The Project Gutenberg EBook of Mmoires du marchal Marmont, duc de Raguse
(5/9), by Auguste Frdric Louis Viesse de Marmont

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Title: Mmoires du marchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Author: Auguste Frdric Louis Viesse de Marmont

Release Date: October 2, 2010 [EBook #33832]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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MMOIRES
DU MARCHAL MARMONT
DUC DE RAGUSE
DE 1792 A 1841

IMPRIMS SUR LE MANUSCRIT ORIGINAL DE L'AUTEUR
AVEC
LE PORTRAIT DU DUC DE REISCHSTADT
CELUI DU DUC DE RAGUSE
ET QUATRE FAC-SIMILE DE CHARLES X, DU DUC D'ANGOULME, DE L'EMPEREUR
NICOLAS ET DU DUC DE RAGUSE


TOME CINQUIME

PARIS
PERROTIN, LIBRAIRE-DITEUR 41, RUE FONTAINE-MOLIRE, 41



L'diteur se rserve tous droits de traduction et de reproduction.


1857




MMOIRES
DU MARCHAL
DUC DE RAGUSE




LIVRE SEIZIME

1813

SOMMAIRE.--Situation et faiblesse de la grande arme aprs la campagne
de Russie.--Organisation d'une nouvelle arme dite d'observation du
Mein.--Cration des rgiments provisoires.--Canonnire de
marine.--Composition de l'arme du Mein.--Arrive du duc de Raguse 
Mayence.--Composition du sixime corps, sous les ordres de
Marmont.--Marche sur Dresde.--Combat de Wiessenfels.--Mort du duc
d'Istrie.--Napolon tablit son quartier gnral 
Lutzen.--Reconnaissance de l'ennemi excute par le sixime
corps.--Bataille de Lutzen 2 mai 1813.--Combats de nuit contre la
cavalerie ennemie.--Danger que court le duc de Raguse.--Paroles de
l'Empereur.--Entre de l'arme franaise  Dresde.

Je passai les mois de janvier et de fvrier 1813  soigner mes
blessures, impatient de rentrer en campagne. Grce  la force de mon
temprament, ds le mois de mai, je fus en tat de partir. Aprs quinze
jours passs  Chtillon, o j'arrtai les travaux dont la suite devait
m'occuper d'une manire si grave et si importante, je me mis en route
pour l'arme.

Les deux mois et demi passs  Paris et  la cour firent poque pour
moi. tranger aux plaisirs et aux splendeurs de ce sjour, depuis neuf
ans, je n'avais pas quitt les camps; et, sous le rgime imprial, je
n'avais habit la capitale que pendant six semaines environ et  trois
reprises diffrentes,  l'poque du couronnement, en 1809, aprs la paix
de Vienne, et  l'poque de la naissance du roi de Rome, avant d'aller
prendre le commandement de l'arme de Portugal. Aussi, sur ce terrain,
tout tait neuf pour moi. La cour, encore brillante, prsentait
cependant un horizon sombre  tous les yeux. La dfection du corps
prussien d'York, indice effrayant de la situation des esprits, donnait 
chacun le pressentiment de grands et de nouveaux malheurs. Et cependant
la fortune est venue au secours du courage, et il n'a tenu qu' Napolon
de rasseoir pour toujours sa puissance branle; mais il devait se
charger lui-mme de se dtruire et prir par un suicide politique.

Depuis plusieurs annes, Napolon, rappelant, autant qu'il le pouvait,
dans les habitudes, les usages anciens de la cour de France, exigeait
que l'on vint  ses ftes en habit habill. L'intrt des manufactures
servait de prtexte  cet usage singulier, imitation servile du pass.
Rien n'tait si extraordinaire que ce travestissement de soldats dont la
parure tait les cicatrices et l'air martial bien plus que la grce et
l'lgance. Je me fis faire de beaux habits pour me conformer  l'ordre
donn, et ma manche ouverte, mon bras en charpe et sans mouvement,
faisaient ressortir ce que ce costume avait de bizarre.

       *       *       *       *       *

Les historiens de la campagne de 1812 en Russie ont racont ses
dsastres avec trop de dtails pour que, sans y avoir assist, je
m'occupe de les dcrire. L'ouvrage de M. de Sgur porte avec lui la
conviction et doit tre plac en premire ligne. J'ai pu juger, dans la
campagne suivante, des dispositions physiques et morales de Napolon. Il
tait en 1813 tel que M. de Sgur le dpeint en 1812. Plus tard, j'ai pu
apprcier l'exactitude de ses rcits quand il dcrit les lieux o se
sont passes les grandes scnes de cette poque. Enfin il a bien peint
le caractre des vnements dans une arme livre  de semblables
circonstances, et c'est lui qui,  mon avis, doit faire autorit dans
l'avenir.

La grande arme n'existait plus que de nom.  peine les rgiments
conservaient-ils des fragments de cadres. L'effectif prsent sous les
armes, dans le cadre d'un grand nombre de divisions, ne s'levait pas 
plus de huit  neuf cents hommes. Les hommes chapps  la mort taient
prisonniers ou parpills, sans armes et sans organisation. Quelques
corps, rests en Prusse et  Dantzig, furent victimes  leur tour des
rigueurs de la saison et prouvrent une grande diminution. De leur ct
aussi les troupes ennemies, sans avoir t dsorganises, taient
beaucoup rduites, malgr les soins qu'on avait pris pour leur
conservation pendant la poursuite des oprations. Nanmoins leur nombre
et leur tat les rendaient trs-suprieures aux ntres et fort
redoutables.

La dfection de la Prusse avait mis inopinment dans la balance de
nouvelles forces contre nous, et ces forces taient aussi redoutables
par le nombre des soldats que par l'esprit qui les animait.
L'enthousiasme de la nation la fit se lever, pour ainsi dire, tout
entire pour assurer sa dlivrance.

La ville de Dantzig, abandonne  elle-mme, fut bloque, ainsi que les
diverses places de la Vistule. Cependant le vice-roi, qui commandait
cette prtendue grande arme, dont les dbris rorganiss composaient un
corps de tout au plus douze mille hommes, form de quatre divisions,
tait rest  Posen aussi longtemps qu'il l'avait pu sans danger. Il
s'tait ensuite retir lentement et s'tait arrt  Berlin. Enfin,
quand le mouvement des armes ennemies et la leve en masse de la Prusse
l'y forcrent, il se rfugia derrire l'Elbe, o il reut des renforts
considrables.

L'hiver de 1813 se passa ainsi en Allemagne. Pendant ce temps, une
nouvelle arme, sous le nom d'arme d'observation du Mein, se formait
sur la frontire et se prparait  entrer en campagne.

Les dsastres survenus en Russie avaient t ressentis vivement par la
France entire. Quelque lourd qu'et paru le fardeau de la guerre,
quelle que ft l'impopularit de l'Empereur et de ses entreprises
gigantesques, qui, se renouvelant chaque anne, puisaient toujours
davantage les peuples, l'honneur national, accoutum, par des succs
continuels,  dicter partout des lois, se rveilla au bruit des revers.
Le sentiment patriotique fit faire des efforts extraordinaires pour
mettre Napolon  mme de reprendre sa position perdue et de rtablir
son influence sur l'Europe. On esprait que Napolon tait corrig, et
qu'enfin la France pourrait jouir de sa puissance au sein du repos. Les
leves se firent avec facilit et empressement. Une rquisition immense
de chevaux s'excuta promptement et sans murmures. Tout marcha avec une
telle rapidit, que les armes semblaient sortir de terre.

Avant de commencer la campagne de Russie, l'Empereur avait emmen avec
lui tout ce qu'il y avait de disponible dans l'arme. Il n'avait laiss
en France que des dpts; mais, par une sage prvoyance, il avait
ordonn la leve de cent bataillons de rserve, sous le nom de
_cohortes_. Afin de se mnager la ressource des conscriptions futures,
il l'avait fait faire sur les conscriptions passes, c'est--dire parmi
les hommes librs, mesure injuste et odieuse, mais qui lui fournit des
hommes faits, robustes, de l'ge de vingt-deux  vingt-huit ans, et
plus en tat que ceux des leves annuelles de supporter les fatigues de
la guerre. Pour dguiser aux yeux de ces hommes, appels contre toute
espce de droit, la rigueur dont ils taient l'objet, le
snatus-consulte, rendu  cette occasion, dclara que ces nouveaux
soldats n'auraient d'autre destination que la dfense du territoire de
l'Empire; qu'ils ne pourraient en sortir; et, pour prsenter  l'esprit
l'ide d'une organisation particulire adapte  cette destination
spciale, on les plaa dans des corps nouvellement forms sous le nom de
cohortes au lieu de bataillons.

M. de Lacpde, orateur du Snat, pronona, en prsentant l'acte qui
mettait l'Empereur en possession de cette ressource, les paroles
suivantes, qui furent au reste frappes de ridicule, au moment mme o
elles furent profres: Mais ces jeunes soldats auront  gmir du sort
qui leur est rserv, de rester loin des dangers et du thtre de la
gloire des armes franaises. Le thtre de la guerre se rapprocha d'eux
et vint les chercher. Un nouveau snatus-consulte, rendu dans l'hiver de
1812  1813, autorisa  les mobiliser et  en faire des rgiments, qui
prirent de nouveaux numros dans l'arme. Ces corps, ayant t levs au
moment du plus grand dploiement de nos forces, avaient reu un grand
nombre d'officiers fort mdiocres et trop gs, en rforme ou en
retraite, rappels au service, mais les soldats taient admirables. Les
cent cohortes organises en rgiments prirent les numros au del du
122e et jusqu' 130 et quelques. Ces corps formrent la premire
ressource dont l'Empereur disposa.

La conscription annuelle tait dj appele. Elle servit  remplir les
cadres d'un grand nombre des troisime et quatrime bataillons, qui
formrent des rgiments provisoires, et furent envoys dans le corps
d'observation du Mein.--Des soldats, tirs des compagnies
dpartementales, formrent un rgiment de quatre magnifiques bataillons.
Napolon eut, en outre, l'ide de faire servir  terre, et comme
infanterie, les canonniers de la marine, corps nombreux, brave et fort
inutile dans les ports en ce moment. Il ordonna son doublement en y
versant un nombre de conscrits gal  celui des vieux soldats. On forma
ainsi quinze bataillons de campagne, qui entrrent dans la composition
de mon corps d'arme. Enfin, Napolon appela  lui un corps de trois
divisions, formes avec des troupes de l'arme d'Italie, compos
d'anciens rgiments, dont la gloire et le courage rappelaient notre beau
temps militaire. Ce corps, confi au gnral Bertrand, traversa le
Tyrol, et vint nous rejoindre dans les plaines de la Saxe.

L'arme d'observation du Mein se composa en dernire analyse de corps
dont les numros dfinitifs, dans la grande arme, furent les suivants:

Troisime corps, marchal Ney, quatre divisions;

Quatrime corps, gnral Bertrand, trois divisions, dont une
wurtembergeoise;

Sixime corps, duc de Raguse, quatre divisions, dont trois seulement
furent organises (canonniers de la marine).

Le premier corps, prince d'Eckmhl, quatre divisions. Il tait sur le
bas Elbe, o il se rorganisait.

Le deuxime corps, duc de Bellune, qui tait  Magdebourg. Il fut form
fort tard, et il ne put prendre part  la premire partie de la
campagne.

Les cinquime, onzime et douzime corps, commands par le gnral
Lauriston et les marchaux Macdonald et Oudinot, chacun de trois
divisions (cohortes). Ils avaient dj rejoint le vice-roi.

Enfin, aux forces ci-dessus il faut ajouter la garde impriale, dont
l'infanterie s'levait  quinze mille hommes et la cavalerie  quatre
mille, seule cavalerie, au reste, qui ft alors disponible dans toute
l'arme. Ces forces, organises pendant le cours de l'hiver, taient en
tat de rentrer en campagne  la fin d'avril. Cependant l'Empereur ne se
contenta point de ces prparatifs, quelque considrables qu'ils fussent
dj. Il ordonna encore bien d'autres leves. De plus il stimula les
allis pour remplacer leurs contingents, dont, il est vrai, il ne
restait presque plus que le souvenir. Les effets de ces mesures
extraordinaires, soutenues par une grande activit et une puissante
volont, se firent sentir successivement pendant le cours de la premire
partie de la campagne et de l'armistice qui s'ensuivit. Des secours de
toute nature ne cessrent d'arriver, en sorte que l'arme se trouva, 
la fin de l't, compose, il est vrai, en grande partie de trs-jeunes
soldats, peu en tat de supporter longtemps les fatigues de la guerre,
mais aussi forte en nombre d'hommes et en chevaux qu'elle et jamais
t. Ce n'est pas, au surplus, le moment d'entreprendre cette partie de
mes rcits. Nous en sommes seulement  prsent  la formation des
troupes entrant les premires en ligne, aprs les dsastres survenus en
Russie, et qui combattirent  Lutzen.

Je me rendis  Mayence, o j'arrivai le 24 mars, encore trs-souffrant
de ma blessure reue en Espagne. Mes plaies, encore ouvertes, exigeaient
des soins journaliers, et mon bras tait encore sans aucun mouvement.
Beaucoup d'autres,  ma place, eussent rclam du repos pour assurer
leur gurison; mais le repos, au milieu du mouvement de la guerre, et
t pour moi une maladie mortelle. Je n'tais pas encore rassasi de
cette vie de prils et d'motions qui chauffent le coeur, exaltent
l'esprit, dcuplent l'existence. Le temps et les malheurs ne m'avaient
pas encore dsenchant en me montrant les illusions dont elle est
souvent remplie.

Les dispositions de l'Empereur avaient ordonn la formation de mon corps
d'arme en quatre divisions d'infanterie; mais la quatrime, n'ayant eu
qu'une organisation incomplte, reut peu aprs une autre destination.
Mon corps d'arme ne se composa donc rellement, pendant toute la
campagne, que de trois divisions formes de quarante bataillons. Quinze
de ces bataillons appartenaient  l'artillerie de la marine. Ils taient
composs moiti d'anciens soldats, et l'autre moiti de recrues,
incorpores au moment o ils se mirent en marche des grands ports o ils
tenaient garnison. Les vingt-cinq autres bataillons furent composs,
savoir: du 37e lger, nouveau corps, mais form de vieux soldats tirs
par dtachement des compagnies dpartementales; de vingt troisime et
quatrime bataillons de diffrents rgiments des armes d'Espagne,
organiss en rgiments provisoires; enfin, d'un bataillon espagnol.

  1er rgiment d'infanterie de la marine, quatre bataillons.
  2e rgiment, infanterie de marine, six bataillons.
  3e rgiment, infanterie de marine, deux bataillons.
  4e rgiment, infanterie de marine, trois bataillons.
  37e lger, deux bataillons.
  32e lger, deux bataillons.
  23e lger, deux bataillons.
  11e provisoire, deux bataillons.
  13e provisoire, deux bataillons.
  15e de ligne, deux bataillons.
  16e provisoire, deux bataillons.
  70e de ligne, deux bataillons.
  120e de ligne, deux bataillons.
  20e provisoire, deux bataillons.
  25e provisoire, deux bataillons.
  Corps Joseph Napolon, un bataillon.

L'artillerie se composa de quatre-vingt-quatre bouches  feu. L'extrme
pnurie prouve en cavalerie empcha de m'en donner une seule division
ou mme une seule brigade. J'eus  ma disposition seulement les lanciers
de Berg, composs d'environ deux cents chevaux. Les rgiments
d'artillerie de la marine, faisant le fond de mon corps d'arme,
mritaient beaucoup d'loges pour leur bravoure et leur bon esprit.
Jamais soldats ne se sont exposs de meilleure grce au canon de
l'ennemi, et n'y sont rests avec plus de fermet. Mais ces troupes
avaient une grande maladresse et un manque complet d'exprience de la
guerre de terre. Elles eurent en consquence, pendant quelque temps,
beaucoup de dsavantage devant l'ennemi. Le personnel des officiers dut
tre remani. Il fallut nommer  un grand nombre d'emplois. On exera
constamment aux manoeuvres et les vieux et les jeunes soldats; mme
pendant les marches, l'instruction fut continue. On agit de la mme
manire dans les autres bataillons, entirement composs de conscrits.
Ceux dont les cadres taient bons, quoique forms trs-rapidement,
purent tre prsents  l'ennemi avec confiance, tant les paysans
franais, belliqueux par essence, sont faciles  dresser. Un bataillon
du 4e rgiment de ligne, dont le cadre tait complet et admirable, m'en
donna la preuve. Ce bataillon, aprs avoir reu les recrues  la fin de
janvier, tait un corps modle au mois de mai suivant.

Mes divisions taient commandes, savoir: la premire par le gnral
Compans; la deuxime par le gnral Bonnet; la troisime, par le gnral
Freiderick; mon artillerie, par le gnral de division Fouch.

J'tablis mon quartier gnral  Hanau, et mes troupes, pour vivre et se
former, eurent le pays environnant sur la route d'Allemagne, jusques et
y compris Fulde.

Pendant ce temps, le troisime corps, command par le marchal prince de
la Moskowa, s'organisait dans le duch de Saxe. La gauche se formait 
Mayence, et la cavalerie en Lorraine et dans le Palatinat du Rhin. Le
vice-roi avait son quartier gnral  Strassfurth et le marchal Ney, 
Meiningen. Les corps ennemis taient ainsi placs: celui de York 
Dessau; Wittgenstein, au del de l'Elbe, et la masse des troupes,
runies en arrire de Dresde, prtes  dboucher.

Je portai, le 13 avril, ma deuxime division sur Vach. Le 15, elle prit
position  Eisenach, tandis que la premire la remplaa  Vach, et que
le prince de la Moskowa dbouchait sur Erfurth.

Le mouvement commenc continua, et, le 21, ma deuxime division, qui
tenait la tte de la colonne, arriva  Gotha, la premire  Langensalza
et la troisime  Eisenach, o, ds le 19, j'avais port mon quartier
gnral.

Pendant ces marches, nos troupes achevaient de s'organiser. De son ct,
le vice-roi, marchant pour faire sa jonction, arrivait  Mersebourg. Le
1er mai, au matin, le troisime corps avait dbouch de Weissenfels, o
je l'avais remplac. Une avant-garde ennemie eut avec lui un lger
engagement dans lequel le marchal Bessires fut tu. C'tait un de nos
compagnons d'Italie et sa perte fut apprcie par l'arme. Je la
ressentis plus vivement que d'autres  cause de nos souvenirs communs.
Spars pendant longtemps et ayant eu pour lui quelques motifs
d'loignement, nous nous tions rapprochs, et notre ancienne amiti
s'tait rveille. Homme d'esprit et de coeur, il donna toujours 
l'Empereur des avis utiles. Vingt et un jours aprs, nous devions perdre
un autre camarade qui m'tait bien plus cher. La fortune devait enfin
s'appesantir sur nous, aprs nous avoir si longtemps protgs et combls
de ses faveurs.

Le troisime corps alla prendre position  Kaia,  Kleingrossgorschen et
 Starfield. Napolon se rendit  Lutzen, o il tablit son quartier
gnral.

Je pris position  Ripach et je mis mon corps d'arme  cheval sur le
ravin, prt  marcher dans diffrentes directions. Pendant ce temps les
troupes aux ordres du vice-roi, occupant la rive gauche de la Saale,
s'taient rencontres  Mersebourg, et avaient fait leur jonction avec
celles que Napolon amenait en personne. L'Empereur ignorait la
position vritable de l'ennemi et ne supposait pas qu'il se dcidt si
promptement  l'offensive. Une raison suffisante pour ignorer les
mouvements tait notre dfaut de cavalerie. Nous ne pouvions pas battre
la campagne et avoir des nouvelles certaines. Mais Napolon aurait d
rflchir que l'ennemi, ayant trente mille chevaux, tandis que nous n'en
avions pas quatre mille, et possdant ainsi sur nous de si grands
avantages dans un pays aussi plat, aussi dcouvert, ou ne nous
attaquerait jamais, ou nous attaquerait en ce moment.

Le 2 mai, Napolon dirigea les troupes du vice-roi, c'est--dire le
cinquime et le onzime corps sur Leipzig, et se mit en route lui-mme
pour s'y rendre. Il m'envoya auparavant l'ordre de faire une forte
reconnaissance dans la direction de Pgau avec tout mon corps d'arme,
de percer tous les rideaux de troupes qui me seraient prsents, afin de
m'assurer o tait la force des masses ennemies. Je me mis en mesure
d'excuter ces dispositions. On se le rappelle, j'tais camp sur le
ravin de Ripach, occupant par une division la rive droite, et la rive
gauche par les deux autres. Le troisime corps tait camp aux villages
de Grossgorschen, Kaia et Starfield.

L'opration qui m'tait prescrite tait dlicate. M'avancer avec vingt
mille hommes sans cavalerie, au milieu d'une immense plaine o je
pouvais subitement tre entour par toutes les forces de l'ennemi,
exigeait de grandes prcautions pour rester en liaison par l'arme, et 
mme d'tre soutenu si j'tais inopinment attaqu par des forces
suprieures. Or j'avais  choisir entre deux chemins dans la direction
qui m'tait donne. De Ripach on peut aller  Pgau par la rive droite
et par la rive gauche du ravin. Le chemin de la rive gauche est le plus
court, et j'tais dj tout plac sur ce chemin; mais il avait
l'inconvnient de me sparer du gros des forces de l'arme, de laisser
mon flanc droit expos aux attaques de l'ennemi, tandis que j'aurais t
accul au ravin  ma gauche. En marchant par la rive droite, le chemin
tait plus long; mais mon flanc devait tre couvert par le ravin, ma
gauche en liaison avec l'arme, ma retraite sur Lutzen tait assure, et
je couvrais ainsi la portion des troupes qui avait march sur Leipzig.
C'est peut-tre  cette combinaison sage que nous avons d un succs
brillant  la place d'une catastrophe.

Aprs avoir pass le ravin de Ripach, et avoir form mes troupes en six
carrs qui marchaient en chiquier, je me mis en marche en suivant la
rive droite, et me portant ainsi sur Starfield.

 peine approchions-nous de ce village que nous vmes se former, sur les
hauteurs qui le dominent, des masses considrables de cavalerie
ennemie, soutenues par une nombreuse artillerie, et, en mme temps, nous
entendmes le canon dans la direction de Kaia et de Grossgorschen. La
division Grard, du troisime corps, campe  peu de distance sur la
rive gauche, et un peu en arrire de Starfield, venait d'tre surprise
par l'ennemi. Elle prenait les armes dans une grande confusion. Son
artillerie se trouvait sans attelages, ses chevaux ayant t
inconsidrment aux fourrages. Cette division et couru de grands
risques si je fusse arriv quelques minutes plus tard; mais je htai ma
marche, et je m'empressai de me porter en avant pour la couvrir et lui
donner le temps de s'organiser.--Les forces que l'ennemi nous montrait
taient imposantes: mais, ne voyant encore que de la cavalerie, elles ne
me parurent cependant pas assez redoutables pour m'empcher de remplir
mes instructions. En consquence, je me dcidai  les aborder sans
perdre un seul moment, afin de juger en quoi elles consistaient au
juste. Afin d'tre  l'abri de tout vnement fcheux si j'avais affaire
 trop forte partie, je fis occuper en force le village de Starfield,
destin ainsi  me servir de point d'appui. Je portai en avant du
village, et un peu sur la gauche, la division Compans; et, en chelons
plus  la gauche encore, la division Bonnet. Les troupes, soutenues par
le feu de ma nombreuse artillerie, se mirent  marcher en avant et au
pas acclr. Cette charge s'excuta avec vigueur et promptitude; mais,
les forces de l'ennemi augmentant avec rapidit, je vis bientt qu'une
grande bataille allait tre livre. Alors j'arrtai mon mouvement, qui,
en m'loignant de mon point de rsistance et de sret, aurait
infailliblement occasionn ma perte. Je maintins toutefois mon attitude
offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi et de l'empcher
d'craser les troupes du troisime corps, qui combattaient  Kaia et 
Kleingrossgorschen. L'ennemi avait dirig contre elles la majeure partie
de ses forces, et spcialement beaucoup d'infanterie. La division Grard
les ayant rejointes, tout le troisime corps se trouvait engag; mais ma
position sur sa droite rduisait  son front le terrain qu'il avait 
dfendre.

Le marchal Ney, ayant t voir l'Empereur  Lutzen, celui-ci l'engagea
 l'accompagner  Leipzig. Le marchal, averti pendant la route, par le
bruit du canon, de ce qui se passait  son corps d'arme, y retourna en
toute hte. Il le trouva aux prises avec l'ennemi depuis deux heures
environ, et ayant dj perdu Grossgorschen, Kleingrossgorschen et Kaia.
L'Empereur, appel par les mmes motifs, suivit Ney de prs, mais aprs
avoir envoy l'ordre au duc de Tarente de se porter,  marches forces,
sur ce point, et de se placer  la gauche du troisime corps.

L'ennemi sentait l'importance de profiter de notre faiblesse pour
envelopper le troisime corps; mais il ne pouvait y russir qu'aprs
m'avoir forc moi-mme  reculer. Il runit donc de grandes forces
contre moi; il dirigea le feu de plus de cent cinquante pices de canon
contre mon seul corps d'arme.

Mes troupes supportrent ce feu terrible avec un grand calme et avec un
remarquable courage. Les soldats de la division Compans surtout, plus
exposs que les autres, furent dignes d'admiration. Les rangs
s'claircissaient  chaque instant, mais se reformaient de nouveau, sans
incertitude, et personne ne songeait  s'loigner.--Les braves
canonniers de la marine, accoutums particulirement  des combats de
mer, o l'artillerie joue le principal et presque l'unique rle,
semblaient tre dans leur lment. Immdiatement aprs ce feu terrible,
la cavalerie ennemie s'branla, et fit une charge vigoureuse,
principalement dirige contre le 1er rgiment d'artillerie de la marine.
Ce rgiment, command par le colonel Esmond, montra ce que peut une
bonne infanterie, et l'ennemi vint chouer contre ses baonnettes.
D'autres charges furent renouveles, mais inutilement et sans succs.

L'infanterie ennemie se disposa  venir prendre part au combat, et de
nouvelles forces en artillerie et en cavalerie furent ajoutes aux
premires. Un nouvel effort pouvant tre tent et devenir dcisif, je me
dcidai  prendre une meilleure position dfensive. Je portai mes
troupes un peu en arrire, de manire  les masquer en partie et  les
mettre, le mieux possible,  mme de soutenir le village de Starfield.
Toute la division Compans fut mise dans ce village et charge de le
dfendre. Les manoeuvres de l'ennemi, afin de s'tendre sur ma droite,
rendaient cette disposition encore plus ncessaire pour empcher qu'il
ne passt entre la tte du ravin et le village. En outre, je plaai en
de et sur le bord du ravin une partie de ma troisime division, ce qui
suffit pour complter la sret de mon flanc. Le reste de cette division
resta en rserve pour pourvoir aux cas imprvus.

L'ennemi dirigea une attaque complte sur Starfield; mais elle lui
russit mal: elle fut repousse. Sur ces entrefaites, l'Empereur et les
troupes de la garde tant arrives prs de Kaia, on se battit sur ce
point avec acharnement, et ce village, vivement disput, avait fini par
rester en notre pouvoir. D'un autre ct, le onzime corps, aux ordres
du duc de Tarente, dirig de Schnau (o il tait dj arriv en
marchant sur Leipzig), en suivant le chemin qui conduit directement 
Pgau, s'tait empar du village d'Eidorf, sur l'extrme droite de la
ligne ennemie. Il s'y tait maintenu, malgr les efforts opinitres des
troupes russes, qui, aprs l'avoir perdu, voulurent le reprendre. Enfin,
il tait cinq heures, et le quatrime corps, venant de Ina, arrivait en
arrire de la gauche de l'ennemi, qu'il prenait  revers. Une division
de ce corps, la division Morand, suffit seule pour complter ses
embarras. On dirigea de nouveau contre lui un grand effort en avant de
Kaia. Cet effort fut soutenu par ma deuxime division, que j'envoyai au
secours du troisime corps, aussitt que j'eus reconnu la prsence de
celui du gnral Bertrand (quatrime corps). Ma division reprit le
village de Batuna. En ce moment, l'ennemi se dcida  la retraite. Alors
la division Compans dboucha de Starfield et marcha  lui. La division
Freiderick se plaa  gauche et soutint son mouvement; tandis que la
division Bonnet, en communication avec le troisime corps, servait de
pivot  mon mouvement. Nous suivmes l'ennemi avec autant de rapidit
que la conservation de l'ordre de notre formation nous le permit. Nous
continumes notre marche jusqu' la nuit, aprs avoir fait un changement
de front presque perpendiculaire, l'aile droite en avant. Notre
mouvement tait rgl sur celui du centre et de la gauche de l'arme.
Ceux-ci s'arrtrent au moment o la nuit commenait. Nous fmes halte
 notre tour pour rester en ligne; nous devnmes ainsi stationnaires
pendant une demi-heure, en prsence de l'ennemi, rest matre de
Grossgorschen et plac en avant de ce village.

L'obscurit tait devenue complte. Faute de cavalerie, il y avait
impossibilit de se faire clairer. J'avais mis pied  terre pour me
reposer, quand tout  coup un bruit de chevaux se fit entendre; c'tait
la cavalerie prussienne qui arrivait sur nous. L'tat de mes blessures
m'obligeait  quelques prcautions pour me mettre en selle, et, n'ayant
pas le temps ncessaire pour monter  cheval, je me jetai dans le carr
form par le 37e lger, le plus  porte. Ce rgiment, ayant peu
d'ensemble alors, mais depuis devenu trs-bon, s'abandonna  une terreur
panique et se mit  fuir. En mme temps, mon escorte et mon tat-major
s'loignaient du lieu o la charge s'oprait. Ce malheureux rgiment en
droute les prit pour l'ennemi et tira sur eux. Entran par ce
mouvement, j'avais l'me navre en reconnaissant l'erreur qui faisait
passer par nos armes nos pauvres officiers, et cependant je supposais
les Prussiens mls avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai
que, si, comme je le croyais, les cavaliers prussiens allaient nous
sabrer, il tait inutile de me faire enlever en me signalant  eux et
en leur donnant le moyen de me reconnatre aux plumes blanches dont mon
chapeau tait garni. Je fis ma retraite force de quelques minutes, mon
chapeau plac sous mon bras. La foule, allant plus vite que moi, me
culbuta au passage du foss de la grande route, mais enfin les fuyards
s'arrtrent. Trs-heureusement pour nous, les Prussiens n'avaient pas
t informs de notre dsordre; aprs avoir charg sur le 1er rgiment
de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reus
bravement, ils s'taient retirs.

Le 37e lger s'tant reform, je lui fis honte de sa conduite. Je
laissai mes troupes divises en plusieurs carrs, afin qu'un nouveau
dsordre ne vnt pas tout compromettre; mais je plaai mes carrs si
prs les uns des autres et les faces les plus voisines des carrs les
plus rapproches  si petite distance, qu'elles ne pouvaient pas tirer
les unes sur les autres et empchaient cependant l'ennemi de pntrer
entre elles.

Mes troupes, ainsi disposes, attendirent. J'avais le pressentiment
d'une nouvelle entreprise tente avec des moyens plus complets, et la
chose arriva comme je l'avais prvue. Vers les dix heures du soir,
quatre rgiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent
fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun
dsordre n'eut lieu, et l'ennemi laissa cinq  six cents hommes morts
autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout tant
parfaitement tranquille, je portai mes troupes  une petite distance,
auprs d'un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s'tablir pour
la nuit et se reposer ensuite.

La triste chauffoure dont je viens de rendre compte cota la vie  mon
premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mrite,
tu par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres
officiers prirent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de
mon chef d'tat-major reut onze balles qui le frapprent  la fois.

Aprs cette double tentative, l'ennemi vacua Grossgorschen et s'loigna
compltement du champ de bataille.

Cette bataille fut glorieuse pour l'arme franaise, dont les troupes,
composes en grande partie de nouvelles leves, montrrent beaucoup de
valeur. Les rsultats en trophes et en prisonniers furent nuls, attendu
notre manque absolu de cavalerie.

Le soir de la bataille, l'Empereur dit  Duroc: Je suis de nouveau le
matre de l'Europe. Cette bataille de Lutzen, bonne conception de la
part de Wittgenstein, avait t mal donne. Il et d attendre, pour
attaquer, le moment o l'arme franaise et t plus engage du ct de
Leipzig, et en mme temps agir avec tous ses moyens runis. En effet, le
corps de Miloradowitch, dtach, ne combattit pas. Wittgenstein devait
agir promptement et en masse par la gauche; une dfaite complte des
troisime et sixime corps aurait eu une trs-grande influence sur le
sort de la campagne. La disproportion de nos forces, si l'ennemi et agi
avec plus d'ensemble, jointe  l'avantage rsultant de la nature du pays
et de sa nombreuse cavalerie, l'autorisait  l'esprer.--D'un autre
ct, Napolon avait rapidement rpar sa faute en marchant en toute
hte au secours de ses corps engags. Il s'exposa beaucoup en ralliant
et ramenant  la charge les troupes du troisime corps, qui avaient t
culbutes. C'est probablement le jour o, dans toute sa carrire, il a
couru le plus de dangers personnels sur le champ de bataille.

En ce moment, toutes les troupes franaises runies en Allemagne
s'levaient  cent soixante-quinze mille hommes, et cent et quelques
mille seulement taient rassembls sur le champ de bataille de Lutzen.

On estime, et des documents pris  bonne source font croire que la
totalit des forces russes et prussiennes ne leur taient pas de
beaucoup infrieures; quatre-vingt-dix mille hommes se trouvaient 
Lutzen ou  porte.

Le 3 mai, l'ennemi s'tant retir sur Pgau, dans la direction de
Dresde, le duc de Tarente fut mis  sa poursuite. Je me rendis 
Lbnitz, et je dirigeai des avant-gardes sur Berna. Le troisime corps,
ayant le plus souffert pendant la bataille, resta  Lutzen; il tait
d'ailleurs destin  passer l'Elbe  Wittenberg.

Je marchai au soutien du onzime corps, qui eut plusieurs engagements
plus ou moins srieux, entre autres  Colditz. L'ennemi continua son
mouvement en bon ordre sur l'Elbe, en marchant sur diverses colonnes;
mais la majeure partie prit la direction de Dresde.

Nous arrivmes devant cette ville le 8, et nous y entrmes
immdiatement, tandis que l'empereur de Russie et le roi de Prusse
quittaient le jour mme la ville neuve, o ils avaient, depuis
quarante-huit heures, tabli leur quartier gnral.




CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
RELATIFS AU LIVRE SEIZIME




LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 13 mars 1813.

Monsieur le marchal, l'Empereur me charge de prvenir Votre Excellence
qu'il est indispensable qu'au 20 mars vous ayez votre quartier gnral
 Francfort, afin que vous puissiez voir par vous mme les troupes qui
doivent composer votre corps d'arme; qu'au 1er avril votre quartier
gnral devra tre port  Hanau, et que, du 1er au 15 avril, vos quatre
divisions devront tre places  Aschaffembourg et  Hanau,  moins de
nouveaux ordres de Sa Majest.

Conformment aux intentions de l'Empereur, j'ai adress  M. le
marchal prince de la Moskowa l'ordre d'tablir son quartier gnral, le
15 mars,  Hanau: de faire partir, le 20, la premire division du
premier corps d'observation du Rhin, qui est  Aschaffembourg, pour
prendre position  Wurtzbourg.

La deuxime division sera runie le 20 mars  Aschaffembourg, et les
troisime et quatrime divisions seront runies  la mme poque 
Hanau. Aussitt que la deuxime division sera compltement organise,
elle partira pour Wurtzbourg, et sera remplace  Aschaffembourg par la
troisime division.

M. le marchal prince de la Moskowa conservera, jusqu' nouvel ordre,
son quartier gnral  Hanau, et j'ai recommand  Son Excellence de ne
laisser aucune de ses troupes  Francfort, pour que le deuxime corps
d'observation du Rhin puisse se rendre dans cette ville.

Indpendamment des quatre divisions franaises qui composent le premier
corps d'observation du Rhin, il y sera attach deux divisions de troupes
allies fournies par Leurs Altesses Royales le grand-duc de
Hesse-Darmstadt, le grand-duc de Bade, le prince primat, et Sa Majest
le roi de Wurtemberg.

Ces deux divisions seront commandes par le gnral Marchand, qui
reoit l'ordre de porter son quartier gnral  Wurtzbourg, o les
contingents qui doivent composer ces divisions seront runis.

Une autre division de troupes allies, fournie par Sa Majest le roi de
Bavire, et qui sera commande par le gnral comte de Wrede, sera
galement attache  ce corps d'arme; cette division se runit 
Bamberg, Bayreuth et Cromach.

Ainsi M. le marchal prince de la Moskowa aura sous ses ordres quatre
divisions d'infanterie franaise et trois divisions de troupes allies;
au total, sept divisions.

La cavalerie de ce corps d'arme sera compose de trois brigades qui
formeront une division.

Aussitt que la premire division du premier corps d'observation du
Rhin, commande par le gnral Souham, sera arrive  Wurtzbourg, le
gnral Marchand portera sa division en avant de la direction de
Schweinfurth.

J'ai aussi adress au gnral comte Bertrand, commandant le corps
d'observation d'Italie, l'ordre de diriger le mouvement de ses troupes
de manire que la premire division soit rendue le 15 avril 
_Nuremberg_, en passant par Augsbourg; la seconde division  la mme
poque  Neubourg; la troisime  Donawert, et la quatrime  Augsbourg,
o le gnral Bertrand doit avoir tabli son quartier gnral le 5
avril.

La cavalerie, le parc d'artillerie et les quipages militaires de ce
corps d'arme devront tre rendus, au 15 avril, entre Augsbourg et
Donawert.

Tels sont les ordres que j'ai expdis, et que l'Empereur m'a charg de
communiquer  Votre Excellence, pour que vous puissiez connatre le
mouvement du premier corps d'observation du Rhin, et du corps
d'observation d'Italie.

Je vous prie, monsieur le marchal, de m'instruire des dispositions que
vous aurez faites pour ce qui concerne votre corps d'arme, afin de me
mettre  porte d'en rendre compte  Sa Majest.

Le ministre de la guerre,

DUC DE FELTRE.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

Mayence, le 26 mars 1813.

Sire, aussitt aprs mon arrive  Mayence, j'ai pris connaissance de
la situation des troupes de mon corps d'arme qui venaient d'arriver. Je
crois qu'il est de mon devoir d'adresser directement  Votre Majest un
tableau gnral de la situation de ces troupes, afin qu'elle puisse
prendre  leur gard les dispositions qu'elle jugera convenables.

Les troupes de marine sont arrives ou arrivent aujourd'hui ou demain;
mais ni leur nombre ni la formation des dtachements ne cadrent
nullement avec les tats fournis par le ministre de la guerre: il y a eu
ncessairement erreur ou omission d'ordres. Dans tous les cas, je dois
le faire connatre  Votre Majest afin qu'elle connaisse la vritable
situation de ces troupes.

L'tat du ministre prsente trois dtachements composant le 1er
rgiment de marine, l'un de 1,400 hommes, l'autre de 1,360, et le
dernier de 1,750, total, 4,510. Au lieu de cela, les colonnes ont t
composes, savoir: 985 hommes de Brest, 480 de Lorient, 600 de
Rochefort, 287 de Toulon, 1,215 d'Anvers, 68 de Boulogne, 45 de
Cherbourg; total, 3,680; dficit 830 sur le nombre des hommes annoncs
partis. Je ne parle pas de 219 hommes rests en arrire ou aux hpitaux,
mais qui rejoindront plus tard; le dficit est sur les partants.

Le 2e rgiment, d'aprs l'tat du ministre, se compose de 20 hommes,
39, 14, 1,605, 1,410, 1,410. 1,400; total, 5,898. Au lieu de cela, il
est parti: premire colonne, de Toulon, 1,277 hommes; deuxime, 1,091;
troisime, 1,563; de Brest, 78; de Cherbourg, 130; de Rochefort, 46;
total, 4,185; dficit, 1,713 hommes au moment du dpart, non compris
766 hommes rests en route, mais qui rejoindront plus tard.

Il y a galement des erreurs dans les 3e et 4e rgiments. Votre Majest
connatra incessamment et dans le plus petit dtail la situation de ces
quatre corps, les mesures tant prises pour que, d'ici  cinq jours, les
tats de situation les plus circonstancis soient dresss.

En gnral, les troupes de la marine paraissent animes du meilleur
esprit, mais elles manquent de diffrentes choses indispensables pour le
service.

1 Ces corps manquent de tambours et de caisses de tambour; il en
manque  peu prs deux cent cinquante dans les quatre rgiments; il n'y
en a point dans les magasins de Mayence et de Strasbourg, et les moyens
de confection ici sont extrmement borns: un grand envoi de l'intrieur
peut seul donner  ces corps ce qu'il leur faut.

2 Ces corps, par leur organisation, n'avaient pas de chirurgiens, ceux
des vaisseaux devant leur suffire; il parat juste et ncessaire de les
en fournir comme l'arme de terre.

3 Ces corps sont tout  fait dpourvus d'ustensiles de campagne, et,
 cet gard, les autres corps sont dans le mme cas. Le magasin de
Mayence est tout  fait dpourvu et les arrivages paraissent suspendus.
Les confections sur lesquelles on comptait  Francfort n'ont pu encore
avoir lieu, les marchs n'tant pas mme passs aujourd'hui; et
cependant le premier corps d'observation doit tre servi avant le
deuxime, et il est loin d'avoir ce qu'il lui faut. Des dispositions
nouvelles et d'urgence peuvent seules pourvoir les troupes de ce qui
leur manque.

4 Le ddoublement des troupes de marine a laiss un grand nombre
d'emplois d'officiers vacants; les propositions n'ont pas t
accueillies par le ministre parce qu'elles n'taient pas appuyes
d'tats rguliers. Mais les matricules qui seules peuvent donner les
moyens de les former sont dans les ports et n'existent pas ici. J'ai
donn l'ordre de renouveler ces propositions, et je les adresserai de
nouveau au ministre, les choix d'ailleurs paraissant porter sur des
sujets qui en sont dignes et qui sont les plus anciens.

5 L'armement de ces corps aurait besoin d'tre chang[1], mais
l'arsenal de Mayence n'en a pas les moyens; ces corps manquent
d'armuriers et en ont un besoin pressant. Le 1er rgiment aurait aussi
besoin de gibernes, mais il n'en existe pas ici. Quant  l'habillement,
presque toutes les recrues ne sont vtues que de vestes et de capotes,
et les effets sont encore en arrire; j'ignore s'il est permis
d'esprer leur prochaine arrive.

[Note 1: Les troupes avaient pour arme le fusil de dragon,
c'est--dire un fusil sans baonnette. (_Note de l'diteur._)]

Voil, Sire, les renseignements gnraux sur les rgiments de marine.
Ces corps sont en mouvement pour se rassembler sur diffrents points;
les gnraux de division placs au milieu d'eux surveilleront constamment
leur instruction, et moi-mme je leur consacrerai autant de temps qu'il
me sera possible.

Le 37e lger, qui se forme ici, ne sera pas runi aussi promptement que
l'indication du ministre avait pu le faire supposer. Soixante-huit
dpartements ont envoy leur contingent, quarante sont encore en retard,
mais en gnral ce sont les plus loigns. L'espce d'hommes de ce
rgiment est belle et ce corps sera fort beau lorsqu'il sera organis;
mais tout lui manque  la fois. Quoiqu'il ait deux mille cent hommes
runis, il n'a encore que quatre officiers. Les effets d'habillement ne
sont pas encore arrivs, et on n'a pas de notions prcises sur l'poque
de leur arrive: il en est de mme des caisses de tambour et de ce qui
tient  l'quipement. Cependant ce corps ne peut ni servir ni se mouvoir
avant d'avoir des officiers et son habillement. Dans le mouvement que
les troupes font sur la rive droite, je place le 37e  Mayence et 
Castel, o M. le duc de Valmy a bien voulu me permettre de le laisser;
pour qu'tant tout runi et plus  porte des ressources il puisse tre
plus promptement organis; il a bien voulu me permettre galement de
placer dans ce rgiment les premiers officiers arrivant de France, au
moins  raison d'un par compagnie, mais il lui manquera encore des
sous-lieutenants; les sous-officiers de ce rgiment tant en gnral peu
susceptibles de recevoir de l'avancement, la plupart d'entre eux ayant
t nomms par les prfets, la veille de leur dpart. Il faudrait pour
ce rgiment un certain nombre d'lves de l'cole militaire.

Hanau ayant t vacu par le premier corps d'observation, les troupes
de marine de la deuxime division sont en route pour s'y rendre; elles
tabliront leurs cantonnements au del de Hanau, entre Fulde et Hanau.

Cinq bataillons de la troisime division, qui viennent d'arriver,
partent aussi pour se rendre  Hanau, o cette division se rassemblera.

La premire division se rassemble  Hoescht, et de l viendra  Hanau,
lorsque je pourrai disposer d'Aschaffembourg; alors la quatrime
remplacera la premire de Mayence  Hoescht, et s'y formera.

Chaque division reoit immdiatement son ambulance, qui est organise
et en tat de marcher. Je serai moi-mme dans trois jours  Hanau, o
j'tablirai mon quartier gnral.

Presque tous les gnraux de brigade et adjudants commandants, et tout
ce qui tient aux tats-majors du corps d'arme sont encore en arrire,
et nous en aurions cependant grand besoin.




LE MARCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY

Mayence, le 30 mars 1813.

Permettez-moi de vous rappeler diverses demandes que j'ai eu l'honneur
de vous faire verbalement, et auxquelles vous avez bien voulu me
promettre de faire droit.

Vous avez bien voulu me promettre de faire incorporer dans le 37e
rgiment les premiers officiers qui arriveraient de France, au moins
jusqu' concurrence d'un par compagnie. Je vous demande instamment,
aussitt que les deux premiers bataillons de ce rgiment auront reu
leur habillement, de les faire partir de Mayence et de Castel pour
Fridberg, afin que le gnral Bonnet puisse avoir ce corps sous les yeux
et s'occuper de son instruction. Vous avez bien voulu me promettre de le
faire remplacer  Mayence et  Castel par les troisime et quatrime
bataillons que commandera alors le major, et qui rejoindront les
premiers aussitt qu'ils auront reu officiers et habillements.

Je vous demande, mon cher marchal, de placer dans Mayence, aussitt
que vous le croirez possible, le fond de la quatrime division, et de
porter, lorsque les troupes de la premire division l'auront laiss
libre, son quartier gnral  Hoescht, afin que, sortie de Mayence, elle
puisse mieux se former.

Je vous rappelle la promesse que vous avez bien voulu me faire de faire
changer tout l'armement des rgiments de marine. Les rgiments ont ordre
de dresser leurs tats de demande, et ils rclameront prs de Votre
Excellence, dans le cas o l'artillerie ferait des difficults, pour les
satisfaire et leur fournir les moyens de transport qu'il leur faudra.

La premire division est  Hoescht, la deuxime  Friedberg, la
troisime  Hanau. Je vous demande de faire donner l'ordre que, quand il
arrivera des dtachements pour ces divisions, on les dirige sur ces
diffrents points. Lorsque les circonstances me les feront changer,
j'aurai l'honneur de vous en informer.

Enfin, mon cher marchal, lorsqu'il y aura de la cavalerie dsigne
pour moi, je vous prie d'en hter la marche autant que possible, attendu
que, n'en ayant pas un seul homme, je n'ai aucun moyen de communication
entre mes divisions.




LE MARCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY.

Hanau, le 1er avril 1813.

J'ai l'honneur de vous informer que, conformment aux nouveaux ordres
que je viens de recevoir de Sa Majest, j'ordonne  la deuxime
division, qui est  Friedberg, de se porter sur Fulde, et elle va
excuter son mouvement. La premire division, qui est  Hoescht, en
partira pour se rendre  Friedberg, et je donne galement ordre au
gnral Teste de partir avec les troupes qu'il a disponibles pour se
rendre  Giesen, l'intention de Sa Majest tant que cette division
reste sur les confins du royaume de Westphalie, du grand-duch de Berg
et de la principaut de Nassau jusqu' ce qu'elle soit toute runie.
C'est donc sur Hanau que je vous prie de faire envoyer, au fur et 
mesure de leur arrive, tous les corps ou dtachements qui
appartiendraient  la deuxime ou  la troisime division, sur Friedberg
ceux de la premire, et sur Giesen ceux de la quatrime. Je laisse
toujours  Mayence et  Castel, ainsi que nous en sommes convenus, le
37e lger, jusqu' ce qu'il ait reu son habillement et des officiers,
et je vous ritre la demande de diriger sur Hanau les deux premiers
bataillons aussitt qu'ils seront en tat.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

Hanau, le 1er avril 1813.

J'ai l'honneur de rendre compte  Votre Majest que, conformment  ses
ordres qui viennent de me parvenir, je prescris au gnral Bonnet de se
porter, avec onze bataillons de marine qui appartiennent  sa division,
de Friedberg, o il est maintenant, sur Fulde. La premire division le
remplacera  Friedberg; la troisime se rassemble  Hanau, et le gnral
Teste, avec les corps de la quatrime division qu'il a, va se rendre 
Giesen, o il sera  porte du royaume de Westphalie, du grand-duch de
Berg et de la principaut de Nassau.

Je laisse  Mayence le 37e lger jusqu' ce qu'il ait reu des
officiers et ses effets d'habillement. Ce serait compromettre
l'existence de ce beau rgiment que de le faire marcher dans l'tat o
il se trouve. Aussitt que les deux premiers bataillons seront en tat,
ils rejoindront leur division avec le colonel. Les troisime et
quatrime bataillons viendront ensuite avec le major.




LE MARCHAL MARMONT AU VICE-ROI.

Hanau, le 1er avril 1813.

Permettez-moi de me rappeler au souvenir de Votre Altesse Impriale et
de la fliciter de la campagne laborieuse qu'elle vient de faire, et
dont le mrite sera approuv par tous les coeurs vraiment franais.
J'espre que vous tes  la fin de vos travaux pnibles, et que
l'avenir vous ddommagera compltement de tous les sacrifices que vous
avez faits.

Je viens d'arriver ici, o je runis un beau corps d'arme dont Sa
Majest a daign me confier le commandement. Nous serons, j'espre,
trs-promptement en tat de marcher. Dans la situation actuelle des
choses, Votre Altesse Impriale trouvera peut-tre convenable que nous
ne soyons pas tout  fait dans l'ignorance des vnements qui se passent
du ct o elle se trouve, et c'est avec confiance que je lui fais la
demande d'tre assez bonne pour m'en faire informer.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 1er avril 1813.

Mon cousin, j'ai reu votre lettre du 26 mars.--Vous trouverez ci-joint
un rapport sur les renseignements que j'ai fait prendre dans les bureaux
du ministre de la guerre. J'ai donn ordre que cinq mille hommes se
missent en marche de diffrents ports pour rejoindre leurs rgiments. Il
est ncessaire que vous fassiez la revue de ces rgiments, bataillon par
bataillon, compagnie par compagnie, afin de me faire connatre les
cadres qui existent et ce qui y manque. Vous deviez avoir vingt
bataillons, formant seize mille hommes. Il parat que, pour le moment,
ils ne formeront que dix mille hommes, puisqu'il faudra beaucoup de
temps pour que les dtachements qui sont en route arrivent  leurs
rgiments.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

Hanau, le 2 avril 1813.

J'ai reu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'crire le
29 mars.

J'ai l'honneur de vous rendre compte que, conformment aux ordres de
l'Empereur, la division Bonnet est en roule pour Fulde, et que je vais
porter la division Compans entre Hanau et Fulde.

Il parat que le prince de la Moskowa porte ses troupes sur Meiningen
au lieu de le faire sur Eisenach. Je ne pourrai porter moi-mme des
troupes sur Eisenach que lorsque le prince de la Moskowa dbouchera de
Meiningen pour se porter sur la Saale. Tout autorisant  croire que
l'ennemi est  Leipzig et peut faire  chaque instant un mouvement plus
en avant, il pourrait y avoir les consquences les plus graves  courir
risque de mettre en contact avec lui la division Bonnet, qui aura un
tiers de son monde en arrire, tant que le 37e n'aura pas rejoint, qui
n'a pas un seul homme de cavalerie pour l'clairer, et qui, plus que
cela, n'a pas encore une pice de canon ni un seul caisson de
cartouches.

La division Compans et la division Friederich ont encore en arrire,
l'une, six bataillons, et l'autre sept, et ne les recevront que dans
quelques jours, de manire qu'il me parat impossible que Sa Majest
calcule pouvoir faire oprer les trois premires divisions de mon corps
d'arme avant le 15 avril.

J'ai l'honneur de vous rendre compte aussi que le 23e rgiment
d'infanterie lgre, n'ayant qu'un seul officier par compagnie et 
peine un sous-officier et pas un caporal ayant plus de trois mois de
service, il m'a paru de la plus urgente ncessit de donner quelques
secours  ce corps, en lui accordant des sous-officiers tirs d'autres
rgiments. J'ai, en consquence, ordonn provisoirement que le 14e de
ligne, dont l'instruction est parfaite et le cadre excellent, lui
fournirait six caporaux pour tre faits sergents, et six soldats pour
tre faits caporaux; que le 37e lger, qui est extrmement riche en
vieux soldats, fournirait douze caporaux et soldats pour tre faits
sergents et caporaux, et le 16e rgiment provisoire, six autres: ce qui
donnera au 23e lger deux sergents et deux caporaux nouveaux par
compagnie. Sans ce secours, il tait impossible que ce rgiment, dont
l'espce d'hommes est trs-belle et de la meilleure volont, rendt
aucun service avant six mois. Je vous prie d'obtenir de Sa Majest
qu'elle approuve ces dispositions.

J'ai adress des mmoires de proposition au ministre de la guerre pour
les 23e et 37e lger, 11e provisoire, 121e de ligne et 2e de marine.
Comme ces corps manquent d'officiers, il serait de la plus grande
urgence que les nominations parvinssent promptement.

Le chef de bataillon Millaud, du 23e lger, ayant obtenu sa retraite,
il manque  ce rgiment deux chefs de bataillon. Je sollicite ces deux
emplois, l'un pour M. Voisin, capitaine de grenadiers au 1er rgiment,
qui a vingt ans de grade et qui jouit de la meilleure rputation dans
son corps, et l'autre pour M. Fonvielle, capitaine de grenadiers au 82e
rgiment, qui a quatre ans de grade, et que je connais pour un officier
trs-distingu.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 3 avril 1813.

Mon cousin, il se runit  Mayence deux divisions de marche de
cavalerie, la premire, compose de tous les dtachements fournis de
France par les rgiments qui font partie du premier corps de cavalerie,
forms en quatre rgiments de marche; l'autre, compose de tous les
dtachements des rgiments qui font partie du deuxime corps. Vous
prendrez le commandement de ces deux divisions, et vous les placerez
dans les environs de Hanau, dans des lieux o elles puissent se former
et s'organiser. Les cinquante et un rgiments de cavalerie de la grande
arme entrent dans la formation de ces deux divisions, dont le ministre
de la guerre vous enverra le tableau.--Chacun de ces cinquante et un
rgiments finira par fournir cinq cents hommes, ce qui portera ces
divisions  vingt-cinq mille hommes. La tte de ces rgiments tant 
l'arme de l'Elbe, et formant  peu prs quinze mille hommes, cela fera
quarante mille hommes de cavalerie pour les cinquante et un
rgiments.--Mon intention est bien, aussitt que cela sera possible, de
runir tous ces dtachements  leurs rgiments respectifs  l'arme de
l'Elbe; mais, en attendant, ils doivent pouvoir servir et pouvoir se
battre, si cela est ncessaire, avant leur runion. Vous passerez en
revue tous les dtachements; vous leur ferez fournir ce qui leur
manquerait. Vous me proposerez la nomination aux emplois vacants: enfin
vous ferez tout ce qui est ncessaire pour que les divisions soient bien
et promptement organises.--Le ministre de la guerre envoie les
gnraux, colonels, majors et chefs d'escadron ncessaires  ces corps.
Je donne ordre au duc de Plaisance de se rendre  Mayence pour y suivre,
sous vos ordres, tous les dtails de cette organisation.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 7 avril 1813.

Mon cousin, j'ai donn ordre que la division Bonnet se rendt  Fulde.
J'ai donn ordre que deux bataillons de Wurtzbourg, faisant partie de
la division Durutte, se rendissent de Wurtzbourg  Fulde, o ils seront
sous les ordres du gnral Bonnet.--Les quatre bataillons de la division
Durutte, qui sont  Mayence, se rendent galement  la division Bonnet.
Le gnral Bonnet aura ainsi six bataillons de la division Durutte,
qu'il fera repasser  leur division aussitt que cela pourra se faire
avec sret.--J'ai ordonn que le gnral Durutte, s'il tait oblig de
quitter la Saale, se renfermt dans Erfurth, ce qui porterait la
garnison de cette place  cinq mille hommes.--Le gnral Bonnet doit se
mettre en communication avec le prince de la Moskowa  Wurtzbourg. Il y
a une route directe; faites-la reconnatre.--Il y a  Gotha un millier
d'hommes appartenant aux princes de Saxe, et neuf cent un hommes de ma
garde  cheval, commands par le colonel Lyon. Ces troupes ne se
retireront que dans le cas o cela serait ncessaire, et o l'ennemi
ferait un grand mouvement par Dresde, ce qui ne parat pas probable.--Le
gnral Bonnet tiendra une avant-garde  Vach-sur-la-Werra, et se mettra
en correspondance avec le gnral Souham, qui est  Meiningen, galement
sur la Werra.--Faites reconnatre cette route; donnez ordre au gnral
Pernetti de fournir sans dlai son artillerie  la division Bonnet. Il
est de la plus grande importance que cette division ait ses seize
pices de canon.--Aussitt que la division Bonnet aura son artillerie et
que la division Compans aura galement ses seize pices, vous pousserez
la division Compans sur Fulde et Bonnet sur Eisenach.--Faites connatre
 Gotha que les troupes de Saxe-Gotha et de Saxe-Weimar sont sous les
ordres du gnral Bonnet.--Si les neuf cents hommes de ma garde taient
obligs d'vacuer Gotha, donnez ordre au gnral Bonnet de les retenir
avec lui.--Aussitt que votre troisime division aura galement son
artillerie, vous la dirigerez sur Fulde. Tous ces mouvements
prparatoires ont pour but de faire sentir  l'ennemi la prsence de nos
forces et de l'empcher de se porter sur le vice-roi, qui est, avec cent
mille hommes, en avant de Magdebourg.--Il parat que vous ne pouvez pas
compter sur votre quatrime division, puisqu'elle ne sera forme qu'au
mois de mai ou de juin.--Faites-moi connatre la situation de vos
divisions, de votre artillerie et de votre gnie, en matriel et
personnel.--Je suppose que les rgiments de marine ont leurs musiques.
S'ils n'en avaient pas, faites-leur-en former. Je suppose aussi qu'ils
ont des sapeurs avec de bonnes haches.--Les rgiments provisoires
doivent aussi avoir au moins quatre sapeurs par bataillon.--Vous devez
connatre mon rglement pour les bagages et les ambulances, et ce que
j'ai accord aux officiers pour porter leurs bagages et aux corps pour
porter leur comptabilit en chevaux de bt.--Donnez des ordres en
consquence. Faites-moi connatre si vos troupes sont au courant pour la
solde.--Cela est important et soulagerait le pays.--Les bataillons de
vos rgiments de marine sont trop faibles; vous devez donc laisser 
Mayence six cadres de bataillons, savoir: deux pour le rgiment qui a
huit bataillons, deux pour celui qui en a six, et un pour chacun des
deux qui en ont trois.--De sorte que les bataillons qui vous resteront
seront au moins de six cents hommes chacun.--J'ai pris des mesures pour
complter les six cadres de bataillons laisss  Mayence; il ne faut
donc les affaiblir en aucune manire.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 7 avril 1813.

Mon cousin, j'ai ordonn qu'un bataillon espagnol se rendit  la
division Bonnet. Comme le gnral Bonnet connat l'esprit des Espagnols,
il faudra qu'il exerce sur eux une grande surveillance.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 7 avril 1813.

Mon cousin, donnez ordre que quatre mille quintaux de farine soient
runis  Fulde pour le service de votre corps d'arme.--Faites-y
confectionner cent mille rations de pain biscuit, de sorte qu'en
passant, votre corps puisse prendre du pain pour quatre jours.--Aussitt
que la division Bonnet sera arrive  Eisenach, vous y ferez galement
runir quatre mille quintaux de farine.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Paris, le 7 avril 1813.

Mon cousin, les cadres des cinq bataillons des 35e, 36e lgers, 131e,
132e, et 133e ont d arriver  Erfurth le 2 avril. Je leur avais donn
l'ordre de se rendre  Mayence; depuis, j'ai chang cette disposition.
Ils doivent tre dirigs par Wurtzbourg sur Ratisbonne, o ces cadres
trouveront quatre mille hommes bien arms et bien quips, venant de
l'arme d'Italie. Envoyez donc  leur rencontre et faites-les dtourner
de la route au point o on les rencontrera.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

Hanau, le 8 avril 1813.

Sire, je reois les lettres que Votre Majest m'a fait l'honneur de
m'crire le 3 avril. Je ferai en sorte de remplir les intentions de
Votre Majest  l'arrive des divisions de cavalerie qui doivent venir
ici.

Je viens d'achever la revue de dtail de celles des troupes de mon
corps d'arme qui sont arrives ici. J'ai, en gnral, eu lieu d'tre
content: et, avec quelques jours donns  l'instruction, quelques
nominations dont les demandes ont dj t faites, et quelques envois
d'officiers pour les corps qui manquent de sujets, ces troupes seront en
tat de bien servir Votre Majest. Elles sont animes d'un trs-bon
esprit. J'aurais dj adress au prince de Neufchtel un rapport
circonstanci, corps par corps, si je n'avais pas t oblig d'attendre
des tats qui me sont ncessaires et n'ont pu encore m'tre fournis.

L'artillerie de la division Bonnet est arrive aujourd'hui ici et part
demain pour rejoindre sa division  Fulde: c'est la seule que j'aie
encore reue. Cette artillerie est fort belle, bien attele et en fort
bon tat. Comme les canonniers destins  la servir ne sont pas encore
arrivs, j'ai ordonn de former, par division, un dtachement de cent
cinquante hommes pris dans les rgiments de marine.

Je supplie Votre Majest de me faire connatre si, en portant la
division Bonnet sur Eisenach, elle ne m'autorise pas  mettre aux ordres
de ce gnral cinq cents chevaux de la cavalerie qu'elle m'annonce.




LE MARCHAL MARMONT AU DUC DE TRVISE.

Hanau, le 9 avril 1813.

J'ai reu l'ordre de l'Empereur d'envoyer une division sur Vach ou
Eisenach, afin d'avoir plus de pays et de ressources pour organiser mes
troupes; mais, d'aprs les nouvelles rpandues de la retraite du gnral
Durutte et des mouvements de l'ennemi en avant de la Mulde, j'ai
suspendu ce mouvement jusqu' ce que cette division ft organise et et
reu de l'artillerie et de la cavalerie. Elle va recevoir son
artillerie, mais je ne suis pas en mesure encore de lui fournir de la
cavalerie. On m'assure qu'il y a  Gotha un corps de cavalerie de la
garde; s'il en est ainsi, veuillez me le faire connatre, parce qu'alors
je pourrais porter des troupes sur Vach sans inconvnient; et, dans ce
cas, je vous prierais d'ordonner au commandant de la garde,  Gotha,
d'entrer en communication avec le gnral Bonnet et de s'informer de
toutes les nouvelles qu'il aurait de l'ennemi; et, si l'approche de
l'ennemi le forait de se retirer, de se diriger sur Vach, et de rester
avec le gnral Bonnet pour manoeuvrer de concert avec lui, ce gnral
devant se retirer sur Fulde si les circonstances l'exigeaient.

Veuillez, mon cher marchal, me faire connatre si ce que j'ai
l'honneur de proposer  Votre Excellence vous convient, afin que je
puisse donner des ordres en consquence au gnral Bonnet.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Saint-Cloud, le 9 avril 1813.

Mon cousin, le gnral Durutte a envoy quatorze pices de canon
atteles  Erfurth. J'ai ordonn que ces pices fussent donnes  votre
corps d'arme. Faites-les prendre aussitt que vous serez  porte de le
faire, sans les compromettre.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Saint-Cloud, le 10 avril 1813.

Mon cousin, cinq mille hommes bien habills et bien quips sont
dirigs des dpts de France sur Mayence, pour complter les six cadres
de la marine que vous avez laisss  Mayence.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Saint-Cloud, le 10 avril 1813.

Mon cousin, veillez  ce que les bataillons qui composent les rgiments
provisoires se procurent les chevaux de bt qu'ils doivent avoir pour
leur ambulance.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT AU GNRAL BONNET.

13 avril 1813 soir.

Monsieur le gnral, je reois votre lettre en date de ce jour. J'ai
reu une lettre du vice-roi, qui tait le 10  Strasfurth. Le gnral
d'York tait  Dessau, le gnral Vittgenstein au del de l'Elbe; un
rassemblement de troupes considrable paraissait avoir lieu entre Dresde
et Golditz, tout annonait un mouvement gnral de l'ennemi, mais rien
n'annonait d'une manire prcise ce qu'il voulait faire, et si son
intention tait seulement de couvrir une entreprise sur Wittembourg ou
de se porter dans la Thuringe. Dans cet tat de choses, arrtez votre
mouvement sur Vach et occupez, si vous le croyez sans inconvnient,
Eisenach par une arrire-garde ou seulement par des postes. Nous
verrons, d'ici  deux jours, ce qu'il convient de faire; ordonnez
cependant  Eisenach qu'on y rassemble des vivres.

En restant ainsi plac vous serez facilement li avec le gnral
Compans, et, comme je pousse ma troisime division sur Fulde et que le
prince de la Moskowa se concentre  Meiningen, nous prsenterons, d'ici
 peu de jours, une force considrable sur ce point.




LE MARCHAL MARMONT AU MARCHAL NEY.

13 avril 1813.

Mon cher prince, j'ai port une division sur Vach ayant ses postes sur
Eisenach, une autre est  Fulde, la troisime va soutenir celle-ci. Sa
Majest m'a fait l'honneur de m'crire qu'elle vous avait donn l'ordre
de rassembler votre corps sur Meiningen, et que peut-tre vous le
porteriez sur Erfurth. Veuillez me faire connatre ce que vous comptez
faire, afin que je rgle mes mouvements en consquence et que je
m'avance sur Eisenach et mme sur Gotha, si votre mouvement en avant
s'excute. Une lettre du vice-roi m'annonce qu'il avait encore, le 10,
son quartier gnral  Strasfurth, que le gnral d'York tait  Dessau
et paraissait tre suivi par le gnral Wittgenstein, et que tout
annonait un mouvement gnral de l'ennemi; mais que rien n'indiquait
d'une manire prcise ce qu'il voulait faire, et si son intention tait
de se porter sur lui ou de chercher  pntrer dans la Thuringe.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Saint-Cloud, le 14 avril 1813.

Mon cousin, je reois votre lettre du 11 avril, et j'y vois que, le 12,
la division Compans sera  Fulde, et que, le 12, la division Bonnet part
pour Eisenach. Elle aura donc pu y arriver le 15. Vous ne me parlez pas
du mouvement de votre troisime division. Je suppose que, le 15, cette
division sera aussi prs de Fulde, et que, vous-mme, vous aurez votre
quartier gnral sur Eisenach.--Gotha est un trs-beau pays, o il est
ncessaire de faire sur-le-champ une runion de farines.--Je suppose que
votre troisime division a dj son artillerie; mais ce qui importe,
c'est que vous ayez au moins une ou deux compagnies d'artillerie lgre
et vos batteries de rserve. Il faut beaucoup d'artillerie dans cette
guerre.--Vous devez avoir quatre-vingt-douze pices de canon; mais seize
pices taient destines  la quatrime division, qui ne peut pas encore
entrer en ligne: cela doit donc au moins vous faire soixante-seize.--Le
duc d'Istrie arrive avec une division de la garde  pied et une 
cheval, et environ cinquante-deux pices. Ainsi ce corps d'arme,
formant provisoirement quarante mille hommes d'infanterie et six  sept
mille chevaux, aura donc cent vingt-huit pices de canon.--La seconde
division d'infanterie de la garde, avec trente-huit pices de canon, ne
doit pas tarder  le joindre.--Par une inconcevable disposition du
gnral Sorbier, seize compagnies, qui devaient arriver de Magdebourg,
sont en retard. Je suppose cependant qu'elles ne tarderont pas 
arriver. On y a pourvu nanmoins par le mouvement de quatorze autres
compagnies.--Je suppose que les premier et second bataillons du 37e sont
en marche pour rejoindre la division Bonnet, et que les troisime et
quatrime bataillons ne tarderont pas, ce qui, joint aux six bataillons
du gnral Durutte, provisoirement en subsistance dans cette division,
en portera le nombre  vingt bataillons. Il faudra en former trois
brigades, chacune de six  sept bataillons.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

15 avril 1813.

J'ai reu l'ordre de l'Empereur de porter, du 13 au 18, ma deuxime
division sur Vach, et mes premire et troisime sur Fulde, et ensuite de
pousser des troupes sur Eisenach.

Ma deuxime division est dans ce moment-ci  Vach, ayant ses
avant-postes sur Eisenach; ma premire division est  Fulde; ma
troisime division part demain matin pour se rendre galement sur cette
place, et j'y serai moi-mme aprs-demain. Les ordres de l'Empereur
tant en pleine excution, je serai sur Eisenach aussitt que possible.

L'Empereur m'avait donn l'ordre de passer en revue et d'organiser les
deux divisions de marche de cavalerie qui sont attaches  mon corps
d'arme. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majest ne l'avait
pens, et mon dpart tant devenu ncessaire, je ne pourrai pas remplir
cette mission.

Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de reprsenter  Sa
Majest qu'elle ne doit pas considrer mon corps d'arme, dans l'tat
actuel des choses, comme en tat de combattre. Elle en connat la
situation d'aprs le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je
vais entrer encore  cet gard dans quelques dtails.

1 Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien
instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre
d'officiers pour les conduire, et  plus forte raison des nouvelles. Les
corps ont envoy des mmoires de proposition pour tous les sujets
susceptibles d'occuper les emplois; de ces mmoires, envoys depuis
plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas
revenu un seul.

Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent
pas prsenter de sujets. Sa Majest a ordonn d'envoyer sur les deux
corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont
t envoys au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de
bataillon qui ont t placs. Il y en a,  Mayence, que j'ai demands
et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps,  qui j'ai
fait donner l'ordre de venir commander le 2e rgiment de marine, et dont
je n'entends pas parler.

Si Sa Majest veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut
qu'elle m'autorise  faire recevoir, dans les corps, les sujets pour
lesquels il a t envoy des mmoires de proposition.

2 Les premire et deuxime divisions ont seules leur artillerie. La
troisime n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.

3 Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait
prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux
les plus en tat de servir, pour que je ne fusse pas tout  fait
dpourvu des moyens de m'clairer.

4 C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le dcret
de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le
temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bt.

5 Tous les corps manquent tout  fait de chirurgiens.

6 Il n'y a, pour tout le corps d'arme, qu'un seul adjoint 
l'tat-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux
divisions, ni au quartier gnral.

Votre Altesse sentira qu'il y a ici une grande runion d'hommes, mais
qu'il n'y a pas une arme organise, et qu'il serait funeste au bien du
service de Sa Majest de mettre ces troupes en situation de rencontrer
l'ennemi avant d'tre rgulirement constitues pour tout ce qu'il leur
faut.

Un de mes aides de camp est prs du prince de la Moskowa, et me
rapportera la nouvelle de l'poque prcise de ses mouvements, d'aprs
lesquels je me rglerai.

J'ai l'honneur de joindre  ma lettre l'tat de situation que vous
m'avez demand.




LE MARCHAL MARMONT AU DUC DE PLAISANCE.

15 avril 1813.

Je reois, seulement, monsieur le duc, votre lettre du 12 et je vous ai
crit,  l'arrive du gnral Dommanges, pour vous dire combien
j'attachais de prix  ce que les troupes passassent promptement le Rhin
et vinssent s'tablir dans les cantonnements, auprs de Hanau. Il y a
place pour recevoir tout ce que vous enverrez; mais, aujourd'hui que je
mets en mouvement mon infanterie, il y a encore plus de place.

Je vous prie d'ordonner que tous les emplois de sous-officiers soient
remplis immdiatement dans les compagnies s'il y a des sujets propres 
les occuper; il faut aussi faire des propositions, pour les nominations
d'officier, de tous les sujets susceptibles d'tre levs en grade, car
les dtachements ne pourront servir qu'autant que les cadres seront bien
complets. Un vieux corps bien instruit, dans lequel il y a peu de
sous-officiers et d'officiers, sert mal; un nouveau corps ne sert pas et
se dtruit.

Je pars de Hanau pour suivre mon infanterie; en consquence, je ne
pourrai donc pas m'occuper de ce travail important. Je laisse ici le
gnral Millaud pour le faire momentanment. Je pense qu'il serait
convenable au bien du service de l'Empereur que vous vinssiez ici pour
faire ce travail, aussitt que vous aurez fait passer le Rhin aux
troupes arrives, et pris des mesures pour qu'aucune de celles qui
arriveront ne s'arrte sur la rive gauche; alors le gnral Millaud
viendrait prs de moi pour commander tout ce qui serait disponible et
vous m'enverriez tout ce qui serait susceptible de faire un peu de
service. Je prendrai d'ailleurs des mesures pour l'instruction de ce
dtachement que je dsirerais que vous pussiez porter immdiatement de
mille  douze cents chevaux.

Je vous prie de me faire connatre journellement vos oprations, afin
que je sache toujours sur quoi je peux compter et que je connaisse
quelles sont les troupes dont je puis disposer de suite, et  quelle
poque je pourrai faire usage du reste.




LE MARCHAL MARMONT AU GNRAL MILLAUD.

Hanau, le 16 avril 1813.

Monsieur le comte, forc de quitter Hanau et de suivre mes divisions,
je vous prie de me suppler pour faire sur la cavalerie qui doit
arriver, le travail dont j'tais charg par Sa Majest jusqu' l'arrive
du duc de Plaisance. Vous tablirez votre quartier gnral  Hanau; vous
passerez en revue tous les dtachements de cavalerie qui arriveront, et
vous m'en rendrez compte journellement et me ferez connatre: 1 la
force des dtachements  leur arrive; 2 le nombre d'hommes et de
chevaux laisss en route; 3 le nombre des chevaux blesss; 4 enfin le
lieu d'o est parti le corps. Vous me ferez connatre galement le
nombre des officiers prsents et le nombre des emplois vacants; le
nombre des sous-officiers prsents et le nombre des emplois de
sous-officiers vacants. Vous ordonnerez de remplir immdiatement tous
les emplois de sous-officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets
propres  les remplir; vous ferez faire des mmoires de proposition pour
tous les emplois d'officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets dignes
de les occuper. Enfin, monsieur le comte, vous ne ngligerez rien pour
me faire connatre la vritable situation de ces corps et acclrer leur
organisation.

Aussitt aprs l'arrive du duc de Plaisance, vous partirez pour me
rejoindre, emmenant avec vous tous les dtachements susceptibles de
servir, et prendrez  l'arme, jusqu' l'organisation des divisions, le
commandement de ce qui part aujourd'hui et de ce que vous avez.

Vous ferez connatre au duc de Plaisance que je dsire qu'il continue 
m'adresser des rapports semblables.

Je vous ai fait remettre un projet de cantonnement qui donne le moyen
de placer six mille chevaux aux environs de Hanau.

Vous aurez soin de placer ces troupes d'une manire mthodique, afin
que les corps puissent se rassembler facilement et que les officiers
suprieurs puissent faire chaque jour la visite de leurs cantonnements.
Enfin vous rglerez, par un ordre, vos instructions de manire  tirer,
le plus promptement possible, le meilleur parti de ces hommes, et afin
qu'ils soient bientt en tat de faire le service devant l'ennemi.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 17 avril 1813.

Mon cousin, je n'ai aucune nouvelle de votre corps d'arme.
L'tat-major ne connat ni le nombre d'hommes que vous avez sous les
armes ni le nombre d'officiers qui manquent. Le major gnral assure
que vous avez envoy cela au ministre de la guerre: c'est autant de
chiffons qui resteront dans les bureaux sans rponse.--Envoyez vos tats
de situation et vos demandes au prince major gnral. Votre
correspondance avec le ministre de la guerre est inutile
aujourd'hui.--Envoyez l'tat des places vacantes et celui des officiers
que vous proposez d'avancer. Enfin faites connatre tout ce qui vous
manque, afin que j'y pourvoie sans dlai.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 17 avril 1813.

Mon cousin, le gnral Durutte, par une lettre de Blankenberg du 15
avril, annonce qu'il a envoy  Erfurth, et de l  _Salsungen_, sur la
Werra, quatorze pices de canon qui lui taient inutiles. Voyez o sont
ces pices et runissez-les  l'artillerie de votre corps d'arme.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 17 avril 1813.

Mon cousin, j'ai dcid que huit cadres d'artillerie  pied partiraient
le 19 de Mayence pour votre corps d'arme. Ces cadres seront complts
en officiers et sous-officiers que vous ferez choisir dans l'artillerie
de marine. Vous porterez ensuite ces huit compagnies  cent vingt hommes
chacune au moyen de huit cents canonniers marins, que vous prendrez dans
vos bataillons. Six de ces compagnies seront employes au service de
l'artillerie de vos trois premires divisions; les deux autres
compagnies serviront vos deux batteries de rserve  pied. Vous recevrez
ensuite deux compagnies d'artillerie venant de l'intrieur: elles seront
employes  votre parc.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 17 avril 1813.

Mon cousin, je reois au moment mme votre rapport dat de Hanau le 10
avril, qui revient de Paris.--Vous trouverez ci-joint la notice de
dcrets que je viens de rendre. Faites reconnatre ces officiers
sur-le-champ. Il est de la plus haute importance que vous prsentiez de
bons sujets pour les places vacantes dans les rgiments de marine. Que
votre prsentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez
sur-le-champ les dcrets et, sans perdre de temps, vous ferez
reconnatre les officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons
officiers, et de les prendre dans un rgiment pour suppler  ce qui
manquerait dans l'autre. Aussitt que j'aurai votre rapport, il n'y aura
plus rien  faire sous ce point de vue.--De toutes les manoeuvres je
dois vous recommander la plus importante, c'est le ploiement en
bataillon carr par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les
capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidit;
c'est le seul moyen de se mettre  l'abri des charges de cavalerie et de
sauver tout un rgiment; comme je suppose que ces officiers sont peu
manoeuvriers, faites-leur en faire la thorie, et qu'on la leur explique
tous les jours, de manire que cela leur devienne extrmement
familier.--Pour le 23e rgiment, vous parlez toujours de vos envois au
ministre de la guerre. Envoyez-moi les demandes et les propositions
ncessaires pour complter ce rgiment.--Choisissez les officiers pour
le 86e dans le 47e, et que, par ce moyen, ce rgiment provisoire soit
complt en officiers.--Vous ne parlez pas du major ou colonel qui
commande le 25e provisoire.--J'cris au ministre de la guerre pour faire
rejoindre les deux compagnies du 86e, qui sont dans la Mayenne.--Donnez
des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit point envoy en
dtachement, et qu'on l'ait toujours sous la main,  l'abri de la
sduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde ou
d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons
franais.--Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les
officiers dont vous avez besoin.--Envoyez la rcapitulation de ce qui
vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon,
capitaines, etc.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 19 avril 1813.

Mon cousin, je vous envoie copie de la lettre que j'cris au duc
d'Istrie. Prenez les ordres du duc d'Istrie, s'il y est; prenez sur vous
s'il n'y est pas. La marche de l'ennemi me parat fort imprudente; on
peut l'en faire repentir; mais surtout tez-nous toute inquitude sur
notre flanc gauche.

NAPOLON.




NAPOLON AU DUC D'ISTRIE.

Mayence, le 19 avril 1813.

Le major gnral a d vous expdier un officier pour vous faire
connatre qu'un corps de partisans de trois  quatre escadrons, de six
pices de canon et de deux  trois bataillons, s'tait port sur
Mulhausen et Vanfried; que le gnral westphalien Hammersten avait peur
d'tre srieusement attaqu et craignait d'tre oblig de se porter sur
Witzenhausen, ce qui donnait de fortes inquitudes au roi 
Cassel.--J'espre que l'arrive du gnral Souham dans la journe du 17
 Gotha, et celle du gnral Bonnet qui, ce me semble, a d tre, le 17
au soir,  Eisenach, auront ralenti la marche de l'ennemi. J'espre que
vous-mme, arriv  Eisenach, vous vous serez port sur les derrires de
l'ennemi pour dgager le gnral westphalien et tranquilliser Cassel de
ce ct. Cela est d'autant plus important que ces partis sur le flanc
gauche inquiteraient nos communications avec Erfurth.--Ainsi donc,
aussitt que vous serez arriv  Eisenach, mettez plusieurs corps
d'infanterie et de cavalerie sur les derrires de l'ennemi, et dgagez
le gnral Hammersten.--crivez au roi  Cassel pour lui faire connatre
votre mouvement et le rassurer.--Le prince de la Moskowa tant dj sur
Erfurth, les mouvements que vous pouvez faire sur les derrires de
l'ennemi seront d'un heureux effet et pourront donner lieu  quelques
coups de sabre et  la prise de quelques bataillons ennemis.--Le gnral
Lefvre Desnouettes me parat trs-propre pour cette expdition, mais
appuyez-le par de l'infanterie. Enfin faites faire tout ce qu'il faut:
cela est trs-important, car ce serait un trs-grand malheur si le roi
tait oblig d'vacuer Cassel.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

Philippsthal, le 19 avril 1813, quatre heures du matin.

Monseigneur, je reois la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur
de m'crire le 17, ainsi que celles de Sa Majest. J'ai reu hier au
soir une lettre du prince de la Moskowa, d'Erfurth, du 17 au soir. Elle
confirme les nouvelles qu'il m'avait donnes prcdemment, que l'ennemi
n'a pas de forces  porte. Les coureurs qui s'taient montrs se sont
retirs.

J'ai deux divisions  Eisenach, et j'occupe Gotha. Le prince de la
Moskowa comptait mettre aussi une division  Gotha; je lui ai fait avec
instance la demande de me laisser cette ville, qui m'est indispensable
pour subsister. Ma troisime division arrivera demain  Eisenach; je
serai moi-mme dans cette ville dans trois heures.

Je vais faire reconnatre aujourd'hui les officiers que Sa Majest a
nomms, et je vais faire rdiger de suite le tableau des emplois vacants
et les mmoires de proposition. Je n'ai pu faire faire ce travail hier,
parce que les troupes taient en marche.

D'aprs la rcapitulation que j'ai faite des emplois vacants et des
sujets propres  les remplir, c'est--dire des mmoires de proposition
que je vais adresser de nouveau  Votre Altesse, il faut soixante
capitaines, un officier payeur, deux adjudants-majors, soixante-sept
lieutenants, qui ne peuvent pas tre fournis par les corps, faute de
sujets. Ainsi c'est ce nombre de sujets qu'il est ncessaire d'envoyer 
mon corps d'arme pour remplir les emplois vacants; et je suppose que
tous les sous-lieutenants nomms pour les rgiments de marine ont
rejoint.

Le 25e provisoire n'a ni colonel ni major; mais le duc de Valmy m'a
annonc qu'il en avait  Mayence, et je l'ai instamment pri de leur
donner l'ordre de me rejoindre. Ayant reu des officiers suprieurs
revenant du troisime corps depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser mon
rapport, je les ai placs dans les diffrents corps qui en manquaient.
J'aurai l'honneur d'en adresser l'tat exact, afin que Votre Altesse
veuille bien donner les lettres de passe.

J'ai eu l'honneur d'adresser  Votre Altesse, par le colonel Jardet,
mon aide de camp,  son arrive  Mayence, un tat de situation dans la
forme demande. Ainsi je pense que Sa Majest a, pour le nombre des
prsents sous les armes, tous les documents que je puis lui fournir.
Quant au nombre des emplois vacants, ils se composent de ceux vacants
par manque de sujets, et que j'ai relats plus haut, et des propositions
faites par les corps et dont Votre Altesse va recevoir le double.

Mes troupes, en passant  Fulde, se sont compltes en pain. Il restera
encore en rserve trois mille quintaux de farine, dont douze cents
taient,  mon passage, en magasin, et le surplus devait tre livr dans
deux jours.

Il n'existe point de fours militaires  Fulde: les moyens de
fabrication que le pays comporte sont de huit mille rations par jour et
de vingt-quatre mille dans un rayon de deux  trois lieues. N'ayant ni
officiers du gnie ni employs pour la construction des fours, j'cris
au prfet de Fulde, pour qu'il ait  remplir les intentions de Sa
Majest; et je ferai,  Eisenach, tout mon possible pour excuter ses
ordres.

On s'occupe de rassembler  Eisenach les quatre mille quintaux de
farine demands. J'ai fait la demande d'un rassemblement de huit  dix
mille quintaux  Gotha, qu'on m'a promis de former immdiatement.

Aussitt que le retour d'hiver rigoureux qui se fait sentir sera pass,
je ferai camper les troupes; et, d'ici l, je les rassemblerai, autant
que possible, pour que leur instruction soit pousse avec activit.

Les quatorze bouches  feu du gnral Durutte sont  mon corps d'arme.
Je les ai attaches provisoirement  la troisime division, qui n'a pas
encore son artillerie.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

Eisenach, le 19 avril 1813.

Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte  Votre Altesse que je
porte aprs-demain la division Bonnet sur Gotha; elle sera cantonne en
entier dans cette ville ou dans les villages circonvoisins, en arrire
et sur la droite de cette ville. Elle htera la formation des magasins
de farine  Gotha. Je porte la premire division sur Langensalza, o je
fais runir aussi des subsistances. La troisime division sera place 
Eisenach et en avant. Il m'a paru indispensable d'occuper Langensalza
pour observer la grande route de Leipzig; aussitt que les magasins
seront suffisamment forms, les troupes camperont. Par ce moyen elles
seront en situation d'excuter tous les mouvements que les circonstances
pourront ncessiter, soit pour soutenir le prince de la Moskowa, soit
pour dfendre les gorges de la Thuringe, et assez tendues pour vivre.
Les coureurs russes sont venus jusque sur la Werra et ont surpris un
escadron westphalien  Wanfried; mais ils se sont retirs. Je n'ai point
de nouvelles du prince de la Moskowa depuis la lettre dont j'ai eu
l'honneur de vous rendre compte; mais rien n'annonce que l'ennemi soit
en opration sur lui.

La division Bonnet est la seule qui ait des ustensiles de campement,
encore lui manque-t-il des gamelles; il est bien important, pour que les
troupes puissent camper sans dsordre, que les autres divisions
reoivent les ustensiles de campement qu'il leur faut, et celle-ci ceux
qui lui manquent encore, et il serait bien ncessaire qu'on y joignt
des haches qui manquent  toutes les compagnies et qui sont cependant
indispensables, car celles des sapeurs sont loin de suffire aux besoins
du bivac et du campement.




LE MARCHAL MARMONT AU ROI DE WESTPHALIE.

Eisenach, le 20 avril 1813, soir.

Sire, aussitt aprs mon arrive ici, je me suis empress de faire des
dispositions pour loigner les partis qui se sont prsents sur vos
frontires. J'ai envoy une forte division sur Langensalza, et le duc
d'Istrie y a ajout un corps de cavalerie de la garde qui va pousser des
partis dans toutes les directions.

Comme nous n'avons pas de nouvelles rcentes de Cassel et qu'il serait
possible qu'il y et de ce ct quelques dsordres, j'envoie demain, 
moiti chemin de cette ville ici, un corps d'infanterie et de cavalerie
qui serait soutenu par des forces plus considrables s'il tait
ncessaire, mais qui rentrera immdiatement si, comme je le suppose,
tout est tranquille. Je prie Votre Majest de me faire connatre ce qui
pourrait se passer d'important du ct o elle se trouve, afin que je
puisse faire ce que les circonstances commanderont, et prendre des
positions conformes  sa sret.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

20 avril 1813.

J'ai reu la lettre que Votre Majest m'a fait l'honneur de m'crire
pour me faire connatre ses intentions sur le moyen de remplacer le
personnel d'artillerie qui manque  mon corps d'arme. Les cadres des
huit compagnies n'tant pas encore arrivs, je prie Votre Majest de me
permettre de lui faire quelques reprsentations sur une disposition qui
ne me semble pas d'accord avec le bien de son service.

Le corps des canonniers de la marine a un bon esprit, une assez bonne
composition; mais ce corps a dj t nerv par diverses dispositions
intrieures, et il me semble que ce corps perdrait presque toute sa
valeur d'opinion, et mme sa valeur relle comme ancien corps, si la
disposition prescrite tait excute littralement.

Les canonniers de la marine,  leur dpart des ports, ont laiss un
certain nombre d'hommes pour le service de la marine, conformment aux
dispositions du dcret de Votre Majest, et, en gnral, ceux conservs
ont t des hommes de choix. La marine a surtout conserv un grand
nombre de sous-officiers, et les meilleurs, de manire que le plus grand
nombre des sous-officiers actuels a un ou deux mois de nomination, et
que le corps des sous-officiers dans ces rgiments est en gnral
trs-faible. Depuis, ces mmes rgiments ont fourni trois cents
canonniers pour la garde de Votre Majest, et j'ai tenu la main  ce que
les choix fussent faits tels qu'il convenait pour ce service important.
Ensuite on a tir  peu prs le cinquime ou le sixime des officiers
existante dans ces corps pour l'artillerie de terre, et on a choisi
encore les officiers les plus mritants. Si  cela on ajoute encore un
recrutement d'officiers et de sept  huit cents canonniers, ce corps ne
sera le mme en rien, parce que les chefs de corps, qui esprent
beaucoup de leur situation actuelle et mettent un grand prix  mriter
la bienveillance de Votre Majest, perdront l'esprance de bien faire en
perdant les hommes dans lesquels ils avaient confiance, et seront
dcourags en pensant que leur corps est destin  tre un dpt de
recrutement pour les autres corps de l'arme, et que l'avenir brillant
qui leur tait offert leur est ferm; et rellement ce corps, de neuf
mille hommes environ, dont plus de quatre mille sont conscrits de
l'arme, perdant environ onze cents hommes d'lite, pris sur les
anciens, sans compter les hommes plus recommandables encore qui ont t
retenus dans les ports, sera peu de chose, en comparaison de ce qu'il
tait, par la diffrence de son esprit et de sa composition. Je pense
donc que, puisque le besoin de l'artillerie de terre exige un secours
momentan, il vaudrait mieux prendre une disposition seulement
provisoire, qui, sans changer la composition de ce corps, n'influerait
pas non plus sur l'esprit des officiers, et affecter, pour un temps
dtermin, un bataillon tout entier au service des pices de campagne;
ou, si Votre Majest tenait  une disposition dfinitive, que le
recrutement des huit compagnies portt indiffremment sur tous les
bataillons de mon corps d'arme. L'artillerie de marine s'en trouverait
beaucoup mieux et l'artillerie de terre gure plus mal, attendu qu'il
est bien facile de former en peu de jours des servants de pices de
campagne lorsqu'il y a par pice trois ou quatre bons canonniers.

Je prie Votre Majest de me faire connatre si mes observations lui ont
paru fondes, ou si elle persiste dans les dispositions qu'elle avait
prescrites, pour que je puisse me conformer  ses intentions.




LE MARCHAL MARMONT AU GNRAL COMPANS.

22 avril 1813.

Monsieur le comte, je reois votre lettre de ce jour. Les circonstances
ne rendent pas ncessaire l'emploi des vingt mille rations de pain
commandes  Mulhausen. Vous devez, si elles sont fabriques, avoir soin
de les faire prendre. J'ai t inform des obstacles que
l'administration westphalienne met  la fourniture des subsistances
demandes pour l'arme; mais, comme nos besoins sont pressants, que les
rassemblements de troupes deviennent considrables et ncessitent une
prompte runion de subsistances, vous emploierez la force, s'il est
ncessaire, pour forcer l'administration de Mulhausen  fournir les
quatre mille quintaux de farine de bl, tant pour Eisenach que pour
Langensalza. Vous recevrez demain un dtachement de cavalerie convenable
pour vous clairer.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

22 avril, soir.

Monseigneur, j'ai l'honneur de vous rendre compte qu'ayant fait 
Mulhausen la demande de quatre mille quintaux de farine pour
l'approvisionnement des troupes qui vont tre campes  Langensalza et 
Eisenach j'ai reu du prfet westphalien la rponse que, d'aprs les
ordres de son gouvernement, il ne devait rien fournir. Je prie Votre
Altesse de porter cette nouvelle extraordinaire  la connaissance de
l'Empereur, afin que Sa Majest puisse donner les ordres qu'elle croira
convenables.

J'ai aussi l'honneur de vous rendre compte que le gnral Friederick,
que j'avais envoy  Bichhausen afin d'avoir des nouvelles de Cassel et
de poursuivre les dtachements qui auraient pu s'avancer du ct de
cette place, me fait le rapport que le commandant de Bichhausen l'a
inform qu'un assez grand nombre de soldats d'infanterie westphalienne
se trouvaient journellement dans les environs, porteurs de permissions
signes des gnraux. Il a paru extraordinaire  ce commandant que l'on
permt aussi facilement  des soldats de venir dans un pays expos aux
incursions de l'ennemi, et la chose me parat digne de remarque.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

23 avril 1813.

 l'instant o j'ai reu l'ordre de partir de Hanau pour faire mon
mouvement sur Eisenach, n'ayant d'autre cavalerie que celle qui se
rassemblait  Hanau, et ignorant le mouvement de la garde, je fis choix
de deux dtachements formant quatre escadrons complets; le premier de
ces dtachements, compos des 5e, 8e et 9e de hussards; l'autre, des 7e,
11e, 12e et 16e de chasseurs, ce dtachement m'ayant paru susceptible de
faire quelque service en l'employant avec mnagement et prcaution. Il
parat que l'Empereur a dsapprouv cette mesure et avait ordonn que
ces dtachements restassent  Hanau, et j'ai reu du gnral Millaud la
nouvelle qu'il avait donn aux dtachements l'ordre de rtrograder,
d'aprs ceux de Sa Majest. J'ai donc eu lieu d'tre tonn de leur
arrive avant-hier; c'est hier seulement que l'ordre de rtrograder leur
est parvenu. Comme il y a sept marches d'ici  Hanau, que ce serait une
fatigue  pure perte pour les chevaux et un temps perdu pour
l'instruction des hommes, j'ai pens qu'il n'tait plus convenable de
les faire rtrograder et j'ai fait choix pour eux de bons cantonnements,
o on les mettra promptement en tat de bien servir. Le chef d'escadron
Reisey, qui commande le dtachement de hussards, pense qu'en quinze
jours il le mettra en tat de faire son service devant l'ennemi.

J'avais donn l'ordre au gnral Dommanges de venir prendre le
commandement de ces deux dtachements, par suite de l'ordre de Sa
Majest, dont il a eu connaissance avant son dpart de Hanau; il est
rest. Si, comme je le suppose, Sa Majest approuve les dispositions que
j'ai prises de ne pas faire rtrograder ces corps depuis ici, il serait
utile que le gnral Dommanges, ou tout autre gnral de brigade ou
colonel, ret l'ordre de venir afin qu'il y et un chef pour les
surveiller et les commander.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

26 avril 1813.

Le 1er rgiment a plus de cent hommes qui manquent de culottes et de
pantalons, et qui, s'ils ne les recevaient pas, seraient hors d'tat
d'entrer en campagne. Cette position est d'autant plus fcheuse, que le
rgiment ne peut attendre ces effets de son dpt, attendu qu'il n'a
point reu les tricots que le ... avait annoncs. Votre Altesse jugera
sans doute convenable de prendre une mesure extraordinaire pour faire
avoir au 1er rgiment de marine les effets qui lui manquent, et je lui
demande avec instance de vouloir le faire promptement.




LE MARCHAL MARMONT AUX MEMBRES DE LA COMMISSION DES SUBSISTANCES DE
GOTHA.

26 avril 1813.

Messieurs, je vous prviens que, d'aprs les ordres de Sa Majest, il
est indispensable que vous preniez des mesures pour faire diriger sur
Erfurth trois mille quintaux de farine, savoir: cinq cents quintaux par
jour; cinq mille quintaux de bl,  raison de cinq cents quintaux par
jour; dix mille quintaux de viande sur pied, soit vaches, boeufs ou
moutons,  raison de mille quintaux par jour; enfin cent mille boisseaux
d'avoine,  raison de dix mille par jour, et ce  compter d'aujourd'hui.
Je vous prie de me faire connatre le plus promptement possible les
dispositions que vous aurez prises pour remplir les intentions de Sa
Majest, afin que je puisse, s'il le faut, y concourir et les assister
de la force ncessaire. Je vous prie de me faire connatre galement
dans quel rapport sont les ressources que les diffrentes contres
prsentent, afin que je puisse prendre des mesures directement si vos
efforts ne remplissaient pas le but que j'en attends.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Erfurth, le 27 avril 1813.

Mon cousin, je viens de prendre dans les 123e et 134e rgiments de
ligne des capitaines pour les faire chefs de bataillon dans le 37e
lger, des lieutenants pour les faire capitaines, des sous-lieutenants
pour les faire lieutenants et des sergents pour les faire
sous-lieutenants. Mon dcret va vous tre envoy par le major gnral.
Tous ces hommes sont ici dans la citadelle; faites-les runir sans
dlai, et qu'ils partent demain  la pointe du jour, pour qu'avant midi
ils soient reconnus et placs dans les compagnies. Il n'y a rien de plus
urgent que cela, ce rgiment ne pouvant pas marcher avec les officiers
ineptes qui s'y trouvent. Vous mettrez en pied tous les sous-lieutenants
que je vous envoie, et qui ont tous fait la guerre. Vous renverrez au
dpt d'Erfurth, et vous m'en remettrez la note, tous les capitaines qui
n'auraient pas fait la guerre. Vous mettrez  la suite les
sous-lieutenants et lieutenants qui seraient dans le mme cas. Il est
absurde d'avoir dans un rgiment des capitaines qui n'ont pas fait la
guerre. On verra dans la campagne ce qu'on pourra faire de ceux que vous
allez renvoyer au dpt. Mais, en attendant, le commandement sera dans
la main des hommes que je vous envoie.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Weissenfels, le 1er mai 1813, deux heures du matin.

Faites partir,  cinq heures du matin, les cinq bataillons de la
division Durutte, qui sont avec le gnral Bonnet, pour se rendre 
Mersebourg joindre leur division sans artillerie. Prvenez le vice-roi,
par courrier, de l'heure  laquelle ils arriveront  Mersebourg. Les
quatorze bouches  feu de la division Durutte resteront  la rserve de
votre corps jusqu' nouvel ordre. Le vice-roi aura soixante mille hommes
ce matin, 1er mai,  mi-chemin de Mersebourg  Leipzig. Approchez vos
divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pouvoir soutenir le
marchal Ney si cela tait ncessaire. Je n'ai pas encore de nouvelles
du gnral Marchand, qui devait passer  Stossen. Je n'en ai pas
davantage du gnral Bertrand. Si vous en avez, donnez-m'en. L'un et
l'autre devaient venir par Camburg. J'ai donn l'ordre au marchal
Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale, en passant sur le
pont que j'ai fait construire prs de Naumbourg, avec la division de la
garde pour se rendre  Weissenfels. Par ce moyen, Naumbourg sera tout 
fait libre. Vous y pourrez placer votre troisime division. Ce mouvement
par la rive gauche rendra aussi la rive droite, pour vos divisions,
trs-libre.

Si vous n'avez pas de nouvelles des gnraux Bertrand et Marchand,
envoyez un officier  Camburg pour en avoir.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lutzen, le 1er mai 1813.

Le quartier gnral de l'Empereur est ce soir  Lutzen. La journe a
t fort belle. La jonction avec l'arme de l'Elbe a eu lieu prs
Lutzen. L'ennemi, qui a montr une nombreuse cavalerie, a constamment
t repouss par notre infanterie dans des plaines immenses, et a eu
beaucoup de monde tu par notre canon. Nous n'avons perdu qu'une
centaine d'hommes; mais une perte bien sensible a t faite. Un boulet a
coup le poignet et travers les reins  M. le marchal duc d'Istrie,
qui est mort  l'instant mme sur le champ d'honneur. C'est le premier
coup de canon tir par l'ennemi. L'arme et toute la France partageront
les vifs regrets de l'Empereur.

Le prince de Neufchtel, major gnral.

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Weissenfels, 1er mai 1813, huit heures du matin.

Mon cousin, venez de votre personne sur la route de Lutzen. Je ne sais
pas o a couch la division Bonnet et la division Compans. Mettez-les en
marche pour les approcher de Weissenfels.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lutzen, le 2 mai 1813, neuf heures et demie du matin.

Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
de partir de votre position pour vous porter sur Pgau. Je donne l'ordre
au gnral Bertrand que, au lieu de venir ce soir, comme il en a reu
l'ordre hier, jusqu' Kaia, de s'arrter  _Tauchau_. Je le prviens
qu'il peut mme arrter, s'il en est encore temps, la division italienne
 _Gleisberg_, et celle wurtembergeoise  _Sthsen_. Par ce moyen, son
corps couvrira Naumbourg, Weissenfels, et menacera Zeitz, et sera en
position pour se porter sur Pgau si l'ennemi menaait de dboucher. Je
lui dis de se tenir en communication avec vous.

Le prince de la Moskowa est  Kaia, et pousse de fortes reconnaissances
sur Zwickau et sur Pgau.

Le vice-roi porte le gnral Lauriston sur Leipzig.

Le onzime corps se porte sur Markranstadt, d'o il enverra des
reconnaissances sur Zwickau et sur Leipzig.

Je prviens aussi le gnral Bertrand que, si l'ennemi dbouchait de
Zeitz, il runirait ses trois divisions et marcherait  lui[2].

[Note 2:  cette lettre tait jointe une longue lettre de l'Empereur
servant d'instruction: elle a t perdue.
LE MARCHAL DUC DE RAGUSE.]

Le prince de Neufchtel, major gnral,

ALEXANDRE.




ORDRE DU JOUR.

8 mai 1813.

Monsieur le marchal commandant en chef le sixime corps tmoigne son
mcontentement aux troupes  ses ordres pour les dsordres qu'elles
commettent journellement. Si la bonne conduite qu'elles ont tenue sur le
champ de bataille est faite pour leur mriter la bienveillance de Sa
Majest, la continuation des dsordres attirerait sur elles toute sa
svrit. Les gnraux, chefs de corps et officiers doivent concourir
avec le mme zle au maintien de l'ordre. La recherche des vivres doit
tre faite d'une manire rgulire et par des corves armes, conduites
par des officiers, et tout individu qui sera trouv isol, n'et-il pris
que du pain, sera arrt comme maraudeur et puni comme tel suivant la
rigueur des lois. Il doit tre fait un appel toutes les trois heures, et
tous les hommes qui ne seront pas prsents seront arrts et mis  la
garde du camp. Il est surtout expressment dfendu de se servir de ses
munitions pour d'autres usages que pour ceux de la guerre, et tout
contrevenant  cet ordre qui sera pris sur le fait sera arrt par la
gendarmerie, conduit au quartier gnral et traduit devant le grand
prvt de l'arme. M. le marchal est convaincu que, si les officiers y
mettent l'activit ncessaire, les dsordres si rprhensibles qui ont
lieu cesseront sur-le-champ. Leur honneur, comme leur devoir et leur
intrt, le leur commandent galement.

Le prsent ordre du jour sera lu, pendant trois jours conscutifs, aux
troupes rassembles.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

Prs Steinbach, 8 mai 1813.

Monseigneur, les mouvements continuels de mon corps d'arme m'ayant
empch, jusqu' ce moment, de vous adresser mon rapport sur les dtails
de ses oprations relatives  la bataille de Lutzen, je m'empresse de
rparer cette omission.

Aprs avoir pass la Saale, je reus l'ordre de prendre position avec
mon corps d'arme au dfil de Ripach.

Le lendemain 2 mai, les projets de l'ennemi tant encore obscurs,
l'Empereur me donna l'ordre de me porter sur Pgau, afin de connatre la
force de l'ennemi sur ce point et de culbuter tous les corps moins forts
que le mien, que je trouverais sur mon passage. Afin de ne pas tre
tromp par de simples apparences, je me mis immdiatement en mouvement.
Deux routes me conduisaient galement  Pgau, l'une par la rive gauche
du ravin et plus courte, l'autre par la rive droite et plus longue.

Je choisis la deuxime parce qu'elle me liait plus avec l'arme, et
que, dans le pas d'une grande bataille, je ne courrais pas risque d'en
tre spar.

Mes troupes formes en neuf colonnes, sur plusieurs lignes, prtes 
former promptement des carrs et disposes en chelons, je m'branlai;
aprs une heure de marche, j'arrivai au village de Starfield. En ce
moment le canon se fit entendre au village de Kaia, et, au mme instant,
l'ennemi se montra sur l'immense plateau qui prcde et domine le
village de Starfield; les forces qu'il me montra dans ce moment ne me
parurent pas assez grandes pour devoir m'arrter; je me disposai donc 
remplir la partie de mes instructions qui me prescrivait de marcher 
lui; mais, afin d'tre  l'abri de tout vnement fcheux, j'occupai
fortement le village de Starfield, qui devait tre mon point d'appui. Je
portai en avant du village, et un peu  sa gauche, la division Compans,
et en chelons sur sa gauche, celle du gnral Bonnet; et, soutenu d'une
nombreuse artillerie, je portai ces troupes en avant.

La charge que j'avais ordonne s'excuta avec promptitude et vigueur;
les forces que l'ennemi me montra bientt me prouvrent qu'une grande
bataille allait tre livre; alors j'arrtai mon mouvement offensif,
qui, en m'loignant de l'arme et de mes points d'appui, aurait
infailliblement caus ma perte; mais je conservai toutefois une attitude
offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi, de l'empcher
d'craser les troupes du troisime corps qui combattaient  Kaia, et de
donner le temps aux chelons que Sa Majest avait forms en arrire de
se runir et de venir nous dgager. Alors l'ennemi runit de grandes
forces contre moi, et surtout une nombreuse artillerie. Plus de cent
cinquante pices de canon furent diriges contre mon seul corps d'arme;
mais les troupes supportrent leur feu avec un calme et un courage
dignes des plus grands loges. La division Compans, surtout, la plus
expose, mrite des loges particuliers; les rangs claircis  chaque
instant se reformaient aux cris de _Vive l'Empereur!_ Immdiatement
aprs ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'branla et fit une charge
vigoureuse galement dirige contre le 1er rgiment d'artillerie de
marine. Cet excellent rgiment, command par le brave colonel Esmond,
montra en ce moment tout ce qu'une bonne infanterie peut contre la
cavalerie, et les efforts de l'ennemi vinrent chouer contre ses
baonnettes; d'autres charges furent galement faites, et toutes
galement sans succs. Cependant le combat durait dj depuis plusieurs
heures; Sa Majest, qui avait prvu ce qui pouvait arriver et plac
l'arme en consquence, avait eu le temps de la runir et de marcher.
L'ennemi voulut faire un dernier effort sur moi et redoubla son feu dans
l'esprance de me forcer  vacuer le village de Starfield, et il
pouvait esprer d'obtenir ce rsultat si j'eusse continu  garder la
position offensive que j'avais prise et  combattre  dcouvert; je crus
devoir ne pas compromettre ce poste important, et  cet effet je
reportai mes troupes en arrire, de la distance ncessaire pour en
masquer une partie, en tant  porte de soutenir le village de
Starfield, et toute la division Compans fut place dans ce village.
Cette disposition fut encore rendue plus ncessaire par un grand
mouvement que l'ennemi fit sur ma droite, qui, tant en arrire du
ravin, n'avait plus de point d'appui, tandis que la tte de mes forces
tait au village, et n'ayant rien au del du ravin. Peu de troupes
suffisaient pour arrter l'ennemi sur ce point. J'y employai une portion
de la troisime division, et je gardai le reste de cette division en
rserve, afin de pourvoir aux cas imprvus. L'ennemi alors fit une
charge directe sur le village; mais elle lui russit mal. Cependant
l'Empereur tait arriv sur Kaia, et, tandis qu'on se battait sur ce
point avec acharnement, les efforts de l'ennemi furent ralentis contre
moi, quoique j'eusse toujours en prsence de grandes forces.

Cinq heures et demie arrivrent, et le quatrime corps parut. Aussitt
que je pus tre certain de l'avoir bien reconnu, j'eus lieu d'tre
tranquille sur ma droite, et j'excutai, sans perdre un seul instant,
avant mme d'avoir communiqu avec lui, l'ordre anticip que Sa Majest
m'avait donn de porter une division sur Kaia aussitt que je serais en
liaison avec le gnral Bertrand. Enfin l'ennemi tait battu partout; Sa
Majest tait victorieuse; elle ordonne une charge gnrale. La division
Compans dbouche de nouveau du village. La division Friederich se porta
 sa gauche et  droite de la division Bonnet, et nous marchmes
rapidement  l'ennemi, qui fuyait devant nous, aussi loin que le jour le
permit. Nous nous canonnions encore qu' peine pouvions-nous distinguer,
dans l'obscurit, les masses qui se retiraient devant nous. Il fallut
enfin s'arrter par suite de l'obscurit de la nuit. Nous tions en
repos depuis quelques instants lorsqu'un corps de cavalerie ennemie se
prsenta inopinment et sans avoir pu tre reconnu, et chargea nos
carrs. Il fut reu la nuit comme il l'avait t le jour, et se replia,
mais sans avoir prouv une grande perte, attendu que, dans l'obscurit,
il et t dangereux de faire feu sans avoir bien reconnu la division
des carrs. Immdiatement aprs sa retraite, prvoyant qu'il pourrait
revenir, je rapprochai tellement mes carrs, qu'ils pouvaient tous se
voir, et je les chelonnai de manire que deux cts pussent toujours
tirer, et qu'il y et des feux dans toutes les divisions. Ce que j'avais
prvu arriva. L'ennemi, comptant que, aprs la fatigue d'une aussi
longue journe, les soldats seraient couchs et les armes aux faisceaux,
arriva  dix heures avec quatre rgiments de cavalerie de choix, dont un
rgiment de gardes prussiennes. Ces quatre rgiments se jetrent avec
une imptuosit extraordinaire au milieu de nous; mais ils trouvrent
chacun  son poste. Tous les ordres donns furent excuts
ponctuellement, et l'ennemi enveloppa de ses morts nos carrs sans en
enfoncer aucun. Trois cents hussards restrent sur la place, et les
rapports des Prussiens annoncent que le rgiment des gardes a t
dtruit entirement. Ainsi a fini une belle journe. C'est le sixime
corps qui, dans cette mmorable bataille, a eu l'honneur de tirer les
premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Je ne saurais
donner trop d'loges aux troupes dont Sa Majest m'a confi le
commandement. Les soldats de marine se sont montrs dignes de l'arme
dans laquelle Sa Majest les a attachs. Ces nouveaux soldats marchent
d'un pas ferme sur le pas des anciens. Je devrais nommer tous les
gnraux et tous les officiers suprieurs; mais je dois faire une
mention particulire du gnral Compans et du gnral Bonnet, des
gnraux Jamin, Joubert et Richemont. Le gnral Compans a eu ses
habits cribls de mitraille: le gnral Bonnet, deux chevaux tus sous
lui: le gnral Jamin, quoique bless, n'a pas quitt le champ de
bataille un seul instant. Je dois faire aussi mention du colonel Jardet,
mon premier aide de camp, officier d'une grande distinction, qui a t
bless d'une manire extrmement grave. Je dois citer aussi le gnral
Faucher, commandant l'artillerie, et le colonel de Ponthou, commandant
le gnie, dont j'ai eu  me louer.

J'aurai l'honneur d'adresser  Votre Altesse des demandes de
rcompenses pour les officiers et soldats qui ont si bien mrit de Sa
Majest, et en vous priant de les soumettre  l'Empereur.




LIVRE DIX-SEPTIME

1813

SOMMAIRE.--Hsitations du roi de Saxe.--Passage de l'Elbe 
Priesnitz.--Reddition de Torgau.--Combat de Bichofswerda (12
mai).--Combats de Grossenheim, de Koenigswerth et de Weissig.--Positions
de l'arme devant Bautzen.--Bataille de Bautzen (20 mai).--Bataille de
Wurtzen (21 mai).--Retraite de l'ennemi sur Weissenberg.--Combat de
Reichenbach.--Mort du gnral Bruyre.--Mort de Duroc: son
portrait.--Passage de la Niesse par le septime corps.--Surprise et
droute de la division Maison  Haynau.--Combat de Jauer.--Armistice de
Pleiswig.--Ligne de dmarcation des deux armes.--Retour de l'Empereur 
Dresde (10 juin).--tablissement du sixime corps  Buntzlau.--Situation
de l'arme franaise pendant l'armistice.--Haine des Prussiens pour les
Franais.--Rle de l'Autriche.--Travaux de dfense  Buntzlau.--Arrive
de M. de Metternich  Dresde.--Paroles de l'Empereur.--Ouverture du
congrs de Prague.--Dnonciation de l'armistice (10 aot).--Manire de
voir de l'Empereur.--Ses conseillers.--Composition et force de l'arme
franaise.--Travaux de dfense autour de Dresde.--Plan de campagne de
Napolon.--Composition et force des armes ennemies.--Formation de
l'arme franaise.--Arrive de Napolon  Grlitz (18
aot).--Commencement des hostilits.--Oprations du sixime
corps.--Mouvements des armes autour de Dresde.--La grande arme allie
attaque Dresde (26 aot).--Bataille de Dresde.--Mort du gnral
Moreau.--Retraite de l'ennemi.--Poursuite de l'arme ennemie.--Combats
de Possendorf, de Dippoldiswald et de Falkenheim.--Combat de
Zinnwald.--Catastrophe du gnral Vandamme.

 la fin de mars,  l'approche de l'arme russe, le roi de Saxe, pour ne
pas tomber en son pouvoir, avait abandonn sa capitale. Il s'tait rendu
d'abord  Plauen et de l  Ratisbonne, accompagn d'un corps de quinze
cents chevaux.

Nos revers  la fin de la dernire campagne, la destruction de nos
forces, la dfection de la Prusse et les passions qui se dveloppaient
dans une grande partie de l'Allemagne, avaient frapp de terreur les
princes de la Confdration. L'Autriche avait, ds ce moment, entrevu
l'espoir de retrouver son ancienne prpondrance, soit par des
ngociations, soit en rentrant plus tard dans la lice. Elle s'occupait,
ds lors,  runir autour d'elle en faisceau tout ce qu'elle pouvait
dtacher de notre alliance, afin de donner plus de poids  ses paroles.

Le roi de Saxe, un des premiers  qui elle s'tait adresse, comprit
bientt que les intrts bien entendus de l'Allemagne taient dans un
systme modrateur, assurant  l'avenir le repos de l'Europe, et dont
l'Autriche serait le centre. Il signa d'abord une convention par
laquelle le corps polonais accul  Cracovie,  la frontire
autrichienne, aurait la facult d'entrer en Galicie, en dposant ses
armes. Ces armes devaient tre transportes sur des chariots et devaient
lui tre rendues  son arrive en Saxe. Cette disposition concernait
galement quelques troupes franaises et un corps de cavalerie saxonne
qui se trouvait avec elles.  l'ombre de cette premire convention, on
commena  ngocier un trait de neutralit qui devait sparer la Saxe
de l'alliance franaise et l'unir  la politique autrichienne.

D'un autre ct, l'Autriche avait pris une attitude pacifique en faisant
faire un armistice pour le corps auxiliaire que commandait le
feld-marchal, prince de Schwarzenberg. Enfin, le 26 avril, elle avait
dclar  l'ambassadeur de France  Vienne que les stipulations du
trait du 4 mars 1812 n'taient plus applicables aux circonstances
prsentes.

C'tait annoncer l'intention de suivre une politique indpendante. Aprs
tous ces divers actes, le roi de Saxe quitta Ratisbonne et se rendit 
Prague. Cette dmarche donna l'veil  Napolon sur ses intentions. Il
souponna que les ngociations relatives au dsarmement du corps
polonais pourraient avoir t plus loin, et se crut menac de voir la
Saxe se sparer de ses intrts. Ds son arrive  Mayence, il avait
envoy auprs de lui  Ratisbonne le gnral de Flahaut pour surveiller
la conduite du roi et rclamer la cavalerie qu'il avait avec lui. Il
n'eut cependant jamais la certitude d'un trait convenu et sign. Il
crut seulement que des propositions avaient t faites et reues avec
complaisance; mais enfin les mauvaises dispositions du roi de Saxe
devinrent patentes par la connaissance des ordres donns le 5 mai au
gnral Thielmann, qui commandait  Torgau, de ne recevoir aucune troupe
trangre dans la place, et par le refus d'en ouvrir les portes au
troisime corps, qui s'y prsenta.

Alors la victoire avait donn du poids aux paroles de Napolon, et il se
trouvait matre de Dresde au moment mme o le roi semblait vouloir
l'abandonner. Il envoya un officier  Prague, le comte de Montesquiou,
pour remettre  M. de Sera, alors ministre de France auprs du roi, une
lettre qui lui prescrivait de le faire s'expliquer dans l'espace de six
heures. Il devait,  l'instant mme: 1 dclarer par crit dans une
lettre  l'Empereur qu'il n'avait pas cess de faire partie de la
Confdration du Rhin et reconnaissait les obligations qui en
rsultaient pour lui; 2 donner l'ordre au gnral Thielmann d'ouvrir
les portes de Torgau et de mettre  la disposition du gnral Rgnier
les troupes saxonnes qui s'y trouvaient et devaient en sortir; 3 enfin
d'envoyer  Dresde la cavalerie saxonne reste prs de lui, et de la
mettre  la disposition de l'Empereur; dans le cas d'un refus, M. de
Sera lui devait faire connatre qu'il tait dclar flon et avait cess
de rgner.

Un langage pareil auprs d'un prince faible, dont les tats taient
envahis et en partie occups, devait avoir les rsultats qu'en attendait
Napolon. Le roi souscrivit  tout et s'excusa auprs de l'Empereur
d'Autriche sur l'empire des circonstances. Il lui demanda le secret sur
le trait fait, sign et ratifi, et le secret lui fut gard. Le roi se
rendit  Dresde. L'Empereur donna, avec intention, un grand clat  son
retour. Il alla, le 12 mai,  sa rencontre  une lieue, accompagn de
tous les marchaux alors  Dresde, et j'tais du nombre. Il fut empress
et affectueux envers son alli; il s'effora d'tablir l'opinion qu'il
n'avait jamais dout de sa fidlit. On ne peut que plaindre un
souverain plac dans des circonstances aussi difficiles, entre le salut
de ses peuples et ses engagements. Les rsultats de sa conduite lui ont
t funestes; mais la campagne de 1813, dont la fin a t si dsastreuse
pour nous, a t cependant bien prs d'tre couronne par des triomphes.
Ainsi, en prenant seulement pour base les probabilits et les intrts,
on doit reconnatre que peu s'en est fallu qu'il n'ait eu  s'applaudir
de sa politique. Ce vieux monarque, si fort aim par ses sujets, ne doit
pas tre jug avec trop de svrit.

Le onzime corps tait entr  Dresde le 8. Ds le 9 au matin, un pont
fut jet sur l'Elbe  Priesnitz. L'ennemi mit obstacle  ce travail
autant qu'il fut en son pouvoir. Le 9, les quatrime, sixime et
douzime corps arrivrent  Dresde. Le 11, le onzime corps passa l'Elbe
et prit position sur la route de Bautzen. Les quatrime et sixime
corps, ainsi que le premier corps de cavalerie, suivirent la mme
direction. Le douzime corps resta  Dresde avec le quartier gnral
imprial et la garde. Ce mme jour le troisime corps entra  Torgau;
mais le gnral Thielmann, qui y commandait pour le roi de Saxe, aprs
avoir remis la forteresse au marchal Ney, passa  l'ennemi avec son
tat-major. Le cinquime corps de Meissen se rendit galement  Torgau,
et  ces deux corps se joignit le septime, dont le gnral Rgnier
reprit le commandement. Rorganis, il se composa de la division
franaise du gnral Durutte et des troupes saxonnes.

Le onzime corps, en s'loignant de Dresde, avait pris la route de
Bautzen, tandis que le quatrime s'tait port sur Knigsbrck, et le
sixime sur Reichenbach. Le 12, le marchal duc de Tarente, ayant
rencontr l'arrire-garde russe, commande par Miloradowitch, la poussa
devant lui. Un autre combat assez vif s'engagea  Bichofswerda. Cette
ville fut enleve; mais les Russes l'incendirent en l'vacuant, afin de
dtruire les magasins qu'elle renfermait.

Le 13, le onzime corps continua son mouvement, et prit position 
moiti chemin de Bautzen. Les quatrime et sixime corps restrent, ce
jour-l,  Knigsbrck et  Reichenbach, ainsi que le douzime et la
garde  Dresde. Le cinquime, parti de Torgau, marcha dans la direction
d'Obrilugk; le troisime dans la direction de Lukau. Le deuxime,
command par le marchal duc de Bellune, et le deuxime de cavalerie du
gnral Sbastiani, taient arrivs  Wittenberg. Par ces dispositions,
Napolon menaait la communication de la grande arme ennemie avec
Berlin, et mme cette capitale. L'Empereur avait aussi pour motif, en
ralentissant ses oprations, de recevoir des renforts, entre autres les
troupes de la vieille et de la jeune garde, commandes par le gnral
Barrois, enfin de la cavalerie. Il voulait en outre donner le temps au
deuxime et au septime corps d'achever leur organisation.

Le 14, tous les corps restrent en position.

Le 15, le onzime corps se porta en avant et rencontra,  Godeau, le
corps de Miloradowitch. Aprs une rsistance de quelques moments,
l'ennemi se retira  Bautzen, et repassa la Spre. Appel par le bruit
du canon et par l'invitation du marchal Macdonald, je marchai
sur-le-champ; mais j'arrivai quand le combat finissait. Le onzime corps
campa en face de Bautzen, le sixime campa  sa gauche, et le quatrime
 la gauche de celui-ci. L'ennemi, qui voulait gner les communications
de nos divers corps d'arme, avait port un grand nombre de Cosaques,
sous les ordres directs de Platow,  Grossenheim, soutenu par le corps
de Kleist.

Napolon, voulant nettoyer tout cet espace entre son centre et sa
gauche, donna l'ordre au duc de Trvise de partir de Dresde avec une
division de jeunes gardes et le corps de cavalerie, command par le
gnral Latour-Maubourg, et de chasser l'ennemi de cette position trop
avance. Aprs une rsistance assez vive de la part des Prussiens, ce
but fut atteint. Kleist se retira dans la direction d'Elstenwerda, et
Platow dans celle d'Ortona.

Aprs avoir rempli cet objet, le duc de Trvise marcha sur Bautzen. Le
18, le cinquime corps se porta sur Hoyerswerda, et les troisime et
septime suivirent.

Ces trois corps taient destins  tourner toutes les positions que
l'ennemi avaient fortifies. Le mme jour, l'Empereur et tout le reste
de sa garde partirent de Dresde. Ils vinrent s'tablir, avec le quartier
gnral, en face de Bautzen. Mais ce jour-l, 18, l'ennemi ayant appris
le mouvement du cinquime corps sur Hoyerswerda, et ignorant qu'il tait
soutenu par les troisime et septime corps, fit un dtachement pour
s'opposer  lui, et profiter de son isolement pour le battre.

Le gnral York vint avec dix mille Prussiens prendre position 
Weissig. Il tait appuy par Barclay de Tolly avec douze mille Russes.
Le gnral Bertrand dtacha sur Knigswerth la division italienne de son
corps, pour maintenir la communication entre les deux parties de
l'arme. Cette division, tablie ngligemment, fut attaque et surprise
par Barclay. Elle fut mise dans un grand dsordre. Cependant, comme elle
tait appuye  des bois en arrire de la ville, elle russit  se
rallier, et soutint le combat. Sur ces entrefaites, le comte de Valmy
arriva avec sa cavalerie, et Knigswerth fut repris. Pendant ces
vnements, le cinquime corps avait rencontr le gnral York 
Weissig. Un combat opinitre s'ensuivit. La position fut enleve, et
l'ennemi fut forc de se replier sur le gros de son arme.

Ces deux corps, d'York et de Barclay de Tolly, rentrrent en ligne. Le
corps russe fut charg de dfendre la Spre dans son cours infrieur.

Le 19, toute l'arme franaise tait dploye circulairement devant
Bautzen, le douzime corps occupait l'extrme droite, et tait plac sur
les hauteurs de Technitz. Le onzime corps tait prs de Breska,
derrire le Windmchlenberg. Le sixime tait en avant de Salzfortgen.
Le quatrime appuyait sa gauche  Welka et  la chausse de Hoyerswerda.
La garde et la cavalerie taient en arrire, sur la route de Dresde. Le
quartier gnral tait  Fortigen. La gauche de l'arme n'tait pas
encore en ligne. Le cinquime corps occupait Weissig. Le troisime, un
peu en arrire, se trouvait  Markersdorf; le septime  Hoyerswerda. Le
deuxime avait quitt Wittenberg, et s'tait avanc vers Galzen et
Dalheim. Il tait en face des corps prussiens de Bulow, de celui de
Berstel et de la division russe de Karper.

L'arme ennemie avait deux positions  dfendre: la premire ayant sa
gauche aux montagnes, dfendue par des abatis et des redoutes, et le
front couvert par Bautzen et la Spre, dont le lit est encaiss et les
bords escarps; la deuxime position, galement appuye aux montagnes,
se composait des retranchements construits en avant de Kalskirch. Son
front tait couvert par une ligne de redoutes faites avec soin et bien
armes, et par les hauteurs de Krekvitz. Enfin la droite occupait les
hauteurs de Glaima, et les points de Klitz et de Malschitz.

Le 20, au matin, l'arme s'branla. Le douzime corps, plac  la
droite, attaqua les hauteurs o tait la gauche ennemie, aprs avoir
jet un pont sur la Spre et pass cette rivire. Le onzime corps fut
charg d'attaquer Bautzen, aprs avoir aussi franchi la Spre au-dessus
de cette ville. Je reus l'ordre de passer la Spre  une demi-lieue
au-dessous de Bautzen, et d'attaquer le corps de Kleist qui tait en
face, et occupait les hauteurs de Seydan. Une vive rsistance nous fut
oppose; mais, aprs un combat de cinq heures, l'ennemi fut chass des
diverses positions qu'il occupait devant nous et forc  se retirer, sur
les hauteurs du village de Kayna, en arrire du ruisseau.

Comme Bautzen continuait  se dfendre et arrtait la marche du onzime
corps, je dtachai ma premire division, commande par le gnral
Compans, pour prendre la ville  revers. La batterie qui en dfendait
les approches fut enleve au pas de charge, et les remparts escalads.
Tous les soldats russes qui se trouvaient dans la ville furent faits
prisonniers.

Je fis attaquer ensuite, par la division Bonnet, le corps de Kleist, qui
venait d'tre renforc et qui s'tait concentr dans la position de
Kayna et de Basankwitz. Il fut culbut et oblig de se retirer plus en
arrire. Il occupa alors la position retranche et prpare d'avance, o
il avait dcid qu'une seconde bataille devait tre livre. Pendant ces
mouvements, les troisime, cinquime et septime corps, sous les ordres
du marchal Ney, s'approchrent de la Spre, au village de Klix. Il
devait forcer le passage et tourner les retranchements, tandis que le
quatrime corps observerait les bords de la Spre, en face de Krekwitz,
en attendant que la prise de Bautzen et le mouvement de la droite
eussent permis de l'attaquer.

Le soir du 20, l'arme franaise tait donc  cheval sur la Spre, et
occupait une ligne brise, la droite aux montagnes, le centre en face de
Krekwitz, et la gauche sur Klix.

Du ct de l'ennemi, la gauche et la partie du centre qui se liait avec
elle taient fortifies par tout ce que l'art peut offrir d'avantageux,
et un succs sur ce point ne compromettait pas le reste de l'arme. Ce
n'tait donc pas le point d'attaque  choisir: tandis qu'en attaquant la
droite on avait moins d'obstacles  surmonter. On forait le centre et
la gauche  se retirer en toute hte. Enfin, l'on pouvait esprer en
couper une partie. Aussi ce fut le plan d'attaque adopt par Napolon.

La gauche de l'ennemi tait commande par le prince Eugne de Wurtemberg
et le gnral Korsakoff, le centre par le gnral Blcher, et la droite
par le gnral Barclay de Tolly.

Le 21,  cinq heures du  matin, le marchal duc de Reggio commena le
combat par une fausse attaque, dont l'objet tait de masquer nos
vritables intentions et de contenir une partie considrable des forces
de l'ennemi. Celui-ci, qui avait port sa gauche en avant du ruisseau et
des retranchements construits dans les montagnes, fut forc  un
mouvement rtrograde; mais, ayant reu des secours, il rsista et fora
le duc de Reggio, qui s'tait empar de Meltheuer, de l'vacuer et de
reprendre sa premire position. Le onzime corps prit part au combat, et
soutint le douzime. Pendant ce temps, le prince de la Moskowa enlevait
le village de Klix. Il attaqua ensuite l'ennemi dans une seconde
position, entre Glaima et l'tang de Malschitz, et le battit. Il avait
ainsi tourn ses positions. De son cte, le quatrime corps, dont le duc
de Dalmatie tait venu prendre le commandement, aprs s'tre empar du
village de Krekwitz, forait l'ennemi  la retraite. Enfin, l'affaire
tant engage sur tous les points, je dployai le sixime devant les
retranchements ennemis, et je commenai contre eux un feu d'artillerie 
faire trembler la terre. Peu aprs, j'aperus un mouvement rtrograde
prononc  la droite et au centre de l'ennemi. L'ayant reconnu le
premier, j'en fis prvenir aussitt l'Empereur, et mis mes troupes en
mouvement pour marcher  ces retranchements; mais, l'ennemi les ayant
vacus assez tt pour viter un engagement d'infanterie, je continuai 
le poursuivre sans relche jusqu'au village de Wurtzen.

Cette bataille,  laquelle on donna le nom de Wurtzen, fut bien
conduite. Chaque vnement arriva comme il avait t prvu, et chacun
fit son devoir. L'infanterie soutint la rputation qu'elle avait acquise
 Lutzen. La direction des attaques et le point choisi pour porter les
coups dcisifs promettaient de grands rsultats, et il est probable
qu'on les aurait obtenus sans notre extrme faiblesse en cavalerie.

L'ennemi se retira sur Weissenberg. On ne peut gure comprendre ses
illusions. Il aurait d voir que cette position, choisie et fortifie
d'avance, devait tomber d'elle-mme par un simple mouvement stratgique.
L'arme franaise, avec les renforts qu'elle avait reus, consistant en
dix mille hommes de cavalerie et huit mille de la garde, et, au moyen
des cinquime, septime et douzime corps qui n'avaient pas combattu 
Lutzen, s'levait  cent cinquante mille hommes. Les forces de l'ennemi
taient au-dessous de cent mille.

Le 22, l'arme franaise se mit en mouvement pour suivre l'ennemi. Le
douzime corps resta en position sur le champ de bataille pour le
couvrir contre les mouvements que le corps de Bulow aurait pu excuter.
L'ennemi prit position en avant de Reichenbach et sur les hauteurs entre
Reichenbach et Markersdorff. Le septime corps, qui n'avait pas combattu
la veille, soutenu par la cavalerie du gnral Latour-Maubourg, reut
l'ordre d'attaquer. Le combat fut chaud et brillant, et la cavalerie
russe force  la retraite. Il cota la vie  un excellent officier, un
de nos camarades de l'tat-major gnral de la glorieuse arme d'Italie,
le gnral Bruyre, commandant une division de la cavalerie lgre. Nous
le regrettmes vivement.

Mon corps d'arme suivait, et de ma personne j'avais t joindre
l'Empereur  la fin du combat. Bruyre venait d'tre tu, et j'en
causais avec le gnral Duroc, duc de Frioul, avec lequel j'tais
intimement li. En ce moment, la figure de Duroc portait une expression
de tristesse que je ne lui avais jamais vue. Les circonstances qui
suivirent immdiatement l'ont grave profondment dans ma mmoire et
pourraient faire croire  la vrit des pressentiments. Duroc donc,
triste et proccup, montrait une sorte de dcouragement et d'abattement
dans toute sa personne. Je marchai quelque temps en causant avec lui; il
me dit ces propres paroles: Mon ami, l'Empereur est insatiable de
combats; nous y resterons tous, voil notre destine! Aprs avoir
cherch  le remettre un peu et  combattre ses ides noires et
misanthropiques, j'allai prendre les ordres de l'Empereur, qui m'ordonna
de faire camper mon corps d'arme sur la crte que nous venions de
traverser. Napolon, arriv auprs du village de Markersdorff et
marchant dans un chemin creux, un boulet isol, parti  grande distance
d'une batterie qui se retirait devant notre avant-garde, tomba dans le
groupe qui l'environnait, tua roide le gnral Kirchner, bon officier du
gnie, et blessa mortellement le duc de Frioul, dont les entrailles
furent mises  dcouvert. Peu de moments aprs, et lorsque j'tais
encore occup de mon tablissement, j'appris cette triste nouvelle.

L'Empereur montra de la douleur et passa quelque temps avec Duroc, dans
la baraque o il fut dpos. Il parat qu'il se justifia auprs de
l'Empereur de je ne sais quels torts, que celui-ci lui avait imputs
sans fondement, et dont l'accusation l'avait profondment bless. Le
lendemain matin, je le vis de trs-bonne heure. Ses douleurs atroces lui
faisaient dsirer la mort, et il la demandait avec instance. Je causai
avec lui pendant quelques moments. Je lui parlai des personnes qui
l'intressaient, et, comme je lui montrais ma vive et profonde
commisration, il me rpondit: Va, mon ami, la mort serait peu de chose
pour moi si je souffrais moins vivement.

Dans le cours de mes rcits, j'ai eu peu d'occasions de parler du duc de
Frioul. Ayant pour ainsi dire pass ma vie avec lui, et le rle qu'il a
jou lui donnant de l'importance historique, je dois chercher  le faire
connatre.

Duroc tait d'une bonne famille. Son pre, gentilhomme de la province
d'Auvergne, sans fortune, servant dans un rgiment de cavalerie en
garnison  Pont--Mousson, s'y maria, et s'tablit dans cette ville.
Duroc, plac comme lve du roi  l'cole militaire qui y existait
alors, fut destin au service de l'artillerie, dbouch le plus sr,
carrire la plus avantageuse autrefois pour un gentilhomme qui n'avait
ni appui ni protection. Il y entra en mme temps que moi, et nous fmes
reus lves sous-lieutenants  Chlons, au commencement de janvier
1792. Plus tard, une partie de l'cole ayant migr, Duroc alla
rejoindre l'arme des princes et fit le sige de Thionville. Son bon
sens naturel lui ayant promptement fait apprcier la confusion qui
rgnait parmi les migrs, il rentra en France, et vint  Metz, o
moi-mme, reu officier, j'tais en garnison. Il me fit confidence de ce
qui lui tait arriv, et de sa rsolution de reprendre du service. Le
gouvernement ferma les yeux sur son absence momentane, mais le
contraignit  subir l'examen de sortie, et  retourner  Chlons pour y
reprendre sa place d'lve. Quelque temps aprs, et cette formalit
tant remplie, il rejoignit le quatrime rgiment d'artillerie. De l,
il passa dans une compagnie d'ouvriers employe  l'arme de Nice. C'est
l que je le retrouvai en 1794.

Duroc continua  servir dans son arme, et devint aide de camp du gnral
Lespinasse, commandant l'artillerie de l'arme d'Italie. Aprs la
bataille d'Arcole, le gnral Bonaparte ayant perdu plusieurs aides de
camp, et m'ayant consult sur les officiers qui pouvaient les remplacer,
je lui proposai et lui prsentai Duroc qui fut admis. Voil l'origine de
sa fortune. Duroc se l'est toujours rappel, et m'a constamment vou une
amiti trs-vive, que le temps n'avait fait que consolider. Il fit, en
qualit d'aide de camp, le reste des campagnes d'Italie et la campagne
d'gypte. Arriv au grade de colonel quand le gnral Bonaparte devint
premier consul, il eut l'administration de sa maison. Puis, quand
Napolon prit la couronne impriale, il fut grand marchal avec une
autorit trs-tendue, et investi d'une confiance sans bornes. Duroc eut
diverses missions diplomatiques  Berlin et  Ptersbourg, qu'il remplit
 la satisfaction de l'Empereur. Il tait le centre de mille relations
diverses. L'Empereur le chargeait souvent de travaux trangers  ses
fonctions habituelles, et il s'en acquittait toujours bien. Aussi fut-il
toujours surcharg de besogne, accabl de fatigues et d'ennuis, et au
point de murmurer souvent contre la faveur et les grandeurs.

Le duc de Frioul avait un esprit sans clat, mais sage et juste; peu de
passions, mais une profonde raison et une ambition borne. Les faveurs
sont venues le chercher plus souvent qu'il n'a couru aprs elles.
Naturellement rserv, son commerce tait sr, et jamais on n'eut  lui
reprocher la plus lgre indiscrtion. tranger au sentiment de la
haine, il n'a nui  personne; mais, au contraire, il a rendu une
multitude de services  des personnes qui l'ont ignor. Une rclamation
juste et fonde l'a toujours trouv bien dispos, et il faisait auprs
de l'Empereur telle dmarche qu'il croyait utile, sans jamais s'en faire
de mrite auprs de celui qui en tait l'objet. Simple, vrai, modeste,
probe et dsintress, son caractre froid l'aurait empch de se
dvouer pour un autre, de se _compromettre_ pour le servir; mais, dans
sa position, c'tait dj beaucoup que de rencontrer, si prs du pouvoir
suprme, un homme sans malveillance; car tout ce qu'on peut
raisonnablement dsirer et esprer, c'est d'y trouver, en outre de la
justice, une bienveillance active quand elle est sans danger. Duroc
tait bon officier, et il a regrett d'tre loign du mtier pour
lequel il avait de l'attrait. Trs-utile  l'Empereur, il lui a fait
souvent des amis. Ses opinions, toujours sages, lui permettaient, en les
exprimant, de s'lever avec une certaine indpendance, quoiqu'il
craignt beaucoup Napolon. S'il et vcu pendant l'armistice de 1813,
peut-tre aurait-il eu sur l'Empereur une influence utile et lui
aurait-il fait sentir les inconvnients qui devaient rsulter de la
reprise des hostilits. Mais Napolon, aprs l'avoir perdu, n'avait prs
de lui alors presque que des flatteurs; et de ceux-l seuls il aimait
les conseils.

Je reviens aux vnements militaires. Le 23, l'arme ennemie se retira
sur deux colonnes. Celle de droite, commande par Barclay de Tolly, sur
la route de Buntzlau, et celle de gauche, sous les ordres de
Wittgenstein, se dirigea sur Loubau. L'arrire-garde, commande par
Miloradowitch, brla le pont de la Niesse  Grlitz, et dtruisit tous
les moyens de passage. L'empereur de Russie et le roi de Prusse se
rendirent  Lwenberg. Le septime corps, command par le gnral
Rgnier, arriva devant Grlitz, et passa la Niesse de vive force. Le
cinquime corps, qui le suivait, prit la direction de Buntzlau. Le
quatrime vint  Hemersdorf, en arrire du septime. Le onzime corps
s'tablit  Schiomberg. Le quartier gnral, la garde, les troisime et
sixime corps restrent  Grlitz.

Le 24, le quatrime corps se porta sur Loubau: au moment o il se
disposait  attaquer cette ville, l'ennemi l'vacua et prit position
derrire la Queiss.

Le corps command par Miloradowitch fut forc  la retraite; mais le
quatrime corps resta en position derrire Loubau, et le onzime corps
vint l'y joindre. Le cinquime corps se porta  Siegersdorf. Les
troisime et septime corps marchrent dans la direction de Valdau. Le
sixime suivit le mouvement de l'arme dans la direction de Buntzlau.

La colonne de droite de l'ennemi se retira sur Haynau; celle de gauche
sur Goldsberg.

Le 25, le cinquime corps, aprs avoir rtabli les ponts sur le Bober,
marcha sur Thomaswald. Les troisime et septime corps le remplacrent
 Buntzlau. Le deuxime vint  Vichrau sur la Queiss. Le quartier
gnral vint  Buntzlau. Le quatrime corps se rendit  Loubau et 
Gilesdorf.

Le 26, l'ennemi continua son mouvement sur Liegnitz. Il prparait ainsi
sa retraite dans la haute Silsie, en pivotant sur sa gauche qui resta
en position. Le mme jour, le quatrime corps passa le Bober  Rakwitz,
et vint prendre position  Deutmansdorf. Le onzime corps vint 
Lwenberg. Le cinquime corps, qui marchait en tte de colonne  la
suite de la droite de l'ennemi, vint prendre position en avant de
Haynau. La division Maison tait d'avant-garde. Elle s'tablit en avant
d'un ravin, sans s'tre fait suffisamment clairer. Au moment o elle
campait, elle fut attaque  l'improviste par les Prussiens qui
dbouchrent des bois. Surprise sans tre en dfense, elle fut culbute
et pour ainsi dire dtruite.  peine deux cents hommes chapprent-ils
de cette chauffoure, qui fit grand bruit et grand tort au gnral
Maison. Cet officier gnral, se croyant dshonor, voulut se brler la
cervelle. Le gnral de division Lagrange, son camarade de corps
d'arme, le calma et l'empcha d'excuter la rsolution que son
dsespoir lui avait inspire.

Le troisime et le septime corps continurent leur mouvement  l'appui
du cinquime corps dans la direction de Haynau et de Liegnitz.
J'arrivai, ce jour-l, sur la Katzbach dont l'ennemi occupait en force
la rive droite. Le 27, l'ennemi prpara un mouvement de concentration et
de retraite sur la haute Silsie, en approchant sa droite du gros de ses
forces, qui se retira  Merteskatz,  peu de distance de Jauer, et y
prit position. Pendant ce temps, le septime et le cinquime corps
franais arrivaient  Liegnitz, tandis que le quatrime prenait position
sur la Katzbach  Hohendorf, et le onzime  Goldsberg. Le troisime
corps tait rest  Haynau. Ainsi toute l'arme tait en ligne, prte 
s'engager contre les forces concentres de l'ennemi; mais, aprs cette
concentration, l'ennemi continua son mouvement rtrograde en laissant de
fortes arrire-gardes pour couvrir Breslau.

Le quartier gnral ennemi se dirigea sur Schweidnitz.

Le mme jour, 27, je passai la Katzbach, et je chassai l'ennemi qui
gardait les dfils en arrire de cette rivire. L'ennemi prsenta  ma
vue environ trente mille hommes placs en chelons, ce qui annonait
l'intention de se retirer.

Le surlendemain, 29, je marchai sur Jauer, tandis que le quatrime corps
couvrait ma droite en se portant sur Hemsdorf. En avant de Jauer, je
trouvai un corps ennemi d'environ quinze mille hommes que je culbutai
aprs un combat assez vif. J'avais t rejoint par le corps de cavalerie
du gnral Latour-Maubourg; mais cette cavalerie, toute nouvelle et peu
instruite, tait d'une faible ressource. Avec une cavalerie capable de
combattre, et sur laquelle j'eusse pu compter, ce corps de quinze mille
hommes aurait probablement t dtruit, tant le succs obtenu avait t
prononc. Il y eut un millier de prisonniers de faits. Toutes les forces
ennemies se dirigrent sur Striegau.

Les troisime, cinquime et septime corps continurent leur mouvement
dans la direction de Breslau, et s'tablirent  Neumarck. Le 29, les
armes restrent en position.

Le 30, je reus l'ordre de me diriger sur Eisendorf, et le duc de
Tarente, avec le onzime corps, fut dirig sur Striegau. Pendant ce
mouvement de flanc, une nombreuse cavalerie s'opposa  ma marche et
m'obligea  prendre beaucoup de prcautions. La position de l'arme
ainsi runie obligeait l'ennemi  rester accul  la Bohme et  la
Silsie autrichienne. Si la guerre et continu immdiatement avec des
succs marqus, sa situation pouvait devenir fort critique et mme
dsespre.

Mais l'ennemi, en choisissant cette direction, avait calcul toutes les
chances qui pouvaient en rsulter. En repassant l'Oder, il abandonnait
toute la Prusse et la livrait  notre vengeance. Il consacrait l'opinion
d'une infriorit dcide. L'Autriche, encore indcise sur le parti
qu'elle prendrait, car des vellits et des projets hypothtiques
taient seuls entrs alors dans son esprit, tait abandonne et livre 
ses craintes si on s'loignait d'elle. En se serrant sur elle, on
l'entranait dans une alliance. En la prenant pour arbitre, la laissant
matresse de dicter les conditions de la paix aux puissances
belligrantes, on flattait son orgueil, on servait ses intrts, et on
la forait  prendre parti contre Napolon, s'il se refusait  se
conformer  ses offres.

D'un autre cot, ce parti hardi avait ses inconvnients; car, si les
vnements eussent pris un grand caractre d'urgence, l'Autriche,
n'tant pas encore prte, n'aurait pas voulu se compromettre en se
dclarant pour les allis. Alors ceux-ci devaient avoir en vue, comme
complment de leurs combinaisons, d'arriver  la conclusion d'un
armistice. De son ct, Napolon tait dcid  y consentir par mfiance
de l'Autriche, motive sur la manoeuvre des ennemis, annonant de leur
part une confiance qui cependant tait loin d'tre entire; mais il
fallait alors, pour cette raison, vouloir faire la paix.

Cependant il a t dmontr depuis que, dans cette circonstance,
l'intrt bien entendu de Napolon aurait t de continuer la guerre.
Son arme tait plus nombreuse que celle de l'ennemi. Celle-ci, battue
dans deux grands engagements, et aprs une retraite fort longue,
prouvait du dcouragement. Aucun renfort ne l'avait encore rejoint.

Quant  nous, nos corps, organiss  la hte, avaient beaucoup souffert
des combats et des marches. Il y avait fatigue et lassitude. Notre
cavalerie, si peu nombreuse encore, n'avait aucune consistance. Un repos
de deux mois devait rendre  nos troupes toute la valeur dont elles
taient susceptibles. D'ailleurs, d'immenses renforts taient en marche
de toutes parts pour nous rejoindre. Enfin nos jeunes soldats devaient
profiter, dans des camps de repos, des soins qu'on donnerait  leur
instruction. Toutes ces considrations firent pencher Napolon en faveur
d'un armistice quand les Russes le lui firent proposer. Le gnral
Schuwaloff, aide de camp de l'empereur de Russie, se prsenta  nos
avant-postes pour le demander. Le duc de Vicence ayant t envoy par
Napolon pour le recevoir, des confrences suivirent dans le chteau de
Pleiswig entre les avant-postes des deux armes, et, en quarante-huit
heures, tout fut convenu et sign.

Cet armistice devait durer jusqu'au 20 juillet et cesser six jours aprs
avoir t dnonc; plus tard, on le prolongea jusqu'au 10 aot. La ligne
de dmarcation suivante fut convenue entre les deux armes: en Silsie,
la ligne de l'arme combine, partant de la Bohme, passait par
Dittersbach, Paffendorf et Landshut, suivait le Bober jusqu'
Budelstadt, et de l, passant par Boskenheim et Striegau, suivait la
rivire de Striegau jusqu' Kanth.

La ligne de l'arme franaise partait galement des frontires de la
Bohme, arrivait au Bober par Schreibersan et Rimnitz, suivait cette
rivire jusqu' Lahn, allait ensuite gagner  Neukwitz la Katzbach,
qu'elle suivait jusqu' l'Oder.

Le pays entre les deux lignes de dmarcation tait neutre depuis
l'embouchure de la Katzbach. La ligne de dmarcation suivait l'Oder
jusqu' la frontire de la Saxe, vers l'embouchure de la Spre, de l
arrivait  l'Elbe, non loin de l'embouchure de la Saale, en suivant les
frontires de la Prusse, et ensuite le fleuve jusqu' la frontire de la
troisime division militaire. La dmarcation du bas Elbe devait tre
dtermine de concert avec le prince d'Eckmhl. Il fut convenu que
Magdebourg et toutes les places fortes entre les mains des Franais,
situes dans les pays occups par l'ennemi, auraient un rayon d'une
lieue autour de leur enceinte et seraient ravitailles tous les cinq
jours.

Les deux armes devaient tre places, le 12 juin, sur leurs nouvelles
lignes. Le quartier gnral de l'arme s'tablit  Reichenbach.
L'empereur Napolon retourna  Dresde, o il arriva le 10 juin.

Pendant les mouvements dont j'ai rendu compte, le douzime corps,
command par le duc de Reggio, tait rest d'abord  Bautzen. Il s'tait
ensuite port sur Hoyeswerda pour couvrir l'arme contre les troupes qui
venaient de Berlin, et que commandait le gnral Bulow. La mission de ce
corps d'arme tait de couvrir cette capitale, et, en consquence, il
s'tait plac  Interbach. L, il reut des renforts de la landwehr de
Brandebourg, et son effectif atteignit le chiffre de trente mille
hommes. Ainsi renforc, Bulow vint attaquer le duc de Reggio 
Hoyerswerda, mais il fut repouss avec perte. Il fit sa retraite sur
Kottebus, o il prit position avec la masse de ses forces, occupant
ainsi Gaben, Drebkorn et Interbach, avec de forts dtachements. Le duc
de Reggio marcha  lui; mais, ayant voulu menacer Berlin, il se porta
dans la direction de Lukau. Bulow, inform de ce mouvement, accourut en
toute hte sur ce point. Lukau a une bonne enceinte et des fosss pleins
d'eau. L'avant-garde ennemie fut culbute et force de rentrer dans la
ville. Mais ce premier succs ne termina point le combat; la lutte se
prolongea et finit par tourner  notre dsavantage. Le douzime corps,
attaqu sur ses flancs et oblig de se retirer, se dirigea sur Ubigau,
o il reut la nouvelle de l'armistice.

Par la dispersion de ses forces, l'ennemi avait donn beau jeu au duc de
Reggio; mais celui-ci n'en sut pas profiter. Sa marche incertaine en se
portant en avant, ses directions varies, donnrent au gnral Bulow le
moyen de rparer toutes ses fautes et de combattre  Lukau avec
avantage.

Le mouvement gnral des troupes, nous ayant loigns de notre
frontire, avait laiss l'Allemagne tout entire sans troupes. Le corps
de Woronzoff devant Magdebourg, et un autre corps stationn  Hambourg,
servaient d'appui  une foule de partisans qui opraient sur nos
derrires. Ils se montraient partout et dans toutes les directions.
Divers convois furent enlevs, plusieurs dtachements pris, et beaucoup
d'atrocits commises contre les usages de la guerre. Un partisan
prussien, nomm Lutzow, acquit, dans ces circonstances, une sorte de
clbrit.

Une opration combine entre les gnraux Woronzoff et Czernikoff
faillit avoir pour rsultat l'enlvement de la garnison de Leipzig, o
beaucoup de blesss se trouvaient runis; mais l'armistice en arrta
l'excution au dernier moment.

Enfin divers combats eurent lieu dans les environs de Hambourg. Les les
de l'Elbe et la ville de Hambourg elle-mme tombrent successivement au
pouvoir du gnral Vandamme, au moyen des secours que lui envoya le roi
de Danemark, qui resserra en cette circonstance ses liens d'alliance
avec l'Empereur. Ds ce moment, une division danoise, commande par le
gnral Schomtenbourg, se trouva combine avec les troupes franaises.

Les diffrents corps de l'arme tablis dans les divers cercles de
Lwenberg, de Goldsberg, Buntzlau, eurent ces territoires pour assurer
leurs besoins. Le sixime corps fut plac  Buntzlau. Chacun s'occupa
avec activit  refaire les troupes,  les rorganiser et  les
instruire. Des dtachements amenant des recrues taient en route de
France pour tous les rgiments; mais, comme ils taient entirement
composs de nouveaux soldats sans aucune instruction, il fallait
consacrer tous ses efforts  les mettre en tat de combattre. Ces soins
occuprent tous les chefs de l'arme jusqu'au 10 aot, moment auquel on
reprit les armes. Je vais rendre un compte succinct de ce qui se passa
jusqu'au renouvellement des hostilits.

SITUATION DE L'ARME FRANAISE PENDANT L'ARMISTICE ET LA DEUXIME
CAMPAGNE DE 1813.

La manire et la promptitude avec laquelle l'arme franaise avait
reparu sur la scne, l'espce de rsurrection dont elle venait de
prsenter l'image, avaient tonn l'Europe. Les succs de Lutzen et de
Bautzen avaient montr ce que l'on pouvait attendre de ses efforts. Mais
ces succs, si glorieux et si clatants qu'ils fussent, n'avaient donn
que de faibles rsultats. Ils n'avaient pas diminu d'une manire
sensible les forces de l'ennemi. D'un autre ct, l'arme combine tait
loin d'tre arrive  la force que le mouvement imprim en Prusse et en
Russie devait produire. Les recrues dont la leve avait t ordonne en
Russie, au commencement de l'anne prcdente, taient au moment de
rejoindre et de renforcer les corps. Le mouvement national de la Prusse
n'tait pas encore rgularis; le roi avait ordonn une leve en masse
de ses peuples contre les Franais quand ils franchiraient leur
territoire; il ordonnait la destruction des moissons et des fruits,
l'enlvement des bestiaux, enfin une guerre  mort. Quand, en 1814, les
paysans franais voulurent prendre les armes, on les menaa de les
traiter en criminels. On prtendit qu'ils agissaient contre le droit des
gens et les usages des peuples civiliss. C'est ainsi que les hommes
changent de doctrines et de principes, suivant leurs diverses
situations.

Ces dispositions extrmes, inspires par le dsespoir et la fureur,
restrent, au surplus, sans excution: mais un esprit public prononc,
une nergie admirable, se montrrent dans toutes les classes en Prusse.
Les socits secrtes, formes pour prparer la dlivrance du pays, avec
l'assentiment et l'appui du gouvernement, produisirent l'effet qu'on
avait d en attendre. Les ides de libert, le dsir d'institutions et
de garanties constitutionnelles, s'taient mls aux ides
d'affranchissement et d'indpendance nationale. Tous ces dsirs, toutes
ces esprances, avaient t encourags par le roi,  titre de moyens
dfensifs. Aussi tout bouillait en Prusse. Plus l'oppression de Napolon
avait t forte et sa tyrannie odieuse, et plus la raction avait de
violence. Les tudiants couraient aux armes. Cette jeunesse vive,
ardente et souvent redoutable, qui peuple les universits d'Allemagne,
rappelait, par son esprit, son ardeur et son but, la formation des
premiers bataillons des volontaires de France, qui furent tout de suite
si remarquables par leur conduite, et qui devinrent plus tard le noyau
de l'arme franaise et la ppinire d'o sortit le plus grand nombre de
ses chefs. Enfin l'nergie de la Prusse tait encore accrue par le
sentiment de la position dans laquelle elle s'tait place
volontairement. Sa dsertion de la cause franaise au milieu de la
guerre, cette dfection du gnral York, avaient autoris toute espce
de vengeance de la part de Napolon, qui n'tait, d'ailleurs, que trop
dispos  s'y livrer. La force seule pouvait donc la prserver. Mais,
pour mettre en oeuvre de pareilles ressources, pour rgulariser de
semblables moyens, le gouvernement avait  peine eu trois mois, et
encore le dernier de ces trois mois avait t employ tout entier 
combattre. La Prusse tait donc loin de prsenter en ce moment les
forces relles dont elle pourrait bientt disposer. L'armistice devait
lui donner le temps d'achever ses prparatifs.

Les Russes, ses allis, puiss par la campagne prcdente, par les
marches excutes pendant l'hiver, ne comptaient dans leur arme que des
bataillons incomplets. Les recrues, formes et dresses, allaient
arriver et doubler chez eux le nombre des combattants.

De son ct, Napolon avait ordonn des leves immenses. Ces leves
s'excutaient avec facilit; mais les produits n'en taient pas encore
parvenus jusqu' lui. Deux mois de plus, et son arme aurait une force
double, une cavalerie nombreuse, et tout ce qui pouvait lui donner les
chances de la victoire. Ainsi un repos momentan avait d entrer dans
ses ides. Il profita avec activit de l'armistice.

Enfin, pour achever le tableau de cette poque mmorable, je dirai que
l'Autriche, ayant vu, lors des dsastres de 1812, le rle qu'elle tait
appele  jouer, faisait ses prparatifs dans ce but. Les circonstances
taient favorables. Elles lui fournissaient l'occasion de devenir
modratrice et mme juge suprme des dbats, en raison de sa force, en
raison de sa position gographique, et en raison mme de l'esprit de
sagesse et de lenteur qui prside  ses conseils.

On a dj dit que, ds le 26 avril, le gouvernement autrichien avait
dclar que les stipulations du trait du 14 mars 1812 n'taient plus
applicables  la situation prsente. C'tait dvoiler toute sa
politique. Mais ses moyens militaires, pour l'appuyer, taient
incomplets. Il fallait porter son arme  un effectif qui donnt  son
langage le poids convenable. On s'occupa donc avec activit en Autriche
de leves d'hommes, d'achats de chevaux et de toutes les dispositions
qui doivent donner la possibilit d'entrer en campagne. Pour cela, il
fallait du temps. Aussi l'Autriche fut-elle l'intermdiaire utile par
lequel passa la demande d'une prolongation de suspension d'armes que fit
Napolon. Elle la favorisa, l'appuya, en offrant en mme temps sa
mdiation pour la paix. Ainsi, quand tout le monde parlait de la paix,
personne n'en voulait. Tout le monde tait de mauvaise foi et dans la
conviction que jamais la paix ne pourrait raliser des prtentions
opposes et inconciliables.

La Prusse, ainsi que je l'ai dj dit, voulait dployer les moyens que
le mouvement national mettait  sa disposition.--Les Russes recevaient
leurs recrues et leurs renforts; l'Autriche voulait donner  son arme
un effectif qui l'autorist  parler en matre, et Napolon atteindre
l'poque o il aurait fait arriver les leves extraordinaires que les
efforts si honorables du peuple franais faisaient de bonne grce et
avec empressement. C'tait une halte, un repos profitable  chacun, et
dont l'objet tait de se prparer  combattre et de se mettre  mme de
le faire avec succs. Il n'y avait qu'une seule chance de paix: c'est
que Napolon consentt  faire le sacrifice d'une partie de sa
puissance, spcialement en faveur de l'Autriche, afin de se la rendre
favorable. Du moment o elle et t avec nous, sa prpondrance et
dcid la question, et toute lutte cessait; mais, pour qu'elle ft avec
nous, il fallait adopter des sentiments autres que ceux qui animaient
Napolon. Ainsi, malgr le langage pacifique tenu par tout le monde,
tout le monde voulait la guerre; car chacun voulait des rsultats que la
victoire seule pouvait donner, et Napolon, dont le caractre ds lors
tait de s'abandonner aux illusions qui le flattaient, s'efforait  se
persuader que jamais l'Autriche n'oserait prendre les armes contre lui,
et qu'ainsi il aurait seulement  combattre la Prusse et la Russie.
Cette manire d'envisager les vnements futurs n'a plus cess d'tre
la sienne et l'a conduit  sa perte.

C'est dans cet esprit et avec ces dispositions que les armes prirent
les positions rgles par l'armistice.

Les esprances de l'Empereur pour l'augmentation de ses forces se
ralisrent promptement. L'arme croissait  vue d'oeil. Les jeunes
soldats furent occups dans les camps  tirer  la cible, exercice dont
on n'a jamais fait un emploi suffisant en France, et qui, constamment en
usage en Angleterre, donnait autrefois  l'infanterie anglaise un feu
suprieur  celui des autres troupes de l'Europe. Un grand nombre des
conscrits qui venaient de faire la campagne se trouvaient blesss  la
main gauche et avaient perdu un doigt. Cette blessure, cause de rforme,
les fit souponner de s'tre mutils pour tre exempts du service, et
l'Empereur ordonna les mesures les plus rigoureuses contre eux.
Quelques-uns pouvaient tre coupables; mais j'acquis la certitude que
ces blessures, si nombreuses et si semblables, avaient pu tre reues
naturellement  cause du peu d'instruction des troupes. Je reconnus que,
lorsque les rangs sont trop ouverts, comme il arrive avec des soldats
peu instruits et chargs de gros sacs, le deuxime rang, en tirant, peut
facilement blesser les hommes du premier. Je fus heureux de constater un
fait servant de rparation  l'honneur franais.

J'allai m'tablir, de ma personne, dans un chteau charmant appel
Niederthomaswald,  deux lieues en avant de Buntzlau.

Napolon, voulant prparer un point d'appui sur le Bober, me demanda si
Buntzlau pouvait tre fortifi et mis  l'abri d'un coup de main. Ayant
rpondu d'une manire affirmative, je reus l'ordre d'excuter les
travaux ncessaires. Je parvins  faire de cette ville une forteresse
qui et exig un sige. Il y avait une premire enceinte revtue, une
seconde enceinte, lie aux maisons, qui pouvait servir de rduit, une
contre-escarpe et des fosss qui furent inonds en partie au moyen des
nouveaux travaux; mais cette place, mise en tat en moins d'un mois, ne
fut pas occupe pendant la campagne suivante et ne servit  rien, ainsi
que je l'expliquerai plus tard.

L'armistice avait t conclu par toutes les puissances dans le but
apparent d'arriver  la conclusion de la paix, sans la mdiation de
l'Autriche. Le prince de Metternich se rendit  Dresde pour y voir
l'Empereur et juger de ses dispositions. Napolon avait toujours eu pour
lui une bienveillance toute particulire et un attrait marqu. Cependant
leur discussion fut vive, de la part de l'Empereur au moins; car le
prince de Metternich, toujours matre de lui-mme, parlait de tout sans
passion, et discutait les intrts dont il tait charg avec le calme
qui convient  un homme d'tat. Les emportements de Napolon, jous,
comme il lui arrivait souvent, ne produisirent aucun effet. La grande
affaire tait les pouvoirs  donner aux mdiateurs. L'Empereur voulait
que l'Autriche ft seulement une intermdiaire; mais l'Autriche voulait
tre arbitre et rsolut  se dclarer contre celui qui refuserait de
reconnatre sa mdiation. Cependant Napolon accorda le principe et
convint de ce mode de ngociation. L'Empereur reconnut clairement alors
la propension de l'Autriche  devenir son ennemie; mais il refusait
toujours  croire qu'elle s'y dcidt. Il calcula avec le prince de
Metternich les forces qu'il allait avoir  combattre. Il commena par
les nier ou les rduire de beaucoup. Forc ensuite de reconnatre tout
ce que ces forces avaient d'imposant, il lui dit avec humeur ces paroles
remarquables, qui n'taient dignes ni de son esprit ni de son jugement:
Eh bien! plus vous serez, et plus srement et plus facilement je vous
battrai.

Le prince de Metternich le quitta aprs une conversation de dix heures,
mais ayant perdu l'esprance d'obtenir une ngociation suivie dont la
conclusion pt tre la paix. Pendant ce temps, Napolon s'abandonnait 
l'ide que l'Autriche resterait neutre; car ses dernires paroles furent
celles-ci, au moment mme o le prince de Metternich passait la dernire
porte de son appartement: Eh bien! vous ne me ferez pas la guerre.

Cependant le congrs de Prague fut ouvert comme il tait convenu. Les
plnipotentiaires franais, MM. de Vicence et de Narbonne, s'y rendirent
tard. Ensuite ils dclarrent qu'ils n'avaient pas de pouvoirs, ajoutant
qu'ils les recevraient incessamment. Le temps s'coula dans cette vaine
attente. On arriva ainsi au 10 aot, dernier jour de l'armistice. 
minuit, les allis dclarrent que, d'aprs les termes des conventions,
les hostilits recommenceraient le 16.

Le 12, tout tant rompu, les pouvoirs arrivrent; mais il tait trop
tard. Celui qui a approch et bien connu Napolon le reconnatra dans
cette manire d'agir.

Napolon s'tait laiss aller tout  la fois  la fougue de son
caractre,  la passion qui le dominait et  une espce de finasserie
toujours fort de son got. Il aurait d comprendre, tout d'abord,
qu'aprs la consommation norme d'hommes qu'il avait faite et la
ncessit o il tait de faire la guerre avec des soldats si jeunes il
ne pourrait pas la prolonger pendant longtemps, car alors son arme se
fondrait comme la neige au printemps. Napolon, dans les derniers temps
de son rgne, a toujours mieux aim tout perdre que de rien cder. En
cela, son caractre a prouv une grande modification. Ce n'tait plus
le jeune gnral d'Italie qui avait su renoncer  l'esprance de prendre
immdiatement Mantoue, qui s'tait rsign  abandonner cent cinquante
pices de sige dans la tranche pour aller livrer une bataille, la
gagner et aller reprendre l'excution de ses projets.

Si, en 1813, Napolon avait fait la paix (et il pouvait la faire avec
honneur aprs ses victoires de Lutzen et de Bautzen), en conservant de
grands avantages, il satisfaisait l'opinion publique en France. Il
rcompensait le pays des efforts qu'il avait faits pour le soutenir. Il
laissait mrir son arme, si je puis m'exprimer ainsi; et, aprs deux ou
trois ans, s'il avait voulu, il aurait recommenc la lutte avec des
moyens plus complets et plus imposants que jamais; mais sa passion
l'entrana. Son esprit suprieur lui montra certainement alors les
avantages d'un systme de temporisation; mais un feu intrieur le
brlait, un instinct aveugle l'entranait, quelquefois mme contre
l'vidence. Cet instinct parlait plus haut que la raison, et
commandait.

Il avait d'ailleurs un conseiller funeste qui flattait ses passions,
adoptait toutes ses illusions, et mme les rendait encore plus
blouissantes. Le duc de Bassano, esprit troit et vain, flatteur par
essence, avait jur une adoration sans rserve  son matre. Il la
professait hautement et s'en glorifiait. Il tudiait ses dsirs pour en
faire ses lois, et il mettait son esprit et son loquence  plaider les
causes que Napolon avait dj juges. C'tait un moyen de lui plaire et
d'en tre bien trait. Mais le prix de ses succs devait tre la perte
de son idole. Il rptait,  cette poque,  Napolon sans cesse ces
paroles: L'Europe est attentive et impatiente de savoir si l'Empereur
sacrifiera Dantzig. La prtention et l'esprance de conserver cette
ville, ainsi que les sentiments d'orgueil qui s'opposaient  toute
espce de sacrifice, taient caresss par ce langage. C'est l ce qui a
fait recommencer la guerre, et en dfinitive produit la chute de
Napolon et la destruction de l'Empire.

L'poque rapproche des hostilits dcida l'Empereur  faire clbrer sa
fte, par l'arme, plus tt qu' l'ordinaire. Le 15 aot y tait
consacr ordinairement. Elle fut fixe cette anne au 10 aot, pour la
dernire fois.

Napolon avait dploy une telle activit, les ordres et les mesures
prises pour la rorganisation de son arme avaient t si bien combins,
les autorits en France avaient mis tant de zle  les excuter, et le
pays avait montr tant de bonne volont, que ses forces taient devenues
extrmement considrables.

L'arme se composait de douze corps d'arme organiss en quarante et une
divisions, toutes au complet, sans compter la garde impriale, la
vieille garde, formant en tout quatre divisions. La cavalerie, qui nous
manquait compltement  Lutzen, tait porte maintenant  soixante-dix
mille chevaux. Enfin ce n'est pas trop de porter  quatre cent cinquante
mille hommes les forces totales runies en Allemagne, et dont Napolon
pouvait disposer.

Voici quels taient les divers corps de l'arme, et les noms de ceux qui
les commandaient:

        Premier corps, Vandamme, trois divisions;
        Deuxime, duc de Bellune, quatre divisions;
        Troisime, prince de la Moskowa, quatre divisions;
        Quatrime, gnral Bertrand, trois divisions;
        Cinquime, gnral Lauriston, trois divisions;
        Sixime, duc de Raguse, trois divisions;
        Septime, gnral Rgnier, quatre divisions;
        Huitime, prince Poniatowski, deux divisions;
        Onzime, duc de Tarente, trois divisions;
        Douzime, duc de Reggio, trois divisions;
        Treizime, prince d'Eckmhl, trois divisions;
        Quatorzime, marchal Saint-Cyr, trois divisions.
        En Franconie, le duc de Castiglione avec trois divisions.

Les troupes  cheval taient organises ainsi: Chaque corps d'arme
avait une brigade de cavalerie lgre. La rserve, compose de dix-sept
divisions, tait forme en cinq corps, dont chacun avait trois ou quatre
divisions, et qui taient commands, savoir:

        Le premier corps, par Latour-Maubourg, quatre divisions;
        Deuxime, Sbastiani, trois divisions;
        Troisime, duc de Padoue, quatre divisions;
        Quatrime, comte de Valmy, trois divisions;
        Cinquime, le gnral Millaud, trois divisions.

Enfin on doit ajouter  la masse de ces forces les garnisons des places
de Pologne et de Prusse, qui tenaient en chec plus de cent mille hommes
 l'ennemi.

Si les soldats, qui composaient cette arme eussent t plus gs et
plus instruits, jamais on n'aurait rien vu de plus formidable.

Napolon avait prpar ses mouvements par divers travaux excuts sur
l'Elbe. Si l'enceinte de Dresde, dtruite en 1809 par ses ordres, et
exist alors, elle lui aurait servi puissamment au dbut des oprations.
On dut y suppler par des travaux de campagne. Ces travaux, faits  la
hte, occupaient un trop vaste espace pour leur nombre. Jamais ils ne
purent acqurir une force suffisante pour mettre Dresde en sret, sans
une arme pour les occuper. Or, dans le plan de campagne qu'adopta
Napolon, il aurait fallu que la ville de Dresde, pivot de ses
oprations, ft  l'abri d'un coup de main, et susceptible d'tre
abandonne momentanment  elle-mme.

Au nombre des points que Napolon fit fortifier, je parlerai de
Lilienstein, o un camp retranch pour quelques milliers d'hommes fut
construit. Deux ponts sur l'Elbe furent tablis sous Knigstein. Ils
donnaient la possibilit de se mouvoir, par une ligne trs-courte, de la
Silsie et la Lusace, sur les dbouchs de la Bohme. Par leur moyen,
Napolon comptait se porter rapidement sur Dresde et sur les derrires
de l'ennemi, pendant qu'il serait contenu par cette place.

Au moment o l'armistice fut rompu, Napolon m'crivit deux trs-longues
lettres pour m'en prvenir, me faire connatre le plan de campagne qu'il
projetait, et me demander mon avis. Ce plan tait  peu prs celui qu'il
a suivi. Je lui rpondis en le discutant, en blmant, de toutes mes
forces, son systme, et voici quels taient mes motifs[3].

[Note 3: Voir pices justificatives.]

Napolon, au lieu de concentrer ses forces, se dcidait  les diviser en
trois parties, formant trois armes indpendantes: une en Silsie, une 
Dresde, une dans la direction de Berlin.

Personne, dans l'arme, n'avait l'autorit ncessaire pour commander
plusieurs corps d'arme  la tte desquels taient des marchaux.
Napolon seul pouvait se servir de semblables lments.

Je pensais, au contraire, que Napolon avait deux partis entre lesquels
il pouvait choisir:

1 Placer les troupes en arrire de la Spre,  cheval sur l'Elbe,
ayant Dresde pour point d'appui central,  une forte marche de cette
ville, et craser le premier ennemi qui serait  sa porte. Une fois le
premier succs obtenu, les autres seraient faciles. En plaant ses
troupes aussi rapproches les unes des autres, Napolon se trouvait pour
ainsi dire partout  la fois et pouvait facilement, presque sous ses
yeux, combiner leurs mouvements;

2 Se dcider  une offensive en Bohme immdiatement. Les troupes
places sur le Bober et celles en avant de Torgau auraient couvert son
mouvement en partant de Dresde et dbouchant par Peterswald. Ces troupes
se seraient rapproches de lui en se tenant sur la dfensive, et ensuite
auraient fini par le rejoindre, celles du Bober en entrant en Bohme par
Zittau; et les autres, aprs avoir laiss trente mille hommes pour la
dfense de l'Elbe, auraient probablement pu suivre cette offensive.
Alors, continuant son mouvement, il aurait travers la Bohme, port la
guerre en Moravie et march sur Vienne. Il couvrait ainsi la
confdration du Rhin et s'assurait de sa fidlit. Il ralliait l'arme
bavaroise, prenait sa ligne d'opration sur Strasbourg, et, plus tard,
il faisait sa jonction  Vienne avec l'arme d'Italie, dont le point de
dpart tait les bords de la Save, et se trouvait ainsi trs-rapproch.

Au lieu de cela, l'Empereur organisa la masse de ses troupes en trois
armes vritables. La passion le portait  agir le plus promptement sur
la Prusse. Il voulait que les premiers coups de canon fussent tirs sur
Berlin, et qu'une vengeance clatante et terrible suivt immdiatement
le renouvellement des hostilits. Alors il fallait une arme qui marcht
sur Berlin, et une autre en Silsie pour couvrir la premire. Il fallait
enfin une troisime arme en avant de Dresde, pour empcher la grande
arme ennemie de dboucher de la Bohme. Par ce systme, l'offensive
tait donne aux corps qui, dans mon opinion, auraient d rester sur la
dfensive, et la dfensive tait rserve  ceux dont le rle aurait du
tre offensif. La question me paraissait ainsi renverse. Aprs avoir
combattu ce projet par tous les raisonnements les plus propres pour
ramener l'Empereur  mon opinion, je terminais par cette phrase:

Par la division de ses forces, par la cration de trois armes
distinctes et spares par de grandes distances, Votre Majest renonce
encore aux avantages que sa prsence sur le champ de bataille lui
assure, et je crains bien que, le jour o elle aura remport une
victoire et cru gagner une bataille dcisive, elle n'apprenne qu'elle en
a perdu deux.

Je fus malheureusement prophte. Ce fut prcisment ce qui arriva.
Pendant la victoire de Dresde, nous tions battus  la fois en Silsie,
sur la Katzbach, et en Prusse, devant Berlin,  Grossbeeren.

Nonobstant mes observations et mon opinion contraire, dont Napolon
avait provoqu la manifestation, il adopta dfinitivement le plan qu'il
avait conu, et qui rendit ses mouvements incertains et confus pendant
cette partie de la campagne. Je vais entrer en matire et commencer le
rcit des oprations.

Les forces de l'ennemi consistaient d'abord en cent trente mille
Autrichiens, diviss en quatre corps, une rserve et une avant-garde.
Cette arme tait compose de neuf divisions d'infanterie et de trois
divisions lgres, formes de deux et trois bataillons de chasseurs et
de douze  dix-huit escadrons, de trois divisions de cavalerie de douze
 vingt-quatre escadrons, faisant un total de cent douze bataillons,
cent vingt-quatre escadrons, auxquels il faut ajouter deux cent
soixante-treize pices d'artillerie.

L'arme russe et prussienne en Bohme, combine  l'arme autrichienne
sous les ordres du gnral Barclay de Tolly, se composait de cent
trente-cinq bataillons, trois cent soixante-huit pices de canon, cent
quarante-sept escadrons, de quinze rgiments de Cosaques organiss, de
huit divisions d'infanterie en trois corps d'arme, et d'un corps de
deux divisions de cavalerie, qui, jointes aux divisions des gardes et
grenadiers russes et prussiens, et aux cinq divisions de cavalerie de
rserve, s'levaient  cent mille hommes au moins, ce qui formait un
total de deux cent trente mille hommes, dont quarante-cinq mille 
cheval, et six cent trente-huit pices d'artillerie.

L'arme de Silsie combine, c'est--dire russe et prussienne, tait
compose de cent trente-sept bataillons, trois cent cinquante-six pices
d'artillerie, cent quatre escadrons organiss en sept corps de quinze
divisions d'infanterie, et huit divisions de cavalerie sous les ordres
de Blcher, ayant sous lui les gnraux Saken, Langeron, York,
Saint-Priest, etc., etc. Elle avait un effectif qui dpassait cent vingt
mille hommes, dont vingt mille  cheval.

L'arme du Nord, commande par le prince royal de Sude, tait compose
de cent quatre-vingt-six bataillons, de cent quatre-vingt-quatorze
escadrons et de trois cent quatre-vingt-sept pices d'artillerie. Elle
tait organise en cinq corps, formant douze divisions d'infanterie et
sept divisions de cavalerie. On y avait ajout treize rgiments de
Cosaques, commands par le gnral Vinzigorod. Cette arme tait sous
les ordres des gnraux Bulow, Tanentzien, marchal Steding, gnral
Woronzoff. Elle prsentait une force de cent cinquante-cinq mille
hommes, dont trente-cinq mille  cheval.

Il existait, en outre, dans le bas Elbe, des troupes lgres ou de
nouvelles leves, de diffrents pays, mles sous les ordres des
gnraux Valmoden, Vgezac, Dornberg. Ces troupes prsentaient un total
de quarante mille hommes, dont huit mille  cheval.

Ce n'tait pas tout. On avait form en Pologne deux armes de rserve
russes. La premire, compose de soixante mille hommes, aux ordres du
gnral Bemzsen, arriva  Toeplitz le 28 septembre. La seconde, aux
ordres du gnral Tabanoff-Taslowsky, forte de cinquante mille hommes,
occupa le grand-duch de Varsovie. Devant Dantzig, il y avait
trente-cinq mille hommes; devant Zamosch, quatorze mille; devant Glogau,
vingt-neuf mille quatre cent soixante-dix; devant Custrin, huit mille
quatre cent cinquante; devant Stettin, quatorze mille; total, cent deux
mille deux cents.

Enfin, indpendamment de l'arme d'Italie, l'Autriche avait deux armes
de rserve, qui, successivement, vinrent se joindre  la masse des
forces combines, savoir: sur la frontire de Bavire, dix-huit
bataillons et trente-six escadrons, faisant vingt-quatre mille sept cent
cinquante hommes;  Vienne et  Presbourg, quarante-huit bataillons et
soixante-douze escadrons, faisant soixante-cinq mille hommes; total,
quatre-vingt-neuf mille sept cent cinquante.

Ainsi l'ensemble des forces qui nous taient opposes s'levait  prs
de neuf cent mille hommes, dont plus de cent cinquante mille  cheval.

J'ai indiqu la manire dont elles taient rparties. Mais je ferai
remarquer ici la profondeur du calcul qui fit mlanger toutes les
troupes des diffrentes nations, seul moyen de donner de la consistance
 la coalition, de mettre obstacle  des combinaisons politiques
particulires, et de substituer  des jalousies de nation, si naturelles
et si habituelles en pareil cas, une rivalit de soldat sur le champ de
bataille qui devenait une garantie de succs.

Voici quelle tait la formation de l'arme franaise:

En Silsie, les troisime, cinquime, sixime et onzime corps, dont la
force, avec la cavalerie, s'levait  cent vingt mille hommes. Ils
taient, au dbut de la campagne, et accidentellement, sous les ordres
du marchal prince de la Moskowa, le plus ancien des trois marchaux
runis sur cette frontire.--Les quatrime, septime et douzime corps,
et le troisime de cavalerie furent rassembls  Dahme, sous les ordres
du duc de Reggio, en Lusace.--Les premier, deuxime et huitime corps,
avec les premier et quatrime de cavalerie, furent concentrs dans les
environs de Zittau.--Le quatorzime corps occupait le camp de Pirna, et
couvrait Dresde, o tait Napolon avec sa garde.

L'Empereur arriva le 18  Grlitz. Le 19, il se rendit  Zittau et
s'avana jusqu' Gabel. Il fut tent d'entrer en Bohme par la route qui
mne  Gitschin. Son objet tait de mettre obstacle  la runion des
diverses armes sur Prague; mais, apprenant que dj elle tait opre,
il vit Dresde menac et comprit la ncessite de se tenir  porte de
secourir cette place. Laissant les premier et deuxime corps  Rumburg
et Zittau, il se rendit  l'arme de Silsie, avec sa garde et le
premier corps de cavalerie, en se dirigeant sur Lvenberg, o il arriva
le 21.

Blcher avait commenc son mouvement offensif avant l'expiration de
l'armistice, et les corps d'arme franaise, qu'il avait en face,
s'taient aussitt mis en marche pour se runir sur le Bober. Le 16, le
corps de Langeron avait dj dpass Goldsberg. Un bataillon de la
division Charpentier, plac en avant de Lvenberg, faillit tre enlev,
et se fit jour  travers l'ennemi. Le 18, le cinquime corps se runit 
Lvenberg avec le onzime corps. L'ennemi, ayant pass le Bober, porta
une avant garde  Lahore. Le duc de Tarente l'attaqua et lui fit
repasser la rivire.

Blcher tait ce jour-l, avec le corps de Saken,  Liegnitz. Le
premier, s'tant port sur Lvenberg, fora le cinquime corps  vacuer
les positions qu'il occupait. Appel par le bruit du canon, je me htai
de marcher  son secours; mais, quand je fus  porte de le soutenir, le
combat avait cess. L'ennemi, voulant passer le Bober  Zobten, fut
repouss par la division Rochambeau. Le prince de la Moskowa, craignant
de voir le gros des forces ennemies entre le troisime corps et les
onzime et cinquime, qui taient  Lvenberg, jugea  propos de s'en
rapprocher.

De Buntzlau, je reus l'ordre de m'avancer, avec le sixime corps,
jusqu' Kresbau, pour observer Saken et retarder sa marche. Blcher,
inform du mouvement du prince de la Moskowa, vint  sa rencontre, ne
laissant qu'une division pour masquer Lvenberg. Le troisime, tant
ainsi prvenu, s'arrta  Graditz. Il combattit tout  la fois contre
York et contre Saken, et se replia sur le sixime corps. Ces deux corps
repassrent le Bober et se placrent en de de Buntzlau.

J'avais t charg auparavant par Napolon de chercher sur l'une des
rives du Bober une bonne position, o une arme nombreuse pt livrer et
recevoir une bataille avec avantage. Je n'avais rien trouv sur la rive
droite qui me satisft compltement. Cependant nous aurions pu occuper
avec les troisime et sixime corps la position  Karlsdorf, assez forte
pour que l'ennemi n'ost pas nous attaquer immdiatement, et pendant la
journe nous aurions eu des nouvelles des cinquime et onzime corps.
Le marchal Ney en dcida autrement. La rive gauche offrait  la vrit
une position meilleure, et nous allmes l'occuper. Mais Buntzlau, qui
avait t l'objet de forts grands travaux et qui renfermait des
approvisionnements en vivres, n'tant pas encore arm, ne fut pas
occup. On aurait pu y laisser quelques troupes sans danger et on
l'aurait occup tant que nous serions rests en communication avec cette
ville. C'tait une belle position d'arrire-garde pour une partie du
troisime corps, et une bonne tte de pont pour reprendre l'offensive.
Le marchal Ney ne voulut pas comprendre ces avantages et ne put pas
concevoir le rle dont ce poste tait susceptible, et, quand on n'tait
pas encore au moment de le quitter, il donna l'ordre d'en faire sauter
les fortifications.

Aprs avoir repass le Bober, les officiers, envoys par la rive gauche
aux renseignements sur le gnral Lauriston, firent le rapport que les
cinquime et onzime corps taient runis et en communication avec nous.
Ainsi les quatre corps taient en mesure d'agir ensemble; mais ces
officiers m'apprirent en mme temps l'intention de ces deux corps de
continuer leur mouvement rtrograde le lendemain et de repasser la
Queiss. Aucun raisonnement ne pouvait justifier ce mouvement. Nous
tions cependant forcs de l'imiter. Nous nous prparmes donc 
l'excuter pour notre compte, et je me htai d'en prvenir l'Empereur
en lui faisant remarquer toutes les aberrations constatant dj
l'impossibilit d'oprer sans lui, et la ncessit de sa prsence pour
mettre chacun  sa place.

L'Empereur arriva en toute hte, amenant avec lui sa garde. Arriv le
21, au matin, il donna au moment mme l'ordre de reprendre l'offensive.
Je partis de ma position d'Ottendorf; je passai le Bober  Bakwitz et je
pris position sur les hauteurs de Holzstein. Il y eut, en cette
circonstance, un lger engagement avec l'ennemi, o le 32e lger et le
chef du 16e, Svalabrino, se distingurent. Je restai, ce jour-l, en
position. Pendant ce temps, Napolon avait march en avant avec les
troisime et onzime corps. Il poursuivit l'ennemi qui s'tait retir
devant lui en toute hte et sans s'engager. Le 23, je reus l'ordre de
repasser le Bober, de placer mes troupes en chelons sur Naumbourg et
Lauban et de me disposer  marcher rapidement sur Dresde si j'en
recevais l'ordre. Le 24, cet ordre m'tant parvenu, il fut excut sans
retard. J'arrivai le 27, au matin,  Dresde, et j'allai prendre
position, ma gauche au quatorzime corps, ma droite  la jeune garde, en
avant de Grossgarten.

Pendant les mouvements oprs en Silsie, la grande arme ennemie avait
pris l'offensive et march sur Dresde. Son mouvement, commenc le 20
aot, s'tait opr sur quatre colonnes. Celle de droite, commande par
Wittgenstein, avait dbouch par la route de Lovositz  Pirna. Elle
laissa un corps de troupes suffisant pour observer, garder et couvrir le
dbouch. La deuxime colonne, compose de Prussiens, commande par le
gnral de Kleist, se porta  Glasshth, en se liant avec la premire.
La troisime colonne, sous les ordres du gnral Colloredo, compose
d'Autrichiens, arriva par Altenbourg et Dippoldiswald. La quatrime
colonne, compose galement d'Autrichiens, et sous les ordres du
marchal de Chasteler, marcha par Frauenstein sur Bubenan.

Le 24, une division du quatorzime corps, que le marchal Saint-Cyr
avait place sur les hauteurs de Berggus-Hbel pour couvrir le camp de
Pirna, fut attaqu par le corps de Wittgenstein. Elle se replia en
combattant jusqu' Pirna et, de l, elle fit l'arrire-garde du
quatorzime, qui se retira sur Dresde et occupa les retranchements
construits pour couvrir cette ville.

Le 25, vers les quatre heures de l'aprs-midi, l'arme ennemie se
rapprocha de Dresde dans l'ordre suivant: La colonne de droite prit
position en arrire du grand jardin qu'elle fit occuper par les
tirailleurs; la deuxime prit position derrire Strehla; la troisime se
plaa en avant de Koritz et Recknitz; la quatrime colonne avait  sa
gauche Plauen. Une cinquime colonne, commande par le gnral Klnau,
tait en marche et venait de Presbourg. Le corps de Klnau et les
rserves n'taient pas encore arrivs. Le quartier gnral s'tablit au
village de Ntnitz. Le quatorzime corps occupait les faubourgs et les
retranchements qui les couvraient. Ceux-ci se composaient de huit
flches assez petites et de quelques difices crnels. On avait ainsi
cherch  tirer le meilleur parti des localits.

Une attaque immdiate tait la seule chose opportune, car on ne pouvait
douter que l'empereur Napolon n'arrivt, en toute hte, avec des
renforts. Accabler, anantir le quatorzime corps (qui, fort  peine de
vingt mille hommes, avait devant lui plus de deux cent mille
combattants), tait la seule chose raisonnable. Le prince de
Schwarzenberg hsita; il ajourna l'action jusqu'au lendemain pour
attendre l'arrive du corps de Klnau et de quelques rserves. Il ne vit
pas que, dans la disproportion des forces qui taient en prsence, un
seul nouveau corps de l'arme franaise arrivant  Dresde donnerait plus
de chances  la rsistance que soixante mille hommes de renfort n'en
auraient donn  l'attaque.

Le 26, au matin, le prince de Schwarzenberg se dcida  attaquer, sans
attendre davantage l'arrive de Klnau. Pendant l'action, Napolon
tait arriv  Dresde avec sa garde, et le deuxime corps, qui, des
environs de Zittau, y avait t dirig, le suivait de prs. Le premier
corps, qui avait t envoy sur Knigstein, avait pass l'Elbe et chass
le corps ennemi, form d'un dtachement de gardes russes et du deuxime
corps, command par le duc de Wurtemberg, qui bloquait cette forteresse.

Le huitime corps tait rest sur la frontire de Bohme pour couvrir la
communication avec l'arme de Silsie. L'intention de l'Empereur avait
t d'abord de faire son mouvement par Knigstein, sans venir  Dresde,
avec le premier, le deuxime, le sixime corps et sa garde. S'il et
pass l'Elbe sur ce point, pris l'ennemi  revers, il est difficile de
calculer les immenses rsultats qu'il aurait obtenus; mais les dangers
imminents de Dresde, les consquences graves qui seraient rsultes de
l'entre de l'ennemi dans cette ville, dterminrent Napolon  venir 
son secours d'une manire directe. En consquence, toutes les forces
qu'il menait avec lui, le premier corps except, furent diriges sur ce
point, et tout  coup Dresde fut sous la protection d'une puissante
arme.

L'attaque avait russi en partie. La redoute de la porte de
Dippoldiswald tait enleve; celle de la route de Freyberg avait eu son
feu dtruit. L'ennemi occupait le grand jardin. Toutes ses forces se
trouvaient concentres devant les faubourgs; enfin tout annonait son
entre prochaine dans Dresde quand Napolon reprit l'offensive. Il pensa
que des attaques simultanes, sur les flancs des allis, les
surprendraient et changeraient en dfense une offensive qu'il tait
difficile d'arrter.

En consquence, il donna l'ordre au marchal Ney, qui l'avait
accompagn, et au duc de Trvise, de dboucher, chacun avec deux
divisions de la jeune garde, en amont et en aval, la premire colonne
par la porte de Pirna, la deuxime par la porte de Plauen, et
d'envelopper les ailes de l'arme ennemie. Le succs fut complet.
L'ennemi, rejet en arrire, occupa  la nuit une position moins
rapproche que celle qu'il avait prise avant le commencement de
l'action. Cette attaque, appuye par un centre fortifi, l'ensemble des
faubourgs tant fortement occup, ne prsentait aucune difficult. Le
lendemain, le prince de Schwarzenberg renouvela ses attaques, mais sans
succs. Le deuxime corps de l'arme franaise tait en ligne et plac 
droite. Il opra un mouvement sur la gauche de l'ennemi, auquel le
premier corps de cavalerie concourut puissamment.

L'ennemi s'tait tendu au del de la valle de Plauen, mais il n'tait
pas parvenu  appuyer son aile gauche  l'Elbe. Cette aile gauche,
spare du centre par la valle dont les montagnes sont fort escarpes,
tait isole et fort en l'air. Le sixime corps avait pris sa place de
bataille au centre, et le premier corps avait chass les troupes qui
bloquaient Knigstein, menaant les communications de l'ennemi. Ce qui
et t facile  l'ennemi en arrivant tait devenu chanceux et mme d'un
danger imminent au moment o il attaqua la ville.

Le deuxime corps se porta, dans la matine, sur la gauche de l'arme
allie et l'attaqua de front, tandis que la cavalerie, que le roi de
Naples commandait en personne, l'enveloppa. La cavalerie autrichienne,
culbute, ayant abandonn la division Metzko, celle-ci fut charge par
nos cuirassiers. Sa rsistance opinitre paraissait invincible, et l'on
vit, en cette circonstance, quelle puissance la lance exerce dans les
combats de cavalerie contre l'infanterie. Le temps tait horrible; des
pluies abondantes empchaient les fusils de faire feu:  peine un fusil
sur cinquante partait. Tout tait donc au dsavantage de l'infanterie.
Eh bien! les charges de cuirassiers demeurrent sans succs. On ne put
entamer les carrs autrichiens qu'en faisant prcder la charge de
cuirassiers par celle d'un dtachement de lanciers. Ceux-ci ouvraient
une brche, que les cuirassiers taient ensuite chargs d'agrandir. Une
brigade de la division Maurice Liechtenstein, envoye au secours de
cette division Metzko, pour la recueillir, partagea le sort de cette
dernire. Les rgiments de Lusignan et de l'archiduc Rgnier furent 
peu prs dtruits. Douze  quinze mille hommes restrent en notre
pouvoir.

Pendant ces mouvements  la droite, Napolon occupait le centre de
l'ennemi par une forte canonnade. Une salve d'une batterie de la garde,
dirige par son ordre contre un groupe qu'il avait remarqu prs du
village de Bcknitz, emporta les jambes du gnral Moreau. Ce gnral
avait contribu  la puissance de Napolon en se runissant  lui au 18
brumaire et en servant ses intrts. La flatterie l'avait rendu son
rival de gloire, malgr son immense infriorit. Les petites passions de
son entourage et la faiblesse de son caractre en avaient fait un
ennemi. Sa fin tragique et prmature n'inspira aucun intrt dans
l'arme franaise.

La gauche avait repouss l'ennemi, et les quatre divisions de la jeune
garde, qui s'y trouvaient runies, forcrent Wittgenstein  se retirer
jusqu' Bleswitz, sur le corps de Kleist, dj aux prises avec le
quatorzime corps. Le prince de Schwarzenberg, jugeant l'ensemble de ses
revers suffisants pour lui ter tout espoir fond de victoire, prit la
rsolution de se retirer. Mais aucune disposition apparente ne
l'annonait, et, comme l'arrive d'une portion du corps de Klnau avait
augment le nombre de ses troupes, toutes les probabilits,  nos yeux,
semblaient tre pour une nouvelle bataille le lendemain. La nuit nous
laissa dans cette esprance. L'intention de Napolon tait d'attaquer
l'ennemi  la pointe du jour,  son centre, et je devais tre charg de
cette opration. Je passai la nuit  faire les dispositions en
consquence.

Le centre de l'ennemi tait appuy aux villages de Bcknitz et
Schernitz. La hauteur sur laquelle ils sont placs, au milieu de
l'amphithtre en face de Dresde, et dont nos avant-postes occupaient
les derniers mamelons, commande la plaine qu'il faut traverser. Porter
de l'artillerie en plein jour sur ces mamelons et t chose impossible.
Aussi, ayant plac pendant la nuit, dans la position qu'occupaient mes
avant-postes, assez de troupes pour nous tablir solidement, j'y fis
conduire toute mon artillerie pour craser de son feu les deux villages
que j'ai nomms. Sans cet appui, ils auraient t difficilement
emports. Je prsidais moi-mme  ces prparatifs. J'observais ce qui se
passait chez l'ennemi. Un bruit sourd me fit croire qu'il se mettait en
retraite. Les feux, qui s'teignaient successivement, me confirmrent
dans cette pense. J'envoyai quelques troupes pour s'en assurer, et l'on
trouva la position vacue.

Je fis prvenir l'Empereur en toute hte  Dresde, et il arriva  mon
camp  la petite pointe du jour. Les dernires troupes de
l'arrire-garde ennemie taient dj  une assez grande distance.
L'Empereur m'ordonna de me mettre immdiatement  leur poursuite dans la
direction de Dippoldiswald, et me donna la division de cavalerie du
gnral Ornano. Saint-Cyr fut charg de le suivre dans la direction de
Maxen et Glasshth. Le gnral Vandamme, avec le premier corps, et
devant tre soutenu par la garde, fut dirig du point o il se trouvait
sur la grande route de Peterswald. Le deuxime corps et la cavalerie du
roi de Naples marchrent sur Freyberg.

Pendant les deux jours o on avait combattu devant Dresde, le gnral
Vandamme, avec le premier corps, augment de la quarante-deuxime
division du quatorzime corps et d'une brigade du deuxime, avait chass
devant lui le faible corps du duc de Wurtemberg. Celui-ci, s'tant
repli sur la droite de l'arme, avait pris position devant Pirna, dont
Vandamme s'tait empar. La difficult des communications empcha le
gnral franais d'agir avec ensemble et rapidit. Un fort dtachement
de la garde russe, ayant t envoy au duc de Wurtemberg, avec une force
de dix-huit mille hommes commands par le gnral Osterman, fut charg
de le contenir. C'est dans ces positions respectives que la retraite de
l'arme allie, rsolue le 27 au soir, commena  s'excuter.

L'ennemi se retirait par diverses directions. Voici les dispositions
premires et les modifications que les circonstances y apportrent.

Le corps de Barclay, formant la droite de l'arme, reut ordre de se
retirer par la grande route de Dahme, Waldgies, Hbel et Peterswald, et
de couvrir ce dbouch principal pour entrer en Bohme.

La grande arme, c'est--dire la masse des Autrichiens, prit la
direction de Dippoldiswald, Falkenheim, Altenbourg et Unterzinnwald.

Le corps de Kleist reut l'ordre de se retirer par Glasshth et
d'tablir sa liaison entre les deux principaux corps de l'arme, tandis
que la gauche et les rserves prendraient le chemin de Freyberg, par
lequel une partie de ses troupes taient arrives.

La route de Dippoldiswald par Altenbourg prsente les plus grandes
difficults. C'est un dfil continuel entre des montagnes et des bois.
La masse des troupes destines  se retirer par cette communication
devait prouver un grand encombrement et de grandes difficults. Mais
elles furent tout  coup beaucoup augmentes et d'une manire tout 
fait imprvue.

Le gnral Barclay, supposant le gnral Vandamme au moment d'agir sur
la route de Dippoldiswald, et ne voulant pas faire une marche de flanc
aussi prs d'un ennemi tout form, chargea le gnral Osterman de
remplir la mission qui lui tait donne, et lui, avec la majeure partie
de ses troupes, imagina de changer de direction et de se jeter sur la
route d'Altenbourg, afin de se runir  la masse des forces de l'arme.

Il rsulta de cette dsobissance, d'abord une horrible confusion sur la
route d'Altenbourg, un prodigieux encombrement, et ensuite la route
principale ne se trouva pas garde par une force suffisante. Ainsi
Vandamme, soutenu par la garde, n'eut plus devant lui que dix-huit mille
hommes environ, obligs de dfiler, pour ainsi dire,  sa vue, pour
reprendre leur ligne de retraite, fort compromise. Les troupes
entreprirent cette tche difficile, et elles y parvinrent aprs avoir
prouv d'assez grandes pertes. Une partie de la colonne, ayant t
coupe sur la gauche, fut oblige de faire sa retraite isolment et 
travers les bois.

Je rencontrai d'abord l'ennemi au village de Possendorf. Son
arrire-garde fut culbute. Nous lui prmes deux mille cinq cents
hommes, douze pices de canon, cent cinquante voitures d'artillerie ou
de bagages. Lorsque nous fmes arrivs sur les hauteurs de
Windiskarsdorf, presque toute l'arme ennemie nous apparut en mouvement
dans diverses directions. De grosses colonnes, venant de Maxen,
longeaient le pied des montagnes pour se porter par Frauendorf sur la
route d'Altenbourg. Le quatorzime corps suivait et marchait sur
Glasshth, mais il tait encore fort en arrire. Je vis aussi des masses
considrables qui s'taient retires par Tharand et marchaient dans la
direction de Frauenstein. Enfin j'avais en position devant moi, au
dbouch de Dippoldiswald, une ligne fort tendue, soutenue par une
nombreuse artillerie, protgeant la position qu'elle avait prise et la
marche de tous ces corps spars, qui avaient peine  gagner le dfil
sur lequel j'tais au moment d'arriver. L'ensemble de la position et la
force des troupes que j'avais  combattre m'obligeaient  runir mes
moyens avant de rien engager.

Une fois en mesure d'agir, je marchai. La deuxime division, commande
par le gnral Lagrange, dboucha par la grande route qui conduit 
Dippoldiswald en tournant la position de l'ennemi. Je plaai ma
cavalerie en arrire de la division du gnral Lagrange, prte 
dboucher aussitt que le passage serait ouvert. Enfin je laissai ma
troisime division  Windiskarsdorf, pour me mettre  l'abri de toute
entreprise de l'ennemi venant par ma gauche, et aussi  porte de
soutenir le gnral Lagrange s'il en tait besoin.

Une affaire assez vive s'engagea en mme temps sur les deux dbouchs.
Les premires troupes du sixime corps culbutrent les troupes ennemies
qui leur taient opposes. Des corps plus nombreux les arrtrent, mais
de nouveaux efforts compltrent le succs. L'ennemi avait, en arrire
des dfils franchis, une nombreuse artillerie et des troupes toutes
formes. Cet tat de choses lui donnait sur nous un grand avantage; mais
la valeur des troupes triompha promptement de ce nouvel obstacle.
Partout Russes et Autrichiens furent culbuts. Nous restmes matres des
dbouchs et du champ de bataille. Le gnral Compans fut occuper
Dippoldiswald, et le gnral Lagrange s'tait empar de vive force des
villages de Kessenig et de Benholtheim. La cavalerie du gnral Ornano
avana le plus promptement possible, mais la nuit tait presque arrive;
l'ennemi avait couvert de cavalerie toute la plaine, et il ne fut plus
possible d'entreprendre rien de srieux. En consquence, mes troupes
prirent position.

Le lendemain, 29, je mis en position mon corps d'arme dans la
direction qu'avait suivie l'ennemi, et je pris le chemin d'Altenbourg.
Mon avant-garde arrive au village d'Ober-Frauendorf, j'appris que
l'ennemi occupait le bois situ  trs-peu de distance, et qu'une forte
arrire-garde tait au del du village de Falkenheim. Une brigade
entire, place en tirailleurs, fut charge de chasser l'ennemi du bois,
de le fouiller dans toutes ses parties, afin de prvenir toute espce de
surprise. Avec un matriel aussi considrable, dans un pays aussi
difficile, il y a les plus grands prils  marcher sans une extrme
prcaution. Un corps d'arme peut tre dtruit s'il avance avec trop de
confiance et sans tre suffisamment clair. Le bois tant vacu par
l'ennemi, je trouvai au dbouch un corps de quinze mille hommes
environ, form en avant du village de Falkenheim, avec vingt pices de
canon.

Cette position est trs-forte et appuye  droite et  gauche par de
trs-grands escarpements. Elle n'a qu'un seul inconvnient, celui d'tre
suivie d'un mauvais dfil. Aprs avoir reconnu la position de l'ennemi,
fait occuper par les premires troupes deux mamelons qui protgeaient la
sortie du bois, et plac quelques pices de canon sur la hauteur; aprs
avoir fait serrer la division du gnral Freiderich sur celle du gnral
Lagrange pour la soutenir, je donnai ordre  celui-ci d'attaquer
l'ennemi. Malgr une vigoureuse rsistance de sa part, la valeur de nos
troupes fut telle, qu'en un instant tout fut culbut et l'ennemi
poursuivi jusqu' l'entre du dfil, o il laissa beaucoup de pices de
canon et de voitures. La nuit seule arrta notre poursuite. Le 37e lger
et le 4e de marine se distingurent, l'ardeur des troupes tait telle,
qu'il fallut plutt s'occuper  la calmer qu' la stimuler, afin de ne
pas compromettre des succs toujours assurs avec de pareils soldats,
quand ils sont bien conduits.

Le lendemain, 30, je me mis en marche pour Altenbourg. L'arme ennemie
l'avait vacue pendant la nuit, et nous y trouvmes une arrire-garde
qui se retira  notre approche. Dans le trajet de Falkenheim 
Altenbourg, nous pmes juger par nous-mmes du dsordre de la veille
chez l'ennemi. Plusieurs pices de canon et plus de cent voitures
taient parses  et l. Partout nous voyions des indices de confusion.
Il ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent
 notre approche. Je rsolus de profiter d'une occasion si favorable
pour faire tout le mal possible  l'ennemi, et de le poursuivre l'pe
dans les reins jusqu' Toeplitz.

Je pouvais sans crainte agir ainsi; j'tais inform que le septime
corps, command par le gnral Vandamme, soutenu par toute la garde,
marchait sur Toeplitz, tandis que le quatorzime corps, plac en
chelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir.
Vers midi, je rencontrai l'ennemi sur le plateau de Zinnwald,
amphithtre ressemblant assez  celui de Fralkenheim. On ne peut y
arriver que par des dfils fort troits. La division du gnral Compans
tenait la tte de la colonne. Trouvant des forces considrables au
dbouch, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se
former. Je donnai l'ordre au gnral Lagrange de se porter avec sa
division par un autre dfil  droite, beaucoup plus troit que le
premier, mais qui prenait en flanc la position de l'ennemi. Ce mouvement
eut un plein succs. Cette division, ayant march avec vigueur, en mme
temps que celle du gnral Compans, l'ennemi, culbut sur tous les
points, fut poursuivi sans relche et jet dans les chemins troits et
pouvantables qui conduisent de Zinnwald  Eichwald. Nous prmes, dans
cette seule journe, plus de quatre cents voitures d'artillerie et
d'quipages.

Nous poursuivmes l'ennemi  peu de distance du village d'Eichwald, o
nous trouvmes des troupes nouvelles toutes formes. La nuit nous
arrta. L'avant-garde bivaqua prs du dbouch d'Eichwald, le corps
d'arme sur le plateau de Zinmvald, et je prparai tout pour dboucher
le lendemain  la pointe du jour sur Toeplitz, o je supposais voir
arriver Vandamme de son ct. Mais ce qui s'tait pass chez lui avait
bien chang l'tat des choses.  mon retour au camp, je trouvai un
officier d'tat-major du marchal Gouvion Saint-Cyr qui m'apprit la
catastrophe. Le corps d'arme avait t dtruit et pris presque en
entier par l'ennemi. Le matin mme, le marchal avait march  son
secours, mais n'avait pu arriver  temps pour le sauver.

Cet vnement a eu des rsultats si importants et si graves, qu'il
convient d'en rechercher et d'en approfondir les causes.

Napolon tait dans l'usage de recommander avec exagration  ses
gnraux de marcher en avant. S'il ne doutait pas de leur courage, il
est certain qu'il se mfiait de leur rsolution. Avec un homme ardent
comme le gnral Vandamme, il et t plus convenable de lui tenir le
langage de la prudence. Toutefois, dans la circonstance, il tait de son
devoir de marcher tte baisse. Napolon lui avait dit et fait crire:
Je vous suis avec toute ma garde; marchez sans crainte. Enfin il
savait que le bton de marchal devait tre la rcompense d'un succs
brillant, et il tait impatient de l'obtenir. Mais Napolon, aprs avoir
mis en route sa garde, tait rest  Dresde, incertain sur ce qu'il
ferait. Ayant reu la nouvelle de l'chec prouv par le marchal
Oudinot devant Berlin, et des revers du marchal Macdonald sur la
Katzbach, il rsolut de rester, de rappeler sa garde, et il eut le tort
incroyable de ne pas faire prvenir Vandamme. On a dit qu'il s'tait mis
en route, et que, se trouvant tout  coup indispos, il avait
rtrograd. Ce fait est inexact, et le gnral Gersdorff, gnral saxon,
m'a dclar formellement que, n'ayant pas quitt un moment le palais
pendant les journes du 28 et du 29, il avait la certitude absolue que
Napolon n'tait pas sorti de Dresde ces jours-l. La garde seule
s'tait mise en mouvement, et il la rappela, ainsi que je viens de le
dire. Vandamme se trouva donc seul et sans appui dans la plaine de Culm.
Vainqueur le 29, il fut accabl le 30 par les forces immenses qui se
jetrent sur lui.

Une circonstance inopine survint qui aggrava sa position, et la rendit
dsespre. Le corps de Kleist, qui s'tait retir de Glasshth devant
Saint-Cyr, arriva  Ebersdorff le 29. De ce point il ne put entrer en
Bohme. Une communication mauvaise, praticable cependant aux voitures,
et meilleure que celle de Zinnwald, aboutit de ce point  Culm. Mais,
dans ce moment, Vandamme tant  la tte du dbouch, Kleist ne pouvait
pas raisonnablement s'y prsenter. Le 30, au matin, il crut Vandamme
assez avanc pour avoir entirement dcouvert la grande route, et, ne le
supposant plus sur ce point, il se dcida  faire un mouvement par le
plateau et  se porter d'Ebersdorf sur Nollendorf, esprant ainsi
chapper  l'arme franaise, arriver  la plaine, viter Vandamme, et
rejoindre, par un dtour, le gros de son arme. Une preuve incontestable
de la vrit de cette opinion, c'est que ses meilleures troupes taient
 l'arrire-garde pour rsister soit  Saint-Cyr, soit  ce qui pouvait
venir de Peterswald. Les mauvaises troupes et les parcs taient en tte
de colonne. Au moment o Vandamme, accabl par le nombre, se disposait 
la retraite, le corps de Kleist arriva sur la route. La cavalerie de
Vandamme, s'lanant en colonnes, pour ouvrir le chemin, chappa en
partie. Cette cavalerie, rencontrant seulement d'abord des landwehrs et
des parcs, elle sabra tout, et prit cette nombreuse artillerie, qui
n'eut pas mme le temps de se mettre en batterie. Mais les troupes  la
queue de la colonne, s'tant ravises, prirent position, et parvinrent 
fermer le passage.

Si la garde et suivi, Kleist, pris entre Saint-Cyr et la garde, mettait
bas les armes, et Vandamme et battu, le 30, les divers corps qui l'ont
attaqu. Mais, bien plus, si la garde et joint Vandamme le 29, pendant
qu'il tait victorieux, il aurait pu se porter en avant et se trouver
ainsi au milieu de toutes les forces ennemies qui taient sans
organisation et dans une entire confusion, par suite des difficults de
la retraite. Toute l'artillerie marchait isolment. Les troupes
descendaient par dtachement, en suivant tous les sentiers praticables.
Il n'y avait pas, le 29, trente mille hommes  mettre rgulirement en
bataille dans la plaine. C'tait un de ces coups de fortune, comme il on
arrive en un sicle de guerre. Tout le matriel aurait t pris, et tout
se serait dispers. Des reproches rciproques auraient servi  tout
dissoudre,  tout dsorganiser. La fortune en a ordonn autrement; mais
le seul coupable, et le vritable auteur de la catastrophe, c'est
Napolon.

Il convient maintenant d'examiner quelle influence a eue le marchal
Saint-Cyr sur cet vnement. Il pouvait en diminuer la gravit, et il
n'est pas exempt de reproches. Il suivait Kleist, et arriva  Ebersdof.
C'est de la hauteur, en avant de ce poste, qu'il vit l'vnement du 30.
S'il est arriv le 20, il est coupable de n'avoir pas descendu le
plateau et de ne s'tre pas joint  Vandamme; s'il n'est arriv que le
30 au matin, il ne pouvait pas dboucher; mais alors il est coupable
d'avoir perdu de vue Kleist. En le suivant l'pe dans les reins il
l'arrtait, et la route de Peterswald restait libre au gnral Vandamme,
et peut-tre mme l'enchanement des circonstances aurait pu, Vandamme
battu et se retirant, entraner la perte de Kleist.

On a eu tort d'accuser Vandamme d'avoir montr, dans cette circonstance,
trop de tmrit. Il s'tait arrt dans une bonne et excellente
position en avant de Culm, position inexpugnable pour peu qu'il existe
quelque proportion entre le nombre des combattants. J'ai depuis tudi
ces lieux sur place, et j'ai acquis la conviction que Vandamme aurait pu
s'y dfendre un contre deux, et certainement il l'aurait fait; mais il y
a des limites au possible. Je pense, au contraire, qu'on pourrait lui
reprocher de la lenteur et peu d'ensemble dans sa marche. Ses troupes
n'taient pas runies le 29; et, quoique matre de Culm le 29, avant
midi, il ne put pas dboucher pour culbuter et mettre en droute le
corps russe, trs-infrieur en force, isol dans une position ouverte,
sans appui et sans moyen pour rsister. Mais aussi comment se prcipiter
au milieu de cent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'taient pas l,
se trouvaient cependant  porte dans un bassin vaste et dcouvert, sans
avoir derrire soi les forces ncessaires comme point d'appui? Et
pourtant il y avait un tel dsordre dans l'arme allie en ce moment,
que le corps de Vandamme seul pouvait, en l'accroissant encore, amener
des rsultats incalculables.

C'est l'esprit de justice dont je fais profession, et ma conviction
profonde, qui me dcident  prendre la dfense de Vandamme, car ce
gnral ne m'a jamais inspir aucun intrt. J'ajouterai  ce qui
prcde une dernire rflexion sur la conduite de Napolon, rflexion
qui la rend encore moins concevable.

L'arme ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait
naturellement se rassembler dans la plaine de Toeplitz. Le 30 aot, elle
devait, d'aprs tous les calculs, s'y trouver runie, et, le jour
suivant, les divers corps de l'arme franaise, aprs avoir descendu du
plateau de Saxe, se trouvaient en prsence. Une fois nos corps runis,
qui devait commander, qui devait donner la direction, l'impulsion et
l'ensemble? Personne, puisque Napolon tait le 30  Dresde, et n'avait
pris aucune disposition pour suppler, le 31,  sa prsence en Bohme.
Ainsi, dans le cas de succs constants dans la poursuite, il se mettait,
par sa propre volont, dans des conditions qui en rendaient les effets
plus que douteux. L'on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite,
car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Vandamme en a
reu de contraires.

On se perd dans ce ddale o l'on ne peut dcouvrir ni un calcul ni une
intention raisonnable. Seulement il parat incontestable que Napolon,
frapp de la nouvelle du dsastre de la Katzbach, et ne pensant qu' la
ncessit de le rparer, ne voulut pas s'loigner de l'anne de Silsie;
mais, quelque urgents que fussent les secours  lui porter, ils ne
pouvaient pas tre immdiats, tandis que les affaires de Bohme, d'une
nature dcisive, rclamaient  l'heure mme et le secours de sa garde
pour soutenir Vandamme, et sa prsence pour la direction de l'ensemble
des oprations. Dans tous les cas, rien n'excuse et ne peut excuser
Napolon de n'avoir pas inform Vandamme du changement de ses
rsolutions[4].

[Note 4: La lettre ci-aprs prouve que, le 30 aot, l'intention de
l'Empereur tait que l'arme continut son mouvement offensif et
descendt le plateau de la Saxe pour pntrer en Bohme. Vandamme, non
soutenu par la garde, qui avait t rappele  Dresde, devait marcher
sur Toeplitz, tandis que je dbouchais par Zinnwald, et que les autres
corps en faisaient autant, chacun dans sa direction. Vandamme est donc
parfaitement innocent de ce mouvement, et des consquences qui en ont
t la suite.

Dresde, le 30 aot 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
prvenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, o l'opinion
de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne
pourront passer qu'avec une peine extrme; que c'est donc sur ce point
qu'il faut se runir et attaquer; que l'ennemi, tourn par le gnral
Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera trs-embarrass, et sera
probablement oblig de laisser la plus grande partie de son matriel.

Le prince vice-conntable, major gnral,

_Sign_: ALEXANDRE.]

Instruit de ce qui s'tait pass, je ne pouvais plus penser  descendre
de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres tait tout ce
qui me restait  faire. Je restai donc sur la dfensive pendant la
journe du 31. L'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repouss
constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et
les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris
trente pices de canon, sept  huit cents voitures d'artillerie ou
d'quipages, et il avait eu en tus, blesss et prisonniers, de neuf 
dix mille hommes hors de combat.

Le 31, au soir, je reus l'ordre de prendre position  Altenbourg. Je
m'y rendis, et me mis en mesure de m'y dfendre. Le 1er septembre,
l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde et de dboucher sur
la rive droite de l'Elbe s'il tait ncessaire. Ds ce moment commena
une srie de mouvements sans aucun rsultat, qui semblaient destins,
comme par exprs,  produire la destruction des troupes. Le quatorzime
corps avait fait un mouvement pareil au mien. Le deuxime corps et sa
cavalerie s'taient galement rapprochs de l'Elbe. Le 3, je marchai
encore dans la direction de Dresde, et pris position au village de
Recknitz. Le 4, je passai l'Elbe et allai camper  Bischofswerda, et le
lendemain  Bautzen.




CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
RELATIFS AU LIVRE DIX-SEPTIME




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Liegnitz, le 29 mai 1813, deux heures aprs midi.

L'Empereur ordonne, monsieur le marchal, qu'avec le sixime corps
d'arme et le corps de cavalerie du gnral Latour-Maubourg vous vous
portiez de Jauer en avant de Eisendorf, route de Neumarck. Le prince de
la Moskowa, avec les cinquime et septime corps, se porte sur Neumarck,
et le quartier gnral imprial y sera probablement ce soir avec la
garde. Le troisime corps d'arme reste en avant de Liegnitz. Le duc de
Tarente, avec son corps d'arme, et le gnral Bertrand, avec le
quatrime corps, resteront  Jauer. Sa Majest marche sur Breslau.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

  Dresde, le 10 juin 1813.

  Je crois devoir vous faire connatre, monsieur le marchal, quel sera
  l'emplacement des quartiers gnraux des diffrents corps de l'arme au
  12 juin, poque  laquelle ces quartiers gnraux deviendront fixes.

  Le deuxime corps d'arme, marchal duc de Bellune,  Guadenberg;
  Le troisime, prince de la Moskowa,  Liegnitz;
  Le quatrime, gnral comte Bertrand,  Sprottau;
  Le cinquime, gnral Lauriston,  Goldsberg.
  Le septime, gnral Rgnier,  Grlitz;
  Le onzime, marchal duc de Tarente,  Lwenberg;
  Le douzime, marchal duc de Reggio,  Lukau;
  Le premier corps de rserve de cavalerie, gnral Latour-Maubourg, 
      Sagan;
  Le deuxime, gnral Sbastiani,  Freystadt;
  Deuxime division, jeune garde, marchal duc de Trvise,  Hermolsdorf,
      prs Glogau;
  Premire division,  Gross-Kramche;
  Deuxime,  Ober-Schonfeld;
  Troisime,  Eichberg;
  Polonais, huitime corps,  Zittau.
  Le prince vice-conntable, major gnral,

  ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 11 juin 1813.

Je vous prviens, monsieur le marchal, que je donne l'ordre au duc de
Bellune de garder la frontire le long de l'Oder, depuis Crossen jusqu'
la hauteur de Mllrose.

Le duc de Reggio surveillera la ligne de dmarcation depuis Mllrose
jusqu' Insterburg.

Le gouverneur de Wittenberg placera des postes depuis Insterburg, en
passant par Bruck, et suivant la frontire de la Confdration du Rhin,
jusqu'auprs de Barby.

Le gouverneur de Magdebourg couvrira son enceinte sur la rive droite,
et tout le long de l'Elbe sur la rive gauche, depuis Barby jusqu' la
trente-deuxime division militaire, o commencera la surveillance du
prince d'Eckmhl.

Le duc de Trvise, le prince de la Moskowa, le gnral Lauriston, le
duc de Tarente surveilleront la ligne dans leur arrondissement
respectif; depuis les postes du duc de Tarente, la ligne sera fournie,
le long de la Bohme, par le prince Poniatowski, qui arrive  Zittau.
Enfin, monsieur le marchal, fournissez de votre ct des postes jusqu'
l'Elbe, le long de la Bohme, en vous concertant  cet gard avec le
prince Poniatowski.

L'intention de l'Empereur est que tous les jours vous envoyiez le
rapport de ce qui se passe  vos postes et des mouvements qui pourraient
se faire devant eux. Il faut aussi avoir soin d'empcher les chevaux,
les vivres, les meubles, les troupeaux, et enfin tout ce qui pourrait
nous servir, de sortir de la ligne de dmarcation.

Le rsultat de ces dispositions sera d'tre bien instruit de tout ce
qui se passe; mais il suffira pour cela, monsieur le marchal, de postes
lgers, ainsi que pour arrter le passage des troupeaux et de tout ce
qui est utile  l'arme.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 13 juin 1813.

Je vous adresse, monsieur le marchal, ampliation de l'ordre du jour
relatif  l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose
s'tre mutils eux-mmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se
faire rformer. Depuis plusieurs annes, cette espce d'pidmie s'est
introduite dans l'arme: il est temps d'y apporter une attention svre
et de remdier promptement  ce genre de dlit.

L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de
chaque corps d'arme sur ceux prvenus de s'tre blesss eux-mmes. Ils
seront arrts; le grand prvt instruira la procdure. Il sera facile
de les convaincre. Aussitt la procdure instruite, ils seront envoys
au marchal ou au gnral commandant, qui les fera fusiller devant tout
le corps assembl, en faisant connatre la nature de leurs dlits, mais
sans rien imprimer l-dessus.

Vous ferez ramasser tous les hommes blesss  la main et ordonnerez
qu'ils soient gards comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont
t trouvs maraudant, la peine de mort leur sera inflige. Vous aurez
soin de donner le mot aux officiers d'tat-major et aux chirurgiens, de
n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux
qui, par leur ge et la nature de leurs blessures, pourraient tre
souponns de s'tre blesss eux-mmes.  leur arrive  leur rgiment,
un jury, compos du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens
du rgiment, les examinera et fera une enqute pour constater la cause
de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corves et seront comme
les domestiques du rgiment. Ils seront guris par les soins des
chirurgiens des corps, et, aprs la correction convenable, ils
rentreront dans le rgiment.

Vous sentirez, monsieur le marchal, l'importance de tenir l'ordre du
jour et les prsentes dispositions secrtes; mais vous devez runir les
colonels des rgiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent
l'indignation des soldats contre les lches qui se mutilent eux-mmes.

Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures  la main
provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne
soient jamais un motif de rforme.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




ORDRE DU JOUR.

Dresde, le 11 juin 1813.

1.

Tous les blesss qui existent  Dresde et dans les hpitaux des autres
villes en de du Rhin, et qui sont blesss aux doigts ou  la main,
seront sur-le-champ dirigs sur leurs corps respectifs.

2.

L'tat nominatif de tous les hommes blesss aux doigts ou  la main,
qui sont  Dresde, sera dress dans la journe d'aujourd'hui et demain.

3.

Il sera form autant de colonnes, composes de gendarmes et de
flanqueurs de la garde, qu'il y a de corps d'arme. Chacune de ces
colonnes sera commande par un officier d'tat-major, et un chirurgien
principal y sera attach. Elles ramasseront tous ces hommes, dont il
sera form un contrle, indiquant leurs noms, compagnies, bataillons et
rgiments.

4.

Les blesss ainsi ramasss seront conduits  la maison de la Douane
retranche, sur la route de Bautzen, o ils seront camps. Ds que cent
hommes appartenant  un mme corps d'arme seront runis, ils seront mis
en marche pour ce corps d'arme, sous une escorte suffisante. Ils seront
accompagns de leur contrle nominatif et d'un chirurgien pour les
panser.

5.

 leur arrive aux corps, ils seront distribus dans leurs rgiments,
o ils seront traits par les chirurgiens-majors, et sous la
surveillance spciale des officiers. Ils seront chargs de faire toutes
les corves de la compagnie et du rgiment.

6.

Tout soldat bless aux doigts ou  la main, qui sera conduit  son
corps de la manire dont il vient d'tre dit, qui s'carterait en route
de son escorte, soit pour marauder, soit pour dserter, ou qui
dserterait aprs son arrive au rgiment, sera puni de mort.

7.

Un jury, form du chirurgien en chef de l'arme et de quatre
chirurgiens principaux, sera runi  la susdite maison de la Douane,
pour visiter les blesss qui y seront amens. Il fera choix de deux
hommes par chaque corps d'arme, de ceux qui, par la nature de leurs
blessures, paratront le plus videmment avoir t blesss par
eux-mmes, lesquels seront sur-le-champ arrts et conduits devant le
grand prvt de l'arme, pour y tre examins et interrogs.

8.

Tout soldat qui serait convaincu de s'tre bless volontairement pour
se soustraire au service sera condamn  mort.

9.

Le prsent ordre du jour sera tenu secret, et sera adress seulement
aux marchaux et gnraux commandant des corps d'arme; mais, au moment
du dpart des hommes blesss aux doigts ou  la main, reconduits  leur
corps, il leur sera donn connaissance, par l'officier d'tat-major
commandant la colonne, de la disposition qui condamne  mort ceux qui
dserteraient ou marauderaient pendant la route.

10.

Le major gnral de notre grande arme est charg de l'excution du
prsent ordre.

_Sign_: NAPOLON.

Pour ampliation:

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 24 juin 1813.

Monsieur le marchal, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai
crite hier  M. le gnral Barclay de Tolly pour lui faire connatre
les ordres donns par l'Empereur  l'gard des partisans.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

_P.-S._ Cela vous servira pour le langage que vous avez  tenir.




AU GNRAL BARCLAY DE TOLLY.

Dresde, le 23 juin 1813.

Monsieur le gnral, je m'empresse de porter  votre connaissance la
conduite du major de Ltzow et les vnements auxquels elle a donn
lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a t prvenu, le 7, de
l'armistice. La copie lui a t porte par un officier d'tat-major. Il
en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar
en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et rpandre 
profusion.

Le major de Ltzow a fait dire  l'officier d'tat-major qui lui
portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice.
On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repass l'Elbe, et
qu'en consquence il n'y avait pas de temps  perdre: il fit dclarer
qu'il tait corps franc.

Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Ltzow a continu les
hostilits: il a arrt les malles de Bavire et de Dresde; il a lev
des contributions, comme dix-huit procs-verbaux le constatent. Il a
arrt les individus tant civils que militaires rencontrs sur la route;
il a continu  enrler les jeunes gens du pays et les tudiants des
universits; il a attaqu des dtachements, pris des courriers venant
d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolment.

L'Empereur et Roi mon matre n'est arriv  Dresde que le 10, et, le
14, voyant que les hostilits sur ses derrires continuaient, Sa Majest
a ordonn aux dtachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'arme
de s'arrter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu
que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir excut
les dispositions.

D'autres corps, se disant partisans, rpondaient qu'ils ne pouvaient
reconnatre l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dpendaient
de l'arme sudoise, les autres qu'ils taient  la solde de
l'Angleterre, et enfin d'autres corps indpendants et insurrectionnels.

Sa Majest l'Empereur et Roi a donc cru ncessaire de prescrire l'ordre
du jour dont je vous envoie copie. J'avais donn un ordre  peu prs
semblable ds le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer  Votre
Excellence d'changer ceux des partisans qui sont actuellement en notre
pouvoir ou qui seront arrts contre ceux de nos gens qui ont t faits
prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.

Nous avons aussi  nous plaindre de la non-excution de l'article 4 de
l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure
de la Katzbach, la ligne de dmarcation suivra le cours de l'Oder
jusqu' la frontire de Saxe, longera la frontire de Saxe, etc.; ds
lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes
raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre ct et
que cela ne dt pas tre discut: j'en prends pour juge Votre Excellence
elle-mme.

Mais, voulant cependant viter toute discussion, l'Empereur et Roi
propose que ce pays soit considr comme neutre, de manire qu'il ne
soit occup ni par l'arme combine ni par les armes franaises et
allies.

Les troupes lgres de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux
portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres  cet
gard.

Le prince vice-conntable, major gnral,

_Sign_: ALEXANDRE.




ORDRE DU JOUR.

Dresde, le 24 juin 1813.

Les parlementaires qui se prsenteront ne pourront dpasser nos lignes,
c'est--dire qu'ils seront reus aux avant-postes o ils remettront
leurs dpches. Ils seront matres d'attendre les rponses. Dans le cas
o un parlementaire devrait tre amen au quartier gnral, l'ordre en
sera donn par le major gnral. En consquence, sous aucun prtexte que
ce soit, les parlementaires ne pourront pntrer au del de nos lignes,
c'est--dire de nos avant-postes, sans un ordre formel.

Le prince vice-conntable, major gnral,

_Sign_: ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 19 juillet 1813.

Mon cousin, je dsirerais que Buntzlau, qui offre une position
centrale, contint deux manutentions, chacune de huit  dix fours. Je
dsirerais que la ville pt tre fortifie, de manire qu'en quinze 
vingt jours de travail deux bataillons pussent y protger un hpital,
les deux manutentions et des magasins. Les deux grands moyens dfensifs
de ce genre sont les eaux et les bois. Vous devez avoir des bois prs de
Buntzlau. Vous avez des moyens de transport, puisque vous avez tous les
chevaux de trait de votre corps d'arme. Vous avez des sapeurs, des
pionniers. Les canonniers de la marine sont surtout propres  ces
travaux. Quant aux eaux, il faut tudier si l'on peut remplir les fosss
de la ville. Si on le peut, faites-y travailler vingt-quatre heures
aprs la rception du prsent ordre. Vous sentez de quel intrt il
serait de pouvoir placer  Buntzlau, sous la garde de deux bataillons et
de vingt pices de canon, un hpital de deux mille malades ou
convalescents, quelques millions de rations de biscuits, de farines et
de riz, et beaucoup d'embarras d'artillerie.--Autant que je puis m'en
souvenir, Buntzlau a des fosss et une muraille. Ce serait donc ces
fosss qu'il s'agirait de bien tablir, ces murailles et tourelles qu'il
faudrait organiser pour l'artillerie, en les garnissant de gabions et de
saucissons, les fosss qu'il faudrait remplir d'eau, et enfin quelques
lunettes qu'il faudrait tracer et lever.--Il n'y a pas de moment 
perdre; vous entendez la matire. Vous pouvez y mettre six mille
ouvriers, en faisant fournir deux mille travailleurs par votre corps
d'arme et en runissant deux  trois mille paysans.

NAPOLON




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

22 juillet 1813

Sire, j'ai reu la lettre que Votre Majest m'a fait l'honneur de
m'crire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs  Buntzlau.
Cette ville tant place au bas d'un long amphithtre, les localits
sont peu favorables  la fortification. Cependant il m'a paru, aprs
avoir tudi son enceinte avec soin, qu'il tait possible de remplir les
intentions de Votre Majest, et je viens d'arrter les travaux 
excuter.

Ils commenceront demain et seront pousss avec une grande activit.
J'aurai l'honneur d'adresser demain  Votre Majest un plan de Buntzlau,
avec un rapport dtaill sur les ordres que j'ai donns.

L'artillerie et le gnie du sixime corps fournissent quinze cents
outils. Des rquisitions ont t faites au pays; mais, comme il est
probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demand, il serait
dsirable que le grand parc du gnie nous donnt un secours de deux
mille outils.

Comme les travaux de la rcolte vont rendre les bras extrmement rares,
il serait utile que les cercles de Lvenberg et de Goldsberg fournissent
chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.

       *       *       *       *       *

J'ai l'honneur d'adresser  Votre Majest le plan de Buntzlau. Cette
place a une double enceinte. L'enceinte intrieure, tant contigu aux
maisons, n'offrant ni espace, ni terre  porter pour les remblais, n'est
pas susceptible d'tre mise en tat de recevoir du canon. Cependant
c'est un dernier obstacle qu'on peut prsenter  l'ennemi, et dont on
peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de
l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un
parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en gnral
trop petites pour tre armes de canon. Cependant, au moyen des
dispositions ordonnes et dont je vais rendre compte, il y aura quatre
pices de canon places en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil
nombre au-dessus de la porte AV, mme  Goirenberg (G), quatre galement
sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin
quatre, dont l'ouvrage projet en Z.

Except en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe,
revtue de plus ou moins d'lvation, mais habituellement de quinze 
seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de foss.

J'ai ordonn d'lever une contrescarpe en F et d'en construire une en
G, de manire  lever assez les eaux pour qu'elles puissent se rpandre
jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera plac en G. Ce batardeau sera
couvert par la maison I, qui sera entoure d'un foss et d'un parapet en
terre. Le foss H et K sera galement rempli d'eau au moyen des remblais
qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir lever les eaux et
les forcer d'inonder ce foss K et les tendre dans le foss R jusqu'au
del de U; l, levant la contrescarpe qui environne les eaux en K de
cinq pieds et creusant le foss en R de quatre pieds, il y aura dans
tout ce dveloppement de la place un obstacle d'eau trs-difficile 
franchir.

La portion du foss depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'tre
inonde; mais l le foss est trs-profond, la contrescarpe trs-leve,
et cette portion de foss sera fraise et palissade avec beaucoup de
soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projet en Z, qui
prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et,  cet effet, on va
dmolir toute la portion du faubourg en BB.

Il existe deux tours assez bien construites  chacune des deux portes:
l'une,  la porte de Breslau A, et l'autre  la porte de Dresde O. Elles
sont lies entre elles et lies galement au mur d'enceinte intrieure.
On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, levs de huit
pieds, de manire  couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi,
faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la
contrescarpe, afin d'empcher la porte d'tre vue de l'extrieur. On va
faire un plancher qui runisse ces tours avec l'enceinte intrieure, et
ce plancher sera plac  sept pieds, c'est--dire au-dessous du niveau
du masque, et on tablira sur ce plancher un parapet en gabion de douze
pieds d'paisseur, qui garantira des pices de campagne. La place de
Lyenberg sera arrange d'une manire analogue, except que cette
entre, o sera le batardeau, sera supprime. Enfin on formera en P et U
et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces
points avec de l'artillerie, et en gnral, comme la muraille d'enceinte
extrieure est assez mauvaise, on relvera les contrescarpes de manire
 la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposes 
tre occupes par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que
la dfense du foss. Les seuls points qui doivent avoir action sur
l'extrieur devant tre ceux qui sont arms de canon et les tours de
l'enceinte intrieure, qui seront disposes pour recevoir de
l'infanterie.

Je pense qu'une fois ces travaux excuts la ville de Buntzlau,
dfendue par mille hommes, non-seulement sera  l'abri d'un coup de
main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de sige, et je ne
pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient termins, plus que
la dure de l'armistice.

Une partie de la manutention avait t place dans le faubourg; elle va
tre transporte dans la ville et augmente.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 24 juillet 1813.

L'intention de l'Empereur, monsieur le marchal, est que toute l'arme
tire  la cible de la manire suivante: chaque compagnie tirera deux
coups  la cible, et les quatre meilleurs tireurs de chaque salve,
c'est--dire huit par compagnie, auront une gratification de 2 francs;
les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie se runiront pour tirer 
la cible par bataillon, ce qui fera quarante-huit tireurs par bataillon:
les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 4 francs. Les huit
meilleurs tireurs de chaque bataillon se runiront pour tirer  la cible
par division, ce qui, en supposant les divisions l'une dans l'autre 
douze bataillons, fera quatre-vingt-seize tireurs par division: les huit
meilleurs tireurs auront chacun un prix de 6 franc. Les huit tireurs qui
auront eu le prix de chaque division seront runis pour tirer  la
cible, ce qui,  raison de trois divisions par corps d'arme, fera les
vingt-quatre tireurs, et les huit meilleurs tireurs du corps d'arme
auront chacun un prix de 12 francs.

Les 27-28 juillet, chaque compagnie tirera  la cible. Les 28-29, les
huit meilleurs tireurs de chaque compagnie tireront  la cible du
bataillon. Les 29-30, les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon
tireront  la cible de la division, et, le 1er aot, les huit meilleurs
tireurs de chaque division tireront  la cible du corps d'arme.

La dpense de cet exercice, qui aura lieu dans tous les corps d'arme,
ne sera que de deux cartouches par homme; et, quant aux prix, la dpense
peut tre value de la manire suivante:

1 _Prix de 2 francs, cible des compagnies._

Huit prix de 2 francs coteront 16 francs par compagnie, ce qui fera
pour un bataillon,  raison de six compagnies (16 x 6), 96 francs; pour
une division,  raison de douze bataillons (96 x 12), 1,152 francs; et
pour un corps d'arme,  raison de trois divisions, 3,456 francs.

2 _Prix de 4 francs, cible des bataillons._

Huit prix de 4 francs coteront 32 francs par bataillon; ce qui fera
pour une division,  raison de douze bataillons (32 x 12), 384 francs;
et pour un corps d'arme,  raison de trois divisions (384 x 3), 1,152
francs.

3 _Prix de 6 francs, cible des divisions._

Huit prix de 6 francs coteront 48 francs par division: ce qui fera par
corps d'arme,  raison de trois divisions (48 x 3), 144 francs.

4 _Prix de 12 francs, cible par corps d'arme._

Huit prix de 12 francs coteront par corps d'arme 96 francs; ainsi la
dpense des prix sera, par corps d'arme, en supposant les proportions
indiques ci-dessus:

        Pour la cible des compagnies.         3,456 francs.
        Pour la cible des bataillons.         1,152
        Pour la cible des divisions.            144
        Pour la cible du corps d'arme.          96
                                               -----
        Total.                                4,848 francs.

Les militaires qui obtiendront les prix du corps d'arme  12 francs
auront ncessairement obtenu celui de la division, celui du bataillon et
celui de la compagnie, ce qui leur fera un prix total de 24 francs.

Donnez vos ordres, monsieur le marchal, pour l'excution de ces
dispositions dans votre corps d'arme: prescrivez tout ce qui sera
ncessaire pour faire de ces exercices autant de petites ftes. La
musique devra accompagner ceux qui auront remport les prix. Le but de
l'Empereur est: 1 d'apprendre aux troupes  tirer; 2 de rpandre la
gaiet dans les camps. Faites donc tout ce qui vous sera possible pour
obtenir ces deux rsultats.

Le prince, vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 10 aot 1813.

Mon cousin, je vous prie de me faire connatre o en est l'armement de
Buntzlau et la manutention. Je suppose que les magasins sont intacts. Il
serait bien ncessaire d'y faire rentrer une vingtaine de milliers de
foin et de paille.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 12 aot 1813.

Mon cousin, l'Autriche nous a dclar la guerre; l'armistice est
dnonc; les hostilits recommenceront le 17. Voici le pian d'oprations
qu'il est possible que j'adopte, mais auquel je me dciderai
dfinitivement avant minuit;--concentrer toute mon arme sur Grlitz et
Bautzen, et dans le camp de Koenigstein et  Dresde.--Si des
fortifications ont t faites  Liegnitz et  Buntzlau, les
dtruire.--Envoyer le duc de Reggio avec les douzime, quatrime et
septime corps sur Merlin, dans le temps que le gnral Girard
dbouchera avec dix mille hommes par Magdebourg, et le prince d'Eckmhl
avec quarante mille hommes par Hambourg.--Indpendamment de ces cent dix
mille hommes qui marcheront sur Berlin, et de l sur Stettin, j'aurai
sur la ligne, savoir: les deuxime, troisime, cinquime, sixime,
onzime, quatorzime et premier corps de cavalerie; le deuxime, le
quatrime, le cinquime et la garde: cela fera prs de trois cent mille
hommes.--Avec ces trois cent mille hommes, je prendrai une position
entre Grlitz et Bautzen, de manire  ne pas pouvoir tre coup de
l'Elbe,  me tenir matre du cours du fleuve et  m'approvisionner par
Dresde,  voir ce que veulent faire les Autrichiens et les Russes, et 
profiter des circonstances.--Je prfrerais rester  Liegnitz, mais de
Liegnitz  Dresde il y a quarante-huit lieues, c'est--dire huit
marches, et en longeant toujours la Bohme, et il n'y en aurait que
trente-six de Buntzlau et vingt-quatre de Grlitz. Si je prenais une
position intermdiaire entre Grlitz et Bautzen, il n'y en aurait que
dix-huit.--Ce pays se trouverait alors plein de troupes, et nous
serions, pour ainsi dire, entasss: nous n'aurions pas de peine  vivre
un mois. Pendant ce temps-l ma gauche entrerait  Berlin, parpillerait
tout ce qui se trouve l; et, si les Autrichiens et les Russes livraient
bataille, nous les craserions. Si nous perdions la bataille, nous
serions plus prs de l'Elbe; enfin nous serions plus en mesure de
profiter de leurs sottises.--Je ne vois gure qu'on puisse hsiter sur
Liegnitz. Il n'en est pas de mme de Buntzlau. Je ne me dissimule pas
que cette position a l'avantage de me tenir dans le cas d'empcher
l'ennemi de passer entre l'Oder et moi; au lieu qu'entre Bautzen et
Grlitz, l'ennemi, passant par Buntzlau, peut se porter sur Grlitz.--Le
quartier gnral de l'arme autrichienne se runit  Hirschberg. Il
parat que les Autrichiens veulent oprer par Zittau.--Faites-moi
connatre ce que vous pensez de tout cela. Je suppose que tout doit
finir par une grande bataille, et je pense qu'il est plus avantageux de
la livrer prs de Bautzen,  deux ou trois marches de l'Elbe, jusqu'
cinq ou six marches; mes communications sont moins exposes; je pourrai
me nourrir plus facilement, d'autant plus que, pendant ce temps, ma
gauche occupera Berlin et balaiera tout le bas Elbe, opration qui n'est
point hasardeuse, puisque mes troupes ont Magdebourg et Wittenherg, 
tout vnement, pour retraite. J'prouve bien quelques regrets
d'abandonner Liegnitz; mais, en l'occupant, il serait difficile de
runir toutes mes troupes; il faudrait les diviser en deux armes, et ce
serait une fcheuse position que celle qui nous ferait longer la Bohme
sur un espace de trente lieues, d'o l'ennemi pourrait dboucher partout
et se trouverait dans une position naturelle.--Il me semble que la
campagne actuelle ne peut nous conduire  aucun bon rsultat, sans qu'au
pralable il y ait une grande bataille.--Il n'est pas besoin de dire
que, tout en s'chelonnant, il sera indispensable de menacer de prendre
l'offensive, en se contentant d'avoir sur l'ennemi le pays de neutralit
et une ou deux lieues en avant.--L'Autriche ayant une arme contre la
Bavire et une contre l'Italie, je ne suppose pas qu'elle puisse avoir
contre moi plus de cent mille hommes sous les armes. Je suis plus loin
de croire que les Prussiens et les Russes runis puissent en avoir deux
cent mille, en ne comptant pas ce qu'ils ont  Berlin et dans cette
direction. Toutefois il me semble que, pour avoir une affaire dcisive
et brillante, il y a plus de chances favorables  se tenir dans une
position plus resserre et  voir venir l'ennemi. Je compte porter, le
14, mon quartier gnral  Bautzen. vacuez  force vos
malades.--Envoyez un aide de camp au duc de Tarente afin d'tre prvenu
de ce que l'ennemi fait sur son extrme droite.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 13 aot 1813, soir.

Mon cousin, voici le parti que j'ai pris. Si vous avez quelques
observations  me faire, je vous prie de me les faire librement.--Le duc
de Reggio, avec les septime, quatrime et douzime corps et le
troisime corps de cavalerie, marchera sur Berlin dans le temps que le
gnral Girard, avec douze mille hommes, dbouchera par Magdebourg, et
que le prince d'Eckmhl, avec vingt-cinq mille Franais et quinze mille
Danois, dbouchera par Hambourg. Il est actuellement  trois lieues en
avant de Hambourg, qui est devenu une place de premire force; cent
pices de canon y sont sur les remparts, et les maisons qui gnaient la
dfense sont abattues, les fosss pleins d'eau. Le gnral Hoyendorp y
commande une garnison de dix mille hommes.--J'ai donn ordre au duc de
Reggio de se porter sur Berlin, en mme temps que le prince d'Eckmhl
culbutera ce qu'il a devant lui, si l'ennemi lui est infrieur, et du
moins le poussera vivement quand il effectuera sa retraite. J'ai donc
cent vingt mille hommes qui marchent dans diffrentes directions sur
Berlin.--De ce ct-ci, Dresde est fortifi, et dans une position telle,
qu'il peut se dfendre huit jours, mme les faubourgs. Je le fais
couvrir par le quatorzime corps, que commande le marchal Saint-Cyr; il
a son quartier gnral  Pirna; il occupe les ponts de Koenigstein qui,
protgs par la forteresse, sont dans une position inexpugnable. Ces
ponts ont un beau dbouch sur Bautzen. La mme division, qui fournit
des bataillons  Koenigstein, occupe Neustadt avec la cavalerie. Deux
divisions campent dans une trs-belle position  Gieshubel,  cheval sur
les deux routes de Prague  Dresde. Le gnral Pajol, avec une division
de cavalerie, est sur la route de Leipzig  Carlsbad, clairant les
dbouchs jusqu' Hof.--Le gnral Durosnel est dans Dresde, avec huit
bataillons et cent pices de canon sur les remparts et dans les
redoutes.--Le premier corps du gnral Vandamme et le cinquime corps de
cavalerie seront  Bautzen.--Je porte mon quartier gnral 
Grlitz.--J'y serai le 16.--J'y runirai les cinq divisions d'infanterie
et les trois divisions de cavalerie, et l'artillerie de la garde ainsi
que le deuxime corps y seront placs entre Grlitz et Zittau, et entre
le deuxime corps et la Bohme sera l'avant-garde forme par le huitime
corps (Polonais).--Vous tes  Buntzlau;--le duc de Tarente 
Lwenberg:--le gnral Lauriston  Gruneberg;--le prince de la Moskowa
dans une position intermdiaire, entre Haynau et Liegnitz, avec le
deuxime corps de cavalerie.--Cependant l'arme autrichienne, si elle
prend l'offensive, ne peut la prendre que de trois manires: 1 en
dbouchant avec la grande arme, que j'estime forte de cent mille
hommes, par Peterswald, sur Dresde. Elle rencontrera les fortes
positions qu'occupe le marchal Saint-Cyr, qui, pouss par des forces
aussi considrables, se retirerait dans le camp retranch de Dresde. En
un jour et demi le premier corps arriverait  Dresde, et ds lors
soixante mille hommes se trouveraient dans le camp retranch  Dresde.
J'aurais t prvenu, et en quatre jours de marche je pourrais m'y
porter moi-mme, de Grlitz, avec la garde et le deuxime
corps.--D'ailleurs Dresde, comme je viens de le dire, abandonn 
lui-mme, quand mme il ne serait pas secouru du marchal Saint-Cyr, est
dans le cas de se dfendre huit jours.--Le deuxime dbouch par o les
Autrichiens pourraient prendre l'offensive, c'est celui de Zittau; ils y
rencontreront le prince Poniatowski, la garde, qui se runira sur
Grlitz, et le deuxime corps; et, avant qu'ils puissent arriver,
j'aurai runi plus de cent cinquante mille hommes; en mme temps qu'ils
feront ce mouvement, les Russes pourraient se porter sur Liegnitz et
Lwenberg: alors le sixime, le troisime, le onzime, le cinquime
corps d'arme et le deuxime corps de cavalerie se runiraient sur
Buntzlau, ce qui ferait une arme de plus de cent trente mille hommes,
et, en un jour et demi, j'y enverrais de Grlitz ce que je jugerais
superflu  opposer aux Autrichiens.--Le troisime mouvement des
Autrichiens serait de passer par Josephstadt, et de se runir  l'arme
russe et prussienne, de manire  dboucher tous ensemble. Alors toute
l'arme se runira sur Buntzlau.--Dans ce cas, il faut choisir la
position de bataille  Buntzlau, en avant ou en arrire.--Je vous ai
dj mand de vous occuper de ce travail important.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 13 aot 1813.

Mon cousin, je dsire connatre si, en avant ou en arrire de Buntzlau,
il y aurait une belle position o un corps de deux cent mille hommes
pt tre plac favorablement pour arrter un ennemi qui dboucherait en
force des frontires de Bohme et Silsie, et o on pourrait lui livrer
bataille. Faites-moi connatre aussi s'il existe une bonne route de
Buntzlau  Hoyerswerda.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 13 aot 1813.

Monsieur le marchal, l'Empereur me charge de vous faire connatre que
la position de l'arme est la suivante:

Le quartier gnral de Sa Majest sera demain, 14,  Bautzen, et, le
16,  Grlitz.

Le corps du prince Poniatowski va prendre des positions entre Zittau et
Grlitz, o son corps d'arme pourra tre runi pour former
l'avant-garde de l'arme, clairer la marche de l'ennemi, la retarder et
donner le temps  l'arme de se runir  Grlitz. Il clairera aussi la
route de Lban.

Le quatrime corps, le septime corps et le douzime, avec le troisime
corps de cavalerie, seront  Lukau.

Le gnral Dombrowski est en avant de Wittenberg, ayant sous ses ordres
six bataillons, dont le 4e rgiment polonais fait partie, et deux
rgiments de cavalerie.

Le gnral Girard est, avec dix mille hommes, en avant de Magdebourg.

Le prince d'Eckmhl est, avec le corps auxiliaire danois,  trois
lieues en avant de Hambourg, sur la rive droite.

M. le marchal Saint-Cyr a son quartier gnral  Pirna, avec son corps
 cheval sur l'Elbe, ayant une division sur Hohenstein ou Neustadt, et
trois divisions sur la position de Gieshubel, barrant les deux routes de
la Bohme  Dresde, et ayant un corps d'observation sur la route de
Leipzig  Carlsbad.

La ville de Dresde est  l'abri d'un coup de main. Elle a une garnison
et cent pices en batterie, et elle est en tat d'attendre l'arme cinq
ou six jours.

Le cinquime corps de cavalerie et le premier corps, command par le
gnral Vandamme, arriveront le 18  Bautzen.

Le quartier gnral, avec les cinq divisions de la garde, les trois
divisions de cavalerie, son artillerie, et le deuxime corps, avec le
premier corps de cavalerie, seront le 17  Grlitz.

Le sixime corps est  Buntzlau; le cinquime  Goldsberg; le troisime
 Liegnitz, et le onzime  Lwemberg. Ainsi, en trois jours, trois
cent cinquante mille hommes peuvent tre runis sur Buntzlau ou sur
Grlitz.

L'arme autrichienne ne peut dboucher sur la rive droite que par
Zittau ou par Josephstadt. Si elle venait par Zittau, elle rencontrerait
le corps du prince Poniatowski comme avant-garde. Si les Autrichiens
dbouchaient par Josephstadt, leurs mouvements se confondraient avec
ceux des Russes et des Prussiens; et, ds lors, soit qu'ils se portent
sur Lwemberg, soit qu'ils se portent sur Liegnitz, tous les corps
pourront se runir sur Buntzlau.

Ces renseignements, monsieur le marchal, _sont pour vous seul_.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

Buntzlau, 15 aot 1813.

Sire, j'ai reu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'crire
en date des 12 et 13, et je m'empresse d'y rpondre. Conformment  vos
ordres, je le ferai en toute libert.

J'tablis en principe, et je suis d'accord avec vous, qu'une grande
bataille est indispensable au dbut de la campagne. Sans un premier
succs, qui nous donnera de l'ascendant sur l'ennemi, nous n'aurons
qu'une marche incertaine. Or elle doit tre livre sous vos auspices,
sous votre commandement immdiat, quel que soit le ct par lequel se
prsente l'ennemi; et, pour qu'il en soit ainsi, l'arme, quoique
trs-nombreuse, doit tre runie le plus possible.

D'aprs cela, Sire, Votre Majest comprendra que, dans mon opinion et
dans aucun cas, nous ne devrions nous tendre jusqu' Liegnitz. Vos
rflexions sur les inconvnients d'une position o l'on prterait le
flanc  l'ennemi, et dfilant continuellement prs de la frontire de
Bohme pendant huit marches, sont trop fondes pour qu'il puisse jamais
tre question de s'loigner ainsi de l'Elbe. J'en dirai autant pour
Buntzlau; Grlitz mme ne devrait tre occup que par une avant-garde.
Je voudrais que toute l'arme ft tablie sur la Spre et sur l'Elbe, et
attendt que l'ennemi s'approcht assez pour qu'on pt l'accabler; et
cette grande proximit des troupes entre elles vous donnerait le moyen
d'tre prsent partout  la fois dans les moments importants, chose que
je regarde comme la garantie de nos succs. Je comprends votre
impatience de vous emparer de Berlin, et je la partage; cependant le
moyen d'y arriver srement n'est pas, je pense, de se hter  se mettre
en marche dans cette direction. Le sort de la campagne n'est pas de ce
ct, et le destin de Berlin doit tre la consquence de ce qui se
passera ailleurs. Si vous persistez  prendre cette offensive tout
d'abord, vous vous privez d'une partie de vos forces, tandis que la
prsence d'un seul corps d'arme en avant de Torgau et quelques
mouvements de Magdebourg et de Hambourg suffiraient pour neutraliser
l'arme prussienne qui couvre Berlin. Aprs une grande bataille gagne
sur l'Elbe ou sur la Spre, vous pouvez sans danger faire tels
mouvements excentriques que vous voudrez, et le succs de la marche sur
Berlin sera incontestable.

Mais, si le temps d'attente auquel je vous propose de vous soumettre
vous parat trop pnible, alors j'aimerais mieux une offensive directe
prise contre la Bohme. Les troupes qui sont en Silsie se runiraient
sur la Neisse pour couvrir le mouvement qui se ferait par Peterswald, se
rapprocheraient de l'Elbe si l'ennemi marchait  elles pour les
combattre, et finiraient par suivre le mouvement gnral, ou bien
entreraient directement en Bohme par le dbouch de Zittau. Une
bataille gagne en Bohme aurait d'immenses consquences, vous donnerait
de grands rsultats et la possession d'un pays qui vous assurerait de
grandes ressources et peut-tre amnerait la sparation de l'Autriche;
alors la Prusse serait  votre merci.

Je n'ai pas vu les travaux de Dresde; mais, d'aprs ce qui m'en a t
dit, je crains que Votre Majest ne se fasse illusion sur leur force
relle et leurs moyens de rsistance absolue, et c'est un point capital
dans vos combinaisons. Dans le choix de diffrents partis  prendre,
j'aimerais mieux attendre l'approche de l'ennemi pour lui livrer
bataille, et, aprs l'avoir cras, combiner une offensive suivant les
circonstances; et remarquez bien que, suivant cette hypothse, les
mouvements de l'arme ennemie ne peuvent pas tre combins avec autant
de prcision que ceux de l'arme franaise, parce que celle-ci est
place au centre, dans un pays ouvert, tandis que les diffrentes
parties de l'autre occupent un arc de cercle d'un grand dveloppement,
et sont spares par des montagnes.

Enfin, je le rpte, Sire, par la division de ses forces, par la
cration de trois armes distinctes et spares par de grandes
distances, Votre Majest renonce encore aux avantages que sa prsence
sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour o
elle aura remport une victoire et cru gagner une bataille dcisive,
elle n'apprenne qu'elle en a perdu deux.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

16 aot 1813, matin.

Sire, j'ai reu cette nuit la lettre que Votre Majest m'a fait
l'honneur de m'crire le 13 au soir. J'ai eu l'honneur de rpondre hier
matin  la lettre que Votre Majest m'avait crite le 12.

Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes rflexions, j'oserai vous
dire que je regrette que vous ayez renonc  la premire ide que vous
aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi
pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite,
Sire, que, puisque Votre Majest a arrt son opration sur Berlin avant
d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il tait indispensable de
prendre les dispositions que vous avez arrtes pour protger les corps
d'arme qui s'y rendent: il me semble cependant que les troisime et
cinquime corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il parat certain
que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre
Majest est sans doute bien mieux informe que je ne puis l'tre des
mouvements de l'ennemi: mais il ne me parat pas douteux, d'aprs les
nouvelles rpandues dans le pays, que la plus grande partie de l'arme
russe est entre en Bohme pour se runir aux Autrichiens et traverser
en ce moment ce royaume. Le duc de Tarente me donne des nouvelles qui
cadrent parfaitement avec celles que j'ai reues des habitants. D'un
autre cot, il parat que le prince de la Moskowa croit avoir peu de
monde devant lui, ce qui est d'accord, et Votre Majest trouvera sans
doute que le mouvement des allis est assez dans le gnie du systme
qu'ils ont adopt depuis cette guerre, et qu'ils ont excut la veille
de la bataille de Lutzen, en marchant sur Pgau lorsqu'une partie de
l'arme marchait sur Leipzig.

Enfin, Sire, je crains que, par la division que vous adoptez, le jour
o vous aurez cru avoir gagn une bataille dcisive, vous n'appreniez
que vous en avez perdu deux.

Les travaux de Buntzlau peuvent tre considrs comme finis. D'aprs
les divers ordres de Votre Majest, j'y fais mettre la dernire main.
C'est un poste que j'aimerais mieux dfendre que beaucoup de places qui
passent pour des forteresses, et qu'un homme de coeur et de jugement
doit dfendre au moins dix jours; et, si, comme tout l'annonce, Votre
Majest veut en faire usage, il est urgent d'y envoyer dix-huit ou vingt
bouches  feu; il n'en est pas encore arriv une seule. Toutefois je
fais tout prparer pour dtruire en douze heures les fortifications de
Buntzlau.

Depuis hier, tous mes malades sont vacus, et j'ai mme fait vacuer
des malades du cinquime corps qui m'avaient t laisss ici, je ne sais
par quelle circonstance. J'ai de plus des transports prpars pour les
malades que je pourrais avoir d'ici  quatre ou cinq jours. Ainsi Votre
Majest peut considrer le sixime corps comme parfaitement mobile.

J'ai pass toute la matine  reconnatre de nouveau tout le pays pour
remplir les intentions de Votre Majest; mais je n'ai encore rien trouv
qui me satisft. Je monte  cheval pour continuer mes recherches; si
elles me donnent les rsultats que je dsire. Votre Majest en sera
informe cette nuit.

Je n'ai plus rien  ajouter, Sire que d'affirmer  Votre Majest que le
sixime corps est anim du meilleur esprit, et que j'ai l'espoir qu'elle
en sera aussi contente quand elle le verra que lorsqu'il combattra pour
elle. Quels que soient ses sentiments, ils sont peu de chose en
comparaison du dvouement pour votre personne, de l'amour pour votre
gloire, et du zle pour votre service, qui animent le plus ancien de vos
serviteurs.

LE MARCHAL DUC DE RAGUSE.




LE MARCHAL MACDONALD AU MARCHAL MARMONT.

Lwenberg, le 18 aot 1813, minuit.

L'ennemi n'a point renouvel son attaque sur Lahn, ainsi que nous en
tions menacs. Il a disparu au contraire ce matin, pour se runir aux
quarante mille hommes que l'on m'annonait devoir dboucher sur la
grande communication d'_Hirschberg_  _Greiffenberg_. Cette arme a pris
une direction plus  droite et est venue se dvelopper derrire
_Zobten_, et sur la route de Goldsberg  Lwenberg. Son avant-garde a
forc le passage de _Siebeneichen_ et a attaqu le cinquime corps sur
tout son front, sur les deux rives du _Bober_. Le gnral Lauriston l'a
repouss par sa droite au del de ce fleuve, tandis qu'il a rappel sa
gauche qui tait tourne par _Ludwigsdorf_.

L'arme allie n'est spare de nous que par le Bober; les feux font
voir un immense dveloppement sur plusieurs lignes. De jour on avait
estim sa force de soixante  quatre-vingt mille hommes, elle doit tre
plus considrable; on en jugera mieux demain.

Les communications sont interceptes entre le prince de la Moskowa et
moi, comme elles l'ont t toute cette journe, entre les cinquime et
onzime corps.

Les circonstances actuelles ne permettant plus un aussi grand
dveloppement sur la gauche du Bober et du Kemnitz, le gnral Lauriston
prendra demain position en arrire de Lwenberg,  cheval sur la route
de _Lauban_, sa gauche appuye au Bober,  la hauteur de Braunau; sa
droite  la route de Greiffenberg; Lwenberg sera gard comme
avant-poste, couvert par un cordon, sur le Bober; on maintiendra cette
position, la journe de demain, s'il est possible, pour avoir le temps
de recevoir les ordres de l'Empereur pour la concentration des forces.

Le onzime corps vacuera Lahn cette nuit et gardera demain le dbouch
d'Hirschberg sur la gauche du Kemnitz, et ses positions de Liebenthal,
Greiffenberg et Friedberg. La position suivante pour les deux corps sera
la _Queiss_, Marklena et Lauban, et Greiffenberg.

C'est avec peine que je vous fais part qu'un parti de Cosaques a
enlev plusieurs de mes gens et mon portefeuille, qui renfermait ma
correspondance et le chiffre de l'arme.

Le marchal duc de Tarente,

MACDONALD.




LE MARCHAL MACDONALD AU MARCHAL MARMONT.

Lwenberg, le 18 aot 1813.

Je reois votre lettre de ce matin, je n'ai point eu d'attaque hier,
seulement l'ennemi est venu de _Lahn_ et _Mertzdorf_ reconnatre les
positions; on lui a tu quelques hommes et pris cinq  six; il n'y a
point eu de canon de tir.

Je n'tais pas prvenu du mouvement du cinquime corps, qui vient
d'arriver; le prince de la Moskowa et le gnral Lauriston me l'ont
annonc ce matin; je me suis ds lors dtermin  prendre de suite
l'offensive avec le onzime corps pour rejeter l'ennemi de l'autre ct
du Bober. Les Cosaques sont entrs hier  Greiffenberg; j'espre par mon
opration couper tout ce qui s'est avanc sur cette ville et Liebenthal.

Une division du cinquime corps et sa cavalerie prend position 
_Braunau_ et _Ludwigsdorf_ pour se lier avec le prince de la Moskowa, et
couvrir les routes de Haynau et Buntzlau, les deux autres divisions en
avant et en arrire de Lwenberg.

Lauriston, qui a t tt hier soir, n'a pas t suivi ce matin. Le
prince de la Moskowa me mande que le corps ennemi a fil sur Jauer;
peut-tre vient-il par Schonau et Hirschberg pour se rattacher  la
Bohme.

Je ne crois pas avoir des forces considrables devant moi; mon attaque
d'aujourd'hui m'claircira.

M. Murphy, qui vient d'tre promu au grade d'adjudant-commandant, chef
d'tat-major de votre vingtime division, vous remettra cette lettre;
c'est un bon officier, dont vous serez content, et que je vous
recommande.

Le marchal duc de Tarente,

MACDONALD.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Grlitz, le 20 aot 1813, trois heures aprs midi.

Mon cousin, j'arrive  Grlitz. Il est deux heures, je serai  cinq
heures du soir  Lauban. Mettez des postes de cavalerie entre Lauban et
la position o vous tes, afin d'avoir plusieurs fois de vos nouvelles
dans la nuit.--La grande affaire, dans ce moment, c'est de se runir et
de marcher  l'ennemi.--Si vous quittez Buntzlau, laissez-y une bonne
garnison.--Comme vous restez en correspondance avec le duc de Tarente,
vous devez connatre la position qu'il occupe.

NAPOLON.




LE GNRAL LAURISTON AU MARCHAL MARMONT.

Lauyenfurwerth, prs de Lwenberg,

le 20 aot 1813, onze heures du soir.

Je suis charg de vous faire connatre que Sa Majest est arrive ce
soir  cinq heures  Lauban. Le mouvement que je devais faire en arrire
est suspendu. Je resterai ici, si vous restez  Ottendorf. La lettre du
prince de la Moskowa fait connatre que vous devez vous retirer; je
suppose que, lorsqu'il aura connu l'arrive de Sa Majest  Lauban, sa
dtermination changera. Il est donc important que vous lui fassiez
connatre promptement cette arrive. Les forces de l'ennemi ont pass de
ma droite  ma gauche, et, je le pense, sur le prince de la Moskowa.

Le comte DE LAURISTON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lauban, le 21 aot 1813, cinq heures

du matin.

Monsieur le duc de Raguse, vous trouverez ci-joint l'ordre de la
journe d'aujourd'hui: conformez-vous-y; donnez les ordres d'excution
et de dtail avec la prudence et avec les modifications que peut exiger
la position de l'ennemi.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




ORDRE POUR LE 21 AOT.

Lauban, le 21 aot 1813, deux heures et demie du matin.

L'Empereur ordonne les dispositions suivantes:

Le duc de Tarente, avec le cinquime corps d'arme, ayant le onzime
corps sur sa droite, sera prt  dboucher aujourd'hui  midi pour
passer le Bober et attaquer l'ennemi.

Le duc de Raguse sera en position le plus tt possible,  une lieue et
demie ou deux lieues de Lwenberg sur la gauche.

Le prince de la Moskowa dbouchera aujourd'hui par, ou prs Buntzlau,
avant dix heures du matin, avec tout son corps runi, culbutera tout ce
qu'il a devant lui et se portera sur Alt-Gersdorf, en faisant poursuivre
l'ennemi.

Le duc de Trvise partira  quatre heures du matin pour se porter sur
Lwenberg.

Le gnral Latour-Maubourg partira  cinq heures du matin pour se
porter sur Lwenberg.

Le gnral Ornano partira avec sa division de la garde  cheval,  six
heures du matin, pour se porter sur Lwenberg; il se tiendra toujours
sur la droite de la route.

Le gnral Walther partira  sept heures du matin pour Lwenberg.

La division de la vieille garde  pied partira  cinq heures du matin
pour Lwenberg.

L'Empereur sera, de sa personne,  Lwenberg  neuf heures du matin.

Le prince, vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lwenberg, le 22 aot 1813, une heure et demie.

J'ai reu vos deux lettres. Voici o nous en sommes:

Le duc de Tarente, avec les cinquime et onzime corps et la division
de cavalerie du gnral Chastel, poursuit l'ennemi dans la direction de
Goldsberg et Schonau.

Le prince de la Moskowa poursuit galement l'ennemi sur Haynau.

Les renseignements que nous avons tirs des prisonniers et recueillis
dans le pays portent  croire que l'arme ennemie, en Silsie, est
compose de trois corps:

Celui du gnral Langeron, compos de cinq divisions, ce qui forme 
peu prs trente mille hommes;

Le corps de Sacken, compos de trois divisions, ou environ seize mille
hommes;--enfin un corps prussien, command par les gnraux Blcher et
York, de vingt-cinq  trente mille hommes.

L'Empereur ne suppose donc pas que l'ennemi ait plus de quatre-vingt
mille hommes en Silsie.

Le troisime corps, aux ordres du prince de la Moskowa, est fort
d'environ trente-cinq mille hommes; le cinquime et le onzime, de
cinquante mille. Avec la cavalerie, l'artillerie, etc., cela forme un
corps de prs de cent mille hommes, force qui parat suffisante contre
l'arme ennemie qui est en Silsie.

L'Empereur laisse donc reposer aujourd'hui sa garde et votre corps
d'arme, pour pouvoir, s'il y a lieu, les porter sur un autre point.

L'intention de Sa Majest est que vous fassiez faire de suite assez de
ponts sur le Bober pour pouvoir repasser promptement et sans aucun
embarras cette rivire si l'Empereur voulait vous reporter sur une
autre direction. Soyez donc prt  vous mettre en marche sur telle
direction qu'on pourrait vous donner. Si vous avez des renseignements de
l'ennemi, faites-les-moi connatre.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lwenberg, le 23 aot 1813, quatre

heures et demie du matin.

L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous partiez ce matin pour vous
rendre, avec votre corps, prs de Lauban; vous devrez passer la rivire,
afin de pouvoir, demain de bonne heure, partir pour Grlitz, s'il y a
lieu. L'intention de Sa Majest est que vous envoyiez un aide de camp 
Grlitz, o sera ce soir le quartier gnral, pour faire connatre
l'heure  laquelle vous arriverez.

Toute la garde part  quatre heures du matin, et se trouvera sur le
chemin de Lwenberg  Lauban; la route sera donc encombre. Sa Majest
juge qu'il est ncessaire que vous preniez une autre route. L'intention
de l'Empereur est aussi que vous retiriez la garnison que vous auriez 
Buntzlau.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Grlitz, le 24 aot 1813, trois heures

et demie du matin.

Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie le duplicata de l'ordre que
je vous ai adress hier par M. de Sternberg, officier de votre
tat-major. Sa Majest pense donc que vous tes au del de Lauban. Je
vous avais dit de m'envoyer hier soir  Grlitz un autre de vos aides de
camp pour prendre des ordres; cet officier n'a pas paru.

L'Empereur, monsieur le marchal, vous ordonne de continuer votre
mouvement, de la position que vous occupez, pour en prendre une ce soir
entre Grlitz et Bautzen. Ayez bien soin de me faire connatre o vous
coucherez. L'Empereur sera  Bautzen.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Grlitz, le 24 aot 1813, dix heures du matin.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous faire
connatre qu'il faut qu'aujourd'hui vous arriviez  Reichenbach; que,
demain 25, vous dpassiez Bautzen et alliez  Bischofswerda, afin que,
le 26, vous puissiez vous porter sur le point de l'Elbe o votre corps
d'arme devra passer.

Le quartier gnral imprial sera cette nuit  Stolpen.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Stolpen, le 25 aot 1813.

Monsieur le duc, je vous prviens que nous passons demain l'Elbe 
Pirna; il est donc ncessaire que vous approchiez demain sur Stolpen
pour prendre part  l'affaire et que vous puissiez vous placer de bonne
heure dans la position que vous occuperez aprs-demain 27. Comme nous
nous portons sur la ligne d'opration de l'ennemi, on doit s'attendre
qu'il fera tous les efforts imaginables pour se dgager.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 27 aot 1813, huit heures du soir.

Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur vous ordonne de runir dans la
nuit toutes vos divisions et toute votre artillerie, et de vous appuyer
au prince de la Moskowa et au marchal Saint-Cyr. L'ennemi n'est point
en retraite, et il faut s'attendre  une grande bataille pour demain. 
cinq heures du matin, l'Empereur sera  la redoute n 4 sur la route de
Plauen.

Le prince vice-conntable, major gnral,

Alexandre.

_P. S._ L'intention de l'Empereur est que, pour la journe de demain,
chaque commandant de corps ait un quartier gnral fixe; il laisserait,
s'il le quittait, quelqu'un pour recevoir les ordres de Sa Majest et
dire o il est.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 28 aot 1813, neuf heures du soir.

Monsieur le marchal duc de Raguse, j'ai reu votre lettre de quatre
heures et demie; je l'ai mise sous les yeux de l'Empereur. Sa Majest
n'a pour le moment aucune autre instruction  vous donner que de suivre
le mouvement de l'ennemi et lui faire le plus de mal possible.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 29 aot 1813, cinq heures et demie du matin.

Monsieur le marchal duc de Raguse, j'ai reu votre rapport d'hier onze
heures du soir, et je l'ai mis sous les yeux de l'Empereur. Sa Majest
ordonne que vous suiviez vivement l'ennemi sur Dippoldiswald et dans
toutes les directions qu'il aurait prises.

Sa Majest le roi de Naples se porte sur Frauenstein, afin de tomber
sur les flancs et les derrires de l'ennemi, et le marchal Saint-Cyr a
l'ordre de suivre l'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu'il
aurait prises.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 30 aot 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
prvenir que le point difficile pour l'ennemi est _Zinnwald_, o
l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages
ne pourront passer qu'avec une peine extrme; que c'est donc sur ce
point qu'il faut se runir et attaquer; que l'ennemi, tourn par le
gnral Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera trs-embarrass,
et sera probablement oblig de laisser la plus grande partie de son
matriel.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 31 aot 1813, deux heures du matin.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur m'ordonne de vous
prvenir qu'il est de la plus grande urgence que vous vous rapprochiez
de Dresde, avec votre corps d'arme, par la route directe, de manire 
en tre aujourd'hui le plus prs possible. Le gnral Vandamme, avec son
corps d'arme, a t cern, enlev au del des montagnes, s'tant laiss
surprendre dans des gorges, de sorte que de ce corps il n'est revenu que
trs-peu d'hommes, et l'ennemi s'est dj montr entre Pirna et
Peterswald; il est donc convenable, dans cet tat de choses, que vous
vous rapprochiez de Dresde; votre mouvement doit se faire avec beaucoup
d'ordre et tre autant que possible dissimul  l'ennemi. Faites-moi
connatre les positions qu'occuperont ce soir vos troupes.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 31 aot 1813, cinq heures et demie du matin.

Monsieur le duc de Raguse, je vous ai crit il y a deux heures, pour
vous dire de vous rapprocher de Dresde; depuis ce moment l'Empereur a
reu des nouvelles du marchal Saint-Cyr, qui est  Liebenau et 
Laenstein, point sur lequel s'est rallie une partie du premier corps;
je vous envoie la copie de l'ordre que j'ai expdi au marchal
Saint-Cyr. Conformez-vous  ce qui vous regarde pour occuper les
positions sur la droite de ce marchal. Prvenez le duc de Bellune qu'il
doit lui-mme prendre position sur votre droite.

Le prince vice-conntable, major gnral.

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL SAINT-CYR.

Dresde, le 31 aot 1813, cinq heures et demie du matin.

Monsieur le marchal Saint-Cyr, j'ai mis votre lettre sous les yeux de
l'Empereur. L'intention de Sa Majest est que vous preniez la position
la plus avantageuse pour couvrir la route de Peterswald  Dresde. Le
marchal duc de Trvise restera en position en avant de Pirna. _Le duc
de Raguse occupera les positions sur votre droite_ et le duc de Bellune
en occupera une sur la droite du duc de Raguse, jusqu' ce que l'on ait
vu la tournure que prendront les choses. Aussitt que vous serez tabli,
il faudra faire tracer des redoutes pour assurer votre position. Envoyez
tout ce qui vous arrive du premier corps sur Pirna, pour y tre
rorganis. Vous regarderez comme non avenue la lettre que je vous ai
crite il y a deux heures.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 1er septembre 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'intention de l'Empereur n'est pas
de pntrer en Bohme: cette opration n'est pas encore dans la ligne de
sa position militaire. L'intention de Sa Majest est que le marchal
Saint-Cyr et le duc de Bellune soient en premire ligne pour observer
les frontires; l'un ayant son quartier gnral  Pirna, l'autre l'ayant
 Freyberg: que vous, monsieur le duc, le marchal duc de Trvise et le
corps du gnral Latour-Maubourg, soyez groups autour de Dresde, pour
former une rserve, dispose de manire  pouvoir marcher partout o les
circonstances l'exigeraient. En consquence des dispositions gnrales
ci-dessus, _l'Empereur ordonne que vous vous portiez avec votre corps
d'arme sur Dippoldiswald, laissant des colonnes en arrire pour masquer
votre mouvement: il sera ncessaire que vous vous concertiez avec le
marchal Gouvion Saint-Cyr et avec le duc de Bellune, auxquels j'ai
prescrit les dispositions suivantes:_

Au marchal Saint-Cyr: de placer son quartier gnral  Pirna et de
prendre position, la gauche  l'Elbe, couvrant les deux routes de
Peterswald et de Dohna et observant le dfil d'Altenbourg;

Au duc de Bellune: de placer successivement son quartier gnral dans
la direction de Freyberg, en chelonnant son corps de manire  pouvoir
se porter sur Dresde ou sur des colonnes ennemies qui dboucheraient par
Marienberg, Sayda, ou tout autre point de cette ligne. Faites-moi
connatre quand vous occuperez la position dfinitive qui vous est
assigne.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

2 septembre 1813.

Sire, je reois la lettre que Votre Majest m'a fait l'honneur de
m'crire. Je n'excute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les
circonstances sont de nature  en rendre l'excution impossible, et que,
faute apparemment de m'tre bien expliqu, Votre Majest ignore le
vritable tat des choses.

D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majest m'ont trouv prs de
Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions
est dj  Dippoldiswald, et toute la journe ne suffirait pas pour la
faire revenir devant l'ennemi.

Ensuite, comme j'avais eu l'ordre prcdemment de prendre position  la
droite du marchal Saint-Cyr, pour dfendre les dbouchs de la Bohme,
la premire opration que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la
position que j'avais prise  Altenbourg, a t de faire des abatis sur
toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs
centaines de toises. Toute la journe ne suffirait pas pour les
dtruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir
dboucher.

Quant  l'ennemi, Sire, il n'a pas immdiatement l'attitude offensive,
et il n'y a pas eu ... de la grande chane une quantit assez
considrable de troupes pour esprer quelques rsultats en cherchant 
les combattre.

Je vais rcapituler rapidement ce qui s'est pass depuis cinq jours,
afin que Votre Majest puisse juger elle mme la situation de l'ennemi.

Je l'ai pouss dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai
combattu prs de Dippoldiswald,  Falkenheim et  Altenbourg. Il a t
culbut partout et nous lui avons pris ou forc  dtruire environ
quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du
combat de Zinnwald, j'ai port une avant-garde  une lieue en avant,
c'est--dire  deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et
le plus pouvantable dfil que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat
j'ai appris l'vnement arriv au gnral Vandamme, et, cet vnement
changeant tout  fait ma position, j'ai d m'arrter, et j'ai pass le
jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde
dans la mme position. Cette avant-garde fut attaque avant-hier par
l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa
position. L'ennemi revenant  son entreprise, il tait facile de voir, 
l'immense quantit de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz,
qu'il y avait une grande arme au dbouch. Par d'autres rapports je
suis aussi inform que des retranchements et une nombreuse artillerie
ferment ce passage.

Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le marchal Saint-Cyr, je me suis
repli hier de Zinnwald sur Altenbourg o j'ai pris position.

Toute la journe d'hier a t employe  faire des abatis et  tablir
un bon systme dfensif. Ayant reu l'ordre de mouvement sur
Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'excuter, et mon artillerie
est partie hier au soir. Sa marche a t presse ce matin par la lettre
que Votre Majest m'a crite hier  cinq heures du soir, par laquelle
elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3,
de manire que mon corps d'arme se trouve de Falkenheim 
Dippoldiswald, cinq heures aprs le dpart des dernires troupes de
Zinnwald.

L'ennemi a prsent d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille
hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles
taient prs de moi, parce qu'un dfil, des bois et des marais nous
sparaient; mes postes ne pouvant pas tre placs plus avant, parce
qu'ils auraient t bientt enlevs. Des paysans m'ont rendu compte
(mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et
du canon, taient arrivs sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls
indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que
l'arme, qui tait en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur
Toeplitz et s'est place au pied de la montagne, et enfin que les
paysans qui arrivent de Toeplitz, o ils avaient accompagn les Russes,
pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant
Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le
moment de l'excution n'est pas encore arriv.

Mes dernires troupes ont quitt Altenbourg  sept heures du matin.
L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux
escadrons.

D'aprs tous ces motifs, Sire, et l'impossibilit o je suis d'excuter
vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 2 septembre 1813.

Mon cousin, j'ai reu votre lettre. J'envoie mon aide de camp, le
gnral Flahaut, pour connatre l'tat des choses de votre ct.--Votre
correspondance est trop laconique. Faites attaquer aujourd'hui
l'avant-garde ennemie, et sachez ce que vous avez devant vous et quels
sont dfinitivement les projets de l'ennemi. S'il a moins de trente
mille hommes, vous le culbuterez au del des montagnes.--J'attends
l'issue de cette journe pour faire des oprations de l'autre cot; tout
cela est donc trs-urgent.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 3 septembre 1813, quatre heures et demie du matin.

L'Empereur, monsieur le duc de Raguse, me prescrit d'envoyer un
officier auprs de vous pour vous faire connatre que son intention est
que vous sjourniez aujourd'hui, 3 septembre,  Dippoldiswald, afin d'y
runir votre corps, puisqu'il parat que vous avez beaucoup de
traineurs. Si l'ennemi envoie  vous, Sa Majest vous ordonne de former
une forte avant-garde pour le repousser et le culbuter.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 3 septembre 1813.

L'Empereur, monsieur le marchal duc de Raguse, me charge de vous
crire que, s'il n'y a pas d'inconvnient, il serait convenable que vous
vous approchassiez aujourd'hui de Dresde, afin de passer les ponts
pendant la nuit; que nous aurons une bataille  Bautzen demain au soir,
ou au plus tard le 5 au matin; que le corps du duc de Tarente est tout 
fait en dsarroi.

Donnez-moi de vos nouvelles.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 3 septembre 1813, onze heures.

Mon cousin, le major gnral vous a fait connatre qu'il faut vous
approcher de Dresde et coucher sur la rive droite, afin de partir demain
 la pointe du jour.--Nous aurons probablement bataille demain en avant
de Bautzen, ou au plus tard le 5.--Dans l'un et l'autre cas, il faut que
vous y soyez comme rserve pour prendre part  l'affaire.--Prvenez le
duc de Bellune, qui est  Freyberg, et le marchal Saint-Cyr, que vous
disparaissez de dessus la ligne.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Au bivac,  une lieue de Reichenbach, le 5 septembre 1813, midi.

Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous ne
dpassiez pas la ville de Bautzen et que vous preniez position de
l'autre ct, o vous attendrez des ordres.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Bautzen, le 6 septembre 1813, neuf heures du matin.

Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez,
aujourd'hui 6, votre quartier gnral  Hoyerswerda. Vous chelonnerez
votre corps entre Bautzen et Hoyerswerda. Vous prendrez sous vos ordres
la brigade de cavalerie lgre du gnral de Pir.

Le cinquime corps de cavalerie, command par le gnral Lhritier, qui
est  Grossenhayn, et qui est fort d'environ deux mille cinq cents
chevaux, se joindra  vous et sera galement sous vos ordres, ce qui
vous fera quatre mille chevaux.

Le gnral Normann a deux bataillons de votre corps et six cents
chevaux qui se sont reposs  Hoyerswerda; donnez lui l'ordre de pousser
sur-le-champ  une marche sur le chemin de Lukau, afin d'clairer ce qui
se trouve  Sonnewald et  Kalau.

L'intention de l'Empereur, monsieur le duc, est que vous manoeuvriez
pour battre et dtruire un corps de sept  huit mille hommes
d'infanterie prussienne qu'on dit se trouver  Sonnewald. Il est
ncessaire que vous mainteniez toujours vos communications avec Bautzen
pour recevoir des nouvelles, puisque toutes les oprations sont
subordonnes  ce que l'ennemi ferait sur Dresde.

Votre ligne d'oprations doit tre d'Hoyerswerda sur Dresde.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LIVRE DIX-HUITIME

1813

SOMMAIRE.--Oprations sur la route de Berlin.--Combat de Grossbeeren (23
aot).--Retrait d'Oudinot sur Wittenberg.--Le marchal Ney remplace le
marchal Oudinot.--Oprations en Silsie sous les ordres du duc de
Tarente.--Combat de la Katzbach.--Belle dfense de la division
Puthod.--L'Empereur se porte au secours de l'arme de Silsie.--Retour
de l'Empereur  Dresde.--Revers du marchal Ney en Prusse.--Retraite de
l'arme de Silsie sur Dresde.--Entretien du duc de Raguse avec
l'Empereur.--Opration des diverses armes pendant le mois de
septembre.--Manoeuvres du sixime corps pour couvrir Leipzig.--L'ennemi
prend l'offensive (2 octobre).--Napolon forc de dplacer le thtre de
la guerre.--Conversation de l'Empereur avec Marmont.--Manoeuvres autour
de Leipzig.--Erreur de Napolon.--Mouvement rtrograde du sixime
corps.--Bataille de Leipzig.--Journe du 17 octobre.--Marmont
bless.--Pertes du sixime corps.--Journe du 18 octobre.--Dfection de
la cavalerie wurtembergeoise et de l'arme saxonne.--Le sixime corps
charg de dfendre Leipzig.--vacuation de la ville.--Destruction
prmature du pont sur l'Elster.--Retraite sur Weissenfels. Les
fricotteurs.--Combat de Hanau, 30 octobre.--Entre  Mayence, 2 novembre
1813.

Il faut maintenant rendre un compte succinct de ce qui s'tait pass en
Silsie et dans la direction de Berlin. On se rappelle la passion qui
animait l'Empereur contre la Prusse, et son dsir de se venger d'elle
sans retard. Il avait donn l'ordre au duc de Reggio, dont l'arme tait
compose des quatrime, septime et douzime corps, et du troisime de
cavalerie, de marcher sur Berlin, aussitt aprs l'ouverture de la
campagne. Mais cette tche tait au-dessus de la porte du chef qu'il
avait choisi. Oudinot, homme excellent et brave soldat, tait peu propre
au commandement en chef d'une arme nombreuse. Il ne possdait pas la
force d'esprit ncessaire pour conduire une opration combine, dont la
dure doit embrasser plusieurs jours.

 l'expiration de l'armistice, Oudinot runit son arme  Dahme, et
s'avana sur Baruth. Le 19, il prit position entre Baruth et
Lackenwald, et y sjourna le 20. Toutes les troupes allies en prsence
taient parpilles et cantonnes jusqu' Berlin et Postdam. Une seule
brigade de quatre bataillons, commande par le gnral de Thmeu, les
couvrait contre l'arme franaise. Le 21, Oudinot continua son
mouvement; le quatrime corps oprant  droite, se dirigeant sur
Sperenberg et Saalow; le septime, au centre, par le bois de
Kummersdorf, sur Ludersdorf et Gatzdorf, vers Christinendorf, et le
douzime,  gauche, par Goltow,  Scharfenbrck sur Trebbin.

Les Prussiens se retirrent sur le dfil de Thyrow, aprs un double
combat qui mit le septime corps en possession du village de Nunsdorf,
et le quatrime de celui de Mellen. Dans la nuit du 21 au 22, l'arme
franaise tait place de la manire suivante: le quatrime corps 
Dergiscow; le septime,  Nunsdorf et Christinendorf, et le douzime, 
Trebbin.

En avant de cette position, les marais  traverser offrent trois
passages: 1 celui de Juhnsdorf; 2 celui de Wittstock; 3 celui de
Thyrow.

Le 22, le septime corps attaqua Wittstock, et s'en empara. Le quatrime
s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa aprs la retraite de l'ennemi. Le
douzime corps resta en rserve. Le 23, le quatrime corps dbouche et
marche sur Blankenfeld; mais, aprs une faible attaque, il se replie sur
Juhnsdorf. Au mme moment, et pendant que le quatrime corps se replie,
le septime se porte en avant, dbouche des bois, et occupe
Grossheeren. Les Prussiens, concentrs en arrire de ce village, et en
chelons jusqu' Heimersdorf, n'hsitrent pas  profiler de l'occasion
que leur offrait le mouvement isol, et en pointe, de ce corps. Ils
taient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite
du quatrime corps, et sur leur droite par le retard de l'arrive du
douzime. En consquence, ils accablrent le septime corps, qui avait
t jet ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le
forcrent  une retraite prcipite. Heureusement la tte du douzime
corps arriva enfin au secours du septime. Elle le protgea dans sa
retraite et contribua  le sauver d'un imminent pril. Le soir, toute
l'arme franaise se trouva ainsi reporte en arrire des dfils, et
couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.

Ds ce moment, le duc de Reggio mit son arme en retraite, se
rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre
position  peu de distance, en avant de Wittenberg, o il arriva le 4
septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait cot  l'arme franaise
qu'une perte de treize pices de canon, et quinze cents prisonniers
saxons, c'est--dire peu de chose pour une arme de plus de quatre-vingt
mille hommes. C'tait s'avouer,  bon march, incapable de tenir la
campagne.

L'arme ennemie, compose en trs-grande majorit de Prussiens, tait
commande par les gnraux Bulow, Fauentzien, Woronzoff et Czernicheff,
sous les ordres du prince royal de Sude. Sa force pouvait s'lever 
cent mille hommes. Elle tait remplie de cet enthousiasme national qui,
pendant cette guerre, caractrisa d'une manire particulire les
troupes prussiennes. L'arme franaise tait infrieure de dix mille
hommes. Compose en partie de Saxons et d'Italiens, elle tait loin de
possder le mme esprit. Cependant, si, au dbut de la campagne, Oudinot
et agi avec plus de vigueur et de clrit, il et surpris l'ennemi
dispers pour vivre. Il aurait pu le battre en dtail et arriver 
Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements prsidrent
aux premires oprations.

Napolon, mcontent d'un semblable rsultat, confia cette arme  un
autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le marchal
Ney, charg de remplacer le marchal Oudinot, excuta cet ordre de
marcher en avant; mais il le fit d'une manire inconsidre. Un homme
raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements
qu'il ordonna. Oudinot avait pch par un peu de timidit et
d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son
arme tait encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en
fut tout autrement sous son nouveau chef.

Pendant ces vnements, la grande arme ennemie, battue devant Dresde,
s'tait retire en Bohme, aprs avoir chapp, par le succs inopin de
Culm,  une destruction qui semblait devoir tre certaine; mais, en mme
temps, l'arme de Silsie, dont il me reste  parler, prouvait un de
ces grands revers dont la srie ne devait plus tre interrompue pendant
le reste de la campagne.

Napolon, en quittant la Silsie, et en partant le 24 pour Dresde, avait
laiss le commandement de l'arme franaise au marchal duc de Tarente.
Cette arme, diminue du sixime corps que Napolon emmenait avec lui,
restait compose des troisime, cinquime et onzime corps d'arme, et
du deuxime corps de cavalerie. Elle s'levait  quatre-vingt mille
hommes environ. Runis autour de Goldsberg, les troisime et cinquime
corps taient en avant de cette ville; le onzime, et la cavalerie du
gnral Sbastiani, en arrire.

Le gnral Blcher se dcida  reprendre sur-le-champ l'offensive, et,
ds le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut
dirig sur Goldsberg pour observer l'arme franaise; celui de York
resta  Jauer, et celui du gnral Sacken marcha sur Malitsch, dans la
direction de Liegnitz. De son ct, le duc de Tarente, rsolu d'attaquer
l'ennemi qu'il supposait toujours runi  Jauer, mit en marche ses corps
d'arme de la manire suivante: le cinquime corps eut l'ordre de se
porter en avant par Hennersdorf,  l'exception de la division Puthod,
qui reut celui de marcher sur Schnau, et de l sur Jauer. Le troisime
corps dut passer la Katzbach, prs de Liegnitz, et suivre la grande
route par Neudorf et Malitsch. Le onzime corps eut pour instruction de
passer au gu de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la
Wthende-Neisse par Brechelshof. Enfin la cavalerie de Sbastiani reut
l'ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive
gauche de la Wthende-Neisse.

Tous ces mouvements eurent lieu le 26. Or, ce jour-l mme, l'arme de
Blcher continuait son mouvement offensif. Sacken et York devaient
passer la Katzbach au-dessus de Liegnitz, et attaquer ainsi la gauche de
l'arme franaise en la tournant. Une pluie pouvantable, qui tombait
depuis plusieurs jours, avait grossi les rivires et les ruisseaux, et
en avait fait dborder plusieurs. Enfin le temps tait obscur et les
mouvements incertains. Le onzime corps, aprs avoir pass la Katzbach,
se trouva inopinment en face des corps de Sacken, marchant dans la
direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de
Bellwitzhof. Le corps de Langeron tait attaqu, de son ct, par le
cinquime corps, qui dbouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisime
corps, ayant reu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en
arrire. Voulant rparer le temps perdu, il se dirigea sur le gu de
Kroitsch pour y passer la rivire; mais sa marche se trouva contrarie
par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne,
et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le
mouvement, caus par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche
du onzime corps, se trouvant ainsi sans appui, l'ennemi se hta de la
tourner par une nombreuse cavalerie. Elle fut ainsi vivement presse,
tandis que la division Horn, la division du prince de Mecklembourg du
corps de York, et la division de Hunneberg, en face de Schlaupe,
observaient l'autre rive de la Wthende-Neisse. La gauche du onzime
corps ne put tre que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d'abord
arrte, ainsi que je l'ai dit, par la rencontre du troisime corps, et
ensuite par le dfil de Nieder-Crayn, o tout se trouvait ple-mle,
arrivait seulement par dtachement et ne pouvait agir que par des
efforts partiels et impuissants.  la nuit, le onzime corps fut oblig
de cder  la fois de tous les cts. Une seule division du troisime
corps avait pu entrer en ligne. Il se trouva ainsi que le duc de Tarente
n'avait oppos que trente-deux mille combattants  l'ennemi, qui lui en
avait prsent plus de cinquante mille. Une division du troisime corps,
dbouchant par Nieder-Crayn, voulut arrter la poursuite; mais elle fut
culbute par les Prussiens, qui s'emparrent du dfil, prirent le parc
d'artillerie du onzime corps et tous ses bagages.

Le duc de Tarente, n'ayant d'autre retraite que sur la Katzbach, et le
gu de Schmogwitz, fit rtrograder les deux divisions du troisime corps
qui n'avaient pu entrer en ligne. Elles passrent ce gu et gravirent
les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le
onzime corps, accul  la rivire, soutenait un combat ingal.

Pendant la nuit, tout le reste de l'arme repassa la Katzbach. La gauche
se rallia  Liegnitz et se retira sur Buntzlau. Le cinquime corps,
attaqu le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forc  la
retraite. Dpourvu de cavalerie pour protger son mouvement, il perdit
dix-huit pices de canon. Il arriva le soir  la hauteur de Lwenberg.
Le 28, il repassa le Bober  Buntzlau avec les troisime et onzime
corps. Les pluies avaient tellement enfl cette rivire, que ce point
tait le seul o il ft possible de la franchir.

Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la
division Puthod, du cinquime corps, avait t dirige, comme nous
l'avons vu, sur Schnau, d'o elle devait marcher sur Jauer pour se
runir  l'arme. Elle se trouvait  Molkau pendant la bataille de la
Katzbach. Quelque diligence qu'elle fit, elle ne put arriver  temps
pour se runir  son corps d'arme  Goldsberg, et, celui-ci forc  la
retraite, elle se trouva abandonne. Le gnral Puthod se retira sur
Hirschberg; mais, le pont tant rompu, et le Bober trop fort pour qu'on
pt le rtablir, il descendit la rivire et arriva  Lwenberg le 29. Il
y fit des efforts inutiles pour rtablir le pont. Suivi par le corps de
Langeron, et ne pouvant se rendre  Buntzlau, o il avait t prvenu
par le gnral Radrewicz et la cavalerie du gnral Koeff, le gnral
Puthod se trouva envelopp de toutes parts. Il prit la rsolution
gnreuse de combattre jusqu' extinction. Il s'tablit sur les hauteurs
de Plagwitz, en avant de Lwenberg, et attendit l'ennemi de pied ferme.
Attaqu par deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, il
succomba, aprs avoir fait une dfense opinitre. Cette courte campagne
de cinq jours cota  l'arme franaise dix mille hommes tus ou blesss
et quinze mille prisonniers.

Il est difficile de concevoir une opration plus mal conue et plus mal
conduite. La division des forces et leur parpillement eurent lieu sans
motif raisonnable. La marche en avant fut excute sans prudence et
sans connatre les dispositions de l'ennemi. Cette offensive, prise sur
un si grand front, et particulirement  gauche, au lieu de l'appuyer 
la droite, par o tait la communication la plus courte et la plus
directe avec Dresde, seul point de retraite de l'arme, est une de ces
fautes qui paraissent incontestables. Le retard apport dans les ordres
donns au troisime corps, et le croisement des colonnes, rsultat d'une
fausse direction, expliquent suffisamment la catastrophe.

Ce revers, avec l'vnement funeste de Culm, dcidrent du sort de la
campagne. Le marchal Macdonald, homme de courage, dont le caractre
droit et honorable mrite l'estime et l'affection de tous ceux qui le
connaissent, n'aurait jamais d tre charg d'un semblable commandement;
sa capacit, fort mdiocre, le rend peu propre  un grand commandement.
Le temps s'coule avec lui en vaines paroles. Il a cette activit
malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les
circonstances les plus importantes par les dtails les plus minutieux. 
l'arme, il crit lui-mme les lettres relatives au service. Cette seule
circonstance le fait connatre. Aussi aucune disposition ne fut-elle
prise  temps et  propos. La confusion rgna partout, et l'arme,
diminue d'un tiers, perdit en outre la confiance qui, jusque-l,
l'avait anime.

D'un autre ct, il est trange que, dans son offensive, Blcher ne se
soit pas appuy aux montagnes de Bohme, et n'ait pas agi
particulirement par sa gauche. S'il et manoeuvr de manire  arriver,
aprs un succs, avant l'arme franaise  Lwenberg, il tait matre de
la communication la plus courte avec Dresde, et il pouvait rendre sa
retraite plus difficile et plus prilleuse.

L'Empereur partit de Dresde, le 3 septembre, avec sa garde et mon corps
d'arme. S'il et employ les quatre jours qui venaient de s'couler 
complter ses succs dans la poursuite de la grande arme, il et t le
matre des vnements. Il et pu rparer sans peine les malheurs arrivs
en Silsie. Toute compensation faite, il lui restait encore de grands
avantages; mais le malheur de Vandamme et le dsastre de Silsie firent
une masse de maux trop grande pour pouvoir rtablir l'quilibre, surtout
aprs le parti pris par les ennemis d'viter dornavant de combattre
Napolon en personne, et de se contenter de le harceler, de le fatiguer,
et d'user ses troupes par des marches, jusqu'au moment o la diminution
de ses forces mettrait entre les deux armes une telle disproportion,
qu'il n'y aurait plus aucune incertitude dans le succs et le rsultat
de la lutte.

Le 4, Napolon, aprs avoir dpass Bautzen, rencontra le duc de Tarente
se disposant  vacuer les positions de Hohenkirchen, et  repasser la
Spre. Il l'arrta, lui ordonna de se reporter en avant. L'avant-garde
ennemie fut culbute et se dirigea en arrire de Lauban.

Le 5, l'Empereur porta la majeure partie de ses forces sur Reichenbach.
L'ennemi se replia sur Grlitz, et se plaa derrire la Neisse  Lauban.
Autant par suite du systme dont j'ai rendu compte plus haut qu' cause
de l'arrive prochaine de l'arme de Benningsen, puissant renfort, on
devait s'attendre  voir Blcher se retirer plus loin si l'Empereur
passait la Neisse. En consquence, toute offensive de ce ct devant
tre sans rsultat, et pouvant mme avoir des consquences funestes 
cause du mouvement de la grande arme allie sur Dresde, Napolon quitta
l'arme de Silsie le 8. Il la laissa en position  Hohenkirchen, aprs
lui avoir donn pour renfort le huitime corps. Ce secours rparait en
partie ses pertes, et la portait  une force d'environ soixante-dix
mille hommes. Le duc de Tarente, au lieu de faire des dmonstrations
pour en imposer  l'ennemi, se tint tranquille, et annona ainsi 
Blcher le dpart de Napolon. Ds lors le gnral prussien se disposa
 reprendre l'offensive.

Je reus en mme temps l'ordre de me rendre  Camenz afin d'tre, tout 
la fois,  porte de l'Elster-Noir et de Lukau. Je devais tre ainsi en
mesure, suivant les circonstances, de faire une diversion en faveur du
prince de la Moskowa, ou bien de me rendre  Dresde. Le 8, je me portai
 Hoyerswerda, et je dirigeai une forte avant-garde sur Senftenberg et
des coureurs dans la direction de Lukau. En mme temps j'avais donn
l'ordre au cinquime corps de cavalerie, command par le gnral
Lhritier, mis  ma disposition, de partir de Grossenhayn pour Roulau,
afin de m'appuyer; mais dans la nuit je reus l'ordre de me rapprocher
de Dresde  marches forces. Le 9, j'arrivai  Ottendorf, et, le 10, 
Dresde, o je m'arrtai. J'occupai la ville et le camp retranch. Je pus
enfin faire reposer mes troupes. Mon corps d'arme avait march, pendant
vingt-deux jours, sans un seul sjour, livr un assez grand nombre de
combats, et fait souvent des marches de douze lieues; mais il tait bien
organis. L'esprit en tait admirable.  l'exception des blesss, un
trs-petit nombre d'hommes seulement se trouvaient en arrire. Il ne
manquait pas une pice de canon, ni une voiture d'artillerie ou
d'quipages.

L'Empereur avait t rappel  Dresde par les mouvements offensifs du
prince de Schwarzenberg. En effet, l'avant-garde de Wittgenstein s'tait
avance, le 5,  Peterswald, et le 6,  Berggieshbel, avec la division
prussienne de Ziethen. Le prince Eugne de Wurtemberg, avec la
cavalerie de Pahlen, dbouchait sur Dippoldiswald, tandis que le
gnral Klenau s'avanait vers Chemnitz. Le prince de Schwarzenberg,
avec les corps autrichiens de Colloredo, Chasteler, Giulay et les
rserves, avait pris la direction d'Aussig, pour y passer l'Elbe, et
manoeuvrer sur la rive droite. Le 7, Wittgenstein occupa Pirna, et, le
8, se porta vers Dohna o taient runis les premier, deuxime et
quatorzime corps.

L'Empereur, de retour, le 7,  Dresde, se rendit, le 8, au camp de
Dohna. L'avant-garde de Wittgenstein fut culbute. Ce gnral se replia
sur Pirna. Le mme jour, le prince de Schwarzenberg, en plein mouvement,
fut instruit de la prsence de Napolon. Il se retira aussitt, et vint
prendre la position qu'il avait choisie en avant de Toeplitz. Le 9,
Napolon porta la plus grande partie de ses forces sur Liebenthal. Ce
mouvement menaant de tourner le corps de Wittgenstein, celui-ci se
retira sur Nollendorf, o il fut joint par le corps de Kleist. Les
troupes aux ordres de Klenau se rapprochrent de Toeplitz, et vinrent
prendre position au Sebastiansberg.

Le 10, Napolon vint  Baremberg. Le premier corps marcha sur
Peterswald, et le quatorzime sur Frstenwald. Le gnral Wittgenstein
se replia sur Culm. Le 11, il s'avana de Frstenwald vers le dfil du
Geyersberg. La division du quatorzime corps, commande par le gnral
Bonnet, s'empara de la montagne; mais la difficult du terrain empcha
d'y conduire de l'artillerie. Les obstacles pour dboucher, en prsence
de l'ennemi, dans une position inexpugnable, paraissant insurmontables,
Napolon renona  l'attaquer, et se dcida  retourner  Dresde. Il
laissa le premier corps en position  Nollendorf, le quatorzime sur les
hauteurs de Berna, en avant d'Ebersdorf. Le deuxime alla occuper
Steinberg, et la jeune garde le camp de Pirna. L'Empereur dut sentir
bien vivement alors la faute commise, il y avait onze jours, de n'avoir
pas complt ses succs de Dresde par un mouvement  fond sur l'arme
ennemie, au moment o elle repassait ces mmes dfils dans un dsordre
incompatible avec une rsistance srieuse.

Mais, pendant ces mouvements, de nouveaux dsastres venaient accabler la
portion de l'arme franaise qui avait reu l'ordre de marcher sur
Berlin. On a vu, le 4, le prince de la Moskowa remplacer le marchal duc
de Reggio, et prendre le commandement de l'arme. Ds le lendemain, 5
septembre, il tait en mouvement. La division Guilleminot, en tte du
douzime corps, attaqua la division prussienne de Dobschutz, et la
chassa de Zaahn. Plus tard, le corps de Tauenzien fut attaqu  Seida,
et forc  se retirer sur Dennewitz, o il prit position. Le soir,
l'arme franaise occupait les positions suivantes: le quatrime corps
 Neundorf, le douzime  Seida, et le septime entre les deux. L'arme
ennemie tait ainsi place: Tauenzien  Dennewitz, Bulow 
Klein-Lippsdorf, les Sudois et les troupes russes, sous les ordres du
prince royal de Sude, sur les hauteurs de Lobez. Dans ces dispositions
respectives, le prince de la Moskowa eut l'trange ide de porter son
arme sur Dahme pour prendre la route de Berlin, et de marcher
directement sur cette ville. En consquence, le 6, au matin, il continua
son mouvement. Le quatrime corps fut charg de s'emparer de Dennewitz,
et de couvrir la marche de flanc qu'il oprait avec le reste de l'arme.

L'ennemi rsista  cette attaque, perdit Dennewitz; mais se soutint avec
opinitret en avant de Interburg. Pendant que Tauenzien tait ainsi aux
prises avec le quatrime corps, Bulow, qui d'abord avait pris position
en avant d'Eckmannsdorf, dbouchait par Wolmsdorf en arrire de l'arme
franaise. Le septime corps fut alors oblig de prendre part au combat,
et vint se former prs de Niedergorsdorf. L'arme franaise tait
attaque de front, de flanc, et  revers. Le douzime corps vint donc
occuper le village de Goldsdorf, sur lequel tout le corps de Bulow tait
dirig. Aprs diverses alternatives de bons et de mauvais succs,
l'arme se concentra prs de Rohrbeck. Les Saxons, placs au centre,
ayant lch pied, les deux corps franais se trouvrent spars, et
forcs  une retraite divergente. Celui de droite, le quatrime, se
retira sur Dahme. Le douzime suivit la route que les fuyards avaient
prise, par Schweidnitz, dans la direction de Torgau.

Cette opration, si singulire, si absurde, ne peut s'expliquer.
Excuter une marche de flanc, en plein jour, aussi longue et aussi 
porte d'une arme suprieure en forces, tait l'opration la plus
dangereuse et la plus imprudente, et dans quel objet? pour arriver avant
l'ennemi sur la route de Berlin et marcher sur cette ville. Mais, en
supposant, ce qui parat impossible, cette marche excute avec un
succs complet,  quoi aboutissait-elle?  placer l'arme ennemie sur le
flanc et sur les derrires de l'arme franaise, ce qui aurait mis
celle-ci dans le pril le plus vident, et l'aurait, en dfinitive,
empch de marcher sur Berlin. Si l'arme franaise tait en tat de
prendre l'offensive, elle ne pouvait pas esprer de se rendre  la
drobe  Berlin. Il fallait qu'elle se rsolt  livrer bataille. Ds
lors, elle n'avait autre chose  faire que de marcher brusquement et
rapidement par la route directe, et, aprs avoir enlev Zaahn, se
dirigeant sur Treuenbrietzen et Belitz, empcher la runion des corps
ennemis qui taient  une certaine distance les uns des autres, les
battre en dtail, aprs s'tre place ainsi au milieu d'eux. On croit
rver quand on approfondit les combinaisons qui furent faites alors et
la manire dont on opra.

Le lendemain, 7, le douzime corps et les Saxons continurent leur
mouvement sur Torgau. Le quatrime corps, attaqu  Dahme par une
division de quatre mille Prussiens, commande par le gnral Woheser, se
mit galement en marche pour Torgau, aprs avoir rompu les ponts de
l'Elster. Le 8, il rejoignit le reste de l'arme sous le canon de
Torgau. Cette opration cota  l'arme franaise douze mille hommes
tus, blesses, ou pris, et vingt-cinq pices de canon.

Ainsi, chaque jour, l'difice de notre puissance s'croulait pour ne
plus se relever. Pendant que Napolon tait accouru  Dresde et avait
march sur la frontire de Bohme, l'arme ennemie de Silsie avait
repris l'offensive. Ds le 9, elle s'tait mise en mouvement. Le corps
de Langeron passa la Neisse  Ostritz, au-dessus de Grlitz: celui de
York entre Ostritz et Grlitz, et celui de Sacken,  Grlitz mme.
L'avant-garde franaise se retira des bords de la Neisse sur Reichenbach
sans s'tre engage, et de l sur Hohenkirchen. Le corps de Poniatowski,
attaqu par celui de Langeron a Lauban, se retira sur Neustadt.

L'arme allie fut rejointe, ce jour-l, par la division autrichienne de
Bubna. Le 10, le duc de Tarente quitta la position de Hohenkirchen pour
repasser la Spre. Le 6, il tait  Gordau, n'ayant plus que des
avant-postes sur la Spre. Enfin, le 12, le duc de Tarente se replia sur
Bischofswerda, et le huitime corps vint de Neustadt  Stolpen. Le
rapprochement de notre arme de Silsie  une petite marche de Dresde,
sans avoir livr un seul combat, opr en mme temps que la perte de la
bataille de Dennewitz, favorisait la runion des trois armes qui nous
entouraient. Elles pouvaient alors,  volont, agir d'une manire
simultane.

Je restai  Dresde jusqu'au 12 inclus. Pendant mon sjour, je vis
beaucoup Napolon. Dans la nuit du 12 au 13, je passai au moins trois
heures avec lui  causer de la campagne. Il se livrait volontiers, avec
moi,  la discussion de ses projets, et  l'examen des vnements
couls. Il n'tait pas tranquille sur son issue, quoiqu'il affectt de
la confiance. Il se plaignait de ses lieutenants, et il avait raison;
mais pourquoi avait-il spar ses forces, et dispos son plan de
campagne de manire  rendre indispensable de confier de grands
commandements  une grande distance de lui,  des hommes incapables de
les exercer? Et puis, n'avait-il pas eu d'autres choix  faire?
Saint-Cyr, un des premiers gnraux de l'Europe, pour la guerre
dfensive, n'tait-il pas merveilleusement propre  commander l'arme de
Silsie, destine  couvrir, par sa position, les autres armes, et 
garder seulement le terrain qu'elle occupait? Il n'tait pas ancien
marchal, il est vrai; mais, puisqu'il avait laiss  Macdonald des
corps commands seulement par des officiers gnraux, il pouvait en
faire autant pour Saint-Cyr, et, ds lors, il n'y avait plus de
difficults. Si les inconvnients du plan de campagne vicieux et les
mauvais choix avaient amen tous les maux actuels, quel tait le
coupable? Je lui exprimai cette pense avec modration et rserve; mais
il n'tait pas au bout de ses erreurs et au moment de rparer ses
fautes. Il me dit que, probablement, la guerre allait changer de
thtre, et serait forcment porte plus en arrire; que les ennemis
tenteraient sans doute le passage de l'Elbe avec les deux armes de
Silsie et du Nord runies; qu'alors il devait manoeuvrer de manire 
empcher leur jonction avec la grande arme; qu'il devenait
indispensable de nettoyer ces pays des corps qui les parcouraient, et
menaaient nos tablissements et nos communications, et que je
commencerais le mouvement. Enfin, quand je le quittai, il me dit ces
propres paroles: L'chiquier est bien embrouill; il n'y a que moi qui
puisse s'y reconnatre. Hlas! c'est lui-mme qui s'est perdu dans ce
labyrinthe!

Le 13, je partis avec mon corps pour Grossenhayn. L, je me runis au
roi de Naples, que j'y trouvai avec un corps nombreux de cavalerie. Le
but de ce mouvement tait de couvrir l'arrive  Dresde de vingt mille
quintaux de farine, arrts  Torgau et embarqus sur l'Elbe. Les
dispositions de troupes convenables  ce but furent faites, et le convoi
arriva heureusement  Dresde. Nous restmes jusqu'au 25 dans cette
position.

Je vis journellement et familirement Murat. Je le retrouvai bon
camarade et sans prtention. Il se mit en frais d'amiti pour moi. Je
payai cette bienveillance par la complaisance avec laquelle j'coutai,
chaque jour, les rcits qui concernaient ses tats. Il me parlait
souvent surtout de l'amour que lui portaient ses sujets. Il y avait dans
son langage une candeur risible, une conviction profonde d'tre
ncessaire  leur bonheur. Entre autres choses, il me raconta que,
lorsqu'il devait quitter Naples en dernier lieu (et c'tait une chose
secrte), se promenant avec la reine, et entendant les acclamations dont
il tait l'objet, il dit  sa femme: Oh! les pauvres gens! Ils ne
savent pas le malheur qui les attend. Ils ignorent que je vais partir!
J'coutai en souriant; mais lui, en faisant ce rcit, tait encore
attendri des douleurs dont il avait t la cause.

Cette runion de troupes  Grossenhayn dtermina Blcher  renforcer sa
droite et  porter le corps de Sacken  Kamens. Ce mouvement dcida le
duc de Tarente  se rapprocher encore davantage de Dresde, et  prendre
position  Harta. Les avant-postes de l'arme de Berlin taient tablis
sur l'Elster noir. Pendant notre sjour  Grossenhayn, la grande arme
recommenait des dmonstrations offensives. L'ennemi se porta en avant
et fit replier les corps franais occupant les diffrents dbouchs.
Napolon partit le 15 de Dresde avec sa garde, et vint  Berggieshbel;
mais la disposition gnrale de l'arme ennemie tait toute dfensive,
et la masse de ses troupes, place dans le bassin de Toeplitz, en face
des dbouchs, occupait une position inexpugnable.

Le 16 au matin, le prince de Schwarzenberg avait ses troupes places de
la manire suivante: le corps de Wittgenstein  Peterswald; la division
Czenneville  Eichwald, sur la route de Zinnwald; celle du prince
Maurice Liechtenstein,  Klostergraben; une avant-garde sous les ordres
du gnral Longueville en avant d'Aussig, sur la route d'Eule; le corps
de Kleist  Mariaschein; les grenadiers et les cuirassiers russes 
Sabachleben; les gardes russe et prussienne  Toeplitz; le corps de
Colloredo  Culm; celui de Meervelt  Aussig; celui de Giulay  Brunn;
celui de Klenau  Marienwerder, et les rserves de cavalerie  Breslau.

 midi, Napolon continua son mouvement en avant. Le corps de
Wittgenstein se replia sur Culm. La division Ziethen fut porte dans des
abatis qui avaient t faits entre Tellenitz et Jutterbach. Le corps de
Colloredo tait appuy  droite  Strekowitz. Napolon occupa le soir
les hauteurs de Nollendorf.

Le 17, la division Ziethen, attaque par la division Mouton-Duvernet, du
premier corps, fut pousse sur Culm. Le combat s'engagea alors avec le
corps de Wittgenstein. Les villages d'Arbesau, d'Islisich, de Jourdorf,
furent emports; mais le corps de Meervelt s'avana d'Aussig sur
Nollendorf, tandis que celui de Colloredo s'avanait sur Neudorf et
Kniemts. Il attaqua Arbesau, qui fut vacu. La jeune garde, qui
l'occupait, en fut chasse aprs avoir fait des pertes considrables, et
le premier corps se retira sur Nollendorf. Napolon, voyant
l'impossibilit de dboucher devant des forces aussi considrables,
ramena ses troupes en avant de Berggieshbel, et rentra avec sa garde 
Dresde le 18. Ce mouvement, recommenc pour la troisime fois, et
fatigant pour les troupes, avait t encore sans rsultat.

Le prince de Schwarzenberg attendait pour agir que le corps de
Benningsen, fort de soixante mille hommes, qui, ds le 17, avait sa tte
 Lwenberg, ft rapproch davantage de Dresde.

Napolon voulut tenter de nouveau la fortune, et essaya d'loigner
Blcher. Il se rendit le 22  Hatzan, et mit en mouvement les troisime,
cinquime et onzime corps. L'avant-garde de Radrewitch fut attaque 
Bischofswerda. Force d'vacuer cette ville, elle se retira jusqu'
Gordau; mais Napolon, ayant vu toute l'arme de Silsie en position 
Bautzen, tandis que le corps de Sacken s'approchait sur sa gauche pour
menacer la communication de Bischofswerda, ne se trouvant pas assez fort
pour livrer bataille, se retira et ramena les troupes dans la position
concentre de Weissig,  deux lieues de Dresde. Il s'en tint encore 
une simple dmonstration.

Le 24 et le 25, l'arme de Silsie, remplace dans ses positions par
l'arme de Benningsen, fit un mouvement gnral par sa droite pour se
rapprocher de l'Elbe et de l'arme du Nord. Le corps de Tauentzien,
appartenant  cette dernire arme, occupait dj, depuis quelque temps,
une position intermdiaire entre les deux armes et en tablissait la
liaison. Le corps de Sacken se prsenta devant Grossenhayn pour couvrir
ce mouvement. Le roi de Naples tait retourn  Dresde, et j'avais sous
mes ordres, outre le sixime corps d'arme, les premier et cinquime
corps de cavalerie. Le 25 au soir, je reus l'ordre de repasser l'Elbe 
Meisson et de me porter sur Wurtzen et Eulenbourg.

Le 26 au matin, je pris position sur les hauteurs de Wanterwitz,
position formidable o j'tais en mesure de rsister  des forces
suprieures. J'avais laiss une forte arrire-garde, compose de la plus
grande partie du cinquime corps de cavalerie. Celle-ci fut attaque par
une grande masse de Cosaques appartenant  l'arme de Silsie. Elle fut
mise dans un grand dsordre. Le gnral Lhritier, son commandant,
s'tait fait une bonne rputation comme colonel: mais il n'avait pas
assez de tte pour commander des forces considrables. Les dfils en
arrire tant fort mauvais, il devenait important de ne pas laisser
l'ennemi trop prs de nous pendant notre marche. Je reportai cette
cavalerie en avant, aprs l'avoir rallie moi-mme, sans autre secours
que ma seule prsence et quelques mots adresss aux premiers fuyards.
Nous restmes en repos le reste de la journe. Le 27, mon arrire-garde
repassa l'Elbe. L'ennemi, ayant suivi immdiatement, voulut tenter un
coup de main sur la tte de pont, mais il fut vaillamment repouss par
le 10e provisoire, compos d'un bataillon des 11e et 16e de ligne. Je
laissai le gnral Cohorn, avec sa brigade, pour garder ce poste
important, jusqu' ce qu'il ft relev par des troupes appartenant  un
autre corps, et je me mis en roule par Oschatz, Wurtzen et Eulenbourg.

Pour expliquer ce qui va suivre, il faut maintenant que je fasse
connatre la position du prince de la Moskowa. Aprs la dfaite de
Dennewitz, le prince de la Moskowa avait repass l'Elbe  Torgau. Il
avait rorganis son arme. Le douzime corps avait t dissous, et la
division bavaroise, qui s'y trouvait, envoye  Dresde. Le restant des
troupes, runi  la division Guilleminot, avait t attach au quatrime
corps. Par suite cette arme ne se trouvait plus compose que de deux
corps, le quatrime et le septime. Elle se mit en mouvement, le 25,
pour descendre l'Elbe. Le 27, le prince de la Moskowa tait 
Oranienbrg avec le quatrime corps, et le septime  Dessau. Ces
troupes observaient les ponts d'Acken et de Roslau. L'avant-garde
sudoise, aprs avoir occup Dessau, avait vacu cette ville, et
s'tait retire sur la tte de pont. L, un bataillon saxon dserta 
l'ennemi avec armes et bagages. Un lger combat avec les Sudois fut
livr en avant de Dessau. Toute l'arme du Nord, commande par le prince
royal de Sude, place en face, sur la rive droite du fleuve, observait
les garnisons de Wittenberg et de Torgau. Des oprations de sige
furent mme commences par le gnral Bulow contre Wittenberg.

D'un autre ct, depuis quelque temps, des dtachements de troupes
lgres dsolaient les derrires de l'arme franaise. Czernicheff avec
ses Cosaques s'tait avanc au del de la Saale. Le gnral Tielemann,
dserteur du service de Saxe, s'tait port avec un corps franc dans les
environs de Leipzig, et se trouvait en liaison avec le colonel
autrichien de Mensdorf, qui oprait dans les mmes cantons.

L'Empereur dtacha vers ce point le gnral Lefebvre-Desnouettes avec
quatre mille chevaux, pour donner la chasse  ces partisans; et, comme,
en mme temps, la route de Dresde  Chemnitz avait t intercepte par
la brigade autrichienne de Scheilher, qui avait enlev  Freyberg trois
cents hussards westphaliens, le gnral Kleist faisant aussi des
dmonstrations de ce ct, il envoya  Freyberg le deuxime corps pour
garder ce dbouch. Le 11 septembre, Thielmann avait paru  Weissenfels,
et inutilement attaqu un convoi en route pour Leipzig. Il fut plus
heureux  Naumbourg, qu'il enleva. Il prit ensuite Mersebourg, et cinq
cents hommes par capitulation. L il fut attaqu par Lefebvre-Desnouettes,
qui le battit. Il se retira sur Zeist et Zurchau, mais aprs avoir vu
dlivrer ses prisonniers, Lefebvre-Desnouettes vint ensuite occuper
Altenbourg. Platow l'en chassa, non sans lui faire prouver d'assez
grandes pertes, par suite des mauvaises dispositions prises par le
gnral franais en se retirant. Il avait imprudemment livr combat en
avant d'un dfil. Aprs cet chec, Lefebvre-Desnouettes se rendit
d'abord  Weissenfels, et de l revint  Leipzig.

Le 25 septembre, Czernicheff, parti avec trois mille chevaux d'Eisleben,
arriva devant Cassel, dans la nuit du 27 au 28. Un bataillon
d'infanterie, plac en avant de la ville et forc dans sa position, se
retira aprs avoir prouv quelque perte. Jrme Bonaparte, roi de
Westphalie, voyant les symptmes d'une insurrection, s'loigna, laissant
le gnral Alix pour dfendre Cassel avec deux bataillons.

Le 30, Czernicheff fit attaquer Cassel et s'en empara, aid d'un
mouvement national qui clata en sa faveur. Aprs avoir proclam, au nom
des souverains allis, la dissolution du royaume de Westphalie, il
vacua la ville en emportant tout ce qu'elle renfermait de richesses
publiques transportables et aprs avoir organis une insurrection
systmatique dans cette portion de l'Allemagne.

Le 29, au matin, j'arrivai  Wurtzen. J'y reus une lettre du duc de
Padoue qui commandait  Leipzig. Il m'annonait la prsence de l'ennemi,
et la crainte d'tre oblig d'vacuer cette ville. Je continuai mon
mouvement sans perdre un moment, et j'arrivai, le soir mme du 28, 
Leipzig avec la tte de mes forces. Je mis le reste  porte, je
nettoyai les environs des ennemis qui s'y trouvaient. Je restai dans
cette position jusqu'au 3.

Le 2 octobre, Blcher se dcida  prendre l'offensive. Il se porta, avec
les corps de Bulow et de Tauentzien, au confluent de l'Elster et de
l'Elbe, jeta, dans la nuit, deux ponts et opra son passage. Le gnral
Bertrand, charg de s'y opposer, occupant une position avantageuse,
rsista pendant la plus grande partie de la journe; mais, vers les cinq
heures, il fut forc, et opra sa retraite dans la direction de Dessau.
Pendant ce temps, les Sudois avaient dbouch par le pont de Roslau, et
s'taient avancs sur Dessau. Le marchal Ney, avec le septime corps,
et rejoint par le quatrime, se replia, remonta la rive gauche de la
Moldau, et occupa Bittersfeld et Dclitsch. Inform de ces vnements
dans la nuit du 3 au 4, je me rendis, en toute hte, avec mon corps, 
Dben, afin d'offrir un point d'appui au gnral Bertrand, et de
favoriser sa retraite. Je recueillis effectivement les troupes
wurtembergeoises qui faisaient partie de son corps et qui s'y taient
retires, le reste de ce corps ayant rejoint la septime. L'ennemi se
prsenta bientt en force devant moi. Le poste de Dben n'tant pas
tenable, je repassai la rivire, et pris position en face. Une berge
leve,  une demi-porte de canon de la ville, me donnait tous les
moyens de dfendre avec succs ce dfil. L'ennemi fit plusieurs
tentatives pour dboucher; mais il fut constamment repouss.

Je plaai de la cavalerie en observation sur la rive gauche de la
rivire, pour me lier avec les troupes du marchal Ney.

Dans cette position nous pouvions attendre ce que ferait l'ennemi; mais
tout  coup, celui-ci ayant prsent des forces considrables en face de
Bittersfeld sur la rive droite, le marchal Ney s'effraya de sa
position, et, quoique l'ennemi n'et rassembl aucun moyen de passage,
et montr aucune disposition de le tenter, le marchal Ney me fit
prvenir qu'il se retirait sur Kamens. Ce mouvement laissait ma gauche
tout  fait  dcouvert et compromettait beaucoup ma position. Me
retirer cependant, en plein jour, tant aussi rapproch de l'ennemi,
tait fort dlicat. Je masquai mes prparatifs et mon mouvement aussi
bien que possible, et je l'effectuai sans accident, avec prcision et
vitesse. J'allai prendre la belle position de Hohen Priegnitz, en liant
ma gauche avec le prince de la Moskowa, auquel je demandai une entrevue
pour pouvoir arrter avec lui ce qui nous restait  faire. Nous ne pmes
nous comprendre. Il fut impossible de lui faire entendre que rien ne
pressait dans nos mouvements de retraite, et qu'il fallait attendre que
l'ennemi se montrt en force pour se retirer. Le marchal Ney, brave et
intrpide soldat, homme de champ de bataille, n'entendait rien  la
combinaison des mouvements. Son esprit s'effrayait de ce qu'il ne voyait
pas. Jamais les calculs ne dirigeaient ses actions. C'tait toujours
chez lui le rsultat de la sensation du moment et comme un effet de
l'tat de son sang. Il pouvait s'en aller aussi bien devant trente mille
hommes en ayant cinquante qu'en attaquer cinquante avec vingt.
Toutefois, dans la circonstance, il tait dans une disposition de
crainte irrflchie et exagre. Il ne voulut pas s'arrter, quoique des
troupes lgres seules fussent en prsence.

Ce marchal ayant continu son mouvement, j'allai occuper le mme jour,
6, les hauteurs d'Eulenbourg o je campai. Leipzig se trouvant de
nouveau menac, ds le lendemain je me portai sur cette ville, par
Taucha, afin de la couvrir, et de protger l'arrive d'un convoi retenu
 Naumbourg. Je l'y fis entrer.

Le 8, ayant fait une forte reconnaissance du ct de Delitzsch, je
trouvai devant moi des forces de cavalerie assez considrables; mais
elles se retirrent aprs une lgre rsistance.

Pendant que ces divers mouvements s'opraient, Napolon fit les
dispositions suivantes. Il laissa le marchal Saint-Cyr  Dresde, avec
les premier et quatorzime corps, et les chargea de garder les dbouchs
de la Bohme de ce ct. Le cinquime corps reut l'ordre de se rendre 
Freyberg avec le huitime. Runis au deuxime, ces trois corps furent
mis aux ordres du roi de Naples, et chargs de couvrir les dbouchs de
la Bohme sur Leipzig. Le 7, Napolon se mit en mouvement pour descendre
l'Elbe et se rapprocher de l'arme de Silsie, que son intention tait
de combattre. Il partit avec les troisime et onzime corps et sa garde.
Le 9, il s'avana  Eulenbourg, o il fut rejoint par les quatrime et
septime corps. Le mme jour, je me portai, conformment  ses ordres,
dans la direction de Dben, et je campai  la hauteur d'Eulenbourg. Une
trs-nombreuse cavalerie tait devant moi et je dus marcher avec lenteur
et prcaution, n'ayant plus avec moi les premier et cinquime corps de
cavalerie. Je trouvai l'ennemi form prs de Koblein, soutenu par une
nombreuse artillerie: mais il n'entreprit rien de srieux et se retira
aprs un engagement de trois quarts d'heure environ. Le 10, je me
runis,  Dben,  l'Empereur, et j'occupai Delitzsch par une division
et de la cavalerie.

L'arme de Silsie s'tait retire brusquement de Dben, et replie sur
le prince royal de Sude. Le corps de Sacken, s'tant trouv en retard,
fut oblig de repasser la Muldau  Ragika. Les deux armes du prince de
Sude et de Blcher se trouvrent runies  Zerlig.

Le 11, l'Empereur donna l'ordre au gnral Rgnier de passer l'Elbe 
Wittenberg, et le marchal Ney, avec le troisime corps, marcha sur
Dessau. Le 12, Dessau fut emport, et la division prussienne qui
l'occupait se retira sur Roslau, aprs avoir perdu trois mille hommes,
tandis que le gnral Rgnier poussait la division Thumen par la rive
droite, galement sur Roslau. Le gnral Tauentzien continua sa retraite
sur Zerbst. Le 13, le septime corps rentra  Wittenberg. Les deux
armes ennemies se trouvrent de nouveau spares: celle de Silsie sur
Halle, et celle du prince royal de Sude sur Bernbourg. Le 30, le
prince de Sude passa la Saale et se porta sur Cthen.

Le 11, je me portai sur Bittersfeld pour y faire une forte
reconnaissance. Je pris avec moi ma cavalerie et une division
d'infanterie. J'acquis la certitude que toute l'arme ennemie tait en
de de l'Elbe. Je revins  Dben, et j'en rendis compte  l'Empereur.

Napolon se trouvait alors avec cent trente mille hommes runis et
disponibles. C'tait assurment l'occasion d'agir offensivement d'une
manire dcide, de changer le thtre de la guerre et le systme de
dmonstration impuissante de mouvements de va-et-vient qui avaient si
fort diminu ses forces, et l'avaient fait si rapidement dchoir. Une
offensive vive sur Blcher et le prince royal de Sude, qui l'aurait
port au del de la Saale, sur la ligne d'opration de l'ennemi, ou bien
sur l'Elbe, lui promettait les avantages les plus dcisifs. Ces
manoeuvres lui taient faciles, puisqu'il possdait toutes les places
situes sur le fleuve. Il aurait pu, avec promptitude, se mouvoir sur
les deux rives. Huit jours d'oprations nergiques lui faisaient
dtruire les forces qu'il avait devant lui. Il pouvait rtablir ainsi
ses affaires et rappeler la victoire sous ses drapeaux. En faisant cette
opration il augmentait son arme d'une partie des garnisons des
places: il appelait  lui le corps de Davoust qui lui aurait amen plus
de vingt mille hommes, en laissant encore les forces ncessaires  la
garde de Hambourg; il se faisait joindre par le corps d'Augereau, appel
de Wrzbourg, et dj arriv sur la Saale, et, dans tous les cas, il
avait ses communications libres avec la France par le Bas-Rhin.

Dans ce systme, les trois corps, deuxime, cinquime et huitime, avec
lesquels manoeuvrait Murat, se seraient retirs lentement sur lui,
auraient couvert Leipzig aussi longtemps que possible. Pour complment,
il aurait envoy, par des missaires, l'ordre au marchal Saint Cyr
d'vacuer Dresde, pour se rendre  grandes marches sur Wittenberg et
Torgau, par la rive droite de l'Elbe. Enfin on peut ajouter que la
ncessit d'abandonner Dresde, vu la marche des vnements et la
direction qu'avait prise la guerre, aurait d tre sentie d'avance, et
lui faire natre, de bonne heure, l'ide d'vacuer de cette ville les
malades et les blesss, afin de rendre mobiles et disponibles les deux
corps d'arme chargs de dfendre cette place, ou plutt ce camp
retranch. Enfin il devait tre inform des dispositions hostiles de la
Bavire. En s'loignant de cette puissance, il y chappait ou retardait
au moins son action contre lui; mais, au lieu d'envisager les nouvelles
ncessits que les circonstances lui imposaient, il resta indcis,
voulut tout conserver  la fois. Il perdit tout pour avoir voulu tout
garder.

On ne reconnat plus Napolon pendant cette campagne. J'eus une longue
conversation avec lui  Dben. Jamais cette conversation n'est sortie de
ma mmoire. Quand j'tais  porte de lui, il tait dans l'usage de
m'envoyer chercher pour me parler de ses projets et des diffrentes
choses qui l'occupaient d'une manire particulire. Un usage, fort
commode pour lui, assez bien entendu, mais insupportable pour les
autres, lui donnait beaucoup de temps  employer ainsi. Lorsque les
mouvements de son quartier gnral le permettaient, il se couchait  six
ou sept heures du soir, se levait  minuit ou  une heure. Les rapports
arrivant, il se trouvait ainsi tout prt  les lire et  donner des
ordres en consquence; mais pour ceux qui avaient march ou combattu
pendant la journe, pour ceux qui,  la fin du jour, avaient fait les
rapports, dispos tout pour oprer le lendemain, et devaient dormir la
nuit pour se reposer, c'tait une chose terrible que de renoncer, au
commencement d'un sommeil rparateur,  son action bienfaisante, et
d'aller ainsi prendre part  une conversation plus ou moins
intressante.

Aprs donc tre rentr de ma reconnaissance de Bittersfeld, et lui avoir
fait mon rapport, je venais de me coucher quand on vint me chercher de
la part de l'Empereur. Il me parla de sa position et des divers partis
qu'il avait  prendre. J'insistai de toutes mes forces pour celui dont
je viens de parler et qui, seul, pouvait le sauver. Son unique moyen de
salut, selon moi, en ce moment, tait de s'loigner des champs de
bataille de la Bohme, puisque plus tt il n'avait pas voulu la
conqurir, et enfin de quitter les dfils qui lui avaient t si
funestes. Il ne put se dcider  l'vacuation volontaire de Leipzig. Il
ne prvoyait pas que, huit jours plus tard, il y serait forc, sous de
bien autres auspices, au milieu de dsastres et d'une confusion qui ont
achev sa ruine. Il se disposait, au contraire,  aller combattre sous
les murs de cette ville. Je discutai en dtail, avec lui, sur les
inconvnients de choisir un semblable champ de bataille, au fond d'un
entonnoir, en avant d'horribles dfils, longs et faciles  boucher;
mais il me rpondit ces paroles mmorables et qui montrent les illusions
dont il tait encore rempli: Je ne combattrai qu'autant que je le
voudrai. Ils n'oseront jamais m'y attaquer.

La conversation se porta naturellement sur les vnements de la
campagne. J'en fis la critique avec franchise. Je lui fis remarquer que
nos pertes normes, indpendamment de celles prouves sur le champ de
bataille, venaient essentiellement du manque de soins, de vivres et de
secours de toute espce qui avaient t refuss aux soldats. J'tablis
enfin que, si Dresde avait contenu les approvisionnements ncessaires
pour nourrir l'arme, si les hpitaux avaient t pourvus de tout ce
dont ils avaient besoin pour que les malades et les blesss reussent
des secours convenables, son arme serait plus forte de cinquante mille
hommes, et certes cette valuation n'tait pas au-dessus de la vrit.
Alors, ajoutai-je, indpendamment de l'intrt qu'il y a  sauver la
vie  cinquante mille hommes, vous auriez t dispens, pour conserver
la mme force  votre arme, d'ordonner une leve de cinquante mille
conscrits. Au lieu d'avoir en esprance cinquante mille hommes, vous
auriez en ralit cinquante mille vieux soldats aguerris, et sur le
terrain mme des oprations. Ces cinquante mille soldats  lever, 
habiller,  armer,  faire arriver, coteront sans doute bien cinquante
millions. Or, en supposant, ce qui est norme, que l'augmentation de
dpense exige par un meilleur entretien de l'arme se ft leve 
vingt-cinq millions, il en rsulte que cette dpense de vingt-cinq
millions, faite  propos, vous et pargn cinquante mille hommes et
vingt-cinq millions. Je lui fis cette dmonstration la plume  la main.
Elle tait sans rplique. Vaincu par l'vidence, il me rpondit avec
humeur: Si j'avais donn cette somme, on me l'aurait vole, et les
choses seraient dans le mme tat.

Il n'y avait rien  rpliquer  cette trange rponse qu'une chose,
c'est qu'il fallait alors renoncer  gouverner et  administrer.
Napolon a toujours t dans l'usage de prodiguer les moyens pour crer
de nouvelles forces; mais jamais il n'a voulu faire le moindre sacrifice
pour entretenir celles qui existaient, et sans doute la raison commande
une marche inverse.

Cette conversation, une des plus longues que j'aie jamais eues tte 
tte avec Napolon, car elle dura plus de cinq heures, ayant commenc
vers une heure aprs minuit et n'ayant fini qu'aprs le djeuner, qui
eut lieu  six heures du matin, varia beaucoup dans son objet. Elle
changea de nature plusieurs fois, et embrassa des questions gnrales,
comme il arrivait souvent avec lui. Il se plaignait de l'abandon de ses
allis. Il disait qu'ils lui avaient manqu de parole.  cette occasion,
il fit la distinction de ce qu'il appela l'homme d'honneur et l'homme de
conscience, en donnant la prfrence au premier, parce que, avec celui
qui tient purement et simplement sa parole et ses engagements, on sait
sur quoi compter, tandis qu'avec l'autre on dpend de ses lumires et
de son jugement. Le second, dit-il, est celui qui fait ce qu'il croit
devoir faire, ce qu'il suppose tre le mieux. Puis il ajouta: Mon
beau-pre, l'empereur d'Autriche, a fait ce qu'il a cru utile aux
intrts de ses peuples. C'est un honnte homme, un homme de conscience,
mais ce n'est pas un homme d'honneur. Vous, par exemple, si l'ennemi,
ayant envahi la France et tant sur la hauteur de Montmartre, vous
croyiez, mme avec raison, que le salut du pays vous commande de
m'abandonner et que vous le fissiez, vous seriez un bon Franais, un
brave homme, un homme de conscience, et non un homme d'honneur. Ces
paroles, prononces par Napolon, et adresses  moi le 11 octobre 1813,
ne portaient-elles pas l'empreinte d'un caractre tout  fait
extraordinaire? n'ont-elles pas quelque chose de surnaturel et de
prophtique? Elles sont revenues  ma pense aprs les vnements
d'Essonne. Elles m'ont fait alors une impression que l'on conoit, et
qui jamais ne s'est efface de ma mmoire.

Pendant que Napolon s'tait port sur la Muldau et campait  Dben, la
grande arme de Bohme tait entre en mouvement. Le corps de Colloredo
et l'arme de Benningsen s'taient ports sur Zeist et Pirna. Le 9, ce
mouvement offensif continua. Le 10, Benningsen, arriv devant Dresde, o
les deux corps franais s'taient retirs, laissa devant cette place
Tolsto avec vingt mille hommes, et marcha sur Leipzig avec le reste de
ses forces, en se dirigeant par Nossen et Colditz.

Ds le 6, la grande arme de Schwarzenberg avait commenc aussi  se
mettre en marche. Le gnral Klenau vint devant Penig, o tait une
division du huitime corps, et Wittgenstein devant Altenbourg, o tait
l'autre partie de ce corps d'arme, et Poniatowski en personne. La route
de Freyburg  Chemnitz fut rouverte en chassant la division Murrai de la
position qu'elle occupait prs de Flohe, et le troisime corps d'arme,
aux ordres du roi de Naples, opra avec la cavalerie par sa droite pour
se rapprocher de Leipzig et couvrir cette ville contre les troupes qui
dbouchaient de la Bohme. Enfin les deux armes taient, le 13, en
prsence prs de Leipzig. Les Franais occupaient Wachau et
Liebertwolkwitz, ayant une avant-garde vers Groebern et Goffa.

Le 14, le prince de Schwarzenberg fit faire une reconnaissance gnrale
par les corps de Wittgenstein et de Klenau. Un combat de cavalerie fut 
notre avantage, et chacun rentra le soir dans ses positions.

Le corps command par le marchal duc de Castiglione, appel de
Wrzbourg, o il tait trop faible pour rsister aux attaques de l'arme
bavaroise, qui d'allie allait devenir ennemie et quitter l'Inn pour
marcher sur nos communications, tait arriv, le 9 octobre,  Naumbourg.
Le prince Maurice de Liechtenstein, envoy  sa rencontre, voulut lui
barrer le chemin entre Naumbourg et Weissenfels; mais le marchal le
chassa devant lui. Il arriva le 18  Leipzig, tandis que le corps de
Giulay, aussi dirig de ce ct dans le mme but, entrait 
Weissenfelds, qui venait d'tre vacu.

Le 12, je reus l'ordre d'aller prendre position  Delitzsch, et j'en
chassai l'ennemi; mais, ayant t mis  la disposition du roi de Naples,
je fus appel par lui de la manire la plus pressante, et je partis
immdiatement. Je me rendis,  marches forces, de l'autre ct de
Leipzig, et j'allai prendre position  Stoetteritz le 13 au soir.

Dans la nuit, je reus l'ordre de l'Empereur de rtrograder, et de
chercher une position au nord de Leipzig, qui couvrit cette ville du
ct de Halle et de Landsberg. J'avais dj assez parcouru le pays pour
connatre cette position existante  une lieue et demie de Leipzig, 
Liebenthal et Brettenfeld, sur le terrain mme o Gustave-Adolphe
combattit, il y avait alors cent quarante-deux ans, et avait remport
une victoire signale. J'allai l'occuper; aprs avoir reconnu avec soin
et dtail le champ de bataille, je m'assurai qu'il tait trop vaste
pour mon corps d'arme; mais qu'avec des travaux d'une excution
facile, et trente mille hommes, je pouvais tenir en chec, pendant
vingt-quatre heures, les armes du Nord et de Silsie. J'en rendis
compte  Napolon, qui me prescrivit d'excuter sans retard les travaux,
et m'annona que, le moment venu, j'aurais le troisime corps  ma
disposition, ce qui porterait ma force au nombre d'hommes que j'avais
dtermin. Je me mis  la besogne, et ne ngligeai rien pour remplir la
tche impose. Je fis faire de nombreux abatis dans le bois, en avant de
Liebenthal et en arrire de Radfeld. Puis je l'occupai fortement. Ce
bois devint comme une forteresse. Badfeld fut aussi occup par mon
avant-garde, qui en chassa un corps de cavalerie considrable, soutenu
par une artillerie assez nombreuse.

Pendant la journe du 15, les troisime, quatrime, septime et onzime
corps, et la garde, firent leur mouvement sur Leipzig, qu'ils
traversrent. Les troisime et quatrime restrent  Eustritz, en
arrire de moi. Le onzime et la garde allrent se mettre en ligne
contre la grande arme, et le septime se porta sur Taucha.

Le 15, dans la journe, des sapeurs, pris deux jours auparavant prs de
Delitzsch, conduits au quartier gnral  Halle, et qui s'taient
chapps, m'informrent de la marche des armes combines du Nord et de
Silsie. D'aprs ces rapports, elles devaient tre en prsence, selon
toutes les apparences, le lendemain, 16, au matin.

J'en prvins Napolon, dont le quartier gnral tait  Reudnitz, prs
de Leipzig. Le 15, au soir, la cavalerie et l'artillerie, que j'avais
devant moi, furent soutenues par de l'infanterie. Je fis replier mes
postes loigns, jets sur les bords de l'Elster. J'en donnai avis 
l'Empereur. Vers dix heures du soir, je montai sur le clocher de
Liebenthal, et je pus voir de mes yeux tous les feux de l'arme ennemie.
L'horizon en tait embras. Je me htai d'en rendre compte  l'Empereur
et de lui rappeler que ma position exigeait trente mille hommes. Je lui
demandais de ne pas perdre un moment pour mettre  ma disposition le
troisime corps qu'il m'avait promis.

J'attendais avec impatience le rsultat de mes rapports et les effets
qui en seraient la suite, quand, le 16,  huit heures du matin, je reus
une lettre de Napolon, apporte par un de ses officiers d'ordonnance,
appel Lavesaut. Dans cette lettre, il critiquait tous mes rapports et
leur conclusion. Il prtendait que j'tais dans une erreur complte. Je
n'avais, disait-il, personne devant moi. Il me donnait en consquence
l'ordre de me retirer immdiatement sur Leipzig, de traverser cette
ville, et de venir former la rserve de l'arme[5].

[Note 5: Dans une lettre date du 15 octobre, au soir, le major
gnral m'crit: Dans le cas o l'ennemi dboucherait devant vous en
grande force, votre corps, celui du gnral Bertrand et celui du prince
de la Moskowa sont destins  lui tre opposs.

Ces dispositions taient parfaitement sages et raisonnables.

Or la marche de l'ennemi tait prouve par le rapport des sapeurs faits
prisonniers le 13, chapps et arrivs prs de moi le 15, rapport que
j'avais fait connatre  l'Empereur.

Son arrive tait prouve par la prsence de l'infanterie, devant
laquelle mes avant-postes s'taient replis.

Elle l'tait encore par la vue des feux de toute l'arme, qui
s'apercevaient du clocher de Liebenthal, et dont j'avais rendu compte 
neuf heures du soir.

Et, avec ces documents,

On donne l'ordre, le 16 au matin, au gnral Bertrand de marcher sur
Lindenau;

Au troisime corps, de venir  la grande arme;

Et au sixime, de traverser Leipzig et de s'tablir entre Leipzig et la
grande arme!

Napolon ne regardait alors comme vrai que ce qui entrait dans ses
combinaisons et son esprit.

(_Voir les pices justificatives._)]

Un pareil ordre, dans des circonstances semblables, devait tre
promptement excut. Je ne pouvais m'y tromper: l'Empereur tait tomb
dans une erreur grossire; mais du moment o il ne m'envoyait pas le
troisime corps, indispensable  cause de l'tendue de la position 
dfendre je devais bien me garder d'y rester. D'ailleurs, les ordres
taient prcis; et,  moins que les coups de canon ne viennent
contrarier l'excution d'un ordre de mouvement, il n'y a plus d'arme ni
de succs possible quand on dlibre  cette occasion et quand on hsite
 l'excuter.

Grce  la bonne organisation de mes troupes,  leur instruction et 
leur discipline, une demi-heure aprs l'ordre reu, elles taient
formes en six colonnes parallles, et en marche pour se rendre 
Leipzig. Mais,  peine le mouvement commenc, l'ennemi dboucha sur
nous. Une forte avant-garde occupait le village de Radfeld. Elle tait
commande par un gnral d'une grande valeur et d'une grande capacit,
homme d'un nom militaire illustre, le gnral Cohorn. Elle fut force 
se retirer; mais elle le fit avec lenteur et en bon ordre. Une brigade
de cavalerie lgre wurtembergeoise, faisant partie de mon corps d'arme
et qui se trouvait  l'avant-garde, se conduisit aussi avec valeur et
courage. C'tait le dernier mouvement d'honneur et de fidlit du
gnral Normam, et de ses soldats. Quelques heures plus tard, ils nous
furent funestes au lieu de nous tre utiles. La deuxime division,
commande par le gnral Lagrange, resta en arrire pour soutenir
l'arrire-garde et la recueillir. Quand tout fut en ordre et
convenablement dispos, le mouvement continua sur Leipzig en changeant
 chaque moment des coups de canon avec l'ennemi.

L'opinion de Napolon n'tait plus susceptible de discussion. L'ennemi
tait l, nous tions aux prises avec lui. C'tait toute l'arme de
Silsie qui tait en prsence et avec laquelle nous avions affaire. Nous
ne pouvions plus aller sur le champ de bataille au sud de Leipzig.
Entrer mme  Leipzig, et nous former derrire la Partha tait chose
prilleuse. Passer un dfil comme celui que nous avions devant nous,
dfil soumis  l'action des hauteurs qui le dominent immdiatement,
pouvait produire une grande confusion, et amener une catastrophe. Le
gnral Bertrand, ayant reu l'ordre de balayer l'ennemi sur les
derrires de l'arme et d'ouvrir le dbouch de Lindenau, s'tait mis en
marche immdiatement pour l'excuter. Mais le troisime corps pouvait
tre encore  Leipzig, et  porte de me soutenir. J'avais reconnu une
position, moins bonne que celle de Liebenthal, mais plus resserre et
plus rapproche de la ville, celle dont la droite est  Eustritz et la
gauche  Meckern. J'envoyai un officier auprs du marchal Ney, qui
tait  Leipzig et auquel l'Empereur avait donn le commandement
suprieur, pour savoir si le troisime corps s'y trouvait encore. Il me
fit rpondre affirmativement et dire que je pouvais en disposer. Je
n'hsitai plus  m'arrter,  prendre position et  livrer bataille.
J'arrtai mes colonnes sur le plateau et je formai ma ligne de bataille.
L'attaque de l'ennemi ne pouvait venir que par notre gauche. Notre
droite tait en arrire, appuye et couverte par une petite division
polonaise, commande par le gnral Dombrowsky, et qui, place de
l'autre ct du ruisseau marcageux et encaiss qui coule  Eustritz,
prenait ainsi, de revers, la gauche de l'ennemi. Je devais donc conclure
que ce serait sur ma gauche et sur Meckern que l'ennemi se porterait. En
consquence, je fis faire un changement de front oblique, par brigade,
la droite en avant, ce qui forma mon corps d'arme en six lignes,
prsentant ainsi de nombreuses rserves. Meckern fut confi au 2e
rgiment de marine. Toute mon artillerie fut place sur le point le plus
lev de la ligne occupe par mon corps d'arme. Mes quatre-vingt-quatre
pices de canon furent disposes pour arrter l'ennemi. Douze pices de
douze, entre autres, avaient pour objet de flanquer, d'une manire
avance, la droite du village de Meckern.

L'ennemi attaqua, avec imptuosit, le village de Meckern, et fit
soutenir cette attaque par le feu d'une nombreuse artillerie qui se
dveloppa en face de mon front. Mais tous ses efforts furent longtemps
impuissants. Aprs des attaques ritres sur le village, une partie fut
vacue, mais bientt reprise par le mme rgiment qui le dfendait et
qui fut ramen  la charge. Culbuts de nouveau, le 4e de marine et le
37e lger furent successivement ports sur Meckern, o semblait tre
toute la bataille. Ils le reprirent et le conservrent longtemps, ainsi
qu'on devait l'attendre d'aussi bonnes troupes, malgr les efforts
constants de l'ennemi et les troupes fraches qui renouvelaient les
attaques. En ce moment, j'prouvais une vive impatience de l'arrive du
troisime corps que le marchal Ney m'avait annonc. S'il se ft trouv
 ma disposition, comme j'tais autoris  y compter, il et dbouch
par ma droite, et un mouvement offensif sur la gauche de l'ennemi aurait
assur le gain de la bataille, c'est--dire la conservation de notre
position pendant toute la journe.

Il y avait plus de quatre heures que nous combattions avec acharnement.
L'ennemi avait fait des pertes normes par la supriorit du feu de
notre artillerie, et son action foudroyante sur ses masses, quand il
excuta une nouvelle charge. Elle avait chou comme les prcdentes et
produit un grand dsordre parmi ses troupes. Je donnai l'ordre,  la
brigade de cavalerie wurtembergeoise, commande par le gnral Normam,
de charger cette infanterie prsentant  la vue la plus grande
confusion. Elle refusa d'abord d'excuter mes ordres, et, le moment
pass, il n'y avait plus rien  entreprendre de bien utile.  l'arrive
d'un second ordre, elle s'branla cependant; mais elle se jeta sur un
bataillon du 1er rgiment de marine, le culbuta au lieu de se prcipiter
sur l'ennemi qui se rtablit et recommena son offensive.

Cependant les choses continuaient  se balancer, malgr la disproportion
des forces, lorsqu'au moment d'une nouvelle attaque de l'ennemi la
batterie de douze, dont l'effet tait si favorable et si puissant, fut
tout  coup mise hors de service, un obus ayant fait sauter quatre
caissons. Des caissons d'obus sautrent aussi. Les obus clatrent, et
prcisment au moment o l'ennemi faisait une charge dcisive. Cet
accident eut des consquences funestes. L'ennemi, ayant russi dans son
attaque  emporter le village de Mackern, fit avancer son centre.
Celui-ci fut bientt aux mains avec la premire division. Le combat prit
alors un nouveau caractre. Nos masses et celles de l'ennemi furent si
rapproches les unes des autres, et pendant si longtemps, que jamais
chose pareille ne s'tait offerte  mes yeux. Je pris avec moi les 20e
et 25e provisoires, commands par les colonels Maury et Drouhot, et je
les menai  la charge. Bientt moins de cent cinquante pas nous
sparrent de l'ennemi. Arrivs  cette distance, nous rtrogradmes;
mais, aprs avoir fait quelques pas, nous nous arrtmes, et fmes, 
notre tour, rtrograder l'ennemi. Cet tat de choses dura prs d'une
demi-heure. Alors le 1er rgiment d'artillerie de la marine, plac  ma
droite, engag galement de trs-prs avec l'ennemi, vint  plier. Le
32e lger se porta en avant, et arrta momentanment l'ennemi; mais, en
ce moment, six mille chevaux vinrent nous envelopper et nous attaquer de
toute part. Il fallut se retirer sur la troisime division, qui avait
peu combattu, et dont les chelons nous recueillirent et arrtrent la
poursuite. La nuit arriva et mit fin  ce combat, un des plus chauds, un
des plus opinitres qui aient jamais t livrs. Les troupes y
montrrent la plus grande valeur. Si les Wurtemburgeois avaient fait
leur devoir, un succs complet aurait t le prix de nos efforts.
Indpendamment de la conservation de tout le champ de bataille, nous
aurions fait bon nombre de prisonniers. Malgr tous les contre-temps
survenus, nous perdmes seulement la moiti du terrain sur lequel nos
troupes taient formes. Nous emes fort peu de soldats prisonniers;
mais vingt-sept pices de canon tombrent au pouvoir de l'ennemi. Bless
 la main gauche, d'une balle, au moment o je menais les 20e et 25e
rgiments  la charge, je ne quittai le champ de bataille que le
dernier. Je ne fus pans qu' dix heures du soir.

Dans cette bataille, le corps de York, fort de vingt-deux mille hommes,
fut engag en entier, et presque tous les gnraux ou officiers
suprieurs furent tus ou blesss, tant ils avaient d payer de leur
personne pour contenir leurs troupes et se maintenir contre la vivacit
de nos attaques ou l'nergie de notre dfense. Le corps de Langeron fut
en partie engag. Notre champ de bataille fut le plus ensanglant dans
cette mmorable journe, le lieu o l'action fut la plus vive. J'ai ou
dire  divers officiers prussiens, et, entre autres,  M. de Goltz,
adjudant gnral envoy par le roi de Prusse auprs de Blcher, le mme
qui, depuis, a t ministre de Prusse  Paris, qu'aprs l'vacuation de
Leipzig les souverains allis, ayant t visiter tous les champs de
bataille, furent frapps de la physionomie de celui-ci, du nombre des
morts, et surtout de la proximit des morts des deux armes.

La nuit tant arrive, mes troupes prirent position  Eustritz et
Gohlis. Le lendemain matin, elles repassrent la Partha et s'tablirent
sur la rive gauche de cette rivire.

J'avais d compter sur le troisime corps d'arme; mais le marchal Ney
en avait dispos par l'ordre de l'Empereur, et l'avait dirig sur la
grande arme. Napolon, inform de mon engagement, lui envoya l'ordre de
rtrograder, mais dj il tait prs de lui. Il se mit cependant en
mouvement pour revenir, sans pouvoir arriver  temps pour nous secourir;
et, pendant cette journe dcisive, ayant toujours march d'une arme 
l'autre, il ne fut utile nulle part.

Napolon, de son ct, avait combattu avec les deuxime, cinquime,
huitime, onzime corps et sa garde. Il avait gard ses positions, mais
n'avait pas pu enlever celles de l'ennemi. Je n'entrerai pas dans le
dtail de ce qui se passa de ce ct. Ce n'est pas l'histoire complte
de la guerre que j'cris, mais seulement le rcit des vnements qui me
sont particulirement personnels. Divers crivains militaires ont fait
des relations de la bataille de Leipzig. Je les ai lues. La plus exacte,
celle qui se rapproche davantage de la vrit pour les faits, malgr le
thme convenu de mettre Napolon  l'abri de tout reproche, est celle
que contient le _Spectateur militaire_, et dont le gnral Pelet est
l'auteur.

Mon corps d'arme perdit de six  sept mille hommes. Le seul corps de
York, d'aprs les relations officielles, dont les valuations sont
probablement fort infrieures  la vrit, prouva une perte de cinq
mille quatre cent soixante-sept hommes.

Pendant cette double bataille, le quatrime corps, command par le
gnral Bertrand, avait pass l'Elster, s'tait empar de Lindenau, et
avait loign le corps de Giulay, qui occupait la plaine de Markranstadt
et de Lutzen. Cette bataille du 16 dcidait la question de la possession
de l'Allemagne. C'est pour y commander que nous avions combattu ce
jour-l. C'est pour l'affranchir de notre domination que les allis nous
avaient attaqus. Il restait  livrer bataille pour assurer notre salut
personnel. Ainsi, quand on fixe au 18 octobre la bataille de Leipzig, on
est dans l'erreur. Le 16, la grande question a t dcide. Napolon
n'tant pas parvenu  battre et  faire reculer l'ennemi, moi m'tant
trouv dans la ncessit de combattre un contre quatre, quoique l'arme
du Nord, forte de soixante mille hommes, ne ft pas entre en ligne, et
la grande arme du prince de Schwarzenberg devant recevoir, le 17, les
puissants renforts que Benningsen et Colloredo lui amenaient, il n'y
avait plus rien  faire. D'ailleurs nos moyens taient uss, nos
munitions consommes, nos corps  moiti dtruits. Nous n'avions donc
plus d'esprance  concevoir, et notre pense unique devait tre de nous
retirer en bon ordre, de sauver nos dbris et de regagner la France.

La journe du 17 se passa tranquillement. L'ennemi attendait ses
renforts. Quant  nous, nous tions occups  remettre l'ordre dans nos
troupes. Cependant nous aurions d, ds ce moment, commencer notre
retraite, ou au moins en prparer les moyens, de manire  l'effectuer
ds l'entre de la nuit. Mais une sorte d'insouciance de la part de
Napolon, impossible  expliquer et difficile  qualifier, mettait le
comble  tous nos maux. Pendant toute la journe du 17, l'arme de
Silsie, et ensuite l'arme du Nord, commande par le prince royal de
Sude, dfilrent sous nos yeux et remontrent la rive droite de la
Partha. Je fis occuper les divers ponts de la partie suprieure de cette
rivire, et je plaai en observation, sur la rive gauche, ma cavalerie
lgre. Mon infanterie tait campe perpendiculairement  la Partha,
faisant face  Taucha, la gauche au village de Schoenfeld, la droite
sur la direction du village de Paunsdorf.

L'Empereur avait cependant senti la ncessit d'oprer la retraite. Les
troupes qui avaient combattu  Wachau et Liebertwolkwitz la commencrent
avant le jour, le 18, et se rapprochrent de Leipzig. Des caissons, que
l'on ne pouvait pas emmener faute d'attelages, sautrent, ce qui avertit
l'ennemi du mouvement qui s'oprait. Il se mit en consquence en mesure
d'attaquer l'arme franaise. En effet, vers les dix heures du matin,
l'arme de Bohme marcha en avant, forme en trois grosses masses, la
droite commande par le gnral Benningsen, le centre par Barclay de
Tolly, et celle de gauche par le prince de Hesse-Hombourg, tandis que
l'arme de Silsie et l'arme du Nord dbouchaient par Taucha.

La grande arme franaise prit aussitt les positions suivantes: 
l'extrme droite, le huitime (Poniatowski), ensuite, vers Probstheyda,
le duc de Castiglione; puis le corps du duc de Bellune; ensuite le
cinquime (gnral Lauriston); enfin le duc de Tarente, avec le onzime,
derrire Holzhausen. Le septime, compos de Saxons, qui venait de
Taucha, devait occuper Paunsdorf. Mon corps devait tre  gauche, et le
troisime en seconde ligne.

Aucun engagement n'avait encore eu lieu; mais on devait reconnatre que
le moment de l'action tait prochain. Je venais de visiter mes postes de
cavalerie wurtembergeoise sur la rive gauche de la Partha. J'avais donn
pour instruction au gnral Normam, en le quittant, de se replier avec
lenteur sur moi quand l'ennemi arriverait sur lui en dbouchant de
Taucha, et de me faire prvenir, afin que mes troupes eussent le temps
de prendre les armes. Je rentrais  mon camp avec scurit quand je vis
la plaine couverte de cavalerie lgre. Cette cavalerie en dsordre
marchait dans notre direction et s'avanait sur nous. Je supposai que
les Wurtembergeois, attaqus brusquement, fuyaient. Je fis prendre les
armes immdiatement aux troupes. Je fis battre la gnrale. C'tait la
premire fois dans ma vie que j'employais devant l'ennemi ce moyen
d'avertissement. En un petit nombre de minutes, les troupes furent en
ligne, formes et en tat de combattre. La cavalerie en vue approcha.
Elle tait compose de Cosaques. Normam, avec sa brigade, avait pass 
l'ennemi.

Un instant aprs, la cavalerie saxonne, place au dedans de nos lignes,
s'branla et marcha dans la direction de l'ennemi. Je crus d'abord
qu'elle allait se mettre en ligne dans un de nos nombreux intervalles;
mais je reconnus bientt ses intentions. Forme en colonne, ses chevaux
de main taient en tte. Elle dpassa rapidement la ligne des troupes
franaises, fut reue dans les rangs ennemis, et promptement imite par
l'infanterie et l'artillerie; mais, chose odieuse! cette artillerie, 
peine arrive  une certaine distance, s'arrta, se mit en batterie et
tira sur nous. La diminution de nos forces nous obligea  raccourcir
notre ligne. Je portai ma droite en arrire et la plaai dans la
direction de Wolkmann, plus rapproche de Leipzig. Ma ligne fut
complte au moyen de la division Delmas, du troisime corps, qui vint
remplir le vide fait par le dpart des Saxons et occuper Wolkmann. Les
troupes que j'avais en tte se trouvaient tre composes des deux armes
de Silsie et du Nord. Les Sudois se trouvaient  leur droite et
vis--vis de ma gauche.

L'ennemi dirigea ses principales attaques sur ce point. Il dploya
devant nous cent cinquante bouches  feu. C'tait beaucoup; car mon
artillerie, fort diminue par les pertes de l'avant-veille, avait
trs-peu de munitions. Il fallut les mnager, et cependant bientt elles
s'puisrent. L'ennemi rapprochait son canon, mitraillait un carr.
Cette troupe, ainsi foudroye, perdait du terrain, et alors j'allai la
joindre et lui ordonner de s'arrter. Je restai avec elle pour partager
son sort et l'encourager; mais bientt un autre carr, plus maltrait
encore, fit un mouvement de retraite. Je fus forc de courir  lui pour
lui tenir le mme langage et lui donner le mme exemple.

Pendant ce temps, les attaques sur Schoenfeld se succdaient, et ce beau
et grand village fut pris et repris sept fois. Jamais l'ennemi ne
parvint  s'en emparer compltement. Les troupes de ma deuxime division
et un dtachement de la troisime eurent la gloire de cette dfense
hroque. Elles comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis et
soutinrent le combat prs de huit heures.  la fin de la journe, mon
artillerie tant entirement dmonte ou sans munitions, et l'ennemi
s'tant tellement rapproch avec la sienne, qu'il n'y avait plus moyen
d'y tenir, mes troupes firent un lger mouvement en arrire; mais,
l'artillerie du troisime corps tant venue  notre secours, ainsi que
la division Ricard, le village de Schoenfeld fut repris une huitime
fois, et ainsi finit cette malheureuse, mais glorieuse journe. Notre
perte fut considrable en tus et en blesss, surtout en officiers,
parmi lesquels huit officiers gnraux de mon seul corps d'arme.

Pour donner une ide exacte de la manire dont nous nous sommes battus
pendant ces deux clbres journes, je dirai seulement ce qui concerne
mon tat-major et moi-mme. Mon chef d'tat-major et le sous-chef furent
frapps  mes cts[6]; quatre aides de camp furent tus, blesss ou
pris; sept officiers d'tat-major furent galement tus ou blesss[7].
Quant  moi, j'eus un coup de fusil  la main, une contusion au bras
gauche, une balle dans mon chapeau, une balle dans mes habits, quatre
chevaux tus ou blesss sous moi[8]. Sur trois domestiques qui
m'accompagnaient, deux furent blesss et eurent leurs chevaux tus.
Partout cependant nous avions rsist; partout nous avions conserv nos
positions. Les troupes s'taient surpasses en nergie et en courage, et
elles en avaient bien le sentiment. Jamais je n'ai vu les miennes plus
fires de ce qu'elles avaient fait.

[Note 6: Le gnral Richemont, chef d'tat-major, tu; l'adjudant
gnral Lerasseur, sous-chef d'tat-major, eut la cuisse fracasse par
un boulet. (_Note de l'diteur._)]

[Note 7: Entre autres, Laclos, chef de bataillon, tu; le capitaine
de Charnailles, bless et fait prisonnier; le capitaine Komierouski, la
cuisse casse; le lieutenant Perrgaux, le lieutenant de Bonneval, le
lieutenant Martin, le lieutenant Baraguey-d'Hilliers, le poignet
emport; le capitaine Jules de Mry, prisonnier.--Nous n'avons pu nous
procurer les noms des autres officiers; mais il suffit de remarquer que,
parmi les aides de camp du marchal, les seuls rests debout furent le
colonel Denys de Damrmont, premier aide de camp, et le
lieutenant-colonel Fabvier. (_Note de l'diteur._)]

[Note 8: Le duc de Raguse, comme on l'a vu dans ses _Mmoires_,
avait t bless en Espagne. Il fit toute la campagne de 1813 le bras en
charpe; il n'tait pas encore guri lorsqu'il reut ces dernires
blessures. (_Note de l'diteur._)]

Cependant il n'y avait plus un moment  perdre pour nous retirer et pour
hter une retraite rendue difficile par la position particulire 
Leipzig, les embarras causs par tant de corps d'arme agglomrs et les
dfils qu'il fallait traverser. De nombreux ponts auraient d tre
construits sur l'Elster pour donner moyen  l'infanterie de marcher sur
diverses colonnes  la fois, en laissant la chausse libre 
l'artillerie,  la cavalerie et aux quipages; mais on n'en avait fait
aucun. L'tat-major n'en avait pas reu l'ordre et n'en eut pas la
pense. On aurait cru que des officiers seraient prposs pendant toute
la nuit pour veiller  la sortie de l'artillerie et  la marche
rgulire de cet immense matriel. Rien de semblable ne fut ordonn. Les
voitures, places sur trois ou quatre colonnes parallles sur les
boulevards de Leipzig, se trouvant dans l'impossibilit d'avancer faute
d'ordre, les soldats du train s'endormirent, et tout resta ainsi en
confusion jusqu'au 19 au matin. Alors il fallut prendre position dans
les faubourgs de la ville, afin de les dfendre autant que possible et
de retarder l'entre de l'ennemi de quelques heures pour faciliter la
sortie de cette artillerie, dont on tait encombr; mais, aucune
reconnaissance prliminaire n'ayant t faite, aucun de nous ne
connaissait les localits, les points  occuper, les issues  garder.
Les jardins qui entourent Leipzig rendaient d'ailleurs la dfense
difficile. Les troupes ne pouvant pas circuler, se mouvoir et se porter
d'un point sur l'autre, l'ennemi, dans ce labyrinthe, trouva facilement
des passages pour pntrer. Quelques troupes ennemies une fois entres,
la crainte et le dsordre se mirent parmi nos soldats, et toute dfense
devint impossible.

Charg d'occuper le faubourg de Halle et de le dfendre, je pris
position, le 19, de grand matin. Le troisime corps tait sous mes
ordres.

Je plaai la plus grande partie de mes troupes  la porte mme de Halle
et derrire la Partha, afin d'empcher l'ennemi d'arriver plus tt que
nous sur la communication de Lindenau, notre point de retraite, objet de
la plus grande importance. Je chargeai la division Ricard de la barrire
de Schoenfeld, se liant par sa droite avec le onzime corps qui
dfendait la porte de Dresde. Je plaai en rserve la plus grande partie
du sixime corps dans les vergers, entre la barrire de Schoenfeld et la
porte de Halle, les troupes ne pouvant pas se former sur le boulevard,
occup par une grande quantit de voitures.

Nous tions  peine forms lorsque l'ennemi, ayant runi beaucoup
d'artillerie et de troupes, attaqua le onzime corps dans le faubourg de
Dresde. Ses attaques parvinrent peu aprs  la barrire de Schoenfeld;
mais le canon qu'il avait port de ce ct, ne pouvant dcouvrir le pied
des maisons et du mur d'enceinte, ne lui ouvrit aucun passage. Ses
tentatives furent repousses. Une vaste maison, hors de l'enceinte, une
manufacture, que j'avais fait occuper par un dtachement du 70e
rgiment, et dont j'avais donn le commandement au major Rouget, fit
prouver de grandes pertes  l'ennemi, en mme temps qu'une compagnie de
carabiniers du 23e lger sortit de la barrire avec la plus grande
imptuosit et massacra tout se qui s'tait avanc. J'avais appel, au
secours de la division Ricard, la plus grande partie du sixime corps,
et nous repoussions partout l'ennemi. Mais nous ne tardmes pas  avoir
des preuves que l'ennemi avait pntr dans les faubourgs de droite. Il
se prsenta tout  coup  la droite immdiate des troupes  mes ordres,
c'est--dire  la gauche du onzime corps, et entre ce corps et moi. Je
marchai,  la tte du 142e et du 23e lger, pour le chasser des rues
qu'il occupait. Un premier succs couronna nos efforts; mais les troupes
ennemies augmentaient sans cesse; elles furent en outre bientt
secondes par le feu des troupes saxonnes et badoises qui occupaient
l'intrieur de la ville. Cette circonstance rendit nos efforts inutiles.

Le dsordre tait partout. L'encombrement caus par les voitures sur les
boulevards, l'affluence de ceux qui se retiraient, empchaient aucune
formation ni aucune disposition. Enfin la terreur emporta tout le monde.
L'on jugera de ses effets quand on saura qu'il y a un boulevard
circulaire entre la ville et les faubourgs, et que, les troupes se
retirant  la fois par le boulevard du Nord, par celui du Midi et par
le milieu de la ville, les trois colonnes se runissaient sur la
chausse de Lindenau, dbouch commun.

La foule tait si presse sur ce point de runion, qu'ayant, pour mon
compte, fait ma retraite par les bas-cts du boulevard, jamais je ne
pus entrer, sans secours, dans le courant. Deux officiers du 86e s'en
chargrent, l'un frappa tellement avec son sabre qu'il parvint  faire
un lger vide, et l'autre, ayant saisi et tir fortement la bride du
petit cheval arabe que je montais, le jeta dans cette masse confuse, o
dans les premiers moments il fut port, tant la foule tait compacte.

Cette foule s'coulait et passait le pont que Napolon avait fait miner.
J'ignorais cette disposition, et je ne compris pas le sens d'une demande
faite par le colonel du gnie Montfort, qui s'informa auprs de moi de
la troupe destine  passer la dernire. Je lui rpondis qu' la manire
dont la retraite s'oprait, avec la confusion existante, on devait
croire que c'tait le hasard qui en dciderait. Je continuai ma marche.

Je n'tais pas  deux cents pas de ce malheureux pont, lorsqu'une
explosion m'annona qu'il venait de sauter. Douze ou quinze mille hommes
taient encore en arrire.

Cet vnement funeste fut caus par la vue de quelques Cosaques qui
avaient paru dans la prairie. Le sous-officier de sapeurs qui tait
charg de la mine perdit la tte, crut  une attaque, et y mit le feu.

Je runis alors une portion de mes troupes sur la rive gauche de
l'Elster, afin de protger la retraite des hommes rests en arrire, et
de recueillir ceux qui passaient l'Elster  la nage. Je reus, en ce
moment, le marchal Macdonald qui, arriv trois minutes trop tard, ne
put passer le pont. Il franchit la rivire avec plus de bonheur que le
prince Poniatowski qui y prit. Quelques hommes aussi se retirrent par
un petit pont que l'on avait trouv le moyen d'tablir. La division
Durutte, du septime corps, mise sous mes ordres, prit galement
position dans la prairie dans le mme but. Ces troupes y restrent tant
que leur prsence fut utile. Plus tard elles se retirrent, et furent
couvertes par l'arrire-garde, compose de deux divisions de jeunes
gardes, que commandait le marchal duc de Reggio. Elles se trouvrent
runies  Lindenau.

J'avais alors sous mes ordres les troisime, cinquime, sixime et
septime corps, ou plutt leurs misrables dbris. J'allai prendre
position  Markranstadt. C'est l que je retrouvai l'Empereur. Il tait
fort abattu, et il avait raison de l'tre.  peine deux mois s'taient
couls, et une immense arme, une arme de plus de quatre cent
cinquante mille hommes, s'tait fondue entre ses mains. C'tait la
seconde fois depuis un an qu'il prsentait au monde ce spectacle de
destruction, dont les temps modernes n'ont pas offert d'autre exemple.
Il lui restait environ soixante mille hommes, composs en partie de la
garde, en partie des corps de cavalerie qui avaient pass le dfil de
Lindenau pendant la nuit, et dans la journe du 18, et enfin du corps de
Bertrand: seules forces rgulires sur lesquelles il pt compter. Ce qui
sortit, le 19, au moment o l'ennemi entrait  Leipzig, n'avait plus ni
consistance ni organisation.

Le 20, nous nous portmes sur Weissenfels. J'occupai, avec les divers
corps sous mes ordres, dont la force ne s'levait pas ensemble  six
mille hommes, les hauteurs de la rive gauche de la Saale, couvrant le
passage de l'arme contre les troupes ennemies qui auraient pu dboucher
par Mersebourg. Le lendemain, nous campmes sur les hauteurs de
Freybourg et d'Eckartsberg. Un corps ennemi, venant de Ina, se montra
sur notre flanc vers Kosen, et voulut gner notre marche. Je formai mes
troupes au dbouch; je contins l'ennemi, et couvris ainsi les
mouvements de l'arme. Le 22, nous prmes position  Butelstadt; le 23
et le 24, sur les hauteurs d'Erfurth; le 25,  Arsbach; le 26,  Wartas;
le 27,  Buttler; le 28, en avant de Fulde; le 29,  Saalmnster.
L'ennemi nous suivait sur diffrentes colonnes, mais ne pressait pas
notre marche. Il n'y eut qu'un seul engagement srieux prs de Gotha. La
jeune garde, d'abord aux ordres du marchal Oudinot, puis  ceux du
marchal Mortier, faisait l'extrme arrire-garde, et avant elle
marchait  peu de distance le quatrime corps.

Des troupes aussi dsorganises que celles que nous commandions, aussi
harasses, aussi extnues par les marches, les combats, les revers et
les privations, s'abandonnrent bientt  l'indiscipline.
L'impossibilit de faire vivre les soldats par des distributions
rgulires motiva et justifia leurs dispositions. Chacun s'occupa, avant
tout,  trouver sa subsistance; et, comme l'esprit militaire tait
teint, comme un abattement et un dgot que rien ne saurait rendre le
remplaaient, tous ceux qui s'taient loigns des drapeaux jetrent
leurs armes et marchrent un bton  la main. Sur soixante mille hommes
qui restaient encore, vingt mille taient ainsi forms en troupes de
huit ou dix hommes, couvrant toute la campagne, et marchant sur les
flancs des colonnes, bivaquant pour leur compte. Les plaines et les
valles taient, chaque nuit, couvertes d'une quantit de feux pars,
et placs sans rgularit. Ces soldats reurent de l'arme un surnom
devenu historique, qui rappelait leur unique occupation, la recherche
des moyens de vivre; on les appela les _fricoteurs_.

Au commencement d'octobre, les ngociations qui dj existaient depuis
quelque temps entre l'Autriche et la Bavire, prirent un caractre
srieux, et se terminrent par une alliance. L'arme du gnral de
Wrede, qui, dans l'intrt de l'alliance franaise, tait rassemble sur
les bords de l'Inn, et couvrait la Bavire contre les troupes de
l'Autriche, commandes par le prince de Reuss, se runit  celles-ci
pour nous attaquer. Se plaant sous les ordres mmes du gnral de
Wrede, elles se mirent en marche pour se porter sur nos derrires et
couper nos communications. Ds le 15 octobre, cette arme avait commenc
son mouvement. Le 17, elle tait  Landshut; le 20,  Nordlingen; le 22,
 Anspach, et le 24 devant Wrtzbourg. Le gnral Tarreau commandait
dans cette ville avec une garnison de douze cents hommes. Il refusa d'en
ouvrir les portes. De Wrede fit mettre en batterie tous les obusiers de
son arme, et bombarder la ville pendant la nuit, mais sans effet.
Plusieurs sommations ayant t infructueuses, il se disposait  donner
l'assaut  cette ville, dont l'tendue tait beaucoup trop grande pour
la faible garnison qui l'occupait, lorsque le gnral Tarreau consentit
 la lui remettre et  se retirer dans la citadelle. L'arme
austro-bavaroise continua son mouvement sur Aschaffembourg et sur Hanau.
Son avant-garde entra dans cette ville; mais, chasse par une premire
colonne qui marchait  deux journes en avant de l'arme, les Bavarois,
soutenus par des renforts, y rentrrent aprs son passage. Obligs de
nouveau d'vacuer la ville et d'attendre la division du gnral Lamotte,
cette division et celle du gnral de Roy tant arrives, ils occuprent
la ville et les bords de la Kinzig.

Le 29, Wrede dirigea la division Rechberg sur Francfort. Elle y arriva
le 30, et occupa le faubourg de Sachsenhausen. Une avant-garde
autrichienne de cette mme arme se porta sur Gelnhausen, et prit
position  Altenhausen. Toute l'arme de Wrede, forte de cinquante mille
hommes, tait rassemble sur le terrain le plus favorable pour agir
contre l'arme franaise. Il et d porter toutes ses forces  l'entre
du dfil de Gelnhausen; jamais il n'aurait t au pouvoir de l'arme
franaise de dboucher; mais il se tint timidement dans la plaine, peu
en avant de la Kinzig, et  porte de repasser cette rivire et de se
retirer dans la valle du Mein, s'il tait battu.

Ce mme jour, 29, l'avant-garde de l'arme franaise culbuta la brigade
autrichienne de Wolkmann, place  peu de distance de Gelnhausen. Vers
trois heures aprs-midi, elle arriva devant Langenselbold qui tait
occup par une division bavaroise. Cette division fut force  se
retirer. L'arme ennemie s'tablit alors de la manire suivante, en
position en avant de Hanau et de la Kinzig. Elle avait cette rivire 
dos: sa droite, compose de la division Becker, appuye  la rivire et
 la ferme de Neuhof. Venait ensuite une partie de la division
autrichienne du gnral de Fresnel. Au del de la route de Francfort
tait place la division bavaroise de Lamotte. Plus  gauche tait la
cavalerie bavaroise et une nombreuse artillerie. Cette ligne tait
termine par le reste de la division de Fresnel, et des Cosaques qui
voyaient la route de Friedberg. Enfin la division du gnral Bach
occupait la ville de Hanau.

Le 30, au matin, l'arme franaise, aussitt qu'elle fut  porte, et
qu'elle put se dvelopper dans la plaine, mit en action sa cavalerie et
l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du gnral Sbastiani
les soutint. L'ennemi, cras par le feu auquel il fut soumis, press
par les charges qu'il eut  supporter, plia. Quand il fut arriv  la
lisire du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargs de l'y
suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de
Tarente reurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la
vieille garde, commands par le gnral Curial, curent l'ordre de les
soutenir. La manire dont ces deux bataillons se portrent en avant et
culbutrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour
ceux qui en furent tmoins.

Appel par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je
reus, je htai ma marche et j'arrivai  temps pour prendre part au
combat avec la tte de ma colonne. Une charge de six cents hommes faite
dans le bois  l'appui de notre gauche, qui prouvait une fort grande
rsistance, fora l'ennemi  repasser la Kinzig. Tout ce qui tait sur
la route de Francfort se retira par Hanau, et sortit de cette ville pour
se runir  ce qui avait fait sa retraite par le pont de Lamboi. Pendant
la nuit, je fis jeter quelques centaines d'obus dans la ville. L'ennemi
l'vacua, et j'en fis prendre possession. Je bivaquai en face de lui. Je
n'en tais spar que par la Kinzig. Les Bavarois perdirent dans cette
affaire environ six mille hommes. Notre perte fut moindre, vu le petit
nombre de nos combattants et notre succs.

L'ennemi tenta de passer la Kinzig le lendemain 31; mais il fut
constamment repouss par mes troupes. Aucune de ses tentatives ne lui
russit; et, quoiqu'il fit soutenir ses mouvements offensifs par une
artillerie formidable et trs-suprieure  la ntre, ses troupes furent
constamment rejetes ou contenues de l'autre ct de la rivire. Le
quatrime corps, tant arriv, me remplaa. Quand il fut en position, je
continuai mon mouvement sur Francfort. Alors de Wrede prit l'offensive 
la fois sur la rivire et sur la ville. Cette dernire attaque
russissant, il voulut dboucher sur la grande route; mais ce gnral,
arriv sur le pont, reut une balle dans le bas-ventre. L'artillerie de
la division Morand ayant en mme temps mitraill la colonne ennemie,
elle plia. Une brigade italienne chargea l'ennemi avec vigueur, le
culbuta et reprit la ville. Le soir, le gnral Bertrand replia ses
postes et se retira sur Francfort. L'arrire-garde, commande par le
marchal Mortier, vita de passer  Hanau, et se retira de Gelnhausen
directement sur Hochstadt, o elle arriva sans tre inquite.

Le 1er novembre, je me rendis  Hochstadt, sur la Nidda. Le pont sur
cette rivire avait t coup par l'ordre du marchal Kellermann,
commandant  Mayence. Ce gnral, sans garnison dans cette forteresse,
n'avait  sa disposition que quelques dpts. Craignant l'arrive de
l'arme de Wrede, il avait cherch, avec raison,  lui crer des
obstacles pour retarder sa marche. Le 2 novembre, j'entrai  Mayence.
Mes troupes s'y tablirent, ainsi que dans les environs.

Notre retour sur le sol de l'Empire semblait mettre un terme  nos
malheurs: mais ce ne devait tre qu'une suspension momentane  nos
souffrances. Nous tions destins  tre, plus tard, accabls par bien
d'autres infortunes et bien d'autres misres.




CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
RELATIFS AU LIVRE DIX-HUITIME.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.

D'aprs de nouvelles dispositions, monsieur le duc de Raguse,
l'Empereur ordonne qu'au lieu de vous porter sur Hoyerswerda vous
partiez sur-le-champ, avec votre corps d'arme, pour vous diriger sur
_Dresde_ en passant par _Knigsbrck_. Faites-moi connatre toujours o
vous serez, afin que je puisse vous envoyer des ordres.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.

Mon cousin, rendez-vous aujourd'hui sur _Kamens_ et _Knigsbrck_,
pour pouvoir arriver demain  Dresde, s'il est ncessaire. Je vais
moi-mme m'approcher aujourd'hui de Dresde, et je verrai si les choses
sont aussi srieuses que paratrait l'annoncer la dpche du marchal
Saint-Cyr. Si cela tait moins srieux, de la petite ville de
_Knigsbruck_ et de _Kamens_ vous pourriez toujours vous reporter sur
_Hoyerswerda_. Emmenez tout ce qui appartient  votre corps, et ne
laissez personne  Bautzen.--Le gnral _Normam_ ayant march du ct de
Knigsbruck, vous le prendrez sous vos ordres: il sera ncessaire que
vous l'employiez  flanquer votre marche.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 7 septembre 1813.

Il est neuf heures du matin, monsieur le duc. L'Empereur suppose que
vous avez reu la lettre que je vous ai crite  quatre heures du matin.
Jusqu' ce moment, l'ennemi ne parat pas avoir de monde 
Dippoldiswald, et nous sommes toujours dans l'opinion que le mouvement
que l'ennemi fait sur la rive gauche de l'Elbe a pour but de rappeler
l'Empereur de son mouvement sur la Neisse.

Nous recevons des nouvelles du prince de la Moskowa; il a attaqu
l'ennemi le 5  deux lieues de Wittenberg; il l'a battu et repouss
jusqu' cinq lieues sur la route de Interburg. L'Empereur pense donc
qu'il sera utile que vous vous rendiez  Hoyerswerda, et de l pousser
une avant-garde sur _Kalau_. Arriv  _Lukau_, vous ne serez qu' trois
fortes marches de Dresde, et  mme distance de Berlin. Sa Majest pense
donc que vous devez diriger de suite la valeur d'une division sur
Hoyerswerda, et garder pendant toute la journe d'aujourd'hui votre
troisime division  Kamens, pour bien rallier tous vos traneurs.

Vous trouverez ci-joint un ordre qui met le gnral Lhritier  votre
disposition. Ce gnral est  Grossenhayn; il pourra vous rejoindre par
Elsterwerda, Senftenberg, ou par Sonnenwald. Comme il a deux bataillons
d'infanterie, quelques pices de canon et plus de deux mille chevaux,
s'il marche runi et avec prcaution, il n'aura rien  craindre dans sa
marche pour flanquer votre gauche.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Lubestadt, le 10 septembre 1813, neuf heures du matin.

Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous
restiez  Dresde, et que vous avez l'oeil sur tout ce qui se passe.

La position de l'arme est aujourd'hui ainsi qu'il suit:

Le prince de la Moskowa et les trois corps qui ont essuy un chec,
dans la journe du 6, se rallient  Torgau;

Le duc de Tarente vient prendre position avec son arme aujourd'hui 10,
en avant de Bautzen. Le prince Poniatowski garde la droite; cette
retraite n'tait pas ncessite, elle a t ordonne par l'Empereur pour
concentrer nos forces;

Le gnral Lhritier est  Grossenhayn en observation;

Le sixime corps est  Dresde avec la brigade Pir;

Le gnral Margaron, avec un corps de huit  dix mille hommes,
cavalerie, infanterie et artillerie, est  Leipzig;

Le marchal Saint-Cyr, soutenu par les premier et deuxime corps,
marche sur les hauteurs de Toeplitz;

Une division de la jeune garde est  Dresde;

Le duc de Trvise, avec les autres divisions, est  Pirna, occupant
Gieshbel.

Les corps russes et prussiens, et quelques Autrichiens qui occupaient
Borna, Gieshbel et Altenbourg, se sont mis successivement en retraite
dans la journe d'hier.

Dans cette situation des choses, il est probable que ce mouvement
offensif en Bohme rappellera les corps que l'ennemi avait jets sur
Freyberg et Zwickau, si tant est que l'ennemi ait jet des corps dans
cette direction. Si l'ennemi n'a jet que des partis, il est possible
qu'il les laisse, mais alors, monsieur le marchal, vous pouvez faire
faire de fortes patrouilles sur Freyberg pour les poursuivre.

Il est ncessaire, monsieur le duc, que vous receviez la correspondance
du gnral Lhritier, que vous le souteniez s'il est ncessaire; il faut
aussi que vous vous mettiez en correspondance avec le prince de la
Moskowa, le duc de Tarente et le prince Poniatowski.

Il est possible que l'Empereur soit de retour dans la journe de demain
 Dresde; Sa Majest peut dans un jour runir toute sa garde et le corps
du gnral Latour-Maubourg  votre corps d'arme. Il est possible aussi
que, si l'Empereur trouve quelque mal  faire  l'ennemi, il reste
encore loign de Dresde pendant quelques jours.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 12 septembre 1813.

L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous vous mettiez en marche
demain 13,  cinq heures du matin, avec votre premire division; vous
vous ferez suivre par votre seconde division, qui partira  six heures,
et par votre troisime division qui partira  sept heures du matin. Vous
vous dirigerez sur Grossenhayn, afin de chasser l'ennemi de la rive
droite de l'Elbe entre Torgau et Dresde, et de favoriser un convoi de
quinze mille quintaux de farine qui de Torgau doit venir  Dresde.
L'arrive de ce convoi est de la plus haute importance, puisqu'elle
assurerait des subsistances pendant plusieurs mois sur notre point de
runion de Dresde.

Sa Majest le roi de Naples part demain avec le premier corps de
cavalerie pour Grossenhayn; il prendra aussi sous ses ordres le
cinquime corps de cavalerie qui s'y trouve, et, soutenu par votre
corps, il manoeuvrera de manire  rendre libre l'Elbe, afin que le
convoi de quinze mille quintaux de farine puisse arriver  Dresde, et de
manire aussi  clairer tout ce qu'il y a d'ennemis de ce ct.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 14 septembre 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, je mande au roi que, si le but de
son expdition est rempli, c'est--dire si le convoi parti de Torgau le
13 a pass les points dangereux, le roi partirait demain au jour avec sa
cavalerie pour se rendre  Dresde: il parat que l'ennemi veut dboucher
par Peterswald. Dans ce cas, l'intention de Sa Majest serait que vous
fissiez partir demain, deux heures avant le jour, la division de votre
corps la plus rapproche de Dresde, et que vous arrivassiez de votre
personne avec cette division: le reste de votre corps d'arme suivrait.
Il serait alors important, monsieur le duc, que vous arrivassiez le plus
tt possible avec votre division, afin d'avoir l'oeil sur tout.
L'Empereur sera ce soir  Pirna. Le gnral Lhritier s'chelonnerait de
Grossenhayn sur Dresde pour protger le passage du convoi de farine:
l'arrive de ce convoi est de la plus haute importante et la premire
considration. L'Empereur veut  son tour attaquer l'ennemi et
vigoureusement. Je vous crirai dans la nuit: envoyez-moi un officier.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 15 septembre 1813, deux heures du matin.

Mon cousin, quinze  vingt mille hommes ont dbouch hier par
Peterswald, ce qui a oblig le comte de Lobau  prendre la position de
Gieshbel; mais, comme l'ennemi n'a point attaqu en mme temps Borna,
cela ne s'annonce point comme un mouvement d'arme. Il me tarde
d'apprendre que le convoi de vivres est pass. Vous devez faire, ainsi
que le roi de Naples, tout pour faire arriver ce convoi. Cela fait, il
faudra vous tenir prt  agir d'aprs les circonstances, et  revenir 
Dresde si cela est ncessaire. Vous aurez, dans la journe, des
nouvelles positives de ce qui se sera pass. Je compte me rendre prs de
Pirna, pour tre plus rapproch de ce qui aura lieu de ce ct. J'espre
que, si hier 14 vous n'avez pas eu de nouvelles du convoi, vous en aurez
aujourd'hui 15. Si vous avez la nouvelle qu'il a pass, prparez-vous 
faire un mouvement; mais ne vous pressez pas de le faire jusqu' ce que
vous ayez les nouvelles de la journe.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Pirna, le 16 septembre 1813, neuf heures du matin.

L'Empereur a chass hier l'ennemi au del de Peterswald, mais il occupe
encore le col des hautes montagnes, entre Peterswald et Nollendorf. Sa
Majest le fera attaquer aujourd'hui  midi pour le chasser et le
rejeter entirement au del des montagnes.

Sa Majest a appris avec plaisir la nouvelle du convoi; votre prsence,
monsieur le marchal, ainsi que celle du roi, dans toutes ces
directions, est utile, parce qu'elle menace Berlin; Sa Majest suppose
d'ailleurs que cela fait un moment de repos pour votre corps, comme pour
la grosse cavalerie.

Sa Majest a dj fait connatre qu'il fallait occuper Radebourg et
Knigsbruck. Elle suppose que cela est fait; elle suppose aussi qu'on se
sera mis en correspondance avec le prince de la Moskowa en tablissant
un bateau  la hauteur de l'endroit o se trouve le roi.

L'Empereur dsire, monsieur le marchal, que vous envoyiez un officier
reconnatre le chteau de Meissen, le pont, la tte de pont: savoir si
elle est arme et si tout est en bon tat.

Le prince vice-conntable, major-gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Pirna, le 20 septembre 1813, quatre heures du matin.

Mon cousin, la journe d'hier et cette nuit sont si horribles, qu'il
n'y a pas moyen de bouger.--Le duc de Tarente a donn une fausse alarme.
Vous devez rester, jusqu' nouvel ordre, dans votre position; il n'est
pas probable que l'infanterie ennemie ose s'avancer. Si cela tait, je
viendrais vous renforcer et nous livrerions bataille, ce qui serait une
chose bien avantageuse, mais qui parat oppose  leur systme. La
grande affaire de ce moment parat tre de conserver les armes et les
cartouches le plus possible.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Harta, le 23 septembre 1813, une heure aprs midi.

Mon cousin, l'ennemi a repass en dsordre la Spre. Le duc de Tarente
doit, dans ce moment, tre entr  Bautzen.--Mon intention est de faire
remplacer le gnral Normam par une colonne du corps du duc de Tarente
dans la journe de demain et de vous donner ordre de vous replier demain
sur Meissen. Aussitt que le roi de Naples sera revenu  Dresde, le
gnral Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le
troisime corps, qui sera galement sous vos ordres. Il arrivera 
Meissen le 25 ou au plus tard le 26.--Cela vous fera une forte arme,
avec laquelle vous serez prt  vous porter partout o les circonstance
l'exigeraient. Faites prparer des vivres  Meissen et dans les
bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de
Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les
ouvriers ncessaires aux travaux de la tte de pont. Il est inutile de
changer le pont de bateaux, puisque j'espre que, sous huit jours, le
pont de pierre sera rpar.--J'aurai un pont  Koenigstein, un pont 
Pirna, un pont  Pilnitz, trois ponts  Dresde et un pont  Meissen.
J'ai ordonn de construire,  une demi-lieue en avant du camp retranch
de la rive droite  Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin,
et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est charg de la
garde de camp retranch, et occupera tous les dbouchs de la fort par
des postes retranchs  deux lieues en avant.--Par ce moyen, je pourrai
disposer des troisime, cinquime et huitime corps, et de la plus
grande partie de la cavalerie du gnral Sbastiani, ainsi que de toute
ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'oeil, afin de
profiter de la premire faute qu'il pourrait faire.--Envoyez un officier
au prince de la Moskowa pour lui faire connatre verbalement le contenu
de cette lettre, afin d'viter que celui-ci puisse tomber entre les
mains de l'ennemi.--Le gnral Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et
a rtabli la communication avec Erfurth. Je viens aussi de recevoir sept
estafettes de Paris tout  la fois.--Le cinquime corps de cavalerie
restera  Grossenhayn, et sera charg de couvrir les routes de Meissen,
de Moritzbourg, etc.--Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin
que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible.--Faites
travailler, je vous le rpte, avec la plus grande activit  la tte de
pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois  quatre fois par
jour.--Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major gnral,
que, ds que vous aurez repass l'Elbe, vous devez placer vos postes de
manire  garder parfaitement la rive gauche jusqu' Torgau. Le
troisime corps y sera plus particulirement destin.--Je vous crirai
plus en dtail de Dresde, o je serai ce soir.

NAPOLON.

P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major
gnral.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Harta, le 24 septembre 1813, cinq heures du matin.

Mon cousin, j'ai reu votre lettre du 23,  une heure aprs-midi. Les
renseignements que vous me donnez sont lgers et vagues. Vous ne me
faites pas connatre de quelle nation taient les troupes qui ont camp
 deux lieues de vous, ni d'o elles venaient, ni ce qu'elles ont fait.
Il parat que le gnral Sacken s'tait retir sur Kamens; mais il est
probable qu'il se sera port ensuite sur Bautzen, o le duc de Tarente
doit entrer ce matin. Nous allons en avoir des nouvelles
positives.--Vous aurez probablement fait raccommoder le pont de Meissen.
Vous y aurez envoy  cet effet des sapeurs.--Je suis tonn qu'hier, 
une heure aprs midi, vous n'eussiez pas encore reu ma lettre relative
 la reconnaissance du gnral Delmas sur Kamens.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 25 septembre 1815.

Mon cousin, j'ai reu votre lettre du 24. J'ai ordonn
qu'effectivement, sans dfaire le pont actuel, on tablit des piles sur
bateaux, qui nous donneront, sous quarante-huit heures, le passage du
pont de pierre. Faites excuter cet ordre. Cela fera deux ponts au lieu
d'un, ce qui nous sera avantageux jusqu' ce que nous ayons
dfinitivement un vritable pont.--Donnez des ordres pour qu' Meissen
on ne laisse plus descendre aucun bateau pour Torgau, puisque la rivire
n'est pas libre.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 27 septembre 1813, dix heures du matin.

Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez votre
quartier gnral  Wurtzen, et que vous placiez vos trois divisions,
l'une prs de Eulenbourg, une autre  Wurtzen, et une autre entre
Wurtzen et Meissen: par exemple  la petite ville d'Oschatz ou dans
celle de Mgeln.

Quant au premier corps de cavalerie du gnral Latour-Maubourg,
l'intention de l'Empereur est que vous le placiez  Dahlen et Schilda,
si toutefois il y a du fourrage dans ces endroits.

Vous laisserez une brigade de grosse cavalerie et une brigade
d'infanterie  Meissen, jusqu' ce qu'elles y soient releves.

Je donne l'ordre  cinq cents hommes monts du 3e de hussards et du 27e
de chasseurs, appartenant au cinquime corps de cavalerie, qui sont 
Wilsdruff, de se rendre  Meissen pour y relever la brigade de cavalerie
que vous aurez laisse dans cette place.

L'intention de l'Empereur, monsieur le marchal, est que vous formiez
cinq colonnes, chacune de trois  quatre cents hommes de cavalerie et
d'un bataillon d'infanterie; les trois premires seront destines 
occuper la position vis--vis Mhlberg, la petite ville de Strehla et
les positions entre Strehla et Meissen, chacune de ces colonnes ayant
six pices de canon sur le bord de la rivire. Les deux autres seront
destines  aller en partisans pour nettoyer tout ce qui se trouverait
entre Torgau et Dresde, Colditz et Meissen, et il suffira que ces
dernires colonnes aient deux pices d'artillerie.

Le gnral Margaron a sous ses ordres,  Leipzig, diffrents
dtachements appartenant au premier corps de cavalerie; il a dj d
faire rejoindre ceux qui faisaient partie des brigades Pir et Valin; il
doit lui rester les suivants:

PREMIRE DIVISION ET CAVALERIE LGRE, GNRAL BERKEIM.

                                     Hommes.  Chevaux.  Hommes.  Chevaux.
   1er de chevau-lgers.              128  --  135  }
   3e _id._                            63  --   71  }    352  --  393
   5e _id._                            94  --  104  }
   8e _id._                            67  --   83  }

   2e de cuirassiers.                  37  --   36  }
   3e _id._                             9  --   13  }
   6e _id._                           109  --  116  }    219  --  244
   9e _id._                            21  --   21  }
   7e de dragons                       31  --   35  }
  19e de chasseurs.                    12  --   23  }
                                                        -----    -----
                                     Total               571  --  637

La division Berkeim tant avec le deuxime corps, je donne l'ordre au
gnral Margaron d'envoyer les quatre premiers dtachements ci-dessus 
Freyberg pour rejoindre leurs corps. Quant aux six autres dtachements,
je lui prescris de les diriger sur Wurtzen et de vous informer de leur
marche. Je vous prie, monsieur le marchal, de m'instruire de leur
arrive et de les faire runir  leurs rgiments respectifs.

Pour le prince vice-conntable, major gnral.

Le gnral de division, chef de l'tat-major.

Comte MONTHION.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 27 septembre 1813, quatre

heures et demie du matin.

Monsieur le marchal, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre
du 26, qui rendait compte que votre quartier gnral tait  Ocrill.
L'intention de Sa Majest est que vous fassiez passer l'Elbe au sixime
corps d'arme et au premier corps de cavalerie, et que vous vous
chelonniez sur Torgau. Il serait convenable de ne faire occuper le bord
de la rivire que par des troupes lgres et de prendre une route qui ne
serait soumise ni en vue de la rive droite.

Le cinquime corps de cavalerie devra s'approcher de Dresde de manire
 garder les routes de Dresde, Radenbourg, Grossenhayn et Meissen dans
la position la plus favorable. Grossenhayn se trouvant trop loin, il ne
sera pas possible qu'on puisse garder cette place lorsque vous aurez
quitt Meissen. Le quartier gnral du cinquime corps de cavalerie
pourrait tre plac  Moritzbourg.

Gardez en force la tte de pont de Meissen; faites-moi connatre si
tous les blockhaus qui ont t tablis de Meissen  Torgau sont garnis
de troupes, afin d'tre assur que la route soit garde.

Si l'infanterie ennemie s'approchait trop de Meissen pendant que vous y
serez, dbouchez sur elle et donnez-lui une leon. Le prince de la
Moskowa a repouss, le 24, l'ennemi entre Wittenberg et Torgau. Vous en
aurez srement reu des nouvelles.--L'Empereur en attend  chaque
instant, et il est probable que, dans la journe, il vous enverra de
nouveaux ordres pour prononcer votre mouvement sur Leipzig ou Torgau; ce
sera sans doute sur Torgau. Faites en sorte que votre premire division
prenne une direction intermdiaire et que l'ennemi ne puisse connatre
dfinitivement celle que vous suivrez.

Pour le prince vice-conntable, major-gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 27 septembre 1813, neuf heures du matin.

Mon cousin, votre premire division arrivera demain  Eilenbourg; votre
seconde  Wurtzen, et votre troisime  Oschatz. La cavalerie du gnral
Latour-Maubourg sera sur Dahlen et Schilda. Votre quartier gnral sera
demain  Wurtzen. Vous donnerez ordre qu'une brigade de grosse cavalerie
reste  Meissen jusqu' ce qu'elle y soit releve par six cents hommes
de cavalerie qui appartiennent au cinquime corps et qui sont
aujourd'hui  Wilsdruf.--Tenez votre quartier gnral toute la journe
d'aujourd'hui  Meissen.--Vous formerez trois colonnes, chacune de trois
 quatre cents hommes de cavalerie, un bataillon d'infanterie et six
pices d'artillerie  cheval. Vous aurez soin que ces colonnes soient
bien commandes, et vous en enverrez une vis--vis Mhlberg, une sur
Strehla et la troisime entre Strehla et Meissen, sur les points o il y
avait des bacs. Ces colonnes battront toute la rive et empcheront tout
passage; elles feront construire des blockhaus intermdiaires entre ceux
qui existent dj, de manire qu'au lieu qu'il y en ait toutes les deux
lieues il y en ait de lieue en lieue; elles feront voir qu'elles ont de
l'artillerie en la promenant le long de la rivire pour la montrer
tantt d'un ct, tantt de l'autre, et elles dtruiront  coups de
canon tous les bateaux de l'ennemi.--Vous formerez deux autres colonnes,
chacune de trois  quatre cents hommes de cavalerie lgre, cinq cents
hommes d'infanterie et deux pices d'artillerie. Vous les ferez
commander par des officiers intelligents qui concerteront leurs
mouvements avec le prince Poniatowski, le gnral Lefebvre-Desnouettes,
le gnral Lorge et le duc de Padoue, pour courir aprs les partisans
ennemis et faire en sorte qu'il n'y en ait aucun entre Leipzig et
l'Elbe.--Faites une instruction pour toutes ces colonnes: elles ne
doivent jamais passer la nuit dans le lieu o elles auraient vu coucher
le soleil. Toutes ces colonnes doivent tre trs-actives, correspondre
entre elles et purger entirement le pays des partis ennemis.--Le prince
Poniatowski est  Waldheim; sa cavalerie lgre est  Colditz; elle se
liera donc avec la vtre. Le gnral Lefebvre-Desnouettes est 
Altenbourg, et le duc de Padoue a beaucoup de cavalerie  Leipzig.
Mettez-vous en correspondance avec lui. Le prince de la Moskowa est 
Pretsch et  Kemberg.--Dans cette position, vous serez  porte de vous
joindre au prince de la Moskowa pour couvrir Leipzig et couper 
l'ennemi le chemin de l'Elbe, ou bien de prendre l'offensive par
Wittenberg pour faire tomber tous les ponts de l'ennemi, ou enfin
revenir sur Dresde, sur Chemnitz ou sur Altenbourg, pour s'opposer aux
mouvements que l'ennemi pourrait faire de la Bohme. Le duc de Bellune
est  Freyberg.--Il va vous arriver d'Erfurth trois mille hommes
d'infanterie pour votre corps.--Je donne ordre au gnral Margaron de
renvoyer au premier corps de cavalerie les mille hommes de ce corps
qu'il a  Leipzig.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 28 septembre 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, je vous prviens que, d'aprs les
intentions de l'Empereur, je donne l'ordre au gnral Lhritier de
runir tout le cinquime corps de cavalerie  Meissen et de rester dans
cette place. Ce gnral formera deux colonnes, chacune de quatre  cinq
cents chevaux, avec deux pices d'artillerie. L'une sera charge de la
garde de l'Elbe depuis Meissen jusqu' Riesa, et l'autre de Meissen 
Dresde, et il se tiendra avec le reste de son corps  Meissen pour se
porter partout o cela serait ncessaire. Par ce moyen, monsieur le duc,
vous pourrez ne former que deux colonnes au lieu de trois pour garder la
rive gauche de l'Elbe.

L'Empereur ordonne, monsieur le marchal, que vous laissiez une brigade
d'infanterie, avec sa batterie, pour occuper Meissen jusqu' ce qu'elle
y soit remplace par d'autres troupes; elle tiendra un bataillon dans la
tte de pont. Le pont sera attach aux piles du pont de pierre. Les
canons du chteau et l'artillerie de la brigade seront mis en batterie
sur la rive gauche pour protger la tte de pont. S'il tait  craindre
que le pont ft rompu, il serait tabli un bac pour la communication
d'une rive  l'autre. Sa Majest vous recommande, monsieur le duc, de
laisser un bon gnral de brigade pour tre charg du commandement de
la brigade que vous laisserez  Meissen jusqu' ce qu'elle soit
remplace. Je vous prie de m'informer de l'excution de ces
dispositions.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef d'tat-major,

Comte MONTHION.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 28 septembre 1813.

Mon cousin, je vous suppose aujourd'hui  Wurtzen. L'ennemi, qui avait
tabli un pont vis--vis de l'Elster et qui avait une trs-belle tte de
pont, a reploy son pont, le gnral Bertrand l'ayant chass de
Wartenbourg. Ce gnral a dmoli la tte de pont et s'est port le 26 
l'appui du prince de la Moskowa, qui marchait sur Dessau.--Le gnral
Lefebvre-Desnouettes tait toujours  Altenbourg. Il aurait march sur
Zwickau, mais les mouvements de Dessau l'empchaient de s'loigner de
Leipzig.--Le duc de Castiglione sera avec tout son corps aprs-demain 
Ina.

NAPOLON.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Schleesen, le 28 septembre 1813, cinq heures du matin.

Mon cher marchal, j'ai pouss l'ennemi le 26 et le 27 jusque prs de
Dessau; il a brl ses ponts sur la Mulde et pass l'Elbe. Je ferai, ce
matin, la mme opration qu' Wartenbourg, resserrant l'ennemi dans sa
tte de pont par les deux rives de la Mulde et la gauche de l'Elbe; mais
il est probable qu'il ne laissera personne sur cette rive et qu'il
repliera son pont. On a distingu hier un grand mouvement dans l'arme
ennemie, vers Roslau, et on a remarqu une colonne marchant sur Zerbst,
o est le quartier gnral du prince royal de Sude, et une autre se
dirigeant sur Koswig.

Il parat que l'ennemi a fait une ligne de circonvallation  sept cent
toises de Wittenberg, et qu'il prpare des batteries pour repousser nos
colonnes si elles dbouchaient par cette place. Le bombardement a
continu cette nuit. J'envoie ce matin le gnral du gnie Blein 
Wittenberg pour reconnatre la tranche ennemie. On pense que c'est
Bulow qui est charg de ce sige, et que Tauenzien est en observation
vers l'Elster. Les corps sudois et russes sont vers Koswig et Zerbst.
Les Sudois, en quittant Dessau, ont dit qu'ils repassaient l'Elbe,
parce que l'Autriche avait fait une paix spare avec l'empereur
Napolon.

Je compte tablir le gnral Dabrowski  Acken afin de l'employer 
chasser tous les partis ennemis qui peuvent se trouver entre la Saale et
la Mulde, et de rtablir insensiblement nos communications avec
Magdebourg.

Je pars pour Dessau.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.

_P. S._ Le gnral Bertrand est avec ses principales forces  Kemberg.
Une de ses divisions est ici et l'autre en arrire de Schmiedeberg et
Pretsch. Le gnral Rgnier reste  Oranienbaum. La premire brigade du
gnral Guilleminot, avec la cavalerie lgre, resserrera l'ennemi dans
sa tte de pont de Roslau.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures du matin.

L'Empereur me charge de vous faire connatre que le prince Poniatowski
a l'ordre de se porter aujourd'hui  Frohbourg, et qu'il dirige sa
cavalerie sur Altenbourg et Borna. Le gnral Lauriston partira  la
pointe du jour pour se rendre  Nossen, et enverra une avant-garde sur
Waldheim. Ce gnral se mettra en correspondance avec vous. Le duc de
Bellune porte sur Chemnitz une forte division avec de la cavalerie, et
l'clairera fortement du ct de Marienberg; il mettra son quartier
gnral en avant de Freyberg.--Le gnral Souham, qui a son quartier
gnral sur le chemin de Grossenhayn,  la hauteur du camp retranch de
Dresde, a l'ordre de faire partir,  cinq heures du matin, en les
faisant passer de la rive droite sur la rive gauche, une batterie de
douze et les batteries d'artillerie  cheval, ainsi qu'une division
d'infanterie, la brigade de cavalerie lgre du gnral Beurmann, et le
quartier gnral de son corps d'arme. Tout cela se rendra  Meissen
par la rive gauche. Arriv  Meissen, le gnral Souham renverra la
brigade d'infanterie du sixime corps, qui s'y trouve, rejoindre son
corps, ainsi que toute l'artillerie qui appartiendra au sixime corps.

Le prince Poniatowski sera ainsi plac  une journe sur votre gauche.
Vous devez correspondre, monsieur le duc, avec le gnral Lauriston et
le prince Poniatowski, pour agir selon les circonstances. Il n'est pas
encore dmontr que l'ennemi ait fait sur Altenbourg un mouvement
considrable d'infanterie; Sa Majest suppose qu'il a envoy seulement
quelques divisions lgres pour soutenir sa cavalerie; il est probable
que cela l'clairera parfaitement dans la journe. Le prince de la
Moskowa ayant pris Dessau, l'ennemi a voulu le reprendre en l'attaquant
avec la garde sudoise: mais elle a chou et a t crase.

Pour le prince vice-conntable, major-gnral,

Comte MONTHION.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures et demie du matin

Mon cousin, je reois votre lettre du 28, o vous me faites connatre
que vous vous rendrez  Leipzig et runirez le premier corps de
cavalerie  Wurtzen. Le prince Poniatowski se rend aujourd'hui de
Waldheim  Frohbourg,  une journe sur votre gauche: il fera battre
Altenbourg et Borna. Le cinquime corps se rend  Nossen, son
avant-garde  Waldheim; le deuxime corps se rend  Chemnitz avec le
cinquime corps de cavalerie. Le duc de Castiglione devra arriver demain
 Ina.--Je fais relever votre brigade  Meissen par la division
Souham.--L'ennemi a-t-il dirig vingt-cinq mille hommes d'infanterie sur
Altenbourg? Si cela est, il faut couper et enlever ce corps. N'a-t-il
envoy que de la cavalerie; il faut encore harceler et obliger ce corps
 se reployer.--Le prince de la Moskowa, avec les quatrime et septime
corps, le troisime corps de cavalerie et la division Dombrowski[9] se
trouve avoir quarante mille hommes.--Le sixime corps, le huitime, le
cinquime, le premier corps de cavalerie, le quatrime et la division
Margaron, cela vous fera prs de soixante mille hommes.--Correspondez
avec le prince Poniatowski et le gnral Lauriston.

NAPOLON.

[Note 9: Dans la _Correspondance et Documents_, les noms de lieux et
de personnes sont diversement crits, par exemple, l'Empereur crit
_Dombrowski_, le marchal Ney _Dabrowski_, etc., etc. Nous avons cru
devoir laisser subsister les deux orthographes, puisqu'elles sont dans
les originaux. (_Note de l'diteur._)]




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.

Mon cousin, je reois votre lettre du 29,  onze heures du soir.--La
brigade que vous avez laisse  Meissen a t remplace par le troisime
corps. Laissez du monde  Wurtzen et faites-y travailler  la double
tte de pont, et surtout  l'tablissement d'un bon pont sur pilotis. La
Mulde dborde. Il est ncessaire que nous soyons matres de ce
passage.--Le 30, le prince Poniatowski a eu son quartier gnral 
Rochlitz. Aujourd'hui, 1er octobre, il sera  Frohbourg ou  Altenbourg.
Le comte de Valmy a d coucher, le 30,  Frohbourg et a d envoyer un
fort dtachement sur Borna. Le gnral Uminski a d occuper Boda, et le
prince Sulkowski a t sur Penig.--Le cinquime corps tait hier, 30, 
Nossen et  Waldheim.--Les troupes du duc de Castiglione ne devaient pas
tarder  paratre du ct d'Ina.--Jusqu' cette heure, il paratrait
que le gnral Platow, fils de l'hetman, avec Thielman, et soutenu d'une
division lgre, se porte sur la Saale. Il paratrait que cette division
lgre serait commande par le gnral Baumgarten. Le gnral Klenau
paratrait se trouver  Comotau.--Dans la journe, tout ceci va
parfaitement s'claircir.--Il paratrait que Platow avait sous ses
ordres mille  douze cents Cosaques; le rgiment palatin de Ferdinand
autrichien, et le rgiment de Hesse-Hombourg autrichien; enfin, il
paratrait que le gnral Platow se serait port sur Penig et de l sur
Altenbourg, laissant le gnral Baumgarten  Chemnitz.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.

Mon cousin, vous nous avez pris douze cents quintaux de farine 
Meissen. Renvoyez-nous-les. Le duc de Padoue a l'tat de ce que Leipzig,
Wurtzen et autres bailliages nous doivent fournir ici. Prenez toutes les
mesures pour nous faire venir mille quintaux de farine par jour. crivez
aux baillis. Envoyez des commissions et faites partir des convois. Nous
avons aussi du riz qui nous appartient  Leipzig. Prenez des
informations et faites-le partir. Enfin prenez des mesures pour nous
approvisionner. Le duc de Padoue est au fait de la distribution que la
rgence a faite, entre tous les bailliages, pour les farines que chacun
doit fournir. --Surtout ne retenez rien pour vous de tout ce qui doit
nous tre adress  Dresde.

NAPOLON.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Ptnitz, le 1er octobre 1813.

Mon cher marchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'crire hier de Leipzig. J'en ai galement reu une cette
nuit du prince major gnral, en date du 29 septembre, par laquelle il
me mande que l'Empereur dsire que votre corps d'arme soit employ dans
l'opration qui aura pour objet de faire lever le sige de Wittenberg.
En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le
plus convenable de faire prendre  vos troupes, pour remplir le double
but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une
de vos divisions  Dben, une autre  Bitterfeld et Delitzsch, et la
troisime qui, avec la cavalerie du gnral Latour-Maubourg, couvrirait
les communications de Dresde, pourrait tre tablie  Wurtzen.
Dites-moi, mon cher marchal, si vous jugez  propos de faire excuter
ce mouvement  votre corps d'arme, afin que, si vous y consentez, je
puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points,
et qui me seront trs-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et
l'empcher de passer l'Elbe en corps d'arme. Je pense que le gnral
Dalton se dcidera enfin bientt  envoyer d'Erfurth  Leipzig les
troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille
hommes, et que ds lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre
appui ni du mien pour conserver cette ville.

Nous ouvrons la tranche devant la tte de pont de l'ennemi, entre la
droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous levons des
batteries: dj tous ses postes sont rentrs, et nous sommes  quatre
cents toises de ses ouvrages; j'espre que demain nous nous en serons
approchs  deux cents. Lorsque cette opration sera termine sur cette
rive de la Mulde, je la ferai faire galement sur la rive gauche. Je
fais aussi tablir sur cette rivire un pont de bateaux  six cents
toises de la tte de pont, afin que mes troupes puissent rapidement
passer d'une rive  l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe
galement  retrancher les points principaux de Dessau, de manire 
mettre cette ville  l'abri d'un coup de main et  en faire une espce
de tte de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et
Dessau avec quelques dtachements d'infanterie. Mais ce ne sera que
lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilit de dboucher par
Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans  vacuer le
pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est
toujours  Roslau et le quartier gnral du prince de Sude  Zerbst.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 3 octobre 1813.

Mon cousin, tous les bruits que l'on fait courir sont controuvs. Il
n'y a pas de corps d'arme ennemi sur Gra; il n'y en a pas sur
Altenbourg: il n'y a de ce ct que le corps de l'hetman Platow et de
Thielmann. Il faut mettre une grande circonspection dans vos mouvements.
Avant tout, il faut soutenir le prince de la Moskowa. Le roi de Naples,
avec le deuxime, le cinquime et le huitime corps, qui sont entre
Freyberg, Chemnitz et Altenbourg, se trouve, dans l'ordre naturel,
oppos  tout ce qui arriverait de Bohme. D'ailleurs, un officier que
vous m'enverriez en poste pourrait, en moins de vingt heures, vous
rapporter ma rponse. Je vous le rpte: couvrir Leipzig, puisque vous y
tes, empcher le passage de l'Elbe de Wittenberg  Torgau, secourir
Torgau, appuyer le prince de la Moskowa, voil le premier but que vous
devez vous proposer: le reste viendra aprs. J'attends aujourd'hui des
nouvelles du prince Poniatowski et l'arrive de mes troupes  Chemnitz,
ce qui me mettra  mme de prendre un parti.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 3 octobre 1813.

Mon cousin, le prince Poniatowski est arriv  Altenbourg le 2
octobre.--Voici ce qui s'est pass:--Dans les premiers jours de
septembre, le colonel Mnsdorf est arriv  Altenbourg avec un
dtachement de mille  onze cents chevaux.--Thielmann est venu le
rejoindre avec trois mille chevaux. D'Altenbourg, ces troupes poussrent
des partis sur Zeitz, Borna, Freybourg, Weissenfels, Mersebourg et Gra.
Le gnral Lefebvre-Desnouettes les repoussa, les rejeta sur Altenbourg,
et ensuite sur Zwickau. Mais, le 28, l'hetman Platow dboucha sur
Altenbourg avec ses Cosaques, trois mille hommes d'infanterie
autrichienne et deux mille cavaliers autrichiens. Le gnral Lefebvre
fut attaqu de front dans le temps que Thielmann le tournait sur Zeitz.
Le 28 au soir, Platow tait de retour  Altenbourg; le 29, Thielmann y
tait galement revenu. Platow rentra avec sa troupe  Chemnitz, en
partie le 29 et en partie le 30.--Thielmann et le comte Mnsdorf
restrent  Altenbourg; mais, le 2, au moment o ils faisaient leur
mouvement de retraite sur Zwickau, la cavalerie du prince Poniatowski
les chargea, leur sabra cinq  six cents hommes, et fit trois cents
prisonniers. En faisant ses adieux aux magistrats d'Altenbourg,
Thielmann leur a dit qu'il jugeait que les Franais venaient sur lui,
que la ville serait occupe par eux, et qu'il s'en allait. Il parat que
l'infanterie autrichienne que Platow avait sous ses ordres tait du
corps de Klenau; que ce corps de Klenau n'est que de six mille hommes de
cavalerie et au plus de quinze mille hommes d'infanterie; qu'il occupe
Chemnitz, Marienberg et Augustenbourg.--Le prince Poniatowski occupe
Frohbourg et Windischleybe.--J'attends  chaque instant des nouvelles de
l'entre du roi de Naples  Chemnitz. Vous voyez donc que le mouvement
de vingt mille Autrichiens sur Altenbourg est controuv.--Faites mettre
dans les journaux de Leipzig que le gnral Thielmann a t battu par le
prince Poniatowski, qui lui a fait six cents prisonniers et lui a tu et
sabr beaucoup de monde.

NAPOLON.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Ptnitz, le 3 octobre 1813

Mon cher marchal, je reois votre lettre d'hier.

L'Empereur m'a crit, le 1er, pour me faire connatre l'emplacement des
corps d'arme. Sa Majest pense que l'ennemi pourrait dboucher de la
Bohme par Marienberg. J'attends des nouvelles du gnral Bertrand, qui
est parti de Worlitz dans la nuit du 1er au 2 pour se rendre 
Wartenbourg, afin de rejeter sur la rive droite des dtachements
prussiens du corps de Borstell, qui travaillent au rtablissement du
pont vis--vis d'Elster. On a entendu hier le bruit du canon dans cette
direction. Ma ligne est bien tendue, et je ne pourrais opposer qu'une
faible rsistance aux mouvements de l'ennemi s'il dbouchait par son
pont de Roslau. Les ouvrages qui couvrent ce pont sont tellement forts
et si bien arms, que je ne puis raisonnablement entreprendre de les
forcer. Le gnral Dabrowski quitte Delitzsch pour s'tablir  Dessau.
Le gnral Fournier occupe Raguhn et envoie des reconnaissances sur
Delitzsch et Dben. Si je parviens  resserrer l'ennemi dans ses
ouvrages de manire  ce qu'il ne puisse pas dboucher, alors je
tcherai de chasser les partis qui se trouvent entre la Saale et la
Mulde. Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste
galement ici beaucoup de cavalerie lgre sous les ordres de Woronzow.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Ptnitz, le 3 octobre 1813, cinq heures du soir.

Le gnral Bertrand m'crit ce matin de Wartenbourg  onze heures; il
est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque
vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me parat
bien important que vous fassiez occuper fortement le point de Dben,
afin que, si l'ennemi forait ma droite, il ne puisse pas arriver sans
obstacle  Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Dben que
vous seriez en mesure de me soutenir, suivant l'ordre que l'Empereur
m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donn.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Bitterfeld, le 4 octobre 1813, deux heures de l'aprs-midi.

Mon cher marchal, l'arme ennemie de Silsie, aprs avoir march
presque sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits, a jet un
pont sur l'Elbe, vis--vis Elster, dans la nuit du 2 au 3, et a attaqu
hier,  sept heures du matin, le gnral Bertrand, qui occupait la forte
position de Wartenbourg, et qui, aprs s'tre battu depuis sept heures
du matin jusqu' six heures du soir, et aprs avoir fait prouver 
l'ennemi une perte considrable, a d se replier sur Klitzschena. Ma
droite se trouvant ainsi tourne par des forces trs-suprieures, et
pouvant tre attaque sur les deux rives de la Mulde par l'arme du
prince de Sude, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch.
Il est de la dernire importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un
parti dcisif: car, d'ici au 6, l'ennemi peut diriger plus de cent mille
hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits par le gnral Bertrand
appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du
quatrime corps n'est pas considrable, parce que les troupes taient
avantageusement postes derrire des digues et des abatis; mais la
division wurtembergeoise, qui tait de quatorze cents hommes et qui
dfendait le village de Blodding, a t presque entirement dtruite.

J'occupe faiblement Dben: le reste de mes troupes est  Bitterfeld et
 Delitzsch.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 4 octobre 1813.

Mon cousin, je reois votre lettre. J'approuve le parti que vous
prenez. Runissez votre corps, le premier corps de cavalerie, et marchez
 l'ennemi: enlevez-lui ses ponts de Waldenbourg, Dessau et Acken; qu'il
ne lui en reste aucun.--Le duc de Castiglione doit tre arriv
aujourd'hui  Ina. Le prince Poniatowski est  Altenbourg.--Le roi de
Naples doit tre  Chemnitz. J'en attends des nouvelles  chaque
instant. On a fait hier deux ou trois cents prisonniers  la division
Baumgarten entre Chemnitz et Freyberg.--Vous m'envoyez des officiers qui
sont des enfants, qui ne savent rien et ne peuvent donner verbalement
aucun renseignement; envoyez-moi des hommes.--Le troisime corps se
porte sur Torgau; une de ses divisions sera demain, 5,  Belgern.

NAPOLON.

_P. S._ Communiquez ces nouvelles au prince de la Moskowa, et
faites-lui connatre combien il est important d'enlever  l'ennemi tous
ses ponts.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Delitzsch, le 5 octobre 1813.

Je m'empresse de vous faire connatre les positions qu'occupent les
troupes sous mes ordres.

Le gnral Dabrowski est  Bitterfeld.

La division de cavalerie lgre du gnral Fournier,  Landsberg,
poussant des reconnaissances sur Halle.

La division de cavalerie du gnral Defrance, en seconde ligne,
derrire le gnral Fournier,  Zschernitz.

Le septime corps aura la division Durutte  Gllmenz et Lukenwhna,
point intermdiaire de Dben et Eulenbourg. Les deux autres divisions de
ce corps,  Broda, occupant Delitzsch et Bendorf. Sa cavalerie lgre 
Koltzau.

Le quatrime corps,  Zschortau.

Je sais que vous occupez Dben et Eulenbourg, et je pense que vous avez
toujours une ou deux divisions  Leipzig.

Nous manquons de munitions. Le quatrime corps a tout consomm. Ne
pourriez-vous pas, mon cher marchal, cder au gnral Bertrand un
approvisionnement simple pour six pices de douze, deux obusiers de six
pouces, douze pices de six et quatre obusiers de vingt-quatre, ainsi
que dix caissons de cartouches d'infanterie. On assure qu'il y a des
dpts considrables  Torgau, et qu'il s'y trouve, entre autres, plus
d'un million de cartouches en rserve; vous pourriez vous remplacer dans
cette ville, avec laquelle vous communiquez.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Delitzsch, le 5 octobre 1813, huit heures du soir.

Mon cher marchal, j'ai reu la lettre que vous m'avez crite
aujourd'hui de Hohen-Priegnitz. Il ne s'agit pas, je crois, de serrer
sur Eulenbourg pour conserver ce dbouch, mais bien de nous rassembler
le plus promptement possible sur Leipzig.

Les divisions Fournier et Defrance, que j'ai dtaches aujourd'hui sur
Landsberg, ont t forces de rtrograder, et l'ennemi les a suivies
jusqu' une demi-lieue d'ici, en avant de Gros-Khna. L'ennemi s'est
galement prsent  Schenkenberg; il a fallu de l'infanterie et du
canon pour l'loigner. Enfin, le gnral Dabrowski, aprs s'tre battu
contre des forces suprieures, a vacu Bitterfeld; il est  Paupitzsch
et se rapprochera encore cette nuit de Delitzsch. Ce gnral a vu plus
de quatre mille hommes de cavalerie passer la Mulde entre Bitterfeld et
Dben.

Je viens d'ordonner  la division Durutte, qui est  Lukenwhna, de
rentrer en ligne demain matin  la hauteur de Mocherwitz. Je pense, mon
cher marchal, que vous devez venir prendre position  Lukenwhna,
gardant Eulenbourg par un rgiment d'infanterie et un dtachement de
cavalerie; cette troupe aurait, en cas d'vnement, sa retraite assure
sur Leipzig, et pourrait mme, au besoin, se diriger sur Wurtzen.

Si vous jugez convenable de vous rassembler  Lukenwhna ou  Cremsitz,
j'attendrai l'ennemi demain  Delitzsch; nous nous trouverions
parfaitement en mesure de livrer bataille  l'ennemi ou de nous retirer
ensemble, s'il nous prsentait des forces suprieures. Je ne crois pas
que l'ennemi ose engager un petit corps avec la Mulde  dos; ainsi nous
pourrions attendre et gagner la journe de demain. Il faut esprer que
l'Empereur nous donnera de ses nouvelles, et que Sa Majest va prendre
un grand parti.

J'attends, mon cher marchal, votre rponse  la proposition que je
viens de vous faire pour prendre mes dispositions dfinitives.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 5 octobre 1813, deux heures du matin.

Mon cousin, je reois votre lettre du 4 octobre, date d'Eulenbourg. Je
n'ai encore reu aucune nouvelle des affaires du gnral Bertrand que
par votre lettre d'hier. J'aurais bien voulu que vous m'eussiez donn
quelques dtails. Donnez-moi tous ceux que vous aurez.--Le troisime
corps a d avoir, hier 4, une division  Meissen, une  Riesa et l'autre
 Strehla. J'ai donn ordre qu'une division marcht sur Belgern. Je
donne au troisime corps l'ordre de marcher tout entier sur Torgau. Il
est, ds ce moment,  votre disposition. Ordonnez qu' Torgau on y
joigne tous les hommes de son dpt qui sont disponibles.--Il est de la
plus haute importance que vous faisiez rtablir le pont de Dben, et que
vous marchiez rapidement pour dtruire le pont de l'ennemi. Votre
runion avec le prince de la Moskowa et le gnral Dombrowski, est aussi
de la plus haute importance.--Je donne ordre au duc de Castiglione de se
porter sur Leipzig avec son corps d'arme.--Il est urgent de rejeter
l'ennemi au del de la rivire, avant qu'il ait de nouveaux renforts.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dresde, le 6 octobre 1813, neuf heures du matin.

Mon cousin, le duc de Padoue me fait passer votre lettre, date le 5 de
Lindenhain. J'avais reu vos lettres prcdentes. J'ai galement reu,
par le duc de Padoue, une lettre du prince de la Moskowa, du 4  deux
heures aprs-midi.--Je vous ai dj fait connatre que le troisime
corps tait chelonn sur la route de Meissen  Torgau; il a d tre
concentr, aujourd'hui 6,  Torgau. Je serai ce soir  Meissen, avec
quatre-vingt mille hommes, ayant mon avant-garde  l'embranchement de la
route de Leipzig et de celle de Torgau. J'y recevrai vos lettres qui me
dcideront  prendre l'une ou l'autre de ces routes. Les reconnaissances
envoyes hier sur la rive droite, jusqu' dix lieues de Dresde, n'ont
trouv que peu de monde, et le commissaire du cercle de Knigsbruck nous
a instruit en dtail des forces et du mouvement de l'arme
ennemie.--Comme le troisime corps est sous vos ordres, j'ignore la
direction que vous lui avez donne; mais je suppose que demain matin je
serai parfaitement clair l-dessus.--Je me propose de me porter sur
Torgau, et de l de marcher sur la rive droite pour couper l'ennemi et
lui enlever tous ses ponts sans tre oblig de lutter contre ses ttes
de pont. En marchant par la rive gauche, il y a l'inconvnient que
l'ennemi peut repasser la rivire et viter la bataille; mais, dans
cette seconde hypothse, nous pouvons dboucher par Wittenberg.--Au
reste, comme l'ennemi a l'initiative du mouvement, je ne pourrai me
dcider sur le plan  adopter dfinitivement que lorsque je connatrai
l'tat de la question le 6 au soir.

NAPOLON.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Gllmenz, le 6 octobre 1813, six heures du matin.

Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez crite ce matin  quatre
heures.

Je sens parfaitement que vous ne pouvez pas quitter de jour votre
position devant l'ennemi qui, ayant rtabli le pont de Dben, ne
manquerait pas de faire du mal  votre arrire-garde. J'tablis en
consquence les quatrime et septime corps  Naundorf et Klwlkan. La
division Dabrowski restera  Delitzsch tant qu'elle pourra s'y
maintenir. La division Fournier prend position  Lindenhain, s'clairant
sur Bitterfeld par Reihitz. La division Defrance restera ici  Gllmenz.
Comme il serait impossible que nos deux corps, en partant ce soir  la
chute du jour, pussent passer sur la droite de la Mulde  Eulenbourg, je
resterai en seconde ligne derrire vous jusqu' quatre heures de
l'aprs-midi, heure  laquelle je me mettrai en marche sur Wurtzen, d'o
j'irai prendre position  Schilda. Vous, mon cher marchal, aprs avoir
pass par Eulenbourg, vous iriez prendre position  Mackern ou
Reichenbach, et nous serons ds lors en mesure de marcher sur le flanc
de l'ennemi.

Faites-moi part, je vous prie, de vos observations sur le mouvement
projet et l'ensemble des manoeuvres.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Bennewitz, le 7 octobre 1813, six heures du matin.

Je reois votre lettre d'hier soir.

Le gnral Rgnier prend position  Pichen; il tablit sur la Mulde,
vis--vis Colla, un pont qui sera achev ce matin. Ce gnral se mettra
en communication avec votre corps d'arme  Taucha.

Le quatrime corps prend la direction de Torgau pour rallier le
troisime, s'il est encore prs de cette place. Je ne vois pas que le
troisime corps puisse tre expos dans sa marche sur Eulenbourg, s'il a
reu l'ordre que vous lui avez donn de s'y rendre, puisque vous
m'annoncez que l'ennemi a peu de monde aux environs de cette ville et
que vous pensez qu'il opre sur votre gauche. Le duc de Padoue me mande
que quelques rgiments d'infanterie ennemie doivent tre arrivs 
Halle.

Donnez des ordres, mon cher marchal, pour faire arriver en toute hte
sur Leipzig tous les convois qui peuvent tre entre cette ville et
Erfurth; il faut rappeler tous les dtachements et tre serr en masse.
Il ne s'agit plus, comme vous le remarquez fort bien, que de gagner du
temps; l'Empereur, qui est dfinitivement en mouvement, ne tardera sans
doute pas  faire changer la face des affaires.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Bennewitz, le 7 octobre 1813, une heure de l'aprs-midi.

Le gnral Dombrowski, auquel j'avais donn l'ordre de tenir hier
jusqu' quatre heures de l'aprs-midi le poste de Delitzsch, tandis que
votre corps d'arme et celui du gnral Rgnier faisaient leur
mouvement, a t attaqu trs-vivement par la cavalerie lgre ennemie
qu'il a toujours repousse; il est parti de sa position  une heure du
matin, et son arrire-garde a t suivie jusqu' Taucha.

Le gnral Rgnier m'a rendu compte que vos troupes avaient entirement
vacu Eulenbourg hier au soir; je lui ai ordonn d'y envoyer mille 
douze cents hommes pour la garde du pont, qui devient un dbouch
important, en ce moment o l'arrive des renforts que l'Empereur conduit
en personne annonce que nous allons reprendre l'offensive.

Les Cosaques qui taient hier  Wurtzen y ont laiss une proclamation
qui annonce aux Saxons que le gnral Blcher marche sur Leipzig avec
soixante mille hommes, et que l'arme franaise est dtruite.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

6 octobre 1813, quatre heures

Sire, j'ai eu l'honneur de rendre hier au soir  Votre Majest un
compte dtaill de ma position. En consquence, je ne l'en entretiendrai
pas encore une fois. Je prendrai la libert seulement, au nom du bien du
service, de lui dire qu'il est de la plus grande urgence qu'elle vienne
ici; car, si elle ne vient pas, nous allons faire de la mauvaise
besogne, je ne puis en douter aux dispositions que je vois prendre. Le
premier ordre que je reois, si je l'excutais, compromettrait l'arme
de la manire la plus minente, car il n'a t le rsultat d'aucune
espce de calcul, ni de temps, ni d'opration. Je n'entre pas dans de
plus grands dtails pour ne pas fatiguer Votre Majest. Je me borne 
lui ritrer l'assurance que rien ne serait plus fcheux pour son
service que de voir la direction des oprations, dans la position
dlicate o nous sommes, confie aux mmes mains.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

8 octobre 1813 soir.

Sire, je reois la lettre de reproches que Votre Majest a charg le
major gnral de m'crire. Nous serions rests sur la Mulde sans
difficult, et nous y serions encore, sans les tranges combinaisons du
prince de la Moskowa, les craintes exagres, plus tranges encore,
qu'il a eues de l'ennemi.

Je n'ai quitt Dben que vingt quatre heures aprs que les troupes qui
taient  ma hauteur s'taient retires. Je n'ai quitt Hohen-Priegnitz
que lorsque les troupes du prince de la Moskowa taient depuis longtemps
en marche sur Wurtzen. Sentant la ncessit de couvrir Leipzig, j'ai
demand avec instance au prince de la Moskowa de s'y rendre, et je
serais rest  Eulenbourg pour garder les passages de la Mulde et
rallier le troisime corps, quoique ce mouvement ft naturel au prince
de la Moskowa, puisqu'il tait plus  porte que moi; il s'y est refus
formellement et a persist  se porter sur Wurtzen, trouvant apparemment
qu'il n'tait en sret que l.

J'ai d me porter sur Leipzig, parce que c'tait le rle qu'il m'avait
assign. Le prince de la Moskowa s'est charg formellement de faire
immdiatement un dtour convenable pour rallier le gnral Souham 
Wurtzen dans le cas o il aurait reu l'ordre que je lui avais expdi,
chose dont il tait possible de douter.

Enfin je n'ai point dtruit le pont d'Eulenbourg, comme on l'a dit 
Votre Majest; mais je l'ai fait couper de manire  exiger cinq  six
heures de rparation en faisant le calcul que, si le gnral Souham
avait reu l'ordre de mouvement, il serait garanti par l, pendant la
matine, de l'action des troupes qui m'avaient suivi et dont le nombre
pouvait tre fort augment pendant la nuit, et qu'ainsi il aurait sa
retraite libre sur Wurtzen.

Telles sont, Sire, les justifications que mon honneur exige que je
prsente  Votre Majest, et qui, je l'espre, me mettront  l'abri de
tout blme  ses yeux.




LE MARCHAL NEY AU MARCHAL MARMONT.

Bennewitz, le 8 octobre 1813.

Je reois la lettre que vous m'avez crite de Schnfeld hier  onze
heures du soir. Je ne crois pas l'ennemi en mesure de venir
immdiatement  Leipzig pour y livrer bataille, et il est  prsumer,
d'aprs divers renseignements, que son projet est de prendre Wittenberg
avant de se livrer  aucune entreprise srieuse. Au surplus, il me
semble que vous auriez tort de vous engager fortement avant notre
runion totale, et qu'il est convenable d'attendre, pour oprer cette
runion, que nous sachions si l'Empereur veut manoeuvrer entre l'Elbe et
la Mulde, ou entre la Mulde et la Saale. Quoi qu'il en soit, je prescris
au gnral Rgnier d'tablir aujourd'hui sa ligne de manire que sa
droite soit  la hauteur de Gotha et sa gauche vers Taucha, ayant un
poste  Eulenbourg.

J'cris au gnral Souham que, s'il ne croit pas pouvoir se maintenir 
Eulenbourg, il remonte la Mulde pour venir s'tablir  Nitzschwitz; il
restera dans cette position jusqu'au retour sur la Mulde du gnral
Bertrand, qui est all  Torgau tant pour y prendre des munitions que
pour avoir des nouvelles de l'Empereur.

Le gnral Dombrowsky est  Schmllen, au-dessus de Wurtzen. Dans cette
position, je puis en une marche me runir  vous; mais je ne crois pas
qu'il faille livrer bataille  Leipzig, et que, lorsque le convoi
d'artillerie sera arriv, il sera convenable que nous nous rapprochions
de la Mulde pour y attendre les ordres de l'Empereur, que nous ne
pouvons pas tarder  recevoir.

Marchal prince DE LA MOSKOWA.

_P. S._ Le gnral Souham est arriv  Wurtzen.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Wurtzen, le 9 octobre 1813, une heure et demie du matin.

L'Empereur ordonne que vous fassiez partir  six heures du matin le
gnral Latour-Maubourg, avec tout le premier corps de cavalerie; le
gnral Lefebvre-Desnouettes avec toute la cavalerie de la garde; la
brigade du gnral Pir et la brigade du gnral Vallin. Pendant la
marche, le gnral Lefebvre sera sous les ordres du gnral
Latour-Maubourg. Donnez vos ordres pour que ces corps arrivent le plus
tt possible  Eulenbourg, o l'Empereur se trouvera de sa personne. Il
est ncessaire qu'ils y soient  onze heures du matin, et qu'ils battent
le chemin direct de Dben. Prescrivez au gnral Lefebvre et au gnral
Latour-Maubourg d'envoyer chacun un officier auprs de l'Empereur pour
faire connatre l'heure  laquelle ils arriveront. Cette cavalerie
nettoiera ainsi tout le pays depuis la route de Leipzig  Eulenbourg
jusqu' celle de Leipzig  Dben.

Quant  vous, monsieur le marchal, portez-vous aujourd'hui, avec votre
corps d'arme, sur la route de Dben; vous aurez votre cavalerie lgre
et la division de cavalerie du gnral Lorge. Vous ferez clairer par
une colonne mobile la route de Leipzig  Delitzsch.

Acclrez le retour de la division que vous avez dtache, et placez-la
en rserve. Cela n'empche pas, monsieur le marchal, que vous ne
fassiez partir  six heures du matin une bonne avant-garde d'infanterie,
de cavalerie et d'artillerie, et que vous ne la suiviez avec vos deux
divisions, attendu qu'il est ncessaire que vous soyez  la hauteur
d'Eulenbourg aujourd'hui avant onze heures du matin.

L'Empereur sera  huit heures du matin  Eulenbourg, marchant,
aujourd'hui 9, avec cent vingt mille hommes sur Dben.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Eulenbourg, le 10 octobre 1813, quatre heures du matin.

L'Empereur ordonne que vous vous portiez, aujourd'hui 10, sur Dben, o
sera le quartier gnral. Je vous prviens que le gnral Rgnier est
arriv hier  Dben, que le gnral Langeron a vacu  son approche.
Vous devez, monsieur le duc, vous assurer du mouvement que fait l'ennemi
 Delitzsch et si son avant-garde, qui y tait hier, a fait un mouvement
rtrograde sur Bitterfeld. Si, au contraire, les troupes de l'ennemi qui
taient  Bitterfeld se portaient sur Delitzsch pour marcher sur
Leipzig, vous prendrez alors une position parallle  celle de l'ennemi,
ayant votre ligne d'opration sur Dben, de manire  couvrir Dben et
Eulenbourg. Il est ncessaire, monsieur le marchal, que vous
correspondiez plusieurs fois par jour avec le quartier gnral. Je donne
ordre au gnral Lefebvre-Desnouettes de marcher entre la Mulde et vous
afin de maintenir toujours votre communication avec nous.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 10 octobre 1813, six heures et demie du soir.

J'envoie un officier au-devant de votre premire division pour lui dire
de prendre position sur la rive gauche, sans passer ce soir la rivire.
Cet officier continuera ensuite sa route jusqu' ce qu'il rencontre vos
deux autres divisions, pour leur dire galement de prendre position o
il les trouvera, afin qu'elles ne se fatiguent pas inutilement. Il
reviendra ensuite faire connatre o vos trois divisions auront pris
position, ainsi que votre cavalerie et votre artillerie.

L'intention de l'Empereur, monsieur le marchal, est que, de votre
personne, vous veniez voir Sa Majest ce soir ou cette nuit.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 11 octobre 1813, quatre heures du matin.

L'Empereur me charge de vous prescrire de passer aujourd'hui la Mulde
aussitt que Dben sera dsencombr. Vous laisserez les gnraux Lorge
et Normam sur la rive gauche, et leur donnerez pour instruction de faire
courir des partis sur Delitzsch et Bitterfeld. Vous dirigerez avec cette
cavalerie, sur Bitterfeld, l'infanterie, ncessaire pour obliger
l'infanterie ennemie  vacuer cette position. L'Empereur dsire,
monsieur le duc, que vous dirigiez l'opration et que vous fassiez
partir les troupes une heure avant le jour, de manire  savoir de bonne
heure l'intention de l'ennemi sur Bitterfeld et Jesnitz.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 11 octobre 1813, onze

heures du matin.

Mon cousin, faites-moi connatre ce que veut dire le mouvement de
l'ennemi sur Zorbig. Est-ce pour aller  Dessau, ou pour se porter sur
Halle ou sur Acken?

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 11 octobre 1813, trois heures aprs-midi.

Mon cousin, un postillon qui arrive de Cthen, et qui en est parti hier
 trois heures aprs midi, fait le rapport que l'ennemi n'a plus
personne  Raguhn,  Jesnitz, et fort peu de monde  Dessau. Il est donc
trs-important que vous poussiez  fond vos reconnaissances, et que vous
sachiez positivement ce qu'il y a  Zorbig et dans la direction de
Cthen et de Halle.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 12 octobre 1813, quatre heures du matin.

Mon cousin, choisissez une position d'o vous puissiez couvrir  la
fois Dben, Jesnitz et Leipzig. Vous pourriez peut-tre vous couvrir de
la branche de la Mulde qui passe  Delitzsch, si toutefois elle n'est
pas guable. Alors vous vous trouveriez en communication avec le duc de
Reggio qui a une avant-garde  Raguhn et  Jesnitz; vous couvririez
parfaitement Dben, dont vous pourriez vous placer  trois lieues, et
vous seriez  porte de vous rendre, en une petite marche, sur Leipzig,
et surtout de tomber sur le flanc du corps qui voudrait marcher de Halle
sur cette ville.--Votre corps, baraqu ainsi dans une position
avantageuse, serait d'un trs-heureux rsultat. Il ferait le
prolongement de la ligne de Dessau, par Jesnitz, jusqu' Borna o se
trouve le roi de Naples. Vous couvrirez par ce moyen Eulenbourg, et le
gnral Lefebvre-Desnouettes pourra se porter en avant pour clairer
votre gauche.--En cas de ncessit, la garde dboucherait sur vous par
Dben et Eulenbourg.--Il faudra placer des avant-gardes de cavalerie,
infanterie et artillerie sur les routes de Halle, Cthen et
Leipzig.--Aussitt que vous aurez choisi votre position et que votre
corps sera en mouvement pour s'y rendre, vous vous mettrez en
correspondance avec le duc de Padoue  Leipzig, avec lequel votre
correspondance doit tre trs-sre et trs-rapide.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 12 octobre 1813, onze heures du soir.

Mon cousin, je reois votre lettre, que m'apporte l'officier
d'ordonnance Gourgaud; elle est date d'aujourd'hui  neuf heures du
soir.--Le prince de la Moskowa s'est empar de Dessau; il a fait deux
mille cinq cents prisonniers, dont cinquante officiers. Il me mande, 
trois heures aprs midi, que le gnral Tauenzien a pass  Dessau les
ponts pour aller du ct de Roslau, et qu'on voit sur la rive droite des
colonnes immenses de bagages et de pares qui remontent la rivire, et
toutes les probabilits sont que l'arme de Berlin tout entire a pass
sur la rive droite aux ponts de Dessau et d'Acken.--Le gnral Rgnier,
le gnral Dombrowski et le duc de Tarente avaient pass  Wittenberg
sur la rive droite;  trois heures, nos avant-postes avaient pass
Koswig.-- quatre heures, on a entendu une canonnade trs-vive qui a
dur jusqu' six heures. Je n'en connais point encore le rsultat;
c'tait l'attaque du gnral Rgnier et du gnral Dombrowski sur la
rive droite  Roslau.--L'ennemi paraissait tre dans une grande
pouvante.--Le duc de Castiglione tait arriv  Leipzig. Il avait eu,
il y a trois jours, une affaire avec Thielman et Liechtenstein; il a
battu compltement ce dernier, l'a mis en droute et lui a fait douze
cents prisonniers.--Le roi de Naples occupe la position de Grosbern, o
il me mande qu'il tiendra toute la journe de demain 13.--Mon intention
est que vous vous mettiez en marche pour vous rapprocher de Leipzig, et
que vous envoyiez demander des ordres au roi de Naples. Je compte donc
que vous serez  sept ou huit heures du matin, comme vous le proposez,
sur Hohleim.--Je vous crirai, du reste, de nouveau.--Votre arrive au
roi de Naples lui compltera quatre-vingt-dix mille hommes.--Si le
gnral Rgnier ne s'est pas empar aujourd'hui de Roslau, cela me
donnera le temps de m'en emparer demain, de bien battre l'arme de
Berlin, et de terminer toutes ces affaires-l.--Je suppose que les
reconnaissances que vous aurez envoyes sur la route de Halle vous
auront enfin donn des nouvelles. Envoyez de fortes reconnaissances
dans cette direction.--Marchez de manire  pouvoir surtout secourir
Leipzig, et envoyez demander des ordres au roi pour entrer en bataille.
Le moment dcisif parat tre arriv: il ne peut plus tre question que
de se bien battre.--Si vous entendez le canon sur Leipzig, activez votre
marche et prenez part  l'affaire.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 12 octobre 1813, trois heures et demie aprs midi.

Mon cousin, je n'ai point reu de nouvelles de vous aujourd'hui:
j'espre ne pas tarder  en recevoir. Je suppose que vous vous serez
plac  quatre lieues de Leipzig.--Nous nous sommes empars des ponts de
l'ennemi sur l'Elbe, et il parat que l'arme de Berlin s'est porte sur
la rive droite.--D'un autre ct, le roi de Naples occupe la position de
Grosbern, qu'il a prise ce matin. Je lui mande de la conserver toute la
journe de demain 13.--Mon intention est que, si ce prince doit pouvoir
conserver cette position, vous partiez  trois heures du matin pour
prendre une position sur la route de Dobern, ayant votre gauche 
Tachau.--Je me mettrai en marche de Dben, avec la vieille garde, pour
vous rejoindre. La division Curial se mettra en marche d'Eulenbourg avec
la division Lefebvre, de sorte que demain, vers midi, nous serons
soixante-dix mille hommes runis  porte de Leipzig. Toute mon arme se
mettra en mouvement; et, dans la journe du 14, elle sera toute arrive,
et je pourrai livrer bataille  l'arme ennemie avec deux cent mille
hommes.--Faites-moi connatre les renseignements que vous auriez de
votre ct sur l'arme de Silsie et sur les positions que l'on pourrait
prendre contre cette arme, contre l'arme qui viendrait par Halle et
par Dessau.--Faites-moi bien connatre la position que vous occuperez,
et  quelle heure vous pourrez tre rendu  porte de Leipzig.

NAPOLON.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 13 octobre 1813, dix heures du matin.

Mon cousin, je reois votre lettre d'aujourd'hui 13,  trois du matin,
par laquelle vous m'annoncez que vous serez  huit heures  Hohleim.--Je
pense qu'il est ncessaire que vous ne vous massiez en ligne sur la rive
gauche de la Partha qu'autant que le roi serait attaqu; mais ce serait
une grande faute que de vous porter en ligne sur la rive gauche de la
Partha, puisqu'on peut avoir  craindre que Blcher ne vienne 
dboucher par Halle ou par quelque autre point. Je pense donc que vous
devez reconnatre la position de Brettenfeld et la ligne de la Partha
jusqu' Taucha, et avoir des avant-gardes sur Skindits ainsi que sur la
route de Landsberg. Par ce moyen vous vous dploieriez promptement, la
gauche  l'Elster et la droite  la Partha, pour recevoir ce qui
viendrait par ces chemins. Reconnaissez bien cette position. Ayez trois
ponts sur la Partha, pour dboucher rapidement sur la rive gauche s'il
en tait besoin; mais tenez votre cavalerie dans les directions de Halle
et de Landsberg. Battez les routes de Delitzsch et de Dben, afin de
maintenir toutes ces communications parfaitement libres.--Toute ma garde
arrive ici dans la journe, et je suppose que la tte arrivera
aujourd'hui sur Lindenhain ou sur Hohleim.-- mesure que les autres
corps d'arme arriveront, on les placera autour de Leipzig, la garde au
centre en rserve.--Si vous tiez plac en ligne sur la gauche de la
Partha, et qu'il fallt vous porter contre quelque chose qui viendrait
du ct de Blcher, cela drangerait toute la ligne et serait du plus
mauvais effet. Il est important que l'arme de Silsie n'approche pas 
deux lieues de Leipzig.--Vos trois divisions peuvent tre trs-espaces,
avec les bonnes troupes qui les composent. Le temps de reconnatre la
position qu'elles occuperont donnera celui ncessaire pour se mettre 
l'abri de toute attaque. Mon intention est que vous placiez vos troupes
sur deux rangs au lieu de trois. Le troisime rang ne sert  rien au
feu, il sert encore moins  la baonnette. Quand on sera en colonnes
serres par bataillon, trois divisions formeront six rangs et trois
rangs de serre-file. Vous verrez l'avantage que cela aura. Votre feu
sera meilleur; vos forces seront _tierces_. L'ennemi, accoutum  nous
savoir sur trois rangs, jugera nos bataillons plus forts d'un
tiers.--Donnez les ordres les plus prcis pour l'excution de la
prsente disposition.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Dben, le 13 octobre 1813, une heure du matin.

Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
d'tre rendu _aujourd'hui, 13,  sept heures du matin,  trois lieues_
de Leipzig, et de prendre les ordres du roi de Naples pour votre
position, pour entrer en ligne. Ne perdez pas un instant pour excuter
l'ordre de Sa Majest, et envoyez  l'avance un officier au roi de
Naples pour lui faire connatre votre marche.

Pour le prince vice-conntable, major gnral,

Le gnral de division, chef de l'tat-major,

Comte MONTHION.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Rettuis, le 14 octobre 1813, six heures du soir.

Mon cousin, mon quartier gnral est dans le Koll Garten, au village de
Rettuis, sur la gauche de la Partha,  peu prs  l'intersection des
routes de Taucha et de Wurtzen,  une demi-lieue de Leipzig. Mon
officier d'ordonnance Caraman me rend compte que vous prenez position 
Stameln, Liebenthal et Brettenfeld. Le gnral Bertrand a ordre de
prendre position, la gauche  Ghlis et la droite  la Partha, couvrant
le pont de Schnfeld. Il est ainsi en arrire de votre gauche et vous
servira de rserve.--Le duc de Tarente a pass  deux heures aprs midi
le pont de Dben et s'avancera demain sur Leipzig.--Il y a eu
aujourd'hui une canonnade assez vive. L'ennemi a t repouss. Nous
occupons Liebertwolkwitz, la droite appuye  l'Elster. L'ennemi se
prolonge sur sa gauche ou sur notre droite.--Toute ma garde, cavalerie,
infanterie, artillerie, vient se placer autour de mon logement. Il
serait bien convenable de remuer un peu de terre, de faire quelques
abatis et de planter des palissades o cela peut tre utile.--Je vous
envoie une relation de la bataille de Gustave-Adolphe qui traite des
positions que vous occupez.

NAPOLON.




LE MARCHAL MACDONALD AU MARCHAL MARMONT.

Lindenhain, le 14 octobre 1813, dix heures et demie du soir.

Son Altesse le major gnral m'informe de votre position et de celles
que l'arme a prises ce soir. Je me mettrai en marche  deux ou trois
heures du matin, suivi du prince de la Moskowa. Dans le cas o l'ennemi
dboucherait en grande force sur moi par Delitzsch, et que, sans
compromettre le onzime corps, je ne pourrais lui faire face,
j'appuierai  gauche pour passer la Partha sur l'un des ponts que
m'indique le major gnral. Le deuxime corps de cavalerie et les deux
divisions du premier arriveront, j'espre,  temps pour flanquer ma
droite. Je suis instruit que vous devez envoyer au-devant de moi. Je
serai fort aise d'avoir de vos nouvelles et de ce que vous aurez vu ou
appris.

Le marchal duc de Tarente,

MACDONALD.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Reudnitz, prs Leipzig, le 15 octobre 1813, dix heures du soir.

Mon cousin, les rapports de la ville sont que le prince royal est 
Mersebourg. On croit ce soir voir beaucoup de feux  Markranstadt, ce
qui me ferait supposer que la force de l'ennemi ne se prsenterait pas
sur le chemin de Halle  Leipzig, mais sur celui de Weissenfels 
Leipzig, d'o il se joindrait par Zwickau ou Pgau  l'arme de Bohme.
Il est indispensable que vous ayez un officier sur la tour de Lindenau,
et que vous en envoyiez un autre  la tour de Leipzig pour y lorgner 
la pointe du jour.--Je suis fch que vous n'ayez pas pouss une
reconnaissance jusqu' Schkenditz.--Il est bien ncessaire que tout
votre corps ne reste pas dans la situation o il se trouve si l'ennemi
attaquait ailleurs.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Reudnitz, le 15 octobre 1813, onze heures du soir.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur est surpris que vous ne
soyez pas encore en communication avec le gnral Bertrand. Ce gnral
est depuis hier au soir de bonne heure  Eustritz.--L'Empereur livre
demain bataille  l'arme autrichienne,  la hauteur de Liebertwolkwitz,
o le quartier gnral de l'Empereur sera demain 16,  sept heures du
matin. Si vous n'avez que de la cavalerie ou peu d'infanterie devant
vous, poussez-la loin et tenez-vous prt  joindre l'Empereur. Le
gnral Bertrand serait suffisant pour garder la position de ce ct si
toute l'arme de Silsie ne dbouche pas par l. Dans le cas contraire,
le corps du prince de la Moskowa est  Mokau, et, si l'ennemi dbouchait
devant vous en grande force, votre corps, celui du gnral Bertrand et
celui du prince de la Moskowa sont destins  lui tre opposs[10].

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

[Note 10: Cette disposition tait parfaitement sage et conforme  la
raison; et c'est quand m'est parvenu le rapport des sapeurs chapps de
Halle, qui m'annonait la marche dcide de l'arme; quand le rapport du
15,  neuf heures du soir, fait connatre que l'infanterie prussienne
est en face des avant-postes, et que la vue des feux prouve que toute
l'arme ennemie est en prsence, que, le 16 au matin, l'ordre est donn
au quatrime corps de marcher sur Lindenau, et au troisime, de venir 
la grande arme.(_Note du duc de Raguse._)]




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Reudnitz, le 16 octobre 1813, huit heures du matin.

L'Empereur vient d'ordonner au prince de la Moskowa de se tenir dans la
journe prs de Leipzig, ayant sous ses ordres le sixime corps, le
quatrime, le troisime, les divisions Lorge, Defrance et Fournier.
Prenez en consquence les ordres de ce prince. Si ce matin on n'avait
point aperu d'arme dbouchant par Halle, comme tout porte  penser
qu'on n'a rien vu, vous repasserez le pont de Leipzig et viendrez vous
mettre en bataille entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos trois divisions
en chelons, et vous, vous resterez  une demi-lieue sur la grande route
de Leipzig  Liebertwolkwitz, dans une maison o vous tablirez votre
quartier gnral. Vous enverrez un aide de camp auprs de l'Empereur,
afin qu'on puisse vous retrouver et vous mettre rapidement en marche si
cela parat ncessaire  Sa Majest pour prendre part  la bataille, ou
pour vous porter dans la ville ou pourvoir  tout vnement imprvu.

Vous attendrez, pour l'excution de ces dispositions, les ordres du
prince de la Moskowa.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

16 octobre 1813, trois heures du matin.

Mon cousin, je reois votre lettre du 15 octobre  neuf heures du soir.
Je ne tiens pas pour certain que le bataillon qui tait  Hanicher se
soit repli devant de l'infanterie. Il parat, au contraire, qu'il
n'avait devant lui que de la cavalerie. Il et t convenable que vous
fissiez soutenir ce bataillon sur Hanicher, pour avoir des prisonniers.
Il n'est pas dans les rgles qu'une reconnaissance de l'ennemi qui n'est
pas soutenue par un camp puisse s'approcher et reconnatre notre camp.
L'instruction que vous aviez donne pour que ce bataillon se replit
s'il trouvait l'ennemi en corps d'arme a reu une mauvaise application,
puisque votre troupe s'est retire sans que l'ennemi se soit prsent en
corps de bataille. Avec cette manire de faire la guerre, il est
impossible de rien apprendre. Vous auriez d, depuis deux jours, envoyer
des espions  Halle et  Mersebourg, et faire ce qui est d'usage  la
guerre, en ordonnant au bourgmestre de vous donner un paysan, dont on
retient la femme en otage, et en envoyant avec ce paysan un soldat
dguis comme domestique qui le suive dans sa mission[11]. Cela russit
sur tous les points; mais vous n'employez aucune des prcautions dont on
se sert  la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille
hommes, n'avez-vous fait aucun prisonnier[12]? Le fait est que votre
corps est un des plus beaux de l'arme, qu'il est en bataille contre
rien, et que vous manoeuvrez comme si vous aviez,  une lieue et demie
de vous, une arme campe, tandis qu'il est clair qu'avant-hier et hier
vous n'avez vu personne.

NAPOLON.

[Note 11: Les sapeurs franais chapps et arrivs le 15 donnaient
de meilleurs renseignements que ceux des paysans. (_Note du duc de
Raguse._)]

[Note 12: Comment faire des prisonniers  quatre ou cinq mille
hommes de cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille 
douze cents chevaux? (_Note du duc de Raguse._)]




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Reudnitz, le 16 octobre 1813, six heures du matin.

Mon cousin, il me parat que rien n'annonce que l'ennemi veuille
dboucher par Halle, et qu'il n'y a l qu'un corps de cavalerie. Il
parat douteux qu'on ait vu hier, comme on le prtend, quelques
bataillons d'infanterie.-- la rentre des reconnaissances, ce matin,
cela sera entirement vrifi, et, comme je vais faire attaquer les
Autrichiens, je pense qu'il est convenable que vous passiez la ville au
pont de la Partha, dans le faubourg et que vous veniez vous placer en
rserve,  une demi-lieue de la ville, entre Leipzig et Liebertwolkwitz,
vos divisions en chelons. De l vous pourrez vous porter sur Lindenau,
si l'ennemi faisait une attaque srieuse de ce ct, ce qui me
paratrait absurde. Je vous appellerai  la bataille, aussitt que je
verrai la force de l'ennemi et que je serai certain que l'ennemi
s'engage.--Enfin vous pourrez vous porter au secours du gnral Bertrand
qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n'arrivera
probablement pas, une arme ennemie pouvait paratre sur le chemin de
Halle.--Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route,
hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au gnral
Bertrand, afin que cette division, soutenue par l'infanterie du gnral
Bertrand, occupe toujours vos postes avancs.

NAPOLON.




LE MARCHAL MARMONT AU MAJOR GNRAL.

19 octobre 1813.

Monseigneur, la part qu'a prise le sixime corps d'arme aux batailles
des 16 et 18 octobre, devant Leipzig, tant de nature  mriter
l'intrt de Sa Majest, je crois de mon devoir de vous en adresser le
rapport.

Le sixime corps tait plac, depuis plusieurs jours,  Liebenthal,
charg d'observer les mouvements de l'ennemi, qui pourrait dboucher de
ce ct. Le 16, au matin, Sa Majest tant dans l'intention d'attaquer
l'ennemi, et aucun corps d'arme considrable ne s'tant encore montr
devant moi, je reus l'ordre de me rapprocher de Leipzig, afin, tout en
le couvrant, d'tre plus  mme de prendre part, s'il y avait lieu, au
combat qui devait se livrer de l'autre ct de cette ville. Je mis en
marche mes quipages, et bientt aprs mon corps d'arme s'branla.

 peine mon mouvement tait-il commenc, que de grosses masses de
troupes ennemies dbouchrent par les routes de Halle et Gandsberg.

Il tait trop tard, et j'tais trop faible, pour occuper la position de
Liebenthal. En consquence, je continuai ma marche sur Leipzig, en
soutenant mon mouvement par une vive canonnade. L'ennemi nous suivit
avec activit, en ne montrant toutefois que des forces qui n'taient pas
trop suprieures aux miennes.

J'avais deux partis  prendre: ou continuer ma marche et passer par le
dfil de Leipzig, sous le feu et les efforts de l'ennemi, avec tous les
dsavantages que le terrain comporte, ou de faire face  l'ennemi.

J'y fus d'autant plus dcid, que je reus plusieurs fois du prince de
la Moskowa l'assurance que la disposition ordonne par Sa Majest pour
que le troisime corps me soutint tait excute, et qu'il marchait 
mon secours. Je m'arrtai donc; je fis face  l'ennemi, j'occupai la
position qui  sa droite au ruisseau d'Eutritz et sa gauche  l'Elster,
au village de Meckern, et je me prparai  combattre, soutenu par prs
de cent pices de canon.

L'arme ennemie marcha  moi avec rapidit. Ses forces semblaient
sortir de dessous terre; elles grossirent  vue d'oeil: c'tait toute
l'arme de Silsie.

L'attaque de l'ennemi se dirigea d'abord sur le village de Meckern. Ce
village fut attaqu avec vigueur, et l'ennemi supporta tout le feu de
mon artillerie. Il fut dfendu de mme par les troupes de la deuxime
division, sous les ordres du gnral Lagrange. Le 2e rgiment
d'artillerie de marine, qui tait charg de ce poste, y mit vigueur et
tnacit; il conserva ce village pendant longtemps, le perdit et le
reprit plusieurs fois. Mais l'ennemi redoubla d'efforts et envoya de
puissants secours, ne s'occupant que de ce point. Alors je fis excuter
un changement de front oblique par brigade, ce qui forma immdiatement
six lignes en chelons, qui taient galement bien disposes pour
soutenir ce village, o paraissait tre toute la bataille.

Le 37e lger et le 4e rgiment de marine furent successivement ports
sur ce village; ils le reprirent et le dfendirent avec tout le courage
qu'on pouvait attendre d'aussi bonnes troupes.

Le combat se soutenait avec le mme acharnement depuis trois heures, et
l'ennemi avait fait des pertes normes par l'avantage que nous donnait
la position de notre artillerie pour craser ses masses. Mais de
nouvelles forces se prsentaient sans cesse et renouvelaient les
attaques. Une explosion de quatre caissons de douze, qui eut lieu  la
fois, teignit pour un instant le feu d'une de nos principales
batteries, et, en ce moment, l'ennemi faisait une charge dcisive.

J'engageai alors les troupes de la premire division, qui formaient les
chelons du centre, pour soutenir les troupes engages et combattre
l'ennemi, qui taisait un mouvement par son centre.

Le combat prit un nouveau caractre, et nos masses d'infanterie se
trouvrent en un moment  moins de trente pas de l'ennemi. Jamais action
ne fut plus vive. En peu d'instants, bless moi-mme et mes habits
cribls, tout ce qui m'environnait prit ou fut frapp.

Les 20e et 25e rgiments provisoire, commands par les colonels Maury
et Drouhot, se couvrirent de gloire dans cette circonstance. Ils
marchrent  l'ennemi et le forcrent  plier; mais, accabls par le
nombre, ces rgiments furent obligs de s'arrter, en parvenant
toutefois  se soutenir dans leur position. Le 32e lger fit aussi des
prodiges. Les troupes de la troisime division, qui formaient les
derniers chelons, prirent part au combat, autant pour soutenir les
troupes qui taient engages que pour rsister  quelques troupes que
l'ennemi faisait marcher par sa gauche.

Les choses taient dans cette situation, et le troisime corps, dont
l'arrive et t si dcisive, ne paraissait pas, lorsque l'ennemi
prcipita six mille chevaux sur toutes nos masses, qui taient dj aux
prises  une si petite distance avec l'infanterie ennemie.

Notre infanterie montra en gnral beaucoup de sang-froid et de
courage. Mais plusieurs bataillons des 1er et 3e rgiments de marine,
qui occupaient une position importante, plirent, ce qui fora nos
masses  se rapprocher pour se mieux soutenir. L'ennemi fit de nouveaux
efforts qui furent repousses avec un nouveau courage, et l'infanterie
combattit  la fois contre l'infanterie et la cavalerie ennemie, et
repoussa toujours de nouvelles attaques jusqu' la nuit.

Alors je runis mes troupes, et je pris position  Entritz et  Ghlis.

Ainsi, les troupes du sixime corps ont rsist, pendant cinq heures, 
des forces quadruples, et la victoire et t le prix de nos efforts,
malgr la disproportion des forces, si les ordres que Sa Majest avaient
donns pour le secours  m'envoyer eussent t excuts.

J'ai eu dans cette circonstance extrmement  me louer des gnraux et
officiers suprieurs, mais je dois faire une mention particulire du
gnral Lagrange, qui a beaucoup combattu au commencement de l'action,
et du gnral Cohorn, qui a soutenu tous les efforts de l'ennemi  la
fin de la journe. Nous avons fait de grandes pertes, mais l'ennemi en a
d faire d'normes. Des prisonniers, faits depuis, les portent  dix
mille hommes.

Le lendemain matin, je repassai la Partha pour me lier  l'arme. Le 17
fut employ  rparer le dsordre qu'une affaire aussi chaude avait d
ncessairement causer, et  mettre les troupes en tat de combattre.

Le 18 au matin, le sixime corps tait concentr dans les environs de
Schnfeld, observant par des dtachements les bords de la Partha,
dfendant les gus et les diffrents passages. L'ennemi avait manoeuvr
pendant la nuit pour se porter sur Taucha. Il y passa la Partha, et
descendit cette rivire. Lorsqu'il fut  la hauteur de Neutsch et de
Naundorf, les postes qui dfendaient ces passages se replirent sur moi,
et j'tablis ma ligne, la gauche  Schoenfeld, la droite dans la
direction du village de Paunsdorf.

Mais la dfection des Saxons ayant forc le gnral Rgnier  vacuer
Paunsdorf, et  se rapprocher de Leipzig, je pris une nouvelle ligne, la
gauche  Schoenfeld, la droite dans la direction du village de
Wolkmansdorf, et, aprs avoir fait tablir mes masses en chiquier et
border leur front de toute mon artillerie, j'attendis l'ennemi sans
inquitude.

 l'arme de Silsie, que j'avais combattue l'avant-veille, se trouvait
runie l'arme sudoise; mais, cette fois, j'tais soutenu par le
troisime corps qui fournit mme une division, commande par le gnral
Delmas, pour complter ma ligne.

L'ennemi dploya devant nous cent cinquante bouches  feu, en mme
temps qu'il fit attaquer le village de Schoenfeld avec la plus grande
vigueur. Sept fois l'ennemi parvint  s'emparer de la plus grande
portion de ce village, et sept fois il en fut chass. C'tait encore la
division commande par le gnral Lagrange, et un dtachement de la
troisime, qui eurent la gloire de la dfense de ce village, et jamais
troupes ne se sont comportes d'une manire plus hroque, car elles
comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis.

Les troupes de la troisime division, qui occupaient la ligne en
plaine, furent exposes au feu de mitraille le plus pouvantable, sans
imaginer, pendant neuf heures, de faire un pas rtrograde.  la fin de
la journe, notre artillerie dmonte et nos munitions puises
permirent  l'ennemi d'approcher tellement son immense artillerie, que
la position n'tait plus tenable, ce qui fora  prendre position un peu
en arrire. Mais l'artillerie du troisime corps arriva, et la division
Ricard se porta rapidement  la position que nous venions de quitter, et
chassa une huitime fois l'ennemi du village de Schoenfeld. Ainsi finit
cette glorieuse journe.

Je ne connais pas d'loges dont ne soient dignes des troupes aussi
braves, aussi dvoues, et qui, malgr les pertes qu'elles avaient
prouves l'avant-veille, n'en combattaient pas avec moins de courage.

Notre perte dans cette journe a t considrable. Elle a consist
particulirement en officiers gnraux. Le gnral Richemont, mon chef
d'tat-major, a t tu  mes cts. Les gnraux Delmas, Friederich et
Cohorn ont t blesss mortellement. Les gnraux Compans, Pelleport et
Choisy l'ont t d'une manire moins grave. Mon sous-chef d'tat-major,
quatre de mes aides de camp, et cinq officiers de mon tat-major ont t
tus ou blesss.

Et, ds ce moment, je dois faire une mention particulire du courage et
du zle que les colonels Denis de Damrmont et Fabvier, employs prs de
moi, ont montrs.




LE MARCHAL MARMONT  NAPOLON.

20 octobre 1813.

Sire, je supplie Votre Majest de me permettre de lui exprimer la vive
affliction que j'ai prouve  la lecture de son bulletin du 19, qui
vient de me parvenir.--Sire, tout ce qui est relatif  la dfense de
Schoenfeld et de toute la plaine, jusqu' la hauteur en arrire de
Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la
disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de
bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majest attribue
les succs obtenus.--Il a paru  peine en tout dix minutes sur ce point.
J'ai t personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la
ncessit des circonstances, parce que c'tait seulement en payant de sa
personne et par la prsence du chef qu'un aussi petit nombre d'hommes
que celui que j'avais pouvait rsister  des forces aussi suprieures
que celles qui taient devant moi. C'est ce jour-l, Sire, que tout ce
qui m'environnait a pri.--Jamais,  aucune poque de ma vie, je ne vous
ai servi avec plus de dvouement que dans cette occasion.--Il n'y a pas
un soldat du sixime corps qui ne puisse l'attester; et cependant Votre
Majest n'a pas daign prononcer mon nom dans le rcit de cette
glorieuse journe.--Sire, aprs l'humiliation et le danger plus grand
encore d'tre sous les ordres d'un homme tel que le prince de la
Moskowa, je ne vois rien de pire que de se voir aussi compltement
oubli en pareille circonstance.

L'objet de mes affections et de mes voeux est d'obtenir votre
bienveillance; et Votre Majest ne saurait me refuser sa justice.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie du soir.

Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que, avec les
troisime, sixime et septime corps d'arme, vous continuiez, demain
23, votre mouvement sur Erfurth, pour prendre position sur les hauteurs,
en arrire de la forteresse. Ayez soin d'envoyer  l'avance un officier
pour reconnatre la position que vous devrez occuper.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie.

Je donne l'ordre au gnral Sbastiani de flanquer la marche de
l'arme, et de protger ce qui passera entre vous et le duc de Reggio.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Erfurth, le 24 octobre 1813, deux heures du matin.

L'intention de l'Empereur est que vous placiez vos corps dans des
villages plus prs d'Erfurth, afin de bien vous rallier ce matin et de
prendre les effets d'habillement et d'armement dont vous pouvez avoir
besoin.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

_P. S._ Faites-moi connatre le nom des villages o vos corps seront
placs.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Gotha, le 25 octobre 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous partiez
demain  deux heures du matin pour vous rendre  Eisenach. Vous y
prendrez une position militaire pour soutenir la ville et le gnral
Sbastiani, qui a beaucoup de cavalerie ennemie en prsence, et vous
vous tiendrez prt  aller plus loin du ct de Berka.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




ORDRE POUR M. LE DUC DE RAGUSE.

Rothenbergen, le 30 octobre 1813.

Les bagages et tous les parcs d'artillerie de l'arme se rendront d'ici
 Langenselbold, de l  Hochstdt, passant par Bruckobel, et de l,
d'aprs les nouvelles que l'on aura, ils se dirigeront sur Francfort ou
sur Bergen. Tous les isols et blesss, tous les chevaux blesss, les
hommes de cavalerie, non combattants  leur rgiment, suivront la mme
route. Le duc de Padoue, avec le troisime corps de cavalerie, marchera
en tte de cette colonne et la dirigera.

MM. les marchaux commandant en chef les corps d'arme, le gnral
Sorbier, le gnral Rogniat, le gnral Dulauloy, le gnral Nansouty,
commandant en chef la cavalerie, le directeur gnral de
l'administration de l'arme, et enfin tous chefs d'autorit militaires
ou d'administration, feront excuter, chacun en ce qui le concerne, les
dispositions ci-dessus. M. le gnral Radet est spcialement charg et
responsable de l'excution de cet ordre. Il placera des postes de
gendarmerie en consquence, de manire qu'il n'y ait que l'artillerie
active des corps d'arme et les combattants qui suivent la grande route
de Hanau, et que tout le reste prenne la route indique dans l'ordre
ci-dessus. M. le gnral Radet fera mettre deux poteaux avec des
criteaux.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Au camp, quatre heures du matin.

Monsieur le duc de Raguse, j'ai remis  l'Empereur le petit croquis que
vous m'avez envoy de votre position. Sa Majest fait demander si, ce
matin, vous pouvez attaquer la ville de Hanau de votre ct. Pouvez-vous
passer le pont de bois?

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

_P. S._ Nous avons jet toute la nuit des obus dans la ville.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

 une lieue en avant de Hanau, le 31 octobre 1813,

dix heures et demie.

Monsieur le duc de Raguse, l'officier d'tat-major que je vous ai
envoy arrive. L'Empereur me charge de vous dire de continuer  canonner
l'ennemi avec toute votre artillerie.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Au bivac, devant Hanau, le 31 octobre 1813.

Monsieur le marchal duc de Raguse, l'ennemi a vacu Hanau, le duc de
Bellune et le duc de Castiglione partent pour Francfort; vous laisserez
au pont les troupes ncessaires pour contenir l'ennemi. Le gnral
Bertrand a ordre d'occuper Hanau; concertez-vous avec lui, et, lorsqu'il
se sera empar des positions, continuez votre mouvement sur Francfort.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

_P. S._ Le gnral Bertrand pourra remplacer les troupes que vous avez
au pont de bois: concertez-vous avec lui.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Francfort, le 31 octobre 1813.

Vous pouvez prendre position en avant du faubourg de Hanau; vous ferez
prendre pour deux jours de vivres  Francfort, et  cet effet vous
enverrez des corves en rgle dans la ville pour recevoir cette
distribution.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Francfort, la 1er novembre 1813, trois heures et demie du matin.

L'Empereur ordonne qu'avec les troisime et sixime corps d'arme vous
vous portiez  Hchst, que vous y passiez la Nidda et que vous preniez
position jusqu' nouvel ordre sur cette rivire. Mettez-vous en
mouvement  six heures du matin.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.

_P. S._ Faites partir les isols et les voitures qui peuvent tre
autour de vous.




NAPOLON AU MARCHAL MARMONT.

Mayence, le 2 novembre 1813.

Mon cousin, je reois votre lettre; vous n'avez envoy, ni  moi, ni 
l'tat-major, aucune relation des batailles du 16 et du 18: ce que vous
auriez d faire.

NAPOLON.




LE MAJOR GNRAL AU MARCHAL MARMONT.

Hchst, le 2 novembre 1813, une heure et demie du matin.

Vous tiendrez la position que vous occupez sur la Nidda,  Hchst,
jusqu' l'arrive du gnral Curial, c'est--dire de la premire de ses
divisions; ensuite vous vous mettrez en route avec votre corps pour vous
rendre  Mayence. Le gnral Sbastiani a l'ordre de flanquer la droite
de la route d'ici  Mayence. Vous remettrez la garde des ponts  ce
gnral.

Le prince vice-conntable, major gnral,

ALEXANDRE.



FIN DU TOME CINQUIME.










End of the Project Gutenberg EBook of Mmoires du marchal Marmont, duc de
Raguse (5/9), by Auguste Frdric Louis Viesse de Marmont

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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
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Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
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works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
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