p><br>
+
+<p>N.-B.--Les renseignements qui précèdent sont extraits du <i>Manuel de tir
+de l'infanterie allemande (Schiessvorschrift fur die infanterie)</i>,
+document officiel approuvé par l'empereur Guillaume le 2 novembre 1905.
+Il paraît par suite difficile d'en contester la valeur.</p>
+
+<blockquote>Note 1: Voir dans <i>L'Illustration</i> du 30 septembre 1905, l'article sur le
+«Nouveau canon allemand».</blockquote>
+
+<p>On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre
+de la Guerre allemand, général von Einem, ait jugé bon de porter à la
+connaissance de toute l'armée des renseignements très étendus concernant
+la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation
+si en dehors des usages habituels de l'armée allemande, rassurer les
+esprits en montrant toute l'étendue du progrès qui vient d'être
+accompli.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br>
+
+ <b>Le port.
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+ Vieille forteresse construite par les Génois.</b></p>
+
+ <p class="mid"><b>Vue générale de Mitylène</b>.</p>
+
+<h3>LA DÉMONSTRATION DE MITYLÈNE</h3>
+
+<p>Le gouvernement ottoman ayant refusé d'accepter le contrôle financier
+que les grandes puissances européennes, d'un commun accord, jugeaient
+nécessaire d'établir en Macédoine, les divers États intéressés ont
+décidé de recourir, pour l'y contraindre, à une démonstration navale
+collective. L'Allemagne, quoique déclarant hautement s'associer à cette
+manifestation, s'est excusée de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux
+joindre l'escadre internationale; elle a prétexté qu'elle n'avait, dans
+la Méditerranée, nul navire de guerre. La force navale qui s'est réunie
+au Pirée, pour, de là, aller bloquer Mitylène, est donc composée, en
+principal, des navires français <i>Charlemagne</i> et <i>Dard</i>; de navires
+russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la
+marine autrichienne, est investi du commandement de l'expédition.</p>
+
+<p>Partie le 26 novembre du Pirée, l'escadre internationale a mouillé
+quelques heures plus tard devant Mitylène. Le 28, des détachements des
+équipages des diverses nationalités, au nombre de 400 hommes en tout,
+débarquaient sans rencontrer aucune autre résistance qu'une protestation
+diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le télégraphe.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004b.png"><br><b>Bombes découvertes dans l'hôtel allemand<br>«Kroecker»,sous
+le grand escalier.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004d.png"><br><b>Bombes découvertes au «cercle d'Orient», fréquenté par
+les représentants des puissances étrangères à Constantinople. (La petite
+pèse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)</b></p>
+
+<p>On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel
+avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est
+également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral
+Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne
+Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge.
+Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène
+ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement
+bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son
+manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les
+Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour
+les navires.</p>
+
+<p>Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et,
+ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos.</p>
+
+<h3>LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE</h3>
+
+<p>L'attentat dirigé, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a été,
+en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation
+arménienne, et la commission d'enquête constituée, aussitôt, sous la
+présidence de Nedjib Pacha Melhamé, pour instruire l'affaire et
+rechercher les coupables, s'est trouvée en présence d'une besogne aussi
+compliquée que difficile.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004c.png"><br><b>
+Garabet Vartanian&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+Ohannès Arfarian.<br>
+DEUX DES ARMÉNIENS CONDAMNÉS A MORT</b></p>
+
+<p>Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des
+coupables. On avait pourtant ramassé, sur le lieu de l'explosion, un
+morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estampé, le numéro
+1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de
+la voiture qui avait apporté l'engin, puis le propriétaire du véhicule.</p>
+
+<p>Ce fut enfin la clef de l'enquête. Mais à peine la commission avait-elle
+commencé ses travaux, peu de jours après l'attentat d'Yildiz Kiosk,
+qu'un Arménien récemment arrivé d'Amérique, Vartanian, tuait à coups de
+revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian,
+qui avait refusé des subsides aux révolutionnaires. Vartanian fut
+arrêté. Son revolver était semblable à celui d'un de ses compatriotes,
+venant également d'Amérique et inculpé dans l'affaire de la bombe
+Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient été armés tous deux par le
+même Comité, la preuve du complot.</p>
+
+<p>Le champ des investigations se précisa.</p>
+
+<p>Des perquisitions faites à Constantinople firent découvrir de nombreuses
+bombes, surtout dans le quartier européen. L'une, saisie au cercle
+d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hérissée de
+pointes, présentait l'aspect d'un énorme marron, pesait 50 kilogrammes.
+Dans une seule maison, l'hôtel allemand Kroecker, on recueillit douze
+engins.</p>
+
+<p>Après Vartanian et Arfarian, d'autres Arméniens furent arrêtés. Tous ont
+été condamnés à mort. On mit également la main sur un Belge, Jauris,
+considéré comme complice de l'attentat contre le sultan. La légation de
+Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son
+procès vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur
+principal de l'attentat, un Arménien russe connu sous le pseudonyme de
+Ripps.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br><b>LES BOUÉES LUMINEUSES DU PLATEAU DES MINQUIERS<br> 1. Le
+bateau des Ponts et chaussées accostant la bouée pour la charger.--2.
+Commencement de l'opération de chargement. --3. L'opération terminée,
+l'homme rentre à bord.--4. L'<i>Augustin-Fresnel</i>, bateau spécial des
+Ponts et chaussées.--5. Les réservoirs de gaz d'huile à bord de
+l'<i>Augustin-Fresnel</i> --6. Une bouée à sec dans le parc des
+Minquiers.--7. En mer, la nuit.</b><br>--<i>Voir l'article, page 399.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br>
+<b>Le roi et la reine sont reçus par les pasteurs au seuil de l'église Saint-Sauveur,<br> le dimanche 26 novembre.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br>
+<b>Le roi Haakon VII prête serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé,<br>le 27 novembre.</b></p>
+
+<h4>LES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVÈGE A CHRISTIANIA.</h4>
+<p class="mid"><i>Photographies Worm-Peterson.--Voir l'article, page 386.</i></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"><br><b>VERTIGE MODERNE</b><br>
+Dessin de Georges Scott.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 35%; text-align: center;">
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Deux blue-jackets un peu gais.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: center;">
+<b>Les marins de l'escadre britannique d'Extrême-Orient se<br>
+dirigeant de la gare de Shimbashi vers le parc de Hibya.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO</h3>
+
+<p>Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait
+mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration
+pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée
+d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent
+à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes
+successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices;
+ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux
+nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de
+bienvenue: <i>Welcome</i>; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à
+peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries --une sorte de
+grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri
+desquelles les <i>blue-jackets</i> fraternisaient, le verre en main, avec
+leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres
+breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un
+charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner
+extraordinairement tout un bataillon de <i>geishas</i>, personnes plutôt
+légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.</p>
+
+<p>C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant
+de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la
+capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré
+l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement
+et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante
+sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs,
+n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de
+cette mémorable bordée.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008b.png"><br> <b>Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les
+rues de Tokio</b></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009a.png"><br><b>Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.<br>
+
+LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE</b></p>
+
+
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p>Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M.
+Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur,
+blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre,
+habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles,
+la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment
+braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci,
+à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large
+partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second
+million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une
+famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"><br> <b>M. Georges Messing sur la scène de<br>son petit théâtre de
+marionnettes.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009c.png"><br> <b>Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la
+Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé
+l'écriteau: <span class="sc">A louer</span>.)</b></p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable
+accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de
+<i>L'Illustration</i> que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez
+qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire
+auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces
+modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine
+joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants
+s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des
+millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un
+estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques
+instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de
+bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous
+conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par
+lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du
+quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.</p>
+
+<p>C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en
+prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains
+journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur
+rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très
+tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur
+est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur
+plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"><br><b>La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris:
+aspect actuel.</b></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<br><br><img alt="" src="images/010b.png"><br><b>La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la
+Commune.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/010c.png"><br><b>Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers,
+place Saint-Georges, pendant la Commune.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>LA MAISON DE M. THIERS</h3>
+
+<p>Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une
+vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme
+d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait
+à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la
+République.</p>
+
+<p>Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève,
+entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps
+l'auteur de <i>l'Histoire du Consulat et de l'Empire</i> avant l'époque de la
+Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances.
+A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement
+insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées
+de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République
+française, prenait un arrêté ainsi conçu:</p>
+
+<p>«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront
+saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La
+maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les
+citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux
+Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent
+arrêté.»</p>
+
+<p>Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le
+27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M.
+Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation,
+de la maison démolie.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER</h3>
+
+<p>Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait
+réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette
+semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M.
+Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.</p>
+
+<p>Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces
+marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer
+que nos choix avaient été judicieux.</p>
+
+<p><i>Le Billet doux</i>, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000
+francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands
+pour 420.000 francs; <i>le Volant</i>, par Chardin, a été acquis moyennant
+140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; <i>le Lorgneur</i>, acheté
+par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant
+plus osé affirmer qu'il était de Watteau.</p>
+
+<p>Du <i>Portrait de la comtesse de Coventry</i>, pastel de La Tour, on donne
+72.000 francs. Le spirituel et souriant <i>Portrait du graveur Schmidt</i>,
+autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en
+1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. <i>La Liseuse</i>, de
+Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs.</p>
+
+<p><i>Le Printemps</i>, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, <i>Vache à
+la lisière d'un bois</i>, à 40.100 francs; <i>le Pâtre</i>, de Corot, à 47.000
+francs; <i>la Mare</i>, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école
+anglaise, on a eu quelques déceptions. Le <i>Portrait présumé de sir John
+Campbell</i>, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le <i>Portrait
+de miss Day</i>, par Lawrence, à 43.000 francs; <i>la Jeune Laitière</i>, bien
+qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais
+le Reynolds du catalogue, <i>Esquisse du portrait de lady Stanhope</i>,
+«attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache
+intitulée <i>Méditation</i>, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non
+plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs.
+Qu'eût-ce été d'un Gainsborough?</p>
+
+<p>Quant aux deux tapisseries, le panneau de <i>l'Histoire de Don Quichotte</i>,
+exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000
+francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, <i>Psyché montrant ses
+joyaux à ses soeurs</i>, 300.000 francs.</p>
+
+<p>En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br><b>LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES
+PETIT.<br>--A quatre cent mille!... <i>Le Billet doux</i>, de Fragonard!...--On
+demande à voir!... <i>Le Billet doux</i>, de Fragonard, a été adjugé 420.000
+francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais à la charge de
+l'acquéreur.</b></p>
+<br><br>
+
+<h3>LIVRES NOUVEAUX</h3>
+
+<p><i>Romans.</i></p>
+
+<p> Par son titre: <i>Pom-Prune</i>, le livre de M. Paul Guiraud (Albin
+Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la
+fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères,
+très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du
+principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de
+son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la
+condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions
+publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est
+destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se
+succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de
+province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales,
+intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et,
+vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent
+jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit
+crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la
+procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une
+apparence de vie, tels sont les <i>Bonshommes en papier</i> (Fasquelle, 3 fr.
+50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une
+intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des
+scribes de ministères et autres <i>papyrocéphales</i>. A signaler aussi le
+récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel
+de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les
+principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle.</p>
+
+<p>Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre
+social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un
+visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles
+Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son <i>Homme de peine</i>
+(Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est
+disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre
+sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu
+communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son
+existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante.</p>
+
+<p>Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache
+vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle
+est <i>Mademoiselle Nouveau-Jeu</i> (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de
+M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles,
+surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des
+enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu
+jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile.</p>
+
+<p>Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases
+d'un complot, telle est <i>l'Idylle dans un drame</i> (Mame, 3 fr.), que
+publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un
+ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents,
+anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il
+est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques,
+puisque persécutés, malheureux et frondeurs.</p>
+
+<p>De l'aveu et par la volonté de l'auteur, M. Gabriel Faure, <i>l'Amour sous
+les lauriers-roses</i>--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman
+(Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune étude philosophique,
+psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue
+fine, délicate, sensuelle, dont les rives du lac de Côme et les jardins
+de Bellagio constituent les voluptueux décors.</p>
+
+<p>M. Paul Bertnay--l'auteur de <i>Jusqu'aux étoiles</i>--dont nos lecteurs ont
+pu récemment encore apprécier le fin talent, vient de publier en
+librairie <i>la Buissonnière</i> (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont
+<i>L'Illustration</i> eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donné tant de
+charme vaillant à un personnage de jeune fille et tant de grâce
+spirituelle à un personnage de jeune femme.</p>
+
+<p><i>Auteurs gais</i>.</p>
+
+<p>Vingt nouvelles très courtes, dont la première, <i>Détails sur mon
+suicide</i>, prête son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le
+récent apport de MM. Max et Alex Fischer à la collection des «auteurs
+gais». Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non
+plus n'engendre pas la mélancolie. La verve humoristique de ces
+fantaisistes jumeaux, déjà justement réputés en leur genre, a ceci de
+particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrêmes de la
+bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa légèreté. Un style
+concis, rapide, incisif, de qualité vraiment littéraire, ajoute encore à
+l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie,
+sous leur forme paradoxale.</p>
+
+<p><i>Histoire.</i></p>
+
+<p>Le comte de Gobineau--dont le nom fut mêlé à de récentes
+polémiques--avait, aux deux pôles de sa brillante carrière de diplomate,
+de penseur et d'écrivain, consacré deux études aux destinées de la
+Grèce. Ce sont ces <i>Deux Études sur la Grèce moderne</i> (Plon, 3 fr. 50),
+l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre
+plaidant la cause des Hellènes dans le remaniement de la carte d'Orient,
+qu'un éditeur avisé vient de réunir en un seul volume.</p>
+
+<p>Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages
+qui, cette année, ont traité du problème oriental et parmi lesquels nous
+citerons: <i>la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine,
+1821-1905</i> (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M.
+Albéric Cahuet sur la matière.</p>
+
+<p>La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde.
+C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oublié au prix de quels
+efforts diplomatiques la froideur prolongée de jadis entre les deux
+nations s'est transformée en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est
+l'histoire des «années troubles», des années de froissements politiques,
+sous l'influence de Crispi et d'antagonisme économique, que, dans son
+remarquable ouvrage, <i>la France et l'Italie, 1881-1899</i> (Plon, 2 vol.,
+15 fr), M. A. Billot nous présente. M. A. Billot était ambassadeur à
+Rome pendant les années troubles. C'est donc avec la plus autorisée des
+compétences que son livre est écrit.</p>
+
+<p>Dans un livre fort agréable à lire, <i>les Derniers Républicains</i> (Victor
+Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les
+convictions des généraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert,
+qui--Pichegru excepté--furent, en quelque sorte, les demi-solde
+républicains du Consulat et de l'Empire.</p>
+
+<p>Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, <i>Paris sous
+Napoléon: administration et grands travaux</i> (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac
+de Laborie ne se contente pas de tracer un fidèle tableau des
+transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache
+également à nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers,
+théâtres, cafés, lieux de public et lieux de plaisir où se mouvait la
+société d'alors.</p>
+
+<p><i>Littérature</i>.</p>
+
+<p>En écrivant son <i>Histoire de la littérature française, 900-1900</i>
+(Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de
+nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées,
+l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit --disent les
+programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le
+plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été
+conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins,
+de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est
+efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement
+illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très
+célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les
+programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire».</p>
+
+<p>Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou
+simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel
+ou non--connaît la difficulté du <i>qualificatif</i>. Bien souvent, celui qui
+conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente
+pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et,
+parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à
+réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en
+composant un <i>Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie</i>
+(Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son
+petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée
+de la main.</p>
+
+<p><i>Questions d'actualité.</i></p>
+
+<p>Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur
+Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins
+celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers
+ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités
+authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John
+Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la
+liste de ces livres révélateurs. <i>Lui</i> (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est
+Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est
+un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J.
+Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands.
+Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la
+caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse.
+Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe!</p>
+
+<p>Dans un volume in-8° de près de six cents pages, <i>le Président Émile
+Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république</i> (Jurai,
+15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat
+qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures
+présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un
+précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la
+troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien
+faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment
+illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements
+notoires.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Les effets d'une trombe.</span></h4>
+
+<p>Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les
+environs de Cravant, près de Beaugency. M. Maillard vient de signaler
+quelques-uns des curieux effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est
+accompagné d'une dépression barométrique très forte au centre du
+tourbillon. Dans une cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne.
+Ailleurs, dans un grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a
+été jetée à un mètre de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une
+habitation, a littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air
+sous la cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la
+pression à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu
+du même principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de
+dedans en dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble
+étonnant, mais qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les
+toitures les plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures
+formées d'ardoises ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas
+souffert appréciablement: en effet, les ardoises ou tuiles, en se
+soulevant légèrement, aspirées par la dépression extérieure, ou plutôt
+soulevées par la pression intérieure, ont permis à la pression
+intérieure de se mettre en équilibre avec l'extérieure; les toitures
+neuves, solides, totalement appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été
+enlevées tout d'une pièce, au contraire. C'est qu'elles manquaient de
+jeu, c'est qu'elles mettaient obstacle à l'établissement de l'équilibre:
+elles ont éclaté comme les murs ou les vitres cités plus haut, et ont
+été enlevées. Dans les champs on a observé aussi de singuliers effets.
+Un champ d'avoine a été totalement privé de son grain. Les tiges sont
+restées en place, amarrées par les racines; mais les grains, moins
+solidement attachés aux tiges, ont été enlevés, comme si un peigne y
+avait passé. Cet effet de happage est dû à un violent courant d'air
+ascendant.</p>
+
+<h4><span class="sc">Le soufre de la Louisiane.</span></h4>
+
+<p>Il y a une vingtaine d'années, des sondages effectués en Louisiane, près
+du lac Charles, dans l'espoir de découvrir du pétrole, révélèrent un
+gisement de soufre d'environ 35 mètres d'épaisseur à 140 mètres de la
+surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe
+aquifère et des sables boulants; quatre compagnies essayèrent
+successivement de vaincre ces difficultés et se ruinèrent.</p>
+
+<p>En 1891, M. Frasch imagina un procédé aussi bizarre qu'audacieux. On
+fore jusqu'à la partie inférieure du gisement un trou qu'on munit d'un
+tubage de 254 millimètres de diamètre s'arrêtant à la partie supérieure
+du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui
+descendent presque au fond du trou de sonde et présentent des diamètres
+respectifs de 152, 76 et 25 millimètres. Les intervalles entre ces
+quatre tubes forment donc trois «couronnes».</p>
+
+<p>Par la couronne extérieure on lance de l'eau sous pression suffisante
+pour atteindre la température de 330° centigrades: le soufre, fusible à
+110°, monte dans la couronne intermédiaire par suite de la pression de
+l'eau. On envoie de l'air comprimé par le petit tube central, et le
+soufre liquide, se mélangeant de bulles d'air, est refoulé dans la
+couronne centrale, formant une colonne de densité inférieure à celle du
+soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver à l'air libre.
+Le soufre sort ainsi du sol, tout raffiné, avec un degré de pureté de
+99,6%.</p>
+
+<p>La richesse du gisement actuellement reconnu est évaluée à 40 millions
+de tonnes.</p>
+
+<p>La production de la mine, qui était de 100 tonnes par jour en 1902,
+atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M.
+Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait,
+affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation
+mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque
+totalité était jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en
+1902). Les États-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une
+entente récente entre les compagnies intéressées, le soufre de la
+Louisiane ne sera exporté que dans quelques régions déterminées
+d'Europe.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;Gerbe de roses en orfèvrerie<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;offerte par le président de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;la République à la reine de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Portugal.</b></p>
+
+<h4><span class="sc">Un présent de M. Loubet à la reine de Portugal.</span></h4>
+
+<p>Le président de la République a prié le roi de Portugal de vouloir bien
+offrir en son nom, à la reine Amélie, une gerbe de roses de France,
+exécutée par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent,
+plongent leurs tiges dans un très beau vase en cristal de Galle, monté
+sur pied d'orfèvrerie, portant, d'un côté, l'écusson royal au chiffre de
+la reine; de l'autre, les armes de la République avec une banderole d'or
+où est inscrite la dédicace: <i>Émile Loubet, président de la République
+française, à S. M. la reine Amélie de Portugal.</i></p>
+
+<h4><span class="sc">Trains de bois sur le Pacifique.</span></h4>
+
+<p>On se rappelle peut-être que des
+spéculateurs américains avaient imaginé de recourir au flottage pour le
+transport des bois à travers les océans. Ils avaient calculé qu'en
+formant des radeaux représentant la charge de vingt grands navires, il
+suffirait qu'un seul sur trois arrivât à destination pour rendre le
+procédé économique. Le premier essai réussit exactement dans cette
+proportion; mais, contrairement aux prévisions, les bois des radeaux
+disloqués, au lieu d'être portés par le Gulf-Stream vers les rivages
+antarctiques, arrivèrent dans les parages des Açores. Durant plusieurs
+mois, les navigateurs y furent exposés à se heurter à d'innombrables
+troncs mesurant de 75 centimètres à 2 mètres de diamètre, et de 9 mètres
+à 27 mètres de longueur. Ce mode de transport, à peu près abandonné sur
+la côte orientale des États-Unis, est devenu assez usité entre le Canada
+et San-Francisco, la proximité continuelle l'assèchement et la pêche du
+lac d'Enghien de la côte en atténuant les risques pour les
+exploiteurs... et pour les autres.</p>
+
+<p>Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire
+en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traîneront sur
+le Pacifique, des rives canadiennes aux côtes chinoises. Si ce «fagot»
+se disloque en route, les accidents que ces épaves pourront causer
+seront compensés dans une certaine mesure par les nouvelles données
+qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en
+outre, apporter la richesse à de nombreuses familles de pêcheurs.</p>
+
+<h4>L'ÉPAISSEUR DE LA GLACE EN SIBÉRIE.</h4>
+
+<p>On savait, d'après les observations de Middendorf, que l'épaisseur de la
+nappe de glace des lacs sibériens varie ordinairement entre lm,50 et
+lm,80, sans dépasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de
+communiquer le résultat d'études faites, au même point de vue, sur les
+eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisseï, l'épaisseur de glace
+oscille entre 70 et 90 centimètres; à l'extrémité septentrionale de la
+Sibérie, vers Bouloum et Rourskoyé-Oustié, elle atteint 2 mètres et
+2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa, à Verkhoyansk; ce point,
+situé sous 67° 30' de latitude, est pourtant voisin du pôle froid de
+l'ancien monde, et la température moyenne des trois mois d'hiver y varie
+de -44° à -48°, s'abaissant parfois à -67°.</p>
+
+<p>Enfin, en Transbaïkalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (51°30'
+et 53°35') on trouve d'un mètre à 2m,35 de glace; l'épaisseur croît très
+vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait défaut. Pour
+empêcher la congélation complète des rivières peu profondes et sauver la
+vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de
+branches de pin qui déterminent la formation de monceaux de neige
+mettant la couche de glace à l'abri de la température extérieure.</p>
+
+<h4><span class="sc">La pêche du lac d'Enghien.</span></h4>
+
+<p>Tous les cinq ans environ, on assèche le lac d'Enghien pour procéder au
+curage du fond.</p>
+
+<p>C'est l'occasion d'une grande pêche, toujours fructueuse, car cette eau,
+dont s'accommoderaient mal les truites, est très favorable à la
+multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a
+quelques jours, le lac a été mis presque complètement à sec et il n'a
+pas fallu moins de près de trois semaines pour mener à bout cette
+opération; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait été laissé
+plein d'eau, on a retiré 3.400 kilos de poisson dont le frétillement
+était guetté par de nombreux curieux.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Un coup de filet ramenant 1.800 kilos de poisson.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Le lac complètement asséché.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+
+
+
+<h4><span class="sc">L'hôpital Claude-Bernard.</span></h4>
+
+<p>Le nouvel hôpital élevé à la porte d'Aubervilliers, et dont nous
+donnions récemment une vue d'ensemble, vient d'être inauguré en présence
+de M. le président de la République. Il portera le nom d' «hôpital
+Claude-Bernard»!</p>
+
+<p>Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer à M.
+Émile Loubet à quel point l'installation en était parfaite et quel soin
+on avait pris de se conformer, dans les moindres détails aux
+prescriptions des hygiénistes. C'est ainsi que l'air et la lumière
+pénètrent à flots par de larges baies dans toutes les salles chauffées à
+la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqués, ce qui permet de
+fréquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles.</p>
+
+<p>L'hôpital Claude-Bernard est, de tout point, un hôpital modèle.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b>Une salle du nouvel hôpital Claude-Bernard, à
+Aubervilliers.</b></p>
+<br><br>
+
+<h4>LES BOUÉES LUMINEUSES <i>Voir la gravure page 390.</i></h4>
+
+<p>Le récent naufrage de l'<i>Hilda</i>, en vue de Saint-Malo, semble résulter
+surtout de l'impossibilité où se trouva le capitaine d'apercevoir, à
+travers la brume, les feux de la rade et de reconnaître les récifs qui
+en gênent l'approche.</p>
+
+<p>Pour parer à cette éventualité dangereuse, la marine entretient, en de
+nombreux points voisins des côtes, de France, des feux flottants
+destinés à signaler les écueils par les temps où les projections
+lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre.</p>
+
+<p>Le «plateau des Minquiers», massif de rochers fort dangereux, situé
+précisément dans le golfe de Saint-Malo, était jadis signalé par un
+bateau-feu comportant un équipage et devant être ravitaillé tous les dix
+ou quinze jours. Ce bateau a été remplacé par cinq bouées lumineuses qui
+peuvent fonctionner, abandonnées à elles-mêmes, durant trois mois. En
+fait, cependant, on les recharge à peu près aussi souvent qu'on
+ravitaillait le bateau-feu: on se borne à attendre une mer calme pour
+aborder à ces rochers, dont l'accès, fort difficile par les gros temps
+d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines.</p>
+
+<p>En tôle d'acier très résistante, d'une seule pièce, contenant du gaz
+d'huile à la pression de 11 atmosphères, la bouée pèse 5 tonnes. Elle
+est munie d'une longue queue chargée d'un poids de 1.500 kilos qui lui
+assure une grande stabilité, et de gros champignons en fonte, remplaçant
+une ancre, l'empêchent de dériver. La lampe est entourée de lentilles
+identiques à celles des phares.</p>
+
+<p>Pour le chargement, le bateau accoste la bouée, l'amarre, et un homme
+fixe à son extrémité supérieure un tuyau par lequel on envoie le gaz
+pompé dans les réservoirs du bateau. De temps en temps, les bouées sont
+remplacées et ramenées au port pour être repeintes et nettoyées.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue,
+avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: <i>la Grande
+Famille</i>, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule
+en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui
+a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque
+de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort
+goûté--et fort applaudi. <i>L'Illustration</i> publiera <i>la Grande Famille</i>
+dans son prochain numéro.</p>
+
+<p>Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique
+comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée
+<i>Triplepatte</i>, met en scène un viveur mondain que tous ses proches,
+parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens
+du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite,
+manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à
+la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la
+satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien
+comme pour le mal. <i>Triplepatte</i> est très bien interprété par
+l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en
+scène brillante.</p>
+
+<p>Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style
+anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est
+cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel
+balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de
+s'ennuyer; le musicien <i>des Filles Jackson et Cie</i>, M. Clérice, a
+beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est
+lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve
+des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.</p>
+
+<p>Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en
+dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année
+écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de
+la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les
+vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue
+rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des
+principales nouveautés du temps présent.</p>
+
+<p>Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un
+plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: <i>la Cousine
+Bette</i>. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée.
+Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent
+un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de
+1830, et accentuent la portée des principales situations du drame.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;">
+<b>La devanture de la librairie du <i>Cu-Cut</i>.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>L'atelier du <i>Cu-Cut</i> saccagé.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;">
+<b>La porte de l'imprimerie du <i>Cu-Cut</i>.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<p class="mid"><b>A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS
+ESPAGNOLS</b></p>
+
+<h3>LES INCIDENTS DE BARCELONE</h3>
+
+<p>L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques années déjà, a repris,
+ces temps derniers, avec une nouvelle intensité, à la suite des
+élections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent
+pas à se séparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie.
+Leur attitude a exaspéré leurs adversaires, et des officiers, dans un
+excès de zèle loyaliste regrettable, viennent de se porter à de
+fâcheuses extrémités.</p>
+
+<p>Réunis au nombre de trois cents, armés de leurs sabres, de haches, de
+revolvers, d'outils divers, ils se sont rués vers les locaux occupés par
+le journal catalaniste le Cu-Cut, à l'imprimerie d'abord, où ils ont
+pénétré de force après avoir brisé la devanture et fracturé la porte.
+Une fois là, ils détruisirent les machines, firent main basse sur tout
+le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous
+l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rédaction reçut
+ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccagée. Puis la
+<i>Veu de Catalogna</i>, autre journal catalaniste, fut envahie à son tour,
+dans les mêmes conditions, et traitée de pareille façon.</p>
+
+<p>Et, tandis que brûlaient les <i>autodafés</i>, les passants inoffensifs
+étaient molestés et obligés, sous menace de coups, de crier: «Vive
+l'Espagne! A bas la Catalogne!»</p>
+<br><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br><b>La princesse Eugénie de Battenberg.</b>--<i>Phot. Hughes et
+Mullins.</i></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014c.png"><br><b>Sir Henry Campbell Bannerman.</b>--<i>Phot. E. H. Mills.</i></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014d.png"><br><b>M. Philippe Jourde.</b>--<i>Phot. Pierre Petit.</i>]</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<h4>LA FUTURE REINE D'ESPAGNE</h4>
+<p>Depuis quelque temps, le bruit s'est répandu
+des prochaines fiançailles du roi d'Espagne avec la princesse
+Victoria-Eugénie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore
+reçu de confirmation officielle, on a dès maintenant de sérieuses
+raisons de la tenir pour véridique. C'est lors de son séjour à Londres,
+au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fixé son choix
+sur la fille de la princesse Béatrice, soeur du roi Édouard VII, et
+veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de
+Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projeté, Alphonse XIII se
+trouverait, on le voit, étroitement allié à la maison d'Angleterre. La
+future reine, qui est la filleule de l'impératrice Eugénie, est née à
+Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa
+dix-huitième année; on s'accorde à louer le charme de sa beauté blonde,
+la culture de son intelligence, la vivacité de son esprit. Elle a trois
+frères, dont l'aîné, le prince Alexandre-Albert, âgé de dix-neuf ans,
+appartient à la marine britannique.</p>
+
+<h4>SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN</h4>
+
+<p>A la suite de la démission du cabinet conservateur présidé par M.
+Balfour, le roi d'Angleterre a confié à sir Henry Campbell Bannerman, le
+leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet
+libéral.</p>
+
+<p>Né en Écosse en 1836, le nouveau «premier» du gouvernement britannique
+est âgé de soixante-neuf ans; il siège depuis 1868 à la Chambre des
+communes, sur les bancs de ce parti libéral dont il est devenu le chef.
+Au cours de sa longue carrière politique, il fut, de 1871 à 1874,
+secrétaire des Finances au ministère de la Guerre, fonctions qu'il
+reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrétaire de
+l'Amirauté, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrétaire d'État à
+la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone.</p>
+
+<h4>L'«OMÉGA»</h4>
+
+<p>On vient de mettre à l'eau le submersible <i>Oméga</i>, construit à Toulon,
+dans l'arsenal du Mourillon.</p>
+
+<p>La coque, en forme de cigare aplati à l'avant et évasé vers l'arrière,
+supporte une passerelle d'environ 20 mètres qui émerge seule pendant la
+navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du
+commandant avec son capot. Cette coque, à peu près semblable à celle des
+autres submersibles, est d'un tonnage bien supérieur: 301 tonneaux; elle
+mesure 48 mètres de longueur. La vitesse prévue est de 11 noeuds.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014e.png"><br><b>Le submersible <i>Oméga</i>, qui vient d'être lancé à Toulon.</b></p>
+
+
+
+<h4>M. PHILIPPE JOURDE</h4>
+
+<p>M. Philippe Jourde, président honoraire de l'Association des
+journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne,
+qu'il présida également, et de la Caisse des victimes du devoir, vient
+de mourir à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien négociant, il était
+entré au conseil d'administration du <i>Siècle</i>, puis avait dirigé ce
+journal pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il
+s'était établi au château de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues,
+dont, pendant dix-huit ans, il fut le représentant au conseil général
+des Bouches-du-Rhône. C'est là qu'il s'est éteint, après avoir consacré
+l'activité de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non
+seulement à la constitution d'une importante collection d'objets d'art
+et d'une bibliothèque de plus de 20.000 volumes, léguée au Puy, sa ville
+natale, mais encore à la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment
+de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique établissement que la
+généreuse donation de M. Jourde a fait la propriété de l'Association de
+secours des gens de mer de la Méditerranée.</p>
+
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br><a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><b><i>NOUVELLES INVENTIONS<br>(Tous les articles compris sous cette rubrique
+sont entièrement gratuits.)</i></b></p>
+
+<h4>LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE</h4>
+
+<p>On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider
+facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles
+contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très
+simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant
+ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un
+récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout
+danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de
+l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une
+fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans
+qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps,
+et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide.</p>
+
+<p>Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions
+indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir
+ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre
+figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils
+sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20
+centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6
+mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou
+diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la
+hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour
+toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond.</p>
+
+<p>Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages
+métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec
+des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La
+fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se
+place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce
+et le bouchon.</p>
+
+<p>Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide
+carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de
+raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant
+au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016.png"><br>
+
+<p>Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont
+au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le
+surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme
+s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes,
+un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz,
+au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus
+basse.</p>
+
+<p>Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la
+sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide
+carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se
+dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à
+mesure qu'il arrive.</p>
+
+<p>Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez <i>M. Rameau,
+ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris.</i></p>
+
+<br><br>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>
+Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 ***
+
+***** This file should be named 36742-h.htm or 36742-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/6/7/4/36742/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
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+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
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+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+1.E.9.
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
+
+
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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