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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 19:57:15 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Un p'tit homme, by Paul Lacroix
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Un p'tit homme
+
+Author: Paul Lacroix
+
+Illustrator: A. Ferdinandus
+
+Release Date: May 4, 2010 [EBook #32244]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UN P'TIT HOMME ***
+
+
+
+
+Produced by Carol Ann Brown, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+ [Illustration: CH. DELAGRAVE]
+
+
+ UN
+ P'TIT HOMME
+
+ SOCIÉTÉ ANONYME D'IMPRIMERIE DE VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE
+ Jules BARDOUX, Directeur.
+
+
+ UN
+ P'TIT HOMME
+
+ PAR
+ LE BIBLIOPHILE JACOB
+
+ ILLUSTRATIONS DE A. FERDINANDUS
+
+ [Illustration]
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE CH. DELAGRAVE
+ 15, RUE SOUFFLOT, 15
+ 1889
+
+
+
+
+ UN
+ P'TIT HOMME
+
+
+
+
+I
+
+
+Jacquot était venu à Paris, quittant ses pauvres parents surchargés de
+famille, et il avait promis à sa mère, dans un dernier baiser, de
+devenir riche, bien riche, avec des beaux écus tout neufs, afin
+d'acheter la maisonnette dont on avait bien de la peine à payer le
+loyer: soixante francs par an!
+
+Il avait promis à son père de lui rapporter un beau vêtement bien chaud,
+un habit bleu, une culotte jaune et un gilet à fleurs!
+
+Il avait promis à sa grande soeur une jolie croix d'or; à son frère
+aîné, une grosse montre d'argent; à Pierrot, des souliers tout
+reluisants, comme on en voit aux messieurs de Genève; à Claudine, un
+tablier de soie; à Jeannette, une belle poupée avec des dentelles
+dorées, et au petit frérot qui ne marchait pas encore, une robe en
+flanelle ornée de raies rouges.
+
+Voilà bien des promesses! et Jacquot n'est pas Gascon, puisqu'il est né
+à Martigny, en Suisse: son père travaille, sa mère travaille, les frères
+et soeurs imitent les vieux: Jacquot veut travailler aussi!
+
+Mais il rêve de devenir riche comme maître Antoine, le sabotier de la
+vallée, qui a marié ses filles avec de grosses dots: au moins trois
+cents francs à chacune, oui-da! Eh bien! ce sera lui qui dotera ses
+soeurs: la belle Rose, la gentille Claudine, la mignonne Jeannette, et
+les autres encore, si le bon Dieu lui en envoie d'autres.
+
+La bonne Gertrude a bien pleuré en se séparant de «son p'tit homme» si
+gai, si tendre, si malin et si jeune, hélas!
+
+Neuf ans! il n'a que neuf ans; et le laisser partir tout seul pour
+Paris, le gouffre terrible où les enfants se perdent!
+
+ [Illustration: Jacquot rêve de devenir riche.]
+
+Mais Jacquot a son idée: il veut aller là où l'argent roule, là où l'or
+reluit! Il veut faire une moisson de jaunets, et revenir ensuite se
+fixer dans la douce vallée, au sein de sa famille, dont il aura fait le
+bonheur.
+
+«Ah! notre homme, s'écriait Gertrude, vas-tu bien permettre qu'il s'en
+aille? Que deviendra-t-il à Paris? Ne te rappelles-tu pas que la fille
+de notre cousine la Boitelle est partie un jour comme lui, et qu'elle
+n'est pas revenue?
+
+--C'était une fille, ma femme, et les filles, c'est plus susceptible que
+les garçons.
+
+--Et le Colas au père Joseph, est-ce qu'il n'est pas mort de maladie à
+la grande ville?
+
+--Si fait, la femme, mais il faut avoir confiance dans la bonté divine:
+notre garçon reviendra bientôt.
+
+--Oui, maman, je reviendrai, je t'assure, si bien attifé que tu ne me
+reconnaîtras même plus! On dira dans la vallée: «Qui donc c'est ce «beau
+p'tit homme» si coquet, avec un grand chapeau aussi haut que le clocher
+de l'église et un habit dont les queues lui balayent les talons?» Et
+moi, frérot, tout comme un vrai monsieur, je traverserai la place en me
+dandinant, avec un joli bâton à la main, et traînant dans la poussière
+mes souliers si brillants que nos poules et nos canards viendront s'y
+mirer comme dans une glace. Pas vrai, maman, que ce sera gentil?
+
+--Oui, mon p'tit homme, ce sera gentil quand tu seras revenu, mais c'est
+bien triste au moment où tu pars!»
+
+Tout ce que Gertrude a pu obtenir, c'est que l'enfant fît le voyage avec
+un vieil habitant de Martigny qui allait à Paris pour affaires de
+succession. C'était un voisin, un ami, et pendant les deux jours qu'il
+devait passer à la ville, il installerait l'enfant chez des pays qui
+logeaient dans un quartier populeux.
+
+Ce fut la première déception de Jacquot, qui comptait s'en aller tout
+seul et faire le «p'tit homme» dans les troisièmes classes du chemin de
+fer! Il fallut bien obéir à la volonté de ses parents, qui ne l'auraient
+pas laissé partir sans cela.
+
+Le trajet est long en troisième, dans les trains omnibus qui s'arrêtent
+à toutes les stations, long et fatigant; mais l'enfant s'endormait,
+allongé sur les genoux de ses voisins, qui le trouvaient gentil, et
+quand il s'éveillait, bien reposé, il se retrouvait gaillard et dispos,
+mourant de faim, aiguillonné par la curiosité et l'impatience,
+questionnant sans cesse, ne s'étonnant de rien et riant de tout.
+
+«Dites donc, monsieur, demandait-il à un grand jeune homme pâle qui
+était assis à son côté, est-ce que vous êtes de Paris, vous?
+
+--Non, mon petit ami, je suis de Lyon (et il prononçait Li-yon).
+
+--Ah! et qu'est-ce qu'on fait à Lyon?
+
+--Je ne sais pas; moi, je suis dans la soierie.
+
+--Est-ce que vous êtes tous pâles comme ça dans la soierie? Alors, ce
+n'est pas un métier pour moi, parce qu'il faut que je rapporte chez nous
+mes belles couleurs que maman aime tant. Et ce gros monsieur si rougeaud
+en face de nous, qu'est-ce qu'il fait?
+
+--Je ne sais pas. Demande-le-lui toi-même.
+
+--Est-ce que vous êtes de Paris, monsieur? reprenait Jacquot sans se
+déconcerter.
+
+--Non, mon garçon, je suis de Beaune, le pays du bon vin!
+
+--Oui-da; c'est le bon vin alors qui vous allume les joues comme une
+chandelle?
+
+--Tu l'as dit, garçon, c'est le bon vin!
+
+--Alors, ce n'est pas mon affaire non plus, puisque je ne bois que de
+l'eau. Et cette dame qui est là-bas dans le coin avec un enfant dans les
+bras; est-ce qu'elle est de Paris?
+
+--Non, mon petit, répondit la voyageuse en souriant; j'habite Montereau.
+
+--Montereau, connais pas!
+
+--Tu ne connais pas Montereau et son beau pont de pierre, que
+l'assassinat de Jean sans Peur a rendu célèbre?
+
+--On a assassiné Jean! s'écria Jacquot.
+
+--Mais oui; Jean sans Peur.
+
+--Et il n'avait pas peur quand on l'a assassiné? Eh bien! ça lui
+apprendra à être plus prudent une autre fois!
+
+--Quel drôle de gamin! reprenaient tous les voyageurs, qui s'amusaient
+de ses reparties et de sa gaieté.
+
+--Il ne reste plus que cette jeune fille qui a l'air si triste, et qui
+dort depuis la dernière station, à laquelle je n'ai pas demandé si elle
+est de Paris.
+
+--Tu es trop curieux, gamin!
+
+--On n'est jamais trop curieux quand on cherche à s'instruire! Moi, je
+n'ai rien appris; je ne sais ni lire ni écrire; il faut bien que je
+profite des leçons qu'on a données aux autres.
+
+--Tu es un drôle de «p'tit homme», c'est moi qui te le dis, s'écria en
+riant le Bourguignon qui avait le teint fleuri, et tu iras loin, j'en
+suis certain!
+
+--Pas plus loin que Paris, n'est-ce pas, monsieur, et mêmement, comme je
+ne le connais pas, vous aurez la bonté de me prévenir quand nous serons
+arrivés.»
+
+
+
+
+II
+
+
+La seconde déception de Jacquot l'attendait à Paris. Son vieux compagnon
+le conduisit dans une horrible rue étroite et sale, encombrée et puante;
+il le fit entrer dans une maison noire, au seuil de laquelle, comme une
+échelle appuyée au mur, se dressait un escalier interminable, dont les
+marches tombaient en ruine, et dont la rampe graisseuse était à peine
+soutenue par des barres de fer tordues et rouillées.
+
+Le grenier dans lequel on logea le vieillard et l'enfant était obscur;
+des poutres surchargées de lattes humides le traversaient en tout sens,
+et dans un coin des vieilles paillasses crevées, du ventre desquelles
+sortaient des longues brindilles de foin, étaient le lit qu'offrait leur
+hôte aux voyageurs dont la bourse était légère.
+
+«Et maintenant, que comptes-tu faire? demanda le voisin de Gertrude à
+son protégé, lorsqu'ils se réveillèrent le lendemain matin.
+
+--Ma foi, père Lenoir, répondit Jacquot en se secouant comme une poule
+réveillée par les hurlements d'un loup, je compte tout d'abord faire
+connaissance avec la grande ville qui va m'enrichir.
+
+--Tu crois donc de bonne foi que tu deviendras riche ici?
+
+--Mais oui, père Lenoir; sans cela j'aurais continué à vivre avec les
+vieux, à profiter de leur travail, à les aider un brin, et je ne me
+serais pas privé des caresses de ma bonne mère!
+
+ [Illustration: Son vieux compagnon le conduisit dans une horrible rue.]
+
+--Alors, mon petit, si cela t'amuse, viens avec moi: nous ferons
+ensemble visite au notaire de M. Lenoir, ce pauvre cousin qui s'est
+laissé mourir sans enfant, ce qui fait que j'hérite de tout son bien,
+moi qui ne l'ai jamais vu.
+
+--Et de combien d'écus héritez-vous, père Lenoir?
+
+--Ma fine! je n'en sais rien; tu l'apprendras en même temps que moi.»
+
+La somme était grosse, vraiment: soixante mille francs, tout rond! Trois
+mille francs à dépenser par an, deux cent cinquante francs par mois,
+plus de huit francs à manger dans un seul jour!
+
+Pendant quarante-huit heures, la vie fut belle pour Jacquot! Le père
+Lenoir oublia sa parcimonie habituelle, et une soixantaine de francs au
+moins s'échappèrent du gros sac de toile que lui avait remis Me Ledru.
+
+L'enfant visita les Champs-Élysées, où le beau monde se promenait en
+brillants équipages, au milieu d'une cohue de bonnes et d'enfants
+piétinant sur les trottoirs; il visita les quais envahis par les
+bouquinistes, les boulevards encombrés de tables et de chaises, les
+places, les avenues, où la foule était si compacte qu'on avait peine à
+avancer. Il parcourut encore les Tuileries, le Luxembourg, les squares;
+il s'arrêtait devant les monuments publics, demandant leurs noms et s'en
+faisant expliquer le but et l'utilité par les passants, qu'il abordait
+poliment, sa casquette à la main. Quand le vieux Lenoir lui fit ses
+adieux à la gare de Lyon, le troisième jour après leur arrivée, Jacquot
+connaissait «son Paris» sur le bout du doigt.
+
+«Cela me peine de te quitter, petit, lui dit le vieillard; je t'aime de
+tout mon coeur; ta drôlerie me réjouit, ta jeunesse me rajeunit. Il le
+faut, cependant, à moins que tu ne veuilles t'en retourner avec moi, et
+dans ce cas-là je te payerai volontiers le voyage.
+
+--Ah! merci! non! papa Lenoir, je suis venu à Paris pour travailler, je
+vais me mettre tout de suite à l'ouvrage.
+
+--Mais que vas-tu faire? tu as donc une idée?
+
+--Ma foi, monsieur Lenoir, je n'en ai qu'une: rapporter beaucoup
+d'argent à Martigny.
+
+--Prends garde à toi, pauvre petit oiseau, dans ce pays où il y a tant
+de serpents et de renards!
+
+--Bah! bah! n'ayez peur; les serpents rampent, les renards courent, mais
+les oiseaux volent!
+
+--Adieu donc, petit, et bonne chance, reprit le bonhomme en embrassant
+son compagnon; accepte ce petit souvenir d'un ami qui part, et envoie de
+tes nouvelles au pays. Notre vieux logeur du faubourg écrira volontiers
+tes lettres.
+
+--Merci bien, monsieur Lenoir! vous êtes bon, je ne vous oublierai pas.
+Vous serez toujours dans mes prières à côté du père, de la mère et des
+frères et soeurs. Donnez-leur bien le bonjour à tous, et dites au père
+que j'ai déjà vu, dans une belle rue, le gilet à ramages que je lui
+rapporterai.»
+
+Et Jacquot se trouva vraiment seul à Paris!
+
+C'est alors qu'il songea à ouvrir le petit papier que lui avait remis M.
+Lenoir. Il y trouva deux belles pièces d'or, pareilles à celles que,
+trois fois en deux jours, il avait vu changer par l'héritier de M.
+Lenoir à Paris. Deux pièces d'or! une fortune! Il se promit bien de n'y
+pas toucher tant que durerait son petit magot, soit une quinzaine de
+francs qui lui restaient, son voyage une fois payé, ainsi qu'une semaine
+d'avance à son garni.
+
+Il employa sa première journée, car il était grand matin, à parcourir de
+nouveau Paris, «mon Paris», comme il disait, et il fit une observation
+qui lui parut intéressante pour la réussite de ses projets.
+
+Jacquot remarqua que le public du matin ne ressemblait nullement au
+public de l'après-midi. Le long des boulevards, depuis la Bastille
+jusqu'à la Madeleine, il rencontra surtout des ouvrières avec des
+cartons, des garçons de magasin chargés de paquets, des bonnes en
+tablier blanc, un panier au bras; des petites voitures poussées par des
+vieilles femmes en cornette, vendant les légumes et les fruits de la
+saison; des jeunes filles assises au coin des grandes rues, devant un
+léger établi, séparant les bottes de roses, et tournant prestement le
+fil blanc autour de leurs petits bouquets; des balayeurs armés d'énormes
+balais, nettoyant les ruisseaux et éclaboussant les trottoirs: partout
+l'animation, le travail, la vie. Mais plus de beaux messieurs gantés de
+gris-perle, chaussés des fameux souliers vernis que rêvait notre héros;
+plus de dames en grande toilette avec des ombrelles rouges comme les
+parapluies des fermières de la Suisse; plus de nourrices aux longs
+rubans flottants; plus de bébés roses et blancs, les jambes et les bras
+nus; plus de voitures découvertes; plus de valets poudrés
+majestueusement, assis sur les sièges à gros glands; plus de cavaliers
+élégants galopant sur des chevaux de race. Le Paris mondain, le Paris
+brillant, le Paris oisif avait fait place au Paris travailleur.
+
+«Il paraît qu'ici on gagne le matin l'argent qu'on dépense le tantôt, se
+dit Jacquot: c'est bon; mais moi qui n'ai pas de temps à perdre, je
+tâcherai d'en gagner toute la journée.»
+
+Gagner de l'argent! voilà son rêve; mais quels moyens avait-il pour le
+réaliser?
+
+Il commence le soir, en rentrant, par glisser dans sa ceinture de cuir
+les deux pièces d'or du père Lenoir; puis, ayant soupé des provisions
+que le brave homme lui avait laissées, il s'endormit tout d'un somme
+jusqu'au lendemain matin.
+
+Son réveil fut triste! Personne à qui dire bonjour, personne à
+embrasser, personne pour faire la causette! De grosses larmes montèrent
+aux yeux du petit abandonné, qui murmura cependant:
+
+«Bonjour, maman! Bonjour, Notre-Seigneur! Protégez-moi toute la
+journée!»
+
+Et, plongeant sa tête dans le baquet d'eau claire que le logeur lui
+montait chaque jour, il se débarbouilla avec soin, frotta ses mains
+l'une contre l'autre, et, sans l'aide d'aucun savon, il se trouva tout
+propre, les cheveux collés aux tempes, le teint frais, le regard vif, la
+mine éveillée et le coeur content.
+
+«Salut, madame et la compagnie, dit-il à une grosse femme qui se tenait
+dans la salle du rez-de-chaussée.
+
+--Tiens! c'est toi, petit, reprit la logeuse, as-tu bien dormi?
+
+--Couci-couça, madame; votre paillasse ne vaut pas mon petit lit de
+fougère! Mais bah! on se fait à tout dans ce monde!
+
+--C'est vrai, il n'y a qu'une paillasse là-haut. Eh bien! j'y joindrai
+un méchant matelas qui ne nous sert pas dans ce moment, pour la peine
+que tu ne t'es pas plaint de ton coucher.
+
+--Je vous remercie bien; je regrette seulement que le vieux père Lenoir
+n'ait pas profité du matelas avant moi.
+
+--C'est bien de respecter les vieux, Jacquot!
+
+--Je les respecte, reprit doucement le p'tit homme, parce que j'espère
+que les autres enfants respecteront mes vieux parents.»
+
+
+
+
+III
+
+
+Jacquot se dirigea en courant vers le boulevard Poissonnière. Arrivé au
+coin du faubourg, il ralentit le pas et attendit. Une gentille
+bouquetière, qui préparait son étalage en causant avec la marchande de
+journaux, remarqua bientôt ce petit garçon, dont la mine futée, l'oeil
+aux aguets et la physionomie éveillée faisaient oublier la laideur.
+
+Car Jacquot était laid, ce qui s'appelle laid: un gros nez épaté, des
+petits yeux tout ronds, un front bombé, une bouche énorme et une peau
+mouchetée de taches de rousseur. Par exemple, son nez, sa bouche, ses
+yeux, tout riait en lui: il avait l'air content; il respirait à pleins
+poumons; il s'épanouissait sur les boulevards, comme si les boulevards
+lui avaient appartenu.
+
+«Qu'est-ce que tu attends donc là, mon petit ami? lui demanda la
+gentille fleuriste.
+
+--J'attends qu'il tombe de l'argent pour le ramasser, mam'selle!
+
+--Alors tu attendras longtemps, reprit la jeune fille en riant.
+
+--Je suis patient, et puis je ne suis pas pressé.
+
+--Alors, si tu n'es pas pressé, veux-tu me rendre un petit service?
+
+--Très volontiers, mam'selle.
+
+--Veux-tu courir jusqu'au numéro 5 du faubourg Montmartre, monter au
+deuxième, sonner à gauche, et dire à la bonne qui t'ouvrira: «Mlle
+Giselle enverra le bouquet à quatre heures?...»
+
+--C'est tout?
+
+--Oui, n'oublie pas: Mlle Giselle...
+
+--Enverra le bouquet à quatre heures! ajouta l'enfant, qui prit ses
+jambes à son cou dans la direction de la Bastille.
+
+--Eh! petit! Eh! là-bas!... cria la fleuriste, qui désespérait de se
+faire entendre, quand elle vit Jacquot s'arrêter soudain et revenir sur
+ses pas.
+
+--Pardon, mam'selle, dit-il en arrivant tout essoufflé, mais j'ai oublié
+de vous demander où se trouvait le faubourg Montmartre?
+
+--Mais là, de ce côté, la seconde rue, petit bêta; tu ne connais donc
+pas Paris?
+
+--Moi, par exemple! le faubourg Montmartre! je ne connais que ça!
+puisque c'est là que j'ai vu le gilet à ramages que je rapporterai à
+papa.»
+
+Cette fois le petit commissionnaire ne se trompa pas, et lorsqu'il
+reparut, tout rouge, les yeux brillants et le front humide, la jolie
+bouquetière le gronda de s'être tant hâté.
+
+«Mam'selle, voilà quatre sous que la bonne m'a donnés pour la
+commission.
+
+--Eh bien, garde-les.
+
+--Pourquoi donc? l'argent est à vous, puisque c'est votre commission.
+
+--Comment! ma commission... mais c'est toi qui l'as faite, mon garçon,
+et l'argent est pour ta peine.
+
+--Tiens! tiens! tiens! quand on se promène dans les belles rues, on
+reçoit de l'argent pour sa peine! Quelle drôle de vie que Paris! A
+Martigny, quand Mme Gervais me criait: «Eh! Jacquot, cours donc à la
+forge pour prévenir Gervais que la soupe est servie!» elle ne me donnait
+rien pour ça; et quand la Tontaine me faisait porter sa bottée de pommes
+de terre, elle me bougonnait tout le temps, quand elle ne me flanquait
+pas une torgnole!
+
+--Tu vois bien qu'elle te donnait quelque chose, répondit en riant Mlle
+Giselle. A chacun sa manière!
+
+--Alors j'aime mieux les manières de Paris, et quand vous aurez des
+courses à faire, mam'selle, me voici tout à votre service; ne l'oubliez
+pas.
+
+--Ça peut se trouver, mon garçon; le quartier est bon, le tout est de
+plaire aux clients; mais quand une fois on passe à l'état d'habitude, le
+reste va tout seul. Ne t'éloigne pas: je te prends sous ma protection.»
+
+S'éloigner! il n'y avait pas de danger!
+
+Jacquot a remarqué, les jours précédents, que, sur le coup de huit
+heures, une quantité d'hommes, de femmes et d'enfants se groupent devant
+la porte d'un restaurant à la mode, et que des garçons en souliers
+vernis, ayant du linge bien blanc et des petites vestes rondes comme la
+sienne leur remettaient à chacun un grand bol dont le contenu répand,
+dans une légère vapeur, les plus délicieux parfums!
+
+Il s'est bien promis de venir déjeuner là lorsque le père Lenoir sera
+parti, emportant dans son sac de toile le bel héritage du cousin de
+Paris.
+
+Le voilà donc, se faufilant dans les rangs, grâce à sa petite taille,
+poussant l'un, bousculant l'autre, plaisantant quand on se fâche,
+toujours poli, mais ne s'écartant jamais de son but, et jouant des
+coudes aussi facilement que de la langue, pour gagner une petite avance
+dans la foule compacte qui attend la distribution de la soupe.
+
+Son tour arrive enfin: un grand garçon aux favoris noirs taillés en
+côtelettes lui tend une soupière dont le fumet lui fait venir l'eau à la
+bouche, la faim et la gourmandise aidant. Il s'empare de son bien et se
+dirige vers l'établi de Mlle Giselle, qui semble inquiète, regarde à
+droite et à gauche, frappe du pied et murmure à mi-voix:
+
+«Voyez un peu si elle viendra! Je ne puis pourtant pas abandonner mes
+fleurs et ma boutique à la grâce de Dieu!
+
+--Voulez-vous que je garde vos bouquets, mam'selle Giselle? Ce sera avec
+plaisir pour vous obliger.
+
+ [Illustration: Un grand garçon aux favoris noirs lui tend une
+ soupière.]
+
+--Tu ne bougeras pas de là, au moins, et s'il vient des clients, tu les
+prieras de repasser.
+
+--Soyez tranquille; vous me retrouverez à la même place avec ma soupe;
+seulement je ne vous promets pas qu'elle soit encore dans l'écuelle!
+
+--Bon appétit! Je cours chercher mon café, que la voisine ne m'apporte
+pas.»
+
+Et elle s'enfuit, légère et rieuse, tandis que Jacquot savoure
+gravement, avec des petits soupirs, des reniflements et des extases,
+l'ordinaire de la maison Brébant.
+
+«Où donc est Giselle, mon petit ami?»
+
+Jacquot, tiré brusquement de la béatitude qui suit un repas délectable,
+relève la tête et se trouve en présence d'une jeune femme vêtue de noir,
+tenant par la main un petit garçon qui paraissait triste et indifférent.
+
+«Mam'selle Giselle? c'est moi, madame.
+
+--Vous, vraiment! vous êtes bien changée depuis hier!
+
+--Voilà comme je suis quand je n'ai pas encore étrenné, madame; par
+exemple, si vous m'achetez mes belles roses, vous me reverrez ma figure
+de tous les jours!
+
+--Je serais curieuse de constater ce phénomène, reprit la dame, qui
+s'amusait de l'aplomb du p'tit homme: combien vos roses?
+
+--Dix francs, madame la baronne.»
+
+La visiteuse se retourne. Cette fois, c'est Giselle qui lui a répondu.
+
+«Eh bien! madame, avais-je raison? s'écrie Jacquot.
+
+«Mam'selle Giselle, j'ai vendu votre premier bouquet.
+
+--Quel drôle de gamin! Est-ce votre frère, Giselle?
+
+--Non, madame la baronne, je le vois aujourd'hui pour la première fois;
+il est gai, actif, intelligent, et je l'avais chargé de surveiller mes
+fleurs pendant que j'allais déjeuner.
+
+--C'est un enfant intéressant, murmure la baronne en soupirant. Giselle,
+vous le chargerez d'apporter à l'hôtel les roses qu'il m'a vendues.
+
+--Oui, madame la baronne.»
+
+Voilà comment la Providence, prenant les traits d'une fillette rieuse,
+décida tout d'un coup de la vocation de maître Jacquot.
+
+
+
+
+IV
+
+
+«Oui, mam'selle, c'est décidé, je ne vous quitterai plus, je serai votre
+commissionnaire, à vous seule; je porterai vos bouquets et je garderai
+votre établi pendant que vous irez faire vos achats.
+
+--Non, mon ami, tu ne gagnerais pas assez, parce que je n'envoie pas
+souvent mes bouquets en ville; mais, sans te consacrer à mon service,
+reste sur notre boulevard; tu t'en trouveras bien; je te recommanderai à
+mes clients. A l'heure du déjeuner ou, le soir, au moment du dîner, nous
+trouverons bien de quoi fatiguer tes petites jambes!
+
+--Les fatiguer! reprit Jacquot; vous ne savez pas ce qu'elles valent.
+Elles ne sont si courtes que parce qu'elles sont trop bonnes! Quand la
+marchandise est de premier choix, elle coûte cher, et on la ménage!
+
+--Farceur, va!
+
+--Je ne vous offense pas, mam'selle, en plaisantant avec vous?
+
+--Au contraire, mon ami, et ta gaieté plaira aux bourgeois autant qu'à
+moi, j'en suis certaine. Les riches sont bons, vois-tu, ils sont
+généreux, ils aiment à secourir les malheureux; mais les airs tristes,
+les larmes, les soupirs, les ennuient! Tu as besoin de travailler; donc
+tu es pauvre?
+
+--Oh! non, mam'selle, ce n'est pas pauvreté; les vieux travaillent au
+pays, ils ne sont pas dans la misère.
+
+--Alors, pourquoi fais-tu des commissions?
+
+--Ah! je vais vous dire, c'est pour doter mes soeurs!
+
+ [Illustration: Giselle.]
+
+--Doter tes soeurs! Ah! ah! ah! et combien as-tu de soeurs, monsieur le
+millionnaire?
+
+--J'en ai trois, répondit Jacquot, que les éclats de rire de la
+bouquetière interloquaient un peu.
+
+--Trois! rien que trois! Ah! ah! ah!
+
+--Mais il en viendra peut-être des autres!
+
+--Des autres! Ah! ah! ah! et combien leur donneras-tu à chacune? Cent
+mille francs?
+
+--Oh! non, mam'selle! Pas tant que ça! Je voudrais leur donner trois
+cents francs.
+
+--Eh bien! mon p'tit homme, reprit sérieusement Mlle Giselle, cela te
+sera presque aussi difficile de gagner trois cents francs pour chacune
+de tes soeurs que de gagner trois cent mille francs!
+
+--Pourquoi donc cela? J'ai déjà quatre sous, et je cours chez votre
+baronne qui a l'air si triste: elle me donnera bien quatre sous encore?
+
+--Ah! tu auras davantage; c'est une bonne dame. Elle demeure 140, rue de
+Rivoli. Voici les roses, prends-en soin et dépêche-toi.»
+
+Jacquot avait l'air soucieux, il tournait et retournait le bouquet avec
+embarras.
+
+«Est-ce que vous voudriez bien me rappeler où elle est, la rue de
+Rivoli? Il y a tant de rues dans Paris que je les confonds un peu. A
+Martigny, il n'y en a qu'une; c'est plus facile à se rappeler.
+
+--C'est cette belle rue avec des arcades, là-bas, auprès du jardin des
+Tuileries; il faut prendre par...
+
+--C'est bon, c'est bon! la moitié de cela me suffit! La rue de Rivoli!
+je ne connais que ça! puisque c'est là que j'ai vu la belle poupée que
+je rapporterai à Jeannette!»
+
+Le petit commissionnaire était de retour avant dix heures.
+
+Il n'avait pas trouvé la baronne, mais un grand monsieur qui se
+promenait dans la cour de l'hôtel en culottes courtes, avec un habit et
+des boutons d'or, et qui lui avait donné vingt sous! un franc!
+
+«Un franc! qu'en dites-vous, mam'selle? Vous voyez bien que ça tombe,
+puisque depuis ce matin j'ai déjà ramassé vingt-quatre sous!»
+
+Un jeune élégant, qui achetait chaque matin une fleur à Giselle, envoya
+l'enfant rue Vivienne; un autre le chargea d'une lettre pour son agent
+de change; un troisième lui fit tenir son cheval, pendant qu'il entrait
+chez Brébant prendre un verre de madère.
+
+Pour chacun, Jacquot avait un mot drôle, un gentil remerciement, un long
+sourire qui découvrait ses petites dents blanches et pointues comme les
+dents d'un chien, et chacun lui donnait une piécette d'argent avec une
+petite tape sur la joue, en répétant:
+
+«Il est comique, ce p'tit homme!»
+
+La matinée avait été bonne: Jacquot avait gagné quatre francs! Il
+sautait de joie au milieu du boulevard, en embrassant son aimable
+protectrice, qui se réjouissait autant que lui de cet heureux début.
+
+«Tu peux te reposer maintenant, lui dit-elle enfin. Jusqu'à cinq heures
+tu n'as pas chance d'être occupé. Veux-tu faire un somme sur ma chaise?
+
+--Par exemple! dormir dans le jour à Paris! Non, non! puisque j'ai le
+temps de flâner, je vais faire un tour aux Champs-Élysées.
+
+--Mais voyez donc le joli monsieur qui va se promener aux
+Champs-Élysées! et pourquoi pas au Bois, pendant que tu y es?
+Fleurissez-vous, mon gentilhomme, fleurissez-vous!» Et la jeune fille
+attachait en riant une petite rose pompon à la boutonnière de Jacquot.
+
+L'enfant marcha longtemps. Il parcourut la belle avenue, depuis la place
+de la Concorde jusqu'à l'Arc de triomphe, regardant à droite, à gauche,
+examinant les promeneurs, admirant les équipages, se mêlant aux groupes
+des curieux arrêtés devant les petites boutiques, traversant dix fois la
+chaussée pour explorer les quinconces, les jardins et les cafés.
+
+Quand il reparut sur le boulevard, à cinq heures précises, la jeune
+fleuriste l'accueillit comme un ami qui revient après un long voyage.
+
+«Eh bien! qu'est-ce que tu as fait d'intéressant aux Champs-Élysées?
+
+--J'ai beaucoup regardé, et j'ai fait mes remarques!
+
+--Et qu'as-tu remarqué?
+
+--J'ai remarqué qu'il y a tant de chevaux que les accidents doivent être
+fréquents; qu'il y a tant d'enfants, que les bonnes causent entre elles
+et s'en occupent fort peu; qu'il y a tant de fumeurs, qu'un jour ou
+l'autre ils mettront le feu, en jetant à terre des allumettes
+enflammées, et j'ai remarqué qu'au milieu de tant de monde il doit se
+faufiler bien des voleurs.
+
+--Et tu en as conclu?
+
+--J'en ai conclu que celui qui se trouverait là juste à point pour
+arrêter un cheval emporté, pour repêcher un enfant tombé dans un bassin,
+pour éteindre les flammes qui envelopperaient une belle dame ou pour
+prendre un filou la main dans la poche de son voisin, celui-là aurait
+chance de faire une bonne journée.
+
+--Mazette! tu as de l'imagination.
+
+--Oui, mam'selle; c'est justement pour cela que je suis venu à Paris.»
+
+La soirée fut moins profitable au petit commissionnaire que ne l'avait
+été la matinée; mais il était content tout de même, n'ayant pas perdu
+son temps, disait-il, par suite d'une rencontre qu'il avait faite.
+
+Il s'était trouvé arrêté, au coin d'une rue que barrait une file de
+voitures, auprès d'un jeune homme d'une quinzaine d'années qui portait
+un paquet ficelé.
+
+Dans la cohue, le paquet lui était tombé des mains; il l'avait rattrapé
+maladroitement, la ficelle s'était cassée, et deux admirables paires de
+souliers vernis avaient roulé dans le ruisseau.
+
+Se précipiter, se baisser, ramasser les souliers, tout cela fut
+l'affaire d'une seconde pour Jacquot, qui exprimait tout haut son
+admiration et son désir de posséder d'aussi belles chaussures, sans se
+soucier de la galerie, qui riait aux éclats.
+
+«Il faut en acheter chez le patron, repartit l'ouvrier.
+
+--C'est trop cher pour moi; et puis, je n'en ai pas besoin pour
+l'instant. Je les voudrais avoir quand je retournerai au pays.
+
+--Venez nous voir, le patron vous arrangera. Je lui parlerai de vous.
+Quel est votre état?
+
+--Commissionnaire au boulevard Poissonnière.
+
+--Comme ça se trouve! le patron vous donnera des courses à faire, des
+paquets à porter, et, au lieu de vous payer en argent, il vous donnera
+des souliers.
+
+--Topez là, ça me va,» répondit Jacquot, qui comprenait que ses
+chaussures s'useraient vite à courir toute la journée de la rue
+Laffitte, où il avait vu la montre qu'il rapporterait à Rose, ou du
+faubourg Saint-Germain, où il avait vu l'habit bleu qu'il rapporterait à
+son frère, au boulevard des Italiens, où il avait vu, dans la vitrine
+d'un changeur, les beaux écus tout neufs qu'il rapporterait à sa mère.
+
+
+
+
+V
+
+
+«Quel beau métier que celui de commissionnaire!» s'écriait Jacquot,
+lorsque chaque soir, tout en aidant Giselle à déménager sa boutique
+ambulante, il lui remettait les sous et les piécettes blanches qu'il
+avait recueillies dans la journée.
+
+La jeune fille lui avait proposé cet arrangement, afin qu'on ne lui
+dérobât pas ses petites économies dans le garni de mauvaise apparence où
+il ne passait que les nuits.
+
+«Tu dois être plus prudent que n'importe qui, toi qui as remarqué qu'il
+y a tant de voleurs à Paris, ajouta-t-elle en riant aux éclats, car
+Giselle était aussi gaie et aussi vive que Jacquot.
+
+--Je ne comprends pas qu'il y ait des voleurs, reprenait le petit
+commissionnaire, quand il est si facile de travailler et de gagner
+beaucoup d'argent!
+
+--Les commencements ont été faciles pour toi, mon petit ami, mais ils ne
+le sont pas autant pour tout le monde. Ensuite, tu es seul, tu vis de
+peu, tu te loges pour presque rien, et jusqu'ici tes habits n'ont pas
+besoin d'être remplacés. Mais quand un commissionnaire gagne dix francs
+par jour, ce qui est joli, n'est-ce pas, et qu'avec cela il doit payer
+son loyer, nourrir, vêtir, chauffer, entretenir une femme et deux ou
+trois enfants, crois-tu qu'il s'écrie comme toi: «Quel beau métier que
+celui de commissionnaire?»
+
+--Ma fine! je n'avais pas pensé à tout cela, mam'selle, parce que,
+voyez-vous, j'ai encore le temps de courir avant d'avoir un loyer, une
+femme et deux ou trois enfants!»
+
+Lorsque le p'tit homme avait un moment de liberté, il courait aux
+Champs-Élysées, qui, décidément, l'attiraient comme l'aimant attire le
+fer.
+
+Ce jour-là, il y avait près d'un mois qu'il était arrivé à Paris, il se
+promenait, selon son habitude, sur le trottoir encombré de badauds et se
+dirigeait vers le théâtre de Guignol, pour lequel il avait, il faut bien
+l'avouer, un faible tout particulier, quand il entendit des cris
+déchirants poussés par une femme qu'il ne pouvait pas apercevoir.
+
+«Allons, bon! un accident!» se dit-il; et, s'élançant à travers la
+foule, que la curiosité rendait plus compacte encore, il arriva bientôt
+sur la chaussée, où les voitures se croisaient dans une course
+vertigineuse.
+
+«Là, là! criait une femme, une gouvernante sans doute, c'est là qu'il a
+disparu!...»
+
+Profitant de sa petite taille, qui lui permettait de passer entre les
+jambes des chevaux et presque entre les roues des voitures, Jacquot
+s'élança dans la mêlée, puis soudain il reparut tenant dans ses bras un
+petit garçon évanoui et qui semblait mort, tant il était pâle.
+
+La gouvernante pérorait toujours, entourée d'une cinquantaine de
+personnes qui se bousculaient pour l'entendre:
+
+«Mon Dieu, monsieur, c'est bien simple: il a voulu à toute force
+traverser; moi je ne voulais pas, parce que le beau monde est de ce
+côté-ci. Alors, il s'est élancé; j'ai essayé de le suivre; mais que
+voulez-vous! on ne peut cependant pas se faire écraser pour le bon
+plaisir d'un pauvre innocent! car c'est un innocent! Oui, madame; quel
+malheur! croyez-vous! Un innocent, aussi vrai que je suis une honnête
+femme. Et sa mère, qu'est-ce qu'elle va dire! Ah! je m'en doute; les
+maîtres sont tous les mêmes! Elle croira que c'est ma faute! que je n'ai
+pas pris soin de M. Léo! Mon Dieu, mon Dieu! quelle affaire!
+
+ [Illustration: Jacquot s'élança dans la mêlée.]
+
+Pendant tous ces bavardages, Jacquot et l'enfant évanoui faisaient le
+centre d'un autre groupe; un médecin, qui se trouvait là par hasard,
+donnait des soins au petit garçon, qui n'était pas blessé, mais qui
+avait dû perdre connaissance en se sentant frôlé par le sabot d'un
+cheval. Il avait encore les yeux ouverts lorsque Jacquot l'avait saisi
+et emporté dans ses bras, comme un ange gardien, au milieu des chevaux
+qui se cabraient sous le fouet des cochers épouvantés.
+
+L'enfant ne revenait pas à lui; le docteur lui avait déjà fait respirer
+des sels et lui avait fait avaler, en écartant les dents avec une lame
+d'acier, une cuillerée d'un cordial qu'il portait toujours sur lui en
+cas d'accident.
+
+«L'évanouissement se prolonge, dit-il enfin à Jacquot, il faudrait
+reconduire ce petit chez ses parents. Où demeure-t-il? Qui est-il? Avec
+qui était-il?
+
+--Ma fine! monsieur le docteur, je n'en sais rien; mais je pense que
+cette femme qui pousse des soupirs là-bas vous renseignera mieux que
+moi. M'est avis qu'elle ne sera pas fâchée de trouver à qui parler, car
+elle me paraît avoir la langue bien pendue! Je vais tâcher de trouver
+une bonne voiture; pendant ce temps-là, demandez à la pie borgne
+l'adresse du petit pâlot, et puis, fouette cocher!
+
+--Tu as raison, mon ami. Hâte-toi de ramener une voiture, découverte, si
+c'est possible.»
+
+Jacquot revint presque aussitôt et fut très étonné de trouver le docteur
+seul auprès de l'enfant, toujours immobile.
+
+«Me voilà, monsieur le docteur.
+
+--Aide-moi à porter le petit dans la voiture; sa gouvernante est partie
+en avant dans le coupé qui les attendait; elle va prévenir la mère tout
+doucement. Cette dame est malade, à ce qu'il paraît, il lui faut de
+grands ménagements.
+
+--Voilà l'enfant bien étalé sur les coussins; monsieur le docteur,
+avez-vous encore besoin de moi?
+
+--Mais certainement, mon garçon, quand ce ne serait que pour te
+présenter à la mère de ce pauvre petit, qui te doit bien positivement la
+vie.
+
+--S'il me doit la vie, qu'il me la rende quand je serai mort, ça me fera
+plaisir; mais pour le moment, qu'il ne me mette pas en retard. Il est
+quatre heures, et il faut que je sois à cinq heures au boulevard
+Poissonnière.
+
+--Tu y seras un peu plus tard, mais il est indispensable que tu viennes
+avec moi.
+
+--Alors, monsieur, si c'est indispensable, je me décide, quoique les
+choses indispensables soient celles dont nous nous passons le plus
+souvent, nous autres!
+
+--Tu es philosophe, mon ami, répondit le docteur, qui subissait aussi le
+charme du p'tit homme.
+
+--Peut-être bien, monsieur le docteur, mais je ne sais pas ce que cela
+veut dire.
+
+--Tu n'es pas bête, mon petit ami. De plus, tu es courageux et bon, je
+t'en fais mon compliment.
+
+--On est comme on est, monsieur le docteur, et on n'a pas grand mérite à
+cela! Le bon Dieu nous fait comme il veut; moi je suis laid, et ce
+petit-là est beau; il est faible, et je suis fort; mais il est riche, et
+moi je suis pauvre.
+
+--Sais-tu lire, mon garçon?
+
+--Ma fine, non, monsieur, et c'est mon grand chagrin; il faut que des
+étrangers écrivent chaque semaine à mes parents depuis que je suis à
+Paris. Que voulez-vous? les vieux ne m'ont rien appris; je ne sais que
+les aimer!»
+
+La voiture roulait depuis un quart d'heure environ. Jacquot rêvait; mais
+ayant par hasard jeté les yeux autour de lui, il poussa une exclamation
+de surprise.
+
+«Qu'y a-t-il donc, mon petit ami?
+
+--Nous sommes donc rue de Rivoli?
+
+--Mais oui. D'où vient cet étonnement?
+
+--C'est que je connais le petit; c'est le fils d'une baronne qui demeure
+au numéro 140 dans cette belle rue.
+
+--En effet.
+
+--Cela m'est revenu tout d'un coup en passant devant la boutique où j'ai
+remarqué la poupée garnie de dentelle d'or que je rapporterai à ma
+petite soeur!»
+
+
+
+
+VI
+
+
+La baronne s'était précipitée au-devant de son fils: elle était aussi
+pâle que lui. Le docteur portait l'enfant avec précaution et traversait
+les vestibules, les galeries, les boudoirs et les salons, suivi de
+Jacquot, qui n'osait pas poser ses pieds à terre, tant les parquets
+étaient luisants.
+
+«Si seulement j'avais mes souliers vernis!» pensait-il.
+
+Le petit Léo était étendu sur une chaise longue, dans la chambre de sa
+mère; la baronne, à genoux devant lui, tenait une de ses mains, qu'elle
+couvrait de baisers, et le docteur, de l'autre côté du malade, attendait
+que se produisît l'effet des applications de moutarde.
+
+Jacquot, droit comme un I dans l'angle de la vaste chambre, tâchait de
+se faire oublier.
+
+«Votre fils revient à lui, madame, murmura le docteur. La commotion a
+été si violente que peut-être aura-t-il quelque peine à rassembler ses
+idées. Ne vous effrayez pas, je vous en prie, de l'incohérence de ses
+paroles.
+
+--Hélas! docteur, j'y suis habituée, repartit la baronne: mon pauvre
+enfant, à huit ans, n'a guère plus d'intelligence qu'un bébé de deux
+ans, et son apparence n'est certes pas celle d'un garçon de son âge.
+
+--A la suite de quelle maladie a-t-il perdu ses facultés?
+
+--Ce n'est pas après une maladie, docteur, mais après une chute terrible
+qu'il fit, il y a six ans, en se précipitant par une fenêtre de toute la
+hauteur d'un premier étage.
+
+--Dans ce cas, madame, vous pouvez encore conserver quelque espoir, et
+peut-être un jour...»
+
+Léo avait ouvert les yeux; il les promenait avec curiosité sur les
+tentures, sur les meubles, sur sa mère, sur le docteur.
+
+«Où est le petit garçon? demanda-t-il d'une voix très nette et très
+claire.
+
+--Quel petit garçon, mon amour? lui répondit la baronne, qui pressentait
+le délire dans cette question bizarre.
+
+--Celui qui m'a pris dans ses bras.
+
+--Quand donc, mon chéri?
+
+--Aux Champs-Élysées, quand je suis tombé sous les pieds des chevaux.
+
+--Que veut-il dire, docteur?
+
+--La vérité, madame la baronne. Il était tombé au milieu de la chaussée,
+sous les roues des voitures et sous les sabots des chevaux. C'en était
+fait de lui, quand un jeune garçon, un enfant aussi, mais vigoureux et
+dévoué, l'a arraché à une mort certaine.
+
+--Et cet enfant, docteur, ce brave garçon, où est-il?
+
+--Là, là, maman! derrière les rideaux! il se cache!
+
+--Approche, mon garçon, lui dit le docteur; viens serrer la main à celui
+qui sans toi n'aurait jamais revu sa mère.»
+
+Jacquot s'approchait en tremblant; lui si hardi, il se sentait troublé
+par la douleur de la jeune mère, par l'égarement du petit malade, et
+aussi par toutes les pendules qui sonnaient à la fois cinq heures, comme
+pour le narguer.
+
+«J'ai déjà vu ce garçon, reprit la baronne en considérant attentivement
+Jacquot, qui sautait d'un pied sur l'autre, regrettant plus que jamais
+ses souliers vernis!
+
+--Maman, c'est lui qui t'a vendu des roses!
+
+--Oui, oui, le protégé de la gentille Giselle; je me le rappelle. Ah!
+mon ami, sois béni: sans toi, je perdais mon fils, mon seul bonheur, mon
+seul espoir, car je n'ai plus que lui en ce monde!
+
+ [Illustration: Jacquot s'approchait en tremblant.]
+
+--Madame la baronne... balbutia Jacquot.
+
+--Que ferons-nous jamais pour te récompenser, pour te remercier, veux-je
+dire? Comprends-tu? Sans toi, j'aurais perdu mon fils, mon Léo! Non, tu
+es trop jeune, tu ne connais pas encore la douleur! Tu ne me comprends
+pas! Ah! cher petit! pense donc au désespoir de ta mère si le malheur te
+frappait un jour!
+
+--Les autres consoleraient la mère, reprend Jacquot, plus fier que
+jamais de sa nombreuse famille; elle n'a pas qu'un seul petit, la mère!
+
+--Ah! mon enfant! les caresses de tous ne consolent pas de la perte d'un
+seul!»
+
+Ému de la tristesse de cette femme belle, jeune et riche, dont l'amour
+est concentré sur la tête d'un enfant chétif, inintelligent et maladif,
+le docteur rapproche les deux garçons dans une étreinte affectueuse; il
+joint leurs mains, il entraîne leurs coeurs unis par un sentiment de
+reconnaissance et de dévouement!
+
+«Vous n'avez pas de frère, monsieur Léo, eh bien! il faudra aimer
+Jacquot.
+
+--Je l'aime, répond l'enfant.
+
+--Il viendra vous voir souvent, il jouera avec vous, il vous contera des
+histoires...
+
+--Non, non, non! s'écria Léo en pleurant.
+
+--Comment! vous ne voulez plus le revoir?
+
+--Je ne veux plus le quitter.
+
+--Comment cela, mon petit ami? Vous ne savez pas que Jacquot a besoin de
+travailler, de gagner sa vie; il n'est pas riche comme vous!
+
+--Je partagerai avec lui!
+
+--Voyons, mon enfant, soyez raisonnable.
+
+--Je l'aime! répéta l'enfant.
+
+--C'est très vilain d'être entêté, monsieur Léo!
+
+--Je l'aime!...
+
+--Mais enfin vous ne le connaissez pas!
+
+--Je l'aime!...»
+
+Le docteur était vraiment fort embarrassé. Jacquot, assis sur une petite
+chaise auprès de Léo, lui rendait ses caresses et le berçait doucement,
+comme une mère qui console son bébé. En réalité, il était bien mal à son
+aise; car il pressentait le dénouement inévitable de cette scène, et il
+se disait, tout en souriant à Léo:
+
+«La baronne va me flanquer à la porte, c'est sûr! Il est bientôt six
+heures; en courant bien fort, je n'arriverai qu'à sept heures au
+boulevard; j'aurai manqué mes clients; mam'selle Giselle sera inquiète,
+elle me grondera, et, ce qui me chiffonne le plus, je ne reverrai jamais
+ce pauvre petit, qui tout de même est bien un peu à moi!
+
+--Tu ne me quitteras plus, dis, Jacquot? répétait Léo à travers ses
+larmes. Dis, Jacquot, dis donc?... Tu seras là quand les méchants
+chevaux voudront me tuer, dis, Jacquot? Tu me prendras dans tes bras,
+dis, Jacquot? Tu m'enlèveras encore au milieu des voitures et tu me
+rapporteras à maman? Dis, Jacquot, dis... dis!
+
+--Oui, monsieur Léo, j'espère bien que je serai toujours là pour vous
+rendre service, mais il n'y a plus de danger! Vous ne sortirez plus avec
+cette grande bavarde qui vous aurait laissé écraser par bêtise.
+
+--Je ne sortirai qu'avec toi, Jacquot!
+
+--Ah! par exemple, monsieur Léo! Voilà une drôle d'idée! Qu'est-ce qu'on
+dirait en vous voyant si fiérot, avec vos jolies culottes courtes, votre
+petite veste, votre cravate de satin et vos bottines vernies, à côté
+d'un petit malheureux mal habillé et chaussé de gros souliers à clous!
+On rirait!
+
+--On n'a pas regardé comment tu étais vêtu tantôt aux Champs-Élysées! Et
+on ne riait pas, quand tu as risqué de te faire écraser pour te
+précipiter à mon secours!»
+
+La baronne avait gardé un silence impénétrable depuis le début de cet
+entretien, et le docteur, silencieux lui-même, écoutait le bavardage des
+enfants en observant Léo avec une surprise mêlée d'intérêt.
+
+Le ton, la voix, la physionomie de l'enfant démentaient l'aveu cruel que
+la douleur avait arraché à sa mère, alors qu'il n'avait pas encore
+repris connaissance. L'affection étincelait dans son regard fixé sur
+Jacquot; la logique de ses réponses, la ténacité de son désir, la
+lucidité de son esprit, annonçaient le réveil de l'intelligence dans ce
+petit cerveau engourdi jusque-là. Cet innocent, comme disait sa
+gouvernante, secouait la torpeur qui l'accablait; encore quelques
+efforts, et son esprit sortirait des ténèbres; et la divine
+reconnaissance briserait les derniers liens qui garrottaient encore son
+âme.
+
+«Me pardonnez-vous, madame, murmura le docteur à voix basse, d'avoir
+fait appel, dans le coeur de votre fils, aux sentiments qui l'exaltent
+si violemment? Me pardonnez-vous la situation difficile dans laquelle
+mon imprudence vous met vis-à-vis du sauveur de M. Léo?
+
+--Je ne vous comprends pas, docteur, répondit la baronne, qui, s'étant
+levée, s'approchait doucement du groupe attendrissant des deux garçons.
+Que parlez-vous de pardon, d'embarras, d'imprudence, que sais-je? De ma
+situation vis-à-vis de Jacquot? Ah! je sens bien tout ce que je lui
+dois, à ce cher garçon! Ne m'a-t-il pas rendu deux fois mon fils en ce
+beau jour? N'a-t-il pas sauvé et sa vie et son âme?
+
+--Tu ne nous quitteras plus, répétait Léo pour la vingtième fois; tu
+vivras avec nous; n'est-ce pas, maman?
+
+--Je vais écrire à tes parents, mon cher garçon, répondit la baronne, et
+je leur demanderai de te laisser auprès de nous.
+
+--Ma fine! je savais bien que les richards de Genève possèdent maison de
+ville et maison de campagne, murmura Jacquot, dont l'émotion ne
+paralysait pas la gaieté naturelle, mais moi, je serai encore plus
+richard qu'eux tous, puisque j'aurai famille de ville et famille de
+campagne!
+
+«Ce qui m'étonne, ce n'est pas d'avoir un frère de plus, ajouta-t-il en
+se précipitant dans les bras que lui tendait la baronne, ça peut arriver
+tous les jours! Mais je n'avais jamais pensé que le bon Dieu serait
+assez généreux pour me donner deux mamans!»
+
+ * * * * *
+
+Autour de la grande caisse arrivée de Paris, les vieux et les enfants
+poussent des cris de surprise et de joie. Jacquot, devenu Jacques, n'a
+oublié aucune de ses promesses. Il y a bien la poupée pour Jeannette, le
+tablier de soie pour Claudine, la croix d'or pour Rosette. Il y a aussi
+la robe à carreaux pour le dernier-né, les souliers vernis pour Pierrot,
+la montre d'argent pour l'aîné! Il y a encore l'habit bleu, la culotte
+jaune et le gilet à fleurs pour le père. Il y a enfin un bel acte signé
+et paraphé par le notaire de Sion, qui déclare que la petite maisonnette
+de la vallée appartient désormais à la bonne Gertrude. Jacques a pensé à
+tout le monde, chacun a son cadeau, et cependant tout au fond de la
+caisse il reste encore quelque chose: un petit rouleau blanc qu'entoure
+une faveur. Sur une belle feuille de papier satiné, une main inhabile et
+tremblante a tracé en gros caractères ces mots, que Gertrude épelle tout
+en pleurant:
+
+_Que le bon Dieu protège les parents d'un heureux p'tit homme!_
+
+
+
+
+ FIN
+
+
+
+
+ SOCIÉTÉ ANONYME D'IMPRIMERIE DE VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE
+ Jules BARDOUX, Directeur.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Un p'tit homme, by Paul Lacroix
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UN P'TIT HOMME ***
+
+***** This file should be named 32244-8.txt or 32244-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/3/2/2/4/32244/
+
+Produced by Carol Ann Brown, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
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+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+redistribution.
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
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+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
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+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
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+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
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+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
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+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
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+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
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+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
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+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
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+received the work on a physical medium, you must return the medium with
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+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
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+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+ The Project Gutenburg ebook of Un P'tit Homme, by Paul Lacroix.
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+The Project Gutenberg EBook of Un p'tit homme, by Paul Lacroix
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+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Un p'tit homme
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+Author: Paul Lacroix
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+Illustrator: A. Ferdinandus
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+Release Date: May 4, 2010 [EBook #32244]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UN P'TIT HOMME ***
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+Produced by Carol Ann Brown, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
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+<div class="p4 figcenter"><img src="images/img1.jpg" width="467" height="750"
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+P'TIT HOMME</h2>
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+Jules <span class="smcap">Bardoux</span>, Directeur.</h6>
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+<h1 class="p4">UN<br />
+P'TIT HOMME</h1>
+
+<h5>PAR</h5>
+<h3>LE BIBLIOPHILE JACOB</h3>
+
+<hr class="c10" />
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+<h5>ILLUSTRATIONS DE A. FERDINANDUS</h5>
+
+<div class=" p2 figcenter"><img src="images/img4.jpg" width="300" height="192" alt="Illustration" title="" /></div>
+
+<h4 class="p2">PARIS</h4>
+<h5>LIBRAIRIE CH. DELAGRAVE<br />
+15, <span class="smcap">rue soufflot</span>, 15</h5>
+
+<hr class="c5" />
+<h5>1889</h5>
+
+<p class="p4"></p>
+
+<h3>UN</h3>
+<h1>P'TIT HOMME</h1>
+
+<hr class="c10" />
+
+<h3 class="p3">I</h3>
+
+<p class="p2">Jacquot était venu à Paris, quittant ses pauvres parents surchargés de
+famille, et il avait promis à sa mère, dans un dernier baiser, de
+devenir riche, bien riche, avec des beaux écus tout neufs, afin
+d'acheter la maisonnette dont on avait bien de la peine à payer le
+loyer: soixante francs par an!</p>
+
+<p>Il avait promis à son père de lui rapporter un beau vêtement bien chaud,
+un habit bleu, une culotte jaune et un gilet à fleurs!</p>
+
+<p>Il avait promis à sa grande s&oelig;ur une jolie croix d'or; à son frère
+aîné, une grosse montre d'argent; à Pierrot, des souliers tout
+reluisants, comme on en voit aux messieurs de Genève; à Claudine, un
+tablier de soie; à Jeannette, une belle poupée avec des dentelles
+dorées, et au petit frérot qui ne marchait pas encore, une robe en
+flanelle ornée de raies rouges.</p>
+
+<p>Voilà bien des promesses! et Jacquot n'est pas Gascon, puisqu'il est né
+à Martigny, en Suisse: son père travaille, sa mère travaille, les frères
+et s&oelig;urs imitent les vieux: Jacquot veut travailler aussi!</p>
+
+<p>Mais il rêve de devenir riche comme maître Antoine, le sabotier de la
+vallée, qui a marié ses filles avec de grosses dots: au moins trois
+cents francs à chacune, oui-da! Eh bien! ce sera lui qui dotera ses
+s&oelig;urs: la belle Rose, la gentille Claudine, la mignonne Jeannette,
+et les autres encore, si le bon Dieu lui en envoie d'autres.</p>
+
+<p>La bonne Gertrude a bien pleuré en se séparant de «son p'tit homme» si
+gai, si tendre, si malin et si jeune, hélas!</p>
+
+<p>Neuf ans! il n'a que neuf ans; et le laisser partir tout seul pour
+Paris, le gouffre terrible où les enfants se perdent!</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img8.jpg" width="635" height="478" alt="Illustration:
+Jacquot rêve de devenir riche." title="" /></div>
+
+<p>Mais Jacquot a son idée: il veut aller là où l'argent roule, là où l'or
+reluit! Il veut faire une moisson de jaunets, et revenir ensuite se
+fixer dans la douce vallée, au sein de sa famille, dont il aura fait le
+bonheur.</p>
+
+<p>«Ah! notre homme, s'écriait Gertrude, vas-tu bien permettre qu'il s'en
+aille? Que deviendra-t-il à Paris? Ne te rappelles-tu pas que la fille
+de notre cousine la Boitelle est partie un jour comme lui, et qu'elle
+n'est pas revenue?</p>
+
+<p>&mdash;C'était une fille, ma femme, et les filles, c'est plus susceptible que
+les garçons.</p>
+
+<p>&mdash;Et le Colas au père Joseph, est-ce qu'il n'est pas mort de maladie à
+la grande ville?</p>
+
+<p>&mdash;Si fait, la femme, mais il faut avoir confiance dans la bonté divine:
+notre garçon reviendra bientôt.</p>
+
+<p>&mdash;Oui, maman, je reviendrai, je t'assure, si bien attifé que tu ne me
+reconnaîtras même plus! On dira dans la vallée: «Qui donc c'est ce «beau
+p'tit homme» si coquet, avec un grand chapeau aussi haut que le clocher
+de l'église et un habit dont les queues lui balayent les talons?» Et
+moi, frérot, tout comme un vrai monsieur, je traverserai la place en me
+dandinant, avec un joli bâton à la main, et traînant dans la poussière
+mes souliers si brillants que nos poules et nos canards viendront s'y
+mirer comme dans une glace. Pas vrai, maman, que ce sera gentil?</p>
+
+<p>&mdash;Oui, mon p'tit homme, ce sera gentil quand tu seras revenu, mais c'est
+bien triste au moment où tu pars!»</p>
+
+<p>Tout ce que Gertrude a pu obtenir, c'est que l'enfant fît le voyage avec
+un vieil habitant de Martigny qui allait à Paris pour affaires de
+succession. C'était un voisin, un ami, et pendant les deux jours qu'il
+devait passer à la ville, il installerait l'enfant chez des pays qui
+logeaient dans un quartier populeux.</p>
+
+<p>Ce fut la première déception de Jacquot, qui comptait s'en aller tout
+seul et faire le «p'tit homme» dans les troisièmes classes du chemin de
+fer! Il fallut bien obéir à la volonté de ses parents, qui ne l'auraient
+pas laissé partir sans cela.</p>
+
+<p>Le trajet est long en troisième, dans les trains omnibus qui s'arrêtent
+à toutes les stations, long et fatigant; mais l'enfant s'endormait,
+allongé sur les genoux de ses voisins, qui le trouvaient gentil, et
+quand il s'éveillait, bien reposé, il se retrouvait gaillard et dispos,
+mourant de faim, aiguillonné par la curiosité et l'impatience,
+questionnant sans cesse, ne s'étonnant de rien et riant de tout.</p>
+
+<p>«Dites donc, monsieur, demandait-il à un grand jeune homme pâle qui
+était assis à son côté, est-ce que vous êtes de Paris, vous?</p>
+
+<p>&mdash;Non, mon petit ami, je suis de Lyon (et il prononçait Li-yon).</p>
+
+<p>&mdash;Ah! et qu'est-ce qu'on fait à Lyon?</p>
+
+<p>&mdash;Je ne sais pas; moi, je suis dans la soierie.</p>
+
+<p>&mdash;Est-ce que vous êtes tous pâles comme ça dans la soierie? Alors, ce
+n'est pas un métier pour moi, parce qu'il faut que je rapporte chez nous
+mes belles couleurs que maman aime tant. Et ce gros monsieur si rougeaud
+en face de nous, qu'est-ce qu'il fait?</p>
+
+<p>&mdash;Je ne sais pas. Demande-le-lui toi-même.</p>
+
+<p>&mdash;Est-ce que vous êtes de Paris, monsieur? reprenait Jacquot sans se
+déconcerter.</p>
+
+<p>&mdash;Non, mon garçon, je suis de Beaune, le pays du bon vin!</p>
+
+<p>&mdash;Oui-da; c'est le bon vin alors qui vous allume les joues comme une
+chandelle?</p>
+
+<p>&mdash;Tu l'as dit, garçon, c'est le bon vin!</p>
+
+<p>&mdash;Alors, ce n'est pas mon affaire non plus, puisque je ne bois que de
+l'eau. Et cette dame qui est là-bas dans le coin avec un enfant dans les
+bras; est-ce qu'elle est de Paris?</p>
+
+<p>&mdash;Non, mon petit, répondit la voyageuse en souriant; j'habite Montereau.</p>
+
+<p>&mdash;Montereau, connais pas!</p>
+
+<p>&mdash;Tu ne connais pas Montereau et son beau pont de pierre, que
+l'assassinat de Jean sans Peur a rendu célèbre?</p>
+
+<p>&mdash;On a assassiné Jean! s'écria Jacquot.</p>
+
+<p>&mdash;Mais oui; Jean sans Peur.</p>
+
+<p>&mdash;Et il n'avait pas peur quand on l'a assassiné? Eh bien! ça lui
+apprendra à être plus prudent une autre fois!</p>
+
+<p>&mdash;Quel drôle de gamin! reprenaient tous les voyageurs, qui s'amusaient
+de ses reparties et de sa gaieté.</p>
+
+<p>&mdash;Il ne reste plus que cette jeune fille qui a l'air si triste, et qui
+dort depuis la dernière station, à laquelle je n'ai pas demandé si elle
+est de Paris.</p>
+
+<p>&mdash;Tu es trop curieux, gamin!</p>
+
+<p>&mdash;On n'est jamais trop curieux quand on cherche à s'instruire! Moi, je
+n'ai rien appris; je ne sais ni lire ni écrire; il faut bien que je
+profite des leçons qu'on a données aux autres.</p>
+
+<p>&mdash;Tu es un drôle de «p'tit homme», c'est moi qui te le dis, s'écria en
+riant le Bourguignon qui avait le teint fleuri, et tu iras loin, j'en
+suis certain!</p>
+
+<p>&mdash;Pas plus loin que Paris, n'est-ce pas, monsieur, et mêmement, comme je
+ne le connais pas, vous aurez la bonté de me prévenir quand nous serons
+arrivés.»</p>
+
+<h3 class="p3">II</h3>
+
+<p class="p2">La seconde déception de Jacquot l'attendait à Paris. Son vieux compagnon
+le conduisit dans une horrible rue étroite et sale, encombrée et puante;
+il le fit entrer dans une maison noire, au seuil de laquelle, comme une
+échelle appuyée au mur, se dressait un escalier interminable, dont les
+marches tombaient en ruine, et dont la rampe graisseuse était à peine
+soutenue par des barres de fer tordues et rouillées.</p>
+
+<p>Le grenier dans lequel on logea le vieillard et l'enfant était obscur;
+des poutres surchargées de lattes humides le traversaient en tout sens,
+et dans un coin des vieilles paillasses crevées, du ventre desquelles
+sortaient des longues brindilles de foin, étaient le lit qu'offrait leur
+hôte aux voyageurs dont la bourse était légère.</p>
+
+<p>«Et maintenant, que comptes-tu faire? demanda le voisin de Gertrude à
+son protégé, lorsqu'ils se réveillèrent le lendemain matin.</p>
+
+<p>&mdash;Ma foi, père Lenoir, répondit Jacquot en se secouant comme une poule
+réveillée par les hurlements d'un loup, je compte tout d'abord faire
+connaissance avec la grande ville qui va m'enrichir.</p>
+
+<p>&mdash;Tu crois donc de bonne foi que tu deviendras riche ici?</p>
+
+<p>&mdash;Mais oui, père Lenoir; sans cela j'aurais continué à vivre avec les
+vieux, à profiter de leur travail, à les aider un brin, et je ne me
+serais pas privé des caresses de ma bonne mère!</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img18.jpg" width="400" height="597"
+alt="Illustration: Son vieux compagnon le conduisit dans une horrible
+rue." title="" /></div>
+
+<p>&mdash;Alors, mon petit, si cela t'amuse, viens avec moi: nous ferons
+ensemble visite au notaire de M. Lenoir, ce pauvre cousin qui s'est
+laissé mourir sans enfant, ce qui fait que j'hérite de tout son bien,
+moi qui ne l'ai jamais vu.</p>
+
+<p>&mdash;Et de combien d'écus héritez-vous, père Lenoir?</p>
+
+<p>&mdash;Ma fine! je n'en sais rien; tu l'apprendras en même temps que moi.»</p>
+
+<p>La somme était grosse, vraiment: soixante mille francs, tout rond! Trois
+mille francs à dépenser par an, deux cent cinquante francs par mois,
+plus de huit francs à manger dans un seul jour!</p>
+
+<p>Pendant quarante-huit heures, la vie fut belle pour Jacquot! Le père
+Lenoir oublia sa parcimonie habituelle, et une soixantaine de francs au
+moins s'échappèrent du gros sac de toile que lui avait remis M<sup>e</sup> Ledru.</p>
+
+<p>L'enfant visita les Champs-Élysées, où le beau monde se promenait en
+brillants équipages, au milieu d'une cohue de bonnes et d'enfants
+piétinant sur les trottoirs; il visita les quais envahis par les
+bouquinistes, les boulevards encombrés de tables et de chaises, les
+places, les avenues, où la foule était si compacte qu'on avait peine à
+avancer. Il parcourut encore les Tuileries, le Luxembourg, les squares;
+il s'arrêtait devant les monuments publics, demandant leurs noms et s'en
+faisant expliquer le but et l'utilité par les passants, qu'il abordait
+poliment, sa casquette à la main. Quand le vieux Lenoir lui fit ses
+adieux à la gare de Lyon, le troisième jour après leur arrivée, Jacquot
+connaissait «son Paris» sur le bout du doigt.</p>
+
+<p>«Cela me peine de te quitter, petit, lui dit le vieillard; je t'aime de
+tout mon c&oelig;ur; ta drôlerie me réjouit, ta jeunesse me rajeunit. Il
+le faut, cependant, à moins que tu ne veuilles t'en retourner avec moi,
+et dans ce cas-là je te payerai volontiers le voyage.</p>
+
+<p>&mdash;Ah! merci! non! papa Lenoir, je suis venu à Paris pour travailler, je
+vais me mettre tout de suite à l'ouvrage.</p>
+
+<p>&mdash;Mais que vas-tu faire? tu as donc une idée?</p>
+
+<p>&mdash;Ma foi, monsieur Lenoir, je n'en ai qu'une: rapporter beaucoup
+d'argent à Martigny.</p>
+
+<p>&mdash;Prends garde à toi, pauvre petit oiseau, dans ce pays où il y a tant
+de serpents et de renards!</p>
+
+<p>&mdash;Bah! bah! n'ayez peur; les serpents rampent, les renards courent, mais
+les oiseaux volent!</p>
+
+<p>&mdash;Adieu donc, petit, et bonne chance, reprit le bonhomme en embrassant
+son compagnon; accepte ce petit souvenir d'un ami qui part, et envoie de
+tes nouvelles au pays. Notre vieux logeur du faubourg écrira volontiers
+tes lettres.</p>
+
+<p>&mdash;Merci bien, monsieur Lenoir! vous êtes bon, je ne vous oublierai pas.
+Vous serez toujours dans mes prières à côté du père, de la mère et des
+frères et s&oelig;urs. Donnez-leur bien le bonjour à tous, et dites au
+père que j'ai déjà vu, dans une belle rue, le gilet à ramages que je lui
+rapporterai.»</p>
+
+<p>Et Jacquot se trouva vraiment seul à Paris!</p>
+
+<p>C'est alors qu'il songea à ouvrir le petit papier que lui avait remis M.
+Lenoir. Il y trouva deux belles pièces d'or, pareilles à celles que,
+trois fois en deux jours, il avait vu changer par l'héritier de M.
+Lenoir à Paris. Deux pièces d'or! une fortune! Il se promit bien de n'y
+pas toucher tant que durerait son petit magot, soit une quinzaine de
+francs qui lui restaient, son voyage une fois payé, ainsi qu'une semaine
+d'avance à son garni.</p>
+
+<p>Il employa sa première journée, car il était grand matin, à parcourir de
+nouveau Paris, «mon Paris», comme il disait, et il fit une observation
+qui lui parut intéressante pour la réussite de ses projets.</p>
+
+<p>Jacquot remarqua que le public du matin ne ressemblait nullement au
+public de l'après-midi. Le long des boulevards, depuis la Bastille
+jusqu'à la Madeleine, il rencontra surtout des ouvrières avec des
+cartons, des garçons de magasin chargés de paquets, des bonnes en
+tablier blanc, un panier au bras; des petites voitures poussées par des
+vieilles femmes en cornette, vendant les légumes et les fruits de la
+saison; des jeunes filles assises au coin des grandes rues, devant un
+léger établi, séparant les bottes de roses, et tournant prestement le
+fil blanc autour de leurs petits bouquets; des balayeurs armés d'énormes
+balais, nettoyant les ruisseaux et éclaboussant les trottoirs: partout
+l'animation, le travail, la vie. Mais plus de beaux messieurs gantés de
+gris-perle, chaussés des fameux souliers vernis que rêvait notre héros;
+plus de dames en grande toilette avec des ombrelles rouges comme les
+parapluies des fermières de la Suisse; plus de nourrices aux longs
+rubans flottants; plus de bébés roses et blancs, les jambes et les bras
+nus; plus de voitures découvertes; plus de valets poudrés
+majestueusement, assis sur les sièges à gros glands; plus de cavaliers
+élégants galopant sur des chevaux de race. Le Paris mondain, le Paris
+brillant, le Paris oisif avait fait place au Paris travailleur.</p>
+
+<p>«Il paraît qu'ici on gagne le matin l'argent qu'on dépense le tantôt, se
+dit Jacquot: c'est bon; mais moi qui n'ai pas de temps à perdre, je
+tâcherai d'en gagner toute la journée.»</p>
+
+<p>Gagner de l'argent! voilà son rêve; mais quels moyens avait-il pour le
+réaliser?</p>
+
+<p>Il commence le soir, en rentrant, par glisser dans sa ceinture de cuir
+les deux pièces d'or du père Lenoir; puis, ayant soupé des provisions
+que le brave homme lui avait laissées, il s'endormit tout d'un somme
+jusqu'au lendemain matin.</p>
+
+<p>Son réveil fut triste! Personne à qui dire bonjour, personne à
+embrasser, personne pour faire la causette! De grosses larmes montèrent
+aux yeux du petit abandonné, qui murmura cependant:</p>
+
+<p>«Bonjour, maman! Bonjour, Notre-Seigneur! Protégez-moi toute la
+journée!»</p>
+
+<p>Et, plongeant sa tête dans le baquet d'eau claire que le logeur lui
+montait chaque jour, il se débarbouilla avec soin, frotta ses mains
+l'une contre l'autre, et, sans l'aide d'aucun savon, il se trouva tout
+propre, les cheveux collés aux tempes, le teint frais, le regard vif, la
+mine éveillée et le c&oelig;ur content.</p>
+
+<p>«Salut, madame et la compagnie, dit-il à une grosse femme qui se tenait
+dans la salle du rez-de-chaussée.</p>
+
+<p>&mdash;Tiens! c'est toi, petit, reprit la logeuse, as-tu bien dormi?</p>
+
+<p>&mdash;Couci-couça, madame; votre paillasse ne vaut pas mon petit lit de
+fougère! Mais bah! on se fait à tout dans ce monde!</p>
+
+<p>&mdash;C'est vrai, il n'y a qu'une paillasse là-haut. Eh bien! j'y joindrai
+un méchant matelas qui ne nous sert pas dans ce moment, pour la peine
+que tu ne t'es pas plaint de ton coucher.</p>
+
+<p>&mdash;Je vous remercie bien; je regrette seulement que le vieux père Lenoir
+n'ait pas profité du matelas avant moi.</p>
+
+<p>&mdash;C'est bien de respecter les vieux, Jacquot!</p>
+
+<p>&mdash;Je les respecte, reprit doucement le p'tit homme, parce que j'espère
+que les autres enfants respecteront mes vieux parents.»</p>
+
+<h3 class="p3">III</h3>
+
+<p class="p2">Jacquot se dirigea en courant vers le boulevard Poissonnière. Arrivé au
+coin du faubourg, il ralentit le pas et attendit. Une gentille
+bouquetière, qui préparait son étalage en causant avec la marchande de
+journaux, remarqua bientôt ce petit garçon, dont la mine futée,
+l'&oelig;il aux aguets et la physionomie éveillée faisaient oublier la
+laideur.</p>
+
+<p>Car Jacquot était laid, ce qui s'appelle laid: un gros nez épaté, des
+petits yeux tout ronds, un front bombé, une bouche énorme et une peau
+mouchetée de taches de rousseur. Par exemple, son nez, sa bouche, ses
+yeux, tout riait en lui: il avait l'air content; il respirait à pleins
+poumons; il s'épanouissait sur les boulevards, comme si les boulevards
+lui avaient appartenu.</p>
+
+<p>«Qu'est-ce que tu attends donc là, mon petit ami? lui demanda la
+gentille fleuriste.</p>
+
+<p>&mdash;J'attends qu'il tombe de l'argent pour le ramasser, mam'selle!</p>
+
+<p>&mdash;Alors tu attendras longtemps, reprit la jeune fille en riant.</p>
+
+<p>&mdash;Je suis patient, et puis je ne suis pas pressé.</p>
+
+<p>&mdash;Alors, si tu n'es pas pressé, veux-tu me rendre un petit service?</p>
+
+<p>&mdash;Très volontiers, mam'selle.</p>
+
+<p>&mdash;Veux-tu courir jusqu'au numéro 5 du faubourg Montmartre, monter au
+deuxième, sonner à gauche, et dire à la bonne qui t'ouvrira: «M<sup>lle</sup>
+Giselle enverra le bouquet à quatre heures?...»</p>
+
+<p>&mdash;C'est tout?</p>
+
+<p>&mdash;Oui, n'oublie pas: M<sup>lle</sup> Giselle...</p>
+
+<p>&mdash;Enverra le bouquet à quatre heures! ajouta l'enfant, qui prit ses
+jambes à son cou dans la direction de la Bastille.</p>
+
+<p>&mdash;Eh! petit! Eh! là-bas!... cria la fleuriste, qui désespérait de se
+faire entendre, quand elle vit Jacquot s'arrêter soudain et revenir sur
+ses pas.</p>
+
+<p>&mdash;Pardon, mam'selle, dit-il en arrivant tout essoufflé, mais j'ai oublié
+de vous demander où se trouvait le faubourg Montmartre?</p>
+
+<p>&mdash;Mais là, de ce côté, la seconde rue, petit bêta; tu ne connais donc
+pas Paris?</p>
+
+<p>&mdash;Moi, par exemple! le faubourg Montmartre! je ne connais que ça!
+puisque c'est là que j'ai vu le gilet à ramages que je rapporterai à
+papa.»</p>
+
+<p>Cette fois le petit commissionnaire ne se trompa pas, et lorsqu'il
+reparut, tout rouge, les yeux brillants et le front humide, la jolie
+bouquetière le gronda de s'être tant hâté.</p>
+
+<p>«Mam'selle, voilà quatre sous que la bonne m'a donnés pour la
+commission.</p>
+
+<p>&mdash;Eh bien, garde-les.</p>
+
+<p>&mdash;Pourquoi donc? l'argent est à vous, puisque c'est votre commission.</p>
+
+<p>&mdash;Comment! ma commission... mais c'est toi qui l'as faite, mon garçon,
+et l'argent est pour ta peine.</p>
+
+<p>&mdash;Tiens! tiens! tiens! quand on se promène dans les belles rues, on
+reçoit de l'argent pour sa peine! Quelle drôle de vie que Paris! A
+Martigny, quand M<sup>me</sup> Gervais me criait: «Eh! Jacquot, cours donc à la
+forge pour prévenir Gervais que la soupe est servie!» elle ne me donnait
+rien pour ça; et quand la Tontaine me faisait porter sa bottée de pommes
+de terre, elle me bougonnait tout le temps, quand elle ne me flanquait
+pas une torgnole!</p>
+
+<p>&mdash;Tu vois bien qu'elle te donnait quelque chose, répondit en riant M<sup>lle</sup>
+Giselle. A chacun sa manière!</p>
+
+<p>&mdash;Alors j'aime mieux les manières de Paris, et quand vous aurez des
+courses à faire, mam'selle, me voici tout à votre service; ne l'oubliez
+pas.</p>
+
+<p>&mdash;Ça peut se trouver, mon garçon; le quartier est bon, le tout est de
+plaire aux clients; mais quand une fois on passe à l'état d'habitude, le
+reste va tout seul. Ne t'éloigne pas: je te prends sous ma protection.»</p>
+
+<p>S'éloigner! il n'y avait pas de danger!</p>
+
+<p>Jacquot a remarqué, les jours précédents, que, sur le coup de huit
+heures, une quantité d'hommes, de femmes et d'enfants se groupent devant
+la porte d'un restaurant à la mode, et que des garçons en souliers
+vernis, ayant du linge bien blanc et des petites vestes rondes comme la
+sienne leur remettaient à chacun un grand bol dont le contenu répand,
+dans une légère vapeur, les plus délicieux parfums!</p>
+
+<p>Il s'est bien promis de venir déjeuner là lorsque le père Lenoir sera
+parti, emportant dans son sac de toile le bel héritage du cousin de
+Paris.</p>
+
+<p>Le voilà donc, se faufilant dans les rangs, grâce à sa petite taille,
+poussant l'un, bousculant l'autre, plaisantant quand on se fâche,
+toujours poli, mais ne s'écartant jamais de son but, et jouant des
+coudes aussi facilement que de la langue, pour gagner une petite avance
+dans la foule compacte qui attend la distribution de la soupe.</p>
+
+<p>Son tour arrive enfin: un grand garçon aux favoris noirs taillés en
+côtelettes lui tend une soupière dont le fumet lui fait venir l'eau à la
+bouche, la faim et la gourmandise aidant. Il s'empare de son bien et se
+dirige vers l'établi de M<sup>lle</sup> Giselle, qui semble inquiète, regarde à
+droite et à gauche, frappe du pied et murmure à mi-voix:</p>
+
+<p>«Voyez un peu si elle viendra! Je ne puis pourtant pas abandonner mes
+fleurs et ma boutique à la grâce de Dieu!</p>
+
+<p>&mdash;Voulez-vous que je garde vos bouquets, mam'selle Giselle? Ce sera avec
+plaisir pour vous obliger.</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img34.jpg" width="655" height="558"
+alt="Illustration: Un grand garçon aux favoris noirs lui tend une
+soupière." title="" /></div>
+
+<p>&mdash;Tu ne bougeras pas de là, au moins, et s'il vient des clients, tu les
+prieras de repasser.</p>
+
+<p>&mdash;Soyez tranquille; vous me retrouverez à la même place avec ma soupe;
+seulement je ne vous promets pas qu'elle soit encore dans l'écuelle!</p>
+
+<p>&mdash;Bon appétit! Je cours chercher mon café, que la voisine ne m'apporte
+pas.»</p>
+
+<p>Et elle s'enfuit, légère et rieuse, tandis que Jacquot savoure
+gravement, avec des petits soupirs, des reniflements et des extases,
+l'ordinaire de la maison Brébant.</p>
+
+<p>«Où donc est Giselle, mon petit ami?»</p>
+
+<p>Jacquot, tiré brusquement de la béatitude qui suit un repas délectable,
+relève la tête et se trouve en présence d'une jeune femme vêtue de noir,
+tenant par la main un petit garçon qui paraissait triste et indifférent.</p>
+
+<p>«Mam'selle Giselle? c'est moi, madame.</p>
+
+<p>&mdash;Vous, vraiment! vous êtes bien changée depuis hier!</p>
+
+<p>&mdash;Voilà comme je suis quand je n'ai pas encore étrenné, madame; par
+exemple, si vous m'achetez mes belles roses, vous me reverrez ma figure
+de tous les jours!</p>
+
+<p>&mdash;Je serais curieuse de constater ce phénomène, reprit la dame, qui
+s'amusait de l'aplomb du p'tit homme: combien vos roses?</p>
+
+<p>&mdash;Dix francs, madame la baronne.»</p>
+
+<p>La visiteuse se retourne. Cette fois, c'est Giselle qui lui a répondu.</p>
+
+<p>«Eh bien! madame, avais-je raison? s'écrie Jacquot.</p>
+
+<p>«Mam'selle Giselle, j'ai vendu votre premier bouquet.</p>
+
+<p>&mdash;Quel drôle de gamin! Est-ce votre frère, Giselle?</p>
+
+<p>&mdash;Non, madame la baronne, je le vois aujourd'hui pour la première fois;
+il est gai, actif, intelligent, et je l'avais chargé de surveiller mes
+fleurs pendant que j'allais déjeuner.</p>
+
+<p>&mdash;C'est un enfant intéressant, murmure la baronne en soupirant. Giselle,
+vous le chargerez d'apporter à l'hôtel les roses qu'il m'a vendues.</p>
+
+<p>&mdash;Oui, madame la baronne.»</p>
+
+<p>Voilà comment la Providence, prenant les traits d'une fillette rieuse,
+décida tout d'un coup de la vocation de maître Jacquot.</p>
+
+<h3 class="p3">IV</h3>
+
+<p class="p2">«Oui, mam'selle, c'est décidé, je ne vous quitterai plus, je serai votre
+commissionnaire, à vous seule; je porterai vos bouquets et je garderai
+votre établi pendant que vous irez faire vos achats.</p>
+
+<p>&mdash;Non, mon ami, tu ne gagnerais pas assez, parce que je n'envoie pas
+souvent mes bouquets en ville; mais, sans te consacrer à mon service,
+reste sur notre boulevard; tu t'en trouveras bien; je te recommanderai à
+mes clients. A l'heure du déjeuner ou, le soir, au moment du dîner, nous
+trouverons bien de quoi fatiguer tes petites jambes!</p>
+
+<p>&mdash;Les fatiguer! reprit Jacquot; vous ne savez pas ce qu'elles valent.
+Elles ne sont si courtes que parce qu'elles sont trop bonnes! Quand la
+marchandise est de premier choix, elle coûte cher, et on la ménage!</p>
+
+<p>&mdash;Farceur, va!</p>
+
+<p>&mdash;Je ne vous offense pas, mam'selle, en plaisantant avec vous?</p>
+
+<p>&mdash;Au contraire, mon ami, et ta gaieté plaira aux bourgeois autant qu'à
+moi, j'en suis certaine. Les riches sont bons, vois-tu, ils sont
+généreux, ils aiment à secourir les malheureux; mais les airs tristes,
+les larmes, les soupirs, les ennuient! Tu as besoin de travailler; donc
+tu es pauvre?</p>
+
+<p>&mdash;Oh! non, mam'selle, ce n'est pas pauvreté; les vieux travaillent au
+pays, ils ne sont pas dans la misère.</p>
+
+<p>&mdash;Alors, pourquoi fais-tu des commissions?</p>
+
+<p>&mdash;Ah! je vais vous dire, c'est pour doter mes s&oelig;urs!</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img40.jpg" width="414" height="459" alt="Illustration:
+Giselle." title="" /></div>
+
+<p>&mdash;Doter tes s&oelig;urs! Ah! ah! ah! et combien as-tu de s&oelig;urs,
+monsieur le millionnaire?</p>
+
+<p>&mdash;J'en ai trois, répondit Jacquot, que les éclats de rire de la
+bouquetière interloquaient un peu.</p>
+
+<p>&mdash;Trois! rien que trois! Ah! ah! ah!</p>
+
+<p>&mdash;Mais il en viendra peut-être des autres!</p>
+
+<p>&mdash;Des autres! Ah! ah! ah! et combien leur donneras-tu à chacune? Cent
+mille francs?</p>
+
+<p>&mdash;Oh! non, mam'selle! Pas tant que ça! Je voudrais leur donner trois
+cents francs.</p>
+
+<p>&mdash;Eh bien! mon p'tit homme, reprit sérieusement M<sup>lle</sup> Giselle, cela te
+sera presque aussi difficile de gagner trois cents francs pour chacune
+de tes s&oelig;urs que de gagner trois cent mille francs!</p>
+
+<p>&mdash;Pourquoi donc cela? J'ai déjà quatre sous, et je cours chez votre
+baronne qui a l'air si triste: elle me donnera bien quatre sous encore?</p>
+
+<p>&mdash;Ah! tu auras davantage; c'est une bonne dame. Elle demeure 140, rue de
+Rivoli. Voici les roses, prends-en soin et dépêche-toi.»</p>
+
+<p>Jacquot avait l'air soucieux, il tournait et retournait le bouquet avec
+embarras.</p>
+
+<p>«Est-ce que vous voudriez bien me rappeler où elle est, la rue de
+Rivoli? Il y a tant de rues dans Paris que je les confonds un peu. A
+Martigny, il n'y en a qu'une; c'est plus facile à se rappeler.</p>
+
+<p>&mdash;C'est cette belle rue avec des arcades, là-bas, auprès du jardin des
+Tuileries; il faut prendre par...</p>
+
+<p>&mdash;C'est bon, c'est bon! la moitié de cela me suffit! La rue de Rivoli!
+je ne connais que ça! puisque c'est là que j'ai vu la belle poupée que
+je rapporterai à Jeannette!»</p>
+
+<p>Le petit commissionnaire était de retour avant dix heures.</p>
+
+<p>Il n'avait pas trouvé la baronne, mais un grand monsieur qui se
+promenait dans la cour de l'hôtel en culottes courtes, avec un habit et
+des boutons d'or, et qui lui avait donné vingt sous! un franc!</p>
+
+<p>«Un franc! qu'en dites-vous, mam'selle? Vous voyez bien que ça tombe,
+puisque depuis ce matin j'ai déjà ramassé vingt-quatre sous!»</p>
+
+<p>Un jeune élégant, qui achetait chaque matin une fleur à Giselle, envoya
+l'enfant rue Vivienne; un autre le chargea d'une lettre pour son agent
+de change; un troisième lui fit tenir son cheval, pendant qu'il entrait
+chez Brébant prendre un verre de madère.</p>
+
+<p>Pour chacun, Jacquot avait un mot drôle, un gentil remerciement, un long
+sourire qui découvrait ses petites dents blanches et pointues comme les
+dents d'un chien, et chacun lui donnait une piécette d'argent avec une
+petite tape sur la joue, en répétant:</p>
+
+<p>«Il est comique, ce p'tit homme!»</p>
+
+<p>La matinée avait été bonne: Jacquot avait gagné quatre francs! Il
+sautait de joie au milieu du boulevard, en embrassant son aimable
+protectrice, qui se réjouissait autant que lui de cet heureux début.</p>
+
+<p>«Tu peux te reposer maintenant, lui dit-elle enfin. Jusqu'à cinq heures
+tu n'as pas chance d'être occupé. Veux-tu faire un somme sur ma chaise?</p>
+
+<p>&mdash;Par exemple! dormir dans le jour à Paris! Non, non! puisque j'ai le
+temps de flâner, je vais faire un tour aux Champs-Élysées.</p>
+
+<p>&mdash;Mais voyez donc le joli monsieur qui va se promener aux
+Champs-Élysées! et pourquoi pas au Bois, pendant que tu y es?
+Fleurissez-vous, mon gentilhomme, fleurissez-vous!» Et la jeune fille
+attachait en riant une petite rose pompon à la boutonnière de Jacquot.</p>
+
+<p>L'enfant marcha longtemps. Il parcourut la belle avenue, depuis la place
+de la Concorde jusqu'à l'Arc de triomphe, regardant à droite, à gauche,
+examinant les promeneurs, admirant les équipages, se mêlant aux groupes
+des curieux arrêtés devant les petites boutiques, traversant dix fois la
+chaussée pour explorer les quinconces, les jardins et les cafés.</p>
+
+<p>Quand il reparut sur le boulevard, à cinq heures précises, la jeune
+fleuriste l'accueillit comme un ami qui revient après un long voyage.</p>
+
+<p>«Eh bien! qu'est-ce que tu as fait d'intéressant aux Champs-Élysées?</p>
+
+<p>&mdash;J'ai beaucoup regardé, et j'ai fait mes remarques!</p>
+
+<p>&mdash;Et qu'as-tu remarqué?</p>
+
+<p>&mdash;J'ai remarqué qu'il y a tant de chevaux que les accidents doivent être
+fréquents; qu'il y a tant d'enfants, que les bonnes causent entre elles
+et s'en occupent fort peu; qu'il y a tant de fumeurs, qu'un jour ou
+l'autre ils mettront le feu, en jetant à terre des allumettes
+enflammées, et j'ai remarqué qu'au milieu de tant de monde il doit se
+faufiler bien des voleurs.</p>
+
+<p>&mdash;Et tu en as conclu?</p>
+
+<p>&mdash;J'en ai conclu que celui qui se trouverait là juste à point pour
+arrêter un cheval emporté, pour repêcher un enfant tombé dans un bassin,
+pour éteindre les flammes qui envelopperaient une belle dame ou pour
+prendre un filou la main dans la poche de son voisin, celui-là aurait
+chance de faire une bonne journée.</p>
+
+<p>&mdash;Mazette! tu as de l'imagination.</p>
+
+<p>&mdash;Oui, mam'selle; c'est justement pour cela que je suis venu à Paris.»</p>
+
+<p>La soirée fut moins profitable au petit commissionnaire que ne l'avait
+été la matinée; mais il était content tout de même, n'ayant pas perdu
+son temps, disait-il, par suite d'une rencontre qu'il avait faite.</p>
+
+<p>Il s'était trouvé arrêté, au coin d'une rue que barrait une file de
+voitures, auprès d'un jeune homme d'une quinzaine d'années qui portait
+un paquet ficelé.</p>
+
+<p>Dans la cohue, le paquet lui était tombé des mains; il l'avait rattrapé
+maladroitement, la ficelle s'était cassée, et deux admirables paires de
+souliers vernis avaient roulé dans le ruisseau.</p>
+
+<p>Se précipiter, se baisser, ramasser les souliers, tout cela fut
+l'affaire d'une seconde pour Jacquot, qui exprimait tout haut son
+admiration et son désir de posséder d'aussi belles chaussures, sans se
+soucier de la galerie, qui riait aux éclats.</p>
+
+<p>«Il faut en acheter chez le patron, repartit l'ouvrier.</p>
+
+<p>&mdash;C'est trop cher pour moi; et puis, je n'en ai pas besoin pour
+l'instant. Je les voudrais avoir quand je retournerai au pays.</p>
+
+<p>&mdash;Venez nous voir, le patron vous arrangera. Je lui parlerai de vous.
+Quel est votre état?</p>
+
+<p>&mdash;Commissionnaire au boulevard Poissonnière.</p>
+
+<p>&mdash;Comme ça se trouve! le patron vous donnera des courses à faire, des
+paquets à porter, et, au lieu de vous payer en argent, il vous donnera
+des souliers.</p>
+
+<p>&mdash;Topez là, ça me va,» répondit Jacquot, qui comprenait que ses
+chaussures s'useraient vite à courir toute la journée de la rue
+Laffitte, où il avait vu la montre qu'il rapporterait à Rose, ou du
+faubourg Saint-Germain, où il avait vu l'habit bleu qu'il rapporterait à
+son frère, au boulevard des Italiens, où il avait vu, dans la vitrine
+d'un changeur, les beaux écus tout neufs qu'il rapporterait à sa mère.</p>
+
+<h3 class="p3">V</h3>
+
+<p class="p2">«Quel beau métier que celui de commissionnaire!» s'écriait Jacquot,
+lorsque chaque soir, tout en aidant Giselle à déménager sa boutique
+ambulante, il lui remettait les sous et les piécettes blanches qu'il
+avait recueillies dans la journée.</p>
+
+<p>La jeune fille lui avait proposé cet arrangement, afin qu'on ne lui
+dérobât pas ses petites économies dans le garni de mauvaise apparence où
+il ne passait que les nuits.</p>
+
+<p>«Tu dois être plus prudent que n'importe qui, toi qui as remarqué qu'il
+y a tant de voleurs à Paris, ajouta-t-elle en riant aux éclats, car
+Giselle était aussi gaie et aussi vive que Jacquot.</p>
+
+<p>&mdash;Je ne comprends pas qu'il y ait des voleurs, reprenait le petit
+commissionnaire, quand il est si facile de travailler et de gagner
+beaucoup d'argent!</p>
+
+<p>&mdash;Les commencements ont été faciles pour toi, mon petit ami, mais ils ne
+le sont pas autant pour tout le monde. Ensuite, tu es seul, tu vis de
+peu, tu te loges pour presque rien, et jusqu'ici tes habits n'ont pas
+besoin d'être remplacés. Mais quand un commissionnaire gagne dix francs
+par jour, ce qui est joli, n'est-ce pas, et qu'avec cela il doit payer
+son loyer, nourrir, vêtir, chauffer, entretenir une femme et deux ou
+trois enfants, crois-tu qu'il s'écrie comme toi: «Quel beau métier que
+celui de commissionnaire?»</p>
+
+<p>&mdash;Ma fine! je n'avais pas pensé à tout cela, mam'selle, parce que,
+voyez-vous, j'ai encore le temps de courir avant d'avoir un loyer, une
+femme et deux ou trois enfants!»</p>
+
+<p>Lorsque le p'tit homme avait un moment de liberté, il courait aux
+Champs-Élysées, qui, décidément, l'attiraient comme l'aimant attire le
+fer.</p>
+
+<p>Ce jour-là, il y avait près d'un mois qu'il était arrivé à Paris, il se
+promenait, selon son habitude, sur le trottoir encombré de badauds et se
+dirigeait vers le théâtre de Guignol, pour lequel il avait, il faut bien
+l'avouer, un faible tout particulier, quand il entendit des cris
+déchirants poussés par une femme qu'il ne pouvait pas apercevoir.</p>
+
+<p>«Allons, bon! un accident!» se dit-il; et, s'élançant à travers la
+foule, que la curiosité rendait plus compacte encore, il arriva bientôt
+sur la chaussée, où les voitures se croisaient dans une course
+vertigineuse.</p>
+
+<p>«Là, là! criait une femme, une gouvernante sans doute, c'est là qu'il a
+disparu!...»</p>
+
+<p>Profitant de sa petite taille, qui lui permettait de passer entre les
+jambes des chevaux et presque entre les roues des voitures, Jacquot
+s'élança dans la mêlée, puis soudain il reparut tenant dans ses bras un
+petit garçon évanoui et qui semblait mort, tant il était pâle.</p>
+
+<p>La gouvernante pérorait toujours, entourée d'une cinquantaine de
+personnes qui se bousculaient pour l'entendre: «Mon Dieu, monsieur,
+c'est bien simple: il a voulu à toute force traverser; moi je ne voulais
+pas, parce que le beau monde est de ce côté-ci. Alors, il s'est élancé;
+j'ai essayé de le suivre; mais que voulez-vous! on ne peut cependant pas
+se faire écraser pour le bon plaisir d'un pauvre innocent! car c'est un
+innocent! Oui, madame; quel malheur! croyez-vous! Un innocent, aussi
+vrai que je suis une honnête femme. Et sa mère, qu'est-ce qu'elle va
+dire! Ah! je m'en doute; les maîtres sont tous les mêmes! Elle croira
+que c'est ma faute! que je n'ai pas pris soin de M. Léo! Mon Dieu, mon
+Dieu! quelle affaire!</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img54.jpg" width="661" height="448" alt="Illustration:
+Jacquot s'élança dans la mêlée." title="" /></div>
+
+<p>Pendant tous ces bavardages, Jacquot et l'enfant évanoui faisaient le
+centre d'un autre groupe; un médecin, qui se trouvait là par hasard,
+donnait des soins au petit garçon, qui n'était pas blessé, mais qui
+avait dû perdre connaissance en se sentant frôlé par le sabot d'un
+cheval. Il avait encore les yeux ouverts lorsque Jacquot l'avait saisi
+et emporté dans ses bras, comme un ange gardien, au milieu des chevaux
+qui se cabraient sous le fouet des cochers épouvantés.</p>
+
+<p>L'enfant ne revenait pas à lui; le docteur lui avait déjà fait respirer
+des sels et lui avait fait avaler, en écartant les dents avec une lame
+d'acier, une cuillerée d'un cordial qu'il portait toujours sur lui en
+cas d'accident.</p>
+
+<p>«L'évanouissement se prolonge, dit-il enfin à Jacquot, il faudrait
+reconduire ce petit chez ses parents. Où demeure-t-il? Qui est-il? Avec
+qui était-il?</p>
+
+<p>&mdash;Ma fine! monsieur le docteur, je n'en sais rien; mais je pense que
+cette femme qui pousse des soupirs là-bas vous renseignera mieux que
+moi. M'est avis qu'elle ne sera pas fâchée de trouver à qui parler, car
+elle me paraît avoir la langue bien pendue! Je vais tâcher de trouver
+une bonne voiture; pendant ce temps-là, demandez à la pie borgne
+l'adresse du petit pâlot, et puis, fouette cocher!</p>
+
+<p>&mdash;Tu as raison, mon ami. Hâte-toi de ramener une voiture, découverte, si
+c'est possible.»</p>
+
+<p>Jacquot revint presque aussitôt et fut très étonné de trouver le docteur
+seul auprès de l'enfant, toujours immobile.</p>
+
+<p>«Me voilà, monsieur le docteur.</p>
+
+<p>&mdash;Aide-moi à porter le petit dans la voiture; sa gouvernante est partie
+en avant dans le coupé qui les attendait; elle va prévenir la mère tout
+doucement. Cette dame est malade, à ce qu'il paraît, il lui faut de
+grands ménagements.</p>
+
+<p>&mdash;Voilà l'enfant bien étalé sur les coussins; monsieur le docteur,
+avez-vous encore besoin de moi?</p>
+
+<p>&mdash;Mais certainement, mon garçon, quand ce ne serait que pour te
+présenter à la mère de ce pauvre petit, qui te doit bien positivement la
+vie.</p>
+
+<p>&mdash;S'il me doit la vie, qu'il me la rende quand je serai mort, ça me fera
+plaisir; mais pour le moment, qu'il ne me mette pas en retard. Il est
+quatre heures, et il faut que je sois à cinq heures au boulevard
+Poissonnière.</p>
+
+<p>&mdash;Tu y seras un peu plus tard, mais il est indispensable que tu viennes
+avec moi.</p>
+
+<p>&mdash;Alors, monsieur, si c'est indispensable, je me décide, quoique les
+choses indispensables soient celles dont nous nous passons le plus
+souvent, nous autres!</p>
+
+<p>&mdash;Tu es philosophe, mon ami, répondit le docteur, qui subissait aussi le
+charme du p'tit homme.</p>
+
+<p>&mdash;Peut-être bien, monsieur le docteur, mais je ne sais pas ce que cela
+veut dire.</p>
+
+<p>&mdash;Tu n'es pas bête, mon petit ami. De plus, tu es courageux et bon, je
+t'en fais mon compliment.</p>
+
+<p>&mdash;On est comme on est, monsieur le docteur, et on n'a pas grand mérite à
+cela! Le bon Dieu nous fait comme il veut; moi je suis laid, et ce
+petit-là est beau; il est faible, et je suis fort; mais il est riche, et
+moi je suis pauvre.</p>
+
+<p>&mdash;Sais-tu lire, mon garçon?</p>
+
+<p>&mdash;Ma fine, non, monsieur, et c'est mon grand chagrin; il faut que des
+étrangers écrivent chaque semaine à mes parents depuis que je suis à
+Paris. Que voulez-vous? les vieux ne m'ont rien appris; je ne sais que
+les aimer!»</p>
+
+<p>La voiture roulait depuis un quart d'heure environ. Jacquot rêvait; mais
+ayant par hasard jeté les yeux autour de lui, il poussa une exclamation
+de surprise.</p>
+
+<p>«Qu'y a-t-il donc, mon petit ami?</p>
+
+<p>&mdash;Nous sommes donc rue de Rivoli?</p>
+
+<p>&mdash;Mais oui. D'où vient cet étonnement?</p>
+
+<p>&mdash;C'est que je connais le petit; c'est le fils d'une baronne qui demeure
+au numéro 140 dans cette belle rue.</p>
+
+<p>&mdash;En effet.</p>
+
+<p>&mdash;Cela m'est revenu tout d'un coup en passant devant la boutique où j'ai
+remarqué la poupée garnie de dentelle d'or que je rapporterai à ma
+petite s&oelig;ur!»</p>
+
+<h3 class="p3">VI</h3>
+
+<p class="p2">La baronne s'était précipitée au-devant de son fils: elle était aussi
+pâle que lui. Le docteur portait l'enfant avec précaution et traversait
+les vestibules, les galeries, les boudoirs et les salons, suivi de
+Jacquot, qui n'osait pas poser ses pieds à terre, tant les parquets
+étaient luisants.</p>
+
+<p>«Si seulement j'avais mes souliers vernis!» pensait-il.</p>
+
+<p>Le petit Léo était étendu sur une chaise longue, dans la chambre de sa
+mère; la baronne, à genoux devant lui, tenait une de ses mains, qu'elle
+couvrait de baisers, et le docteur, de l'autre côté du malade, attendait
+que se produisît l'effet des applications de moutarde.</p>
+
+<p>Jacquot, droit comme un I dans l'angle de la vaste chambre, tâchait de
+se faire oublier.</p>
+
+<p>«Votre fils revient à lui, madame, murmura le docteur. La commotion a
+été si violente que peut-être aura-t-il quelque peine à rassembler ses
+idées. Ne vous effrayez pas, je vous en prie, de l'incohérence de ses
+paroles.</p>
+
+<p>&mdash;Hélas! docteur, j'y suis habituée, repartit la baronne: mon pauvre
+enfant, à huit ans, n'a guère plus d'intelligence qu'un bébé de deux
+ans, et son apparence n'est certes pas celle d'un garçon de son âge.</p>
+
+<p>&mdash;A la suite de quelle maladie a-t-il perdu ses facultés?</p>
+
+<p>&mdash;Ce n'est pas après une maladie, docteur, mais après une chute terrible
+qu'il fit, il y a six ans, en se précipitant par une fenêtre de toute la
+hauteur d'un premier étage.</p>
+
+<p>&mdash;Dans ce cas, madame, vous pouvez encore conserver quelque espoir, et
+peut-être un jour...»</p>
+
+<p>Léo avait ouvert les yeux; il les promenait avec curiosité sur les
+tentures, sur les meubles, sur sa mère, sur le docteur.</p>
+
+<p>«Où est le petit garçon? demanda-t-il d'une voix très nette et très
+claire.</p>
+
+<p>&mdash;Quel petit garçon, mon amour? lui répondit la baronne, qui pressentait
+le délire dans cette question bizarre.</p>
+
+<p>&mdash;Celui qui m'a pris dans ses bras.</p>
+
+<p>&mdash;Quand donc, mon chéri?</p>
+
+<p>&mdash;Aux Champs-Élysées, quand je suis tombé sous les pieds des chevaux.</p>
+
+<p>&mdash;Que veut-il dire, docteur?</p>
+
+<p>&mdash;La vérité, madame la baronne. Il était tombé au milieu de la chaussée,
+sous les roues des voitures et sous les sabots des chevaux. C'en était
+fait de lui, quand un jeune garçon, un enfant aussi, mais vigoureux et
+dévoué, l'a arraché à une mort certaine.</p>
+
+<p>&mdash;Et cet enfant, docteur, ce brave garçon, où est-il?</p>
+
+<p>&mdash;Là, là, maman! derrière les rideaux! il se cache!</p>
+
+<p>&mdash;Approche, mon garçon, lui dit le docteur; viens serrer la main à celui
+qui sans toi n'aurait jamais revu sa mère.»</p>
+
+<p>Jacquot s'approchait en tremblant; lui si hardi, il se sentait troublé
+par la douleur de la jeune mère, par l'égarement du petit malade, et
+aussi par toutes les pendules qui sonnaient à la fois cinq heures, comme
+pour le narguer.</p>
+
+<p>«J'ai déjà vu ce garçon, reprit la baronne en considérant attentivement
+Jacquot, qui sautait d'un pied sur l'autre, regrettant plus que jamais
+ses souliers vernis!</p>
+
+<p>&mdash;Maman, c'est lui qui t'a vendu des roses!</p>
+
+<p>&mdash;Oui, oui, le protégé de la gentille Giselle; je me le rappelle. Ah!
+mon ami, sois béni: sans toi, je perdais mon fils, mon seul bonheur, mon
+seul espoir, car je n'ai plus que lui en ce monde!</p>
+
+<div class="p2 figcenter"><img src="images/img64.jpg" width="463" height="646"
+alt="Illustration: Jacquot s'approchait en tremblant." title="" /></div>
+
+<p>&mdash;Madame la baronne... balbutia Jacquot.</p>
+
+<p>&mdash;Que ferons-nous jamais pour te récompenser, pour te remercier, veux-je
+dire? Comprends-tu? Sans toi, j'aurais perdu mon fils, mon Léo! Non, tu
+es trop jeune, tu ne connais pas encore la douleur! Tu ne me comprends
+pas! Ah! cher petit! pense donc au désespoir de ta mère si le malheur te
+rappait un jour!</p>
+
+<p>&mdash;Les autres consoleraient la mère, reprend Jacquot, plus fier que
+jamais de sa nombreuse famille; elle n'a pas qu'un seul petit, la mère!</p>
+
+<p>&mdash;Ah! mon enfant! les caresses de tous ne consolent pas de la perte d'un
+seul!»</p>
+
+<p>Ému de la tristesse de cette femme belle, jeune et riche, dont l'amour
+est concentré sur la tête d'un enfant chétif, inintelligent et maladif,
+le docteur rapproche les deux garçons dans une étreinte affectueuse; il
+joint leurs mains, il entraîne leurs c&oelig;urs unis par un sentiment
+de reconnaissance et de dévouement!</p>
+
+<p>«Vous n'avez pas de frère, monsieur Léo, eh bien! il faudra aimer
+Jacquot.</p>
+
+<p>&mdash;Je l'aime, répond l'enfant.</p>
+
+<p>&mdash;Il viendra vous voir souvent, il jouera avec vous, il vous contera des
+histoires...</p>
+
+<p>&mdash;Non, non, non! s'écria Léo en pleurant.</p>
+
+<p>&mdash;Comment! vous ne voulez plus le revoir?</p>
+
+<p>&mdash;Je ne veux plus le quitter.</p>
+
+<p>&mdash;Comment cela, mon petit ami? Vous ne savez pas que Jacquot a besoin de
+travailler, de gagner sa vie; il n'est pas riche comme vous!</p>
+
+<p>&mdash;Je partagerai avec lui!</p>
+
+<p>&mdash;Voyons, mon enfant, soyez raisonnable.</p>
+
+<p>&mdash;Je l'aime! répéta l'enfant.</p>
+
+<p>&mdash;C'est très vilain d'être entêté, monsieur Léo!</p>
+
+<p>&mdash;Je l'aime!...</p>
+
+<p>&mdash;Mais enfin vous ne le connaissez pas!</p>
+
+<p>&mdash;Je l'aime!...»</p>
+
+<p>Le docteur était vraiment fort embarrassé. Jacquot, assis sur une petite
+chaise auprès de Léo, lui rendait ses caresses et le berçait doucement,
+comme une mère qui console son bébé. En réalité, il était bien mal à son
+aise; car il pressentait le dénouement inévitable de cette scène, et il
+se disait, tout en souriant à Léo:</p>
+
+<p>«La baronne va me flanquer à la porte, c'est sûr! Il est bientôt six
+heures; en courant bien fort, je n'arriverai qu'à sept heures au
+boulevard; j'aurai manqué mes clients; mam'selle Giselle sera inquiète,
+elle me grondera, et, ce qui me chiffonne le plus, je ne reverrai jamais
+ce pauvre petit, qui tout de même est bien un peu à moi!</p>
+
+<p>&mdash;Tu ne me quitteras plus, dis, Jacquot? répétait Léo à travers ses
+larmes. Dis, Jacquot, dis donc?... Tu seras là quand les méchants
+chevaux voudront me tuer, dis, Jacquot? Tu me prendras dans tes bras,
+dis, Jacquot? Tu m'enlèveras encore au milieu des voitures et tu me
+rapporteras à maman? Dis, Jacquot, dis... dis!</p>
+
+<p>&mdash;Oui, monsieur Léo, j'espère bien que je serai toujours là pour vous
+rendre service, mais il n'y a plus de danger! Vous ne sortirez plus avec
+cette grande bavarde qui vous aurait laissé écraser par bêtise.</p>
+
+<p>&mdash;Je ne sortirai qu'avec toi, Jacquot!</p>
+
+<p>&mdash;Ah! par exemple, monsieur Léo! Voilà une drôle d'idée! Qu'est-ce qu'on
+dirait en vous voyant si fiérot, avec vos jolies culottes courtes, votre
+petite veste, votre cravate de satin et vos bottines vernies, à côté
+d'un petit malheureux mal habillé et chaussé de gros souliers à clous!
+On rirait!</p>
+
+<p>&mdash;On n'a pas regardé comment tu étais vêtu tantôt aux Champs-Élysées! Et
+on ne riait pas, quand tu as risqué de te faire écraser pour te
+précipiter à mon secours!»</p>
+
+<p>La baronne avait gardé un silence impénétrable depuis le début de cet
+entretien, et le docteur, silencieux lui-même, écoutait le bavardage des
+enfants en observant Léo avec une surprise mêlée d'intérêt.</p>
+
+<p>Le ton, la voix, la physionomie de l'enfant démentaient l'aveu cruel que
+la douleur avait arraché à sa mère, alors qu'il n'avait pas encore
+repris connaissance. L'affection étincelait dans son regard fixé sur
+Jacquot; la logique de ses réponses, la ténacité de son désir, la
+lucidité de son esprit, annonçaient le réveil de l'intelligence dans ce
+petit cerveau engourdi jusque-là. Cet innocent, comme disait sa
+gouvernante, secouait la torpeur qui l'accablait; encore quelques
+efforts, et son esprit sortirait des ténèbres; et la divine
+reconnaissance briserait les derniers liens qui garrottaient encore son
+âme.</p>
+
+<p>«Me pardonnez-vous, madame, murmura le docteur à voix basse, d'avoir
+fait appel, dans le c&oelig;ur de votre fils, aux sentiments qui
+l'exaltent si violemment? Me pardonnez-vous la situation difficile dans
+laquelle mon imprudence vous met vis-à-vis du sauveur de M. Léo?</p>
+
+<p>&mdash;Je ne vous comprends pas, docteur, répondit la baronne, qui, s'étant
+levée, s'approchait doucement du groupe attendrissant des deux garçons.
+Que parlez-vous de pardon, d'embarras, d'imprudence, que sais-je? De ma
+situation vis-à-vis de Jacquot? Ah! je sens bien tout ce que je lui
+dois, à ce cher garçon! Ne m'a-t-il pas rendu deux fois mon fils en ce
+beau jour? N'a-t-il pas sauvé et sa vie et son âme?</p>
+
+<p>&mdash;Tu ne nous quitteras plus, répétait Léo pour la vingtième fois; tu
+vivras avec nous; n'est-ce pas, maman?</p>
+
+<p>&mdash;Je vais écrire à tes parents, mon cher garçon, répondit la baronne, et
+je leur demanderai de te laisser auprès de nous.</p>
+
+<p>&mdash;Ma fine! je savais bien que les richards de Genève possèdent maison de
+ville et maison de campagne, murmura Jacquot, dont l'émotion ne
+paralysait pas la gaieté naturelle, mais moi, je serai encore plus
+richard qu'eux tous, puisque j'aurai famille de ville et famille de
+campagne!</p>
+
+<p>«Ce qui m'étonne, ce n'est pas d'avoir un frère de plus, ajouta-t-il en
+se précipitant dans les bras que lui tendait la baronne, ça peut arriver
+tous les jours! Mais je n'avais jamais pensé que le bon Dieu serait
+assez généreux pour me donner deux mamans!»</p>
+
+<div class="center"> * * * * *</div>
+
+<p>Autour de la grande caisse arrivée de Paris, les vieux et les enfants
+poussent des cris de surprise et de joie. Jacquot, devenu Jacques, n'a
+oublié aucune de ses promesses. Il y a bien la poupée pour Jeannette, le
+tablier de soie pour Claudine, la croix d'or pour Rosette. Il y a aussi
+la robe à carreaux pour le dernier-né, les souliers vernis pour Pierrot,
+la montre d'argent pour l'aîné! Il y a encore l'habit bleu, la culotte
+jaune et le gilet à fleurs pour le père. Il y a enfin un bel acte signé
+et paraphé par le notaire de Sion, qui déclare que la petite maisonnette
+de la vallée appartient désormais à la bonne Gertrude. Jacques a pensé à
+tout le monde, chacun a son cadeau, et cependant tout au fond de la
+caisse il reste encore quelque chose: un petit rouleau blanc qu'entoure
+une faveur. Sur une belle feuille de papier satiné, une main inhabile et
+tremblante a tracé en gros caractères ces mots, que Gertrude épelle tout
+en pleurant:</p>
+
+<p><i>Que le bon Dieu protège les parents d'un heureux p'tit homme!</i></p>
+
+<h5 class="p4">FIN</h5>
+
+<hr class="p4 c33" />
+
+<h6>SOCIÉTÉ ANONYME D'IMPRIMERIE DE VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE<br />
+Jules <span class="smcap">Bardoux</span>, Directeur.</h6>
+
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+End of the Project Gutenberg EBook of Un p'tit homme, by Paul Lacroix
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+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UN P'TIT HOMME ***
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+***** This file should be named 32244-h.htm or 32244-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
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+Produced by Carol Ann Brown, Laurent Vogel and the Online
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+file was produced from images generously made available
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+will be renamed.
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+Creating the works from public domain print editions means that no
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+redistribution.
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+*** START: FULL LICENSE ***
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+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
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+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
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+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
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+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
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+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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