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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905 + +Author: Various + +Release Date: July 15, 2011 [EBook #36742] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 *** + + + + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + + + + + + +L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905 + +Avec ce Numéro L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT LES OBERLÉ + + +LA REVUE COMIQUE, par Henriot. + + +Supplément de ce numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant les Oberlé, +par Edmond Haraucourt. L'ILLUSTRATION Prix de ce Numéro: Un Franc. +SAMEDI 9 DÉCEMBRE 1905 63e Année-N° 3276 + +[Illustration: L'ARRIVÉE DES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVEGE DANS LEUR +CAPITALE Le roi Haakon VII, portant le prince héritier, serre la main de +M. Michelsen, premier ministre, venu le saluer à bord du _Heimdal,_ en +rade de Christiania, le 25 novembre.--_D'après une photographie._] + + + +COURRIER DE PARIS + +JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE + +Rue de Sèze. La grande cohue. Quelque chose comme une émeute +silencieuse,--autour d'une porte; la prise d'assaut d'on ne sait quoi +par une foule très élégante qui, des deux rues voisines, afflue, se +serre en interminables files au long des trottoirs, guette fiévreusement +son tour d'entrer... C'est le grand spectacle de la semaine,--autrement +sensationnel qu'une «première» aux théâtres du boulevard; un spectacle +où ce n'est pas de l'émotion inventée et truquée, de la littérature +qu'on nous sert, mais de la douleur «pour de bon», le dénouement du +drame vécu dont un homme est mort. La vente Cronier! Tout Paris a voulu +voir cela et, depuis cinq jours, la salle Georges Petit est une étuve. +On s'écrase, on joue des coudes pour arriver jusqu'aux cimaises: + +--Avez-vous vu le Gainsborough? + +--Et cette _Flore_, ma chère! c'est le chef-d'oeuvre de Carpeaux. + +--Moi, ce sont les tapisseries que je voudrais m'offrir. Ces cartons de +Boucher! c'est le triomphe de Beauvais. + +--Et le Watteau! Et les Fragonard! + +--Il y a un Perronneau délicieux. + +--Oui, mais Chardin! + +--Et les La Tour, donc!... + +L'amie qui me régale de cette promenade à «l'exposition Cronier» est +fort emballée. Je lui demande: «Vous connaissez le Louvre?» Elle me +répond: «Très mal; on n'a pas le temps.» Je lui demande encore: +«Etes-vous allée voir, à Versailles, l'adorable galerie de peinture du +dix-huitième que M. de Nolhac vient d'installer dans les appartements du +Dauphin?» Elle ne sait ce que je veux dire, et, distraitement, fait: +«Non. Mais regardez donc ça, comme c'est joli!» + +Elle n'est allée ni au Louvre, ni à Versailles, ni en aucun des lieux où +les délices de l'art d'autrefois s'offrent continuellement, librement et +sans risque de bousculade, à la vue de tout le monde. Aux yeux de mon +amie, le Louvre et Versailles, c'est des expositions Cronier qui ne +ferment jamais, et où, par conséquent, on n'ira jamais, parce qu'il n'y +aura jamais de raison pour qu'on se presse d'y aller. Cette +exposition-ci, au contraire, c'est comme un petit Louvre «interdit au +public» et dont les portes se seraient, par accident, entre-bâillées +pour quelques jours à la curiosité de huit ou dix mille privilégiés. On +s'y rue donc. + +Et puis, il n'y a pas que la peinture. Il y a _l'accident_. Il y a +l'attrait des circonstances dramatiques dans lesquelles ce rare +spectacle nous est offert. La Rochefoucauld nous enseigne que, presque +toujours, un peu de joie se mêle au spectacle de l'infortune des autres. +J'imagine que nulle part cette abominable réflexion ne saurait se +vérifier mieux qu'ici. Nulle émotion n'ennoblit la curiosité de cette +foule. On voit des gens rire; on entend des mots d'esprit; on devine +qu'au souvenir du désastre évoqué par cet étalage de chefs-d'oeuvre +d'inavouées rancunes se soulagent et que, devant ces Chardin, ces +Fragonard, ces Corot, ces La Tour à vendre, plus d'une jalousie +mondaine, secrètement, se sent vengée. Les meilleurs plaignent le +disparu, mais, tout de même, éprouvent une sensation agréable à la +pensée qu'en cette tragique aventure ce fut un autre qu'eux qui +«écopa»... Et ce sont là, évidemment, des sensations qu'une visite aux +musées nationaux ne saurait donner. + + * + * * + +La semaine, au surplus, fut propice aux bavardages, aux confidences, aux +potins mondains. Le soir même du jour où l'exposition Cronier fermait +ses portes, la Comédie-Française rouvrait les siennes aux abonnés. +Reprise des «mardis»... c'est une date, cela. La reprise des mardis de +la Comédie-Française marque l'officielle réouverture de la saison +mondaine à Paris. Octobre et novembre sont les mois des petites +rentrées: rentrées d'écoles, de tribunaux, d'universités. Du château on +ne revient que plus tard. Les sports d'automne, les grandes chasses, +retiennent un peu plus longtemps, chaque année, loin de Paris, la +clientèle de premières loges des, «mardis», et ce n'est guère qu'en +décembre qu'elle consent à nous rejoindre, ou qu'elle est censée nous +avoir rejoints. + +C'est à la Comédie-Française qu'elle donne ses premiers rendez-vous. Se +préoccupe-t-elle beaucoup des «nouveautés» que va lui servir M. Jules +Claretie? J'en doute un peu. J'ai, l'hiver dernier, fréquenté quelques +loges de la Comédie, aux jours d'abonnement; et il m'a semblé que, chez +la plupart de ces auditeurs hebdomadaires, l'art dramatique n'excitait +pas une passion très forte. L'abonné écoute Molière et Racine par +habitude; Augier, Dumas, Pailleron par politesse; et, avec un peu plus +de curiosité, Hervieu, Donnay, Capus, Brieux, dont il connaît les +figures, et avec qui il a dîné. Il n'applaudit qu'avec réserve ce qui +lui plaît et, s'il est mécontent, ne le dissimule point. La bonne humeur +ne lui revient franchement qu'aux entr'actes. L'entr'acte est, pour +l'abonné, le moment délicieux du spectacle; celui où, débarrassé du +devoir d'écouter une pièce qui l'amuse peu et de paraître attentif aux +gestes de comédiens qui lui indiffèrent, il s'évade vers les coulisses, +amusé par la grâce qui lui sourit, par la beauté qu'il effleure: +innocents plaisirs qu'on aime pour ce qu'ils ont d'un peu illicite et de +clandestin! Dans la salle, les grillages dorés des baignoires se sont +abaissés; les portes des loges s'entr'ouvrent; on se rend des visites; +des conversations s'engagent où il est rarement question de la pièce +qu'on est venu entendre; et cette trop courte récréation ne prend fin +qu'à l'instant où les trois coups sont frappés... + + * + * * + +Un homme est toujours assuré d'avoir pour lui l'opinion publique et de +mettre, comme on dit, les rieurs de son côté, quand il s'avise, en +France, de résister à la tyrannie d'une loi mauvaise ou d'un règlement +maladroit. + +Beaucoup de gens sauront donc gré de son geste de rébellion au voyageur +qui, l'autre jour, passant la frontière à Tourcoing pour rentrer à +Paris, refusa de descendre de wagon pour faire visiter en douane ses +bagages à main, fut condamné pour ce fait à cinq cents francs d'amende +par le juge de paix, et a résolu, dit-on, de faire appel de ce jugement +devant la Cour. + +Le cas est d'autant plus intéressant que le rebelle qu'on va juger +n'appartient point à ce qu'on appelle le parti du désordre. Ce n'est ni +un révolutionnaire qui s'insurge par habitude contre les lois, ni un +politicien d'opposition préoccupé de chercher noise au gouvernement, ni +un étudiant qui s'amuse. C'est un grave et pacifique officier +ministériel, un agent de change connu et dont les opinions +conservatrices sont notoires. + +Mais il est probable que M. R. G... a voyagé beaucoup en Europe, et +qu'ayant comparé le régime des douanes françaises à celui des douanes de +plusieurs autres grands pays, il a souffert de la comparaison. Sans +doute l'État est fort excusable de se défendre contre les fraudes +variées qui le menacent, puisque, aux yeux de beaucoup de citoyens, +voler l'État ce n'est pas voler. Mais n'est-ce pas assez qu'il oblige le +voyageur à tenir ses bagages ouverts «à toute réquisition de +l'autorité»; et n'est-ce pas trop qu'il lui impose le devoir de se +déranger pour venir lui-même au-devant de cette réquisition-là? + +Il est vrai que c'est un métier bien délicat que celui de «gabelou», et +qu'en France surtout cette sorte d'espionnage légal se heurte à des +susceptibilités, à des malices, à des trucs qui y rendent l'application +de la loi plus malaisée peut-être que partout ailleurs. Il y a tant +d'hommes d'esprit, dans ce pays-ci! + +On me contait dernièrement l'aventure d'un ancien ministre, M. Yves +Guyot, qui, passant avec une valise à la main devant les employés de +l'octroi, est arrêté par l'invariable question: + +--Vous n'avez rien à déclarer? + +--Rien du tout, fait M. Guyot. + +--Ouvrez, dit le commis. + +--Je refuse. + +Le commis se fâche, invoque le droit de l'État, appelle à son secours un +chef, devant qui, très poliment, l'ancien ministre s'explique: +«J'aurais, dit-il, ouvert cette valise si vous m'en aviez requis du +premier coup, et sans phrases. Cela, c'est votre droit. Mais vous m'avez +_demandé_ si j'avais quelque chose à déclarer; j'ai dit non; et vous ne +m'avez pas cru. Cela, je ne l'admets pas. Vous avez le droit de fouiller +mes bagages, mais non celui de mettre en doute publiquement ma probité.» + +Qui avait raison? + +SONIA. + + + +L'ENTRÉE DES SOUVERAINS + +NORVÉGIENS A CHRISTIANIA + +Les nouveaux souverains de Norvège ont fait leur entrée solennelle dans +leur capitale le 25 novembre. + +Dès le matin, le navire de guerre le _Heimdal_, portant les membres du +gouvernement, était allé à la rencontre du yacht royal le _Danebrog_, +venant de Copenhague, escorté de vaisseaux des marines norvégienne, +danoise, anglaise et allemande. Après le transbordement de Leurs +Majestés et du jeune prince héritier sur le _Heimdal_, celui-ci se mit +en route pour Christiania; il y arrivait à 1 h. 1/2, salué par des +salves d'artillerie et les hurrahs de la foule. Au débarcadère, la +municipalité reçut les souverains sous un pavillon drapé de rouge, et +son chef leur adressa des souhaits de bienvenue auxquels le roi répondit +quelques paroles d'une cordiale simplicité; puis ce fut à travers la +ville, parmi les pavoisements, les guirlandes, les acclamations de la +multitude, le défilé du cortège officiel se rendant au château, où +devait avoir lieu, dans la salle du Trône, la réception du Storthing et +du corps diplomatique. Malgré le voile de brume qui l'enveloppait, +malgré la neige qui poudrait ses toits et couvrait d'un épais tapis +blanc le sol de ses rues, Christiania était en liesse, et ce froid décor +d'hiver formait un pittoresque contraste avec la chaleur de +l'enthousiasme populaire. + +Le lendemain dimanche, le roi et la reine se rendirent à l'église +Saint-Sauveur, au seuil de laquelle les attendaient les pasteurs. + +Le lundi 27, Haakon VII, toujours acclamé sur son passage, allait prêter +serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé sous +la présidence de M. Berner. + +La gracieuse reine Maud et le petit prince Olaf eurent leur large part +des ovations et des marques de sympathie multipliées pendant ces +journées de bon accueil. Le roi s'en montra vivement touché. Aussi bien, +le jour de l'arrivée, l'esprit familial qu'il apporte de la cour de +Danemark s'était affirmé par un joli mouvement de fierté paternelle, +lorsque, à bord du _Heimdal_, il avait pris dans ses bras, pour le +présenter à M. Michelsen, premier ministre et chef du gouvernement +provisoire, l'enfant royal, dont le frais visage, épanoui sous son +bonnet de fourrure, semblait sourire inconsciemment à l'avenir de la +nouvelle dynastie. + + + +[Illustration: Une rue de magasins juifs après le passage des pillards.] + +[Illustration: La même rue après le passage des incendiaires.] + +A ISMAÏL (BESSARABIE) + +ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE + +La Russie est, en ce moment, presque isolée du reste du monde: ses +postiers, ses télégraphistes, sont en grève; les chemins de fer +fonctionnent de la façon la plus irrégulière, au bon plaisir des +employés ou de ceux qui les mènent. C'est miracle que des courriers +arrivent encore de temps à autre. Cependant, le zèle de nos +correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de +toutes les parties de l'empire troublé, d'intéressants documents. + +Les trois premières photographies de cette page donnent une idée des +excès auxquels se livrent les antisémites. + +Deux sont prises à quelques heures d'intervalle dans la même rue +d'Ismaïl, près de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord +passé et emporté tout ce qui pouvait constituer un butin profitable. + +[Illustration: A SARATOF.--Vue intérieure de la synagogue pillée et +incendiée.] + +Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu. + +La troisième photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont +fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de représailles contre +ceux qu'ils considèrent comme les instigateurs du mouvement +révolutionnaire. + +Notre dernière photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle +donne une vue du premier Congrès général qu'aient tenu les délégués des +paysans. Il a eu lieu à Moscou la semaine dernière. D'autres réunions de +paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet été. Cette +assemblée, du fait qu'elle réunissait des délégués de différentes +provinces, a une importance et une portée considérables, et les +résolutions qui y ont été prises--une tend à la «socialisation» de la +terre, une autre déclare nuls les emprunts d'État contractés après le 23 +novembre--montrent que le «moujik» s'organise, et sait ce qu'il veut. + +[Illustration: A MOSCOU.--Le premier Congrès général des délégués du +Corps des paysans.--_Phot. Smirnof_.] + + + +LES NOUVELLES BALLES + +BALLES ALLEMANDE (1905).--BALLES FRANÇAISE (1898) + +Depuis l'introduction, dans notre armée, de la balle D qui donnait au +fusil 1886 (fusil Lebel) tous les avantages des fusils de _très petit_ +calibre adoptés en Italie, au Japon et dans d'autres pays, l'infanterie +allemande, qui avait conservé sa cartouche 1888, se trouvait, par +rapport à l'infanterie française, dans un état d'infériorité notable. +Aussi les spécialistes allemands cherchaient-ils avec persistance un +projectile qui rendît à leur fusil 1898 son ancien rang. C'est le +résultat qu'ils viennent enfin d'atteindre. + +La nouvelle balle allemande porte le nom de balle S, de l'initiale du +mot _Spitzgeschoss_ (projectile à pointe). Elle présente, en effet, au +lieu de la forme en ogive émoussée de la balle 1888 (fig. b), une forme +très allongée, presque conique, avec un méplat imperceptible (fig. c). +Alors que dans les projectiles ordinaires de l'infanterie ou de +l'artillerie la pointe constitue habituellement le tiers au plus de la +hauteur, dans la balle S la pointe s'étend sur plus de la moitié de la +longueur totale (1). C'est là une révolution complète dans la forme des +projectiles; c'est même la _faillite_ de l'ancienne balistique. + +[Illustration: Fig. a. Fig. b. Fig. c. +Balle Lebel Balle allemande Balle S, nouvelle (1886). (1888). balle +allemande.] + +On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement +encore), dans les cours de toutes les écoles militaires de tous les pays +du monde, que la meilleure forme avant à donner aussi bien aux balles +qu'aux obus était une ogive d'une hauteur égale au diamètre du +projectile, ogive tronquée à l'avant par un méplat. Telle était, par +exemple, la forme donnée à la balle 1886-1893 de notre fusil actuel, +balle ogivale à méplat de 4 millimètres (fig. a). Telle était également, +à peu de chose près, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b), +celle-ci ne différant de l'ancienne balle française que par l'arrondi de +la partie antérieure. Au reste, à part cette légère modification, la +balle allemande était identique à la nôtre comme calibre, longueur et +poids, si bien que, le tracé intérieur des deux armes étant aussi le +même, les deux fusils se trouvaient tout à fait équivalents au point de +vue du tir. + +Cet état de choses s'était modifié il y a quelques années, quand nous +avions adopté la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale, +c'est-à-dire très pointue à l'avant et de forme légèrement fuyante à +l'arrière (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle +1886-1893, en plomb chemisé de maillechort, elle est sensiblement plus +légère que cette dernière, en raison de la densité moins grande du métal +qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la +balistique, qui voulaient des balles en métal très lourd, elle conserve +mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue +que celle de la balle qui l'a précédée. + +On peut d'ailleurs juger des progrès réalisés depuis quarante ans, en ce +qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci +représente à la même échelle, et pour la distance de 1.000 mètres, les +trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la +trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888 +et 1898. Or les deux premières s'élèvent jusqu'à 17 ou 18 mètres, tandis +que la dernière ne dépasse pas 10 mètres. Quant au progrès réalisé par +la balle S elle-même, on l'appréciera sur la figure e, qui représente, +pour la distance de 700 mètres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et +des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil +1898 tirant la nouvelle balle. La première s'élève en effet deux fois +plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone +dangereuse beaucoup moins étendue. + +(1) On a prétendu aussi que le culot de la balle S était arrondi au lieu +d'être coupé d'équerre (voir la ligne pointillée de la fig. e), mais +nous croyons que la balle ainsi établie était une simple balle +d'expérience et non la balle définitivement adoptée en Allemagne, et +brevetée depuis plusieurs mois par la _Deutsche Waffen und Munitions +fabriken_. + +(2) Par un sentiment de réserve que l'on comprendra facilement, et bien +que le secret encore conservé sur la balle D soit, depuis longtemps, le +_secret de Polichinelle_, nous nous abstenons de donner le dessin de ce +projectile. + +[Illustration: Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.] + +[Illustration: Fig. e.--Trajectoires du fusil 1898 allemand avec +l'ancienne balle et avec la nouvelle.] + +Il ne sera peut-être pas inutile ici, puisque nous venons d'écrire ce +mot, de définir ce qu'on appelle, en langage technique, la _zone +dangereuse_: c'est la zone dans laquelle la balle se rapproche +suffisamment du sol pour frapper un homme détaille ordinaire (lm,70) et +où, par suite, elle devient dangereuse. + +Nous allons éclaircir par un exemple ce que cette définition peut avoir +d'obscur: + +Considérons sur la figure f la trajectoire de 600 mètres de la balle D. +On voit que cette trajectoire s'élève seulement à lm,70 au-dessus du +terrain horizontal. + +[Illustration: du fusil français avec la balle D. Fig. f.--Zones +dangereuses du fusil allemand avec la balle S.] + +Par conséquent, depuis l'endroit où la balle est lancée jusqu'à celui où +elle vient toucher le sol, 600 mètres plus loin, elle peut atteindre un +homme de lm,70. On dit alors que la _zone dangereuse_ est de 600 mètres. + +Avant l'adoption de cette balle, notre fusil actuel n'avait qu'une zone +dangereuse de 500 mètres, c'est-à-dire que l'infanterie ne pouvait +battre _d'une façon continue_ le terrain situé en avant de son front que +jusqu'à la distance de 500 mètres. + +La balle S allemande a une zone dangereuse encore plus considérable qui, +pour un homme debout, atteint environ 675 mètres, comme le montre la +partie inférieure de la figure f. Pour un tireur à genou, cette zone +dangereuse est encore de 500 mètres et, pour un tireur couché, elle +s'élève au chiffre inattendu de 270 mètres. Cette balle est donc +sensiblement supérieure à la nôtre, ce qui n'a rien d'extraordinaire, +car elle est venue bien après et les Allemands ont pu ainsi profiter du +résultat de nos recherches. + +Ajoutons encore quelques détails: la balle S allemande possède une +chemise en acier nickelé qui ressemble _extérieurement_ à la chemise en +maillechort de notre ancienne balle, mais qui est beaucoup plus +résistante de façon à ne point s'arracher dans le canon. Elle est +_beaucoup_ plus légère (10 gr.) que l'ancienne balle allemande (14 gr 7) +et, de plus, elle est lancée par une charge de poudre notablement plus +forte que celle de la balle 1888. Pour ces deux raisons, elle sort de +l'arme avec la vitesse initiale extrêmement considérable de 860 mètres +par seconde, au lieu des 620 mètres que possédaient l'ancienne balle +1888 allemande et notre balle 1886 elle-même. La balle D, qui est +seulement un peu moins lourde que la balle 1886, possède de son côté une +vitesse peu inférieure à 700 mètres, grâce à l'emploi d'une charge de +poudre plus forte. Elle a donc une vitesse plus réduite que la balle S; +mais, en raison de son poids, elle triomphe plus facilement de la +résistance de l'air et conserve un peu mieux sa vitesse, ce qui rétablit +l'équilibre dans une certaine mesure. + +Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait croire et à ce +qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa +légèreté et elle conserve sa supériorité sur l'ancienne balle allemande, +non seulement à 2.000 mètres, mais jusqu'à la distance invraisemblable +de 4.000 mètres. + +Quant à la _précision_ du tir, bien loin d'avoir été atteinte par +l'allégement de la balle, comme nous le prêchaient jusqu'ici les +balisticiens vieux jeu, elle a été augmentée dans la proportion de 5 à 7 +environ. + +C'est là un résultat qu'on avait déjà constaté en France avec la balle +D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire. + +D'autre part, la _pénétration_ s'est fortement accrue. C'est ainsi que +la balle S tirée dans le bois de pin à 400 mètres s'enfonce de 80 cent, +au lieu de 45 à 800 35--25 à 1.800 10--5 + +A 350 mètres, elle traverse 7 millimètres de fer. + +Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimètres au +maximum. + +Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'épaisseur (22 +cent, environ), c'est-à-dire qu'elle traverse une brique _en long_. Les +murs de clôture ordinaire ne se trouvent donc plus à l'épreuve de la +balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu à des surprises parfois +désagréables. On sera atteint derrière un mur, comme derrière un gros +arbre, du moins aux distances inférieures à 400 mètres. + +Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4 à 5 grammes de +moins que la cartouche en service jusqu'à ce jour, l'approvisionnement +en munitions du fantassin allemand peut être augmenté d'un quart (150 +cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et précieux +avantage. + +En résumé, l'armée allemande vient de faire avec la balle S un progrès +technique des plus sérieux, progrès qui laisse derrière lui celui que +nous avions accompli nous-mêmes. C'est là un fait qui mérite d'être +apprécié à sa juste valeur, surtout après les éloges dithyrambiques +jadis consacrés à la balle D. + +Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une +supériorité notable sur l'armée allemande avec la balle D et le canon de +75 à tir rapide; cette supériorité était même assez accentuée pour faire +quelque peu hésiter nos voisins de l'Est devant l'hypothèse d'une +agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la +nôtre; les Allemands achèvent de construire un matériel d'artillerie à +tir rapide qui sera presque l'équivalent du nôtre et qui aura sur ce +dernier une supériorité numérique de près de moitié (1); enfin ils +disposent d'une artillerie lourde à tir rapide _que nous n'avons pas +encore_. Il semble qu'il y ait là une situation de nature à préoccuper +tous ceux qui ont la responsabilité de notre défense nationale. + +L. S. + +N.-B.--Les renseignements qui précèdent sont extraits du _Manuel de tir +de l'infanterie allemande (Schiessvorschrift fur die infanterie)_, +document officiel approuvé par l'empereur Guillaume le 2 novembre 1905. +Il paraît par suite difficile d'en contester la valeur. + +Note 1: Voir dans _L'Illustration_ du 30 septembre 1905, l'article sur le +«Nouveau canon allemand». + +On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre +de la Guerre allemand, général von Einem, ait jugé bon de porter à la +connaissance de toute l'armée des renseignements très étendus concernant +la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation +si en dehors des usages habituels de l'armée allemande, rassurer les +esprits en montrant toute l'étendue du progrès qui vient d'être +accompli. + + + +[Illustration: Le port. Vieille forteresse construite par les Génois. Vue +générale de Mitylène]. + +LA DÉMONSTRATION DE MITYLÈNE + +Le gouvernement ottoman ayant refusé d'accepter le contrôle financier +que les grandes puissances européennes, d'un commun accord, jugeaient +nécessaire d'établir en Macédoine, les divers États intéressés ont +décidé de recourir, pour l'y contraindre, à une démonstration navale +collective. L'Allemagne, quoique déclarant hautement s'associer à cette +manifestation, s'est excusée de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux +joindre l'escadre internationale; elle a prétexté qu'elle n'avait, dans +la Méditerranée, nul navire de guerre. La force navale qui s'est réunie +au Pirée, pour, de là, aller bloquer Mitylène, est donc composée, en +principal, des navires français _Charlemagne_ et _Dard_; de navires +russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la +marine autrichienne, est investi du commandement de l'expédition. + +Partie le 26 novembre du Pirée, l'escadre internationale a mouillé +quelques heures plus tard devant Mitylène. Le 28, des détachements des +équipages des diverses nationalités, au nombre de 400 hommes en tout, +débarquaient sans rencontrer aucune autre résistance qu'une protestation +diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le télégraphe. + +[Illustration: Bombes découvertes dans l'hôtel allemand «Kroecker», sous +le grand escalier.] + +[Illustration: Bombes découvertes au «cercle d'Orient», fréquenté par +les représentants des puissances étrangères à Constantinople. (La petite +pèse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)] + +On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel +avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est +également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral +Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne +Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge. +Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène +ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement +bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son +manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les +Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour +les navires. + +Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et, +ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos. + + + +LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE + +L'attentat dirigé, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a été, +en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation +arménienne, et la commission d'enquête constituée, aussitôt, sous la +présidence de Nedjib Pacha Melhamé, pour instruire l'affaire et +rechercher les coupables, s'est trouvée en présence d'une besogne aussi +compliquée que difficile. + +[Illustration: Garabet Vartanian Ohannès Arfarian.] + +DEUX DES ARMÉNIENS CONDAMNÉS A MORT + +Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des +coupables. On avait pourtant ramassé, sur le lieu de l'explosion, un +morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estampé, le numéro +1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de +la voiture qui avait apporté l'engin, puis le propriétaire du véhicule. + +Ce fut enfin la clef de l'enquête. Mais à peine la commission avait-elle +commencé ses travaux, peu de jours après l'attentat d'Yildiz Kiosk, +qu'un Arménien récemment arrivé d'Amérique, Vartanian, tuait à coups de +revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian, +qui avait refusé des subsides aux révolutionnaires. Vartanian fut +arrêté. Son revolver était semblable à celui d'un de ses compatriotes, +venant également d'Amérique et inculpé dans l'affaire de la bombe +Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient été armés tous deux par le +même Comité, la preuve du complot. + +Le champ des investigations se précisa. + +Des perquisitions faites à Constantinople firent découvrir de nombreuses +bombes, surtout dans le quartier européen. L'une, saisie au cercle +d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hérissée de +pointes, présentait l'aspect d'un énorme marron, pesait 50 kilogrammes. +Dans une seule maison, l'hôtel allemand Kroecker, on recueillit douze +engins. + +Après Vartanian et Arfarian, d'autres Arméniens furent arrêtés. Tous ont +été condamnés à mort. On mit également la main sur un Belge, Jauris, +considéré comme complice de l'attentat contre le sultan. La légation de +Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son +procès vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur +principal de l'attentat, un Arménien russe connu sous le pseudonyme de +Ripps. + + + +[Illustration: LES BOUÉES LUMINEUSES DU PLATEAU DES MINQUIERS 1. Le +bateau des Ponts et chaussées accostant la bouée pour la charger.--2. +Commencement de l'opération de chargement.--3. L'opération terminée, +l'homme rentre à bord.--4. L'_Augustin-Fresnel_, bateau spécial des +Ponts et chaussées.--5. Les réservoirs de gaz d'huile à bord de +l'_Augustin-Fresnel_--6. Une bouée à sec dans le parc des +Minquiers.--7. En mer, la nuit.--_Voir l'article, page 399._] + + + +VERTIGE MODERNE +Dessin de Georges Scott. + + + +[Illustration: Deux blue-jackets un peu gais.] + +[Illustration: Les marins de l'escadre britannique d'Extrême-Orient se +dirigeant de la gare de Shimbashi vers le parc de Hibya.] + +LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO + +Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait +mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration +pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée +d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent +à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes +successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices; +ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux +nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de +bienvenue: _Welcome_; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à +peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries--une sorte de +grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri +desquelles les _blue-jackets_ fraternisaient, le verre en main, avec +leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres +breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un +charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner +extraordinairement tout un bataillon de _geishas_, personnes plutôt +légères, n'ayant point coutume de se montrer en public. + +C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant +de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la +capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré +l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement +et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante +sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs, +n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de +cette mémorable bordée. + +[Illustration: Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les +rues de Tokio] + + + +Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing. + +LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE + +Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M. +Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur, +blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre, +habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles, +la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment +braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci, +à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large +partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second +million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une +famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber! + +M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable +accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de +_L'Illustration_ que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez +qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire +auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces +modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine +joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants +s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des +millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un +estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques +instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de +bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous +conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par +lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du +quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse. + +C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en +prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains +journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur +rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très +tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur +est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur +plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux. + +[Illustration: M. Georges Messing sur la scène de son petit théâtre de +marionnettes.] + +[Illustration: Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la +Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé +l'écriteau: A LOUER.)] + + + +[Illustration: La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris: +aspect actuel.] + +[Illustration: La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la +Commune.] + +[Illustration: Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers, +place Saint-Georges, pendant la Commune.] + +LA MAISON DE M. THIERS + +Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une +vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme +d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait +à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la +République. + +Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève, +entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps +l'auteur de _l'Histoire du Consulat et de l'Empire_ avant l'époque de la +Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances. +A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement +insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées +de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République +française, prenait un arrêté ainsi conçu: + +«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront +saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La +maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les +citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux +Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent +arrêté.» + +Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le +27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M. +Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation, +de la maison démolie. + + + +LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER + +Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait +réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette +semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M. +Lair-Dubreuil, commissaire-priseur. + +Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces +marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer +que nos choix avaient été judicieux. + +_Le Billet doux_, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000 +francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands +pour 420.000 francs; _le Volant_, par Chardin, a été acquis moyennant +140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; _le Lorgneur_, acheté +par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant +plus osé affirmer qu'il était de Watteau. + +Du _Portrait de la comtesse de Coventry_, pastel de La Tour, on donne +72.000 francs. Le spirituel et souriant _Portrait du graveur Schmidt_, +autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en +1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. _La Liseuse_, de +Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs. + +_Le Printemps_, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, _Vache à +la lisière d'un bois_, à 40.100 francs; _le Pâtre_, de Corot, à 47.000 +francs; _la Mare_, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école +anglaise, on a eu quelques déceptions. Le _Portrait présumé de sir John +Campbell_, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le _Portrait +de miss Day_, par Lawrence, à 43.000 francs; _la Jeune Laitière_, bien +qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais +le Reynolds du catalogue, _Esquisse du portrait de lady Stanhope_, +«attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache +intitulée _Méditation_, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non +plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs. +Qu'eût-ce été d'un Gainsborough? + +Quant aux deux tapisseries, le panneau de _l'Histoire de Don Quichotte_, +exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000 +francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, _Psyché montrant ses +joyaux à ses soeurs_, 300.000 francs. + +En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs! + +[Illustration: LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES +PETIT.--A quatre cent mille!... _Le Billet doux_, de Fragonard!...--On +demande à voir!... _Le Billet doux_, de Fragonard, a été adjugé 420.000 +francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais à la charge de +l'acquéreur.] + + + +LIVRES NOUVEAUX + +_Romans._ + +Par son titre: _Pom-Prune_, le livre de M. Paul Guiraud (Albin +Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la +fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères, +très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du +principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de +son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la +condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions +publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est +destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se +succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de +province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales, +intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et, +vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent +jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit +crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la +procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une +apparence de vie, tels sont les _Bonshommes en papier_ (Fasquelle, 3 fr. +50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une +intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des +scribes de ministères et autres _papyrocéphales_. A signaler aussi le +récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel +de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les +principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle. + +Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre +social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un +visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles +Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son _Homme de peine_ +(Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est +disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre +sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu +communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son +existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante. + +Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache +vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle +est _Mademoiselle Nouveau-Jeu_ (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de +M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles, +surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des +enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu +jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile. + +Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases +d'un complot, telle est _l'Idylle dans un drame_ (Mame, 3 fr.), que +publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un +ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents, +anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il +est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques, +puisque persécutés, malheureux et frondeurs. + +De l'aveu et par la volonté de l'auteur, M. Gabriel Faure, _l'Amour sous +les lauriers-roses_--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman +(Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune étude philosophique, +psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue +fine, délicate, sensuelle, dont les rives du lac de Côme et les jardins +de Bellagio constituent les voluptueux décors. + +M. Paul Bertnay--l'auteur de _Jusqu'aux étoiles_--dont nos lecteurs ont +pu récemment encore apprécier le fin talent, vient de publier en +librairie _la Buissonnière_ (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont +_L'Illustration_ eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donné tant de +charme vaillant à un personnage de jeune fille et tant de grâce +spirituelle à un personnage de jeune femme. + +_Auteurs gais_. + +Vingt nouvelles très courtes, dont la première, _Détails sur mon +suicide_, prête son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le +récent apport de MM. Max et Alex Fischer à la collection des «auteurs +gais». Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non +plus n'engendre pas la mélancolie. La verve humoristique de ces +fantaisistes jumeaux, déjà justement réputés en leur genre, a ceci de +particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrêmes de la +bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa légèreté. Un style +concis, rapide, incisif, de qualité vraiment littéraire, ajoute encore à +l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie, +sous leur forme paradoxale. + +_Histoire._ + +Le comte de Gobineau--dont le nom fut mêlé à de récentes +polémiques--avait, aux deux pôles de sa brillante carrière de diplomate, +de penseur et d'écrivain, consacré deux études aux destinées de la +Grèce. Ce sont ces _Deux Études sur la Grèce moderne_ (Plon, 3 fr. 50), +l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre +plaidant la cause des Hellènes dans le remaniement de la carte d'Orient, +qu'un éditeur avisé vient de réunir en un seul volume. + +Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages +qui, cette année, ont traité du problème oriental et parmi lesquels nous +citerons: _la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine, +1821-1905_ (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M. +Albéric Cahuet sur la matière. + +La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde. +C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oublié au prix de quels +efforts diplomatiques la froideur prolongée de jadis entre les deux +nations s'est transformée en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est +l'histoire des «années troubles», des années de froissements politiques, +sous l'influence de Crispi et d'antagonisme économique, que, dans son +remarquable ouvrage, _la France et l'Italie, 1881-1899_ (Plon, 2 vol., +15 fr), M. A. Billot nous présente. M. A. Billot était ambassadeur à +Rome pendant les années troubles. C'est donc avec la plus autorisée des +compétences que son livre est écrit. + +Dans un livre fort agréable à lire, _les Derniers Républicains_ (Victor +Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les +convictions des généraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert, +qui--Pichegru excepté--furent, en quelque sorte, les demi-solde +républicains du Consulat et de l'Empire. + +Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, _Paris sous +Napoléon: administration et grands travaux_ (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac +de Laborie ne se contente pas de tracer un fidèle tableau des +transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache +également à nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers, +théâtres, cafés, lieux de public et lieux de plaisir où se mouvait la +société d'alors. + +_Littérature_. + +En écrivant son _Histoire de la littérature française, 900-1900_ +(Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de +nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées, +l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit--disent les +programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le +plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été +conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins, +de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est +efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement +illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très +célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les +programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire». + +Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou +simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel +ou non--connaît la difficulté du _qualificatif_. Bien souvent, celui qui +conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente +pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et, +parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à +réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en +composant un _Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie_ +(Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son +petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée +de la main. + +_Questions d'actualité._ + +Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur +Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins +celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers +ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités +authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John +Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la +liste de ces livres révélateurs. _Lui_ (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est +Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est +un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J. +Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands. +Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la +caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse. +Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe! + +Dans un volume in-8° de près de six cents pages, _le Président Émile +Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république_ (Jurai, +15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat +qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures +présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un +précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la +troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien +faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment +illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements +notoires. + + + +DOCUMENTS et INFORMATIONS + +LES EFFETS D'UNE TROMBE. + +Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les environs de Cravant, près +de Beaugency. M. Maillard vient de signaler quelques-uns des curieux +effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est accompagné d'une +dépression barométrique très forte au centre du tourbillon. Dans une +cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne. Ailleurs, dans un +grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a été jetée à un mètre +de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une habitation, a +littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air sous la +cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la pression +à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu du même +principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de dedans en +dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble étonnant, mais +qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les toitures les +plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures formées d'ardoises +ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas souffert appréciablement: +en effet, les ardoises ou tuiles, en se soulevant légèrement, aspirées +par la dépression extérieure, ou plutôt soulevées par la pression +intérieure, ont permis à la pression intérieure de se mettre en +équilibre avec l'extérieure; les toitures neuves, solides, totalement +appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été enlevées tout d'une pièce, au +contraire. C'est qu'elles manquaient de jeu, c'est qu'elles mettaient +obstacle à l'établissement de l'équilibre: elles ont éclaté comme les +murs ou les vitres cités plus haut, et ont été enlevées. Dans les champs +on a observé aussi de singuliers effets. Un champ d'avoine a été +totalement privé de son grain. Les tiges sont restées en place, amarrées +par les racines; mais les grains, moins solidement attachés aux tiges, +ont été enlevés, comme si un peigne y avait passé. Cet effet de happage +est dû à un violent courant d'air ascendant. + +LE SOUFRE DE LA LOUISIANE. + +Il y a une vingtaine d'années, des sondages effectués en Louisiane, près +du lac Charles, dans l'espoir de découvrir du pétrole, révélèrent un +gisement de soufre d'environ 35 mètres d'épaisseur à 140 mètres de la +surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe +aquifère et des sables boulants; quatre compagnies essayèrent +successivement de vaincre ces difficultés et se ruinèrent. + +En 1891, M. Frasch imagina un procédé aussi bizarre qu'audacieux. On +fore jusqu'à la partie inférieure du gisement un trou qu'on munit d'un +tubage de 254 millimètres de diamètre s'arrêtant à la partie supérieure +du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui +descendent presque au fond du trou de sonde et présentent des diamètres +respectifs de 152, 76 et 25 millimètres. Les intervalles entre ces +quatre tubes forment donc trois «couronnes». + +Par la couronne extérieure on lance de l'eau sous pression suffisante +pour atteindre la température de 330° centigrades: le soufre, fusible à +110°, monte dans la couronne intermédiaire par suite de la pression de +l'eau. On envoie de l'air comprimé par le petit tube central, et le +soufre liquide, se mélangeant de bulles d'air, est refoulé dans la +couronne centrale, formant une colonne de densité inférieure à celle du +soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver à l'air libre. +Le soufre sort ainsi du sol, tout raffiné, avec un degré de pureté de +99,6%. + +La richesse du gisement actuellement reconnu est évaluée à 40 millions +de tonnes. + +La production de la mine, qui était de 100 tonnes par jour en 1902, +atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M. +Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait, +affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation +mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque +totalité était jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en +1902). Les États-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une +entente récente entre les compagnies intéressées, le soufre de la +Louisiane ne sera exporté que dans quelques régions déterminées +d'Europe. + +UN PRÉSENT DE M. LOUBET À LA REINE DE PORTUGAL. + +[Illustration: Gerbe de roses en orfèvrerie offerte par le président de +la République à la reine de Portugal.] + +Le président de la République a prié le roi de Portugal de vouloir bien +offrir en son nom, à la reine Amélie, une gerbe de roses de France, +exécutée par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent, +plongent leurs tiges dans un très beau vase en cristal de Galle, monté +sur pied d'orfèvrerie, portant, d'un côté, l'écusson royal au chiffre de +la reine; de l'autre, les armes de la République avec une banderole d'or +où est inscrite la dédicace: _Émile Loubet, président de la République +française, à S. M. la reine Amélie de Portugal._ + +TRAINS DE BOIS SUR LE PACIFIQUE. + +On se rappelle peut-être que des spéculateurs américains avaient imaginé +de recourir au flottage pour le transport des bois à travers les océans. +Ils avaient calculé qu'en formant des radeaux représentant la charge de +vingt grands navires, il suffirait qu'un seul sur trois arrivât à +destination pour rendre le procédé économique. Le premier essai réussit +exactement dans cette proportion; mais, contrairement aux prévisions, +les bois des radeaux disloqués, au lieu d'être portés par le Gulf-Stream +vers les rivages antarctiques, arrivèrent dans les parages des Açores. +Durant plusieurs mois, les navigateurs y furent exposés à se heurter à +d'innombrables troncs mesurant de 75 centimètres à 2 mètres de diamètre, +et de 9 mètres à 27 mètres de longueur. Ce mode de transport, à peu près +abandonné sur la côte orientale des États-Unis, est devenu assez usité +entre le Canada et San-Francisco, la proximité continuelle l'assèchement +et la pêche du lac d'Enghien de la côte en atténuant les risques pour +les exploiteurs... et pour les autres. + +[Illustration: Un coup de filet ramenant 1.800 kilos de poisson.] + +[Illustration: Le lac complètement asséché.] + +Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire +en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traîneront sur +le Pacifique, des rives canadiennes aux côtes chinoises. Si ce «fagot» +se disloque en route, les accidents que ces épaves pourront causer +seront compensés dans une certaine mesure par les nouvelles données +qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en +outre, apporter la richesse à de nombreuses familles de pêcheurs. + +L'ÉPAISSEUR DE LA GLACE EN SIBÉRIE. + +On savait, d'après les observations de Middendorf, que l'épaisseur de la +nappe de glace des lacs sibériens varie ordinairement entre lm,50 et +lm,80, sans dépasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de +communiquer le résultat d'études faites, au même point de vue, sur les +eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisseï, l'épaisseur de glace +oscille entre 70 et 90 centimètres; à l'extrémité septentrionale de la +Sibérie, vers Bouloum et Rourskoyé-Oustié, elle atteint 2 mètres et +2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa, à Verkhoyansk; ce point, +situé sous 67° 30' de latitude, est pourtant voisin du pôle froid de +l'ancien monde, et la température moyenne des trois mois d'hiver y varie +de -44° à -48°, s'abaissant parfois à -67°. + +Enfin, en Transbaïkalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (51°30' +et 53°35') on trouve d'un mètre à 2m,35 de glace; l'épaisseur croît très +vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait défaut. Pour +empêcher la congélation complète des rivières peu profondes et sauver la +vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de +branches de pin qui déterminent la formation de monceaux de neige +mettant la couche de glace à l'abri de la température extérieure. + +LA PÊCHE DU LAC D'ENGHIEN. + +Tous les cinq ans environ, on assèche le lac d'Enghien pour procéder au +curage du fond. + +C'est l'occasion d'une grande pêche, toujours fructueuse, car cette eau, +dont s'accommoderaient mal les truites, est très favorable à la +multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a +quelques jours, le lac a été mis presque complètement à sec et il n'a +pas fallu moins de près de trois semaines pour mener à bout cette +opération; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait été laissé +plein d'eau, on a retiré 3.400 kilos de poisson dont le frétillement +était guetté par de nombreux curieux. + +L'HÔPITAL CLAUDE-BERNARD. + +Le nouvel hôpital élevé à la porte d'Aubervilliers, et dont nous +donnions récemment une vue d'ensemble, vient d'être inauguré en présence +de M. le président de la République. Il portera le nom d' «hôpital +Claude-Bernard»! + +Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer à M. +Émile Loubet à quel point l'installation en était parfaite et quel soin +on avait pris de se conformer, dans les moindres détails aux +prescriptions des hygiénistes. C'est ainsi que l'air et la lumière +pénètrent à flots par de larges baies dans toutes les salles chauffées à +la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqués, ce qui permet de +fréquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles. + +L'hôpital Claude-Bernard est, de tout point, un hôpital modèle. + +LES BOUÉES LUMINEUSES _Voir la gravure page 390._ + +Le récent naufrage de l'_Hilda_, en vue de Saint-Malo, semble résulter +surtout de l'impossibilité où se trouva le capitaine d'apercevoir, à +travers la brume, les feux de la rade et de reconnaître les récifs qui +en gênent l'approche. + +Pour parer à cette éventualité dangereuse, la marine entretient, en de +nombreux points voisins des côtes, de France, des feux flottants +destinés à signaler les écueils par les temps où les projections +lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre. + +Le «plateau des Minquiers», massif de rochers fort dangereux, situé +précisément dans le golfe de Saint-Malo, était jadis signalé par un +bateau-feu comportant un équipage et devant être ravitaillé tous les dix +ou quinze jours. Ce bateau a été remplacé par cinq bouées lumineuses qui +peuvent fonctionner, abandonnées à elles-mêmes, durant trois mois. En +fait, cependant, on les recharge à peu près aussi souvent qu'on +ravitaillait le bateau-feu: on se borne à attendre une mer calme pour +aborder à ces rochers, dont l'accès, fort difficile par les gros temps +d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines. + +En tôle d'acier très résistante, d'une seule pièce, contenant du gaz +d'huile à la pression de 11 atmosphères, la bouée pèse 5 tonnes. Elle +est munie d'une longue queue chargée d'un poids de 1.500 kilos qui lui +assure une grande stabilité, et de gros champignons en fonte, remplaçant +une ancre, l'empêchent de dériver. La lampe est entourée de lentilles +identiques à celles des phares. + +[Illustration: Une salle du nouvel hôpital Claude-Bernard, à +Aubervilliers.] + +Pour le chargement, le bateau accoste la bouée, l'amarre, et un homme +fixe à son extrémité supérieure un tuyau par lequel on envoie le gaz +pompé dans les réservoirs du bateau. De temps en temps, les bouées sont +remplacées et ramenées au port pour être repeintes et nettoyées. + + + +LES THÉÂTRES + +Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue, +avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: _la Grande +Famille_, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule +en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui +a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque +de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort +goûté--et fort applaudi. _L'Illustration_ publiera _la Grande Famille_ +dans son prochain numéro. + +Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique +comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée +_Triplepatte_, met en scène un viveur mondain que tous ses proches, +parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens +du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite, +manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à +la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la +satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien +comme pour le mal. _Triplepatte_ est très bien interprété par +l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en +scène brillante. + +Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style +anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est +cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel +balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de +s'ennuyer; le musicien _des Filles Jackson et Cie_, M. Clérice, a +beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est +lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve +des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables. + +Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en +dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année +écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de +la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les +vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue +rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des +principales nouveautés du temps présent. + +Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un +plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: _la Cousine +Bette_. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée. +Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent +un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de +1830, et accentuent la portée des principales situations du drame. + + + +[Illustration: La devanture de la librairie du _Cu-Cut_. + +L'atelier du _Cu-Cut_ saccagé. + +La porte de l'imprimerie du _Cu-Cut_.] + +A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS +ESPAGNOLS + +LES INCIDENTS DE BARCELONE + +L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques années déjà, a repris, +ces temps derniers, avec une nouvelle intensité, à la suite des +élections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent +pas à se séparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie. +Leur attitude a exaspéré leurs adversaires, et des officiers, dans un +excès de zèle loyaliste regrettable, viennent de se porter à de +fâcheuses extrémités. + +Réunis au nombre de trois cents, armés de leurs sabres, de haches, de +revolvers, d'outils divers, ils se sont rués vers les locaux occupés par +le journal catalaniste le Cu-Cut, à l'imprimerie d'abord, où ils ont +pénétré de force après avoir brisé la devanture et fracturé la porte. +Une fois là, ils détruisirent les machines, firent main basse sur tout +le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous +l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rédaction reçut +ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccagée. Puis la +_Veu de Catalogna_, autre journal catalaniste, fut envahie à son tour, +dans les mêmes conditions, et traitée de pareille façon. + +Et, tandis que brûlaient les _autodafés_, les passants inoffensifs +étaient molestés et obligés, sous menace de coups, de crier: «Vive +l'Espagne! A bas la Catalogne!» + + + +[Illustration: La princesse Eugénie de Battenberg.--_Phot. Hughes et +Mullins._] + +LA FUTURE REINE D'ESPAGNE Depuis quelque temps, le bruit s'est répandu +des prochaines fiançailles du roi d'Espagne avec la princesse +Victoria-Eugénie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore +reçu de confirmation officielle, on a dès maintenant de sérieuses +raisons de la tenir pour véridique. C'est lors de son séjour à Londres, +au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fixé son choix +sur la fille de la princesse Béatrice, soeur du roi Édouard VII, et +veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de +Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projeté, Alphonse XIII se +trouverait, on le voit, étroitement allié à la maison d'Angleterre. La +future reine, qui est la filleule de l'impératrice Eugénie, est née à +Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa +dix-huitième année; on s'accorde à louer le charme de sa beauté blonde, +la culture de son intelligence, la vivacité de son esprit. Elle a trois +frères, dont l'aîné, le prince Alexandre-Albert, âgé de dix-neuf ans, +appartient à la marine britannique. + + + +SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN + +A la suite de la démission du cabinet conservateur présidé par M. +Balfour, le roi d'Angleterre a confié à sir Henry Campbell Bannerman, le +leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet +libéral. + +[Illustration: Sir Henry Campbell Bannerman.--_Phot. E. H. Mills._] + +Né en Écosse en 1836, le nouveau «premier» du gouvernement britannique +est âgé de soixante-neuf ans; il siège depuis 1868 à la Chambre des +communes, sur les bancs de ce parti libéral dont il est devenu le chef. +Au cours de sa longue carrière politique, il fut, de 1871 à 1874, +secrétaire des Finances au ministère de la Guerre, fonctions qu'il +reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrétaire de +l'Amirauté, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrétaire d'État à +la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone. + + + +L'«OMÉGA» + +On vient de mettre à l'eau le submersible _Oméga_, construit à Toulon, +dans l'arsenal du Mourillon. + +[Illustration: Le submersible _Oméga_, qui vient d'être lancé à Toulon.] + +La coque, en forme de cigare aplati à l'avant et évasé vers l'arrière, +supporte une passerelle d'environ 20 mètres qui émerge seule pendant la +navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du +commandant avec son capot. Cette coque, à peu près semblable à celle des +autres submersibles, est d'un tonnage bien supérieur: 301 tonneaux; elle +mesure 48 mètres de longueur. La vitesse prévue est de 11 noeuds. + + + +M. PHILIPPE JOURDE + +M. Philippe Jourde, président honoraire de l'Association des +journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne, +qu'il présida également, et de la Caisse des victimes du devoir, vient +de mourir à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien négociant, il était +entré au conseil d'administration du _Siècle_, puis avait dirigé ce +journal pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il +s'était établi au château de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues, +dont, pendant dix-huit ans, il fut le représentant au conseil général +des Bouches-du-Rhône. C'est là qu'il s'est éteint, après avoir consacré +l'activité de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non +seulement à la constitution d'une importante collection d'objets d'art +et d'une bibliothèque de plus de 20.000 volumes, léguée au Puy, sa ville +natale, mais encore à la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment +de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique établissement que la +généreuse donation de M. Jourde a fait la propriété de l'Association de +secours des gens de mer de la Méditerranée. + +[Illustration: M. Philippe Jourde.--_Phot. Pierre Petit._] + + + +LA RECETTE, par Henriot. + + + +_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique +sont entièrement gratuits.)_ + +LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE + +On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider +facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles +contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très +simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant +ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un +récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout +danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de +l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une +fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans +qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps, +et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide. + +Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions +indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir +ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre +figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils +sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20 +centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6 +mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou +diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la +hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour +toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond. + +Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages +métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec +des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La +fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se +place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce +et le bouchon. + +Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide +carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de +raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant +au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir. + +[Illustration:] + +Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont +au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le +surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme +s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes, +un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz, +au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus +basse. + +Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la +sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide +carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se +dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à +mesure qu'il arrive. + +Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez _M. Rameau, +ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris._ + + +Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont +pas été fournis. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre +1905, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 *** + +***** This file should be named 36742-8.txt or 36742-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/6/7/4/36742/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. 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Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/36742-8.zip b/36742-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9c6d410 --- /dev/null +++ b/36742-8.zip diff --git a/36742-h.zip b/36742-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..248258d --- /dev/null +++ b/36742-h.zip diff --git a/36742-h/36742-h.htm b/36742-h/36742-h.htm new file mode 100644 index 0000000..ac9517d --- /dev/null +++ b/36742-h/36742-h.htm @@ -0,0 +1,2029 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905 by Various</title> + +<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg"> + +<style type="text/css"> + + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 10%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; width: 80px; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.sc {font-variant: small-caps} +.lef {float: left} +.mid {text-align: center} +.rig {float: right} +.sml {font-size: 10pt} +.overl {font-size: 10pt; text-decoration: overline; text-align: center} +.cont {width: 650px} +.somm {float: left; width: 300px; font-size: 10pt; padding: 1em} +.suppl {color: #5A5047; background-color: #EEE2CA } + + +span.pagenum {font-size: 70%; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 70%; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +.poem p.i12 {margin-left: 6em} +.poem p.i14 {margin-left: 7em} +.poem p.i16 {margin-left: 8em} +.poem p.i18 {margin-left: 9em} +.poem p.i20 {margin-left: 10em} +.poem p.i30 {margin-left: 15em} + + + +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905, by Various + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. 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Michelsen, premier ministre, venu le saluer à bord du <i>Heimdal,</i> en +rade de Christiania, le 25 novembre.</b><br>--<i>D'après une photographie.</i></p> + +<br><br> + +<h3>COURRIER DE PARIS</h3> + +<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4> + +<p>Rue de Sèze. La grande cohue. Quelque chose comme une émeute +silencieuse,--autour d'une porte; la prise d'assaut d'on ne sait quoi +par une foule très élégante qui, des deux rues voisines, afflue, se +serre en interminables files au long des trottoirs, guette fiévreusement +son tour d'entrer... C'est le grand spectacle de la semaine,--autrement +sensationnel qu'une «première» aux théâtres du boulevard; un spectacle +où ce n'est pas de l'émotion inventée et truquée, de la littérature +qu'on nous sert, mais de la douleur «pour de bon», le dénouement du +drame vécu dont un homme est mort. La vente Cronier! Tout Paris a voulu +voir cela et, depuis cinq jours, la salle Georges Petit est une étuve. +On s'écrase, on joue des coudes pour arriver jusqu'aux cimaises:</p> + +<p>--Avez-vous vu le Gainsborough?</p> + +<p>--Et cette <i>Flore</i>, ma chère! c'est le chef-d'oeuvre de Carpeaux.</p> + +<p>--Moi, ce sont les tapisseries que je voudrais m'offrir. Ces cartons de +Boucher! c'est le triomphe de Beauvais.</p> + +<p>--Et le Watteau! Et les Fragonard!</p> + +<p>--Il y a un Perronneau délicieux.</p> + +<p>--Oui, mais Chardin!</p> + +<p>--Et les La Tour, donc!...</p> + +<p>L'amie qui me régale de cette promenade à «l'exposition Cronier» est +fort emballée. Je lui demande: «Vous connaissez le Louvre?» Elle me +répond: «Très mal; on n'a pas le temps.» Je lui demande encore: +«Etes-vous allée voir, à Versailles, l'adorable galerie de peinture du +dix-huitième que M. de Nolhac vient d'installer dans les appartements du +Dauphin?» Elle ne sait ce que je veux dire, et, distraitement, fait: +«Non. Mais regardez donc ça, comme c'est joli!»</p> + +<p>Elle n'est allée ni au Louvre, ni à Versailles, ni en aucun des lieux où +les délices de l'art d'autrefois s'offrent continuellement, librement et +sans risque de bousculade, à la vue de tout le monde. Aux yeux de mon +amie, le Louvre et Versailles, c'est des expositions Cronier qui ne +ferment jamais, et où, par conséquent, on n'ira jamais, parce qu'il n'y +aura jamais de raison pour qu'on se presse d'y aller. Cette +exposition-ci, au contraire, c'est comme un petit Louvre «interdit au +public» et dont les portes se seraient, par accident, entre-bâillées +pour quelques jours à la curiosité de huit ou dix mille privilégiés. On +s'y rue donc.</p> + +<p>Et puis, il n'y a pas que la peinture. Il y a <i>l'accident</i>. Il y a +l'attrait des circonstances dramatiques dans lesquelles ce rare +spectacle nous est offert. La Rochefoucauld nous enseigne que, presque +toujours, un peu de joie se mêle au spectacle de l'infortune des autres. +J'imagine que nulle part cette abominable réflexion ne saurait se +vérifier mieux qu'ici. Nulle émotion n'ennoblit la curiosité de cette +foule. On voit des gens rire; on entend des mots d'esprit; on devine +qu'au souvenir du désastre évoqué par cet étalage de chefs-d'oeuvre +d'inavouées rancunes se soulagent et que, devant ces Chardin, ces +Fragonard, ces Corot, ces La Tour à vendre, plus d'une jalousie +mondaine, secrètement, se sent vengée. Les meilleurs plaignent le +disparu, mais, tout de même, éprouvent une sensation agréable à la +pensée qu'en cette tragique aventure ce fut un autre qu'eux qui +«écopa»... Et ce sont là, évidemment, des sensations qu'une visite aux +musées nationaux ne saurait donner.</p> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>La semaine, au surplus, fut propice aux bavardages, aux confidences, aux +potins mondains. Le soir même du jour où l'exposition Cronier fermait +ses portes, la Comédie-Française rouvrait les siennes aux abonnés. +Reprise des «mardis»... c'est une date, cela. La reprise des mardis de +la Comédie-Française marque l'officielle réouverture de la saison +mondaine à Paris. Octobre et novembre sont les mois des petites +rentrées: rentrées d'écoles, de tribunaux, d'universités. Du château on +ne revient que plus tard. Les sports d'automne, les grandes chasses, +retiennent un peu plus longtemps, chaque année, loin de Paris, la +clientèle de premières loges des, «mardis», et ce n'est guère qu'en +décembre qu'elle consent à nous rejoindre, ou qu'elle est censée nous +avoir rejoints.</p> + +<p>C'est à la Comédie-Française qu'elle donne ses premiers rendez-vous. Se +préoccupe-t-elle beaucoup des «nouveautés» que va lui servir M. Jules +Claretie? J'en doute un peu. J'ai, l'hiver dernier, fréquenté quelques +loges de la Comédie, aux jours d'abonnement; et il m'a semblé que, chez +la plupart de ces auditeurs hebdomadaires, l'art dramatique n'excitait +pas une passion très forte. L'abonné écoute Molière et Racine par +habitude; Augier, Dumas, Pailleron par politesse; et, avec un peu plus +de curiosité, Hervieu, Donnay, Capus, Brieux, dont il connaît les +figures, et avec qui il a dîné. Il n'applaudit qu'avec réserve ce qui +lui plaît et, s'il est mécontent, ne le dissimule point. La bonne humeur +ne lui revient franchement qu'aux entr'actes. L'entr'acte est, pour +l'abonné, le moment délicieux du spectacle; celui où, débarrassé du +devoir d'écouter une pièce qui l'amuse peu et de paraître attentif aux +gestes de comédiens qui lui indiffèrent, il s'évade vers les coulisses, +amusé par la grâce qui lui sourit, par la beauté qu'il effleure: +innocents plaisirs qu'on aime pour ce qu'ils ont d'un peu illicite et de +clandestin! Dans la salle, les grillages dorés des baignoires se sont +abaissés; les portes des loges s'entr'ouvrent; on se rend des visites; +des conversations s'engagent où il est rarement question de la pièce +qu'on est venu entendre; et cette trop courte récréation ne prend fin +qu'à l'instant où les trois coups sont frappés...</p> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Un homme est toujours assuré d'avoir pour lui l'opinion publique et de +mettre, comme on dit, les rieurs de son côté, quand il s'avise, en +France, de résister à la tyrannie d'une loi mauvaise ou d'un règlement +maladroit.</p> + +<p>Beaucoup de gens sauront donc gré de son geste de rébellion au voyageur +qui, l'autre jour, passant la frontière à Tourcoing pour rentrer à +Paris, refusa de descendre de wagon pour faire visiter en douane ses +bagages à main, fut condamné pour ce fait à cinq cents francs d'amende +par le juge de paix, et a résolu, dit-on, de faire appel de ce jugement +devant la Cour.</p> + +<p>Le cas est d'autant plus intéressant que le rebelle qu'on va juger +n'appartient point à ce qu'on appelle le parti du désordre. Ce n'est ni +un révolutionnaire qui s'insurge par habitude contre les lois, ni un +politicien d'opposition préoccupé de chercher noise au gouvernement, ni +un étudiant qui s'amuse. C'est un grave et pacifique officier +ministériel, un agent de change connu et dont les opinions +conservatrices sont notoires.</p> + +<p>Mais il est probable que M. R. G... a voyagé beaucoup en Europe, et +qu'ayant comparé le régime des douanes françaises à celui des douanes de +plusieurs autres grands pays, il a souffert de la comparaison. Sans +doute l'État est fort excusable de se défendre contre les fraudes +variées qui le menacent, puisque, aux yeux de beaucoup de citoyens, +voler l'État ce n'est pas voler. Mais n'est-ce pas assez qu'il oblige le +voyageur à tenir ses bagages ouverts «à toute réquisition de +l'autorité»; et n'est-ce pas trop qu'il lui impose le devoir de se +déranger pour venir lui-même au-devant de cette réquisition-là?</p> + +<p>Il est vrai que c'est un métier bien délicat que celui de «gabelou», et +qu'en France surtout cette sorte d'espionnage légal se heurte à des +susceptibilités, à des malices, à des trucs qui y rendent l'application +de la loi plus malaisée peut-être que partout ailleurs. Il y a tant +d'hommes d'esprit, dans ce pays-ci!</p> + +<p>On me contait dernièrement l'aventure d'un ancien ministre, M. Yves +Guyot, qui, passant avec une valise à la main devant les employés de +l'octroi, est arrêté par l'invariable question:</p> + +<p>--Vous n'avez rien à déclarer?</p> + +<p>--Rien du tout, fait M. Guyot.</p> + +<p>--Ouvrez, dit le commis.</p> + +<p>--Je refuse.</p> + +<p>Le commis se fâche, invoque le droit de l'État, appelle à son secours un +chef, devant qui, très poliment, l'ancien ministre s'explique: +«J'aurais, dit-il, ouvert cette valise si vous m'en aviez requis du +premier coup, et sans phrases. Cela, c'est votre droit. Mais vous m'avez +<i>demandé</i> si j'avais quelque chose à déclarer; j'ai dit non; et vous ne +m'avez pas cru. Cela, je ne l'admets pas. Vous avez le droit de fouiller +mes bagages, mais non celui de mettre en doute publiquement ma probité.»</p> + +<p>Qui avait raison?<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Sonia</span>.</span></p><br><br> + +<h3>L'ENTRÉE DES SOUVERAINS<br> + +NORVÉGIENS A CHRISTIANIA</h3> + +<p>Les nouveaux souverains de Norvège ont fait leur entrée solennelle dans +leur capitale le 25 novembre.</p> + +<p>Dès le matin, le navire de guerre le <i>Heimdal</i>, portant les membres du +gouvernement, était allé à la rencontre du yacht royal le <i>Danebrog</i>, +venant de Copenhague, escorté de vaisseaux des marines norvégienne, +danoise, anglaise et allemande. Après le transbordement de Leurs +Majestés et du jeune prince héritier sur le <i>Heimdal</i>, celui-ci se mit +en route pour Christiania; il y arrivait à 1 h. 1/2, salué par des +salves d'artillerie et les hurrahs de la foule. Au débarcadère, la +municipalité reçut les souverains sous un pavillon drapé de rouge, et +son chef leur adressa des souhaits de bienvenue auxquels le roi répondit +quelques paroles d'une cordiale simplicité; puis ce fut à travers la +ville, parmi les pavoisements, les guirlandes, les acclamations de la +multitude, le défilé du cortège officiel se rendant au château, où +devait avoir lieu, dans la salle du Trône, la réception du Storthing et +du corps diplomatique. Malgré le voile de brume qui l'enveloppait, +malgré la neige qui poudrait ses toits et couvrait d'un épais tapis +blanc le sol de ses rues, Christiania était en liesse, et ce froid décor +d'hiver formait un pittoresque contraste avec la chaleur de +l'enthousiasme populaire.</p> + +<p>Le lendemain dimanche, le roi et la reine se rendirent à l'église +Saint-Sauveur, au seuil de laquelle les attendaient les pasteurs.</p> + +<p>Le lundi 27, Haakon VII, toujours acclamé sur son passage, allait prêter +serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé sous +la présidence de M. Berner.</p> + +<p>La gracieuse reine Maud et le petit prince Olaf eurent leur large part +des ovations et des marques de sympathie multipliées pendant ces +journées de bon accueil. Le roi s'en montra vivement touché. Aussi bien, +le jour de l'arrivée, l'esprit familial qu'il apporte de la cour de +Danemark s'était affirmé par un joli mouvement de fierté paternelle, +lorsque, à bord du <i>Heimdal</i>, il avait pris dans ses bras, pour le +présenter à M. Michelsen, premier ministre et chef du gouvernement +provisoire, l'enfant royal, dont le frais visage, épanoui sous son +bonnet de fourrure, semblait sourire inconsciemment à l'avenir de la +nouvelle dynastie.</p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>Une rue de magasins juifs après le passage des pillards.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>La même rue après le passage des incendiaires.</b> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + + + +<h3>A ISMAÏL (BESSARABIE)</h3> + +<h4>ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE</h4> + +<p>La Russie est, en ce moment, presque isolée du reste du monde: ses +postiers, ses télégraphistes, sont en grève; les chemins de fer +fonctionnent de la façon la plus irrégulière, au bon plaisir des +employés ou de ceux qui les mènent. C'est miracle que des courriers +arrivent encore de temps à autre. Cependant, le zèle de nos +correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de +toutes les parties de l'empire troublé, d'intéressants documents.</p> + +<p>Les trois premières photographies de cette page donnent une idée des +excès auxquels se livrent les antisémites.</p> + +<p>Deux sont prises à quelques heures d'intervalle dans la même rue +d'Ismaïl, près de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord +passé et emporté tout ce qui pouvait constituer un butin profitable.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b><span class="sc">A Saratof</span>.--Vue intérieure de la synagogue pillée et +incendiée.</b></p> + +<p>Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu.</p> + +<p>La troisième photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont +fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de représailles contre +ceux qu'ils considèrent comme les instigateurs du mouvement +révolutionnaire.</p> + +<p>Notre dernière photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle +donne une vue du premier Congrès général qu'aient tenu les délégués des +paysans. Il a eu lieu à Moscou la semaine dernière. D'autres réunions de +paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet été. Cette +assemblée, du fait qu'elle réunissait des délégués de différentes +provinces, a une importance et une portée considérables, et les +résolutions qui y ont été prises--une tend à la «socialisation» de la +terre, une autre déclare nuls les emprunts d'État contractés après le 23 +novembre--montrent que le «moujik» s'organise, et sait ce qu'il veut.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002c.png"><br><b>A MOSCOU.--Le premier Congrès général des délégués du +Corps des paysans.</b>--<i>Phot. Smirnof</i>.</p> + +<br><br> + +<h3>LES NOUVELLES BALLES</h3> + +<h4>BALLES ALLEMANDE (1905).--BALLES FRANÇAISE (1898)</h4> + +<p>Depuis l'introduction, dans notre armée, de la balle D qui donnait au +fusil 1886 (fusil Lebel) tous les avantages des fusils de <i>très petit</i> +calibre adoptés en Italie, au Japon et dans d'autres pays, l'infanterie +allemande, qui avait conservé sa cartouche 1888, se trouvait, par +rapport à l'infanterie française, dans un état d'infériorité notable. +Aussi les spécialistes allemands cherchaient-ils avec persistance un +projectile qui rendît à leur fusil 1898 son ancien rang. C'est le +résultat qu'ils viennent enfin d'atteindre.</p> + +<p>La nouvelle balle allemande porte le nom de balle S, de l'initiale du +mot <i>Spitzgeschoss</i> (projectile à pointe). Elle présente, en effet, au +lieu de la forme en ogive émoussée de la balle 1888 (fig. b), une forme +très allongée, presque conique, avec un méplat imperceptible (fig. c). +Alors que dans les projectiles ordinaires de l'infanterie ou de +l'artillerie la pointe constitue habituellement le tiers au plus de la +hauteur, dans la balle S la pointe s'étend sur plus de la moitié de la +longueur totale (1). C'est là une révolution complète dans la forme des +projectiles; c'est même la <i>faillite</i> de l'ancienne balistique.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 170px; text-align: center;"> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;"> +Fig. a.<br> +Balle Lebel<br> +(1886). + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;"> +Fig. b.<br> +Balle allemande<br> +(1888). + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: center;"> +Fig. c.<br> +Balle S, nouvelle<br> +balle allemande. + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 170px; text-align: center;"> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p>On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement +encore), dans les cours de toutes les écoles militaires de tous les pays +du monde, que la meilleure forme avant à donner aussi bien aux balles +qu'aux obus était une ogive d'une hauteur égale au diamètre du +projectile, ogive tronquée à l'avant par un méplat. Telle était, par +exemple, la forme donnée à la balle 1886-1893 de notre fusil actuel, +balle ogivale à méplat de 4 millimètres (fig. a). Telle était également, +à peu de chose près, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b), +celle-ci ne différant de l'ancienne balle française que par l'arrondi de +la partie antérieure. Au reste, à part cette légère modification, la +balle allemande était identique à la nôtre comme calibre, longueur et +poids, si bien que, le tracé intérieur des deux armes étant aussi le +même, les deux fusils se trouvaient tout à fait équivalents au point de +vue du tir.</p> + +<p>Cet état de choses s'était modifié il y a quelques années, quand nous +avions adopté la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale, +c'est-à-dire très pointue à l'avant et de forme légèrement fuyante à +l'arrière (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle +1886-1893, en plomb chemisé de maillechort, elle est sensiblement plus +légère que cette dernière, en raison de la densité moins grande du métal +qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la +balistique, qui voulaient des balles en métal très lourd, elle conserve +mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue +que celle de la balle qui l'a précédée.</p> + +<p>On peut d'ailleurs juger des progrès réalisés depuis quarante ans, en ce +qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci +représente à la même échelle, et pour la distance de 1.000 mètres, les +trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la +trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888 +et 1898. Or les deux premières s'élèvent jusqu'à 17 ou 18 mètres, tandis +que la dernière ne dépasse pas 10 mètres. Quant au progrès réalisé par +la balle S elle-même, on l'appréciera sur la figure e, qui représente, +pour la distance de 700 mètres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et +des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil +1898 tirant la nouvelle balle. La première s'élève en effet deux fois +plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone +dangereuse beaucoup moins étendue.</p> + +<p>(1) On a prétendu aussi que le culot de la balle S était arrondi au lieu +d'être coupé d'équerre (voir la ligne pointillée de la fig. e), mais +nous croyons que la balle ainsi établie était une simple balle +d'expérience et non la balle définitivement adoptée en Allemagne, et +brevetée depuis plusieurs mois par la <i>Deutsche Waffen und Munitions +fabriken</i>.</p> + +<p>(2) Par un sentiment de réserve que l'on comprendra facilement, et bien +que le secret encore conservé sur la balle D soit, depuis longtemps, le +<i>secret de Polichinelle</i>, nous nous abstenons de donner le dessin de ce +projectile.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.</b></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003c.png"><br><b>Fig. e.--Trajectoires du fusil 1898 allemand avec +l'ancienne balle et avec la nouvelle.</b></p> + +<p>Il ne sera peut-être pas inutile ici, puisque nous venons d'écrire ce +mot, de définir ce qu'on appelle, en langage technique, la <i>zone +dangereuse</i>: c'est la zone dans laquelle la balle se rapproche +suffisamment du sol pour frapper un homme détaille ordinaire (lm,70) et +où, par suite, elle devient dangereuse.</p> + +<p>Nous allons éclaircir par un exemple ce que cette définition peut avoir +d'obscur:</p> + +<p>Considérons sur la figure f la trajectoire de 600 mètres de la balle D. +On voit que cette trajectoire s'élève seulement à 1m,70 au-dessus du +terrain horizontal.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003d.png"></p> +<pre> + Fig. f.--Zones dangereuses du fusil français avec la balle D. + du fusil allemand avec la balle S.</pre> + + +<p>Par conséquent, depuis l'endroit où la balle est lancée jusqu'à celui où +elle vient toucher le sol, 600 mètres plus loin, elle peut atteindre un +homme de lm,70. On dit alors que la <i>zone dangereuse</i> est de 600 mètres.</p> + +<p>Avant l'adoption de cette balle, notre fusil actuel n'avait qu'une zone +dangereuse de 500 mètres, c'est-à-dire que l'infanterie ne pouvait +battre <i>d'une façon continue</i> le terrain situé en avant de son front que +jusqu'à la distance de 500 mètres.</p> + +<p>La balle S allemande a une zone dangereuse encore plus considérable qui, +pour un homme debout, atteint environ 675 mètres, comme le montre la +partie inférieure de la figure f. Pour un tireur à genou, cette zone +dangereuse est encore de 500 mètres et, pour un tireur couché, elle +s'élève au chiffre inattendu de 270 mètres. Cette balle est donc +sensiblement supérieure à la nôtre, ce qui n'a rien d'extraordinaire, +car elle est venue bien après et les Allemands ont pu ainsi profiter du +résultat de nos recherches.</p> + +<p>Ajoutons encore quelques détails: la balle S allemande possède une +chemise en acier nickelé qui ressemble <i>extérieurement</i> à la chemise en +maillechort de notre ancienne balle, mais qui est beaucoup plus +résistante de façon à ne point s'arracher dans le canon. Elle est +<i>beaucoup</i> plus légère (10 gr.) que l'ancienne balle allemande (14 gr 7) +et, de plus, elle est lancée par une charge de poudre notablement plus +forte que celle de la balle 1888. Pour ces deux raisons, elle sort de +l'arme avec la vitesse initiale extrêmement considérable de 860 mètres +par seconde, au lieu des 620 mètres que possédaient l'ancienne balle +1888 allemande et notre balle 1886 elle-même. La balle D, qui est +seulement un peu moins lourde que la balle 1886, possède de son côté une +vitesse peu inférieure à 700 mètres, grâce à l'emploi d'une charge de +poudre plus forte. Elle a donc une vitesse plus réduite que la balle S; +mais, en raison de son poids, elle triomphe plus facilement de la +résistance de l'air et conserve un peu mieux sa vitesse, ce qui rétablit +l'équilibre dans une certaine mesure.</p> + +<p>Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait croire et à ce +qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa +légèreté et elle conserve sa supériorité sur l'ancienne balle allemande, +non seulement à 2.000 mètres, mais jusqu'à la distance invraisemblable +de 4.000 mètres.</p> + +<p>Quant à la <i>précision</i> du tir, bien loin d'avoir été atteinte par +l'allégement de la balle, comme nous le prêchaient jusqu'ici les +balisticiens vieux jeu, elle a été augmentée dans la proportion de 5 à 7 +environ.</p> + +<p>C'est là un résultat qu'on avait déjà constaté en France avec la balle +D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire.</p> + +<p>D'autre part, la <i>pénétration</i> s'est fortement accrue. C'est ainsi que +la balle S tirée dans le bois de pin à 400 mètres s'enfonce de 80 cent, +au lieu de 45 à 800 35--25 à 1.800 10--5</p> + +<p>A 350 mètres, elle traverse 7 millimètres de fer.</p> + +<p>Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimètres au +maximum.</p> + +<p>Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'épaisseur (22 +cent, environ), c'est-à-dire qu'elle traverse une brique <i>en long</i>. Les +murs de clôture ordinaire ne se trouvent donc plus à l'épreuve de la +balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu à des surprises parfois +désagréables. On sera atteint derrière un mur, comme derrière un gros +arbre, du moins aux distances inférieures à 400 mètres.</p> + +<p>Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4 à 5 grammes de +moins que la cartouche en service jusqu'à ce jour, l'approvisionnement +en munitions du fantassin allemand peut être augmenté d'un quart (150 +cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et précieux +avantage.</p> + +<p>En résumé, l'armée allemande vient de faire avec la balle S un progrès +technique des plus sérieux, progrès qui laisse derrière lui celui que +nous avions accompli nous-mêmes. C'est là un fait qui mérite d'être +apprécié à sa juste valeur, surtout après les éloges dithyrambiques +jadis consacrés à la balle D.</p> + +<p>Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une +supériorité notable sur l'armée allemande avec la balle D et le canon de +75 à tir rapide; cette supériorité était même assez accentuée pour faire +quelque peu hésiter nos voisins de l'Est devant l'hypothèse d'une +agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la +nôtre; les Allemands achèvent de construire un matériel d'artillerie à +tir rapide qui sera presque l'équivalent du nôtre et qui aura sur ce +dernier une supériorité numérique de près de moitié (1); enfin ils +disposent d'une artillerie lourde à tir rapide <i>que nous n'avons pas +encore</i>. Il semble qu'il y ait là une situation de nature à préoccuper +tous ceux qui ont la responsabilité de notre défense nationale.<br> + +<span class="rig">L. S.</span></p><br> + +<p>N.-B.--Les renseignements qui précèdent sont extraits du <i>Manuel de tir +de l'infanterie allemande (Schiessvorschrift fur die infanterie)</i>, +document officiel approuvé par l'empereur Guillaume le 2 novembre 1905. +Il paraît par suite difficile d'en contester la valeur.</p> + +<blockquote>Note 1: Voir dans <i>L'Illustration</i> du 30 septembre 1905, l'article sur le +«Nouveau canon allemand».</blockquote> + +<p>On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre +de la Guerre allemand, général von Einem, ait jugé bon de porter à la +connaissance de toute l'armée des renseignements très étendus concernant +la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation +si en dehors des usages habituels de l'armée allemande, rassurer les +esprits en montrant toute l'étendue du progrès qui vient d'être +accompli.</p><br><br> + + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br> + + <b>Le port. + + Vieille forteresse construite par les Génois.</b></p> + + <p class="mid"><b>Vue générale de Mitylène</b>.</p> + +<h3>LA DÉMONSTRATION DE MITYLÈNE</h3> + +<p>Le gouvernement ottoman ayant refusé d'accepter le contrôle financier +que les grandes puissances européennes, d'un commun accord, jugeaient +nécessaire d'établir en Macédoine, les divers États intéressés ont +décidé de recourir, pour l'y contraindre, à une démonstration navale +collective. L'Allemagne, quoique déclarant hautement s'associer à cette +manifestation, s'est excusée de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux +joindre l'escadre internationale; elle a prétexté qu'elle n'avait, dans +la Méditerranée, nul navire de guerre. La force navale qui s'est réunie +au Pirée, pour, de là, aller bloquer Mitylène, est donc composée, en +principal, des navires français <i>Charlemagne</i> et <i>Dard</i>; de navires +russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la +marine autrichienne, est investi du commandement de l'expédition.</p> + +<p>Partie le 26 novembre du Pirée, l'escadre internationale a mouillé +quelques heures plus tard devant Mitylène. Le 28, des détachements des +équipages des diverses nationalités, au nombre de 400 hommes en tout, +débarquaient sans rencontrer aucune autre résistance qu'une protestation +diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le télégraphe.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004b.png"><br><b>Bombes découvertes dans l'hôtel allemand<br>«Kroecker»,sous +le grand escalier.</b></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004d.png"><br><b>Bombes découvertes au «cercle d'Orient», fréquenté par +les représentants des puissances étrangères à Constantinople. (La petite +pèse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)</b></p> + +<p>On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel +avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est +également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral +Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne +Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge. +Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène +ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement +bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son +manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les +Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour +les navires.</p> + +<p>Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et, +ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos.</p> + +<h3>LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE</h3> + +<p>L'attentat dirigé, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a été, +en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation +arménienne, et la commission d'enquête constituée, aussitôt, sous la +présidence de Nedjib Pacha Melhamé, pour instruire l'affaire et +rechercher les coupables, s'est trouvée en présence d'une besogne aussi +compliquée que difficile.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004c.png"><br><b> +Garabet Vartanian +Ohannès Arfarian.<br> +DEUX DES ARMÉNIENS CONDAMNÉS A MORT</b></p> + +<p>Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des +coupables. On avait pourtant ramassé, sur le lieu de l'explosion, un +morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estampé, le numéro +1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de +la voiture qui avait apporté l'engin, puis le propriétaire du véhicule.</p> + +<p>Ce fut enfin la clef de l'enquête. Mais à peine la commission avait-elle +commencé ses travaux, peu de jours après l'attentat d'Yildiz Kiosk, +qu'un Arménien récemment arrivé d'Amérique, Vartanian, tuait à coups de +revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian, +qui avait refusé des subsides aux révolutionnaires. Vartanian fut +arrêté. Son revolver était semblable à celui d'un de ses compatriotes, +venant également d'Amérique et inculpé dans l'affaire de la bombe +Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient été armés tous deux par le +même Comité, la preuve du complot.</p> + +<p>Le champ des investigations se précisa.</p> + +<p>Des perquisitions faites à Constantinople firent découvrir de nombreuses +bombes, surtout dans le quartier européen. L'une, saisie au cercle +d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hérissée de +pointes, présentait l'aspect d'un énorme marron, pesait 50 kilogrammes. +Dans une seule maison, l'hôtel allemand Kroecker, on recueillit douze +engins.</p> + +<p>Après Vartanian et Arfarian, d'autres Arméniens furent arrêtés. Tous ont +été condamnés à mort. On mit également la main sur un Belge, Jauris, +considéré comme complice de l'attentat contre le sultan. La légation de +Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son +procès vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur +principal de l'attentat, un Arménien russe connu sous le pseudonyme de +Ripps.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br><b>LES BOUÉES LUMINEUSES DU PLATEAU DES MINQUIERS<br> 1. Le +bateau des Ponts et chaussées accostant la bouée pour la charger.--2. +Commencement de l'opération de chargement. --3. L'opération terminée, +l'homme rentre à bord.--4. L'<i>Augustin-Fresnel</i>, bateau spécial des +Ponts et chaussées.--5. Les réservoirs de gaz d'huile à bord de +l'<i>Augustin-Fresnel</i> --6. Une bouée à sec dans le parc des +Minquiers.--7. En mer, la nuit.</b><br>--<i>Voir l'article, page 399.</i></p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br> +<b>Le roi et la reine sont reçus par les pasteurs au seuil de l'église Saint-Sauveur,<br> le dimanche 26 novembre.</b></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br> +<b>Le roi Haakon VII prête serment de fidélité à la constitution devant le Storthing assemblé,<br>le 27 novembre.</b></p> + +<h4>LES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVÈGE A CHRISTIANIA.</h4> +<p class="mid"><i>Photographies Worm-Peterson.--Voir l'article, page 386.</i></p> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"><br><b>VERTIGE MODERNE</b><br> +Dessin de Georges Scott.</p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 35%; text-align: center;"> + <b>Deux blue-jackets un peu gais.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: center;"> +<b>Les marins de l'escadre britannique d'Extrême-Orient se<br> +dirigeant de la gare de Shimbashi vers le parc de Hibya.</b> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<h3>LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO</h3> + +<p>Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait +mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration +pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée +d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent +à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes +successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices; +ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux +nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de +bienvenue: <i>Welcome</i>; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à +peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries --une sorte de +grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri +desquelles les <i>blue-jackets</i> fraternisaient, le verre en main, avec +leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres +breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un +charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner +extraordinairement tout un bataillon de <i>geishas</i>, personnes plutôt +légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.</p> + +<p>C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant +de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la +capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré +l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement +et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante +sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs, +n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de +cette mémorable bordée.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/008b.png"><br> <b>Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les +rues de Tokio</b></p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/009a.png"><br><b>Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.<br> + +LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE</b></p> + + + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<p>Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M. +Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur, +blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre, +habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles, +la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment +braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci, +à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large +partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second +million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une +famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"><br> <b>M. Georges Messing sur la scène de<br>son petit théâtre de +marionnettes.</b></p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<p class="mid"><img alt="" src="images/009c.png"><br> <b>Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la +Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé +l'écriteau: <span class="sc">A louer</span>.)</b></p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p>M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable +accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de +<i>L'Illustration</i> que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez +qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire +auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces +modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine +joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants +s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des +millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un +estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques +instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de +bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous +conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par +lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du +quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.</p> + +<p>C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en +prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains +journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur +rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très +tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur +est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur +plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.</p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"><br><b>La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris: +aspect actuel.</b></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<br><br><img alt="" src="images/010b.png"><br><b>La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la +Commune.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<img alt="" src="images/010c.png"><br><b>Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers, +place Saint-Georges, pendant la Commune.</b> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<h3>LA MAISON DE M. THIERS</h3> + +<p>Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une +vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme +d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait +à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la +République.</p> + +<p>Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève, +entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps +l'auteur de <i>l'Histoire du Consulat et de l'Empire</i> avant l'époque de la +Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances. +A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement +insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées +de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République +française, prenait un arrêté ainsi conçu:</p> + +<p>«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront +saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La +maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les +citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux +Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent +arrêté.»</p> + +<p>Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le +27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M. +Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation, +de la maison démolie.</p> + +<br><br> + +<h3>LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER</h3> + +<p>Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait +réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette +semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M. +Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.</p> + +<p>Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces +marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer +que nos choix avaient été judicieux.</p> + +<p><i>Le Billet doux</i>, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000 +francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands +pour 420.000 francs; <i>le Volant</i>, par Chardin, a été acquis moyennant +140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; <i>le Lorgneur</i>, acheté +par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant +plus osé affirmer qu'il était de Watteau.</p> + +<p>Du <i>Portrait de la comtesse de Coventry</i>, pastel de La Tour, on donne +72.000 francs. Le spirituel et souriant <i>Portrait du graveur Schmidt</i>, +autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en +1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. <i>La Liseuse</i>, de +Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs.</p> + +<p><i>Le Printemps</i>, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, <i>Vache à +la lisière d'un bois</i>, à 40.100 francs; <i>le Pâtre</i>, de Corot, à 47.000 +francs; <i>la Mare</i>, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école +anglaise, on a eu quelques déceptions. Le <i>Portrait présumé de sir John +Campbell</i>, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le <i>Portrait +de miss Day</i>, par Lawrence, à 43.000 francs; <i>la Jeune Laitière</i>, bien +qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais +le Reynolds du catalogue, <i>Esquisse du portrait de lady Stanhope</i>, +«attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache +intitulée <i>Méditation</i>, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non +plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs. +Qu'eût-ce été d'un Gainsborough?</p> + +<p>Quant aux deux tapisseries, le panneau de <i>l'Histoire de Don Quichotte</i>, +exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000 +francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, <i>Psyché montrant ses +joyaux à ses soeurs</i>, 300.000 francs.</p> + +<p>En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br><b>LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES +PETIT.<br>--A quatre cent mille!... <i>Le Billet doux</i>, de Fragonard!...--On +demande à voir!... <i>Le Billet doux</i>, de Fragonard, a été adjugé 420.000 +francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais à la charge de +l'acquéreur.</b></p> +<br><br> + +<h3>LIVRES NOUVEAUX</h3> + +<p><i>Romans.</i></p> + +<p> Par son titre: <i>Pom-Prune</i>, le livre de M. Paul Guiraud (Albin +Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la +fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères, +très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du +principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de +son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la +condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions +publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est +destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se +succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de +province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales, +intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et, +vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent +jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit +crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la +procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une +apparence de vie, tels sont les <i>Bonshommes en papier</i> (Fasquelle, 3 fr. +50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une +intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des +scribes de ministères et autres <i>papyrocéphales</i>. A signaler aussi le +récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel +de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les +principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle.</p> + +<p>Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre +social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un +visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles +Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son <i>Homme de peine</i> +(Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est +disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre +sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu +communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son +existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante.</p> + +<p>Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache +vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle +est <i>Mademoiselle Nouveau-Jeu</i> (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de +M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles, +surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des +enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu +jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile.</p> + +<p>Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases +d'un complot, telle est <i>l'Idylle dans un drame</i> (Mame, 3 fr.), que +publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un +ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents, +anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il +est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques, +puisque persécutés, malheureux et frondeurs.</p> + +<p>De l'aveu et par la volonté de l'auteur, M. Gabriel Faure, <i>l'Amour sous +les lauriers-roses</i>--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman +(Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune étude philosophique, +psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue +fine, délicate, sensuelle, dont les rives du lac de Côme et les jardins +de Bellagio constituent les voluptueux décors.</p> + +<p>M. Paul Bertnay--l'auteur de <i>Jusqu'aux étoiles</i>--dont nos lecteurs ont +pu récemment encore apprécier le fin talent, vient de publier en +librairie <i>la Buissonnière</i> (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont +<i>L'Illustration</i> eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donné tant de +charme vaillant à un personnage de jeune fille et tant de grâce +spirituelle à un personnage de jeune femme.</p> + +<p><i>Auteurs gais</i>.</p> + +<p>Vingt nouvelles très courtes, dont la première, <i>Détails sur mon +suicide</i>, prête son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le +récent apport de MM. Max et Alex Fischer à la collection des «auteurs +gais». Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non +plus n'engendre pas la mélancolie. La verve humoristique de ces +fantaisistes jumeaux, déjà justement réputés en leur genre, a ceci de +particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrêmes de la +bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa légèreté. Un style +concis, rapide, incisif, de qualité vraiment littéraire, ajoute encore à +l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie, +sous leur forme paradoxale.</p> + +<p><i>Histoire.</i></p> + +<p>Le comte de Gobineau--dont le nom fut mêlé à de récentes +polémiques--avait, aux deux pôles de sa brillante carrière de diplomate, +de penseur et d'écrivain, consacré deux études aux destinées de la +Grèce. Ce sont ces <i>Deux Études sur la Grèce moderne</i> (Plon, 3 fr. 50), +l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre +plaidant la cause des Hellènes dans le remaniement de la carte d'Orient, +qu'un éditeur avisé vient de réunir en un seul volume.</p> + +<p>Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages +qui, cette année, ont traité du problème oriental et parmi lesquels nous +citerons: <i>la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine, +1821-1905</i> (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M. +Albéric Cahuet sur la matière.</p> + +<p>La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde. +C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oublié au prix de quels +efforts diplomatiques la froideur prolongée de jadis entre les deux +nations s'est transformée en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est +l'histoire des «années troubles», des années de froissements politiques, +sous l'influence de Crispi et d'antagonisme économique, que, dans son +remarquable ouvrage, <i>la France et l'Italie, 1881-1899</i> (Plon, 2 vol., +15 fr), M. A. Billot nous présente. M. A. Billot était ambassadeur à +Rome pendant les années troubles. C'est donc avec la plus autorisée des +compétences que son livre est écrit.</p> + +<p>Dans un livre fort agréable à lire, <i>les Derniers Républicains</i> (Victor +Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les +convictions des généraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert, +qui--Pichegru excepté--furent, en quelque sorte, les demi-solde +républicains du Consulat et de l'Empire.</p> + +<p>Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, <i>Paris sous +Napoléon: administration et grands travaux</i> (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac +de Laborie ne se contente pas de tracer un fidèle tableau des +transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache +également à nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers, +théâtres, cafés, lieux de public et lieux de plaisir où se mouvait la +société d'alors.</p> + +<p><i>Littérature</i>.</p> + +<p>En écrivant son <i>Histoire de la littérature française, 900-1900</i> +(Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de +nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées, +l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit --disent les +programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le +plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été +conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins, +de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est +efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement +illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très +célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les +programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire».</p> + +<p>Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou +simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel +ou non--connaît la difficulté du <i>qualificatif</i>. Bien souvent, celui qui +conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente +pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et, +parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à +réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en +composant un <i>Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie</i> +(Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son +petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée +de la main.</p> + +<p><i>Questions d'actualité.</i></p> + +<p>Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur +Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins +celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers +ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités +authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John +Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la +liste de ces livres révélateurs. <i>Lui</i> (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est +Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est +un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J. +Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands. +Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la +caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse. +Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe!</p> + +<p>Dans un volume in-8° de près de six cents pages, <i>le Président Émile +Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république</i> (Jurai, +15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat +qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures +présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un +précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la +troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien +faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment +illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements +notoires.</p> + +<br><br> + +<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3> + +<h4><span class="sc">Les effets d'une trombe.</span></h4> + +<p>Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les +environs de Cravant, près de Beaugency. M. Maillard vient de signaler +quelques-uns des curieux effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est +accompagné d'une dépression barométrique très forte au centre du +tourbillon. Dans une cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne. +Ailleurs, dans un grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a +été jetée à un mètre de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une +habitation, a littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air +sous la cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la +pression à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu +du même principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de +dedans en dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble +étonnant, mais qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les +toitures les plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures +formées d'ardoises ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas +souffert appréciablement: en effet, les ardoises ou tuiles, en se +soulevant légèrement, aspirées par la dépression extérieure, ou plutôt +soulevées par la pression intérieure, ont permis à la pression +intérieure de se mettre en équilibre avec l'extérieure; les toitures +neuves, solides, totalement appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été +enlevées tout d'une pièce, au contraire. C'est qu'elles manquaient de +jeu, c'est qu'elles mettaient obstacle à l'établissement de l'équilibre: +elles ont éclaté comme les murs ou les vitres cités plus haut, et ont +été enlevées. Dans les champs on a observé aussi de singuliers effets. +Un champ d'avoine a été totalement privé de son grain. Les tiges sont +restées en place, amarrées par les racines; mais les grains, moins +solidement attachés aux tiges, ont été enlevés, comme si un peigne y +avait passé. Cet effet de happage est dû à un violent courant d'air +ascendant.</p> + +<h4><span class="sc">Le soufre de la Louisiane.</span></h4> + +<p>Il y a une vingtaine d'années, des sondages effectués en Louisiane, près +du lac Charles, dans l'espoir de découvrir du pétrole, révélèrent un +gisement de soufre d'environ 35 mètres d'épaisseur à 140 mètres de la +surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe +aquifère et des sables boulants; quatre compagnies essayèrent +successivement de vaincre ces difficultés et se ruinèrent.</p> + +<p>En 1891, M. Frasch imagina un procédé aussi bizarre qu'audacieux. On +fore jusqu'à la partie inférieure du gisement un trou qu'on munit d'un +tubage de 254 millimètres de diamètre s'arrêtant à la partie supérieure +du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui +descendent presque au fond du trou de sonde et présentent des diamètres +respectifs de 152, 76 et 25 millimètres. Les intervalles entre ces +quatre tubes forment donc trois «couronnes».</p> + +<p>Par la couronne extérieure on lance de l'eau sous pression suffisante +pour atteindre la température de 330° centigrades: le soufre, fusible à +110°, monte dans la couronne intermédiaire par suite de la pression de +l'eau. On envoie de l'air comprimé par le petit tube central, et le +soufre liquide, se mélangeant de bulles d'air, est refoulé dans la +couronne centrale, formant une colonne de densité inférieure à celle du +soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver à l'air libre. +Le soufre sort ainsi du sol, tout raffiné, avec un degré de pureté de +99,6%.</p> + +<p>La richesse du gisement actuellement reconnu est évaluée à 40 millions +de tonnes.</p> + +<p>La production de la mine, qui était de 100 tonnes par jour en 1902, +atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M. +Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait, +affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation +mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque +totalité était jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en +1902). Les États-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une +entente récente entre les compagnies intéressées, le soufre de la +Louisiane ne sera exporté que dans quelques régions déterminées +d'Europe.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/012.png"><br><b> + Gerbe de roses en orfèvrerie<br> + offerte par le président de<br> + la République à la reine de<br> + Portugal.</b></p> + +<h4><span class="sc">Un présent de M. Loubet à la reine de Portugal.</span></h4> + +<p>Le président de la République a prié le roi de Portugal de vouloir bien +offrir en son nom, à la reine Amélie, une gerbe de roses de France, +exécutée par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent, +plongent leurs tiges dans un très beau vase en cristal de Galle, monté +sur pied d'orfèvrerie, portant, d'un côté, l'écusson royal au chiffre de +la reine; de l'autre, les armes de la République avec une banderole d'or +où est inscrite la dédicace: <i>Émile Loubet, président de la République +française, à S. M. la reine Amélie de Portugal.</i></p> + +<h4><span class="sc">Trains de bois sur le Pacifique.</span></h4> + +<p>On se rappelle peut-être que des +spéculateurs américains avaient imaginé de recourir au flottage pour le +transport des bois à travers les océans. Ils avaient calculé qu'en +formant des radeaux représentant la charge de vingt grands navires, il +suffirait qu'un seul sur trois arrivât à destination pour rendre le +procédé économique. Le premier essai réussit exactement dans cette +proportion; mais, contrairement aux prévisions, les bois des radeaux +disloqués, au lieu d'être portés par le Gulf-Stream vers les rivages +antarctiques, arrivèrent dans les parages des Açores. Durant plusieurs +mois, les navigateurs y furent exposés à se heurter à d'innombrables +troncs mesurant de 75 centimètres à 2 mètres de diamètre, et de 9 mètres +à 27 mètres de longueur. Ce mode de transport, à peu près abandonné sur +la côte orientale des États-Unis, est devenu assez usité entre le Canada +et San-Francisco, la proximité continuelle l'assèchement et la pêche du +lac d'Enghien de la côte en atténuant les risques pour les +exploiteurs... et pour les autres.</p> + +<p>Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire +en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traîneront sur +le Pacifique, des rives canadiennes aux côtes chinoises. Si ce «fagot» +se disloque en route, les accidents que ces épaves pourront causer +seront compensés dans une certaine mesure par les nouvelles données +qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en +outre, apporter la richesse à de nombreuses familles de pêcheurs.</p> + +<h4>L'ÉPAISSEUR DE LA GLACE EN SIBÉRIE.</h4> + +<p>On savait, d'après les observations de Middendorf, que l'épaisseur de la +nappe de glace des lacs sibériens varie ordinairement entre lm,50 et +lm,80, sans dépasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de +communiquer le résultat d'études faites, au même point de vue, sur les +eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisseï, l'épaisseur de glace +oscille entre 70 et 90 centimètres; à l'extrémité septentrionale de la +Sibérie, vers Bouloum et Rourskoyé-Oustié, elle atteint 2 mètres et +2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa, à Verkhoyansk; ce point, +situé sous 67° 30' de latitude, est pourtant voisin du pôle froid de +l'ancien monde, et la température moyenne des trois mois d'hiver y varie +de -44° à -48°, s'abaissant parfois à -67°.</p> + +<p>Enfin, en Transbaïkalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (51°30' +et 53°35') on trouve d'un mètre à 2m,35 de glace; l'épaisseur croît très +vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait défaut. Pour +empêcher la congélation complète des rivières peu profondes et sauver la +vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de +branches de pin qui déterminent la formation de monceaux de neige +mettant la couche de glace à l'abri de la température extérieure.</p> + +<h4><span class="sc">La pêche du lac d'Enghien.</span></h4> + +<p>Tous les cinq ans environ, on assèche le lac d'Enghien pour procéder au +curage du fond.</p> + +<p>C'est l'occasion d'une grande pêche, toujours fructueuse, car cette eau, +dont s'accommoderaient mal les truites, est très favorable à la +multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a +quelques jours, le lac a été mis presque complètement à sec et il n'a +pas fallu moins de près de trois semaines pour mener à bout cette +opération; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait été laissé +plein d'eau, on a retiré 3.400 kilos de poisson dont le frétillement +était guetté par de nombreux curieux.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>Un coup de filet ramenant 1.800 kilos de poisson.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>Le lac complètement asséché.</b> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + + + + + +<h4><span class="sc">L'hôpital Claude-Bernard.</span></h4> + +<p>Le nouvel hôpital élevé à la porte d'Aubervilliers, et dont nous +donnions récemment une vue d'ensemble, vient d'être inauguré en présence +de M. le président de la République. Il portera le nom d' «hôpital +Claude-Bernard»!</p> + +<p>Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer à M. +Émile Loubet à quel point l'installation en était parfaite et quel soin +on avait pris de se conformer, dans les moindres détails aux +prescriptions des hygiénistes. C'est ainsi que l'air et la lumière +pénètrent à flots par de larges baies dans toutes les salles chauffées à +la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqués, ce qui permet de +fréquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles.</p> + +<p>L'hôpital Claude-Bernard est, de tout point, un hôpital modèle.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b>Une salle du nouvel hôpital Claude-Bernard, à +Aubervilliers.</b></p> +<br><br> + +<h4>LES BOUÉES LUMINEUSES <i>Voir la gravure page 390.</i></h4> + +<p>Le récent naufrage de l'<i>Hilda</i>, en vue de Saint-Malo, semble résulter +surtout de l'impossibilité où se trouva le capitaine d'apercevoir, à +travers la brume, les feux de la rade et de reconnaître les récifs qui +en gênent l'approche.</p> + +<p>Pour parer à cette éventualité dangereuse, la marine entretient, en de +nombreux points voisins des côtes, de France, des feux flottants +destinés à signaler les écueils par les temps où les projections +lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre.</p> + +<p>Le «plateau des Minquiers», massif de rochers fort dangereux, situé +précisément dans le golfe de Saint-Malo, était jadis signalé par un +bateau-feu comportant un équipage et devant être ravitaillé tous les dix +ou quinze jours. Ce bateau a été remplacé par cinq bouées lumineuses qui +peuvent fonctionner, abandonnées à elles-mêmes, durant trois mois. En +fait, cependant, on les recharge à peu près aussi souvent qu'on +ravitaillait le bateau-feu: on se borne à attendre une mer calme pour +aborder à ces rochers, dont l'accès, fort difficile par les gros temps +d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines.</p> + +<p>En tôle d'acier très résistante, d'une seule pièce, contenant du gaz +d'huile à la pression de 11 atmosphères, la bouée pèse 5 tonnes. Elle +est munie d'une longue queue chargée d'un poids de 1.500 kilos qui lui +assure une grande stabilité, et de gros champignons en fonte, remplaçant +une ancre, l'empêchent de dériver. La lampe est entourée de lentilles +identiques à celles des phares.</p> + +<p>Pour le chargement, le bateau accoste la bouée, l'amarre, et un homme +fixe à son extrémité supérieure un tuyau par lequel on envoie le gaz +pompé dans les réservoirs du bateau. De temps en temps, les bouées sont +remplacées et ramenées au port pour être repeintes et nettoyées.</p> + +<br><br> + +<h3>LES THÉÂTRES</h3> + +<p>Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue, +avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: <i>la Grande +Famille</i>, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule +en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui +a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque +de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort +goûté--et fort applaudi. <i>L'Illustration</i> publiera <i>la Grande Famille</i> +dans son prochain numéro.</p> + +<p>Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique +comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée +<i>Triplepatte</i>, met en scène un viveur mondain que tous ses proches, +parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens +du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite, +manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à +la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la +satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien +comme pour le mal. <i>Triplepatte</i> est très bien interprété par +l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en +scène brillante.</p> + +<p>Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style +anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est +cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel +balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de +s'ennuyer; le musicien <i>des Filles Jackson et Cie</i>, M. Clérice, a +beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est +lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve +des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.</p> + +<p>Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en +dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année +écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de +la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les +vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue +rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des +principales nouveautés du temps présent.</p> + +<p>Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un +plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: <i>la Cousine +Bette</i>. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée. +Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent +un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de +1830, et accentuent la portée des principales situations du drame.</p> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;"> +<b>La devanture de la librairie du <i>Cu-Cut</i>.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>L'atelier du <i>Cu-Cut</i> saccagé.</b> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;"> +<b>La porte de l'imprimerie du <i>Cu-Cut</i>.</b> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<p class="mid"><b>A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS +ESPAGNOLS</b></p> + +<h3>LES INCIDENTS DE BARCELONE</h3> + +<p>L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques années déjà, a repris, +ces temps derniers, avec une nouvelle intensité, à la suite des +élections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent +pas à se séparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie. +Leur attitude a exaspéré leurs adversaires, et des officiers, dans un +excès de zèle loyaliste regrettable, viennent de se porter à de +fâcheuses extrémités.</p> + +<p>Réunis au nombre de trois cents, armés de leurs sabres, de haches, de +revolvers, d'outils divers, ils se sont rués vers les locaux occupés par +le journal catalaniste le Cu-Cut, à l'imprimerie d'abord, où ils ont +pénétré de force après avoir brisé la devanture et fracturé la porte. +Une fois là, ils détruisirent les machines, firent main basse sur tout +le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous +l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rédaction reçut +ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccagée. Puis la +<i>Veu de Catalogna</i>, autre journal catalaniste, fut envahie à son tour, +dans les mêmes conditions, et traitée de pareille façon.</p> + +<p>Et, tandis que brûlaient les <i>autodafés</i>, les passants inoffensifs +étaient molestés et obligés, sous menace de coups, de crier: «Vive +l'Espagne! A bas la Catalogne!»</p> +<br><br> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3276"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"> +<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br><b>La princesse Eugénie de Battenberg.</b>--<i>Phot. Hughes et +Mullins.</i></p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;"> +<p class="mid"><img alt="" src="images/014c.png"><br><b>Sir Henry Campbell Bannerman.</b>--<i>Phot. E. H. Mills.</i></p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"> +<p class="mid"><img alt="" src="images/014d.png"><br><b>M. Philippe Jourde.</b>--<i>Phot. Pierre Petit.</i>]</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + +<h4>LA FUTURE REINE D'ESPAGNE</h4> +<p>Depuis quelque temps, le bruit s'est répandu +des prochaines fiançailles du roi d'Espagne avec la princesse +Victoria-Eugénie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore +reçu de confirmation officielle, on a dès maintenant de sérieuses +raisons de la tenir pour véridique. C'est lors de son séjour à Londres, +au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fixé son choix +sur la fille de la princesse Béatrice, soeur du roi Édouard VII, et +veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de +Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projeté, Alphonse XIII se +trouverait, on le voit, étroitement allié à la maison d'Angleterre. La +future reine, qui est la filleule de l'impératrice Eugénie, est née à +Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa +dix-huitième année; on s'accorde à louer le charme de sa beauté blonde, +la culture de son intelligence, la vivacité de son esprit. Elle a trois +frères, dont l'aîné, le prince Alexandre-Albert, âgé de dix-neuf ans, +appartient à la marine britannique.</p> + +<h4>SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN</h4> + +<p>A la suite de la démission du cabinet conservateur présidé par M. +Balfour, le roi d'Angleterre a confié à sir Henry Campbell Bannerman, le +leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet +libéral.</p> + +<p>Né en Écosse en 1836, le nouveau «premier» du gouvernement britannique +est âgé de soixante-neuf ans; il siège depuis 1868 à la Chambre des +communes, sur les bancs de ce parti libéral dont il est devenu le chef. +Au cours de sa longue carrière politique, il fut, de 1871 à 1874, +secrétaire des Finances au ministère de la Guerre, fonctions qu'il +reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrétaire de +l'Amirauté, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrétaire d'État à +la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone.</p> + +<h4>L'«OMÉGA»</h4> + +<p>On vient de mettre à l'eau le submersible <i>Oméga</i>, construit à Toulon, +dans l'arsenal du Mourillon.</p> + +<p>La coque, en forme de cigare aplati à l'avant et évasé vers l'arrière, +supporte une passerelle d'environ 20 mètres qui émerge seule pendant la +navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du +commandant avec son capot. Cette coque, à peu près semblable à celle des +autres submersibles, est d'un tonnage bien supérieur: 301 tonneaux; elle +mesure 48 mètres de longueur. La vitesse prévue est de 11 noeuds.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014e.png"><br><b>Le submersible <i>Oméga</i>, qui vient d'être lancé à Toulon.</b></p> + + + +<h4>M. PHILIPPE JOURDE</h4> + +<p>M. Philippe Jourde, président honoraire de l'Association des +journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne, +qu'il présida également, et de la Caisse des victimes du devoir, vient +de mourir à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien négociant, il était +entré au conseil d'administration du <i>Siècle</i>, puis avait dirigé ce +journal pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il +s'était établi au château de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues, +dont, pendant dix-huit ans, il fut le représentant au conseil général +des Bouches-du-Rhône. C'est là qu'il s'est éteint, après avoir consacré +l'activité de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non +seulement à la constitution d'une importante collection d'objets d'art +et d'une bibliothèque de plus de 20.000 volumes, léguée au Puy, sa ville +natale, mais encore à la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment +de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique établissement que la +généreuse donation de M. Jourde a fait la propriété de l'Association de +secours des gens de mer de la Méditerranée.</p> + +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br><a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p> + +<br><br> + +<p class="mid"><b><i>NOUVELLES INVENTIONS<br>(Tous les articles compris sous cette rubrique +sont entièrement gratuits.)</i></b></p> + +<h4>LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE</h4> + +<p>On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider +facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles +contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très +simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant +ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un +récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout +danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de +l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une +fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans +qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps, +et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide.</p> + +<p>Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions +indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir +ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre +figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils +sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20 +centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6 +mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou +diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la +hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour +toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond.</p> + +<p>Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages +métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec +des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La +fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se +place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce +et le bouchon.</p> + +<p>Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide +carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de +raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant +au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/016.png"><br> + +<p>Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont +au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le +surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme +s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes, +un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz, +au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus +basse.</p> + +<p>Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la +sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide +carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se +dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à +mesure qu'il arrive.</p> + +<p>Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez <i>M. Rameau, +ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris.</i></p> + +<br><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br> +Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni. + + + +<br><br> +</div> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre +1905, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3276, 9 *** + +***** This file should be named 36742-h.htm or 36742-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/6/7/4/36742/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> + + diff --git a/36742-h/images/000large.png b/36742-h/images/000large.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5d427e0 --- /dev/null +++ b/36742-h/images/000large.png diff --git a/36742-h/images/000small.png b/36742-h/images/000small.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..00da0d0 --- /dev/null +++ b/36742-h/images/000small.png diff --git a/36742-h/images/001.png b/36742-h/images/001.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c21aa44 --- /dev/null +++ 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