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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905
+
+Author: Various
+
+Release Date: July 5, 2011 [EBook #36630]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905
+
+Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT DON QUICHOTTE
+Première partie.--La suite et la fin dans le prochain numéro.
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+Ce numéro contient: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE avec le premier fascicule
+de DON QUICHOTTE, par Jean Richepin.
+
+
+L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numéro: Un Franc._ SAMEDI 21 OCTOBRE 1905
+_63° Année--N° 3269_
+
+LE PRINCE DE BULGARIE ET LE PRÉSIDENT LOUBET CHASSANT A COMPIÈGNE Devant
+le «tableau» après une battue. _Voir l'article, page 26._
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
+
+Huit heures du soir. Boulevard de Strasbourg; à droite, à gauche, des
+façades illuminées; tout autour, un grouillement de vie joyeuse:
+embarras de voitures, cohue de piétons, trompes mugissantes de tramways
+dont on obstrue le chemin; et, parmi ce tumulte, en ce fouillis de
+choses et de gens, deux ou trois _notes_ amusantes qui ont, au lendemain
+de la «rentrée», une valeur de symbole: à côté des bourriches amoncelées
+d'une marchande d'huîtres, le petit fourneau noir de l'Auvergnat, tout
+noir aussi, qui dispose en rond sur le feu, à la clarté d'un bec de gaz,
+les premiers marrons de l'année. Plus loin, sur la chaussée, la voiture
+à bras, pleine d'oranges, où deux lanternes vénitiennes répandent leur
+lumière de fête; et, devant le théâtre Antoine--où les affiches ont
+l'air de crier aux passants, joyeusement, la dernière victoire de
+Gandillot--une file de voitures, d'automobiles aux portières desquelles
+on voit se ruer, casquettes à la main, l'ordinaire troupe des pauvres
+diables, des chasseurs de pièces de deux sous. Marchand de marrons,
+marchande d'huîtres, marchande d'oranges, ouvreur de portières: et voilà
+le décor de l'hiver parisien reconstitué pour neuf mois. D'où viennent
+ces gens? Que faisaient-ils aux temps chauds? comme dit le fabuliste. On
+ne sait pas. Ils exerçaient, en attendant l'hiver, de petits métiers
+vagues; ils guettaient l'heure où Paris, réveillé d'une léthargie de dix
+semaines, allait recommencer à vivre, à vouloir pleurer et rire sous des
+lustres électriques, devant des paysages de carton; et les revoici tous,
+immuablement fidèles au rendez-vous d'octobre, installés, comme de bons
+soldats, aux postes de l'année dernière, où nous les retrouverons l'an
+prochain. J'admire cette solidarité mystérieuse qui unit, comme à leur
+insu, les pauvres hommes, et grâce à quoi--l'automne à peine revenu--je
+me sens assurée d'y revivre à ma guise toutes les petites joies des
+automnes passés...
+
+Le théâtre surtout nous les prodigue, ces joies-là. Où aller? La grande
+écluse s'est ouverte et voilà le torrent lâché: au théâtre
+Sarah-Bernhardt, à l'Oeuvre, à l'Odéon, à la Comédie-Française, au
+Palais-Royal, aux Variétés, les titres de six pièces nouvelles me
+sollicitent en même temps; c'était hier le tour des Nouveautés; ce sera
+tout à l'heure celui du Gymnase; d'autres leur succéderont et deux ou
+trois fois par semaine (ou davantage), pendant la saison qui va venir,
+mon journal me servira tout chaud le récit de ces aventures diverses; en
+une ou plusieurs colonnes, il me racontera la pièce d'hier, la
+commentera, n'omettra aucun nom de la liste de ceux qui l'interprètent,
+ne voudra pas me faire grâce d'un détail de mise en scène ou de costume.
+Si l'auteur est un favori du public, ou si quelque prestige s'attache à
+sa signature, l'article où sa pièce doit m'être copieusement contée sera
+précédé d'un autre long article, d'une «avant-première» où sera célébré
+par provision le mérite de l'ouvrage qu'on ne connaît pas encore, et
+glorifié le génie du jeune ou vieux maître qui l'a écrit; et ce compte
+rendu sera suivi d'un troisième article où l'auteur, discrètement
+interviewé au lendemain de la victoire remportée ou de l'échec subi,
+sera prié de juger ses juges, de nous faire connaître ce qu'il pense de
+ce qu'on vient de penser de lui. Entre temps, d'habiles «échos de
+théâtres» entretiendront autour de l'ouvrage nouveau la curiosité des
+passants. Ce n'est pas des pièces heureuses qu'on pourrait dire qu'elles
+n'ont pas d'histoire. Heureuses ou malheureuses, toutes les pièces en
+ont une, et dont le détail peut fournir, jour à jour, la matière d'aussi
+longs développements qu'on voudra. Car, après que l'oeuvre nouvelle m'a
+été annoncée, puis racontée et critiquée, cent petites nouvelles restent
+encore à propager à son sujet: on m'apprend que les rôles viennent d'en
+être distribués en double; que les recettes des dix premières
+représentations ont atteint le chiffre le plus haut qu'aucune pièce ait
+réalisé, dans le même temps, depuis la réouverture des théâtres; qu'on y
+a, tel soir, aperçu le roi des Belges et, dimanche, en matinée, la reine
+Ranavalo... Six semaines se passent; l'oeuvre va doubler le «cap de la
+cinquantième», et mon journal m'en fait part; atteint-elle la centième
+représentation? C'est du délire. Fête au foyer; souper par petites
+tables; comptes rendus où ne sont oubliés ni le menu du festin, ni le
+nom des convives de marque. On n'a pas omis non plus, le jour où fut
+lancée la pièce en librairie, de nous communiquer le texte des dédicaces
+émues rédigées par l'auteur à l'adresse de ses interprètes, et l'on ne
+négligera pas davantage, dans quelques semaines, de nous parler de la
+grande «tournée» que prépare l'imprésario Z..., grâce à quoi sera
+promenée triomphalement, en province et à l'étranger, l'oeuvre dont il
+était trop injuste, vraiment, que les Parisiens fussent seuls à savourer
+les délices.
+
+Et M. le directeur Antoine se plaint! Tant de facile gloire ne suffit
+pas à le satisfaire. Ce directeur ne revendique pas seulement le droit
+(incontestable) de ne point inviter à sa table tel convive hostile qu'il
+sait ou croit résolu, quoi qu'il arrive, à trouver chez lui le potage
+trop salé, l'entremets fade, ou le rôti mal cuit; M. Antoine dit: «Je
+prétends interdire, s'il me plaît, qu'on parle de ma cuisine, même pour
+dire qu'on la trouve bonne!» M. Antoine souhaiterait apparemment que les
+journaux s'occupassent moins des choses de théâtre... «En ce cas, me
+disait hier mon libraire, que n'édite-t-il des livres, au lieu de monter
+des pièces? On le laisserait bien tranquille.»
+
+Mon libraire exprimait là, mélancoliquement, une pensée juste.
+Infortunés auteurs de livres! Ils peinent dans l'ombre, eux; la foule
+les ignore, ou ne jette, en passant, à leurs couvertures neuves, qu'un
+regard distrait, presque dédaigneux. Je ne comprends pas bien cette
+inégalité de traitement et j'aimerais qu'on m'en fît connaître les
+causes. J'aimerais qu'on m'expliquât pourquoi la plus mince des
+opérettes, signée du nom le plus obscur, est à Paris une sorte
+d'événement que tout le monde guette et vers le dénouement duquel il
+semble que, pendant une soirée au moins, tous les esprits soient tendus
+anxieusement; et pourquoi l'apparition en librairie de telle oeuvre où
+l'homme du talent le plus noble et du plus haut savoir versa lentement,
+après des mois de méditation, d'application, d'efforts, le meilleur de
+sa pensée, semble à tout le monde un incident si dénué d'importance? Je
+suis sûre que S. A. R. le prince de Bulgarie n'ignorait rien, en
+arrivant chez nous, lundi dernier, des nouvelles théâtrales de la
+quinzaine; qu'il savait au juste quelles sont les pièces «qu'il faut
+voir», à cette heure, à Paris! Je suis moins sûre qu'on ne l'eût pas
+embarrassé un peu en lui demandant quels sont, parmi les derniers livres
+parus, ceux «qu'il faut lire»... Ce n'est pas sa faute, s'il l'ignore.
+Ce prince lit les journaux, comme nous, et ne sait de ce qui se passe en
+littérature que ce qu'ils nous en disent. Or, ils ne nous en disent à
+peu près rien... Tant d'autres sujets plus «amusants», en dehors du
+théâtre même, requièrent l'attention de nos nouvellistes!
+
+Les peintres, par exemple, seraient désolés qu'on les négligeât au
+profit de la littérature, et déjà--la saison à peine commencée--ils nous
+appellent à eux. Ils ne nous lâcheront plus. Le Salon d'automne a
+ouvert, cette semaine, au Petit Palais, le cortège annuel des
+expositions d'art: en voilà pour dix mois;-dix mois pendant lesquels va
+défiler sans répit, aux «cimaises» de la rue Laffitte, de la rue de
+Sèze, du Cours-la-Reine ou des Champs-Elysées, la torrentielle
+production des aquarellistes, aqua-fortistes, lithographes,
+miniaturistes et pastellistes; des classiques et des «indépendants»; des
+Sociétés d'art «nationales» ou «internationales»; des unions de femmes
+artistes; des paysagistes, des portraitistes, des céramistes; de ceux
+qui _font_ la fleur, la caricature ou la montagne; défilé sans fin, où
+toutes les spécialités, toutes les compétences réclament leur place au
+bon soleil de la réclame...
+
+Et les musiciens, non plus, ne sauraient souffrir qu'on les oublie.
+Colonne et Chevillard ont, depuis huit jours déjà, posé leurs affiches
+et sonné le rassemblement; dix, vingt autres suivront: quintettes et
+quatuors renommés; cantatrices, virtuoses fameux de chez nous et
+d'ailleurs. Aux murs d'Erard et de Pleyel s'étalent les affiches
+multicolores, annonciatrices des régals musicaux de l'hiver. Rude
+concurrence à la littérature que tout cela!
+
+La saison des concerts s'est même fort brillamment ouverte cette
+semaine, et nous devons aux pauvres Calabrais l'un des plus prestigieux
+programmes qui aient été depuis longtemps placardés dans Paris. Les
+amateurs de bonne musique se sont donc rués au secours des Calabrais;
+tant il est vrai que tout finit en France par des chansons, même les
+tremblements de terre.
+
+C'est décidément une belle invention que celle des fêtes de charité et
+celui qui en eut le premier l'idée fut un psychologue de génie. Il
+comprit que les infortunes lointaines nous émeuvent difficilement, mais
+qu'en échange d'un plaisir rare nous ne résistons guère à la joie de les
+soulager. Entre l'aumône qui hésite et la misère qui supplie, il s'avisa
+d'interposer une cantatrice et un monologuiste... Et l'aumône n'hésita
+plus.
+
+Moyen simple; mais il fallait le trouver.
+
+SONIA.
+
+
+
+LA PRINCESSE PIERRE BONAPARTE
+
+La vie de la princesse Pierre Bonaparte, qui vient de mourir à Paris, a
+tenu tour à tour du plus invraisemblable des contes de fées et du roman
+le plus dramatique.
+
+_L'Almanach de Gotha_ mentionne que le prince Pierre-Napoléon Bonaparte,
+troisième fils de Lucien, frère aîné de Napoléon, épousa religieusement,
+à Paris, le 22 mars 1853, Justine-Eléonore Ruflin, née le 1er juillet
+1832. Et ce nom plébéien, uni à ce nom illustre, au milieu de tous les
+vocables retentissants dont la liste emplit ce qu'un fantaisiste
+appelait le «Bottin des Vanités», étonne tout d'abord et déconcerte.
+Voici l'histoire:
+
+Mlle Eléonore Ruflin était la fille d'un contremaître ébéniste du
+faubourg Saint-Antoine; or, vous savez si le peuple de Paris fut un
+temps enivré de la gloire napoléonienne! A l'humble foyer familial, la
+jeune fille avait été élevée par son grand-père, ancien soldat de la
+Grande Armée, dans le culte de la légende impériale. On imagine sans
+peine quel émoi fut le sien le jour où, dans la maison d'un député, elle
+se trouva en présence d'un propre neveu du grand homme, le prince
+Pierre, membre lui-même du Corps législatif et venu en visite chez son
+collègue. La jeune fille était charmante; le prince l'aima et résolut de
+l'épouser. Mais quand, par pure déférence, et quoiqu'il vécût fort
+éloigné des Tuileries, il sollicita de son impérial cousin son
+consentement à ce mariage, il se heurta à un refus. Il y avait un
+précédent dans sa famille: le mariage de Lucien, son frère, avec Mme de
+Bleschamps, contre le gré de l'empereur. Il passa outre, lui aussi, sans
+s'inquiéter des suites.
+
+[Illustration: La princesse Pierre-Napoléon Bonaparte dans son salon, à
+Cimiez.--_Phot. Lacroix._]
+
+Les deux époux allèrent cacher leur bonheur--et leur médiocrité--dans
+cette villa d'Auteuil que le coup de revolver qui tua Victor Noir allait
+rendre si tragiquement célèbre. Ce drame, ce fut dans leur vie à tous
+deux le premier coup de l'adversité. L'avenir leur réservait des assauts
+plus terribles.
+
+La guerre vint, le régime impérial s'écroula; il fallut fuir la
+maisonnette d'Auteuil, que les boulets prussiens allaient un peu plus
+tard détruire. Malade, sans ressources, le prince Pierre se réfugia à
+Londres avec les siens--il avait eu de son mariage cinq enfants, dont
+deux seulement survivent. Ce fut, sans appui, sans amis, une détresse
+terrible. La princesse, se ressouvenant de ses origines, s'était mise à
+travailler, avait ouvert un magasin de modes;--ainsi, sous la
+Révolution, une marquise de La Londe avait été dame de comptoir; une
+comtesse de Virieu, ravaudeuse en plein air!--Tout son admirable
+héroïsme ne parvint pas à épargner aux êtres chers les angoisses les
+plus cruelles.
+
+Elle les ramena vers Paris quand le calme y fut rentré, espérant y
+trouver la vie plus aisée. Ceux qui auraient eu le devoir de lui venir
+en aide lui offrirent une aumône, à condition qu'elle allât rejoindre en
+Italie les autres Bonaparte, descendants de Lucien. Elle refusa: fille
+du vieux faubourg patriote, elle entendait avant tout que les deux
+enfants qu'elle avait conservés, le prince Roland et la princesse
+Jeanne, depuis marquise de Villeneuve, restassent Français. Et elle
+parvint--au prix de quels miracles! --à les élever, non certes dans le
+faste, et à leur donner une éducation digne du grand nom qu'ils
+portaient. Ils lui en avaient voué, avec la plus tendre reconnaissance,
+la plus vive des affections. La fortune, d'ailleurs, leur avait donné
+plus tard à tous trois d'éclatantes revanches, dont seul le prince
+Pierre, mort en 1881, ne put profiter, et c'est dans l'admirable hôtel
+du prince Roland, avenue d'Iéna, que la princesse est morte, entourée de
+soins empressés.
+
+Elle était demeurée dans l'opulence simple et bonne, en sympathie
+toujours avec le peuple d'où elle était issue. Elle le prouva à maintes
+reprises.
+
+G. B.
+
+
+
+LA DUCHESSE DE TALLEYRAND
+
+Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalités les plus
+marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est éteinte, la
+semaine dernière, à Loches.
+
+Fille du baron Seillière, un financier notoire du siècle dernier, elle
+avait épousé le prince de Sagan, appelé beaucoup plus tard à l'héritage
+d'une couronne ducale, alors que l'état de sa santé l'avait déjà
+contraint à la retraite où depuis quelques années il s'est
+définitivement effacé, après avoir longtemps brillé parmi les hommes de
+sport, les habitués des «premières», les viveurs de qualité, ayant
+conquis la réputation légendaire d'un arbitre des élégances et d'un type
+achevé de ce qu'on appelait autrefois le dandysme.
+
+De même que, dans la mémoire des contemporains et dans la chronique
+rétrospective, ce titre de prince semble inséparable de la notoriété du
+gentilhomme, le titre de princesse reste attaché au renom de la grande
+dame qu'on citait au nombre des beautés célèbres, des reines de la mode,
+sous le second Empire et au commencement du régime actuel. Le luxe de
+ses toilettes, ses façons de donner le ton, les réunions où sa présence
+faisait sensation, les réceptions, les bals, les fêtes de charité de
+l'hôtel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement
+défrayé les échos mondains des gazettes, les frivoles conversations des
+cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'étaient déjà
+plus que des souvenirs déjà lointains avant même la disparition de celle
+qui fut l'âme de la maison. Là où son règne s'accomplit avec tant
+d'éclat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, où, dans
+le magnifique décor, muet témoin du passé, l'ombre mélancolique
+s'épaissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux
+fils: le prince Hélie de Sagan et le duc de Valençay.
+
+[Illustration: La duchesse de Talleyrand et Sagan.]
+
+
+
+NOTES ET IMPRESSIONS
+
+Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et
+vides.
+
+H. TAINE.
+
+ *
+ * *
+
+Un homme digne de ce nom ne doit pas se spécialiser: la spécialité
+rapetisse l'intelligence et réduit la volonté.
+
+TH. ROOSEVELT.
+
+ *
+ * *
+
+On n'a le droit de toucher à la peinture que lorsqu'on est rompu à
+toutes les difficultés du dessin.
+
+J.-J. HENNER.
+
+ *
+ * *
+
+Tout est irréparable jusqu'au jour où tout est réparé.
+
+JULES CLARETIE.
+
+ *
+ * *
+
+Rien de flatteur dans un éloge comme l'absence de flatterie.
+
+MARIE ADVILLE.
+
+ *
+ * *
+
+La vertu n'est pas dans une résolution fugitive, elle est dans une
+habitude de vie.
+
+MARCEL PRÉVOST.
+
+ *
+ * *
+
+Le rire sur les lèvres rétracte par avance les paroles d'amertume que
+sont encore à mâcher les dents.
+
+PAUL HERVIEU.
+
+ *
+ * *
+
+Deux vérités incomplètes font d'ordinaire plus mauvais ménage que deux
+erreurs.
+
+ *
+ * *
+
+Il y a des blâmes qui sont des éloges et des approbations qui tuent.
+
+G.-M. VALTOUR.
+
+
+
+LA VISITE DU PRINCE DE BULGARIE AU MUSÉE CARNAVALET, M. Georges Cain,
+directeur du musée, en fait les honneurs au prince Ferdinand et au
+Président de la République.
+
+Le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de passer quatre jours en
+France, accompagné de M. Rantcho Petrow, son premier ministre, du
+général Savow, son ministre de la Guerre, et d'une suite assez
+nombreuse, est, comme on l'avait annoncé, arrivé lundi dernier, 16
+octobre, à Paris, où il a occupé, au ministère des Affaires étrangères,
+les appartements précédemment aménagés pour le roi d'Espagne. Au dîner
+de gala donné le soir même en son honneur à l'Elysée, les deux chefs
+d'État échangeaient des toasts pleins de cordialité.
+
+Le mardi 17, chasse à Compiègne et soirée à la Comédie-Française, dans
+la loge présidentielle, avec, au programme, _le Duel_, de M. Henri
+Lavedan. Favorisée par le temps, la chasse, que dirigeait le commandant
+Lamy, dans les tirés de Compiègne, avait été fort brillante; au tableau:
+238 faisans, 74 lapins, un chevreuil, et l'on a lieu de supposer qu'en
+sa qualité d'excellent «fusil» le souverain bulgare, fortement botté et
+coiffé d'un chapeau de peluche verte, mit à mal une part notable de ce
+gibier.
+
+Le mercredi 18, après avoir assisté, le matin aux manoeuvres de
+Vincennes et au déjeuner militaire offert par M. Berteaux, ministre de
+la Guerre, il allait visiter le musée Carnavalet, au seuil duquel M.
+Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et M. Cain, le
+conservateur, lui souhaitaient la bienvenue; puis les collections
+artistiques de la ville de Paris, au Petit Palais des Champs-Elysées. Le
+soir, dîner offert par M. Rouvier, au quai d'Orsay.
+
+Le jeudi 19, le prince prenait congé pour se rendre aux établissements
+du Creusot, où il a fait, on le sait, une importante commande de
+matériel d'artillerie.
+
+
+
+LA FÊTE AÉRONAUTIQUE DES TUILERIES AU PROFIT DES SINISTRÉS DE LA CALABRE
+
+_L'Aéro-Club de France avait, organisé, dimanche dernier, dans le jardin
+des Tuileries, une fête aéronautique donnée au profit des victimes du
+tremblement de terre de la Calabre, sous la forme d'un grand concours
+international. Malgré le temps pluvieux, une foule énorme était venue
+assister au départ des concurrents ne représentant pas moins de six
+pays: France, Russie, Italie, Angleterre, États-Unis, Belgique. Notre
+photographie donne une idée du spectacle curieux que présentait cette
+réunion extraordinaire d'aérostats de capacité et d'aspect divers, les
+uns prêts au «lâchez tout» et suspendus au-dessus des têtes, les autres
+à demi gonflés seulement, encore aplatis plus ou moins sur le sol.
+Quinze d'entre eux sont partis successivement, se dirigeant vers le
+nord-est; le plus long trajet a été effectué par M. Jacques Faure et le
+comte Rozen, avec l'aérostat_ la Kabylie, _qui est allé atterrir en
+Hongrie après avoir parcouru, à vol d'oiseau, une distance de 1.350
+kilomètres._
+
+
+
+[Illustration: L'Escurial, que visitera M. Loubet avant d'arriver à
+Madrid.]
+
+[Illustration: Le Palais Royal de Madrid, où résidera M. Loubet.]
+
+LES PALAIS D'ESPAGNE ET LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
+
+[Illustration: Cavaliers de l'escorte royale devant leur caserne.]
+
+[Illustration: Les hallebardiers, sur un palier de l'escalier d'honneur
+du Palais Royal.]
+
+M. LOUBET EN ESPAGNE
+
+Le Président de la République quittera Paris le 22 octobre, pour aller
+rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin
+dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrêtera à la station de
+l'Escurial pour déposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et
+visiter le Monastère Royal de Saint-Laurent de l'Escurial.
+
+Commencé et, en partie, achevé sous le règne de Philippe II (1584), cet
+énorme édifice forme un rectangle de 206 mètres sur 161 mètres. D'une
+architecture sévère, volontairement dépourvue d'ornements, campé à 1.100
+mètres d'altitude, sur une colline adossée à la Sierra de Guadarrama et
+dominant la vallée du légendaire Manzanarès, il présente de loin un
+aspect imposant. La partie centrale est occupée par l'église dont la
+crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a groupé
+le Palais Royal et le monastère avec toutes ses dépendances. On compte
+dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fenêtres, 1.200 portes, 86
+escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160
+kilomètres.
+
+Le Palais Royal de Madrid, où logera M. Loubet, date, du dix-huitième
+siècle; il a remplacé le palais incendié en 1734 et qui avait succédé à
+l'Alcazar des Maures. Il est bâti, comme l'Escurial, sur une hauteur
+dominant la capitale et la plaine où coule... parfois le Manzanarès.
+Entièrement construit en granit, avec des motifs décoratifs en une
+pierre spéciale imitant le marbre, flanqué de tours aux quatre angles,
+il séduit moins par les détails de son architecture que par la régulière
+ordonnance de ses lignes.
+
+On l'a édifié sur les plans d'un architecte de Turin, et la décoration
+intérieure, en général fort riche, accuse souvent l'influence du goût
+italien.
+
+Dans la salle du Trône où quatre lions en bronze doré gardent le
+souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en
+argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle
+de Girardini, brille un plafond en porcelaine à dessins japonais de
+l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Fêtes
+présente cette particularité peu banale que les murs, le plafond et le
+parquet sont en bronze et en marbre de différentes couleurs. Les
+appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnées par
+Ferdinand VII (1814-1833); et, des fenêtres, le regard embrasse, avec
+une grande partie de la ville, la plaine déserte fermée par la Sierra de
+Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler, à une quarantaine de
+kilomètres de distance, la silhouette de l'Escurial.
+
+[Illustration: LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trône.]
+
+
+
+[Illustration: Nelson blessé mortellement sur le pont du
+Victory.--_Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._]
+
+LE CENTENAIRE DE TRAFALGAR
+
+_L'Illustration_, rappelant l'autre jour le cinquantenaire du siège de
+Sébastopol, montrait comment les souvenirs de la guerre de 1855 en
+Crimée n'avaient pas empêché l'éclosion de l'alliance franco-russe. Les
+Anglais, qui célèbrent aujourd'hui le centenaire de Trafalgar veulent,
+de leur côté, que cette commémoration ne trouble pas le développement de
+l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre. Ils nous informent
+que le chant de _la Marseillaise_ alternera avec le _God save the King_;
+l'hymne des vaincus répondra, dans les fêtes et les cérémonies
+officielles, à l'hymne des vainqueurs. Cet hommage délicat du
+patriotisme britannique à ses anciens adversaires, la France, pays de la
+courtoisie et des traditions chevaleresques, saura l'apprécier. Ces
+sentiments des Anglais d'aujourd'hui revêtent même un caractère tout
+particulier, si l'on consent à examiner l'importance prédominante,
+unique, en quelque sorte, de Trafalgar dans l'histoire anglaise.
+
+Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les
+plus émouvants de l'histoire.
+
+En l'année 1805, la Grande-Bretagne se trouvait exposée au plus sérieux
+danger qu'elle eût peut-être couru. William Pitt, son ministre, avait
+rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement
+britannique osait engager contre Napoléon, l'indépendance, l'existence
+même de la nation anglaise étaient en jeu.
+
+[Illustration: Portrait de Nelson, par J Hoppner.]
+
+On sait comment Napoléon avait réuni une armée de 120.000 hommes au camp
+Boulogne, à 40 kilomètres à peine du rivage britannique. Sur son ordre,
+1.500 bateaux, destinés à transporter cette armée d'invasion de l'autre
+côté du détroit, avaient été groupés dans les ports de Calais, de
+Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les préparatifs de la descente en
+Angleterre étaient terminés. Qu'un vent favorable secondât la marche de
+la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'éloignassent pendant
+une semaine ou deux des côtes de France et d'Angleterre, et l'empereur
+franchissait le Pas de Calais, débarquant à 25 lieues de Londres.
+
+Quelle était la situation des flottes françaises et anglaises au
+commencement de l'année 1805? A Toulon se trouvait une escadre
+française, commandée par l'amiral Villeneuve, mais elle était surveillée
+et presque bloquée par une flotte anglaise placée sous les ordres de
+lord Nelson. Ce dernier avait établi sa base d'opérations dans la baie
+de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter à notre
+actif que Napoléon s'était acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait,
+un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos
+escadres, mais ils étaient dispersés dans les ports de Carthagène,
+Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol.
+
+Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes françaises.
+Une flotte anglaise que commande Calder bloque la côte espagnole, depuis
+Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en même temps de loin l'escadre
+française de Missiessy, qui se tient à Rochefort. L'amiral anglais
+Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se
+trouve enfermé, avec une troisième portion de nos forces navales,
+l'amiral Ganteaume.
+
+La situation était telle qu'aucun des amiraux français ne pouvait
+protéger le débarquement de l'armée de Boulogne, tandis que les amiraux
+anglais--deux d'entre eux, au moins--étaient en mesure de l'entraver par
+une rapide apparition dans la Manche.
+
+[Illustration: TRAFALGAR.-Le duel du Redoutable et du Victory.--_Dessin
+original de H. C. Seppings Wright._]
+
+Napoléon conçut alors un plan que l'amiral Jurien de la Gravière, bon
+juge en l'espèce, appelle «un trait du génie»: il prescrivait aux trois
+amiraux français de sortir, coûte que coûte, des ports de France et de
+s'en aller aux Antilles, entraînant après eux les escadres anglaises. Ce
+plan réalisé, la Manche, libérée pour un temps de la présence des
+vaisseaux britanniques, livrait tranquillement passage à la flottille
+transportant l'armée de Napoléon.
+
+[Illustration: Nelson blessé mortellement sur le pont du
+_Victory.--Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._]
+
+[Illustration: La campagne navale de 1805, qui a abouti à la bataille de
+Trafalgar.]
+
+Mais, même si l'Angleterre n'eût réussi ultérieurement à détourner
+contre l'Autriche l'armée réunie à Boulogne, les conceptions navales de
+l'empereur n'eussent pu être réalisées en temps voulu. Villeneuve
+parvint à entraîner Nelson aux Antilles. On peut voir sur notre carte
+Missiessy réussissant également à s'évader de Rochefort, en passant
+entre les escadres de Calder et de Cornwallis, et se dirigeant vers le
+lieu de rendez-vous. Malheureusement, Ganteaume ne peut rompre le blocus
+qui l'enserre dans Brest. La lecture de notre schéma montre en outre
+comment Villeneuve, pressé par Nelson, qui le suit comme à la piste, est
+obligé de revenir trop tôt, sans avoir pu combiner ses opérations avec
+Missiessy; comment ce dernier, dont la marche est lente, s'attarde aux
+Antilles et revient à Rochefort sans avoir coopéré efficacement à
+l'exécution du plan tracé par Napoléon. On voit enfin Villeneuve, fuyant
+devant Nelson, s'efforcer, en longeant la côte d'Espagne, de gagner
+Rochefort, dans l'espoir d'y retrouver Missiessy, et se heurtant à une
+escadre anglaise, celle de Calder, qui n'a pas bougé du Ferrol. Une
+bataille se livre au cap Finisterre entre Calder et Villeneuve: elle
+reste indécise, mais l'amiral français, intimidé par ce demi-échec,
+redoutant peut-être la présence d'une autre flotte anglaise devant
+Rochefort, se résout à revenir à Cadix. Quant à Nelson, certain
+désormais du retour de Villeneuve dans les mers d'Europe, il revient en
+hâte dans la Manche afin de s'opposer éventuellement à une apparition de
+Villeneuve dans les parages du Pas de Calais. C'est ainsi que nous
+trouvons Nelson à Portsmouth le 18 août, tandis qu'à pareille date
+Villeneuve rentrait à Cadix. Le plan de Napoléon avait donc échoué, mais
+rien n'était compromis pour l'avenir, tant que les escadres françaises
+existeraient intégralement. Malheureusement l'empereur, irrité de tous
+ces échecs, s'en prend à Villeneuve et lui ordonne de quitter Cadix, de
+revenir à Carthagène ou à Toulon, et de remettre en d'autres mains le
+commandement de son escadre. Humilié peut-être injustement, l'infortuné
+amiral crut de son devoir de se réhabiliter par une action d'éclat. Il
+attendit exprès, dit-on, pour tenter sa sortie, le retour de Nelson et,
+confiant dans la supériorité de ses forces (il avait sous ses ordres 40
+navires français et espagnols contre 32 à Nelson), il se laissa
+rejoindre par l'amiral anglais à la hauteur du cap Trafalgar...
+
+Lord Nelson était un terrible adversaire. Depuis douze ans, ce marin
+extraordinaire, le plus grand qu'ait jamais eu l'Angleterre, parcourait
+la Méditerranée, l'Atlantique, les mers du Nord, à la poursuite,
+c'est-à-dire à la destruction de toutes les escadres qu'avaient pu
+mettre sur pied la France et ses alliées. Déjà vainqueur dans trois
+batailles, à Aboukir, au cap Saint-Vincent, à Copenhague, il allait, à
+l'âge de quarante-sept ans, couronner sa carrière par une de ces actions
+d'éclat qui font les hommes immortels.
+
+On ne sait, en effet, ce qu'il faut le plus admirer dans cette vie de
+Nelson. Est-ce l'homme de guerre qui, par un privilège rarement accordé
+aux grands capitaines, ne connut jamais la défaite? Est-ce le héros,
+honoré par ses compatriotes plutôt comme un dieu que comme un homme pour
+avoir sauvé l'Angleterre au moment le plus critique de son histoire?
+Est-ce le stratégiste, le tacticien qui se haussa jusqu'au génie en
+portant l'art de la guerre navale à la perfection dans cette bataille
+même de Trafalgar où il devait mourir?
+
+Pour nous, obligé de nous limiter, nous aimerions seulement à expliquer
+de simple façon pourquoi la manoeuvre de Nelson fut un chef-d'oeuvre de
+tactique navale, pourquoi, malgré les transformations apportées à la
+marine de guerre par l'emploi de l'acier et de la vapeur, elle demeure
+aujourd'hui encore un modèle à imiter.
+
+La seconde carte que nous avons dressée à cet effet, d'après les
+documents des archives, de la Marine, la fera très bien comprendre.
+
+1° Il divise son armée navale en _deux colonnes parallèles_, afin de les
+enfoncer comme deux coins gigantesques à travers la flotte
+franco-espagnole qui s'avance perpendiculaire à sa direction.
+
+2° Il procède par _offensive foudroyante_, confiant dans l'originalité
+de sa formation de combat pour empêcher l'escadre ennemie d'y répondre
+d'une façon adéquate, en temps voulu.
+
+3° Il prescrit à ses capitaines de vaisseau de s'attaquer d'abord de
+préférence aux bâtiments amiraux. Lui-même donne l'exemple. Ayant son
+pavillon sur le _Victory_, il marche droit sur le _Bucentaure_, le
+vaisseau-amiral de Villeneuve. Seul, l'admirable dévouement du vaisseau
+français _Redoutable_, se jetant en avant du _Bucentaure_, sauve, pour
+un temps, Villeneuve, et donne lieu au duel, resté légendaire, du
+_Victory_ et du _Redoutable_.
+
+4° Afin d'utiliser la meilleure disposition de sa voilure et du gréement
+de ses navires, Nelson _choisit pour s'avancer le sens du vent_. Ses
+navires marchent serrés l'un derrière l'autre, à 12 noeuds de vitesse.
+La flotte franco-espagnole se déplace au contraire lentement. Elle est
+disposée sur une ligne de 5 milles de longueur, et il est évident que
+les deux extrémités ne pourront porter secours aux bâtiments du centre
+avant que ceux-ci soient entourés.
+
+5° Nelson laisse à ses sous-ordres toute latitude dans l'exécution
+ultérieure des manoeuvres dont il s'est contenté de leur énoncer le
+principe. Il sait qu' une fois la bataille commencée, les signaux venant
+du navire amiral ne seront plus visibles et que chacun devra agir
+suivant son inspiration.
+
+La bataille fut décisive et sans appel au point de vue du résultat; mais
+les deux nations y éprouvèrent des pertes sensibles. Nelson, vainqueur,
+était tué; Villeneuve, vaincu, fut fait prisonnier. L'Angleterre était
+sauvée, mais elle perdait son sauveur. La France perdait sa flotte et,
+avec elle, la suprématie maritime qui, jointe à la puissance militaire
+qu'elle acquérait alors sur le continent, lui eût valu l'empire du
+monde.
+
+[Illustration: J.-J.-E. Lucas, commandant le _Redoutable_ à Trafalgar.]
+
+[Illustration: Amiral Gravina, commandant la flotte espagnole à
+Trafalgar.]
+
+[Illustration: Amiral Villeneuve, commandant la flotte française à
+Trafalgar.]
+
+[Illustration: La tactique de Nelson à Trafalgar.]
+
+
+
+L'IMPÉRIAL CAUCHEMAR
+
+_«Garde au Rhin! Le fleuve, cher à nos ancêtres, doit l'être à
+nous-mêmes, le même que l'artère-aorte, qui subit l'impulsion des
+mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas située au
+centre de l'être humain, de même le fleuve rhénan, artère-aorte de la
+Germanie, n'a pas été placé par le Créateur au centre de notre patrie.
+Mais voici que, par un de ces avertissements mystérieux que la
+Providence m'a envoyé pour être transmis à mon peuple, je sais quel est
+le rêve de nos ennemis et comment ils méditent de nous frapper à mort
+par ce conduit vital à notre armée...»_ (Paroles de Guillaume II à la
+prestation du serment des recrues de la marine de 1905, à Kiel.)
+
+Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu
+comprises au moment où elles furent prononcées, ont été fort peu
+commentées par la presse? Quel était ce singulier «avertissement divin»?
+Sous quelle forme s'était-il manifesté? Etait-ce un songe, comme le
+rédacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque
+vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II?
+
+Quoi qu'il en soit--fiction ou réalité, songe impérial ou fantaisie de
+publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef
+de l'énigme de ces paroles incomprises, dont l'importance égale le
+mystère.
+
+GUILLAUME RÊVE...
+
+... Le «Grand Soir» (1) était venu. L'Ange rouge de la guerre étendait
+ses ailes sur 150 millions d'hommes.
+
+ (1) Expression favorite de Guillaume II pour indiquer le jour
+ attendu où éclatera la guerre avec l'Angleterre.
+
+Les ambassadeurs d'Allemagne, rappelés, quittaient Londres et Paris. A
+Berlin, une foule immense, ivre de joie, envahissait le _Tempelhof,
+Unter den Linden_, la _Sieges-Allée_, applaudissant aux victoires
+futures des aigles germaniques.
+
+A la même heure, s'exécutait le complot tramé depuis longtemps par les
+ennemis de l'Allemagne. Avant la déclaration officielle de la guerre, ce
+même soir, dans la demi-obscurité des brouillards de la Néerlande, une
+flottille de vingt torpilleurs, empruntée hâtivement aux centres de
+défense mobile de Dunkerque, Calais, Douvres! Rosyth, se donnait
+rendez-vous à l'île de Goorée, à l'embouchure du Rhin. S'engageant
+audacieusement dans le bras du fleuve, sous le regard étonné de quelques
+pêcheurs zélandais qui les prirent pour des bateaux de guerre de leur
+pays, les torpilleurs anglais et français remontèrent le Rhin. Le
+territoire hollandais fut traversé en cinq heures de navigation. Soit
+complicité, soit indifférence, soit ignorance des autorités
+hollandaises, la flottille ennemie, marchant à la vitesse réduite de 10
+noeuds, put arriver à la frontière allemande, sans avoir été signalée.
+
+Il était 10 heures du soir. Une brume intense couvrait le Rhin. Aucune
+étoile au ciel, pas une lumière sur le fleuve. La circulation des
+navires avait été arrêtée, en prévision des besoins de la mobilisation.
+Les petits bâtiments ennemis s'avançaient, tous leurs feux masqués,
+conduits avec une singulière sûreté de main, par quelques pilotes
+alsaciens ou hollandais, accoutumés aux sinuosités des flots rhénans.
+
+Vers une heure du matin, le torpilleur de tête «reconnaissait» le pont
+de Wesel, qui relie cette ville à l'île Buderich et au fort Blücher.
+Bientôt les torpilleurs passaient sous le pont grandiose qui met en
+communication les voies ferrées de la rive gauche avec celles de la rive
+droite. Ils se suivaient à 400 mètres environ les uns des autres,
+communiquant par un fil téléphonique. Tout à coup, dans la nuit noire,
+une effroyable explosion réveilla Wesel. Les ponts du Rhin, secoués
+comme par un tremblement de terre, venaient de s'affaisser. D'énormes
+masses de pierre et de fer retombèrent dans le fleuve avec un bruit
+formidable. Que s'était-il passé?... Simplement ceci: les deux
+torpilleurs d'arrière-garde, numéros 19 et 20, avaient lancé contre les
+soubassements du pont deux torpilles de 450 millimètres...
+
+Invulnérables aux coups que les batteries des forts dirigent contre eux
+sans les voir, protégés à tous les regards par les ombres de la nuit et
+par l'inattendu de leur entreprise, les petits navires poursuivent leur
+voyage de destruction.
+
+A 2 heures du matin, le pont de Ruhrort est franchi. Une torpille le
+détériore et le rend impraticable à la circulation des trains.
+
+A 3 heures, c'est celui de Rheinhausen à Mulheim. En vain, les
+sentinelles font-elles jouer les projecteurs des tours placées à chaque
+extrémité du pont, elles entrevoient trop tard la vague silhouette des
+vaisseaux fantômes perdus dans le brouillard.
+
+[Illustration: Le cours du Rhin, depuis son embouchure, en remontant
+jusqu'à Mannheim.]
+
+Cependant, en prévision du jour qui va poindre, la petite flottille
+force de vitesse. Il s'agit pour elle d'arriver au pont de Cologne, de
+traverser cette ville, avant que l'alarme ait été donnée. Vers 5 heures,
+les habitants de cette grande cité allemande apercevaient, avec le plus
+compréhensible étonnement, des bateaux de forme inconnue, arborant des
+pavillons étrangers, évoluer sous le pont de Cologne à Deutz. O
+stupéfaction! Ce chef-d'oeuvre de l'art architectural, ébranlé par trois
+ou quatre explosions, ne s'effondrait pas complètement dans le fleuve,
+mais il prenait une position inclinée qui le rendait inaccessible. En
+même temps, le «pont de bateaux», situé à côté, servait de point de
+mire, avec ses deux paires de rails et ses appareils d'aiguillage, aux
+canons de 47 millimètres et de 76 millimètres des navires étrangers.
+
+«L'ennemi! L'ennemi!» crièrent les bateliers.
+
+Mais déjà la flottille, virant de bord, avait rebroussé chemin.
+Maintenant elle descendait le Rhin, cherchant évidemment à s'échapper
+par le chemin qu'elle avait pris pour venir et comptant passer sous les
+arceaux non détériorés des ponts. Elle n'alla pas loin... Signalée par
+le télégraphe, elle fut bientôt détruite par les batteries d'artillerie
+qu'on amena en toute hâte de Neuss, de Dusseldorf, de Wesel. Le dernier
+torpilleur s'échoua sur un barrage placé en travers du fleuve, et il fut
+capturé.
+
+A 8 heures, tout danger semblait écarté. Un télégramme rassurant,
+transmis à Berlin, annonçait l'échec relatif de l'audacieuse entreprise.
+Une demi-douzaine de ponts avaient été détruits, mais un ou deux
+seulement étaient essentiels à la mobilisation. Simple alerte, sans
+doute, et heureusement sans gravité.
+
+Or, voici qu'à 10 heures du matin, le pont de Coblentz, surveillé par
+tout un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie et six
+batteries d'artillerie, était secoué déjà base au tablier, comme si
+quelque main gigantesque, émergeant du fleuve, l'eût tordu de son
+étreinte. Et même cause toujours: explosion de torpille. Un quart
+d'heure après, le pont sur la Moselle, non loin du confluent de cette
+rivière avec le Rhin, suivait le déplorable exemple des ponts rhénans.
+L'importante voie ferrée de Coblentz à. Trêves était interrompue.
+
+Cependant, aucun navire suspect n'avait été aperçu, ni à Bonn, ni à
+Neuwied! Les riverains affirmaient que la partie navigable du Rhin, à
+cet endroit, était trop peu large pour que des torpilleurs de 40 mètres
+de longueur aient pu glisser inaperçus, en plein jour. Un vieux
+capitaine retraité émit l'idée que ce pouvaient être des _vedettes
+lance-torpilles_. «La France, dit-il, possédait des bateaux de ce type,
+destinés soit à être embarqués et débarqués en pleine mer, soit à faire
+la police des rivières. Peut-être deux ou trois accompagnaient-ils la
+flottille et, au lieu de tenter de s'échapper par la fuite, ce que leur
+médiocre vitesse ne leur eût pas permis, ils avaient continué leur
+voyage, espérant se dissimuler derrière les berges élevées ou les
+îlots... Ils ne peuvent pas aller loin», ajouta sentencieusement le
+capitaine retraité.
+
+Six heures du soir sonnaient à la cathédrale de Mayence. Les recherches
+effectuées le long du fleuve, vers Saint-Goar, Bingerbrueck, n'avaient
+donné aucun résultat. Les moins optimistes finissaient par admettre que
+les vedettes porte-torpilles avaient dû couler à fond, ou s'enliser
+quelque part dans les roseaux. Hélas! de nouvelles explosions furent la
+réponse à cette conviction prématurée. Un trou énorme, dans lequel les
+eaux se précipitèrent en bouillonnant, venait de se creuser autour des
+piles du pont de Gustavsburg, à Laubanheim, en amont du fleuve. Le
+plafond, cédant sous le poids de l'édifice, en déplaçait l'assiette et
+le rendait impraticable à tout transport. En outre, le déplacement de
+l'axe du pont exigeait une réfection totale de la construction, longue
+et dispendieuse.
+
+Quelques minutes après, le pont de l'île Peters-Aüe subissait le même
+sort...
+
+Naturellement, on se perdait en conjectures sur ces inexplicables
+attentats. Les uns parlaient de «scaphandriers mystérieux descendus dans
+le fleuve quelques jours auparavant». N'auraient-ils point posé, sous
+les culées, des mines reliées électriquement à quelque transport de
+batellerie, habité par un espion? D'autres parlaient de complicité
+anarchiste.
+
+Tout à coup, l'un des assistants se frappa le front: «_Eurêka_, fit-il.
+Ce sont des submersibles, des sous-marins qui ont fait le coup!... Les
+Anglais et les Français ont lâché leurs torpilleurs sous-marins dans les
+eaux du Rhin!»
+
+C'était vrai. Parmi les torpilleurs qui avaient accompli leurs nocturnes
+forfaits jusqu'à Cologne, la moitié étaient des submersibles du type
+français _Aigrette_. Naviguant à la surface comme des torpilleurs
+ordinaires, doués d'une vitesse de 10 à 12 noeuds, ils avaient
+accompagné jusqu'à Cologne la flottille des torpilleurs ordinaires.
+Lorsque ceux-ci, vers le matin, durent reprendre la route du nord, les
+submersibles s'étaient laissé descendre silencieusement sous les 5 à 7
+mètres d'eau du Rhin. Ils avaient continué leur chemin vers le sud,
+signalant leur passage à Coblentz et à Mayence.
+
+Les moteurs de ces redoutables monstres ayant été construits pour leur
+permettre de parcourir 500 milles marins à la surface de l'eau et 80
+milles en plongée, avec faculté de recharger leurs accumulateurs, il est
+évident qu'ils pouvaient ainsi aller jusqu'à Bâle. Leurs seules
+préoccupations devaient être de se maintenir dans le chenal navigable et
+de vaincre le courant de plus en plus violent du fleuve. Ce n'était
+qu'une question de pilotage, après tout.
+
+En attendant, l'objectif immédiat des sous-marins était
+incontestablement le grand pont de Mannheim sur lequel passe
+l'importante voie ferrée de Heidelberg à Kairserslautern. On envoya
+immédiatement des éclaireurs dans cette direction, le long du Rhin. Mais
+la nuit était venue. Les bateaux sous-marins, obligés de se laisser
+remonter à la surface pour renouveler l'air respirable (les équipages
+avaient dû rester en vase clos toute une journée), prirent la précaution
+de ne laisser émerger au-dessus des eaux que le dôme et la passerelle;
+et c'est ainsi que, sur ce fleuve de 400 mètres de largeur parsemé
+d'îlots et de roseaux, méandrique, fréquemment divisé en bras nombreux,
+le passage, dans la nuit, de ces minuscules bâtons flottants fut
+imperceptible. Ils ne plongèrent que pour ne pas être aperçus au pont de
+bateaux de Worms.
+
+A Mannheim, on veillait. Il avait été décidé que, coûte que coûte, on
+arrêterait la maudite flottille. On imagina d'abord de tendre, d'un bord
+du Rhin à l'autre, un filet aux rigides mailles de fer, retenu
+verticalement par des ancres au lit du fleuve, perpendiculairement au
+courant. En arrière, une ligne de torpilles de blocus flottait entre
+deux eaux. Enfin, de chaque côté de l'édifice, furent entassés des
+barques vides ou pleines, des échafaudages, des pontons, tout ce qui
+pouvait être de nature à provoquer loin du pont l'éclatement des
+torpilles lancées par les sous-marins, au cas où ceux-ci parviendraient
+à franchir le double obstacle du filet et du chapelet des mines.
+
+Vain stratagème! Les ennemis étaient résolus à tous les sacrifices pour
+remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne
+fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient à 400 mètres de distance, reliés
+les uns aux autres par un petit câble téléphonique, le sous-marin
+d'avant-garde, dès qu'il sentit la résistance opposée par les mailles du
+filet, avertit son «matelot d'arrière». Le sous-marin n° 2 opéra
+immédiatement sa retraite, imité successivement par ceux qui le
+suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'élan, il
+coupe facilement le filet avec son étrave. Audacieusement, il pousse en
+avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines
+explose. Le fleuve est secoué dans toute sa largeur. Les eaux, projetées
+à une grande hauteur, saisissent, enlèvent et retournent comme une
+coquille de noix l'audacieux petit bâtiment, qui retombe lourdement dans
+le fleuve pour trouver là sa dernière demeure. Tout autour du pont, les
+flots agités par l'explosion entraînent aussi ce qui avait été accumulé
+à grand'peine pour écarter le danger des torpilles. La place est bientôt
+nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et échafaudages. Les
+invisibles assaillants laissent écouler au-dessus d'eux tous ces
+obstacles qui devaient les arrêter. Une heure, deux heures se passent.
+Pendant que Mannheim, rassuré, escompte la destruction de la flottille
+satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu à peu leur
+tranquillité et leur direction naturelles, ne risquent plus de gêner la
+trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau
+bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont
+de Mannheim, orgueil de la cité, était atteint mortellement. La même
+cause avait produit le même effet.
+
+[Illustration: Le cours du Rhin, au sud de Mannheim, en remontant
+jusqu'à Bâle.]
+
+Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La
+profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile à
+remonter. Il était 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent à la
+surface, profitant du reste de la nuit pour gagner, à la plus grande
+vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongèrent qu'une seule fois: sous
+le pont de bateaux de Spire qu'ils laissèrent intact, tant ils avaient
+hâte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne à voie double de
+Bruchsal à Landau.
+
+A Germesheim, le télégraphe et le téléphone ne cessaient de fonctionner.
+Toute la population était sur pied: le bourgmestre, la police, la
+gendarmerie, les pompiers, sans compter l'armée qui formait autour de
+l'édifice menacé une triple ceinture de sauvegarde. «Vous aurez leur
+visite vers 7 heures du matin», avait dit une dépêche de Mannheim. Des
+bateliers furent envoyés en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons
+de cavalerie évoluèrent le long de chaque rive; un ballon captif fut
+détaché à 50 mètres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des
+meilleurs pour apercevoir des bâtiments naviguant en immersion.
+
+Les précautions semblaient bien prises. Malheureusement, les
+sous-marins, marchant à la surface, ne mirent que deux heures à
+parcourir le trajet, qui aurait exigé quatre heures en plongée. Signalés
+par les bateliers, vers Heiligenstein, à moitié chemin entre Spire et
+Germesheim, la pâle clarté du matin leur permit de s'immerger sans avoir
+été atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage.
+Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du
+fleuve ne laissaient même pas apercevoir le périscope des sous-marins
+flottant sur l'eau.
+
+Dans ces conditions, quelle défense possible pour le pont de Germesheim?
+Aucune. Il fut «exécuté» à 6 heures du matin. Quelques scaphandriers,
+partis du sous-marin d'arrière-garde, s'en allèrent accrocher deux
+cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du
+fleuve. Un double courant électrique fit éclater les deux bombes, et
+d'un édifice monumental qui avait coûté 4 millions de francs, il resta
+une masse tordue, informe. C'était le pont de Germesheim, après la
+visite de ses ennemis.
+
+Ce ne fut qu'un cri de colère dans la cité quand trois dépêches,
+arrivant coup sur coup, annoncèrent que le pont de Kreuznach, près du
+confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de
+Francfort-du-Mein, à 40 kilomètres de l'endroit où le Mein se jette dans
+le Rhin, enfin celui du Neckar, à Heidelberg, attaqués de la même
+manière, avaient subi un sort pareil. «Ils sauteront tous»! disaient les
+uns.--«On a lancé des sous-marins dans tous les fleuves allemands»,
+disaient les autres. Quelques-uns, plus réfléchis, essayèrent de faire
+comprendre aux affolés que les bateaux fantômes qui remontaient
+maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient à la même
+flottille et étaient venus par le Rhin lui-même. Personne ne voulait
+croire cette explication si simple.
+
+Tel était le découragement qu'on ne songeait plus même à poursuivre ceux
+qui, après avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une
+régularité d'horloge, leur affreuse odyssée sur le fleuve. «Ils
+arriveront ce soir au pont de Kehl!» s'écriaient les gens d'un air
+moitié furieux, moitié résigné.
+
+La prédiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus
+que trois submersibles. Il était, en outre, manifeste que son
+approvisionnement en vivres et en torpilles était épuisé. La fatigue des
+équipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevèrent leur
+_raid_ étonnant en détériorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait
+communiquer Rastatt et Haguenau.
+
+Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient
+accompli. Ils furent coulés. Le troisième, victime de quelque accident
+intérieur, ne put s'immerger. Il alla s'échouer sur un îlot, à 10
+kilomètres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhénans, cinq seulement
+restaient intacts: Strasbourg à Kehl, Marckolsein à Saspach, Neu-Brisach
+à Vieux Brisach, Nuenbourg à Bantzenheim, et le pont de Huningue!
+
+... Cinq jours s'étaient passés depuis la déclaration de guerre. La
+mobilisation était terminée; le transport des troupes commençait. Plus
+de mille trains s'échelonnaient le long des voies ferrées des États de
+l'empire, à destination de la frontière de Lorraine. Et tous ces convois
+s'arrêtaient, les uns après les autres, immobilisés sur la rive droite
+du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du génie
+s'employaient à remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de
+pierre ou de fer si malencontreusement détruits; les bacs-trailles, les
+remorqueurs, les barques elles-mêmes pouvaient être utilisés. Mais un
+temps précieux était perdu que l'ennemi utilisait en prenant déjà
+l'offensive.
+
+C'étaient des trains entiers, soit à alléger de moitié, soit à décharger
+complètement. C'était un transbordement interminable de batteries de
+campagne, de mortiers de siège, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le
+grand état-major allemand se résignait, en désespoir de cause, à
+bouleverser tout le plan de mobilisation et à détourner, sur les chemins
+de fer à une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des
+trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui était plus
+grave, les procédés méthodiques allemands, mis en défaut par un tel
+désarroi, ne trouvaient rien d'original pour débrouiller le chaos.
+
+Enfin, après presque une semaine de retard, la circulation de ces
+millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se
+répand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se
+produisent encore le long du fleuve. Çà et là retentissent des
+craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives,
+s'arrêtent éventrés par un engin mystérieux; les radeaux, les ponts de
+bateaux sont coupés en deux et submergés; les barques de pêcheurs
+elles-mêmes sont projetées en l'air dans d'effroyables trombes d'eau;
+les ponts d'Alsace, laissés intacts par les sous-marins, s'écroulent
+avec fracas.
+
+Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les
+eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô
+horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille
+peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?...
+On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus
+des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de
+départ, sont inconnus.
+
+Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand
+le mal eut été accompli.
+
+Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de
+Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique
+d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec
+l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient
+commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus
+employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à
+assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150
+kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé,
+lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos
+maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les
+administrations française et anglaise prissent livraison de la commande.
+Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le
+directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais
+et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent
+livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers.
+Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve...
+
+Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est
+la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables
+_mv_ dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques
+secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou
+les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent
+contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis,
+d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en
+vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à
+ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre
+déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin
+bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de
+20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils
+sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible
+de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la
+mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant
+sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par
+les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et
+huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le
+Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur
+contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy...
+
+Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé,
+contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin
+retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille
+Gaule...
+
+J. DELAPORTE.
+
+
+
+NELSON EN FRANCE
+
+UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER
+
+Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu
+à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et
+beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se
+manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On
+ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin
+britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre
+française, la petite ville de Saint-Omer.
+
+Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de
+marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le
+capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme
+prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société
+françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba
+amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune
+femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à
+Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces
+lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et
+j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon
+coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais
+être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille
+d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a
+tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais
+pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus
+actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et
+cette belle personne n'a rien à elle...»
+
+Il est à croire que cet attachement abrégea le séjour de Nelson à
+Saint-Omer et que le jeune officier, peu renté, fort ambitieux déjà et
+conscient de ses destinées, s'éloigna hâtivement de cette ville pour
+fuir en même temps la tentation d'un mariage d'amour.
+
+
+
+M. AUGAGNEUR
+
+Le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar, actuellement en
+France, ayant demandé à être relevé de la haute fonction qu'il occupait
+depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, député du Rhône, qui est désigné
+pour lui succéder.
+
+Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a été envoyé à la Chambre, au cours
+de la présente législature, par les électeurs de la 5e circonscription,
+en remplacement de M. Philippe Krauss, décédé. Bien que siégeant parmi
+les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de
+certaines exigences de son parti et fait preuve, à la tête de
+l'importante municipalité lyonnaise, de solides qualités
+d'administrateur.
+
+[Illustration: M. Augagneur, maire et député de Lyon, futur gouverneur
+de Madagascar.--_Phot. Bellingard._]
+
+[Illustration: UN ÉPISODE DU SÉJOUR EN FRANCE DE NELSON EN 1784 Le futur
+vainqueur de Trafalgar rencontre, sur la promenade publique de
+Saint-Omer, une jeune Anglaise dont il devient amoureux. _Dessin de R.
+Caton Woodville.--Voir l'article à la page ci-contre._]
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LE TIMBRE DU ZAMBÈZE.
+
+Pour commémorer la visite de la British Association aux chutes de
+Victoria et l'inauguration, à travers la rivière de Zambèze, d'un pont,
+merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projetée du Cap au
+Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'émettre une série de
+timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings.
+
+[Illustration:]
+
+Tous ces timbres sont du même type; ils représentent une vue des chutes
+de Victoria surmontées de _British South Africa Company_ en deux lignes;
+aux angles supérieurs le millésime 1905 et, aux angles inférieurs, la
+valeur dans des cartouches en forme d'étoiles.
+
+LA DOMESTICATION DES POISSONS.
+
+Un médecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser
+visiblement des poissons. Cette idée lui est venue à Lugano, où il
+faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'était
+séparée du lac que par des murs en pierres entassées les unes sur les
+autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150
+individus, provenant de cinq ou six pontes différentes. Pour se rendre
+favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillité en
+prenant son bain, l'observateur suisse eut l'idée de passer, chaque
+matin et chaque soir, une heure immobile à l'eau. Il s'asseyait, avec de
+l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignées de
+pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait,
+malgré l'immobilité qu'il s'était imposée. Après quelque temps,
+toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au
+point de venir happer un peu du pain qui leur était offert. L'exemple
+fut bientôt suivi par les aînées et, au bout de peu de temps, le
+baigneur, dès qu'il entrait à l'eau, était entouré de toute la bande qui
+venait se régaler du pain dont celui-ci était toujours muni. Les
+poissons n'éprouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils
+circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune
+difficulté. C'était pour eux un jeu, et le jour où, pour les
+photographier, on étala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un
+arrière-plan approprié, on eut toutes les peines du monde à leur faire
+comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer à cache-cache.
+
+L'ARBRE À CRAYONS.
+
+L'arbre dans le quel on découpe les crayons tend à disparaître: on en
+consomme trop. C'est un cèdre rouge, haut de 20 à 25 mètres, jadis très
+abondant en Amérique où il croît du golfe du Mexique au Canada et de
+l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dégénérant de qualité du sud
+au nord et de l'est à l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois
+des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses
+réserves commencent à s'épuiser et le gouvernement des États-Unis se
+préoccupe de la situation. D'ailleurs, tout en préférant les climats
+chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort différentes; quelques
+plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine
+d'années, ont assez bien réussi.
+
+Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogène et parfumée est si
+agréable à caresser avec le canif, présente en outre des qualités de
+solidité qui le font aussi rechercher pour les poteaux télégraphiques,
+les constructions navales, les traverses de chemins de fer,
+l'ébénisterie, etc. La crise, dès lors, s'explique mieux.
+
+LES BASSINS FILTRANTS DU MONT VALÉRIEN.
+
+Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la
+route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref
+délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable
+la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus
+perfectionné établi jusqu'à ce jour.
+
+Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré
+comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais,
+comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en
+suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense
+appréciable.
+
+Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou
+reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la
+déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au
+bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant
+pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau
+passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes
+et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre
+filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout
+d'un mois et demi.
+
+Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau
+puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté
+supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre
+premiers, formant le groupe des _dégrossisseurs_, contiennent des lits
+de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent
+ensuite: un _préfiltre_, garni de sable de 4 millimètres et de petit
+gravier; puis le _filtre_, où la couche principale est formée de sable
+passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à
+la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des
+appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés
+devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée.
+
+L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur
+la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis
+que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant
+d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre
+cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de
+bacille _coli_. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les
+habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les
+Parisiens.
+
+UN COSTUME INSUBMERSIBLE.
+
+Beaucoup de personnes se rappellent peut-être le nom du capitaine
+Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir
+sans le moindre effort à la surface de l'eau. Après avoir obtenu un
+grand succès de curiosité à l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et
+encombrant, fut considéré comme n'offrant aucun intérêt pratique. M.
+Dévot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait,
+depuis plusieurs années, à perfectionner l'invention américaine. Il est
+arrivé à combiner un costume d'amphibie, à la fois simple et léger, dans
+lequel il se trouve aussi à l'aise pour franchir un fleuve que pour
+traverser une forêt. Etendu sur le dos, armé d'un fusil et d'un
+revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras, à moins qu'il
+préfère y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs,
+et continue sa route sans avoir besoin de «se changer».
+
+M. Dévot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains
+services en temps de guerre, et il va le soumettre à l'autorité
+militaire.
+
+[Illustration: Le costume insubmersible de M. Dévot. _Phot. Hoffman._]
+
+LA RÉSISTANCE DU COEUR AUX BLESSURES.
+
+On est habitué à considérer le coeur comme un organe extrêmement
+sensible et qui ne pourrait être touché par un corps étranger sans que
+la mort s'ensuivît.
+
+Or la chirurgie moderne reconnaît à cet organe une grande tolérance; non
+seulement on peut pratiquer des opérations sur le coeur, mais encore
+celui-ci résiste à de très graves traumatismes.
+
+Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une
+mortalité de 60%, ce qui représente plus d'un tiers de guérisons.
+
+Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut à rechercher dans le coeur
+une balle que s'était tirée une jeune fille. Il n'arriva pas à la
+trouver, malgré des recherches nombreuses et la palpation énergique du
+coeur. Or la malade survécut, non seulement à la balle, que la
+radioscopie révéla comme étant dans l'épaisseur même de l'organe, mais
+encore aux longs examens du chirurgien, à l'intérieur même du péricarde!
+
+Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hémorragie abondante
+qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le
+péricarde et la compression finit par provoquer l'arrêt cardiaque; et,
+quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort
+survient encore rapidement par le défaut d'irrigation nutritive de
+l'organe.
+
+Mais, en dehors de ces conditions, on peut espérer la guérison.
+
+Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il
+suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le
+massage du coeur pour voir se rétablir les fonctions de cet organe,
+l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas à cesser.
+
+En réalité, cela revient à dire qu'il est possible de revenir d'une mort
+subite par arrêt du coeur.
+
+LA CONSERVATION DE LA PIERRE ET DU MÉTAL.
+
+Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prétend avoir découvert un
+liquide chimique qui mettrait certaines substances à l'abri des injures
+du temps, en même temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches
+lui auraient été suggérées par un voyage en Grèce, au cours duquel il
+remarqua que le mortier des édifices en ruine, de plus de deux mille
+ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait été de l'année
+précédente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina,
+et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les
+recherches qui ont abouti à la découverte, à l'invention d'un liquide
+jaune, nommé zorène, dont on n'indique point la composition, mais qui
+posséderait toutes les vertus. Ce zorène serait un durcissant
+incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empêcherait aussi
+les matériaux d'absorber l'humidité; il rendrait inoxydables les métaux.
+En même temps il permettrait de créer des routes ne donnant pas de
+poussière,--ce qui est une façon de parler. Le zorène associé aux
+scories fournirait des chaussées presque éternelles et si dures que les
+véhicules auraient de la peine à les entamer. Si tout cela est vrai, le
+zorène a une belle place à prendre.
+
+POUR PURIFIER LA FUMÉE DE TABAC.
+
+Les divers procédés suggérés de temps à autre pour purifier la fumée de
+tabac présentent généralement deux points communs: ils ont la prétention
+d'enlever au tabac _tous_ ses principes nocifs et ils exigent une
+cuisine plus ou moins compliquée.
+
+Un chimiste allemand, moins absolu que ses précurseurs, propose une
+solution d'une extrême simplicité: elle consiste à placer, soit dans le
+tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit
+tampon d'ouate imbibé de perchlorure de: fer. D'une longue série
+d'expériences, M. Thoms se croit autorisé à conclure que cette
+filtration élimine totalement l'hydrogène sulfuré et l'huile essentielle
+empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses
+produits de décomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne
+saurait, ajoute-t-il, éliminer toute la nocivité sans éliminer le
+plaisir.
+
+La vapeur du perchlorure n'est pas vénéneuse, et, comme elle n'est pas
+entraînée; par la fumée filtrée, il semble qu'elle ne doive pas influer
+sérieusement sur l'arôme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a
+l'esprit de décliner sa compétence et de s'en rapporter à celle des
+fumeurs.
+
+UNE EXPLOSION D'ACÉTYLÈNE.
+
+Un grave accident a mis dernièrement en émoi la ville de Montélimar,
+dans des circonstances qu'il est intéressant de signaler.
+
+M. Brun, pharmacien-chimiste, propriétaire d'une superbe villa, de
+construction récente et dont les travaux sont à peine achevés, y avait
+installé un appareil à acétylène, fonctionnant de manière à ne laisser
+dégager le gaz qu'au fur et à mesure de la consommation. Le 9 octobre,
+il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil,
+lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagnée
+d'une formidable détonation, entendue à plusieurs kilomètres de
+distance. En même temps, les persiennes et volets, réduits en miettes,
+étaient projetés au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles
+en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du bâtiment
+s'était écroulé, et telle avait été la violence de la répercussion qu'il
+ne restait plus trace de vitres aux fenêtres des habitations voisines.
+
+On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne à déplorer; mais, si
+le sinistre était advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de
+M. Brun et les domestiques eussent été ensevelis sous les décombres.
+
+[Illustration: Villa écornée par une explosion d'acétylène à
+Montélimar.]
+
+Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables, et l'on peut les
+évaluer au moins à une centaine de mille francs; car, sans compter la
+partie de la maison entièrement détruite, la partie demeurée debout est
+lézardée et atteinte dans ses oeuvres vives.
+
+Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothèse la plus probable est
+celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait
+négligé de fermer un robinet dit «de purge»; d'où une fuite du gaz, qui
+se serait accumulé en grande quantité dans les sous-sols, cependant bien
+aérés.
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+Nous publions, avec ce numéro, la première partie du _Don Quichotte_
+représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement
+littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de
+vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin;
+ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame
+héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de
+Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs,
+la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure
+falote une silhouette inoubliable.
+
+Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, _Toison
+d'or_, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs.
+C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre
+tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées:
+grand succès personnel pour M. Raimond.
+
+_Le bonheur, mesdames!..._ la comédie légère de M. Francis de Croisset,
+aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès
+revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de
+l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes
+Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et
+Prince, décuple la valeur d'une oeuvre.
+
+Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot). «DON QUICHOTTE», DE
+M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS
+
+_Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en
+vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans
+notre prochain numéro._
+
+[Illustration: Vassilissa. Natacha.
+
+
+
+Une scène de la pièce de Maxime Gorki: _Dans les Bas-Fonds.--D'après une
+photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou._]
+
+«DANS LES BAS-FONDS»
+
+Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par
+toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime
+Gorki: _Dans les Bas-Fonds_. La version française de M.
+Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à
+la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à
+l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et
+tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes
+Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même
+temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc.
+
+Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes
+artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner,
+le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique,
+les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska
+Pepel.
+
+La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au
+Théâtre Artistique de Moscou, où les _Bas-Fonds_ furent créés sous la
+direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises:
+Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que
+Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.
+
+
+
+[Illustration: Le prince Serge Troubetzkoï.--_Phot. Smirnof._]
+
+Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse.
+
+LE PRINCE SERGE TROUBETZKOÏ
+
+Le parti libéral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages
+et les plus respectés, l'un des hommes en qui il avait mis le plus
+d'espérances: le prince Serge Troubetzkoï.
+
+Issu d'une famille très aristocratique--un de ses frères est maréchal de
+la noblesse de Moscou--il s'était, avec son autre frère Eugène, voué à
+l'enseignement. Il professait à l'Université de Moscou. Son savoir
+étendu, la merveilleuse clarté de son esprit et, peut-être plus que tout
+cela, un rare talent de parole lui avaient donné sur le corps enseignant
+un ascendant considérable et conquis, parmi les étudiants, une
+enthousiaste popularité. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Université les
+temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que
+les élèves désertaient les cours, que les professeurs abandonnaient
+leurs chaires plutôt que de subir les entraves que leur voulait imposer
+le pouvoir, le prince Serge Troubetzkoï fut-il, par un vote unanime de
+ses collègues, élu recteur. Lourd et périlleux honneur, dans de telles
+circonstances! Il ne s'y déroba point.
+
+Après avoir, dans une entrevue récente, exhorté au calme les étudiants,
+avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par
+d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission
+qu'il allait remplir, il se rendait à Saint-Pétersbourg pour plaider,
+auprès du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant
+général Trépof, la cause des deux libertés qui lui étaient si chères: la
+liberté de réunion, la liberté d'enseignement.
+
+Le prince Troubetzkoï était malade, exténué par les fatigues de tout
+genre que lui avaient imposées et ses fonctions à l'Université et la
+part très active qu'il prenait aux travaux du Comité permanent des
+zemstvos. Cela même ne l'arrêta pas. Il commença ses démarches.
+
+Le jeudi 12 octobre il avait remis au général Glasof, ministre de
+l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des idées qui lui
+tenaient au coeur, des réformes qu'il sollicitait. Le général l'avait
+invité à prendre part, le lendemain, à la séance de la commission
+chargée d'élaborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, prononça à
+l'appui de son rapport un discours ému et qui fit sensation.
+
+Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit pâlir, défaillir.
+Sa tête se renversa en arrière sur le dossier de sa chaise. On
+s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque
+temps l'usage de ses sens à l'arrivée des médecins, de parents qu'on
+était allé chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10
+heures du soir, il rendait le dernier soupir.
+
+A Saint-Pétersbourg, d'abord, puis à Moscou, où son corps a été
+transporté, on lui a fait des obsèques impressionnantes.
+
+
+
+SIR HENRY IRVING
+
+Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, à
+Bradford, à peine au sortir de scène, après une représentation du
+_Thomas Becket_ de Tennyson, qui était l'un des triomphes de sa carrière
+dramatique.
+
+John Henry Brodribb, connu au théâtre sous le nom d'Irving, était né en
+1838, à Keinton, près de Glastonbury, et avait débuté, en 1856, sur un
+théâtre de province, à Sunderland. En 1866, la création, à Manchester,
+du principal rôle d'une pièce de Dion-Boucicault l'avait mis en relief.
+Il avait été engagé au Lycéum.
+
+Fervent dévot de Shakespeare, il lui avait consacré avec passion le
+meilleur de son talent qui était considérable. Il semblait surtout
+s'être donné pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le
+génial dramaturge. Interprète inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui
+a dû ses plus beaux triomphes.
+
+[Illustration: Sir Henry Irving, d'après une de ses dernières
+photographies.]
+
+L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue
+anglaise, les États-Unis qui l'avaient applaudi, étaient fiers de lui.
+Il avait été anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait
+mis le sir qui équivaut à nos particules, et il était devenu,
+authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et
+la reine faisaient exprimer à sa famille leurs condoléances; le
+président Roosevelt adressait à son fils un télégramme de regrets, et il
+n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordât la sépulture de
+Westminster, réservée aux plus glorieuses illustrations de la patrie.
+Son mausolée y sera auprès de celui de Gladstone.
+
+
+
+A LA DOUANE, par Henriot.
+
+
+
+_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique
+sont entièrement gratuits.)_
+
+NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE MOBILE
+
+Parmi les nombreux avantages que présente la lumière électrique, l'un
+des plus importants réside dans l'extrême docilité avec laquelle elle se
+prête à tous nos besoins ou nos caprices.
+
+Rien n'est aussi pratique et décoratif pour l'éclairage des pianos et
+bureaux genre américain que la lampe «Américaine» que représentent nos
+gravures, lampe réunissant à la fois le côté pratique et décoratif.
+
+[Illustration: Fig. I.]
+
+[Illustration: Fig. 2.]
+
+Les figures 1 et 2 représentent l'application de 1'«Américaine» aux
+pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux
+sont tous concentrés sur la musique et la lampe est complètement cachée
+à la vue de l'exécutant. La hauteur est calculée pour permettre de
+tourner facilement les pages.
+
+La figure 3 montre la même lampe éclairant un bureau du genre américain.
+
+Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, après avoir
+desserré le bouton molleté, de faire glisser le col de cygne dans une
+mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, placé
+horizontalement, fait disparaître la lampe à la vue tout en dirigeant la
+lumière sur la table du bureau.
+
+La construction de l'«Américaine» est robuste et soignée; le socle est
+garni avec un disque de drap pour éviter toute détérioration du vernis
+des meubles.
+
+La décoration en est très riche et se fait au gré de l'acheteur en
+vernis or mat, poli verni or, nickelé, bronzé, etc.
+
+Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; _en cuivre_ rouge genre
+anglais, 36 francs. _Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil
+souple._
+
+[Illustration: Fig. 3.]
+
+La lampe l'«Américaine» se trouve chez _M. Fournier, 22, rue Baudin,
+Paris_, et dans les bonnes maisons d'électricité.
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
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+ <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 by Various</title>
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905, by Various
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905
+
+Author: Various
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+Release Date: July 5, 2011 [EBook #36630]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+<br><br>
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+<div class="cont">
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Ce numéro contient: <span class="sc">L'Illustration théâtrale</span> avec le premier fascicule
+de <span class="sc">Don Quichotte</span>, par Jean Richepin.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"><br>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>LE PRINCE DE BULGARIE ET LE PRÉSIDENT LOUBET CHASSANT A COMPIÈGNE<br> Devant
+le «tableau» après une battue.</b> <i>Voir l'article, page 26.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4>
+
+<p>Huit heures du soir. Boulevard de Strasbourg; à droite, à gauche, des
+façades illuminées; tout autour, un grouillement de vie joyeuse:
+embarras de voitures, cohue de piétons, trompes mugissantes de tramways
+dont on obstrue le chemin; et, parmi ce tumulte, en ce fouillis de
+choses et de gens, deux ou trois <i>notes</i> amusantes qui ont, au lendemain
+de la «rentrée», une valeur de symbole: à côté des bourriches amoncelées
+d'une marchande d'huîtres, le petit fourneau noir de l'Auvergnat, tout
+noir aussi, qui dispose en rond sur le feu, à la clarté d'un bec de gaz,
+les premiers marrons de l'année. Plus loin, sur la chaussée, la voiture
+à bras, pleine d'oranges, où deux lanternes vénitiennes répandent leur
+lumière de fête; et, devant le théâtre Antoine--où les affiches ont
+l'air de crier aux passants, joyeusement, la dernière victoire de
+Gandillot--une file de voitures, d'automobiles aux portières desquelles
+on voit se ruer, casquettes à la main, l'ordinaire troupe des pauvres
+diables, des chasseurs de pièces de deux sous. Marchand de marrons,
+marchande d'huîtres, marchande d'oranges, ouvreur de portières: et voilà
+le décor de l'hiver parisien reconstitué pour neuf mois. D'où viennent
+ces gens? Que faisaient-ils aux temps chauds? comme dit le fabuliste. On
+ne sait pas. Ils exerçaient, en attendant l'hiver, de petits métiers
+vagues; ils guettaient l'heure où Paris, réveillé d'une léthargie de dix
+semaines, allait recommencer à vivre, à vouloir pleurer et rire sous des
+lustres électriques, devant des paysages de carton; et les revoici tous,
+immuablement fidèles au rendez-vous d'octobre, installés, comme de bons
+soldats, aux postes de l'année dernière, où nous les retrouverons l'an
+prochain. J'admire cette solidarité mystérieuse qui unit, comme à leur
+insu, les pauvres hommes, et grâce à quoi--l'automne à peine revenu--je
+me sens assurée d'y revivre à ma guise toutes les petites joies des
+automnes passés...</p>
+
+<p>Le théâtre surtout nous les prodigue, ces joies-là. Où aller? La grande
+écluse s'est ouverte et voilà le torrent lâché: au théâtre
+Sarah-Bernhardt, à l'Oeuvre, à l'Odéon, à la Comédie-Française, au
+Palais-Royal, aux Variétés, les titres de six pièces nouvelles me
+sollicitent en même temps; c'était hier le tour des Nouveautés; ce sera
+tout à l'heure celui du Gymnase; d'autres leur succéderont et deux ou
+trois fois par semaine (ou davantage), pendant la saison qui va venir,
+mon journal me servira tout chaud le récit de ces aventures diverses; en
+une ou plusieurs colonnes, il me racontera la pièce d'hier, la
+commentera, n'omettra aucun nom de la liste de ceux qui l'interprètent,
+ne voudra pas me faire grâce d'un détail de mise en scène ou de costume.
+Si l'auteur est un favori du public, ou si quelque prestige s'attache à
+sa signature, l'article où sa pièce doit m'être copieusement contée sera
+précédé d'un autre long article, d'une «avant-première» où sera célébré
+par provision le mérite de l'ouvrage qu'on ne connaît pas encore, et
+glorifié le génie du jeune ou vieux maître qui l'a écrit; et ce compte
+rendu sera suivi d'un troisième article où l'auteur, discrètement
+interviewé au lendemain de la victoire remportée ou de l'échec subi,
+sera prié de juger ses juges, de nous faire connaître ce qu'il pense de
+ce qu'on vient de penser de lui. Entre temps, d'habiles «échos de
+théâtres» entretiendront autour de l'ouvrage nouveau la curiosité des
+passants. Ce n'est pas des pièces heureuses qu'on pourrait dire qu'elles
+n'ont pas d'histoire. Heureuses ou malheureuses, toutes les pièces en
+ont une, et dont le détail peut fournir, jour à jour, la matière d'aussi
+longs développements qu'on voudra. Car, après que l'oeuvre nouvelle m'a
+été annoncée, puis racontée et critiquée, cent petites nouvelles restent
+encore à propager à son sujet: on m'apprend que les rôles viennent d'en
+être distribués en double; que les recettes des dix premières
+représentations ont atteint le chiffre le plus haut qu'aucune pièce ait
+réalisé, dans le même temps, depuis la réouverture des théâtres; qu'on y
+a, tel soir, aperçu le roi des Belges et, dimanche, en matinée, la reine
+Ranavalo... Six semaines se passent; l'oeuvre va doubler le «cap de la
+cinquantième», et mon journal m'en fait part; atteint-elle la centième
+représentation? C'est du délire. Fête au foyer; souper par petites
+tables; comptes rendus où ne sont oubliés ni le menu du festin, ni le
+nom des convives de marque. On n'a pas omis non plus, le jour où fut
+lancée la pièce en librairie, de nous communiquer le texte des dédicaces
+émues rédigées par l'auteur à l'adresse de ses interprètes, et l'on ne
+négligera pas davantage, dans quelques semaines, de nous parler de la
+grande «tournée» que prépare l'imprésario Z..., grâce à quoi sera
+promenée triomphalement, en province et à l'étranger, l'oeuvre dont il
+était trop injuste, vraiment, que les Parisiens fussent seuls à savourer
+les délices.</p>
+
+<p>Et M. le directeur Antoine se plaint! Tant de facile gloire ne suffit
+pas à le satisfaire. Ce directeur ne revendique pas seulement le droit
+(incontestable) de ne point inviter à sa table tel convive hostile qu'il
+sait ou croit résolu, quoi qu'il arrive, à trouver chez lui le potage
+trop salé, l'entremets fade, ou le rôti mal cuit; M. Antoine dit: «Je
+prétends interdire, s'il me plaît, qu'on parle de ma cuisine, même pour
+dire qu'on la trouve bonne!» M. Antoine souhaiterait apparemment que les
+journaux s'occupassent moins des choses de théâtre... «En ce cas, me
+disait hier mon libraire, que n'édite-t-il des livres, au lieu de monter
+des pièces? On le laisserait bien tranquille.»</p>
+
+<p>Mon libraire exprimait là, mélancoliquement, une pensée juste.
+Infortunés auteurs de livres! Ils peinent dans l'ombre, eux; la foule
+les ignore, ou ne jette, en passant, à leurs couvertures neuves, qu'un
+regard distrait, presque dédaigneux. Je ne comprends pas bien cette
+inégalité de traitement et j'aimerais qu'on m'en fît connaître les
+causes. J'aimerais qu'on m'expliquât pourquoi la plus mince des
+opérettes, signée du nom le plus obscur, est à Paris une sorte
+d'événement que tout le monde guette et vers le dénouement duquel il
+semble que, pendant une soirée au moins, tous les esprits soient tendus
+anxieusement; et pourquoi l'apparition en librairie de telle oeuvre où
+l'homme du talent le plus noble et du plus haut savoir versa lentement,
+après des mois de méditation, d'application, d'efforts, le meilleur de
+sa pensée, semble à tout le monde un incident si dénué d'importance? Je
+suis sûre que S. A. R. le prince de Bulgarie n'ignorait rien, en
+arrivant chez nous, lundi dernier, des nouvelles théâtrales de la
+quinzaine; qu'il savait au juste quelles sont les pièces «qu'il faut
+voir», à cette heure, à Paris! Je suis moins sûre qu'on ne l'eût pas
+embarrassé un peu en lui demandant quels sont, parmi les derniers livres
+parus, ceux «qu'il faut lire»... Ce n'est pas sa faute, s'il l'ignore.
+Ce prince lit les journaux, comme nous, et ne sait de ce qui se passe en
+littérature que ce qu'ils nous en disent. Or, ils ne nous en disent à
+peu près rien... Tant d'autres sujets plus «amusants», en dehors du
+théâtre même, requièrent l'attention de nos nouvellistes!</p>
+
+<p>Les peintres, par exemple, seraient désolés qu'on les négligeât au
+profit de la littérature, et déjà--la saison à peine commencée--ils nous
+appellent à eux. Ils ne nous lâcheront plus. Le Salon d'automne a
+ouvert, cette semaine, au Petit Palais, le cortège annuel des
+expositions d'art: en voilà pour dix mois;-dix mois pendant lesquels va
+défiler sans répit, aux «cimaises» de la rue Laffitte, de la rue de
+Sèze, du Cours-la-Reine ou des Champs-Elysées, la torrentielle
+production des aquarellistes, aqua-fortistes, lithographes,
+miniaturistes et pastellistes; des classiques et des «indépendants»; des
+Sociétés d'art «nationales» ou «internationales»; des unions de femmes
+artistes; des paysagistes, des portraitistes, des céramistes; de ceux
+qui <i>font</i> la fleur, la caricature ou la montagne; défilé sans fin, où
+toutes les spécialités, toutes les compétences réclament leur place au
+bon soleil de la réclame...</p>
+
+<p>Et les musiciens, non plus, ne sauraient souffrir qu'on les oublie.
+Colonne et Chevillard ont, depuis huit jours déjà, posé leurs affiches
+et sonné le rassemblement; dix, vingt autres suivront: quintettes et
+quatuors renommés; cantatrices, virtuoses fameux de chez nous et
+d'ailleurs. Aux murs d'Erard et de Pleyel s'étalent les affiches
+multicolores, annonciatrices des régals musicaux de l'hiver. Rude
+concurrence à la littérature que tout cela!</p>
+
+<p>La saison des concerts s'est même fort brillamment ouverte cette
+semaine, et nous devons aux pauvres Calabrais l'un des plus prestigieux
+programmes qui aient été depuis longtemps placardés dans Paris. Les
+amateurs de bonne musique se sont donc rués au secours des Calabrais;
+tant il est vrai que tout finit en France par des chansons, même les
+tremblements de terre.</p>
+
+<p>C'est décidément une belle invention que celle des fêtes de charité et
+celui qui en eut le premier l'idée fut un psychologue de génie. Il
+comprit que les infortunes lointaines nous émeuvent difficilement, mais
+qu'en échange d'un plaisir rare nous ne résistons guère à la joie de les
+soulager. Entre l'aumône qui hésite et la misère qui supplie, il s'avisa
+d'interposer une cantatrice et un monologuiste... Et l'aumône n'hésita
+plus.</p>
+
+<p>Moyen simple; mais il fallait le trouver.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Sonia.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>LA PRINCESSE PIERRE BONAPARTE</h3>
+
+<p>La vie de la princesse Pierre Bonaparte, qui vient de mourir à Paris, a
+tenu tour à tour du plus invraisemblable des contes de fées et du roman
+le plus dramatique.</p>
+
+<p><i>L'Almanach de Gotha</i> mentionne que le prince Pierre-Napoléon Bonaparte,
+troisième fils de Lucien, frère aîné de Napoléon, épousa religieusement,
+à Paris, le 22 mars 1853, Justine-Eléonore Ruflin, née le 1er juillet
+1832. Et ce nom plébéien, uni à ce nom illustre, au milieu de tous les
+vocables retentissants dont la liste emplit ce qu'un fantaisiste
+appelait le «Bottin des Vanités», étonne tout d'abord et déconcerte.
+Voici l'histoire:</p>
+
+<p>Mlle Eléonore Ruflin était la fille d'un contremaître ébéniste du
+faubourg Saint-Antoine; or, vous savez si le peuple de Paris fut un
+temps enivré de la gloire napoléonienne! A l'humble foyer familial, la
+jeune fille avait été élevée par son grand-père, ancien soldat de la
+Grande Armée, dans le culte de la légende impériale. On imagine sans
+peine quel émoi fut le sien le jour où, dans la maison d'un député, elle
+se trouva en présence d'un propre neveu du grand homme, le prince
+Pierre, membre lui-même du Corps législatif et venu en visite chez son
+collègue. La jeune fille était charmante; le prince l'aima et résolut de
+l'épouser. Mais quand, par pure déférence, et quoiqu'il vécût fort
+éloigné des Tuileries, il sollicita de son impérial cousin son
+consentement à ce mariage, il se heurta à un refus. Il y avait un
+précédent dans sa famille: le mariage de Lucien, son frère, avec Mme de
+Bleschamps, contre le gré de l'empereur. Il passa outre, lui aussi, sans
+s'inquiéter des suites.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"><br><b>La princesse Pierre-Napoléon Bonaparte dans son salon, à
+Cimiez.</b>--<i>Phot. Lacroix.</i></p>
+
+<p>Les deux époux allèrent cacher leur bonheur--et leur médiocrité--dans
+cette villa d'Auteuil que le coup de revolver qui tua Victor Noir allait
+rendre si tragiquement célèbre. Ce drame, ce fut dans leur vie à tous
+deux le premier coup de l'adversité. L'avenir leur réservait des assauts
+plus terribles.</p>
+
+<p>La guerre vint, le régime impérial s'écroula; il fallut fuir la
+maisonnette d'Auteuil, que les boulets prussiens allaient un peu plus
+tard détruire. Malade, sans ressources, le prince Pierre se réfugia à
+Londres avec les siens--il avait eu de son mariage cinq enfants, dont
+deux seulement survivent. Ce fut, sans appui, sans amis, une détresse
+terrible. La princesse, se ressouvenant de ses origines, s'était mise à
+travailler, avait ouvert un magasin de modes;--ainsi, sous la
+Révolution, une marquise de La Londe avait été dame de comptoir; une
+comtesse de Virieu, ravaudeuse en plein air!--Tout son admirable
+héroïsme ne parvint pas à épargner aux êtres chers les angoisses les
+plus cruelles.</p>
+
+<p>Elle les ramena vers Paris quand le calme y fut rentré, espérant y
+trouver la vie plus aisée. Ceux qui auraient eu le devoir de lui venir
+en aide lui offrirent une aumône, à condition qu'elle allât rejoindre en
+Italie les autres Bonaparte, descendants de Lucien. Elle refusa: fille
+du vieux faubourg patriote, elle entendait avant tout que les deux
+enfants qu'elle avait conservés, le prince Roland et la princesse
+Jeanne, depuis marquise de Villeneuve, restassent Français. Et elle
+parvint--au prix de quels miracles! --à les élever, non certes dans le
+faste, et à leur donner une éducation digne du grand nom qu'ils
+portaient. Ils lui en avaient voué, avec la plus tendre reconnaissance,
+la plus vive des affections. La fortune, d'ailleurs, leur avait donné
+plus tard à tous trois d'éclatantes revanches, dont seul le prince
+Pierre, mort en 1881, ne put profiter, et c'est dans l'admirable hôtel
+du prince Roland, avenue d'Iéna, que la princesse est morte, entourée de
+soins empressés.</p>
+
+<p>Elle était demeurée dans l'opulence simple et bonne, en sympathie
+toujours avec le peuple d'où elle était issue. Elle le prouva à maintes
+reprises.<br>
+
+<span class="rig">G. B.</span></p><br><br>
+
+<h3>LA DUCHESSE DE TALLEYRAND</h3>
+
+<p>Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalités les plus
+marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est éteinte, la
+semaine dernière, à Loches.</p>
+
+<p>Fille du baron Seillière, un financier notoire du siècle dernier, elle
+avait épousé le prince de Sagan, appelé beaucoup plus tard à l'héritage
+d'une couronne ducale, alors que l'état de sa santé l'avait déjà
+contraint à la retraite où depuis quelques années il s'est
+définitivement effacé, après avoir longtemps brillé parmi les hommes de
+sport, les habitués des «premières», les viveurs de qualité, ayant
+conquis la réputation légendaire d'un arbitre des élégances et d'un type
+achevé de ce qu'on appelait autrefois le dandysme.</p>
+
+<p>De même que, dans la mémoire des contemporains et dans la chronique
+rétrospective, ce titre de prince semble inséparable de la notoriété du
+gentilhomme, le titre de princesse reste attaché au renom de la grande
+dame qu'on citait au nombre des beautés célèbres, des reines de la mode,
+sous le second Empire et au commencement du régime actuel. Le luxe de
+ses toilettes, ses façons de donner le ton, les réunions où sa présence
+faisait sensation, les réceptions, les bals, les fêtes de charité de
+l'hôtel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement
+défrayé les échos mondains des gazettes, les frivoles conversations des
+cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'étaient déjà
+plus que des souvenirs déjà lointains avant même la disparition de celle
+qui fut l'âme de la maison. Là où son règne s'accomplit avec tant
+d'éclat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, où, dans
+le magnifique décor, muet témoin du passé, l'ombre mélancolique
+s'épaissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux
+fils: le prince Hélie de Sagan et le duc de Valençay.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b>La duchesse de Talleyrand et Sagan.</b></p><br><br>
+
+<h3>NOTES ET IMPRESSIONS</h3>
+
+<p>Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et
+vides.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">H. Taine.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Un homme digne de ce nom ne doit pas se spécialiser: la spécialité
+rapetisse l'intelligence et réduit la volonté.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Th. Roosevelt.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>On n'a le droit de toucher à la peinture que lorsqu'on est rompu à
+toutes les difficultés du dessin.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">J.-J. Henner.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Tout est irréparable jusqu'au jour où tout est réparé.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Jules Claretie.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Rien de flatteur dans un éloge comme l'absence de flatterie.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Marie Adville.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>La vertu n'est pas dans une résolution fugitive, elle est dans une
+habitude de vie.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Marcel Prévost.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Le rire sur les lèvres rétracte par avance les paroles d'amertume que
+sont encore à mâcher les dents.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Paul Hervieu.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Deux vérités incomplètes font d'ordinaire plus mauvais ménage que deux
+erreurs.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Il y a des blâmes qui sont des éloges et des approbations qui tuent.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">G.-M. Valtour.</span></span></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"><br><b>LA VISITE DU PRINCE DE BULGARIE AU MUSÉE CARNAVALET<br> M. Georges Cain,
+directeur du musée, en fait les honneurs au prince Ferdinand et au
+Président de la République.</b></p>
+
+<p>Le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de passer quatre jours en
+France, accompagné de M. Rantcho Petrow, son premier ministre, du
+général Savow, son ministre de la Guerre, et d'une suite assez
+nombreuse, est, comme on l'avait annoncé, arrivé lundi dernier, 16
+octobre, à Paris, où il a occupé, au ministère des Affaires étrangères,
+les appartements précédemment aménagés pour le roi d'Espagne. Au dîner
+de gala donné le soir même en son honneur à l'Elysée, les deux chefs
+d'État échangeaient des toasts pleins de cordialité.</p>
+
+<p>Le mardi 17, chasse à Compiègne et soirée à la Comédie-Française, dans
+la loge présidentielle, avec, au programme, <i>le Duel</i>, de M. Henri
+Lavedan. Favorisée par le temps, la chasse, que dirigeait le commandant
+Lamy, dans les tirés de Compiègne, avait été fort brillante; au tableau:
+238 faisans, 74 lapins, un chevreuil, et l'on a lieu de supposer qu'en
+sa qualité d'excellent «fusil» le souverain bulgare, fortement botté et
+coiffé d'un chapeau de peluche verte, mit à mal une part notable de ce
+gibier.</p>
+
+<p>Le mercredi 18, après avoir assisté, le matin aux manoeuvres de
+Vincennes et au déjeuner militaire offert par M. Berteaux, ministre de
+la Guerre, il allait visiter le musée Carnavalet, au seuil duquel M.
+Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et M. Cain, le
+conservateur, lui souhaitaient la bienvenue; puis les collections
+artistiques de la ville de Paris, au Petit Palais des Champs-Elysées. Le
+soir, dîner offert par M. Rouvier, au quai d'Orsay.</p>
+
+<p>Le jeudi 19, le prince prenait congé pour se rendre aux établissements
+du Creusot, où il a fait, on le sait, une importante commande de
+matériel d'artillerie.</p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br><b>LA FÊTE AÉRONAUTIQUE DES TUILERIES AU PROFIT DES SINISTRÉS DE LA CALABRE<br></b>
+
+<i>L'Aéro-Club de France avait, organisé, dimanche dernier, dans le jardin
+des Tuileries, une fête aéronautique donnée au profit des victimes du
+tremblement de terre de la Calabre, sous la forme d'un grand concours
+international. Malgré le temps pluvieux, une foule énorme était venue
+assister au départ des concurrents ne représentant pas moins de six
+pays: France, Russie, Italie, Angleterre, États-Unis, Belgique. Notre
+photographie donne une idée du spectacle curieux que présentait cette
+réunion extraordinaire d'aérostats de capacité et d'aspect divers, les
+uns prêts au «lâchez tout» et suspendus au-dessus des têtes, les autres
+à demi gonflés seulement, encore aplatis plus ou moins sur le sol.
+Quinze d'entre eux sont partis successivement, se dirigeant vers le
+nord-est; le plus long trajet a été effectué par M. Jacques Faure et le
+comte Rozen, avec l'aérostat</i> la Kabylie, <i>qui est allé atterrir en
+Hongrie après avoir parcouru, à vol d'oiseau, une distance de 1.350
+kilomètres.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>L'Escurial, que visitera M. Loubet avant d'arriver à
+Madrid.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005b.png"><br><b>Le Palais Royal de Madrid, où résidera M. Loubet.</b></p>
+
+<h3>LES PALAIS D'ESPAGNE ET LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3269">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Cavaliers de l'escorte royale devant leur caserne.</b>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Les hallebardiers, sur un palier de l'escalier d'honneur
+du Palais Royal.</b>
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>M. LOUBET EN ESPAGNE</h3>
+
+<p>Le Président de la République quittera Paris le 22 octobre, pour aller
+rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin
+dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrêtera à la station de
+l'Escurial pour déposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et
+visiter le Monastère Royal de Saint-Laurent de l'Escurial.</p>
+
+<p>Commencé et, en partie, achevé sous le règne de Philippe II (1584), cet
+énorme édifice forme un rectangle de 206 mètres sur 161 mètres. D'une
+architecture sévère, volontairement dépourvue d'ornements, campé à 1.100
+mètres d'altitude, sur une colline adossée à la Sierra de Guadarrama et
+dominant la vallée du légendaire Manzanarès, il présente de loin un
+aspect imposant. La partie centrale est occupée par l'église dont la
+crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a groupé
+le Palais Royal et le monastère avec toutes ses dépendances. On compte
+dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fenêtres, 1.200 portes, 86
+escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160
+kilomètres.</p>
+
+<p>Le Palais Royal de Madrid, où logera M. Loubet, date, du dix-huitième
+siècle; il a remplacé le palais incendié en 1734 et qui avait succédé à
+l'Alcazar des Maures. Il est bâti, comme l'Escurial, sur une hauteur
+dominant la capitale et la plaine où coule... parfois le Manzanarès.
+Entièrement construit en granit, avec des motifs décoratifs en une
+pierre spéciale imitant le marbre, flanqué de tours aux quatre angles,
+il séduit moins par les détails de son architecture que par la régulière
+ordonnance de ses lignes.</p>
+
+<p>On l'a édifié sur les plans d'un architecte de Turin, et la décoration
+intérieure, en général fort riche, accuse souvent l'influence du goût
+italien.</p>
+
+<p>Dans la salle du Trône où quatre lions en bronze doré gardent le
+souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en
+argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle
+de Girardini, brille un plafond en porcelaine à dessins japonais de
+l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Fêtes
+présente cette particularité peu banale que les murs, le plafond et le
+parquet sont en bronze et en marbre de différentes couleurs. Les
+appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnées par
+Ferdinand VII (1814-1833); et, des fenêtres, le regard embrasse, avec
+une grande partie de la ville, la plaine déserte fermée par la Sierra de
+Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler, à une quarantaine de
+kilomètres de distance, la silhouette de l'Escurial.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trône.</b></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007dsmall.png"><br><a href="images/007dlarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>Nelson blessé mortellement sur le pont du
+Victory.</b><br>--<i>Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster.</i></p>
+
+<h3>LE CENTENAIRE DE TRAFALGAR</h3>
+
+<p><i>L'Illustration</i>, rappelant l'autre jour le cinquantenaire du siège de
+Sébastopol, montrait comment les souvenirs de la guerre de 1855 en
+Crimée n'avaient pas empêché l'éclosion de l'alliance franco-russe. Les
+Anglais, qui célèbrent aujourd'hui le centenaire de Trafalgar veulent,
+de leur côté, que cette commémoration ne trouble pas le développement de
+l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre. Ils nous informent
+que le chant de <i>la Marseillaise</i> alternera avec le <i>God save the King</i>;
+l'hymne des vaincus répondra, dans les fêtes et les cérémonies
+officielles, à l'hymne des vainqueurs. Cet hommage délicat du
+patriotisme britannique à ses anciens adversaires, la France, pays de la
+courtoisie et des traditions chevaleresques, saura l'apprécier. Ces
+sentiments des Anglais d'aujourd'hui revêtent même un caractère tout
+particulier, si l'on consent à examiner l'importance prédominante,
+unique, en quelque sorte, de Trafalgar dans l'histoire anglaise.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/007a.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Portrait de Nelson,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par J Hoppner.</b></p>
+
+<p>Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les
+plus émouvants de l'histoire.</p>
+
+<p>En l'année 1805, la Grande-Bretagne se trouvait exposée au plus sérieux
+danger qu'elle eût peut-être couru. William Pitt, son ministre, avait
+rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement
+britannique osait engager contre Napoléon, l'indépendance, l'existence
+même de la nation anglaise étaient en jeu.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/007b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>La campagne navale de 1805, qui a abouti à la bataille de<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Trafalgar.</b>
+
+<p>On sait comment Napoléon avait réuni une armée de 120.000 hommes au camp
+Boulogne, à 40 kilomètres à peine du rivage britannique. Sur son ordre,
+1.500 bateaux, destinés à transporter cette armée d'invasion de l'autre
+côté du détroit, avaient été groupés dans les ports de Calais, de
+Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les préparatifs de la descente en
+Angleterre étaient terminés. Qu'un vent favorable secondât la marche de
+la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'éloignassent pendant
+une semaine ou deux des côtes de France et d'Angleterre, et l'empereur
+franchissait le Pas de Calais, débarquant à 25 lieues de Londres.</p>
+
+<p>Quelle était la situation des flottes françaises et anglaises au
+commencement de l'année 1805? A Toulon se trouvait une escadre
+française, commandée par l'amiral Villeneuve, mais elle était surveillée
+et presque bloquée par une flotte anglaise placée sous les ordres de
+lord Nelson. Ce dernier avait établi sa base d'opérations dans la baie
+de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter à notre
+actif que Napoléon s'était acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait,
+un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos
+escadres, mais ils étaient dispersés dans les ports de Carthagène,
+Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol.</p>
+
+<p>Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes françaises.
+Une flotte anglaise que commande Calder bloque la côte espagnole, depuis
+Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en même temps de loin l'escadre
+française de Missiessy, qui se tient à Rochefort. L'amiral anglais
+Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se
+trouve enfermé, avec une troisième portion de nos forces navales,
+l'amiral Ganteaume.</p>
+
+<p>La situation était telle qu'aucun des amiraux français ne pouvait
+protéger le débarquement de l'armée de Boulogne, tandis que les amiraux
+anglais--deux d'entre eux, au moins--étaient en mesure de l'entraver par
+une rapide apparition dans la Manche.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007csmall.png"><br><a href="images/007clarge.png">(Agrandissement)</a><br> <b>TRAFALGAR.-Le duel du Redoutable et du Victory.</b>--<i>Dessin
+original de H. C. Seppings Wright.</i></p>
+
+<p>Napoléon conçut alors un plan que l'amiral Jurien de la Gravière, bon
+juge en l'espèce, appelle «un trait du génie»: il prescrivait aux trois
+amiraux français de sortir, coûte que coûte, des ports de France et de
+s'en aller aux Antilles, entraînant après eux les escadres anglaises. Ce
+plan réalisé, la Manche, libérée pour un temps de la présence des
+vaisseaux britanniques, livrait tranquillement passage à la flottille
+transportant l'armée de Napoléon.</p>
+
+<p>Mais, même si l'Angleterre n'eût réussi ultérieurement à détourner
+contre l'Autriche l'armée réunie à Boulogne, les conceptions navales de
+l'empereur n'eussent pu être réalisées en temps voulu. Villeneuve
+parvint à entraîner Nelson aux Antilles. On peut voir sur notre carte
+Missiessy réussissant également à s'évader de Rochefort, en passant
+entre les escadres de Calder et de Cornwallis, et se dirigeant vers le
+lieu de rendez-vous. Malheureusement, Ganteaume ne peut rompre le blocus
+qui l'enserre dans Brest. La lecture de notre schéma montre en outre
+comment Villeneuve, pressé par Nelson, qui le suit comme à la piste, est
+obligé de revenir trop tôt, sans avoir pu combiner ses opérations avec
+Missiessy; comment ce dernier, dont la marche est lente, s'attarde aux
+Antilles et revient à Rochefort sans avoir coopéré efficacement à
+l'exécution du plan tracé par Napoléon. On voit enfin Villeneuve, fuyant
+devant Nelson, s'efforcer, en longeant la côte d'Espagne, de gagner
+Rochefort, dans l'espoir d'y retrouver Missiessy, et se heurtant à une
+escadre anglaise, celle de Calder, qui n'a pas bougé du Ferrol. Une
+bataille se livre au cap Finisterre entre Calder et Villeneuve: elle
+reste indécise, mais l'amiral français, intimidé par ce demi-échec,
+redoutant peut-être la présence d'une autre flotte anglaise devant
+Rochefort, se résout à revenir à Cadix. Quant à Nelson, certain
+désormais du retour de Villeneuve dans les mers d'Europe, il revient en
+hâte dans la Manche afin de s'opposer éventuellement à une apparition de
+Villeneuve dans les parages du Pas de Calais. C'est ainsi que nous
+trouvons Nelson à Portsmouth le 18 août, tandis qu'à pareille date
+Villeneuve rentrait à Cadix. Le plan de Napoléon avait donc échoué, mais
+rien n'était compromis pour l'avenir, tant que les escadres françaises
+existeraient intégralement. Malheureusement l'empereur, irrité de tous
+ces échecs, s'en prend à Villeneuve et lui ordonne de quitter Cadix, de
+revenir à Carthagène ou à Toulon, et de remettre en d'autres mains le
+commandement de son escadre. Humilié peut-être injustement, l'infortuné
+amiral crut de son devoir de se réhabiliter par une action d'éclat. Il
+attendit exprès, dit-on, pour tenter sa sortie, le retour de Nelson et,
+confiant dans la supériorité de ses forces (il avait sous ses ordres 40
+navires français et espagnols contre 32 à Nelson), il se laissa
+rejoindre par l'amiral anglais à la hauteur du cap Trafalgar...</p>
+
+<p>Lord Nelson était un terrible adversaire. Depuis douze ans, ce marin
+extraordinaire, le plus grand qu'ait jamais eu l'Angleterre, parcourait
+la Méditerranée, l'Atlantique, les mers du Nord, à la poursuite,
+c'est-à-dire à la destruction de toutes les escadres qu'avaient pu
+mettre sur pied la France et ses alliées. Déjà vainqueur dans trois
+batailles, à Aboukir, au cap Saint-Vincent, à Copenhague, il allait, à
+l'âge de quarante-sept ans, couronner sa carrière par une de ces actions
+d'éclat qui font les hommes immortels.</p>
+
+<p>On ne sait, en effet, ce qu'il faut le plus admirer dans cette vie de
+Nelson. Est-ce l'homme de guerre qui, par un privilège rarement accordé
+aux grands capitaines, ne connut jamais la défaite? Est-ce le héros,
+honoré par ses compatriotes plutôt comme un dieu que comme un homme pour
+avoir sauvé l'Angleterre au moment le plus critique de son histoire?
+Est-ce le stratégiste, le tacticien qui se haussa jusqu'au génie en
+portant l'art de la guerre navale à la perfection dans cette bataille
+même de Trafalgar où il devait mourir?</p>
+
+<p>Pour nous, obligé de nous limiter, nous aimerions seulement à expliquer
+de simple façon pourquoi la manoeuvre de Nelson fut un chef-d'oeuvre de
+tactique navale, pourquoi, malgré les transformations apportées à la
+marine de guerre par l'emploi de l'acier et de la vapeur, elle demeure
+aujourd'hui encore un modèle à imiter.</p>
+
+<p>La seconde carte que nous avons dressée à cet effet, d'après les
+documents des archives, de la Marine, la fera très bien comprendre.</p>
+
+<p>1° Il divise son armée navale en <i>deux colonnes parallèles</i>, afin de les
+enfoncer comme deux coins gigantesques à travers la flotte
+franco-espagnole qui s'avance perpendiculaire à sa direction.</p>
+
+<p>2° Il procède par <i>offensive foudroyante</i>, confiant dans l'originalité
+de sa formation de combat pour empêcher l'escadre ennemie d'y répondre
+d'une façon adéquate, en temps voulu.</p>
+
+<p>3° Il prescrit à ses capitaines de vaisseau de s'attaquer d'abord de
+préférence aux bâtiments amiraux. Lui-même donne l'exemple. Ayant son
+pavillon sur le <i>Victory</i>, il marche droit sur le <i>Bucentaure</i>, le
+vaisseau-amiral de Villeneuve. Seul, l'admirable dévouement du vaisseau
+français <i>Redoutable</i>, se jetant en avant du <i>Bucentaure</i>, sauve, pour
+un temps, Villeneuve, et donne lieu au duel, resté légendaire, du
+<i>Victory</i> et du <i>Redoutable</i>.</p>
+
+<p>4° Afin d'utiliser la meilleure disposition de sa voilure et du gréement
+de ses navires, Nelson <i>choisit pour s'avancer le sens du vent</i>. Ses
+navires marchent serrés l'un derrière l'autre, à 12 noeuds de vitesse.
+La flotte franco-espagnole se déplace au contraire lentement. Elle est
+disposée sur une ligne de 5 milles de longueur, et il est évident que
+les deux extrémités ne pourront porter secours aux bâtiments du centre
+avant que ceux-ci soient entourés.</p>
+
+<p>5° Nelson laisse à ses sous-ordres toute latitude dans l'exécution
+ultérieure des manoeuvres dont il s'est contenté de leur énoncer le
+principe. Il sait qu' une fois la bataille commencée, les signaux venant
+du navire amiral ne seront plus visibles et que chacun devra agir
+suivant son inspiration.</p>
+
+<p>La bataille fut décisive et sans appel au point de vue du résultat; mais
+les deux nations y éprouvèrent des pertes sensibles. Nelson, vainqueur,
+était tué; Villeneuve, vaincu, fut fait prisonnier. L'Angleterre était
+sauvée, mais elle perdait son sauveur. La France perdait sa flotte et,
+avec elle, la suprématie maritime qui, jointe à la puissance militaire
+qu'elle acquérait alors sur le continent, lui eût valu l'empire du
+monde.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3269">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007e.png"><br><b>J.-J.-E. Lucas, commandant le <i>Redoutable</i> à Trafalgar.</b>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007f.png"><br><b>Amiral Gravina, commandant la flotte espagnole à
+Trafalgar.</b>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007g.png"><br><b>Amiral Villeneuve, commandant la flotte française à
+Trafalgar.</b>
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007h.png"><br><b>La tactique de Nelson à Trafalgar.</b></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>L'IMPÉRIAL CAUCHEMAR</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br>
+<b>Le cours du Rhin, depuis son embouchure, en remontant
+jusqu'à Mannheim.</b></p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008b.png"><br>
+<b>Le cours du Rhin, au sud de Mannheim, en remontant
+jusqu'à Bâle.</b></p>
+
+
+<p><i>«Garde au Rhin! Le fleuve, cher à nos ancêtres, doit l'être à
+nous-mêmes, le même que l'artère-aorte, qui subit l'impulsion des
+mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas située au
+centre de l'être humain, de même le fleuve rhénan, artère-aorte de la
+Germanie, n'a pas été placé par le Créateur au centre de notre patrie.
+Mais voici que, par un de ces avertissements mystérieux que la
+Providence m'a envoyé pour être transmis à mon peuple, je sais quel est
+le rêve de nos ennemis et comment ils méditent de nous frapper à mort
+par ce conduit vital à notre armée...»</i> (Paroles de Guillaume II à la
+prestation du serment des recrues de la marine de 1905, à Kiel.)</p>
+
+<p>Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu
+comprises au moment où elles furent prononcées, ont été fort peu
+commentées par la presse? Quel était ce singulier «avertissement divin»?
+Sous quelle forme s'était-il manifesté? Etait-ce un songe, comme le
+rédacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque
+vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II?</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit--fiction ou réalité, songe impérial ou fantaisie de
+publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef
+de l'énigme de ces paroles incomprises, dont l'importance égale le
+mystère.</p>
+
+<h4>GUILLAUME RÊVE...</h4>
+
+<p>... Le «Grand Soir» (1) était venu. L'Ange rouge de la guerre étendait
+ses ailes sur 150 millions d'hommes.</p>
+
+<blockquote> Note 1: Expression favorite de Guillaume II pour indiquer le jour
+ attendu où éclatera la guerre avec l'Angleterre.</blockquote>
+
+<p>Les ambassadeurs d'Allemagne, rappelés, quittaient Londres et Paris. A
+Berlin, une foule immense, ivre de joie, envahissait le <i>Tempelhof,
+Unter den Linden</i>, la <i>Sieges-Allée</i>, applaudissant aux victoires
+futures des aigles germaniques.</p>
+
+<p>A la même heure, s'exécutait le complot tramé depuis longtemps par les
+ennemis de l'Allemagne. Avant la déclaration officielle de la guerre, ce
+même soir, dans la demi-obscurité des brouillards de la Néerlande, une
+flottille de vingt torpilleurs, empruntée hâtivement aux centres de
+défense mobile de Dunkerque, Calais, Douvres! Rosyth, se donnait
+rendez-vous à l'île de Goorée, à l'embouchure du Rhin. S'engageant
+audacieusement dans le bras du fleuve, sous le regard étonné de quelques
+pêcheurs zélandais qui les prirent pour des bateaux de guerre de leur
+pays, les torpilleurs anglais et français remontèrent le Rhin. Le
+territoire hollandais fut traversé en cinq heures de navigation. Soit
+complicité, soit indifférence, soit ignorance des autorités
+hollandaises, la flottille ennemie, marchant à la vitesse réduite de 10
+noeuds, put arriver à la frontière allemande, sans avoir été signalée.</p>
+
+<p>Il était 10 heures du soir. Une brume intense couvrait le Rhin. Aucune
+étoile au ciel, pas une lumière sur le fleuve. La circulation des
+navires avait été arrêtée, en prévision des besoins de la mobilisation.
+Les petits bâtiments ennemis s'avançaient, tous leurs feux masqués,
+conduits avec une singulière sûreté de main, par quelques pilotes
+alsaciens ou hollandais, accoutumés aux sinuosités des flots rhénans.</p>
+
+<p>Vers une heure du matin, le torpilleur de tête «reconnaissait» le pont
+de Wesel, qui relie cette ville à l'île Buderich et au fort Blücher.
+Bientôt les torpilleurs passaient sous le pont grandiose qui met en
+communication les voies ferrées de la rive gauche avec celles de la rive
+droite. Ils se suivaient à 400 mètres environ les uns des autres,
+communiquant par un fil téléphonique. Tout à coup, dans la nuit noire,
+une effroyable explosion réveilla Wesel. Les ponts du Rhin, secoués
+comme par un tremblement de terre, venaient de s'affaisser. D'énormes
+masses de pierre et de fer retombèrent dans le fleuve avec un bruit
+formidable. Que s'était-il passé?... Simplement ceci: les deux
+torpilleurs d'arrière-garde, numéros 19 et 20, avaient lancé contre les
+soubassements du pont deux torpilles de 450 millimètres...</p>
+
+<p>Invulnérables aux coups que les batteries des forts dirigent contre eux
+sans les voir, protégés à tous les regards par les ombres de la nuit et
+par l'inattendu de leur entreprise, les petits navires poursuivent leur
+voyage de destruction.</p>
+
+<p>A 2 heures du matin, le pont de Ruhrort est franchi. Une torpille le
+détériore et le rend impraticable à la circulation des trains.</p>
+
+<p>A 3 heures, c'est celui de Rheinhausen à Mulheim. En vain, les
+sentinelles font-elles jouer les projecteurs des tours placées à chaque
+extrémité du pont, elles entrevoient trop tard la vague silhouette des
+vaisseaux fantômes perdus dans le brouillard.</p>
+
+
+
+<p>Cependant, en prévision du jour qui va poindre, la petite flottille
+force de vitesse. Il s'agit pour elle d'arriver au pont de Cologne, de
+traverser cette ville, avant que l'alarme ait été donnée. Vers 5 heures,
+les habitants de cette grande cité allemande apercevaient, avec le plus
+compréhensible étonnement, des bateaux de forme inconnue, arborant des
+pavillons étrangers, évoluer sous le pont de Cologne à Deutz. O
+stupéfaction! Ce chef-d'oeuvre de l'art architectural, ébranlé par trois
+ou quatre explosions, ne s'effondrait pas complètement dans le fleuve,
+mais il prenait une position inclinée qui le rendait inaccessible. En
+même temps, le «pont de bateaux», situé à côté, servait de point de
+mire, avec ses deux paires de rails et ses appareils d'aiguillage, aux
+canons de 47 millimètres et de 76 millimètres des navires étrangers.</p>
+
+<p>«L'ennemi! L'ennemi!» crièrent les bateliers.</p>
+
+<p>Mais déjà la flottille, virant de bord, avait rebroussé chemin.
+Maintenant elle descendait le Rhin, cherchant évidemment à s'échapper
+par le chemin qu'elle avait pris pour venir et comptant passer sous les
+arceaux non détériorés des ponts. Elle n'alla pas loin... Signalée par
+le télégraphe, elle fut bientôt détruite par les batteries d'artillerie
+qu'on amena en toute hâte de Neuss, de Dusseldorf, de Wesel. Le dernier
+torpilleur s'échoua sur un barrage placé en travers du fleuve, et il fut
+capturé.</p>
+
+<p>A 8 heures, tout danger semblait écarté. Un télégramme rassurant,
+transmis à Berlin, annonçait l'échec relatif de l'audacieuse entreprise.
+Une demi-douzaine de ponts avaient été détruits, mais un ou deux
+seulement étaient essentiels à la mobilisation. Simple alerte, sans
+doute, et heureusement sans gravité.</p>
+
+<p>Or, voici qu'à 10 heures du matin, le pont de Coblentz, surveillé par
+tout un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie et six
+batteries d'artillerie, était secoué déjà base au tablier, comme si
+quelque main gigantesque, émergeant du fleuve, l'eût tordu de son
+étreinte. Et même cause toujours: explosion de torpille. Un quart
+d'heure après, le pont sur la Moselle, non loin du confluent de cette
+rivière avec le Rhin, suivait le déplorable exemple des ponts rhénans.
+L'importante voie ferrée de Coblentz à. Trêves était interrompue.</p>
+
+<p>Cependant, aucun navire suspect n'avait été aperçu, ni à Bonn, ni à
+Neuwied! Les riverains affirmaient que la partie navigable du Rhin, à
+cet endroit, était trop peu large pour que des torpilleurs de 40 mètres
+de longueur aient pu glisser inaperçus, en plein jour. Un vieux
+capitaine retraité émit l'idée que ce pouvaient être des <i>vedettes
+lance-torpilles</i>. «La France, dit-il, possédait des bateaux de ce type,
+destinés soit à être embarqués et débarqués en pleine mer, soit à faire
+la police des rivières. Peut-être deux ou trois accompagnaient-ils la
+flottille et, au lieu de tenter de s'échapper par la fuite, ce que leur
+médiocre vitesse ne leur eût pas permis, ils avaient continué leur
+voyage, espérant se dissimuler derrière les berges élevées ou les
+îlots... Ils ne peuvent pas aller loin», ajouta sentencieusement le
+capitaine retraité.</p>
+
+<p>Six heures du soir sonnaient à la cathédrale de Mayence. Les recherches
+effectuées le long du fleuve, vers Saint-Goar, Bingerbrueck, n'avaient
+donné aucun résultat. Les moins optimistes finissaient par admettre que
+les vedettes porte-torpilles avaient dû couler à fond, ou s'enliser
+quelque part dans les roseaux. Hélas! de nouvelles explosions furent la
+réponse à cette conviction prématurée. Un trou énorme, dans lequel les
+eaux se précipitèrent en bouillonnant, venait de se creuser autour des
+piles du pont de Gustavsburg, à Laubanheim, en amont du fleuve. Le
+plafond, cédant sous le poids de l'édifice, en déplaçait l'assiette et
+le rendait impraticable à tout transport. En outre, le déplacement de
+l'axe du pont exigeait une réfection totale de la construction, longue
+et dispendieuse.</p>
+
+<p>Quelques minutes après, le pont de l'île Peters-Aüe subissait le même
+sort...</p>
+
+<p>Naturellement, on se perdait en conjectures sur ces inexplicables
+attentats. Les uns parlaient de «scaphandriers mystérieux descendus dans
+le fleuve quelques jours auparavant». N'auraient-ils point posé, sous
+les culées, des mines reliées électriquement à quelque transport de
+batellerie, habité par un espion? D'autres parlaient de complicité
+anarchiste.</p>
+
+<p>Tout à coup, l'un des assistants se frappa le front: «<i>Eurêka</i>, fit-il.
+Ce sont des submersibles, des sous-marins qui ont fait le coup!... Les
+Anglais et les Français ont lâché leurs torpilleurs sous-marins dans les
+eaux du Rhin!»</p>
+
+<p>C'était vrai. Parmi les torpilleurs qui avaient accompli leurs nocturnes
+forfaits jusqu'à Cologne, la moitié étaient des submersibles du type
+français <i>Aigrette</i>. Naviguant à la surface comme des torpilleurs
+ordinaires, doués d'une vitesse de 10 à 12 noeuds, ils avaient
+accompagné jusqu'à Cologne la flottille des torpilleurs ordinaires.
+Lorsque ceux-ci, vers le matin, durent reprendre la route du nord, les
+submersibles s'étaient laissé descendre silencieusement sous les 5 à 7
+mètres d'eau du Rhin. Ils avaient continué leur chemin vers le sud,
+signalant leur passage à Coblentz et à Mayence.</p>
+
+<p>Les moteurs de ces redoutables monstres ayant été construits pour leur
+permettre de parcourir 500 milles marins à la surface de l'eau et 80
+milles en plongée, avec faculté de recharger leurs accumulateurs, il est
+évident qu'ils pouvaient ainsi aller jusqu'à Bâle. Leurs seules
+préoccupations devaient être de se maintenir dans le chenal navigable et
+de vaincre le courant de plus en plus violent du fleuve. Ce n'était
+qu'une question de pilotage, après tout.</p>
+
+<p>En attendant, l'objectif immédiat des sous-marins était
+incontestablement le grand pont de Mannheim sur lequel passe
+l'importante voie ferrée de Heidelberg à Kairserslautern. On envoya
+immédiatement des éclaireurs dans cette direction, le long du Rhin. Mais
+la nuit était venue. Les bateaux sous-marins, obligés de se laisser
+remonter à la surface pour renouveler l'air respirable (les équipages
+avaient dû rester en vase clos toute une journée), prirent la précaution
+de ne laisser émerger au-dessus des eaux que le dôme et la passerelle;
+et c'est ainsi que, sur ce fleuve de 400 mètres de largeur parsemé
+d'îlots et de roseaux, méandrique, fréquemment divisé en bras nombreux,
+le passage, dans la nuit, de ces minuscules bâtons flottants fut
+imperceptible. Ils ne plongèrent que pour ne pas être aperçus au pont de
+bateaux de Worms.</p>
+
+<p>A Mannheim, on veillait. Il avait été décidé que, coûte que coûte, on
+arrêterait la maudite flottille. On imagina d'abord de tendre, d'un bord
+du Rhin à l'autre, un filet aux rigides mailles de fer, retenu
+verticalement par des ancres au lit du fleuve, perpendiculairement au
+courant. En arrière, une ligne de torpilles de blocus flottait entre
+deux eaux. Enfin, de chaque côté de l'édifice, furent entassés des
+barques vides ou pleines, des échafaudages, des pontons, tout ce qui
+pouvait être de nature à provoquer loin du pont l'éclatement des
+torpilles lancées par les sous-marins, au cas où ceux-ci parviendraient
+à franchir le double obstacle du filet et du chapelet des mines.</p>
+
+<p>Vain stratagème! Les ennemis étaient résolus à tous les sacrifices pour
+remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne
+fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient à 400 mètres de distance, reliés
+les uns aux autres par un petit câble téléphonique, le sous-marin
+d'avant-garde, dès qu'il sentit la résistance opposée par les mailles du
+filet, avertit son «matelot d'arrière». Le sous-marin n° 2 opéra
+immédiatement sa retraite, imité successivement par ceux qui le
+suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'élan, il
+coupe facilement le filet avec son étrave. Audacieusement, il pousse en
+avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines
+explose. Le fleuve est secoué dans toute sa largeur. Les eaux, projetées
+à une grande hauteur, saisissent, enlèvent et retournent comme une
+coquille de noix l'audacieux petit bâtiment, qui retombe lourdement dans
+le fleuve pour trouver là sa dernière demeure. Tout autour du pont, les
+flots agités par l'explosion entraînent aussi ce qui avait été accumulé
+à grand'peine pour écarter le danger des torpilles. La place est bientôt
+nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et échafaudages. Les
+invisibles assaillants laissent écouler au-dessus d'eux tous ces
+obstacles qui devaient les arrêter. Une heure, deux heures se passent.
+Pendant que Mannheim, rassuré, escompte la destruction de la flottille
+satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu à peu leur
+tranquillité et leur direction naturelles, ne risquent plus de gêner la
+trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau
+bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont
+de Mannheim, orgueil de la cité, était atteint mortellement. La même
+cause avait produit le même effet.</p>
+
+
+
+<p>Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La
+profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile à
+remonter. Il était 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent à la
+surface, profitant du reste de la nuit pour gagner, à la plus grande
+vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongèrent qu'une seule fois: sous
+le pont de bateaux de Spire qu'ils laissèrent intact, tant ils avaient
+hâte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne à voie double de
+Bruchsal à Landau.</p>
+
+<p>A Germesheim, le télégraphe et le téléphone ne cessaient de fonctionner.
+Toute la population était sur pied: le bourgmestre, la police, la
+gendarmerie, les pompiers, sans compter l'armée qui formait autour de
+l'édifice menacé une triple ceinture de sauvegarde. «Vous aurez leur
+visite vers 7 heures du matin», avait dit une dépêche de Mannheim. Des
+bateliers furent envoyés en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons
+de cavalerie évoluèrent le long de chaque rive; un ballon captif fut
+détaché à 50 mètres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des
+meilleurs pour apercevoir des bâtiments naviguant en immersion.</p>
+
+<p>Les précautions semblaient bien prises. Malheureusement, les
+sous-marins, marchant à la surface, ne mirent que deux heures à
+parcourir le trajet, qui aurait exigé quatre heures en plongée. Signalés
+par les bateliers, vers Heiligenstein, à moitié chemin entre Spire et
+Germesheim, la pâle clarté du matin leur permit de s'immerger sans avoir
+été atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage.
+Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du
+fleuve ne laissaient même pas apercevoir le périscope des sous-marins
+flottant sur l'eau.</p>
+
+<p>Dans ces conditions, quelle défense possible pour le pont de Germesheim?
+Aucune. Il fut «exécuté» à 6 heures du matin. Quelques scaphandriers,
+partis du sous-marin d'arrière-garde, s'en allèrent accrocher deux
+cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du
+fleuve. Un double courant électrique fit éclater les deux bombes, et
+d'un édifice monumental qui avait coûté 4 millions de francs, il resta
+une masse tordue, informe. C'était le pont de Germesheim, après la
+visite de ses ennemis.</p>
+
+<p>Ce ne fut qu'un cri de colère dans la cité quand trois dépêches,
+arrivant coup sur coup, annoncèrent que le pont de Kreuznach, près du
+confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de
+Francfort-du-Mein, à 40 kilomètres de l'endroit où le Mein se jette dans
+le Rhin, enfin celui du Neckar, à Heidelberg, attaqués de la même
+manière, avaient subi un sort pareil. «Ils sauteront tous»! disaient les
+uns.--«On a lancé des sous-marins dans tous les fleuves allemands»,
+disaient les autres. Quelques-uns, plus réfléchis, essayèrent de faire
+comprendre aux affolés que les bateaux fantômes qui remontaient
+maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient à la même
+flottille et étaient venus par le Rhin lui-même. Personne ne voulait
+croire cette explication si simple.</p>
+
+<p>Tel était le découragement qu'on ne songeait plus même à poursuivre ceux
+qui, après avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une
+régularité d'horloge, leur affreuse odyssée sur le fleuve. «Ils
+arriveront ce soir au pont de Kehl!» s'écriaient les gens d'un air
+moitié furieux, moitié résigné.</p>
+
+<p>La prédiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus
+que trois submersibles. Il était, en outre, manifeste que son
+approvisionnement en vivres et en torpilles était épuisé. La fatigue des
+équipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevèrent leur
+<i>raid</i> étonnant en détériorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait
+communiquer Rastatt et Haguenau.</p>
+
+<p>Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient
+accompli. Ils furent coulés. Le troisième, victime de quelque accident
+intérieur, ne put s'immerger. Il alla s'échouer sur un îlot, à 10
+kilomètres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhénans, cinq seulement
+restaient intacts: Strasbourg à Kehl, Marckolsein à Saspach, Neu-Brisach
+à Vieux Brisach, Nuenbourg à Bantzenheim, et le pont de Huningue!</p>
+
+<p>... Cinq jours s'étaient passés depuis la déclaration de guerre. La
+mobilisation était terminée; le transport des troupes commençait. Plus
+de mille trains s'échelonnaient le long des voies ferrées des États de
+l'empire, à destination de la frontière de Lorraine. Et tous ces convois
+s'arrêtaient, les uns après les autres, immobilisés sur la rive droite
+du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du génie
+s'employaient à remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de
+pierre ou de fer si malencontreusement détruits; les bacs-trailles, les
+remorqueurs, les barques elles-mêmes pouvaient être utilisés. Mais un
+temps précieux était perdu que l'ennemi utilisait en prenant déjà
+l'offensive.</p>
+
+<p>C'étaient des trains entiers, soit à alléger de moitié, soit à décharger
+complètement. C'était un transbordement interminable de batteries de
+campagne, de mortiers de siège, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le
+grand état-major allemand se résignait, en désespoir de cause, à
+bouleverser tout le plan de mobilisation et à détourner, sur les chemins
+de fer à une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des
+trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui était plus
+grave, les procédés méthodiques allemands, mis en défaut par un tel
+désarroi, ne trouvaient rien d'original pour débrouiller le chaos.</p>
+
+<p>Enfin, après presque une semaine de retard, la circulation de ces
+millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se
+répand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se
+produisent encore le long du fleuve. Çà et là retentissent des
+craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives,
+s'arrêtent éventrés par un engin mystérieux; les radeaux, les ponts de
+bateaux sont coupés en deux et submergés; les barques de pêcheurs
+elles-mêmes sont projetées en l'air dans d'effroyables trombes d'eau;
+les ponts d'Alsace, laissés intacts par les sous-marins, s'écroulent
+avec fracas.</p>
+
+<p>Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les
+eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô
+horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille
+peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?...
+On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus
+des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de
+départ, sont inconnus.</p>
+
+<p>Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand
+le mal eut été accompli.</p>
+
+<p>Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de
+Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique
+d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec
+l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient
+commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus
+employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à
+assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150
+kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé,
+lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos
+maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les
+administrations française et anglaise prissent livraison de la commande.
+Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le
+directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais
+et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent
+livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers.
+Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve...</p>
+
+<p>Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est
+la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables
+<i>mv</i> dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques
+secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou
+les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent
+contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis,
+d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en
+vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à
+ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre
+déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin
+bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de
+20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils
+sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible
+de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la
+mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant
+sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par
+les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et
+huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le
+Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur
+contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy...</p>
+
+<p>Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé,
+contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin
+retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille
+Gaule...<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">J. Delaporte..</span></span></p><br><br>
+
+<h3>NELSON EN FRANCE</h3>
+
+<h4>UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER</h4>
+
+<p>Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu
+à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et
+beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se
+manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On
+ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin
+britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre
+française, la petite ville de Saint-Omer.</p>
+
+<p>Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de
+marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le
+capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme
+prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société
+françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba
+amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune
+femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à
+Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces
+lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et
+j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon
+coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais
+être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille
+d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a
+tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais
+pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus
+actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et
+cette belle personne n'a rien à elle...»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>UN ÉPISODE DU SÉJOUR EN FRANCE DE NELSON EN 1784<br>Le futur
+vainqueur de Trafalgar rencontre, sur la promenade publique de
+Saint-Omer,<br> une jeune Anglaise dont il devient amoureux.</b><br><i>Dessin de R.
+Caton Woodville.--Voir l'article à la page ci-haut.</i>]</p>
+
+<p>Il est à croire que cet attachement abrégea le séjour de Nelson à
+Saint-Omer et que le jeune officier, peu renté, fort ambitieux déjà et
+conscient de ses destinées, s'éloigna hâtivement de cette ville pour
+fuir en même temps la tentation d'un mariage d'amour.</p><br><br>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/009.png"><br><b>
+M. Augagneur, maire et député<br>
+de Lyon, futur gouverneur de<br>
+Madagascar.</b> --<i>Phot. Bellingard.</i></p>
+
+<h3>M. AUGAGNEUR</h3>
+
+
+
+<p>Le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar, actuellement en
+France, ayant demandé à être relevé de la haute fonction qu'il occupait
+depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, député du Rhône, qui est désigné
+pour lui succéder.</p>
+
+<p>Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a été envoyé à la Chambre, au cours
+de la présente législature, par les électeurs de la 5e circonscription,
+en remplacement de M. Philippe Krauss, décédé. Bien que siégeant parmi
+les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de
+certaines exigences de son parti et fait preuve, à la tête de
+l'importante municipalité lyonnaise, de solides qualités
+d'administrateur.</p><br><br>
+
+
+
+
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Le timbre du Zambèze.</span></h4>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/011a.png"></p>
+
+<p>Pour commémorer la visite de la British Association aux chutes de
+Victoria et l'inauguration, à travers la rivière de Zambèze, d'un pont,
+merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projetée du Cap au
+Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'émettre une série de
+timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings.</p>
+
+<p>Tous ces timbres sont du même type; ils représentent une vue des chutes
+de Victoria surmontées de <i>British South Africa Company</i> en deux lignes;
+aux angles supérieurs le millésime 1905 et, aux angles inférieurs, la
+valeur dans des cartouches en forme d'étoiles.</p>
+
+<h4><span class="sc">La domestication des poissons.</span></h4>
+
+<p>Un médecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser
+visiblement des poissons. Cette idée lui est venue à Lugano, où il
+faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'était
+séparée du lac que par des murs en pierres entassées les unes sur les
+autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150
+individus, provenant de cinq ou six pontes différentes. Pour se rendre
+favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillité en
+prenant son bain, l'observateur suisse eut l'idée de passer, chaque
+matin et chaque soir, une heure immobile à l'eau. Il s'asseyait, avec de
+l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignées de
+pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait,
+malgré l'immobilité qu'il s'était imposée. Après quelque temps,
+toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au
+point de venir happer un peu du pain qui leur était offert. L'exemple
+fut bientôt suivi par les aînées et, au bout de peu de temps, le
+baigneur, dès qu'il entrait à l'eau, était entouré de toute la bande qui
+venait se régaler du pain dont celui-ci était toujours muni. Les
+poissons n'éprouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils
+circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune
+difficulté. C'était pour eux un jeu, et le jour où, pour les
+photographier, on étala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un
+arrière-plan approprié, on eut toutes les peines du monde à leur faire
+comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer à cache-cache.</p>
+
+<h4><span class="sc">L'arbre à crayons</span>.</h4>
+
+<p>L'arbre dans le quel on découpe les crayons tend à disparaître: on en
+consomme trop. C'est un cèdre rouge, haut de 20 à 25 mètres, jadis très
+abondant en Amérique où il croît du golfe du Mexique au Canada et de
+l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dégénérant de qualité du sud
+au nord et de l'est à l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois
+des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses
+réserves commencent à s'épuiser et le gouvernement des États-Unis se
+préoccupe de la situation. D'ailleurs, tout en préférant les climats
+chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort différentes; quelques
+plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine
+d'années, ont assez bien réussi.</p>
+
+<p>Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogène et parfumée est si
+agréable à caresser avec le canif, présente en outre des qualités de
+solidité qui le font aussi rechercher pour les poteaux télégraphiques,
+les constructions navales, les traverses de chemins de fer,
+l'ébénisterie, etc. La crise, dès lors, s'explique mieux.</p>
+
+<h4><span class="sc">Les bassins filtrants du mont Valérien.</span></h4>
+
+<p>Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la
+route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref
+délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable
+la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus
+perfectionné établi jusqu'à ce jour.</p>
+
+<p>Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré
+comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais,
+comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en
+suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense
+appréciable.</p>
+
+<p>Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou
+reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la
+déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au
+bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant
+pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau
+passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes
+et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre
+filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout
+d'un mois et demi.</p>
+
+<p>Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau
+puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté
+supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre
+premiers, formant le groupe des <i>dégrossisseurs</i>, contiennent des lits
+de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent
+ensuite: un <i>préfiltre</i>, garni de sable de 4 millimètres et de petit
+gravier; puis le <i>filtre</i>, où la couche principale est formée de sable
+passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à
+la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des
+appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés
+devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée.</p>
+
+<p>L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur
+la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis
+que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant
+d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre
+cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de
+bacille <i>coli</i>. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les
+habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les
+Parisiens.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/011b.png"><br>
+<b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le costume insubmersible de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Dévot. <i>Phot. Hoffman.</i></b></p>
+
+<h4><span class="sc">Un costume insubmersible.</span></h4>
+
+<p>Beaucoup de personnes se rappellent peut-être le nom du capitaine
+Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir
+sans le moindre effort à la surface de l'eau. Après avoir obtenu un
+grand succès de curiosité à l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et
+encombrant, fut considéré comme n'offrant aucun intérêt pratique. M.
+Dévot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait,
+depuis plusieurs années, à perfectionner l'invention américaine. Il est
+arrivé à combiner un costume d'amphibie, à la fois simple et léger, dans
+lequel il se trouve aussi à l'aise pour franchir un fleuve que pour
+traverser une forêt. Etendu sur le dos, armé d'un fusil et d'un
+revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras, à moins qu'il
+préfère y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs,
+et continue sa route sans avoir besoin de «se changer».</p>
+
+<p>M. Dévot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains
+services en temps de guerre, et il va le soumettre à l'autorité
+militaire.</p>
+
+
+
+<h4><span class="sc">La résistance du coeur aux blessures.</span></h4>
+
+<p>On est habitué à considérer le coeur comme un organe extrêmement
+sensible et qui ne pourrait être touché par un corps étranger sans que
+la mort s'ensuivît.</p>
+
+<p>Or la chirurgie moderne reconnaît à cet organe une grande tolérance; non
+seulement on peut pratiquer des opérations sur le coeur, mais encore
+celui-ci résiste à de très graves traumatismes.</p>
+
+<p>Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une
+mortalité de 60%, ce qui représente plus d'un tiers de guérisons.</p>
+
+<p>Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut à rechercher dans le coeur
+une balle que s'était tirée une jeune fille. Il n'arriva pas à la
+trouver, malgré des recherches nombreuses et la palpation énergique du
+coeur. Or la malade survécut, non seulement à la balle, que la
+radioscopie révéla comme étant dans l'épaisseur même de l'organe, mais
+encore aux longs examens du chirurgien, à l'intérieur même du péricarde!</p>
+
+<p>Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hémorragie abondante
+qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le
+péricarde et la compression finit par provoquer l'arrêt cardiaque; et,
+quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort
+survient encore rapidement par le défaut d'irrigation nutritive de
+l'organe.</p>
+
+<p>Mais, en dehors de ces conditions, on peut espérer la guérison.</p>
+
+<p>Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il
+suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le
+massage du coeur pour voir se rétablir les fonctions de cet organe,
+l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas à cesser.</p>
+
+<p>En réalité, cela revient à dire qu'il est possible de revenir d'une mort
+subite par arrêt du coeur.</p>
+
+<h4><span class="sc">La conservation de la pierre et du métal.</span></h4>
+
+<p>Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prétend avoir découvert un
+liquide chimique qui mettrait certaines substances à l'abri des injures
+du temps, en même temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches
+lui auraient été suggérées par un voyage en Grèce, au cours duquel il
+remarqua que le mortier des édifices en ruine, de plus de deux mille
+ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait été de l'année
+précédente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina,
+et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les
+recherches qui ont abouti à la découverte, à l'invention d'un liquide
+jaune, nommé zorène, dont on n'indique point la composition, mais qui
+posséderait toutes les vertus. Ce zorène serait un durcissant
+incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empêcherait aussi
+les matériaux d'absorber l'humidité; il rendrait inoxydables les métaux.
+En même temps il permettrait de créer des routes ne donnant pas de
+poussière,--ce qui est une façon de parler. Le zorène associé aux
+scories fournirait des chaussées presque éternelles et si dures que les
+véhicules auraient de la peine à les entamer. Si tout cela est vrai, le
+zorène a une belle place à prendre.</p>
+
+<h4><span class="sc">Pour purifier la fumée de tabac.</span></h4>
+
+<p>Les divers procédés suggérés de temps à autre pour purifier la fumée de
+tabac présentent généralement deux points communs: ils ont la prétention
+d'enlever au tabac <i>tous</i> ses principes nocifs et ils exigent une
+cuisine plus ou moins compliquée.</p>
+
+<p>Un chimiste allemand, moins absolu que ses précurseurs, propose une
+solution d'une extrême simplicité: elle consiste à placer, soit dans le
+tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit
+tampon d'ouate imbibé de perchlorure de: fer. D'une longue série
+d'expériences, M. Thoms se croit autorisé à conclure que cette
+filtration élimine totalement l'hydrogène sulfuré et l'huile essentielle
+empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses
+produits de décomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne
+saurait, ajoute-t-il, éliminer toute la nocivité sans éliminer le
+plaisir.</p>
+
+<p>La vapeur du perchlorure n'est pas vénéneuse, et, comme elle n'est pas
+entraînée; par la fumée filtrée, il semble qu'elle ne doive pas influer
+sérieusement sur l'arôme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a
+l'esprit de décliner sa compétence et de s'en rapporter à celle des
+fumeurs.</p>
+
+<h4><span class="sc">Une explosion d'acétylène.</span></h4>
+
+<p>Un grave accident a mis dernièrement en émoi la ville de Montélimar,
+dans des circonstances qu'il est intéressant de signaler.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/011c.png"><br><b>
+Villa écornée par une explosion<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d'acétylène à Montélimar.</b></p>
+
+<p>M. Brun, pharmacien-chimiste, propriétaire d'une superbe villa, de
+construction récente et dont les travaux sont à peine achevés, y avait
+installé un appareil à acétylène, fonctionnant de manière à ne laisser
+dégager le gaz qu'au fur et à mesure de la consommation. Le 9 octobre,
+il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil,
+lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagnée
+d'une formidable détonation, entendue à plusieurs kilomètres de
+distance. En même temps, les persiennes et volets, réduits en miettes,
+étaient projetés au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles
+en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du bâtiment
+s'était écroulé, et telle avait été la violence de la répercussion qu'il
+ne restait plus trace de vitres aux fenêtres des habitations voisines.</p>
+
+<p>On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne à déplorer; mais, si
+le sinistre était advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de
+M. Brun et les domestiques eussent été ensevelis sous les décombres.</p>
+
+
+
+<p>Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables, et l'on peut les
+évaluer au moins à une centaine de mille francs; car, sans compter la
+partie de la maison entièrement détruite, la partie demeurée debout est
+lézardée et atteinte dans ses oeuvres vives.</p>
+
+<p>Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothèse la plus probable est
+celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait
+négligé de fermer un robinet dit «de purge»; d'où une fuite du gaz, qui
+se serait accumulé en grande quantité dans les sous-sols, cependant bien
+aérés.</p>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>Nous publions, avec ce numéro, la première partie du <i>Don Quichotte</i>
+représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement
+littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de
+vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin;
+ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame
+héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de
+Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs,
+la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure
+falote une silhouette inoubliable.</p>
+
+<p>Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, <i>Toison
+d'or</i>, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs.
+C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre
+tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées:
+grand succès personnel pour M. Raimond.</p>
+
+<p><i>Le bonheur, mesdames!...</i> la comédie légère de M. Francis de Croisset,
+aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès
+revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de
+l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes
+Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et
+Prince, décuple la valeur d'une oeuvre.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012.png"><br>
+
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Don Quichotte (M. Leloir).&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sancho Panza (M. Brunot).<br>
+<b>«DON QUICHOTTE», DE M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS</b><br>
+
+<i>Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en
+vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans
+notre prochain numéro.</i></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Vassilissa. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Natacha.<br>
+
+<b>Une scène de la pièce de Maxime Gorki: <i>Dans les Bas-Fonds.<br>--D'après une
+photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou.</i></b></p>
+
+<h3>«DANS LES BAS-FONDS»</h3>
+
+<p>Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par
+toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime
+Gorki: <i>Dans les Bas-Fonds</i>. La version française de M.
+Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à
+la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à
+l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et
+tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes
+Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même
+temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc.</p>
+
+<p>Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes
+artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner,
+le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique,
+les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska
+Pepel.</p>
+
+<p>La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au
+Théâtre Artistique de Moscou, où les <i>Bas-Fonds</i> furent créés sous la
+direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises:
+Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que
+Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.</p>
+
+<p>Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse.</p>
+
+<h3>LE PRINCE SERGE TROUBETZKOÏ</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le prince Serge Troubetzkoï.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Smirnof.</i></p>
+
+<p>Le parti libéral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages
+et les plus respectés, l'un des hommes en qui il avait mis le plus
+d'espérances: le prince Serge Troubetzkoï.</p>
+
+<p>Issu d'une famille très aristocratique--un de ses frères est maréchal de
+la noblesse de Moscou--il s'était, avec son autre frère Eugène, voué à
+l'enseignement. Il professait à l'Université de Moscou. Son savoir
+étendu, la merveilleuse clarté de son esprit et, peut-être plus que tout
+cela, un rare talent de parole lui avaient donné sur le corps enseignant
+un ascendant considérable et conquis, parmi les étudiants, une
+enthousiaste popularité. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Université les
+temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que
+les élèves désertaient les cours, que les professeurs abandonnaient
+leurs chaires plutôt que de subir les entraves que leur voulait imposer
+le pouvoir, le prince Serge Troubetzkoï fut-il, par un vote unanime de
+ses collègues, élu recteur. Lourd et périlleux honneur, dans de telles
+circonstances! Il ne s'y déroba point.</p>
+
+<p>Après avoir, dans une entrevue récente, exhorté au calme les étudiants,
+avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par
+d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission
+qu'il allait remplir, il se rendait à Saint-Pétersbourg pour plaider,
+auprès du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant
+général Trépof, la cause des deux libertés qui lui étaient si chères: la
+liberté de réunion, la liberté d'enseignement.</p>
+
+<p>Le prince Troubetzkoï était malade, exténué par les fatigues de tout
+genre que lui avaient imposées et ses fonctions à l'Université et la
+part très active qu'il prenait aux travaux du Comité permanent des
+zemstvos. Cela même ne l'arrêta pas. Il commença ses démarches.</p>
+
+<p>Le jeudi 12 octobre il avait remis au général Glasof, ministre de
+l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des idées qui lui
+tenaient au coeur, des réformes qu'il sollicitait. Le général l'avait
+invité à prendre part, le lendemain, à la séance de la commission
+chargée d'élaborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, prononça à
+l'appui de son rapport un discours ému et qui fit sensation.</p>
+
+<p>Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit pâlir, défaillir.
+Sa tête se renversa en arrière sur le dossier de sa chaise. On
+s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque
+temps l'usage de ses sens à l'arrivée des médecins, de parents qu'on
+était allé chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10
+heures du soir, il rendait le dernier soupir.</p>
+
+<p>A Saint-Pétersbourg, d'abord, puis à Moscou, où son corps a été
+transporté, on lui a fait des obsèques impressionnantes.</p>
+
+<h3>SIR HENRY IRVING</h3>
+
+<p>Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, à
+Bradford, à peine au sortir de scène, après une représentation du
+<i>Thomas Becket</i> de Tennyson, qui était l'un des triomphes de sa carrière
+dramatique.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/013c.png"><br> <b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sir Henry Irving, d'après une de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ses dernières photographies.</b></p>
+
+<p>John Henry Brodribb, connu au théâtre sous le nom d'Irving, était né en
+1838, à Keinton, près de Glastonbury, et avait débuté, en 1856, sur un
+théâtre de province, à Sunderland. En 1866, la création, à Manchester,
+du principal rôle d'une pièce de Dion-Boucicault l'avait mis en relief.
+Il avait été engagé au Lycéum.</p>
+
+<p>Fervent dévot de Shakespeare, il lui avait consacré avec passion le
+meilleur de son talent qui était considérable. Il semblait surtout
+s'être donné pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le
+génial dramaturge. Interprète inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui
+a dû ses plus beaux triomphes.</p>
+
+
+
+<p>L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue
+anglaise, les États-Unis qui l'avaient applaudi, étaient fiers de lui.
+Il avait été anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait
+mis le sir qui équivaut à nos particules, et il était devenu,
+authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et
+la reine faisaient exprimer à sa famille leurs condoléances; le
+président Roosevelt adressait à son fils un télégramme de regrets, et il
+n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordât la sépulture de
+Westminster, réservée aux plus glorieuses illustrations de la patrie.
+Son mausolée y sera auprès de celui de Gladstone.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014small.png"><br><a href="images/014large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><i>NOUVELLES INVENTIONS<br>(Tous les articles compris sous cette rubrique
+sont entièrement gratuits.)</i></p>
+
+<h4>NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE MOBILE</h4>
+
+<p>Parmi les nombreux avantages que présente la lumière électrique, l'un
+des plus importants réside dans l'extrême docilité avec laquelle elle se
+prête à tous nos besoins ou nos caprices.</p>
+
+<p>Rien n'est aussi pratique et décoratif pour l'éclairage des pianos et
+bureaux genre américain que la lampe «Américaine» que représentent nos
+gravures, lampe réunissant à la fois le côté pratique et décoratif.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015a.png"></p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015b.png"><br></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015c.png"><br></p>
+
+
+
+<p>Les figures 1 et 2 représentent l'application de 1'«Américaine» aux
+pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux
+sont tous concentrés sur la musique et la lampe est complètement cachée
+à la vue de l'exécutant. La hauteur est calculée pour permettre de
+tourner facilement les pages.</p>
+
+<p>La figure 3 montre la même lampe éclairant un bureau du genre américain.</p>
+
+<p>Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, après avoir
+desserré le bouton molleté, de faire glisser le col de cygne dans une
+mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, placé
+horizontalement, fait disparaître la lampe à la vue tout en dirigeant la
+lumière sur la table du bureau.</p>
+
+<p>La construction de l'«Américaine» est robuste et soignée; le socle est
+garni avec un disque de drap pour éviter toute détérioration du vernis
+des meubles.</p>
+
+<p>La décoration en est très riche et se fait au gré de l'acheteur en
+vernis or mat, poli verni or, nickelé, bronzé, etc.</p>
+
+<p>Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; <i>en cuivre</i> rouge genre
+anglais, 36 francs. <i>Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil
+souple.</i></p>
+
+<p>La lampe l'«Américaine» se trouve chez <i>M. Fournier, 22, rue Baudin,
+Paris</i>, et dans les bonnes maisons d'électricité.</p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>
+Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.</p>
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***
+
+***** This file should be named 36630-h.htm or 36630-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/6/6/3/36630/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
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+License terms from this work, or any files containing a part of this
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+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
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+Foundation
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+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+
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