Project Gutenberg's Les caquets de l'accouche, by douard Fournier

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Title: Les caquets de l'accouche
       nouvelle dition revue sur les pices originales

Author: douard Fournier

Release Date: August 30, 2010 [EBook #33580]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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LES

CAQUETS DE L'ACCOUCHE

Paris. Impr. Guiraudet et Jouaust, 338, rue S.-Honor.




LES CAQUETS

DE L'ACCOUCHE

NOUVELLE DITION

Revue sur les pices originales et annote

PAR M. DOUARD FOURNIER

AVEC UNE INTRODUCTION

PAR M. LE ROUX DE LINCY

A PARIS

Chez P. JANNET, Libraire

MDCCCLV




INTRODUCTION.


L'ouvrage dont nous donnons une dition complte, revue sur les
originaux, est une des satires les plus remarquables du dix-septime
sicle. Publis pour la premire fois dans le cours de l'anne 1622, par
petits cahiers de quelques feuillets, les _Caquets de l'Accouche_
furent, ds l'anne suivante, runis dans un seul volume, dont il y eut
plusieurs ditions, sous le titre de _Recueil gnral des Caquets de
l'Accouche_[1].

Pendant le cours du dix-huitime sicle, ce livre n'a jamais cess
d'tre fort apprci des bibliophiles, qui payoient trs cher les
exemplaires bien conservs des ditions originales. De nos jours, les
_Caquets de l'Accouche_ ont conserv la mme valeur, et, cette fois,
l'engoment des amateurs peut se justifier: ce n'est pas seulement la
raret de l'ouvrage, c'est encore l'esprit qu'on y trouve, qui les
pousse  se le procurer. Voyons d'abord ce qu'il faut entendre par
_Caquets de l'Accouche_.


 I.--_Caquets de l'Accouche._

Au moyen ge, la naissance d'un enfant toit entoure de soins et de
crmonies qui n'existent plus maintenant. Chez les grands et chez les
riches, on se prparoit  cet vnement solennel par des attentions
touchantes qui se rattachoient aux croyances et aux superstitions de
cette poque. La chambre de la _gisante_ toit tendue des toffes et des
tapisseries les plus belles; une petite couchette, connue encore de nos
jours sous le nom de _lit de misre_, toit place auprs du grand lit
nuptial; un bon feu brloit incessamment dans la vaste chemine; des
linges de toutes sortes, tirs des grands bahuts, schoient  l'entour.
Dans certaines provinces, on mettoit devant la chemine une petite table
couverte de linge trs fin; sur cette table, trois coupes, un pot de vin
ou d'hippocras, trois pains de fleurs de farine et deux flambeaux qui
restoient allums durant la nuit. Ce repas frugal toit destin aux
fes, qui, d'aprs les croyances, devoient venir rpandre leurs dons sur
le nouveau-n. On lit dans le roman de Guillaume au Courtn, qui remonte
 la seconde moiti du XIIe sicle:

Il y avoit alors en Provence, et dans plusieurs autres pays, une
coutume qui consistoit  placer sur la table trois pains blancs, trois
pots de vin, et trois hanaps ou verres  ct; on posoit le nouveau-n
au milieu, puis les matrones reconnoissoient le sexe de l'enfant, qui
ensuite toit baptis.

Le fils de Maillefer fut donc ainsi expos, et les matrones, aprs
l'avoir vu, s'loignrent. Tout dormoit dans la chambre quand cette
aventure eut lieu. Le temps toit beau, la lune brillante. Alors trois
fes entrrent, prirent l'enfant, le rchauffrent, le couvrirent et le
placrent dans son berceau. Prenant ensuite le pain et le vin, elles
souprent, et chacune d'elles fit au nouveau-n prsent d'un beau
souhait[2].

Dans un ouvrage de la fin du quinzime sicle intitul, _les Honneurs de
la Cour_, on trouve des dtails prcieux sur le mme sujet. Alinor de
Poitiers, vicomtesse de Furnes, auteur de cet ouvrage, parle des
crmonies et des usages observs  la cour et dans la noblesse au
moment des couches, du baptme et des relevailles.

J'ai vu, dit-elle, plusieurs grandes dames faire leurs couches  la
cour; elles avoient un grand lit et deux couchettes, dont l'une toit 
un coin de la chambre, et l'autre devant le feu. La chambre toit tendue
de tapisseries  verdure ou  personnages, mais les rideaux du lit et le
ciel toient de soie, les couvertures du grand lit et des couchettes
fourres de _menu vair_; le drap toit de crpe bien empes; le
dressoir,  trois degrs, tout charg de vaisselle: on l'claire avec
deux grands flambeaux de cire, on garnit d'un tapis de velours le
plancher de la chambre; les oreillers du grand lit et des couchettes
doivent tre de velours ou de drap de soie, aussi bien que le dais du
dressoir;  chaque bout de ce dressoir, il faut placer un drageoir tout
plein, couvert d'une serviette fine. Les femmes de simples seigneurs
bannerets ne devroient pas avoir de couchette devant le feu; toutesfois,
depuis dix ans, quelques dames du pays de Flandres l'y ont eue. L'on
s'est moqu d'elles, et avec raison, car du temps de Madame Isabelle,
nulle ne le faisoit; mais aujourd'hui, chacun agit  sa guise. Aussi
est-il  craindre que tout n'aille mal, car le luxe est trop grand,
comme chacun dit.

Dans la chambre d'une accouche, le plus grand prince du monde s'y
trouvt-il, nul ne peut servir vin ou pices, except une femme marie.
Si quelque princesse vient rendre visite  la malade, c'est  la
premire dame d'honneur de sa suite qu'il appartient de lui prsenter le
drageoir[3].

De chez les grands, une partie de ces usages ne tarda pas  se rpandre
chez les bourgeois des bonnes villes devenus riches et puissants.
Christine de Pisan, cette femme pote, historien de Charles V, a parl,
dans son livre du _Trsor de la Cit des Dames_, du luxe tal par les
bourgeoises, et principalement par celles de Paris. Ce n'est pas,
dit-elle, aux marchands de Venise ou de Gennes, qui vont oultre-mer et
dans tous les pays du monde, qui ont leurs facteurs, achettent en gros
et font grands frais, que ces remontrances s'adressent: ceux-l envoyent
leurs marchandises dans toutes les contres, amassent de grandes
richesses, et sont appels nobles marchands; mais la femme dont je veux
parler achette en gros et vend au dtail pour quatre sous de denres,
si besoin est, quoique trs riche. Il n'y a pas longtemps qu'elle fut en
couche. Avant de parvenir  sa chambre, on passoit par deux autres
chambres trs belles, o se trouvoient des grands lits richement
_encourtins_; dans la seconde chambre, un grand dressoir toit couvert,
comme un autel, de vaisselle d'argent; de l, on entroit dans la chambre
de l'accouche. Cette chambre toit grande et belle, toute tendue de
tapisserie faite  la devise de la dame, orne trs richement de fin or
de Chippre; le lit, grand et beau, _encourtin_ d'un riche parement; les
tappis tout alentour sur lesquels on marchoit toient d'toffe d'or; les
grands draps de parement qu'on appercevoit par dessous la couverture
toient d'une toile de Reims si fine, qu'on la prisoit plus de trois
cents francs; par dessus cette couverture, toute tissue d'or, toit un
grand drap de lin, _aussi deli que soye_, tout d'une pice et sans
couture, ce qui est une invention nouvelle et d'un grand prix, qu'on
estimoit plus de deux cents francs. Ce drap toit si grand et si large,
qu'il couvroit de tous cts le grand lict de parement, et passoit les
bords de la couverture. Dans cette chambre de l'accouche, il y avoit un
grand dressoir tout par, couvert de vaisselle dore. Dans ce beau lit
toit la gisante accouche, vtue d'une grande robe de soye cramoisie,
appuye sur des oreillers de soye pareille, orns de gros boutons en
perles. Dieu sait les dpenses superflues en ftes, bains, qui, suivant
les usages de Paris, eurent lieu pendant ces couches! Elles furent
tellement extraordinaires, quelles mritent d'tre cites dans un livre.
Il en fut parl dans la chambre de la reine, et,  cette occasion,
quelques uns dirent que les gens de Paris avoient trop de sang; qu'il
seroit bon que le roi les charget de certains impts, afin que leurs
femmes n'allassent plus se comparer, par leur luxe,  la reine de
France[4].

Au milieu du XVe sicle, il y avoit dj longtemps que l'usage toit
tabli parmi les bourgeoises de Paris et des autres bonnes villes de se
rendre visite pendant que l'une d'entre elles toit en couches. Cet
usage avoit donn lieu  des abus qui n'ont pas chapp  la verve
railleuse des crivains satiriques de ce temps. Le premier en date est
l'auteur des _Quinze joyes de Mariage_. Voici en quels termes il a
signal ces abus dans le troisime chapitre de son livre: Or approche
le temps de l'enfantement; il faut que le mari cherche les commres, les
nourrices et les matrones, suivant le bon plaisir de la dame. Or il a
grand souci de rassembler toutes ces commres, qui boiront du vin autant
comme il en contiendroit dans une botte. Or double sa peine, or se voue
la dame en sa douleur  plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme
aussi la voue  tous les saints. Les commres arrivent de toutes pars.
On convient que le pauvre homme face tant qu'elles soient contentes. Les
dames et les commres parlent, plaisantent, disent de bonnes choses et
prennent de l'aise, quiconques en ait la peine et quelque temps qu'il
fasse. S'il pleut, gelle ou grle, et que le mari soit dehors, l'une
d'elles pourra bien dire: Helas! mon compre, qui est dehors, a
maintenant beaucoup de mal  endurer. Mais une autre repond qu'il est
bien heureux. S'il arrive que quelque chose deplaise  ces commres, une
d'elles ira dire  l'accouche: Vraiment, ma commre, je m'emerveille
bien, ainsi que toutes mes commres qui sont ici, de ce que votre mari
fait si peu de compte de vous et de votre enfant. Regardez ce qu'il
feroit si vous en aviez cinq ou six! On voit bien qu'il ne vous aime
gures, et cependant, vous lui avez fait en l'pousant plus d'honneurs
qu'il n'en advint jamais  nul homme de son lignage.--Par mon serment,
dit une autre, si mon mari agissoit ainsi, j'aimerois mieux qu'il n'et
oeil en tte, etc., etc., et tant d'autres discours du mme genre[5].

A la fin du chapitre, l'auteur reprsente le pauvre mari contraint de
donner  dner aux bonnes commres et de les festoyer. Il y travaille
bien, dit-il, et il y mettra moiti plus qu'il ne se l'toit propos,
afin d'obir aux dsirs de sa femme. Bientt arrivent les commres; le
bonhomme va au devant d'elles et leur fait bon visage. Il est sans
chapperon, va, vient par la maison, et semble fou, bien qu'il ne le soit
gures. Aprs avoir present les commres  sa femme, il les conduit
dans la salle pour les faire manger. Elles dejeunent, elles dnent,
elles mangent  se rassasier; elles portent la sant maintenant au lit
de la commre, maintenant  la cave du patron, et gaspillent plus de
denres et de vins qu'il n'en tiendroit dans une botte. Le pauvre homme,
qui a tout le souci, se lve bien souvent pour voir combien il reste de
vin, qui coule beaucoup trop vite. Les commres le taquinent: l'une lui
dit un brocard, l'autre lui jette une pierre dans son jardin. Bref, tout
se depense. Les commres, bien repues, bien joyeuses, s'en vont en se
moquant, peu soucieuses de l'avenir du pauvre homme.

Guillaume Coquillart, official de l'glise de Reims, qui fut un des
potes satiriques les plus hardis de la seconde moiti du XVe sicle,
trace un tableau comique et peu flatteur des caquets de l'accouche. Son
langage est trs libre et ne se ressent pas du caractre sacr dont
l'auteur toit revtu. Seulement, il emprunte au sacrifice de la messe
et aux prires de l'glise ses termes de comparaison. Au chevet du lit,
dit-il, il y a un benitier tout rempli d'_eau bnite de cour_. Une des
commres commence _les leons_, une autre chante les _rponses_. Dans
cette messe il y a prface, mais de _Confiteor_ jamais. Puis il cite
quelques uns des caquets en termes assez crus, que nous croyons inutile
de reproduire ici[6].

Un autre pote de la mme poque, religieux bndictin, parle aussi
contre les caquets de l'accouche, mais dans un langage plus mesur.
Jean du Castel, chroniqueur de France, abb de Saint-Maure, fils de
Christine de Pisan, dans son _Miroir des Pcheurs_, dcrit en ces termes
la chambre d'une accouche: Il y a l caquetoire par, tout plein de
fins carreaux pour asseoir les femmes qui surviennent, et prs du lit
une chaise ou _faudesteuil_ garni de fleurs. L'accouche est dans son
lit, plus pare qu'une pouse, coiffe  la coquarde, tant que diriez
que c'est la tte d'une marote ou d'une idole. Au regard des brassires,
elles sont de satin cramoisi, paille ou blanc, de velours ou de toile
d'or et d'argent, que les femmes excellent  choisir. Elles ont colliers
autour du cou, bracelets d'or, et sont plus couvertes de bijoux que des
idoles ou des reines de cartes; leur lit est garni de draps de Hollande
ou de toile de coton de la plus grande finesse, et si bien apret que
pas un pli ne passe l'autre; le bois est taill  l'antique et orn de
marqueteries et de devises[7].

Gratien du Pont, au commencement du seizime sicle, dans son pome
satirique contre le sexe fminin, a trac un tableau du mme genre;
seulement, il y ajoute plusieurs dtails qui appartiennent  l'poque o
il crivoit. En reproduisant les discours que les _muguettes_ ou femmes
 la mode avoient entre elles, il leur fait tenir ces propos: Helas!
commre, avez-vous vu la pompe et la _braguerie_ d'une telle, qui est en
couche? C'est une vraie moquerie: elle a deux lits, la popine accouche!
et celui qu'elle occupe est admirablement dress, un lit  l'antique
peint d'or et d'azur, incrust de nacre. Prs d'elle est un muguet, beau
parleur et pote; un prothonotaire qui entretient la dame de ses beaux
discours. Il est assis sur une des chaises de drap d'or ou de soie qui
parent la chambre au nombre de cinq ou six. La couchette, et mme la
chambre, sont tendues de mme toffe; enfin cette chambre, toute
parfume, est aussi riche que celle d'une duchesse ou d'une reine.
L'accouche est vtue d'un corsage d'un fin drap d'or, fourr de martre,
qu'elle change chaque dimanche. Des musiciens, joueurs habiles de toutes
sortes d'instruments, font entendre une si douce mlodie, qu'on
dsireroit les couter sans cesse. De plus, on se divertit par des
danses de tous les genres[8].

Un pote de la mme poque, Roger de Collerye, dans un dialogue compos
l'anne 1512, parle aussi du luxe des accouches, de leurs colliers, de
leurs riches accoutrements, et les reprsente pompeuses et rogues comme
les figures du portail d'une glise[9]. Cette mode avoit aussi frapp le
satirique par excellence, Henry Estienne; il dit: qu'on avoit donn 
Paris le nom de _caquetoires_ aux siges sur les quels estans assises
les dames (et principalement si c'estoit autour d'une gisante), chacune
vouloit monstrer n'avoir point le bec gel[10]. De mme Estienne
Pasquier, dans ses _Ordonnances d'amour_, n'oublie pas de parler des
caqueteuses qui bourdonnoient autour du lit des accouches. En sage
lgislateur qui permet ce qu'il ne peut empcher, il leur donne licence
pour toutes sortes de commrages[11].

Courval Sonnet, pote satirique assez connu, dont les oeuvres ont t
publies cette mme anne, 1622, o parurent les premiers _Caquets de
l'accouche_, fait allusion, dans une pice dirige contre le mariage,
au luxe dploy par les femmes dans cette circonstance:

    Les toilettes de nuict et les coiffes de couche,
    Brassires de satin, quand Madame est en couche,
    Sans oublier encor les coiffes de velours,
    La robbe de damas avec tous ses atours[12].

Enfin, Coulange, dans une de ses chansons, clbre le vieux lit o ses
aeules faisoient leurs couches et en recevoient compliment[13].


 II.--_Recueil gnral des Caquets de l'Accouche._

On a pu juger, d'aprs les dtails prcdents, que la fable imagine par
l'auteur des _Caquets de l'Accouche_ est excellente et emprunte aux
vieux usages de la bourgeoisie parisienne. Voyons comment elle est mise
en oeuvre. L'auteur suppose que, relev nagure d'une grande maladie,
il va consulter deux mdecins diffrents d'ge et d'humeur, afin de
savoir quel rgime il doit suivre pour retrouver toute sa sant. Le plus
jeune lui donne le conseil de s'en aller souvent  sa maison des champs,
de s'y livrer au jardinage, de boire un peu de vin clairet, puis de
remonter sur sa mule et de s'en revenir souper  Paris. Le plus vieux
l'engage  se rendre souvent  la comdie, ou bien, s'il le prfre, 
chercher une parente, une amie ou une voisine rcemment accouche,  lui
demander la permission de se glisser dans la ruelle de son lit, afin d'y
couter tous les propos tenus par les commres runies autour de
l'accouche. Ce dernier conseil est celui qui sourit le plus  notre
auteur. Ds le lendemain il s'empresse de le mettre  excution. Il s'en
va donc rue _Quincampoix_, autrement dit _rue des Mauvaises-Paroles_,
chez une de ses cousines, o il est bientt install sur une chaise
tapisse, cach sous les rideaux de la ruelle. Incontinent aprs,  une
heure attendant deux, arrivrent de toutes parts toutes sortes de belles
dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches, mediocres, de toutes
faons, qui, aprs avoir faict le salut ordinaire, prindrent place
chacun selon son rang et dignit, puis commencrent  caqueter comme il
s'ensuit. (P. 12.) La scne ainsi dcrite, l'auteur y introduit ses
personnages, qui viennent tour  tour y dbiter le rle qu'il leur
prte.

Dans la premire journe, l'auteur passe en revue diffrentes classes de
la bourgeoisie parisienne: les officiers de justice, tels qu'avocats,
procureurs, notaires au Chtelet; les officiers municipaux, tels que le
prvt des marchands, les chevins et autres; les partisans, les
prteurs sur gages, les financiers, sont mis tour  tour sur la
sellette, et assez maltraits. L'auteur ne craint pas de dire le nom des
usuriers, des enrichis clbres de cette poque. Il lance plusieurs
traits acrs aux partisans de la rforme, contre lesquels il crira
plus loin une page trs loquente. Il excelle  faire tenir aux acteurs
qu'il met en scne un langage en harmonie avec leur caractre, et
dispos de telle sorte qu'ils se chargent de faire leur propre satire.
Dans ce genre, rien de plus ingnieux que le rcit de la marchande qui
le matin mme avoit vendu la robe de noce  la fiance d'un petit
trsorier de province. (Voir plus loin, p. 17.)

La seconde journe est principalement consacre aux affaires de la
politique et de la religion. L'auteur parle en termes assez durs du
conntable de Luynes et de ses deux frres. Il cite quelques vers
injurieux qui couroient contre le premier (p. 66). Au sujet de la chute
rapide du marquis d'Ancre et du conntable de Luynes, une dame de la
cour tient ce propos: Pour trois pelerins qui alloyent en Emas, on vit
aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil. (P. 67.) Les
trois plerins d'Emas, ce sont les frres de Luynes, ainsi qu'on peut
le comprendre d'aprs ce qui est dit plus haut; mais les quatre
vanglistes, qui sont-ils? Henri, IIe du nom, prince de Cond, en
est un bien certainement, puisque la dame de cour ajoute: Maintenant on
ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Cond, etc. (P.
67.) Mais quels sont les trois autres vanglistes? C'est une question
qui, pour tre compltement rsolue, nous entraneroit un peu loin; nous
nous contenterons de la signaler.

Quant aux affaires de la religion, elles avoient assez d'importance en
1622 pour exercer la langue de nos commres. L'auteur dbute par
quelques dtails sur les rjouissances qui eurent lieu dans Paris au
sujet de la canonisation de sainte Thrse; puis, aprs avoir parl des
Cordeliers, des Carmlites, des pres de l'Oratoire et des Jsuites, il
met en scne une vieille bourgeoise chaperonne  l'antique, qui,
interpellant une rforme, fait observer qu'elle a lu Calvin, Clment
Marot et Bze, et une infinit de _grands philosophes_. Mercy de ma
vie, reprend la religionnaire pique au vif, oui, je les ai lus; qu'en
voulez-vous dire, vieille sans dents? Continuant ce propos, elle dclare
que les gens de sa secte ne cherchent que concorde, fraternelle amiti,
et ne veulent que _rformation_.--C'est bien  faire  vous de nous
reformer! reprend la vieille; il y a douze cens ans que la France a
quitt son erreur pour s'enroller sous les drappeaux de la vraye eglise;
et aujourd'huy une femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un _Calvin_,
qu'un Luther, et deux autres moines reniez et appostatz pour faire
refleurir l'ancienne majest de l'Eglise!

Ici l'auteur interrompt cette vive querelle pour lancer contre les
rforms un trait d'autant plus vif qu'il est inattendu. Un petit
chien, dit-il, qu'une certaine damoiselle de la rue S.-Paul portoit pour
passe-temps, entendant parler de _Calvin_, leva sa teste, croyant qu'on
l'appellast, car c'estoit son nom, ce qui fust assez remarqu de la
compagnie; mais sa maistresse le resserra sous sa cotte, de peur de
faire deshonneur aux saintz. Puis, reprenant son propos, il fait tenir
 la vieille bourgeoise ce discours: D'o sont venues toutes les
guerres civilles qui ont min et desert toute ceste monarchie depuis
quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion n'a-t-elle pas allum le feu
aux quatre coins de la France? N'avons-nous pas vu, au moins mon pre me
l'a dit cent fois, depuis l'avenement du roy Henry II  la couronne
jusqu' maintenant, tout ce royaume boulevers pour vostre subjet? On
vous a veu naistre tous armez comme les gens d'armes de la Toison-d'Or,
que Jason deffit;  peine eustes-vous suc la doctrine impie de Calvin
et de Luther, que vous minutastes ds lors la ruine de ceste couronne.
N'avez-vous pas fait des extorsions estranges o vostre fureur et vostre
rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de
bourgades et de bonnes maisons ont t ruines par vos partisans! La
Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moncontour, de Dreux,
et une infinit de fleuves, sont empourprs de sang, et jamais,
toutesfois, la fortune ne vous a est favorable en toutes les rencontres
et batailles qui se sont donnes contre vous; le Ciel n'a jamais second
vos monopoles; vos gens y ont tousjours laiss les bottes, et
aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent
les eperons. Il s'agissoit alors de la religion, c'estoit  vous  vous
deffendre; mais maintenant que le roy veut proteger tous ses sujets en
paix, sous l'authorit de ses edits..., ceux de la religion luy ferment
les portes, font des assembles et monopoles contre son service,
tranchent du souverain en leurs factions, disposent des provinces et
deniers royaux, constituent gouverneurs o bon leur semble, partagent
tout ce royaume  leur volont, bref, se persuadent que la France ne
doive plus respirer que par leur moyen. Vous voil tantost  la fin de
la carrire. Le Roy tient le haut bout. Plusieurs viendront collationner
en Grve pour aller soupper en l'autre monde. (P. 85.)

On nous pardonnera cette citation, bien qu'un peu longue, en faveur de
l'loquente indignation dont l'auteur a fait preuve; on y retrouve
cette haine invtre des habitants de Paris contre la religion
nouvelle. Il suffit de se reporter  l'histoire de nos guerres de
religion du seizime au dix-septime sicle pour comprendre la porte de
ce discours.

Dans la troisime journe, la conversation roule principalement sur la
bourgeoisie parisienne, dont les diffrentes classes sont censures avec
une verve impitoyable des plus amusantes. Ce sont d'abord les gens de
finance et de robe: trsoriers, greffiers, notaires et plusieurs autres;
les mdecins et les apothicaires viennent aprs eux, et ne sont pas
pargns. L'auteur trouve le moyen de faire une petite digression sur
les livres et opuscules nouveaux qui se dbitoient et sur les bvues
commises par les imprimeurs. Il cite entre autres deux _Vies de sainte
Thrse_, dans l'une desquelles on fait dire  l'auteur que cette sainte
avait eu deux pres. Les femmes et les filles de la bourgeoisie
fournissent aussi leur bonne part aux caquets de l'assemble; on y
raconte, en les amplifiant beaucoup, nous aimons  le croire, les
tromperies que les unes faisoient  leurs maris, ou les autres  leurs
parents.

Ces trois journes composent la premire partie, et la plus originale,
du recueil d'opuscules connu sous le nom de _Caquets de l'Accouche_.
Elles seules ont t publies sous ce titre, et elles doivent sortir de
la mme plume. Les autres pices, imprimes, chacune avec un titre
diffrent, aussi pendant l'anne 1622, sont, nous le croyons, de
plusieurs mains[14]. Du reste, ceux qui les ont crites ont suivi le
mme plan que l'auteur des trois _Caquets_, c'est--dire que, tout en
devisant des nouvelles du jour, ils ont consacr chaque pice  un sujet
particulier. Ainsi, dans la quatrime assemble, il est surtout question
des mariages que les diffrentes classes de la bourgeoisie parisienne
contractoient les unes avec les autres, et des msalliances que faisoit
trop souvent la noblesse pour s'enrichir. On y raconte plusieurs
aventures tragiques ou scandaleuses, telles que l'histoire de la
comtesse de Vertus, contrainte par son mari d'assister au meurtre de son
amant (p. 139); celle du soufflet donn par un gentilhomme  un
conseiller dans la galerie du Palais (p. 142). Entre les noms rests
plus ou moins clbres donns par l'auteur  la fin de cette assemble,
je citerai celui de la duchesse de Chevreuse, qui,  cette poque,
venoit d'pouser en secondes noces Claude de Lorraine. Une matresse des
comptes s'exprime ainsi: Je pense qu'elle n'a pas grand credit, encore
qu'elle se veuille faire appeler Madame la Princesse. Je say bien qu'il
y eut l'autre jour un grand bruict au Louvre pour cela, et qu'on lui fit
de bonnes reprimandes.

Au commencement de la cinquime assemble, les affaires de la religion
et de la politique reviennent de nouveau sur le tapis. Les exactions
commises durant les siges de Montauban, de Montpellier et de La
Rochelle, par des fournisseurs infidles, sont impitoyablement
signales. Nos commres parlent tout d'abord d'un certain _Desplan_,
qui, de laquais du prince de Cond, s'leva, par la faveur du conntable
de Luynes, au grade de marchal de France; viennent aprs les marchaux
de Bassompierre et de Crqui et le conntable de Lesdiguires, qui tous
trois sont assez rudement traits.

Avant de parler de ces illustres personnages, l'auteur introduit dans la
chambre de l'accouche deux femmes clbres des rgnes de Henri IV et de
Louis XIII, la duchesse de Verneuil (Henriette de Balzac d'Entragues) et
_Mathurine_, folle de la reine Marie de Mdicis. En 1622, cette duchesse
de Verneuil, qui, vingt annes auparavant, put se croire un instant
reine de France, n'avoit encore que quarante-trois ans. Ce n'toit plus
cette femme sduisante au point que, mme aprs son mariage et malgr
des trahisons de toute sorte, Henri IV resta plusieurs annes son amant.
Il ne rompit avec elle que vers l'anne 1608. Alors, dit Tallemant des
Raux, elle se mit  faire une vie de Sardanapale ou de Vitellius; elle
ne songeoit qu' la mangeaille, qu' des ragots, etc. Elle devint si
grasse qu'elle en toit monstrueuse; mais elle avoit toujours bien de
l'esprit.[15] Bassompierre avait eu long-temps pour matresse Marie
d'Entragues, soeur de la duchesse de Verneuil. En 1609, il eut d'elle
un fils, Louis de Bassompierre, mort vque de Saintes. Marie
d'Entragues avoit obtenu de son amant une promesse crite de mariage, et
lui en avoit fait une autre de ne jamais s'en servir. Elle prenoit
quelquefois le nom de madame de Bassompire. Au Cours-la-Reine, son
carrosse fut arrt devant celui de Marie de Mdicis, qui toit
accompagne du marchal: Ah! dit la reine, voici madame de
Bassompierre.--Ce n'est que son nom de guerre, reprit assez haut le
marchal pour tre entendu.--Vous tes un sot, Bassompierre, lui dit
Marie d'Entragues.--Il n'a pas tenu  vous, Madame. Et les deux
carrosses de s'loigner. On comprend pourquoi la duchesse de Verneuil
n'toit pas d'humeur  entendre parler de Bassompierre; aussi la
voyons-nous s'loigner au plus tt.

Quant  _Mathurine_, c'toit une femme d'assez bas tage, qui jouoit 
la cour de Marie de Mdicis le rle de folle du logis, et qui, sous ce
prtexte, avoit acquis le droit de dire  chacun toutes ses vrits. Du
Perron, contre lequel cette femme dispute dans le premier chapitre du
deuxime livre de la _Confession de Sancy_, lui reproche toutes sortes
de vilenies, dont quelques unes pourroient bien tre vraies. Il est
certain qu'elle touchoit une pension de la reine, et que les petits
enfants couroient aprs elle dans la rue, en criant: Aga! Mathurine la
folle! Plusieurs pices satiriques de ce temps furent publies sous son
nom. Sa prsence, dans la chambre de l'accouche  ce cinquime Caquet,
donna l'ide  quelque esprit libre et factieux d'crire une petite
pice intitule _les Essais de Mathurine_. On y trouve plusieurs traits
piquants et spirituels, mais ils sont gts par un cynisme de langage
que n'excuse mme pas l'tat de folie du personnage  qui on le prte.
Nous y avons remarqu, du reste, un curieux dtail sur la vogue obtenue
par les _Caquets de l'Accouche_: _Vous autres lisarts, n'avez-vous
point leu certain petit fatras qui se nomme le Caquet de l'Accouche?
Si avez, sans doute, si avez, car il s'en est vendu plus que d'epistres
familires ou d'oraisons des saincts._ Malgr tout, cette pice ne peut
nullement entrer en comparaison avec les _Caquets_, qu'elle semble avoir
pour but de censurer.

Nos bourgeoises terminent cette cinquime assemble par des propos
mchants dirigs contre leurs voisines. C'est un tableau de moeurs
assez piquant et assez joliment esquiss. Le tout est couronn par un
caquet sur le comte de Mansfeld[16].

La sixime assemble est consacre  une apologie railleuse fort
amusante du sexe fminin; elle est crite avec autant de verve que de
malice. Nous avons remarqu que l'auteur,  propos du courage dploy
par les femmes, s'exprime ainsi sur Jeanne d'Arc: N'avons-nous pas
cette gnreuse guerrire en France, la Pucelle d'Orlans, qui s'est
signale en tant de combats, rencontres, en tant d'assauts et batailles,
sans aller en Thrace chercher les antiques Amazones?

Nous n'avons rien  dire des deux dernires assembles, dans lesquelles
il n'est question que d'aventures prives et de commrages de quartier.
On y parle  plusieurs reprises du bruit que faisoient dans Paris les
premiers _Caquets de l'Accouche_. Les petits cahiers sont lus et
examins soigneusement par nos commres, qui ne tardent pas 
reconnotre le portrait et l'historique des unes et des autres, et  se
les signaler entre elles impitoyablement. Dans la septime journe,
l'auteur explique comment il a pris soin de se dguiser en apothicaire,
de ne pas prendre sa place accoutume dans la ruelle de sa cousine, et
de se mettre _au bout de la tapisserie_. C'est le moment qui a t
choisi par Abraham Bosse dans cette gravure o il nous a si bien
reprsent la chambre de l'accouche. Une des commres, femme d'un
huissier  verge, propose  ses compagnes de rdiger une lettre de
dsaveu, que l'on trouve jointe  la sixime journe. Enfin, dans
l'_Anti-Caquet_, sous prtexte de rpondre aux accusations diffrentes
portes contre les diverses classes de la bourgeoisie parisienne,
l'auteur ajoute de nouveaux dtails  ceux qu'il a donns, et cite
plusieurs noms, tant parmi les mdecins que parmi les gens de robe ou de
finance. Cette petite pice, crite sur le mme ton et dans le mme
style que les quatre premires, parot tre sortie de la mme plume.

Nous avons signal prcdemment les principaux personnages et les
vnements historiques dont il est question dans les _Caquets de
l'Accouche_; nous ajouterons qu'on y trouve aussi, sur l'histoire
physique et morale de Paris, des dtails nombreux, qu'il seroit trop
long d'numrer ici. Nous indiquerons seulement, dans le premier Caquet,
ceux qui ont rapport au _Pont-Neuf_ et au _charlatan_ (p. 10), au _feu
de la Saint-Jean_ (p. 23),  l'_hpital Saint-Germain_ (p. 25),  la
construction du _Pont-au-Double_ (p. 41); dans le second, la fte de la
canonisation de _sainte Thrse_ (p. 48), l'incendie du _Pont-au-Change_
et la chert du loyer des maisons (p. 58), les _voleurs_ (p. 70), les
revenants et mauvais esprits; la statue de Crs du couvent des
Carmlites (p. 74), les Pres de l'Oratoire (p. 78) et les Jsuites (p.
82).

Nous devons encore signaler la dernire des trois pices que nous avons
jointes aux _Caquets de l'Accouche_; elle a pour titre: _Sentence par
corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'auteur des
Caquets_. C'est une factie trs spirituelle crite dans le style du
Palais, qui attribue la composition des _Caquets_ au _baron de
Grattelart_, un des farceurs de ce temps. Mondor, Tabarin et sa femme
portent plainte devant Gautier Garguille; celui-ci fait faire une
enqute par Gros-Guillaume, Jean Farine et La Vigne, autres farceurs de
la mme poque, qui demandent et obtiennent jugement contre le coupable.
Cette pice, des plus rares, est une nouvelle preuve du succs de vogue
obtenu par l'auteur de ces satires, aussi mordantes que hardies.


 III. _Auteur des_ Caquets de l'Accouche.--_Editions originales et
rimpressions.--Mthode suivie dans cette nouvelle dition._

Non seulement l'auteur des _Caquets de l'Accouche_ a gard le plus
strict anonyme, mais encore il a eu soin de ne rien dire qui pt faire
deviner  quelle classe de la socit parisienne il appartenoit. Cette
phrase de l'avis au lecteur dans l'dition de 1623: _Quand tu saurois
quel je suis, volontiers agrerois-tu davantage cet oeuvre, voyant
qu'estant ce que Dieu m'a faict naistre et colloqu en un rang qui me
separe du vulgaire, etc._, parot se rapporter plutt au caractre de
l'auteur qu' sa condition. D'ailleurs, nous ne pensons pas que
l'anonyme rviseur de l'dition collective de 1623 soit l'auteur des
pices originales publies l'anne prcdente. Nous n'en voulons pour
garant que les mutilations maladroites qu'il a fait subir  ces pices
sans aucune ncessit. Il est facile de comprendre pourquoi l'auteur des
_Caquets_ a pris tant de prcautions afin de rester inconnu. Les
hardiesses de ses satires, l'audace avec laquelle il nommoit tous ses
personnages, l'eussent sans nul doute expos  toutes sortes de
dsagrments. Le titre des quatre premires pices originales ne porte
aucun nom de ville ni d'imprimeur; dans celles o le nom de Paris est
indiqu, imprimeur et libraire ont eu soin de se cacher sous un
factieux pseudonyme, tel que: _De l'imprimerie de Lucas Joffu, comdien
ordinaire de l'Isle du Palais_.

On a pens que Deslauriers, comdien de l'htel de Bourgogne, qui, sous
le nom de _Bruscambille_[17], a publi plusieurs ouvrages factieux,
pourroit bien avoir crit les _Caquets de l'Accouche_. Le judicieux
auteur de l'_Analectabiblion_, qui met cette opinion sous toutes
rserves, trouve entre les Fantaisies de Bruscambille et les _Caquets_
une _certaine conformit de tour d'esprit et d'historiette_[18]. Il est
possible que des historiettes racontes dans les _Caquets_ soient
empruntes aux oeuvres de Deslauriers. Malgr tout, entre le style et
le genre d'esprit de l'auteur des _Caquets_ et le comdien de l'htel de
Bourgogne nous trouvons une diffrence trop grande pour accepter ce
rapprochement. Nous croyons plutt que c'est dans la magistrature
parisienne qu'il faut chercher l'auteur anonyme. Quel que soit le rang
qu'il ait eu, quelle que soit la profession qu'il ait exerce, on ne
peut lui refuser une grande connoissance des affaires politiques et
religieuses de son temps. Plusieurs des opinions qu'il met sont dans un
tel accord avec celles que professoit le cardinal de Richelieu qu'il est
impossible de chercher l'auteur anonyme autre part que dans les
serviteurs du clbre ministre. Un heureux hasard fera peut-tre un jour
dcouvrir ce petit mystre, rest jusqu' prsent impntrable.

Les _Caquets de l'Accouche_, avons-nous dit plus haut, furent publis
dans le cours de l'anne 1622, sous des titres diffrents. Voici ces
titres, que nous copions sur les originaux:


1 Le Caquet de l'Accouche. MDCXXII, in-8 de 24 pages, y compris le
titre.

2 La seconde Aprs-Disne du Caquet de l'Accouche. MDCXXII, in-8 de 32
pages, y compris le titre.

3 La troisiesme Aprs-Disne du Caquet de l'Accouche. MDCXXII, in-8 de
32 pages, y compris le titre.

4 La dernire et certaine Journe du Caquet de l'Accouche. MDCXXII,
in-8 de 24 pages, y compris le titre.

5 Le Passe-Partout du Caquet des Caquets de la nouvelle Accouche.
MDCXXII, in-8 de 32 pages avec le titre.

6 La Responce aux trois Caquets de l'Accouche. MDCXXII, in-8 de 16
pages, y compris le titre. En tte de la page 3 on lit: La Responce des
Dames et Bourgeoises de la ville de Paris au Caquet de l'Accouche. Une
autre dition de la mme pice porte le titre suivant: La Responce des
Dames et Bourgeoises de Paris au Caquet de l'Accouche, par mademoiselle
E. D. M. A Paris, chez l'imprimeur de la Ville,  l'enseigne des
Trois-Pucelles.

7 Les dernires Parolles ou le dernier Adieu de l'Accouche.--Ensemble
ce qui c'est pass en la dernire visite et quatriesme Aprs-Disne des
Dames et Bourgeoises de Paris. A Paris, de l'imprimerie de Lucas Joffu,
comdien ordinaire de l'Isle du Palais. MDCXXII, in-8 de 16 pages, y
compris le titre.

8 Le Relevement de l'Accouche. A Paris, MDCXXII, in-8 de 16 pages, y
compris le titre.


A ces huit pices il faut en joindre trois autres qui ont t publies
cette mme anne 1622, et qui sont un complment ncessaire du recueil:


1 L'Anti-Caquet de l'Accouche. MDCXXII, in-8 de 14 pages, y compris le
titre.

2 Les Essais de Mathurine. S. L., S. D., in-8 de 16 pages, y compris le
titre.

3 La Sentence par corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre
l'autheur des Caquets de l'Accouche. A Paris, etc., MDCXXII, 16 pages,
y compris le titre.


L'anne 1623, les huit premires pices seulement servirent  la
composition d'un recueil au sujet duquel nous allons donner quelques
dtails. Voici le titre de la premire dition:

RECUEIL gnral des Caquets de l'Accouche, ou Discours factieux o se
voit les moeurs, actions et faons de faire des grands et petits de ce
sicle; le tout discouru par Dames, Damoiselles, Bourgeoises et autres,
et mis par ordre en VIII aprs-dines qu'elles ont faict leurs
assembles, par un secretaire qui a le tout ouy et escrit, avec un
discours du Relevement de l'Accouche.

Imprim au temps de ne se plus fascher. (Paris,) 1623, petit in-8.

Cette dition du Recueil gnral est la plus recherche; elle a 200
pages, prcdes de 4 feuillets qui contiennent un frontispice grav, un
titre, un avis au lecteur et des vers de l'auteur anonyme, que nous
avons reproduits.

Il a t fait en 1624 deux ditions de ce recueil, petit in-8, qui sont
aussi trs recherches. L'une contient 3 feuillets prliminaires, 198
pages et un frontispice grav; l'autre comprend 180 pages, sans compter
les feuillets prliminaires et le frontispice grav.

Il y a aussi une dition de 1625, avec un titre grav portant le
millsime de l'anne prcdente.

Citons encore, ajoute M. Brunet dans son Manuel du Libraire, t. 4, p.
45, les ditions de Poitiers, par Abr. Mounin, 1630, petit in-8.--De
Troyes, Claude Bridon, ou Nicolas Oudot, 1630, petit in-8 de 94
feuillets non chiffrs et 2 feuillets prliminaires (sous le titre de
Recueil gnral des quaquets [_sic_]).--De Troyes, Denis Clment (sans
date), petit in-8 de 95 feuillets non chiffrs, signs A. M.--De Troyes,
Nic. Oudot (sans date), petit in-8 de 2 et 72 feuillets non chiffrs.

Nous avons compar plusieurs de ces ditions les unes avec les autres:
elles reproduisent toutes le texte de l'dition de 1623; seulement, plus
elles s'loignent de cette date, plus elles contiennent de fautes. En
1847, une rimpression textuelle du Recueil gnral des Caquets de
l'Accouche, d'aprs l'dition de 1625, fut faite  Metz, petit in-8
carr, et tire seulement  soixante-seize exemplaires. Cette
rimpression est suivie d'une notice de l'diteur, signe L. H. F.

Il faut signaler entre les pices originales et les ditions collectives
des diffrences notables que le rviseur a cru devoir introduire afin de
donner au livre une plus grande uniformit. Ces changements sont faits
avec assez de maladresse, comme on peut en juger d'aprs le dbut et la
fin du sixime Caquet. (Voir page 195 et page 210.)

Nous n'avions qu'une marche  suivre pour cette nouvelle dition:
rimprimer textuellement les pices originales, en y joignant les
principales variantes d'aprs l'dition collective de 1623; ajouter les
trois pices l'_Anti-Caquet_, les _Essais de Mathurine_ et la _Sentence
par corps_, qui, depuis l'anne 1622, n'ont jamais t rimprimes;
ajouter au texte le plus d'claircissements possible sur les vnements
et les personnages dont il est question dans les Caquets de
l'Accouche. M. Edouard Fournier, connu par des travaux excellents sur
l'histoire de la ville de Paris, s'est charg de cette dernire partie,
aussi longue que difficile. A force de recherches dans les documents des
rgnes de Henri IV et de Louis XIII, presque tous les points importants
traits par l'auteur des Caquets ont t claircis, et presque tous les
noms propres, souvent obscurs, ont t les objets de notices
biographiques. Cependant plusieurs noms et plusieurs faits sont rests
impntrables: M. Fournier a prfr garder le silence que d'mettre des
conjectures. Un index de tous les noms cits dans ce Recueil nous a paru
ncessaire pour faciliter les recherches, car nous esprons que ce
livre, qui n'a t considr jusqu' prsent que comme une factie
divertissante, sera class dornavant parmi les ouvrages historiques,
chos fidles des prjugs et des opinions d'une poque.

LE ROUX DE LINCY.




APPENDICE.


I.

Car, puisque nous sommes  parler des marchandes, ne fut-ce pas
voirement grand oultraige  cette femme de marchand de vivre voire comme
marchant. Ce n'est mie comme ceulx de Venise ou de Gennes, qui vont
oultre-mer et par tous pays ont leurs facteurs, achaptent en gros et
font grandz fraiz, et puis semblablement envoyent leurs marchandises en
toutes terres,  grandz fardeaulx, et ainsi gaignent grandz richesses,
et tels sont appellez nobles marchantz; mais celle dont nous disons
achapte en gros et vend en detail pour quatre souz de denres, se
besoing est, ou pour plus ou pour moins, quoiqu'elle soit riche et
portant trop grand estat. Elle fist une gesine d'ung enfant qu'elle eut
n'a pas longtemps. Ains qu'on entrast dans sa chambre, on passoit par
deux autres chambres moult belles, o il y avoit en chascune un grand
lict, bien et richement encourtin; et, en la deuxiesme, ung grand
dressoir, couvert comme ung autel, tout charg de vaisselle d'argent; et
puis, de celle-l on entroit en la chambre de la gisante, laquelle
estoit grande et belle, toute encourtine de tapisserie faicte  la
devise d'elle, ouvre trs richement de fin or de Chippre; le lict grand
et bel, encourtin d'ung moult beau parement, et les tappis d'entour le
lict mis par terre, sur quoy on marchoit, tous pareilz  or. Et estoient
ouvrez les grandz draps de parement, qui passoient plus d'un espan par
soubz la couverture, de si fine toille de Reims, qu'ils estoient prisez
 trois cens frans; et tout par dessus le dict couvertouer  or tissu
estoit ung autre grand drap de lin aussi dli que soye, tout d'une
pice et sans cousture, qui est une chose nouvellement trouve  faire
et de moult grand coust, qu'on prisoit deux cens frans et plus, qui
estoit si grand et si large qu'il couvroit de tous lez le grand lict de
parement, et passoit le bort du dict couvertouer qui traisnoit de tous
les costez; et en cette chambre estoit ung grand dressoir tout par,
couvert de vaisselle dore; et en ce lict estoit la gisante, vestue de
drap de soye tainct en cramoisy, appuye de grandz oreillez de pareille
soye,  gros boutons de perles, atourne comme une damoyselle. Et Dieu
scet les autres superfluz despens de festes, baigneries, de diverses
assembleez, selon les usaiges de Paris  accouches, les unes plus que
les autres, qui l furent faictes en celle gesine! Et pour ce que cest
oultraige passa les autres (quoy qu'on en face plusieurs grandz), il est
digne d'estre mis en livre. Si fust ceste chose rapporte en la chambre
de la Royne, dont aucuns dirent que les gens de Paris avoient trop de
sang, dont l'abondance aucunes fois engendroit plusieurs maladies.
C'estoit  dire que la grand habondance de richesses les pourroit bien
faire desvoyer; et pour ce seroit le mieulx que le roy les chargeast de
aucun ayde, emprunt ou taille; par quoy leurs femmes ne se allassent
plus comparer  la royne de France, qui gures plus n'en feroit. (F 107
de _le Trsor de la cit des dames, selon dame Christine, de la cit de
Pise, livre trs utile et prouffitable pour l'introduction des roynes,
dames, princesses et autres femmes de tous estats, auquel elles pourront
veoir la grande et saine richesse de toute prudence, saigesse, sapience,
honneur et dignit dedans contenue.--Avec privilge.--1536, in-8._)


II.

Or approche le temps de l'enfantement; or convient qu'il ait compres et
commres  l'ordonnance de la dame; or a grand soussy pour querir ce
qu'il faut aux commres et nourrisses et matrones qui y seront pour
garder la dame tant comme elle couchera, qui beuvront de vin autant
comme l'en en bouteroit en une bote. Or double sa peine; or se voue la
dame en sa douleur en plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme
aussi la voue  tous les saincts. Or viennent commres de toutes pars;
or convient que le pauvre homme face tant que elles soient bien aises.
La dame et les commres parlent et raudent et dient de bonnes chouses,
et se tiennent bien aises, quiconques ait la peine de le querir,
quelque temps qu'il face; et s'il pleut, ou gelle, ou grelle, et le mary
soit dehors, l'une d'elles dira ainsi: Hellas! mon compre, qui est
dehors, a maintenant mal endurer! Et l'autre repond qu'il n'y a force et
qu'il est bien aise. Et s'il avient qu'il faille aucune chose qui leur
plaise, l'une des commres dira  la dame: Vraiment, ma commre, je me
merveille bien, si font toutes mes commres qui cy sont, dont vostre
mary fait si petit compte de vous et de vostre enfant! Or, regardez
qu'il feroit si vous en aviez cinq ou six. Il appert bien qu'il ne vous
ayme gures: si lui feistes-vous le plus grand honneur de le prendre
qu'il avenist oncques  pice de son lignage.--Par mon serment, fait
l'autre des commres, si mon mary le me faisoit ainsi, je ameroye mieux
qu'il n'eust oeil en teste.--Ma commre, fait l'autre, ne lui
accoustumez pas ainsi  vous lesser mettre sous les piez, car il vous en
feroit autant ou pis, l'anne  venir,  vos autres accouchemens, etc.,
etc.........................................

Or de sa part, le proudomme fait aprester  diner selon son estat, et y
travaille bien, et y mettra plus de viande la moiti que au commencement
propous n'avoit, par les ataintes que sa femme lui a dites. Et tantoust
viennent les commres, et le proudomme va au devant, qui les festoye et
fait bonne chire, et est sans chapperon par la meson, tant est jolis,
et semble un foul, combien qu'il ne l'est pas. Il maine les commres
devers la dame en sa chambre et vient le premier devers elle, et lui
dit: M'amie, voyez cy vos commres qui sont venues.--_Ave Maria_,
fait-elle, je amasse mieulx qu'elles fussent  leur meson, etc. Lors
les commres entrent; elles desjunent, elles disnent, elles menjent 
raassie; maintenant boivent au lit de la commre, maintenant  la cuve,
et confondent des biens et du vin plus qu'il n'en entreroit en une bote;
et  l'aventure il vient  barrilz o n'en y a que une pipe. Et le
pouvre homme, qui a tout le soussy de la despense, va souvent voir
comment le vin se porte quand il voit terriblement boire. L'une lui dit
ung brocart, l'autre li gette une pierre dans son jardin. Briefvement,
tout se despend; les commres s'en vont bien coiffes, parlant et
janglant, et ne s'esmoient point dont il vient...., etc. (P. 26 des
QUINZE _Joyes de mariage_; nouvelle dition, conforme au manuscrit de la
Bibliothque de Rouen, etc. _Paris, Bibliothque elzevirienne de P.
Jannet_, 1853.)

Le passage suivant, des _Tnbres de Mariage_, complte le tableau:

    Quand vient  l'enfant recevoir,
    Il fault la sage-femme avoir,
    Et des commres un grand tas.
    L'une viendra au cas pourvoir;
    L'autre n'y viendra que pour veoir
    Comme on entretient telz estatz.
    Vous ne vistes oncq tel caquet:
     ces drapeaux,  ce paquet,
     ce baing, ce cremeau, ce laict
    Et voil le povre Jaquet
    Qui luy servira de naquet,
    De chamberire et de varlet.


III.

    Dieu scet se bien sont espluches
    Paroles et menus fatras
    Aux chambres de ces accouches;
    Les fenestres ne sont bouches
    Que  faulx et  manches d'estrilles;
    Les couches ne sont attaches
    Que de grands lardons pour chevilles;
    Les carreaux sur quoy seent les filles
    Sont pains d'ung tas de semi-dieux;
    Les tapis, ce sont evangilles
    Et vies  povres amoureux.
    Au chevet du lict, pour tous jeux,
    Pend ung benoistier qui est gourd,
    Avec ung aspergs joyeulx,
    Tout plain d'eaue benoiste de court;
    La garderobbe, c'est la court
    L o on traicte noz mignons;
    L on n'espargne sot ne sourt;
    C'est l o on les tient sur fons.
    L'une commence les leons
    Au coing de quelque chemine,
    Et l'autre chante les responz
    Aprs la lgende dore.
    Sitost que matine est sonne,
    Il n'y a ne quignet ne place
    Que on n'y carillonne  journe;
    Il est tousjours la Dedicace.
    En la messe il y a Preface,
    Mais de _Confiteor_ jamais.
    Oncques puis le temps Boniface
    Aussi on n'y bailla la paix,
    Car il y a entre deux ais
    Tousjours quelqu'une qui grumelle
    D'entre sa voisine d'emprs,
    Qui veult dire qu'elle est plus belle.
    Bref, c'est une droicte chappelle,
    Et si n'y a prelat d'honneur
    Qui ne tche bien, sans sequelle,
    D'avoir place d'enfant de cueur.
    L'une comptera de Monsieur,
    Et l'autre d'une creature
    Qui a cul de bonne grosseur,
    Mais il ne vient pas de nature.
    L'une dict que c'est enfanture,
    L'autre dira qu'il n'en est rien,
    Et, pour oster la conjecture,
    Chascune faict taster le sien,
    S'il est fagott, s'il est bien,
    S'il est trouss, s'il est serr,
    S'il est espais, quoy et combien;
    S'il est rond, ou long, ou carr.
    Tel y a, s'il estoit par,
    Et qu'on lui vist un peu la cuisse,
    On le trouveroit bigarr
    Comme un hocqueton de Souysse.
    Celuy-si, me semble, est bien nice
    Qui fonde dessus une maison,
    Car, quelque chose que on bastisse,
    Le fondement n'en est point bon.
    Aprs qu'on a dit ce jargon,
    Tantost aprs arrivera
    Une grande procession
    Qui d'aultre matire lira.
    L'une d'elles commencera
    A resgaudir ses esperitz;
    Dieu scet s'elle praticquera
    Le tiltre _De injuriis_!

    Quelqu'une, par moyens subtilz,
    Ira semer de sa voysine
    Qu'elle suborne les amys
    Et les chalans de sa cousine;
    D'une autre on dira que c'est signe
    D'une parfaicte mesnagire
    Prester, pour garder sa cuisine,
    Son cul plustost que sa chaudire.
    S'on touche de quelque compre,
    L'une dit qu'il est trop faschant,
    L'autre qu'il a belle manire,
    Mais il se panche un peu devant,
    D'ung tel, il sent son entregent,
    Et si luy siet bien  dancer,
    Mais il n'a pas souvent argent;
    Il ne scet que c'est que foncer.
    Quelque vieille va commencer
    A filler, qui empongnera
    Sa quenoille de Haut tancer,
    Son fuzeau de Tout se dira,
    Les estoupes de On le saura,
    Le rouet de J'ay bec ouvert,
    Le vertillon de On verra
    Le pot aux roses descouvert.
    Le fil de la quenoille est vert
    Et si deli pour s'enfiler,
    Que le grand diable de Vauvert
    A peine s'en peut desmesler.
    Pour mieux  l'aise vaneler,
    On met estoupes par dedans
    La saincture de Trop parler,
    Et l couche l'on des plus grans.
    On empesche langues et dents,
    Et mettent leurs soings et leurs cures
    Par lardons, broquars, motz piquans
    A exposer les escriptures.
    C'est ainsy que telz cratures,
    En parlant de l'autre et de l'ung,
    Lisent le tiltre _Des injures_.

(Guillaume Coquillart, _Pomes des droits nouveaux_, t. 1, p. 134, des
oeuvres compltes (publies par M. Tarb). Reims-Paris, 1847, in-8, 2
vol.)


IV.

    L'aultre dira, comme trop medisante:
    Hlas! commre, d'une telle gesante
    Si vous voyiez la pompe et braguerie,
    Vous jugeriez qu'est vraye mocquerie;
    Elle a ses lictz, la popine accouche,
    Et mesmement o la dicte est couche,
    Si bien garniz et si trs bien  poinct,
    Que mieulx en ordre ne sauroit estre poinct.
    Ung lict d'anticque peint d'or, d'asur et d'acre,
    Au bort du quel, pour servir de soubdiacre,
    Maint ung muguet, trouvres et causeur,
    Prothonotaire, ou bien aultre jaseur,
    Qu'entretiendra icelle dicte dame
    Sans honte avoir, en cestuy monde deame.
    Sur une chaire le gallant est assis
    Qui de pareilles aura bien cinq ou six,
    De fin velours, de drap d'or ou broch;
    Sur celles chaires par grand gloire couch;
    Lict et couchette, et chambre ou morte soye,
    Sont tous garniz de drap d'or ou de soye.
    Si la chambre est parfume et pare,
    N'en faut parler; elle est quipare,
    Ou bien y a encor plus de richesse
    Qu'en nulle chambre de grand dame ou duchesse,
    Et si n'ay paour que disse chose vaine
    Quand je diroys qu'est plus fort d'une Royne.
    Du demeurant, s'il est bien, Dieu le sait!
    Dessus son corps elle porte un corset
    D'ung fin drap d'or friz, pour vray le diz,
    Fourr de martres ils ont veu plus de dix;
    Et qui pis est, sans que du propos sorte,
    Tous les dimanches en a chang de sorte.
    De menestriers, puisqu'il faut que le dye,
    Et d'instrument y a telle melodie,
    Tant de chansons, d'orgues et de plaisir,
    Que vous n'auriez certes aultre desir
    Que d'escouter leurs accords et cadences,
    Et compasser maintes sortes de dances;
    Dancer verrez celles dances lombardes
    Que l'on appelle en ce temps cy gaillardes.

(_Controverses des sexes masculin et foemenin._ Paris, Denis Janot,
etc. 1540, pet. in 8, f 32, R [par Gratien du Pont].)


V.

         LE FRRE.

              Voirement
    Que dict-on de nos acouches?

         LA SEUR.

    Qu'on en dict? Tout premirement,
    Les unes sont trop longuement
    En leur lict mollement couches.

         LE FRRE.

    Elz sont bouches.

         LA SEUR.

                      Elz sont touches.

         LE FRRE.

    Ilz leur fault tant mirlificques.

         LA SEUR.

    Elz sont visites et presches
    Et bien souvent plus empesches
    Qu'on est  baiser les reliques.

         LE FRRE.

    Les brasseroles magnifiques...

         LA SEUR.

    Riches carcans,

         LE FRRE.

                    Tapisserye...

         LA SEUR.

    De peur qu'elz ne soient fleumatiques,
    Ou trop mgres ou trop eticques,
    On vous les sert d'espicerye.

         LE FRRE.

    Hypocras...

         LA SEUR.

                La patisserie.

         LE FRRE.

    Couliz de chapons...

         LA SEUR.

                        Tant de drogues.

         LE FRRE.

    Arrire la rotisserie!

         LA SEUR.

    Fy! fy! Ce n'est que mincerie.

         LE FRRE.

    En leur lict, pompeuses et rogues...

         LA SEUR.

    Bendes...

         LE FRRE.

              Comme les synagogues
    Qu'on voit au portail de l'eglise.

         LA SEUR.

    Accouches ont le temps.

         LE FRRE.

                            Les vogues...

         LA SEUR.

    Je ne deuil que de vielles dogues
    Qui font les sucres.

         LE FRRE.

                          C'est la guyse.

         LA SEUR.

    Mon frre, il est temps qu'on s'avise
    D'aller autre part caqueter.

(Dyalogue compos l'an mil cinq cent douze pour jeunes enfans
[_OEuvres de maistre Roger de Collerye, etc._ Paris, _Bibliothque
elzevirienne de P. Jannet_, 1855, in-16].)


VI.

17.--Deffendons de faire le procs extraordinaire  quelques personnes
que ce soit, si ce n'est _chez les accouches_ ou autres bureaux
solennels  ce expressement dediez, ausquels lieux seront traictez et
decidez tous affaires d'Estat, et signamment ceux qui concernent les
mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des moeurs ou des
biens; et pareillement les bons ou mauvais traictements des maris 
l'endroict de leurs femmes, et au reciproque, des femmes envers leurs
maris; les entreprinses qui se font par unes et autres dames au
pardessus de leurs puissances et dignitez, et,  peu dire, toutes telles
matires qui regardent tant la police que le criminel. En quoy nous
enjoignons et trs expressment commandons  toutes dames, damoiselles
et bourgeoises, de quelque tat et condition qu'elles soient, vuider
sommairement et de plein telles matires, sans aucun respect ou
acception de personnes.

(Est. Pasquier, _Ordonn. gnrales d'amour..._ Paris, 1618, in-8, p. 8.)


VII.

_Sur un vieux lit de famille retrouv  Susy, chez madame Amelot._

     Sur l'air: _Enfin, grce au dpit_.

    Enfin je vous revois, vieux lit de damas verd.
    Vos rideaux sont d't, vos pentes sont d'hiver;
    Je vous revois, vieux lit si chri de mes pres,
        O jadis toutes mes grands-mres,
    Lorsque Dieu leur donnoit d'heureux accouchements,
    De leur fecondit recevoient compliments.
    Helas! que vous avez une taille crase!
    On ne voit plus en vous ni grce ni faon....
        Autant de modes que d'annes.
        Aujourd'huy, le tapissier Bon
        A si bien fait par ses journes,
        Qu'un lit tient toute une maison.

(_Recueil de Chansons_ [par Coulanges]. Paris, 1694, in-8, p. 72.)




RECUEIL GENERAL

DES CAQUETS

_DE L'ACCOUCHE_

Ou discours facecieux o se voit les moeurs, actions et faons de
faire de ce sicle,

_Le tout discouru par Dames, Damoiselles, Bourgeoises et autres_,

Et mis par ordre en viij. aprs-dines, qu'elles ont faict leurs
assembles, par un Secretaire qui a le tout ouy et escrit;

_Avec un discours du relevement de l'Accouche._

Imprim au temps de ne se plus fascher

_M.DC.XXIII._




AU LECTEUR CURIEUX[19].


_Quelques critiques (m'asseuray-je), voyant que le frontispice de ces
diverses journes du_ Caquet de l'Accouche _n'est decor d'aucun tiltre
autre que celuy que la qualit de la chose luy donne, riront  gorge
desploye du secretaire qui a ramass une chose infructueuse pour en
faire part au public, et d'une imposture s'efforceront  ternir sa
reputation. Mais je ne veux en cela arrester leur ordinaire regime,
m'estant une chose indifferente ce qu'ils en pourront dire, pardonnant
aussi librement  leur calomnie comme l'on pardonne aux corbeaux
croassans, parce qu'ils ont ce langage de nature: jamais les corps des
cyones n'ont est plus invulnerables aux traicts des centaures que mon
ame l'est au langage des langues mesdisantes. Ce n'est  eux ny pour eux
que je me suis adonn  ceste occupation, ains pour les esprits vuides
de passion, et qui, desireux de ronger la moelle des escrits, ne
s'arrestent  l'escorce. La chose, pour nafve qu'elle soit, contient en
soy de l'enphaze, et, sous des apparences basses, il y a des effects
relevez dignes de contenter les ames les plus difficiles. Voy donc,
amiable lecteur, cest ouvrage de bon oeil; il n'a est mis au jour que
pour reformer les moeurs, reigler les actions et retrancher les abus.
Cet escrit ne retient rien de la flatterie; il publie murement les
choses comme elles sont, retenant de la libert de vivre des anciens,
qui preferoient le supplice  la complaisance. Quand tu saurois quel je
suis, volontiers agrerois-tu davantage cet oeuvre, voyant qu'estant ce
que Dieu ma faict naistre, et colloqu en un rang qui me separe du
vulgaire, tu croirois qu'il y auroit apparence que je ne me fusse
appliqu  ce travail s'il n'estoit profitable. Je cache mon dessein
aussi bien que mon nom pour ce coup, me contentant de t'asseurer
qu'aucune intention de mesdire ne m'a faict prendre tant de peine, mais
seulement afin que plusieurs qui se recreront en la lecture de ceste
pice profitent de mon labeur. Lis attentivement cet abreg de la
vicissitude humaine, et tu trouveras quelque chose propre  assouvir ton
appetit, si au moins, desbauch et desprav, toutes sortes de viandes ne
luy sont  coeur. Adieu._




VERS DE L'AUTHEUR[20]


    L'oysivet est dommageable
    A un esprit infatigable
    Qui cherist la diversit;
    Le mien, qui jamais ne se lasse,
    Veut faire voir comme se passe
    Le temps aux couches limit.

    Aprestez vos gorges pour rire
    De ce que j'ay voulu descrire
    En ces Caquets d'accouchement;
    La matire est si trivialle,
    Qu'il n'y a suject qui l'gale
    Pour prendre du contentement.

    Si l'accouche est en collre
    De me voir conter le mystre
    Du secret dit en sa maison,
    J'appaiseray sa fantasie,
    Et d'une parole adoucie
    Je luy en diray ma raison.




LE CAQUET

DE L'ACCOUCHE

M.DC.XXII[21].


Nouvellement relev d'une grande et penible maladie, de laquelle j'avois
est fort bien pens, me donna le subject de me gouverner doresnavant
par le regime de vivre que l'on m'en donneroit: pour quoy je fis
assembler deux medecins de divers aages et diverses humeurs, qui, aprs
m'avoir veu en bon estat, chacun d'eux dict son advis sur mon futur
gouvernement et pour retourner en ma pristine sant.

Le plus jeune oppina le premier, et me dit qu'il donnoit conseil 
autruy selon qu'il se gouvernoit luy-mesme, qui estoit d'aller souvent
en sa maison des champs pour secoer l'oreille de la tulippe et du
martigon, faire cinq ou six tours de jardin, prendre la dragme du vin
clairet, puis monter sur son mulet et s'en revenir soupper  Paris, et
qu'ainsi l'air des champs divertissoit les mauvaises humeurs, restauroit
les membres et reveilloit l'esprit.

L'autre medecin, plus vieil, fut d'advis que ce plaisir estoit trop
court, et que, souvent reyter, en fin il ennuyoit plus qu'il ne donnoit
de plaisir; pour son regard, qu'il ne trouvoit point un plus grand
divertissement d'esprit que la comedie, la tragedie et la farce, et que
souvent il la faisoit joer en sa presence, et par ses enfans
mesmes[22], sans avoir esgard  ce vieux dicton: _Corrumpunt mores
colloquia prava_, et quoy que, parmy ces jeux, les enfans impriment
mille astuces et fallaces en leurs ames, se mocquans ordinairement de
toutes personnes sans suject. Mais passe, c'est pourtant un des plaisirs
que je vous conseille de prendre, plaisir qui est  present ordinaire
dans Paris; et, tout ainsi (Dieu mercy da) que la religion catholique,
apostolique et romaine sort de France pour habiter au Perou et terres
estrangres, ainsi l'Italie commence  se purger de telles folies de
jeux publics, qu'ils nous renvoyent  Paris[23] pour nous rendre encore
plus vicieux qu'eux, estans bien informez que les officiers qui ont le
pouvoir de donner telles punitions ou de l'empescher n'en font aucune
difficult, ny de faire observer les ordonnances de sainct Louys, qui de
son temps avoit chass toutes ces canailles hors de France.

Le second plaisir que vous prendrez (et qui est le meilleur), c'est de
tascher  accoster quelqu'une de vos parentes ou amies, ou voisines,
accouches, pour vous permettre vous glisser  la ruelle du lict une
apresdine, pour entendre les nouvelles qui se racontent par la
multitude des femmes qui la viennent voir, et en tenir bon registre; et
par ainsi vous aurez non seulement dequoy contenter vostre esprit, mais
aussi cela vous fera rajeunir et remettre en vostre pristine sant.

Advis que je trouve assez bon, qui fut cause que, d'une pleine
liberalit, je leur donne  chacun leur droict de consultation, avec
promesse de loange si ma sant en augmentoit.

Or, pour l'executer ds le lendemain, je me fais conduire sur le
Pont-Neuf, o je taschois  aller le petit pas; mais il me fut
impossible, pour estre pouss et foull par une multitude de petit
peuple de toutes sortes d'estats, qui avoient quitt leur boutique pour
venir voir le charlatan[24]: les uns y menoyent leurs enfans plus
soigneusement qu'au sermon, les autres estoient huyez par leurs femmes,
qui se lamentoyent de n'avoir point de pain  la maison; et neantmoins
que leur meschant mari s'amusoit  la farce plus qu' sa besongne; et
bref, quant je fus arriv sur le lieu, j'y vis une si grande confusion,
mesle de querelles et de batteries, pour les couppe-bourses qui s'y
rencontrent, que je n'eus le loisir que d'entendre trois ou quatre mots
de leur science, qui m'estonnrent de prime face, parce que le
charlatan promettoit de guarir toutes sortes de maux en vingt-quatre
heures pour une pice de huict sols.

Je suis bien miserable, ce di-je alors, d'avoir despenc tant d'argent 
me faire medeciner, et avoir eu tant de mal, puis qu'avec si peu
d'argent on peut recouvrer sa sant! Et comme je me plaignois, marmotant
entre mes dents, un homme de la trouppe, qui m'escoutoit, me toucha sur
l'espaule et me dit: Ne vous faschez point de n'avoir us de ses
drogues: j'en ay achet plusieurs fois, et pour beaucoup d'argent, pour
me guarir le mal d'estomach, les dents et les caterres; j'ay trouv,
pour en avoir us, mon mal estre augment, et ce qui estoit mal
procedant de chaleur voire augment en chaleur, et ce qui estoit trop
froid s'estre converty en mauvaise humeur. C'est pourquoy je l'abandonne
et le donne au diable avec mon argent.

Je disois qu'en cela l'advis du medecin ne me plaisoit plus, et que, si
celuy de l'accouche estoit pareil, que j'avois perdu mon argent aussi
mal  propos que celuy qui avoit achet les drogues du charlatan.

Le lendemain, pour executer l'advis tout entier, je fus adverty qu'une
mienne cousine demeurant ru Quimquempoix, autrement dicte ru des
Mauvaises Paroles[25], estoit accouche il n'y avoit que deux jours,
laquelle j'alay voir, et, aprs avoir congratul l'accouche, je la
priay me donner ce contentement de me cacher  la ruelle du lict aux
apresdines, pour entendre le discours des femmes qui la venoient voir;
ce qu'elle m'octroya facilement,  la charge de l'en dispenser si
j'estois antich de la maladie de la toux, parce que pour rien elle ne
voudroit cela estre descouvert.

Or, pour le faire court, le lendemain vingt-quatriesme avril, je m'y
transporte sur le midy, o, comme l'on m'avoit promis, je trouve  la
ruelle du lict une chaire tapisse pour me seoir, et une petite selle
pour mettre mes pieds. L'on ferme le rideau, et tout incontinent aprs,
 une heure attendant deux, arrivrent, de toutes parts, toutes sortes
de belles dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches et mediocres, de
toutes faons, qui, aprs avoir faict le salut ordinaire, prindrent
place chacun selon son rang et dignit, puis commencrent  caqueter
comme il s'ensuit.

Qui commena la querelle, ce fut la mre de l'accouche, qui estoit
assise proche le chevet du lict,  cost droict de sa fille, qui
respondoit  une damoiselle qui lui demandoit combien sa fille avoit
d'enfans, et si c'estoit le premier? La fille accouche rioit et n'osoit
parler, luy ayant est deffendu,  cause de la fivre cause de la
multitude de son laict, et la mre respond: Vramy, Madamoiselle, c'est
le septiesme, dont je suis fort estonne. Si j'eusse bien pens que ma
fille eust est si viste en besongne, je luy eusse laiss gratter son
devant jusques  l'aage de vingt-quatre ans sans estre marie; je ne
fusse pas maintenant  la peine de voir tant de canailles  ma
queu.--Eh! Madame, ce dit la damoiselle, resjouyssez-vous, ce n'est que
benediction!--Par S. Jean, dit la mre, ce sont biens de Dieu, mais ce
ne sont pas des meilleurs, maintenant que l'on a tant de peine  marier
les filles et pourvoir les garons; il faudra  la fin, bon gr mal gr
qu'ils en ayent, qu'ils soyent moynes et religieuses, car les offices et
les mariages sont trop chers.

--C'est la vrit ce que Madame dit, ce fit une damoiselle de haut
parage: je resens bien en moy-mesme ceste incommodit, et toutes les
financires de mon calibre qui s'estoient deliberez de pourvoir leurs
filles  de la noblesse, pour avoir du support cy-aprs, en cas de
recherche des financiers.[26] J'ay veu que nous estions quittes de tels
mariages pour cinquante ou soixante mil escus; mais  present que l'un
de nos confrres a mari sa fille  un comte, avec doaire de cinq cens
mil livres comptant, et vingt mil escus d'or pour les bagues, toute la
noblesse en veut avoir autant  present, et cela nous recule fort; je
voy bien que, pour en marier une doresnavant, il faut que mon mary entre
en charge deux ou trois annes davantage qu'il ne pensoit.

Sa damoiselle de chambre, qui estoit derrire sa maistresse, s'advana
de parler, et luy dit avec humeur: Madamoiselle, je ne say comment me
plaindre, puis que vous vous plaignez, qui avez acquis soixante mil
livres de rente en trois ans. Mon pre, que vous savez estre procureur,
et qui a des moyens assez honestement, a mari au commencement ses
premires filles  deux mil escus, et a trouv d'honnestes gens. A
present, quant il auroit douze mil livres comptant, il ne pourroit
trouver party pour moy, occasion qui a meu ma mre de convertir ma
souffrance en supercession, et me donner la coiffe et le masque pour
servir de servante et avoir la superintendance sur le pot  pisser et
sur la vaisselle d'argent.

--Et moy donc, se dit une servante qui estoit assise sur ses genoux prs
de la porte, je suis plus  plaindre que vous autres: car autrefois,
quand nous avions servy huict ou neuf ans, et que nous avions amass un
demy ceint d'argent, et cent escus comptant, tant  servir qu' ferrer
la mule[27], nous trouvions un bon officier sergent en mariage, ou un
bon marchand mercier[28]. Et  present, pour nostre argent, nous ne
pouvons avoir qu'un cocher ou un palfrenier, qui nous fait trois ou
quatre enfans d'arrache-pied, puis, ne les pouvant plus nourrir, pour le
peu de gain qu'ils font, sommes contrainctes de nous en aller reservir
comme devant, ou de demander l'aumosne; on ne voit autre chose par ces
rus.

--Et vous, Madame,  ce coing, vous ne dites mot? Le temps ne vous
importe-il point comme aux autres?--Je vous asseure, Madamoiselle, que
je ne m'estonne nullement de vos discours: car, ce qui est cause en
partie de ce desordre, je recognois que ce sont les bombances d'aucuns;
car moy qui suis marchande, je le cognois  la vente. Il est aujourd'huy
venu  nostre boutique un nombre de bourgeoises, conduisant une fiance
pour achepter des estoffes, le fianc present, qui menoit la fiance par
dessous le bras; et comme je leur ay demand quelles estoffes ils
vouloyent, ils se regardoyent l'un l'autre, et se disoient: Parlez,
Madame.--Moy, je m'en rapporte aux parens les plus proches.--Et comme je
ne pouvois avoir raison d'aucun d'eux de le dire, je demande quel estat
avoit le fianc. Une bonne vieille respond: Il est d'un grand estat; il
est tresorier et receveur, et payeur des gages des conseillers et juges
presidiaux de Montfort[29].--Tresorier, ce dis-je alors, il faut
doncques des plus belles estoffes. Incontinent je desploye un velours 
la turque[30], un satin  fleurs, un velours  ramage, un damas mesl et
autres grandes estoffes; puis je demande au fianc si ces estoffes luy
plaisoient. Il n'osoit respondre. Je m'en rapporte, dit-il,  ma
maistresse. La fiance dit que c'estoit bien son cas; luy, au contraire,
se hazarde de parler, et dit que ces estoffes estoient de trop grand
pris pour sa qualit; qu'il n'avoit que cent livres de gages  son
office, et qu'il ne pourroit pas entretenir si grande vogue. Mais la
mre de la fille, qui n'a nul esgard  cela, dit qu'elle veut que sa
fille soit brave, et partant que l'on couppe: si bien que j'ay delivr
pour douze cens livres  monsieur le tresorier.

--Ho, ho! ce fit la femme d'un notaire, S. Gry! mon mary n'a point de
gages, et si je porte bien de pareilles estoffes, et si on ne m'en
donnoit j'en trouverois bien; je ne veux pas estre moindre que ma
cousine, encores que son mary soit officier du roy.

--Nous serions bien sottes, dit la femme d'un petit advocat du
Chastelet, de porter de moindres estoffes que cela; ce que nous en
faisons donne davantage de courage  nos maris de travailler, et plumer
la fauvette sur le manant pour nous entretenir[31], et si faut que nos
maris portent la soustane de damas pour nous honorer davantage, et non
pas un saye, comme au temps pass, qui ne passe pas la braguette, pour
les distinguer d'avec les conseillers.

--Madame, ce dit une autre, quelquefois cela ne dure pas; le temps n'est
pas tousjours propre  gaigner, les hommes ont de la peine.

--H! Madame, ce dit-elle, quand ils ont trop de peine, il faut leur
donner des aydes pour les soulager.

--Ha, ha, ha! ce fit une jeune bourgeoise qui avoit espous un vieillard
de cinquante-six ans, qui estoit au milieu de la troupe, je me ris de
vos plaintes, mes dames; pour moy, je ne me puis plaindre, car ce dont
j'ay le plus de besoin, c'est ce que j'aurois tout  l'instant si je le
voulois: il y a assez de jeunes gens qui m'en font l'offre.

Alors l'accouche s'azarde de parler tout doucement, et dit qu'autrefois
elle avoit est ainsi curieuse d'estre brave; mais maintenant qu'elle
avoit tant d'hours et ayant cause, qu'elle faisoit servir ses vieilles
besongnes[32]  habiller ses enfans. Et moy, je me passe  peu; mais
voulez-vous que je dise la vrit? ce n'est pas de bonne volont, ains
par force, car je suis aussi ambitieuse que jamais.

Or, comme l'accouche eust prononc un arrest, on fit un silence, qui
fut cause qu'on entendoit au pied du lict une petite bourgeoise qui
parloit bas  sa voisine; et toutes deux sembloient se resjouyr, dont la
compagnie fut jalouse, pour participer  quelqu'autre nouvelle, qui fut
cause qu'une damoiselle proche leur dit: Mes dames, vous avez quelque
contentement en l'ame, puisque, mesprisans nos premiers discours, vous
vous estes entretenues vous deux sous un plus beau sujet.

--Madamoiselle, ce sont petites affaires particulires de nos maisons
qui ne touchent  personne.

L'autre dit:--Ma voisine, vous n'en serez pas deshonnore pour dire ce
qui en est. La chose est honneste et profitable; tous ceux qui le
meritent ne le sont pas: c'est que le mary de madame brigue
l'echevinage; c'est ce dont elle se resjoit.

--Ho, ho! il est donc fort aag, monsieur vostre mary?--C'est vostre
grace, madamoiselle, il n'a pas plus de trente-cinq ou quarante ans;
mais c'est qu'il prend son temps: il a veu que ceux qui y sont 
present, ce sont gens (au moins quelques uns, da) de si petite estoffe,
et que trois ou quatre taverniers commencent  briguer pour y entrer,
qu'il s'est hazard comme les autres, encore qu'il ne soit que procureur
du Chastelet. Il espre y faire ses affaires, s'il y entre.

--Et y gaigne-on donc quelque chose? ce dit une bonne mre qui avoit son
chaperon destrouss  la mode ancienne[33]. Par le vray Dieu, mon mary
deffunct, monsieur Dambray[34], qui a est trois fois prevost des
marchands, n'a jamais profit  l'Hostel-de-Ville que d'un pain de
succre par an, aux estrennes; encore faisoit-il difficult de le
prendre, et quand il est mort il a laiss par testament que l'on mist la
valeur de trois pains de succre au tronc de l'Hostel-Dieu de Paris, que
sa conscience et son ame n'en fussent en peine.

--Vramy, si ceux qui ont est depuis luy, et qui ont mis tant d'estats
de charbonniers[35], gaigne-deniers[36], jurez-racleurs[37], porteurs de
foin et autres officiers de la ville, en leur bourse, estoient damnez,
il y en auroit bien. Et  present, quand les eschevins sortent de
charge, ils se font payer cinq ou six mil livres de vieux arrerages de
rentes sur toutes natures de deniers pour leur dernire main; et s'ils
n'ont point de rentes, ils acheptent des arrerages de la vefve et de
l'orfelin  six escus pour cent, et se font payer de tout comme ayant
droict par transport.

--Nostre-Dame! et o prennent-ils cet argent-l? On dit que c'est sur
les deniers du domaine de la ville et autres fonds que nous ne savons
pas; il n'est que d'estre en charge pour le savoir. J'espre bien que,
si mon mary peut gaigner les voix  force de briguer, qu'il viendra bien
 bout de tout aussi bien que les autres.

--Et voyez-vous, Madame (ce dit l'ancienne), au temps pass, le prevost
des marchands et eschevins avoyent plus d'esgard au proffit public qu'au
particulier. Tout cest argent que l'on mange  present en banquets (car
on y disne tous les jours), en estrennes, en superfluitez du feu de la
Sainct-Jean[38], en payement d'arrerages de rentes et autres choses que
nous ne savons pas, s'emploioit  fortifier la ville,  refaire les
quais rompus, dont l'argent se prend  present sur l'escu cinq sols qui
a est impos sur le vin des bourgeois, et qui jamais ne sera cass[39];
plus,  faire travailler les pauvres valides,  remuer la terre des
fosss de la ville[40] et autres choses ncessaires. Et de fait, on ne
voyoit point de pauvres; car, pour les vieux et impotens, on les
nourrissoit  l'hospital S.-Germain[41]; toutesfois, si depuis la mort
de mon mary ils ont obtenu lettres patentes du roy pour faire leur
profit particulier de ce qui appartient au public,  la verit je ne le
say pas.

--J'ay ouy murmurer que le roi avoit donn commission  deux maistres
des requestes pour faire la recherche[42] de ceux qui prennent des
droicts qui ne leur sont point attribuez; mais je pense qu'ils ne
s'attaqueront pas  ces gens-l: ils ont trop d'amis et de faveur. Et
toutesfois il n'y auroit point de danger de s'informer pourquoy on prend
dix sols tournois pour les frais de chacune voye de bois, et pourquoy
les eschevins permettent que le bois se vende plus que le taux que l'on
y met: car autrement nous n'avons que faire d'eschevins, s'ils ne
servent qu' faire vendre les denres plus chres qu'il ne faut.

--L, l, Madame; vous avez fait vostre temps, laissez faire les
affaires aux jeunes gens, et ne ramentevez point le chat qui dort[43].

--Je m'estonne pourtant que la cour de parlement n'y met ordre.

--M'amie, cela n'est pas de leur justice; chacun a son cas  part: la
reformation de la justice leur appartient, et non pas du bois.
Savez-vous pas bien que ces jours passez monsieur le president
Chevalier[44] a ressembl  celuy qui pour faire peur aux souris avoit
escorch un rat? Depuis qu'il a fait faire le procez au procureur
general de sa justice, tous les commissaires ont trembl, et si on
frippe quelque chose, c'est en cachette.

--Mais, Madamoiselle, disons la vrit sans faintise: s'il y a eu du
desordre, nous savons bien en nostre particulier d'o il procde.
Comment seroit-il possible d'entretenir les garons de ce temps si on ne
desroboit? Il n'y a fils ne petit-fils de procureur, notaire ou advocat,
qui ne vueille faire comparaison en toutes choses avec les enfans des
conseillers, maistres des comptes, maistres des requestes, presidens et
autres grands officiers. L'on ne les peut distinguer ny en habit, ni en
despence superflu. Ils hantent les banquets  deux pistoles[45] pour
teste; ils empruntent argent[46], joent aux dets, au picquet,  la
paulme,  la boule, vont  la chasse, et font le mesme exercice des
grands. Ils empruntent  usure de Traversier, de Dobillon et de
l'Italien Jacomeny[47], qui sont les receleurs de la jeunesse. Et puis
qu'en advient-il enfin? Ils sont contraints de faire l'amour  la
vieille, ou d'anjoler la fille d'une bonne maison, leur faire un enfant
par advance,  fin d'estre condamnez  l'espouser.

Une vieille qui estoit  la trouppe respond: Amen. Ce que vous trouvez
mauvais, je le trouve bon: quand les vieilles peuvent trouver quelque
jeune gars pour leur argent (pourveu qu'il soit bien morigen), c'est un
bon heur; il y a de plaisir pour l'un et pour l'autre: l'un prend la
courtoisie, et l'autre la commodit; cela faict subsister la jeunesse
selon son ambition, et faict vivre la vieillesse plus long-temps. Et que
servent les biens que pour cela?

--O Madame! ce que vous dictes est le suject d'un grand pech: car, sous
ombre d'une nuict ou deux que vous en prendrez contentement, il en
vient un grand malheur: on ne voit que bastars[48], que filles
desbauches; et toutes les autres qui sont honnestes, qui pourroyent
enjandrer une belle race par un legitime mariage, fait de pareil 
pareil, demeurent en friche, et n'ont pour toute retraicte que la
religion[49].

Et puis qu'en advient-il quand ils ont dequoy despendre[50]? Une
feneantise, hommes sans soucy, sans travail, plus apres  chasser un
livre que de servir leur roy et la republicque. Et si d'avanture vous
les faictes entrer par vostre argent  quelque office, si c'est  la
cour de parlement, il faut estudier  monsieur Mozan; si c'est  la
chambre des comptes,  Robichon avec son calpin. Et puis, quand ils
sont receus, cahin, caha, ils ne savent par quel bout commencer la
justice; et par ainsi les cours souveraines sont remplies de beaux fils
et bien peignez, logez  l'enseigne de l'Asne.

L'accouche avoit la teste rompu de ces discours et commence  dire:
Mesdames, vous me faictes apprehender le temps advenir; je n'ay que
vingt-quatre ans et demy, et sept enfans: si je faits ma porte selon
nature, et que toutes choses augmentent comme ils font, j'envieilliray
de soin, et non d'aage.

--H! ma fille, ne songez point  cela; j'y songe assez pour vous.
Prenez courage: le grand desordre qui est  present engendrera un bon
ordre; l'on fera des edicts qui regleront toutes choses; l'on cognoistra
le marchand d'avec le noble, l'homme de justice avec le mechanique, le
fils de procureur avec le fils de conseiller, et puis vostre mary mettra
bon ordre  pourvoir ses enfans selon ses moyens, et si vous avez
encores  heriter de moy pour plus de deux mil cinq cents livres pour
une fois payer; est-ce pas un beau denier  Dieu? De quoi vous
mettez-vous en peine?

--Ma mre, vous estes du bon temps; vous avez accoustum de ne manger du
roty qu'une fois la sepmaine, encore n'est-ce qu'un aloyau; mais nous ne
sommes pas accoustumez  cela, et si je croy qu'il nous y faudra
accoustumer, si la chair est tousjours si chre.

--Sainct Gry! j'avois accoustum par sepmaine de ne despendre  la
boucherie que quatre livres dix sols; maintenant je donne  nostre
chambrire cent sols, et si nous mourons de faim. Il faudra doresnavant
manger le potage le matin, et la chair le soir, pour observer
l'ordonnance de Philippe le Bel[51].

--Je voy bien que Madamoiselle, qui n'est pas de ceste ville, se rit de
nostre petitesse; mais que voulez-vous? chacun selon ses moyens.--Et la
damoiselle respond: Madame, chacun se sent de chert et du peu de
proffit qui se fait  present aux offices, pour le trop grand nombre
d'officiers qu'il y a. Et n'estoit qu'en nostre chambre des comptes de
Normandie, d'o je suis, les officiers s'allient avec les comptables, et
meslent leur gain ensemblement, nous ne pourrions, non plus que vous 
Paris, entretenir nostre grandeur; mais, Dieu mercy, ils s'entendent
bien ensemble.--Et, Madamoiselle, je pensois que la Chambre des Comptes
fussent les juges des comptables?--H, Madame, autrefois la linotte et
le chardonneret estoient  part en diverses cages; mais  present tout
est en mesme vollire.

--Je vous asseure, ce dit une femme qui n'avoit encores point parl,
maigre, pasle, melancolique et pleine d'inquietude, mon mary, qui est
advocat  la Cour, gaigne ce qu'il veut, fait les affaires de tous ceux
de la Religion (comme en estant aussi, da); mais il me semble que tout
ce qu'il gaigne fond en ses mains; je ne voy autre chose en nostre
maison que des demandeurs: l'un vient querir la taille ordinaire du
corps du tresor de la Religion, l'autre la cure[52] de monsieur de Rohan
et de Soubize, l'autre le nouvel entretenement des ministres, la cure
des espions de France, d'Espagne, d'Angleterre, d'Italie, de Flandres,
et de toutes les contres. Bref, j'ay compt qu'en ceste anne j'en ay
pour plus de cent escus  ma part; moy, si cela dure, j'aime bien mieux
que mon mary face le papelart, et qu'il aille  la messe, que de
continuer. Pour cela, ny luy ny moy ne croirons que ce que nous
voudrons; au moins nous serons dispensez de telle taille. Aussi bien
dit-on que les excommunications que font nos ministres contre ceux qui
se retournent n'ont non plus de force et de vigueur que le soleil de
janvier.

--H! Madame, quand vous ne croyez  rien qu' vostre fantaisie, vous
n'estes pas cheute de haut: car tous ceux de vostre religion ont pris 
ferme  vil pris l'ateysme; et qui est cause qu'il n'y a ny enchre ni
tiercement[53], c'est qu'il n'y a rien  gaigner, ny en ce monde, ny en
l'autre: et cela vous demeurera, et si en jouyrez long-temps, si par la
loy du droict canon on ne vous force  mieux faire.

--Madamoyselle, ceste Religion est si douce  supporter, que tous ceux
qui y entrent, ils en sortent difficilement. Et pour mon regard, lorsque
j'en sortiray ce sera  mon grand regret, car, que je face ce que je
voudray, je ne suis point oblige de le confesser; que mes pre, mre et
parens meurent, je me resjouys au lieu de pleurer, car je croy qu'ils
sont sauvez; que le caresme et jeusnes viennent, je suis dispense pour
manger de la chair; que nous mourions subitement, nous n'avons point
peur du purgatoire; et bref, que les anges, les saincts et sainctes
ayent du pouvoir par leurs prires envers Dieu, nous supprimons tout
cela et vivons en libert d'esprit; que si ceste taille estoit aussi
bien supprime, nous nous mocquerions de tout le monde.

--Vrayment, c'est une mauvaise police, de permettre qu'il y ait en
France des subjects qui contribuent pour faire la guerre contre leur roy
legitime! Je vous prie, Madame, cachez vostre vice, et parlons d'autres
choses. Avez-vous beaucoup d'enfans?--Elle respond: J'avois trois
garons et deux filles; mais le mal'heur m'en a voulu qu'un de mes
garons, qui estoit  la suitte de: monsieur de Soubise[54], a est pris
prisonnier, et men aux gallres avec les autres; un autre fut l'autre
jour tu en revenant de soupper de la ville, pour vouloir sauver son
manteau: excusez si je ne vous ay fait prier de l'enterrement; nous
n'avons point fait de ceremonies, nous l'avons mis en nostre jardin au
pied d'un saux[55].--C'est donc l vostre cymetire, ce dit la dame?--Et
elle respond: Toute terre est bonne  cela.--Et quelle raison avez-vous
eue de ceste mort?--Mon mary a poursuivy et fait prendre plusieurs
volleurs; mais par ce qu'il ne s'est pas voulu rendre partie, on les a
eslargis. Il est bien besoin que Dieu face la vengeance des meurtres,
car les prevosts criminels ne la font que pour de l'argent.

--M'amie, c'est qu'il faut qu'il se remboursent de la vente de leurs
offices, lesquels anciennement on donnoit, speciallement le chevalier du
guet[56], le prevost des mareschaux[57], le prevost de l'Isle[58], le
prevost de la connetablie[59], et autres de justice criminelle; et
tandis que l'on leur vendra, jamais ne feront rien qui vaille. Le
messager d'Estempes fut l'autre jour voll de quatre-vingts ou cent
escus; comme il fit sa plainte, et qu'il demandoit que l'on courut
aprs, le prevost des mareschaux luy demande cent escus d'avance pour sa
chevauche, et, voyant que c'estoit double perte, il a mieux aym
laisser la poursuitte du vol que d'en perdre d'avantage.

--O Dieu! quel desordre! Je ne croy pas que le roy sache la moiti de
ce qui se passe, car, s'il le savoit, il y mettroit ordre: il feroit
observer les loix. A quoy servent tant d'huissiers et sergens? A faire
monstre au mois de may[60], et  piller le manan; tant de prevosts de
mareschaux?  faire pendre ceux qui n'ont point d'argent; tant de juges
criminels?  bien prendre pour acquitter les debtes qu'ils contractent
pour achepter leurs offices; tant de commissaires de Chastelet? 
prendre pension des garses[61], des maquerelles, des boulengers et de
tous ceux qui vendent viandes[62], car  present tout est permis.

--Je ne say si ces gens-l enrichissent, et si leurs biens durent
long-temps, car mon pre, de son vivant, me disoit: Ma fille, les biens
que je te laisse viennent de mes grands-pres et bisayeuls, et
profiteront  tes enfans, s'ils sont gens de bien et qu'ils facent la
raison  la vefve et  l'orfelin, qu'ils ne prennent rien qu'ils ne
l'ayent bien gaign. C'est pourquoy, disoit-il, on ne voit point s
maisons des financiers d'anciens hritages, car, quand ils font bastir
maisons, fermes et chasteaux, ils sont plustost hypotecqus qu'ils ne
sont couverts, plustost vendus qu'ils ne sont achevs, ou, s'ils
viennent  deperir, les grandes debtes sont causes qu'ils tombent en
masure.

--Aussi vray, Madame,  propos de cela, la pluspart de mes parens
estoyent financiers, et qui avoyent grande vogue de leur temps, et si
j'ay est long-temps si beste que je m'attendois  leur succession:
j'avois mon oncle le Hou, premier commis de l'espargne, mon cousin
Regnault, tresorier de l'extraordinaire, mon cousin Regnard, receveur
general de Paris, mon cousin Puget[63], les Bourderets, les Salvancy,
et un tas d'autres ou il n'est pas rest du fil  lier un boudin.

--Il y en a bien d'autres: et Montescot[64], Sancy[65], Geperny,
Des-Rus, la Bistrade[66], et ce grand fermier Louvet[67]. Vramy! il n'y
a point de faute de torcheculs sur leurs heritages, car il y a bien des
placarts; je ne say plus  qui on se fiera.

--Pour moy, j'ay envie de me mettre du party de celuy qui a entrepris le
pont au Double[68], car luy et ses associez sont de bons compagnons; ils
ont tromp la cour de parlement et le public: ils ont fait semblant de
commencer un pont de pierre, qu'ils n'acheveront jamais[69]; et ce
pendant, avec un double de chacun homme, un sol du carrosse et de la
charette, le tribut des vidanges que l'on y porte, l'impost du bois
flott, et autres imposts qu'ils prennent, ils tirent par jour plus de
soixante livres, et sont plus que remboursez des frais qu'ils ont faits;
et cependant font accroire que cela ne vaut rien, et continuent 
prendre le jour et la nuict, et s'entendent avec les volleurs, qui, 
une heure indu, pour un escu de tribut passent la rivire.

--M'amie, c'est faute de le faire entendre  monsieur le procureur
general de la Cour: c'est un homme qui n'entend point de raillerie; s'il
le savoit, il y mettroit bon ordre; il empescheroit bien que trois ou
quatre partisans trompassent ainsi le public.

Toute la compagnie ne s'ennuioit point de ces discours; et cependant
l'accouche, qui avoit envie de pisser, poussoit sa mre pour donner
cong  tous; et moy, qui estois  la ruelle, qui manquois de papier et
d'encre, me faschois de ne pouvoir tenir plus long registre de ce qui se
passoit, pour en advertir ceux qui y peuvent mettre ordre, remettant le
tout  une autre aprs-disne.




LA SECONDE APRS-DISNE

DU CAQUET DE L'ACCOUCHE[70].


Comme ordinairement, aux maladies froides et humides, la melancholie y
tient le premier rang, et que le seul remde de dissiper tous ses
nuages, c'est de prendre une heure de passe-temps pour se rasserener les
esprits debilitez et attenuez par la longueur de l'indisposition, ayant
veu ces jours passez que j'avois repris une partie de mon embonpoint 
entendre les devis recreatifs des femmes qui estoyent venus visiter ma
cousine, accouche depuis peu  la ru de Quinquempoix, je me resolus,
puis que l'occasion m'avoit est si favorable, et que tout avoit
tellement ressy  mon advantage, d'y retourner pour la seconde fois,
esperant, si le caquet de la premire aprs-disne m'avoit apport
quelque vigueur et quelque accroissement de sant, que les gaillards
entretiens de la seconde journe ne m'apporteroyent pas moins de force
et de soulagement  dissiper le reste de l'humeur melancholique que la
maladie me pouvoit avoir laiss imprim en la puissance imaginative.

Cette resolution, excite plustost d'une consideration interne de
reprendre mes premires forces, que d'une curiosit particulire que
j'aye d'entendre leurs discours (sachant trop bien, selon ce que
j'avois peu voir auparavant, que les entreprises des femmes ne sont
fondez le plus souvent que sur des choses inutiles et de peu de
consequence), esveilla en moy un desir d'en voir la fin aussi bien que
le commencement. Je m'y rencontray donc  l'heure precise, o je trouvay
madame l'accouche qui commenoit un peu  se bien porter. Je
m'enquestay de sa maladie, et elle reciproquement de ma disposition; je
luy dis qu' la verit depuis l'autre jour qu'elle m'avoit fait ce bon
heur que de m'insinuer dans la ruelle de son lict, et que j'avois
entendu les discours des femmes qui l'estoyent venu voir, que ma maladie
s'estoit de beaucoup diminue.--Vramy, mon cousin, respondit-elle, vous
en orrez bien tantost d'autres: car on m'a adverti que je recevray ceste
aprs-disne la plus jovialle compagnie qui se puisse imaginer; mais,
afin que vous y preniez du contentement et que vous ne soyez descouvert,
derrire le chevet de mon lict il y a une petite estude, o l'on peut
entrer par une petite porte: de l vous entendrez facilement et sans
aucune doute.

Je fus quelque temps, depuis une heure jusqu' deux,  discourir avec
elle sur diverses particularitez qui se presentoyent; enfin, sur les
deux heures on commena de frapper  la porte: cela me fit resserrer
subtilement dans l'estude prochaine, qui respondoit sur le chevet du
lict, d'o je pouvois facilement et contempler les actions des femmes et
entendre leurs discours. La chambre bien pare, et les siges dressez,
la compagnie entre, chacun prend sa place, on se salu, et demeurrent
quelque temps sans rien dire, comme par ceremonie et par respect l'une
de l'autre; toutesfois, comme les langues des femmes ne peuvent demeurer
arrestes, n'y ayant rien de plus mobile qu'elles, une damoyselle
d'auprez de la porte Sainct-Victor s'avana de dire: Vramy, Mesdames,
vous estes bien ceremonieuses; s'il vous arrivoit ce qui m'arriva
l'autre jour, sur les onze heures du soir, devant les Carmes
deschaussez, vous ne parleriez jamais de ceremonies: j'y fus entirement
brusle; c'est la raison pourquoy je n'ai pas deffait mon masque en
entrant[71], car je ne suis pas encor guarie tout  fait.

--Comment, ma cousine, respondit une jeune marie, estiez-vous  ce feu?
Je ne vis jamais un tel desordre ny tant de degasts; un de mes frres y
a eu aussi toute la face emporte, et n'y a encor aucune apparence de
guarison.

--Mais  quoy bon toutes ces superfluitez? dit alors une vieille
edente? De mon jeune temps je n'ois jamais parler de canoniser les
saincts de la faon[72]; c'est plutost les canonner que les
canoniser[73].

--Tout beau, tout beau, ma tante, dit une marchande de la rue
Sainct-Denis: on en a bien fait davantage  Rome. Ce sont des
resjouyssances publicques, il n'y a point de danger de faire quelques
fois ces superfluitez, quand on y est port d'une pure et sincre
affection. Et puis, ce que les Carmes deschaussez en ont fait, ce n'a
est que par le commandement de la reyne, qui a fourni ceste despence, 
cause que saincte Therse estoit d'Espagne[74].--Il n'importe, on y a
plus offenc Dieu mille fois que lui faire honneur, dit une bourgeoise
d'auprs Saint-Leu. Je vous promets, pour moy, que je n'approuve
aucunement ces choses. Combien pensez-vous qu'il y ait eu de filles
enleves? Tous les bleds des environs sont renversez et bruslez; il ont
trouv le mois d'aot plustost que celuy de juillet.--Pour moy, dit la
femme d'un advocat du grand conseil, j'eusse est d'avis de mettre
toutes ces superfluitez  la decoration de leur eglise;  tout le moins
cela leur fust demeur, et les eust-on estim d'avantage, sans faire
evaporer tant de richesses en fume; cela eust allum le feu de devotion
dans le coeur de ceux qui les eussent visit, o, au contraire, tout
l'air voisin et les champs des environs ont est embrasez de leur
fuzes; j'ay encore un colet mont  cinq estages[75] qui est
entirement gast. Encor si on eust allum le feu  huict heures, on
n'y eust perdu tant de manteaux: tous les escoliers y estoyent en armes.

--Mais ce qui est plus  rire, ma commre (dit la femme d'un procureur
de la paroisse Sainct-Germain), c'est qu'en allant  l'eglise des Carmes
deschaussez, j'entendis crier la Vie et miracles de madame saincte
Therse. J'en voulus acheter une, afin de pouvoir gaigner les
indulgences; mais comme je fus retourne au logis, mon mary commena 
lire, et fust estonn qu'on avoit attribu deux pres  saincte
Therse[76]: le premier, le roy dom Bermude, et le second, Alonse
Sanchez de Cepde; il n'y a peut-estre personne d'entre nous autres qui
y eut pris garde.

--C'est peut-estre la faute de l'imprimeur, dit la femme d'un libraire
de la ru Saint-Jacques; cela est excusable: c'est une chose qui arrive
souvent; on rapporta l'autre jour un livre  mon mary, o il y avoit
autant de fautes que de mots.--Une femme du palais, que tout le monde
cognoist assez bien, luy respondit: Ma commre, il ne se faut pas
esmerveiller: l'autre jour nous avions fait faire un factum chez un
certain imprimeur, demeurant en l'universit, qui est bon compagnon;
mais je ne vis jamais tant de fautes: en tous les lieux o il falloit un
V, il y avoit mis un Y grec[77]; je ne sais pas si c'est pour declarer
 tout le monde que mon mary porte les cornes.

--Porter les cornes, dit la femme d'un conseiller de la Cour! il y a
plus de dix ans que mon mari en porte quelques unes, qui
l'accompagneront en fin jusques au tombeau; aussi bien a-il desj un
pied dans la fosse; rien ne luy servira d'avoir une barbe reverende et
une calotte  l'antique.

--Tout beau, ma cousine, dist la femme d'un Maistre des Comptes: il ne
faut jamais scandaliser son mary, principalement en une bonne compagnie.
Il faut empescher tant qu'on peut les langues de mal parler, et
particulirement d'un bon vieillard comme vostre mary; cela est mal
seant: le bon homme n'y songe pas peut-estre; encor faut-il porter
quelque respect  sa barbe.

--Mais  propos de barbe, dit une de la rue Sainct-Honor, je vois
quelquefois passer un prelat, je ne say s'il est evesque ou
archevesque[78], mais je ne vis jamais une telle barbe; on dit qu'il
est tous les jours pour le moins deux heures  la peigner et attifer; il
n'y a point de ferremens assez  Paris pour la friser; il en fait venir
de Normandie.--N'en savez-vous que cela? dit une dame de la Cour. Je
cognois de nom et de surnom celuy dont vous parlez. Mais il fait bien
d'avantage: il a est si curieux qu'il s'est fait peindre en cinq ou six
endroicts de ceste ville, et a envoy des coppies de son pourtraict 
Rome, pour ravir les cardinaux de la beaut de sa barbe. Mon fils m'a
dit l'avoir veu en plus de six endroicts depeint dans Rome.--C'est de
quoy le reprenoit dernirement un abb vestu de rouge (dit la vefve d'un
Maistre des Requestes); mais il ne s'en soucie pas beaucoup, car, avec
le temps, il espre que sa barbe parlera grec, comme celuy qui la
porte.--Ho! ho! grec! dit une bosse qui avoit leu la Bible, ce seroit
pire que l'asne de Balaam, qui parloit hebreu.--Vous avez leu la Bible,
luy dit une boiteuse qui estoit assise contre le pied du lict.--A la
verit, Madame, j'en ai leu quelque chose; quelques fois j'y passe une
heure de temps.--Mais est-ce  faire aux femmes  lire et manier un
livre si hazardeux, qui tu et occist ceux qui le veulent expliquer et
manier trop indiscrettement? Voil d'o viennent tant de ministres et
tant d'errans que nous voyons aujourd'huy, qui tourneboulent, couppent,
rongnent et disposent de l'Escriture selon leur plaisir. Si est-ce
qu'ils ont beau feuilleter, on ne trouvera jamais dans la Bible qu'il
faille se rebeller contre son roy, et se partialiser contre l'authorit
de son souverain.--La bosse alloit respondre, mais l'Accouche, levant
un peu sa teste, ce pendant qu'on relevoit son oreiller: Mais, dit-elle,
Mesdames, vous ne dictes rien de l'arme; n'y a-il rien de nouveau? Il y
a long-temps que je n'en ay entendu aucun bruit.

La femme d'un courrier extraordinaire, de la ru aux Ours, prenant la
parole: Je receus, dit-elle, des lettres hyer au soir de la Cour, par o
on me mandoit que tout succedoit entirement selon la volont du roy:
les rebelles ne furent jamais si mal menez. Montauban est aux
abbois[79], la Rochelle enclose et ferme par mer et par terre[80]. Il
ne reste plus qu' bien servir sa Majest, comme font quelques uns; mais
il y en a d'autres qui veulent faire leur main, aussi bien que le
connestable deffunct, qui en un jour mettoit dix ou douze mille hommes
dans sa pochette: il y a de la tromperie partout[81].

--Tromperie! dit une sculptrice de la ru Sainct-Martin. Mercy de ma
vie! je vois l tous les jours devant ma porte mille sortes d'inventions
pour attraper l'argent du roy. Il ne suffit pas aux tresoriers de
gaigner cent mille escus en un an, ils veulent faire leurs commis et
partisans aussi riches qu'eux: s'il faut mener une voye d'argent  Sa
Majest[82], on prendra quatre cens hommes  qui l'on baillera tous les
jours un escu ou deux pour gages, de sorte que devant que l'argent soit
 l'arme, on trouvera, si on veut bien conter, qu'il couste quinze ou
seize mil escus  le mener. Et cela se fait tous les mois. Encor si ceux
qui conduisent les chariots se contentoient de cela; mais par o ils
passent, ils ruynent et gastent tout (je ne dis pas qu'il ne faille
accompagner l'argent qu'on envoye  Sa Majest par un bon nombre de
soldats; mais il y a moyen de les treuver  meilleur march).

--J'entendois l'autre jour chez M. le prince qu'il s'en plaignoit
grandement (dit une fille de chambre).--Aussi y a-il de l'interest,
respondit sa soeur: car il est un peu avaricieux; il a bien pris son
temps: voicy une belle occasion, o il se garnira comme il faut. Quant
je pense  ses liberalitez, je ne peux me tenir de rire. Il me souvient
que j'estois un jour  la messe aux Enfans-Rouges, o de fortune il
arriva. Comme il entendoit chanter un _Salve_, il demanda  celuy qui
chantoit combien il prenoit.--Dix-huict deniers, Monsieur, luy
respondit-il, car il ne le cognoissoit pas, tant son train est
grand.--Tiens, dit-il, chantes-en un pour moy, je te donne trois sols.
N'estoit-ce pas se mettre en frais?

--C'est  faire  M. de Soubize (dit une autre qui estoit freschement
revenu de Poictou) de se mettre en frais; il y entre jusques aux reins,
et sans son cheval, qui estoit fort et massif, il y eust entr pour
jamais; aussi l'a-on plac et enrooll dans la Chronologie et le
martyrologe des rebelles[83], qui est grossi depuis un an de trois
volumes entiers.

Une certaine de Languedoc: On n'a garde d'y mettre M. de Rohan
(dit-elle), ny de l'enchroniquer si avant dans les Annales: car il ne
s'est jamais trouv aux mesles; il sait mieux escrimer de l'espe 
deux jambes que d'une picque. Ne l'a-il pas fait paroistre 
Saint-Jean-d'Angely[84] et en tant d'autres lieux, o sa poltronnerie
l'a signal par dessus tous ceux de son party? Pour M. de la Force, il a
jo un tour de son mestier: car quand il a veu qu'il estoit forc, et
que toute sa force avoit perdu sa pointe devant Thonins, Clerac et
autres places, il s'est rendu quasi comme en reculant, et a attrapp de
bon argent[85].

--Il ne le tient pas encore (dit une grande dame qui a est marie
depuis peu  un homme de soixante ans); je say de bonne part qu'il n'a
encorerien touch, sinon la promesse que M. de Chomberg[86] luy a
faicte; mais il faut qu'il face voir les effects de la sienne
auparavant.

--Pour mon regard (dit alors une marchande du Palais), c'est une
estrange chose que nous ne faisons plus rien: il n'y a plus de curiosit
 Paris; depuis que le roy est party[87], nous n'avons fait aucun
trafic; la boutique, qui souloit estre remplie, est vague; les
courtisans et la noblesse s'en sont allez avec le roy, de sorte que nous
perdons infiniment; et encor, qui pis est, les loages des boutiques
nous ruynent.

--Comment, loage! respondit une gantire de dessus le pont Nostre-Dame.
Vramy, vous devez bien vous plaindre! Je ne say comme on n'y met ordre:
il n'y a pas un petit trou sur le pont, depuis le bruslement[88] et
l'incendie du feu qui arriva en octobre dernier, qui ne soit rehauss
de la moiti; nous ne gaignons pas le loage de nos chambres; encor,
depuis que la mode est venu de porter des gans  l'Occasion et  la
Negligence[89], toute la marchandise que nous avions  la Guimbarde[90]
a perdu sa vente et n'est plus en credit. Mais patience! puisque c'est
la mode, il faut vivre  l'Occasion.

Sur ce mot de mode et d'occasion, une jeune brunette qui vend de
l'encre nouvelle[91] sur le pont: Hlas! dit-elle, ma mie, c'est bien 
nous  nous plaindre des destins si cruels, et  vivre  l'occasion! La
fortune nous a bien tourn le dos; depuis que le roy est party, nous
n'avons pas gaign un teston en nostre boutique. Si ce n'estoit le petit
trafic que nous faisons au logis, je ne say comment il nous seroit
possible de vivre. Ce n'est pas faute de marchands, nostre boutique est
tousjours assez garnie: vous y en trouverez tousjours trois ou quatre;
mais leur bourse est si sterile qu'il n'y a point moyen de tirer ny
d'arracher une pistolle d'eux.

Sa soeur alloit advancer quelque propos; mais sa mre, interrompant
son discours, bien que d'un front rid, dit ces paroles: Mes enfans, il
faut prendre patience; nous sommes en un temps miserable, o le vice a
tellement pris pied dans la nature que la vertu s'en est bannie et
exile d'elle-mesme; on ne parle que de coupeurs de bourses, que de
Grisons[92] et Rougets[93]; et mesme c'est une chose estrange que les
archers, qui devroient empescher le desordre, au lieu d'y prendre garde,
s'endorment et s'assoupissent sur la venaison.

--Et moy, dit une jeune marchande d'auprs le Chastelet qui ds le
lendemain de ses nopces  emmoys[94] et acteonis son mary, le plaant
dans le zodiaque au signe du Capricorne, arrive ce qu'il pourra, je ne
peux plus manquer; il ne m'en chaut que nous ayons guerre ou paix, je
suis asseure sur un bon et ferme pillotis; mes enfans ont des benefices
ds l'instant de leur conception, et mesme devant que l'embrion soit
form.

--Je ne m'estonne plus pourquoy les femmes ont tant de mal  se
descharger de leur fruict, dit la mre de l'accouche, veu que leurs
enfans sortent avec la crosse et la mittre en teste.

--Mes enfans, repliqua la marchande, n'ont ni crosse ni mittre, mais
j'espre que celuy en qui j'ay fond ma confiance en aura bien-tost; 
tout le moins on m'a dit que l'evesch[95] est en grand bransle, et
qu'il sent bien la resine. Si cela est, je vous laisse  penser du
succez de mes affaires, et comme je m'accommoderay, pourveu qu'il me
face tousjours participante de ses affections et de sa faveur.--Mais
vous n'en dictes mot, de la faveur, dit une fille de chambre qui aymoit
 parler des affaires d'estat.

--Ne parlez point de choses qui nous sont indifferentes, repliqua sa
maistresse: les murailles ont des oreilles; on ne sait quelque fois
devant qui on parle.

--Il est vray, Madame, dit la femme d'un advocat du Chastelet: on me
disoit l'autre jour qu'une honneste compagnie estant venu voir madame
l'accouche, qu'il y avoit derrire son lict un certain quidam qui
tenoit registre de tout ce que la compagnie disoit; ce qui ne tourne
qu' nostre desavantage, car chacun nous appelle caqueteuse. Si
d'avanture il y estoit maintenant, il nous luy faudroit bailler son
change.

Et moy qui entendois toutes ces plaintes, je me resjouyssois de n'avoir
pris ma premire place, car sans doute on m'eust faict un affront.

--Nostre Dame! dit alors une damoiselle de marque, parlant 
l'accouche, y auroit-il bien quelqu'un de si hardy que de nous jour ce
tour-l?

--Je vous promets, madamoiselle, que je n'en ay ouy parler aucunement.

Une vieille ride alors se leva: Je vous jure saincte Brigide (dit-elle)
que j'en sauray la verit. Et de ce pas elle alla en la ruelle du lict,
o elle trouva le nid; mais l'oyseau s'estoit envol. Et moy, qui
m'esclattois de rire, je ne peus jamais mettre en ligne de compte tout
ce que deux ou trois bourgeoises se disoyent secrettement  l'oreille.
L, l, Madame, en bonne compagnie il ne faut rien celer: est-ce de la
faveur que vous parlez?

--Comment parlerions-nous de la faveur? il n'en a plus.

--Il y a deux ans que le feu connestable faisoit bien ses affaires
devant Sainct-Jean-d'Angely, dit l'autre[96]: il avoit la solde pour
40,000 hommes, et n'en entretenoit pas vingt-cinq mille. C'est la cause
qu'on n'a pas pris Montauban l'an pass, ma commre: il n'avoit pas
seulement dix mille hommes l devant. N'est-ce pas une volerie? Mais il
a trouv le terme de ses pilleries dans Monheur[97].

--Je voudrois que vous eussiez veu la prediction du cur de
Mil-Monts[98] sur ce sujet, dit la femme d'un astrologue de
l'Universit; vous l'eussiez admir. Il y a bien dix mois qu'il
l'apporta en nostre logis[99]; elle estoit ainsi:

    Quand L. sera chang en R.
    Et Loys chang en vray roy,
    Lors nous verrons ce vice-roy,
    Ce connestable de Luyne,
    Qui s'esvanoira en LaiR,
    Et sera chang en Ruyne[100].

Jamais il ne fit prediction[101] plus certaine; mais de ses deux frres
on n'en parle plus. Que font-ils?

Lors la femme d'un certain secretaire porte-calotte dit: Madame, depuis
que la teste est  bas, tout le reste ne vaut plus rien. Je l'ay bien
remarqu en nous depuis la mort de feu Mgr. le connestable: nous y
perdons plus de cent mil escus; ses deux frres[102] n'y perdent pas
moins. Il y en eut un l'autre jour qui pensa mourir  Saumur de despit:
il voulut jour en trois rafles avec un certain de la cour; mais de
malheur il ne sceut amener qu'une rafle de quatre, et l'autre luy donna
une rafle de cinq. Aussi il ne faut jamais s'adresser  des mareschaux:
ils sont du naturel des chevaux, ils ruent.

--Mamie, dit une dame de la cour, la decadence de l'un, c'est
l'eslvement de l'autre: le marquis d'Ancre est tomb, Luyne a pris sa
place; Luyne est tomb. Pour trois pelerins qui alloyent en Esma, on
vit aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil. Maintenant on
ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Cond, c'est le
ressort de la guerre[103]; mais le roi commence  s'ingerer dans les
affaires plus avant qu'il n'avoit encore faict; luy-mesme il veut
assister  tout ce qui se delibre. Cela sera cause que plusieurs
n'oseront desrober si hardiment que l'an pass.

Une femme de Tresorier d'auprs l'hostel de Guise, voulant mettre son
nez en cette cause: Arrive, dit-elle, ce qui pourra, Monsieur de
Joinville ne s'en soucie pas; il est maintenant remplum[104], il a
l'oyseau et les plumes. Qu'il le faict beau voir avec les diamans du
connestable! Comme il se rit du soing et du travail que ce pauvre
deffunct a eu d'acqurir tant de richesses! On luy demandoit l'autre
jour quelque debte qui estoit sur le registre ds long temps: Ouy da,
dit-il, il est raison que je vous paye: ma femme, outre son bien, m'a
donn cent mille escus pour payer mes debtes.

--Que voulez-vous, ma commre! dit une rousse du mesme cartier, ainsi va
la fortune: l'un monte, l'autre descend. Pour moy, je ne l'ay jamais
esprouv favorable  mes dsirs: j'ay dix enfans en nostre logis, dont
le plus grand n'a que xij. ans; il me met hors du sens; j'avois fait
venir un pedan de l'universit pour le tenir en bride, mais il y a perdu
son latin. Ils seront en fin contraints d'aller demander l'aumosne, si
le temps dure.

--Il y a tant de pauvres maintenant, dit une bourgeoise de qualit, que
nous en sommes mangez. Je ne say comment on ne fait pas un reiglement
sur le desordre; mais ceux qui ont charge des bureaux sont bien aises de
pescher en eau trouble.

--Il y a un moyen trs facille d'y remedier, dit la veufve d'un
eschevin. Du temps que mon mary estoit en charge, il y voulut apporter
un expedient; mais les gros bonnets n'y voulurent jamais songer.
Premierement, ou les pauvres sont impuissans, ou habiles  faire quelque
chose: si impuissans de bras, il les faut employer aux reparations de
la ville, ils ont bon dos; si impuissant des jambes, il les faut mettre
en un lieu  part, et leur apprendre  travailler des mains[105]. S'ils
peuvent faire quelque chose,  quoy est bon de voir tant de gueux par
les rus? Mercy de ma vie! j'en parle comme savante, car dernierement
ils en pensrent voller en mon logis. Il seroit besoin d'y remedier pour
les viellards. A quoy sert de nous taxer et cottiser pour les pauvres
enfermez, si on ne les y renclost?--Chacun approuvoit assez son dire,
quand une tavernire de l'Universit se leva: Ce n'est pas tant aux
gueux qu'il faut prendre garde, dit-elle, qu' une infinit de vagabonds
et de courreurs de nuict, qui pillent, vollent, destroussent mesmes tous
nos marchands ordinaires, et, qui pis est, ils empruntent le nom des
escoliers, et font semblant d'estre de leur caballe; mon mary y pensa
perdre la vie l'autre jour, prs des Cordeliers[106].

--Mais on ne parle plus des Cordeliers[107], dict une vieille de la
paroisse de Sainct-Andr; on ne sait plus quel party ils tiennent, on
n'y recognoist plus rien. Il y en a encor quelques uns qui portent des
souliers fendus; mais je crois que c'est plustost pour la chaleur que
pour l'austerit ou le bon desir qu'ils ayent de reprendre la reforme,
car ils ont desj la plus part quitt le manteau.

--Tout beau, Madame, dit une devote qui estoit en un coin! il ne faut
jamais mal juger de son prochain: il y a encor de fort bons religieux l
dedans. Ne savez-vous pas qu'on voit toujours quelque grain de zisanie
parmy le froment? Il est impossible autrement, car on ne recognoistroit
par les bons d'avec les meschans, ny le vice de la vertu.

--Je ne plains en cela que le pauvre pre general, dit la femme d'un
advocat de la cour, de n'avoir peu faire entheriner ses lettres au
parlement; mon mary y a travaill en ce qu'il a peu, et toutesfois il
n'a rien effectu. N'est-ce point une chose estrange que ce bon pre,
qui est l'humilit mesme et le miroir o tous les religieux de son ordre
devroient mouler leurs actions, aye tant pris de peine et travaux de
venir en France pour trouver ses enfans rebelles? Je ne say, pour moy,
o le monde d'aujourd'hui a l'esprit.

Une de la ru Sainct-Anthoine, qui n'avoit point encor parl, oyant
discourir d'esprit: Par sainct Jean, Madame, je vous vay conter le plus
plaisant conte que jamais vous ayez entendu d'un esprit[108] (mais il
estoit domestique et familier). Un bon compagnon, depuis quinze jours
en , s'est mis en cervelle de faire l'esprit, de sorte qu'il
espouventoit tous les petits enfans de nuict. Ce pendant il disoit au
maistre du logis que l'esprit s'estoit apparu  luy, et qu'il falloit
faire un service  un cost et un pelerinage  l'autre: on lui
fournissoit l'argent, dont il s'accommodoit fort bien. En fin il pria un
jour son maistre de le laisser coucher dedans son estude, et
qu'infailliblement il feroit en sorte, par ses inventions, qu'on
n'entendroit plus d'esprit, ce qu'il fit: car, estant dans l'estude, il
print huict cens livres  son maistre, et depuis on n'a point ouy parler
d'esprit.

--Il n'y a pas long temps que la mesme chose arriva en nos cartiers, dit
une femme d'auprs Sainct-Jacques de la Boucherie; mais l'esprit ne peut
jouer si bien son personnage que celuy dont vous parlez, car il fut men
prisonnier au Chastelet.

--Saincte Barbe! n'en savez-vous que cela? dit une femme du faux-bourg
Sainct-Germain; vramy, on en dit bien d'autres en nos cartiers: on tient
qu'il revient un esprit dans les Carmes deschaussez (je ne say si ce
n'est point celuy qui s'est fait enterrer en son jardin). L'autre jour
la reyne en voulut savoir des nouvelles certaines[109]: elle y envoya
un gentil-homme, qui sur ce suject fut pri de disner au refectoir; mais
il n'eust pas loisir de manger: car l'esprit, bien qu'invisible, luy
deschira son collet et son pourpoint.

--N'est-ce point aussi la deesse Cers[110], qui est sur l'eglise des
Carmelines, qui demande ses interests sur les bleds et les terres qui
ont est gastes dernierement? dit une du faux-bourg Sainct-Michel.

--Madame n'a pas trop mauvaise raison, dit une autre jeune fille qui
avoit les pasles couleurs: car, comme on a desj dit, il y eut un grand
degast, et encor toute ceste estendu appartient  de pauvres
particuliers, qui d'autre part estoient assez en disette sans souffrir
ceste perte. Vous savez qu'un escu  un pauvre qui en a besoin vaut
autant que dix escus  un riche qui n'en a aucune indigence; mais on
tient que les Chartreux deffendront leur cause, car les terres des
environs o fut fait ce degast leur appartiennent, c'est leur propre.

--Je vous responds, ma commre, dit la femme d'un clerc, quand ils se
mettroyent en procez, je ne say si l'affaire leur succederoit selon
leurs desirs, car tout est aujourd'huy corrompu, l'argent fait tout; il
y a tant de tours de souplesse entre ceux qui plaident, tant de
destours, ambiguitez, labyrinthes et faux chemins, qu'il est bien
difficile de parvenir au vray temple de la Justice. On ne fait
maintenant trophe que de tromper son prochain; tel aujourd'huy vous
monstre beau visage, qui en son coeur vous voudroit avoir mang[111].

--Et vous, Madame,  ce coin, vous ne dites mot, dit une jeune femme de
la ru du Coq. Il semble,  vous voir, que vous ayez de la tristesse:
est-ce point qu'on vous a marie contre vostre volont? (Elle parloit 
une jeune femme de la ru Sainct-Marceau[112], qu'on avoit marie depuis
peu, mal-gr l'inclination qu'elle avoit,  un certain[113] partisan du
pre Denis.) Il a pourtant des commoditez, et il peut en bref vous
rendre dame d'honneur; plusieurs montent aujourd'huy de la cave  la
premire chambre.--Vous ne dictes jamais rien plus vray, Madame: il a
des moyens,  la verit. Mais vous, qui estes toute fraiche, vous savez
bien que ce n'est pas l la consequence; les premiers feux sont
tousjours plus cuisans, et les premires flammes plus poignantes que les
dernires[114].

--Comment, se dit une de ces anciennes voisines, vous avez donc aym
quelque autre, qui avoit preoccup vostre coeur devant le mariage?

--Ouy, Madame; mais la consideration des biens a aveugl mes parens[115]
 me faire embrasser un party o je n'ay eu d'affections[116].

--L, l, Madame, dit une autre, vous estes dans les biens jusques aux
yeux; cela vous doit porter  passer vostre printemps parmi les delices
du monde.--Si nous avons du bien, replicqua-elle, nous ne l'avons pas
acquis, encor nous faut-il soustenir de grands procez[117] pour
l'usurper; mais  tout le moins il se faut resouldre: tout ce qu'est bon
 prendre, comme on dit, sera bon  rendre.

--Encor vaut-il mieux faire restitution que de se laisser excommunier,
dit une vieille qui avoit fait son temps.

--Mais que diriez-vous d'une rencontre o je me trouvay l'autre jour?
dit une sage-femme. Une certaine de nos voisines[118], sur l'esperance
qu'elle avoit d'une succession, accoucha de deux enfans; mais c'est bien
le pis qu'ils ne partageront aucunement au gasteau[119]. Je vous laisse
 penser combien le pre est fasch maintenant d'avoir si fort avanc sa
besogne: il pensoit tromper les autres, il s'est trouv tromp[120].

--Voyl mon conte, dit la premire. Pour le jourd'huy on ne tasche qu'
envahir le bien d'autrui. N'avez-vous point ouy parler des Pres de
l'Oratoire[121], qui ont fait mille tours et ambassades pour
s'installer dans Sainct-Louys de Rome, disans que cela leur
appartenoit[122]?

--J'en ay ouy quelque mot en passant, dit la femme d'un certain Italien
de la ru Sainct-Honor; mais on dit qu'ils vouloyent bannir et chasser
tous les pauvres prestres franois qui se retirent en ce lieu, pour y
prendre leurs places et en recevoir les usufruicts[123].

--Voyl comme ils font dans Sainct-Honor: ils veulent supprimer toutes
les chanoineries, dit une autre, et s'installer en leurs places, afin
qu'au temps advenir ils ayent tout le revenu[124]; mais ils en pourront
bien torcher leur bouche, aussi bien que des six mille escus de rente
qu'ils pretendoient d'avoir  Rome en l'eglise Sainct-Louys.

--Mon mary me conta l'autre jour la plus belle plaisanterie du monde,
dit la femme d'un conseiller du conseil priv. Quand on les va voir, ils
font apporter une carte.--Messieurs, disent-ils, voicy nostre plan[125]:
voil le grand autel, icy sera la porte, icy la sacristie; voil les
chappelles.--Ouy; mais, mon pre, vous n'aurez gures de veu de ce
cost-l[126].--Nous aurons bonne veu, Monsieur: il ne nous faut point
de lunettes pour voir les benefices. Voicy la chappelle de monsieur un
tel, voil la chappelle de son frre.--Mais qui sont toutes ces petites
entres que je vois dans vostre plan?--Ce sont des oratoires, Monsieur:
 chasque chappelle il y en aura deux. Cela coustera,  la verit, mais
les bonnes gens nous ayderont: monsieur un tel nous baille cinq cens
escus pour sa chappelle, l'autre autant, et son cousin autant; pour les
oratoires, on ne les vend que deux cens escus.--Et ainsi, ma commre,
tout leur bastiment est pay devant que d'avoir faict les fondemens.

--Si est-ce pourtant que je les trouve bonnes personnes (dit une autre):
ils sont si doux, si affables! Il semble  voir que la courtoisie soit
peinte dans leur visage.

--Je n'en vois pas au contraire, respondit la conseillre; ils sont trs
pieux et trs devots: il est permis  tout le monde de songer  son
profit. Je voudrois que leur eglise fut desj bastie: il n'y a rien que
j'affectionne tant que d'ouyr leur musique et leur chant
melodieux[127]. Ce n'est que la forme de recreation ce que j'en dis; je
ne crois pas les offenser, ni personne qui soit en la compagnie.

Sur ce mot de compagnie, on commena  entendre un bourdonnement par la
chambre: les unes disoyent qu'elle entendoit parler des Pres de la
societ, les autres en parloyent ambiguement et  l'oreille, de sorte
qu' peine pouvois-je entendre ce qu'elles disoient. Une entr'autres,
relevant ceste assistance, comme assoupie dans ces discours, et
extravague tantost de, tantost del, reprit la parole pour madame
l'accouche: Mais vous ne dictes rien (dit-elle) de Madame: la voil
desormais guarie et en bon poinct.

--Elle n'en aura que le mal avec le temps, respondit la mre; encore
est-ce un plaisir quand on a de beaux enfans qui ne sont point
contrefaits ni deffigurez; cela apporte du contentement et au pre et 
la mre.

--La beaut externe du corps (dit une autre, femme d'un certain advocat
qui fait le philosophe) est souvent un signe de la beaut de l'esprit:
car l'ame, qui de soy est capable de tout savoir et de tout comprendre,
faict des effects bien plus admirables quand elle se trouve en un corps
bien organis, et qui a ses parties mieux disposes  exercer ses
fonctions.

--Hol! Madame, ne passez pas plus outre, dit une vieille chapperonnire
 l'antique: car nous n'entendons pas la moiti de vostre discours; il
n'y a personne en la compagnie qui entende et puisse comprendre des
choses si hautes et releves, sinon Madame qui est  ce bout, car elle a
leu Calvin, Clement Marot, Beze et une infinit de grands philosophes.

--Mercy de ma vie (dit-elle), ouy, je les ay leus! qu'en voulez-vous
dire, vieille sans dents?

La compagnie se retourna pour la voir, car la colre luy estoit monte
au visage et luy avoit marqu le front d'un vermeillon empourpr.

--N'est-ce pas une estrange chose (dit-elle) qu'on en veut tant  nostre
pauvre religion? On nous appelle libertins, cruels, acariastres,
imposteurs, semeurs de zisanies, la peste des Estats et l'origine de
tous les malheurs qui ont inond par toute la France, et toutesfois il
n'y a rien de plus simple que nous: nous ne demandons que la paix; nous
ne cherchons que concorde et fraternelle amiti; tout nostre but ne tend
qu' la reformation.

--Par le vray Dieu, c'est bien  faire  vous  nous reformer! dit la
vieille; il y a douze cens ans que la France a quitt son erreur pour
s'enrooller sous les drappeaux de la vraye Eglise, et aujourd'huy une
femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un Calvin, qu'un Luther et deux
autres moynes reniez et appostats pour faire refleurir l'ancienne
majest de l'Eglise!

Un petit chien, qu'une certaine damoiselle de la rue Sainct-Paul portoit
pour passe-temps, entendant parler de Calvin, leva la teste, croyant
qu'on l'appelast, car c'estoit son nom, ce qui fut assez remarqu de la
compagnie; mais sa maistresse le reserra sous sa cotte, de peur de faire
deshonneur aux saincts.

L'autre ne discontinua pas pourtant son discours: Et venez a
(dit-elle), m'amie; si vous voulez parler avec verit et sans passion,
d'o sont venus toutes les guerres civiles qui ont min et desert toute
ceste monarchie depuis quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion
n'a-elle pas allum le feu aux quatre coins de la France? N'avons nous
pas veu (au moins mon pre me l'a dit cent fois), depuis l'advenement du
roy Henry II  la couronne jusqu' maintenant, tout ce royaume
boulevers de fond en comble pour votre subject[128]? On vous a veu
naistre tous armez comme les gensdarmes de la Toison-d'Or que Jason
deffit;  peine eustes-vous succ la doctrine impie de Calvin et de
Luther que vous minutastes ds lors la ruine de ceste couronne.
N'avez-vous pas fait des extorsions estranges, o vostre fureur et
vostre rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de
bourgades et de bonnes maisons ont est ruines par vos partisans! La
Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moucontour, de Dreux,
et une infinit de fleuves sont encore empourprez de sang, et jamais,
toutefois, la fortune ne vous a est favorable en toutes les rencontres
et batailles qui se sont donnes contre vous; le Ciel n'a jamais second
vos monopoles; vos gens y ont tousjours laiss les bottes, et
aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent
les esperons[129]. Il s'agissoit alors de la religion; c'estoit  vous
 vous deffendre. Mais maintenant que le roy veut protger tous ses
sujects en paix, sous l'authorit de ses edits; qu'il ne demande que
l'entre de ses villes, et qu'il ne requiert autre tesmoignage de
l'affection et de l'hommage que vous luy devez que l'obeyssance en tous
les lieux qui sont du ressort de son domaine, ceux de la religion luy
ferment les portes, font des assembles et monopoles contre sa volont,
portant opiniastrement les armes contre son service, tranchent du
souverain en leurs factions, disposent des provinces et deniers royaux,
constituent gouverneurs o bon leur semble, partagent tout ce royaume 
leur volont; bref, se persuadent que la France ne doive plus respirer
que par leur moyen. Vous voil tantost  la fin de la carrire: le roy
tient le haut bout; plusieurs en bref viendront collationner en Grve
pour aller soupper  l'autre monde.--Elle disoit ces paroles d'un
coeur enflamm pour le service du roy, qu'elle voit estre profan par
telles gens; d'autre cost, l'autre, qui avoit la bouche ouverte pour
luy respondre, confuse de la verit, luy alloit chanter injure, si la
compagnie ne l'eut retenu; une entre autres, voulant mettre le hola,
monstra de quelle estoffe estoit sa robbe: Ce n'est pas, dit-elle, aux
femmes  s'entremesler si avant dans les affaires, et principalement o
il s'agit de religion: car, outre que notre sexe est imbecille 
proposer les raisons de part et d'autre, nous nous laissons incontinent
emporter  la colre. Si du Moulin estoit icy, peut-estre qu'il
deffendroit le party de Madame.

--Du Moulin, dit la femme d'un musnier, c'est un grand docteur! il
quitte la bergerie et les oailles au temps de la persecution. Vramy!
voil bien comme il faut faire; au lieu de songer au troupeau que le
Seigneur luy a donn en garde, il s'enfuit pour eviter les coups. Calvin
ny Luther ne faisoient point cela du temps de la primitive Eglise.

--Que voulez-vous! dit une demoiselle assez jovialle, c'est un moulin
qui tourne  tous vents: il a veu qu'il n'y avoit plus rien  moudre 
Charanton, il a quitt la praticque et a pris ses aisles pour s'envoller
 Sedan[130].

Comme on estoit sur ce discours, voicy une nouvelle compagnie qui
entre. On s'estonna de les voir si tard, et principalement l'accouche,
car le temps approchoit qu'elle desiroit congedier l'assistance. Ce fut
qu'on recommena les reverences. Ma cousine (elle parloit 
l'accouche), nous venons du Landy, o nous n'avons pas veu grandes
raretez; je vous asseure que les marchands n'y gaigneront pas chascun
dix mil escus.--Si est-ce pourtant qu'il y en a quelques uns qui y font
bien leur besongne, dit une gantire.--On fait d'aussi bons coups au
Landy qu' la foire Sainct-Germain, repliqua l'autre; les jeunes gens
font des parties avec leurs maistresses et sont bien ayses d'avancer la
besongne devant le mariage, de peur d'estre renvoyez  la cour des
aydes. Demandez-en vostre advis  deux jeunes marchandes d'auprs
Saincte-Opportune: nous les avons veus faire leurs quinze tours dans
Sainct-Denis, puis elles sont alles achever le reste de leur voyage
dans le bois de Nostre-Dame-des-Vertus, o je me recommande.

--Ainsy va le temps d'aujourd'huy, dit la mre de l'accouche; les
filles donnent tant de privaut aux jeunes gens, que bien souvent ils
empruntent un pain sur la fourne, et puis, quand quatre mois aprs le
mariage madame vient  accoucher, c'est  se plaindre entre nous: Helas!
ma pauvre fille n'a point port son fruict  terme, elle a faict quelque
effort! Et tous les efforts qu'elles font, c'est qu'elles marchent
quelquefois sur la platte d'une orange, et glissent dans un lieu infame.

--Il y en a qui ne sont point en ceste peine (dit une dame d'honneur),
car ds l'aage de six ans, ils placent leurs filles en religion, sans
savoir si elles y sont propres ou non, et bien souvent il faut sauter
les murailles.

--Aussi vray, Madame, dit sa voisine, vous ne rencontrastes jamais
mieux; la pluspart le font pour agrandir leurs maisons, les autres pour
des considerations particulires; mais tous en general, et les parents
et les religieuses, ne songent qu' leur profit.

--Pour faire bien maintenant son profit, dit la femme d'un certain
receveur, il faut s'associer avec ceux qui tiennent la ferme du sel[131]
et avec les commissaires des guerres: les premiers font leur profit et
desrobent par mer, et les autres pillent et vollent par terre; on fait
passer des batteaux chargez de sel soubs main, et puis ils font les
rencheris. D'autre cost, les tresoriers et commissaires des guerres
sont en saison; s'il leur faut faire un payement de deux ou trois mil
livres: Monsieur, diront-ils  un capitaine, nostre argent n'est pas
encore arriv; s'il vous plaist d'avoir un petit de patience... L'autre,
qui est press, les quitte pour la moiti, et ainsi monsieur le
tresorier se trouve aussi riche tout seul que ceux  qui, en general, il
aura fait son payement[132], sans les passe-vollans[133] qu'ils
admettent dans les compagnies.--M'amie, cela ne sera pas long-temps
ainsi: le roy y mettra bon ordre. Quand il en aura chasti deux ou
trois, les autres n'y retourneront plus.

Tandis, le temps s'escouloit insensiblement. La nourrisse eut bien
dsir de dire un mot devant que de partir, mais sa maistresse la remit
 un autre jour et pria sa mre de congedier la compagnie, ce qui
m'apporta du contentement[134], car, si elle y eut sejourn plus
long-temps, il m'eut fallu faire comme le diable que vit un jour sainct
Martin, qui, tenant registre derrire le pillier d'une eglise de tout ce
que trois ou quatre femmes disoyent, et voulant allonger le papier qui
luy manquoit avec les dents, de mal'heur il se frappa la teste contre le
pillier. Moy, de peur que le mesme accident ne m'arrivast, j'ay mieux
aym remettre le tout  une autre fois.




LA TROISIME APRS-DISNE DU CAQUET DE L'ACCOUCHE[135].


Depuis hier j'ay appris d'un certain medecin de mes amis que les potages
blancs estoient grandement profitables aux accouches, et que l'on ne
pouvoit leur apprester aucun assaisonnement ou viande plus propre,
d'autant qu'elles ont besoin de restringens propres pour arrester le
grand flux qui arrive aux femmes lors de leur accouchement, outre qu'il
est besoin de les resserrer; ce qui me fit songer aussi tost  ce que
j'ay ouy dire d'un drosle qui, le jour de l'accouchement de sa femme,
s'escrioit devant la porte de la maison: Largesse, largesse! Je fis mon
profit de ce que me dit le medecin, pour le dire le lendemain  ma
cousine, que je fus visiter pour pouvoir escouter tout ce que celles qui
la visiteroient rapporteroient, tant des affaires particulires de leurs
maisons que de celles de dehors, et, m'estant rendu au logis  l'heure
accoustume, je vis l'accouche, laquelle n'estoit pas trop contente de
la visite qu'elle avoit eu le jour d'auparavant, d'autant (disoit-elle)
qu'il pourra sembler  la compagnie que, pour luy faire moins d'honneur,
l'on y avoit fait trouver des fruictires, des femmes de meuniers[136]
et autres racailles, qui estoient si impudentes et effrontes que de
parler avec des femmes de Messieurs des Comptes, de secretaires, de
tresoriers et autres de qualit.

Aprs luy avoir dict ce que j'avois apris de ce medecin, je me plaay
dans le cabinet qui est au chevet de son lict, et me mis l en estat
d'escrire; et songeant  ce que je commancerois, la femme d'un
commissaire des guerres, qui porte l'attour de damoiselle, combien
qu'elle soit cousine germaine de M. I. G.[137], entre, et, aprs avoir
faict la reverence assez bien, car elle est courtisane il y a fort
long-temps, s'assit et dit que le temps estoit fort inconstant, et que
le bon-heur luy en avoit bien voulu depuis un an en , car son mary
avoit eu suject de revenir de la guerre, ayant eu les jambes casses, o
il faisoit assez bien ses affaires, mais que pour ce suject il estoit
dispens de servir, et ne laisseroit de recevoir ses gages par de,
tout ainsi que s'il y estoit.--Pour moy, dit l'accouche, encores est-ce
un contentement quand hors d'exercice l'on est bien pay, veu que
pendant iceluy on a toutes les peines d'estre pay des thresoriers, qui
font passer tant de passe-volans que c'est merveille, et en disant
qu'ils n'ont point d'argent font faire composition d'ordinaire  la
moiti,  la confusion du pauvre soldat et au profit de monsieur le
tresorier.--Veritablement, Madame, dit la damoiselle, vous avez touch
au but, car cela est vray; et ils font bien pis: ils font  toute heure
croire au roy qu'il n'y a point d'argent dans ses coffres, et l'obligent
par ce moyen  trouver de nouvelles inventions pour en avoir, ce qui ne
se fait jamais qu' la foule du pauvre peuple, lequel est  present aux
plus grans abbois du monde.--Mais encores, dictes-moy, Madamoiselle,
quels sont les plus communs profits de Messieurs les commissaires des
guerres, veu que ces estats sont tant recherchez aujourd'hui, que
beaucoup de tresoriers, conseillers, presidens, advocats, procureurs et
autres y placent leurs enfans et parens? Pour mon regard, il me prend
envie de dire  mon mary qu'il en aye un pour vivre plus  son
aise.--Madame, dit la damoiselle, le gain est si grand que (s'ils
veulent) ils peuvent mettre trois ou quatre livres de poudre dans leurs
pochettes autant de fois et  chaque coup de canon que l'on tire; ainsi
des boulets, ne faisant mettre assez souvent que de la bourre dans les
canons, comme ont fait plusieurs au premier voyage du roy vers
Montauban.--Pendant ces discours, plusieurs damoiselles et bourgeoises
entrrent en la chambre, lesquelles prirent place.

Une damoiselle, femme d'un autre tresorier des guerres qui se trouva l,
prenant la parole, dit comme en cholre: Madamoiselle, puisque Monsieur
vostre mary est de l'artillerie, vous ne devriez pas parler si
ouvertement. Ne savez-vous pas qu'il est besoin de celer le secret des
charges de nos maris, lesquels ne nous les disent qu'avec grande
difficult, de peur que l'on n'en face quelque rapport au roy, lequel
est assist de flatteurs qui nous font ronger les ongles d'assez prs?
Et tant s'en faut qu'il faille en parler, qu'au contraire il se faut
toujours plaindre. Croyez-vous que nostre cuisine fust si grasse qu'elle
est, et que nous aurions tant de suitte de valets et servantes, si le
roy voyoit bien clair en nos affaires? Et pour empescher la recherche
que l'on voulut faire, il y a quelques annes, des tresoriers de la
France, ne composa-on pas avec les partisans? Et asseurez-vous que l'on
ne fera pas autrement si l'on les recherche de nouveau, comme l'on en
murmure.

--Madamoiselle, ce dit la femme d'un secretaire, je vous prie de croire
que MM. les tresoriers de France ne seront pas recherchez, car ils sont
trop grands seigneurs, et que si l'on entreprenoit ceste affaire, ce ne
seroit que pour tirer quelque pice d'argent[138]; mais toutesfois, pour
que l'on ne descouvre leurs affaires  tout le monde, je pense qu'il n'y
a rien meilleur que de courir au devant, et de jetter, comme on dit, 
la gueule une somme d'argent pour n'en estre point parl. Mais je say
bien que l'on en veut fort aux greffiers, qui reoivent plus que leurs
droicts, et s'ingrent de faire des charges qui sont dees  d'autres,
ou au moins prennent des charges en tel nombre que six ou sept jeunes
hommes seroient honnorablement employez, lesquels, au moyen de ce,
perdent leur jeunesse faute d'offices et d'exercice; outre qu'ils sont
cause que les offices sont trs chers et se vendent  si haut prix[139]
que bien souvent aussi on n'en peut avoir, car ils en clent le revenu.

La femme d'un conseiller dit: Mes damoiselles, voulez-vous que je vous
die ce que mon mary me disoit l'autre jour  propos des greffiers? Il me
dit qu'il s'estonnoit de ce qu'une place de greffe du Chastelet de ceste
ville de Paris a est vendu dix mille escus, laquelle place,  son
avenement  son office de conseiller, ne se vendoit que mil escus.
N'est-ce pas pour s'estonner avec raison? Car quelle apparence de
gaigner l'interest de ceste somme? Il dict qu'il est impossible, et que
l'affluence des affaires et les droits ne sont si grands; pour le
regard du tour de baston[140], on le faict aussi grand[141] que l'on
veut. L'on ne sauroit juger de la volont des hommes et de leur
intention; mais say-je (comme dict mon mary) que l'on ne sauroit faire
son salut en cest exercice, et qu'il faut de necessit exiger plusieurs
droicts qui ne leur sont deubs.

--La femme d'un greffier qui estoit l dict: Madamoiselle, vous parlez
bien des greffiers, mais vous ne savez pas la recherche que l'on veut
faire des conseillers; et l'on dict qu'ils ne doivent faire faire des
comparitions en leurs maisons, car les arrests de la Cour les leur
deffendent. Vramy, Madamoiselle, vous devriez bien prendre garde  vos
affaires; vous serez peut-estre plustost en peine que nous, car l'on
commencera premierement par vous et non que par nous.

L'accouche, levant la teste, dit alors: L, Mesdames, je vous prie de
prendre ce qui se dit icy par forme de devis, et non pas au point
d'honneur, car c'est  faire aux hommes de le debattre, et prevoir ce
que nous pouvons dire. Parlons, s'il vous plaist, d'autres choses.
N'avez-vous veu et leu les questions de Tabarin[142].

--Ouy, Madame, dit la femme d'un secretaire du roy, je les ay leus il
n'y a pas un mois; mais je n'y prends pas beaucoup de plaisir, car l'on
m'a dit qu'il y a bien  dire de ce que dit Tabarin et de ce que l'on a
escrit sous son nom, et qu'il n'y a rien de tel que de l'ouyr.

--Vramy, Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, je l'ay ouy dire ainsi
 mon mary; mais il trouve que Mont-d'Or dit beaucoup confusement, et
s'estonne de la facilit des bourgeois de Paris, qui se laissent
persuader si legerement  ses discours[143], qu' le voir debiter
aujourd'huy sa marchandise il semble qu'il arrive tout nouvellement en
ceste ville: car il la departit en si grande quantit que rien plus.

La femme d'un des tresoriers repliqua: Madame, c'est peut-estre la bonne
mine de Mont-d'Or qui luy fait debiter sa marchandise si promptement:
car il y a des personnes qui m'obligeroient plustost  prendre quelque
chose d'eux que non pas les autres.

Peut-estre que la bonne faon de son commis[144] luy faisoit tenir ce
discours, car on dit quelle luy porte quelque affection. J'en appris des
nouvelles il n'y a pas long-temps; mais, sans la scandaliser, elle ne va
gures aux champs sans luy, faisant croire  son mary qu'elle craint les
rencontres mauvaises. Mais oserois-je dire qu'une femme d'un procureur
de la Cour de parlement ne fait rien que par la volont de son clerc? Et
le plus souvent, quand elle veut prendre un collet mont, il faut
prendre l'advis du clerc pour savoir s'il est bien empez ou non; et,
s'il ne le trouve bien, il le rompt et froisse entre les mains, en
disant qu'il ne veut pas qu'elle le porte, et si elle pense dire qu'il
couste de l'argent, il repond que ce n'est pas grand chouse d'un teston.

La femme du medecin, reprenant la parole  propos de Mont-d'Or, dit:
C'est vray que la bonne mine provoque quelquefois  prendre de la
marchandise, encore bien que l'on n'en aye affaire[145]; mais l'on n'en
peut pas dire autant de Desiderio des Combes, que l'on nomme
Charlatan[146], car il n'a pas bonne trongne[147], et de bien dire il
luy en manque autant; on dit aussi qu'il le sait bien confesser. Pleust
 Dieu que chacun fust aussi libre de confesser sa nafvet! En cela
l'on peut croire qu'il n'est pas charlatan, si ce n'est que l'on veut
dire qu'il use de mots estranges pour mieux vendre et debiter ses
drogues, et par ce moyen en baille  garder aux uns et aux autres;
toutefois il faut savoir qu'en la medecine il y a des mots fort
obscurs, et de l'art (comme l'on dit), et si cela n'avoit lieu, il
faudroit dire que les apotiquaires et medecins, pour oster la commodit
au menu peuple de composer de soy-mesme quelques medecines, usent de
mots barbares, combien que les choses et drogues qu'ils signifient
soient trs communes.

--Je l'ay ouy dire ainsi, dit la femme d'un secretaire, qui ayme fort 
ouyr parler de la medecine et pharmacie, car son premier mary estoit
empirique et distillateur de la royne, et dit luy avoir ouy dire plus,
savoir, qu'il y a des herbes dans nos jardins dont nous pourrions bien
ayder et servir pour notre sant, si nous en avions la cognoissance, et
que le plus souvent l'on s'en sert  la medecine et pharmacie, et les
apotiquaires les nomment par mots grecs, latins ou arabes, de faon qu'
cause des noms, le plus souvent ils font croire qu'ils viennent des
Indes-Orientales ou Occidentales, etc.

La femme d'un notaire qui estoit l dit: Pour mon regard, j'ai demeur
il y a j quelque temps chez un apotiquaire; mais je ne luy ay veu
employer que des herbes que l'on racle souvent dans nos jardins, et me
souviens qu'un jour, comme j'estois  la boutique, l'on envoya commander
une medecine: l'apotiquaire ne prit pas d'autres herbes ny ingrediens
que ces meschantes herbes. Depuis j'ay veu les parties pour celuy auquel
on porta la medecine, lesquelles sont pleines de tant de discours
estranges, que pour moy je n'y cognois que le haut alleman, car il y
avoit Or, Occ, Arab, et toutefois je cognoissois tout ce qui estoit
entr en ceste medecine, et je jure la foy qu'il n'y entra jamais que de
meschantes herbes.

--Vramy, Madame, dit la femme de ce secretaire cy-dessus, il ne s'en
faut pas estonner, car s'ils ne faisoient ainsi, ils n'enrichiroient pas
leurs enfans comme ils font. Ne savez-vous pas qu' S.-Germain un
apotiquaire a laiss des moyens suffisamment  son fils pour avoir un
office de payeur, qui vaut huict mil escus et plus? Mais qui vous diroit
qu'ils font aujourd'hui leurs enfans conseillers de la Cour, dont y a eu
un grand bruict entre Messieurs du Parlement, qui ne les veulent
recevoir,  cause de la qualit? Mais il y a un bon remde  cela: c'est
qu'il se font recevoir au Parlement de Bretagne le plus proprement du
monde.

--Madamoiselle, dit la femme de ce medecin, je ne say si vous savez
qu'un apotiquaire  quitt la moiti de sa boutique pour acheter un
office de secretaire; et qui plus est, savs-vous que femme et fille
pleurent ses pechez tous les jours, et n'ont autre resjoyssance que de
prier Dieu en son logis ou dans les eglises? Mais que ne diray-je pas
des chirurgiens, qui donnent des offices de controoleurs, ou semblables,
qui valent quinze  seize mil francs,  leurs fils? et quant  leurs
filles, il ne leur manque que le masque[148] que l'on ne les prenne pour
damoiselles: elles osent bien aussi faire comparaison avec elles  cause
de leurs moyens.

La femme de ce secretaire dit: Je vous jure, Madame, que jamais je ne
fus plus estonne. J'estois en une fort honneste compagnie l'autre jour,
o il arriva un jeune muguet vestu  l'adventage, avec l'habit de satin
decoup, le manteau doubl de panne de soye, le chappeau de castor et le
bas de soye[149], lequel se mit  cajoler une bonne heure entire, et
usoit de toutes sortes de complimens. Aprs qu'il fust sorty, je
m'enquestay quel il estoit: l'on me dit qu'il estoit fils d'un
chirurgien; mais jamais je ne vis rien de plus leste, car il a mine de
quelque courtisan. Aujourd'huy l'on ne cognoist plus rien aux habits:
tout est permis, pourveu que l'argent marche; quant on parle 
quelqu'un, on ne sait si l'on doit dire Monseigneur ou Monsieur
simplement.

--Mais que dira-on de l'apotiquaresse qu'un chacun cognoist bien? dit la
femme du notaire. Elle contrefaict si bien la belle, qu'il luy semble
bien qu'ouy. N'avez-vous pas ouy dire qu'elle va souvent en la cour du
Palais, et que l'on est bien receu chez elle pourveu qu'on luy porte?
Quant  elle, elle n'est nullement ceremonieuse.

Sur ces entrefaittes le medecin et le chirurgien entrent, qui fut cause
que l'on changea de discours, et toutes les damoiselles et dames qui
estoient presentes leur demandrent s'il y avoit de l'amendement en
l'accouche, et si elle avoit encores la fivre qui l'avoit tourmente
les jours precedens. Ils dirent qu'elle en avoit encores quelque
reliqua, mais que, Dieu aydant, elle seroit bientost  son aise; et
incontinent ils sortirent. Aprs, l'accouche dit  la compagnie: Sur
quels discours estiez-vous demeurez, Mesdames?

La femme d'un conseiller, prenant la parole, dit que l'on parloit des
enfans des medecins et apotiquaires de Paris, et qu'il n'y avoit que
trop  dire sur eux, mais qu'il y avoit encores plus  redire sur les
orfvres: Car j'en cognois, dit-elle, un qui a plus de suject de vacquer
 fermer sa boutique que non pas  l'ouvrir, d'autant qu'il y en entre
plus qu'il n'en sort: je dis des marchands; aussi a-il une assez jolye
femme; je ne dis pas qu'elle face l'amour, car il y a long-temps qu'il
est fait, outre qu'elle est prescritte et ne sert plus qu' un, dit-on,
qu'elle nomme son frre.

La femme du medecin replicqua: Quoy! Madamoiselle, seroit-il possible
qu'elle fust entretenue par son frre?--Madame, dit la damoiselle, on le
dit ainsi, proche la ru aux Ours.--Madamoyselle, ils meriteroyent donc
tous deux d'estre punis, car c'est un grand pech[150].

Mais, dit la damoiselle, que doit-on juger d'une femme qui descouche
quelquefois au deseu de son mary, comme elle fait?--Vramy,
Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, c'est pour donner suject de mal
parler d'elle, beaucoup plus que ces filles qui avoyent est perdus
l'espace de vingt-quatre heures, car elles ont est emmenes contre leur
volont, et non pas elle, qui ne pouvoit pas estre force.--Il est vray,
dit la damoiselle.

--Je ne say, dit la femme du medecin, si je vous oserois dire que la
femme d'un jeune orfvre demandoit, ainsi que j'entendis l'autre jour en
passant,  un jeune homme, s'il avoit une maistresse, et qu'il devoit
luy acheter une monstre qu'elle tenoit, pour luy en faire present; ce
qui fut cause que je m'arrestay court  une boutique vis--vis, pour
voir et contempler les actions de ceste jeune femme. Je remarquay tant
de folies et de sottises entre ces jeunes gens que rien plus, dont je
fus fort estonn, et avec moy le voisin au logis duquel je m'estois
arrest. Il faut crier: Au chat! au chat!

--A propos de monstre, dit la femme d'un conseiller, il me souvient que
la femme d'un orfvre avoit attrap d'un jeune homme une belle monstre
pour jouyr de ses beaux yeux chassieux, qu'elle a est depuis
contraincte rendre, mesmes en la presence de son mary, qui feignoit n'en
savoir rien. La feinte fut bonne aussi de la part de l'orfevaresse, car
elle dit que le jeune homme l'avoit oublie le jour de devant, et que
l'on ne la luy vouloit pas retenir.

L'on apporta pendant ces discours un panier de cerises trs belles 
confire  l'accouche, de la part d'un sien parent orfvre, qui fut
cause que l'on changea de discours, et que la femme du medecin dict
qu'elle s'estoit trouve depuis huict jours en  en compagnie vers la
rue de la Coustellerie, o l'on faisoit confire des cerises, et avoit
remarqu que l'on en mettoit  part pour Monsieur un tel,  cause de la
sollicitation d'un procez qu'elle avoit gaign: car son mary ne dit mot,
fait le tacet en sa presence, et elle court partout.

--Je fus il n'y a pas long-temps en la ru Sainct-Jacques, dit la mesme
femme du conseiller, pour y acheter des pots  confiture; mais j'y
appris de belles nouvelles: on disoit qu'une certaine jeune femme avoit
est emmene  Roen, et que son mary l'estoit all querir, et qu'il
l'avoit fait mettre prisonnire, ensemble celuy qui l'enmenoit; que cet
affaire avoit est accord moyennant cinq ou six cens livres.

La femme d'un advocat, qui estoit en la compagnie, dit: Mesdames, je
l'ai ouy dire ainsi  mon mary, qui plaida la cause; et, bien
d'avantage, celuy qui a pay cet argent a bien eu encores du diffrend
avec eux: car ils ont plaid au criminel pour des injures; le mary a eu
des deffenses contre ce tel de mesfaire ny mesdire.

--Que dira-on, dit la femme d'un conseiller, de la belle vitrire? A
propos de pots de verre, je ne say s'il est vray qu'elle fait benir ses
verres par un P. (sans offenser l'ordre); mais  la Tournelle on en
parle fort, comme aussi de sa soeur, qui va voir quelquesfois madame
de la Pille.

L'accouche fit le hol pour parler de l'imprimerie, et commena
elle-mesme  dire: Mesdames, ceste soeur dont Madamoyselle a parl a
bien advanc son mary par le moyen de Monsieur un tel, qui a bien du
credit chez les libraires, principalement sur ceux proche le
Puis-Certain[151] et de la ru Sainct-Jacques.

La femme du conseiller dit qu'elle en cognoissoit bien une, laquelle
court et va souvent au march neuf avec une jeune passementire de
dessus le pont, et la femme d'un advocat, au quartier de l'Universit,
pour satisfaire  des assignations qu'elles donnent au Coq, o se
dbroillent plusieurs affaires dont leurs maris ne sont capables: car
elles n'y vont qu' leur deseu, deux ou trois fois seulement par
semaine.

--Il est bien  craindre (dit la femme du medecin) que la ncessit ne
face joer quelques amours entre une femme de ce cartier-l et un jeune
homme, tous deux de l'Universit, ou bien le peu d'amiti qu'elle a pour
son mary; je say bien au moins qu'il y a bien du soubon, et peut-estre
avec raison.

--Il y a bien pis, dit la femme du conseiller: on dict que deux jeunes
femmes de la ru Sainct-Jacques se vont pourmener  deux lieus de cette
ville, en la compagnie de deux jeunes hommes qui leur assignent heure,
jour et rencontre par un mot de lettre, et que par mal'heur la lettre
ayant est veu par les maris, ils simulrent n'en rien savoir, et le
jour venu dirent  leurs femmes qu'ils alloient aux champs, dont elles
furent bien ayses, croyans par ce moyen avoir le temps libre pour aller
 leurs assignations, o elles ne manqurent non plus que leurs maris,
qui se desguisrent et entrrent  l'hostellerie o se passoient les
affaires, et d'une chambre proche qu'une simple cloison separoit de la
leur, ils entendirent faire la feste  la faon de la beste  deux dos,
dont ils demeurrent bien estonnez, et avec leur courte honte s'en
reviennent en ceste ville, se consolans en eux-mesmes contre l'infortune
qu'ils disoient estre commune  plusieurs, disans que leurs femmes n'en
avoient apport la mode en France. Je vous demande si ces maris-l ne
meritent pas bien cela? Je say bien qu'il n'y a point de soubon de ce
cost-l, car l'affaire est toute certaine.

--Madame, dit la femme du medecin, les livres sont de grand prix, et si
j'ay ouy dire  mon mary qu'il y a des temps que certains livres qui ne
valent par cinq sols pice, valent pistolles, de sorte que ceste
marchandise augmente souvent et ne diminu gures, et ainsi ils
s'enrichissent fort, ce que ne peuvent pas faire ceux qui impriment ou
font imprimer tant de nouveautez ou phantasies qui se publient et
debitent tous les jours.

--A propos de nouveautez, dit la femme du conseiller, on fit present
l'autre jour  mon mary d'un petit discours intitul l'esprit de la Cour
qui va de nuict[152]; mais d'autant que la matire ne respond en faon
du monde au titre, je voudrois que celui qui l'a faict eust un esprit de
jour, et non pas de nuict, obscur et perdu, afin qu'il peust
recognoistre ce qu'il veut escrire, car on n'y cognoist rien.

--Mais que vous semble, dit la femme du medecin, de ceste relation
generale des conquestes et victoires du roy sur les rebelles[153]?

--C'est du papier mal employ, dit la femme du conseiller, car il n'y a
rien de remarquable, qui soit de l'histoire; l'ordre n'y est pas bien
gard, et, qui plus est, l'on escrit par l que Clerac a est pris et
reduit  l'obeyssance de Sa Majest depuis la ville de Negrepelisse, qui
a est rendu au roy depuis quinze jours seulement[154]. Je ne m'estonne
pas de toutes ces fautes, et des faussetez qui se passent aux escrits
d'aujourd'huy.

--J'ay veu, dit la femme du maistre des requestes, un discours de la
prise de Sainct-Antonin[155] qui est fort mal faict aussi, car l'autheur
met  la fin ce qu'il doit mettre au commencement, savoir, la sommation
aux habitans de se rendre, aprs avoir escrit la reduction, qui est
posterieure.

--J'ay veu aussi, dit la femme du medecin, deux discours de la vie de la
dame Therse[156], en l'un desquels il est escrit qu'elle a eu deux
pres, en l'autre qu'elle n'en a eu qu'un; mais je pense que l'imprimeur
n'a peu lire l'escriture de l'autheur, ou bien qu'il ne l'a pas releu.
Au moins, il semble que l'autheur ait voulu dire qu'au monastre dont
est question, il y avoit deux filles du nom de Therse, l'une desquelles
estoit fille d'un nomm Bermude, et l'autre (qui est la veritable mre
et saincte Therse) estoit fille d'un nomm Sanchez: car je l'ay appris
ainsi. Toutesfois l'on a eu tort de faire ceste faute en l'impression,
car il y a de la peine de faire savoir les erreurs au menu peuple, qui
est par trop grossier et lourd d'esprit.

--J'ay veu aussi, dit la femme du conseiller, un discours du Courtisan 
la mode, imprim il n'y a pas long-temps, lequel n'estoit autre chose
qu'un extraict ou transcrit de l'Espadon satyrique[157] mot pour mot, ce
qui ne se devroit tolerer: car c'est tromper et abuser le monde. J'ay
ouy dire, mais je ne say s'il est vray, qu'un petit libraire reform de
la ru Sainct-Jacques est fort ordinaire de ce faire: c'est pourquoy
l'on ne veut plus rien acheter de ce qui se vendra sous son nom.

La femme du medecin dit: Et pourquoi, Mademoiselle, ne veut-on plus
acheter de ce qui se vend souz son nom? N'est-il pas libraire? ne luy
est-il pas permis de faire imprimer et vendre comme les autres? ne
fait-il pas des apprentifs? bref, n'est-il pas bien capable?

--Ouy-d, dit la damoiselle femme du conseiller, il est bien capable;
mais c'est qu'il ne se veut pas donner la peine de travailler quand il
trouve la besongne toute faite, comme les pourceaux (sauf la
chrestient), qui mangent, par reverence, la merde, pource qu'elle est
toute masche. Il est quelquefois temps de rire.

La femme d'un notaire dit: Mesdames, j'estois, il n'y a pas long-temps,
en une compagnie o on se plaignoit fort de ce libraire-l; je me doute
quel il est sans le nommer. On disoit que le jour il faict imprimer ce
qu'il songe la nuict, et un honneste homme de qualit, je vous jure, le
disoit ainsi; et plus, il dit que le roy n'avoit point de plus valeureux
guerrier que luy en tout son royaume: car on est tout estonn que, luy
ayant donn le bon soir bien tard, le lendemain, avant qu'il s'esveille,
il a mis  bas dix-huict mil hommes, tantost des dix mille, quelquesfois
cinq cens tout  la fois, et au premier jour d'aprs l'on crie par la
ville des deffaictes plus grandes que celles d'un Pompe.

--Je ne m'estonne pas de ces escrits, dit la femme du conseiller; qui
est celle d'entre nous qui n'a point veu son nom escrit dans quelques
pasquins, attendu que l'envie ou mal-veillance? du monde est si grande
aujourd'huy, qu' peine la plus femme de bien se peut-elle garentir de
tels escrits scandaleux et injurieux? Mesmes les plus grands n'en sont
pas seulement exceptez: c'est pourquoy les vertueux et vertueuses ne se
ressentent pas autrement des injures qu'on leur impose, ne plus ne
moins que la palme que l'on essaye abbaisser et atterrer, et plus
neantmoins elle se relve.

La femme du notaire dit: L'on appelle ouvertement un partisan
monopoleur,  cause qu'un clerc qui anciennement avoit servi dix ans
estoit maistre, et qu'aujourd'huy, aprs avoir servy ce temps-l, il est
contrainct de vendre son patrimoine, et encores emprunter pour achepter
un meschant estat, qui ne le peut nourrir six mois en un an s'il ne
desrobe.

--Ne parlons plus, dit l'accouche, de ces libelles diffamatoires;
parlons des belles papetires. Quand  moy, je vous diray qu'au
cloistre[158], l'une y a tant de crdit, qu'elle y pourra faire mettre
un enfant pour servir au choeur quand il luy plaira: car elle est bien
venu de monsieur un tel.

--Vramy, Madame (dit la femme d'un secretaire), bien d'autres qu'elles
y ont bien du credit,  cause de quoy l'on en doit parler  Monsieur le
procureur general, et sur tout pour faire faire deffence au portier
d'ouvrir la porte  heure indu la nuict, comme il fait nonobstant
quelque adveu que ce puisse estre: car il y a de l'abus trop grand; un
procureur qui en est proche le peut bien dire s'il veut. Mais rayons
cecy et passons outre.

La femme du notaire dit qu'il y avoit deux filles panetires et
lingres, toutes deux assez proches voisines, lesquelles sont d'humeur
fort courtoise, et que bien souvent elles font partie avec des jeunes
hommes pour aller  Sainct-Cloud et  Vaugirard pour y passer le temps,
sans que leur pre et mre leur en osent dire mot, ce qui est de mauvais
exemple.

--C'est chose de bien plus mauvais exemple, dt la femme d'un
secrtaire, de voir qu'une fille retient sa mre prisonnire sous
couleur qu'elle la tance de ses complexions, et de ce qu'elle luy
reproche qu'elle a attrap tout son bien par l'artifice de son mary, et
que tous deux ils ne la veulent plus voir, aujourd'huy qu'ils l'ont
despoille: encores dit-on que ceste pauvre femme ne s'affligeroit
point tant si sa fille se retiroit de sa mauvaise vie, et ne donnoit
exemple de faire mal  sa fille, qui est fort jeune.

--Les exemples des inimitiez d'entre les parens sont si ordinaires, que
de les citer icy les uns aprs les autres (dit la femme d'un procureur),
ce ne seroit jamais faict; parlons plustost des bons maris: savez-vous
point qui est ce libraire lequel porte tant de respect  sa femme, qu'il
prend cinquante escus en cachette d'elle pour payer les espices d'un
procez contre les Normands (Dieu benisse la chrestient!) qu'il a perdu,
et qu'il luy fait croire qu'il a gaign?--Madamoiselle, j'en ay bien ouy
parler; mais je ne me puis souvenir de son nom; au moins je say qu'il
porte une grande barbe, et la perte de son procez provient peut-estre de
ce que son solliciteur n'y voyoit qu' demy, ou bien que l'on a sonn la
diane et la retraicte promptement.

La femme du notaire dit: Veritablement, Mesdames, j'estime ces femmes-l
heureuses desquelles les maris sont tant respectueux et doux. Pour mon
regard, je me puis vanter d'avoir un bon mary, car il n'est point jaloux
de moy; il me laisse baigner et pourmener avec mes voisines, et
d'ordinaire je demeure, pendant qu'il s'en va coucher,  la porte avec
de mes voisins et voisines  deviser quesquesfois jusques  minuict, et
s'il sait que je presente la collation, il ne m'en dit mot.

--Pleust  Dieu, dit la femme d'un conseiller, que mon mary me fust
aussi facile, et qu'il ne me tinst point de si court! Quand il luy prend
quelque ombrage, il m'enferme soubs la clef et s'en va;  quoy
toutesfois j'ay bien donn ordre, faisant faire une autre clef, que ma
servante porte, avec laquelle je me mets en libert quand bon me semble.

--Je me suis laiss dire, disoit la femme d'un advocat, que la femme
d'un C. estoit grandement aise de ce que son mary faisoit la despence du
logis, et achetoit jusques  un balai  balayer la maison, et qu'il
seroit bien marry de bailler un sol pour un carolus[159]; aussi y
regarde-il de bien prs. Quant  sa femme, elle n'a autre soing que de
prier Dieu, se lever, boire, manger et dormir, ce qui est bien difficile
 faire, comme je croy.

--Une autre, dit la femme d'un conseiller, doit bien estre aussi aise,
car son mary est si soigneux de la cuisine, qu'il espargne les gaiges
d'un cuisinier et ceux d'un sommelier, faisant bouillir luy-mesme la
marmitte, et accommodant le couvert de la table; sa femme luy sait bien
dire que ce n'est pas sa qualit.

L'accouche, voulant prendre cong de la compagnie et lui donner le bon
soir, dict: Mesdames, quand l'on a parl tantost de l'imprimerie,
j'avois peine de me souvenir de ce qui me vient  prsent en memoire,
savoir que, l'autre jour, un de mes amis ayant un factum  faire
imprimer, il s'adressa  un certain quidam qui affiche  sa boutique:
Ceans y a imprimerie, o l'on imprime factum et autres oeuvres,
combien qu'il n'en ayt point, et qu'il n'y cognoist que bien peu,
s'addressant aux imprimeurs pour les faire imprimer, comme font la
pluspart desdits preneurs de factum  imprimer, essayant ainsi  gaigner
quelque chose, tant avec ceux qui donnent  imprimer, qu'avec les
imprimeurs. Mais le malheur en voulut tant pour ce mien amy, qu' faute
d'avoir eu  l'heure promise ledit factum, il perdit son procez. Cela
advint par la contention d'entre l'imprimeur et le libraire qui avoit
entrepris de le faire; et certainement il y a plus perdu que gaign, 
ce qui m'en a est rapport, car, n'ayant eu fait en temps et lieu qu'on
lui avoit demand, on ne l'a pas voulu recompenser de la perte qu'il dit
avoir soufferte. Je croy que cela luy apprendra une autre fois.

--Vrayement, Madame, dit une de la compagnie, je m'estonne que les
imprimeurs n'y mettent ordre, sans se laisser usurper ainsi le gain qui
leur appartient!--Il est vray (respond celle-l qui avoit encommenc le
discours) qu'ils devroyent bien y donner ordre; mais aujourd'huy tout va
 la renverse, chacun en tire et prend o il peut, et, avec le temps,
chacun aura la cognoissance de l'imprimerie. Ainsi, restant sur ces
derniers discours, chascune se lve de son sige, donnant le bon soir 
l'accouche[160].




LA

DERNIRE ET CERTAINE JOURNE

DU

CAQUET DE L'ACCOUCHE.

M. DC. XXII[161].


Arrire toute melancolie! je ne demande plus qu' rire et passer mon
temps. Je faisois partie avec nos voisines pour aller  Fontainebleau,
quand on m'est venu advenir que, l'aprs-dine, des dames d'importance
se devoient rendre chez ma cousine l'accouche. Je coureus incontinent
chez elle pour[162] clorre ma dernire journe, nonobstant l'Anti-caquet
de nos idiots, qui ne parlent franois ny latin, quoy qu'ils feignent
revenir de l'autre monde. Quand ils auront corrig leur plaidoy et
escriront en termes recevables, je leur respondray de mot  mot. Ce
sont des sots qui ne savent point de nouvelles que celles de la
basse-court, que je laisse pour le commun. Ma cousine me receut  bras
ouverts; nous nous entretinsmes long-temps des discours facetieux qui
s'estoient faits  nostre dernire entreveu, de la deffiance des dames,
du conte que l'on leur avoit fait que quelqu'un se cachoit en la ruelle
du lict, et mesme de leur curieuse recherche. Nous en rismes  gorge
desploye. Elle s'informa des nouvelles du Palais. Je luy dis la plus
commune, du pelerinage des deux mercires. Elle me pria de luy en faire
le conte. Je luy rapporte fidelement comme tout s'estoit pass: que les
deux bourgeoises, feignant de se vouloir acquitter d'un voeu qu'elles
avoient faict d'aller  Nostre-Dame-des-Vertus, auroient demand cong 
leurs maris; qu'aprs leur avoir accord, ils seroient entrez en
ombrage, et, pour savoir la verit, les auroyent suivies, l'un avec un
habit de moyne emprunt des religieux de Sainct-Martin, l'autre avec le
sien ordinaire de pre de l'Oratoire, et rencontres  my-chemin,
conduites par deux jeunes advocats; comme ils les suivirent de loing,
entrrent en mesmes logis que nos amoureux choisirent sans estre
recognus, et, s'estans glissez subtilement soubs un lict de leur
chambre, virent en leur presence balotter leurs femmes, sans y pouvoir
apporter remede; leur retraitte sur le soir, le nouveau courage des
maris, qui doublrent le pas et les abordrent, la fuitte de nos
galands, et finalement comme nos cocus menrent leurs femmes dans une
saulsaye prochaine pour partager en leur communaut la miserable fortune
d'Acteon. Ils se reservrent les cornes, et donnrent  leurs paillardes
les decouppures et diaprures gentilles.--Veux-tu que je te die, cousin?
me dit-elle, je ne saurois m'empescher de plaindre le sexe; je ressens
un extrme desplaisir de la mauvaise fortune de ces pauvres femmes, car,
sur ma foy, ces sots mritent bien de porter le ramage. Sachez, mon
amy, qu'il y a trois choses qu' l'heure qu'on les recherche le plus
curieusement, on voudroit les trouver le moins: le fond de sa bourse, de
la viande  un priv, et sa femme faisant l'amour. Ces curiositez trop
grandes sont grandement blasmables, et n'apportent enfin que toutes
sortes de desplaisirs. Mais il me semble que J'ai apperceu quelque
esmotion en ton visage au recit que tu m'as fait de ceste histoire; en
conscience, si tu estois mari, ne serois-tu point jaloux?--Je luy
respondis hardiment que non. Elle me pressa pourtant encores, et me
demanda laquelle des deux conditions je voudrois choisir, ou d'estre
cocu, ou abstraint  ne jamais faire l'amour. Je lui fis la mesme
response que fit autrefois ce grand capitaine  Tholoze, le souprieur de
la nation Bourbonnoise, que, prenant le certain pour l'incertain,
j'aymerois mieux que tous les laquais de la Cour courussent sur le
ventre de ma femme, que d'estre abstraint  ne point faire l'amour.--Je
t'aime de cette humeur, cousin, me dit-elle, et veritablement tu as
raison: aussi bien dois-tu croire qu'il y a quelque fatalit qui
accompagne ce ramage que l'on ne sauroit esviter, et semble qu'on y est
destin. Larcher, notre procureur en Parlement, ce mangeur de pts de
pheniceaux, m'a advo qu'auparavant son mariage ses cornes commenoient
 pointer, et que plusieurs fois, faisant faire son poil, il les avoit
fait voir  L'Ange, son chirurgien.--Nous entrions bien avant en lice,
quand une fille de chambre, accoude sur une fenestre, nous advertit que
les dames estoient sur le seuil de la porte. Je me retire incontinent au
cabinet, o je n'eus pas plustost prins place, que la compagnie entra;
chacune prit son sige selon son rang. Une maistresse des requestes, qui
conduisoit la troupe, commena  parler la premire. H bien, ma
mignonne, dit-elle  l'accouche, comme t'en va? Il me semble que je ne
t'ay point veu en meilleur estat. Sans mentir, je te trouve plus belle
que jamais. Asseurement, les enfans t'embellissent: je te conseille d'en
recommencer un bien tost, si tu n'y as desj travaill.--Helas! Madame,
que me dites-vous! dit l'accouche; je suis bien rsolu au contraire,
et de faire plustost lict  part pour m'en garantir. Je suis desj
charge de cinq petites canailles, qui crient continuellement; je ne
puis prendre ny repos ny patience; ils me tourmentent nuict et jour. H,
bon Dieu, que deviendrois-je si j'en avois davantage?--Ma fille, tu es
bien folle, dit alors la maistresse des requestes; ce ne sont que
gentillesses; auparavant qu'ils soient en estat de te donner beaucoup de
peine, tu en auras perdu la moiti, ou peut-estre tout. Si tu estois
comme moy, veritablement tu serois  plaindre. J'ay quatre grandes
filles, la plus jeune aage de dix-huict ans, desquelles je ne me puis
deffaire. C'est une grande piti aujourdhuy, que, quelque gentilles et
bien conditionnes qu'elles soient, l'on ne sauroit les pourvoir si on
ne leur donne des miliers d'escus. Un conseiller de la Cour, ni un
maistre des comptes, n'espouseront point une fille si elle ne paye leur
office, qu'ils achtent pour la pluspart  la bource d'autruy. J'en suis
quelquefois au desespoir.--Madame, je say un bon remde, dit la femme
d'un conseiller des requestes du Palais, de la ru Montorgueil: il faut
faire comme nostre voisin, marier ses filles dans les petites villes; il
a rencontr, avec dix mil escus qu'il a promis  sa fille, un jeune
homme de bonne mine, des meilleures familles de Moulins, bien, qualifi,
qui luy rend des effects pour quatre vingts quatre mil livres.--Madamoiselle,
dit une changeuse du pont Nostre-Dame, permettez-moi que je vous die
qu'il n'y a que de se frotter  l'herbe qu'on cognoist, et que mon
oncle a est grandement attrap, puisque l'on reduit les quatre vingts
quatre mil livres  huict mil escus de bien pour le plus.--Vous estes
une moqueuse, dit la conseillre; son office seul vaut plus de soixante
mil livres. Comme se pourroit faire cela? Vostre oncle est trop fin pour
se laisser dupper de la sorte.--Asseurez-vous, Madamoyselle, dit la
changeuse, que je vous dis la verit,  mon trs grand regret, et qu'en
estant bien informe, je vous diray la fourbe que l'on luy a faicte, si
vous voulez prendre la patience de l'entendre. L'office que vous tirez
en ligne de conte, il l'a achet veritablement, depuis qu'il est accord
 ma cousine, soixante mil livres, et cent pistolles outre trois mil
livres qu'il a promis par promesse separe, qu'il ne veut pas que mon
oncle sache; mais il en doit encore quarante huict mil livres; le
surplus, il l'a pay des deniers de mon oncle, et mesme son quart
denier. Je le say asseurement, monsieur Benoist et mon mary luy ayant
prest l'argent; le Breton en porta une partie: c'est ce qui mit ma
tante en si grande alarme, et qui fit partir ce gentil officier en si
grande diligence pour se rendre auprs d'elle pour accommoder cet
affaire, et l'empescher de declamer comme elle avoit commenc. Le reste
du bien consiste en une maison  Moulins, une maison aux champs, assez
plaisante, size pourtant au territoire le plus ingrat et infertile de
tout le Bourbonnoys, des vignes  la campaigne, une rente de trois cens
livres constitue pour seize cens escus, quelques meubles, et un office
de conseiller au presidial, qu'il a vendu treize mil cinq cens
livres[163]. Tout cela se doit partager entre luy, deux frres, et sa
soeur, marie au bailly de Montegu; et pour vous faire voir que ce que
je vous dis est trs veritable, ledit sieur bailly son beau-frre, ayant
obtenu lettres royaux pour faire restituer sa femme contre son contract,
d'autant qu'on ne lui a donn que douze mil livres en mariage, depuis
lequel un des frres s'est rendu jesuite, a fait voir l'inventaire de
tout leur bien  son conseil, un des intimes amis de mon mary, qui nous
a dit confidamment que ledit inventaire ne monte que quatre vingt deux
mille livres, sur lequel il faut defalquer douze mille livres de debtes;
que l'action en seroit desj intente, sans la prire qu'en a faict le
jesuite audit sieur bailly. Il dit que ce pauvre religieux, pour
l'esmouvoir d'avantage, se jetta  ses genoux en sa presence, et le
conjura, les larmes aux yeux, de surseoir toutes poursuites jusques  ce
que le mariage de leur frre fust achev; qu'autrement sa fortune seroit
perdu; qu'il feroit en sorte qu'il luy donneroit contentement; qu'il
luy en avoit desja parl plusieurs fois, et represent le grand tort
qu'il faisoit particulierement au jeune frre, de faire faire toutes les
annes des descentes sur leurs heritages, supposant quelque gele ou
gresle pour se faire estrousser les fruicts  bonne condition, ou 
personnes interposes, et tromper le pauvre mineur; que, pour toutes
raisons, il ne luy respondit autre chose, sinon qu'estant l'aisn, il
avoit tousjours est oblig  faire une grande despence, mesme depuis la
mort de sa femme; que, son revenu n'y pouvant suffire, il avoit est
contrainct d'emprunter dix mil livres de son premier beau-pre, et
plusieurs autres parties  perte de finances, avec son bon compre son
voisin, estant trs asseur que soubs son nom on ne luy eust pas prest
un teston; qu'il ne seroit raisonnable que luy tout seul portast cette
despence, qui absorberoit la moiti de la legitime, puisqu'il l'a
faicte, pouss du courage de leur mre, pour relever le nom de la
maison; que, neantmoins, il luy promettoit qu'aprs son mariage il leur
rendroit toute sorte de satisfaction, pourveu que monsieur le bailly,
leur beau-frre, permist  leur soeur malade de se faire voir  son
medecin ordinaire, sans soupon. L'artifice duquel il a us pour faire
voir  mon oncle qu'il avoit du bien est admirable: il luy a fait
croire, contre la coustume du pays, que la maison des champs luy est
substitue, que le jsuite lui a donn tout son bien, que les rentes
qu'il a rendus du mariage de sa premire femme luy appartiennent. Jugez
si le pauvre homme avoit l'esprit perdu. Il luy mit ses contracts entre
les mains, il les leut, et ne cognut pas qu'ils avoient desja chang de
main depuis que ce bon gendre les avoit rendus  son premier beau-pre,
qui les avoit cedez au procureur du roy, son autre gendre, et que mesme
ils estoient apostillez de sa main; enfin on luy fit voir quantit
d'obligations personnelles conceus soubs son nom, desquelles les
creanciers ne seront jamais poursuivis: aussi n'ont-ils jamais rien deu.
Mon oncle, ensorcel, comme je croy, prit tout pour argent comptant. H!
pleust  Dieu qu'auparavant que signer les articles il eust consult
l'oracle que vit d'autrefois le receveur des tailles son beau-frre pour
recouvrer ses pierres d'or! peut-estre eust-il descouvert quelque chose
de la verit de ce mistre; mais le malheur veut que ce qui nous touche
le plus, c'est de quoy nous sommes les derniers advertis. Croiriez-vous
que chacun s'en rioit en ces quartiers, et en alloit  la
moutarde[164], et que le greffier du bureau des finances ne se put
empescher de dire  monsieur Feuillet que tous les Messieurs de leur
compagnie s'en mocquoient, et soustenoient affirmativement qu'il n'eust
jamais huict mil escus de bien, avec les advantages de sa premire
femme. Quel desplaisir pensez-vous, Madame, que mon oncle en reoive? Il
seiche de regret d'avoir est ainsi tromp, et ne s'en oze plaindre,
puisque luy tout seul l'a voulu. Je ne say qu'il n'a point fait pour
advancer ceste nouvelle marie, et rendre son mariage meilleur: il a
forc son autre fille d'entrer en religion; il a donn des maisons
dedans Paris par le contrat de mariage, et a promis, par promesse
spare, de les retirer dans un temps, pour tromper mon cousin, fils de
sa premire femme, supposant que ce seroit acquisitions qu'il auroit
fait avec celle-cy.

--Madame, que je vous arreste, dit la femme d'un advocat au chastelet;
je ne saurois souffrir cette injustice; j'en advertiray monsieur le
conseiller Le Bret, qui y mettra bon ordre. N'est-ce pas une grande
ingratitude  vostre oncle, ayant receu tout son bien de sa premire
femme, de vouloir aujourd'huy frustrer son fils de sa succession par des
voyes obliques damnables? Ne savez-vous pas qu'elle le prit par
amourette, contre le gr de tous les siens, la plupart desquels l'ont
desavoe depuis, et qu'il n'estoit, en ce temps-l, que simple mercier
et ferreur d'esguillettes? Contentez-vous que, pour votre respect, je
n'en diray pas davantage.

--Madame, respondit la changeuse, si nous ne sommes de noble extraction,
nous sommes pourtant issus de bonne race, et n'avons jamais fait tort 
personne.

--Je ne vous dis rien l-dessus, dit l'advocate; je renvoye l'esteuf au
bon homme Rossignol, qui jure qu'on ne se doit jamais fier  ces
chatemittes, et soustien que vostre oncle a tromp plusieurs fois son
nepveu, l'associant en de mauvaises fermes pour supporter la moiti de
la folle-enchre, mais aux bonnes affaires o l'on peut gaigner quelque
chose, il ne veut point de compagnon: il me suffit de deffendre le party
de mon parent, jusqu' ce que monsieur son oncle venge sa querelle et
fasse regorger son bien  ceux qui l'ont injustement usurp, et, ne se
contentant du revenu, veulent faire perdre le fonds.

--Mesdames, je vous prie, pour l'amour de moy, dit la maistresse des
requestes, et le respect que nous devons  ce lieu, que tout se tourne
en raillerie. Pour moi, je veux croire que l'on a choisi ce monsieur le
thresorier pour sa suffisance et capacit, et veritablement il a
tesmoign qu'il avoit de l'esprit, d'avoir si dextrement conduict son
affaire.

--Madame, repart incontinent la changeuse, qui ne se pouvoit taire, s'il
n'y eust eu que luy qui s'en fust mesl, asseurment nous ne serions en
ceste peine; c'est pourquoy il ne l'eust jamais entrepris sans
l'assistance de son premier beau-pre, qui est l'un des braves hommes
les plus desliez et habilles qui se rencontrent en ceste province. Il
faut que je vous avou que c'est le plus gros buffle que l'on ayt jamais
veu; on le receut l'autre jour  la chambre par grande piti et avec
beaucoup de peine. Croyez-vous que l'on ne seut jamais entendre un mot,
ny de son harangue, ny de ses responses, si bien que celuy qui
l'interrogea le moins en fut le plus satisfaict, et ne peut s'empescher
de dire, opinant  sa reception, qu'il avoit de la bonne fortune de se
prsenter en la belle saison du mois de juin, que les asnes passent
partout.

--Mais, Madame, dit la femme d'un procureur en Parlement, il me semble
qu'ayant est conseiller, il doit savoir du latin.

--Madame, reprit la changeuse, chacun s'accordera  ce que vous dites;
mais je suis contrainte,  sa confusion et la nostre, puisqu'il est
entr en nostre alliance, de vous confesser qu'il ne sait rien du tout,
et qu'il a tousjours exerc si negligemment ceste charge, que son bon
voisin le procureur, pour le soulager et l'empescher de rougir, dressoit
ordinairement les sentences des procez qui lui estoient distribuez. Et
puis Messieurs de la chambre ne les pressent point de ce cost-l, et se
contentent quand on leur parle bon franois. Il eust est aussi habile
homme que celuy qui passa aprs luy, par un malheur extraordinaire, le
pouvant et devant preceder par toute sorte de raisons, puisqu'il luy a
tousjours offert, et mesme devant ses juges, de vuider ce different de
presceance par la capacit, asseurement il eust mieux satisfaict.

--N'est-ce point, dit madame Charles, femme du medecin, celuy qui estoit
si fort charg de chaligourny?

--Non, Madame, respondit la changeuse; c'est un de leurs confrres, qui
fut receu trois jours auparavant.

--Qu'appellez-vous chaligourny? demande la maistresse des requestes.

--Madame, dit la medecine, c'est une intemperie froide et humide qui a
attaqu les anciens et nouveaux officiers de ce bureau.

--_Quod sinifrimity_ l-dessus, Madame, dit une mercire du palais.

--Plaist-il, Madame? respondit l'autre.

--Je dis, reprent la mercire, que cela n'importe, puisqu'ils retournent
en leurs maisons bien guaris.

--Madame, j'en suis fort contente, dit madame Charles; mon mary est trs
bien satisfaict.

La mercire, qui estoit en train et sembloit estre interesse, ou au
moins oblige de soustenir le party de ses chalans, ne se peut empescher
d'attaquer la changeuse. Mais Madame, lui dit-elle, il me semble qu'au
paranymphe[165] que vous avez fait de vostre nouveau parent, vous avez
oubli une qualit qui doit estre releve: vous n'avez rien dit de son
bon naturel. Pour moy, je le trouve bon comme le bon pain. Je m'asseure
que, s'il trouvoit vostre cousine en faisant l'amour, il la traiteroit
encore plus favorablement que n'a fait le comte de Vertus sa femme; et
qu'au lieu de mal traitter celuy qui auroit rendu ce bon office, il le
recueilleroit  bras ouverts.

--Madame, repart la changeuse assez brusquement, ma cousine n'en viendra
jamais l; nous ne pechons point en nostre race de ce cost. H, grand
Dieu! d'o le tiendroit-elle? Son pre, depuis la mort de sa premire
maistresse, a gard inviolablement la foy  sa femme, et sa mre n'a
jamais eu seulement une mauvaise pense: la pauvre femme est trop
devote; elle a tousjours le nom de Jesus  la bouche.

Toute la compagnie se mit  rire, reserv madame la maistresse des
requestes, qui se tenoit sur le serieux; elle pria neantmoins la
mercire de leur dire l'histoire du comte de Vertus.

--Helas! Madame, dit la mercire, est-il possible que vous seule en
ceste ville n'en ayez point ouy parler? C'est une tragedie commune dans
Paris; je l'ay ouy dire  mille personnes, qui s'accordent tous  une
mesme verit: que le comte de Vertus[166], ayant surpris dans la ville
d'Angers des lettres qu'escrivoit madame sa femme  un gentil'homme
angevin, nomm Sainct-Germain, et la response dudict Saint-Germain, il
avoit envoy prier ledit sieur de venir soupper chez luy; et, aprs
soupper, luy ayant monstr et faict recognoistre leurs missives,
l'auroit fait assassiner en presence de sadite femme, qu'il fit entrer
aprs dans un carosse, la mena en une sienne maison forte, o il couche
avec elle, et la caresse  l'ordinaire, comme si rien ne s'estoit
pass.

--Jesus! dit une conseillre du Chastelet, que les grands seigneurs sont
heureux dans les petites villes! Ils entreprennent tout sans contredit.
Si le bon seigneur avoit fait cela  Paris, il seroit au Chastelet il y
a long-temps, o on lui feroit son procez en toute diligence.

--Ne me parlez pas de vostre justice, dit une conseillre de la Cour 
celle du Chastelet; vos Messieurs n'ont-ils pas bien oper en l'affaire
de Cotel? Le seul respect d'une robbe qu'il a quitt leur a fait peur.
Je parle contre moi-mme, mais veritablement l'acte meritoit une
punition exemplaire. Il faut faire comme l'on fait  la cour, se roidir
au bien de la justice, sans acception ni exception de personnes. Ne
voyez-vous pas comme le pauvre monsieur Demacho, conseiller aux
requestes, a fait mettre son fils prisonnier, pour luy faire espouser
une fille qu'il a desbauche?

--Madamoiselle, repart la conseillre du Chastelet, si les officiers du
Chastelet alloient du pair avec messieurs du Parlement, desquels ils
relvent et reoivent toute leur authorit, ils reformeroient bien
souvent beaucoup d'abus qui s'y commettent, aussi bien qu'aux justices
inferieures. Est-ce bien faire la justice, de permettre qu'un
gentil'homme donne un soufflet  un conseiller, dans la gallerie du
Palais?

--Madamoiselle, dit la conseillre du Parlement, je say bien comme
ceste affaire se passa. Sans la prire d'un ancien conseiller de la
grand chambre, qui fit la satisfaction tout  l'heure  monsieur
Deverderonne, asseurement il n'eust point reeu une moindre punition que
celuy qui parla trop haut devant feu monsieur le prsident Forget[167];
et s'il luy reste quelque suject de plainte, ce doit estre contre
l'huyssier, qui ne voulut point ober au commandement qu'il luy fit de
le conduire prisonnier.

--Et quoy! Madamoiselle, dit une conseillre des enquestes, n'est-ce pas
une grande honte que les jeunes conseillers ne soient point recognus? Il
semble qu'ils ne soyent pas du corps du Parlement, et que tout se
termine  la grand chambre. Ne devroit-on pas punir cet huissier pour sa
desobeyssance? Si messieurs les conseillers des enquestes croyent mon
mary, ils en feront leurs plaintes  monsieur le premier president[168].
Estant premier president de tout le Parlement, il rendra partout
esgallement la justice, et contraindra tous les ministres de rendre
l'honneur et le respect  tous ceux qui la distribuent.

--Madamoyselle, repart la femme d'un maistre d'hostel de chez le roy, il
le faut donc prendre en autre saison: il ne pense aujourd'huy qu'
l'amour; il est tellement passionn d'une belle dame de la royne, qu'il
mesprise l'exercice de sa charge, et, ne se souciant plus de
l'impression de la cire, reserve sa grande gallerie[169] pour dancer
seulement et faire le bal.

--Madame, respondit la conseillre, j'ay bien ouy parler de ce que vous
dites; mais croys-moy, qu'il veille tousjours au bien de la justice, et
veut absolument que les anciens reiglements s'observent. Le grand mal
procde de ce que tous les messieurs de la grand chambre n'en demeurent
pas d'accord, et que bien souvent il est tondu. Tout est perverty en ce
temps-cy, il n'y a point de difference entre les juges et les parties.
Messieurs les conseillers font la charge des advocats. Monsieur
Portail, cet ancien senateur, qui devroit servir d'exemple, dresse
luy-mesmes le factum de madamoiselle sa femme, le remplit d'invectives
et reproches contre sa partie, en termes si couverts et si obscurs que
la Cour ne les peut entendre; et lors qu'elle le prie de les
interpreter, et declarer particulierement ce qu'il a desir de Rose, son
valet, quand il le prit pour l'emonder et repurger en toute sorte de
faons sans exception, il respond sans respect que c'estoit pour lui
torcher le cul, et que, si Rabelais a soustenu que le souverain bien de
l'homme consiste  se torcher le cul du col d'un oye, ou d'un cygne,
qu' plus forte raison il recevroit plus de contentement se le faisant
torcher de roses. Tout est aujourd'huy permis et toler. Croyriez-vous
que tout ce qui se fait de plus secret au Parlement est maintenant
divulgu, et que les distributions mesmes, qui ne se pouvoient faire que
chez messieurs les presidens  la sourdine, pour empescher la brigue des
gros procez, se font aujourd'huy en plein march? Monsieur Tardieu, de
la premire, l'asseurera par tout le monde: il en receut une fort
expresse, il n'y a que huict jours, par les pages de monsieur de
Nemours.

--Madamoiselle, vous trouverez bon que je vous die, dit une maistresse
des Comptes, que quoy que nous soyons en robbe courte, l'on ne voit
point de ces desordres  la Chambre: tous d'un commun accord se portent
 ce que veut monsieur le premier president, l'on n'oseroit rien
entreprendre sans son consentement, ny mesme en son absence faire
assembler les semestres, s'il ne le trouve bon. Aussi, de son cost, il
n'a autre soing qu' relever l'authorit de sa charge, et faire faire la
justice. Il ne pardonneroit pas  son propre fils; quelque prire que
luy aye faict monsieur le duc de Chaunes, il veut que l'on achve le
procez de monsieur Monsigot[170]. La consideration de sa qualit de
maistre ordinaire ne peut rien obtenir.

--Mais  propos, Madamoiselle, dit la femme d'un secretaire du roy, de
Saincte-Opportune, ne voulez-vous pas le faire sortir? Sur ma foy, je
ne saurois m'empescher de dire que vous lui faictes tort; c'est le plus
honneste homme qui se peut dire. Mon mary luy a d'estroites
obligations[171]; il luy avoit promis de le mettre en credit bien avant,
et moy en particulier je luy suis redevable: il est cause que j'ay une
porte cochire.

--Madamoiselle, dit la maistresse des Comptes, j'en suis fasche pour
l'amour de vous, car asseurement on luy va faire son procez.

--Madamoiselle, dit la secretaire,  l'extremit, s'il suit le conseil
de mon mary, il se deffendra bien; il a de fort bons amis[172]. Monsieur
le president de Chevry[173] seroit ingrat s'il ne l'assistoit de tout
son pouvoir: il l'a voulu faire secretaire d'Estat pour prendre sa place
de president des Comptes.

--Je pense veritablement, dit la maistresse des Comptes, qu'il le
portera; mais il a contre luy un autre secretaire d'Estat plus puissant,
monsieur le president Doguerre[174], qui a sa brigue plus forte; il luy
peut faire beaucoup de mal, par la grande intelligence qu'il a avec
monsieur le premier president.

--Madamoiselle, dit la secretaire, si on le presse trop, il recourra 
sa bonne maistresse madame la duchesse de Chevreuse[175].

--Je pense, dit la maistresse des Comptes, qu'elle n'a pas aujourd'hui
grand credit[176], encore qu'elle se veuille faire appeller madame la
princesse; je say-bien qu'il y eut l'autre jour un grand bruict au
Louvre pour cela, et qu'on lui fit des bonnes reprimandes.

--Je ne vous respondray rien l-dessus, dit la secretaire; mais je suis
trs asseure qu'elle peut beaucoup sous le nom de monsieur son mary,
particulirement envers monsieur le chancelier, qui est la vraye partie,
pour les offres que luy fit ledit duc de Chevreuse, quand on nomma
monsieur le chevalier de Sillery ambassadeur[177], contre les menaces de
messieurs de Vandosme, qui soustenoient le party du marquis de
Coeuvre, leur oncle[178]; et de fait, je say bien que, sur la
promesse qu'on luy feit de la part dudit sieur Monsigot, que quand il
reviendroit en plus grande fortune qu'il n'avoit jamais est il ne
parleroit plus des chiffres ny de l'estat de secretaire des camps et
armes, monsieur le chevalier manda  Laffemas[179] qu'il feignist de
cesser la poursuitte, et la fist faire sous le nom d'un autre.

--M'amie, dit la maistresse des Comptes, quand tout le monde l'auroit
quitt, monsieur le president Aubery[180] ne l'abbandonnera pas.

--Madamoiselle, dit la secretaire, s'il n'y avoit que luy, il n'auroit
que faire de craindre; il est ays  recuser,  cause de la composition
qu'il faict avec des assignez d'un mandement de l'espargne, pour
laquelle il eust un adjournement personnel au parlement. H! pleust 
Dieu seulement qu'il puisse gaigner le semestre de juillet! J'espre,
quoy que l'on die, qu'il sortira heureusement de son affaire, et
emportera la victoire sur ses ennemis.

--Madamoiselle, dit la femme d'un autre secretaire du roy, de la ru
des Prouvelles, il a beau faire et se deffendre, on a resolu de le
perdre[181]; j'ay seu de monsieur L'Escuyer, mon bon voisin, qui ne me
voudroit point mentir, qu'on ne luy pardonnera jamais[182], et qu'on a
bien preveu  ce que vous dites par l'arrest d'interdiction que l'on a
donn contre luy, les deux semestres assemblez, et la defference que
l'on a tousjours rendu au semestre auquel vous esperez tant de faveur,
les ayant tousjours fait advertir quand on y a voulu travailler, dequoy
il y a bons procez-verbaux dressez par les huissiers, pour les engager
d'honneur  ne rien entreprendre en cet affaire que les semestres
assemblez: si je le cognoissois particulirement, je luy donnerois un
conseil plus salutaire, le forant de se servir de son abolition.

--Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, il le voudroit
bien, mais le mal'heur veut qu'il n'est plus dans le temps.

--Il est bien empesch! respond l'autre; qu'il s'addresse  M.
Potel[183]: il est homme d'expedient, il luy signera aussi librement des
lettres de surannation, ou telles autres qu'il souhaitera, comme il
faict des advocats du conseil; il tente tout pour de l'argent.

--Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, que me
dites-vous? Si cela se cognoissoit, on luy feroit son procez.

--Madamoiselle, respond l'autre, il dit hardiment qu'il ne craint rien,
et que, quelque declaration qu'aye donn monsieur Mangot[184] de
n'avoir eu le loisir de faire des advocats pendant qu'il a eu les
sceaux entre les mains, qu'il ne laissera pas d'en faire d'autres, et
puis que monsieur le maistre des requestes du Lyon-Ferr entreprend
d'adjouster  des arrests signez par monsieur le chancelier, il
hazardera librement d'en faire passer desquels on ne fera pas tant de
bruit.

La maistresse des requestes s'offena, et leur dit en cholre qu'elle ne
le croyoit point, et que si cela venoit  la cognoissance de messieurs
Marescot[185], du Tillet[186] et Foule, ils ne le souffriroient jamais,
et en feroient faire justice. Ceste rumeur fit rompre la compagnie;
chacun prit cong, et se retira. Je sortis incontinent aprs, et me
rengeay auprs de l'accouche, pour luy monstrer mon ample memoire[1];
je vous laisse  penser si ce fut sans rire. Elle me pria avec instance
de soupper chez elle; je la prie de m'en excuser, estant engag d'un
autre cost.




LE PASSE-PARTOUT

DU

CAQUET DES CAQUETS

DE LA NOUVELLE ACCOUCHE.

MDCXXII[187].


Selon le dire sententieux d'un pote trs renomm parmy ceux  qui
l'experience faict voile en leurs actions plus releves, il n'y a rien
qui ne suive son temps et sa mesure. Tout ce qui est  bas de
corruptible prend son train et sa cadence au niveau de son estre; bref,
tout ce qui emprunte sa lumire souz les favorables auspices du temps et
de la fortune se trouve et fait ses effects  proportion de son instant
et de son temps, jusques l que les moins experimentez recognoissent 
veu d'oeil, dit-il, les actions humaines estre tributaires  la
censure du public, et au temps qui court pour le jourd'huy.

Qu'ainsi ne soit, pendant la minorit du roy, qu'est-ce qu'un marquis
d'Ancre ne faisoit point? Depuis sa mort, M. de Luynes, que n'a-il point
entrepris au prejudice de la couronne et du bien public? De Luynes mort,
comment la cour a-elle est bastie et compose? En effect, _omnia tempus
habent_; et, comme j'ay ouy trs bien dire  un medecin, heritier en
partie de la bosse et du savoir de son pre, qui tastoit le poux de
madame l'accouche,  cause des assauts que la nature luy faisoit, nous
devons ceder aux loix de l'amour, et toutesfois rechercher des moyens
pour luy faire la nicque, si faire se peut. Ce qui ne fut pas si tost
entendu par la palfrenire des bas guichets qu'elle dit  M. le medecin:
Monsieur, monsieur, il vaudroit mieux que vous apprinssiez  dancer la
sarabande, comme deffunt votre pre, que de conseiller les dames de se
servir de drogues d'apotiquaire pour passer les tranches d'amour. Bran,
bran! il ne faut que ces meneurs d'ours pour faire finir le monde, et si
au diable s'ils viendront deux fois en un logis sans tendre la patte par
derrire.

Sur quoy M. le medecin, qui n'a pas grand replique de son naturel, print
cong de l'accouche fort humblement, avec un estonnement nompareil de
ce que ceste garde disoit contre luy; aprs la sortie duquel[188] quatre
dames de qualit arrivrent en la chambre de l'accouche, lesquelles,
aprs avoir fait chacune la reverence  la mode, prindrent place selon
leur qualit[189]. Ce qu'estant faict, la veufve d'un maistre des
requestes, fort afflige de l'ancienne desbauche d'une sienne fille,
marie  un conseiller de la cour, homme prudent et fort bon justicier,
jetta trois ou quatre souspirs, et, voulant neantmoins les simuler,
commena de dire  la compagnie: H bien! mes dames, apprenez-vous des
nouvelles de la cour? Le roy a-il eu Montpellier, Montauban et la
Rochelle, comme l'on dict?

A quoy sur-le-champ la femme d'un tresorier de l'Espargne respondit que
ces morceaux-l ne s'avalloient pas si aysement, parcequ'ils s'estoient
grandement fortifiez, et, d'autre part, que leurs voisins courroyent 
toute bride pour empescher les desseins de Sa Majest, et pour dissiper
ses forces si l'on n'y prenoit garde.

--Pourtant j'ai appris, dit la femme d'un conseiller du Chastelet,
qu'ils ont traict avec le roy, et qu'ils ont asseur, par une
submission que l'on n'eust jamais creu, leurs biens, leur honneur et
leur fortune, mesme le sieur duc de Rouan a est contrainct de baiser le
babouyn[190].

--Quelle apparence de traicter avec des rebelles qui ont desj fauss la
foy promise, dict la femme d'un auditeur des comptes de la parroisse de
S.-Mederic! ce seroit tousjours  recommencer; aussi je ne puis croire
que le roy ait accord avec la cabale huguenotte, que ce ne soit souz
des conditions bien considerables, et qu'elle n'ait dict le peccavit
plus de trois fois auparavant: car  leur subject Sa Majest a receu
mille et mille incommoditez, et a est tellement trompe et abuse qu'il
se trouvera, au bout du compte, que la couronne ait engag plus de
trente millions, et le tout par l'astuce et intelligence de ceux qui ont
les charges plus honorables, lesquels se sont servis de l'occasion pour
jour  pincer sans rire.

--Comment! Madamoiselle, voulut repliquer la tresorire, trouvez-vous
qu'on ait fraud le roy au sige de Montpellier, comme on a faict 
celuy de Montauban?

--Je ne veux pas vous dire absolument qu'on l'ait tromp et abus de la
sorte, luy respondit ceste femme d'auditeur; mais il n'y a si simple qui
ne juge qu'il y a eu de la trahison lorsque le duc de Fronsac a perdu la
vie[191] et que le duc de Montmorency a est bless[192], car on sait
bien que la jeunesse veut tousjours paroistre, principalement o
l'honneur engage les courages; ce qu'ayant est recongnu par ceux qui
sont auprs du roy, et qui n'ont jamais triomph qu'aux despens
d'autruy, il est  croire qu'on s'est efforc de faire de nouveaux
princes et de nouveaux seigneurs[193].

--On tient pourtant, dit la maistresse des requestes, qu'il n'y a
personne auprs du roy qui puisse aspirer plus haut que le grade dont il
est honnor: car, si l'on considre la personne du connestable, c'est
tout ce qu'il a peu meriter, et encore j'estime qu'il doit bien en toute
sa vie payer les interests d'une telle courtoisie. Pour Desplan[194],
c'est un nouveau coureur de fortune, qui se doit tenir tout goguelu de
son bon-heur.

La conseillre, qui sait comment il est parvenu, se print  sourire, et
souriant dict  la compagnie: Certainement c'est un bon valet; il a
bien servy son maistre, ce M. Desplan.

La maistresse des requestes, qui se plaist par fois  gausser, dit
l-dessus: Vous faictes tort  M. Desplan, madamoiselle, veu sa bonne
mine et son merite.

--Ce n'est pas avoir beaucoup de merite, repliqua la conseillre, de
vouloir aspirer  ces honneurs dont on est indigne, et, pour y parvenir
au prejudice des seigneurs de remarque et de la trop grande bont du
roy, de se servir de moyens reprochables  l'infiny. Encores si c'estoit
un gentil-homme d'extraction, qui recherchast la bienveillance d'un
favory  fin d'accroistre sa maison et de la rendre illustre, l'on
imputeroit le project d'un tel dessein  l'ambition, qui fournit des
aisles au courage et de vent en abondance pour singler jusques au havre
de la fortune. Mais quoy! sa premire condition estoit d'estre lacquais,
mauvais gouvernement au reste, et, aprs avoir quitt la mandille, a
faict en sorte de se fourrer au regiment de Navarre, o estant, le sieur
Cadenet allant visiter M. le Prince lorsqu'il estoit au chasteau de
Vincenne, il fit en sorte de l'aborder, se servant des astuces de son
pays[195] et du depuis le sieur de Luynes le print en affection pour des
raisons dont sa memoire seroit par trop ternie si l'on en venoit  la
justification; tant y a qu'il a est par ce moyen bien venu auprs du
roy, jusques l que Sa Majest l'a gratifi d'un brevet de mareschal de
France[196].

L-dessus la femme de l'auditeur dict tout haut: Je ne m'estonne plus de
ce qu'on parle tant de ce Desplan, puis que sa bonne fortune vient par
le moyen du sieur de Luynes.

--Voil ce qui en est, rpliqua la tresorire, et si je vous jure que ce
que j'en dis n'est point pour mal que je luy vueille; au contraire,
j'estime ceux qui s'eslvent de peu, et lesquels d'un neant bastissent
une fortune releve.

--Mais,  propos, dit la conseillre, que deviendra le sieur
Courbouzon[197] aprs la reduction de la Rochelle, puis qu'il a tenu
pied  boule au service du roy depuis le temps qu'il est employ?

--Vrayement, respondit la femme de l'auditeur, il ne se faut point
donner peine de luy, ny se soucier de ce qu'il deviendra non plus que
des autres, car ayant mand  l'hostel de Nemours la valeureuse deffaite
qu'il a faict de dix ou douze habitans de la Rochelle sortis de la ville
pour abbatre leurs maisons proche les murailles, et que ce bel exploict
a est cri sur le Pont-Neuf[198], asseurement il ne donnera pas sa
bonne fortune pour une pice de pain.

--Il pourra bien y donner ordre de bonne heure, dit la maistresse des
requestes, s'il ne veut demeurer arrire: car  prsent que la cour est
remplie de cadets de haut appetit et de jeunes favoris, chacun d'eux
voudra partager au bonheur et aux qualitez, en sorte qu'aprs la guerre
l'on verra autour du roy plus de demandeurs que de deffendeurs, et, pour
dire, il sera trs difficile d'aborder seulement les galleries du
Louvre.

--M. de Nemours l'affectionne trop, dit la tresorire, pour ne luy
procurer quelque honnorable fortune, en recompence d'un si signal
service; et puis le naturel de ce prince est si benin et si louable
qu'il le recompenseroit plustost de son propre bien qu'il vesquist le
reste de ses jours avec un mecontentement.

Sur ces entrefaites, la garde de l'accouche voulut mettre son nez et
discourir de monsieur de Nemours  bonds et  volle[199]; mais le
respect que la compagnie portoit  son rang et  sa qualit fut cause
qu'on luy ferma la bouche, sinon qu'on lui permit de discourir des
faons de faire de la cour, voyant que le coeur luy en disoit:
tellement qu'ayant prins pareatis de ce faire, elle ne fut gure
honteuse de declarer son secret, qui estoit qu'au sige de Montpellier,
lors que le roy perdit tant de braves seigneurs et gentils-hommes, qu'il
estoit demeur  ceste mesle un certain homme sur la place qui luy
faisoit porter beaucoup d'ennuy, qui ne se pourroit jamais terminer que
par la mort, quand toutes les meilleures fortunes luy arriveroyent,
auxquelles neantmoins elle disoit ne pouvoir aspirer  cause de son
aage, et en consideration de ce qu'on la cognoissoit quatre grands
lieus par del les bornes de la raison.

A ce beau discours, la compagnie se print  rire, et celle qui esleva un
ton plus haut, ce fut madame l'accouche, qui mesme en petta de
resjouyssance pour le moins huict ou dix fois consequtivement,  cause
que du temps que ce drosle estoit auprs de ladite garde, et que sa
marmitte boilloit  ses despens, on n'eust os lui dire bran en son
nez, tant qu'elle faisoit ma commre l'entendu. Ainsi fallut peu de
chose pour sortir de la carrire et pour rompre de si bons discours qui
se tenoient auparavant avec toute sorte de verit; toutesfois, si tost
qu'il fut finy, nostre maistresse des requestes, qui se plaist d'estre
entretenu en compagnie aux despens de l'honneur d'autruy, s'effora par
tous moyens de remettre en lice les autres, tant sur les traictez de
guerre et de paix que sur les fraudes et malversations des chefs et
conducteurs de l'arme, et sur ce qu'on avoit tant parl du sieur de
Villautray[200] et de ses commis.

Sur quoy la tresorire, grandement engage dans le combat, ne peut
s'empescher de respondre que volontiers la fortune est envie aussi bien
que les beautez, et que tout ainsi que les esprits voluptueux faisoient
recherche des dons plus gracieux de la nature, de mesme que l'avidit
des envieux les portoit  des flatteries et  des mesdisances, pour
faire faire des recherches candides contre l'obligation que l'on a
fraternellement  son prochain: tellement que, si l'on avoit tasch
d'obscurcir l'honneur du sieur Villautray, que ce n'avoit point est
pour l'affection qu'on portoit au service du roy, mais bien pour une
rancune particulire de ce qu'il n'avoit voulu desbourcer des deniers
qui n'eussent est employez dessus ses comptes.

--Voil une belle eschappatoire! dit la conseillre; je vous diray,
Madamoiselle, chacun est tenu de deffendre son party, et de conserver
jusques aux plus pressantes extremitez, quand mesme il n'y auroit aucune
apparence de raison, principalement au temps o nous sommes, auquel il
est plus necessaire de dissimuler que de dire verit, et de faindre dans
les actions que de faire esclatter ce qui pourroit estre terny; et
qu'ainsi ne soit, n'est-il pas vray que si l'on parloit en compagnie du
sieur Fabry[201], qui du temps du feu roy se fit dire mort, et pour
lequel on porta une buche dans le tombeau, craignant qu'il ne fist la
capriolle, n'est-il pas vray que vous direz que cela n'est pas possible,
et que ceste invention auroit est recherche par des justiciers pour
rendre odieux ceux qui manient les finances? Aussi je m'asseure que, si
l'on enfonce le discours sur ce que le sieur de Villautray, pour se
faire dire innocent du crime de peculat, qu'il a pass par la porte
dore, que vous en aurez un grand despit; c'est pourquoy, pour mon
regard, je brise l-dessus, et laisse  discourir de ce qui en est 
ceux qui ont juste suject de s'en plaindre.

--Vrayement, Madamoiselle, c'est bien  vous,  faire de parler des
financiers comme vous faictes, vous qui ne paroissez dans le monde
qu'aux despens des pauvres parties, dont vostre mary est par foi lse
juge; vous qui n'auriez pas dequoy nourrir un meschant[202] lacquais
sans les presens que l'on vous faict, au prejudice du droict d'autruy,
qui est viol la plus part du temps; vous, dis-je, qui  peine pourriez
avoir un simple cotillon de taffetas de vostre estoc, n'estoit qu'avec
les espices on vous fournit de sauce. Je n'en veux dire davantage: que
chacun regarde  soy.

Sur ce, l'accouche fit en sorte de rompre le discours, craignant que la
conseillre et la tresorire vinssent aux prises; et, pour empescher
que cela n'arrivast, elle fit feinte de se trouver mal, qui fut cause
que l'on ne parla plus des charges et des qualitez, et sur ces
entrefaites arriva Mathurine[203], qui courtoisement fit la reverence, 
chacun particulirement ds l'entre de la chambre, puis s'approcha du
lict de l'accouche pour s'enquerir de sa disposition, aprs quoy elle
print place et en compta des meilleures pour esgayer la compagnie,
donnant neantmoins en passant un lardon  celles qui le meritoyent.

Madame de Verneuil, qui nagures estoit arrive, la voulut faire jazer
pour s'en donner du passe-temps; mais elle, qui est aussi malicieuse
qu'un vieux singe, aprs avoir recit quelques sornettes, elle ne
feignit de rechercher le moyen de la picquer, parlant de la chastet des
courtisanes, et sur tout mettant sur le tapis le merite et les bonnes
graces de monsieur de Bassompierre, pour raison desquelles le roy
l'avoit qualifi d'un brevet de mareschal de France: ce que l'on feignit
pourtant d'escouter, affin d'obliger aucunement ladite marquise, qui ne
peut l'aymer  cause de sa soeur. Mais aussi, elle partie, Mathurine
fut conjure  double carillon de dire au vray si ledit sieur de
Bassompierre seroit mareschal de France[204]; et qui fut la plus porte
 ceste curiosit, ce fut madamoiselle nostre conseillre, laquelle,
outre sa brigue qu'elle faict, par le moyen de ses amis, de faire mettre
monsieur Viguier aux mauvaises graces de monsieur le Prince, elle croit
que si la cour change de face, que son mary sera garde des sceaux; et de
la nommer, le respect des dames me le deffend, laissant au public la
curiosit de s'en enquester  ceux qui mettent en contrerolle ses
actions.

Suivant donc que Mathurine fut interroge si monsieur de Bassompierre
seroit mareschal, il faut croire qu'elle degoisa de luy plusieurs
discours, et les causes qui avoient meu le roy de le qualifier de ce
grade honorable: premirement, que ses perfections y avoient fort oper,
et puis ses agreables services, notamment ceux qu'il avoit rendus  Sa
Majest au sige de Montauban l'an pass, quand par son secours il mit
en vraye deroute les ennemis, qui souz un mot feint et non retenu
venoient au secours des assiegez.

--H quoy! dit l-dessus la femme de l'auditeur, ne faut donc plus qu'un
acte remarquable pour s'eslever auprs du roy? Vrayement, si cela a
lieu, il y aura d'oresnavant plus de mareschaux qu'il y aura d'asnes 
ferrer.

--Pardonnez-moi, Madamoiselle, dit la maistresse des requestes, et si je
vous dis que vous avez un peu tort de parler de monsieur de Bassompierre
de la sorte, car il est de fort bon lieu, et puis il y a long-temps
qu'il vogue en cour, sans faveur et sans qualit; et d'avantage, sa
bonne mine ne vaut-elle pas quelque chose de meilleur et de plus
honnorable que d'avoir tousjours des Suisses pendus  sa ceinture?

Sur ce, Mathurine dit tout haut que ses desseings n'estoient pas limitez
 ce seul but, mais qu'il se promettoit d'estre connestable aprs la
mort de monsieur Desdiguires, et qu'il le voyoit avec tant de certitude
que, pour en donner l'impression  toute l'arme, tout son desduict
estoit attach aux exercices militaires, et avec plus d'affection qu'il
n'eust jamais en temps de paix de faire relever sa moustache.

--H! que deviendroit monsieur de Crequy[205], dict la tresorire, luy
qui est aussi vaillant que son espe, qui est du poil d'un martial et
qui mesmes en porte les marques honorables sur le visage? Ce seroit
faire tort  sa generosit que de le priver de la recompense deu  un
grand courage comme le sien, ou, si cela luy manquoit un jour, je dirois
que les astres voudroient faire la guerre  leur superieur, qui luy fut
tant favorable pour renverser Don Philippin sur le pr[206]. Mathurine,
Mathurine, monsieur de Bassompierre est trop mignard pour beaucoup
entreprendre dans la fatigue de la guerre; il vaut bien mieux qu'il se
contienne en la qualit de mareschal de France, et prendre  femme
madamoiselle d'Antrague, que d'esperer pretendre plus haut; car aussi
bien les fortunes sont viagres, et aussi fol est celuy qui pense faire
prendre pied ferme  ses desseings, que fut autres-fois sot et maroufle
le pauvre Guerin, qui servoit de plaisant  la reyne Marguerite[207].

--Vous vous debattez, Madame, de la chappe  l'evesque, dit l'accouche;
h! qui soit connestable qui le pourra estre, l'on est aussi bien mordu
d'un chien que d'un chat. Nous en avons perdu, graces  Dieu, un qui ne
valloit gures;  present, nous en avons un qui ne fera gures mieux.
Toutesfois, ce que je trouve de meilleur en luy, c'est qu'il est riche,
Dieu mercy, des bons coups qu'il a fait aux eglises du Dauphin.

--Sa richesse, repliqua Mathurine, devroit aider beaucoup  le faire
homme de bien; mais quoy! ce qu'on doibt craindre, c'est qu'un drap
retourn ne faict jamais tant de proffict comme s'il estoit  poil.

--Je vous say bon gr, dit la maistresse des requestes, de parler ainsi
 coeur ouvert, car il est vray, la hare[208] sent tousjours le fagot,
et, comme disoit un jour le duc de Rosny au feu roy Henry le Grand, que
Dieu absolve, lors qu'il luy demandoit pourquoy il n'alloit pas  la
messe aussi bien que lui: Sire, sire, la couronne vaut bien une messe;
aussi une espe de connestable donne  un vieil routier de guerre
merite bien de desguiser pour un temps sa conscience et de feindre
d'estre grand catholique.

Ce discours finy, toutes les dames prindrent cong de l'accouche, avec
promesses de la revoir le lendemain, ou le premier jour que la commodit
leur pourroit permettre; ainsi elles sortirent fort satisfaites de leurs
entretiens, et aussi tost entrrent six autres dames d'une bande, et
d'un mesme quartier, lesquelles, ayant faict les salutations requises et
necessaires pour la bien seance, trouvrent les places toutes chaudes;
elles ne firent gure mistre de s'y assoir. La premire qui commena le
caquet, ce fut une nouvelle femme de notaire de la parroisse
S.-Jacques-de-la-Boucherie, qui dit  l'accouche: Jesus! Madame, que
vostre teinct est chang depuis que vous estes en couche!

--Comment! respondit l'accouche, trouvez-vous que je sois laidie
beaucoup?

--Nenny vrayement, repliqua la notaire, au contraire; si j'estois que de
vous, je tascherois d'estre souvent en couche, tant vous estes devenu
jolie.

--Cela vous plaist  dire, dit l'accouche; c'est que vous me voulez
gratifier, car il n'y a plus de gentillesse en mon faict; si c'estoit
vous, encore, il y auroit de l'apparence, car, outre que vous estes
belle de vostre naturel, monsieur vostre mary, curieux de vous
conserver, mettroit plustost en gage sa vaisselle d'argent que l'on vous
a donne le jour de vos nopces que vostre beau teinct ne fust entretenu.

--Aussi il n'y a rien tel que d'estre jolie, dit sur-le-champ la femme
d'un passementier de la ru de la Vieille-Monnoye. Et sur ceste
gentillesse voulant un peu discourir, et de l'appuy qu'on en tire par
fois, elle fut interrompu par la femme d'un quinquallier, homme
d'honneur et grandement  son aise, laquelle fut fort peu honteuse de
dire qu'elle avoit cy-devant practiqu assez d'inventions pour estre
continue aux bonnes graces d'un receveur, mais qu'elle avoit recogneu
que toutes ces sortes de curiositez[209] n'estoient que folies; qu'il
valloit mieux s'associer en l'honneste fortune d'un mary que d'attacher
ses affections  des frivoles concupiscences, o l'honneur et l'ame se
ternissent et se perdent.

Ces petits discours d'amourettes durrent presque demy-heure entre ces
trois coquettes de bourgeoises, et n'eussent est sy tost rompus, sans
que la femme d'un advocat, fort sage et discrette de son naturel, fit en
sorte de changer de batterie. Pour venir  l'effect de ce dessein, elle
fit feinte de se trouver mal et de s'esvanouir, ce qui les occasionna de
prendre garde  elle et d'apporter tous les soulagemens que l'on peut
s'imaginer aux foiblesses qui arrivent par fois aux femmes grosses, de
manire qu'aprs estre revenu en son premier estat, elle fut interroge
de la compagnie si elle estoit grosse, ains elle afferme qu'elle n'avoit
garde de l'estre.

--Cela peut pourtant bien estre, dit la femme d'un pourpointier, jalouse
au possible de son mary; vous qui estes  vostre aise et qui avez un bon
mary qui gaigne bien sa vie et qui vous ayme comme il faut, qui vous
empescheroit de le devenir?

--Je ne manque point, graces  Dieu, de toutes ces felicitez que vous me
dittes, mais j'ay une affliction qui m'empeschera d'avoir des enfans.

--H! quelle affliction, luy repliqua la pourpointire, Madame?

--Madame, quoy que j'aye un bon mary, ce n'est pas tout: j'ay perdu ma
mre depuis peu, j'ay une soeur malade sur les bras, et un frre
nouvellement rendu des universitez, qui veut se faire advocat un de ces
matins, et s'il n'est qu'un sot habill en homme.

--Voire! advocat! les rues de Paris en sont paves. Si j'estois que de
vous, Madame, je ferois en sorte de le porter dans les finances; car,
ayant le bien qu'il a, il pourra paroistre un temps  ses despens pour
apprendre, et puis asseurement il prendra aussi bien que les autres.

--Voil un bon advis, Madame, dit une autre pourpointire qui a quitt
la boutique pour besongner en chambre; aujourd'huy il n'y a que d'en
avoir; chacun se mocque de la necessit, et le vray moyen de l'eviter
pour le jourd'huy, c'est d'estre financier, car infailliblement la
guerre ne durera, et pendant le temps il adviendra que les vieux se
defferont de leur charge, ou pourront mourir; ce qu'estant, les jeunes
s'avanceront et feront leurs bourses.

--Quelque mestier que ce soit, dit la notaire, est trs bon quand on y
profite et quand il ne fait point perdre son maistre, ce qui se voit
assez rarement; toutesfois, si j'avois  choisir pour me pourvoir, je
prendrois plustost un financier qu'un advocat.

--La femme de l'advocat s'en sentit un peu intresse, et comme estant
legitimement picque au jeu, elle ne peut s'empescher de dire qu'on
n'avoit jamais veu de financiers devenir gardes des sceaux et
chanceliers, mais bien garde-prisons assez souvent, lequel l'on
pourroit bien voir quelque matin, la paix estant faicte, pour les
obligations et malversations qu'ils avoient commis depuis que la guerre
est commence.

--Laissons l les qualitez, Mesdames, dit la quinquallire; qui bien
fera bien trouvera. Si les financiers ont desrob l'argent du roy, comme
il y a de l'apparence, le conseil en saura bien faire la recherche; et
ce faisant, le proffit qu'ils auront faict ne sera qu'un emprunt qu'il
faudra rendre avec les interests.

--Il semble que vous sachiez les particularitez de ces Messieurs, dict
l-dessus la belle pourpointire.

--Ce que j'en say, repliqua la quinquallire, c'est le receveur que
j'ay tant aym qui m'en a compt une partie, et le reste, 'a est le
sieur Gesselin, comme je discourois avec luy de la belle Angelique,
qu'il a tant de peine  marier.

--Mais,  propos, Madame, dit la marchande de passement, la fille de
laquelle vous parlez est-elle aussi jolie qu'elle estoit lorsque le
sieur advocat la recherchoit en mariage?

--Il s'en faut plus de la moiti, luy respondit la quinquallire, et si
je doubte d'elle ce que je ne veux publier, pour le respect du sexe.

Comme ceste parole s'achevoit, la femme d'un procureur de la Cour,
demeurante en l'Universit, entre dans la chambre suivie d'une petite
esmerillonne[210] de servante, qui se douta de ce qu'on vouloit dire de
la belle Angelique; et, ayant prins place, le caquet fut renforc par
elle, et meut les autres si fort  caqueter, que le meilleur secretaire
n'eust peu rediger le tout par escrit. Neantmoins, encore que leur
babilloire allast bien viste, je ne laissay d'en profiter et de
remarquer ce que je jugeay pouvoir apporter du contentement aux curieux.
Entre autres choses j'appris l'invention qui se praticque parmy les
bourgeoises pour paroistre, quoy qu'elles n'ayent ny rente ni revenu.

Sachez donc, suivant la relation mesme de la procureuse, que
l'invention de paroistre[211] a est trouve par les femmes de
practique, depuis quinze ou seize ans en ,  dessein d'aller au pair
avec les damoiselles de race et d'extraction, et pour faire  croire
qu'elles en ont, mais c'est du contant, invention qui est tourne en
perfection, si perfection on doit appeller le vice; en sorte que, pour
le jourd'huy, on ne voit plus ny femme de notaire, ny de procureur, ni
d'advocat, ny mesme de marchand et d'artisan,  qui la soye ne traine
depuis les pieds jusques  la teste; et pour entretenir cet estat, que
se fait-il, sinon qu'un plan de cornes aux pauvres maris, qui froidement
vont au Chastelet ou au Palais, tandis que leurs femmes se donnent
carrire; et qu'ainsi ne soit, demandez  Jouan, procureur, s'il n'est
pas genin dans son haut de chausse; s'il ne vous dit assurement que ouy,
je veux boire un verre de vin muscat  jeun pour ma penitence. Je vous
en nommerois assez d'autres s'il estoit besoing, mais je me contenteray
pour le prsent de celuy-l, en consideration qu'un jour il demanda acte
 monsieur le lieutenant de ce qu'il venoit de trouver un homme bott et
esperonn couch avec sa femme.

Passons outre, et revenons  nos marchandes: les cessions et les
banqueroutes de leurs maris leur bastissent une belle fortune, sans le
tour du baston qu'elles font de leur cost, et de la faon elles
paroissent en damoiselles, except la coiffure, tesmoing ceste-picque de
biscaye[212] de la ru S.-Denis, qui a fait faire plusieurs fois
cession  son mary, et ne laisse pourtant de tenir boutique ouverte.

Or sus, revenons au caquet de nos bourgeoises et de nostre procureuse.
Si tost donc qu'elle fut assise, elle fit signe  sa servante de
s'approcher d'elle, pour luy dire qu'elle s'en allast querir ce qu'elle
avoit oubli, qui estoit un libelle en vers contre plusieurs filles et
femmes de ceste ville. Aussi tost dit, aussi tost effectu, et  peine
avoit-elle dit  la compagnie ce que c'estoit, que ladite servante
revint, et apporta ledit libelle, qui fut en mesme temps present sur le
tapis, et la lecture s'en fit par la marchande passementire, comme la
plus curieuse de toutes, lequel j'ay faict en sorte de coppier, pour en
contenter ceux  qui la curiosit resveille l'esprit, et  cause de la
gentillesse de sa posie:

      Une petite vendant du clou
    Fut apperceu par un trou
    Qui enfiloit  la chandelle;
    Un petit de nom et de faict
    S'est delect dans le caquet
    Qu'on a faict depuis de sa belle.
      Un grand jancu de bon minois,
    Afin de violer les loix
    Du sacrement de mariage,
    En la maison d'un pourpointier
    A fait despriser le mestier
    Pour honorer le cocuage.
      Un gros coquin garny d'escus,
    Aspre aux plaisirs et aux abus,
    Fit tant que Gaumont, tout folastre,
    Luy presta sa femme  minuict
    Afin d'en prendre son deduict
    Puis en a faict l'acariastre.

Sur cecy la passementire change de couleur et voulut deschirer le
papier o estoit escrit ces vers:  quoy s'opposa formellement la
procureuse, promettant  ladite passementire que jamais personne
n'auroit la cognoissance de sa part, dont elle en fut conjure par
l'Accouche, qui neantmoins avoit dessein d'en rire une autre fois plus
particulirement. Ainsi ce papier fut reserr, et commena-on de
cacqueter de ceste sorte:

--A propos, Madame, dit la femme de l'advocat, est-il vray qu'on doit
publier un edict pour la reformation des habits[213], et que
Chalange[214] en doit entreprendre l'execution[215].

--J'en ay aucunement entendu parler, respondit la procureuse; mais
pourtant je ne le puis croire, car il s'est trouv trop empesch 
l'edict des procureurs[216].

--Neantmoins, repliqua l'advocate, on en bruicte fort par la ville, et
dit-on de plus qu'il passera plus facilement que nul autre qui ait pass
depuis deux ans[217], parce que ou les ambitieux, pour paroistre,
donneront de l'argent en forme de rente, si on l'accorde; ou bien chacun
sera cognu selon sa qualit.

--H! qu'importe d'estre cogneu par sa qualit, pourveu qu'on ait force
pistoles, dit l'accouche?

--Non, non, Madame, respondit d'affection nostre advocate, il est bien
necessaire de proceder  ceste reformation; l'argent n'est rien au
respect des moeurs, et certainement il est plus  propos d'honorer
l'ame de belles actions que de parer son corps de beaux vestements, qui
ne servent en effect que de desguisement quand on y apporte tant de
sorte d'inventions.

La marchande passementire, qui voyoit bien que c'estoit d'elle qu'on
parloit particulirement, fit forme d'avoir affaire  son logis, et sur
ce discours print cong de la compagnie. La sortie de laquelle apporta
une plus grande licence de parler d'elle; et qui en entama le discours,
ce fut la procureuse, qui dict: Vrayement, la marchande qui vient de
sortir a bien chang de poil depuis qu'elle a quitt sa boutique; la
cognoissez-vous bien particulirement, Mesdames?

A ceste demande, personne ne voulut respondre que la petite affete de
notaire, qui dict que du temps qu'elle estoit fille on en parloit fort,
et qu'elle alloit la nuict trouver un certain homme pour coucher avec
luy, et qu'affin de n'estre recognu qu'elle prenoit un habit desguis.

--Son mary estoit donc aux champs quand elle faisoit ce train-l?
respondit la procureuse.

--Non, non, Madame, luy repliqua la notaire; c'estoit luy-mesme qui luy
faisoit aller, et ceste faon de faire a dur deux ans et plus, et puis
le badin en est devenu jaloux jusques l que de l'avoir accus
d'adultre.

--Madame, Madame, soulagez un peu l'honneur de vostre voisine, luy dit
la quinquallire; on ne sait pas ce qui nous peut arriver: toutes
choses estans sujettes aux changemens, il faut peu de chose pour nous
renverser veritablement.

La quinquallire avoit raison de parler de la sorte, car elle a les
talons si cours qu'il ne faut la pousser gure fort pour la faire choir,
et de cecy je m'en rapporte  ce qui en a est escript et produict,
ainsi qu'il se voit par le libelle cy-dessus, extraict des memoires
curieux d'un des beaux esprits de ce temps qui la cognoit assez
familirement.

Cet entretien commena de desplaire  l'accouche; aussi elle fit en
sorte de faire signe  la garde de luy apporter la colation, ce qui
occasionna les bourgeoises de sortir et de prendre cong d'elle, au
moyen de quoy elle print relasche d'une demy-heure; et aprs ce temps
une autre compagnie vint la saluer, qui se tint avec elle jusques au
soir.

Les discours que ceste compagnie tint n'ennuyoient pas l'accouche comme
les autres: car on n'usa jamais de mesdisance, sinon qu'une mercire de
la ru de la Harpe, enquesteuse au possible des affaires d'autruy, comme
on parloit de la misre du temps, accusans en partie la sienne, ne peut
s'empescher de parler d'un de la vacation de son mary, qui a quitt sa
boutique du Palais pour faire faire monstre  ses filles; elle n'eust
garde de dire que sa boutique estoit toute remplie de nenny, que son
mary faisoit passer les conventions matrimoniales par la forest
d'Angoulesme[218], ny qu'elle toleroit la desbauche de sa servante 
cause qu'elle n'avoit dequoy luy payer ses gages; aussi c'eust est mal
 propos de parler de la maison et de ce qu'il s'y faict, puis qu'on en
parle assez en Bretagne et en Normandie.

Or, aprs qu'une certaine gantire assez cognue, quoy que sa mre soit
garde d'accouche, voulut mettre son nez au caquet, et commena de
parler d'un procez que son mary avoit contre un advocat, la perte duquel
elle redoutoit fort si elle ne s'y employoit de cul et de teste...

--En craignez-vous la perte? luy dict la femme d'un commissaire qui a
pris la vache et le veau. Vraiment, puisque vous avez de l'argent, comme
l'on dict, vous avez beau moyen de le gaigner.

--A la verit, repliqua la gantire, si les conseillers de la Cour sont
aussi friants de presens comme ceux qui ont rendu la sentence dont est
appel, je suis asseure d'avoir gaign la cause.

--Madame, Madame, luy dit une grosse damoiselle de Normandie qui logeoit
nagures chez un chirurgien, j'en ay gaign pour le moins une douzaine
au Parlement, sans que j'aye employ d'autre faveur que mon industrie;
c'est pourquoy vous pouvez beaucoup, vous qui estes de bonne grace, qui
avez si beau maintien.

--Je m'asseureray donc, respondit la gantire, en la faveur de vostre
bon conseil, duquel je vous remercie et vous en baise bien humblement
les mains.

--Vous parlez de procez? dict l'accouche.

--C'en est faict, respondit la damoiselle, et puis c'est d'un qui n'est
pas de grande consquence.

La femme d'un procureur du Chastelet qui demeure en la ru S.-Martin,
suivant ces entrepropos, commena et dit: Je ne say quels procez il se
faict depuis dix ou douze ans, car je vous asseure qu'encores que mon
mary soit des anciens, que son estude est aussi seiche qu'une langue de
boeuf parfume; la pluspart du temps il ne fait rien que bayer aux
corneilles et jazer avec un voisin que nous avons qui fait des luts.
Nous avons un fils advocat qui ressemble les tapis que mettent les
marchands sur leurs boutiques, car il ne nous sert que de monstre; et ce
qui m'afflige plus sur mes vieux ans, c'est que j'ay de trop grandes
filles qui perdent leur temps faute d'ouvrage.

--Je vous plainds, je vous asseure, Madame, luy dict une jeune
damoiselle qui a espous le fils d'un medecin, d'autant que mesdames vos
filles sont assez advenantes; toutesfois, Madame, j'estimerois que vous
ne ferez pas mal d'en mettre quelqu'une en religion.

--En religion! respondit cette procureuse; vrayment, il faut autant
d'argent pour le jourd'huy pour y mettre une fille comme  la mettre en
son mesnage; je m'y suis assez employe pour ma grande, lorsque je l'ay
veu reforme en ses habits; mais je n'y ay rien gaign.

L-dessus une esratte de perruquire de la mesme ru, voulant donner
son advis, et enseigner un moyen de mettre lesdites filles en religion,
parla de celles o sont les capucines[219]; mais  ceste objection
ladite damoiselle luy respondit que c'estoient discours, et qu'il y
falloit avoir de l'argent aussi bien qu'ailleurs, ou bien de grands amis
qui procurent le moyen d'y entrer.

Une bourgeoise de la rue Quincampois, ayant dessein de terminer
l'affliction de la procureuse, luy dit: Madame, ne vous affligez point
tant de vos filles; Dieu y donnera ordre  les pourvoir, et fera que
quelques uns de ses bons serviteurs y mettront la main. On parle, ce
dit-elle, d'une nouvelle religion o les filles de maison seront
receus  peu de fraiz, et si dit-on d'avantage, que nostre
evesque[220],  son advenement, veut faire largesse pour ce
subject[221].

--Ce sera un grand bien pour son ame, dict la femme d'un greffier; s'il
donnoit une anne ou deux de son revenu pour pourvoir quelques filles,
ou en religion ou au mesnage, en retranchant un peu son train, il
obligeroit icelles  prier pour soy.

Ces propos achevez et finis, arrivrent encores quelques bourgeoises
d'une mesme compagnie, desireuses d'entretenir madame l'accouche de
plusieurs choses qui courent parmy le monde, et de plusieurs faons de
faire qui s'y pratiquent; les autres, qui estoient arrives il y avoit
assez longtemps, prindrent honorablement cong peu de temps aprs ceste
arrive, et aprs leur sortie une parfumeuse de la ru S.-Sauveur
commence de dire: Nous faisons un beau silence, pour estre venus
visiter une accouche.

--Je vous asseure, Madame, luy dict une de ses voisines, qui est femme
d'un tapissier, j'ay si mal  la teste des discours qu'on tient de nous,
que j'en ay les jous toutes rouges.

--L, l, luy respondit la parfumeuse, ce n'est pas l o le bast vous
blesse; c'est que vous faites la fine pour jour les deux.

La tapissire l-dessus repliqua qu'il n'appartenoit  jour les deux
qu' la femme d'un tailleur d'auprs la rue des Prouvelles, parcequ'elle
entretenoit son mary en amyti et sans jalousie, et si un petit
procureur du Chastelet ne laisse pas de captiver ses bonnes graces.

--Comment, dit aussi tost une frippire d'auprs la Tonnellerie, la
petite tailleuse ayme la chiquanerie? Vrayment, je ne m'estonne plus
s'ils vont si souvent aux champs ensemble.

--Ce n'est pas o ils font leurs meilleurs coups, dit encore la
tapissire; mais c'est au logis de Paris: car assez souvent le procureur
prend occasion d'aller joer au picquet avec le mary, et ainsi il
choisit son heure.

--H! si cela est seu  la cour, dit la parfumeuse, luy qui veut avoir
un office chez le roy, ce sera une grande incommodit pour le Louvre.

Chacune de ces bourgeoises,  ces paroles, se prindrent  rire de si
grand courage qu'il sembloit  les entendre que ce fussent des asnesses
dans un pr qui brayassent pour estre couvertes. Et moy qui parle, je
fus contrainct, quoy que cach  la ruelle du lict, d'en destacher mon
esguillette, craignans de pisser dans mes chausses.

Cecy finy, elles commencrent  caqueter et  discourir du comte
Mansfeld[222]. L'une disoit qu'il est un grand capitaine pour un
Allemand; l'autre soustenoit qu'il n'avoit pourtant pas grand courage.
Une autre, qui avoit le jugement un peu plus solide, dit qu'une bonne
fuitte valoit mieux qu'une mauvaise attente, et qu'il y avoit plus
d'honneur  laisser le champ  ceux qui tiennent en main la victoire que
de recevoir une perte dommageable au profit et  l'honneur, et puis,
qu'ayant les gouttes comme il a, que malaisement eust-il trouv du
secours pour l'en soulager, si ce n'eust est en perdant la vie. En fin,
aprs tant de sortes de comptes et de sornettes, la nuict s'approcha,
qui fut cause que chacune se retira  son enseigne.




LA RESPONCE

DES

DAMES ET BOURGEOISES DE PARIS

au

CAQUET DE L'ACCOUCHE

_Par Madamoiselle E. D. M._

A Paris, chez l'imprimeur de la ville, _ l'enseigne des trois
Pucelles_.

M. DC. XXII[223].


Maintenant que l'est nous a fait paroistre les effets de sa chaleur, et
que les rayons du soleil, d'une force plus concoctive, bruslent et
consomment les campagnes mesmes qui sont sous un climat temper comme
la France, outre que d'ailleurs les femmes, qui sont d'un temperament
froid et humide, ne peuvent soustenir une chaleur si ardante que celle
qui se fait quand le soleil entre au signe du Cancre, comme il a fait
depuis quelques jours, je me resolus, avec quelques unes de mes
voisines, d'aller aux estuves pour me rafraichir: car la nature est
tellement sortie de ses premiers ressorts qu'il n'est point maintenant
permis aux femmes de se baigner  la rivire,  cause peut-estre qu'on
les verroit  descouvert, ce qui est hors de raison, veu que les femmes
peuvent avec autant de droit et authorit se baigner que les hommes,
puis qu'en leur nature elles sont egalles  eux, comme je crois avoir
veu assez preuv ailleurs.

Comme je fus arrive aux baings o d'ordinaire nous avons coustume entre
nous autres de nous rafraichir, je me trouvay au milieu d'une bonne et
agreable compaignie de bourgeoises et dames de Paris, qui estoient
venues au mesme lieu pour ce subjet. Ainsi que nous commencions  nous
deshabiller, et que chacun s'apprestoit pour se mettre  l'eau, une
jeune damoiselle du faux-bourg S.-Germain dit: La porte est-elle ferme,
ma cousine[224]? (Elle parloit  une sienne parente de la place
Maubert.) Je vous asseure qu'il y faut prendre garde: car pour
maintenant on ne prend plaisir qu' mal parler d'autruy, et
principallement on est bien aise de toucher sur la corde des femmes et
d'avoir prises sur elles. Il y a plus d'un mois entier que dedans Paris
on nous appelle caqueteuses; on ne parle que du caquet des femmes.
Jamais le lict de l'accouche ne fut mieux remu; il est souvent
retourn et fueillett.

--Mais il n'y a que de la plaisanterie dedans, dit sa tante [qui estoit
desj dans l'eau][225].

--C'est vostre honneur, respondit l'autre; cela ne retourne qu' nostre
desavantage. S'il y a quelque bon quolibet, quelque gausserie, quelque
rise, ou quelque pacquet, c'est tousjours sur les femmes qu'il vient
tomber, et tousjours les pauvres femmes sont charges; je ne say comme
elles ont si bon dos, car bien souvent il faut qu'elles portent de
pesans fardeaux.

--Comment! ma commre, dit une qui avoit desj deffait sa chemise[226],
c'est une chose estrange que, sous pretexte de madame l'accouche, on
nous en fait payer la fole enchre. On dit mal de l'une, on se mocque de
l'autre, on rit, on gausse; ce sont plustost des farces et commedies
qu'autres choses. Jamais les femmes ne furent remues de la sorte: l'une
sera trop vieille  l'appetit de son mary, il se voudra mettre  la
fraischeur; l'autre sera trop bouillante  l'appetit du sien, qui n'ira
qu' demy-voye; l'autre aura cinquante ans et on ne la marie pas, de
sorte qu'elle sera contraincte de recoudre son pucelage plus de cent
fois. Que say-je, moy? chacun nous donne tels quolibets qu'on veut, et
ainsi pour ce jourd'huy en toutes les bonnes compagnies et assembles on
nous couche tousjours sur le tappis, puis aprs nous servons de joet et
d'entretien aux hommes, qui sont bien ayses, pour passe-temps,
d'esplucher nos actions et de scindiquer sur nos besongnes.

--Madame a raison (fis-je alors)[227], car le temps d'aujourd'huy n'est
plein que de mesdisances et d'invectives, principalement  la cour, o
j'ay de coustume de hanter: l'une aura un oeil trop brun  l'appetit
de celuy-cy, l'autre un nez camus  l'appetit de l'autre; mais la
pluspart du monde ne voit point que ceux qui sont camus ont de grands
privilges et immunitez  eux conceds de la nature, savoir est qu'ils
sont exempts de porter les lunettes, droict qui est trs beau, puis
qu'il relve de la cour des Quinze-Vingts, o les aveugles president en
robbes grises et fleurdelises[228]; les autres ont des robbes qui ne
correspondent pas  leur qualit. Si une marchande porte le satin 
fleurs de velours cramoisi[229], etc., faut-il en murmurer? Pourtant
elles seroient peu discrettes si elles ne s'accoustroient des plus
riches et des plus belles estoffes de la boutique, puis qu'elles-mesmes
les vendent et debitent aux autres[230]. Si aujourd'hui une
passementire porte un colet mont  cinq estages, elle le fait pour une
consideration qui est tres bonne, savoir, afin qu'on ne puisse
attaindre  son pucelage, qu'elle met et constitue au dernier estage de
son colet, ce qui est universellement approuv de toutes les
courtisannes: car frottez vostre nez contre leur visage, cueillez les
fleurs qui s'espanoussent sur le marbre empourpr de leurs jous,
desrobez les roses qui vont esclatant sur le corail de leur bouche,
pillez les lis qui blanchissent sur la neige yvoirine de leur gorge,
bref, mettez-vous en quatre parties pour entendre le bal mesur de leurs
pommes jumelles, et les souspirs contre-balancez de ces
deux-hemisphres, ce n'est point l o gist le pucelage. Pourveu que
vous ne touchiez point au colet, vous estes le plus galand cavalier du
monde; mais si une fois vous avez rompu un rang de passement, vous
perdez toute l'estime qu'on avoit de vous auparavant (elles ont bien
raison, et je soustiendray tousjours leur party en cecy, puis que leur
honneur est au cinquiesme estage de leur collet); il ne s'y faut jamais
prendre.

--Pour moy, dit une damoiselle [qui estoit en l'eau jusques au
col][231], je ne say comment on en veut tousjours  ces pauvres femmes:
c'est la rebute ordinaire de toutes les calomnies des hommes; s'ils ont
fait quelque acte auquel ils croyent avoir acquis quelque disgrace, tout
aussi tost la femme en a sa part: Ma femme est cause de cet accident;
sans elle j'eusse gaign mon procez; et le plus souvent on trouvera que
la femme aura meilleur droict que son mary: et ainsi c'est nous
mespriser.

[--Vous voil dans l'eau jusques au col (dit une vieille qui tenoit du
linge blanc); mais j'y suis plus avant que vous, car m'y voil jusques
au n. Ne faisoit-il pas bon voir une femme avoir des roupies en plain
est?][232]

Une autre qui s'entendoit  la philosophie, et qui avoit choisy ce jour
pour le bain[233] comme un medecin du cartier S.-Honor qui ne vouloit
coucher avec sa femme que par lune, va dire: Je ne vois aucune raison
formelle qui puisse conduire ma cognoissance  croire qu'on nous doibve
tenir en ligne inferieure avec les hommes: car premirement ils disent
que nostre temperie est froide et humide, et que, nos organes n'estant
point bien disposez, il faut, par une consequence logicienne, que nous
ne pouvions exercer nos fonctions avec l'advantage dont jusques 
maintenant ils se sont prevalus contre nous, et toutesfois je prouveray
tousjours par bonnes, valides, scientifiques et demonstratives raisons,
que nous surpassons de beaucoup le sexe masculin, ou,  tout le moins,
que nous ne luy sommes en rien inferieures. Jettons les yeux sur les
sciences, arts, mestiers, pratiques et inventions: la pluspart se
trouvera tire de la teste des femmes, car comme elle pullule en
raretez, subtilitez, prudence et autres qualitez infinies qui
annoblissent nostre sexe, aussi le peut-on aisement remarquer par des
exemples et des preuves irreprochables. C'est ce qui a meu Platon,  qui
nul n'a debattu le titre de divin, et consequemment Socrates, son
interprette, en batissant les loix et reiglemens fondamentaires pour
les royaumes et republiques qui depuis sous icelles ont est regies et
gouvernes, de les admettre dans les dignitez, charges et offices, et de
les eslever aux mesmes degrez d'honneurs que les hommes; et bien
davantage, ces lumires de l'antiquitez maintiennent et asseurent avoir
veu des femmes qui ont surpass les hommes de leur patrie. Si de cecy
nous en voulons savoir la raison, les philosophes mesme, bien que d'un
sexe different du nostre, diront que, comme la puret du sang concurre 
la vivacit de l'esprit, que consequemment les femmes ont ou doivent
avoir l'esprit plus vif que les hommes, puis qu'elles ont le temperament
plus delicat. On en a veu naistre des effects trs certains de ce que je
dis, en Alexandrie, Egypte, Trace, Rome, France, et autres contres de
l'univers. De l'autre cost, la femme est en mesme puissance que l'homme
de produire des actes genereux: ce n'est faute le plus souvent que de
les defricher; si l'arbre ne porte point de fruict, ce n'est faute que
de le cultiver, esmonder et esbrancher. Combien y auroit-il d'hommes
hebetez et grossiers, si depuis le plus tendre de leur jeunesse on ne
les jettoit dans les escolles, o la pluspart, le plus souvent, aprs
avoir bien employ du temps, sont aussi savans que quand ils y ont
entr; o au contraire, si on employoit aprs les femmes la centiesme
partie du soin et de la cure qu'on prend aprs les hommes, on verroit
des merveilles: car, comme les femmes sont d'un temperament plus tendre,
et ont le sang, comme j'ay desj dit, plus subtil, aussi auroient-elles
en bref les organes disposez  recevoir les espces intromises par les
sens interieurs. Combien a-on veu de grands cerveaux de femmes regir,
maintenir et gouverner ceste monarchie et une infinit d'autres
royaumes! C'est ce qui conduisoit jadis Plutarque  dire que les vertus
des femmes aloient  l'esgal de celles des hommes, comme de fait on en
peut voir de grandes et irreprochables experiences. Il me souvient avoir
leu dans Tacite qu'un certain, estant venu  Rome en grand equipage pour
estre concitoyen de ladite ville et participer aux droicts et immunitez
dont jouyssoient jadis les Romains, et principallement ceux qui avoient
le titre de noblesse, qu'au commencement il se vantoit de la race des
dieux, se disant sorti d'un Hercul, d'une Thetis, d'un Jupiter. On ne
l'approuvoit point pourtant; mais quand, changeant de discours, il vint
dire qu'il descendoit en ligne collateralle d'une Amazone, alors ce nom
rever et respect du peuple romain le fit entrer au nombre des autres
citoyens, et participer aux mesmes privilges. Les Lacedemoniens, gens
experimentez s'il en fut jamais, ne faisoient rien qu'auparavant ils
n'eussent consultez les principalles femmes de la ville.

--Il n'y a que cela qui me fasche (dit une jeune marie d'auprs le
Louvre), qu'il faut donnner tant d'argent maintenant quant on se veut
marier, c'est une ruyne; puis que vous dites que les femmes vont de pair
avec les hommes, c'est encore peu de consideration  nous de nous
attacher  la cadne et nous captiver de nostre propre et liberal
arbitre sous leur empire, et au bout du compte apporter de l'argent en
mariage.

--N'en savez-vous que cela (dit une esveille qui estoit un  bout)? La
cause pour laquelle les femmes apportent de l'argent aux hommes en
mariage, c'est qu'ils acheptent un fonds pour planter des cornes.

La philosophe,  ce mot, reprit la parole: Au rapport (dit-elle) de
Corneille Tacite, historien fidel des annales romaines, les Germains et
Allemans, gens indomptables  la guerre, portoient dot  leurs femmes,
non les femmes aux hommes, et les principaux siges n'estoient gouvernez
et regis que sous leur sceptre et commandement.

En aprs, si nous voulons nous fonder sur les principes et sur les bases
de la metaphisique, nous trouverons que la nature humaine est divise
egallement et de l'homme et de la femme: et ainsi l'un ne participe
point davantage  la raison que l'autre; _ea autem sunt unum et idem
quorum, natura non est diversa secundum essentiam_. Or, si l'homme n'est
qu'un avec la femme, il suit necessairement qu'on ne peut calomnier
l'un sans parler au desadvantage de l'autre, de mesme que, si on dresse
des loanges au premier, elles ne peuvent qu'elles ne resultent et
resjaillissent  l'honneur des seconds.

Je m'estendrois icy sur les Sibilles, qui ont communiqu avec la
divinit par leurs oracles et propheties, si leurs discours admirables,
leurs bouches divines et leur langage dor, ne fermoit la bouche  ceux
qui nous veulent calomnier. Pour leur valeur et adresse aux armes,
n'avons-nous point ceste genereuse guerrire en France, la Pucelle
d'Orleans, qui s'est signale en tant de combats, rencontres, en tant
d'assauts et batailles, sans aller en Trace chercher les antiques
Amazones? Mais, mesme en nos derniers jours, ne voyons-nous pas des
exemples de leur magnanimit, de courage, o elles ont grav leur renom
dans le temple de memoire?

Toute la compagnie, et moy la premire[234], qui durant ce haut et
relev discours avoit faict un silence dans l'eau[235] de peur qu'on ne
nous[236] imputast le nom de caqueteuse, fusmes[237] ravies en extase
de voir nostre[238] cause si bien defendu et nostre[239] sexe si haut
mont par l'ascendant que luy avoit donn ceste docte et scientique
damoiselle: car elle avoit monstr (comme de fait personne ne le peut
revoquer en doute) que la femme estoit en mesme ligne paralelle avec
l'homme, et qu'il n'y avoit aucune difference entre eux, de manire que,
cela estant, si les hommes viennent maintenant  user de represailles et
calomnies envers nostre endroit[240], c'est sur eux-mesmes que
resjaillissent leurs injures: tout ne peut se faire, en fait de
calomnies, qu' leurs desadvantages.

La compagnie n'en demeura pourtant l: on voulut voir et examiner les
cahiers de madame l'accouche, de laquelle on parle tant maintenant dans
Paris. L'une disoit que ce n'estoit qu'une pure fiction invente 
plaisir pour la jovialit qui s'y rencontre; l'autre soustenoit que cela
avoit est fait et qu'il se pouvoit faire; qu'il n'estoit hors de
raison. Chacun se debatoit: l'une le tenoit pour faux, l'autre pour
veritable. Pour mon regard[241], je crois que madame l'accouche n'y a
jamais song.

--A la verit (dit une qui commenoit  s'essuyer)[242], si on parle
mal des femmes, il y en a plusieurs qui en donnent subject; on
familiarise quelquefois avec des personnes qui, sous couleur d'une
feinte amiti, font souvent naistre des soupons en l'esprit de ceux qui
regardent; on faict des mauvais rapports, et par ainsi les femmes sont
toujours injuries  tort.

--Voil mon dire, respondit une fille de chambre d'auprs S.-Jacques:
depuis qu'aujourd'huy on voit un homme auprs d'une femme, on en parle
mal. Pour moy, je suis d'un naturel dispos et gaillard, j'aime tousjours
mieux jour au reversis qu'au picquet; je ne me picque jamais au jeu
(pourveu que d'autre, part on ne passe trop avant dans les bornes de
l'honneur). Au reste, je ne suis pas joyeuse quand j'entens parler mal
de nostre sexe, c'est ce qui me tourmente le plus; et encore, qui pis
est, on m'a mesle dans les cartes de l'accouche; je ne say comment
m'en desgager.

--Vous n'estes pas seule qui avez vostre paquet (dit sa cousine); j'en
cognois bien d'autres, et des meilleures bourgeoises de Paris, qui en
ont eu leur part. Toutefois, comme ce sont frivolles, aussi ny
devons-nous nous arrester, n'y faire aucun semblant que nous nous en
sommes formalises.

--Frivolles! ma commre, dit une autre: S. Jan! appellez-vous frivolle
de calomnier l'un, de se rire de l'autre, de se gausser de celle-cy, de
mal parler de celle-l? Pour moy, je crois qu'on n'en eust peu inventer
davantage pour se mocquer de nous: car le pire que je remarque en cecy,
c'est que la pluspart sont accuses  tort et sans cause.

Moy, qui estois[243] de l'autre bout, pris la parolle pour toutes les
autres en general. Mes damoiselles (dis-je)[244], il se faut resoudre en
cecy; il y a un expedient fort propre; il est besoin en choses
d'importance d'apporter du conseil: il nous faut faire un reglement en
ceste affaire. Pour moy, je trouverois bon que nous fissions une lettre
de desadveu et une signification pour nous departir de tous ces discours
de l'accouche. La femme d'un sergent du faux-bourg Sainct-Marceau,
approuvant son dire, respondit que son mary ne prendroit rien des
significations, et qu'infailliblement il publieroit lesdites lettres par
les carrefours de Paris, n'y ayant personne qui peut mieux tromper ny
trompeter que luy.




LETTRE DE DESADVEU

touchant le caquet de l'accouche[245].


_Nous, dames et bourgeoises de Paris, assembles s estuves, aprs
avoir veu et leu un livret qui s'intitule le_ CAQUET DE L'ACCOUCHE, _et
que, dans iceluy livret, nous avons amplement remarqu qu' tort et sans
cause on nous calomnioit, nous appelant caqueteuses, bien que chacun
sache assez bien que nostre langue est toujours en nostre bouche, outre
qu'il n'y a eu aucune assemble d'accouche qui eut peu authoriser ce
discours, afin que chacun cognoisse l'integrit de nos actions, et qu'il
soit notoire  tous que nous aymons  avoir le droit partout: Nous avons
des-avou et des-authoris, comme par ces presentes nous des-avouons et
des-authorisons le dit livre, tenans et aboutissans et dependances
d'iceluy, et en tant que nostre pouvoir s'estend. Nous segregeons de
nostre compagnie tous ceux et celles qui feuilleteront le dit livre,
enjoignant de plus  toutes les femmes, de quelque quartier, rue,
qualit ou condition qu'elles soient, que partout o elles verront le
dit Livre, Seconde et Troisiesme aprs-disne d'iceluy, soit s-mains
de leurs maris ou autres, quelles ayent  s'en saisir, comme d'une pice
pernicieuse  notre sexe, et de ce nous donnons pleine puissance et
authorit absole. Donn  Paris, le jour et an que dessus._


Ceste lettre de desaveu pleut grandement  la compagnie, qui
l'approuvrent d'une mesme voix et d'un commun applaudissement. De l,
s'estant toutes revestues, elles sortirent des estuves et s'en
retournrent chacun en son logis, avec promesse toutefois de s'assembler
pour la seconde et troisiesme fois, si l'occasion le requiert.




LE DERNIRES PAROLLES

ou

LE DERNIER ADIEU DE L'ACCOUCHE

    Ensemble ce qui s'est pass en la dernire visite
    et quatriesme aprs-disne des dames
    et bourgeoises de Paris[246].


En vain vous auriez veu les commencemens des couches de l'ACCOUCHE et
feuillet ses premires et secondes[247] visites, si par mesme moyen
vous[248] ne veniez  jetter les yeux sur le progrez, suitte et
advancement d'icelles, et ce avec autant plus de desir que le sujet le
semble requerir. C'est pourquoy, comme tesmoin occulaire de ce que j'ay
veu, je vous traceray en ces lignes ce que j'en ay apris depuis
peu[249], esperant que, comme nostre puissance intellective n'a des
bornes qu'en tant que les cognoissances qu'elle a sont dans la sphre
d'activit de son esprit, et qu'elle peut encor s'estendre d'advantage,
que par mesme moyen aussi je vous en feray voir d'autre, si l'occasion
m'en donne le sujet. Ce que je fais icy, ce n'est qu'en forme
d'ARRIRE-FAIX.

Plusieurs s'arresteront icy sur ce mot d'arrire-faix, qui peut-estre,
n'ayant jamais penetr dans les cabinets de la medecine, ignoreront de
prime-abord ce que je veux entendre par la superficie de ce discours;
mais ayant visit le dedans et veu ce que j'y couche, ils verront qu'
juste tiltre je devois en ce lieu parler de l'arrire-faix de
l'accouche, puisque jusques icy on en avoit tant et tant fait de
ceremonies.

L'arrire-faix, si nous nous voulons rapporter  madame Perrette,
sage-femme du faux-bourg Sainct-Marceau, n'est autre chose qu'une
superfluit de matire qui s'esvacu hors de la matrice aprs
l'enfantement, laquelle superfluit, comme elle est excrementielle,
aussi estant retenu dans les concavitez de la matrice et englue dans
les membranes qui se retrouvent l dedans, cela eut de beaucoup
incommod l'accouche; c'est pourquoy il la faut jetter dehors, afin
qu'estant reintegre dans sa premire sant, que nous aussi ayons
l'honneur d'assister au baptesme de son enfant, qui se fera 
Sainct-Mederic, si messire Pierre s'y rencontre: car il est fort subjet
 dire son breviaire et ses sept pseaumes pour madamoiselle de la Garde.

Et pour entrer en lice et mettre la lance de ce discours dans l'estri
d'une suitte admirable o je puisse courre la carrire de bien dire, et
vous faire voir le fruict d'une nayfvet gaye et naturelle, vous devez
savoir qu'ayant apperceu que tout le monde, tant fols que sages,
avoient band le roet de leurs inventions pour delascher quelque coup
de mesdisance, et s'estoient appliquez  faire des discours ou plustost
des mixtions pour faire quelque bouillon  l'accouche, que je pouvois,
sinon avec autant de rime, au moins avec autant de raison, aller voir
madame l'accouche, comme de fait mardy dernier je m'y acheminay avec
bonne intention d'en tirer mes pices aussi bien que les autres. Ce fut
le matin que je fis ceste belle entreprise, croyant que je verrois
madame l'accouche en son pontificat; mais ayant frapp  la porte, qui
estoit entrebaille, je fus tout estonn de la voir en la salle d'embas
auprs du feu, qui s'amusoit  secher une coiffe  passement pour
l'aprs-disne, car j'ai sceu depuis que toute la matine elles sont
debout, et que l'aprs-disne elles se couchent et s'accomodent, se
peignans, frisans et encourtinans superbement dans leur lict.

A peine eus-je frapp qu'elle print la fuitte et gaigna au pied, de peur
d'estre recogneu, croyant infailliblement que ce fust quelque dame qui
la vint voir. La servante, qui vint  la porte, me dit: Monsieur, madame
est un peu indispose pour l'heure; s'il vous plaist, revenez aprs
midy. Ceste responce me fit retirer aussi froidement que monsieur de la
Garandine, qui, estant all souper en ville, fut contrainct,  son
retour, de coucher  la porte, sa femme s'estant r'enferme avec un
jeune advocat de la ru S.-Denis. J'attendis pourtant que midy fust
sonn[250] afin d'entrer avec les autres, comme je fis insensiblement
pourtant, car j'estois accommod en apoticaire. De me mettre ny en la
ruelle du lict ny au chevet, je n'eusse jamais voulu; je pris un bout de
la tapisserie et me cachay secrettement  l'endroit o je pouvois
entendre quelque chose.

Or il est  remarquer que ce jour il n'y avoit que les bourgeoises qui
faisoient leurs visites: car, les jours precedens, les grandes dames et
damoiselles y avoient pass. Madame la Bruyne, nouvellement erige de
tavernire en grand' et superbe marchande, commence  dire:

--Comment! ma cousine, n'avez-vous pas ouy parler de la drollerie qui
s'est joe dernirement en un pelerinage qui se fit  Nostre-Dame-des-Vertus?

--Aussi vray, ma cousine, respondit l'autre, voil les premires
nouvelles que j'aye encore ouy parler.

--C'est la plus plaisante tragedie que vous oites jamais, dit une
vieille de la ru de la Harpe.

--Pour vous commencer ces discours, ma cousine, dit la premire, vous
devez savoir qu'aujourd'huy chacun en prend o il en peut attrapper.
Deux jeunes dames que plusieurs cognoissent...

--Ne sont-elles pas de la paroisse Sainct-Germain? dit une fille de
chambre.

--Il n'importe de quel cartier elles soient: il ne les faut pas nommer.
Elles alloient en fin l'autre jour en pelerinage  Nostre-Dame-des-Vertus,
accompagnes de deux braves courtisans qui, ds longtemps ayant fait la
partie, ne cherchoient que l'occasion de trouver un tripot afin
d'achever le jeu en quatre ou cinq coups de grille[251]. Leurs maris,
qu'on dit n'estre point de justice, car, s'ils eussent eu le droit,
peut-estre qu'ils n'eussent point encouru l'affront qu'ils encoururent
depuis, voulans joer leur personnage en ceste tragedie, aussi bien que
le sieur Darmingre en la ru Sainct-Martin, o il pensa se rompre les
hipocondrilles et le train de derrire, songrent qu'en ce cas il se
falloit desguiser, et que, pour ce faire, il n'estoit mal  propos de
prendre l'habit de quelque moyne ou religieux. Les uns disent qu'ils
prirent l'habit de capucin, les autres tiennent qu'ils estoient habillez
en mathurins. Quoy que s'en soit, ils estoient desguisez, et soit de
l'un, soit de l'autre habit, ils avoient de l'advantage: car s'ils
estoient accommodez en capucins, ils eurent ceste prerogative qu'en
alant ils portrent la corne derrire  cause du capuchon, et en
revenant ils en portoient deux sur le front; s'ils estoient habillez en
mathurins, c'est qu'ils commenoient desj  se faire recevoir en la
grande confrairie des fols, comme a fait depuis peu un passementier de
la ru Sainct-Denis. S'estant habillez, ils suivirent de loin nos
pelerines, qui, estans arrivez au lieu, prirent la meilleure
hostellerie. Nos religieux cependant vont  l'eglise, pour faire bonne
mine, o tout le train arriva. Une, entre autres, de ces deux dames vint
s'adresser  son mary: Avez-vous celebr, mon pre? Le mary, qui se
renfonoit dans son chapperon, lui respondit comme en reculant, peur
d'estre cogneu: J'ay celebr ds le matin, Madame; excusez-moy. On en
demanda autant  l'autre; mais on n'eut autre responce de luy sinon
qu'il estoit indispos. Cela les fit tourner d'autre cost. La messe
dite, nos gens s'en retournent pour desjeuner. Ils demandrent une
chambre escarte; on les conduit  la chambre la plus proche des
tuilles. Comme ils estoient en bonne disposition, les religieux, qui
s'estoient habillez pour entrer en la confrairie des cornards, qui est
maintenant si peuple  Paris, demandrent chopine, afin de voir le
succez des affaires. On les meine dans une petite estude qui respondoit
sur les pelerins, o par un petit trou ils apperceurent de quels bois
estoient faites les cornes qu'on leur alloit planter sur le front; ce
qu'ils virent grandement  contre-coeur, et malgr eux, ainsi que
monsieur Ranville, qui eut l'autre jour un soufflet malgr luy dans le
Palais. Cecy veu, ils s'en retournrent; mais le mal'heur en voulut que,
les cornes leur commenant  croistre en la suture coronale, je veux
dire cornale, ils ne peurent jamais remettre leurs chapperons dans la
teste, ou, pour dire avec monsieur du Fresne, la teste dans leurs
chapperons. Les pelerines revindrent aprs midy, o nos religieux leur
vouloient donner l'absolution, comme de fait ils leur pardonnirent la
coulpe, bien qu' regret (car il est impossible de renfoncer les cornes
qui ont commenc de paroistre); mais pour la peine ils se resolurent de
leur faire porter[252] en ce monde, afin de les descharger d'autant en
purgatoire, si de fortune leur chemin s'adonnoit en ces cartiers-l: de
faon que les pelerines furent espoussetes de la poudre que peut-estre
elles avoient pris le long du chemin.

--Cela pourroit-il estre vray, ma cousine?

--Chacun en va  la moustarde en nostre cartier, dit une drappire de la
ru Sainct-Honor; pour mon regard, il me souvient bien de leur avoir
vendu de bonnes estoffes et trop releves pour leur qualit.

--N'est-ce point une grande impudence (dit une autre) de madame Remonde,
qui vendoit des confitures il n'y a que trois jours, et aujourd'huy,
sous l'esperance d'une bonne succession, la voil damoiselle, marie 
un homme de qualit, et porte les colets montez  quatre et cinq
estages, les cotillons de satin  fleurs! Pour moy, je ne say comment
on tollre cela.

--Voil comme va le temps d'aujourd'huy: on se plaist  braver et 
piaffer par les rus. Mais,  propos de succession, madame la Renardire
est bien empesche despuis deux jours: elle esperoit avoir toute la
succession de sa soeur, qui despuis vingt ans a est sterille; elle
n'a est recherche en mariage que sur ceste esperance, et sans cela
elle eust est bien empesche de trouver seulement un huissier pour
mary; et aujourd'hui que sa soeur a fait un enfant, contre l'opinion
de tout le monde, la voil prive de quinze mille escus qu'elle pouvoit
raisonnablement esperer.

--Il ne faut jamais conter sans son hoste, dit une bourgeoise du
faux-bourg Sainct-Honor: il y a de certains religieux auprs de nous, 
qui un certain avoit donn et pass par bon contract tout son bien
durant sa vie, qui pouvoit bien revenir  quarante mille escus; ils
seront bien empeschez de l'avoir, car les parens disent que la donation
est nulle, et qu'on ne doit usurper ainsi le bien des mineurs au
desadvantage de toute une famille; comme de fait,  l'appetit d'un homme
qui portera quelque affection particulire  un autre, doit-il pourtant
priver ses enfans des biens et possessions qui leur sont deubs
naturellement? On ne les peut desheriter de la sorte, et en cecy
l'arrest des berulistes y est formel; de faon que je crois que lesdits
religieux seront bien esloignez de leurs quarante mille escus.

--Madame a raison, dit l'accouche; moy qui ay sept enfans, si je
voulois donner mon bien  quelque religion, ce seroit rendre ma famille
pauvre et reduitte  mandier son pain; c'est avoir peu de consideration
pour des enfans.

--Les enfans en sont quelquefois cause, madame (dit une qui estoit au
pied du lict); la pluspart d'aujourd'huy sont si orgueilleux, que,
mesprisans le lieu d'o ils sont venus, s'accommodent en princes et
grands seigneurs; tel aujourd'huy n'a pas cinq sols vaillant, qui fera
autant de parade comme s'il avoit de grands biens et possessions.

Une qui n'avoit parl: Il ne faut, dit-elle, pas aller si loin: madame
le Doux en peut porter tesmoignage. Voulez-vous voir chose plus poupine
que sa fille? Il n'y a que deux jours qu'elle estoit fille de chambre au
logis de M. de Chevreuse, et maintenant elle porte autant d'atours que
la plus grande dame de la cour; mais pourtant elle a beau se parer, ny
son masque ny ses perles ne luy blanchiront point le teint.

--Aujourd'huy, dit une marchande de perles, les damoiselles ( ce que je
peux voir  la vente) observent que plus elles sont blanches, plus les
perles qu'elles acheptent sont noires; ou au contraire, si une dame est
un peu brunette, elle marchandera des perles les plus blanches qu'on
pourra trouver.

--Voyez-vous plus grande superbe et arrogance que celle de madame
Clairmonde, qui depuis un mois s'est faite damoiselle, aux despens de
son mary, qui porte les cornes? dit une de son quartier. Depuis qu'elle
a commenc  porter le masque, elle en est si orgueilleuse, que, mesme 
l'eglise, elle ne le deferoit point pour tout le monde. Cela est
intollerable et insupportable.

--Je vous asseure qu'elle le fait  cause de sa laideur, dit une autre
qui est sa voisine.

--Pour mon regard, dit une jeune esvente qui aime le haut goust, je ne
trouve pas trop mal  propos si madame dont vous parlez s'accommode
bien: il y en a bien d'autres qu'elle entre nous autres procureuses du
Chastellet (elle ne demeure pas loin de l sans doute); nous plumons la
poulle du villageois. Il ne nous en chaut de tous les bruits qu'on fait
courir de nous; pourveu que nous ayons de quoy faire gargoter la
marmite, c'est le principal. Je ne say pas comme se manient et
gouvernent les autres de nostre qualit; mais pour mon mary, c'est le
plus heureux homme du monde: tantost on luy fera present d'un livre,
tantost d'une couple de perdris, tantost d'un past de venaison; il ne
faut pas mentir, que cela nous accommode grandement bien.

Une veufve, qui estoit prs de la porte, interrompant son discours, va
dire: Je ne say pas comment toutes ces affaires se prattiquent; mais on
me dit l'autre jour qu'on avoit jou un plaisant trait  un procureur de
vostre cartier. Chacun commenoit  dresser les oreilles pour ouyr ce
traict. C'est, dit-elle, qu'on luy envoya un fort beau past en forme de
venaison; mais quand on vint  l'ouvrir, on trouva qu'il n'y avoit que
deux cornes dedans: c'estoit une viande de dure digestion.

--Ce ne fust pas  nous  qui ce present fut donn, repliqua l'autre:
c'est  nostre voisin (comme si on ignoroit qu'elle a enchroniqu son
mary elle-mesme au rang des cornarts!). Mon mary sait mieux que c'est
de vivre que cela; il a des affaires pour les marguilliers de Baignolet
et pour les manans de Ville-Juif, qui ne sont point ingrats, car mon
mary emporte tousjours plume ou aisle.

Une autre qui avoit autrefois est fiance  son mary, et qui le
cognoissoit, va dire: C'est donc la cause pourquoy on appelle les
procureurs volleurs et larrons, Madame, puis que,  tort ou  droit, ils
prennent des deux mains?

--Vous n'y estes pas, ce fit une esveille: la raison pourquoy on dit
que les procureurs sont volleurs, c'est qu'ils n'ont qu'une plume, et si
pourtant ils volent mieux que pas un oyseau qui soit en l'air.

[--O la grosse invention! va dire une autre; mais prendriez-vous le mary
de madame pour un de ces gens-l? Vrayement il en est bien esloign;
s'il a des commoditez, elles ne viennent pas de l. Ne cognoit-on pas
son pre, homme riche et opulent?

--Ouy, du bien et de l'argent qu'il a prest][253]  usure, dit une des
voisines.

[--Est-il seul qui preste  usure? va faire une autre de][254] la ru de
S.-Anthoine. C'est en nostre cartier o sont les gros usuriers[255]; il
y en a trois qui sont en chambre garnie, qui sont de Rennes en
Bretaigne, et qui ne se communiquent qu'avec beaucoup de difficultez;
l'un est rousseau et les deux autres noiraux; mais ce sont les gens les
mieux entendus qui se puissent remarquer. M. Gratiano, Italien, et M. de
la Verdure, les cognoissent bien: ce sont leurs partisans, tout passe
par leurs mains; mais s'il faut faire quelque chose d'importance,
attrapper quelques jeunes gens, les suborner et seduire, ce sont ces
Messieurs; s'il faut bailler cent escus pour en avoir cinquante au bout
de trois mois, ils y sont les premiers; il n'en faut demander advis qu'
M. de la Tour, ce fermier tant renomm, qui a est englu assez bien
depuis quinze jours[256] en , qu'il alla emprunter de l'argent  ces
maistres affronteurs pour marier sa fille.--Une vieille de la ru
Sainct-Victor, y voulant mettre son nez: Ne sont-ce pas, dit-elle, ces
receleurs de la jeunesse, qui prestent de l'argent  rendre prebstre,
mort ou mari? Il y en eut un de nostre quartier, l'autre jour, le plus
vilainement affront du monde; il n'y a point de danger de dire son nom:
c'est M. de la Croisette; il avoit prest  diverses fois quinze cens
livres  un jeune advocat de la rue Sainct-Jacques, le pre duquel est
mort depuis six mois, esperant retirer au double quand il se marieroit.
Or il est arriv que ledit advocat est mort ces jours passez, de faon
que mon drolle vint  faire sceller un coffre; mais, soit que les parens
eussent soustrait ce qu'il y avoit, soit que les sergens eussent quelque
intelligence l-dessous, quand on vint  ouvrir le coffre pour faire
l'inventaire de l'argenterie, meubles, chaisnes et joyaux qu'on croyoit
estre l-dedans, on n'y trouva que des pierres.--C'est la faon de
Ulespigle[257], dit une qui avoit leu les romans. Sur ce mot, on
couppa le discours pour entretenir madame l'accouche de tout ce qui
s'estoit pass en ses dernires visites. Pour l'heure, dit-elle, je me
porte bien; je voudrois qu'il me fust permis de sortir, je serois bien
ayse de prendre l'air: aussi y a-il long-temps que je suis icy
renferme[258]. Comme de fait, je ne say comme penser que cela se soit
fait de demeurer si long-temps en couche, veu que les premires visites
se firent l'aprs-disne du vingt et quatriesme d'avril, et nous y
sommes encor. Toutesfois, c'est peut-estre  la mode des Hebrieux, qui
devoient estre en leurs couches, quand elles s'estoient descharges
d'une fille, l'espace de quatre-vingts jours; encore seroit-ce davantage
despuis le temps.

L'accouche, estant battu de tant et tant de discours et rapports qu'on
luy venoit faire de jours  autre, pria sa mre de congedier la
compagnie, et de ne prendre en mauvaise part tout ce qui avoit est dit
chez elle. Sur cet adieu, toutes les bourgeoises prirent cong d'elle,
avec toutes sortes de reverence et de courtoisie, et moy
particulierement, qui sortis le dernier, et eus le bonheur[259] de voir
l'enfant dont est question et du quel on attent le baptesme. De vous
dire en ce lieu si c'est un masle ou une femelle, ce seroit trop
entreprendre; j'ayme mieux attendre  la premire occasion.




LE RELEVEMENT

DE L'ACCOUCHE[260].


Puisque, par l'ordre le mieux temper de la nature, chacun est oblig de
suivre les traces et les vestiges de son naturel, on ne doit s'estonner
pour le jourd'huy si je ne say quel crocquant de ce sicle a voulu
quitter le plus specieux de son exercice pour s'avilir dans une
intemperance aussi lgre que la poudre, et autant inconstante que les
vents et les fumes; toutesfois ses annes et sa qualit devant faire
rougir toute insolence dans un silence de discretion, c'est ce qui fait
 cognoistre aux ames plus grossires que toutes choses sont sujettes 
faire joug  l'inconstance, et qu'il n'y a rien de si stable et de si
permanent qui ne reoive des divertissemens trs importans  la police
des bonnes moeurs.

Excusons-le, il est sur l'aage, il est charg de beaucoup d'enfans, et
sur tout d'une grande fille qui ne peut trouver un bon party faute
d'escus; et puis il est nouvellement relev de maladie, qui fait que ses
esprits sont alienez, ou du moins fort engagez dans la diversit des
choses, ne considerant pas qu'en se gaussant de la comedie l'on rit de
luy  gueule be, de ce que la volupt s'exerce fort frequemment en son
logis par le concert ordinaire d'une musique qu'il semble vouloir
excuser, toutesfois en plusieurs et diverses compagnies; et neantmoins,
comme j'ay apris d'un escholier nouvellement revenu de l'universit de
Poictiers, la comedie et la musique _pari passu ambulant_, estans d'une
mesme cathegorie, d'une mesme trempe et d'une mesme composition: car, si
la comedie imprime des dissolutions dans les esprits, la musique n'en
faict pas moins, et si l'une resveille les sens, l'autre les jette  la
renverse.

Passons outre. On a cy devant parl au Caquet de l'accouche pour et
contre la France en certain endroit, et contre plusieurs et diverses
personnes de qualit, et a-on voulu blasmer ceste benigne et courtoise
nation de ce qu'elle toleroit des theatres publics deffendus du temps et
du rgne de sainct Louis; mais  cecy il n'y a que redire pour le
jourd'hui: _omnia tempus habent_, ce disent les vielles; et puis il n'y
a que ce bon diable de Tabarin et Desiderio de Combes qui exercent ce
metier et ce passe-temps, l'un donnant des remdes pour l'exterieur, et
l'autre pour ce qui est de plus exquis, de plus cher en ce monde, ainsi
que nous tesmoignent la diversit des cures par eux faictes[261]. A bon
chat bon rat, il n'appartient qu'au savetier  parler de sa serpette, 
l'yvrogne de sa bouteille, au petit mercier de son filet et de ses
allumettes, aux femmes de cacqueter  double rattele, et aux oysons de
chier par tout (_non omnia possumus omnes_)[262]; il est vray selon le
dire de la garde de l'accouche, qui a le fessier plus gros que n'eut
jamais la haguene de Gargantua, car il faut s'estonner comme un homme
de merite et de qualit s'est amus  la ruelle d'un lict pour entendre
et escrire tant de sornettes[263], qui ne sont pourtant bien racontes,
puis qu'il a accommod le stile de son discours avec des mensonges
nonpareils.

--Sur quoy la servante de chambre du logis, esmerillonne au possible,
autant desireuse de savoir et de gouster de tout comme peut estre sa
maistresse, remonstra  la dite garde d'accouche[264] qu'il valloit
mieux mentir un peu pour contenter le monde que de laisser son esprit
enroill, et qu'estant de la confrairie de ceux qui vont  pied pour le
present, qu'il n'estoit pas mal seant de faire telles sortes
d'escritures, puis qu'on ne faisoit plus de consultations.

--Il est vray que c'est une pauvre chose que l'oisivet[265]; mais aussi
quel profit de discourir de plusieurs dames que ne luy savent point de
gr, et qui sont maintenant ses capitales ennemies, et lesquelles, au
besoin, l'ayant rencontr sur pareilles entrefaictes, lui feraient
vuider le pot  pisser pour penitence?

Sur ces entrefaictes arriva la cuisinire, laquelle, pour mettre la
garde[266] et la fille de chambre d'accord, leur dict: N'est-il pas vray
ce qui a est escrit ces jours passez? la mre de madame ne se
plaignoit-elle pas de tant d'enfans que sa fille a depuis sept ans en 
qu'elle est marie? Par sainct Jean! cela est vray, et si je say bien
pourquoy elle faisoit tant de plainctes, car la galande, encore qu'elle
soit assez incommode, l'appetit de paroistre ne la peut quitter, et,
toute suranne qu'elle puisse estre, elle ne laisse pas de dire par
fois qu'elle est grandement oblige  Tabarin. Aux bons entendeurs
salut[267]: la fontaine de Jouvance est tarie, c'est pourquoy cet homme
est ncessaire; et si ce vieil registre d'amour a faict tant de
plainctes devant l'assemble qui estoit dernierement au logis, il ne
faut pas que l'on s'en estonne, car elle voudrait que toute sa ligne
fust de la coste de sainct Louis, pour paroistre selon son dessein.

Ce discours ne fut pas si tost finy qu'une petite muguette de la rue
Sainct-Martin entra dans le logis pour savoir de la disposition de
madame l'accouche, et pour avoir l'honneur que de s'offrir  son
service pour le jour de son relevement, o elle ne fust pas si tost
entre, qu'un certain clerc qui va tantost au pair avec son maistre, 
cause de quelque gentillesse dont il est pourveu, luy demanda: H bien!
Madame, que dit-on du Caquet de l'accouche que l'on a faict imprimer
ces jours passez? N'en avez-vous point encor eu la lecture?

--Vrayement, respondit-elle, c'est un discours assez jolly, et duquel
j'ai receu un infiny contentement, principalement sur ce qui est recit
d'une damoiselle qui jettoit des soupirs gros comme des boulets de
canon, de ce qu'il y a tant de peine  se garantir des accidens qui
arrivent aux financiers, faute d'estre alliez  quelque gentil-homme de
remarque, car son mary a fait perdre plus de pas  un mien amy pour le
payer de la pension que le roy luy donne qu'il n'y a presque de jours en
l'an.

--Comment! luy respondit ce mignon de clerc, vous la cognoissez?

--Ouy, asseurement, je la cognois, et  mon grand dommage! Mais n'en
parlons plus. A Dieu, Monsieur; je m'en vais savoir la disposition de
Madame.

Ainsi elle monta en la chambre, et laissa choir de sa pochette, sans y
songer, un certain papier envelopp o[268] la suitte du Caquet estoit
escritte, qui commenoit par ces mots: Je m'estonne de ce que l'on a
introduit en l'assemble de l'accouche de ce temps tant de personnes et
de tant de sorte d'estoffes, avec si peu de rgle et avec tant de
confusion, d'autant qu'au sicle o nous sommes la ruse possde
tellement les esprits d'un chacun, qu'il n'est pas  croire qu'une
damoiselle allant voir quelque accouche se fasse assister de sa
suivante si d'avanture elle ne l'envoye en une antichambre ou dans une
salle, selon que le logis est compos, afin que par ainsi les reigles de
toutes libertez soient observes, ausquels lieux je vous laisse  penser
ce qu'il s'y faict aucunesfois, tesmoin la fille d'un sergent  verge
qui abandonna y a quelque temps son pre, vieil qu'il estoit, pour
suivre partout Madamoiselle,  cause qu'elle luy faisoit porter
l'attour.

Il y a aussi grand sujet de blasmer le secretaire du Caquet, puisqu'il
a introduit avec mensonge et avec imposture une simple servante en ceste
assemble si notable: car, parmy des dames de qualit, aucunes
desquelles ont amass plus de rentes et de revenus en dix annes que
n'avoient autresfois vaillant les plus grandes dames de la cour, quelle
apparence! C'est faire tort  l'ordre du sicle et mettre tout dans
l'ancien cahos. Non, non! si telles crocquantes ont envie de causer de
leur butin, ce n'est point en compagnie, ainsi que dit monsieur le
secretaire; c'est avec mon compre le savatier, ou avec quelque
ravaudeur qui leur est affid, et qui le plus souvent leur resserre leur
butin: aussi  ces drosles-l on leur va bien tailler de la besogne,
car, au lieu de faire les galans, sans contredit il faudra qu'ils
prennent lettres de maistrise malgr eux; _transeat_, le danger n'est
pas grand: quand au corps de ces canailles il y aura jurande et
maistrise, ils songeront davantage  leur profit, et ne serviront plus
d'espions comme ils font aux coins des rus; et quand  mesdames les
servantes, elles n'auront plus la peine de se confesser du revenu de
l'ance du panier, qui leur sera une consolation  leur esprit et une
esperance de mieux faire que celles du pass, lesquelles, aprs avoir
bien ferr la mule et s'estre pourveus  leurs fantaisies, ont est
contrainctes enfin d'achepter une escuelle de bois: tesmoin une certaine
galande qui se voit maintenant entre midy et une heure  la porte de
monsieur le prsident ou aux environs, attendant la caristade.

En suitte de ce discours il y avoit une reprimande contre l'autheur du
Caquet de l'accouche, en consideration de ce qu'il avoit recit d'une
marchande de soye de ceste ville, qui disoit avoir vendu pour douze cens
livres d'estoffes pour la fiance d'un thresorier de Picardie. Aussi
quelle apparence de se gausser ou dire que l'on s'est gauss d'un homme
de ceste qualit pour avoir fait une petite despence, car encores qu'il
n'ait que douze cens livres de gages, n'y a-il pas le tour du baston,
qui vaut mieux que tout, et qui peut entretenir le carosse et les
laquais, outre l'ordinaire du logis? Laissons l les thresoriers, c'est
un crime d'en parler en temps de guerre: le trouble du temps et leur bel
esprit les licencie; bref, il n'est pas temps d'en faire la recherche:
nous sommes en un temps d'estat auquel les armes sont de requeste, et
le conseil des anciens guerriers plus que celuy des magistrats, si ce
n'est dans les villes bien polices et o la rebellion est en mespris,
esquelles il n'y a difficult quelconque que les femmes des notaires
n'aillent au traquenar de l'ambition et de la braverie, puisque la
continuation de la guerre a fait engager toute la noblesse de France
jusques au moule du pourpoint pour trouver de l'argent  rente. Pour
moy, j'en cognois une assez familierement, qui, sur ce point, aymeroit
mieux cent fois mourir si quelqu'une de ses compagnes la surpassoit;
aussi a-elle le maintien assez venerable, le discours assez affil, et
pour estre un peu noire de visage, elle n'en est pas plus laide sous le
linge.

J'estimerois que ce papier estoit une espce de responce  ce pretendu
Cacquet de l'accouche, car il y avoit, outre ce que dessus, l'apologie
de la femme d'un advocat du Chastellet, que l'on disoit avoir mis son
nez en ce petit discours de braverie, en laquelle estaient escrits ces
mots: Si les empereurs, par leurs constitutions et par leurs nouvelles,
ont entendu declarer nobles les advocats, quoy qu'ils fussent de basse
extraction, pourquoy voudroit-on aujourd'hui corriger leurs actions
aprs s'estre advancez par leur vertu? Aux nobles tout ce qui est de
noble doit estre permis et toler, et rien ne doit borner leurs actions
que leurs propres volontez, qui font d'ordinaire leur refuge dans la
bienseance, et non dans les opinions d'un ingrat et d'un insolent
vulgaire, lequel tasche de s'eslever de jour en jour, au prejudice
d'autruy, quoy qu'il n'aye que des aisles de cire le plus souvent. Donc,
si les advocats portent en ce temps des soustanes de Damas au lieu de
sayes, il n'est point si mal  propos qu' un simple procureur qui
n'aura que trois ou quatre presentations le long de l'anne, qui ne sera
honteux d'en faire de mesme; et puis, le rgne de la confusion estant en
lustre, ce n'est point  ceste corde-l qu'il faut toucher.

Aprs la guerre viendra la paix[269]; le roy estant de retour dans
Paris, il donnera, Dieu aydant, si bon ordre aux desordres qui se sont
coulez parmy le peuple, qu' l'imitation de ses ancestres, la police
qu'il introduira fera que chacun sera cogneu pour ce qu'il est. Alors le
petit courteau de boutique ne portera plus le castor  l'envie de la
noblesse et des hommes de qualit; il sera tout honteux de porter le
petit bonnet  l'antique, et madame la bourgeoise sa femme sera toute
goguelu d'estre habille de bon gros drap au lieu de vestemens de soye
(ainsi qu'une trop grande licence a toler depuis quelque temps). Ce
sera lors qu'on ne tiendra plus de caquet des maris comme l'on faict; on
ne parlera plus de leurs aydes, ny des offres de courtoisie qui se font
par fois pour soulager le bon homme. Bref, tout sera remis en si bon
ordre et en si bonne cadence, que les lieux destinez pour l'impudicit
(quoy qu'ils soyent abolis depuis un long temps) seront neantmoins
retenus et conservez pour celles qui font banqueroute  leur honneur.

A grands seigneurs peu de paroles; j'ay appris par le Caquet que
l'assistance de l'accouche estoit compose de plusieurs femmes et de
diverses qualitez, lesquelles disoient chacune leur rattele, et ainsi
que leur conception ou leur envie les provoquoit: ce que je suis d'advis
de croire si ladicte accouche estoit quelque femme  l'occasion;
toutefois, estant certain qu'il n'y a reigle si certaine qui ne reoive
son exception, ceste accouche estant quelque peu releve en qualit, il
est  presupposer qu'il n'y avoit point tant de sortes de femmes comme
l'on dit: car pour le jourd'huy, si une femme a vaillant cinq ou six
mille livres [tant de ce qu'elle a peu apporter en mariage que du
travail de son pauvre diable de mary][270], il faudra tapisser la maison
par tout, paroistre en vaisselle d'argent; et, quand elle ne seroit que
la femme d'un petit commissaire du Chastelet, il faut que le satin
marche  toute reste, sans aucun soucy des deptes [quand mesme la
fruictire du quartier viendroit tous les jours crier et brailler  sa
porte pour estre paye de ce qu'elle a fourny pour son logis][271].

Voil comme l'on se porte pour le jourd'huy dans les vains appas de
l'ambition, ne se voyant presque si petit compagnon ny de si basse
estoffe qui ne s'en face accroire en quatre parties, aymant mieux
engager sa femme, son honneur et sa conscience, qu'il ne vienne  bout
de ses pretentions et de ses procez, ainsi qu'a fait un certain gantier
depuis peu de jours en [272], afin de faire le galland en son
quartier, au prejudice d'un disciple de sainct Yves; et puis l'on parle
du sieur d'Ambray, qui fit jadis un don  l'Hostel-Dieu de trois pains
de succre pour soulager sa conscience. Vrayement, qui voudroit parler de
tout le monde et de la sorte qu'il se gouverne, ce seroit un beau
libelle! Les honnestes hommes, ce sont ceux qui vont bien couverts, et
quoy que l'on ait un grand esprit et accomply des plus rares
perfections, ce n'est plus rien; il en faut avoir  quelque prix que ce
soit, faut chasser au loing la necessit; aussi bien, quand on a plum
la poulle et le poussin, les Pres de la Socit absoudent tout, ce qui
m'occasionne de dire ce que disoit autresfois un pote:

    Impia sub dulci molle venena latent.

Ouy, sous les herbes plus fueillus et plus espoisses, les serpens et
coleuvres font leur retraicte, et soubs les honnestes apparences des
vestemens du sicle, les plus pernicieuses conspirations prennent leur
estre et leur naissance: tellement qu'il est mal  propos de se plaindre
des eschevins[273] de nostre sicle, qui par _fas_ et par _nefas_
emplissent leur bource  la sortie de leur charge, si l'on ne dit qu'il
y a un grand abus aussi  la distribution des deniers provenans de la
succession de la reyne Marguerite: car, si Massey[274] se gausse de sa
part du procez par luy intent au Parlement, il y en a d'autres qui font
bien leurs affaires; les uns en entretiennent le carosse, et les autres
en font bonne chre.

H bien! l'on a grandement rompu la teste de madame l'accouche, par la
diversit des discours qui se sont tenus au chevet de son lict;
quiconque s'est trouv en ceste assemble n'a pas eu le filet  la
langue; bref, le silence a est si peu observ en toutes les
apresdines, que la plus part de Paris y a eu son lardon, attendant que
le reste fust prepar pour le Relevement; sur quoy ceste grosse vesse de
garde (de laquelle a est parl cy-dessus)[275], mettant les mains sur
ses roignons, dit assez effrontement: Par ma foy, Mesdames, vous en avez
bien dit entre vous; mais je vous veux apprendre un bon tour qu'a fait
autres fois un[276] procureur du Chastellet de qui la fortune estoit
assez petite. Il faut que vous sachis que, se voyant ainsi reduit au
petit pied, il trouva une trs bonne invention de parvenir en peu de
temps: c'est qu'il estoit procureur d'une partie qui contestoit au
presidial un grand fonds et de grande importance,  quoy elle se
trouvoit fort empesche,  cause des chicaneries o l'on desiroit de
l'embroiller. La partie adverse, sachant la necessit de ce procureur,
courtoisement s'adressa  luy, et luy representa que s'il y avoit moyen
de passer une sentence en sa faveur, qu'il y avoit dix mille livres 
gaigner: ce qui ne fut pas si tost propos qu'il fust effectu; et ainsi
le procureur commena sa fortune, qui du depuis s'est bien accreu, car,
au retour de cette affaire, sa femme luy fit si bonne chre de la
resjouissance qu'elle avoit, que l'appetit luy en vint souvent de faire
telles expeditions. Aussi maintenant il est si riche qu'il ne se soucie
plus gures de sa practique.

Sur ce discours, la femme d'un advocat dit tout haut qu'il ne falloit
point trouver estrange si un procureur s'estoit laiss corrompre pour
bastir sa petite fortune, d'autant que les gens de bien n'amassent rien,
et qu'elle en voyoit un tesmoignage si certain en la personne de son
mary, que pour avoir refus de prevariquer en sa charge, et avoir
esconduit un solliciteur qui l'avoit press de ce faire, que du depuis,
au lieu de travailler comme il faisoit, il a est contraint, pour vivre
depuis un an, d'emprunter de l'argent  rente.

--H quoy! (ce dit une damoiselle de la ru Saint-Martin), s'est-il tant
engag comme vous dites?

--Ouy, respondit une marchande du Palais qui voulut y mettre son nez:
je vous asseure, Madamoiselle, qu'il m'en doit de beau et de bon; mais
je ne daignerois le presser au payement, car, quelque malheur qui luy
soit arriv, il ne laisse pas de faire bon mesnage pour le peu de bien
qu'il a[277].

Sur cecy, la femme d'un chirurgien commena de dire: Je ne say, pour
moy, de quel malheur je suis talonne. J'avois mari ma fille  un jeune
conseiller, et luy avois fait une honneste advance, pensant qu'il deust
faire des merveilles avec elle; et neantmoins je n'ay peu recevoir aucun
contentement de ce mariage, combien que je leur aye donn  disner 
tous deux l'espace de deux ans, ce qui m'a donn sujet de la retirer
avec moy, avec si peu de ce que j'ay peu r'attrapper de son mariage.

--Madame, vous avez tort de vous plaindre de vostre gendre (dit la vefve
d'un autre chirurgien, qui ne manque point d'appetit au faict d'amour);
le moyen que Madame vostre fille puisse estre bien satisfaicte de luy,
maintenant qu'il prend le frein aux dents, taschant de se rendre capable
en sa charge! Vous savez qu'il a fait toutes ses estudes en trois ans,
tant en grammaire, rhetorique, philosophie, que droict civil: c'est
pourquoy il falloit[278] davantage se contenir dans la discretion et le
laisser estudier encore quatre ou cinq annes, et puis il eust faict
possible comme les grands guerriers, lesquels, aprs leurs grandes
courses et leurs grands travaux, sont bien aises de cherir la dame et
d'en dire deux mots  leur loisir.

--Vous avez aucunement raison, repliqua ceste bonne femme; mais les
arrerages d'amour sont bien difficiles  payer, et principalement par
les hommes d'estude[279] [: car il n'y a rien qui les rende plus
soucieux et plus saturniens que cest exercice. Ce n'est pas comme les
cavaliers, qui ont tousjours l'oreille  lairte[280]]. Voil pourquoy
j'ay est contraincte de solliciter et procurer le divorce, pour lequel
nous plaidons maintenant au Parlement.

--Voil pourtant qui n'est gure honneste, dit la femme d'un petit
procureur du Chastelet qui s'estoit foul la verge le jour de ses
espousailles; vrayement, si j'eusse voulu faire de mesme pendant deux
annes, ou peu s'en faut, que j'ay jeusn, ce seroient de belles
merveilles! Je vous diray, ma mre ne m'en a pas donn le conseil;
aussi mon mary m'en affectionne fort, et, d'autre part, on n'en peut
caqueter comme on faict des autres.

--Quoy! Madame, dit une marchande de la rue Sainct-Denis, estes-vous si
sage et si retenue que de laisser passer votre jeunesse de la sorte?
Pour moy, je vous asseure qu'il faut que je passe mon temps et que je
paroisse, quand mon mary devroit faire encor une fois cession. H! que
ne doivent point faire les femmes[281] [de quelle libert ne se
doivent-elles point servir? qu'est-ce qui doit servir de frein  leurs
actions?], puis que les filles s'emancipent bien quand on attend trop 
les marier? J'en cognois une de nos quartiers, laquelle je vous asseure
estre bien advise selon le temps.

Cela esmeut madame la releve de savoir qui estoit ceste fille et ce
qu'elle avoit faict pour son contentement, et, pour le savoir, dit 
madame la marchande: Madame, obligez-moy tant que je cognoisse la fille
que vous dites n'avoir faict difficult de se pourvoir.

A quoy respondit ladite marchande que c'estoit la fille d'un
pourpointier, qui avoit si bien practiqu sa mre de l'habiller 
l'advantage que, peu de temps aprs, faisant comme le paon, qui se mire
d'ordinaire  sa queu, elle s'en seroit orgueillie si fort qu'elle
auroit desdaign d'estre pourveu  un garon du mestier de son pre
pour aller querir ses estrennes chez le fils d'un president.

--Il ne se faut point estonner, repliqua la releve, si ceste fille a
laiss aller le chat au fromage de la sorte, car elle a desj de l'aage,
et ne manque point de courage pour sa qualit; et puis, voyant qu'une
sienne voisine avoit trouv un bon party qui luy fait porter le satin et
le damas, ne croyez-vous pas que cela ne luy ait faict du mal au
coeur?

--Veritablement, respondit la femme d'un confiturier qui s'est efforce
d'envoyer son mary en paradis par eschelle, si je pouvois trouver
d'aussi bonnes fortunes, Dieu sait si je ferois l'amour  si bon march
comme je fais! car, estant soustenu par des enfans de bonne maison, il
n'y auroit personne qui m'osast regarder de travers, ny dire pis que mon
nom.

Sur ce discours, la garde de laquelle a est parl cy-dessus, estant
ennuye de tant de sornettes, joint que l'appetit la tenoit autant au
gosier comme il luy tient par fois au cul, ne fut honteuse de dire tout
haut: Ne vous desplaise, Mesdames, si je vous interromps; il vaut mieux
gouster  bon escient, puisque la collation est preste, que de parler
tant d'amour comme vous faictes. Par ma foy, il vaut mieux n'en gures
dire et en faire davantage.  , beuvons[282]! [le temps le permet,
et puis nos maris n'y sont pas. Ce qui donna tant de hardiesse  la
compagnie, qu']aussi tost les dames commencrent d'escrimer du
gobelet[283] et d'articuler des machoires  bon escient, observant
chascune d'elles un silence nompareil[284]; aprs laquelle collation on
print cong de Madame la releve fort honnestement[285].




L'ANTI-CAQUET

DE L'ACCOUCHE.

M.DC.XXII.

In-8.


Ces deux antiens advocats, d'Agues et Pilaguet, avec leurs venerables
barbes, ont est contraints de revenir au monde pour donner conseil 
tous ces peuples qui venoient pour demander justice contre ce meschant
et miserable qui a fait imprimer les satyriques du Caquet de l'accouche
et des actions du temps, o on a recogneu en plein fonds ce qu'ils
croyoient estre fort cach.

Lesquels enfin, aprs avoir eu communication des libelles, ont est
quelque temps sans parler; puis, avec une gravit non pareille, prenans
leurs barbes  deux mains, ont prononc:

Courage, peuples; nous recognoissons que son erreur est vostre
justification, car, tout ce qu'il a dit n'estant que le quart de ce qui
se fait par vous, il aura une honte de voir commenter sur ses libelles,
et declarer par le menu ce qu'il a obmis  dire.

Qui vous reprendra de vos vices si chacun en est entich? Un sac 
charbonnier ne debarboille point. Ce ne sont que gouttes d'huille qui
s'estendent sur les habits de ceux qui s'en voudroient mocquer.

Ce n'est pas pourtant sauver vostre honneur que de monstrer que la
pluspart des peuples sont vicieux, si ce n'est qu'en ce cas personne ne
vous jugera. Mais puisqu'on ne peut effacer une tache d'ancre que par
une double laissive, encore la marque y demeure, il vaut mieux en couper
la pice.

Or, disons doncques, par forme d'additions, de qui parle-il le premier?
de la consultation des medecins. Le pauvre ignorant! s'il eust est du
Palais, comme nous, il eust parl du procez et differend des quatre
medecins et quatre apoticaires, proche l'un de l'autre en un tripied,
qui se querelloient  qui auroient de la pratique. Enfin, pour terminer
ce differend, nous les avons accordez par arbitres, et ordonn que
Vignon continueroit  donner des pruneaux aux petits enfans pour
entretenir sa pratique; que S.-Jacques yroit jouer des orgues 
Saincte-Croix; que Le Sec yroit tous les jours deux fois entretenir les
religieuses de Montmartre, et que Charles monteroit sur son mullet pour
faire bonne mine par la ville; et, pour le regard des quatre
apoticaires, qu'ils sonneront ds le matin leur mortier en carrillon
pour la feste de Negrepelisse et la bienvene de monsieur de la Force.

Et ce, sans prejudice des droits de Consinot, pour avoir medicament un
certain procureur non mari, ru de Mauvaise-Parole, d'un entrac[286] au
coin des genitoires; donn conseil  tous les procureurs et advocats de
se pourmener sur les remparts et aux alles de la royne Marguerite[287],
en attendant le retour du roy et la paix conclu; et sur la requeste
presente par Moreau, son voisin, pour estre disjoint de l'instance,
attendu les quatre cens escus de gages qu'il a de l'Hostel-Dieu, il est
mis hors de cour et de procez et sans despens.

Puis aprs des charlatans et farceurs;  monsieur le satirique! vous y
venez  tard: nous avons ouy parler d'eux jusques aux enfers, qui
disoient avoir si bien parl grec, latin, espagnol, italien et franois
sur leur eschaffaut, qu'ils ont tir des Parisiens en pices de cinq
sols et huict sols, pour la vente de leurs drogues et chappellets, plus
de trente mil livres[288] dont ils ont profit, sur ce deduit trois ou
quatre cens escus pour la permission de charlataner; que l'on reforme
quand on voudra: leur paquet est faict.

Il en veut aux femmes qui veulent estre braves. Pourquoy en parle-il
mal? Que ne s'attaque-il  ceux qui les espousent et qui les trompent?
Un marmouzet qui promet tout et ne tient rien, qui donne un estat et ne
le peut entretenir, qui asseure sa fortune sur l'tiquette d'un sac et
sur la ruine d'un pasan, meritent une couronne cornu.

Il n'en parle que par envie: c'est qu'il ne peut estre eschevin, car il
n'a pas le moyen d'achepter un estat de quartenier pour assister au
banquet de la trahison, ou de gagner les voix  la brigue, comme fit
jadis un charpentier contre le venerable Poncet, qui en est mort de
melancolie. S'il ne sait faire trotter les bouteilles pendant la
brigue, il en peut bien torcher son bec. Mais quel profit y a-il de
nommer des prud'hommes? Aussi bien sont-ils corrompus quand ils ont
pass par l.

Ha! monsieur le satyrique, vous estes ignorant, ne vous desplaise,
quand vous mesprisez la petite bourgeoise qui prend le chapperon de
velours pour estre suivante de Madamoiselle; si vous eussiez pris vos
lunettes d'Amsterdam[289], vous eussiez veu leur advancement: l'une
espouse un foytte-cahyer des rentes des aydes, l'autre un procureur de
Sainct-Andr-des-Arts, l'autre un sergent dangereux de la forest de
Bondis, dont la race et posterit sera dispence d'obtenir lettres
d'anoblissement, et vous ne le considerez pas.

Il fait bien l'enhaz[290] quand il parle d'une pauvre servante qui se
plaint de n'espouser pour son argent qu'un cocher ou un palfrenier, qui
font d'une malle vigueur une genealogie d'enfans, et ce pauvre esprit
n'a pas consider que les hospitaux des Enfans-Rouges, du S.-Esprit[291]
et de la Trinit, estoient deserts sans eux, qui les ont remplis de la
semence d'Abraham.

Il veut empescher, ce semble, que le marchand n'aspire aux offices, et
neantmoins ils ont cest honneur s compagnies souveraines, tenans de la
race dont ils viennent, de marchander pour faire justice, et eux seuls
ont est les premiers qui en ont commenc la corruption. Et de faict,
avant que le marchand y entrast, il y avoit trop de gravit: on ne
pouvoit, au temps pass, approcher ses conseillers, Sainct-Valerien, la
Rochetomas, Vignolles, Ruelle, Regnard, Feu, et un tas d'autres des
Parlemens et Chambre des comptes, dont la race est noble jusques  la
quatriesme generation.

Tu t'abuse, satyrique: quel bien plus clair et plus liquide y a-il 
Paris que le loyer des maisons aux garses et mal-vivans[292]? Et
neanmoins tu tasche  l'abolir; il n'en vient que du bien. Premierement,
on advance le loyer; si un commissaire chasse le locataire avant le
terme, on est pay et on n'use point la maison; le tonnerre n'y chet
jamais; elle n'est jamais vuide, car il y a plus de ces gens-l  loger
que d'autres. Il n'y auroit point de charit de les renvoyer aux
faux-bourgs[293].

Tu pense avoir tout dit le plus important affaire des huguenots quand tu
parle de la taille qu'ils payent pour faire la guerre contre le roy; tu
t'abuse et ne le saura jamais, si ce n'est par un traistre et renegat
comme Cahyer, car la premire chose  observer en leur religion, c'est
d'estre secret, escouter tout et ne parler point, et en faire advertir
les Cercles[294] par les espions, sur peine d'excommunication.

Je croy que tu est borgne et aveugle quant tu ne contemple pas les beaux
heritages et grandes possessions de ces anciens brigueurs de pratiques,
qui subsistent encor  present, scis rue Fripaut[295], Fripillon,
consistans en menus drappeaux que l'on ramasse  faire du papier.

Et quoy! tu te mocque d'un procureur qui escrit en grosse lettre! mais
cependant,  la barbe de tous ses compagnons, il a si bien fait par ses
diligences et la faveur de ses amis qu'il a attrap la pratique du
messager de Chartres, et de fait il y a treize mois qu'il presente des
placets pour avoir executoire pour la conduite d'un prisonnier.

Tu es bien sot de ne pouvoir nommer par nom et sur-nom les usuriers; le
grand nombre t'en crve les yeux, et, par despit de ce que l'on en dit,
on fera le party du remboursement des notaires,  fin que lettres de
change ayent lieu.

Pourquoy crie-tu aprs les cuisiniers qui font trop bonne chre  deux
pistoles pour teste, puis qu'ils sont cause de la prestance et gravit
des hommes, qui, avec un ventre de grenoille, marchent d'un pied large,
le visage enlumin, meprisant et ne songeant pas  ceux qui ont faim?

Vous ne dites rien de nouveau. On estoit bien contraint au temps pass
de se passer d'un honneste valet bien vestu avec un manteau; mais vous
ne savez pas qu'il n'y avoit pas aussi tant de fils de putains  Paris
pour faire des lacquais, et si on ne portoit point en ce temps-l de
poulets.

De quoy se soucie ce causeur satyrique si nos lacquais portent
l'espe[296] aprs nous? C'est pour leur apprendre le mestier de
tirelaine, car, quant ils nous ont servy cinq ou six ans, nous leur
donnons quinze ou vingt escus de recompense pour achepter un manteau
rouge[297], pour estre les Achiles d'un bordel ou guetteurs d'un coing
de ru[298].

Il croit depriser M. de Soubize quand il dit (_errari_), et il ne voit
pas qu'il a imit ce vieil capitaine Anguerrant de Marigny[299], qui
s'est fait poser sur le portail du Palais[300] pour s'enfuir le premier
lorsque le feu brulleroit les roys.

Il a tort d'accuser en general ceux qui donnent invention de trouver
argent pour le roy, puis qu'il sait en sa conscience que cela procde
de la subtilit de Roillart; qui, pour en faire les memoires, a coupp
un bureau  l'entre de la chambre sans payer finance.

En mesprisant les commissaires et sergens qui ne font aucun rapport  la
police, pour le moins j'eusse except Cordier et Brullon, l'un pour
estre empesch  recevoir les loyers des maisons du Pont-Marchand,
l'autre  faire la distribution de la bourse commune des huissiers du
mois d'avril; encor Brullon mrite loange d'avoir est secret et
n'avoir decouvert au roy ce grand fonds, qui sans doute eust est pris
pour faire la guerre.

Si les procureurs de la Cour et greffiers des presentations ne font
rien, ils n'en vaudront que mieux  l'advenir. Ils ressemblent  la
terre qui se repose: quant ils auront est defrichez et que le temps
sera venu, ils plumeront doublement; cependant ils apprendront  faire
des fosses.

Tu te plains de Chalange[301], et tu ne cognois pas le plaisir qu'il a
fait au plat pays lorsqu'il a fait l'edict des procureurs. Il est cause
que, les clercs n'ayant plus d'esperance d'estre receus, ils se sont
retirez en leur pays. Il s'en est engendr une pepinire d'esleus,
grenetiers, sergens, receveurs du taillon et autres menus offices, pour
lesquels achepter ils ont fait boursiller leurs parens et amis, qui sont
 present secqs comme bresil.

Si on ne fait plus de ceremonies, d'enterremens ny d'offrandes, tu ne
sais pas que l'on a succ cela de la mammelle de Genve, pour tousjours
appauvrir l'Eglise et faire quitter aux quatre mandians la partie?

Si l'Universit a perdu son credit et son ancienne rputation, pourquoy
en accuse-on les jesuites? Sait-on pas bien que le recteur de
l'Universit, _Dadonius, fuit auspensus in patibulo, quoniam agebatur de
puero corrupto_? On a eu crainte que chacun en fist de mesme?

L'on se plaint que les offices sont trop chers. O les sots! que ceux qui
s'en plaignent imittent Canto et Testu: qu'ils appreignent  jour des
farces.

Sinon, qu'ils preignent ces deux beaux offices qui sont  present 
Paris et  bon march, courratiers de change et receleurs de fripperies:
l'un fait trouver de l'argent  usure, l'autre fait derober son maistre.
Sans cela, le Chastelet seroit bleu!

Pour ce qui est de vostre tableau et de la justice du roy, Monsieur le
satyrique, nous en demourons l: nous n'avons rien  contredire. M.
Pillaquet et moy, nous avons fueillet nos annalles; nous n'avons rien
trouv s rgnes de nostre temps de pareil  celuy-cy, sinon qu'une
chose, que les peuples ne meritoient pas un tel roy, qui en l'aage de
vingt ans a suppedit les rebelles, corrig les vices, et, par sa piett
et bon exemple en son rgne, augment le culte divin.




LES ESSAIS DE MATHURINE

S. L. ni D. In-8. de 16 pages.


Quand je considre ma vie, je la trouve assaisonne de beaucoup
d'utilitez, encore que, passant par les rus, les petits enfans
clabaudent aprs moy: Aga! Mathurine la folle! Il est vray que je suis
un peu entache de cette maladie-l; mes sens peuvent estre quelque
petit rances, et mon imagination tant soit peu moisie et disloque. Cela
m'est survenu des reliques d'un coup de carabine que je reus en
l'esprit  certain balet de Caresme-prenant. Baste! si je suis folle,
c'est  l'occasion, laquelle j'ay sceu empoigner si bravement, qu'il
m'en revient tous les ans plus de vingt et treize jacobus[302] de rente
foncire[303], sans compter le tour du baston. Il y en a qui pensent
estre d'estoffe de Milan et abiles gens, qui sont plus sots que je ne
suis beste de plus de trois demy-septiers. Considerez (s'il vous plaist)
que je passe mon temps gaillardement et sans melancholie. S'il me tourne
sur l'ennuy, je vais visiter ma bonne amye, qui me fait manger de la
souppe  l'hissope[304] toute de graisse et du lard jaune comme fil
d'or, et au bout de la carrire mon paillard escu, avec le: Jusqu'au
revoir, Mathurine. Mais aussi je suis tousjours preste  ses
commandemens et au service des gallands hommes; paix ou guerre,  toute
heure, mon harnois est en estat, car je le fais souvent fourbir avec un
guimpillon fait  l'occasion et au contraire de ceux qu'on met dedans
les pintes, car il est pelu au derrire du manche, et ceux-l le sont au
devant. Vive la follie! c'est mon gaigne-pain. Parbleu! Tabarin profite
plus avec deux ou trois questions bouffonnes et devineries de merde, ou
de la chouserie, que ne fait son maistre avec tout son _questo e un
rimedio santo per sanare tuti gli morbi_, parceque le monde ne veut plus
que du badinage; aussi finit-il par la farce, afin qu'on se souvienne
d'y retourner. La sagesse de ce monde est folie devant Dieu; cela me
fait esperer que je seray en ce pays-l recompense de double pitance,
car je suis folle en cestuy-cy assez pour deux. Si tous les fous et les
folles portoient crouppire, il y en aurait beaucoup  Paris qui
auraient le cul escorch, car il y en a de toutes sortes, de tous aages,
de toutes qualitez, de tous sexes; mais ils sont foux  la mode qui
trotte, et, comme dit maistre Guillaume[305]:

    Les uns sont foux et les autres estranges,
      Aussi merveilleux que beaux anges
      Descendus tout nouveaux des cieux,
      Et ceux-l sont foux glorieux.

Il y en a d'autre qualit qui sont les Bertolles[306], et graves; ils
portent fire arrogance. Vous les jugeriez,  leur mine de serrer les
lvres comme une nouvelle marie, que ce sont des Socrates. Donc cette
sorte de foux, comme dit maistre Guillaume:

    Selon nos bons docteurs devots,
    Nous les appelons sages sots.

Et s'ils ne rencontraient qu'un etronc, ils y trouveraient  remordre:
rien de bien fait s'ils ne le font. Si par cas fortuit ils avoient
aperceu quelqu'un sur quelqu'une, foy de ma vie! il faudrait aussitost
feuilleter toutes les postures de l'Aretin plustost qu'il ne trouvassent
 redire  la leur; peut-estre voudroient-ils informer contre eux,
disant que celle-l n'est pas  la mode. Bran pour cette liste de
reprenans! bonnes gens, on le fait  toutes modes, et s'en est-on assez
bien trouv il y a desj plus de quatorze jubilez. Vous autres lisarts,
n'avez-vous point leu certain petit fatras qui se nomme le _Caquet de
l'Accouche_? Si avez, sans doute, si avez: car il s'en est vendu plus
que d'epistres familires ou d'oraisons des saincts. Certain mescontent
m'en prsenta l'autre jour un, la lecture duquel m'eschauffa grandement
les aureilles. Je cogneus aussitost  la trempe que c'estoit un autre
mescontent qui l'avoit forg,  qui on avoit refus quelque lippe 
butiner. Ces gens-l n'ont pas d'esprit pour se conduire, et voudroient
qu'on leur baillast le timon de l'estat  chevaucher. C'est une pure
ambition de se voir un jour canonisez auprs de maistre Pierre du
Coignet[307]; mais le chapitre Nostre-Dame est empesch avec le
promoteur  la reformation des prestres qui chantent aux cabarets la
desroute des huguenots et la mort du grand turc. Vous cognoissez bien 
cette heure que c'est un fol  la mode qui est l'autheur du _Caquet_. Il
dit au commencement de la litanie qu'il avoit est malade; il n'y a si
busard de medecin qui ne cognoisse assez qu'il l'est plus que jamais et
est en danger de mort, car desj ne sait-il plus ce qu'il dit.
Quiconque fait le caqueteux, jamais bonne pie ne le couva, et la semence
de quoy il fust basti estoit esvante aussi bien que sa cervelle.
Peut-estre eust-il rong, ainsi que comme les vipereaux, le ventre de sa
mre pour sortir, s'il ne se fust trouv vers la basse cartire une
bonde grandement large; et, parcequ'elle luy fit baiser son cul en
passant, qui estoit un peu sale pour lors, et deceda sans hoirs
legitimes de son corps, il voudroit prendre  tasche tout le sexe
feminin. J'ay ouy dire  Pierre Dupuy[308] qu'il est bastard de Pasquin;
maistre Martin asseure sur ses grands dieux que Marphore[309] l'a fait;
le docteur croit que 'a est maistre Josse avec le Picard: tant il y a
je n'en say rien davantage, sinon qu'on le tient frre de Merlin
d'Angleterre, et le cognoist-on assez  son _Caquet_, lequel n'epargne
ni Tibault ni Gautier qui ne soit pinc sans rire. Agarez, Mesdames,
comment il met sur le trottoir femmes, filles, vieilles, jeunes et de
toutes conditions, chetives, qualifies et publiques, indifferemment,
qui ne pensrent jamais  ceste caqueterie non plus que je fais  estre
souldan de Babylone ou  prendre Montauban. Ne prenez-vous pas garde
qu'il faict comme le singe qui tire les chastaignes du feu avec la patte
du levrier[310]?

Je m'aperoy qu'il voudroit que les femmes fussent l'echo de ses mauvais
discours, et le charlatan le suject de ses reformations d'estat. Pour
moins de cent escus, je vous en diray quelques raisons. Item,
premierement, commenons par l'isle du Palais. Sa curiosit luy fit
accoster Tabarin: Estes-vous malade?--Ouy, respond le caqueteur; mais
cette mienne maladie n'est point contagieuse, elle n'est qu'en l'esprit.
Je me suis adress  vous, sachant que vous aviez credit auprs de
vostre maistre, qu'on estime savoir des choses merveilleuses.--Ouy d,
repliqua Tabarin; il sait des choses merveilleusement merveilleuses, il
sait des passe-merveilles, et si ne fut jamais chiche de ses sciences.
Regardez de laquelle vous desirez afin d'estre satisfait. Mais je feray
bien tout ce que desirez: je ne suis gure moins clerc que luy; dites
hardiment.--Je desirerois, honneste seigneur, dit le galland, si vostre
benevolence me l'accordoit, savoir de vous le moyen de cognoistre quand
une fille est pucelle ou non, par ce qu'outre ce que je pourrois esviter
d'estre cornard, cela me profiteroit parmy les compagnies.--Lors Tabarin
respond: N'y a-il que cela? je satisferay  ce que desirez; mais il
faut cognoistre avant qu'aymer. Allez vous en chez Cormier[311] faire
apprester le disner pour faire plus estroite cognoissance; ce pendant je
vais consulter tous mes plus exquis secrets, et je retourne  vous dans
une heure.--Je vous y attendray, dit le caqueteur.--Je vous iray
trouver, dit Tabarin; faictes mettre le vin au frais.--L'un et l'autre
se trouve  son assignation, qui disnrent  plain fonds. Aprs le
disner, Tabarin commena: Monsieur, ce ne sont pas icy questions du
chaffaut[312] ordinaires ny  tous les jours; davantage, toute peine
requiert salaire, comme vous savez.--Je le say bien, dit le curieux;
aussi je vous prie de mettre ceste couple de pistoles en vostre
pochette. C'est attendant mieux.--Bien, dit Tabarin; escoutez... Lorsque
vous desirez savoir si une fille est pucelle, mettez une de vos mains
sur son robin, vous m'entendez bien? puis au mesme temps soufflez-luy au
cul, et si lors vous sentez le vent  la main, elle est indubitablement
perce[313]. Et en voil pour votre argent. Adieu, Monsieur. C'est un
des vieux tours de Tabarin, qui planta son homme  reverdir. Et ainsi le
caqueteur demeura affin; neantmoins, il protesta d'appel pour se venger
du bouffon et affronteur. Voil un des pourquoy; l'autre raison et
second pourquoy il en veut aux femmes, c'est, par saincte Barbe! de
cholre que pas une n'a daign l'escoutter ny faire estat de son
_Caquet_,

    Sinon une vieille Picarde
    Qui alloit crier la moustarde;
    Encor n'en pouvoit-il jour.

Aussi est-ce un haubereau bien vuid. Jan Voaire, je suis laide et
folle, ce dit-on: je ne voudrois pas luy avoir prest mon cul  baiser.
Pleut  sainct Fiacre[314] que le sien fust plein d'eau boillante! La
necessit l'avoit mis si bas qu'il ne se pouvoit gratter, d'o lors il
fist profession de porteur de rogatons[315], et fut contrainct
d'accoster toutes sortes de femmes d'un beau _s'il vous plaist_, qu'il
a maintenant chang avec un office de macquereau et une place aux
maisonnettes. Vous l'eussiez veu aller de porte en porte comme le
pourceau de sainct Anthoine[316], car il demandoit aux dames de haute
gamme auctorit, aux damoiselles courtoisies, aux presidentes,
maistresses des requestes conseillires, faveur; aux advocates conseil,
aux greffires coppies, aux procureuses soing, aux clergesses ecriture,
aux soliciteuses diligence, aux financires argent, aux bourgeoises
logis, aux marchandes estoffes, aux boulangres foace, aux rostisseuses
chair, aux cabaretires vin, aux chambrires service, aux artisans
credit: surquoy estoit fond le plus fort de toutes ses esperances;

    Mais s'en cognoissant frustr,
    Il buvoit comme un chastr...

et deux, joint que, s'estant adress  une vieille boismienne qui vit en
reputation d'avoir beaucoup d'experience et savoir les secrets plus
cachez de la nature, qui vous dit proprement une bonne aventure et tire
finement la croix[317] d'entre les mains des lourdaux comme luy. Or, se
trouvant pour lors amoureux jusqu'au troisiesme degr et en estre
malade, il se resolut d'avoir recours  ceste vieille femme piternelle
pleine de pechez mortels, dont il luy arriva presque pareil tour  celuy
que Tabarin luy avoit jou. A l'abord, il sale ceste nymphe de Pluton,
disant: Ma commre, ne voyez-vous point  mon visage que je suis
malade?--Si fait, dit-elle; mais remde  tout, sinon  la mort. Dictes
vostre mal: il y en a de plusieurs sortes. Ce n'est pas la peste, au
moins?--Non, fist-il.--H bien! fist-elle, il n'y a pas mal de teste,
d'estomach, bras, jambes et autres?--Mon mal est pire que tout cela,
dit-il.--Je me veux donc retirer de vous, fist-elle.--Ne craignez point,
fist-il; encore qu'il soit dangereux, si n'est-il point contagieux: en
un mot, c'est un mal de femme.--Est-ce point, fist-elle, le mal de
matrice?--Non, fist-il; j'entends caus par femmes.--Je vois, fist-elle;
soit, il y a chancres, poulains, pisse-chaude, verolle, cristaline et
autres appanages et circonstances. De quel genre est-il espce?--Rien,
rien, fist-il; le mal qui me travaille est mal d'amour.--Ha! ha! ha! ha!
s'cria l'adad[318]; courage! vous n'en mourrez pas; et puis je suis
la superlative: vous avez trouv chausse  vostre pied. Il n'est au
monde ma semblable, preste  tout comme la chambrire d'un ministre,
experte au metier des femmes. Je say oster les rousseurs et effacer les
lentilles du visage; je fais de l'huille de talc et autres fars
excellens en perfection; je say faire resserrer maujoint[319]
tellement, qu'une coureuse seroit prise pour la plus pucelle du monde.
Bref, elle luy monstra une boette  divers estages pleine d'oignemens,
sur le couvercle de laquelle estoit escrit:

    Le medicament de ceans
    Est bon pour guerir les urines
    Et pour apprivoiser les grives,
    Les jumens guerist du farcin;
    Il fait faire maint larcin,
    Il fait chanter les renaissailles,
    Il fait cornes aux demoiselles.

Or, de ce que vous demandez, c'est un autre item. Parlons doucement...
J'ay apport certaine racine de la petitte gypte qui vous fera estre
aym des plus huppes. N'est-ce pas ce que vous cherchez?--C'est cela
mesme, dit l'homme. Que ce me seroit un grand bonheur si, par vostre
moyen, je pouvois rencontrer cette science et arriver  mes intentions!

--Voulez-vous que je vous dise, Monsieur? respondit la vieille; je
ressemble aux archevesques: je ne marche point si la croix ne va
devant.--Je l'entends ainsi, ma bonne amie, dit le caqueteur; voil de
quoy rire.--Baillez, Monsieur:  laquelle en voulez-vous? Dictes-moy
seulement son nom, et je la contraindray de venir coucher avec vous.
Nostre homme, frottant ses deux bras et demy extasi, la luy nomme,
prennent heure et complottent ensemble: de sorte qu'elle luy meine
coucher une sienne camarade, hideuse et difforme, capable de faire
mourir un delicat. Il prit son desduit avec elle. Le lendemain, voulant
contempler son beau sujet au jour, se pasma de honte et de peur, croyant
que ce fust Proserpine. Il voulut fuyr; elle le suit, disant:
Payez-moy. Mercy Dieu! est-ce ainsi que vous renvoyez le monde aprs
vous en estre servi[320]? Et trois! Aussi, en mesme temps, le medecin
luy avoit promis certaine drogue pour le rendre plus robuste au jeu
d'amour, et d'effect fist son ordonnance, laquelle fut expedie par un
apothicaire qui fist le quiproquo: car, au lieu de bailler ce qui
estoit pour luy, il envoya une medecine qui avoit est ordonne pour un
cordelier affin de luy lascher le ventre, et la sienne fust baille au
beau-pre, qui tous deux se trouvrent bien estonns  l'heure de
l'operation. Voil le dernier pourquoy. Et ne sachant  qui se doit
prendre de son malheur, il a faict ceste leve de bouclier. L'esprit me
tourne quand je pense  cest entendu en affaires, et acheveray d'affoler
s'il n'est chasti comme un ennemy de nature. Sus! sus! que chasque
femme barboille son visage d'une bouse de vache! que chasque fille
salisse sa moustache d'un crachat, et que toutes ensemble luy baillent
tant de maledictions, qu'il ne puisse fienter qu' coups d'estrivires
et coure le garrou[321] tout le reste de sa vie! C'est un infame qui ne
sait un seul secret de femmes: nous sommes trop advises pour babiller
ainsi qu'il dit; il n'y en a pas une si sotte, si elle avoit laiss
aller le chat au fromage, d'en parler  sa plus confidente. Nous avons
cela de serment entre nous de le taire; il n'y a si jeunette qui
n'aymast mieux le faire vingt coups que d'en parler une fois. Il
suffira, pour ce coup, d'avoir descouvert le subject du mescontentement
du caqueteur: 'a est consultant le trepied d'une sybille ancienne qui
sert  soustenir mon pot  pisser. Cela me fait paroistre, quand il me
plaist, plus sage que trente-cinq Diognes. Jusqu'au revoir. Je ne puis
vous entretenir plus long-temps pour ce coup, d'autant que le comte
Mansfeld me fait perdre le caquet. Il faut envoyer tous les caqueteurs
et de loisir au devant de cest yvrongne pour hoguiner toutes les femmes
qu'il traine, de peur qu'il ne vienne empescher la continuation du
travail de l'hostel de ma bonne amie, manger noz melons et boire nostre
piot. Je vais descouvrir s'il est point retourn en voyage  Nostre-Dame
de l'Espine[322], et puis je le vous envoyeray dire par ce mesme
messager. _Sanita et guadaigne._




LA

SENTENCE PAR CORPS

Obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'autheur des _Caquets de
l'Accouche_.

     _A Paris, chez le baron de l'Artichaux, demeurant au royaume
     d'Ecosse,  l'enseigne du Cailloux de bois._

M. DC. XXII[323].


A tous ceux qui ces prsentes lettres verront, Gautier Garguille[324],
gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du
Palais,  Paris;

Sur la requeste faitte en nostre audience de la place de l'Isle du
Palais, par

Mondor, parlant pour discrette et honorable personne le sieur Tabarin,
demandeur en reparation d'injures ou invectives, selon l'intervention
par luy faitte avec Pierre du Puis[325], parlant pour les femmes et
bourgeoises de cette ville de Paris, complaignantes pour raison des
faits mis en avant par les _Caquets de l'Accouche_, imprims et publis
en cette dite ville de Paris; comme le sieur de Decombes, parlant pour
Grattelart[326], autheur des dits _Caquets_, defendeur et opposant, et
en vertu du defaut donn contre le dit Pierre du Puis au dit nom; aprs
avoir ouy le dit Mondor au dit nom, qui nous a remontr que mal 
propos, indiscrettement et contre la rgle de toute societ humaine, le
dit Grattelart avoit fait escrire en ses _Caquets_ plusieurs paroles
scandaleuses et injurieuses, et qu'il en requeroit reparation; et le dit
Pierre du Puis, pour les dites complaignantes, parties principales, a
conclud pareillement  la dite reparation, et, adjoustant  icelle, a
requis condamnation de tous depens, dommages et interests. Nous avons
condemn et condemnons le dit Grattelart  declarer, en prsence du
crocheteur de la Samaritaine[327] et du Jacquemart du clocher de
l'eglise de Sainct-Paul[328], que mal  propos, indiscrettement et sans
raison, il a fait escrire et publier, aux _Caquets de l'Accouche_,
plusieurs paroles injurieuses et scandaleuses contre l'honneur des
femmes, lesquelles par elles seront rayes et biffes, et qu'il en
demande pardon aus dites femmes et bourgeoises de Paris, et  Tabarin au
dit nom, les suppliant vouloir oublier les dites injures et scandales;
et outre condamnons le dit Grattelart s despens, dommages et interests.
En tesmoin de ce, nous avons fait mettre nostre sceau ordinaire de la
dite place. Ce fut fait et donn en la dite audience par Jehan
Farine[329], tenant le sige, le mardy vingt et douziesme du present
mois.

    _Sign_ GUILLAUME[330].


_Copie d'intervention._

Aujourd'huy, trois cens soixante et sixiesme jour de la presente anne,
est comparu, en chair et en os, Jehan de la Vigne[331], fond de
procuration authentique  luy passe par le discret et sage en teste, le
seignor Tabarino, lequel a declar qu'en consequence de la dite
procuration il desiroit estre receu partie intervenante au procs meu,
indecis et pendant ou accroch entre et au milieu de Grattelart, autheur
des _Caquets de l'Accouche_, et les bourgeoises qui se formalisent et
scandalisent, pour y proposer ses defenses comme d'abus; et pour ce
faire a constitu son procureur generalissime le dit la Vigne, auquel a
donn tout pouvoir de et del l'eau, dont le dit la Vigne a requis
lettres, et a sign au registre.

    _Sign_ GROS-GUILLAUME.


_Sentence sur l'intervention._

A tous ceux qui ces presentes lettres verront, Gautier Garguille,
gentil-homme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du
Palais,  Paris.

Sur la requeste faicte en nostre audience de la dite place de l'Isle du
Palais, par Montdor, parlant pour discrette et sage personne le sieur
Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes et bourgeoises de
Paris, contre Grattelart, autheur des _Caquets de l'Accouche_,
Decombes, parlant pour luy; aprs que le dit Montdor, au dit nom, a
remonstr avoir grand interest d'intervenir en la dite cause pour les
causes qu'il est prest desduire, et que le dit Decombes, au dit nom, a
soustenu au contraire, nous avons receu et recevons le dit Tabarin
partie intervenante au procez d'entre l'autheur des _Caquets de
l'Accouche_ et les femmes et bourgeoises de Paris, et ordonnons que
dans le premier jour il baillera les causes d'intervention, pour estre
ordonn sur icelles ce que de raison.


_Causes d'intervention._

Causes d'intervention que met et baille par devers vous Me Garguille,
garde de la place de l'Isle du Palais,  Paris,

Le sieur Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes et
bourgeoises de la ville de Paris,

Contre le sieur Grattelart, defendeur et opposant;

A ce que, pour les raisons qui seront cy-aprs desduites, il soit dit
par vous, Monsieur, que ledit Tabarin sera receu partye intervenante au
procs, et obtiendra  ces fins, avec condamnation de tous despens,
dommages et interests.

Il est  remarquer que le sieur Grattelart est homme fort sujet 
mesdire des actions d'autruy, et sur tout il paroist s _Caquets de
l'Accouche_ qu'il a fait imprimer tout nouvellement, au scandale et
dommage de la bonne renomme des femmes et bourgeoises de cette ville,
lesquelles, estant adverties, se sont voulu formaliser, et
particulirement la femme du sieur Tabarin, lequel s'est bien voulu
joindre en la cause et prendre le fait pour elle, attendu qu'il estoit
interess en l'affaire.

Et de fait, il semble qu'elle a juste cause de remonstrer que son mary
n'est point charlatan et qu'il ne le fut jamais, et que l'on ne sauroit
faire escrire qu'elle soit femme de charlatan sans offenser l'un ou
l'autre, dont elle pretend avoir reparation qui ne luy peut estre
desnie, sauf correction: premirement, ce que la bonne vie de l'un et
l'autre est notoire  tout le monde, et est  naistre le premier qui les
puisse redarguer du moindre crime ou malfaict;

Secondement, pour autant que le dit Grattelart a malicieusement faict
escrire qu'icelluy Tabarin est cocu et cornard, ce  quoy il n'a jamais
song, et qui ne se sauroit passer sans son interest ou dommage;

En troisiesme lieu, pour autant que le dit Tabarin ne fust jamais
capable de cornes que de celles qui sont en son bonnet, encores luy
sont-elles odieuses; au moins dict-il qu'il ne les tient que comme gaige
et pour celuy qui en aura affaire;

En quatriesme lieu, il vous remonstre que les cornes ne luy sont dees
que pour en faire part aux marchands, et, de vray, Grattelart en aura 
sa discrtion de telles qu'il luy plaira.

Partant, conclud le dit Tabarin comme dessus, s despens, dommages et
interests.


_Coppie de la requeste presente au sieur Garguille de la part des
hommes et maris dont les femmes ont est scandalises par les dits
Caquets._

Supplient humblement les marris des femmes scandalises par les _Caquets
de l'Accouche_, disans qu'ils ont est advertis qu'il y a procez meu,
indecis et pendant par devant vous entre les dites femmes et le sieur
Grattelart, autheur des dits _Caquets_, pour raison des injures,
invectives et scandales qui y sont escrits, lesquels regardent les
supplians, qui ont besoin de vostre provision. Ce considr, Monsieur,
il vous plaise ordonner que les dits supplians seront receus parties
intervenantes au dit procez avec les dites femmes, icelluy Tabarin et
le dit Grattelart, lequel sera  ceste fin aussi assign pardevant
vous-mesme, pour ordonner en outre ce que de raison, et vous ferez
justice.

* * *

_Au bas est escrit_: Qu'on donne assignation, etc.


FIN.




TABLE ANALYTIQUE.


_Alais_ (Confrences d'). 88, 158, notes.

_Alinor de Poitiers._ Son ouvrage _les Honneurs de la cour_, cit VII, VIII.

_Ancre_ (Le marchal d'). Remplac par Luynes. 67. V. _Luynes_, _Mangot_.

_Andreini_, dit _Lelio_. Joue  l'htel de Bourgogne. 9, note.
  --Ses sjours  Paris en 1618, 1621, 1623, 1624. _Ibid._
  --Y publie son _Teatro celeste_. _Ibid._

_Ange_ (L'). Chirurgien. 128.

_Angers._ V. _S.-Germain, de Vertus_ (la comtesse).

_Angoulme_ (Le duc d'). Son conseil  ses laquais. 257, note.

_Anne d'Autriche._ Paie les frais du feu d'artifice pour la canonisation
de sainte Thrse. 49, note.
  --Elle aime les contes de revenant. 74, note.

_Arc_ (Jeanne d'). Son loge. XXIV, 206.

_Aremberg_ (Le comte d'). Secours qu'il amne au roi de France en 1567.
275, note.

_Arlequin_, Vient avec _li Gelosi_. 9, note.
  --La reine est marraine d'un de ses enfants. _Ibid._

_Artigny_ (L'abb d'). Ses _Mmoires de littrature_, cits 98, note.

_Aubign_ (Agrippa d'). Son _Baron de Fneste_, cit 152.
  --Pour la mode du _paroistre_. 178, note.

_Aubry_ (Le prsident et la prsidente). 150, note.

_Auvray._ Ses _Satyres_, cites 26, note.
  --Ses vers contre les huguenots. 86, note.
  --Portrait qu'il fait, dans une de ses satires, d'un _goguelu_  la
mode. 105, note, 200.

_Avenel_ (M.). Sa collection des _Lettres de Richelieu_, cite 68.


_Baignolet_ (Marguilliers de) et leur procureur. 224.

_Baronville._ Son duel avec Dasquy. 40, note.
  --Pendu en effigie au bout du Pont-Neuf. _Ibid._

_Bassompierre_ (Le marchal de). Sa liaison avec Marie d'Entragues. XXII.
  --Ses _Mmoires_, cits 57, note.
  --Ses services au sige de Montauban,  celui de Montpellier, au combat
des Sables-d'Olonne. 169, note.
  --Fait marchal de France. _Ibid._
  --Il a toujours des Suisses pendus  sa ceinture. 170.
  --Il voudroit tre conntable aprs Lesdiguires. _Ibid._
  --Il fera mieux d'pouser Mlle d'Entragues. 171.

_Bassompierre_ (Louis de). Fils du marchal et de Marie d'Entragues,
mort vque de Senlis. XXII.

_Bautru._ Chass de la cour. 161.

_Beaufort_ (J. de). Cit 39-40, note. note.

_Beaumarchais._ Beau-pre de la Vieuville. Rigueurs contre lui en 1624;
  il est pendu en effigie. 97, note.

_Bellingen_ (Fleury de). Son _Etymol. des proverbes_, etc., cite 269, note.

_Belot_ (J.). V. Mil-Monts.

_Berigal_ (G. Peignot.). Son _Hist. du Jaquemart de Dijon_, cite 280.

_Bermude_ (Le roy Dom). Donn pour pre  sainte Thrse. 50, 115.

_Bertholde._ Type des farces italiennes. 263-264, note.

_Berulle_ (Le cardinal de). Sa mission  Rome pour le mariage du prince
de Galles avec Henriette de France. 79, note 1.
  --Pense  tablir les pres de l'Oratoire au Luxembourg; achte l'htel
d'Estres. 80, note 2.

_Berulistes._ Leur opinion formelle contre l'exhrdation des enfants. 221.

_Bthune_ (M. de). Ambassadeur  Rome, oppos  M. de Berulle. 79, note 1.

_Beuvron_ (Le marquis de). Tu devant Montauban. 159, note.

_Bistrade_ (La). Conseiller au grand conseil. 40 et note.

_Biset._ Son plan d'embellissement pour Paris. 41, note.

_Blois._ Luynes y fait conduire l'argent qu'il devoit employer pour
l'arme. 64, note.

_Boesselire._ Son cabaret. 28, note.
  --Prix qu'on y paie. _Ibid._

_Boileau-Despraux._ Au clotre Notre-Dame. 118, note.

_Boiscourtier._ Sa _Requte gnrale_, au nom des Parisiens, _sur le
voyage de S. M._ 58, note.

_Bonaparte_ (Nicolo). Sa comdie _la Vedova_, cite 273.

_Bosse_ (Abraham). Sa gravure des _Caquets_, XXV.
  --Sa gravure reprsentant un Quinze-Vingts. 199.

_Boucher-d'Argis._ Son _Hist. abrge des plus clbres comdiens_,
cite 278, 281.

_Bouillon_ (Le duc de). Dumoulin s'enfuit prs de lui. 88.
  --S'entend avec Mansfeld. 191-192, note.

_Bourbonnois._ Prix des charges dans cette province. 131, note.

_Bourderet._ Financier ruin. 40.

_Bourgoing_ (J.). Son livre _la Chasse aux larrons_, cit dans les notes
des pag. 39, 40, 95, 165, 166, 182.

_Bourgoing_ (Le P.). Fait les airs des psaumes chants  l'Oratoire. 82,
note.

_Brantes._ L'un des frres de Luynes; pouse une hritire de la maison
de Luxembourg, et devient duc de Luxembourg-Piney. 67, note.

_Bret_ (Le), conseiller. 135.

_Brossette._ Son erreur sur _l'Espadon satyrique_. 115, note.

_Brullon_, huissier. 258.

_Brunet._ Son _Manuel du Libraire_, cit 116, note.

_Bruscambille_ (Deslauriers, dit). Donn  tort comme l'auteur des
_Caquets_. XXVII.

_Bruyne_ (Mme la). De _tavernire_ (boutiquire) devenue superbe
marchande. 217.


_Calvin._ Son nom donn  un chien. 84.

_Canillac_ (Le baron de). Tu devant Montauban. 159, note 2.

_Canto._ 259.

_Castel_ (Jean). Son _Miroir des pcheurs_, cit au sujet des
Caquetoires d'accouche. XIII.

_Cenami_, financier. 40, note.

_Cepde_ (Alonse Sanchez de). Donn pour pre  sainte Thrse. 50, 115.

_Chalange_, fameux partisan. 182.
  --Fait rendre des dits onreux dont il partage les profits avec les
ministres. 182, 183, 241, notes.
  --Exploite l'_dit contre les procureurs._ _Ib._, 258.

_Chamilly_ (Mlle de). Rfugie au clotre Notre-Dame. 118, note.

_Chapelain._ Sa traduction de _Guzman d'Alpharache_, cite 15, note.

_Charenton_ (Ministres de). Lettre qu'ils crivent au roi et que
Richelieu combat. 86, note.
  --Fuite du ministre Dumoulin 88, note.

_Charles_, mdecin. 250.

_Chaulne_ (M. de). Frre du conntable de Luynes, d'abord appel M. de
Cadenet. 67, note.
  --Fait marchal  l'occasion de son mariage avec l'hritire de la
maison de Chaulne. _Ibid._
  --Intercde pour Monsigot. 146.
  --Il enlve au duc de Fronsac l'hritire du vidame d'Amiens. 147, note.
  --Ses menaces  M. le Prince, prisonnier  Vincennes. 162, note.
  --Il veut pouser la princesse d'Orange. 162, note.

_Chevalier_ (Nicolas), le prsident. Fait instruire le procs du
procureur gnral de sa justice. 27.
  --Rend service  Luynes. _Ibid._, note.

_Chevreuse_ (La duchesse de), veuve de Luynes. Son peu d'influence en
1622. XXI, 148, note.

_Chevry_ (Le prsid. Duret de). Protge Monsigot. 147.
  --Son pitaphe satirique. 147, note.

_Christine de Pisan._ Son _Trsor de la cit des Dames_, cit VIII, XXXIII.

_Clairmonde_ (Madame). Se fait _damoiselle_ aux dpens de son mari. 222.

_Clrac._ Pris par les troupes du roi. 57, note, 113, note.

_Coeuvres_ (Marquis de). Son ambassade  Rome; obtient le _chapeau_
pour Richelieu 149, note.

_Coignet_ (Pierre du). Son image  Notre-Dame. 265, note.

_Collerye_ (Roger de). Cit XIV, XLII.

_Combalet._ Tu devant Montauban. 159, note 2.

_Cond_ (Le prince de). Tout se fait par ses avis, VIII, 67.
  --Pourquoi il se prend de haine contre les huguenots et se mle aux
affaires. _Ib._, note.
  --Menac par Cadenet lorsqu'il est prisonnier  Vincennes. 161, 162, note.

_Consinot_, mdecin de l'Htel-Dieu. Ses gages. 251.

_Coquillart_ (Guill.). Cit XII, XXXVII.

_Cordeliers._ Leur rbellion contre la rforme qu'on veut introduire
chez eux. 71, note 2.

_Cordier_, huissier. 258.

_Cormier._ Tabarin  ce cabaret. 268.

_Cotel_ (L'affaire de). 142.

_Coulange._ Chanson cite, XV.

_Courbouzon_ (Le sieur de). Empche qu'on ne massacre l'ambassadeur
d'Espagne. 162, note.
  --Sa _furieuse escarmouche_ contre les Rochelois. 163, note.

_Courval-Sonnet._ Cit XIV.

_Crqui_ (Le marchal duc de). Gendre de Lesdiguires; espre aprs lui
tre conntable Ses droits. 170-171.
  --Son duel avec don Philippin. _Ib._, note.

_Croisette_ (M. de la), usurier. Perd tout par la mort de son dbiteur. 226.


_Dangeau_ (Suppl. au Journal de). Cit 21, note 1; 47, note.

_Darmingre_ (M.). 218.

_Daubray_ ou _Dambray_ (Claude) Erreur des _Caquets_  son sujet. 21, note.
  --Laisse, par testament, trois pains de sucre  l'Htel-Dieu. 22, 240.

_Davity._ Son livre _Les Estats, Empires_, etc., cit 71, note.

_Desiderio Descombes, le Charlatan._ 102.
  --Moins plaisant que Tabarin. 102, note; 231.
  --Parle pour Grattelard dans la _Sentence par corps_. 278, 283.

_Desplan._ Fortune de ce parvenu, XXI.
  --Protg de Luynes. 181, note.
  --Sa chute rapide. 160, note.
  --Ses commencements; il est laquais, puis soldat au rgiment de Navarre
sous M. Cadenet. 161.
  --Visite M. Le Prince  Vincennes. _Ib._
  --N'est pas fait marchal de France, quoi qu'en disent les _Caquets_.
162, note.

_Des Rues_, financier. 40.

_Dobillon_, usurier. 29.

_Doux_ (Le, madame). Sa fille _la poupine_. 222.

_Dubreul Ses Antiquits de Paris_, cites 42, note.

_Du Moulin_, ministre protestant  Charenton. Sa fuite  Sedan. 88, note.
  --Lettre d'avis publie sous son nom. _Ibid._


_Entragues_ (Marie d'). Sa liaison avec Bassompierre. XXII.
  --Il devroit l'pouser. 171.
  --Madame de Verneuil brouille avec lui  cause d'elle. 169.

_Esternod_ (Claude d'), vritable auteur de l'_Espadon satyrique_; son
pseudonyme de _Franchres_; pourquoi l'on attribue son livre  M. de
ourquevaux; titres divers onns  ce mme livre; contrefaon qu'il
subit, etc. 115, 116, note.

_Estienne_ (Henry). L'_Apologie pour Herodote_, cite 269, note.

_Estoille_ (Journal de P. de l') cit au sujet des lunettes d'Amsterdam.
253, note.


_Fabri_, trsorier de l'extraordinaire des guerres. 167, note.

_Fail_ (Nol du). Ses _Contes d'Eutrapel_, cits 265, 268, notes.

_Flibien_. Son _Hist. de Paris_, cite 24, note.

_Feu_, conseiller. 254.

_Feuillet_ (M.). 134.

_Fiacre_ (Saint). Maladie dont il est le patron. 269.

_Fontaine_ (La). Une de ses fables, cite 267, note.

_Force_ (Le duc de La). Vend sa soumission au roi. 56, note.
  --Rend Sainte-Foy, qu'il avoit enleve  Terbon. 57, note.
  --Sa bien-venue fte  Paris. 251.

_Forget_ (Le prsident). 143, note.

_Fournier_ (P.) Son _Hydrographie_, cite 61, note.

_Fournier_ (douard). Ses _Varits historiques et littraires_, cites
61, 172, 183, 251, 254, 257, 258, 272, notes.
  --Son _Paris dmoli_, cit 263, note.
  --Son livre l'_Esprit des autres_, cit 263, note.
  --Son _Histoire des Htelleries et Cabarets_, cite 268.

_Fourquevaux_ (Le baron de). Ce nom n'est pas un pseudonyme; le baron a
exist, mais n'a pas fait l'_Espadon satyrique_. 115, note.

_Fresne_ (M. du). 219.

_Fronsac_ (Le duc de), fils du comte de Saint-Pol; tu dans une sortie
au sige de Montauban. 159, note.
  --Le roi crit des lettres de consolation  son pre et  sa mre. _Ibid._
  --Ce que Luynes lui avoit promis. 160, note.


_Garandine_ (M. de la). Sa femme, renferme avec un jeune avocat, le
laisse coucher  la porte. 216.

_Gautier-Garguille._ Son testament, cit 102, note 2.
  --Notes le concernant. 277, 278, 282, 285.

_Geperny_, fameux financier. 40.

_Gondi_ (Jean-Franois de), dernier vque de Paris. 189.

_Goujet_ (L'abb). Partage l'erreur de Brossette au sujet de l'_Espadon
satyrique_. 115, note.

_Grattelard_ (Le baron de). Note sur ce farceur du Pont-Neuf et sur ses
_OEuvres_. 279.

_Gratiano._ Fin partisan de connivence avec les usuriers. 225.

_Grisons_, voleurs. 60, note.

_Gros-Guillaume._ 281, note; 282.

_Guerin_. Bouffon de la reine Marguerite. 171
  --Meurt misrable. 171-172, note.

_Guillaume_ (Jean), le bourreau. 94, note.

_Guillaume_ (Matre), fou en titre d'office. Pension qu'il touche. 263, note.
  --Nombreux pasquils sous son nom. _Ib_.

_Guise_ (Cardinal de). Prlat fris. 51, note.

_Guyon_ (Fery de). Ses _Mmoires_, cits 275, note.

_Guyot_ (Maison). Son encre de la _petite vertu_. 60, note.


_Henri IV._ Mot de lui sur l'dit contre les financiers. 14, note.
  --Dne avec Mathurine. 168, note.
  --Ce n'est pas lui, mais Rosny, qui dit: _La couronne vaut bien une
messe._ 173.
  --Ses dits somptuaires. 181, note.

_Hoctot._ Tu devant Montauban. 159, note 2.

_Hou_ (Le), premier commis de l'pargne. 39.


_Jacomeny_, usurier. 29.

_Jannet_ (P.). Son dition des _XV Joyes de mariage_, cite X, XI, XXV.

_Jean de la Vigne._ Farceur. 281, note.
  --Fond de pouvoirs de Tabarin dans _la Sentence par corps_. 282, etc.

_Jean Farine._ Note sur ce farceur. 280-281.

_Jsuites._ S'occupent de l'_esprit_ de la Flche. 74, note.

_Joinville_ (Le prince de), fils du Balafr. Gagne beaucoup  rester
fidle au parti du roi. 68, note.

_Jouan_, le procureur. 179.


_Laffemas._ 150, note.

_La Flche._ Lettre de Malherbe sur un _esprit_ qui tourmentoit une
fille de cette ville. 74, note.

_Lafont de Saint-Yenne._ Sa caricature en Quinze-Vingts. 199.

_Larivey._ La _Vefve_, comdie qu'il a traduite de la _Vedova_, cite. 273.

_Larcher._ Procureur en Parlement. 128.

_La Rochelle._ Premier sige de cette ville. 53, note; 157.
  --Le sieur de Courbouzon et son escarmouche. 163. note.

_Lebeuf_ (L'abb). Cit 24. note.

_Le Mercier_ (Jacques). Architecte; fait la faade de l'Oratoire. 81, note.

_Lesdiguires_ (Le conntable de). 170.

_Lestange._ Tu devant Montauban. 159, note.

_Lincy_ (L. de). Son _Introd. au livre des Lgendes_, cite VII, note.

_Louis_ (Saint). Ordonnances contre les comdiens. 9, 231.
  --Croix sur ses monnaies, 271.

_Louis XIII._ Son dit de 1624 contre les financiers. 14. note.
  --Allume le feu de la Saint-Jean en 1620. 23, note.
  --Ses lettres-patentes pour un asile des pauvres. 25, note.
  --Tort que son absence fait  Paris. 57, note.
  --Fait les PP. de l'Oratoire ses chapelains. 80, note.
  --Son dit contre les habits en 1627. 181, note.

_Louvet_, le grand fermier. 40.
  --Sa lutte contre les contrebandiers nomms _Coquilberts_. _Ib_., note.
  --Ils le ruinent. _Ibid_.
  --Sa fuite  Maubuisson. _Ibid_.

_Lussan_. Tu devant Montauban. 159, note 2.

_Luynes_ (Le conntable de). Vers contre lui, indiqus XVII.
  --Accus de garder l'argent ncessaire aux troupes. 54, note.
  --Pourquoi il ne prend pas Montauban. 64.
  --Sa mort devant Monheur. _Ib._, note.
  --Prdictions  ce sujet. 65-66, note.
  --Son immense pouvoir aprs la mort de Concini. 156.
  --Protge Desplan. 162.
  --Exploite les dits avec les partisans. 183, note; 241, note.

_Machault_ (De), conseiller aux requtes. 142.

_Magnin_ (Ch.). Cit 9, note.

_Malherbe_. Ses lettres  Peiresc, cites dans les notes des pages 8, 9,
18, 19, 40, 41, 54, 57, 58, 91, 149, 163, 172.
  -- Autres lettres de lui, cites 65, 74, 192, notes.

_Mangeart_. Sa _Francophilie_. 58, note.

_Mangot_. Chancelier aprs la mort de Du Vair. 152, note.
  -- Sa fidlit  Marie de Mdicis et au marchal d'Ancre. _Ibid._

_Mansfeld_ (Le comte de). Cancan sur lui, XXIV.
  -- Menace la Champagne; peur qu'il inspire; fait un accord avec M. de
Nevers; tire vers le Hainaut; est battu  Fleurus par D. Gonzals.
191-192, note.
  -- On le renvoie  Notre-Dame-de-l'pine. 275.

_Marguerite_ (La reine). Ses libralits. 20, note.
  -- Distribution des deniers de sa succession. 241.
  -- Ses _Alles_, 251.

_Marigny_ (Enguerrand de). Sa statue au portail du palais. 257.

_Marigny._ Son pome du _Pain bnit_, cit 37, note.

_Marescot._ Son ambassade infructueuse pour le _chapeau_ de l'vque de
Beauvais. 153, note.

_Marot_ (Clment). Invectives contre lui. 83.

_Marphore_ ou _Marforio_. 266.

_Mathurine_, folle de cour. XXIII.
  -- Dne avec Henri IV. 168, note.
  -- Sa pension en 1622. _Ib_., 261.
  -- _Maturinade_, ce que c'est. _Ib_.
  -- Caquet de Mathurine sur M. de Bassompierre. 169.
  -- _Essais_, livret publi sous son nom. 261.
  -- Court les rues poursuivie par les enfants. 252.

_Mauregard_, astrologue. Malherbe l'accuse d'tre un faux prophte. 65, note.

_Meuves_ (De). Pendu comme coupable de l'incendie du Pont-au-Change. 58,
note.

_Milmont_ (Le cur de). astrologue. Almanach o il prdit la mort du
conntable de Luynes. 65, note; cit 66, note.

_Moizant de Brieux_. Comment il explique le proverbe: _Ferrer la mule_.
15, note.

_Moncrif._ Son livre sur _les Chats_, cit 24, note.

_Mondor._ Les lazzis de Tabarin font sa fortune. 100, note.
  -- Sa bonne mine. 101.
  -- Elle baisse. 102, note.
  -- Dans _la Sentence par corps_, il parle pour Tabarin. 278, 283.

_Monheur_, chteau prs de Toulouse. Se rvolte contre le roi; assig
par Luynes, qui meurt devant ses murs. 64, note.

_Monsigot_, crature de Luynes prs de Gaston. Procs qu'on lui fait
aprs la mort de Luynes. 146, note.
  -- Gaston l'envoie prs du duc de Lorraine. _Ibid._
  -- Il remet  Richelieu l'inventaire des bijoux de Madame, et s'enfuit 
Orlans. 146.
  -- Il avoit tenu _banque_ au Louvre pour les pensions; il a pour lui
les gens du Parlement, M. de Chevry, madame de Chevreuse, etc. 147, 149,
notes.
  --150. Mais on a jur sa perte. 151, note.
  --Ses aveux. _Ibid._

_Montaigne_ (G.). Sa _Police des Pauvres_, cite 25, note.

_Montauban._ Assig. 53.
  --Pourquoi Luynes ne s'en empare pas. 64, 96.
  --Haut prix des charges de conseiller dans la gnralit de Montauban.
131, note.
  --On a vainement espr prendre cette ville. 157, 158, 256.
  --M. de Fronsac tu au sige de cette ville. 159, note.
  --Services de Bassompierre  ce sige. 169.

_Montauron_, l'un des Puget. 39, note.

_Montbrun._ Tu devant Montauban. 159, note 2.

_Montescot_, fameux partisan. 40, note.

_Montmorency_ (Le duc de). Bless devant Montauban. 159, note.
  --Avis qu'on lui donne de ne pas trop s'engager dans la guerre de
Languedoc. 160, note.

_Montpellier_ (Sige de). 158, 164.
  --Bassompierre s'y distingue. 169.

_Moreau_, mdecin. 251.

_Moysset_, dit _Montauban_, fameux partisan. 182, note; 241, note.

_Mozan_ (M.). Il faut tudier sous lui pour entrer  la cour du
Parlement. 30.


_Negrepelisse._ Sa prise. 113, note.
  --Fte carillonne par les _mortiers_ des apothicaires. 251.

_Nemours_ (Le duc de). Protge M. de Courbouzon. 162.

_Nevers_ (Le duc de). Fait un accord avec Mansfeld. 192, note.

_Nisard_ (Ch.). Son _Hist. des livres populaires_, cite 279.

_Notre-Dame-de l'pine._ Lieu de plerinage prs de Chlons-sur-Marne.
275, note.

_Notre-Dame-des-Vertus._ Plerinage. 217.
  --Aventure de deux bourgeoises et de leurs maris dguiss en moines.
217-220.


_Ocquerre_ (Le prsident d'). Pre de Blancmesnil. 148, note.

_Oratoriens._ On leur reproche leur ambition. 78, note.
  --Louis XIII les fait ses chapelains. 80, note 1.
  --Belle musique de leur glise. 82, note.


_Paris._ Haine de ses habitants contre les Huguenots. XX.
  --_Rue Quincampoix_, ses surnoms. 11, note.
  --Corps des _Merciers_. 16, note.
  --Feu de la Saint-Jean en Grve. 23, note.
  --Le Pont Neuf et les quais btis au moyen d'un impt sur les vins. 24,
note.
  --L'hpital Saint Germain. 25.
  --Asile pour les pauvres, _Ib._, note; 70, note.
  --_Le Chevalier du guet_, le _Prvt de l'Ile_. 36.
  --_Pont-au-Double._ 41, note.
  --Les imprimeurs, leur ignorance, etc. 50, 51, 122.
  --Le trsor de la Bastille. 54, note 2.
  --Tort que l'absence du roi fait aux marchands. 57, note.
  --Incendie du Pont-au-Change. 58, note.
  --Diverses troupes de voleurs. 60, 71, 257, notes.
  --Habitants de Paris peureux la nuit. 71, note.
  --La Crs des Carmlites. 74, note.
  --Fondation de l'Oratoire; pourquoi la faade de l'glise est de biais.
81, note.
  --Le _Puits Certain_. 111, note.
  --Le clotre Notre Dame ferm la nuit. 118, note.
  --La galerie de M. de Verdun  l'htel de la prsidence (_prf. de
police_). 144, note.
  --Ses rues paves d'avocats. 176.
  --tablissement des _Capucines_ en 1604. 188.
  --tablissement des _Ursulines_ de Sainte Avoye. 189.
  --Le premier archevque de Paris, en 1622. 189.
  --Costume des aveugles Quinze-Vingts. 199.
  --Gens de finance logent au Marais. 225.
  --Plaintes contre les _chevins_. 241.
  --_Alles_ de la reine Marguerite. 251.
  --Hospices des _Enfants-Rouges_, du _Saint-Esprit_, de la _Trinit_. 253.
  --Filles au faubourg Montmartre. 255.
  --Les marchands de chiffons des rues _Fripaux_, _Frepillon_. 255.
  --Statue d'Enguerrand de Marigny au portail du Palais. 257.
  --_L'Htel d'Angoulme_. _Id._
  --Loyers du _Pont-Marchand_. 252.
  --L'image de Pierre du Coignet. 265.
  --Pourceaux du _Petit Saint Anthoine_. 270.
  --Le _crocheteur_ de la Samaritaine, le _Jacquemart_ de Saint-Paul. 279,
280, notes.

_Passerat._ Cit 61, note.

_Paulmy._ Ses _Mlanges d'une gr. Biblioth._, cits 22, note 1, 3.

_Perrette_ (Madame). Sage-femme du faubourg Saint Marceau. 214.

_Philippe le Bel._ Sa loi somptuaire de 1294. 32, note.

_Philippin_ (Don), btard du duc de Savoie, tu en duel par M. de
Crqui. 171, note.

_Piganiol._ Sa _Description de Paris_, cite 75, note; 80, 81, 82, notes.

_Poncet_ le vnrable. 252.

_Pont_ (Gratien du). Cit XIII, XLI.

_Portail_ (M.) et son valet Rose. 145.

_Potel_, greffier du conseil; son fils Le Parquet. 152, note.

_Povillon-Pierrard._ Sa _Descript. de l'glise de N.-D.-de-l'pine_,
cite 275.

_Puget_. Sa fortune, etc. 39.

_Puits_ (Pierre du). Fou qui couroit les rues. 266, 278.
  --Pasquil paru sous son nom. _Ib._, note.
  --Parle pour les femmes et bourgeoises de Paris dans la _Sentence_... 278.


_Rabelais._ Cit 145, 231, 265, 269.

_Racan._ Ecrit  Malherbe sur l'_esprit_ de La Flche. 74, note.

_Regnard._ 39, 254.

_Regnault_, trsorier de l'extraordinaire. 39.

_Regnier._ Ddie une de ses satires au baron de Fourquevaux. 115, note.
Cit pag. 138, note.
  --Sa 14e satire, parue sous le nom de Matre Guillaume. 263, note.

_Reiffenberg_. Son _Histoire des fous en titre d'office_. 263, note.

_Remond_. Son _Sommaire trait des revenus_, cit 168, 261, 263, notes.

_Rmonde_ (Madame). Se fait _damoiselle_. 220.

_Richelieu_ (Le cardinal de). L'auteur anonyme des _Caquets_ doit tre
quelqu'un de ses partisans, xxiij.
  --Fait juger et pendre de Meuve comme incendiaire du Pont-au-Change. 58,
note.
  --Passage de ses mmoires sur la mort de Luynes. 64, note 2.
  --Autre sur une prophtie du cur de Milmont. 66, note.
  --Autre sur le prince de Cond. 68, note.
  --Ses _lettres_, cites 79, note.
  --Sa haine des huguenots. 86, note.
  --Ses mmoires, cits 146, 148, 159, 161, notes.
  --M. de Coeuvre lui obtient le chapeau. 149.
  --Collgue de Mangot. 152, notes.

_Robichon._ Il faut tudier sous lui pour entrer  la chambre des
comptes. 30.

_Rochefoucauld_ (Le comte de La). Dfait Soubise dans l'le de R. 35, note.

_Rochetomas_ (La), conseiller. 254.

_Rohan_ (Le duc de). Sa _cure_ en qualit de chef des huguenots. 33.
  --Ne se jette pas dans les mles. 56.
  --Abandonne Saint-Jean-d'Angely. 56, note.
  --Ses _Mmoires_, Cits 57. note.
  --Fait sa paix et _baise le babouin_. 158, note.

_Rome._ Ftes qu'on y fait pour la canonisation de sainte Thrse. 48.
  --Les Pres de l'Oratoire veulent s'tablir  Saint-Louis-des-Franois.
79, note 1.
  --Les prtres lacs s'y opposent et retardent la concession jusqu'en
1629. _Ib._, note 2.

_Rosny._ Dit au roi le fameux mot: _La couronne vaut bien une messe_. 173.

_Rougets_, ou _Manteaux-rouges_, voleurs. 60, note; 257.

_Rossignol_ (Le bonhomme). 135.

_Rouillard_, syndic des avocats. 258.

_Roze-Croix_ (Frres de la). Leur tablissement  Paris. 72, note.

_Ruccella_, fameux financier. 40, note.

_Ruelle_, conseiller. 254.


_Saint Antonin._ Discours fait sur la prise de cette ville. 114, note 1.

_Saint-Foix._ Ses _Essais sur Paris_, cits 75, note.

_Saint-Germain_, gentilhomme angevin. Amant de madame de Vertus; comment
assassin. 139-141, note.

_Saint-Jacques._ Mdecin de ce nom. 250.

_Saint-Jean-d'Angely._ Ville abandonne par M de Rohan. 56.
  --Rendue par M. de Soubise. _Ib._, note.
  --Luynes fait bien ses affaires au sige de cette ville, comment. 64, note.

_Saint-Valerien_, conseiller. 254.

_Sainte-Foy_ (Ville de). Rendue par M. de La Force. 57, note.
  Les gens de cette place massacrent  Gontaut les gendarmes de Luynes.
64, note.

_Sardini_, financier. 40, note.

_Salvancy_, financier ruin. 40.

_Saumur._ Un des frres de Luynes pense y mourir de dpit. 67.

_Sauval._ Ses _Antiquits de Paris_, cites 23, note.
  --Son livre _Galanteries des rois de France_, cit 172, note.

_Schomberg_, superintendant des finances. Charg de payer  M. de la
Force sa soumission. 57, note 1.

_Sec_ (Le), mdecin. 250.

_Sillery_ (Le commandeur de). Oppos  M. de Berulle. 79, note 1.
  --Son ambassade  Rome, d'o Richelieu le rappelle en 1624. 149, note.

_Siri_ (Vittorio). Cit 68, note.

_Soubise_ (Le comte de). Cure que lui paie le parti huguenot. 33.
  --Sa dfaite dans l'le de R. 35, note; 55.
  --Sa capitulation  Saint-Jean-d'Angely. 56, note 2.
  --Compar, par raillerie,  Enguerrand de Marigny 257, note.


_Tabarin._ Son _Recueil de questions_, cit 100, note.
  --Fait la fortune de Mondor. _Ib._, 262.
  --Plus plaisant que le charlatan. 102, note; 231.
  --Ses spcifiques pour rajeunir. 233.
  --Fortune qu'il fait. 250, note.
  --O il se retire, et comment il meurt assassin. _Ibid._
  --Sa rencontre avec le prtendu auteur des _Caquets_. 267.
  --Demande en rparation contre l'auteur des _Caquets_. 278.

_Tabourot_ (Estienne). Ses _Bigarrures_, cites 141, note.

_Tardieu_ (M.), de la premire chambre. 145.

_Tardieu_ (Le lieutenant criminel). 38, note.

_Tallemant des Raux._ Ses _Historiettes_, cites XXII, et dans les
notes des pag. 26, 38, 39, 40, 52, 139, 147, 150, 152, 153, 169, 257.

_Terbon._ Se laisse prendre Sainte-Foy. 57, note.

_Testu._ 259.

_Thrse_ (Sainte). Vies de cette sainte remplies d'erreurs, XX, 50, 114.
  --Ftes de sa canonisation  Paris et  Rome. 48, note; 49, note.

_Thou_ (De). Au clotre Notre-Dame. 118, note.

_Tillay_ (Le prsident de). 153, note.

_Toiras._ Chass de la cour. 161, note.
  --Fait marchal de France. 161, note.

_Tonneins._ Rendu par son gouverneur. 56, 57, note.

_Tour_ (De la), fermier renomm. Ruin par les usuriers. 225.

_Traversier_, usurier. 29.

_Turquie_ (Ouvriers de). Appels  Paris pour faire des toffes. 17, note.


_Ulenspiegel_ (_l'Espigle_). Ce type cit 226.


_Vendme_ (MM. de). Opposs  M. de Sillery. 149, note.

_Verderonnes_ (De). 143.

_Verdun_ (Nicolas de). Premier prsident. 143, note.
  --Estime qu'on a de lui. _Ib._
  --Sa grande galerie. 144, note.
  --Sa galanterie. 144.

_Verdure_ (M. de la), partisan. D'accord avec les usuriers. 225.

_Verneuil_ (La duchesse de). Sa manire de vivre aprs sa rupture avec
Henri IV. XXII.
  --Arrive chez l'accouche avec Mathurine. 168.
  --Dteste Bassompierre  cause de sa soeur. 169. V. _Entragues_
(_Marie d'_).

_Vertus_ (Comtesse de). Contrainte par son mari d'assister au meurtre de
son amant. 139.
  --Rcit que fait Tallemant de la mme aventure. 139. note.

_Verville_ (Beroalde de). Imitation d'un passage de son _Moyen de
parvenir_. 269.

_Vieuville_ (M. de la). Succde  Schomberg comme superintendant des
finances. 57, note.
  --N'est pas d'avis que le _Pont-au-Chanqe_ soit rebti aux frais des
orfvres. 59, note.
  --Rigueurs contre lui en 1624; il est enferm au chteau d'Amboise. 97,
note.
  --Il loigne madame de Chevreuse. 148, note.

_Vignolles_, conseiller. 254.

_Vignon_, mdecin. 250.

_Viguier_ (M.). On veut le mettre mal avec M. le Prince. 169.

_Villautrais_, partisan scandaleusement riche. 165, note; 166, 167.

_Villejuif_ (Manants de) et le procureur qui les plume. 224.

_Vincennes._ V. _Chaulnes_, _Desplan_.


_Weiss_ (M.). Rtablit la vrit au sujet de l'_Espadon satirique_. 115, note.




TABLE DES MATIRES

* * *


Introduction.      v

Appendice.      xxxiij

Au lecteur curieux.                                             3

Le Caquet de l'accouche (ou premire journe).                 7

La Seconde aprs-disne.                                       45

La Troisime aprs-disne.                                     93

La Dernire et certaine journe (4e journe).                 125

Le Passe-partout du Caquet des Caquets (5e
journe).                                                     155

La Responce des dames et bourgeoises de Paris
(ou 6e journe).                                              195

Les Dernires paroles ou le Dernier adieu de
l'accouche (7e journe).                                     213

Le Relvement de l'accouche (ou 8e journe).                 229

L'Anti-Caquet de l'accouche.                                 249

Les Essais de Mathurine.                                      261

La Sentence par corps obtenue par plusieurs
femmes de Paris contre l'autheur des _Caquets
de l'Accouche_.                                              277

Table analytique.                                             287



FIN.



NOTES:

[1] Voir plus loin,  III, Bibliographie des _Caquets de l'Accouche_.

[2] _Introduction au livre des Lgendes_, par Le Roux de Lincy, Paris,
1836, in-8, p. 178-79.

[3] _Les Honneurs de la Cour_, publis  la fin du tome II des Mmoires
sur l'ancienne chevalerie, par La Curne de Sainte-Palaye, 1759, in-12, 3
vol.

[4] Voir,  la fin de cette introduction, aux _Appendices_, n 1.

[5] Voir aux _Appendices_, n2. Nous y avons joint deux strophes des
_Tnbres du mariage_.

[6] Voir aux _Appendices_, n 3.

[7] Voyez, sur _Jean Castel_, t. 2 (1re srie), p. 461 de la
Bibliothque de l'cole des chartes, un article curieux de M. J.
Quicherat.

[8] Voir aux _Appendices_, n 4.

[9] Voir aux _Appendices_, n 5.

[10] Deux dialogues du langage franois italianiz, etc., in-8, p. 162.

[11] Voir aux _Appendices_, n 6.

[12] Les _OEuvres satyriques_ du sieur de Courval-Sonnet, gentilhomme
virois, etc., etc. Paris, 1622, in-8, p. 214.

[13] Voir aux _Appendices_, n 7.

[14] Voir plus loin,  III, Bibliographie des _Caquets_.

[15] _Historiettes, etc._, de Henri IV, tome 1, de l'dition in-18.

[16] Voyez, page 191, la note sur ce passage.

[17] V. Brunet, _Manuel du Libraire_, t. 1, au mot _Bruscambille_.

[18] _Analectabiblion_, ou extraits critiques de divers livres rares,
oublis ou peu connus, tirs du cabinet du marquis D. R**. Paris, 1837,
in-8, t. 2, p. 170.

[19] Cet avertissement ne se trouve qu'en tte du _Recueil gnral_.

[20] Ces vers se trouvent seulement dans le _Recueil gnral_.

[21] Dans le _Recueil gnral_, cette partie est intitule: _La premire
journe de la visitation de l'accouche_.

[22] Il toit de bon ton de faire jouer alors la comdie aux enfants.
La reine, crit Malherbe  Peiresc, s'en va lundi  Saint-Germain, o
_Mesdames_ lui prparent le plaisir d'une comdie qu'elles doivent
rciter. _Mesdames_, ce sont les petites princesses soeurs de Louis
XIII.

[23] Il y avoit en effet alors des comdiens italiens  Paris. En juin
1613, Malherbe avoit crit  Peiresc: On dit que les comdiens de
Mantoue viennent, conduits par Arlequin. Le 6 septembre, il avoit
encore crit: Les comdiens italiens sont arrivs; mardi ils joueront
au Louvre. Le 27 janvier 1614, preuve singulire de la faveur de ces
comdiens  la cour, le roi et Madame, toujours au dire de Malherbe,
avoient tenu sur les fonts l'enfant d'Arlequin. Cette troupe toit sans
doute celle des _Gelosi_, que Henri IV avoit dj appele  Paris en
1600, lors de son mariage avec Marie de Mdicis. Elle avoit pour chef J.
B. Andreini, dit _Lelio_, que nous retrouvons encore  Paris, sur le
thtre de l'htel de Bourgogne, en 1618, puis, ce qui s'accorde fort
bien avec la date de ce premier _caquet_, de 1621 jusqu' la fin du
carnaval de 1623. Il revint une dernire fois en 1624, poque o il
publia  Paris son _Teatro celeste_, prcieux volume qui nous a valu un
remarquable article de M. Charles Magnin (_Revue des deux-Mondes_, 15
dcembre 1847, P. 1090-1109).

[24] C'toit sans doute soit Mondor, soit Desiderio Descombes, dont il
sera parl plus loin.

[25] La _rue Quincampoix_ ne porta jamais le nom de _rue des
Mauvaises-Paroles_, qu'on ne lui donne ici sans doute qu' cause des
commres qui s'y trouvoient en nombre. Tallemant, peut-tre pour la mme
raison, dit, dans une note de l'_historiette_ de Scudry (t. 9, p. 146),
qu'on l'appeloit aussi _rue des Cocus_.

[26] Cette _recherche_ des financiers pour leurs malversations toit le
voeu de tout le monde et ne se fit pas attendre, puisqu'elle fut
dcrte en 1624, comme on le verra par une autre note. Une pice
satirique de ce temps-l, _la Voix publique au roy_ (Recueil A-Z, E, p.
241), la demandoit avec instance; un autre crit du mme esprit et de la
mme poque, _le Mot  l'oreille de M. le marquis de la Vieuville_
(Recueil F, p. 192), mettoit non moins vivement un dsir pareil. Ce
sont, y est-il dit des financiers, des ponges mouilles qu'il faudroit
presser. Il ont plum l'oie du roy; qu'ils rendent au moins un peu de sa
plume.--Par le 411e article de la fameuse ordonnance du roi connue
sous le nom de _Code Michault_, et publie en parlement le 15 janvier
1629, une chambre compose d'officiers des cours souveraines fut cre
pour vaquer de nouveau  cette recherche et punition des fautes et
malversations commises au fait des finances.

[27] L'origine de cette locution s'explique d'ordinaire par un passage
de Sutone (_Vie de Vespasien_, chap. 23), ainsi reproduit dans le livre
de Moizant de Brieux: Nous avons pris, dit-il, cette faon de parler de
ce que fit autrefois le muletier de Vespasien, qui, sous pretexte que
l'une des mules estoit deferre, arrta long-temps la litire de cet
empereur, et par l fit avoir audience  celuy auquel il l'avoit promise
sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper
aussitt le nez de ce prince, qui l'avoit trs fin pour le gain; en
sorte, dit Sutone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit
qu'il avoit eu  ferrer la mule. (_Origine de diverses coutumes et
faons de parler_, Caen, 1672, p. 101.) De l venoit qu'on appeloit
_ferre-mule_ tout valet qui trompoit son matre sur le prix des achats
qu'il lui faisoit faire: Un serviteur malin, trompeur et ferre-mule.
(Chapelain, trad. du _Gusman d'Alpharache_, 1re part., chap. 4.)

[28] Le _mercier_ toit, son nom l'indique, le marchand, _mercator_, par
excellence, de mme que le _fvre_ ou _fabre_, dont le nom se perdit
plus vite, toit l'ouvrier, l'artisan type. Le corps des marchands
merciers de Paris, lit-on dans le _Dictionnaire de Trvoux_ (1732), est
le plus nombreux et le plus puissant des six corps des marchands. A lui
seul il avoit pu fournir 3,000 marchands arms, en bon quipage,  la
grande revue que Henri II avoit faite au landi de 1557. Ce corps si
nombreux et si accommod ne comptoit pas moins de vingt classes de
marchands: les marchands grossiers, les marchands de drap, les marchands
de dorure, les camelotiers, les joailliers, les toiliers, les marchands
de dentelles, les marchands de soie en bottes, les marchands de
peausseries, les marchands de tapisseries, les marchands de fer et
d'acier, les clincaliers (_sic_), les marchands de tableaux, estampes,
etc.; les miroitiers, les rubaniers, les papetiers, les marchands de
dinanderie, les marchands de toiles cires, parasols et parapluies; puis
les menus merciers et les merciers ambulants. On peut en voir l'ample
dtail dans le _Guide des corps des marchands_, Paris, 1766, in-12, p.
358, etc.

[29] Les trsoriers toient accuss de s'enrichir comme les autres gens
de finance. Dans _le Mot  l'oreille de M. le marquis de la Vieuville_
(Recueil A-Z, F, p. 178), il est dit que ceux de l'extraordinaire et
ceux de l'pargne font seuls les profits.

[30] Les toffes  la Turque toient alors les plus recherches; on
alloit jusqu' faire venir des ouvriers de Turquie pour les
confectionner  Paris, et pour en faire des robes. Je vous avois mand,
crit Malherbe  Peiresc le 6 avril 1614, qu'on faisoit des habits pour
la petite reine: c'est une robe qui se fait  l'htel de Luxembourg par
des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que c'est la chose
du monde la plus belle.

[31] Expression qui rpond  celle que nous avons reproduite dans une
note prcdente: _plumer la poule_, _plumer l'oie du roi_, etc. On
disoit, pour un homme adroit et d'intrigue, un _dnicheur de fauvettes_.
(Dict. de Furetire.)

[32] _Besogne_ ou _besoigne_ se disoit alors pour _hardes_, _effets_. On
en a un exemple dans ce passage d'une _lettre de Malherbe  Peiresc_ (p.
384): Cette pauvre princesse (la reine Marguerite) est volontiers
excessive en ses libralits: elle donna... une montre de cinq  six
cents cus  madame de Montglas; elle donna aussi je ne sais quelle
_besoigne_  madame d'Aumale, sous-gouvernante, et  madame la nourrice
de Monseigneur. Ailleurs, Malherbe parle encore des _besongnes de
nuit_ de la signora Sperancilla dont s'habilloient les cardinaux 
Rome. _Id._, p. 58.

[33] Le _chaperon_ toit la marque de la petite bourgeoisie (V. notre
_Recueil de varits historiques et littraires_, etc., t. 1, p. 306).
Il fut aussi, jusqu'au temps de Louis XIV l'habillement des femmes
nobles pendant le deuil de leurs maris. Saint-Simon, dans une note du
_Journal de Dangeau_, dcrit longuement celui que portoient les
princesses du sang. (Lmontey, _Essai sur la monarchie de Louis XIV,
etc., prcd de nouveaux mmoires de Dangeau_, Paris, 1810, in-8, p.
204.)

[34] C'est Daubray qu'il faut lire. L'auteur des _caquets_ prte une
erreur  sa veuve, en lui faisant dire que son mary deffunct fut trois
fois prvt. Claude Daubray, conseiller, notaire et secrtaire du roy,
fut lu chevin en 1574, sous la prvt de Monsieur le prsident
Charron, puis prvt de 1578  1580, poque o il eut pour successeur
Auguste de Thou. Voil toute sa vie municipale. (V. Piganiol,
_Description de Paris_, t. VIII, p. 441.)

[35] Les charbonniers, comme tous les autres petits mtiers ou emplois
nomms aprs, ne formoient pas  Paris de communaut, parcequ'il ne
peut pas y avoir de fabrique de charbon dans la ville. Ceux qui le
portaient devoient avoir permission du roi, ou tout au moins des
magistrats. C'toient des espces de charges, qui ne furent tablies
que depuis le XVIIe sicle. _Mlanges tirs d'une grande
bibliothque_, Hh, p. 39.--V. aussi dans notre _Recueil de varits
historiques et littraires_, t. 1, la note de la page 204.

[36] C'toient de petits officiers de ville crs pour tasser et mesurer
le bois dans les membrures, en prsence des jurs. Les hommes de peine
ou crocheteurs s'appeloient aussi _gagne-deniers_. _Le rglement gnral
pour la police de Paris, du 30 mars 1635_, fixa le tarif dont, sous
peine du fouet, ils ne devoient pas se dpartir pour leurs salaires.

[37] Ces _rcleurs-jurs_ ne sont sans doute autre chose que les
_ramoneurs de chemines_, qui en effet ne formoient pas non plus une
vritable corporation, et rentroient ainsi dans la catgorie des mtiers
prcdents. V. _Ml. d'une gr. biblioth._, id., p. 280.

[38] Il doit tre fait ici allusion aux ftes encore rcentes que la
Ville avoit donnes  Louis XIII quand il toit venu, en 1620, allumer
lui-mme sur la place de Grve le feu de la Saint-Jean. Entre autres
_superfluitez_ de ce bcher annuel, il ne faut pas oublier les chats
qu'on y brloit dans un sac ou dans un _muid_, singulier auto-da-f dont
il est parl dans le libelle infme, _le Martyre de frre Jacques
Clment_, etc. Paris, 1589, p. 34, 35. Sauval, qui en fait mention dans
ses _Antiquits de Paris_, t. 3, p. 631, cite ce passage des registres
de la ville au XVIe sicle, tant de fois rappel depuis: Pay 
Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sols
parisis, pour avoir fourni durant trois annes, finies  la Saint-Jean
1573, tous les chats qu'il falloit audit feu, comme de coutume, et mme
pour avoir fourni il y a un an, o le roi y assista, un renard pour
donner plaisir  Sa Majest, et pour avoir fourmi un grand sac de toile
o estoient lesdits chats. Dans une lettre de l'abb Lebeuf (_Journal
de Verdun_, aot 1751), relative au feu de la Saint-Jean, se trouvent
d'autres dtails sur cette bizarre coutume d'y brler des chats, et il y
est fait ainsi allusion dans une pice trs rare, contemporaine des
_Caquets_:

    Un chat qui d'une course brve
    Monta au feu Saint-Jean, en Grve;
    Mais le feu, ne l'epargnant pas,
    Le fit sauter du haut en bas.

    (_Le Miroir de contentement_, Paris, 1619, in-12, p. 4.)

Je ne trouve la raison de cette cruaut contre les chats que dans la
croyance o l'on toit qu'ils se rendoient tous  un sabbat gnral la
veille de la S.-Jean (Moncrif, _les chats_, 1re lettre). On les
brloit, le lendemain, comme convaincus de sorcellerie.

[39] En 1601, la ville avoit dcid de lever dix sols sur chaque muid de
vin afin de pourvoir  la rparation des fontaines. Le roi accapara
cette taxe, et, dans l'assemble gnrale du 17 avril de cette mme
anne, il fit connotre aux chevins qu'il en destinoit les fonds 
l'achvement du pont Neuf. (Flibien, _Hist. de Paris_, t. V, p. 483.)
Depuis, comme l'indique ce curieux passage des _Caquets_, cette taxe,
vivace comme tout bon impt, avoit t maintenue. L'argent, d'abord
employ  l'achvement du pont, avoit pass aux rparations des quais.

[40] Les autres pauvres de Paris qui sont valides et _assez sains_ pour
gaigner leur vie, et qui neantmoins, pour estre aucunement foibles,
paresseux et mauvais ouvriers, ne trouvent pas qui les veuille employer,
sont enroolez par les dicts commissaires des pauvres, leur dict bailly
ou greffier, et envoyez, receuz et employez aux fossez, fortifications,
remparts et oeuvres publicques de la dicte ville, etc. G. Montaigne,
_la Police des pauvres de Paris_, s. d., p. 13.

[41] L'hpital Saint-Germain, que nous ne trouvons nomm nulle part
ailleurs, devoit tre _l'ancienne maladrerie de S.-Pierre_, qui fut
remplace par l'hpital de la Charit vers 1606. Le nom qui lui est
donn ici devoit lui venir de l'abbaye de Saint-Germain, sur le terrain
de laquelle cet hpital avoit t bti.--Dans le temps mme ou l'auteur
des _Caquets_ faisoit ainsi regretter ce premier asile des pauvres,
Louis XIII songeoit  en tablir un autre. Des lettres-patentes de
fvrier 1622 statuoient sur la fondation d'un vritable dpt de
mendicit. Le projet, malheureusement, n'eut pas de suite. Il en sera
reparl plus loin.

[42] Si cette recherche n'toit pas encore ordonne, au moins toit-elle
dj fort menaante:

    Mais enfin crve l'apostume;
    Si les pres mangent l'oyson,
    Les enfans en rendent la plume.

    (_Satyres_ du Sr. Auvray, 1625, in-8, p. 26.)

On pouvoit s'autoriser, pour cette rigueur, de l'exemple de Henri IV,
qui avoit fait rendre gorge  ces exacteurs, et qui, de l'argent rendu,
avoit fond un tablissement utile:

    Les crimes seroient esblouys
    Si l'hospital de Saint-Louys
    N'en portoit  jamais les marques,
    Qui fut basty des ducatons
    Que le plus grand de nos monarques
    Fit revomir  ces gloutons.

    (Id., _ibid._)

Tallemant raconte  ce propos l'anecdote suivante dans son _historiette_
de Henri IV: Lorsqu'on fit une chambre de justice contre les
financiers: Ah! disoit-il, ceux qu'on taxera ne m'aideront plus. Edit.
in-12, t. 1 p. 87.

[43] Ne rveillez pas le chat qui dort.

[44] Nicolas Chevalier, premier prsident  la Cour des aides, fils
d'Etienne Chevalier, conseiller, et de N. Barthemi, fut surintendant de
Navarre et de Barn, et deux fois ambassadeur en Angleterre. (Le P.
Lelong, _Bibliothque franc._, t. 4, p. 168, _Liste des Portraits_.) On
a de lui deux portraits gravs par Michel Lasne: le premier, fait en
1621, quand le prsident avoit cinquante-huit ans, est in-4; le second,
fait l'anne d'aprs, c'est--dire  l'poque dont il est parl ici, est
in-8.--Avant que Luynes ft en faveur, ce prsident lui avoit rendu
service; mais il parot que le parvenu eut courte mmoire. V. le
_Contadin provenal_, Recueil des pices les plus curieuses qui ont t
faites pendant le rgne du conntable, etc., p. 93.

[45] C'toit le prix qu'on payoit un repas chez la Boessellire, dont le
cabaret toit le plus fameux de ce temps-l. Etes-vous oblig de suivre
le cours, sortez-vous du Louvre  l'heure du disn, le premier cabaret
de France est celui de la Boessellire; mais, sur ma parole, ne vous
donnez pas la peine d'y transporter vostre humanit, quoyque vous soyez
le mieux avis du monde, si vous ne sentez que vostre gousset soit prest
d'accoucher d'une pistole au moins, etc. _Les Visions admirables du
Plerin de Parnasse_, etc., Paris, 1635, in-12, p. 208.

[46] Les emprunts  gros intrts toient dj depuis longtemps le flau
des enfants prodigues:

    Mignons de bien dissipateurs
    Emprunteront  millions,
    Puis payeront leurs crditeurs
    De respitz et de cessions.

    (_La grande et merveilleuse prognostication nouvelle..._
    1583, in-12.)


[47] Les livrets satiriques du temps sont remplis de plaintes contre ces
usuriers, la plupart Italiens, qui ruinoient la jeunesse et toient une
des causes qui empchoient _Bon-Temps_ de revenir:

    Et quand verrez tous ces marchands
    Ne vendre plus rien  usure,
    Que Bon Temps viendra sur les rangs,
    S'il n'a grant faute de monture,

              * * * * *

    Quand les Lombards ne seront plus


    Chiches, avares, jaloux, couards,
    Ne vous enquerrez du surplus:
    Bon Temps viendra de toutes parts.

    (_Les moyens trs utilles et necessaires... pour faire en
    brief revenir Bon Temps_, 1615, in 12, p. 6-7.)


[48] Dans la pice que je viens de citer se trouvent aussi des plaintes
contre le nombre des _btards_, qui augmentoit tous les jours:

    Ne que nous n'ayons plus en France
    De Jaloux, Coquus et Batards,
    Bon Temps sera hors de souffrance
    Et deployra ses etendards.

    (_Ibid._, p. 16.)


[49] C'est--dire le couvent: entrer en religion toit alors le terme
consacr.

[50] Dpenser.

[51] C'est de l'ordonnance de 1294 qu'il est question ici. On la trouve
en entier dans les notes de la Thaumassire sur les _Coutumes de
Beauvoisis_, 1690, in-fol., p. 372. Il y est dit: Nul ne donra au grand
mangier que deux mets et un potage au lard, et au petit mangier un mets
et un entremets et un potage; et s'il est jene, il pourra donner deux
potages aux harencs et deux mets, ou trois mets et un potage, et ne
mettra en une cuelle qu'une manire de chair.

[52] Ce mot, qui s'employoit, alors non pas seulement pour l'office du
cur, mais pour tout bnfice  charge d'mes, est trs curieux ici,
appliqu aux subventions que recevoient les chefs du parti huguenot. La
_cure_ des espions, qui vient aprs, ne cache pas moins de malice.

[53] On appeloit ainsi l'enchre faite, sur une terre ou ferme adjuge
en justice, du tiers du prix au del de celui de l'adjudication. Il y a
un rglement de 1682 sur les doublements et _tiercements_.

[54] Pendant l'hiver de 1622, M. de Soubise s'toit jet dans le
Bas-Poitou et l'avoit occup, ainsi que les les de Ri, du Prier, de
Mons, etc. Il avoit pris Olonne, et il menaoit Nantes, quand les
troupes royales, que commandoit La Rochefoucauld, franchissant de nuit
le bras de mer peu profond qui spare l'le de Ri de la terre ferme, se
jetrent sur lui  l'improviste et dispersrent son arme presque sans
coup frir. Soubise, vaincu, s'enfuit en laissant  l'arme du roi son
arme et ses quipages (V. _Mmoires_ de Rohan, coll. Petitot, 2e
srie, t. 18, p. 269, et _Mmoires_ de Richelieu, _ibid._, t. 22, p.
206-209). Cette dfaite, dont le fils de l'entte calviniste mise ici
en scne fut une des victimes, se trouve amplement raconte dans un
livret, devenu rare, paru presque aussitt aprs: _Surprise du sieur de
Soubize dans les sables d'Aulonne, investi, tant par terre que par
mer... par M. le comte de La Rochefoucauld, marquis de La Valette et
baron de S.-Luc._ Paris, P. Ramier, 1622, in-8.

[55] Sureau.

[56] Le chevalier du guet, ainsi que toute la juridiction qui dpendoit
de lui, toit du ressort et  la nomination du prvt de Paris. V.
_Trait de la police_, t. 1, p. 236.

[57] Les prvts des marchaux toient des officiers royaux du corps de
la gendarmerie, tablis pour la sret de la campagne contre les
vagabonds et les dserteurs. Ils avoient connoissance de tous les cas
royaux, appels  cause d'eux prvtaux: vagabondages, vols de grand
chemin, infraction de sauvegarde, incendie, fausse monnoie. Il y avoit
en France cent quatre-vingts siges de prvt des marchaux. Celui qui
avoit dans son ressort Paris et toute l'Ile-de-France s'appeloit
simplement _Prvt de l'Isle_.

[58] V. la note prcdente.

[59] C'toit un juge d'pe qui instruisoit les procs des gens de
guerre  l'arme. Celui du rgiment des gardes s'appeloit le Prvt des
bandes.

[60] Cette _montre_ du mois de mai toit la procession de toute la
basoche, y compris le sergent et ses huissiers, allant planter en grande
pompe le mai annuel dans la cour du palais.

[61] Marigny, dans son pome du _Pain bnit_, parle de matre Vavasseur,
commissaire du quartier du Marais, qui toit ainsi de connivence avec
les filles ses subordonnes. Marigny le dsigne ainsi:

    Des lieux publics grand cumeur.
    Adorateur de ces donzelles
    Qui ne sont ni chastes ni belles,
    Et qui, sans grace et sans attraits,
    Vivent des pechs du Marais.



[62] Le lieutenant criminel Tardieu, tout aussi bien que ces
commissaires, prenoit de toutes mains, mme de celles des rtisseurs.
Le lieutenant, lisons-nous dans les _Historiettes_ de Tallemant, dit 
un rotisseur qui avoit un procs contre un autre rotisseur: Apporte-moi
deux couples de poulets, cela rendra ton affaire bonne. Ce fat
l'oublie. Il dit  l'autre la mme chose. Ce dernier les lui envoie, et
un dindonneau. Le premier envoie ses poulets aprs coup; il perdit, et,
pour raison, le bon juge lui dit: La cause de votre partie toit
meilleure de la valeur d'un dindon. (Tallemant, dit. in-12, t. 5, p.
53.)--Encore M. Tardieu ne s'en tenoit-il pas l. Le lieutenant
criminel, dit encore Tallemant, logeoit de petites demoiselles auprs de
lui, afin d'y aller manger, et il leur faisoit ainsi payer sa
protection. (_Ibid._)

[63] Fameux trsorier de l'pargne, dont la fortune fit scandale  cette
poque. Tallemant, qui toit alli de sa famille, lui a consacr une
_historiette_, ainsi qu' Montauron, qui continua et mme augmenta
l'opulence de cette maison de parvenus. (V. dit. in-12, t. 8, p. 116,
etc.) Dans la _Chasse aux larrons_ de J. Bourgoing (in-4, p. 39, 90), on
les maltraite fort. Les Puget, y est-il dit, qui se sont vants d'avoir
mang en leur temps plus d'un million six cents mille livres, avoir
entretenu toutes les plus belles garces de Paris, jouy des plus releves
de France, jou ez plus dissoluz brelans, acadmies, tripots, bauffr
les plus friands morceaux, etc. Puget fut souvent inquit, mme avant
la grande recherche qu'on fit des gens de finance sous Louis XIII. L'un
des commissaires qui instruisoient son procs lui fit cette question:
Je vous prie de m'enseigner comment je pourrois, avec deux ou trois
mille cus, en acqurir en peu de temps cinq  six cents mille;
paroles, dit un auteur, qui le rendirent muet. Il devint ple, dfait,
et possd des froides apprhensions de la mort, qui le talonnoient
comme s'il et t condamn. (_Le tresor des tresors de France vol 
la couronne_, par J. de Beaufort, Parisien, Paris, 1615, in-8, p. 31.)

[64] Montescot avoit joui d'un grand crdit et men grand train sous
Henri IV. Au commencement du rgne suivant, il eut  subir, entre autres
malheurs, les consquences d'un duel aprs lequel son fils Baronville,
ayant tu Dasquy, gentilhomme du duc d'Aiguillon, dut s'enfuir au plus
vite, et fut pendu en effigie au bout du Pont-Neuf, en aot 1611.
(_Lettres de Malherbe  Peiresc_, p. 211, 219.)

[65] Est-ce le clbre homme d'tat qui eut Sully pour successeur dans
la surintendance des finances, ou faut-il plutt retrouver ici Lancy,
fameux traitant de cette poque, dont parle _la Chasse aux Larrons_, p.
45, 91?

[66] Nous ne connaissons de ce nom alors qu'un conseiller au Grand
Conseil. (V. Tallemant, dit. in-12, III, p. 190.)

[67] Il est parl de ce grand fermier dans une petite pice fort
curieuse: _La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre
Guillaume, revenant des Champs-Elyses_, pet. in-12, 1606. On y voit
qu'il florissoit au temps de la faveur des financiers italiens en
France, Ruccella, Sardini, Cenami, et quelques autres nomms ici. C'est
lui,  ce que nous apprend la mme pice, qui organisa toute une arme
de _mouches_ (_sic_) pour surprendre les _coquilberts_, sorte de
contrebandiers de ce temps-l. Mais les mouches s'entendirent avec les
coquilberts, tellement que, par le moyen de cette alliance, le pauvre
pre Louvet fut mtamorphos comme Acton, qui fut mang de ses chiens
propres: car toute son arme de mouches, tant capitaines que soldats,
devinrent coquilberts, et il fut trait  la turque. La fuite de Louvet
 Maubuisson est ensuite raconte, etc., etc. (V. p. 19, 26.)

[68] Peut-tre cet entrepreneur, dont nous avons inutilement cherch le
nom, est-il le mme que le nomm Bizet dont parle Malherbe dans sa
lettre  Peiresc du 12 janvier 1613, et qui proposoit de btir un pont
neuf devant aboutir vers la place Maubert, c'est--dire  peu prs 
la hauteur o fut en effet plac le Pont-au-Double. Cette construction
n'entroit que comme dtail dans l'ensemble d'un vaste plan
d'embellissement que ce M. Bizet montra  Malherbe, et qui, propos,
reu par le conseil, auroit eu, entre autres avantages, celui
d'acquitter cinq millions de livres de rente que fait le roi, dit
encore Malherbe, sans aucune surcharge ni exaction nouvelle.

[69] Le _Pont-au-Double_, qui dut son nom  la petite monnoie,
quivalente  deux deniers, qu'on payoit pour y passer, ne tarda
pourtant pas trop  s'achever. Les travaux y allrent mme plus vite
qu'au Pont-au-Change, qu'on rebtissoit vers le mme temps (V. plus
loin). Il toit termin en 1634, avec la salle de l'Htel-Dieu qui
occupoit l'un de ses cts, et qui lui avoit fait donner son nom
officiel de pont de l'Htel-Dieu. L'an 1634, lisons-nous dans le
_Supplment des Antiquits de Paris_, de Dubreuil, p. 14, fut fait le
pont de pierre de l'Hostel-Dieu, qui prend depuis le coing de la
premire porte de l'Archevesch et respond en la rue de la Bucherie, et
sert audit Hostel-Dieu d'un bel ornement et logement pour heberger les
malades, avec une gallerie faite  cost pour servir au public. Quand
le double tournois eut cess d'avoir cours, on paya un liard pour y
passer; ce page exista jusqu'en 1789. On le dbarrassa en 1816 des
maisons qui l'obstruoient du ct de la rue de la Bucherie, et de nos
jours on l'a compltement rebti, d'une seule arche.

[70] Dans le _Recueil gnral_, cette seconde partie a pour titre: _La
seconde journe et visitation de l'accouche_.

[71] V. plus loin une note sur l'usage des masques, p. 105, et la
_Promenade du Cours_, Paris, 1630, in-12, p. 12; Lmontey, _Suppl._ 
Dangeau, p. 140-141.

[72] Il s'agit de la canonisation de sainte Thrse, que Grgoire XV,
par bulle de l'anne 1621, avoit mise au nombre des saintes. C'est comme
fondatrice des carmlites que sainte Thrse toit fte par les Carmes
avec une pompe si bruyante: Par toutes les eglises des Carmes et
Carmlines deschaussez de France, on fit... huit jours de ftes
solennelles en l'honneur de sainte Thrse: toutes lesquelles eglises
estoient richement ornes de tapis exquis, de tableaux, de lampes et de
cierges, pour exciter le peuple  la dvotion, Sa Saintet ayant octroy
pleinire indulgence. Et s'y voyoit un grand nombre de personnes de
toutes qualits communier et recevoir le S.-Sacrement.--_Le Mercure
franois_, t. 7, p. 409 (juil. 1622).

[73] Ce lazzi se retrouve dans une autre pice de l'poque, inspir par
un fait tout diffrent. Une autre vieille, dit l'_Hermite Valrien_,
racontoit au cur qu'elle avoit ouy dire au march que M. le connestable
alloit canoniser la Rochelle avec cent canons. La simplicit de cette
femme me fit rire, voyant qu'au lieu de _canonner_, elle disoit
_canoniser_.--_Recueil des pices les plus curieuses faictes pendant le
rgne du connestable M. de Luynes_, Paris, 1632, in-8, p. 310.

[74] La reyne fit la despense des artifices qui jourent sur le haut de
l'glise des Carmes deschaussez de Paris. _Le Mercure franois_, t. 7,
p. 409.

[75] L'un des ajustements  la mode que les bourgeoises ne devoient pas
se permettre: le col garny d'affiquets, de _colet  quatre ou cinq
estages_ d'un pied et demy, pour monter au donjon de folie, etc. _La
Mode qui court  prsent_, etc., Paris, s. d., in-12, p. 8.

[76] V. plus loin, p. 114.

[77] Les plaintes toient frquentes alors contre la faon incorrecte
dont les livres toient imprims; on peut lire notamment  ce sujet un
passage du _Perroniana_, 3e dit. in-12, p. 168.

[78] Si le cardinal de Guise, archevque de Reims, n'toit mort 
Saintes le 21 juin 1621, c'est--dire un an avant que ceci dt tre
crit, je croirois volontiers que l'auteur des _Caquets_ a voulu ici
parler de lui. C'toit en effet le prlat le plus coquet et le mieux
fris du royaume. Tallemant le prouve par cette anecdote: Un jour que
le dernier cardinal de Guise, qui toit archevque de Reims, vint fort
fris dner chez M. de Bellegarde..., Yvrande alla dire tout bas ces
quatre vers  M. le Grand (on appeloit ainsi M. de Bellegarde):

    Les prlats des sicles passs
    Etoient un peu plus en servage;
    Ils n'toient boucls ni friss, etc.

    (_Histor._, dit. in-12, t. 1, p. 110.)



[79] Cette place ne se rendit toutefois dfinitivement qu'en 1629.

[80] Il est question d'un premier blocus qui prcda le sige fait par
Richelieu, et qui fut lev en cette mme anne 1622.

[81] Le mme reproche se trouve formul contre Luynes et ses frres,
dans _la Chronique des favoris_. On le fait ainsi parler: Nous avons
encore preveu de faire un grand nombre de rgiments invisibles, mes
frres et moi, desquels on faisoit courre le bruict que nous les
mettions en nostre bourse, au lieu que nostre dessein estoit de nous en
servir pour les jetter invisiblement dans la place, pour la surprendre
plus facilement. _Recueil des pices les plus curieuses, etc._, p. 481.

[82] Il falloit alors, quand on faisoit des transports d'argent, un
norme attirail d'hommes et de chariots, n'et-on  voiturer qu'un
million ou douze cent mille livres. Malherbe crit  Peiresc le 17
juillet 1615: On dit mercredi sur les cinq heures du soir  la
Bastille, prendre douze cent mille livres pour le voyage...; l'argent
fut tir dans quarante charrettes, qui portoient chacune trente mille
livres en quarts d'cus.

[83] Il est sans doute ici question du livre qui a pour titre: _Histoire
des martyrs persecutez et mis  mort pour la verit de l'Evangile..._
(1610), trad. du latin (par J. Crispin et continu par S. Goulard),
Genve, 1619, 2 vol. in-fol.

[84] M. de Rohan en effet ne s'toit pas conduit trs bravement 
S.-Jean-d'Angely. Bien que cette ville lui appartnt, sitt qu'il sut
l'approche des troupes du roi, il se retira, laissant la dfense de la
place  son frre Soubise. S.-Jean, quoiqu'en bon tat, ne tint pas
long-temps. Le 25 juin 1621 Soubise y capitula.

[85] M. de la Force en effet vendit cher sa soumission; quand les
mauvaises affaires des Huguenots dans la basse Guienne, la perte de
Tonneins, que son gouverneur rendit, et la prise de Clerac par les
troupes du roi, lui eurent fait dsesprer de sa cause, il songea 
entrer en arrangements, mais il ne conclut qu'avec de beaux avantages.
Le roi, continuant son chemin par la Guienne, lit-on dans les
_Mmoires_ de Rohan, acheva son trait avec La Force, qui, moyennant une
charge de marchal de France et 200,000 cus, lui rendit Sainte-Foy,
dont il s'toit rendu matre au prjudice de Terbon, gendre de
Pardaillan, et se dmit lui et ses enfants des charges et gouvernements
qu'ils avoient possds, sans en donner jamais connoissance ni 
l'assemble gnrale ni au duc de Rohan. (Coll. Petitot, t. 18, p.
214.)

[86] Il toit _superintendant_ des finances, comme dit Malherbe
(_Lettres  Pereisc_, p. 481), depuis la fin d'aot 1621. La Vieuville
lui succda (_Mm._ de Bassompierre, Coll. Petitot, 2e srie, t. 16,
p. 2-3).

[87] Les plaintes sur le tort que l'absence du roi et de la Cour faisoit
aux marchands de Paris toient gnrales. On lit, par exemple, dans une
pice du temps, _Lettre de la ville de Tours  celle de Paris_, 1620
(Recueil A-Z, E, p. 139): Le vray sujet de vostre murmure, c'est de
vous sentir affam de la manne ordinaire de la cour... Il vous fasche
voir un si grand dechet de prix en vos merceries, et tant de chambres
garnies  louer. A la verit je vous avoue que l'absence du roy vous
fait dommage, pour faire du bien  d'autres, et s'il continue 
s'eloigner de vous, vous deviendrez  moiti deserte. Plusieurs pices
coururent qui reproduisoient ces plaintes et qui prouvoient qu'elles
toient l'expression de toutes les penses  Paris; voici le titre de
quelques unes: _Les avis de M. le chancelier et de MM. du Parlement,
donns au roy sur la rsolution de son voyage_, Paris, 1622,
in-8.--_Harangue et protestation faite au roi, au nom des trois ordres
de France et de MM. les Parisiens, sur son prochain dpart_, Paris,
1622, in-8.--_Requte gnrale des habitants de Paris, prsente au roi,
sur le voyage de Sa Majest_, par le sieur de Boiscourtier, Paris, 1622,
in-8.--_Francophilie prsente au roi sur la rsolution de son voyage_,
par le sieur Mangeart, s. l. 1622, in-8.

[88] L'incendie du _Pont-au-Change_ eut lieu, en effet, dans la nuit du
24 oct. 1621 (_Mercure franois_, VII, 857). On en accusa l'imprudence
d'un certain de Meuves, que Richelieu fit juger par une assemble de
conseillers du Chtelet, dont M. de Cordes toit prsident. Il fut pendu
(Tallemant, dit. in-12, t. 2, p. 188). On songea aussitt  rtablir le
pont, et, afin de le garantir des accidents auxquels sa premire
construction en bois l'avoit expos, on voulut le btir en pierre. Les
orfvres qui y avoient leurs _forges_ (boutiques) offrirent d'en faire
les frais: Les orfvres de Paris, dit _la voix publique au roy_,
poursuivent de faire btir le Pont-au-Change de pierres de taille 
leurs despens. Le marquis (La Vieuville) ne le trouve pas bon. (Recueil
E, p. 210.) Le projet trana en longueur, si bien que la reconstruction
ne fut commence qu'en septembre 1639, et acheve qu'en octobre 1647.

[89] C'taient des gants d'une mode en effet nouvelle, car nous ne les
trouvons pas nomms dans une petite pice en vers qui fait la
description la plus complte de toutes les espces de gants  la fin du
XVIe sicle: _Le Gan de Jean Godard, parisien, etc._, Paris, 1588,
in-8, p. 9-11.

[90] _La Guimbarde_ toit une danse dont la vogue avoit commenc vers
1606. Nous la trouvons indique sous cette date dans le premier volume
de la Collection des ballets de Philidor, ms. de la bibliothque du
Conservatoire. L'air sur lequel on la dansoit est encore populaire:
c'est celui de _Dupont mon ami_. Alors tout tait _ la Guimbarde_,
comme de nos jours tout a t  la Polka.

[91] Peut-tre cette encre nouvelle est-elle celle de _la Petite vertu_.
La maison Guyot, qui en fait le commerce, date en effet,  en croire son
enseigne, de l'anne 1609, poque assez rapproche de celle-ci.

[92] Il est parl de tous ces voleurs, notamment des Grisons, dans le
roman de _Francion_, liv. 2, histoire de Marsault, Paris, 1663, in-8, p.
74.

[93] On les appeloit aussi _Manteaux-Rouges_, peut-tre parcequ'tant
des chapps des galres, ils avoient gard l'habit rouge, qui toit
dj au 17e sicle l'uniforme du bagne (_Hydrographie_ du P.
Fournier, 1667, liv. 3, ch. 45). Il parot que des plaintes pareilles 
celles qui se trouvent ici finirent par rveiller la police, et par la
lancer une bonne fois sur ces bandes nocturnes. Voici en effet ce que
nous lisons dans une pice du temps: A force de crier aprs le prvt
des marchaux de Paris, ils ont fait une capture, depuis peu, de deux
cent seize voleurs, au nombre desquels il y avoit vingt-deux
Manteaux-Rouges, qui estoient  gage, et qui jetoient par le soupirail
des caves ce qu'ils avoient butin par la ville. (_Les grands jours
tenus  Paris, par M. Muet, lieutenant du petit criminel_, 1622
[_Varits histor. et littr._, avec des notes de M. Ed. Fournier,
Paris, Jannet, 1855, in-16, t. 1, p. 198].) Dans la mme pice, p. 202,
il est encore parl des Manteaux-Rouges, allant faire affront  un clerc
de taverne du _Pied-de-biche_, prs la porte du Temple, et lui volant
son manteau.

[94] C'est--dire: lui a donn des cornes comme celles de Mose. C'toit
une expression consacre. Passerat la paraphrase ainsi:

    Ce nom de cocu vous honore,
    Ce nom de cocu vous dcore,
    Et par ce nom l'on est contraint
    De vous adorer comme saint.
    Mais advisez si Dieu vous prise
    Qui vous fait _semblable  Moyse_:
    Car, quand les tables il reut,
    Soudainement il s'apparut,
    Estant descendu de la nu,
    Qu'il avoit la tte cornu,
    Qui me fait croire, en vrit.
    Qu'encores a divinit.

    (_Recueil des oeuvres potiques de Jan Passerat_, etc.,
    Paris, 1606, in-8. _Consolation aux cocus_.)



[95] C'est l'vch de Paris, alors vacant, et dont on disposa  cette
poque, ainsi qu'il sera dit plus loin.

[96] Il faisoit partir de Paris force convois d'argent, sous prtexte
de payer l'arme, mais la plupart demeuroient dans Bloys. _L'ombre de
Monseigneur le duc de Mayenne, etc. Recueil des plus curieuses pices,
etc._, p. 379.

[97] Monheur est un chteau prs de Toulouse, qui, aprs la mort de
Boesse, s'toit ouvertement rvolt contre le roi. Il rsista plus
long-temps qu'on ne l'avoit pens, et, pour comble de disgrce, les gens
de Sainte-Foy massacrrent  Gontault bon nombre des gendarmes de
Luynes. Le conntable s'en affecta jusqu' tomber malade. Il venoit de
s'aliter, quand la place se rendit enfin, le 12 dcembre. Il toit trop
tard. Ce succs si dsir, dit Richelieu, fut  peine ressenti du
conntable, que la maladie avoit dj rduit jusques  l'extrmit, et
l'emporta deux jours aprs, qui fut le quatorzime jour de dcembre.
_Mmoires_ (collect. Petitot, 2e srie, t. 22, p. 162).

[98] Jean Belot, cur de Mil-monts, toit alors, comme Morgard ou
Mauregard, l'un des plus grands faiseurs d'almanachs. Voici le titre
bizarre de celui qu'il avoit publi au commencement de 1621, et qui
prdisoit,  en croire nos caqueteuses, la mort du conntable, survenue
le 15 dcembre de la mme anne: _Centuries prophetiques reveles par
sacre thurgie et secrete astrologie  M. Jean Belot, cur de
Mil-monts, professeur s mathmatiques divines et celestes, auxquelles
centuries est predit les evenements, affaires et accidens plus signals
qui adviendront en l'Europe, aux annes suivantes jusques en l'an
1626_... Paris, A. Champenois, 1621, in-8 pice.--On se proccupoit
beaucoup,  Paris et dans la province, de ces prophties d'almanach.
Malherbe se croit oblig, par exemple, de rassurer l'un de ses cousins
de Normandie sur les inquitudes que ces prdictions lui donnoient au
sujet du voyage du roi, qui venoit de partir pour la Guienne.
Mauregard, lui dit-il, le cur de Mil-monts, et tous les autres
faiseurs de prophties, mentent. Vos astrologues ne sont pas plus
clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus
que des autres.

[99] Ces almanachs toient partout, je le rpte, la grande affaire des
caqueteuses. Celles qui sont mises en scne dans une autre pice parue
vers le mme temps, _Le grand procez et la querelle des femmes du
faubourg S.-Germain avec les filles du faubourg Montmartre sur l'arrive
du Rgiment des Gardes, etc._ Paris, 1623, in-12, p. 1, parlent aussi du
cur de Mille-monts (_sic_), de son almanach, et du diable d'argent 
qui chacun tire la queue, qu'il y a fait peindre.

[100] Richelieu semble croire lui-mme  la vrit des prophties faites
au sujet de la mort de Luynes, et va jusqu' invoquer, comme article de
foi, l'almanach du cur devin. L'almanach du cur de Millemont, dit-il,
citant un autre passage que celui auquel il est fait ici allusion,
portoit en termes exprs que, depuis le mois d'aot jusques  la fin de
l'anne, un grand _Philocome_ auroit bien mal  la tte, et seroit
contraint de se ranger au lit, avec danger de sa personne; que ce ne
seroit pas du tout sa maladie qui lui causeroit ceste fascherie, mais
des nouvelles qui lui viendroient de la perte de quelques siennes
troupes, qui auroient t mises en fuite; et le mme almanach, en la
fin, o il mettoit les jours heureux de l'anne, remarque
particulirement celui de sa mort, jour heureux pour le roi et son
tat. _Mmoires de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e srie, t. 22, p.
165.

[101] On ne s'en tint pas aux prdictions faites avant, il y eut des
horoscopes faits aprs, et d'autant plus certains; celui-ci, par
exemple, paru dans l'anne qui suivit la mort de Luynes: _L'horoscope du
conntable et le passe-partout des favoris_, 1622, in-8 pice.

[102] L'un toit Honor d'Albert, qu'on appela d'abord M. de Cadenet, 
cause du chteau patrimonial, puis M. de Chaulne, quand il eut pous
Charlotte d'Ailly, dame de Pocquigny et de Chaulne, l'unique hritire
de cette illustre maison. Fait marchal  l'occasion de ce mariage, il
fut plus tard cr duc. Le second frre du conntable, Lon d'Albert,
qu'on nommoit M. de Brantes, pousa une fille de la maison de
Luxembourg. Il en prit le nom et les armes pleines, et s'intitula duc de
Luxembourg et de Piney.

[103] Le prince de Cond, catholique assez indiffrent jusque alors, et
guerrier trs calme, s'toit pris tout  coup d'une grande haine contre
les huguenots et d'une belle ardeur belliqueuse. Bien qu'on n'en comprt
pas la raison, qui n'toit autre,  ce qu'il parot, que certain espoir
fond sur une prdiction qui lui promettoit la couronne  l'ge qu'il
avoit alors, et qui le portoit  se faire chef d'arme d'abord, pour
mriter mieux d'tre chef d'tat ensuite. Bien qu'on et cette soudaine
rsolution en dfiance, comme on y trouvoit une nouvelle force contre
les rebelles, on n'toit pas sans y applaudir. C'est ce qui justifie ce
passage des _Caquets_ sur l'influence de Cond dans le conseil. V., sur
toute sa conduite alors, et sur ce qu'on en pensoit, Vittorio Siri,
_Memorie recondite_, t. 5, p. 404, et _Mm._ de Richelieu, Coll.
Petitot, 2e srie, t. 21, p. 326.

[104] Le prince de Joinville, fils du _Balafr_ et frre du duc de
Guise, ainsi que de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, devoit  sa
fidlit pour le parti de la cour le rtablissement de ses affaires. V.
sur lui les _Lettres de Richelieu_, publies, par M. Avenel, dans la
_Collection de documents indits_, t. 1, p. 462, 475.

[105] C'est justement le projet qu'on eut alors, et qui, aprs avoir t
formul longuement par lettres patentes de fvrier 1622, ne reut pas
d'excution. Il s'agissoit d'tablir au Cours, la Reine une maison
royale qui devoit s'appeler d'abord _Maison des oeuvres de
misricorde_, puis _Maison royale de Monheurt_, en souvenir de la prise
rcente de cette petite ville (V. plus haut). Cette sorte d'hospice et
t institue, d'aprs les termes mmes de l'ordonnance, pour le
soulagement des pauvres valides..., le moyen de leur apprendre 
travailler en tous arts, etc. V. sur tout ce projet et son plan
dvelopp l'article de la Revue rtrospective: _Un dpt de mendicit
sous Louis XIII_, 2e srie, t. 3, p. 207 et suiv.

[106] Il est aussi parl de la bande des assassins du faubourg
S.-Germain dans _Les effroyables pactions faictes entre le Diable et
les prtendus Invisibles_, Paris, 1623, in-8, p. 20. Ces attaques
continuelles rendoient les Parisiens trs peureux, et surtout trs
casaniers, quand venoit le soir. Ils ont cette particularit, crit
Davity, qu'ils ne bougent point de leur logis la nuict, quelque bruit
qu'ils oyent parmi la rue et quoique quelqu'un crie qu'on le vole ou
qu'on l'assassine. De sorte qu'une personne qui se trouve parmy des
tireurs de manteaux ne doit esprer, aprs Dieu, qu'en ses mains ou bien
en ses pieds. Et ce qui les retient au logis en cette sorte, c'est
qu'ils ont souvent de fausses alarmes, que quelques yvrongnes leur
donnent, ou bien des cris de quelques vagabonds qui se plaisent  mettre
le monde en action, afin de s'en rire aprs, ou de quelques mchants qui
font ce bruit  dessein, afin d'essayer de faire sortir et d'assassiner
ceux qu'ils hayssent. Davity, _Les Estats_, _Empires_, etc., in-fol.
1625, p. 75.

[107] On en avoit beaucoup parl peu de mois auparavant. La rforme
qu'on vouloit introduire dans leur grand couvent de Paris les avoit mis
en moi. Ils refusoient surtout d'aller pieds nus. Leur rebellion avoit
pris les proportions d'une meute le 26 fvrier 1621; on avoit t
oblig de se saisir du pre gardien et de renfermer  l'Ave-Maria, et
cette rigueur avoit motiv de nouveaux murmures. V. _Mercure franois_,
t. 8, p. 504.

[108] Le titre du petit livret rare cit dans la note prcdente est 
lui seul une preuve qu'alors on se proccupoit beaucoup des _Esprits_ et
des _Invisibles_. L'arrive  Paris des frres de la Roze-Croix
(_sic_), qui venoient y faire sjour, _visibles et invisibles_, en cette
mme anne 1623, contribua singulirement  entretenir ces chimres, et
 inspirer des crits pour ou contre, dans le genre de celui de tout 
l'heure. Nous en connaissons un autre, fait en haine des nouveaux venus,
et dont voici le titre: _L'Examen sur l'Inconnue et nouvelle caballe des
frres de la Rose Croix, habituez depuis peu de temps en la ville de
Paris, ensemble l'histoire des moeurs, coustumes, prodiges et
particularits d'iceulx_, MDCXXIIII.

[109] Anne d'Autriche aimoit en effet  s'enqurir de ces choses
surnaturelles, de ces histoires d'Esprits qui couraient alors le monde,
Paris comme la province. Il y en avoit un  La Flche qui faisoit
beaucoup de bruit. Malherbe en reut des nouvelles par Racan; et comme
il y avoit l de quoy entretenir la reine, il se hta de remercier son
ami, et de lui demander de nouveaux dtails, par une lettre du 4
novembre 1623. D'aprs les questions qu'il lui mit touchant cet esprit,
dont il parot que les Jsuites s'occupoient fort, on voit qu'il toit
d'une assez amoureuse nature. Informez-vous, dit-il, quand commena la
recherche de cet inconnu, et combien de temps aprs le mariage; s'il
couche avec elle, et ce que le mary fait ce pendant; ce qu'en dit la
demoiselle; et si, quand ils sont ensemble dans le lict, il ne parle
point  elle, et ce qu'il luy dit; si elle est melancolique, et si elle
tesmoigne n'y prendre point de plaisir.

[110] On pense que le couvent des Carmlites de la rue Saint-Jacques,
qui avoit pris la place du prieur de Notre-Dame-des-Champs, occupoit un
terrain consacr autrefois  _Crs_. L'glise auroit ainsi remplac le
temple. On fondoit cette opinion sur l'apparence singulire de la statue
mise tout au haut du pignon, et qu'on croyoit tre celle de la desse.
Charles Patin et Moreau de Mautour toient de cet avis. Ils prtendoient
qu'il falloit voir dans l'espce de faisceau qui surmontoit la statue la
gerbe d'pis, attribut de Crs. Piganiol combat cette opinion, et
Saint-Foix la soutient. Mais il parot prouv aujourd'hui que cette
statue toit tout simplement celle de saint Michel, qu'on avoit coiffe
de pointes de fer, afin d'empcher les oiseaux de s'y percher. Ce
passage des Caquets est curieux en ce qu'il prouve la perptuit des
souvenirs du paganisme chez le peuple de Paris, et l'espce d'action que
ces souvenirs pouvoient avoir sur l'opinion des savants, sans que
ceux-ci daignassent l'avouer.

[111] _Var._ Le _Recueil gnral_ ajoute: Jusques aux os.

[112] _Var. Rec. gn._: Saint-Honor.

[113] _Var._ Dans le _Recueil gnral_, les mots _partisan_--_dame
d'honneur_, sont remplacs par: Vendant vin, de peu d'effet, qui est
venu tout en une nuict, comme les potirons. Il a pourtant des commoditez
de son deffunt oncle. Il peut, en bref, vous faire grand dame.

[114] _Var._ Le _Recueil gnral_ ajoute: Car j'aimais un de notre
vacation.

[115] _Var. Rec. gn._: Mon pre et ma mre.

[116] _Var._ Le _Rec. gn._ ajoute: Ny n'en auray jamais.

[117] _Var._ Le _Rec. gn._ ajoute ici: Des hritiers.

[118] _Var._ Dans le _Rec. gn._, _de nos voisines_ est remplac par
_joualire_.

[119] _Var._ Le _Rec. gn._, au lieu de: _au gasteau_, porte: sinon que
quatre mille francs de don,  quoi elle se doit contenter.

[120] _Var._ Le _Rec. gn._ ajoute: luy-mesme.

[121] L'ambition de la nouvelle congrgation de l'Oratoire et ses
tentatives entreprenantes, tant en France qu' Rome, o M. de Brulle,
leur fondateur, pouvoit beaucoup, toient des faits acquis et qui
causoient du murmure. Nous lisons dans une petite pice singulire et
trs rare adresse  l'un de leurs adhrents:

    Vostre style n'est pas esgal;
    On tient que ceux de l'Oratoire
    Vous ont fourny quelque memoire:
    Vous n'estes au rapport legal.

    Ils ont avec vous entrepris
    De faire la guerre aux chapitres,
    De s'attacher partout aux mitres,
    Et de prendre ce qui n'est pris.

     (_Le Piquet de trique-mouche envoy pour estrennes par Gueridon 
     l'autheur de la Plainte apologetique pour faire le voyage de
     Saint-Jacques._ In-12, 1626, p. 99-100.)


[122] Il y avoit trois ans dj, car la premire dmarche datoit de
1619, que les oratoriens tendoient, avec l'agrment de Louis XIII, il
est vrai,  s'tablir comme administrateurs spirituels et lacs de
l'hospice et de l'glise de Saint-Louis-des-Franois,  Rome. Le pape
donna son consentement, et M. de Brulle profita, pour hter l'affaire,
de la mission qui lui fut donne en vue du mariage de madame Henriette
de France avec le prince de Galles, qu'on vouloit faire agrer du
Saint-Pre. (_Mm. de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e srie, t. 18, p.
312, 469.) C'est donc avec une intention malicieuse qu'il est parl ici
de mille tours et ambassades.

[123] Ces pauvres prtres firent si bien, avec l'aide des
administrateurs lacs et spirituels qu'on menaoit de dpossder; avec
le secours du commandeur de Sillery, puis de M. de Bthune, tour  tour
ambassadeurs de France  Rome, et tous deux opposs aux prtentions de
M. de Brulle, qu'on leur donnoit malgr eux pour collgue; avec l'aveu
secret de Richelieu, qui combattoit partout le fondateur de l'Oratoire,
que les choses tranrent en longueur pendant plus de dix ans, en dpit
du pape et du roi, et que la solution dfinitive n'arriva qu'aprs la
mort de M. de Berulle, en 1629.

[124] Ils n'y russirent point; mais ils firent tant qu'ils
supplantrent les chanoines dans la faveur du roi. En 1637, Louis XIII
ordonna, par lettres patentes, que les Pres de l'Oratoire fussent
_tenus ses chapelains_.

[125] Le P. de Brulle avoit d'abord voulu tablir ses Oratoriens 
l'htel de Luxembourg (_Perroniana_, 3e dit., p. 214). La reine
l'ayant achet, il se rejeta sur le vieil htel du Bouchage, que le
sjour de Gabrielle avoit rcemment fait appeler htel d'Estres. Il
l'acquit en 1616, moyennant quatre-vingt-dix mille livres. (Piganiol, t.
2, p. 282.)

[126] C'est, en effet, la vue et l'espace qui manquoient surtout  la
maison de l'Oratoire, encaisse comme elle l'toit entre le Louvre et la
rue sombre de Saint-Honor. Afin mme de donner  la faade de l'glise
la perspective qui lui faisoit dfaut  cause de cette situation,
l'architecte Jacques Le Mercier la mit de biais, comme on la voit
encore, et, dit Piganiol (_ibid._), lui donna ainsi l'avantage d'tre
vue de beaucoup plus loin, arrivant par la rue de la Ferronnerie.

[127] Les Oratoriens de France, pour imiter encore en cela ceux de Rome,
 qui l'art musical doit, comme on sait, les premiers _Oratorio_,
voulurent donner un attrait de nouveaut  la partie lyrique de leurs
offices. Ils firent si bien qu'on ne les appela plus que les _Pres au
beau chant_. Ds que cette glise fut btie, dit Piganiol, la plupart
des gens de la cour n'en frquentoient point d'autre que celle-ci; et
afin de les rendre plus attentifs aux offices divins et plus dvots, le
P. Bourgoing, qui toit habile musicien, s'avisa de mettre les pseaumes
et quelques cantiques sur des airs qu'on chantoit pour lors. Et voil
l'origine du chant particulier que les prtres de l'Oratoire de la
congrgation de France ont substitu dans leur glise au chant
grgorien.

[128] Ces plaintes loquentes se retrouvent dans plusieurs crits du
temps, mais nulle part avec plus de vigueur et de virulence que dans
_les Satyres du sieur Auvray_. Ainsi, dans sa _Complainte de la France
en l'an mil six cent quinze_ (p. 202), il dit, apostrophant les
Huguenots:

    Jusqu' quand, esprits factieux,
    Ressemblerez-vous la vipre
    En deschirant, seditieux,
    Les flancs de vostre propre mre?

    Rebelles, que vous ai-je fait?
    Suis-je une marastre cruelle?
    Aprs n'avoir succ le laict,
    Faut-il m'arracher la mamelle?



[129] Le pote Auvray s'en prend encore, avec sa vigueur haineuse, 
l'ardeur vivace et ternelle du parti huguenot. Il va jusqu' exalter
l'utilit de la Saint-Barthelemy:

    ........... Et puis ces Lestrigons
    Se disent reformez! O tigres,  dragons!
    Helas! combien de fois vos sanglantes furies
    De nos temples sacrez ont fait des boucheries!
    Le sang y fume encor, et, sans verser des pleurs,
    Je n'en peux dans mes vers exprimer les malheurs.

                    * * * * *

    Quoy! secouer le joug des monarques puissants,
    Mesurer vostre foy  l'aune de vos sens,
    Vous donner tout en proye aux charnelles dlices,
    Violer nos tombeaux, drober nos calices,
    Fouler l'hostie aux pieds, enfoncer, inhumains,
    Au sang des innocents vos homicides mains,
    Et mesdire des roys d'une rage anime:
    Appelez-vous cela l'Eglise reforme?

    Vous nous reprocherez la Saint-Barthelemy;
    Mais ce brasier ne fut allum qu' demy:
    C'estoit lors que devoit et que pouvoit la France
    Exterminer ce monstre au point de sa naissance.
    Ce feu devoit s'esteindre avant qu'il ft plus grand:
    Par trop starer la playe incurable on la rend.
    La moisson, dira-t-on, n'etoit point encor meure.
    Si falloit-il ce chancre amputer de bonne heure,
    Il n'auroit pas gaign les membres principaux.

    (_Le Banquet des Muses, ou les divers satires_ du sieur
    Auvray, etc. Rouen, 1627, in-8, p. 271.)

L'opinion exprime si nergiquement dans ces derniers vers toit
partage par tout le parti catholique. Dans l'_Epistre dedicatoire au
Roy_, de son livre: _Les principaux points de la foy de l'Eglise
catholique dfendus contre l'escrit adress au Roy par les ministres de
Charenton_, 1618, in-12, Richelieu tient  peu prs le mme langage: il
rend les protestants responsables de la Saint-Barthlemy.

[130] Pierre Du Moulin, en effet, l'aptre du parti rform  cette
poque, instruit par Drelincourt que le roi, prenant ombrage du synode
calviniste qu'il avoit prsid  Alais, en 1620, vouloit le faire
arrter, s'toit retir  Sedan, o le duc de Bouillon le fit professeur
de thologie et ministre ordinaire. Il continua d'y surveiller les
affaires de son parti et de les diriger, comme s'il et t encore dans
son prche de Charenton et _vque de Paris_ en esprance, ainsi que le
disoit un petit libelle de 1618: _Les OEufs de Pques adressez au
ministre Du Moulin_, etc. (Recueil Y, p. 174). Aprs la droute de
Soubise, il parut un manifeste soi-disant man de lui: _Lettre d'avis
donn  tous les ministres de France et autres de la religion prtendue
rforme, par le sieur Du Moulin, ci-devant ministre de Charenton, sur
la dfaite des troupes des sieurs de Soubise et Favas_, Paris, J. de
Bordeaux, 1622, in-8.

[131] Les receveurs y faisoient de trs gros profits; aussi le sel
devenoit-il chaque jour plus cher et les plaintes plus frquentes. Les
laboureurs n'ont pas de quoy payer leurs tailles et acheter du sel.
(_Avis donn  M. de Luynes par un fidle serviteur du roy, et amateur
du repos public._--Recueil Z, p. 152.)--Le nombre des faux sauniers
augmentoit. Dans la Guienne, un pauvre diable s'etoit fait leur chef; on
l'avoit pris et on lui avoit mis sur la tte une couronne de fer rougi.
(_Cosmographie_ de Thevet, liv. 14, ch. 4, _de Bourdeaux_.)--Dans le
Berry, il y avoit eu, en 1612, une rvolte  cause d'eux. (_Lettre de
Malherbe  Peiresc_, p. 224.)

[132] _Var._ Tout ce qui termine cet alina manque dans le _Recueil
gnral_.

[133] On appeloit ainsi les soldats de hazard  l'aide desquels, les
jours de revue, les capitaines compltoient leurs compagnies. Une
ordonnance de 1688 les condamna  tre marqus d'une fleur de lys  la
joue.

[134] Var. Ce qui termine cet alina est remplac, dans le _Recueil
gnral_, par: Attendu que l'encre et le papier venoient  me manquer,
c'est pourquoy je remis le tout  une autre fois.

[135] Cette troisime partie a pour titre dans le _Recueil gnral_: _La
troisiesme journe et visitation de l'accouche_.

[136] _Var._ Au lieu de _meuniers_, le _Recueil gnral_ porte: basse
toffe.

[137] Ces initiales doivent cacher le nom de Jean Guillaume, alors
bourreau de Paris. Il est dj nomm, et en toutes lettres, dans _la
Chasse aux larrons_ (pag. 47), dans les _Quas-tu veu de la cour_ et
_Advis  M. de Luynes, sur les libelles diffamatoires_. (_Recueil des
pices les plus curieuses_, etc., p. 45, 31.)

[138] Cette commre a raison. Lorsqu'en 1624 cette recherche des
financiers, si long-temps menaante, eut t dcrte et la chambre de
justice institue,  l'instigation de Richelieu et de la reine-mre, on
se contenta de svir contre La Vieuville, le surintendant, et contre
Beaumarchais, son beau-pre, qui, on le prouva, s'toit enrichi de dix
millions depuis les quelques annes qu'il toit trsorier de l'Epargne.
La Vieuville fut mis en prison au chteau d'Amboise, et Beaumarchais
pendu en effigie. Justice tant ainsi faite des deux hommes contre
lesquels la mesure avoit surtout t prise, le roi se fit bien supplier
par les femmes, enfants, parents, de ceux que l'arrt de la chambre
rendu le 25 janvier 1625 avoit frapps; puis il rendit, au mois de mai
de la mme anne, un dit portant rvocation de la chambre de justice,
avec une abolition pour les gens de finances,  la charge de payer les
taxes auxquelles ils pourroient tre condamns par le conseil. Cette
recherche n'en fit pas moins rentrer dans les coffres du roi dix
millions huit cent mille livres. _Mmoires_ de l'abb d'Artigny, t. 5,
p. 57-58.

[139] _Var._, d. orig.: si cher.

[140] Tous les gens de justice, du plus grand au plus petit, vouloient
leur pot-de-vin, leur pour-boire, leur tour de bton.

    Il faut aller caresser un greffier,
    Il faut flatter un clerc gratte-papier,
    Faut honorer,  longue bonnetade,
    Son advocat, soit ou ne soit maussade;
    Faut cottoyer un sergent serre-argent,
    Afin qu'il soit un peu plus diligent;
    Aux moindres clercs il faut payer  boire.

    (_La Mort de Procez_, Paris, 1634, in-12, p. 17.)



[141] _Var._ du _Recueil gnral_: On le faict monter  ce que...

[142] _Recueil gnral des rencontres, questions, demandes, et autres
oeuvres tabariniques_, petit volume in-12 paru en 1622, c'est--dire
de manire  tre encore dans sa pleine nouveaut quand fut imprim ce
troisime Caquet.

[143] Il parot toutefois que c'toit moins l'loquence de Mondor que
les lazzis de son valet Tabarin qui faisoit la fortune de leur chafaud
de la place Dauphine. Tabarin proffite plus avec deux ou trois
questions bouffonnes et devineries de merde ou de la chouserie que ne
fait son maistre avec tout son: _Questo e un remedio santo per sanare
tutti gli morbi._ _Les Essais de Mathurine_ (s. l. n. d.), p. 4.

[144] _Var._, d. orig.: la bonne mine de son clerc.

[145] En 1631, Mondor trnoit encore  la place Dauphine, mais sa bonne
mine commenoit  baisser. Afin qu'il pt la relever et reprendre un peu
de sa majest premire, voici ce qui fut stipul  son intention dans
_le Testament de feu Gauthier Garguille_, Paris, 1634, in-12, p. 10: A
mon oncle Mondor, afin qu'il ait plus de majest en distribuant ses
medicamens  ceux qui luy en demandent, et pour l'alliance qui est entre
nous, je donne et lgue ma belle robbe dont je representois les rois
dans la comedie. Et pour ma chaisne et ma medaille en faon d'or,
j'ordonne qu'on les luy livrera  un prix raisonnable, en cas qu'il en
ait affaire.

[146] C'est de lui qu'il a dj t parl dans le premier _Caquet_. On
trouve sur sa personne, assez maussade, sur les serpents dont il faisoit
parade, sur son parallle avec Tabarin, beaucoup plus plaisant et plus
heureux que lui, de longs dtails, dans un petit livre de cette poque:
_Discours de l'origine, des moeurs, fraudes et impostures des
charlatans, etc._ Paris, 1622, in-8, p. 35, 39, 51.

[147] _Var._, d. orig.: mine.

[148] Le masque toit un luxe que les bourgeoises devoient laisser aux
dames et damoiselles:

    La Mijolette a bonne grace
    De maintenir par ses discours
    Qu'elle est premire de sa race
    Qui a le masque de velours.

    (_Le Bruit qui court de l'Espouse_, 1624, _Varits
    histor. et litt._, Paris, 1855, in-16. t. 1, p. 307.)



[149] Nous trouvons dans les _satires_ d'Auvray le portrait complet,
dont ceci n'est que l'esquisse:

    . . . . . . . . Ce goguelu
    Estoit gay, goffr, testonn,
    Brave, comme un chou godronn;
    La manteau  la Balagnie,
    Le soulier  l'Academie,
    Dedans la mule de velours,
    Les jartiers  tours et retours.
    Bouffant en deux roses enfles
    Comme deux laictues pommes;
    Le bas de Milan, le castor
    Orn d'un riche cordon d'or.
    L'ondoyant et venteux pennache
    Donnoit du galbe  ce bravache;
    Un long flocon de poil natt
    En petits anneaux frizott,
    Pris au bout de tresse vermeille,
    Descendoit de sa gauche oreille;
    Son collet bien vuid d'empois
    Et dentel de quatre doigts;
    D'un soyeux et riche tabit
    Estoit compos son habit;
    Le pourpoint en taillade grande,
    D'o la chemise de Hollande
    Ronfloit en beaux bouillons neigeux
    Comme petits flots escumeux;
    Le haut de chausse  fond de cuve,
    La moustache en barbier d'estuve,
    Et recoquill  l'escart
    Comme les gardes d'un poignard;
    La barbe, confuse et grille,
    En piramide estoit taille
    Ou en pointe de diamant.
    Ce mignon alloit parfumant
    Le lieu de son odeur musque.
    La mouche,  la tempe applique,
    L'ombrageant d'un peu de noirceur,
    Donnoit du lustre  sa blancheur.

     (_Le Banquet des Muses_, satires divers du sieur Auvray, etc., p.
     191-192.)


[150] Ces histoires d'inceste n'toient pas rares alors. Quelques annes
auparavant il avoit couru dans Paris un livret portant ce titre: _La
grande cruaut et tyrannie exerce en la ville d'Arras, ce 28 jour de
may 1618, par un jeune gentilhomme et une damoiselle, frre et soeur,
lesquels ont commis inceste, ensemble ce qui s'est pass durant leurs
impudicques amours_. Paris, 1618, in-8.

[151] V. sur ce puits, plac au carrefour de la rue S.-Jacques et de la
rue S.-Hilaire, etc., le point central du quartier des libraires, une
note de notre dition du _Roman bourgeois_ de Furetire, Paris, P.
Jannet, 1854, in-12, p. 222-223.

[152] Le vritable titre est celui-ci: _l'Etonnement de la Cour de
l'esprit qui va de nuit_. S. l., 1622, in-8.

[153] _Relation generale des conquestes et victoires du roy sur les
rebelles, depuis l'an mil six cent vingt jusqu' present, avec les nom
et situation des villes, places et chasteaux rendus  l'obissance de S.
M._ Paris, Fleury Bourriquant, in-8. Le jugement port ici sur cette
pice est fort juste.

[154] Clrac, en effet avoit t pris en juillet 1621 (V. plus haut),
tandis que Negrepelisse ne fut emporte que le 10 juin de l'anne
suivante, aprs quelques jours de sige. Ce passage fixe positivement, 
un jour prs, la date de ce troisime Caquet.

[155] _La prise et reduction de la ville de Sainct-Antonin 
l'obeissance du roi, Sa Majest y estant en personne; avec le nombre des
habitans et rebelles qui ont est pendus par le commandement du roi_ (22
juin). Paris, P. Rocolet, 1622, in-8.

[156] Nous ne savons  quels discours sur la vie de sainte Thrse il
est fait allusion ici; nous ne connoissons  cette poque que la
traduction franoise publie  Anvers en 1607, par J. D. B. P. et D. C.
C., de l'ouvrage de Francisco de Ribera: _Vida de la madre Teresa de
JHS., Fundadora de los Descalas y Descalos carmelitos, repartida en V
libros_. Madrid, 1601.

[157] Ce qui est dit ici vient compliquer d'un fait de littrature
lgale l'histoire dj singulirement curieuse de l'_Espadon satyrique_.
On ne sait au juste de qui est rellement ce recueil de satires assez
obscnes. Les uns, Brossette le premier, l'attribuent au baron de
Fourquevaux,  qui Rgnier ddia une de ses ptres; les autres le
restituent  Claude d'Esternod, dont le nom, quoique bien rel, passa
longtemps pour tre un pseudonyme du baron. Ce qui fut cause de cette
erreur, c'est que la premire dition, publie  Lyon en 1619, in-12,
est en effet signe de ce nom suppos: _Franchre_, et qu'on put croire
avec quelque raison que le nom de _d'Esternod_, qui signe la seconde,
n'avoit pas plus de ralit, et n'toit qu'un nouveau travestissement de
M. de Fourquevaux. En cherchant un peu, l'on et pourtant trouv, comme
l'a fait M. Weiss pour la _Biographie universelle_, que d'Esternod, n 
Salins en 1590, long-temps soldat, puis gouverneur d'Ornans, n'toit
rien moins qu'un mythe; on et dcouvert aussi que le pseudonyme
_Franchre_ n'toit pas aussi impntrable qu'il le sembloit, puisqu'il
n'toit que l'anagramme de _Refranche_, nom d'un village dont d'Esternod
toit seigneur. Quant  la raison qui a donn lieu  l'opinion de
Brossette, dans ses notes sur Rgnier, opinion admise par l'abb Goujet
(_Bibliothque franoise_, t. 14, p. 209), et dfendue par M. J. B.
Pavie, dernier descendant du baron de Fourquevaux, dans une lettre du 24
frim. an IV,  l'abb de S.-Lger (V. Brunet, _Manuel_, au mot
d'_Esternod_), nous n'avons pu savoir d'o elle vient et sur quoi elle
se fonde.--Le fait rvl par le passage des Caquets objet de cette
note, et qui prouve que, si le nom de l'auteur varioit, le titre du
livre changeoit aussi, n'est pas unique dans l'histoire de ce singulier
recueil. En 1721, il fut republi  Amsterdam, sous le titre de _Satires
galantes et amoureuses_ du sieur d'Esternod. Il est trs rare sous ce
dguisement, mais moins encore que le _Discours du Courtisan  la mode_,
que nous n'avons jamais pu trouver.

[158] Le clotre Notre-Dame. Il toit alors ferm de portes qu'on
n'ouvroit plus aprs une certaine heure. Tous les gens du Chapitre y
logeoient, et, en outre, il toit permis aux hommes de travail et de
pit, comme de Thou, comme Boileau plus tard, et aux femmes qui
vouloient se soustraire aux entreprises galantes, d'y chercher un
refuge. Mademoiselle Chantilly, crit Malherbe  Peiresc, le 12 fvrier
1610, a pris logis dans le clotre Notre-Dame pour y tre plus
srement. V., sur ces asiles du clotre, une note de notre _Paris
dmoli_ (les Demeures de Boileau), 2e dition, p. 163-164.

[159] Le sol valoit 12 deniers, et le carolus, qui n'toit dj plus
gure en cours, n'en valoit que 10.

[160] _Var._ Le _Recueil gnral_ ajoute: Jusques  la revoir une autre
fois.

[161] Dans le _Recueil gnral_, cette partie a pour titre: _La
quatriesme journe et Visitation de l'Accouche_.

[162] _Var._ du _Recueil gnral_: jouir du contentement de ceste
quatriesme journe.

[163] Les charges se vendoient partout  ces prix levs,
particulirement dans le Bourbonnois, dont il est question ici. Il en
cotoit huit mille livres pour devenir conseiller d'lection. (_Mm. des
intendants, Bourbonnois_, chap. Finances.) Une charge de seigneur
conseiller  la cour des aides se payoit jusqu' 25,000 livres, et celle
de chevalier-trsorier gnral des gnralits ne s'acquroit pas 
moins de 30,000. (_Ibid._, _Gnralit de Montauban_, chap. Finances.)

[164] On disoit _aller au vin et  la moutarde_, pour railler, faire
quolibets et chansons sur une chose. Notre locution _s'amuser  la
moutarde_, et le nom donn au gamin de Paris, en sont rests. Cette
expression toit vieille dans la langue. On la trouve dj dans un
passage du _Journal du Bourgeois de Paris_ sous Charles VI; et Villon,
parlant de la belle bergeronnette qui rioit et chantoit bien, dit: _Elle
alloit bien  la moutarde_. (Huit. CLIV.)

[165] Discours logieux, mais souvent avec ironie, qu'on avoit coutume
de faire dans les facults de thologie et de mdecine de Paris, avant
de recevoir les licencis. Chaque bachelier y trouvoit son lot. Ce mot
de _paranymphe_ venoit de l'usage qu'on avoit en Grce d'adresser aux
nouveaux maris un chant de louange le jour de leurs noces. Il toit
fort employ  l'poque de Louis XIII. Rgnier dit dans sa Ve satire,
v. 233-236.

    Et, ce qui plus encor m'empoisonne de rage,
    Est quand un charlatan relve son langage,
    Et, de coquin faisant le prince revestu,
    Bastit un paranymphe  sa belle vertu.


[166] Voici comment Tallemant, d'aprs le rcit qu'en faisoit la fille
de la comtesse, raconte l'aventure sinistre de madame des Vertus (dit.
in-8, t. 3, p. 407): Le comte des Vertus toit un fort bonhomme, et qui
ne manquoit point d'esprit. Son foible toit sa femme: il l'aimoit
passionnment, et ne croyoit pas qu'on pt la voir sans en devenir
amoureux. Un gentilhomme d'Anjou, nomm S.-Germain La Troche, homme
d'esprit et de coeur, et bien fait de sa personne, fut aim de la
comtesse. Le mari, qui avoit des espions auprs d'elle, fut instruit
aussitt de l'affaire. Il estimoit S.-Germain et faisoit profession
d'intimit avec luy; il trouva  propos de luy parler, luy dit qu'il
l'excusoit d'tre amoureux d'une belle femme, mais qu'il luy feroit
plaisir de venir moins souvent chez luy. S.-Germain s'en trouva quitte 
bon march; il y venoit moins en apparence, mais il y faisoit bien des
visites en cachette: c'toit  Chantoc en Anjou. Le comte savoit tout;
il n'en tmoigna pourtant rien, jusqu' ce que, durant un voyage de dix
ou douze jours, le galant eut la hardiesse de coucher dans le chteau.
Les gens dont la dame et luy se servoient toient gagns par le mary.
Ayant appris cela, il deffendit sa maison  S.-Germain. Cet homme, au
dsespoir d'tre priv de ses amours, crit  la belle et la presse de
consentir qu'il la dfasse de leur tyran. Les agens gagns faisoient
passer toutes les lettres par les mains du mari, qui avoit l'adresse de
lever les cachets sans qu'on s'en apert. Elle rpondit qu'elle ne s'y
pouvoit encore rsoudre. Il ritre, et lui crit qu'il mourra si elle
ne consent  la mort de ce gros pourceau. Elle y consent, et, par une
troisime lettre, il lui mande que dans ce jour-l elle sera en libert,
que le comte va  Angers, et que sur le chemin il lui dressera une
embuscade. Le comte retient cette lettre, se garde bien de partir, et,
ayant appris que S.-Germain dnoit, en passant, dans le bourg de
Chantoc, il se rsout de ne pas laisser passer l'occasion: il lui
envoie dire qu'il fera meilleure chre au chteau qu'au cabaret, et
qu'il le prioit de venir dner avec lui. Le galant, qui ne demandoit
qu' tre introduit de nouveau dans la maison, ne se doutant de rien,
s'y en va. Il n'avoit pas alors son pe: il l'avoit te pour dner; il
oublie de la prendre. Ds qu'il fut dans la salle, le comte luy dit:
Tenez, en lui prsentant son dernier billet, connoissez-vous
cela?--Oui, rpondit S.-Germain, et j'entends bien ce que cela veut
dire.--Il faut mourir. Les gens du comte mirent aussitt l'pe  la
main. Ce pauvre homme n'eut pour toute ressource qu'un sige pliant. Il
avoit dj reu un grand coup d'pe, le mari entra dans la chambre de
sa femme, qui n'toit spare de la salle que par une antichambre. Il la
prend par la main et luy dit: Venez, ne craignez rien; je vous aime
trop pour rien entreprendre contre vous. Elle fut oblige de passer sur
le corps de son amant, qui toit expir sur le seuil de la porte. Il la
mena dans le chteau d'Angers. Elle eut bien des frayeurs, comme on peut
penser. Les parents du mort, quand ils eurent vu la lettre, ne firent
pas de poursuites. La comtesse ouit tout le bruit qu'on avoit fait en
assassinant son favori. Elle toit grosse; elle ne se blessa pourtant
point, mais la petite-fille qu'elle fit, et qui ne vcut que huit ans,
toit sujette  une maladie qui venoit des transes o sa mre avoit
est, car elle s'crioit: Ah! sauvez-moi! voil un homme, l'pe  la
main, qui veut me tuer! et elle s'vanouissoit. Elle expira d'un de ces
vanouissements.

[167] Il toit secrtaire d'tat et fort homme de cour. Il fut pour
quelque chose dans la fortune de Puget  ses commencements. On peut lire
sur lui et sur la reine Marguerite une anecdote assez gaillarde dans le
_Perroniana_, 3e dition p. 145.

[168] Messire Nicolas de Verdun toit alors premier prsident. Il avoit
succd, en 1616,  Achille du Harlay, et il occupa cette charge
jusqu'en 1627. Il avoit, dit Blanchard, le got des peintures
excellentes et des bons livres; mais jusqu'ici nous ne savions pas
qu'il eut celui de la galanterie. (Blanchard, _Eloges de tous les
premiers prsidents_, 1645, in-8, p. 81.)--On avoit M. de Verdun en
grande estime; chascun, lit-on dans une pice du temps, ne sauroit
assez l'admirer, pour estre ses louanges infrieures  ses vertus.
_Advis de Guill. de la Porte, hotteux s halles de Paris_, etc., in-8,
p. 7.

[169] Cette galerie se trouvoit dans l'htel de la prfecture de police,
o M. de Verdun fut le premier qui installa la prsidence du Parlement.

[170] Ce procs de Monsigot devoit avoir trait aux affaires du
conntable de Luynes, dont il avoit t le secrtaire. L'issue n'en dut
pas tre bien desastreuse pour lui, puisque quelques annes aprs, en
1629, nous le voyons reparotre comme secrtaire des commandements de
Gaston, qui lui accorde toute sa confiance. Quand il songe  s'enfuir en
Lorraine, c'est Monsigot qu'il envoie prs du duc pour lui prparer une
retraite. (_Mm._ de Gaston, Coll. Petitot, 2e srie, t. 31, p. 88,
112.) Cette faveur de Monsigot chez Gaston ne le recommandoit gure
auprs de Richelieu, qui d'ailleurs devoit har en lui une crature du
conntable; aussi,  l'poque des dmls graves entre Monsieur et le
cardinal, aprs qu'il eut apport l'inventaire des pierreries de Madame,
comme on l'en avoit charg, resta-t-il long-temps inquiet et craignant
d'tre arrt, dans la retraite qu'il s'soit donne  Orlans. (_Mm._
de Richelieu, Coll. Petitot, 2e srie, t. 26, p. 367.)

[171] Beaucoup d'autres lui en avoient aussi. On a vu Monsigot, dit le
_Contadin provenal_, tenir banque au Louvre pour la composition des
pensions. Recueil cit, p. 98.

[172] Il avoit surtout pour lui les gens du parlement; mais on pouvoit
craindre que ce ne lui ft un secours inutile:

    Pour Monsigot, j'ai peur que messieurs de la cour
    Ne le puissent tirer d'un si fascheux destour.

     (_Le De profundis sur la mort de Luynes_, mme Recueil, p. 417.)


[173] Duret de Chevri, prsident de la chambre des comptes. Il avoit
commenc par tre secrtaire de Sully, et mieux que cela mme,  en
croire Tallemant, dit. in-12, t. 1, p. 148. Sa mort et l'pitaphe
satirique qu'on lui fit sont ainsi mentionnes dans le _Patiniana_, p.
16: Il mourut en 1637, aprs avoir t taill de la pierre. Voici son
pitaphe:

    Cy-gist qui fuyoit le repos,
    Qui fut nourri ds la mamelle
    De tributs, tailles et impts,
    De subsides et de gabelles;
    Qui mloit dans ses aliments
    De l'essence du sol pour livre.
    Passant, songe  te mieux nourrir,
    Car, si la taille l'a fait vivre,
    La taille aussi l'a fait mourir.


[174] Ce nom est altr; il faut lire le prsident d'Ocquerre. Il
toit, en effet, secrtaire d'Etat. Il eut pour fils ce Blancmesnil,
conseiller au parlement, qui partagea la popularit frondeuse de
Broussel. _Histor._ de Tallemant, dit in-12, t. 7, p. 148.

[175] A titre de veuve du conntable de Luynes, son premier mari, madame
de Chevreuse devoit en effet protger Monsigot.

[176] Cela est si vrai, qu'elle ne tarda pas  tre loigne de la cour,
aux instigations de la Vieuville. _Mm._ de Richelieu, coll. Petitot,
2e srie, t, 22, p. 273.

[177] Il faut lire le commandeur, et non le chevalier de Sillery. Nol
Brulart, frre du chancelier de Sillery, fut en effet ambassadeur 
Rome. Il en fut rappel en 1624 par Richelieu, ennemi jur de sa
famille. Le trait conclu par le commandeur avec le pape, dans l'affaire
de la Valteline, fut le motif ou plutt le prtexte de cette disgrce.

[178] Franois Annibal d'Estres, marquis de Coeuvre, frre de
Gabrielle, et par l, comme il est dit ici, oncle de MM. de Vendosme.
C'est lui qui les avoit amens  faire leur Paix avec le roi, dans les
commencements de son rgne. (_Lettres_ de Malherbe  Peiresc, p, 378,
393.) Pendant son ambassade  Rome, qui prcda celle du commandeur de
Sillery, et qu'il et bien dsir faire durer plus long-temps, comme ce
passage des _Caquets_ l'indique, il avoit russi  faire obtenir 
Richelieu le chapeau de cardinal.

[179] C'est le mme qui devint si fameux plus tard comme lieutenant
civil, et l'me damne de Richelieu. Il ne prit qu'en 1638 cette charge,
qu'il garda jusqu' sa mort, en 1650. A l'poque dont il est parl ici,
il toit matre des requtes.

[180] Le prsident Jean-Robert Aubry ou Aubery, conseiller d'Etat,
mourut doyen du conseil dans un ge trs avanc. On l'appeloit Robert le
Diable. Tallemant n'en voit de raison que dans sa brusquerie. En somme,
dit-il, sa femme, qu'il ne tourmentoit gure, toit plus diablesse
qu'il n'toit diable. Tallemant, dit. in-12, t. 8, p. 23.

[181] C'toit encore bien l l'opinion reue  propos de cette affaire;
dans le _De profundis_ sur la mort de Luynes, on fait dire par le
conntable  l'un de ses fidles:

    Tu n'ignores, Desplan, que je suis ton soutien,
    Que je t'ay soutenu lorsque j'estois en vie.
    Monsigot te dira, maintenant qu'on le tient,
    Qu'il est en grand hasard d'avoir l'ame ravie.

    (Recueil cit, p. 415.)


[182] Monsigot, comme une prcdente note l'indique, obtint pourtant son
pardon. Il n'y pargna rien, il est vrai. Il fit surtout des aveux,
pensant, lit-on dans le _Passe-partout des favoris_, qu'il auroit
quelque grace par la confession de ses fautes si mal  propos commises;
mais, ajoute l'auteur, que la suite dut bien surprendre, je crains
qu'il sera contraint de tenir compagnie  son matre et d'aller voir
s'il est aussi ais de voler aux Pays-Bas qu' l'arme. Mme Recueil,
p. 136.

[183] Potel toit greffier du conseil. Son fils, qui se faisoit appeler
M. Le Parquet, et qu'on nommoit plus communment Potel-Romain,  cause
qu'il parloit fort de Rome, o il avoit t, n'est pas oubli, comme
l'un des plus curieux originaux du temps, par Tallemant, dans ses
_Historiettes_. (V. dit. in-12, t. 10, p. 34-35.)

[184] Il avoit t l'une des cratures du marchal d'Ancre, et
d'Aubign, dans le _Baron de Fneste_, nous le reprsente, ainsi que
Barbin, comme un habile homme, bien fidle a la reine et  madame la
mareschale. (Liv. 1, chap. 13.) Il tomba avec son protecteur. Les
mmoires de Pontchartrain le mettent au rang des deux ou trois (il est
vrai que Richelieu en est aussi) qui n'avoient d'autre mrite et
exprience aux affaires sinon d'tre ministres des passions du marchal
et de sa femme. (_Mmoires concernant les affaires de France sous la
rgence de Marie de Mdicis, etc._, La Haye, 1720, t. 2, p. 268.) Mangot
pourtant finit par rentrer en faveur. Au mois d'aot 1621, aprs la mort
du chancelier du Vair, il fut investi de la charge dont il est parl
ici: on lui donna les sceaux; mais il ne les garda pas long-temps.

[185] C'est le mme, sans doute, qui, s'tant pouss dans les
ambassades, en fit une  Rome, si malheureuse, pour obtenir du pape que
l'vque de Beauvais ft fait cardinal. Il en revint piteux et enrhum.
Ce n'est pas trange, dit Bassompierre, qui l'entendoit tousser; il est
revenu de Rome sans chapeau... Tallemant, _Historiettes_, dit. in-12,
t. 4, P. 208.

[186] Le prsident de Tillay, de la famille des Girard, fameuse alors
dans la robe, et dont un des membres toit  cette poque procureur
gnral de la chambre.

[187] C'est, dans le _Recueil gnral_: _La cinquiesme journe et
visitation de l'Accouche_.

[188] _Var._ du _Recueil gnral_: Je me mis  entretenir l'Accouche,
et peu aprs...

[189] _Var._: Et moy, je pris la mienne ordinaire au cabinet.

[190] On peut lire dans les mmoires du duc lui-mme comment il fit sa
paix avec le roi dans les confrences d'Alais, et  quelles conditions
pour son parti et pour lui-mme cet arrangement dfinitif fut conclu.
(Coll. Petitot, 2e srie, t. 18, p. 440-455.)--_Baiser le babouin_,
sorte de proverbe pour dire: faire des soumissions  quelqu'un avec
lequel on toit brouill. Richelet.

[191] Le duc de Fronsac, fils du comte de S.-Paul, qui servoit comme
volontaire au sige de Montauban, fut tu dans une sortie. (_Mmoires_
du sieur de Pontis, liv. 5, 1622.) Il avoit vingt ans  peine et n'toit
arriv que depuis un jour devant la place. (_Mercure franois_, t. 8, p.
814-815.) Le roi crivit des lettres de consolation au comte et  la
comtesse de S.-Paul. (Ibid.)

[192] M. de Montmorency y fut bless; le duc de Fronsac, le marquis de
Beuvron, Hoctot, le baron de Canillac, Montbrun, L'Estange, Lussan,
Gombalet et plusieurs hommes de commandement, furent tus. _Mm._ de
Richelieu, Coll. Petitot, 2e srie, t. 22, p. 222.

[193] Ce n'est encore ici que l'cho d'un bruit qui couroit; on avoit
mme t jusqu' conseiller aux seigneurs,  M. de Montmorency en
particulier, de ne pas trop s'engager dans les expditions entreprises
par le conntable. Et puis faites-vous assommer pour deffendre telles
gens, qui ne demandent que la mort d'autrui pour attraper leur
dpouille! C'est pourquoy M. de Montmorency doit prendre garde de se
trop engager en la guerre de Languedoc; que si par malheur il luy
arrivoit d'estre tu, ils se mocqueroient de luy en se revestant de ses
charges. _Mditation de l'Hermite Valrien. Recueil des pices les plus
curieuses_, etc., p. 332.--Si, dans le profit qui en est le rsultat, il
peut tre juste de chercher la raison d'un crime, on peut dire que pour
la mort du duc de Fronsac, reproche ici au conntable et  ses frres,
cette raison semble un peu exister. Cadenet, l'un des frres, avoit
enlev au jeune duc, pour l'pouser lui-mme, la riche hritire du
vidame d'Amiens. En ddommagement, il devoit lui donner le domaine de
Chteau-Thierry, 100,000 livres, et, de plus, on s'toit engag  lui
faire pouser l'hritire de Luxembourg. Or cette promesse, nous en
avons la preuve dans le _Contadin provenal_, n'avoit pas encore t
ralise quand la mort de M. de Fronsac vint si heureusement rendre les
trois frres quittes de cette dette et des autres. _Recueil des pices
les plus curieuses_, etc., p. 19, 106.

[194] Ce parvenu de bas tage, sur lequel cette page des _Caquets_ donne
des dtails que nous avons vainement cherchs ailleurs, ne resta pas
long-temps en faveur. Il tomba avec Toiras, Bautru et quelques autres,
par la volont de Richelieu, et malgr celle de Louis XIII lui-mme.
Desplan, Bautru, Toiras, lit-on dans les _Mmoires_ du Cardinal, sont
chasss par proposition non approuve. _Coll. Petitot_, t. 18, p. 329.

[195] C'est dans cette entrevue de Vincennes que le frre de Luynes fit
avec menace au prince prisonnier les propositions singulires dont il
est ainsi parl dans la _Chronique des favoris_: Cadenet n'a-t-il pas
est si outrecuid que de menasser M. le Prince qu'il ne sortiroit du
bois de Vincennes s'il ne consentoit de luy donner en mariage madame la
princesse d'Orange, qui en est morte d'apprehension. _Recueil des
pices les plus curieuses_, etc., p. 466.

[196] Il y a ici erreur: ce n'est pas Desplan, mais Toiras, et encore
plusieurs annes aprs, le 13 dc. 1630, qui fut gratifi d'un brevet de
marchal de France.

[197] Ce M. de Courbouzon ou Corbezon est le mme sans doute que, lors
de l'assassinat du roi, dont on accusoit les ligueurs et l'Espagne,
empcha qu'on massacrt l'ambassadeur de cette puissance. _Lettres de
Malherbe  Peiresc_, p. 144.

[198] Voici le titre exact de la pice qui rpandoit ainsi la renomme
de M. de Courbouzon: _La furieuse escarmouche faite sur les Rochelois
par le sieur de Courbouzon, lieutenant de la compagnie de M. le duc de
Nemours, estant en l'arme du roy, devant la Rochelle, commande par
Monseigneur le duc de Soissons_. Paris, P. Rame, 1622, in-8.

[199] _A tort et  travers._ C'toit une locution des jeux de paume.
Charron dit _ bonds et voles_. (_La Sagesse_, liv. 2, ch. 1.)

[200] Le sieur de Villautrais est un des partisans, scandaleusement
riches, les plus maltraits par les pasquins du temps. V. _la Voix
publique au roy_, Recueil E, p. 241; _la Chasse aux larrons_, p. 90. Il
est aussi nomm dans les _Contreveritez_ de la cour. (Recueil cit, p.
63-66.)

[201] Fabri, seigneur de Champauze, trsorier de l'extraordinaire des
guerres. Sa fille pousa le chancelier Sguier. Il est parl de lui en
d'assez mauvais termes dans le libelle de J. Bourgoin, _la Chasse aux
larrons_, Paris, 1618, in-4, p. 45, et dans _la Voix publique au roi_.
(Recueil E, p. 210.)

[202] _Var._: Pauvre.

[203] Fameuse folle de cour qui occupe tout un chapitre de la
_Confession de Sancy_, et la mme, croit-on, que Pierre Colins, allant
faire hommage  Henri IV pour la terre d'Enghien, dit avoir vue  la
table royale, (_Hist. des choses les plus mmorables_, etc., p. 729.) En
1622, elle avoit encore de la cour une pension de 1,200 livres. (Nic.
Remond, _Sommaire trait du revenu_, etc. 1622, in-8., _ad fin._)
Mathurine couroit les rues et toit le jouet des laquais et des marmots.
V.  la fin de ce volume _les Essais de Mathurine_.--On appeloit alors
_maturinades_ une sorte de satire burlesque. (_Remerciment de la voix
publique au roy pour la disgrce de M. de la Vieuville._ Recueil F, p.
46.)

[204] Il le fut, en effet, peu de temps aprs, en 1622; sa conduite 
Montpellier, et surtout dans l'affaire des Sables-d'Olonne (Tallemant,
dit. in-12, t. 4, p. 198), l'en avoit rellement rendu digne.

[205] Le marchal de Crqui, gendre de Lesdiguires,  qui le titre de
conntable revenoit un peu par droit d'alliance, beaucoup par droit de
courage. Il ne l'eut pourtant pas: il n'hrita de son beau-pre que du
titre de duc de Lesdiguires.

[206] L'affaire de D. Philippin, btard du duc de Savoie, avec M. de
Crqui, seroit trop longue  raconter ici; il suffira de rappeler
qu'aprs d'interminables retards apports par le btard, un duel eut
lieu enfin entre lui et le duc, le 1er juin 1599,  Quirieux. M. de
Crqui, aprs un combat de quelques minutes, le pera de deux coups
d'pe et de deux coups de poignard, dont il mourut peu de jours aprs.

[207] ... Elle avoit chez elle un certain bouffon, nomm Gurin, qui
prenoit la qualit de matre des requtes de la reine Marguerite et de
son orateur jovial. Il portoit une robe de velours, une soutane de satin
noir avec un bonnet carr. Ce bouffon, tous les jours, ne manquoit pas
de monter sur le thtre qu'elle avoit fait dresser dans son palais du
faubourg S.-Germain,  l'un des bouts de la grande salle. Comme elle
prenoit grand plaisir  l'couter, il n'pargnoit pas les mots les plus
infmes. Il continua  faire ce beau mtier tant qu'elle vcut; il en
fut assez mal rcompens: il mourut de misre. (Sauval, _Galanteries
des rois de France_, etc., suiv. la copie imp.  Paris, 1721, in-12, t.
3, p. 70.) Gurin dirigeoit les ballets de la cour. _Lettres de
Malherbe_, p. 327. V. aussi sur ce bouffon nos _Varits hist. et
litt._, t. 1, p. 220.

[208] Branche pliante, lien des fagots. La corde des pendus prenoit
aussi ce nom. (V. le _Roman du Renard_, vers 7854.) De l l'expression:
peine de la _hart_.

[209] _Var._: Courtoisies.

[210] Vive comme l'_mrillon_, sorte de faucon.

[211] Le _paroistre_, comme il est dit ici, toit le ridicule de
l'poque. D'aubign s'en prend surtout  cette manie d'ostentation, dans
son _Baron de Fneste_. Le nom mme du hros, qui n'est que le verbe
grec signifiant _paroitre_ ingnieusement francis, en est une preuve.
Dans un livret trs rare du mme temps, on s'explique ainsi, de la faon
la plus claire, sur le mot et sur la chose: ... Un ramoneur lombard,
entendant les merveilles des bottes..., jura... qu'il se viendroit icy
naturaliser et en achepter deux paires pour se rendre estafier chez
quelque honneste homme  bottes, et tascher par ce moyen de _parestre_
(c'est le mot qui court) et faire ses affaires s'il pouvoit. _La mode
qui court  prsent et les singularitez d'icelle, ou l'ut, re, mi, fa,
fol, la, de ce temps_, Paris, Fleury Bourriquant, 1613, in-12, p. 12.

[212] C'est--dire se donnant des airs de commandement. _La pique de
Biscaye_ toit, sous Charles IX, l'arme des colonels.

[213] Louis XIII, en cela, n'et fait qu'imiter son pre, qui ne fit pas
moins de trois dits contre les clinquants et dorures: l'un en 1594, le
second en 1601, le troisime en 1606. C'est de ce dernier, enregistr au
Parlement le 9 janvier 1607, que Rgnier a parl dans sa 8e satire,
v. 72:

    . . . . . . . . . . . A propos, on m'a dict
    Que contre les clinquants le roy faict un edict.

Le projet d'ordonnance dont il est question ici fut, du reste, ralis
quelques annes aprs, en 1627. Nous trouvons  la suite d'une pice
parue alors, _le Tableau  deux faces de la foire Saint-Germain_, etc.,
Paris, 1627, in-12, p. 10, une _Consolation aux dames_ sur la
rformation des passements et habits qui venoit d'avoir lieu par
ordonnance royale.

[214] C'est le mme artisan, l'un des plus riches alors, qui est nomm
dans ce passage de la 16e satire de Rgnier:

    Suis jusques au conseil les matres des requestes.
    Ne t'enquiers, curieux, s'ils sont hommes ou bestes,
    Et les distingue bien: les uns ont le pouvoir
    De juger finement un procs sans le voir;
    Les autres, comme dieux, prs le soleil rsident,
    Et, dmons de Plutus, aux finances prsident:
    Car leurs seules faveurs peuvent, en moins d'un an,
    Te faire devenir Chalange et Montauban.

Ce dernier ne s'appeloit Montauban qu' cause de sa ville natale; son
vrai nom toit Moysset. Il toit trsorier de l'Epargne. V. _la Chasse
aux larrons_, p. 21.

[215] Chalange se mloit de toutes ces grosses affaires; il achetoit
pour ainsi dire la promulgation de tout dit onreux, et tenoit compte
d'une part des profits aux ministres  qui il l'avoit fait rendre. Sa
faveur toit ainsi devenue trs grande  la cour. Ainsi voit-on que
Chalange et autres tels partisans, dit le _Contadin provenal_, ont plus
d'accs aux favoris que les grands et les vieux conseillers de l'Etat.
(Recueil cit, p. 98.)

[216] C'toit un de ces dits comme il y en eut tant de promulgus alors
contre les gens de justice. Il fit crier autant au moins que la _revente
des greffes_, qui, selon un libelle du temps, fut cause que le roi fut
vol de six millions de livres, dont s'enrichirent les partisans.
(_Raisons de la reine-mre_, dans le _Recueil des pices curieuses_,
etc., p. 275.) Toute la basoche, qu'on ranonnoit, fut en moi de cet
_dit des procureurs_, et ce qu'on dit ici des empchements qu'y trouva
Chalange semble assez naturel quand on sait  qui il avoit affaire et ce
qu'il demandoit. Les trois quarts de vostre vermine de procureurs
toient reduits au bureau des Innocents, faute d'avoir de quoy
satisfaire  l'edit, dont on s'est tant tremouss dans vostre palais.
(_Advis donn au roi, etc._, Recueil, etc., p. 139-140.) V. encore sur
cet dit l'_Anti-Caquet_,  la fin de ce volume, et nos _Varits hist.
et littr._, t. 1, p. 215--216.

[217] On n'toit pas dupe des raisons qui faisoient promulguer ces lois
successives, tant d'edits nouveaux, dit un pamphlet du temps, contre
Luynes et les partisans ses cratures, qui ne servent que pour affliger
le pauvre peuple, et ne sont inventez que pour assouvir leur avarice.
(_Le Contadin provenal_, Recueil, etc., p. 98.)

[218] Par la bouche, expression tire du vieux mot _engouler_.

[219] Les capucines s'toient tablies, de 1604  1606, dans le couvent
qui a gard leur nom.

[220] C'est Jean-Franois de Gondi, qui, de doyen de Notre-Dame,
devenoit vque de Paris. Il fut sacr le 19 fvrier 1622, et, d'aprs
cette date, on peut voir exactement  quelle poque fut crite cette
partie des _Caquets_. Il ne faut pas s'tonner du mot _vque_ employ
ici: c'est le titre que portaient encore les prlats du sige de Paris.
Ce mme Franois de Gondi fut le premier qui l'changea pour celui
d'archevque.

[221] La nouvelle religion dont il s'agit, et pour laquelle on rclame
les largesses de l'vque, est la maison des Ursulines de la rue
Sainte-Avoye. D'abord communaut de quarante veuves, elle toit devenue
ensuite maison de Bguines, et le 31 janvier 1622, par suite d'un
concordat entre les Bguines, le cur de Saint-Merry et les Ursulines,
celles-ci avoient pris possession du couvent. Ce concordat, que
confirmrent des lettres-patentes de fvrier 1623, obtint, en effet,
l'approbation de l'vque Franois de Gondi; mais nous ne savons pas
s'il fit davantage pour les Ursulines.

[222] Le comte Ernest de Mansfeld, ne trouvant plus  vivre ni dans le
Palatinat ni dans l'Alsace, qu'il avoit ruins, s'toit mis  menacer la
Champagne. Il avoit pass la Meuse, et s'toit log en vue de Mouzon. La
peur avoit t grande par toute la France quand on avoit su cette
entreprise; on trembloit surtout qu'il ne vnt donner la main aux
huguenots rebelles, et que M. de Bouillon ne lui ouvrt ses places
frontires. Il n'y avoit que les gens d'exprience qui ne partageassent
pas cette panique, dont font foi toutes les pices du temps (_les Grands
jours tenus  Paris par M. Muet_, etc., p. 29; _les effroyables Pactions
faites entre le diable et les prtendus invisibles_, etc., p. 21).
Malherbe fut de ces gens rassurs; trs tranquille, il crivit de Caen 
son amy Colomby, qui trembloit  Paris: Pour Mansfeld, nous en avons
ici de meilleures nouvelles que les vostres. On m'escrit du 9e de ce
mois qu'il est sur le point de se retirer. Il ne faut pas voir trop
clair pour connotre que l'homme de la frontire est de ceux qui l'ont
attir; mais il est en possession de reussir mal en tout ce qu'il
entreprend. Voil pourquoy, si de ceste nue il sort pluye, gresle, ny
aultre sorte de mauvais temps, je veux que vous me teniez pour le plus
ignorant astrologue qui jamais ait regard les toilles. Malherbe avoit
raison: ce qui suivit justifia pleinement sa quitude confiante, dont
tmoigne encore sa lettre  Peiresc du 28 juillet 1622. Mansfeld fit un
premier accord avec M. de Nevers, puis, s'tant approch de Sedan, et
aprs avoir vu sans doute qu'il ne falloit pas faire trop grand fonds
sur les forces et sur la parole de M. de Bouillon, il quitta notre
frontire et tira sur le Hainaut. Il y trouva l'arme espagnole
commande par D. Gonzals. Une bataille fut livre dans les plaines de
Fleurus, aprs laquelle Mansfeld,  demi dfait, battit en retraite,
abandonnant tous ses quipages. (_Mercure franois_, t. 8, p. 708-752.)
C'est de cette dernire affaire, qui achevoit de les rassurer, que
parlent nos caqueteuses.

[223] Une autre dition, diffrente en ce seul point, porte pour titre:
_La Responce aux trois Caquets de l'Accouche_, MDC.XXII.--Dans le
_Recueil gnral_, c'est _la sixiesme Journe et visitation de
l'Accouche_.

[224] Tout le commencement de cette Journe, jusqu'ici, est remplac
dans le _Recueil gnral_ par: Desireux de poursuivre carrire et
parvenir  mon but, je fus d'abondant voir ma cousine l'Accouche et
l'entretenir  mon accoustume; ce qu'ayant fait, et recognoissant bien
l'approche des visites qui luy seroient faites, je me rengeay  ma
cellule ordinaire, o je ne fus pas si tost entr qu'il arriva une bande
de bourgeoises de Paris, lesquelles, aprs avoir fait leurs reverences
et pris place, l'une commena  dire: La porte est-elle ferme?

[225] _Var._ Les mots entre crochets manquent au _Recueil gnral_.

[226] Les mots: _une qui avoit desj deffait sa chemise_, sont remplacs
au _Recueil gnral_ par: _une autre_.

[227] _Var._ _Recueil gnral_: dit lors une autre.

[228] Les Quinze-Vingts portoient une longue robe grise, avec une fleur
de lys sur la poitrine. Une gravure d'Abraham Bosse reprsente sous son
costume complet un de ces aveugles demandant l'aumne au coin d'une rue.
La caricature qu'on fit de Lafont de Saint-Yenne,  cause de ses
jugements d'aveugle sur le salon de 1753, est aussi une reprsentation
exacte de l'habillement des Quinze-Vingts sous Louis XV.

[229] On reprochoit alors beaucoup aux bourgeoises la richesse des
toffes qu'elles employoient pour leurs robes, et l'on disoit partout
que ce luxe cotoit cher aux bonnes moeurs:

    Les bourgeoises qui font les belles,
    Sont braves comme damoiselles
    Et se font promener  tas,
    Ont-elles pas un petit chose...
    Pour achepter du taffetas?

     (_Le Tableau  deux faces de la foire S.-Germain, etc._, 1627,
     in-12, p. 6.)

    La Rousse dit que, si sa fille
    Avoit l'habit de taffetas,
    Elle seroit aussi gentille
    Ou plus belle qu'elle n'est pas.

     (_Le Bruit qui court de l'espouse_, 1624, s. l., p. 5.)


[230] Ces propos sur les modes et la coquetterie toient le fonds
ordinaire de la conversation des caqueteuses:

    C'estoyent mercires du Palais
    Qui discouroient de leurs malices,
    De leurs fards et leurs artifices,
    Des bons tours qu'elles mettent sus
    Pour faire leurs maris cornus.
    J'en vis deux qui se vermillonnent,
    Et leurs cheveux passe-fillonnent
    Pour mieux les marchands allecher...

     (_Le Banquet des Muses, ou Satires divers du sieur_ Auvray, Paris,
     1625, in-8, p. 184.)


[231] _Var._ Les mots entre crochets manquent au _Recueil gnral_.

[232] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil gnral_.

[233] _Var._ Les mots: _pour le bain_, sont remplacs, au _Recueil
gnral_, par les mots: _de visite_.

[234] _Var._ Et moi la premire. Ces mots manquent au _Recueil
gnral_.

[235] _Var._ Ces deux mots manquent au _Recueil gnral_.

[236] _Var._ _Rec. gn._: leur.

[237] _Var._ _Rec. gn._: furent.

[238] _Var._ _Rec. gn._: leur.

[239] _Var._ _Rec. gn._: leur.

[240] _Var._ Le _Recueil gnral_ ajoute: (paracheva-elle).

[241] _Var._ Le _Rec. gn._ ajoute: dit la damoiselle du faux-bourg
Sainct-Germain.

[242] _Var._ _Qui commenoit  s'essuyer._ Ces mots manquent au _Recueil
gnral_.

[243] _Var._ _Rec. gn._: une autre qui estoit.

[244] _Var._ _Rec. gn._: (dit-elle).

[245] Cette lettre ne se trouve pas dans le _Recueil gnral_, non plus
que les rflexions qui l'accompagnent.

[246] _Var._ Dans le _Recueil gnral_, cette partie est intitule: _La
septiesme journe et visitation de l'Accouche_.

[247] _Var._ _Rec. gn._: ij, iij, iiij, v et vj.

[248] _Var._ _Rec. gn._: ne voyez la septiesme, et...

[249] _Var._ _Rec. gn._: ne cette septiesme.

[250] Dans le _Recueil gnral_, ce qui termine cet alina est remplac
par: et alors, saluant l'accouche, je luy demanday le mesme privilge
du pass, et, en obtenant franchement la prerogative, je me retirai dans
mon oratoire accoustum, derrire le chevet du lict.

[251] Terme de jeu de paume ou _tripot_.

[252] _Var._ _Rec. gn._: les porter.

[253] Ce qui est renferm entre crochets est remplac, dans le _Recueil
gnral_, par: Il y en a assez qui prestent argent.

[254] Le passage entre crochets est remplac, dans le _Recueil gnral_,
par le mot: en.

[255] La plupart des gens de finance logeoient alors au Marais. V.
_Catal. des partisans_, etc., dans le _Recueil des Mazarinades_, t. 1,
p. 113, etc.

[256] _Var._ Le _Recueil gnral_ dit huit mois.

[257] Le curieux livre qui a pour titre: _Ulenspiegel, de sa vie, de ses
oeuvres, etc._, toit depuis prs d'un sicle populaire en France, o
le mot _espigle_, qui nous en est rest, commenoit mme  tre dj en
cours. La premire traduction faite sur l'original, crit en bas
allemand vers 1483, avoit paru  Paris en 1532, pet. in-4. Depuis, les
ditions s'en toient succd  Lyon,  Paris,  Orlans, etc., et, pour
connotre l'Espigle, il n'toit pas besoin d'tre grand lecteur de
romans.

[258] Tout ce qui suit, jusqu' l'alina, manque au _Rec. gn._

[259] _Var._ Ce qui suit est remplac dans le _Recueil gnral_ par: que
de baiser l'Accouche en prenant cong d'elle jusques au revoir.

[260] Dans le _Recueil gnral_, cette partie est intitule: _la
Huictiesme journe et dernire visitation au relevement de l'Accouche_.

[261] _Var._ Tout le commencement de cet alina manque dans le _Recueil
gnral_.

[262] _Var._ Cette citation latine manque au _Recueil gnral_.

[263] _Var._ Cette fin d'alina manque au _Recueil gnral_.

[264] _Var._ Les mots: _ ladite garde d'accouche_ sont remplacs dans
le _Recueil gnral_ par: _en ma faveur_.

[265] _Var._ Le _Rec. gn._ ajoute: respond la femme de l'advocat.

[266] _Var._ _Rec. gn._: la femme de l'advocat.

[267] _Var._ La fin de l'alina manque au _Recueil gnral_.

[268] _Var._ Au lieu de la fin de cet alina et de tout l'alina
suivant, on lit dans le _Recueil gnral_: estoit escrit que la fille
d'un sergent  verge avoit abandonn y a quelque temps son pre, vieil
qu'il estoit, pour suivre par tout Madamoiselle,  cause qu'elle luy
faisoit porter l'atour, et d'autres petits secrets qui estoient inserez
dans le petit papier.

[269] _Var._ Ces mots manquent au _Recueil gnral_.

[270] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil gnral_.

[271] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil gnral_.

[272] _Var._ Le commencement de cet alina est remplac, dans le
_Recueil gnral_, par: Il y en a beaucoup qui s'en font  croire,
tesmoins ce qu'a fait un certain gantier qui, depuis quelque temps en
...

[273] Depuis long-temps on se plaignoit des chevins et on les
chansonnoit. Tabourot, dans ses _Bigarrures_, au chapitre des Allusions,
plaisantant sur leur nom, dit: qu'_chevin_ est ainsi nomm quasi
lchevin, pour ce qu'il doit tter le vin pour commencement de bonne
police, afin qu'on n'en vende de mauvais.

[274] Il faut lire ici, je crois, Moysset, et non Massey: c'est le
partisan dont nous avons parl plus haut dans une note. Luynes et ses
frres l'avoient lanc, comme Chalange, dans les grandes affaires. Dans
un pamphlet du temps, _le Contadin provenal_, il est question de la
grande familiarit que ces trois frres ont avec ce preud'homme Moysset,
ne provenant que des etroictes intelligences qu'ils ont ensemble pour
voler les deniers du royaume. _Recueil des pices les plus curieuses
qui ont t faictes pendant le rgne du connestable M. de Luynes_,
Paris, 1632, in-8, p. 98.

[275] _Var._ _Rec. gn._: garde l'accouche voulut, auparavant prendre
cong, dire quelque chose en...

[276] _Var._ _Rec. gn._: desire, s'il vous plaist, vous en dire un en
passant: c'est qu'un...

[277] _Var._ _Rec. gn._: j'ai patience qu'il ait la fortune meilleure.

[278] _Var._ Ce qui termine l'alina est remplac, au _Recueil gnral_,
par: le laisser estudier encore quatre ou cinq annes, pour estre plus
parfait en toute sorte de sciences.

[279] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Rec. gn._

[280] On crivoit ainsi, d'aprs l'tymol. ital., _fare all' erta_. V.
Montaigne, I, 19.

[281] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Rec. gn._

[282] _Var._ Le passage entre crochets est remplac, au _Recueil
gnral_, par: les unes aux autres auparavant que partir et de prendre
cong de madame la releve. Ce qui occasionna la compagnie de faire la
collation.

[283] _Var._ _Rec. gn._: verre.

[284] _Var._ Le mot _nompareil_ est remplac, au _Recueil gnral_, par:
ne voulant plus traicter des discours ny d'Accouche ni de Releve.

[285] _Var._ Le _Recueil gnral_ ajoute: se promettant les unes aux
autres, d'un vif courage, de se voir  leurs autres accouchemens.

[286] _Antrax._

[287] V. sur cette promenade, dpendante des anciens jardins de la reine
Marguerite dans la rue de Seine, une longue note de nos _Varits
historiques et littraires_, t. I, 18e pice, p. 219.

[288] Tabarin surtout devint trs riche. Il se retira dans une terre
prs de Paris, et, jalous par les nobles ses voisins, qui s'indignoient
de voir ce farceur se poser comme leur gal, il fut tu par eux dans une
dispute pour affaire de chasse. Dupuys Demporte, _Hist. gn. du
Pont-Neuf_, 1750, in-8, p. 36, et D. Martin, _Le parlement nouv._,
franc.-allem. Strasb., 1637.

[289] Lunettes d'approche, que les Hollandois fabriquoient seuls alors,
et qu'on appeloit aussi lunettes de Hollande. Sur cette invention, assez
nouvelle alors, surtout pour les Parisiens, puisque la premire lunette
de cette espce fut vendue en 1609 sur le Pont-Marchand. V. _Journal_ de
l'Estoille, 30 avril 1609, et _l'Hermite du Mont-Valrien_, p. 1
(_Recueil des pices les plus curieuses sur le conntable de Luynes_).

[290] Expression qui rpond  celle-ci: _faire des embarras_, _Enhaz_
vient, selon Oudin, du verbe espagnol _hacer_, faire.

[291] A l'hospice des _Enfants-Rouges_, fond au Marais par Franois
Ier, aussi bien qu' l'_Hpital du Saint-Esprit_, prs la Grve, on
recevoit et l'on levoit les enfants de pauvres. Ceux de l'hospice du
Saint-Esprit s'appeloient les _enfants bleus_. A l'hospice de _la
Trinit_, ou les enfants portoient aussi un habit de cette mme couleur
(Du Breul, _Antiq. de Paris_, liv. 3), on leur faisoit apprendre
gratuitement un mtier. (V. la _Biblioth_. de Bouchel, au mot
_Hospitaux_, art. _Hospital de la Trinit_.)

[292] Ceci n'est pas tout  fait vrai. On en peut voir la preuve dans
une pice de nos _Varits historiques et littraires_, t. 1, p.
207-209.

[293] Elles y retournrent cependant, ou, pour mieux dire, elles ne les
avoient jamais quitts, surtout le faubourg Montmartre, alors leur
retraite ordinaire, comme il est dit dans le _Caquet des femmes du
faubourg Montmartre, etc._, Paris, 1622, in-8, p. 3.

[294] Les cercles luthriens d'Allemagne, toujours allis
clandestinement avec les huguenots de France.

[295] C'est le nom qu'on donnoit alors  la rue Phelippeaux. Son premier
nom, qui remonte au XIVe sicle, toit _Frpault_; au XVe sicle,
on dit _Frapault_; nous trouvons _Fripaux_, comme ici, en 1560, puis
_Frepoux_, en 1636. C'est seulement  la fin du XVIIe sicle que le
nom de Phelipeaux, tant devenu clbre, prit peu  peu la place de ces
appellations si changeantes; la rue l'a gard. Elle est encore, comme la
rue Frpillon, sa voisine, toute peuple de revendeurs et de marchands
de vieux chiffons.

[296] V. sur cet abus des laquais porteurs d'pe, et sur la dfense qui
y mit fin en 1654, nos _Varits historiques et littraires_, tome 1, p.
283, note 1, et 284, note 3.

[297] V. plus haut pour ce vtement des bandits d'alors.

[298] Personne ne comprit mieux que M. d'Angoulme l'emploi que les
laquais mis  la retraite devoient faire de leurs loisirs. Mme pendant
qu'ils toient  son service, s'ils lui demandoient leurs gages, il ne
les payoit que de ce beau conseil: C'est  vous  vous pourvoir. Quatre
rues aboutissent  l'htel d'Angoulme, vous tes en beau lieu,
profitez-en. Tallemant, _dit. in_-12, t. 1, p. 221.

[299] C'est sans doute  cause de la capitainerie du Louvre, dont il
toit en effet investi, qu'Enguerrand de Marigny est trait ici de
capitaine.

[300] Cette statue d'Enguerrand de Marigny ne fut place sur le portail
du Palais qu'aprs le jugement qui le rhabilita. On lisoit au dessous:

    Chacun soit content de ses biens;
    Qui n'a suffisance n'a rien.


[301] V. plus haut sur cet dit des procureurs que Chalange fit rendre
et dont il eut les profits; V. aussi nos _Varits histor. et litt._, t.
1, p. 215.

[302] Le jacobus, monnoie d'or  l'effigie de Jacques Ier, d'une
valeur de 14 fr. 70 cent., d'aprs l'valuation moderne, avoit alors
cours en Angleterre.

[303] Allusion  la pension de 1,200 livres que Mathurine, comme nous
l'avons dit plus haut, recevoit de la cour.

[304] C'est--dire une soupe bien odorante. L'hysope toit une plante
parfume.

[305] Il est naturel que Mathurine invoque matre Guillaume, qui toit
alors  la cour son collgue en folie. Auprs de l'article qui la
concerne dans le _Sommaire trait des revenus_, etc., de N. Remond,
Paris, 1622, _ad fin._, se trouve celui-ci pour les appointements de
matre Guillaume, le fou en titre d'office: A Me Guillaume, par les
mains de Jean Lobeys, son gouverneur, dix-huit cents livres. Pour ce
fou, sous le nom duquel Regnier fit d'abord courir sa 14e satyre (V.
notre livre _l'Esprit des autres_, p. 65), et dont nous aurons souvent 
parler dans nos _Varits hist. et litt._  propos des pasquins sans
nombre qui coururent sous son nom, nous nous contenterons de renvoyer 
l'article du _Perroniana_ (3e dit., 1691, in-12, p. 154-157) qui le
concerne, et au chapitre que lui consacre M. de Reiffenberg dans son
_Histoire des fous en titre d'office_ (_le Lundi, nouveaux rcits de
Marsilius Brunck_, Paris, 1837, in-12, p. 290-293).--Les vers cits et
les deux de la page suivante se lisent peut-tre dans un de ces
pasquins; mais ils se trouvaient auparavant,  quelques variantes prs,
dans le _Sermon des foulx_, V. _Ancien thtre franois_, P. Jannet,
1854, in-16, t. 2, p. 209.

[306] Pour Bertholde, type des farces italiennes, qui commenoit  se
populariser en France, mais qui ne prit pied sur nos thtres qu'au
XVIIIe sicle, lorsque Ciampi eut fait son _Bertholde  la cour_, et
Lattaignant _Bertholde  la ville_.

[307] C'est--dire de se voir moquer comme la statue de Pierre de
Cugnires, surnomm du Coignet, laquelle on avoit place en un petit
coin (_coignet_) du choeur de l'glise Notre-Dame, en office de
esteindre avec son nez... les chandelles, torches, cierges, bougies et
flambeaux allumez. (Rabelais, _Nouv. prol._ du 4e livre.) Il est
ainsi parl dans les _Contes d'Eutrapel_ (1, De la justice, _ad finem_)
de la cause qui valut  Pierre de Cugnires cette vengeance des gens
d'glise: Tesmoing, dit Nol du Fail, la statue ignominieuse de maistre
Pierre de Cugnires, estant en l'glise Nostre-Dame de Paris,
vulgairement appel maistre Pierre du Coignet,  laquelle, par
gaudisserie, on porte des chandelles. Le paillard, estant lors advocat
general, soustint que le roy Philippe de Valois, son maistre, se devoit
ressaisir du temporel ecclesiastic, pour estre le fondement d'iceluy mal
excut, et seule cause de la dissolution des gens d'glise et
empeschement du vray service de Dieu.

[308] Fou qui couroit alors les rues.

[309] Marforio, le camarade du Pasquin de Rome.

[310] Cette phrase, o se trouve en germe l'une des plus jolies fables
de La Fontaine (liv. 9, fab. 16), ne fait presque que reproduire
celle-ci du 7e chap. des _Contes d'Eutrapel_: ressemblans au singe
qui tire les chastaignes de sous la braise avec la patte du levrier
endormy au fouyer.

[311] Sur ce cabaretier fameux alors, qui avoit fait peindre au dessus
de sa taverne, prs Saint-Eustache, l'arbre dont il portoit le nom, V.
notre _Histoire des htelleries et cabarets_, t. 2, p. 323-324.

[312] Pour _chaffaut_, comme on appeloit alors le thtre des
saltimbanques et des empiriques.

[313] Ceci est assez platement abrg d'un passage du _Moyen de
parvenir_, 1738, I, 104-5.

[314] On sait de quelles maladies il toit le patron, et quel mal,
rclamant les potions _postrieures_ dont parle Regnard dans _le
Lgataire_, s'appeloit le mal Saint-Fiacre. (V. Fleury de Bellingen,
_Etymol. des prov. franc._, p. 317.)

[315] Expression consacre par Rabelais et par Henry Estienne pour
dsigner un mendiant, un quemandeur. Quant  tant de povres moines, dit
celui-ci, qui n'ont ni rente ni revenu, qui n'ont pas un poulce de
terre, qui mesme sont appelez _porteurs de rogatons_, pour ce qu'ils ne
vivent que des aumnes des gens de bien... _Apologie pour Hrodote_, La
Haye, 1735, in-12, t. 1er, p. 536.

[316] Il toit permis aux religieux du Petit-Saint-Antoine de laisser
vaguer leurs pourceaux par les rues.

[317] La pice d'argent,  cause de la _croix_ qui se trouvoit sur
celles de saint Louis. On connot l'expression tre _sans croix ni
pile_, pour dire tre sans argent.

[318] Prtresse du dieu assyrien Adad. (V.,  ce mot, le _Dict. mythol._
de Jacobi.)

[319] V., sur de pareilles pratiques, une note de nos _Varits hist. et
litt._, t. 1er, pice 26, p. 340-341.

[320] Rminiscence d'un passage de Larivey. V. _la Vefve_, (comdie
imite de _la Vedova_ de Nic. Bonaparte, dans l'_Ancien thtre
franois_, t. 5, p. 195).

[321] Faire le loup-garou, tre chang en bte.

[322] Lieu de plerinage  deux lieues de Chlons-sur-Marne, ainsi nomm
 cause d'une image de la Vierge trouve en 1400 dans un buisson
d'pines. La faade de l'glise qu'on lui leva fut acheve en 1429. V.
Povillon-Pierrard, _Descript. histor. de l'glise de Notre-Dame de
l'Epine_, Chlons, 1825, in-8.--C'toit une des premires stations des
troupes trangres entrant en France. L'arme que le comte d'Aremberg
amena des Pays-Bas au secours du roi en 1567 y passa. (_Mmoires non
encore veus du sieur Fery de Guyon, escuyer._ Tournay, 1664, in-8, ch.
83, pag. 144.)

[323] Cette pice est, je crois, la plus rare de toutes celles qui se
rapportent aux _Caquets de l'Accouche_. Nous l'avons trouve  la
Bibliothque impriale.

[324] Ce n'est pas le lieu de donner ici une longue notice de ce fameux
farceur, qui, pendant plus de quarante ans, amusa Paris, soit sur la
place de l'Estrapade, o il eut long-temps ses trteaux, soit surtout 
la place Dauphine, o cette pice-ci le met en scne, soit  l'htel de
Bourgogne, qui le vit finir. Nous renverrons  l'article que Boucher
d'Argis lui a consacr dans son _Histoire abrge des plus clbres
comdiens de l'antiquit et des comdiens franois les plus distingus_
(_Varits historiques, physiques et littraires_, etc., 1752, in-8, t.
1er, 2e partie, p. 506), et  Tallemant, dit. in-12, t. 10,
_Historiette de Mondory_.

[325] Ce fou, dont il est dj parl dans la pice prcdente, couroit
les rues comme matre Guillaume et Mathurine. Dans un livret publi en
1614 avec ce titre: _La remonstrance de Pierre Du Puits sur le resveil
de Maistre Guillaume_, et dans lequel il se donne comme ayant l'esprit
relev jusques en l'antichambre du troisime degr de la Lune, etc., on
lui fait dire au commencement:

    Avec ma jacquette grise
    Plusieurs lourdauts je meprise.

Puis tout  la fin:

    AUX CURIEUX:

    Pierre du Puits n'est pas seul en folie,
    Ny tous les fols ne sont Pierre du Puits,
    Car tel est fol qui n'a pas l'industrie,
    Ainsi qu'il a, de donner des advis.


[326] Autre farceur du Pont-Neuf, donn trs gratuitement ici comme
auteur des _Caquets de l'Accouche_. Les seules _oeuvres_ que l'on
connoisse de lui, et dont il parut un trs grand nombre d'ditions chez
la veuve Oudot, sont: _Extrait des rencontres, fantaisies et
coq--l'asne factieux du baron de Gratelard, tenant sa classe ordinaire
au bas du Pont-Neuf_. Dans ces derniers temps on rimprimoit encore 
Montbliard: _Entretiens factieux du sieur baron de Gratelard, disciple
de Verboquet, propres  chasser la mlancolie et  dsopiler la rate_,
in-18 de 12 pages. (Nisard, _Hist. des livres popul._, t. 1er, p.
388.)

[327] On disoit _crocheteur_, mais c'est _clocheteur_ qu'il falloit
dire, car il s'agit de la petite figure qui frappoit les heures sur la
cloche de la Samaritaine. Les Libellistes du temps prirent plus d'une
fois le petit _crocheteur_ pour hros, et lui firent dbiter leurs
satires. L'un des pamphlets mis sur son compte fut cause qu'on l'enleva
de la Samaritaine pendant quelque temps. (V. le _Mercure franois_ de
1611.)

[328] Autre petite figure de bronze qui,  la manire du _clocheteur_ du
Pont-Neuf et du _Jaquemart_ de Notre-Dame de Dijon, sonnoit l'heure au
clocher de l'glise Saint-Paul, situe dans la rue du mme nom et
dmolie au commencement de ce sicle. Une mazarinade a pour titre: _Le
qui fut de Jacquemard sur les sujets de la guerre mazarine_, Paris,
1652. V., pour l'tymologie du mot _Jaquemart_, P. Berigal (G. Peignot),
_Hist. de l'illustre Jaquemart de Dijon_, 1832.

[329] Encore un farceur, mais moins connu que les autres. Il est nomm,
dans l'_Espadon satyrique_, Cologne, 1680, pag. 25, et dans l'pitaphe
du fameux _Jodelet_, Julien Joffrin:

    Ici git qui de Jodelet
    Joua cinquante ans le rolet,
    Et qui fut de mesme farine
    Que Gros Guillaume et Jehan Farine,
    Hormis qu'il parloit mieux du nez
    Que les dits deux enfarinez.

Un petit livre, rimprim  Troyes, en 1682, sous ce titre: _Les dbats
et fameuses rencontres de Gringalet et de Guillot Gorju, son maistre_,
est ddi au _pre de sobrit, le grotesque_ Jean Farine,
superintendant de la maison comique hostel de Bourgogne,  Paris.--Un
passage des _Jeux de l'Inconnu_, Rouen, 1635, in-8, p. 158, montre que
ce bouffon, comme son nom l'indique, jouoit surtout, ainsi que La Fleur
(Gros-Guillaume), les rles enfarins.

[330] Par la mme raison que nous n'avons rien dit de Gautier-Garguille,
nous ne dirons rien du non moins fameux Robert Gurin, dit _La Fleur_ et
_Gros-Guillaume_. Nous renverrons aussi pour lui au travail curieux de
Boucher d'Argis, _loc. cit._

[331] Bouffon moins connu sous ce nom que sous celui de Jean des Vignes,
qui lui est donn dans la 18e sere de Guillaume Bouchet, o il est
mis en compagnie de Tabarin et Franc--Tripe; et dans le _Moyen de
cognoistre les filous d'une lieue loing sans lunette_, dit. des
_Joyeusets_. Jehan des Vignes ou de la Vigne faisoit les rles de
niais. Moi, pauvre sot, dit d'Assoucy, plus sot que Jean des Vignes.
_Les Avantures d'Italie_, etc., Paris, 1677, in-12, p. 336.







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status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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