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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Le registre d'écrou de la Bastille de 1782 à 1789 + Extrait de la Nouvelle Revue du 1er décembre 1880 + +Author: Alfred Bégis + +Release Date: February 18, 2011 [EBook #35315] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE REGISTRE D'ÉCROU *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Jean-Adrien Brothier and +the Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) + + + + + + + + + +Note de transcription: + +L'orthographe a été conservé; seules les erreurs évidentes de +typographie ont été corrigées. Les majuscules qui le demandaient ont +toutefois été accentuées. Il faut noter que le registre est présenté, +non dans l'ordre chronologique, mais par prisonnier. Cet ordre a été +conservé. + + + + + LE + + REGISTRE D'ÉCROU + + DE LA BASTILLE + + DE 1782 À 1789 + + PAR ALFRED BÉGIS + + + EXTRAIT de la _NOUVELLE REVUE_ + + du 1er décembre 1880. + + PARIS + + TYPOGRAPHIE GEORGES CHAMEROT + + 19, RUE DES SAINTS-PÈRES, 19 + + 1880 + + + + + LE + + REGISTRE D'ÉCROU + + DE LA BASTILLE + + DE 1782 À 1789[1] + + +Les documents qui se rapportent au château de la Bastille et à ses +prisonniers n'ont pas cessé d'exciter la curiosité publique. Chacun s'y +intéresse; chacun voudrait pouvoir pénétrer le mystère qui enveloppait +les prisonniers, depuis leur entrée dans la forteresse jusqu'à leur +sortie, et connaître exactement le régime et les traitements auxquels +ils y étaient soumis. + +De grandes précautions ont été prises à toutes les époques pour assurer +le secret de ce qui se faisait à la Bastille; cependant il a été +possible, avec le temps, de connaître en détail à peu près tout ce qui +s'est passé dans cette prison tant redoutée. + +À l'une des dernières réunions de la Société des _Amis des Livres_, +formée entre cinquante bibliophiles parisiens, sous la présidence de M. +Eugène Paillet, conseiller à la cour d'appel, il a été question d'un +registre fort curieux, acquis récemment par l'un des membres de la +Société dans une vente publique faite à Londres. Ce volume inédit ne +nous paraît pas avoir été même signalé dans les nombreux ouvrages +publiés sur la Bastille et sur ses archives: il peut être considéré +comme une curiosité historique de premier ordre. + +Nous avons pensé qu'il serait intéressant de le faire connaître par la +description de son état matériel, et d'en reproduire littéralement, à +titre de spécimen, quelques extraits portant sur des personnages ou sur +des faits qui ont déjà été signalés à l'attention du public. + +Avant d'arriver à ce point principal, il nous a paru nécessaire de +rappeler brièvement l'origine, la destination et l'état du château de la +Bastille, les formalités qui étaient remplies lors de l'entrée et de la +sortie des prisonniers, enfin les précautions qui étaient prises à leur +égard. + +[1] Nous sommes redevables au possesseur du précieux registre dont il va +être question, de cet article aussi intéressant par lui-même que curieux +par les citations qui s'y trouvent. + + + + +I + + +Le château de la Bastille avait été construit sous Charles VI et sous +Charles VII; il avait été complété de 1553 à 1559. Il servait de +forteresse pour défendre ou pour commander la ville de Paris, et en même +temps de prison d'État. + +La façade du château présentait quatre tours vers Paris et quatre vers +le faubourg Saint-Antoine. Le dessus était une plate-forme en terrasse +continuée d'une tour à l'autre. Ces tours portaient les noms de la +Comté, du Trésor, de la Bazinière, de la Chapelle, de la Liberté, de la +Bertaudière, du Puits et du Coin. L'intérieur était divisé en cinq +étages dont le dernier, voûté, était nommé la Calotte; au pied se +trouvaient des cachots. + +La Bastille servait de lieu de détention pour des prisonniers d'État, +lesquels étaient en très petit nombre pendant les dernières années, et +pour des prisonniers de police, lesquels comprenaient: des auteurs, des +libraires, des colporteurs, des graveurs d'estampes satiriques ou +obscènes, et même des relieurs. Ordinairement on relâchait ces derniers +après quelques mois de détention. Certains prisonniers étaient maintenus +à la Bastille, par l'influence de leurs familles et à leurs frais, +moyennant le payement d'une pension dont le chiffre était fixé par le +gouverneur. + +C'était ordinairement en fiacre qu'on était conduit dans cette prison, +afin d'échapper à la curiosité publique et d'éviter le scandale. Un +inspecteur de police et deux hommes armés montaient dans la voiture pour +tenir le prisonnier en respect. Le fiacre s'arrêtait dans l'intérieur du +château, devant la porte de l'hôtel du gouverneur. Les sentinelles et +les soldats des corps de garde avaient pour consigne de mettre leurs +chapeaux devant leur visage, afin de ne pas voir le prisonnier; cette +précaution se renouvelait à toutes les entrées, sorties, allées et +venues de tous les détenus. + +Le major de la Bastille et le lieutenant du roi recevaient le +prisonnier, le faisaient monter avec l'exempt à l'appartement du +gouverneur, et la lettre de cachet, en vertu de laquelle l'arrestation +avait eu lieu, était remise par l'exempt au gouverneur qui lui en +donnait une décharge. Nous reproduisons celle relative au sieur Jacquet +de la Douay, espion de police, chargé de la surveillance des hommes de +lettres et des libraires, lequel avait été arrêté comme s'étant +intéressé dans la publication et la vente de livres prohibés. + +Le sieur Jacquet, entré une première fois à la Bastille le 30 octobre +1781, en était sorti le 19 novembre 1782, pour être conduit à Charenton, +puis ramené le 7 novembre 1783, pour n'en plus sortir que le 9 juillet +1789. Lors de cette seconde incarcération, il était accompagné par le +sieur Le Houx, inspecteur de police, porteur d'une lettre ainsi conçue: + + Monsieur le marquis de Launay, + + Je vous fais cette lettre pour vous dire de recevoir dans mon + château de la Bastille le sieur Jacquet et de l'y retenir + jusqu'à nouvel ordre de ma part. Sur ce, je prie Dieu, Monsieur + de Launay, qu'il vous ait en sa sainte garde. + + Écrit à Fontainebleau, le 3 novembre 1783. + + Signé: LOUIS. + + Contresigné: AMELOT. + +La lettre de cachet était quelquefois remplacée provisoirement par une +lettre d'anticipation, en attendant celle du roi qui devait autoriser +l'emprisonnement. + +Le major inscrivait sur un registre le nom et la qualité du prisonnier, +avec le numéro de l'appartement qu'il allait occuper; puis escorté de +deux porte-clefs, il l'emmenait à la chambre qui lui était destinée. En +arrivant, le détenu était invité à remettre tout ce qu'il avait dans ses +poches, sa montre, ses bagues, son argent, ses papiers, ses étuis et +même ses cure-dents; le major en dressait l'inventaire qu'il faisait +signer par le prisonnier. Les papiers étaient réunis en un paquet que +l'on cachetait avec le cachet du prisonnier auquel il était rendu. Ce +paquet devait être ouvert par le magistrat chargé de l'interrogatoire. + +Les noms des détenus n'étaient jamais prononcés; ils étaient désignés +par le nom de la tour dans laquelle ils étaient placés, et par le numéro +de leur étage. Ils pouvaient obtenir du lieutenant de police +l'autorisation d'écrire à leur famille et d'en recevoir des réponses par +son intermédiaire, d'avoir un domestique ou un garde-malade, et de +recevoir des visites du dehors. + +Pendant ces visites, le prisonnier devait rester à une certaine distance +de son visiteur, afin que celui-ci ne pût pas lui remettre ni papiers, +ni armes, ni instruments dont il aurait pu abuser. On prenait en outre +les plus grandes précautions pour que le visiteur ne pût être vu d'aucun +autre que celui qu'il venait voir. + +Plusieurs prisonniers avaient été autorisés à se promener, l'un après +l'autre, sous l'escorte d'un officier ou d'un porte-clefs, dans le +jardin, puis sur les plates-formes des tours donnant du côté de la rue +Saint-Antoine. M. Amelot décida que ces promenades n'auraient plus lieu +que dans la cour du château. Cette cour formait un carré de 30 mètres +sur 20; elle était entourée de murailles qui avaient plus de 30 mètres +de haut, sans aucune fenêtre. C'était un large puits où le froid était +insupportable pendant l'hiver et la chaleur excessive pendant l'été. +Cette cour sans abri formait le seul passage pour arriver aux cuisines. +Comme il fallait surtout que le prisonnier fût invisible et qu'il ne vît +personne, quand il se présentait des étrangers, pendant sa promenade, il +devait se réfugier dans le _cabinet_, couloir de 4 mètres de long sur 65 +centimètres de large, pratiqué dans l'épaisseur d'une ancienne voûte. +Au moindre soupçon de curiosité, sa promenade lui était supprimée, et il +était réduit à une claustration absolue. + +Les prisonniers étaient interrogés dans la salle du conseil du château, +quelques jours après leur arrivée, par le lieutenant de police ou par un +conseiller d'État, un maître des requêtes, un conseiller ou un +commissaire du Châtelet. + +Lorsqu'un prisonnier avait obtenu sa liberté, on lui rendait les effets, +les valeurs et les objets qu'il avait remis en entrant. On lui +présentait ensuite un registre intitulé: «Livre des sorties des +prisonniers du château de la Bastille», sur lequel était inscrite une +formule contenant la promesse de ne jamais révéler ce qu'il avait vu ou +entendu pendant son séjour à la Bastille, et on l'invitait à la signer. + +Nous reproduisons l'une de ces déclarations, signée par l'abbé Lenglet +du Fresnoy, enfermé plusieurs fois à la Bastille à cause de ses écrits: + + «Étant en liberté, je promets, conformément aux ordres du Roy, + de ne parler à qui que ce soit, ny en aucune manière que ce + puisse être, des prisonniers ny d'autres choses concernant le + château de la Bastille, qui auraient pu parvenir à ma + connaissance. Je reconnais de plus que l'on m'a rendu tout + l'or, l'argent, papiers et effets que j'ai apportés ou fait + apporter audit château. En foy de quoi j'ai signé le présent. + Fait au château royal de la Bastille, le 24 du mois de janvier + 1752. Signé: l'abbé Lenglet du Fresnoy». + +En marge du livre se trouve le nom de Lenglet du Fresnoy, et au-dessous +cette mention: «L'ordre de sortie, contresigné d'Argenson, du 17 janvier +1752.» + +Le major était chargé de la tenue des livres d'entrée et de sortie des +prisonniers et du dépôt de leurs effets. Depuis 1774, le major Chevalier +avait été chargé de la rédaction d'un livre secret, contenant toutes les +particularités relatives à chacun des prisonniers; ce livre ne devait +être communiqué qu'aux ministres. Tous les jours, le major rendait +compte, par lettre, au lieutenant de police, des visites reçues, de ce +qui s'y était dit et fait. + +Le plus important des registres de la Bastille était de format +in-folio; il était enfermé dans un carton ou portefeuille couvert en +maroquin et fermant à clef. Les pages de ce registre étaient divisées en +sept colonnes, dont chacune portait l'un de ces titres imprimés: + +1º Noms et qualités des prisonniers; + +2º Date des jours d'arrivée des prisonniers au château; + +3º Noms des secrétaires d'État qui ont expédié les ordres; + +4º Date de la sortie des prisonniers; + +5º Noms des secrétaires d'État qui ont signé les ordres d'élargissement; + +6º Causes de la détention des prisonniers; + +7º Observations et remarques. + +Le major remplissait de lui-même les cinq premières colonnes et la +septième; quant à la sixième, il devait suivre les indications que lui +donnait le ministre ou le lieutenant de police. Les observations et les +remarques contenaient l'historique des faits et gestes, du caractère, de +la vie, des moeurs et de la fin des prisonniers. + +Ces mémoires secrets eussent été accueillis par le public avec la plus +grande curiosité; il aurait trouvé là des renseignements sur beaucoup de +points intéressants de notre histoire; mais ce précieux recueil ayant +été porté en triomphe à l'hôtel de ville, le 14 juillet 1789, fut livré +aux flammes immédiatement. + +Étienne de Junca, écuyer, lieutenant du Roy à la Bastille depuis le 11 +octobre 1690 jusqu'au 26 août 1705, avait tenu pendant la durée de ses +fonctions un registre qu'il avait intitulé: «Mémoires ou agenda de Mr +de Junca, lieutenant du Roy de la Bastille.» Ce registre se trouve parmi +les manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal; il est relié en +parchemin blanc et divisé en 4 volumes in-folio. + +Le premier volume débute ainsi: «État de prisonniers qui sont envoyés +par ordre du Roy à la Bastille, à commencer du mercredi 11 du mois +d'octobre, que je suis entré en possession de la charge de Lieutenant du +Roy en l'année 1690.» + +Au verso du folio 37, se trouve cette constatation: «À la date du jeudi +18 septembre 1698, trois heures de l'après-midi, Mr de Saint-Mars, +gouverneur de la Bastille, est arrivé pour sa première entrée, venant +de l'île Sainte-Marguerite, ayant amené avec lui, dans sa litière, un +prisonnier qu'il avait à Pignerol, dont le nom ne se dit pas, lequel on +fait tenir toujours masqué, qui fut mis d'abord dans la tour de la +Bazinière, en attendant la nuit, et que je conduisis ensuite moi-même, +sur les neuf heures du soir, dans la troisième chambre de la tour de la +Bertaudière, laquelle chambre j'avais eu soin de faire meubler de toutes +choses, avant son arrivée, en ayant reçu l'ordre de Mr de +Saint-Mars... En le conduisant dans ladite chambre, j'étais accompagné +du sieur de Rosargues, que Mr de Saint-Mars avait amené avec lui, +lequel était chargé de servir et de soigner le prisonnier, qui était +nourri par le gouvernement.» + +Le deuxième volume porte en tête: «État des prisonniers qui sont sortis +de la Bastille, leurs noms et le temps, à commencer le 11 octobre 1690, +que je suis arrivé.» + +Au verso du folio 80, se trouve cette constatation: «À la date du lundi +19 novembre 1703, le prisonnier inconnu, toujours masqué d'un masque de +velours noir, que Mr de Saint-Mars avait amené avec lui des îles +Sainte-Marguerite, s'étant trouvé hier un peu plus mal, en sortant de la +messe, il est mort aujourd'hui, sur les dix heures du soir, sans avoir +eu une grande maladie. Mr Giraud, notre aumônier, le confessa hier.» + +Du mardi 20 novembre 1703: + +«Ce même prisonnier a été enterré à quatre heures après midi dans le +cimetière de Saint-Paul, et son enterrement a coûté 40 livres.» + +Ces mentions établissent avec une authenticité incontestable la +détention et la mort du personnage mystérieux qui portait un masque de +velours, et qui est généralement désigné sous le nom du _Masque de fer_. + + + + +II + + +Le registre de la Bastille acheté à Londres, dont nous allons donner la +description et faire des extraits, avait été commencé le 15 mai 1782; il +se termine par un article du 12 juillet 1789. Il renferme beaucoup plus +de détails que celui tenu par de Junca, et il est bien plus étendu pour +une période moins longue. Il constate jour par jour l'entrée et la +sortie des prisonniers, avec les dates, les noms des signataires des +ordres en vertu desquels le gouverneur avait agi, la date de leurs +interrogatoires, des visites de leurs médecins, de leurs avocats, de +leurs notaires, de leurs parents ou de leurs amis, l'entrée et la sortie +de leurs correspondances, l'entrée des commissaires et des agents +chargés de classer les archives de la Bastille et de surveiller la +destruction des ouvrages mis au pilon, avec l'indication de la durée de +chaque séance. Il contient, dans une forme précise et brève, de nombreux +renseignements sur le régime des prisonniers, sur le caractère de leur +détention, sur les secours qui leur étaient fournis par leur famille, +sur les adoucissements apportés à leur captivité, tant par le gouverneur +que par les ministres et le lieutenant-général de police, enfin la +relation des troubles qui se sont produits autour de la Bastille avant +le 14 juillet, et des précautions qui avaient été prises à cette +occasion dans le château. + +Le volume est de format in-folio; il s'ouvre par ce titre inscrit sur +une feuille séparée: + +«Répertoire ou Journalier du château de la Bastille à commencer le +mercredi 15 mai 1782.» + +Il se compose de 183 feuillets numérotés, formant 366 pages de 40 lignes +environ, avec une marge sur laquelle se trouvent indiquées les dates des +constatations. Il était tenu jour par jour, par l'un des officiers de la +Bastille, sans doute par de Losme-Salbray, major adjoint; il renfermait +les éléments de la correspondance qui devait être adressée +quotidiennement au lieutenant de police. Il porte au verso du 1er +feuillet, sur la marge, les signatures de Chevalier, Bailly de +Gaillardon et de De Losme, apposées dans cet ordre, en face d'une +constatation. Il ne contient aucune signature de prisonniers ni celle du +gouverneur. + + * * * * * + +Les mentions que nous allons maintenant relever n'ont pas besoin de +commentaires; elles font défiler sous nos yeux des personnages dont le +nom évoque les souvenirs les plus caractéristiques du temps; vers la +fin, elles évoquent les mouvements et les tumultes populaires +précurseurs de la chute de la Bastille. + + * * * * * + +Le texte du registre débute ainsi: + +«Cejourdhui quinze mai 1782, M. le marquis de Launay, gouverneur du +château royal de la Bastille, a reçu conformément aux ordres du Roy, le +sieur de Losme, en qualité d'officier adjoint à l'État-major pour en +faire les fonctions dans tous les détails attachés à cette place. + +«Envoyé à M. Lenoir une lettre de l'abbé Duvernet et une autre de La +Coste de Mézières. + +«Le 19 mai 1782, M. Lenoir est venu et a fait sortir le sieur Linquet, +avocat, enfermé à la Bastille le 27 septembre 1780. + +«Le 21 octobre 1782, à une heure et demie du matin, le sieur Lompré, +inspecteur de police, a amené le sieur Marchand, intendant des princes +de Rohan et de Guémenée, sur une lettre d'anticipation de M. Lenoir, en +date du 20. M. Lenoir est venu voir le prisonnier l'après-midi. + +«Le 15 février 1783, d'après ce que M. Amelot avait dit à M. le +Gouverneur, M. Lenoir ayant donné une lettre relative, M. le cardinal de +Rohan est venu à quatre heures et demie dans le salon du Gouvernement et +est resté jusqu'à six avec le sieur Marchand, M. le Gouverneur et un +officier de l'État-major présents. Le sieur Marchand avait été conduit +dans une chambre du Gouvernement d'où il est venu dans le salon. + +«Le 26 février, à midi, M. le cardinal de Rohan est venu et est resté +jusqu'à une heure dans le salon du Gouvernement avec le sieur Marchand. + +«Le 12 décembre 1785, à six heures du soir, le sieur Surbois, inspecteur +de police, est venu chercher le sieur Marchand avec un ordre du Roy, +contresigné Baron de Breteuil, pour sa liberté; néanmoins ledit +inspecteur l'a conduit aux Minimes de la place Royale où ledit sieur +Marchand doit être gardé par un homme affidé de la maison de Rohan et un +commis pour y travailler à rendre ses comptes. + +«Le 19 novembre 1782, à neuf heures du matin.--Le sieur Lehoux, +inspecteur de police, est venu chercher le sieur Jaquet de la Douay pour +le conduire chez les frères de Charenton; avant de sortir, il a feint de +vouloir se tuer en se donnant un coup avec un goulot de bouteille qui +était même très uni. + +«Le 7 novembre 1783.--Le sieur Jaquet a été amené de Charenton à midi +par le sieur Lehoux, inspecteur de police, sur un ordre du roy du 3 +novembre 1783, contresigné Amelot. + +«Écrit tout de suite à M. Amelot et à M. Lenoir pour leur rendre compte +de l'arrivée de ce prisonnier. + +«Le 9 juillet 1789.--Le commissaire Chenon est venu à une heure, et il a +dressé procès-verbal de la remise de tous les effets au sieur Jaquet, +par lequel ce prisonnier a reconnu les avoir reçus et en décharge M. le +gouverneur et tous autres, réservant ledit prisonnier la répétition +d'une somme de 4,040 fr. qui ont été remis antérieurement par ordre de +M. le commissaire Chenon à une personne quelconque. M. le gouverneur a +mis dans les lettres des magistrats le reçu que lui a donné ledit +commissaire Chenon père. + +«À onze heures du soir, le sieur Jaquet a été mis en liberté sur la +lettre de cachet datée du 5, contresignée de M. Villedeuil. Le sieur +Vosgien s'en est chargé pour le conduire à la diligence de Bezançon: il +est exilé à Lons-le-Saulnier, son pays. + +«Informé et rendu compte au magistrat et au ministre de cette sortie. + +«Le 28 février 1784.--Le sieur Surbois, inspecteur de police, a amené de +Vincennes, à dix heures et demie du soir, le sieur comte de Solages. +L'ordre du roy, contresigné de Breteuil, est daté du 31 janvier: il est +logé à la quatrième Bertaudière. + +«Le 29 février 1784, à deux heures du matin.--Le sieur Surbois, +inspecteur de police, a amené le sieur de Whyte. L'ordre du roy, +contresigné de Breteuil, est daté du 31 janvier. Il est logé à la +deuxième Bertaudière. Le sieur de Whyte est fou, et par cette raison on +a fait signer son entrée par l'inspecteur de police qui l'a conduit. + +«Envoyé une lettre à M. le baron de Breteuil et à M. Lenoir, pour leur +rendre compte de l'arrivée du sieur comte de Solages. + +«Envoyé à M. le baron de Breteuil et à M. Lenoir lettres pour leur +rendre compte de l'arrivée du sieur de Whyte. + +«Le 23 avril 1787.--Le sieur Pyat, commissaire des Guerres, m'ayant +apporté 700 livres pour le quartier du courant de la pension et +entretien du sieur comte de Solages, je lui ai donné mon reçu de ladite +somme au nom de M. Bosquet, motivé suivant l'usage pour le compte de M. +le gouverneur, pour causes à eux connues, et à M. le lieutenant général +de police, à imputer jusqu'au dernier juin prochain. + +«Remis les 700 livres tout de suite à M. le gouverneur en trois billets +rouges. + +«Le 4 avril 1789.--Remis à M. le gouverneur 700 livres pour les trois +mois courants de la pension du comte de Solages, dont j'ai donné le reçu +motivé suivant l'usage pour causes à lui connues et à M. le lieutenant +général de police. + +«Le 14 août 1788.--Le sieur Girard, notaire, et Argent, procureur, sont +venus pour recevoir une procuration du sieur de Whyte, qui ne les a pas +voulu écouter, ainsi que son état de folie perpétuelle indiquait qu'il +devait faire. + +«16 février 1789.--À une heure et demie, est venu M. Angrand d'Alleray, +lieutenant civil, avec le greffier Rousseau; il a interrogé le sieur de +Whyte de Malleville, et ayant fait dresser un procès-verbal de ses +réponses, il a fait signer MM. les gouverneur et major de leur dire que +ce prisonnier était toujours dans le même état de délire, et que des +papiers qu'ils lui ont remis étaient de son écriture. + +«Le 29 février 1784.--Le sieur Surbois, inspecteur de police, a amené de +Vincennes, à neuf heures du soir, le sieur marquis de Sade. L'ordre de +roy, contresigné de Breteuil, est daté du 31 janvier: il est logé à la +deuxième Liberté. + +«Le 1er mars, rendu compte au ministre et à M. Lenoir de l'arrivée du +prisonnier. + +«Le 5 mars.--M. Lenoir est venu à midi; il est resté jusqu'à une heure +et demie; il a vu le sieur comte de Chavaigne et le sieur marquis de +Sade. + +«Le 16 mars.--Mme la marquise de Sade est venue à quatre heures, est +restée jusqu'à sept avec le sieur marquis son mari, sur une permission +de M. Lenoir, datée de ce jour, pour voir son mari deux fois par mois; +elle doit revenir le 27; elle lui a apporté six livres de bougie. + +«Le 14 avril.--M. le gouverneur a trouvé bon qu'on laissât au sieur +marquis de Sade un couteau rond pour dîner, lequel couteau il remettra +tous les jours quand on ira le desservir. + +«Le 20 avril.--Le sieur Girard, notaire, est venu pour faire signer une +procuration au sieur marquis de Sade, qui a refusé de donner sa +signature. + +«Le 24 mai 1784.--La dame marquise de Sade est venue à trois heures et +demie et est restée jusqu'à six heures avec le sieur marquis de Sade, +son mari. Elle lui a apporté une paire de draps, dix-neuf cahiers de +papier, une demi-livre de pâte de guimauve, une bouteille d'encre et une +bouteille d'orgeat, et une boîte de pastilles de chocolat. + +«Le 7 juin.--La marquise de Sade est venue à quatre heures et a été +jusqu'à six avec le sieur marquis de Sade, son mari. Elle lui a apporté +six coeffes de bonnet, six grosses plumes taillées, six de coq et vingt +et un cahiers de papier réglé, et aussi elle lui a apporté, mais pour +rendre, deux comédies brochées et trois volumes reliés de relations de +voyages à Maroc, et de voyages pour la rédemption des captifs. + +«Le 24 septembre.--Donné à M. le président de Montreuil un reçu +(toujours motivé pour causes à lui connues et à M. Lenoir) de 350 livres +pour 1 mois et 23 jours de la pension du sieur marquis de Sade, à +imputer jusqu'au 1er octobre. + +«M. le Gouverneur a touché cet argent. + +«Le 5 octobre 1786.--Les sieurs Gibert l'aîné et Girard, notaires, sont +venus pour faire signer une procuration au sieur de Sade, suivant le +désir de sa famille, ce qu'il a refusé de faire. + +«Le 20 janvier 1787.--Écrit à Mme la marquise de Sade pour la prier, +de la part de M. le gouverneur, d'envoyer une pièce de vin, pareil à +celui dont elle boit, pour le sieur marquis de Sade, son mari, sous +condition expresse d'en payer le prix, et que cette condescendance est +pour faire chose agréable audit sieur marquis de Sade et pour satisfaire +au désir qu'il a de boire d'un vin auquel il était accoutumé. M. le +lieutenant du roy était présent à l'invitation que M. le gouverneur m'a +faite d'écrire cette lettre. + +«Le 8 juillet 1788.--Remis à M. le gouverneur 600 livres pour le +quartier courant de la pension du sieur comte de Sade, dont j'ai donné +reçu à M. le président de Montreuil, motivé, suivant l'usage, pour +causes à lui connues et à M. le lieutenant général de police. + +«Le 28 mai 1789.--Remis à M. Coquerel le reçu de 600 livres pour le +quartier courant de la pension de M. de Sade, d'après la volonté de M. +le gouverneur, lequel reçu il doit toucher chez M. Gibert l'aîné, +notaire, cloître Sainte-Opportune; il est motivé suivant l'usage. + +«Le 5 juin 1789.--La promenade du comte de Sade étant suspendue jusqu'à +nouvel ordre, le prisonnier n'ayant pas voulu tenir compte de la +signification par écrit que le major lui en a envoyée, il a voulu forcer +les sentinelles de sa porte et du pied de la tour, qui l'ont obligé de +rentrer dans sa chambre en lui montrant le bout du fusil d'un peu près. + +«Le 15 juin.--Le sieur comte de Sade a eu la visite de la dame son +épouse. + +«Le 2 juillet 1789.--Le comte de Sade a crié par sa fenêtre, à diverses +reprises, qu'on égorgeait les prisonniers de la Bastille et qu'il +fallait venir le délivrer. + +«Le 4 juillet.--À une heure du matin, d'après le compte qui avait été +rendu à M. de Villedeuil, de la scène du sieur comte de Sade, du 2, il a +été conduit à Charenton par le sieur Quidor, inspecteur de police, et le +commissaire Chenon a mis les scellés sur sa chambre. + +«Le 11 juillet 1784.--À trois heures du matin, le sieur Lafitte de +Pelport[2] a été amené par le sieur de Long pré, inspecteur, sur une +lettre d'anticipation de M. Lenoir, datée du 10. + +[2] Le marquis de Pelleport (Anne-Gédéon de Laffite), auteur du _Diable +dans un bénitier_. + +«Le 3 octobre 1788.--Le sieur Pelport a été mis en liberté à une heure +et demie, sur une lettre de cachet contresignée Laurent de Villedeuil, +en date du 1er de ce mois. Le sieur....., inspecteur de police, lui a +fait signer une soumission d'être toujours à trente lieues de Paris. + +«Rendu compte et informé le ministre et le commissaire du roy de la +sortie de ce prisonnier. + +«Le 12 juillet 1784.--Le sieur Henry, inspecteur de police, a amené, à +une heure et demie du matin, le sieur Brissot de Warville[3], sur une +lettre d'anticipation de M. Lenoir du 1er juillet 1784. + +[3] Brissot de Varville, avocat, accusé d'avoir composé des libelles. + +«Le 10 septembre 1784.--Le sieur Brissot de Warville a été mis en +liberté à une heure trois quarts après midi, sur l'ordre du roy, +contresigné baron de Breteuil, en date du 5 de ce mois. + +«Le 16 août 1785.--Après quatre heures, lettre de M. le baron de +Breteuil, qui mande M. le gouverneur pour lui venir parler tout de +suite. M. le lieutenant du roy y a été en son absence. + +«À onze heures et demie du soir, M. le cardinal de Rohan, grand +aumônier, évêque de Strasbourg, commandeur des ordres du roy, a été +amené au château par M. le comte d'Agoult, premier aide-major-général +des gardes du corps. M. le marquis de Launay, gouverneur, avait été au +parloir du cardinal le chercher, et l'a amené dans sa voiture, ainsi que +M. d'Agoult. Le lieutenant du roy, M. le chevalier de Saint-Sauveur, a +cédé son appartement pour cette nuit et pour donner le temps de meubler +l'appartement du premier. + +«Le 17 août.--À une heure du matin, deux valets de chambre de M. le +cardinal sont arrivés avec des paquets; lesdits valets de chambre ont +couché chacun dans un cabinet de l'appartement; ils sont enfermés, ainsi +que leur maître, sous clefs: ils s'appellent Brandner et Screibert. + +«À huit heures du matin, M. le baron de Breteuil et M. de Crosne sont +venus et ont passé une demi-heure dans la chambre de M. le cardinal. + +«À onze heures, le gouverneur a amené dans sa voiture M. le cardinal. +Ils sont rentrés au château à huit heures et demie. + +«Le 18 août.--S. A. Mgr le prince de Condé est venu à onze heures et +demie; il a été un quart d'heure dans l'appartement de M. le cardinal de +Rohan. M. le gouverneur a été présent à la visite. L'usage ancien +voulait que le prince du sang restât dans sa voiture et qu'on lui amenât +le prisonnier; mais il a demandé à le voir comme parent, et même il +était mis sur la liste que M. le baron de Breteuil a dictée à M. le +gouverneur. + +«M. de Crosne est venu à sept heures et demie avec M. de la Chapelle, +premier commis de la maison du Roy; ils ont été jusqu'à près de neuf +heures chez M. le cardinal; M. le gouverneur était présent. + +«Dans le courant de la journée, M. le cardinal a reçu dans son +appartement le sieur Travers, son chirurgien Racle le matin et le soir, +Carbonnière, MM. l'abbé Georgel, l'abbé de Villefon et l'abbé Bidot, +Cotte valet de chambre, les princes Ferdinand Montbazon, la princesse et +les princes de Soubise et Charles de Rohan. + +«Le 19 août.--M. le gouverneur est sorti à neuf heures et demie avec M. +le cardinal qui a monté dans sa voiture. Ils ont été à Versailles et +sont revenus à deux heures un quart. Le gouverneur s'est servi de ses +chevaux et avait demandé des chevaux de poste qui l'ont attendu à la +place Louis XV. + +«Le 20 août.--Le sieur Surbois, inspecteur de police, a amené à quatre +heures du matin la dame comtesse de la Motte de la Penissière. Cette +dame est dans son nom de demoiselle Valois, descendante de la maison +royale par bâtardise, à ce que l'on dit, et a été aidée dans sa +jeunesse, ainsi que ses frère et soeur, d'après cette prétention. Elle a +été logée à la 3e Comté. + +«Le 20 août, à dix heures et demie, le sieur Longpré, inspecteur de +police, a conduit au château le sieur baron de Planta. On l'a logé à la +3e de la tour Bazinière par ordre du Roy, contresigné du baron de +Breteuil, en date du 18 de ce mois. L'abbé Georgel l'a vu descendre de +voiture dans la cour du gouvernement, n'ayant pas pu faire entrer la +voiture à cause des croisées de M. le cardinal sur la cour. Le +gouverneur lui a demandé sa parole d'honneur de n'en pas parler à M. le +cardinal. + +«M. le comte de Vergennes et M. le maréchal de Castries sont venus à +onze heures et demie et sont restés jusqu'à trois heures seuls dans +l'appartement de M. le cardinal de Rohan. Ils avaient un ordre du Roy, +contresigné baron de Breteuil, pour le voir ce jour, 20 août, et M. le +baron de Breteuil avait donné l'ordre verbal à M. le gouverneur de +laisser les ministres seuls avec le prisonnier. Ces Messieurs ont monté +voir une chambre de prisonnier; ils ont vu la 2e du Coin et ont monté +sur les tours. + +«M. de Crosne est venu à huit heures avec le commissaire Chenon et ils +ont travaillé dans la salle du Conseil avec la comtesse de La Motte, +jusqu'à trois heures du matin. + +«Le 22 août, à une heure du matin, est entré au château, de la Porte, +avocat, conduit par le sieur Quidor, inspecteur de police, sur l'ordre +du Roy, contresigné baron de Breteuil, en date du 21 de ce mois, logé à +la 4e du Puits. + +«À six heures et demie du matin, le sieur Grenier, orfèvre, a été +conduit au château par le sieur Quidor, inspecteur de police, sur +l'ordre du Roy, contresigné baron de Breteuil, en date du 21 de ce mois, +logé à la 4e du Coin. + +«Le 23.--Le sieur des Brugnières, inspecteur de police, a conduit au +château le sieur comte de Cagliostro, à huit heures du matin, sur une +lettre de cachet contresignée baron de Breteuil, en date du 21, logé à +la Calotte Comté. + +«À dix heures du matin, le sieur des Brugnières, inspecteur de police, a +amené la dame comtesse de Cagliostro, sur une lettre de cachet +contresignée baron de Breteuil, en date du 21, logée à la 4e Liberté. + +«Le 24.--À deux heures et demie du matin, le sieur Surbois, inspecteur, +a conduit au château la dame de la Motte de Latour; elle a été logée à +la 1re du Puits. + +«Le 26.--MM. de Vergennes, de Castries et de Breteuil sont venus avant +midi et sont restés jusqu'à plus de midi et demie avec M. le cardinal +dans sa chambre. + +«Le 27, à neuf heures et demie du matin, le sieur Quidor, inspecteur de +police, a conduit au château la nommée Madelaine Brissault, dite +Rosalie. + +«Le 27.--Le sieur Laporte a été mis en liberté, cejourd'hui, sur une +lettre de cachet contresignée baron de Breteuil, en date du 24 de ce +mois. + +«Le 29.--Sur l'apparence de désespoir et des propos tenus par le sieur +Cagliostro, écrit à M. de Crosne que ce prisonnier demandait un garde +qui pût le désennuyer et l'empêcher d'effectuer ses idées noires. M. de +Crosne a écrit à M. le gouverneur de mettre auprès de lui un bas +officier, doux, exact et ferme, ce qui a été exécuté à dix heures du +soir. + +«1er septembre 1785.--Le commissaire Chenon est venu demander de +l'écriture des différents prisonniers arrêtés à l'occasion de l'affaire +de M. le cardinal de Rohan et en a emporté. + +«Le 2 septembre, à huit heures et demie du matin, le sieur Grenier a été +mis en liberté sur une lettre d'anticipation et en présence de M. de +Crosne. + +«Le 4 novembre, à huit heures du soir, le sieur Quidor, inspecteur de +police, ayant un ordre de M. le comte de Vergennes, a conduit le sieur +de Beaussire et la demoiselle Leguay, dite d'Oliva. + +«Rendu compte et informé M. le baron de Breteuil et M. de Crosne de +l'arrivée des deux prisonniers; + +«Lettre d'anticipation de M. de Crosne, datée du 3, pour recevoir les +deux prisonniers ci-dessus. + +«Le 12 septembre.--Reçu les deux lettres de cachet pour l'entrée de dame +Leguay dite d'Oliva et du sieur Toussaint de Beaussire, contresignées +Gravier de Vergennes. + +«Le 29 septembre.--Le sieur Regnault est venu à quatre heures et a +emmené au Palais la dame d'Oliva, l'a remenée à sept heures et demie. Il +lui avait préalablement fait une signification. On a donné Foin, bas +officier, pour escorte. + +«11 janvier 1786.--À midi et demi a été faite à M. le cardinal de Rohan +la signification de son décret de prise de corps; à cinq heures, M. +Titon, commissaire du Parlement, et le sieur Fremyn, greffier, sont +venus pour commencer les interrogatoires. + +«Le 16 janvier.--La dame Leguay dite d'Oliva, se trouvant grosse de cinq +mois et dans le cas de passer les grands remèdes, il lui a été donné +hier la nommée Catherine pour garde et la soigner. + +«Le 19 janvier.--Le décret de la dame d'Oliva lui a été signifié à une +heure et demie par le sieur Sergent, huissier au Parlement. À cinq +heures, M. Titon, rapporteur de l'affaire et son greffier étant arrivés, +la dame d'Oliva a subi son interrogatoire jusqu'à huit heures. + +«Le 20 janvier.--M. Titon, avec son greffier, a interrogé la dame de +Valois de la Motte, depuis cinq heures jusqu'à neuf. La signification du +décret a été faite ce matin à onze heures et demie. + +«Le 30 janvier.--Le décret du sieur comte de Cagliostro a été signifié à +une heure. + +«Le 11 mars 1786.--Le sieur Toussaint de Beaussire a été mis en liberté +de ce château à huit heures et demie du matin, sur un ordre du Roy +contresigné baron de Breteuil, du 4 février. Il a été remis au nommé +Grandmaison, envoyé par le sieur Quidor, inspecteur de police, pour le +conduire à une maison de force du faubourg Saint-Antoine. + +«Le 24 mars.--Depuis neuf heures jusqu'à une, M. Dupuy de Marcé avec +Fremyn greffier a confronté la dame de la Motte avec le sieur comte de +Valbonne et affronté les dames de la Motte et d'Oliva. À quatre heures, +la dame de la Motte a été confrontée au sieur Desclou ainsi que M. le +cardinal ensuite et la demoiselle d'Oliva: la dame de la Motte a été +confrontée avec Mme la comtesse Dubarry, et M. le cardinal a été +après confronté avec la dame d'Oliva. La séance a fini à neuf heures et +demie. + +«Le 26 mars.--La dame Cagliostro a été mise en liberté à dix heures du +matin, sur une lettre de cachet datée du 25, contresignée baron de +Breteuil. + +«Le 4 mai.--Les sieurs Thilorier et Bosquillon sont venus dîner avec le +sieur Cagliostro. + +«Le 12 mai, à minuit et demi, la dame d'Oliva s'étant trouvée +indisposée, Lecoq, chirurgien-major a été réveillé, et jugeant qu'elle +allait accoucher, on a envoyé chercher la matrone Choppin. La dame +d'Oliva est accouchée à quatre heures du matin d'un garçon. + +«Le 13 mai, à huit heures et demie du soir, le fils de la dame Oliva a +été baptisé à Saint-Paul, sous le nom de Jean-Baptiste-Toussaint +Beaussire. Le parrain et la marraine, deux pauvres. Le sieur Robin, +tuteur de la dame d'Oliva, la femme Choppin, sage-femme, et la veuve +Richard pour porter l'enfant, ont été à la paroisse. + +«Le 29 mai 1786.--À dix heures du soir, les sieurs Sergent et Regnault, +huissiers du Parlement, sont venus chercher le sieur Retaux de Villette +pour le conduire à la Conciergerie. + +«À onze heures, les mêmes sont revenus prendre la dame d'Oliva pour la +conduire aussi à la Conciergerie avec son enfant et la garde. + +«À minuit passé, les mêmes sont revenus prendre la dame de la Motte, +pour la conduire aussi à la Conciergerie. + +«Le 30 mai.--À quatre heures du matin lesdits sieurs Sergent et +Regnault, huissiers du Parlement, sont venus chercher le sieur +Cagliostro pour le conduire au Palais. + +«À six heures, M. le gouverneur et M. le lieutenant du roy ont +accompagné M. le cardinal de Rohan au Palais; ils y doivent passer la +journée dans le cabinet du sieur Lebret, greffier en chef, qui l'a prêté +pour que M. le cardinal fût dans un lieu propre et à portée de la salle +d'audience où il devait se rendre à la première invitation. + +«Le 30.--À six heures et demie, le sieur Cagliostro a été ramené par les +mêmes huissiers Sergent et Regnault. + +«À sept heures, M. le cardinal est revenu: il avait un grand habit +violet. Après avoir parlé un moment au Palais, il a été invité à +s'asseoir, ce qu'il a fait, et cette invitation, dit-on, n'a pas +d'exemple. + +«Le 31 mai.--À cinq heures, M. le cardinal de Rohan a été accompagné par +M. le gouverneur et M. le lieutenant du roy au Palais, ainsi qu'il avait +été fait le 30. + +«À six heures et demie, le sieur Sergent, huissier du Parlement, est +venu chercher le sieur Cagliostro pour le conduire au Parlement. + +«Le sieur Cagliostro a été ramené par l'huissier Sergent à sept heures. + +«M. le cardinal est rentré à plus de dix heures étant déchargé purement +et simplement d'accusation. + +«Le 1er juin.--À dix heures, M. le cardinal de Rohan a été mis en +liberté, sur une lettre de M. le baron de Breteuil en date du même jour. +Il est sorti avec M. le prince de Montbazon, son frère. + +«Brandner, Screibert et Liegeurs, valets de chambre, sont sortis en même +temps. + +«À onze heures, le sieur Cagliostro a été mis en liberté sur la même +lettre ci-dessus de M. le baron de Breteuil, et il lui a été remis les +effets restés de sa femme, sur son reçu mis au bas d'un procès verbal +qu'en a fait le commissaire Chenon fils. + +«Rendu compte et informé tout de suite M. le baron de Breteuil et M. de +Crosne. + +«Le 2 juin.--Remis au sieur Hubert fils, greffier, concierge du Palais, +les hardes et linges de la dame de Valois de Lamotte qui étaient peu +considérables, en ayant préalablement fait le détail au bas de la lettre +de ladite dame qui les demandait, et fait mettre au bas dudit détail le +reçu dudit sieur Hubert. + +«La dame de Lamotte n'avait emporté lors de son transport à la +Conciergerie que ce qu'elle avait sur elle. + +«Le 15 juillet 1788.--Depuis trois heures du matin jusqu'à sept, il a +été conduit au château les sieurs de Montluc, de la Rouerie, de +Châtillon, de Metumières, de la Peronière, de la Fruglaye, de Tremergat, +de Carné, de Guer, de Bédé, de Bec de Lièvre, de Cice, chacun par un +officier major de la garde de Paris et un inspecteur de police. Ils ont +été reçus sur des lettres de cachet contresignées de M. le baron de +Breteuil. Ces douze gentilshommes bretons avaient été chargés par la +noblesse de Bretagne de présenter au roi un mémoire sur des réformes à +faire. + +«Remis des paquets de linges et hardes à plusieurs des prisonniers +gentilshommes bretons qui leur ont été envoyés. + +«M. de Crosne qui a visité les douze gentilshommes a reçu d'eux +différentes lettres: il a dit de leur donner plumes, encre, papier, +couteaux, ciseaux, montres, promenades, en un mot de faire pour eux tout +ce qui était possible. Il a trouvé bon que trois de ces Messieurs, qui +avaient leurs domestiques, les gardassent. + +«Le 18.--À quatre heures et demie après midi, remis à chacun de +Messieurs les gentilshommes bretons une lettre de Messieurs les États de +Bretagne, envoyée par M. de Crosne. + +«Le 28.--M. de la Fruglaye le fils ayant obtenu la permission de venir +s'enfermer avec monsieur son père, il y a eu un combat de tendresse qui +a fini par l'ordre qu'a donné le père au fils, auquel il a fallu obéir, +de s'en retourner ou de rester à Paris. + +«Le 21 août.--Il a été loué un billard qui a été mis dans la chambre du +major pour l'amusement de Messieurs les gentilshommes bretons. + +«Le 12 septembre.--M. de la Fruglaye a eu la visite de son fils à qui M. +le gouverneur a permis de dîner avec son père et les cinq autres de ces +Messieurs qui formaient la table. + +«À huit heures et demie, tous Messieurs les Bretons étaient en liberté. + +«Rendu compte au ministère et informé le commissaire du roi de leur +sortie. + +«Le 19 mai 1783.--M. Martin est venu à huit heures du matin; il avait +fait avertir les sieurs Cazin et Cornu qui ont reconnu les différents +livres et autres imprimés qui étaient au dépôt des saisies, envoyés par +ordre des ministres. On a employé une vingtaine de bas officiers pour +déchirer. M. Lenoir est venu vers midi et a ordonné qu'il serait gardé +un certain nombre d'exemplaires de certains ouvrages, lesquels seraient +mis au dépôt ordinaire. + +«Condamné d'autres à être déchirés. + +«25 mai.--Les sieurs Cazin et Cornu sont venus travailler la matinée à +l'arrangement des livres réservés du pilon. M. Martin est venu passer +deux heures. + +«Le 14 juin.--M. Martin et le sieur Cazin sont venus travailler toute la +journée au pilon; ils ont occupé toute la journée deux bas officiers. + +«M. Martin a retiré de l'armoire du premier cinq paquets qu'il a mis +sous cachet ledit jour dans le dépôt des livres. + +«25 juillet 1785.--M. le gouverneur a envoyé à M. Lenoir deux paquets de +livres qui étaient étiquetés pour MM. d'Amoury et Cardonne, d'après la +lettre de M. Lenoir du 23 qui demandait deux exemplaires de chaque +livre du dépôt, pour être donnés à M. de la Michodière, beau-père de M. +de Crosne. + +«Le 21 mars 1786.--À sept heures et demie du matin, le nommé Chambon, +commissionnaire de livres, a été amené par le sieur Henry, inspecteur de +police. + +«À deux heures, le sieur Henry a amené le nommé Point Dupré et une +charrette remplie d'imprimés et d'une imprimerie. + +«Le 22 avril 1786.--À deux heures, le sieur Henry, inspecteur, a apporté +des ballots de brochures qui ont été mis au dépôt des livres et dont 834 +cahiers du rideau levé, 7 cahiers du recueil, 44 de la gazette noire. Il +y avait 14 exemplaires de brochés qui ont été remis par le sieur Henry à +M. de Crosne. + +«Le 16 mai 1787.--Les papiers concernant M. de Vendosme qui étaient au +château par suite du sieur chevalier d'Hauterive, ont été donnés en +communication par ordre du ministre au sieur Bejot, garde des manuscrits +de la Bibliothèque du roy; présence du sieur Bouyn, employé aux archives +du château; ils m'ont fait la reconnaissance et mis en ordre dans une +des pièces du gouverneur, afin de demander au ministre un ordre pour en +exporter à la Bibliothèque du roy ce qu'ils en estiment mériter la +peine. + +«24 mai.--Remis à M. Bejot, conjointement avec M. Bouyn, par M. le +Gouverneur, deux malles de manuscrits, lettres, etc., concernant M. le +duc de Vendosme, qui étaient restés au dépôt de la Bastille après la +mort du chevalier de Bellerive, son fils naturel, pour être portés au +dépôt de la Bibliothèque du Roy, par l'ordre de M. le baron de Breteuil +du 19 de ce mois. Il y a eu, suivant l'ordre de ce ministre un +procès-verbal fait double et signé des trois dénommés ci-dessus, dont +l'un est envoyé par M. Bouyn au ministre et l'autre est resté pour la +décharge de l'État-major. + +«Le 18 avril 1789.--M. Mesurier, porteur d'une lettre de M. le comte de +Puysegur, ministre de la guerre, et M. d'Angenoux, colonel d'artillerie, +dont il a laissé copie signée de lui, a fait apporter des sabres, +fusils, pistolets, lances, pertuisanes; le tout a été mis à la 2e +Bazinière. + +«Le 19 avril.--M. le Gouverneur a donné l'ordre que tous les +travailleurs de la compagnie de bas-officiers rentrent dans le jour dans +la caserne; précautions prises relativement aux grands attroupements que +l'élection des députés aux États généraux occasionnera. + +«Le 27 avril 1789.--Des ouvriers du faubourg Saint-Antoine se sont +attroupés en grand nombre, pour punir, disaient-ils, un nommé Reveillon, +marchand de papier et meubles, et un nommé Henriot, salpêtrier, de +propos méprisants qu'ils avaient tenus à l'assemblée du Tiers État sur +le compte des ouvriers dudit faubourg. + +«Ils ont dévalisé la maison du sieur Henriot, parquets, glaces, lambris, +enfin tous meubles, et les ont brûlés dans la place du marché du +faubourg. Les gardes françaises sont venus sur la fin, en ont été +spectateurs et tout le monde s'est retiré vers onze heures du soir. + +«Le 28.--L'émeute de la veille ayant paru apaisée, il n'y a point été +mis de gardes au faubourg; lesdits ouvriers se sont rattroupés, accrus +de gens des autres faubourgs, armés de gros bâtons, perches, fers, etc. + +«Sur le midi.--Les troupes sont venues, soit gardes françaises, soit +détachements du régiment Royal Cravate qui était par précaution depuis +quelques jours à Charenton; leur trop petit nombre a été cause qu'ils +ont été obligés de gagner le haut du faubourg, et les brigands ont +déménagé la maison de Réveillon et ont brûlé le tout comme ils avaient +fait la veille. Un renfort de troupes arrivé, on a foncé et tiré dessus +les révoltés; il y en a eu deux ou trois cents de tués ou blessés ou +arrêtés, et ils ont quitté le faubourg vers six heures, en s'en allant +par bandes de huit à vingt. + +«Ils entraient dans les boutiques de vitriers ou les fesaient ouvrir et +emportaient tous les comestibles et quelquefois même l'argent du +comptoir et autres choses. Cela a duré jusqu'à près de deux heures. + +«Le 29.--Dès six heures du matin, corps de troupes respectable dans le +faubourg, deux pièces de canons en patrouille jusqu'aux environs de la +place Royale. + +«À six heures du soir, il a été exécuté, pendu deux hommes de l'émeute; +il y avait une escorte à leur charrette, du guet à pied, à cheval, +maréchaussée en robe courte; et le faubourg Saint-Antoine était gardé +par les Suisses, gardes françaises, des détachements de Royal Cravate, +de Bourgogne cavalerie et de toutes les maréchaussées et guet possible. + +«Le 30.--A été tranquille. + +«Le 1er mai.--À quatre heures du matin est arrivé au château le sieur +Reveillon, sur un ordre du roy, contresigné de Villedeuil: il a été logé +à la 3me Comté. Ce prisonnier a demandé de l'être pour sa sûreté. + +«Plusieurs personnes dénommées peuvent voir la 3me Comté sans la +présence d'officiers majors. Il peut aussi recevoir des lettres et en +écrire sans aucune précaution ordinaire. + +«Le 3.--Le chevalier du Puget, lieutenant du roy de ce château, a eu +lettres de M. le duc du Châtelet commandant à Paris pour commander à la +sûreté des poudres à l'Arsenal. + +«Le 22 mai.--M. de Villedeuil est venu à cinq heures et demie et est +resté demi-heure au gouvernement avec la 3me Comté. + +«À deux heures, il y a eu, à la place de l'entrée du faubourg +Saint-Antoine, un homme de pendu et cinq fouettés et marqués et au +carcan, par suite de l'émeute du mois précédent dans ledit faubourg: il +y avait des gardes françaises, des Suisses, de la cavalerie et des +hussards qui entouraient la place de l'exécution. + +«Les 26, 27 et 28.--Le sieur Réveillon a eu beaucoup de visites ainsi +que depuis son arrivée; il a vu souvent le commissaire Lerat, le sieur +Abeille, secrétaire du commerce, le sieur Jacmart, le sieur Dumoulin, +maître maçon, la dame Jacmart, la dame Abeille et son fils, l'abbé +Morellet, l'avocat Tronson du Coudray, M. le président de Gourgues, deux +fois le sieur Pontcarré, secrétaire du ministre, le sieur Duval fils, de +la police, le sieur Couché, secrétaire de M. de Crosne, le sieur Noroy, +de la manufacture des glaces, le sieur Renouf, procureur au Châtelet, le +sieur Lachaume, etc. + +«Le 28.--À neuf heures du soir, le sieur Reveillon est sorti du +château; il y avait, avec l'ordre pour son entrée, celui de sa sortie, +contresigné de M. de Villedeuil. + +«Le 29.--M. de Crosne est venu avec un conseiller au Parlement, voir le +château, conduit par M. le Gouverneur; ils ont monté sur les tours. + +«Le 1er juillet.--Un sergent et douze bas-officiers sont arrivés de +l'hôtel pour supplément de notre garde. + +«Le 7.--À quatre heures du matin, est arrivé un détachement de Salis +Samade Suisse, composé de trente hommes et un lieutenant nommé M. +Deflue, pour renforcer la garnison de ce château.» + + * * * * * + +Nous n'avons fait que copier. N'est-ce pas de l'histoire écrite au jour +le jour, par une plume qui ne savait rien du lendemain? + + + + +III + + +La dernière page du registre ne contient que ces deux mentions: + +«Juillet 1789.--Les 10 et 11. Envoyé à M. de la Mornière chaque jour une +lettre de M. de la Corrège. + +«Le 12.--Le sieur La Corrège a eu la visite de la fille Geneviève +Chevalier.» + + * * * * * + +Les troubles qui s'étaient déjà produits dans les rues de Paris et les +attroupements nombreux qui stationnaient sur la place de la Bastille +avaient interrompu les correspondances et les visites. + +Le 14 juillet, à cinq heures du soir, la Bastille était prise par le +peuple et ses prisonniers délivrés. Il ne restait alors dans cette +prison que sept personnes: + +1º Jean Bechade la Barte, employé; + +2º Bernard Laroche, âgé de 18 ans, employé; + +3º Jean La Corrège, employé; + +4º Jean Antoine Pujade, négociant; + +Tous quatre enfermés au mois de janvier 1787 et accusés d'avoir fabriqué +de fausses lettres de change. + +5º Le comte de Solages, enfermé en 1782, à Vincennes, sur la demande de +son père, pour cause de dissipation et de mauvaise conduite, et +transféré à la Bastille le 28 février 1784; + +6º Tavernier, accusé de complot contre la vie du roi, enfermé d'abord +pendant dix ans aux îles Sainte-Marguerite, puis transféré à la Bastille +le 4 août 1759; il était en état de délire. Il fut placé à Charenton peu +de temps après sa sortie de la Bastille; + +7º Le comte de Whyte de Malleville, enfermé d'abord au château de +Vincennes, puis transféré à la Bastille le 29 février 1784. Il était +ordinairement en état de délire depuis plusieurs années: il fut aussi +placé à Charenton quelques jours après sa sortie de la Bastille. + + +Paris.--Typographie Georges Chamerot, 19, rue des Saints-Pères.--10429. + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Le registre d'écrou de la Bastille de +1782 à 1789, by Alfred Bégis + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE REGISTRE D'ÉCROU *** + +***** This file should be named 35315-8.txt or 35315-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/5/3/1/35315/ + +Produced by Mireille Harmelin, Jean-Adrien Brothier and +the Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. 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Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/35315-8.zip b/35315-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9f33a0f --- /dev/null +++ b/35315-8.zip diff --git a/35315-h.zip b/35315-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3ee25c4 --- /dev/null +++ b/35315-h.zip diff --git a/35315-h/35315-h.htm b/35315-h/35315-h.htm new file mode 100644 index 0000000..354362f --- /dev/null +++ b/35315-h/35315-h.htm @@ -0,0 +1,1669 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Le Registre d'écrou de la Bastille de 1782 à 1789, by ALFRED BÉGIS. + </title> + <style type="text/css"> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%;} + +h1,h2,h3,h4 {text-align: center; /* all headings centered */ clear: both;} + +p {margin-top: .75em; text-align: justify; margin-bottom: .75em;} + +hr {width: 33%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em; margin-left: auto; margin-right: auto; + clear: both;} +hr.c45 {width: 45%; margin-top: 3em; margin-bottom: 3em;} +hr.c65 {width: 65%; margin-top: 3em; margin-bottom: 3em;} + +/* page numbers */ +.pagenum {position: absolute; left: 92%; font-size: smaller; text-align: right;} + +.blockquot {margin-left: 5%; margin-right: 10%;} +.center {text-align: center;} +.smcap {font-variant: small-caps;} +.p2 {margin-top: 2em;} +.p2b {margin-bottom: 2em} +.p4b {margin-bottom: 4em} +.indent1 {margin-left: 10%} +.signature {text-align: right; margin-right: 30%;} +.signature2 {margin-left: 5%;} +.leftright15 {margin-left: 15%; margin-right: 15%;} + +/* Footnotes */ +.footnotes {border: dashed 1px;} +.footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;} +.footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} +.fnanchor {vertical-align: super; font-size: .8em; text-decoration: none;} + + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Le registre d'écrou de la Bastille de 1782 +à 1789, by Alfred Bégis + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Le registre d'écrou de la Bastille de 1782 à 1789 + Extrait de la Nouvelle Revue du 1er décembre 1880 + +Author: Alfred Bégis + +Release Date: February 18, 2011 [EBook #35315] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE REGISTRE D'ÉCROU *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Jean-Adrien Brothier and +the Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) + + + + + + +</pre> + + +<h4 >Note de transcription:</h4> +<p class="leftright15 p4b">L'orthographe a été conservé; seules +les erreurs évidentes de typographie ont été corrigées. Les +majuscules qui le demandaient ont toutefois été accentuées. +Il faut noter que le registre est présenté, non dans l'ordre +chronologique, mais par prisonnier. Cet ordre a été conservé.</p> + +<h2>LE</h2> + +<h1>REGISTRE D'ÉCROU</h1> + +<h2>DE LA BASTILLE</h2> + +<p class="center p2b"><span class="smcap">de</span> 1782 <span class="smcap">à</span> 1789</p> + +<h3>PAR ALFRED BÉGIS</h3> + +<p class="center p2b">EXTRAIT de la <i>NOUVELLE REVUE</i></p> + +<p class="center p2b">du 1<sup>er</sup> décembre 1880.</p> + +<p class="center">PARIS</p> + +<p class="center"> TYPOGHAPHIE GEORGES CHAMEROT<br /> +19, <span class="smcap">rue des saints-pères</span>, 19</p> + +<p class="center p2b">1880</p> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[Pg 5]</a></span></p> + +<h3>LE</h3> + +<h3>REGISTRE D'ÉCROU</h3> + +<h3>DE LA BASTILLE</h3> + +<h4><span class="smcap">de</span> 1782 <span class="smcap">à</span> 1789<a name="FNanchor_1" +id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></h4> + +<p>Les documents qui se rapportent au château de la Bastille et +à ses prisonniers n'ont pas cessé d'exciter la curiosité publique. +Chacun s'y intéresse; chacun voudrait pouvoir pénétrer le mystère +qui enveloppait les prisonniers, depuis leur entrée dans la +forteresse jusqu'à leur sortie, et connaître exactement le régime +et les traitements auxquels ils y étaient soumis.</p> + +<p>De grandes précautions ont été prises à toutes les époques +pour assurer le secret de ce qui se faisait à la Bastille; cependant +il a été possible, avec le temps, de connaître en détail à peu près +tout ce qui s'est passé dans cette prison tant redoutée.</p> + +<p>À l'une des dernières réunions de la Société des <i>Amis des +Livres</i>, formée entre cinquante bibliophiles parisiens, sous la +présidence de M. Eugène Paillet, conseiller à la cour d'appel, il +a été question d'un registre fort curieux, acquis récemment par +l'un des membres de la Société dans une vente publique faite à +<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[Pg 6]</a></span>Londres. +Ce volume inédit ne nous paraît pas avoir été même +signalé dans les nombreux ouvrages publiés sur la Bastille et +sur ses archives: il peut être considéré comme une curiosité historique +de premier ordre.</p> + +<p>Nous avons pensé qu'il serait intéressant de le faire connaître +par la description de son état matériel, et d'en reproduire littéralement, +à titre de spécimen, quelques extraits portant sur +des personnages ou sur des faits qui ont déjà été signalés à l'attention +du public.</p> + +<p>Avant d'arriver à ce point principal, il nous a paru nécessaire +de rappeler brièvement l'origine, la destination et l'état du +château de la Bastille, les formalités qui étaient remplies lors de +l'entrée et de la sortie des prisonniers, enfin les précautions qui +étaient prises à leur égard.</p> + +<div class="footnote"> +<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> +Nous sommes redevables au possesseur du précieux registre dont il va +être question, de cet article aussi intéressant par lui-même que curieux par les +citations qui s'y trouvent.</p> +</div> + +<hr class="c65" /> +<h2><a name="I" id="I"></a>I</h2> + +<p>Le château de la Bastille avait été construit sous Charles VI +et sous Charles VII; il avait été complété de 1553 à 1559. Il +servait de forteresse pour défendre ou pour commander la ville +de Paris, et en même temps de prison d'État.</p> + +<p>La façade du château présentait quatre tours vers Paris et +quatre vers le faubourg Saint-Antoine. Le dessus était une +plate-forme en terrasse continuée d'une tour à l'autre. Ces +tours portaient les noms de la Comté, du Trésor, de la +Bazinière, de la Chapelle, de la Liberté, de la Bertaudière, du +Puits et du Coin. L'intérieur était divisé en cinq étages dont le +dernier, voûté, était nommé la Calotte; au pied se trouvaient des +cachots.</p> + +<p>La Bastille servait de lieu de détention pour des prisonniers +d'État, lesquels étaient en très petit nombre pendant les dernières +années, et pour des prisonniers de police, lesquels comprenaient: +des auteurs, des libraires, des colporteurs, des graveurs +d'estampes satiriques ou obscènes, et même des relieurs. +Ordinairement on relâchait ces derniers après quelques mois de +détention. Certains prisonniers étaient maintenus à la Bastille, +par l'influence de leurs familles et à leurs frais, moyennant le +<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[Pg 7]</a></span> +payement d'une pension dont le chiffre était fixé par le gouverneur.</p> + +<p>C'était ordinairement en fiacre qu'on était conduit dans cette +prison, afin d'échapper à la curiosité publique et d'éviter le scandale. +Un inspecteur de police et deux hommes armés montaient +dans la voiture pour tenir le prisonnier en respect. Le fiacre s'arrêtait +dans l'intérieur du château, devant la porte de l'hôtel du +gouverneur. Les sentinelles et les soldats des corps de garde +avaient pour consigne de mettre leurs chapeaux devant leur visage, +afin de ne pas voir le prisonnier; cette précaution se renouvelait +à toutes les entrées, sorties, allées et venues de tous +les détenus.</p> + +<p>Le major de la Bastille et le lieutenant du roi recevaient le +prisonnier, le faisaient monter avec l'exempt à l'appartement +du gouverneur, et la lettre de cachet, en vertu de laquelle l'arrestation +avait eu lieu, était remise par l'exempt au gouverneur +qui lui en donnait une décharge. Nous reproduisons celle relative +au sieur Jacquet de la Douay, espion de police, chargé de la surveillance +des hommes de lettres et des libraires, lequel avait été +arrêté comme s'étant intéressé dans la publication et la vente +de livres prohibés.</p> + +<p>Le sieur Jacquet, entré une première fois à la Bastille le +30 octobre 1781, en était sorti le 19 novembre 1782, pour être +conduit à Charenton, puis ramené le 7 novembre 1783, pour +n'en plus sortir que le 9 juillet 1789. Lors de cette seconde incarcération, +il était accompagné par le sieur Le Houx, inspecteur +de police, porteur d'une lettre ainsi conçue:</p> + +<blockquote><p class="indent1">Monsieur le marquis de Launay,</p> + +<p>Je vous fais cette lettre pour vous dire de recevoir dans mon château de +la Bastille le sieur Jacquet et de l'y retenir jusqu'à nouvel ordre de ma part. +Sur ce, je prie Dieu, Monsieur de Launay, qu'il vous ait en sa sainte garde.</p> + +<p>Écrit à Fontainebleau, le 3 novembre 1783.</p> + +<p class="signature">Signé: LOUIS.</p> + +<p class="signature2">Contresigné: AMELOT.</p></blockquote> + +<p>La lettre de cachet était quelquefois remplacée +provisoire<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[Pg 8]</a></span>ment +par une lettre d'anticipation, en attendant celle du roi qui +devait autoriser l'emprisonnement.</p> + +<p>Le major inscrivait sur un registre le nom et la qualité du +prisonnier, avec le numéro de l'appartement qu'il allait occuper; +puis escorté de deux porte-clefs, il l'emmenait à la chambre qui lui +était destinée. En arrivant, le détenu était invité à remettre tout +ce qu'il avait dans ses poches, sa montre, ses bagues, son argent, +ses papiers, ses étuis et même ses cure-dents; le major en +dressait l'inventaire qu'il faisait signer par le prisonnier. Les papiers +étaient réunis en un paquet que l'on cachetait avec le +cachet du prisonnier auquel il était rendu. Ce paquet devait être +ouvert par le magistrat chargé de l'interrogatoire.</p> + +<p>Les noms des détenus n'étaient jamais prononcés; ils +étaient désignés par le nom de la tour dans laquelle ils étaient +placés, et par le numéro de leur étage. Ils pouvaient obtenir du +lieutenant de police l'autorisation d'écrire à leur famille et d'en +recevoir des réponses par son intermédiaire, d'avoir un domestique +ou un garde-malade, et de recevoir des visites du dehors.</p> + +<p>Pendant ces visites, le prisonnier devait rester à une certaine +distance de son visiteur, afin que celui-ci ne pût pas lui remettre +ni papiers, ni armes, ni instruments dont il aurait pu abuser. +On prenait en outre les plus grandes précautions pour que le +visiteur ne pût être vu d'aucun autre que celui qu'il venait voir.</p> + +<p>Plusieurs prisonniers avaient été autorisés à se promener, +l'un après l'autre, sous l'escorte d'un officier ou d'un porte-clefs, +dans le jardin, puis sur les plates-formes des tours donnant du +côté de la rue Saint-Antoine. M. Amelot décida que ces promenades +n'auraient plus lieu que dans la cour du château. Cette +cour formait un carré de 30 mètres sur 20; elle était entourée +de murailles qui avaient plus de 30 mètres de haut, sans aucune +fenêtre. C'était un large puits où le froid était insupportable +pendant l'hiver et la chaleur excessive pendant l'été. Cette +cour sans abri formait le seul passage pour arriver aux cuisines. +Comme il fallait surtout que le prisonnier fût invisible et qu'il +ne vît personne, quand il se présentait des étrangers, pendant sa +promenade, il devait se réfugier dans le <i>cabinet</i>, couloir de +4 mètres de long sur 65 centimètres de large, pratiqué dans +l'é<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[Pg 9]</a></span>paisseur +d'une ancienne voûte. Au moindre soupçon de curiosité, +sa promenade lui était supprimée, et il était réduit à une claustration +absolue.</p> + +<p>Les prisonniers étaient interrogés dans la salle du conseil du +château, quelques jours après leur arrivée, par le lieutenant de +police ou par un conseiller d'État, un maître des requêtes, un +conseiller ou un commissaire du Châtelet.</p> + +<p>Lorsqu'un prisonnier avait obtenu sa liberté, on lui rendait +les effets, les valeurs et les objets qu'il avait remis en entrant. +On lui présentait ensuite un registre intitulé: «Livre des sorties +des prisonniers du château de la Bastille», sur lequel était inscrite +une formule contenant la promesse de ne jamais révéler ce +qu'il avait vu ou entendu pendant son séjour à la Bastille, et on +l'invitait à la signer.</p> + +<p>Nous reproduisons l'une de ces déclarations, signée par +l'abbé Lenglet du Fresnoy, enfermé plusieurs fois à la Bastille à +cause de ses écrits:</p> + +<blockquote><p>«Étant en liberté, je promets, conformément aux ordres du +Roy, de ne parler à qui que ce soit, ny en aucune manière que +ce puisse être, des prisonniers ny d'autres choses concernant le +château de la Bastille, qui auraient pu parvenir à ma connaissance. +Je reconnais de plus que l'on m'a rendu tout l'or, l'argent, papiers +et effets que j'ai apportés ou fait apporter audit château. +En foy de quoi j'ai signé le présent. Fait au château royal de la +Bastille, le 24 du mois de janvier 1752. Signé: l'abbé Lenglet +du Fresnoy».</p></blockquote> + +<p>En marge du livre se trouve le nom de Lenglet du Fresnoy, +et au-dessous cette mention: «L'ordre de sortie, contresigné +d'Argenson, du 17 janvier 1752.»</p> + +<p>Le major était chargé de la tenue des livres d'entrée et de +sortie des prisonniers et du dépôt de leurs effets. Depuis 1774, +le major Chevalier avait été chargé de la rédaction d'un livre +secret, contenant toutes les particularités relatives à chacun des +prisonniers; ce livre ne devait être communiqué qu'aux ministres. +Tous les jours, le major rendait compte, par lettre, au lieutenant +de police, des visites reçues, de ce qui s'y était dit et fait.</p> + +<p>Le plus important des registres de la Bastille était de +format<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[Pg 10]</a></span> +in-folio; il était enfermé dans un carton ou portefeuille couvert +en maroquin et fermant à clef. Les pages de ce registre étaient +divisées en sept colonnes, dont chacune portait l'un de ces titres +imprimés:</p> + +<p>1º Noms et qualités des prisonniers;</p> + +<p>2º Date des jours d'arrivée des prisonniers au château;</p> + +<p>3º Noms des secrétaires d'État qui ont expédié les ordres;</p> + +<p>4º Date de la sortie des prisonniers;</p> + +<p>5º Noms des secrétaires d'État qui ont signé les ordres d'élargissement;</p> + +<p>6º Causes de la détention des prisonniers;</p> + +<p>7º Observations et remarques.</p> + +<p>Le major remplissait de lui-même les cinq premières colonnes +et la septième; quant à la sixième, il devait suivre les indications +que lui donnait le ministre ou le lieutenant de police. Les observations +et les remarques contenaient l'historique des faits et +gestes, du caractère, de la vie, des mœurs et de la fin des prisonniers.</p> + +<p>Ces mémoires secrets eussent été accueillis par le public avec +la plus grande curiosité; il aurait trouvé là des renseignements +sur beaucoup de points intéressants de notre histoire; mais ce +précieux recueil ayant été porté en triomphe à l'hôtel de ville, le +14 juillet 1789, fut livré aux flammes immédiatement.</p> + +<p>Étienne de Junca, écuyer, lieutenant du Roy à la Bastille +depuis le 11 octobre 1690 jusqu'au 26 août 1705, avait tenu pendant +la durée de ses fonctions un registre qu'il avait intitulé: +«Mémoires ou agenda de M<sup>r</sup> de Junca, lieutenant du Roy de la +Bastille.» Ce registre se trouve parmi les manuscrits de la bibliothèque +de l'Arsenal; il est relié en parchemin blanc et divisé +en 4 volumes in-folio.</p> + +<p>Le premier volume débute ainsi: «État de prisonniers +qui sont envoyés par ordre du Roy à la Bastille, à commencer du +mercredi 11 du mois d'octobre, que je suis entré en possession de +la charge de Lieutenant du Roy en l'année 1690.»</p> + +<p>Au verso du folio 37, se trouve cette constatation: «À la date +du jeudi 18 septembre 1698, trois heures de l'après-midi, M<sup>r</sup> de +Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, est arrivé pour sa +première<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[Pg 11]</a></span> +entrée, venant de l'île Sainte-Marguerite, ayant amené avec lui, +dans sa litière, un prisonnier qu'il avait à Pignerol, dont le nom +ne se dit pas, lequel on fait tenir toujours masqué, qui fut mis +d'abord dans la tour de la Bazinière, en attendant la nuit, et que +je conduisis ensuite moi-même, sur les neuf heures du soir, dans +la troisième chambre de la tour de la Bertaudière, laquelle +chambre j'avais eu soin de faire meubler de toutes choses, avant +son arrivée, en ayant reçu l'ordre de M<sup>r</sup> de Saint-Mars... En le +conduisant dans ladite chambre, j'étais accompagné du sieur de +Rosargues, que M<sup>r</sup> de Saint-Mars avait amené avec lui, lequel +était chargé de servir et de soigner le prisonnier, qui était nourri +par le gouvernement.»</p> + +<p>Le deuxième volume porte en tête: «État des prisonniers +qui sont sortis de la Bastille, leurs noms et le temps, à commencer +le 11 octobre 1690, que je suis arrivé.»</p> + +<p>Au verso du folio 80, se trouve cette constatation: «À la date +du lundi 19 novembre 1703, le prisonnier inconnu, toujours +masqué d'un masque de velours noir, que M<sup>r</sup> de Saint-Mars +avait amené avec lui des îles Sainte-Marguerite, s'étant trouvé +hier un peu plus mal, en sortant de la messe, il est mort aujourd'hui, +sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie. +M<sup>r</sup> Giraud, notre aumônier, le confessa hier.»</p> + +<p>Du mardi 20 novembre 1703:</p> + +<p>«Ce même prisonnier a été enterré à quatre heures après +midi dans le cimetière de Saint-Paul, et son enterrement a coûté +40 livres.»</p> + +<p>Ces mentions établissent avec une authenticité incontestable +la détention et la mort du personnage mystérieux qui portait un +masque de velours, et qui est généralement désigné sous le nom +du <i>Masque de fer</i>.</p> + +<hr class="c65" /> +<h2><a name="II" id="II"></a>II</h2> + +<p>Le registre de la Bastille acheté à Londres, dont nous allons +donner la description et faire des extraits, avait été commencé +le 15 mai 1782; il se termine par un article du 12 juillet 1789. +Il<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[Pg 12]</a></span> +renferme beaucoup plus de détails que celui tenu par de Junca, +et il est bien plus étendu pour une période moins longue. Il +constate jour par jour l'entrée et la sortie des prisonniers, avec +les dates, les noms des signataires des ordres en vertu desquels +le gouverneur avait agi, la date de leurs interrogatoires, des +visites de leurs médecins, de leurs avocats, de leurs notaires, +de leurs parents ou de leurs amis, l'entrée et la sortie de leurs +correspondances, l'entrée des commissaires et des agents chargés +de classer les archives de la Bastille et de surveiller +la destruction des ouvrages mis au pilon, avec l'indication de la +durée de chaque séance. Il contient, dans une forme précise et +brève, de nombreux renseignements sur le régime des prisonniers, +sur le caractère de leur détention, sur les secours qui +leur étaient fournis par leur famille, sur les adoucissements +apportés à leur captivité, tant par le gouverneur que par les ministres +et le lieutenant-général de police, enfin la relation des +troubles qui se sont produits autour de la Bastille avant le +14 juillet, et des précautions qui avaient été prises à cette occasion +dans le château.</p> + +<p>Le volume est de format in-folio; il s'ouvre par ce titre +inscrit sur une feuille séparée:</p> + +<p>«Répertoire ou Journalier du château de la Bastille à commencer +le mercredi 15 mai 1782.»</p> + +<p>Il se compose de 183 feuillets numérotés, formant 366 pages +de 40 lignes environ, avec une marge sur laquelle se trouvent +indiquées les dates des constatations. Il était tenu jour par jour, +par l'un des officiers de la Bastille, sans doute par de Losme-Salbray, +major adjoint; il renfermait les éléments de la correspondance +qui devait être adressée quotidiennement au lieutenant +de police. Il porte au verso du 1<sup>er</sup> feuillet, sur la marge, les +signatures de Chevalier, Bailly de Gaillardon et de De Losme, +apposées dans cet ordre, en face d'une constatation. Il ne contient +aucune signature de prisonniers ni celle du gouverneur.</p> + +<hr class="c45" /> + +<p>Les mentions que nous allons maintenant relever n'ont pas +besoin de commentaires; elles font défiler sous nos yeux des +personnages dont le nom évoque les souvenirs les plus +caracté<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[Pg 13]</a></span>ristiques +du temps; vers la fin, elles évoquent les mouvements +et les tumultes populaires précurseurs de la chute de la Bastille.</p> + +<hr class="c45" /> + +<p>Le texte du registre débute ainsi:</p> + +<p>«Cejourdhui quinze mai 1782, M. le marquis de Launay, gouverneur +du château royal de la Bastille, a reçu conformément +aux ordres du Roy, le sieur de Losme, en qualité d'officier +adjoint à l'État-major pour en faire les fonctions dans tous les +détails attachés à cette place.</p> + +<p>«Envoyé à M. Lenoir une lettre de l'abbé Duvernet et une +autre de La Coste de Mézières.</p> + +<p>«Le 19 mai 1782, M. Lenoir est venu et a fait sortir le sieur +Linquet, avocat, enfermé à la Bastille le 27 septembre 1780.</p> + +<p>«Le 21 octobre 1782, à une heure et demie du matin, le sieur +Lompré, inspecteur de police, a amené le sieur Marchand, intendant +des princes de Rohan et de Guémenée, sur une lettre d'anticipation +de M. Lenoir, en date du 20. M. Lenoir est venu voir +le prisonnier l'après-midi.</p> + +<p>«Le 15 février 1783, d'après ce que M. Amelot avait dit à M. +le Gouverneur, M. Lenoir ayant donné une lettre relative, M. le +cardinal de Rohan est venu à quatre heures et demie dans le salon +du Gouvernement et est resté jusqu'à six avec le sieur Marchand, +M. le Gouverneur et un officier de l'État-major présents. Le sieur +Marchand avait été conduit dans une chambre du Gouvernement +d'où il est venu dans le salon.</p> + +<p>«Le 26 février, à midi, M. le cardinal de Rohan est venu et +est resté jusqu'à une heure dans le salon du Gouvernement avec +le sieur Marchand.</p> + +<p>«Le 12 décembre 1785, à six heures du soir, le sieur Surbois, +inspecteur de police, est venu chercher le sieur Marchand avec +un ordre du Roy, contresigné Baron de Breteuil, pour sa liberté; +néanmoins ledit inspecteur l'a conduit aux Minimes de la place +Royale où ledit sieur Marchand doit être gardé par un homme +affidé de la maison de Rohan et un commis pour y travailler à +rendre ses comptes.</p> + +<p>«Le 19 novembre 1782, à neuf heures du matin.—Le +sieur<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[Pg 14]</a></span> +Lehoux, inspecteur de police, est venu chercher le sieur Jaquet +de la Douay pour le conduire chez les frères de Charenton; +avant de sortir, il a feint de vouloir se tuer en se donnant un +coup avec un goulot de bouteille qui était même très uni.</p> + +<p>«Le 7 novembre 1783.—Le sieur Jaquet a été amené de Charenton +à midi par le sieur Lehoux, inspecteur de police, sur un +ordre du roy du 3 novembre 1783, contresigné Amelot.</p> + +<p>«Écrit tout de suite à M. Amelot et à M. Lenoir pour leur +rendre compte de l'arrivée de ce prisonnier.</p> + +<p>«Le 9 juillet 1789.—Le commissaire Chenon est venu à une +heure, et il a dressé procès-verbal de la remise de tous les effets +au sieur Jaquet, par lequel ce prisonnier a reconnu les avoir +reçus et en décharge M. le gouverneur et tous autres, réservant +ledit prisonnier la répétition d'une somme de 4,040 fr. qui +ont été remis antérieurement par ordre de M. le commissaire +Chenon à une personne quelconque. M. le gouverneur a mis dans +les lettres des magistrats le reçu que lui a donné ledit commissaire +Chenon père.</p> + +<p>«À onze heures du soir, le sieur Jaquet a été mis en liberté +sur la lettre de cachet datée du 5, contresignée de M. Villedeuil. +Le sieur Vosgien s'en est chargé pour le conduire à la diligence +de Bezançon: il est exilé à Lons-le-Saulnier, son pays.</p> + +<p>«Informé et rendu compte au magistrat et au ministre de cette +sortie.</p> + +<p>«Le 28 février 1784.—Le sieur Surbois, inspecteur de police, +a amené de Vincennes, à dix heures et demie du soir, +le sieur comte de Solages. L'ordre du roy, contresigné de Breteuil, +est daté du 31 janvier: il est logé à la quatrième Bertaudière.</p> + +<p>«Le 29 février 1784, à deux heures du matin.—Le sieur Surbois, +inspecteur de police, a amené le sieur de Whyte. L'ordre +du roy, contresigné de Breteuil, est daté du 31 janvier. Il est logé +à la deuxième Bertaudière. Le sieur de Whyte est fou, et par +cette raison on a fait signer son entrée par l'inspecteur de police +qui l'a conduit.</p> + +<p>«Envoyé une lettre à M. le baron de Breteuil et à M. Lenoir, +pour leur rendre compte de l'arrivée du sieur comte de Solages. +<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[Pg 15]</a></span></p> + +<p>«Envoyé à M. le baron de Breteuil et à M. Lenoir lettres pour +leur rendre compte de l'arrivée du sieur de Whyte.</p> + +<p>«Le 23 avril 1787.—Le sieur Pyat, commissaire des Guerres, +m'ayant apporté 700 livres pour le quartier du courant de la +pension et entretien du sieur comte de Solages, je lui ai donné +mon reçu de ladite somme au nom de M. Bosquet, motivé suivant +l'usage pour le compte de M. le gouverneur, pour causes à +eux connues, et à M. le lieutenant général de police, à imputer +jusqu'au dernier juin prochain.</p> + +<p>«Remis les 700 livres tout de suite à M. le gouverneur en +trois billets rouges.</p> + +<p>«Le 4 avril 1789.—Remis à M. le gouverneur 700 livres pour +les trois mois courants de la pension du comte de Solages, dont +j'ai donné le reçu motivé suivant l'usage pour causes à lui connues +et à M. le lieutenant général de police.</p> + +<p>«Le 14 août 1788.—Le sieur Girard, notaire, et Argent, +procureur, sont venus pour recevoir une procuration du sieur +de Whyte, qui ne les a pas voulu écouter, ainsi que son état de +folie perpétuelle indiquait qu'il devait faire.</p> + +<p>«16 février 1789.—À une heure et demie, est venu M. Angrand +d'Alleray, lieutenant civil, avec le greffier Rousseau; il a +interrogé le sieur de Whyte de Malleville, et ayant fait dresser +un procès-verbal de ses réponses, il a fait signer MM. les gouverneur +et major de leur dire que ce prisonnier était toujours +dans le même état de délire, et que des papiers qu'ils lui ont +remis étaient de son écriture.</p> + +<p>«Le 29 février 1784.—Le sieur Surbois, inspecteur de police, +a amené de Vincennes, à neuf heures du soir, le sieur marquis +de Sade. L'ordre de roy, contresigné de Breteuil, est daté du +31 janvier: il est logé à la deuxième Liberté.</p> + +<p>«Le 1<sup>er</sup> mars, rendu compte au ministre et à M. Lenoir de +l'arrivée du prisonnier.</p> + +<p>«Le 5 mars.—M. Lenoir est venu à midi; il est resté jusqu'à +une heure et demie; il a vu le sieur comte de Chavaigne et le +sieur marquis de Sade.</p> + +<p>«Le 16 mars.—M<sup>me</sup> la marquise de Sade est venue à quatre +heures, est restée jusqu'à sept avec le sieur marquis son +mari,<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[Pg 16]</a></span> +sur une permission de M. Lenoir, datée de ce jour, pour voir son +mari deux fois par mois; elle doit revenir le 27; elle lui a apporté +six livres de bougie.</p> + +<p>«Le 14 avril.—M. le gouverneur a trouvé bon qu'on laissât +au sieur marquis de Sade un couteau rond pour dîner, lequel couteau +il remettra tous les jours quand on ira le desservir.</p> + +<p>«Le 20 avril.—Le sieur Girard, notaire, est venu pour faire +signer une procuration au sieur marquis de Sade, qui a refusé +de donner sa signature.</p> + +<p>«Le 24 mai 1784.—La dame marquise de Sade est venue à +trois heures et demie et est restée jusqu'à six heures avec le sieur +marquis de Sade, son mari. Elle lui a apporté une paire de draps, +dix-neuf cahiers de papier, une demi-livre de pâte de guimauve, +une bouteille d'encre et une bouteille d'orgeat, et une boîte de +pastilles de chocolat.</p> + +<p>«Le 7 juin.—La marquise de Sade est venue à quatre heures +et a été jusqu'à six avec le sieur marquis de Sade, son mari. +Elle lui a apporté six coeffes de bonnet, six grosses plumes taillées, +six de coq et vingt et un cahiers de papier réglé, et aussi +elle lui a apporté, mais pour rendre, deux comédies brochées et +trois volumes reliés de relations de voyages à Maroc, et de voyages +pour la rédemption des captifs.</p> + +<p>«Le 24 septembre.—Donné à M. le président de Montreuil +un reçu (toujours motivé pour causes à lui connues et à M. Lenoir) +de 350 livres pour 1 mois et 23 jours de la pension du +sieur marquis de Sade, à imputer jusqu'au 1<sup>er</sup> octobre.</p> + +<p>«M. le Gouverneur a touché cet argent.</p> + +<p>«Le 5 octobre 1786.—Les sieurs Gibert l'aîné et Girard, +notaires, sont venus pour faire signer une procuration au sieur +de Sade, suivant le désir de sa famille, ce qu'il a refusé de +faire.</p> + +<p>«Le 20 janvier 1787.—Écrit à M<sup>me</sup> la marquise de Sade pour +la prier, de la part de M. le gouverneur, d'envoyer une pièce de +vin, pareil à celui dont elle boit, pour le sieur marquis de Sade, +son mari, sous condition expresse d'en payer le prix, et que cette +condescendance est pour faire chose agréable audit sieur marquis +de Sade et pour satisfaire au désir qu'il a de boire d'un vin +<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[Pg 17]</a></span> +auquel il était accoutumé. M. le lieutenant du roy était présent +à l'invitation que M. le gouverneur m'a faite d'écrire cette +lettre.</p> + +<p>«Le 8 juillet 1788.—Remis à M. le gouverneur 600 livres +pour le quartier courant de la pension du sieur comte de Sade, +dont j'ai donné reçu à M. le président de Montreuil, motivé, suivant +l'usage, pour causes à lui connues et à M. le lieutenant +général de police.</p> + +<p>«Le 28 mai 1789.—Remis à M. Coquerel le reçu de 600 livres +pour le quartier courant de la pension de M. de Sade, d'après la +volonté de M. le gouverneur, lequel reçu il doit toucher chez +M. Gibert l'aîné, notaire, cloître Sainte-Opportune; il est motivé +suivant l'usage.</p> + +<p>«Le 5 juin 1789.—La promenade du comte de Sade étant +suspendue jusqu'à nouvel ordre, le prisonnier n'ayant pas voulu +tenir compte de la signification par écrit que le major lui en a +envoyée, il a voulu forcer les sentinelles de sa porte et du pied +de la tour, qui l'ont obligé de rentrer dans sa chambre en lui +montrant le bout du fusil d'un peu près.</p> + +<p>«Le 15 juin.—Le sieur comte de Sade a eu la visite de la +dame son épouse.</p> + +<p>«Le 2 juillet 1789.—Le comte de Sade a crié par sa fenêtre, +à diverses reprises, qu'on égorgeait les prisonniers de la Bastille +et qu'il fallait venir le délivrer.</p> + +<p>«Le 4 juillet.—À une heure du matin, d'après le compte qui +avait été rendu à M. de Villedeuil, de la scène du sieur comte de +Sade, du 2, il a été conduit à Charenton par le sieur Quidor, +inspecteur de police, et le commissaire Chenon a mis les scellés +sur sa chambre.</p> + +<p>«Le 11 juillet 1784.—À trois heures du matin, le sieur Lafitte +de Pelport<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> +a été amené par le sieur de Longpré, inspecteur, +sur une lettre d'anticipation de M. Lenoir, datée du 10.</p> + +<div class="footnote"> +<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Le +marquis de Pelleport (Anne-Gédéon de Laffite), auteur du <i>Diable dans +un bénitier</i>.</p> +</div> + +<p>«Le 3 octobre 1788.—Le sieur Pelport a été mis en liberté à +une heure et demie, sur une lettre de cachet contresignée Laurent +<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[Pg 18]</a></span> +de Villedeuil, en date du 1<sup>er</sup> de ce mois. Le sieur....., inspecteur +de police, lui a fait signer une soumission d'être toujours à +trente lieues de Paris.</p> + +<p>«Rendu compte et informé le ministre et le commissaire du +roy de la sortie de ce prisonnier.</p> + +<p>«Le 12 juillet 1784.—Le sieur Henry, inspecteur de police, +a amené, à une heure et demie du matin, le sieur Brissot de +Warville<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, +sur une lettre d'anticipation de M. Lenoir du +1<sup>er</sup> juillet 1784.</p> + +<div class="footnote"> +<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> +Brissot de Varville, avocat, accusé d'avoir composé des libelles.</p> +</div> + +<p>«Le 10 septembre 1784.—Le sieur Brissot de Warville a été +mis en liberté à une heure trois quarts après midi, sur l'ordre du +roy, contresigné baron de Breteuil, en date du 5 de ce mois.</p> + +<p>«Le 16 août 1785.—Après quatre heures, lettre de M. le +baron de Breteuil, qui mande M. le gouverneur pour lui venir +parler tout de suite. M. le lieutenant du roy y a été en son +absence.</p> + +<p>«À onze heures et demie du soir, M. le cardinal de Rohan, +grand aumônier, évêque de Strasbourg, commandeur des ordres +du roy, a été amené au château par M. le comte d'Agoult, premier +aide-major-général des gardes du corps. M. le marquis de +Launay, gouverneur, avait été au parloir du cardinal le chercher, +et l'a amené dans sa voiture, ainsi que M. d'Agoult. Le lieutenant +du roy, M. le chevalier de Saint-Sauveur, a cédé son appartement +pour cette nuit et pour donner le temps de meubler l'appartement +du premier.</p> + +<p>«Le 17 août.—À une heure du matin, deux valets de chambre +de M. le cardinal sont arrivés avec des paquets; lesdits valets de +chambre ont couché chacun dans un cabinet de l'appartement; +ils sont enfermés, ainsi que leur maître, sous clefs: ils s'appellent +Brandner et Screibert.</p> + +<p>«À huit heures du matin, M. le baron de Breteuil et M. de +Crosne sont venus et ont passé une demi-heure dans la chambre +de M. le cardinal.</p> + +<p>«À onze heures, le gouverneur a amené dans sa voiture M. +le cardinal. Ils sont rentrés au château à huit heures et demie. +<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[Pg 19]</a></span></p> + +<p>«Le 18 août.—S. A. M<sup>gr</sup> le prince de Condé est venu à onze +heures et demie; il a été un quart d'heure dans l'appartement de +M. le cardinal de Rohan. M. le gouverneur a été présent à la +visite. L'usage ancien voulait que le prince du sang restât dans +sa voiture et qu'on lui amenât le prisonnier; mais il a demandé +à le voir comme parent, et même il était mis sur la liste que +M. le baron de Breteuil a dictée à M. le gouverneur.</p> + +<p>«M. de Crosne est venu à sept heures et demie avec M. de la +Chapelle, premier commis de la maison du Roy; ils ont été +jusqu'à près de neuf heures chez M. le cardinal; M. le gouverneur +était présent.</p> + +<p>«Dans le courant de la journée, M. le cardinal a reçu dans son +appartement le sieur Travers, son chirurgien Racle le matin et +le soir, Carbonnière, MM. l'abbé Georgel, l'abbé de Villefon et +l'abbé Bidot, Cotte valet de chambre, les princes Ferdinand +Montbazon, la princesse et les princes de Soubise et Charles de +Rohan.</p> + +<p>«Le 19 août.—M. le gouverneur est sorti à neuf heures et +demie avec M. le cardinal qui a monté dans sa voiture. Ils ont +été à Versailles et sont revenus à deux heures un quart. Le gouverneur +s'est servi de ses chevaux et avait demandé des chevaux +de poste qui l'ont attendu à la place Louis XV.</p> + +<p>«Le 20 août.—Le sieur Surbois, inspecteur de police, a +amené à quatre heures du matin la dame comtesse de la Motte +de la Penissière. Cette dame est dans son nom de demoiselle +Valois, descendante de la maison royale par bâtardise, +à ce que l'on dit, et a été aidée dans sa jeunesse, ainsi que +ses frère et sœur, d'après cette prétention. Elle a été logée à la +3<sup>e</sup> Comté.</p> + +<p>«Le 20 août, à dix heures et demie, le sieur Longpré, inspecteur +de police, a conduit au château le sieur baron de Planta. +On l'a logé à la 3<sup>e</sup> de la tour Bazinière par ordre du Roy, contresigné +du baron de Breteuil, en date du 18 de ce mois. L'abbé +Georgel l'a vu descendre de voiture dans la cour du gouvernement, +n'ayant pas pu faire entrer la voiture à cause des croisées +de M. le cardinal sur la cour. Le gouverneur lui a demandé sa +parole d'honneur de n'en pas parler à M. le +cardinal.<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[Pg 20]</a></span></p> + +<p>«M. le comte de Vergennes et M. le maréchal de Castries sont +venus à onze heures et demie et sont restés jusqu'à trois heures +seuls dans l'appartement de M. le cardinal de Rohan. Ils avaient +un ordre du Roy, contresigné baron de Breteuil, pour le voir ce +jour, 20 août, et M. le baron de Breteuil avait donné l'ordre verbal +à M. le gouverneur de laisser les ministres seuls avec le prisonnier. +Ces Messieurs ont monté voir une chambre de prisonnier; +ils ont vu la 2<sup>e</sup> du Coin et ont monté sur les tours.</p> + +<p>«M. de Crosne est venu à huit heures avec le commissaire +Chenon et ils ont travaillé dans la salle du Conseil avec la comtesse +de La Motte, jusqu'à trois heures du matin.</p> + +<p>«Le 22 août, à une heure du matin, est entré au château, de +la Porte, avocat, conduit par le sieur Quidor, inspecteur de police, +sur l'ordre du Roy, contresigné baron de Breteuil, en date du 21 +de ce mois, logé à la 4<sup>e</sup> du Puits.</p> + +<p>«À six heures et demie du matin, le sieur Grenier, orfèvre, a +été conduit au château par le sieur Quidor, inspecteur de police, +sur l'ordre du Roy, contresigné baron de Breteuil, en date du 21 +de ce mois, logé à la 4<sup>e</sup> du Coin.</p> + +<p>«Le 23.—Le sieur des Brugnières, inspecteur de police, a +conduit au château le sieur comte de Cagliostro, à huit heures +du matin, sur une lettre de cachet contresignée baron de Breteuil, +en date du 21, logé à la Calotte Comté.</p> + +<p>«À dix heures du matin, le sieur des Brugnières, inspecteur +de police, a amené la dame comtesse de Cagliostro, sur une lettre +de cachet contresignée baron de Breteuil, en date du 21, logée +à la 4<sup>e</sup> Liberté.</p> + +<p>«Le 24.—À deux heures et demie du matin, le sieur Surbois, +inspecteur, a conduit au château la dame de la Motte de Latour; +elle a été logée à la 1<sup>re</sup> du Puits.</p> + +<p>«Le 26.—MM. de Vergennes, de Castries et de Breteuil sont +venus avant midi et sont restés jusqu'à plus de midi et demie +avec M. le cardinal dans sa chambre.</p> + +<p>«Le 27, à neuf heures et demie du matin, le sieur Quidor, +inspecteur de police, a conduit au château la nommée Madelaine +Brissault, dite Rosalie.</p> + +<p>«Le 27.—Le sieur Laporte a été mis en liberté, +cejour<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[Pg 21]</a></span>d'hui, +sur une lettre de cachet contresignée baron de Breteuil, +en date du 24 de ce mois.</p> + +<p>«Le 29.—Sur l'apparence de désespoir et des propos tenus +par le sieur Cagliostro, écrit à M. de Crosne que ce prisonnier +demandait un garde qui pût le désennuyer et l'empêcher d'effectuer +ses idées noires. M. de Crosne a écrit à M. le gouverneur de +mettre auprès de lui un bas officier, doux, exact et ferme, ce qui +a été exécuté à dix heures du soir.</p> + +<p>«1<sup>er</sup> septembre 1785.—Le commissaire Chenon est venu demander +de l'écriture des différents prisonniers arrêtés à l'occasion +de l'affaire de M. le cardinal de Rohan et en a emporté.</p> + +<p>«Le 2 septembre, à huit heures et demie du matin, le sieur +Grenier a été mis en liberté sur une lettre d'anticipation et en +présence de M. de Crosne.</p> + +<p>«Le 4 novembre, à huit heures du soir, le sieur Quidor, inspecteur +de police, ayant un ordre de M. le comte de Vergennes, +a conduit le sieur de Beaussire et la demoiselle Leguay, dite +d'Oliva.</p> + +<p>«Rendu compte et informé M. le baron de Breteuil et M. de +Crosne de l'arrivée des deux prisonniers;</p> + +<p>«Lettre d'anticipation de M. de Crosne, datée du 3, pour recevoir +les deux prisonniers ci-dessus.</p> + +<p>«Le 12 septembre.—Reçu les deux lettres de cachet pour +l'entrée de dame Leguay dite d'Oliva et du sieur Toussaint de +Beaussire, contresignées Gravier de Vergennes.</p> + +<p>«Le 29 septembre.—Le sieur Regnault est venu à quatre +heures et a emmené au Palais la dame d'Oliva, l'a remenée à +sept heures et demie. Il lui avait préalablement fait une signification. +On a donné Foin, bas officier, pour escorte.</p> + +<p>«11 janvier 1786.—À midi et demi a été faite à M. le cardinal +de Rohan la signification de son décret de prise de corps; à cinq +heures, M. Titon, commissaire du Parlement, et le sieur Fremyn, +greffier, sont venus pour commencer les interrogatoires.</p> + +<p>«Le 16 janvier.—La dame Leguay dite d'Oliva, se trouvant +grosse de cinq mois et dans le cas de passer les grands remèdes, +il lui a été donné hier la nommée Catherine pour garde et la +soigner.<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[Pg 22]</a></span></p> + +<p>«Le 19 janvier.—Le décret de la dame d'Oliva lui a été signifié +à une heure et demie par le sieur Sergent, huissier au Parlement. +À cinq heures, M. Titon, rapporteur de l'affaire et son +greffier étant arrivés, la dame d'Oliva a subi son interrogatoire +jusqu'à huit heures.</p> + +<p>«Le 20 janvier.—M. Titon, avec son greffier, a interrogé la +dame de Valois de la Motte, depuis cinq heures jusqu'à neuf. +La signification du décret a été faite ce matin à onze heures et +demie.</p> + +<p>«Le 30 janvier.—Le décret du sieur comte de Cagliostro a +été signifié à une heure.</p> + +<p>«Le 11 mars 1786.—Le sieur Toussaint de Beaussire a été +mis en liberté de ce château à huit heures et demie du matin, +sur un ordre du Roy contresigné baron de Breteuil, du 4 février. +Il a été remis au nommé Grandmaison, envoyé par le sieur +Quidor, inspecteur de police, pour le conduire à une maison de +force du faubourg Saint-Antoine.</p> + +<p>«Le 24 mars.—Depuis neuf heures jusqu'à une, M. Dupuy +de Marcé avec Fremyn greffier a confronté la dame de la Motte +avec le sieur comte de Valbonne et affronté les dames de la Motte +et d'Oliva. À quatre heures, la dame de la Motte a été confrontée +au sieur Desclou ainsi que M. le cardinal ensuite et la demoiselle +d'Oliva: la dame de la Motte a été confrontée avec M<sup>me</sup> la +comtesse Dubarry, et M. le cardinal a été après confronté avec +la dame d'Oliva. La séance a fini à neuf heures et demie.</p> + +<p>«Le 26 mars.—La dame Cagliostro a été mise en liberté à +dix heures du matin, sur une lettre de cachet datée du 25, contresignée +baron de Breteuil.</p> + +<p>«Le 4 mai.—Les sieurs Thilorier et Bosquillon sont venus +dîner avec le sieur Cagliostro.</p> + +<p>«Le 12 mai, à minuit et demi, la dame d'Oliva s'étant trouvée +indisposée, Lecoq, chirurgien-major a été réveillé, et jugeant +qu'elle allait accoucher, on a envoyé chercher la matrone Choppin. +La dame d'Oliva est accouchée à quatre heures du matin +d'un garçon.</p> + +<p>«Le 13 mai, à huit heures et demie du soir, le fils de la dame +Oliva a été baptisé à Saint-Paul, sous le nom de +Jean-Baptiste-<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[Pg 23]</a></span>Toussaint +Beaussire. Le parrain et la marraine, deux pauvres. +Le sieur Robin, tuteur de la dame d'Oliva, la femme Choppin, +sage-femme, et la veuve Richard pour porter l'enfant, ont été à +la paroisse.</p> + +<p>«Le 29 mai 1786.—À dix heures du soir, les sieurs Sergent +et Regnault, huissiers du Parlement, sont venus chercher le +sieur Retaux de Villette pour le conduire à la Conciergerie.</p> + +<p>«À onze heures, les mêmes sont revenus prendre la dame +d'Oliva pour la conduire aussi à la Conciergerie avec son enfant +et la garde.</p> + +<p>«À minuit passé, les mêmes sont revenus prendre la dame de +la Motte, pour la conduire aussi à la Conciergerie.</p> + +<p>«Le 30 mai.—À quatre heures du matin lesdits sieurs Sergent +et Regnault, huissiers du Parlement, sont venus chercher le +sieur Cagliostro pour le conduire au Palais.</p> + +<p>«À six heures, M. le gouverneur et M. le lieutenant du roy +ont accompagné M. le cardinal de Rohan au Palais; ils y doivent +passer la journée dans le cabinet du sieur Lebret, greffier en +chef, qui l'a prêté pour que M. le cardinal fût dans un lieu propre +et à portée de la salle d'audience où il devait se rendre à la première +invitation.</p> + +<p>«Le 30.—À six heures et demie, le sieur Cagliostro a été +ramené par les mêmes huissiers Sergent et Regnault.</p> + +<p>«À sept heures, M. le cardinal est revenu: il avait un grand +habit violet. Après avoir parlé un moment au Palais, il a été +invité à s'asseoir, ce qu'il a fait, et cette invitation, dit-on, n'a +pas d'exemple.</p> + +<p>«Le 31 mai.—À cinq heures, M. le cardinal de Rohan a été +accompagné par M. le gouverneur et M. le lieutenant du roy au +Palais, ainsi qu'il avait été fait le 30.</p> + +<p>«À six heures et demie, le sieur Sergent, huissier du Parlement, +est venu chercher le sieur Cagliostro pour le conduire au +Parlement.</p> + +<p>«Le sieur Cagliostro a été ramené par l'huissier Sergent à +sept heures.</p> + +<p>«M. le cardinal est rentré à plus de dix heures étant déchargé +purement et simplement d'accusation. +<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[Pg 24]</a></span></p> + +<p>«Le 1<sup>er</sup> juin.—À dix heures, M. le cardinal de Rohan a été +mis en liberté, sur une lettre de M. le baron de Breteuil en date +du même jour. Il est sorti avec M. le prince de Montbazon, son +frère.</p> + +<p>«Brandner, Screibert et Liegeurs, valets de chambre, sont +sortis en même temps.</p> + +<p>«À onze heures, le sieur Cagliostro a été mis en liberté sur la +même lettre ci-dessus de M. le baron de Breteuil, et il lui a été +remis les effets restés de sa femme, sur son reçu mis au bas d'un +procès verbal qu'en a fait le commissaire Chenon fils.</p> + +<p>«Rendu compte et informé tout de suite M. le baron de Breteuil +et M. de Crosne.</p> + +<p>«Le 2 juin.—Remis au sieur Hubert fils, greffier, concierge +du Palais, les hardes et linges de la dame de Valois de Lamotte +qui étaient peu considérables, en ayant préalablement fait le +détail au bas de la lettre de ladite dame qui les demandait, et fait +mettre au bas dudit détail le reçu dudit sieur Hubert.</p> + +<p>«La dame de Lamotte n'avait emporté lors de son transport +à la Conciergerie que ce qu'elle avait sur elle.</p> + +<p>«Le 15 juillet 1788.—Depuis trois heures du matin jusqu'à +sept, il a été conduit au château les sieurs de Montluc, de la +Rouerie, de Châtillon, de Metumières, de la Peronière, de la +Fruglaye, de Tremergat, de Carné, de Guer, de Bédé, de Bec de +Lièvre, de Cice, chacun par un officier major de la garde de Paris +et un inspecteur de police. Ils ont été reçus sur des lettres de +cachet contresignées de M. le baron de Breteuil. Ces douze gentilshommes +bretons avaient été chargés par la noblesse de Bretagne +de présenter au roi un mémoire sur des réformes à faire.</p> + +<p>«Remis des paquets de linges et hardes à plusieurs des prisonniers +gentilshommes bretons qui leur ont été envoyés.</p> + +<p>«M. de Crosne qui a visité les douze gentilshommes a reçu +d'eux différentes lettres: il a dit de leur donner plumes, encre, +papier, couteaux, ciseaux, montres, promenades, en un mot de +faire pour eux tout ce qui était possible. Il a trouvé bon que +trois de ces Messieurs, qui avaient leurs domestiques, les gardassent.</p> + +<p>«Le 18.—À quatre heures et demie après midi, remis à +cha<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[Pg 25]</a></span>cun +de Messieurs les gentilshommes bretons une lettre de Messieurs +les États de Bretagne, envoyée par M. de Crosne.</p> + +<p>«Le 28.—M. de la Fruglaye le fils ayant obtenu la permission +de venir s'enfermer avec monsieur son père, il y a eu un +combat de tendresse qui a fini par l'ordre qu'a donné le père +au fils, auquel il a fallu obéir, de s'en retourner ou de rester +à Paris.</p> + +<p>«Le 21 août.—Il a été loué un billard qui a été mis dans la +chambre du major pour l'amusement de Messieurs les gentilshommes +bretons.</p> + +<p>«Le 12 septembre.—M. de la Fruglaye a eu la visite de son +fils à qui M. le gouverneur a permis de dîner avec son père et les +cinq autres de ces Messieurs qui formaient la table.</p> + +<p>«À huit heures et demie, tous Messieurs les Bretons étaient +en liberté.</p> + +<p>«Rendu compte au ministère et informé le commissaire du +roi de leur sortie.</p> + +<p>«Le 19 mai 1783.—M. Martin est venu à huit heures du +matin; il avait fait avertir les sieurs Cazin et Cornu qui ont +reconnu les différents livres et autres imprimés qui étaient au +dépôt des saisies, envoyés par ordre des ministres. On a employé +une vingtaine de bas officiers pour déchirer. M. Lenoir est venu +vers midi et a ordonné qu'il serait gardé un certain nombre +d'exemplaires de certains ouvrages, lesquels seraient mis au +dépôt ordinaire.</p> + +<p>«Condamné d'autres à être déchirés.</p> + +<p>«25 mai.—Les sieurs Cazin et Cornu sont venus travailler la +matinée à l'arrangement des livres réservés du pilon. M. Martin +est venu passer deux heures.</p> + +<p>«Le 14 juin.—M. Martin et le sieur Cazin sont venus travailler +toute la journée au pilon; ils ont occupé toute la journée +deux bas officiers.</p> + +<p>«M. Martin a retiré de l'armoire du premier cinq paquets qu'il +a mis sous cachet ledit jour dans le dépôt des livres.</p> + +<p>«25 juillet 1785.—M. le gouverneur a envoyé à M. Lenoir +deux paquets de livres qui étaient étiquetés pour MM. d'Amoury +et Cardonne, d'après la lettre de M. Lenoir du 23 qui +demandait<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[Pg 26]</a></span> +deux exemplaires de chaque livre du dépôt, pour être donnés à +M. de la Michodière, beau-père de M. de Crosne.</p> + +<p>«Le 21 mars 1786.—À sept heures et demie du matin, le +nommé Chambon, commissionnaire de livres, a été amené par +le sieur Henry, inspecteur de police.</p> + +<p>«À deux heures, le sieur Henry a amené le nommé Point +Dupré et une charrette remplie d'imprimés et d'une imprimerie.</p> + +<p>«Le 22 avril 1786.—À deux heures, le sieur Henry, inspecteur, +a apporté des ballots de brochures qui ont été mis au dépôt +des livres et dont 834 cahiers du rideau levé, 7 cahiers du recueil, +44 de la gazette noire. Il y avait 14 exemplaires de brochés qui +ont été remis par le sieur Henry à M. de Crosne.</p> + +<p>«Le 16 mai 1787.—Les papiers concernant M. de Vendosme +qui étaient au château par suite du sieur chevalier d'Hauterive, +ont été donnés en communication par ordre du ministre au +sieur Bejot, garde des manuscrits de la Bibliothèque du roy; présence +du sieur Bouyn, employé aux archives du château; ils m'ont +fait la reconnaissance et mis en ordre dans une des pièces du +gouverneur, afin de demander au ministre un ordre pour en +exporter à la Bibliothèque du roy ce qu'ils en estiment mériter la +peine.</p> + +<p>«24 mai.—Remis à M. Bejot, conjointement avec M. Bouyn, +par M. le Gouverneur, deux malles de manuscrits, lettres, etc., +concernant M. le duc de Vendosme, qui étaient restés au dépôt +de la Bastille après la mort du chevalier de Bellerive, son fils +naturel, pour être portés au dépôt de la Bibliothèque du Roy, par +l'ordre de M. le baron de Breteuil du 19 de ce mois. Il y a eu, +suivant l'ordre de ce ministre un procès-verbal fait double et +signé des trois dénommés ci-dessus, dont l'un est envoyé par +M. Bouyn au ministre et l'autre est resté pour la décharge de +l'État-major.</p> + +<p>«Le 18 avril 1789.—M. Mesurier, porteur d'une lettre de +M. le comte de Puysegur, ministre de la guerre, et M. d'Angenoux, +colonel d'artillerie, dont il a laissé copie signée de lui, a +fait apporter des sabres, fusils, pistolets, lances, pertuisanes; le +tout a été mis à la 2<sup>e</sup> Bazinière. +<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[Pg 27]</a></span></p> + +<p>«Le 19 avril.—M. le Gouverneur a donné l'ordre que tous les +travailleurs de la compagnie de bas-officiers rentrent dans le +jour dans la caserne; précautions prises relativement aux grands +attroupements que l'élection des députés aux États généraux +occasionnera.</p> + +<p>«Le 27 avril 1789.—Des ouvriers du faubourg Saint-Antoine +se sont attroupés en grand nombre, pour punir, disaient-ils, un +nommé Reveillon, marchand de papier et meubles, et un nommé +Henriot, salpêtrier, de propos méprisants qu'ils avaient tenus à +l'assemblée du Tiers État sur le compte des ouvriers dudit +faubourg.</p> + +<p>«Ils ont dévalisé la maison du sieur Henriot, parquets, glaces, +lambris, enfin tous meubles, et les ont brûlés dans la place du +marché du faubourg. Les gardes françaises sont venus sur la +fin, en ont été spectateurs et tout le monde s'est retiré vers onze +heures du soir.</p> + +<p>«Le 28.—L'émeute de la veille ayant paru apaisée, il n'y a +point été mis de gardes au faubourg; lesdits ouvriers se sont +rattroupés, accrus de gens des autres faubourgs, armés de gros +bâtons, perches, fers, etc.</p> + +<p>«Sur le midi.—Les troupes sont venues, soit gardes françaises, +soit détachements du régiment Royal Cravate qui était +par précaution depuis quelques jours à Charenton; leur trop petit +nombre a été cause qu'ils ont été obligés de gagner le haut du +faubourg, et les brigands ont déménagé la maison de Réveillon +et ont brûlé le tout comme ils avaient fait la veille. Un renfort de +troupes arrivé, on a foncé et tiré dessus les révoltés; il y en a +eu deux ou trois cents de tués ou blessés ou arrêtés, et ils ont +quitté le faubourg vers six heures, en s'en allant par bandes de +huit à vingt.</p> + +<p>«Ils entraient dans les boutiques de vitriers ou les fesaient +ouvrir et emportaient tous les comestibles et quelquefois même +l'argent du comptoir et autres choses. Cela a duré jusqu'à près +de deux heures.</p> + +<p>«Le 29.—Dès six heures du matin, corps de troupes respectable +dans le faubourg, deux pièces de canons en patrouille +jusqu'aux environs de la place Royale. +<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[Pg 28]</a></span></p> + +<p>«À six heures du soir, il a été exécuté, pendu deux hommes +de l'émeute; il y avait une escorte à leur charrette, du guet à pied, +à cheval, maréchaussée en robe courte; et le faubourg Saint-Antoine +était gardé par les Suisses, gardes françaises, des détachements +de Royal Cravate, de Bourgogne cavalerie et de toutes +les maréchaussées et guet possible.</p> + +<p>«Le 30.—A été tranquille.</p> + +<p>«Le 1<sup>er</sup> mai.—À quatre heures du matin est arrivé au château +le sieur Reveillon, sur un ordre du roy, contresigné de Villedeuil: +il a été logé à la 3<sup>me</sup> Comté. Ce prisonnier a demandé de l'être +pour sa sûreté.</p> + +<p>«Plusieurs personnes dénommées peuvent voir la 3<sup>me</sup> Comté +sans la présence d'officiers majors. Il peut aussi recevoir des +lettres et en écrire sans aucune précaution ordinaire.</p> + +<p>«Le 3.—Le chevalier du Puget, lieutenant du roy de ce +château, a eu lettres de M. le duc du Châtelet commandant à +Paris pour commander à la sûreté des poudres à l'Arsenal.</p> + +<p>«Le 22 mai.—M. de Villedeuil est venu à cinq heures et +demie et est resté demi-heure au gouvernement avec la 3<sup>me</sup> +Comté.</p> + +<p>«À deux heures, il y a eu, à la place de l'entrée du faubourg +Saint-Antoine, un homme de pendu et cinq fouettés et marqués +et au carcan, par suite de l'émeute du mois précédent dans ledit +faubourg: il y avait des gardes françaises, des Suisses, de la +cavalerie et des hussards qui entouraient la place de l'exécution.</p> + +<p>«Les 26, 27 et 28.—Le sieur Réveillon a eu beaucoup de +visites ainsi que depuis son arrivée; il a vu souvent le commissaire +Lerat, le sieur Abeille, secrétaire du commerce, le sieur +Jacmart, le sieur Dumoulin, maître maçon, la dame Jacmart, la +dame Abeille et son fils, l'abbé Morellet, l'avocat Tronson du +Coudray, M. le président de Gourgues, deux fois le sieur +Pontcarré, secrétaire du ministre, le sieur Duval fils, de la +police, le sieur Couché, secrétaire de M. de Crosne, le sieur +Noroy, de la manufacture des glaces, le sieur Renouf, procureur +au Châtelet, le sieur Lachaume, etc.</p> + +<p>«Le 28.—À neuf heures du soir, le sieur Reveillon est +sorti<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[Pg 29]</a></span> +du château; il y avait, avec l'ordre pour son entrée, celui de sa +sortie, contresigné de M. de Villedeuil.</p> + +<p>«Le 29.—M. de Crosne est venu avec un conseiller au Parlement, +voir le château, conduit par M. le Gouverneur; ils ont +monté sur les tours.</p> + +<p>«Le 1<sup>er</sup> juillet.—Un sergent et douze bas-officiers sont arrivés +de l'hôtel pour supplément de notre garde.</p> + +<p>«Le 7.—À quatre heures du matin, est arrivé un détachement +de Salis Samade Suisse, composé de trente hommes et un +lieutenant nommé M. Deflue, pour renforcer la garnison de ce +château.»</p> + +<hr class="c45" /> + +<p>Nous n'avons fait que copier. N'est-ce pas de l'histoire écrite +au jour le jour, par une plume qui ne savait rien du lendemain?</p> + +<hr class="c65" /> +<h2><a name="III" id="III"></a>III</h2> + +<p>La dernière page du registre ne contient que ces deux mentions:</p> + +<p>«Juillet 1789.—Les 10 et 11. Envoyé à M. de la Mornière +chaque jour une lettre de M. de la Corrège.</p> + +<p>«Le 12.—Le sieur La Corrège a eu la visite de la fille Geneviève +Chevalier.»</p> + +<hr class="c45" /> + +<p>Les troubles qui s'étaient déjà produits dans les rues de Paris +et les attroupements nombreux qui stationnaient sur la place +de la Bastille avaient interrompu les correspondances et les +visites.</p> + +<p>Le 14 juillet, à cinq heures du soir, la Bastille était prise par +le peuple et ses prisonniers délivrés. Il ne restait alors dans +cette prison que sept personnes:</p> + +<p>1º Jean Bechade la Barte, employé;</p> + +<p>2º Bernard Laroche, âgé de 18 ans, employé;</p> + +<p>3º Jean La Corrège, employé; +<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[Pg 30]</a></span></p> + +<p>4º Jean Antoine Pujade, négociant;</p> + +<p>Tous quatre enfermés au mois de janvier 1787 et accusés +d'avoir fabriqué de fausses lettres de change.</p> + +<p>5º Le comte de Solages, enfermé en 1782, à Vincennes, sur +la demande de son père, pour cause de dissipation et de mauvaise +conduite, et transféré à la Bastille le 28 février 1784;</p> + +<p>6º Tavernier, accusé de complot contre la vie du roi, enfermé +d'abord pendant dix ans aux îles Sainte-Marguerite, puis transféré +à la Bastille le 4 août 1759; il était en état de délire. Il fut +placé à Charenton peu de temps après sa sortie de la Bastille;</p> + +<p>7º Le comte de Whyte de Malleville, enfermé d'abord au +château de Vincennes, puis transféré à la Bastille le 29 février +1784. Il était ordinairement en état de délire depuis plusieurs +années: il fut aussi placé à Charenton quelques jours +après sa sortie de la Bastille.</p> + +<p class="center p2 p2b"> +Paris.—Typographie Georges Chamerot, 19, rue des Saints-Pères.—10429. +</p> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Le registre d'écrou de la Bastille de +1782 à 1789, by Alfred Bégis + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE REGISTRE D'ÉCROU *** + +***** This file should be named 35315-h.htm or 35315-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/5/3/1/35315/ + +Produced by Mireille Harmelin, Jean-Adrien Brothier and +the Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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