Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

Author: Various

Release Date: April 23, 2011 [EBook #35938]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3265, 23 SEPTEMBRE 1905 ***




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L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes_
SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1905
_63e Anne--N 3265_]

[Illustration: LA VIE MONDAINE EN AUTO.--Une prsentation. _Dessin
d'aprs nature de L. Sabattier.--Voir l'article, page 208._]



NOS SUPPLMENTS DE THTRE

Deux importantes oeuvres dramatiques sont actuellement en rptitions et
marqueront le vritable dbut de la saison thtrale nouvelle.
_L'Illustration_ est heureuse d'annoncer  ses lecteurs qu'elle les
publiera toutes deux aprs leur premire reprsentation. Ce sont:

DON QUICHOTTE comdie en trois parties et huit tableaux, en vers, de
l'auteur du _Chemineau_, du _Flibustier_ et de _Par le glaive_, le grand
pote JEAN RICHEPIN.

(_Don Quichotte_ sera reprsent au commencement d'octobre  la
Comdie-Franaise);

LE MASQUE D'AMOUR pice en cinq actes et neuf tableaux, qui va tre le
dbut, au thtre, d'un des romanciers ayant obtenu, en ces dernires
annes, les plus retentissants succs: DANIEL LESUEUR.

(_Le Masque d'amour_ sera reprsent en octobre au thtre
Sarah-Bernhardt).

Nous publierons ensuite, au fur et  mesure de leur reprsentation sur
les grandes scnes parisiennes, les pices nouvelles des matres du
thtre contemporain:

BERTRADE par JULES LEMAITRE, de l'Acadmie franaise, qui sera joue 
la Renaissance;

LE GOUT DU VICE par HENRI LAVEDAN, de l'Acadmie franaise, qui sera
jou au Gymnase;

LE RVEIL par PAUL HERVIEU, de l'Acadmie franaise, qui sera jou  la
Comdie-Franaise;

PARAITRE par MAURICE DONNAY, qui sera jou  la Comdie-Franaise;

PAQUERETTE ou LES TRENNES galement par MAURICE DONNAY, qui sera joue
au thtre Antoine.

_L'Illustration_ publiera galement toutes les autres oeuvres qui seront
dsignes  son choix par leur succs et leur haute valeur littraire.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Les livres ont leur destine, dit un adage ancien. J'en sais de
mdiocres, en effet, dont le succs m'tonna, et d'excellents que j'ai
vus languir, s'obstiner chez le libraire, comme disait Veuillot si
drlement, et vite tomber dans le plus injuste oubli. Les morts aussi
ont leur destine,--comme les livres. Il y a ceux dont on s'occupe et
ceux qu'on ddaigne; il y a les morts qu'on cite du bout des lvres,
pour mmoire, et ceux au souvenir desquels une sorte d'motion
passionne s'attache et dont l'_histoire_ s'voque en nous avec une
persistance de cauchemar.

Huit jours ont pass, depuis l'aventure tragique o prit un honnte et
distingu garon  qui la vie souriait et que soudain, dans la minute o
il allait rejoindre, pour dner gaiement avec eux, quelques amis, le
choc stupide d'une automobile envoyait rouler au trottoir, la tte
fracasse. Et nous continuons, depuis huit jours, de nous entretenir de
cet accident, comme s'il tait d'hier. Les morts ont leur destine.
Beaucoup d'autres jeunes hommes ont pri comme celui-l, qui, eux aussi,
mritaient de vivre. Massacres en Orient, naufrages, tremblements de
terre en Calabre... Froidement, nous avons entendu le rcit de tous ces
drames. Un peu de piti sans doute nous remuait le coeur; mais une piti
rflchie, distante et comme abstraite, o ne se mlait point ce petit
frisson d'angoisse--un peu goste--qui, cette fois, nous a saisis.

Sentiment trs humain et que se sont chargs de nous expliquer les
psychologues. Nous ne souffrons jamais beaucoup (heureusement, car la
vie serait intolrable!) des malheurs qui ne nous menacent point. Or,
des carnages en Mandchourie, des gorgements et des incendies  Bakou,
la brisure de crote terrestre o s'engloutit un village calabrais, la
chute mme d'un sous-marin au fond de l'eau ou d'une automobile dans un
ravin, sont des catastrophes qu'un citadin casanier n'a gure  redouter
pour lui-mme. Si nous compatissons  distance aux misres des victimes,
c'est d'une me  la fois terrifie et tranquille. La vue de ces drames
lointains--ou qui s'accomplissent hors du domaine de notre vie et de nos
risques personnels--agit sur nos sensibilits un peu comme le spectacle
d'une course de taureaux sur les nerfs de certaines Franaises. On
s'vanouit d'horreur, mais  l'angoisse de la syncope se mle l'intime
satisfaction d'tre  l'abri des coups. On est frmissante, mais
rassure.

Et si le tragique accident de l'avenue Marigny nous a si fortement
bouleverss qu'au bout d'une semaine il est encore le sujet des
conversations de tout Paris, c'est que chacun de nous s'est senti, cette
fois, menac. Il nous a sembl que la catastrophe nous effleurait; nous
en avons, comme on dit, senti le vent. Nous nous sommes rappel que,
nous aussi, nous avions l'autre jour, en fiacre, travers les
Champs-Elyses paisiblement; que des automobiles avaient frl notre
voiture; nous pensons que le mme malheur et pu nous atteindre...

Les journaux nous rassurent, nous affirment qu'une automobile, bien
conduite, est le vhicule le moins dangereux qui soit; il suffirait,
disent-ils, pour viter tout risque, que cochers et chauffeurs prissent
l'habitude d'observer certaines rgles de marche trs simples; de se
tenir dans la rue  la place o ils doivent tre.

Mais c'est l justement une habitude que les Parisiens semblent avoir
toutes les peines du monde  pratiquer. Il n'y a pas, je crois, de
population qui ait moins que celle-ci le sentiment de ce qu'on pourrait
appeler la discipline de la rue. Un piton parisien traverse la chausse
en lisant son journal et c'est miracle qu'un plus grand nombre de ces
flneurs ne soient pas crass tous les jours; le cocher qui devrait
tre  droite est  gauche; le bicycliste oublie tantt d'allumer sa
lanterne, tantt d'attacher  son guidon la trompe ou le grelot dont les
appels sont la sauvegarde du passant. Il est des carrefours dont la
traverse,  la nuit tombante, est une aventure pleine de prils; des
coins de boulevard o l'on a l'impression d'tre gar dans une bagarre
de fous. Mais empchera-t-on que ces choses ne soient, et change-t-on,
par ordonnance de police, l'me d'une ville?

La province inaugure: exposition d'horticulture  Bourg-la-Reine;
inauguration,  Clamecy, du monument de Claude Tillier;  Saint-Dizier,
d'un autre monument rig  la mmoire de ceux qui dfendirent, il y a
trois sicles et demi, leur cit contre les troupes de Charles-Quint;
dans deux jours, inauguration,  Vouziers, de la statue de Taine.

Je suis alle  Saint-Dizier. Des amis, en vacances dans les environs,
m'avaient dit: Venez nous voir. Saint-Dizier n'est qu'un grand village,
mais la rivire est jolie; les dames assomptionnistes y ont un parc
admirable, et vous y verrez gesticuler en plein air--loquemment
peut-tre--trois ministres.

Je n'ai jamais trouv que des ministres fassent des personnages
intressants  observer; mais leurs auditoires m'amusent. J'ai lu
quelque part que Gavarni, recevant la visite d'un apprenti dessinateur,
lui demanda:

--Que faites-vous de vos dimanches?

--Je vais au Louvre, dit le dbutant.

--Bon, cela. Et, au Louvre, qu'est-ce que vous faites?

--Je regarde les tableaux.

Gavarni fit une grimace.

--Mon enfant, dit-il, quand on va au Louvre il ne faut pas regarder les
tableaux. Il faut regarder les gens qui regardent.

C'est bien l ce qui me rend si prcieux le spectacle de certaines ftes
officielles: regarder les gens qui regardent... Je me suis, il y a cinq
jours, offert ce plaisir  Saint-Dizier; et j'en reviens extrmement
intresse et surprise par ce que j'y ai vu.

J'y ai constat que Paris s'obstine  nous dcrire une province qui
n'existe plus,--ou qui est en train de disparatre. Paris ne se contente
point de se dnigrer lui-mme; il lui plat de caricaturer sa province
aussi. Il trouve spirituel de nous la montrer retardataire en sa
manire de vivre, gauche en ses propos, mme un peu comique en ses
faons de suivre nos modes et de s'habiller. Paris se trompe.

J'assistais dimanche, d'un coin de la place d'Armes de Saint-Dizier, au
dfil des dlgations qui entraient  la mairie pour y saluer les
reprsentants du gouvernement. Il y avait l toute la ville, ou  peu
prs; car il faut tre aujourd'hui bien ngligent, bien misanthrope ou
bien discrdit pour n'tre pas d'un groupe et n'avoir point, les
jours de fte, une bannire derrire quoi marcher. Si l'on n'est ni
fonctionnaire, ni conseiller municipal, on est au moins d'un orphon,
d'une fanfare ou d'un syndicat; on est mutualiste, on est gymnaste, on
est vtran de l'arme d'hier ou pupille de l'arme de demain.

Je regardais passer ces hommes de tous les ges et de toutes conditions;
je cherchais parmi eux les redingotes trop vastes ou comiquement
coupes, les cravates bouffonnes, les chapeaux antiques surtout,--ces
haute forme innarrables que le provincial est cens tirer de
l'armoire une demi-douzaine de fois par an et que nos caricaturistes
parisiens savent si spirituellement dessiner. Et je ne retrouvais nulle
part ces accoutrements d'oprette, ces vtements et ces coiffures dont
s'esclaffe le boulevardier, quand il les rencontre au thtre ou dans
les pages de l'_illustr_ comique de la semaine. A peu prs partout le
haute forme tait avouable, la cravate sobre et de bon got, l'habit
proprement coup. En vrit, et dans les moindres bourgades, la province
a chang de figure et ses dtracteurs ne la reconnatraient plus. De
jour en jour elle se dpouille des particularits d'aspect dont
s'gayaient nagure, si peu charitablement, nos humoristes; elle a la
mine et le geste _qu'on ne remarque plus;_ elle se parisianise sans le
savoir.

J'imagine que cette petite volution est ne de plusieurs causes: une
ducation gnrale amliore; la curiosit de se comparer les uns aux
autres; un peu plus de coquetterie, en mme temps que plus de bien-tre;
la facilit de sortir de chez soi, de se mler de plus en plus, grce au
progrs des moyens de circulation,  la vie des autres hommes. Peut-tre
aussi le service militaire gnralis a-t-il contribu  cette fusion
bienfaisante des groupes sociaux et excit chez l'habitant de la
sous-prfecture, du village mme, l'ambition trs naturelle de n'tre
point distanc trop par celui de la grande ville... Mais ni nos auteurs
dramatiques, ni nos caricaturistes ne font attention  cela; et, pendant
des annes encore, ils continueront de nous donner de la province
franaise, avec infiniment d'esprit, une image trs mensongre. Ils se
moquent de la province parce qu'elle retarde sur Paris. On les
tonnerait beaucoup en leur prouvant que ce sont eux qui sont en train
de retarder sur elle.

SONIA.



[Illustration: M. de Brazza, photographi en 1882, au retour de son
exploration dans l'Ogou et le Congo.--_Clich Nadar._]

[Illustration: M. de Brazza, photographi en 1905, au moment de son
dpart pour l'inspection gnrale du Congo--_Clich Pirou, rue Royale._]

SAVORGNAN DE BRAZZA

Je ne le croyais pas si grand! Combien, relisant, ces jours derniers,
dans une brve notice ncrologique, l'histoire de la vie si remplie de
Savorgnan de Brazza, ont senti remonter  leurs lvres ce mot que
murmura le Valois blme devant le cadavre gisant du Balafr!

Depuis dix ans, bientt, qu'un caprice de la politique, un vritable
mfait, l'avait mis  la retraite, on avait--et l'on n'ose l'avouer sans
en rougir-- peu prs oubli M. de Brazza. Qu'il ne souffrt pas de
cette indiffrence qui rcompensait l'oeuvre grandiose accomplie par
lui, on ne saurait en jurer. Du moins ne s'en plaignait-il pas. Car il
fit preuve dans la disgrce d'un stocisme gal  la vaillance qu'il
avait dploye dans l'action,  la simplicit qu'il montra toujours
jusqu'au fate des honneurs. Peut-tre fut-il tout surpris quand, au
commencement de cette anne,  la nouvelle des sanglants exploits dont
s'taient rendus coupables, au Congo, deux de nos fonctionnaires, le
ministre des Colonies lui demanda d'aller conduire, l-bas, l'enqute
ncessaire; et les termes mmes de la lettre de service qui lui tait
remise--la premire qu'il reut depuis celle qui, en 1897, le relevait
brutalement, sans aucunes formes, de ses fonctions--purent lui donner
l'impression qu'il rvait.

M. de Brazza partit, vaillant, joyeux, vers ce pays auquel, malgr tout,
malgr les luttes passes, les fatigues de la conqute, les dboires, il
avait gard en son coeur un tendre souvenir. Il avait accompli en
conscience, on peut le croire, son oeuvre nouvelle. Sa mission termine,
il tait en route pour la France quand la dysenterie, le terrassant, le
fora de relcher  Dakar. Il y est mort, le 14 septembre, tomb au
champ d'honneur, sur son domaine.

Il n'tait g que de cinquante-trois ans. Il y avait si longtemps que
le bruit de son nom avait empli le monde qu'on le croyait, en vrit,
presque un vieillard. Mais il avait trente ans  peine quand la gloire,
la vraie et pure gloire, vierge de sang vers,--lot rare et magnifique
pour un conqurant!--lui avait souri dj. A trente et un ans, il tait
commissaire gnral de la Rpublique au Gabon. Il avait jet sur le
continent africain les fondements d'un empire colonial trois fois grand
comme la mtropole elle-mme, qu'il ajoutait au patrimoine de son pays
d'adoption.

Quels beaux rves d'nergie des adolescents qui sont depuis longtemps
devenus des hommes ont faits, en ce temps-l, devant cette photographie,
alors populaire, que nous reproduisons ici, et  laquelle on pourrait
donner pour pigraphe la boutade haineuse de Stanley, le rival sanglant
du pacifique Brazza au continent noir, cette phrase qui semble en tre
la description littrale: J'ai rencontr un homme dguenill, pieds
nus, sans autre escorte que quelques misrables laptots, et il m'a dit
qu'il venait d'acqurir des territoires  la France!

[Illustration: Mme de Brazza, ne Thrse de Chambrun.]

C'est le 20 octobre 1875 que l'enseigne de vaisseau de Brazza avait
dbarqu au Gabon,  la tte d'une troupe de vingt personnes seulement.
Cette premire exploration dura trois ans. Elle s'tendit aux bassins de
l'Ogou, de la Licona et de l'Aima. On alla jusqu' cinq journes de
distance du Congo sans en entrevoir, sans en deviner l'existence. A son
retour en Europe seulement, M. de Brazza apprit le raid heureux que
Stanley, rentr quelques mois avant lui, avait pouss dans le bassin du
fleuve gant. Il repartit pour complter son oeuvre le 27 dcembre 1879
et atteignait cette fois le Congo qu'il redescendait jusqu'au Stanley
Pool. Ce fut au cours de ce second voyage, qui ne fut qu'un duel superbe
entre l'explorateur franais et son rival Stanley, qu'il signa le trait
de protectorat avec le roi Makoko et installa aussi, au poste qui devait
plus tard devenir Brazzaville, la capitale actuelle du Congo, le brave
sergent Malamine, celui qui, avec trois tirailleurs sngalais, tint un
jour tte  Stanley et lui fit respecter le drapeau tricolore.

Rentr  Paris en 1882, accueilli avec enthousiasme, il se voyait
confier, l'anne suivante, la mission d'organiser sa conqute; car on ne
mconnut point tout d'abord la splendeur de ce prsent qu'il faisait 
la France. Quatorze ans s'coulrent avant qu'on oublit ses services
insignes. Mais alors, on n'eut plus aucun mnagement et,  la suite d'un
long conflit entre l'explorateur et la bureaucratie, celle-ci l'emporta:
une simple lettre de service rappela M. de Brazza.

Il ne murmura pas, se laissa dpouiller, vcut obscur, entre sa femme,
nice du comte de Chambrun, et ses trois enfants,  son foyer presque
pauvre; car il avait dissip dans ses audacieuses randonnes tout
l'hritage familial. Il fallut une circonstance fortuite pour que cette
iniquit ft rappele et rpare; les Chambres,  l'unanimit, dans un
lan d'enthousiasme, votrent  M. de Brazza une pension  titre de
rcompense nationale.

Ce fut presque  son corps dfendant qu'il l'accepta, car jamais il
n'avait permis  ses amis les plus zls de protester contre
l'ingratitude dont il tait victime. Il avait l'me d'un sage antique.

Son caractre chevaleresque s'tait rvl d'un seul trait le jour o,
rejeton d'une vieille famille italienne de la province d'Udine et mu de
piti devant les malheurs de la France, il tait venu, au lendemain de
nos dfaites, rclamer la nationalit franaise! Sa douceur lui avait
valu, dans les huttes de paille et de terre pargnes, le nom de _Pre
des noirs_. Il et rivalis de bravoure intrpide, de srnit devant le
danger avec un Dcius ou un Ney. C'est un hros qui vient de
disparatre.

G. B



[Illustration: La forteresse de Frederiksten sur la frontire
sudo-norvgienne.--_Phot. Worm-Petersen._]

L'ENTENTE SUDO-NORVGIENNE

On a pu redouter, un moment, de voir les choses s'envenimer entre la
Sude et la Norvge, et il s'en est fallu de peu que les ngociations
conduites,  Carlstad, entre les plnipotentiaires des deux pays ne
fussent brusquement rompues.

La question des fortifications qui dfendent la frontire norvgienne
contre une agression possible des voisins sudois--et dont certaines,
dtail assez piquant, ont t leves en 1900, en pleine union--cette
question divisait fortement les ngociateurs. La Sude rclamait le
dmantlement des forts, ne voulant pas tre oblige, de son ct, d'en
lever pour se protger contre ces canons braqus sur elle, redoutant
d'tre entrane  des armements ruineux. La Norvge ne refusait pas
formellement de dmolir, mais exigeait, au pralable, la signature,
entre les deux nations, d'un trait d'arbitrage. A quoi la Sude
rpondait: Dmolissez d'abord; nous verrons plus tard.

La discussion, engage sur ce terrain, menaait de s'terniser. Les
dispositions conciliantes des plnipotentiaires de Carlstad ont triomph
d'une situation qui paraissait inextricable, et toute inquitude est
aujourd'hui dissipe: la Sude a accept le trait d'arbitrage et la
Norvge va dmolir toutes ses fortifications modernes, mais celles-l
seulement. Car elle tient comme  des souvenirs historiques aux vieux
chteaux forts, levs en certains points de sa frontire. Ces
forteresses, dont celles de Frederiksten et de Kongsvinger, reproduites
ici, donnent une ide, sont d'ailleurs peu redoutables. Rduites
qu'elles seront, comme dfensive,  leurs antiques murailles, elles
peuvent subsister sans occasionner nulle inquitude, sans exciter nulle
susceptibilit.

Mais il est une autre question, d'une grande importance, qui intresse
la Norvge toute seule et qui n'est pas encore tranche. C'est celle du
rgime que va adopter la nation spare. On se souvient qu'au moment de
la rupture la Norvge, par dfrence pour le roi Oscar, son souverain de
la veille, lui avait demand de dsigner, pour occuper le trne
norvgien, un de ses fils. Le roi n'a pas daign rpondre et l'on
considre que ce silence quivaut  un refus.

On a parl de la possibilit d'une rpublique. Dans ce cas, l'illustre
explorateur Nansen, qui a jou, dans tous ces vnements, un rle
important, et dont l'ascendant sur ses compatriotes est considrable,
aurait de fortes chances d'en tre lu prsident,--s'il y avait  cette
rpublique un prsident.

[Illustration: Fridtjof Nansen.]

[Illustration: Le prince Charles de Danemark, la princesse Maud, sa
femme, et leur fils, le petit prince Alexandre.--_Phot. Ralph._]

La solution qui semble actuellement la plus probable est l'offre de la
couronne au prince Charles, second fils du prince hritier Frdric de
Danemark.

Le prince Charles est n le 3 avril 1872. Il a pous, en 1896, la
princesse Maud, fille du roi Edouard VII, qui, en 1903, lui a donn un
fils, le prince Alexandre.

[Illustration: La forteresse de Kongsvinger, sur la frontire
sudo-norvgienne.--_Phot. Worm-Petersen._]



[Illustration: L'ACCIDENT DE L'ELEVATED, MTROPOLITAIN ARIEN DE
NEW-YORK, AU COIN DE LA 53e RUE ET DE LA 9e AVENUE]

Lorsque se produisit, il y a deux ans, la catastrophe de la station des
Couronnes, on eut tendance  attribuer aux conditions mmes de la
construction, en souterrain, du Mtropolitain parisien, la gravit de la
catastrophe. Ah! si la ligne avait t arienne! Or, un accident vient
de se produire sur 1'Elevated, le mtropolitain arien de New-York,
qui montre qu'en somme, quand le mauvais sort s'en mle, l'un vaut
l'autre, et que les risques ne sont pas moindres  quelques pieds en
l'air qu' quelques pieds sous terre.

Le 12 septembre au matin--c'est d'hier, et, pourtant, l'motion qu'on en
prouva alors est bien attnus, ce qui prouve  quel point l'actualit
passe vite--un train, parti de la 59e rue et qui suivait  une vitesse
de 45 kilomtres  l'heure la 9e avenue, arrivait  la hauteur de la 53e
rue quand, par suite d'une erreur d'aiguillage, il s'engagea dans cette
voie. L'aiguilleur s'aperut de sa faute comme le premier wagon venait
de bifurquer sans accident. Il imprima  son aiguille un mouvement
machinal. Le second wagon, soudainement arrt dans sa course et spar
du premier, fut lanc le long de la voie directe de la 9e avenue. Il
tomba dans la rue en se retournant sens dessus dessous, tandis que le
troisime demeurait suspendu en l'air, au bord de la voie, heureusement
 porte de la corniche d'une maison par laquelle les voyageurs purent
s'chapper. Mais le second wagon s'tait cras sur la chausse, o les
voyageurs furent prcipits la tte la premire; l'un d'eux fut dcapit
par un morceau de fer et l'on retrouva sa tte  20 mtres plus loin. On
releva onze morts et une trentaine de blesss, dont huit mortellement.



[Illustration: Les distractions du harem d'Abd-el-Aziz: courses
cyclistes dans une cour du palais. _D'aprs une pellicule
cinmatographique de Sa Majest Chrifienne._]

[Illustration: Quatre portraits de femmes du harem imprial. _Clichs
aux trois couleurs de Sa Majest Chrifienne._]

LE SULTAN DU MAROC PHOTOGRAPHE

[Illustration: Le sultan photographiant son ingnieur. M. Gabriel
Veyre.]

Tandis que se poursuivaient, entre les puissances europennes, les
ngociations relatives  la confrence internationale  laquelle va
incomber la mission de donner une solution, au moins provisoire,  la
question du Maroc, l'affaire Bou M'Zian, le plus rcent incident
franco-marocain, a rappel plus vivement l'attention sur la curieuse
figure du sultan Abd-el-Aziz.

On sait quel est, au grand dam des fidles musulmans qui composent et
son Maghzen et son entourage, l'engouement du jeune sultan pour la
civilisation europenne, et surtout pour quelques-unes de nos plus
modernes inventions: tlphone, phonographe, engins lectriques; pour
nos jeux: bicyclette, automobile, photographie. Nous l'avons,
nous-mmes,  diffrentes reprises, montr en train de se livrer  ses
distractions favorites et avons dit quelle passion il y apportait.
Aujourd'hui, c'est comme photographe amateur que nous le prsentons.

A l'exception de la premire gravure de cette page--o l'on voit
Abd-el-Aziz oprant lui-mme et, tandis qu'on le photographie  son
tour de dos, prenant un instantan de son ingnieur, M. Gabriel Veyre,
mont sur l'un de ses propres chevaux, tout harnach de velours et d'or
cet article est illustr exclusivement de photographies prises par Sa
Majest Chrifienne.

Dans le livre trs vivant o il a consign les impressions recueillies
au cours des quatre annes qu'il a passes dans l'intimit journalire
du sultan[1]. M. Gabriel Veyre qui est loin d'tre un inconnu pour nos
lecteurs, et  qui nous avons du quelques clichs sensationnels publie
ici a crit: De tous les passe-temps auxquels, tour  tour, il s'est
adonn, c'est la photographie qui a le plus longtemps amus Abd-el-Aziz
et lui a procur le plus de satisfactions. Il ajoute qu'il y tait
devenu d'une rare habilet. Il suffit, pour le croire, de jeter les yeux
sur le clich o le sultan a fix deux des matrones du harem imprial,
deux des ngresses qui sont charges de la surveillance de ses femmes.
Sur le vu d'un envoi pareil. Abd-el-Aziz serait reu par acclamations
dans n'importe quel salon de photographie: un trs bel effet de
clair-obscur, le bonheur avec lequel sont rendus et le scintillement des
joyaux, et l'opulence des lourdes draperies charges de broderies, et le
vaporeux des gazes transparentes, font de cette preuve une vritable
oeuvre d'art. Il n'est pas jusqu' cet appareil tlphonique accroch au
mur, en arrire des deux figures, qui ne lui donne du piquant et de
l'imprvu!

[Note 1: Gabriel Veyre, _Au Maroc, dans l'Intimit du sultan._]

Au contraire de tant d'amateurs, mme royaux et impriaux, qui se
contentent, selon le mot du photographe amricain Hare, d'tre des
pousse-boutons, Abd-el-Aziz voulut tre initi  toutes les oprations
dlicates du laboratoire, dveloppa, renfora ses clichs, tira des
preuves. Il fut un fanatique du glatino-bromure. Tous les appareils
lui devinrent familiers: vrascopes, kodacks, chambres  pied.

Il essaya du cinmatographe, mme, et, tandis que ses femmes et leurs
esclaves, pour tromper l'ennui, durant les longues heures de _farniente_
du harem, rfugies dans l'une des cours les plus discrtes du palais,
se grisaient d'interminables matches  bicyclette, en tricycle, voire en
motocyclette, il les cinmatographiait au passage. Les trois gravures
reprsentant ces courses assez inattendues que nous publions ici, sont
des agrandissements d'aprs des films ainsi pris par le sultan.

Il alla plus loin encore. Le jour o ou lui montra des photographies
colores le dsir lui vint d'en faire aussi, et il apprit le procd,
trs compliqu, aux trois couleurs.

Quand il en fut bien matre, sa grande joie fut de photographier, 
d'innombrables exemplaires, ses pouses favorites. Il les faisait se
revtir de leurs plus beau atours, brods, multicolores: se charger de
joyaux, de perles et d'aigrettes, et, ainsi pares, les posait en avant
de fonds sems de floraisons clatantes, prs de tables drapes de tapis
violents et, pour corser encore le spectacle color, comme disent les
peintres, et compliquer la difficult, plaait devant elles d'enfantins
bibelots aux tons barbares, des cadres de bazar, des fleurs
artificielles dans des vases de la foire, tous les ornements des plus
banales chemines de chez nous. On peut voir, par les quatre clichs que
nous avons reproduits,  quelle habilet d'oprateur il tait arriv.

Est-il ncessaire d'observer qu'en dehors de leur mrite professionnel
ces clichs constituent des documents peu communs sur la vie aux palais
impriaux?

S'il est difficile, en effet, d'entr'apercevoir, seulement, l'intrieur
d'une demeure musulmane quelconque, on imagine combien doit tre
inaccessible le harem du Chrif et quels obstacles peuvent se dresser
devant les infidles pour les empcher d'approcher les belles recluses
qu'on y enferme jalousement.

Il est  croire, d'ailleurs, que nous n'aurons pas, de longtemps, la
fortune de pouvoir reproduire des clichs de ce genre. Au milieu des
proccupations qui le doivent assaillir en ce moment, il est probable
qu'Abd-el-Aziz n'a plus gure le temps de songer  ses distractions
anciennes,  la bicyclette,  l'automobile,  la photographie,--son
triomphe!

Les temps sont loin, en effet, o,  la premire audience, il
apparaissait  M. Veyre sous la vranda de son palais de Marakech comme
un bon grand enfant curieux: o il passait ses journes entires, de
l'aurore  la nuit, presque, dans la cour des Amusements. Et
peut-tre allons-nous commencer  nous apercevoir que nous avons vcu,
trop confiants, sur la lgende qu'on avait cre autour de lui d'un
souverain demeur puril longtemps aprs l'ge d'homme. Abd-el-Aziz
semble vouloir se charger de la dmentir.

[Illustration: Deux des matrones du harem d'Abd-el-Aziz. _Phot. de Sa
Majest Chrifienne._]



[Illustration: Le roi Victor-Emmanuel, prcd d'un surveillant des
fouilles, parcourt les ruines de la petite ville de Zammaro. LES
TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE _D'aprs une photographie de E. Navone,
communique par notre correspondant, M. Ziegler._]

[Illustration: Les victimes en prire devant les madones et les saints
de l'glise dtruite de Zammaro.--_Phot. Ch. Abeniacar._]

TREMBLEMENT DE TERRE EN CALABRE

_Ds la semaine dernire, alors qu'aucun autre journal illustr
franais, allemand ou anglais, ne contenait le moindre document, dessin
ou photographie, sur le tremblement de terre de la Calabre,_
L'Illustration _russissait  consacrer cinq pages entires  ce
tragique vnement. Une organisation perfectionne et coteuse, qui ne
recule devant aucun effort ni aucun sacrifice pcuniaire pour donner
satisfaction aux lgitimes curiosits du public, nous a permis, dans
cette circonstance difficile, d'arriver, malgr la distance, en mme
temps que_ L'Illustrazione italiana, _notre excellent confrre de Milan,
pour la publication de photographies et de dessins montrant le dsastre
 Monte Leone,  Reggio,  Tropea et dans toute la rgion bouleverse.
Nous reproduisons cette semaine une nouvelle srie de photographies de
l'aspect le plus poignant. On se proccupe de tous cts de chercher les
moyens de soulager cette immense infortune: puisse la vue de ces villes
en ruines, de ces scnes de dsolation et de deuil, susciter partout des
initiatives gnreuses!_

Aussitt qu'il eut connaissance de l'effroyable dsastre qui venait de
dsoler le sud de l'Italie, le roi Victor-Emmanuel exprima la volont
d'aller visiter en personne les victimes du cataclysme, leur porter ses
consolations et ses encouragements, se rendre compte par lui-mme de
leur misre. Le 10 septembre, le surlendemain de la catastrophe, il
quittait sa villgiature de Raconigi pour se rendre en Calabre. Tout
apparat et dtonn au cours de cette visite royale aux pays prouvs.
Le roi, qu'accompagnaient seulement le gnral Brusati, le gnral Majo,
le major Ravizza et le ministre de la maison royale, M. Ponzio-Vaglia,
distana plus d'une fois cette suite restreinte pour s'aventurer seul
entre les ruines amonceles, parmi les pauvres gens plors que le plus
infime fonctionnaire de village n'avait gure de peine  carter pour
lui faire place. Et  tous ces affligs pleurant leurs proches morts,
leur maison ruine, leur champ ravag, Victor-Emmanuel adressait de
rconfortantes paroles, leur disant, avec une motion qu'il ne cherchait
pas  contenir, la part qu'il prenait  leur peine.

[Illustration: Dcouverte d'un enfant vivant, aprs soixante-dix heures
de sjour, sous les ruines d'une maison,  Parghelia.--_Phot. Alfieri et
Lacroix._]

[Illustration: La recherche des cadavres sous les dcombres, 
Parghelia.]

Il parcourut ainsi toutes les localits les plus gravement atteintes:
Briatico, Sant'Onofrio, Stefanaconi, Piscopio, Zammaro, San Gregorio,
Triparni, o, de Monte Leone, le conduisit son automobile; puis
Parghelia, San Constantino et Zugri, etc. A de certains endroits il dut
se rendre  pied, les routes tant trop bouleverses pour permettre 
l'automobile de passer.

[Illustration: L'ruption du Vsuve qui a concid avec le tremblement
de terre: la route et la voie ferre lectrique obstrues par les
laves.--_Phot. du comte J. Romano._]

Comme il arrivait  Parghelia, on venait de retirer des dcombres un
enfant, miraculeusement sauv de la mort, et qu'on retrouva, demeur
soixante-dix heures enseveli, maigre, hve, rduit presque  l'tat de
squelette. Partout des maisons boules, des bourgs entiers bouleverss,
des amoncellements de dbris informes, les poutres des toits
s'enchevtrant parmi les pierres des murailles, quelque chose de
lamentable  contempler. Dans presque toutes les localits atteintes,
les glises, les plus hauts des difices, sont tombes les premires;
leurs votes effondres jonchent le sol; le peu qui en reste encore
debout, colonnes branles, pendantes, murs lzards, menace ruine, et
les fidles, pour prier, dans ces heures de rude preuve, ont d difier
en hte, au grand air, des autels provisoires, faits des dbris des
autels dtruits, o ils ont transport les reliques, les images des
saints, et devant lesquels ils s'agenouillent sur le sol mal raffermi.

[Illustration: Le choeur de l'glise de Stefanaconi.]

[Illustration: Vue extrieure de l'glise de Parghelia.]

[Illustration: Intrieur d'une maison  Parghelia. _Photographies Ch.
Abeniacar._]

LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE

[Illustration: Le roi Victor-Emmanuel acclam par la foule  son arrive
 Sambiase.]

[Illustration: Une distribution de pain  Zammaro.]

[Illustration: Campement en plein air  Triparni.]

[Illustration: La prire des femmes devant les images saintes, 
Triparni.]

APRS LES PREMIRES SECOUSSES SISMIQUES _Photographies Ed. Ximns._



UNE REINE AUX MANOEUVRES ALPINES

La reine Marguerite, qui concilia toujours le got des sports avec celui
de l'tude, a de longue date fait ses preuves comme alpiniste.
Rcemment, elle a eu l'occasion de prouver qu'ayant gard vivace la
passion de la montagne, elle n'avait rien perdu de l'endurance
ncessaire pour en affronter les difficults.

Il y a quelque temps, les manoeuvres du 4e rgiment alpin devaient se
clore par une attaque du col de la Ranzola, situ  2.171 mtres
d'altitude et voisin de la valle de Gressoney, o, fidle  une
habitude dj ancienne, la veuve du roi Humbert tait venue passer les
mois d't dans sa magnifique rsidence Savoia. Du chteau, la reine
monta au col  dos de mulet; l, malgr un vent furieux dont les
violentes rafales permettaient  peine de se tenir debout, elle suivit,
deux heures durant, les diffrentes phases des manoeuvres, prenant un
vif intrt aux explications du colonel Carpi, merveille des prouesses
des alpins, de la clrit de leurs mouvements, de la justesse de leur
tir.



LA CRISE HONGROISE

En Hongrie,  la sance parlementaire du 15 septembre, M. Fejervary,
prsident du conseil des ministres, a donn lecture d'une lettre de
l'empereur-roi, ajournant au 10 octobre,  cause des difficults de la
situation politique, la session de la Chambre des dputs. Cette journe
de la crise hongroise a t marque par un pisode qu'on peut qualifier
d'historique. Tandis que, dans la salle des dlibrations, on discutait
les prrogatives constitutionnelles du souverain, au dehors, devant le
palais du Parlement, une foule norme, compose en majeure partie
d'ouvriers qui avaient dsert en masse les usines et les ateliers et
auxquels s'taient joints des groupes de bourgeois, faisait une
imposante manifestation en faveur du suffrage universel. Dtail curieux
 noter, les manifestants accompagnaient leurs clameurs rptes du
chant de _la Marseillaise_. Leur dmonstration conserva d'ailleurs un
caractre pacifique et, seules, leurs dlgations pntrrent dans
l'enceinte lgislative pour exposer au prsident leurs revendications.

[Illustration: SUR LA FRONTIRE ITALIENNE.--La reine Marguerite
gravissant le col de la Ranzola, pour assister aux manoeuvres
alpines.--_Phot. Brocherel._]

[Illustration: EN HONGRIE.--La foule chantant la Marseillaise sur la
place du Parlement, le 15 septembre (Au fond, le palais de la Cour de
cassation.)]

[Illustration: Le baron Fejervary, prsident du conseil des ministres
hongrois dmissionnaire.--_Photographies comm. par M. E. Brod._]



AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Le 11 septembre, le jour mme o l'arme franaise de l'Est terminait
ses manoeuvres sous les yeux du prsident de la Rpublique, une partie
de l'arme allemande commenait les siennes en prsence de l'empereur.
Les oprations o taient engags les 7e et 8e corps se sont droules
dans la Prusse rhnane, autour de Hambourg et de Coblentz. Guillaume II,
l'impratrice, le kronprinz, le prince Albrecht de Prusse et les autres
membres de la famille impriale ont suivi  cheval les mouvements des
troupes. Parmi les hautes personnalits de l'tat-major, on remarquait
le prince Luitpold de Bavire et le feld-marchal Hoeseler, l'ancien
commandant du 15e corps,  Metz, accompagn du gnral d'Hulsen, son
parent, chef du cabinet militaire. Le vieux marchal Hoeseler est sans
contredit une des figures les plus caractristiques de l'arme
germanique, avec son visage glabre comme celui de feu de Moltke.

[Illustration: Le marchal Hoeseler et le gnral d'Hulsen.--_Phot
Jacobi._ AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES.]

[Illustration: Les princes Albrecht de Prusse et Luitpold de Bavire.
AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES.]



[Illustration: La cour principale de l'ambassade de France,  Fez.]

[Illustration: M. Saint-Ren-Taillandier et ses attachs, attendant
l'clipse du 30 aot.]



L'INCIDENT BOU M'ZIAN

Il vient d'tre rgl pacifiquement. Mais il a fait assez de bruit pour
tre relat ici avec quelques dtails.

Rappelons qu'au commencement d'aot le cad de la tribu des Ouled-Assa,
au Maroc, attirait dans un vritable guet-apens un Algrien, Franais,
par consquent. Si Bou M'Zian el Miliani, notable habitant du village de
Marna, l'arrtait, le chargeait de fers et l'emprisonnait. Il
assouvissait ainsi une vengeance personnelle; mais il le faisait avec
l'assentiment, la complicit, pourrait-on dire, du gouvernement
marocain. Sans parler mme des conditions plus que suspectes de cette
arrestation, elle constituait une violation flagrante du trait du 28
mai 1767 qui interdit, en cas de diffrend, toute action des autorits
marocaines contre un sujet franais, les reprsentants de la France au
Maroc tant seuls juges en pareil cas.

[Illustration: Le grand vizir Si Fedoul Gharnet quittant la lgation de
France aprs avoir prsent les excuses du sultan.]

[Illustration: L'indemnit  Si Bou M'Zian: 2.700 douros en chques.]

Bien entendu, M. Saint-Ren-Taillandier, notre ministre, actuellement 
Fez, comme on sait, protesta avec nergie ds qu'il eut connaissance de
cet atteinte porte  nos droits: il demandait la mise en libert
immdiate de Si Bou M'Zian et une rparation consistant en une indemnit
pcuniaire et la destitution du cad coupable.

En d'autres temps, le Maghzen et cd sans dlai. Mais, en cette
circonstance, il tait dcid  profiter autant qu'il lui serait
possible de la dernire fantaisie de la politique allemande,  jouer de
l'antagonisme entre les grandes puissances europennes que lui ont
rvl et la dmarche personnelle de Guillaume II, et l'envoi de
l'ambassade de M. de Tattenbach. Il n'allgua mme pas, et ne pouvait
allguer, qu'il ignorait la nationalit du captif. Il garda Si Bou
M'Zian el Miliani sous cl. Il prpara mme sa mise en accusation, comme
coupable d'avoir correspondu avec le prtendant Bou Hamara.

L'Allemagne fut-elle effraye elle-mme des consquences de son
intervention dans les affaires marocaines? L'attitude du gouvernement
marocain fut dsapprouve par la presse d'outre-Rhin, et il apparat que
l'envoy extraordinaire de Guillaume II  Fez la dsavoua aussi, sur un
ordre d'en haut.

Le sultan et ses ministres cdrent,  contre-coeur et de trs mauvaise
grce. Ou relcha bien Bou M'Zian, aprs un mois de dtention, mais sans
faire  notre reprsentant aucune excuse.

Dj, le gouvernement franais avait fait parvenir  M.
Saint-Ren-Taillandier le texte d'un ultimatum que M. Marc, premier
drogman  la lgation, fut charg de notifier au Maghzen. Les termes en
taient nets et exigeaient une prompte et complte satisfaction.

Le sultan comprit qu'il fallait s'incliner. Sur son ordre, le grand
vizir, Si Fedoul Gharnet, se rendit en personne, le matin du 4 septembre
dernier,  la lgation et prsenta  notre ministre les excuses de son
gouvernement. Il lui annonait que le cad coupable avait t rvoqu,
et lui remettait, en cinq chques sur la Banque de Paris et des
Pays-Bas, la somme de 2.700 douros rclame par Si Bou M'Zian. Enfin, il
donnait l'assurance que le Maghzen ferait son possible pour que de
pareils manquements aux traits et aux coutumes ne se produisissent
plus.



DOCUMENTS et INFORMATIONS


LA VACCINATION CONTRE LE CHOLRA.

L'apparition du cholra en Russie, puis en Allemagne, peut faire
craindre l'extension du flau jusqu' l'extrmit occidentale de
l'Europe. C'est par ces pays qu'il a coutume de passer pour venir chez
nous.

S'il vient, comme cela est probable, que faut-il faire?

A cette question, il est facile de rpondre. On peut trs bien indiquer
les prcautions  prendre. Mais il faut bien se dire qu'on peut, tout en
les prenant, devenir aussi victime du mal; le microbe a bien des moyens
de se faufiler. Quoi qu'il en soit, il importe essentiellement de
rduire le nombre de ces moyens, et c'est ce  quoi on arrivera en
observant quelques pratiques trs simples. La principale, c'est, en
temps d'pidmie, de ne plus employer, comme boisson ou pour la toilette
(pour _toute_ la toilette) que de l'eau bouillie. On fait, en se levant,
toute sa toilette  l'eau bouillie; on vite de toucher de l'eau non
bouillie ou les rcipients o il vient d'y avoir de l'eau non bouillie.
On se lave soigneusement les mains avant les repas; on ne consomme les
lgumes et fruits que cuits. Toute l'alimentation, toute la boisson,
doivent avoir t strilises par la chaleur. Ne pas se fier aux eaux
filtres, ni aux eaux minrales ou dites de source. Aucun filtre
existant ne constitue une garantie srieuse contre n'importe quelle
maladie transporte par l'eau; aucun filtre, si coteux qu'il soit, si
scientifiquement compris et attentivement surveill qu'il puisse tre,
ne donne la scurit que procure l'bullition de l'eau. Pour les eaux
minrales, ou de source, il faut bien savoir qu'elles peuvent se
contaminer comme les autres eaux de source; elles ne donnent qu'une
scurit illusoire, car elles peuvent tre pures pendant un temps et
tout  coup cesser de l'tre. L'eau bouillie, elle, est toujours pure:
c'est la seule eau pure.

Il faut bien se dire, toutefois, que les mesures d'hygine, de
nettoyage, de dsinfection, n'ont jamais suffi  enrayer une pidmie de
quelque violence. Du reste, aucune maladie infectieuse n'est en voie de
diminution, sauf la variole. C'est que la variole est la seule contre
laquelle on dispose d'un traitement prventif, qui est la vaccine. On a
un vaccin curatif pour d'autres maladies, mais ce vaccin ne diminue pas
le nombre des cas: voyez par exemple ce qui se passe pour la diphtrie.
On la traite assez bien maintenant; mais, si l'on rduit le nombre des
morts, on ne rduit pas le nombre des cas. On ne diminue la proportion
des cas de maladie infectieuse que l o l'on possde le vaccin
prventif.

Ce vaccin existe pour le cholra. Depuis plus de dix ans on vaccine
contre le cholra aux Indes, et avec grand succs; la chose est entre
dans les habitudes et la mthode est si bien assise que l'on ne prend
plus la peine d'en faire connatre les bienfaits, pas plus que pour la
vaccine en Europe. Pour le degr d'efficacit de la vaccination
anticholrique imagine par M. M. Haffkine, un ancien prparateur 
l'Institut Pasteur, il ressort trs simplement de quelques statistiques
faites aux Indes,  Degubaar,  Karkuri,  Bilaspur.

        Voici pour Degubaar:
                                              Cas de cholra.  Morts.

        Non vaccins                    254        12           10
        Vaccins                        407         5            0

        A Karkuri:

        Non vaccins                    198        15            9
        Vaccins                        443         3            1

        A Bilaspur:

        Non vaccins                    100                      5
        Vaccins                        150                      1

[Illustration: M. Marc, premier drogman de la lgation de France, qui
notifia l'ultimatum.]

Dans tous les cas qui prcdent, vaccins et non vaccins vivaient dans
les mmes conditions, occups aux mmes travaux, appartenant  la mme
classe sociale.

Le vaccin de Haffkine est le seul vaccin que l'on possde contre le
cholra. Il est en outre excellent, comme les chiffres prcdents le
font voir. La dure de l'immunit qu'il confre va de six mois  un an.

Mais il n'est pas curatif: il ne sert de rien de l'injecter  un
cholrique. C'est un remde prventif, destin  rendre les sujets non
cholriques rfractaires  l'infection.


LES PORTS DE GNES ET DE MARSEILLE.

La rivalit qui s'est tablie entre les deux grandes cits maritimes de
la Mditerrane est digne d'attention et, chaque anne, on note avec
soin les pripties de ce duel, dont le rsultat pourrait tre fatal 
l'un des deux adversaires en prsence.

En 1904, le mouvement de Marseille est encore suprieur  celui de Gnes
de 3.614 btiments, 1.283.776 tonneaux et 270.889 tonnes de
marchandises.

Toutefois, l'cart, qui s'tait relev en 1903 en faveur de Marseille, a
baiss l'anne dernire de 1.244 navires, 1.698.453 tonneaux de jauge et
713.363 tonnes de marchandises.

En ralit, ainsi qu'il ressort d'une tude de M. de Clercq, consul
gnral de France  Gnes, Marseille ne maintient sa supriorit que
grce  son exportation. A l'entre, le chiffre de trafic gnois
surpasse de prs d'un million de tonnes son concurrent marseillais; et
cela depuis plusieurs annes.


LE JENE DES ARAIGNES.

Un minent naturaliste, M. J.-H. Fabre, tudiant rcemment les moeurs de
la lycose de Narbonne, constatait que cette araigne porte ses petits
sur son dos pendant sept mois, et que, pendant ce temps, les jeunes
araignes ne consomment absolument aucun aliment. Il concluait de cette
observation que c'est la chaleur et la lumire solaires qui remplacent
directement, pour elles, l'alimentation. Autrement dit, la chaleur
motrice, chez ces jeunes animaux, au lieu d'tre dgage des aliments,
serait utilise directement, telle que la rayonne le soleil, foyer de
toute vie.

Mais il ne semble pas que le problme du jene des araignes soit aussi
difficile  rsoudre.

Un autre naturaliste, M. Lcaillon, ayant conserv pendant huit mois de
jeunes araignes en dehors de l'action solaire directe, en hiver, a
constat que les rserves du tissu adipeux de ces animaux taient
suffisantes pour entretenir longtemps leur vie.

Pendant la belle saison mme, les araignes restent souvent des mois
entiers prives de nourriture, en raison de la raret des proies
qu'elles peuvent capturer sur leur toile servant de pige, ou  l'entre
de leur cachette. La faible tendue de leur champ visuel les expose
aussi  ne capturer des proies qu' de longs intervalles.

Un cas frquent est encore celui o la femelle est occupe  garder
son cocon ovifre ou  surveiller ses petits. Elle reste alors souvent
trs longtemps sans prendre de nourriture, ngligeant mme la proie
qu'on lui prsente, plutt que d'abandonner sa ponte, mme un instant.

Mais si on lui enlve son cocon de force, elle saisit alors sa proie.

Il est donc vident que la femelle n'prouve ici aucun dommage et
qu'elle est adapte  pouvoir rester longtemps prive de nourriture.

L'ACTION DU RADIUM SUR LES TISSUS DES VTEMENTS.

Deux observateurs anglais ont recherch quelle action le radium pourrait
bien exercer sur des fibres vgtales et animales: sur du fil de soie et
du fil de coton en particulier. Ils ont expos un certain nombre de ces
fils  l'action du radium,  petite distance, pendant un temps qui a t
de quelques jours; et chaque jour, ils ont retir quelques fils pour en
prouver la rsistance  la rupture. Cette exprience a montr que la
force du fil va en diminuant de faon vidente et rgulire. Pour la
soie, la force initiale, avant l'exprience, tait de 78 grammes; le fil
ne brisait que sous un poids de 78 grammes. Mais, sous l'influence du
radium, la rsistance diminue chaque jour de 4 grammes environ. La
rsistance du coton diminue aussi, mais plus vite durant les premiers
jours. La rsistance initiale tant de 370 grammes, la diminution est
d'abord trs forte: de 60 grammes par jour. Aprs quelques jours, elle
continue bien  diminuer, mais d'un chiffre moindre. Si, au lieu de
faire agir le radium sur des fibres sches, on le fait agir sur des
fibres mouilles, on observe, au contraire, une augmentation de
rsistance. Mais cette action est temporaire: il ne faut pas compter
qu'on pourra, par le radium, renforcer les fils ou les tissus.


L'LEVAGE DES HIRONDELLES EN CAPTIVIT.

Une correspondante de la Socit d'acclimatation, Mlle L. Reyen, a donn
 cette Socit quelques renseignements intressants sur l'levage en
captivit des hirondelles et d'autres oiseaux sauvages de notre rgion.
Mlle Reyen, qui a,  ce sujet, une exprience dj longue--elle a gard
sept ans une hirondelle de chemine et dix-sept ans un
rossignol--conseille, pour lever les jeunes, une pte faite de viande,
de biscuits, de graines, bien mlange et parfaitement sche. Elle y
ajoute des insectes: mouches, cousins, papillons, petits coloptres,
vers de farine, et surtout des araignes.

Les araignes semblent tre indispensables aux oiseaux insectivores 
qui elles servent de nourriture et de mdicament  la fois. L'araigne
semble tre purgative et dpurative, et il convient d'en donner deux ou
trois, au printemps,  l'oiseau captif, pour l'entretenir en bonne
sant. Trs recommande encore, la carotte frachement rpe. Tous les
quinze jours, il convient aussi de faire boire  l'hirondelle de l'eau
o macre de la graine de lin. Cette eau convient au rossignol; la
fauvette se trouve mieux d'eau mielle. Les hirondelles supportent bien
la captivit,  condition qu'on les tienne au chaud en hiver. Elles
muent au milieu de la mauvaise saison, mais la crise n'a rien de grave
si l'on a soin de les bien nourrir. Mlle Reyen possde depuis treize ans
une fauvette  tte noire qui chante fort bien, mais la pauvre petite
bte a chaque anne une crise de goutte. Or sa protectrice est l qui
veille; ds que vient le mal, elle lui administre une liqueur de sa
composition qui, trs rapidement, dissipe l'accs. Trs probablement la
goutte est une des consquences de la captivit: l'oiseau captif a
rarement assez d'espace dans sa volire pour pouvoir prendre tout
l'exercice dont il a besoin.


L'INSENSIBILISATION PAR LES RAYONS BLEUS.

Un professeur de la Facult de mdecine de Genve, M. G. Redard, vient
de faire connatre un procd nouveau pour la production de l'anesthsie
gnrale, donnant des rsultats aussi complets, et beaucoup moins
dangereux, que l'emploi du chloroforme ou de l'ther. Ce procd est
bas sur l'effet des rayons bleus.

On connaissait depuis longtemps l'influence psychique des couleurs
fondamentales, et l'on savait que le rouge est excitant, que le jaune
porte  la tristesse et que le bleu est d'un effet franchement calmant,
avec production d'un sentiment de bien-tre.

Or, M. Redard a trouv qu'en employant les rayons bleus avec une
certaine intensit, non seulement on obtient un effet sdatif, mais
encore on produit une insensibilisation permettant les oprations
chirurgicales de courte dure.

Pour obtenir ce rsultat, il suffit d'une lampe lectrique de seize
bougies, munie d'une ampoule de verre bleu, avec un rflecteur nickel.
Le malade regarde fixement la lampe,  une distance de 15 centimtres,
la tte et la lampe tant recouvertes d'un voile bleu pour carter la
lumire diffuse du jour.

Au bout de deux  trois minutes, l'anesthsie est obtenue; ce dont on
est averti par une dilatation de la pupille.

La thorie du phnomne n'est pas trs claire. En tout cas, il ne s'agit
pas d'un effet hypnotique analogue  celui qu'on obtient par la fixation
du regard sur un objet brillant, car, avec les rayons jaunes ou rouges,
les rsultats sont nettement ngatifs.


LE TISSAGE ET LA COUTURE CHEZ LES ANIMAUX.

Bien des oprations, qui paraissaient tre propres  l'homme, ont t
observes chez les animaux; et l'on en connat qui sont btisseurs,
fileurs et mme agronomes.

Telles certaines fourmis, qui ont t si bien tudies par M. Forel en
Colombie.

Mais l'industrie la plus curieuse qui ait t observe chez les animaux
est bien celle qui consiste  coudre et  tisser, comme M. Ridley vient
de le signaler chez une fourmi de l'Inde.

Cet insecte prend ses larves dans sa bouche et, comme ces larves
scrtent du fil pour se tisser leur cocon, en les passant dans une
srie de trous, il arrive  coudre ensemble des feuilles pour se former
un nid d'un tissu rsistant. La production du fil des larves s'est
d'ailleurs exagre, probablement sous l'influence de cette utilisation
indirecte.

Cette observation n'est pas unique. Elle a t renouvele par M. Goeldi
sur une fourmi brsilienne. M. Goeldi rapporte avoir vu des fourmis
piquer des feuilles avec leurs larves tenues dans la bouche, et coudre
en zigzag pour juxtaposer ensemble des feuilles dont se constitue leur
nid.


LES THTRES

Les Nouveauts viennent de faire une trs heureuse entre en campagne
avec une pice de M. G. Duval: _Dix minutes d'arrt_, il n'en faut pas
davantage pour dcider au mariage une jeune veuve qu'une premire union
avec un membre de l'Acadmie des inscriptions et belles-lettres avait
laisse dsenchante. Ce revirement, obtenu par des moyens un peu
libres, mais fort gais, est excellemment expos par Mlle Lender, MM.
Noblet, Germain et Colombey.

Les bonnes pices font, dit-on, les bons acteurs. _La Belle Madame
Hber_, comdie en quatre actes de M. Abel Hermant, que vient de nous
donner le Vaudeville, a t ingalement interprte, ce qui suffirait 
indiquer qu'elle est elle-mme ingale. La valeur littraire de M. A.
Hermant, hautement affirme dans deux ou trois scnes, qui sont fort
belles en soi, se dpense, le reste du temps, en caquetages mondains du
caractre le plus dplaisant. L'immoralit de la plupart des personnages
qui forment l'entourage de Mme Riverol, entremetteuse inconsciente, a
quelque chose d'artificiel, de voulu, qui lasse le bon vouloir des
spectateurs.

Au thtre de la Gat, nous avons eu une bonne reprise du _Roman d'un
jeune homme pauvre_, d'Octave Feuillet. Le talent chaleureux de Mme
Suzanne Munte et de M. Marquet parvient  faire applaudir des sentiments
et un langage quelque peu dmods, et met en relief les intentions de la
pice, qui sont grandes et gnreuses.


UNE ACADMIE PROVINCIALE

L'Acadmie de Mcon vient de clbrer solennellement son centenaire.
L'vnement n'est pas ngligeable; sous son apparence de fait
exclusivement local, il se rattache, en effet,  des intrts d'ordre
gnral. Il y a en France nombre de ces socits de province, vritables
conservatoires des arts, des sciences et des lettres, qui sont comme les
ramifications naturelles de notre Institut national et constituent une
des meilleures formes de la dcentralisation: runissant l'lite d'une
rgion ou d'un dpartement, apportant au fonds commun l'utile
contribution de leurs travaux, elles narguent, par des preuves
constantes de leur vitalit, les ddains prconus, les pigrammes
faciles des gens enclins  s'imaginer que toute l'activit
intellectuelle de notre pays se borne  l'enceinte de Paris.

Or, parmi les plus florissantes de ces compagnies provinciales,
l'Acadmie de Mcon se distingue au premier rang; on se fera une ide de
son importance en constatant qu'elle compte actuellement 7 membres
d'honneur, 30 membres titulaires, 34 membres associs, 15 membres
correspondants et qu'en outre elle correspond avec 241 autres socits,
dont 21 trangres. Elle a pour sige le magnifique htel Senec, un
bijou architectural du dix-septime sicle, et certes nul autre ne
pouvait mieux lui convenir que l'ancienne demeure du gentilhomme de
lettres mconnais, auteur d'oeuvres aimables juges dignes de figurer
dans la Collection des petits classiques franais.

[Illustration: M. Pellorce.--_Phot. G. Bouillaud._]

C'est l que, le 9 septembre, date du centime anniversaire de sa
fondation, elle recevait les dlgus des nombreuses socits savantes
invites aux ftes dont son diligent secrtaire perptuel, M. Armand
Durault, fut le principal organisateur. Une sance publique les
inaugura, o prirent la parole le vnrable prsident, M. Pellorce,
aujourd'hui octognaire et appartenant  la compagnie depuis
cinquante-trois ans; M. Travers, directeur adjoint de la Socit
franaise d'archologie, et M. Durault, qui retraa l'histoire de la
compagnie durant le sicle coul et donna, lecture de son rapport sur
les divers concours. Le soir, au banquet de cent couverts, des orateurs
qualifis, entre autres Me Jacquier, l'minent avocat lyonnais, ne
portrent pas moins de quinze toasts chaleureux, et chaque convive reut
une mdaille commmorative, laquelle va devenir le jeton de prsence
pendant le nouveau sicle d'exercice.

Le deuxime jour, hommage aux acadmiciens dfunts: service funbre;
loquente allocution de l'vque d'Autun, le; cardinal Perrault, de
l'Acadmie franaise, membre d'honneur de l'Acadmie de Mcon; puis, le
profane succdant au sacr, soire de gala au thtre municipal, avec le
concours de deux excellents musiciens du cru, MM. Lenormand pre et
fils; d'artistes rputs du Thtre-Franais et de l'Opra, membres
associs de l'Institut bourguignon. Entre temps,  l'htel Senec, sous
la prsidence du cardinal, distribution des prix d'encouragement au bien
(12 mdailles et 3.800 francs). La veille,  la sance d'ouverture, 24
mdailles et 3.350 francs avaient t dcerns pour rcompenser la
littrature,--prose et posie--la peinture, la sculpture, la musique,
l'archologie et l'agriculture.

[Illustration: L'htel Senec,  Mcon.--_Phot. G. Bouillaud._]

Enfin, une troisime journe fut consacre  une excursion tout
indique. Sous la conduite de l'infatigable secrtaire gnral, une
caravane de 75 invits accomplit un plerinage au chteau de
Saint-Point, dans le parc duquel repose le plus illustre des enfants de
Sane-et-Loire, Lamartine, et qui est aujourd'hui la proprit de M. de
Montherot, petit-neveu du pote. De l, elle monta jusqu' Tramayes et,
par une route merveilleuse, se rendit  la clbre station prhistorique
de Solutr, dont la roche lgendaire, tmoin de l'ge de pierre, est
galement prise des savants archologues et des touristes amateurs de
pittoresque original.

[Illustration: M. Armand Durault.--_Phot. G. Bouillaud._]

En rsum, le caractre de ces ftes mmorables, leur programme o la
part des pauvres ne fut point oublie, leur complte russite, font le
plus grand honneur  leurs organisateurs ainsi qu' la trs ancienne,
trs glorieuse et trs prospre Acadmie de Mcon.

[Illustration: A Saint-Point, l'ancien chteau de Lamartine: les
visiteurs signent au registre. _Phot. instantans de M. de La
Chesnais._]



NOTRE GRAVURE DE PREMIRE PAGE

LA VIE MONDAINE EN AUTO: UNE PRSENTATION

L'automobilisme a ses mondanits; on peut mme dire qu'il est devenu
le sport mondain par excellence. Comment concilier, avec certaines de
ses inluctables exigences, plutt fcheuses, le culte de l'lgance
chre  ses plus fervents adeptes? Problme difficile! Les hommes, avant
tout soucieux de leur rle de conducteurs--voire de rparateurs, au
besoin--semblent gnralement se dsintresser de la solution; mais les
femmes s'y ingnient de leur mieux, et leur coquetterie, qui n'abdique
jamais, s'efforce de tirer parti du harnais spcial dont il leur faut
s'affubler pour se garantir des coups d'air et de la poussire. Est-ce
sans succs? On aurait mauvaise grce  le prtendre. Il n'en reste pas
moins qu'une prsentation entre automobilistes de marque ressemble
assez  une scne de bal masqu.



LE GNRAL THIBAUDIN

[Illustration: Le gnral Thibaudin. _Phot. Pirou, boulevard
Saint-Germain._]

Le gnral de division Jean Thibaudin vient de mourir,  Paris,  l'ge
de quatre-vingt-trois ans. Il avait fait la campagne d'Italie, en 1853,
comme capitaine. Il y avait gagn la croix. En 1870, quand clata la
guerre, il tait lieutenant-colonel. Fait prisonnier avec l'arme de
Metz, aprs avoir t bless  Rezonville, o il s'tait distingu, il
fut intern  Mayence. Il s'vada et, sous le nom de Comagny, revint
prendre du service. On lui donna le commandement du 10e rgiment
provisoire dans 'arme de la Loire. Il tait nomm, peu aprs, gnral
au titre auxiliaire. En dcembre, avec le 24e corps dont il commandait
la 2e division, il quittait Lyon pour se porter sur Besanon, puis voler
au secours de Belfort. Il prit alors une part importante aux combats
livrs par Bourbaki. Pendant la retraite vers la Suisse, il reut le
commandement du 24e corps. Il attendit la paix  Berne.

A la rvision des grades, on le nomma colonel.

Gnral de brigade en 1877, directeur de l'infanterie au ministre, il
accepta le portefeuille de la Guerre en janvier 1883, au moment o le
gnral Billot l'abandonnait plutt que de rayer des cadres les princes
d'Orlans. Ce fut lui qui accomplit cet acte. Il quitta le ministre au
mois d'octobre de la mme anne. C'est lui qui avait rtabli les
tambours, supprims par le gnral Farre.

Il tait  la retraite depuis 1887.



LE MEETING AUTOMOBILISTE DU MONT VENTOUX

Cette anne, comme les prcdentes, ont eu lieu, les 16 et 17 septembre,
sur la cte du mont Ventoux, deux preuves d'automobiles, l'une rserve
aux touristes, l'autre aux coureurs de vitesse. La premire a t gagne
par M. Mottard, de Lyon; la seconde a eu pour vainqueur l'Italien Cagno
pilotant une voiture Fiat, de marque italienne, lequel a gravi la pente
du mont Ventoux en 21 m. 12 s., allure particulirement remarquable,
tant donn que la cte, d'une longueur de 21 kilomtres 600 mtres,
comporte une diffrence d'altitude de 1.600 mtres entre ses points
extrmes.

[Illustration: Cagno, gagnant de la course de cte du mont Ventoux, sur
voiture italienne, dans un des virages.]

Le retour de ces courses, qui s'taient fort bien passes, a t
attrist par un accident mortel. Dans une automobile pilote par
Collomb, un des concurrents, avait pris place M. Marcel Rol, press de
rentrer  Carpentras. En atteignant cette ville, la voiture, butant
contre un obstacle, fit panache et se renversa. Collomb en fut quitte
pour de fortes contusions; mais son malheureux compagnon, la colonne
vertbrale brise, ne tarda pas  expirer. Ag de vingt-neuf ans, M.
Marcel Rol s'tait fait une spcialit du reportage photographique, plus
particulirement appliqu aux sujets sportifs; son active collaboration
tait trs apprcie des diverses publications auxquelles il fournissait
d'utiles documents.



M. JUTTET

[Illustration: M. Louis Juttet. _Phot. Pirou, boulevard Saint-Germain._]

M. Juttet, chef du cabinet du ministre du Commerce, a t, la semaine
dernire, victime d'un terrible accident. A la suite d'une collision
survenue,  l'intersection de l'avenue des Champs-Elyses et de l'avenue
Marigny, entre une automobile et un fiacre o il se trouvait, grivement
bless  la tte, il a succomb peu de temps aprs son transport 
l'hpital Beaujon. Il tait g de trente-huit ans. Ancien directeur du
cabinet de M. de Lanessan, ministre de la Marine, M. Louis Juttet avait
quitt la rue Royale avec l'honorariat; antrieurement  ses nouvelles
fonctions, il tait rentr dans la presse et y traitait surtout les
questions maritimes, coloniales et militaires.



LE TAMPONNEMENT
DE CLERMONT-FERRAND

Le 15 septembre, vers 2 heures du matin, un train de marchandises de la
Compagnie d'Orlans, venant d'Ussel, arrivait avec une rapidit
vertigineuse et une avance de prs de vingt minutes en gare de
Clermont-Ferrand, o il tamponnait une rame de voitures de voyageurs et
de wagons  bestiaux en station, alors vides, heureusement.

Le mcanicien Vincent, le chauffeur Dunet et l'homme d'quipe Barlet, de
service sur la voie, furent tus, le chef de train Dumousset bless.
Quant aux dgts matriels, la photographie prise par notre
correspondant avant les travaux de dblaiement permet d'en apprcier
l'importance, en mme temps qu'elle montre les effets immdiats du choc,
d'une extrme violence. Dresse sur ses roues d'arrire, crasant de son
poids une voiture de premire classe, l'norme locomotive avait ses
principaux organes et son tender srieusement endommags; le fourgon de
tte et la moiti des douze wagons du train tamponneur, chargs de
charbon et de sacs de bl, taient compltement dtruits, quatre wagons
de la rame tamponne rduits en miettes. L'enqute technique prescrite
par la Compagnie P.-L.-M.--la gare de Clermont-Ferrand appartenant  son
rseau--n'a pu prciser les causes, restes hypothtiques, de ce grave
accident. Il parat seulement certain que, insuffisance des freins ou
toute autre raison, le mcanicien,  partir de Volvic, n'tait plus
matre de sa vitesse qui, s'tant acclre sur de fortes rampes,
dpassait 100 kilomtres  l'heure au moment de l'irruption du train
emball en gare de Clermont.



M. DE GUNSBURG

Un financier trs connu du monde parisien, M. de Gunsburg, s'est suicid
dans son appartement de l'avenue de l'Aima en se tirant une balle de
revolver au coeur. D'origine russe, le baron Salomon de Gunsburg tait
le fils du crateur d'une des banques les plus importantes de
Saint-Ptersbourg;  la mort de son pre, il reprit la maison avec son
frre et installa une succursale  Paris. Bien qu'officiellement retir
des affaires depuis quelque temps, il n'en conservait pas moins sur le
march des intrts assez considrables. On attribue son suicide  un
accs de neurasthnie aigu, dont une rcente villgiature en Suisse
n'avait pu avoir raison.

[Illustration: M. Salomon de Gunsburg. _Phot. Pirou, rue Royale._]



NOTES ET IMPRESSIONS

La France est la patrie de l'esprance. GUIZOT.

                                     *
                                    * *

Lorsque le couple humain, momentanment uni par une impulsion
instinctive, est capable de se dsunir au gr des circonstances, il
devrait demeurer strile. GASTON DESCHAMPS.

                                     *
                                    * *

Il y a des mots d'enfant qui font rver le penseur et sourire le pote.
GUY DELAFOREST.

                                     *
                                    * *

Rien de flatteur dans un loge comme l'absence de flatterie. MARIE
ADVILLE.

                                     *
                                    * *

L'homme calcule  l'avance et par minutes tout l'horaire des mouvements
clestes; il prdit aprs coup la marche des choses humaines o entre en
jeu la libert.

                                     *
                                    * *

Chaque poque a ses mts de cocagne et, malgr l'clat des chutes, sa
rserve d'ambitieux pour y grimper et se casser le cou. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: Tamponnement d'un train entr  100 kilomtres  l'heure
en gare de Clermont-Ferrand.--_Phot. Blis._]

[Illustration: AUTRES TLGRAMMES, par Henriot.]



NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)

JEU DE TRIANGLES A DEUX OU TROIS PERSONNES

Ce jeu nouveau, trs got des personnes qui ont eu l'occasion de
l'essayer, diffre de celui de dames ou d'checs par la forme des cases
et par leur coloration. Il se compose d'un plateau hexagonal divis en
90 cases triangulaires de 4 couleurs diffrentes et de 60 pions
galement triangulaires. Les 6 triangles formant le petit hexagone
central sont 2  2, blancs, bleus ou roses. Les triangles gris, par
rapport au centre, sont autrement disposs.

Il y a 20 pions bleus, 20 blancs et 20 roses.

Le jeu de triangles peut tre compar  l'attaque d'une place forte par
2 ou 3 corps ennemis qui l'entourent, la cernent et cherchent 
l'occuper en se surveillant et se battant les uns les autres.

Au point de vue technique, le jeu de triangles est bien plus intressant
que le jeu de dames et ses combinaisons offrent un attrait comparable 
celles du jeu d'checs. De plus, il peut se jouer  2 ou 3 personnes,
indiffremment; il est simple  apprendre, car un enfant peut y jouer en
quelques instants, et difficile en mme temps, car les coups, toujours
nouveaux, exigent beaucoup d'attention et de rflexion et se prsentent
de faons constamment nouvelles.

PLACEMENT DES PIONS

_1 Cas de 2 joueurs._--L'un d'eux place ses 20 pions de 1  20 et
l'autre, en face, de 77  96.

Il est bon de retenir que les triangles dont les bases sont sur ces 2
cts opposs sont bleus ou roses. Ces couleurs indiquent les pions 
utiliser.

Si le joueur de 1  20 choisit les pions roses, l'autre aura les bleus
et rciproquement.

Le plateau pourrait tre dispos autrement par rapport aux joueurs, ce
qui les amnerait  prendre les pions blancs et roses ou blancs et
bleus.

_2 Cas de 3 joueurs._--Les 3 sries de pions se disposent en triangle:
1 de 1  9 et de 10  20; 2 de 33  93 et de 48  95; 3 de 21  91 et
de 34  89.

Sur chaque ct de l'hexagone aboutissent 5 sommets de triangles dont 2
gris et 3 autres bleus, blancs ou roses. Ces couleurs indiquent celle
des pions  prendre.

RGLES DU JEU

Ces rgles sont au nombre de 4 seulement. Elles sont trs simples.

_1 Rgle de marche_.--Chaque pion doit se dplacer paralllement  l'un
de ses cts, traverser une case vide pour occuper la suivante. D'une
faon gnrale, un pion peut prendre 6 positions nouvelles: de 40, par
exemple, il peut venir en 25, 27, 42, 56, 54 ou 38, si les cases 39, 41
ou 55 sont vides. Ainsi, la case 39 tant occupe, de 40, le pion ne
peut venir en 38 ou 25.

_2 Rgle de prise_.--Un pion est forc de prendre le pion adversaire
qui occupe une case o il peut venir d'aprs la rgle de marche, prend
sa place et le met hors jeu (sauf les deux restrictives suivantes).

_3 Rgle de l'imprenabilit._--Un pion sur sa couleur ne peut tre
pris.

_4 Rgle de la non-prise._--Un pion sur une case grise ne peut jamais
prendre.

OBSERVATIONS

Les joueurs jouent alternativement avec un seul pion, ils doivent
prendre s'ils le peuvent et prvenir s'ils se mettent en position pour
tre pris. Un pion ne doit, en effet, jamais tre souffl.

Le gagnant est celui qui, le premier, dispose 3 de ses pions en triangle
dans le petit hexagone central, soit sur 41, 55 et 57, ou sur 40, 42 et
56.

_Jeux de Dames et d'checs  2 ou 3 pers._--Le plateau hexagonal 
cases triangulaires, plus complexe que le damier ordinaire, offre plus
de ressources; il permet, avec les ordinaires, de jouer aux dames  2 ou
3 personnes et de mme aux checs. Ces jeux  3 prsentent un grand
intrt de nouveaut. On les trouve chez _M. G. Camus, 90, rue Pelleport
Paris._







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of L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3265, 23 SEPTEMBRE 1905 ***

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1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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