Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3266, 30 Septembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3266, 30 Septembre 1905

Author: Various

Release Date: April 25, 2011 [EBook #35955]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3266, 30 SEPTEMBRE 1905 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque








L'Illustration, No. 3266, 30 Septembre 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

Supplment de ce numro: grande gravure hors texte, RECUEILLEMENT, par
Dagnan-Bouveret.

[L'ILLUSTRATION
_Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 30 SEPTEMBRE 1905
_63e Anne--N 3266_]

[Illustration: M. Revoil. Dr. Rosen Les deux ngociateurs: M. Revoil,
directeur du cabinet de M. Rouvier, et le docteur Rosen, reprsentant de
l'Allemagne  Tanger, en tte  tte dans la salle des Commissions, au
ministre des Affaires trangres. L'ENTENTE FRANCO-ALLEMANDE SUR LA
QUESTION DU MAROC]



NOS SUPPLMENTS GRATUITS

_L'Illustration_, qui offre  ses abonns et  ses lecteurs, souvent
avec une semaine d'avance sur les autres journaux illustrs, des
documents toujours plus nombreux sur les grandes actualits courantes,
n'en consacre pas moins une place de plus en plus importante  ses
supplments d'art, gravures hors texte et en couleurs, et  la
publication des pices de thtre en cours de reprsentation sur les
grandes scnes parisiennes.

Les gravures hors texte, tires avec un soin minutieux et prsentes sur
papier de luxe, mritent pour la plupart d'tre encadres. Nous les
multiplierons encore pour rpondre aux voeux de nos abonns.

Quant aux pices de thtre, nous allons en recommencer la publication
avec le mois d'octobre qui marque la rouverture de la saison
dramatique. Naturellement, _L'Illustration_ n'entend pas reproduire
_toutes_ les pices joues de l'automne au printemps sur tous les
thtres de Paris. Nos abonns et nos lecteurs dsirent connatre
surtout _toutes_ les oeuvres dramatiques remarquables par leur tenue,
leur haute valeur littraire et leur succs. Nous serons heureux de les
leur offrir, cette anne comme les annes prcdentes.

_L'Illustration_ publiera d'abord, aprs leur premire reprsentation,
les deux grandes oeuvres dramatiques qui vont tre joues au
commencement d'octobre:

DON QUICHOTTE, comdie en trois parties et huit tableaux, en vers,
de _JEAN RICHEPIN_,  la Comdie-Franaise;

LE MASQUE D'AMOUR, pice en cinq actes et neuf tableaux, de _DANIEL
LESUEUR_, au thtre Sarah-Bernhardt.

Nous publierons aussi trs prochainement: LA MARCHE NUPTIALE, comdie en
quatre actes, de _HENRY BATAILLE_, en rptitions au thtre du
Vaudeville; LA RAFALE, comdie en trois actes, de _HENRY BERNSTEIN_,
qu'on rpte au thtre du Gymnase.

Nous publierons ensuite, au fur et  mesure de leur reprsentation sur
les grandes scnes parisiennes, les pices nouvelles des matres du
thtre contemporain:

BERTRADE, par _JULES LEMAITRE_, de l'Acadmie franaise, qui sera joue
 la Renaissance;

LE GOUT DU VICE, par _HENRI LAVEDAN_, de l'Acadmie franaise, qui sera
jou au Gymnase;

LE RVEIL, par _PAUL HERVIEU_, de l'Acadmie franaise, qui sera jou 
la Comdie-Franaise;

PARAITRE, par _MAURICE DONNAY_, qui sera jou  la Comdie-Franaise;

PAQUERETTE ou LES TRENNES, galement par _MAURICE DONNAY_, qui sera
joue au thtre Antoine.

Nous nous sommes enfin assur le droit de reproduction de:

LA VIEILLESSE DE DON JUAN, par _MM. MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER_, qui
sera joue  la Comdie-Franaise.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Lorsqu'un roi fait visite  Paris, c'est M. Lpine, prfet de police,
qu'on voit d'abord prcder, en Victoria, son cortge. Aussi quelle joie
parmi la foule, quand, dans le vacarme des premiers coups de canon, tout
au fond de la grande avenue vide et borde de baonnettes, apparat,
comme blotti en un coin de sa voiture, M. le prfet,--barbiche
grisonnante, oeil fouilleur, figure osseuse de vieux troupier  l'afft.
On rit; on crie: Vive Lpine! Lpine aperu, c'est la fte qui
commence. Il porte un doigt au bord de son chapeau, et file.

Le revoici... Octobre va s'ouvrir et Paris fait sa rentre. M. Lpine le
prcde, comme il prcde les rois. La premire exposition de la
saison qui commence demain est un concours de jouets, dont il eut
l'ide il y a quelques annes et qui porte son nom. Concours Lpine! Les
affiches sont poses partout, et cela signifie que les vacances sont
finies. Aux coins des rues, les marchands de marrons, rinstalls,
considrent avec satisfaction le cortge de l'hiver parisien qui
s'avance; et les familles vont, au Petit Palais des Champs-Elyses, se
renseigner sur ce qu'a produit de nouveau, cet t, dans le loisir de la
morte-saison, l'imagination des fabricants de jouets.

J'admire beaucoup les fabricants de jouets d'aujourd'hui; je les admire
pour l'ingniosit de leurs trouvailles et leur science profonde; mais,
l'avouerai-je? je n'aime pas du tout les jouets qu'ils font. Le jouet
d'aujourd'hui m'merveille et me dplat. Il est trop savant; il semble
moins propre  amuser l'enfant qu' faire valoir aux yeux des grandes
personnes le gnie du monsieur trs instruit qui l'inventa. Les jouets
qu'on me donnait dans mon enfance avaient dj ce dfaut. Je me souviens
de ma premire poupe. C'tait une petite personne trop lourde,
luxueusement vtue, et qui _parlait_. Je la trouvai admirable pendant
une heure, et puis elle m'ennuya infiniment, et trs vite la monotonie
de son sourire, de son gloussement mcanique, de son accoutrement
fastueux me la fit dtester. Et plus d'une fois je me pris  envier les
petites filles du voisinage, enfants d'ouvriers que je voyais manier
avec amour de pauvres poupes de carton, muettes et toutes nues; mais de
vraies poupes, celles-l, qui ne jacassaient point et que le premier
chiffon venu suffisait  parer chaque jour d'un semblant de toilette
nouvelle. Le got du luxe et les progrs de l'industrie ont chang tout
cela, et le temps approche o il n'y aura mme plus de jouets amusants
pour les enfants pauvres. On leur vend pour vingt sous, trente sous, de
ridicules petits chefs-d'oeuvre: des personnages ou des btes qu'un
mcanisme anime et meut comiquement: un ours qui danse, un pompier qui
monte  l'chelle, un cuisinier qui rpe une carotte, un perruquier qui
taille une barbe... Le concours Lpine nous prodigue ces spectacles.
L'enfant passe, regarde, s'tonne. On lui offre l'objet. Au bout de cinq
minutes, il a fini d'tre tonn; au bout de dix, il a cass sa
mcanique. Au diable le chef-d'oeuvre! Un pantin de bazar, compagnon de
ses jeux, confident incassable de ses tristesses et de ses joies,
n'et-ils pas mieux fait son affaire?

Et, tandis que le concours Lpine ouvre ses portes aux petits enfants,
le lyce rouvre les siennes  leurs grands frres. J'assiste en ce
moment, dans quelques familles amies,  des conversations qui
m'intressent beaucoup:

--O mettez-vous Pierre  la rentre?

--A Louis-le-Grand; mais comme externe. Et vous?

--Nous, nous laissons Georges  Janson. Externe aussi, bien entendu.
J'ai trop souffert d'tre enferm pendant dix ans.

--C'est ce que dit mon mari. Il pense d'ailleurs que rien n'est, au
point de vue moral, plus dangereux que certaines amitis d'internat; que
les enfants doivent tre forms de bonne heure  l'usage de la libert
et qu'il n'est de srieuse ducation possible qu'en famille. C'est
absolument mon avis.

--C'est aussi le mien. Qu'en pensez-vous, docteur?

L'homme  qui l'on s'adresse est un des mdecins les plus connus de
Paris. Il hsite, sourit, et rpond:

--L'un de mes deux fils, madame, fut externe. C'est, vous le savez, un
assez mauvais sujet, et je ne crois pas que l'internat l'et fait pire
qu'il n'est. J'incline mme  penser le contraire.

 Mon fils Gustave tait en effet, comme externe,  l'abri des
frquentations mauvaises du lyce; le malheur est qu'il employa la
libert que je lui laissais  boire, de bonne heure, des bocks en des
brasseries o ses camarades internes n'entraient pas,  lire des livres
qu'ils ne lisaient pas,  rechercher des amitis,  courir des
spectacles,  contracter des habitudes de vie qui ne convenaient ni 
son ge, ni  sa condition. J'aurais d le surveiller; mon mtier ne
m'en laissait pas le loisir. La chambre o il travaillait tait
incommode; les visites qui affluent chez moi lui offraient d'incessants
sujets de distractions et comme, en attendant de divorcer, je me
disputais plusieurs fois par jour avec ma femme, il n'tait pas jusqu'
mon mnage qui ne ft un spectacle peu propre  dvelopper chez cet
enfant le sentiment de la vie de famille. J'en conclus donc que
l'internat, qui a t funeste  tant de petits garons, et peut-tre
t le salut de celui-l; et qu'en matire d'ducation il n'est point de
systme qui formellement l'emporte sur les autres... Tout dpend de
l'homme qu'on est, de la femme qu'on a, du mtier qu'on fait, de
l'appartement qu'on habite, des gens qu'on frquente, des qualits
natives de l'enfant, de ses dfauts, de son temprament. C'est une grave
affaire, madame, que de former un homme...



Grave affaire et lourde responsabilit! Ainsi, il y a au Tyrol un pre
et une mre qui, s'ils ont une conscience et lisent les journaux, ont d
vivre ces jours-ci, comme disait Dumas, de suprieures minutes
d'motion. Ce sont les parents de ce jeune Rinaldo Agostini, dit Eitar
Amor, arrt pour vagabondage, et  propos de qui la question se posa,
devant les magistrats et les philologues, de savoir s'il n'existait
point au monde une langue si jeune que personne ne la connt encore, ou
si vieille que tout le monde, sauf ce miraculeux vagabond, l'et
oublie.

Qu'tait-ce que l'_agrach?_ Personne ne savait; et le faux Eitar
demeurait, pendant une semaine, l'impassible spectateur des discussions
dont sa personne et son aventure taient l'objet. Il rpondait aux
questions avec politesse, s'efforait visiblement d'aider ses juges dans
l'claircissement d'un mystre qui avait fini par affoler tout le monde.
Une fiche trouve dans les dossiers de M. Bertillon fit connatre le nom
vritable de Eitar; que ce dracin dont l'histoire avait mu Paris
tait un simple aventurier; que la langue qu'il parlait, sans en pouvoir
prciser l'origine ni la grammaire, tait un argot de son invention.

Cet Agostini me trouble. Je pense  ce qu'une telle aventure suppose
d'audace, de volont, de finesse, d'intelligence, de sang-froid chez le
gamin qui en fut le hros et aux trs belles choses, aux trs grandes
choses peut-tre, dont et t capable--orient vers un idal
noble--cet esprit-l. Je songe aux petites causes mystrieuses, au
tragique mystre d'influences de quoi il dpend qu'un enfant par de
tels dons les emploie  conqurir de la gloire ou  mriter de la
prison... Et je suis bien contente de n'avoir pas de fils  lever.
J'aurais trop peur.

SONIA.



NOTRE GRAVURE HORS TEXTE "RECUEILLEMENT" _D'aprs le tableau de M.
Dagnan-Bouveret._

Le talent grave et doux de M. Dagnan-Bouveret ne s'est peut-tre jamais
exprim de faon plus complte que dans cette calme et mlancolique
figure, d'une sobre harmonie, d'une pntrante expression.

Femme de pcheur, fiance dont le promis vogue au hasard des mers
brumeuses ou veuve  tout jamais inconsolable, pour quel absent, quel
disparu, prie, de son front grave, de ses yeux navrs, de ses lvres
mornes, de ses longs doigts grenant d'un mouvement machinal un pauvre
chapelet, cette femme blanche et noire, en habits de deuil?



[Illustration: La dernire photographie de M. Godefroy Cavaignac (juin
1905).]

Depuis quelque temps dj, M. Godefroy Cavaignac vivait trs retir et
il avait annonc sa rsolution de ne pas solliciter le renouvellement de
son mandat lgislatif.



LE NOUVEAU CANON ALLEMAND

Comment nous avons pu nous procurer la photographie du nouveau canon 
tir rapide et  bouclier que les Allemands construisent pour l'opposer 
notre 75, alors que l'artillerie allemande cache son nouveau matriel 
tous les yeux, aussi soigneusement que l'artillerie franaise
dissimulait autrefois son canon actuel, c'est ce que nous croyons
inutile de faire connatre. Philippe de Macdoine prtendait jadis qu'il
n'existait point de ville si bien garde o ne pt entrer un mulet
charg d'or; nous donnons aujourd'hui la preuve qu'il ne se trouve point
de quartier ou de champ de manoeuvres o ne puisse pntrer le
photographe charg de renseigner les lecteurs de _L'Illustration._

Cette nouvelle pice est destine  remplacer le canon  _tir acclr_
que les Allemands adoptrent en 1896, sur les renseignements errons que
leur fournit  cette poque leur service d'espionnage habilement
aiguill sur une fausse piste par le gnral Deloye, alors directeur de
l'artillerie au ministre de la Guerre. Persuads que nous allions
construire un canon de ce genre, ils rarmrent en quelques mois toute
leur artillerie, et quel ne fut pas leur dsappointement quand ils nous
virent, un an aprs, adopter un canon trs suprieur au leur et surtout
quand ils eurent pu constater en Chine les qualits si remarquables de
ce matriel[1].

[Note 1: Voir _L'Illustration_ du 30 aot 1902]

Aussi, depuis cinq ou six ans, leurs ingnieurs et leurs officiers
d'artillerie n'ont-ils cess de travailler  la construction d'un
vritable _canon  tir rapide_, mais leurs recherches avaient t si mal
orientes dans les dbuts qu'ils n'ont pu encore rattraper les dix ou
douze annes d'tudes qui constituaient notre avance.

On sait en quoi consiste le problme du tir rapide. Il s'agit de
construire une bouche  feu qui, aprs chaque coup tir, revienne
exactement  la mme position, si bien qu'on n'ait pas besoin de la
repointer. Pour y arriver, le meilleur procd jusqu'ici a paru tre de
runir le canon proprement dit, le tube,  son afft par un frein et un
ressort. L'afft est fix au sol par une bche qui le maintient
immobile; au dpart du coup, le canon recule seul en glissant sur
l'afft; il est retenu dans ce mouvement par un frein et il comprime en
mme temps un ressort. Quand il a fini de reculer, le ressort, qui s'est
band, le ramne  sa premire position et l'on peut tirer  nouveau.

Le systme en lui-mme n'tait pas nouveau; il avait dj t appliqu
aux canons de marine, pour lesquels il est facile de trouver des points
d'attache. Mais dans l'artillerie de terre il n'en est point de mme; la
bche qui fait partie des nouveaux affts ne peut maintenir ceux-ci
immobiles qu' une condition, c'est que l'effort exerc par elle sur le
terrain ne soit pas trop grand, sinon elle laboure le sol en reculant.
Il faut donc que le canon ne tire pas trop fort sur l'afft par
l'intermdiaire de son frein. Comment arriver  ce rsultat? Tout
simplement en allongeant le frein. Au lieu de faire reculer le canon de
60 centimtres en exerant un effort de 2.000 kilos, on le fait reculer
d'une longueur double et l'effort devient de 1.000 kilos seulement. Dans
ces conditions, la bche ne bouge plus, et l'afft pas davantage. Ce
n'est pas tout, il faut encore que l'afft ne se soulve pas au choc du
dpart, il ne faut pas qu'il se cabre, sinon il se dtriorerait en
retombant et, de plus, se dpointerait. On l'empche de se _cabrer_ en
le faisant suffisamment lourd et suffisamment long.

Le canon  tir rapide diffre donc des bouches  feu prcdentes en ce
que son afft est long, bas et peu inclin; il doit tre de plus
suffisamment lourd, rsultat qu'on obtient en partie en faisant asseoir
dessus deux hommes pendant le tir.

Sur l'afft devenu immobile, on peut alors fixer ce que l'on veut, en
particulier des boucliers en acier  l'preuve de la balle, sans que
ceux-ci risquent d'tre dtriors par le tir. On obtient ainsi le canon
_ tir rapide_ et  bouclier. (Ce bouclier s'aperoit sur la figure
entre les deux canonniers assis sur les siges d'afft. Le haut et le
bas se rabattent pendant la marche sur la partie centrale qui est peu
leve et par suite peu visible.) Le ressort ou _rcuprateur_ qui
ramne  chaque coup le canon  sa place peut tre soit un ressort en
caoutchouc, soit un ressort en acier, soit mme un ressort en air. La
premire solution est celle des Russes, la seconde celle des Allemands,
la troisime est celle du matriel franais. Or, jusqu'ici, le ressort
en caoutchouc s'est montr carrment mauvais; le ressort en acier est
lourd, fragile et peu puissant; le ressort _en air_ est aussi lger que
puissant et peu encombrant, mais il ne peut tre employ qu' condition
d'avoir trouv un truc, un tour de main, un joint empchant l'air de se
sauver malgr la pression norme  laquelle il est soumis. Ce truc, qui
constitue le secret du 75, les Allemands ne l'ont pas et ils ont d
remplacer notre matriel _ pneumatiques_ par un matriel _ ressorts_.
Or leurs ressorts sont aussi bons qu'on peut les faire, ils cassent
rarement et sont du reste trs faciles  remplacer, mais ils ramnent
lentement le canon  sa place et sont exposs  ne pouvoir le faire si
les glissires sont sales ou dtriores et le canon trs inclin. Ce
manque de puissance des rcuprateurs des Allemands empche leur canon
de 75 d'atteindre la puissance du ntre. Il possde une vitesse initiale
lgrement moindre, un projectile plus lger (soit 13 livres au lieu des
14 livres 1/2 du ntre), des balles moins lourdes et, par suite, moins
efficaces.

Sa rapidit de tir, _dans de bonnes conditions_, est comparable  celle
de notre 75, vingt-cinq coups au maximum, quinze  seize coups en temps
normal. Encore faut-il que le canon allemand se trouve dans de bonnes
conditions, c'est--dire que le canon soit point dans la direction
exacte de l'axe de l'afft. S'il se trouve tant soit peu  droite ou 
gauche, l'afft se dplacera de plus en plus latralement  chaque coup
et il faudra refaire le pointage, ce qui ralentira le tir.

Pour tous les autres dtails, les Allemands ont copi notre matriel.
Ils ont adopt notre _cartouche_  obus, notre caisson blind qu'on
place prs de la pice pour avoir les munitions sous la main, nos siges
fixs  la flche d'afft, notre ligne de mire indpendante, nos
galeries porte-sacs, places contre les dossiers des coffres, etc. Ils
tudient nos mthodes de tir qu'il faut s'attendre  les voir dmarquer.

Tout cela n'est pas pour nous inquiter, car, tout compte fait, ils
n'arrivent qu' imiter  peu prs ce que nous avons. Mais ce qui doit
par contre nous proccuper, c'est la supriorit numrique crasante
qu'aura bientt l'artillerie allemande sur la ntre.

Les Allemands auront en effet, en 1906, 144 canons par corps d'arme
alors que nous n'en avons que 96, c'est--dire qu'ils disposeront d'un
nombre de bouches  feu suprieur de moiti au ntre.

Dans ces conditions, la lutte ne serait pas possible. X.



LES GRANDES MANOEUVRES FRANAISES ET ALLEMANDES COMPARES

_A quelles conceptions stratgiques ont obi les tats-majors franais
et allemand dans la prparation des grandes manoeuvres de 1903? Nos
lecteurs pourront les dterminer de faon trs prcise en consultant les
schmas que nous publions ci-dessous. Les cartes I et II montrent le
lieu de concentration des divers corps d'arme et la direction gnrale
qu'ils ont suivie pour s'y rendre. Les cartes III et IV font voir le
thme gnral des manoeuvres pour les troupes des deux pays._

[Illustration: Mode et lieux de concentration par voies ferres Du 5e
corps: entre Brienne et Bar-sur-Aube; du 20e corps: en avant de
Doulevant-le-Chteau; du 6e corps (moins la 12e div.): 
Vitry-le-Franois; du corps provisoire (12e div., 5e brigade coloniale
et 5e brigade mtropolitaine):  Chlons-sur-Marne.]

GRANDES MANOEUVRES FRANAISES

Du 3 au 6 septembre, se sont droules les manoeuvres de corps d'arme
contre corps d'arme et, du 6 au 10, les manoeuvres dites d'arme
contre arme (deux corps de chaque ct).

Pendant la premire priode, les combats ont eu lieu dans le sens
est-ouest: le 5e corps (Orlans) est en lutte avec le 20e (Nancy), entre
Brienne et Doulevant. Le corps provisoire (Paris-Reims) se dploie
contre le 6e corps (priv de sa 12e division), entre Chlons et Vitry.

Dans la seconde priode, les combats se dplacent dans le sens nord-sud;
le 6e corps et le corps provisoire s'unissent contre le 5e et le 20e,
devenus allis, et la bataille finale se livre dans le triangle
Vitry-Brienne-Doulevant. C'est l'arme _ennemie_ qui, d'une faon
gnrale, a remport le plus de succs.

Bien que ces deux priodes de manoeuvres paraissent rpondre  un double
thme qui serait celui-ci: 1 combats isols entre corps d'arme
franais et corps d'arme allemand, placs l'un en face de l'autre; 2
combat final de deux armes, l'une allemande, venant du nord-nord-est,
dans la direction Sedan-Chlons, l'autre franaise, paraissant venir du
centre de la France, on doit considrer le thme gnral des manoeuvres
franaises comme beaucoup plus complexe qu'il ne semblerait  premire
vue.

[Illustration: Le thme gnral des manoeuvres franaises.]

En ralit, les deux priodes de manoeuvres (3-10 septembre) rpondaient
 l'unique hypothse que voici: un groupe d'armes allemandes a envahi
la France par l'Argonne, et a russi  traverser la Meuse. Sur la gauche
de ce groupe d'armes, une force considrable, oprant de flanc, et
venant du Palatinat, s'est avance entre Nancy et Lunville, entre Toul
et pinal, jusque dans la valle suprieure de l'Ornain, petit affluent
de la Marne. L, cette arme dtache en avant deux corps, l'un vers
Vitry, l'autre vers Doulevant et Brienne, de faon  explorer les deux
routes (route de l'Aube, route de la Marne) qui conduisent dans le
bassin de Paris. Mais une arme franaise s'est concentre derrire la
Loire et s'est avance jusqu' Troyes. De l, pour riposter  la
manoeuvre ennemie, l'arme franaise lance en exploration un corps vers
Chlons, un autre vers Brienne. Des combats d'avant-garde se livrent
pendant trois jours entre ces corps d'arme; puis les deux armes,
concentrant leurs forces, s'avancent, l'une (l'arme allemande), de la
valle suprieure de l'Ornain vers Vitry, et l'autre (l'arme
franaise), de Troyes vers Brienne, sur la rive droite de l'Aube, o se
disputera la bataille dcisive, dans un engagement gnral qui mettrait
face  face les Allemands adosss aux Ardennes et les Franais ayant
derrire eux le plateau de Langres.

Il est  remarquer que l'hypothse d'une invasion de la France par
l'Argonne est une hypothse frquemment envisage par les stratgistes
et qui fut, du rest, ralise une fois dans l'histoire. Quatre fois, en
un sicle, la France a t foule par le pied de l'envahisseur, en 1792,
en 1814, en 1815 et en 1870, et chacune de ces invasions s'est achemine
vers Paris par une route diffrente. En 1792, les Prussiens, conduits
par le marchal de Brunswick, empruntrent justement cette route de
l'Argonne, et ne furent arrts qu' Valmy, en Champagne.

En 1814, Blucher et Schwarzenberg, poursuivant Napolon, envahirent la
France par les valles de l'Aube, de la Marne et de la Seine.

En 1815, l'arme anglo-prussienne de Wellington, Blucher et Bulow,
venant de Waterloo, se dirigea vers Paris par les valles de l'Escaut,
de l'Oise et de l'Aisne.

En 1870, les armes du prince Frdric-Charles et du Prince Royal
purent, aprs les journes de Sedan et de Metz, atteindre la capitale,
sans coup frir, en suivant le cours de tous les affluents de la Seine.

On est en droit de dire que les manoeuvres franaises taient la
rptition, sur une plus vaste chelle, de la campagne dsormais fameuse
de 1792, o fut battu Brunswick, et o s'immortalisrent Kellermann et
Dumouriez.

[Illustration: En Allemagne: concentration du 8e corps (plus la 25e
brigade de Munster):  Coblentz; du 18e corps (plus la 28e division de
Carlsruhe):  Hambourg.]

GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Aprs une revue du 8e corps  Coblentz et du 18e  Hambourg par
l'empereur, les manoeuvres allemandes ont commenc le 12 septembre entre
le corps d'arme national (8e corps) et l'ennemi (18e corps). Elles ont
dur quatre jours. Le 8e corps mettait en ligne 6 brigades d'infanterie
ou 12 rgiments, 2 brigades de cavalerie ou 4 rgiments, et 2 brigades
d'artillerie ou 24 pices. Le 18e corps, accru de la 28e division (55e
et 56e brigade d'infanterie) lui opposait 6 brigades ou 12 rgiments, 3
brigades de cavalerie ou 6 rgiments, 3 brigades d'artillerie ou 34
pices. La supriorit du 18e corps en cavalerie et artillerie lui a
valu la victoire hypothtique. L'hypothse stratgique mise en avant par
le grand tat-major allemand tait l'exacte contre-partie de celle
qu'avait adopte l'tat-major franais:

Une arme franaise venant des environs de Nancy a franchi la frontire
allemande, s'est engage dans ce qu'on appelle la troue de Sarrebruok,
c'est--dire dans le couloir assez large compris entre les forteresses
de Metz et de Strasbourg, entre les Vosges et leur prolongement, le
Hardt d'un ct, et de l'autre le Hunsruck. Elle franchit sans encombre
le plateau d'Alzey et assige Mayence. Poursuivant sa route, le long du
Mein, entre le Taunus et l'Odenwald, elle va pntrer dans la Hesse ou
la Franconie, quand une arme nationale, se concentrant  Marbourg,
dtache en avant vers Coblentz un ou plusieurs corps d'arme, avec
mission de franchir le Rhin et de tomber sur les derrires de l'arme
d'invasion dont une fraction assige Mayence. Mais l'envahisseur a prvu
le danger. Arrtant un moment sa marche, il dpche son aile gauche, 
travers les contreforts du Taunus, attaquer de flanc l'avant-garde de
l'arme allemande dtache vers Coblentz. Notre carte IV montre trs
exactement la double direction suivie inversement par les deux
avant-gardes, ainsi que les manoeuvres fictives ou relles auxquelles ce
thme a donn lieu.

L'tat-major allemand, sans doute pour frapper les esprits, avait
confr la supriorit numrique au 18e corps (reprsentant l'arme
franaise). La victoire est reste, en consquence,  l'envahisseur.

On fera  ce propos une remarque qui n'est pas dnue d'intrt:

Sans parler de la campagne d'Ina, en 1806, trois exemples anciens ont
pu guider l'tat-major allemand dans la conception de cette hypothse
stratgique:

1 La marche de Hoche sur le Palatinat en 1793, son chec devant
Kaiserslautern et sa revanche devant les lignes de Wissembourg. Le
gnral rpublicain russissait  rejeter les Austro-Prussiens au-del
du Rhin, aprs avoir dbloqu Landau;

2 La prise de Cologne, Coblentz et Dusseldorf par le gnral Jourdan,
commandant de l'arme de Sambre-et-Meuse en 1794, et sa victoire
d'Altenkirchen;

3 La seconde campagne de Hoche,  la tte de l'arme de Sambre-et-Meuse
en 1797, et sa victoire de Neuwied.

Du ct allemand comme du ct franais, on a donc trouv sur ce terrain
historique des leons  mditer.

J. DELAPORTE.

[Illustration: Le thme gnral des manoeuvres allemandes.]

[Illustration: Carte montrant les lignes de la Compagnie franaise des
Cbles tlgraphiques sur la cte vnzulienne.]

[Illustration: Ensemble des lignes de la Cie franaise des Cbles
tlgraphiques.]

Un singulier chef d'tat de l'Amrique du Sud, le prsident Castro,
dictateur de la rpublique vnzulienne, vient de se signaler par une
nouvelle fantaisie qui, cette fois, touche directement la France.

Sous prtexte que la Compagnie franaise des Cbles ne remplissait pas
compltement les obligations de son cahier des charges et n'avait pas
assur de faon parfaite les services tlgraphiques avec l'Amrique du
Nord, il a fait prononcer la dchance par les tribunaux  sa dvotion
et ordonn la fermeture immdiate de tous les bureaux de la cte, 
l'exception de celui de la Guaira, dont il avait besoin pour ses
communications avec l'Europe. Ce n'est pas tout: aux rclamations
courtoises de M. Dsir Brun, reprsentant de la Compagnie, il a rpondu
brutalement par un arrt d'expulsion.

Ces actes arbitraires, ces abus de pouvoir, constituent  tous gards
des illgalits flagrantes; la lgitimit de l'annulation du contrat
ft-elle admise, qu'elle n'impliquerait nullement une spoliation, et la
mesure coercitive prise contre M. Brun, en violation des conventions
internationales, ne se justifie pas davantage. Notre gouvernement a donc
charg M. Taigny, remplissant les fonctions de ministre de France 
Caracas pendant l'absence de M. Wiener, de remettre au prsident Castro
une protestation et d'exiger de lui les satisfactions que l'affaire
comporte.

[Illustration: M. Taigny, charg d'affaires de France  Caracas.]

[Illustration: Le prsident Cipriano Castro.]

LE DIFFREND FRANCO-VNZULIEN



LE GLISSEMENT DES QUAIS D'ANVERS

Il vient de se produire, dans le port d'Anvers, un accident assez peu
ordinaire: dans la nuit du 17 au 18 septembre, les quais du Sud taient
entrans vers l'Escaut par un mouvement de glissement. Les murs, ne
pouvant rsister  la pression des terres, s'croulaient sur une
longueur de 150 mtres. Les terres n'tant plus retenues continuaient
leur marche au fleuve et, en quarante-huit heures, se dplaaient d'un
mtre et demi. Sous cette pousse, les conduites d'eau actionnant les
grues hydrauliques taient rompues, les rails des voies ferres tordus,
arrachs, et, enfin, un hangar destin  recevoir les marchandises
s'affaissait  ce point qu'on dut le dmolir. Les ingnieurs multiplient
les travaux pour enrayer le mal et de nombreuses quipes d'ouvriers sont
nuit et jour occupes sous leurs ordres. On valuait les dgts  plus
de deux millions de francs.



LE PATRIARCHE MARONITE A PARIS

Paris compte depuis quelque temps parmi ses htes de marque Mgr Elias
Hoyek, patriarche' maronite d'Antioche et de tout l'Orient, commandeur
de la Lgion d'honneur. Il vient de Rome, o il est all prsenter ses
hommages au pape Pie X; le rite dont il est le plus haut dignitaire et
qui compte la majeure partie de ses adeptes au Liban appartient en
effet, on le sait,  la religion catholique. Mgr Hoyek est g de
soixante et un ans; il a t lu en 1899. C'est un homme robuste, de
belle prestance; son visage ouvert, encadr d'une barbe panouie,
blanche comme la neige, porte l'expression de l'intelligence, de la
finesse et de la bont; il est vtu d'une longue soutane, par-dessus
laquelle se drape une ample houppelande aux longues manches, et coiff
d'une sorte de turban de soie noire.

[Illustration: A Anvers: une crevasse produite par le glissement des
quais dans le port.--_Phot. A. Pierre._]

[Illustration: A Paris: Sa Batitude Mgr Elias Hoyek, patriarche
maronite, en fiacre.]

L'minent prlat a dj visit Paris, antrieurement  son lvation au
patriarcat. Il y revient aujourd'hui pour affirmer la fidlit des
maronites  la France, au service de laquelle il a toujours mis
l'influence considrable qu'il exerce dans cette rgion de l'Orient;
aussi notre gouvernement,  son arrive, l'a-t-il reu avec les plus
grands gards, et c'est le ministre des Affaires trangres qui a
pourvu  son installation durant le sjour que fait chez nous Sa
Batitude, accompagne de trois autres prlats et d'une suite
nombreuse.



[Illustration: Maison du riche armnien Toumanoff dtruite par les
Tatars.]

[Illustration: Maison du riche tatar Alieff bombarde par les cosaques.]

LES VNEMENTS DE BAKOU

Les dsordres terribles qui ont ensanglant et ruin Bakou semblent
avoir pris fin. Le calme parat rtabli. La troupe est enfin matresse
de la ville. On a annonc que les belligrants, Armniens et musulmans,
avaient fait la paix, comme aprs une campagne. On va pouvoir valuer
les tristes rsultats de l'meute, en attendant qu'on songe  rparer
les ruines qu'elle a causes.

Mais, sans doute, n'aurons-nous, sur les scnes effroyables de violence,
de meurtre, qui se sont droules pendant des semaines entires, que peu
de documents. Les habitants terrifis ne songeaient qu' fuir,  quitter
en toute hte, sans regarder derrire eux, cette ville livre  toutes
les horreurs de la guerre civile. Les amateurs photographes les plus
fanatiques sentaient bien que ce n'tait gure l'heure ni le lieu
d'augmenter leur collection d'un bel instantan. Il leur et fallu une
vaillance peu commune pour l'oser. A peine, de-ci de-l, quelqu'un
dut-il avoir le sang-froid de photographier,  la drobe, quelque
cadavre tendu dans une rue balaye par la trombe des meutiers et
attendant au grand soleil la spulture, ou encore cet attelage de boeufs
abattu  coups de fusil--aprs son conducteur--par une troupe de
furieux.

[Illustration: Un rservoir de naphte incendi.]

On a surtout photographi des ruines, qui attestent d'ailleurs assez
loquemment quelle fut la violence de la lutte et  quels excs on s'est
port.

Aucun des deux camps n'a montr moins de passion sanguinaire et
destructrice que l'autre. On s'entre-tuait en conscience; on brlait, on
pillait, on dmolissait les maisons, les exploitations industrielles
avec un pareil entrain.

Entre les deux partis--contre les deux serait plus juste--avec cette
consigne de rtablir l'ordre, les cosaques tiraient  l'aveuglette
tour  tour sur les Tatars et sur les Armniens. Et si la maison de
Toumanoff, un des plus riches Armniens de Bakou, a t incendie par
les Tatars, en revanche, la maison du Tatar Alieff, un notable, aussi,
parmi les siens, a t bombarde par les cosaques eux-mmes.

Les pertes matrielles qui rsultent de cette meute sont incalculables,
et les compagnies' qui exploitaient les sources de naphte, comme celles
qui leur servaient d'auxiliaires, compagnies de transports, par exemple,
ont subi des dommages presque irrparables.

[Illustration: Rue de la Marine: une victime.]

[Illustration: Attelage d'un Armnien assassin.]

CE QU'ON VOIT DANS LES RUES DE BAKOU

[Illustration: Un des chariots boers que les Allemands utilisent pour
leurs convois de ravitaillement dans le Sud-Ouest africain.]



DANS L'AFRIQUE ALLEMANDE

Une dpche du Cap, en date du 20 septembre, annonait un nouvel et
grave chec des troupes allemandes dans la campagne entreprise pour la
rpression des indignes rebelles: pendant la marche du gnral de
Trotha contre Henrik Witbo, celui-ci, se drobant  la colonne
principale, attaqua son long convoi prs de Keetmansoop surprit
l'escorte et l'anantit compltement: mille ttes de btail, une
centaine de fourgons de munitions, quantit de fusils auraient t pris.

C'est, on s'en souvient, au commencement de l'anne dernire, qu'clata
la rvolte des Herreros, une des peuplades de la colonie allemande du
Sud-Ouest africain, dont elle occupe la partie septentrionale, le long
du littoral de l'ocan Atlantique, jusqu' la colonie portugaise de
Mossameds [2] Les Herreros ou Beest-Damara (Damara du btail)
appartiennent  une des plus belles races de l'Afrique; ils sont de
haute stature, vigoureux, de physionomie assez ouverte, mais de
caractre irritable et, pour peu que la lutte les surexcite, enclins 
la frocit. Au nombre de cent mille, ils ont pu mettre sur pied environ
trente mille guerriers, aujourd'hui bien entrans; quoique la plupart
d'entre eux aient conserv la tenue sommaire des sauvages, ils ont
emprunt aux Europens certaines de leurs faons de combattre et savent
faire parler la poudre, le fusil  la main.

[Note 2: Voir _L'Illustration_ du 30 janvier 1904.]

Il fallait compter srieusement avec de pareils adversaires, favoriss
d'ailleurs par les conditions naturelles du pays et par l'agitation
belliqueuse de peuplades voisines, Hottentots, Ovambas. L'Allemagne l'a
constat  ses dpens: depuis bientt deux ans que dure cette campagne,
elle lui a dj cot la vie de prs de deux mille soldats et plus de
trois cents millions de francs;  diverses reprises, et rcemment
encore, elle a d expdier l-bas des renforts considrables, hommes,
chevaux, artillerie, matriel, service d'ambulances.

Le gnral de Trotha va, il est vrai, avoir un successeur en qualit de
gouverneur de la colonie: M. de Lindiquist, ancien consul gnral au
Cap, qui se fait fort de raliser promptement la pacification par des
mesures nergiques; un avenir prochain nous apprendra si sa tche est
aussi aise qu'il le prsume.

En somme, au bout de vingt ans, l'Allemagne n'a pas russi  consolider
dfinitivement sa domination dans le Sud-Ouest africain. Aprs s'y tre
tablie en 1884, elle n'y a mnag ni les hommes, ni les capitaux; elle
y a multipli les ouvrages fortifis, les casernes; elle s'est efforce
d'y attirer les Boers, notamment  l'poque de la guerre du Transvaal,
et, malgr tout, son oeuvre coloniale n'est gure plus avance qu'au
dbut. Aussi, ces soulvements d'indignes, cette rsistance prolonge
des Herreros, ne sont-ils pas,  l'heure prsente, un des moindres
soucis du gouvernement de Berlin.



[Illustration: Une rue indigne  Swakopmund, sur la cte de
l'Atlantique.]

[Illustration: Un beau type de Herreros.]

LA MISSION BRAZZA

Le gouvernement de la Rpublique prpare  Savorgnan de Brazza des
funrailles solennelles. En attendant, il a veill  ce qu'aucun honneur
ne ft marchand  la dpouille mortelle du grand explorateur, amene 
Marseille par le paquebot _les Alpes_, au moment o elle allait toucher
la terre de France. Mais, quelques devoirs qu'on lui prodigue, rien ne
saurait effacer, dans le souvenir de ceux qui accompagnaient de Brazza
dans son voyage, la vision de son dbarquement  Dakar lorsque, terrass
par la maladie, il dut quitter la _Ville-de-Maceio_, qui le rapatriait,
laissant les compagnons de son dernier labeur poursuivre leur route vers
la patrie, tandis qu'il s'en allait expirer  l'hpital, sur cette terre
d'Afrique o il avait accompli une si grande oeuvre, au temps de sa
belle vigueur.

[Illustration: Maison occups par M. de Brazza,  Brazzaville.]

[Illustration: Le vapeur _Dolisie_ amenant la mission de Brazza 
Brazzaville.]

Il prvoyait, ds ce moment, sa fin prochaine, et ses adieux calmes et
touchants  M. Hoarau-Desruisseaux, inspecteur gnral des colonies--
qui il confiait la direction de la mission--montrrent qu'il ne
conservait aucune illusion sur le sort qui l'attendait.

C'tait dj un agonisant que des marins tout blancs transportrent, le
13 septembre, du bord dans une chaloupe  vapeur et dbarqurent sur le
wharf de Dakar; un moribond qui ne pouvait dj plus supporter la
lumire du jour, et qui gisait presque inanim sur ce brancard, drap
comme d'un pole funbre, pour le protger contre le grand soleil.

[Illustration: Le petit vapeur transbordant M. de Brazza malade 
l'appontement de Dakar.]

[Illustration: Le retour: en vue de Dakar.--La civire de M. de Brazza
accroche au palan qui va descendre l'explorateur, du paquebot  bord du
petit vapeur ctier.]

[Illustration: M. Gentil. Mme de Brazza. M. de Brazza.
L'ARRIVE  BRAZZAVILLE.--Mme de Brazza, au bras de M. Gentil, et suivie
de Savorgnan de Brazza, dbarque du _Dolisie_.]

[Illustration: Le dbarquement de M. de Brazza mourant,  l'appontement
de Dakar.]

QUELQUES INSTANTANS SUR LA MISSION D'ENQUTE AU CONGO FRANAIS

[Illustration: L'htel du commissaire gnral, M. Gentil, 
Brazzaville.]

Tandis que son cercueil s'en venait vers la France, des polmiques
regrettables-- tout le moins intempestives--se sont leves au sujet de
ce Congo, dont M. de Brazza tait charg de prparer l'organisation
dfinitive. Une lettre de lui a t livre  la publicit, qui adresse 
M. Gentil, commissaire gnral du Congo, des reproches assez vifs. M.
mile Gentil, qui avait prcd le retour de la mission, est dfendu
nergiquement par ses amis, car, malade en ce moment, il est dans
l'impossibilit de se dfendre lui-mme. Nous nous garderons de prendre
parti dans ce dbat: les rapports de la mission Brazza sont aux mains de
M. le ministre des Colonies. Il entendra M. Gentil. Les pices du procs
seront publies. Alors seulement on pourra prononcer quitablement.

Ce sont deux bons Franais que cet incident oppose l'un  l'autre. Il
faut souhaiter que leur gloire  tous deux sorte indemne de ce dbat.

[Illustration: Un des principaux indignes reus par M. de Brazza: le
chef Bankoy, du village M'Pili, et sa suite.]

[Illustration: M. Hoarau-Desruisseaux, inspecteur gnral, qui a
prsent les rapports de la mission au ministre des Colonies.]

[Illustration: SUR L'APPONTEMENT, DE DAKAR.--Le transport de M. de
Brazza  la voiture d'ambulance qui va le conduire  l'hpital.]



[Illustration: Campement de la population de Pizzo, sur le
rivage.--_Phot. A. Croce._]

APRS LE TREMBLEMENT DE TERRE

Il faudra de longs mois, sans doute, avant que la vie ait repris son
cours normal aux champs dsols de la Calabre. Le sol y tremble encore,
on y vit toujours dans l'inquitude, dans les transes, et chaque soleil
qui se lve claire l-bas des scnes navrantes, des drames quotidiens
de misre et de douleur. A-t-on, mme, pu valuer jusqu' prsent, d'une
faon prcise, les dsastres causs par la catastrophe?

Aux pays ravags par le tremblement de terre, la plupart des maisons,
comme on sait, ont t dtruites. C'taient, le plus souvent, en
certains endroits dans la campagne, de misrables huttes aux murs de
terre, de pis, aux toits fragiles. Les btiments solidement construits,
les gares de chemin de fer, par exemple, difies en bonnes briques, ont
presque partout rsist. Les cabanes des paysans se sont croules, ds
les premires secousses sismiques, plus facilement que des chteaux de
cartes, ensevelissant trop souvent sous leurs dcombres ceux qu'elles
abritaient.

Mais, mme parmi les demeures qui ont chapp  la destruction
immdiate, combien sans doute ont d et doivent encore tre abattues,
parce qu'elles n'assuraient plus  leurs htes un logement assez sr, et
que leurs murailles, branles par les premiers assauts, menaaient
ruine. L'pisode que reproduisent d'une faon si saisissante trois de
nos photographies, o l'on voit s'crouler en trois temps, comme dans un
cinmatographe, un pan de mur d'une maison de Parghelia, est une scne
de tous les jours,  laquelle doivent commencer  s'accoutumer les
malheureux sinistrs. Que de pauvres gens qui, au premier examen,
s'imaginaient pouvoir roccuper le soir la maison qu'il leur avait fallu
fuir, affols, dans la nuit du dsastre, ont d renoncer  cet espoir
chimrique et se sont trouvs, le lendemain, sans abri, comme les
voisins!

[Illustration: Campement dans un train.--_Phot. comm. par M. de Mouy._]

[Illustration: Le thtre de Martirana transform en htellerie
commune.--_Phot. A. Croce._]

[Illustration: Chute d'un pavillon  Parghelia (1re phase).]

L'une des premires proccupations du roi Victor-Emmanuel, au cours de
son voyage  travers la contre dvaste, avait t d'assurer des asiles
momentans  ces populations sans feu ni lieu et, sur son ordre, dans
les bourgades qu'il traversait, des soldats--dont le dvouement dans
ces circonstances si pnibles a t hroque et touchant--s'occupaient 
construire des baraquements pour recevoir ces malheureux.

Il en tait qui, sous la frayeur encore que leur avaient cause les
vnements dramatiques dont ils venaient d'tre tmoins, n'eussent
consenti qu' grand'peine  se rfugier sous un toit. Ils s'tablirent
comme ils purent, camprent dans des wagons de chemin de fer, ou
s'endormirent en plein champ. A Pizzo, la population s'installait, au
lendemain du dsastre, sur la plage, au bord des flots.

A Martirana, on transforma en htel le thtre de la petite ville. Des
familles y logrent comme elles purent, au milieu du parterre, sur la
scne, dans les couloirs. Les plus favoriss de ces infortuns furent
ceux qui purent, arrivs les premiers, retenir quelque loge, bien
troite sans doute, et y improviser leur chambre  coucher.

Et dans quelles conditions inconfortables, dans quel dnment, pour tout
dire, il faut vivre! On a tout perdu. Les ustensiles les plus
indispensables sont demeurs ensevelis sous les dbris des maisons
croules.

[Illustration: Chute du pavillon (2e phase).]

Tant qu'il fait jour, aids par la troupe, les pauvres sinistrs vont et
viennent sur les ruines de leurs anciennes demeures, essayant de retirer
du milieu des dcombres les morceaux de leurs lits, quelques pices de
vtements, souvent dans quel tat, grand Dieu! ou quelque pice de leur
mobilier rustique. Et c'est un spectacle trangement poignant que de
voir circuler, entre des murailles branlantes, ces sauveteurs emportant
des planches fendues, quelque panneau d'armoire, le tiroir d'un buffet,
des chaises bancales, un sac de linge, des vaisselles sorties brches
 peine de ce cataclysme, et risquant leur vie pour sauver ces paves!
Une atmosphre pestilentielle plane sur ces maisons boules, sur ces
murs qui vacillent, sur ces amoncellements de pierres, de poutres, qui
reclent encore des cadavres en dcomposition, et que fouillent et
dblayent des soldats, dfaillant parfois devant les douleurs dont ils
sont les tmoins. C'est vraiment le pays de l'pouvante et de la
dsolation.

Comment dcrire, encore, ces hpitaux pleins de gmissements et de
rles, regorgeant de blesss, de malades, de patients demi-fous et qui
conservent encore dans leurs yeux hagards les visions effroyables qui
les frapprent dans la nuit du dsastre? Ce sont des impressions qu'on
ne peut supporter qu' condition d'avoir les nerfs solides, le coeur
cuirass du triple airain du pote! E. M.

[Illustration: Chute du pavillon (3e phase): un nuage de poussire.
_Instantans communiqus par le vicomte Roger de Mouy, consul de
France._]



[Illustration: APRS LE TREMBLEMENT DE TERRE.--Femmes blesses 
l'hpital de Catanzaro.--_Phot. A. Croce._]

[Illustration: Croquis excut en 2 minutes 55 secondes, pendant
l'clipse totale,  Sfax (Tunisie).]

[Illustration: Dessin de reconstitution de l'clipse totale excut
d'aprs le croquis ci-contre.]

COMMENT ON DESSINE
UNE CLIPSE DE SOLEIL

_M. l'abb Moreux, directeur de l'observatoire de Bourges, tait  la
tte de celle des missions franaises qui avait choisi Sfax, en Tunisie,
pour observer F clipse totale du 30 aot dernier. Il a bien voulu nous
communiquer le croquis qu'il a excut pendant l'clips mme et le
dessin qu'il a fait ensuite d'aprs ce croquis, en expliquant  nos
lecteurs comment--et pourquoi--on dessine une clipse de soleil._

Malgr tout ce que les journaux ont publi, nous ne pensons pas faire
injure  nos lecteurs en supposant que bien peu d'entre eux se font une
ide nette d'une clipse totale. On pense gnralement que la beaut
d'un semblable phnomne est rserve aux seuls initis, aux astronomes
surtout, munis de puissants instruments. En ralit, c'est exactement le
contraire. Beaucoup de ceux qui sont attachs aux missions scientifiques
cderaient volontiers leur place derrire un instrument pour pouvoir
observer  leur aise et en dilettanti le spectacle merveilleux d'une
clipse totale.

A ceux qui m'interrogent  ce sujet, je me plais toujours  citer les
paroles du clbre Warren de La Rue. On lui demandait un jour quel
instrument il prfrait pour observer une clipse: Un coussin,
rpondit-il.

C'est qu'en effet le spectacle d'une clipse totale ne revt jamais dans
un instrument le caractre de grandeur et de beaut du phnomne vu 
l'oeil nu. La moindre lentille interpose entre l'oeil et la couronne
solaire suffit  enlever une partie de la faible luminosit de ce voile
lger et tnu aurolant le soleil  la faon d'une gloire et dont la
constitution intime est le but de toutes les missions scientifiques.

L'un des points les plus essentiels est l'extension de cette lumire
coronale qui varie avec l'activit solaire; or, il est d'exprience que
la plaque photographique est impuissante  dceler les dernires limites
de la couronne atteintes par un oeil expriment.

De l la ncessit, quand on le peut, de mettre au programme le dessin
du phnomne pour fixer la forme des rgions lointaines de cette sorte
d'atmosphre comtaire.

Les lecteurs de _L'Illustration_ ont donc sous les yeux la
reprsentation de l'clipse telle qu'un spectateur dou d'une bonne vue
pouvait l'apercevoir le 30 aot  Sfax.

Le premier dessin est le croquis de l'clipse excut en 2 minutes 55
secondes.

La dure de la totalit  Sfax, quoique suprieure de plusieurs secondes
 ce chiffre, ne m'a pas permis de consacrer au dessin tout le temps
disponible, car je devais noter l'heure exacte des contacts et mon
programme se doublait en quelque sorte.

Plusieurs minutes avant la totalit, j'ai pu suivre l'empitement du
disque lunaire sur le disque brillant du soleil  l'aide d'une lunette
quatoriale. Les pics de la lune se dcoupaient trs nettement sur le
fond d'un jaune d'or clatant. En mme temps l'clat du croissant
diminuait peu  peu et, 30 secondes avant la totalit, le verre noir qui
protgeait l'oeil devenait inutile.

Je pus alors constater que le mince croissant solaire se dchiquetait,
offrant de nombreuses solutions de continuit. On et dit les grains
d'un chapelet brillant disposs en demi-cercle autour du disque noir de
la lune. Ce phnomne est connu sous le nom de _grains de Baily_ et, sur
mon croquis, je l'ai indiqu comme atteignant sa visibilit maximum 5
secondes avant la totalit.

A ce moment la couronne apparut sur le ct oppos lanant ses rayons
dans le ciel dj obscurci; puis les derniers grains brillants
disparurent, je pressai le bouton lectrique du chronographe: l'clipse
tait commence.

On n'imagine gure l'activit qu'il faut dployer alors pour faire
l'esquisse sommaire que vous avez sous les yeux.

Il ne peut tre question de rendre l'effet produit. Il faudrait toute la
gamme des couleurs et un temps beaucoup plus long que celui des plus
longues clipses atteignant 6 minutes au maximum.

On doit donc se borner  noter sur un papier prpar  l'avance et o
l'on a trac des circonfrences loignes entre elles d'un demi-diamtre
solaire, les formes de la couronne. Cette esquisse doit se faire comme
tous les dessins  main leve, c'est--dire que l'on indique d'abord les
grandes lignes, se rservant ensuite le dessin de dtail, s'il reste du
temps.

Afin de laisser l'oeil s'habituer aux teintes faibles de la couronne
extrieure, je commence par les parties basses et voisines du soleil.
Elles taient limites, cette anne, par un anneau brillant de couleur
dore, dont l'intrieur avait une teinte lumineuse d'un bleu ple
rappelant celui de certains globes lectriques.

A mesure que le dessin avance, il ne faut pas oublier que les secondes
s'coulent et l'on est oblig de jeter de temps en temps les yeux sur le
chronomtre dont les aiguilles sont soumises  l'inexorable loi du
temps. Souvent c'est un aide qui vous indique le nombre de secondes
coules. Cette fois je n'avais pas mme cette ressource, mes
collaborateurs tant occups  d'autres travaux; mais l'clips fut
tellement lumineuse que, pendant toute la dure de la totalit, je pus
lire l'heure du chronomtre  1m,50 de distance.

Les chiffres inscrits au crayon sur le croquis ne sont autres que les
secondes indiques au chronomtre  mesure que le dessin avanait. Une
minute et demie avant la fin je pus aborder le dessin de dtail; mon
oeil habitu  l'obscurit put saisir certains rayons  un diamtre et
demi du soleil. L'extension n'a pas t trs grande, ainsi qu'on pouvait
le prvoir en raison de la priode de maximum d'activit solaire
concidant avec l'poque de l'clipse. J'ai omis les protubrances
roses, dont deux taient argentes au sommet, et qui donnent une belle
coloration rouge  la partie voisine du soleil. Ce dtail n'aurait aucun
intrt puisque les formes protubrantielles sont parfaitement obtenues
 l'aide de la photographie.

Il sera intressant dans quelques jours de comparer cette esquisse et le
dessin termin avec la reprsentation photographique.

Nos plaques obtenues avec des poses relativement longues et des
objectifs extra-lumineux vont tre dveloppes de manire  obtenir le
rendement maximum dans les parties faiblement impressionnes.

Avant de clore cette note, je tiens  parler d'une conclusion trs
intressante rsultant de nos expriences: il y a grand intrt 
calculer exactement la dure de la totalit et  la comparer  la dure
observe afin de vrifier certaines donnes astronomiques.

Pour m'aider dans cette vrification, M. Paul Ditisheim, dont la
rputation de chronomtrie est connue du monde entier, a bien voulu
construire et mettre  ma disposition un chronographe enregistreur au
centime de seconde. La prcision rclame par les faits tait dpasse,
mais l'appareil, qui a fonctionn merveilleusement, nous a montr que
nous devions dsormais introduire de srieuses corrections dans nos
tables des diamtres lunaires servant  calculer les clipses; la
diffrence entre le calcul et l'observation atteignant prs de 3
secondes sur la dure de la totalit.

Ce fait a t confirm d'une manire indirecte par deux observateurs
qui, placs l'un  Sousse, l'autre  Gabs, n'ont pas joui de l'clipse
totale alors que ces deux localits taient comprises dans la zone de
totalit indique par le Bureau des longitudes. Nous avons donc besoin
de quelques clipses pour connatre le soleil et rdiger nos tables
astronomiques.

Abb TH. MOREUX.



[Illustration: LE DBARQUEMENT ET LA PESE DES MORUES A GRANVILLE]

Voici un pisode de la vie maritime qui a bien souvent retenu et amus
les oisifs baigneurs en villgiature ou les touristes de passage 
Granville. La balance norme,  plateaux de bois soutenus par de
robustes filins, est installe sur le navire mme qui s'amarre  quai,
le flau suspendu  un gui,  une vergue. On pse d'abord 50 kilogrammes
de morues quilibres avec des poids marqus, puis, ces poids retirs,
on les remplace par un poids gal de poissons, auxquels fait contrepoids
la charge de l'autre plateau. Alors, ds qu'on a dbarrass celui-ci
--et tandis que les femmes, chelonnes sur les barreaux de l'chelle,
se passent les morues, en les comptant d'une voix monotone, jusqu' la
charrette qui les attend au haut du quai--on le charge de nouveau d'une
quantit suffisante pour quilibrer ce que porte le second plateau, si
bien que le travail peut se poursuivre sans interruption, sans perte de
temps.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

MONUMENTS COMMMORATIFS.

On a procd rcemment  l'inauguration de deux monuments destins 
perptuer la mmoire d'illustrations nationales ayant des titres divers
 ce dfinitif hommage.

A Paris d'abord, le 22 septembre, date anniversaire de la proclamation
de la premire Rpublique, en 1792, la statue de Camille Desmoulins,
dont, au cours d'une crmonie solennelle, M. Henry Maret, dput,
prsident du comit; M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrtaire d'tat des
Beaux-Arts, et M. Clmentel, ministre des Colonies, furent les loquents
pangyristes. Le nom seul du tribun journaliste suffit pour voquer la
fameuse scne historique raconte par les moindres prcis scolaires et
popularise par l'image: au Palais-Royal, le 12 juillet 1789, un jeune
avocat juch sur une table, jetant  la foule irrite du renvoi de
Necker un vibrant appel aux armes, arborant la cocarde verte qu'aussitt
ses auditeurs cueillent aux branches des arbres; faisant, en un mot, le
geste dcisif qui entrana le peuple  l'assaut de la Bastille. Le
souvenir matrialis de cet pisode avait sa place dans le jardin du
Palais-Royal,  l'endroit mme o l'orateur rvolutionnaire pronona ses
paroles enflammes, en face du passage central conduisant  la galerie
d'Orlans; c'est l que, exhauss d'un socle de granit assez bas,
debout, le bras droit tendu, la jambe et le bras gauches appuys sur
une chaise, se dresse le Camille Desmoulins de M. Boverie,  qui on doit
dj une statue remarque de Baudin.

Hippolyte Taine, lui, n'a pas particip  l'histoire comme acteur; mais,
homme d'tude, investigateur patient et sagace, esprit indpendant, il
l'a rigoureusement passe au crible de la critique et sa mthode, son
enseignement, ont exerc une influence considrable sur plus d'une
gnration. Au-dessous des dates de sa naissance et de sa mort,
1828-1893, l'inscription lapidaire du monument qui vient de lui tre
rig  Vouziers, devant sa maison natale, dans la rue maintenant
baptise de son nom, rsume d'une faon aussi exacte que concise le
caractre du penseur et de l'crivain: elle atteste la srnit, la
fermet d'une intelligence applique, avec l'unique amour de la vrit,
 la recherche des causes les plus hautes des choses en matire
philosophique, historique et littraire. Dimanche dernier, en prsence
de M. Dujardin-Beaumetz et des notabilits locales, on dcouvrait
l'oeuvre du sculpteur ardennais Stanislas Martougen, un buste svre,
support par une stle au pied de laquelle une Muse est accoude sur une
pile de volumes reprsentant l'norme labeur de l'auteur de _Thomas
Graindorge_ et des _Origines de la France contemporaine._

[Illustration: Monument de Taine,  Vouziers.]

[Illustration: Comment on repeint un mt de pavillon au sommet d'une
maison gratte-ciel  New-York.--_Phot. Grantham Bain._]

_UN FATE VERTIGINEUX._

Nous constatons chez nous, depuis quelques annes, une tendance marque
 btir dans les grandes cits,  Paris surtout, des maisons beaucoup
plus hautes qu'autrefois; mais, sous ce rapport, la France est encore
bien loin d'galer l'Amrique: nos immeubles  sept ou huit tages ne
sont que des jouets lilliputiens auprs de ces constructions
gigantesques qui en comptent douze, dix-huit et mme davantage. A
New-York, par exemple, le Park-Row building, l'difice priv le plus
lev de la ville, domine tous les autres de son dme dcor de statues
colossales et couronn d'une lanterne au sommet de laquelle flotte un
drapeau. S'agit-il de rparer la toiture, de repeindre le mt terminal:
aprs l'ascension  l'intrieur, o ne manquent sans doute ni les
ascenseurs ni les chelles, l'ouvrier charg de ce soin est oblig de se
hisser extrieurement jusqu'au fate et de s'accrocher dans le vide au
moyen de cordes. Voil certes un homme qui doit faire preuve d'une rare
agilit de gymnaste, avoir la tte solide et n'tre point sujet aux
terribles affres du vertige.

[Illustration: Monument de Camille Desmoulins, au Palais-Royal.]

LES CAILLES ET LA POLITIQUE EXTRIEURE.

L'tablissement de l'influence franaise au Maroc aurait-il une
rpercussion sur les intrts des chasseurs franais? C'est bien
possible et voici comment. La caille est un oiseau migrateur, qui passe
l'hiver au Maroc et en gypte, et qui, en t, monte en Europe et en
France particulirement. Les plus belles sont celles qui viennent du
Maroc: celles d'gypte sont moins grasses, leur long voyage arien les
ayant fatigues. Mais il n'en vient pas autant qu'il devrait. Ceci tient
 ce que des industriels anglais et allemands se rendent en gypte et au
Maroc pour capturer les oiseaux au moment o ils vont prendre leur vol
vers le nord. Les cailles, venant de l'intrieur du pays, un peu
prouves par leur premier vol, se reposent quelques jours. C'est  ce
moment que des bandes d'Arabes, pays par les industriels en question,
pourchassent les oiseaux, les tourdissent avec des branchages et les
prennent vivants pour les expdier aussitt en Angleterre et en
Allemagne en vitant la France o ce trafic est dfendu. C'est ce qui
fait que nos champs sont privs d'une partie du contingent de cailles
qui, autrement, seraient venues nous rendre visite. Si l'influence
franaise devient prpondrante au Maroc, il faudra voir  mettre fin 
ce trafic et  empcher des industriels trangers de venir, non nous
couper l'herbe sous le pied, mais nous retirer la caille au moment o
elle allait prendre le chemin de notre bouche. Cela fera l'affaire des
chasseurs et aussi du consommateur franais.


UN PRTENDU SIGNE DE LA
RACE MONGOLE.

Chez la plupart des nouveau-ns japonais, on constate, au niveau de la
rgion sacro-coccygienne, une ou plusieurs taches bleues, dont les
dimensions varient entre celle d'un petit pois et celle de la paume de
la main. Il n'est pas rare d'en trouver galement dans la rgion des
paules. Au bout de quelques mois, ces taches disparaissent.

Considres d'abord comme propres aux Japonais, ces taches ont t
ensuite retrouves chez d'autres peuples mongols, et on leur attribua
alors la valeur d'un caractre de race. Mais voici que plusieurs
observateurs contestent cette conclusion.

C'est d'abord M. Adachi, qui a constat l'existence de cellules
pigmentaires spciales dans la rgion sacro-coccygienne chez le singe et
chez les enfants de toutes races, colores ou non. Il suffit que ces
cellules soient un peu plus abondantes que normalement pour que les
taches apparaissent. Et, en effet, M Kocko Fujisawa,  Munich, a
retrouv ces taches chez plusieurs enfants nouveau-ns, dont les
familles taient exemptes de tout mlange mongol.

Il est bon que l'on connaisse l'existence et le caractre passager de
ces taches; car le chirurgien pourrait tre tent de les enlever et, 
leur place, on provoquerait des cicatrices indlbiles.

LE POIDS D'UN OBJET CHANGE-T-IL AVEC SA TEMPRATURE?

Petit problme de physique: un corps quelconque pse-t-il, chaud,
autant, plus, ou moins que le mme corps froid? Remarquez que ceci peut
avoir de l'importance en physique du globe: l'attraction entre corps,
qui se manifeste par la gravitation, pourrait changer et varier. L'idal
serait de pouvoir mesurer cette attraction entre corps identiques  des
tempratures trs diffrentes; mais l'exprience ne peut gure se faire.
Alors un physicien anglais, M. Poynting, a procd autrement. Il a
cherch  voir si un corps, pour lequel on a pris la tare  la balance 
une temprature donne, conserve le mme poids  une autre temprature
beaucoup plus basse ou plus leve. L'exprience est trs dlicate et
demande beaucoup de soins. Elle a montr que le corps solide chauff 
plus de 100 est un peu plus lger que le mme corps  15. La
diffrence est trs faible: 3 millimes de milligramme pour un solide de
208 grammes de poids. De faon gnrale, la diffrence de poids n'est
pas mme de 1 pour _dix puissance dix_ pour un degr de temprature de
diffrence. La diffrence existe, mais elle est infinitsimale. Pendant
rchauffement ou le refroidissement du corps en exprience, il se fait
des variations (apparentes) de poids assez considrables; mais ceci est
phmre: le corps chauff qui d'abord semble perdre une proportion
assez importante de son poids en rcupre la plus grande partie et se
montre, une fois chauff, n'avoir qu'un poids trs lgrement infrieur
 celui qu'il avait  basse temprature.

[Illustration: Devant la cabane Vallot.]

[Illustration: A l'observatoire de M. Janssen.
UN GROUPE D'OFFICIERS ITALIENS AU SOMMET DU MONT-BLANC.--Photographies
Brocherel.]

UN EXPLOIT D'ALPINISTES.

Le 2 septembre dernier, une caravane de dix-sept personnes accomplissait
l'ascension du Mont-Blanc par le versant orient du ct de l'Italie, en
suivant la route du Dme, de beaucoup plus longue et plus fatigante que
celle de Chamonix. Il ne s'agissait pas de touristes ordinaires; elle se
composait, en effet, en majeure partie, de militaires italiens, dont
huit officiers: le colonel Canton, les lieutenants Feretti, Sarti,
Allosio, Baccon, Blanchi, Morello, Vignola et six soldats, accompagns
de deux guides de Courmayeur et M. Brocherel, auquel nous devons les
vues photographiques reproduites ici. Cette caravane se dirigea d'abord
vers le refuge Vallot, o elle s'arrta pour se restaurer; puis,
continuant son itinraire, elle gagna les Bosses, o elle trouva un
sentier trac par les porteurs de l'observatoire Janssen. Aprs avoir
atteint victorieusement la calotte du mont, elle reprit  la descente le
mme chemin qu' la monte, ayant, pendant toute cette expdition
accidente, affront les passages difficiles et les violentes tourmentes
de neige avec la vaillance et l'endurance d'alpinistes dtermins.

UN ARBRE PHNOMNE.

Le fameux figuier de Roscoff, en Bretagne, apparatrait comme un chtif
buisson auprs de l'arbre phnomnal dont nous donnons ici la vue, et
qui ombrage un coin de terre au Transvaal, non loin de Pretoria. Il a 20
mtres de hauteur, 55 de diamtre et 170 de circonfrence. Comme le
figuier breton, il a plusieurs troncs, et telles de ses branches,
retombes vers le sol, y ont pris racine. Mais le pied principal mesure
seul 25 mtres de circonfrence, et tous ses troncs sont parfaitement
solidaires les uns des autres, de sorte qu'il s'agit bien, en ralit,
d'un seul arbre.

Quant  l'ge exact de ce gant, on l'ignore, mais il dpasse
certainement quatre cents ans, car les premiers migrants arrivs dans
le Sud-Africain aprs la rvocation de l'dit de Nantes, le connurent,
ainsi que l'attestent des pices retrouves aux archives de Pretoria,
dans le mme tat o il est actuellement.

LA TAUPE ET LE MAL DE DENTS.

Personne n'a oubli la recette qui, dans une scne mmorable de _la
Cagnotte_, est donne par un des personnages de la pice contre le mal
de dents. Vous prenez une taupe, dit-il, une jeune taupe de cinq  six
mois. Mais la suite de la recette manque, la conversation changeant de
sujet. Pour la trouver, il faut chercher dans le folklore o elle a
d'ailleurs t prise.

Le dogme de la taupe n'est point une invention de dramaturge: c'est
une rminiscence, c'est le rappel d'une superstition qui a eu longtemps
cours. Au pays de Baug, M. C. Fraysse a recueilli l'histoire tout au
long, et il l'a raconte dans la _Revue des traditions populaires_. Le
procd dont il s'agit, aussi cruel qu'imbcile, ce qui n'est pas peu
dire, consistait  prendre une taupe mle--il n'est rien dit de l'ge
qu'elle devait avoir--et  lui inciser la peau. Puis on introduisait
l'index entre cuir et chair jusqu' ce que la malheureuse bte mourt,
ce qui pouvait tre assez long, soit dit en passant. La taupe morte, on
retirait l'index et on le posait sur la dent malade qui aussitt cessait
d'tre douloureuse.

En ralit, par ce procd, on faisait prendre patience aux gens, en
mme temps qu'on les amenait  s'auto-suggestionner. Tout a une fin,
mme le mal de dents; et, en imposant au malade une occupation qui
devait certainement durer quelques heures, on courait quelque chance de
voir le mal cesser vers le moment o l'occupation prenait fin par la
mort de l'animal. Pourtant la taupe pouvait tre, et tait, employe
aussi d'une faon plus expditive: faon plus cruelle encore, tout en
restant aussi imbcile. On coupait les quatre pattes  une taupe vivante
et on les mettait sur la tte de l'enfant atteint du mal de dents. En
ralit, disait la tradition, une seule patte suffit. Mais on ne savait
pas bien si l'une des quatre n'avait pas plus de vertu que les autres
et, pour plus de scurit, on employait les quatre.

La taupe servait encore  combattre les convulsions des enfants. On en
attachait une vivante au cou du malade. Sans doute, il en prouvait
quelque frayeur qui le remettait d'aplomb; trouvant le remde pire que
le mal, il se dcidait  gurir: chose facile dans le cas de convulsions
d'ordre hystrique.

Cette mdecine populaire,  la fois niaise et cruelle, n'est pas encore
morte dans les campagnes: elle existe toujours, elle a ses adeptes et
ses fervents: des survivants attards du moyen ge.

UN NOUVEL ANALGSIQUE LOCAL.

Cette substance,  joindre  plusieurs autres qui ont aussi la proprit
prcieuse de supprimer la douleur, porte un nom de dimensions
redoutables. C'est le chlorhydrate de
benzol-ttramthyle-thyle-dithyle carbinol. Tel est son nom rationnel
et scientifique. Mais, pour les conversations courantes, on a voulu
quelque chose de plus court et l'on s'est arrt au mot: alypne.

L'alypne est une substance pulvrulente, facilement soluble dans l'eau,
pouvant tre sans inconvnient bouillie, c'est--dire strilise; on
peut l'adjoindre  l'adrnaline ou  l'antipyrine sans qu'aucun des
corps n'entrave l'action de l'autre. L'alypne aurait sur la cocane un
grand avantage. Elle est aussi fortement analgsique que cette dernire,
mais beaucoup moins toxique: elle ne dilate pas la pupille et ne trouble
en rien la vue.

Les solutions d'alypne  1 ou 2% insensibilisent la corne et la
conjonctive, en une minute ou 75 secondes, au plus. Avec la solution 
4% on a une anesthsie plus rapide, qui dure 8 ou 10 minutes. L'alypne,
qui parat devoir rendre de grands services en ophtalmologie, sert aussi
pour l'anesthsie locale du nez, du pharynx et du larynx.

On emploie des solutions  10%.

Elles suffisent, employes en applications successives,  rendre
parfaitement indolores les cautrisations  l'acide chromique ou au
galvanocautre. L'alypne ne dtermine aucune intoxication et a
l'avantage de coter sensiblement moins cher que la cocane. Cet
anesthsique, qui prsente de nombreuses et srieuses qualits, a t
dcouvert par un mdecin allemand, M. Impens, et tudi de trs prs par
plusieurs mdecins qui en disent tous grand bien.

UN CAS DE GROSSESSE QUINTUPLE

Mettre au monde cinq jumeaux n'est pas chose frquente, et la science
n'a enregistr qu'un trs petit nombre de cas semblables.

Le fait vient de se produire  Mourom, en Russie. La mre est une
paysanne de vingt-cinq ans, dont le pre tait n d'une grossesse
gmellaire et dont les deux tantes paternelles avaient eu des jumeaux.
On voit qu'ici l'hrdit est trs marque.

Cette femme, sur cinq grossesses, en avait d'ailleurs eu dj deux
gmellaires.

Les cinq enfants sont ns vivants, tous du sexe masculin, ayant
l'apparence d'enfants presque  terme; mais aucun n'a survcu. Celui
d'entre eux qui a vcu le plus longtemps n'a pas dpass trente-neuf
heures.

L'tat d'extrme surexcitation nerveuse produit chez la mre  la suite
d'un accouchement si inaccoutum, fit craindre quelque temps pour sa
raison; mais, aprs trois jours, tout tait calm; et, aprs dix jours,
elle sortait de l'hpital de Mourom en parfaite sant.

[Illustration: Un arbre phnomne (170 mtres de circonfrence) non loin
de Pretoria.--_Phot. Lasne_.]

[Illustration: MM. Meist et Auer.]

[Illustration: MM. Singer, Bebel et Pfannkuch.]

[Illustration: M. et Mme Volmar.]



QUELQUES NOTABILITS SOCIALISTES ALLEMANDES

LES SOCIALISTES ALLEMANDS AU CONGRS D'INA

Le congrs socialiste allemand s'est tenu  Ina, du 17 au 23 septembre.
Parmi les notabilits du parti, on y remarquait Bebel, Singer, Auer,
Meist, Pfannkuch, Volmar, accompagn de sa femme. Au cours des sances
qui ont eu lieu  la Maison du Peuple, devant le buste de Karl Marx,
entour de drapeaux rouges et de verdure, on a prononc force discours,
vot force rsolutions, concernant l'organisation des groupes, la
politique lectorale, l'internationalisme, la grve gnrale, voire la
propagande contre l'alcoolisme. Et l'on s'est spar en dcidant que le
congrs de 1906 sigerait  Mannheim.

Mme GALLI-MARI

La grande artiste dont la renomme, dj ancienne, n'est point encore
oublie, bien que sa retraite du thtre date d'une vingtaine d'annes,
vient de mourir  Vence, prs de Nice,  l'ge de soixante-cinq ans.

Fille du tnor Mari, de l'Opra, Mme Galli-Mari, aprs de brillants
dbuts au thtre des Arts de Rouen, tait entre en 1862 
l'Opra-Comique, o elle obtint un vif succs dans la _Servante
matresse_, de Pergolse. Devenue bientt une des toiles de la salle
Favart, elle devait, durant une longue carrire, conserver la faveur du
public, comme principale interprte de divers ouvrages comiques ou
dramatiques: _Lara, le Capitaine Henriot, Fior d'Aliza, Fantasio, Don
Csar de Bazan, Piccolino_, etc. Mais c'est surtout  _Mignon_,
d'Ambroise Thomas, et  _Carmen_, de Bizet, que son nom demeure associ,
et l'on s'accorde  reconnatre qu'en ces deux rles, personne n'a
surpass leur triomphante cratrice, qui les avait marqus de son
empreinte personnelle.

[Illustration: Dans le rle de _Mignon._]

[Illustration: Dans le rle de _Carmen._]

Mme GALLI-MARI DANS SES DEUX PRINCIPAUX ROLES.--_Phot. Nadar._

Mme Galli-Mari ne se montrait pas seulement habile  tirer parti d'une
voix chaude et vibrante de mezzo-soprano;  la virtuosit de la
cantatrice elle joignait le jeu expressif, le talent plein de souplesse
et d'originalit d'une excellente comdienne.

LE COLONEL MARCHAND EN ESPAGNE

Le colonel Marchand visite en ce moment l'Espagne en touriste.
Accompagn de quelques amis, il accomplit son tour en automobile, ne se
contentant pas des haltes dans les sites classiques, dans les villes
fameuses, et traversant souvent des bourgades perdues dont le charme
pittoresque demeurera  jamais inconnu des plerins du voyage
circulaire  prix rduit.

L'autre jour, en allant voir les ruines antiques de Merrida--l'_Emerita
Augusta_ des Romains--il dut passer  Castuera, dans l'Estramadure.
C'tait la premire fois qu'y paraissait une automobile. Et l'on imagine
sans peine quel succs de curiosit obtinrent, auprs des populations
masses en rangs presss sur leur route, le colonel et ses compagnons,
et surtout leur machine.

[Illustration: L'EX-COLONEL MARCHAND EN ESPAGNE.--Tout le village de
Castuera (Estramadure) autour de l'automobile du colonel (assis lui-mme
 gauche du conducteur).]



NOTRE GRAVURE DE PREMIRE PAGE

DEUX DIPLOMATES EN TTE A TTE

Les ngociations franco-allemandes engages au sujet de la question
marocaine auront singulirement tran en longueur. Toutes les
difficults semblaient aplanies, lorsque de nouvelles objections ont
surgi du ct de Berlin; il a fallu entamer des pourparlers
complmentaires afin de rgler divers points rests douteux, de
dterminer certaines prcisions jusqu'aux plus menus dtails.

Deux notables diplomates ont t chargs de cette tche dlicate: pour
la France, M. Revoil, directeur du cabinet du ministre des Affaires
trangres; pour l'Allemagne, le docteur Rosen, rcemment nomm
reprsentant de cette puissance  Tanger. Celui-ci, qui doit aller
remplacer le comte Tattenbach aprs l'accomplissement de sa mission
spciale  Paris, a fait, jeune encore, une brillante carrire  la
chancellerie impriale. Quant  M. Revoil, il tait d'autant mieux
qualifi en la circonstance qu'avant de devenir gouverneur gnral de
l'Algrie en 1901, il occupait le poste de ministre de France au Maroc.

Ces messieurs se sont abouchs le 8 septembre, au quai d'Orsay, et,
depuis cette date, il ne s'est gure pass de jours sans qu'on lt dans
les journaux une information concise constatant ou annonant une
entrevue de M. Revoil et du docteur Rosen. Voil donc trois semaines que
dure leur conversation. Que se sont-ils dit au juste? Mystre et secret
professionnel! Mais il y a lieu de prsumer qu'ils changrent des
propos intressants et que les subtilits de la forme leur fournirent
une rare occasion d'exercer leur patience; car en style diplomatique, on
le sait, les moindres mots, une virgule mme, prennent parfois une
importance capitale. On souhaite que leur commun effort aboutisse enfin
 un rsultat satisfaisant.


[Illustration: CE QU'ON NE LIT PAS DANS LES JOURNAUX, par Henriot.]


_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

L'ARIFRE GOULAS

Cet ustensile consiste en un systme  crmaillre s'adaptant  toutes
les fentres, ainsi qu'aux portes de balcons  ferrure crmone, et
permettant de les maintenir entr'ouvertes  volont pour arer les
appartements, sans crainte qu'un malencontreux coup de vent vienne les
ouvrir ou les fermer brusquement, en provoquant, par cela mme, un
dsastre quelconque: carreaux casss, rideaux dchirs, potiches
renverses.

Tout le monde sait qu'un certain nombre de maladies s'entretiennent ou
prennent naissance dans l'air vici, charg de vapeurs mphitiques qui
s'agglomrent dans des proportions considrables  l'intrieur des
habitations tant par la respiration que par tout foyer de combustion,
clairage ou chauffage, etc.

Il convient donc de remdier  ce grave inconvnient en renouvelant
l'air pur qui est l'agent principal de la sant. De nos jours
l'importance accorde  l'air frquemment renouvel est tellement
considrable qu'on n'hsite pas  lui attribuer la gurison des
tuberculeux  qui les mdecins recommandent de conserver leurs fentres
ouvertes jour et nuit.

On obtient ce rsultat par un moyen simple et d'une faon constante en
toute saison  l'aide d'un appareil appropri  cet usage et nomm
Arifre, tel que le reprsente le dessin ci-contre (fig. 1).

Cet appareil, avons-nous dit, est  crmaillre; c'est--dire muni de
crans permettant de rgler l'ouverture suivant les besoins. Ainsi,
lorsqu'il est pos seulement au premier cran dans la gche, la fentre
est  peine entr'ouverte, mais laisse le passage de l'air en haut et en
bas, ce qui constitue une sorte de ventilateur; l'air pur entrant par le
bas chasse l'air vici par le haut. En posant l'Arifre aux crans plus
loigns, on obtient forcment une plus grande ventilation.

[Illustration: Fig. 1.]

Par son utilit, la scurit qu'il offre et la modicit de son prix, la
place de l'Arifre est marque partout, aussi bien dans les
appartements privs que dans les salons, salles de rception, etc. Il
est surtout indispensable dans les chambres  coucher en toute saison,
mais principalement pour les nuits d't. Cet appareil s'adapte trs
facilement au moyen de trois vis et se place  une vingtaine de
centimtres au-dessus de la poigne de crmone ou quelques centimtres
au-dessous. On commence par placer la crmaillre sur le battant du
ventail gauche de la fentre que l'on tient ferme, on la pose avec la
vis  environ un centimtre et demi, du bord (voir la fig. 2), sans
oublier de placer la petite rondelle de fer entre le bois de la fentre
et la crmaillre, afin que le roulement ait lieu fer sur fer, sans
dtriorer le bois. Aprs cette premire pose, on entr'ouvre la fentre,
on relve la crmaillre horizontalement et l'un prsente la gche 
cheval sur la ferrure de la crmone pour tracer la place des vis qui
doivent la maintenir aprs avoir pos la crmaillre pour s'assurer du
niveau.

[Illustration: Fig. 2.]



Le prix de l'Arifre est de 2 francs chez _M. A. Genty,  Poc
(Indre-et-Loire)._











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1905, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3266, 30 SEPTEMBRE 1905 ***

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electronic work or group of works on different terms than are set
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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
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law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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