Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905

Author: Various

Release Date: November 17, 2010 [EBook #34349]

Language: French

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L'ILLUSTRATION, NO. 3240, 1 AVRIL 1905 ***




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L'Illustration, N 3240. 1 AVRIL 1905

AVEC CE NUMRO: _SUPPLMENT MUSICAL_


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


_Avec ce numro Supplment musical: Fragments de_ Daria _et de la_
Petite Bohme.

L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 1 AVRIL 1905
_63e Anne.--N 3240._



[Illustration: LA VISITE SENSATIONNELLE DE GUILLAUME II A TANGER
L'empereur d'Allemagne, vtu de l'uniforme spcial, avec burnous et
casque colonial, qu'il a compos,  l'occasion de son voyage 
Jrusalem, pour frapper l'imagination des musulmans.
_D'aprs une photographie._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Cela est arriv sans qu'on y penst, comme presque tout arrive: une
tideur dans l'air, je ne sais quoi de plus gai, le matin, dans la
lumire du soleil, une closion soudaine de millions de petits points
verts aux arbres de mon Luxembourg, un cerisier tout blanc dcouvert ce
matin dans le jardinet d'une maison de Montmartre, o j'allais
djeuner;--et voil le printemps. Je me sens joyeuse, sans savoir
pourquoi, et il me semble que ce divin rajeunissement des choses rpand
de la jeunesse aussi dans les yeux des gens qui passent.

J'ai gagn Montmartre  pied. Il tait midi. Et je pensais que Baedeker
nous renseigne bien mal sur les vraies beauts de Paris. Il nous
recommande la visite des catacombes, de Carnavalet, du Louvre et du
Pre-Lachaise; il nous parle des monuments clbres qu'il faut voir; il
cite les thtres o il faut tre all, et il ne dit rien du plaisir
charmant de faire,  midi, l'ascension de la rue Lepic par une jolie
journe de printemps!

C'est l'heure du djeuner. La rue est pleine de passants presss, de
jeunes gens, d'ouvrires en cheveux qui rient, jacassent,
s'interpellent. On a trs faim. Les devantures des restaurants et des
crmeries sont ensoleilles, et cette bousculade autour des petites
tables o l'on vient, en hte, manger le plat du jour a la gaiet
d'une rcration d'cole. Aux talages des poissonniers et des
charcutiers resplendit la polychromie des pts, des saucissons, des
coquillages, des choses amusantes  manger et qui sont la joie des repas
de midi. Sur la chausse, l'agent montre un visage moins svre aux
petites marchandes dont les voitures et les paniers s'attardent; les
fiacres ont une allure de paresse; des odeurs dlicieuses s'exhalent des
rtisseries,--et de quelques loges de concierges, o rgne un abandon de
ripaille douce; et l'on voit des maris affams se hter vers la salle 
manger conjugale, avec un bouquet de violettes de deux sous dans la
main.

On est de bonne humeur aussi parce que c'est aujourd'hui jour de fte,
et parce que tout  l'heure dfileront sur le boulevard voisin, dans le
vacarme des fanfares, les chars fleuris des lavoirs et des marchs. Sous
la pluie des confettis, du haut des chars en carton dor, les petites
reines souriront aux clameurs des badauds. Mi-Carme! On ne chme
officiellement nulle part aujourd'hui; mais on flne un peu partout.
Jour de fte? Non, pas tout  fait. Jour de flemme, plutt. Et le
Paris des faubourgs est dlicieux  regarder dans ces minutes-l. Je
voudrais comprendre de quoi ce charme est fait, d'o vient la grce de
ce dcor trs vulgaire, et pourquoi ces petites Montmartroises sans
beaut donnent  mes yeux plus de joie que les femmes les plus jolies de
n'importe o?

Il est vrai que nous nous exagrons le pouvoir de la beaut. La beaut
n'est qu'un des moindres moyens qu'une femme ait de plaire; et Paris,
depuis huit jours, est aux pieds d'une trangre qui doit  d'autres
mrites la gloire de l'avoir conquis.

Cette rapparition de la Duse au Nouveau-Thtre est l'vnement de
cette semaine. On s'occupe bien un peu de la marche d'Oyama sur
Kharbine, du voyage de l'empereur Guillaume  Tanger et de la sparation
des Eglises et de l'tat; mais ce ne sont l, pour l'instant, que des
incidents qu'un souci plus passionnant domine: celui d'aller entendre la
Duse dans la _Femme de Claude_ ou dans la _Dame aux Camlias_.

J'ai fait comme tout le monde; je suis alle entendre la Duse. C'est
vrai; cette comdienne n'est ni trs lgante, ni trs jolie, ni jeune.
Qu'importe!

Elle est mieux que tout cela. Elle est _la Femme;_ elle est la crature
dlicieuse et tragique dont le gnie consiste  sentir,  exprimer la
vie humainement, et de qui le geste et l'expression empruntent  cette
intelligence parfaite des choses de son art je ne sais quel charme
douloureux et quelle noblesse qui me font trouver mdiocre,  ct
d'elle, la plus clatante beaut des autres.

Hier soir, dans un salon d'universitaires, une dame disait:

--Il faut envier la Duse. Il faut envier les grands comdiens et les
grandes comdiennes. Ceux-l auront vraiment connu la gloire
inconteste, bruyante, universelle...

--Non, rpondit quelqu'un; leur sort n'est point si digne d'envie. Ces
grands artistes n'ont t que l'instrument du gnie des autres; ils
n'ont rien cr; ils mourront sans laisser de leur gloire autre chose
qu'une trace lgre, impondrable: un souvenir...

Mon voisin, le plus spirituel de nos auteurs dramatiques, coutait ces
propos en souriant. Il se pencha vers moi, et tout bas:

--Ce philosophe est un serin, madame; il dit l quelque chose qui a
l'air d'une pense et qui ne signifie rien du tout.

Il est vrai qu'il ne restera de la Duse, dans trente ans, que le
tmoignage des contemporains qui l'auront acclame et qui expliqueront 
nos fils pourquoi cette femme dlicieuse tait digne qu'on l'admirt.
Personne n'entendra plus la musique bouleversante de sa voix; personne
ne gotera plus la joie de comprendre et d'aimer, _par elle_, les
crivains dont elle incarna la pense; la vrit de son geste,
l'expression si mouvante de son visage douloureux ne s'voqueront qu'en
quelques images,  peu prs ressemblantes, que la postrit
respectera, et ce sera tout.

Mais ne trouvez-vous pas que cela est dj fort joli? Ils ne sont pas
si nombreux, savez-vous, les grands hommes dont le culte est entretenu
dans nos mmoires autrement que par le souvenir du bien que leurs
contemporains ont pens d'eux; et je ne vois pas en quoi le cas de la
Duse, de Mme Sarah Bernhardt, d'Irving ou de Coquelin diffre de celui
de beaucoup de personnages dont les statues, si vilaines en gnral,
ornent nos jardins. Diderot et Renan nous ont laiss des livres, Rubens
nous a laiss des tableaux, Carpeaux des statues, Mansart des monuments,
le pre Wallon une Constitution, Pasteur quelques dcouvertes sublimes,
Lesseps le canal de Suez, et M. Naquet nous laissera la loi sur le
divorce. Mais le docteur Esculape et le gnral Augereau ne nous ont
rien laiss du tout, si ce n'est le souvenir avantageux qui s'attache 
la rputation mdicale de l'un et aux vertus militaires de l'autre. Leur
gloire en est-elle moins solide? Au surplus, notez qu'il n'est pas sr
que le souvenir de certaines pices o nous acclamons la Duse ne prisse
pas bien longtemps avant que soit oubli le nom de l'artiste qui les
interprta. Talma joua gnialement des tragdies assommantes, et nous
continuons de glorifier Talma, sans mme nous proccuper de savoir par
qui cet ouvrages furent crits. Ils existent cependant, ces ouvrages-l.
Ils nous sont lgus par de petits ou grands potes qui probablement
mprisaient les comdiens de leur temps et se vantrent de laisser, eux,
quelque chose  la postrit.

Voyez-vous, madame, il ne faut jamais tre trop fier de ce qu'on laisse
 la postrit. Des oeuvres qu'on acclama s'oublient; de trs bons
livres se dmodent; (sait-on ce que penseront des cent volumes de ce
prodigieux Jules Verne, qui fut l'enchanteur de notre enfance, les
coliers de l'an 2000?) tout passe... On est en train de refaire le Code
civil, et le Parthnon perd quelques pierres tous les jours...


Il est mme question de le restaurer; et j'entends parler d'un congrs
d'archologues qui doit s'assembler  Athnes ces jours-ci, dans le but
d'examiner ce grave problme. Faut-il ou ne faut-il pas restaurer? Les
journaux ont dj publi l-dessus les opinions de toutes sortes de
personnes; ils ne nous ont rien dit (sans doute parce qu'ils l'ignorent)
de l'opinion du roi, qu'il faudra pourtant consulter. Je la connais,
cette opinion, parce qu'un jour,  Aix-les-Bains, un diplomate ami de Sa
Majest voulut bien me la confier tout bas. La voici: le roi Georges a
horreur des vieilles pierres, et l'une des choses qui l'agacent le plus
au monde---  ce qu'on dit--c'est le Parthnon.

Je comprends ce sentiment-l. Ce souverain, trs aimable et trs vivant,
sent peser sur lui trop lourdement la gloire de trop de morts. Il
voudrait tre autre chose que le gardien d'un cimetire o l'univers
dfile chapeau bas, et nous l'assommons avec nos prires sur l'Acropole.
Il souhaiterait autour de lui plus de vie et moins de ruines, et plus de
pavs neufs et de rails de chemins de fer  la place de tant de marbres
effondrs. Il se sent humili de nous voir fonder chez lui des coles o
l'on ne daigne s'intresser aux gens et aux choses de Grce qu'
condition qu'ils soient gs de plus de deux mille ans. Lui demande-t-on
d'ouvrir un stand aux hommes de sport de l'tranger, c'est pour y
recommencer les jeux Olympiques; et, si des artistes dcident de
s'assembler en congrs dans Athnes, c'est pour s'y occuper de Phidias.

Alors je me figure trs bien ce que doit, de temps  autre, apercevoir
dans ses rves ce trs bon roi: une Grce toute neuve, modernise,
nettoye des dbris augustes qui encombrent son sol, et dfigure par la
science, dlicieusement; avec des _trolleys_ partout, des palais
ripolins, des usines pleines de bruit, des chemines plus hautes que
celles de Glasgow et dont les fumes balafreraient de leurs panaches
noirs l'azur abrutissant de l'Attique; et puis,  et l, des thtres
dcors par Chret, o l'on jouerait perdument la _Belle Hlne..._

SONIA.



M. CATULLE MENDS

L'auteur de _Scarron_--la belle comdie tragique qui vient de
triompher au thtre de la Gat et que _l'Illustration_ va
publier--jouit d'une trop grande notorit pour qu'il soit besoin de lui
consacrer une biographie. Mais, en cette occurrence, un portrait tout
rcent, montrant l'minent crivain dans son cabinet de travail, agrera
certainement au public, toujours curieux d'observer la physionomie des
notoires contemporains chez eux. Ce portrait offre d'autant plus
d'intrt qu'il atteste, en sa sincrit, l'tonnante verdeur de
l'original. M. Catulle Mends accomplira bientt, sa soixante-quatrime
anne; or, plus de quarante ans de labeur littraire n'ont ni atteint sa
vigueur, ni puis la veine si riche que lui dpartirent de bonnes fes.
Il continue de cumuler sans dfaillance les besognes les plus varies,
passant allgrement de la prose aux vers, du livre  l'article, du
journal au thtre. Et ce critique qui consacre tant d'heures de sa vie
active  l'audition et au compte rendu des pices des autres, trouve
encore le temps d'en crire lui-mme de tout  fait remarquables!

[Illustration: M. Catulle Mends chez lui.]



[Illustration: JULES VERNE ET Mme JULES VERNE]

JULES VERNE

Avec Jules Verne, qui vient de mourir dans sa soixante-dix-huitime
anne, disparat un des crivains les plus notoires du dix-neuvime
sicle. Il a publi prs d'une centaine de volumes, et certes un pareil
bagage atteste une puissance de production peu commune; mais cette
prodigieuse fcondit ne fut ni l'unique ni le principal mrite du
laborieux auteur de toute une encyclopdie: il a d'autres titres, et
suprieurs,  une clbrit du meilleur aloi.

Premirement, il a t un novateur. M. Jules Verne remplace les
merveilles de la ferie par un merveilleux nouveau dont les notions
rcentes de la science font tous les frais. L'intrt, habilement
soutenu, y tourne au profit de l'instruction. On en rapporte, avec le
plaisir d'avoir appris, le dsir de savoir, la curiosit scientifique.
Ainsi s'exprimait, il y a quelque quarante ans, M. Patin, en un rapport
sur les laurats de l'Acadmie franaise. On ne saurait mieux dfinir le
genre de littrature auquel reste attach dsormais le nom de son
crateur. Celui-ci, d'ailleurs, prouva ds ses dbuts qu'il y excellait;
il y avait acquis une telle matrise que, s'il a fait cole, il n'a pas
trouv d'imitateurs capables de l'galer.

En 1861, un essai remarqu, _Cinq semaines en ballon_, apport au
_Magasin d'ducation et de rcration_, ouvrait la longue srie des
_Voyages extraordinaires_ dite par la maison Hetzel. Depuis cette
poque lointaine, les ouvres de Jules Verne, en s'accumulant, ont form
une norme collection. A quoi bon en dresser la liste ici? N'est-elle
pas inscrite, pour ainsi dire, dans la mmoire de toute une gnration?
N'ont-elles pas eu, n'ont-elles pas encore des millions de lecteurs?
N'ont-elles pas fourni, ne continuent-elles pas de fournir  la jeunesse
le gros contingent des livres de prix et d'trennes, aux bibliothques
scolaires et populaires un de leurs fonds les plus prcieux? Et que de
fois l'diteur a reu les dolances de bibliothcaires sollicitant le
remplacement de leurs volumes, hors d'usage  force d'avoir t manis!
Ce simple fait matriel vaut d'tre not en passant, comme preuve
dcisive de la vogue persistante d'un auteur.

[Illustration: Jules Verne sur son lit de mort.--_Phot. Douard._]

La renomme de Verne ne se borne pas  la France, elle est universelle;
ses ouvrages ont t traduits en toutes langues, mme en arabe, en
chinois, en japonais.

Le Chah de Perse, feu Nasser-ed-Din, se les faisait lire par le docteur
Tholozan, notre compatriote, attach  sa personne, et il y prenait un
plaisir extrme, comme jadis son prdcesseur, Shehriyar, aux contes des
_Mille et une Nuits._

Mais c'est surtout dans les pays anglo-saxons qu'ils sont le plus
rpandus et gots: l, en raison de la tournure d'esprit propre  la
race, on apprcie particulirement la part importante que ces rcits
captivants laissent au rel  ct de la fiction,  la science  ct de
l'idal; puis, un autre motif encore leur assure le bnfice de cette
prdilection: on y voit une des formes  la fois les plus claires, les
plus substantielles et les plus saines de la littrature franaise, o
ils reprsentent en quelque sorte le classique du romanesque et de la
fantaisie.

Trait caractristique, le narrateur des _Voyages extraordinaires_ et de
tant d'entreprises aventureuses n'tait ni un voyageur ni un coureur
d'aventures; sur son yacht, le _Saint-Michel_, il ne pratiqua gure la
navigation au long cours. C'tait plutt un sdentaire; de son fauteuil,
de sa table de travail charge de cartes et de documents, sa vive
imagination, dont il savait rgler l'essor par une discipline
mthodique, l'emportait vers de lointains rivages, des les
mystrieuses, des rgions inexplores et bien au del du monde
terrestre.

[Illustration: Maison d'Amiens o Jules Verne crivit la plupart de ses
oeuvres.--_Phot. Douard._]

Durant prs d'un demi-sicle, ce travailleur infatigable, debout ds six
heures, consacra la matine  sa tche quotidienne; cette rgularit,
strictement observe jusqu' la fin, lui permit d'difier le monument
considrable que viendront complter plusieurs oeuvres posthumes.

Originaire de Nantes, Jules Verne habitait depuis plus de trente ans
Amiens, ville natale de sa femme.

Il y menait, avec sa dvoue compagne, une existence bourgeoise, dans la
paisible uniformit des habitudes provinciales; sa besogne
professionnelle acheve, il cultivait son jardin, comme il sied au sage
et au bon propritaire; mais il et cru manquer  un devoir en ne
donnant pas une partie de son temps aux affaires de sa cit d'adoption,
dont il fut un des conseillers municipaux les plus zls. Les Aminois
taient justement fiers de leur minent concitoyen: ils ont eu d'autant
plus  coeur de lui faire de belles funrailles qu'ils avaient
conscience, tout en rendant hommage  une illustration locale, de
clbrer un deuil national.



EDMOND FRANK.

[Illustration: Le corbillard au moment o l'on va y placer le cercueil]

[Illustration: La famille (au premier rang: le fils et le petit-fils de
Jules Verne).]



LES OBSQUES DE JULES VERNE A AMIENS.

[Illustration: Le dpart de l'empereur Guillaume II, de Cuxhaven
(Hambourg),  bord du Hamburg.-Phot. Strumper.]



L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE A TANGER

L'empereur Guillaume II se plat aux coups de thtre. Trs personnel,
il se rserve volontiers les dmarches diplomatiques qui doivent faire
clat. On n'a pas oubli son tlgramme au prsident Kruger, et le
souvenir du fastueux voyage de Jrusalem s'impose  l'esprit, lorsqu'on
parle du voyage de Tanger.

[Illustration: Le capitaine Fournie, officier franais commandant les
troupes de Tanger, qui dirigera le service d'ordre, lors de la visite de
Guillaume II.]

Ce n'est que le 20 mars qu'on apprit, de Tanger, que l'empereur
visiterait ce port dix jours aprs, au cours de son voyage, par mer, de
Cuxhaven  Taormina (Sicile), avec escales  Lisbonne et  Gibraltar. La
visite tombait au milieu des ngociations que mne, dans la capitale
lointaine du Maroc, Fez, notre ministre, M. Saint-Ren-Taillandier, et
au moment o se manifestaient des rsistances  l'adoption de notre
programme de pacification civilisatrice. Etaient-ce donc ces rsistances
que l'empereur, par sa visite, se proposait d'encourager?--Pour se
garder des exagrations o quelques uns sont tombs complaisamment, il
suffit de rappeler quelques faits:

Le 12 avril 1901, quatre jours aprs l'arrangement anglo-franais,  la
tribune du Reichstag le chancelier de l'Empire dclarait: Au point de
vue des intrts allemands, nous n'avons rien  objecter contre cette
convention... En ce qui concerne sa partie capitale, c'est--dire le
Maroc, nos intrts dans ce pays, comme en gnral dans la Mditerrane,
sont d'ordre principalement conomique. Nous avons, nous aussi, grand
intrt  ce que l'ordre et la paix rgne dans le pays. D'autre part,
nous n'avons aucun motif de craindre que nos intrts conomiques au
Maroc soient mis  l'cart ou reoivent une atteinte du fait d'une
puissance quelconque. Ces paroles rpondaient admirablement au texte
mme de la convention: Le gouvernement de la Rpublique dclare qu'il
n'a pas l'intention de changer l'tat politique du Maroc (art. 3)... Les
deux gouvernements, galement attachs au principe de la libert
commerciale tant en gypte qu'au Maroc, dclarent qu'ils ne s'y
prteront  aucune ingalit, pas plus dans l'tablissement de droits de
douane ou autres taxes que dans l'tablissement des tarifs de transport
parchemin de fer (art. 4). Depuis un an, rien dans la convention n'a
t modifi; rien non plus n'a fait croire  une modification de la
politique allemande au Maroc. Et c'est prcisment ce que semble avoir
voulu signifier Guillaume II lui-mme, lorsque, peu de jours avant son
dpart, il allait dner chez notre ambassadeur  Berlin, lui annonait
son escale de Tanger et parlait avec lui du Maroc. A Brme, il ajoutait,
dans un discours: L'empire allemand doit jouir de la plus absolue
confiance de tous, comme un voisin tranquille, loyal et pacifique.

Il est donc permis de croire, selon l'expression hardie d'un journaliste
allemand, que cette petite tempte diplomatique dans un verre d'eau
sera bientt calme par l'huile de la bonne volont. Rien ne nous
interdit, pour l'heure, de ne voir dans la visite de Tanger qu'un
nouveau caprice imprial. Caprice dangereux, d'ailleurs, et regrettable;
car les Marocains--j'entends ceux qui ont intrt  perptuer dans leur
pays l'inscurit et le trouble--vont en tirer grandement parti. La
rception, le 31 mars, sera grandiose. Le sultan envoie au-devant de
l'empereur son grand-oncle Moula Abd el Malek, accompagn des
secrtaires du grand vizir et du ministre des affaires trangres. Les
routes et les rues que suivra le cortge sont rpares  grands frais;
le palais du sultan, dans la kasbah, est restaur et luxueusement
dcor. Les ftes seront brillantes. Les adversaires de l'influence
franaise ne cachent pas leur joie.

Et cependant, le 27 mars,  Tanger mme, sur la place du Petit-Sokko, M.
Harris, le correspondant du _Times_, tait victime d'une tentative
d'assassinat... L'oeuvre de police et de civilisation entreprise par la
France apparat chaque jour plus urgente. G. R.

[Illustration: L'htel Timeo,  Taormina, lou par les souverains
allemands pour la dure de leur sjour en Sicile.
_Phot. Properzio._]



[Illustration: Un tramway parisien. Gare d'Orlans-Place de la Nation.]

[Illustration: Le relais comme au temps des diligences.]

OMNIBUS D'AUJOURD'HUI
ET DE DEMAIN.

Les transports en commun de Paris et du dpartement de la Seine
subissent, depuis quelques annes, une crise qui ne fait que s'aggraver
avec le temps. Les conditions de la vie ont notablement chang depuis
1860, poque o la Compagnie gnrale des Omnibus a obtenu la concession
dont elle jouit depuis prs d'un demi-sicle. On veut maintenant aller
vite et  bon compte, et la vieille dame, comme on l'appelle  l'Htel
de Ville, s'est tellement complu dans le souvenir de ses succs de jadis
qu'il lui faudrait maintenant faire des enjambes folles pour rattraper
le temps perdu.

Quand elle s'est rveille de sa torpeur, elle s'est lance dans des
expriences coteuses, ne rpondant pas toujours au gr de ses dsirs.
Des tramways mcaniques, comme ceux de Saint-Augustin ou de
Montrouge-Gare de l'Est, cotent des sommes folles et sont si mal
compris qu'ils perdent aux stations et aux arrts tout le temps gagn
pendant le parcours.

Ces efforts mal proportionns ont empch la Compagnie de renouveler son
matriel sur d'autres parcours. Comment admettre qu'en 1906 les
Parisiens qui prennent la ligne d'Auteuil-Saint-Sulpice ou celle de la
Gare d'Orlans-Place de la Nation en soient rduits  se servir des
vhicules que nous reprsentons ici et dont la plus modeste
sous-prfecture ne voudrait pas.

[Illustration: Le tramway  unique cheval.]

Nous avons pris le premier de ces tramways au moment o, sa course finie
 trs petit trot, son conducteur le fait tourner pour le remettre dans
le sens de sa nouvelle direction.

Le ct primitif de l'opration, la lenteur avec laquelle elle s'excute
et surtout l'attitude lamentablement reinte de l'infortun cheval
constituent vraiment un document curieux au seuil du vingtime sicle.

Quant au tramway de la gare d'Orlans, c'est le dernier cri de la
malpropret et de l'incommodit. Il part toutes les heures; mais, avec
les fringants coursiers qu'il possde, on ne sait trop quand on arrive.
Aussi ses dix places de plate-forme et ses douze places d'intrieur
sont-elles encore trop nombreuses pour les amateurs.

Sur d'autres lignes, comme Montreuil-Chtelet, on change les chevaux en
cours de route. Les employs procdent srement mais lentement  cette
opration complique, bien convaincus que le public n'a qu' attendre
leur bon plaisir. Les compagnies plus jeunes de tramways de pntration
n'ont pas su mieux s'y prendre. Elles aussi ont fait, sur certaines
lignes, des frais exagrs, allant souvent  rencontre du but propos;
sur les autres, il leur a fallu laisser subsister l'ancien matriel.

Chacun sait le supplice qui attend les voyageurs du groupe des tramways
du Chtelet dans la longue monte de l'avenue des Gobelins. Les lourds
vhicules vont dsesprment au pas et le conducteur, qui marche pour se
dgourdir les jambes, est souvent oblig de ralentir son allure pour
permettre  ses rosses reintes de le suivre.

La Ville, le dpartement de la Seine, le gouvernement mme se sont
inquits de l'insuffisance relle et de l'incommodit de la plupart de
ces moyens de transport. Une grande commission extraparlementaire a t
nomme qui a pour but d'tudier un projet de rorganisation complte, un
plan d'ensemble visant  la fois les parcours, les types des voitures,
le prix des places, les moyens de traction. La Compagnie gnrale des
Omnibus, la plus intresse dans l'affaire puisqu'elle possde 85 lignes
d'omnibus et de tramways, transportant chaque anne 250 millions de
voyageurs, s'est mue  l'annonce de ces tudes. Elle a voulu frapper
tout de suite un grand coup, et peut-tre la fin prochaine de sa
concession, en 1910, et le dsir de la voir renouveler ne sont-ils pas
trangers  cet empressement, d'ailleurs louable. Quoi qu'il en soit,
elle a l'intention d'installer, sur quelques-unes de ses lignes, surtout
celles qui comportent de longues montes, des omnibus automobiles.

[Illustration: Chevaux de renfort.]

[Illustration: Rue des Martyrs: ... Trois forts chevaux tiraient un
coche...]

Les choses sont trs avances et la maison Serpollet est en train de
construire le type d'omnibus automobile dont nous donnons le dessin.
D'ici quatre ou cinq mois, cet omnibus modle sera mis en circulation
et, aprs expriences, on dcidera s'il y a lieu de construire des types
semblables ou d'y apporter des modifications.

La ligne choisie' pour ces expriences est, parat-il, la ligne
Pigalle-Halle aux Vins,  cause de l'interminable monte de la rue des
Martyrs.

Le chssis tabli par M. Lon Serpollet permet d'utiliser les caisses
des omnibus actuels. L'omnibus automobile, qui serait  vapeur, pourrait
monter les ctes les plus raides  une vitesse de 18 kilomtres 
l'heure. Il serait ravitaill pour 120 kilomtres de parcours et
dpenserait au maximum 15 francs pour transporter 120 voyageurs.

                                                     PAUL DELANY.

[Illustration: L'omnibus automobile de demain, actuellement en
construction.]

LES TRANSPORTS PARISIENS LES VHICULES D'AUJOURD'HUI; LE VHICULE DE
DEMAIN.



[Illustration: L'allocution de M. le chanoine Dumont.--_Phot.
Raffaele._]

[Illustration: Mme Camille du Gast.]

[Illustration: M. le chanoine Dumont bnit la "Turquoise".]

[Illustration: Le comte Balny d'Avricourt, reprsentant le parrain, le
prince de Monaco, brise une bouteille de Champagne sur l'trave de la
"Turquoise".]

[Illustration: Mme du Gast et le comte Balny d'Avricourt, envoy
extraordinaire du prince de Monaco.]

[Illustration: Mme du Gast en costume de bateau.]

[Illustration: Mme du Gast  la barre de la "Turquoise".]

LE BAPTME DU CANOT AUTOMOBILE DE Mme DU GAST

_Mme du Gast, sportswoman bien connue, qui a conduit avec succs des
voitures dans plusieurs grandes preuves automobiles sur route, vient de
se faire construire un autocanot pour participer aux prochaines courses
de Monaco. Ce canot a t lanc et baptis le 24 mars au port de la
Socit nautique de la Basse-Seine,  Courbevoie, en prsence d'une
nombreuse et lgante assistance._



[Illustration: LE JAPON EN FLEURS: UN CHAMP D'IRIS.]



[Illustration: LE JAPON EN FLEURS: SOUS LES GLYCINES.]



[Illustration: Dbarquement de moutons.]

[Illustration: Quatre porchers pour un seul cochon.]

[Illustration: Le bain de pieds du boeuf gras.]

[Illustration: La toilette avant la visite du jury.]

LE CONCOURS AGRICOLE A LA GALERIE DES MACHINES



[Illustration: LE CROISEUR CUIRASS JAPONAIS YAKUMO EN RPARATIONS A
NAGASAKI _D'aprs un document japonais._ Le croiseur cuirass Yakumo,
de 9.850 tonneaux, mesure 124 mtres de longueur; son tirant d'eau est
de 7 m. 30; il a t lanc  Stettin en 1899.]

[Illustration: La rade de Port-Arthur: effet de neige.]

[Illustration: Comment s'est effectue, sans aucune pompe militaire,
l'entre des Japonais dans Port-Arthur.]

[Illustration: Une batterie russe dvaste par un obus japonais.--_Phot.
Emerson._]

[Illustration: La Banque russo-chinoise  la fin du sige.]

QUELQUES ASPECTS ACTUELS DE PORT-ARTHUR



[Illustration: UNE SOIRE AU SOUS-SECRTARIAT DES BEAUX-ARTS, RUE DE
VALOIS.--_Phot. Paul Boyer._

_En prenant possession du sous-secrtariat des Beaux-Arts, M.
Dujardin-Beaumetz a tenu non seulement  montrer tout de suite l'esprit
d'initiative, l'activit qu'il entendait apporter dans l'exercice de sa
haute fonction, mais encore  donner des gages de cette sociabilit qui
lui vaut d'tre cit parmi nos hommes politiques tes plus aimables et
les plus accueillants. Un de ses premiers soins a t de faire
rafrachir et amnager les somptueux salons de la rue de Valois, afin
d'y organiser des rceptions hebdomadaires qui ont t immdiatement
trs courues du Tout-Paris artistique et littraire. La soire de samedi
dernier fut russie  souhait: nombreuse et brillante assistance et beau
programme comprenant notamment le premier acte de_ Lakm, _interprt
par Mme Vallandri, Delvoye, Porno, etc. et M. Clment, de
l'Opra-comique._]



[Illustration: S. M. la reine Alexandre d'Angleterre. S. M. la reine
Amlie de Portugal. S. M. la reine douanire Maria-Pia de Portugal. TROIS
REINES Photographie prise par le correspondant de _l'Illustration_, M.
Benoliel, aprs le djeuner en l'honneur de la reine d'Angleterre offert
au palais de Cintra par la reine Maria-Pia, mre du roi Carlos de
Portugal.]



[Illustration: (5) Smith. Albert Almond. William Smith. Arthur Rea. John
Nixon.]

L'PILOGUE D'UN INCIDENT INTERNATIONAL--Physionomies des victimes de la
canonnade de Hull aprs le versement de l'indemnit russe.

_On vient de verser aux marins qui furent victimes de la canonnade des
Russes, sur le Dogger-Bank, les indemnits qui leur ont t accordes.
Un photographe s'est trouv l, fort  point pour voir, comme on dit
vulgairement, la tte que faisaient les marins du_ Crne _sous cette
pluie d'or. Le second, William Smith, a touch 50.000 francs; les quatre
matelots: John Nixon, Arthur Rea, Albert Almond et Smith, respectivement
12.500, 10.000. 7.500 et 6.250 francs. Tous taient venus endimanchs
comme  la noce, et, si Rea et Smith demeurrent assez flegmatiques
devant l'objectif, en revanche, un franc sourire illuminait les figures
des trois autres._



_Documents et Informations_


LA LECTURE DES LIVRES TRANGERS AU JAPON.

Il est fort intressant de savoir si les Japonais sont curieux de la
littrature des pays trangers et dans quelles proportions les livres
trangers concourent  leur ducation.

Un rcent rapport de M. Harmand, notre ministre plnipotentiaire 
Tokio, nous apporte des documents capables de nous donner sur ce point
d'importants renseignements.

Nous y voyons tout d'abord qu'en 1901, les livres trangers les plus lus
au Japon taient les livres allemands; puis venaient les livres anglais,
les livres amricains, les livres chinois et les livres franais. Mais,
en ralit, les livres franais taient huit fois moins lus que les
livres allemands.

Deux ans aprs, en 1903 quelques changements s'taient produits: les
livres allemands ont un peu moins de vogue; mais les livres anglais ont
un succs immense: ils sont quatre fois plus demands que les
prcdents. Les livres amricains gagnent un peu. Par contre, les livres
chinois sont dlaisss et les livres franais sont un peu en hausse.

Toutefois, en proportion relle, les livres franais sont vingt fois
moins demands que les livres anglais.

D'aprs M. Harmand, les livres imports de France sont pour la plupart
des ouvrages de droit et des romans. Les livres de science proviennent
d'Allemagne, d'Angleterre et des tats-Unis.


UNE EXPLOSION D'ACTYLNE.

On ne saurait trop recommander la prudence la plus mticuleuse et la
plus continue dans la manipulation et l'usage des appareils  actylne.
Ce mode d'clairage, qui rend des services si srieux, si
incontestables, dans les localits dpourvues d'usine  gaz, est
dangereux, moins par ses pouvoirs asphyxiants que par ses risques
d'explosion, au moment de la fermeture ou de l'ouverture des rcipients.

[Illustration: Une maison ventre par une explosion d'actylne 
Pierrefeu (Var).--_Phot. Lebgue._]

C'est ainsi qu'il y a trois ans environ, un appareil  actylne,
explosant dans une cave d'un hlel-restaurant d'Aix-en-Othe (Aube),
ventra le plancher du rez-de-chausse, tua la jeune femme du
restaurateur, M. Trottier, et blessa plusieurs personnes. Une explosion
plus terrible encore vient de se produire, il y a quelques jours, dans
la commune de Pierrefeu (Var), au caf de l'Europe. Vers 8 heures et
demie du soir, de nombreux clients se trouvaient dans l'tablissement,
lorsque, tout  coup, une dtonation formidable se fit entendre. Les
murailles s'croulrent, les plafonds et les planchers s'effondrrent,
ensevelissant et tuant les propritaires de l'tablissement, M. et Mme
Camoin, blessant plus ou moins grivement les consommateurs prsents.

Nos photographies donnent une juste ide de la violence inoue de cette
explosion.


UN NOUVEAU TRAITEMENT DU RHUME DE CERVEAU.

Il existe mille et une mthodes de traitement du rhume du cerveau, ce
qui dmontre clairement qu'il n'y en a pas une seule de bonne. Il n'est
aucun de nous qui n'ait essay de plusieurs de celles-ci et qui n'ait
prouv leur inefficacit. Aussi croyons-nous devoir signaler le mille
deuxime procd imagin par le professeur Henle, de Breslau.

Il est fort simple d'ailleurs. Cela consiste, quand on sent commencer un
rhume de cerveau,  s'aller pendre, ou  peu prs; il ne faut pas aller
jusqu'au bout de la pendaison.

Pour parler srieusement, la mthode de M. Henle consiste  enserrer
lgrement le cou avec un tube en caoutchouc que l'on attache aprs
l'avoir serr de telle manire qu'il produise une turgescence manifeste
des veines de la face. La face doit tre un peu gonfle et rouge. Le
tube de caoutchouc a pour effet de ralentir la circulation veineuse de
la tte. Il doit rester deux ou trois heures en place et, pendant qu'il
opre, on sent diminuer et disparatre les sensations de picotement
nasal et l'coulement. Si le rhume paraissait vouloir revenir, on aurait
de nouveau recours au caoutchouc: il est rare qu'il faille plus de deux
sances coup sur coup pour empcher un rhume de s'installer. Le remde,
on le voit, est simple; il serait trs efficace d'aprs M. Henle, quand
on a soin de l'employer  temps, c'est--dire ds la premire menace
d'un rhume.


PRVENTION DE LA MALADIE DES CIDRES.

Dans la fabrication ordinaire du cidre, le mot, obtenu par pression ou
par diffusion, est abandonn  la fermentation sans aucune addition de
levure, de sorte que l'on n'est pas matre de cette fermentation, qui
marche tantt bien, tantt mal, et fournit des cidres de qualit
vraiment mdiocre.

Le ferment qui agit dans ces conditions est celui qui se trouve rpandu
sur la pelure des pommes.

Or, si, avant de broyer les pommes, on les lave dans de l'eau formule 
8/1000 et qu'on enlve ce liquide par un second lavage dans l'eau pure,
le broyage et le pressurage tant faits ensuite avec des appareils
pralablement lavs avec la mme solution  4/1000 les mots ainsi
obtenus ne fermentent plus. Ils ont t striliss par la soustraction
des ferments de la pelure.

Ces mots striles prsentent deux grands avantages: d'abord, ils
peuvent voyager; des chantillons ont subi avec succs le voyage de
Rennes  Buenos-Ayres, aller et retour; les traces de formol qu'ils
renferment disparaissent au bout de quelques jours. D'autre part, ils
peuvent tre ensemencs avec des levures de choix, connues pour la bonne
qualit des boissons qu'elles produisent.

Cette application directe des mthodes pastoriennes au cidre est duc 
M. Perrier; elle mrite d'tre connue. Le cidre est une boisson assez
rpandue pour qu'on se proccupe d'assurer sa qualit et de lutter
contre ses maladies, comme on a appris  le faire contre les maladies
des vins et de la bire.


LA VOGUE DU POIS CHICHE.

Le pois chiche semble jouir prsentement d'une faveur qu'il n'a jamais
connue. La production de pois chiches en France reprsente une valeur de
12 ou 13 millions de francs. Jusqu'ici, l'exportation tait assez
faible; mais, en 1904, elle s'est considrablement releve.

L'importation, par contre, est importante. En 1904, pour neuf mois
seulement, elle a reprsent plus de 10 millions de francs. Les pois
chiches non indignes viennent du Maroc, de l'Algrie, de la Turquie et
aussi des Indes. Mais les pois chiches des Indes ne s'offrent qu'au
btail: les autres sont rservs  l'homme.

Dans le midi de la France, la consommation de pois chiches est en
croissance vidente; il s'en consomme en Italie aussi, et depuis
longtemps les Espagnols sont particulirement friands de ce produit.
Mais la concurrence s'en mle; d'autres amateurs surgissent. Il faut
esprer toutefois qu'il n'y aura pas de crise des pois chiches et que
cet excellent lgume restera, comme maintenant, abordable.


LA CRIMINALIT EN FRANCE.

Le rapport sur l'administration de la justice criminelle en France, qui
vient d'tre publi, concerne l'anne 1902.

On y lit que le nombre total des affaires criminelles soumises au jury,
en 1902, est descendu  2.024, aprs avoir t de 2.524 en 1899, de
2.283 en 1900 et de 2.103 en 1901.

Dans ce chiffre, la proportion des crimes contre les personnes est de
51% et celle des crimes contre les proprits est de 49%.

Si l'on considre la priode quinquennale 1891-1895, on voit qu'en cinq
ans, la diminution du nombre des crimes a t de 29%, se partageant
ainsi qu'il suit: 35%pour les crimes contre les biens et 27% pour les
crimes contre les personnes.

En 1902, la proportion des accuss, selon le sexe, a t la suivante: 86
hommes et 14 femmes sur 100 accuss; selon l'tat civil, 62
clibataires, 32 maris et 6 veufs ou divorcs.

Abstraction faite des individus qui n'ont pas de profession, c'est la
classe des accuss occups  des travaux de manutention et de transports
journaliers urbains pour la plupart qui, dans ses rapports avec la
catgorie correspondante d'habitants, prsente la proportion la plus
forte (167 sur 100.000).

Au dernier degr de l'chelle criminelle se placent l'agriculture et les
services publics (8 et 7 sur 100.000).



_Mouvement littraire_

_1815_, tome III, par Henry Houssaye (Perrin, 7 fr. 50 et 3 fr.
50)--_L'Arme moderne et les tats-majors_, par Pierre Baudin
(Flammarion, 3 fr. 50).


1815.

Le tome III de M. Henry Houssaye commence aprs Waterloo et comprend
l'abdication, la rentre de Louis XVIII et la Terreur blanche. Que
rencontra Napolon revenant  Paris le 20 juin? L'hostilit de la
Chambre des pairs et du Corps lgislatif o dominaient les libraux
comme La Fayette... Un seul moyen lui restait: user de son pouvoir de
prorogation ou de dissolution des Chambres. Il pouvait faire un dix-huit
brumaire lgal et s'emparer de la dictature. C'est ce que lui
conseillait Lucien. Mais l'esprit de dcision de sa jeunesse et sa
confiance ancienne en son toile lui manquaient. En vain les fdrs,
les soldats, les ouvriers criaient: Vive l'empereur! devant l'Elyse, il
ne crut pas, dans la situation prsente, pouvoir, sans les Chambres,
russir  chasser l'tranger; il craignait pareillement de dchaner les
foules rvolutionnaires.

Trahi par Fouch, il abdique en faveur de son fils et se laisse
persuader de quitter Paris pour s'tablir, en attendant les vnements,
 la Malmaison (25 juin). De l il eut encore pu s'chapper; les
tambours et les vivats des soldats qui passaient lui rveillaient toutes
ses humeurs guerrires; il demanda  la commission excutive, compose
de cinq membres, avec Fouch comme prsident, de prendre le commandement
des troupes, ce qui lui fut refus. Fouch intriguait avec Vitrolles et,
sans dsirer nettement les Bourbons, se mnageait, dans la prvision de
leur retour. Aussitt aprs la nouvelle du dsastre, Louis XVIII s'tait
achemin de Gand vers la France. Aprs s'tre arrt  Cambrai, il en
tait parti le 30 juin sur l'avis de Wellington et, le 8 juillet,
faisait son entre solennelle dans Paris. En change de ses bons
offices, le gnral anglais lui imposa Talleyrand dont il savait
l'habilet, et l'engagea  signer la nomination de Fouch comme ministre
de la police. Etait-il possible de se passer de cet homme, un rgicide,
mais qui tenait dans ses mains le pouvoir et tous les fils de toutes les
intrigues?

Que devient l'empereur, lequel, dans ces circonstances, est si loin de
l'nergie premire? Il se rend  Rochefort, afin de s'embarquer, sur une
frgate franaise, pour les tats-Unis. Mais, craignant la croisire
ennemie et comptant sur la noblesse du peuple anglais, il se livre 
Maitland, commandant du _Bellrophon_.

Rien de plus lamentable que l'tat de la France pille, incendie et
viole par les allis. De plus, le parti vainqueur dresse ses listes de
proscription. Des massacres illgaux comme,  Avignon, celui de Brune,
dont le cadavre est tran dans les rues et prcipit dans le Rhne, se
mlent aux excutions juridiques de La Bdoyre de Ney et des frres
Faucher.

La Chambre introuvable lue, Fouch ne pouvait rester au pouvoir. On le
nomme ministre de France  Dresde. Atteint, au commencement de 1816, par
la loi contre les rgicides relaps, il mourut en exil, l'an 1830.

Avec une belle loquence toute littraire et des documents prcis et
nombreux, M. Henry Houssaye nous a reprsent ces mois si dramatiques.
Il s'arrte  la chute de Talleyrand et au ministre du duc de Richelieu
(25 septembre) qui signa les prliminaires de paix avec les quatre
puissances.


L'Arme moderne et les tats-majors.

M. Pierre Baudin, dans ses tudes, examine l'ancienne arme avec le
remplacement et les sept ans; l'arme de M. Thiers, sans homognit,
prtend-il, avec les cinq ans et le volontariat; l'arme de trois ans
avec les dispenses; enfin l'arme nouvelle avec la loi de deux ans et
la suppression des dispenses. Pour le premire fois, dit M. Baudin,
nous aurons, comprenant toutes les forces intellectuelles, la nation
arme en laquelle il se sent plein de confiance pour le: luttes
futures ou pour maintenir fermement la paix autour de nos frontires.

Mais ce qu'il faut surtout considrer c'est l'tat-major qui prend
toutes les dispositions pour les guerres possibles. En Allemagne, il est
peu nombreux et de slection trs troite. Il ne comprend pas plus de
deux cent quarante-huit officiers, dbarrasss de tout formalisme
administratif et de toute paperasserie. Chez nous, les officiers
d'tat-major sont au nombre colossal de sept cents--la Russie n'en
compte que six cents--et s'occupent beaucoup trop d'administration
minutieuse, en mme temps qu'un certain nombre sont employs comme
officiers d'ordonnance. Il les faudrait renfermer dans les questions
techniques et stratgiques et dans les rapports sur les armes
trangres. C'est une critique srieuse que fait de notre tat-major,
dont il reconnat du reste les grandes qualits, M. Pierre Baudin. Dans
son patriotisme, il le voudrait aussi parfait qu'il le dsire. Son
examen de l'tat-major russe, compos de six cents officiers et son
regard sur les causes des dsastres en Extrme-Orient sont fort curieux.
Au fond, je retrouve l ce que j'avais lu dans le livre d'un homme fort
comptent, le gnral Zurlinden.

_(Souvenirs de 1870)._ A l'Acadmie de guerre de Saint-Nicolas, les
commandants russes n'ont pas appris la guerre napolonienne, la guerre
d'attaque, toute en mouvement; ils font la guerre de position comme au
dix-huitime sicle et comme nos gnraux de 1870; ils cherchent les
postes avantageux et y attendent l'ennemi. Or, avec les troupes de
premire ligne, il s'agit, dans les luttes modernes, de prcipiter les
chocs, d'aborder l'adversaire et de le culbuter, rservant, pour achever
l'action ou pour les actions ultrieures, les troupes de seconde ou de
troisime ligne, les rserves. Ce qui a rduit les Russes  la
dsastreuse guerre de position, ce n'est pas seulement leur enseignement
militaire, mais leur peu de prparation. Pour l'agression et pour le
mouvement, il ne faut pas des bandes ramasses rapidement, sans cohsion
suffisante, mais une arme si une qu'elle ne paraisse que comme une
seule force, et presque comme un seul homme. Dans les batailles, il est
pareillement ncessaire de tout prvoir. Napolon, d'avance, se rendait
compte des forces et des projets de l'ennemi. Il semblait avoir assist
au conseil de ceux qui se tenaient en face de lui. Rien de plus lucide
et de plus vigoureux que le livre militaire de M. Pierre Baudin. E.
LEDRAIN.



Ont paru:

_La Vie  Paris_, 1904, par Jules Claretie. 1 vol. in-18, Fasquelle, 3
fr. 50.--_La Faillite du Bce_, par Poinsot et Normandy. 1 vol. in-18.
Fasquelle, 3 fr. 50.--_Suzannah_, par Valentin Maudelstamm. 1 vol.
in-18, Fasquelle, 3 Fr. 50.--_Dans la paix des campagnes_, par Maurice
Montgut. 1 vol. in-18, Ollendorff, 3 fr. 50.--_Rflexions sur l'escrime
en gnral_, par H. Hissaid. 1 vol., A. Maloine, 1 fr. 50.--_Manuel de
Ski_, par le docteur W. Paulke, traduction par F. Achard. 1 vol.,
Berger-Levrault. 2 fr. 50.--_La Marine russe dans la guerre
russo-japonaise_, par le capitaine M.-L. Clado, traduction par Ren
Marchand. 1 vol. in-12, Berger-Levrault, 3 fr. 50.--_L'Eupanto-phone_,
roman scientifique, par Henri Austroy. 1 vol in-18, Flammarion, 3 fr.
50.--_La Cour et le rgne de Paul 1er_, par le comte Fedor Golovkine. 1
vol. in-8, Plon-Nourrit et Cie. 7 fr. 50.--_Micheline Brmont_, par
Flix Marigot. 1 vol., Victor Havard et Cie, 3 fr. 50.--_Les Trois
Demoiselles_, par Georges de Peyrebrune. 1 vol., Flix Juven, 3 fr.
50.--_Au Siam_, journal de voyage de M. et de Mme Emile Jottrand. 1 vol.
in-16, Plon-Nourrit Cie, 4 fr. La traduction des _Sonnets portugais_
d'Elisabeth Browning, dont nous avons annonc la publication chez
Guilmoto, est de M. Fernand Henry, qui avait dj traduit en vers
franais les _Sonnets de Shakespeare_ et les _Rubdiyt_ d'Omar Kheyym,
le pote astronome de la Perse.



[Illustration: Les deux interprtes de Miss Helyett: Mlle Biana Duhamel
qui cra le rle en 1890 et Mlle Eve Lavallire qui vient de le
reprendre en 1905.--Phot. Paul Boyer.]

LES THTRES

Refaire une Phdre aprs Euripide et Racine peut sembler une tentative
audacieuse. Pour russir  souhait, le gnie ne serait pas de trop. M.
Jules Bois n'a peut-tre que du talent; mais il en a beaucoup, et nous
ne sachons personne autre que lui capable de mettre sur pied une
tragdie telle que l'_Hippolyte couronn_ que vient, aprs te thtre
d'Orange, de nous donner l'Odon. Mlle Sergine, dans le rle de Phdre,
figure avec une intensit d'expression peut-tre excessive la victoire
de Venus tout entire  sa proie attache. MM. Marquet et Dorival
tiennent fort convenablement les rles d'Hippolutos et de
Theseus,--dnomination moderne de nos vieilles connaissances Hippolyte
et Thse.

Au Nouveau-Thtre, Mme Eleonora Duse vient de faire une clatante
rapparition dans la _Moglie di Claudio_, traduction italienne de la
_Femme de Claude_. On sait que cette pice ne compte pas parmi les
meilleures d'Alexandre Dumas fils; mais elle offre cet avantage de
montrer une figure de femme qui rsume en elle toutes les sductions et
toutes les perfidies de son sexe. Dumas a d crer ce type pendant un
des accs de misogynie qui le tourmentaient, et aussi sans doute parce
qu'il avait sous la main l'actrice capable d'incarner le personnage. Mme
Descle y fut effectivement admirable. On est d'accord  proclamer que
Mme Duse ne l'est pas moins: elle joue merveilleusement le second acte
qui renferme la scne capitale de l'ouvrage, celle o Csarine essaye de
reconqurir son mari. D'excellents acteurs italiens donnent la rplique
 l'illustre comdienne.

Ajoutons que la reprsentation de la _Dame aux Camlias_ a t pour elle
l'occasion d'un nouveau triomphe.



NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

_Daria.--La Petite Bohme._

Plusieurs de nos lecteurs, intresss par les pages de l'_Enfant-Roi_ et
des _Dragons de l'Impratrice_ que nous leur avons offertes dans notre
supplment musical du 11 mars, nous ont demand de leur donner aussi des
fragments de deux des autres oeuvres musicales les plus rcentes.

Nous en avons emprunt un  l'Opra et l'autre, de nouveau, aux
Varits.

La presse a constat unanimement le grand succs de _Daria_, le drame
lyrique en deux actes de MM. Adolphe Aderer et Armand Ephram, musique
de M. Georges Marty, succs qui s'est rpt  chaque reprsentation de
cette oeuvre. M. Delmas a fait preuve une fois de plus de son absolue
matrise dans son interprtation du rle d'Yvan; l'orchestre a t
excellent sous la direction de M. Paul Vidal.

Le charmant divertissement du 1er acte que nous publions aujourd'hui est
tout entier construit avec une extrme habilet sur des thmes
populaires russes, il a obtenu jusqu'ici  chaque reprsentation les
honneurs du bis.

On apprciera galement le fragment que nous avons choisi de la _Petite
Bohme_, oprette en trois actes de M. Paul Ferrier, musique de M. Henri
Hirchmann. Cet ouvrage, qui vient d'tre jou avec un trs vif succs au
thtre des Varits, est crit avec lgance et esprit.



[Illustration: AU CONCOURS HIPPIQUE DE PAU.--Un saut difficile.]


L'EXPOSITION DES SPORTS AU CHAMP DE MARS

On prpare, en ce moment, une Exposition internationale de l'Automobile
et des Sports, qui doit avoir lieu en 1907. L'emplacement n'en est pas
dfinitivement fix, mais on incline  se dterminer pour le Champ de
Mars qui runit la majorit des suffrages. Seulement, un projet de M.
Bouvard, directeur des services d'architecture de la Ville de Paris, a
prvu, ds la clture de la dernire Exposition universelle, une
utilisation de cet admirable terrain qui agrait au Conseil municipal et
qui semble contrarier, au premier abord, les projets des organisateurs
de l'Exposition des Sports: rservant, au milieu du Champ de Mars, un
large espace libre, converti en un lgant jardin public, le plan
Bouvard alinait les terrains en bordure,  charge pour les
propritaires de construire des maisons d'aspect pittoresque, entoures
de jardinets ou de cours plantes.

Or, deux architectes qui ont fait leurs preuves, M. H. Deglane, l'un des
constructeurs du Grand Palais des Champs-Elyses, et M. G. Lambert ont
tudi, pour l'Exposition des Sports, un projet qui semble devoir tout
concilier.

MM. Deglane et Lambert installent l'Exposition de 1907 dans une srie de
constructions difies soit au Trocadro, soit dans la partie du Champ
de Mars que M. Bouvard rserve pour crer un parc. Ces palais, qui
englobent la galerie des Machines, seraient provisoires, pour la
plupart, et disposs latralement au Champ de Mars, prcisment selon
les dispositions gnrales du plan Bouvard. L'Exposition termine, la
galerie des Machines dmolie, il demeurerait un palais en bordure de
l'avenue de Suffren, ne coupant aucune des voies de communication qui
runissent,  travers le Champ de Mars, les VIIe et XVe arrondissements.

[Illustration: Le Champ de Mars aprs l'Exposition des Sports, d'aprs
le projet de MM. Deglane et Lambert.]

[Illustration: L'Exposition des Sports de 1907 au Champ de Mars. Projet
de MM. Deglane et Lambert.]

Ce palais serait tudi comme construction non plus provisoire, mais
destine  demeurer pour abriter les grandes manifestations sportives,
de plus en plus frquentes et de plus en plus importantes. Il faut noter
que ce palais occuperait la partie la moins facile  vendre du Champ de
Mars; de cette faon, on pourrait, ds maintenant, adjuger les espaces
dont M. Bouvard prvoyait l'alination. La perspective de l'Exposition
des Sports leur donnerait mme, sans doute, une plus-value. Si bien que
le projet Deglane-Lambert semble la solution trs lgante d'un problme
pineux.


M. BARBEY

M. Barbey, snateur du Tarn, ancien vice-prsident du Snat, vient de
mourir  l'ge de soixante-quatorze ans. Sorti de l'cole navale, il
avait fait les campagnes de Crime et de Chine;  vingt-cinq ans, sa
conduite au cours de l'expdition de Casamance (Sngal) lui valait la
croix; il tait lieutenant de vaisseau lorsque, en 1863, il dmissionna
pour diriger, avec son pre,  Mazamet, d'importantes filatures de
laines.

Au dbut de la guerre de 1870, il reprit du service et commanda, pendant
le sige, un des secteurs de Paris. Il sigeait au Luxembourg depuis
1882 et avait t ministre de la marine de 1887  1892, dans les
cabinets Rouvier, Tirard et de Freycinet.


A TRAVERS LES LANDES

Un voyage d'exploration en France est chose peu commune. Le cas vient de
se produire nanmoins et une caravane, compose d'une quarantaine de
voyageurs, les uns  cheval, les autres en voitures tranes par des
mules, vient de traverser les Landes, d'Arcachon  Biarritz, en longeant
l'Ocan.

[Illustration: M. Barbey. _Phot. Pirou, boul. Saint-Germain._]

Cette caravane avait pour mission de reconnatre le trac d'une route
qu'on a projet de construire et qui sera spcialement rserve aux
automobiles.

Ce sont deux sportsmen landais, MM. Bacon, maire de Labouheyre, et
Vigneau, qui ont eu l'ide de crer cette route. Le boulevard
automobile Arcachon-Biarritz reliera les deux grandes stations
balnaires par une voie longue de 135 kilomtres place  300 ou 400
mtres de l'Ocan; la chausse, large de 20 mtres, sera en bton arm
et clture de chaque ct.

Actuellement il n'existe pas de route praticable dans les Landes et la
caravane, partie d'Arcachon, marcha pendant quatre jours en se faufilant
 travers la fort de pins ou en parcourant de vastes dunes. Les mules,
sans traits, simplement atteles par le cou  la flche de la charrette
au moyen d'un carcan rectangulaire de bois et de cuir, lentement
tiraient les _bros_, petites voitures  roues larges faites pour aller
sur le sable. Pitinant les hautes herbes ou les arbustes, les
vigoureuses btes tranaient les _bros_ qui passaient  tous moments sur
le tronc d'un arbre abattu et retombaient ensuite dans une ornire
profonde.

A la nuit, aprs douze heures de marche, la caravane avait ainsi franchi
une soixantaine de kilomtres. Et, dans deux ans, c'est sur ce mme sol,
foul hier par le sabot des mules se frayant un chemin  travers la
brousse, que les automobiles silencieuses fileront  120, 130 kilomtres
 l'heure--et, qui sait, peut-tre plus vite encore--sur une route
droite, unie, sans obstacles, mais traversant cependant une rgion
pittoresque o le calme des immenses forts n'est troubl que par le
bruit imposant des vagues de l'Ocan s'crasant sur le sable fin.



ASSURANCES TRS MODERNES, par Henriot.


NOUVELLES INVENTIONS

_(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_


PORTE-PARAPLUIE LE RAGA

On sait qu'il est avantageux pour faire scher son parapluie, de le
placer la pointe en haut, la poigne en bas: on en augmente ainsi la
dure et l'on vite une dpense apprciable, celle d'avoir  remplacer
ou faire recouvrir souvent son parapluie.

Tel est le but atteint par le nouveau porte parapluie _Raga,_ dont
l'ingnieuse disposition permet de suspendre le parapluie
automatiquement, par la pointe.

Tout le monde sait, en effet, que la premire dchirure du parapluie se
produit toujours  l'endroit de la petite cuvette infrieure, car c'est
l que vient sjourner l'eau lorsqu'on place le parapluie la pointe en
bas. Cette eau fait pourrir l'toile et rouiller le fil mtallique qui
runit les baleines.

D'autre part, en le faisant scher ouvert, le parapluie tient beaucoup
de place, et l'toffe tant tendue se rtrcit en schant et se dchire
facilement.

Le dispositif qui maintient le parapluie est simple et commode; il
consiste en une pice mtallique en forme de chimre capable d'osciller
autour d'un axe et prsentant une ouverture dispose horizontalement, au
repos, pour permettre l'introduction facile de la pointe du parapluie.
Cette dernire se trouve saisie entre deux galets de caoutchouc serrs
lastiquement l'un contre l'autre, suffisamment pour maintenir le
parapluie malgr son poids. Lorsqu'on abandonne le parapluie  lui-mme
aprs l'avoir introduit dans l'appareil, il prend, ainsi que l'appareil,
la position verticale, comme l'indique notre gravure. Le grave
inconvnient d'usure, par l'eau, du fond de l'toffe se trouve ainsi
vit ou tout au moins fortement attnu. Lorsqu'on retire le parapluie
 soi en le prenant par le manche, l'appareil reprend de lui-mme sa
position initiale.

Le _Raga_ possde d'autres avantages apprciables; il tient peu de place
dans un vestibule o il peut tre fix  demeure; son aspect est
dcoratif et chaque parapluie se trouvant isol, la recherche en est
plus facile. Ajoutons que cet appareil se fixe simplement  l'aide de
deux vis, partout o l'on peut le dsirer.

Pour tous renseignements sur le porte-parapluie _Raga_, s'adresser  _M.
Ravoux-Garbil, 12, rue des Jardina,  Saint-Brieuc._


[Illustration.]

BOUCHON VERSEUR MESUREUR

Le nom mme de ce petit ustensile indique le but vis par son inventeur.
Il est, en effet, souvent utile de pouvoir verser rapidement et
rgulirement des quantits donnes de liqueurs ou de mdicaments, ou de
savoir exactement le nombre de verres que l'on obtient dans un litre de
liquide. Ajoutons que rien n'est plus ais que de se servir de ce
mesureur et que son prix est minime.

[Illustration.]

[Illustration.]

Nos figures reprsentent clairement le mode d'emploi de cet ustensile,
qui se compose de deux tubes, fixs obliquement l'un sur l'autre, et
d'une boule servant de capacit de mesure.

L'un des deux tubes, grce  deux lames de ressort saillantes, s'ajuste
 frottement dur dans des goulots de bouteille d'assez variable grosseur
et transmet le liquide  la boule et au tube verseur contenant un piston
mtallique. Suivant les positions occupes par la bouteille, ce piston,
par son propre poids, vient masquer ou dmasquer le goulot de la
bouteille ou l'orifice verseur.

Le fonctionnement est le suivant:

Pour mesurer une partie de liquide contenu dans la bouteille avant de le
verser, il suffit de pencher la bouteille en avant (fig. 1); dans cette
position le liquide s'coule librement dans la boule.

Lorsqu'on juge que la quantit qui a pntr dans la boule est
suffisante, c'est--dire qu'elle est bien remplie, ce qui demande un
temps d'arrt d'une seconde, on tourne seulement le poignet (fig. 2);
pendant ce double mouvement, le piston se dplace dans le cylindre, le
liquide s'coule instantanment par l'ouverture du piston tandis que le
liquide qui se trouve dans la bouteille ne peut s'en chapper.

Le bouchon mesureur, en mtal nickel, est dmontable: cylindre, boule
et piston; toutes les pices sont interchangeables.

Les boules se font en trois grandeurs: pour 20, 25 ou 30 verres au
litre, ce dernier type tant le plus couramment employ. Cet ustensile
peut rendre d'utiles services, en particulier dans les cafs, car il
permet de supprimer le trop plein et de contrler aisment le dbit. Son
prix est de 3 fr. 75 chez _M. Moulin, 5, rue Curaterie, Nmes._









End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3240, 1 AVRIL 1905 ***

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and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
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page at http://pglaf.org

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