Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3696, 27 Dcembre 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3696, 27 Dcembre 1913

Author: Various

Release Date: August 23, 2010 [EBook #33518]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'Illustration, No. 3696, 27 Dcembre 1913

[Illustration: Bande dessine: LA REVUE COMIQUE par Henriot.]

[Illustration: Frontispice]

[Illustration: LE DISCOURS DE M. ARISTIDE BRIAND A
SAINT-ETIENNE _D'aprs un instantan.--Voir l'article, page 538._]

L'chance du 31 dcembre tant une des plus importantes de l'anne,
nous insistons de nouveau trs vivement auprs de ceux de nos lecteurs
dont l'abonnement expire  cette date, et qui ne l'ont pas encore
renouvel, pour qu'ils veuillent bien nous adresser, dans le plus bref
dlai, leur souscription pour 1914; ils viteront ainsi tout retard dans
la rception des prochains numros.


SUPPLMENTS DE THTRE

_Une grande solennit musicale se prpare pour le Ier janvier 1914:
Parsifal, le chef-d'oeuvre de Richard Wagner, que Bayreuth s'tait
jusqu' prsent jalousement rserv, sera reprsent, dans notre langue,
en mme temps  Paris et  Bruxelles,  l'Opra et  la Monnaie._

_Nous croyons que tous nos lecteurs--et non pas seulement ceux qui
assisteront aux premires reprsentations franaises de Parsifal--nous
sauront gr de leur offrir, dans le prochain numro de_ La Petite
Illustration, _une traduction indite,  la fois respectueuse et claire,
du pome de Wagner, plus clbre que connu du grand public._

_A la liste des pices nouvelles dont nous avons dj annonc la
publication, nous sommes heureux d'ajouter_ La Belle Aventure _de MM.
Gaston de Caillavet, Robert de Flers et Etienne Rey, qui vient
d'obtenir au Vaudeville un immense succs._


COURRIER DE PARIS

UNE OEUVRE VCUE

M. Jules Claretie a commenc la semaine dernire la publication de ses
_Mmoires_. Voil bien longtemps, heureusement pour lui--et pour
nous--qu'on les attendait, avec une impatience qui n'tait adoucie et
entretenue, au cours des annes, que par cette ide, si savoureuse et
remontante, qu' chaque incident agrable ou difficile de la longue et
belle carrire de l'administrateur de la Comdie-Franaise, ils
s'augmentaient, s'enrichissaient, se paraient de mille anecdotes
indites, de traits piquants rajouts, d'aperus nouveaux. Ainsi, non
seulement on se rjouissait des joies si nombreuses et des honneurs si
mrits qui advenaient  M. Claretie, mais par une espce d'gosme,
hlas! trs humain et irraisonn, on n'tait pas trop fch non plus
quand un petit nuage obscurcissait--pour quelques heures--la srnit de
son azur, parce qu'on savait d'abord qu'il avait l'habitude et les
moyens de la victoire, et ensuite que l'on se disait: Oh! Oh! Voil du
bon sur la planche, pour plus tard, quand ils seront publis! Donc,
plus la date de leur mise au jour fuyait, se reculait, plus nous en
tions, d'une certaine faon, assez contents tout de mme puisque,
malgr l'preuve impose, nous savions tous que nous n'y perdrions pas,
que nous aurions double plaisir, double profit. Ce moment est enfin
venu. Aujourd'hui les Mmoires paraissent.

On peut affirmer  l'avance et  coup sr qu'ils seront ce qu'on a
toujours espr de leur auteur et qu'ils auront un succs considrable.
Nul n'tait dou, plus que lui, pour les crire, avec la conscience et
la certitude qu'en le faisant il accomplissait une mission,  laquelle
il n'avait pas le droit de se drober. Il semble, au premier instant,
que rien ne soit plus facile que de mettre en hte chaque soir sur le
papier ce qu'on a vu dans la journe, ou qui vous a t cont... Pour
beaucoup de gens il suffira de se livrer assidment  ce pensum
quotidien pendant des mois et des annes... afin de pouvoir dclarer,
quand il y aura la matire de huit  dix volumes: Voil des Mmoires
achevs, et qui ne m'ont cot aucune peine, qui ont t faits pour
ainsi dire sans s'en apercevoir! Eh bien, ils se trompent. Si les
Mmoires ont t ainsi abattus, copis au galop, mme sur la vie,
aligns  la six-quatre-deux et bcls. selon l'expression courante:
_sans s'en apercevoir_,... soyez tranquilles, quand ils paratront, _on
s'en apercevra_. Ils pourront contenir des anecdotes, des mots, des
rcits, une distraction intermittente, mais ils ne formeront pas ce
tout, homogne et harmonieux, que doivent constituer des Mmoires de
bonne souche, des Mmoires composs, prsentant l'image exacte de la
personne qui les a crits et celle du temps dans lequel elle a pens et
s'est promene. Les Mmoires sont succulents, instructifs et fconds,
quand ils apportent quelque chose de plus que ce qu'ils relatent:
entendez par l une explication, une morale, un enseignement extraits
des ralits. Il y faut d'ailleurs des quantits de dons.

En premier, celui de la curiosit, de la curiosit pousse  l'extrme,
jamais lasse, jamais assouvie. On peut dire que la caractristique de
l'esprit et du talent de M. Claretie, c'est la curiosit. Il a t et il
est encore curieux de tout, comme un enfant, comme un jeune homme, comme
un bibelotier, comme un reporter, comme un diplomate, comme un badaud,
comme une femme, comme un collectionneur, comme un mdecin, comme tous
les curieux runis et mis bout  bout. Il est presque aussi curieux dans
ce sicle que le fut  l'avant-dernier La Condamine, qui passait  juste
titre pour l'homme le plus curieux de France. M. Claretie a voulu, sinon
tout connatre parce qu'il tait de bonne heure trop renseign dj pour
ne pas se rendre compte que cela tait impossible, du moins tout
regarder, pour s'en donner une notion et pouvoir la transmettre, ou
l'essayer. Ainsi s'explique-t-on qu'il ait abord avec une souplesse,
une lgret et une activit dvorantes tant de genres diffrents, en
ngligeant dans une sorte de bon sens instinctif de se fixer et de
s'enchaner  aucun. Il tait n pour flner rapidement aux magasins,
aux casiers, aux talages,  toutes les boutiques de la vie, et il ne
s'est arrt plus longuement qu' la plus grande, la plus belle, la plus
amusante et la plus fameuse de toutes qui tait un thtre... un thtre
d'tat. Cette curiosit, charmante, juvnile, fuyante, saccade,
drgle, passionne... j'ai toujours pens pour ma part qu'elle avait
t toute la vie de M. Claretie, qu'il lui devait ses joies les plus
claires, les plus veilles, et aussi les petits ennuis srieux qu'il
eut parfois  traverser. C'est elle qui fut la cause de tout. Il a dix
fois, cent fois plus de finesse et d'adresse, et de philosophie aussi,
qu'il n'en faut pour viter avec matrise le moindre accroc, mais, en
prsence de la difficult, aussitt il s'excite, la curiosit
intervient, prcieuse et terrible fe, et pouss par elle il veut voir 
tout prix, _voir ce qui arrivera_... et bien entendu ce qui arrivera
dans le cas le plus aigu, alors il ne se connat plus... et il entre
rsolument dans l'inconnu qui le tente... Eh bien... il ne faut pas
cependant qu'il le regrette aujourd'hui, pas plus que nous ne regrettons
nous-mmes qu'il ait toujours cd, mme  ses risques et  ses dpens,
aux impulsions dangereuses de cette curiosit  laquelle il tait
redevable de trop de dlices pour oser la guider, la retenir, ou la
contrecarrer. Sans elle en effet nous n'aurions pas eu les Mmoires en
question et c'et t grand dommage. Que vont-ils tre? Que seront-ils?
Voil ce que plus d'un s'est demand. La rponse n'est pas difficile.
Ils seront sur le ton simple et familier des articles, nourris de
documents, que l'auteur de la _Vie  Paris_ a trouv le moyen, dans une
existence prive de loisirs apparents, d'crire au _Temps_, avec un
continuel succs, depuis de nombreuses annes. C'est dire que M.
Claretie, qui en a tant vu et tant fait voir, nous contera, dans son
aimable style, tous les vnements auxquels il a t de prs ou de loin
ml, qu'il nous retracera en quelque sorte, forcment, l'histoire
littraire, dramatique--et mme  et l politique--de ces trente
dernires annes, et cela, vu de la coulisse, et sans pose aucune ni
prtention, mais  petits coups, en petits morceaux dtachs, rappelant
ce qu'est sa conversation abondante, intressante, brise, pleine de
courtoises hsitations, de flottements, et de rticences polies qui en
constituent l'indcision, le charme et l'originalit. Il semble en ces
moments s'couter lui-mme au dedans et prendre, avant de l'exprimer et
de la jouer, sa pense au souffleur. Il n'y a pas de causeurs plus
agrables, plus srs d'eux et plus rsolus, sous les dehors de la
modestie et de la timidit.

Et maintenant, ces _Mmoires_ seront-ils combatifs, rvlateurs,
malicieux? L'administrateur d'hier rappellera-t-il, ressortira-t-il,
l'une aprs l'autre, les circonstances mmorables dans lesquelles,
depuis vingt-huit ans, il eut  prendre tel parti, telle dcision, 
faire telle promesse,  la tenir,  en tre empch? Cherchera-t-il  se
justifier de certains griefs, fonds ou non? Dira-t-il _tout_? ou ce
qu'il croit tre tout? Sera-t-il amer? vindicatif? ou apais, serein?
Voudra-t-il prouver? Plaidera-t-il? Montrera-t-il un homme nouveau, je
veux dire celui qu'on le sait incapable d'tre: un homme amer, aigri,
rancunier, mchant? Pas le moins du monde. Et c'est en cela encore que
M. Claretie, qui a si souvent tonn, dans tous les sens, ses
contemporains pourtant durs  surprendre, les tonnera encore plus par
la publication de ses _Mmoires_. Il les trompera justement au chapitre
des reprsailles, auxquelles on suppose, bien  tort, qu'il a song avec
amour. On le connat mal. Il ne fut jamais, dans ses crises les plus
vives avec les comdiens ou les auteurs, qu'un homme irrit de se voir
partag entre des intrts gaux et divers et agac avec des petites
fureurs de ne pouvoir tout concilier, donner raison  la fois aux deux
partis, satisfaire tout ce qu'il aurait tant voulu ne pas mcontenter:
l'auteur, l'ami, la Maison, le comdien, le Comit, le ministre... et
lui-mme... Mais toutes ces secousses n'avaient jamais qu'une origine et
une qualit professionnelles. Le fonds solide des sentiments n'tait pas
atteint.

Va-t-on se figurer, aprs cela, que M. Claretie fuira dans le rcit de
sa vie les instants dlicats et pineux? qu'il voudra escamoter les
souvenirs brlants? Non plus! Et il aura bien raison. Personne ne s'est
jamais imagin qu'il renoncerait au sourire,  la pointe,  l'humeur
narquoise, au sel de Paris. Nous lui demandons au contraire de garder
jusqu' la fin, jusqu' la dernire ligne de ses _Mmoires_, les dons de
fine polmique et d'esprit qui sont les siens. Qu'il ne les retienne
pas. Ils font partie de sa plume, de cette plume toujours en marche et
qui a tant crit, qu'il aime par-dessus tout et qu'il a, j'en suis sr,
une allgresse de libre crivain  reprendre aujourd'hui, sans se plus
gner en rien, dans le calme, un peu fbrile encore, d'une belle
retraite, au sommet d'une carrire dont il peut, non sans orgueil,
considrer en se retournant l'unique et long parcours...

HENRI LAVEDAN.


[Illustration: M. JULES CLARETIE qui vient de mourir, le 23 dcembre,
encore administrateur de la Comdie-Franaise, et au moment o il
venait de commencer, dans le _Journal_, la publication de ses
_Mmoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du
Thtre-Franais_.]

_La vie a d'tranges hasards. Au moment o, prs d'abandonner
l'administration de la Comdie-Franaise, M. Jules Claretie commenait
dans le Journal la publication de ses Mmoires, notre minent
collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pense de lui consacrer ici
un article tout amical et charmant, que nous avions illustr d'une toute
rcente, et maintenant bien mouvante photographie. Le funbre vnement
qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hlas!  cette chronique un
surcrot d'actualit que n'avait pu prvoir son auteur._

Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les
dernires pages de ce numro, qu'il fallait achever avant les ftes de
Nol, descendaient sous presse. On imprimait le Courrier de Paris. Nos
lecteurs ont donc, tout vif,  dfaut d'une notice ncrologique que nous
ne pouvons songer  improviser  la hte, l'hommage sincre rendu par M.
Henri Lavedan  son collgue de l'Acadmie franaise,  un confrre
qu'il ne s'attendait pas  voir si brusquement disparatre. Ils y
trouveront tous les lments d'un portrait finement vu, lgamment
camp. Et les plus anciens se rappelleront peut-tre--non sans quelque
mlancolie, car c'est bien loin dj--que des annes et des annes,  la
place o ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on voque la
bienveillante physionomie les entretint lui-mme,  la semaine la
semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un vnements,
grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la
vieille _Illustration_, c'tait M. Jules Claretie.


LA BELLE AVENTURE

[Illustration: Une grand'mre octognaire personnifie, au Vaudeville,
par une artiste qui a l'ge du rle: Mme Daynes-Grassot;  son ct,
Mlle Madeleine Lly.]

L'un des attraits de cette pice, qui en a tant d'autres et que ses
trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont
pare de tout ce que la grce la plus tendre, l'esprit le plus brillant,
le talent le plus sr peuvent produire de mieux achev, est que l'un des
personnages est une grand'mre--de soixante-quinze ans, avaient d'abord
indiqu les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifirent-ils, sur la
demande de leur interprte, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie
de vouloir porter en ce rle son ge rel... Il n'tait pas inutile de
souligner ce dtail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la
_Belle Aventure_ au Vaudeville et qui ne l'auraient point souponn 
voir la souriante vivacit de cette petite vieille en robe de 1851--robe
qu'elle porta  cette poque!--rajeunie  la mode de 1864, presque
toujours en scne pendant le deuxime et le troisime acte et qui met
dans son jeu toute l'adresse experte et la grce infinie avec laquelle
les auteurs ont conduit leurs scnes et leur dialogue pour faire
applaudir une situation dont on ne s'aperoit pas qu'elle est un peu
risque.

Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la
jeune marie s'vade, ft-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour 
laquelle on l'a pousse et parte, avec celui que son coeur a lu, vers
la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mre,
recevant les jeunes gens qu'elle croit tre dj, l'un comme l'autre,
ses petits-enfants, bnit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement,
des circonstances, n'est-elle pas trompe en toute bonne foi,--si bien
qu'au troisime acte, alors qu'elle dcouvre l'involontaire supercherie
en mme temps qu'elle apprend que tout va tre rpar, elle ne peut
garder longtemps rancune  sa petite-fille... On a uni, dans les
enthousiastes applaudissements adresss aux auteurs et  cette alerte
doyenne de nos comdiennes, les autres interprtes au premier rang
desquels Mlle Madeleine Lly, MM. Victor Boucher et Capellani.

[Illustration: M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M.
Barrre. M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci. Au ministre de
l'Instruction publique  Rome: la crmonie de la remise de la Joconde 
l'ambassadeur de France.--_Phot. Robert Vaucher_.]


LA JOCONDE A ROME

_Notre correspondant de Rome nous envoie ces intressants dtails sur la
crmonie de la restitution  la France de la prcieuse peinture de
Lonard de Vinci:_

Rome, 21 dcembre 1913.

Florence a vu partir hier sa noble htesse. Aprs un court sjour dans
la jolie ville toscane, Monna Lisa a t de nouveau mise entre deux
morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome.

Ce n'tait plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une
reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait
confectionn pour elle une ravissante caissette de noyer, bien
capitonne, o elle ne risquait pas de s'abmer. Monna Lisa avait sa
garde d'honneur, compose de M. Corrado Ricci, directeur gnral des
Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de
plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reut
les honneurs qu'on prodigue  un train royal. Des carabiniers  toutes
les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient  la
scurit de la belle voyageuse.

A l'arrive  Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de
l'Instruction publique, attendait  la gare pour recevoir officiellement
le prcieux colis que portait M. Ricci lui-mme. En passant  l'octroi,
un douanier voulut ouvrir la caisse. --Cela ne paie pas de droits, lui
rpondit-on. --C'est un objet sans valeur! s'cria un journaliste.

La foule, apprenant l'vnement, se pressait  la sortie. De tous cts,
l'on criait: --Qui est arriv?--Monna Lisa! Le public restait bouche
be, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient  un
simple coffret de noyer.

L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants russit non
sans peine  fendre la foule et arriva au ministre de l'Instruction
publique. L, en prsence du ministre, M. Credaro, la _Joconde_ fut
sortie de son crin, replace dans le cadre qu'elle avait  Florence et
expose dans l'antichambre du ministre, dont la fentre donne sur la
place de la Minerve.

Tous les employs du ministre, en redingote, se pressaient pour voir le
tableau, lorsque le bruit courut que le roi allait venir  son tour
rendre visite  la fille divine du Vinci. Bientt, le salon d'honneur
est vacu et, accueilli par des applaudissements chaleureux, S. M.
Victor-Emmanuel III offre son hommage admiratif au tableau du grand
matre. Le roi, qui est un ami des arts, a dj vu plusieurs fois la
Joconde au Louvre et il exprime  MM. Ricci et Poggi le plaisir qu'il a
 contempler de nouveau ce chef-d'oeuvre. Il flicite M. Credaro et ses
collaborateurs pour le zle qu'ils ont dploy.

Aprs le dpart du roi, c'est un long dfil de dputs, de snateurs,
de hautes personnalits qui viennent contempler le tableau tant vant.

Ce matin, jusqu' 10 heures, les employs des diffrents ministres
eurent  leur tour le privilge de venir jeter un rapide coup d'oeil
dans la salle o se trouvait la _Joconde_, encadre d'huissiers
galonns. Puis les portes furent fermes. Seuls, quelques privilgis
allaient tre admis  assister  la crmonie de la remise du tableau 
l'ambassadeur de France, M. Camille Barrre.

M. Leprieur, conservateur du muse du Louvre, arrive avec M. Corrado
Ricci. J'ai le plaisir de lui prsenter M. Poggi, le directeur de la
Galerie des Offices,  qui il exprime le plaisir qu'il eut en apprenant
la dcouverte de la _Joconde_, la vraie, ajoute-t-il, puisqu'il n'y a
plus de doute possible.

M. Leprieur, en effet, a procd avant la remise du tableau  un examen
minutieux de la Joconde  un point de vue trs prosaque mais dont le
rsultat est des plus intressants. Il prit force mesures, vrifia de
nombreux signes particuliers qu'il avait nots dans l'oeuvre de Lonard
de Vinci, et toutes ses constatations concidrent exactement avec
celles qui avaient t faites au Louvre. Il existe d'ailleurs un dossier
cachet, dpos chez un notaire parisien, qui contient toutes les
annotations faites sur les particularits du tableau. Ds que Monna Lisa
aura rintgr le muse, on ouvrira ce dossier et l'on procdera  une
dernire vrification qui aura pour consquence, c'est bien certain, de
dissiper les doutes des sceptiques les plus endurcis.

[Illustration: Illustration: La _Joconde_ rendue  la France va tre
emporte au palais Farnse.-_Phot. Ch. Abeniacar_.]

La _Joconde_ a de nouveau t sortie de son cadre, dans le grand salon
d'honneur. M. Ricci la tient debout sur la table, autour de laquelle se
groupent MM. Barrre, ambassadeur de France, di San Giuliano, ministre
des Affaires trangres; Credaro, ministre de l'Instruction publique;
Vicini, sous-secrtaire d'Etat; Besnard, directeur de l'Acadmie de
France; Casaglia, chef du cabinet du ministre de l'Instruction publique;
Oll-Laprune, premier secrtaire de l'ambassade de France; Poggi,
directeur de la Galerie des Offices de Florence.

M. Credaro prend la parole et, s'adressant  M. Barrre, il lui dit
combien la nation italienne est heureuse de pouvoir restituer  la
nation franaise, qui donna l'hospitalit et prodigua les honneurs au
Vinci, fils illustre de l'Italie, dans les dernires annes de sa vie,
le prcieux tableau enlev aux glorieuses salles du Louvre. Que Votre
Excellence veuille bien, dit en terminant le ministre, recevoir le
chef-d'oeuvre du grand Florentin comme un gage d'amiti et de solidarit
entre les deux peuples, dans les hautes sphres de l'art et de
l'humanit.

M. Camille Barrre prit  son tour la parole. Assez mu, l'ambassadeur,
dans une brillante improvisation, exprima  M. Credaro les sentiments de
reconnaissance de la France pour les procds si spontanment amicaux du
gouvernement italien, et sa joie de recouvrer enfin le chef-d'oeuvre
d'un homme dont le gnie universel a largi les bornes de l'intelligence
humaine.

Je tiens, ajouta M. Barrre, au moment o vous me remettez la _Joconde_
et o je l'emporte au palais Farnse,  vous dire combien je suis touch
que ce soit  l'Italie que revienne le privilge de la restituer  la
France.

On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement
franais, qui est sign par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrre, et
par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme tmoins.

C'est fait: la _Joconde_ est redevenue franaise. M. Ricci la replace
avec une dlicatesse toute paternelle dans la bote de noyer, puis,
s'approchant de M. Oll-Laprune, lui dit en souriant: Veuillez
constater que c'est bien la _Joconde_ que j'enferme dans cette bote.
M. Oll-Laprune n'a pas de peine  dclarer reconnatre que c'est le
chef-d'oeuvre de Lonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui
remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur
la place o les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur.

Quelques minutes aprs, Monna Lisa entre au palais Farnse et prend
place dans la galerie des Carrache. La premire visite qu'elle y reoit
est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant prs d'une heure,
s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invites. Vers 3
heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalits de la
colonie franaise et les notabilits romaines remplissent les salons de
l'ambassade d'un public d'lite, heureux de pouvoir contempler la belle
oeuvre du grand matre florentin.

Demain, la _Joconde_ restera au palais Farnse; de mardi  samedi, elle
sera expose  la galerie Borghse, puis, dimanche prochain,
probablement, elle partira pour Milan, d'o elle rentrera directement 
Paris.

ROBERT VAUCHER.


DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE

[Illustration: Illustration: _CLICH BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSE DU
LOUVRE, AVANT LE VOL. Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes
les craquelures de la peinture et la trace d'une fente dans le
panneau._]

[Illustration: Illustration: _CLICH A. BROGI, EXCUT AUX OFFICES, A
FLORENCE, LE 17 DCEMBRE 1913 Reproduction sans aucune retouche,
montrant toutes les craquelures de la peinture et la trace d'une fente
dans le panneau._]

[Illustration: Le gnral Liman von Sanders et les officiers allemands
sortant de la Sublime-Porte.]


LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE

Il faut le reconnatre, la diplomatie allemande  Constantinople
continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son
activit inlassable, par son habilet souple et soutenue, par son
opinitret que rien ne rebute, elle vient de raliser un nouveau succs
d'influence, mais cette fois un succs tellement exceptionnel, tellement
imprvu, aprs les dceptions de la guerre, et tellement menaant aussi
pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu
mue elle-mme et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux,
d'en attnuer la porte. Les troupes turques, prpares  l'allemande
avant leurs dsastres, reoivent  nouveau, pour prsider  leur
rorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs!
C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit
jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un gnral chef de corps, un
gnral major et cinquante officiers sont envoys  Constantinople. Et
cela ne serait rien encore si le gnral chef de corps ne recevait un
commandement effectif, s'il n'tait mis  la tte des troupes mmes qui,
en cas de guerre, dfendraient la capitale. En d'autres termes, le
gnral von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'arme, se voit
attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.

L'vnement est grave, plus grave--a-t-on crit--que tout ce qui vient
de se raliser dans les Balkans. L'Europe s'est inquite tout de
suite. Mais la Russie devait plus particulirement et plus violemment
s'mouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la
Russie mridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est
par cet troit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses
exportations. Un tat-major tranger matre des forces militaires de
Constantinople, c'est la Russie embouteille dans la mer Noire. C'est la
clef de la Mditerrane remise entre des mains allemandes... Contre
cette situation, la Russie a protest auprs du grand vizir, le 13
dcembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se
sont associes  sa question sur les attributions rserves  la
mission allemande. Le grand vizir a rpondu aux ambassadeurs que les
attributions du gnral allemand ne s'tendraient pas  la dfense des
Dtroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des
ralits, la nature mme de l'emploi attribu au gnral Liman von
Sanders. La Russie ne parat pas devoir se contenter de cette
dclaration et la discussion reste ouverte.

... Pendant ce temps, la mission s'installe  Constantinople. Elle y est
arrive, le 14, habilement, en appareil modeste. Le gnral von Sanders
et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur
grade, et l'ambassade allemande n'tait pas  la gare. Aprs avoir t
prsent au grand vizir et reu par le sultan, le gnral von Sanders a
pris le commandement du 1er corps d'arme; et le vendredi 19 dcembre
les nouvelles autorits militaires allemandes de la capitale ottomane
assistaient au Selamlik.

[Illustration: Gnral L. von Sanders. La mission militaire allemande 
Constantinople.--_Photographies Ferid Ibrahim._]

(Deux pages manquantes.)

[Illustration: Sous l'oeil de la cliente difficile]

... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend
l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente,
les bras nus et levs, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans
les btis de toile, tandis qu'on pingle, qu'on drape, qu'on dcoud,
qu'on fait et qu'on dfait autour de vous ces premires et incertaines
fondations de ce qui doit tre une merveille de robe, mieux qu'une
robe: un rve, un souffle, un rien adorable,--et coteux... que d'autres
porteront...

                                *
                               * *

Le matin, les mannequins passent les robes devant les commissionnaires
et les courtiers pour l'tranger. C'est une crmonie agrable. Le
commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des
bonbons  ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimt
point les bonbons?--L'aprs-midi, il y a l'essayage, la venue des
clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins
vivent dans une petite pice qui leur est rserve et qu'elles nomment
le cagibi. Elles y demeurent, comme aimes au harem, riant, se
reposant, lisant les _Aventures de Ronchonnot_, ou _Zigomar_, jouant aux
cartes,  pigeon vole, ou  se dire la bonne aventure, ou occupes 
rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles
se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs
chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand
on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin
toute sa vie, elles envisagent l'avenir...

Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour tre vendeuse,
chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez
Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de
passer la Manche. Les plus disgracies aspirent  tre employes aux
manutentions. Les plus folles rvent de thtre et font des chteaux en
Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages,
toutes ces esprances:

--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir...

Et la thorie des mannequins, soudain revtus de brocatelles, de satins,
de soies, de velours, arrive en tanguant, pour passer... C'est la plus
jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut
la tradition, dans certaines maisons... a porte bonheur...

Alors, derrire elle, elles se mettent  dfiler. Et chacune,  part
soi, rve vaguement au jour bienheureux o elle viendra pour son propre
compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui
seront  elle, ce jour-l, demandera, comme la riche cliente devant qui
elle passe et qui la regarde, ddaigneuse et difficile, demandera au
patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on
veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus
rcentes crations...

MILE HENRIOT

[Illustration: Un essayage.]

[Illustration:
Le prsident Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre.
Mrs. Francis Bowes Sayre.

Le mariage de la seconde fille du prsident Wilson: le groupe des
parents et des demoiselles d'honneur.]


UN GRAND MARIAGE AMRICAIN

Le mardi 25 novembre, M. Woodrow Wilson, prsident de la Rpublique des
Etats-Unis, mariait sa seconde fille, miss Jessie Wilson,  M. Francis
Bowes Sayre, professeur de l'Universit,--comme le prsident lui-mme.

Ce fut une crmonie austre. Pas d'uniformes. Et les membres du corps
diplomatique qu'il avait bien fallu se rsigner  convier, quoi qu'en
dt souffrir la modestie, avaient t pris de venir eux-mmes dans le
plus simple appareil: pas de broderies, pas d'ordres, pas de chamarres!
Quelle leon svre pour les prodigues milliardaires et toutes leurs
folies!

Mais la photographie que nous reproduisons, et qui montre les jeunes
poux au milieu de leurs parents, de leurs demoiselles et garons
d'honneur, semble rvler encore une autre preuve de l'esprit de
renoncement qui anime et guide le successeur de M. Taft  la Maison
Blanche. Car enfin, dans ce pays o, au dire de juges trs comptents,
les beauts fminines abondent, pullulent, on est un peu du de ne pas
les voir,  ce mariage, malgr tout illustre, reprsentes dans
l'entourage immdiat de la marie par des exemplaires plus
convaincants,--non plus d'ailleurs que l'lgance virile anglo-saxonne
ne l'est dans l'assistance masculine. Le prsident Wilson doit tre
dcidment un ascte.


AVIATEURS ESPAGNOLS BLESSS EN GUERRE

Les Espagnols, appliqus dans leur zone, comme nous dans la ntre, 
poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont tabli, 
Ttouan, un parc d'aviation fort bien install, comme on en peut juger
par la photographie qui en fut prise prcisment par l'un des officiers
aviateurs.

Or, rcemment, un de leurs aroplanes faillit bien tomber aux mains des
Arabes. C'est presque un miracle s'il put chapper  leurs coups.

Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller oprer une
reconnaissance dans les environs de la place. Trs audacieusement, ils
se tenaient  une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procder
 des constatations plus prcises, et ne souponnant pas qu'ils
pouvaient tre exposs  quelque surprise. Or, ils avaient t aperus
par une troupe ennemie parfaitement embusque.

Des balles sifflrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat
contre les ailes. Eux-mmes furent atteints, l'observateur, le capitaine
Barreiro, trs grivement, au ventre et  la poitrine.

L'nergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son
compagnon, il l'exhortait  acclrer sa marche, afin de gagner en hte
le camp, loign d'une vingtaine de kilomtres.

En quelques tours d'hlice, d'ailleurs, ils avaient t hors de la
porte de cette fusillade meurtrire.

Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, puis par tout
le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait
mort. On eut beaucoup de peine  le ranimer.

On se livra  un examen minutieux de l'appareil. Les siges
qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de
coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'taient
montrs excellents et srs tireurs. C'est la premire fois,
croyons-nous, que des officiers sont ainsi blesss en action de guerre.
Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu  rcompenser sans dlai ces
deux vaillants soldats.

[Illustration: Vue du camp d'aviation de Ttouan.]

[Illustration: Aprs le prilleux raid: l'examen des traces des balles
marocaines.]


LE ROI CONSTANTIN DE GRCE EN FAMILLE

Aprs onze mois d'tat de guerre qui loignrent presque constamment le
roi Constantin de son foyer, la paix de Bucarest, puis celle d'Athnes,
lui ont permis de quitter Salonique et la Macdoine pour reprendre, dans
le petit palais athnien qu'il occupait comme diadoque et dans lequel il
demeure encore actuellement, la simple vie de famille. C'est dans la
petite salle  manger, le _breakfast room_ de la rsidence princire de
la rue Hrode l'Attique, qui se trouve derrire le palais royal
d'Athnes, que cette photographie a t rcemment prise. Le roi est avec
les siens autour de la table du petit djeuner du matin.

A sa droite est la reine Sophie, soeur de l'empereur d'Allemagne. Elle
tient dans ses bras la petite princesse Catherine, ge d' peine huit
mois. Cette fillette est l'enfant qui a le plus de parrains au monde. Au
moment de sa naissance, un grand souffle de gloire militaire passait sur
la Grce. Le roi eut la jolie ide de confier  toute son arme et 
toute sa marine le soin et la faveur du parrainage. Catherine est la
filleule de l'arme grecque et, au cours de la seconde guerre, il
n'tait pas rare d'entendre des soldats parler du roi non pas toujours
sous le sobriquet de _Costa fallas_ (Constantin le sabreur), mais sous
celui de _Koumbans_ (le papa de la petite).

A la gauche du roi est la princesse Hlne, sa fille ane, ge de
dix-sept ans. Le second fils du roi, le prince Alexandre, g de vingt
ans, est assis  ct de sa soeur et a pour voisin de gauche son frre
Paul (Pavlos), un garonnet de douze ans qui porte,  la mode anglaise,
trs en faveur  la cour d'Athnes, le petit veston et le col d'Eton. A
la droite de la reine est le prince Georges, le diadoque, hritier de la
couronne. Il a vingt-trois ans et a fait, aux cts de son pre, les
deux campagnes. Il fut, de plus, au printemps de cette anne, charg
d'une mission en Epire o la population lui fit le plus mouvant
accueil. Sa jeune soeur, la princesse Irne, qui ftera en fvrier
prochain son dixime anniversaire, est au bout de la table.

[Illustration: Le petit djeuner du matin de la famille royale de Grce.
De gauche  droite: la princesse Irne, le prince-diadoque Georges, la
reine Sophie tenant dans ses bras la petite princesse Catherine, le roi,
la princesse Hlne, les princes Alexandre et Paul.--_Phot.
Boehringer._]

Les traditions de simplicit et de grand attachement familial que le
vieux roi Christian IX de Danemark avait imposes  tous ses descendants
sont restes en honneur auprs de son petit-fils et,  Athnes comme 
Copenhague, un peu d'anglomanie (la reine, quoique soeur de Guillaume
II, est la plus fervente admiratrice de tout ce qui vient d'Angleterre)
cherche  masquer certaines influences germaniques. L'empereur
d'Allemagne lui-mme est d'ailleurs le premier  n'crire qu'en anglais
 son beau-frre.


L'LECTRICIT A BORD DES AUTOMOBILES

Le dernier Salon de l'Automobile a rvl  ses visiteurs un fait
nouveau: la prise de possession de la voiture par l'lectricit.

Entendons-nous bien tout de suite. Il ne s'agit point du tout d'une
rvolution dans le mode de traction de la voiture, de l'avnement, enfin
durable, de la _voiture lectrique_. Non. Le moteur  explosions, avec
ses incomparables qualits de puissance, de lgret, de solidit et
d'conomie, demeure matre absolu de tout vhicule qui va sans chevaux
sur les routes. Il s'agit seulement d'une grande amlioration dans le
confort de la voiture: l'automobile a fait mettre l'lectricit chez
elle.

Dsormais, en effet, une automobile qui se pique de modernisme ne tolre
plus que, la nuit, la route soit claire devant elle autrement que par
l'lectricit. Elle ne souffre plus qu'on lance son moteur  la
manivelle; elle le veut mis en marche  l'lectricit. C'est
l'lectricit qui actionne son avertisseur; qui demain fera mouvoir la
pompe d'air pour les pneumatiques, voire les glaces de la limousine; qui
embrayera, freinera et oprera les changements de vitesses. Voil donc
bien du nouveau!

Cette transformation s'accompagne fatalement de quantit d'expressions
nouvelles dont il va falloir que les gens du monde, ou simplement les
gens instruits, connaissent le sens. Nous ne les passerons pas en revue
ici mais s'il plat aux lecteurs de _L'Illustration_, nous allons faire
sous leurs yeux une analyse sommaire des phnomnes auxquels nous devons
le courant lectrique, et nous verrons ainsi les expressions nouvelles
venir  nous familirement.

L'lectricit apporte  l'automobile le premier bienfait d'un clairage
quasi parfait. Je ne vanterai pas longuement les avantages de
l'clairage radieux. Un coup de pouce, et l'on a de la lumire, de la
lumire au point prcis o on la dsire! Un coup de pouce, et tout
retombe dans les tnbres! Plus d'allumettes, plus de flamme et de
fume, plus de liquides sales, plus de prparatifs, et par contre,
vraiment, on a le soleil la nuit!

Mais ici vous m'arrtez. Pourquoi n'claire-t-on pas les automobiles au
moyen de piles? Les piles sont connues du public et de maniement assez
simple.

Certes. Mais elles sont fragiles, encombrantes, pesantes, et surtout
elles sont extrmement onreuses. La plupart, et les moins mauvaises,
sont des appareils dans lesquels on dissout peu  peu du mtal,  la
faon du sucre dans de l'eau, et un mtal trs cher, le zinc. Laissons
donc les piles aux timides sonneries d'appartements.

Alors, pourquoi n'claire-t-on pas les automobiles au moyen
d'accumulateurs? Nous allons voir qu'en effet la batterie
d'accumulateurs s'impose  notre cas. Mais, si on voulait lui confier la
totalit du service d'clairage, il faudrait lui donner un volume norme
dont le poids et l'encombrement seraient prohibitifs. Et puis, leur nom
indique leur dfaut: ils ne crent pas du courant, ils ne peuvent que
garder en rserve l'nergie dont on les a gavs. Or, loin de toute usine
lectrique, privs des spcialistes qui savent russir la dlicate
opration, comment seraient-ils soumis  une recharge? Il est donc
ncessaire que l'automobile fabrique elle-mme, de par son moteur,
l'lectricit dont elle a besoin; qu'elle ait  son bord, en rduction,
une petite usine lectrique, usine non seulement analogue aux plus
puissantes, mais encore aggrave de complications inconnues  un secteur
de lumire. Ces complications tiennent d'abord aux changements d'allures
si variables d'un moteur d'automobile qui.  tout moment et selon les
difficults de la route, ralentit ou acclre, et dtermine ainsi dans
la source du courant des variations de dbit qui vont depuis le
rougeoment des lampes jusqu' leur grillade instantane! Elles tiennent
ensuite aux arrts mmes de ce moteur: quand la voiture attend le soir
la sortie d'un thtre, ou lorsqu'elle est en panne dans la rase
campagne, la nuit, il est indispensable qu'elle ne soit pas plonge dans
les tnbres bien que le moteur, gnrateur de son courant, demeure
inanim. Une batterie d'accumulateurs, mais petite et trapue, nous est
donc indispensable, puisqu'il y a des heures o d'elle seule nous
pouvons attendre du courant. Elle ne fait alors que nous restituer
l'nergie confie  elle par notre moteur.

Donc, c'est le moteur de la voiture qui fabrique l'lectricit par elle
dpense. Comment le peut-il faire? Il le fait au moyen de cette machine
admirable qui constitue le seul moyen pratique jusqu'ici trouv par les
hommes pour faire natre le courant ncessaire  leur clairage,  leur
locomotion, au transport de la force  distance, etc., et qui s'appelle
une machine _lectro-magntique_. La _dynamo_, qui dornavant donnera 
nos voitures l'clairage, et la _magnto_, qui depuis dix ans fournit 
nos moteurs l'allumage, sont deux soeurs de cette illustre famille. Mots
un peu particuliers qui ne recouvrent cependant que des ides fort
simples, on va le voir.

Chacun de nous a eu certainement un jour ou l'autre entre les mains un
aimant en fer  cheval (fig. A) et en connat au moins sommairement les
proprits. Si l'on jette sur cet aimant de la poussire de fer, de la
limaille trs fine, on voit qu'elle s'attache sur lui, en forme de
houpettes trs hrisses,  ses deux extrmits qu'on appelle ses
_ples_. La physique dmontre que d'un ple  l'autre sont, pour ainsi
dire, tendues, invisibles et impalpables, des _lignes de force_, assez
comparables, si l'on veut se contenter de cette image grossire,  des
lastiques extrmement tnus.

Or. un aimant nu, en acier, tel que celui-ci. un aimant dit permanent
parce que sa force ne peut pas changer  notre gr, est peu puissant. On
obtient un aimant beaucoup plus fort,  dimensions gales, en prenant du
fer _doux_, c'est--dire aussi pur que possible, en entourant le corps
de la pice, ou bien chacune de ses jambes, d'un grand nombre de tours
de fil de cuivre recouvert de coton, dont on forme une _bobine_, et en
faisant passer dans cette longue et fine canalisation un courant
lectrique, celui d'une pile par exemple, qui a pour objet de
l'_exciter_, de lui donner temporairement les proprits magntiques On
a ainsi, cr un _lectro-aimant_, l'organe-roi de toutes les
applications de l'lectricit, depuis la sonnerie jusqu' la locomotive
lectrique, depuis le tramway jusqu' la tlgraphie sans fil.
L'lectro-aimant est capable d'un travail beaucoup plus grand que
l'aimant permanent puisqu'il peut donner normalement jusqu' 20,000
lignes de force par centimtre carr, alors que son maigre camarade n'en
fournit au maximum que 5,000  6,000.

Ainsi pourvus d'une source importante de magntisme, livrons-nous  une
petite exprience qui va nous rvler un autre phnomne d'importance
extrme puisque, s'il n'existait pas, aucune des applications
industrielles de l'lectricit ne serait elle-mme ralise.

Prenons un fil de cuivre recouvert de coton (les lignes de force
traversent aisment le coton, alors que le courant lectrique est arrt
par lui). Faisons de ce fil une boucle que nous tenons entre le pouce et
l'index, et attachons ses deux bouts  un galvanomtre, appareil qui
nous dira ce qui va se passer dans ce fil.

Plaons vivement la boucle ou _spire_ en plein dans les lignes de force
(fig. B). L'aiguille du galvanomtre a boug; puis elle est tout de
suite revenue  l'immobilit. Retirons la spire hors des lignes de
force: j'aiguille a encore boug, puis est revenue  zro.

Nous en concluons avec raison ceci: chaque fois que nous avons, au moyen
de notre spire, coup les lignes de force de l'lectro-aimant, et
seulement au moment prcis o nous les coupions, un courant lectrique
s'est produit dans cette spire, y a t _induit_, pour parler le langage
technique. C'est, en effet, l'nergie mcanique de notre main qui s'est
transforme en nergie lectrique.

Si peu de travail s'est mu en courant. Quelle abondance d'lectricit
n'obtiendrons-nous pas quand nous demanderons au moteur de notre voiture
de se substituer  nous pour dplacer la spire dans le champ magntique!

Mais comment le moteur s'y prendra-t-il pour effectuer ces coupures
extrmement rapides des lignes de force? Au lieu de prsenter et de
retirer la spire aux lignes de force, nous la ferons tourner au milieu
d'elles, tout simplement. A cet effet, nous prendrons un axe en fer,
termin par une porte  chaque bout afin qu'il puisse prendre sur
lui-mme un mouvement de rotation; nous bobinerons sur lui un grand
nombre de tours de fil, afin que le courant produit soit, plus puissant,
et nous chargerons le moteur de faire, au moyen d'un engrenage, tourner
trs rapidement cet _induit_. Si nous mettons aux extrmits de ce
bobinage une lampe, elle s'clairera tant que l'induit tournera (fig.
C).

Voici donc constitue, par un lectro-aimant et par un induit qui tourne
entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitt les
difficults d'application commencent.

Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant
_alternatif_, c'est--dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il
va de droite  gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche 
droite pendant l'autre demi-tour. La lampe lectrique s'en accommode
fort bien, mais le personnage dsagrable dont la prsence dans notre
jeu est invitable, je l'ai montr, la batterie d'accumulateurs, va tout
de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant
alternatif, elle exige que la dynamo, qui est charge de la nourrir, ne
lui fournisse que du courant _continu_, un courant qui aille toujours
dans le mme sens! Ainsi le constructeur est-il oblig d'installer sur
la dynamo un petit organe supplmentaire, heureusement fort simple,
qu'on appelle un _collecteur-redresseur_, et qui a pour objet de
transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens
constant. Les ouvrages spciaux expliquent le fonctionnement de cet
organe.

[Illustration: Fig. A.-Aimant permanent et lectro aimants.--1. Aimant
permanent (morceau d'acier dur recourb puis aimant).--2.
Electro-aimant (morceau de fer entour d'une longue spirale qui lui
confre les proprits magntiques pendant tout le temps qu'elle est
traverse par un courant).--3. On donne aux deux extrmits d'un
lectro-aimant une forme approprie qu'on nomme _masse polaire_;
l'ensemble est l'_inducteur_ de la dynamo.]

[Illustration: Fig. B.-Exprience schmatique montrant qu'un courant est
induit dans le fil aux moments o la spire coupe les lignes de force de
l'inducteur.]

La seconde difficult est celle-ci: les accumulateurs cherchent  jouer
un vilain tour  la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie,
le fluide lectrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension,
et, au fur et  mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du
courant, ils cherchent  s'en dfaire, c'est--dire  le dcharger en
elle! Tant que leur tension demeure infrieure  celle de la dynamo,
tout demeure normal, car, de deux courants directement opposs, c'est
videmment le plus fort qui dtermine le sens de courant gnral Mais si
les accumulateurs l'emportent, mme momentanment (et il suffit que le
moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le
courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils
ce dchargent, sans crmonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise 
mal.

Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de scurit, un
_conjoncteur-disjoncteur_ qui automatiquement fermt la porte au
courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrt au contraire au
courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours
automatiquement, aux moments o la dynamo ne donne aux lampes qu'un
courant trop pauvre pour l'clairage (ralentissement extrme du moteur),
ou mme n'en donne pas du tout (arrt du moteur), envoyt  ces lampes
le courant des accumulateurs.

Troisime difficult. Les accumulateurs sont susceptibles d'acqurir un
maximum de tension connu, qu'ils ne dpasseront jamais, sous peine d'en
tre tout dsorganiss. Il est donc indispensable que la dynamo se
conforme  ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un
courant plus lev que celui qui peut tre fourni par les accumulateurs.
La rsistance des lampes est par consquent dtermine par le nombre
d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la
dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus
grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entrane peut
parfois l'entraner  de folles allures, il est indispensable qu'elle
soit assagie, qu'elle comporte un rgulateur qui calme soit sa vitesse
soit son excitation, qui la mette au pas et protge ainsi les lampes
contre des variations de tension dsagrables  la vue, ou contre des
exagrations de courant qui les brleraient sur-le-champ. Comment cette
rgulation peut-elle tre faite? Je me bornerai  rpondre que c'est l
un des points encore o la bataille des constructeurs est le plus
acharne: sept ou huit procds sont en prsence.

Le problme de l'clairage lectrique des automobiles prsente donc de
singulires difficults, on le comprend. Il est probablement superflu
que je dclare n'avoir fait ici que l'effleurer  peine.

Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous
fassions une dernire exprience qui, elle, va nous donner une surprise
heureuse?

Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit dtache du
moteur qui l'entrane pour produire du courant, et qu'elle soit arrte.
Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs
au moyen de fils: voici tout  coup notre induit qui se met  tourner
follement sur lui-mme entre les branches de l'aimant! Il est devenu
moteur.

En effet, dans une dynamo, les phnomnes sont rversibles: si on lui
donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant
elle est _gnratrice_; et si au contraire on donne du courant  son
induit, elle rend du mouvement (elle se met  tourner), elle est
_motrice_.

Ces observations faites, rcapitulons, si vous le voulez bien, les
moyens que l'lectricit met ainsi  notre disposition dans une
automobile moderne. Nous avons:

1. Une source indfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la
voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce
torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de
notre voiture, comme un montagnard avis dtourne en filets l'eau du
torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux
phares d'autres aux lanternes, un autre au falot rglementaire du numro
de police d'arrire. Nous profiterons de notre richesse de lumire pour
en apporter un peu  l'intrieur mme de notre carrosserie,  un
plafonnier qui permettra  Monsieur de dire,  Madame d'merveiller les
passants; pour en donner aussi  notre mcanicien qui ainsi surveillera
comme en plein jour le dbit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou
mme l'ampremtre et le voltmtre du _tableau_ qui lui disent si sa
petite usine lectrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout
d'une _baladeuse_ qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des
clarts dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent
ainsi rparti sera absorb par notre caisse d'pargne, notre batterie
d'accumulateurs.

2. Nous avons  bord cette batterie, qui ne demande qu' nous rendre le
courant prt. Elle le met  notre disposition pour trois effets
diffrents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de _l'clairage_,
ainsi que je l'ai dmontr. Par elle il nous est loisible ensuite de
faire de la _traction_. Installons un petit moteur lectrique auprs du
volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant
enferm dans la batterie: voici ce gros moteur rveill et lanc!
Construisons un moteur lectrique microscopique; munissons-le d'une
petite roue  dents de scie qui vient gratter sur un disque en tle;
enfermons le tout dans un tui mtallique, avec un pavillon qui amplifie
le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce
moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un
jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a propos, comme je l'ai
dit, qu'on ft manoeuvrer les glaces. Demain on ralisera de la mme
faon des crics et des pompes.

Par la batterie enfin nous pouvons faire du _chauffage_. On sait qu'un
courant lectrique chauffe toujours le fil au travers duquel il passe.
La temprature ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la
longueur du fil sont calcules de telle sorte que le phnomne n'ait
gure lieu; mais, inversement, il est facile de crer au courant une
rsistance dtermine qui, pour une valeur donne, provoquera le simple
chauffement du fil  40 ou 50 degrs par exemple, ou son incandescence
mme; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et
un allumoir pour le cigare de Monsieur.

Tels sont donc les principaux lments d'une installation d'lectricit
dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir?

L'avenir est hriss de plus de difficults que je n'en ai numr
encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus
prs la perfection. La premire victime, semble-t-il, sera la petite
magnto, si fidle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la
dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle?

La seconde absorption sera celle du moteur-dmarreur: puisque, je l'ai
expliqu, une dynamo est rversible et peut jouer, au gr du conducteur,
le rle de _gnratrice_ ou de _rceptrice_ de courant, pourquoi
continuerait-on  sparer cette double fonction pour la confier  deux
organes distincts?

Et puis pourquoi la dynamo,  son tour, ne subirait-elle pas une
transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur 
explosions doit ncessairement tre pesant: le volant. Pourquoi la
dynamo-magnto-dmarreur ne serait-elle pas mue en volant? Les
services lectriques d'une automobile seraient ainsi condenss en un
unique organe.

Mais une fort de problmes enchevtrs spare encore de cette lueur
lointaine les inventeurs... les inventeurs aux bottes de sept lieues.

L. BAUDRY DE SAUNIER.

[Illustration: Fig. C.--Induits schmatiques--1. Le fil, guip de coton
ou de soie, est bobin un grand nombre de fois sur une pice en fer
doux, afin que la tension du courant produit soit plus grande; une lampe
attache  ses deux extrmits pourra recevoir ce courant _alternatif_
et s'allumer quand l'induit tournera  une vitesse suffisante.--2. La
batterie ne pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni
d'un collecteur qui, au moyen de balais, _redresse_ le courant
alternatif; la lampe est ainsi alimente par du courant _continu_ qui
lui vient tantt de la dynamo, tantt de la batterie.]

[Illustration: Fig. D.--Les principales applications du courant
lectrique  bord d'une automobile de 1914.]


CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER A PARIS

Les petites baraques ont surgi du sol. C'est la floraison miraculeuse
dont, chaque hiver, quatre ou cinq jours avant Nol, Paris donne le
spectacle  ses habitants. Un beau soir, on a quitt le boulevard, sans
se douter de rien; on y revient le lendemain: stupeur! De la Madeleine 
la Bastille, deux alignements presque ininterrompus de maisonnettes en
planches grises couvrent les trottoirs. Cela s'est difi soudainement,
en une nuit, sans dsordre, comme un dballage d'articles de Paris que
des mains invisibles auraient poss sur les deux planches infrieures de
quelque interminable tagre... Je dis qu'elles sont en planches grises.
On ne s'en aperoit pas partout. La Rclame, l'envahissante et
omnipotente Rclame, ne pouvait pas ngliger plus longtemps les
surfaces libres que lui offraient les dos et les flancs des petites
baraques. Elle s'y est donc abattue sans piti. Et ces bariolages, cette
polychromie d'affiches achvent de rendre effarant, vertigineux,
l'encombrement de la Rue!

Les vieux Parisiens dtestent cet encombrement. Les vieux Parisiens
fuiront ces jours-ci le Boulevard et les petites baraques. Je ne saurais
trop recommander aux trangers de ne pas suivre un tel exemple. Il faut
voir, mme en jouant des coudes et en souffrant que, de temps  autre,
un passant vous marche sur les pieds, il faut voir les baraques du Jour
de l'An; et aussi la foule ingnue qui les regarde. Je l'ai dit bien
souvent; rien n'est plus propre  nous renseigner sur l'tat d'me et
sur les gots d'une foule que son attitude devant les spectacles de la
rue. En observant, sur les boulevards, autour de quels talages elle
s'arrte de prfrence, vous remarquerez que nous n'avons pas cess
d'aimer l'loquence, et que le marchand qu'on entoure est, d'abord, le
marchand qui prore. Le Parisien adore le boniment, et pour peu que de
la bonne humeur et un brin d'esprit assaisonnent ce bavardage en plein
vent--si rude que puisse tre la temprature--il s'arrte; il coute; il
est conquis.

Ses articles prfrs? Toujours les mmes. Le jouet nouveau, qui fait
rire et qu'actionne quelque mystrieuse mcanique. Car il convient qu'
l'attrait du comique s'ajoute celui du mystre; et la joie du spectateur
est complte si  cette double sduction se surajoute celle de
l'actualit. (Je n'ai pas besoin de dire que les joujoux aronautiques
sont, cette anne, au premier rang de cette catgorie.) A ct du jouet
mcanique--aroplane ou pantin--il y a les ustensiles ou les
produits--quels qu'ils soient--dont l'emploi ncessite un peu d'adresse
manuelle et provoque chez le spectateur une surprise. Car nous aimons
l'adresse et nous adorons d'tre surpris. Le moule d'o sort une gaufre
instantanment fabrique est de forme jolie, le pot  colle grce auquel
une assiette casse sous nos yeux est reconstitue en trente secondes,
plus solide qu'auparavant, le taille-crayon nouveau modle, le
stylographe inversable  la porte des plus petites bourses, la carte
de visite et le bonbon qu'on voit natre, et tomber, tout fait, de la
machine portative qui les produit,--voil du plaisir, et de quoi
retenir, ravis et transis, autour des petites baraques, des milliers de
braves gens!

                                *
                               * *

... A Courbevoie, au coin de la rue de la Montagne; en face du pavillon
vermoulu de la Belle Gabrielle (une ruine qui aurait encore sa beaut...
si on voulait): la grande maison blanche o tant d'artistes, jeunes et
vieux--peintres, comdiens, gens de lettres, sculpteurs--aiment  se
retrouver de temps en temps, parmi des rires et des chants de petits
garons et de petites filles. C'tait fte, il y a quelques jours, dans
cette maison-l. Arbre de Nol! Distribution de cadeaux, de jouets, de
livres. Des rcitations, de la musique, un goter... et des
photographes. Sur les panneaux de marbre blanc qui sont l'unique
dcoration du prau couvert o se donne cette fte de famille
s'inscrivent des noms presque tous clbres dans la littrature et dans
l'art: les noms des bienfaiteurs et des bienfaitrices, des patrons de
cette oeuvre gnreuse et charmante  laquelle sont attachs deux noms
de femmes: Mme Marie Laurent, Mme Poilpot. _L'Orphelinat des Arts_
n'accueillait jusqu'en ces dernires annes que des fillettes. Il s'est
agrandi. Sous la gnreuse inspiration du regrett matre Roty, il a
ouvert ses portes aux petits garons. Ils sont l une vingtaine
d'orphelins,  ct des fillettes orphelines, si gentilles sous
l'uniforme bleu. Debout sur deux rangs, elles prsentaient, l'autre
jour,  la lumire du soleil le double alignement de leurs belles
chevelures tombantes; des chevelures qui ne sont ni trop brunes ni trop
blondes, ni du Nord ni du Midi, mais de cette jolie coloration attnue,
_moyenne_, de ce chtain clair qui semblait,  distance, complter
l'uniforme, et l'expression si franaise des types. Chacun de ces
pupilles est l'enfant d'un artiste disparu, et qui est mort pauvre. Mais
d'autres artistes sont venus qui ont tendu la main  ces infortuns. En
voici plusieurs, hommes et femmes, dont tout Paris connat les figures.
Ils sont venus fter Nol  ct de leurs orphelins. Et cela fait, en
vrit, le plus pittoresque, le plus joli pensionnat du monde. Je
signale la maison aux trangers qui ne la connaissent pas. Elle est
ouverte  toutes les sympathies, et c'est, pourrait-on dire, quelque
chose--dans notre petit monde de la philanthropie parisienne--qui ne
ressemble  rien.

                                 *
                                * *

Une ide spirituelle: celle d'employer le bassin d'un cirque  une
exposition et  un concours d'engins de sauvetage.

C'est le Nouveau-Cirque qui a eu cette ide-l. Le concours s'est ouvert
ces jours-ci. Il sera clos ds les premiers jours de janvier. Mais voici
venir la bourrasque de fin d'anne, les journes terribles qu'absorbe
l'unique souci de recevoir des trennes quand on est jeune, et d'en
distribuer, quand on ne l'est plus. Qui de nous aura le temps, durant de
telles journes, d'aller voir une Exposition, quelle qu'elle soit?
Veuillard en fait une, chez Bernheim, qui a beaucoup de succs; les
Peintres du Paris moderne en font une aussi, chez Reitlinger; nous
l'avons signale, en mme temps que deux ou trois autres,  qui
l'chance du Nouvel an va faire un tort immense, pendant une semaine au
moins. Ce qu'il faut voir, en ce moment? Des talages...

Et puis, ds que sera pass le cyclone, il faudra, vous le pensez bien,
se prcipiter vers le spectacle qui va, pendant quelques jours, occuper
tout Paris: il faudra aller revoir la _Joconde_. Avouons-le: parmi tant
d'admirateurs, bouleverss d'une joie sincre, beaucoup, sans doute,
verront Monna Lisa pour la premire fois. Au Salon Carr, librement
accessible  tous, elle tait bien un peu nglige. Mais quoi! la voil
qui revient aprs s'tre enfuie, et qui nous oblige  payer pour la
voir. Double prestige, auquel nulle curiosit ne rsistera!

UN PARISIEN.


AGENDA (27 dcembre 1913-3 janvier 1914).

Concours de posie.--Le _31 dcembre_, clture du concours des Jeux
floraux du Languedoc.

Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sze): la Comdie
humaine. (Clture le _31 dcembre_.)--Socit internationale de peinture
et sculpture. (Clture le _31 dcembre_.)--Galerie des Artistes
modernes (19, rue Caumartin): exposition de l'Eclectique.--Salons de
l'Etoile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mme Magdeleine
Popelin.--Galerie La Botie (64 _bis_, rue La Botie): exposition des
peintres du Paris moderne (jusqu'au _14 janvier_).--Galerie Marcel
Bernheim (2 bis, rue Caumartin): exposition de l'Art intime.

Confrences.--Socit des Confrences (184, boulevard Saint-Germain): le
7 _janvier_,  2 h. 1/2, confrence sur _Saint-Simon_ (premire de la
srie), par M. Ren Doumic, de l'Acadmie franaise.--Le 9 _janvier_  2
h. 1/2 au muse de l'Arme (salle d'honneur): confrence sur la campagne
de 1814,  Lyon et dans les Alpes, par le commandant Perreau.

Les confrences de la Revue hebdomadaire,  la salle du Foyer (34, rue
Vaneau), interrompues par les vacances de Nol et du Jour de l'An,
recommenceront le vendredi 9 _janvier_,  5 heures;  cette date, M.
Pierre Lasserre donnera sa premire leon sur Renan. Viendront ensuite:
le mardi _13_,  5 heures, la _Charte_, par M. Sabatier; le vendredi
_16_,  5 h., _Renan_ (2e confrence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
_20_,  5 h., le _Barreau en 1814_, par M. Charles Chenu; le vendredi
_23_,  5 h., _Renan_ (3e confrence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
_27_,  5 h., _Cuvier_, par M. Ed. Perrier; le vendredi _30_,  5 h.,
_Renan_ (4e confrence), par M. Pierre Lasserre.

Matine.--Le 27 _dcembre_,  la Comdie-Franaise, matine au profit
des pensions de la Comdie-Franaise.

Sports.--_Courses de chevaux: 28 et 30 dcembre, 1er et 4 janvier_
Vincennes (trot); le _4 janvier_, Nice (prix de Monte-Carlo).--_Natation_:
au Nouveau-Cirque, jusqu'au _4 janvier_, concours de sauvetage et
d'appareils de sauvetage.


LES LIVRES et LES CRIVAINS

LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI

Un dessinateur alsacien, galement clbre mais ingalement got en
Allemagne et en France, prsidait, il y a quinze jours, au grand dner
officiel de littrateurs franais. C'tait au lendemain des incidents de
Saverne. Dans l'hommage rendu par la Socit des Gens de lettres 
l'Oncle Hansi, alors prcisment qu'on discutait au Reichstag les
dfinitions du mot wackes, il n'y avait pas une concidence voulue.
Mais la concidence existait tout de mme et elle parut  ce point
mouvante que, lorsque cet Alsacien, si compltement de sa race, dressa
avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami
Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du
banquet o s'tait fait aussitt un silence de cathdrale. Hansi,
cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural,
tranant et appuy. Il nous disait, en souriant, que nous tions, ce
soir-l, prsids par un wackes et mme par un oberwackes (un survoyou
d'Alsace) comme on l'appelait l-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de
ces vieux vins de France qui rchauffent l'me en mouillant les yeux. Et
quand il parle, quand il crit ou quand il dessine, le rude et simple et
fin bonhomme de Colmar reste le mme, doux et redoutable, avec cet
humour grave qui vous donne une envie de pleurer...

Hansi, ces derniers jours, n'tait point d'ailleurs venu en France
uniquement pour prsider un dner de gens de lettres amis. Il avait t
mand  Paris pour surveiller l'dition de son nouvel album: _Mon
village_ (1) qui ajoute  son _Histoire d'Alsace_ un admirable chapitre
contemporain.

Le village de l'oncle Hansi se trouve non loin de la grande route, du
ct de Wissembourg ou de Niederbronn. Vous vous arrtez  quelque
petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un troit chemin bord
d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'lance au-dessus des bls
o perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une
petite place o l'arbre de la libert verdit encore, une maison d'cole
avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs
petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles dont la calme
beaut est couronne d'un large ruban noir. Voici de grands jeunes gens
au vtement svre relev par la vive note rouge du gilet, et voici des
vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancs
qui se promnent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte.
L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous
semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur
humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue,
n'apparaissait la silhouette pesante et casque du gendarme...

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pr o garonnets et
fillettes jouent  la guerre et rgulirement mettent en fuite l'ennemi
toujours reprsent par les dix enfants du gendarme prussien.

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux matres d'cole: l'un, le
pre Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en
lvite. Tout le monde l'aime, il assiste  tous les baptmes,  tous les
mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le franais aux petits
enfants. L'autre matre, son adjoint, est un jeune instituteur allemand
en veston de drap vert, et qui a toujours  la main une baguette
impitoyable... Et devant l'cole, il y a une place o les petits lves
tirent au sort, avec une plume dans un livre ferm, les petits soldats
de papier imprims  Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne
un soldat prussien!...

(1) Edition Fleury, 10 fr.

Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en
petit chapeau  plumes et tout habills de vert, du vert moutarde au
vert pinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert esprance. Ils
dballent,  l'auberge, des saucisses, des marmelades, et rclament une
grande cruche de bire pour monsieur et une petite pour le reste de la
famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes franais, vite
entours, et qui devraient revenir plus souvent.

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a trois vtrans de l'ancienne
arme franaise. C'est d'abord le cuirassier Schimmel qui a charg 
Morsbronn. Ce jour-l, dfendant sa terre et son foyer, il a d faire
peur  la mort elle-mme. Les deux autres sont l'ex-canonnier  cheval
Georges Becker et l'ancien sergent de voltigeurs Martin Spohr. Tous
trois vont ensemble  la messe avec leurs longues redingotes, pareilles
comme un uniforme, sur lequel est pingle le ruban du souvenir, stri de
deuil et d'esprance. Ils ne parlent gure pour compenser tous les mots
inutiles que l'on dit ailleurs.

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a chaque anne deux ftes: l'une,
qui ne compte pas, la fte de l'Empire; et l'autre qui est une grande
joie, la fte patronale, le Messti. Ce jour-l, c'est, partout, une
active confection de tartes et de gteaux d'Alsace. Ce jour-l, le
gendarme prussien inspecte la baraque aux pains d'pice pour voir si on
n'y expose pas de mirlitons tricolores... Ah! il y a une troisime fte
que j'oubliais, la fte du 14 juillet. Celle-ci, il est vrai, on la
clbre hors du village,  Nancy. Mais on y pense beaucoup au village et
il y a toujours des gens de l'endroit, des heureux, des envis qui s'en
vont assister  la belle revue franaise de la division de fer.

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un veilleur de nuit, le pre
Spinner, un ancien artilleur de la garde qui, aujourd'hui encore, pour
faire sa ronde, s'enveloppe dans le vieux manteau d'ordonnance (ces
toffes franaises sont inusables). Il porte une vieille hallebarde, une
grosse lanterne et une corne pour sonner les incendies. Autrefois, le
pre Spinner tait un homme trs sobre. Mais il a pris une singulire
habitude: chaque fois qu'un gros Zeppelin a subi un de ces accidents
normes qui ne cotent la vie  personne, le veilleur entre  l'auberge
et se fait servir un demi-litre de vin. Et c'est ainsi que le pre
Spinner est devenu ivrogne.

Le village de l'oncle Hansi est un joli village dont les maisons riantes
cachent bien des souffrances. Il est l'image de l'Alsace entire et
toute l'Alsace, comme un grand coeur, palpite dans les moindres dtails
de cette admirable page qui clt l'album:

... Mon village est endormi; les petits enfants reposent depuis
longtemps et rvent du prochain arbre de Nol, ou de la revue de Nancy.
Le clocher tout noir se dcoupe sur le grand ciel toile; au loin
s'tend le champ de bataille immense et mystrieux et les pierres
blanches, sous lesquelles reposent tant de hros, y mettent quelques
ples lueurs. La grande rue est silencieuse; mme l'agaant phonographe
du gendarme prussien a cess de moudre ses airs patriotiques. Un chien
aboie. Un autre, plus loin, lui rpond. Dans les jardinets qui bordent
la route, les lucioles brillent et jouent  imiter les toiles. Au
loin, un coup sourd clate dans l'air; c'est le canon de Bitche, o
d'incessantes manoeuvres nocturnes tiennent la garnison en veil...
Quelquefois une dtonation plus sourde, plus lointaine encore, lui fait
cho; elle vient de l'autre ct de la frontire... D'une ruelle
dbouche une petite lumire vacillante et la voix fle du veilleur de
nuit grne lentement son appel. Une seule fentre est claire: c'est
celle du pre Vetter. On lui a rapport de Nancy quelques journaux, de
ces journaux interdits en Alsace parce qu'ils feraient aimer la France.
Autour de la lampe, quelques paysans sont runis, et le vieil
instituteur traduit, explique. Il parle de l'arme franaise, des
aviateurs, des peuples des Balkans qui ont enfin retrouv leur patrie.
Et, dans la nuit, sa lampe est la seule lumire qui brille dans mon
village...

L'me d'Erckmann et de Chatrian n'est point morte. Elle vit, ardente,
irrite, rajeunie, dans la vrit expressive et trs artiste de ces
pages d'album et dans la saveur simple de ce texte que fleuronnent
symboliquement des petits soldats d'Epinal.

ALBERIC CAHUET.


LE VLO TORPILLE

On connat la thorie de l'entranement  bicyclette. Elle repose sur ce
fait qu'un objet en mouvement un peu rapide (cycliste, voiture
automobile, cran, etc.) laisse derrire lui un sillage, une zone o la
pression de l'air se trouve lgrement rduite, pendant un instant trs
court. Si un autre objet, marchant  la mme vitesse que le premier, se
trouve dans le sillage en question, il n'prouvera donc qu'une
rsistance rduite et pourra maintenir sa vitesse au prix d'un travail
sensiblement plus faible. Il rsulte de l qu' travail gal un cycliste
avec entraneur marchera beaucoup plus vite qu'un cycliste sans
entraneur; c'est ainsi que le record de l'heure  bicyclette avec
entraneur dpasse actuellement 100 kilomtres tandis qu'il dpasse 
peine 43 kilomtres sans entraneur.

Dans ces conditions, on s'est depuis longtemps demand si l'on ne
pourrait pas augmenter la vitesse du cycliste en munissant sa machine
d'un cran ou coupe-vent qui rduirait pour lui la rsistance de l'air.
Au premier abord, ce procd rappelle quelque peu celui de Gribouille
disposant  l'avant de sa bicyclette un aimant puissant charg d'attirer
cette dernire, mais le procd est, en ralit, moins absurde qu'il
n'en a l'air. Il suffit en effet de construire un cran qui prouve de
la part de l'air une rsistance moins grande que le cycliste lui-mme.
Or, en thorie, rien n'est plus facile et, ds 1892 ou 1893, on vendait
chez les fabricants d'accessoires un coupe-vent en mica que l'on fixait
au guidon de la bicyclette et qui avait pour mission _d'abriter_ le
cycliste.

Ce coupe-vent n'a donn au reste aucun rsultat parce que, d'une part,
il tait insuffisamment rigide, et se dformait en marche et, d'autre
part, il donnait naissance  des remous arrire entirement nuisibles.

Les fabricants de coupe-vent pour bicyclette firent donc rapidement
faillite et le coupe-vent individuel fut enterr pour une vingtaine
d'annes.

La question n'tait cependant pas insoluble et un jeune ingnieur 
peine sorti du rgiment vient de la reprendre avec un succs complet.

Il lui a suffi de remdier aux deux inconvnients signals en
construisant un coupe-vent indformable derrire lequel un prolongement
convenablement trac empche la formation de remous nuisibles. En fait,
le coupe-vent de jadis est devenu une sorte de gros oeuf allong dans
lequel le cycliste est enferm et qui marche le gros bout en avant.

Une pareille forme tonne au premier abord, et cependant c'est celle que
le calcul et l'exprience s'accordent pour proclamer la meilleure.

C'est celle du projectile de moindre rsistance de d'Alembert, de
Piobert et de Dreyse. C'est celle des poissons et des oiseaux models
par une longue srie de sicles; c'est celle enfin des ailes de nos
aroplanes modernes. En un mot, c'est la forme en toupie avec proue
camuse, et poupe effile.

La difficult tait jadis fort grande de construire avec une lgret
suffisante un capot de ce genre. Mais cette difficult a disparu pour
nos constructeurs d'aroplanes.

Imaginez, en effet, une carcasse en bois courb extrmement rigide dont
le profil est celui d'un oeuf  petit bout pointu; l'avant est recouvert
de feuilles transparentes de cellulod et le reste d'une toffe
parfaitement lisse et fortement tendue.

Le tout est fix  la bicyclette par une armature en tubes d'acier, ne
laissant visibles et exposs  la rsistance de l'air que les pieds et
les tibias du cycliste.

Tel est le _vlo torpille_ Etienne Bunau-Varilla.

[Illustration: Le vlo torpille de M. Bunau-Varilla, vu 
l'arrt (entr'ouvert) et en course.]

[Illustration: Projectiles.]

Cet appareil, parfaitement conu au point de vue thorique et dont la
forme tient le milieu entre le projectile de Piobert et celui de Dreyse,
parat donner au point de vue pratique des rsultats tout  fait
remarquables. C'est ainsi que le coureur Berthet a pu abaisser  une
minute deux secondes quatre cinquimes le record de dure du kilomtre
qui tait jusqu'ici d'une minute dix secondes trois cinquimes,
c'est--dire qu'il a pu passer de la vitesse de 50 kil. 992  l'heure 
la vitesse de 57 kil. 325. Il est donc arriv  ce rsultat quelque peu
paradoxal au premier abord d'augmenter sa vitesse horaire de prs de 5
kil. 1/2 en ajoutant  sa machine une carrosserie dont le poids n'est
pas ngligeable; ajoutons que du mme coup il s'est mis  l'abri de la
pluie, du soleil et de la poussire.

SAUVEROCHE.


DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN.

La tomme de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage
local, si pareille expression peut tre employe, est aujourd'hui
apprcie dans la France entire o, depuis quelques annes surtout,
elle a conquis une place honorable en mme temps que des dbouchs
relativement importants. Son coulement commercial tant facile, son
rayon de fabrication s'est rapidement tendu, si bien qu' l'heure
actuelle on trouve sur les marchs beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont
pas t fabriqus avec le lait de chvre rcolt dans les pturages
escarps de Saint-Vrand, de Murinais, de Chnevires ou des communes
limitrophes. L'accueil hostile que l'ide des dlimitations agricoles a
rencontr presque partout rend inacceptable _a priori_ l'hypothse d'une
rglementation ayant pour but d'empcher les commerants de se procurer
 leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientle.
Par contre, il serait absolument quitable de ne pas laisser mettre en
vente sous le nom de tomme de Saint-Marcellin des produits qui, au
lieu d'tre exclusivement fabriqus avec du lait de chvre, le sont avec
un mlange de laits diffrents dans lequel le lait de vache entre
souvent pour une trs forte proportion.

Les producteurs intresss viennent de soumettre leurs dolances au
ministre de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit dsormais dfendu
de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition
desquelles le lait de chvre n'a pas exclusivement figur; dans le cas
contraire, la dnomination de Saint-Marcellin devrait tre
rigoureusement interdite et remplace par celle de Saint-Marcellin
imitation. Cette rclamation sera certainement admise, les
consommateurs ayant le droit absolu de savoir trs exactement  quoi
s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achtent.


UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE.

C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des
balles ou du plomb de chasse, pendant des annes, pendant toute sa vie
mme, sans inconvnient. En bien des cas le chirurgien prfre laisser
la balle et les plombs, l o ils sont, dans l'paisseur des muscles, du
moment o il n'y a pas ncessit absolue d'aller les chercher.

Il arrive pourtant que le plomb,  la longue, dtermine des effets
fcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observ un cas de ce genre. Un
colonial, qui a reu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris
d'accidents divers: nauses, constipation opinitre, coliques, anmie:
bien que le lisr gingival symptomatique manque, il croit avoir la
colique de plomb, et l'attribue  sa balle dont il dsire tre
dbarrass.

Il en est fait ainsi, et la gurison est parfaite. Ce qui est curieux,
c'est le temps que la balle a mis  devenir intoxicante. Le fait est
d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque
altration du plomb s'oprant  la longue  l'humidit et  la chaleur?
D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout
d'un temps trs court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut
qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, mme s'il
est en quantit trs faible: deux ou trois grains.


LA POPULATION DE LA FRANCE.

Pendant le premier semestre de 1913, l'excdent des naissances sur les
dcs n'a t que de 11.004 units, au lieu de 14.712 pendant les six
premiers mois de l'anne prcdente.

Cette diminution s'est produite malgr un relvement assez notable du
nombre des naissances au cours du semestre: 387.512 naissances au lieu
de 378.807 pendant la priode correspondante de 1912.

Mais cet accroissement de 8.705 naissances n'a pas suffi  compenser
l'augmentation du nombre des dcs, 376.508 au lieu de 364.635, soit
11.873 dcs de plus.

Le nombre des mariages, 154.069, est en recul sur celui du 1er semestre
1912, 158.861, mais reste encore suprieur  celui du semestre
correspondant de 1911, 153.931.

Le nombre des divorces marque un nouvel accroissement: 7.550 au lieu de
6.932.


LE NOMBRE DES TOILES.

On a souvent discut sur le nombre probable des toiles, et les divers
chiffres avancs ne sauraient avoir qu'une valeur assez relative, comme
le prouvent les carts considrables que prsentent les calculs des
astronomes. Aprs beaucoup d'autres, un astronome anglais, M. Tucker, a
tudi cette troublante question, et il arrive  des conclusions
intressantes.

Le nombre des toiles qu'on peut voir  l'oeil nu au-dessus de l'horizon
ne dpasse gure 2.000, mais on s'accorde  admettre qu'il existe
environ 40 millions d'toiles visibles dans les instruments, soit une
moyenne de mille toiles par degr carr de la vote cleste. Ces
toiles varient de la grandeur 1  la grandeur 16. Si l'on ajoute les
toiles des 17e, 18e et 19e grandeur, qui, tout en tant invisibles,
impressionnent la plaque photographique, on arrive  100 millions.

Quant aux toiles en croissance qui ne sont pas encore incandescentes,
ou aux toiles en dcadence qui sont refroidies, on ne possde aucune
base pour en supputer le nombre.

Il semble en tout cas que le total de 1.000 millions, parfois cit, soit
exagr.

LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES EN 1912.

M. Viala, prparateur  l'Institut Pasteur, vient de faire connatre les
rsultats des vaccinations antirabiques pratiques  Paris en 1912.

On a trait 395 personnes dont 59 mordues  la tte, 191 aux mains, 145
aux membres. Aucun dcs n'est survenu.

Sur ce nombre, la France a envoy 377 sujets, le Luxembourg 9, le Maroc
3, la Roumanie 2, l'Espagne, la Sude, les Etats-Unis, le Dahomey 1.

Comme  l'ordinaire, le dpartement de la Seine tient la tte pour le
nombre de personnes mordues: 118. Viennent ensuite: Somme, 47;
Seine-et-Oise, 35; Puy-de-Dme, 15; Oise, 9; Seine-Infrieure, 8;
Cantal, Corrze, Haute-Garonne, Vienne, 7 etc., etc.


LES THTRES

Trois jours avant la reprsentation de la _Belle Aventure_, dont nous
parlons plus haut, M. Georges Berr faisait reprsenter au thtre Femina
une comdie-vaudeville en quatre actes, _Un jeune homme qui se tue_,
dont le point de dpart est assez analogue, puisque le premier acte de
l'une et l'autre pice s'achve sur l'enlvement d'une marie, en robe
blanche et fleurs d'oranger, le matin de ses noces. Mais les deux
ouvrages n'ont pas d'autre point de ressemblance. _Un jeune homme qui se
tue_ n'a d'ailleurs rien de funbre, ainsi que le titre l'aurait pu
faire craindre; c'est une pice ingnieuse, aimable, honnte, traite
avec beaucoup de grce et d'esprit et joue avec une fantaisie de bon
aloi par Mmes Bertiny et Jane Danjou, et par MM. Polin, Claudius,
Alerme.

Deux manifestations thtrales qui ont eu lieu cette semaine mritent
d'tre signales: ce fut d'abord le premier spectacle de la Socit
idaliste  la salle Villiers, prsid par M. Camille Flammarion; il
tait compos de la _Mort de Tintagiles_, de M. Maurice Maeterlinck, du
sixime acte de la _Furie_ de M. Jules Bois, et de _Philista_, un acte
en vers de M. Georges Battanchon; les promoteurs de la Socit idaliste
ont obtenu l le plus complet succs.

Sur la scne du thtre Lon-Poirier, Mme Valentine de Saint-Point, dans
un enveloppement de musiques, de lumires et de parfums, a donn une
sance de sa mtachorie ou danses idistes procdant de ses pomes;
sans en comprendre absolument la thorie on en a got le charme
bizarre.


M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-TIENNE

_L'actualit de la semaine est incontestablement le discours prononc 
Saint-Etienne par M. Aristide Briand. Nous publions en premire page un
instantan du grand orateur,--clich remarquable, malgr le flou de
l'agrandissement, par la ressemblance et l'expression. Notre envoy
spcial Gustave Babin, qui tait au nombre des auditeurs, nous donne ici
la physionomie de cette importante manifestation_.

Dimanche dernier, M. Aristide Briand, ancien prsident du Conseil, tait
 Saint-Etienne, au milieu de ses lecteurs fidles. Il venait leur dire
dans une sorte de causerie, un compte rendu en famille--ce fut son
expression--ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait; enfin leur exposer
le vritable caractre de sa politique. Ces comptes rendus de mandats
vont tre,  l'approche des lections, la grosse proccupation des
dputs sortants, et, pour quelques-uns d'entre eux, sans doute, un
sujet de grand trouble et d'embarras cuisant. Celui-ci, par-dessus les
quinze cents ttes tendues vers l'orateur irrsistible, bien au del des
murs de cette salle de divertissements o se pressait l'auditoire le
plus disciplin, le plus attentif que j'aie vu, allait veiller dans le
pays entier--plus loin encore--de lointains et profonds chos. En
ralit, M. Aristide Briand vient de prononcer le discours le plus
important, le plus dcisif, peut-tre, de sa carrire politique. Des
circonstances qu'il n'a point provoques ont donn  sa parole la porte
d'un acte courageux, l'ont dress, comme un chef conscient de son devoir
et des risques qu'il encourt,  la tte de son parti, en face d'un
autre.

Quelques jours auparavant, dans un banquet de radicaux-socialistes, M.
Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le nouveau cabinet,
rappelait  ses commensaux, afin de stimuler leur vigilance autour des
liberts publiques, des souvenirs de l'histoire de Rome:

Quand le zle des citoyens pour la Rpublique, disait-il, eut fait
place  la complaisance de la foule pour les endormeurs qui n'taient
d'aucun parti parce qu'ils voulaient les subjuguer tous, quand les
luttes de principes eurent t remplaces par des conflits de personnes
et de clientle, la Rpublique romaine ne fut plus qu'un grand corps
sans me.

M. Aristide Briand s'tait senti vis. Ces endormeurs qui... Il
n'avait pu douter qu'on n'et voulu le dsigner comme le plus dangereux
d'entre eux. Une explication sans cordialit, dont les journaux ont
recueilli les dtails, avait eu lieu dans les couloirs du Palais-Bourbon
entre les deux hommes politiques. M. Aristide Briand n'avait pas
dissimul  son adversaire sa rsolution arrte de ne pas demeurer sous
le coup d'une attaque assez insidieuse.

--A votre aise! avait rpondu M. Caillaux.

M. Aristide Briand a us sans se piquer de discrtion de la permission
ainsi octroye. Car il n'est gure d'hommes que l'instinct de lutte
soutienne et exalte autant que lui.

Toutefois, pas plus que M. Caillaux ne l'avait nomm au banquet de
Paris, M. Briand n'a prononc  la table de Saint-Etienne le nom de
l'adversaire. Pas une seule fois. C'est un rpublicain bien veill;
c'est lui; c'est le mme. Et M. Caillaux ayant dclar la guerre aux
endormeurs, M. Aristide Briand rpond en stigmatisant les
ploutocrates dmagogues.

D'ailleurs, cet esprit si large, si libre, si parfaitement inapte  la
haine, ne pouvait s'attarder bien longtemps sur le terrain des
personnalits. Et quand il eut rappel son rle dans le pass, retrac
la droite ligne qu'il s'appliqua toujours  suivre entre la rvolution
et la raction, les rancunes qu'il s'attira d'un ct, la dfiance qu'il
inspira de l'autre; quand il eut montr qu'il est toujours demeur le
mme homme en face des mmes adversaires, il aborda les hautes rgions
de la politique gnrale, envisageant l'une aprs l'autre, de son clair
regard, les graves proccupations de l'heure, revendiquant avec une
tranquille vaillance sa part de responsabilits dans les actes de
gouvernement qu'on a voulu lui imputer  crime et prconisant enfin une
politique d'ides, large, gnreuse, tolrante, qui mette le
gouvernement au service de tous les citoyens.

Le souci qui nous a toujours guids, dans ce journal, de donner le moins
de place possible  ce qui divise, et notre cadre mme ne nous
permettent pas de suivre, en ses dveloppements, le persuasif orateur.
Et puis, il faut l'avoir entendu, il faut avoir ml ses bravos et ses
vivats aux applaudissements et aux acclamations qui entrecouprent cette
mouvante harangue, pour comprendre l'impression profonde qu'elle
produisit; il faut avoir t tmoin de l'ovation triomphale qui salua sa
proraison pour sentir tout l'invincible sortilge de ce verbe
incomparable, de cette voix frmissante, tour  tour grave, enfivre,
qui s'indigne, s'attriste, s'enflamme, qui caresse et cingle, chante
comme la brise marine dans les mtures et tonne comme l'orage; de ces
priodes limpides, harmonieuses, que souligne un geste toujours large et
expressif.

[Illustration: Un curieux document supplmentaire sur les suites des
incidents de Saverne: l'empereur Guillaume quitte brusquement, au milieu
d'une conversation dans le parc de Donaueschingen, le chancelier de
l'empire, M. de Bethmann-Hollweg et le comte de Wedel, statthalter
d'Alsace-Lorraine.]

Mais cela, c'est pour l'art. Et la salle du skating de Bizillon
n'enfermait pas beaucoup de dilettantes. On nous a dit,  Saint-Etienne,
que des curieux, des amateurs de sensations rserves avaient offert
cent, deux cents francs mme de cartes que les militants de la
Fdration rpublicaine socialiste de la Loire payaient quatre francs.
Ces dlicats se fussent volontiers, par surcrot, rsigns aux
dmocratiques plats froids. On dclina, bien entendu, leurs offres
gnreuses...

Il ne demeura donc qu'un auditoire de braves gens devant lesquels un
honnte homme, leur lu, s'expliqua, parlant pour le pays entier. Et si,
consciemment ou non, ils furent sensibles  la magie de son prestigieux
talent, ce qui les dressa, mus au fond du coeur,  la proraison de son
inoubliable discours,  la vision voque d'une Rpublique et d'une
France unies en une seule personne radieuse et accomplissant leurs
destines sous un gouvernement de paix dans l'ordre, de scurit dans
toujours plus de libert et de justice sociale, ce qui les transporta
d'enthousiasme, c'est la foi qui les pntrait qu'ils avaient devant eux
l'homme capable d'avancer l'heure de cet avenir enchant qu'il leur
montrait comme une terre promise, c'est la confiance que leur inspirait
cette me droite et forte  la hauteur de toutes les grandes tches.

GUSTAVE BABIN.


MAUVAISE HUMEUR IMPRIALE

Voici, aprs les photographies que nous avons publies dans notre numro
du 13 dcembre, un bien curieux instantan, qui complte notre
documentation sur les entretiens de Donaueschingen, d'o sortirent les
sanctions des incidents de Saverne. C'est encore dans le parc du chteau
qu'a t pris ce clich: l'empereur, qui conversait avec le chancelier,
M. de Bethmann-Hollweg, et le comte de Wedel, statthalter
d'Alsace-Lorraine, vient de les quitter brusquement, dans un accs
d'impatience, et s'loigne d'un pas rapide, laissant l ses
interlocuteurs, dont l'attitude semble tmoigner de quelque gne...
Quelle fut la cause de la mauvaise humeur impriale? A dfaut de
renseignements sur ce point, l'instantan publi ici tmoigne que le
rglement de l'affaire de Saverne n'alla pas sans difficult. Le
correspondant qui nous l'envoie ajoute que la reproduction en a t
interdite, par ordre de la police, en Allemagne.


FUNRAILLES DU CARDINAL RAMPOLLA

[Illustration: Les funrailles du cardinal Rampolla dans une chapelle de
la basilique de Saint-Pierre.--_Phot. G. Felici._]

Les funrailles du cardinal Rampolla ont t clbres  Rome, le
vendredi de la semaine passe, avec toute la solennit due  un prince
de l'Eglise. C'est dans la basilique de Saint-Pierre, dont il tait
archiprtre, qu'a eu lieu le service funbre; quatorze cardinaux,
plusieurs vques, de nombreuses dlgations des sminaires, des
instituts et des collges catholiques y assistaient, au milieu d'une
grande affluence. L'absoute a t donne, aprs la messe, par le
cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacr-Collge.

[Bande dessine: LES ORIGINES DU TANGO par Henriot.]

[Illustration: Supplment La Petite Illustration:]











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1913, by Various

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