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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 + +Author: Various + +Release Date: July 5, 2011 [EBook #36630] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK +L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 *** + + + + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + + + + + + +L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 + +Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT DON QUICHOTTE +Première partie.--La suite et la fin dans le prochain numéro. + + +LA REVUE COMIQUE, par Henriot. + + +Ce numéro contient: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE avec le premier fascicule +de DON QUICHOTTE, par Jean Richepin. + + +L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numéro: Un Franc._ SAMEDI 21 OCTOBRE 1905 +_63° Année--N° 3269_ + +LE PRINCE DE BULGARIE ET LE PRÉSIDENT LOUBET CHASSANT A COMPIÈGNE Devant +le «tableau» après une battue. _Voir l'article, page 26._ + + + +COURRIER DE PARIS + +JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE + +Huit heures du soir. Boulevard de Strasbourg; à droite, à gauche, des +façades illuminées; tout autour, un grouillement de vie joyeuse: +embarras de voitures, cohue de piétons, trompes mugissantes de tramways +dont on obstrue le chemin; et, parmi ce tumulte, en ce fouillis de +choses et de gens, deux ou trois _notes_ amusantes qui ont, au lendemain +de la «rentrée», une valeur de symbole: à côté des bourriches amoncelées +d'une marchande d'huîtres, le petit fourneau noir de l'Auvergnat, tout +noir aussi, qui dispose en rond sur le feu, à la clarté d'un bec de gaz, +les premiers marrons de l'année. Plus loin, sur la chaussée, la voiture +à bras, pleine d'oranges, où deux lanternes vénitiennes répandent leur +lumière de fête; et, devant le théâtre Antoine--où les affiches ont +l'air de crier aux passants, joyeusement, la dernière victoire de +Gandillot--une file de voitures, d'automobiles aux portières desquelles +on voit se ruer, casquettes à la main, l'ordinaire troupe des pauvres +diables, des chasseurs de pièces de deux sous. Marchand de marrons, +marchande d'huîtres, marchande d'oranges, ouvreur de portières: et voilà +le décor de l'hiver parisien reconstitué pour neuf mois. D'où viennent +ces gens? Que faisaient-ils aux temps chauds? comme dit le fabuliste. On +ne sait pas. Ils exerçaient, en attendant l'hiver, de petits métiers +vagues; ils guettaient l'heure où Paris, réveillé d'une léthargie de dix +semaines, allait recommencer à vivre, à vouloir pleurer et rire sous des +lustres électriques, devant des paysages de carton; et les revoici tous, +immuablement fidèles au rendez-vous d'octobre, installés, comme de bons +soldats, aux postes de l'année dernière, où nous les retrouverons l'an +prochain. J'admire cette solidarité mystérieuse qui unit, comme à leur +insu, les pauvres hommes, et grâce à quoi--l'automne à peine revenu--je +me sens assurée d'y revivre à ma guise toutes les petites joies des +automnes passés... + +Le théâtre surtout nous les prodigue, ces joies-là. Où aller? La grande +écluse s'est ouverte et voilà le torrent lâché: au théâtre +Sarah-Bernhardt, à l'Oeuvre, à l'Odéon, à la Comédie-Française, au +Palais-Royal, aux Variétés, les titres de six pièces nouvelles me +sollicitent en même temps; c'était hier le tour des Nouveautés; ce sera +tout à l'heure celui du Gymnase; d'autres leur succéderont et deux ou +trois fois par semaine (ou davantage), pendant la saison qui va venir, +mon journal me servira tout chaud le récit de ces aventures diverses; en +une ou plusieurs colonnes, il me racontera la pièce d'hier, la +commentera, n'omettra aucun nom de la liste de ceux qui l'interprètent, +ne voudra pas me faire grâce d'un détail de mise en scène ou de costume. +Si l'auteur est un favori du public, ou si quelque prestige s'attache à +sa signature, l'article où sa pièce doit m'être copieusement contée sera +précédé d'un autre long article, d'une «avant-première» où sera célébré +par provision le mérite de l'ouvrage qu'on ne connaît pas encore, et +glorifié le génie du jeune ou vieux maître qui l'a écrit; et ce compte +rendu sera suivi d'un troisième article où l'auteur, discrètement +interviewé au lendemain de la victoire remportée ou de l'échec subi, +sera prié de juger ses juges, de nous faire connaître ce qu'il pense de +ce qu'on vient de penser de lui. Entre temps, d'habiles «échos de +théâtres» entretiendront autour de l'ouvrage nouveau la curiosité des +passants. Ce n'est pas des pièces heureuses qu'on pourrait dire qu'elles +n'ont pas d'histoire. Heureuses ou malheureuses, toutes les pièces en +ont une, et dont le détail peut fournir, jour à jour, la matière d'aussi +longs développements qu'on voudra. Car, après que l'oeuvre nouvelle m'a +été annoncée, puis racontée et critiquée, cent petites nouvelles restent +encore à propager à son sujet: on m'apprend que les rôles viennent d'en +être distribués en double; que les recettes des dix premières +représentations ont atteint le chiffre le plus haut qu'aucune pièce ait +réalisé, dans le même temps, depuis la réouverture des théâtres; qu'on y +a, tel soir, aperçu le roi des Belges et, dimanche, en matinée, la reine +Ranavalo... Six semaines se passent; l'oeuvre va doubler le «cap de la +cinquantième», et mon journal m'en fait part; atteint-elle la centième +représentation? C'est du délire. Fête au foyer; souper par petites +tables; comptes rendus où ne sont oubliés ni le menu du festin, ni le +nom des convives de marque. On n'a pas omis non plus, le jour où fut +lancée la pièce en librairie, de nous communiquer le texte des dédicaces +émues rédigées par l'auteur à l'adresse de ses interprètes, et l'on ne +négligera pas davantage, dans quelques semaines, de nous parler de la +grande «tournée» que prépare l'imprésario Z..., grâce à quoi sera +promenée triomphalement, en province et à l'étranger, l'oeuvre dont il +était trop injuste, vraiment, que les Parisiens fussent seuls à savourer +les délices. + +Et M. le directeur Antoine se plaint! Tant de facile gloire ne suffit +pas à le satisfaire. Ce directeur ne revendique pas seulement le droit +(incontestable) de ne point inviter à sa table tel convive hostile qu'il +sait ou croit résolu, quoi qu'il arrive, à trouver chez lui le potage +trop salé, l'entremets fade, ou le rôti mal cuit; M. Antoine dit: «Je +prétends interdire, s'il me plaît, qu'on parle de ma cuisine, même pour +dire qu'on la trouve bonne!» M. Antoine souhaiterait apparemment que les +journaux s'occupassent moins des choses de théâtre... «En ce cas, me +disait hier mon libraire, que n'édite-t-il des livres, au lieu de monter +des pièces? On le laisserait bien tranquille.» + +Mon libraire exprimait là, mélancoliquement, une pensée juste. +Infortunés auteurs de livres! Ils peinent dans l'ombre, eux; la foule +les ignore, ou ne jette, en passant, à leurs couvertures neuves, qu'un +regard distrait, presque dédaigneux. Je ne comprends pas bien cette +inégalité de traitement et j'aimerais qu'on m'en fît connaître les +causes. J'aimerais qu'on m'expliquât pourquoi la plus mince des +opérettes, signée du nom le plus obscur, est à Paris une sorte +d'événement que tout le monde guette et vers le dénouement duquel il +semble que, pendant une soirée au moins, tous les esprits soient tendus +anxieusement; et pourquoi l'apparition en librairie de telle oeuvre où +l'homme du talent le plus noble et du plus haut savoir versa lentement, +après des mois de méditation, d'application, d'efforts, le meilleur de +sa pensée, semble à tout le monde un incident si dénué d'importance? Je +suis sûre que S. A. R. le prince de Bulgarie n'ignorait rien, en +arrivant chez nous, lundi dernier, des nouvelles théâtrales de la +quinzaine; qu'il savait au juste quelles sont les pièces «qu'il faut +voir», à cette heure, à Paris! Je suis moins sûre qu'on ne l'eût pas +embarrassé un peu en lui demandant quels sont, parmi les derniers livres +parus, ceux «qu'il faut lire»... Ce n'est pas sa faute, s'il l'ignore. +Ce prince lit les journaux, comme nous, et ne sait de ce qui se passe en +littérature que ce qu'ils nous en disent. Or, ils ne nous en disent à +peu près rien... Tant d'autres sujets plus «amusants», en dehors du +théâtre même, requièrent l'attention de nos nouvellistes! + +Les peintres, par exemple, seraient désolés qu'on les négligeât au +profit de la littérature, et déjà--la saison à peine commencée--ils nous +appellent à eux. Ils ne nous lâcheront plus. Le Salon d'automne a +ouvert, cette semaine, au Petit Palais, le cortège annuel des +expositions d'art: en voilà pour dix mois;-dix mois pendant lesquels va +défiler sans répit, aux «cimaises» de la rue Laffitte, de la rue de +Sèze, du Cours-la-Reine ou des Champs-Elysées, la torrentielle +production des aquarellistes, aqua-fortistes, lithographes, +miniaturistes et pastellistes; des classiques et des «indépendants»; des +Sociétés d'art «nationales» ou «internationales»; des unions de femmes +artistes; des paysagistes, des portraitistes, des céramistes; de ceux +qui _font_ la fleur, la caricature ou la montagne; défilé sans fin, où +toutes les spécialités, toutes les compétences réclament leur place au +bon soleil de la réclame... + +Et les musiciens, non plus, ne sauraient souffrir qu'on les oublie. +Colonne et Chevillard ont, depuis huit jours déjà, posé leurs affiches +et sonné le rassemblement; dix, vingt autres suivront: quintettes et +quatuors renommés; cantatrices, virtuoses fameux de chez nous et +d'ailleurs. Aux murs d'Erard et de Pleyel s'étalent les affiches +multicolores, annonciatrices des régals musicaux de l'hiver. Rude +concurrence à la littérature que tout cela! + +La saison des concerts s'est même fort brillamment ouverte cette +semaine, et nous devons aux pauvres Calabrais l'un des plus prestigieux +programmes qui aient été depuis longtemps placardés dans Paris. Les +amateurs de bonne musique se sont donc rués au secours des Calabrais; +tant il est vrai que tout finit en France par des chansons, même les +tremblements de terre. + +C'est décidément une belle invention que celle des fêtes de charité et +celui qui en eut le premier l'idée fut un psychologue de génie. Il +comprit que les infortunes lointaines nous émeuvent difficilement, mais +qu'en échange d'un plaisir rare nous ne résistons guère à la joie de les +soulager. Entre l'aumône qui hésite et la misère qui supplie, il s'avisa +d'interposer une cantatrice et un monologuiste... Et l'aumône n'hésita +plus. + +Moyen simple; mais il fallait le trouver. + +SONIA. + + + +LA PRINCESSE PIERRE BONAPARTE + +La vie de la princesse Pierre Bonaparte, qui vient de mourir à Paris, a +tenu tour à tour du plus invraisemblable des contes de fées et du roman +le plus dramatique. + +_L'Almanach de Gotha_ mentionne que le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, +troisième fils de Lucien, frère aîné de Napoléon, épousa religieusement, +à Paris, le 22 mars 1853, Justine-Eléonore Ruflin, née le 1er juillet +1832. Et ce nom plébéien, uni à ce nom illustre, au milieu de tous les +vocables retentissants dont la liste emplit ce qu'un fantaisiste +appelait le «Bottin des Vanités», étonne tout d'abord et déconcerte. +Voici l'histoire: + +Mlle Eléonore Ruflin était la fille d'un contremaître ébéniste du +faubourg Saint-Antoine; or, vous savez si le peuple de Paris fut un +temps enivré de la gloire napoléonienne! A l'humble foyer familial, la +jeune fille avait été élevée par son grand-père, ancien soldat de la +Grande Armée, dans le culte de la légende impériale. On imagine sans +peine quel émoi fut le sien le jour où, dans la maison d'un député, elle +se trouva en présence d'un propre neveu du grand homme, le prince +Pierre, membre lui-même du Corps législatif et venu en visite chez son +collègue. La jeune fille était charmante; le prince l'aima et résolut de +l'épouser. Mais quand, par pure déférence, et quoiqu'il vécût fort +éloigné des Tuileries, il sollicita de son impérial cousin son +consentement à ce mariage, il se heurta à un refus. Il y avait un +précédent dans sa famille: le mariage de Lucien, son frère, avec Mme de +Bleschamps, contre le gré de l'empereur. Il passa outre, lui aussi, sans +s'inquiéter des suites. + +[Illustration: La princesse Pierre-Napoléon Bonaparte dans son salon, à +Cimiez.--_Phot. Lacroix._] + +Les deux époux allèrent cacher leur bonheur--et leur médiocrité--dans +cette villa d'Auteuil que le coup de revolver qui tua Victor Noir allait +rendre si tragiquement célèbre. Ce drame, ce fut dans leur vie à tous +deux le premier coup de l'adversité. L'avenir leur réservait des assauts +plus terribles. + +La guerre vint, le régime impérial s'écroula; il fallut fuir la +maisonnette d'Auteuil, que les boulets prussiens allaient un peu plus +tard détruire. Malade, sans ressources, le prince Pierre se réfugia à +Londres avec les siens--il avait eu de son mariage cinq enfants, dont +deux seulement survivent. Ce fut, sans appui, sans amis, une détresse +terrible. La princesse, se ressouvenant de ses origines, s'était mise à +travailler, avait ouvert un magasin de modes;--ainsi, sous la +Révolution, une marquise de La Londe avait été dame de comptoir; une +comtesse de Virieu, ravaudeuse en plein air!--Tout son admirable +héroïsme ne parvint pas à épargner aux êtres chers les angoisses les +plus cruelles. + +Elle les ramena vers Paris quand le calme y fut rentré, espérant y +trouver la vie plus aisée. Ceux qui auraient eu le devoir de lui venir +en aide lui offrirent une aumône, à condition qu'elle allât rejoindre en +Italie les autres Bonaparte, descendants de Lucien. Elle refusa: fille +du vieux faubourg patriote, elle entendait avant tout que les deux +enfants qu'elle avait conservés, le prince Roland et la princesse +Jeanne, depuis marquise de Villeneuve, restassent Français. Et elle +parvint--au prix de quels miracles! --à les élever, non certes dans le +faste, et à leur donner une éducation digne du grand nom qu'ils +portaient. Ils lui en avaient voué, avec la plus tendre reconnaissance, +la plus vive des affections. La fortune, d'ailleurs, leur avait donné +plus tard à tous trois d'éclatantes revanches, dont seul le prince +Pierre, mort en 1881, ne put profiter, et c'est dans l'admirable hôtel +du prince Roland, avenue d'Iéna, que la princesse est morte, entourée de +soins empressés. + +Elle était demeurée dans l'opulence simple et bonne, en sympathie +toujours avec le peuple d'où elle était issue. Elle le prouva à maintes +reprises. + +G. B. + + + +LA DUCHESSE DE TALLEYRAND + +Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalités les plus +marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est éteinte, la +semaine dernière, à Loches. + +Fille du baron Seillière, un financier notoire du siècle dernier, elle +avait épousé le prince de Sagan, appelé beaucoup plus tard à l'héritage +d'une couronne ducale, alors que l'état de sa santé l'avait déjà +contraint à la retraite où depuis quelques années il s'est +définitivement effacé, après avoir longtemps brillé parmi les hommes de +sport, les habitués des «premières», les viveurs de qualité, ayant +conquis la réputation légendaire d'un arbitre des élégances et d'un type +achevé de ce qu'on appelait autrefois le dandysme. + +De même que, dans la mémoire des contemporains et dans la chronique +rétrospective, ce titre de prince semble inséparable de la notoriété du +gentilhomme, le titre de princesse reste attaché au renom de la grande +dame qu'on citait au nombre des beautés célèbres, des reines de la mode, +sous le second Empire et au commencement du régime actuel. Le luxe de +ses toilettes, ses façons de donner le ton, les réunions où sa présence +faisait sensation, les réceptions, les bals, les fêtes de charité de +l'hôtel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement +défrayé les échos mondains des gazettes, les frivoles conversations des +cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'étaient déjà +plus que des souvenirs déjà lointains avant même la disparition de celle +qui fut l'âme de la maison. Là où son règne s'accomplit avec tant +d'éclat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, où, dans +le magnifique décor, muet témoin du passé, l'ombre mélancolique +s'épaissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux +fils: le prince Hélie de Sagan et le duc de Valençay. + +[Illustration: La duchesse de Talleyrand et Sagan.] + + + +NOTES ET IMPRESSIONS + +Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et +vides. + +H. TAINE. + + * + * * + +Un homme digne de ce nom ne doit pas se spécialiser: la spécialité +rapetisse l'intelligence et réduit la volonté. + +TH. ROOSEVELT. + + * + * * + +On n'a le droit de toucher à la peinture que lorsqu'on est rompu à +toutes les difficultés du dessin. + +J.-J. HENNER. + + * + * * + +Tout est irréparable jusqu'au jour où tout est réparé. + +JULES CLARETIE. + + * + * * + +Rien de flatteur dans un éloge comme l'absence de flatterie. + +MARIE ADVILLE. + + * + * * + +La vertu n'est pas dans une résolution fugitive, elle est dans une +habitude de vie. + +MARCEL PRÉVOST. + + * + * * + +Le rire sur les lèvres rétracte par avance les paroles d'amertume que +sont encore à mâcher les dents. + +PAUL HERVIEU. + + * + * * + +Deux vérités incomplètes font d'ordinaire plus mauvais ménage que deux +erreurs. + + * + * * + +Il y a des blâmes qui sont des éloges et des approbations qui tuent. + +G.-M. VALTOUR. + + + +LA VISITE DU PRINCE DE BULGARIE AU MUSÉE CARNAVALET, M. Georges Cain, +directeur du musée, en fait les honneurs au prince Ferdinand et au +Président de la République. + +Le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de passer quatre jours en +France, accompagné de M. Rantcho Petrow, son premier ministre, du +général Savow, son ministre de la Guerre, et d'une suite assez +nombreuse, est, comme on l'avait annoncé, arrivé lundi dernier, 16 +octobre, à Paris, où il a occupé, au ministère des Affaires étrangères, +les appartements précédemment aménagés pour le roi d'Espagne. Au dîner +de gala donné le soir même en son honneur à l'Elysée, les deux chefs +d'État échangeaient des toasts pleins de cordialité. + +Le mardi 17, chasse à Compiègne et soirée à la Comédie-Française, dans +la loge présidentielle, avec, au programme, _le Duel_, de M. Henri +Lavedan. Favorisée par le temps, la chasse, que dirigeait le commandant +Lamy, dans les tirés de Compiègne, avait été fort brillante; au tableau: +238 faisans, 74 lapins, un chevreuil, et l'on a lieu de supposer qu'en +sa qualité d'excellent «fusil» le souverain bulgare, fortement botté et +coiffé d'un chapeau de peluche verte, mit à mal une part notable de ce +gibier. + +Le mercredi 18, après avoir assisté, le matin aux manoeuvres de +Vincennes et au déjeuner militaire offert par M. Berteaux, ministre de +la Guerre, il allait visiter le musée Carnavalet, au seuil duquel M. +Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et M. Cain, le +conservateur, lui souhaitaient la bienvenue; puis les collections +artistiques de la ville de Paris, au Petit Palais des Champs-Elysées. Le +soir, dîner offert par M. Rouvier, au quai d'Orsay. + +Le jeudi 19, le prince prenait congé pour se rendre aux établissements +du Creusot, où il a fait, on le sait, une importante commande de +matériel d'artillerie. + + + +LA FÊTE AÉRONAUTIQUE DES TUILERIES AU PROFIT DES SINISTRÉS DE LA CALABRE + +_L'Aéro-Club de France avait, organisé, dimanche dernier, dans le jardin +des Tuileries, une fête aéronautique donnée au profit des victimes du +tremblement de terre de la Calabre, sous la forme d'un grand concours +international. Malgré le temps pluvieux, une foule énorme était venue +assister au départ des concurrents ne représentant pas moins de six +pays: France, Russie, Italie, Angleterre, États-Unis, Belgique. Notre +photographie donne une idée du spectacle curieux que présentait cette +réunion extraordinaire d'aérostats de capacité et d'aspect divers, les +uns prêts au «lâchez tout» et suspendus au-dessus des têtes, les autres +à demi gonflés seulement, encore aplatis plus ou moins sur le sol. +Quinze d'entre eux sont partis successivement, se dirigeant vers le +nord-est; le plus long trajet a été effectué par M. Jacques Faure et le +comte Rozen, avec l'aérostat_ la Kabylie, _qui est allé atterrir en +Hongrie après avoir parcouru, à vol d'oiseau, une distance de 1.350 +kilomètres._ + + + +[Illustration: L'Escurial, que visitera M. Loubet avant d'arriver à +Madrid.] + +[Illustration: Le Palais Royal de Madrid, où résidera M. Loubet.] + +LES PALAIS D'ESPAGNE ET LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE + +[Illustration: Cavaliers de l'escorte royale devant leur caserne.] + +[Illustration: Les hallebardiers, sur un palier de l'escalier d'honneur +du Palais Royal.] + +M. LOUBET EN ESPAGNE + +Le Président de la République quittera Paris le 22 octobre, pour aller +rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin +dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrêtera à la station de +l'Escurial pour déposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et +visiter le Monastère Royal de Saint-Laurent de l'Escurial. + +Commencé et, en partie, achevé sous le règne de Philippe II (1584), cet +énorme édifice forme un rectangle de 206 mètres sur 161 mètres. D'une +architecture sévère, volontairement dépourvue d'ornements, campé à 1.100 +mètres d'altitude, sur une colline adossée à la Sierra de Guadarrama et +dominant la vallée du légendaire Manzanarès, il présente de loin un +aspect imposant. La partie centrale est occupée par l'église dont la +crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a groupé +le Palais Royal et le monastère avec toutes ses dépendances. On compte +dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fenêtres, 1.200 portes, 86 +escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160 +kilomètres. + +Le Palais Royal de Madrid, où logera M. Loubet, date, du dix-huitième +siècle; il a remplacé le palais incendié en 1734 et qui avait succédé à +l'Alcazar des Maures. Il est bâti, comme l'Escurial, sur une hauteur +dominant la capitale et la plaine où coule... parfois le Manzanarès. +Entièrement construit en granit, avec des motifs décoratifs en une +pierre spéciale imitant le marbre, flanqué de tours aux quatre angles, +il séduit moins par les détails de son architecture que par la régulière +ordonnance de ses lignes. + +On l'a édifié sur les plans d'un architecte de Turin, et la décoration +intérieure, en général fort riche, accuse souvent l'influence du goût +italien. + +Dans la salle du Trône où quatre lions en bronze doré gardent le +souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en +argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle +de Girardini, brille un plafond en porcelaine à dessins japonais de +l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Fêtes +présente cette particularité peu banale que les murs, le plafond et le +parquet sont en bronze et en marbre de différentes couleurs. Les +appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnées par +Ferdinand VII (1814-1833); et, des fenêtres, le regard embrasse, avec +une grande partie de la ville, la plaine déserte fermée par la Sierra de +Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler, à une quarantaine de +kilomètres de distance, la silhouette de l'Escurial. + +[Illustration: LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trône.] + + + +[Illustration: Nelson blessé mortellement sur le pont du +Victory.--_Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._] + +LE CENTENAIRE DE TRAFALGAR + +_L'Illustration_, rappelant l'autre jour le cinquantenaire du siège de +Sébastopol, montrait comment les souvenirs de la guerre de 1855 en +Crimée n'avaient pas empêché l'éclosion de l'alliance franco-russe. Les +Anglais, qui célèbrent aujourd'hui le centenaire de Trafalgar veulent, +de leur côté, que cette commémoration ne trouble pas le développement de +l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre. Ils nous informent +que le chant de _la Marseillaise_ alternera avec le _God save the King_; +l'hymne des vaincus répondra, dans les fêtes et les cérémonies +officielles, à l'hymne des vainqueurs. Cet hommage délicat du +patriotisme britannique à ses anciens adversaires, la France, pays de la +courtoisie et des traditions chevaleresques, saura l'apprécier. Ces +sentiments des Anglais d'aujourd'hui revêtent même un caractère tout +particulier, si l'on consent à examiner l'importance prédominante, +unique, en quelque sorte, de Trafalgar dans l'histoire anglaise. + +Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les +plus émouvants de l'histoire. + +En l'année 1805, la Grande-Bretagne se trouvait exposée au plus sérieux +danger qu'elle eût peut-être couru. William Pitt, son ministre, avait +rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement +britannique osait engager contre Napoléon, l'indépendance, l'existence +même de la nation anglaise étaient en jeu. + +[Illustration: Portrait de Nelson, par J Hoppner.] + +On sait comment Napoléon avait réuni une armée de 120.000 hommes au camp +Boulogne, à 40 kilomètres à peine du rivage britannique. Sur son ordre, +1.500 bateaux, destinés à transporter cette armée d'invasion de l'autre +côté du détroit, avaient été groupés dans les ports de Calais, de +Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les préparatifs de la descente en +Angleterre étaient terminés. Qu'un vent favorable secondât la marche de +la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'éloignassent pendant +une semaine ou deux des côtes de France et d'Angleterre, et l'empereur +franchissait le Pas de Calais, débarquant à 25 lieues de Londres. + +Quelle était la situation des flottes françaises et anglaises au +commencement de l'année 1805? A Toulon se trouvait une escadre +française, commandée par l'amiral Villeneuve, mais elle était surveillée +et presque bloquée par une flotte anglaise placée sous les ordres de +lord Nelson. Ce dernier avait établi sa base d'opérations dans la baie +de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter à notre +actif que Napoléon s'était acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait, +un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos +escadres, mais ils étaient dispersés dans les ports de Carthagène, +Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol. + +Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes françaises. +Une flotte anglaise que commande Calder bloque la côte espagnole, depuis +Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en même temps de loin l'escadre +française de Missiessy, qui se tient à Rochefort. L'amiral anglais +Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se +trouve enfermé, avec une troisième portion de nos forces navales, +l'amiral Ganteaume. + +La situation était telle qu'aucun des amiraux français ne pouvait +protéger le débarquement de l'armée de Boulogne, tandis que les amiraux +anglais--deux d'entre eux, au moins--étaient en mesure de l'entraver par +une rapide apparition dans la Manche. + +[Illustration: TRAFALGAR.-Le duel du Redoutable et du Victory.--_Dessin +original de H. C. Seppings Wright._] + +Napoléon conçut alors un plan que l'amiral Jurien de la Gravière, bon +juge en l'espèce, appelle «un trait du génie»: il prescrivait aux trois +amiraux français de sortir, coûte que coûte, des ports de France et de +s'en aller aux Antilles, entraînant après eux les escadres anglaises. Ce +plan réalisé, la Manche, libérée pour un temps de la présence des +vaisseaux britanniques, livrait tranquillement passage à la flottille +transportant l'armée de Napoléon. + +[Illustration: Nelson blessé mortellement sur le pont du +_Victory.--Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._] + +[Illustration: La campagne navale de 1805, qui a abouti à la bataille de +Trafalgar.] + +Mais, même si l'Angleterre n'eût réussi ultérieurement à détourner +contre l'Autriche l'armée réunie à Boulogne, les conceptions navales de +l'empereur n'eussent pu être réalisées en temps voulu. Villeneuve +parvint à entraîner Nelson aux Antilles. On peut voir sur notre carte +Missiessy réussissant également à s'évader de Rochefort, en passant +entre les escadres de Calder et de Cornwallis, et se dirigeant vers le +lieu de rendez-vous. Malheureusement, Ganteaume ne peut rompre le blocus +qui l'enserre dans Brest. La lecture de notre schéma montre en outre +comment Villeneuve, pressé par Nelson, qui le suit comme à la piste, est +obligé de revenir trop tôt, sans avoir pu combiner ses opérations avec +Missiessy; comment ce dernier, dont la marche est lente, s'attarde aux +Antilles et revient à Rochefort sans avoir coopéré efficacement à +l'exécution du plan tracé par Napoléon. On voit enfin Villeneuve, fuyant +devant Nelson, s'efforcer, en longeant la côte d'Espagne, de gagner +Rochefort, dans l'espoir d'y retrouver Missiessy, et se heurtant à une +escadre anglaise, celle de Calder, qui n'a pas bougé du Ferrol. Une +bataille se livre au cap Finisterre entre Calder et Villeneuve: elle +reste indécise, mais l'amiral français, intimidé par ce demi-échec, +redoutant peut-être la présence d'une autre flotte anglaise devant +Rochefort, se résout à revenir à Cadix. Quant à Nelson, certain +désormais du retour de Villeneuve dans les mers d'Europe, il revient en +hâte dans la Manche afin de s'opposer éventuellement à une apparition de +Villeneuve dans les parages du Pas de Calais. C'est ainsi que nous +trouvons Nelson à Portsmouth le 18 août, tandis qu'à pareille date +Villeneuve rentrait à Cadix. Le plan de Napoléon avait donc échoué, mais +rien n'était compromis pour l'avenir, tant que les escadres françaises +existeraient intégralement. Malheureusement l'empereur, irrité de tous +ces échecs, s'en prend à Villeneuve et lui ordonne de quitter Cadix, de +revenir à Carthagène ou à Toulon, et de remettre en d'autres mains le +commandement de son escadre. Humilié peut-être injustement, l'infortuné +amiral crut de son devoir de se réhabiliter par une action d'éclat. Il +attendit exprès, dit-on, pour tenter sa sortie, le retour de Nelson et, +confiant dans la supériorité de ses forces (il avait sous ses ordres 40 +navires français et espagnols contre 32 à Nelson), il se laissa +rejoindre par l'amiral anglais à la hauteur du cap Trafalgar... + +Lord Nelson était un terrible adversaire. Depuis douze ans, ce marin +extraordinaire, le plus grand qu'ait jamais eu l'Angleterre, parcourait +la Méditerranée, l'Atlantique, les mers du Nord, à la poursuite, +c'est-à-dire à la destruction de toutes les escadres qu'avaient pu +mettre sur pied la France et ses alliées. Déjà vainqueur dans trois +batailles, à Aboukir, au cap Saint-Vincent, à Copenhague, il allait, à +l'âge de quarante-sept ans, couronner sa carrière par une de ces actions +d'éclat qui font les hommes immortels. + +On ne sait, en effet, ce qu'il faut le plus admirer dans cette vie de +Nelson. Est-ce l'homme de guerre qui, par un privilège rarement accordé +aux grands capitaines, ne connut jamais la défaite? Est-ce le héros, +honoré par ses compatriotes plutôt comme un dieu que comme un homme pour +avoir sauvé l'Angleterre au moment le plus critique de son histoire? +Est-ce le stratégiste, le tacticien qui se haussa jusqu'au génie en +portant l'art de la guerre navale à la perfection dans cette bataille +même de Trafalgar où il devait mourir? + +Pour nous, obligé de nous limiter, nous aimerions seulement à expliquer +de simple façon pourquoi la manoeuvre de Nelson fut un chef-d'oeuvre de +tactique navale, pourquoi, malgré les transformations apportées à la +marine de guerre par l'emploi de l'acier et de la vapeur, elle demeure +aujourd'hui encore un modèle à imiter. + +La seconde carte que nous avons dressée à cet effet, d'après les +documents des archives, de la Marine, la fera très bien comprendre. + +1° Il divise son armée navale en _deux colonnes parallèles_, afin de les +enfoncer comme deux coins gigantesques à travers la flotte +franco-espagnole qui s'avance perpendiculaire à sa direction. + +2° Il procède par _offensive foudroyante_, confiant dans l'originalité +de sa formation de combat pour empêcher l'escadre ennemie d'y répondre +d'une façon adéquate, en temps voulu. + +3° Il prescrit à ses capitaines de vaisseau de s'attaquer d'abord de +préférence aux bâtiments amiraux. Lui-même donne l'exemple. Ayant son +pavillon sur le _Victory_, il marche droit sur le _Bucentaure_, le +vaisseau-amiral de Villeneuve. Seul, l'admirable dévouement du vaisseau +français _Redoutable_, se jetant en avant du _Bucentaure_, sauve, pour +un temps, Villeneuve, et donne lieu au duel, resté légendaire, du +_Victory_ et du _Redoutable_. + +4° Afin d'utiliser la meilleure disposition de sa voilure et du gréement +de ses navires, Nelson _choisit pour s'avancer le sens du vent_. Ses +navires marchent serrés l'un derrière l'autre, à 12 noeuds de vitesse. +La flotte franco-espagnole se déplace au contraire lentement. Elle est +disposée sur une ligne de 5 milles de longueur, et il est évident que +les deux extrémités ne pourront porter secours aux bâtiments du centre +avant que ceux-ci soient entourés. + +5° Nelson laisse à ses sous-ordres toute latitude dans l'exécution +ultérieure des manoeuvres dont il s'est contenté de leur énoncer le +principe. Il sait qu' une fois la bataille commencée, les signaux venant +du navire amiral ne seront plus visibles et que chacun devra agir +suivant son inspiration. + +La bataille fut décisive et sans appel au point de vue du résultat; mais +les deux nations y éprouvèrent des pertes sensibles. Nelson, vainqueur, +était tué; Villeneuve, vaincu, fut fait prisonnier. L'Angleterre était +sauvée, mais elle perdait son sauveur. La France perdait sa flotte et, +avec elle, la suprématie maritime qui, jointe à la puissance militaire +qu'elle acquérait alors sur le continent, lui eût valu l'empire du +monde. + +[Illustration: J.-J.-E. Lucas, commandant le _Redoutable_ à Trafalgar.] + +[Illustration: Amiral Gravina, commandant la flotte espagnole à +Trafalgar.] + +[Illustration: Amiral Villeneuve, commandant la flotte française à +Trafalgar.] + +[Illustration: La tactique de Nelson à Trafalgar.] + + + +L'IMPÉRIAL CAUCHEMAR + +_«Garde au Rhin! Le fleuve, cher à nos ancêtres, doit l'être à +nous-mêmes, le même que l'artère-aorte, qui subit l'impulsion des +mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas située au +centre de l'être humain, de même le fleuve rhénan, artère-aorte de la +Germanie, n'a pas été placé par le Créateur au centre de notre patrie. +Mais voici que, par un de ces avertissements mystérieux que la +Providence m'a envoyé pour être transmis à mon peuple, je sais quel est +le rêve de nos ennemis et comment ils méditent de nous frapper à mort +par ce conduit vital à notre armée...»_ (Paroles de Guillaume II à la +prestation du serment des recrues de la marine de 1905, à Kiel.) + +Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu +comprises au moment où elles furent prononcées, ont été fort peu +commentées par la presse? Quel était ce singulier «avertissement divin»? +Sous quelle forme s'était-il manifesté? Etait-ce un songe, comme le +rédacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque +vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II? + +Quoi qu'il en soit--fiction ou réalité, songe impérial ou fantaisie de +publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef +de l'énigme de ces paroles incomprises, dont l'importance égale le +mystère. + +GUILLAUME RÊVE... + +... Le «Grand Soir» (1) était venu. L'Ange rouge de la guerre étendait +ses ailes sur 150 millions d'hommes. + + (1) Expression favorite de Guillaume II pour indiquer le jour + attendu où éclatera la guerre avec l'Angleterre. + +Les ambassadeurs d'Allemagne, rappelés, quittaient Londres et Paris. A +Berlin, une foule immense, ivre de joie, envahissait le _Tempelhof, +Unter den Linden_, la _Sieges-Allée_, applaudissant aux victoires +futures des aigles germaniques. + +A la même heure, s'exécutait le complot tramé depuis longtemps par les +ennemis de l'Allemagne. Avant la déclaration officielle de la guerre, ce +même soir, dans la demi-obscurité des brouillards de la Néerlande, une +flottille de vingt torpilleurs, empruntée hâtivement aux centres de +défense mobile de Dunkerque, Calais, Douvres! Rosyth, se donnait +rendez-vous à l'île de Goorée, à l'embouchure du Rhin. S'engageant +audacieusement dans le bras du fleuve, sous le regard étonné de quelques +pêcheurs zélandais qui les prirent pour des bateaux de guerre de leur +pays, les torpilleurs anglais et français remontèrent le Rhin. Le +territoire hollandais fut traversé en cinq heures de navigation. Soit +complicité, soit indifférence, soit ignorance des autorités +hollandaises, la flottille ennemie, marchant à la vitesse réduite de 10 +noeuds, put arriver à la frontière allemande, sans avoir été signalée. + +Il était 10 heures du soir. Une brume intense couvrait le Rhin. Aucune +étoile au ciel, pas une lumière sur le fleuve. La circulation des +navires avait été arrêtée, en prévision des besoins de la mobilisation. +Les petits bâtiments ennemis s'avançaient, tous leurs feux masqués, +conduits avec une singulière sûreté de main, par quelques pilotes +alsaciens ou hollandais, accoutumés aux sinuosités des flots rhénans. + +Vers une heure du matin, le torpilleur de tête «reconnaissait» le pont +de Wesel, qui relie cette ville à l'île Buderich et au fort Blücher. +Bientôt les torpilleurs passaient sous le pont grandiose qui met en +communication les voies ferrées de la rive gauche avec celles de la rive +droite. Ils se suivaient à 400 mètres environ les uns des autres, +communiquant par un fil téléphonique. Tout à coup, dans la nuit noire, +une effroyable explosion réveilla Wesel. Les ponts du Rhin, secoués +comme par un tremblement de terre, venaient de s'affaisser. D'énormes +masses de pierre et de fer retombèrent dans le fleuve avec un bruit +formidable. Que s'était-il passé?... Simplement ceci: les deux +torpilleurs d'arrière-garde, numéros 19 et 20, avaient lancé contre les +soubassements du pont deux torpilles de 450 millimètres... + +Invulnérables aux coups que les batteries des forts dirigent contre eux +sans les voir, protégés à tous les regards par les ombres de la nuit et +par l'inattendu de leur entreprise, les petits navires poursuivent leur +voyage de destruction. + +A 2 heures du matin, le pont de Ruhrort est franchi. Une torpille le +détériore et le rend impraticable à la circulation des trains. + +A 3 heures, c'est celui de Rheinhausen à Mulheim. En vain, les +sentinelles font-elles jouer les projecteurs des tours placées à chaque +extrémité du pont, elles entrevoient trop tard la vague silhouette des +vaisseaux fantômes perdus dans le brouillard. + +[Illustration: Le cours du Rhin, depuis son embouchure, en remontant +jusqu'à Mannheim.] + +Cependant, en prévision du jour qui va poindre, la petite flottille +force de vitesse. Il s'agit pour elle d'arriver au pont de Cologne, de +traverser cette ville, avant que l'alarme ait été donnée. Vers 5 heures, +les habitants de cette grande cité allemande apercevaient, avec le plus +compréhensible étonnement, des bateaux de forme inconnue, arborant des +pavillons étrangers, évoluer sous le pont de Cologne à Deutz. O +stupéfaction! Ce chef-d'oeuvre de l'art architectural, ébranlé par trois +ou quatre explosions, ne s'effondrait pas complètement dans le fleuve, +mais il prenait une position inclinée qui le rendait inaccessible. En +même temps, le «pont de bateaux», situé à côté, servait de point de +mire, avec ses deux paires de rails et ses appareils d'aiguillage, aux +canons de 47 millimètres et de 76 millimètres des navires étrangers. + +«L'ennemi! L'ennemi!» crièrent les bateliers. + +Mais déjà la flottille, virant de bord, avait rebroussé chemin. +Maintenant elle descendait le Rhin, cherchant évidemment à s'échapper +par le chemin qu'elle avait pris pour venir et comptant passer sous les +arceaux non détériorés des ponts. Elle n'alla pas loin... Signalée par +le télégraphe, elle fut bientôt détruite par les batteries d'artillerie +qu'on amena en toute hâte de Neuss, de Dusseldorf, de Wesel. Le dernier +torpilleur s'échoua sur un barrage placé en travers du fleuve, et il fut +capturé. + +A 8 heures, tout danger semblait écarté. Un télégramme rassurant, +transmis à Berlin, annonçait l'échec relatif de l'audacieuse entreprise. +Une demi-douzaine de ponts avaient été détruits, mais un ou deux +seulement étaient essentiels à la mobilisation. Simple alerte, sans +doute, et heureusement sans gravité. + +Or, voici qu'à 10 heures du matin, le pont de Coblentz, surveillé par +tout un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie et six +batteries d'artillerie, était secoué déjà base au tablier, comme si +quelque main gigantesque, émergeant du fleuve, l'eût tordu de son +étreinte. Et même cause toujours: explosion de torpille. Un quart +d'heure après, le pont sur la Moselle, non loin du confluent de cette +rivière avec le Rhin, suivait le déplorable exemple des ponts rhénans. +L'importante voie ferrée de Coblentz à. Trêves était interrompue. + +Cependant, aucun navire suspect n'avait été aperçu, ni à Bonn, ni à +Neuwied! Les riverains affirmaient que la partie navigable du Rhin, à +cet endroit, était trop peu large pour que des torpilleurs de 40 mètres +de longueur aient pu glisser inaperçus, en plein jour. Un vieux +capitaine retraité émit l'idée que ce pouvaient être des _vedettes +lance-torpilles_. «La France, dit-il, possédait des bateaux de ce type, +destinés soit à être embarqués et débarqués en pleine mer, soit à faire +la police des rivières. Peut-être deux ou trois accompagnaient-ils la +flottille et, au lieu de tenter de s'échapper par la fuite, ce que leur +médiocre vitesse ne leur eût pas permis, ils avaient continué leur +voyage, espérant se dissimuler derrière les berges élevées ou les +îlots... Ils ne peuvent pas aller loin», ajouta sentencieusement le +capitaine retraité. + +Six heures du soir sonnaient à la cathédrale de Mayence. Les recherches +effectuées le long du fleuve, vers Saint-Goar, Bingerbrueck, n'avaient +donné aucun résultat. Les moins optimistes finissaient par admettre que +les vedettes porte-torpilles avaient dû couler à fond, ou s'enliser +quelque part dans les roseaux. Hélas! de nouvelles explosions furent la +réponse à cette conviction prématurée. Un trou énorme, dans lequel les +eaux se précipitèrent en bouillonnant, venait de se creuser autour des +piles du pont de Gustavsburg, à Laubanheim, en amont du fleuve. Le +plafond, cédant sous le poids de l'édifice, en déplaçait l'assiette et +le rendait impraticable à tout transport. En outre, le déplacement de +l'axe du pont exigeait une réfection totale de la construction, longue +et dispendieuse. + +Quelques minutes après, le pont de l'île Peters-Aüe subissait le même +sort... + +Naturellement, on se perdait en conjectures sur ces inexplicables +attentats. Les uns parlaient de «scaphandriers mystérieux descendus dans +le fleuve quelques jours auparavant». N'auraient-ils point posé, sous +les culées, des mines reliées électriquement à quelque transport de +batellerie, habité par un espion? D'autres parlaient de complicité +anarchiste. + +Tout à coup, l'un des assistants se frappa le front: «_Eurêka_, fit-il. +Ce sont des submersibles, des sous-marins qui ont fait le coup!... Les +Anglais et les Français ont lâché leurs torpilleurs sous-marins dans les +eaux du Rhin!» + +C'était vrai. Parmi les torpilleurs qui avaient accompli leurs nocturnes +forfaits jusqu'à Cologne, la moitié étaient des submersibles du type +français _Aigrette_. Naviguant à la surface comme des torpilleurs +ordinaires, doués d'une vitesse de 10 à 12 noeuds, ils avaient +accompagné jusqu'à Cologne la flottille des torpilleurs ordinaires. +Lorsque ceux-ci, vers le matin, durent reprendre la route du nord, les +submersibles s'étaient laissé descendre silencieusement sous les 5 à 7 +mètres d'eau du Rhin. Ils avaient continué leur chemin vers le sud, +signalant leur passage à Coblentz et à Mayence. + +Les moteurs de ces redoutables monstres ayant été construits pour leur +permettre de parcourir 500 milles marins à la surface de l'eau et 80 +milles en plongée, avec faculté de recharger leurs accumulateurs, il est +évident qu'ils pouvaient ainsi aller jusqu'à Bâle. Leurs seules +préoccupations devaient être de se maintenir dans le chenal navigable et +de vaincre le courant de plus en plus violent du fleuve. Ce n'était +qu'une question de pilotage, après tout. + +En attendant, l'objectif immédiat des sous-marins était +incontestablement le grand pont de Mannheim sur lequel passe +l'importante voie ferrée de Heidelberg à Kairserslautern. On envoya +immédiatement des éclaireurs dans cette direction, le long du Rhin. Mais +la nuit était venue. Les bateaux sous-marins, obligés de se laisser +remonter à la surface pour renouveler l'air respirable (les équipages +avaient dû rester en vase clos toute une journée), prirent la précaution +de ne laisser émerger au-dessus des eaux que le dôme et la passerelle; +et c'est ainsi que, sur ce fleuve de 400 mètres de largeur parsemé +d'îlots et de roseaux, méandrique, fréquemment divisé en bras nombreux, +le passage, dans la nuit, de ces minuscules bâtons flottants fut +imperceptible. Ils ne plongèrent que pour ne pas être aperçus au pont de +bateaux de Worms. + +A Mannheim, on veillait. Il avait été décidé que, coûte que coûte, on +arrêterait la maudite flottille. On imagina d'abord de tendre, d'un bord +du Rhin à l'autre, un filet aux rigides mailles de fer, retenu +verticalement par des ancres au lit du fleuve, perpendiculairement au +courant. En arrière, une ligne de torpilles de blocus flottait entre +deux eaux. Enfin, de chaque côté de l'édifice, furent entassés des +barques vides ou pleines, des échafaudages, des pontons, tout ce qui +pouvait être de nature à provoquer loin du pont l'éclatement des +torpilles lancées par les sous-marins, au cas où ceux-ci parviendraient +à franchir le double obstacle du filet et du chapelet des mines. + +Vain stratagème! Les ennemis étaient résolus à tous les sacrifices pour +remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne +fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient à 400 mètres de distance, reliés +les uns aux autres par un petit câble téléphonique, le sous-marin +d'avant-garde, dès qu'il sentit la résistance opposée par les mailles du +filet, avertit son «matelot d'arrière». Le sous-marin n° 2 opéra +immédiatement sa retraite, imité successivement par ceux qui le +suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'élan, il +coupe facilement le filet avec son étrave. Audacieusement, il pousse en +avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines +explose. Le fleuve est secoué dans toute sa largeur. Les eaux, projetées +à une grande hauteur, saisissent, enlèvent et retournent comme une +coquille de noix l'audacieux petit bâtiment, qui retombe lourdement dans +le fleuve pour trouver là sa dernière demeure. Tout autour du pont, les +flots agités par l'explosion entraînent aussi ce qui avait été accumulé +à grand'peine pour écarter le danger des torpilles. La place est bientôt +nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et échafaudages. Les +invisibles assaillants laissent écouler au-dessus d'eux tous ces +obstacles qui devaient les arrêter. Une heure, deux heures se passent. +Pendant que Mannheim, rassuré, escompte la destruction de la flottille +satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu à peu leur +tranquillité et leur direction naturelles, ne risquent plus de gêner la +trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau +bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont +de Mannheim, orgueil de la cité, était atteint mortellement. La même +cause avait produit le même effet. + +[Illustration: Le cours du Rhin, au sud de Mannheim, en remontant +jusqu'à Bâle.] + +Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La +profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile à +remonter. Il était 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent à la +surface, profitant du reste de la nuit pour gagner, à la plus grande +vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongèrent qu'une seule fois: sous +le pont de bateaux de Spire qu'ils laissèrent intact, tant ils avaient +hâte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne à voie double de +Bruchsal à Landau. + +A Germesheim, le télégraphe et le téléphone ne cessaient de fonctionner. +Toute la population était sur pied: le bourgmestre, la police, la +gendarmerie, les pompiers, sans compter l'armée qui formait autour de +l'édifice menacé une triple ceinture de sauvegarde. «Vous aurez leur +visite vers 7 heures du matin», avait dit une dépêche de Mannheim. Des +bateliers furent envoyés en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons +de cavalerie évoluèrent le long de chaque rive; un ballon captif fut +détaché à 50 mètres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des +meilleurs pour apercevoir des bâtiments naviguant en immersion. + +Les précautions semblaient bien prises. Malheureusement, les +sous-marins, marchant à la surface, ne mirent que deux heures à +parcourir le trajet, qui aurait exigé quatre heures en plongée. Signalés +par les bateliers, vers Heiligenstein, à moitié chemin entre Spire et +Germesheim, la pâle clarté du matin leur permit de s'immerger sans avoir +été atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage. +Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du +fleuve ne laissaient même pas apercevoir le périscope des sous-marins +flottant sur l'eau. + +Dans ces conditions, quelle défense possible pour le pont de Germesheim? +Aucune. Il fut «exécuté» à 6 heures du matin. Quelques scaphandriers, +partis du sous-marin d'arrière-garde, s'en allèrent accrocher deux +cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du +fleuve. Un double courant électrique fit éclater les deux bombes, et +d'un édifice monumental qui avait coûté 4 millions de francs, il resta +une masse tordue, informe. C'était le pont de Germesheim, après la +visite de ses ennemis. + +Ce ne fut qu'un cri de colère dans la cité quand trois dépêches, +arrivant coup sur coup, annoncèrent que le pont de Kreuznach, près du +confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de +Francfort-du-Mein, à 40 kilomètres de l'endroit où le Mein se jette dans +le Rhin, enfin celui du Neckar, à Heidelberg, attaqués de la même +manière, avaient subi un sort pareil. «Ils sauteront tous»! disaient les +uns.--«On a lancé des sous-marins dans tous les fleuves allemands», +disaient les autres. Quelques-uns, plus réfléchis, essayèrent de faire +comprendre aux affolés que les bateaux fantômes qui remontaient +maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient à la même +flottille et étaient venus par le Rhin lui-même. Personne ne voulait +croire cette explication si simple. + +Tel était le découragement qu'on ne songeait plus même à poursuivre ceux +qui, après avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une +régularité d'horloge, leur affreuse odyssée sur le fleuve. «Ils +arriveront ce soir au pont de Kehl!» s'écriaient les gens d'un air +moitié furieux, moitié résigné. + +La prédiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus +que trois submersibles. Il était, en outre, manifeste que son +approvisionnement en vivres et en torpilles était épuisé. La fatigue des +équipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevèrent leur +_raid_ étonnant en détériorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait +communiquer Rastatt et Haguenau. + +Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient +accompli. Ils furent coulés. Le troisième, victime de quelque accident +intérieur, ne put s'immerger. Il alla s'échouer sur un îlot, à 10 +kilomètres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhénans, cinq seulement +restaient intacts: Strasbourg à Kehl, Marckolsein à Saspach, Neu-Brisach +à Vieux Brisach, Nuenbourg à Bantzenheim, et le pont de Huningue! + +... Cinq jours s'étaient passés depuis la déclaration de guerre. La +mobilisation était terminée; le transport des troupes commençait. Plus +de mille trains s'échelonnaient le long des voies ferrées des États de +l'empire, à destination de la frontière de Lorraine. Et tous ces convois +s'arrêtaient, les uns après les autres, immobilisés sur la rive droite +du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du génie +s'employaient à remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de +pierre ou de fer si malencontreusement détruits; les bacs-trailles, les +remorqueurs, les barques elles-mêmes pouvaient être utilisés. Mais un +temps précieux était perdu que l'ennemi utilisait en prenant déjà +l'offensive. + +C'étaient des trains entiers, soit à alléger de moitié, soit à décharger +complètement. C'était un transbordement interminable de batteries de +campagne, de mortiers de siège, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le +grand état-major allemand se résignait, en désespoir de cause, à +bouleverser tout le plan de mobilisation et à détourner, sur les chemins +de fer à une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des +trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui était plus +grave, les procédés méthodiques allemands, mis en défaut par un tel +désarroi, ne trouvaient rien d'original pour débrouiller le chaos. + +Enfin, après presque une semaine de retard, la circulation de ces +millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se +répand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se +produisent encore le long du fleuve. Çà et là retentissent des +craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives, +s'arrêtent éventrés par un engin mystérieux; les radeaux, les ponts de +bateaux sont coupés en deux et submergés; les barques de pêcheurs +elles-mêmes sont projetées en l'air dans d'effroyables trombes d'eau; +les ponts d'Alsace, laissés intacts par les sous-marins, s'écroulent +avec fracas. + +Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les +eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô +horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille +peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?... +On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus +des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de +départ, sont inconnus. + +Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand +le mal eut été accompli. + +Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de +Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique +d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec +l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient +commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus +employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à +assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150 +kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé, +lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos +maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les +administrations française et anglaise prissent livraison de la commande. +Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le +directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais +et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent +livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers. +Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve... + +Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est +la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables +_mv_ dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques +secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou +les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent +contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis, +d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en +vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à +ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre +déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin +bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de +20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils +sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible +de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la +mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant +sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par +les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et +huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le +Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur +contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy... + +Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé, +contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin +retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille +Gaule... + +J. DELAPORTE. + + + +NELSON EN FRANCE + +UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER + +Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu +à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et +beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se +manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On +ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin +britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre +française, la petite ville de Saint-Omer. + +Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de +marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le +capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme +prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société +françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba +amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune +femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à +Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces +lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et +j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon +coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais +être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille +d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a +tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais +pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus +actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et +cette belle personne n'a rien à elle...» + +Il est à croire que cet attachement abrégea le séjour de Nelson à +Saint-Omer et que le jeune officier, peu renté, fort ambitieux déjà et +conscient de ses destinées, s'éloigna hâtivement de cette ville pour +fuir en même temps la tentation d'un mariage d'amour. + + + +M. AUGAGNEUR + +Le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar, actuellement en +France, ayant demandé à être relevé de la haute fonction qu'il occupait +depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, député du Rhône, qui est désigné +pour lui succéder. + +Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a été envoyé à la Chambre, au cours +de la présente législature, par les électeurs de la 5e circonscription, +en remplacement de M. Philippe Krauss, décédé. Bien que siégeant parmi +les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de +certaines exigences de son parti et fait preuve, à la tête de +l'importante municipalité lyonnaise, de solides qualités +d'administrateur. + +[Illustration: M. Augagneur, maire et député de Lyon, futur gouverneur +de Madagascar.--_Phot. Bellingard._] + +[Illustration: UN ÉPISODE DU SÉJOUR EN FRANCE DE NELSON EN 1784 Le futur +vainqueur de Trafalgar rencontre, sur la promenade publique de +Saint-Omer, une jeune Anglaise dont il devient amoureux. _Dessin de R. +Caton Woodville.--Voir l'article à la page ci-contre._] + + + +DOCUMENTS et INFORMATIONS + +LE TIMBRE DU ZAMBÈZE. + +Pour commémorer la visite de la British Association aux chutes de +Victoria et l'inauguration, à travers la rivière de Zambèze, d'un pont, +merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projetée du Cap au +Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'émettre une série de +timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings. + +[Illustration:] + +Tous ces timbres sont du même type; ils représentent une vue des chutes +de Victoria surmontées de _British South Africa Company_ en deux lignes; +aux angles supérieurs le millésime 1905 et, aux angles inférieurs, la +valeur dans des cartouches en forme d'étoiles. + +LA DOMESTICATION DES POISSONS. + +Un médecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser +visiblement des poissons. Cette idée lui est venue à Lugano, où il +faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'était +séparée du lac que par des murs en pierres entassées les unes sur les +autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150 +individus, provenant de cinq ou six pontes différentes. Pour se rendre +favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillité en +prenant son bain, l'observateur suisse eut l'idée de passer, chaque +matin et chaque soir, une heure immobile à l'eau. Il s'asseyait, avec de +l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignées de +pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait, +malgré l'immobilité qu'il s'était imposée. Après quelque temps, +toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au +point de venir happer un peu du pain qui leur était offert. L'exemple +fut bientôt suivi par les aînées et, au bout de peu de temps, le +baigneur, dès qu'il entrait à l'eau, était entouré de toute la bande qui +venait se régaler du pain dont celui-ci était toujours muni. Les +poissons n'éprouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils +circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune +difficulté. C'était pour eux un jeu, et le jour où, pour les +photographier, on étala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un +arrière-plan approprié, on eut toutes les peines du monde à leur faire +comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer à cache-cache. + +L'ARBRE À CRAYONS. + +L'arbre dans le quel on découpe les crayons tend à disparaître: on en +consomme trop. C'est un cèdre rouge, haut de 20 à 25 mètres, jadis très +abondant en Amérique où il croît du golfe du Mexique au Canada et de +l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dégénérant de qualité du sud +au nord et de l'est à l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois +des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses +réserves commencent à s'épuiser et le gouvernement des États-Unis se +préoccupe de la situation. D'ailleurs, tout en préférant les climats +chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort différentes; quelques +plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine +d'années, ont assez bien réussi. + +Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogène et parfumée est si +agréable à caresser avec le canif, présente en outre des qualités de +solidité qui le font aussi rechercher pour les poteaux télégraphiques, +les constructions navales, les traverses de chemins de fer, +l'ébénisterie, etc. La crise, dès lors, s'explique mieux. + +LES BASSINS FILTRANTS DU MONT VALÉRIEN. + +Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la +route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref +délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable +la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus +perfectionné établi jusqu'à ce jour. + +Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré +comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais, +comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en +suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense +appréciable. + +Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou +reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la +déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au +bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant +pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau +passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes +et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre +filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout +d'un mois et demi. + +Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau +puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté +supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre +premiers, formant le groupe des _dégrossisseurs_, contiennent des lits +de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent +ensuite: un _préfiltre_, garni de sable de 4 millimètres et de petit +gravier; puis le _filtre_, où la couche principale est formée de sable +passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à +la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des +appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés +devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée. + +L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur +la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis +que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant +d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre +cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de +bacille _coli_. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les +habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les +Parisiens. + +UN COSTUME INSUBMERSIBLE. + +Beaucoup de personnes se rappellent peut-être le nom du capitaine +Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir +sans le moindre effort à la surface de l'eau. Après avoir obtenu un +grand succès de curiosité à l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et +encombrant, fut considéré comme n'offrant aucun intérêt pratique. M. +Dévot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait, +depuis plusieurs années, à perfectionner l'invention américaine. Il est +arrivé à combiner un costume d'amphibie, à la fois simple et léger, dans +lequel il se trouve aussi à l'aise pour franchir un fleuve que pour +traverser une forêt. Etendu sur le dos, armé d'un fusil et d'un +revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras, à moins qu'il +préfère y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs, +et continue sa route sans avoir besoin de «se changer». + +M. Dévot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains +services en temps de guerre, et il va le soumettre à l'autorité +militaire. + +[Illustration: Le costume insubmersible de M. Dévot. _Phot. Hoffman._] + +LA RÉSISTANCE DU COEUR AUX BLESSURES. + +On est habitué à considérer le coeur comme un organe extrêmement +sensible et qui ne pourrait être touché par un corps étranger sans que +la mort s'ensuivît. + +Or la chirurgie moderne reconnaît à cet organe une grande tolérance; non +seulement on peut pratiquer des opérations sur le coeur, mais encore +celui-ci résiste à de très graves traumatismes. + +Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une +mortalité de 60%, ce qui représente plus d'un tiers de guérisons. + +Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut à rechercher dans le coeur +une balle que s'était tirée une jeune fille. Il n'arriva pas à la +trouver, malgré des recherches nombreuses et la palpation énergique du +coeur. Or la malade survécut, non seulement à la balle, que la +radioscopie révéla comme étant dans l'épaisseur même de l'organe, mais +encore aux longs examens du chirurgien, à l'intérieur même du péricarde! + +Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hémorragie abondante +qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le +péricarde et la compression finit par provoquer l'arrêt cardiaque; et, +quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort +survient encore rapidement par le défaut d'irrigation nutritive de +l'organe. + +Mais, en dehors de ces conditions, on peut espérer la guérison. + +Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il +suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le +massage du coeur pour voir se rétablir les fonctions de cet organe, +l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas à cesser. + +En réalité, cela revient à dire qu'il est possible de revenir d'une mort +subite par arrêt du coeur. + +LA CONSERVATION DE LA PIERRE ET DU MÉTAL. + +Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prétend avoir découvert un +liquide chimique qui mettrait certaines substances à l'abri des injures +du temps, en même temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches +lui auraient été suggérées par un voyage en Grèce, au cours duquel il +remarqua que le mortier des édifices en ruine, de plus de deux mille +ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait été de l'année +précédente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina, +et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les +recherches qui ont abouti à la découverte, à l'invention d'un liquide +jaune, nommé zorène, dont on n'indique point la composition, mais qui +posséderait toutes les vertus. Ce zorène serait un durcissant +incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empêcherait aussi +les matériaux d'absorber l'humidité; il rendrait inoxydables les métaux. +En même temps il permettrait de créer des routes ne donnant pas de +poussière,--ce qui est une façon de parler. Le zorène associé aux +scories fournirait des chaussées presque éternelles et si dures que les +véhicules auraient de la peine à les entamer. Si tout cela est vrai, le +zorène a une belle place à prendre. + +POUR PURIFIER LA FUMÉE DE TABAC. + +Les divers procédés suggérés de temps à autre pour purifier la fumée de +tabac présentent généralement deux points communs: ils ont la prétention +d'enlever au tabac _tous_ ses principes nocifs et ils exigent une +cuisine plus ou moins compliquée. + +Un chimiste allemand, moins absolu que ses précurseurs, propose une +solution d'une extrême simplicité: elle consiste à placer, soit dans le +tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit +tampon d'ouate imbibé de perchlorure de: fer. D'une longue série +d'expériences, M. Thoms se croit autorisé à conclure que cette +filtration élimine totalement l'hydrogène sulfuré et l'huile essentielle +empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses +produits de décomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne +saurait, ajoute-t-il, éliminer toute la nocivité sans éliminer le +plaisir. + +La vapeur du perchlorure n'est pas vénéneuse, et, comme elle n'est pas +entraînée; par la fumée filtrée, il semble qu'elle ne doive pas influer +sérieusement sur l'arôme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a +l'esprit de décliner sa compétence et de s'en rapporter à celle des +fumeurs. + +UNE EXPLOSION D'ACÉTYLÈNE. + +Un grave accident a mis dernièrement en émoi la ville de Montélimar, +dans des circonstances qu'il est intéressant de signaler. + +M. Brun, pharmacien-chimiste, propriétaire d'une superbe villa, de +construction récente et dont les travaux sont à peine achevés, y avait +installé un appareil à acétylène, fonctionnant de manière à ne laisser +dégager le gaz qu'au fur et à mesure de la consommation. Le 9 octobre, +il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil, +lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagnée +d'une formidable détonation, entendue à plusieurs kilomètres de +distance. En même temps, les persiennes et volets, réduits en miettes, +étaient projetés au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles +en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du bâtiment +s'était écroulé, et telle avait été la violence de la répercussion qu'il +ne restait plus trace de vitres aux fenêtres des habitations voisines. + +On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne à déplorer; mais, si +le sinistre était advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de +M. Brun et les domestiques eussent été ensevelis sous les décombres. + +[Illustration: Villa écornée par une explosion d'acétylène à +Montélimar.] + +Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables, et l'on peut les +évaluer au moins à une centaine de mille francs; car, sans compter la +partie de la maison entièrement détruite, la partie demeurée debout est +lézardée et atteinte dans ses oeuvres vives. + +Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothèse la plus probable est +celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait +négligé de fermer un robinet dit «de purge»; d'où une fuite du gaz, qui +se serait accumulé en grande quantité dans les sous-sols, cependant bien +aérés. + + + +LES THÉÂTRES + +Nous publions, avec ce numéro, la première partie du _Don Quichotte_ +représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement +littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de +vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin; +ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame +héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de +Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs, +la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure +falote une silhouette inoubliable. + +Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, _Toison +d'or_, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs. +C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre +tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées: +grand succès personnel pour M. Raimond. + +_Le bonheur, mesdames!..._ la comédie légère de M. Francis de Croisset, +aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès +revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de +l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes +Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et +Prince, décuple la valeur d'une oeuvre. + +Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot). «DON QUICHOTTE», DE +M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS + +_Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en +vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans +notre prochain numéro._ + +[Illustration: Vassilissa. Natacha. + + + +Une scène de la pièce de Maxime Gorki: _Dans les Bas-Fonds.--D'après une +photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou._] + +«DANS LES BAS-FONDS» + +Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par +toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime +Gorki: _Dans les Bas-Fonds_. La version française de M. +Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à +la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à +l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et +tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes +Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même +temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc. + +Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes +artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner, +le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique, +les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska +Pepel. + +La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au +Théâtre Artistique de Moscou, où les _Bas-Fonds_ furent créés sous la +direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises: +Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que +Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds. + + + +[Illustration: Le prince Serge Troubetzkoï.--_Phot. Smirnof._] + +Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse. + +LE PRINCE SERGE TROUBETZKOÏ + +Le parti libéral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages +et les plus respectés, l'un des hommes en qui il avait mis le plus +d'espérances: le prince Serge Troubetzkoï. + +Issu d'une famille très aristocratique--un de ses frères est maréchal de +la noblesse de Moscou--il s'était, avec son autre frère Eugène, voué à +l'enseignement. Il professait à l'Université de Moscou. Son savoir +étendu, la merveilleuse clarté de son esprit et, peut-être plus que tout +cela, un rare talent de parole lui avaient donné sur le corps enseignant +un ascendant considérable et conquis, parmi les étudiants, une +enthousiaste popularité. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Université les +temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que +les élèves désertaient les cours, que les professeurs abandonnaient +leurs chaires plutôt que de subir les entraves que leur voulait imposer +le pouvoir, le prince Serge Troubetzkoï fut-il, par un vote unanime de +ses collègues, élu recteur. Lourd et périlleux honneur, dans de telles +circonstances! Il ne s'y déroba point. + +Après avoir, dans une entrevue récente, exhorté au calme les étudiants, +avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par +d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission +qu'il allait remplir, il se rendait à Saint-Pétersbourg pour plaider, +auprès du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant +général Trépof, la cause des deux libertés qui lui étaient si chères: la +liberté de réunion, la liberté d'enseignement. + +Le prince Troubetzkoï était malade, exténué par les fatigues de tout +genre que lui avaient imposées et ses fonctions à l'Université et la +part très active qu'il prenait aux travaux du Comité permanent des +zemstvos. Cela même ne l'arrêta pas. Il commença ses démarches. + +Le jeudi 12 octobre il avait remis au général Glasof, ministre de +l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des idées qui lui +tenaient au coeur, des réformes qu'il sollicitait. Le général l'avait +invité à prendre part, le lendemain, à la séance de la commission +chargée d'élaborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, prononça à +l'appui de son rapport un discours ému et qui fit sensation. + +Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit pâlir, défaillir. +Sa tête se renversa en arrière sur le dossier de sa chaise. On +s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque +temps l'usage de ses sens à l'arrivée des médecins, de parents qu'on +était allé chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10 +heures du soir, il rendait le dernier soupir. + +A Saint-Pétersbourg, d'abord, puis à Moscou, où son corps a été +transporté, on lui a fait des obsèques impressionnantes. + + + +SIR HENRY IRVING + +Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, à +Bradford, à peine au sortir de scène, après une représentation du +_Thomas Becket_ de Tennyson, qui était l'un des triomphes de sa carrière +dramatique. + +John Henry Brodribb, connu au théâtre sous le nom d'Irving, était né en +1838, à Keinton, près de Glastonbury, et avait débuté, en 1856, sur un +théâtre de province, à Sunderland. En 1866, la création, à Manchester, +du principal rôle d'une pièce de Dion-Boucicault l'avait mis en relief. +Il avait été engagé au Lycéum. + +Fervent dévot de Shakespeare, il lui avait consacré avec passion le +meilleur de son talent qui était considérable. Il semblait surtout +s'être donné pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le +génial dramaturge. Interprète inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui +a dû ses plus beaux triomphes. + +[Illustration: Sir Henry Irving, d'après une de ses dernières +photographies.] + +L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue +anglaise, les États-Unis qui l'avaient applaudi, étaient fiers de lui. +Il avait été anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait +mis le sir qui équivaut à nos particules, et il était devenu, +authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et +la reine faisaient exprimer à sa famille leurs condoléances; le +président Roosevelt adressait à son fils un télégramme de regrets, et il +n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordât la sépulture de +Westminster, réservée aux plus glorieuses illustrations de la patrie. +Son mausolée y sera auprès de celui de Gladstone. + + + +A LA DOUANE, par Henriot. + + + +_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique +sont entièrement gratuits.)_ + +NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE MOBILE + +Parmi les nombreux avantages que présente la lumière électrique, l'un +des plus importants réside dans l'extrême docilité avec laquelle elle se +prête à tous nos besoins ou nos caprices. + +Rien n'est aussi pratique et décoratif pour l'éclairage des pianos et +bureaux genre américain que la lampe «Américaine» que représentent nos +gravures, lampe réunissant à la fois le côté pratique et décoratif. + +[Illustration: Fig. I.] + +[Illustration: Fig. 2.] + +Les figures 1 et 2 représentent l'application de 1'«Américaine» aux +pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux +sont tous concentrés sur la musique et la lampe est complètement cachée +à la vue de l'exécutant. La hauteur est calculée pour permettre de +tourner facilement les pages. + +La figure 3 montre la même lampe éclairant un bureau du genre américain. + +Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, après avoir +desserré le bouton molleté, de faire glisser le col de cygne dans une +mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, placé +horizontalement, fait disparaître la lampe à la vue tout en dirigeant la +lumière sur la table du bureau. + +La construction de l'«Américaine» est robuste et soignée; le socle est +garni avec un disque de drap pour éviter toute détérioration du vernis +des meubles. + +La décoration en est très riche et se fait au gré de l'acheteur en +vernis or mat, poli verni or, nickelé, bronzé, etc. + +Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; _en cuivre_ rouge genre +anglais, 36 francs. _Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil +souple._ + +[Illustration: Fig. 3.] + +La lampe l'«Américaine» se trouve chez _M. Fournier, 22, rue Baudin, +Paris_, et dans les bonnes maisons d'électricité. + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre +1905, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK +L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 *** + +***** This file should be named 36630-8.txt or 36630-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/6/6/3/36630/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/36630-8.zip b/36630-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2d3db8d --- /dev/null +++ b/36630-8.zip diff --git a/36630-h.zip b/36630-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e47d35d --- /dev/null +++ b/36630-h.zip diff --git a/36630-h/36630-h.htm b/36630-h/36630-h.htm new file mode 100644 index 0000000..3394395 --- /dev/null +++ b/36630-h/36630-h.htm @@ -0,0 +1,2112 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 by Various</title> + +<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg"> + +<style type="text/css"> + + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 10%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; width: 80px; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.sc {font-variant: small-caps} +.lef {float: left} +.mid {text-align: center} +.rig {float: right} +.sml {font-size: 10pt} +.overl {font-size: 10pt; text-decoration: overline; text-align: center} +.cont {width: 650px} +.somm {float: left; width: 300px; font-size: 10pt; padding: 1em} +.suppl {color: #5A5047; background-color: #EEE2CA } + + +span.pagenum {font-size: 70%; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 70%; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +.poem p.i12 {margin-left: 6em} +.poem p.i14 {margin-left: 7em} +.poem p.i16 {margin-left: 8em} +.poem p.i18 {margin-left: 9em} +.poem p.i20 {margin-left: 10em} +.poem p.i30 {margin-left: 15em} + + + +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905, by Various + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 + +Author: Various + +Release Date: July 5, 2011 [EBook #36630] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK +L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 *** + + + + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + + + + + +</pre> + + + + +<br><br> + +<div class="cont"> + + +<p>L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p> + +<p class="sml">Ce numéro contient: <span class="sc">L'Illustration théâtrale</span> avec le premier fascicule +de <span class="sc">Don Quichotte</span>, par Jean Richepin.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"><br> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>LE PRINCE DE BULGARIE ET LE PRÉSIDENT LOUBET CHASSANT A COMPIÈGNE<br> Devant +le «tableau» après une battue.</b> <i>Voir l'article, page 26.</i></p> +<br><br> + +<h3>COURRIER DE PARIS</h3> + +<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4> + +<p>Huit heures du soir. Boulevard de Strasbourg; à droite, à gauche, des +façades illuminées; tout autour, un grouillement de vie joyeuse: +embarras de voitures, cohue de piétons, trompes mugissantes de tramways +dont on obstrue le chemin; et, parmi ce tumulte, en ce fouillis de +choses et de gens, deux ou trois <i>notes</i> amusantes qui ont, au lendemain +de la «rentrée», une valeur de symbole: à côté des bourriches amoncelées +d'une marchande d'huîtres, le petit fourneau noir de l'Auvergnat, tout +noir aussi, qui dispose en rond sur le feu, à la clarté d'un bec de gaz, +les premiers marrons de l'année. Plus loin, sur la chaussée, la voiture +à bras, pleine d'oranges, où deux lanternes vénitiennes répandent leur +lumière de fête; et, devant le théâtre Antoine--où les affiches ont +l'air de crier aux passants, joyeusement, la dernière victoire de +Gandillot--une file de voitures, d'automobiles aux portières desquelles +on voit se ruer, casquettes à la main, l'ordinaire troupe des pauvres +diables, des chasseurs de pièces de deux sous. Marchand de marrons, +marchande d'huîtres, marchande d'oranges, ouvreur de portières: et voilà +le décor de l'hiver parisien reconstitué pour neuf mois. D'où viennent +ces gens? Que faisaient-ils aux temps chauds? comme dit le fabuliste. On +ne sait pas. Ils exerçaient, en attendant l'hiver, de petits métiers +vagues; ils guettaient l'heure où Paris, réveillé d'une léthargie de dix +semaines, allait recommencer à vivre, à vouloir pleurer et rire sous des +lustres électriques, devant des paysages de carton; et les revoici tous, +immuablement fidèles au rendez-vous d'octobre, installés, comme de bons +soldats, aux postes de l'année dernière, où nous les retrouverons l'an +prochain. J'admire cette solidarité mystérieuse qui unit, comme à leur +insu, les pauvres hommes, et grâce à quoi--l'automne à peine revenu--je +me sens assurée d'y revivre à ma guise toutes les petites joies des +automnes passés...</p> + +<p>Le théâtre surtout nous les prodigue, ces joies-là. Où aller? La grande +écluse s'est ouverte et voilà le torrent lâché: au théâtre +Sarah-Bernhardt, à l'Oeuvre, à l'Odéon, à la Comédie-Française, au +Palais-Royal, aux Variétés, les titres de six pièces nouvelles me +sollicitent en même temps; c'était hier le tour des Nouveautés; ce sera +tout à l'heure celui du Gymnase; d'autres leur succéderont et deux ou +trois fois par semaine (ou davantage), pendant la saison qui va venir, +mon journal me servira tout chaud le récit de ces aventures diverses; en +une ou plusieurs colonnes, il me racontera la pièce d'hier, la +commentera, n'omettra aucun nom de la liste de ceux qui l'interprètent, +ne voudra pas me faire grâce d'un détail de mise en scène ou de costume. +Si l'auteur est un favori du public, ou si quelque prestige s'attache à +sa signature, l'article où sa pièce doit m'être copieusement contée sera +précédé d'un autre long article, d'une «avant-première» où sera célébré +par provision le mérite de l'ouvrage qu'on ne connaît pas encore, et +glorifié le génie du jeune ou vieux maître qui l'a écrit; et ce compte +rendu sera suivi d'un troisième article où l'auteur, discrètement +interviewé au lendemain de la victoire remportée ou de l'échec subi, +sera prié de juger ses juges, de nous faire connaître ce qu'il pense de +ce qu'on vient de penser de lui. Entre temps, d'habiles «échos de +théâtres» entretiendront autour de l'ouvrage nouveau la curiosité des +passants. Ce n'est pas des pièces heureuses qu'on pourrait dire qu'elles +n'ont pas d'histoire. Heureuses ou malheureuses, toutes les pièces en +ont une, et dont le détail peut fournir, jour à jour, la matière d'aussi +longs développements qu'on voudra. Car, après que l'oeuvre nouvelle m'a +été annoncée, puis racontée et critiquée, cent petites nouvelles restent +encore à propager à son sujet: on m'apprend que les rôles viennent d'en +être distribués en double; que les recettes des dix premières +représentations ont atteint le chiffre le plus haut qu'aucune pièce ait +réalisé, dans le même temps, depuis la réouverture des théâtres; qu'on y +a, tel soir, aperçu le roi des Belges et, dimanche, en matinée, la reine +Ranavalo... Six semaines se passent; l'oeuvre va doubler le «cap de la +cinquantième», et mon journal m'en fait part; atteint-elle la centième +représentation? C'est du délire. Fête au foyer; souper par petites +tables; comptes rendus où ne sont oubliés ni le menu du festin, ni le +nom des convives de marque. On n'a pas omis non plus, le jour où fut +lancée la pièce en librairie, de nous communiquer le texte des dédicaces +émues rédigées par l'auteur à l'adresse de ses interprètes, et l'on ne +négligera pas davantage, dans quelques semaines, de nous parler de la +grande «tournée» que prépare l'imprésario Z..., grâce à quoi sera +promenée triomphalement, en province et à l'étranger, l'oeuvre dont il +était trop injuste, vraiment, que les Parisiens fussent seuls à savourer +les délices.</p> + +<p>Et M. le directeur Antoine se plaint! Tant de facile gloire ne suffit +pas à le satisfaire. Ce directeur ne revendique pas seulement le droit +(incontestable) de ne point inviter à sa table tel convive hostile qu'il +sait ou croit résolu, quoi qu'il arrive, à trouver chez lui le potage +trop salé, l'entremets fade, ou le rôti mal cuit; M. Antoine dit: «Je +prétends interdire, s'il me plaît, qu'on parle de ma cuisine, même pour +dire qu'on la trouve bonne!» M. Antoine souhaiterait apparemment que les +journaux s'occupassent moins des choses de théâtre... «En ce cas, me +disait hier mon libraire, que n'édite-t-il des livres, au lieu de monter +des pièces? On le laisserait bien tranquille.»</p> + +<p>Mon libraire exprimait là, mélancoliquement, une pensée juste. +Infortunés auteurs de livres! Ils peinent dans l'ombre, eux; la foule +les ignore, ou ne jette, en passant, à leurs couvertures neuves, qu'un +regard distrait, presque dédaigneux. Je ne comprends pas bien cette +inégalité de traitement et j'aimerais qu'on m'en fît connaître les +causes. J'aimerais qu'on m'expliquât pourquoi la plus mince des +opérettes, signée du nom le plus obscur, est à Paris une sorte +d'événement que tout le monde guette et vers le dénouement duquel il +semble que, pendant une soirée au moins, tous les esprits soient tendus +anxieusement; et pourquoi l'apparition en librairie de telle oeuvre où +l'homme du talent le plus noble et du plus haut savoir versa lentement, +après des mois de méditation, d'application, d'efforts, le meilleur de +sa pensée, semble à tout le monde un incident si dénué d'importance? Je +suis sûre que S. A. R. le prince de Bulgarie n'ignorait rien, en +arrivant chez nous, lundi dernier, des nouvelles théâtrales de la +quinzaine; qu'il savait au juste quelles sont les pièces «qu'il faut +voir», à cette heure, à Paris! Je suis moins sûre qu'on ne l'eût pas +embarrassé un peu en lui demandant quels sont, parmi les derniers livres +parus, ceux «qu'il faut lire»... Ce n'est pas sa faute, s'il l'ignore. +Ce prince lit les journaux, comme nous, et ne sait de ce qui se passe en +littérature que ce qu'ils nous en disent. Or, ils ne nous en disent à +peu près rien... Tant d'autres sujets plus «amusants», en dehors du +théâtre même, requièrent l'attention de nos nouvellistes!</p> + +<p>Les peintres, par exemple, seraient désolés qu'on les négligeât au +profit de la littérature, et déjà--la saison à peine commencée--ils nous +appellent à eux. Ils ne nous lâcheront plus. Le Salon d'automne a +ouvert, cette semaine, au Petit Palais, le cortège annuel des +expositions d'art: en voilà pour dix mois;-dix mois pendant lesquels va +défiler sans répit, aux «cimaises» de la rue Laffitte, de la rue de +Sèze, du Cours-la-Reine ou des Champs-Elysées, la torrentielle +production des aquarellistes, aqua-fortistes, lithographes, +miniaturistes et pastellistes; des classiques et des «indépendants»; des +Sociétés d'art «nationales» ou «internationales»; des unions de femmes +artistes; des paysagistes, des portraitistes, des céramistes; de ceux +qui <i>font</i> la fleur, la caricature ou la montagne; défilé sans fin, où +toutes les spécialités, toutes les compétences réclament leur place au +bon soleil de la réclame...</p> + +<p>Et les musiciens, non plus, ne sauraient souffrir qu'on les oublie. +Colonne et Chevillard ont, depuis huit jours déjà, posé leurs affiches +et sonné le rassemblement; dix, vingt autres suivront: quintettes et +quatuors renommés; cantatrices, virtuoses fameux de chez nous et +d'ailleurs. Aux murs d'Erard et de Pleyel s'étalent les affiches +multicolores, annonciatrices des régals musicaux de l'hiver. Rude +concurrence à la littérature que tout cela!</p> + +<p>La saison des concerts s'est même fort brillamment ouverte cette +semaine, et nous devons aux pauvres Calabrais l'un des plus prestigieux +programmes qui aient été depuis longtemps placardés dans Paris. Les +amateurs de bonne musique se sont donc rués au secours des Calabrais; +tant il est vrai que tout finit en France par des chansons, même les +tremblements de terre.</p> + +<p>C'est décidément une belle invention que celle des fêtes de charité et +celui qui en eut le premier l'idée fut un psychologue de génie. Il +comprit que les infortunes lointaines nous émeuvent difficilement, mais +qu'en échange d'un plaisir rare nous ne résistons guère à la joie de les +soulager. Entre l'aumône qui hésite et la misère qui supplie, il s'avisa +d'interposer une cantatrice et un monologuiste... Et l'aumône n'hésita +plus.</p> + +<p>Moyen simple; mais il fallait le trouver.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Sonia.</span></span></p><br><br> + +<h3>LA PRINCESSE PIERRE BONAPARTE</h3> + +<p>La vie de la princesse Pierre Bonaparte, qui vient de mourir à Paris, a +tenu tour à tour du plus invraisemblable des contes de fées et du roman +le plus dramatique.</p> + +<p><i>L'Almanach de Gotha</i> mentionne que le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, +troisième fils de Lucien, frère aîné de Napoléon, épousa religieusement, +à Paris, le 22 mars 1853, Justine-Eléonore Ruflin, née le 1er juillet +1832. Et ce nom plébéien, uni à ce nom illustre, au milieu de tous les +vocables retentissants dont la liste emplit ce qu'un fantaisiste +appelait le «Bottin des Vanités», étonne tout d'abord et déconcerte. +Voici l'histoire:</p> + +<p>Mlle Eléonore Ruflin était la fille d'un contremaître ébéniste du +faubourg Saint-Antoine; or, vous savez si le peuple de Paris fut un +temps enivré de la gloire napoléonienne! A l'humble foyer familial, la +jeune fille avait été élevée par son grand-père, ancien soldat de la +Grande Armée, dans le culte de la légende impériale. On imagine sans +peine quel émoi fut le sien le jour où, dans la maison d'un député, elle +se trouva en présence d'un propre neveu du grand homme, le prince +Pierre, membre lui-même du Corps législatif et venu en visite chez son +collègue. La jeune fille était charmante; le prince l'aima et résolut de +l'épouser. Mais quand, par pure déférence, et quoiqu'il vécût fort +éloigné des Tuileries, il sollicita de son impérial cousin son +consentement à ce mariage, il se heurta à un refus. Il y avait un +précédent dans sa famille: le mariage de Lucien, son frère, avec Mme de +Bleschamps, contre le gré de l'empereur. Il passa outre, lui aussi, sans +s'inquiéter des suites.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"><br><b>La princesse Pierre-Napoléon Bonaparte dans son salon, à +Cimiez.</b>--<i>Phot. Lacroix.</i></p> + +<p>Les deux époux allèrent cacher leur bonheur--et leur médiocrité--dans +cette villa d'Auteuil que le coup de revolver qui tua Victor Noir allait +rendre si tragiquement célèbre. Ce drame, ce fut dans leur vie à tous +deux le premier coup de l'adversité. L'avenir leur réservait des assauts +plus terribles.</p> + +<p>La guerre vint, le régime impérial s'écroula; il fallut fuir la +maisonnette d'Auteuil, que les boulets prussiens allaient un peu plus +tard détruire. Malade, sans ressources, le prince Pierre se réfugia à +Londres avec les siens--il avait eu de son mariage cinq enfants, dont +deux seulement survivent. Ce fut, sans appui, sans amis, une détresse +terrible. La princesse, se ressouvenant de ses origines, s'était mise à +travailler, avait ouvert un magasin de modes;--ainsi, sous la +Révolution, une marquise de La Londe avait été dame de comptoir; une +comtesse de Virieu, ravaudeuse en plein air!--Tout son admirable +héroïsme ne parvint pas à épargner aux êtres chers les angoisses les +plus cruelles.</p> + +<p>Elle les ramena vers Paris quand le calme y fut rentré, espérant y +trouver la vie plus aisée. Ceux qui auraient eu le devoir de lui venir +en aide lui offrirent une aumône, à condition qu'elle allât rejoindre en +Italie les autres Bonaparte, descendants de Lucien. Elle refusa: fille +du vieux faubourg patriote, elle entendait avant tout que les deux +enfants qu'elle avait conservés, le prince Roland et la princesse +Jeanne, depuis marquise de Villeneuve, restassent Français. Et elle +parvint--au prix de quels miracles! --à les élever, non certes dans le +faste, et à leur donner une éducation digne du grand nom qu'ils +portaient. Ils lui en avaient voué, avec la plus tendre reconnaissance, +la plus vive des affections. La fortune, d'ailleurs, leur avait donné +plus tard à tous trois d'éclatantes revanches, dont seul le prince +Pierre, mort en 1881, ne put profiter, et c'est dans l'admirable hôtel +du prince Roland, avenue d'Iéna, que la princesse est morte, entourée de +soins empressés.</p> + +<p>Elle était demeurée dans l'opulence simple et bonne, en sympathie +toujours avec le peuple d'où elle était issue. Elle le prouva à maintes +reprises.<br> + +<span class="rig">G. B.</span></p><br><br> + +<h3>LA DUCHESSE DE TALLEYRAND</h3> + +<p>Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalités les plus +marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est éteinte, la +semaine dernière, à Loches.</p> + +<p>Fille du baron Seillière, un financier notoire du siècle dernier, elle +avait épousé le prince de Sagan, appelé beaucoup plus tard à l'héritage +d'une couronne ducale, alors que l'état de sa santé l'avait déjà +contraint à la retraite où depuis quelques années il s'est +définitivement effacé, après avoir longtemps brillé parmi les hommes de +sport, les habitués des «premières», les viveurs de qualité, ayant +conquis la réputation légendaire d'un arbitre des élégances et d'un type +achevé de ce qu'on appelait autrefois le dandysme.</p> + +<p>De même que, dans la mémoire des contemporains et dans la chronique +rétrospective, ce titre de prince semble inséparable de la notoriété du +gentilhomme, le titre de princesse reste attaché au renom de la grande +dame qu'on citait au nombre des beautés célèbres, des reines de la mode, +sous le second Empire et au commencement du régime actuel. Le luxe de +ses toilettes, ses façons de donner le ton, les réunions où sa présence +faisait sensation, les réceptions, les bals, les fêtes de charité de +l'hôtel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement +défrayé les échos mondains des gazettes, les frivoles conversations des +cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'étaient déjà +plus que des souvenirs déjà lointains avant même la disparition de celle +qui fut l'âme de la maison. Là où son règne s'accomplit avec tant +d'éclat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, où, dans +le magnifique décor, muet témoin du passé, l'ombre mélancolique +s'épaissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux +fils: le prince Hélie de Sagan et le duc de Valençay.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b>La duchesse de Talleyrand et Sagan.</b></p><br><br> + +<h3>NOTES ET IMPRESSIONS</h3> + +<p>Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et +vides.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">H. Taine.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Un homme digne de ce nom ne doit pas se spécialiser: la spécialité +rapetisse l'intelligence et réduit la volonté.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Th. Roosevelt.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>On n'a le droit de toucher à la peinture que lorsqu'on est rompu à +toutes les difficultés du dessin.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">J.-J. Henner.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Tout est irréparable jusqu'au jour où tout est réparé.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Jules Claretie.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Rien de flatteur dans un éloge comme l'absence de flatterie.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Marie Adville.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>La vertu n'est pas dans une résolution fugitive, elle est dans une +habitude de vie.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Marcel Prévost.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Le rire sur les lèvres rétracte par avance les paroles d'amertume que +sont encore à mâcher les dents.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">Paul Hervieu.</span></span></p><br> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Deux vérités incomplètes font d'ordinaire plus mauvais ménage que deux +erreurs.</p> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Il y a des blâmes qui sont des éloges et des approbations qui tuent.<br> + +<span class="rig"><span class="sc">G.-M. Valtour.</span></span></p> + +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"><br><b>LA VISITE DU PRINCE DE BULGARIE AU MUSÉE CARNAVALET<br> M. Georges Cain, +directeur du musée, en fait les honneurs au prince Ferdinand et au +Président de la République.</b></p> + +<p>Le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de passer quatre jours en +France, accompagné de M. Rantcho Petrow, son premier ministre, du +général Savow, son ministre de la Guerre, et d'une suite assez +nombreuse, est, comme on l'avait annoncé, arrivé lundi dernier, 16 +octobre, à Paris, où il a occupé, au ministère des Affaires étrangères, +les appartements précédemment aménagés pour le roi d'Espagne. Au dîner +de gala donné le soir même en son honneur à l'Elysée, les deux chefs +d'État échangeaient des toasts pleins de cordialité.</p> + +<p>Le mardi 17, chasse à Compiègne et soirée à la Comédie-Française, dans +la loge présidentielle, avec, au programme, <i>le Duel</i>, de M. Henri +Lavedan. Favorisée par le temps, la chasse, que dirigeait le commandant +Lamy, dans les tirés de Compiègne, avait été fort brillante; au tableau: +238 faisans, 74 lapins, un chevreuil, et l'on a lieu de supposer qu'en +sa qualité d'excellent «fusil» le souverain bulgare, fortement botté et +coiffé d'un chapeau de peluche verte, mit à mal une part notable de ce +gibier.</p> + +<p>Le mercredi 18, après avoir assisté, le matin aux manoeuvres de +Vincennes et au déjeuner militaire offert par M. Berteaux, ministre de +la Guerre, il allait visiter le musée Carnavalet, au seuil duquel M. +Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et M. Cain, le +conservateur, lui souhaitaient la bienvenue; puis les collections +artistiques de la ville de Paris, au Petit Palais des Champs-Elysées. Le +soir, dîner offert par M. Rouvier, au quai d'Orsay.</p> + +<p>Le jeudi 19, le prince prenait congé pour se rendre aux établissements +du Creusot, où il a fait, on le sait, une importante commande de +matériel d'artillerie.</p><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br><b>LA FÊTE AÉRONAUTIQUE DES TUILERIES AU PROFIT DES SINISTRÉS DE LA CALABRE<br></b> + +<i>L'Aéro-Club de France avait, organisé, dimanche dernier, dans le jardin +des Tuileries, une fête aéronautique donnée au profit des victimes du +tremblement de terre de la Calabre, sous la forme d'un grand concours +international. Malgré le temps pluvieux, une foule énorme était venue +assister au départ des concurrents ne représentant pas moins de six +pays: France, Russie, Italie, Angleterre, États-Unis, Belgique. Notre +photographie donne une idée du spectacle curieux que présentait cette +réunion extraordinaire d'aérostats de capacité et d'aspect divers, les +uns prêts au «lâchez tout» et suspendus au-dessus des têtes, les autres +à demi gonflés seulement, encore aplatis plus ou moins sur le sol. +Quinze d'entre eux sont partis successivement, se dirigeant vers le +nord-est; le plus long trajet a été effectué par M. Jacques Faure et le +comte Rozen, avec l'aérostat</i> la Kabylie, <i>qui est allé atterrir en +Hongrie après avoir parcouru, à vol d'oiseau, une distance de 1.350 +kilomètres.</i></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>L'Escurial, que visitera M. Loubet avant d'arriver à +Madrid.</b></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/005b.png"><br><b>Le Palais Royal de Madrid, où résidera M. Loubet.</b></p> + +<h3>LES PALAIS D'ESPAGNE ET LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"></p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3269"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>Cavaliers de l'escorte royale devant leur caserne.</b> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<b>Les hallebardiers, sur un palier de l'escalier d'honneur +du Palais Royal.</b> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<h3>M. LOUBET EN ESPAGNE</h3> + +<p>Le Président de la République quittera Paris le 22 octobre, pour aller +rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin +dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrêtera à la station de +l'Escurial pour déposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et +visiter le Monastère Royal de Saint-Laurent de l'Escurial.</p> + +<p>Commencé et, en partie, achevé sous le règne de Philippe II (1584), cet +énorme édifice forme un rectangle de 206 mètres sur 161 mètres. D'une +architecture sévère, volontairement dépourvue d'ornements, campé à 1.100 +mètres d'altitude, sur une colline adossée à la Sierra de Guadarrama et +dominant la vallée du légendaire Manzanarès, il présente de loin un +aspect imposant. La partie centrale est occupée par l'église dont la +crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a groupé +le Palais Royal et le monastère avec toutes ses dépendances. On compte +dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fenêtres, 1.200 portes, 86 +escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160 +kilomètres.</p> + +<p>Le Palais Royal de Madrid, où logera M. Loubet, date, du dix-huitième +siècle; il a remplacé le palais incendié en 1734 et qui avait succédé à +l'Alcazar des Maures. Il est bâti, comme l'Escurial, sur une hauteur +dominant la capitale et la plaine où coule... parfois le Manzanarès. +Entièrement construit en granit, avec des motifs décoratifs en une +pierre spéciale imitant le marbre, flanqué de tours aux quatre angles, +il séduit moins par les détails de son architecture que par la régulière +ordonnance de ses lignes.</p> + +<p>On l'a édifié sur les plans d'un architecte de Turin, et la décoration +intérieure, en général fort riche, accuse souvent l'influence du goût +italien.</p> + +<p>Dans la salle du Trône où quatre lions en bronze doré gardent le +souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en +argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle +de Girardini, brille un plafond en porcelaine à dessins japonais de +l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Fêtes +présente cette particularité peu banale que les murs, le plafond et le +parquet sont en bronze et en marbre de différentes couleurs. Les +appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnées par +Ferdinand VII (1814-1833); et, des fenêtres, le regard embrasse, avec +une grande partie de la ville, la plaine déserte fermée par la Sierra de +Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler, à une quarantaine de +kilomètres de distance, la silhouette de l'Escurial.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trône.</b></p> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007dsmall.png"><br><a href="images/007dlarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>Nelson blessé mortellement sur le pont du +Victory.</b><br>--<i>Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster.</i></p> + +<h3>LE CENTENAIRE DE TRAFALGAR</h3> + +<p><i>L'Illustration</i>, rappelant l'autre jour le cinquantenaire du siège de +Sébastopol, montrait comment les souvenirs de la guerre de 1855 en +Crimée n'avaient pas empêché l'éclosion de l'alliance franco-russe. Les +Anglais, qui célèbrent aujourd'hui le centenaire de Trafalgar veulent, +de leur côté, que cette commémoration ne trouble pas le développement de +l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre. Ils nous informent +que le chant de <i>la Marseillaise</i> alternera avec le <i>God save the King</i>; +l'hymne des vaincus répondra, dans les fêtes et les cérémonies +officielles, à l'hymne des vainqueurs. Cet hommage délicat du +patriotisme britannique à ses anciens adversaires, la France, pays de la +courtoisie et des traditions chevaleresques, saura l'apprécier. Ces +sentiments des Anglais d'aujourd'hui revêtent même un caractère tout +particulier, si l'on consent à examiner l'importance prédominante, +unique, en quelque sorte, de Trafalgar dans l'histoire anglaise.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/007a.png"><br><b> + Portrait de Nelson,<br> + par J Hoppner.</b></p> + +<p>Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les +plus émouvants de l'histoire.</p> + +<p>En l'année 1805, la Grande-Bretagne se trouvait exposée au plus sérieux +danger qu'elle eût peut-être couru. William Pitt, son ministre, avait +rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement +britannique osait engager contre Napoléon, l'indépendance, l'existence +même de la nation anglaise étaient en jeu.</p> + +<p class="rig"><img alt="" src="images/007b.png"><br> <b>La campagne navale de 1805, qui a abouti à la bataille de<br> Trafalgar.</b> + +<p>On sait comment Napoléon avait réuni une armée de 120.000 hommes au camp +Boulogne, à 40 kilomètres à peine du rivage britannique. Sur son ordre, +1.500 bateaux, destinés à transporter cette armée d'invasion de l'autre +côté du détroit, avaient été groupés dans les ports de Calais, de +Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les préparatifs de la descente en +Angleterre étaient terminés. Qu'un vent favorable secondât la marche de +la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'éloignassent pendant +une semaine ou deux des côtes de France et d'Angleterre, et l'empereur +franchissait le Pas de Calais, débarquant à 25 lieues de Londres.</p> + +<p>Quelle était la situation des flottes françaises et anglaises au +commencement de l'année 1805? A Toulon se trouvait une escadre +française, commandée par l'amiral Villeneuve, mais elle était surveillée +et presque bloquée par une flotte anglaise placée sous les ordres de +lord Nelson. Ce dernier avait établi sa base d'opérations dans la baie +de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter à notre +actif que Napoléon s'était acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait, +un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos +escadres, mais ils étaient dispersés dans les ports de Carthagène, +Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol.</p> + +<p>Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes françaises. +Une flotte anglaise que commande Calder bloque la côte espagnole, depuis +Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en même temps de loin l'escadre +française de Missiessy, qui se tient à Rochefort. L'amiral anglais +Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se +trouve enfermé, avec une troisième portion de nos forces navales, +l'amiral Ganteaume.</p> + +<p>La situation était telle qu'aucun des amiraux français ne pouvait +protéger le débarquement de l'armée de Boulogne, tandis que les amiraux +anglais--deux d'entre eux, au moins--étaient en mesure de l'entraver par +une rapide apparition dans la Manche.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007csmall.png"><br><a href="images/007clarge.png">(Agrandissement)</a><br> <b>TRAFALGAR.-Le duel du Redoutable et du Victory.</b>--<i>Dessin +original de H. C. Seppings Wright.</i></p> + +<p>Napoléon conçut alors un plan que l'amiral Jurien de la Gravière, bon +juge en l'espèce, appelle «un trait du génie»: il prescrivait aux trois +amiraux français de sortir, coûte que coûte, des ports de France et de +s'en aller aux Antilles, entraînant après eux les escadres anglaises. Ce +plan réalisé, la Manche, libérée pour un temps de la présence des +vaisseaux britanniques, livrait tranquillement passage à la flottille +transportant l'armée de Napoléon.</p> + +<p>Mais, même si l'Angleterre n'eût réussi ultérieurement à détourner +contre l'Autriche l'armée réunie à Boulogne, les conceptions navales de +l'empereur n'eussent pu être réalisées en temps voulu. Villeneuve +parvint à entraîner Nelson aux Antilles. On peut voir sur notre carte +Missiessy réussissant également à s'évader de Rochefort, en passant +entre les escadres de Calder et de Cornwallis, et se dirigeant vers le +lieu de rendez-vous. Malheureusement, Ganteaume ne peut rompre le blocus +qui l'enserre dans Brest. La lecture de notre schéma montre en outre +comment Villeneuve, pressé par Nelson, qui le suit comme à la piste, est +obligé de revenir trop tôt, sans avoir pu combiner ses opérations avec +Missiessy; comment ce dernier, dont la marche est lente, s'attarde aux +Antilles et revient à Rochefort sans avoir coopéré efficacement à +l'exécution du plan tracé par Napoléon. On voit enfin Villeneuve, fuyant +devant Nelson, s'efforcer, en longeant la côte d'Espagne, de gagner +Rochefort, dans l'espoir d'y retrouver Missiessy, et se heurtant à une +escadre anglaise, celle de Calder, qui n'a pas bougé du Ferrol. Une +bataille se livre au cap Finisterre entre Calder et Villeneuve: elle +reste indécise, mais l'amiral français, intimidé par ce demi-échec, +redoutant peut-être la présence d'une autre flotte anglaise devant +Rochefort, se résout à revenir à Cadix. Quant à Nelson, certain +désormais du retour de Villeneuve dans les mers d'Europe, il revient en +hâte dans la Manche afin de s'opposer éventuellement à une apparition de +Villeneuve dans les parages du Pas de Calais. C'est ainsi que nous +trouvons Nelson à Portsmouth le 18 août, tandis qu'à pareille date +Villeneuve rentrait à Cadix. Le plan de Napoléon avait donc échoué, mais +rien n'était compromis pour l'avenir, tant que les escadres françaises +existeraient intégralement. Malheureusement l'empereur, irrité de tous +ces échecs, s'en prend à Villeneuve et lui ordonne de quitter Cadix, de +revenir à Carthagène ou à Toulon, et de remettre en d'autres mains le +commandement de son escadre. Humilié peut-être injustement, l'infortuné +amiral crut de son devoir de se réhabiliter par une action d'éclat. Il +attendit exprès, dit-on, pour tenter sa sortie, le retour de Nelson et, +confiant dans la supériorité de ses forces (il avait sous ses ordres 40 +navires français et espagnols contre 32 à Nelson), il se laissa +rejoindre par l'amiral anglais à la hauteur du cap Trafalgar...</p> + +<p>Lord Nelson était un terrible adversaire. Depuis douze ans, ce marin +extraordinaire, le plus grand qu'ait jamais eu l'Angleterre, parcourait +la Méditerranée, l'Atlantique, les mers du Nord, à la poursuite, +c'est-à-dire à la destruction de toutes les escadres qu'avaient pu +mettre sur pied la France et ses alliées. Déjà vainqueur dans trois +batailles, à Aboukir, au cap Saint-Vincent, à Copenhague, il allait, à +l'âge de quarante-sept ans, couronner sa carrière par une de ces actions +d'éclat qui font les hommes immortels.</p> + +<p>On ne sait, en effet, ce qu'il faut le plus admirer dans cette vie de +Nelson. Est-ce l'homme de guerre qui, par un privilège rarement accordé +aux grands capitaines, ne connut jamais la défaite? Est-ce le héros, +honoré par ses compatriotes plutôt comme un dieu que comme un homme pour +avoir sauvé l'Angleterre au moment le plus critique de son histoire? +Est-ce le stratégiste, le tacticien qui se haussa jusqu'au génie en +portant l'art de la guerre navale à la perfection dans cette bataille +même de Trafalgar où il devait mourir?</p> + +<p>Pour nous, obligé de nous limiter, nous aimerions seulement à expliquer +de simple façon pourquoi la manoeuvre de Nelson fut un chef-d'oeuvre de +tactique navale, pourquoi, malgré les transformations apportées à la +marine de guerre par l'emploi de l'acier et de la vapeur, elle demeure +aujourd'hui encore un modèle à imiter.</p> + +<p>La seconde carte que nous avons dressée à cet effet, d'après les +documents des archives, de la Marine, la fera très bien comprendre.</p> + +<p>1° Il divise son armée navale en <i>deux colonnes parallèles</i>, afin de les +enfoncer comme deux coins gigantesques à travers la flotte +franco-espagnole qui s'avance perpendiculaire à sa direction.</p> + +<p>2° Il procède par <i>offensive foudroyante</i>, confiant dans l'originalité +de sa formation de combat pour empêcher l'escadre ennemie d'y répondre +d'une façon adéquate, en temps voulu.</p> + +<p>3° Il prescrit à ses capitaines de vaisseau de s'attaquer d'abord de +préférence aux bâtiments amiraux. Lui-même donne l'exemple. Ayant son +pavillon sur le <i>Victory</i>, il marche droit sur le <i>Bucentaure</i>, le +vaisseau-amiral de Villeneuve. Seul, l'admirable dévouement du vaisseau +français <i>Redoutable</i>, se jetant en avant du <i>Bucentaure</i>, sauve, pour +un temps, Villeneuve, et donne lieu au duel, resté légendaire, du +<i>Victory</i> et du <i>Redoutable</i>.</p> + +<p>4° Afin d'utiliser la meilleure disposition de sa voilure et du gréement +de ses navires, Nelson <i>choisit pour s'avancer le sens du vent</i>. Ses +navires marchent serrés l'un derrière l'autre, à 12 noeuds de vitesse. +La flotte franco-espagnole se déplace au contraire lentement. Elle est +disposée sur une ligne de 5 milles de longueur, et il est évident que +les deux extrémités ne pourront porter secours aux bâtiments du centre +avant que ceux-ci soient entourés.</p> + +<p>5° Nelson laisse à ses sous-ordres toute latitude dans l'exécution +ultérieure des manoeuvres dont il s'est contenté de leur énoncer le +principe. Il sait qu' une fois la bataille commencée, les signaux venant +du navire amiral ne seront plus visibles et que chacun devra agir +suivant son inspiration.</p> + +<p>La bataille fut décisive et sans appel au point de vue du résultat; mais +les deux nations y éprouvèrent des pertes sensibles. Nelson, vainqueur, +était tué; Villeneuve, vaincu, fut fait prisonnier. L'Angleterre était +sauvée, mais elle perdait son sauveur. La France perdait sa flotte et, +avec elle, la suprématie maritime qui, jointe à la puissance militaire +qu'elle acquérait alors sur le continent, lui eût valu l'empire du +monde.</p> + +<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="3269"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<img alt="" src="images/007e.png"><br><b>J.-J.-E. Lucas, commandant le <i>Redoutable</i> à Trafalgar.</b> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<img alt="" src="images/007f.png"><br><b>Amiral Gravina, commandant la flotte espagnole à +Trafalgar.</b> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<img alt="" src="images/007g.png"><br><b>Amiral Villeneuve, commandant la flotte française à +Trafalgar.</b> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007h.png"><br><b>La tactique de Nelson à Trafalgar.</b></p> + +<br><br> + +<h3>L'IMPÉRIAL CAUCHEMAR</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br> +<b>Le cours du Rhin, depuis son embouchure, en remontant +jusqu'à Mannheim.</b></p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/008b.png"><br> +<b>Le cours du Rhin, au sud de Mannheim, en remontant +jusqu'à Bâle.</b></p> + + +<p><i>«Garde au Rhin! Le fleuve, cher à nos ancêtres, doit l'être à +nous-mêmes, le même que l'artère-aorte, qui subit l'impulsion des +mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas située au +centre de l'être humain, de même le fleuve rhénan, artère-aorte de la +Germanie, n'a pas été placé par le Créateur au centre de notre patrie. +Mais voici que, par un de ces avertissements mystérieux que la +Providence m'a envoyé pour être transmis à mon peuple, je sais quel est +le rêve de nos ennemis et comment ils méditent de nous frapper à mort +par ce conduit vital à notre armée...»</i> (Paroles de Guillaume II à la +prestation du serment des recrues de la marine de 1905, à Kiel.)</p> + +<p>Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu +comprises au moment où elles furent prononcées, ont été fort peu +commentées par la presse? Quel était ce singulier «avertissement divin»? +Sous quelle forme s'était-il manifesté? Etait-ce un songe, comme le +rédacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque +vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II?</p> + +<p>Quoi qu'il en soit--fiction ou réalité, songe impérial ou fantaisie de +publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef +de l'énigme de ces paroles incomprises, dont l'importance égale le +mystère.</p> + +<h4>GUILLAUME RÊVE...</h4> + +<p>... Le «Grand Soir» (1) était venu. L'Ange rouge de la guerre étendait +ses ailes sur 150 millions d'hommes.</p> + +<blockquote> Note 1: Expression favorite de Guillaume II pour indiquer le jour + attendu où éclatera la guerre avec l'Angleterre.</blockquote> + +<p>Les ambassadeurs d'Allemagne, rappelés, quittaient Londres et Paris. A +Berlin, une foule immense, ivre de joie, envahissait le <i>Tempelhof, +Unter den Linden</i>, la <i>Sieges-Allée</i>, applaudissant aux victoires +futures des aigles germaniques.</p> + +<p>A la même heure, s'exécutait le complot tramé depuis longtemps par les +ennemis de l'Allemagne. Avant la déclaration officielle de la guerre, ce +même soir, dans la demi-obscurité des brouillards de la Néerlande, une +flottille de vingt torpilleurs, empruntée hâtivement aux centres de +défense mobile de Dunkerque, Calais, Douvres! Rosyth, se donnait +rendez-vous à l'île de Goorée, à l'embouchure du Rhin. S'engageant +audacieusement dans le bras du fleuve, sous le regard étonné de quelques +pêcheurs zélandais qui les prirent pour des bateaux de guerre de leur +pays, les torpilleurs anglais et français remontèrent le Rhin. Le +territoire hollandais fut traversé en cinq heures de navigation. Soit +complicité, soit indifférence, soit ignorance des autorités +hollandaises, la flottille ennemie, marchant à la vitesse réduite de 10 +noeuds, put arriver à la frontière allemande, sans avoir été signalée.</p> + +<p>Il était 10 heures du soir. Une brume intense couvrait le Rhin. Aucune +étoile au ciel, pas une lumière sur le fleuve. La circulation des +navires avait été arrêtée, en prévision des besoins de la mobilisation. +Les petits bâtiments ennemis s'avançaient, tous leurs feux masqués, +conduits avec une singulière sûreté de main, par quelques pilotes +alsaciens ou hollandais, accoutumés aux sinuosités des flots rhénans.</p> + +<p>Vers une heure du matin, le torpilleur de tête «reconnaissait» le pont +de Wesel, qui relie cette ville à l'île Buderich et au fort Blücher. +Bientôt les torpilleurs passaient sous le pont grandiose qui met en +communication les voies ferrées de la rive gauche avec celles de la rive +droite. Ils se suivaient à 400 mètres environ les uns des autres, +communiquant par un fil téléphonique. Tout à coup, dans la nuit noire, +une effroyable explosion réveilla Wesel. Les ponts du Rhin, secoués +comme par un tremblement de terre, venaient de s'affaisser. D'énormes +masses de pierre et de fer retombèrent dans le fleuve avec un bruit +formidable. Que s'était-il passé?... Simplement ceci: les deux +torpilleurs d'arrière-garde, numéros 19 et 20, avaient lancé contre les +soubassements du pont deux torpilles de 450 millimètres...</p> + +<p>Invulnérables aux coups que les batteries des forts dirigent contre eux +sans les voir, protégés à tous les regards par les ombres de la nuit et +par l'inattendu de leur entreprise, les petits navires poursuivent leur +voyage de destruction.</p> + +<p>A 2 heures du matin, le pont de Ruhrort est franchi. Une torpille le +détériore et le rend impraticable à la circulation des trains.</p> + +<p>A 3 heures, c'est celui de Rheinhausen à Mulheim. En vain, les +sentinelles font-elles jouer les projecteurs des tours placées à chaque +extrémité du pont, elles entrevoient trop tard la vague silhouette des +vaisseaux fantômes perdus dans le brouillard.</p> + + + +<p>Cependant, en prévision du jour qui va poindre, la petite flottille +force de vitesse. Il s'agit pour elle d'arriver au pont de Cologne, de +traverser cette ville, avant que l'alarme ait été donnée. Vers 5 heures, +les habitants de cette grande cité allemande apercevaient, avec le plus +compréhensible étonnement, des bateaux de forme inconnue, arborant des +pavillons étrangers, évoluer sous le pont de Cologne à Deutz. O +stupéfaction! Ce chef-d'oeuvre de l'art architectural, ébranlé par trois +ou quatre explosions, ne s'effondrait pas complètement dans le fleuve, +mais il prenait une position inclinée qui le rendait inaccessible. En +même temps, le «pont de bateaux», situé à côté, servait de point de +mire, avec ses deux paires de rails et ses appareils d'aiguillage, aux +canons de 47 millimètres et de 76 millimètres des navires étrangers.</p> + +<p>«L'ennemi! L'ennemi!» crièrent les bateliers.</p> + +<p>Mais déjà la flottille, virant de bord, avait rebroussé chemin. +Maintenant elle descendait le Rhin, cherchant évidemment à s'échapper +par le chemin qu'elle avait pris pour venir et comptant passer sous les +arceaux non détériorés des ponts. Elle n'alla pas loin... Signalée par +le télégraphe, elle fut bientôt détruite par les batteries d'artillerie +qu'on amena en toute hâte de Neuss, de Dusseldorf, de Wesel. Le dernier +torpilleur s'échoua sur un barrage placé en travers du fleuve, et il fut +capturé.</p> + +<p>A 8 heures, tout danger semblait écarté. Un télégramme rassurant, +transmis à Berlin, annonçait l'échec relatif de l'audacieuse entreprise. +Une demi-douzaine de ponts avaient été détruits, mais un ou deux +seulement étaient essentiels à la mobilisation. Simple alerte, sans +doute, et heureusement sans gravité.</p> + +<p>Or, voici qu'à 10 heures du matin, le pont de Coblentz, surveillé par +tout un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie et six +batteries d'artillerie, était secoué déjà base au tablier, comme si +quelque main gigantesque, émergeant du fleuve, l'eût tordu de son +étreinte. Et même cause toujours: explosion de torpille. Un quart +d'heure après, le pont sur la Moselle, non loin du confluent de cette +rivière avec le Rhin, suivait le déplorable exemple des ponts rhénans. +L'importante voie ferrée de Coblentz à. Trêves était interrompue.</p> + +<p>Cependant, aucun navire suspect n'avait été aperçu, ni à Bonn, ni à +Neuwied! Les riverains affirmaient que la partie navigable du Rhin, à +cet endroit, était trop peu large pour que des torpilleurs de 40 mètres +de longueur aient pu glisser inaperçus, en plein jour. Un vieux +capitaine retraité émit l'idée que ce pouvaient être des <i>vedettes +lance-torpilles</i>. «La France, dit-il, possédait des bateaux de ce type, +destinés soit à être embarqués et débarqués en pleine mer, soit à faire +la police des rivières. Peut-être deux ou trois accompagnaient-ils la +flottille et, au lieu de tenter de s'échapper par la fuite, ce que leur +médiocre vitesse ne leur eût pas permis, ils avaient continué leur +voyage, espérant se dissimuler derrière les berges élevées ou les +îlots... Ils ne peuvent pas aller loin», ajouta sentencieusement le +capitaine retraité.</p> + +<p>Six heures du soir sonnaient à la cathédrale de Mayence. Les recherches +effectuées le long du fleuve, vers Saint-Goar, Bingerbrueck, n'avaient +donné aucun résultat. Les moins optimistes finissaient par admettre que +les vedettes porte-torpilles avaient dû couler à fond, ou s'enliser +quelque part dans les roseaux. Hélas! de nouvelles explosions furent la +réponse à cette conviction prématurée. Un trou énorme, dans lequel les +eaux se précipitèrent en bouillonnant, venait de se creuser autour des +piles du pont de Gustavsburg, à Laubanheim, en amont du fleuve. Le +plafond, cédant sous le poids de l'édifice, en déplaçait l'assiette et +le rendait impraticable à tout transport. En outre, le déplacement de +l'axe du pont exigeait une réfection totale de la construction, longue +et dispendieuse.</p> + +<p>Quelques minutes après, le pont de l'île Peters-Aüe subissait le même +sort...</p> + +<p>Naturellement, on se perdait en conjectures sur ces inexplicables +attentats. Les uns parlaient de «scaphandriers mystérieux descendus dans +le fleuve quelques jours auparavant». N'auraient-ils point posé, sous +les culées, des mines reliées électriquement à quelque transport de +batellerie, habité par un espion? D'autres parlaient de complicité +anarchiste.</p> + +<p>Tout à coup, l'un des assistants se frappa le front: «<i>Eurêka</i>, fit-il. +Ce sont des submersibles, des sous-marins qui ont fait le coup!... Les +Anglais et les Français ont lâché leurs torpilleurs sous-marins dans les +eaux du Rhin!»</p> + +<p>C'était vrai. Parmi les torpilleurs qui avaient accompli leurs nocturnes +forfaits jusqu'à Cologne, la moitié étaient des submersibles du type +français <i>Aigrette</i>. Naviguant à la surface comme des torpilleurs +ordinaires, doués d'une vitesse de 10 à 12 noeuds, ils avaient +accompagné jusqu'à Cologne la flottille des torpilleurs ordinaires. +Lorsque ceux-ci, vers le matin, durent reprendre la route du nord, les +submersibles s'étaient laissé descendre silencieusement sous les 5 à 7 +mètres d'eau du Rhin. Ils avaient continué leur chemin vers le sud, +signalant leur passage à Coblentz et à Mayence.</p> + +<p>Les moteurs de ces redoutables monstres ayant été construits pour leur +permettre de parcourir 500 milles marins à la surface de l'eau et 80 +milles en plongée, avec faculté de recharger leurs accumulateurs, il est +évident qu'ils pouvaient ainsi aller jusqu'à Bâle. Leurs seules +préoccupations devaient être de se maintenir dans le chenal navigable et +de vaincre le courant de plus en plus violent du fleuve. Ce n'était +qu'une question de pilotage, après tout.</p> + +<p>En attendant, l'objectif immédiat des sous-marins était +incontestablement le grand pont de Mannheim sur lequel passe +l'importante voie ferrée de Heidelberg à Kairserslautern. On envoya +immédiatement des éclaireurs dans cette direction, le long du Rhin. Mais +la nuit était venue. Les bateaux sous-marins, obligés de se laisser +remonter à la surface pour renouveler l'air respirable (les équipages +avaient dû rester en vase clos toute une journée), prirent la précaution +de ne laisser émerger au-dessus des eaux que le dôme et la passerelle; +et c'est ainsi que, sur ce fleuve de 400 mètres de largeur parsemé +d'îlots et de roseaux, méandrique, fréquemment divisé en bras nombreux, +le passage, dans la nuit, de ces minuscules bâtons flottants fut +imperceptible. Ils ne plongèrent que pour ne pas être aperçus au pont de +bateaux de Worms.</p> + +<p>A Mannheim, on veillait. Il avait été décidé que, coûte que coûte, on +arrêterait la maudite flottille. On imagina d'abord de tendre, d'un bord +du Rhin à l'autre, un filet aux rigides mailles de fer, retenu +verticalement par des ancres au lit du fleuve, perpendiculairement au +courant. En arrière, une ligne de torpilles de blocus flottait entre +deux eaux. Enfin, de chaque côté de l'édifice, furent entassés des +barques vides ou pleines, des échafaudages, des pontons, tout ce qui +pouvait être de nature à provoquer loin du pont l'éclatement des +torpilles lancées par les sous-marins, au cas où ceux-ci parviendraient +à franchir le double obstacle du filet et du chapelet des mines.</p> + +<p>Vain stratagème! Les ennemis étaient résolus à tous les sacrifices pour +remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne +fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient à 400 mètres de distance, reliés +les uns aux autres par un petit câble téléphonique, le sous-marin +d'avant-garde, dès qu'il sentit la résistance opposée par les mailles du +filet, avertit son «matelot d'arrière». Le sous-marin n° 2 opéra +immédiatement sa retraite, imité successivement par ceux qui le +suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'élan, il +coupe facilement le filet avec son étrave. Audacieusement, il pousse en +avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines +explose. Le fleuve est secoué dans toute sa largeur. Les eaux, projetées +à une grande hauteur, saisissent, enlèvent et retournent comme une +coquille de noix l'audacieux petit bâtiment, qui retombe lourdement dans +le fleuve pour trouver là sa dernière demeure. Tout autour du pont, les +flots agités par l'explosion entraînent aussi ce qui avait été accumulé +à grand'peine pour écarter le danger des torpilles. La place est bientôt +nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et échafaudages. Les +invisibles assaillants laissent écouler au-dessus d'eux tous ces +obstacles qui devaient les arrêter. Une heure, deux heures se passent. +Pendant que Mannheim, rassuré, escompte la destruction de la flottille +satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu à peu leur +tranquillité et leur direction naturelles, ne risquent plus de gêner la +trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau +bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont +de Mannheim, orgueil de la cité, était atteint mortellement. La même +cause avait produit le même effet.</p> + + + +<p>Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La +profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile à +remonter. Il était 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent à la +surface, profitant du reste de la nuit pour gagner, à la plus grande +vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongèrent qu'une seule fois: sous +le pont de bateaux de Spire qu'ils laissèrent intact, tant ils avaient +hâte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne à voie double de +Bruchsal à Landau.</p> + +<p>A Germesheim, le télégraphe et le téléphone ne cessaient de fonctionner. +Toute la population était sur pied: le bourgmestre, la police, la +gendarmerie, les pompiers, sans compter l'armée qui formait autour de +l'édifice menacé une triple ceinture de sauvegarde. «Vous aurez leur +visite vers 7 heures du matin», avait dit une dépêche de Mannheim. Des +bateliers furent envoyés en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons +de cavalerie évoluèrent le long de chaque rive; un ballon captif fut +détaché à 50 mètres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des +meilleurs pour apercevoir des bâtiments naviguant en immersion.</p> + +<p>Les précautions semblaient bien prises. Malheureusement, les +sous-marins, marchant à la surface, ne mirent que deux heures à +parcourir le trajet, qui aurait exigé quatre heures en plongée. Signalés +par les bateliers, vers Heiligenstein, à moitié chemin entre Spire et +Germesheim, la pâle clarté du matin leur permit de s'immerger sans avoir +été atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage. +Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du +fleuve ne laissaient même pas apercevoir le périscope des sous-marins +flottant sur l'eau.</p> + +<p>Dans ces conditions, quelle défense possible pour le pont de Germesheim? +Aucune. Il fut «exécuté» à 6 heures du matin. Quelques scaphandriers, +partis du sous-marin d'arrière-garde, s'en allèrent accrocher deux +cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du +fleuve. Un double courant électrique fit éclater les deux bombes, et +d'un édifice monumental qui avait coûté 4 millions de francs, il resta +une masse tordue, informe. C'était le pont de Germesheim, après la +visite de ses ennemis.</p> + +<p>Ce ne fut qu'un cri de colère dans la cité quand trois dépêches, +arrivant coup sur coup, annoncèrent que le pont de Kreuznach, près du +confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de +Francfort-du-Mein, à 40 kilomètres de l'endroit où le Mein se jette dans +le Rhin, enfin celui du Neckar, à Heidelberg, attaqués de la même +manière, avaient subi un sort pareil. «Ils sauteront tous»! disaient les +uns.--«On a lancé des sous-marins dans tous les fleuves allemands», +disaient les autres. Quelques-uns, plus réfléchis, essayèrent de faire +comprendre aux affolés que les bateaux fantômes qui remontaient +maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient à la même +flottille et étaient venus par le Rhin lui-même. Personne ne voulait +croire cette explication si simple.</p> + +<p>Tel était le découragement qu'on ne songeait plus même à poursuivre ceux +qui, après avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une +régularité d'horloge, leur affreuse odyssée sur le fleuve. «Ils +arriveront ce soir au pont de Kehl!» s'écriaient les gens d'un air +moitié furieux, moitié résigné.</p> + +<p>La prédiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus +que trois submersibles. Il était, en outre, manifeste que son +approvisionnement en vivres et en torpilles était épuisé. La fatigue des +équipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevèrent leur +<i>raid</i> étonnant en détériorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait +communiquer Rastatt et Haguenau.</p> + +<p>Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient +accompli. Ils furent coulés. Le troisième, victime de quelque accident +intérieur, ne put s'immerger. Il alla s'échouer sur un îlot, à 10 +kilomètres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhénans, cinq seulement +restaient intacts: Strasbourg à Kehl, Marckolsein à Saspach, Neu-Brisach +à Vieux Brisach, Nuenbourg à Bantzenheim, et le pont de Huningue!</p> + +<p>... Cinq jours s'étaient passés depuis la déclaration de guerre. La +mobilisation était terminée; le transport des troupes commençait. Plus +de mille trains s'échelonnaient le long des voies ferrées des États de +l'empire, à destination de la frontière de Lorraine. Et tous ces convois +s'arrêtaient, les uns après les autres, immobilisés sur la rive droite +du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du génie +s'employaient à remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de +pierre ou de fer si malencontreusement détruits; les bacs-trailles, les +remorqueurs, les barques elles-mêmes pouvaient être utilisés. Mais un +temps précieux était perdu que l'ennemi utilisait en prenant déjà +l'offensive.</p> + +<p>C'étaient des trains entiers, soit à alléger de moitié, soit à décharger +complètement. C'était un transbordement interminable de batteries de +campagne, de mortiers de siège, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le +grand état-major allemand se résignait, en désespoir de cause, à +bouleverser tout le plan de mobilisation et à détourner, sur les chemins +de fer à une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des +trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui était plus +grave, les procédés méthodiques allemands, mis en défaut par un tel +désarroi, ne trouvaient rien d'original pour débrouiller le chaos.</p> + +<p>Enfin, après presque une semaine de retard, la circulation de ces +millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se +répand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se +produisent encore le long du fleuve. Çà et là retentissent des +craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives, +s'arrêtent éventrés par un engin mystérieux; les radeaux, les ponts de +bateaux sont coupés en deux et submergés; les barques de pêcheurs +elles-mêmes sont projetées en l'air dans d'effroyables trombes d'eau; +les ponts d'Alsace, laissés intacts par les sous-marins, s'écroulent +avec fracas.</p> + +<p>Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les +eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô +horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille +peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?... +On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus +des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de +départ, sont inconnus.</p> + +<p>Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand +le mal eut été accompli.</p> + +<p>Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de +Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique +d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec +l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient +commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus +employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à +assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150 +kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé, +lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos +maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les +administrations française et anglaise prissent livraison de la commande. +Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le +directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais +et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent +livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers. +Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve...</p> + +<p>Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est +la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables +<i>mv</i> dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques +secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou +les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent +contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis, +d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en +vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à +ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre +déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin +bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de +20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils +sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible +de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la +mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant +sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par +les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et +huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le +Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur +contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy...</p> + +<p>Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé, +contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin +retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille +Gaule...<br> + +<span class="rig"><span class="sc">J. Delaporte..</span></span></p><br><br> + +<h3>NELSON EN FRANCE</h3> + +<h4>UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER</h4> + +<p>Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu +à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et +beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se +manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On +ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin +britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre +française, la petite ville de Saint-Omer.</p> + +<p>Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de +marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le +capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme +prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société +françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba +amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune +femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à +Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces +lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et +j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon +coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais +être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille +d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a +tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais +pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus +actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et +cette belle personne n'a rien à elle...»</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>UN ÉPISODE DU SÉJOUR EN FRANCE DE NELSON EN 1784<br>Le futur +vainqueur de Trafalgar rencontre, sur la promenade publique de +Saint-Omer,<br> une jeune Anglaise dont il devient amoureux.</b><br><i>Dessin de R. +Caton Woodville.--Voir l'article à la page ci-haut.</i>]</p> + +<p>Il est à croire que cet attachement abrégea le séjour de Nelson à +Saint-Omer et que le jeune officier, peu renté, fort ambitieux déjà et +conscient de ses destinées, s'éloigna hâtivement de cette ville pour +fuir en même temps la tentation d'un mariage d'amour.</p><br><br> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/009.png"><br><b> +M. Augagneur, maire et député<br> +de Lyon, futur gouverneur de<br> +Madagascar.</b> --<i>Phot. Bellingard.</i></p> + +<h3>M. AUGAGNEUR</h3> + + + +<p>Le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar, actuellement en +France, ayant demandé à être relevé de la haute fonction qu'il occupait +depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, député du Rhône, qui est désigné +pour lui succéder.</p> + +<p>Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a été envoyé à la Chambre, au cours +de la présente législature, par les électeurs de la 5e circonscription, +en remplacement de M. Philippe Krauss, décédé. Bien que siégeant parmi +les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de +certaines exigences de son parti et fait preuve, à la tête de +l'importante municipalité lyonnaise, de solides qualités +d'administrateur.</p><br><br> + + + + + +<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3> + +<h4><span class="sc">Le timbre du Zambèze.</span></h4> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/011a.png"></p> + +<p>Pour commémorer la visite de la British Association aux chutes de +Victoria et l'inauguration, à travers la rivière de Zambèze, d'un pont, +merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projetée du Cap au +Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'émettre une série de +timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings.</p> + +<p>Tous ces timbres sont du même type; ils représentent une vue des chutes +de Victoria surmontées de <i>British South Africa Company</i> en deux lignes; +aux angles supérieurs le millésime 1905 et, aux angles inférieurs, la +valeur dans des cartouches en forme d'étoiles.</p> + +<h4><span class="sc">La domestication des poissons.</span></h4> + +<p>Un médecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser +visiblement des poissons. Cette idée lui est venue à Lugano, où il +faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'était +séparée du lac que par des murs en pierres entassées les unes sur les +autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150 +individus, provenant de cinq ou six pontes différentes. Pour se rendre +favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillité en +prenant son bain, l'observateur suisse eut l'idée de passer, chaque +matin et chaque soir, une heure immobile à l'eau. Il s'asseyait, avec de +l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignées de +pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait, +malgré l'immobilité qu'il s'était imposée. Après quelque temps, +toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au +point de venir happer un peu du pain qui leur était offert. L'exemple +fut bientôt suivi par les aînées et, au bout de peu de temps, le +baigneur, dès qu'il entrait à l'eau, était entouré de toute la bande qui +venait se régaler du pain dont celui-ci était toujours muni. Les +poissons n'éprouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils +circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune +difficulté. C'était pour eux un jeu, et le jour où, pour les +photographier, on étala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un +arrière-plan approprié, on eut toutes les peines du monde à leur faire +comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer à cache-cache.</p> + +<h4><span class="sc">L'arbre à crayons</span>.</h4> + +<p>L'arbre dans le quel on découpe les crayons tend à disparaître: on en +consomme trop. C'est un cèdre rouge, haut de 20 à 25 mètres, jadis très +abondant en Amérique où il croît du golfe du Mexique au Canada et de +l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dégénérant de qualité du sud +au nord et de l'est à l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois +des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses +réserves commencent à s'épuiser et le gouvernement des États-Unis se +préoccupe de la situation. D'ailleurs, tout en préférant les climats +chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort différentes; quelques +plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine +d'années, ont assez bien réussi.</p> + +<p>Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogène et parfumée est si +agréable à caresser avec le canif, présente en outre des qualités de +solidité qui le font aussi rechercher pour les poteaux télégraphiques, +les constructions navales, les traverses de chemins de fer, +l'ébénisterie, etc. La crise, dès lors, s'explique mieux.</p> + +<h4><span class="sc">Les bassins filtrants du mont Valérien.</span></h4> + +<p>Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la +route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref +délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable +la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus +perfectionné établi jusqu'à ce jour.</p> + +<p>Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré +comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais, +comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en +suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense +appréciable.</p> + +<p>Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou +reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la +déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au +bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant +pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau +passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes +et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre +filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout +d'un mois et demi.</p> + +<p>Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau +puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté +supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre +premiers, formant le groupe des <i>dégrossisseurs</i>, contiennent des lits +de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent +ensuite: un <i>préfiltre</i>, garni de sable de 4 millimètres et de petit +gravier; puis le <i>filtre</i>, où la couche principale est formée de sable +passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à +la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des +appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés +devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée.</p> + +<p>L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur +la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis +que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant +d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre +cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de +bacille <i>coli</i>. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les +habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les +Parisiens.</p> + +<p class="rig"><img alt="" src="images/011b.png"><br> +<b> Le costume insubmersible de<br> + M. Dévot. <i>Phot. Hoffman.</i></b></p> + +<h4><span class="sc">Un costume insubmersible.</span></h4> + +<p>Beaucoup de personnes se rappellent peut-être le nom du capitaine +Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir +sans le moindre effort à la surface de l'eau. Après avoir obtenu un +grand succès de curiosité à l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et +encombrant, fut considéré comme n'offrant aucun intérêt pratique. M. +Dévot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait, +depuis plusieurs années, à perfectionner l'invention américaine. Il est +arrivé à combiner un costume d'amphibie, à la fois simple et léger, dans +lequel il se trouve aussi à l'aise pour franchir un fleuve que pour +traverser une forêt. Etendu sur le dos, armé d'un fusil et d'un +revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras, à moins qu'il +préfère y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs, +et continue sa route sans avoir besoin de «se changer».</p> + +<p>M. Dévot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains +services en temps de guerre, et il va le soumettre à l'autorité +militaire.</p> + + + +<h4><span class="sc">La résistance du coeur aux blessures.</span></h4> + +<p>On est habitué à considérer le coeur comme un organe extrêmement +sensible et qui ne pourrait être touché par un corps étranger sans que +la mort s'ensuivît.</p> + +<p>Or la chirurgie moderne reconnaît à cet organe une grande tolérance; non +seulement on peut pratiquer des opérations sur le coeur, mais encore +celui-ci résiste à de très graves traumatismes.</p> + +<p>Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une +mortalité de 60%, ce qui représente plus d'un tiers de guérisons.</p> + +<p>Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut à rechercher dans le coeur +une balle que s'était tirée une jeune fille. Il n'arriva pas à la +trouver, malgré des recherches nombreuses et la palpation énergique du +coeur. Or la malade survécut, non seulement à la balle, que la +radioscopie révéla comme étant dans l'épaisseur même de l'organe, mais +encore aux longs examens du chirurgien, à l'intérieur même du péricarde!</p> + +<p>Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hémorragie abondante +qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le +péricarde et la compression finit par provoquer l'arrêt cardiaque; et, +quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort +survient encore rapidement par le défaut d'irrigation nutritive de +l'organe.</p> + +<p>Mais, en dehors de ces conditions, on peut espérer la guérison.</p> + +<p>Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il +suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le +massage du coeur pour voir se rétablir les fonctions de cet organe, +l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas à cesser.</p> + +<p>En réalité, cela revient à dire qu'il est possible de revenir d'une mort +subite par arrêt du coeur.</p> + +<h4><span class="sc">La conservation de la pierre et du métal.</span></h4> + +<p>Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prétend avoir découvert un +liquide chimique qui mettrait certaines substances à l'abri des injures +du temps, en même temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches +lui auraient été suggérées par un voyage en Grèce, au cours duquel il +remarqua que le mortier des édifices en ruine, de plus de deux mille +ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait été de l'année +précédente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina, +et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les +recherches qui ont abouti à la découverte, à l'invention d'un liquide +jaune, nommé zorène, dont on n'indique point la composition, mais qui +posséderait toutes les vertus. Ce zorène serait un durcissant +incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empêcherait aussi +les matériaux d'absorber l'humidité; il rendrait inoxydables les métaux. +En même temps il permettrait de créer des routes ne donnant pas de +poussière,--ce qui est une façon de parler. Le zorène associé aux +scories fournirait des chaussées presque éternelles et si dures que les +véhicules auraient de la peine à les entamer. Si tout cela est vrai, le +zorène a une belle place à prendre.</p> + +<h4><span class="sc">Pour purifier la fumée de tabac.</span></h4> + +<p>Les divers procédés suggérés de temps à autre pour purifier la fumée de +tabac présentent généralement deux points communs: ils ont la prétention +d'enlever au tabac <i>tous</i> ses principes nocifs et ils exigent une +cuisine plus ou moins compliquée.</p> + +<p>Un chimiste allemand, moins absolu que ses précurseurs, propose une +solution d'une extrême simplicité: elle consiste à placer, soit dans le +tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit +tampon d'ouate imbibé de perchlorure de: fer. D'une longue série +d'expériences, M. Thoms se croit autorisé à conclure que cette +filtration élimine totalement l'hydrogène sulfuré et l'huile essentielle +empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses +produits de décomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne +saurait, ajoute-t-il, éliminer toute la nocivité sans éliminer le +plaisir.</p> + +<p>La vapeur du perchlorure n'est pas vénéneuse, et, comme elle n'est pas +entraînée; par la fumée filtrée, il semble qu'elle ne doive pas influer +sérieusement sur l'arôme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a +l'esprit de décliner sa compétence et de s'en rapporter à celle des +fumeurs.</p> + +<h4><span class="sc">Une explosion d'acétylène.</span></h4> + +<p>Un grave accident a mis dernièrement en émoi la ville de Montélimar, +dans des circonstances qu'il est intéressant de signaler.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/011c.png"><br><b> +Villa écornée par une explosion<br> + d'acétylène à Montélimar.</b></p> + +<p>M. Brun, pharmacien-chimiste, propriétaire d'une superbe villa, de +construction récente et dont les travaux sont à peine achevés, y avait +installé un appareil à acétylène, fonctionnant de manière à ne laisser +dégager le gaz qu'au fur et à mesure de la consommation. Le 9 octobre, +il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil, +lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagnée +d'une formidable détonation, entendue à plusieurs kilomètres de +distance. En même temps, les persiennes et volets, réduits en miettes, +étaient projetés au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles +en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du bâtiment +s'était écroulé, et telle avait été la violence de la répercussion qu'il +ne restait plus trace de vitres aux fenêtres des habitations voisines.</p> + +<p>On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne à déplorer; mais, si +le sinistre était advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de +M. Brun et les domestiques eussent été ensevelis sous les décombres.</p> + + + +<p>Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables, et l'on peut les +évaluer au moins à une centaine de mille francs; car, sans compter la +partie de la maison entièrement détruite, la partie demeurée debout est +lézardée et atteinte dans ses oeuvres vives.</p> + +<p>Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothèse la plus probable est +celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait +négligé de fermer un robinet dit «de purge»; d'où une fuite du gaz, qui +se serait accumulé en grande quantité dans les sous-sols, cependant bien +aérés.</p> + +<h3>LES THÉÂTRES</h3> + +<p>Nous publions, avec ce numéro, la première partie du <i>Don Quichotte</i> +représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement +littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de +vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin; +ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame +héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de +Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs, +la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure +falote une silhouette inoubliable.</p> + +<p>Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, <i>Toison +d'or</i>, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs. +C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre +tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées: +grand succès personnel pour M. Raimond.</p> + +<p><i>Le bonheur, mesdames!...</i> la comédie légère de M. Francis de Croisset, +aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès +revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de +l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes +Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et +Prince, décuple la valeur d'une oeuvre.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/012.png"><br> + + Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot).<br> +<b>«DON QUICHOTTE», DE M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS</b><br> + +<i>Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en +vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans +notre prochain numéro.</i></p> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br> + Vassilissa. Natacha.<br> + +<b>Une scène de la pièce de Maxime Gorki: <i>Dans les Bas-Fonds.<br>--D'après une +photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou.</i></b></p> + +<h3>«DANS LES BAS-FONDS»</h3> + +<p>Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par +toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime +Gorki: <i>Dans les Bas-Fonds</i>. La version française de M. +Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à +la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à +l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et +tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes +Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même +temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc.</p> + +<p>Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes +artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner, +le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique, +les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska +Pepel.</p> + +<p>La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au +Théâtre Artistique de Moscou, où les <i>Bas-Fonds</i> furent créés sous la +direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises: +Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que +Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.</p> + +<p>Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse.</p> + +<h3>LE PRINCE SERGE TROUBETZKOÏ</h3> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b> + Le prince Serge Troubetzkoï.</b><br> --<i>Phot. Smirnof.</i></p> + +<p>Le parti libéral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages +et les plus respectés, l'un des hommes en qui il avait mis le plus +d'espérances: le prince Serge Troubetzkoï.</p> + +<p>Issu d'une famille très aristocratique--un de ses frères est maréchal de +la noblesse de Moscou--il s'était, avec son autre frère Eugène, voué à +l'enseignement. Il professait à l'Université de Moscou. Son savoir +étendu, la merveilleuse clarté de son esprit et, peut-être plus que tout +cela, un rare talent de parole lui avaient donné sur le corps enseignant +un ascendant considérable et conquis, parmi les étudiants, une +enthousiaste popularité. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Université les +temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que +les élèves désertaient les cours, que les professeurs abandonnaient +leurs chaires plutôt que de subir les entraves que leur voulait imposer +le pouvoir, le prince Serge Troubetzkoï fut-il, par un vote unanime de +ses collègues, élu recteur. Lourd et périlleux honneur, dans de telles +circonstances! Il ne s'y déroba point.</p> + +<p>Après avoir, dans une entrevue récente, exhorté au calme les étudiants, +avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par +d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission +qu'il allait remplir, il se rendait à Saint-Pétersbourg pour plaider, +auprès du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant +général Trépof, la cause des deux libertés qui lui étaient si chères: la +liberté de réunion, la liberté d'enseignement.</p> + +<p>Le prince Troubetzkoï était malade, exténué par les fatigues de tout +genre que lui avaient imposées et ses fonctions à l'Université et la +part très active qu'il prenait aux travaux du Comité permanent des +zemstvos. Cela même ne l'arrêta pas. Il commença ses démarches.</p> + +<p>Le jeudi 12 octobre il avait remis au général Glasof, ministre de +l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des idées qui lui +tenaient au coeur, des réformes qu'il sollicitait. Le général l'avait +invité à prendre part, le lendemain, à la séance de la commission +chargée d'élaborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, prononça à +l'appui de son rapport un discours ému et qui fit sensation.</p> + +<p>Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit pâlir, défaillir. +Sa tête se renversa en arrière sur le dossier de sa chaise. On +s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque +temps l'usage de ses sens à l'arrivée des médecins, de parents qu'on +était allé chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10 +heures du soir, il rendait le dernier soupir.</p> + +<p>A Saint-Pétersbourg, d'abord, puis à Moscou, où son corps a été +transporté, on lui a fait des obsèques impressionnantes.</p> + +<h3>SIR HENRY IRVING</h3> + +<p>Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, à +Bradford, à peine au sortir de scène, après une représentation du +<i>Thomas Becket</i> de Tennyson, qui était l'un des triomphes de sa carrière +dramatique.</p> + +<p class="rig"><img alt="" src="images/013c.png"><br> <b> + Sir Henry Irving, d'après une de<br> + ses dernières photographies.</b></p> + +<p>John Henry Brodribb, connu au théâtre sous le nom d'Irving, était né en +1838, à Keinton, près de Glastonbury, et avait débuté, en 1856, sur un +théâtre de province, à Sunderland. En 1866, la création, à Manchester, +du principal rôle d'une pièce de Dion-Boucicault l'avait mis en relief. +Il avait été engagé au Lycéum.</p> + +<p>Fervent dévot de Shakespeare, il lui avait consacré avec passion le +meilleur de son talent qui était considérable. Il semblait surtout +s'être donné pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le +génial dramaturge. Interprète inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui +a dû ses plus beaux triomphes.</p> + + + +<p>L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue +anglaise, les États-Unis qui l'avaient applaudi, étaient fiers de lui. +Il avait été anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait +mis le sir qui équivaut à nos particules, et il était devenu, +authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et +la reine faisaient exprimer à sa famille leurs condoléances; le +président Roosevelt adressait à son fils un télégramme de regrets, et il +n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordât la sépulture de +Westminster, réservée aux plus glorieuses illustrations de la patrie. +Son mausolée y sera auprès de celui de Gladstone.</p> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014small.png"><br><a href="images/014large.png">(Agrandissement)</a></p> +<br><br> + +<p class="mid"><i>NOUVELLES INVENTIONS<br>(Tous les articles compris sous cette rubrique +sont entièrement gratuits.)</i></p> + +<h4>NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE MOBILE</h4> + +<p>Parmi les nombreux avantages que présente la lumière électrique, l'un +des plus importants réside dans l'extrême docilité avec laquelle elle se +prête à tous nos besoins ou nos caprices.</p> + +<p>Rien n'est aussi pratique et décoratif pour l'éclairage des pianos et +bureaux genre américain que la lampe «Américaine» que représentent nos +gravures, lampe réunissant à la fois le côté pratique et décoratif.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/015a.png"></p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/015b.png"><br></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/015c.png"><br></p> + + + +<p>Les figures 1 et 2 représentent l'application de 1'«Américaine» aux +pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux +sont tous concentrés sur la musique et la lampe est complètement cachée +à la vue de l'exécutant. La hauteur est calculée pour permettre de +tourner facilement les pages.</p> + +<p>La figure 3 montre la même lampe éclairant un bureau du genre américain.</p> + +<p>Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, après avoir +desserré le bouton molleté, de faire glisser le col de cygne dans une +mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, placé +horizontalement, fait disparaître la lampe à la vue tout en dirigeant la +lumière sur la table du bureau.</p> + +<p>La construction de l'«Américaine» est robuste et soignée; le socle est +garni avec un disque de drap pour éviter toute détérioration du vernis +des meubles.</p> + +<p>La décoration en est très riche et se fait au gré de l'acheteur en +vernis or mat, poli verni or, nickelé, bronzé, etc.</p> + +<p>Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; <i>en cuivre</i> rouge genre +anglais, 36 francs. <i>Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil +souple.</i></p> + +<p>La lampe l'«Américaine» se trouve chez <i>M. Fournier, 22, rue Baudin, +Paris</i>, et dans les bonnes maisons d'électricité.</p><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br> +Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.</p> + + + +<br><br> +</div> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre +1905, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK +L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 *** + +***** This file should be named 36630-h.htm or 36630-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/6/6/3/36630/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> + + + + diff --git a/36630-h/images/000large.png b/36630-h/images/000large.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f66d02f --- /dev/null +++ b/36630-h/images/000large.png diff --git a/36630-h/images/000small.png b/36630-h/images/000small.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7c71f7d --- /dev/null +++ b/36630-h/images/000small.png diff --git a/36630-h/images/001.png b/36630-h/images/001.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c6ba025 --- /dev/null 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