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+The Project Gutenberg EBook of L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'art du taupier
+ ou méthode amusante et infaillible de prendre les taupes
+
+Author: Étienne François Dralet
+
+Release Date: June 10, 2011 [EBook #36371]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: UTF-8
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ART DU TAUPIER ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+L'ART
+DU
+TAUPIER
+
+OU
+
+Méthode amusante et infaillible
+DE PRENDRE LES TAUPES
+
+Par M. DRALET
+
+Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.
+
+DIX-SEPTIÈME ÉDITION
+
+Revue et augmentée d'une Introduction
+et d'additions
+
+PAR A. G.
+
+1880
+
+[Illustration: LIBRAIRIE AUDOT
+
+LEBROC & Cie Sucr.rs
+8 RUE GARANCIÈRE St SULPICE
+PARIS]
+
+
+
+
+L'ART
+DU TAUPIER
+
+PARIS.--TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
+
+
+
+
+L'ART
+DU TAUPIER
+
+OU
+
+MÉTHODE
+AMUSANTE ET INFAILLIBLE
+DE PRENDRE LES TAUPES
+
+PAR M. DRALET
+
+Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.
+
+DIX-SEPTIÈME ÉDITION
+
+REVUE ET AUGMENTÉE D'UNE INTRODUCTION ET D'ADDITIONS
+
+Par A. G.
+
+[Illustration]
+
+PARIS
+LIBRAIRIE AUDOT
+LEBROC ET Cie, SUCCESSEURS
+LIBRAIRES-ÉDITEURS
+8, RUE GARANCIÈRE SAINT-SULPICE
+
+1880
+
+
+
+
+INTRODUCTION
+
+Histoire naturelle de la Taupe.
+
+
+La zoologie range la Taupe dans la _classe_ des mammifères, dans
+l'_ordre_ des carnassiers, dans la _famille_ des insectivores, dans la
+_tribu_ des Talpidés, où elle constitue le _genre_ Talpa, placé entre
+ceux Desman (_Myogale_) et Condylure (_Condylura_).
+
+Jusqu'à présent, on connaît trois _espèces_ dans le genre Taupe: la
+Taupe Woogura, la Taupe aveugle et la Taupe d'Europe, ou commune.
+
+La Taupe Woogura (_Talpa Woogura_), récemment découverte au Japon, ne
+diffère de celle commune que par son pelage de couleur fauve sale et en
+ce qu'elle ne possède que trois paires d'incisives à chaque mâchoire,
+tandis que les deux autres espèces en ont quatre à la mâchoire
+inférieure; ses mœurs sont identiques.
+
+«La Taupe aveugle (_Talpa cæca_) est ainsi nommée, parce que son œil
+est recouvert par une membrane mince, translucide, percée en avant de la
+pupille d'un trou très-fin, non dilatable, par lequel on peut voir le
+globe de l'organe. Quant aux autres points de l'organisation, la Taupe
+aveugle se distingue peu de la Taupe vulgaire; elle aurait cependant la
+trompe plus longue, les incisives supérieures plus larges, les lèvres,
+les pieds et la queue blancs au lieu d'être gris. Son pelage épais et
+velouté est gris-noir foncé, la pointe des poils étant d'un noir brun;
+sa taille est la même que celle de la Taupe commune.» (A. E. Brehm,
+_l'Homme et les animaux_, t. Ier, p. 756-757.)
+
+[Illustration: Fig. 1.--La Taupe commune.]
+
+La Taupe commune ou d'Europe (_Talpa Europæa_) est un petit mammifère
+fouisseur, à corps long et cylindrique, à pattes très-courtes, à tête
+prolongée en avant en forme de groin ou de boutoir, avec des yeux si
+petits et si bien cachés sous les poils qu'on a longtemps nié leur
+existence, dépourvue de conque de l'oreille externe, munie enfin d'un
+simple rudiment de queue. Son corps est recouvert d'un poil fin, serré,
+court, mou, imitant le velours, de couleur noire avec des reflets
+grisâtres et rougeâtres; la longueur totale, du bout du nez à
+l'extrémité de la queue, est de 0m,15 à 0m,16 chez les adultes.
+
+«La Taupe commune se trouve dans toute l'Europe, à quelques exceptions
+près, et arrive jusque dans l'Asie centrale et septentrionale. Beaucoup
+de naturalistes ne voient dans la Taupe américaine qu'une variété de
+notre espèce. En Europe, le midi de la France, la Lombardie et le nord
+de l'Italie dessinent sa limite méridionale. De là, elle remonte vers le
+nord jusqu'à Dovrefjeld; en Grande-Bretagne, jusque vers l'Écosse
+centrale; en Russie, jusqu'au milieu du bassin de la Dwina. Elle manque
+complétement dans les Orcades, les Shetlands, la plus grande partie des
+Hébrides et en Islande. En Asie, elle va du Caucase jusqu'à la Léna.
+Dans les Alpes, elle monte jusqu'à une altitude de 2,000 mètres. Partout
+elle est commune et se multiplie d'une manière surprenante, là où elle
+n'a pas d'ennemis.» (Brehm, _ut supra_, p. 747.)
+
+Il ne sera pas sans intérêt pour les agriculteurs d'étudier
+successivement les principaux points de l'organisation et l'ensemble des
+mœurs de cet animal.
+
+La Taupe est un animal fouisseur: elle ne peut vivre et se reproduire
+qu'en creusant dans le sol des galeries souterraines, des gîtes et des
+nids, plus ou moins longs et spacieux. Aussi la nature l'a-t-elle
+spécialement construite pour ces fonctions; elle l'a dotée d'une
+clavicule large et courte, supportée par une lame verticale provenant du
+sternum; l'humérus, très-court, est fortement renflé à ses deux bouts et
+renvoyé latéralement; le radius est également court et robuste, le
+cubitus a la forme d'une lame prolongée en avant par un fort onglet
+transversal qui n'est que la transformation de l'olécrane. Enfin, la
+courbure, la situation latérale de l'humérus, la disposition des muscles
+en général et des muscles peaussiers en particulier, élèvent le coude
+plus haut que l'épaule et amènent la paume de la main en dehors.
+
+La main, et c'est bien véritablement une main, présente une longueur
+égale à sa largeur. Les phalanges métacarpiennes et digitales sont
+formées d'osselets courts à têtes articulaires, et se terminent par une
+phalange onguéale droite, acuminée, convexe en dessus, taillée en bec de
+flûte en dessous, longue et forte; enfin un fort osselet en forme de fer
+de serpe, né de l'extrémité du radius, vient s'insérer près de l'ongle
+du pouce. Cette main merveilleuse sert à fouir, et pour cela, elle est
+conformée à la fois comme une pioche et comme une pelle, elle est munie
+d'ongles longs et puissants, elle fonctionne d'avant et de côté en
+arrière; mais elle sert aussi à la marche et même à une marche rapide,
+en se plaçant perpendiculairement au sol sur lequel elle s'appuie avec
+l'extrémité des ongles.
+
+Le membre postérieur se rapproche bien plus, par sa conformation, des
+membres analogues des autres mammifères. Le bassin est allongé, ouvert
+par devant et soudé par l'ilium avec les vertèbres sacrées; le fémur est
+allongé et offre deux fortes têtes articulaires; le tibia est long et
+fort, et son péroné, développé en haut, se confond avec lui en bas. Le
+pied est étroit, allongé, placé d'aplomb sous le ventre; il est terminé
+par des ongles droits, longs et très-aigus; on y trouve, comme à la
+main, mais plus grêle et à l'état rudimentaire, un petit osselet
+surnuméraire. Le pied peut venir en aide à la main, dans l'action de
+fouiller, et servir à pousser la terre de côté; il sert aussi à la
+marche et se pose sur toute la plante, le membre postérieur donnant
+l'impulsion principale au corps tout entier.
+
+La main forme pour la Taupe une pioche à la fois et une pelle; mais elle
+est encore aidée dans ces fonctions par la tête, dont la mâchoire
+supérieure se termine en museau allongé, en boutoir ou en groin, assez
+comparable à celui du porc et du sanglier. Ce museau est recouvert par
+la peau, dont le panicule charnu est très-développé aussi bien que les
+muscles vertébraux; grâce à cette disposition, la Taupe, douée d'une
+force énorme pour renverser sa tête en arrière, se sert de ce museau
+pour soulever le sol après l'avoir désagrégé et l'amonceler à la surface
+de la galerie ou du nid; c'est à la fois une pince, une tarière et une
+pelle, organe à la fois de préhension, de fouissage et d'extraction.
+
+Puisque nous nous occupons de la tête, traitons des sens qui y ont leur
+siége. Au premier rang, il faut placer celui de l'odorat, qui s'est
+développé aux dépens de celui de la vue. Le mufle s'est allongé et
+converti en boutoir, presque en trompe; les cavités nasales
+s'élargissent en arrière, reposant sur un ethmoïde étendu et contenant
+des cornets volumineux et repliés en nombreuses et fines volutes; les
+tubercules olfactifs du cerveau présentent un développement inaccoutumé.
+Dans sa vie souterraine, en effet, la Taupe avait besoin d'un odorat
+subtil pour se diriger vers sa proie, la guetter, la deviner et
+l'atteindre.
+
+Le vers de Virgile:
+
+ _Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,_
+
+pourrait presque caractériser la Taupe, et longtemps on a considéré cet
+animal comme privé de l'organe et du sens de la vue; on sait aujourd'hui
+qu'elle est douée d'un œil très-petit, il est vrai, que cachent les
+poils, mais qui est un œil véritable et ne différant guère de celui
+des autres mammifères que par un développement plus restreint. Cet
+œil présente une pupille elliptique et verticale; la cornée est plus
+saillante que chez les oiseaux, le cristallin plus convexe que chez les
+mammifères, ce qui tendrait à constituer un œil myope, bien en accord
+avec le milieu dans lequel vit l'animal. Nous avons vu que, chez la
+Taupe dite aveugle, la vision ne s'opère qu'à travers un trou très-fin,
+ouverture non dilatable, percée dans une membrane très-mince qui
+recouvre tout le globe oculaire.
+
+Le sens de l'audition vient, pour la Taupe, comme importance, après
+celui de l'olfaction; il est indispensable à sa sécurité. Il ne paraît
+point qu'il y ait d'oreille externe; mais s'il n'y a aucun rudiment de
+conque, on peut remarquer, sous le poil, une ouverture pratiquée à la
+peau; c'est un méat auditif, l'orifice d'un canal qui, après quelques
+sinuosités sous la peau, aboutit dans l'oreille osseuse; ce canal à
+parois musculeuses et cartilagineuses n'est qu'une conque placée
+intérieurement. C'est encore une adaptation des organes aux milieux.
+
+Quant au sens du goût, le palais présente une vaste surface, et la
+langue le pouvant recouvrir en entier, palais et langue étant tapissés
+d'une muqueuse qui ne paraît rien présenter d'anormal, il y a tout lieu
+de supposer que la gustation s'exerce chez la Taupe comme chez la
+plupart des mammifères et au même degré.
+
+Enfin, le sens du tact ne paraît présenter aucune particularité.
+
+Parmi les fonctions physiologiques, deux seulement méritent
+particulièrement d'attirer notre attention.
+
+La fonction de digestion d'abord. La place assignée à la Taupe dans la
+classification zoologique, parmi les carnassiers insectivores, dit
+assez bien la forme que doivent offrir les dents de cet animal; elle ne
+dit pas leur formule; la voici:
+
+ Incisives Canines Molaires
+
+ 6 2 7 + 7
+ 8 2 6 + 6
+ ---- ---- --------
+ 14 4 13 + 13 = 44
+
+Nous avons vu que chez la Taupe Woogura, la formule des molaires
+supérieures est de +6, et le nombre total de 42 seulement, 6 par
+conséquent.
+
+Venons maintenant aux fonctions de reproduction. Les organes mâles se
+composent, comme chez les autres mammifères, 1º de deux testicules
+très-gros relativement, occupant leur situation ordinaire, mais contenus
+dans l'abdomen et non dans un repli de la peau (scrotum); 2º les
+testicules se continuant par les canaux déférents; 3º une large
+vésicule séminale; 4º une glande prostate; 5º un canal éjaculatoire; 6º
+un canal de l'urètre contenu dans le pénis; 7º un pénis extrêmement long
+et terminé par un os pénien extrêmement aigu; le méat urinaire s'ouvre
+non à la pointe, mais en arrière de l'os pénien.
+
+Les organes de la Taupe femelle comprennent, comme chez les autres
+mammifères: 1º deux ovaires; 2º deux oviductes; 3º un utérus assez vaste
+avec deux cornes énormes, repliées et comme enroulées sur elles-mêmes;
+cet utérus de forme ovalaire est, dans l'âge adulte, mais en état de
+vacuité, long de 0m,02256 et large de 0m,004512, et s'ouvre dans le
+vagin par le col et le museau de tanche; 4º le vagin est long de
+0m,027072 à 0m,03384; il est courbé en arc et renversé par dessous.
+L'utérus est contenu, non dans la cavité du bassin, mais en dehors et
+au-dessous. 5º Quant à la vulve, elle n'apparaît au dehors que passé
+l'âge de six mois, par une fente; jusque-là, il y a occlusion complète,
+et la femelle peut d'autant mieux être confondue avec le mâle, que le
+clitoris, relativement très-développé, se présente comme l'analogue du
+pénis et porte comme lui un méat urinaire. La fente vulvaire se
+produit-elle spontanément à l'époque où s'opèrent les changements qui
+rendent la Taupe apte à subir la fécondation, ou résulte-t-elle de
+l'action de l'os pénien du mâle durant l'accouplement? C'est ce qu'on
+ignore encore. 6º Deux mamelles situées, une de chaque côté, dans le pli
+de l'aine.
+
+Maintenant que, grâce aux beaux travaux de Geoffroy Saint-Hilaire[A],
+nous avons initié le lecteur aux particularités anatomiques que présente
+le bizarre animal dont nous nous occupons, il est temps de nous
+enquérir de ses mœurs et de son mode d'existence.
+
+De même que tous les petits mammifères, la Taupe doit avoir une
+circulation très-active; de même que les oiseaux et par le même motif,
+elle ne peut supporter une abstinence un peu prolongée. Il faut qu'elle
+mange souvent, et que, pour manger, elle travaille: d'où la nécessité
+des nombreuses galeries qu'elle creuse sans cesse dans nos champs, nos
+prés et nos jardins. «La Taupe n'a pas faim comme tous les autres
+animaux: ce besoin est chez elle exalté; c'est un épuisement ressenti
+jusqu'au degré de la frénésie. Elle se montre violemment agitée, elle
+est animée de rage quand elle s'élance sur sa proie: sa gloutonnerie
+désordonne toutes ses facultés; rien ne lui coûte pour assouvir sa faim;
+elle s'abandonne à sa voracité, quoi qu'il arrive; ni la présence d'un
+homme, ni obstacles, ni menaces ne lui en imposent, ne l'arrêtent... La
+Taupe attaque ses ennemis par le ventre; elle entre la tête la première
+dans le corps de sa victime, elle s'y plonge, elle y délecte tous ses
+organes des sens, en sorte qu'il n'en est plus pour veiller pour elle,
+sur elle; pas même l'oreille qui n'écoute que quand l'animal est au
+repos.» (Geoffroy Saint-Hilaire, XIXe leçon, p. 5-6.) Flourens
+constata, dans ses expériences, que, du soir au matin, la Taupe est
+exposée à périr par défaut de nourriture: «J'ai cherché, dit-il, à voir
+sur plusieurs Taupes quel temps elles pouvaient résister à la privation
+de toute nourriture: je n'en ai jamais trouvé qui aient passé impunément
+une nuit entière sans manger. Dix ou douze heures sont à peu près le
+maximum de temps qu'une Taupe peut survivre au manque de nourriture.
+Toutes les fois qu'une Taupe est demeurée seulement trois ou quatre
+heures sans manger, elle paraît affamée; et au bout de cinq ou six
+heures elle commence à tomber dans un état de débilité extrême. Il est
+très-aisé de reconnaître qu'une Taupe a faim à son excessive activité;
+quand elle est repue, elle est tranquille. A peine la Taupe a-t-elle
+souffert quelques heures de la faim que ses flancs se dépriment, et
+qu'elle semble comme expirante; mais, dès qu'elle a mangé, sa force
+renaît, comme aussi son assoupissement la reprend dès qu'elle est repue.
+J'ai toujours vu les Taupes très-avides de boire, comme tous les animaux
+qui se nourrissent de chair. Je ne sais s'il existe un autre animal qui
+offre un pareil besoin de manger à des heures si rapprochées; et il est
+difficile de se faire une idée de l'impétuosité ou de l'espèce de rage
+avec laquelle la Taupe pressée par la faim se jette sur sa proie et la
+dévore.» (_Observ. pour servir à l'hist. natur. de la Taupe. Mus.
+d'hist. natur._, 1828, t. XVII, p. 194.) Cette voracité ou plutôt cet
+impérieux besoin de manger va jusqu'à rendre la Taupe talpophage: deux
+Taupes vivantes ayant été placées dans une boîte pour être expédiées, de
+trente-deux kilomètres, à Geoffroy Saint-Hilaire, l'une d'elles fut
+dévorée par l'autre. «N'allez point, dit ce savant, n'allez point,
+croyant procurer à des Taupes la satisfaction du compagnonnage, en tenir
+deux dans un lieu renfermé, sans nourriture: c'est livrer la plus faible
+à la dent de la plus forte. Vainement celle-ci essaye de fuir, l'autre
+ne montre dans sa poursuite que plus de véhémence et de fureur. La plus
+faible expie bientôt son tort d'impuissance; elle est dévorée; si c'est
+du soir au matin, elle l'est en deux époques, alors entièrement, même
+ses os; il n'en reste que la peau, fendue sous le ventre selon la ligne
+médiane. Qu'il vous arrive de placer près de la Taupe une proie, soit
+vivante, soit morte, soit même quelques lambeaux de chair, elle se jette
+gloutonnement dessus. Est-ce un oiseau vivant? elle a recours à la ruse;
+elle quitte son trou, s'approche en menaçant, reçoit quelques coups de
+bec sur son museau, recule sur son trou, cherchant à y attirer son
+ennemi, pour profiter sur lui de l'avantage du lieu; mais bientôt,
+disposant de la toute-puissance de ses moyens musculaires, elle s'élance
+sur cette proie avec la rapidité de la foudre. L'oiseau, saisi par les
+entrailles, est incontinent dévoré: la Taupe s'y porte avec une sorte de
+fureur; elle emploie ses mains à élargir la plaie, à écarter les
+téguments, à se procurer les moyens d'entrer plus avant. La moitié d'un
+moineau assouvit sa faim: ses flancs s'élargissent, son ventre est
+gonflé; elle se calme alors et repose sans mouvement. Un autre besoin à
+satisfaire l'excite ensuite; elle cherche à boire; vous lui en
+fourniriez vous-même l'occasion qu'elle l'accepterait volontiers, et
+dans tous les cas, elle s'y porte avec l'impétuosité de son caractère;
+elle boit beaucoup et avec une grande avidité. Placez près d'elle
+d'autres animaux, des grenouilles, par exemple; ce sont mêmes
+manœuvres: d'un bond elle est sur sa proie; et ce mouvement est
+calculé de telle sorte qu'elle saisit celle-ci par ses dents, déjà
+enfoncées et plongeant dans les entrailles de la victime.» (XIXe
+leçon, p. 5 à 11.)
+
+Mais la Taupe ne trouve point toujours des proies aussi volumineuses, et
+force lui est de se contenter de lombrics ou vers de terre et de
+cloportes pour lesquels elle a, d'après Geoffroy Saint-Hilaire, un goût
+décidé, et de petits scarabées, d'après Cadet de Vaux.
+
+Ç'a été longtemps une question très-discutée que celle de savoir si la
+Taupe mange et par conséquent détruit le ver blanc, nom vulgaire de la
+larve du hanneton, et aussi la courtilière; de savoir si elle se
+contente du régime animal et bouleverse seulement les plantes situées
+sur le passage de ses galeries, ou si elle vit des racines de ces
+plantes. La malheureuse proscrite trouva des juges implacables d'un côté
+et des protecteurs de l'autre. M. le docteur Boisduval dit qu'elle
+dévore une quantité énorme de vers blancs (_melolontha vulgaris_) et de
+vers gris (_agrotis segetum_). Le maréchal Vaillant constata à Vincennes
+qu'une Taupe consommait, en vingt-quatre heures, plusieurs fois son
+poids de vers blancs. M. Carl Vogt dit avoir trouvé dans l'estomac des
+Taupes des débris de vers blancs, des coléoptères à l'état parfait, des
+myriapodes, mais jamais de fragments végétaux. MM. Eug. Noël, F.
+Villeroy, Eug. Gayot, la considèrent comme une destructrice acharnée du
+ver blanc. M. Pouchet, sur plus de deux cents Taupes disséquées, a
+trouvé l'estomac rempli de fragments de vers de terre, de vers blancs,
+de hannetons et d'autres insectes, mais rarement et accidentellement des
+débris de végétaux. Geoffroy Saint-Hilaire est plus circonspect: «On a
+donné pour certain, dit-il, que les Taupes négligent les vers blancs et
+les courtilières. Malheureusement, il n'en est rien: la larve du
+hanneton ou le ver blanc et la courtilière (_acheta gryllotalpa_) ne lui
+inspirent que du dégoût. Le célèbre zoologiste Paul Savi parle d'une
+Taupe qu'il a possédée et observée vivante pendant deux mois. Il l'a
+quelquefois nourrie seulement avec des courtilières. Douze de ces
+insectes suffisaient à la subsistance de toute une journée. J'ai observé
+un estomac de Taupe qui renfermait des vers blancs en une telle quantité
+que cette poche était comble; mais nous avons cherché vainement à
+déterminer l'espèce de ces vers blancs, M. Audouin consulté.» D'après
+Cadet de Vaux, la Taupe ne mange pas la courtilière, ni le ver gris,
+mais bien probablement le ver blanc. Un jardinier du département du Cher
+nous affirma qu'ayant placé des Taupes dans des caisses à fleurs où il
+les nourrissait de courtilières, les Taupes ne mangeaient que les têtes
+des insectes, ce qui serait bien suffisant pour affirmer leur
+destruction.
+
+Ne serait-il point possible que, poussée par cette faim insatiable, par
+cette nécessité suprême d'une nourriture fréquente, la Taupe consommât
+en cas de besoin, et toute autre meilleure nourriture lui faisant
+défaut, des proies qu'elle dédaignerait en toute autre circonstance?
+C'est ce que tendrait à prouver l'observation suivante: «Dans le but de
+vérifier les assertions si souvent faites que la Taupe détruit les vers
+blancs, et pour en avoir le cœur net, comme on dit, voici comment
+j'ai procédé. Je laissai vivre les Taupes en toute liberté, évitant même
+de les déranger, dans l'espoir qu'elles me débarrasseraient des vers
+blancs. Je suis maintenant bien renseigné sur ce point; je n'ai plus
+aucun doute sur l'inefficacité à peu près complète du procédé. Cette
+année encore, j'avais des planches de scarole et de chicorée qui étaient
+complétement envahies par des vers blancs. Ainsi que cela avait déjà eu
+lieu les années précédentes, des Taupes y sont venues creuser des
+galeries dans tous les sens, mais elles ont paru vivre dans de très-bons
+termes avec les vers blancs, de sorte que, au lieu d'un ennemi, j'en
+avais deux. Cette observation que j'ai faite sur mes planches de salade,
+je l'ai également faite dans mes fraisiers, et j'ai pu constater que les
+résultats ont été exactement les mêmes, d'où je conclus que les Taupes
+ne mangent des vers blancs que faute de trouver mieux.» (P. Hauguel,
+jardinier à Montivilliers. _Journ. d'Hortic. pratique_, 1877, p.
+471-472.)
+
+Il est bien évident, d'après son système dentaire et son tube digestif
+(l'intestin décuple seulement de la longueur du corps, dénué de cœcum
+et présentant sur presque tout son trajet le même diamètre; estomac
+égalant en longueur la moitié de celle du corps avec insertion de
+l'œsophage dans le centre et non à l'extrémité antérieure), que la
+Taupe est organisée pour un régime animal. Mais, poussée par une
+voracité caractéristique, n'est-il pas possible qu'à défaut de
+nourriture animale, elle ne cherche à tromper la faim par des aliments
+végétaux? Flourens, Oken, Lenz, ont vu les Taupes périr de faim plutôt
+que de se nourrir de végétaux mis à leur portée (racines de raifort, de
+carottes, feuilles de chou et de salade, pain, etc.). Cadet de Vaux dit
+qu'elle se nourrit fort bien de racines d'artichaut, de carottes,
+panais, betteraves, navets, pommes de terre, etc. Geoffroy Saint-Hilaire
+nous semble dans le vrai, lorsqu'il dit: «La Taupe, très-friande, se
+jette, dans son désappointement, sur tout ce qui vient de prendre vie:
+les plus jeunes racines, le nouveau chevelu des arbres, de petites
+larves, toutes les semences végétales ou animales; elle se rabat, au
+besoin, sur des insectes parfaits, quelques scarabées et autres; enfin,
+elle s'accommode aussi de la partie charnue des racines fusiformes,
+prélevant sa part sur nos plantes alimentaires, comme carottes, panais,
+betteraves, navets, pommes de terre, etc. La culture des artichauts
+l'attire dans les potagers. Sa préférence pour les jeunes pousses des
+végétaux et pour tous les produits de l'animalisation serait-elle cause
+qu'il ne lui arrive point de faire des provisions? Il est du moins
+certain qu'elle vit au jour le jour. Ce n'est point seulement en été,
+mais aussi dans la saison d'hiver; la Taupe n'y est pas sujette à
+l'engourdissement.» (XVe leçon, p. 39.) Buffon avait déjà dit, en
+parlant de la Taupe: «Il lui faut une terre douce, fournie de racines
+esculentes, et surtout bien peuplée d'insectes et de vers dont elle fait
+sa principale nourriture.»
+
+Mais, en supposant même qu'elle ne les mange pas, elle détruit un grand
+nombre de plantes ou tout au moins leur porte un notable dommage. Tantôt
+elle soulève et bouleverse celles sous lesquelles passe une de ses
+galeries; tantôt elle émonde les radicelles d'un arbrisseau à l'ombre
+duquel elle trace sa voie souterraine; d'autres fois ce sont des
+chaumes, des pailles ou des tiges qu'elle entraîne dans son nid pour
+s'en constituer un moelleux et sec coucher. Par les dents ou par les
+pieds, elle est l'hôte onéreux des champs et surtout des jardins, et
+c'est en vain qu'elle invoquerait les circonstances atténuantes. Pour
+quelques services rendus, que de dommages causés!
+
+En effet, condamnée à ne vivre que d'un travail pénible et à peine
+interrompu, il lui faut sans cesse fouiller le sol pour y trouver des
+aliments. La Taupe fouille pour vivre, et elle distingue instinctivement
+les contrées et les sols qui lui promettent la subsistance la plus
+abondante et la plus assurée: les terrains légers sans être sableux,
+frais sans être humides, riches, rarement remués. Dans une prairie, elle
+parcourt le bas en été et le haut en hiver; on ne la trouve en terres
+tourbeuses que durant la belle saison; elle vit à la surface pendant les
+saisons humides et s'enfonce plus ou moins profondément durant les
+saisons sèches; elle fuit devant l'inondation et se réfugie souvent dans
+les digues et les levées qu'elle mine de ses travaux; elle n'est point
+embarrassée pour traverser à la nage un ruisseau, une rivière ou un
+étang; mais c'est dans les jardins qu'elle se plaît plus
+particulièrement en toutes saisons et surtout en hiver, on le comprend.
+
+Une Taupe apportée dans un champ s'y cantonne après avoir étudié le
+terrain: «Elle creuse dans chaque direction un boyau à plusieurs
+embranchements: exploitant chaque fois d'autres lieux, elle revient sans
+cesse à la charge. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que la terre
+soit minée en plusieurs sens. Quelques boyaux débouchent fortuitement
+les uns dans les autres, et d'autres fois avec intention: la Taupe lie
+ensemble plusieurs canaux, en élargit quelques-uns, et, se créant des
+routes usuelles, elle finit par soumettre toutes les percées qu'elle a
+faites à un système parfaitement combiné, lequel, amené à sa perfection,
+s'appelle le cantonnement de la Taupe. Son gîte en occupe ordinairement
+le centre. Le nid, pour l'éducation des petits, est une chambre écartée
+et différente à quelques égards.
+
+«Pour que ces habitations soient à l'abri des pluies d'orage, leur fond
+se trouve presque de niveau avec le terrain; il est par conséquent de
+beaucoup supérieur au sol des galeries qui reçoivent et contribuent à
+perdre les eaux fluviales.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)
+
+Les galeries du terrain de chasse ont un diamètre à peine supérieur à
+celui du corps de l'animal; dans celles qui lui servent de passage
+habituel, le diamètre tend sans cesse à s'agrandir, l'animal y circulant
+fréquemment et précipitamment. Dans les terres fortes, les galeries sont
+plus superficielles; situées plus profondément au contraire dans les
+sols légers. Quand il s'agit de franchir un obstacle, comme une route ou
+un mur, la galerie s'enfonce souvent à 0m,50 et même plus. Le plancher
+des galeries de chasse est en moyenne de 0m,12 à 0m,16 en dessous de la
+surface du sol. Mais pour opérer ces galeries, il faut trouver un
+emplacement pour les déblais; aussi, de distance en distance, la Taupe
+rejette-t-elle la terre émiettée qu'elle transporte et accumule à la
+surface du terrain, formant ce qu'on appelle une taupinière.
+
+Au travail, la Taupe chemine avec une vitesse variable selon la nature
+du sol plus ou moins résistant, de 10 mètres à 15 mètres par heure, soit
+en moyenne 12m,50 environ; mais lorsqu'elle revient à son gîte,
+lorsqu'elle court à la surface du sol et qu'elle est effrayée, elle peut
+atteindre, comme dans les expériences de Lecourt, la vitesse d'un
+cheval au trot. A la saison des amours, les mâles poursuivant une
+femelle creusent parfois de 50 à 60 mètres de galeries par heure.
+
+[Illustration: Fig. 2]
+
+La Taupe parcourt ses galeries de chasse (qui ont parfois ensemble plus
+d'un kilomètre) quatre fois par jour: au lever du soleil, de neuf à dix
+heures du matin, de deux à trois heures du soir, enfin un peu avant le
+coucher du soleil. Dans les intervalles du travail, elle se retire dans
+un gîte ou chambre qu'elle établit en un endroit d'accès difficile, sous
+des ruines, sous un mur, au pied d'une haie, etc. Ce gîte, qui a donné
+lieu à un plus fort déblai que les taupinières ordinaires, est assez
+éloigné du terrain de chasse avec lequel il communique par une seule
+voie qui se bifurque ensuite plus ou moins; autour du gîte rayonnent
+quelques courtes galeries. Voici comment Geoffroy Saint-Hilaire décrit
+cette merveilleuse construction, toujours établie sur le même plan et
+qui nous paraît presque comparable aux travaux de l'abeille: «Par des
+déblais plus considérables, l'animal s'est procuré une plus grosse
+taupinière: le tout est bientôt façonné au moyen d'une galerie
+circulaire sous clef; non contente d'avoir ouvert cette galerie en se
+glissant entre deux terres, la Taupe continue ses tassements de dedans
+sur le dehors par des poussées de son corps et de sa tête. (Cette
+galerie est marquée _ii_ dans la figure 2 A.) Une autre galerie
+circulaire, au-dessous de la première, _uu_, est plus grande et de
+niveau avec le terrain environnant. La Taupe y fait les mêmes
+tassements. Les galeries communiquent entre elles par cinq boyaux
+également espacés (fig. 3 A), et la galerie supérieure aboutit au sommet
+du gîte par trois routes. Le gîte, ou la chambre qu'habite la Taupe,
+porte au fond un trou (c'est l'emplacement circonscrit par une ligne de
+points et marqué _g_) qui fait l'entrée d'une route de sauvetage pour
+elle, si elle est menacée. Ce trou est d'ordinaire bouché par un matelas
+d'herbages: pour que le tassement, sous le comble de la taupinière,
+puisse acquérir la plus grande densité possible, la Taupe y ouvre encore
+plusieurs autres boyaux aveugles, dont elle fait les enduits avec son
+poil lisse et les pressions de toute sa masse. Ces boyaux sont en outre
+comme autant de sentinelles avancées; car les premiers rompus,
+l'éboulement de leurs flancs intérieurs devient un sujet d'alarme.»
+
+[Illustration: Fig. 3]
+
+La figure 3 montre comme faisant partie du tracé général des routes, le
+gîte en _i_, et les galeries latérales par où la Taupe s'échappe. En A
+est le gîte grandi et vu de face; et en A (fig. 2) est cette même
+habitation aperçue de profil. Enfin la courbe _zz_ figure la coupe de
+l'extérieur du terrain.
+
+La Taupe est loin d'être sociable; elle ne supporte autour d'elle aucun
+animal vivant; elle attaque les grenouilles (mais non les crapauds), les
+mulots, les souris, campagnols, musaraignes, l'orvet; elle se défend
+contre la belette et la vipère; quand elle rencontre une de ses
+semblables, il s'ensuit un duel qui ne se termine que par la défaite, la
+mort et l'engloutissement de l'une des deux. Mais l'heure du berger
+sonne aussi pour la Taupe. Les mâles entrent en rut et les femelles en
+chaleur, depuis le 15 février jusqu'au 15 août environ.
+
+Une autre vie commence alors; les mâles et les femelles qui, jusque-là,
+ont vécu isolés, quittent leurs galeries et leurs gîtes, abandonnent
+leurs cantonnements et s'en vont errer à l'aventure. Il y a trêve entre
+les femelles, mais guerre déclarée entre les mâles. Quand deux de
+ceux-ci se rencontrent, le combat commence sous terre et se termine par
+la mort ou la fuite du vaincu. Quant au vainqueur, il se met en quête
+d'une compagne qu'il lui faut conquérir, non-seulement contre des
+rivaux, mais aussi contre elle-même. Tout en désirant l'approche du
+mâle, la femelle s'enfuit devant lui, et, comme la nymphe sans doute,
+
+ Fugit ad salices et se cupit ante videri.
+
+[Illustration: Fig. 5]
+
+Elle fuit, se creusant de nouvelles galeries étroites et sinueuses; le
+mâle la poursuit, creusant rapidement des contre-galeries en ligne
+droite, à fleur de terre, afin de lui couper la retraite et de l'acculer
+dans une impasse. Poussé par une ardente passion, le mâle mine avec une
+incroyable ardeur, et, en trois heures, on en voit creuser jusqu'à 150
+et 200 mètres de galeries. La femelle se rend, épuisée de fatigue ou
+impuissante à trouver une issue; l'aube se lève à peine ou le crépuscule
+est déjà tombé; l'accouplement s'opère, dans la galerie même et au
+milieu du plus grand mystère. Les deux époux vont faire ménage commun...
+jusqu'à la mise bas. C'est ensemble qu'ils vont creuser le nid où la
+mère fera ses couches. «Ce nid n'est pas toujours surmonté d'un dôme à
+l'extérieur: dans le cas contraire, la taupinière du nid se reconnaît à
+son volume quadruple de celui d'une taupinière de déblais, et à sa forme
+qui n'est ni aplatie ni pyramidale, et dont une sébile de bois renversée
+donne une idée assez exacte. La Taupe femelle qui construit son nid se
+borne à agrandir un des carrefours formés par la rencontre de trois ou
+quatre routes.» (Geoffroy Saint-Hilaire.) La lettre B (fig. 5) montre
+ce nid dans ses rapports avec le terrier tracé par le mâle, et celle E
+(fig. 4), un nid abandonné, celui de l'année précédente. Ces figures 4
+et 5 montrent ces nids isolés et grossis (comparativement aux autres
+dessins) pour donner une idée de leur forme. Cet emplacement est le plus
+souvent situé assez loin du gîte, mais il lui est relié par une galerie.
+Le nid est une chambre haute de 0m,40, large de 0m,20, placée au-dessus
+du niveau du sol, ayant une forme d'entonnoir dont une galerie forme le
+drain, tapissée d'un matelas d'herbes. Geoffroy Saint-Hilaire, guidé par
+le taupier Lecourt, ayant ouvert un de ces nids, en mars 1825, y compta
+quatre cent deux tiges de froment garnies de leurs feuilles encore
+vertes et fraîches, ce qui prouvait qu'elles avaient été recueillies en
+très-peu de jours.
+
+[Illustration: Fig. 4]
+
+Après une gestation de trente à trente-cinq jours, la Taupe met bas,
+sans douleurs bien vives (à cause de la situation de l'utérus en dehors
+du bassin), de deux à cinq petits de la grosseur d'un gros pois,
+aveugles et nus; mais ils se développent rapidement, et à l'âge de cinq
+à six semaines, ils ont atteint déjà 0m,05 à 0m,07 de longueur. C'est la
+mère qui se charge de leur éducation, leur apprenant à fouir, dès qu'ils
+sont de force à quitter le nid. Mais son amour maternel ne va pas
+jusqu'à sacrifier sa vie à leur défense, car en cas de danger, elle
+fuit, sans s'inquiéter d'eux. Quant au mâle, après avoir pris sa part à
+la construction du nid, il est retourné dans son cantonnement et ne le
+quittera que dans une année et dans le même but. Lecourt, un taupier
+expérimenté, sous la dictée duquel Cadet de Vaux a écrit son livre _De
+la Taupe_ (Paris, Colas, 1803, p. 88), dit que, le moment de
+l'accouplement passé, mâle et femelle s'isolent, et que jamais il n'a,
+de sa vie, saisi un couple au gîte; il y a plus, jamais il n'a saisi au
+nid la mère et les petits; elle fuit, au moindre danger, en les
+abandonnant.
+
+[Illustration: Fig. 2]
+
+[Illustration: Fig. 1]
+
+[Illustration: Fig. 4]
+
+[Illustration: Fig. 5]
+
+[Illustration: Fig. 3]
+
+«Nous reproduisons le dessin très-fidèle d'un relevé de terrain fait en
+1825, par les soins de M. Geoffroy Saint-Hilaire. Il a vingt-quatre
+mètres de longueur dans la ligne partant du point _c_, passant par _h_,
+_j_, _k_, _m_ et _b_, jusqu'au point _e_. La ligne partant du nid _b_ et
+se rendant au point _a_ en passant par _q_ a quinze mètres de largeur.
+Une ligne ponctuée R, S, laisse au-dessous d'elle les restes d'un ancien
+cantonnement submergé pendant l'hiver; au-dessus sont les travaux
+récents de la Taupe mâle, galeries où elle conduit et renferme la Taupe
+femelle pendant le temps de la gestation et du part. Le terrain où ces
+travaux ont été étudiés et relevés était situé à quelque distance de
+Pontoise, en dessus et sur la droite de la rivière; la Taupe mâle, qui
+était venue s'emparer de ce théâtre d'exploitation, s'y était rendue
+d'assez loin et arriva en pleine terre jusqu'au point C; elle trouva une
+terre molle, facile à percer: pour gagner de vitesse, elle ne tassa
+point la terre, mais elle multiplia les taupinières de décharge, et ce
+sont ces taupinières qui sont indiquées par les petits cercles, répandus
+sur les lignes. Huit jours suffirent pour l'achèvement des galeries; à
+peine un bout de tuyau était-il ouvert que le mâle gagnait son ancien
+cantonnement, s'y mettait en recherche d'une femelle et s'en faisait
+suivre. Éveillés par ces courses répétées, d'autres mâles se mettaient à
+la piste du couple et s'acheminaient derrière lui sur la prairie,
+jusqu'à l'entrée de la galerie centrale. Arrivé là, le mâle y enferma sa
+femelle, et revint sur ses pas pour interdire à ses rivaux l'entrée de
+ce cantonnement. Dans la figure 1, cet emplacement est entouré de
+points: la ligne R, S, coupe par le travers de cette arène où
+s'engagèrent des assauts rudes et violents qui ne cessèrent que par la
+retraite ou la mort des vaincus.
+
+«Cependant la femelle, acculée dans la galerie _j_, _k_, _l_, essayait
+de fuir dans des boyaux qu'elle ouvrait de côté; c'est une partie de ces
+travaux que la figure 1 exprime, et qu'on trouve figurés aux points _j_,
+_k_, _l_, _n_, _o_. Mais le vainqueur ne tarda point à rejoindre cette
+femelle vagabonde, et à la ramener dans ses propres galeries: ce manége
+fut répété plusieurs fois, c'est-à-dire tout autant que d'autres mâles
+entrèrent en lice. Arriva enfin, et assez promptement, l'instant où la
+supériorité du vainqueur fut reconnue. Dès lors, le mâle et la femelle
+creusèrent ensemble et achevèrent les galeries figurées au plan. Dans
+les derniers moments, la femelle se détourna et creusa encore à part,
+obligée d'aller en chasse pour vivre.
+
+«Enfin, après qu'eurent été produites les galeries d'hésitation et de
+recherche de nourriture en _o_, _r_ et _s_, le mâle conduisit sa femelle
+à la patte d'oie marquée _v_. Dès ce moment, la femelle excédée ne
+creusa plus en plein tuf, mais à fleur de terre: elle traça, ne faisant
+qu'écarter les racines des végétaux. Revenant à son trou, elle en était
+repoussée par le mâle; de là les embranchements _y_, _y_, _y_, _y_ qui
+passent du même point.»
+
+M. Henri Lecourt a passé plusieurs mois à contempler les mouvements des
+Taupes pendant leurs amours. C'est d'après son récit que s'expliquent
+les diverses sinuosités représentées dans la figure 1 de notre planche.
+Aucun autre terrain ne lui avait jusqu'alors encore offert une occasion
+aussi favorable pour l'observation.
+
+La Taupe est depuis longtemps connue des agriculteurs: Aristote
+(quatrième siècle avant J. C.), Pline (premier siècle après J. C.),
+Columelle et Varron Oppien (deuxième siècle après J. C.), Elien
+(troisième siècle après J. C.), ont décrit ses mœurs à leur manière
+et brodé chacun un petit roman sur ce sujet: Varron d'abord, Pline
+ensuite, et d'après le premier, racontent qu'une ville de Thessalie,
+dont ils ne disent point le nom, fut minée et détruite par les Taupes.
+De Lafaille, pour appuyer ce dire des anciens, cite, d'après le voyageur
+Lacaille, les dégâts causés au Cap par les travaux d'une Taupe qui n'est
+autre que la chrysochlore dorée (_chrysochloris aurata_), un genre
+voisin; sillonnant toute la campagne de ses galeries profondes dans les
+sables, elle rend dangereuse la promenade ou la course à cheval.
+
+Puis c'est Buffon qui la décrivit avec le succès que l'on sait (1767);
+de Lafaille, qui cumule trop souvent les erreurs des anciens avec la
+crédulité du moyen âge; Cadet de Vaux, qui, dans un travail trop diffus,
+entreprit d'exposer les observations de Lecourt.
+
+«Henri Lecourt occupait, avant la Révolution, un emploi au château de
+Versailles; entraîné par un goût irrésistible, il fixa de bonne heure
+son attention sur l'instinct des animaux; plus tard, les difficultés de
+l'observation et l'utilité de l'entreprise, en donnant une autre
+direction à son génie, l'amenèrent à étudier exclusivement la Taupe.
+Lecourt se fit Taupier à Pontoise (Seine-et-Oise), ou plutôt,
+renouvelant les méthodes, il créa réellement une profession où l'homme
+lutte avec les forces de son esprit contre une industrie et une
+puissance de multiplication merveilleuses.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)
+En trois ans, Lecourt avait détruit, sur six cents hectares du
+territoire de Pontoise, dix mille Taupes; seul, il en prenait plus de
+quatre-vingts par jour. Les autorités de Pontoise, prisant fort son
+habileté, craignaient de perdre leur libérateur et, avec lui, ce qu'ils
+appelaient son secret. Cadet de Vaux, mis en rapport avec Lecourt, et
+édifié sur son habileté, proposa au préfet et obtint de lui la
+fondation, à Pontoise, d'une école de taupiers, sous la direction de
+Lecourt. Peu après, le préfet et la Société d'agriculture du Calvados
+établissaient dans ce département une école analogue, toujours sous la
+direction de Lecourt. Depuis lors, l'enseignement du taupier est devenu
+un enseignement mutuel, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se soit pas
+perfectionné.
+
+C'est Cadet de Vaux qui, nous l'avons dit, se chargea de vulgariser les
+observations de la méthode de Lecourt: il énumère longuement les dégâts
+que cause le petit mammifère aux espaliers, aux murs, dans les haies,
+dans le potager, dans le verger, dans les champs, dans les prés, dans
+les bois récemment ensemencés, sur les berges, digues, levées et jetées,
+dans les canaux, sur les routes, autant dire partout, et en toutes
+saisons, même sous la neige.
+
+Lecourt distingue les travaux en: 1º extérieurs (traces, taupinières,
+tuyaux, gîtes, nids lorsqu'elle les laisse apparents); 2º intérieurs
+(routes de communication, passages, galeries, boyaux, trous, gîtes,
+nids). Il distingue les traces ou galeries de chasse et les traces
+d'amour; les taupinières d'hésitation, d'entrée d'héritage, d'entrée de
+clôture, de cantonnement, de repos, de passage, de gîte, de nid, des
+mâles, et anciennes.
+
+C'est de la connaissance approfondie de ces divers signes extérieurs et
+des mœurs de l'animal qu'il déduit ses procédés de destruction: 1º
+au hoyau; 2º aux piéges; s'aidant seulement d'une sonde et d'un couteau
+à gaîne.
+
+De cette circonstance que le gîte est la citadelle de la Taupe et qu'un
+passage y conduit, ou que, si elle n'est pas gîtée, elle a, dans le lieu
+de son cantonnement, un passage, il déduit que c'est dans ce passage
+qu'il faut placer le piége. Puis après avoir pris la mère et voulant
+détruire les petits, il recherche le nid auquel viennent aboutir de un à
+trois passages rectilignes, et que signalent deux taupinières placées à
+des intervalles de quinze à vingt mètres et d'une forme particulière.
+Sur ce ou sur ces passages il place des piéges opposés au delà de
+l'abouchement des galeries reconnaissables aux nombreuses taupinières
+qui les surmontent.
+
+Le service qu'avait rendu Cadet de Vaux à Henri Lecourt, M. Dralet le
+rendit à son tour à un sieur Aurignac, taupier des environs d'Auch
+(Gers). C'est la méthode d'Aurignac qu'il expose dans ce livre; elle
+diffère de celle de Lecourt en ce qu'il considère que c'est pendant le
+travail qu'il faut prendre la Taupe, et que pour cela, il faut l'isoler
+sur deux points peu éloignés d'une galerie au moyen de coupures et de
+tassements légers du sol. C'est là la base de sa théorie; mais il expose
+ensuite huit cas différents qui peuvent se présenter dans la pratique,
+et donne pour chacun d'eux la solution du problème.
+
+
+
+
+L'ART
+
+DU TAUPIER
+
+
+Tout le monde sait combien la Taupe[B] est funeste à l'agriculture. Cet
+animal vit sous la terre, et bouleverse les racines qu'il rencontre, en
+parcourant les longues routes souterraines qu'il se forme à l'aide de
+son museau et de ses pattes. Il se plaît surtout dans la terre légère
+des jardins, où il fait des dégâts considérables; mais c'est dans les
+prairies que son séjour est le plus nuisible: il couvre de nombreux
+monticules que l'on nomme _taupinières_ le terrain sous lequel il
+habite; et le dommage que ces taupinières occasionnent au propriétaire
+ne consiste pas seulement dans l'herbe dont elles coupent la place,
+elles font encore perdre une partie de celle qui les avoisine, en
+portant obstacle au cours de la faux au moment de la coupe des foins.
+Tels sont les désastres les plus apparents causés par cet animal
+destructeur; mais il en est de plus considérables dont tout le monde ne
+s'aperçoit pas: ils ont lieu dans les prairies qui avoisinent les
+rivières et les ruisseaux. On y élève ordinairement, à grands frais, des
+digues de terre appelées _mues_, pour prévenir les inondations. Ces
+sortes d'ouvrages ne manquent pas d'être percés, pendant l'été, par les
+Taupes, qui vont, dans cette saison, chercher la fraîcheur sur le
+rivage; et le boyau qu'elles forment pour leur passage, donnant une
+issue à l'eau, fait détruire la digue et inonder la prairie, à la
+première crue du ruisseau ou de la rivière.
+
+Voilà des motifs bien puissants pour engager les cultivateurs à
+s'occuper sérieusement de la destruction des Taupes. Mais on peut y
+ajouter que l'on tire parti de la dépouille de ces animaux après leur
+mort. Agricola dit avoir vu des habits fourrés de la peau de ces
+animaux; et, au rapport de Pline, on en faisait des couvertures de lit,
+à Orchomène. Ces sortes de fourrures peuvent être très-agréablement
+nuancées, puisqu'on trouve des Taupes plus ou moins noires, plus ou
+moins brunes. Aurignac en a pris quelques-unes de blanches dans le
+département du Gers; il en a aussi trouvé une tachetée de blanc et de
+noir.
+
+Dans tous les temps on s'est occupé de faire la guerre aux Taupes. Les
+appâts, les piéges, les machines, le poison, les armes à feu ont été mis
+en usage tour à tour, et tous ces moyens ont été jusqu'à présent ou
+trop coûteux ou insuffisants.
+
+De tous ceux qui ont été essayés, le plus simple est sans doute celui
+qui est employé dans les environs d'Auch, puisqu'il ne nécessite l'usage
+d'aucun instrument que celui d'une houe ordinaire ou d'un hoyau.
+
+Mais ce moyen, découvert par le hasard, ne pouvait devenir vraiment
+efficace qu'à l'aide du temps et par le secours d'une longue
+observation. Aussi n'est-ce qu'après vingt ans d'un travail assidu, que
+le sieur Aurignac est parvenu à savoir prendre en vie, dans une matinée,
+toutes les Taupes d'un héritage, fussent-elles au nombre de vingt-cinq
+ou trente.
+
+Nous allons faire ici l'exposition des procédés employés par ce Taupier;
+elle sera précédée de quelques instruction préliminaires, sans
+lesquelles on tenterait en vain de faire avec succès la guerre aux
+animaux dont il s'agit.
+
+
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+_Notions sur l'histoire naturelle de la Taupe, servant d'introduction à
+l'Art du Taupier._
+
+
+1. La Taupe passe sa vie sous la terre; elle s'y forme un gîte qui se
+trouve ordinairement sous un arbre, près d'une haie, ou au pied d'un
+mur. C'est là qu'elle se retire pendant la nuit, et où elle va se
+reposer à certaines heures du jour. Ce gîte est recouvert d'un dôme
+construit en terre solide, d'une forme aplatie; quelquefois il n'est
+indiqué à l'extérieur que par un monticule de terre meuble que l'on
+nomme taupinière.
+
+2. De ce gîte, la Taupe s'ouvre une route souterraine pour aller
+chercher sa nourriture. Aucun obstacle ne l'arrête dans ce travail, qui
+s'étend quelquefois à plusieurs centaines de mètres: elle perce le mur
+qu'elle rencontre sur son passage, ou bien elle pénètre sous les
+fondations; elle passe d'une rive à l'autre d'un ruisseau, en cheminant
+sous son lit. C'est en ligne à peu près directe qu'est dirigée cette
+route, que l'on peut appeler premier ou grand boyau. On la reconnaît
+extérieurement à l'affaissement de la terre, et à la pâleur des plantes
+sous les racines desquelles elle passe. Il arrive souvent que cette
+route est fréquentée par plusieurs Taupes.
+
+3. La Taupe se nourrit beaucoup d'insectes et de vers; c'est pourquoi on
+la trouve ordinairement dans les terres douces et de bonne qualité.
+
+4. Elle ne réside ni dans la fange, ni dans les terrains pierreux.
+
+5. Quelquefois elle abandonne le terrain qu'elle habite, paraît quelques
+instants à la surface de la terre, pour entrer bientôt dans un lieu
+plus commode: cela arrive notamment lorsqu'elle a été surprise par une
+inondation.
+
+6. Pendant l'hiver et les temps pluvieux, elle habite les endroits
+élevés, parce qu'ils sont moins humides et plus à l'abri des
+inondations.
+
+7. Dans la belle saison, la Taupe descend dans les vallons,
+principalement dans les prés, où elle trouve une terre fraîche et facile
+à travailler.
+
+8. Lorsqu'il y a de longues sécheresses, elle se réfugie le long des
+fossés, sur le bord des ruisseaux et sous les haies.
+
+9. C'est en mars, avril et mai que les femelles mettent bas leurs
+petits. Il y en a ordinairement quatre ou cinq à chaque portée.
+
+10. Elles ont préparé d'avance un nid souterrain, couvert d'une voûte
+solide, dans un endroit élevé, et ordinairement protégé par une haie ou
+un buisson. On voit quatre ou cinq grosses taupinières fort rapprochées
+au-dessus de cette demeure.
+
+11. La Taupe ne fait pas de provisions; elle est donc obligée de se
+livrer à un travail journalier pour chercher sa nourriture. Il consiste
+à former à droite et à gauche de la grande route, dont on a parlé plus
+haut, des boyaux de peu d'étendue que l'on peut désigner sous le nom de
+chemins, petits boyaux, ou boyaux accessoires.
+
+12. Les boyaux sont ordinairement parallèles à la surface de la terre, à
+la profondeur de 12 à 18 centimètres, suivant les saisons.
+
+13. Comme les Taupes craignent presque également le froid et le chaud,
+c'est en hiver et en été qu'elles s'enfoncent le plus profondément dans
+la terre, c'est-à-dire que leurs boyaux sont le plus éloignés de sa
+surface.
+
+14. Elles sont fort craintives: lorsqu'elles se sentent en danger, elles
+s'enfoncent en terre par un boyau perpendiculaire qu'elles creusent
+quelquefois jusqu'à la profondeur de 50 centimètres.
+
+15. A mesure que les Taupes forment des boyaux, elles rejettent à la
+surface du sol la terre qu'elles ont détachée: c'est ce qui produit ces
+monticules que l'on nomme taupinières; elles en font à chaque reprise,
+trois, quatre, six, jusqu'à neuf, suivant leur âge et leur force.
+
+Les taupinières provenant de la grande route qui conduit au gîte sont,
+comme elle-même, disposées en ligne directe; leur volume est
+considérable; elles sont à d'égales distances les unes des autres, et
+espacées de 8 à 10 mètres.
+
+Celles des chemins ou boyaux accessoires sont placées sans ordre, d'un
+volume inégal, et à de petites distances.
+
+Dans les terres nouvellement ameublies par la culture, surtout si elles
+ont été récemment arrosées, la Taupe ne forme aucune taupinière sur son
+passage; elle se glisse à la superficie; on la voit s'avancer, seulement
+couverte de la légère couche de terre qu'elle soulève.
+
+16. Revenons aux taupinières. D'après ce que l'on a dit plus haut, il y
+a nécessairement entre elles une communication par des boyaux
+souterrains.
+
+17. _Si l'on ouvre avec un instrument quelconque un boyau qui communique
+à deux taupinières nouvellement formées, la Taupe vient quelques
+instants après le réparer, afin de se mettre à couvert du danger et du
+grand air. Pour y parvenir, elle forme à l'endroit ouvert une voûte de
+terre mobile, qui a la forme d'une taupinière oblongue, au moyen de
+laquelle elle réunit et rapièce, pour ainsi dire, le boyau coupé._
+
+_Si l'on fait de pareilles ouvertures à la grande route, la Taupe les
+réparera de la même manière, soit lorsqu'elle sortira de son gîte, soit
+lorsqu'elle y retournera._
+
+18. _Si l'on endommage une taupinière fraîche, la Taupe vient aussi la
+réparer[C]._
+
+19. La Taupe travaille dans toutes les saisons, puisque ce n'est qu'à
+force de travail qu'elle se procure de la nourriture.
+
+20. Il n'est pas vrai qu'elle dorme tout l'hiver, comme l'ont prétendu
+quelques naturalistes; mais, dans cette saison, elle a peu d'activité,
+et travaille beaucoup moins qu'en été.
+
+21. C'est à l'approche du printemps que les Taupes sont plus ardentes à
+l'ouvrage, et qu'elles forment un plus grand nombre de taupinières. Il y
+en a plusieurs raisons: la première est la nécessité de fournir de la
+nourriture à leurs petits, qui naissent ordinairement alors; la seconde
+est la facilité qu'elles trouvent à remuer la terre; la troisième enfin
+vient de ce que la température venant à s'adoucir, l'animal recouvre ses
+forces, que diminuait la rigueur du froid.
+
+22. La mâle est beaucoup plus vigoureux que la femelle, et les
+taupinières qu'il forme sont grosses et multipliées.
+
+23. La femelle travaille moins que le mâle; ses taupinières sont petites
+et peu nombreuses.
+
+24. Les jeunes ne font que de longues traînasses, en effleurant la
+superficie de la terre, qui suffit à peine pour les couvrir. Lorsqu'ils
+commencent à faire des taupinières, elles sont petites, informes,
+disposées en zigzag.
+
+25. Les heures auxquelles les Taupes travaillent sont, au lever du
+soleil, à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil;
+mais c'est au coucher du soleil qu'elles sont le plus ardentes à
+l'ouvrage.
+
+26. Dans les temps de sécheresse, on ne les voit guère faire de
+taupinières qu'au soleil levant; et, en hiver, elles saisissent le temps
+où il a réchauffé la terre par ses rayons.
+
+27. Il paraît que le sens de la vue est presque nul dans la Taupe; mais
+en revanche, la nature lui a donné le sens de l'ouïe très-délicat.
+
+
+
+
+ARTICLE II.
+
+_Principes de l'Art du Taupier._
+
+
+28. On ne prend aisément les Taupes que lorsqu'elles travaillent.
+
+29. Le temps le plus favorable au Taupier est donc vers le commencement
+du printemps. (Voir paragraphe 21.)
+
+30. C'est dans les prairies que, dans cette saison, il faut
+principalement leur faire la guerre (7).
+
+31. Il faut les attaquer au lever du soleil, ou à neuf heures du matin,
+ou à midi, ou à trois heures, ou au soleil couchant (25).
+
+32. Il est plus avantageux de commencer au soleil levant qu'aux autres
+heures du jour (25).
+
+33. L'heure la plus commode est ensuite à neuf heures du matin, parce
+que si l'on n'est pas parvenu à prendre toutes les Taupes que l'on avait
+en vue, on peut continuer successivement les opérations commencées aux
+autres heures de la journée.
+
+34. Lorsque l'on guette une Taupe, il faut soigneusement éviter de faire
+du bruit et surtout de frapper la terre (27).
+
+35. On peut, dans certains cas, obliger une Taupe à sortir de son
+souterrain, en y versant une certaine quantité d'eau (5).
+
+36. Lorsque l'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y
+souffle, si on coupe avec la houe le boyau qui communique à la
+taupinière voisine, et que l'on ferme avec un peu de terre ce boyau aux
+extrémités de la couture, la Taupe se trouvera emprisonnée entre
+l'endroit de cette coupure et celui de la taupinière (16).
+
+37. Une taupinière fraîche annonce la présence d'une Taupe; il en est de
+même de plusieurs taupinières fraîches peu éloignées.
+
+38. Quelque fraîche que soit une taupinière, si on la voit percée dans
+son centre par un trou perpendiculaire d'environ cinq centimètres de
+diamètre, il est certain que la Taupe a abandonné le terrain pour aller
+en chercher un qui lui convienne mieux (5).
+
+39. Lorsque l'on voit un assemblage de taupinières fraîches, si l'on
+prenait la peine de les enlever toutes avec la houe, et de découvrir
+dans toute leur longueur les boyaux qui communiquent de l'une à l'autre,
+on serait assuré de rencontrer et de prendre la Taupe qui y travaille.
+
+40. Cette opération serait sans doute trop longue et trop embarrassante;
+mais elle deviendra extrêmement simple, si l'on peut réduire la Taupe
+et l'enfermer entre deux points peu éloignés. Pour la prendre, il ne
+s'agira alors que de découvrir avec la houe l'espace intermédiaire de
+ces deux points.
+
+41. On réduit une Taupe entre deux points d'un boyau, par le moyen de
+quelques _coupures_ ou incisions faites à propos à ce boyau. Ces
+incisions lui coupent, pour ainsi dire, le chemin, puisqu'elle ne les
+franchit qu'après les avoir réparées (17).
+
+42. Lorsque l'on a fait une coupure, il faut fermer légèrement, avec un
+peu de terre, les extrémités du boyau qui y aboutissent, afin de
+retarder la marche de la Taupe.
+
+
+
+
+ARTICLE III.
+
+_Application des principes précédents_, ou _Pratique de l'Art du
+Taupier_.
+
+
+INSTRUMENT DU TAUPIER.
+
+Le seul instrument qui soit absolument nécessaire au Taupier est une
+houe; mais il convient qu'il se munisse aussi de quelques brins de
+paille, de quelques morceaux de papier blanc et d'un pot d'eau.
+
+ _Du nombre de Taupes qui se trouvent dans un héritage; de leur sexe
+ et de leur âge._
+
+La première chose que doit faire un Taupier en entrant dans un héritage,
+est de reconnaître, s'il est possible, les gîtes et les routes (1 et 2),
+ensuite de savoir combien il renferme de Taupes, afin de les attaquer
+toutes à la fois; c'est le moyen d'aller vite en besogne.
+
+Je suppose une pièce de pré, représentée par la planche ci-jointe,
+couverte de taupinières, _fig._ 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.
+
+J'aperçois d'abord une taupinière isolée, _fig._ 6. J'observe qu'elle
+est fraîche; elle m'annonce la présence d'une Taupe (37): cette
+taupinière est grosse; elle a donc été faite par un mâle (22).
+
+Je passe aux deux taupinières, _fig._ 7. Elles sont peu éloignées l'une
+de l'autre; elles ont donc été faites par une seule Taupe (37): elles
+sont fraîches, la Taupe y travaille donc; elles sont petites, elles
+appartiennent donc à une femelle (23).
+
+Les trois taupinières, _fig._ 8, sont peu éloignées l'une de l'autre;
+elles appartiennent donc à une seule Taupe; elles sont fraîches, cette
+Taupe y travaille donc; elles sont grosses, c'est donc un mâle.
+
+[Illustration: _Fig. 6._]
+
+[Illustration: _Fig. 7._]
+
+[Illustration: _Fig. 8._]
+
+[Illustration: _Fig. 10._]
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 12._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Les six taupinières, _fig._ 9, sont peu éloignées l'une de l'autre:
+elles ont donc été faites par une seule Taupe; elles sont fraîches,
+cette Taupe y travaille donc; elles sont petites, c'est donc une
+femelle.
+
+Les traînasses en zigzag, ou taupinières informes, _fig._ 10, sont
+fraîches; elles annoncent la présence d'une jeune Taupe (24).
+
+Les cinq taupinières, _fig._ 11, sont sèches, donc elles ont été
+abandonnées, (5).
+
+Les sept taupinières, _fig._ 12, sont encore fraîches; mais une d'elles,
+_M_, est percée par le haut; donc la Taupe qui les a faites les a
+quittées depuis peu (38).
+
+Je dois être assuré, d'après ces observations, qu'il y a, dans le pré
+dont il s'agit, deux Taupes mâles, deux femelles et une jeune.
+
+Il n'est pas indifférent de connaître si les Taupes que l'on veut
+prendre sont mâles ou femelles, si elles sont jeunes ou vieilles: les
+mâles, travaillant plus vite (22), doivent être guettés de plus près que
+les femelles les jeunes ne faisant qu'effleurer la terre (24) vont
+aussi fort vite, et ne doivent pas être perdues de vue.
+
+
+
+
+OPÉRATIONS
+
+
+
+
+PREMIER CAS
+
+_Lorsqu'une Taupe n'a fait qu'une taupinière,_
+
+fig. 6.
+
+
+[Illustration: Fig. 6.]
+
+J'enlève d'abord la taupinière avec la houe, et je m'assure si elle n'a
+pas de communication avec d'autres taupinières voisines. Pour y
+parvenir, je tousse dans l'ouverture que j'ai faite, c'est-à-dire à
+l'embouchure du boyau commencé; j'en approche en même temps l'oreille:
+si la taupinière n'a pas de communication, la Taupe, peu éloignée, est
+effrayée par le bruit; je l'entends s'agiter, et elle ne peut
+m'échapper.
+
+Je découvre le boyau _a_, _b_ avec la houe, et je suis jusqu'en _b_, où
+je rencontre la Taupe.
+
+Mais l'animal, connaissant le danger, a peut-être eu le temps de
+s'enfoncer en terre, en y formant un boyau perpendiculaire _b_, _c_
+(14); alors j'ai deux moyens pour le prendre: je creuse jusqu'en _c_, où
+je rencontre ma proie, ou bien je verse de l'eau en _b_, et l'animal s'y
+présente de lui-même (5).
+
+Si, au contraire, en toussant je n'ai pas entendu l'animal s'agiter,
+c'est une preuve que la taupinière communique avec quelques autres
+taupinières voisines, et j'opère comme dans les cas suivants.
+
+
+
+
+DEUXIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait deux taupinières,_
+
+A, B, fig. 7.
+
+
+[Illustration: 7.]
+
+Je fais une ouverture _d_, _e_, de la longueur de plus de 25
+centimètres, dans la direction du boyau qui communique d'une taupinière
+à l'autre. Je ferme avec un peu de terre les deux extrémités _d_, _e_ du
+boyau (42). Quelques instants après, la Taupe, d'abord frappée par le
+grand air, et craignant pour sa sûreté, vient réparer le dégât fait à
+son souterrain (17), et elle souffle en _d_ ou en _e_. Si c'est en _d_
+qu'elle se présente, je suis assuré de la trouver entre ce point et la
+taupinière _A_, si c'est en _e_, je suis assuré qu'elle est entre ce
+dernier point et la taupinière _B_. Dans l'une et l'autre hypothèse,
+j'opère comme il est indiqué au premier cas ci-dessus, c'est-à-dire que
+je découvre la partie du boyau qui aboutit à la taupinière A, ou celle
+qui aboutit à la taupinière _B_.
+
+
+
+
+TROISIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait trois taupinières,_
+
+C, D, E, fig. 8.
+
+
+Je fais les ouvertures _f_, _g_, _h_, _i_.
+
+[Illustration: Fig. 8.]
+
+La Taupe viendra souffler ou en _f_, ou en _g_, ou en _h_, ou en _i_.
+
+Si elle souffle en _f_, elle se trouve enfermée entre ce point et la
+taupinière _C_.
+
+Si elle souffle en _i_, elle se trouve enfermée entre ce dernier point
+et la taupinière _E_.
+
+Si elle souffle en _g_ ou en _h_, elle est dans l'espace intermédiaire
+entre ces deux points.
+
+Dans ces trois hypothèses, j'opère comme dans le premier cas, en
+découvrant l'espace dans lequel se trouve la Taupe.
+
+Si la Taupe est enfermée entre _g_ et _h_, que je ne veuille pas prendre
+la peine de découvrir tout cet intervalle, j'enlève la taupinière _D_,
+et je fais à sa place une troisième incision ordinaire. J'attends que la
+Taupe y ait soufflé, et le côté où elle vient m'indique si je la
+trouverai entre la troisième incision et le point _g_, ou entre cette
+incision et le point _h_.
+
+
+
+
+QUATRIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait quatre taupinières et au delà_, fig. 4.
+
+
+Je suppose les six taupinières _F_, _G_, _H_, _J_, _K_, _L_.
+
+Je fais l'incision _k_, _l_.
+
+Si la Taupe vient souffler en _k_, elle est enfermée entre ce point et
+la taupinière _F_.
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Si, au contraire, elle vient souffler en _l_, elle est enfermée entre ce
+dernier point et la taupinière _L_.
+
+Dans l'une et l'autre hypothèse, je fais de _K_ en _F_, ou de _l_ en
+_L_, les opérations indiquées dans le troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire que j'agis comme s'il n'y avait que trois taupinières.
+
+
+
+
+_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas ci-dessus._
+
+[Illustration: Fig. 7.]
+
+Je suppose que lorsque j'aurai fait la coupure _d_, _c_, _fig. 7_, la
+Taupe vient souffler en _d_, et que je me trouve là au moment où elle
+souffle, je sais qu'elle traversera l'espace _d_, _e_, pour réparer le
+boyau, en y formant une voûte avec la terre qu'elle détachera du fond de
+l'endroit ouvert. Si je reste là sans faire de bruit, je la verrai
+travailler à cette opération. Il ne s'agira, pour prendre la Taupe, que
+de poser le bout du manche de ma houe derrière elle, avant qu'elle
+arrive au point _e_. Par ce moyen, la terre que j'ai eu soin de mettre à
+l'ouverture _d_ l'empêchera d'avancer. Le bout de ma houe l'empêchera de
+reculer. Je la prendrai donc aisément, en enlevant avec mes doigts le
+peu de terre mobile dont elle est couverte(1).
+
+
+
+
+_Procédé essentiel à employer._
+
+On peut, sans rester près d'une ouverture, savoir l'instant où une Taupe
+commence à y souffler. Il ne s'agit que d'y planter un brin de paille,
+au bout duquel on fixera un petit morceau de papier. Ce petit étendard
+sera renversé ou au moins ébranlé au premier mouvement que viendra faire
+la Taupe à l'endroit où il est planté. L'ébranlement ou la chute de cet
+étendard avertira le Taupier de s'approcher pour guetter et prendre
+l'animal.
+
+
+
+
+CINQUIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe ne vient pas souffler aux premières ouvertures faites
+par le Taupier._
+
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Je suppose qu'après avoir fait l'ouverture _k_, _l_, _fig. 9_, la Taupe
+continue à souffler à la taupinière _L_; alors je suis sûr qu'elle est
+entre le point _l_ et la taupinière _L_, et les opérations qui me
+restent à faire sont les mêmes qu'au troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire que je dois agir comme s'il n'y avait que les taupinières
+_J_, _K_, _L_.
+
+Pour connaître si une Taupe, pendant mon absence, soufflera à une
+taupinière, je l'aplatis légèrement avec le pied, et, à mon retour, si
+j'aperçois une petite éminence sur la taupinière aplatie, nul doute que
+la Taupe y aura travaillé. Mais si la Taupe, ne venant pas souffler aux
+incisions, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, on doit
+conclure qu'elle s'est jetée dans la route par un des boyaux qui y
+aboutissent (2), et qu'elle a regagné son gîte (1). C'est là où il faut
+lui faire une nouvelle attaque. On pratique, dans ce cas, plusieurs
+ouvertures sur la route, à proximité du gîte. La Taupe ne tarde pas à
+venir souffler à l'extrémité de l'une de ces ouvertures, et
+conséquemment à indiquer l'endroit où elle se trouve renfermée; on agit
+alors comme dans les autres cas.
+
+
+
+
+SIXIÈME CAS
+
+_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e, 4e et 5e cas
+ci-dessus, lorsqu'on se trouve près d'une taupinière au moment où
+la Taupe y souffle._
+
+
+Si je me trouve près de la taupinière _L_, _fig. 9_, au moment où la
+Taupe y souffle, je n'emploierai pas le moyen incertain des jardiniers,
+qui enlèvent la taupinière d'un coup de bêche; mais je donnerai en _m_,
+_n_ un grand coup de houe sur le boyau qui communique de cette
+taupinière à la voisine _K_. C'est une manière sûre d'enfermer la Taupe
+entre la taupinière _L_ et le point _m_, _n_.
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Lorsque la Taupe est ainsi enfermée, j'opère comme dans le premier cas,
+c'est-à-dire que je découvre l'intervalle dans lequel elle est enfermée,
+etc.
+
+Il est inutile de dire que, pour que ce moyen puisse être employé avec
+succès, il faut que la taupinière où souffle la Taupe n'ait qu'une seule
+communication.
+
+
+
+
+SEPTIÈME CAS
+
+_Lorsqu'une ou plusieurs taupinières fraîches se trouvent à
+proximité des vieilles taupinières_, fig. 9 et 11.
+
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Dans ce dernier cas, le plus embarrassant de tous pour le Taupier, il
+est douteux si les taupinières fraîches communiquent par des boyaux
+avec les vieilles. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord faire des
+coupures entre les unes et les autres, pour que la Taupe, inquiétée dans
+les fraîches, ne puisse se retirer dans les vieilles. On opère ensuite,
+suivant les circonstances, comme dans les cas précédents.
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Lorsqu'il en est ainsi, on ne peut trop multiplier les coupures, si l'on
+ne craint pas d'endommager le terrain. Il est bon, par exemple, dans les
+_fig._ 9 et 11, de faire une coupure dans la direction de _H_ en _N_, et
+une autre dans la direction de _H_ en _O_, parce qu'il peut y avoir un
+boyau dans l'une ou l'autre de ces directions, et même dans l'une et
+dans l'autre.
+
+
+
+
+HUITIÈME CAS
+
+Lorsqu'on se rencontre au moment où la Taupe forme un boyau superficiel
+(5).
+
+
+Il ne s'agit, dans ce cas, que de poser le bout du manche de la houe
+derrière la Taupe pour l'empêcher de rétrograder. On la prend alors sans
+difficulté, après avoir enlevé avec les doigts la légère couche de terre
+dont elle est couverte.
+
+
+
+
+OBSERVATIONS
+
+Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on
+attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne
+parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.
+
+Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le
+dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les
+taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les
+boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On
+plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite
+on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.
+
+Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être
+très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter
+une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les
+ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui
+avait été fait.
+
+La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la
+traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite motte
+de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre;
+c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux
+extrémités du boyau coupé.
+
+
+
+
+VOCABULAIRE DE L'ART DU TAUPIER
+
+
+BOYAU, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui
+provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui
+produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui
+conduit au gîte.
+
+COUPURE, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec
+une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre
+le fond à découvert et y attirer la Taupe. L'air qui s'introduit par
+cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte
+de son chemin couvert.
+
+ÉTENDARD, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité
+supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une
+taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa
+chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe
+travaille à l'endroit signalé.
+
+GÎTE, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et
+solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme
+oblongue.
+
+HOUE OU HOYAU, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois.
+Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions ou coupures, enlever
+les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée
+s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.
+
+ROUTE, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les
+boyaux accessoires sont des ramifications.
+
+SOUFFLER, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses
+pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur
+l'incision faite par le Taupier.
+
+TAUPIER, homme qui, connaissant les mœurs et les usages de la Taupe,
+sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y
+prendre.
+
+TAUPINIÈRE, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour
+se former une route souterraine.
+
+TAUPINIÈRE _fraîche_, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient
+de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y
+voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.
+
+---- _vieille_, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la
+terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est
+desséchée.
+
+---- _trouée_, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller
+chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.
+
+
+
+
+ADDITION A L'ART DU TAUPIER
+
+
+Si, ainsi que nous l'avons dit, les dégâts causés par la Taupe lui ont
+de tout temps attiré l'animadversion de l'homme, on a dû, de tout temps
+aussi, chercher à la détruire. Malheureusement, sa vie souterraine et
+l'ingénieux instinct dont elle a été douée par la nature l'ont jusqu'ici
+avantagée dans la lutte; et comme elle est en outre prolifique et
+vivace, elle pullule en certaines contrées en proportions effrayantes,
+si l'on considère surtout qu'elle ne peut vivre que dans les régions
+cultivées et surtout les plus riches. Du seul chef de la confection de
+son nid, Cadet de Vaux ayant compté dans l'un d'eux 274 tiges de blé
+qu'il évalue avoir dû donner 1 kil. 250 de blé ou de pain, et Geoffroy
+Saint-Hilaire en ayant trouvé 402 tiges qui auraient donné, suivant la
+même proportion, 1 kil. 821 de grain, si nous prenons la moyenne, nous
+trouverons, par nid, 1 kil. 535. D'un autre côté, Lecourt ayant détruit,
+en trois ans, 10,000 Taupes sur le territoire de 600 hectares
+appartenant à Pontoise, soit 3,333 par an, si nous admettons que, sur ce
+nombre, il y avait 2,220 jeunes, 555 pères et 555 mères, le dégât causé
+par ces dernières, en supposant que tous les nids eussent été garnis de
+blé, représenterait par an 351 kil. 925 de grain, ou près de 12
+hectolitres, la nourriture annuelle de quatre hommes, en pain.
+
+La destruction dut être tentée d'abord par tous les moyens primitifs, la
+bêche, la houe, la pioche, etc.; puis vinrent les moyens mécaniques, et
+Cadet de Vaux nous apprend qu'on inventa en 1751 une machine de un mètre
+de hauteur, qu'il fallait vingt-cinq pages et six planches pour décrire,
+et qui pouvait prendre jusqu'à... deux ou trois Taupes par jour. Plus
+tard, on employa les moyens physiques ou chimiques; mais la victoire
+paraît être restée aux engins mécaniques.
+
+Une particularité physiologique qui n'a pas été vérifiée, mais qui est
+affirmée par Cadet de Vaux et par tous les jardiniers, c'est que toute
+piqûre à la tête de la Taupe, ou plutôt à son museau, donne lieu à une
+hémorrhagie auriculaire qui ne tarde pas à devenir fatalement mortelle.
+Aussi nombre de jardiniers se contentent-ils de placer de distance en
+distance sur les galeries des tronçons d'églantiers, contre les épines
+desquels la Taupe, en fouissant, vient se piquer et trouver la mort.
+
+D'autres emploient le même procédé que pour les courtilières: «Les pots
+pleins d'eau, disposés à fleur des galeries; ou d'autres pots dans
+lesquels on emprisonne une femelle vivante, dans l'espoir qu'elle
+attirera les mâles; des hameçons offrant en appât un morceau friand, ver
+ou chenille; des nœuds coulants, etc.» (Eug. Guyot, _les Petits
+Quadrupèdes de la maison et des champs_. Paris, Firmin Didot, 1871, t.
+II, p. 155.) Brehm, ou plutôt son annotateur M. Gerbe, indique le moyen
+suivant: «Pour protéger un jardin ou un enclos quelconque contre les
+Taupes, il suffit d'entretenir tout autour, jusqu'à une profondeur de
+0m,04 à 0m,05, une palissade d'épines, de tessons de bouteilles,
+d'autres objets qui piquent; par ce moyen encore peu connu et
+très-utile, on empêche la Taupe d'aller plus loin; si elle veut passer
+outre, elle se pique la face et périt des suites de cette blessure.»
+(Brehm, _l'Homme et les animaux_, t, Ier, p. 755.) Ceci revient au
+procédé vulgaire dont nous parlions il n'y a qu'un instant, et demande
+une vérification pratique, et autant que possible une explication
+physiologique.
+
+On a préconisé certaines plantes comme ayant la propriété d'éloigner les
+Taupes d'un enclos de certaine étendue, par leur odeur, sans doute. De
+ce nombre seraient: le ricin commun (_ricinus communis_--euphorbiacées),
+dont dix pieds suffiraient pour protéger un hectare; et le datura
+stramoine (_datura stramonium_--solanées), dont il suffirait de pieds en
+nombre moitié moindre pour une même surface. M. Roger Schabol indique un
+procédé de destruction qui nous laisse des doutes sur son efficacité, la
+Taupe ne nous paraissant guère frugivore; néanmoins la voici: prendre
+autant de noix, fruit du noyer commun (_juglans regia_), qu'il y a de
+trous de Taupes; ajouter une poignée de ciguë tachée (_conium
+maculatum_--ombellifères) et faire bouillir le tout pendant une heure et
+demie dans de l'eau, puis en faire des boulettes, ou, si la pâte est
+trop liquide, en mettre sur un morceau d'ardoise, dans le trou. Friande
+de ce mets, la Taupe en mange et meurt, dit-il. (_La Pratique du
+jardinage_, 1872, t. II, p. 34.) On a conseillé encore de saupoudrer
+d'arsenic un poireau frais, un ognon de colchique, des vers de terre ou
+des larves de hannetons, que l'on placerait ensuite aux deux extrémités
+de coupures pratiquées dans les galeries. D'autres emploient les noix
+bouillies avec du sulfate de fer. Quelques jardiniers prétendent
+l'éloigner par l'odeur du fumier de porc, de la résine, du purin ou de
+l'urine fermentés, du poisson pourri, du goudron ou des décoctions de
+tabac.
+
+Pour étouffer la Taupe dans sa retraite, quelques agriculteurs
+conseillent de prendre une noix ou quelque petit vase étroit et solide,
+et d'y brûler de la paille avec de la résine de cèdre, ou de la cire et
+du soufre, puis de bien boucher toutes les entrées et issues de la
+Taupe, afin que la fumée ne sorte pas. Ce moyen est très-incertain et
+presque nul entre les mains de toute personne qui ne connaît point les
+allures de la Taupe. Quelquefois, toutes les taupinières d'un pré ou
+d'un jardin, soit fraîches, soit vieilles et abandonnées, communiquent
+entre elles par des boyaux multipliés (voyez art. 3, septième cas). Il
+faudrait donc, lorsque cela est ainsi, écraser et fermer toutes les
+taupinières qui se trouvent dans le terrain; mais, en prenant ce parti,
+on préserve soi-même la Taupe de l'effet de la fumigation. Je suppose
+que vous voulez étouffer la Taupe qui a fait les taupinières de la
+figure 4 et que vous mettiez les matières combustibles en H: si la Taupe
+se trouve de J en L, comme vous avez fermé le passage en J, la fumée
+n'y pénétrera pas, et la précaution que vous avez prise contre la Taupe
+sera précisément son préservatif.
+
+C'est encore uniquement par des incisions que ce moyen peut avoir
+quelque succès. Voulez-vous étouffer la Taupe qui a fait les taupinières
+de la figure 4, faites la coupure _l_, _k_, fermez-en les extrémités, et
+mettez à volonté vos matières combustibles entre _k_ et F, et entre _l_
+et L, après avoir bien aplati les taupinières L, F; mais il faut
+auparavant vous être assuré que la taupinière H, figure 4, n'a pas de
+communication avec celle de la figure 6; et, si elle en a, les avoir
+fermées au moyen des incisions indiquées article 3, septième cas.
+
+«Il y a un petit fourneau qui sert à étouffer les insectes dans les
+serres, au moyen de la fumée de tabac. On y adapte un soufflet qui anime
+le feu, et envoie cette fumée dans l'air de la serre. J'en ai appliqué
+récemment un à l'embouchure d'un boyau de taupe, et j'ai pu forcer la
+fumée du goudron que j'y avais mis jusqu'à deux mètres de distance dans
+ce boyau; mais le soufflet n'avait pas assez de force pour la forcer à
+aller plus loin. Je crois qu'en employant un soufflet plus fort, tel que
+ceux des bouchers, on parviendrait à son but en envoyant la fumée aux
+points extrêmes de la retraite des taupes.» (Note de M. Audot, éditeur
+de la 16e édit., 1856, p. 52.) Depuis lors, la mécanique destructrice
+a fait des progrès, et pour ceux qui préféreraient ce mode de chasse,
+nous recommanderons le fusil à gaz perfectionné que l'on a construit
+pour asphyxier dans leurs galeries et campagnols et mulots. En voici la
+description succincte d'après M. Eug. Gayot: «Il consiste en un tube de
+0m,40 de long, du calibre d'un tuyau de poêle ordinaire et portant une
+douille à chacune de ses extrémités. L'une d'elles s'emmanche sur la
+tuyère d'un soufflet, l'autre sert à la sortie des vapeurs qui seront
+produites dans le tube.» (_Les Petits Quadrupèdes_, t. I, p. 34.) Dans
+ce tube, en effet, on introduit des chiffons de laine découpés en
+lanières et saupoudrés de fleur de soufre; après avoir allumé ces
+matières avec un charbon incandescent, on place la buse du tube à
+l'entrée d'une galerie que l'on suppose habitée, et on manœuvre le
+soufflet; pendant ce temps, un aide ferme d'un coup de talon les
+galeries qui viennent s'embrancher sur celle qu'on insuffle. Ce peut
+être un amusement, mais cela ne saurait être une chasse sérieuse.
+
+Quelques jardiniers guettent le passage des taupes dans leurs galeries,
+à leurs heures ordinaires et bien connues de sortie, et, armés d'une
+bêche, d'une houe, d'un piochon ou d'un maillet muni de longues pointes,
+ils l'extraient de son souterrain ou l'y assomment. D'autres préfèrent
+la chasse au fusil: chargez très-légèrement un fusil ordinaire de petit
+plomb, et tirez à bout presque portant; par ce moyen, si l'animal
+échappe aux plombs, il peut être asphyxié par la fumée; mais il faut
+avoir la précaution de diriger votre coup vers l'endroit d'où la taupe
+apporte la terre. Pour connaître cet endroit, enlevez d'abord, avec une
+petite bêche, la taupinière et creusez-la jusqu'à ce que vous trouviez
+les boyaux qui y aboutissent. La taupe viendra réparer ce dégât (voir nº
+18); vous verrez de quel côté elle apporte la terre à l'endroit
+endommagé, et c'est vers ce côté qu'il faudra diriger votre coup.
+
+Lorsqu'on remarque une taupinière isolée (voir art. 3, premier cas),
+sans communications avec d'autres et nouvellement faite, on peut tenter
+un moyen qui parfois réussit: il consiste, après l'avoir décoiffée
+jusqu'à l'entrée de la galerie, à verser de l'eau dans cette ouverture;
+si les galeries sont habitées, la taupe, fuyant l'inondation dont elle
+est menacée, ne tarde pas à se présenter à la surface du sol, où il
+devient facile de la détruire.
+
+L'illustre Buffon avait imaginé une destruction théorique de la taupe
+que la pratique est loin de justifier: «La manière la plus simple et la
+plus sûre de prendre la taupe et ses petits, c'est, dit-il, de faire
+autour une tranchée qui l'environne en entier et qui coupe toutes ses
+communications. Comme la taupe fuit au moindre bruit et qu'elle tâche
+d'emmener ses petits, il faut trois ou quatre hommes qui travaillent
+ensemble avec la bêche, enlèvent la motte tout entière, ou fassent une
+tranchée presque dans un moment, et qui ensuite les saisissent et les
+attendent au passage.» Assurément, cette manière est loin d'être aussi
+simple que l'assure son inventeur. Elle est encore moins sûre; car, au
+premier coup de bêche, la taupe peut fuir à 10 mètres de l'endroit où on
+la cherche (voyez art. 3, septième cas). D'un autre côté, en supposant
+qu'elle pût être cernée par une tranchée, on n'en serait pas plus
+avancé, puisque la taupe, lorsqu'elle craint le danger, s'enfonce
+perpendiculairement dans la terre (voir nº 14), et il est impossible de
+l'y trouver lorsqu'on ne connaît pas le point auquel elle a creusé sa
+retraite (voir art. 3, premier cas).
+
+Enfin, il y a des chats et des chiens qui font la chasse aux taupes; je
+les ai vus guetter le moment où elles travaillaient à la taupinière, et
+les saisir adroitement avec leurs pattes de devant. «Il y a des chiens
+aussi que l'on dresse spécialement pour cette chasse. Les chiens à
+fouans (c'est le nom vulgaire de la taupe dans le département du Nord),
+bien connus et très-appréciés aux environs de Lille, sont d'excellents
+auxiliaires pour la chasse des taupes. Il serait donc utile que chaque
+fermier possédât un de ces chiens, bien dressé, qui l'accompagnerait
+toujours dans les champs. Il en est dont la finesse d'odorat est
+remarquable; mais il faut qu'ils y joignent la promptitude et l'adresse,
+car, une fois manquée du premier coup de museau ou de patte, la taupe
+est sauvée. En vain le chien s'acharne à creuser la terre, le gibier est
+déjà loin. Il est même essentiel de ne pas laisser les chiens s'habituer
+à faire d'énormes trous qui ressemblent à des terriers, où ils
+s'engloutissent tout entiers; c'est un défaut à corriger tout d'abord.
+Ceux dont l'instinct est sûr et dont l'éducation est bien faite
+abandonnent la taupinière dès que la taupe est manquée, et vont plus
+loin recommencer avec plus de précaution un nouveau guet.» (De Norguet,
+_la Chasse illustrée_.)
+
+En attendant qu'on ait formé, par un dressage longtemps continué, une
+race de chiens pour cette chasse d'un nouveau genre, il faut bien se
+contenter d'y employer des hommes. Ceux-ci, qui font profession de
+_taupiers_, appartiennent le plus souvent à la Normandie, aux
+départements du Calvados et de l'Orne, aux communes de Falaise, Crocy,
+Vignats, Baumais, la Hoguette, etc. Dans un grand nombre de familles, on
+est taupier de père en fils. C'est là un métier qui demande de la
+sagacité, de l'intelligence, de l'activité, de bons yeux et de bonnes
+jambes. Les grands fermiers ont à leur choix deux combinaisons: 1º payer
+les taupes détruites sur leurs champs, à raison de tant la pièce; mais
+on n'a jamais la certitude que les queues présentées proviennent de
+celles qu'on avait un intérêt plus direct à voir anéantir; 2º s'abonner
+à raison de tant par an avec le taupier, pour qu'il détruise l'ennemi
+sur toutes les terres de l'exploitation; mais celui-ci, pour ne pas
+tarir la source de son revenu, respecte presque toujours un certain
+nombre de couples destinés par lui à la reproduction.
+
+[Illustration: Fig. 13.--Piége à taupes usité dans la Bavière rhénane.]
+
+Les taupiers emploient des piéges qui sont de diverses natures, et que
+l'on appelle parfois taupières. L'un des plus simples est un cylindre
+creux, de bois, de fer-blanc ou de terre cuite, de 0m,35 de long environ
+et d'un diamètre un peu plus grand que celui des boyaux faits pour la
+taupe. Ce cylindre est fermé à l'une de ses extrémités, et l'on
+pratique à l'autre une soupape qui bat contre un rebord extérieur.
+Lorsque la taupe se présente à l'extrémité où se trouve la soupape, elle
+la soulève pour continuer sa route et entre dans le cylindre d'où elle
+ne peut plus sortir. On joint ensemble deux de ces piéges, de manière
+qu'ils présentent une soupape à chacune des extrémités; par ce moyen, la
+taupe pourra être prise, de quelque côté qu'elle se présente.
+
+[Illustration: Fig. 14.--Plan du piége à taupes.]
+
+[Illustration: Fig. 15.--Coupe du piége à taupes.]
+
+[Illustration: Fig. 16.--Pièces diverses du piége à taupes.]
+
+M. F. Villeroy, propriétaire dans la Bavière rhénane, a fait connaître,
+en 1866, une ingénieuse modification de ce piége; voici comment il le
+décrit: «Ce piége est une boîte ordinairement établie en bois de hêtre,
+large d'environ 0m,28 et d'un diamètre intérieur de 0m,08. Il est coupé
+en deux sur sa longueur, et les deux moitiés sont tenues ensemble par un
+anneau, ordinairement en osier chez les paysans. Le piége étant placé
+dans une galerie, la taupe y entre; elle pousse la pièce D; le ressort
+E soulève la trappe ou soupape C, et l'animal est pris. Quand le piége
+est tendu, avant de le fermer, on répand dedans du sable ou de la terre
+très-finement émiettée, en suffisante quantité pour couvrir le fer.»
+(_Journal d'agriculture pratique_, 1866.)
+
+[Illustration: Fig. 17.--Piége à taupes de Lecourt.]
+
+Henri Lecourt inventa le piége généralement usité encore en France,
+après quelques légères modifications dans sa construction. «Le piége de
+Lecourt a la forme des pinces d'argent de nos sucriers. Le ressort fait
+partie du piége; il n'est ni ajouté ni soudé, comme dans les piéges
+ordinaires; la détente tombe au passage de l'animal, et l'élasticité de
+la tête du piége fait ressort. Ce piége consiste donc en deux branches
+carrées et croisées, réunies par une tête à ressort, à la manière des
+pincettes ordinaires. La tête est en acier aplati, les branches en fer.
+Leur extrémité est armée de deux crochets pliés en contre-bas et à angle
+droit de 20 lignes (0m,009). La longueur du grand piége est de 7 pouces
+6 lignes (0m,20). Il y a un piége plus petit pour tendre dans les murs.
+Le piége ouvert, on y place la détente.» (Cadet de Vaux, _De la Taupe_,
+p. 205-206.)
+
+[Illustration: Fig. 18.--Piége à taupes modifié de Lecourt.]
+
+Ce piége aussi a été modifié par les constructeurs, en vue, sans doute,
+d'en simplifier la fabrication. Il est maintenant généralement fait de
+deux branches réunies au milieu par un boulon-rivet; les deux branches
+les plus courtes sont tenues écartées, tant que le piége est au repos,
+par un ressort; de sorte que quand la détente est placée entre les deux
+grandes branches, celles-ci tendent à se rapprocher violemment, ce qui a
+lieu lorsque la taupe a fait tomber la détente, en prenant sa place. Il
+manque à ces piéges un petit appendice qui indique extérieurement leur
+situation quand ils sont placés; on s'éviterait ainsi des pertes
+fréquentes dues à un oubli bien concevable.
+
+Il ne nous reste plus qu'à citer les ennemis naturels de la taupe:
+l'homme, le chien, le renard, le chat, la fouine et peut-être la
+belette; et à ajouter que, si la taupe a perdu depuis longtemps les
+nombreuses vertus médicales qu'on lui attribuait, sa fourrure, surtout
+lorsqu'elle est prise en automne et en hiver, pourrait être utilisée en
+vêtements comme elle l'est déjà en sacs à tabac.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+Pages.
+
+INTRODUCTION.--Histoire naturelle de la Taupe. 1
+
+L'art du taupier 51
+
+ARTICLE PREMIER.--Notions sur l'histoire naturelle
+de la Taupe servant d'introduction à
+l'art du taupier 55
+
+ARTICLE II.--Principes de l'art du taupier 64
+
+ARTICLE III.--Application des principes précédents
+ou pratique de l'art du taupier 68
+
+OPÉRATIONS.--_Premier cas._--Lorsqu'une
+Taupe n'a fait qu'une taupinière 72
+
+_Second cas._--Lorsque la Taupe a fait deux taupinières 74
+
+_Troisième cas._--Lorsque la Taupe a fait trois
+taupinières 75
+
+_Quatrième cas._--Lorsque la Taupe a fait quatre
+taupinières et au delà 76
+
+Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas
+ci-dessus 77
+
+Procédé essentiel à employer 78
+
+_Cinquième cas._--Lorsque la Taupe ne vient pas
+souffler aux premières ouvertures faites par le
+taupier 79
+
+_Sixième cas._--Autre manière d'opérer dans les
+2e, 3e, 4e et 5e cas ci-dessus, lorsqu'on se
+trouve près d'une taupinière au moment où la
+Taupe y souffle 81
+
+_Septième cas._--Lorsqu'une ou plusieurs taupinières
+fraîches se trouvent à proximité des
+vieilles taupinières 82
+
+_Huitième cas_ 84
+
+OBSERVATIONS 84
+
+Vocabulaire de l'art du taupier 87
+
+Addition à l'art du taupier 91
+
+
+
+
+TABLE DES GRAVURES
+
+
+Figures. Pages.
+
+1 Taupe commune 3
+
+2 Gîte grandi et vu de face 33
+
+3 Tracé général des routes et galeries par où la
+Taupe s'échappe 34
+
+4 Nid abandonné 38
+
+5 Carrefour formé par la rencontre de trois ou
+quatre routes 37
+
+Relevé de terrains fait par M. Geoffroy Saint-Hilaire 41
+
+6, 7, 8, 9, 10, 11, 12. Pré couvert de taupinières 70
+
+6 Taupinière seule 72
+
+7 Représentant deux taupinières 74, 77
+
+8 -- trois taupinières 75
+
+9 -- six taupinières 77, 82, 83
+
+11 -- cinq taupinières 106
+
+13 Piége à Taupes usité dans la Bavière rhénane 107
+
+14 Plan du piége à Taupes 108
+
+15 Coupe du piége à Taupes 108
+
+17 Piége à Taupes de Lecourt 109
+
+18 Piége à Taupes modifié de Lecourt 110
+
+
+PARIS.--TYPOGRAPHIE DE E. PION ET CIE 8, RUE GARANCIÈRE.
+
+
+NOTES:
+
+[A] _Cours d'histoire naturelle des mammifères_, Paris, Pichon et
+Didier, 1829.--XVe, XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe leçon.
+
+[B] _Talpa caudata_, Linn.
+
+[C] Ces trois points de fait sont la base principale de l'Art du
+Taupier.
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
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+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
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+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
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+is also defective, you may demand a refund in writing without further
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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@@ -0,0 +1,2274 @@
+The Project Gutenberg EBook of L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'art du taupier
+ ou méthode amusante et infaillible de prendre les taupes
+
+Author: Étienne François Dralet
+
+Release Date: June 10, 2011 [EBook #36371]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ART DU TAUPIER ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+L'ART
+DU
+TAUPIER
+
+OU
+
+Méthode amusante et infaillible
+DE PRENDRE LES TAUPES
+
+Par M. DRALET
+
+Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.
+
+DIX-SEPTIÈME ÉDITION
+
+Revue et augmentée d'une Introduction
+et d'additions
+
+PAR A. G.
+
+1880
+
+[Illustration: LIBRAIRIE AUDOT
+
+LEBROC & Cie Sucr.rs
+8 RUE GARANCIÈRE St SULPICE
+PARIS]
+
+
+
+
+L'ART
+DU TAUPIER
+
+PARIS.--TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
+
+
+
+
+L'ART
+DU TAUPIER
+
+OU
+
+MÉTHODE
+AMUSANTE ET INFAILLIBLE
+DE PRENDRE LES TAUPES
+
+PAR M. DRALET
+
+Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.
+
+DIX-SEPTIÈME ÉDITION
+
+REVUE ET AUGMENTÉE D'UNE INTRODUCTION ET D'ADDITIONS
+
+Par A. G.
+
+[Illustration]
+
+PARIS
+LIBRAIRIE AUDOT
+LEBROC ET Cie, SUCCESSEURS
+LIBRAIRES-ÉDITEURS
+8, RUE GARANCIÈRE SAINT-SULPICE
+
+1880
+
+
+
+
+INTRODUCTION
+
+Histoire naturelle de la Taupe.
+
+
+La zoologie range la Taupe dans la _classe_ des mammifères, dans
+l'_ordre_ des carnassiers, dans la _famille_ des insectivores, dans la
+_tribu_ des Talpidés, où elle constitue le _genre_ Talpa, placé entre
+ceux Desman (_Myogale_) et Condylure (_Condylura_).
+
+Jusqu'à présent, on connaît trois _espèces_ dans le genre Taupe: la
+Taupe Woogura, la Taupe aveugle et la Taupe d'Europe, ou commune.
+
+La Taupe Woogura (_Talpa Woogura_), récemment découverte au Japon, ne
+diffère de celle commune que par son pelage de couleur fauve sale et en
+ce qu'elle ne possède que trois paires d'incisives à chaque mâchoire,
+tandis que les deux autres espèces en ont quatre à la mâchoire
+inférieure; ses moeurs sont identiques.
+
+«La Taupe aveugle (_Talpa cæca_) est ainsi nommée, parce que son oeil
+est recouvert par une membrane mince, translucide, percée en avant de la
+pupille d'un trou très-fin, non dilatable, par lequel on peut voir le
+globe de l'organe. Quant aux autres points de l'organisation, la Taupe
+aveugle se distingue peu de la Taupe vulgaire; elle aurait cependant la
+trompe plus longue, les incisives supérieures plus larges, les lèvres,
+les pieds et la queue blancs au lieu d'être gris. Son pelage épais et
+velouté est gris-noir foncé, la pointe des poils étant d'un noir brun;
+sa taille est la même que celle de la Taupe commune.» (A. E. Brehm,
+_l'Homme et les animaux_, t. Ier, p. 756-757.)
+
+[Illustration: Fig. 1.--La Taupe commune.]
+
+La Taupe commune ou d'Europe (_Talpa Europæa_) est un petit mammifère
+fouisseur, à corps long et cylindrique, à pattes très-courtes, à tête
+prolongée en avant en forme de groin ou de boutoir, avec des yeux si
+petits et si bien cachés sous les poils qu'on a longtemps nié leur
+existence, dépourvue de conque de l'oreille externe, munie enfin d'un
+simple rudiment de queue. Son corps est recouvert d'un poil fin, serré,
+court, mou, imitant le velours, de couleur noire avec des reflets
+grisâtres et rougeâtres; la longueur totale, du bout du nez à
+l'extrémité de la queue, est de 0m,15 à 0m,16 chez les adultes.
+
+«La Taupe commune se trouve dans toute l'Europe, à quelques exceptions
+près, et arrive jusque dans l'Asie centrale et septentrionale. Beaucoup
+de naturalistes ne voient dans la Taupe américaine qu'une variété de
+notre espèce. En Europe, le midi de la France, la Lombardie et le nord
+de l'Italie dessinent sa limite méridionale. De là, elle remonte vers le
+nord jusqu'à Dovrefjeld; en Grande-Bretagne, jusque vers l'Écosse
+centrale; en Russie, jusqu'au milieu du bassin de la Dwina. Elle manque
+complétement dans les Orcades, les Shetlands, la plus grande partie des
+Hébrides et en Islande. En Asie, elle va du Caucase jusqu'à la Léna.
+Dans les Alpes, elle monte jusqu'à une altitude de 2,000 mètres. Partout
+elle est commune et se multiplie d'une manière surprenante, là où elle
+n'a pas d'ennemis.» (Brehm, _ut supra_, p. 747.)
+
+Il ne sera pas sans intérêt pour les agriculteurs d'étudier
+successivement les principaux points de l'organisation et l'ensemble des
+moeurs de cet animal.
+
+La Taupe est un animal fouisseur: elle ne peut vivre et se reproduire
+qu'en creusant dans le sol des galeries souterraines, des gîtes et des
+nids, plus ou moins longs et spacieux. Aussi la nature l'a-t-elle
+spécialement construite pour ces fonctions; elle l'a dotée d'une
+clavicule large et courte, supportée par une lame verticale provenant du
+sternum; l'humérus, très-court, est fortement renflé à ses deux bouts et
+renvoyé latéralement; le radius est également court et robuste, le
+cubitus a la forme d'une lame prolongée en avant par un fort onglet
+transversal qui n'est que la transformation de l'olécrane. Enfin, la
+courbure, la situation latérale de l'humérus, la disposition des muscles
+en général et des muscles peaussiers en particulier, élèvent le coude
+plus haut que l'épaule et amènent la paume de la main en dehors.
+
+La main, et c'est bien véritablement une main, présente une longueur
+égale à sa largeur. Les phalanges métacarpiennes et digitales sont
+formées d'osselets courts à têtes articulaires, et se terminent par une
+phalange onguéale droite, acuminée, convexe en dessus, taillée en bec de
+flûte en dessous, longue et forte; enfin un fort osselet en forme de fer
+de serpe, né de l'extrémité du radius, vient s'insérer près de l'ongle
+du pouce. Cette main merveilleuse sert à fouir, et pour cela, elle est
+conformée à la fois comme une pioche et comme une pelle, elle est munie
+d'ongles longs et puissants, elle fonctionne d'avant et de côté en
+arrière; mais elle sert aussi à la marche et même à une marche rapide,
+en se plaçant perpendiculairement au sol sur lequel elle s'appuie avec
+l'extrémité des ongles.
+
+Le membre postérieur se rapproche bien plus, par sa conformation, des
+membres analogues des autres mammifères. Le bassin est allongé, ouvert
+par devant et soudé par l'ilium avec les vertèbres sacrées; le fémur est
+allongé et offre deux fortes têtes articulaires; le tibia est long et
+fort, et son péroné, développé en haut, se confond avec lui en bas. Le
+pied est étroit, allongé, placé d'aplomb sous le ventre; il est terminé
+par des ongles droits, longs et très-aigus; on y trouve, comme à la
+main, mais plus grêle et à l'état rudimentaire, un petit osselet
+surnuméraire. Le pied peut venir en aide à la main, dans l'action de
+fouiller, et servir à pousser la terre de côté; il sert aussi à la
+marche et se pose sur toute la plante, le membre postérieur donnant
+l'impulsion principale au corps tout entier.
+
+La main forme pour la Taupe une pioche à la fois et une pelle; mais elle
+est encore aidée dans ces fonctions par la tête, dont la mâchoire
+supérieure se termine en museau allongé, en boutoir ou en groin, assez
+comparable à celui du porc et du sanglier. Ce museau est recouvert par
+la peau, dont le panicule charnu est très-développé aussi bien que les
+muscles vertébraux; grâce à cette disposition, la Taupe, douée d'une
+force énorme pour renverser sa tête en arrière, se sert de ce museau
+pour soulever le sol après l'avoir désagrégé et l'amonceler à la surface
+de la galerie ou du nid; c'est à la fois une pince, une tarière et une
+pelle, organe à la fois de préhension, de fouissage et d'extraction.
+
+Puisque nous nous occupons de la tête, traitons des sens qui y ont leur
+siége. Au premier rang, il faut placer celui de l'odorat, qui s'est
+développé aux dépens de celui de la vue. Le mufle s'est allongé et
+converti en boutoir, presque en trompe; les cavités nasales
+s'élargissent en arrière, reposant sur un ethmoïde étendu et contenant
+des cornets volumineux et repliés en nombreuses et fines volutes; les
+tubercules olfactifs du cerveau présentent un développement inaccoutumé.
+Dans sa vie souterraine, en effet, la Taupe avait besoin d'un odorat
+subtil pour se diriger vers sa proie, la guetter, la deviner et
+l'atteindre.
+
+Le vers de Virgile:
+
+ _Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,_
+
+pourrait presque caractériser la Taupe, et longtemps on a considéré cet
+animal comme privé de l'organe et du sens de la vue; on sait aujourd'hui
+qu'elle est douée d'un oeil très-petit, il est vrai, que cachent les
+poils, mais qui est un oeil véritable et ne différant guère de celui
+des autres mammifères que par un développement plus restreint. Cet
+oeil présente une pupille elliptique et verticale; la cornée est plus
+saillante que chez les oiseaux, le cristallin plus convexe que chez les
+mammifères, ce qui tendrait à constituer un oeil myope, bien en accord
+avec le milieu dans lequel vit l'animal. Nous avons vu que, chez la
+Taupe dite aveugle, la vision ne s'opère qu'à travers un trou très-fin,
+ouverture non dilatable, percée dans une membrane très-mince qui
+recouvre tout le globe oculaire.
+
+Le sens de l'audition vient, pour la Taupe, comme importance, après
+celui de l'olfaction; il est indispensable à sa sécurité. Il ne paraît
+point qu'il y ait d'oreille externe; mais s'il n'y a aucun rudiment de
+conque, on peut remarquer, sous le poil, une ouverture pratiquée à la
+peau; c'est un méat auditif, l'orifice d'un canal qui, après quelques
+sinuosités sous la peau, aboutit dans l'oreille osseuse; ce canal à
+parois musculeuses et cartilagineuses n'est qu'une conque placée
+intérieurement. C'est encore une adaptation des organes aux milieux.
+
+Quant au sens du goût, le palais présente une vaste surface, et la
+langue le pouvant recouvrir en entier, palais et langue étant tapissés
+d'une muqueuse qui ne paraît rien présenter d'anormal, il y a tout lieu
+de supposer que la gustation s'exerce chez la Taupe comme chez la
+plupart des mammifères et au même degré.
+
+Enfin, le sens du tact ne paraît présenter aucune particularité.
+
+Parmi les fonctions physiologiques, deux seulement méritent
+particulièrement d'attirer notre attention.
+
+La fonction de digestion d'abord. La place assignée à la Taupe dans la
+classification zoologique, parmi les carnassiers insectivores, dit
+assez bien la forme que doivent offrir les dents de cet animal; elle ne
+dit pas leur formule; la voici:
+
+ Incisives Canines Molaires
+
+ 6 2 7 + 7
+ 8 2 6 + 6
+ ---- ---- --------
+ 14 4 13 + 13 = 44
+
+Nous avons vu que chez la Taupe Woogura, la formule des molaires
+supérieures est de +6, et le nombre total de 42 seulement, 6 par
+conséquent.
+
+Venons maintenant aux fonctions de reproduction. Les organes mâles se
+composent, comme chez les autres mammifères, 1º de deux testicules
+très-gros relativement, occupant leur situation ordinaire, mais contenus
+dans l'abdomen et non dans un repli de la peau (scrotum); 2º les
+testicules se continuant par les canaux déférents; 3º une large
+vésicule séminale; 4º une glande prostate; 5º un canal éjaculatoire; 6º
+un canal de l'urètre contenu dans le pénis; 7º un pénis extrêmement long
+et terminé par un os pénien extrêmement aigu; le méat urinaire s'ouvre
+non à la pointe, mais en arrière de l'os pénien.
+
+Les organes de la Taupe femelle comprennent, comme chez les autres
+mammifères: 1º deux ovaires; 2º deux oviductes; 3º un utérus assez vaste
+avec deux cornes énormes, repliées et comme enroulées sur elles-mêmes;
+cet utérus de forme ovalaire est, dans l'âge adulte, mais en état de
+vacuité, long de 0m,02256 et large de 0m,004512, et s'ouvre dans le
+vagin par le col et le museau de tanche; 4º le vagin est long de
+0m,027072 à 0m,03384; il est courbé en arc et renversé par dessous.
+L'utérus est contenu, non dans la cavité du bassin, mais en dehors et
+au-dessous. 5º Quant à la vulve, elle n'apparaît au dehors que passé
+l'âge de six mois, par une fente; jusque-là, il y a occlusion complète,
+et la femelle peut d'autant mieux être confondue avec le mâle, que le
+clitoris, relativement très-développé, se présente comme l'analogue du
+pénis et porte comme lui un méat urinaire. La fente vulvaire se
+produit-elle spontanément à l'époque où s'opèrent les changements qui
+rendent la Taupe apte à subir la fécondation, ou résulte-t-elle de
+l'action de l'os pénien du mâle durant l'accouplement? C'est ce qu'on
+ignore encore. 6º Deux mamelles situées, une de chaque côté, dans le pli
+de l'aine.
+
+Maintenant que, grâce aux beaux travaux de Geoffroy Saint-Hilaire[A],
+nous avons initié le lecteur aux particularités anatomiques que présente
+le bizarre animal dont nous nous occupons, il est temps de nous
+enquérir de ses moeurs et de son mode d'existence.
+
+De même que tous les petits mammifères, la Taupe doit avoir une
+circulation très-active; de même que les oiseaux et par le même motif,
+elle ne peut supporter une abstinence un peu prolongée. Il faut qu'elle
+mange souvent, et que, pour manger, elle travaille: d'où la nécessité
+des nombreuses galeries qu'elle creuse sans cesse dans nos champs, nos
+prés et nos jardins. «La Taupe n'a pas faim comme tous les autres
+animaux: ce besoin est chez elle exalté; c'est un épuisement ressenti
+jusqu'au degré de la frénésie. Elle se montre violemment agitée, elle
+est animée de rage quand elle s'élance sur sa proie: sa gloutonnerie
+désordonne toutes ses facultés; rien ne lui coûte pour assouvir sa faim;
+elle s'abandonne à sa voracité, quoi qu'il arrive; ni la présence d'un
+homme, ni obstacles, ni menaces ne lui en imposent, ne l'arrêtent... La
+Taupe attaque ses ennemis par le ventre; elle entre la tête la première
+dans le corps de sa victime, elle s'y plonge, elle y délecte tous ses
+organes des sens, en sorte qu'il n'en est plus pour veiller pour elle,
+sur elle; pas même l'oreille qui n'écoute que quand l'animal est au
+repos.» (Geoffroy Saint-Hilaire, XIXe leçon, p. 5-6.) Flourens
+constata, dans ses expériences, que, du soir au matin, la Taupe est
+exposée à périr par défaut de nourriture: «J'ai cherché, dit-il, à voir
+sur plusieurs Taupes quel temps elles pouvaient résister à la privation
+de toute nourriture: je n'en ai jamais trouvé qui aient passé impunément
+une nuit entière sans manger. Dix ou douze heures sont à peu près le
+maximum de temps qu'une Taupe peut survivre au manque de nourriture.
+Toutes les fois qu'une Taupe est demeurée seulement trois ou quatre
+heures sans manger, elle paraît affamée; et au bout de cinq ou six
+heures elle commence à tomber dans un état de débilité extrême. Il est
+très-aisé de reconnaître qu'une Taupe a faim à son excessive activité;
+quand elle est repue, elle est tranquille. A peine la Taupe a-t-elle
+souffert quelques heures de la faim que ses flancs se dépriment, et
+qu'elle semble comme expirante; mais, dès qu'elle a mangé, sa force
+renaît, comme aussi son assoupissement la reprend dès qu'elle est repue.
+J'ai toujours vu les Taupes très-avides de boire, comme tous les animaux
+qui se nourrissent de chair. Je ne sais s'il existe un autre animal qui
+offre un pareil besoin de manger à des heures si rapprochées; et il est
+difficile de se faire une idée de l'impétuosité ou de l'espèce de rage
+avec laquelle la Taupe pressée par la faim se jette sur sa proie et la
+dévore.» (_Observ. pour servir à l'hist. natur. de la Taupe. Mus.
+d'hist. natur._, 1828, t. XVII, p. 194.) Cette voracité ou plutôt cet
+impérieux besoin de manger va jusqu'à rendre la Taupe talpophage: deux
+Taupes vivantes ayant été placées dans une boîte pour être expédiées, de
+trente-deux kilomètres, à Geoffroy Saint-Hilaire, l'une d'elles fut
+dévorée par l'autre. «N'allez point, dit ce savant, n'allez point,
+croyant procurer à des Taupes la satisfaction du compagnonnage, en tenir
+deux dans un lieu renfermé, sans nourriture: c'est livrer la plus faible
+à la dent de la plus forte. Vainement celle-ci essaye de fuir, l'autre
+ne montre dans sa poursuite que plus de véhémence et de fureur. La plus
+faible expie bientôt son tort d'impuissance; elle est dévorée; si c'est
+du soir au matin, elle l'est en deux époques, alors entièrement, même
+ses os; il n'en reste que la peau, fendue sous le ventre selon la ligne
+médiane. Qu'il vous arrive de placer près de la Taupe une proie, soit
+vivante, soit morte, soit même quelques lambeaux de chair, elle se jette
+gloutonnement dessus. Est-ce un oiseau vivant? elle a recours à la ruse;
+elle quitte son trou, s'approche en menaçant, reçoit quelques coups de
+bec sur son museau, recule sur son trou, cherchant à y attirer son
+ennemi, pour profiter sur lui de l'avantage du lieu; mais bientôt,
+disposant de la toute-puissance de ses moyens musculaires, elle s'élance
+sur cette proie avec la rapidité de la foudre. L'oiseau, saisi par les
+entrailles, est incontinent dévoré: la Taupe s'y porte avec une sorte de
+fureur; elle emploie ses mains à élargir la plaie, à écarter les
+téguments, à se procurer les moyens d'entrer plus avant. La moitié d'un
+moineau assouvit sa faim: ses flancs s'élargissent, son ventre est
+gonflé; elle se calme alors et repose sans mouvement. Un autre besoin à
+satisfaire l'excite ensuite; elle cherche à boire; vous lui en
+fourniriez vous-même l'occasion qu'elle l'accepterait volontiers, et
+dans tous les cas, elle s'y porte avec l'impétuosité de son caractère;
+elle boit beaucoup et avec une grande avidité. Placez près d'elle
+d'autres animaux, des grenouilles, par exemple; ce sont mêmes
+manoeuvres: d'un bond elle est sur sa proie; et ce mouvement est
+calculé de telle sorte qu'elle saisit celle-ci par ses dents, déjà
+enfoncées et plongeant dans les entrailles de la victime.» (XIXe
+leçon, p. 5 à 11.)
+
+Mais la Taupe ne trouve point toujours des proies aussi volumineuses, et
+force lui est de se contenter de lombrics ou vers de terre et de
+cloportes pour lesquels elle a, d'après Geoffroy Saint-Hilaire, un goût
+décidé, et de petits scarabées, d'après Cadet de Vaux.
+
+Ç'a été longtemps une question très-discutée que celle de savoir si la
+Taupe mange et par conséquent détruit le ver blanc, nom vulgaire de la
+larve du hanneton, et aussi la courtilière; de savoir si elle se
+contente du régime animal et bouleverse seulement les plantes situées
+sur le passage de ses galeries, ou si elle vit des racines de ces
+plantes. La malheureuse proscrite trouva des juges implacables d'un côté
+et des protecteurs de l'autre. M. le docteur Boisduval dit qu'elle
+dévore une quantité énorme de vers blancs (_melolontha vulgaris_) et de
+vers gris (_agrotis segetum_). Le maréchal Vaillant constata à Vincennes
+qu'une Taupe consommait, en vingt-quatre heures, plusieurs fois son
+poids de vers blancs. M. Carl Vogt dit avoir trouvé dans l'estomac des
+Taupes des débris de vers blancs, des coléoptères à l'état parfait, des
+myriapodes, mais jamais de fragments végétaux. MM. Eug. Noël, F.
+Villeroy, Eug. Gayot, la considèrent comme une destructrice acharnée du
+ver blanc. M. Pouchet, sur plus de deux cents Taupes disséquées, a
+trouvé l'estomac rempli de fragments de vers de terre, de vers blancs,
+de hannetons et d'autres insectes, mais rarement et accidentellement des
+débris de végétaux. Geoffroy Saint-Hilaire est plus circonspect: «On a
+donné pour certain, dit-il, que les Taupes négligent les vers blancs et
+les courtilières. Malheureusement, il n'en est rien: la larve du
+hanneton ou le ver blanc et la courtilière (_acheta gryllotalpa_) ne lui
+inspirent que du dégoût. Le célèbre zoologiste Paul Savi parle d'une
+Taupe qu'il a possédée et observée vivante pendant deux mois. Il l'a
+quelquefois nourrie seulement avec des courtilières. Douze de ces
+insectes suffisaient à la subsistance de toute une journée. J'ai observé
+un estomac de Taupe qui renfermait des vers blancs en une telle quantité
+que cette poche était comble; mais nous avons cherché vainement à
+déterminer l'espèce de ces vers blancs, M. Audouin consulté.» D'après
+Cadet de Vaux, la Taupe ne mange pas la courtilière, ni le ver gris,
+mais bien probablement le ver blanc. Un jardinier du département du Cher
+nous affirma qu'ayant placé des Taupes dans des caisses à fleurs où il
+les nourrissait de courtilières, les Taupes ne mangeaient que les têtes
+des insectes, ce qui serait bien suffisant pour affirmer leur
+destruction.
+
+Ne serait-il point possible que, poussée par cette faim insatiable, par
+cette nécessité suprême d'une nourriture fréquente, la Taupe consommât
+en cas de besoin, et toute autre meilleure nourriture lui faisant
+défaut, des proies qu'elle dédaignerait en toute autre circonstance?
+C'est ce que tendrait à prouver l'observation suivante: «Dans le but de
+vérifier les assertions si souvent faites que la Taupe détruit les vers
+blancs, et pour en avoir le coeur net, comme on dit, voici comment
+j'ai procédé. Je laissai vivre les Taupes en toute liberté, évitant même
+de les déranger, dans l'espoir qu'elles me débarrasseraient des vers
+blancs. Je suis maintenant bien renseigné sur ce point; je n'ai plus
+aucun doute sur l'inefficacité à peu près complète du procédé. Cette
+année encore, j'avais des planches de scarole et de chicorée qui étaient
+complétement envahies par des vers blancs. Ainsi que cela avait déjà eu
+lieu les années précédentes, des Taupes y sont venues creuser des
+galeries dans tous les sens, mais elles ont paru vivre dans de très-bons
+termes avec les vers blancs, de sorte que, au lieu d'un ennemi, j'en
+avais deux. Cette observation que j'ai faite sur mes planches de salade,
+je l'ai également faite dans mes fraisiers, et j'ai pu constater que les
+résultats ont été exactement les mêmes, d'où je conclus que les Taupes
+ne mangent des vers blancs que faute de trouver mieux.» (P. Hauguel,
+jardinier à Montivilliers. _Journ. d'Hortic. pratique_, 1877, p.
+471-472.)
+
+Il est bien évident, d'après son système dentaire et son tube digestif
+(l'intestin décuple seulement de la longueur du corps, dénué de coecum
+et présentant sur presque tout son trajet le même diamètre; estomac
+égalant en longueur la moitié de celle du corps avec insertion de
+l'oesophage dans le centre et non à l'extrémité antérieure), que la
+Taupe est organisée pour un régime animal. Mais, poussée par une
+voracité caractéristique, n'est-il pas possible qu'à défaut de
+nourriture animale, elle ne cherche à tromper la faim par des aliments
+végétaux? Flourens, Oken, Lenz, ont vu les Taupes périr de faim plutôt
+que de se nourrir de végétaux mis à leur portée (racines de raifort, de
+carottes, feuilles de chou et de salade, pain, etc.). Cadet de Vaux dit
+qu'elle se nourrit fort bien de racines d'artichaut, de carottes,
+panais, betteraves, navets, pommes de terre, etc. Geoffroy Saint-Hilaire
+nous semble dans le vrai, lorsqu'il dit: «La Taupe, très-friande, se
+jette, dans son désappointement, sur tout ce qui vient de prendre vie:
+les plus jeunes racines, le nouveau chevelu des arbres, de petites
+larves, toutes les semences végétales ou animales; elle se rabat, au
+besoin, sur des insectes parfaits, quelques scarabées et autres; enfin,
+elle s'accommode aussi de la partie charnue des racines fusiformes,
+prélevant sa part sur nos plantes alimentaires, comme carottes, panais,
+betteraves, navets, pommes de terre, etc. La culture des artichauts
+l'attire dans les potagers. Sa préférence pour les jeunes pousses des
+végétaux et pour tous les produits de l'animalisation serait-elle cause
+qu'il ne lui arrive point de faire des provisions? Il est du moins
+certain qu'elle vit au jour le jour. Ce n'est point seulement en été,
+mais aussi dans la saison d'hiver; la Taupe n'y est pas sujette à
+l'engourdissement.» (XVe leçon, p. 39.) Buffon avait déjà dit, en
+parlant de la Taupe: «Il lui faut une terre douce, fournie de racines
+esculentes, et surtout bien peuplée d'insectes et de vers dont elle fait
+sa principale nourriture.»
+
+Mais, en supposant même qu'elle ne les mange pas, elle détruit un grand
+nombre de plantes ou tout au moins leur porte un notable dommage. Tantôt
+elle soulève et bouleverse celles sous lesquelles passe une de ses
+galeries; tantôt elle émonde les radicelles d'un arbrisseau à l'ombre
+duquel elle trace sa voie souterraine; d'autres fois ce sont des
+chaumes, des pailles ou des tiges qu'elle entraîne dans son nid pour
+s'en constituer un moelleux et sec coucher. Par les dents ou par les
+pieds, elle est l'hôte onéreux des champs et surtout des jardins, et
+c'est en vain qu'elle invoquerait les circonstances atténuantes. Pour
+quelques services rendus, que de dommages causés!
+
+En effet, condamnée à ne vivre que d'un travail pénible et à peine
+interrompu, il lui faut sans cesse fouiller le sol pour y trouver des
+aliments. La Taupe fouille pour vivre, et elle distingue instinctivement
+les contrées et les sols qui lui promettent la subsistance la plus
+abondante et la plus assurée: les terrains légers sans être sableux,
+frais sans être humides, riches, rarement remués. Dans une prairie, elle
+parcourt le bas en été et le haut en hiver; on ne la trouve en terres
+tourbeuses que durant la belle saison; elle vit à la surface pendant les
+saisons humides et s'enfonce plus ou moins profondément durant les
+saisons sèches; elle fuit devant l'inondation et se réfugie souvent dans
+les digues et les levées qu'elle mine de ses travaux; elle n'est point
+embarrassée pour traverser à la nage un ruisseau, une rivière ou un
+étang; mais c'est dans les jardins qu'elle se plaît plus
+particulièrement en toutes saisons et surtout en hiver, on le comprend.
+
+Une Taupe apportée dans un champ s'y cantonne après avoir étudié le
+terrain: «Elle creuse dans chaque direction un boyau à plusieurs
+embranchements: exploitant chaque fois d'autres lieux, elle revient sans
+cesse à la charge. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que la terre
+soit minée en plusieurs sens. Quelques boyaux débouchent fortuitement
+les uns dans les autres, et d'autres fois avec intention: la Taupe lie
+ensemble plusieurs canaux, en élargit quelques-uns, et, se créant des
+routes usuelles, elle finit par soumettre toutes les percées qu'elle a
+faites à un système parfaitement combiné, lequel, amené à sa perfection,
+s'appelle le cantonnement de la Taupe. Son gîte en occupe ordinairement
+le centre. Le nid, pour l'éducation des petits, est une chambre écartée
+et différente à quelques égards.
+
+«Pour que ces habitations soient à l'abri des pluies d'orage, leur fond
+se trouve presque de niveau avec le terrain; il est par conséquent de
+beaucoup supérieur au sol des galeries qui reçoivent et contribuent à
+perdre les eaux fluviales.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)
+
+Les galeries du terrain de chasse ont un diamètre à peine supérieur à
+celui du corps de l'animal; dans celles qui lui servent de passage
+habituel, le diamètre tend sans cesse à s'agrandir, l'animal y circulant
+fréquemment et précipitamment. Dans les terres fortes, les galeries sont
+plus superficielles; situées plus profondément au contraire dans les
+sols légers. Quand il s'agit de franchir un obstacle, comme une route ou
+un mur, la galerie s'enfonce souvent à 0m,50 et même plus. Le plancher
+des galeries de chasse est en moyenne de 0m,12 à 0m,16 en dessous de la
+surface du sol. Mais pour opérer ces galeries, il faut trouver un
+emplacement pour les déblais; aussi, de distance en distance, la Taupe
+rejette-t-elle la terre émiettée qu'elle transporte et accumule à la
+surface du terrain, formant ce qu'on appelle une taupinière.
+
+Au travail, la Taupe chemine avec une vitesse variable selon la nature
+du sol plus ou moins résistant, de 10 mètres à 15 mètres par heure, soit
+en moyenne 12m,50 environ; mais lorsqu'elle revient à son gîte,
+lorsqu'elle court à la surface du sol et qu'elle est effrayée, elle peut
+atteindre, comme dans les expériences de Lecourt, la vitesse d'un
+cheval au trot. A la saison des amours, les mâles poursuivant une
+femelle creusent parfois de 50 à 60 mètres de galeries par heure.
+
+[Illustration: Fig. 2]
+
+La Taupe parcourt ses galeries de chasse (qui ont parfois ensemble plus
+d'un kilomètre) quatre fois par jour: au lever du soleil, de neuf à dix
+heures du matin, de deux à trois heures du soir, enfin un peu avant le
+coucher du soleil. Dans les intervalles du travail, elle se retire dans
+un gîte ou chambre qu'elle établit en un endroit d'accès difficile, sous
+des ruines, sous un mur, au pied d'une haie, etc. Ce gîte, qui a donné
+lieu à un plus fort déblai que les taupinières ordinaires, est assez
+éloigné du terrain de chasse avec lequel il communique par une seule
+voie qui se bifurque ensuite plus ou moins; autour du gîte rayonnent
+quelques courtes galeries. Voici comment Geoffroy Saint-Hilaire décrit
+cette merveilleuse construction, toujours établie sur le même plan et
+qui nous paraît presque comparable aux travaux de l'abeille: «Par des
+déblais plus considérables, l'animal s'est procuré une plus grosse
+taupinière: le tout est bientôt façonné au moyen d'une galerie
+circulaire sous clef; non contente d'avoir ouvert cette galerie en se
+glissant entre deux terres, la Taupe continue ses tassements de dedans
+sur le dehors par des poussées de son corps et de sa tête. (Cette
+galerie est marquée _ii_ dans la figure 2 A.) Une autre galerie
+circulaire, au-dessous de la première, _uu_, est plus grande et de
+niveau avec le terrain environnant. La Taupe y fait les mêmes
+tassements. Les galeries communiquent entre elles par cinq boyaux
+également espacés (fig. 3 A), et la galerie supérieure aboutit au sommet
+du gîte par trois routes. Le gîte, ou la chambre qu'habite la Taupe,
+porte au fond un trou (c'est l'emplacement circonscrit par une ligne de
+points et marqué _g_) qui fait l'entrée d'une route de sauvetage pour
+elle, si elle est menacée. Ce trou est d'ordinaire bouché par un matelas
+d'herbages: pour que le tassement, sous le comble de la taupinière,
+puisse acquérir la plus grande densité possible, la Taupe y ouvre encore
+plusieurs autres boyaux aveugles, dont elle fait les enduits avec son
+poil lisse et les pressions de toute sa masse. Ces boyaux sont en outre
+comme autant de sentinelles avancées; car les premiers rompus,
+l'éboulement de leurs flancs intérieurs devient un sujet d'alarme.»
+
+[Illustration: Fig. 3]
+
+La figure 3 montre comme faisant partie du tracé général des routes, le
+gîte en _i_, et les galeries latérales par où la Taupe s'échappe. En A
+est le gîte grandi et vu de face; et en A (fig. 2) est cette même
+habitation aperçue de profil. Enfin la courbe _zz_ figure la coupe de
+l'extérieur du terrain.
+
+La Taupe est loin d'être sociable; elle ne supporte autour d'elle aucun
+animal vivant; elle attaque les grenouilles (mais non les crapauds), les
+mulots, les souris, campagnols, musaraignes, l'orvet; elle se défend
+contre la belette et la vipère; quand elle rencontre une de ses
+semblables, il s'ensuit un duel qui ne se termine que par la défaite, la
+mort et l'engloutissement de l'une des deux. Mais l'heure du berger
+sonne aussi pour la Taupe. Les mâles entrent en rut et les femelles en
+chaleur, depuis le 15 février jusqu'au 15 août environ.
+
+Une autre vie commence alors; les mâles et les femelles qui, jusque-là,
+ont vécu isolés, quittent leurs galeries et leurs gîtes, abandonnent
+leurs cantonnements et s'en vont errer à l'aventure. Il y a trêve entre
+les femelles, mais guerre déclarée entre les mâles. Quand deux de
+ceux-ci se rencontrent, le combat commence sous terre et se termine par
+la mort ou la fuite du vaincu. Quant au vainqueur, il se met en quête
+d'une compagne qu'il lui faut conquérir, non-seulement contre des
+rivaux, mais aussi contre elle-même. Tout en désirant l'approche du
+mâle, la femelle s'enfuit devant lui, et, comme la nymphe sans doute,
+
+ Fugit ad salices et se cupit ante videri.
+
+[Illustration: Fig. 5]
+
+Elle fuit, se creusant de nouvelles galeries étroites et sinueuses; le
+mâle la poursuit, creusant rapidement des contre-galeries en ligne
+droite, à fleur de terre, afin de lui couper la retraite et de l'acculer
+dans une impasse. Poussé par une ardente passion, le mâle mine avec une
+incroyable ardeur, et, en trois heures, on en voit creuser jusqu'à 150
+et 200 mètres de galeries. La femelle se rend, épuisée de fatigue ou
+impuissante à trouver une issue; l'aube se lève à peine ou le crépuscule
+est déjà tombé; l'accouplement s'opère, dans la galerie même et au
+milieu du plus grand mystère. Les deux époux vont faire ménage commun...
+jusqu'à la mise bas. C'est ensemble qu'ils vont creuser le nid où la
+mère fera ses couches. «Ce nid n'est pas toujours surmonté d'un dôme à
+l'extérieur: dans le cas contraire, la taupinière du nid se reconnaît à
+son volume quadruple de celui d'une taupinière de déblais, et à sa forme
+qui n'est ni aplatie ni pyramidale, et dont une sébile de bois renversée
+donne une idée assez exacte. La Taupe femelle qui construit son nid se
+borne à agrandir un des carrefours formés par la rencontre de trois ou
+quatre routes.» (Geoffroy Saint-Hilaire.) La lettre B (fig. 5) montre
+ce nid dans ses rapports avec le terrier tracé par le mâle, et celle E
+(fig. 4), un nid abandonné, celui de l'année précédente. Ces figures 4
+et 5 montrent ces nids isolés et grossis (comparativement aux autres
+dessins) pour donner une idée de leur forme. Cet emplacement est le plus
+souvent situé assez loin du gîte, mais il lui est relié par une galerie.
+Le nid est une chambre haute de 0m,40, large de 0m,20, placée au-dessus
+du niveau du sol, ayant une forme d'entonnoir dont une galerie forme le
+drain, tapissée d'un matelas d'herbes. Geoffroy Saint-Hilaire, guidé par
+le taupier Lecourt, ayant ouvert un de ces nids, en mars 1825, y compta
+quatre cent deux tiges de froment garnies de leurs feuilles encore
+vertes et fraîches, ce qui prouvait qu'elles avaient été recueillies en
+très-peu de jours.
+
+[Illustration: Fig. 4]
+
+Après une gestation de trente à trente-cinq jours, la Taupe met bas,
+sans douleurs bien vives (à cause de la situation de l'utérus en dehors
+du bassin), de deux à cinq petits de la grosseur d'un gros pois,
+aveugles et nus; mais ils se développent rapidement, et à l'âge de cinq
+à six semaines, ils ont atteint déjà 0m,05 à 0m,07 de longueur. C'est la
+mère qui se charge de leur éducation, leur apprenant à fouir, dès qu'ils
+sont de force à quitter le nid. Mais son amour maternel ne va pas
+jusqu'à sacrifier sa vie à leur défense, car en cas de danger, elle
+fuit, sans s'inquiéter d'eux. Quant au mâle, après avoir pris sa part à
+la construction du nid, il est retourné dans son cantonnement et ne le
+quittera que dans une année et dans le même but. Lecourt, un taupier
+expérimenté, sous la dictée duquel Cadet de Vaux a écrit son livre _De
+la Taupe_ (Paris, Colas, 1803, p. 88), dit que, le moment de
+l'accouplement passé, mâle et femelle s'isolent, et que jamais il n'a,
+de sa vie, saisi un couple au gîte; il y a plus, jamais il n'a saisi au
+nid la mère et les petits; elle fuit, au moindre danger, en les
+abandonnant.
+
+[Illustration: Fig. 2]
+
+[Illustration: Fig. 1]
+
+[Illustration: Fig. 4]
+
+[Illustration: Fig. 5]
+
+[Illustration: Fig. 3]
+
+«Nous reproduisons le dessin très-fidèle d'un relevé de terrain fait en
+1825, par les soins de M. Geoffroy Saint-Hilaire. Il a vingt-quatre
+mètres de longueur dans la ligne partant du point _c_, passant par _h_,
+_j_, _k_, _m_ et _b_, jusqu'au point _e_. La ligne partant du nid _b_ et
+se rendant au point _a_ en passant par _q_ a quinze mètres de largeur.
+Une ligne ponctuée R, S, laisse au-dessous d'elle les restes d'un ancien
+cantonnement submergé pendant l'hiver; au-dessus sont les travaux
+récents de la Taupe mâle, galeries où elle conduit et renferme la Taupe
+femelle pendant le temps de la gestation et du part. Le terrain où ces
+travaux ont été étudiés et relevés était situé à quelque distance de
+Pontoise, en dessus et sur la droite de la rivière; la Taupe mâle, qui
+était venue s'emparer de ce théâtre d'exploitation, s'y était rendue
+d'assez loin et arriva en pleine terre jusqu'au point C; elle trouva une
+terre molle, facile à percer: pour gagner de vitesse, elle ne tassa
+point la terre, mais elle multiplia les taupinières de décharge, et ce
+sont ces taupinières qui sont indiquées par les petits cercles, répandus
+sur les lignes. Huit jours suffirent pour l'achèvement des galeries; à
+peine un bout de tuyau était-il ouvert que le mâle gagnait son ancien
+cantonnement, s'y mettait en recherche d'une femelle et s'en faisait
+suivre. Éveillés par ces courses répétées, d'autres mâles se mettaient à
+la piste du couple et s'acheminaient derrière lui sur la prairie,
+jusqu'à l'entrée de la galerie centrale. Arrivé là, le mâle y enferma sa
+femelle, et revint sur ses pas pour interdire à ses rivaux l'entrée de
+ce cantonnement. Dans la figure 1, cet emplacement est entouré de
+points: la ligne R, S, coupe par le travers de cette arène où
+s'engagèrent des assauts rudes et violents qui ne cessèrent que par la
+retraite ou la mort des vaincus.
+
+«Cependant la femelle, acculée dans la galerie _j_, _k_, _l_, essayait
+de fuir dans des boyaux qu'elle ouvrait de côté; c'est une partie de ces
+travaux que la figure 1 exprime, et qu'on trouve figurés aux points _j_,
+_k_, _l_, _n_, _o_. Mais le vainqueur ne tarda point à rejoindre cette
+femelle vagabonde, et à la ramener dans ses propres galeries: ce manége
+fut répété plusieurs fois, c'est-à-dire tout autant que d'autres mâles
+entrèrent en lice. Arriva enfin, et assez promptement, l'instant où la
+supériorité du vainqueur fut reconnue. Dès lors, le mâle et la femelle
+creusèrent ensemble et achevèrent les galeries figurées au plan. Dans
+les derniers moments, la femelle se détourna et creusa encore à part,
+obligée d'aller en chasse pour vivre.
+
+«Enfin, après qu'eurent été produites les galeries d'hésitation et de
+recherche de nourriture en _o_, _r_ et _s_, le mâle conduisit sa femelle
+à la patte d'oie marquée _v_. Dès ce moment, la femelle excédée ne
+creusa plus en plein tuf, mais à fleur de terre: elle traça, ne faisant
+qu'écarter les racines des végétaux. Revenant à son trou, elle en était
+repoussée par le mâle; de là les embranchements _y_, _y_, _y_, _y_ qui
+passent du même point.»
+
+M. Henri Lecourt a passé plusieurs mois à contempler les mouvements des
+Taupes pendant leurs amours. C'est d'après son récit que s'expliquent
+les diverses sinuosités représentées dans la figure 1 de notre planche.
+Aucun autre terrain ne lui avait jusqu'alors encore offert une occasion
+aussi favorable pour l'observation.
+
+La Taupe est depuis longtemps connue des agriculteurs: Aristote
+(quatrième siècle avant J. C.), Pline (premier siècle après J. C.),
+Columelle et Varron Oppien (deuxième siècle après J. C.), Elien
+(troisième siècle après J. C.), ont décrit ses moeurs à leur manière
+et brodé chacun un petit roman sur ce sujet: Varron d'abord, Pline
+ensuite, et d'après le premier, racontent qu'une ville de Thessalie,
+dont ils ne disent point le nom, fut minée et détruite par les Taupes.
+De Lafaille, pour appuyer ce dire des anciens, cite, d'après le voyageur
+Lacaille, les dégâts causés au Cap par les travaux d'une Taupe qui n'est
+autre que la chrysochlore dorée (_chrysochloris aurata_), un genre
+voisin; sillonnant toute la campagne de ses galeries profondes dans les
+sables, elle rend dangereuse la promenade ou la course à cheval.
+
+Puis c'est Buffon qui la décrivit avec le succès que l'on sait (1767);
+de Lafaille, qui cumule trop souvent les erreurs des anciens avec la
+crédulité du moyen âge; Cadet de Vaux, qui, dans un travail trop diffus,
+entreprit d'exposer les observations de Lecourt.
+
+«Henri Lecourt occupait, avant la Révolution, un emploi au château de
+Versailles; entraîné par un goût irrésistible, il fixa de bonne heure
+son attention sur l'instinct des animaux; plus tard, les difficultés de
+l'observation et l'utilité de l'entreprise, en donnant une autre
+direction à son génie, l'amenèrent à étudier exclusivement la Taupe.
+Lecourt se fit Taupier à Pontoise (Seine-et-Oise), ou plutôt,
+renouvelant les méthodes, il créa réellement une profession où l'homme
+lutte avec les forces de son esprit contre une industrie et une
+puissance de multiplication merveilleuses.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)
+En trois ans, Lecourt avait détruit, sur six cents hectares du
+territoire de Pontoise, dix mille Taupes; seul, il en prenait plus de
+quatre-vingts par jour. Les autorités de Pontoise, prisant fort son
+habileté, craignaient de perdre leur libérateur et, avec lui, ce qu'ils
+appelaient son secret. Cadet de Vaux, mis en rapport avec Lecourt, et
+édifié sur son habileté, proposa au préfet et obtint de lui la
+fondation, à Pontoise, d'une école de taupiers, sous la direction de
+Lecourt. Peu après, le préfet et la Société d'agriculture du Calvados
+établissaient dans ce département une école analogue, toujours sous la
+direction de Lecourt. Depuis lors, l'enseignement du taupier est devenu
+un enseignement mutuel, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se soit pas
+perfectionné.
+
+C'est Cadet de Vaux qui, nous l'avons dit, se chargea de vulgariser les
+observations de la méthode de Lecourt: il énumère longuement les dégâts
+que cause le petit mammifère aux espaliers, aux murs, dans les haies,
+dans le potager, dans le verger, dans les champs, dans les prés, dans
+les bois récemment ensemencés, sur les berges, digues, levées et jetées,
+dans les canaux, sur les routes, autant dire partout, et en toutes
+saisons, même sous la neige.
+
+Lecourt distingue les travaux en: 1º extérieurs (traces, taupinières,
+tuyaux, gîtes, nids lorsqu'elle les laisse apparents); 2º intérieurs
+(routes de communication, passages, galeries, boyaux, trous, gîtes,
+nids). Il distingue les traces ou galeries de chasse et les traces
+d'amour; les taupinières d'hésitation, d'entrée d'héritage, d'entrée de
+clôture, de cantonnement, de repos, de passage, de gîte, de nid, des
+mâles, et anciennes.
+
+C'est de la connaissance approfondie de ces divers signes extérieurs et
+des moeurs de l'animal qu'il déduit ses procédés de destruction: 1º
+au hoyau; 2º aux piéges; s'aidant seulement d'une sonde et d'un couteau
+à gaîne.
+
+De cette circonstance que le gîte est la citadelle de la Taupe et qu'un
+passage y conduit, ou que, si elle n'est pas gîtée, elle a, dans le lieu
+de son cantonnement, un passage, il déduit que c'est dans ce passage
+qu'il faut placer le piége. Puis après avoir pris la mère et voulant
+détruire les petits, il recherche le nid auquel viennent aboutir de un à
+trois passages rectilignes, et que signalent deux taupinières placées à
+des intervalles de quinze à vingt mètres et d'une forme particulière.
+Sur ce ou sur ces passages il place des piéges opposés au delà de
+l'abouchement des galeries reconnaissables aux nombreuses taupinières
+qui les surmontent.
+
+Le service qu'avait rendu Cadet de Vaux à Henri Lecourt, M. Dralet le
+rendit à son tour à un sieur Aurignac, taupier des environs d'Auch
+(Gers). C'est la méthode d'Aurignac qu'il expose dans ce livre; elle
+diffère de celle de Lecourt en ce qu'il considère que c'est pendant le
+travail qu'il faut prendre la Taupe, et que pour cela, il faut l'isoler
+sur deux points peu éloignés d'une galerie au moyen de coupures et de
+tassements légers du sol. C'est là la base de sa théorie; mais il expose
+ensuite huit cas différents qui peuvent se présenter dans la pratique,
+et donne pour chacun d'eux la solution du problème.
+
+
+
+
+L'ART
+
+DU TAUPIER
+
+
+Tout le monde sait combien la Taupe[B] est funeste à l'agriculture. Cet
+animal vit sous la terre, et bouleverse les racines qu'il rencontre, en
+parcourant les longues routes souterraines qu'il se forme à l'aide de
+son museau et de ses pattes. Il se plaît surtout dans la terre légère
+des jardins, où il fait des dégâts considérables; mais c'est dans les
+prairies que son séjour est le plus nuisible: il couvre de nombreux
+monticules que l'on nomme _taupinières_ le terrain sous lequel il
+habite; et le dommage que ces taupinières occasionnent au propriétaire
+ne consiste pas seulement dans l'herbe dont elles coupent la place,
+elles font encore perdre une partie de celle qui les avoisine, en
+portant obstacle au cours de la faux au moment de la coupe des foins.
+Tels sont les désastres les plus apparents causés par cet animal
+destructeur; mais il en est de plus considérables dont tout le monde ne
+s'aperçoit pas: ils ont lieu dans les prairies qui avoisinent les
+rivières et les ruisseaux. On y élève ordinairement, à grands frais, des
+digues de terre appelées _mues_, pour prévenir les inondations. Ces
+sortes d'ouvrages ne manquent pas d'être percés, pendant l'été, par les
+Taupes, qui vont, dans cette saison, chercher la fraîcheur sur le
+rivage; et le boyau qu'elles forment pour leur passage, donnant une
+issue à l'eau, fait détruire la digue et inonder la prairie, à la
+première crue du ruisseau ou de la rivière.
+
+Voilà des motifs bien puissants pour engager les cultivateurs à
+s'occuper sérieusement de la destruction des Taupes. Mais on peut y
+ajouter que l'on tire parti de la dépouille de ces animaux après leur
+mort. Agricola dit avoir vu des habits fourrés de la peau de ces
+animaux; et, au rapport de Pline, on en faisait des couvertures de lit,
+à Orchomène. Ces sortes de fourrures peuvent être très-agréablement
+nuancées, puisqu'on trouve des Taupes plus ou moins noires, plus ou
+moins brunes. Aurignac en a pris quelques-unes de blanches dans le
+département du Gers; il en a aussi trouvé une tachetée de blanc et de
+noir.
+
+Dans tous les temps on s'est occupé de faire la guerre aux Taupes. Les
+appâts, les piéges, les machines, le poison, les armes à feu ont été mis
+en usage tour à tour, et tous ces moyens ont été jusqu'à présent ou
+trop coûteux ou insuffisants.
+
+De tous ceux qui ont été essayés, le plus simple est sans doute celui
+qui est employé dans les environs d'Auch, puisqu'il ne nécessite l'usage
+d'aucun instrument que celui d'une houe ordinaire ou d'un hoyau.
+
+Mais ce moyen, découvert par le hasard, ne pouvait devenir vraiment
+efficace qu'à l'aide du temps et par le secours d'une longue
+observation. Aussi n'est-ce qu'après vingt ans d'un travail assidu, que
+le sieur Aurignac est parvenu à savoir prendre en vie, dans une matinée,
+toutes les Taupes d'un héritage, fussent-elles au nombre de vingt-cinq
+ou trente.
+
+Nous allons faire ici l'exposition des procédés employés par ce Taupier;
+elle sera précédée de quelques instruction préliminaires, sans
+lesquelles on tenterait en vain de faire avec succès la guerre aux
+animaux dont il s'agit.
+
+
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+_Notions sur l'histoire naturelle de la Taupe, servant d'introduction à
+l'Art du Taupier._
+
+
+1. La Taupe passe sa vie sous la terre; elle s'y forme un gîte qui se
+trouve ordinairement sous un arbre, près d'une haie, ou au pied d'un
+mur. C'est là qu'elle se retire pendant la nuit, et où elle va se
+reposer à certaines heures du jour. Ce gîte est recouvert d'un dôme
+construit en terre solide, d'une forme aplatie; quelquefois il n'est
+indiqué à l'extérieur que par un monticule de terre meuble que l'on
+nomme taupinière.
+
+2. De ce gîte, la Taupe s'ouvre une route souterraine pour aller
+chercher sa nourriture. Aucun obstacle ne l'arrête dans ce travail, qui
+s'étend quelquefois à plusieurs centaines de mètres: elle perce le mur
+qu'elle rencontre sur son passage, ou bien elle pénètre sous les
+fondations; elle passe d'une rive à l'autre d'un ruisseau, en cheminant
+sous son lit. C'est en ligne à peu près directe qu'est dirigée cette
+route, que l'on peut appeler premier ou grand boyau. On la reconnaît
+extérieurement à l'affaissement de la terre, et à la pâleur des plantes
+sous les racines desquelles elle passe. Il arrive souvent que cette
+route est fréquentée par plusieurs Taupes.
+
+3. La Taupe se nourrit beaucoup d'insectes et de vers; c'est pourquoi on
+la trouve ordinairement dans les terres douces et de bonne qualité.
+
+4. Elle ne réside ni dans la fange, ni dans les terrains pierreux.
+
+5. Quelquefois elle abandonne le terrain qu'elle habite, paraît quelques
+instants à la surface de la terre, pour entrer bientôt dans un lieu
+plus commode: cela arrive notamment lorsqu'elle a été surprise par une
+inondation.
+
+6. Pendant l'hiver et les temps pluvieux, elle habite les endroits
+élevés, parce qu'ils sont moins humides et plus à l'abri des
+inondations.
+
+7. Dans la belle saison, la Taupe descend dans les vallons,
+principalement dans les prés, où elle trouve une terre fraîche et facile
+à travailler.
+
+8. Lorsqu'il y a de longues sécheresses, elle se réfugie le long des
+fossés, sur le bord des ruisseaux et sous les haies.
+
+9. C'est en mars, avril et mai que les femelles mettent bas leurs
+petits. Il y en a ordinairement quatre ou cinq à chaque portée.
+
+10. Elles ont préparé d'avance un nid souterrain, couvert d'une voûte
+solide, dans un endroit élevé, et ordinairement protégé par une haie ou
+un buisson. On voit quatre ou cinq grosses taupinières fort rapprochées
+au-dessus de cette demeure.
+
+11. La Taupe ne fait pas de provisions; elle est donc obligée de se
+livrer à un travail journalier pour chercher sa nourriture. Il consiste
+à former à droite et à gauche de la grande route, dont on a parlé plus
+haut, des boyaux de peu d'étendue que l'on peut désigner sous le nom de
+chemins, petits boyaux, ou boyaux accessoires.
+
+12. Les boyaux sont ordinairement parallèles à la surface de la terre, à
+la profondeur de 12 à 18 centimètres, suivant les saisons.
+
+13. Comme les Taupes craignent presque également le froid et le chaud,
+c'est en hiver et en été qu'elles s'enfoncent le plus profondément dans
+la terre, c'est-à-dire que leurs boyaux sont le plus éloignés de sa
+surface.
+
+14. Elles sont fort craintives: lorsqu'elles se sentent en danger, elles
+s'enfoncent en terre par un boyau perpendiculaire qu'elles creusent
+quelquefois jusqu'à la profondeur de 50 centimètres.
+
+15. A mesure que les Taupes forment des boyaux, elles rejettent à la
+surface du sol la terre qu'elles ont détachée: c'est ce qui produit ces
+monticules que l'on nomme taupinières; elles en font à chaque reprise,
+trois, quatre, six, jusqu'à neuf, suivant leur âge et leur force.
+
+Les taupinières provenant de la grande route qui conduit au gîte sont,
+comme elle-même, disposées en ligne directe; leur volume est
+considérable; elles sont à d'égales distances les unes des autres, et
+espacées de 8 à 10 mètres.
+
+Celles des chemins ou boyaux accessoires sont placées sans ordre, d'un
+volume inégal, et à de petites distances.
+
+Dans les terres nouvellement ameublies par la culture, surtout si elles
+ont été récemment arrosées, la Taupe ne forme aucune taupinière sur son
+passage; elle se glisse à la superficie; on la voit s'avancer, seulement
+couverte de la légère couche de terre qu'elle soulève.
+
+16. Revenons aux taupinières. D'après ce que l'on a dit plus haut, il y
+a nécessairement entre elles une communication par des boyaux
+souterrains.
+
+17. _Si l'on ouvre avec un instrument quelconque un boyau qui communique
+à deux taupinières nouvellement formées, la Taupe vient quelques
+instants après le réparer, afin de se mettre à couvert du danger et du
+grand air. Pour y parvenir, elle forme à l'endroit ouvert une voûte de
+terre mobile, qui a la forme d'une taupinière oblongue, au moyen de
+laquelle elle réunit et rapièce, pour ainsi dire, le boyau coupé._
+
+_Si l'on fait de pareilles ouvertures à la grande route, la Taupe les
+réparera de la même manière, soit lorsqu'elle sortira de son gîte, soit
+lorsqu'elle y retournera._
+
+18. _Si l'on endommage une taupinière fraîche, la Taupe vient aussi la
+réparer[C]._
+
+19. La Taupe travaille dans toutes les saisons, puisque ce n'est qu'à
+force de travail qu'elle se procure de la nourriture.
+
+20. Il n'est pas vrai qu'elle dorme tout l'hiver, comme l'ont prétendu
+quelques naturalistes; mais, dans cette saison, elle a peu d'activité,
+et travaille beaucoup moins qu'en été.
+
+21. C'est à l'approche du printemps que les Taupes sont plus ardentes à
+l'ouvrage, et qu'elles forment un plus grand nombre de taupinières. Il y
+en a plusieurs raisons: la première est la nécessité de fournir de la
+nourriture à leurs petits, qui naissent ordinairement alors; la seconde
+est la facilité qu'elles trouvent à remuer la terre; la troisième enfin
+vient de ce que la température venant à s'adoucir, l'animal recouvre ses
+forces, que diminuait la rigueur du froid.
+
+22. La mâle est beaucoup plus vigoureux que la femelle, et les
+taupinières qu'il forme sont grosses et multipliées.
+
+23. La femelle travaille moins que le mâle; ses taupinières sont petites
+et peu nombreuses.
+
+24. Les jeunes ne font que de longues traînasses, en effleurant la
+superficie de la terre, qui suffit à peine pour les couvrir. Lorsqu'ils
+commencent à faire des taupinières, elles sont petites, informes,
+disposées en zigzag.
+
+25. Les heures auxquelles les Taupes travaillent sont, au lever du
+soleil, à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil;
+mais c'est au coucher du soleil qu'elles sont le plus ardentes à
+l'ouvrage.
+
+26. Dans les temps de sécheresse, on ne les voit guère faire de
+taupinières qu'au soleil levant; et, en hiver, elles saisissent le temps
+où il a réchauffé la terre par ses rayons.
+
+27. Il paraît que le sens de la vue est presque nul dans la Taupe; mais
+en revanche, la nature lui a donné le sens de l'ouïe très-délicat.
+
+
+
+
+ARTICLE II.
+
+_Principes de l'Art du Taupier._
+
+
+28. On ne prend aisément les Taupes que lorsqu'elles travaillent.
+
+29. Le temps le plus favorable au Taupier est donc vers le commencement
+du printemps. (Voir paragraphe 21.)
+
+30. C'est dans les prairies que, dans cette saison, il faut
+principalement leur faire la guerre (7).
+
+31. Il faut les attaquer au lever du soleil, ou à neuf heures du matin,
+ou à midi, ou à trois heures, ou au soleil couchant (25).
+
+32. Il est plus avantageux de commencer au soleil levant qu'aux autres
+heures du jour (25).
+
+33. L'heure la plus commode est ensuite à neuf heures du matin, parce
+que si l'on n'est pas parvenu à prendre toutes les Taupes que l'on avait
+en vue, on peut continuer successivement les opérations commencées aux
+autres heures de la journée.
+
+34. Lorsque l'on guette une Taupe, il faut soigneusement éviter de faire
+du bruit et surtout de frapper la terre (27).
+
+35. On peut, dans certains cas, obliger une Taupe à sortir de son
+souterrain, en y versant une certaine quantité d'eau (5).
+
+36. Lorsque l'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y
+souffle, si on coupe avec la houe le boyau qui communique à la
+taupinière voisine, et que l'on ferme avec un peu de terre ce boyau aux
+extrémités de la couture, la Taupe se trouvera emprisonnée entre
+l'endroit de cette coupure et celui de la taupinière (16).
+
+37. Une taupinière fraîche annonce la présence d'une Taupe; il en est de
+même de plusieurs taupinières fraîches peu éloignées.
+
+38. Quelque fraîche que soit une taupinière, si on la voit percée dans
+son centre par un trou perpendiculaire d'environ cinq centimètres de
+diamètre, il est certain que la Taupe a abandonné le terrain pour aller
+en chercher un qui lui convienne mieux (5).
+
+39. Lorsque l'on voit un assemblage de taupinières fraîches, si l'on
+prenait la peine de les enlever toutes avec la houe, et de découvrir
+dans toute leur longueur les boyaux qui communiquent de l'une à l'autre,
+on serait assuré de rencontrer et de prendre la Taupe qui y travaille.
+
+40. Cette opération serait sans doute trop longue et trop embarrassante;
+mais elle deviendra extrêmement simple, si l'on peut réduire la Taupe
+et l'enfermer entre deux points peu éloignés. Pour la prendre, il ne
+s'agira alors que de découvrir avec la houe l'espace intermédiaire de
+ces deux points.
+
+41. On réduit une Taupe entre deux points d'un boyau, par le moyen de
+quelques _coupures_ ou incisions faites à propos à ce boyau. Ces
+incisions lui coupent, pour ainsi dire, le chemin, puisqu'elle ne les
+franchit qu'après les avoir réparées (17).
+
+42. Lorsque l'on a fait une coupure, il faut fermer légèrement, avec un
+peu de terre, les extrémités du boyau qui y aboutissent, afin de
+retarder la marche de la Taupe.
+
+
+
+
+ARTICLE III.
+
+_Application des principes précédents_, ou _Pratique de l'Art du
+Taupier_.
+
+
+INSTRUMENT DU TAUPIER.
+
+Le seul instrument qui soit absolument nécessaire au Taupier est une
+houe; mais il convient qu'il se munisse aussi de quelques brins de
+paille, de quelques morceaux de papier blanc et d'un pot d'eau.
+
+ _Du nombre de Taupes qui se trouvent dans un héritage; de leur sexe
+ et de leur âge._
+
+La première chose que doit faire un Taupier en entrant dans un héritage,
+est de reconnaître, s'il est possible, les gîtes et les routes (1 et 2),
+ensuite de savoir combien il renferme de Taupes, afin de les attaquer
+toutes à la fois; c'est le moyen d'aller vite en besogne.
+
+Je suppose une pièce de pré, représentée par la planche ci-jointe,
+couverte de taupinières, _fig._ 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.
+
+J'aperçois d'abord une taupinière isolée, _fig._ 6. J'observe qu'elle
+est fraîche; elle m'annonce la présence d'une Taupe (37): cette
+taupinière est grosse; elle a donc été faite par un mâle (22).
+
+Je passe aux deux taupinières, _fig._ 7. Elles sont peu éloignées l'une
+de l'autre; elles ont donc été faites par une seule Taupe (37): elles
+sont fraîches, la Taupe y travaille donc; elles sont petites, elles
+appartiennent donc à une femelle (23).
+
+Les trois taupinières, _fig._ 8, sont peu éloignées l'une de l'autre;
+elles appartiennent donc à une seule Taupe; elles sont fraîches, cette
+Taupe y travaille donc; elles sont grosses, c'est donc un mâle.
+
+[Illustration: _Fig. 6._]
+
+[Illustration: _Fig. 7._]
+
+[Illustration: _Fig. 8._]
+
+[Illustration: _Fig. 10._]
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 12._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Les six taupinières, _fig._ 9, sont peu éloignées l'une de l'autre:
+elles ont donc été faites par une seule Taupe; elles sont fraîches,
+cette Taupe y travaille donc; elles sont petites, c'est donc une
+femelle.
+
+Les traînasses en zigzag, ou taupinières informes, _fig._ 10, sont
+fraîches; elles annoncent la présence d'une jeune Taupe (24).
+
+Les cinq taupinières, _fig._ 11, sont sèches, donc elles ont été
+abandonnées, (5).
+
+Les sept taupinières, _fig._ 12, sont encore fraîches; mais une d'elles,
+_M_, est percée par le haut; donc la Taupe qui les a faites les a
+quittées depuis peu (38).
+
+Je dois être assuré, d'après ces observations, qu'il y a, dans le pré
+dont il s'agit, deux Taupes mâles, deux femelles et une jeune.
+
+Il n'est pas indifférent de connaître si les Taupes que l'on veut
+prendre sont mâles ou femelles, si elles sont jeunes ou vieilles: les
+mâles, travaillant plus vite (22), doivent être guettés de plus près que
+les femelles les jeunes ne faisant qu'effleurer la terre (24) vont
+aussi fort vite, et ne doivent pas être perdues de vue.
+
+
+
+
+OPÉRATIONS
+
+
+
+
+PREMIER CAS
+
+_Lorsqu'une Taupe n'a fait qu'une taupinière,_
+
+fig. 6.
+
+
+[Illustration: Fig. 6.]
+
+J'enlève d'abord la taupinière avec la houe, et je m'assure si elle n'a
+pas de communication avec d'autres taupinières voisines. Pour y
+parvenir, je tousse dans l'ouverture que j'ai faite, c'est-à-dire à
+l'embouchure du boyau commencé; j'en approche en même temps l'oreille:
+si la taupinière n'a pas de communication, la Taupe, peu éloignée, est
+effrayée par le bruit; je l'entends s'agiter, et elle ne peut
+m'échapper.
+
+Je découvre le boyau _a_, _b_ avec la houe, et je suis jusqu'en _b_, où
+je rencontre la Taupe.
+
+Mais l'animal, connaissant le danger, a peut-être eu le temps de
+s'enfoncer en terre, en y formant un boyau perpendiculaire _b_, _c_
+(14); alors j'ai deux moyens pour le prendre: je creuse jusqu'en _c_, où
+je rencontre ma proie, ou bien je verse de l'eau en _b_, et l'animal s'y
+présente de lui-même (5).
+
+Si, au contraire, en toussant je n'ai pas entendu l'animal s'agiter,
+c'est une preuve que la taupinière communique avec quelques autres
+taupinières voisines, et j'opère comme dans les cas suivants.
+
+
+
+
+DEUXIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait deux taupinières,_
+
+A, B, fig. 7.
+
+
+[Illustration: 7.]
+
+Je fais une ouverture _d_, _e_, de la longueur de plus de 25
+centimètres, dans la direction du boyau qui communique d'une taupinière
+à l'autre. Je ferme avec un peu de terre les deux extrémités _d_, _e_ du
+boyau (42). Quelques instants après, la Taupe, d'abord frappée par le
+grand air, et craignant pour sa sûreté, vient réparer le dégât fait à
+son souterrain (17), et elle souffle en _d_ ou en _e_. Si c'est en _d_
+qu'elle se présente, je suis assuré de la trouver entre ce point et la
+taupinière _A_, si c'est en _e_, je suis assuré qu'elle est entre ce
+dernier point et la taupinière _B_. Dans l'une et l'autre hypothèse,
+j'opère comme il est indiqué au premier cas ci-dessus, c'est-à-dire que
+je découvre la partie du boyau qui aboutit à la taupinière A, ou celle
+qui aboutit à la taupinière _B_.
+
+
+
+
+TROISIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait trois taupinières,_
+
+C, D, E, fig. 8.
+
+
+Je fais les ouvertures _f_, _g_, _h_, _i_.
+
+[Illustration: Fig. 8.]
+
+La Taupe viendra souffler ou en _f_, ou en _g_, ou en _h_, ou en _i_.
+
+Si elle souffle en _f_, elle se trouve enfermée entre ce point et la
+taupinière _C_.
+
+Si elle souffle en _i_, elle se trouve enfermée entre ce dernier point
+et la taupinière _E_.
+
+Si elle souffle en _g_ ou en _h_, elle est dans l'espace intermédiaire
+entre ces deux points.
+
+Dans ces trois hypothèses, j'opère comme dans le premier cas, en
+découvrant l'espace dans lequel se trouve la Taupe.
+
+Si la Taupe est enfermée entre _g_ et _h_, que je ne veuille pas prendre
+la peine de découvrir tout cet intervalle, j'enlève la taupinière _D_,
+et je fais à sa place une troisième incision ordinaire. J'attends que la
+Taupe y ait soufflé, et le côté où elle vient m'indique si je la
+trouverai entre la troisième incision et le point _g_, ou entre cette
+incision et le point _h_.
+
+
+
+
+QUATRIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe a fait quatre taupinières et au delà_, fig. 4.
+
+
+Je suppose les six taupinières _F_, _G_, _H_, _J_, _K_, _L_.
+
+Je fais l'incision _k_, _l_.
+
+Si la Taupe vient souffler en _k_, elle est enfermée entre ce point et
+la taupinière _F_.
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Si, au contraire, elle vient souffler en _l_, elle est enfermée entre ce
+dernier point et la taupinière _L_.
+
+Dans l'une et l'autre hypothèse, je fais de _K_ en _F_, ou de _l_ en
+_L_, les opérations indiquées dans le troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire que j'agis comme s'il n'y avait que trois taupinières.
+
+
+
+
+_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas ci-dessus._
+
+[Illustration: Fig. 7.]
+
+Je suppose que lorsque j'aurai fait la coupure _d_, _c_, _fig. 7_, la
+Taupe vient souffler en _d_, et que je me trouve là au moment où elle
+souffle, je sais qu'elle traversera l'espace _d_, _e_, pour réparer le
+boyau, en y formant une voûte avec la terre qu'elle détachera du fond de
+l'endroit ouvert. Si je reste là sans faire de bruit, je la verrai
+travailler à cette opération. Il ne s'agira, pour prendre la Taupe, que
+de poser le bout du manche de ma houe derrière elle, avant qu'elle
+arrive au point _e_. Par ce moyen, la terre que j'ai eu soin de mettre à
+l'ouverture _d_ l'empêchera d'avancer. Le bout de ma houe l'empêchera de
+reculer. Je la prendrai donc aisément, en enlevant avec mes doigts le
+peu de terre mobile dont elle est couverte(1).
+
+
+
+
+_Procédé essentiel à employer._
+
+On peut, sans rester près d'une ouverture, savoir l'instant où une Taupe
+commence à y souffler. Il ne s'agit que d'y planter un brin de paille,
+au bout duquel on fixera un petit morceau de papier. Ce petit étendard
+sera renversé ou au moins ébranlé au premier mouvement que viendra faire
+la Taupe à l'endroit où il est planté. L'ébranlement ou la chute de cet
+étendard avertira le Taupier de s'approcher pour guetter et prendre
+l'animal.
+
+
+
+
+CINQUIÈME CAS
+
+_Lorsque la Taupe ne vient pas souffler aux premières ouvertures faites
+par le Taupier._
+
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Je suppose qu'après avoir fait l'ouverture _k_, _l_, _fig. 9_, la Taupe
+continue à souffler à la taupinière _L_; alors je suis sûr qu'elle est
+entre le point _l_ et la taupinière _L_, et les opérations qui me
+restent à faire sont les mêmes qu'au troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire que je dois agir comme s'il n'y avait que les taupinières
+_J_, _K_, _L_.
+
+Pour connaître si une Taupe, pendant mon absence, soufflera à une
+taupinière, je l'aplatis légèrement avec le pied, et, à mon retour, si
+j'aperçois une petite éminence sur la taupinière aplatie, nul doute que
+la Taupe y aura travaillé. Mais si la Taupe, ne venant pas souffler aux
+incisions, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, on doit
+conclure qu'elle s'est jetée dans la route par un des boyaux qui y
+aboutissent (2), et qu'elle a regagné son gîte (1). C'est là où il faut
+lui faire une nouvelle attaque. On pratique, dans ce cas, plusieurs
+ouvertures sur la route, à proximité du gîte. La Taupe ne tarde pas à
+venir souffler à l'extrémité de l'une de ces ouvertures, et
+conséquemment à indiquer l'endroit où elle se trouve renfermée; on agit
+alors comme dans les autres cas.
+
+
+
+
+SIXIÈME CAS
+
+_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e, 4e et 5e cas
+ci-dessus, lorsqu'on se trouve près d'une taupinière au moment où
+la Taupe y souffle._
+
+
+Si je me trouve près de la taupinière _L_, _fig. 9_, au moment où la
+Taupe y souffle, je n'emploierai pas le moyen incertain des jardiniers,
+qui enlèvent la taupinière d'un coup de bêche; mais je donnerai en _m_,
+_n_ un grand coup de houe sur le boyau qui communique de cette
+taupinière à la voisine _K_. C'est une manière sûre d'enfermer la Taupe
+entre la taupinière _L_ et le point _m_, _n_.
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+Lorsque la Taupe est ainsi enfermée, j'opère comme dans le premier cas,
+c'est-à-dire que je découvre l'intervalle dans lequel elle est enfermée,
+etc.
+
+Il est inutile de dire que, pour que ce moyen puisse être employé avec
+succès, il faut que la taupinière où souffle la Taupe n'ait qu'une seule
+communication.
+
+
+
+
+SEPTIÈME CAS
+
+_Lorsqu'une ou plusieurs taupinières fraîches se trouvent à
+proximité des vieilles taupinières_, fig. 9 et 11.
+
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Dans ce dernier cas, le plus embarrassant de tous pour le Taupier, il
+est douteux si les taupinières fraîches communiquent par des boyaux
+avec les vieilles. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord faire des
+coupures entre les unes et les autres, pour que la Taupe, inquiétée dans
+les fraîches, ne puisse se retirer dans les vieilles. On opère ensuite,
+suivant les circonstances, comme dans les cas précédents.
+
+[Illustration: _Fig. 9._]
+
+[Illustration: _Fig. 11._]
+
+Lorsqu'il en est ainsi, on ne peut trop multiplier les coupures, si l'on
+ne craint pas d'endommager le terrain. Il est bon, par exemple, dans les
+_fig._ 9 et 11, de faire une coupure dans la direction de _H_ en _N_, et
+une autre dans la direction de _H_ en _O_, parce qu'il peut y avoir un
+boyau dans l'une ou l'autre de ces directions, et même dans l'une et
+dans l'autre.
+
+
+
+
+HUITIÈME CAS
+
+Lorsqu'on se rencontre au moment où la Taupe forme un boyau superficiel
+(5).
+
+
+Il ne s'agit, dans ce cas, que de poser le bout du manche de la houe
+derrière la Taupe pour l'empêcher de rétrograder. On la prend alors sans
+difficulté, après avoir enlevé avec les doigts la légère couche de terre
+dont elle est couverte.
+
+
+
+
+OBSERVATIONS
+
+Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on
+attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne
+parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.
+
+Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le
+dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les
+taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les
+boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On
+plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite
+on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.
+
+Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être
+très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter
+une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les
+ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui
+avait été fait.
+
+La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la
+traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite motte
+de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre;
+c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux
+extrémités du boyau coupé.
+
+
+
+
+VOCABULAIRE DE L'ART DU TAUPIER
+
+
+BOYAU, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui
+provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui
+produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui
+conduit au gîte.
+
+COUPURE, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec
+une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre
+le fond à découvert et y attirer la Taupe. L'air qui s'introduit par
+cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte
+de son chemin couvert.
+
+ÉTENDARD, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité
+supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une
+taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa
+chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe
+travaille à l'endroit signalé.
+
+GÎTE, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et
+solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme
+oblongue.
+
+HOUE OU HOYAU, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois.
+Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions ou coupures, enlever
+les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée
+s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.
+
+ROUTE, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les
+boyaux accessoires sont des ramifications.
+
+SOUFFLER, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses
+pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur
+l'incision faite par le Taupier.
+
+TAUPIER, homme qui, connaissant les moeurs et les usages de la Taupe,
+sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y
+prendre.
+
+TAUPINIÈRE, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour
+se former une route souterraine.
+
+TAUPINIÈRE _fraîche_, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient
+de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y
+voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.
+
+---- _vieille_, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la
+terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est
+desséchée.
+
+---- _trouée_, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller
+chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.
+
+
+
+
+ADDITION A L'ART DU TAUPIER
+
+
+Si, ainsi que nous l'avons dit, les dégâts causés par la Taupe lui ont
+de tout temps attiré l'animadversion de l'homme, on a dû, de tout temps
+aussi, chercher à la détruire. Malheureusement, sa vie souterraine et
+l'ingénieux instinct dont elle a été douée par la nature l'ont jusqu'ici
+avantagée dans la lutte; et comme elle est en outre prolifique et
+vivace, elle pullule en certaines contrées en proportions effrayantes,
+si l'on considère surtout qu'elle ne peut vivre que dans les régions
+cultivées et surtout les plus riches. Du seul chef de la confection de
+son nid, Cadet de Vaux ayant compté dans l'un d'eux 274 tiges de blé
+qu'il évalue avoir dû donner 1 kil. 250 de blé ou de pain, et Geoffroy
+Saint-Hilaire en ayant trouvé 402 tiges qui auraient donné, suivant la
+même proportion, 1 kil. 821 de grain, si nous prenons la moyenne, nous
+trouverons, par nid, 1 kil. 535. D'un autre côté, Lecourt ayant détruit,
+en trois ans, 10,000 Taupes sur le territoire de 600 hectares
+appartenant à Pontoise, soit 3,333 par an, si nous admettons que, sur ce
+nombre, il y avait 2,220 jeunes, 555 pères et 555 mères, le dégât causé
+par ces dernières, en supposant que tous les nids eussent été garnis de
+blé, représenterait par an 351 kil. 925 de grain, ou près de 12
+hectolitres, la nourriture annuelle de quatre hommes, en pain.
+
+La destruction dut être tentée d'abord par tous les moyens primitifs, la
+bêche, la houe, la pioche, etc.; puis vinrent les moyens mécaniques, et
+Cadet de Vaux nous apprend qu'on inventa en 1751 une machine de un mètre
+de hauteur, qu'il fallait vingt-cinq pages et six planches pour décrire,
+et qui pouvait prendre jusqu'à... deux ou trois Taupes par jour. Plus
+tard, on employa les moyens physiques ou chimiques; mais la victoire
+paraît être restée aux engins mécaniques.
+
+Une particularité physiologique qui n'a pas été vérifiée, mais qui est
+affirmée par Cadet de Vaux et par tous les jardiniers, c'est que toute
+piqûre à la tête de la Taupe, ou plutôt à son museau, donne lieu à une
+hémorrhagie auriculaire qui ne tarde pas à devenir fatalement mortelle.
+Aussi nombre de jardiniers se contentent-ils de placer de distance en
+distance sur les galeries des tronçons d'églantiers, contre les épines
+desquels la Taupe, en fouissant, vient se piquer et trouver la mort.
+
+D'autres emploient le même procédé que pour les courtilières: «Les pots
+pleins d'eau, disposés à fleur des galeries; ou d'autres pots dans
+lesquels on emprisonne une femelle vivante, dans l'espoir qu'elle
+attirera les mâles; des hameçons offrant en appât un morceau friand, ver
+ou chenille; des noeuds coulants, etc.» (Eug. Guyot, _les Petits
+Quadrupèdes de la maison et des champs_. Paris, Firmin Didot, 1871, t.
+II, p. 155.) Brehm, ou plutôt son annotateur M. Gerbe, indique le moyen
+suivant: «Pour protéger un jardin ou un enclos quelconque contre les
+Taupes, il suffit d'entretenir tout autour, jusqu'à une profondeur de
+0m,04 à 0m,05, une palissade d'épines, de tessons de bouteilles,
+d'autres objets qui piquent; par ce moyen encore peu connu et
+très-utile, on empêche la Taupe d'aller plus loin; si elle veut passer
+outre, elle se pique la face et périt des suites de cette blessure.»
+(Brehm, _l'Homme et les animaux_, t, Ier, p. 755.) Ceci revient au
+procédé vulgaire dont nous parlions il n'y a qu'un instant, et demande
+une vérification pratique, et autant que possible une explication
+physiologique.
+
+On a préconisé certaines plantes comme ayant la propriété d'éloigner les
+Taupes d'un enclos de certaine étendue, par leur odeur, sans doute. De
+ce nombre seraient: le ricin commun (_ricinus communis_--euphorbiacées),
+dont dix pieds suffiraient pour protéger un hectare; et le datura
+stramoine (_datura stramonium_--solanées), dont il suffirait de pieds en
+nombre moitié moindre pour une même surface. M. Roger Schabol indique un
+procédé de destruction qui nous laisse des doutes sur son efficacité, la
+Taupe ne nous paraissant guère frugivore; néanmoins la voici: prendre
+autant de noix, fruit du noyer commun (_juglans regia_), qu'il y a de
+trous de Taupes; ajouter une poignée de ciguë tachée (_conium
+maculatum_--ombellifères) et faire bouillir le tout pendant une heure et
+demie dans de l'eau, puis en faire des boulettes, ou, si la pâte est
+trop liquide, en mettre sur un morceau d'ardoise, dans le trou. Friande
+de ce mets, la Taupe en mange et meurt, dit-il. (_La Pratique du
+jardinage_, 1872, t. II, p. 34.) On a conseillé encore de saupoudrer
+d'arsenic un poireau frais, un ognon de colchique, des vers de terre ou
+des larves de hannetons, que l'on placerait ensuite aux deux extrémités
+de coupures pratiquées dans les galeries. D'autres emploient les noix
+bouillies avec du sulfate de fer. Quelques jardiniers prétendent
+l'éloigner par l'odeur du fumier de porc, de la résine, du purin ou de
+l'urine fermentés, du poisson pourri, du goudron ou des décoctions de
+tabac.
+
+Pour étouffer la Taupe dans sa retraite, quelques agriculteurs
+conseillent de prendre une noix ou quelque petit vase étroit et solide,
+et d'y brûler de la paille avec de la résine de cèdre, ou de la cire et
+du soufre, puis de bien boucher toutes les entrées et issues de la
+Taupe, afin que la fumée ne sorte pas. Ce moyen est très-incertain et
+presque nul entre les mains de toute personne qui ne connaît point les
+allures de la Taupe. Quelquefois, toutes les taupinières d'un pré ou
+d'un jardin, soit fraîches, soit vieilles et abandonnées, communiquent
+entre elles par des boyaux multipliés (voyez art. 3, septième cas). Il
+faudrait donc, lorsque cela est ainsi, écraser et fermer toutes les
+taupinières qui se trouvent dans le terrain; mais, en prenant ce parti,
+on préserve soi-même la Taupe de l'effet de la fumigation. Je suppose
+que vous voulez étouffer la Taupe qui a fait les taupinières de la
+figure 4 et que vous mettiez les matières combustibles en H: si la Taupe
+se trouve de J en L, comme vous avez fermé le passage en J, la fumée
+n'y pénétrera pas, et la précaution que vous avez prise contre la Taupe
+sera précisément son préservatif.
+
+C'est encore uniquement par des incisions que ce moyen peut avoir
+quelque succès. Voulez-vous étouffer la Taupe qui a fait les taupinières
+de la figure 4, faites la coupure _l_, _k_, fermez-en les extrémités, et
+mettez à volonté vos matières combustibles entre _k_ et F, et entre _l_
+et L, après avoir bien aplati les taupinières L, F; mais il faut
+auparavant vous être assuré que la taupinière H, figure 4, n'a pas de
+communication avec celle de la figure 6; et, si elle en a, les avoir
+fermées au moyen des incisions indiquées article 3, septième cas.
+
+«Il y a un petit fourneau qui sert à étouffer les insectes dans les
+serres, au moyen de la fumée de tabac. On y adapte un soufflet qui anime
+le feu, et envoie cette fumée dans l'air de la serre. J'en ai appliqué
+récemment un à l'embouchure d'un boyau de taupe, et j'ai pu forcer la
+fumée du goudron que j'y avais mis jusqu'à deux mètres de distance dans
+ce boyau; mais le soufflet n'avait pas assez de force pour la forcer à
+aller plus loin. Je crois qu'en employant un soufflet plus fort, tel que
+ceux des bouchers, on parviendrait à son but en envoyant la fumée aux
+points extrêmes de la retraite des taupes.» (Note de M. Audot, éditeur
+de la 16e édit., 1856, p. 52.) Depuis lors, la mécanique destructrice
+a fait des progrès, et pour ceux qui préféreraient ce mode de chasse,
+nous recommanderons le fusil à gaz perfectionné que l'on a construit
+pour asphyxier dans leurs galeries et campagnols et mulots. En voici la
+description succincte d'après M. Eug. Gayot: «Il consiste en un tube de
+0m,40 de long, du calibre d'un tuyau de poêle ordinaire et portant une
+douille à chacune de ses extrémités. L'une d'elles s'emmanche sur la
+tuyère d'un soufflet, l'autre sert à la sortie des vapeurs qui seront
+produites dans le tube.» (_Les Petits Quadrupèdes_, t. I, p. 34.) Dans
+ce tube, en effet, on introduit des chiffons de laine découpés en
+lanières et saupoudrés de fleur de soufre; après avoir allumé ces
+matières avec un charbon incandescent, on place la buse du tube à
+l'entrée d'une galerie que l'on suppose habitée, et on manoeuvre le
+soufflet; pendant ce temps, un aide ferme d'un coup de talon les
+galeries qui viennent s'embrancher sur celle qu'on insuffle. Ce peut
+être un amusement, mais cela ne saurait être une chasse sérieuse.
+
+Quelques jardiniers guettent le passage des taupes dans leurs galeries,
+à leurs heures ordinaires et bien connues de sortie, et, armés d'une
+bêche, d'une houe, d'un piochon ou d'un maillet muni de longues pointes,
+ils l'extraient de son souterrain ou l'y assomment. D'autres préfèrent
+la chasse au fusil: chargez très-légèrement un fusil ordinaire de petit
+plomb, et tirez à bout presque portant; par ce moyen, si l'animal
+échappe aux plombs, il peut être asphyxié par la fumée; mais il faut
+avoir la précaution de diriger votre coup vers l'endroit d'où la taupe
+apporte la terre. Pour connaître cet endroit, enlevez d'abord, avec une
+petite bêche, la taupinière et creusez-la jusqu'à ce que vous trouviez
+les boyaux qui y aboutissent. La taupe viendra réparer ce dégât (voir nº
+18); vous verrez de quel côté elle apporte la terre à l'endroit
+endommagé, et c'est vers ce côté qu'il faudra diriger votre coup.
+
+Lorsqu'on remarque une taupinière isolée (voir art. 3, premier cas),
+sans communications avec d'autres et nouvellement faite, on peut tenter
+un moyen qui parfois réussit: il consiste, après l'avoir décoiffée
+jusqu'à l'entrée de la galerie, à verser de l'eau dans cette ouverture;
+si les galeries sont habitées, la taupe, fuyant l'inondation dont elle
+est menacée, ne tarde pas à se présenter à la surface du sol, où il
+devient facile de la détruire.
+
+L'illustre Buffon avait imaginé une destruction théorique de la taupe
+que la pratique est loin de justifier: «La manière la plus simple et la
+plus sûre de prendre la taupe et ses petits, c'est, dit-il, de faire
+autour une tranchée qui l'environne en entier et qui coupe toutes ses
+communications. Comme la taupe fuit au moindre bruit et qu'elle tâche
+d'emmener ses petits, il faut trois ou quatre hommes qui travaillent
+ensemble avec la bêche, enlèvent la motte tout entière, ou fassent une
+tranchée presque dans un moment, et qui ensuite les saisissent et les
+attendent au passage.» Assurément, cette manière est loin d'être aussi
+simple que l'assure son inventeur. Elle est encore moins sûre; car, au
+premier coup de bêche, la taupe peut fuir à 10 mètres de l'endroit où on
+la cherche (voyez art. 3, septième cas). D'un autre côté, en supposant
+qu'elle pût être cernée par une tranchée, on n'en serait pas plus
+avancé, puisque la taupe, lorsqu'elle craint le danger, s'enfonce
+perpendiculairement dans la terre (voir nº 14), et il est impossible de
+l'y trouver lorsqu'on ne connaît pas le point auquel elle a creusé sa
+retraite (voir art. 3, premier cas).
+
+Enfin, il y a des chats et des chiens qui font la chasse aux taupes; je
+les ai vus guetter le moment où elles travaillaient à la taupinière, et
+les saisir adroitement avec leurs pattes de devant. «Il y a des chiens
+aussi que l'on dresse spécialement pour cette chasse. Les chiens à
+fouans (c'est le nom vulgaire de la taupe dans le département du Nord),
+bien connus et très-appréciés aux environs de Lille, sont d'excellents
+auxiliaires pour la chasse des taupes. Il serait donc utile que chaque
+fermier possédât un de ces chiens, bien dressé, qui l'accompagnerait
+toujours dans les champs. Il en est dont la finesse d'odorat est
+remarquable; mais il faut qu'ils y joignent la promptitude et l'adresse,
+car, une fois manquée du premier coup de museau ou de patte, la taupe
+est sauvée. En vain le chien s'acharne à creuser la terre, le gibier est
+déjà loin. Il est même essentiel de ne pas laisser les chiens s'habituer
+à faire d'énormes trous qui ressemblent à des terriers, où ils
+s'engloutissent tout entiers; c'est un défaut à corriger tout d'abord.
+Ceux dont l'instinct est sûr et dont l'éducation est bien faite
+abandonnent la taupinière dès que la taupe est manquée, et vont plus
+loin recommencer avec plus de précaution un nouveau guet.» (De Norguet,
+_la Chasse illustrée_.)
+
+En attendant qu'on ait formé, par un dressage longtemps continué, une
+race de chiens pour cette chasse d'un nouveau genre, il faut bien se
+contenter d'y employer des hommes. Ceux-ci, qui font profession de
+_taupiers_, appartiennent le plus souvent à la Normandie, aux
+départements du Calvados et de l'Orne, aux communes de Falaise, Crocy,
+Vignats, Baumais, la Hoguette, etc. Dans un grand nombre de familles, on
+est taupier de père en fils. C'est là un métier qui demande de la
+sagacité, de l'intelligence, de l'activité, de bons yeux et de bonnes
+jambes. Les grands fermiers ont à leur choix deux combinaisons: 1º payer
+les taupes détruites sur leurs champs, à raison de tant la pièce; mais
+on n'a jamais la certitude que les queues présentées proviennent de
+celles qu'on avait un intérêt plus direct à voir anéantir; 2º s'abonner
+à raison de tant par an avec le taupier, pour qu'il détruise l'ennemi
+sur toutes les terres de l'exploitation; mais celui-ci, pour ne pas
+tarir la source de son revenu, respecte presque toujours un certain
+nombre de couples destinés par lui à la reproduction.
+
+[Illustration: Fig. 13.--Piége à taupes usité dans la Bavière rhénane.]
+
+Les taupiers emploient des piéges qui sont de diverses natures, et que
+l'on appelle parfois taupières. L'un des plus simples est un cylindre
+creux, de bois, de fer-blanc ou de terre cuite, de 0m,35 de long environ
+et d'un diamètre un peu plus grand que celui des boyaux faits pour la
+taupe. Ce cylindre est fermé à l'une de ses extrémités, et l'on
+pratique à l'autre une soupape qui bat contre un rebord extérieur.
+Lorsque la taupe se présente à l'extrémité où se trouve la soupape, elle
+la soulève pour continuer sa route et entre dans le cylindre d'où elle
+ne peut plus sortir. On joint ensemble deux de ces piéges, de manière
+qu'ils présentent une soupape à chacune des extrémités; par ce moyen, la
+taupe pourra être prise, de quelque côté qu'elle se présente.
+
+[Illustration: Fig. 14.--Plan du piége à taupes.]
+
+[Illustration: Fig. 15.--Coupe du piége à taupes.]
+
+[Illustration: Fig. 16.--Pièces diverses du piége à taupes.]
+
+M. F. Villeroy, propriétaire dans la Bavière rhénane, a fait connaître,
+en 1866, une ingénieuse modification de ce piége; voici comment il le
+décrit: «Ce piége est une boîte ordinairement établie en bois de hêtre,
+large d'environ 0m,28 et d'un diamètre intérieur de 0m,08. Il est coupé
+en deux sur sa longueur, et les deux moitiés sont tenues ensemble par un
+anneau, ordinairement en osier chez les paysans. Le piége étant placé
+dans une galerie, la taupe y entre; elle pousse la pièce D; le ressort
+E soulève la trappe ou soupape C, et l'animal est pris. Quand le piége
+est tendu, avant de le fermer, on répand dedans du sable ou de la terre
+très-finement émiettée, en suffisante quantité pour couvrir le fer.»
+(_Journal d'agriculture pratique_, 1866.)
+
+[Illustration: Fig. 17.--Piége à taupes de Lecourt.]
+
+Henri Lecourt inventa le piége généralement usité encore en France,
+après quelques légères modifications dans sa construction. «Le piége de
+Lecourt a la forme des pinces d'argent de nos sucriers. Le ressort fait
+partie du piége; il n'est ni ajouté ni soudé, comme dans les piéges
+ordinaires; la détente tombe au passage de l'animal, et l'élasticité de
+la tête du piége fait ressort. Ce piége consiste donc en deux branches
+carrées et croisées, réunies par une tête à ressort, à la manière des
+pincettes ordinaires. La tête est en acier aplati, les branches en fer.
+Leur extrémité est armée de deux crochets pliés en contre-bas et à angle
+droit de 20 lignes (0m,009). La longueur du grand piége est de 7 pouces
+6 lignes (0m,20). Il y a un piége plus petit pour tendre dans les murs.
+Le piége ouvert, on y place la détente.» (Cadet de Vaux, _De la Taupe_,
+p. 205-206.)
+
+[Illustration: Fig. 18.--Piége à taupes modifié de Lecourt.]
+
+Ce piége aussi a été modifié par les constructeurs, en vue, sans doute,
+d'en simplifier la fabrication. Il est maintenant généralement fait de
+deux branches réunies au milieu par un boulon-rivet; les deux branches
+les plus courtes sont tenues écartées, tant que le piége est au repos,
+par un ressort; de sorte que quand la détente est placée entre les deux
+grandes branches, celles-ci tendent à se rapprocher violemment, ce qui a
+lieu lorsque la taupe a fait tomber la détente, en prenant sa place. Il
+manque à ces piéges un petit appendice qui indique extérieurement leur
+situation quand ils sont placés; on s'éviterait ainsi des pertes
+fréquentes dues à un oubli bien concevable.
+
+Il ne nous reste plus qu'à citer les ennemis naturels de la taupe:
+l'homme, le chien, le renard, le chat, la fouine et peut-être la
+belette; et à ajouter que, si la taupe a perdu depuis longtemps les
+nombreuses vertus médicales qu'on lui attribuait, sa fourrure, surtout
+lorsqu'elle est prise en automne et en hiver, pourrait être utilisée en
+vêtements comme elle l'est déjà en sacs à tabac.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+Pages.
+
+INTRODUCTION.--Histoire naturelle de la Taupe. 1
+
+L'art du taupier 51
+
+ARTICLE PREMIER.--Notions sur l'histoire naturelle
+de la Taupe servant d'introduction à
+l'art du taupier 55
+
+ARTICLE II.--Principes de l'art du taupier 64
+
+ARTICLE III.--Application des principes précédents
+ou pratique de l'art du taupier 68
+
+OPÉRATIONS.--_Premier cas._--Lorsqu'une
+Taupe n'a fait qu'une taupinière 72
+
+_Second cas._--Lorsque la Taupe a fait deux taupinières 74
+
+_Troisième cas._--Lorsque la Taupe a fait trois
+taupinières 75
+
+_Quatrième cas._--Lorsque la Taupe a fait quatre
+taupinières et au delà 76
+
+Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas
+ci-dessus 77
+
+Procédé essentiel à employer 78
+
+_Cinquième cas._--Lorsque la Taupe ne vient pas
+souffler aux premières ouvertures faites par le
+taupier 79
+
+_Sixième cas._--Autre manière d'opérer dans les
+2e, 3e, 4e et 5e cas ci-dessus, lorsqu'on se
+trouve près d'une taupinière au moment où la
+Taupe y souffle 81
+
+_Septième cas._--Lorsqu'une ou plusieurs taupinières
+fraîches se trouvent à proximité des
+vieilles taupinières 82
+
+_Huitième cas_ 84
+
+OBSERVATIONS 84
+
+Vocabulaire de l'art du taupier 87
+
+Addition à l'art du taupier 91
+
+
+
+
+TABLE DES GRAVURES
+
+
+Figures. Pages.
+
+1 Taupe commune 3
+
+2 Gîte grandi et vu de face 33
+
+3 Tracé général des routes et galeries par où la
+Taupe s'échappe 34
+
+4 Nid abandonné 38
+
+5 Carrefour formé par la rencontre de trois ou
+quatre routes 37
+
+Relevé de terrains fait par M. Geoffroy Saint-Hilaire 41
+
+6, 7, 8, 9, 10, 11, 12. Pré couvert de taupinières 70
+
+6 Taupinière seule 72
+
+7 Représentant deux taupinières 74, 77
+
+8 -- trois taupinières 75
+
+9 -- six taupinières 77, 82, 83
+
+11 -- cinq taupinières 106
+
+13 Piége à Taupes usité dans la Bavière rhénane 107
+
+14 Plan du piége à Taupes 108
+
+15 Coupe du piége à Taupes 108
+
+17 Piége à Taupes de Lecourt 109
+
+18 Piége à Taupes modifié de Lecourt 110
+
+
+PARIS.--TYPOGRAPHIE DE E. PION ET CIE 8, RUE GARANCIÈRE.
+
+
+NOTES:
+
+[A] _Cours d'histoire naturelle des mammifères_, Paris, Pichon et
+Didier, 1829.--XVe, XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe leçon.
+
+[B] _Talpa caudata_, Linn.
+
+[C] Ces trois points de fait sont la base principale de l'Art du
+Taupier.
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ART DU TAUPIER ***
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+works. See paragraph 1.E below.
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
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+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
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+ gbnewby@pglaf.org
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+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+ The Project Gutenberg eBook of L'art du Taupier, par Etienne François Dralet.
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+
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+.footnote {width:95%;margin:auto 3% 1% auto;font-size:0.9em;position:relative;}
+
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+.fnanchor {vertical-align:30%;font-size:.8em;}
+</style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'art du taupier
+ ou méthode amusante et infaillible de prendre les taupes
+
+Author: Étienne François Dralet
+
+Release Date: June 10, 2011 [EBook #36371]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ART DU TAUPIER ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<hr class="full" />
+
+<div class="figcenter" style="width: 400px;">
+<img src="images/cover_sml.png" width="360" height="550" alt="L&#39;ART DU TAUPIER
+OU
+Méthode amusante et infaillible
+DE PRENDRE LES TAUPES
+Par M. DRALET
+Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.
+DIX-SEPTIÈME ÉDITION
+Revue et augmentée d&#39;une Introduction
+et d&#39;additions
+PAR A. G.
+1880
+LIBRAIRIE AUDOT
+LEBROC &amp; Cie Sucr.rs
+8 RUE GARANCIÈRE St SULPICE
+PARIS" title="" />
+</div>
+
+<h1>L'ART<br />
+DU TAUPIER</h1>
+
+<p>
+<br />
+<br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="c">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;<br />
+PARIS.&mdash;TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET C<sup>ie</sup>, RUE GARANCIÈRE, 8.<br />
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;
+</p>
+
+<h1><small>L'ART</small><br />
+DU TAUPIER<br />
+<small><small>OU</small></small><br />
+MÉTHODE<br />
+<small><span style="font-weight:normal;">AMUSANTE ET INFAILLIBLE<br />
+DE PRENDRE LES TAUPES</span></small></h1>
+
+<p class="cb">P<small>AR</small> M. DRALET</p>
+
+<p class="cb">Ouvrage publié par ordre du Gouvernement.</p>
+
+<p class="cb">DIX-SEPTIÈME ÉDITION</p>
+
+<p class="c">REVUE ET AUGMENTÉE D'UNE INTRODUCTION ET D'ADDITIONS</p>
+
+<p class="c">Par A. G.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 264px;">
+<img src="images/pg001.png" width="264" height="24" alt="" title="" />
+</div>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="c">PARIS<br />
+LIBRAIRIE AUDOT<br />
+LEBROC <small>ET</small> C<sup>ie</sup>, S<small>UCCESSEURS</small><br />
+LIBRAIRES-ÉDITEURS<br />
+8, RUE GARANCIÈRE SAINT-SULPICE<br />
+1880</p>
+
+<table border="4" cellpadding="5" cellspacing="4" summary=""
+style="margin-top:6%;">
+<tr><td>
+<a href="#TABLE_DES_MATIERES"><b>TABLE DES MATIÈRES</b></a><br />
+<a href="#TABLE_DES_GRAVURES"><b>TABLE DES GRAVURES</b></a>
+</td></tr>
+</table>
+
+<p><a name="page_001" id="page_001"></a></p>
+
+<h3><a name="INTRODUCTION" id="INTRODUCTION"></a>INTRODUCTION<br /><br />
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;<br /><br />
+Histoire naturelle de la Taupe.</h3>
+
+<p>La zoologie range la Taupe dans la <i>classe</i> des mammifères, dans
+l'<i>ordre</i> des carnassiers, dans la <i>famille</i> des insectivores, dans la
+<i>tribu</i> des Talpidés, où elle constitue le <i>genre</i> Talpa, placé entre
+ceux Desman (<i>Myogale</i>) et Condylure (<i>Condylura</i>).</p>
+
+<p>Jusqu'à présent, on connaît trois <i>espèces</i> dans le genre Taupe: la
+Taupe Woogura, la Taupe aveugle et la Taupe d'Europe, ou commune.<a name="page_002" id="page_002"></a></p>
+
+<p>La Taupe Woogura (<i>Talpa Woogura</i>), récemment découverte au Japon, ne
+diffère de celle commune que par son pelage de couleur fauve sale et en
+ce qu'elle ne possède que trois paires d'incisives à chaque mâchoire,
+tandis que les deux autres espèces en ont quatre à la mâchoire
+inférieure; ses m&oelig;urs sont identiques.</p>
+
+<p>«La Taupe aveugle (<i>Talpa cæca</i>) est ainsi nommée, parce que son &oelig;il
+est recouvert par une membrane mince, translucide, percée en avant de la
+pupille d'un trou très-fin, non dilatable, par lequel on peut voir le
+globe de l'organe. Quant aux autres points de l'organisation, la Taupe
+aveugle se distingue peu de la Taupe vulgaire; elle aurait cependant la
+trompe plus longue, les incisives supérieures plus larges, les lèvres,
+les pieds et la queue blancs au lieu d'être gris. Son pelage épais et
+velouté est gris-noir foncé, la pointe des poils étant<a name="page_003" id="page_003"></a> d'un noir brun;
+sa taille est la même que celle de la Taupe commune.» (A. E. Brehm,
+<i>l'Homme et les animaux</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 756-757.)</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 294px;">
+<a href="images/pg003.png">
+<img src="images/pg003_sml.png" width="294" height="173" alt="Fig. 1.&mdash;La Taupe commune." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 1.&mdash;La Taupe commune.</span>
+</div>
+
+<p>La Taupe commune ou d'Europe (<i>Talpa Europæa</i>) est un petit mammifère
+fouisseur, à corps long et cylindrique, à pattes très-courtes, à tête
+prolongée en avant en forme de groin ou de boutoir, avec des yeux si
+petits et si bien cachés sous les poils qu'on a longtemps nié leur
+existence, dépourvue de conque de l'oreille externe,<a name="page_004" id="page_004"></a> munie enfin d'un
+simple rudiment de queue. Son corps est recouvert d'un poil fin, serré,
+court, mou, imitant le velours, de couleur noire avec des reflets
+grisâtres et rougeâtres; la longueur totale, du bout du nez à
+l'extrémité de la queue, est de 0m,15 à 0m,16 chez les adultes.</p>
+
+<p>«La Taupe commune se trouve dans toute l'Europe, à quelques exceptions
+près, et arrive jusque dans l'Asie centrale et septentrionale. Beaucoup
+de naturalistes ne voient dans la Taupe américaine qu'une variété de
+notre espèce. En Europe, le midi de la France, la Lombardie et le nord
+de l'Italie dessinent sa limite méridionale. De là, elle remonte vers le
+nord jusqu'à Dovrefjeld; en Grande-Bretagne, jusque vers l'Écosse
+centrale; en Russie, jusqu'au milieu du bassin de la Dwina. Elle manque
+complétement dans les Orcades, les Shetlands, la plus grande partie des
+Hébrides et en<a name="page_005" id="page_005"></a> Islande. En Asie, elle va du Caucase jusqu'à la Léna.
+Dans les Alpes, elle monte jusqu'à une altitude de 2,000 mètres. Partout
+elle est commune et se multiplie d'une manière surprenante, là où elle
+n'a pas d'ennemis.» (Brehm, <i>ut supra</i>, p. 747.)</p>
+
+<p>Il ne sera pas sans intérêt pour les agriculteurs d'étudier
+successivement les principaux points de l'organisation et l'ensemble des
+m&oelig;urs de cet animal.</p>
+
+<p>La Taupe est un animal fouisseur: elle ne peut vivre et se reproduire
+qu'en creusant dans le sol des galeries souterraines, des gîtes et des
+nids, plus ou moins longs et spacieux. Aussi la nature l'a-t-elle
+spécialement construite pour ces fonctions; elle l'a dotée d'une
+clavicule large et courte, supportée par une lame verticale provenant du
+sternum; l'humérus, très-court, est fortement renflé à ses deux bouts et
+renvoyé latéralement; le radius est<a name="page_006" id="page_006"></a> également court et robuste, le
+cubitus a la forme d'une lame prolongée en avant par un fort onglet
+transversal qui n'est que la transformation de l'olécrane. Enfin, la
+courbure, la situation latérale de l'humérus, la disposition des muscles
+en général et des muscles peaussiers en particulier, élèvent le coude
+plus haut que l'épaule et amènent la paume de la main en dehors.</p>
+
+<p>La main, et c'est bien véritablement une main, présente une longueur
+égale à sa largeur. Les phalanges métacarpiennes et digitales sont
+formées d'osselets courts à têtes articulaires, et se terminent par une
+phalange onguéale droite, acuminée, convexe en dessus, taillée en bec de
+flûte en dessous, longue et forte; enfin un fort osselet en forme de fer
+de serpe, né de l'extrémité du radius, vient s'insérer près de l'ongle
+du pouce. Cette main merveilleuse sert à fouir, et pour cela, elle est<a name="page_007" id="page_007"></a>
+conformée à la fois comme une pioche et comme une pelle, elle est munie
+d'ongles longs et puissants, elle fonctionne d'avant et de côté en
+arrière; mais elle sert aussi à la marche et même à une marche rapide,
+en se plaçant perpendiculairement au sol sur lequel elle s'appuie avec
+l'extrémité des ongles.</p>
+
+<p>Le membre postérieur se rapproche bien plus, par sa conformation, des
+membres analogues des autres mammifères. Le bassin est allongé, ouvert
+par devant et soudé par l'ilium avec les vertèbres sacrées; le fémur est
+allongé et offre deux fortes têtes articulaires; le tibia est long et
+fort, et son péroné, développé en haut, se confond avec lui en bas. Le
+pied est étroit, allongé, placé d'aplomb sous le ventre; il est terminé
+par des ongles droits, longs et très-aigus; on y trouve, comme à la
+main, mais plus grêle et à l'état rudimentaire, un petit osselet
+surnuméraire. Le pied peut<a name="page_008" id="page_008"></a> venir en aide à la main, dans l'action de
+fouiller, et servir à pousser la terre de côté; il sert aussi à la
+marche et se pose sur toute la plante, le membre postérieur donnant
+l'impulsion principale au corps tout entier.</p>
+
+<p>La main forme pour la Taupe une pioche à la fois et une pelle; mais elle
+est encore aidée dans ces fonctions par la tête, dont la mâchoire
+supérieure se termine en museau allongé, en boutoir ou en groin, assez
+comparable à celui du porc et du sanglier. Ce museau est recouvert par
+la peau, dont le panicule charnu est très-développé aussi bien que les
+muscles vertébraux; grâce à cette disposition, la Taupe, douée d'une
+force énorme pour renverser sa tête en arrière, se sert de ce museau
+pour soulever le sol après l'avoir désagrégé et l'amonceler à la surface
+de la galerie ou du nid; c'est à la fois une pince, une tarière et une
+pelle, organe à la fois de préhension, de fouissage et d'extraction.<a name="page_009" id="page_009"></a></p>
+
+<p>Puisque nous nous occupons de la tête, traitons des sens qui y ont leur
+siége. Au premier rang, il faut placer celui de l'odorat, qui s'est
+développé aux dépens de celui de la vue. Le mufle s'est allongé et
+converti en boutoir, presque en trompe; les cavités nasales
+s'élargissent en arrière, reposant sur un ethmoïde étendu et contenant
+des cornets volumineux et repliés en nombreuses et fines volutes; les
+tubercules olfactifs du cerveau présentent un développement inaccoutumé.
+Dans sa vie souterraine, en effet, la Taupe avait besoin d'un odorat
+subtil pour se diriger vers sa proie, la guetter, la deviner et
+l'atteindre.</p>
+
+<p>Le vers de Virgile:</p>
+
+<p class="c"><i>Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,</i></p>
+
+<p class="nind">pourrait presque caractériser la Taupe, et longtemps on a considéré cet
+animal comme privé de l'organe et du sens de la vue; on sait aujourd'hui
+qu'elle est douée<a name="page_010" id="page_010"></a> d'un &oelig;il très-petit, il est vrai, que cachent les
+poils, mais qui est un &oelig;il véritable et ne différant guère de celui
+des autres mammifères que par un développement plus restreint. Cet
+&oelig;il présente une pupille elliptique et verticale; la cornée est plus
+saillante que chez les oiseaux, le cristallin plus convexe que chez les
+mammifères, ce qui tendrait à constituer un &oelig;il myope, bien en accord
+avec le milieu dans lequel vit l'animal. Nous avons vu que, chez la
+Taupe dite aveugle, la vision ne s'opère qu'à travers un trou très-fin,
+ouverture non dilatable, percée dans une membrane très-mince qui
+recouvre tout le globe oculaire.</p>
+
+<p>Le sens de l'audition vient, pour la Taupe, comme importance, après
+celui de l'olfaction; il est indispensable à sa sécurité. Il ne paraît
+point qu'il y ait d'oreille externe; mais s'il n'y a aucun rudiment de
+conque, on peut remarquer, sous le poil, une ouverture pratiquée à la
+peau; c'est<a name="page_011" id="page_011"></a> un méat auditif, l'orifice d'un canal qui, après quelques
+sinuosités sous la peau, aboutit dans l'oreille osseuse; ce canal à
+parois musculeuses et cartilagineuses n'est qu'une conque placée
+intérieurement. C'est encore une adaptation des organes aux milieux.</p>
+
+<p>Quant au sens du goût, le palais présente une vaste surface, et la
+langue le pouvant recouvrir en entier, palais et langue étant tapissés
+d'une muqueuse qui ne paraît rien présenter d'anormal, il y a tout lieu
+de supposer que la gustation s'exerce chez la Taupe comme chez la
+plupart des mammifères et au même degré.</p>
+
+<p>Enfin, le sens du tact ne paraît présenter aucune particularité.</p>
+
+<p>Parmi les fonctions physiologiques, deux seulement méritent
+particulièrement d'attirer notre attention.</p>
+
+<p>La fonction de digestion d'abord. La place assignée à la Taupe dans la
+classification<a name="page_012" id="page_012"></a> zoologique, parmi les carnassiers insectivores, dit
+assez bien la forme que doivent offrir les dents de cet animal; elle ne
+dit pas leur formule; la voici:</p>
+
+<table border="0" cellpadding="2" cellspacing="0" summary="">
+<tr>
+
+<td align="center">Incisives</td>
+<td align="center">Canines</td>
+<td align="center" colspan="5">Molaires</td></tr>
+<tr>
+
+<td align="right">6</td>
+<td align="center">2</td>
+<td align="right">7</td>
+<td align="center">+</td>
+<td align="right">7</td>
+<td align="left">&nbsp;</td>
+<td align="left">&nbsp;</td></tr>
+<tr>
+
+<td align="right">8</td>
+<td align="center">2</td>
+<td align="right">6</td>
+<td align="center">+</td>
+<td align="right">6</td>
+<td align="left">&nbsp;</td>
+<td align="left">&nbsp;</td></tr>
+<tr>
+
+<td align="right" style="border-top:1px solid black;">14</td>
+<td align="center" style="border-top:1px solid black;">4</td>
+<td align="right" style="border-top:1px solid black;">13</td>
+<td align="center" style="border-top:1px solid black;">+</td>
+<td align="right" style="border-top:1px solid black;">13</td>
+<td align="center">=</td>
+<td align="right" >44</td></tr>
+</table>
+
+<p class="nind">Nous avons vu que chez la Taupe Woogura, la formule des molaires
+supérieures est de +6, et le nombre total de 42 seulement, 6 par
+conséquent.</p>
+
+<p>Venons maintenant aux fonctions de reproduction. Les organes mâles se
+composent, comme chez les autres mammifères, 1º de deux testicules
+très-gros relativement, occupant leur situation ordinaire, mais contenus
+dans l'abdomen et non dans un repli de la peau (scrotum); 2º les
+testicules se continuant par les canaux déférents;<a name="page_013" id="page_013"></a> 3º une large
+vésicule séminale; 4º une glande prostate; 5º un canal éjaculatoire; 6º
+un canal de l'urètre contenu dans le pénis; 7º un pénis extrêmement long
+et terminé par un os pénien extrêmement aigu; le méat urinaire s'ouvre
+non à la pointe, mais en arrière de l'os pénien.</p>
+
+<p>Les organes de la Taupe femelle comprennent, comme chez les autres
+mammifères: 1º deux ovaires; 2º deux oviductes; 3º un utérus assez vaste
+avec deux cornes énormes, repliées et comme enroulées sur elles-mêmes;
+cet utérus de forme ovalaire est, dans l'âge adulte, mais en état de
+vacuité, long de 0m,02256 et large de 0m,004512, et s'ouvre dans le
+vagin par le col et le museau de tanche; 4º le vagin est long de
+0m,027072 à 0m,03384; il est courbé en arc et renversé par dessous.
+L'utérus est contenu, non dans la cavité du bassin, mais en dehors et
+au-dessous. 5º Quant à la vulve, elle n'apparaît<a name="page_014" id="page_014"></a> au dehors que passé
+l'âge de six mois, par une fente; jusque-là, il y a occlusion complète,
+et la femelle peut d'autant mieux être confondue avec le mâle, que le
+clitoris, relativement très-développé, se présente comme l'analogue du
+pénis et porte comme lui un méat urinaire. La fente vulvaire se
+produit-elle spontanément à l'époque où s'opèrent les changements qui
+rendent la Taupe apte à subir la fécondation, ou résulte-t-elle de
+l'action de l'os pénien du mâle durant l'accouplement? C'est ce qu'on
+ignore encore. 6º Deux mamelles situées, une de chaque côté, dans le pli
+de l'aine.</p>
+
+<p>Maintenant que, grâce aux beaux travaux de Geoffroy Saint-Hilaire<a name="FNanchor_A_1" id="FNanchor_A_1"></a><a href="#Footnote_A_1" class="fnanchor">[A]</a>,
+nous avons initié le lecteur aux particularités anatomiques que présente
+le bizarre animal dont nous nous occupons, il est temps<a name="page_015" id="page_015"></a> de nous
+enquérir de ses m&oelig;urs et de son mode d'existence.</p>
+
+<p>De même que tous les petits mammifères, la Taupe doit avoir une
+circulation très-active; de même que les oiseaux et par le même motif,
+elle ne peut supporter une abstinence un peu prolongée. Il faut qu'elle
+mange souvent, et que, pour manger, elle travaille: d'où la nécessité
+des nombreuses galeries qu'elle creuse sans cesse dans nos champs, nos
+prés et nos jardins. «La Taupe n'a pas faim comme tous les autres
+animaux: ce besoin est chez elle exalté; c'est un épuisement ressenti
+jusqu'au degré de la frénésie. Elle se montre violemment agitée, elle
+est animée de rage quand elle s'élance sur sa proie: sa gloutonnerie
+désordonne toutes ses facultés; rien ne lui coûte pour assouvir sa faim;
+elle s'abandonne à sa voracité, quoi qu'il arrive; ni la présence d'un
+homme, ni obstacles,<a name="page_016" id="page_016"></a> ni menaces ne lui en imposent, ne l'arrêtent... La
+Taupe attaque ses ennemis par le ventre; elle entre la tête la première
+dans le corps de sa victime, elle s'y plonge, elle y délecte tous ses
+organes des sens, en sorte qu'il n'en est plus pour veiller pour elle,
+sur elle; pas même l'oreille qui n'écoute que quand l'animal est au
+repos.» (Geoffroy Saint-Hilaire, XIX<sup>e</sup> leçon, p. 5-6.) Flourens
+constata, dans ses expériences, que, du soir au matin, la Taupe est
+exposée à périr par défaut de nourriture: «J'ai cherché, dit-il, à voir
+sur plusieurs Taupes quel temps elles pouvaient résister à la privation
+de toute nourriture: je n'en ai jamais trouvé qui aient passé impunément
+une nuit entière sans manger. Dix ou douze heures sont à peu près le
+maximum de temps qu'une Taupe peut survivre au manque de nourriture.
+Toutes les fois qu'une Taupe est demeurée<a name="page_017" id="page_017"></a> seulement trois ou quatre
+heures sans manger, elle paraît affamée; et au bout de cinq ou six
+heures elle commence à tomber dans un état de débilité extrême. Il est
+très-aisé de reconnaître qu'une Taupe a faim à son excessive activité;
+quand elle est repue, elle est tranquille. A peine la Taupe a-t-elle
+souffert quelques heures de la faim que ses flancs se dépriment, et
+qu'elle semble comme expirante; mais, dès qu'elle a mangé, sa force
+renaît, comme aussi son assoupissement la reprend dès qu'elle est repue.
+J'ai toujours vu les Taupes très-avides de boire, comme tous les animaux
+qui se nourrissent de chair. Je ne sais s'il existe un autre animal qui
+offre un pareil besoin de manger à des heures si rapprochées; et il est
+difficile de se faire une idée de l'impétuosité ou de l'espèce de rage
+avec laquelle la Taupe pressée par la faim se jette sur sa proie et la
+dévore.»<a name="page_018" id="page_018"></a> (<i>Observ. pour servir à l'hist. natur. de la Taupe. Mus.
+d'hist. natur.</i>, 1828, t. XVII, p. 194.) Cette voracité ou plutôt cet
+impérieux besoin de manger va jusqu'à rendre la Taupe talpophage: deux
+Taupes vivantes ayant été placées dans une boîte pour être expédiées, de
+trente-deux kilomètres, à Geoffroy Saint-Hilaire, l'une d'elles fut
+dévorée par l'autre. «N'allez point, dit ce savant, n'allez point,
+croyant procurer à des Taupes la satisfaction du compagnonnage, en tenir
+deux dans un lieu renfermé, sans nourriture: c'est livrer la plus faible
+à la dent de la plus forte. Vainement celle-ci essaye de fuir, l'autre
+ne montre dans sa poursuite que plus de véhémence et de fureur. La plus
+faible expie bientôt son tort d'impuissance; elle est dévorée; si c'est
+du soir au matin, elle l'est en deux époques, alors entièrement, même
+ses os; il n'en reste que la peau, fendue sous le ventre<a name="page_019" id="page_019"></a> selon la ligne
+médiane. Qu'il vous arrive de placer près de la Taupe une proie, soit
+vivante, soit morte, soit même quelques lambeaux de chair, elle se jette
+gloutonnement dessus. Est-ce un oiseau vivant? elle a recours à la ruse;
+elle quitte son trou, s'approche en menaçant, reçoit quelques coups de
+bec sur son museau, recule sur son trou, cherchant à y attirer son
+ennemi, pour profiter sur lui de l'avantage du lieu; mais bientôt,
+disposant de la toute-puissance de ses moyens musculaires, elle s'élance
+sur cette proie avec la rapidité de la foudre. L'oiseau, saisi par les
+entrailles, est incontinent dévoré: la Taupe s'y porte avec une sorte de
+fureur; elle emploie ses mains à élargir la plaie, à écarter les
+téguments, à se procurer les moyens d'entrer plus avant. La moitié d'un
+moineau assouvit sa faim: ses flancs s'élargissent, son ventre est
+gonflé; elle se<a name="page_020" id="page_020"></a> calme alors et repose sans mouvement. Un autre besoin à
+satisfaire l'excite ensuite; elle cherche à boire; vous lui en
+fourniriez vous-même l'occasion qu'elle l'accepterait volontiers, et
+dans tous les cas, elle s'y porte avec l'impétuosité de son caractère;
+elle boit beaucoup et avec une grande avidité. Placez près d'elle
+d'autres animaux, des grenouilles, par exemple; ce sont mêmes
+man&oelig;uvres: d'un bond elle est sur sa proie; et ce mouvement est
+calculé de telle sorte qu'elle saisit celle-ci par ses dents, déjà
+enfoncées et plongeant dans les entrailles de la victime.» (XIX<sup>e</sup>
+leçon, p. 5 à 11.)</p>
+
+<p>Mais la Taupe ne trouve point toujours des proies aussi volumineuses, et
+force lui est de se contenter de lombrics ou vers de terre et de
+cloportes pour lesquels elle a, d'après Geoffroy Saint-Hilaire, un goût
+décidé, et de petits scarabées, d'après Cadet de Vaux.<a name="page_021" id="page_021"></a></p>
+
+<p>Ç'a été longtemps une question très-discutée que celle de savoir si la
+Taupe mange et par conséquent détruit le ver blanc, nom vulgaire de la
+larve du hanneton, et aussi la courtilière; de savoir si elle se
+contente du régime animal et bouleverse seulement les plantes situées
+sur le passage de ses galeries, ou si elle vit des racines de ces
+plantes. La malheureuse proscrite trouva des juges implacables d'un côté
+et des protecteurs de l'autre. M. le docteur Boisduval dit qu'elle
+dévore une quantité énorme de vers blancs (<i>melolontha vulgaris</i>) et de
+vers gris (<i>agrotis segetum</i>). Le maréchal Vaillant constata à Vincennes
+qu'une Taupe consommait, en vingt-quatre heures, plusieurs fois son
+poids de vers blancs. M. Carl Vogt dit avoir trouvé dans l'estomac des
+Taupes des débris de vers blancs, des coléoptères à l'état parfait, des
+myriapodes, mais jamais de fragments végétaux. MM. Eug. Noël, F.
+Villeroy, Eug. Gayot, la considèrent<a name="page_022" id="page_022"></a> comme une destructrice acharnée du
+ver blanc. M. Pouchet, sur plus de deux cents Taupes disséquées, a
+trouvé l'estomac rempli de fragments de vers de terre, de vers blancs,
+de hannetons et d'autres insectes, mais rarement et accidentellement des
+débris de végétaux. Geoffroy Saint-Hilaire est plus circonspect: «On a
+donné pour certain, dit-il, que les Taupes négligent les vers blancs et
+les courtilières. Malheureusement, il n'en est rien: la larve du
+hanneton ou le ver blanc et la courtilière (<i>acheta gryllotalpa</i>) ne lui
+inspirent que du dégoût. Le célèbre zoologiste Paul Savi parle d'une
+Taupe qu'il a possédée et observée vivante pendant deux mois. Il l'a
+quelquefois nourrie seulement avec des courtilières. Douze de ces
+insectes suffisaient à la subsistance de toute une journée. J'ai observé
+un estomac de Taupe qui renfermait des vers blancs en une telle quantité
+que cette poche était comble;<a name="page_023" id="page_023"></a> mais nous avons cherché vainement à
+déterminer l'espèce de ces vers blancs, M. Audouin consulté.» D'après
+Cadet de Vaux, la Taupe ne mange pas la courtilière, ni le ver gris,
+mais bien probablement le ver blanc. Un jardinier du département du Cher
+nous affirma qu'ayant placé des Taupes dans des caisses à fleurs où il
+les nourrissait de courtilières, les Taupes ne mangeaient que les têtes
+des insectes, ce qui serait bien suffisant pour affirmer leur
+destruction.</p>
+
+<p>Ne serait-il point possible que, poussée par cette faim insatiable, par
+cette nécessité suprême d'une nourriture fréquente, la Taupe consommât
+en cas de besoin, et toute autre meilleure nourriture lui faisant
+défaut, des proies qu'elle dédaignerait en toute autre circonstance?
+C'est ce que tendrait à prouver l'observation suivante: «Dans le but de
+vérifier les assertions si souvent faites que la Taupe détruit les<a name="page_024" id="page_024"></a> vers
+blancs, et pour en avoir le c&oelig;ur net, comme on dit, voici comment
+j'ai procédé. Je laissai vivre les Taupes en toute liberté, évitant même
+de les déranger, dans l'espoir qu'elles me débarrasseraient des vers
+blancs. Je suis maintenant bien renseigné sur ce point; je n'ai plus
+aucun doute sur l'inefficacité à peu près complète du procédé. Cette
+année encore, j'avais des planches de scarole et de chicorée qui étaient
+complétement envahies par des vers blancs. Ainsi que cela avait déjà eu
+lieu les années précédentes, des Taupes y sont venues creuser des
+galeries dans tous les sens, mais elles ont paru vivre dans de très-bons
+termes avec les vers blancs, de sorte que, au lieu d'un ennemi, j'en
+avais deux. Cette observation que j'ai faite sur mes planches de salade,
+je l'ai également faite dans mes fraisiers, et j'ai pu constater que les
+résultats ont été<a name="page_025" id="page_025"></a> exactement les mêmes, d'où je conclus que les Taupes
+ne mangent des vers blancs que faute de trouver mieux.» (P. Hauguel,
+jardinier à Montivilliers. <i>Journ. d'Hortic. pratique</i>, 1877, p.
+471-472.)</p>
+
+<p>Il est bien évident, d'après son système dentaire et son tube digestif
+(l'intestin décuple seulement de la longueur du corps, dénué de c&oelig;cum
+et présentant sur presque tout son trajet le même diamètre; estomac
+égalant en longueur la moitié de celle du corps avec insertion de
+l'&oelig;sophage dans le centre et non à l'extrémité antérieure), que la
+Taupe est organisée pour un régime animal. Mais, poussée par une
+voracité caractéristique, n'est-il pas possible qu'à défaut de
+nourriture animale, elle ne cherche à tromper la faim par des aliments
+végétaux? Flourens, Oken, Lenz, ont vu les Taupes périr de faim plutôt
+que de se nourrir de végétaux mis à leur portée<a name="page_026" id="page_026"></a> (racines de raifort, de
+carottes, feuilles de chou et de salade, pain, etc.). Cadet de Vaux dit
+qu'elle se nourrit fort bien de racines d'artichaut, de carottes,
+panais, betteraves, navets, pommes de terre, etc. Geoffroy Saint-Hilaire
+nous semble dans le vrai, lorsqu'il dit: «La Taupe, très-friande, se
+jette, dans son désappointement, sur tout ce qui vient de prendre vie:
+les plus jeunes racines, le nouveau chevelu des arbres, de petites
+larves, toutes les semences végétales ou animales; elle se rabat, au
+besoin, sur des insectes parfaits, quelques scarabées et autres; enfin,
+elle s'accommode aussi de la partie charnue des racines fusiformes,
+prélevant sa part sur nos plantes alimentaires, comme carottes, panais,
+betteraves, navets, pommes de terre, etc. La culture des artichauts
+l'attire dans les potagers. Sa préférence pour les jeunes pousses des
+végétaux et pour tous les produits de<a name="page_027" id="page_027"></a> l'animalisation serait-elle cause
+qu'il ne lui arrive point de faire des provisions? Il est du moins
+certain qu'elle vit au jour le jour. Ce n'est point seulement en été,
+mais aussi dans la saison d'hiver; la Taupe n'y est pas sujette à
+l'engourdissement.» (XV<sup>e</sup> leçon, p. 39.) Buffon avait déjà dit, en
+parlant de la Taupe: «Il lui faut une terre douce, fournie de racines
+esculentes, et surtout bien peuplée d'insectes et de vers dont elle fait
+sa principale nourriture.»</p>
+
+<p>Mais, en supposant même qu'elle ne les mange pas, elle détruit un grand
+nombre de plantes ou tout au moins leur porte un notable dommage. Tantôt
+elle soulève et bouleverse celles sous lesquelles passe une de ses
+galeries; tantôt elle émonde les radicelles d'un arbrisseau à l'ombre
+duquel elle trace sa voie souterraine; d'autres fois ce sont des
+chaumes, des pailles ou des tiges qu'elle entraîne dans son nid<a name="page_028" id="page_028"></a> pour
+s'en constituer un moelleux et sec coucher. Par les dents ou par les
+pieds, elle est l'hôte onéreux des champs et surtout des jardins, et
+c'est en vain qu'elle invoquerait les circonstances atténuantes. Pour
+quelques services rendus, que de dommages causés!</p>
+
+<p>En effet, condamnée à ne vivre que d'un travail pénible et à peine
+interrompu, il lui faut sans cesse fouiller le sol pour y trouver des
+aliments. La Taupe fouille pour vivre, et elle distingue instinctivement
+les contrées et les sols qui lui promettent la subsistance la plus
+abondante et la plus assurée: les terrains légers sans être sableux,
+frais sans être humides, riches, rarement remués. Dans une prairie, elle
+parcourt le bas en été et le haut en hiver; on ne la trouve en terres
+tourbeuses que durant la belle saison; elle vit à la surface pendant les
+saisons humides et s'enfonce plus ou moins profondément durant les<a name="page_029" id="page_029"></a>
+saisons sèches; elle fuit devant l'inondation et se réfugie souvent dans
+les digues et les levées qu'elle mine de ses travaux; elle n'est point
+embarrassée pour traverser à la nage un ruisseau, une rivière ou un
+étang; mais c'est dans les jardins qu'elle se plaît plus
+particulièrement en toutes saisons et surtout en hiver, on le comprend.</p>
+
+<p>Une Taupe apportée dans un champ s'y cantonne après avoir étudié le
+terrain: «Elle creuse dans chaque direction un boyau à plusieurs
+embranchements: exploitant chaque fois d'autres lieux, elle revient sans
+cesse à la charge. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que la terre
+soit minée en plusieurs sens. Quelques boyaux débouchent fortuitement
+les uns dans les autres, et d'autres fois avec intention: la Taupe lie
+ensemble plusieurs canaux, en élargit quelques-uns, et, se créant des
+routes<a name="page_030" id="page_030"></a> usuelles, elle finit par soumettre toutes les percées qu'elle a
+faites à un système parfaitement combiné, lequel, amené à sa perfection,
+s'appelle le cantonnement de la Taupe. Son gîte en occupe ordinairement
+le centre. Le nid, pour l'éducation des petits, est une chambre écartée
+et différente à quelques égards.</p>
+
+<p>«Pour que ces habitations soient à l'abri des pluies d'orage, leur fond
+se trouve presque de niveau avec le terrain; il est par conséquent de
+beaucoup supérieur au sol des galeries qui reçoivent et contribuent à
+perdre les eaux fluviales.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)</p>
+
+<p>Les galeries du terrain de chasse ont un diamètre à peine supérieur à
+celui du corps de l'animal; dans celles qui lui servent de passage
+habituel, le diamètre tend sans cesse à s'agrandir, l'animal y circulant
+fréquemment et précipitamment. Dans les terres fortes, les galeries sont
+plus<a name="page_031" id="page_031"></a> superficielles; situées plus profondément au contraire dans les
+sols légers. Quand il s'agit de franchir un obstacle, comme une route ou
+un mur, la galerie s'enfonce souvent à 0m,50 et même plus. Le plancher
+des galeries de chasse est en moyenne de 0m,12 à 0m,16 en dessous de la
+surface du sol. Mais pour opérer ces galeries, il faut trouver un
+emplacement pour les déblais; aussi, de distance en distance, la Taupe
+rejette-t-elle la terre émiettée qu'elle transporte et accumule à la
+surface du terrain, formant ce qu'on appelle une taupinière.</p>
+
+<p>Au travail, la Taupe chemine avec une vitesse variable selon la nature
+du sol plus ou moins résistant, de 10 mètres à 15 mètres par heure, soit
+en moyenne 12m,50 environ; mais lorsqu'elle revient à son gîte,
+lorsqu'elle court à la surface du sol et qu'elle est effrayée, elle peut
+atteindre, comme dans les expériences de Lecourt, la vitesse<a name="page_032" id="page_032"></a> d'un
+cheval au trot. A la saison des amours, les mâles poursuivant une
+femelle creusent parfois de 50 à 60 mètres de galeries par heure.</p>
+
+<div class="figright" style="width: 122px;">
+<a href="images/pg033.png">
+<img src="images/pg033_sml.png" width="122" height="96" alt="Fig. 2" title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 2</span>
+</div>
+
+<p>La Taupe parcourt ses galeries de chasse (qui ont parfois ensemble plus
+d'un kilomètre) quatre fois par jour: au lever du soleil, de neuf à dix
+heures du matin, de deux à trois heures du soir, enfin un peu avant le
+coucher du soleil. Dans les intervalles du travail, elle se retire dans
+un gîte ou chambre qu'elle établit en un endroit d'accès difficile, sous
+des ruines, sous un mur, au pied d'une haie, etc. Ce gîte, qui a donné
+lieu à un plus fort déblai que les taupinières ordinaires, est assez
+éloigné du terrain de chasse avec lequel il communique par une seule
+voie qui se bifurque ensuite plus ou moins; autour du gîte rayonnent
+quelques courtes galeries. Voici comment Geoffroy Saint-Hilaire décrit
+cette merveilleuse construction, toujours<a name="page_033" id="page_033"></a> établie sur le même plan et
+qui nous paraît presque comparable aux travaux de l'abeille: «Par des
+déblais plus considérables, l'animal s'est procuré une plus grosse
+taupinière: le tout est bientôt façonné au moyen d'une galerie
+circulaire sous clef; non contente d'avoir ouvert cette galerie en se
+glissant entre deux terres, la Taupe continue ses tassements de dedans
+sur le dehors par des poussées de son corps et de sa tête. (Cette
+galerie est marquée <i>ii</i> dans la figure 2 A.) Une autre galerie
+circulaire, au-dessous de la première, <i>uu</i>, est plus grande et de
+niveau avec le terrain environnant. La Taupe y fait les mêmes
+tassements. Les galeries communiquent entre elles par cinq boyaux
+également espacés (fig. 3 A), et la galerie supérieure aboutit au sommet
+du gîte par trois routes. Le<a name="page_034" id="page_034"></a> gîte, ou la chambre qu'habite la Taupe,
+porte au fond un trou (c'est l'emplacement circonscrit par une ligne de
+points et marqué <i>g</i>) qui fait l'entrée d'une route de sauvetage pour
+elle, si elle est menacée. Ce trou est d'ordinaire bouché par un matelas
+d'herbages: pour que le tassement, sous le comble de la taupinière,
+puisse acquérir la plus grande densité possible, la Taupe y ouvre encore
+plusieurs autres boyaux aveugles, dont elle fait les enduits avec son
+poil lisse et les pressions de toute sa masse. Ces boyaux sont en outre
+comme autant de sentinelles avancées; car les premiers rompus,
+l'éboulement de leurs flancs intérieurs devient un sujet d'alarme.»</p>
+
+<div class="figright" style="width: 123px;">
+<a href="images/pg034.png">
+<img src="images/pg034_sml.png" width="123" height="139" alt="Fig. 3" title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 3</span>
+</div>
+
+<p>La figure 3 montre comme faisant partie du tracé général des routes, le
+gîte en <i>i</i>, et<a name="page_035" id="page_035"></a> les galeries latérales par où la Taupe s'échappe. En A
+est le gîte grandi et vu de face; et en A (fig. 2) est cette même
+habitation aperçue de profil. Enfin la courbe <i>zz</i> figure la coupe de
+l'extérieur du terrain.</p>
+
+<p>La Taupe est loin d'être sociable; elle ne supporte autour d'elle aucun
+animal vivant; elle attaque les grenouilles (mais non les crapauds), les
+mulots, les souris, campagnols, musaraignes, l'orvet; elle se défend
+contre la belette et la vipère; quand elle rencontre une de ses
+semblables, il s'ensuit un duel qui ne se termine que par la défaite, la
+mort et l'engloutissement de l'une des deux. Mais l'heure du berger
+sonne aussi pour la Taupe. Les mâles entrent en rut et les femelles en
+chaleur, depuis le 15 février jusqu'au 15 août environ.</p>
+
+<p>Une autre vie commence alors; les mâles et les femelles qui, jusque-là,
+ont vécu isolés, quittent leurs galeries et leurs gîtes, abandonnent
+leurs cantonnements et s'en<a name="page_036" id="page_036"></a> vont errer à l'aventure. Il y a trêve entre
+les femelles, mais guerre déclarée entre les mâles. Quand deux de
+ceux-ci se rencontrent, le combat commence sous terre et se termine par
+la mort ou la fuite du vaincu. Quant au vainqueur, il se met en quête
+d'une compagne qu'il lui faut conquérir, non-seulement contre des
+rivaux, mais aussi contre elle-même. Tout en désirant l'approche du
+mâle, la femelle s'enfuit devant lui, et, comme la nymphe sans doute,</p>
+
+<p class="c">Fugit ad salices et se cupit ante videri.</p>
+
+<div class="figright" style="width: 47px;">
+<span class="caption">Fig. 5</span>
+<a href="images/pg037.png">
+<img src="images/pg037_sml.png" width="47" height="53" alt="Fig. 5" title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Elle fuit, se creusant de nouvelles galeries étroites et sinueuses; le
+mâle la poursuit, creusant rapidement des contre-galeries en ligne
+droite, à fleur de terre, afin de lui couper la retraite et de l'acculer
+dans une impasse. Poussé par une ardente passion, le mâle mine avec une
+incroyable ardeur, et, en trois heures, on en voit<a name="page_037" id="page_037"></a> creuser jusqu'à 150
+et 200 mètres de galeries. La femelle se rend, épuisée de fatigue ou
+impuissante à trouver une issue; l'aube se lève à peine ou le crépuscule
+est déjà tombé; l'accouplement s'opère, dans la galerie même et au
+milieu du plus grand mystère. Les deux époux vont faire ménage commun...
+jusqu'à la mise bas. C'est ensemble qu'ils vont creuser le nid où la
+mère fera ses couches. «Ce nid n'est pas toujours surmonté d'un dôme à
+l'extérieur: dans le cas contraire, la taupinière du nid se reconnaît à
+son volume quadruple de celui d'une taupinière de déblais, et à sa forme
+qui n'est ni aplatie ni pyramidale, et dont une sébile de bois renversée
+donne une idée assez exacte. La Taupe femelle qui construit son nid se
+borne à agrandir un des carrefours formés par la rencontre de trois ou
+quatre routes.» (Geoffroy Saint-Hilaire.) La lettre B (fig. 5)<a name="page_038" id="page_038"></a> montre
+ce nid dans ses rapports avec le terrier tracé par le mâle, et celle E
+(fig. 4), un nid abandonné, celui de l'année précédente. Ces figures 4
+et 5 montrent ces nids isolés et grossis (comparativement aux autres
+dessins) pour donner une idée de leur forme. Cet emplacement est le plus
+souvent situé assez loin du gîte, mais il lui est relié par une galerie.
+Le nid est une chambre haute de 0m,40, large de 0m,20, placée au-dessus
+du niveau du sol, ayant une forme d'entonnoir dont une galerie forme le
+drain, tapissée d'un matelas d'herbes. Geoffroy Saint-Hilaire, guidé par
+le taupier Lecourt, ayant ouvert un de ces nids, en mars 1825, y compta
+quatre cent deux tiges de froment garnies de leurs feuilles encore
+vertes et fraîches, ce qui prouvait qu'elles avaient été recueillies en
+très-peu de jours.</p>
+
+<div class="figright" style="width: 58px;">
+<span class="caption">Fig. 4</span>
+<a href="images/pg038.png">
+<img src="images/pg038_sml.png" width="58" height="63" alt="Fig. 4" title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Après une gestation de trente à trente-cinq<a name="page_039" id="page_039"></a> jours, la Taupe met bas,
+sans douleurs bien vives (à cause de la situation de l'utérus en dehors
+du bassin), de deux à cinq petits de la grosseur d'un gros pois,
+aveugles et nus; mais ils se développent rapidement, et à l'âge de cinq
+à six semaines, ils ont atteint déjà 0m,05 à 0m,07 de longueur. C'est la
+mère qui se charge de leur éducation, leur apprenant à fouir, dès qu'ils
+sont de force à quitter le nid. Mais son amour maternel ne va pas
+jusqu'à sacrifier sa vie à leur défense, car en cas de danger, elle
+fuit, sans s'inquiéter d'eux. Quant au mâle, après avoir pris sa part à
+la construction du nid, il est retourné dans son cantonnement et ne le
+quittera que dans une année et dans le même but. Lecourt, un taupier
+expérimenté, sous la dictée duquel Cadet de Vaux a écrit son livre <i>De
+la Taupe</i> (Paris, Colas, 1803, p. 88), dit que, le moment de
+l'accouplement passé, mâle et femelle s'isolent, et que jamais<a name="page_040" id="page_040"></a> il n'a,
+de sa vie, saisi un couple au gîte; il y a plus, jamais il n'a saisi au
+nid la mère et les petits; elle fuit, au moindre danger, en les
+abandonnant.</p>
+
+<p>«Nous reproduisons le dessin très-fidèle d'un relevé de terrain fait en
+1825, par les soins de M. Geoffroy Saint-Hilaire. Il a vingt-quatre
+mètres de longueur dans la ligne partant du point <i>c</i>, passant par <i>h</i>,
+<i>j</i>, <i>k</i>, <i>m</i> et <i>b</i>, jusqu'au point <i>e</i>. La ligne partant du nid <i>b</i> et
+se rendant au point <i>a</i> en passant par <i>q</i> a quinze mètres de largeur.
+Une ligne ponctuée R, S, laisse au-dessous d'elle les restes d'un ancien
+cantonnement submergé pendant l'hiver; au-dessus sont les travaux
+récents de la Taupe mâle, galeries où elle conduit et renferme la Taupe
+femelle pendant le temps de la gestation et du part. Le terrain où ces
+travaux ont été étudiés et relevés était situé à quelque distance de
+Pontoise, en dessus et sur la
+<a name="page_041" id="page_041"></a></p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 383px;">
+<a href="images/pg041.png">
+<img src="images/pg041_sml.png" width="383" height="536" alt="Fig. 2" title="" /></a>
+</div>
+
+<p class="nind"><a name="page_042" id="page_042"></a>
+droite de la rivière; la Taupe mâle, qui
+était venue s'emparer de ce théâtre d'exploitation, s'y était rendue
+d'assez loin et arriva en pleine terre jusqu'au point C; elle trouva une
+terre molle, facile à percer: pour gagner de vitesse, elle ne tassa
+point la terre, mais elle multiplia les taupinières de décharge, et ce
+sont ces taupinières qui sont indiquées par les petits cercles, répandus
+sur les lignes. Huit jours suffirent pour l'achèvement des galeries; à
+peine un bout de tuyau était-il ouvert que le mâle gagnait son ancien
+cantonnement, s'y mettait en recherche d'une femelle et s'en faisait
+suivre. Éveillés par ces courses répétées, d'autres mâles se mettaient à
+la piste du couple et s'acheminaient derrière lui sur la prairie,
+jusqu'à l'entrée de la galerie centrale. Arrivé là, le mâle y enferma sa
+femelle, et revint sur ses pas pour interdire<a name="page_043" id="page_043"></a> à ses rivaux l'entrée de
+ce cantonnement. Dans la figure 1, cet emplacement est entouré de
+points: la ligne R, S, coupe par le travers de cette arène où
+s'engagèrent des assauts rudes et violents qui ne cessèrent que par la
+retraite ou la mort des vaincus.</p>
+
+<p>«Cependant la femelle, acculée dans la galerie <i>j</i>, <i>k</i>, <i>l</i>, essayait
+de fuir dans des boyaux qu'elle ouvrait de côté; c'est une partie de ces
+travaux que la figure 1 exprime, et qu'on trouve figurés aux points <i>j</i>,
+<i>k</i>, <i>l</i>, <i>n</i>, <i>o</i>. Mais le vainqueur ne tarda point à rejoindre cette
+femelle vagabonde, et à la ramener dans ses propres galeries: ce manége
+fut répété plusieurs fois, c'est-à-dire tout autant que d'autres mâles
+entrèrent en lice. Arriva enfin, et assez promptement, l'instant où la
+supériorité du vainqueur fut reconnue. Dès lors, le mâle et la femelle
+creusèrent ensemble et achevèrent<a name="page_044" id="page_044"></a> les galeries figurées au plan. Dans
+les derniers moments, la femelle se détourna et creusa encore à part,
+obligée d'aller en chasse pour vivre.</p>
+
+<p>«Enfin, après qu'eurent été produites les galeries d'hésitation et de
+recherche de nourriture en <i>o</i>, <i>r</i> et <i>s</i>, le mâle conduisit sa femelle
+à la patte d'oie marquée <i>v</i>. Dès ce moment, la femelle excédée ne
+creusa plus en plein tuf, mais à fleur de terre: elle traça, ne faisant
+qu'écarter les racines des végétaux. Revenant à son trou, elle en était
+repoussée par le mâle; de là les embranchements <i>y</i>, <i>y</i>, <i>y</i>, <i>y</i> qui
+passent du même point.»</p>
+
+<p>M. Henri Lecourt a passé plusieurs mois à contempler les mouvements des
+Taupes pendant leurs amours. C'est d'après son récit que s'expliquent
+les diverses sinuosités représentées dans la figure 1 de notre planche.
+Aucun autre terrain ne lui avait<a name="page_045" id="page_045"></a> jusqu'alors encore offert une occasion
+aussi favorable pour l'observation.</p>
+
+<p>La Taupe est depuis longtemps connue des agriculteurs: Aristote
+(quatrième siècle avant J. C.), Pline (premier siècle après J. C.),
+Columelle et Varron Oppien (deuxième siècle après J. C.), Elien
+(troisième siècle après J. C.), ont décrit ses m&oelig;urs à leur manière
+et brodé chacun un petit roman sur ce sujet: Varron d'abord, Pline
+ensuite, et d'après le premier, racontent qu'une ville de Thessalie,
+dont ils ne disent point le nom, fut minée et détruite par les Taupes.
+De Lafaille, pour appuyer ce dire des anciens, cite, d'après le voyageur
+Lacaille, les dégâts causés au Cap par les travaux d'une Taupe qui n'est
+autre que la chrysochlore dorée (<i>chrysochloris aurata</i>), un genre
+voisin; sillonnant toute la campagne de ses galeries profondes dans les
+sables, elle rend dangereuse la promenade ou la course à cheval.<a name="page_046" id="page_046"></a></p>
+
+<p>Puis c'est Buffon qui la décrivit avec le succès que l'on sait (1767);
+de Lafaille, qui cumule trop souvent les erreurs des anciens avec la
+crédulité du moyen âge; Cadet de Vaux, qui, dans un travail trop diffus,
+entreprit d'exposer les observations de Lecourt.</p>
+
+<p>«Henri Lecourt occupait, avant la Révolution, un emploi au château de
+Versailles; entraîné par un goût irrésistible, il fixa de bonne heure
+son attention sur l'instinct des animaux; plus tard, les difficultés de
+l'observation et l'utilité de l'entreprise, en donnant une autre
+direction à son génie, l'amenèrent à étudier exclusivement la Taupe.
+Lecourt se fit Taupier à Pontoise (Seine-et-Oise), ou plutôt,
+renouvelant les méthodes, il créa réellement une profession où l'homme
+lutte avec les forces de son esprit contre une industrie et une
+puissance de multiplication merveilleuses.» (Geoffroy Saint-Hilaire.)<a name="page_047" id="page_047"></a>
+En trois ans, Lecourt avait détruit, sur six cents hectares du
+territoire de Pontoise, dix mille Taupes; seul, il en prenait plus de
+quatre-vingts par jour. Les autorités de Pontoise, prisant fort son
+habileté, craignaient de perdre leur libérateur et, avec lui, ce qu'ils
+appelaient son secret. Cadet de Vaux, mis en rapport avec Lecourt, et
+édifié sur son habileté, proposa au préfet et obtint de lui la
+fondation, à Pontoise, d'une école de taupiers, sous la direction de
+Lecourt. Peu après, le préfet et la Société d'agriculture du Calvados
+établissaient dans ce département une école analogue, toujours sous la
+direction de Lecourt. Depuis lors, l'enseignement du taupier est devenu
+un enseignement mutuel, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se soit pas
+perfectionné.</p>
+
+<p>C'est Cadet de Vaux qui, nous l'avons dit, se chargea de vulgariser les
+observations de la méthode de Lecourt: il énumère<a name="page_048" id="page_048"></a> longuement les dégâts
+que cause le petit mammifère aux espaliers, aux murs, dans les haies,
+dans le potager, dans le verger, dans les champs, dans les prés, dans
+les bois récemment ensemencés, sur les berges, digues, levées et jetées,
+dans les canaux, sur les routes, autant dire partout, et en toutes
+saisons, même sous la neige.</p>
+
+<p>Lecourt distingue les travaux en: 1º extérieurs (traces, taupinières,
+tuyaux, gîtes, nids lorsqu'elle les laisse apparents); 2º intérieurs
+(routes de communication, passages, galeries, boyaux, trous, gîtes,
+nids). Il distingue les traces ou galeries de chasse et les traces
+d'amour; les taupinières d'hésitation, d'entrée d'héritage, d'entrée de
+clôture, de cantonnement, de repos, de passage, de gîte, de nid, des
+mâles, et anciennes.</p>
+
+<p>C'est de la connaissance approfondie de ces divers signes extérieurs et
+des m&oelig;urs<a name="page_049" id="page_049"></a> de l'animal qu'il déduit ses procédés de destruction: 1º
+au hoyau; 2º aux piéges; s'aidant seulement d'une sonde et d'un couteau
+à gaîne.</p>
+
+<p>De cette circonstance que le gîte est la citadelle de la Taupe et qu'un
+passage y conduit, ou que, si elle n'est pas gîtée, elle a, dans le lieu
+de son cantonnement, un passage, il déduit que c'est dans ce passage
+qu'il faut placer le piége. Puis après avoir pris la mère et voulant
+détruire les petits, il recherche le nid auquel viennent aboutir de un à
+trois passages rectilignes, et que signalent deux taupinières placées à
+des intervalles de quinze à vingt mètres et d'une forme particulière.
+Sur ce ou sur ces passages il place des piéges opposés au delà de
+l'abouchement des galeries reconnaissables aux nombreuses taupinières
+qui les surmontent.</p>
+
+<p>Le service qu'avait rendu Cadet de Vaux à Henri Lecourt, M. Dralet le
+rendit à son<a name="page_050" id="page_050"></a> tour à un sieur Aurignac, taupier des environs d'Auch
+(Gers). C'est la méthode d'Aurignac qu'il expose dans ce livre; elle
+diffère de celle de Lecourt en ce qu'il considère que c'est pendant le
+travail qu'il faut prendre la Taupe, et que pour cela, il faut l'isoler
+sur deux points peu éloignés d'une galerie au moyen de coupures et de
+tassements légers du sol. C'est là la base de sa théorie; mais il expose
+ensuite huit cas différents qui peuvent se présenter dans la pratique,
+et donne pour chacun d'eux la solution du problème.<a name="page_051" id="page_051"></a></p>
+
+<h3><a name="LART" id="LART"></a>L'ART<br /><br />
+<big>DU TAUPIER</big></h3>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<p>Tout le monde sait combien la Taupe<a name="FNanchor_B_2" id="FNanchor_B_2"></a><a href="#Footnote_B_2" class="fnanchor">[B]</a> est funeste à l'agriculture. Cet
+animal vit sous la terre, et bouleverse les racines qu'il rencontre, en
+parcourant les longues routes souterraines qu'il se forme à l'aide de
+son museau et de ses pattes. Il se plaît surtout dans la terre légère
+des jardins, où il fait des dégâts considérables; mais c'est dans les
+prairies que son séjour est le plus<a name="page_052" id="page_052"></a> nuisible: il couvre de nombreux
+monticules que l'on nomme <i>taupinières</i> le terrain sous lequel il
+habite; et le dommage que ces taupinières occasionnent au propriétaire
+ne consiste pas seulement dans l'herbe dont elles coupent la place,
+elles font encore perdre une partie de celle qui les avoisine, en
+portant obstacle au cours de la faux au moment de la coupe des foins.
+Tels sont les désastres les plus apparents causés par cet animal
+destructeur; mais il en est de plus considérables dont tout le monde ne
+s'aperçoit pas: ils ont lieu dans les prairies qui avoisinent les
+rivières et les ruisseaux. On y élève ordinairement, à grands frais, des
+digues de terre appelées <i>mues</i>, pour prévenir les inondations. Ces
+sortes d'ouvrages ne manquent pas d'être percés, pendant l'été, par les
+Taupes, qui vont, dans cette saison, chercher la fraîcheur sur le
+rivage; et le boyau qu'elles forment pour leur passage, donnant une<a name="page_053" id="page_053"></a>
+issue à l'eau, fait détruire la digue et inonder la prairie, à la
+première crue du ruisseau ou de la rivière.</p>
+
+<p>Voilà des motifs bien puissants pour engager les cultivateurs à
+s'occuper sérieusement de la destruction des Taupes. Mais on peut y
+ajouter que l'on tire parti de la dépouille de ces animaux après leur
+mort. Agricola dit avoir vu des habits fourrés de la peau de ces
+animaux; et, au rapport de Pline, on en faisait des couvertures de lit,
+à Orchomène. Ces sortes de fourrures peuvent être très-agréablement
+nuancées, puisqu'on trouve des Taupes plus ou moins noires, plus ou
+moins brunes. Aurignac en a pris quelques-unes de blanches dans le
+département du Gers; il en a aussi trouvé une tachetée de blanc et de
+noir.</p>
+
+<p>Dans tous les temps on s'est occupé de faire la guerre aux Taupes. Les
+appâts, les piéges, les machines, le poison, les armes à feu ont été mis
+en usage tour à tour, et<a name="page_054" id="page_054"></a> tous ces moyens ont été jusqu'à présent ou
+trop coûteux ou insuffisants.</p>
+
+<p>De tous ceux qui ont été essayés, le plus simple est sans doute celui
+qui est employé dans les environs d'Auch, puisqu'il ne nécessite l'usage
+d'aucun instrument que celui d'une houe ordinaire ou d'un hoyau.</p>
+
+<p>Mais ce moyen, découvert par le hasard, ne pouvait devenir vraiment
+efficace qu'à l'aide du temps et par le secours d'une longue
+observation. Aussi n'est-ce qu'après vingt ans d'un travail assidu, que
+le sieur Aurignac est parvenu à savoir prendre en vie, dans une matinée,
+toutes les Taupes d'un héritage, fussent-elles au nombre de vingt-cinq
+ou trente.</p>
+
+<p>Nous allons faire ici l'exposition des procédés employés par ce Taupier;
+elle sera précédée de quelques instruction préliminaires, sans
+lesquelles on tenterait en vain de faire avec succès la guerre aux
+animaux dont il s'agit.<a name="page_055" id="page_055"></a></p>
+
+<h3><a name="ARTICLE_PREMIER" id="ARTICLE_PREMIER"></a>ARTICLE PREMIER.<br /><br />
+<i>Notions sur l'histoire naturelle de la Taupe, servant d'introduction à
+l'Art du Taupier.</i></h3>
+
+<p>1. La Taupe passe sa vie sous la terre; elle s'y forme un gîte qui se
+trouve ordinairement sous un arbre, près d'une haie, ou au pied d'un
+mur. C'est là qu'elle se retire pendant la nuit, et où elle va se
+reposer à certaines heures du jour. Ce gîte est recouvert d'un dôme
+construit en terre solide, d'une forme aplatie; quelquefois il n'est
+indiqué à l'extérieur que par un monticule de terre meuble que l'on
+nomme taupinière.</p>
+
+<p>2. De ce gîte, la Taupe s'ouvre une route souterraine pour aller
+chercher sa nourriture. Aucun obstacle ne l'arrête dans ce travail, qui
+s'étend quelquefois à plusieurs<a name="page_056" id="page_056"></a> centaines de mètres: elle perce le mur
+qu'elle rencontre sur son passage, ou bien elle pénètre sous les
+fondations; elle passe d'une rive à l'autre d'un ruisseau, en cheminant
+sous son lit. C'est en ligne à peu près directe qu'est dirigée cette
+route, que l'on peut appeler premier ou grand boyau. On la reconnaît
+extérieurement à l'affaissement de la terre, et à la pâleur des plantes
+sous les racines desquelles elle passe. Il arrive souvent que cette
+route est fréquentée par plusieurs Taupes.</p>
+
+<p>3. La Taupe se nourrit beaucoup d'insectes et de vers; c'est pourquoi on
+la trouve ordinairement dans les terres douces et de bonne qualité.</p>
+
+<p>4. Elle ne réside ni dans la fange, ni dans les terrains pierreux.</p>
+
+<p>5. Quelquefois elle abandonne le terrain qu'elle habite, paraît quelques
+instants à<a name="page_057" id="page_057"></a> la surface de la terre, pour entrer bientôt dans un lieu
+plus commode: cela arrive notamment lorsqu'elle a été surprise par une
+inondation.</p>
+
+<p>6. Pendant l'hiver et les temps pluvieux, elle habite les endroits
+élevés, parce qu'ils sont moins humides et plus à l'abri des
+inondations.</p>
+
+<p>7. Dans la belle saison, la Taupe descend dans les vallons,
+principalement dans les prés, où elle trouve une terre fraîche et facile
+à travailler.</p>
+
+<p>8. Lorsqu'il y a de longues sécheresses, elle se réfugie le long des
+fossés, sur le bord des ruisseaux et sous les haies.</p>
+
+<p>9. C'est en mars, avril et mai que les femelles mettent bas leurs
+petits. Il y en a ordinairement quatre ou cinq à chaque portée.<a name="page_058" id="page_058"></a></p>
+
+<p>10. Elles ont préparé d'avance un nid souterrain, couvert d'une voûte
+solide, dans un endroit élevé, et ordinairement protégé par une haie ou
+un buisson. On voit quatre ou cinq grosses taupinières fort rapprochées
+au-dessus de cette demeure.</p>
+
+<p>11. La Taupe ne fait pas de provisions; elle est donc obligée de se
+livrer à un travail journalier pour chercher sa nourriture. Il consiste
+à former à droite et à gauche de la grande route, dont on a parlé plus
+haut, des boyaux de peu d'étendue que l'on peut désigner sous le nom de
+chemins, petits boyaux, ou boyaux accessoires.</p>
+
+<p>12. Les boyaux sont ordinairement parallèles à la surface de la terre, à
+la profondeur de 12 à 18 centimètres, suivant les saisons.</p>
+
+<p>13. Comme les Taupes craignent presque également le froid et le chaud,
+c'est en<a name="page_059" id="page_059"></a> hiver et en été qu'elles s'enfoncent le plus profondément dans
+la terre, c'est-à-dire que leurs boyaux sont le plus éloignés de sa
+surface.</p>
+
+<p>14. Elles sont fort craintives: lorsqu'elles se sentent en danger, elles
+s'enfoncent en terre par un boyau perpendiculaire qu'elles creusent
+quelquefois jusqu'à la profondeur de 50 centimètres.</p>
+
+<p>15. A mesure que les Taupes forment des boyaux, elles rejettent à la
+surface du sol la terre qu'elles ont détachée: c'est ce qui produit ces
+monticules que l'on nomme taupinières; elles en font à chaque reprise,
+trois, quatre, six, jusqu'à neuf, suivant leur âge et leur force.</p>
+
+<p>Les taupinières provenant de la grande route qui conduit au gîte sont,
+comme elle-même, disposées en ligne directe; leur volume est
+considérable; elles sont à d'égales<a name="page_060" id="page_060"></a> distances les unes des autres, et
+espacées de 8 à 10 mètres.</p>
+
+<p>Celles des chemins ou boyaux accessoires sont placées sans ordre, d'un
+volume inégal, et à de petites distances.</p>
+
+<p>Dans les terres nouvellement ameublies par la culture, surtout si elles
+ont été récemment arrosées, la Taupe ne forme aucune taupinière sur son
+passage; elle se glisse à la superficie; on la voit s'avancer, seulement
+couverte de la légère couche de terre qu'elle soulève.</p>
+
+<p>16. Revenons aux taupinières. D'après ce que l'on a dit plus haut, il y
+a nécessairement entre elles une communication par des boyaux
+souterrains.</p>
+
+<p>17. <i>Si l'on ouvre avec un instrument quelconque un boyau qui communique
+à deux taupinières nouvellement formées, la Taupe vient quelques
+instants après le réparer, afin de se mettre à couvert du danger et du
+grand<a name="page_061" id="page_061"></a> air. Pour y parvenir, elle forme à l'endroit ouvert une voûte de
+terre mobile, qui a la forme d'une taupinière oblongue, au moyen de
+laquelle elle réunit et rapièce, pour ainsi dire, le boyau coupé.</i></p>
+
+<p><i>Si l'on fait de pareilles ouvertures à la grande route, la Taupe les
+réparera de la même manière, soit lorsqu'elle sortira de son gîte, soit
+lorsqu'elle y retournera.</i></p>
+
+<p>18. <i>Si l'on endommage une taupinière fraîche, la Taupe vient aussi la
+réparer<a name="FNanchor_C_3" id="FNanchor_C_3"></a><a href="#Footnote_C_3" class="fnanchor">[C]</a>.</i></p>
+
+<p>19. La Taupe travaille dans toutes les saisons, puisque ce n'est qu'à
+force de travail qu'elle se procure de la nourriture.</p>
+
+<p>20. Il n'est pas vrai qu'elle dorme tout l'hiver, comme l'ont prétendu
+quelques naturalistes; mais, dans cette saison, elle a<a name="page_062" id="page_062"></a> peu d'activité,
+et travaille beaucoup moins qu'en été.</p>
+
+<p>21. C'est à l'approche du printemps que les Taupes sont plus ardentes à
+l'ouvrage, et qu'elles forment un plus grand nombre de taupinières. Il y
+en a plusieurs raisons: la première est la nécessité de fournir de la
+nourriture à leurs petits, qui naissent ordinairement alors; la seconde
+est la facilité qu'elles trouvent à remuer la terre; la troisième enfin
+vient de ce que la température venant à s'adoucir, l'animal recouvre ses
+forces, que diminuait la rigueur du froid.</p>
+
+<p>22. La mâle est beaucoup plus vigoureux que la femelle, et les
+taupinières qu'il forme sont grosses et multipliées.</p>
+
+<p>23. La femelle travaille moins que le mâle; ses taupinières sont petites
+et peu nombreuses.<a name="page_063" id="page_063"></a></p>
+
+<p>24. Les jeunes ne font que de longues traînasses, en effleurant la
+superficie de la terre, qui suffit à peine pour les couvrir. Lorsqu'ils
+commencent à faire des taupinières, elles sont petites, informes,
+disposées en zigzag.</p>
+
+<p>25. Les heures auxquelles les Taupes travaillent sont, au lever du
+soleil, à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil;
+mais c'est au coucher du soleil qu'elles sont le plus ardentes à
+l'ouvrage.</p>
+
+<p>26. Dans les temps de sécheresse, on ne les voit guère faire de
+taupinières qu'au soleil levant; et, en hiver, elles saisissent le temps
+où il a réchauffé la terre par ses rayons.</p>
+
+<p>27. Il paraît que le sens de la vue est presque nul dans la Taupe; mais
+en revanche, la nature lui a donné le sens de l'ouïe très-délicat.<a name="page_064" id="page_064"></a></p>
+
+<h3><a name="ARTICLE_II" id="ARTICLE_II"></a>ARTICLE II.<br /><br />
+<i>Principes de l'Art du Taupier.</i></h3>
+
+<p>28. On ne prend aisément les Taupes que lorsqu'elles travaillent.</p>
+
+<p>29. Le temps le plus favorable au Taupier est donc vers le commencement
+du printemps. (Voir paragraphe 21.)</p>
+
+<p>30. C'est dans les prairies que, dans cette saison, il faut
+principalement leur faire la guerre (7).</p>
+
+<p>31. Il faut les attaquer au lever du soleil, ou à neuf heures du matin,
+ou à midi, ou à trois heures, ou au soleil couchant (25).</p>
+
+<p>32. Il est plus avantageux de commencer au soleil levant qu'aux autres
+heures du jour (25).<a name="page_065" id="page_065"></a></p>
+
+<p>33. L'heure la plus commode est ensuite à neuf heures du matin, parce
+que si l'on n'est pas parvenu à prendre toutes les Taupes que l'on avait
+en vue, on peut continuer successivement les opérations commencées aux
+autres heures de la journée.</p>
+
+<p>34. Lorsque l'on guette une Taupe, il faut soigneusement éviter de faire
+du bruit et surtout de frapper la terre (27).</p>
+
+<p>35. On peut, dans certains cas, obliger une Taupe à sortir de son
+souterrain, en y versant une certaine quantité d'eau (5).</p>
+
+<p>36. Lorsque l'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y
+souffle, si on coupe avec la houe le boyau qui communique à la
+taupinière voisine, et que l'on ferme avec un peu de terre ce boyau aux
+extrémités de la couture, la Taupe se trouvera emprisonnée entre
+l'endroit de cette coupure et celui de la taupinière (16).<a name="page_066" id="page_066"></a></p>
+
+<p>37. Une taupinière fraîche annonce la présence d'une Taupe; il en est de
+même de plusieurs taupinières fraîches peu éloignées.</p>
+
+<p>38. Quelque fraîche que soit une taupinière, si on la voit percée dans
+son centre par un trou perpendiculaire d'environ cinq centimètres de
+diamètre, il est certain que la Taupe a abandonné le terrain pour aller
+en chercher un qui lui convienne mieux (5).</p>
+
+<p>39. Lorsque l'on voit un assemblage de taupinières fraîches, si l'on
+prenait la peine de les enlever toutes avec la houe, et de découvrir
+dans toute leur longueur les boyaux qui communiquent de l'une à l'autre,
+on serait assuré de rencontrer et de prendre la Taupe qui y travaille.</p>
+
+<p>40. Cette opération serait sans doute trop longue et trop embarrassante;
+mais<a name="page_067" id="page_067"></a> elle deviendra extrêmement simple, si l'on peut réduire la Taupe
+et l'enfermer entre deux points peu éloignés. Pour la prendre, il ne
+s'agira alors que de découvrir avec la houe l'espace intermédiaire de
+ces deux points.</p>
+
+<p>41. On réduit une Taupe entre deux points d'un boyau, par le moyen de
+quelques <i>coupures</i> ou incisions faites à propos à ce boyau. Ces
+incisions lui coupent, pour ainsi dire, le chemin, puisqu'elle ne les
+franchit qu'après les avoir réparées (17).</p>
+
+<p>42. Lorsque l'on a fait une coupure, il faut fermer légèrement, avec un
+peu de terre, les extrémités du boyau qui y aboutissent, afin de
+retarder la marche de la Taupe.<a name="page_068" id="page_068"></a></p>
+
+<h3><a name="ARTICLE_III" id="ARTICLE_III"></a>ARTICLE III.<br /><br />
+<i>Application des principes précédents</i>, ou <i>Pratique de l'Art du
+Taupier</i>.</h3>
+
+<h4>INSTRUMENT DU TAUPIER.</h4>
+
+<p>Le seul instrument qui soit absolument nécessaire au Taupier est une
+houe; mais il convient qu'il se munisse aussi de quelques brins de
+paille, de quelques morceaux de papier blanc et d'un pot d'eau.</p>
+
+<p class="c"><i>Du nombre de Taupes qui se trouvent dans un héritage; de leur sexe
+et de leur âge.</i></p>
+
+<p>La première chose que doit faire un Taupier en entrant dans un héritage,
+est de reconnaître, s'il est possible, les gîtes et les routes (1 et 2),
+ensuite de savoir combien il renferme de Taupes, afin de les attaquer<a name="page_069" id="page_069"></a>
+toutes à la fois; c'est le moyen d'aller vite en besogne.</p>
+
+<p>Je suppose une pièce de pré, représentée par la planche ci-jointe,
+couverte de taupinières, <i>fig.</i> 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.</p>
+
+<p>J'aperçois d'abord une taupinière isolée, <i>fig.</i> 6. J'observe qu'elle
+est fraîche; elle m'annonce la présence d'une Taupe (37): cette
+taupinière est grosse; elle a donc été faite par un mâle (22).</p>
+
+<p>Je passe aux deux taupinières, <i>fig.</i> 7. Elles sont peu éloignées l'une
+de l'autre; elles ont donc été faites par une seule Taupe (37): elles
+sont fraîches, la Taupe y travaille donc; elles sont petites, elles
+appartiennent donc à une femelle (23).</p>
+
+<p>Les trois taupinières, <i>fig.</i> 8, sont peu éloignées l'une de l'autre;
+elles appartiennent donc à une seule Taupe; elles sont fraîches, cette
+Taupe y travaille donc; elles sont grosses, c'est donc un mâle.<a name="page_070" id="page_070"></a></p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 353px;">
+<a href="images/pg070.png">
+<img src="images/pg070_sml.png" width="353" height="614" alt="Fig. 6." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Les six taupinières, <i>fig.</i> 9, sont peu éloignées l'une de l'autre:
+elles ont donc été faites par une seule Taupe; elles sont fraîches,
+cette Taupe y travaille donc; elles sont petites, c'est donc une
+femelle.</p>
+
+<p>Les traînasses en zigzag, ou taupinières informes, <i>fig.</i> 10, sont
+fraîches; elles annoncent la présence d'une jeune Taupe (24).</p>
+
+<p>Les cinq taupinières, <i>fig.</i> 11, sont sèches, donc elles ont été
+abandonnées, (5).</p>
+
+<p>Les sept taupinières, <i>fig.</i> 12, sont encore fraîches; mais une d'elles,
+<i>M</i>, est percée par le haut; donc la Taupe qui les a faites les a
+quittées depuis peu (38).</p>
+
+<p>Je dois être assuré, d'après ces observations, qu'il y a, dans le pré
+dont il s'agit, deux Taupes mâles, deux femelles et une jeune.</p>
+
+<p>Il n'est pas indifférent de connaître si les Taupes que l'on veut
+prendre sont mâles ou femelles, si elles sont jeunes ou vieilles: les
+mâles, travaillant plus vite (22), doivent être guettés de plus près que
+les femelles<a name="page_072" id="page_072"></a> les jeunes ne faisant qu'effleurer la terre (24) vont
+aussi fort vite, et ne doivent pas être perdues de vue.</p>
+
+<h3><a name="OPERATIONS" id="OPERATIONS"></a>OPÉRATIONS</h3>
+
+<h4>PREMIER CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsqu'une Taupe n'a fait qu'une taupinière,</i><br /><br />
+fig. 6.</p>
+
+<div class="figright" style="width: 165px;">
+<a href="images/pg072.png">
+<img src="images/pg072_sml.png" width="165" height="46" alt="Fig. 6." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>J'enlève d'abord la taupinière avec la houe, et je m'assure si elle n'a
+pas de communication avec d'autres taupinières voisines. Pour y
+parvenir, je tousse dans l'ouverture que j'ai faite, c'est-à-dire à
+l'embouchure du boyau commencé; j'en approche en même<a name="page_073" id="page_073"></a> temps l'oreille:
+si la taupinière n'a pas de communication, la Taupe, peu éloignée, est
+effrayée par le bruit; je l'entends s'agiter, et elle ne peut
+m'échapper.</p>
+
+<p>Je découvre le boyau <i>a</i>, <i>b</i> avec la houe, et je suis jusqu'en <i>b</i>, où
+je rencontre la Taupe.</p>
+
+<p>Mais l'animal, connaissant le danger, a peut-être eu le temps de
+s'enfoncer en terre, en y formant un boyau perpendiculaire <i>b</i>, <i>c</i>
+(14); alors j'ai deux moyens pour le prendre: je creuse jusqu'en <i>c</i>, où
+je rencontre ma proie, ou bien je verse de l'eau en <i>b</i>, et l'animal s'y
+présente de lui-même (5).</p>
+
+<p>Si, au contraire, en toussant je n'ai pas entendu l'animal s'agiter,
+c'est une preuve que la taupinière communique avec quelques autres
+taupinières voisines, et j'opère comme dans les cas suivants.<a name="page_074" id="page_074"></a></p>
+
+<h4>DEUXIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsque la Taupe a fait deux taupinières,</i><br />
+A, B, fig. 7.</p>
+
+<div class="figright" style="width: 96px;">
+<a href="images/pg074.png">
+<img src="images/pg074_sml.png" width="96" height="40" alt="7." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Je fais une ouverture <i>d</i>, <i>e</i>, de la longueur de plus de 25
+centimètres, dans la direction du boyau qui communique d'une taupinière
+à l'autre. Je ferme avec un peu de terre les deux extrémités <i>d</i>, <i>e</i> du
+boyau (42). Quelques instants après, la Taupe, d'abord frappée par le
+grand air, et craignant pour sa sûreté, vient réparer le dégât fait à
+son souterrain (17), et elle souffle en <i>d</i> ou en <i>e</i>. Si c'est en <i>d</i>
+qu'elle se présente, je suis assuré de la trouver entre ce point et la
+taupinière <i>A</i>, si c'est en <i>e</i>, je suis assuré qu'elle est entre ce
+dernier point et la taupinière <i>B</i>. Dans l'une et l'autre hypothèse,
+j'opère comme il est indiqué<a name="page_075" id="page_075"></a> au premier cas ci-dessus, c'est-à-dire que
+je découvre la partie du boyau qui aboutit à la taupinière A, ou celle
+qui aboutit à la taupinière <i>B</i>.</p>
+
+<h4>TROISIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsque la Taupe a fait trois taupinières,</i><br />
+C, D, E, fig. 8.</p>
+
+<p>Je fais les ouvertures <i>f</i>, <i>g</i>, <i>h</i>, <i>i</i>.</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 189px;">
+<a href="images/pg075.png">
+<img src="images/pg075_sml.png" width="189" height="53" alt="Fig. 8." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>La Taupe viendra souffler ou en <i>f</i>, ou en <i>g</i>, ou en <i>h</i>, ou en <i>i</i>.</p>
+
+<p>Si elle souffle en <i>f</i>, elle se trouve enfermée entre ce point et la
+taupinière <i>C</i>.</p>
+
+<p>Si elle souffle en <i>i</i>, elle se trouve enfermée entre ce dernier point
+et la taupinière <i>E</i>.<a name="page_076" id="page_076"></a></p>
+
+<p>Si elle souffle en <i>g</i> ou en <i>h</i>, elle est dans l'espace intermédiaire
+entre ces deux points.</p>
+
+<p>Dans ces trois hypothèses, j'opère comme dans le premier cas, en
+découvrant l'espace dans lequel se trouve la Taupe.</p>
+
+<p>Si la Taupe est enfermée entre <i>g</i> et <i>h</i>, que je ne veuille pas prendre
+la peine de découvrir tout cet intervalle, j'enlève la taupinière <i>D</i>,
+et je fais à sa place une troisième incision ordinaire. J'attends que la
+Taupe y ait soufflé, et le côté où elle vient m'indique si je la
+trouverai entre la troisième incision et le point <i>g</i>, ou entre cette
+incision et le point <i>h</i>.</p>
+
+<h4>QUATRIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsque la Taupe a fait quatre taupinières et au delà</i>, fig. 4.</p>
+
+<p>Je suppose les six taupinières <i>F</i>, <i>G</i>, <i>H</i>, <i>J</i>, <i>K</i>, <i>L</i>.<a name="page_077" id="page_077"></a></p>
+
+<div class="figright" style="width: 143px;">
+<a href="images/pg077a.png">
+<img src="images/pg077a_sml.png" width="143" height="121" alt="Fig. 9." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Je fais l'incision <i>k</i>, <i>l</i>.</p>
+
+<p>Si la Taupe vient souffler en <i>k</i>, elle est enfermée entre ce point et
+la taupinière <i>F</i>.</p>
+
+<p>Si, au contraire, elle vient souffler en <i>l</i>, elle est enfermée entre ce
+dernier point et la taupinière <i>L</i>.</p>
+
+<p>Dans l'une et l'autre hypothèse, je fais de <i>K</i> en <i>F</i>, ou de <i>l</i> en
+<i>L</i>, les opérations indiquées dans le troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire que j'agis comme s'il n'y avait que trois taupinières.</p>
+
+<h4><i>Autre manière d'opérer dans les 2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> cas ci-dessus.</i></h4>
+
+<div class="figleft" style="width: 95px;">
+<a href="images/pg077b.png">
+<img src="images/pg077b_sml.png" width="95" height="39" alt="Fig. 7." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Je suppose que lorsque j'aurai fait la coupure <i>d</i>, <i>c</i>, <i>fig. 7</i>, la
+Taupe vient souffler en <i>d</i>, et que je me trouve là au moment<a name="page_078" id="page_078"></a> où elle
+souffle, je sais qu'elle traversera l'espace <i>d</i>, <i>e</i>, pour réparer le
+boyau, en y formant une voûte avec la terre qu'elle détachera du fond de
+l'endroit ouvert. Si je reste là sans faire de bruit, je la verrai
+travailler à cette opération. Il ne s'agira, pour prendre la Taupe, que
+de poser le bout du manche de ma houe derrière elle, avant qu'elle
+arrive au point <i>e</i>. Par ce moyen, la terre que j'ai eu soin de mettre à
+l'ouverture <i>d</i> l'empêchera d'avancer. Le bout de ma houe l'empêchera de
+reculer. Je la prendrai donc aisément, en enlevant avec mes doigts le
+peu de terre mobile dont elle est couverte(1).</p>
+
+<h4><i>Procédé essentiel à employer.</i></h4>
+
+<p>On peut, sans rester près d'une ouverture, savoir l'instant où une Taupe
+commence à y souffler. Il ne s'agit que d'y planter un brin de paille,
+au bout duquel<a name="page_079" id="page_079"></a> on fixera un petit morceau de papier. Ce petit étendard
+sera renversé ou au moins ébranlé au premier mouvement que viendra faire
+la Taupe à l'endroit où il est planté. L'ébranlement ou la chute de cet
+étendard avertira le Taupier de s'approcher pour guetter et prendre
+l'animal.</p>
+
+<h4>CINQUIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsque la Taupe ne vient pas souffler aux premières ouvertures faites
+par le Taupier.</i></p>
+
+<div class="figright" style="width: 143px;">
+<a href="images/pg077a.png">
+<img src="images/pg077a_sml.png" width="143" height="121" alt="Fig. 9." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Je suppose qu'après avoir fait l'ouverture <i>k</i>, <i>l</i>, <i>fig. 9</i>, la Taupe
+continue à souffler à la taupinière <i>L</i>; alors je suis sûr qu'elle est
+entre le point <i>l</i> et la taupinière <i>L</i>, et les opérations qui me
+restent à faire sont les mêmes qu'au troisième cas ci-dessus,
+c'est-à-dire<a name="page_080" id="page_080"></a> que je dois agir comme s'il n'y avait que les taupinières
+<i>J</i>, <i>K</i>, <i>L</i>.</p>
+
+<p>Pour connaître si une Taupe, pendant mon absence, soufflera à une
+taupinière, je l'aplatis légèrement avec le pied, et, à mon retour, si
+j'aperçois une petite éminence sur la taupinière aplatie, nul doute que
+la Taupe y aura travaillé. Mais si la Taupe, ne venant pas souffler aux
+incisions, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, on doit
+conclure qu'elle s'est jetée dans la route par un des boyaux qui y
+aboutissent (2), et qu'elle a regagné son gîte (1). C'est là où il faut
+lui faire une nouvelle attaque. On pratique, dans ce cas, plusieurs
+ouvertures sur la route, à proximité du gîte. La Taupe ne tarde pas à
+venir souffler à l'extrémité de l'une de ces ouvertures, et
+conséquemment à indiquer l'endroit où elle se trouve renfermée; on agit
+alors comme dans les autres cas.<a name="page_081" id="page_081"></a></p>
+
+<h4>SIXIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Autre manière d'opérer dans les 2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup> et 5<sup>e</sup> cas
+ci-dessus, lorsqu'on se trouve près d'une taupinière au moment où
+la Taupe y souffle.</i></p>
+
+<div class="figright" style="width: 143px;">
+<a href="images/pg077a.png">
+<img src="images/pg077a_sml.png" width="143" height="121" alt="Fig. 9." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Si je me trouve près de la taupinière <i>L</i>, <i>fig. 9</i>, au moment où la
+Taupe y souffle, je n'emploierai pas le moyen incertain des jardiniers,
+qui enlèvent la taupinière d'un coup de bêche; mais je donnerai en <i>m</i>,
+<i>n</i> un grand coup de houe sur le boyau qui communique de cette
+taupinière à la voisine <i>K</i>. C'est une manière sûre d'enfermer la Taupe
+entre la taupinière <i>L</i> et le point <i>m</i>, <i>n</i>.</p>
+
+<p>Lorsque la Taupe est ainsi enfermée,<a name="page_082" id="page_082"></a> j'opère comme dans le premier cas,
+c'est-à-dire que je découvre l'intervalle dans lequel elle est enfermée,
+etc.</p>
+
+<p>Il est inutile de dire que, pour que ce moyen puisse être employé avec
+succès, il faut que la taupinière où souffle la Taupe n'ait qu'une seule
+communication.</p>
+
+<h4>SEPTIÈME CAS</h4>
+
+<p class="c"><i>Lorsqu'une ou plusieurs taupinières fraîches se trouvent à
+proximité des vieilles taupinières</i>, fig. 9 et 11.</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 297px;">
+<a href="images/pg082.png">
+<img src="images/pg082_sml.png" width="297" height="124" alt="Fig. 9." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Dans ce dernier cas, le plus embarrassant de tous pour le Taupier, il
+est douteux<a name="page_083" id="page_083"></a> si les taupinières fraîches communiquent par des boyaux
+avec les vieilles. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord faire des
+coupures entre les unes et les autres, pour que la Taupe, inquiétée dans
+les fraîches, ne puisse se retirer dans les vieilles. On opère ensuite,
+suivant les circonstances, comme dans les cas précédents.</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 301px;">
+<a href="images/pg083.png">
+<img src="images/pg083_sml.png" width="301" height="124" alt="Fig. 9." title="" /></a>
+</div>
+
+<p>Lorsqu'il en est ainsi, on ne peut trop multiplier les coupures, si l'on
+ne craint pas d'endommager le terrain. Il est bon, par exemple, dans les
+<i>fig.</i> 9 et 11, de faire une coupure dans la direction de <i>H</i> en <i>N</i>, et
+une autre dans la direction de <i>H</i> en <i>O</i>, parce qu'il peut y avoir un
+boyau dans<a name="page_084" id="page_084"></a> l'une ou l'autre de ces directions, et même dans l'une et
+dans l'autre.</p>
+
+<h4>HUITIÈME CAS</h4>
+
+<p>Lorsqu'on se rencontre au moment où la Taupe forme un boyau superficiel
+(5).</p>
+
+<p>Il ne s'agit, dans ce cas, que de poser le bout du manche de la houe
+derrière la Taupe pour l'empêcher de rétrograder. On la prend alors sans
+difficulté, après avoir enlevé avec les doigts la légère couche de terre
+dont elle est couverte.</p>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<h3>OBSERVATIONS</h3>
+
+<p>Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on
+attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne<a name="page_085" id="page_085"></a>
+parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.</p>
+
+<p>Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le
+dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les
+taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les
+boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On
+plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite
+on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.</p>
+
+<p>Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être
+très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter
+une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les
+ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui
+avait été fait.</p>
+
+<p>La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la
+traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite<a name="page_086" id="page_086"></a> motte
+de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre;
+c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux
+extrémités du boyau coupé.<a name="page_087" id="page_087"></a></p>
+
+<h3><a name="VOCABULAIRE_DE_LART_DU_TAUPIER" id="VOCABULAIRE_DE_LART_DU_TAUPIER"></a>VOCABULAIRE<br /><br />
+<small>DE</small><br /><br />
+L'ART DU TAUPIER</h3>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;<br />
+&nbsp;</p>
+
+<p>B<small>OYAU</small>, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui
+provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui
+produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui
+conduit au gîte.</p>
+
+<p>C<small>OUPURE</small>, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec
+une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre
+le fond à découvert et y attirer<a name="page_088" id="page_088"></a> la Taupe. L'air qui s'introduit par
+cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte
+de son chemin couvert.</p>
+
+<p>É<small>TENDARD</small>, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité
+supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une
+taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa
+chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe
+travaille à l'endroit signalé.</p>
+
+<p>G<small>ÎTE</small>, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et
+solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme
+oblongue.</p>
+
+<p>H<small>OUE OU</small> H<small>OYAU</small>, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois.
+Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions<a name="page_089" id="page_089"></a> ou coupures, enlever
+les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée
+s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.</p>
+
+<p>R<small>OUTE</small>, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les
+boyaux accessoires sont des ramifications.</p>
+
+<p>S<small>OUFFLER</small>, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses
+pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur
+l'incision faite par le Taupier.</p>
+
+<p>T<small>AUPIER</small>, homme qui, connaissant les m&oelig;urs et les usages de la Taupe,
+sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y
+prendre.</p>
+
+<p>T<small>AUPINIÈRE</small>, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour
+se former une route souterraine.<a name="page_090" id="page_090"></a></p>
+
+<p>T<small>AUPINIÈRE</small> <i>fraîche</i>, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient
+de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y
+voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.</p>
+
+<p>&mdash;&mdash; <i>vieille</i>, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la
+terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est
+desséchée.</p>
+
+<p>&mdash;&mdash; <i>trouée</i>, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller
+chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.<a name="page_091" id="page_091"></a></p>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<h3><a name="ADDITION_A_LART_DU_TAUPIER" id="ADDITION_A_LART_DU_TAUPIER"></a>ADDITION<br /><br />
+A L'ART DU TAUPIER</h3>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<p>Si, ainsi que nous l'avons dit, les dégâts causés par la Taupe lui ont
+de tout temps attiré l'animadversion de l'homme, on a dû, de tout temps
+aussi, chercher à la détruire. Malheureusement, sa vie souterraine et
+l'ingénieux instinct dont elle a été douée par la nature l'ont jusqu'ici
+avantagée dans la lutte; et comme elle est en outre prolifique et
+vivace, elle pullule en certaines contrées en proportions effrayantes,
+si l'on considère surtout qu'elle ne peut vivre que dans les régions
+cultivées<a name="page_092" id="page_092"></a> et surtout les plus riches. Du seul chef de la confection de
+son nid, Cadet de Vaux ayant compté dans l'un d'eux 274 tiges de blé
+qu'il évalue avoir dû donner 1 kil. 250 de blé ou de pain, et Geoffroy
+Saint-Hilaire en ayant trouvé 402 tiges qui auraient donné, suivant la
+même proportion, 1 kil. 821 de grain, si nous prenons la moyenne, nous
+trouverons, par nid, 1 kil. 535. D'un autre côté, Lecourt ayant détruit,
+en trois ans, 10,000 Taupes sur le territoire de 600 hectares
+appartenant à Pontoise, soit 3,333 par an, si nous admettons que, sur ce
+nombre, il y avait 2,220 jeunes, 555 pères et 555 mères, le dégât causé
+par ces dernières, en supposant que tous les nids eussent été garnis de
+blé, représenterait par an 351 kil. 925 de grain, ou près de 12
+hectolitres, la nourriture annuelle de quatre hommes, en pain.</p>
+
+<p>La destruction dut être tentée d'abord par tous les moyens primitifs, la
+bêche,<a name="page_093" id="page_093"></a> la houe, la pioche, etc.; puis vinrent les moyens mécaniques, et
+Cadet de Vaux nous apprend qu'on inventa en 1751 une machine de un mètre
+de hauteur, qu'il fallait vingt-cinq pages et six planches pour décrire,
+et qui pouvait prendre jusqu'à... deux ou trois Taupes par jour. Plus
+tard, on employa les moyens physiques ou chimiques; mais la victoire
+paraît être restée aux engins mécaniques.</p>
+
+<p>Une particularité physiologique qui n'a pas été vérifiée, mais qui est
+affirmée par Cadet de Vaux et par tous les jardiniers, c'est que toute
+piqûre à la tête de la Taupe, ou plutôt à son museau, donne lieu à une
+hémorrhagie auriculaire qui ne tarde pas à devenir fatalement mortelle.
+Aussi nombre de jardiniers se contentent-ils de placer de distance en
+distance sur les galeries des tronçons d'églantiers, contre les épines
+desquels la Taupe, en fouissant, vient se piquer et trouver la mort.<a name="page_094" id="page_094"></a></p>
+
+<p>D'autres emploient le même procédé que pour les courtilières: «Les pots
+pleins d'eau, disposés à fleur des galeries; ou d'autres pots dans
+lesquels on emprisonne une femelle vivante, dans l'espoir qu'elle
+attirera les mâles; des hameçons offrant en appât un morceau friand, ver
+ou chenille; des n&oelig;uds coulants, etc.» (Eug. Guyot, <i>les Petits
+Quadrupèdes de la maison et des champs</i>. Paris, Firmin Didot, 1871, t.
+II, p. 155.) Brehm, ou plutôt son annotateur M. Gerbe, indique le moyen
+suivant: «Pour protéger un jardin ou un enclos quelconque contre les
+Taupes, il suffit d'entretenir tout autour, jusqu'à une profondeur de
+0m,04 à 0m,05, une palissade d'épines, de tessons de bouteilles,
+d'autres objets qui piquent; par ce moyen encore peu connu et
+très-utile, on empêche la Taupe d'aller plus loin; si elle veut passer
+outre, elle se pique la face et périt des suites de cette<a name="page_095" id="page_095"></a> blessure.»
+(Brehm, <i>l'Homme et les animaux</i>, t, I<sup>er</sup>, p. 755.) Ceci revient au
+procédé vulgaire dont nous parlions il n'y a qu'un instant, et demande
+une vérification pratique, et autant que possible une explication
+physiologique.</p>
+
+<p>On a préconisé certaines plantes comme ayant la propriété d'éloigner les
+Taupes d'un enclos de certaine étendue, par leur odeur, sans doute. De
+ce nombre seraient: le ricin commun (<i>ricinus communis</i>&mdash;euphorbiacées),
+dont dix pieds suffiraient pour protéger un hectare; et le datura
+stramoine (<i>datura stramonium</i>&mdash;solanées), dont il suffirait de pieds en
+nombre moitié moindre pour une même surface. M. Roger Schabol indique un
+procédé de destruction qui nous laisse des doutes sur son efficacité, la
+Taupe ne nous paraissant guère frugivore; néanmoins la voici: prendre
+autant de noix, fruit du noyer commun (<i>juglans regia</i>), qu'il y a de
+trous de Taupes; ajouter<a name="page_096" id="page_096"></a> une poignée de ciguë tachée (<i>conium
+maculatum</i>&mdash;ombellifères) et faire bouillir le tout pendant une heure et
+demie dans de l'eau, puis en faire des boulettes, ou, si la pâte est
+trop liquide, en mettre sur un morceau d'ardoise, dans le trou. Friande
+de ce mets, la Taupe en mange et meurt, dit-il. (<i>La Pratique du
+jardinage</i>, 1872, t. II, p. 34.) On a conseillé encore de saupoudrer
+d'arsenic un poireau frais, un ognon de colchique, des vers de terre ou
+des larves de hannetons, que l'on placerait ensuite aux deux extrémités
+de coupures pratiquées dans les galeries. D'autres emploient les noix
+bouillies avec du sulfate de fer. Quelques jardiniers prétendent
+l'éloigner par l'odeur du fumier de porc, de la résine, du purin ou de
+l'urine fermentés, du poisson pourri, du goudron ou des décoctions de
+tabac.</p>
+
+<p>Pour étouffer la Taupe dans sa retraite, quelques agriculteurs
+conseillent de prendre<a name="page_097" id="page_097"></a> une noix ou quelque petit vase étroit et solide,
+et d'y brûler de la paille avec de la résine de cèdre, ou de la cire et
+du soufre, puis de bien boucher toutes les entrées et issues de la
+Taupe, afin que la fumée ne sorte pas. Ce moyen est très-incertain et
+presque nul entre les mains de toute personne qui ne connaît point les
+allures de la Taupe. Quelquefois, toutes les taupinières d'un pré ou
+d'un jardin, soit fraîches, soit vieilles et abandonnées, communiquent
+entre elles par des boyaux multipliés (voyez art. 3, septième cas). Il
+faudrait donc, lorsque cela est ainsi, écraser et fermer toutes les
+taupinières qui se trouvent dans le terrain; mais, en prenant ce parti,
+on préserve soi-même la Taupe de l'effet de la fumigation. Je suppose
+que vous voulez étouffer la Taupe qui a fait les taupinières de la
+figure 4 et que vous mettiez les matières combustibles en H: si la Taupe
+se trouve de J en L,<a name="page_098" id="page_098"></a> comme vous avez fermé le passage en J, la fumée
+n'y pénétrera pas, et la précaution que vous avez prise contre la Taupe
+sera précisément son préservatif.</p>
+
+<p>C'est encore uniquement par des incisions que ce moyen peut avoir
+quelque succès. Voulez-vous étouffer la Taupe qui a fait les taupinières
+de la figure 4, faites la coupure <i>l</i>, <i>k</i>, fermez-en les extrémités, et
+mettez à volonté vos matières combustibles entre <i>k</i> et F, et entre <i>l</i>
+et L, après avoir bien aplati les taupinières L, F; mais il faut
+auparavant vous être assuré que la taupinière H, figure 4, n'a pas de
+communication avec celle de la figure 6; et, si elle en a, les avoir
+fermées au moyen des incisions indiquées article 3, septième cas.</p>
+
+<p>«Il y a un petit fourneau qui sert à étouffer les insectes dans les
+serres, au moyen de la fumée de tabac. On y adapte un soufflet qui anime
+le feu, et envoie cette fumée dans l'air de la serre. J'en ai<a name="page_099" id="page_099"></a> appliqué
+récemment un à l'embouchure d'un boyau de taupe, et j'ai pu forcer la
+fumée du goudron que j'y avais mis jusqu'à deux mètres de distance dans
+ce boyau; mais le soufflet n'avait pas assez de force pour la forcer à
+aller plus loin. Je crois qu'en employant un soufflet plus fort, tel que
+ceux des bouchers, on parviendrait à son but en envoyant la fumée aux
+points extrêmes de la retraite des taupes.» (Note de M. Audot, éditeur
+de la 16<sup>e</sup> édit., 1856, p. 52.) Depuis lors, la mécanique destructrice
+a fait des progrès, et pour ceux qui préféreraient ce mode de chasse,
+nous recommanderons le fusil à gaz perfectionné que l'on a construit
+pour asphyxier dans leurs galeries et campagnols et mulots. En voici la
+description succincte d'après M. Eug. Gayot: «Il consiste en un tube de
+0m,40 de long, du calibre d'un tuyau de poêle ordinaire et portant une
+douille à chacune de ses<a name="page_100" id="page_100"></a> extrémités. L'une d'elles s'emmanche sur la
+tuyère d'un soufflet, l'autre sert à la sortie des vapeurs qui seront
+produites dans le tube.» (<i>Les Petits Quadrupèdes</i>, t. I, p. 34.) Dans
+ce tube, en effet, on introduit des chiffons de laine découpés en
+lanières et saupoudrés de fleur de soufre; après avoir allumé ces
+matières avec un charbon incandescent, on place la buse du tube à
+l'entrée d'une galerie que l'on suppose habitée, et on man&oelig;uvre le
+soufflet; pendant ce temps, un aide ferme d'un coup de talon les
+galeries qui viennent s'embrancher sur celle qu'on insuffle. Ce peut
+être un amusement, mais cela ne saurait être une chasse sérieuse.</p>
+
+<p>Quelques jardiniers guettent le passage des taupes dans leurs galeries,
+à leurs heures ordinaires et bien connues de sortie, et, armés d'une
+bêche, d'une houe, d'un piochon ou d'un maillet muni de longues pointes,
+ils l'extraient de son souterrain ou<a name="page_101" id="page_101"></a> l'y assomment. D'autres préfèrent
+la chasse au fusil: chargez très-légèrement un fusil ordinaire de petit
+plomb, et tirez à bout presque portant; par ce moyen, si l'animal
+échappe aux plombs, il peut être asphyxié par la fumée; mais il faut
+avoir la précaution de diriger votre coup vers l'endroit d'où la taupe
+apporte la terre. Pour connaître cet endroit, enlevez d'abord, avec une
+petite bêche, la taupinière et creusez-la jusqu'à ce que vous trouviez
+les boyaux qui y aboutissent. La taupe viendra réparer ce dégât (voir nº
+18); vous verrez de quel côté elle apporte la terre à l'endroit
+endommagé, et c'est vers ce côté qu'il faudra diriger votre coup.</p>
+
+<p>Lorsqu'on remarque une taupinière isolée (voir art. 3, premier cas),
+sans communications avec d'autres et nouvellement faite, on peut tenter
+un moyen qui parfois réussit: il consiste, après l'avoir décoiffée
+jusqu'à l'entrée de la galerie, à verser de<a name="page_102" id="page_102"></a> l'eau dans cette ouverture;
+si les galeries sont habitées, la taupe, fuyant l'inondation dont elle
+est menacée, ne tarde pas à se présenter à la surface du sol, où il
+devient facile de la détruire.</p>
+
+<p>L'illustre Buffon avait imaginé une destruction théorique de la taupe
+que la pratique est loin de justifier: «La manière la plus simple et la
+plus sûre de prendre la taupe et ses petits, c'est, dit-il, de faire
+autour une tranchée qui l'environne en entier et qui coupe toutes ses
+communications. Comme la taupe fuit au moindre bruit et qu'elle tâche
+d'emmener ses petits, il faut trois ou quatre hommes qui travaillent
+ensemble avec la bêche, enlèvent la motte tout entière, ou fassent une
+tranchée presque dans un moment, et qui ensuite les saisissent et les
+attendent au passage.» Assurément, cette manière est loin d'être aussi
+simple que l'assure son inventeur. Elle est encore<a name="page_103" id="page_103"></a> moins sûre; car, au
+premier coup de bêche, la taupe peut fuir à 10 mètres de l'endroit où on
+la cherche (voyez art. 3, septième cas). D'un autre côté, en supposant
+qu'elle pût être cernée par une tranchée, on n'en serait pas plus
+avancé, puisque la taupe, lorsqu'elle craint le danger, s'enfonce
+perpendiculairement dans la terre (voir nº 14), et il est impossible de
+l'y trouver lorsqu'on ne connaît pas le point auquel elle a creusé sa
+retraite (voir art. 3, premier cas).</p>
+
+<p>Enfin, il y a des chats et des chiens qui font la chasse aux taupes; je
+les ai vus guetter le moment où elles travaillaient à la taupinière, et
+les saisir adroitement avec leurs pattes de devant. «Il y a des chiens
+aussi que l'on dresse spécialement pour cette chasse. Les chiens à
+fouans (c'est le nom vulgaire de la taupe dans le département du Nord),
+bien connus et très-appréciés aux environs de Lille, sont<a name="page_104" id="page_104"></a> d'excellents
+auxiliaires pour la chasse des taupes. Il serait donc utile que chaque
+fermier possédât un de ces chiens, bien dressé, qui l'accompagnerait
+toujours dans les champs. Il en est dont la finesse d'odorat est
+remarquable; mais il faut qu'ils y joignent la promptitude et l'adresse,
+car, une fois manquée du premier coup de museau ou de patte, la taupe
+est sauvée. En vain le chien s'acharne à creuser la terre, le gibier est
+déjà loin. Il est même essentiel de ne pas laisser les chiens s'habituer
+à faire d'énormes trous qui ressemblent à des terriers, où ils
+s'engloutissent tout entiers; c'est un défaut à corriger tout d'abord.
+Ceux dont l'instinct est sûr et dont l'éducation est bien faite
+abandonnent la taupinière dès que la taupe est manquée, et vont plus
+loin recommencer avec plus de précaution un nouveau guet.» (De Norguet,
+<i>la Chasse illustrée</i>.)<a name="page_105" id="page_105"></a></p>
+
+<p>En attendant qu'on ait formé, par un dressage longtemps continué, une
+race de chiens pour cette chasse d'un nouveau genre, il faut bien se
+contenter d'y employer des hommes. Ceux-ci, qui font profession de
+<i>taupiers</i>, appartiennent le plus souvent à la Normandie, aux
+départements du Calvados et de l'Orne, aux communes de Falaise, Crocy,
+Vignats, Baumais, la Hoguette, etc. Dans un grand nombre de familles, on
+est taupier de père en fils. C'est là un métier qui demande de la
+sagacité, de l'intelligence, de l'activité, de bons yeux et de bonnes
+jambes. Les grands fermiers ont à leur choix deux combinaisons: 1º payer
+les taupes détruites sur leurs champs, à raison de tant la pièce; mais
+on n'a jamais la certitude que les queues présentées proviennent de
+celles qu'on avait un intérêt plus direct à voir anéantir; 2º s'abonner
+à raison de tant par an avec le taupier, pour qu'il détruise l'ennemi
+sur<a name="page_106" id="page_106"></a> toutes les terres de l'exploitation; mais celui-ci, pour ne pas
+tarir la source de son revenu, respecte presque toujours un certain
+nombre de couples destinés par lui à la reproduction.</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 226px;">
+<a href="images/pg106.png">
+<img src="images/pg106_sml.png" width="226" height="159" alt="Fig. 13.&mdash;Piége à taupes usité dans la Bavière rhénane." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 13.&mdash;Piége à taupes usité dans la Bavière rhénane.</span>
+</div>
+
+<p>Les taupiers emploient des piéges qui sont de diverses natures, et que
+l'on appelle parfois taupières. L'un des plus simples est un cylindre
+creux, de bois, de fer-blanc ou de terre cuite, de 0m,35 de long environ
+et d'un diamètre un peu plus grand que celui des boyaux faits pour la
+taupe.<a name="page_107" id="page_107"></a> Ce cylindre est fermé à l'une de ses extrémités, et l'on
+pratique à l'autre une soupape qui bat contre un rebord extérieur.
+Lorsque la taupe se présente à l'extrémité où se trouve la soupape, elle
+la soulève pour continuer sa route et entre dans le cylindre d'où elle
+ne peut plus sortir. On joint ensemble deux de ces piéges, de manière</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 233px;">
+<a href="images/pg107.png">
+<img src="images/pg107_sml.png" width="233" height="90" alt="Fig. 14.&mdash;Plan du piége à taupes." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 14.&mdash;Plan du piége à taupes.</span>
+</div>
+
+<p class="nind">qu'ils présentent une soupape à chacune des extrémités; par ce moyen, la
+taupe pourra être prise, de quelque côté qu'elle se présente.</p>
+
+<p>M. F. Villeroy, propriétaire dans la Bavière rhénane, a fait connaître,
+en 1866, une ingénieuse modification de ce piége;<a name="page_108" id="page_108"></a> voici comment il le
+décrit: «Ce piége est une boîte ordinairement établie en bois de hêtre,
+large d'environ 0m,28 et d'un</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 227px;">
+<a href="images/pg108a.png">
+<img src="images/pg108a_sml.png" width="227" height="91" alt="Fig. 15.&mdash;Coupe du piége à taupes." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 15.&mdash;Coupe du piége à taupes.</span>
+</div>
+
+<p class="nind">diamètre intérieur de 0m,08. Il est coupé
+en deux sur sa longueur, et les deux moitiés sont tenues ensemble par un
+anneau,</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 166px;">
+<a href="images/pg108b.png">
+<img src="images/pg108b_sml.png" width="166" height="88" alt="Fig. 16.&mdash;Pièces diverses du piége à taupes." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 16.&mdash;Pièces diverses du piége à taupes.</span>
+</div>
+
+<p class="nind">ordinairement en osier chez les paysans. Le piége étant placé
+dans une galerie, la taupe y entre; elle pousse la pièce D;<a name="page_109" id="page_109"></a> le ressort
+E soulève la trappe ou soupape C, et l'animal est pris. Quand le piége
+est tendu, avant de le fermer, on répand dedans du sable ou de la terre
+très-finement émiettée, en suffisante quantité pour couvrir le fer.»
+(<i>Journal d'agriculture pratique</i>, 1866.)</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 187px;">
+<a href="images/pg109.png">
+<img src="images/pg109_sml.png" width="187" height="136" alt="Fig. 17.&mdash;Piége à taupes de Lecourt." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 17.&mdash;Piége à taupes de Lecourt.</span>
+</div>
+
+<p>Henri Lecourt inventa le piége généralement usité encore en France,
+après quelques légères modifications dans sa construction. «Le piége de
+Lecourt a la forme des pinces d'argent de nos sucriers. Le ressort fait
+partie du piége; il n'est ni<a name="page_110" id="page_110"></a> ajouté ni soudé, comme dans les piéges
+ordinaires; la détente tombe au passage de l'animal, et l'élasticité de
+la tête du piége fait ressort. Ce piége consiste donc en deux branches
+carrées et croisées, réunies par une tête à ressort, à la manière des
+pincettes ordinaires. La tête est en acier aplati, les branches en fer.
+Leur extrémité est armée de deux crochets pliés en contre-bas et à angle
+droit de 20 lignes (0m,009). La longueur du grand piége est de 7 pouces
+6 lignes (0m,20). Il y a un piége plus petit pour tendre dans les murs.
+Le piége ouvert, on y place la détente.» (Cadet de Vaux, <i>De la Taupe</i>,
+p. 205-206.)</p>
+
+<div class="figcenter" style="width: 205px;">
+<a href="images/pg110.png">
+<img src="images/pg110_sml.png" width="205" height="79" alt="Fig. 18.&mdash;Piége à taupes modifié de Lecourt." title="" /></a>
+<span class="caption">Fig. 18.&mdash;Piége à taupes modifié de Lecourt.</span>
+</div>
+
+<p><a name="page_111" id="page_111"></a></p>
+
+<p>Ce piége aussi a été modifié par les constructeurs, en vue, sans doute,
+d'en simplifier la fabrication. Il est maintenant généralement fait de
+deux branches réunies au milieu par un boulon-rivet; les deux branches
+les plus courtes sont tenues écartées, tant que le piége est au repos,
+par un ressort; de sorte que quand la détente est placée entre les deux
+grandes branches, celles-ci tendent à se rapprocher violemment, ce qui a
+lieu lorsque la taupe a fait tomber la détente, en prenant sa place. Il
+manque à ces piéges un petit appendice qui indique extérieurement leur
+situation quand ils sont placés; on s'éviterait ainsi des pertes
+fréquentes dues à un oubli bien concevable.</p>
+
+<p>Il ne nous reste plus qu'à citer les ennemis naturels de la taupe:
+l'homme, le chien, le renard, le chat, la fouine et peut-être la
+belette; et à ajouter que, si la taupe a perdu depuis longtemps les
+nombreuses<a name="page_112" id="page_112"></a> vertus médicales qu'on lui attribuait, sa fourrure, surtout
+lorsqu'elle est prise en automne et en hiver, pourrait être utilisée en
+vêtements comme elle l'est déjà en sacs à tabac.<a name="page_113" id="page_113"></a></p>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<h3><a name="TABLE_DES_MATIERES" id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<p class="cb">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="">
+
+<tr><td colspan="2" align="right"><small>Pages.</small></td></tr>
+
+<tr><td>I<small>NTRODUCTION</small>.&mdash;Histoire naturelle de la Taupe.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_001">1</a></td></tr>
+
+<tr><td>L'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_051">51</a></td></tr>
+
+<tr><td>A<small>RTICLE</small> P<small>REMIER</small>.&mdash;Notions sur l'histoire naturelle
+de la Taupe servant d'introduction à
+l'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_055">55</a></td></tr>
+
+<tr><td>A<small>RTICLE</small> II.&mdash;Principes de l'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_064">64</a></td></tr>
+
+<tr><td>A<small>RTICLE</small> III.&mdash;Application des principes précédents
+ou pratique de l'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_068">68</a></td></tr>
+
+<tr><td>O<small>PÉRATIONS</small>.&mdash;<i>Premier cas.</i>&mdash;Lorsqu'une
+Taupe n'a fait qu'une taupinière</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_072">72</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Second cas.</i>&mdash;Lorsque la Taupe a fait deux taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_074">74</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Troisième cas.</i>&mdash;Lorsque la Taupe a fait trois
+taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_075">75</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Quatrième cas.</i>&mdash;Lorsque la Taupe a fait quatre
+taupinières et au delà</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_076">76</a></td></tr>
+
+<tr><td>Autre manière d'opérer dans les 2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> cas
+ci-dessus</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_077">77</a></td></tr>
+
+<tr><td>Procédé essentiel à employer</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_078">78</a><a name="page_114" id="page_114"></a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Cinquième cas.</i>&mdash;Lorsque la Taupe ne vient pas
+souffler aux premières ouvertures faites par le
+taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_079">79</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Sixième cas.</i>&mdash;Autre manière d'opérer dans les
+2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup> et 5<sup>e</sup> cas ci-dessus, lorsqu'on se
+trouve près d'une taupinière au moment où la
+Taupe y souffle</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_081">81</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Septième cas.</i>&mdash;Lorsqu'une ou plusieurs taupinières
+fraîches se trouvent à proximité des
+vieilles taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_082">82</a></td></tr>
+
+<tr><td><i>Huitième cas</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_084">84</a></td></tr>
+
+<tr><td>O<small>BSERVATIONS</small></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_084">84</a></td></tr>
+
+<tr><td>Vocabulaire de l'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_087">87</a></td></tr>
+
+<tr><td>Addition à l'art du taupier</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_091">91</a></td></tr>
+</table>
+
+<h3><a name="TABLE_DES_GRAVURES" id="TABLE_DES_GRAVURES"></a>TABLE DES GRAVURES</h3>
+
+<table border="0" cellpadding="2" cellspacing="0" summary="">
+<tr><td><small>Figures.</small></td><td>&nbsp;</td><td align="right" valign="bottom"><small>Pages.</small></td></tr>
+
+<tr><td align="right">1&nbsp;</td><td>Taupe commune</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_003">3</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">2&nbsp;</td><td> Gîte grandi et vu de face</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_033">33</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">3&nbsp;</td><td> Tracé général des routes et galeries par où la
+Taupe s'échappe</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_034">34</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">4&nbsp;</td><td> Nid abandonné</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_038">38</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">5&nbsp;</td><td> Carrefour formé par la rencontre de trois ou
+quatre routes</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_037">37</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">&nbsp;</td><td>Relevé de terrains fait par M. Geoffroy Saint-Hilaire</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_041">41</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">6,</td><td> 7, 8, 9, 10, 11, 12. Pré couvert de taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_070">70</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">6&nbsp;</td><td> Taupinière seule</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_072">72</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">7&nbsp;</td><td> Représentant deux taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_074">74,</a> <a href="#page_077">77</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">8&nbsp;</td><td> &mdash; trois taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_075">75</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">9&nbsp;</td><td> &mdash; six taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_077">77,</a> <a href="#page_082">82</a>, <a href="#page_083">83</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">11&nbsp;</td><td> &mdash; cinq taupinières</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_106">106</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">13&nbsp;</td><td> Piége à Taupes usité dans la Bavière rhénane</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_107">107</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">14&nbsp;</td><td> Plan du piége à Taupes</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_108">108</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">15&nbsp;</td><td> Coupe du piége à Taupes</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_108">108</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">17&nbsp;</td><td> Piége à Taupes de Lecourt</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_109">109</a></td></tr>
+
+<tr><td align="right">18&nbsp;</td><td> Piége à Taupes modifié de Lecourt</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_110">110</a></td></tr>
+</table>
+
+<p>
+<br />
+<br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="c">PARIS.&mdash;TYPOGRAPHIE DE E. PION ET C<sup>IE</sup> 8, RUE GARANCIÈRE.</p>
+
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_A_1" id="Footnote_A_1"></a><a href="#FNanchor_A_1"><span class="label">[A]</span></a> <i>Cours d'histoire naturelle des mammifères</i>, Paris, Pichon
+et Didier, 1829.&mdash;XV<sup>e</sup>, XVI<sup>e</sup>, XVII<sup>e</sup>, XVIII<sup>e</sup> et XIX<sup>e</sup>
+leçon.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_B_2" id="Footnote_B_2"></a><a href="#FNanchor_B_2"><span class="label">[B]</span></a> <i>Talpa caudata</i>, Linn.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_C_3" id="Footnote_C_3"></a><a href="#FNanchor_C_3"><span class="label">[C]</span></a> Ces trois points de fait sont la base principale de l'Art
+du Taupier.</p></div>
+
+</div>
+<hr class="full" />
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'art du taupier, by Étienne François Dralet
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ART DU TAUPIER ***
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+
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