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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre 1905
+
+Author: Various
+
+Release Date: July 15, 2011 [EBook #36738]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3274, 25 NOVEMBRE 1905 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre 1905
+
+
+Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT BERTRADE
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+Suppléments de ce numéro:
+1° L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant le texte complet de BERTRADE
+2° Une magnifique photographie en double page du naufrage de l'_Hilda_;
+3° Le deuxième fascicule du roman de J.-H. Rosny: LA TOISON D'OR.
+
+
+L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numéro: Un Franc._ SAMEDI 25 NOVEMBRE 1905
+_63e Année--Nº 3274_.
+
+[Illustration: LA SAINTE-CATHERINE, RUE DE LA PAIX Une «Catherine»
+coiffant le bonnet, dans un atelier de modiste.--_voir le Courrier de
+Paris à la page suivante._]
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
+
+Une bande de curieux passe, sur le boulevard, escortant quelqu'un que je
+ne distingue pas. Devant la porte d'entrée d'un grand journal, on voit
+le groupe s'arrêter; des poignées de main s'échangent; quelques cris
+vagues sont proférés; des gens interrogent autour de moi: «Qu'est-ce
+qu'il y a? Qui est-ce?» Un agent sourit, flegmatique, et dit: «Je crois
+que c'est Loizemant.»
+
+Je me souviens. J'ai vu souvent, depuis deux ans, ce nom-là dans les
+journaux, et le «cas» de Loizemant est un des plus troublants que je
+connaisse. On avait condamné cet homme à mort parce qu'il avait
+assassiné une femme. On le croyait, du moins. Et puis, tout de suite, un
+doute surgit. On cessa d'être certain que Loizemant eût assassiné. Mais
+on ne le relâcha point pour cela. On décida simplement que cet assassin,
+qui n'avait probablement assassiné personne, au lieu d'avoir la tête
+tranchée, irait passer au bagne le reste de sa vie. C'est la façon dont
+la magistrature, en quelques pays très civilisés, s'excuse d'avoir, sans
+preuves suffisantes, condamné un homme à mort. Elle dit à cet homme:
+«Nous vous avions cru coupable, et il est bien possible que vous soyez
+innocent. Nous ne vous couperons donc pas le cou, mais nous ferons de
+vous un forçat à perpétuité. La vie n'est faite que de concessions
+réciproques, et n'est-il pas juste qu'en de si délicates affaires chacun
+y mette un peu du sien?»
+
+Tout de même, les amis de Loizemant continuaient de protester. La
+réparation leur semblait vraiment insuffisante... On écouta leurs
+plaintes. Et l'on décida de ne point envoyer Loizemant au bagne. On
+réduisit sa peine à cinq ans de réclusion. Deux ans et demi ont passé.
+Les juges estiment que, décidément, cet employé aux contributions
+indirectes a payé suffisamment cher la maladresse de s'être laissé
+soupçonner d'assassinat et ils le renvoient chez lui. Est-il réhabilité?
+Pas le moins du monde. Est-il libre, au moins? Pas tout à fait non plus:
+le séjour de Paris continue de lui être interdit. Cependant on vient de
+l'autoriser à y passer une semaine. Jamais assassin ne fut l'objet de
+tant de politesses. Car Loizemant, devant la loi, continue d'être un
+assassin... Que tout cela est compliqué! Le coeur, dit Pascal, a ses
+raisons que la raison ne connaît pas. Le code aussi, je pense?
+
+ *
+ * *
+
+Le code... je devrais dire: les codes, le civil et le militaire. Ne le
+pourrait-on rajeunir aussi, celui-là? Un code militaire ne devrait point
+prêter à rire, et je ne puis m'empêcher de rire un peu en pensant que,
+tout à l'heure, après avoir solennellement célébré le mariage d'un de
+ses enfants, un soldat de soixante ans passés, comblé d'honneurs,
+rentrera chez lui pour y subir une punition de quinze jours de
+consigne... Est-il bon, est-il mauvais que M. le général Brugère soit
+puni? Je n'en sais rien et ce n'est pas mon affaire d'en décider. Mais
+enfin il est puni; en bon soldat qu'il est, il reconnaît, dit-on, la
+punition méritée: il gardera pendant quinze jours les arrêts, «comme un
+sous-lieutenant». M. le général Brugère ne pourra donc (à moins que sa
+punition ne soit levée tout à l'heure) ni recevoir ses amis, ni aller au
+théâtre pendant quinze jours; ni, le soir, dîner en ville; ni se montrer
+au Bois, le matin. Les gens épris d' «égalité» quand même trouvent cela
+très bien; je trouve cela très puéril et un peu choquant. On ne châtie
+pas au lycée de la même façon les élèves des petites classes et ceux des
+grandes; on ne met pas un rhétoricien au piquet. De même, l'obligation
+de «garder la chambre» peut être une façon ingénieuse de punir un
+officier de vingt ans (la liberté de courir étant, à cet âge-là, l'une
+de celles à quoi l'homme tient le plus); mais infliger cette peine à un
+sexagénaire... dire au généralissime: «Vous n'irez plus au Bois...
+pendant deux semaines»; priver de sortie, comme un potache, l'homme à
+qui est réservé l'écrasant honneur de conduire un jour, peut-être, les
+armées de France à l'ennemi, voilà un usage dont la cocasserie m'effare.
+Je ne vois pas--à l'occasion d'une petite faute commise dans le
+service--le ministre de l'Instruction publique privant de dessert M.
+Liard, vice-recteur de l'Académie. Cependant, serait-ce beaucoup plus
+ridicule que de mettre M. le général Brugère en retenue?
+
+ *
+ * *
+
+Sans révolution, sans tapage, aussi simplement qu'on achète une terre ou
+qu'on se marie, les Norvégiens viennent de se donner un roi. La saison
+n'est pas propice aux déménagements, en Scandinavie surtout, et je crois
+bien que si S. M. Haakon VII (c'est le nom du nouveau roi) avait été
+consulté sur le choix de la date où devait être inaugurée l'ère nouvelle
+de la royauté en Norvège, il eût préféré attendre un peu. Il est
+délicieux au printemps, ce fjord de Christiania; mais en décembre! De la
+neige partout; de la brume plein le ciel; le long du grand
+boulevard--_Cari Joharis gade_--qui va de la petite rotonde du Storthing
+au vaste palais blanc que le couple royal occupera demain, les
+réverbères allumés jusqu'à dix heures du matin, et rallumés dès trois
+heures... Il y a bien le patinage, les courses en traîneau, les fêtes de
+nuit sur la glace (merveilleuses!) et les longues soirées où l'on peut
+entendre Nansen raconter ses voyages au pôle et le vieux Grieg jouer sa
+musique, le crâne auréolé de mèches blanches ébouriffées; il y a bien
+aussi le petit théâtre, où le culte du dieu Ibsen est si pieusement et
+si joliment célébré... Mais tout cela--en attendant le dégel et les
+belles nuits d'été--vaudra-t-il Copenhague pour le roi, et Londres pour
+la reine? Car elle est Londonienne, la jolie reine Maud; comme toutes
+les femmes de son pays, bourgeoises ou filles de roi, elle a beaucoup
+voyagé et elle ne rapportera pas à Christiania de jolis souvenirs que de
+son pays; elle en rapportera de France aussi, de ce beau Paris où ses
+parents l'amenèrent toute petite; où elle est souvent revenue et qu'elle
+connaît bien. Et peut-être cet hiver--tandis qu'il fera tout noir dans
+les rues mouillées de Christiania, se rappellera-t-elle avec un peu de
+mélancolie le temps où elle n'était qu'une petite princesse, mais une
+princesse dont la maison s'ouvrait sur les pistes d'Hyde park,--et pas
+très loin, en somme, du boulevard des Italiens!
+
+ *
+ * *
+
+Les avènements royaux ne sont pas les seules fêtes où se mêle un peu de
+tristesse. En regardant mon calendrier, j'y lis: 25 novembre, _Sainte
+Catherine_, et je pense aux braves filles en l'honneur de qui cet
+anniversaire sera célébré tout à l'heure, et dont c'est le tour de
+«coiffer» la sainte. Amère minute à passer; et j'en sais plus d'une qui
+aimerait autant, ce jour-là, que son âge fût ignoré de tout le monde. On
+est pourtant très jeune, à vingt-cinq ans; mais on paraît une demoiselle
+fort mûre à celles qui en ont seize; et c'est cela qui fait peur. On
+pense: «Auraient-elles raison et serais-je plus vieille que je ne
+crois?» Tout de même, on les fête; et, pour les «midinettes» de Paris,
+c'est une joyeuse journée que la Sainte-Catherine. Je me rappelle un
+tableau gentil; c'était le 25 novembre de l'an dernier, rue de la Paix.
+Il était midi; des marchandes de fleurs s'attardaient aux portes des
+grands couturiers, guettant au passage les bandes rieuses: ouvrières,
+vendeuses et mannequins, qui allaient déjeuner. Un cortège passa,
+précédé de deux jolies filles dont les chevelures (blonde et brune)
+étaient fleuries de noeuds de soie: coiffures de Sainte-Catherine...
+«Deux maris feraient bien mieux leur affaire,» dit un passant Elles
+étaient sans doute de cet avis, les pauvres jolies filles. Mais, à
+Paris, certaines mélancolies ne s'avouent pas; c'est une ville où les
+femmes savent rire, même quand elles ont un peu envie de pleurer.
+
+SONIA.
+
+
+
+[Illustration: L'éventaire de la fleuriste assailli par les
+«midinettes».]
+
+[Illustration: Une «Catherine» promenant son bonnet, avec ses
+camarades.]
+
+LA SAINTE-CATHERINE (25 novembre) RUE DE LA PAIX, A PARIS
+
+
+
+LE COMTE DE FLANDRE
+
+Le comte de Flandre, frère cadet du roi des Belges, qui vient de
+succomber à une congestion pulmonaire, était âgé de soixante-huit ans.
+Lorsque Léopold II avait perdu son fils unique, il était devenu
+l'héritier direct du trône; mais, malgré sa haute situation, il ne joua
+en Belgique qu'un rôle assez effacé. Général à vingt-trois ans, il
+refusa, en 1867, la couronne de Roumanie, commanda en 1870 un des corps
+d'observation envoyés à la frontière française et porta longtemps,
+jusqu'en 1902, le titre de commandant supérieur de la cavalerie. Surtout
+vers la fin de sa carrière, une surdité prononcée le tenait éloigné de
+la vie publique; dans son vaste hôtel de Bruxelles, il menait une
+existence familiale, d'une simplicité bourgeoise, sans faste ni grosses
+dépenses; la bibliothèque y occupait une large place, et, bibliophile
+passionné, il préférait à toute autre société celle de ses livres.
+
+Il avait renoncé tout récemment à ses droits et à son titre d'héritier
+présomptif en faveur de son fils aîné, le prince Albert.
+
+
+
+LE GRAND-DUC DE LUXEMBOURG
+
+Le doyen des souverains d'Europe, le grand-duc Adolphe de Luxembourg,
+frère de la reine de Suède, s'est éteint, le 17 novembre, dans sa
+quatre-vingt-neuvième année, au château de Hohenbourg (Palatinat).
+
+En 1839, il avait hérité de son père la couronne ducale de Nassau, dont
+il devait se voir dépossédé par la Prusse, en 1866. Lorsque Guillaume
+III, roi de Hollande, chef de la branche cadette de la maison d'Orange
+et grand-duc de Luxembourg, mourut en 1890, ne laissant qu'une fille, la
+princesse Wilhelmine, que la constitution luxembourgeoise, admettant la
+loi salique, privait d'une part de la succession paternelle, ce fut au
+prince Adolphe, chef de la branche aînée, qu'échut la souveraineté du
+grand-duché. Il l'exerça effectivement jusqu'en 1902, époque où,
+fléchissant sous le poids de l'âge, devenu impotent, il confia la
+régence à son fils Guillaume, le prince héritier.
+
+[Illustration: Le comte de Flandre.--_Phot. Gunther._]
+
+[Illustration: Le grand-duc défunt Adolphe de Luxembourg.--_Phot.
+Bernhoeft._]
+
+[Illustration: Le nouveau grand-duc, la grande-duchesse et leur dernière
+fille, Sophie.]
+
+[Illustration: Elisabeth. Antonia. Hilda. Charlotte. Marie-Adélaïde. Les
+petites princesses de Luxembourg.--_Phot. Bernhoeft._]
+
+Le nouveau grand-duc, âgé de cinquante-trois ans, a épousé, en 1893, une
+infante de Portugal, la princesse Marie-Anne de Bragance. De cette union
+sont nées six filles: Marie-Adélaïde, Charlotte, Hilda, Antonia,
+Elisabeth et Sophie; l'aînée a onze ans et demi, la plus jeune en aura
+bientôt quatre. Ainsi qu'en témoigne une photographie de 1902 qui, au
+nombre de cinq (un autre document montre la dernière entre les bras de
+sa mère), les représente rangées en flûte de Pan, elles sont charmantes,
+les petites princesses; nul souci ambitieux ne semble altérer leur
+sérénité enfantine, et, si elles regrettent l'absence d'un frère espéré,
+sans doute ignorent-elles encore cette peu galante loi salique dont la
+rigueur interdit à leur sexe la possession du trône autour duquel elles
+prennent leurs ébats.
+
+
+
+NOTES ET IMPRESSIONS
+
+Jamais l'art n'a été ni plus encouragé, ni plus décourageant. ROBERT DE
+LA SUZERANNE.
+
+ *
+ * *
+
+Ne demandez pas à un homme quel Dieu il sert, mais à quelles actions son
+Dieu le convie. MAXIME DUCAMP.
+
+ *
+ * *
+
+Un budget d'État ne doit comprendre que des impôts de justice et de
+nécessité; la passion politique y ajoute des impôts de jalousie et de
+vengeance.
+
+ *
+ * *
+
+ Le feu de bois dans l'âtre est bien l'ami rêvé par l'égoïsme: il
+s'anime, pétille, égaye, réchauffe et se consume pour mes besoins ou mon
+plaisir. G.-M. VALTOUR.
+
+
+
+[Illustration: L'avant de l'_Hilda_ sur les roches des Portes.--_Phot.
+Germain, Saint-Malo._]
+
+[Illustration: _L'_Hilda.--_Phot. comm. par M. A. Duez._]
+
+LE NAUFRAGE DU VAPEUR «HILDA»
+
+C'est un des sinistres maritimes les plus effroyables qui se soient
+produits en ces dernières années, que ce naufrage du steamer _Hilda_, de
+la Compagnie anglaise _South Western_, qui, dans la nuit de samedi à
+dimanche dernier, est venu se fracasser sur les rochers des Portes, à
+proximité du phare du Jardin, à l'entrée de la rade de Saint-Malo, en
+engloutissant une centaine de victimes.
+
+Dimanche matin, un autre vapeur, l'_Ada_, qui partait de Saint-Malo pour
+Jersey, apercevait, émergeant des flots, comme il sortait des passes, un
+mât auquel étaient cramponnés dix naufragés, toute une grappe prête à
+s'égrener. Plusieurs étaient morts, mais leurs membres raidis les
+retenaient au gréement. Six seulement vivaient encore, cinq marchands
+d'oignons de la côte bretonne et un matelot anglais, exténués,
+défaillants de froid, de misère et de fatigue. Une chaloupe de l'_Ada_,
+avec l'aide d'un bateau pilote, put les recueillir et les ramener à
+Saint-Malo. Ce sont les seuls survivants de la catastrophe.
+
+[Illustration: Le chauffeur anglais Grinter.]
+
+_L'Hilda_ était un beau navire de 80 mètres de longueur, jaugeant 373
+tonneaux, qui assurait le service entre Southampton et Saint-Malo, avec
+escales à Guernesey et à Jersey. De ce dernier point, il gagnait
+Saint-Malo par le large des Minquiers. Il était commandé par le
+capitaine Gregory, âgé de soixante ans, vieux routier de la Manche, qui
+avait accompli avec lui d'innombrables fois la traversée entre la France
+et l'Angleterre.
+
+Dès son départ de Southampton, vendredi 17 novembre, le bateau avait eu
+à lutter contre le mauvais temps. Le capitaine n'avait pas quitté la
+passerelle. Le vent soufflait avec violence. Il faisait un froid
+rigoureux. La neige, par surcroît, s'était mise à tomber, chassant les
+passagers dans leurs cabines. Ceux-ci étaient nombreux. Il y avait à
+bord, notamment, cinquante et un de ces marchands d'oignons des côtes
+nord de la Bretagne, qui vont chaque année en Angleterre vendre leurs
+récoltes, et qui s'en revenaient au pays après leur tournée habituelle.
+Les passagers de première classe, dont le nombre n'est pas exactement
+connu, appartenaient pour la plupart à la colonie anglaise de Dinard.
+
+Vers 9 heures, samedi soir, on approchait de Saint-Malo. On naviguait «à
+l'estime», à tâtons, au milieu de la tourmente; du brouillard se mêlait
+à la neige, accroissant encore l'obscurité. Aucun des feux de la rade
+n'apparaissait. Le capitaine et ses officiers pouvaient se croire encore
+loin de terre. On lança des fusées, qui furent aperçues entre 10 et 11
+heures de Saint-Malo et du phare de la Pierre du Jardin. Les gardiens de
+ce phare y répondirent; mais, du navire, on ne vit pas leurs signaux.
+
+[Illustration: Les marchands d'oignons: en haut, Paul-Marie Le Penn,
+Olivier Caroff; en bas, Louis Rozeo, Tanguy-Laot, Jean-Louis Mouster.
+
+LES SIX SURVIVANTS DU NAUFRAGE, QUI ONT ÉTÉ RECUEILLIS DANS LA MATURE DE
+L'HILDA]
+
+LES NAUFRAGÉS DE L'«HILDA», AU LEVER DU JOUR
+
+_D'après le récit du chauffeur anglais Grinter._
+
+Tout à coup un choc formidable se produisit, a raconté un survivant du
+naufrage, le matelot Grinter. Le commandant Gregory, parfaitement calme,
+donna l'ordre de mettre les embarcations à la mer. L'opération ne put
+être faite que pour deux d'entre elles, qui elles-mêmes chavirèrent
+bientôt. Le navire coulait rapidement.
+
+«Nous étions, ajouta Grinter, dans un tourbillon de neige quand le
+bateau sombra; je fus lancé dans les gréements et je grimpai au grand
+mât avec le second et le cuisinier. La mâture fut complètement couchée;
+un certain nombre de Français qui s'y étaient réfugiés de l'autre côté
+furent brusquement plongés dans la mer, puis le mât se releva à demi. Il
+y avait environ vingt personnes dans les agrès quand le navire coula.
+Environ deux heures après que le navire eut coulé, le maître-coq lâcha
+et glissa dans l'eau; le second tint jusqu'à 6 heures, mais à ce moment
+il tomba en avant sur le gréement, où son cadavre resta accroché. Un
+autre homme mourut, tomba et resta suspendu par un pied. Un peu avant le
+lever du jour, un Français mourut à son tour et tomba, retenu par une
+jambe. Enfin, à l'aube, nous vîmes les effrayantes roches sur lesquelles
+nous avions naufragé, et j'aperçus l'_Ada_ à environ un demi-mille.»
+
+Le lendemain, on put se rendre compte de la position de l'épave, brisée
+net par le ressac en deux endroits.
+
+Depuis, chaque jour a apporté son contingent de cadavres, les uns
+recueillis en mer, où leur ceinture de sauvetage les maintenait
+flottants, les autres jetés à la côte en longues et sinistres théories.
+
+_Voir aussi la double page hors texte sur le naufrage de l_'Hilda.
+
+
+
+[Illustration: Tour Saint-Jacques. Châtelet. Pont Notre-Dame. Marché aus
+fleurs. Station de la Cité et Hôtel-Dieu. Caserne de la Cite. Préfecture
+de police. Petit-Pont. Place Saint-Michel (station), Fontaine
+Saint-Michel. Place Saint-André-des-Arts. Coupe schématique figurant le
+trajet du Métropolitain sous les deux bras de la Seine et à travers la
+Cité, entre la place du Châtelet et la place Saint-Michel.]
+
+[Illustration: Plan de la traversée de la Seine par le Métropolitain.]
+
+LE TUNNEL DU MÉTROPOLITAIN SOUS LA SEINE
+
+Au mois de septembre dernier, on remorquait le long de la Seine une
+énorme caisse métallique qui excitait vivement la curiosité des
+Parisiens. C'était le premier des cinq caissons devant former les deux
+tunnels qui permettront à une nouvelle ligne du Métropolitain, allant de
+la porte de Clignancourt à la porte d'Orléans, de passer sous les deux
+bras de la Seine entre la station du Châtelet et celle de la place
+Saint-Michel. Ce caisson, amarré en amont du pont au Change, n'a cessé,
+depuis lors, d'intriguer le public. Il s'est d'abord entouré d'un
+système compliqué d'échafaudages entre lesquels on distinguait, sortant
+de sa voûte encore ajourée, quatre cheminées terminées par une sorte de
+grand tonneau. Puis, la carcasse métallique fut remplie de béton et le
+caisson s'enfonça peu à peu dans l'eau, sous laquelle il a complètement
+disparu. Les cheminées, seules, continuent à émerger, incertaines
+heures, leur porte s'ouvre un instant pour faire entrer ou sortir des
+groupes d'ouvriers. C'est tout ce qu'aperçoit le public. Essayons de lui
+faire voir ce qui se passe à l'intérieur de ce chantier mystérieux.
+
+Rappelons d'abord la structure et les dimensions du caisson. Il est
+formé d'un cuvelage voûté en fonte, mesurant environ 35 mètres de
+longueur sur 7 mètres de largeur et 5 mètres de hauteur, protégé par une
+cuirasse variant de 70 centimètres à un mètre d'épaisseur, faite d'une
+armature métallique noyée dans le béton. Cette cuirasse se prolonge
+jusqu'à 1m,80 au-dessous du cuvelage ménageant ainsi entre le plafond et
+le sous-sol de la Seine une «chambre de travail» à l'intérieur de
+laquelle les ouvriers creusent le lit du fleuve pour y «foncer» peu à
+peu le caisson.
+
+_Les étapes d'immersion et de fonçage du caisson._--Avant d'expliquer
+comment on arrive dans cette chambre de travail et ce qui s'y passe,
+indiquons la série des positions successives du caisson, que nous avons
+figurées dans la série de schémas ci-contre.
+
+Le poids du béton et des quatre cheminées destinées à maintenir la
+communication entre la chambre de travail et l'air extérieur a amené
+graduellement le caisson à toucher le lit de la Seine, l'eau ne
+pénétrant que dans la chambre de travail et dans les cheminées où elle s
+arrête au niveau du fleuve (fig. 1, 2, 3, de la série ci-contre).
+
+On lance alors par les cheminées de l'air comprimé qui refoule l'eau et
+met à sec la chambre de travail. Puis pour surpasser l'effort
+ascensionnel du à la pression de cet air comprimé qui, formant ressort
+entre le sol et le plafond, tend à faire remonter le caisson, on leste
+ce dernier en remplissant progressivement d'eau l'intérieur du cuvelage.
+
+Les ouvriers peuvent désormais pénétrer dans la chambre de travail pour
+creuser le sol et y incruster peu à peu le caisson qui cesse bientôt
+d'émerger. C est sa position actuelle (fig. 4, 5).
+
+Dans quelques jours, il reposera à sa place définitive, la voûte
+trouvant à environ un mètre au-dessous du lit de la Seine dont la
+profondeur moyenne, en cet endroit, atteint 5 mètres. A ce moment, on
+coulera du béton comprimé dans la chambre de travail et dans les
+tronçons de cheminées qui traversent les parois du caisson. Des
+scaphandriers dévisseront les boulons dont l'enlèvement permettra de
+retirer la partie supérieure des cheminées. Enfin, on jettera des
+matériaux dans le fleuve pour combler le trou subsistant dans son lit,
+et le caisson, toujours rempli d'eau, se trouvera isolé sous la Seine,
+sans communication avec l'air extérieur (fig. 6, 7).
+
+Lorsque tous les caissons (trois sous le grand bras du fleuve, deux sous
+le petit bras) seront posés, on les mettra en communication entre eux et
+avec le reste du tunnel. Quant à l'eau de lestage, on aura divers moyens
+de la retirer. Un conduit a été ménagé dans la voûte du caisson; des
+scaphandriers y raccorderont des tuyaux par lesquels on pompera l'eau ou
+on la refoulera à l'extérieur à l'aide de l'air comprimé. On pourra
+encore épuiser par le bas après raccordement des caissons.
+
+_Le système de l' air comprimé._--C'est l'air comprimé qui permet
+d'accomplir sans trop de peine et avec beaucoup de sécurité des travaux
+de ce genre. En arrivant dans la chambre de travail, il refoule l'eau et
+l'empêche de jaillir du sol. Sa pression doit augmenter à mesure qu'on
+enfonce, puisque, en même temps, croît la pression de l'eau. A partir du
+moment où le premier ouvrier est descendu dans la chambre de travail,
+l'air comprimé la remplit en permanence, sous peine d'inondation
+immédiate. Le schéma ci-dessus montre le dispositif adopté pour cela.
+
+Les cheminées, d'un diamètre de 90 centimètres, se terminent dans une
+sorte de tonneau, appelé _sas à air_, de 2m,75 de hauteur sur 2 mètres
+de diamètre, qui communique avec la cheminée par une soupape. L'air
+comprimé arrive du secteur par un tuyau pénétrant dans la cheminée, même
+quand la soupape est fermée. On en consomme environ 15.000 mètres cubes
+par vingt-quatre heures, ce qui représente une dépense approximative de
+300 francs.
+
+[Illustration: Schéma montrant le fonctionnement du sas à air pour
+l'envoi de l'air comprimé, l'entrée et la sortie des ouvriers, et
+l'évacuation des déblais.]
+
+[Illustration: Dans le sas à air: l'éclusage avant la descente.]
+
+En temps normal, cette soupape reste ouverte pour livrer passage au seau
+qui remonte les déblais, et, dans le sas privé de toute communication
+avec le dehors, se tiennent un surveillant et un ouvrier. S'agit-il de
+faire entrer quelqu'un: on ferme la soupape et l'on ouvre l'échappement
+à l'air libre pour vider le sas de son air comprimé. On ouvre ensuite la
+porte extérieure, puis, les ouvriers entrés, on la referme et l'on
+procède à l'éclusage, c'est-à-dire on fait rentrer progressivement l'air
+comprimé. Une fois l'égalité de pression rétablie entre le sas et la
+cheminée, on rouvre la soupape et les ouvriers descendent dans la
+chambre de travail. Pour la sortie, on écluse en sens inverse. Chaque
+éclusage dure environ une minute. Un système de soupapes commandées par
+un embrayage automatique permet d'évacuer continuellement les déblais
+sans établir de communication entre le sas et l'extérieur. Un système
+analogue est appliqué aux «bétonnières» par lesquelles on versera le
+béton.
+
+_Dans la chambre de travail_.--Descendons dans la chambre de travail.
+Nous voici d'abord dans le sas, toutes portes fermées; une dizaine de
+personnes peuvent y tenir sans aise au milieu d'une atmosphère brumeuse
+qu'éclaire vaguement la lumière du jour arrivant par la lentille du
+plafond. Pendant que l'air comprimé entre en sifflant, les «voyageurs»
+se pincent le nez et avalent leur salive pour contre-balancer les
+premiers chocs de l'air comprimé sur le tympan. L'équilibre s'établit,
+le sifflement cesse, et la soupape s'ouvre. L'oeil plonge dans un trou
+noir, au fond duquel apparaît, à une vingtaine de mètres, le disque
+blafard que dessine la lumière de la chambre de travail. Nous prenons
+les échelons. Le froid extérieur était assez vif; à mesure que nous nous
+enfonçons dans l'eau, la température augmente. Un dernier échelon, et
+nous sautons dans la chambre de travail. L'aspect est assez lugubre. Un
+immense rectangle d'environ 35 mètres sur 7, haut seulement de 1m,80, où
+des lampes Edison éclairent un brouillard pénétrant. Une photographie
+prise à la lumière du magnésium eût montré ce chantier, toujours plongé
+dans une demi-obscurité, d'une façon fort inexacte; le dessin de M.
+Kupka en donne, au contraire, une impression saisissante. Notre
+collaborateur est le premier artiste qui ait jamais travaillé en pareil
+endroit, puisque, jusqu'à ce jour, les ingénieurs n'avaient pas encore
+imaginé d'introduire un caisson sous l'eau par fonçage vertical direct.
+
+[Illustration: ce qu'on voit au-dessus du niveau de la Seine après
+l'immersion d'un caisson, et ce qui se passe au-dessous. Le schéma qui
+continue la photographie montre la situation de la chambre de travail
+dont l'intérieur est représenté par notre gravure de double page.]
+
+LES ÉTAPES DE L'IMMERSION ET DU PONÇAGE DU CAISSON DANS LE LIT DE LA
+SEINE (SCHÉMAS TRANSVERSAUX)
+
+1. Le caisson inachevé flotte comme un bateau.--2. Revêtu de son
+enveloppe de béton, et ses quatre cheminées terminées, il s'enfonce
+davantage.--3. Il repose sur le fond de la Seine. 4. L'air comprimé
+refoule l'eau et met à sec la chambre de travail.--5. Le caisson est
+entièrement lesté d'eau pour annihiler la poussée ascensionnelle de
+l'air comprimé.--6. En place définitive, à un mètre environ sous le fond
+de la Seine.--7. On bétonne la chambre de travail et les tronçons de
+cheminée traversant les parois du caisson. On démonte la partie
+supérieure des cheminées et l'on comble la tranchée creusée dans le lit
+de la Seine. L'eau intérieure du caisson sera épuisée soit par le haut,
+au moyen d'un tuyau posé par un scaphandrier; soit par le bas, après
+raccordement du caisson avec le tunnel ordinaire.
+
+Jour et nuit, trente ouvriers spéciaux, dits _tubistes_, reconnus par un
+médecin exempts de toute affection cardiaque, débitent au pic un sol qui
+se compose de marne et de roches en formation. Parfois des bancs durs
+obligent de recourir à la mine; on emploie une poudre sans fumée, mais
+l'explosion, dans cette «boîte», a quelque chose de sinistre. Les
+déblais sont remontés dans un seau.
+
+Après avoir creusé une rigole d'approche à une certaine distance des
+parois, on entaille verticalement contre la paroi même, sur tout le
+pourtour, en laissant, de distance en distance, une étroite travée de
+sol. Les ouvriers attaquent ensuite ces derniers soutiens, tous
+ensemble, et, en quelques minutes, le caisson descend de 5 ou 6
+centimètres. On abaisse alors la partie centrale du sol jusqu'au niveau
+du caisson et l'on commence une nouvelle attaque. On enfonce ainsi, en
+moyenne, de 30 centimètres par jour. Actuellement, il reste environ 2
+mètres à creuser. La pression, qui atteint deux atmosphères, ne produit
+aucune sensation de gêne; et, grâce à la porosité du terrain, l'air
+comprimé, en s'y infiltrant, entraîne les déchets de la combustion
+respiratoire. Il règne, néanmoins, dans ce chantier, une chaleur humide
+et lourde. Nous remontons, la soupape se ferme, et, après un nouvel
+éclusage, nous nous retrouvons à l'air libre. Un dernier détail:
+l'infrastructure de la ligne numéro 3 est revenue à environ 2.250.000
+francs le kilomètre; pour les 1.100 mètres compris entre le carrefour de
+la rue des Halles et de la rue de Rivoli, et le carrefour du boulevard
+Saint-Germain et de la rue Danton, on a prévu une dépense de 15
+millions.
+
+JEAN CERVIN
+
+[Illustration: Vue de l'armature métallique des caissons avant
+l'immersion. _Phot. Godefroy._]
+
+[Illustration: Aspect d'une cheminée d'accès à la chambre de travail,
+vue du _sas à air_.]
+
+[Illustration: _Dessin d'après nature de Kupka_ LES MYSTÈRES DE LA
+CONSTRUCTION DU METROPOLITAIN: LE CHANTIER SOUS LA SEINE EN AMONT DU
+PONT AU CHANGE]
+
+_L'antre mythologique où forgeaient les cyclopes, les grottes
+mystérieuses où peinaient les Niebelungen, apparaîtraient comme des
+décors puérils et démodés auprès de cet atelier souterrain, lentement
+descendu à 8 mètres sous le fond de la Seine. Quand, par la longue
+cheminée qui relie l'atmosphère libre à la chambre de travail, où de
+puissantes machines compriment un air lourd aux poumons, on pénètre dans
+cette galerie métallique, sous une pression incommodante, la sensation
+qu'on éprouve est étrange. Au rayonnement des lampes électriques, une
+trentaine d'ouvriers travaillent, s'escriment du pic et du marteau, à
+coups rythmés, avec un bruit assourdissant, creusent peu à peu le sol où
+s'enfonce le caisson, tandis que les «glaiseurs» attentifs, comme celui
+qu'on aperçoit à gauche, au premier plan du dessin, s'appliquent à
+boucher avec de l'argile les fissures du terrain par où se perdrait trop
+vite la charge d'air comprimé. Les beaux gestes harmonieux des
+travailleurs sont plus lents, plus pénibles qu'au grand soleil; leurs
+poitrines halètent plus fort. Pourtant, ils accomplissent leur labeur du
+même air tranquille et sûr, ainsi séparés du monde, reliés seulement
+avec les camarades du haut par un fil téléphonique et par cette cheminée
+qui leur livre passage et leur envoie l'air nécessaire, calmes comme si
+leur vie n'était pas à la merci d'une valve qui se dérangerait._--Voir
+l'article technique aux pages précédentes.
+
+
+
+[Illustration: Vue de Madrid à 1.000 mètres d'altitude. Le ballon que
+l'on aperçoit est le «Vencejo».]
+
+UN ATTERRISSAGE DE BALLON DANS L'ESTRAMADURE
+
+_Nous donnions ici-même, il y a trois semaines, avec des photographies à
+l'appui, le récit du beau voyage en ballon fait par M. Jacques-Faure et
+le comte Rozan_ des Tuileries aux Karpathes. _Voici aujourd'hui le récit
+non moins curieux de l'ascension que le comte Henry de la Vaulx,
+participant à un concours aérostatique organisé à Madrid à l'occasion du
+voyage de M. Loubet, fit à bord de l'_Elfe, _avec M. Paul Tissandier,
+et de leur aventureux atterrissage en pleine montagne, dans
+l'Estramadure._
+
+27 octobre: le parc du Royal Aéro-Club d'Espagne, prosaïquement situé
+près d'une usine dont les gazomètres noirs et enfumés ne le cèdent pas
+en laideur à ceux de la banlieue parisienne, fourmille de monde; tout ce
+que la Société madrilène compte d'illustrations et de beautés s'est
+donné rendez-vous autour des bulles légères de soie qui bientôt vont
+planer par-dessus les montagnes de la Castille. C'est en effet un
+spectacle inédit dans ce pays qui: le départ de ces douze ballons
+joyeusement enrubannés aux couleurs franco-espagnoles. Je monte avec mon
+ami Paul Tissandier _l'Elfe_, géant de 1.800 mètres cubes. Le départ
+nous est donné à midi précis et il est bientôt salué par les
+applaudissements d'un essaim de jeunes et jolies personnes.
+
+Nous montons à 500 mètres et découvrons derrière nous Madrid, tandis que
+dans le sens de notre marche s'étendent à perte de vue de grandes
+plaines dénudées, pelées, sans la moindre végétation, parsemées de-ci
+de-là de villages à l'aspect désolé. A droite, une longue chaîne de
+montagnes barre l'horizon: c'est le Guadarrama.
+
+[Illustration: Les premiers contreforts de la Sierra Guadarrama.]
+
+Nous montons doucement et marchons à l'allure fantastique de 8
+kilomètres à l'heure.
+
+La température est douce et nous déjeunons confortablement installés
+dans le fond de notre nacelle pendant qu'autour de nous, à des altitudes
+différentes, d'autres aérostats emportent d'autres êtres humains qui se
+livrent à la même occupation et font sans doute les mêmes réflexions sur
+la monotonie et la tristesse des plaines de Castille.
+
+Mais voici qu'un ballon à reflets d'argent descend avec rapidité; sa
+forme s'allonge démesurément; il touche terre et se dégonfle en une
+seconde... Que s'est-il passé? Nous l'ignorons. Nous continuons notre
+voyage et reconnaissons au pied du Guadarrama l'Escurial, la résidence
+perpétuelle des souverains d'Espagne, qu'ils soient vivants ou morts.
+
+Le jour baisse; un automobiliste lancé à notre poursuite nous crie que
+nous allons vers Avila, c'est-à-dire en pleine montagne. En effet, bien
+qu'à 750 mètres d'altitude, notre guide-rope traîne bientôt sur les
+premiers contreforts; je jette du lest; nous nous équilibrons à 3.000
+mètres et pénétrons franchement dans la montagne. Quelquefois notre
+guide-rope, touche presque le sol; nous franchissons des pics qui
+dépassent 2.500 mètres.
+
+Tout à coup Tissandier qui fait le quart me réveille brusquement.
+Derrière nous, presque sous nos pieds, s'étend une mer immense; sur la
+rive un feu rouge clignote.
+
+Il n'y a pas à hésiter, il faut descendre.
+
+L'Océan nous barre impérieusement la route. Je tire de toutes mes forces
+sur la corde de soupape... _L'Elfe_ touche terre; Tissandier jette
+l'ancre, je manoeuvre le panneau de déchirure et notre ballon repose sur
+le sol à moitié dégonflé... Il est 5 heures du matin.
+
+Avec nos jumelles, nous inspectons la mer et nous nous réjouissons
+d'être descendus à temps.
+
+Le jour se lève, nous distinguons très nettement les flots dont le bruit
+parvient jusqu'à nous... Puis il nous semble que le rivage s'éloigne
+comme si progressivement, telle une fée armée de son bâton magique, la
+terre empiétait sur le domaine des eaux, et l'Océan fuit de plus en plus
+rapidement bien que le bruit des vagues monte toujours aussi
+distinctement à nos oreilles.
+
+Serions-nous le jouet d'une hallucination? Quelle peut être cette marée
+diabolique qui transforme ainsi le lit des flots? Le soleil se lève
+derrière les hautes montagnes, son disque ensanglanté apparaît à
+l'horizon et les côtes s'éloignent encore... Nous braquons nos
+jumelles... hélas! il n'y a plus de doute, la mer a disparu. Nous avons
+été le jouet d'un mirage extraordinaire et dans la vallée, comme pour se
+rire de nous, les cascades d'un torrent simulent le déferlage des
+vagues.
+
+Nous sommes furieux, car nous avions encore dans notre nacelle le lest
+suffisant pour nous maintenir toute la journée dans les airs.
+
+Mais il faut bien nous résigner et aller tout d'abord chercher du
+renfort pour descendre notre ballon au fond de la vallée; en effet, dans
+notre précipitation à regagner la terre et par la nuit noire, nous avons
+atterri au haut d'une montagne.
+
+Un village nous apparaît en contre-bas; nous nous y rendons aussitôt.
+
+Ah! quel village, et comme il a sa couleur locale de saleté! Mais, en
+revanche, les habitants, fidèles à leurs vieux principes d'hospitalité,
+y sont charmants et serviables. Un vieillard, don Felipe Alonso Garcia,
+qui paraît avoir la haute main sur tout le Torno (c'est le nom du
+village), nous dit que tous vont aider à la descente du matériel. Je
+parle de rétribution, mais le vieillard réplique que personne ici
+n'acceptera d'argent, car, ajoute-t-il, il ne faut pas que jamais l'on
+puisse dire qu'un étranger venu au Torno réclamer de l'aide et du
+secours ait dû payer pour cela.
+
+Une demi-heure après, le «pueblo» tout entier, hommes, femmes, enfants,
+gravit la montagne de «Fuente Lengua» et c'est bientôt, à travers les
+escarpements et les rochers, de longues théories de paysans espagnols en
+pittoresques costumes portant sur leur dos le ballon et tous ses agrès.
+
+Le tout est descendu jusqu'à l'une des maisons du village et demain, car
+le trajet est long, _l'Elfe_ rejoindra par les mêmes moyens, avec
+l'adjonction de quelques mules de charge, le bas de la vallée. C'est en
+ce point que passe la route qui mène à Placenzia, petite ville de
+l'Estramadure dotée d'un chemin de fer et surtout célèbre dans toute
+l'Espagne par l'internement volontaire de Charles-Quint au couvent de
+Saint-Just, après son abdication.
+
+Le soir de ce premier jour, un grand banquet nous fut offert. Je n'ose
+pas dire que le menu me plut en tout point, culinairement parlant, mais
+il était donné de bon coeur et avec une grande fraternité; la fraternité
+était même si complète que nous buvions tous le vin du pays à même une
+grosse cruche circulant à la ronde; on se servait aussi beaucoup des
+assiettes de ses voisins et l'on jetait ses os par terre, si bien que le
+carrelage de notre chambre à coucher (car c'était dans notre chambre
+qu'avait lieu le banquet) ressemblait, à la fin du repas, à un véritable
+charnier.
+
+Au dessert, le médecin du village nous porta un toast et termina en
+buvant à la Liberté, à l'Égalité, à la Fraternité, au grand Dogme de la
+République française.
+
+Sans nous en douter, nous étions descendus au milieu d'un foyer de
+républicanisme perdu en pleine Estramadure; des _Viva la Republica_ sont
+gravés sur les cruchons, sur les assiettes et même sur les fruits du
+jardin. Bien plus, tous les habitants du village sont francs-maçons et
+notre ami Felipe Alonso Garcia pousse la coquetterie jusqu'à avoir des
+cartes de visite en forme de triangle avec son nom écrit de la même
+manière.
+
+Et le docteur Casimiro Garcia Lopez y Garcia nous dit au moment du
+départ: «C'est au nom de l'humanité que nous vous avons reçus: ne
+sommes-nous pas tous frères?»
+
+Heureux républicains dignes des antiques Spartiates!
+
+Comte HENRY DE LA VAULX.
+
+[Illustration: _L'Elfe_ deux heures après l'atterrissage, qui se fit à 5
+heures du matin.]
+
+[Illustration: Le transport de _l'Elfe_ en charrette à boeufs, sur la
+route de Placenzia.]
+
+[Illustration: APRÈS L'ATTERRISSAGE DE L'«ELFE» DANS LES MONTAGNES DE
+L'ESTRAMADURE Le transport de l'enveloppe et de la nacelle du lieu de
+l'atterrissage au premier village.--_D'après une photographie de M. Paul
+Tissandier._]
+
+
+
+[Illustration: Le palais royal à Christiania.]
+
+HAAKON VII, ROI DE NORVÈGE
+
+Par le plébiscite des 12 et 13 novembre, que le Storthing, dans sa
+séance solennelle du 18, a ratifié à l'unanimité, la Norvège vient de se
+donner un roi: environ 80% du nombre des votants (exactement 259.563
+contre 69.624) se sont prononcés en faveur de la monarchie.
+
+Les élections se sont effectuées de la façon la plus calme: rien n'a
+troublé les opérations du scrutin dans les salles de vote bien
+aménagées, aux abords desquelles se tenaient de paisibles distributeurs
+de bulletins, les _ja_ (oui) très demandés, les _nei_ (non) en grande
+quantité laissés pour compte.
+
+Suivant les prévisions (voir L'Illustration du 11 novembre), le chef de
+la nouvelle dynastie est le prince Charles de Danemark, petit-fils du
+roi Christian. Il a déclaré qu'avec la permission de son illustre
+grand-père il acceptait son élection, en prenant le nom de Haakon VII et
+en donnant à son fils celui d'Olaf, noms portés par d'anciens rois
+norvégiens. Le souverain, la reine Maud, le jeune prince héritier
+Alexandre, n'ont donc plus qu'à ceindre leur front des couronnes toutes
+prêtes.
+
+[Illustration: La ville de Christiania, vue du palais du roi de
+Norvège.]
+
+[Illustration: Les couronnes du roi de Norvège, du prince héritier et de
+la reine.]
+
+[Illustration: Le roi Haakon VII.]
+
+[Illustration: Le petit prince héritier Olaf.]
+
+[Illustration: La reine Maud de Norvège.]
+
+[Illustration: Distributeur de bulletins monarchistes.]
+
+[Illustration: Un bateau du port de Christiania hisse le signal «oui»
+pour manifester l'opinion de son équipage.]
+
+[Illustration: Distributeur de bulletins républicains.]
+
+LE PLÉBISCITE DU 12 NOVEMBRE EN NORVÈGE (259.563 OUI--69.624 NON)
+
+
+
+AU CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE SÉBASTOPOL.--Funérailles des manifestants tués
+en voulant forcer les portes de la prison pour délivrer les prisonniers
+politiques.--_Photographie d'un correspondant._
+
+APRÈS L'ÉMEUTE DE CRONSTADT.--Au milieu des ruines des maisons
+incendiées: une arrestation.--Photographie de notre correspondant, C.-O.
+Bulla.
+
+LES TROUBLES EN RUSSIE: DE LA MER NOIRE A LA MER BALTIQUE
+
+
+
+LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS
+
+DEUX LIVRES SUR LAMARTINE ET ELVIRE(1).
+
+Note 1: _Lettres inédites d'Elvire à Lamartine_, par René Domine
+(Hachette, 3 fr. 50).--_Lamartine, de 1816 à 1830; Elvire et les
+Méditations_, par Léon Séché. (Mercure de France, 7 fr. 50).
+
+Nous savions depuis longtemps que toutes les lettres d'Elvire à
+Lamartine n'avaient pas disparu et que la famille du poète en conservait
+quelques-unes. Mme Valentine de Lamartine, sur laquelle Mme Émile
+Ollivier a écrit un livre exquis, s'en était ouvert à quelques amis. A
+ces reliques était joint, placé sous verre, le fameux mouchoir baigné
+des larmes de Graziella. Qu'est-il devenu? Les épîtres, du moins, ne
+sont pas égarées. M. de Montherot, petit-neveu de Lamartine, les a
+tirées de ses papiers de famille et Communiquées à M. Doumic qui s'est
+empressé de les publier dans la _Revue des Deux-Mondes_. Il a réuni en
+plaquette ses pages de la _Revue_, en y ajoutant plusieurs lettres du
+docteur Alin et d'Aymon de Virieu sur la fin d'Elvire.
+
+[Illustration: Portrait d'Elvire (Julie Bouchard des Hérettes) d'après
+la miniature d'Elouis (appartenant à M. Léon Séché).]
+
+Le plus documenté des historiens et des critiques, M. Léon Séché,
+donnait presque en même temps au _Mercure de France_ des études sur
+Lamartine et sur son grand amour. Ces jours-ci paraissent en volume, et
+fort augmentés, les articles de M. Séché, qui s'est livré à des
+recherches infinies et minutieuses sur les origines, sur l'existence et
+sur la famille d'Elvire.
+
+Née à Paris en 1784, d'une mère créole, Elvire, c'est-à-dire
+Françoise-Julie Bouchard des Hérettes, appartenait par son père à la
+région nantaise; sa famille maternelle habitait la Touraine. Quelles
+furent son enfance et sa première jeunesse? Elle passa quelques années à
+Saint-Domingue, fut élevée en France dans un pensionnat dont nous ne
+savons pas le nom, et habitait à Saint-Paterne, près de Tours, chez son
+oncle, M. de Bergey, une fort belle propriété, la Grange-Saint-Martin,
+quand le physicien Charles la demanda en mariage. D'une grande
+réputation scientifique, de manières charmantes, d'une tournure encore
+agréable, Charles n'était pas précisément le vieillard accablé par l'âge
+que représente la légende. Il avait cinquante-huit ans et Julie vingt
+quand ils s'unirent à la mairie et à l'église de Saint-Paterne, le 25
+juillet 1804.
+
+La miniature de Julie par le peintre Elouis, qui appartient à M. Léon
+Séché et dont il a donné en tête de son livre une reproduction, nous la
+peint extrêmement séduisante, sous son chapeau de soie rose. L'apparence
+est enfantine; le corps frêle, les lèvres minces, le nez droit; le
+visage est éclairé par deux grands yeux qui semblent l'absorber tout
+entier. Il y a là, dans ces deux lumières trop brillantes, quelque
+marque du mal profond qui devait, tout emporter et que l'on pressentait
+déjà au moment du mariage. Elle avait vingt-cinq ans quand elle posa
+devant Elouis.
+
+Ce fut en juillet 1816, à Aix, en Savoie, où elle était allée soigner sa
+santé, qu'elle rencontra Lamartine. La maladie ajoutait à sa séduction.
+Le futur poète, lui, ressemblait pour la beauté à un jeune dieu. «La
+poésie, écrit Brifaut, dans ses _Mémoires_, se jouait sur son front; ses
+grands cheveux bouclés lui donnaient quelque ressemblance avec l'Apollon
+du Belvédère; il paraissait la réalisation vivante de cet idéal jeté en
+marbre. S'il prenait par les yeux, c'était bien autre chose quand ses
+paroles d'or tombaient avec un bruit délicieux dans l'oreille.» C'est à
+peu près à l'époque où il vit Julie pour la première fois, à vingt-six
+ans, que l'aperçut Brifaut, et avant les _Méditations_, Elvire en avait
+trente-deux. _Raphaël_ nous a retracé les enchantements de ces jours
+d'été, passés au bord du lac du Bourget. Mais que ces heures furent
+courtes! Vers le milieu de septembre, la jeune femme dut regagner Paris,
+ramenant avec elle non seulement son mal ancien, mais la souffrance
+nouvelle de l'amour et de la séparation.
+
+Le matin de Noël 1816, Lamartine, inquiet, tourmenté, débarquait à
+Paris, n'ayant qu'un désir et qu'un but: revoir Elvire. Jusqu'à la fin
+d'avril 1817, il l'entretint tous les jours, soit chez elle, le soir,
+dans l'appartement que Charles occupait à l'Institut, soit en des
+promenades sur les quais. La légende nous les montre surtout près du
+Louvre, au jardin de l'Infante, tout ensoleillé en hiver et à l'abri du
+nord. Il ne leur suffisait pas de converser ensemble et de s'épancher en
+de longs tête-à-tête; ils s'écrivaient presque quotidiennement. De là
+ces lettres d'Elvire, dont trois seulement ont survécu. Elles sont
+passionnées. Nous avons les pages que Julie envoya à Lamartine le 26
+décembre 1816, et qu'elle avait tracées, la veille, à onze heures et
+demie, après l'apparition du jeune homme d'Aix. «Est-ce vous, Alphonse,
+est-ce bien vous que je viens se jetter dans mes bras?... Quoi,
+Alphonse, je ne me trompe pas, vous êtes bien ici! Nous habitons le même
+lieu!» Exagérant la différence d'âge qui les sépare, elle l'appelle son
+fils, elle prend à son endroit le nom de mère.
+
+Les deux autres lettres publiées par M. Doumic ont été écrites, l'une,
+le soir du 1er janvier 1817, l'autre, le 2 au matin et expédiées
+ensemble. Peut-être n'ont-elles pas la même exaltation, la même flammé
+mystique. Julie entretient Lamartine des Mounier, de M. de Bonald, dont
+elle admire le talent. Cependant, quelles effusions encore! Quelle
+tendresse pour son enfant!
+
+Mais Lamartine, s'imaginant que le diapason avait baissé, que Julie
+n'était plus au même ton, qu'elle était moins exclusivement occupée de
+lui, dut se plaindre amèrement et menacer de s'éloigner de Paris. Aussi
+le soir même du 2 janvier--les choses vont vite en amour--Julie lui
+envoie-t-elle une double épître éplorée, débordante de désespoir et lui
+jetant un appel suprême: «Je reviens à moi, cher enfant, et c'est pour
+souffrir encore. Vous avez éprouvé un affreux ébranlement, vous voulez
+partir malade. Vous allez voyager avec le doute dans le coeur, vous
+voulez donc mourir et me tuer?... Regarde-le, Alphonse, ce coeur que tu
+calomnies. Vois la plaie que tu lui as faite, vois-la saigner et
+accuse-moi après si tu le peux.»
+
+Cependant le mal de Julie la minait de plus en plus. En vain, pendant
+l'été, Lamartine l'attendit-il auprès du lac adoré, elle ne vint pas;
+elle était couchée tout épuisée dans une maison de Viroflay.
+
+ Regarde, je viens seul m'asseoir sur cette pierre
+ Où tu la vis s'asseoir.
+
+Hélas! il ne devait plus jamais revoir le visage adoré. Convertie à
+Dieu, sentant sa fin prochaine, exhortée à la vie chrétienne par M. de
+Bonald, Elvire demanda à son jeune ami de ne pas lui faire de visite.
+Sans doute, elle obéissait à ses scrupules de néophyte catholique;
+peut-être aussi voulait-elle, tout abîmée par la maladie, ne pas lui
+montrer ses traits déformés et lui laisser dans l'imagination et dans le
+coeur un souvenir de beauté. Elle voulait rester pour lui l'apparition
+de l'été précédent au lac du Bourget. Le 18 décembre 1817, Julie rendit
+son souffle à Dieu sur un crucifix qu'Amédée de Parseval remit à
+Lamartine,
+
+ ... don d'une main mourante,
+ Image de mon Dieu.
+
+La famille du poète possède la dernière missive de Julie, datée du 11
+novembre, un mois avant la mort. Elle est grave, triste, d'un beau
+sentiment chrétien. «J'ai reçu toutes vos lettres. Qu'à présent, mon
+ami, elles puissent toujours être lues par tout le monde... Je suis sûre
+que Dieu trouve bon que je calme les sollicitudes d'un enfant qui aime
+trop sa mère. Il sait que cet enfant est vertueux. Il permet que j'en
+fasse un ami...»
+
+Maintenant, cette passion si vive des deux côtés resta-t-elle purement
+platonique? C'est l'opinion de M. Léon Séché, très épris à la fois
+d'Elvire et de Lamartine. Ce n'est pas celle de M. Doumic. Ne
+semble-t-il pas que les mots échappés à la plume de Julie donnent raison
+à celui-ci? J'ai beaucoup connu et aimé un homme qui m'a porté une
+affection presque paternelle, M. de Ronchaud. Il fut l'ami, le confident
+du grand poète; ce fut lui qui ramena en Saône-et-Loire le corps de Mme
+de Lamartine. Or, me parlant de Julie et de Raphaël, il m'a formellement
+déclaré que leur amour dépassa les bornes du platonisme.
+
+Où repose le corps de Mme Charles? Il passa par l'église Saint-Germain
+des Prés et fut transporté dans un cimetière de province que M. Léon
+Séché n'a pas encore découvert.
+
+Nous devons à cette jeune créole languissante et bonne un grand poète et
+les plus belles _Méditations: l'Isolement, le Lac, le Vallon, le Soir,
+les Étoiles, Souvenirs_ etc. L'oeuvre de M. Séché, vivante et
+documentée, nous montre bien où la poésie nouvelle a pris sa source.
+S'il n'y avait pas dans M. Séché autant d'enthousiasme, il n'y aurait
+pas une recherche aussi ardente de l'inédit:
+
+E. LEDRAIN.
+
+
+
+UN OUVRAGE SUR LE «JIU-JITSU»
+
+Après avoir travaillé plusieurs années le jiu-jitsu avec des amis
+japonais habitant New-York, M. H. Irving Hancock a suivi les cours du
+professeur de la police de Nagasaki et des maîtres réputés de Tokio et
+de Yokohama. Dans un petit volume accueilli avec faveur de l'autre côté
+de l'Atlantique, il expose avec précision les principes fondamentaux de
+cette méthode de combat, sur laquelle on nous avait donné jusqu'ici des
+renseignements assez vagues.
+
+La science du jiu-jitsu demande avant tout Un entraînement général, se
+rapprochant par certains côtés des procédés traditionnels employés pour
+cultiver la force humaine: développement musculaire, entraînement du
+coeur et des poumons, assouplissements, équilibre, agilité, etc. A cette
+gymnastique complexe s'ajoutent des exercices particuliers de résistance
+et d'endurcissement. Le Japonais cherche notamment à s'endurcir le
+tranchant de la main, au point de pouvoir, après six mois
+d'entraînement, s'en servir pour briser une canne. Il se préoccupe
+encore d'endurcir aux coups les parties sensibles du corps: cou, flanc,
+abdomen, etc., et d'assurer aux membres la plus grande force de
+résistance possible aux pressions de l'assaillant. Une hygiène
+rationnelle, où l'usage de l'eau en boisson et en bains joue le
+principal rôle, achève de procurer la forme nécessaire pour aborder et
+pratiquer utilement l'escrime spéciale du jiu-jitsu.
+
+Cette escrime se compose de prises, parfois dénommées coups, auxquelles
+les coups proprement dits s'ajoutent de façon accessoire. Ces prises
+sont de deux sortes: les unes consistent à pincer ou à presser des
+muscles et des nerfs, en un point particulièrement sensible, afin de
+déterminer une douleur qui paralyse l'adversaire. D'autres, utilisant
+des effets de levier ou de porte à faux, amènent un membre ou une partie
+du corps dans une position telle que le dégagement direct est
+impossible; l'adversaire a pour unique ressource de riposter par une
+autre prise douloureuse ou par un coup, quand il n'est pas obligé de
+s'avouer vaincu, sous peine de voir l'assaillant accentuer son effort
+pour lui briser un membre. La pratique du jiu-jitsu exige donc la
+connaissance parfaite de certains points anatomiques et de prises
+plaçant un membre ou un muscle dans une position critique, puis
+l'agilité nécessaire pour effectuer le premier la prise, se trouver
+ainsi dans une position plus favorable que celle de la résistance et de
+la riposte.
+
+[Illustration: Le «viens donc!» Truc employé par les agents de police
+japonais pour venir à bout d'un prisonnier récalcitrant.]
+
+L'auteur nous indique quelques-uns des coups classiques.
+
+Le _pincement de bras_ s'effectue en un point situé sur le bras, à peu
+près à mi-chemin entre le coude et l'épaule, et dont l'extrême
+sensibilité nous a été révélée à tous par des chocs fortuits.
+
+Le _coup de gosier_, porté avec le tranchant du poignet sur la pomme
+d'Adam, étend sur le sol tout homme n'ayant pas prévu l'attaque.
+
+Dans la _prise de gorge_ on saisit l'adversaire par l'intérieur du col
+de son vêtement et l'on appuie la seconde articulation de chaque index
+contre la pomme d'Adam. Une pression énergique maintenue plus d'une
+vingtaine de secondes peut amener la mort d'un homme non entraîné. Mais,
+quelle que soit sa violence, elle sera immédiatement dénouée si le
+défenseur, croisant ses mains en avant du corps, projette avec force ses
+bras de gauche à droite contre les bras de l'assaillant. Elle gênera peu
+un Japonais habitué à supporter, couché à terre, la pression de trois
+hommes appuyant de toutes leurs forces sur un lourd bambou placé en
+travers de sa gorge.
+
+Le «_viens donc!_», très employé par les agents de police japonais,
+apparaît d'une grande simplicité. L'assaillant jette son bras droit
+par-dessus le bras gauche de sa victime dont il saisit en même temps le
+poignet avec la main gauche. Au moment précis où il effectue la prise,
+l'attaquant se saisit à lui-même le poignet gauche avec la main droite
+en faisant passer celle-ci sous le bras gauche de l'adversaire. Il
+fléchit ensuite en avant et a toute facilité pour culbuter son homme
+d'un croc-en-jambe. Si le défenseur résiste, il risque une fracture du
+bras ou de l'avant-bras; s'il connaît le jiu-jitsu, il peut, en lui
+appliquant sous le menton sa main libre ouverte, mettre son adversaire
+sur le dos.
+
+Le _coup d'arrêt_ est un des plus simples et des plus efficaces.
+L'assaillant jette brusquement son bras gauche autour de la ceinture de
+son adversaire en enfonçant ses doigts à la base de l'épine dorsale. En
+même temps, il exerce de bas en haut, avec la main droite, une pression
+sous le menton de façon à rejeter la tête en arrière. Avec un peu de
+brutalité, le cou est brisé. On peut riposter par la prise de gorge, à
+moins que l'assaillant porte le genou au ventre juste au moment de la
+prise: dans ce cas, l'attaque est irrésistible.
+
+Ces quelques exemples montrent que le succès final des coups offensifs
+et défensifs du jiu-jitsu repose tout entier sur l'agilité. Ils
+expliquent encore l'insistance avec laquelle l'auteur exhorte les
+Européens à se résigner aux préliminaires pénibles de l'entraînement
+avant d'aborder ces brillants coups de combat dont l'étude, sous peine
+d'amener de graves accidents, demande, outre une grande force de
+résistance, une extrême prudence et beaucoup de courtoisie dans les
+assauts.
+
+Bien que le nombre des coups indiqués par l'auteur soit assez restreint,
+ce petit traité de jiu-jitsu reste intéressant et curieux. Il vient
+d'être traduit par MM. le chef d'escadron d'artillerie L. Perrus et le
+capitaine d'artillerie J. Pesseaud, qui ont su conserver, dans une
+langue claire et agréable à lire, la précision du texte original.
+L'ouvrage est illustré de dix-neuf planches photographiques d'après
+nature. (Berger-Levrault, 3 fr. 50.)
+
+F. H.
+
+
+
+[Illustration: Les arbres de Saigon couverts de sauterelles.]
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LES SAUTERELLES EN COCHINCHINE.
+
+C'est dans le voisinage des régions désertiques que se produisent
+d'ordinaire les invasions de sauterelles; à la suite d'une grande
+sécheresse, ces insectes viennent chercher dans un pays plus verdoyant
+la nourriture qu'ils ne trouvent plus dans la maigre végétation des
+sables. Ainsi s'expliquent les ravages fréquents qu'ont à subir les
+contrées situées au nord du Sahara et certaines parties de l'Amérique du
+Nord et de la République Argentine.
+
+C'est donc avec une extrême surprise qu'on vit, pour la première fois, à
+la fin du mois de septembre dernier, des nuages de sauterelles s'abattre
+en Cochinchine. Notre gravure, reproduisant une photographie prise à
+Saïgon, montre les sauterelles reposées sur les arbres, en telle
+quantité que les feuilles disparaissent totalement et que les branches
+plient sous le poids des insectes au point de donner aux arbres l'aspect
+des variétés dites «pleureuses».
+
+LA POPULATION DE LA RUSSIE.
+
+On ne connaissait pas encore les résultats définitifs du recensement de
+1897. Ceux-ci viennent seulement d'être publiés.
+
+Ils donnent, pour l'ensemble de la Russie d'Europe et d'Asie, et pour la
+Finlande, une population de 125.640.021 habitants.
+
+Dans ce nombre global, représentant la population de toutes les Russies,
+la Russie d'Europe seule entre pour 93 millions et demi d'habitants, en
+chiffres ronds, la Pologne pour 9 millions et demi, le Caucase pour 9
+millions et quart, la Sibérie pour moins de 6 millions.
+
+Ce qui correspond à des densités de population allant de 19,4 au
+kilomètre carré en Russie d'Europe à 0,5 en Sibérie.
+
+Les deux tiers seulement de la population globale ont le russe pour
+langue maternelle: ce qui revient à dire qu'un tiers des sujets du tsar
+ne sont pas Russes.
+
+Dans le royaume de Pologne, notamment, les Russes ne forment guère que 7
+% de la population; les Polonais sont, dans l'ensemble de l'empire, au
+nombre de 7.931.000.
+
+Dans les provinces Baltiques, on trouve 1.790.000 Allemands.
+
+Enfin, le nombre exact des israélites indiqué par le recensement est de
+5.215.805. Moscou en compte 8.000; Saint-Pétersbourg, 17.000 sur plus
+d'un million d'habitants; Odessa, 139.000 sur 404.000, et Varsovie,
+219.000 sur 864.000 âmes.
+
+La Russie n'est habitée que par un petit nombre d'étrangers: 605.000,
+dont 158.000 Allemands, 122.000 Hongrois et Autrichiens, 121.000 Turcs,
+74.000 Persans, 48.000 Chinois, etc.
+
+Il n'y a pas plus de 9.000 Français et de 7.500 Anglais; mais on y
+rencontre 6.000 Suisses.
+
+LA TOXICITÉ DES OEUFS.
+
+Croirait-on que les oeufs sont un poison? C'est pourtant ce qu'affirme
+M. G. Loisel. Mais il faut s'entendre. Les oeufs sont toxiques dans
+certaines conditions seulement, quand on les absorbe de certaine
+manière. Ils sont toxiques en injection sous la peau et personne n'a
+l'idée de se les administrer de cette manière. C'est le jaune surtout
+qui est toxique. La toxicité varie selon l'espèce qui a fourni l'oeuf.
+L'oeuf de cane tue le lapin à la dose de 8 centimètres cubes, celui de
+poule ne tue qu'à une dose plus élevée. Par contre, l'oeuf de tortue est
+plus nuisible que celui de la cane: il tue à la dose de 5 ou 6
+centimètres cubes. Donc la tortue est plus toxique que la cane, et cette
+dernière l'est plus que la poule. Les lapins empoisonnés par le jaune
+d'oeuf injecté sous la peau ou dans une cavité du corps meurent avec les
+symptômes d'une intoxication aiguë du système nerveux central. Le blanc
+de l'oeuf de tortue est très toxique aussi. Mais aucun de ces oeufs
+n'est malfaisant, absorbé par les voies digestives: il importe de ne pas
+l'oublier.
+
+LA COULEUR DE L'EAU.
+
+Après de longues hésitations, les savants s'accordent aujourd'hui à
+admettre que l'eau _physiquement_ pure, vue en masse, est bleu d'azur.
+Cette couleur est celle que prend la lumière blanche du soleil absorbée
+par l'eau, par suite d'un phénomène dont l'explication serait un peu
+longue. Elle n'est pas due à la pureté _chimique_ de l'eau, puisque la
+mer, qui est l'eau la plus bleue, est aussi celle, qui contient le plus
+de sels. Cependant, d'après les expériences de Forel, les matières en
+solution seraient la cause prédominante de la modification de couleur
+sur laquelle agissent encore les matières en suspension, la couleur du
+fond, le reflet du ciel et des berges. Aussi l'eau bleue est assez rare
+dans la nature; beaucoup de mers, de lacs, qui nous donnent l'impression
+de cette nuance, sont verts.
+
+L'eau actuellement reconnue la plus bleue est celle de la mer des
+Sargasses, entre les îles du cap Vert et les Antilles. L'eau de la
+Méditerranée, sur la côte française et autour de Capri, est plus bleue
+que celle du Léman, beaucoup moins bleue elle-même que celle des lacs de
+Kandersteg et d'Arolla, en Suisse.
+
+Jusqu'ici, on n'avait point précisé le rapport entre la couleur de l'eau
+et son degré de pureté. Le professeur belge, M. Spring, qui étudie
+depuis longtemps cette question délicate, vient de communiquer à
+l'Académie des sciences de Bruxelles plusieurs chiffres intéressants. De
+l'eau pure contenant un millionième d'hydrate ferrique paraît brune sous
+une épaisseur de 6 mètres; il suffit d'un dix-millionième pour qu'elle
+soit verte; et, pour qu'elle reste bleue, il en faut moins d'un
+vingt-millionième. Quant à la matière humique, elle fait disparaître la
+coloration bleue à une dose inférieure à un quarante-millionième. Les
+composés calciques auraient une grande influence sur la clarification,
+car ils éliminent jusqu'à un certain état d'équilibre les composés
+ferriques et humiques.
+
+LES ALIÉNÉS EN FRANCE.
+
+La statistique des aliénés nous apprend que, dans la dernière décade
+1889-1900, le nombre de ces malheureux a passé, en France, de 65.713 à
+70.000.
+
+Encore ne s'agit-il ici que des aliénés dangereux; car le nombre de ceux
+qui ne sont pas dangereux et qui ne trouvent pas place dans les asiles
+est considérable, si considérable qu'on commence à s'en inquiéter et
+qu'il est question de les admettre comme des malades ordinaires parmi
+les nécessiteux qui reçoivent l'assistance médicale. Quoi qu'ïl en soit,
+sait-on combien il y a de médecins pour soigner ces 70.000 malades,--car
+les aliénés sont des malades, il ne faut pas l'oublier? Juste 115, ce
+qui fait à peu près un médecin pour 600 malades.
+
+Mais, dans certains établissements, cette moyenne est dépassée, et l'on
+ne trouve qu'un médecin pour 750 et même pour 1.000 aliénés.
+
+Faut-il s'étonner, après cela, que l'aliénation soit toujours considérée
+comme un état incurable; et pense-t-on qu'un seul médecin puisse
+considérer 1.000 aliénés comme 1.000 malades qu'il s'agirait d'étudier
+en vue de leur amélioration ou de leur guérison possibles?
+
+Il est vrai qu'ému de cet état de choses le Conseil supérieur de
+l'Assistance publique vient de limiter à 400 le nombre d'aliénés que
+devrait désormais soigner un seul médecin. Mais ce chiffre est encore
+bien élevé.
+
+LA COLONIE FRANÇAISE DE LISBONNE.
+
+Dans le numéro du 4 novembre dernier, nous avons publié les portraits et
+les noms de ceux de nos compatriotes, résidant à Lisbonne, qui ont fait
+partie de la commission chargée de recevoir M. Loubet. Parmi eux
+figurait le trésorier de la Chambre de commerce française, M. Fernand
+Touzet, et non Pouget comme nous l'avons imprimé par suite d'une erreur
+qui nous est signalée seulement aujourd'hui et que nous nous empressons
+de réparer.
+
+
+
+[Illustration: Un invité de marque: M. Rouvier.]
+
+[Illustration: M. Hennion, commissaire de la Sûreté. Le roi.]
+
+[Illustration: Le roi Alphonse XIII et M. Loubet.]
+
+LA NOUVELLE VISITE DU ROI ALPHONSE XIII A PARIS.--LA CHASSE DU 20
+NOVEMBRE DANS LE TIRÉ DES PLAISIRS, A RAMBOUILLET.
+
+LE ROI D'ESPAGNE EN FRANCE
+
+Le jeune roi d'Espagne désirait vivement profiter de son passage par la
+France, à son retour d'Allemagne, pour revoir Paris et s'y attarder
+pendant deux ou trois jours qu'il emploierait à sa guise, affranchi des
+représentations officielles et des obligations protocolaires. Il a
+réalisé ce projet, du 19 au 21 novembre, descendu à l'hôtel Bristol,
+d'où une rapide automobile l'emportait constamment vers les buts divers
+de sa fantaisie. Mais son incognito relatif ne l'a pas empêché ni de
+faire visite à l'Elysée, ni d'accepter du président de la
+République,--avec quel empressement!--une invitation à chasser.
+
+Cette chasse eut lieu, lundi dernier, dans les tirés de Rambouillet. A
+midi, après un déjeuner au château, un landau, attelé à la daumont de
+quatre mules harnachées aux couleurs espagnoles--celles-là mêmes que le
+souverain offrit à M. Loubet lors de son voyage à Madrid--conduisait le
+président et son hôte, suivis de quelques invités de marque, aux tirés,
+où le colonel Lamy organisait les battues. Bravant une neige épaisse,
+d'un effet fort pittoresque dans les bois, mais peu clémente aux
+chasseurs, et moins encore au malheureux gibier destiné à la rougir de
+son sang, Alphonse XIII se montra plein d'endurance et d'entrain.
+Rarement on eut l'occasion d'assister à pareille hécatombe de faisans,
+de lièvres, de lapins, etc.: 829 pièces au tableau; et la «part du roi»
+y fut, dit-on, très belle.
+
+
+
+[Illustration: L'arrivée du roi de Portugal à la gare du Bois de
+Boulogne.]
+
+[Illustration: Le roi Carlos et le président Loubet se rendant au palais
+du quai d'Orsay.]
+
+LE ROI DE PORTUGAL A PARIS
+
+A peine le roi d'Espagne avait-il quitté Paris que, le lendemain même de
+son départ, le roi de Portugal y arrivait à son tour, mais non pas sous
+l'incognito de naguère. Cette fois, il venait en France officiellement,
+empressé à rendre au président de la République la visite récente que
+celui-ci lui fit dans ses Etats. Laissant à Lisbonne la reine Amélie,
+qui a tenu à rester auprès du jeune prince Louis-Philippe, investi de la
+régence pendant l'absence de son père, dom Carlos a entrepris ce voyage
+accompagné de M. Eduardo Villaça, son ministre des Affaires étrangères,
+et d'une suite nombreuse. Son arrivée, mercredi dernier, à la gare du
+Bois de Boulogne, où l'attendait M. Loubet, entouré des ministres, s'est
+effectuée avec le cérémonial et les honneurs militaires d'usage; en
+uniforme de généralissime portugais, la plume blanche au casque, la
+poitrine barrée du grand cordon de la Légion d'honneur, il est monté en
+voiture pour se rendre d'abord au palais des Affaires étrangères, lieu
+de sa résidence pendant son séjour, et la foule, massée sur le parcours
+du cortège, a fait le meilleur accueil au souverain, dont la figure
+ouverte et sympathique est déjà bien connue des Parisiens.
+
+En raison des nécessités matérielles du journal, au moment de mettre
+sous presse, nous ne pouvons publier dans ce numéro, sur cet événement
+historique de la semaine, qu'un document de «dernière heure». Aussi
+bien, nous avons donné, il y a peu de temps, le 4 novembre, un
+remarquable portrait de dom Carlos, et, quant aux réceptions, dîners et
+représentations de gala, etc., ils ne diffèrent pas sensiblement, comme
+décor et physionomie, de ce qu'on a vu déjà si souvent, depuis que tant
+de souverains se plaisent à nous rendre visite.
+
+
+
+«L'ILLUSTRATION» PUBLIERA LA SEMAINE PROCHAINE SON NUMÉRO DE NOËL 1905.
+Le numéro du 9 décembre contiendra un supplément théâtral: LES OBERLÉ.
+
+
+
+LE CARNET DE LA REINE, par Henriot.
+
+
+Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
+pas été fournis.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3274, 25 NOVEMBRE 1905 ***
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+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+License as specified in paragraph 1.E.1.
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+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
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+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
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+ License. You must require such a user to return or
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+electronic work or group of works on different terms than are set
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+Title: L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre 1905
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3274, 25 NOVEMBRE 1905 ***
+
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
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+
+
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+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+
+<p> L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre 1905.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Suppléments de ce numéro:<br>
+1° L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant le texte complet de <span class="sc">Bertrade</span><br>
+2° Une magnifique photographie en double page du naufrage de l'<i>Hilda</i>;<br>
+3° Le deuxième fascicule du roman de J.-H. Rosny: <span class="sc">la Toison d'or</span>.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>LA SAINTE-CATHERINE, RUE DE LA PAIX<br>Une «Catherine»
+coiffant le bonnet, dans un atelier de modiste.</b><br>--<i>voir le Courrier de
+Paris à la page suivante.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4>
+
+<p>Une bande de curieux passe, sur le boulevard, escortant quelqu'un que je
+ne distingue pas. Devant la porte d'entrée d'un grand journal, on voit
+le groupe s'arrêter; des poignées de main s'échangent; quelques cris
+vagues sont proférés; des gens interrogent autour de moi: «Qu'est-ce
+qu'il y a? Qui est-ce?» Un agent sourit, flegmatique, et dit: «Je crois
+que c'est Loizemant.»</p>
+
+<p>Je me souviens. J'ai vu souvent, depuis deux ans, ce nom-là dans les
+journaux, et le «cas» de Loizemant est un des plus troublants que je
+connaisse. On avait condamné cet homme à mort parce qu'il avait
+assassiné une femme. On le croyait, du moins. Et puis, tout de suite, un
+doute surgit. On cessa d'être certain que Loizemant eût assassiné. Mais
+on ne le relâcha point pour cela. On décida simplement que cet assassin,
+qui n'avait probablement assassiné personne, au lieu d'avoir la tête
+tranchée, irait passer au bagne le reste de sa vie. C'est la façon dont
+la magistrature, en quelques pays très civilisés, s'excuse d'avoir, sans
+preuves suffisantes, condamné un homme à mort. Elle dit à cet homme:
+«Nous vous avions cru coupable, et il est bien possible que vous soyez
+innocent. Nous ne vous couperons donc pas le cou, mais nous ferons de
+vous un forçat à perpétuité. La vie n'est faite que de concessions
+réciproques, et n'est-il pas juste qu'en de si délicates affaires chacun
+y mette un peu du sien?»</p>
+
+<p>Tout de même, les amis de Loizemant continuaient de protester. La
+réparation leur semblait vraiment insuffisante... On écouta leurs
+plaintes. Et l'on décida de ne point envoyer Loizemant au bagne. On
+réduisit sa peine à cinq ans de réclusion. Deux ans et demi ont passé.
+Les juges estiment que, décidément, cet employé aux contributions
+indirectes a payé suffisamment cher la maladresse de s'être laissé
+soupçonner d'assassinat et ils le renvoient chez lui. Est-il réhabilité?
+Pas le moins du monde. Est-il libre, au moins? Pas tout à fait non plus:
+le séjour de Paris continue de lui être interdit. Cependant on vient de
+l'autoriser à y passer une semaine. Jamais assassin ne fut l'objet de
+tant de politesses. Car Loizemant, devant la loi, continue d'être un
+assassin... Que tout cela est compliqué! Le coeur, dit Pascal, a ses
+raisons que la raison ne connaît pas. Le code aussi, je pense?</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Le code... je devrais dire: les codes, le civil et le militaire. Ne le
+pourrait-on rajeunir aussi, celui-là? Un code militaire ne devrait point
+prêter à rire, et je ne puis m'empêcher de rire un peu en pensant que,
+tout à l'heure, après avoir solennellement célébré le mariage d'un de
+ses enfants, un soldat de soixante ans passés, comblé d'honneurs,
+rentrera chez lui pour y subir une punition de quinze jours de
+consigne... Est-il bon, est-il mauvais que M. le général Brugère soit
+puni? Je n'en sais rien et ce n'est pas mon affaire d'en décider. Mais
+enfin il est puni; en bon soldat qu'il est, il reconnaît, dit-on, la
+punition méritée: il gardera pendant quinze jours les arrêts, «comme un
+sous-lieutenant». M. le général Brugère ne pourra donc (à moins que sa
+punition ne soit levée tout à l'heure) ni recevoir ses amis, ni aller au
+théâtre pendant quinze jours; ni, le soir, dîner en ville; ni se montrer
+au Bois, le matin. Les gens épris d' «égalité» quand même trouvent cela
+très bien; je trouve cela très puéril et un peu choquant. On ne châtie
+pas au lycée de la même façon les élèves des petites classes et ceux des
+grandes; on ne met pas un rhétoricien au piquet. De même, l'obligation
+de «garder la chambre» peut être une façon ingénieuse de punir un
+officier de vingt ans (la liberté de courir étant, à cet âge-là, l'une
+de celles à quoi l'homme tient le plus); mais infliger cette peine à un
+sexagénaire... dire au généralissime: «Vous n'irez plus au Bois...
+pendant deux semaines»; priver de sortie, comme un potache, l'homme à
+qui est réservé l'écrasant honneur de conduire un jour, peut-être, les
+armées de France à l'ennemi, voilà un usage dont la cocasserie m'effare.
+Je ne vois pas--à l'occasion d'une petite faute commise dans le
+service--le ministre de l'Instruction publique privant de dessert M.
+Liard, vice-recteur de l'Académie. Cependant, serait-ce beaucoup plus
+ridicule que de mettre M. le général Brugère en retenue?</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Sans révolution, sans tapage, aussi simplement qu'on achète une terre ou
+qu'on se marie, les Norvégiens viennent de se donner un roi. La saison
+n'est pas propice aux déménagements, en Scandinavie surtout, et je crois
+bien que si S. M. Haakon VII (c'est le nom du nouveau roi) avait été
+consulté sur le choix de la date où devait être inaugurée l'ère nouvelle
+de la royauté en Norvège, il eût préféré attendre un peu. Il est
+délicieux au printemps, ce fjord de Christiania; mais en décembre! De la
+neige partout; de la brume plein le ciel; le long du grand
+boulevard--<i>Cari Joharis gade</i>--qui va de la petite rotonde du Storthing
+au vaste palais blanc que le couple royal occupera demain, les
+réverbères allumés jusqu'à dix heures du matin, et rallumés dès trois
+heures... Il y a bien le patinage, les courses en traîneau, les fêtes de
+nuit sur la glace (merveilleuses!) et les longues soirées où l'on peut
+entendre Nansen raconter ses voyages au pôle et le vieux Grieg jouer sa
+musique, le crâne auréolé de mèches blanches ébouriffées; il y a bien
+aussi le petit théâtre, où le culte du dieu Ibsen est si pieusement et
+si joliment célébré... Mais tout cela--en attendant le dégel et les
+belles nuits d'été--vaudra-t-il Copenhague pour le roi, et Londres pour
+la reine? Car elle est Londonienne, la jolie reine Maud; comme toutes
+les femmes de son pays, bourgeoises ou filles de roi, elle a beaucoup
+voyagé et elle ne rapportera pas à Christiania de jolis souvenirs que de
+son pays; elle en rapportera de France aussi, de ce beau Paris où ses
+parents l'amenèrent toute petite; où elle est souvent revenue et qu'elle
+connaît bien. Et peut-être cet hiver--tandis qu'il fera tout noir dans
+les rues mouillées de Christiania, se rappellera-t-elle avec un peu de
+mélancolie le temps où elle n'était qu'une petite princesse, mais une
+princesse dont la maison s'ouvrait sur les pistes d'Hyde park,--et pas
+très loin, en somme, du boulevard des Italiens!</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Les avènements royaux ne sont pas les seules fêtes où se mêle un peu de
+tristesse. En regardant mon calendrier, j'y lis: 25 novembre, <i>Sainte
+Catherine</i>, et je pense aux braves filles en l'honneur de qui cet
+anniversaire sera célébré tout à l'heure, et dont c'est le tour de
+«coiffer» la sainte. Amère minute à passer; et j'en sais plus d'une qui
+aimerait autant, ce jour-là, que son âge fût ignoré de tout le monde. On
+est pourtant très jeune, à vingt-cinq ans; mais on paraît une demoiselle
+fort mûre à celles qui en ont seize; et c'est cela qui fait peur. On
+pense: «Auraient-elles raison et serais-je plus vieille que je ne
+crois?» Tout de même, on les fête; et, pour les «midinettes» de Paris,
+c'est une joyeuse journée que la Sainte-Catherine. Je me rappelle un
+tableau gentil; c'était le 25 novembre de l'an dernier, rue de la Paix.
+Il était midi; des marchandes de fleurs s'attardaient aux portes des
+grands couturiers, guettant au passage les bandes rieuses: ouvrières,
+vendeuses et mannequins, qui allaient déjeuner. Un cortège passa,
+précédé de deux jolies filles dont les chevelures (blonde et brune)
+étaient fleuries de noeuds de soie: coiffures de Sainte-Catherine...
+«Deux maris feraient bien mieux leur affaire,» dit un passant Elles
+étaient sans doute de cet avis, les pauvres jolies filles. Mais, à
+Paris, certaines mélancolies ne s'avouent pas; c'est une ville où les
+femmes savent rire, même quand elles ont un peu envie de pleurer.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Sonia.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>L'éventaire de la fleuriste assailli par les
+«midinettes».</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Une «Catherine» promenant son bonnet, avec ses
+camarades.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>LA SAINTE-CATHERINE (25 novembre) RUE DE LA PAIX, A PARIS</h3>
+
+<br><br>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/003a.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le comte de Flandre.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Gunther.</i></p>
+
+<h3>LE COMTE DE FLANDRE</h3>
+
+<p>Le comte de Flandre, frère cadet du roi des Belges, qui vient de
+succomber à une congestion pulmonaire, était âgé de soixante-huit ans.
+Lorsque Léopold II avait perdu son fils unique, il était devenu
+l'héritier direct du trône; mais, malgré sa haute situation, il ne joua
+en Belgique qu'un rôle assez effacé. Général à vingt-trois ans, il
+refusa, en 1867, la couronne de Roumanie, commanda en 1870 un des corps
+d'observation envoyés à la frontière française et porta longtemps,
+jusqu'en 1902, le titre de commandant supérieur de la cavalerie. Surtout
+vers la fin de sa carrière, une surdité prononcée le tenait éloigné de
+la vie publique; dans son vaste hôtel de Bruxelles, il menait une
+existence familiale, d'une simplicité bourgeoise, sans faste ni grosses
+dépenses; la bibliothèque y occupait une large place, et, bibliophile
+passionné, il préférait à toute autre société celle de ses livres.</p>
+
+<p>Il avait renoncé tout récemment à ses droits et à son titre d'héritier
+présomptif en faveur de son fils aîné, le prince Albert.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>
+Le grand-duc défunt Adolphe de Luxembourg.</b><br>--<i>
+Phot.Bernhoeft.</i></p>
+
+<h3>LE GRAND-DUC DE LUXEMBOURG</h3>
+
+<p>Le doyen des souverains d'Europe, le grand-duc Adolphe de Luxembourg,
+frère de la reine de Suède, s'est éteint, le 17 novembre, dans sa
+quatre-vingt-neuvième année, au château de Hohenbourg (Palatinat).</p>
+
+<p>En 1839, il avait hérité de son père la couronne ducale de Nassau, dont
+il devait se voir dépossédé par la Prusse, en 1866. Lorsque Guillaume
+III, roi de Hollande, chef de la branche cadette de la maison d'Orange
+et grand-duc de Luxembourg, mourut en 1890, ne laissant qu'une fille, la
+princesse Wilhelmine, que la constitution luxembourgeoise, admettant la
+loi salique, privait d'une part de la succession paternelle, ce fut au
+prince Adolphe, chef de la branche aînée, qu'échut la souveraineté du
+grand-duché. Il l'exerça effectivement jusqu'en 1902, époque où,
+fléchissant sous le poids de l'âge, devenu impotent, il confia la
+régence à son fils Guillaume, le prince héritier.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003c.png"><br><b>
+Le nouveau grand-duc, la grande-duchesse et<br>
+leur dernière fille, Sophie.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003d.png"><br><b>Elisabeth. Antonia. Hilda. Charlotte. Marie-Adélaïde.<br>Les
+petites princesses de Luxembourg.</b><br>--<i>Phot. Bernhoeft.</i>]</p>
+
+<p>Le nouveau grand-duc, âgé de cinquante-trois ans, a épousé, en 1893, une
+infante de Portugal, la princesse Marie-Anne de Bragance. De cette union
+sont nées six filles: Marie-Adélaïde, Charlotte, Hilda, Antonia,
+Elisabeth et Sophie; l'aînée a onze ans et demi, la plus jeune en aura
+bientôt quatre. Ainsi qu'en témoigne une photographie de 1902 qui, au
+nombre de cinq (un autre document montre la dernière entre les bras de
+sa mère), les représente rangées en flûte de Pan, elles sont charmantes,
+les petites princesses; nul souci ambitieux ne semble altérer leur
+sérénité enfantine, et, si elles regrettent l'absence d'un frère espéré,
+sans doute ignorent-elles encore cette peu galante loi salique dont la
+rigueur interdit à leur sexe la possession du trône autour duquel elles
+prennent leurs ébats.</p><br><br>
+
+<h3>NOTES ET IMPRESSIONS</h3>
+
+<p>Jamais l'art n'a été ni plus encouragé, ni plus décourageant.<span class="rig"><span class="sc">Robert de
+la Suzeranne.</span></span></p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Ne demandez pas à un homme quel Dieu il sert, mais à quelles actions son
+Dieu le convie.<span class="rig"><span class="sc">Maxime Ducamp</span>.</span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Un budget d'État ne doit comprendre que des impôts de justice et de
+nécessité; la passion politique y ajoute des impôts de jalousie et de
+vengeance.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p> Le feu de bois dans l'âtre est bien l'ami rêvé par l'égoïsme: il
+s'anime, pétille, égaye, réchauffe et se consume pour mes besoins ou mon
+plaisir.<span class="rig"><span class="sc">G.-M. Valtour.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br><b>L'avant de l'<i>Hilda</i> sur les roches des Portes.</b><br>--<i>Phot.
+Germain, Saint-Malo.</i></p>
+
+
+
+<h3>LE NAUFRAGE DU VAPEUR «HILDA»</h3>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/004b.png"><br><b>L'<i>Hilda</i></b>.--<i>Phot. comm. par M. A. Duez.</i>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/004c.png"><br><b>Le chauffeur anglais Grinter.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>C'est un des sinistres maritimes les plus effroyables qui se soient
+produits en ces dernières années, que ce naufrage du steamer <i>Hilda</i>, de
+la Compagnie anglaise <i>South Western</i>, qui, dans la nuit de samedi à
+dimanche dernier, est venu se fracasser sur les rochers des Portes, à
+proximité du phare du Jardin, à l'entrée de la rade de Saint-Malo, en
+engloutissant une centaine de victimes.</p>
+
+<p>Dimanche matin, un autre vapeur, l'<i>Ada</i>, qui partait de Saint-Malo pour
+Jersey, apercevait, émergeant des flots, comme il sortait des passes, un
+mât auquel étaient cramponnés dix naufragés, toute une grappe prête à
+s'égrener. Plusieurs étaient morts, mais leurs membres raidis les
+retenaient au gréement. Six seulement vivaient encore, cinq marchands
+d'oignons de la côte bretonne et un matelot anglais, exténués,
+défaillants de froid, de misère et de fatigue. Une chaloupe de l'<i>Ada</i>,
+avec l'aide d'un bateau pilote, put les recueillir et les ramener à
+Saint-Malo. Ce sont les seuls survivants de la catastrophe.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004d.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les marchands d'oignons: en haut, Paul-Marie Le Penn,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Olivier Caroff; en bas, Louis Rozeo, Tanguy-Laot,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean-Louis Mouster.</b></p>
+
+<p><i>L'Hilda</i> était un beau navire de 80 mètres de longueur, jaugeant 373
+tonneaux, qui assurait le service entre Southampton et Saint-Malo, avec
+escales à Guernesey et à Jersey. De ce dernier point, il gagnait
+Saint-Malo par le large des Minquiers. Il était commandé par le
+capitaine Gregory, âgé de soixante ans, vieux routier de la Manche, qui
+avait accompli avec lui d'innombrables fois la traversée entre la France
+et l'Angleterre.</p>
+
+<p>Dès son départ de Southampton, vendredi 17 novembre, le bateau avait eu
+à lutter contre le mauvais temps. Le capitaine n'avait pas quitté la
+passerelle. Le vent soufflait avec violence. Il faisait un froid
+rigoureux. La neige, par surcroît, s'était mise à tomber, chassant les
+passagers dans leurs cabines. Ceux-ci étaient nombreux. Il y avait à
+bord, notamment, cinquante et un de ces marchands d'oignons des côtes
+nord de la Bretagne, qui vont chaque année en Angleterre vendre leurs
+récoltes, et qui s'en revenaient au pays après leur tournée habituelle.
+Les passagers de première classe, dont le nombre n'est pas exactement
+connu, appartenaient pour la plupart à la colonie anglaise de Dinard.</p>
+
+<p>Vers 9 heures, samedi soir, on approchait de Saint-Malo. On naviguait «à
+l'estime», à tâtons, au milieu de la tourmente; du brouillard se mêlait
+à la neige, accroissant encore l'obscurité. Aucun des feux de la rade
+n'apparaissait. Le capitaine et ses officiers pouvaient se croire encore
+loin de terre. On lança des fusées, qui furent aperçues entre 10 et 11
+heures de Saint-Malo et du phare de la Pierre du Jardin. Les gardiens de
+ce phare y répondirent; mais, du navire, on ne vit pas leurs signaux.</p>
+
+
+
+<h4>LES SIX SURVIVANTS DU NAUFRAGE, QUI ONT ÉTÉ RECUEILLIS DANS LA MATURE DE
+L'HILDA</h4>
+<br>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br>
+<b>LES NAUFRAGÉS DE L'«HILDA», AU LEVER DU JOUR</b><br>
+<i>D'après le récit du chauffeur anglais Grinter.</i></p>
+
+<p>Tout à coup un choc formidable se produisit, a raconté un survivant du
+naufrage, le matelot Grinter. Le commandant Gregory, parfaitement calme,
+donna l'ordre de mettre les embarcations à la mer. L'opération ne put
+être faite que pour deux d'entre elles, qui elles-mêmes chavirèrent
+bientôt. Le navire coulait rapidement.</p>
+
+<p>«Nous étions, ajouta Grinter, dans un tourbillon de neige quand le
+bateau sombra; je fus lancé dans les gréements et je grimpai au grand
+mât avec le second et le cuisinier. La mâture fut complètement couchée;
+un certain nombre de Français qui s'y étaient réfugiés de l'autre côté
+furent brusquement plongés dans la mer, puis le mât se releva à demi. Il
+y avait environ vingt personnes dans les agrès quand le navire coula.
+Environ deux heures après que le navire eut coulé, le maître-coq lâcha
+et glissa dans l'eau; le second tint jusqu'à 6 heures, mais à ce moment
+il tomba en avant sur le gréement, où son cadavre resta accroché. Un
+autre homme mourut, tomba et resta suspendu par un pied. Un peu avant le
+lever du jour, un Français mourut à son tour et tomba, retenu par une
+jambe. Enfin, à l'aube, nous vîmes les effrayantes roches sur lesquelles
+nous avions naufragé, et j'aperçus l'<i>Ada</i> à environ un demi-mille.»</p>
+
+<p>Le lendemain, on put se rendre compte de la position de l'épave, brisée
+net par le ressac en deux endroits.</p>
+
+<p>Depuis, chaque jour a apporté son contingent de cadavres, les uns
+recueillis en mer, où leur ceinture de sauvetage les maintenait
+flottants, les autres jetés à la côte en longues et sinistres théories.</p>
+
+<p><i>Voir aussi la double page hors texte sur le naufrage de l</i>'Hilda.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LE TUNNEL DU MÉTROPOLITAIN SOUS LA SEINE</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br> 1. Tour Saint-Jacques. 2, Châtelet. 3. Pont Notre-Dame. 4. Marché aux
+fleurs. 5. Station de la Cité et Hôtel-Dieu. 6. Caserne de la Cite. 7. Préfecture
+de police. 8. Petit-Pont. 9. Place Saint-Michel (station), 10. Fontaine
+Saint-Michel. 11. Place Saint-André-des-Arts.<br><b>Coupe schématique figurant le
+trajet du Métropolitain sous les deux bras de la Seine et à travers la
+Cité, entre la place du Châtelet et la place Saint-Michel.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>Plan de la traversée de la Seine par le Métropolitain.</b></p>
+
+
+
+<p>Au mois de septembre dernier, on remorquait le long de la Seine une
+énorme caisse métallique qui excitait vivement la curiosité des
+Parisiens. C'était le premier des cinq caissons devant former les deux
+tunnels qui permettront à une nouvelle ligne du Métropolitain, allant de
+la porte de Clignancourt à la porte d'Orléans, de passer sous les deux
+bras de la Seine entre la station du Châtelet et celle de la place
+Saint-Michel. Ce caisson, amarré en amont du pont au Change, n'a cessé,
+depuis lors, d'intriguer le public. Il s'est d'abord entouré d'un
+système compliqué d'échafaudages entre lesquels on distinguait, sortant
+de sa voûte encore ajourée, quatre cheminées terminées par une sorte de
+grand tonneau. Puis, la carcasse métallique fut remplie de béton et le
+caisson s'enfonça peu à peu dans l'eau, sous laquelle il a complètement
+disparu. Les cheminées, seules, continuent à émerger, incertaines
+heures, leur porte s'ouvre un instant pour faire entrer ou sortir des
+groupes d'ouvriers. C'est tout ce qu'aperçoit le public. Essayons de lui
+faire voir ce qui se passe à l'intérieur de ce chantier mystérieux.</p>
+
+<p>Rappelons d'abord la structure et les dimensions du caisson. Il est
+formé d'un cuvelage voûté en fonte, mesurant environ 35 mètres de
+longueur sur 7 mètres de largeur et 5 mètres de hauteur, protégé par une
+cuirasse variant de 70 centimètres à un mètre d'épaisseur, faite d'une
+armature métallique noyée dans le béton. Cette cuirasse se prolonge
+jusqu'à 1m,80 au-dessous du cuvelage ménageant ainsi entre le plafond et
+le sous-sol de la Seine une «chambre de travail» à l'intérieur de
+laquelle les ouvriers creusent le lit du fleuve pour y «foncer» peu à
+peu le caisson.</p>
+
+<p><i>Les étapes d'immersion et de fonçage du caisson.</i>--Avant d'expliquer
+comment on arrive dans cette chambre de travail et ce qui s'y passe,
+indiquons la série des positions successives du caisson, que nous avons
+figurées dans la série de schémas ci-contre.</p>
+
+<p>Le poids du béton et des quatre cheminées destinées à maintenir la
+communication entre la chambre de travail et l'air extérieur a amené
+graduellement le caisson à toucher le lit de la Seine, l'eau ne
+pénétrant que dans la chambre de travail et dans les cheminées où elle s
+arrête au niveau du fleuve (fig. 1, 2, 3, de la série ci-contre).</p>
+
+<p>On lance alors par les cheminées de l'air comprimé qui refoule l'eau et
+met à sec la chambre de travail. Puis pour surpasser l'effort
+ascensionnel du à la pression de cet air comprimé qui, formant ressort
+entre le sol et le plafond, tend à faire remonter le caisson, on leste
+ce dernier en remplissant progressivement d'eau l'intérieur du cuvelage.</p>
+
+<p>Les ouvriers peuvent désormais pénétrer dans la chambre de travail pour
+creuser le sol et y incruster peu à peu le caisson qui cesse bientôt
+d'émerger. C est sa position actuelle (fig. 4, 5).</p>
+
+<p>Dans quelques jours, il reposera à sa place définitive, la voûte
+trouvant à environ un mètre au-dessous du lit de la Seine dont la
+profondeur moyenne, en cet endroit, atteint 5 mètres. A ce moment, on
+coulera du béton comprimé dans la chambre de travail et dans les
+tronçons de cheminées qui traversent les parois du caisson. Des
+scaphandriers dévisseront les boulons dont l'enlèvement permettra de
+retirer la partie supérieure des cheminées. Enfin, on jettera des
+matériaux dans le fleuve pour combler le trou subsistant dans son lit,
+et le caisson, toujours rempli d'eau, se trouvera isolé sous la Seine,
+sans communication avec l'air extérieur (fig. 6, 7).</p>
+
+<p>Lorsque tous les caissons (trois sous le grand bras du fleuve, deux sous
+le petit bras) seront posés, on les mettra en communication entre eux et
+avec le reste du tunnel. Quant à l'eau de lestage, on aura divers moyens
+de la retirer. Un conduit a été ménagé dans la voûte du caisson; des
+scaphandriers y raccorderont des tuyaux par lesquels on pompera l'eau ou
+on la refoulera à l'extérieur à l'aide de l'air comprimé. On pourra
+encore épuiser par le bas après raccordement des caissons.</p>
+
+<p><i>Le système de l'air comprimé.</i>--C'est l'air comprimé qui permet
+d'accomplir sans trop de peine et avec beaucoup de sécurité des travaux
+de ce genre. En arrivant dans la chambre de travail, il refoule l'eau et
+l'empêche de jaillir du sol. Sa pression doit augmenter à mesure qu'on
+enfonce, puisque, en même temps, croît la pression de l'eau. A partir du
+moment où le premier ouvrier est descendu dans la chambre de travail,
+l'air comprimé la remplit en permanence, sous peine d'inondation
+immédiate. Le schéma ci-dessus montre le dispositif adopté pour cela.</p>
+
+<p>Les cheminées, d'un diamètre de 90 centimètres, se terminent dans une
+sorte de tonneau, appelé <i>sas à air</i>, de 2m,75 de hauteur sur 2 mètres
+de diamètre, qui communique avec la cheminée par une soupape. L'air
+comprimé arrive du secteur par un tuyau pénétrant dans la cheminée, même
+quand la soupape est fermée. On en consomme environ 15.000 mètres cubes
+par vingt-quatre heures, ce qui représente une dépense approximative de
+300 francs.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006c.png"><br><b>Schéma montrant le fonctionnement du sas à air pour
+l'envoi de l'air comprimé,<br>l'entrée et la sortie des ouvriers, et
+l'évacuation des déblais.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006d.png"><br> <b>Dans le sas à air: l'éclusage avant la descente.</b></p>
+
+<p>En temps normal, cette soupape reste ouverte pour livrer passage au seau
+qui remonte les déblais, et, dans le sas privé de toute communication
+avec le dehors, se tiennent un surveillant et un ouvrier. S'agit-il de
+faire entrer quelqu'un: on ferme la soupape et l'on ouvre l'échappement
+à l'air libre pour vider le sas de son air comprimé. On ouvre ensuite la
+porte extérieure, puis, les ouvriers entrés, on la referme et l'on
+procède à l'éclusage, c'est-à-dire on fait rentrer progressivement l'air
+comprimé. Une fois l'égalité de pression rétablie entre le sas et la
+cheminée, on rouvre la soupape et les ouvriers descendent dans la
+chambre de travail. Pour la sortie, on écluse en sens inverse. Chaque
+éclusage dure environ une minute. Un système de soupapes commandées par
+un embrayage automatique permet d'évacuer continuellement les déblais
+sans établir de communication entre le sas et l'extérieur. Un système
+analogue est appliqué aux «bétonnières» par lesquelles on versera le
+béton.</p>
+
+<p><i>Dans la chambre de travail</i>.--Descendons dans la chambre de travail.
+Nous voici d'abord dans le sas, toutes portes fermées; une dizaine de
+personnes peuvent y tenir sans aise au milieu d'une atmosphère brumeuse
+qu'éclaire vaguement la lumière du jour arrivant par la lentille du
+plafond. Pendant que l'air comprimé entre en sifflant, les «voyageurs»
+se pincent le nez et avalent leur salive pour contre-balancer les
+premiers chocs de l'air comprimé sur le tympan. L'équilibre s'établit,
+le sifflement cesse, et la soupape s'ouvre. L'oeil plonge dans un trou
+noir, au fond duquel apparaît, à une vingtaine de mètres, le disque
+blafard que dessine la lumière de la chambre de travail. Nous prenons
+les échelons. Le froid extérieur était assez vif; à mesure que nous nous
+enfonçons dans l'eau, la température augmente. Un dernier échelon, et
+nous sautons dans la chambre de travail. L'aspect est assez lugubre. Un
+immense rectangle d'environ 35 mètres sur 7, haut seulement de 1m,80, où
+des lampes Edison éclairent un brouillard pénétrant. Une photographie
+prise à la lumière du magnésium eût montré ce chantier, toujours plongé
+dans une demi-obscurité, d'une façon fort inexacte; le dessin de M.
+Kupka en donne, au contraire, une impression saisissante. Notre
+collaborateur est le premier artiste qui ait jamais travaillé en pareil
+endroit, puisque, jusqu'à ce jour, les ingénieurs n'avaient pas encore
+imaginé d'introduire un caisson sous l'eau par fonçage vertical direct.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br> <b>Ce qu'on voit au-dessus du niveau de la Seine après
+l'immersion d'un caisson, et ce qui se passe au-dessous.<br>Le schéma qui
+continue la photographie montre la situation de la chambre de travail
+dont l'intérieur est représenté par notre gravure de double page.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007b.png"><br><b>LES ÉTAPES DE L'IMMERSION ET DU PONÇAGE DU CAISSON DANS LE LIT DE LA
+SEINE (SCHÉMAS TRANSVERSAUX)</b></p>
+
+<p class="sml"><b>1. Le caisson inachevé flotte comme un bateau.--2. Revêtu de son
+enveloppe de béton, et ses quatre cheminées terminées, il s'enfonce
+davantage.--3. Il repose sur le fond de la Seine. 4. L'air comprimé
+refoule l'eau et met à sec la chambre de travail.--5. Le caisson est
+entièrement lesté d'eau pour annihiler la poussée ascensionnelle de
+l'air comprimé.--6. En place définitive, à un mètre environ sous le fond
+de la Seine.--7. On bétonne la chambre de travail et les tronçons de
+cheminée traversant les parois du caisson. On démonte la partie
+supérieure des cheminées et l'on comble la tranchée creusée dans le lit
+de la Seine. L'eau intérieure du caisson sera épuisée soit par le haut,
+au moyen d'un tuyau posé par un scaphandrier; soit par le bas, après
+raccordement du caisson avec le tunnel ordinaire.</b></p>
+
+<p>Jour et nuit, trente ouvriers spéciaux, dits <i>tubistes</i>, reconnus par un
+médecin exempts de toute affection cardiaque, débitent au pic un sol qui
+se compose de marne et de roches en formation. Parfois des bancs durs
+obligent de recourir à la mine; on emploie une poudre sans fumée, mais
+l'explosion, dans cette «boîte», a quelque chose de sinistre. Les
+déblais sont remontés dans un seau.</p>
+
+<p>Après avoir creusé une rigole d'approche à une certaine distance des
+parois, on entaille verticalement contre la paroi même, sur tout le
+pourtour, en laissant, de distance en distance, une étroite travée de
+sol. Les ouvriers attaquent ensuite ces derniers soutiens, tous
+ensemble, et, en quelques minutes, le caisson descend de 5 ou 6
+centimètres. On abaisse alors la partie centrale du sol jusqu'au niveau
+du caisson et l'on commence une nouvelle attaque. On enfonce ainsi, en
+moyenne, de 30 centimètres par jour. Actuellement, il reste environ 2
+mètres à creuser. La pression, qui atteint deux atmosphères, ne produit
+aucune sensation de gêne; et, grâce à la porosité du terrain, l'air
+comprimé, en s'y infiltrant, entraîne les déchets de la combustion
+respiratoire. Il règne, néanmoins, dans ce chantier, une chaleur humide
+et lourde. Nous remontons, la soupape se ferme, et, après un nouvel
+éclusage, nous nous retrouvons à l'air libre. Un dernier détail:
+l'infrastructure de la ligne numéro 3 est revenue à environ 2.250.000
+francs le kilomètre; pour les 1.100 mètres compris entre le carrefour de
+la rue des Halles et de la rue de Rivoli, et le carrefour du boulevard
+Saint-Germain et de la rue Danton, on a prévu une dépense de 15
+millions.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Jean Cervin</span></span></p><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007c.png"><br> <b>Vue de l'armature métallique des caissons avant
+l'immersion.</b> <i>Phot. Godefroy.</i>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007d.png"><br> <b>Aspect d'une cheminée d'accès à la chambre de travail,
+vue du <i>sas à air</i>.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008.png"><br> <i>Dessin d'après nature de Kupka</i><br><b>LES MYSTÈRES DE LA
+CONSTRUCTION DU METROPOLITAIN: LE CHANTIER SOUS LA SEINE EN AMONT DU
+PONT AU CHANGE</b></p>
+
+<p><i>L'antre mythologique où forgeaient les cyclopes, les grottes
+mystérieuses où peinaient les Niebelungen, apparaîtraient comme des
+décors puérils et démodés auprès de cet atelier souterrain, lentement
+descendu à 8 mètres sous le fond de la Seine. Quand, par la longue
+cheminée qui relie l'atmosphère libre à la chambre de travail, où de
+puissantes machines compriment un air lourd aux poumons, on pénètre dans
+cette galerie métallique, sous une pression incommodante, la sensation
+qu'on éprouve est étrange. Au rayonnement des lampes électriques, une
+trentaine d'ouvriers travaillent, s'escriment du pic et du marteau, à
+coups rythmés, avec un bruit assourdissant, creusent peu à peu le sol où
+s'enfonce le caisson, tandis que les «glaiseurs» attentifs, comme celui
+qu'on aperçoit à gauche, au premier plan du dessin, s'appliquent à
+boucher avec de l'argile les fissures du terrain par où se perdrait trop
+vite la charge d'air comprimé. Les beaux gestes harmonieux des
+travailleurs sont plus lents, plus pénibles qu'au grand soleil; leurs
+poitrines halètent plus fort. Pourtant, ils accomplissent leur labeur du
+même air tranquille et sûr, ainsi séparés du monde, reliés seulement
+avec les camarades du haut par un fil téléphonique et par cette cheminée
+qui leur livre passage et leur envoie l'air nécessaire, calmes comme si
+leur vie n'était pas à la merci d'une valve qui se dérangerait.</i>--Voir
+l'article technique aux pages précédentes.</p>
+
+<br><br>
+
+
+<h3>UN ATTERRISSAGE DE BALLON DANS L'ESTRAMADURE</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/009a.png"><br><b>
+Vue de Madrid à 1.000 mètres<br>
+d'altitude. Le ballon que l'on<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;aperçoit est le «Vencejo».</b></p>
+
+<p><i>Nous donnions ici-même, il y a trois semaines, avec des photographies à
+l'appui, le récit du beau voyage en ballon fait par M. Jacques-Faure et
+le comte Rozan</i> des Tuileries aux Karpathes. <i>Voici aujourd'hui le récit
+non moins curieux de l'ascension que le comte Henry de la Vaulx,
+participant à un concours aérostatique organisé à Madrid à l'occasion du
+voyage de M. Loubet, fit à bord de l'</i>Elfe, <i>avec M. Paul Tissandier,
+et de leur aventureux atterrissage en pleine montagne, dans
+l'Estramadure.</i></p>
+
+<p>27 octobre: le parc du Royal Aéro-Club d'Espagne, prosaïquement situé
+près d'une usine dont les gazomètres noirs et enfumés ne le cèdent pas
+en laideur à ceux de la banlieue parisienne, fourmille de monde; tout ce
+que la Société madrilène compte d'illustrations et de beautés s'est
+donné rendez-vous autour des bulles légères de soie qui bientôt vont
+planer par-dessus les montagnes de la Castille. C'est en effet un
+spectacle inédit dans ce pays qui: le départ de ces douze ballons
+joyeusement enrubannés aux couleurs franco-espagnoles. Je monte avec mon
+ami Paul Tissandier <i>l'Elfe</i>, géant de 1.800 mètres cubes. Le départ
+nous est donné à midi précis et il est bientôt salué par les
+applaudissements d'un essaim de jeunes et jolies personnes.</p>
+
+<p>Nous montons à 500 mètres et découvrons derrière nous Madrid, tandis que
+dans le sens de notre marche s'étendent à perte de vue de grandes
+plaines dénudées, pelées, sans la moindre végétation, parsemées de-ci
+de-là de villages à l'aspect désolé. A droite, une longue chaîne de
+montagnes barre l'horizon: c'est le Guadarrama.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/009b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les premiers contreforts de la<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sierra Guadarrama.</b></p>
+
+<p>Nous montons doucement et marchons à l'allure fantastique de 8
+kilomètres à l'heure.</p>
+
+<p>La température est douce et nous déjeunons confortablement installés
+dans le fond de notre nacelle pendant qu'autour de nous, à des altitudes
+différentes, d'autres aérostats emportent d'autres êtres humains qui se
+livrent à la même occupation et font sans doute les mêmes réflexions sur
+la monotonie et la tristesse des plaines de Castille.</p>
+
+<p>Mais voici qu'un ballon à reflets d'argent descend avec rapidité; sa
+forme s'allonge démesurément; il touche terre et se dégonfle en une
+seconde... Que s'est-il passé? Nous l'ignorons. Nous continuons notre
+voyage et reconnaissons au pied du Guadarrama l'Escurial, la résidence
+perpétuelle des souverains d'Espagne, qu'ils soient vivants ou morts.</p>
+
+<p>Le jour baisse; un automobiliste lancé à notre poursuite nous crie que
+nous allons vers Avila, c'est-à-dire en pleine montagne. En effet, bien
+qu'à 750 mètres d'altitude, notre guide-rope traîne bientôt sur les
+premiers contreforts; je jette du lest; nous nous équilibrons à 3.000
+mètres et pénétrons franchement dans la montagne. Quelquefois notre
+guide-rope, touche presque le sol; nous franchissons des pics qui
+dépassent 2.500 mètres.</p>
+
+<p>Tout à coup Tissandier qui fait le quart me réveille brusquement.
+Derrière nous, presque sous nos pieds, s'étend une mer immense; sur la
+rive un feu rouge clignote.</p>
+
+<p>Il n'y a pas à hésiter, il faut descendre.</p>
+
+<p>L'Océan nous barre impérieusement la route. Je tire de toutes mes forces
+sur la corde de soupape... <i>L'Elfe</i> touche terre; Tissandier jette
+l'ancre, je manoeuvre le panneau de déchirure et notre ballon repose sur
+le sol à moitié dégonflé... Il est 5 heures du matin.</p>
+
+<p>Avec nos jumelles, nous inspectons la mer et nous nous réjouissons
+d'être descendus à temps.</p>
+
+<p>Le jour se lève, nous distinguons très nettement les flots dont le bruit
+parvient jusqu'à nous... Puis il nous semble que le rivage s'éloigne
+comme si progressivement, telle une fée armée de son bâton magique, la
+terre empiétait sur le domaine des eaux, et l'Océan fuit de plus en plus
+rapidement bien que le bruit des vagues monte toujours aussi
+distinctement à nos oreilles.</p>
+
+<p>Serions-nous le jouet d'une hallucination? Quelle peut être cette marée
+diabolique qui transforme ainsi le lit des flots? Le soleil se lève
+derrière les hautes montagnes, son disque ensanglanté apparaît à
+l'horizon et les côtes s'éloignent encore... Nous braquons nos
+jumelles... hélas! il n'y a plus de doute, la mer a disparu. Nous avons
+été le jouet d'un mirage extraordinaire et dans la vallée, comme pour se
+rire de nous, les cascades d'un torrent simulent le déferlage des
+vagues.</p>
+
+<p>Nous sommes furieux, car nous avions encore dans notre nacelle le lest
+suffisant pour nous maintenir toute la journée dans les airs.</p>
+
+<p>Mais il faut bien nous résigner et aller tout d'abord chercher du
+renfort pour descendre notre ballon au fond de la vallée; en effet, dans
+notre précipitation à regagner la terre et par la nuit noire, nous avons
+atterri au haut d'une montagne.</p>
+
+<p>Un village nous apparaît en contre-bas; nous nous y rendons aussitôt.</p>
+
+<p>Ah! quel village, et comme il a sa couleur locale de saleté! Mais, en
+revanche, les habitants, fidèles à leurs vieux principes d'hospitalité,
+y sont charmants et serviables. Un vieillard, don Felipe Alonso Garcia,
+qui paraît avoir la haute main sur tout le Torno (c'est le nom du
+village), nous dit que tous vont aider à la descente du matériel. Je
+parle de rétribution, mais le vieillard réplique que personne ici
+n'acceptera d'argent, car, ajoute-t-il, il ne faut pas que jamais l'on
+puisse dire qu'un étranger venu au Torno réclamer de l'aide et du
+secours ait dû payer pour cela.</p>
+
+<p>Une demi-heure après, le «pueblo» tout entier, hommes, femmes, enfants,
+gravit la montagne de «Fuente Lengua» et c'est bientôt, à travers les
+escarpements et les rochers, de longues théories de paysans espagnols en
+pittoresques costumes portant sur leur dos le ballon et tous ses agrès.</p>
+
+<p>Le tout est descendu jusqu'à l'une des maisons du village et demain, car
+le trajet est long, <i>l'Elfe</i> rejoindra par les mêmes moyens, avec
+l'adjonction de quelques mules de charge, le bas de la vallée. C'est en
+ce point que passe la route qui mène à Placenzia, petite ville de
+l'Estramadure dotée d'un chemin de fer et surtout célèbre dans toute
+l'Espagne par l'internement volontaire de Charles-Quint au couvent de
+Saint-Just, après son abdication.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="12" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/009c.png"><br><b><i>L'Elfe</i> deux heures après l'atterrissage, qui se fit à 5
+heures du matin.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/009d.png"><br> <b>Le transport de <i>l'Elfe</i> en charrette à boeufs, sur la
+route de Placenzia.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Le soir de ce premier jour, un grand banquet nous fut offert. Je n'ose
+pas dire que le menu me plut en tout point, culinairement parlant, mais
+il était donné de bon coeur et avec une grande fraternité; la fraternité
+était même si complète que nous buvions tous le vin du pays à même une
+grosse cruche circulant à la ronde; on se servait aussi beaucoup des
+assiettes de ses voisins et l'on jetait ses os par terre, si bien que le
+carrelage de notre chambre à coucher (car c'était dans notre chambre
+qu'avait lieu le banquet) ressemblait, à la fin du repas, à un véritable
+charnier.</p>
+
+<p>Au dessert, le médecin du village nous porta un toast et termina en
+buvant à la Liberté, à l'Égalité, à la Fraternité, au grand Dogme de la
+République française.</p>
+
+<p>Sans nous en douter, nous étions descendus au milieu d'un foyer de
+républicanisme perdu en pleine Estramadure; des <i>Viva la Republica</i> sont
+gravés sur les cruchons, sur les assiettes et même sur les fruits du
+jardin. Bien plus, tous les habitants du village sont francs-maçons et
+notre ami Felipe Alonso Garcia pousse la coquetterie jusqu'à avoir des
+cartes de visite en forme de triangle avec son nom écrit de la même
+manière.</p>
+
+<p>Et le docteur Casimiro Garcia Lopez y Garcia nous dit au moment du
+départ: «C'est au nom de l'humanité que nous vous avons reçus: ne
+sommes-nous pas tous frères?»</p>
+
+<p>Heureux républicains dignes des antiques Spartiates!<br>
+
+<span class="rig">Comte <span class="sc">Henry de la Vaulx.</span></span></p><br>
+
+
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>APRÈS L'ATTERRISSAGE DE L'«ELFE» DANS LES MONTAGNES DE
+L'ESTRAMADURE<br> Le transport de l'enveloppe et de la nacelle du lieu de
+l'atterrissage au premier village.</b><br>--<i>D'après une photographie de M. Paul
+Tissandier.</i>]</p>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>HAAKON VII, ROI DE NORVÈGE</h3>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="8" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/011a.png"><br> <b>Le palais royal à Christiania.</b>
+<p>Par le plébiscite des 12 et 13 novembre, que le Storthing, dans sa
+séance solennelle du 18, a ratifié à l'unanimité, la Norvège vient de se
+donner un roi: environ 80% du nombre des votants (exactement 259.563
+contre 69.624) se sont prononcés en faveur de la monarchie.</p>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/011b.png"><br> <b>La ville de Christiania, vue du palais du roi de
+Norvège.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Les élections se sont effectuées de la façon la plus calme: rien n'a
+troublé les opérations du scrutin dans les salles de vote bien
+aménagées, aux abords desquelles se tenaient de paisibles distributeurs
+de bulletins, les <i>ja</i> (oui) très demandés, les <i>nei</i> (non) en grande
+quantité laissés pour compte.</p>
+
+<p>Suivant les prévisions (voir L'Illustration du 11 novembre), le chef de
+la nouvelle dynastie est le prince Charles de Danemark, petit-fils du
+roi Christian. Il a déclaré qu'avec la permission de son illustre
+grand-père il acceptait son élection, en prenant le nom de Haakon VII et
+en donnant à son fils celui d'Olaf, noms portés par d'anciens rois
+norvégiens. Le souverain, la reine Maud, le jeune prince héritier
+Alexandre, n'ont donc plus qu'à ceindre leur front des couronnes toutes
+prêtes.</p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011c.png"><br> <b>Les couronnes du roi de Norvège, du prince héritier et de
+la reine.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011d.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Le roi Haakon VII.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>Le petit prince héritier Olaf.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>La reine Maud de Norvège.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011e.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Distributeur de bulletins monarchistes.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>Un bateau du port de Christiania hisse le signal «oui»
+pour manifester l'opinion de son équipage.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Distributeur de bulletins républicains.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>LE PLÉBISCITE DU 12 NOVEMBRE EN NORVÈGE<br>(259.563 OUI--69.624 NON)</h3>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br><b>AU CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE SÉBASTOPOL.<br>--Funérailles des manifestants tués
+en voulant forcer les portes de la prison pour délivrer les prisonniers
+politiques.</b>--<i>Photographie d'un correspondant.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"><br><b>APRÈS L'ÉMEUTE DE CRONSTADT.<br>--Au milieu des ruines des maisons
+incendiées: une arrestation.</b>--Photographie de notre correspondant, C.-O.
+Bulla.</p>
+
+<h3>LES TROUBLES EN RUSSIE: DE LA MER NOIRE A LA MER BALTIQUE</h3>
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Deux livres sur Lamartine et Elvire(1).</span></h4>
+
+<p>Note 1: <i>Lettres inédites d'Elvire à Lamartine</i>, par René Domine
+(Hachette, 3 fr. 50).--<i>Lamartine, de 1816 à 1830; Elvire et les
+Méditations</i>, par Léon Séché. (Mercure de France, 7 fr. 50).</p>
+
+<p>Nous savions depuis longtemps que toutes les lettres d'Elvire à
+Lamartine n'avaient pas disparu et que la famille du poète en conservait
+quelques-unes. Mme Valentine de Lamartine, sur laquelle Mme Émile
+Ollivier a écrit un livre exquis, s'en était ouvert à quelques amis. A
+ces reliques était joint, placé sous verre, le fameux mouchoir baigné
+des larmes de Graziella. Qu'est-il devenu? Les épîtres, du moins, ne
+sont pas égarées. M. de Montherot, petit-neveu de Lamartine, les a
+tirées de ses papiers de famille et Communiquées à M. Doumic qui s'est
+empressé de les publier dans la <i>Revue des Deux-Mondes</i>. Il a réuni en
+plaquette ses pages de la <i>Revue</i>, en y ajoutant plusieurs lettres du
+docteur Alin et d'Aymon de Virieu sur la fin d'Elvire.</p>
+
+
+
+<p>Le plus documenté des historiens et des critiques, M. Léon Séché,
+donnait presque en même temps au <i>Mercure de France</i> des études sur
+Lamartine et sur son grand amour. Ces jours-ci paraissent en volume, et
+fort augmentés, les articles de M. Séché, qui s'est livré à des
+recherches infinies et minutieuses sur les origines, sur l'existence et
+sur la famille d'Elvire.</p>
+
+<p>Née à Paris en 1784, d'une mère créole, Elvire, c'est-à-dire
+Françoise-Julie Bouchard des Hérettes, appartenait par son père à la
+région nantaise; sa famille maternelle habitait la Touraine. Quelles
+furent son enfance et sa première jeunesse? Elle passa quelques années à
+Saint-Domingue, fut élevée en France dans un pensionnat dont nous ne
+savons pas le nom, et habitait à Saint-Paterne, près de Tours, chez son
+oncle, M. de Bergey, une fort belle propriété, la Grange-Saint-Martin,
+quand le physicien Charles la demanda en mariage. D'une grande
+réputation scientifique, de manières charmantes, d'une tournure encore
+agréable, Charles n'était pas précisément le vieillard accablé par l'âge
+que représente la légende. Il avait cinquante-huit ans et Julie vingt
+quand ils s'unirent à la mairie et à l'église de Saint-Paterne, le 25
+juillet 1804.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/013a.png"><br> <b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Portrait d'Elvire (Julie Bouchard des<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Hérettes) d'après la miniature d'Elouis<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;(appartenant à M. Léon Séché).</b></p>
+
+<p>La miniature de Julie par le peintre Elouis, qui appartient à M. Léon
+Séché et dont il a donné en tête de son livre une reproduction, nous la
+peint extrêmement séduisante, sous son chapeau de soie rose. L'apparence
+est enfantine; le corps frêle, les lèvres minces, le nez droit; le
+visage est éclairé par deux grands yeux qui semblent l'absorber tout
+entier. Il y a là, dans ces deux lumières trop brillantes, quelque
+marque du mal profond qui devait, tout emporter et que l'on pressentait
+déjà au moment du mariage. Elle avait vingt-cinq ans quand elle posa
+devant Elouis.</p>
+
+<p>Ce fut en juillet 1816, à Aix, en Savoie, où elle était allée soigner sa
+santé, qu'elle rencontra Lamartine. La maladie ajoutait à sa séduction.
+Le futur poète, lui, ressemblait pour la beauté à un jeune dieu. «La
+poésie, écrit Brifaut, dans ses <i>Mémoires</i>, se jouait sur son front; ses
+grands cheveux bouclés lui donnaient quelque ressemblance avec l'Apollon
+du Belvédère; il paraissait la réalisation vivante de cet idéal jeté en
+marbre. S'il prenait par les yeux, c'était bien autre chose quand ses
+paroles d'or tombaient avec un bruit délicieux dans l'oreille.» C'est à
+peu près à l'époque où il vit Julie pour la première fois, à vingt-six
+ans, que l'aperçut Brifaut, et avant les <i>Méditations</i>, Elvire en avait
+trente-deux. <i>Raphaël</i> nous a retracé les enchantements de ces jours
+d'été, passés au bord du lac du Bourget. Mais que ces heures furent
+courtes! Vers le milieu de septembre, la jeune femme dut regagner Paris,
+ramenant avec elle non seulement son mal ancien, mais la souffrance
+nouvelle de l'amour et de la séparation.</p>
+
+<p>Le matin de Noël 1816, Lamartine, inquiet, tourmenté, débarquait à
+Paris, n'ayant qu'un désir et qu'un but: revoir Elvire. Jusqu'à la fin
+d'avril 1817, il l'entretint tous les jours, soit chez elle, le soir,
+dans l'appartement que Charles occupait à l'Institut, soit en des
+promenades sur les quais. La légende nous les montre surtout près du
+Louvre, au jardin de l'Infante, tout ensoleillé en hiver et à l'abri du
+nord. Il ne leur suffisait pas de converser ensemble et de s'épancher en
+de longs tête-à-tête; ils s'écrivaient presque quotidiennement. De là
+ces lettres d'Elvire, dont trois seulement ont survécu. Elles sont
+passionnées. Nous avons les pages que Julie envoya à Lamartine le 26
+décembre 1816, et qu'elle avait tracées, la veille, à onze heures et
+demie, après l'apparition du jeune homme d'Aix. «Est-ce vous, Alphonse,
+est-ce bien vous que je viens se jetter dans mes bras?... Quoi,
+Alphonse, je ne me trompe pas, vous êtes bien ici! Nous habitons le même
+lieu!» Exagérant la différence d'âge qui les sépare, elle l'appelle son
+fils, elle prend à son endroit le nom de mère.</p>
+
+<p>Les deux autres lettres publiées par M. Doumic ont été écrites, l'une,
+le soir du 1er janvier 1817, l'autre, le 2 au matin et expédiées
+ensemble. Peut-être n'ont-elles pas la même exaltation, la même flammé
+mystique. Julie entretient Lamartine des Mounier, de M. de Bonald, dont
+elle admire le talent. Cependant, quelles effusions encore! Quelle
+tendresse pour son enfant!</p>
+
+<p>Mais Lamartine, s'imaginant que le diapason avait baissé, que Julie
+n'était plus au même ton, qu'elle était moins exclusivement occupée de
+lui, dut se plaindre amèrement et menacer de s'éloigner de Paris. Aussi
+le soir même du 2 janvier--les choses vont vite en amour--Julie lui
+envoie-t-elle une double épître éplorée, débordante de désespoir et lui
+jetant un appel suprême: «Je reviens à moi, cher enfant, et c'est pour
+souffrir encore. Vous avez éprouvé un affreux ébranlement, vous voulez
+partir malade. Vous allez voyager avec le doute dans le coeur, vous
+voulez donc mourir et me tuer?... Regarde-le, Alphonse, ce coeur que tu
+calomnies. Vois la plaie que tu lui as faite, vois-la saigner et
+accuse-moi après si tu le peux.»</p>
+
+<p>Cependant le mal de Julie la minait de plus en plus. En vain, pendant
+l'été, Lamartine l'attendit-il auprès du lac adoré, elle ne vint pas;
+elle était couchée tout épuisée dans une maison de Viroflay.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> Regarde, je viens seul m'asseoir sur cette pierre </p>
+<p class="i14"> Où tu la vis s'asseoir. </p>
+</div></div>
+
+<p>Hélas! il ne devait plus jamais revoir le visage adoré. Convertie à
+Dieu, sentant sa fin prochaine, exhortée à la vie chrétienne par M. de
+Bonald, Elvire demanda à son jeune ami de ne pas lui faire de visite.
+Sans doute, elle obéissait à ses scrupules de néophyte catholique;
+peut-être aussi voulait-elle, tout abîmée par la maladie, ne pas lui
+montrer ses traits déformés et lui laisser dans l'imagination et dans le
+coeur un souvenir de beauté. Elle voulait rester pour lui l'apparition
+de l'été précédent au lac du Bourget. Le 18 décembre 1817, Julie rendit
+son souffle à Dieu sur un crucifix qu'Amédée de Parseval remit à
+Lamartine,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">... don d'une main mourante, </p>
+<p class="i14"> Image de mon Dieu. </p>
+</div></div>
+
+<p>La famille du poète possède la dernière missive de Julie, datée du 11
+novembre, un mois avant la mort. Elle est grave, triste, d'un beau
+sentiment chrétien. «J'ai reçu toutes vos lettres. Qu'à présent, mon
+ami, elles puissent toujours être lues par tout le monde... Je suis sûre
+que Dieu trouve bon que je calme les sollicitudes d'un enfant qui aime
+trop sa mère. Il sait que cet enfant est vertueux. Il permet que j'en
+fasse un ami...»</p>
+
+<p>Maintenant, cette passion si vive des deux côtés resta-t-elle purement
+platonique? C'est l'opinion de M. Léon Séché, très épris à la fois
+d'Elvire et de Lamartine. Ce n'est pas celle de M. Doumic. Ne
+semble-t-il pas que les mots échappés à la plume de Julie donnent raison
+à celui-ci? J'ai beaucoup connu et aimé un homme qui m'a porté une
+affection presque paternelle, M. de Ronchaud. Il fut l'ami, le confident
+du grand poète; ce fut lui qui ramena en Saône-et-Loire le corps de Mme
+de Lamartine. Or, me parlant de Julie et de Raphaël, il m'a formellement
+déclaré que leur amour dépassa les bornes du platonisme.</p>
+
+<p>Où repose le corps de Mme Charles? Il passa par l'église Saint-Germain
+des Prés et fut transporté dans un cimetière de province que M. Léon
+Séché n'a pas encore découvert.</p>
+
+<p>Nous devons à cette jeune créole languissante et bonne un grand poète et
+les plus belles <i>Méditations: l'Isolement, le Lac, le Vallon, le Soir,
+les Étoiles, Souvenirs</i> etc. L'oeuvre de M. Séché, vivante et
+documentée, nous montre bien où la poésie nouvelle a pris sa source.
+S'il n'y avait pas dans M. Séché autant d'enthousiasme, il n'y aurait
+pas une recherche aussi ardente de l'inédit:<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">E. Ledrain.</span></span></p><br>
+
+<h4><span class="sc">Un ouvrage sur le «jiu-jitsu»</span></h4>
+
+<p>Après avoir travaillé plusieurs années le jiu-jitsu avec des amis
+japonais habitant New-York, M. H. Irving Hancock a suivi les cours du
+professeur de la police de Nagasaki et des maîtres réputés de Tokio et
+de Yokohama. Dans un petit volume accueilli avec faveur de l'autre côté
+de l'Atlantique, il expose avec précision les principes fondamentaux de
+cette méthode de combat, sur laquelle on nous avait donné jusqu'ici des
+renseignements assez vagues.</p>
+
+<p>La science du jiu-jitsu demande avant tout Un entraînement général, se
+rapprochant par certains côtés des procédés traditionnels employés pour
+cultiver la force humaine: développement musculaire, entraînement du
+coeur et des poumons, assouplissements, équilibre, agilité, etc. A cette
+gymnastique complexe s'ajoutent des exercices particuliers de résistance
+et d'endurcissement. Le Japonais cherche notamment à s'endurcir le
+tranchant de la main, au point de pouvoir, après six mois
+d'entraînement, s'en servir pour briser une canne. Il se préoccupe
+encore d'endurcir aux coups les parties sensibles du corps: cou, flanc,
+abdomen, etc., et d'assurer aux membres la plus grande force de
+résistance possible aux pressions de l'assaillant. Une hygiène
+rationnelle, où l'usage de l'eau en boisson et en bains joue le
+principal rôle, achève de procurer la forme nécessaire pour aborder et
+pratiquer utilement l'escrime spéciale du jiu-jitsu.</p>
+
+<p>Cette escrime se compose de prises, parfois dénommées coups, auxquelles
+les coups proprement dits s'ajoutent de façon accessoire. Ces prises
+sont de deux sortes: les unes consistent à pincer ou à presser des
+muscles et des nerfs, en un point particulièrement sensible, afin de
+déterminer une douleur qui paralyse l'adversaire. D'autres, utilisant
+des effets de levier ou de porte à faux, amènent un membre ou une partie
+du corps dans une position telle que le dégagement direct est
+impossible; l'adversaire a pour unique ressource de riposter par une
+autre prise douloureuse ou par un coup, quand il n'est pas obligé de
+s'avouer vaincu, sous peine de voir l'assaillant accentuer son effort
+pour lui briser un membre. La pratique du jiu-jitsu exige donc la
+connaissance parfaite de certains points anatomiques et de prises
+plaçant un membre ou un muscle dans une position critique, puis
+l'agilité nécessaire pour effectuer le premier la prise, se trouver
+ainsi dans une position plus favorable que celle de la résistance et de
+la riposte.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/013b.png"><br> <b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le «viens donc!» Truc employé<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par les agents de police japonais<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;pour venir à bout d'un prisonnier<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;récalcitrant.</b></p>
+
+<p>L'auteur nous indique quelques-uns des coups classiques.</p>
+
+<p>Le <i>pincement de bras</i> s'effectue en un point situé sur le bras, à peu
+près à mi-chemin entre le coude et l'épaule, et dont l'extrême
+sensibilité nous a été révélée à tous par des chocs fortuits.</p>
+
+<p>Le <i>coup de gosier</i>, porté avec le tranchant du poignet sur la pomme
+d'Adam, étend sur le sol tout homme n'ayant pas prévu l'attaque.</p>
+
+<p>Dans la <i>prise de gorge</i> on saisit l'adversaire par l'intérieur du col
+de son vêtement et l'on appuie la seconde articulation de chaque index
+contre la pomme d'Adam. Une pression énergique maintenue plus d'une
+vingtaine de secondes peut amener la mort d'un homme non entraîné. Mais,
+quelle que soit sa violence, elle sera immédiatement dénouée si le
+défenseur, croisant ses mains en avant du corps, projette avec force ses
+bras de gauche à droite contre les bras de l'assaillant. Elle gênera peu
+un Japonais habitué à supporter, couché à terre, la pression de trois
+hommes appuyant de toutes leurs forces sur un lourd bambou placé en
+travers de sa gorge.</p>
+
+<p>Le «<i>viens donc!</i>», très employé par les agents de police japonais,
+apparaît d'une grande simplicité. L'assaillant jette son bras droit
+par-dessus le bras gauche de sa victime dont il saisit en même temps le
+poignet avec la main gauche. Au moment précis où il effectue la prise,
+l'attaquant se saisit à lui-même le poignet gauche avec la main droite
+en faisant passer celle-ci sous le bras gauche de l'adversaire. Il
+fléchit ensuite en avant et a toute facilité pour culbuter son homme
+d'un croc-en-jambe. Si le défenseur résiste, il risque une fracture du
+bras ou de l'avant-bras; s'il connaît le jiu-jitsu, il peut, en lui
+appliquant sous le menton sa main libre ouverte, mettre son adversaire
+sur le dos.</p>
+
+<p>Le <i>coup d'arrêt</i> est un des plus simples et des plus efficaces.
+L'assaillant jette brusquement son bras gauche autour de la ceinture de
+son adversaire en enfonçant ses doigts à la base de l'épine dorsale. En
+même temps, il exerce de bas en haut, avec la main droite, une pression
+sous le menton de façon à rejeter la tête en arrière. Avec un peu de
+brutalité, le cou est brisé. On peut riposter par la prise de gorge, à
+moins que l'assaillant porte le genou au ventre juste au moment de la
+prise: dans ce cas, l'attaque est irrésistible.</p>
+
+<p>Ces quelques exemples montrent que le succès final des coups offensifs
+et défensifs du jiu-jitsu repose tout entier sur l'agilité. Ils
+expliquent encore l'insistance avec laquelle l'auteur exhorte les
+Européens à se résigner aux préliminaires pénibles de l'entraînement
+avant d'aborder ces brillants coups de combat dont l'étude, sous peine
+d'amener de graves accidents, demande, outre une grande force de
+résistance, une extrême prudence et beaucoup de courtoisie dans les
+assauts.</p>
+
+<p>Bien que le nombre des coups indiqués par l'auteur soit assez restreint,
+ce petit traité de jiu-jitsu reste intéressant et curieux. Il vient
+d'être traduit par MM. le chef d'escadron d'artillerie L. Perrus et le
+capitaine d'artillerie J. Pesseaud, qui ont su conserver, dans une
+langue claire et agréable à lire, la précision du texte original.
+L'ouvrage est illustré de dix-neuf planches photographiques d'après
+nature. (Berger-Levrault, 3 fr. 50.)<br>
+
+<span class="rig">F. H.</span></p><br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Les sauterelles en Cochinchine.</span></h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014.png"><br><b>Les arbres de Saigon couverts de sauterelles.</b></p>
+
+<p>C'est dans le voisinage des régions désertiques que se produisent
+d'ordinaire les invasions de sauterelles; à la suite d'une grande
+sécheresse, ces insectes viennent chercher dans un pays plus verdoyant
+la nourriture qu'ils ne trouvent plus dans la maigre végétation des
+sables. Ainsi s'expliquent les ravages fréquents qu'ont à subir les
+contrées situées au nord du Sahara et certaines parties de l'Amérique du
+Nord et de la République Argentine.</p>
+
+<p>C'est donc avec une extrême surprise qu'on vit, pour la première fois, à
+la fin du mois de septembre dernier, des nuages de sauterelles s'abattre
+en Cochinchine. Notre gravure, reproduisant une photographie prise à
+Saïgon, montre les sauterelles reposées sur les arbres, en telle
+quantité que les feuilles disparaissent totalement et que les branches
+plient sous le poids des insectes au point de donner aux arbres l'aspect
+des variétés dites «pleureuses».</p>
+
+<h4><span class="sc">La population de la Russie.</span></h4>
+
+<p>On ne connaissait pas encore les résultats définitifs du recensement de
+1897. Ceux-ci viennent seulement d'être publiés.</p>
+
+<p>Ils donnent, pour l'ensemble de la Russie d'Europe et d'Asie, et pour la
+Finlande, une population de 125.640.021 habitants.</p>
+
+<p>Dans ce nombre global, représentant la population de toutes les Russies,
+la Russie d'Europe seule entre pour 93 millions et demi d'habitants, en
+chiffres ronds, la Pologne pour 9 millions et demi, le Caucase pour 9
+millions et quart, la Sibérie pour moins de 6 millions.</p>
+
+<p>Ce qui correspond à des densités de population allant de 19,4 au
+kilomètre carré en Russie d'Europe à 0,5 en Sibérie.</p>
+
+<p>Les deux tiers seulement de la population globale ont le russe pour
+langue maternelle: ce qui revient à dire qu'un tiers des sujets du tsar
+ne sont pas Russes.</p>
+
+<p>Dans le royaume de Pologne, notamment, les Russes ne forment guère que 7
+% de la population; les Polonais sont, dans l'ensemble de l'empire, au
+nombre de 7.931.000.</p>
+
+<p>Dans les provinces Baltiques, on trouve 1.790.000 Allemands.</p>
+
+<p>Enfin, le nombre exact des israélites indiqué par le recensement est de
+5.215.805. Moscou en compte 8.000; Saint-Pétersbourg, 17.000 sur plus
+d'un million d'habitants; Odessa, 139.000 sur 404.000, et Varsovie,
+219.000 sur 864.000 âmes.</p>
+
+<p>La Russie n'est habitée que par un petit nombre d'étrangers: 605.000,
+dont 158.000 Allemands, 122.000 Hongrois et Autrichiens, 121.000 Turcs,
+74.000 Persans, 48.000 Chinois, etc.</p>
+
+<p>Il n'y a pas plus de 9.000 Français et de 7.500 Anglais; mais on y
+rencontre 6.000 Suisses.</p>
+
+<h4><span class="sc">La toxicité des oeufs.</span></h4>
+
+<p>Croirait-on que les oeufs sont un poison? C'est pourtant ce qu'affirme
+M. G. Loisel. Mais il faut s'entendre. Les oeufs sont toxiques dans
+certaines conditions seulement, quand on les absorbe de certaine
+manière. Ils sont toxiques en injection sous la peau et personne n'a
+l'idée de se les administrer de cette manière. C'est le jaune surtout
+qui est toxique. La toxicité varie selon l'espèce qui a fourni l'oeuf.
+L'oeuf de cane tue le lapin à la dose de 8 centimètres cubes, celui de
+poule ne tue qu'à une dose plus élevée. Par contre, l'oeuf de tortue est
+plus nuisible que celui de la cane: il tue à la dose de 5 ou 6
+centimètres cubes. Donc la tortue est plus toxique que la cane, et cette
+dernière l'est plus que la poule. Les lapins empoisonnés par le jaune
+d'oeuf injecté sous la peau ou dans une cavité du corps meurent avec les
+symptômes d'une intoxication aiguë du système nerveux central. Le blanc
+de l'oeuf de tortue est très toxique aussi. Mais aucun de ces oeufs
+n'est malfaisant, absorbé par les voies digestives: il importe de ne pas
+l'oublier.</p>
+
+<h4><span class="sc">La couleur de l'eau.</span></h4>
+
+<p>Après de longues hésitations, les savants s'accordent aujourd'hui à
+admettre que l'eau <i>physiquement</i> pure, vue en masse, est bleu d'azur.
+Cette couleur est celle que prend la lumière blanche du soleil absorbée
+par l'eau, par suite d'un phénomène dont l'explication serait un peu
+longue. Elle n'est pas due à la pureté <i>chimique</i> de l'eau, puisque la
+mer, qui est l'eau la plus bleue, est aussi celle, qui contient le plus
+de sels. Cependant, d'après les expériences de Forel, les matières en
+solution seraient la cause prédominante de la modification de couleur
+sur laquelle agissent encore les matières en suspension, la couleur du
+fond, le reflet du ciel et des berges. Aussi l'eau bleue est assez rare
+dans la nature; beaucoup de mers, de lacs, qui nous donnent l'impression
+de cette nuance, sont verts.</p>
+
+<p>L'eau actuellement reconnue la plus bleue est celle de la mer des
+Sargasses, entre les îles du cap Vert et les Antilles. L'eau de la
+Méditerranée, sur la côte française et autour de Capri, est plus bleue
+que celle du Léman, beaucoup moins bleue elle-même que celle des lacs de
+Kandersteg et d'Arolla, en Suisse.</p>
+
+<p>Jusqu'ici, on n'avait point précisé le rapport entre la couleur de l'eau
+et son degré de pureté. Le professeur belge, M. Spring, qui étudie
+depuis longtemps cette question délicate, vient de communiquer à
+l'Académie des sciences de Bruxelles plusieurs chiffres intéressants. De
+l'eau pure contenant un millionième d'hydrate ferrique paraît brune sous
+une épaisseur de 6 mètres; il suffit d'un dix-millionième pour qu'elle
+soit verte; et, pour qu'elle reste bleue, il en faut moins d'un
+vingt-millionième. Quant à la matière humique, elle fait disparaître la
+coloration bleue à une dose inférieure à un quarante-millionième. Les
+composés calciques auraient une grande influence sur la clarification,
+car ils éliminent jusqu'à un certain état d'équilibre les composés
+ferriques et humiques.</p>
+
+<h4><span class="sc">Les aliénés en France.</span></h4>
+
+<p>La statistique des aliénés nous apprend que, dans la dernière décade
+1889-1900, le nombre de ces malheureux a passé, en France, de 65.713 à
+70.000.</p>
+
+<p>Encore ne s'agit-il ici que des aliénés dangereux; car le nombre de ceux
+qui ne sont pas dangereux et qui ne trouvent pas place dans les asiles
+est considérable, si considérable qu'on commence à s'en inquiéter et
+qu'il est question de les admettre comme des malades ordinaires parmi
+les nécessiteux qui reçoivent l'assistance médicale. Quoi qu'ïl en soit,
+sait-on combien il y a de médecins pour soigner ces 70.000 malades,--car
+les aliénés sont des malades, il ne faut pas l'oublier? Juste 115, ce
+qui fait à peu près un médecin pour 600 malades.</p>
+
+<p>Mais, dans certains établissements, cette moyenne est dépassée, et l'on
+ne trouve qu'un médecin pour 750 et même pour 1.000 aliénés.</p>
+
+<p>Faut-il s'étonner, après cela, que l'aliénation soit toujours considérée
+comme un état incurable; et pense-t-on qu'un seul médecin puisse
+considérer 1.000 aliénés comme 1.000 malades qu'il s'agirait d'étudier
+en vue de leur amélioration ou de leur guérison possibles?</p>
+
+<p>Il est vrai qu'ému de cet état de choses le Conseil supérieur de
+l'Assistance publique vient de limiter à 400 le nombre d'aliénés que
+devrait désormais soigner un seul médecin. Mais ce chiffre est encore
+bien élevé.</p>
+
+<h4><span class="sc">La colonie française de Lisbonne.</span></h4>
+
+<p>Dans le numéro du 4 novembre dernier, nous avons publié les portraits et
+les noms de ceux de nos compatriotes, résidant à Lisbonne, qui ont fait
+partie de la commission chargée de recevoir M. Loubet. Parmi eux
+figurait le trésorier de la Chambre de commerce française, M. Fernand
+Touzet, et non Pouget comme nous l'avons imprimé par suite d'une erreur
+qui nous est signalée seulement aujourd'hui et que nous nous empressons
+de réparer.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="12" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Un invité de marque: M. Rouvier.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>M. Hennion, commissaire de la Sûreté. Le roi.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Le roi Alphonse XIII et M. Loubet.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<h4>LA NOUVELLE VISITE DU ROI ALPHONSE XIII A PARIS.<br>--LA CHASSE DU 20
+NOVEMBRE DANS LE TIRÉ DES PLAISIRS, A RAMBOUILLET.</h4>
+
+<br><br>
+
+<h3>LE ROI D'ESPAGNE EN FRANCE</h3>
+
+<p>Le jeune roi d'Espagne désirait vivement profiter de son passage par la
+France, à son retour d'Allemagne, pour revoir Paris et s'y attarder
+pendant deux ou trois jours qu'il emploierait à sa guise, affranchi des
+représentations officielles et des obligations protocolaires. Il a
+réalisé ce projet, du 19 au 21 novembre, descendu à l'hôtel Bristol,
+d'où une rapide automobile l'emportait constamment vers les buts divers
+de sa fantaisie. Mais son incognito relatif ne l'a pas empêché ni de
+faire visite à l'Elysée, ni d'accepter du président de la
+République,--avec quel empressement!--une invitation à chasser.</p>
+
+<p>Cette chasse eut lieu, lundi dernier, dans les tirés de Rambouillet. A
+midi, après un déjeuner au château, un landau, attelé à la daumont de
+quatre mules harnachées aux couleurs espagnoles--celles-là mêmes que le
+souverain offrit à M. Loubet lors de son voyage à Madrid--conduisait le
+président et son hôte, suivis de quelques invités de marque, aux tirés,
+où le colonel Lamy organisait les battues. Bravant une neige épaisse,
+d'un effet fort pittoresque dans les bois, mais peu clémente aux
+chasseurs, et moins encore au malheureux gibier destiné à la rougir de
+son sang, Alphonse XIII se montra plein d'endurance et d'entrain.
+Rarement on eut l'occasion d'assister à pareille hécatombe de faisans,
+de lièvres, de lapins, etc.: 829 pièces au tableau; et la «part du roi»
+y fut, dit-on, très belle.</p>
+
+
+
+<h3>LE ROI DE PORTUGAL A PARIS</h3>
+
+<p>A peine le roi d'Espagne avait-il quitté Paris que, le lendemain même de
+son départ, le roi de Portugal y arrivait à son tour, mais non pas sous
+l'incognito de naguère. Cette fois, il venait en France officiellement,
+empressé à rendre au président de la République la visite récente que
+celui-ci lui fit dans ses Etats. Laissant à Lisbonne la reine Amélie,
+qui a tenu à rester auprès du jeune prince Louis-Philippe, investi de la
+régence pendant l'absence de son père, dom Carlos a entrepris ce voyage
+accompagné de M. Eduardo Villaça, son ministre des Affaires étrangères,
+et d'une suite nombreuse. Son arrivée, mercredi dernier, à la gare du
+Bois de Boulogne, où l'attendait M. Loubet, entouré des ministres, s'est
+effectuée avec le cérémonial et les honneurs militaires d'usage; en
+uniforme de généralissime portugais, la plume blanche au casque, la
+poitrine barrée du grand cordon de la Légion d'honneur, il est monté en
+voiture pour se rendre d'abord au palais des Affaires étrangères, lieu
+de sa résidence pendant son séjour, et la foule, massée sur le parcours
+du cortège, a fait le meilleur accueil au souverain, dont la figure
+ouverte et sympathique est déjà bien connue des Parisiens.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3274">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/015b.png"><br><b>L'arrivée du roi de Portugal à la gare du Bois de
+Boulogne.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<br><br><img alt="" src="images/015c.png"><br><b>Le roi Carlos et le président Loubet se rendant au palais
+du quai d'Orsay.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+
+<p>En raison des nécessités matérielles du journal, au moment de mettre
+sous presse, nous ne pouvons publier dans ce numéro, sur cet événement
+historique de la semaine, qu'un document de «dernière heure». Aussi
+bien, nous avons donné, il y a peu de temps, le 4 novembre, un
+remarquable portrait de dom Carlos, et, quant aux réceptions, dîners et
+représentations de gala, etc., ils ne diffèrent pas sensiblement, comme
+décor et physionomie, de ce qu'on a vu déjà si souvent, depuis que tant
+de souverains se plaisent à nous rendre visite.</p>
+
+<p>«L'ILLUSTRATION» PUBLIERA LA SEMAINE PROCHAINE SON NUMÉRO DE NOËL 1905.
+Le numéro du 9 décembre contiendra un supplément théâtral: <i>LES OBERLÉ.</i></p>
+
+<br>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016small.png"><br><a href="images/016large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>
+Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés<br>en titre ne nous ont pas été fournis.
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3274, 25 Novembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3274, 25 NOVEMBRE 1905 ***
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+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+
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+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
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+Literary Archive Foundation
+
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+particular state visit http://pglaf.org
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+
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+
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+
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+
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