summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:05:44 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:05:44 -0700
commitc48dc37988ed6b28d039dbdb73f16acfe66906f5 (patch)
tree278b9790c5aac7597e8e9e0662d70c20d2badacc
initial commit of ebook 36413HEADmain
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--36413-8.txt2405
-rw-r--r--36413-8.zipbin0 -> 52252 bytes
-rw-r--r--36413-h.zipbin0 -> 3862138 bytes
-rw-r--r--36413-h/36413-h.htm2521
-rw-r--r--36413-h/images/000large.pngbin0 -> 116139 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/000small.pngbin0 -> 30233 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/001.pngbin0 -> 23520 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/001a.pngbin0 -> 197721 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/002a.pngbin0 -> 128517 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/002b.pngbin0 -> 11371 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/002c.pngbin0 -> 14816 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/003a.pngbin0 -> 106460 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/003b.pngbin0 -> 34035 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/003c.pngbin0 -> 49397 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/004a.pngbin0 -> 48716 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/004b.pngbin0 -> 117729 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/004c.pngbin0 -> 77724 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/005large.pngbin0 -> 405383 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/005small.pngbin0 -> 73662 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/006a.pngbin0 -> 52357 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/006b.pngbin0 -> 45447 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/006c.pngbin0 -> 36494 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/007a.pngbin0 -> 104985 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/007b.pngbin0 -> 95470 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/008.pngbin0 -> 124390 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/009.pngbin0 -> 100195 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/010a.pngbin0 -> 104256 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/010b.pngbin0 -> 50605 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/011.pngbin0 -> 188095 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/012a.pngbin0 -> 101948 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/012b.pngbin0 -> 48658 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/013a.pngbin0 -> 131132 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/013b.pngbin0 -> 93932 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/013c.pngbin0 -> 102514 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/014a.pngbin0 -> 106849 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/014b.pngbin0 -> 53357 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/014c.pngbin0 -> 116146 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/015.pngbin0 -> 217197 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/016a.pngbin0 -> 82195 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/016b.pngbin0 -> 49319 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/017.pngbin0 -> 45499 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/018large.pngbin0 -> 224416 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/018small.pngbin0 -> 52772 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/cover.jpgbin0 -> 11485 bytes
-rw-r--r--36413-h/images/supp1.pngbin0 -> 27477 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
48 files changed, 4942 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/36413-8.txt b/36413-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..978030c
--- /dev/null
+++ b/36413-8.txt
@@ -0,0 +1,2405 @@
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: June 14, 2011 [EBook #36413]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3691, 22 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913
+
+AVEC CE NUMÉRO _"La Petite Illustration"_ CONTENANT _JEAN et LOUISE_ par
+ANTONIN DUSSERRE _DEUXIÈME PARTIE_
+
+[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]
+
+
+[Illustration: Ce numéro contient:
+1° LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Roman n° 19: JEAN ET LOUISE, par M.
+Antonin Dusserre;
+
+2° Un SUPPLÉMENT ÉCONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.
+
+
+L'ILLUSTRATION _Prix du Numéro: Un Franc._ SAMEDI 22 NOVEMBRE 1913 _71e
+Année.--N° 3691._]
+
+[Illustration: LE DICTATEUR MEXICAIN VITTORIANO HUERTA Un descendant des
+Indiens Aztèques chef d'une république latine du Nouveau-Monde. _Voir
+l'article, page 402._]
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+LES PHRASES TOUTES FAITES
+
+A peine rentrés, nous avons retrouvé nos chères petites phrases, «les
+phrases toutes faites». Quel bonheur! Et aussi, quelle mélancolie!
+
+Elles nous attendaient, fidèles, dans les milliers de bouches où elles
+avaient l'air d'avoir été enfermées et rangées avant les vacances, ainsi
+que les affaires d'hiver dans le poivre.
+
+Certes, je ne prétends pas qu'il n'y ait qu'à Paris que soit répandu
+leur usage. La province a les siennes. Ce ne sont pas les mêmes. Mais
+cependant c'est surtout ici que nous les consommons en plus grand nombre
+et avec le plus d'entrain.
+
+La phrase toute faite offre cette particularité qu'elle n'est jamais
+longue. Tout de suite à bout de souffle. Aussitôt partie la voilà
+rendue. Elle n'est capable que de laisser tomber quelques mots comme ces
+petites bouteilles vides d'où s'échappent trois gouttes restées au fond.
+
+Ce qui distingue également la phrase toute faite, c'est qu'on ne sait
+jamais qui l'a faite. Pille naturelle du bon sens et de la banalité, ne
+portant le nom ni la marque de personne, elle affecte d'avoir une
+origine très ancienne. Elle se perpétue à travers les hommes qui ne
+paraissent pas se lasser de sa monotonie et de sa fadeur puisqu'ils
+l'entendent et la répètent à l'infini avec la même indifférence sereine.
+Elle se prononce dans la tranquillité absolue du corps, du visage, de la
+voix, du regard. Elle n'a pas d'accent. Sauf en certains cas de tribunal
+et de prétoire elle s'interdit la véhémence. Elle est une habitude de
+l'esprit, une routine du langage, un poncif et un cliché de la
+conversation. Elle s'efforce enfin d'exprimer le moins de pensée
+possible. Et presque toujours elle y arrive.
+
+ *
+ * *
+
+Les phrases toutes faites constituent une espèce de bruit, grâce auquel
+on peut parler pendant des heures, sans rien dire. Elles ont dû être
+inventées et choisies afin d'exercer la langue et les lèvres en
+permettant à l'intelligence de prendre un repos qui n'est pas souvent
+gagné.
+
+Il y a des phrases toutes faites pour tout; pour tous les sentiments,
+toutes les actions bonnes ou mauvaises, toutes les circonstances, pour
+le crime et la charité, pour la douleur et la joie, pour l'amitié, pour
+l'amour. Chaque profession, chaque âge étale les siennes. L'homme et la
+femme ont les leurs,--qu'ils se prêtent. Les plus grandes questions ne
+peuvent y échapper. Il faut toujours passer par elles pour aller
+n'importe où. Elles mènent au diable et à Rome.
+
+Mais je crois que la politique est leur vrai terrain.
+
+Après, les sujets qui en fournissent le plus coquet ensemble sont: la
+santé, le beau temps, la pluie et les domestiques.
+
+La religion et la mort ont aussi leur petit lot qui n'est pas laid.
+
+Combien il y en a?... Personne ne le sait. Je l'ai demandé à de grands
+avocats qui l'ignoraient. Il y en a--au moins--soixante-dix-sept fois
+sept mille, et pourtant une maîtresse de maison, même ordinaire, devra
+les connaître toutes. Elles lui sont indispensables autant qu'à un
+député. Qui que vous soyez, d'ailleurs, si vous ne possédez pas un jeu
+abondant de phrases toutes faites, vous devez renoncer à la visite, au
+dîner en ville, et vous priver du commerce de vos semblables. Restez
+enfermé et isolé chez vous, ou partez ce soir (non sans avoir pris
+prudemment un aller et retour) pour l'île déserte. Et là encore, quand,
+en face de vous, tout seul, vous vous adresserez la parole, il vous
+faudra des phrases toutes faites, pour vous entretenir avec vous-même.
+
+C'est que ridicule, terne et vide, cette phrase de second ordre est
+cependant nécessaire. De sa flexible platitude nous partons en
+bondissant--pas trop fort--comme d'un sage tremplin.
+
+Elle est une préparation, un travail de dégrossissement. Ne croyez pas
+qu'il vous soit possible, même si vous savez bien nager, de vous lancer
+dans l'océan des phrases rares et neuves, sans avoir recours d'abord à
+ces précieuses bouées que sont les phrases toutes faites... Qui,
+d'ailleurs, parmi les plus étincelants génies de cheminée, les Rivarol
+et les Chamfort de salon, aurait l'audace de s'estimer capable de
+dire--et du premier coup!--une chose, si spirituelle, fine et mordante
+soit-elle,--qui n'ait été déjà conçue et exprimée avant lui de la même
+façon, ou mieux?
+
+Pénétrons-nous donc de modestie. Ne méprisons pas ni ne dédaignons les
+phrases toutes faites. Elles ont leur immense utilité.
+
+D'abord elles nous permettent de tâtonner, de voir venir, de prendre la
+direction; elles sont à l'esprit ce que sont au corps ces formalités
+physiques qu'on appelle les poignées de main. Quand deux êtres
+s'abordent, ou qu'ils viennent d'être présentés l'un à l'autre,
+qu'arrive-t-il? Chacun puise dans le sac de ses phrases toutes faites
+pour discerner ce qu'il peut tirer de son partenaire, et, dès que l'on
+est tombé d'accord sur deux ou trois points, on ne touche plus au sac et
+«on se laisse aller». Mais il faut commencer par être garni de phrases
+toutes faites... pour pouvoir s'en passer. Quelqu'un qui n'en aurait pas
+toujours sur lui un assortiment complet, qui risquerait tout à coup d'en
+manquer, serait le plus malheureux des hommes, exposé aux pires
+détresses.
+
+Vous le figurez-vous obligé, avec le premier venu, dont il ne sait rien,
+de débuter _ex abrupto_ par une image délicieuse, un aperçu profond...
+au jugé?... à l'aveuglette?... risquant de gaspiller du beau pour une
+buse? Ce serait affreux.
+
+Voilà bien à quoi sert la phrase toute faite, pierre de touche de
+l'homme supérieur et de l'imbécile. Elle dicte en peu d'instants la
+ligne de conduite à tenir.
+
+Vous trouvez-vous de rencontre avec un causeur délicat et cultivé, le
+moment ingrat de la phrase toute faite ne dure jamais qu'un éclair. On y
+renonce de part et d'autre ensemble, sans se donner le mot. Nul n'est
+même gêné d'y avoir eu recours. Cela n'a pas eu plus d'importance
+qu'avant le repas de déplier sa serviette. Et bien vite on s'installe
+simultanément en pleine curiosité de pensée et d'expression.
+
+Mais si, au contraire, vous acquérez la triste certitude, dès sa
+première question ou sa seconde réponse, que votre interlocuteur est un
+sot distingué... ah! c'est alors que, puisant dans le dictionnaire, dans
+le bottin des phrases toutes faites, vous vous en servirez uniquement
+pour gaver le dindon, car vous estimerez avec justice qu'elles sont bien
+assez bonnes pour ce minus habens et qu'il est inutile de lui accorder
+autre chose que ce qu'il mérite et peut comprendre.
+
+Ne craignez pas, en ce cas, qu'il s'aperçoive de votre manège humiliant,
+car il est de ces gens qui, toute leur vie, ne se nourrissent que du
+pain fade et mal cuit de la phrase toute faite. Elle est leur habituelle
+pâture. Leur premier cri en venant au monde a été un cri tout fait, et
+leur dernier soupir quand ils en sortiront sera un soupir «reçu
+d'avance» et tout fait, lui aussi.
+
+ *
+ * *
+
+La phrase personnelle et originale est à la phrase banale et toute faite
+ce qu'est l'habit coupé et pris sur mesure à celui qui ne l'est pas. Or,
+il y a de très honnêtes gens, pas bien soucieux d'élégance verbale qui
+parlent «tout fait» à la machine, en n'employant que des mots de lisière
+et qui semblent avoir été cousus les uns aux autres dans les prisons...
+Sans aller jusqu'à les plaindre, il est permis de ne pas les imiter.
+
+La phrase toute faite vous procurera en outre l'avantage, dans certaines
+occasions particulières, de pouvoir, grâce à elle, déguiser votre vraie
+pensée que vous ne voudrez pas laisser voir, de l'envelopper de termes
+neutres et de mots d'emballage comme on recouvre d'un papier gris un
+objet fragile ou frais pour que de gros doigts ou des mains sales ne le
+touchent pas.
+
+L'écrivain difficile et raffiné, le mandarin de lettres devra savoir
+également, sur le bout de la langue, les phrases toutes faites. A
+l'expérience, il apprendra que la moindre d'entre elles, et qui n'avait
+l'air de rien, peut, en étant bien placée, produire par contraste un
+effet énorme. En vertu d'un phénomène bizarre mais logique, c'est elle
+qui tout à coup paraîtra la seule phrase-artiste, la phrase-écriture, la
+phrase-pensée, et toutes les autres ne seront plus que des raclures, des
+copeaux. L'oeuvre des génies est pleine de «phrases toutes faites»
+auxquelles un choix heureux et imprévu a redonné la virginité de la
+trouvaille.
+
+Enfin l'homme, si grande que soit sa présomption, serait vraiment mal
+venu à se montrer plus difficile que Dieu qui se contente depuis des
+éternités de ces phrases toutes faites et pourtant sublimes: les
+prières.
+
+HENRI LAVEDAN.
+
+_(Reproduction et traduction réservées.)_
+
+
+
+LES INCIDENTS DE SAVERNE
+
+Edmond About parlait un jour des «geôliers maladroits de Saverne
+germanisée». S'il était revenu, la semaine dernière, en sa propriété de
+la «Schlitte» où il aimait passer une partie de l'année, il n'aurait
+sans doute plus reconnu la «geôle», tant elle était eu rumeur.
+
+[Illustration: Lieut. von Forstner.
+
+La compagnie du 99e régiment d'infanterie prussienne, en garnison à
+Saverne, qui compte parmi ses officiers le lieutenant von Forstner:
+groupe des soldats de la classe 1911-1913, à leur départ.
+
+Derrière le groupe, la colonnade de l'ancien château de Rohan, qui sert
+de caserne. Les inscriptions disent: «A celui qui a fidèlement fait son
+temps, à celui-là versons un plein verre!»--«Comme étrangers, nous nous
+sommes connus; c'est comme amis que nous devons nous quitter «Nous avons
+monté la garde aux Vosges pour la protection et pour la puissance de la
+Patrie.»--Quant à l'inscription: §11, elle signifie: «Buvez jusqu'au
+délire.»]
+
+[Illustration: Le lieutenant von Forstner.]
+
+Saverne, cependant, est une ville calme. Elle n'a pas de passé politique
+mouvementé. On l'appelle couramment «la perle des Vosges» ou encore «la
+cité des roses». Titres charmants et mérités. Or, la cité fleurie vient
+de connaître l'émoi d'une révolte populaire. Les journaux quotidiens ont
+conté en détail comment les choses se sont passées. Un jeune lieutenant
+du 99° régiment d'infanterie, le baron von Forstner, s'adressant aux
+recrues de sa compagnie, avait dit, à propos d'une affaire de coups de
+couteau entre civils et militaires: «Je donnerais volontiers dix marks
+de ma poche à celui d'entre vous qui trouerait la peau d'un _Waches_.»
+Le mot «Waekes» constitue, dans la bouche d'un Allemand, la pire injure
+qui puisse être adressée à un Alsacien, car il est employé d'une façon
+courante par les immigrés pour désigner la population du pays
+(_elsaesser waekes_, voyous d'Alsace). Ainsi faut-il s'expliquer l'émoi
+qui s'empara de Saverne quand furent connus les propos outrageants du
+lieutenant prussien. On commença par enfoncer ses fenêtres. Le
+lendemain, 300 Alsaciens l'attendaient à la sortie du mess des officiers
+et l'escortaient jusqu'au restaurant de la Carpe d'or, où il dut
+chercher un refuge. Quelques citoyens l'ayant relancé à l'intérieur de
+l'établissement, le lieutenant les menaça de son revolver, geste
+qu'imitèrent neuf de ses camarades. Le colonel von Reutter accourut et
+essaya de calmer les esprits en prononçant une harangue. Ce fut en vain.
+Il fallut un piquet de fantassins, baïonnette au canon, pour dégager le
+lieutenant von Forstner qui passa la nuit à la caserne. Le lendemain
+était un dimanche. Dans le courant de l'après-midi, un millier de
+manifestants mirent le siège devant le domicile particulier de
+l'officier que gardait un important détachement de gendarmes, de soldats
+et d'agents de police. L'officier fut longuement conspué. Les jours
+suivants, les manifestations se renouvelèrent et prirent un tel
+caractère de gravité que le colonel fit charger les mitrailleuses et
+parla sérieusement de déclarer Saverne en état de siège. Il fallut toute
+l'influence du sous-préfet et du maire alsaciens pour l'en empêcher. Les
+choses étaient bien sur le point de se gâter. Les colères s'apaisèrent
+seulement lorsqu'on sut qu'une enquête sévère était ouverte et que
+satisfaction serait donnée à la population. Le jeudi 13 novembre on
+annonçait que le colonel von Reutter et le lieutenant von Forstner
+avaient été déplacés. Renseignements pris, la nouvelle était fausse.
+Certes, le colonel, qui, dans une note officielle--accueillie avec
+beaucoup de scepticisme--s'était efforcé de transformer le sens des
+paroles de son subordonné, avait quitté Saverne, en congé; mais le
+lieutenant était resté à son poste, si l'on ose dire. Et, le jour même
+où on le croyait retourné en Allemagne, M. von Forstner se livra à de
+nouveaux écarts de langage dont le drapeau français, selon les uns, la
+légion étrangère, selon les autres, faisait les frais. Il était donc
+superflu que son colonel prît tant de peine pour réduire la portée du
+premier incident.
+
+Que faut-il penser de cette attitude d'un officier vis-à-vis de la
+population des provinces annexées? «Oh! c'est bien simple, nous écrit un
+de nos correspondants d'Alsace. Lorsque le Reichstag se prononça
+récemment en faveur de l'augmentation de l'armée allemande, les députés
+alsaciens-lorrains votèrent contre le projet de loi, et ce vote souleva
+de violentes colères parmi l'armée de 100.000 hommes qui couvre
+l'Alsace-Lorraine.» D'autre part, il est à Strasbourg un général
+commandant de corps, le général von Deimling, qui perd peu d'occasions
+de manifester son humeur belliqueuse. C'est lui qui parlait, il y a
+quelques jours, de courir sus aux pantalons rouges. Le lieutenant, lui,
+offre de payer pour faire «trouer la peau» d'un civil, à condition qu'il
+soit d'Alsace. Le lieutenant passe la mesure du général. On a fini par
+s'en émouvoir à Saverne et un vent de révolte qui n'est point encore
+calmé a passé justement sur «la cité des roses».
+
+Il faut ajouter, en toute équité, que la grande majorité des journaux
+allemands s'est montrée fort sévère pour les autorités militaires de
+Saverne. Notamment le _Berliner Tageblatt_, la _Gazette de Voss_, la
+_Germania_, ont protesté contre l'attitude inqualifiable du lieutenant
+von Forstner et les agissements des officiers de son genre «qui sont les
+meilleurs racoleurs pour la légion étrangère».
+
+[Illustration: Le colonel von Reutter.]
+
+
+
+[Illustration: Après l'accident du 4 juin: M. Aristide Briand, dégagé de
+sa voiture renversée, soutient sa main blessée; au premier plan, la
+voiture abordeuse.]
+
+L'ACCIDENT DE PACY-SUR-EURE
+
+Cette semaine, au moment où s'achèvera le présent numéro, un accident,
+qui causa une profonde émotion, aura son épilogue devant le tribunal
+d'Évreux.
+
+Le 4 juin dernier. M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, se
+rendait en automobile, avec son collègue et vieil ami Albert Willm,
+député de la Seine, à une petite maison des champs qu'il possède à
+Cocherel (Eure). Ils allaient arriver à Pacy-sur-Eure. Leur voiture
+suivait, à allure modérée, la droite de la grand'route de Paris à
+Cherbourg quand une autre automobile, lancée à toute vitesse,
+qu'essayait ce «metteur au point» d'une maison de construction, vint la
+heurter par l'arrière, la jetant à demi broyée contre un arbre de
+l'accotement.
+
+Péniblement, MM. Aristide Briand et Albert Willm parvinrent à se
+dégager.
+
+[Illustration: Sur le lieu de l'accident: M. Aristide Briand et ses
+«écraseurs».]
+
+L'ancien président du Conseil, blessé à la tête, à l'épaule, la main
+ensanglantée, souffrait cruellement. Le chauffeur, qui avait été projeté
+hors de la voiture, ne se plaignait que de contusions. Les auteurs de
+l'accident conduisirent leurs victimes à Pacy-sur-Eure. Sommairement
+pansé, M. Aristide Briand, qui avait conservé toute son habituelle belle
+humeur, plaisantait avec verve.
+
+Mais, à l'examen, les médecins constatèrent que les deux blessés étaient
+bien plus grièvement atteints qu'ils ne l'avaient cru tout d'abord. M.
+Aristide Briand avait le bord de l'épaule gauche fracturé. Il leur
+fallut, à l'un comme à l'autre, de longues semaines pour se remettre.
+
+Aujourd'hui, ils ne conservent guère de cette aventure de route que le
+mauvais souvenir,--et aussi, agréable compensation, le volumineux
+dossier des lettres et des télégrammes par lesquels leurs amis leur
+exprimaient leur sympathie.
+
+[Illustration: A Pacy-sur-Eure, après le premier pansement à la
+pharmacie.]
+
+[Illustration: Les débris de l'automobile de M. Briand.--En avant, M.
+Alexandre Duval qui ramena à Paris les victimes.]
+
+UN ACCIDENT D'AUTOMOBILE QUI FAILLIT DEVENIR HISTORIQUE
+
+
+
+[Illustration: A Varna, en Bulgarie, au bord de la mer Noire: la foule
+entourant le monoplan qui vient d'atterrir.--_Phot. H. Roux._]
+
+[Illustration: Daucourt ayant à sa droite Mme Duchesne, femme du consul
+de France, à sa gauche Mme Stancioff, femme du ministre de Bulgarie à
+Paris.]
+
+PARIS-LE CAIRE EN AÉROPLANE
+
+Dans notre précédent numéro, nous dépêches, le voyage aérien de Daucourt
+publions aujourd'hui des photographies prises du bord de l'aéroplane par
+le compagnon de Daucourt, M. Roux, qui nous envoie en même temps une
+nouvelle série de notes précisant certains épisodes de ce raid
+admirable.
+
+Voici d'abord quelques détails rétrospectifs sur la traversée de
+l'Allemagne.
+
+Nous avions laissé les aviateurs à Schaffhouse; une panne de moteur les
+arrête près de la vieille cité; ils reprennent leur vol le 28 octobre:
+«...Un industriel du pays nous donne une lettre pour son frère qui
+habite Alexandrie. C'est la dernière levée.» Le temps s'éclaircit; nous
+atteignons Constance, puis Friedrichshafen. Le comte Zeppelin nous ayant
+interdit de survoler son terrain, bien qu'il ne figure pas sur la carte
+des zones interdites, nous passons prudemment à un kilomètre des
+hangars. Le champ paraît avoir 800 mètres de côté; un grand hangar,
+probablement tournant, occupe le centre. Je regrette de n'avoir pas mon
+appareil photographique; je l'ai laissé à mon mécanicien pour la
+traversée de l'Allemagne.
+
+»Fort vent debout. Nous sommes de plus en plus secoués. Je tiens mon
+stylo de la main droite, tandis que la gauche est cramponnée au
+fuselage...
+
+[Illustration: L'itinéraire suivi par Daucourt et Roux.]
+
+»En traversant une légère brume, nous avons perdu la ligne du chemin de
+fer. Nous la retrouvons bientôt, avec une gare dont je pourrais lire le
+nom avec ma jumelle si Daucourt n'avait pas refusé de l'emporter, sous
+prétexte que c'était du poids en trop. Tant pis pour lui.
+
+»Une grande ville: Munich évidemment. A une heure, nous atterrissons sur
+un terrain splendide... Ce n'est pas Munich, c'est Augsbourg!
+
+»Nous restons jusqu'à 3 heures au poste de police du champ de
+manoeuvres. Que de sonneries de téléphone pour nous! Je comprends qu'on
+veut nous fouiller, mais le capitaine dit que c'est inutile. On nous
+demande seulement si nous avons un appareil photographique, et on visite
+l'aéroplane.
+
+»Le 29 octobre, au matin, départ d'Augsbourg. Pays très plat, très vert,
+beaucoup de bois: un billard avec des petits sapins de boîtes à soldats.
+
+»Au bout d'une demi-heure, panne de moteur. En atterrissant contre une
+balustrade, nous brisons une roue et l'hélice...
+
+»La malchance qui nous poursuit, depuis Paris va enfin cesser. Le 31, à
+9 heures du matin, nous repartons pour Vienne. Après Linz, nous abordons
+les déniés du Danube, très encaissés, qui nous obligent à monter à 1.500
+mètres. Nous n'apercevons que des forêts, sans le moindre espace pour
+atterrir. A une heure de l'après-midi, nous atteignons la capitale de
+l'Autriche, ayant couvert depuis le matin 500 kilomètres...» Le trajet
+de Vienne à Budapest fut particulièrement dur: «Dès l'approche du
+Danube, nous dansons fortement, et pendant une heure je suis réellement
+mal à mon aise. Impossible de prendre des photographies, car mes deux
+mains sont cramponnées au fuselage; d'ailleurs la brume épaissit; à un
+kilomètre devant nous elle apparaît comme un mur noir infranchissable.
+Daucourt atterrit dans un champ magnifique, et c'est la ruée des paysans
+vers le Borel.
+
+[Illustration: EN BULGARIE.--Le monoplan de Daucourt et Roux avant le
+départ de Varna.--_Phot. H. Roux._]
+
+[Illustration: Le Danube, près de Roustchouk.
+
+LE VOYAGE EN ORIENT DE DEUX AVIATEURS FRANÇAIS.--Escorté jusqu'au Danube
+par un aviateur roumain, le monoplan de Daucourt et Roux va traverser le
+fleuve pour entrer en Bulgarie, près de Roustchouk.--_Photographie de M.
+Roux._]
+
+»Enfin, le ciel s'éclaire et nous arrivons à Budapest, où le comte Zichy
+et les membres de l'Aéro-Club nous reçoivent de façon charmante.»
+
+Les aviateurs repartent le lendemain après déjeuner:
+
+«La Hongrie n'est qu'un vaste champ d'atterrissage. Pas un pouce de
+terrain qui ne soit cultivé. L'aspect des villages est assez curieux:
+les rues sont, en général, très droites, se coupant à angle droit, avec
+les pignons des maisons face à la rue. Pendant trois heures, c'est le
+même paysage uniforme, banal et ennuyeux. La minute drôle du voyage fut
+le passage sur une tribu de tziganes, dont le campement comprenait une
+centaine de tentes d'où ils se précipitèrent pour nous voir passer.»
+
+Repos à Arad, où M. Roux prend le train pour traïova. Ignorant ce que
+pourrait être la traversée des Carpathes, Daucourt a préféré faire cette
+étape seul. Elle fut très pénible. Il dut s'élever à une altitude de
+2.500 mètres et souffrit beaucoup du froid et du vent.
+
+[Illustration: Le monoplan de l'aviateur militaire roumain Capsa.]
+
+M. Roux reprend sa place à bord au départ de Craïova:
+
+«Jusqu'à Bucarest, c'est la plaine très fertile, plus variée que la
+plaine hongroise: du blé et beaucoup de maïs. Sur la gauche se déroule
+la chaîne des Carpathes couverts de neige. Nous planons sur Bucarest à
+midi 30, mais impossible de repérer l'aérodrome. Enfin, nous apercevons
+deux monoplan qui viennent à notre rencontre, passant à 100 mètres.
+Echange de saluts. Daucourt se laisse guider par l'un des appareils.
+Nous descendons absolument dans son sillage et touchons terre au même
+endroit précis. On crie «Vive la France!»; nous n'entendons parler que
+le français dans la foule qui nous acclame.»
+
+Le prince Bibesco et les aviateurs roumains «battent le record de la
+réception».
+
+Le lendemain, deux aviateurs de l'armée roumaine vont guider nos
+compatriotes jusqu'à la frontière bulgare. L'un d'eux est le capitaine
+Capsa, pilote de premier ordre, qui s'est signalé par des raids
+audacieux au cours de la guerre des Balkans:
+
+«...Très amusant: deux monoplans nous conduisent à la frontière. Partis
+avant nous, ils montent et descendent devant le nôtre et nous indiquent
+la route... 11 h. 25: nous avons dépassé les deux Blériot, moins
+rapides... 11 h. 30: un Blériot pique au plus court et nous rattrape; il
+est en plein dans le prolongement de notre aile droite et paraît
+immobile... Voici Roustchouk et les nombreux méandres du Danube qui
+annoncent la frontière bulgare; le pilote--le capitaine Capsa--qui vole
+à 50 mètres de nous, nous dit adieu de la main, et fait demi-tour.»
+
+[Illustration: Le palais d'Euxinograd, sur la mer Noire, où séjourne la
+reine de Bulgarie.]
+
+[Illustration: La côte de la mer Noire entre Varna et Bourgas: aucune
+plage pour atterrir.
+_Phot. Roux._]
+
+Ne se croirait-on pas tout bonnement sur la grand'route?
+
+«Accueil également chaleureux à Varna. Au départ, Mme Duchesne, femme du
+consul de France, et Mme Stancioff, femme du ministre de Bulgarie à
+Paris, viennent nous souhaiter bon voyage. Nous allons jeter un bouquet
+aux couleurs bulgares au-dessus du palais d'Euxinograd où se trouve la
+reine de Bulgarie. Nous volons à 2 kilomètres de la côte, très boisée,
+qui ne présente aucun terrain d'atterrissage. Je me demande ce que
+Daucourt choisirait en cas de panne, le bain ou la dégringolade dans les
+arbres.
+
+» A 11 h. 1/2, nous passons sur le cap Eminé. Le vent descendant de la
+montagne nous empêche de monter et malgré nos efforts nous rejette
+constamment vers le large... Nous sommes à 800 mètres au-dessus des
+forêts qui bordent la mer Noire. L'énigme de l'atterrissage... Je ne
+pense qu'au moteur, mais j'ai confiance en lui.
+
+» A 5 heures, nous atterrissons à Podima, il fait presque nuit.
+Impossible de nous faire comprendre; on nous croit Bulgares... La
+tempête augmente et nous couchons sous l'appareil... Le lendemain, un
+maître d'école grec finit par nous comprendre et dit aux paysans que
+nous sommes Français. L'accueil change et l'on nous donne tout ce dont
+nous avons besoin. Nous faisons amarrer solidement l'appareil que le
+vent soulève de terre par instants; nous le laissons sous la garde des
+gendarmes et nous allons nous reposer... Dans l'après-midi, nous
+envoyons un paysan à cheval porter une dépêche à 50 kilomètres pour
+prier l'ambassadeur de France de rassurer nos amis... La pluie commence
+à tomber, et nous espérons que le vent cessera demain; nous atteindrons
+alors Constantinople en cinquante minutes.»
+
+Ici s'arrêtent les notes de M. Roux qui nous sont actuellement
+parvenues. Le dimanche 9 novembre, à 4 heures du soir, par un temps
+radieux, l'avion français atterrissait à l'aérodrome de Safrakeuy, près
+de San Stefano, presque en même temps que Osman Noury bey, un des trois
+officiers ottomans partis à sa rencontre.
+
+Au premier rang de la foule nombreuse qui attend nos compatriotes depuis
+le matin, on remarque: Mme Bompard, femme de l'ambassadeur de France; le
+ministre de l'Intérieur; le préfet de Constantinople; notre éminent
+confrère Ahmed Ihsan, maire de Péra, directeur-propriétaire du journal
+illustré Servet-I-Funoun, etc. La réception est triomphale, et, durant
+les quatre jours que les voyageurs passeront à Constantinople, ils
+seront fêtés avec une égale cordialité par la colonie française et par
+les autorités turques.
+
+Daucourt et son compagnon ont quitté San Stefano le 15 novembre. Après
+avoir survolé la Corne d'Or, ils franchissent le Bosphore et entrent en
+Asie par Scutari. Ils suivent la côte de la mer de Marmara, passent à
+Ismid, l'antique Nicodémie, et atterrissent à Adabazar, à 150 kilomètres
+de leur point de départ.
+
+La partie la plus scabreuse du voyage va commencer. Après un crochet
+sur Brousse, nos voyageurs vont se diriger sur Koniah, Alexandrette,
+Beyrouth. Jérusalem, Port-Saïd. Outre qu'ils auront à franchir le massif
+du Taurus, ils aborderont des régions offrant peu de ressources pour un
+aviateur, et où il sera malaisé de se diriger. Nous pouvons néanmoins,
+maintenant, croire fermement au succès final.
+
+[Illustration: L'aviateur Daucourt félicité par Mme Bompard, femme de
+l'ambassadeur de France à Constantinople.--_Phot. Ferid Ibrahim._
+
+LE VOYAGE AÉRIEN PARIS-LE CAIRE.--Arrivée du monoplan parti de Paris sur
+le champ d'aviation de Safrakeuy, près de Constantinople. A droite,
+atterrissage d'un monoplan monté par un officier turc qui était allé
+au-devant des aviateurs français.--_Phot. comm. par M.
+Beguin-Billecocq_.]
+
+
+
+[Illustration: Fez au milieu de ses jardins.]
+
+LE MAROC QU'IL FAUT VOIR
+
+II
+
+LA CAPITALE DU VIEUX MAGHREB
+
+Pour bien goûter le charme de Fez, il faut avoir l'âme orientale,
+c'est-à-dire se complaire dans la vie du Passé, si calme et si douce en
+comparaison de celle que nous fait notre civilisation moderne; il faut
+s'attacher à savourer la joie de vivre et non dévorer sa vie dans la
+fièvre et la trépidation de nos existences compliquées. Un abîme sépare
+cette sagesse orientale, que nous nommons parfois le fatalisme, de notre
+conception du bonheur. Le progrès scientifique gagne chaque jour du
+terrain sur les éléments, l'eau, l'air, le feu, et l'homme asservit de
+plus en plus la nature à sa volonté conquérante, pour satisfaire
+d'ailleurs des besoins de jour en jour plus impérieux et nouveaux.
+Besoins factices! Tourbillon insensé! Orgueil et démence!... dira
+l'habitant de Fez, le Fazi, fier de sa civilisation
+traditionnelle--faite du souci d'un bien-être approprié au climat et
+tenant en grand honneur le luxe--fier de sa ville, fier de la jalouse
+indépendance qu'il a su y garder...
+
+Tout semble réuni, d'ailleurs, dans cette capitale du vieux Maghreb pour
+justifier cette prédilection et en faire un lieu de délices pour les
+Orientaux. D'abord on y trouve de l'eau à discrétion. Elle est fournie
+en abondance par l'oued Fez, né à quelques kilomètres sur les plateaux
+du Sud-Ouest et qui dévale en cascades dans la ville. Mille et mille
+fois dispersée en conduites souterraines, cette eau va dans chaque
+maison entretenir la fraîcheur des jardins, gazouiller dans les
+cascatelles, glouglouter dans les bassins de marbre. Bruits délicieux
+aux oreilles orientales pour lesquelles, dit le proverbe arabe, il n'y a
+que trois sons délectables: _le murmure de l'eau, le tintement de l'or,
+la voix de la femme aimée_.
+
+Le climat particulièrement tempéré de la région de Fez vient ajouter au
+charme de la vieille cité maugrabine.
+
+Puis ce sont les palais, les maisons particulières, rivalisant de luxe
+et de beauté; les jardins qu'embaument les roses, les orangers et les
+jasmins et où tant de fleurs vives aux parfums exquis s'épanouissent à
+peu près en toutes saisons donnant l'illusion d'un éternel printemps...
+
+Viennent enfin, pour compléter l'enchantement, les traditions de faste
+et de confort qui se sont transmises dans l'art de recevoir les hôtes:
+chère exquise, attentions délicates, petits soins de tous les instants.
+A peine introduit dans la somptueuse demeure d'un Fazi, le visiteur est
+aspergé de parfums, enveloppé de vapeurs odorantes dont les volutes
+bleuâtres s'échappent des cassolettes où brûlent le bois de rose, la
+myrrhe, l'encens ou le santal.
+
+Des coussins moelleux et de riches tapis l'invitent au repos; des
+aiguières d'eau parfumée lui sont présentées pour le lavage des mains.
+Le thé à la menthe lui est servi. On lui donne à fumer, on l'éventé, on
+s'empresse autour de lui.
+
+Le reçoit-on à dîner? Des mets nombreux et variés sont apportés, dans de
+superbes plats tenus au chaud par des cônes de sparterie et combien
+savants, combien soignés! Poulets, pigeons, épaules d'agneaux, viandes
+rôties ou cuites à l'étuvée parées de légumes de toutes sortes, gâteaux
+au miel, fruits, couscouss ou, que sais-je encore, et d'innombrables
+pâtisseries.
+
+[Illustration: La maison d'El Mokri, à Fez.]
+
+--Partout où nous avons été reçus, me disait mon fidèle Omar el Djerouni
+(un Algérien qui, depuis quelques années, m'accompagne dans mes voyages
+en Orient), que ce soit chez les émirs de Damas ou les grands
+personnages de Turquie et d'Égypte, chez les riches négociants de Tunis,
+de Stamboul ou du Caire, partout on nous servait, tu te souviens, des
+poulets coupés en petits morceaux; mais ici, au Maroc, «chacun son
+poulet»;--et il s'extasiait devant cette munificence.
+
+Il est vrai que chaque grand dîner marocain, et particulièrement à Fez,
+représente une hécatombe de volailles. Pour cinq convives on servira,
+par exemple, cinq poulets cuits au carry indien, comme premier plat,
+puis ce seront cinq poulets aux olives et, ensuite, dix ou douze pigeons
+au cumin et encore un nouveau plat de cinq poulets farcis aux amandes,
+suivi d'un cinquième plat de poulets ou de canards à l'étuvée, sur un
+canapé de pilaf, le tout précédant les viandes, le couscoussou et les
+desserts...
+
+Le repas terminé, entrent en scène les musiciens et les chanteuses, les
+fameuses Cheïkas de Fez, danseuses aussi, à l'occasion, qui feront
+entendre, des heures durant, leurs étranges mélopées au rythme changeant
+avec chaque poème, pendant que les convives allongés sur les tapis et
+les coussins seront de nouveau aspergés de parfums, enveloppés des
+nuages de l'odorante fumée des cassolettes...
+
+ *
+ * *
+
+Très étroites et malodorantes sont les rues de Fez, et les Européens
+leur trouvent peu d'attraits; mais qu'importe au riche citadin qui
+passe, juché sur sa belle mule!--un homme bien né ne songeant même pas à
+circuler à pied dans leur dédale.
+
+Une grande animation règne dans les bazars où affluent les provinciaux
+venus de toutes parts, la bourse presque toujours bien garnie, avides de
+remporter dans leurs montagnes les beaux cuirs ouvragés, les cuivres
+rutilants, les poteries enluminées, spécialités de Fez; les parfums, les
+épices, les étoffes de fabrication européenne ou venues de plus loin
+encore,--de Damas ou de Bagdad, de Mascate ou des Indes, voire de Chine,
+avec les thés.
+
+Le thé! la grande affaire au Maroc, la boisson nationale qui remplace
+ici la traditionnelle tasse de café de Turquie ou d'Égypte. C'est le
+complément inévitable de toute rencontre, dans la boutique du marchand,
+dans la maison de l'ami ou le salon du fonctionnaire. Thé partout, à
+toute heure, en toutes circonstances, et, d'ailleurs, si fortement
+additionné de poignées de feuilles de menthe fraîche que ce breuvage n'a
+plus rien de commun, même la couleur, avec l'infusion qui nous est
+coutumière. Et ce thé marocain est très richement servi dans de petits
+verres de cristal multicolores taillés et enluminés de dorures.
+
+[Illustration: Fez: la fontaine des Menuisiers.]
+
+Les Fazis tirent également orgueil, et cela à très juste titre, de leurs
+belles mosquées: la plus fréquentée, celle où repose Moulai Idriss II,
+avec ses merveilleuses boiseries découpées et enluminées et ses
+admirables mosaïques de faïence--la plus célèbre, celle de Karaouïne,
+mosquée-université où se pressent les étudiants venus de tant de pays
+d'Islam pour travailler dans la fameuse bibliothèque qui en est la
+gloire--enfin celle des Andalous.
+
+ *
+ * *
+
+Sans doute, pour l'Européen, le touriste excepté, toutes ces séductions
+orientales ne sauraient compenser l'insalubrité permanente de cette
+ville où les eaux souillées du tout à l'égout voisinent, par les
+innombrables conduites souterraines, dans mie promiscuité dangereuse,
+avec les eaux d'alimentation. De même, l'Européen s'accommode mal de
+l'enchevêtrement chaotique des rues tortueuses, pour la plupart
+inaccessibles aux véhicules. Et l'on conçoit sans peine la préférence
+accordée au plateau qui domine la ville musulmane et sur lequel s'est
+édifié le «camp», précurseur de la cité moderne qui lui succédera.
+
+Si, dans une partie de la population de Fez, il demeure un sentiment
+d'hostilité ou tout au moins de défiance pour tout ce qui est européen
+et particulièrement français, nous travaillons du moins avec
+persévérance à transformer ce sentiment. Nos établissements d'assistance
+publique indigène, hôpitaux, dispensaires gratuits, ainsi que nos
+institutions de prévoyance, y contribueront pour une large part et, dans
+cet ordre d'idées, on ne saurait passer sous silence, même dans une
+courte visite à Fez, les généreux efforts du docteur Murât.
+
+Né en Algérie, marié à une jeune fille également Algérienne, le docteur
+Murât a su, à peu de frais, dans un immeuble à lui donné par le sultan
+Moulaï Hafid, créer de toutes pièces un hôpital et un dispensaire
+gratuits pour les indigènes nécessiteux; 35.000 malheureux ont profité
+de ses soins éclairés l'année dernière: musulmans ou juifs des deux
+sexes, la plupart se présentant quotidiennement à sa consultation, car
+le nombre des lits dont il dispose est encore restreint. Cette année,
+grâce à de petites subventions qui sont venues augmenter son pécule, le
+docteur Murat a pu construire de nouveaux bâtiments, aménager une jolie
+salle d'opérations aux murs tapissés de faïences blanches de Fez, des
+laboratoires pour les examens micrographiques, des salles de pansements,
+etc. Ses pavillons sont entourés d'un beau jardin aménagé à la marocaine
+qui, aux heures de consultation, est littéralement envahi d'une foule
+bigarrée: juives de Fez avec leurs petits foulards de soie rouge ou
+verte, coquettement arrangés en coquille qui les coiffent si bien, leurs
+beaux châles historiés aux couleurs éclatantes, de provenance indienne;
+musulmanes, drapées dans les longs voiles de laine blanche des femmes de
+l'Islam; et toute une marmaille plus ou moins loqueteuse, toujours
+pittoresque. Mais, ce qui retient l'attention, c'est le sentiment de
+profonde reconnaissance qui anime tous les visages, c'est le concert de
+bénédictions à l'adresse de leur bienfaiteur qui s'échappe de toutes les
+lèvres quand on interroge ces infortunés. Cet exemple témoigne des
+sentiments humanitaires qui caractérisent la «colonisation» française
+telle qu'on la comprend aujourd'hui dans les milieux officiels, aussi
+bien que dans les créations de l'initiative privée.
+
+[Illustration: Fez: la mosquée des Andalous.]
+
+Ainsi, nous sommes loin de la manière plutôt forte des conquistadors de
+jadis, des procédés un peu rudes des premières conquêtes coloniales. Une
+scène à laquelle j'assistai, ce printemps, à Casablanca, me paraît très
+caractéristique. Nous descendions d'auto, au retour de Marrakech, et,
+suivant l'usage, une foule de gamins indigènes se précipitait sur nous
+pour s'emparer de nos valises. Un vieux Maltais, croyant nous obliger,
+s'interposa et donna une, forte bourrade à l'un d'eux. Comme le gamin
+protestait et poussait des clameurs, les taloches redoublèrent. A cette
+vue, un Européen, garçon de café en tablier blanc qui passait, prit
+immédiatement fait et cause pour le petit moricaud, un pauvre mioche
+souffreteux et dépenaillé. Tombant à bras raccourcis sur le Maltais, il
+lui reprocha avec véhémence l'indignité de sa conduite et nous dûmes le
+lui arracher des mains. On n'aurait pas vu pareils sentiments se
+manifester, il y a quelques années, dans les colonies, où les violences
+à l'égard des indigènes n'auraient apitoyé personne. Il est donc permis
+d'en conclure que, si, dans cet ordre d'idées, l'impulsion vient d'en
+haut, les efforts du général Lyautey tendant à assurer l'application de
+ces méthodes nouvelles au Maroc, tous les Français, de leur côté, à de
+rares exceptions près, facilitent cette grande tâche en se montrant
+justes et bienveillants dans leurs rapports avec les indigènes.
+
+La région de Fez, plus éloignée du littoral et où les voies de
+communications commencent seulement à s'établir, n'a guère attiré
+jusqu'à présent les pionniers de la colonisation qui se portèrent en
+masse à Casablanca et à Rabat. Mais, lorsque la route de l'Est sur
+l'Algérie par Taza et Oudjda sera ouverte, tout permet de croire que la
+poussée algérienne, cet essaimage si précieux dont j'ai parlé dans mon
+précédent article, se fera vivement sentir de ce côté. Or, ce n'est plus
+qu'une toute petite question de temps. Cette dernière citadelle des
+patriotes marocains, cette petite place forte de Taza, qui est
+maintenant le seul obstacle qui s'oppose à notre passage, sera
+facilement enlevée quand l'opération aura été irrévocablement décidée.
+Des considérations diverses, dictées par la sagesse et le désir de
+diminuer autant que faire se pourra l'effusion du sang, ont jusqu'ici
+retardé cette entreprise qui parachèvera l'oeuvre de pacification
+assumée par la France.
+
+L'oeuvre de colonisation proprement dite, c'est-à-dire la mise en oeuvre
+des richesses latentes si nombreuses au Maroc, pourra alors commencer
+dans la sécurité et dans la paix pour le plus grand profit des Marocains
+comme des hommes d'initiative et de bonne volonté qui voudront concourir
+à la régénération de ce beau pays. Agriculture, commerce, exploitation
+des mines, tout est à créer en ce Maroc qui reste malheureusement si peu
+connu du grand public. La presse donne fidèlement l'écho de tous les
+coups de fusil que l'on y tire, mais elle néglige peut-être un peu trop
+d'entretenir ses lecteurs de ce qu'il leur serait immédiatement utile de
+savoir du Maroc: possibilités économiques, succès encourageants des
+premières entreprises qui y ont été tentées, perspectives d'avenir
+offertes aux intérêts français.
+
+ *
+ * *
+
+Ainsi, le voyageur qui, aujourd'hui, descend de son auto à Oudjda ne
+peut se faire une idée de ce qu'était ce cloaque avant l'arrivée des
+Français. Sans lui ôter l'essentiel de son cachet original, on a percé
+des rues, ouvert des places, tracé des jardins et des squares, restauré
+les mosquées comme les vieux remparts, bâti un quartier européen à côté
+de la ville arabe, assaini, aménagé ce chaos de ruelles et de masures
+qui constituaient la sordide agglomération d'antan. Le «camp», avec ses
+hangars d'aviation, ses logements d'officiers, ses casernements, ses
+parcs d'artillerie et du génie, les garages des auto-mitrailleuses,
+s'est perché sur un petit mamelon qui domine la ville. Il a fort bonne
+mine, des allures à la fois simples et confortables, un air de propreté
+et de prospérité qui réjouissent l'oeil. Des jardins font une ceinture
+verdoyante à l'oasis régénérée, et il n'est pas un seul coin de la
+plaine qui ne semble rajeuni et prospère.
+
+Ce qu'ont réalisé là, en si peu de temps, le général Lyautey et ses
+collaborateurs donne une idée de ce que deviendra, en très peu d'années,
+le Maroc tout entier, sous l'impulsion que vont lui donner tant de
+forces bienfaisantes et généreuses mises avec ardeur au service de son
+relèvement.
+
+A 4 kilomètres d'Oudjda, la petite palmeraie de Sidi Yaya, que féconde
+et vivifie la belle source d'eau chaude du même nom, est le lieu de
+promenade préféré des officiers d'Oudjda. A l'aube, cavaliers et
+amazones s'y donnent rendez-vous, et c'est précisément l'heure choisie
+par les officiers aviateurs pour faire l'«exercice» dans les airs.
+Quelle sensation étrange l'on ressent à la vue de ces grands «oiseaux de
+France» qui viennent ici évoluer au-dessus des palmiers au grand
+ébahissement, au grand effroi même, des chameaux et de leurs
+conducteurs!... Et c'est là, dans le ciel bleu, un éloquent symbole de
+la marche rapide du progrès, dont les manifestations sont, en ce plein
+désert africain, plus sensibles qu'ailleurs,--par contraste.
+
+Cette marche rapide, vertigineuse, du progrès moderne, dans des pays
+immobiles depuis des millénaires, effraie les uns, navre les autres,
+mais entraîne tout et tous dans son irrésistible tourbillon.
+
+[Illustration: GERVAIS-COURTELLEMONT.
+
+_Photographies en couleurs de l'auteur._]
+
+[Illustration: Fez: intérieur dans la ville arabe.]
+
+[Illustration: Oudjda: la source de Sidi Yaya.]
+
+
+
+[Illustration: LE RÉGENT DE BAVIÈRE DEVIENT ROI.--Réception solennelle
+dans la salle du trône au palais de Munich.
+
+_Phot. Obergassner._]
+
+Munich, le 12 novembre dernier, était en fête. Une fiction, pénible pour
+un peuple, prenait fin. Peu de jours avant, la folie du malheureux roi
+Othon, qui, depuis dix-sept ans, «régnait» en théorie sur la Bavière,
+avait été reconnue officiellement incurable. Le régent, le prince Louis,
+était proclamé roi par le Landtag et c'était son avènement que célébrait
+la capitale bavaroise.
+
+Les fêtes commencèrent par un service religieux célébré dans toutes les
+églises. Le nouveau roi Louis III, la reine et la cour, se rendirent en
+carrosses de gala à la cathédrale où eut lieu une messe solennelle.
+Après l'office, les souverains regagnèrent le palais, au bruit des
+salves d'artillerie, et au milieu des acclamations de la foule. Sur la
+Marienplatz, ils furent salués par le bourgmestre et les autorités
+municipales. L'après-midi, dans la grande salle du trône au palais
+royal, les souverains, le roi en uniforme--silhouette populaire à
+Munich, avec sa barbe blanche et ses lunettes d'or--la reine en manteau
+royal, reçurent les hommages des Chambres et des corps de l'État. Ainsi
+finit, pour la Bavière, le règne des rois fous. Othon Ier, le lamentable
+reclus du château de Fürstenried, conserve d'ailleurs le titre souverain
+et les vains honneurs attachés à son rang.
+
+
+
+[Illustration: Les Japonaises d'hier: chez «Madame Chrysanthème».]
+
+LES FEMMES NOUVELLES DU JAPON
+
+_Atarashiki Onna_, les femmes nouvelles! On en parle beaucoup au Japon.
+Les magazines spéciaux, les graves revues, les quotidiens, s'attachent à
+définir leurs vertus ou à combattre leurs tendances. Si l'on en croit
+toute la littérature qu'a inspirée ce sujet si divers, les Japonaises
+traversent actuellement une période émouvante de leur histoire. Il n'est
+question que d'elles... Mais toutes ces polémiques servent-elles
+seulement à exercer la verve des publicistes nippons et des mignonnes
+authoresses ou bien marquent-elles une véritable évolution de la femme
+au Japon? Voilà ce qu'il s'agit de préciser.
+
+_Atarashiki_ est un adjectif qui signifie «nouveau» et, par extension:
+frais, agréable, d'une verdeur tendre et juvénile. Les partisans des
+femmes nouvelles le prononcent avec orgueil, indiquant par leur accent
+qu'une grande renaissance féminine commence. Au contraire, ceux qui ne
+croient pas aux femmes nouvelles ont l'air d'accoupler deux mots qui
+jurent en disant dédaigneusement _Atarashiki Onna_, car les défenseurs
+de la vieille école se refusent à admettre qu'il y ait rien de changé et
+que les idées subversives de l'Occident aient à ce point bouleversé la
+société de leur pays.
+
+Pourtant, ils devront se faire une raison. Il y a des féministes dans
+l'empire du Soleil Levant. N'exagérons rien! Ces féministes ne sont pas
+prêtes à revendiquer leurs droits par la bombe--comme leurs cousines
+célestes de Canton ou de Pékin--et elles n'empruntent point aux alliées
+britanniques ces méthodes violentes qui ont défrayé la chronique
+mondiale. A part deux ou trois clubs très restreints, le féminisme
+intégral est même inconnu au Japon. Tout au plus est-il permis de
+constater quelques trémoussements féministes qui ne manquent ni de
+coquetterie ni d'originalité.
+
+Mais, en vérité, si, au point de vue politique, les prétentions de
+l'immense majorité des femmes sont encore d'une extrême modération,
+l'esprit nouveau qui pénètre tout le Japon n'a pas manqué de se
+manifester dans les milieux féminins. Sans partager les espoirs des
+leaders radicales qui escomptent déjà le triomphe des femmes nouvelles,
+on peut affirmer que le modernisme fait des progrès dans l'éducation
+féminine et que l'on prépare des générations d'un esprit bien plus hardi
+que les précédentes. L'évolution des moeurs précède et prépare
+l'évolution politique.
+
+Et cette évolution des moeurs elle-même obéit aux nécessités économiques
+de l'heure présente.
+
+Au Japon, comme dans les autres pays surpeuplés, la femme tend à
+négliger son foyer pour satisfaire aux besoins croissants de la vie
+moderne. Rien qu'à Tokio, où la population féminine compte 752.000 âmes
+environ, 191.000 travailleuses exercent leur industrie au dehors. La
+majorité d'entre elles sont couturières, employées de magasin,
+servantes, ouvrières dans les manufactures, qui se multiplient sans
+cesse autour de la capitale. Un grand nombre deviennent institutrices et
+actrices. Et ce n'est pas tout. On trouve maintenant des femmes
+médecins, des conférencières, des journalistes. A mon arrivée à Tokio,
+je fus congrûment interviewé, par la rédactrice d'un grand journal qui,
+avec force révérences, voulut bien me demander mes impressions sur le
+Japon! Quant aux femmes qui sont occupées dans les postes et
+télégraphes, dans les administrations de chemins de fer et dans les
+gares, comme secrétaires ou dactylographes, elles forment déjà une
+légion respectable. Les sujets de l'empire du Mikado, plus encore que
+les hommes des autres pays, avaient réduit les femmes à la portion
+congrue. Une réaction très nette se dessine et, s'il est vrai que la
+faim fait sortir le loup du bois, c'est au premier chef le besoin de se
+tailler une place au Soleil Levant qui incite la Japonaise à sortir de
+sa demeure.
+
+[Illustration: Japonaise d'aujourd'hui: Mme Tashiko Tamura
+conférenciant.]
+
+Elle y a été aidée par l'importation des idées occidentales. Mais ses
+progrès ont--comme il fallait s'y attendre--donné lieu à des crises et à
+des discussions nombreuses. Voici une vingtaine d'années,
+d'enthousiastes apôtres réclamèrent l'éducation des femmes d'après nos
+principes libéraux. Brusquement les jeunes Nipponnes, qui avaient
+surtout bénéficié de l'enseignement familial, durent suivre nos
+programmes et apprendre les langues vivantes. Cette pédagogie
+occidentale mal digérée ne produisit aucun résultat satisfaisant. Quand
+les femmes dressées selon ces méthodes inadéquates se mariaient, elles
+avaient la mémoire bourrée de notions contradictoires et n'étaient point
+aussi séduisantes que leurs aînées qui, du moins, connaissaient les arts
+domestiques du pays, savaient orner la maison avec goût et n'ignoraient
+aucune des subtilités de l'étiquette charmante qui régnait partout
+auparavant. Elles choquaient leurs maris et leurs beaux-parents. On
+protesta contre cette éducation d'importation. Les écoles modernes, qui
+avaient été si à la mode, déclinèrent brusquement et tout faillit être
+compromis par ces essais hâtifs et imprudents.
+
+Heureusement, les réformateurs ne se découragèrent point. Mais ils
+adoptèrent une tactique, plus sage, grâce à laquelle le modernisme et la
+tradition pouvaient se concilier. Des écoles d'adultes et' des écoles
+normales d'institutrices furent fondées par le gouvernement dans tous
+les districts, ainsi qu'une école pour les maîtresses d'école moyenne à
+Tokio. La sympathie du public fut peu à peu regagnée. Et voici que l'on
+recommence à envoyer en masse les jeunes élèves dans les établissements
+d'éducation où, tout en ne perdant rien de la grâce japonaise, on les
+aguerrit aux luttes pour la vie.
+
+Bien mieux, depuis 1900, a été ouverte à Tokio, sous la direction de M.
+Jinzo Naruse, une grande université féminine. Ce pédagogue, qui est
+devenu fameux au Japon, a entrepris une remarquable croisade, depuis
+plus de vingt ans, en faveur d'une éducation à la fois conforme aux
+aspirations nationales et aux besoins nouveaux. Il avait beaucoup
+observé au cours de ses voyages en Amérique, et il rêvait de créer un
+établissement modèle où les femmes appartenant à toutes les classes de
+la société pourraient développer leurs facultés et fortifier leurs
+talents. Il gagna à sa cause des hommes tels que le défunt prince Ito,
+le prince Yamagata, le marquis Saionji, et quantité d'autres personnages
+influents qui l'aidèrent à jeter les bases de l'université féminine.
+
+Après bien des batailles et des vicissitudes financières, elle est
+aujourd'hui en pleine prospérité. Plus de mille étudiantes la
+fréquentent. Plus de cent professeurs y donnent leurs leçons.
+
+Et l'enseignement y est extrêmement varié. Depuis la maternelle jusqu'à
+la faculté incluse, tous les départements de l'activité féminine sont
+représentés là. Les trois enseignements, primaire, secondaire,
+supérieur, s'enchaînent harmonieusement, ou bien, si les élèves le
+désirent, elles bifurquent dans les écoles d'industrie, de commerce,
+d'agriculture, qui font partie de l'université. C'est un grand collège
+synthétique admirablement outillé. Je l'ai visité en détail, parcourant
+les salles d'études, les bibliothèques, les laboratoires, les ateliers
+de couture, les ateliers de dessin, les cuisines, les jardins, les
+champs d'expériences, les clubs. On compte bien une cinquantaine de
+bâtiments où règne le confort le plus moderne, et c'était pour moi un
+spectacle piquant que de voir ces étudiantes, là surveillant gravement
+les réactions chimiques, là s'exerçant à l'étiquette antique, ici
+apprenant l'algèbre, plus loin composant des bouquets délicieux.
+
+D'autres, dans la classe de zoologie, classaient des papillons aux
+couleurs éclatantes, tandis qu'un groupe voisin préparait le thé selon
+les formules rigoureuses de la cérémonie ancestrale. C'était un mélange
+inattendu de modernisme, d'exotisme, de traditionalisme, de futurisme.
+
+Le président Naruse, pendant notre excursion, me développait son
+programme:
+
+«Nous voulons que nos jeunes filles prennent le sentiment de la
+responsabilité, me disait-il, et qu'elles ne soient point pour les
+hommes des compagnes serviles, sans initiative personnelle, sans idéal
+national. Certes nous n'avons pas l'intention de copier aveuglément les
+institutions d'Amérique ou d'Europe et de faire des Japonaises des
+intellectuelles à la mode de Boston ou des émancipées qui s'imaginent
+devoir prendre la place des hommes. Notre but, au contraire, c'est de
+leur inculquer un sentiment plus complet de leur rôle domestique en même
+temps qu'un patriotisme plus élevé. Nous voulons qu'en devenant des
+femmes éclairées elles restent avant tout des Japonaises.
+
+» Au début de notre tentative, on nous accusait de préparer la
+destruction de ce particularisme exquis et de cette égalité d'humeur
+inaltérable de nos compagnes. Mais l'expérience prouve le contraire. Nos
+étudiantes conservent le goût des modes orientales. Comme vous pouvez le
+constater, elles continuent à s'habiller comme leurs mères et leurs
+grand'mères. Et quelle est la classe la plus fréquentée? Celle où l'on
+enseigne la science domestique, les arts du foyer, les travaux manuels.
+Les occupations agricoles sont aussi parmi les plus populaires et, sauf
+les jeunes filles qui se destinent à l'enseignement public, la plus
+grande partie des élèves se prépare surtout aux joies mieux comprises du
+ménage.»
+
+Puis le président Naruse m'entraîna dans une vaste cour où une centaine
+d'étudiantes, armées d'un long bambou, se livraient à des exercices
+d'ensemble, comme les soldats à la caserne.
+
+«Oui, poursuivit-il, on a complètement négligé jusqu'ici la culture
+physique pour les femmes japonaises. Ce que vous voyez là est encore une
+innovation de notre part. Les jeunes filles ont été habituées à rester
+claustrées à la maison et à se tenir accroupies pendant des heures et
+des heures. Grâce à la gymnastique rationnelle, aux sports, à la vie en
+plein air, nous leur rendons la vigueur nécessaire pour devenir de
+bonnes mères.»
+
+On comprend qu'après cet entraînement, sans devenir des suffragettes,
+les jeunes diplômées de l'université de Tokio n'accepteront plus
+désormais sans discussion les principes du sage Kaibara qui furent si
+longtemps regardés comme un dogme dans la société japonaise.
+
+[Illustration: La leçon de thé.]
+
+Voici ce que disait jadis le sévère moraliste: «La femme doit considérer
+son mari comme son maître et le servir avec humilité et tendresse, sans
+une pensée légère ou irrévérencieuse à son égard. Toute sa vie, la femme
+a pour devoir essentiel l'obéissance. Dans ses rapports avec son mari,
+son attitude comme son langage seront toujours empreints de courtoisie,
+de modestie, de souplesse conciliante, jamais insolents et intraitables,
+jamais impolis et arrogants. Ce sera là le premier et le principal souci
+de la femme. Lorsque le mari a donné ses ordres, l'épouse les suivra
+scrupuleusement. Dans le cas où elle douterait de leur signification,
+qu'elle s'enquière et qu'elle respecte ensuite à la lettre ses
+commandements. Si son mari lui pose une question à son propre sujet,
+qu'elle réponde avec précision. Répliquer d'une manière insouciante
+serait une marque d'impolitesse. A supposer que son mari se mette en
+colère, qu'elle obéisse avec crainte et en tremblant et qu'elle ne le
+heurte pas dans sa colère et son irritation. Une femme doit regarder son
+mari comme le ciel même!»
+
+[Illustration: La classe d'histoire naturelle.]
+
+Les jeunes Japonaises s'émanciperont chaque jour davantage dans leur vie
+privée. Les relations des sexes ont fait l'objet de nombreuses
+dissertations de la part des moralistes et des romanciers. Les écrivains
+japonais, en copiant ou en traduisant les plus hardis de nos romans, ont
+considérablement développé chez la femme nipponne le désir de la
+responsabilité amoureuse. Les femmes nouvelles veulent tout d'abord
+avoir droit à l'amour de leur choix et non plus subir passivement le
+caprice de l'homme. Dans la multitude des revues féminines qui se
+publient actuellement au Japon, cette thèse est souvent mise en avant.
+
+Cependant, tout à l'extrême gauche de la société féminine japonaise
+s'agite un petit groupe d'intellectuelles qui visent l'affranchissement
+intégral. Il existe un club, le _Seitosha_--la société des
+Bas-bleus--qui a pour présidente Mme Hiratsuka Aki-Ko. Et j'ai rendu
+visite à cette Armande aux yeux bridés, toute menue, aux mains vives,
+qui manient le pinceau littéraire avec une dextérité étonnante et dont
+la réplique est non moins alerte dès que l'on attaque la question
+féministe. Mlle Aki-Ko est fort savante. Mais elle discute si finement,
+avec une conviction si éloquente, qu'elle ne saurait être accusée de
+pédantisme. Membre de la secte Zen, qui enseigne par-dessus tout la
+méditation religieuse, elle copie la gravité sereine d'un bonze
+lorsqu'elle expose sa doctrine. Elle est le type de la femme nouvelle
+dans ce qu'il y a d'odieux aux vieux Japonais. Néanmoins, elle ne
+s'habille pas à l'européenne. Fidèle à la tradition vestimentaire, elle
+porte toujours le ha-kama, qui est un compromis entre la jupe et le
+pantalon. Mlle A-ki-Ko a publié plusieurs romans, de nombreux articles
+de revues et elle donne des conférences très écoutées de ses disciples.
+Celles-ci--également cultivées--appartiennent presque toutes à la bonne
+classe moyenne, et certaines même sont issues de familles
+aristocratiques. Le _Seitosha_ publie une revue mensuelle, le _Seito_
+(le «Bas-Bleu», naturellement), d'où les signatures masculines sont
+rigoureusement bannies. Les précieuses Nipponnes--qui ne redoutent
+nullement le ridicule--en assurent seules la rédaction.
+
+[Illustration: A L'UNIVERSITÉ FÉMININE DE TOKIO.--Le cours de cuisine.]
+
+[Illustration: Concours mixte de postiers à Tokio: exercice de calcul.]
+
+Mlle Aki-Ko voulut bien me faire cadeau du numéro où avait paru sa
+profession de foi. Que l'on me permette d'en transcrire les passages
+essentiels.
+
+«Oui, s'écrie-t-elle, je suis une des femmes nouvelles. Du moins tel est
+mon souhait et je m'efforce de le réaliser tous les jours.
+
+» Qu'y a-t-il de vraiment et d'éternellement nouveau? C'est le soleil.
+
+» Je suis donc avec le soleil, voilà mon but, voilà où j'aspire.
+
+» Une vieille maxime dit qu'il faut se renouveler chaque jour. La
+véritable grandeur et le renouveau se trouvent dans le soleil qui répand
+à chaque apparition des clartés nouvelles.
+
+» La femme nouvelle maudit le passé qui date d'hier. Elle ne peut suivre
+en silence et avec obéissance le même chemin que l'ancienne femme, si
+cruellement traitée. L'homme égoïste la considérerait comme son esclave.
+
+» La femme nouvelle détruira les lois et la morale rétrograde qui a été
+instituée pour la commodité du sexe masculin.
+
+» Cependant les idées acquises hantent comme des fantômes l'esprit de la
+femme d'hier et elles poursuivent avec acharnement la femme de demain.
+
+» La femme nouvelle doit combattre chaque jour ces fantômes. Un moment
+d'inattention et la femme nouvelle devient soudain une vieille femme.
+
+» Non seulement elle a pour mission de détruire les règles anciennes et
+la morale instituée par l'égoïsme de l'homme, mais il faut créer un
+autre royaume où régneront des lois équitables, une morale renouvelée et
+la religion de l'avenir.
+
+» C'est pour établir ce nouvel État que nous devons étudier, nous agiter
+et travailler de toutes nos forces...»
+
+Un autre club, le _Seiko-Kai_ (l'Association des femmes nouvelles),
+tenta au mois de mai d'organiser des meetings publics où les avocates de
+la cause féminine voulaient développer ce thème:» Libérons nos corps et
+nos âmes!» La police intervint et obligea Mlle Tashiko Tamura, l'une des
+leaders du mouvement, à rengainer ses arguments.
+
+[Illustration: Mlle Hiratsuka Aki-Ko, présidente du club des Bas-Bleus.]
+
+L'interdiction de ce meeting suscita les commentaires les plus opposés.
+Le journal _Nippon_ prit galamment les choses: «Le progrès féminin,
+dit-il, ne doit nous causer ni regret, ni alarmes. Souvent le
+mécontentement que provoquent les conditions politiques existantes sert
+à élever le niveau général de la société. Vouloir le supprimer par des
+mesures brutales peut entraîner les plus graves conséquences.» C'est
+pour cela que le _Nippon_ a déjà mis le gouvernement en garde contre son
+attitude intransigeante à l'égard du socialisme et les soi-disant idées
+dangereuses, et qu'il a invité l'attention publique à ne pas condamner
+aveuglément ceux qui professent ces doctrines. Pour les mêmes raisons,
+il considère que le mouvement en faveur de la femme nouvelle doit être
+traite avec magnanimité puisqu'il s'agit de l'émancipation de la femme.
+
+Au contraire, le _Kokumin_ n'avait pas assez de sarcasmes pour les
+héroïnes du jour. Il les accablait de son mépris et d'épithètes
+ridicules, prétendant que ce serait la ruine du système familial
+japonais si l'on écoutait leurs propositions subversives.
+
+Les hommes n'étaient point seuls à combattre le modernisme féminin. Sous
+les auspices de Mme Kaetsu-Kôko et d'autres dames éminemment
+conservatrices, fut fondée à Kobé, au mois de mai, la _Fujin Michi-no
+Kai_ (la Société pour l'encouragement des vertus féminines). A
+l'_Atarashiki Onna_, elles se donnaient pour mission d'opposer la
+_Furuki Onna_ (la femme du vieux temps). La place de la femme est au
+foyer, et rien qu'au foyer, répliquaient-elles.
+
+En vérité, les femmes nouvelles aux tendances féministes absolues ne
+sont encore que l'exception. Elles ne forment, comme nous l'avons dit,
+que deux ou trois clubs. Mais peu à peu d'autres les suivront de près ou
+de loin... A mesure que l'éducation se répandra, que l'université
+féminine éclairera les jeunes filles des classes moyennes, que des
+institutions du même genre se multiplieront et que le modernisme
+occidental invitera les femmes aux expériences hardies, les tendances
+que représentent aujourd'hui la poignée de féministes avancées
+s'affirmeront. Quant à vouloir déterminer une date même approximative à
+laquelle la société féminine sera dégagée des liens actuels, c'est là
+chose impossible. Le Japon est le pays des surprises. La tradition et
+les rêves d'avenir s'y sont parfois rejoints sans efforts et très
+rapidement. D'autres fois, malgré toutes les apparences,
+l'occidentalisme est resté très superficiel dans les réformes empruntées
+à l'Europe. Il semble que changer le sort de la femme jusqu'à lui
+accorder l'égalité c'est peut-être le plus gros sacrifice que l'on
+puisse demander aux Japonais du vingtième siècle. On ne vaincra leur
+actuelle manière de voir qu'après une longue résistance. Mais c'est
+justement pour cela que la bataille est si passionnante.
+
+FRANÇOIS DE TESSAN.
+
+[Illustration: JAPON D'AUJOURD'HUI.--A Tokio: départ de Mlle Mori,
+actrice du Théâtre Impérial, pour une tournée en Europe.]
+
+
+
+[Illustration: LE BAPTÊME DE LA LIGNE A bord du croiseur-école
+«Jeanne-d'Arc», les aspirants qui passent pour la première fois
+l'Équateur sont baptisés selon la vieille tradition maritime. _Phot. de
+M. Pierre Taillac.--Voir l'article, page 402._]
+
+
+
+CE QU'IL FAUT VOIR
+
+PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS
+
+Deux façades de briques, dressées de chaque côté de la rue, l'une en
+face de l'autre, et pavoisées de drapeaux. Les grilles des
+maisons-soeurs sont grandes ouvertes, et laissent passer des hommes
+qu'on salue et sur qui la légion des photographes braque ses objectifs.
+Une animation _grave_ emplit la rue. Mouvements de police. Affluence
+d'autos. Puis, soudain, la petite fièvre qu'on voit se produire à la
+minute où l'arrivée du Chef est annoncée;--où Il passe, salue, descend
+de voiture... Pas un cri; mais des casquettes et des chapeaux soulevés,
+et, dans la foule, le brouhaha déférent, _contenu_, autour duquel on
+voit les opérateurs de cinémas tourner éperdument leurs manivelles.
+
+C'est M. Poincaré, venu rue Dutot pour célébrer «dans l'intimité» le
+vingt-cinquième anniversaire de l'Institut Pasteur. Cent personnes à
+peine sont là qui l'attendent; cent hommes seulement, mais dont on peut
+dire que chacun d'eux est, dans l'État, «quelque chose», ou quelqu'un.
+Parmi cette élite, va et vient «le maître de la maison»; maigre, mince
+et long, sous la redingote noire boutonnée, le cache-nez de tricot blanc
+épingle sous la pointe de la barbe grise; et, sur le crâne, l'étroite
+calotte noire qu'il n'ôtera que pour recevoir son hôte, le conduire aux
+laboratoires, à l'amphithéâtre et, là, lire devant lui le bilan de
+l'oeuvre accomplie;--de l'oeuvre continuée depuis vingt-cinq ans,
+derrière ces murs de briques, dans une paix de couvent provincial...
+Roux, le premier des plus grands disciples de Pasteur,--évoquant le
+souvenir et traçant l'histoire des prodigieuses conquêtes réalisées
+depuis vingt-cinq ans, dans cette maison de faubourg, dont la plupart
+des Parisiens ne sont jamais venus regarder la façade... voilà un
+spectacle que n'oublieront pas ceux qui en furent témoins. Il parlait
+d'une voix unie, froide et voilée, et l'accent ne s'échauffa et la main
+qui tenait les feuillets ne trembla un peu que dans l'instant où il cita
+les camarades tombés au champ d'honneur, les morts «de la maison»...
+
+J'ai demandé à l'un des savants qui l'administrent: «Un étranger peut-il
+visiter l'Institut Pasteur?» Il a souri, et m'a répondu: «En principe,
+non. En fait... non et oui. Cela dépend de l'étranger; du jour; de
+l'heure qu'il est... Pour ces choses-là, il n'y a qu'à consulter
+Jupille.»
+
+Et il me montrait, à côté de la grille d'entrée, le gardien Jupille, en
+uniforme,--l'ancien petit berger, sauvé par Pasteur il y a vingt-huit
+ans.
+
+ *
+ * *
+
+Sans doute, madame, vous êtes allée déjà au Salon d'automne? Je veux
+dire que vous en avez vu, il y a huit jours, le vernissage, ainsi qu'il
+convient à toute personne soucieuse d'emboîter le pas, exactement, à
+l'Actualité? Eh bien, il y faut retourner. Il faut aller voir, au Grand
+Palais, les décorateurs, qui ne présentent pas, cette année, moins de
+quarante ensembles, et qui n'étaient pas prêts samedi dernier. Ils
+promettent à leurs amis un petit vernissage complémentaire; _leur_
+vernissage, à eux. Bonne occasion de revoir un peu plus commodément une
+Exposition que la cohue rendait, l'autre jour, à peu près inaccessible,
+et qui vaut d'être, en certaines parties, regardée attentivement. Mais
+essayez donc d'être attentif à quelque chose, au milieu d'une foule
+venue au Salon d'automne, pour l'inaugurer! Je ne dis pas que le
+spectacle soit déplaisant. Il n'est jamais désagréable de rencontrer de
+la gaieté sur vingt mille visages à la fois, et il est certain qu'il n'y
+a pas d'endroit à Paris où règne une bonne humeur plus générale qu'en ce
+Grand Palais, durant les semaines où la Jeune-Peinture (nous avons nos
+Jeunes-Peintres comme d'autres leurs Jeunes-Turcs) y déploie ses audaces
+ingénues et ses laborieuses improvisations. Mais tout de même «ils sont
+trop», ceux qui narguent, sourient, font des mots ou s'esclaffent, et
+l'on aimerait bien pouvoir goûter, autrement qu'en une bousculade de
+fête foraine, le plaisir qu'offrent aux yeux et à l'esprit certaines
+oeuvres,--égarées ici, on ne sait comment, ni pourquoi. Oeuvres de
+_vivants_ (et de vivants pleins de santé!) dont le talent éclate au
+milieu de tant de médiocrités burlesques, et semble venir au-devant du
+passant pour le rassurer: «Repose-toi, mon ami. Cesse de rire une
+minute, et regarde-moi. Et conviens que nous sommes, dans cette
+maison-ci, quelques-uns qui n'avons pas perdu la tête tout à fait...»
+
+Et puis il y a les _morts_. Le Salon d'automne nous donne, cette année,
+trois intéressantes Rétrospectives: celles de Georges Lopisgisch,
+l'exquis _fleuriste_, du sculpteur Rodo, de François Bonhomé, le peintre
+des hauts fourneaux. A signaler aussi exposition du Livre, égayée de
+délicieux albums enfantins; l'exposition très amusante d'art populaire
+russe; et enfin de très précieux «apports» de la Céramique et de la
+Sculpture... Au total, il semble bien que ce Salon s'assagisse, qu'un
+peu plus de raison le pénètre, d'automne en automne. On y hurle encore,
+écrivait ces jours-ci M. Arsène Alexandre, «mais on y hurle
+paisiblement».
+
+C'est autant de gagné.
+
+ *
+ * *
+
+M. Chantavoine donnait, il y a dix jours, une conférence sur les
+_Caractères de la musique française_, à l'hôtel du «Foyer».
+
+Cette conférence inaugurait la première série de douze concerts qui vont
+y être donnés par l'Association des concerts Chaigneau, sous le
+patronage de quelques maîtres, tels que Vincent d'Indy, Gabriel Fauré,
+Camille Chevillard, Claude Debussy. Les six concerts de cette première
+série auront lieu, de semaine en semaine, jusqu'en décembre. La seconde
+ne sera commencée qu'en avril.
+
+Un grand nombre de notabilités mondaines ont ajouté leur patronage à
+celui des éminents «professionnels» dont je viens de citer les noms. Ces
+séances de musique de chambre occupent l'après-midi. C'est une
+concurrence aux _thés-tangos_. Je ne souhaite pas que les _thés-tangos_
+l'emportent.
+
+Les «grandes ventes» figurent ordinairement au programme des spectacles
+de la Saison parisienne. La Grande vente est pour le public des grandes
+épreuves sportives et des grandes premières un divertissement éminemment
+printanier! En voici une qui clôturera l'automne: celle des collections
+réunies par le regretté Édouard Aynard, député du Rhône, qui mourut
+subitement, il y a quelques mois.
+
+L'Exposition en sera faite chez Petit, à la fin de la semaine. Édouard
+Aynard fut un homme de trop d'esprit, de trop de goût et d'une trop
+haute culture pour que ses collections n'offrent pas, même aux profanes,
+un spectacle intéressant. Il conviendra donc d'aller affronter, chez
+Petit, la bousculade, samedi et dimanche prochains... Il sera même de
+très bon ton d'y être allé.
+
+UN PARISIEN.
+
+
+
+AGENDA (22-29 novembre 1913)
+
+EXAMEN ET CONCOURS.--Un emploi d'examinateur pour la physique est vacant
+à l'École polytechnique. Les demandes devront être adressées à l'École
+polytechnique avant le _5 décembre._--Une session extraordinaire
+d'examens pour les étudiants de la classe 1910 libérés aura lieu en
+_décembre_ à la Faculté de droit de Paris. Les inscriptions seront
+reçues à l'École de droit le _20 novembre_.
+
+EXPOSITIONS.--_Paris:_ Grand Palais, Salon d'automne.--Musée des Arts
+décoratifs (107, rue de Rivoli): oeuvres de Mathurin Méheut.--Galerie
+Georges Petit (8, rue de Sèze), la gravure originale en couleurs
+(clôture le 27 _novembre_).--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII),
+oeuvres de Romney.--Galerie Boutet de Monvel (8, rue Tronchet),
+céramiques de Lachenal; les peintres de Bretagne.--Galerie Devambez (43,
+boulevard Malesherbes), exposition des Amis de l'eau-forte.
+
+COURS ET CONFÉRENCES.--Le cours public de photographie en vingt leçons,
+professé par M. Ernest Cousin à la Société française de photographie
+(51, rue de Clichy), s'ouvrira le _26 novembre_, à 9 heures du soir et
+se continuera tous les mercredis à la même heure.--Salle Gaveau (45, rue
+La Boétie), _Visions d'art_, de M. Gervais-Courtellemont: le _24
+novembre_, à 9 heures du soir: _Visions des Indes_, causerie de M.
+Gervais-Courtellemont.
+
+--Ecole des Hautes études sociales (rue de la Sorbonne) le lundi à 4 h.
+15: _Feuilleton parlé_, de M. Camille Le Senne.
+
+--Au Théâtre Femina (avenue des Champs-Elysées), les lundis à 5 heures,
+conférences de M. Henry Bidou, du journal des _Débats_, sur le
+_Dix-septième siècle_.--Université des _Annales_ (51, rue
+Saint-Georges), à 5 heures, le _24 novembre: L'Amour de soi_, par M.
+Émile Faguet; le _25, Marie de Médicis_, par M. Henry Roujon; le _26, le
+Théâtre romantique_, par M. Jean Richepin; le _27, Au Pays de Lorraine_,
+par M. Maurice Barrés; le 28, _Une promenade à Boulogne_, par M. Gabriel
+Fauré; le 29, _Comment chante-t-on_, par M. Reynaldo Hahn.
+
+CONCERTS.--Au théâtre des Champs-Elysées, le _26 novembre_, en soirée,
+concert avec le concours de M. Vincent d'Indy et Georges Enesco; le 27,
+à 3 heures, Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), concert Chaigneau.--Salle
+Gaveau (45, rue La Boétie), le _28 novembre_, réouverture des concerts
+de la Société G. S. Bach.--Eglise de la Sorbonne, le _30 novembre, le
+Messie_, de Haendel.--Salle Malakoff (56 bis, avenue Malakoff), les
+lundis, à 9 heures du soir, concerts de la Société des Concerts Rouge;
+les vendredis, à 4 heures, musique de chambre.
+
+L'EXPOSITION DE CHIENS DE LUXE.--Le _23 novembre_, clôture de
+l'exposition de chiens de luxe et d'agrément ouverte depuis le _21
+octobre_, rue La Boétie, 87.
+
+SPORTS.--_Courses de chevaux: le 22 novembre_, Vincennes; le 23,
+Auteuil; le 24, Saint-Ouen; le 25, Enghien; le 26, Vincennes; le 27,
+Auteuil; le 28, Saint-Ouen; le 29, Vincennes; le 30, Auteuil (prix la
+Haye-Jousselin, prix de Normandie).--_Automobile_: à Londres, Hall de
+l'Olympia, Salon de l'automobile.--_Courses à pied: le 30 novembre_, à
+Colombes, épreuve du critérium du comité de Paris.--_Cyclisme: le 30
+novembre_, au Palais des sports, course de 24 heures à l'américaine.
+
+
+
+LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS
+
+CONVERSIONS LITTÉRAIRES
+
+Les conversions sont à la mode; je veux dire les conversions
+littéraires. Il n'y a pas trois semaines, M. Louis Bertrand nous donnait
+un _Saint Augustin_ qui est un véritable acte de foi chrétienne. Et
+voici que Mme Juliette Adam, en un livre retentissant: _Chrétienne_[1],
+abdique les «erreurs» contenues dans un ouvrage précédent et également
+sensationnel. En d'autres termes, l'auteur de _Païenne_ se sépare des
+dieux du paganisme. Car le paganisme de Mme Adam n'était point le
+paganisme qui nie. C'était le paganisme qui croit, le paganisme grec
+peuplé de dieux et d'artistes, animé de rites et fleuri de fêtes. Cette
+évolution spirituelle de l'éminente femme est indiquée, phase par phase,
+dans les différentes préfaces des éditions successives de _Païenne_.
+L'histoire de la conversion de son héroïne, Mélissandre de Noves, nous
+est contée dans le nouveau livre, sous la forme épistolaire. C'est un
+échange, par lettres, d'idées et de sensations d'art, entre Mélissandre,
+délivrée d'un odieux mariage, et son fiancé Tiburco Gardanne, peintre et
+philosophe, qui, après avoir adopté le paganisme pour demeurer l'ami de
+la païenne, ne va pas tarder à redevenir chrétien pour mériter la main
+de la chrétienne. Cela ne se fait pas instantanément. Il n'y a
+d'instantané que la conversion du père de Mélissandre, auquel vin
+extraordinaire directeur de conscience, le colonel de Noves, «superbe
+figure de Detaille», un soldat dont les seuls maîtres de tactique furent
+«Xénophon et Jeanne d'Arc», ordonne de se confesser. La conversion de
+Mélissandre et de Tiburce n'est point ainsi menée tambour battant et au
+commandement militaire. Le colonel leur donne un an pour réfléchir,
+méditer, comparer. Et Tiburce s'en va vivre ce délai à Athènes, ce qui
+nous vaut de jolies pages sur la Grèce, sur ses dieux et sur ses sages.
+Vous aimerez cette évocation de la philosophie antique. Vous admirerez,
+avec votre expérience des réalités d'aujourd'hui, ce disciple de
+Pythagore, Zaleucus, proposant que celui qui entreprendrait d'annihiler
+une loi ancienne et d'en présenter une nouvelle «serait introduit dans
+l'assemblée du peuple la corde au cou, que là il décrirait les
+inconvénients qu'il trouvait à la loi qu'il voulait proscrire, et les
+avantages qui reviendraient à celle qu'il voulait établir. Que, s'il
+avait raison, il serait honoré comme le père de la patrie, dont aucun
+danger n'avait pu refroidir le zèle, mais que, s'il avait tort, il
+serait étranglé sur l'heure comme un perturbateur du repos public».
+
+[Note 1: Edition Plon, 3 fr. 50.]
+
+Bref, par Pythagore, et par Platon qui, dès avant le Christ, fut un
+demi-chrétien, Tiburce est ramené au christianisme en même temps que
+Mélissandre obéit aux voix non plus de ses déesses, mais de ses
+«saintes», sainte Julie, Jeanne d'Arc «la Salvatrice», et les saintes
+Maries de la Mer. La païenne est devenue chrétienne. Nous ne sommes pas
+très surpris. Nous ne sommes pas très émus, car cette conversion, toute
+cérébrale, intéresse trop exclusivement notre esprit pour ne pas être un
+peu étrangère à notre âme.
+
+ALBÉRIC CAHUET.
+
+
+
+LE HAMAC POUR NOS SOLDATS
+
+L'idée de donner à nos troupiers des hamacs au lieu de lits a valu à
+_L'Illustration_ des communications et des observations intéressantes.
+
+Je voudrais à ce sujet citer l'opinion d'un officier qui apporte à
+l'appui de notre thèse un argument des plus sérieux.
+
+On sait, dit cet officier, comment sont logés nos soldats dans les forts
+en temps de paix et en temps de guerre.
+
+En temps de paix beaucoup couchent dans des casemates assez obscures,
+humides, munies de couchettes à deux étages.
+
+L'aération est presque nulle et la literie est plongée dans une humidité
+perpétuelle contre laquelle on ne peut presque rien, étant donné la
+difficulté de la sortir tous les jours. Bien, au contraire, ne serait
+plus simple avec le hamac.
+
+En temps de guerre ce serait pire encore.
+
+Beaucoup de nos forts comportent un casernement de guerre souterrain,
+composé d'un bloc de béton armé, dans lequel sont disposées des chambres
+de 56 hommes. Ces chambres reçoivent l'air et la lumière d'un couloir
+aboutissant au fossé du fort.
+
+Elles renferment des lits de camp sur lesquels on placerait paillasses
+et matelas. Un espace libre très restreint, laissé au milieu de la
+chambre, est le seul endroit où 56 hommes pourraient dérouiller leurs
+muscles pendant un siège qui peut durer des mois et des mois!
+
+Si on substituait à ces lits de camp des hamacs, qui chaque matin
+seraient roulés et entassés dans un coin de la chambre, on aurait une
+vaste salle, tout à fait dégagée, où les hommes pourraient courir en
+rond, jouer et lutter contre le froid et l'ennui.
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LA VANILLE FRANÇAISE ET LES JOURNAUX ALLEMANDS.
+
+Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de
+nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque
+temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être
+méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à
+celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de
+Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu
+près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces
+diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient
+seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de
+l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les
+commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline,
+c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit
+chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède
+toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois
+logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.
+
+Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une
+fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans
+nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et
+jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par
+contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui
+les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.
+
+Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le
+mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc
+qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on
+doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas
+contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque.
+D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit
+facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme
+d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux
+naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour
+ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été
+frauduleusement ajoutés.
+
+C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles
+allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent
+artificiel.
+
+
+NOTRE PREMIÈRE ESCADRE DANS LE LEVANT.
+
+La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère,
+poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont
+l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se
+multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins.
+Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au
+lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du
+gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant
+chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre
+pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France
+compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu
+l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première
+escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle
+doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y
+rencontrer avec une force navale anglaise imposante.
+
+Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de
+nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à
+Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de
+nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de
+Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont
+contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à
+notre prestige.
+
+A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de
+nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle
+cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui
+doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de
+ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés
+Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la
+marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les
+contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de
+nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250
+matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service
+d'honneur.
+
+Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur
+de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant
+de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le
+procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça
+dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première
+escadre.
+
+
+LE RAFFINAGE DES HUILES D'OLIVE.
+
+L'importance que tend à prendre l'industrie du raffinage des huiles
+d'olive inquiète sérieusement tous les propriétaires de la région de
+l'olivier. Cette industrie consiste à traiter les résidus de fabrication
+de façon à les rendre propres à la consommation; grâce au bas prix de
+ces résidus, on peut vendre l'huile raffinée à un prix fort inférieur au
+cours des huiles naturelles.
+
+Les syndicats de producteurs demandent des mesures propres à empêcher la
+confusion, dans le commerce, entre les huiles des deux catégories; mais
+la chimie se déclare impuissante dans la circonstance. Depuis plusieurs
+mois, le service de la répression des fraudes a cherché en vain des
+méthodes d'analyse permettant de résoudre la question; des procédés, au
+premier abord satisfaisants, ont été reconnus inefficaces.
+
+Or, la nouvelle industrie peut créer une concurrence désastreuse à
+l'oléiculture nationale. Car, si les résidus représentent à peine 5% de
+la fabrication provençale, dans les autres pays la proportion des
+résidus et des mauvaises huiles est énorme. Jusqu'ici ces huiles n'ont
+trouvé de débouchés en France que pour les usages industriels;
+désormais, elles nous arriveront de l'étranger toutes raffinées.
+
+Dans ces conditions, il semble que, seule, une réforme du tarif douanier
+pourrait conjurer la crise.
+
+
+UN EXPRESS REMORQUÉ PAR UN MOTEUR À PÉTROLE.
+
+Chaque jour voit réaliser un progrès dans la construction des moteurs à
+pétrole de grande puissance, et il semble que ces moteurs ne tarderont
+pas à faire une concurrence sérieuse aux machines à vapeur. Appliqué
+depuis quelque temps à des navires de plusieurs milliers de tonnes, le
+nouveau mode de propulsion vient d'être essayé en Allemagne pour le
+remorquage d'un train express.
+
+[Illustration: Une cérémonie française à Alexandrie: pose de la première
+pierre du lycée français par Mme de Reffye, femme du consul de France,
+et par l'amiral Boué de Lapeyrère.--_Phot. Reiser et Binder._]
+
+Un moteur du type Diesel, développant une force de 1.000 chevaux,
+actionne une machine chargée de remorquer un train express sur la grande
+ligne de Berlin à Magdebourg. Lors des premiers voyages d'essai, on a
+effectué le parcours Winterthur-Romanshorn à la vitesse moyenne de 70
+kilomètres à l'heure; sur certaines sections du trajet, la vitesse a
+atteint 100 kilomètres.
+
+Extérieurement, la locomotive Diesel ne rappelle en rien l'aspect des
+locomotives à vapeur; elle n'a pas de cheminée et elle ressemble assez,
+comme lignes générales, aux derniers modèles d'automotrices électriques.
+
+LA CANTATRICE ET LE LION. C'est à une transposition moderne du mythe
+d'Orphée que volontiers ferait songer la singulière photographie
+reproduite ci-dessous... Orphée, par les sons de sa lyre, charmait les
+animaux féroces, qui lui faisaient une docile escorte: ainsi Mlle Emmy
+Destinn, la célèbre cantatrice allemande que les Parisiens ont applaudie
+il y a quelques années, semble-t-elle, par ses chants, apprivoiser le
+plus redoutable des fauves, asservi au pouvoir d'une voix magnifique. Et
+ce tableau imprévu, renouvelé des Grecs, suscitera, pendant longtemps
+sans doute, l'émotion des foules,--car il s'intercale dans un _film_
+sensationnel, récemment exécuté pour un cinéma de Berlin.
+
+La fantaisie d'un auteur de scénarios, d'imagination fertile, a voulu
+que Mlle Emmy Destinn vînt chanter devant un lion, dans sa cage même.
+
+Nonchalamment étendue sur le piano, la bête formidable se prêta de fort
+bonne grâce à l'étrange concert. Et, pour se faire entendre à pareil
+auditoire, la voix de la cantatrice n'en fut ni moins ferme, ni moins
+assurée que de coutume.
+
+
+VALEUR FERTILISANTE DES PLUIES D'ORAGE.
+
+Les pluies d'orage ont une valeur fertilisante. L'ammoniaque qui existe
+couramment dans l'atmosphère est ramené sur la terre végétale par les
+pluies et surtout les pluies d'orage qui constituent ainsi un puissant
+moyen d'amendement. On admet qu'un litre d'eau de pluie contient en
+moyenne 0,0008 gramme (huit dix-milligrammes) d'ammoniaque. Cette donnée
+permet de faire soi-même les calculs qui s'imposent pour apprécier
+l'importance de «l'engrais» que constitue une bonne averse.
+
+
+LES COQUILLES D'HUÎTRES DANS LA CONSTRUCTION.
+
+Que faire des coquilles de l'huître, après en avoir absorbé le contenu?
+Sans doute, dans les régions pauvres en calcaires, dans les pays
+granitiques comme les Vosges, par exemple, et d'autres encore, on peut
+avec avantage donner les coquilles écrasées, mises en poussière, aux
+poules ou bien aux champs, et leur fournir le calcaire nécessaire. Mais
+ailleurs?
+
+[Illustration: La légende d'Orphée; modernisée: Mlle Emmy Destinn
+chantant devant un lion couché sur le piano de l'accompagnatrice.]
+
+Ailleurs, on peut imiter l'exemple donné par un architecte de Galveston
+et employer les écailles à faire un béton avec lequel on construit une
+maison.
+
+La maison construite à Galveston a été faite avec un ciment composé de 4
+septièmes d'écaillés, 2 septièmes de sable et un septième de ciment.
+
+Coûtant meilleur marché que le béton ordinaire et que la brique, il a le
+grand avantage de ne laisser pénétrer aucune humidité.
+
+L'immeuble, qui a cinq étages, a nécessité 26.423 mètres cubes de béton,
+où sont entrés 11 millions d'écaillés d'huîtres. Galveston offre des
+facilités particulières au point de vue de la matière première: il s'y
+trouve des bancs d'huîtres gigantesques.
+
+On aurait de la peine à se procurer la quantité d'écaillés voulue,
+ailleurs, semble-t-il, même en organisant un service de ramassage
+spécial dans les boîtes à ordures, service qui, du reste, coûterait plus
+qu'il ne rapporterait, probablement.
+
+
+CEUX QUI VIVENT DE L'ALCOOL.
+
+On parle toujours, et beaucoup, en France, de la lutte contre
+l'alcoolisme, qui est un des facteurs les plus redoutables de la
+dégénérescence de la race et de la dépopulation.
+
+Mais combien devrait être formidable l'effort nécessaire pour
+entreprendre cette lutte, dans laquelle on se heurterait à des intérêts
+énormes et à des intéressés innombrables.
+
+D'après M. L. Jacquet, il n'y a nulle exagération à accepter que le
+rendement annuel de la production de l'alcool, joint aux transactions
+commerciales des spiritueux tant en exportation qu'en vente au détail,
+atteint et même dépasse trois milliards et demi de francs.
+
+Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population
+qui y est intéressée:
+
+Viticulteurs 1.600.000
+Cidriers 1.075.000
+Marchands en gros ou entrepositaires 34.000
+Distillateurs de profession 16.000
+Distillateurs ambulants 18.000
+Débitants au détail 480.000
+Assujettis divers 115.000
+Bouilleurs de cru 1.300.000
+Personnel employé par les marchands de
+gros et distillateurs. 300.000
+Personnes salariées par les récoltants 500.000
+Tonneliers, verriers, bouchon etc 400.000
+
+Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport,
+camionneurs, etc.
+
+Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs
+tirent profit de l'alcool.
+
+Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de
+betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.
+
+
+
+LE GÉNÉRAL VITTORIANO HUERTA
+
+_(Voir notre gravure de première page.)_
+
+La figure--désormais historique--du général et président actuel du
+Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du
+moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La
+situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue
+purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation
+politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique
+et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du
+territoire mexicain, par les insurgés.
+
+Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est
+un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa
+physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa
+race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M.
+Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de
+l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie;
+l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté.
+D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après
+le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui,
+et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta.
+Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas
+s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion
+d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des
+forces militaires importantes.
+
+Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept
+ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second
+lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et
+organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et
+mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en
+1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de
+général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans
+toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si
+accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.
+
+Veut-on savoir ce qu'il pense des Américains, et de ces États-Unis qui
+entendent mettre fin, aujourd'hui, à sa carrière? Voici un témoignage,
+resté jusqu'ici inédit en France. Ce sont les propos, à peu près
+textuels, échappés au général Huerta, à la fin du banquet que lui
+offrait, l'année dernière, la ville de Mexico, au moment de son départ
+pour le front de bataille dans l'État de Chihuahua.
+
+«Si les États-Unis allaient un jour intervenir?» lui disait-on. Et
+Huerta s'indigna:
+
+«Je n'ai pas peur des Gringoes!... Aucun Mexicain n'en a peur. Sans la
+trahison du président Santa-Anna, qui se vendit aux Américains en 1847,
+nous aurions battu les Yankees, comme sûrement nous les battrons la
+prochaine fois! Qu'ils passent seulement le rio Bravo! Nous les
+renverrons chez eux la tête en sang.--Nous autres, Mexicains, nous ne
+craignons personne. N'avons-nous pas battu les Espagnols? et les
+Français, les Autrichiens, les Belges, et tous les aventuriers étrangers
+venus chez nous à la suite de Maximilien?... Il n'existe, d'ailleurs,
+que deux nations, à côté de notre vieux peuple aztèque. Ce sont
+l'Angleterre et le Japon. Les États-Unis sont une olla-podrida de
+peuples... Un de ces jours, l'Angleterre, le Japon et le Mexique
+marcheront ensemble, et ce sera la fin des États-Unis.»
+
+L'année dernière, le président Madero envoyait Huerta contre l'insurgé
+Orozco et ses rebelles. Après le premier combat victorieux--où il y eut
+en tout, des deux côtés, 200 morts et blessés--le général Huerta, dans
+un bulletin de victoire plus qu'enthousiaste, déclarait que c'était «la
+plus terrible bataille qui ait été livrée, dans l'hémisphère américain,
+depuis cinquante ans!» Et Vittoriano Huerta reste, pour ses partisans,
+le «Héros de Bachimba», où le 13 juillet 1912, il défit Paschal Orozco
+--avec 10.000 hommes contre 3.500--après un duel d'artillerie de dix
+heures--qui tua _quatorze_ rebelles.
+
+Une dernière anecdote achève de peindre le général Huerta. Il n'a jamais
+pardonné, en véritable Indien, à Madero, alors simple citoyen, de s'être
+interposé pour négocier avec les rebelles, à Cuernavaca. «S'il veut
+traiter, qu'il vienne d'abord m'en demander permission!» s'écriait
+Huerta devant son état-major, à l'hôtel Bellavista, où il était attablé
+devant une bouteille de cognac. Une heure après, avec le flegme de
+l'Indien cauteleux, il allait, suivi de son état-major, en grand
+uniforme, rendre, à la maison du gouverneur, ses respects à senor
+Madero.
+
+Quelque temps avant la catastrophe qui allait lui coûter la vie,
+l'infortuné président Madero déclarait ouvertement à l'ambassadeur des
+États-Unis, M. Wilson, qu'il avait de graves raisons pour suspecter la
+loyauté du général Huerta.
+
+On sait, aujourd'hui, et l'on comprend l'attitude des États-Unis en face
+du gouvernement de Vittoriano Huerta.
+
+E. DE MORSIER.
+
+
+
+LE BAPTÊME DE LA LIGNE
+
+_(Voir notre gravure, page 399.)_
+
+Quels souvenirs ces mots «baptême de la ligne» éveilleront dans les
+mémoires des hommes qui prirent le goût de lire avant l'invention du
+roman policier! Mais les enfants d'à présent ont-ils seulement feuilleté
+_Robert-Robert_, et connurent-ils les frissons de Toussaint Lavenette au
+passage de la ligne? Sinon, ils ne savent pas de quelles émotions ils
+sont privés. Les pittoresques, les amusants récits que c'étaient, dans
+les romans d'aventure de notre jeunesse, ceux qui décrivaient cette
+burlesque cérémonie: la descente des hunes du courrier, la veille du
+grand jour; l'arrivée, par le même chemin du ciel, du «père Trois
+Piques» et de sa jeune épouse,--et puis, le bain, dans la baille
+aménagée à cet usage, des passagers et des matelots qui passaient pour
+la première fois l'Equateur... Or, tout cela, on est heureusement
+surpris de le constater, a été conservé scrupuleusement dans notre
+marine de guerre, gardienne fidèle des bonnes traditions, et l'on peut
+voir par cette photographie prise il y a quelque temps sur la
+_Jeanne-d'Arc_, croiseur-école des aspirants, au cours d'un voyage,
+entre Madère et Rio de Janeiro, que les novices de la mer sont baptisés
+selon tous les rites que subirent, de bonne humeur, leurs devanciers.
+C'est une journée de repos, de détente au milieu des occupations sévères
+du bord. Le lendemain, la discipline reprend ses droits et chacun se
+remet à son devoir.
+
+
+
+LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
+
+Aux termes du testament de M. Nobel, le prix de littérature doit être
+attribué par l'Académie suédoise à la personne qui, dans l'année
+immédiatement précédente, a donné l'oeuvre idéaliste la plus distinguée.
+Cette fois l'attribution du prix répond exactement au désir du
+testateur: _Gitanjali_--ou _Offrandes poétiques_--est bien l'oeuvre la
+plus idéaliste qui ait été publiée depuis longtemps.
+
+[Illustration: Le poète hindou Rabindranath Tagore.-_Phot. Elliott et
+Fry._]
+
+L'auteur, Rabindranath Tagore, a été appelé le prophète du nationalisme
+hindou; dans son pays natal, de Bombay, aux confins de la Birmanie et
+des sources du Gange à Colombo de Ceylan, il est connu de tous ses
+compatriotes, qu'ils appartiennent aux castes les plus nobles ou aux
+plus inférieures. Lui-même appartient à une des plus anciennes familles
+du Bengale. Son grand-père, le prince Dwarkanath Tagore, visita l'Europe
+et fut reçu par la reine Victoria; son père est le Maharshi Debendranath
+Tagore (maharshi signifie «grand sage»). Il a trois frères et trois
+soeurs qui se sont acquis une renommée locale; l'un d'eux est un fameux
+philosophe: Les écureuils descendent des branches et grimpent sur ses
+genoux, et les oiseaux se posent sur ses mains.»
+
+Rabindranath Tagore est né en 1861, à Calcutta. A dix-huit ans, il
+composa les paroles et la musique d'un drame lyrique, que suivirent des
+pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des poèmes. Entre temps,
+il vint à Londres pour y étudier le droit, mais il s'en dégoûta bien
+vite et retourna aux Indes où il s'adonna tout entier à son art. En
+outre, il a fondé à Bolepur, près de Calcutta, une école fréquentée par
+plus de 200 élèves. Il a créé lui-même les méthodes d'enseignement; sous
+sa direction, des maîtres formés par lui font étudier les élèves en
+plein air.
+
+L'oeuvre de Rabindranath Tagore n'est connue en Europe que par les
+traductions anglaises qu'il a faites lui-même, et par les fragments
+traduits en français et publiés en juillet dernier dans le «Mercure de
+France». La version anglaise est en prose rythmée, si simple et
+d'expression si choisie et si précise que le sens n'est jamais obscurci
+et qu'elle exprime admirablement l'accord de l'idée et de l'émotion
+provoquée par la contemplation méditative de l'univers. A les lire
+lentement et à haute voix, ces poèmes révèlent toute leur beauté et on
+les sent composés par un musicien, par un artiste familier avec une
+musique plus subtile que la nôtre. Dans l'original, ces poèmes se
+chantent. Les airs et les paroles sont intimement alliés; certains
+«modes» de cette musique ont une signification particulière: les uns
+s'emploient pour les chants du soir, les autres pour les chants de
+l'aube, d'autres encore pendant la saison des pluies, de sorte qu'un
+Hindou reconnaît, dès la première mesure, l'atmosphère et le lieu du
+poème.
+
+Aucun poète n'a exprimé aussi puissamment l'intimité de l'âme humaine et
+de la nature, tout en professant une philosophie aussi claire et aussi
+vaste. Ce mysticisme lyrique est d'une élévation incomparable; on y
+trouve des accents passionnés qui rappellent le _Cantique des
+Cantiques_, des accents d'allégresse et d'espoir qui dépassent tout ce
+qu'offrent les prophètes ou les psaumes de David. Le chant de ce poète
+est épuré de toute intonation de douleur ou de regret, de tristesse ou
+de crainte. C'est la pure lumière de la vie spirituelle qui se marie au
+chant harmonieux de la beauté parfaite.
+
+HENRY-D. DAVRAY.
+
+
+Nous citerons ici, à titre d'exemples, trois fragments de poèmes inédits
+de M. Tagore traduits par M. Henry-D. Davray:
+
+SIMPLICITÉ
+
+Les mains s'attachent aux mains, et les yeux s'attardent aux yeux: ainsi
+commence l'histoire de nos cours.
+
+C'est la nuit de Mars qu'éclaire la lune; la suave senteur du henné
+embaume l'air; ma flûte est à terre, négligée; et ta guirlande de fleurs
+n'est pas achevée.
+
+Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.
+
+Ton voile couleur safran enivre mes yeux.
+
+La guirlande de jasmin que tu m'as tressée fait tressaillir mon coeur
+comme une louange.
+
+C'est le jeu où l'on offre et où l'on retire, montrant ce qu'on tient
+pour le dissimuler aussitôt: des sourires, de petites timidités et de
+douces luttes inutiles.
+
+Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.
+
+LES FLEURS
+
+J'ai cueilli tes fleurs, ô Monde!
+
+Je les ai pressées sur mon coeur et les épines m'ont déchiré.
+
+Quand le jour a baissé et que montèrent les ténèbres, j'ai trouvé que la
+fleur était fanée, mais que la douleur restait.
+
+Il te viendra encore des fleurs, ô Monde, des fleurs parfumées et
+orgueilleuses.
+
+Mais pour moi le temps de les cueillir est passé, et au cours de la nuit
+noire, je n'aurai pas de roses, mais la douleur est restée.
+
+LE SILENCE DE LA BEAUTÉ
+
+Dans le tumulte impétueux et assourdissant de la vie, ô Beauté, sculptée
+dans la pierre, tu demeures muette et immobile, seule et distante.
+
+Le Temps est assis, amoureux, à tes pieds et murmure: «Parle, parle-moi,
+mon amour; parle, ma fiancée!» Mais ton langage est enfermé dans la
+pierre, ô Immuable Beauté.
+
+Ce dernier poème n'évoque-t-il pas à l'esprit le souvenir d'un sonnet de
+Baudelaire?
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+L'un des plus constants défenseurs du théâtre d'observation minutieuse
+et de fine psychologie, de vérité méticuleuse en même temps que de
+littérature dramatique épurée, M. Edmond Sée, a fait représenter au
+théâtre Réjane une comédie en quatre actes, l'_Irrégulière_, qu'on a
+écoutée avec l'attention qu'elle méritait et qu'on a applaudie avec
+sympathie. Elle nous expose les déboires et les chagrins d'une femme
+«irrégulière» qui aspire à la régularité, y parvient et y trouve des
+déceptions et des douleurs nouvelles. Mme Réjane incarne ce personnage
+avec son art merveilleux et la troupe qui l'entoure est de tout premier
+ordre.
+
+De l'un des contes de Voltaire qui prennent rang de chef-d'oeuvre, de
+l'_Ingénu_, MM. Charles Méré et Régis Gignoux ont tiré, pour le théâtre
+Michel, une comédie en trois actes toute pleine de la plus ironique
+belle humeur, de la plus heureuse audace et de la plus piquante
+fantaisie. On a salué de rires et d'applaudissements cette très adroite
+adaptation scénique des mémorables aventures du Huron fraîchement
+débarqué, du fond de sa Huronie, en pleine France du dix-huitième siècle
+Et l'interprétation est excellente avec MM. Harry-Baur, Lévesque, Guyon
+fils, et Mmes Juliette Darcourt, Germaine Reuver, Isane.
+
+Le Gymnase a repris l'un des plus incontestables succès de M. Henry
+Bernstein, l'une de ses pièces où s'affirment avec le plus d'éclat ses
+dons de psychologie aiguisée et de force puissante, _Samson_, qui
+fournit d'ailleurs à son principal interprète, M. Lucien Guitry,
+l'occasion de déployer des qualités d'interprétation exactement
+correspondantes.
+
+Signalons enfin la réouverture du «Bon Théâtre», quai de Passy qui a
+pour but, comme son titre l'indique, d'offrir aux familles des
+spectacles sains en même temps que présentant les meilleures garanties
+artistiques: il commence sa saison par les _Oberlé_, de M. René Bazin.
+
+
+[Illustration: LA CROISIÈRE, par Henriot.]
+
+
+[Note du transcripteur: les suppléments mentionnés en titre ne nous
+ont pas été fournis.]
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3691, 22 ***
+
+***** This file should be named 36413-8.txt or 36413-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/6/4/1/36413/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/36413-8.zip b/36413-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..974950d
--- /dev/null
+++ b/36413-8.zip
Binary files differ
diff --git a/36413-h.zip b/36413-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..db1b350
--- /dev/null
+++ b/36413-h.zip
Binary files differ
diff --git a/36413-h/36413-h.htm b/36413-h/36413-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..ef187a2
--- /dev/null
+++ b/36413-h/36413-h.htm
@@ -0,0 +1,2521 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913 by Various</title>
+
+<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg">
+
+<style type="text/css">
+
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+hr {width: 50%; text-align: center}
+hr.full {width: 100%}
+hr.short {width: 10%; text-align: center}
+
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%;
+ float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; width: 80px; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left}
+
+.sc {font-variant: small-caps}
+.lef {float: left}
+.mid {text-align: center}
+.rig {float: right}
+.sml {font-size: 10pt}
+.overl {font-size: 10pt; text-decoration: overline; text-align: center}
+.cont {width: 650px}
+.somm {float: left; width: 300px; font-size: 10pt; padding: 1em}
+.suppl {color: #5A5047; background-color: #EEE2CA }
+
+
+span.pagenum {font-size: 70%; left: 91%; right: 1%; position: absolute}
+span.linenum {font-size: 70%; right: 91%; left: 1%; position: absolute}
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+.poem p.i12 {margin-left: 6em}
+.poem p.i14 {margin-left: 7em}
+.poem p.i16 {margin-left: 8em}
+.poem p.i18 {margin-left: 9em}
+.poem p.i20 {margin-left: 10em}
+.poem p.i30 {margin-left: 15em}
+
+
+
+</style>
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: June 14, 2011 [EBook #36413]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3691, 22 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913</p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<div class="sml">
+<p>Ce numéro contient: </p>
+
+<p>1° LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Roman n° 19: <span class="sc">Jean et Louise</span>, par M. Antonin Dusserre;</p>
+
+<p>2° Un <span class="sc">Supplément économique et financier</span> de deux pages.</p>
+</div>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"><br>
+
+<img alt="" src="images/001a.png"><br><b>LE DICTATEUR MEXICAIN VITTORIANO HUERTA<br> Un descendant des
+Indiens Aztèques chef d'une république latine<br> du Nouveau-Monde.</b><i>Voir
+l'article, page 402.</i></p><br><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>LES PHRASES TOUTES FAITES</h4>
+
+<p>A peine rentrés, nous avons retrouvé nos chères petites phrases, «les
+phrases toutes faites». Quel bonheur! Et aussi, quelle mélancolie!</p>
+
+<p>Elles nous attendaient, fidèles, dans les milliers de bouches où elles
+avaient l'air d'avoir été enfermées et rangées avant les vacances, ainsi
+que les affaires d'hiver dans le poivre.</p>
+
+<p>Certes, je ne prétends pas qu'il n'y ait qu'à Paris que soit répandu
+leur usage. La province a les siennes. Ce ne sont pas les mêmes. Mais
+cependant c'est surtout ici que nous les consommons en plus grand nombre
+et avec le plus d'entrain.</p>
+
+<p>La phrase toute faite offre cette particularité qu'elle n'est jamais
+longue. Tout de suite à bout de souffle. Aussitôt partie la voilà
+rendue. Elle n'est capable que de laisser tomber quelques mots comme ces
+petites bouteilles vides d'où s'échappent trois gouttes restées au fond.</p>
+
+<p>Ce qui distingue également la phrase toute faite, c'est qu'on ne sait
+jamais qui l'a faite. Pille naturelle du bon sens et de la banalité, ne
+portant le nom ni la marque de personne, elle affecte d'avoir une
+origine très ancienne. Elle se perpétue à travers les hommes qui ne
+paraissent pas se lasser de sa monotonie et de sa fadeur puisqu'ils
+l'entendent et la répètent à l'infini avec la même indifférence sereine.
+Elle se prononce dans la tranquillité absolue du corps, du visage, de la
+voix, du regard. Elle n'a pas d'accent. Sauf en certains cas de tribunal
+et de prétoire elle s'interdit la véhémence. Elle est une habitude de
+l'esprit, une routine du langage, un poncif et un cliché de la
+conversation. Elle s'efforce enfin d'exprimer le moins de pensée
+possible. Et presque toujours elle y arrive.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>Les phrases toutes faites constituent une espèce de bruit, grâce auquel
+on peut parler pendant des heures, sans rien dire. Elles ont dû être
+inventées et choisies afin d'exercer la langue et les lèvres en
+permettant à l'intelligence de prendre un repos qui n'est pas souvent
+gagné.</p>
+
+<p>Il y a des phrases toutes faites pour tout; pour tous les sentiments,
+toutes les actions bonnes ou mauvaises, toutes les circonstances, pour
+le crime et la charité, pour la douleur et la joie, pour l'amitié, pour
+l'amour. Chaque profession, chaque âge étale les siennes. L'homme et la
+femme ont les leurs,--qu'ils se prêtent. Les plus grandes questions ne
+peuvent y échapper. Il faut toujours passer par elles pour aller
+n'importe où. Elles mènent au diable et à Rome.</p>
+
+<p>Mais je crois que la politique est leur vrai terrain.</p>
+
+<p>Après, les sujets qui en fournissent le plus coquet ensemble sont: la
+santé, le beau temps, la pluie et les domestiques.</p>
+
+<p>La religion et la mort ont aussi leur petit lot qui n'est pas laid.</p>
+
+<p>Combien il y en a?... Personne ne le sait. Je l'ai demandé à de grands
+avocats qui l'ignoraient. Il y en a--au moins--soixante-dix-sept fois
+sept mille, et pourtant une maîtresse de maison, même ordinaire, devra
+les connaître toutes. Elles lui sont indispensables autant qu'à un
+député. Qui que vous soyez, d'ailleurs, si vous ne possédez pas un jeu
+abondant de phrases toutes faites, vous devez renoncer à la visite, au
+dîner en ville, et vous priver du commerce de vos semblables. Restez
+enfermé et isolé chez vous, ou partez ce soir (non sans avoir pris
+prudemment un aller et retour) pour l'île déserte. Et là encore, quand,
+en face de vous, tout seul, vous vous adresserez la parole, il vous
+faudra des phrases toutes faites, pour vous entretenir avec vous-même.</p>
+
+<p>C'est que ridicule, terne et vide, cette phrase de second ordre est
+cependant nécessaire. De sa flexible platitude nous partons en
+bondissant--pas trop fort--comme d'un sage tremplin.</p>
+
+<p>Elle est une préparation, un travail de dégrossissement. Ne croyez pas
+qu'il vous soit possible, même si vous savez bien nager, de vous lancer
+dans l'océan des phrases rares et neuves, sans avoir recours d'abord à
+ces précieuses bouées que sont les phrases toutes faites... Qui,
+d'ailleurs, parmi les plus étincelants génies de cheminée, les Rivarol
+et les Chamfort de salon, aurait l'audace de s'estimer capable de
+dire--et du premier coup!--une chose, si spirituelle, fine et mordante
+soit-elle, --qui n'ait été déjà conçue et exprimée avant lui de la même
+façon, ou mieux?</p>
+
+<p>Pénétrons-nous donc de modestie. Ne méprisons pas ni ne dédaignons les
+phrases toutes faites. Elles ont leur immense utilité.</p>
+
+<p>D'abord elles nous permettent de tâtonner, de voir venir, de prendre la
+direction; elles sont à l'esprit ce que sont au corps ces formalités
+physiques qu'on appelle les poignées de main. Quand deux êtres
+s'abordent, ou qu'ils viennent d'être présentés l'un à l'autre,
+qu'arrive-t-il? Chacun puise dans le sac de ses phrases toutes faites
+pour discerner ce qu'il peut tirer de son partenaire, et, dès que l'on
+est tombé d'accord sur deux ou trois points, on ne touche plus au sac et
+«on se laisse aller». Mais il faut commencer par être garni de phrases
+toutes faites... pour pouvoir s'en passer. Quelqu'un qui n'en aurait pas
+toujours sur lui un assortiment complet, qui risquerait tout à coup d'en
+manquer, serait le plus malheureux des hommes, exposé aux pires
+détresses.</p>
+
+<p>Vous le figurez-vous obligé, avec le premier venu, dont il ne sait rien,
+de débuter <i>ex abrupto</i> par une image délicieuse, un aperçu profond...
+au jugé?... à l'aveuglette?... risquant de gaspiller du beau pour une
+buse? Ce serait affreux.</p>
+
+<p>Voilà bien à quoi sert la phrase toute faite, pierre de touche de
+l'homme supérieur et de l'imbécile. Elle dicte en peu d'instants la
+ligne de conduite à tenir.</p>
+
+<p>Vous trouvez-vous de rencontre avec un causeur délicat et cultivé, le
+moment ingrat de la phrase toute faite ne dure jamais qu'un éclair. On y
+renonce de part et d'autre ensemble, sans se donner le mot. Nul n'est
+même gêné d'y avoir eu recours. Cela n'a pas eu plus d'importance
+qu'avant le repas de déplier sa serviette. Et bien vite on s'installe
+simultanément en pleine curiosité de pensée et d'expression.</p>
+
+<p>Mais si, au contraire, vous acquérez la triste certitude, dès sa
+première question ou sa seconde réponse, que votre interlocuteur est un
+sot distingué... ah! c'est alors que, puisant dans le dictionnaire, dans
+le bottin des phrases toutes faites, vous vous en servirez uniquement
+pour gaver le dindon, car vous estimerez avec justice qu'elles sont bien
+assez bonnes pour ce minus habens et qu'il est inutile de lui accorder
+autre chose que ce qu'il mérite et peut comprendre.</p>
+
+<p>Ne craignez pas, en ce cas, qu'il s'aperçoive de votre manège humiliant,
+car il est de ces gens qui, toute leur vie, ne se nourrissent que du
+pain fade et mal cuit de la phrase toute faite. Elle est leur habituelle
+pâture. Leur premier cri en venant au monde a été un cri tout fait, et
+leur dernier soupir quand ils en sortiront sera un soupir «reçu
+d'avance» et tout fait, lui aussi.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>La phrase personnelle et originale est à la phrase banale et toute faite
+ce qu'est l'habit coupé et pris sur mesure à celui qui ne l'est pas. Or,
+il y a de très honnêtes gens, pas bien soucieux d'élégance verbale qui
+parlent «tout fait» à la machine, en n'employant que des mots de lisière
+et qui semblent avoir été cousus les uns aux autres dans les prisons...
+Sans aller jusqu'à les plaindre, il est permis de ne pas les imiter.</p>
+
+<p>La phrase toute faite vous procurera en outre l'avantage, dans certaines
+occasions particulières, de pouvoir, grâce à elle, déguiser votre vraie
+pensée que vous ne voudrez pas laisser voir, de l'envelopper de termes
+neutres et de mots d'emballage comme on recouvre d'un papier gris un
+objet fragile ou frais pour que de gros doigts ou des mains sales ne le
+touchent pas.</p>
+
+<p>L'écrivain difficile et raffiné, le mandarin de lettres devra savoir
+également, sur le bout de la langue, les phrases toutes faites. A
+l'expérience, il apprendra que la moindre d'entre elles, et qui n'avait
+l'air de rien, peut, en étant bien placée, produire par contraste un
+effet énorme. En vertu d'un phénomène bizarre mais logique, c'est elle
+qui tout à coup paraîtra la seule phrase-artiste, la phrase-écriture, la
+phrase-pensée, et toutes les autres ne seront plus que des raclures, des
+copeaux. L'oeuvre des génies est pleine de «phrases toutes faites»
+auxquelles un choix heureux et imprévu a redonné la virginité de la
+trouvaille.</p>
+
+<p>Enfin l'homme, si grande que soit sa présomption, serait vraiment mal
+venu à se montrer plus difficile que Dieu qui se contente depuis des
+éternités de ces phrases toutes faites et pourtant sublimes: les
+prières.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Henri Lavedan.</span></span></p>
+
+<p><i>(Reproduction et traduction réservées.)</i></p><br><br>
+
+<h3>LES INCIDENTS DE SAVERNE</h3>
+
+<p>Edmond About parlait un jour des «geôliers maladroits de Saverne
+germanisée». S'il était revenu, la semaine dernière, en sa propriété de
+la «Schlitte» où il aimait passer une partie de l'année, il n'aurait
+sans doute plus reconnu la «geôle», tant elle était eu rumeur.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"><br><span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lieut. von Forstner.</span><br>
+
+<b>La compagnie du 99e régiment d'infanterie prussienne, en garnison à
+Saverne, qui compte parmi ses officiers le lieutenant von Forstner:
+groupe des soldats de la classe 1911-1913, à leur départ.</b><br>
+
+<br>Derrière le groupe, la colonnade de l'ancien château de Rohan, qui sert
+de caserne. Les inscriptions disent: «A celui qui a fidèlement fait son
+temps, à celui-là versons un plein verre!»--«Comme étrangers, nous nous
+sommes connus; c'est comme amis que nous devons nous quitter «Nous avons
+monté la garde aux Vosges pour la protection et pour la puissance de la
+Patrie.»--Quant à l'inscription: §11, elle signifie: «Buvez jusqu'au
+délire.»</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/002b.png"><br>&nbsp;&nbsp;<b>Le lieutenant von Forstner.</b></p>
+
+<p>Saverne, cependant, est une ville calme. Elle n'a pas de passé politique
+mouvementé. On l'appelle couramment «la perle des Vosges» ou encore «la
+cité des roses». Titres charmants et mérités. Or, la cité fleurie vient
+de connaître l'émoi d'une révolte populaire. Les journaux quotidiens ont
+conté en détail comment les choses se sont passées. Un jeune lieutenant
+du 99° régiment d'infanterie, le baron von Forstner, s'adressant aux
+recrues de sa compagnie, avait dit, à propos d'une affaire de coups de
+couteau entre civils et militaires: «Je donnerais volontiers dix marks
+de ma poche à celui d'entre vous qui trouerait la peau d'un <i>Waches</i>.»
+Le mot «Waekes» constitue, dans la bouche d'un Allemand, la pire injure
+qui puisse être adressée à un Alsacien, car il est employé d'une façon
+courante par les immigrés pour désigner la population du pays
+(<i>elsaesser waekes</i>, voyous d'Alsace). Ainsi faut-il s'expliquer l'émoi
+qui s'empara de Saverne quand furent connus les propos outrageants du
+lieutenant prussien. On commença par enfoncer ses fenêtres. Le
+lendemain, 300 Alsaciens l'attendaient à la sortie du mess des officiers
+et l'escortaient jusqu'au restaurant de la Carpe d'or, où il dut
+chercher un refuge. Quelques citoyens l'ayant relancé à l'intérieur de
+l'établissement, le lieutenant les menaça de son revolver, geste
+qu'imitèrent neuf de ses camarades. Le colonel von Reutter accourut et
+essaya de calmer les esprits en prononçant une harangue. Ce fut en vain.
+Il fallut un piquet de fantassins, baïonnette au canon, pour dégager le
+lieutenant von Forstner qui passa la nuit à la caserne. Le lendemain
+était un dimanche. Dans le courant de l'après-midi, un millier de
+manifestants mirent le siège devant le domicile particulier de
+l'officier que gardait un important détachement de gendarmes, de soldats
+et d'agents de police. L'officier fut longuement conspué. Les jours
+suivants, les manifestations se renouvelèrent et prirent un tel
+caractère de gravité que le colonel fit charger les mitrailleuses et
+parla sérieusement de déclarer Saverne en état de siège. Il fallut toute
+l'influence du sous-préfet et du maire alsaciens pour l'en empêcher. Les
+choses étaient bien sur le point de se gâter. Les colères s'apaisèrent
+seulement lorsqu'on sut qu'une enquête sévère était ouverte et que
+satisfaction serait donnée à la population. Le jeudi 13 novembre on
+annonçait que le colonel von Reutter et le lieutenant von Forstner
+avaient été déplacés. Renseignements pris, la nouvelle était fausse.
+Certes, le colonel, qui, dans une note officielle--accueillie avec
+beaucoup de scepticisme--s'était efforcé de transformer le sens des
+paroles de son subordonné, avait quitté Saverne, en congé; mais le
+lieutenant était resté à son poste, si l'on ose dire. Et, le jour même
+où on le croyait retourné en Allemagne, M. von Forstner se livra à de
+nouveaux écarts de langage dont le drapeau français, selon les uns, la
+légion étrangère, selon les autres, faisait les frais. Il était donc
+superflu que son colonel prît tant de peine pour réduire la portée du
+premier incident.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/002c.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le colonel von Reutter.</b></p>
+
+<p>Que faut-il penser de cette attitude d'un officier vis-à-vis de la
+population des provinces annexées? «Oh! c'est bien simple, nous écrit un
+de nos correspondants d'Alsace. Lorsque le Reichstag se prononça
+récemment en faveur de l'augmentation de l'armée allemande, les députés
+alsaciens-lorrains votèrent contre le projet de loi, et ce vote souleva
+de violentes colères parmi l'armée de 100.000 hommes qui couvre
+l'Alsace-Lorraine.» D'autre part, il est à Strasbourg un général
+commandant de corps, le général von Deimling, qui perd peu d'occasions
+de manifester son humeur belliqueuse. C'est lui qui parlait, il y a
+quelques jours, de courir sus aux pantalons rouges. Le lieutenant, lui,
+offre de payer pour faire «trouer la peau» d'un civil, à condition qu'il
+soit d'Alsace. Le lieutenant passe la mesure du général. On a fini par
+s'en émouvoir à Saverne et un vent de révolte qui n'est point encore
+calmé a passé justement sur «la cité des roses».</p>
+
+<p>Il faut ajouter, en toute équité, que la grande majorité des journaux
+allemands s'est montrée fort sévère pour les autorités militaires de
+Saverne. Notamment le <i>Berliner Tageblatt</i>, la <i>Gazette de Voss</i>, la
+<i>Germania</i>, ont protesté contre l'attitude inqualifiable du lieutenant
+von Forstner et les agissements des officiers de son genre «qui sont les
+meilleurs racoleurs pour la légion étrangère».</p><br><br>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"><br><b>Après l'accident du 4 juin: M. Aristide Briand, dégagé de<br>
+sa voiture renversée, soutient sa main blessée; au premier plan, la
+voiture abordeuse.</b></p>
+
+<h3>L'ACCIDENT DE PACY-SUR-EURE</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur le lieu de l'accident:
+M. Aristide Briand et ses<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«écraseurs».</b></p>
+
+<p>Cette semaine, au moment où s'achèvera le présent numéro, un accident,
+qui causa une profonde émotion, aura son épilogue devant le tribunal
+d'Évreux.</p>
+
+<p>Le 4 juin dernier. M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, se
+rendait en automobile, avec son collègue et vieil ami Albert Willm,
+député de la Seine, à une petite maison des champs qu'il possède à
+Cocherel (Eure). Ils allaient arriver à Pacy-sur-Eure. Leur voiture
+suivait, à allure modérée, la droite de la grand'route de Paris à
+Cherbourg quand une autre automobile, lancée à toute vitesse,
+qu'essayait ce «metteur au point» d'une maison de construction, vint la
+heurter par l'arrière, la jetant à demi broyée contre un arbre de
+l'accotement.</p>
+
+<p>Péniblement, MM. Aristide Briand et Albert Willm parvinrent à se
+dégager.</p>
+
+<p>L'ancien président du Conseil, blessé à la tête, à l'épaule, la main
+ensanglantée, souffrait cruellement. Le chauffeur, qui avait été projeté
+hors de la voiture, ne se plaignait que de contusions. Les auteurs de
+l'accident conduisirent leurs victimes à Pacy-sur-Eure. Sommairement
+pansé, M. Aristide Briand, qui avait conservé toute son habituelle belle
+humeur, plaisantait avec verve.</p>
+
+<p>Mais, à l'examen, les médecins constatèrent que les deux blessés étaient
+bien plus grièvement atteints qu'ils ne l'avaient cru tout d'abord. M.
+Aristide Briand avait le bord de l'épaule gauche fracturé. Il leur
+fallut, à l'un comme à l'autre, de longues semaines pour se remettre.</p>
+
+<p>Aujourd'hui, ils ne conservent guère de cette aventure de route que le
+mauvais souvenir,--et aussi, agréable compensation, le volumineux
+dossier des lettres et des télégrammes par lesquels leurs amis leur
+exprimaient leur sympathie.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003c.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="accident">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>A Pacy-sur-Eure, après le premier pansement à la
+pharmacie.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Les débris de l'automobile de M. Briand.--En avant, M.
+Alexandre Duval qui ramena à Paris les victimes.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>UN ACCIDENT D'AUTOMOBILE QUI FAILLIT DEVENIR HISTORIQUE</b></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="accident">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>A Varna, en Bulgarie, au bord de la mer Noire: la foule
+entourant le monoplan qui vient d'atterrir.</b>--<i>Phot. H. Roux.</i>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Daucourt ayant à sa droite Mme Duchesne, femme du consul
+de France, à sa gauche Mme Stancioff, femme du ministre de Bulgarie à
+Paris.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>PARIS-LE CAIRE EN AÉROPLANE</h3>
+
+<p>Dans notre précédent numéro, nous dépêches, le voyage aérien de Daucourt
+publions aujourd'hui des photographies prises du bord de l'aéroplane par
+le compagnon de Daucourt, M. Roux, qui nous envoie en même temps une
+nouvelle série de notes précisant certains épisodes de ce raid
+admirable.</p>
+
+<p>Voici d'abord quelques détails rétrospectifs sur la traversée de
+l'Allemagne.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004b.png"><br><b>L'itinéraire suivi par Daucourt et Roux.</b></p>
+
+<p>Nous avions laissé les aviateurs à Schaffhouse; une panne de moteur les
+arrête près de la vieille cité; ils reprennent leur vol le 28 octobre:
+«...Un industriel du pays nous donne une lettre pour son frère qui
+habite Alexandrie. C'est la dernière levée.» Le temps s'éclaircit; nous
+atteignons Constance, puis Friedrichshafen. Le comte Zeppelin nous ayant
+interdit de survoler son terrain, bien qu'il ne figure pas sur la carte
+des zones interdites, nous passons prudemment à un kilomètre des
+hangars. Le champ paraît avoir 800 mètres de côté; un grand hangar,
+probablement tournant, occupe le centre. Je regrette de n'avoir pas mon
+appareil photographique; je l'ai laissé à mon mécanicien pour la
+traversée de l'Allemagne.</p>
+
+<p>»Fort vent debout. Nous sommes de plus en plus secoués. Je tiens mon
+stylo de la main droite, tandis que la gauche est cramponnée au
+fuselage...</p>
+
+
+
+<p>»En traversant une légère brume, nous avons perdu la ligne du chemin de
+fer. Nous la retrouvons bientôt, avec une gare dont je pourrais lire le
+nom avec ma jumelle si Daucourt n'avait pas refusé de l'emporter, sous
+prétexte que c'était du poids en trop. Tant pis pour lui.</p>
+
+<p>»Une grande ville: Munich évidemment. A une heure, nous atterrissons sur
+un terrain splendide... Ce n'est pas Munich, c'est Augsbourg!</p>
+
+<p>»Nous restons jusqu'à 3 heures au poste de police du champ de
+manoeuvres. Que de sonneries de téléphone pour nous! Je comprends qu'on
+veut nous fouiller, mais le capitaine dit que c'est inutile. On nous
+demande seulement si nous avons un appareil photographique, et on visite
+l'aéroplane.</p>
+
+<p>»Le 29 octobre, au matin, départ d'Augsbourg. Pays très plat, très vert,
+beaucoup de bois: un billard avec des petits sapins de boîtes à soldats.</p>
+
+<p>»Au bout d'une demi-heure, panne de moteur. En atterrissant contre une
+balustrade, nous brisons une roue et l'hélice...</p>
+
+<p>»La malchance qui nous poursuit, depuis Paris va enfin cesser. Le 31, à
+9 heures du matin, nous repartons pour Vienne. Après Linz, nous abordons
+les déniés du Danube, très encaissés, qui nous obligent à monter à 1.500
+mètres. Nous n'apercevons que des forêts, sans le moindre espace pour
+atterrir. A une heure de l'après-midi, nous atteignons la capitale de
+l'Autriche, ayant couvert depuis le matin 500 kilomètres...» Le trajet
+de Vienne à Budapest fut particulièrement dur: «Dès l'approche du
+Danube, nous dansons fortement, et pendant une heure je suis réellement
+mal à mon aise. Impossible de prendre des photographies, car mes deux
+mains sont cramponnées au fuselage; d'ailleurs la brume épaissit; à un
+kilomètre devant nous elle apparaît comme un mur noir infranchissable.
+Daucourt atterrit dans un champ magnifique, et c'est la ruée des paysans
+vers le Borel.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004c.png"><br><b>EN BULGARIE.--Le monoplan de Daucourt et Roux avant le<br>
+départ de Varna.</b>--<i>Phot. H. Roux.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005small.png"><br>
+<span class="sml">Le Danube, près de Roustchouk.
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le monoplan de l'aviateur militaire roumain Capsa.</span><br>
+<a href="images/005large.png">(Agrandissement)</a><br>
+
+<b>LE VOYAGE EN ORIENT DE DEUX AVIATEURS FRANÇAIS.<br>--Escorté jusqu'au Danube
+par un aviateur roumain, le monoplan de Daucourt et Roux va traverser le fleuve
+pour entrer en Bulgarie, près de Roustchouk.</b>--<i>Photographie de M.
+Roux.</i></p>
+
+<p>»Enfin, le ciel s'éclaire et nous arrivons à Budapest, où le comte Zichy
+et les membres de l'Aéro-Club nous reçoivent de façon charmante.»</p>
+
+<p>Les aviateurs repartent le lendemain après déjeuner:</p>
+
+<p>«La Hongrie n'est qu'un vaste champ d'atterrissage. Pas un pouce de
+terrain qui ne soit cultivé. L'aspect des villages est assez curieux:
+les rues sont, en général, très droites, se coupant à angle droit, avec
+les pignons des maisons face à la rue. Pendant trois heures, c'est le
+même paysage uniforme, banal et ennuyeux. La minute drôle du voyage fut
+le passage sur une tribu de tziganes, dont le campement comprenait une
+centaine de tentes d'où ils se précipitèrent pour nous voir passer.»</p>
+
+<p>Repos à Arad, où M. Roux prend le train pour traïova. Ignorant ce que
+pourrait être la traversée des Carpathes, Daucourt a préféré faire cette
+étape seul. Elle fut très pénible. Il dut s'élever à une altitude de
+2.500 mètres et souffrit beaucoup du froid et du vent.</p>
+
+<p>M. Roux reprend sa place à bord au départ de Craïova:</p>
+
+<p>«Jusqu'à Bucarest, c'est la plaine très fertile, plus variée que la
+plaine hongroise: du blé et beaucoup de maïs. Sur la gauche se déroule
+la chaîne des Carpathes couverts de neige. Nous planons sur Bucarest à
+midi 30, mais impossible de repérer l'aérodrome. Enfin, nous apercevons
+deux monoplan qui viennent à notre rencontre, passant à 100 mètres.
+Echange de saluts. Daucourt se laisse guider par l'un des appareils.
+Nous descendons absolument dans son sillage et touchons terre au même
+endroit précis. On crie «Vive la France!»; nous n'entendons parler que
+le français dans la foule qui nous acclame.»</p>
+
+<p>Le prince Bibesco et les aviateurs roumains «battent le record de la
+réception».</p>
+
+<p>Le lendemain, deux aviateurs de l'armée roumaine vont guider nos
+compatriotes jusqu'à la frontière bulgare. L'un d'eux est le capitaine
+Capsa, pilote de premier ordre, qui s'est signalé par des raids
+audacieux au cours de la guerre des Balkans:</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="accident">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Le palais d'Euxinograd, sur la mer Noire, où séjourne la
+reine de Bulgarie.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>La côte de la mer Noire entre Varna et Bourgas: aucune
+plage pour atterrir.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><i>Phot. Roux.</i></p>
+
+<p>«...Très amusant: deux monoplans nous conduisent à la frontière. Partis
+avant nous, ils montent et descendent devant le nôtre et nous indiquent
+la route... 11 h. 25: nous avons dépassé les deux Blériot, moins
+rapides... 11 h. 30: un Blériot pique au plus court et nous rattrape; il
+est en plein dans le prolongement de notre aile droite et paraît
+immobile... Voici Roustchouk et les nombreux méandres du Danube qui
+annoncent la frontière bulgare; le pilote--le capitaine Capsa--qui vole
+à 50 mètres de nous, nous dit adieu de la main, et fait demi-tour.»</p>
+
+<p>Ne se croirait-on pas tout bonnement sur la grand'route?</p>
+
+<p>«Accueil également chaleureux à Varna. Au départ, Mme Duchesne, femme du
+consul de France, et Mme Stancioff, femme du ministre de Bulgarie à
+Paris, viennent nous souhaiter bon voyage. Nous allons jeter un bouquet
+aux couleurs bulgares au-dessus du palais d'Euxinograd où se trouve la
+reine de Bulgarie. Nous volons à 2 kilomètres de la côte, très boisée,
+qui ne présente aucun terrain d'atterrissage. Je me demande ce que
+Daucourt choisirait en cas de panne, le bain ou la dégringolade dans les
+arbres.</p>
+
+<p>» A 11 h. 1/2, nous passons sur le cap Eminé. Le vent descendant de la
+montagne nous empêche de monter et malgré nos efforts nous rejette
+constamment vers le large... Nous sommes à 800 mètres au-dessus des
+forêts qui bordent la mer Noire. L'énigme de l'atterrissage... Je ne
+pense qu'au moteur, mais j'ai confiance en lui.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>
+L'aviateur Daucourt félicité par Mme Bompard, femme de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;l'ambassadeur de France à Constantinople.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Ferid Ibrahim.</i></p>
+
+<p>» A 5 heures, nous atterrissons à Podima, il fait presque nuit.
+Impossible de nous faire comprendre; on nous croit Bulgares... La
+tempête augmente et nous couchons sous l'appareil... Le lendemain, un
+maître d'école grec finit par nous comprendre et dit aux paysans que
+nous sommes Français. L'accueil change et l'on nous donne tout ce dont
+nous avons besoin. Nous faisons amarrer solidement l'appareil que le
+vent soulève de terre par instants; nous le laissons sous la garde des
+gendarmes et nous allons nous reposer... Dans l'après-midi, nous
+envoyons un paysan à cheval porter une dépêche à 50 kilomètres pour
+prier l'ambassadeur de France de rassurer nos amis... La pluie commence
+à tomber, et nous espérons que le vent cessera demain; nous atteindrons
+alors Constantinople en cinquante minutes.»</p>
+
+<p>Ici s'arrêtent les notes de M. Roux qui nous sont actuellement
+parvenues. Le dimanche 9 novembre, à 4 heures du soir, par un temps
+radieux, l'avion français atterrissait à l'aérodrome de Safrakeuy, près
+de San Stefano, presque en même temps que Osman Noury bey, un des trois
+officiers ottomans partis à sa rencontre.</p>
+
+<p>Au premier rang de la foule nombreuse qui attend nos compatriotes depuis
+le matin, on remarque: Mme Bompard, femme de l'ambassadeur de France; le
+ministre de l'Intérieur; le préfet de Constantinople; notre éminent
+confrère Ahmed Ihsan, maire de Péra, directeur-propriétaire du journal
+illustré Servet-I-Funoun, etc. La réception est triomphale, et, durant
+les quatre jours que les voyageurs passeront à Constantinople, ils
+seront fêtés avec une égale cordialité par la colonie française et par
+les autorités turques.</p>
+
+<p>Daucourt et son compagnon ont quitté San Stefano le 15 novembre. Après
+avoir survolé la Corne d'Or, ils franchissent le Bosphore et entrent en
+Asie par Scutari. Ils suivent la côte de la mer de Marmara, passent à
+Ismid, l'antique Nicodémie, et atterrissent à Adabazar, à 150 kilomètres
+de leur point de départ.</p>
+
+<p>La partie la plus scabreuse du voyage va commencer. Après un crochet
+sur Brousse, nos voyageurs vont se diriger sur Koniah, Alexandrette,
+Beyrouth. Jérusalem, Port-Saïd. Outre qu'ils auront à franchir le massif
+du Taurus, ils aborderont des régions offrant peu de ressources pour un
+aviateur, et où il sera malaisé de se diriger. Nous pouvons néanmoins,
+maintenant, croire fermement au succès final.</p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006c.png"><br><b>LE VOYAGE AÉRIEN PARIS-LE CAIRE.--Arrivée du monoplan parti de Paris sur
+le champ d'aviation de Safrakeuy, près de Constantinople. A droite,
+atterrissage d'un monoplan monté par un officier turc qui était allé
+au-devant des aviateurs français.</b><br>--<i>Phot. comm. par M.
+Beguin-Billecocq</i>.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br><b>Fez au milieu de ses jardins.</b></p>
+
+<h3>LE MAROC QU'IL FAUT VOIR</h3>
+
+<h4>II</h4>
+
+<h4>LA CAPITALE DU VIEUX MAGHREB</h4>
+
+<p>Pour bien goûter le charme de Fez, il faut avoir l'âme orientale,
+c'est-à-dire se complaire dans la vie du Passé, si calme et si douce en
+comparaison de celle que nous fait notre civilisation moderne; il faut
+s'attacher à savourer la joie de vivre et non dévorer sa vie dans la
+fièvre et la trépidation de nos existences compliquées. Un abîme sépare
+cette sagesse orientale, que nous nommons parfois le fatalisme, de notre
+conception du bonheur. Le progrès scientifique gagne chaque jour du
+terrain sur les éléments, l'eau, l'air, le feu, et l'homme asservit de
+plus en plus la nature à sa volonté conquérante, pour satisfaire
+d'ailleurs des besoins de jour en jour plus impérieux et nouveaux.
+Besoins factices! Tourbillon insensé! Orgueil et démence!... dira
+l'habitant de Fez, le Fazi, fier de sa civilisation
+traditionnelle--faite du souci d'un bien-être approprié au climat et
+tenant en grand honneur le luxe--fier de sa ville, fier de la jalouse
+indépendance qu'il a su y garder...</p>
+
+<p>Tout semble réuni, d'ailleurs, dans cette capitale du vieux Maghreb pour
+justifier cette prédilection et en faire un lieu de délices pour les
+Orientaux. D'abord on y trouve de l'eau à discrétion. Elle est fournie
+en abondance par l'oued Fez, né à quelques kilomètres sur les plateaux
+du Sud-Ouest et qui dévale en cascades dans la ville. Mille et mille
+fois dispersée en conduites souterraines, cette eau va dans chaque
+maison entretenir la fraîcheur des jardins, gazouiller dans les
+cascatelles, glouglouter dans les bassins de marbre. Bruits délicieux
+aux oreilles orientales pour lesquelles, dit le proverbe arabe, il n'y a
+que trois sons délectables: <i>le murmure de l'eau, le tintement de l'or,
+la voix de la femme aimée</i>.</p>
+
+<p>Le climat particulièrement tempéré de la région de Fez vient ajouter au
+charme de la vieille cité maugrabine.</p>
+
+<p>Puis ce sont les palais, les maisons particulières, rivalisant de luxe
+et de beauté; les jardins qu'embaument les roses, les orangers et les
+jasmins et où tant de fleurs vives aux parfums exquis s'épanouissent à
+peu près en toutes saisons donnant l'illusion d'un éternel printemps...</p>
+
+<p>Viennent enfin, pour compléter l'enchantement, les traditions de faste
+et de confort qui se sont transmises dans l'art de recevoir les hôtes:
+chère exquise, attentions délicates, petits soins de tous les instants.
+A peine introduit dans la somptueuse demeure d'un Fazi, le visiteur est
+aspergé de parfums, enveloppé de vapeurs odorantes dont les volutes
+bleuâtres s'échappent des cassolettes où brûlent le bois de rose, la
+myrrhe, l'encens ou le santal.</p>
+
+<p>Des coussins moelleux et de riches tapis l'invitent au repos; des
+aiguières d'eau parfumée lui sont présentées pour le lavage des mains.
+Le thé à la menthe lui est servi. On lui donne à fumer, on l'éventé, on
+s'empresse autour de lui.</p>
+
+<p>Le reçoit-on à dîner? Des mets nombreux et variés sont apportés, dans de
+superbes plats tenus au chaud par des cônes de sparterie et combien
+savants, combien soignés! Poulets, pigeons, épaules d'agneaux, viandes
+rôties ou cuites à l'étuvée parées de légumes de toutes sortes, gâteaux
+au miel, fruits, couscouss ou, que sais-je encore, et d'innombrables
+pâtisseries.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007b.png"><br><b>La maison d'El Mokri, à Fez.</b></p>
+
+<p>--Partout où nous avons été reçus, me disait mon fidèle Omar el Djerouni
+(un Algérien qui, depuis quelques années, m'accompagne dans mes voyages
+en Orient), que ce soit chez les émirs de Damas ou les grands
+personnages de Turquie et d'Égypte, chez les riches négociants de Tunis,
+de Stamboul ou du Caire, partout on nous servait, tu te souviens, des
+poulets coupés en petits morceaux; mais ici, au Maroc, «chacun son
+poulet»;--et il s'extasiait devant cette munificence.</p>
+
+<p>Il est vrai que chaque grand dîner marocain, et particulièrement à Fez,
+représente une hécatombe de volailles. Pour cinq convives on servira,
+par exemple, cinq poulets cuits au carry indien, comme premier plat,
+puis ce seront cinq poulets aux olives et, ensuite, dix ou douze pigeons
+au cumin et encore un nouveau plat de cinq poulets farcis aux amandes,
+suivi d'un cinquième plat de poulets ou de canards à l'étuvée, sur un
+canapé de pilaf, le tout précédant les viandes, le couscoussou et les
+desserts...</p>
+
+<p>Le repas terminé, entrent en scène les musiciens et les chanteuses, les
+fameuses Cheïkas de Fez, danseuses aussi, à l'occasion, qui feront
+entendre, des heures durant, leurs étranges mélopées au rythme changeant
+avec chaque poème, pendant que les convives allongés sur les tapis et
+les coussins seront de nouveau aspergés de parfums, enveloppés des
+nuages de l'odorante fumée des cassolettes...</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>Très étroites et malodorantes sont les rues de Fez, et les Européens
+leur trouvent peu d'attraits; mais qu'importe au riche citadin qui
+passe, juché sur sa belle mule!--un homme bien né ne songeant même pas à
+circuler à pied dans leur dédale.</p>
+
+<p>Une grande animation règne dans les bazars où affluent les provinciaux
+venus de toutes parts, la bourse presque toujours bien garnie, avides de
+remporter dans leurs montagnes les beaux cuirs ouvragés, les cuivres
+rutilants, les poteries enluminées, spécialités de Fez; les parfums, les
+épices, les étoffes de fabrication européenne ou venues de plus loin
+encore,--de Damas ou de Bagdad, de Mascate ou des Indes, voire de Chine,
+avec les thés.</p>
+
+<p>Le thé! la grande affaire au Maroc, la boisson nationale qui remplace
+ici la traditionnelle tasse de café de Turquie ou d'Égypte. C'est le
+complément inévitable de toute rencontre, dans la boutique du marchand,
+dans la maison de l'ami ou le salon du fonctionnaire. Thé partout, à
+toute heure, en toutes circonstances, et, d'ailleurs, si fortement
+additionné de poignées de feuilles de menthe fraîche que ce breuvage n'a
+plus rien de commun, même la couleur, avec l'infusion qui nous est
+coutumière. Et ce thé marocain est très richement servi dans de petits
+verres de cristal multicolores taillés et enluminés de dorures.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008.png"><br><b>La fontaine des Menuisiers.</b></p>
+
+<p>Les Fazis tirent également orgueil, et cela à très juste titre, de leurs
+belles mosquées: la plus fréquentée, celle où repose Moulai Idriss II,
+avec ses merveilleuses boiseries découpées et enluminées et ses
+admirables mosaïques de faïence--la plus célèbre, celle de Karaouïne,
+mosquée-université où se pressent les étudiants venus de tant de pays
+d'Islam pour travailler dans la fameuse bibliothèque qui en est la
+gloire--enfin celle des Andalous.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>Sans doute, pour l'Européen, le touriste excepté, toutes ces séductions
+orientales ne sauraient compenser l'insalubrité permanente de cette
+ville où les eaux souillées du tout à l'égout voisinent, par les
+innombrables conduites souterraines, dans mie promiscuité dangereuse,
+avec les eaux d'alimentation. De même, l'Européen s'accommode mal de
+l'enchevêtrement chaotique des rues tortueuses, pour la plupart
+inaccessibles aux véhicules. Et l'on conçoit sans peine la préférence
+accordée au plateau qui domine la ville musulmane et sur lequel s'est
+édifié le «camp», précurseur de la cité moderne qui lui succédera.</p>
+
+<p>Si, dans une partie de la population de Fez, il demeure un sentiment
+d'hostilité ou tout au moins de défiance pour tout ce qui est européen
+et particulièrement français, nous travaillons du moins avec
+persévérance à transformer ce sentiment. Nos établissements d'assistance
+publique indigène, hôpitaux, dispensaires gratuits, ainsi que nos
+institutions de prévoyance, y contribueront pour une large part et, dans
+cet ordre d'idées, on ne saurait passer sous silence, même dans une
+courte visite à Fez, les généreux efforts du docteur Murât.</p>
+
+<p>Né en Algérie, marié à une jeune fille également Algérienne, le docteur
+Murât a su, à peu de frais, dans un immeuble à lui donné par le sultan
+Moulaï Hafid, créer de toutes pièces un hôpital et un dispensaire
+gratuits pour les indigènes nécessiteux; 35.000 malheureux ont profité
+de ses soins éclairés l'année dernière: musulmans ou juifs des deux
+sexes, la plupart se présentant quotidiennement à sa consultation, car
+le nombre des lits dont il dispose est encore restreint. Cette année,
+grâce à de petites subventions qui sont venues augmenter son pécule, le
+docteur Murat a pu construire de nouveaux bâtiments, aménager une jolie
+salle d'opérations aux murs tapissés de faïences blanches de Fez, des
+laboratoires pour les examens micrographiques, des salles de pansements,
+etc. Ses pavillons sont entourés d'un beau jardin aménagé à la marocaine
+qui, aux heures de consultation, est littéralement envahi d'une foule
+bigarrée: juives de Fez avec leurs petits foulards de soie rouge ou
+verte, coquettement arrangés en coquille qui les coiffent si bien, leurs
+beaux châles historiés aux couleurs éclatantes, de provenance indienne;
+musulmanes, drapées dans les longs voiles de laine blanche des femmes de
+l'Islam; et toute une marmaille plus ou moins loqueteuse, toujours
+pittoresque. Mais, ce qui retient l'attention, c'est le sentiment de
+profonde reconnaissance qui anime tous les visages, c'est le concert de
+bénédictions à l'adresse de leur bienfaiteur qui s'échappe de toutes les
+lèvres quand on interroge ces infortunés. Cet exemple témoigne des
+sentiments humanitaires qui caractérisent la «colonisation» française
+telle qu'on la comprend aujourd'hui dans les milieux officiels, aussi
+bien que dans les créations de l'initiative privée.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009.png"><br><b>Fez: la mosquée des Andalous.</b></p>
+
+<p>Ainsi, nous sommes loin de la manière plutôt forte des conquistadors de
+jadis, des procédés un peu rudes des premières conquêtes coloniales. Une
+scène à laquelle j'assistai, ce printemps, à Casablanca, me paraît très
+caractéristique. Nous descendions d'auto, au retour de Marrakech, et,
+suivant l'usage, une foule de gamins indigènes se précipitait sur nous
+pour s'emparer de nos valises. Un vieux Maltais, croyant nous obliger,
+s'interposa et donna une, forte bourrade à l'un d'eux. Comme le gamin
+protestait et poussait des clameurs, les taloches redoublèrent. A cette
+vue, un Européen, garçon de café en tablier blanc qui passait, prit
+immédiatement fait et cause pour le petit moricaud, un pauvre mioche
+souffreteux et dépenaillé. Tombant à bras raccourcis sur le Maltais, il
+lui reprocha avec véhémence l'indignité de sa conduite et nous dûmes le
+lui arracher des mains. On n'aurait pas vu pareils sentiments se
+manifester, il y a quelques années, dans les colonies, où les violences
+à l'égard des indigènes n'auraient apitoyé personne. Il est donc permis
+d'en conclure que, si, dans cet ordre d'idées, l'impulsion vient d'en
+haut, les efforts du général Lyautey tendant à assurer l'application de
+ces méthodes nouvelles au Maroc, tous les Français, de leur côté, à de
+rares exceptions près, facilitent cette grande tâche en se montrant
+justes et bienveillants dans leurs rapports avec les indigènes.</p>
+
+<p>La région de Fez, plus éloignée du littoral et où les voies de
+communications commencent seulement à s'établir, n'a guère attiré
+jusqu'à présent les pionniers de la colonisation qui se portèrent en
+masse à Casablanca et à Rabat. Mais, lorsque la route de l'Est sur
+l'Algérie par Taza et Oudjda sera ouverte, tout permet de croire que la
+poussée algérienne, cet essaimage si précieux dont j'ai parlé dans mon
+précédent article, se fera vivement sentir de ce côté. Or, ce n'est plus
+qu'une toute petite question de temps. Cette dernière citadelle des
+patriotes marocains, cette petite place forte de Taza, qui est
+maintenant le seul obstacle qui s'oppose à notre passage, sera
+facilement enlevée quand l'opération aura été irrévocablement décidée.
+Des considérations diverses, dictées par la sagesse et le désir de
+diminuer autant que faire se pourra l'effusion du sang, ont jusqu'ici
+retardé cette entreprise qui parachèvera l'oeuvre de pacification
+assumée par la France.</p>
+
+<p>L'oeuvre de colonisation proprement dite, c'est-à-dire la mise en oeuvre
+des richesses latentes si nombreuses au Maroc, pourra alors commencer
+dans la sécurité et dans la paix pour le plus grand profit des Marocains
+comme des hommes d'initiative et de bonne volonté qui voudront concourir
+à la régénération de ce beau pays. Agriculture, commerce, exploitation
+des mines, tout est à créer en ce Maroc qui reste malheureusement si peu
+connu du grand public. La presse donne fidèlement l'écho de tous les
+coups de fusil que l'on y tire, mais elle néglige peut-être un peu trop
+d'entretenir ses lecteurs de ce qu'il leur serait immédiatement utile de
+savoir du Maroc: possibilités économiques, succès encourageants des
+premières entreprises qui y ont été tentées, perspectives d'avenir
+offertes aux intérêts français.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>Ainsi, le voyageur qui, aujourd'hui, descend de son auto à Oudjda ne
+peut se faire une idée de ce qu'était ce cloaque avant l'arrivée des
+Français. Sans lui ôter l'essentiel de son cachet original, on a percé
+des rues, ouvert des places, tracé des jardins et des squares, restauré
+les mosquées comme les vieux remparts, bâti un quartier européen à côté
+de la ville arabe, assaini, aménagé ce chaos de ruelles et de masures
+qui constituaient la sordide agglomération d'antan. Le «camp», avec ses
+hangars d'aviation, ses logements d'officiers, ses casernements, ses
+parcs d'artillerie et du génie, les garages des auto-mitrailleuses,
+s'est perché sur un petit mamelon qui domine la ville. Il a fort bonne
+mine, des allures à la fois simples et confortables, un air de propreté
+et de prospérité qui réjouissent l'oeil. Des jardins font une ceinture
+verdoyante à l'oasis régénérée, et il n'est pas un seul coin de la
+plaine qui ne semble rajeuni et prospère.</p>
+
+<p>Ce qu'ont réalisé là, en si peu de temps, le général Lyautey et ses
+collaborateurs donne une idée de ce que deviendra, en très peu d'années,
+le Maroc tout entier, sous l'impulsion que vont lui donner tant de
+forces bienfaisantes et généreuses mises avec ardeur au service de son
+relèvement.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"><br><b>Fez: intérieur dans la ville arabe.</b></p>
+
+<p>A 4 kilomètres d'Oudjda, la petite palmeraie de Sidi Yaya, que féconde
+et vivifie la belle source d'eau chaude du même nom, est le lieu de
+promenade préféré des officiers d'Oudjda. A l'aube, cavaliers et
+amazones s'y donnent rendez-vous, et c'est précisément l'heure choisie
+par les officiers aviateurs pour faire l'«exercice» dans les airs.
+Quelle sensation étrange l'on ressent à la vue de ces grands «oiseaux de
+France» qui viennent ici évoluer au-dessus des palmiers au grand
+ébahissement, au grand effroi même, des chameaux et de leurs
+conducteurs!... Et c'est là, dans le ciel bleu, un éloquent symbole de
+la marche rapide du progrès, dont les manifestations sont, en ce plein
+désert africain, plus sensibles qu'ailleurs,--par contraste.</p>
+
+<p>Cette marche rapide, vertigineuse, du progrès moderne, dans des pays
+immobiles depuis des millénaires, effraie les uns, navre les autres,
+mais entraîne tout et tous dans son irrésistible tourbillon.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Gervais-Courtellemont.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><i>Photographies en couleurs de l'auteur.</i></p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010b.png"><br><b> Oudjda: la source de Sidi Yaya.</b></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br><b>LE RÉGENT DE BAVIÈRE DEVIENT ROI.--Réception solennelle<br>
+dans la salle du trône au palais de Munich.</b><br>
+<i>Phot. Obergassner.</i></p>
+
+<p>Munich, le 12 novembre dernier, était en fête. Une fiction, pénible pour
+un peuple, prenait fin. Peu de jours avant, la folie du malheureux roi
+Othon, qui, depuis dix-sept ans, «régnait» en théorie sur la Bavière,
+avait été reconnue officiellement incurable. Le régent, le prince Louis,
+était proclamé roi par le Landtag et c'était son avènement que célébrait
+la capitale bavaroise.</p>
+
+<p>Les fêtes commencèrent par un service religieux célébré dans toutes les
+églises. Le nouveau roi Louis III, la reine et la cour, se rendirent en
+carrosses de gala à la cathédrale où eut lieu une messe solennelle.
+Après l'office, les souverains regagnèrent le palais, au bruit des
+salves d'artillerie, et au milieu des acclamations de la foule. Sur la
+Marienplatz, ils furent salués par le bourgmestre et les autorités
+municipales. L'après-midi, dans la grande salle du trône au palais
+royal, les souverains, le roi en uniforme --silhouette populaire à
+Munich, avec sa barbe blanche et ses lunettes d'or--la reine en manteau
+royal, reçurent les hommages des Chambres et des corps de l'État. Ainsi
+finit, pour la Bavière, le règne des rois fous. Othon Ier, le lamentable
+reclus du château de Fürstenried, conserve d'ailleurs le titre souverain
+et les vains honneurs attachés à son rang.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br><b>Les Japonaises d'hier: chez «Madame Chrysanthème».</b></p>
+
+<h3>LES FEMMES NOUVELLES DU JAPON</h3>
+
+<p><i>Atarashiki Onna</i>, les femmes nouvelles! On en parle beaucoup au Japon.
+Les magazines spéciaux, les graves revues, les quotidiens, s'attachent à
+définir leurs vertus ou à combattre leurs tendances. Si l'on en croit
+toute la littérature qu'a inspirée ce sujet si divers, les Japonaises
+traversent actuellement une période émouvante de leur histoire. Il n'est
+question que d'elles... Mais toutes ces polémiques servent-elles
+seulement à exercer la verve des publicistes nippons et des mignonnes
+authoresses ou bien marquent-elles une véritable évolution de la femme
+au Japon? Voilà ce qu'il s'agit de préciser.</p>
+
+<p><i>Atarashiki</i> est un adjectif qui signifie «nouveau» et, par extension:
+frais, agréable, d'une verdeur tendre et juvénile. Les partisans des
+femmes nouvelles le prononcent avec orgueil, indiquant par leur accent
+qu'une grande renaissance féminine commence. Au contraire, ceux qui ne
+croient pas aux femmes nouvelles ont l'air d'accoupler deux mots qui
+jurent en disant dédaigneusement <i>Atarashiki Onna</i>, car les défenseurs
+de la vieille école se refusent à admettre qu'il y ait rien de changé et
+que les idées subversives de l'Occident aient à ce point bouleversé la
+société de leur pays.</p>
+
+<p>Pourtant, ils devront se faire une raison. Il y a des féministes dans
+l'empire du Soleil Levant. N'exagérons rien! Ces féministes ne sont pas
+prêtes à revendiquer leurs droits par la bombe--comme leurs cousines
+célestes de Canton ou de Pékin--et elles n'empruntent point aux alliées
+britanniques ces méthodes violentes qui ont défrayé la chronique
+mondiale. A part deux ou trois clubs très restreints, le féminisme
+intégral est même inconnu au Japon. Tout au plus est-il permis de
+constater quelques trémoussements féministes qui ne manquent ni de
+coquetterie ni d'originalité.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012b.png"><br><b>Japonaise d'aujourd'hui: Mme Tashiko<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tamura
+conférenciant.</b></p>
+
+<p>Mais, en vérité, si, au point de vue politique, les prétentions de
+l'immense majorité des femmes sont encore d'une extrême modération,
+l'esprit nouveau qui pénètre tout le Japon n'a pas manqué de se
+manifester dans les milieux féminins. Sans partager les espoirs des
+leaders radicales qui escomptent déjà le triomphe des femmes nouvelles,
+on peut affirmer que le modernisme fait des progrès dans l'éducation
+féminine et que l'on prépare des générations d'un esprit bien plus hardi
+que les précédentes. L'évolution des moeurs précède et prépare
+l'évolution politique.</p>
+
+<p>Et cette évolution des moeurs elle-même obéit aux nécessités économiques
+de l'heure présente.</p>
+
+<p>Au Japon, comme dans les autres pays surpeuplés, la femme tend à
+négliger son foyer pour satisfaire aux besoins croissants de la vie
+moderne. Rien qu'à Tokio, où la population féminine compte 752.000 âmes
+environ, 191.000 travailleuses exercent leur industrie au dehors. La
+majorité d'entre elles sont couturières, employées de magasin,
+servantes, ouvrières dans les manufactures, qui se multiplient sans
+cesse autour de la capitale. Un grand nombre deviennent institutrices et
+actrices. Et ce n'est pas tout. On trouve maintenant des femmes
+médecins, des conférencières, des journalistes. A mon arrivée à Tokio,
+je fus congrûment interviewé, par la rédactrice d'un grand journal qui,
+avec force révérences, voulut bien me demander mes impressions sur le
+Japon! Quant aux femmes qui sont occupées dans les postes et
+télégraphes, dans les administrations de chemins de fer et dans les
+gares, comme secrétaires ou dactylographes, elles forment déjà une
+légion respectable. Les sujets de l'empire du Mikado, plus encore que
+les hommes des autres pays, avaient réduit les femmes à la portion
+congrue. Une réaction très nette se dessine et, s'il est vrai que la
+faim fait sortir le loup du bois, c'est au premier chef le besoin de se
+tailler une place au Soleil Levant qui incite la Japonaise à sortir de
+sa demeure.</p>
+
+<p>Elle y a été aidée par l'importation des idées occidentales. Mais ses
+progrès ont--comme il fallait s'y attendre--donné lieu à des crises et à
+des discussions nombreuses. Voici une vingtaine d'années,
+d'enthousiastes apôtres réclamèrent l'éducation des femmes d'après nos
+principes libéraux. Brusquement les jeunes Nipponnes, qui avaient
+surtout bénéficié de l'enseignement familial, durent suivre nos
+programmes et apprendre les langues vivantes. Cette pédagogie
+occidentale mal digérée ne produisit aucun résultat satisfaisant. Quand
+les femmes dressées selon ces méthodes inadéquates se mariaient, elles
+avaient la mémoire bourrée de notions contradictoires et n'étaient point
+aussi séduisantes que leurs aînées qui, du moins, connaissaient les arts
+domestiques du pays, savaient orner la maison avec goût et n'ignoraient
+aucune des subtilités de l'étiquette charmante qui régnait partout
+auparavant. Elles choquaient leurs maris et leurs beaux-parents. On
+protesta contre cette éducation d'importation. Les écoles modernes, qui
+avaient été si à la mode, déclinèrent brusquement et tout faillit être
+compromis par ces essais hâtifs et imprudents.</p>
+
+<p>Heureusement, les réformateurs ne se découragèrent point. Mais ils
+adoptèrent une tactique, plus sage, grâce à laquelle le modernisme et la
+tradition pouvaient se concilier. Des écoles d'adultes et' des écoles
+normales d'institutrices furent fondées par le gouvernement dans tous
+les districts, ainsi qu'une école pour les maîtresses d'école moyenne à
+Tokio. La sympathie du public fut peu à peu regagnée. Et voici que l'on
+recommence à envoyer en masse les jeunes élèves dans les établissements
+d'éducation où, tout en ne perdant rien de la grâce japonaise, on les
+aguerrit aux luttes pour la vie.</p>
+
+<p>Bien mieux, depuis 1900, a été ouverte à Tokio, sous la direction de M.
+Jinzo Naruse, une grande université féminine. Ce pédagogue, qui est
+devenu fameux au Japon, a entrepris une remarquable croisade, depuis
+plus de vingt ans, en faveur d'une éducation à la fois conforme aux
+aspirations nationales et aux besoins nouveaux. Il avait beaucoup
+observé au cours de ses voyages en Amérique, et il rêvait de créer un
+établissement modèle où les femmes appartenant à toutes les classes de
+la société pourraient développer leurs facultés et fortifier leurs
+talents. Il gagna à sa cause des hommes tels que le défunt prince Ito,
+le prince Yamagata, le marquis Saionji, et quantité d'autres personnages
+influents qui l'aidèrent à jeter les bases de l'université féminine.</p>
+
+<p>Après bien des batailles et des vicissitudes financières, elle est
+aujourd'hui en pleine prospérité. Plus de mille étudiantes la
+fréquentent. Plus de cent professeurs y donnent leurs leçons.</p>
+
+<p>Et l'enseignement y est extrêmement varié. Depuis la maternelle jusqu'à
+la faculté incluse, tous les départements de l'activité féminine sont
+représentés là. Les trois enseignements, primaire, secondaire,
+supérieur, s'enchaînent harmonieusement, ou bien, si les élèves le
+désirent, elles bifurquent dans les écoles d'industrie, de commerce,
+d'agriculture, qui font partie de l'université. C'est un grand collège
+synthétique admirablement outillé. Je l'ai visité en détail, parcourant
+les salles d'études, les bibliothèques, les laboratoires, les ateliers
+de couture, les ateliers de dessin, les cuisines, les jardins, les
+champs d'expériences, les clubs. On compte bien une cinquantaine de
+bâtiments où règne le confort le plus moderne, et c'était pour moi un
+spectacle piquant que de voir ces étudiantes, là surveillant gravement
+les réactions chimiques, là s'exerçant à l'étiquette antique, ici
+apprenant l'algèbre, plus loin composant des bouquets délicieux.</p>
+
+<p>D'autres, dans la classe de zoologie, classaient des papillons aux
+couleurs éclatantes, tandis qu'un groupe voisin préparait le thé selon
+les formules rigoureuses de la cérémonie ancestrale. C'était un mélange
+inattendu de modernisme, d'exotisme, de traditionalisme, de futurisme.</p>
+
+<p>Le président Naruse, pendant notre excursion, me développait son
+programme:</p>
+
+<p>«Nous voulons que nos jeunes filles prennent le sentiment de la
+responsabilité, me disait-il, et qu'elles ne soient point pour les
+hommes des compagnes serviles, sans initiative personnelle, sans idéal
+national. Certes nous n'avons pas l'intention de copier aveuglément les
+institutions d'Amérique ou d'Europe et de faire des Japonaises des
+intellectuelles à la mode de Boston ou des émancipées qui s'imaginent
+devoir prendre la place des hommes. Notre but, au contraire, c'est de
+leur inculquer un sentiment plus complet de leur rôle domestique en même
+temps qu'un patriotisme plus élevé. Nous voulons qu'en devenant des
+femmes éclairées elles restent avant tout des Japonaises.</p>
+
+<p>» Au début de notre tentative, on nous accusait de préparer la
+destruction de ce particularisme exquis et de cette égalité d'humeur
+inaltérable de nos compagnes. Mais l'expérience prouve le contraire. Nos
+étudiantes conservent le goût des modes orientales. Comme vous pouvez le
+constater, elles continuent à s'habiller comme leurs mères et leurs
+grand'mères. Et quelle est la classe la plus fréquentée? Celle où l'on
+enseigne la science domestique, les arts du foyer, les travaux manuels.
+Les occupations agricoles sont aussi parmi les plus populaires et, sauf
+les jeunes filles qui se destinent à l'enseignement public, la plus
+grande partie des élèves se prépare surtout aux joies mieux comprises du
+ménage.»</p>
+
+<p>Puis le président Naruse m'entraîna dans une vaste cour où une centaine
+d'étudiantes, armées d'un long bambou, se livraient à des exercices
+d'ensemble, comme les soldats à la caserne.</p>
+
+<p>«Oui, poursuivit-il, on a complètement négligé jusqu'ici la culture
+physique pour les femmes japonaises. Ce que vous voyez là est encore une
+innovation de notre part. Les jeunes filles ont été habituées à rester
+claustrées à la maison et à se tenir accroupies pendant des heures et
+des heures. Grâce à la gymnastique rationnelle, aux sports, à la vie en
+plein air, nous leur rendons la vigueur nécessaire pour devenir de
+bonnes mères.»</p>
+
+<p>On comprend qu'après cet entraînement, sans devenir des suffragettes,
+les jeunes diplômées de l'université de Tokio n'accepteront plus
+désormais sans discussion les principes du sage Kaibara qui furent si
+longtemps regardés comme un dogme dans la société japonaise.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013b.png"><br> <b>La leçon de thé.</b></p>
+
+<p>Voici ce que disait jadis le sévère moraliste: «La femme doit considérer
+son mari comme son maître et le servir avec humilité et tendresse, sans
+une pensée légère ou irrévérencieuse à son égard. Toute sa vie, la femme
+a pour devoir essentiel l'obéissance. Dans ses rapports avec son mari,
+son attitude comme son langage seront toujours empreints de courtoisie,
+de modestie, de souplesse conciliante, jamais insolents et intraitables,
+jamais impolis et arrogants. Ce sera là le premier et le principal souci
+de la femme. Lorsque le mari a donné ses ordres, l'épouse les suivra
+scrupuleusement. Dans le cas où elle douterait de leur signification,
+qu'elle s'enquière et qu'elle respecte ensuite à la lettre ses
+commandements. Si son mari lui pose une question à son propre sujet,
+qu'elle réponde avec précision. Répliquer d'une manière insouciante
+serait une marque d'impolitesse. A supposer que son mari se mette en
+colère, qu'elle obéisse avec crainte et en tremblant et qu'elle ne le
+heurte pas dans sa colère et son irritation. Une femme doit regarder son
+mari comme le ciel même!»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br> <b>La classe d'histoire naturelle.</b></p>
+
+<p>Les jeunes Japonaises s'émanciperont chaque jour davantage dans leur vie
+privée. Les relations des sexes ont fait l'objet de nombreuses
+dissertations de la part des moralistes et des romanciers. Les écrivains
+japonais, en copiant ou en traduisant les plus hardis de nos romans, ont
+considérablement développé chez la femme nipponne le désir de la
+responsabilité amoureuse. Les femmes nouvelles veulent tout d'abord
+avoir droit à l'amour de leur choix et non plus subir passivement le
+caprice de l'homme. Dans la multitude des revues féminines qui se
+publient actuellement au Japon, cette thèse est souvent mise en avant.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013c.png"><br> <b>A L'UNIVERSITÉ FÉMININE DE TOKIO.--Le cours de cuisine.</b></p>
+
+<p>Cependant, tout à l'extrême gauche de la société féminine japonaise
+s'agite un petit groupe d'intellectuelles qui visent l'affranchissement
+intégral. Il existe un club, le <i>Seitosha</i>--la société des
+Bas-bleus--qui a pour présidente Mme Hiratsuka Aki-Ko. Et j'ai rendu
+visite à cette Armande aux yeux bridés, toute menue, aux mains vives,
+qui manient le pinceau littéraire avec une dextérité étonnante et dont
+la réplique est non moins alerte dès que l'on attaque la question
+féministe. Mlle Aki-Ko est fort savante. Mais elle discute si finement,
+avec une conviction si éloquente, qu'elle ne saurait être accusée de
+pédantisme. Membre de la secte Zen, qui enseigne par-dessus tout la
+méditation religieuse, elle copie la gravité sereine d'un bonze
+lorsqu'elle expose sa doctrine. Elle est le type de la femme nouvelle
+dans ce qu'il y a d'odieux aux vieux Japonais. Néanmoins, elle ne
+s'habille pas à l'européenne. Fidèle à la tradition vestimentaire, elle
+porte toujours le ha-kama, qui est un compromis entre la jupe et le
+pantalon. Mlle A-ki-Ko a publié plusieurs romans, de nombreux articles
+de revues et elle donne des conférences très écoutées de ses disciples.
+Celles-ci--également cultivées--appartiennent presque toutes à la bonne
+classe moyenne, et certaines même sont issues de familles
+aristocratiques. Le <i>Seitosha</i> publie une revue mensuelle, le <i>Seito</i>
+(le «Bas-Bleu», naturellement), d'où les signatures masculines sont
+rigoureusement bannies. Les précieuses Nipponnes--qui ne redoutent
+nullement le ridicule--en assurent seules la rédaction.</p>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br><b>Concours mixte de postiers à Tokio: exercice de calcul.</b></p>
+
+<p>Mlle Aki-Ko voulut bien me faire cadeau du numéro où avait paru sa
+profession de foi. Que l'on me permette d'en transcrire les passages
+essentiels.</p>
+
+<p>«Oui, s'écrie-t-elle, je suis une des femmes nouvelles. Du moins tel est
+mon souhait et je m'efforce de le réaliser tous les jours.</p>
+
+<p>» Qu'y a-t-il de vraiment et d'éternellement nouveau? C'est le soleil.</p>
+
+<p>» Je suis donc avec le soleil, voilà mon but, voilà où j'aspire.</p>
+
+<p>» Une vieille maxime dit qu'il faut se renouveler chaque jour. La
+véritable grandeur et le renouveau se trouvent dans le soleil qui répand
+à chaque apparition des clartés nouvelles.</p>
+
+<p>» La femme nouvelle maudit le passé qui date d'hier. Elle ne peut suivre
+en silence et avec obéissance le même chemin que l'ancienne femme, si
+cruellement traitée. L'homme égoïste la considérerait comme son esclave.</p>
+
+<p>» La femme nouvelle détruira les lois et la morale rétrograde qui a été
+instituée pour la commodité du sexe masculin.</p>
+
+<p>» Cependant les idées acquises hantent comme des fantômes l'esprit de la
+femme d'hier et elles poursuivent avec acharnement la femme de demain.</p>
+
+<p>» La femme nouvelle doit combattre chaque jour ces fantômes. Un moment
+d'inattention et la femme nouvelle devient soudain une vieille femme.</p>
+
+<p>» Non seulement elle a pour mission de détruire les règles anciennes et
+la morale instituée par l'égoïsme de l'homme, mais il faut créer un
+autre royaume où régneront des lois équitables, une morale renouvelée et
+la religion de l'avenir.</p>
+
+<p>» C'est pour établir ce nouvel État que nous devons étudier, nous agiter
+et travailler de toutes nos forces...»</p>
+
+<p>Un autre club, le <i>Seiko-Kai</i> (l'Association des femmes nouvelles),
+tenta au mois de mai d'organiser des meetings publics où les avocates de
+la cause féminine voulaient développer ce thème:» Libérons nos corps et
+nos âmes!» La police intervint et obligea Mlle Tashiko Tamura, l'une des
+leaders du mouvement, à rengainer ses arguments.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/014b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mlle Hiratsuka Aki-Ko, présidente<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;du club des Bas-Bleus.</b></p>
+
+<p>L'interdiction de ce meeting suscita les commentaires les plus opposés.
+Le journal <i>Nippon</i> prit galamment les choses: «Le progrès féminin,
+dit-il, ne doit nous causer ni regret, ni alarmes. Souvent le
+mécontentement que provoquent les conditions politiques existantes sert
+à élever le niveau général de la société. Vouloir le supprimer par des
+mesures brutales peut entraîner les plus graves conséquences.» C'est
+pour cela que le <i>Nippon</i> a déjà mis le gouvernement en garde contre son
+attitude intransigeante à l'égard du socialisme et les soi-disant idées
+dangereuses, et qu'il a invité l'attention publique à ne pas condamner
+aveuglément ceux qui professent ces doctrines. Pour les mêmes raisons,
+il considère que le mouvement en faveur de la femme nouvelle doit être
+traite avec magnanimité puisqu'il s'agit de l'émancipation de la femme.</p>
+
+<p>Au contraire, le <i>Kokumin</i> n'avait pas assez de sarcasmes pour les
+héroïnes du jour. Il les accablait de son mépris et d'épithètes
+ridicules, prétendant que ce serait la ruine du système familial
+japonais si l'on écoutait leurs propositions subversives.</p>
+
+<p>Les hommes n'étaient point seuls à combattre le modernisme féminin. Sous
+les auspices de Mme Kaetsu-Kôko et d'autres dames éminemment
+conservatrices, fut fondée à Kobé, au mois de mai, la <i>Fujin Michi-no
+Kai</i> (la Société pour l'encouragement des vertus féminines). A
+l'<i>Atarashiki Onna</i>, elles se donnaient pour mission d'opposer la
+<i>Furuki Onna</i> (la femme du vieux temps). La place de la femme est au
+foyer, et rien qu'au foyer, répliquaient-elles.</p>
+
+<p>En vérité, les femmes nouvelles aux tendances féministes absolues ne
+sont encore que l'exception. Elles ne forment, comme nous l'avons dit,
+que deux ou trois clubs. Mais peu à peu d'autres les suivront de près ou
+de loin... A mesure que l'éducation se répandra, que l'université
+féminine éclairera les jeunes filles des classes moyennes, que des
+institutions du même genre se multiplieront et que le modernisme
+occidental invitera les femmes aux expériences hardies, les tendances
+que représentent aujourd'hui la poignée de féministes avancées
+s'affirmeront. Quant à vouloir déterminer une date même approximative à
+laquelle la société féminine sera dégagée des liens actuels, c'est là
+chose impossible. Le Japon est le pays des surprises. La tradition et
+les rêves d'avenir s'y sont parfois rejoints sans efforts et très
+rapidement. D'autres fois, malgré toutes les apparences,
+l'occidentalisme est resté très superficiel dans les réformes empruntées
+à l'Europe. Il semble que changer le sort de la femme jusqu'à lui
+accorder l'égalité c'est peut-être le plus gros sacrifice que l'on
+puisse demander aux Japonais du vingtième siècle. On ne vaincra leur
+actuelle manière de voir qu'après une longue résistance. Mais c'est
+justement pour cela que la bataille est si passionnante.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">François de Tessan.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014c.png"><br><b>JAPON D'AUJOURD'HUI.--A Tokio: départ de Mlle Mori,<br>
+actrice du Théâtre Impérial, pour une tournée en Europe.</b></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015.png"><br><b>LE BAPTÊME DE LA LIGNE A bord du croiseur-école
+«Jeanne-d'Arc», les aspirants qui passent pour la première fois
+l'Équateur sont baptisés selon la vieille tradition maritime.</b><br><i>Phot. de
+M. Pierre Taillac.--Voir l'article, page 402.</i></p><br><br>
+
+<h3>CE QU'IL FAUT VOIR</h3>
+
+<h4>PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS</h4>
+
+<p>Deux façades de briques, dressées de chaque côté de la rue, l'une en
+face de l'autre, et pavoisées de drapeaux. Les grilles des
+maisons-soeurs sont grandes ouvertes, et laissent passer des hommes
+qu'on salue et sur qui la légion des photographes braque ses objectifs.
+Une animation <i>grave</i> emplit la rue. Mouvements de police. Affluence
+d'autos. Puis, soudain, la petite fièvre qu'on voit se produire à la
+minute où l'arrivée du Chef est annoncée;--où Il passe, salue, descend
+de voiture... Pas un cri; mais des casquettes et des chapeaux soulevés,
+et, dans la foule, le brouhaha déférent, <i>contenu</i>, autour duquel on
+voit les opérateurs de cinémas tourner éperdument leurs manivelles.</p>
+
+<p>C'est M. Poincaré, venu rue Dutot pour célébrer «dans l'intimité» le
+vingt-cinquième anniversaire de l'Institut Pasteur. Cent personnes à
+peine sont là qui l'attendent; cent hommes seulement, mais dont on peut
+dire que chacun d'eux est, dans l'État, «quelque chose», ou quelqu'un.
+Parmi cette élite, va et vient «le maître de la maison»; maigre, mince
+et long, sous la redingote noire boutonnée, le cache-nez de tricot blanc
+épingle sous la pointe de la barbe grise; et, sur le crâne, l'étroite
+calotte noire qu'il n'ôtera que pour recevoir son hôte, le conduire aux
+laboratoires, à l'amphithéâtre et, là, lire devant lui le bilan de
+l'oeuvre accomplie;--de l'oeuvre continuée depuis vingt-cinq ans,
+derrière ces murs de briques, dans une paix de couvent provincial...
+Roux, le premier des plus grands disciples de Pasteur,--évoquant le
+souvenir et traçant l'histoire des prodigieuses conquêtes réalisées
+depuis vingt-cinq ans, dans cette maison de faubourg, dont la plupart
+des Parisiens ne sont jamais venus regarder la façade... voilà un
+spectacle que n'oublieront pas ceux qui en furent témoins. Il parlait
+d'une voix unie, froide et voilée, et l'accent ne s'échauffa et la main
+qui tenait les feuillets ne trembla un peu que dans l'instant où il cita
+les camarades tombés au champ d'honneur, les morts «de la maison»...</p>
+
+<p>J'ai demandé à l'un des savants qui l'administrent: «Un étranger peut-il
+visiter l'Institut Pasteur?» Il a souri, et m'a répondu: «En principe,
+non. En fait... non et oui. Cela dépend de l'étranger; du jour; de
+l'heure qu'il est... Pour ces choses-là, il n'y a qu'à consulter
+Jupille.»</p>
+
+<p>Et il me montrait, à côté de la grille d'entrée, le gardien Jupille, en
+uniforme,--l'ancien petit berger, sauvé par Pasteur il y a vingt-huit
+ans.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>Sans doute, madame, vous êtes allée déjà au Salon d'automne? Je veux
+dire que vous en avez vu, il y a huit jours, le vernissage, ainsi qu'il
+convient à toute personne soucieuse d'emboîter le pas, exactement, à
+l'Actualité? Eh bien, il y faut retourner. Il faut aller voir, au Grand
+Palais, les décorateurs, qui ne présentent pas, cette année, moins de
+quarante ensembles, et qui n'étaient pas prêts samedi dernier. Ils
+promettent à leurs amis un petit vernissage complémentaire; <i>leur</i>
+vernissage, à eux. Bonne occasion de revoir un peu plus commodément une
+Exposition que la cohue rendait, l'autre jour, à peu près inaccessible,
+et qui vaut d'être, en certaines parties, regardée attentivement. Mais
+essayez donc d'être attentif à quelque chose, au milieu d'une foule
+venue au Salon d'automne, pour l'inaugurer! Je ne dis pas que le
+spectacle soit déplaisant. Il n'est jamais désagréable de rencontrer de
+la gaieté sur vingt mille visages à la fois, et il est certain qu'il n'y
+a pas d'endroit à Paris où règne une bonne humeur plus générale qu'en ce
+Grand Palais, durant les semaines où la Jeune-Peinture (nous avons nos
+Jeunes-Peintres comme d'autres leurs Jeunes-Turcs) y déploie ses audaces
+ingénues et ses laborieuses improvisations. Mais tout de même «ils sont
+trop», ceux qui narguent, sourient, font des mots ou s'esclaffent, et
+l'on aimerait bien pouvoir goûter, autrement qu'en une bousculade de
+fête foraine, le plaisir qu'offrent aux yeux et à l'esprit certaines
+oeuvres,--égarées ici, on ne sait comment, ni pourquoi. Oeuvres de
+<i>vivants</i> (et de vivants pleins de santé!) dont le talent éclate au
+milieu de tant de médiocrités burlesques, et semble venir au-devant du
+passant pour le rassurer: «Repose-toi, mon ami. Cesse de rire une
+minute, et regarde-moi. Et conviens que nous sommes, dans cette
+maison-ci, quelques-uns qui n'avons pas perdu la tête tout à fait...»</p>
+
+<p>Et puis il y a les <i>morts</i>. Le Salon d'automne nous donne, cette année,
+trois intéressantes Rétrospectives: celles de Georges Lopisgisch,
+l'exquis <i>fleuriste</i>, du sculpteur Rodo, de François Bonhomé, le peintre
+des hauts fourneaux. A signaler aussi exposition du Livre, égayée de
+délicieux albums enfantins; l'exposition très amusante d'art populaire
+russe; et enfin de très précieux «apports» de la Céramique et de la
+Sculpture... Au total, il semble bien que ce Salon s'assagisse, qu'un
+peu plus de raison le pénètre, d'automne en automne. On y hurle encore,
+écrivait ces jours-ci M. Arsène Alexandre, «mais on y hurle
+paisiblement».</p>
+
+<p>C'est autant de gagné.</p>
+
+<p class="mid"> *<br>* *</p>
+
+<p>M. Chantavoine donnait, il y a dix jours, une conférence sur les
+<i>Caractères de la musique française</i>, à l'hôtel du «Foyer».</p>
+
+<p>Cette conférence inaugurait la première série de douze concerts qui vont
+y être donnés par l'Association des concerts Chaigneau, sous le
+patronage de quelques maîtres, tels que Vincent d'Indy, Gabriel Fauré,
+Camille Chevillard, Claude Debussy. Les six concerts de cette première
+série auront lieu, de semaine en semaine, jusqu'en décembre. La seconde
+ne sera commencée qu'en avril.</p>
+
+<p>Un grand nombre de notabilités mondaines ont ajouté leur patronage à
+celui des éminents «professionnels» dont je viens de citer les noms. Ces
+séances de musique de chambre occupent l'après-midi. C'est une
+concurrence aux <i>thés-tangos</i>. Je ne souhaite pas que les <i>thés-tangos</i>
+l'emportent.</p>
+
+<p>Les «grandes ventes» figurent ordinairement au programme des spectacles
+de la Saison parisienne. La Grande vente est pour le public des grandes
+épreuves sportives et des grandes premières un divertissement éminemment
+printanier! En voici une qui clôturera l'automne: celle des collections
+réunies par le regretté Édouard Aynard, député du Rhône, qui mourut
+subitement, il y a quelques mois.</p>
+
+<p>L'Exposition en sera faite chez Petit, à la fin de la semaine. Édouard
+Aynard fut un homme de trop d'esprit, de trop de goût et d'une trop
+haute culture pour que ses collections n'offrent pas, même aux profanes,
+un spectacle intéressant. Il conviendra donc d'aller affronter, chez
+Petit, la bousculade, samedi et dimanche prochains... Il sera même de
+très bon ton d'y être allé.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Un Parisien.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>AGENDA (22-29 novembre 1913)</h3>
+
+<p><span class="sc">Examen et concours</span>.--Un emploi d'examinateur pour la physique est vacant
+à l'École polytechnique. Les demandes devront être adressées à l'École
+polytechnique avant le <i>5 décembre.</i>--Une session extraordinaire
+d'examens pour les étudiants de la classe 1910 libérés aura lieu en
+<i>décembre</i> à la Faculté de droit de Paris. Les inscriptions seront
+reçues à l'École de droit le <i>20 novembre</i>.</p>
+
+<p><span class="sc">Expositions.</span>--<i>Paris:</i> Grand Palais, Salon d'automne.--Musée des Arts
+décoratifs (107, rue de Rivoli): oeuvres de Mathurin Méheut.--Galerie
+Georges Petit (8, rue de Sèze), la gravure originale en couleurs
+(clôture le 27 <i>novembre</i>).--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII),
+oeuvres de Romney.--Galerie Boutet de Monvel (8, rue Tronchet),
+céramiques de Lachenal; les peintres de Bretagne.--Galerie Devambez (43,
+boulevard Malesherbes), exposition des Amis de l'eau-forte.</p>
+
+<p><span class="sc">Cours et conférences</span>.--Le cours public de photographie en vingt leçons,
+professé par M. Ernest Cousin à la Société française de photographie
+(51, rue de Clichy), s'ouvrira le <i>26 novembre</i>, à 9 heures du soir et
+se continuera tous les mercredis à la même heure.--Salle Gaveau (45, rue
+La Boétie), <i>Visions d'art</i>, de M. Gervais-Courtellemont: le <i>24
+novembre</i>, à 9 heures du soir: <i>Visions des Indes</i>, causerie de M.
+Gervais-Courtellemont.</p>
+
+<p>--Ecole des Hautes études sociales (rue de la Sorbonne) le lundi à 4 h.
+15: <i>Feuilleton parlé</i>, de M. Camille Le Senne.</p>
+
+<p>--Au Théâtre Femina (avenue des Champs-Elysées), les lundis à 5 heures,
+conférences de M. Henry Bidou, du journal des <i>Débats</i>, sur le
+<i>Dix-septième siècle</i>.--Université des <i>Annales</i> (51, rue
+Saint-Georges), à 5 heures, le <i>24 novembre: L'Amour de soi</i>, par M.
+Émile Faguet; le <i>25, Marie de Médicis</i>, par M. Henry Roujon; le <i>26, le
+Théâtre romantique</i>, par M. Jean Richepin; le <i>27, Au Pays de Lorraine</i>,
+par M. Maurice Barrés; le 28, <i>Une promenade à Boulogne</i>, par M. Gabriel
+Fauré; le 29, <i>Comment chante-t-on</i>, par M. Reynaldo Hahn.</p>
+
+<p><span class="sc">Concerts</span>.--Au théâtre des Champs-Elysées, le <i>26 novembre</i>, en soirée,
+concert avec le concours de M. Vincent d'Indy et Georges Enesco; le 27,
+à 3 heures, Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), concert Chaigneau.--Salle
+Gaveau (45, rue La Boétie), le <i>28 novembre</i>, réouverture des concerts
+de la Société G. S. Bach.--Eglise de la Sorbonne, le <i>30 novembre, le
+Messie</i>, de Haendel.--Salle Malakoff (56 bis, avenue Malakoff), les
+lundis, à 9 heures du soir, concerts de la Société des Concerts Rouge;
+les vendredis, à 4 heures, musique de chambre.</p>
+
+<p><span class="sc">L'exposition de chiens de luxe.</span>--Le <i>23 novembre</i>, clôture de
+l'exposition de chiens de luxe et d'agrément ouverte depuis le <i>21
+octobre</i>, rue La Boétie, 87.</p>
+
+<p><span class="sc">Sports</span>.--<i>Courses de chevaux: le 22 novembre</i>, Vincennes; le 23,
+Auteuil; le 24, Saint-Ouen; le 25, Enghien; le 26, Vincennes; le 27,
+Auteuil; le 28, Saint-Ouen; le 29, Vincennes; le 30, Auteuil (prix la
+Haye-Jousselin, prix de Normandie).--<i>Automobile</i>: à Londres, Hall de
+l'Olympia, Salon de l'automobile.--<i>Courses à pied: le 30 novembre</i>, à
+Colombes, épreuve du critérium du comité de Paris.--<i>Cyclisme: le 30
+novembre</i>, au Palais des sports, course de 24 heures à l'américaine.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<h4>CONVERSIONS LITTÉRAIRES</h4>
+
+<p>Les conversions sont à la mode; je veux dire les conversions
+littéraires. Il n'y a pas trois semaines, M. Louis Bertrand nous donnait
+un <i>Saint Augustin</i> qui est un véritable acte de foi chrétienne. Et
+voici que Mme Juliette Adam, en un livre retentissant: <i>Chrétienne</i>[1],
+abdique les «erreurs» contenues dans un ouvrage précédent et également
+sensationnel. En d'autres termes, l'auteur de <i>Païenne</i> se sépare des
+dieux du paganisme. Car le paganisme de Mme Adam n'était point le
+paganisme qui nie. C'était le paganisme qui croit, le paganisme grec
+peuplé de dieux et d'artistes, animé de rites et fleuri de fêtes. Cette
+évolution spirituelle de l'éminente femme est indiquée, phase par phase,
+dans les différentes préfaces des éditions successives de <i>Païenne</i>.
+L'histoire de la conversion de son héroïne, Mélissandre de Noves, nous
+est contée dans le nouveau livre, sous la forme épistolaire. C'est un
+échange, par lettres, d'idées et de sensations d'art, entre Mélissandre,
+délivrée d'un odieux mariage, et son fiancé Tiburco Gardanne, peintre et
+philosophe, qui, après avoir adopté le paganisme pour demeurer l'ami de
+la païenne, ne va pas tarder à redevenir chrétien pour mériter la main
+de la chrétienne. Cela ne se fait pas instantanément. Il n'y a
+d'instantané que la conversion du père de Mélissandre, auquel vin
+extraordinaire directeur de conscience, le colonel de Noves, «superbe
+figure de Detaille», un soldat dont les seuls maîtres de tactique furent
+«Xénophon et Jeanne d'Arc», ordonne de se confesser. La conversion de
+Mélissandre et de Tiburce n'est point ainsi menée tambour battant et au
+commandement militaire. Le colonel leur donne un an pour réfléchir,
+méditer, comparer. Et Tiburce s'en va vivre ce délai à Athènes, ce qui
+nous vaut de jolies pages sur la Grèce, sur ses dieux et sur ses sages.
+Vous aimerez cette évocation de la philosophie antique. Vous admirerez,
+avec votre expérience des réalités d'aujourd'hui, ce disciple de
+Pythagore, Zaleucus, proposant que celui qui entreprendrait d'annihiler
+une loi ancienne et d'en présenter une nouvelle «serait introduit dans
+l'assemblée du peuple la corde au cou, que là il décrirait les
+inconvénients qu'il trouvait à la loi qu'il voulait proscrire, et les
+avantages qui reviendraient à celle qu'il voulait établir. Que, s'il
+avait raison, il serait honoré comme le père de la patrie, dont aucun
+danger n'avait pu refroidir le zèle, mais que, s'il avait tort, il
+serait étranglé sur l'heure comme un perturbateur du repos public».</p>
+
+<p>[Note 1: Edition Plon, 3 fr. 50.]</p>
+
+<p>Bref, par Pythagore, et par Platon qui, dès avant le Christ, fut un
+demi-chrétien, Tiburce est ramené au christianisme en même temps que
+Mélissandre obéit aux voix non plus de ses déesses, mais de ses
+«saintes», sainte Julie, Jeanne d'Arc «la Salvatrice», et les saintes
+Maries de la Mer. La païenne est devenue chrétienne. Nous ne sommes pas
+très surpris. Nous ne sommes pas très émus, car cette conversion, toute
+cérébrale, intéresse trop exclusivement notre esprit pour ne pas être un
+peu étrangère à notre âme.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Albéric Cahuet.</span></span></p><br><br>
+
+
+
+<h3>LE HAMAC POUR NOS SOLDATS</h3>
+
+<p>L'idée de donner à nos troupiers des hamacs au lieu de lits a valu à
+<i>L'Illustration</i> des communications et des observations intéressantes.</p>
+
+<p>Je voudrais à ce sujet citer l'opinion d'un officier qui apporte à
+l'appui de notre thèse un argument des plus sérieux.</p>
+
+<p>On sait, dit cet officier, comment sont logés nos soldats dans les forts
+en temps de paix et en temps de guerre.</p>
+
+<p>En temps de paix beaucoup couchent dans des casemates assez obscures,
+humides, munies de couchettes à deux étages.</p>
+
+<p>L'aération est presque nulle et la literie est plongée dans une humidité
+perpétuelle contre laquelle on ne peut presque rien, étant donné la
+difficulté de la sortir tous les jours. Bien, au contraire, ne serait
+plus simple avec le hamac.</p>
+
+<p>En temps de guerre ce serait pire encore.</p>
+
+<p>Beaucoup de nos forts comportent un casernement de guerre souterrain,
+composé d'un bloc de béton armé, dans lequel sont disposées des chambres
+de 56 hommes. Ces chambres reçoivent l'air et la lumière d'un couloir
+aboutissant au fossé du fort.</p>
+
+<p>Elles renferment des lits de camp sur lesquels on placerait paillasses
+et matelas. Un espace libre très restreint, laissé au milieu de la
+chambre, est le seul endroit où 56 hommes pourraient dérouiller leurs
+muscles pendant un siège qui peut durer des mois et des mois!</p>
+
+<p>Si on substituait à ces lits de camp des hamacs, qui chaque matin
+seraient roulés et entassés dans un coin de la chambre, on aurait une
+vaste salle, tout à fait dégagée, où les hommes pourraient courir en
+rond, jouer et lutter contre le froid et l'ennui.</p><br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">La vanille française et les journaux allemands.</span></h4>
+
+<p>Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de
+nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque
+temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être
+méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à
+celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de
+Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu
+près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces
+diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient
+seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de
+l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les
+commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline,
+c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit
+chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède
+toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois
+logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.</p>
+
+<p>Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une
+fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans
+nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et
+jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par
+contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui
+les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.</p>
+
+<p>Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le
+mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc
+qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on
+doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas
+contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque.
+D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit
+facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme
+d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux
+naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour
+ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été
+frauduleusement ajoutés.</p>
+
+<p>C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles
+allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent
+artificiel.</p>
+
+<h4><span class="sc">Notre première escadre dans le Levant.</span></h4>
+
+<p>La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère,
+poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont
+l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se
+multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins.
+Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au
+lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du
+gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant
+chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre
+pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France
+compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu
+l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première
+escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle
+doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y
+rencontrer avec une force navale anglaise imposante.</p>
+
+<p>Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de
+nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à
+Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de
+nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de
+Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont
+contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à
+notre prestige.</p>
+
+<p>A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de
+nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle
+cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui
+doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de
+ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés
+Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la
+marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les
+contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de
+nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250
+matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service
+d'honneur.</p>
+
+<p>Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur
+de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant
+de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le
+procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça
+dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première
+escadre.</p>
+
+<h4><span class="sc">Le raffinage des huiles d'olive.</span></h4>
+
+<p>L'importance que tend à prendre l'industrie du raffinage des huiles
+d'olive inquiète sérieusement tous les propriétaires de la région de
+l'olivier. Cette industrie consiste à traiter les résidus de fabrication
+de façon à les rendre propres à la consommation; grâce au bas prix de
+ces résidus, on peut vendre l'huile raffinée à un prix fort inférieur au
+cours des huiles naturelles.</p>
+
+<p>Les syndicats de producteurs demandent des mesures propres à empêcher la
+confusion, dans le commerce, entre les huiles des deux catégories; mais
+la chimie se déclare impuissante dans la circonstance. Depuis plusieurs
+mois, le service de la répression des fraudes a cherché en vain des
+méthodes d'analyse permettant de résoudre la question; des procédés, au
+premier abord satisfaisants, ont été reconnus inefficaces.</p>
+
+<p>Or, la nouvelle industrie peut créer une concurrence désastreuse à
+l'oléiculture nationale. Car, si les résidus représentent à peine 5% de
+la fabrication provençale, dans les autres pays la proportion des
+résidus et des mauvaises huiles est énorme. Jusqu'ici ces huiles n'ont
+trouvé de débouchés en France que pour les usages industriels;
+désormais, elles nous arriveront de l'étranger toutes raffinées.</p>
+
+<p>Dans ces conditions, il semble que, seule, une réforme du tarif douanier
+pourrait conjurer la crise.</p>
+
+<h4><span class="sc">Un express remorqué par un moteur à pétrole.</span></h4>
+
+<p>Chaque jour voit réaliser un progrès dans la construction des moteurs à
+pétrole de grande puissance, et il semble que ces moteurs ne tarderont
+pas à faire une concurrence sérieuse aux machines à vapeur. Appliqué
+depuis quelque temps à des navires de plusieurs milliers de tonnes, le
+nouveau mode de propulsion vient d'être essayé en Allemagne pour le
+remorquage d'un train express.</p>
+
+<p>Un moteur du type Diesel, développant une force de 1.000 chevaux,
+actionne une machine chargée de remorquer un train express sur la grande
+ligne de Berlin à Magdebourg. Lors des premiers voyages d'essai, on a
+effectué le parcours Winterthur-Romanshorn à la vitesse moyenne de 70
+kilomètres à l'heure; sur certaines sections du trajet, la vitesse a
+atteint 100 kilomètres.</p>
+
+<p>Extérieurement, la locomotive Diesel ne rappelle en rien l'aspect des
+locomotives à vapeur; elle n'a pas de cheminée et elle ressemble assez,
+comme lignes générales, aux derniers modèles d'automotrices électriques.</p>
+
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016a.png"><br><b>Une cérémonie française à Alexandrie: pose de la première
+pierre du lycée français par Mme de Reffye, femme du consul de France,
+et par l'amiral Boué de Lapeyrère.</b>--<i>Phot. Reiser et Binder.</i></p>
+<br><br>
+
+<h4><span class="sc">La cantatrice et le lion.</span></h4>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/016b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La légende d'Orphée; modernisée: Mlle Emmy Destinn<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;chantant devant un lion couché sur le piano de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; l'accompagnatrice.</b></p>
+
+<p>C'est à une transposition moderne du mythe
+d'Orphée que volontiers ferait songer la singulière photographie
+reproduite ci-dessous... Orphée, par les sons de sa lyre, charmait les
+animaux féroces, qui lui faisaient une docile escorte: ainsi Mlle Emmy
+Destinn, la célèbre cantatrice allemande que les Parisiens ont applaudie
+il y a quelques années, semble-t-elle, par ses chants, apprivoiser le
+plus redoutable des fauves, asservi au pouvoir d'une voix magnifique. Et
+ce tableau imprévu, renouvelé des Grecs, suscitera, pendant longtemps
+sans doute, l'émotion des foules,--car il s'intercale dans un <i>film</i>
+sensationnel, récemment exécuté pour un cinéma de Berlin.</p>
+
+<p>La fantaisie d'un auteur de scénarios, d'imagination fertile, a voulu
+que Mlle Emmy Destinn vînt chanter devant un lion, dans sa cage même.</p>
+
+<p>Nonchalamment étendue sur le piano, la bête formidable se prêta de fort
+bonne grâce à l'étrange concert. Et, pour se faire entendre à pareil
+auditoire, la voix de la cantatrice n'en fut ni moins ferme, ni moins
+assurée que de coutume.</p>
+
+<h4><span class="sc">Valeur fertilisante des pluies d'orage.</span></h4>
+
+<p>Les pluies d'orage ont une valeur fertilisante. L'ammoniaque qui existe
+couramment dans l'atmosphère est ramené sur la terre végétale par les
+pluies et surtout les pluies d'orage qui constituent ainsi un puissant
+moyen d'amendement. On admet qu'un litre d'eau de pluie contient en
+moyenne 0,0008 gramme (huit dix-milligrammes) d'ammoniaque. Cette donnée
+permet de faire soi-même les calculs qui s'imposent pour apprécier
+l'importance de «l'engrais» que constitue une bonne averse.</p>
+
+<h4><span class="sc">Les coquilles d'huîtres dans la construction.</span></h4>
+
+<p>Que faire des coquilles de l'huître, après en avoir absorbé le contenu?
+Sans doute, dans les régions pauvres en calcaires, dans les pays
+granitiques comme les Vosges, par exemple, et d'autres encore, on peut
+avec avantage donner les coquilles écrasées, mises en poussière, aux
+poules ou bien aux champs, et leur fournir le calcaire nécessaire. Mais
+ailleurs?</p>
+
+
+
+<p>Ailleurs, on peut imiter l'exemple donné par un architecte de Galveston
+et employer les écailles à faire un béton avec lequel on construit une
+maison.</p>
+
+<p>La maison construite à Galveston a été faite avec un ciment composé de 4
+septièmes d'écaillés, 2 septièmes de sable et un septième de ciment.</p>
+
+<p>Coûtant meilleur marché que le béton ordinaire et que la brique, il a le
+grand avantage de ne laisser pénétrer aucune humidité.</p>
+
+<p>L'immeuble, qui a cinq étages, a nécessité 26.423 mètres cubes de béton,
+où sont entrés 11 millions d'écaillés d'huîtres. Galveston offre des
+facilités particulières au point de vue de la matière première: il s'y
+trouve des bancs d'huîtres gigantesques.</p>
+
+<p>On aurait de la peine à se procurer la quantité d'écaillés voulue,
+ailleurs, semble-t-il, même en organisant un service de ramassage
+spécial dans les boîtes à ordures, service qui, du reste, coûterait plus
+qu'il ne rapporterait, probablement.</p>
+
+<h4><span class="sc">Ceux qui vivent de l'alcool.</span></h4>
+
+<p>On parle toujours, et beaucoup, en France, de la lutte contre
+l'alcoolisme, qui est un des facteurs les plus redoutables de la
+dégénérescence de la race et de la dépopulation.</p>
+
+<p>Mais combien devrait être formidable l'effort nécessaire pour
+entreprendre cette lutte, dans laquelle on se heurterait à des intérêts
+énormes et à des intéressés innombrables.</p>
+
+<p>D'après M. L. Jacquet, il n'y a nulle exagération à accepter que le
+rendement annuel de la production de l'alcool, joint aux transactions
+commerciales des spiritueux tant en exportation qu'en vente au détail,
+atteint et même dépasse trois milliards et demi de francs.</p>
+
+<p>Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population
+qui y est intéressée:</p>
+
+<pre>
+Viticulteurs 1.600.000
+Cidriers 1.075.000
+Marchands en gros ou entrepositaires 34.000
+Distillateurs de profession 16.000
+Distillateurs ambulants 18.000
+Débitants au détail 480.000
+Assujettis divers 115.000
+Bouilleurs de cru 1.300.000
+Personnel employé par les marchands de gros
+ et distillateurs. 300.000
+Personnes salariées par les récoltants 500.000
+Tonneliers, verriers, bouchon etc... 400.000
+</pre>
+
+<p>Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport,
+camionneurs, etc.</p>
+
+<p>Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs
+tirent profit de l'alcool.</p>
+
+<p>Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de
+betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LE GÉNÉRAL VITTORIANO HUERTA</h3>
+
+<p class="mid"><i>(Voir notre gravure de première page.)</i></p>
+
+<p>La figure--désormais historique--du général et président actuel du
+Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du
+moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La
+situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue
+purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation
+politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique
+et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du
+territoire mexicain, par les insurgés.</p>
+
+<p>Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est
+un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa
+physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa
+race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M.
+Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de
+l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie;
+l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté.
+D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après
+le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui,
+et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta.
+Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas
+s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion
+d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des
+forces militaires importantes.</p>
+
+<p>Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept
+ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second
+lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et
+organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et
+mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en
+1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de
+général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans
+toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si
+accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.</p>
+
+<p>Veut-on savoir ce qu'il pense des Américains, et de ces États-Unis qui
+entendent mettre fin, aujourd'hui, à sa carrière? Voici un témoignage,
+resté jusqu'ici inédit en France. Ce sont les propos, à peu près
+textuels, échappés au général Huerta, à la fin du banquet que lui
+offrait, l'année dernière, la ville de Mexico, au moment de son départ
+pour le front de bataille dans l'État de Chihuahua.</p>
+
+<p>«Si les États-Unis allaient un jour intervenir?» lui disait-on. Et
+Huerta s'indigna:</p>
+
+<p>«Je n'ai pas peur des Gringoes!... Aucun Mexicain n'en a peur. Sans la
+trahison du président Santa-Anna, qui se vendit aux Américains en 1847,
+nous aurions battu les Yankees, comme sûrement nous les battrons la
+prochaine fois! Qu'ils passent seulement le rio Bravo! Nous les
+renverrons chez eux la tête en sang.--Nous autres, Mexicains, nous ne
+craignons personne. N'avons-nous pas battu les Espagnols? et les
+Français, les Autrichiens, les Belges, et tous les aventuriers étrangers
+venus chez nous à la suite de Maximilien?... Il n'existe, d'ailleurs,
+que deux nations, à côté de notre vieux peuple aztèque. Ce sont
+l'Angleterre et le Japon. Les États-Unis sont une olla-podrida de
+peuples... Un de ces jours, l'Angleterre, le Japon et le Mexique
+marcheront ensemble, et ce sera la fin des États-Unis.»</p>
+
+<p>L'année dernière, le président Madero envoyait Huerta contre l'insurgé
+Orozco et ses rebelles. Après le premier combat victorieux--où il y eut
+en tout, des deux côtés, 200 morts et blessés--le général Huerta, dans
+un bulletin de victoire plus qu'enthousiaste, déclarait que c'était «la
+plus terrible bataille qui ait été livrée, dans l'hémisphère américain,
+depuis cinquante ans!» Et Vittoriano Huerta reste, pour ses partisans,
+le «Héros de Bachimba», où le 13 juillet 1912, il défit Paschal Orozco
+--avec 10.000 hommes contre 3.500--après un duel d'artillerie de dix
+heures--qui tua <i>quatorze</i> rebelles.</p>
+
+<p>Une dernière anecdote achève de peindre le général Huerta. Il n'a jamais
+pardonné, en véritable Indien, à Madero, alors simple citoyen, de s'être
+interposé pour négocier avec les rebelles, à Cuernavaca. «S'il veut
+traiter, qu'il vienne d'abord m'en demander permission!» s'écriait
+Huerta devant son état-major, à l'hôtel Bellavista, où il était attablé
+devant une bouteille de cognac. Une heure après, avec le flegme de
+l'Indien cauteleux, il allait, suivi de son état-major, en grand
+uniforme, rendre, à la maison du gouverneur, ses respects à senor
+Madero.</p>
+
+<p>Quelque temps avant la catastrophe qui allait lui coûter la vie,
+l'infortuné président Madero déclarait ouvertement à l'ambassadeur des
+États-Unis, M. Wilson, qu'il avait de graves raisons pour suspecter la
+loyauté du général Huerta.</p>
+
+<p>On sait, aujourd'hui, et l'on comprend l'attitude des États-Unis en face
+du gouvernement de Vittoriano Huerta.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">E. de Morsier.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>LE BAPTÊME DE LA LIGNE</h3>
+
+<p class="mid"><i>(Voir notre gravure, page 399.)</i></p>
+
+<p>Quels souvenirs ces mots «baptême de la ligne» éveilleront dans les
+mémoires des hommes qui prirent le goût de lire avant l'invention du
+roman policier! Mais les enfants d'à présent ont-ils seulement feuilleté
+<i>Robert-Robert</i>, et connurent-ils les frissons de Toussaint Lavenette au
+passage de la ligne? Sinon, ils ne savent pas de quelles émotions ils
+sont privés. Les pittoresques, les amusants récits que c'étaient, dans
+les romans d'aventure de notre jeunesse, ceux qui décrivaient cette
+burlesque cérémonie: la descente des hunes du courrier, la veille du
+grand jour; l'arrivée, par le même chemin du ciel, du «père Trois
+Piques» et de sa jeune épouse,--et puis, le bain, dans la baille
+aménagée à cet usage, des passagers et des matelots qui passaient pour
+la première fois l'Equateur... Or, tout cela, on est heureusement
+surpris de le constater, a été conservé scrupuleusement dans notre
+marine de guerre, gardienne fidèle des bonnes traditions, et l'on peut
+voir par cette photographie prise il y a quelque temps sur la
+<i>Jeanne-d'Arc</i>, croiseur-école des aspirants, au cours d'un voyage,
+entre Madère et Rio de Janeiro, que les novices de la mer sont baptisés
+selon tous les rites que subirent, de bonne humeur, leurs devanciers.
+C'est une journée de repos, de détente au milieu des occupations sévères
+du bord. Le lendemain, la discipline reprend ses droits et chacun se
+remet à son devoir.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE</h3>
+
+<p>Aux termes du testament de M. Nobel, le prix de littérature doit être
+attribué par l'Académie suédoise à la personne qui, dans l'année
+immédiatement précédente, a donné l'oeuvre idéaliste la plus distinguée.
+Cette fois l'attribution du prix répond exactement au désir du
+testateur: <i>Gitanjali</i>--ou <i>Offrandes poétiques</i>--est bien l'oeuvre la
+plus idéaliste qui ait été publiée depuis longtemps.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/017.png"><br> <b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le poète hindou Rabindranath Tagore.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Elliott et Fry.</i></p>
+
+<p>L'auteur, Rabindranath Tagore, a été appelé le prophète du nationalisme
+hindou; dans son pays natal, de Bombay, aux confins de la Birmanie et
+des sources du Gange à Colombo de Ceylan, il est connu de tous ses
+compatriotes, qu'ils appartiennent aux castes les plus nobles ou aux
+plus inférieures. Lui-même appartient à une des plus anciennes familles
+du Bengale. Son grand-père, le prince Dwarkanath Tagore, visita l'Europe
+et fut reçu par la reine Victoria; son père est le Maharshi Debendranath
+Tagore (maharshi signifie «grand sage»). Il a trois frères et trois
+soeurs qui se sont acquis une renommée locale; l'un d'eux est un fameux
+philosophe: Les écureuils descendent des branches et grimpent sur ses
+genoux, et les oiseaux se posent sur ses mains.»</p>
+
+<p>Rabindranath Tagore est né en 1861, à Calcutta. A dix-huit ans, il
+composa les paroles et la musique d'un drame lyrique, que suivirent des
+pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des poèmes. Entre temps,
+il vint à Londres pour y étudier le droit, mais il s'en dégoûta bien
+vite et retourna aux Indes où il s'adonna tout entier à son art. En
+outre, il a fondé à Bolepur, près de Calcutta, une école fréquentée par
+plus de 200 élèves. Il a créé lui-même les méthodes d'enseignement; sous
+sa direction, des maîtres formés par lui font étudier les élèves en
+plein air.</p>
+
+<p>L'oeuvre de Rabindranath Tagore n'est connue en Europe que par les
+traductions anglaises qu'il a faites lui-même, et par les fragments
+traduits en français et publiés en juillet dernier dans le «Mercure de
+France». La version anglaise est en prose rythmée, si simple et
+d'expression si choisie et si précise que le sens n'est jamais obscurci
+et qu'elle exprime admirablement l'accord de l'idée et de l'émotion
+provoquée par la contemplation méditative de l'univers. A les lire
+lentement et à haute voix, ces poèmes révèlent toute leur beauté et on
+les sent composés par un musicien, par un artiste familier avec une
+musique plus subtile que la nôtre. Dans l'original, ces poèmes se
+chantent. Les airs et les paroles sont intimement alliés; certains
+«modes» de cette musique ont une signification particulière: les uns
+s'emploient pour les chants du soir, les autres pour les chants de
+l'aube, d'autres encore pendant la saison des pluies, de sorte qu'un
+Hindou reconnaît, dès la première mesure, l'atmosphère et le lieu du
+poème.</p>
+
+<p>Aucun poète n'a exprimé aussi puissamment l'intimité de l'âme humaine et
+de la nature, tout en professant une philosophie aussi claire et aussi
+vaste. Ce mysticisme lyrique est d'une élévation incomparable; on y
+trouve des accents passionnés qui rappellent le <i>Cantique des
+Cantiques</i>, des accents d'allégresse et d'espoir qui dépassent tout ce
+qu'offrent les prophètes ou les psaumes de David. Le chant de ce poète
+est épuré de toute intonation de douleur ou de regret, de tristesse ou
+de crainte. C'est la pure lumière de la vie spirituelle qui se marie au
+chant harmonieux de la beauté parfaite.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Henry-D. Davray.</span></span></p><br>
+
+<p>Nous citerons ici, à titre d'exemples, trois fragments de poèmes inédits
+de M. Tagore traduits par M. Henry-D. Davray:</p>
+
+<h4>SIMPLICITÉ</h4>
+
+<p>Les mains s'attachent aux mains, et les yeux s'attardent aux yeux: ainsi
+commence l'histoire de nos cours.</p>
+
+<p>C'est la nuit de Mars qu'éclaire la lune; la suave senteur du henné
+embaume l'air; ma flûte est à terre, négligée; et ta guirlande de fleurs
+n'est pas achevée.</p>
+
+<p>Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.</p>
+
+<p>Ton voile couleur safran enivre mes yeux.</p>
+
+<p>La guirlande de jasmin que tu m'as tressée fait tressaillir mon coeur
+comme une louange.</p>
+
+<p>C'est le jeu où l'on offre et où l'on retire, montrant ce qu'on tient
+pour le dissimuler aussitôt: des sourires, de petites timidités et de
+douces luttes inutiles.</p>
+
+<p>Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.</p>
+
+<h4>LES FLEURS</h4>
+
+<p>J'ai cueilli tes fleurs, ô Monde!</p>
+
+<p>Je les ai pressées sur mon coeur et les épines m'ont déchiré.</p>
+
+<p>Quand le jour a baissé et que montèrent les ténèbres, j'ai trouvé que la
+fleur était fanée, mais que la douleur restait.</p>
+
+<p>Il te viendra encore des fleurs, ô Monde, des fleurs parfumées et
+orgueilleuses.</p>
+
+<p>Mais pour moi le temps de les cueillir est passé, et au cours de la nuit
+noire, je n'aurai pas de roses, mais la douleur est restée.</p>
+
+<h4>LE SILENCE DE LA BEAUTÉ</h4>
+
+<p>Dans le tumulte impétueux et assourdissant de la vie, ô Beauté, sculptée
+dans la pierre, tu demeures muette et immobile, seule et distante.</p>
+
+<p>Le Temps est assis, amoureux, à tes pieds et murmure: «Parle, parle-moi,
+mon amour; parle, ma fiancée!» Mais ton langage est enfermé dans la
+pierre, ô Immuable Beauté.</p>
+
+<p>Ce dernier poème n'évoque-t-il pas à l'esprit le souvenir d'un sonnet de
+Baudelaire?</p><br><br>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>L'un des plus constants défenseurs du théâtre d'observation minutieuse
+et de fine psychologie, de vérité méticuleuse en même temps que de
+littérature dramatique épurée, M. Edmond Sée, a fait représenter au
+théâtre Réjane une comédie en quatre actes, l'<i>Irrégulière</i>, qu'on a
+écoutée avec l'attention qu'elle méritait et qu'on a applaudie avec
+sympathie. Elle nous expose les déboires et les chagrins d'une femme
+«irrégulière» qui aspire à la régularité, y parvient et y trouve des
+déceptions et des douleurs nouvelles. Mme Réjane incarne ce personnage
+avec son art merveilleux et la troupe qui l'entoure est de tout premier
+ordre.</p>
+
+<p>De l'un des contes de Voltaire qui prennent rang de chef-d'oeuvre, de
+l'<i>Ingénu</i>, MM. Charles Méré et Régis Gignoux ont tiré, pour le théâtre
+Michel, une comédie en trois actes toute pleine de la plus ironique
+belle humeur, de la plus heureuse audace et de la plus piquante
+fantaisie. On a salué de rires et d'applaudissements cette très adroite
+adaptation scénique des mémorables aventures du Huron fraîchement
+débarqué, du fond de sa Huronie, en pleine France du dix-huitième siècle
+Et l'interprétation est excellente avec MM. Harry-Baur, Lévesque, Guyon
+fils, et Mmes Juliette Darcourt, Germaine Reuver, Isane.</p>
+
+<p>Le Gymnase a repris l'un des plus incontestables succès de M. Henry
+Bernstein, l'une de ses pièces où s'affirment avec le plus d'éclat ses
+dons de psychologie aiguisée et de force puissante, <i>Samson</i>, qui
+fournit d'ailleurs à son principal interprète, M. Lucien Guitry,
+l'occasion de déployer des qualités d'interprétation exactement
+correspondantes.</p>
+
+<p>Signalons enfin la réouverture du «Bon Théâtre», quai de Passy qui a
+pour but, comme son titre l'indique, d'offrir aux familles des
+spectacles sains en même temps que présentant les meilleures garanties
+artistiques: il commence sa saison par les <i>Oberlé</i>, de M. René Bazin.</p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/018small.png"><br><a href="images/018large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br><br>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>
+Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3691, 22 ***
+
+***** This file should be named 36413-h.htm or 36413-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/6/4/1/36413/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
+
+
+
+
+
diff --git a/36413-h/images/000large.png b/36413-h/images/000large.png
new file mode 100644
index 0000000..e94a19c
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/000large.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/000small.png b/36413-h/images/000small.png
new file mode 100644
index 0000000..e3c86fe
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/000small.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/001.png b/36413-h/images/001.png
new file mode 100644
index 0000000..4c8d16c
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/001.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/001a.png b/36413-h/images/001a.png
new file mode 100644
index 0000000..06d0a1a
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/001a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/002a.png b/36413-h/images/002a.png
new file mode 100644
index 0000000..bfe8527
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/002a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/002b.png b/36413-h/images/002b.png
new file mode 100644
index 0000000..4242fc7
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/002b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/002c.png b/36413-h/images/002c.png
new file mode 100644
index 0000000..e4979ae
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/002c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/003a.png b/36413-h/images/003a.png
new file mode 100644
index 0000000..5785c26
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/003a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/003b.png b/36413-h/images/003b.png
new file mode 100644
index 0000000..6767d97
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/003b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/003c.png b/36413-h/images/003c.png
new file mode 100644
index 0000000..e0b44c6
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/003c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/004a.png b/36413-h/images/004a.png
new file mode 100644
index 0000000..7343720
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/004a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/004b.png b/36413-h/images/004b.png
new file mode 100644
index 0000000..d2b1bb0
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/004b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/004c.png b/36413-h/images/004c.png
new file mode 100644
index 0000000..617c3a9
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/004c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/005large.png b/36413-h/images/005large.png
new file mode 100644
index 0000000..3df43be
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/005large.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/005small.png b/36413-h/images/005small.png
new file mode 100644
index 0000000..d154bab
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/005small.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/006a.png b/36413-h/images/006a.png
new file mode 100644
index 0000000..bec74c3
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/006a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/006b.png b/36413-h/images/006b.png
new file mode 100644
index 0000000..715637f
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/006b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/006c.png b/36413-h/images/006c.png
new file mode 100644
index 0000000..ea72ef8
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/006c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/007a.png b/36413-h/images/007a.png
new file mode 100644
index 0000000..d6a13cb
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/007a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/007b.png b/36413-h/images/007b.png
new file mode 100644
index 0000000..6063447
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/007b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/008.png b/36413-h/images/008.png
new file mode 100644
index 0000000..cfd4a0a
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/008.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/009.png b/36413-h/images/009.png
new file mode 100644
index 0000000..03ec1bd
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/009.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/010a.png b/36413-h/images/010a.png
new file mode 100644
index 0000000..1e128f0
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/010a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/010b.png b/36413-h/images/010b.png
new file mode 100644
index 0000000..038c35e
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/010b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/011.png b/36413-h/images/011.png
new file mode 100644
index 0000000..317c0d8
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/011.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/012a.png b/36413-h/images/012a.png
new file mode 100644
index 0000000..42656b8
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/012a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/012b.png b/36413-h/images/012b.png
new file mode 100644
index 0000000..a574701
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/012b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/013a.png b/36413-h/images/013a.png
new file mode 100644
index 0000000..c641acb
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/013a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/013b.png b/36413-h/images/013b.png
new file mode 100644
index 0000000..5604bc2
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/013b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/013c.png b/36413-h/images/013c.png
new file mode 100644
index 0000000..7267dcb
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/013c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/014a.png b/36413-h/images/014a.png
new file mode 100644
index 0000000..baf24c0
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/014a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/014b.png b/36413-h/images/014b.png
new file mode 100644
index 0000000..7a7db36
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/014b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/014c.png b/36413-h/images/014c.png
new file mode 100644
index 0000000..7154388
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/014c.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/015.png b/36413-h/images/015.png
new file mode 100644
index 0000000..d6249e6
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/015.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/016a.png b/36413-h/images/016a.png
new file mode 100644
index 0000000..20287e8
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/016a.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/016b.png b/36413-h/images/016b.png
new file mode 100644
index 0000000..b075505
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/016b.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/017.png b/36413-h/images/017.png
new file mode 100644
index 0000000..c135dc6
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/017.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/018large.png b/36413-h/images/018large.png
new file mode 100644
index 0000000..c1caf7a
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/018large.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/018small.png b/36413-h/images/018small.png
new file mode 100644
index 0000000..1c3b691
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/018small.png
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/cover.jpg b/36413-h/images/cover.jpg
new file mode 100644
index 0000000..e6c5cf8
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/cover.jpg
Binary files differ
diff --git a/36413-h/images/supp1.png b/36413-h/images/supp1.png
new file mode 100644
index 0000000..e2eb0f4
--- /dev/null
+++ b/36413-h/images/supp1.png
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..9f4ed93
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #36413 (https://www.gutenberg.org/ebooks/36413)