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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 19:56:45 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Mémoires du prince de Talleyrand, Volume IV
+(of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Mémoires du prince de Talleyrand, Volume IV (of V)
+
+Author: Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
+
+Annotator: Duc de Broglie
+
+Release Date: April 11, 2010 [EBook #31952]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES DE TALLEYRAND, IV (OF V) ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
+Online Distributed Proofreaders Europe at
+http://dp.rastko.net. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
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+ Note de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+ typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été
+ conservée et n'a pas été harmonisée.
+
+
+
+
+ MÉMOIRES
+
+ DU PRINCE
+
+ DE TALLEYRAND
+
+ PUBLIÉS AVEC UNE PRÉFACE ET DES NOTES
+
+ PAR
+
+ LE DUC DE BROGLIE
+
+ DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
+
+
+ IV
+
+
+ PARIS
+ CALMANN LÉVY, ÉDITEUR
+
+ RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
+ A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
+
+ 1891
+
+ Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous les
+ pays y compris la Suède et la Norvège.
+
+
+
+
+ DIXIÈME PARTIE (_Suite_)
+
+ RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_)
+
+ (1830-1832)
+
+
+
+
+ MÉMOIRES
+
+ DU
+
+ PRINCE DE TALLEYRAND
+
+
+
+
+ Illustration: LE PRINCE DE TALLEYRAND
+ AMBASSADEUR DE FRANCE A LONDRES
+
+
+
+
+RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_)
+
+(1830-1832)
+
+
+En résumant les divers points de l'affaire belge au commencement du
+mois de janvier 1831, nous étions arrêtés à _La Haye_, par le roi des
+Pays-Bas, qui finissait par céder sur l'indépendance de la Belgique,
+mais qui y mettait des conditions inacceptables quant aux frontières,
+au partage de la dette; à _Bruxelles_, par le congrès qui menaçait
+toujours de voter la réunion de la Belgique à la France, c'est-à-dire
+la guerre européenne, ou d'appeler au trône le duc de Nemours pour
+s'assurer, par la protection de la France, l'annexion du grand-duché
+de Luxembourg, ce qui conduisait également à la guerre; à _Paris_, par
+la crainte que le choix du prince Léopold de Saxe-Cobourg ne parût une
+concession humiliante faite à l'Angleterre; enfin, à _Londres_, par
+les plénipotentiaires de Russie, qui, autorisés par leur souverain, à
+signer l'acte qui prononçait l'indépendance de la Belgique, avaient
+reçu défense expresse de consentir à un autre choix, comme
+souverain de ce pays, qu'à celui d'un prince de la maison de Nassau.
+
+Il fallait sortir de ce dédale par une marche nette et ferme. Je me
+décidai à proposer aux trois autres puissances dans la conférence de
+ne pas s'arrêter au refus de la Russie, quant au choix du souverain,
+car il n'était pas nécessaire que les reconnaissances arrivassent
+simultanément; et la Belgique serait un royaume, lorsque quatre des
+grandes puissances l'auraient reconnu pour tel. J'insistai également
+pour qu'on passât outre devant les résistances des Belges et des
+Hollandais, et j'écrivis ceci à Paris[1]:
+
+«... La question n'est plus dans telle et telle limite, dans une
+portion plus ou moins forte de la dette; elle n'est plus dans la
+maison de Nassau ou dans celle de Bavière,--elle est tout entière dans
+le système guerroyant ou dans le système pacifique. Le premier aura
+infailliblement ce qu'il veut, soit de la réunion de la Belgique à la
+France, soit du choix accepté de M. le duc de Nemours. Le second sera
+satisfait par le choix du prince de Naples que la conférence est
+disposée à adopter. Mais il faut que le gouvernement français, avec
+les formes de la décision, s'assure des dispositions de la Belgique.
+M. de Celles, s'il agit franchement dans cette vue, peut être utile à
+cette combinaison. Alors il faut que notre ministère se prépare à
+livrer au parti Mauguin et au parti Lamarque, bataille sur le terrain
+napolitain, car certainement il s'élèvera quelque opposition, soit à
+Bruxelles soit à Paris. Si pour nous embarrasser, les intrigants de
+Paris font proclamer M. le duc de Nemours, un refus formel du roi
+nous met à l'aise vis-à-vis des puissances. La réponse dilatoire dont
+parle la dépêche du 2, que je viens de recevoir, porterait, je le
+crains, un coup très fâcheux à la confiance des cabinets. La Russie,
+toujours prête à s'emparer de la politique de l'Angleterre,
+profiterait de cette circonstance pour pousser à l'extrême les
+hostilités de sociétés qui ont ici une très grande influence. Si donc
+le roi, comme c'est mon opinion, se croit assez fort pour conserver la
+paix, il faut un refus absolu de M. le duc de Nemours. Il y a, ce me
+semble, en France, une erreur généralement répandue: c'est celle de
+croire que nous pouvons conserver la paix avec l'Angleterre en faisant
+la guerre contre le continent; il est bien certain cependant qu'il
+faudrait des sacrifices incompatibles avec notre dignité, et qui
+probablement seraient insuffisants pour la désintéresser. M. de
+Flahaut, qui n'en était pas convaincu à son arrivée, a fini par en
+être persuadé[2]. Il s'agit donc de savoir si la France est en état de
+faire la guerre au continent: je pense que oui: mais est-elle en état
+de faire la guerre au continent et à l'Angleterre? Je ne le pense pas.
+Je suis effrayé, lorsque je lis nos journaux et nos discussions
+parlementaires, de la singulière ignorance, des préjugés et de
+l'aveugle présomption qui y règnent. On remarque ici que le ton de nos
+discussions s'altère; on nous blâme, on s'inquiète de notre
+effervescence, mais on ne nous redoute pas.
+
+ [1] Le prince de Talleyrand à Madame Adélaïde (3 janvier 1831).
+
+ [2] On se rappelle que le comte de Flahaut avait été envoyé à
+ Londres par le général Sébastiani pour proposer à M. de
+ Talleyrand un plan de partage de la Belgique. (Voir tome III, p.
+ 410.)
+
+»Voilà ce qu'il est de mon devoir de ne pas dissimuler. Je pourrais
+beaucoup ajouter sur la difficulté d'une position qui fait qu'on
+est chargé des affaires d'un pays en ébullition, auprès de gens qui
+sont encore dans les vieilles routes. Mon dévouement me donne le
+courage de lutter ici contre la vieille jalousie anglaise, si prête à
+reparaître, sans espérer plaire à ma propre patrie...
+
+»M. le duc de Nemours refusé, si la Belgique persiste dans ce choix ou
+dans celui du duc de Leuchtenberg, on doit rappeller les commissaires
+anglais et français qui sont à Bruxelles et ne plus recevoir
+qu'ensemble les communications que les Belges voudraient faire. S'ils
+se remettent en guerre avec la Hollande, ou la Hollande avec eux,
+comme on ne veut pas avoir la guerre auprès de soi, il faut bloquer
+les ports du pays, quel qu'il soit, qui a attaqué. Et cela fait, on
+restera tranquille et on laissera le temps fournir quelque combinaison
+raisonnable...»
+
+
+Je crus que ces observations avaient produit quelque effet à Paris, en
+recevant la réponse suivante du général Sébastiani, en date du 5
+janvier:
+
+ «Mon prince,
+
+»Nous n'avons jamais balancé sur le parti que nous prendrions
+relativement à la Belgique. Nous refuserons sans balancer, et sa
+réunion à la France, et la couronne pour M. le duc de Nemours[3]. Nous
+avons pensé, il est vrai, que d'autres arrangements que son
+indépendance affermiraient mieux la paix de l'Europe; mais nous
+attendrons que cette conviction soit passée dans l'esprit des
+grandes puissances, et notamment dans celui de l'Angleterre. Quelque
+éloigné que puisse être ce moment, nous saurons l'attendre.
+
+ [3] Sur les sentiments du roi et de la famille royale au sujet de
+ l'élection du duc de Nemours, voir à l'Appendice, p. 481, une
+ lettre de Madame Adélaïde à M. de Talleyrand.
+
+»Le roi des Français donnera à l'Europe l'exemple d'un grand
+désintéressement et d'une loyauté politique qui pourra servir de
+modèle. Il en a la ferme volonté, mon prince, et il me charge de vous
+le dire. Ainsi, vous pouvez prendre des engagements positifs à cet
+égard avec les puissances, sans craindre que rien puisse ébranler sa
+résolution. La paix, mon prince, sera votre ouvrage, et après une
+telle déclaration, rien ne me paraît devoir en compromettre la
+conservation. Notre langage avec les Belges a toujours été net et
+positif. J'espère encore qu'ils ne feront pas de folies.
+
+»La confiance du roi dans votre haute sagesse et dans votre dévouement
+pour son service est telle, qu'il se repose sur vous du parti à
+prendre dans ce qui intéresse la dignité de sa couronne et l'intérêt
+de notre patrie.»
+
+Assuré par les déclarations contenues dans cette lettre, que je
+pouvais compter sur l'appui du roi, je m'inquiétais moins, en quoi
+j'avais tort, on va le voir, des entraînements auxquels pourraient se
+laisser aller le général Sébastiani et les autres ministres, et fort
+peu, je l'avoue, des dispositions des Belges que l'un des commissaires
+de la conférence à Bruxelles, M. Bresson, ne me dépeignait pas
+cependant sous des couleurs bien favorables. Je ne m'attendais donc
+pas à la surprise qu'on nous préparait de ce côté.
+
+Une nouvelle candidature au trône de Belgique avait tout à coup surgi
+à Bruxelles, celle du prince Othon de Bavière âgé de quatorze ans. Le
+général Sébastiani, informé de ce fait par M. Bresson, lui avait
+écrit sur-le-champ que le gouvernement français verrait sans
+répugnance le choix du prince Othon, s'il était bien convenu qu'il
+épouserait une fille du roi des Français[4].M. Bresson avait
+communiqué aux membres principaux du congrès la lettre du général
+Sébastiani, qui ne tarda pas à être publiée, imprimée, affichée même
+dans les rues de Bruxelles.
+
+ [4] Voir à ce sujet une lettre de Madame Adélaïde à M. de
+ Talleyrand. (Appendice, p. 482.)
+
+Une pareille communication empruntait un caractère de grande
+importance, quand elle était faite par un agent représenté comme ayant
+à la fois les pouvoirs de la conférence et ceux du gouvernement
+français[5].
+
+ [5] En outre de cette publication, M. le comte d'Arschot avait lu
+ à la tribune du congrès, le 8 janvier, deux lettres de MM.
+ Gendebien et Rogier, dans lesquelles les envoyés belges à Paris
+ disaient que M. Sébastiani leur avait formellement promis de
+ reconnaître le prince Othon qui épouserait la princesse Marie
+ d'Orléans (voir les _Débats_ du 11 janvier). Cette candidature du
+ prince Othon n'eut pas de suite. Le parti qui le soutenait ne
+ tarda pas à lui substituer le duc de Leuchtenberg.
+
+Dès que j'avais eu connaissance qu'il était question du prince Othon,
+j'avais écrit le 6 janvier à Paris qu'il n'aurait l'assentiment de
+personne[6]. «... Ce prince, disais-je, ne peut monter sur le trône
+qu'entouré de conseillers, qui, par leur nombre et leurs relations,
+n'inspirent aucune confiance aux cabinets de l'Europe[7]. Nous
+n'avons pas encore la nouvelle de la détermination qui aura été prise;
+mais au départ du dernier courrier, il était annoncé comme probable
+que le choix tomberait sur lui[8] et comme il n'a que quatorze ans,
+c'est M. de Mérode qui devait être placé auprès de lui, faisant les
+fonctions de régent. Ce grand parti a été pris avec une légèreté qui
+paraît extraordinaire à tout le monde; car, premièrement, on ne sait
+pas si le roi de Bavière y consentirait; secondement, un royaume
+nouveau, placé entre les mains d'un enfant, ne paraît pas bien
+raisonnable; troisièmement, une royauté nouvelle qui commence par une
+régence est susceptible d'être entourée d'intrigues, et quatrièmement,
+M. de Mérode a en France des relations qui, probablement à tort,
+inquiéteraient quelques puissances.»
+
+ [6] _Le prince de Talleyrand au comte Sébastiani._--Cette lettre
+ est datée du 7 janvier dans le texte des archives.--Nous
+ continuerons comme précédemment à indiquer les variantes des deux
+ textes. On remarquera que M. de Talleyrand n'a généralement
+ inséré ici que des fragments de sa correspondance avec M.
+ Sébastiani. Il n'entrait pas dans notre plan de rétablir en note
+ le texte intégral des dépêches, et nous nous en sommes tenus aux
+ variantes existant dans les passages cités. Des points de
+ suspension indiqueront les coupures.
+
+ [7] Variante:... _et à Bruxelles on s'occupe de faire un roi qui
+ vraisemblablement n'aura l'assentiment de personne s'il ne doit_
+ monter sur le trône qu'entouré de conseillers, qui par _leurs
+ noms_... etc.
+
+ [8] Variante:... _sur le jeune prince Othon de Bavière
+ qui déjà était destiné au trône de la Grèce_.
+
+Trois jours après, le 9 janvier, lorsque les détails de ce qui s'était
+passé à Bruxelles furent connus de la conférence, je renouvelai dans
+mes dépêches à Paris l'expression du blâme que causait à Londres la
+manière dont cette affaire avait été conduite. Je ne m'en tins pas là
+et j'écrivis à Madame Adélaïde, soeur du roi, ce que je voulais qu'elle
+communiquât à Sa Majesté.
+
+
+ «Londres, le 9 janvier 1831.
+
+»Je n'ai pas importuné ces jours-ci Mademoiselle de toutes mes
+tribulations. Je dois le dire, j'ai été d'autant plus peiné, que j'ai
+dû voir un dommage notable dans la marche des affaires; les défiances
+sont augmentées, et il faut beaucoup d'efforts et toute la confiance
+que l'on veut bien avoir ici en moi, pour que la position de
+l'ambassadeur de France ne soit pas changée. Mes propres
+susceptibilités sont bien peu de chose; mais je suis vivement atteint
+par ce qui peut nuire au service du roi. Mademoiselle va en avoir la
+preuve. C'est par le corps diplomatique que j'ai connu la lettre
+_affichée_ à Bruxelles. Je suis resté fort embarrassé devant un fait
+aussi positif, et qui ôte à mes paroles le crédit dont elles ont tant
+besoin. Dans une semblable position, tout autre eût sans doute quitté
+son poste, et les membres de la conférence, qui craignaient mon
+départ, m'ont plusieurs fois déclaré que mon départ serait un signal
+de rupture. Je suis donc resté, et par le désir de n'entraver par
+aucune considération personnelle la marche des affaires, et parce que,
+ambassadeur de Mademoiselle, j'aurais cru lui faire quelque peine en
+quittant ainsi la place où elle m'avait désiré. Mais je ne saurais y
+rester utilement, si l'on ne trouve pas de moyen de rendre à mes
+paroles toute leur force et de donner une sorte de satisfaction aux
+puissances réunies ici. Il paraît, d'après les journaux, car les
+dépêches de Paris n'en parlent pas, que M. Bresson a, sans
+autorisation, fait placarder la lettre du général Sébastiani. Je
+demande donc que le zèle imprudent de M. Bresson soit blâmé; qu'il
+soit renvoyé à son poste de Londres, et que je sois autorisé à
+déclarer que l'intention du cabinet français n'est pas de s'isoler,
+dans la question belge, de la marche adoptée par les grandes
+puissances[9]. Je voudrais bien aussi qu'on lût plus attentivement
+mes dépêches pour que l'on ne confondît pas de simples propositions
+avec des déterminations absolues. Cela éviterait de m'écrire que le
+protocole, _qui n'a pas existé, est entaché de partialité_. Il faut
+que l'affaire belge reste uniquement confiée à la conférence, sans
+quoi nous serons toujours accusés de jouer un jeu double. Le roi y
+gagnera de ne plus être importuné par les intrigues des Belges qui se
+remuent beaucoup trop à Paris...»
+
+ [9] Voir à l'Appendice, p. 483, une lettre de M. Bresson à M. de
+ Talleyrand.
+
+Les membres de la conférence, rassurés par les déclarations très
+nettes que je dus leur faire au sujet du prince Othon de Bavière,
+signèrent sur ma proposition le protocole numéro 9 dans lequel,
+laissant de côté cette question, comme si elle n'existait pas pour
+nous, nous invitâmes de la manière la plus ferme, d'une part, le roi
+des Pays-Bas, à lever le blocus du port d'Anvers qui était une des
+grandes causes d'irritation pour les Belges; et, de l'autre, les
+Belges à faire cesser les hostilités qu'ils entretenaient aux environs
+de Maëstricht.
+
+J'insistai à Paris, pour qu'on laissât faire à lord Ponsonby à
+Bruxelles toutes les tentatives en faveur des princes de Nassau, dans
+la conviction où j'étais que, ces tentatives n'aboutissant à rien, le
+gouvernement anglais prendrait plus fortement parti pour le prince de
+Saxe-Cobourg, qui restait toujours pour moi le candidat préférable. Le
+comité diplomatique du congrès de Bruxelles avait chargé plusieurs de
+ses membres de se rendre à Paris et à Londres pour s'entendre avec
+nous sur le prince qui nous conviendrait le mieux, et c'était sur
+cette députation que je comptais pour faire prévaloir un choix
+raisonnable; je ne me trompai pas dans mes prévisions. L'homme le plus
+intelligent de cette députation, M. Van de Weyer, entra dès lors
+en relation avec le prince de Cobourg et servit habilement ses
+intérêts à Bruxelles, en dépit de tous les incidents qui traversèrent
+la candidature du prince.
+
+Je cherchai à apaiser les inquiétudes qu'on me témoignait chaque jour
+de Paris, en écrivant à Mademoiselle le 12 janvier[10]:
+
+«Je n'ai pas écrit ces jours-ci à Mademoiselle parce que je voulais
+répondre en connaissance de cause. Mademoiselle a la bonté de me
+demander un conseil; il m'est impossible de répondre catégoriquement
+sur un état de choses qui non seulement est fort compliqué, mais qui
+se modifie d'heure en heure. La lenteur des Anglais, la mobilité des
+Belges, l'obstination des Hollandais, l'obligation de négocier avec
+des personnes qui n'arrivent que péniblement à des concessions
+opposées à leurs goûts et souvent à leurs intérêts, rendent tout
+difficile. Souvent, il faut reprendre le lendemain ce qui a été décidé
+la veille; il faut détruire avec de nouveaux raisonnements l'effet
+d'une lettre de lord Ponsonby qui ne voit pas toujours de même que M.
+Bresson. La présence et l'influence du prince d'Orange, le soutien que
+lui prête madame de Lieven, amie particulière de lord Grey: voilà des
+obstacles sans cesse renaissants, et qui décourageraient un zèle et
+une affection moins sincères et moins vifs que ceux que j'ai dans le
+coeur. Je ne vois pas qu'il y ait dans ce moment-ci un conseil positif
+à donner. La marche du roi a été admirable dans tout ceci: je demande
+encore quelques jours d'une conduite aussi mesurée; je suppose que
+dans ce court délai, le gouvernement anglais sera de nouveau
+détrompé sur les chances du prince d'Orange en Belgique; et c'est
+alors que nous pourrons soutenir avec avantage et autorité, soit le
+prince de Bavière, soit le prince de Naples, mais surtout ce
+dernier...»
+
+ [10] Cette lettre est une réponse à la lettre de Madame Adélaïde
+ du 3 janvier qui est insérée à l'Appendice, p. 481.
+
+Le 13 janvier, de nouveau, je lui mandais:
+
+«... Je conçois bien que les lenteurs de la conférence de Londres
+déplaisent à Mademoiselle; j'ose dire que je n'en suis pas moins
+contrarié, quoique je ne sois pas obsédé, comme l'est le roi, de
+toutes les importunités et de tout le mouvement des faiseurs
+politiques, toujours si pressés chez nous et qui gênent tant nos
+ministres. Le cabinet anglais n'est jamais pressé de rien parce qu'il
+n'a point à satisfaire à des impatiences aussi importunes. A Paris, on
+ne songe qu'à pousser le gouvernement, et ici on ne songe qu'à
+retenir. Ce qui entrave aussi beaucoup notre marche, et nous fait
+employer un temps considérable en explications de toute nature, ce
+sont les communications faites et publiées par les Belges[11]. Il faut
+interpréter toutes les conversations plus ou moins exactes qu'ils
+livrent au public, et réparer le moins mal possible les fautes que ces
+débutants en politique font chaque jour. Le ministère anglais désire
+que la question belge soit terminée avant le 3 février. Le roi aura vu
+dans le protocole numéro 9 que, malgré les obstacles, nous arrivons à
+quelque résultat, et que tout le monde y arrive ensemble. Il n'y a
+point de conférence aujourd'hui, ce qui fait que je vais à Brighton
+faire ma cour au roi et prendre l'air...»
+
+ [11] Allusion à plusieurs faits qui s'étaient passés à Bruxelles.
+ Voir page 8. Voir également, page 25, l'incident
+ Sébastiani-Rogier.
+
+A mon retour de Brighton, j'eus un long entretien avec lord Grey; j'en
+rendis compte le 17 janvier à Paris[12]:
+
+«... J'ai vu ce matin lord Grey pendant très longtemps; j'ai pu
+m'expliquer avec lui d'une manière très nette; j'y étais autorisé, et
+par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 de ce
+mois[13] et par des renseignements que je me suis procurés ici, qui
+m'ont prouvé que les affaires de M. le prince d'Orange n'étaient pas
+en aussi bon état que le gouvernement anglais aime à se le persuader.
+J'ai dit à lord Grey que les lenteurs avaient changé la disposition
+des esprits; que le parti du prince d'Orange était moins fort qu'on ne
+le pensait; que les catholiques n'en voulaient point et n'en
+voudraient jamais; que ceux qui désiraient la réunion à la France
+étaient contre lui; que suivre la direction dans laquelle on était
+aujourd'hui, c'était s'exposer à tous les malheurs d'une guerre
+civile; qu'une guerre civile en Belgique touchait de trop près la
+France, pour ne pas finir par compliquer toutes les questions; qu'il
+fallait enfin en venir au choix d'un souverain; et que ce souverain ne
+pouvait être qu'un catholique, et choisi parmi les princes Jean de
+Saxe, Othon de Bavière ou Ferdinand de Naples[14].
+
+ [12] _Le prince de Talleyrand au général Sébastiani._ (Dépêche
+ déjà publiée.)
+
+ [13] Voir cette lettre à l'Appendice, p. 484.
+
+ [14] Charles-Ferdinand prince de Capoue. Il est généralement
+ connu dans ces _Mémoires_ sous le nom de prince Charles.
+
+»Lord Grey m'a alors répondu qu'ils avaient tenu à voir le prince
+d'Orange pour suivre ses chances jusqu'à leur terme, afin qu'une fois
+perdu, la Russie n'eût plus à nous l'opposer et se décidât à
+marcher avec nous; que, quant au prince de Bavière, il ne savait pas
+pourquoi nous ne préférions pas le prince Charles, frère du
+roi.--Parce que, lui ai-je dit, il s'est prononcé violemment contre la
+dernière révolution de France, et que nous ne voulons pas avoir près
+de nous un prince disposé à prendre part à tout ce que la politique
+anti-française pourrait concevoir.--Mais le prince Othon de Bavière
+est trop jeune, reprit lord Grey; il faudrait commencer une dynastie
+par une régence et quels seraient les régents? Quelques-uns de ces
+hommes turbulents dont nous avons tant à nous plaindre.--Pourquoi donc
+ne pas choisir le prince de Naples, ai-je dit, il n'a pas cet
+inconvénient, puisqu'il a dix-huit ans?--Il n'en a que dix-sept[15],
+m'a-t-il répondu, et d'ailleurs il vous appartient de trop près pour
+ne pas nous embarrasser devant le parlement.--J'ai fait remarquer à
+lord Grey que ce n'était point un inconvénient réel; qu'une pareille
+objection aurait pu être faite lorsqu'il était question du prince
+Léopold de Saxe-Cobourg et qu'elle ne m'avait point arrêté[16]; que,
+du reste, notre intention était de nous entendre avec l'Angleterre;
+mais qu'il nous fallait sortir de l'état dangereux dans lequel la
+Belgique plaçait l'Europe, et la France en particulier; que bien
+certainement le choix fait par eux et par nous serait adopté, et qu'il
+fallait, pour y arriver, se faire des concessions réciproques. Les
+motifs que vous mettez en avant pour repousser les princes de Naples
+et de Bavière, lui ai-je dit en terminant, ne me paraissent pas
+suffisants, et si l'Europe est embrasée pour de tels motifs, ce n'est
+pas à nous qu'on adressera des reproches.
+
+ [15] Le prince Charles de Naples était né le 10 octobre 1811.
+
+ [16] C'était en effet ce qu'on reprochait on France au prince de
+ Cobourg qui passait pour très anglais. Voir à l'Appendice, p.
+ 481, une lettre de Madame Adélaïde au prince de Talleyrand.
+
+»Il m'est resté de cette longue conversation que, les chances du
+prince d'Orange évanouies, le choix s'établirait entre les trois
+maisons que j'ai désignées plus haut. Mes efforts porteront sur le
+prince de Naples; mais, pour conserver ma position vis-à-vis des
+membres de la conférence, je dois laisser épuiser la combinaison du
+prince d'Orange...»
+
+A côté, je devrais dire au-dessus de cette question, on le voit très
+compliquée, du choix du futur souverain de la Belgique, il y en avait
+une autre qui était plus immédiatement menaçante: c'était celle de la
+reprise des hostilités entre les Hollandais et les Belges, à laquelle
+se liait inévitablement une guerre générale et européenne. Le roi de
+Hollande, qui, comme nous l'avons dit, souhaitait par-dessus tout
+cette dernière, dans la pensée qu'elle amènerait la restauration de
+son gouvernement en Belgique, travaillait avec obstination à l'amener.
+En bloquant l'Escaut et le port d'Anvers, il suspendait tout le
+commerce de la Belgique, et causait ainsi une irritation extrême parmi
+les Belges, qui, par mesure de représailles, bloquaient la ville de
+Maëstricht, occupée par une faible garnison hollandaise. Ces deux
+faits étaient en opposition directe avec l'armistice conclu sous les
+auspices de la conférence. Aussi avions-nous, par un de nos
+protocoles, signifié au roi de Hollande d'avoir à lever le blocus de
+l'Escaut, au plus tard le 20 janvier, et aux Belges de cesser les
+hostilités autour de Maëstricht[17].
+
+ [17] Protocole du 9 janvier 1831.
+
+On n'avait encore obéi ni d'un côté ni de l'autre. Le roi de Hollande
+faisait marcher des troupes sur Maëstricht, et la Prusse était assez
+disposée à l'aider dans cette entreprise. Les partis bonapartiste et
+républicain à Bruxelles, qui avaient profité de l'irritation qu'y
+causait le blocus de l'Escaut pour provoquer les hostilités du côté de
+Maëstricht, n'attendaient que le moment où la lutte serait engagée
+pour demander le secours de là France, avec l'espérance qu'ils
+nourrissaient, tout comme le roi de Hollande, mais dans un autre but,
+qu'une guerre générale conduirait au renversement du gouvernement
+français et à la réunion de la Belgique à la France, devenue
+république.
+
+Il était urgent de pourvoir à ces dangers. La conférence renouvela au
+roi de Hollande l'injonction formelle de lever le blocus de l'Escaut,
+et menaça les Belges, s'ils ne cessaient leurs tentatives sur
+Maëstricht, de faire bloquer leurs ports par une escadre
+anglo-française. Il avait été proposé par quelques membres de la
+conférence d'employer l'armée prussienne pour empêcher la marche des
+Belges sur Maëstricht; je m'y étais péremptoirement opposé, et c'est
+ainsi que j'avais fait prévaloir la menace du blocus des ports belges.
+Je trouvais dans ce moyen l'avantage qu'il avait été déjà proposé par
+moi, à l'égard des ports hollandais, lorsqu'il s'était agi de forcer
+le roi Guillaume à la levée du blocus d'Anvers, et que d'ailleurs mon
+intention était encore de le faire valoir, si le 20 janvier notre
+protocole du 9 n'avait pas reçu son exécution.
+
+Mais toutes ces mesures n'étaient que des palliatifs provisoires qui
+ne nous tiraient pas de dangers permanents. J'en avais médité une
+pendant plusieurs jours, que je regardais comme décisive, en ce
+qu'elle mettrait fin aux espérances du parti révolutionnaire en
+Belgique et en France, aussi bien qu'aux tentatives
+réactionnaires du roi Guillaume; c'était une déclaration par les
+puissances de la neutralité de la Belgique. Je la soumis à la
+conférence dans sa séance du 20 janvier, où j'eus la satisfaction de
+la faire adopter et consigner dans le protocole de ce jour[18]. Le
+compte rendu de cette séance que j'adressai à Paris, le 21 janvier
+fera connaître l'importance du résultat que j'avais obtenu[19].
+
+ [18] Le protocole du 20 janvier comprenait deux séries de
+ décisions. Il fixait les limites de la Belgique et de la Hollande
+ sur le pied du _statu quo_ 1790; il proclamait ensuite en ces
+ termes la neutralité du nouvel État:
+
+ »... Les plénipotentiaires... sont unanimement d'avis que les cinq
+ puissances devaient à leur intérêt bien compris, à leur union, à
+ la tranquillité de l'Europe, et à l'accomplissement des vues
+ consignées dans leur protocole du 20 décembre, une manifestation
+ solennelle, une preuve éclatante de la ferme détermination où
+ elles sont, de ne rechercher dans les arrangements relatifs à la
+ Belgique comme dans toutes les circonstances qui pourront se
+ présenter encore, aucune augmentation de territoire, aucune
+ influence exclusive, aucun avantage isolé, et de donner à ce pays
+ lui-même ainsi qu'à tous les États qui l'environnent les
+ meilleures garanties de repos et de sécurité. C'est par suite de
+ ces maximes, c'est dans ces attentions salutaires que les
+ plénipotentiaires ont résolu d'ajouter aux articles précédents
+ ceux qui se trouvent ci-dessous:
+
+ »ARTICLE V.--La Belgique, dans les limites telles qu'elles seront
+ arrêtées et tracées conformément aux bases posées dans les
+ articles 1,2 et 4 du présent protocole, formera un État
+ perpétuellement neutre. Les cinq puissances lui garantissent cette
+ neutralité perpétuelle ainsi que l'intégrité et l'inviolabilité de
+ son territoire dans les limites mentionnées ci-dessus.
+
+ »ARTICLE VI.--Par une juste réciprocité, la Belgique sera tenue
+ d'observer cette même neutralité envers tous les autres États, et
+ de ne porter aucune atteinte à leur tranquillité intérieure ou
+ extérieure.»
+
+ [19] Voir à ce sujet une lettre de Madame Adélaïde à M. de
+ Talleyrand (Appendice, p. 489.)
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[20].
+
+ [20] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Monsieur le comte,
+
+»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole de notre conférence
+d'hier. Vous y verrez que, m'attachant à l'idée que je vous avais
+exprimée dans ma dépêche du 10 de ce mois, numéro 70, nous sommes
+parvenus à faire reconnaître en principe par les plénipotentiaires la
+neutralité de la Belgique. J'ai été fort secondé par lord Palmerston,
+dans lequel je trouve toujours de la droiture et des dispositions
+pacifiques très réelles.
+
+»Je n'ai pas besoin de vous dire que la lutte a été longue et
+difficile; l'importance de cette résolution était bien sentie par tous
+les membres de la conférence, ce qui fait que notre séance a duré huit
+heures et demie.
+
+»La neutralité reconnue de la Belgique place ce pays dans la même
+position que la Suisse, et renverse, par conséquent, le système
+politique adopté en 1815 par les puissances, et qui avait été élevé en
+haine de la France. Les treize forteresses de la Belgique, à l'aide
+desquelles on menaçait sans cesse notre frontière du Nord, tombent,
+pour ainsi dire, à la suite de cette résolution, et nous sommes
+désormais dégagés d'entraves importunes. Les conditions humiliantes
+proposées en 1815 décidèrent alors ma sortie des affaires, et j'avoue
+qu'il m'est doux aujourd'hui d'avoir pu contribuer à rétablir la
+position de la France de ce côté.
+
+»Vous jugerez comme moi, monsieur le comte, l'avantage immense que
+cette résolution produira pour le maintien de la paix. Les Belges, se
+trouvant isolés et libres de choisir une forme de gouvernement en
+harmonie avec leurs souvenirs et leurs habitudes, cesseront
+d'inquiéter l'Europe; ils deviendront sans doute plus faciles à
+diriger, lorsqu'ils sauront que leurs folies ne peuvent plus retomber
+que sur eux-mêmes. Quant à la France, j'ai lieu d'espérer qu'elle y
+verra une satisfaction éclatante pour le passé et un gage de sécurité
+pour l'avenir.
+
+»Les difficultés que j'ai éprouvées dans la discussion ont surtout
+porté sur la dernière partie du protocole dans laquelle j'ai fait
+insérer que d'autres pays seraient libres de s'associer à la
+neutralité reconnue de la Belgique. J'ai pensé que cela fournirait
+plus tard la meilleure solution possible à l'épineuse question du
+duché de Luxembourg. Le ministre de Prusse, prévoyant le même
+résultat, a résisté longtemps; mais je l'ai enfin emporté et le
+paragraphe a été rédigé, quoiqu'un peu plus vaguement, comme je le
+désirais[21].
+
+ [21] Le même jour, 21 janvier, lord Palmerston écrivait à lord
+ Granville:
+
+ «Mon cher Granville,
+
+ »Le protocole que je vous envoie est le résultat de deux longues
+ journées de travail... Talleyrand voulait que le Luxembourg fût
+ compris dans la neutralité, mais à cela on objecta que ce duché
+ appartient à un souverain qui est indépendant et à une
+ confédération dont il est membre; que la conférence n'a pas le
+ droit de traiter de guerre et de paix pour le Luxembourg, ce droit
+ n'appartenant qu'au souverain du pays et à la confédération...
+
+ »... Talleyrand s'est débattu comme un lion, a prétendu qu'il ne
+ consentirait pas à la neutralité de la Belgique, si le Luxembourg
+ n'entrait pas dans cette neutralité, et a fini par dire qu'il
+ voulait en échange Philippeville et Marienbourg... Enfin, nous
+ avons fini par le faire entrer en arrangement par le moyen qui
+ rend les jurés unanimes, par la faim. Entre neuf et dix heures il
+ s'est rendu à nos propositions, très content au fond du coeur, j'en
+ suis sûr, de voir la neutralité de la Belgique établie...»
+ (_Correspondance intime de lord Palmerston_ traduite en français
+ par Aug. Craven, I, 9.)
+
+»Du reste, la question du duché de Luxembourg, ressortant de la
+Confédération germanique, ne doit pas être traitée ici où il n'y
+aurait que des difficultés de la part des personnes intéressées, sans
+pouvoirs pour les résoudre.
+
+»Il a été convenu avec lord Palmerston que nous n'enverrions pas avant
+quelques jours le protocole à Bruxelles; nous pensons qu'il est plus
+convenable de terminer d'abord quelques-uns des points qui y sont
+indiqués...»
+
+Cette grande victoire, car aujourd'hui encore, je la considère comme
+telle, venait à point pour me permettre de calmer les inquiétudes
+qu'on m'exprimait incessamment de Paris et de Bruxelles et qui sont à
+peu près résumées dans les lettres suivantes du général Sébastiani et
+de M. Bresson.
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, 16 janvier 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je vous prie de lire la séance d'hier avec une sérieuse attention (la
+séance de la Chambre des députés de France du 15 janvier). La pétition
+d'un Belge a fourni au général Lamarque l'occasion de prononcer un
+discours dans lequel il a examiné la politique extérieure du
+gouvernement depuis la révolution de Juillet. Les affaires de la
+Belgique étaient évidemment le sujet qu'il se proposait de traiter.
+Ses attaques ont été violentes, et il avait pour but de nous entraîner
+à la guerre. J'ai refusé de relever le gant, et la Chambre entière a
+approuvé ma réserve. Mais le parti doctrinaire, qui se proposait
+d'aborder ces questions, s'est dit offensé, et M. Guizot a occupé
+longtemps la tribune. M. Mauguin lui a répondu avec véhémence, avec
+passion, et, il faut le reconnaître, a fait vibrer ces cordes
+nationales si retentissantes dans le pays. M. Dupin n'a pas été
+heureux dans sa réponse, et le général La Fayette n'a pas montré son
+habileté accoutumée dans toutes les questions de parti. L'effet de
+cette séance sur la nation sera de nature à imposer au gouvernement
+une marche encore plus circonspecte, s'il est possible. Nous devons
+éviter, non seulement de blesser les intérêts et la dignité de la
+France, mais nous devons encore ménager son orgueil, et, il faut
+le dire, ses voeux.
+
+»La tentative que fait dans ce moment le ministère anglais en
+Belgique, il ne faut pas se le dissimuler, compromet la paix de
+l'Europe. Le prince d'Orange a un parti, mais faible, timide, vaincu,
+moins encore par les armes que par les haines nationales. Nous avons
+longtemps servi la cause de ce prince; nous avons cherché à la faire
+triompher dans sa personne ou dans celle de ses enfants; nos efforts
+ont été impuissants. Le désir sincère de la paix, qui est la base de
+notre politique, a dirigé et dirigera encore notre conduite à l'égard
+de la Belgique.
+
+»Le prince d'Orange va renouveler ses entreprises avec l'appui de
+l'influence anglaise[22]. Nous demeurerons étrangers à ce mouvement;
+mais nous prévoyons avec douleur que nous ne saurions l'être aux
+conséquences qu'il peut traîner à sa suite. Si le voeu libre des Belges
+appelle le prince d'Orange à la couronne, nous respecterons ce choix,
+parce que l'indépendance de la Belgique sera toujours l'objet de notre
+respect. Mais, vous avez vu, mon prince, quel a été le succès de la
+proposition faite au congrès par M. Maclagan[23].
+
+ [22] M. de Talleyrand avait envoyé à Paris la preuve de
+ l'intervention anglaise en Belgique en faveur du prince d'Orange.
+ (Appendice, p. 486).
+
+ [23] M. Maclagan était alors député d'Ostende. A la séance du 12
+ janvier, il présenta une motion en faveur du prince d'Orange, ce
+ qui provoqua un violent tumulte.
+
+ Voici en quels termes le compte rendu officiel relate cet
+ incident:
+
+ _M. Maclagan_ ne veut pas des combinaisons présentées (le duc de
+ Leuchtenberg et le prince Othon). Les puissances se réservent de
+ nous faire la loi; nous ne sommes pas indépendants. Le prince
+ d'Orange nous rapporterait le Limbourg, le Luxembourg, la rive
+ gauche de l'Escaut, et les puissances... (Au mot de prince
+ d'Orange, des cris à l'ordre! à bas, se font entendre de toutes
+ parts. La plus grande effervescence règne dans l'assemblée...)
+
+ _M. le président._--Je rappelle à M. Maclagan, qu'il a sans doute
+ oublié que le congrès a exclu à jamais toute la famille d'Orange.
+ (Bravo, bravo!) (On entend dans le tumulte la voix de M. A. de
+ Rodenbach qui crie:--Il est Anglais, M. Maclagan, il est Anglais!
+ il n'est pas Belge, à l'ordre!)
+
+ _M. le président._--Je connais mon devoir, je rappelle M. Maclagan
+ à l'ordre...
+
+ _M. Maclagan_ prétend qu'il faudrait que le congrès revînt sur sa
+ décision de l'exclusion pour donner liberté entière à ses
+ commissaires. (Les cris recommencent de nouveau et M. Maclagan
+ quitte définitivement la tribune.)
+
+»Le ministère anglais s'est-il bien représenté toute la différence qui
+existe entre la situation de la Belgique avant l'exclusion des Nassau,
+et sa situation actuelle? Tout était possible et permis alors; mais
+aujourd'hui un armistice a été conclu et mis sous la garantie des
+grandes puissances, postérieurement à l'exclusion des Nassau; la
+séparation de la Hollande et de la Belgique a été prononcée, et
+l'indépendance de la Belgique reconnue. Comment le prince d'Orange
+pourrait-il, par exemple, recourir aux forces hollandaises sans
+blesser le principe de l'armistice, de la séparation et de
+l'indépendance? Le prince d'Orange voudra-t-il entreprendre la
+conquête de la Belgique, avec ses partisans belges? Mais alors il se
+trouve aux prises avec les forces du gouvernement provisoire, du
+congrès, et commence une guerre civile que la France ne peut pas voir
+d'un oeil indifférent à ses portes. Qui saurait d'ailleurs prévoir tout
+ce qui pourrait naître de cette guerre civile? Avouez-le, mon prince,
+cette tentative a trop le caractère d'une imprudence, pour que je
+puisse y reconnaître les pensées prévoyantes et sages d'un
+gouvernement tel que celui de l'Angleterre. Toutefois la prudence de
+lord Grey et de lord Palmerston me rassure. Trompés par de faux
+renseignements, par les espérances actives, inquiètes du prince
+d'Orange, ce qui vient de se passer dans le congrès les aura éclairés,
+et ils auront révoqué, je n'en doute pas, les instructions qu'ils ont
+données à lord Ponsonby.
+
+»Notre attitude sera calme, notre conduite loyale, mais notre anxiété
+se conçoit aisément. L'attitude de la conférence, la vôtre, mon
+prince, dans d'aussi graves circonstances, sont bien difficiles. Je
+conçois que vous soyez fatigué de tout ceci, quoiqu'on n'ait jamais
+montré un plus noble caractère, une plus haute capacité que vous
+l'avez fait. Qu'on ne perde jamais de vue, à Londres, que le canon de
+la Belgique retentit en France, et que dans le monde on ne peut pas
+être sage tout seul...»
+
+De son côte, M. Bresson m'écrivait le 17 janvier de Bruxelles:
+
+
+ «Mon prince,
+
+»Je dois vous prévenir que lord Ponsonby écrit ce soir à lord
+Palmerston: _qu'il a reçu de bonne source l'information qu'un avis de
+mettre en état de siège et d'approvisionner les citadelles de Namur,
+Liège, Huy, a été envoyé du_ DÉPARTEMENT DE LA GUERRE DE FRANCE _au
+gouvernement belge_. J'ignore si ce fait a quelque fondement, et, s'il
+est exact, comment lord Ponsonby est parvenu à le connaître. Mais,
+comme il serait possible que des explications vous fussent demandées,
+j'ai cru prudent de vous avertir à l'avance.
+
+»J'ai lu avec un plaisir indicible, dans les journaux, la lettre de M.
+Sébastiani à M. F. Rogier[24]. Il ne fallait pas moins qu'une pareille
+leçon au congrès et au gouvernement belge[25].
+
+ [24] Firmin Rogier, diplomate belge, né en 1791, fut d'abord
+ professeur de l'Université de France. Après 1815, il entra dans
+ le journalisme, et combattit le gouvernement du roi Guillaume. En
+ 1830, il fut nommé secrétaire de légation à Paris et fit pendant
+ quelque temps fonction de chargé d'affaires. Il devint plus tard
+ ministre plénipotentiaire et ne se retira qu'en 1864.
+
+ [25] Un incident peu correct avait à ce moment jeté quelque
+ aigreur entre le cabinet français et le gouvernement belge. M. de
+ Celles avait lu à la tribune des lettres de M. Firmin Rogier et
+ de M. Bresson, relatives à la candidature du duc de Leuchtenberg.
+ Le comte Sébastiani avait été à juste titre mécontent que le
+ gouvernement belge livrât à la publicité des documents
+ essentiellement secrets, et que des paroles qu'il avait
+ prononcées dans une conversation familière avec M. Rogier eussent
+ été rapportées officiellement. Il s'en plaignit vivement à M.
+ Rogier et lui écrivit la lettre suivante:
+
+
+ «Paris, 14 janvier.
+
+ »Monsieur,
+
+ »Vous m'avez dit, il y a quelques jours, que les journaux avaient
+ rendu compte d'une manière infidèle des lettres que vous aviez
+ écrites au gouvernement provisoire; mais ils vous attribuent
+ aujourd'hui une nouvelle dépêche où il m'est impossible de
+ reconnaître ce qui a été dit dans nos derniers entretiens.
+
+ »Comme ministre, je n'ai jamais eu à entretenir le roi d'aucun
+ arrangement relatif à sa famille. Le roi n'a donc pu m'accorder ni
+ refuser ce qui ne lui a point été demandé. J'ajouterai que soit
+ comme homme, soit comme interprète des pensées royales, je ne me
+ serais jamais expliqué avec une telle légèreté sur la famille d'un
+ prince dont le roi estime la mémoire, et sous les ordres duquel je
+ m'honore d'avoir longtemps combattu pour la gloire et
+ l'indépendance de la France.
+
+ »Je me plais à croire, monsieur, que la lettre dont il s'agit
+ n'est pas votre ouvrage: s'il en était autrement, je me verrais
+ obligé de n'avoir plus de relations avec vous que par écrit.
+
+
+ »J'ai l'honneur, etc.
+
+ »HORACE SÉBASTIANI.»
+
+»Le parti français mécontent, M. de Stassart[26] en tète, se propose,
+pour se venger de nous, de tâcher de prendre le congrès par
+surprise et de faire inopinément élire M. le duc de Leuchtenberg, sous
+prétexte que les Belges n'ont plus que ce moyen de faire acte
+d'indépendance. J'espère qu'ils échoueront; j'y mettrai, du moins,
+tous mes efforts.
+
+ [26] M. de Stassart, gouverneur de la province de Namur, était
+ alors vice-président du congrès.
+
+»Le parti du prince d'Orange se met de son côté en mesure. La crise
+approche et je suis loin d'être sans inquiétude. Il m'est bien
+important de connaître votre pensée sur le prince d'Orange et le
+prince Léopold. Nous avons affaire à forte partie et fort soutenue de
+Paris. Le bruit a couru pendant trois jours que les généraux
+Exelmans[27], Fabvier[28] et Lallemand[29] étaient incognito à
+Bruxelles. On les dit maintenant partis pour Namur et Liège. C'est de
+ce côté qu'éclatera un mouvement français, si le mouvement orangiste a
+lieu à Gand et ici.
+
+ [27] Le général comte Exelmans (1775-1852), l'un des plus
+ brillants généraux de cavalerie de Napoléon. Il était alors pair
+ de France. Il devint en 1849 grand chancelier de la Légion
+ d'honneur, maréchal de France et sénateur.
+
+ [28] Le général baron Fabvier, né en 1782, entré à l'armée en
+ 1804, fut sous l'empire chargé de diverses missions en Turquie,
+ puis en Perse. En 1814 il dut signer la capitulation de Paris.
+ Mis en disponibilité sous la Restauration, il passa en Grèce en
+ 1823, et prit du service dans la guerre de l'indépendance. En
+ 1830, il devint maréchal de camp, commandant de place à Paris,
+ puis lieutenant général (1839) et pair de France (1845). En 1848,
+ il fut élu député et nommé ambassadeur à Constantinople, puis à
+ Copenhague. Il mourut en 1855.
+
+ [29] Le général Charles Lallemand, né en 1774, s'engagea en 1793,
+ et était général de brigade en 1815. Condamné à mort par
+ contumace à la deuxième Restauration, il passa en Amérique,
+ revint en France en 1830, devint membre de la Chambre des pairs
+ et mourut en 1839.
+
+»Nous aurons bien de la peine à arriver ici à une solution
+satisfaisante. C'est moins la bonne volonté que les lumières qui
+manquent au congrès, mais il est ingouvernable...»
+
+
+Tout cela était fort compliqué et il fallait, pour sortir de ce dédale
+d'intrigues, s'attacher à une ligne de conduite ferme, sans se laisser
+détourner du but par des incidents journaliers. Il n'y en avait pas
+d'autre pour nous, dans mon opinion, que de rester solidement unis à
+l'Angleterre; notre union contenait les trois autres puissances et
+assurait la paix. J'étais d'ailleurs parfaitement convaincu que la
+répulsion contre la maison de Nassau était trop forte en Belgique pour
+que le prince d'Orange pût y être rétabli. Ainsi, je ne voyais aucun
+risque à laisser l'Angleterre poursuivre cette chance; je savais que
+le cabinet avait besoin qu'elle fût reconnue épuisée et impraticable
+pour se présenter devant le parlement, qu'un certain sentiment de
+pudeur l'obligeait à donner ce témoignage de condescendance à la
+Hollande, dont l'Angleterre gardait les colonies qui avaient servi
+d'équivalent aux provinces belges[30], et j'étais sûr enfin que le
+ministère anglais me tiendrait compte, plus tard, de la bonne foi que
+nous montrions en ne nous opposant pas ouvertement à l'élection du
+prince d'Orange. Fort de toutes ces considérations, je résolus de ne
+pas me préoccuper autant du choix du souverain pour la Belgique que du
+soin d'élargir et d'affermir la séparation de ce pays de la Hollande.
+
+ [30] Par convention en date du 13 août 1814, l'Angleterre
+ s'engageait à restituer au roi des Pays-Bas les colonies dont
+ elle s'était emparée au cours de la guerre, à l'exception de la
+ colonie du Cap et de diverses possessions sur la côte de Guyane
+ et sur la côte de Malabar.
+
+Le protocole du 20 janvier avait établi les premières bases de cette
+séparation en prononçant en même temps, la neutralité perpétuelle de
+la Belgique. C'était ce qu'il fallait développer et faire accepter par
+le roi de Hollande. Ce souverain venait déjà de se soumettre de fort
+mauvaise grâce, il est vrai, au protocole par lequel nous lui avions
+imposé la levée du blocus de l'Escaut: c'était une cause
+permanente d'irritation pour les Belges qui se trouvait ainsi écartée.
+
+Je croyais avoir choisi la meilleure voie et je la suivais activement
+quand M. de Flahaut apparut de nouveau à Londres, porteur d'une lettre
+du général Sébastiani et chargé de reproduire le fameux projet de
+partage de la Belgique, que j'avais cru enseveli dans l'oubli. M. de
+Flahaut s'était croisé en route avec le courrier qui portait à Paris
+la déclaration de neutralité; il ne la connaissait pas, par
+conséquent. Une lettre du général Sébastiani du 21 janvier, était le
+thème au moyen duquel on voulait me faire partager les terreurs que
+causait à Paris la possibilité de l'élection du duc de Leuchtenberg;
+c'était sur ce thème que M. de Flahaut, devait s'étendre. Voici la
+lettre:
+
+ «Mon prince,
+
+»Vous aurez appris presque aussitôt que nous la situation de la
+Belgique. C'est le 28 que le congrès élira un souverain, et tout fait
+craindre que son choix ne se déclare en faveur de M. le duc de
+Leuchtenberg. M. Bresson a reçu l'ordre de déclarer officiellement que
+son élection ne serait point reconnue par la France[31]. Il doit
+renouveler le refus de consentir à l'élection de M. le duc de Nemours
+et à la réunion de la Belgique à la France. Ce que demandent les
+Belges, ce que désirent les Français est cependant cette réunion, et
+bientôt, peut-être, nous serons hors d'état de l'empêcher. Nous
+continuerons nos efforts pour la prévenir; mais nous n'osons plus
+croire à leur efficacité. Notre force est usée dans cette lutte
+ingrate. Le voeu de la France s'exprime aujourd'hui par la bouche des
+hommes dont vous appréciez le plus la prudence et dont vous honorez le
+plus le caractère. Notre situation est telle que le roi et le conseil
+n'ont pas cru qu'elle pût vous être fidèlement représentée par des
+dépêches, et le gouvernement du roi s'est décidé à vous envoyer M. le
+comte de Flahaut, qui pourra vous faire connaître toute la vérité et
+la mettre sous les yeux de Sa Majesté britannique. C'est là sa
+mission; c'est à vous d'en tirer le parti le plus utile au service du
+roi et de la France. Il est inutile de vous écrire une longue lettre.
+M. de Flahaut vous dira tout ce qu'il vous importe de savoir. Le temps
+presse; sachons mettre à profit les jours, les heures, et conservons
+cette paix qui, seule, peut sauver l'ordre social en Europe.
+
+»_P.-S._--Nous avons été tellement pris de court par le terme fatal du
+28 que nous n'avons pu vous consulter avant de prendre le parti
+d'envoyer à Londres.»
+
+ [31] Voir la lettre de M. Bresson au prince de Talleyrand.
+ (Appendice p. 487.)
+
+
+Ce fut après avoir pris lecture de cette lettre que M. de Flahaut
+essaya de me démontrer qu'il n'y avait pas d'autre voie de salut pour
+la France et l'Europe que le partage de la Belgique. Je me prononçai
+de la manière la plus forte contre cette idée à mes yeux aussi
+impolitique qu'impraticable, et je répondis ensuite à M.
+Sébastiani[32]:
+
+ [32] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Monsieur le comte,
+
+»M. le comte de Flahaut est arrivé avant-hier soir ici et m'a remis la
+lettre dont vous l'aviez chargée pour moi. Je vous remercie de l'avoir
+choisi pour me l'apporter.
+
+»La levée du blocus d'Anvers et l'irritation du roi de Hollande
+prouvent que la conférence avait été, comme cela était son but, assez
+rigoureuse envers les deux parties pour obtenir le résultat qu'elle
+voulait.
+
+»La conversation de M. de Flahaut m'a fourni des informations
+précieuses sur les idées et les intentions du gouvernement du roi, au
+sujet des affaires que je suis chargé de suivre ici et sur la
+disposition des esprits en France. Je regrette toutefois qu'il ait
+quitté Paris avant que ma dépêche du 21 vous soit parvenue. La
+nouvelle qu'elle contenait de la résolution adoptée par la conférence,
+doit nécessairement influer sur les vues du roi et de son conseil,
+ainsi que sur la conduite que l'on devra tenir avec la Belgique. Je
+continue à me féliciter de la déclaration de neutralité qui, jusqu'à
+présent, a été accueillie avec une grande approbation par les hommes
+d'État de ce pays qui en ont eu connaissance. Tous, à quelque parti
+qu'ils appartiennent, la considèrent comme un acte de grande
+politique, honorable pour la civilisation moderne et fait pour assurer
+le maintien de la paix par la facilité qu'il offre de concilier, sinon
+toutes les prétentions, du moins, tous les intérêts essentiels. Je
+dois ajouter qu'en y accédant, ils pensent sans aucune exception que
+cet acte est tout entier à l'avantage de la France.
+
+»Je conçois qu'au point où l'état des choses est parvenu en Belgique,
+et que dans les embarras vers lesquels il semble entraîner la France
+et l'Europe, les esprits se soient jetés dans les combinaisons les
+plus opposées. La neutralité reconnue rend impossible aujourd'hui la
+plupart de ces combinaisons et m'a permis de reprendre avec avantage
+la question du prince de Naples, à laquelle d'abord on avait mis
+ici tant d'opposition. Je crois même qu'on arriverait à un succès
+complet _sur ce point_, en rendant la ville d'Anvers, port franc, ou
+plutôt en en faisant une ville anséatique, et il ne m'est pas démontré
+_encore_ qu'on ne puisse arriver à ce résultat, sans qu'Anvers cesse
+d'appartenir, comme port libre, à la Belgique. C'est, depuis le jour
+où le protocole a été signé, la ligne dans laquelle je suis entré et
+dans laquelle je persisterai à marcher, si vous ne me donnez pas des
+ordres contraires.
+
+»Cette combinaison a l'avantage de montrer à quel point serait inutile
+toute concession faite à l'Angleterre sur le continent. Je dirai même
+que c'est pour éloigner toute idée à cet égard que je me suis attaché
+au système que je poursuis actuellement. Je n'aurais jamais voulu que
+le nom du roi et le vôtre se trouvassent liés à une clause, qui, à mon
+sens, aurait placé notre gouvernement sur la ligne de ceux qui ne
+pensent pas aux jugements de l'avenir.
+
+»L'histoire est là pour témoigner des difficultés que traîna à sa
+suite l'occupation de Calais par les Anglais, et elle est là aussi
+pour rappeler la faveur qui entoura les Guise lorsqu'ils eurent
+délivré la France de cette honte. Ses leçons ne doivent point être
+perdues pour nous; les mêmes fautes pourraient produire les mêmes
+résultats et ternir l'éclat de cette fleur d'indépendance qui est
+attachée à tous les actes du gouvernement du roi. Je suis sûr que son
+haut esprit ne lui permettrait pas de s'arrêter longtemps à une
+pareille idée qui, sans avoir un effet direct sur notre propre pays,
+n'écarterait pas les reproches que l'on ferait à l'emploi de notre
+politique continentale.
+
+»Personne ne serait tenté de nier que la réunion de la Belgique à la
+France offrirait des avantages à cette dernière, quoiqu'un
+agrandissement sur les bords du Rhin satisferait mieux mes idées sur
+la politique française; je conviens que cette réunion populariserait
+pendant quelque temps le gouvernement qui l'aurait obtenue, malgré les
+inconvénients qu'y trouverait l'industrie française; mais croyez
+aussi, monsieur le comte, que cette popularité serait bien passagère,
+s'il fallait l'acheter au prix qu'on propose. Il n'y a point de
+réputation qui ne fût ébranlée par un acte de cette espèce; il n'y a
+personne qui ne reproche à la paix de Teschen d'avoir introduit les
+Russes en Europe; quel jugement sévère ne porterait-on pas sur ceux
+qui introduiraient l'Angleterre sur le continent? Il ne faut jamais se
+mettre en contact avec ceux qu'on ne peut atteindre chez eux.
+
+»Je suis convaincu, monsieur le comte, que si vous étiez
+plénipotentiaire ici, vous ne mettriez jamais votre nom à un acte que
+les guerres les plus longues et les plus malheureuses ne pourraient
+pas même justifier[33]...»
+
+ [33] Voir à l'Appendice, p. 488, la lettre que M. de Talleyrand
+ écrivait dans le même sens à Madame Adélaïde.
+
+Je ne sais pas si cette dépêche convainquit ceux auxquels elle était
+adressée; mais elle eut du moins pour effet que je n'entendis plus
+parler du malencontreux projet de partager la Belgique.
+
+Pour être juste envers tous, il faut dire qu'il n'y avait rien de très
+singulier à ce que l'atmosphère de Paris, à cette époque,
+troublât les meilleurs esprits; j'en trouve la preuve dans quelques
+passages de la lettre suivante, que le duc de Dalberg m'écrivait sous
+la date du 22 janvier:
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Mon cher prince,
+
+»Rien ici ne se relève ni ne se consolide. Les affaires de la Belgique
+compromettent tout le monde, à commencer par votre chef, si chef il y
+a. Les affaires de Laffitte le déconsidèrent tellement comme président
+du conseil, qu'elles nuisent beaucoup à ce qui est au-dessus. M.
+Thiers est montré au doigt pour ses turpitudes.
+
+»Je causais hier avec Pasquier et Sémonville. Nous étions à nous
+demander comment tout cela pourrait se soutenir? Sémonville disait: Je
+revois le temps du Directoire. Il n'y a que Soult qui fait sa besogne
+et qui organise quatre cent mille hommes aux dépens des finances.
+Lorsqu'ils seront sur pied, peut-on les entretenir sans guerre? Si on
+fait la guerre, peut-on reprendre le système de pillage et de
+réquisition? Ce sont des questions insolubles. Le désordre et
+l'anarchie sont derrière la toile, parce que l'autorité n'est nulle
+part. On a si étrangement échauffé les esprits, qu'on n'entend plus
+parler que des injures que la France a reçues en 1814 et en 1815 et
+qu'il faut venger en reprenant la ligne du Rhin. On est stationnaire,
+comme l'est un Chinois, lorsqu'on soutient que ce sont autant de
+folies qui finiront par bouleverser le pays.
+
+»Votre conférence de Londres est singulièrement commentée par le
+congrès de Bruxelles; il serait temps que cela finisse! Comment
+ne trouve-t-on pas un chef militaire qui marche sur Bruxelles et
+finisse l'existence de ce congrès?
+
+»La Pologne occupe beaucoup les esprits, mais elle n'épuise pas les
+bourses. Le comité polonais n'a pu réunir jusqu'ici que soixante mille
+francs, dont vingt mille de M. de La Fayette.
+
+»Ce pauvre M. de Mortemart[34] joue le rôle de M. de Caulaincourt avec
+moins de sagacité et de talent[35].
+
+ [34] Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart, duc de Mortemart,
+ né en 1787, émigra en 1791, revint en France sous le Consulat, et
+ devint officier d'ordonnance de l'empereur. A la Restauration il
+ fut nommé pair de France (1814) et maréchal de camp, puis
+ ambassadeur en Russie. Le 29 juillet 1830, Charles X le chargea
+ de former un cabinet, mais ses efforts échouèrent et il se rallia
+ à Louis-Philippe. Il fut chargé d'une mission extraordinaire à
+ Pétersbourg et accrédité définitivement à ce poste en 1831. Il
+ devint sénateur en 1852 et mourut en 1876.
+
+ [35] M. de Caulaincourt avait été ambassadeur sous l'empire où il
+ avait la mission délicate de ramener l'opinion des Russes au
+ régime de la France d'alors. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+»Quelle est votre idée, mon prince, sur le chef à donner à la Grèce?
+Le prince Paul de Wurtemberg[36] tourmente tout le monde par son
+impatience à y être appelé. On ne l'écoute guère ici; la minorité du
+prince de Bavière paraît favorable à Capo d'Istria qu'on devrait
+laisser en place.
+
+ [36] Paul prince de Wurtemberg, né en 1785, marié en 1805 à la
+ princesse Catherine, fille du duc de Saxe-Altenbourg, mort le 16
+ avril 1852. Il était le frère du roi de Wurtemberg.
+
+»Les nominations de M. de Bouillé à Calrsruhe et de M. Alleye à
+Francfort ont fort déplu. On regarde ce dernier appelé à désunir,
+autant qu'il le pourra, la Confédération. Il produira, je crois,
+l'effet opposé. On n'explique pas le goût du roi à faire de tels
+choix...»
+
+
+Il fallait une certaine persévérance pour ne pas se laisser
+décourager, soit par ces échos de Paris, soit par les extravagances
+des Belges et par les résistances obstinées du roi des Pays-Bas. Je ne
+me sentis pas ébranlé néanmoins, et je poursuivis avec fermeté la
+ligne que je m'étais tracée, sans me soucier des velléités imprudentes
+de Paris, pas plus que du duc de Leuchtenberg qu'on voulait faire
+nommer à Bruxelles, sûr qu'il ne serait pas reconnu par les
+puissances, et je pressai la conférence de consolider l'oeuvre de la
+séparation de la Belgique de la Hollande. Dans notre séance du 27
+janvier, nous abordâmes les questions financières et commerciales qui
+se rapportaient à cette séparation, et nous les résolûmes dans une
+mesure d'équité qui devait, plus tard, concilier les véritables
+intérêts des deux parties. En envoyant le protocole de cette séance à
+Paris, j'écrivis le 29 janvier[37]:
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.
+
+ [37] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Je vous envoie le protocole de notre conférence du 27; il traite de
+plusieurs questions financières et commerciales relatives à la
+séparation de la Hollande et de la Belgique. Ce travail a été rédigé
+par M. le baron de Wessenberg et par M. le comte de Matusiewicz, qui
+ont cru devoir attacher les mesures qu'ils ont proposé de prendre pour
+la séparation aux mêmes principes qui avaient dirigé l'union. Ces deux
+plénipotentiaires, et surtout M. de Wessenberg, possédaient sur cette
+matière des connaissances qui nous manquaient à tous, et à moi en
+particulier. Du reste, en l'adressant à nos commissaires à Bruxelles,
+nous y avons joint des instructions par lesquelles nous les
+autorisons à juger le moment le plus opportun pour en faire la remise
+au gouvernement belge. Comme il serait possible que ce protocole
+soulevât des difficultés nouvelles à Bruxelles, je vous engage à en
+retarder la publication jusqu'à ce que vous connaissiez ce qu'auront
+fait nos commissaires à Bruxelles, après avoir sondé l'opinion des
+gens avec lesquels ils sont le plus en rapport[38].
+
+ [38] Ce protocole du 27 janvier ne renfermait pas des _décisions_
+ mais de simples _propositions_ de la conférence, qui n'avaient
+ aucune force exécutoire. Il proposait un projet pour le partage
+ des dettes entre les deux pays, et donnait le droit à la Belgique
+ de participer au commerce colonial hollandais.--Il ne faut pas
+ perdre de vue cette circonstance sur laquelle M. de Talleyrand
+ reviendra plus tard.
+
+»Il y aura probablement beaucoup de controverses sur plusieurs
+questions traitées dans ce protocole, mais nous avons cru qu'il
+satisfaisait à une grande partie des besoins des deux pays. Le roi de
+Hollande est suffisamment bien traité pour que les rapports entre lui
+et la Belgique n'occasionnent pas des difficultés continuelles qui
+finiraient par être insurmontables. De l'autre côté, les Belges,
+grands industriels et grands producteurs, auront des débouchés qui ne
+les mettront pas dans la nécessité de faire toujours la contrebande
+avec la France. L'opinion des gens les plus versés en ces matières, en
+Angleterre, est que, si on s'arrêtait à d'autres bases plus
+défavorables à la Hollande, il serait impossible à ce pays d'exister à
+cause des charges énormes dont il serait accablé. C'est à vous d'en
+juger dans votre sagesse; vous trouverez sans doute que cela touche à
+des questions de haute politique...»
+
+
+Je prévoyais bien que ces mesures, pas plus que la déclaration de
+la neutralité de la Belgique, n'étaient de nature à satisfaire, pour
+le moment, ni aux impatiences de Paris, ni aux exigences de Bruxelles
+et de La Haye; mais l'essentiel était de maintenir la bonne harmonie
+entre nous et l'Angleterre, et d'imposer par là aux autres cabinets
+les résolutions raisonnables, et autant que possible équitables que
+nous aurions arrêtées entre nous deux. Le reste n'était, pour moi, que
+secondaire. Je cherchais les véritables intérêts de la France là où je
+croyais les trouver réellement, et non dans des rêves qui ne pouvaient
+conduire qu'à sa ruine.
+
+En effet, une guerre générale, fût-ce même seulement contre les trois
+puissances du Nord, devait nous être fatale, car elle aurait pris tout
+de suite un caractère révolutionnaire qui aurait détaché de nous
+l'Angleterre. Il fallait donc l'éviter par-dessus tout dans d'aussi
+fâcheuses conditions; mais il fallait l'empêcher par des moyens qui,
+non seulement ne fussent pas déshonorants pour la France, mais qui
+même tournassent à son avantage. Ce que j'avais fait jusqu'à présent
+entrait parfaitement dans ce but. Ainsi, au lieu du royaume des
+Pays-Bas, composé de sept millions d'habitants, avec une ligne
+formidable de forteresses tournées contre nous, nous avions déjà
+obtenu la séparation en deux de ce royaume et, sur notre frontière,
+une Belgique neutre réduite à quatre millions d'habitants. Cette
+neutralité, sur laquelle on essaya d'abord de plaisanter comme d'une
+impossibilité, est cependant plus solide et sera, j'espère, plus
+durable qu'on ne le suppose, tant que la France ne tentera pas des
+guerres générales et révolutionnaires contre l'Europe entière, ce
+qu'une saine politique ne doit pas admettre dans ses calculs. Si la
+France a une guerre contre l'Angleterre, nous aurions un intérêt égal
+à celui de l'Allemagne, à ce qu'on respectât la neutralité de la
+Belgique; et si, au contraire, c'est contre l'Allemagne que la France
+fait la guerre, sans que l'Angleterre y participe, celle-ci défendra
+la neutralité de la Belgique. Dans tous les cas donc, cette neutralité
+est garantie à condition, bien entendu, que nous, les premiers, nous
+la respecterons en tout temps. La neutralité de la Belgique assurée
+est, de Dunkerque à Luxembourg, une défense égale à celle que nous
+trouvons de Bâle à Chambéry par la neutralité de la Suisse. Cette
+neutralité, consentie à Londres par la conférence des grandes
+puissances, j'avoue que le choix du souverain qui régnerait en
+Belgique avait perdu beaucoup de son importance pour moi, parce que
+j'étais sûr d'avance que le premier intérêt de ce souverain, quel
+qu'il fût, serait de ménager la France et de vivre dans de bons
+rapports avec elle. Ce qu'il fallait surtout, c'est que la séparation
+de la Belgique de la Hollande fût faite sur des bases assez équitables
+pour que les deux pays pussent exister l'un et l'autre, et qu'après un
+certain temps donné à l'apaisement des passions, ils pussent reprendre
+entre eux des rapports convenables. C'est vers ce but qu'ont toujours
+tendu mes efforts pendant ma mission à Londres et, en cela, je ne
+crois pas m'être trompé. Après cette digression qui ne me semble pas
+inutile, rentrons dans le courant des faits qui devaient retarder bien
+longtemps encore l'accomplissement de mes vues et, pour commencer,
+citons une lettre de M. Bresson, du 30 janvier, de Bruxelles:
+
+ «Mon prince,
+
+»Les choses empirent ici de moment en moment; les passions sont
+arrivées à leur dernier degré d'exaspération. Je prévoyais bien
+que, d'un instant à l'autre, nous avions à craindre quelque
+combinaison funeste, quand j'appuyais celle du prince de Bavière,
+neutre et inoffensive de sa nature. Je vous le disais alors: tous les
+dangers nous environnent; nous les avons maintenant en face.
+Malheureusement la désapprobation est venue trop vite; l'incertitude a
+succédé à un plan fait; le champ s'est rouvert aux malveillants et aux
+intrigants, et leur temps n'a pas été perdu.
+
+»Le prince de Naples présenté à temps, ou toute autre combinaison
+neutre, il y a six semaines, quand je demandais que tout fût
+subordonné au choix du chef de l'État, aurait eu les meilleures
+chances. Mais il eût fallu le concours, l'assistance de l'Angleterre.
+Ce concours, cette assistance, nous ne les avons pas eus, _même contre
+le duc de Leuchtenberg_; on lui a laissé gagner du terrain; on n'a pas
+arrêté cette pensée _qu'il serait agréable aux puissances, précisément
+parce qu'il était hostile à la France_: et aujourd'hui on fait des
+voeux et des démarches en sa faveur. Il en est résulté ce qui devait
+être, que les amis de la France, de leur propre mouvement, malgré nos
+déclarations antérieures, lui opposent le seul candidat qui puisse le
+vaincre, M. le duc de Nemours. Ainsi nous voilà placés entre un choix
+hostile à la France et un choix hostile aux puissances; cruelle
+alternative qui ne peut se résoudre, de part ou d'autre, que par
+d'affreux malheurs.
+
+»L'on s'est abusé, dès le principe, sur les chances du prince
+d'Orange, et l'on a persévéré, parce que l'on ne voyait que des gens
+d'une même couleur. Sans doute, et je l'ai pensé, et je vous l'ai
+écrit, le prince d'Orange, rappelé par l'opinion, tranchait toutes les
+difficultés. Mais, mon prince, ce n'était plus de l'antipathie,
+c'était devenu de la fureur. J'ai entendu les propos les plus atroces;
+des misérables s'offraient publiquement pour lui porter le premier
+coup, s'il revenait. Le prince d'Orange était impossible sans la
+guerre civile. Ce peuple ne se rend ni à la raison, ni à l'intérêt; il
+obéit à la passion. Les jours du prince, au milieu de ces énergumènes,
+n'eussent point été en sûreté. C'est cependant à l'espoir de le
+ramener que l'on a sacrifié tous les termes moyens que nous avons
+offerts; aujourd'hui, l'on n'a plus que l'abîme devant soi.
+Qu'arrive-t-il? L'on veut rejeter sur autrui les fautes que l'on a
+soi-même commises. L'on y met de l'irritation et l'on s'oublie dans
+ses paroles. Mais qu'on prenne garde d'être rappelé à la modération!
+
+»Les circonstances étaient si graves, mon prince, que j'ai cru devoir
+aller à Paris les exposer moi-même au roi et au ministre. Mon voyage
+n'a duré que soixante-six heures. Pendant mon absence, le protocole du
+20 janvier (celui de la neutralité) est arrivé à lord Ponsonby et a
+été communiqué par lui. Vous le croirez à peine. Il renferme une
+grande pensée; il devait exciter la reconnaissance et l'admiration; eh
+bien, il provoque la colère! Jugez de ces hommes par ce seul fait. Le
+journal ci-joint vous donnera les détails. Demain ou après, la
+protestation sera discutée au congrès[39]...»
+
+ [39] Le congrès avait été fort irrité de l'intention manifestée
+ par la conférence de régler elle-même les questions intéressant
+ la Belgique. Cette phrase notamment du protocole du 20 janvier:
+ «La Hollande et la Belgique possédant des enclaves sur leurs
+ territoires respectifs, il sera effectué par les soins des cinq
+ cours tels échanges et arrangements entre les deux pays qui leur
+ assureront l'avantage réciproque d'une entière contiguïté de
+ possession...» etc., avait éveillé les susceptibilités de
+ l'assemblée. Enfin la question du Luxembourg avait irrité le
+ patriotisme des députés. Aussi, à la séance du 29 janvier, la
+ lecture du protocole souleva de violentes protestations. «La
+ souveraineté nationale, disait un député, M. Nothomb, est
+ transférée de Bruxelles au Foreign Office.--Le 30, une
+ protestation fut votée par 163 voix contre 9.
+
+J'ai cité cette lettre, autant pour indiquer quel était l'état des
+choses à Bruxelles, que pour faire voir le danger que présentent
+souvent les rapports d'un agent trop passionné. M. Bresson était
+certainement un homme capable et intelligent; mais il voulait
+justifier la faute qu'il avait commise en appuyant la candidature du
+prince de Bavière, sans l'autorisation de la conférence dont il était
+le commissaire; et il lui fallait accuser avec emportement son
+collègue lord Ponsonby et dépeindre en traits de feu, et avec une
+évidente exagération, la disposition des esprits à Bruxelles. Il avait
+fait une course à Paris, où on avait cru à toutes ses paroles; et le
+contre-coup m'en vint ensuite à Londres. Heureusement que je ne me
+laissais ni affliger ni détourner de mes plans par les ardeurs
+intempestives des autres. Mon idée restait bien arrêtée, au sujet du
+choix du souverain de la Belgique. Mon candidat était et est resté
+constamment le prince Léopold de Saxe-Cobourg; et je ne m'agitais pas
+du bruit qu'on faisait partout sur cette question. J'avais l'espoir:
+1º que le roi Louis-Philippe refuserait le trône pour son fils, M. le
+duc de Nemours; 2º que les puissances repousseraient le duc de
+Leuchtenberg; 3º que jamais les Belges ne pourraient s'entendre pour
+rappeler le prince d'Orange. Aussi, sans me préoccuper de ce point, je
+voulais poursuivre, comme je l'ai dit, ce qui, à mes yeux, était la
+vraie question, la séparation complète et sans retour possible entre
+la Belgique et la Hollande. Mais, si j'étais tranquille de ce côté,
+les soucis ne me manquaient pas d'autre part; et tout le mois de
+février se passa dans de perpétuelles inquiétudes sur la marche
+des événements intérieurs en France, et sur les hésitations du
+gouvernement français. Ceci demande quelques explications.
+
+J'ai dit que la conférence, par son protocole du 27 janvier, avait
+arrêté un partage des dettes entre la Hollande et la Belgique, et
+quelques autres arrangements commerciaux. Ce protocole était
+essentiellement provisoire; et sauf la question des limites que nous
+avions fixées d'après la situation des deux pays en 1790, la seule qui
+pouvait être admise, le reste de ce protocole était discutable, et
+pouvait être modifié selon les explications qui seraient fournies par
+les deux parties.
+
+J'avais écrit dans ce sens à Paris, mais là on prenait avec ardeur
+parti exclusivement pour les Belges; on avait donc blâmé les
+arrangements proposés dans le protocole, comme trop défavorables à la
+Belgique; et j'avais été, moi-même, blâmé pour avoir apposé ma
+signature au protocole.
+
+Quelques jours après la signature de ce protocole, plusieurs membres
+de la conférence, alarmés des nouvelles venues de Bruxelles, et qui
+représentaient comme incessantes les intrigues de la France en faveur
+de l'élection du duc de Nemours, proposèrent, le 1er février, de
+rédiger un protocole dans lequel les cinq puissances prendraient
+l'engagement formel, en imitation de ce qui avait été fait dans le
+temps pour le choix du souverain de la Grèce, qu'en aucun cas le
+souverain de la Belgique ne pourrait être choisi parmi les princes des
+familles qui régnaient dans les cinq cours représentées à la
+conférence de Londres. Je me refusai formellement à signer ce
+protocole qui semblait manifester de la méfiance envers la France,
+à laquelle, seule en ce moment, il paraissait devoir s'appliquer.
+
+Ces explications données pour l'éclaircissement de ce qui va suivre,
+je me bornerai maintenant à insérer chronologiquement les extraits de
+mes dépêches et de lettres écrites et reçues pendant le mois de
+février. La marche des faits y sera clairement suivie.
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[40]
+
+ [40] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 1er février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Je sors de notre conférence qui s'est prolongée aujourd'hui jusqu'à
+huit heures et demie du soir; l'heure de la marée presse le courrier
+que je vous expédie, et il me reste bien peu de temps pour vous
+écrire. Cependant, comme en prenant lecture du protocole que j'ai
+l'honneur de vous envoyer, vous verrez que j'ai refusé d'y apposer ma
+signature, je vous dois une explication de ce refus.
+
+»Lorsque le plénipotentiaire anglais a ouvert l'opinion qui a prévalu
+dans la conférence et qui se trouve consignée dans le protocole, je
+m'y suis opposé en déclarant que je ne pouvais voir dans cette
+résolution qu'une démarche directe contre la France; qu'elle ne me
+semblait pas favorable au maintien de la bonne harmonie entre les
+puissances, et que, d'ailleurs, les termes mêmes des protocoles
+numéros 11 et 12, sur lesquels on s'appuyait, développaient d'une
+manière suffisante les vues des cinq puissances; en effet, voici les
+termes de ces protocoles:
+
+«_Protocole nº 11._--Les plénipotentiaires ont été unanimement d'avis
+que les cinq puissances devaient à leurs intérêts bien compris, à leur
+union, à la tranquillité de l'Europe et à l'accomplissement des vues
+consignées dans le protocole du 20 décembre, une manifestation
+solennelle, une preuve éclatante de la ferme détermination où elles
+sont, de ne chercher dans les arrangements relatifs à la Belgique,
+comme dans toutes les circonstances qui pourront se présenter encore,
+aucune augmentation de territoire, aucune influence exclusive, aucun
+avantage isolé.»
+
+»_Protocole nº 42._--Le souverain de la Belgique doit nécessairement
+satisfaire, par sa position personnelle, à la sûreté des États
+voisins.»
+
+»J'ai cru, monsieur le comte, qu'après des stipulations aussi
+formelles, il devenait inutile de donner de nouvelles explications;
+c'est pourquoi j'ai demandé à en référer au gouvernement du roi, et à
+provoquer des instructions que vous ne tarderez pas, je pense, à me
+transmettre.
+
+»L'article du protocole relatif à la Grèce auquel lord Palmerston a
+fait allusion, est ainsi conçu et se trouve sous la date du 22 mars
+1829: «En aucun cas, le chef ne pourra être choisi parmi les princes
+des familles qui règnent dans les cours signataires...»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 3 février 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+«Son Altesse Royale Monseigneur le duc de Nemours a été nommé et
+proclamé roi des Belges, à quatre heures vingt-cinq minutes précises
+de cet après-midi.
+
+»Il y avait cent quatre vingt-onze votants, au premier tour de
+scrutin: M. le duc de Nemours a obtenu quatre-vingt-neuf voix; M. le
+duc de Leuchtenberg, soixante-sept; et M. l'archiduc Charles
+d'Autriche, trente-cinq. Cent une voix étaient nécessaires.
+
+»Au second tour, il y avait cent quatre-vingt-douze votants. La
+majorité absolue nécessaire était de quatre-vingt-dix-sept suffrages:
+M. le duc de Nemours l'a précisément obtenue; M. le duc de
+Leuchtenberg a eu soixante-quatorze voix, et l'archiduc vingt et une.
+
+»Le président du congrès a proclamé le duc de Nemours roi des Belges,
+à la condition d'accepter la constitution décrétée par le congrès.
+
+»Le plus grand enthousiasme et la plus grande tranquillité règnent
+dans la ville...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[41].
+
+ [41] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 4 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu hier au soir votre lettre du 31 janvier et, ce matin, celle
+du 1er février auxquelles je m'empresse de répondre.
+
+»Vous verrez d'abord, par l'annexe ci-jointe au protocole numéro 12
+que je n'ai pu vous envoyer plus tôt, parce qu'elle n'a pu être
+expédiée qu'hier au soir de la chancellerie, que quelques-unes des
+objections que vous soulevez dans vos dépêches avaient été résolues
+par les principes renfermés dans cette annexe. Ainsi, vous remarquerez
+que, pour ne pas trop nous éloigner du système qui a été adopté,
+le second paragraphe relatif aux affaires financières et commerciales
+porte pour titre: _Arrangements proposés_, ce qui laisse aux parties
+le temps et les moyens de fournir de nouvelles explications. Ce titre
+indique positivement que nous n'avons pas voulu trancher de notre
+propre autorité toutes les questions qui sont énumérées dans le
+protocole; et cela est tellement évident que, dans les instructions
+données à nos commissaires à Bruxelles, nous leur avons recommandé de
+sonder les personnes influentes avec lesquelles ils sont en rapport
+sur l'effet probable de ce protocole; et nous laissions en même temps
+à leur prudence de fixer le moment opportun pour en faire usage. Je
+vous ai écrit dans ce sens, par ma lettre du 29 janvier.
+
+»L'opinion que vous avez sur le peu d'importance, pour la Belgique, du
+commerce qui lui serait accordé avec les colonies hollandaises est en
+opposition avec celle de tous les négociants distingués de la cité de
+Londres. Ils pensent tous, et les plus habiles ont été consultés, que
+c'est à ce commerce que la Belgique a dû, pendant ces quinze dernières
+années, les développements de son industrie; les pétitions des deux
+Flandres confirment cette opinion. Les embarras que vous prévoyez de
+la part de la Hollande, dans l'exécution de cette condition, seraient,
+je crois, aisément levés lors du traité définitif: on imposerait alors
+des garanties auxquelles il serait impossible à la Hollande
+d'échapper.
+
+»Nous n'avons pu trancher, comme vous paraissez le supposer, la
+question du grand-duché de Luxembourg; elle a été renvoyée à ceux qui
+ont le droit et le pouvoir de la traiter. Les observations à ce sujet,
+contenues dans ma dépêche numéro 74, n'ont pu vous échapper.
+
+»Quant à la fixation du territoire et des frontières de la Belgique,
+il me semble qu'il était impossible de les arrêter autrement que nous
+l'avons fait. Nous voulions reconnaître l'indépendance de la Belgique;
+pour arriver à ce but, il fallait que l'on sût ce que c'était que la
+Belgique, et par conséquent déterminer les frontières du pays que nous
+appelions à l'indépendance. Aurions-nous pu, sans injustice, en fixer
+d'autres que celles qui existaient en 1790, lorsque la Hollande et la
+Belgique formaient deux États séparés? La conférence a d'ailleurs
+formellement déclaré, dans son protocole du 20 janvier, que les deux
+parties régleraient sous sa médiation les enclaves ou les cessions qui
+faciliteraient les arrangements définitifs. Cela rentre, comme vous le
+voyez, dans les bornes que vous attribuez à la conférence.
+
+»Vous m'annoncez, monsieur le comte, que le gouvernement du roi n'a
+point adhéré au protocole du 27 janvier. Je ne comprends pas, je
+l'avoue, dans quel but il aurait adhéré ou pas adhéré à un acte
+provisoire qui ne renferme que des stipulations éventuelles, ainsi que
+le démontre l'annexe que je vous envoie aujourd'hui.
+
+»En répondant à la partie de votre lettre du 1er février, relative au
+souverain futur de la Belgique, je ne dois pas vous dissimuler
+l'inquiétude que m'inspire la résolution à laquelle vous semblez vous
+être arrêté, dans le cas où le congrès désignerait M. le duc de
+Nemours. Je ne pense pas qu'il serait prudent d'apporter du retard à
+exprimer votre refus: une réponse dilatoire, en pareil cas, exciterait
+au plus haut point le mécontentement de l'Angleterre; elle y verrait
+la confirmation des intrigues qu'elle reproche à tort au gouvernement
+français; et la Russie ne manquerait certainement pas de profiter de
+cette circonstance et de vous accuser d'entretenir des
+arrière-pensées. Voilà mon opinion, monsieur le comte, telle que je me
+la suis formée d'après mes rapports avec le cabinet anglais.
+
+»Quant à M. le prince de Naples, je ne crois pas qu'il soit nécessaire
+de suspendre votre décision pour rendre ses chances plus favorables.
+C'est à vous de juger quelle action il vous est utile d'exercer a
+Bruxelles pour ce choix. Vous avez pu voir, par ma correspondance, que
+j'ai préparé ici les dispositions des ministres anglais et des membres
+de la conférence pour lui, et je ne crains pas de trop m'avancer en
+vous déclarant que lorsqu'il s'agira de traiter cette question, nous
+n'éprouverons plus d'opposition de la part du gouvernement anglais,
+qui est sûr d'avoir l'assentiment de l'Autriche et de la Prusse; le
+temps nécessaire pour des instructions retardera celui de la Russie.
+On changerait ces heureuses dispositions par de l'irrésolution dans
+les démarches, et on compromettrait sans aucun doute le maintien de la
+paix avec l'Angleterre, qui aujourd'hui nous est encore assuré et qui
+doit être notre unique but...»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 5 février 1831[42].
+
+»Une réflexion dont le roi me charge de vous faire part, mon cher
+prince, et dont je suis persuadée que vous sentirez toute la
+justesse, relativement au dernier protocole que vous avez, avec tant
+de raison, refusé de signer, c'est que les puissances mêmes ne peuvent
+l'assimiler à celui qui avait été conclu pour la Grèce, en ce que la
+circonstance est tout à fait différente. Pour la Grèce, c'étaient les
+trois puissances qui choisissaient, qui nommaient le souverain; ici
+c'est le congrès belge et la Belgique, dont les cinq puissances ont
+reconnu l'indépendance, qui doit choisir librement son souverain.
+
+ [42] Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer qu'en
+ suivant l'ordre chronologique dans lequel les lettres sont
+ écrites, M. de Talleyrand ne pouvait pas placer les réponses
+ exactement à la suite des lettres mêmes et qu'il fallait dans ce
+ temps-là, de deux à trois jours, selon l'état de la mer, pour
+ qu'une lettre parvînt de Londres à Bruxelles ou à Paris et _vice
+ versa_. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+»Voilà Nemours élu, malgré le refus soutenu du roi et de son
+gouvernement; le courrier, persistant et réitérant ce refus et le
+portant de nouveau à M. Bresson, est parti hier pour Bruxelles, quatre
+heures avant que la nouvelle de l'élection de Nemours, par dépêche
+télégraphique, nous soit parvenue. Nous sommes par conséquent, franc
+et loyal, mon cher prince; nous avons le bon droit de notre côté; vous
+en ferez bon et habile usage, et j'ai la ferme confiance que nous en
+sortirons bien et avec honneur et gloire; nous ne voulons, ne
+souhaitons, et cela sincèrement, que le véritable bien de tous et sans
+intérêt personnel. La vérité triomphera de la ruse et de l'intrigue;
+et vous aurez la gloire et la satisfaction d'y contribuer puissamment
+par votre talent et tous vos moyens.
+
+Il me tarde, plus que je ne puis vous le dire, d'avoir de vos
+nouvelles; mais il faut parler maintenant des grosses dents à Londres,
+mon cher prince. On nous joue, on nous laisse dans un état qui n'est
+ni la paix ni la guerre, et la Belgique prête à tomber dans une
+anarchie affreuse. Cela n'est plus supportable; il faut qu'on
+s'entende et qu'on marche franchement à un arrangement, à une
+combinaison qui leur convienne et qui leur donne sécurité; et de cette
+manière, tout ira bien. Mais pour eux, pour nous, et pour tout,
+cela presse plus que je ne puis vous le dire. L'expérience (si sur
+certaines personnes elle sert à quelque chose) doit bien leur prouver
+qu'il n'y a déjà eu que trop de temps perdu par un vilain et sot
+espoir du prince d'Orange, auquel on doit bien voir maintenant qu'il
+n'y a pas moyen de penser et qu'il faut absolument rejeter...»
+
+J'ai la certitude que Madame Adélaïde, en écrivant cette lettre, et le
+roi qui la dictait étaient parfaitement sincères dans leurs
+déclarations; mais que devais-je penser en recevant le même jour et de
+la même date cette lettre de Bruxelles?
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 5 février 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Forcés de changer notre position et de nous engager dans une lutte
+que nous aurions voulu éviter, nous n'avions plus qu'un parti à
+prendre: il fallait vaincre et nous avons vaincu. Mais aujourd'hui,
+nous avons à penser aux suites de ce succès non encore affermi.
+
+»Une pensée m'est venue, qui, si elle est accueillie par vous, peut
+porter quelque fruit. Le prince d'Orange peut, en quelque sorte, se
+considérer comme dépossédé par nous. Si nous lui trouvons quelques
+dédommagements dont la paix et l'équilibre de l'Europe s'arrangent, en
+même temps que lui; s'il les reçoit de notre influence, de notre
+intervention amicale, nous aurons à la fois fait un acte de
+bienveillance et de politique; nous faciliterons la solution de
+toutes les questions compliquées qui vont sortir de l'élection de M.
+le duc de Nemours et nous adoucirons plus d'une irritation qu'elle va
+produire.
+
+»Le prince d'Orange est beau-frère de l'empereur de Russie[43]; il est
+agréable à l'Angleterre; il est doux de caractère; ses manières ont du
+charme; son esprit du chevaleresque; ses légèretés, ses inconséquences
+qui, dans ce pays de rigidité catholique, lui ont porté des coups
+funestes, ailleurs, peuvent être vues d'un oeil plus indulgent. La
+Pologne demande un roi; elle semble résolue à une longue et sanglante
+résistance. Si l'empereur de Russie peut, avant le combat, être amené
+à composition, il cédera en faveur du prince d'Orange plus facilement
+que pour tout autre; et si, sur notre initiative et par notre
+insistance, un pareil dénouement est donné à la révolution polonaise,
+nous aurons à la fois servi la cause d'une nation généreuse, ramené
+vers nous des esprits hostiles ou alarmés, recomposé le système
+européen détruit par le partage de la Pologne, et affermi le trône de
+M. le duc de Nemours. Avec vous, mon prince, il serait oiseux d'entrer
+dans tous les développements de cette idée. Je me borne à vous la
+soumettre. Toutefois, je vous expédie cette lettre par estafette; ce
+peut être un calmant bon à appliquer dans les premiers moments.
+
+ [43] On se rappelle que le prince d'Orange avait épousé la
+ grande-duchesse Anne, soeur de l'empereur Nicolas.
+
+»Je me suis déjà employé et je continuerai de m'employer pour que les
+chefs de l'insurrection de Gand ne soient pas mis à mort[44]. Le
+règne de notre jeune et aimable prince commencerait bien par un acte
+de clémence; il faut le lui tenir en réserve.
+
+ [44] Le 2 février un mouvement orangiste avait éclaté à Bruges et
+ à Gand. Le lieutenant-colonel Grégoire souleva son régiment
+ cantonné à Bruges. A sa tête, il pénétra dans Gand et força le
+ gouverneur à proclamer le prince d'Orange. Mais il fut aussitôt
+ attaqué dans la ville, battu et arrêté. Le mouvement n'eut pas de
+ suite.
+
+»Je ne pourrais vous peindre avec trop de force l'effet que produirait
+sur ce pays un refus, ou une acceptation seulement conditionnelle de
+Sa Majesté. Ce serait instantanément le bouleversement de toutes
+choses, la guerre civile, la cocarde orange, la cocarde française, le
+désordre, le meurtre et l'anarchie dans toutes leurs fureurs. Nous ne
+pouvons plus regarder en arrière, mon prince. Un mouvement rétrograde
+serait mille fois plus dangereux qu'une attitude ferme et décisive.
+
+»La protestation de notre gouvernement contre le protocole du 27
+janvier me destitue en quelque sorte de mes fonctions de commissaire
+de la conférence. Je l'avais communiquée à M. Van de Weyer; parce que
+je savais qu'elle nous donnerait les voix dissidentes du Limbourg et
+du Luxembourg; il l'a montrée; et puis il se l'est laissé arracher, et
+elle a été lue à la tribune et imprimée.
+
+»Il y a un point très délicat qui, si le roi accepte pour M. le duc de
+Nemours, entraîne une autre protestation contre le protocole du 20
+janvier; car dans nos quatre-vingt-dix-sept voix, il y en a vingt du
+Luxembourg; et si nous reconnaissons Luxembourg comme hollandais, nous
+invalidons l'élection. Un tendre engagement va plus loin qu'on ne
+pense. Mais le prince d'Orange, _seulement proposé_ par nous pour
+la Pologne, peut arranger bien des choses...»
+
+J'ignore si la belle conception politique exposée dans cette lettre
+sortait uniquement du cerveau de M. Bresson, mais l'aplomb avec lequel
+il la faisait valoir doit me faire supposer qu'il se sentait appuyé
+quelque part. Quoi qu'il en fût, je ne me donnai pas même la peine de
+répondre à de pareilles absurdités. Mais continuons les extraits de
+dépêches:
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[45].
+
+ [45] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 6 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Le conseil des ministres anglais est assemblé en ce moment pour
+délibérer sur une dépêche qui vient d'être reçue de Lord Ponsonby et
+par laquelle il annonce que M. Bresson a fait répandre dans Bruxelles
+une espèce de déclaration du gouvernement français. Cette déclaration
+dont je n'ai pas connaissance renferme, dit-on, l'assurance positive
+de ne point reconnaître les derniers protocoles de la conférence de
+Londres[46]. Elle a produit ici le plus fâcheux effet, et c'est facile
+à concevoir. En chargeant leurs plénipotentiaires à Londres de
+pourvoir aux embarras qu'avait amenés le soulèvement de la Belgique,
+les cinq puissances ont eu en vue d'empêcher des complications qui
+devaient troubler la paix de l'Europe. C'était par suite de
+traités entre toutes les puissances qu'en 1814, la Belgique avait été
+réunie à la Hollande; du moment où cette union était rendue impossible
+par la révolution belge, ces mêmes puissances ont eu l'obligation de
+rechercher quelles seraient les combinaisons les plus favorables au
+maintien de la bonne harmonie entre elles et qui offraient le plus de
+garanties pour les intérêts de chacun. Tel a été le principe dirigeant
+de la conférence de Londres. Une déclaration, telle que celle que l'on
+annonce avoir été faite à Bruxelles au nom du gouvernement français,
+attaquerait nécessairement ce principe et prouverait que la France
+n'est plus d'accord avec les autres puissances. Nous nous
+trouverions ainsi séparés, par le fait, de la politique du reste de
+l'Europe.
+
+ [46] Il est nécessaire de faire ressortir ici la situation
+ singulièrement délicate de M. Bresson à Bruxelles. Dépendant à la
+ fois de la conférence et du général Sébastiani, il lui était
+ souvent bien difficile d'obéir également aux ordres de Londres et
+ de Paris. Ainsi le cabinet français avait tout d'abord refusé de
+ reconnaître les protocoles des 20 et 27 janvier et celui du 7
+ février: le premier, fixant les limites de la Hollande et de la
+ Belgique; le deuxième, réglant certaines questions commerciales
+ et financières résultant de la séparation; le troisième,
+ confirmant la résolution déjà annoncée du roi Louis-Philippe de
+ refuser la couronne offerte au duc de Nemours. M. de Talleyrand
+ avait signé ces protocoles et les avait envoyés à M. Bresson pour
+ être communiqués au gouvernement belge. Or, presque le même jour,
+ le général Sébastiani, qui avait fait prévaloir à Paris une ligne
+ de conduite opposée à celle de M. de Talleyrand, écrivait à M.
+ Bresson:
+
+ «Paris, 1er février.
+
+ »Monsieur,
+
+ »Si comme je l'espère, vous n'avez pas encore communiqué au
+ gouvernement belge le protocole du 27 janvier, vous vous opposerez
+ à cette communication parce que le gouvernement du roi n'a pas
+ adhéré à ses dispositions. Dans la question des dettes comme dans
+ celle de la fixation de l'étendue et des limites des territoires
+ belges et hollandais, nous avons toujours entendu que le concours
+ et le consentement libre des deux États étaient nécessaires. La
+ conférence de Londres est une médiation, et l'intention du
+ gouvernement du roi est qu'elle n'en perde jamais le caractère.
+
+ »Recevez, etc.
+
+ »HORACE SÉBASTIANI.»
+
+ M. Bresson communiqua cette lettre à M. Van de Weyer, président du
+ comité diplomatique, qui la lut au congrès, le 3 février. C'est à
+ cet incident, qui dut à juste titre étonner M. de Talleyrand,
+ qu'il fait allusion dans sa lettre du 6 février.
+
+»On s'étonne avec raison, ce me semble, que le cabinet français qui
+voulait manifester sa désapprobation des derniers protocoles de la
+conférence, ne se soit pas adressé uniquement à cette conférence et
+non aux Belges, auxquels le dernier protocole même ne devait pas être
+communiqué. Une telle démarche, je ne dois pas vous le dissimuler,
+monsieur le comte, a excité ici les plaintes les plus amères et a
+rendu ma position extrêmement difficile. Vous ne devez pas perdre de
+temps à arrêter les conséquences funestes que cela pourrait avoir, si
+vous ne voulez pas laisser se développer les mauvaises dispositions de
+quelques puissances à notre égard. Ma dernière dépêche vous aura
+démontré qu'il n'avait jamais pu être question d'adhésion ou de non
+adhésion, de votre part, à un protocole renfermant seulement des
+propositions. Il sera donc aisé de revenir sur une démarche inutile
+et, au moins, imprudente.
+
+»J'ai appris ce matin par un courrier de M. Bresson le résultat des
+délibérations du congrès de Bruxelles; je suis convaincu que sans
+aucun retard le roi refusera la couronne qui est offerte à M. le duc
+de Nemours. Vous devez bien vous persuader que toutes les mesures qui
+tendraient à consulter les puissances seront regardées comme
+dilatoires, et qu'un refus net, spontané, pourra seul retenir
+l'Angleterre dont l'alliance est sur le point de nous échapper. Vos
+dépêches m'ont autorisé à déclarer que ce refus aurait lieu; je l'ai
+fait, et je persiste à croire que les assurances que j'ai données
+seront appuyées par le roi et par vous.
+
+»L'Angleterre repoussera M. le duc de Leuchtenberg et acceptera sans
+aucun doute le choix du prince de Naples, mais je le répète,
+c'est au prix d'un refus prompt et décisif de votre part d'accorder M.
+le duc de Nemours aux Belges.
+
+»Vous le voyez, monsieur le comte, c'est une question de paix ou de
+guerre immédiate. Je vous avoue que je trouve que la Belgique n'est
+pas assez importante pour lui faire maintenant le sacrifice de la
+paix.
+
+»Je vous prie de m'écrire le plus promptement possible une lettre que
+je puisse montrer aux membres de la conférence et dans laquelle vous
+m'ordonnerez de déclarer que l'intention du gouvernement du roi n'est
+en aucune façon de s'isoler des autres puissances.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.[47]
+
+ [47] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 7 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Le conseil de cabinet dont j'ai eu l'honneur de vous parler hier a
+duré plus de trois heures, et on s'y est exclusivement occupé de la
+question de l'élection de M. le duc de Nemours. Tous les ministres
+sont tombés d'accord, en cas de reconnaissance de cette élection par
+la France, sur la nécessité d'une guerre immédiate. Si je suis bien
+informé, on aurait même résolu d'apporter la plus grande énergie dans
+cette guerre.
+
+»Telles étaient les résolutions adoptées par le cabinet anglais,
+monsieur le comte, lorsque j'ai reçu hier à sept heures du soir votre
+dépêche du 4. Averti comme je l'étais des décisions du conseil, je
+n'ai pas perdu de temps pour communiquer à lord Grey et à lord
+Palmerston les assurances que renfermait votre dépêche; elles ont
+été accueillies avec la plus vive satisfaction par ces ministres,
+ainsi que par les membres du corps diplomatique à qui j'en ai donné
+connaissance. J'ai cherché à voir beaucoup de monde dans le courant de
+la soirée, afin de détruire l'effet du conseil du matin. On a
+généralement reconnu la loyauté qui dirigeait le gouvernement
+français, et on la regarde comme la garantie principale du maintien de
+la paix.
+
+»Il est de mon devoir cependant de vous faire connaître l'effet
+qu'avaient produit ici l'élection de M. le duc de Nemours, et surtout
+la déclaration qui aurait été faite au nom de la France, à Bruxelles,
+sur son refus de connaître nos derniers protocoles. Ces deux faits ont
+été considérés, non seulement dans la Cité et parmi les négociants,
+mais encore dans les classes élevées de la société comme une cause
+imminente de guerre. Tous les ambassadeurs des grandes puissances ont
+déclaré que la décision du cabinet anglais sur ce point servirait de
+règle de conduite à leurs gouvernements. Ce langage a totalement
+changé aujourd'hui, et les bruits de guerre ont cédé la place aux
+protestations de paix et d'amitié.
+
+»J'ai pu juger en cette circonstance, monsieur le comte, de
+l'importance que notre gouvernement a reprise en Europe; c'est de lui,
+évidemment, qu'on attend désormais la paix ou la guerre, car on compte
+pour peu la Belgique; on y fait trop de folies pour inspirer un grand
+intérêt. Vous voudrez garder la position avantageuse dans laquelle
+nous sommes, et pour y parvenir, je ne crains pas de vous répéter que
+c'est en fondant notre politique sur une union intime avec
+l'Angleterre. Cette union nous garantit contre toutes les dispositions
+hostiles que pourraient entretenir contre nous d'autres puissances;
+elle nous donne le temps et les moyens d'affermir notre gouvernement,
+tandis qu'en nous en séparant, nous amenons inévitablement une
+guerre générale dont il est aisé de saisir tous les dangers. En
+supposant même les plus grands succès sur le continent, pourront-ils
+compenser la ruine de notre commerce, de notre industrie?
+Empêcheront-ils les factions de soulever l'intérieur de la France? Les
+puissants armements que l'Angleterre serait en état de faire, et dont
+je vous ai rendu compte, peuvent vous donner une idée des résultats
+qu'aurait pour nous une guerre maritime.
+
+»Je suis convaincu, et je vous le déclare sous ma propre
+responsabilité, que nous pouvons obtenir l'union dont je viens de vous
+parler en adoptant une conduite tout à la fois ferme et prudente,
+telle qu'elle convient au roi et à la France. Mais il faut songer que
+le cabinet anglais n'est jamais dirigé que par ses intérêts, et que
+c'est en les ménageant habilement sans y mettre cependant une
+condescendance qui blesse les nôtres, qu'on peut espérer de sa part un
+rapprochement intime.
+
+»J'ai remarqué, et avec grand plaisir, le passage de votre dernière
+dépêche dans lequel vous exprimez l'intention de ne point isoler notre
+politique de celle des autres puissances de l'Europe. Je crois que
+cette résolution aura pour nous les plus heureux résultats. Il faut
+bien se pénétrer de l'idée qu'il n'y a point de sainte alliance quand
+la France est dans la conférence. Cela répond à beaucoup de phrases de
+tribune.
+
+»Je vous envoie le protocole de notre conférence de ce jour, que le
+roi, à ce que j'espère, lira avec plaisir[48].
+
+ [48] Ce protocole déclarait que les puissances ne reconnaîtraient
+ en aucun cas le duc de Leuchtenberg comme roi des Belges. (_Note
+ de M. de Bacourt._)
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[49].
+
+ [49] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 8 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai eu l'honneur de recevoir hier soir quelques instants après le
+départ de M. le comte de Flahaut, votre dépêche du 5 de ce mois. Je
+puis juger par son contenu, que vos inquiétudes se sont renouvelées au
+sujet de la Belgique. Je n'en suis point surpris. La position dans
+laquelle s'est placé le gouvernement, doit nécessairement lui créer
+chaque jour de nouveaux embarras. Il est un moyen facile, à ce que je
+crois, d'en sortir, mais il faut qu'il soit employé avec une
+résolution prompte et ferme.
+
+»Le refus de la couronne de Belgique pour M. le duc de Nemours fait à
+Paris, et l'assurance donnée à Londres que M. le duc de Leuchtenberg
+ne serait pas reconnu par les puissances, mettent le gouvernement du
+roi en état de déclarer que, comme il est d'accord avec la conférence
+sur la nécessité de régler les affaires de la Belgique d'une manière
+propre à concilier les intérêts de toutes les puissances, il abandonne
+désormais à la conférence le soin d'y pourvoir.
+
+»En faisant une telle déclaration, vous vous débarrassez d'une
+question qu'il est hors de votre pouvoir de terminer sans le concours
+des autres puissances. Si vous le tentiez, vous les indisposeriez
+contre vous et vous soulèveriez de nouvelles difficultés. Il est
+impossible, dans mon opinion, qu'aucune puissance puisse se charger
+seule de diriger la Belgique, tandis que les pouvoirs réunis dans
+les mains de la conférence lui donnent l'espoir d'y parvenir. Cette
+conférence laissera divaguer, sans s'en embarrasser, sur les limites
+du droit d'intervention ou de non intervention; et elle croira avoir
+rempli religieusement ses devoirs si elle conserve la Belgique
+indépendante, la Belgique n'inquiétant pas ses voisins, et avec tout
+cela la paix en Europe.
+
+»Il me semble, monsieur le comte, que le roi ne doit trouver aucun
+inconvénient grave à la démarche que je conseille aujourd'hui; elle
+s'accorde tout à la fois avec sa dignité et avec ses intérêts.
+
+»Du reste, je dois vous dire que si cette démarche n'avait pas lieu,
+ma présence ici cesserait d'être utile au service du roi et aux
+affaires de la France. J'ai dû supporter les circonstances,
+désagréables pour moi, de la publication faite par M. Bresson à
+Bruxelles, parce que j'étais sûr que si je me retirais de la
+conférence, les quatre autres plénipotentiaires l'auraient quittée
+immédiatement; et je n'aurais pas voulu être cause d'un événement qui
+aurait eu les suites les plus fâcheuses. Mais vous devez comprendre
+qu'à l'avenir il me serait impossible de jouer ici un autre rôle que
+celui qui convient à l'ambassadeur du roi!...
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[50].
+
+ [50] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 9 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai l'honneur de vous adresser copie du protocole de notre
+conférence d'hier. Nous avons dû, comme vous le verrez en en
+prenant lecture, réclamer l'exécution de l'armistice qui continue à
+être violé par les troupes belges aux environs de Maëstricht.
+L'ouverture de l'Escaut par le roi de Hollande ne laisse au
+gouvernement provisoire aucune justification pour la violation
+évidente d'un engagement pris envers les puissances. Les termes de cet
+engagement sont positifs. «La faculté sera accordée de part et d'autre
+de communiquer librement par terre et par mer, avec les territoires,
+places et points que les troupes respectives occupent hors des limites
+qui séparaient la Belgique des Provinces-Unies des Pays-Bas, avant le
+traité de Paris du 30 mai 1814.»
+
+«Lorsqu'il s'est agi de transmettre aux commissaires à Bruxelles les
+instructions dont vous trouverez également une copie jointe, on a
+encore considéré M. Bresson comme commissaire de la conférence; c'est
+un peu par égard pour moi, qu'on a fermé les yeux sur ce qui s'était
+passé à Bruxelles, mais cette situation ne peut pas durer. Je vous
+engage à renvoyer M. Bresson ici, où je lui ferai reprendre en bien
+peu de temps la position dans laquelle il était.
+
+»Nos conférences vont se ralentir un peu; il sera convenable de les
+suspendre pour donner aux esprits le temps de se calmer. Quand les
+Belges ne trouveront, soit à Paris soit à Londres, que de la froideur,
+il est probable que le langage de la raison se fera entendre, et c'est
+alors que des agents adroits pourront leur mettre dans l'esprit le
+choix du prince Charles de Naples que vous désirez, et auquel
+l'Angleterre ne s'oppose pas. Je crois que ce moment de relâche est
+utile pour arriver à la paix qui est et continuera d'être ici mon
+unique but...»
+
+
+ «Londres, le 10 février 1831[51].
+
+ [51] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Vous m'avez chargé de témoigner au gouvernement anglais les
+inquiétudes que pouvaient donner les démarches que continuait à faire
+à Bruxelles lord Ponsonby dans l'intérêt du prince d'Orange. J'ai eu à
+ce sujet un entretien avec lord Palmerston à qui j'ai dit le motif que
+nous avions pour que des efforts, dont le résultat ne pouvait être
+qu'une guerre civile, ne fussent pas continués. Lord Palmerston m'a
+très bien compris et m'a dit que des ordres allaient être expédiés à
+lord Ponsonby pour qu'il eût à cesser de se mêler, à l'avenir, de ce
+qui concernait les affaires du prince d'Orange...
+
+»J'ai reçu[52] ce matin votre dépêche du 8, par laquelle vous
+m'annoncez que Sa Majesté, dans le but de prévenir, à Bruxelles, de
+fâcheuses scènes de trouble et de désordre, s'est déterminée à
+différer la communication officielle de son refus à la députation
+belge[53], venue à Paris pour offrir à M. le duc de Nemours la
+couronne de Belgique. Comme cette détermination est en tout point
+contraire aux déclarations que M. de Flahaut et moi avons faites aux
+ministres anglais pour obtenir l'exclusion du duc de Leuchtenberg, je
+me suis décidé à ne point parler de votre dépêche de ce matin à
+lord Palmerston. Quelles que puissent être les raisons qui ont motivé
+la résolution du roi, tout retard dans le refus ne sera ici qu'une
+occasion de soupçon; et je crois que nous devons par-dessus tout les
+éviter. Depuis l'arrivée des journaux de Paris, j'ai reçu ce matin
+trois lettres de membres du cabinet anglais, les mieux disposés pour
+nous, qui me témoignent le désir qu'un refus net et ferme du
+gouvernement français fournisse une nouvelle preuve de sa loyauté et
+mette fin à toutes les incertitudes...»
+
+ [52] Seconde dépêche officielle du 10 février déjà publiée.
+
+ [53] Cette députation était composée de dix membres: MM. Surlet
+ de Chokier, Félix de Mérode, d'Arschot, Gendebien, Lehon, de
+ Brouckère, Marlet, l'abbé Bouqueau, Barthélémy et de Rodes. Les
+ députés arrivèrent à Paris le 6 février. Ce n'est que le 17
+ qu'ils furent reçus officiellement, et que leur roi leur notifia
+ son refus. (Voir les _Débats_ du 19 février.)
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[54].
+
+ [54] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 12 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Je dois vous remercier de votre dépêche du 9; elle renferme des
+assurances de la part du roi et de la vôtre qui contribueront
+puissamment à ramener les esprits que les dernières circonstances
+avaient éloignés de nous.
+
+»Il est un point cependant de votre lettre qui ne satisfera pas
+complètement ici et sur lequel j'ai besoin d'avoir une explication
+précise. Vous me dites, au sujet de la démarche au moins imprudente de
+M. Bresson, à Bruxelles: «qu'il serait possible que le bruit du
+protocole du 27 janvier se fût répandu à Bruxelles; qu'il y eût
+produit un très mauvais effet et que M. Bresson, pour calmer les
+esprits ombrageux et très irritables, eût été amené à publier la non
+adhésion du gouvernement français aux stipulations de ce protocole.»
+
+»Je comprends et je parviendrai peut-être à faire comprendre ici
+quelles sont les raisons qui ont déterminé la démarche de M. Bresson,
+mais il est absolument nécessaire que vous me déclariez dans une
+lettre ostensible, qu'elle n'a eu lieu que pour surmonter des embarras
+du moment qu'on est effectivement parvenu à éviter par ce moyen, et
+que vous n'avez jamais cessé d'être en tous points d'accord avec la
+conférence. C'est une déclaration dans ce sens qui seule pourra
+rassurer le cabinet anglais et les membres de la conférence; elle sera
+d'ailleurs en harmonie avec tout ce que M. de Flahaut et moi avons
+dit, et, sans appuyer sur l'intérêt personnel que j'y ai, je dois vous
+dire qu'elle est attendue ici par vos amis comme une garantie de leurs
+paroles...»
+
+
+ «Londres, le 13 février 1831[55].
+
+ [55] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Monsieur le comte,
+
+»Hier soir, après le départ du courrier que je vous ai expédié, j'ai
+reçu de lord Palmerston communication d'une lettre écrite par lord
+Ponsonby, dans laquelle il annonce que M. Bresson a refusé de
+présenter au comité diplomatique du congrès le protocole numéro 15 de
+notre conférence du 7 février[56].
+
+»Cette nouvelle démonstration de M. Bresson me place ici dans les plus
+grands embarras. J'ai pu essayer de justifier jusqu'à un certain
+point la publication faite à Bruxelles de votre lettre en la faisant
+considérer comme une mesure d'urgence; mais il ne peut en être de même
+pour le refus de présenter le protocole du 7 février.
+
+ [56] Ce protocole contenait, de la part de M. de Talleyrand, une
+ nouvelle affirmation, faite au nom de son gouvernement, que le
+ roi n'accepterait pas la couronne offerte au duc de Nemours. Il
+ ajoutait, au sujet de la candidature du duc de Leuchtenberg que
+ ce prince ne serait reconnu par aucune des cinq cours. M.
+ Bresson, en agissant comme il le faisait, se bornait à obéir aux
+ ordres qu'il avait reçus de Paris. (Voir à ce sujet p. 53 et
+ note.)
+
+»M. Bresson est parti de Londres, chargé des pouvoirs de la
+conférence; c'est en cette qualité que pendant deux mois il a
+correspondu avec nous et, tout à coup, sans prévenir cette même
+conférence, il cesse sa correspondance avec elle et agit en opposition
+directe à ses ordres. Une pareille conduite doit paraître inexplicable
+aux esprits les moins prévenus. Aussi chacun ici répète qu'il est
+évident que M. Bresson n'a pu, de son propre mouvement, protester
+d'abord contre le protocole du 27 janvier, et refuser ensuite de
+présenter celui du 7 février. On attribue sa conduite à des ordres
+reçus du gouvernement français, et comme ces ordres seraient en
+opposition directe avec les communications que vous m'avez chargé de
+faire ici, cela répand sur la politique de notre cabinet une défiance
+qu'un gouvernement nouveau doit, par-dessus tout, chercher à éviter.
+
+»L'ignorance dans laquelle vous m'avez laissé sur les motifs qui ont
+dirigé M. Bresson dans ces derniers temps, a rendu ma position
+extrêmement difficile ici, car je parais ignorer les intentions du
+gouvernement du roi, ou bien être d'accord, soit avec Paris, soit avec
+Bruxelles, pour induire la conférence en erreur.
+
+»Ce que je viens de vous dire, monsieur le comte, ne naît pas d'une
+susceptibilité personnelle, mais j'y ai trouvé pour le gouvernement
+français des inconvénients réels qu'il était de mon devoir de vous
+faire connaître et que vous saurez sans doute apprécier.
+
+»J'ai besoin, je le répète, d'une explication franche et nette de tout
+ce qui s'est passé entre Paris et Bruxelles: ce n'est qu'avec cette
+explication que je pourrai reprendre près du cabinet anglais et de la
+conférence une position utile au service du roi. Il faut de plus
+montrer qu'on ne confond pas ce qui a été fixé, comme le protocole du
+20 janvier, avec ce qui n'a été que proposé, comme le protocole du 27.
+
+»Celui du 20 est basé sur l'ancienne division de la Hollande et de la
+Belgique, et, la carte à la main, elle ne peut pas être contestée.
+Celui du 27 peut être sujet à discussion, mais on a bien été obligé de
+proposer des bases, puisque, après avoir demandé que les commissaires
+belges qui ont été envoyés ici eussent des pouvoirs, quand on les leur
+a demandés, ils ont déclaré qu'ils n'en avaient pas. L'affaire
+devenait interminable sans cela.
+
+»Vous ne pouvez pas trop tôt faire revenir ici M. Bresson, car sa
+présence prolongée à Bruxelles ne fait qu'augmenter les inquiétudes de
+tous les cabinets...»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 11 février 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai reçu avant hier et aujourd'hui, avec les documents qui les
+accompagnaient, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+sous les dates des 7 et 9 du courant.
+
+»Vous êtes si indulgent, mon prince, que vous ne laissez arriver
+jusqu'à moi l'expression de votre mécontentement que sous une
+forme énigmatique. Je ne puis qu'être touché de ménagements si remplis
+de bienveillance, et si je pouvais me croire coupable, mes regrets
+s'en seraient accrus mille fois. Mais, je l'avoue, je n'ai pu un
+moment supposer que vous ne connaissiez pas à Londres, par le
+département, en même temps que moi à Bruxelles, la détermination
+adoptée par le ministre de ne pas adhérer au protocole du 27 janvier,
+et dans l'empressement que j'ai mis à vous expédier la nouvelle de
+l'élection de M. le duc de Nemours, j'ai oublié de vous adresser ce
+qui était, non pas un placard affiché dans les rues, mais un document
+imprimé du congrès[57]. Quant aux communications et publications
+usitées en pareil cas, il serait trop sévère d'en rendre ici un agent
+diplomatique responsable. Le gouvernement belge n'a, à cet égard,
+gardé aucune mesure.
+
+ [57] C'est-à-dire que la lettre du général Sébastiani à M.
+ Bresson du 1er février n'avait pas été placardée dans les rues,
+ comme l'avait cru M. de Talleyrand d'après les bruits qui
+ couraient à Londres, mais seulement lue au congrès et
+ naturellement imprimée dans le compte rendu de la séance.
+
+»Pour tout ce qui se rapporte au choix du chef de l'État, je croirais
+imprudent de confier des détails au papier. Je vous les donnerai tous
+verbalement, lorsque j'aurai le bonheur de vous revoir; et peut-être
+alors, quand vous connaîtrez surtout ceux de mon voyage à Paris,
+serez-vous plus porté à me plaindre qu'à me blâmer.
+
+»Combien je regrette que le protocole du 7 courant (celui qui
+repoussait le duc de Leuchtenberg) n'ait pas été arrêté il y a un
+mois! la crise qui se prépare et qui, je le crois, sera terrible,
+aurait probablement été évitée.
+
+»Ce protocole, mon prince, est arrivé avant-hier. Lord Ponsonby l'a
+communiqué, sans même me consulter. M. Van de Weyer le lui a renvoyé
+hier, sous prétexte que le congrès ayant élu M. le duc de Nemours, ne
+pouvait recevoir de réponse à cette élection que par la députation en
+ce moment à Paris. Vous trouverez dans le journal ci-joint les débats
+auxquels cet incident a donné lieu dans le congrès. L'on m'assure, en
+ce moment, que lord Ponsonby veut aujourd'hui adresser directement la
+communication au président même de l'assemblée. Si j'eusse été
+consulté par lui, je l'aurais certainement prié de suspendre de
+quelques jours cette communication. Dans l'état d'extrême agitation du
+pays, elle arrivait trop dépouillée des ménagements désirables. Le roi
+seul peut adoucir l'effet du refus et calmer les susceptibilités qu'il
+va éveiller.
+
+»Mais, mon prince, je n'ai pas eu le choix. Voici une phrase du billet
+d'envoi de lord Ponsonby:
+
+«L'on m'a donné à entendre que la conférence n'avait pas jugé
+convenable de vous engager à coopérer avec moi à la communication de
+ce protocole; elle attend l'explication ou le désaveu de la lettre du
+1er février, c'est-à-dire celle du comte Sébastiani que vous avez
+communiquée au congrès.»
+
+»De ce moment, j'ai dû me considérer comme suspendu, jusqu'à nouvel
+éclaircissement, de mes fonctions de commissaire de la conférence; et
+c'est cet éclaircissement, mon prince, que je viens aujourd'hui vous
+prier de me donner. Hier, les instructions, sous la date du 8 février,
+sont bien arrivées adressées collectivement à lord Ponsonby et à moi.
+Mais je l'ai prié de les mettre seul à exécution jusqu'à ce que
+j'eusse référé à la conférence ce paragraphe de sa lettre qui
+indique une distinction faite par elle entre lui et moi, et une sorte
+d'interruption de sa confiance. Ayez la bonté de me dire si elle me
+considère encore comme revêtu du même caractère et des mêmes pouvoirs
+que lord Ponsonby.
+
+»Votre lettre du 9, mon prince, me rend à l'espérance. Retourner près
+de vous, c'est tout ce que j'ambitionne depuis que je vous ai quitté.
+Ici, pour avoir tour à tour, fidèlement, rempli les instructions de la
+conférence et du gouvernement du roi, l'on me désigne ouvertement à
+l'animadversion des hommes de parti; une troupe de misérables m'a
+publiquement insulté il y a trois semaines; ma vie est tous les jours
+menacée par des lettres anonymes, dans les cafés et les tabagies. Le
+chagrin est au fond de mon coeur; ma santé est délabrée. J'ai passé par
+de cruelles épreuves et je n'en recueillerai probablement que des
+reproches. Il est si commode de sacrifier un pauvre diable[58]!»
+
+ [58] A la suite de ces incidents M. Bresson dut quitter
+ Bruxelles. (Voir à l'Appendice, p. 490, la lettre qu'il écrivit à
+ cette occasion à M. de Talleyrand.)
+
+Le _pauvre diable_ n'eut pas autant à se plaindre qu'il le redoutait.
+On ne voulut pas le renvoyer près de moi, de peur qu'il ne me donnât
+des éclaircissements trop précis sur ce qui s'était passé entre lui et
+Paris; mais, à quelques semaines de là, on lui donna le poste de
+ministre plénipotentiaire à Hanovre, et peu de mois après, à Berlin.
+J'en fus bien aise, comme je l'étais aussi d'avoir été l'auteur de sa
+fortune en l'envoyant de Londres à Bruxelles. J'étais d'ailleurs
+informé qu'à Paris la vérité finirait par se faire jour; ainsi le duc
+de Dalberg m'écrivait:
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 12 février 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Votre lettre du 8 m'indique deux vérités dont depuis longtemps mon
+esprit est pénétré: l'une que les cinq puissances seules, d'accord
+entre elles, doivent dicter la loi aux Belges, livrés par leurs
+turbulentes passions à l'influence de nos jacobins de Paris;--l'autre,
+que d'ici partent de misérables intrigues, parce que ceux qui nous
+régissent sont désunis et incapables.
+
+»Vous avez bien fait d'avaler la couleuvre qui s'est élevée contre la
+conférence de Londres et ses actes. On vous en saura gré, parce que la
+France ne veut de la guerre, ni pour la réunion de la Belgique, ni
+bien moins pour l'élection du duc de Nemours.
+
+«Si la combinaison du prince de Naples peut réussir, tant mieux; mais
+j'en doute. Les députés belges ne la goûtent pas. Ce qui m'est resté
+des paroles que j'ai entendues des plus capables d'entre eux, c'est:
+1º que les trois quarts du pays ne se soucient pas de la réunion avec
+la France; 2º qu'à l'exception de ceux qui se sont compromis dans la
+révolution, tous désirent la séparation complète de la Hollande, en
+admettant la souveraineté de la maison de Nassau, pour reprendre les
+liens de commerce et d'industrie établis entre les deux pays.
+
+»Le prince de Naples ne les flatte pas, parce qu'ils disent qu'il
+n'écarte aucun des embarras qui naissent pour eux des douanes qui les
+resserrent et les asphyxient...»
+
+Deux jours plus tard, le duc de Dalberg m'écrivait encore à la suite
+des scandaleux événements qui avaient eu lieu à Paris, le pillage et
+l'incendie de l'archevêché[59]... Sa lettre est caractéristique.
+
+ [59] Une émeute avait éclaté à Paris le 14 février à l'occasion
+ de l'anniversaire de la mort du duc de Berry. Un service avait eu
+ lieu à Saint-Germain-l'Auxerrois. Le peuple dévasta cette église
+ et l'archevêché.
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, 14 février 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Notre situation se gâte de plus en plus. Les scènes d'hier, que
+l'autorité pouvait prévoir et qu'elle devait prévenir, ont été graves.
+L'église de Saint-Étienne-du-Mont et de Saint-Germain-l'Auxerrois ont
+été pillées. L'archevêché est entièrement ravagé. Le séminaire de
+Saint-Sulpice a été également attaqué. L'autorité est méconnue
+partout. Les sottes intrigues à l'égard de la Belgique ont déconsidéré
+le roi et son ministère à un point que je ne puis vous l'exprimer. On
+risque de se faire des affaires en voulant les expliquer et les
+excuser par le désir d'un père qui veut obtenir des avantages pour le
+pays et pour sa famille. L'esprit public, qui a plus de sagacité que
+de calme, est profondément irrité et n'a pas été dupe un moment de
+tout cela.
+
+Le parti de la guerre veut, dans son délire, l'attirer à tout prix.
+Comme il a vu que la Belgique ne la donnait pas, il a mis
+l'Italie en mouvement, et le _Fayettisme_ a poussé sa pointe sur
+Modène et Bologne où tout était prêt et où se trouve le foyer des
+associations italiennes[60]. Mon avis est que les Autrichiens agiront
+et qu'il ne faut pas arriver bêtement avec le principe de _non
+intervention_, et que nous devons ramener le règlement des affaires
+italiennes à une nouvelle conférence.
+
+ [60] La révolution éclata à Modène le 3 février. Le duc fut
+ contraint de s'enfuir, et un gouvernement provisoire s'établit
+ avec un dictateur et trois consuls. Le 4 février, l'insurrection
+ triompha également à Bologne. Le prolégat pontifical dut se
+ retirer, et un gouvernement provisoire fut installé.
+
+»Avant tout, il ne faut pas que les cinq puissances se brouillent et
+que la guerre éclate entre elles. Je ne suis pas bien persuadé qu'on
+puisse sauver l'ordre des choses en Europe; mais, s'il y a encore un
+salut, c'est bien décidément celui qui peut résulter d'une entente
+réfléchie entre les grands cabinets.
+
+»Si M. Sébastiani avait voulu me croire, il ne serait pas à présent la
+risée du corps diplomatique ni des Chambres; il aurait opposé du
+caractère aux intrigues du Palais-Royal. Il a agi dans l'affaire belge
+comme dans l'affaire de Grèce. Par une telle direction, on ne sait où
+on va. Les Belges, ici, ne paraissent pas disposés à accueillir le
+prince de Naples. Ils disent qu'ils ne veulent pas d'un prince qui ne
+peut leur apporter que du macaroni et des capucins. Les intrigues de
+M. de Celles les poussent, à ce que je crois, à attendre autre chose
+du _temps_. Qu'on hâte donc à Londres les décisions et qu'on se mette
+en mesure pour qu'elles soient plus que des paroles.
+
+M. Sébastiani disait à une personne dont je le tiens: «--Mais ces
+conférences de Londres sont des conversations, et rien de plus.»--Je
+suis sûr qu'il l'a dit et cependant je suis sûr aussi qu'il ne le
+croit pas. Mais comme dit très bien Rigny[61]: _Il met ses pieds dans
+tous les souliers._ Il voit tous les matins, et Châtelain[62], et
+Bertin de Vaux[63]. Tout cela fait pitié. En attendant, le pays s'en
+va. Laffitte m'a avoué qu'il ne trouverait pas à emprunter dix
+millions à longue échéance pour le Trésor. Et puis, on parle de faire
+la guerre! La paix, mon cher prince, ou tout va au diable!
+
+ [61] Henry Gauthier, comte de Rigny, né en 1782, entra dans la
+ marine en 1798. Il était capitaine de vaisseau en 1816,
+ contre-amiral en 1825 et vice-amiral après la bataille de
+ Navarin, où il commandait la flotte française. Le 13 mars 1831,
+ il fut nommé ministre de la marine. En 1834, il passa aux
+ affaires étrangères. Il quitta ce poste l'année suivante, mais
+ garda le titre de ministre d'État jusqu'à sa mort (1835).
+
+ [62] Propriétaire du _Courrier français_, journal de l'opinion la
+ plus violente dans l'opposition révolutionnaire. (_Note de M. de
+ Bacourt._)
+
+ René Théophile Châtelain, né en 1790, avait servi dans les armées
+ de l'empire. Il quitta le service en 1830 et entra dans le
+ journalisme, collabora longtemps au _Courrier français_ et au
+ _National_, et mourut en 1838.
+
+ [63] Propriétaire du _Journal des Débats_, qui soutenait le
+ gouvernement. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+ Louis-François Bertin de Vaux, né en 1766, débuta dès 1793 dans le
+ journalisme en combattant les partis révolutionnaires dans le
+ _Journal français_, l'_Éclair_ et le _Courrier universel_. Après
+ le 18 brumaire, il fonda le _Journal des Débats_, qui tout d'abord
+ s'occupa presque exclusivement de littérature et d'art. Impliqué
+ dans une conspiration royaliste, Bertin passa huit mois au Temple,
+ et fut ensuite déporté à l'île d'Elbe. De retour à Paris au bout
+ de peu de temps, il reprit la direction de son journal, mais le
+ gouvernement ne tarda pas à s'approprier cet organe de publicité.
+ Il lui imposa un nouveau directeur, Fievée, et changea son nom en
+ celui de _Journal de l'Empire_. Malgré cela, le _Journal de
+ l'Empire_ fut saisi en 1811 et la propriété en fut confisquée au
+ profit de l'État. M. Bertin ne la recouvra qu'en 1814. En 1815, il
+ suivit le roi à Gand où il rédigea le _Moniteur_ de Gand. Sous la
+ Restauration, M. Bertin se rangea dans l'opposition modérée. En
+ 1830, il adopta avec empressement la monarchie nouvelle. Le
+ _Journal des Débats_ était à cette époque le premier organe du
+ parti monarchique, et il le demeura pendant toute la durée du
+ gouvernement de juillet. Bertin mourut en 1841.
+
+»Pozzo me disait hier: «J'ai bien prévenu Sébastiani que l'Angleterre
+ne comprendrait rien à l'intrigue de Bruxelles, et que Flahaut
+pèserait une once dans le poids d'une négociation. M. de Talleyrand,
+je lui rends cette justice, a été le seul qui ait vu les choses comme
+il fallait les voir...»
+
+Il paraît que M. Sébastiani n'avait pas été convaincu par les
+arguments de M. Pozzo, ou s'était irrité d'avoir été pris dans ses
+propres intrigues. Il m'écrivit pour se plaindre de la manière dont
+procédait la conférence et pour me prescrire de ne plus accepter
+désormais aucun protocole qu'_ad referendum_.
+
+Voici la dépêche par laquelle je lui répondis:
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[64].
+
+ [64] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 15 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu ce matin votre dépêche du 12, et je ne puis mettre trop
+d'empressement à répondre à son contenu.
+
+»Il m'est facile de juger d'après votre lettre que la direction suivie
+par la conférence n'a point eu l'approbation du gouvernement du roi,
+et que, dans ce cas, j'aurais eu le tort d'adopter cette même manière
+de voir. Il devient nécessaire que je vous donne quelques explications
+à ce sujet.
+
+»Lorsque je quittai Paris au mois de septembre dernier, on me donna,
+un quart d'heure avant mon départ, quelques instructions
+générales sur des questions qui n'ont point eu leur application depuis
+que je suis ici: on me promit de m'envoyer promptement des
+instructions détaillées; depuis cette époque, je les ai sollicitées en
+vain, et j'ai dû me guider sur la seule recommandation que renferment
+presque toutes les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de
+m'adresser, c'est-à-dire, de maintenir la paix en conservant intacte
+la dignité de la France. C'est de ce point que je suis parti, monsieur
+le comte, dans tous mes rapports avec la conférence, et je crois être
+parvenu, non sans quelque difficulté, à remplir le but que se
+proposait le roi. Vous ne partagez pas cette opinion, et vous désirez
+que je n'agisse désormais que d'après des instructions spéciales. Je
+me soumettrai à vos ordres, mais je croirais manquer à mon devoir, si
+je ne vous laissais pas entrevoir les inconvénients graves
+qu'entraînera à sa suite cette manière de traiter les affaires.
+
+»Elle ôtera à la conférence une partie de l'autorité qu'elle avait
+prise sur l'opinion, en plaçant chacun de ses membres dans une
+dépendance qui arrêtera toute négociation, et je puis vous en donner
+un exemple: le protocole de la neutralité de la Belgique a été signé
+après une conférence qui a duré dix heures et demie, et deux jours
+après, le plénipotentiaire prussien ne l'aurait probablement pas
+signé.
+
+»Ceci me conduit à vous dire que, dans la question des limites, il n'y
+a pas eu plus d'intervention qu'il n'y en a eu dans la reconnaissance
+de la Belgique[65] dont la fixation des limites était la conséquence.
+
+ [65] Variante: _de l'indépendance_ de la Belgique.
+
+»Les limites sont un fait, et ce fait est ancien, la conférence n'a
+fait autre chose que le déclarer: la géographie est là pour dire ce
+qu'était la Belgique et ce qu'était la Hollande, avant leur réunion.
+On n'a rien changé au territoire des deux pays, et on n'a pas même
+décidé la question des enclaves. Ce ne pourrait être qu'avec la pensée
+de donner ou de retrancher à l'une des deux parties quelque chose de
+son ancien territoire, ont dit tous les membres de la conférence,
+qu'on pourrait attaquer la base qui a été adoptée, et c'est ce
+changement-là qui serait une véritable intervention. Il est donc
+évident que dans le protocole du 20 janvier, la conférence ne s'est
+point écartée, et n'a pas voulu s'écarter du principe de la non
+intervention[66]. Je suis bien aise de vous faire remarquer, encore
+une fois, que la conférence, sur ces deux points qui paraissent avoir
+principalement fixé votre attention, ne s'est point écartée du
+principe de la non intervention.
+
+ [66] Variante: _Quant à la question des dettes, on a fait
+ seulement des propositions d'après lesquelles on demande à être
+ conduit dans une route juste et équitable._
+
+Le gouvernement anglais, qui depuis M. Canning est fort susceptible
+sur ce principe, établit la même doctrine, et n'aurait pas consenti
+plus que nous à s'en écarter. Lord Palmerston la soutient aujourd'hui,
+dans les mêmes termes que j'emploie avec vous, au parlement
+d'Angleterre.
+
+Du reste, je dois vous dire que, si dans ma propre opinion la guerre
+devenait trop imminente en refusant ma signature à un des protocoles
+proposés par les membres de la conférence et qui ne toucherait pas aux
+intérêts _réels_[67] de la France, je croirais retrouver dans mes
+anciennes instructions générales le devoir de le signer. Je
+répondrai demain à ce que vous m'écrivez relativement à lord Ponsonby
+et à M. de Krüdener.[68]»
+
+ [67] Supprimé dans le texte des archives.
+
+ [68] Le général Sébastiani avait annoncé à M. de Talleyrand que
+ M. de Krüdener, envoyé par le prince de Lieven, avait ouvertement
+ proposé à Bruxelles le prince d'Orange et que lord Ponsonby
+ l'appuyait énergiquement.--M. de Krüdener était un ancien
+ diplomate russe. Il se trouvait à Bruxelles sans mission
+ officielle, et était l'agent actif du prince d'Orange dont la
+ Russie défendait les intérêts. Il avait proposé de le faire
+ excepter de l'exclusion prononcée contre sa famille. M. de
+ Krüdener fut expulsé par ordre du congrès. (Voir JUSTE, _Congrès
+ de Bruxelles_, I, 275)
+
+
+ «Londres, le 16 février 1831[69].
+
+ [69] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai, en exécution des ordres du gouvernement, parlé à lord
+Palmerston du rappel de lord Ponsonby; je crois qu'il aurait été aisé
+de l'obtenir avant la publication de votre lettre faite par M. Bresson
+et le refus de ce dernier d'exécuter les ordres de la conférence; mais
+aujourd'hui ce serait mettre lord Ponsonby et M. Bresson sur la même
+ligne vis-à-vis de la conférence et le cabinet anglais n'est pas
+disposé à y consentir.
+
+»Je vous ai déjà écrit que lord Palmerston avait transmis des ordres à
+lord Ponsonby pour continuer à observer les dispositions des esprits,
+sans se mêler en aucune manière des intérêts de M. le prince d'Orange.
+Lord Palmerston ne m'a, du reste, jamais dissimulé que la combinaison
+qui placerait ce prince sur le trône belge avait toujours paru à son
+gouvernement la plus propre à terminer promptement les affaires de
+Belgique, dont l'Angleterre, autant que nous, désire voir le terme;
+mais il ne croit plus à son succès.
+
+»J'ai aussi parlé au prince de Lieven, hier et ce matin, au sujet des
+menées qu'on attribue à M. de Krüdener à Bruxelles. Il m'a répondu que
+M. de Krüdener était à Londres, par congé, qu'il avait eu envie de
+connaître par lui-même l'état de choses en Belgique; qu'il l'avait
+chargé de lui en rendre compte; il m'a assuré positivement qu'il ne
+lui avait donné aucun ordre relatif aux affaires de M. le prince
+d'Orange, et qu'il devait se borner à instruire sa cour de ce qu'il
+aurait observé sur les chances que le prince pouvait avoir dans le
+pays. La partie active de l'intrigue favorable au prince d'Orange est
+conduite par des habitants des deux Flandres, dont plusieurs se
+trouvent en ce moment à Londres, agissant dans cet intérêt. M. de
+Krüdener serait bien peu propre à remplir une mission toute
+d'intrigue, car vous savez qu'il est presque complètement sourd. Vous
+vous rappellerez que, par le protocole numéro 15, que je vous prie de
+vous faire remettre sous les yeux, le gouvernement provisoire a été
+invité à faire arrêter les troupes qui se rapprochaient de Maëstricht
+et à les replacer, comme il en était convenu, dans les limites de
+l'armistice[70]. Comme la réponse se fait beaucoup attendre et que les
+Hollandais sont inquiets de la situation des approvisionnements de
+Maëstricht, si demain elle n'était pas arrivée, nous serions, pour
+être justes, obligés de laisser le roi de Hollande rétablir ses
+communications avec cette ville. Il avait précédemment arrêté la
+marche de ses troupes au reçu du protocole. Nous nous réunissons
+demain pour cet objet.
+
+ [70] Le protocole numéro 15 ne contient aucune stipulation de ce
+ genre. (Voir page 64). M. de Talleyrand n'a-t-il pas plutôt en
+ vue le protocole numéro 9 du 9 janvier (voir page 17) ou celui
+ (nº 16) du 8 février? (Voir page 60).
+
+ »Je vous envoie le numéro du _Times_ de ce jour; vous y trouverez
+ le premier discours de lord Palmerston depuis qu'il est ministre
+ des affaires étrangères; il faut le lire attentivement parce qu'il
+ a été remarqué par l'aplomb qu'il a mis dans sa réponse aux
+ différentes questions qui lui avaient été faites[71]. Vous
+ trouverez aussi dans ce même journal un article qui renferme
+ l'opinion de toute l'Angleterre sur la mesure dans laquelle
+ doivent se tenir les membres du parlement qui questionnent les
+ ministres et les ministres qui leur répondent. Cet article me
+ paraît utile à faire connaître...»
+
+ [71] Séance de la Chambre des communes du 15 février. Lord
+ Palmerston répond à une interpellation sur les affaires de
+ Belgique et notamment sur la concentration de troupes françaises
+ dans le département du Nord.
+
+
+Ma mémoire ne me rappelle pas que M. Sébastiani m'ait jamais répondu à
+ces deux dernières dépêches. Je continue à citer les miennes qui
+suivirent.
+
+
+ «Londres, le 17 février 1831[72].
+
+ [72] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Je puis vous faire connaître les dispositions du cabinet anglais et
+des membres de la conférence sur le choix du prince de Naples comme
+souverain de la Belgique.
+
+»Les ministres anglais, malgré leur prédilection pour M. le prince
+d'Orange, qu'ils ne m'ont jamais cachée, ne mettront cependant aucune
+opposition au choix du prince de Naples; mais nous ne devons pas non
+plus compter sur leur concours pour le faciliter.
+
+»Le plénipotentiaire autrichien m'a exprimé son désir de voir
+réussir cette combinaison; il a même ajouté, sur la demande que je lui
+ai faite s'il y avait un agent autrichien à Bruxelles, qu'il n'y en
+avait pas, et que s'il y en avait eu un, il n'aurait sûrement fait
+aucune difficulté de seconder les intérêts du prince de Naples.
+
+»Le ministre de Prusse n'a aucune instruction sur ce point; mais j'ai
+reçu de lui l'assurance que son souverain ne verrait qu'avec plaisir
+tout ce qui tendrait au rétablissement de l'ordre en Belgique et à
+mettre fin à des embarras dont il redoutait les conséquences pour les
+pays voisins.
+
+»Quant au prince de Lieven, quoique nous soyons dans les meilleurs
+rapports ensemble, il n'a pas dû me communiquer son opinion sur un
+choix qui n'entre pas dans les vues de sa cour. Mais le prince
+Esterhazy m'a dit que si nous nous accordions tous sur le prince de
+Naples, il était convaincu qu'on amènerait la Russie à le reconnaître
+plus tard, et je pense comme lui.
+
+»Vous pouvez juger d'après cela, monsieur le comte, de l'état des
+esprits sur cette question. C'est au gouvernement du roi qu'il
+appartient maintenant d'arrêter positivement le parti qu'il veut
+prendre et d'employer tous ses efforts à Bruxelles pour le faire
+réussir. S'il n'y trouve pas l'appui de toutes les puissances, il n'y
+rencontrera pas du moins de l'opposition de leur part, je m'en crois
+sûr.
+
+»Je dois vous dire que, dans toutes les conversations que j'ai eues
+ici, à ce sujet, on ne m'a exprimé que des intentions pacifiques. Les
+ministres anglais et tous les plénipotentiaires ont protesté du vif
+désir de leurs gouvernements de maintenir la paix, et qu'une agression
+quelconque de la France pourrait seule fournir des causes fondées de
+guerre.
+
+»Je sors d'une conférence dans laquelle a été rédigé le protocole que
+je vous ai annoncé hier. On se perdrait dans une foule d'embarras si
+on ne tenait pas aux choses précédemment convenues entre la
+conférence, la Belgique et la Hollande. Ce protocole n'est adressé
+qu'à lord Ponsonby, parce que M. Bresson a refusé de présenter le
+dernier et que la conférence ne le regarde plus comme son agent en
+Belgique. D'après la disposition des esprits, je vous engage même, si
+votre intention était de le renvoyer ici, de retarder son retour...
+
+
+ «Londres, le 19 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte[73],
+
+ [73] Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M. Pallain.
+
+»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole numéro 18 de notre
+conférence d'hier. Vous y trouverez l'adhésion du roi de Hollande aux
+protocoles du 20 et du 27 janvier. Cette adhésion est pleine et
+entière, mais elle n'a été obtenue qu'avec peine, et les résolutions
+dont il était menacé par la conférence l'ont décidé à céder.
+
+»Un schooner anglais débarqué à Poole a apporté la nouvelle qu'au
+moment où il a quitté Lisbonne, on se battait dans les rues; le
+mouvement était très prononcé; les prisons avaient été forcées. Dom
+Miguel s'était mis à la tête des troupes[74]...»
+
+ [74] Le 7 février, le gouvernement de dom Miguel avait donné
+ l'ordre d'activer le jugement des prisonniers politiques. Un
+ décret du 9 février établissait à cet effet des commissions
+ militaires munies de pouvoirs exorbitants. Cette conduite
+ provoqua une émeute et un mouvement en faveur de dona Maria. La
+ répression fut rigoureuse et sanglante. Deux Français furent
+ arrêtés et déportés en Afrique.
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 21 février 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Si on vous demande où la France sera entraînée d'ici à six mois,
+dites hardiment que vous ne pouvez pas le calculer. Le roi marche avec
+la minorité, comme l'a fait Bonaparte, comme l'ont fait Louis XVIII et
+Charles X, et il me paraît à moi que M. Laffitte est un M. de Polignac
+avec les jacobins, comme M. de Polignac était l'aveugle instrument des
+émigrés.
+
+»Tous les partis provoquent la dissolution de la session actuelle, et
+elle ne peut plus ne pas avoir lieu. On disait hier que la querelle
+entre le ministre Montalivet[75] et le préfet de la Seine (M. Odilon
+Barrot[76]) finirait par la retraite du premier. M. d'Argout
+devait le remplacer, et Rigny était désigné pour la marine. Avec les
+hommes qui nous gouvernent, on peut s'amuser à répéter mille
+combinaisons de ce genre sans tomber juste. Il n'y a que les faits qui
+parlent. Tous les esprits sont noirs d'appréhensions diverses. Si nous
+avons le bonheur de conserver la paix, peut-être nous tirerons-nous
+encore de cette crise intérieure et verrons-nous reparaître un peu de
+calme; mais cela est dans les grandes incertitudes...
+
+ [75] Le comte Bachasson de Montalivet, né en 1801, entra en 1823,
+ par hérédité, à la Chambre des pairs. En 1830, il devint ministre
+ de l'intérieur (2 novembre), puis ministre de l'instruction
+ publique et des cultes (13 mars 1831), et de nouveau ministre de
+ l'intérieur après la mort de Casimir Périer (1832). Il se retira
+ le 10 octobre 1832, devint intendant général de la liste civile,
+ et reprit deux fois encore le portefeuille de l'intérieur, en
+ 1836 et 1837. Il rentra dans la vie privée en 1848. En 1879, il
+ fut nommé sénateur inamovible et mourut l'année suivante.
+
+ [76] Odilon Barrot, né en 1791, fils du conventionnel de ce nom,
+ avait été, sous la Restauration, avocat à la Cour de cassation.
+ En 1830, il était secrétaire de la commission municipale, et fut
+ comme tel l'un des commissaires chargés d'escorter Charles X. Il
+ devint ensuite député et préfet de la Seine; à la suite de
+ l'émeute du 14 février contre laquelle il ne sut ou ne voulut
+ rien faire; il fut publiquement pris à partie par M. de
+ Montalivet, alors ministre de l'intérieur, et révoqué peu de
+ jours après. Il conserva son siège à la Chambre jusqu'en 1852. En
+ février 1848, il avait été chargé par le roi de former un cabinet
+ avec M. Thiers, mais ne put y réussir. Au mois de décembre, il
+ entra dans le premier cabinet du prince président. Il se retira
+ de la vie publique en 1852. En 1872, il devint vice-président du
+ Conseil d'État et mourut l'année suivante.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[77].
+
+ [77] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 23 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+Les événements qui se sont passés à Paris pendant la semaine dernière
+ont causé dans Londres une inquiétude difficile à décrire. L'absence
+totale des nouvelles de France pendant les journées des 19, 20 et 21,
+a servi parfaitement les joueurs à la baisse, qui ont répandu les
+bruits les plus alarmants, et qui ont atteint leur but en produisant
+une dépréciation assez considérable dans les fonds publics. Depuis la
+révolution du mois de juillet, il n'y avait pas eu une semblable
+agitation à la Bourse, et parmi toutes les classes de la société; les
+idées de guerre se sont accréditées de façon à faire hausser les
+polices d'assurance à un prix très élevé. Je crois avoir tenu le
+langage le plus convenable en cette circonstance, mais l'ignorance
+dans laquelle j'étais de ce qui se passait à Paris a rendu ma position
+très difficile. Ma maison ne désemplissait pas de personnes qui
+venaient chercher des nouvelles.
+
+»J'ai reçu hier votre dépêche du 19 et je regrette de ne l'avoir pas
+eue plus tôt. D'après les ordres qu'elle renferme, je n'aurais
+probablement admis qu'_ad referendum_ le protocole que j'ai l'honneur
+de vous envoyer aujourd'hui et dont j'avais arrêté la minute le 19.
+Si, conformément à votre lettre du 19 que je n'ai reçue que le 22,
+j'avais refusé de le signer, je me serais mis en opposition avec ce
+que vous m'avez écrit plusieurs fois, c'est que vous vouliez marcher
+avec la conférence. Du reste, en le lisant, vous remarquerez sûrement
+que la conférence n'a voulu faire que l'exposé des motifs qui l'ont
+guidée depuis qu'elle est assemblée; l'esprit de justice et la
+modération qui ont dirigé toutes ses délibérations y sont rappelés de
+manière à montrer qu'elle n'a point dépassé les bornes qui lui étaient
+imposées, tout à la fois par les droits des nations, et par le respect
+des traités. Ce protocole ne renferme exactement rien qui ne soit dans
+les protocoles précédents[78].
+
+ [78] Le protocole du 19 février n'est qu'une longue déclaration
+ de principes par laquelle la conférence expose les motifs qui
+ l'ont déterminée à intervenir en Belgique. Elle déclare que les
+ traités ne perdent pas leur puissance quels que soient les
+ changements qui surviennent dans l'organisation intérieure des
+ peuples; qu'en particulier l'esprit du traité de 1814 survivait à
+ la dislocation du royaume des Pays-Bas, et qu'il appartenait aux
+ puissances d'aviser à rétablir l'équilibre de l'Europe; que la
+ tranquillité et la sécurité de la communauté européenne limitent
+ les droits de chaque État; que les puissances ont le droit et le
+ devoir de prévenir toute source de conflit qui pourrait dégénérer
+ en guerre générale.
+
+ En conséquence de ces principes, la conférence décide:
+
+ 1º Que les arrangements arrêtés par le protocole du 20 janvier
+ étaient fondamentaux et irrévocables;
+
+ 2º Que l'indépendance de la Belgique ne serait reconnue qu'aux
+ conditions dudit protocole;
+
+ 3º Que le principe de la neutralité de la Belgique était
+ obligatoire pour les cinq puissances;
+
+ 4º Que les cinq puissances se reconnaissaient le plein droit de
+ déclarer que le souverain de la Belgique doit répondre par sa
+ situation personnelle au principe d'existence de la Belgique,
+ satisfaire à la sûreté des autres États, accepter le protocole du
+ 20 janvier, et être à même d'en assurer aux Belges la libre
+ jouissance.
+
+»Je ne pense pas qu'il y ait lieu pour la conférence de se rassembler
+d'ici à quelque temps; mais quel que soit à l'avenir le but de ses
+réunions ou le résultat de ses résolutions, je n'apposerai plus ma
+signature sur aucun acte essentiel, avant d'en avoir reçu
+l'autorisation du roi, ainsi que vous me le recommandez par votre
+dépêche du 19.
+
+»J'avais fait part à la conférence et aux ministres anglais en
+particulier, de votre désir de voir rappeler de Bruxelles lord
+Ponsonby, en même temps que M. Bresson, qui maintenant ne se trouvent
+plus placés sur la même ligne. Il m'a été répondu qu'on ne pouvait pas
+établir de parité dans la position de ces deux agents; que lord
+Ponsonby, commissaire de la conférence, n'avait pas cessé d'exécuter
+les ordres qu'il avait reçus, tandis que M. Bresson, commissaire aussi
+de la conférence, a refusé de présenter les protocoles qu'il était
+chargé de communiquer. J'ai déjà essayé plusieurs fois de montrer
+combien la présence de lord Ponsonby était inutile à Bruxelles et même
+y avait été nuisible; mais ses relations de famille et sa position ici
+rendent le succès de mes démarches très difficile[79]; d'autant plus
+que lord Palmerston, tenant à la main une dépêche de lord
+Granville[80], m'a dit:
+
+«Le gouvernement français commence à rendre justice à lord Ponsonby et
+ne croit plus qu'aucune de ses démarches soit faite en opposition à ce
+que peut désirer la France.» Du reste, ici personne n'a aucune
+confiance dans les chances du prince d'Orange...»
+
+ [79] Lord Ponsonby était en effet le beau-frère de lord Grey.
+
+ [80] Thomas Leveson Gower, comte Granville, né en 1773, entra à
+ la Chambre des communes à vingt-deux ans, fut lord de la
+ trésorerie en 1800, puis chancelier de l'échiquier en 1802, et
+ ambassadeur à Pétersbourg en 1804. En 1815, il entra à la Chambre
+ des lords et fut nommé ministre à La Haye, alla ensuite à Paris,
+ quitta ce poste en 1828, mais y fut de nouveau envoyé de 1831 à
+ 1834 et de 1835 à 1841. Il mourut en 1846.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 23 février 1831.
+
+»... Mademoiselle ne trouvera dans le protocole que j'envoie
+aujourd'hui à Paris aucune résolution nouvelle; il ne contient que le
+résumé de ce qui a été fait jusqu'ici, et que l'énoncé des principes
+fondamentaux et conservateurs d'après lesquels nous avons agi. Je me
+flatte que le roi sera satisfait de l'esprit qui nous a dirigés. J'ose
+assurer que ce n'est qu'en restant étroitement unis aux principes qui
+ont guidé les membres de la conférence que nous pourrons, non
+seulement terminer l'affaire belge, mais encore empêcher la vieille
+Europe de crouler de toutes parts et d'engloutir les trônes, les rois,
+les institutions et les libertés.
+
+»Je ne parlerai pas à Mademoiselle des tristes pensées qui m'ont
+préoccupé depuis quelques jours. Je ne veux me livrer à aucun
+découragement et, de quelque couleur qu'on peigne au dehors l'état de
+la France, je me repose sur la haute sagesse du roi pour faire
+triompher la sainte cause de la liberté, pure de toutes les taches
+dont on cherche à la souiller.
+
+»Je crois que le roi, restant, comme il le voulait, d'après ce que
+l'on m'a écrit, avec les quatre puissances, va être à l'aise avec
+toutes les affaires belges dont il faut se mêler le moins
+possible; s'il y a de l'odieux, il faut le renvoyer à la conférence.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[81].
+
+ [81] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+
+ «Londres, le 24 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+
+»Je dois vous parler de l'effet qu'à produit le discours du roi en
+réponse à la députation belge. Il a eu beaucoup de succès à Londres,
+et ce matin à la grande réunion qui a eu lieu à la cour pour le jour
+de naissance de la reine, plusieurs personnes m'en ont parlé, et
+toutes avec éloge. On était encore fort occupé à cette réunion des
+nouvelles de Paris qui avaient donné une inquiétude extraordinaire. Je
+n'exagère pas en vous disant que si je m'étais séparé des quatre
+puissances en refusant de signer le protocole du 19, on aurait cru à
+la guerre et les fonds seraient tombés le même jour de trois à quatre
+pour cent, ce qui aurait eu une forte action sur ceux de Paris.
+
+»Vous aurez remarqué que dans le protocole du 19, on ne cite que le
+traité de 1814 qui a été aussi heureux que les circonstances pouvaient
+le permettre pour notre pays, car les ennemis, au bout de six
+semaines, avaient quitté le territoire français: l'ancienne France
+était agrandie, ses limites rectifiées à son avantage, et par la
+possession d'une grande partie de la Savoie, Lyon, préservé, n'était
+pas, comme aujourd'hui, si près d'être une frontière; le musée
+Napoléon était intact; les archives françaises restaient enrichies de
+celles de Venise et de Rome. On n'a pas parlé du traité de 1815,
+auquel je n'ai rien à réclamer, puisque j'ai donné ma démission pour
+ne pas le signer; mais je dois convenir cependant qu'il a été suivi de
+quinze ans de paix.
+
+»Vous m'avez écrit dans vos lettres du 9 et du 17 de ce mois qu'il
+fallait marcher avec les puissances; cela est nécessaire plus que
+jamais; je ne sais ce qui sortira de la grande crise européenne
+actuelle, mais il faut rester le plus longtemps possible avec les
+quatre puissances. Cette union est féconde en ressources et ne doit
+pas être difficile à soutenir devant les Chambres...»
+
+Je n'étais pas tout à fait exact quand j'écrivais que tout le monde
+avait approuvé le discours que le roi Louis-Philippe avait adressé à
+la députation belge, en refusant la couronne qu'elle venait lui offrir
+pour M. le duc de Nemours. Je retrouve un billet que le premier
+ministre lord Grey, m'adressait à l'occasion de ce discours, et qui
+laisse percer une méfiance que les faits seuls ont pu détruire plus
+tard.
+
+
+LORD GREY TO PRINCE TALLEYRAND[82]
+
+ «Downing-Street, February 19, 1831.
+
+ »_Dear prince Talleyrand,_
+
+»_Accept my best thanks for sending me the answer of your king to the
+Belgians deputies. I think it will probably be criticized as
+indicating under the expression of regret too much desire for the
+crown which is refused; but looking at the substance, I am quite
+satisfied with it._
+
+»_I will only add my sincere and earnest wish that nothing may arise
+to disappoint our endeavours to procure peace._
+
+ »_I am, dear..._
+
+ »GREY.»
+
+ [82] LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND
+
+ «Downing-Street, 19 février 1831.
+
+ »Cher prince Talleyrand,
+
+ »Agréez mes meilleurs remerciements pour m'avoir envoyé la réponse
+ de votre roi aux députés belges. Je pense qu'elle sera
+ probablement critiquée, comme indiquant, sous des expressions de
+ regret, trop de désir pour la couronne qu'on refuse; mais en
+ s'attachant à la substance même de cette réponse, j'en suis
+ complètement satisfait.
+
+ »J'ajouterai seulement mon souhait sincère et ardent pour que rien
+ ne survienne qui puisse tromper nos efforts à maintenir la paix.
+
+ »Je suis...
+
+ »GREY.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[83].
+
+ [83] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 25 février 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Le jour de naissance de Sa Majesté la reine a été célébré hier dans
+Londres avec beaucoup d'enthousiasme de la part des différentes
+classes de la nation. Des fêtes, de brillantes illuminations, les cris
+de joie du peuple, témoignaient l'attachement qu'on porte au souverain
+et démentaient les injurieuses publications de quelques pamphlétaires.
+
+»Les séances du Parlement prennent chaque jour plus d'intérêt; le
+ministère a éprouvé quelques échecs dans la discussion du budget.
+L'hésitation qu'il a montrée dans quelques-unes de ses démarches
+enhardit l'opposition et décourage ses partisans. C'est dans quelques
+jours que sera présenté le bill sur la réforme parlementaire; il
+devrait servir à fortifier le ministère, mais, comme probablement il
+ne satisfera pas toutes les exigences du parti de la réforme, il
+deviendra un texte avantageux d'opposition pour ceux qui veulent une
+réforme complète comme pour ceux qui n'en veulent pas du tout. Dans
+leurs votes, il est bien possible que ces deux partis se réunissent et
+la position du cabinet anglais aurait à en souffrir.
+
+»L'état du continent occupe tous les esprits; les troubles de Paris,
+les attaques contre le clergé, la révolution d'Italie[84],
+l'inquiétude qui règne en Allemagne, ont été de graves sujets de
+réflexion. Il ont eu une grande influence sur les transactions
+commerciales et les ont presque suspendues en ce moment[85].
+
+ [84] Les insurrections de Modène, de Parme et de la Romagne.
+
+ [85] Variante: _Les polices d'assurance augmentent chaque jour._
+
+»Tous les hommes qui prennent part aux affaires publiques pensent que
+c'est par le maintien de l'alliance des grandes puissances, qu'on
+pourra parvenir à arrêter les rapides progrès que fait partout le
+désordre. Je citerai l'opinion de sir James Mackintosh[86] qui ne peut
+pas être suspect dans cette question. Cet homme distingué dont la
+carrière a été toute d'opposition aux divers gouvernements du
+continent, pense que c'est par l'union solide des cinq grandes
+puissances que peut se rétablir la tranquillité de l'Europe. C'est par
+elle seule, dit-il, qu'on doit espérer de dominer les dangers du
+despotisme, de l'anarchie et plus tard des gouvernements militaires
+qu'une guerre de principes attirerait sur le monde...»
+
+ [86] Sir James Mackintosh, né en 1765, orateur et publiciste
+ anglais. Il entra à la Chambre des communes en 1802 et fut nommé
+ assesseur à Bombay. De retour en Angleterre, il rentra au
+ parlement, et devint l'un des orateurs les plus influents du
+ parti whig. En 1830, il fit partie du cabinet whig comme
+ commissaire pour l'Inde. Il mourut en 1832. Sir James Mackintosh
+ était un jurisconsulte éminent. Son nom brilla égale ment dans
+ les lettres et la philosophie.
+
+
+ «Londres, le 25 février 1831[87]
+
+ [87] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai été appelé ce matin au Foreign Office, ainsi que les autres
+membres de la conférence. C'était pour y prendre connaissance d'une
+dépêche de lord Ponsonby qui annonce que le siège de Maëstricht
+continue et que les communications de cette place avec le Brabant
+septentrional et Aix-la-Chapelle sont complètement interrompues.
+
+»Après la lecture de cette dépêche on a ouvert l'avis de dresser un
+protocole dans lequel on déclarerait l'intention d'employer
+immédiatement contre les Belges, et conformément au protocole numéro
+10 du 18 janvier, des moyens de rigueur pour réprimer ce nouvel acte
+de rupture de l'armistice. D'après les ordres que j'avais reçus de
+vous, j'ai dit que je voulais en référer à ma cour avant de rien
+signer sur un objet aussi grave. Il a été alors décidé que lord
+Palmerston expédierait un courrier à lord Granville et que ce dernier
+serait chargé de vous faire connaître les intentions des
+plénipotentiaires, en vous demandant quel concours vous voudriez
+offrir pour faire exécuter les stipulations d'un acte consenti par le
+gouvernement belge lui-même. Lord Granville devra vous rappeler que
+vous avez approuvé la cessation des hostilités entre les Hollandais et
+les Belges et les conditions qui en étaient la garantie, et
+qu'aujourd'hui le but de la conférence était de maintenir la stricte
+exécution d'une convention adoptée par toutes les parties.
+
+»La communication qui vous sera faite à ce sujet se fera, j'en suis
+sûr, avec toute la déférence que vous pouvez désirer, car on tient
+beaucoup, pour la tranquillité de l'Europe, si près d'être troublée, à
+agir sur toutes choses d'accord avec vous...»
+
+
+ «Londres, le 27 février 1831[88].
+
+ [88] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Vous m'aviez chargé d'avoir une explication avec M. le prince de
+Lieven sur le voyage de M. de Krüdener à Bruxelles et sur les
+démarches qu'il aurait faites dans cette ville en faveur de M. le
+prince d'Orange. J'ai eu cette explication, ainsi que j'ai déjà eu
+l'honneur de vous le mander; et le résultat a été que le prince de
+Lieven a rappelé M. de Krüdener qui est en ce moment à Londres. Je
+puis ajouter, à ce sujet, qu'on a totalement abandonné ici toutes les
+tentatives et même toutes les espérances relatives à M. le prince
+d'Orange.
+
+»On répand le bruit que la mission de M. le duc de Mortemart à
+Pétersbourg a été sans succès[89]; c'est par des lettres de Francfort
+que cette nouvelle est parvenue ici. J'aime à croire qu'on ne doit pas
+y donner plus de confiance qu'à celle qui vous sera peut-être revenue,
+qu'en Russie on disait que les plénipotentiaires russes à Londres
+n'avaient admis les derniers protocoles qu'_ad referendum_. Il vous
+aura été facile de démentir ce bruit qui est tout à fait sans
+fondement: la signature du prince de Lieven et du comte Matusiewicz
+sur tous les protocoles a été simple et complète et, je crois, fort
+utile pour nous.
+
+ [89] On se rappelle que le duc de Mortemart avait été envoyé en
+ ambassade extraordinaire à Londres, avec mission de négocier un
+ rapprochement entre les deux gouvernements.
+
+ »La nomination de M. le baron Surlet de Chokier à la régence de la
+ Belgique a été connue ici hier matin[90]. Si, comme on l'annonce,
+ le roi a accrédité M. le général Belliard[91] à Bruxelles, il me
+ semble que rien ne peut plus s'opposer au retour de M. Bresson à
+ Londres, après quelques semaines de séjour à Paris. Je me
+ chargerai de lui refaire sa position et je pense que sa présence
+ en Angleterre pourra être utile à sa carrière...
+
+ [90] Après le vote de la constitution belge et le refus de la
+ couronne par le duc de Nemours, le congrès décréta qu'une régence
+ serait établie pour gouverner le pays jusqu'à ce que la nation se
+ soit mise d'accord avec les cinq puissances sur le choix d'un
+ souverain (23 février). Le lendemain, M. Surlet de Chokier fut
+ élu régent par le congrès par 108 voix contre 43 à M. de Mérode
+ et 5 à M. Gerlache.
+
+ [91] Le général comte Belliard, né en 1769, s'engagea en 1792,
+ prit part à toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire.
+ Général depuis 1796, il devint en mars 1814 colonel général de la
+ cavalerie de la garde. Louis XVIII le nomma pair de France et
+ major général. Il reprit du service sous les Cent-jours et vécut
+ à l'écart sous la deuxième Restauration. En 1831, il fut nommé
+ ministre plénipotentiaire à Bruxelles. Il mourut peu après, le 28
+ janvier 1832.
+
+»Je regrette que vous n'ayez pas reçu le protocole numéro 19 assez
+tôt, pour vous servir de plusieurs des faits et arguments qu'il
+renferme et qui auraient montré à quel point les attaques auxquelles
+vous avez eu à répondre dans la séance du... étaient peu
+fondées[92]...»
+
+ [92] C'est la séance du 23 février. Le général Sébastiani avait
+ fait à la Chambre une communication sur la politique étrangère et
+ exposé les motifs pour lesquels le roi avait refusé la couronne
+ pour le duc de Nemours. Le général Lamarque et M. Mauguin
+ s'étaient élevés avec véhémence contre la conduite du cabinet en
+ cette circonstance. «Je ne puis que m'affliger, avait conclu le
+ premier, du refus du trône de la Belgique; je ne puis surtout que
+ gémir de la marche incertaine, des hésitations, des
+ contradictions qui, mises au grand jour, nous ont fait voir notre
+ diplomatie dans une nudité dont elle ne doit pas s'enorgueillir.»
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 27 février 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»La position des choses empire de jour en jour. Nul payement ne peut
+être obtenu. La France n'a jamais, depuis le Directoire, vu un tel
+état de choses. L'autorité n'est exercée nulle part; l'intrigue est
+partout.
+
+»Vous avez bien raison en disant que la conférence de Londres est le
+seul pouvoir en Europe qui ait quelque force, et qu'il faut la
+maintenir à tout prix. Mais comment peut-elle influer sur notre
+position intérieure? Le ministère, par sa complète incapacité et par
+son goût de s'appuyer sur l'extrême gauche, s'est placé avec la
+Chambre de manière que je ne vois plus la possibilité de replâtrer un
+accord entre les pouvoirs. Et comment le gouvernement évitera-t-il des
+bouleversements, s'il reste trois mois sans l'appui des Chambres?
+
+»Les derniers événements[93] s'éclaircissent suffisamment pour prouver
+qu'il y avait essai de conspiration carliste qui a été exploité par le
+parti républicain bonapartiste. L'action est dans ce dernier, et il
+l'emportera si le roi ne pense et n'agit pour ramener la confiance et
+le respect vers lui. Ce qui se passe en Belgique donne de la force à
+ce parti, et si demain La Fayette voulait être président d'une régence
+de la France, il y serait appelé et renvoyé vingt-quatre heures après.
+
+ [93] L'émeute des 14 et 15 février à Paris.
+
+»Votre correspondance avec le roi et avec le ministère doit vous faire
+connaître ce que l'on veut. Quant à moi et à mes amis, nous nous
+demandons d'où partira le coup de tonnerre qui renversera le misérable
+édifice que nous avons devant nous. Une royauté qui ne sait se faire
+obéir; une Chambre des pairs qui est sans base, même dans la loi; une
+Chambre des députés qu'on insulte et qu'on veut renvoyer; une garde
+nationale qui se dégoûte et qu'on empêche de frapper au besoin; une
+troupe de ligne qui ne sait à qui elle a à obéir. Voilà ce qui se
+voit. Trouvez et indiquez des remèdes à une telle anarchie.
+
+»Quant aux affaires du dehors, on ne voit que de sourdes menées pour
+soulever les peuples, et nul accord, nulle force pour l'empêcher, ou
+pour rétablir l'ordre. Après le traité de Westphalie on avait
+constitué une armée d'exécution pour faire respecter les décisions
+prises. Il faudra bien en venir là; mais avant tout, il faudrait être
+convenu sur quelle base on veut consentir que les peuples
+s'établissent.
+
+»Il me paraît démontré que nous retournerons au régime militaire après
+de longues agitations anarchiques. Ma famille a quitté Gênes, le 18 de
+ce mois; tout, à cette époque, était encore tranquille; mais, quoique
+ici on ait connu la formation d'une colonne d'insurgés formée à Lyon
+pour envahir la Savoie[94], on n'a agi pour l'arrêter que lorsqu'elle
+s'était mise en mouvement. Puis on s'étonne que l'Europe cherche de la
+sécurité en s'armant et combattant la révolution!...
+
+ [94] A la suite de désordres qui avaient éclaté en Savoie, les
+ réfugiés sardes qui étaient en grand nombre sur la frontière
+ française, voulurent tenter un coup de main et rentrer en armes
+ dans leur patrie. Cinq à six cents d'entre eux entraînant un
+ certain nombre de gardes nationaux de Lyon, tentèrent de mettre
+ ce projet à exécution. Ils furent dispersés le 25 février par un
+ escadron de cavalerie, et l'incident n'eut pas de suite.
+
+»Votre prétendu chef Sébastiani met, comme disent Rigny et
+Rayneval[95], ses pieds dans tous les souliers. Le rédacteur Châtelain
+déjeune tous les matins avec lui, aussi bien que Bertin de Vaux. Le
+premier fait aujourd'hui une bonne attaque contre vous[96].
+
+ [95] François-Maximilien Gérard, comte de Rayneval, né en 1778,
+ successivement secrétaire d'ambassade à Stockholm, à Pétersbourg,
+ à Lisbonne, puis de nouveau à Pétersbourg, secrétaire de la
+ légation française au congrès de Châtillon, consul général à
+ Londres (1814), chef de la chancellerie au ministère (1810),
+ sous-secrétaire d'État (1821). Il fut ensuite ministre à Berlin,
+ à Berne, puis ambassadeur à Vienne (1829). Rappelé en 1830, il
+ vivait à Paris dans la retraite, lorsque Casimir Périer, sur la
+ recommandation de M. de Talleyrand, l'envoya à Madrid. Il y
+ mourut en 1836.
+
+ [96] Voir le _Courrier français_ du 28 février. Nous allons citer
+ quelques extraits de cet article pour montrer quel était l'état
+ d'opinion de l'opposition républicaine contre laquelle le cabinet
+ français et M. de Talleyrand avaient à lutter:
+
+ «Une lettre de Londres du 24, que nous avions hier sous les yeux,
+ parlait d'un protocole qui venait d'être signé et qui bouleversait
+ tous les principes qui avaient paru jusqu'ici diriger notre
+ politique... On concevrait à peine qu'une réunion diplomatique
+ dont les actes sont destinés à être connus de l'Europe entière,
+ osât proclamer que les traités de 1815 ont été faits de nation à
+ nation, au moment même où les nations parquées, morcelées,
+ partagées et traitées comme un vil bétail, se soulèvent dans la
+ moitié de l'Europe, pour sortir d'une situation antipathique à
+ leurs intérêts et à leur nature. Mais M. de Talleyrand est là, et
+ sa présence rend probable tout ce qui sera tenté pour le maintien
+ des traités auxquels il a pris part... Il est certain, que la
+ politique de l'Europe, que la politique de la France se fait à
+ Londres d'une manière contraire à nos intérêts, puisque c'est M.
+ de Talleyrand qui y préside... S'il a été signé à Londres quelque
+ chose de semblable à ce qu'annonce le _Temps_, le ministère n'a
+ plus rien à faire qu'à rappeler son ambassadeur, et à user de la
+ liberté qu'on veut bien nous laisser au prix d'une guerre
+ générale. Nous aurons d'abord l'avantage de ne plus être
+ représentés par M. de Talleyrand et ensuite celui de recouvrer
+ notre indépendance... La diplomatie paraît trop disposée à oublier
+ ce qu'est la France, ce qu'elle a fait, ce qu'elle peut faire
+ encore, ce qu'elle peut donner d'impulsion à l'Europe quand elle
+ le voudra. Il n'y a qu'un mot à dire pour qu'elle s'en souvienne.
+ Si l'on veut des bouleversements, soit! il suffit de donner le
+ signal, et, avant un an, on verra qui sera debout.»
+
+»Le fait est qu'on ne fait pas ce qu'on veut... Si on fait la
+guerre, comme le dit le bon vieux Jourdan[97], ce sera à l'aide d'une
+convention. Que le roi y regarde!
+
+»Agréez mes félicitations de ne pas vivre au milieu du délire qui
+m'étourdit...»
+
+ [97] Le maréchal Jourdan, alors âgé de soixante-neuf ans, avait
+ dans les premiers jours de la monarchie de Juillet, passé un
+ instant aux affaires étrangères. Il se retira dès le 11 août, fut
+ nommé gouverneur des Invalides et mourut le 23 novembre 1833.
+
+
+Un état de choses tel que celui décrit ici par le duc de Dalberg ne
+pouvait se prolonger, et le roi qui, je crois, n'avait pas été fâché
+de laisser s'user les hommes et les principes dont M. Laffitte était
+le représentant, se trouva dans l'obligation d'aviser aux moyens de
+sortir de cette espèce d'anarchie. Il fallait congédier le ministère,
+ou, au moins, quelques-uns de ses membres et choisir dans le parti
+conservateur de la Chambre des députés un homme énergique qui, fort
+heureusement, s'y trouvait à souhait: c'était M. Casimir Périer[98].
+Quelques difficultés s'élevèrent entre lui et le maréchal Soult, au
+sujet de la présidence du conseil; elles devaient être aisément
+surmontées. Mais il n'en fut pas de même quant aux conditions que M.
+Périer mettait à son entrée aux affaires et qui ne plaisaient pas au
+roi. Celui-ci dut céder à la fin devant un danger qui menaçait de tout
+emporter, et le 13 mars on parvint à constituer un ministère qui
+prit le nom de son chef, M. Périer[99]. Le roi obtint de conserver le
+général Sébastiani au ministère des affaires étrangères[100].
+
+ [98] Casimir Périer, né à Grenoble en 1777, avait d'abord été
+ officier du génie. Après avoir quitté le service, il fonda avec
+ son frère une grande maison de banque, dont l'importance devint
+ rapidement considérable. En 1817, il entra à la Chambre des
+ députés, et siégea dans l'opposition jusqu'en 1830. Après les
+ journées de Juillet, il devint président de la Chambre et
+ ministre sans portefeuille dans le cabinet du 11 août. Chef du
+ cabinet du 13 mars, il ne garda le pouvoir qu'un an, et mourut du
+ choléra le 16 mai 1832.
+
+ [99] Le cabinet du 13 mars fut ainsi composé: MM. Casimir Périer,
+ président du conseil et ministre de l'intérieur; Barthe, garde
+ des sceaux; le général Sébastiani, ministre des affaires
+ étrangères; le baron Louis, ministre des finances; le maréchal
+ Soult, ministre de la guerre; l'amiral de Rigny, ministre de la
+ marine; le comte de Montalivet, ministre de l'instruction
+ publique et des cultes; le comte d'Argout, ministre du commerce
+ et des travaux publics.--Il n'est pas sans intérêt de constater
+ quel fut l'effet produit en Angleterre par l'avènement du nouveau
+ cabinet. Voici ce qu'écrivait lord Palmerston à lord Granville:
+
+ [_Particulière_]
+
+ _Foreign Office_, 15 mars 1831.
+
+ Mon cher Granville,
+
+ Nous sommes ravis de la nomination de Casimir Périer; cet
+ événement est, nous l'espérons, de nature à procurer la paix à la
+ France et à l'Europe. Veuillez cultiver, je vous prie, le nouveau
+ ministre et faites-lui comprendre que le gouvernement anglais a
+ grande confiance en lui et considère sa nomination comme un gage
+ de paix... (_Correspondance intime de lord Palmerston._)
+
+ [100] Voir à l'Appendice, p. 491, la lettre par laquelle le
+ général Sébastiani annonçait au prince de Talleyrand la formation
+ du nouveau ministère.
+
+Pendant que ces arrangements se faisaient à Paris, la conférence de
+Londres eut un peu de relâche par suite de l'occupation que donnaient
+au cabinet anglais les premières discussions du bill de réforme. Ce
+bill avait été présenté à la séance de la Chambre des communes du 1er
+mars par lord John Russell[101], qui était, en général, écouté avec
+bienveillance par la Chambre. Il serait inutile à mon but
+d'entrer ici dans les détails de cette grande mesure qui est appelée à
+exercer une influence grave sur l'avenir de l'Angleterre. Elle devint
+le sujet de discussions prolongées dans les deux chambres du
+Parlement: je me bornerai à en mentionner les résultats à mesure
+qu'ils se représenteront.
+
+ [101] Lord John Russell, troisième fils du duc de Bedford, né en
+ 1792, entra à vingt et un ans à la Chambre des communes, et
+ siégea dans le parti whig. En 1830, il fut nommé trésorier
+ général militaire et, bien qu'il n'eût pas de siège dans le
+ cabinet, fut chargé avec trois membres du ministère de préparer
+ le projet de loi de réforme électorale, au sujet de laquelle il
+ avait récemment, comme simple député, présenté une motion.
+
+ Le bill fut présenté aux Communes le 1er mars 1831, voté en
+ première lecture à la majorité d'une voix, puis repoussé à la
+ deuxième lecture. Après la dissolution du parlement et l'élection
+ d'une nouvelle assemblée, il fut adopté par 345 voix contre 236
+ (21 septembre). Porté le 22 septembre à la Chambre des pairs, il
+ fut rejeté. Présenté de nouveau en décembre avec de légères
+ modifications, la Chambre renvoya la discussion à trois mois.
+ Enfin, le 4 juin 1832, il fut adopté par les pairs. C'est en
+ grande partie à lord Russell que fut dû ce résultat. En 1835,
+ celui-ci devint ministre de l'intérieur, et en 1839 ministre des
+ colonies. En 1846, il fut nommé premier lord de la trésorerie et
+ resta à la tête des affaires jusqu'en 1852. En décembre de la même
+ année, il passa aux affaires étrangères, puis fut successivement
+ ministre sans portefeuille, président du conseil, et ministre des
+ colonies (1855). Il quitta le pouvoir la même année, demeura le
+ chef du parti whig dans le parlement, signa en 1860 le traité de
+ commerce avec la France, et fut créé pair en 1861. Il succéda à
+ lord Palmerston comme chef du cabinet (1865-1868) et mourut en
+ 1878.
+
+J'avais de mon côté à continuer dans ma correspondance une discussion
+d'un autre genre, à l'occasion des affaires belges qu'à Paris on
+s'obstinait à ne pas vouloir envisager au même point de vue que moi.
+Ainsi, on insistait toujours pour que lord Ponsonby fût rappelé de
+Bruxelles en même temps que M. Bresson, et pour que la conférence se
+montrât plus favorable aux intérêts de la Belgique, à laquelle on
+prétendait donner un appui exclusif. On ne manquait pas d'accuser la
+conférence de partialité pour le roi de Hollande, tandis que celui-ci,
+avec plus de vérité peut-être, faisait retentir l'Europe de ses
+plaintes contre nous, parce que appelés par lui, disait-il, pour lui
+porter secours, nous avions sanctionné une révolution qui lui enlevait
+plus de la moitié de ses États.
+
+Le ministère Laffitte, ou plus exactement, le général Sébastiani,
+aurait bien voulu, je pense, séparer la politique de la France de
+celle des quatre puissances dans la question belge, tant il était
+dupe, volontaire ou involontaire, des intrigants bonapartistes et
+républicains qui tour à tour le flattaient d'obtenir la réunion de la
+Belgique et de la France ou l'effrayaient d'une guerre
+révolutionnaire. Mais la nécessité des choses le ramenait toujours
+vers les puissances, et les incidents qui suivirent alors en Italie et
+en Espagne l'obligèrent à réclamer le concours, au moins de
+l'Angleterre.
+
+Les révolutionnaires italiens encouragés par leurs amis de Paris,
+avaient fait une levée de boucliers dans les États du pape[102]; deux
+membres de la famille Bonaparte s'y étaient rendus, et le gouvernement
+français, moins effrayé de la lutte qui s'y était engagée que de
+l'intervention autrichienne qui ne pouvait guère manquer d'en être la
+conséquence, m'invita à me concerter avec l'Angleterre pour empêcher
+par une entente commune des puissances si cela était possible,
+l'action particulière de l'Autriche. On désirait aussi à Paris que les
+affaires d'Espagne fussent traitées en commun entre la France et
+l'Angleterre.
+
+ [102] Bologne s'était insurgée le 2 février 1831 contre le
+ gouvernement pontifical. La Romagne entière et l'Ombrie suivirent
+ son exemple. Les deux fils de Louis Bonaparte, le prince Charles
+ et le prince Louis, prirent part au mouvement. Le premier mourut
+ de maladie à Forli; le second, qui fut plus tard l'empereur
+ Napoléon III, faillit également périr à Ancône.
+
+J'écrivis en réponse à ces ouvertures, le 5 mars 1831, au général
+Sébastiani[103]:
+
+ «Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu aujourd'hui 5 les deux dépêches que vous m'avez fait
+l'honneur de m'adresser le 1er de ce mois[104]. (L'une concernait
+l'affaire du grand-duché de Luxembourg et l'autre les affaires
+d'Italie.)
+
+ [103] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ [104] Variante: _ainsi que les pièces qui y étaient jointes_.
+
+»Je me suis pénétré des instructions qu'elles renferment et je m'y
+conformerai en tout point. Je me vois à regret obligé de retarder les
+communications que ces dépêches me mettront dans le cas de faire au
+ministère anglais. La discussion de la réforme parlementaire qui se
+prolonge à la Chambre des communes absorbe tellement les ministres, la
+nuit et le jour, qu'il est impossible de les entretenir d'autres
+affaires sérieuses en ce moment[105].
+
+ [105] Variante: _On pense que les débats finiront dans la séance
+ du 7. Je verrai aussitôt après lord Palmerston._
+
+»Un incident assez remarquable a eu lieu hier soir à la Chambre: M.
+Wynn, le ministre de la guerre, a déclaré qu'après avoir mûrement
+réfléchi sur le bill proposé de la réforme, il ne pouvait lui donner
+son approbation et qu'il se retirait du ministère[106]...
+
+ [106] M. Wynn fut remplacé par sir Henry Parnell qui, dans la
+ session suivante se retira pour le même motif.
+
+»J'ai vu MM. de Bülow et de Wessenberg, relativement à l'affaire du
+Luxembourg[107]. Ils m'ont dit l'un et l'autre qu'ils étaient
+embarrassés pour écrire _à Francfort_[108] lorsqu'ils savaient que les
+engagements pris envers eux n'étaient pas tenus, et qu'à la date du 28
+février la place de Maëstricht continuait à être bloquée par les
+troupes belges, malgré les assurances données par le gouvernement
+de la Belgique et les ordres qu'avait reçus le général Mellinet[109].
+L'inexécution des ordres donnés par le gouvernement rend toute espèce
+de négociations difficile. Je les ai assurés que le régent avait
+ordonné, sous menace de destitution, au général Mellinet de reprendre
+les positions fixées par l'armistice, et ils m'ont répondu qu'aussitôt
+qu'ils auraient connaissance de la retraite des troupes belges, ils ne
+manqueraient pas d'écrire à Francfort pour retarder tous les
+mouvements proposés par la Diète germanique[110]...»
+
+ [107] Variante: ... _dont vous me parlez dans votre lettre du 22_.
+
+ [108] Supprimé dans le texte des archives.
+
+ [109] François-Aimé Mellinet né en 1769, fils du conventionnel de
+ ce nom, était colonel en 1793. Il devint sous-inspecteur aux
+ revues en 1800 et, sous les Cent-jours, fut chef d'état-major de
+ la jeune garde. Il vécut dans la retraite jusqu'en 1830, passa
+ alors en Belgique à la tête d'un corps de volontaires, commanda
+ l'artillerie de Bruxelles dans les journées de septembre, et fut
+ mis à la tête des troupes qui bloquaient Maëstricht. Le régent
+ lui ayant retiré son commandement, il se fixa à Bruxelles, où il
+ devint le chef du parti républicain. En 1848, il provoqua un
+ mouvement révolutionnaire, fut arrêté, condamné à la détention et
+ mourut peu après (1852).
+
+ [110] La Diète venait d'être saisie par le roi Guillaume, qui en
+ sa qualité de grand-duc de Luxembourg faisait partie de la
+ Confédération germanique, d'une demande de secours. Dans la
+ séance du 18 mars, elle allait décréter la formation d'un corps
+ de vingt-quatre mille hommes, pour rétablir dans le grand-duché
+ l'autorité du roi des Pays-Bas. En même temps elle donnait des
+ ordres pour approvisionner et mettre en état les forteresses de
+ la Confédération.
+
+
+ «Londres, le 8 mars 1831[111].
+
+ [111] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai lu avec une grande attention, dans la dépêche que vous m'avez
+fait l'honneur de m'adresser le 1er de ce mois, les informations que
+vous me donnez sur l'état de l'Italie. Je partage complètement
+vos vues sur les rapports de la France avec le Piémont. Quant au plan
+que vous avez adopté à l'égard des États du pape, je crois qu'il
+serait très utile et possible à réaliser. J'en ai entretenu le prince
+Esterhazy et le baron de Wessenberg, les deux plénipotentiaires
+autrichiens; ils ne m'ont pas paru trop éloignés de ce projet, et
+quoiqu'ils n'aient aucunes instructions de leur cour sur ce point,
+j'ai pu juger qu'ils étaient disposés à adopter vos idées et qu'ils
+écriraient à Vienne dans ce sens.
+
+»J'ai eu ce matin avec lord Palmerston une longue conversation dans
+laquelle j'ai pu lui parler de tout ce que renfermait votre lettre du
+1er. L'impression qui m'est restée de cette conservation est qu'il
+sera possible de s'entendre sur les points principaux et que les
+difficultés qui ont été élevées par vous sur plusieurs de nos
+protocoles sont de nature à pouvoir être expliquées.
+
+»Lord Palmerston, au sujet des affaires d'Italie, m'a dit qu'il
+agirait volontiers, d'accord avec notre cabinet et celui de Vienne,
+dans le but d'amener le gouvernement pontifical à des concessions qui
+placeraient une partie de l'administration du pays dans des mains
+séculières. Il a fort loué notre conduite envers le Piémont et m'a
+exprimé une grande satisfaction des ordres donnés aux autorités
+françaises de la frontière pour le désarmement des réfugiés
+piémontais.
+
+»Les plaintes que vous portez contre l'Espagne nous ont conduits à
+l'idée qu'il serait sans doute facile de faire retirer les troupes
+espagnoles de la frontière des Pyrénées, si, de votre côté, vous
+obligiez les réfugiés espagnols à se rendre dans le nord de la France.
+Je suis fondé à croire que vous pouvez traiter avec avantage
+cette question avec l'ambassadeur d'Espagne à Paris. Du reste, tout ce
+que vous demanderez dans le sens que je viens de vous exprimer sera
+soutenu par le ministère anglais.
+
+»Immédiatement après ma conversation avec lord Palmerston, la
+conférence s'est réunie pour entendre la lecture de la dépêche
+ostensible que j'ai reçue de vous; j'ai trouvé là aussi une impression
+assez favorable, et je crois que nous finirons par nous entendre. Nous
+avons dû remettre notre prochaine séance à vendredi, à cause des
+débats parlementaires qui ne laissent pas un instant de liberté à lord
+Palmerston. C'est vendredi que nous entrerons dans la discussion des
+différents points traités dans votre lettre. Si l'on propose la
+rédaction d'un protocole, je n'en accepterai aucun qu'_ad referendum_,
+et j'attendrai les ordres du roi avant de rien signer...»
+
+En même temps que j'écrivais ces dépêches, je mandais à Madame
+Adélaïde:
+
+«Mademoiselle doit trouver que nous sommes arrivés au point désirable
+vis-à-vis de toutes les puissances, car elles comprennent aujourd'hui
+que, pour leur propre repos, il est nécessaire que celui du roi ne
+soit plus troublé. Bien loin, par conséquent, de désirer ce qui
+pourrait ébranler son gouvernement, elles en sont à s'inquiéter de
+tout ce qui, dans les mouvements de Paris, des départements et de la
+Chambre, indique des dispositions au désordre. Aucune des puissances
+ne songe plus à troubler la paix; toutes en désirent la conservation,
+et si elle n'est pas préservée, ce sera l'esprit inquiet et
+envahissant qui se montre en France, qui seul en sera la cause.
+
+»Cet esprit imprévoyant est toujours prêt sacrifier les besoins réels
+du pays à des rêves de gloire et d'agrandissement. On oublie, ou l'on
+ne sait pas en France que de mettre tout en question chez les autres,
+c'est finir par mettre tout en question chez soi. Le trône du roi
+Louis-Philippe est vieux aujourd'hui comme celui de Saint Louis;--avec
+la guerre, il naît d'hier. Cette guerre, vous m'avez ordonné de faire
+tout pour l'éviter; vous avez désiré que je rendisse la disposition
+des différentes cours amicale pour la nôtre; j'y suis parvenu
+complètement, et j'espère que Mademoiselle, que j'ai toujours eue en
+vue dans tout ce que je faisais, est satisfaite.
+
+»Je ne puis m'empêcher de remarquer que je n'ai point encore de
+réponse au protocole du 19 qui renferme tous les principes que l'on
+aime à voir sur un nouveau trône. Le corps diplomatique de Londres et
+Rothschild ont, depuis plus de quarante-huit heures, connaissance de
+l'arrivée de cette pièce à Paris. Nos journaux en parlent, ils en
+altèrent l'esprit, ils en changent les expressions; sa publication
+exacte devient de plus en plus nécessaire. Il est utile au service du
+roi que le pays sache à quel point, dans cette pièce, notre cour est
+placée en première ligne, et que, quand je parle d'un traité, c'est de
+celui de 1814. La France, par ce traité, restait grande et forte;
+c'est donc faussement qu'on cite celui de 1815 comme point de départ;
+je me suis retiré devant la tache qu'en 1815 on a imprimée au pays, et
+je crois avoir une aussi large part d'orgueil national que qui que ce
+soit...»
+
+J'écrivais également à la princesse de Vaudémont, mon amie, et qui
+était traitée avec confiance par Madame Adélaïde:
+
+«Il est possible que je voye les choses de trop haut, puisqu'on le dit
+à Paris; mais il n'y a moyen de s'établir bien qu'en se tenant dans la
+région élevée. Il n'y a point d'appui à trouver avec des gens étourdis
+et turbulents comme les Belges. La Belgique nous viendra peut-être,
+mais plus tard; aujourd'hui c'est un intérêt secondaire. La force des
+choses la mène à la France; mais il faut faire la France, et la France
+ne peut se faire bien et sûrement qu'en se mêlant avec les grandes
+puissances qui aujourd'hui _la réclament;_ car voilà où j'ai mené les
+choses à Londres. Ne quittons pas cette position: je me suis donné
+beaucoup de peine pour la prendre, parce que je voulais bien servir le
+roi que j'aime et _Mademoiselle_. Laissons les petits intérêts et ne
+pensons qu'aux grands. Il vaut mieux être d'accord avec les grandes
+puissances, être sur le même pied qu'elles, être ami de l'ordre établi
+avec elles, que d'être ami de MM. Van de Weyer et Cie.
+
+»Convenez que notre protocole que votre Belgique vous a envoyé est
+raisonnable. Les difficultés que l'on fait chez nous sont bien
+petites. On dit qu'il y a partialité pour la Hollande. Cela est
+parfaitement faux, car on n'a rien voulu décider sur la question des
+dettes. _On propose des bases_ susceptibles d'être changées quand les
+partis seront en présence. On nous reproche d'être Hollandais; la
+Hollande nous reproche d'être Belges. Le roi de Hollande nous dit des
+sottises tous les matins; il est parfaitement mécontent. On est bien
+près d'être juste quand tout le monde se plaint. En France, on
+n'écoute qu'un côté, c'est celui de M. de Celles, et en vérité
+celui-là n'est pas respectable.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[112].
+
+ [112] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 13 mars 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»La conférence que nous devions avoir hier a été encore ajournée, et
+c'est seulement demain que nous nous réunirons au Foreign Office. Je
+vous ferai connaître ensuite le résultat de la communication de votre
+lettre ostensible aux membres de la conférence, ainsi que les
+résolutions qui seront proposées. Je prendrai _ad referendum_ ce qui
+sera adopté par les autres membres, et le gouvernement du roi ayant
+fait des réserves aux protocoles des 20 et 27 janvier, je ne dois
+point signer sans ordres une pièce de laquelle il résulterait qu'il y
+a du dissentiment entre mon gouvernement et la conférence.
+
+»Je me suis rendu hier chez lord Palmerston pour l'entretenir des
+divers objets traités dans vos dernières dépêches. Je lui ai d'abord
+parlé des événements de Varsovie et des conséquences dangereuses
+qu'ils pouvaient avoir pour le repos de l'Europe, si l'empereur
+Nicolas n'adoptait pas envers les Polonais des principes de modération
+et de générosité. Lord Palmerston est entré entièrement dans nos idées
+à ce sujet: l'ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg sera chargé de
+demander au cabinet russe le maintien des stipulations de 1814, en
+vertu desquelles le royaume de Pologne a été joint à l'empire de
+Russie; il insistera surtout pour que la Pologne ne cesse pas de
+former un État distinct, et qu'elle ne puisse être réunie comme
+province russe. Lord Palmerston apprécie comme nous l'importance
+qu'il y a pour l'Europe à faire écouter la voix de la raison à
+Pétersbourg et je dois être assuré par son langage que les
+instructions envoyées à l'ambassadeur d'Angleterre en Russie, seront
+d'accord avec celles que vous avez données à M. le duc de Mortemart.
+
+»J'ai fait part ensuite à lord Palmerston des observations contenues
+dans votre lettre du 7, relative aux affaires de la Grèce. Il m'a
+répondu que le prince de Lieven venait précisément de lui communiquer
+une dépêche de sa cour, qui explique l'espèce d'embarras qu'éprouve la
+Russie dans la question de l'agrandissement des frontières de la
+Grèce. Comme il y aura, sur le prêt fait aux Grecs, une portion
+employée à indemniser le gouvernement turc pour le territoire qu'il
+perdra par l'effet de la nouvelle délimitation, la Russie à qui cet
+argent reviendra en définitive, puisqu'il servira à acquitter la
+contribution imposée par le traité d'Andrinople, a trouvé plus délicat
+de ne pas paraître en première ligne lorsqu'il s'est agi de réclamer
+une augmentation de territoire en faveur des Grecs. Voilà, m'a dit
+lord Palmerston, la raison qui a décidé le cabinet de Pétersbourg à
+laisser faire les premières démarches par l'Angleterre et la France
+réunies; mais il est disposé à y joindre les siennes pour appuyer la
+demande en faveur de la Grèce quand le moment en sera jugé opportun.
+Le prince de Lieven m'a fait demander un entretien pour une
+communication; j'ai lieu de croire que ce sera la même qu'il a faite à
+lord Palmerston et dont je viens de vous rendre compte.
+
+»Quant à la situation du Portugal et aux questions qui s'y rattachent
+et qui faisaient l'objet de votre dépêche du 4 de ce mois, lord
+Palmerston, auquel j'en ai parlé, m'a développé les raisons qui
+s'opposent à ce que l'Angleterre agisse en commun avec la France pour
+obtenir le redressement des griefs que ces deux puissances ont à faire
+valoir contre le gouvernement portugais. L'Angleterre a des traités
+particuliers avec le Portugal qui lui donnent des avantages dont nous
+ne jouissons pas, et qui l'obligent à agir seule dans les affaires et
+les rapports qu'elle a avec ce pays. Ainsi, pour vous citer un
+exemple, lorsqu'il s'élève une difficulté au sujet d'une affaire qui
+intéresse essentiellement un Anglais, le gouvernement anglais a le
+droit, s'il le trouve convenable, de la faire juger par un magistrat
+portugais désigné par lui seul. Du reste, je puis vous dire que la
+reconnaissance de dom Miguel est plus éloignée que jamais, et que,
+quels que soient les projets futurs de l'Angleterre sur le Portugal,
+elle ne fera rien sans nous prévenir...
+
+»La question de la réforme a fait des progrès ces jours derniers; les
+pétitions en sa faveur arrivent de toutes parts et le ministère se
+croit assuré de la majorité dans le parlement...»
+
+
+Ainsi que je le disais précédemment, un nouveau ministère s'était
+formé le 13 mars à Paris, à la tête duquel était M. Périer, dans
+l'intervalle des négociations dont je viens de rendre compte. Le duc
+de Dalberg m'écrivait au sujet de ce ministère:
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 15 mars 1831.
+
+»Une nouvelle administration se présente, mon cher prince; elle
+remplace la plus sotte, la plus incapable, la plus méprisable que la
+France a vu être chargée de ses intérêts. La banqueroute arrivait
+à pas de géant. L'indignation était telle que probablement la Chambre
+eût hésité de confier à MM. Laffitte et Thiers les quatre douzièmes
+provisoires. Il serait bon que les journaux anglais la missent au
+néant. La camaraderie révolutionnaire ici est si forte que nos
+journaux n'ont pas le courage de la juger comme elle le mérite. M.
+Laffitte en attendant, _s'est laissé forcer la main_ pour placer
+cinquante à soixante de ses parents et de ses habitués, et pour
+mettre, à l'époque de sa liquidation, neuf de ses commis dans les
+premières places de l'administration.
+
+»Le nouveau ministère se soutiendra-t-il au milieu du désordre des
+idées et de ce déchaînement d'insubordination qui dissout toute
+organisation? Il faut, pour qu'il se soutienne, deux choses:--qu'on ne
+transige pas avec les émeutes dans les rues; on y est décidé;
+soixante-dix mille hommes sont autour de Paris; trois régiments de
+cavalerie sont entrés dans la ville; espérons que les faits répondront
+aux intentions. Il faut après que la nouvelle Chambre (et il en faut
+une) donne la majorité au ministère. J'ai l'idée que les élections
+ramèneront en force les hommes du centre gauche, la victoire alors
+peut être assurée. Le midi enverra plus de carlistes; les visites
+domiciliaires ont irrité tous les partis. Voilà ce qu'on y a gagné.
+
+»Quant au dehors, le maintien du général Sébastiani est une faute. Il
+n'est que l'instrument de la faiblesse et de l'intrigue qui
+prédominaient au Palais-Royal. Le général Sébastiani ne veut pas la
+guerre et il n'a pas su assurer la paix. Voilà la grande faute.
+
+»Casimir Périer veut conserver la paix, mais les choses me paraissent
+bien gâtées. A force de motiver des armements disproportionnés, en
+répandant que l'Europe veut nous attaquer, on a tellement monté
+les têtes qu'on ne sait plus les calmer. Les discours des gens qui
+entourent le roi, tels que les Vatout[113], les Rumigny[114], les
+Trévise, font pitié. On croirait qu'on n'a qu'à avaler l'Europe, et
+qu'elle est déjà à la barrière Saint-Denis...»
+
+ [113] Jean Vatout, né en 1792, était entré sous l'empire dans
+ l'administration préfectorale. En 1822 il fut attaché à la maison
+ du duc d'Orléans; en 1831 il fut élu député, et siégea à la
+ Chambre jusqu'en 1848. Il fut, sous le gouvernement de Juillet,
+ nommé président du conseil des bâtiments civils. Il entra à
+ l'Académie en 1848, mais mourut la même année.
+
+ [114] Marie-Théodore de Gueulluy comte de Rumigny, né en 1789,
+ entra en 1805 à l'armée et était colonel en 1814. Sous la
+ Restauration, il devint l'aide de camp du duc d'Orléans. Il fut
+ nommé général de brigade en 1830, et chargé de la pacification de
+ la Vendée et de la Bretagne. Il prit part à l'expédition d'Anvers
+ et fut élu député en 1831. Il accompagna Louis-Philippe en exil
+ en 1848, et fut mis à la retraite par le gouvernement provisoire.
+ Il mourut en 1860.
+
+Le 19 mars, j'écrivis au général Sébastiani[115]:
+
+ [115] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu la nuit dernière la dépêche que vous m'avez fait l'honneur
+de m'adresser sous la date du 16 de ce mois. La proclamation du régent
+de Belgique au sujet du grand-duché de Luxembourg a produit ici la
+plus fâcheuse impression[116], et les explications pleines de
+sagesse que renferme votre lettre à cet égard me font vivement
+regretter que la proclamation n'ait pas paru quinze jours plus tôt.
+Les instructions que vous avez données au général Belliard m'auraient
+bien utilement servi pour calmer l'irritation que les nouvelles folies
+du gouvernement belge[117] ont excitée ici. J'aurais pu peut-être
+arrêter l'envoi de quelques vaisseaux anglais dans l'Escaut, qui est
+annoncé aujourd'hui, et mettre le plénipotentiaire prussien en état de
+donner des assurances plus positives à la Diète de Francfort.
+
+ [116] Le 5 mars, le gouverneur général envoyé dans le Luxembourg
+ par le roi des Pays-Bas, le duc Bernard de Saxe-Weimar, publia
+ une proclamation du roi qui promettait une amnistie pour tous les
+ habitants du grand-duché qui feraient acte de soumission. En
+ réponse à cet acte le régent de Belgique, M. Surlet do Chokier,
+ lança à son tour une proclamation où il adjurait les
+ Luxembourgeois de rester unis à la Belgique et de repousser les
+ avances du roi. Il concluait ainsi: «Au nom de la Belgique,
+ acceptez l'assurance que vos frères ne vous abandonneront
+ jamais.» Ce défi porté aux décisions de la conférence causa une
+ vive émotion en Europe et irrita singulièrement les
+ plénipotentiaires de Londres.
+
+ [117] Variante... _des Belges_.
+
+»Quoi qu'il en soit, monsieur le comte, je ne négligerai pas de tirer
+tout le parti possible de votre dépêche du 16; la ferme résolution de
+marcher avec les puissances, exprimée à Bruxelles et à Londres,
+amènera, je l'espère, d'heureux résultats que des retards trop
+prolongés ont rendu plus difficiles à obtenir...»
+
+J'avais eu soin d'ailleurs, la veille, d'adresser à M. Casimir Périer
+la lettre suivante que je relis encore aujourd'hui avec plaisir, comme
+un exposé vrai des idées politiques qui ont dirigé ma conduite pendant
+ma mission à Londres.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 28 mars 1831.
+
+ »Monsieur,
+
+»Après quinze jours d'agitations, d'embarras, de tristes prévisions
+sur le sort de notre belle France, l'horizon s'éclaircit et
+toutes les espérances se raniment et se rattachent à votre nom,
+monsieur: c'est avec une joie réelle que je l'ai trouvé dans le
+_Moniteur_. Il satisfait tous les bons esprits de l'Angleterre; il
+convient aux hommes éclairés du continent que les grands intérêts de
+l'Europe ont réunis ici, et je puis ajouter aux nombreux amis de la
+France qui s'y trouvent: je suis presque chargé de vous en exprimer
+leur satisfaction.
+
+»Je dois maintenant au président du conseil de lui rendre compte de
+l'esprit qui a dirigé la conduite de l'ambassadeur de France à
+Londres.
+
+»Son but principal a été de conserver la paix qui, dans son opinion,
+peut seule affermir notre nouvelle dynastie, maintenir la France dans
+le rang qu'elle doit occuper et sauver toute cette vieille Europe
+d'une décomposition bien menaçante. Cette paix, je ne me résoudrais à
+la sacrifier qu'à l'indépendance de notre patrie; et jamais à aucune
+époque, elle n'a été moins attaquée. C'est ce qui m'a porté, en
+opposition avec nos jeunes exaltations françaises, à considérer la
+question belge comme moins importante qu'on n'a voulu le croire en
+France. J'ai regretté que le mouvement des esprits chez nous cherchât
+à s'appuyer sur une poignée de gens en pleine anarchie, et qu'on
+essayât par trop de complaisances à résoudre une question dont le
+temps et la force des choses nous rendront certainement les maîtres à
+une époque plus opportune, mais qui, jusque-là, ne nous donnerait que
+des embarras. Pour conserver la paix et le bon ordre, il faut un
+pouvoir quelque part et le malheur du moment c'est de n'en offrir
+presque aucun. Je n'en aperçois plus qu'un seul: il n'existe à mes
+yeux que dans l'accord des cinq puissances qui, tel qu'il est, n'a
+rien de commun avec la Sainte-Alliance. La non intervention,
+appliquée à l'intérieur des États qui changent ou modifient leur
+gouvernement, détruit la base sur laquelle s'appuyait la Sainte
+Alliance, et c'est là la non intervention dépouillée de ce qu'elle a
+de chimérique. Éclairées par l'expérience, les puissances réunies ici
+sauront faire les concessions nécessaires, tout en offrant à la
+société les garanties et les barrières dont il est impossible qu'elle
+puisse se passer; c'est là, dans ma manière de voir, le vrai point
+d'appui de notre nouveau gouvernement. Il a fallu faire désirer à
+l'Europe notre établissement et notre conservation, comme la chose
+dont elle avait elle-même le plus grand besoin: j'y suis parvenu.
+Bientôt, nous exercerons une influence première, mais il faut, avant,
+rassurer le dehors sur les projets de guerre que l'on nous suppose, et
+nous montrer plus maîtres du dedans que nous ne l'avons été depuis
+trois mois.
+
+»Le principe de la non intervention, fort commode en lui-même et fort
+approprié à telle circonstance, n'est plus qu'une absurdité quand on
+le regarde comme absolu, quand on veut l'étendre sur les points les
+plus éloignés les uns des autres. Ce principe est un moyen pour
+l'esprit, c'est à lui à l'écarter ou à l'appliquer. Voilà comme le
+comprenait M. Canning, et puisque c'est une affaire d'esprit, vous
+saurez mieux que personne manier ce nouvel instrument qui est plus
+souvent un expédient pour ne pas faire qu'il n'est une raison pour
+agir.
+
+»Je désire vivement que vous trouviez ma politique analogue à celle
+que vous voudrez adopter. Du reste, je suis trop vieux pour n'avoir
+pas appris le doute, et pour n'être pas tout disposé à m'éclairer de
+toutes les réflexions que vous voudrez bien me faire arriver, et à
+suivre la marche qui vous paraîtra utile.
+
+»J'ai l'honneur de vous renouveler...
+
+J'ai lieu de croire que cette lettre produisit quelque impression sur
+M. Casimir Périer qui, d'ailleurs, était bien déterminé à suivre une
+politique plus sensée que celle du cabinet précédent. C'était à cette
+détermination qu'étaient dues les modifications dans le langage de M.
+Sébastiani qui se manifestaient déjà dans sa dépêche du 16 mars.
+Aussi, pour le maintenir dans ces nouvelles dispositions, je me hâtai
+de lui écrire sous la date du 20 mars[118]:
+
+
+ «Monsieur le comte,
+
+»J'ai entretenu ce matin lord Palmerston, le prince Esterhazy et le
+baron de Bülow, de votre dépêche du 16[119]; ils ont été tous trois
+fort satisfaits de ce que je leur en ai dit, et m'ont témoigné le
+désir de voir enfin la France se dégager des embarras que lui
+suscitent les affaires de la Belgique. Ce pays, m'ont-ils dit chacun
+séparément, ne cherche qu'à entraîner la France; il est poussé par des
+intrigants dont le but est bien loin d'être favorable à la
+tranquillité de la France et qui voudraient la compromettre avec
+l'Europe. «La Belgique a prouvé, m'a dit M. de Bülow, que la
+conférence l'avait bien jugée, quand elle s'était servie dans le
+protocole numéro 7 du mot d'indépendance _future_.»
+
+ [118] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ [119] Voir page 111.
+
+»Je vous ai dit là l'opinion fixe des quatre puissances avec
+lesquelles il nous importe de marcher et qui sont bien disposées à
+marcher avec nous. Les trois membres de notre conférence que j'ai vus
+ce matin m'ont encore répété, chacun en particulier, les assurances
+les plus positives que leurs gouvernements désiraient que l'ordre
+de choses actuel s'affermît en France, que la paix fût maintenue en
+Europe, et que la France y tînt la place que naturellement elle doit y
+occuper; tous en sentent le besoin et c'est là, m'ont-ils dit, ce qui
+motivera toujours leurs opinions. Du reste, les plénipotentiaires de
+Prusse et d'Autriche m'ont promis d'écrire à Francfort, et j'ai
+l'espoir que leurs avis arrêteront les entreprises que nous redoutons
+de la part de la Confédération germanique...
+
+»M. le prince d'Orange s'est embarqué ce matin à Londres pour la
+Hollande, après avoir joui de tous les genres de plaisirs de cette
+capitale; il exprimait assez hautement ses regrets de la quitter; sa
+manière de vivre ici lui a donné peu de considération...»
+
+La promesse que m'avaient faite les ministres d'Autriche et de Prusse
+d'écrire à Francfort, n'était pas superflue. La proclamation du régent
+du Belgique, dans laquelle il annonçait hautement l'intention de
+réclamer pour son pays la possession du grand-duché de Luxembourg,
+avait excité au plus haut point le mécontentement de la Diète
+germanique; elle allait probablement prendre des mesures de rigueur,
+mais, grâce aux communications que j'avais pu faire à MM. Esterhazy et
+de Bülow, ils arrêtèrent les résolutions hostiles qu'on préparait à
+Francfort, en insistant surtout sur la confiance que devait inspirer
+le nouveau ministère français.
+
+On m'avait chargé, de Paris, de proposer au gouvernement anglais
+d'envoyer un agent anglais en Italie pour y aider l'action que notre
+diplomatie exerçait afin d'apaiser les troubles qui venaient de se
+manifester, particulièrement dans les États du pape, et
+d'empêcher, si cela était possible, l'intervention des Autrichiens. Je
+dus écrire quelques mots à ce sujet à lord Palmerston qui était retenu
+à la Chambre des communes par la discussion du bill de réforme. La
+Chambre adopta ce bill dans la nuit du 22 au 23 mars, à la majorité
+d'_une_ voix[120], et lord Palmerston à cette occasion me répondit le
+billet suivant:
+
+
+ «Mon cher prince,
+
+
+»Je vous remercie de vos félicitations. Notre devise est: _Un me
+suffit._
+
+ [120] Ce n'est pas le bill de réforme lui-même qui fut ainsi voté
+ dans la nuit du 22 mars, mais seulement le passage à la deuxième
+ lecture. Le principe du bill était donc admis, mais le projet du
+ ministère devait échouer à la deuxième lecture.
+
+»Sir Brook Taylor, un diplomate excellent, se trouve maintenant à
+Florence, ayant passé l'hiver à Rome pour sa santé; il est précisément
+l'homme qu'il nous faut et je lui expédierai les instructions
+nécessaires sans délai, afin qu'il retourne à Rome pour coopérer avec
+vous et l'Autriche[121].
+
+ [121] On se rappelle que le cabinet français avait invité
+ l'Angleterre à agir de concert avec lui en Italie pour prévenir
+ une intervention de l'Autriche. (Voir pages 100 et 103.)
+
+»Il paraît, d'après les dernières nouvelles de Florence, que Bologne
+n'est pas Varsovie, que la révolution s'y flétrit devant le vent qui
+souffle du Milanais, et que Bianchetti[122] et un autre dont j'oublie
+le nom venaient d'arriver en Toscane, voulant s'embarquer à Livourne
+pour se réfugier en France ou en Angleterre. Nous n'aurons pas grande
+difficulté à faire un raccommodement entre le pape et ces
+révoltés. Tout à vous.
+
+ »PALMERSTON.»
+
+ [122] Le comte César Bianchetti, ancien chambellan de l'empereur
+ Napoléon, qui était l'un des chefs de l'insurrection de la
+ Romagne.
+
+C'est ainsi que toutes les questions qui agitaient alors l'Europe
+venaient, en définitive, aboutir à Londres et me mettaient dans
+l'obligation d'étudier ces questions, pour être en état de les
+discuter avec le cabinet anglais et de marcher d'accord avec lui.
+Cette affaire d'Italie était un nouvel et grave embarras pour le
+gouvernement français, mais avant de la traiter, je dois continuer à
+citer des dépêches indiquant la marche des autres questions.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[123].
+
+ [123] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 25 mars 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+Je n'ai pas négligé de parler à diverses reprises à lord Palmerston
+des affaires de Pologne, ainsi que vous me l'avez recommandé dans
+plusieurs de vos dépêches. D'après le langage de ce ministre, je suis
+fondé à croire que le cabinet anglais attache de l'intérêt à la cause
+polonaise et que des instructions ont été adressées par lui à lord
+Heytesbury[124], son ambassadeur à Pétersbourg, pour y faire entendre
+la voix de la modération. Il me paraît qu'il serait utile de charger
+M. le duc de Mortemart d'entrer en communication avec lord Heytesbury
+sur ce point, et je dois croire que celui-ci a des ordres qui ne
+contrarieront en aucune manière les instructions que vous avez données
+au duc de Mortemart. Des démarches officieuses faites simultanément
+par ces deux ambassadeurs ne manqueraient certainement pas de produire
+quelque effet. Le motif de ces démarches doit être de réclamer près du
+cabinet russe le maintien des traités de 1814 qui assurent à la
+Pologne une existence indépendante sous le sceptre de l'empereur de
+Russie. Comme le manifeste de ce souverain laisse supposer qu'en cas
+de non soumission des Polonais, il les réduirait par la force, pour
+les réunir ensuite à l'empire, une telle mesure anéantirait un article
+important du traité de 1814, dont les puissances ont le droit de
+demander l'exécution. Il me semble que ce point de départ donnera de
+la force à tout ce qui peut être dit en faveur des Polonais.
+
+ [124] William A'Court, baron Heytesbury né en 1779, entra à la
+ Chambre des communes en 1817, fut en 1820 nommé ambassadeur à
+ Madrid, puis à Lisbonne (1824). De retour à Londres il fut créé
+ pair d'Angleterre (1828), et peu après, accrédité à Pétersbourg.
+ Il y resta jusqu'en 1833. Après dix ans de retraite il fut nommé
+ vice-roi d'Irlande (1844) mais ne resta que deux ans en
+ fonctions.
+
+J'ai vu ce matin le nouvel envoyé belge ici, M. le comte
+d'Arschot[125]; dans le cours de notre conversation, nous sommes peu
+entrés dans le fond des affaires qui l'amenaient à Londres, parce que
+la proclamation du régent a engagé tous les ministres qui sont à
+Londres à témoigner de la froideur au député belge. J'ai pu cependant
+me servir utilement d'une phrase de votre lettre du 16, qui dit que la
+France n'est disposée à accorder son appui à la Belgique qu'autant
+qu'elle ne se jettera pas sans provocation dans des voies propres à
+troubler la paix de l'Europe. Cette phrase, riche en
+développements, dans lesquels je lui ai montré beaucoup d'intérêt, m'a
+conduit à finir l'entretien par l'idée que j'ai voulu lui laisser de
+la manière dont la conférence comprenait la position de son pays. «La
+Belgique d'aujourd'hui, lui ai-je dit, est la Belgique de 1790, plus
+l'évêché de Liège[126]; son indépendance est au moment d'être
+reconnue, et la neutralité lui est garantie par toutes les puissances;
+tous ces avantages lui sont assurés à la seule condition de ne pas
+troubler le repos des autres nations.»
+
+ [125] Le comte d'Arschot-Schoonhoven, né en 1771, membre de la
+ commission chargée de reviser la loi fondamentale (1815) membre
+ de la première Chambre des états généraux de 1825 à 1830, grand
+ maréchal du palais et sénateur sous le règne de Léopold Ier. Il
+ mourut en 1846.
+
+ [126] Liège était autrefois le siège d'un évêché souverain.
+ L'évêque était prince de l'Empire. En 1801, la principauté avait
+ été réunie à la France par la paix de Lunéville. En 1815, elle
+ avait été cédée au roi des Pays-Bas. En 1831, elle échut à la
+ Belgique.
+
+»J'attends le moment où vous m'informerez du résultat des dépêches
+écrites de Londres aux membres de la Diète germanique, pour les
+arrêter dans les résolutions hostiles que la proclamation du régent
+les avait disposés à prendre; vos démarches directes auront sûrement
+produit l'effet que vous en attendiez...»
+
+
+ «Londres, le 28 mars 1831[127].
+
+ [127] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»... J'ai dû voir de nouveau séparément tous les membres de la
+conférence pour pressentir leur opinion sur le choix du futur
+souverain de la Belgique, et je me suis utilement servi des réflexions
+contenues dans votre lettre du 24. Ils m'ont tous répété ce que je
+vous mandais hier à ce sujet; c'est-à-dire qu'on ne peut s'arrêter au
+choix du souverain de la Belgique, avant d'avoir déterminé les
+limites du pays sur lequel ce souverain doit régner. On s'exposerait,
+en agissant autrement, à placer ce prince dans le même embarras
+qu'éprouve aujourd'hui le régent; il serait obligé, en acceptant la
+souveraineté, de jurer une constitution dans laquelle se trouve un
+article qui énonce le maintien de l'intégrité d'un territoire qu'il a
+plu aux Belges d'étendre à leur gré. Il est facile de prévoir qu'un
+tel engagement jetterait dans de nouvelles difficultés. Les
+plénipotentiaires sont donc unanimes dans l'opinion qu'il est
+absolument nécessaire, avant tout, d'adopter purement et simplement le
+protocole qui fixe les limites du territoire de la Belgique. Ils
+reconnaissent, en même temps, que, plus tard, on devra entrer en
+arrangement sur les enclaves qui conviendront le mieux à la Belgique
+et à la Hollande. C'est alors que la question du duché de Bouillon
+sera aisément résolue[128].
+
+ [128] Le duché de Bouillon faisait alors partie du grand-duché de
+ Luxembourg. En 1831, il fut attribué à la Belgique.
+
+»Le prince de Naples offre, pour le gouvernement du roi, des avantages
+et des inconvénients que vous êtes mieux que moi en position de juger.
+Quant au prince de Saxe-Cobourg, je n'ai vu paraître de la part des
+membres de la conférence devant lesquels j'ai prononcé son nom, aucune
+opposition contre sa personne. Le cabinet anglais, qui, comme je l'ai
+souvent écrit, pensait toujours que le prince d'Orange aurait été le
+choix le plus convenable, a cependant aujourd'hui abandonné cette
+idée; il se ralliera sans chaleur à la combinaison du prince de
+Saxe-Cobourg.
+
+»Je n'ai point pu parler nominativement du choix à faire à
+l'ambassadeur de Russie, parce que ses instructions ne lui permettent
+pas de porter son intérêt sur un autre prince que le prince d'Orange.
+Cela, du reste, n'arrête rien dans les affaires de la Belgique. Ce
+qu'il nous fallait, c'est que la Russie ne fût point opposée à
+l'indépendance, et cela a été obtenu. La reconnaissance du souverain
+viendra plus tard.
+
+»La démolition des forteresses que vous réclameriez, dans le cas où le
+prince de Saxe-Cobourg serait élu, m'a toujours paru une chose que
+l'on obtiendrait facilement parce que, à mon sens, elle a perdu son
+intérêt depuis la déclaration de neutralité. Je sais qu'en France on
+n'a pas attaché à cette déclaration toute l'importance qu'elle mérite;
+je persiste à croire néanmoins que la neutralité était le meilleur
+moyen de finir la question des forteresses, qui, à mon départ de
+Paris, paraissait aux meilleurs esprits une question dans laquelle
+tous les amours-propres étaient engagés, beaucoup de millions perdus
+et qui devenait insoluble. Du reste, nous ne sommes point appelés à la
+traiter en ce moment et je devrai, sans doute, revenir sur ce
+point[129].
+
+ [129] Voir pages 357, 363 et notes.
+
+»Mon opinion personnelle sur le choix du prince, réduit, comme vous le
+faites dans votre dépêche, entre le prince de Naples et le prince de
+Saxe-Cobourg, est qu'il faut s'arrêter à celui des deux que vous aurez
+le plus de chances de faire élire. Au point où en étaient les choses
+il y a quatre mois, le prince de Saxe-Cobourg paraissait plus facile
+qu'aucun autre. Depuis ce temps-là, vos directions ayant été
+différentes, je ne m'en suis plus occupé...
+
+
+ «Londres, le 5 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[130],
+
+ [130] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Dans les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire, j'ai
+dû souvent vous presser de répondre à la note qui vous a été adressée
+par MM. les plénipotentiaires des quatre cours, parce que le temps que
+l'on met à donner son assentiment ou des explications fournit à des
+interprétations quelquefois malveillantes et rend tout plus difficile.
+On cherche à mettre d'accord le silence de notre cabinet avec votre
+adhésion aux limites de la Hollande et de la Belgique, telle que j'ai
+dû la comprendre et en parler d'après votre dépêche du 30 mars, et
+telle qu'elle se trouve dans les lettres reçues ici des ambassadeurs
+qui sont en France.
+
+»Si cependant la question des forteresses vous laissait quelques
+doutes, pourquoi ne pas les exprimer dans la réponse que vous avez à
+faire aux plénipotentiaires des quatre puissances? La disposition des
+cabinets est de s'entendre. Il y a quelque inquiétude, mais je ne vois
+nulle part aucune irritation; je dois même dire que les explications
+données par notre cabinet, relativement à Bologne, ont plutôt rassuré
+qu'alarmé, et que tout le monde espère qu'elles produiront à Vienne
+l'effet que vous en attendez.
+
+»Je vois qu'ici on se refroidit chaque jour sur le choix du prince
+d'Orange comme souverain de la Belgique; on n'y prend plus d'intérêt
+réel, et il ne sera fait par aucun gouvernement (j'en excepte la
+Russie) des démarches en sa faveur.
+
+»Il vous est sans doute revenu que la cause des Belges perd tous
+les jours en Angleterre des partisans; on les trouve bien peu préparés
+à recevoir l'indépendance. Dans un pays où le bon sens domine, comme
+en Angleterre, les délibérations du congrès de Bruxelles n'ont pas
+beaucoup de faveur.
+
+»Le discours de M. le président du conseil (M. Casimir Périer) a fait
+ici une grande sensation et tout le monde répétait hier cette phrase:
+«Les promesses de politique intérieure sont dans la constitution;
+s'agit-il des affaires du dehors, il n'y a de promesses que les
+traités[131].»
+
+ »Recevez...
+
+ [131] Discours prononcé à la Chambre des députés, le 30 mars
+ 1831.
+
+J'écrivais le même jour à Madame Adélaïde d'Orléans:
+
+
+ «Londres, le 5 avril 1831.
+
+»J'ose supplier Mademoiselle d'avoir pitié de son vieux serviteur et
+d'exiger qu'on lui envoye, sans plus de délai, soit M. Bresson, soit
+quelqu'un pour le remplacer. Depuis le départ de M. Bresson pour
+Bruxelles, il y a cinq mois, je n'ai eu aucun premier secrétaire de
+légation et je n'ai eu auprès de moi que M. de Bacourt dont, à la
+vérité, j'ai été parfaitement content, mais qui, depuis dix jours, est
+gravement malade à la suite d'un travail forcé. La totalité du
+travail, conférences, rendez-vous, détails d'ambassade, roule sur moi
+maintenant et, malgré ma bonne volonté et le travail trop assidu
+auquel je me livre, je ne puis faire aller les choses comme je le
+voudrais.
+
+»Je ne voudrais pas fatiguer Mademoiselle d'une longue argumentation
+politique, mais j'oserai lui dire que nous sommes arrivés au
+point où il nous faut la paix assurée dans peu de temps, sans quoi
+nous serons entraînés par le mauvais esprit d'un petit nombre
+d'intrigants audacieux à une guerre dont les chances me font trembler
+pour les objets de mon plus tendre dévouement. La paix nous sera
+acquise par une déclaration bien faite de la France aux Belges. On y
+reconnaîtrait les anciennes limites de la Belgique, sauf à convenir de
+quelques échanges et de la démolition des forteresses. Il est
+essentiel que cette déclaration soit faite officiellement et à
+Bruxelles et à la conférence, et cela est d'autant plus nécessaire que
+toutes les informations reçues par le ministère anglais portent qu'on
+est tout près de céder, à Bruxelles, aux décisions de la conférence,
+lorsqu'on y saura que la France est d'accord avec les puissances en ce
+qui regarde la Belgique.
+
+»Je retarde par tout moyen une explosion du côté de la Confédération
+germanique, mais les jours sont comptés, et les retards qui
+viendraient de Paris pourraient être d'un grand danger. Je supplie
+Mademoiselle de porter toute son attention sur l'importance dont il
+est que les affaires de la Belgique se terminent. Je le lui demande
+avec une conviction prise dans une occupation continuelle et dans un
+dévouement complet...»
+
+
+L'entrée de M. Casimir Périer au pouvoir avait eu promptement une
+bonne influence sur la direction des affaires intérieures de France
+et, heureusement, ne tarda pas à en exercer une également favorable
+sur nos affaires extérieures et notamment sur ce qui concernait la
+question belge. Le gouvernement français se décida enfin à accepter le
+protocole de la conférence du 20 janvier qui fixait les limites entre
+la Hollande et la Belgique. Le général Sébastiani m'annonça cette
+acceptation par une dépêche du 4 avril. On va voir ce qui l'avait
+motivée. Les dépêches et lettres qui suivent suffiront pour mettre au
+fait des divers incidents qui vinrent s'y mêler.
+
+Je commence par les lettres de M. Casimir Périer.
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+
+ «Paris, le 2 avril 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Vous m'excuserez d'employer la main d'un de mes fils, mais mon
+écriture est un chiffre dont aucun cabinet n'a la clef.
+
+»Je regrette vivement que d'innombrables occupations m'aient empêché
+de vous remercier plus tôt de tout ce que vous me dites d'aimable. Je
+n'ai nullement désiré ce qui m'arrive: dans les circonstances où nous
+sommes, le pouvoir n'a rien qui captive; mais puisque j'y suis appelé,
+je suis heureux de voir que je trouve confiance et appui dans le parti
+de l'expérience et des lumières. Je voudrais que votre bienveillance
+ne vous trompât pas et, qu'en effet, mon nom pût faire quelques amis
+de plus à mon pays.
+
+»Si cela peut arriver quelque part, c'est en Angleterre. A mon avis,
+les deux pays doivent s'unir de plus en plus; ils ont au fond même
+cause. C'est ce que les préjugés ne voient point, mais l'expérience le
+prouvera.
+
+»Je dirai maintenant à l'ambassadeur de France que nous tenons à la
+paix, mais que nous sommes portés à croire qu'on y doit tenir autant
+que nous. Ainsi, avec la ferme volonté d'être sages, nous ne
+transigerons sur aucun de nos droits. La France, en maintenant la
+paix, rend à l'Europe un assez grand service pour que l'Europe lui en
+tienne compte. Je crois aussi que, par notre sagesse, nous sommes
+plus utiles aux nations qu'en faisant du prosélytisme à main armée.
+
+»J'ai dit, au reste, toute ma politique à la tribune. Je n'en ai pas
+deux. Je vous dirai toujours là-dessus toute ma pensée, et s'il
+survenait le moindre changement dans mes vues, je vous écrirais
+aussitôt.
+
+»Je sais que vous vous occupez en ce moment du trône de Belgique. On
+désire que, par un seul et même acte, les frontières du nouvel État
+soit définitivement fixées. Il est fort à souhaiter que des
+difficultés étrangères au fond de l'affaire n'en retardent pas la
+conclusion. En général, il importe aujourd'hui que la politique se
+décide à temps. Les tergiversations ont été jusqu'ici, je le sais,
+bien malgré vous, ce qui a le plus nui au succès de nos affaires. Il
+ne faut pas qu'elles se renouvellent, car elles pourraient amener des
+difficultés véritables.
+
+»Votre intime et profonde connaissance des hommes et des choses, mon
+prince, vous suggérera les moyens de faire prévaloir nos idées.
+Veuillez m'écrire souvent; j'ai besoin de bien savoir. Je compte en
+tout sur votre habile et franche coopération.
+
+»Je vous ai envoyé mon fils; je vous demande pour lui vos bontés. Je
+désire qu'il se forme au monde et aux affaires. Il ne pouvait être
+mieux nulle part qu'auprès de vous.
+
+ »Agréez...»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 4 avril 1831.
+
+»Je n'ai pas dû, mon prince, céder sur-le-champ au désir que
+j'éprouvais d'établir avec vous des communications directes dont
+je me promets les plus heureux résultats pour le bien du pays. Au
+moment où le roi m'a appelé à former son conseil et à prendre une part
+importante à la direction du gouvernement, les affaires intérieures
+ont réclamé mes premiers soins. Leur situation était connue; elle
+avait été depuis longtemps le sujet de mes réflexions; j'ai pu agir
+sans délai et sans hésitation et d'après des vues et des plans arrêtés
+à l'avance.
+
+»Nos relations avec l'étranger, non moins hérissées de difficultés,
+échappaient davantage, et par leur complication et par le secret qui
+doit les envelopper, aux investigations des hommes qui ne
+participaient pas à la direction des affaires.
+
+»Ces relations ont dû être pour moi, dès mon entrée au conseil,
+l'objet d'une étude sérieuse. Cette étude, qui ne rentre pas dans les
+spécialités du ministère qui m'est réservé, ne saurait être complète
+encore; j'ai besoin surtout de m'éclairer de lumières nouvelles.
+
+»La dépêche, délibérée au conseil, qui vous parviendra en même temps
+que cette lettre, m'est une occasion de réclamer de vous, celles qui
+vous permettent de me communiquer une expérience qui n'a point de
+rivale en Europe, et votre position comme représentant de la France
+dans ces conférences diplomatiques qui peuvent influer d'une manière
+si grave sur ses destinées.
+
+»J'ai approuvé la note diplomatique dont il s'agit; je l'ai crue
+appropriée à la situation générale de l'Europe, à l'état des
+négociations et aux événements récents qui sont venus compliquer la
+question de la paix ou de la guerre. Mais mon adhésion est l'effet de
+ma confiance dans l'opinion de mes collègues qui, presque tous,
+ont fait partie du dernier cabinet, plus encore que d'une conviction
+fondée sur l'appréciation personnelle des faits diplomatiques
+antécédents et de la marche de négociations auxquelles j'étais resté
+étranger.
+
+»J'attends de vous, mon prince, que vous vouliez bien me communiquer
+confidentiellement, par l'un des prochains courriers, s'il est
+possible, votre opinion sur la convenance de la note qui vous est
+adressée. J'y ai adhéré surtout parce qu'il m'a été assuré qu'elle
+était parfaitement en harmonie avec l'esprit qui a dirigé les
+négociations relatives au sort de la Belgique, et qu'elle les
+seconderait dans le sens de l'impulsion que vous avez jugé utile de
+leur donner. Il me serait agréable d'acquérir par vous, mon prince, la
+certitude que la note est propre à nous faire avancer vers le but que
+le gouvernement s'est proposé. Si, au contraire, elle vous paraissait
+insuffisante ou incomplète, sous quelque rapport que ce soit, il
+m'importerait d'être fixé à cet égard, afin que les futures
+résolutions du cabinet pussent concourir d'une manière plus efficace à
+la solution heureuse d'une question qui est une difficulté grave dans
+les rapports de la France avec les grandes puissances, en même temps
+qu'elle ne cesse de fournir un aliment aux inquiétudes et à
+l'agitation qui travaillent dans l'intérieur.
+
+ »Agréez...»
+
+
+M. Bresson, qui était venu passer quelques jours à Londres, à la fin
+du mois de mars, avant de quitter définitivement son poste, m'écrivait
+de son côté.
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 5 avril 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai mis la plus vive sollicitude à bien remplir vos instructions et
+vous saurez ce soir que la conférence aura satisfaction complète, à
+quelques formes près sur lesquelles je pense qu'il est bon de se
+montrer facile, par ménagement pour les amours-propres qui se trouvent
+compromis. Mon principal argument a été qu'aussi longtemps que les
+Belges se croiraient un point d'appui hors de la conférence, ils
+seraient moins disposés à se soumettre aux nécessités et à ouvrir les
+yeux à la raison. J'ai été stimulé par le désir de racheter mes torts
+involontaires et de témoigner de ma reconnaissance pour votre
+indulgente bonté et pour celle de MM. les membres de la conférence que
+j'ai eu l'honneur de voir à mon dernier séjour à Londres. Veuillez,
+mon prince, leur faire connaître les sentiments qui m'ont dirigé.
+
+»Le ministère entre franchement dans la voie qu'il s'est tracée et
+l'impulsion donnée par M. Périer est forte. Je ne doute pas que la
+dissolution de la Chambre ne lui renvoie une majorité, dans nos
+départements de l'Est même, qui sont sujets à caution. Quant à vous,
+personnellement, mon prince, tous ceux dont l'opinion peut vous être
+quelque chose vous regardent comme l'espoir et le gage de la paix à
+Londres; et la paix est non seulement le voeu presque général, elle est
+une nécessité. Les concessions faites au parti turbulent _n'engagent
+pas et ne conduisent pas_ aussi loin que ce parti pense: vous
+comprendrez, mon prince, que je fais allusion à _ce dont_ M.
+Périer m'a promis de vous parler dans sa lettre particulière.
+
+»Les nouvelles de Belgique ne sont pas bonnes. Le parti de la réunion
+pure et simple s'est grossi des difficultés du moment et de ce qu'on
+appelle le morcellement du pays, qui rend, dit-on, l'existence
+d'indépendance impossible. Le prince de Saxe-Cobourg gagne; mais on
+écrit que son mariage avec une princesse française serait une
+condition _sine qua non_. Au reste, l'effet produit en France par son
+élection décidera de cette union...»
+
+
+Je ne retrouve pas la lettre par laquelle le général Sébastiani
+m'invitait à tenir pour non avenues les prescriptions qu'il m'avait
+imposées au sujet du protocole de la conférence du 20 janvier qui
+fixait les limites de la Belgique. La dépêche qu'on va lire fera
+deviner le sens de sa lettre.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[132].
+
+ [132] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 6 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu ce matin votre dépêche du 4 avril. Je ne doute pas qu'elle
+ne satisfasse, à beaucoup d'égards, la conférence à laquelle je dois
+la communiquer lundi ou mardi prochain. Vous serez peut-être étonné
+que je remette cette communication jusqu'à cette époque; mais cela est
+indispensable parce que plusieurs des membres de la conférence sont
+absents de Londres.
+
+»La grande difficulté _qui reste_[133] sera celle qui surviendra des
+échanges que vous réclamez, à raison de la position de Maëstricht. Je
+ferai tous mes efforts, et me servirai de tous vos arguments pour
+obtenir ce que vous me prescrivez à cet égard dans votre dépêche du 4.
+Le succès aurait été plus facile il y a deux mois. Les Belges
+n'avaient pas encore autant excité qu'ils l'ont fait depuis, la
+défiance que je retrouve partout aujourd'hui. En général j'observe, et
+je crois qu'il est bon de remarquer que le temps est contre nous; il
+ne simplifie rien et il apporte des difficultés de plus.
+
+ [133] Supprimé dans le texte des archives.
+
+»Dans une de vos dépêches précédentes, vous me parliez des résolutions
+qui devaient être prises au sujet des places fortes; mon opinion à cet
+égard est que vous obtiendrez les démolitions que vous devez désirer,
+mais je croirais que cette question doit être remise après le choix du
+roi; l'amour-propre[134] pourrait aujourd'hui s'en offenser. Ce sera
+avec le roi, comme une exigence de la part de la conférence, que cette
+question sera le plus avantageusement traitée.
+
+ [134] Variante: _belge_.
+
+»Lord Grey sera prévenu de la communication que vous me chargez de
+faire à la conférence avant tous les autres ministres, parce que je
+suis engagé à passer la journée de vendredi dans la maison de campagne
+où il se trouve, et j'aurai une occasion de l'entretenir de l'objet
+_de la réunion_[135] de la conférence que je vais demander. Pour les
+affaires qui sont en discussion, j'aime mieux parler qu'écrire.
+
+ [135] Supprimé dans le texte des archives.
+
+ »J'ai vu ce matin M. le baron de Bulow et M. le prince Esterhazy.
+ Ils écriront demain à Francfort, comme vous le désirez. M. le
+ prince Esterhazy écrira à M. de Münch[136] lui-même pour l'engager
+ à maintenir la Diète dans un système de lenteur et de conciliation
+ au sujet du grand-duché de Luxembourg. J'ai beaucoup insisté pour
+ que leur action fût prompte et décisive, parce que je sens combien
+ sont importantes les considérations que renferme votre dépêche à
+ cet égard...
+
+ [136] Édouard-Joachim, comte de Münch-Bellinghausen, diplomate
+ autrichien, était d'abord entré dans la carrière administrative
+ et avait été maire de Prague. En 1823, il fut nommé
+ plénipotentiaire à la Diète germanique. On sait que l'Autriche
+ avait la présidence de la Diète, ce qui donnait à son
+ plénipotentiaire une situation considérable. M. de Münch devint
+ ministre d'État en 1841. Il se retira en 1848.
+
+»Je vous remercie d'avoir rétabli les faits que n'a pas voulu se
+rappeler M. le général Lamarque lorsqu'il m'a attaqué à la
+Chambre[137]. Je n'ai pas lu ce que vous avez répondu à cet égard
+parce que je n'ai pas encore reçu les journaux français du 5, qui sont
+les seuls qui rendent compte de cette séance; mais je suis sûr que j'y
+retrouverai les preuves de notre ancienne amitié. Il est singulier
+qu'on veuille me regarder comme ayant été membre de la
+Sainte-Alliance, tandis que c'est à Aix-la-Chapelle[138], deux ans
+après mon ministère, que M. de Richelieu a adhéré à ce nouveau pacte.
+
+ [137] Le général Lamarque dans la séance du 4 avril avait
+ violemment attaqué la politique extérieure du cabinet. M. de
+ Talleyrand était pris à partie et accusé de défendre l'oeuvre du
+ congrès de Vienne.
+
+ [138] C'est le congrès d'Aix-la-Chapelle (septembre-octobre 1818)
+ qui mit fin à l'occupation étrangère de la France, moyennant une
+ indemnité pécuniaire de la part de celle-ci. En outre, un traité
+ formel fit entrer la France dans la Sainte-Alliance dont elle
+ avait été écartée en 1815.
+
+ »Si c'est pour dire que la conférence rappelle la
+ Sainte-Alliance par ses actes, il y a là, en vérité, une trop
+ forte erreur. Il ne faut, pour s'en convaincre, que comparer ce
+ qui a été fait à Naples et en Espagne[139] avec ce qui vient
+ d'être fait en Belgique, dont la conférence, au bout de deux mois,
+ a proclamé l'indépendance...»
+
+ [139] Intervention de l'Autriche à Naples en 1821; le général
+ Frimont rétablit le pouvoir absolu du roi Ferdinand IV; guerre
+ d'Espagne (1823): la France vient au secours de Ferdinand VII et
+ l'aide à triompher des constitutionnels.
+
+
+Le général Sébastiani, qui avait montré assez de mauvaise grâce à
+m'accorder le secrétaire d'ambassade que je demandais pour suppléer M.
+de Bacourt tombé gravement malade, dut céder devant l'impérieuse
+insistance de M. Casimir Périer. M. Sébastiani voulait m'imposer une
+de ses créatures, tandis que je lui avais demandé de m'envoyer M.
+Tellier, rédacteur, congédié par lui des bureaux du ministère des
+affaires étrangères, et qui m'était recommandé par M. Bourjot, son
+ancien chef. M. Tellier arriva enfin à Londres et m'apporta une lettre
+de M. Casimir Périer. Il était en même temps chargé par lui de me dire
+que le gouvernement du roi était fermement déterminé à maîtriser les
+Belges, comme il venait de dompter les émeutes à Paris; qu'il était
+temps de montrer _du coeur_ et _de la résolution_, mais que, pour
+faciliter l'action du gouvernement et le populariser, pour enlever des
+prétextes à ses détracteurs, il lui était nécessaire d'obtenir
+l'évacuation des parties des États pontificaux que les troupes
+autrichiennes occupaient.
+
+M. Périer désirait vivement que des stipulations fussent arrêtées
+promptement sur ce point. Il m'écrivait lui-même:
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 8 avril 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je vous confirme la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire
+dernièrement, et par laquelle je vous annonçais la dépêche relative
+aux affaires de Belgique, que vous avez dû recevoir du ministre des
+affaires étrangères. Je vous priais de m'indiquer quelles étaient les
+modifications que vous croiriez convenable de nous proposer quant au
+système de conduite que nous voulions adopter à l'égard de la
+Belgique, et qui nous a paru conforme au protocole que vous avez signé
+à Londres. Nous sommes décidés à parler haut à cette poignée
+d'individus qui, depuis trop longtemps, ont dominé notre politique
+extérieure, comme les faiseurs d'émeutes ont dominé notre politique
+intérieure. Nous pensons que, d'accord avec vous, il nous sera facile
+d'atteindre ce but.
+
+»Nos affaires vont très bien ici; nous sommes sûrs de l'intérieur et
+nous avons la certitude de maintenir la paix, si l'Autriche nous donne
+satisfaction pour l'occupation des États romains. Il doit y avoir
+moyen d'arranger les choses d'une manière honorable pour les deux
+pays. L'Angleterre, si elle est sincère, et si elle veut nous appuyer,
+peut seconder efficacement cet arrangement désirable.
+
+»Toutes les nouvelles que nous recevons de Vienne et de Russie sont
+des plus rassurantes. La dernière dépêche de M. le duc de Mortemart
+est des plus satisfaisantes, bien qu'elle soit partie avant qu'on ait
+connaissance en Russie de la composition du nouveau ministère.
+
+»La Chambre sera prorogée sous peu de jours[140], et nous avons
+l'espoir d'obtenir toutes nos lois à une grande majorité. La séance
+d'aujourd'hui a été excellente; la loi sur le crédit extraordinaire de
+cent millions n'a eu contre elle que trente-deux boules noires.
+
+ [140] La Chambre fut prorogée au 15 juin par ordonnance du 20
+ avril.
+
+»Vous êtes placé si haut, mon prince, à l'extérieur et à l'intérieur,
+que j'attache le plus grand prix à connaître votre opinion sur la
+marche que nous voulons suivre; je vous serai donc très reconnaissant
+de me transmettre vos idées et vos vues à cet égard.
+
+»Vous aurez dû être satisfait du dernier discours du général
+Sébastiani à la Chambre; il vous a rendu la justice qui vous était
+due; il en était temps, et il l'a fait de la meilleure grâce du monde.
+
+»C'est M. Tellier qui est porteur de ma lettre. J'ai enfin décidé M.
+le général Sébastiani à le faire partir de préférence à M. Bresson,
+sachant que cela vous était agréable...»
+
+
+Cette lettre de M. Périer et les rapports qui me venaient de Paris,
+constataient que nous étions enfin sortis de la fâcheuse ornière où
+les affaires avaient été si longtemps arrêtées par le fait de quelques
+intrigants. Je pouvais compter sur le concours efficace de M. Périer
+et c'était très important pour le succès de ma mission en Angleterre.
+M. Périer n'avait pas ce qu'on est convenu d'appeler de l'esprit,
+mais, en revanche, il possédait à un haut degré le sens droit et ferme
+des gens qui ont fait eux-mêmes leur fortune; il cherchait son but, le
+découvrait et y marchait résolument. Il eut même cette rare bonne
+fortune que ses défauts devinrent des qualités dans la position
+difficile où il se trouvait. Il était entier, quelque peu obstiné et
+parfois emporté; mais tout cela prit l'apparence d'une volonté ferme
+et indomptable et produisit les meilleurs effets à une époque où les
+faiblesses des uns, les intrigues et les violences des autres, avaient
+besoin de rencontrer une puissante barrière. Je n'eus pour ma part
+qu'à me louer de mes relations avec lui, et je reconnais avec plaisir
+que sa présence aux affaires contribua beaucoup à faciliter la
+solution de celles qui m'étaient confiées.
+
+Je rendis compte à M. Sébastiani de la séance de la conférence dans
+laquelle j'avais communiqué sa dépêche du 4 avril.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[141].
+
+ [141] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 13 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Les membres de la conférence sont rentrés en ville avant-hier et se
+sont réunis hier. J'ai dû leur donner communication de la dépêche que
+vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 4 de ce mois. Cette
+communication a produit une impression favorable; on a vu avec plaisir
+le gouvernement du roi unir intimement ses intentions avec celles de
+la conférence; j'ai remarqué aussi que la situation générale de la
+France, les progrès de l'esprit public et les succès nombreux du
+gouvernement de Sa Majesté étaient justement et convenablement
+appréciés par chacun des membres. Il m'a été demandé de laisser
+prendre copie de cette dépêche, mais je m'y suis refusé parce que le
+nom de M. d'Appony[142] s'y trouvait, et que nous devons éviter tout
+ce qui pourrait mécontenter l'Autriche...
+
+ [142] Antoine-Rudolphe, comte d'Appony, était alors ambassadeur
+ d'Autriche à Paris. Né en 1782, il avait été précédemment
+ accrédité à Florence, à Rome et à Londres. Il demeura plus de
+ vingt ans à Paris qu'il ne quitta qu'en 1849. Il mourut en 1852.
+ Le comte d'Appony était l'un des plus intimes confidents du
+ prince de Metternich.
+
+»La prochaine séance aura lieu jeudi ou vendredi; les affaires du
+parlement ne permettent pas une réunion plus rapprochée. La conférence
+vous répondra promptement et, dans mon opinion, de manière à vous
+satisfaire.
+
+»Je crois, monsieur le comte, ne devoir pas encore occuper la
+conférence du contenu de votre dépêche du 8; mais j'en ai déjà
+entretenu séparément chacun de ses membres, et les dispositions dans
+lesquelles je les ai trouvés me donnent lieu de croire et d'assurer
+que la plus grande partie de nos demandes, et les plus importantes,
+seront admises.
+
+»J'ai prié l'ambassadeur d'Autriche, ainsi que le ministre de Prusse,
+de remarquer combien il était à désirer que leurs cabinets
+apportassent moins de délais dans l'examen des questions qui leur sont
+déférées, et dont l'intérêt général fait souhaiter la solution. Au
+reste, les dépêches que M. le prince Esterhazy m'a communiquées, et
+qui répondent aux demandes que je l'ai prié de faire parvenir à la
+cour de Vienne, ne permettent pas de douter que M. le prince de
+Metternich ne soit entièrement disposé à seconder les désirs et les
+espérances que le gouvernement du roi lui a fait connaître. Ces
+dépêches parlent aussi, de la manière la plus favorable, de la
+sécurité que la sagesse du gouvernement français est faite pour
+inspirer aux autres États de l'Europe. Quant aux dispositions de
+l'Angleterre à notre égard, elles ne cessent pas d'être bonnes, et ce
+cabinet nous secondera dans tout ce que M. de Sainte-Aulaire[143] est
+chargé de demander à _Rome_[144].
+
+ [143] Louis Clair de Beaupoil, comte de Sainte-Aulaire, né en
+ 1778, avait été chambellan de l'empereur et préfet de la Meuse
+ (1813). Sous la première Restauration, il fut préfet de la
+ Haute-Garonne. Il entra à la Chambre en 1815, fut écarté en 1816
+ par la limite d'âge, fixée à quarante ans, mais fut réélu en
+ 1818, et siégea dans l'opposition modérée. Il échoua aux
+ élections en 1823, mais rentra au Parlement en 1827 et devint
+ vice-président de la Chambre, puis pair de France en 1829. En
+ 1830, il entra dans la diplomatie, fut accrédité à Rome (1831),
+ puis à Vienne (1833) et à Londres (1841). Il se retira en 1847 et
+ vécut dans la retraite jusqu'à sa mort (1854). M. de
+ Sainte-Aulaire était membre de l'Académie française. Sa fille
+ avait épousé le duc Decazes, en 1818.
+
+ [144] Supprimé dans le texte des archives.
+
+»Le bill sur la réforme reparaîtra lundi; on s'attend à une discussion
+vive, parce que le ministère doit proposer des modifications qui ne
+diminueront pas les opposants, mais qui, au contraire, feront perdre
+des votes aux partisans de la réforme.»
+
+
+Nos affaires marchaient mieux du côté de Paris, du moins, pour ce qui
+concernait celles que j'avais à traiter. Les complications de tout
+genre ne manquaient pas cependant, tant à l'intérieur qu'au dehors; on
+ne sortait de l'une que pour tomber dans une autre. On ne pouvait pas
+espérer que la seule présence de M. Périer à la tête du cabinet
+apaiserait toutes les discordes et rétablirait le bon ordre. Aussi le
+duc de Dalberg m'écrivait-il:
+
+
+ «Paris, le 12 avril 1831.
+
+»On vous dira, mon cher prince, que les choses se fortifient ici; je
+n'en crois pas un mot; la dissolution de la société va son train.
+M. Périer vient de faire une faute incalculable par son décret qui
+rétablit la statue de Bonaparte sur la colonne de la place
+Vendôme[145]. Le parti bonapartiste, dirigé par les républicains et
+les anarchistes, va prendre une nouvelle force. Il exigera la rentrée
+de toute la famille Bonaparte, et elle servira de prétexte à des
+intrigues dont le gouvernement ne sera pas le maître. Le nonce m'a dit
+qu'en Italie on ne voulait plus conserver cette famille. Si on ne
+s'était pas arrêté ici sur la _non intervention_ dans les affaires de
+l'Italie, le prince de Metternich était prêt à se servir du duc de
+Reichstadt pour augmenter les divisions en France. Prenez cela pour
+positif.
+
+ [145] Voir le rapport de Casimir Périer précédant l'ordonnance du
+ roi ordonnant le rétablissement de la statue de Napoléon
+ (_Journal des Débats_, du 12 avril).
+
+»Les affaires de Pologne donnent une nouvelle face à la situation
+générale. La coalition du dehors est pour le moment moins à craindre
+que les embarras du Trésor, qui sont croissants. L'emprunt du 19 doit
+se faire à tout prix ou les payements seront suspendus[146]. Et que
+faire alors de nos quatre cent cinquante mille hommes?»
+
+ [146] Emprunt de cent vingt millions en cinq pour cent qui fut
+ réalisé le 19 avril. On avait d'abord voulu le réaliser par
+ souscription publique, mais on ne reçut ainsi que vingt millions.
+ Une société se forma alors, composée de toutes les notabilités
+ financières de Paris, qui accepta l'emprunt au taux de
+ quatre-vingt-quatre francs, et sauva ainsi la situation.
+
+Sous l'humeur un peu exagérée de M. de Dalberg, il y avait un fond de
+vérité; il n'en fallait pas moins aller droit son chemin et pourvoir
+autant qu'on le pouvait aux difficultés incessantes que chaque jour
+apportait. On va en voir surgir de nouvelles dont les dépêches
+suivantes rendaient compte.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[147].
+
+ [147] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 16 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu votre dépêche du 12[148], qui a pour objet de faire sentir
+les graves motifs d'inquiétude que donnerait à la France l'entrée des
+troupes de la Confédération germanique dans le grand-duché de
+Luxembourg. Vous y exprimez aussi, monsieur le comte, la crainte que
+la Diète ne soit entraînée à la guerre par l'influence de son
+président, et vous faites observer avec raison que le mouvement des
+troupes fédérales ne doit pas être réglé isolément à Francfort, en
+ajoutant que les représentants des cinq puissances réunis à Londres
+sont appelés à juger le moment où cette grande mesure pourra être
+devenue indispensable.
+
+ [148] Variante: ... _la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
+ m'adresser le 12 de ce mois. Cette dépêche avait pour but_...
+
+»Je crois pouvoir répondre d'une manière satisfaisante à ces
+différentes observations.
+
+»Le gouvernement du roi ayant désiré, dès l'origine du différend entre
+la Belgique et la Confédération germanique, que la Diète ne prît
+aucune résolution précipitée et adoptât, au contraire, pour système,
+une lenteur sagement calculée, j'ai agi dans ce sens auprès des
+membres de la conférence dont les souverains sont liés à la
+Confédération germanique; et je ne peux pas renoncer à croire que
+leurs conseils n'aient eu, jusqu'à présent, une forte influence
+sur les délibérations de Francfort, car, si un corps fédéral a été
+désigné, il y a longtemps, vous aurez sans doute remarqué avec quelle
+lenteur on s'est occupé de son organisation définitive.
+
+»La Diète aurait persévéré probablement dans ce système de
+temporisation, si, dans ces derniers temps, la proclamation du régent
+de Belgique, relative au grand-duché de Luxembourg, les discussions et
+les actes du congrès, n'étaient pas venus donner au corps germanique
+des motifs de mécontentement assez graves pour déterminer la Diète à
+songer à l'emploi des moyens de rigueur, afin de se mettre à l'abri de
+tout reproche.
+
+»Cependant, monsieur le comte, d'après les ordres que vous m'avez
+transmis, j'ai eu une conférence avec M. le prince Esterhazy et M. le
+baron de Bülow que je trouve toujours disposés à se prêter aux vues de
+conciliation, et je les ai engagés à employer leurs bons offices
+auprès du président de la Diète, afin de faire suspendre toutes les
+résolutions hostiles que l'on avait été disposé à adopter à Francfort.
+
+»Les communications journalières que j'ai avec ces deux membres de la
+conférence me laissent peu de doute sur les dispositions actuelles de
+la Diète, et tout me porte à croire qu'elles ne sont pas de nature à
+nous inquiéter. Ses mesures militaires n'annoncent point l'intention
+d'agir immédiatement; ce ne sont encore que des _préparatifs_; et vous
+aurez remarqué, sans doute, à quelle distance elle va chercher ses
+soldats; ce sont les contingents du Holstein, d'Oldenbourg, des villes
+anséatiques et du Mecklembourg, qu'elle appelle à marcher au delà du
+Rhin, tandis qu'elle avait sous la main d'autres contingents qu'elle
+aurait pu faire agir bien plus rapidement. Elle ne l'a pas voulu
+et elle a évité aussi de faire un appel aux Prussiens, prévoyant que
+leur intervention aurait entraîné des inconvénients.
+
+»Il me paraît donc démontré que les intentions de la Diète et ses
+mesures militaires n'ont aucun caractère qui puisse faire craindre une
+prochaine agression. Quant au président de cette assemblée, que des
+informations particulières vous dépeignent comme partisan d'une guerre
+contre la Belgique, je ne pense pas que son influence puisse
+l'emporter sur la volonté de son gouvernement, et nous savons
+parfaitement, soit par les démarches auxquelles s'est prêté le prince
+Esterhazy, soit par les communications directes et indirectes de sa
+cour, que l'Autriche n'a nulle envie d'allumer la guerre sur aucun
+point de l'Europe.
+
+»La Diète, au surplus, n'est pas maîtresse de prononcer seule dans une
+affaire aussi grave: la conférence conserve toujours la faculté de lui
+adresser des avis; et je puis certifier, monsieur le comte, qu'il ne
+partira de Francfort aucun ordre d'attaque avant que la conférence y
+ait fait connaître qu'il n'existe plus de moyen d'accommodement.
+
+»Les succès répétés et brillants des Polonais ont produit ici, comme
+en France, la plus vive sensation[149]. Si les mouvements qui ont
+éclaté en Lithuanie, sur des points rapprochés de la Courlande, ont
+pour résultat de donner aux Russes un plus grand nombre d'adversaires,
+il faudra reconnaître que l'insurrection de Varsovie aura eu des
+conséquences bien plus graves que celles qu'on avait d'abord
+calculées[150].
+
+ [149] Les Polonais avaient été vainqueurs à Grochow (19 février).
+ Après la bataille indécise de Praga (25 février), ils eurent de
+ nouveau l'avantage à Waver, à Dembe-Wilkie (30 et 31 mars) et à
+ Inganie (10 avril). Varsovie était dégagée et les Russes rejetés
+ au delà du Bug. En même temps, la Lithuanie s'insurgeait, et une
+ armée polonaise allait soulever la Volhynie.
+
+ [150] Variante: _qu'on avait pu d'abord entrevoir_.
+
+»Les amis de l'ordre et de la paix ne peuvent qu'applaudir, monsieur
+le comte, au langage que vous avez tenu dans les dernières séances de
+la Chambre des députés; c'est ainsi, comme vous le dites à la fin de
+votre dépêche, _que nous imposerons aux brouillons qui agitent la
+Belgique_.
+
+»Les discussions parlementaires ici offrent peu d'incidents
+remarquables depuis deux jours; mais, elles prendront un grand intérêt
+lundi ou mardi...»
+
+
+ «Londres, le 19 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[151].
+
+ [151] Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+ Pallain.
+
+»J'ai reçu de lord Palmerston une communication de laquelle il résulte
+que quelques sujets de Sa Majesté Britannique ayant souffert en
+Portugal[152] des insultes et des avanies que le gouvernement
+portugais a plutôt favorisées qu'arrêtées, le gouvernement anglais
+avait envoyé deux bâtiments de guerre avec ordre de demander des
+réparations et des indemnités. Dans le cas où elles ne seraient pas
+obtenues, le commandant de ces forces a été autorisé à déclarer qu'il
+se ferait justice, lui-même, et qu'il agirait avec rigueur sur
+les bâtiments portugais qu'il rencontrerait en mer...»
+
+ [152] Depuis plusieurs mois, l'Angleterre avait à se plaindre des
+ offenses du Portugal. Dès l'automne de 1830, un vaisseau anglais
+ avait été capturé par des navires portugais. A Lisbonne, les
+ résidents anglais étaient en butte à toutes sortes de vexations.
+ En avril 1831, le cabinet anglais envoya une escadre dans le
+ Tage. Le gouvernement portugais capitula (2 mai).--La France
+ suivit cet exemple et demanda satisfaction pour les traitements
+ indignes qu'avaient subis à Lisbonne deux négociants français.
+ Sur le refus du Portugal, les navires de ce pays qui se
+ trouvaient dans les ports français furent saisis. En outre, une
+ escadre sous les ordres de l'amiral Roussin se disposait à partir
+ pour l'entrée du Tage (9 juillet).
+
+
+ «Londres, le 20 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[153],
+
+ [153] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16
+de ce mois relativement aux traitements hostiles que des Français ont
+éprouvés en Portugal. Une communication que m'a donnée lord
+Palmerston, et dont je vous ai entretenu par ma lettre d'hier, vous
+prouvera que les Anglais n'hésitent point à agir eux-mêmes et seuls
+dans la question qu'ils ont avec le Portugal; ils demandent une
+réparation qu'ils détermineront; et s'ils ne l'obtenaient pas, la
+prise des navires portugais trouvés en mer serait la suite du refus
+qui serait fait par les agents de dom Miguel; mais on ne doute pas que
+la lâcheté qui accompagne toujours la cruauté, ne le fasse céder
+immédiatement et qu'il ne fasse toutes les réparations convenables.
+
+»Je vous fais connaître la marche que suit le gouvernement anglais
+parce que vous trouverez peut-être qu'une conduite analogue est celle
+qui convient davantage. Lord Palmerston est persuadé que des menaces
+suffiront.
+
+»J'ai donné beaucoup d'attention, monsieur le comte, aux informations
+que vous m'avez fait l'honneur de me transmettre, relativement aux
+habitants de Samos[154], mais depuis quelque temps, sans perdre de vue
+les questions de la Grèce, il a été moins possible de s'en
+occuper, soit à cause des affaires de la Belgique, soit par une
+conséquence naturelle des travaux parlementaires des ministres
+anglais. J'espère que nous aurons bientôt une conférence à ce sujet.
+
+ [154] L'île de Samos avait été laissée à la Turquie, ainsi que
+ Candie, mais la conférence s'occupait d'imposer à la Porte des
+ conditions propres à sauvegarder la liberté des habitants de ces
+ îles.
+
+»Le ministère vient de perdre la majorité sur un amendement du général
+Gascoyne, dans la question de la réforme[155]; il est assemblé en ce
+moment pour aviser aux moyens de sortir de l'embarras que cet échec
+lui donne; vous lirez avec plaisir les débats qui ont duré jusqu'à
+cinq heures du matin. Je ne saurai que trop tard pour l'heure de la
+poste, la résolution du conseil d'aujourd'hui; demain, j'aurai
+l'honneur de vous l'écrire...»
+
+ [155] C'est le 19 avril que le bill reparut aux Communes. On y
+ discuta l'amendement du général Gascoyne, qui tendait à conserver
+ à l'Angleterre et au pays de Galles le même nombre de
+ représentants, c'est-à-dire à maintenir tous les _bourgs
+ pourris_. Le ministère s'opposa à cet amendement qui fut
+ néanmoins voté par 299 voix contre 291.
+
+
+ «Londres, le 22 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[156],
+
+ [156] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Je vous annonçais, par la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire
+hier, que le ministère avait éprouvé un échec et que le conseil était
+alors assemblé pour aviser aux moyens de sortir d'embarras. Sa
+position était devenue encore plus difficile dans le cours de la
+journée d'hier, parce qu'un membre de la Chambre de pairs, lord
+Wharncliffe[157] avait annoncé qu'il ferait la proposition d'une
+adresse au roi afin de supplier Sa Majesté de ne pas consentir à la
+dissolution du Parlement que ses ministres pourraient lui proposer.
+
+ [157] James Stuart, lord Wharncliffe, né en 1776, entra d'abord à
+ l'armée, mais quitta le service en 1801 et fut élu aux Communes
+ où il siégea dans le parti tory. En 1826, il succéda à son père à
+ la Chambre des lords. Il fut en 1831 l'un des adversaires du bill
+ de réforme. En 1834, il devint lord du sceau privé dans le
+ cabinet de M. Peel. En 1841, il revint aux affaires comme
+ président du conseil. Il mourut en 1845.
+
+»Cet état de choses--le doute dans lequel on était sur les intentions
+du roi--les influences que des personnes de sa famille, dont les
+opinions sont fort opposées, pouvaient exercer sur Sa Majesté,--la
+gravité de la réforme en elle-même--tout avait contribué à répandre
+depuis vingt-quatre heures une grande incertitude dans les esprits.
+
+»Hier matin, cependant, le ministère avait obtenu du roi la promesse
+positive que le Parlement serait dissous, sous la condition[158] que
+le bill relatif au douaire de la reine, serait voté avant la
+dissolution, ce qui aurait entraîné un délai d'un ou deux jours; mais
+l'annonce de la proposition de lord Wharncliffe ayant fait sentir au
+cabinet qu'on allait avoir à lutter contre de nouveaux embarras que
+tout délai ne ferait qu'accroître, Sa Majesté s'est déterminée à
+prononcer immédiatement la prorogation qui, d'après l'usage, est
+suivie dans les vingt-quatre heures de la dissolution. Le roi s'est
+rendu aujourd'hui à cet effet au Parlement.
+
+ [158] Variante: ... _et Sa Majesté désirait seulement que_ le
+ bill relatif au douaire de la reine _fût voté avant la
+ dissolution_, ce qui aurait entraîné, etc...
+
+»Vous savez, monsieur le comte, qu'il doit s'écouler maintenant un
+délai de quarante jours, avant qu'une nouvelle chambre puisse être
+réunie; chaque parti va mettre ce délai à profit, pour s'assurer des
+suffrages; et les plus grands efforts vont avoir lieu pour faire
+triompher l'une ou l'autre opinion. Tous les membres du Parlement se
+disposent déjà à quitter Londres pour se rendre sur les divers
+points où ils ont à préparer leur élection.
+
+»Il est arrivé hier à Londres quatre députés belges, M. le comte de
+Mérode, M. Villain XIV[159], l'abbé de Foere[160] et M. de
+Brouckère[161]. Ces députés viennent, à ce que l'on présume, proposer
+la couronne au prince Léopold de Saxe-Cobourg. Dans ma première
+dépêche j'aurai l'honneur de vous faire connaître l'objet positif de
+leur mission; la forme qu'ils auront adoptée pour la remplir et la
+réponse qui y sera faite _par le prince_. Il est probable que cette
+réponse sera conçue dans des termes évasifs et que Son Altesse Royale
+évitera d'exprimer une acceptation ou un refus positif avant que la
+Belgique ait adhéré au protocole du 20 janvier. _Telle est du moins
+l'opinion de ceux qui vivent dans l'intimité du prince_[162]...
+
+ [159] Charles-Hippolyte Villain XIV, diplomate belge, né en 1796.
+ Il avait siégé dans les états de la Flandre occidentale, et, en
+ 1830, fut élu au congrès. Sous le règne du roi Léopold, il fut
+ ministre à Florence (1840), à Turin et à Naples (1855).
+
+ [160] Léon de Foere, né en 1787, était vicaire à Bruges. Dès
+ 1815, il se mêla à la politique et fonda une revue «pour
+ réveiller l'esprit national», qui lui valut de nombreuses
+ poursuites. En 1830, il fut élu député de Bruges. Au congrès, il
+ fut un des chefs du parti anti-français. Constamment réélu
+ jusqu'en 1848, il se retira alors de la vie publique et mourut en
+ 1851.
+
+ [161] Henry de Brouckère, né en 1801, était procureur du roi en
+ 1830. Il se rallia avec empressement à la révolution et fut élu
+ député. En 1840, il devint gouverneur civil d'Anvers. Il fut
+ nommé ministre d'État en 1847 et président du conseil en 1852. Il
+ se retira en 1855. Il rentra à la Chambre en 1857, mais ne revint
+ plus aux affaires. Il était le chef du parti libéral.
+
+ [162] Supprimé dans le texte des archives.
+
+»Je vous envoie le discours prononcé ce matin par le roi au
+Parlement...»
+
+
+ «Londres, le 25 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[163],
+
+ [163] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai reçu ce matin[164] la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 22 de ce mois.
+
+ [164] Variante: _par M. Casimir Périer_.
+
+»J'ai éprouvé une véritable satisfaction, en voyant que le
+gouvernement du roi avait donné son adhésion aux protocoles numéros 21
+et 22[165], et qu'il ne faisait que quelques légères observations que
+je présenterai à la conférence en les appuyant des arguments contenus
+dans votre dépêche.
+
+ [165] Le protocole numéro 21 (17 avril) constatait l'adhésion
+ officielle de la France au protocole du 20 janvier, et réglait
+ quelques points de détail relatifs aux arrangements territoriaux
+ à intervenir entre la Belgique et la Hollande. Le protocole
+ numéro 22, signé le même jour, décidait que le commissaire de la
+ conférence à Bruxelles recevrait l'ordre de communiquer au
+ gouvernement belge le protocole du 27 janvier, qui fixait la base
+ de séparation des deux États et qu'il lui demanderait son
+ adhésion formelle à cet acte, en exigeant de la part de la
+ Belgique l'abandon de toute prétention sur le Luxembourg. En cas
+ de refus, le commissaire avait l'ordre de quitter immédiatement
+ Bruxelles, et les puissances avertissaient le gouvernement de
+ Belgique qu'elles se réservaient de forcer par les armes les
+ troupes belges à évacuer le territoire hollandais.
+
+»J'aurais fait immédiatement cette communication si lord Palmerston
+n'était à Cambridge pour y préparer sa réélection; il ne doit être de
+retour qu'au milieu de la semaine prochaine mais, dans cet intervalle,
+j'aurai soin de voir séparément les autres membres de la conférence.
+
+»La demande que fait le gouvernement du roi, d'établir un concert
+entre les cinq puissances afin de régler le nombre de troupes qui
+pourront être employées dans le Luxembourg et pour fixer l'époque à
+laquelle elles devront agir, me paraît juste et conforme aux
+conseils de la prudence; je pense que la conférence sera naturellement
+disposée à l'admettre[166].
+
+ [166] Variante: ... _est si juste et si conforme_ aux conseils de
+ la prudence _que la conférence sera sans doute_ naturellement
+ disposée à l'admettre.
+
+»Quant à l'évacuation de Venloo et de la citadelle d'Anvers, il ne
+paraît pas qu'il puisse s'élever de difficultés à ce sujet, quand les
+Belges auront pleinement adhéré au protocole du 20 janvier.
+
+»A l'égard des échanges à opérer entre la Hollande et la Belgique,
+vous avez su, monsieur le comte, que, par le protocole numéro 21, la
+conférence avait déclaré qu'elle regardait cette question comme
+précoce, et qu'elle pensait qu'il fallait l'ajourner jusqu'au moment
+où elle aurait été éclaircie par les travaux des commissaires
+démarcateurs. Il me sera extrêmement difficile de changer ici la
+manière de voir[167] sur ce point; il me sera sans doute objecté, que
+le roi de Hollande ayant déjà adheré au protocole des limites, ce
+serait s'exposer de sa part à beaucoup de difficultés s'y l'on
+cherchait aujourd'hui à y apporter des modifications[168]. Cependant
+je ferai tous mes efforts pour amener les plénipotentiaires à entrer
+dans les idées que vous m'exprimez.
+
+ [167] Variante: ... de changer la manière de voir _des
+ plénipotentiaires_ sur ce point, _qui m'objecteront_.
+
+ [168] Variante: _à modifier cet acte_
+
+»Le délai que vous voudriez faire accorder aux Belges pour se
+prononcer définitivement me paraîtrait, je l'avoue, par trop prolongé,
+s'il allait jusqu'au 1er juin. Je penserais qu'il serait peut-être
+plus avantageux pour le gouvernement de Sa Majesté, comme pour le
+gouvernement anglais, de se présenter devant les Chambres qui,
+dans chaque pays, se rassemblent à la même époque, après avoir terminé
+toutes les affaires principales de la Belgique.
+
+»Le prince Léopold a déclaré aux députés de ce pays qui sont venus lui
+offrir la couronne, qu'il l'accepterait le jour où la Belgique aurait
+adhéré au protocole des limites fixées par les cinq puissances, dont
+il ne voulait pas se séparer. Une partie de ces députés a déjà quitté
+Londres; ils ne se sont présentés, ni chez moi, ni chez aucun membre
+de la conférence.
+
+»L'Angleterre est livrée en ce moment à une agitation très grande et
+qu'elle n'avait pas éprouvée depuis la révolution de 1688. La question
+de la réforme parlementaire occupe tous les esprits, éveille tous les
+intérêts et place, pour ainsi dire, la nation dans deux camps opposés.
+Personne ne reste neutre, et chaque individu qui appartient à un
+parti, s'y abandonne sans réserve, en y livrant aussi sa fortune. Des
+souscriptions sont ouvertes de part et d'autre; elles s'élèvent déjà à
+des sommes immenses, et un seul engagement monte à cent mille livres
+sterling...
+
+»L'Irlande ajoute à son état habituel l'agitation que lui communique
+l'Angleterre, et de graves désordres en agitent en ce moment la partie
+méridionale. Il me semble que cet état de choses offre à la France le
+moyen de trouver dans la tranquillité tous les avantages que
+l'Angleterre perd par l'agitation.
+
+»Sir Frédéric Lamb est nommé ambassadeur à la cour de Vienne[169].--Le
+duc de Broglie vient d'arriver ici...»
+
+ [169] Sir Frédéric Lamb était le frère de lord Melbourne.
+
+
+ «Londres, le 26 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[170],
+
+ [170] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai eu l'honneur de vous mander hier qu'une partie des députés
+belges avait quitté Londres. Cette information n'est pas exacte. Au
+moment où ces députés allaient partir, le prince Léopold les a fait
+inviter à dîner; ils se sont rendus chez lui. Lord Grey s'y trouvait
+aussi. On a beaucoup agité les affaires de la Belgique; la discussion
+qui avait eu lieu a été reprise, et le prince Léopold, en persistant
+dans la réponse que je vous ai fait connaître hier, a donné à son
+opinion de nouveaux motifs et de nouveaux développements.
+
+»Il a été décidé que l'abbé de Foere partirait seul ce soir et que les
+autres députés resteraient ici à attendre le résultat des efforts
+qu'il va faire à Bruxelles... Le langage qu'on a tenu à ces députés se
+réduit à ceci : «Adhérez d'abord au protocole du 20 janvier, faites
+élire votre souverain; ces deux choses terminées, vous négocierez des
+échanges et vous pouvez être assurés que vous trouverez des
+dispositions bienveillantes dans la conférence lorsqu'elle sera
+appelée à régler les points sur lesquels vous ne pourriez pas vous
+entendre.»
+
+»Lord Grey augure bien de la conversation que le prince Léopold et lui
+ont eue avec les députés, quoiqu'il ne se dissimule pas que les choses
+soient encore loin d'être terminées.
+
+»Lord Palmerston n'est pas encore de retour; ainsi, le jour de notre
+conférence n'est pas encore fixé. Je persiste dans les opinions que je
+vous exprimais dans ma lettre d'hier, et je crois qu'en général
+vous serez content des réponses qui vous seront faites...
+
+»On fait grand bruit ici d'une note du général Guilleminot au
+Reis-Effendi, qui renferme, dit-on, trois déclarations. La première a
+pour objet de montrer à la Porte ottomane que les principes du
+gouvernement français étant diamétralement opposés à ceux que
+professent la Russie et l'Autriche, une guerre avec ces deux
+puissances est inévitable. La seconde déclaration annonce que
+l'Angleterre, ou demeurera neutre, ou se déclarera l'alliée de la
+France. La troisième a pour but de montrer à la Porte qu'elle doit
+songer à son indépendance et aux mauvaises chances que lui ferait
+courir une alliance avec les puissances opposées à la France[171].
+
+ [171] Voir au sujet de cet incident une dépêche de l'ambassadeur
+ anglais à Constantinople. (Appendice p. 491.)
+
+»J'ai dû répondre, quand on m'a parlé de cette note, que je n'avais
+aucune connaissance de ce que l'on me disait avoir été fait à
+Constantinople, et que la loyauté de mon souverain et de son
+gouvernement ne permettait pas d'y croire...»
+
+Les démarches du général Guilleminot à Constantinople, dont il est
+question dans cette dépêche, m'avaient en effet valu des plaintes
+extrêmement vives de la part du cabinet anglais. En l'absence de lord
+Palmerston qui était occupé de son élection à Cambridge, le premier
+ministre lord Grey m'avait témoigné une grande irritation de la
+conduite de notre ambassadeur. Dans l'ignorance où j'étais des faits,
+je ne puis lui exprimer que de l'incrédulité. Le lendemain, en
+m'envoyant les rapports de l'ambassadeur d'Angleterre à
+Constantinople, qui étaient aussi précis que possible, il
+m'écrivait:
+
+
+LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND[172].
+
+ _«Downing-street, april 26, 1831._
+
+ _»My dear prince,_
+
+_»I send herewith copies of the information which has reachen this
+government respecting the procedings of the French minister at
+Constantinople._
+
+<i<»I feel confident that a conduct, so contrary to good faith, can
+never have been sanctioned by the king of the French, and the
+character of his first minister affords me an equal assurance, that it
+requires only to be known to him, to be disavowed in the most direct
+and effectual manner._
+
+_»I thereford forbear to offer any remarks on the character of the
+accompanyings papers, which I schall be obliged to you to return to
+me, after having read them._
+
+_»I am with the highest regard and consideration, dear prince de
+Talleyrand, your most faithfully._
+
+ »GREY.»
+
+ [172] LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Downing-street, le 26 avril 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+ »Je vous envoie ci-jointes les copies de l'information qui est
+ parvenue à notre gouvernement sur les démarches du ministre de
+ France à Constantinople.
+
+ »Je me persuade qu'une conduite si contraire à la bonne foi ne
+ peut jamais avoir été sanctionnée par le roi des Français et le
+ caractère de son premier ministre m'offre également la certitude
+ qu'il suffira qu'elle lui soit connue pour être désavouée par lui
+ de la manière la plus directe et la plus efficace.
+
+ »C'est pourquoi, je m'abstiens de toute réflexion sur le caractère
+ des papiers ci-joints, que je vous serai obligé de me renvoyer
+ après que vous les aurez lus.
+
+ »Je suis avec la plus haute considération...
+
+ »GREY.»
+
+
+Les pièces qu'il me communiquait constataient, en effet, que le
+général Guilleminot avait annoncé à la Porte que la France allait
+déclarer la guerre à la Russie et à l'Autriche et que l'Angleterre
+resterait neutre ou se joindrait à la France. Il est difficile de
+s'expliquer comment un homme aussi expérimenté que M. Guilleminot
+avait pu se hasarder à faire de pareilles déclarations, sans
+instructions de son gouvernement.
+
+Quoi qu'il en soit, dès que M. Casimir Périer eut connaissance de ce
+qui s'était passé, on rappela le général Guilleminot. Celui-ci, à son
+retour à Paris, se plaignit hautement d'avoir été désavoué et
+abandonné par le général Sébastiani; et le fait, qui des deux avait
+tort, n'a jamais été bien éclairci[173]. Mais il n'en reste pas moins
+vrai qu'un pareil incident n'était pas de nature à inspirer de la
+confiance dans notre gouvernement. Les dates, heureusement,
+constataient que les démarches du général Guilleminot avaient été
+faites à Constantinople, avant qu'on y connût le changement qui avait
+amené M. Casimir Périer à la présidence du conseil.
+
+ [173] Voir à ce sujet page 340.
+
+Je reviens à mes dépêches.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[174].
+
+ [174] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 28 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»La convocation d'un nouveau Parlement a donné lieu hier soir à de
+nombreuses illuminations dans la ville de Londres et à quelques
+désordres: le peuple a brisé les vitres chez plusieurs membres
+du Parlement, connus pour leur opposition au bill de réforme; ce
+tumulte n'a eu, du reste, aucune conséquence et aucun caractère
+sérieux. Ce sont, vous le savez, les paroisses qui supportent, les
+frais de ces mouvements populaires qui sont assez fréquents à Londres;
+les derniers ont eu lieu lors du procès de la reine Caroline et lors
+du bill pour l'émancipation des catholiques. Ce qui prouve que cet
+événement a peu de gravité, c'est qu'il n'a eu sur les fonds publics
+aucune espèce d'influence[175].--Les élections commencent demain dans
+la Cité...»
+
+ [175] Variante : _ils sont aujourd'hui à 79. Aujourd'hui tout est
+ rentré dans l'ordre_.
+
+ «Londres, le 29 avril 1831.
+
+ »Monsieur le comte[176],
+
+ [176] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Je viens d'avoir avec les députés belges qui sont restés à Londres
+une longue conférence dont je dois vous rendre compte.
+
+»J'ai commencé par témoigner à ces messieurs l'intérêt que la France
+prenait au bien-être de la Belgique. J'ai ajouté que cet intérêt ne se
+démentirait pas et que, pénétré sur ce point des intentions de mon
+gouvernement, je serai toujours prêt à faire valoir leurs droits et à
+leur donner, en ce qui dépendrait de moi, des preuves de l'amitié
+sincère et désintéressée de la France.
+
+»M. de Mérode m'a exprimé alors que ses compatriotes et lui
+regardaient comme une affaire de conscience de ne pas abandonner les
+habitants du grand-duché de Luxembourg qui s'étaient associés si
+franchement à leur cause et en avaient partagé les chances.
+
+»J'ai cherché à le rassurer sur ce point en lui disant que la
+conférence avait pris dans la plus sérieuse attention la position
+particulière dans laquelle allait se trouver le Luxembourg, et que les
+droits des habitants de ce pays à une représentation nationale me
+paraissaient assurés, non seulement par le dernier protocole numéro
+21, mais encore par les actes fondamentaux de la Confédération
+germanique dont le grand-duché fait partie intégrante.
+
+»MM. les députés ayant passé ensuite à la question des échanges, je
+les ai priés de remarquer à cet égard, avec quel soin le protocole du
+20 janvier avait posé le principe de ces échanges et de la contiguïté
+qui devrait être procurée aux possessions de chaque État. Si, ai-je
+ajouté, l'exécution de cette clause a depuis été ajournée, c'est
+uniquement pour laisser aux commissaires démarcateurs le temps
+nécessaire pour rassembler sur ces questions d'échange les notions qui
+pourraient le mieux éclairer les cinq puissances, lorsqu'elles seront
+appelées à régler les points sur lesquels la Belgique et la Hollande
+n'auraient pu s'accorder.
+
+»J'ai terminé cette explication en déclarant aux députés belges que,
+lorsque la conférence aurait à s'occuper de cet important travail, ils
+pouvaient être certains que celles de leurs demandes qui seraient
+fondées sur la raison et l'équité seraient convenablement
+appréciées...
+
+»Enfin,les députés se sont étendus sur les difficultés dont le
+gouvernement actuel de la Belgique était environné, et ils ont
+hautement exprimé le désir d'avoir à leur tête un souverain qui pût
+faire valoir leurs droits. Je leur ai dit qu'en effet le choix
+d'un souverain devait être l'objet de leurs voeux, mais qu'ils devaient
+sentir que probablement le prince sur lequel ils porteraient leur
+choix, ne consentirait à accepter la couronne que lorsque la Belgique
+aurait adhéré au protocole du 20 janvier, parce qu'il reconnaîtrait
+que cette adhésion le placerait, dès le début de son règne, dans des
+rapports convenables envers les grandes puissances et utiles pour la
+Belgique. Tout cela s'est dit avec beaucoup de développements et en
+répétant tous les raisonnements que nous employons depuis un mois.
+
+»Telle est, monsieur le comte, la substance de mon entretien avec les
+députés belges. Je pense qu'ils auront dû y trouver la franche
+expression du désir que j'ai toujours éprouvé de seconder les
+intentions du gouvernement du roi, en servant ici leurs intérêts.
+L'impression qui m'est restée de cette conférence est, sans aucun
+doute, entièrement favorable au caractère d'honnêteté de ces députés;
+mais je ne peux pas m'empêcher de remarquer qu'ils m'ont paru bien
+nouveaux dans les affaires...»
+
+
+ «Londres, 1er mai 1831.
+
+ «Monsieur le comte[177],
+
+ [177] Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+ Pallain.
+
+»Les élections marchent dans un sens entièrement favorable à la
+réforme. Il ne faut pas induire de là que cette mesure sera combinée
+comme celle qui avait été présentée au dernier Parlement, mais on peut
+en conclure que la majorité des Communes désirera une réforme et que,
+bien certainement, il y en aura une.
+
+»Lord Palmerston étant retourné aux élections de Cambridge où sa
+nomination n'est pas du tout assurée, et M. de Wessenberg étant assez
+sérieusement malade, les réunions de la conférence n'ont pas eu lieu
+depuis quelques jours et ne pourront être reprises que la semaine
+prochaine. Je chercherai, en attendant, à faire l'usage le plus
+convenable des observations contenues dans votre dépêche du 28 avril,
+sur les démarches attribuées au général Guilleminot.
+
+»Les députés belges ont dîné avant-hier chez moi; je n'en ai pas tiré
+grand'chose, parce qu'ils attendent des réponses de l'abbé de
+Foëre...»
+
+
+ «Londres, le 3 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte[178],
+
+ [178] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»... Le prince Léopold est venu chez moi ce matin et j'ai eu avec lui
+une très longue conversation.
+
+»Le prince paraît décidé à accepter le trône de Belgique, mais il sait
+parfaitement que pour faire admettre ce pays au nombre des États
+européens, il est nécessaire de le placer dans de bons rapports avec
+les grandes puissances et de le mettre d'abord dans une position
+analogue à celle du roi de Hollande, position qui peut seule faire
+cesser les difficultés qui subsistent depuis six mois.
+
+»Son Altesse Royale voit souvent les députés qui sont à Londres, et
+c'est toujours dans le sens que je viens d'indiquer qu'elle s'exprime
+avec eux. Le prince leur a rappelé les difficultés qui avaient eu lieu
+lors du blocus d'Anvers; les soins et les efforts qu'il avait été
+nécessaire d'employer auprès du roi de Hollande pour les faire
+cesser; que, par conséquent, il fallait éviter de faire naître avec ce
+souverain de nouvelles causes de discussions, parce qu'on ne pouvait
+pas prévoir quel en serait le terme[179], et que le moyen de les
+prévenir était d'adhérer, comme il l'avait fait, au protocole du 20
+janvier. Le prince a déclaré, en outre, aux députés qu'aussitôt[180]
+qu'ils auraient rétabli des rapports convenables avec les puissances,
+il s'occuperait personnellement, avec le plus vif intérêt, des
+échanges et des autres arrangements qui sont l'objet de leurs voeux.
+
+ [179] Variante: _dont on ne pourrait pas calculer le terme_.
+
+ [180] _Il leur a annoncé en outre_ qu'aussitôt _que par cette
+ adhésion_...
+
+»Il leur a fait remarquer que le principe de ces échanges avait été
+posé dans le protocole du 20 janvier, puisqu'une de ses dispositions a
+pour but d'assurer aux Belges et au roi de Hollande la contiguïté de
+leurs possessions. Il leur a dit qu'il avait des raisons de croire
+que, sous ce rapport, ils auraient des marques de bienveillance de la
+part des puissances; qu'enfin il userait de toute l'influence qu'il
+pourrait avoir pour travailler sans relâche au bonheur de la Belgique,
+pour lui faire acquérir le rang qu'elle doit avoir en Europe et pour
+développer toutes les sources de prospérité de ce beau pays.
+
+»Quant au grand-duché de Luxembourg, il ne serait peut-être pas
+impossible, monsieur le comte, qu'en laissant à la Confédération
+germanique la forteresse, on parvînt à s'entendre avec le roi de
+Hollande, relativement à la partie territoriale. Vu la distance où
+elle se trouve de ses autres possessions, elle n'a peut-être plus pour
+lui un grand prix, et il pourrait se faire qu'on l'amenât à en traiter
+pour une somme d'argent, après toutefois que les Belges auraient
+adhéré au protocole du 20 janvier...»
+
+
+ «Londres, 6 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte[181],
+
+ [181] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3
+de ce mois relativement au rappel de M. le général Guilleminot. Les
+informations contenues dans ma lettre du 26 avril laissaient peu de
+doute sur les faits dont j'avais l'honneur de vous parler et dont
+j'attribuais une partie aux intrigues des drogmans; la gêne que cette
+affaire mettait dans nos rapports ici a cessé.
+
+»Le roi ne se rendra pas au dîner que la Cité de Londres devait
+offrir. En général, on évite tout ce qui peut être une occasion de
+rassemblement populaire. Il y a lieu de croire que lord Palmerston
+échouera décidément aux élections de Cambridge[182]; l'influence du
+clergé est très grande dans cette université. Le ministère lui
+procurera une autre élection moins brillante, mais dont il dispose. Si
+l'on faisait quelques pairs, il pourrait aussi être du nombre de ceux
+que le roi choisirait[183].
+
+ [182] Lord Palmerston échoua en effet à Cambridge, mais il fut
+ élu par le bourg de Bletchingby.
+
+ [183] Variante: _ainsi que lord Sefton qui a une promesse
+ ancienne_.
+
+»Lord Palmerston sera probablement ici demain. Je pense que nous
+pourrons alors avoir une conférence et que la santé de M. de
+Wessenberg lui permettra d'y assister...
+
+»Les députés polonais, qui sont à Londres, croient que si l'affaire
+qui paraît devoir avoir lieu sous peu de jours entre les Russes
+et leurs compatriotes était favorable à ces derniers, l'Autriche et la
+Prusse offriraient leur médiation, ce qui les effraierait. Si la
+France et l'Angleterre faisaient partie de cette médiation, ils
+seraient rassurés; et il me semble que l'Angleterre ne pourrait pas se
+refuser à y entrer avec nous[184]...»
+
+ [184] Sur la politique que lord Palmerston entendait suivre
+ vis-à-vis de la Pologne, on lira avec intérêt la lettre suivante
+ qu'il écrivait à lord Granville:
+
+ [_Particulière_]
+
+ Foreign Office, 29 mars 1831.
+
+ »... Les Polonais se battent galamment et les Russes ont souffert
+ plus qu'on ne le suppose, mais l'empereur doit l'emporter à la
+ fin. J'ai eu des conversations avec Wielopolski et Waleski et je
+ leur ai dit qu'il fallait nous en tenir à nos traités et que,
+ puisque d'un côté nous protesterions si la Russie essayait
+ d'éluder le traité de Vienne, de l'autre nous ne pourrions le
+ faire nous-mêmes en aidant la Pologne à se rendre entièrement
+ indépendante». (_Correspondance intime de lord Palmerston_, I,
+ 32.)
+
+ Lord Palmerston était donc très loin d'accéder aux demandes des
+ députés polonais qui auraient voulu provoquer une intervention
+ active de l'Angleterre.
+
+
+ «Londres, le 9 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte[185],
+
+ [185] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Nos conférences ont été reprises aujourd'hui. On s'est occupé de la
+situation dans laquelle se tient toujours la Belgique envers la France
+et envers les autres puissances de l'Europe. On a rendu justice aux
+députés qui sont ici, et qui paraissent animés d'un esprit plus sage
+que ceux qui nous ont été envoyés jusqu'à présent; mais, comme eux,
+ils se trouvent sans pouvoirs et, par là, ne peuvent faire faire aucun
+progrès aux questions relatives à leur pays et qu'il faut enfin
+terminer.
+
+»Il a été convenu, ainsi que vous en exprimiez le désir dans
+votre dépêche du 22 avril, que les Belges auraient jusqu'au 1er juin
+pour se prononcer définitivement sur les propositions contenues dans
+le protocole numéro 22. Ce délai sera déterminé dans le premier
+protocole qu'arrêtera la conférence.
+
+»J'ai l'honneur de vous adresser, pour le cas où vous ne l'auriez pas
+déjà, l'état des troupes de la Confédération germanique qui doivent
+être employées dans le grand-duché de Luxembourg; elles sont sous le
+commandement du général Hinüber. Il paraît, d'après les nouvelles qui
+sont parvenues ici, que leur marche est lente.
+
+»J'ai vu aujourd'hui le prince Léopold, il ne varie pas dans sa
+résolution; il n'acceptera pas la Belgique, telle qu'elle est définie
+par le congrès, et dans laquelle se trouvent des pays que les Belges
+mêmes n'occupent pas; mais il accepte la Belgique telle qu'elle est
+définie par les cinq puissances, en en séparant la question du
+grand-duché de Luxembourg.
+
+»Le prince a eu de fréquents entretiens avec les députés et leur tient
+toujours le langage le plus convenable et le plus franc. De leur côté,
+ils prennent confiance en lui, et expriment, en toute circonstance, le
+désir de le voir incessamment placé à leur tête, parce qu'ils
+espèrent, seulement alors, que l'ordre pourra renaître dans leur pays;
+mais le prince Léopold ne leur cache pas qu'il ne se déterminera à se
+rendre parmi eux que lorsque les choses seront plus avancées et qu'il
+n'y aura plus surtout d'incertitude sur les résolutions du
+gouvernement provisoire relativement au protocole du 20 janvier. Vous
+voyez que les choses vont encore bien lentement. _En général,
+cependant, les membres de la conférence sont pressés de finir,
+et tous ont exprimé aujourd'hui ce désir[186]_...»
+
+ [186] Supprimé dans le texte des archives.
+
+ «Londres, le 10 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte[187],
+
+ [187] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole que la conférence a
+arrêté ce matin et dans lequel vous retrouverez l'esprit des
+protocoles précédents[188]. Ce protocole--l'adhésion bien connue de la
+France aux résolutions prises à Londres,--l'acceptation du prince
+Léopold, conditionnellement annoncée aux députés belges, s'ils
+adoptent les limites déterminées par le protocole du 20 janvier,--le
+terme du 1er juin qui est fixé pour leur adhésion;--tout porte à
+croire que la raison se fera enfin entendre en Belgique.
+
+ [188] Le protocole du 10 mai (nº 23), confirmant le protocole 22
+ du 17 avril et le complétant, fixait au 1er juin le délai accordé
+ aux Belges pour accepter ledit protocole. Passé ce délai, les
+ puissances déclaraient devoir rompre avec la Belgique et laisser
+ toute liberté à la Confédération germanique d'agir à sa guise
+ dans le Luxembourg. Le protocole ajoutait que la violation par
+ les Belges de l'armistice avec la Hollande serait regardée par
+ les puissances comme un _casus belli_.
+
+»Dans le cas cependant où les Belges pousseraient les choses à
+l'extrême, il a paru prudent d'engager les deux membres de la
+conférence qui sont en rapport régulier avec la Diète de Francfort, à
+écrire au président de cette assemblée, en lui envoyant textuellement
+ce que nous désirons trouver dans la réponse de M. de Münch. Voici la
+phrase qui sera insérée dans la lettre du président:
+
+»La Confédération ne fait entrer ses troupes dans le Luxembourg,
+que pour y rétablir les droits du roi grand-duc et l'empire des
+traités. Agissant dans les intérêts connus et avoués des États
+limitrophes, elle respectera aussi la neutralité de la Belgique, à
+condition que la Belgique elle-même en respectera les principes.»
+
+»Vous voudrez bien remarquer que ces dispositions ne s'appliquent
+qu'au seul cas où, après le 1er juin, qui est l'expiration du délai
+accordé aux Belges, la Confédération se verrait obligé de repousser
+par la force ceux qui occupent le territoire qui lui appartient.
+
+»Mon opinion est que la Confédération désire beaucoup ne pas être
+obligée de recourir aux moyens d'exécution, et surtout de ne pas être
+forcée de faire passer le Rhin à ses divers contingents dont elle
+trouve les mouvements fort coûteux...»
+
+
+ «Londres, le 12 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte[189],
+
+ [189] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10
+de ce mois; elle peint l'état de la Belgique tel qu'il est et que le
+font connaître les informations parvenues ici. Je vous ai mandé, par
+ma lettre du 9, combien les membres de la conférence étaient pressés
+d'en finir; mais ils ont voulu vous donner une marque de
+condescendance, en reculant au 1er juin, ainsi que vous l'avez désiré,
+le dernier délai accordé aux Belges.
+
+»La députation belge vient de s'augmenter d'un membre; M.
+Devaux[190], qui fait partie du congrès et du conseil des ministres,
+est arrivé ici; mais il n'a pas plus de pouvoirs que ceux qui l'ont
+précédé.
+
+ [190] Paul-Isidore Devaux, né à Bruges en 1801, se fit de bonne
+ heure un nom comme journaliste dans le parti libéral. Député au
+ congrès en 1830, ministre sans portefeuille sous la régence de M.
+ Surlet de Chokier, il alla à Londres, en mai 1831, comme
+ commissaire près la conférence, se démit à son retour, de ses
+ fonctions de ministre, mais demeura à la Chambre des
+ représentants jusqu'en 1863. Il fut, à cette époque, atteint de
+ cécité et contraint de se retirer de la vie politique.
+
+»Le prince Léopold a vu M. Devaux; il lui a dit, ainsi qu'à ses
+collègues qu'il était toujours disposé à accepter leurs offres, mais
+qu'il ne donnerait pas son acceptation tant que l'État belge serait
+vague, incertain; et surtout tant que les Belges ne seraient pas dans
+des rapports de bonne harmonie avec les principales puissances de
+l'Europe.
+
+»... Je crois qu'il serait utile que vous fissiez connaître au général
+Belliard l'état où se trouvent les choses en ce moment, ici, afin
+qu'il use de son influence pour amener les Belges aux moyens
+conciliatoires qui leur sont proposés...»
+
+
+Je n'ai rien à ajouter à ces dépêches qui retracent suffisamment les
+entraves que rencontraient nos négociations compliquées. Je tiens
+cependant à faire connaître aussi les impressions qu'on en recevait à
+Paris et les échos qui me venaient de ce côté.
+
+On les trouvera dans les lettres suivantes que je reçus à cette
+époque, et qui, on le remarquera, venaient de personnes assez opposées
+dans leurs idées et dans leurs vues.
+
+Ainsi, M. Casimir Périer m'écrivait:
+
+
+ «Paris, le 23 avril 1831.
+
+»C'est, mon prince, avec une grande satisfaction que nous avons reçu
+vos dernières dépêches et les deux derniers protocoles que vous nous
+avez envoyés. Dans une conférence que nous avons eue hier, à ce sujet,
+nous avons réussi à les faire approuver. M. le ministre des affaires
+étrangères doit vous transmettre aujourd'hui quelques observations;
+nous serions surtout heureux que vous puissiez prendre en
+considération celle qui est relative aux échanges et obtenir, pour
+elle, l'assentiment de la conférence. Ces arrangements faciliteraient,
+nous le pensons, les négociations sur les affaires de Belgique; et si
+nous apprenions qu'ils ont été favorablement accueillis, nous y
+verrions un heureux acheminement vers une solution définitive que tous
+nos voeux appellent. M. le général Belliard va partir avec des
+instructions conformes aux communications que vous fait M. le ministre
+des affaires étrangères; toutefois, il ne doit en faire usage que
+lorsque nous aurons reçu votre réponse à ce sujet.
+
+»La marche de nos affaires intérieures devient plus satisfaisante, et
+le gouvernement s'avance avec plus de succès vers le but qu'il s'est
+proposé. Notre position n'en est pas moins extrêmement grave, et au
+milieu de l'ébranlement général, la paix est une nécessité, non
+seulement pour la France, mais pour la stabilité de tous les États.
+Nous rencontrons des obstacles surtout dans cet esprit de désordre et
+d'innovation qui n'est plus seulement français, et que notre exemple
+paraît avoir rendu européen. Mais, avec de la persévérance, avec le
+maintien de la paix pour lequel vous nous secondez si bien, nous
+sortirons de la position difficile où nous avons été placés. Tel est
+notre espoir, et, plus que jamais, nous sentons qu'il y a nécessité et
+devoir à remplir la mission que nous nous sommes imposée...»
+
+Le comte Alexis de Noailles[191], que je puis tenir pour un
+représentant du faubourg Saint-Germain, m'écrivait le 30 avril:
+
+
+ «Mon prince,
+
+»... Je pars pour mon département, pour assister à la session de mon
+conseil général et aux élections. On en parle fort diversement; mais,
+toutes les idées se modifient chaque jour; les plus alarmés reviennent
+à la pensée qu'en général les élections seront fort modérées. On cite
+même que MM. Demarçay[192], Corcelles[193] et Salverte[194] ne
+seront pas réélus à Paris. Le dernier sera toujours réélu; je ne puis
+en douter à cause de son talent, de tous ceux de la gauche, le plus
+redoutable. Pour les autres, leur élection est, en effet, fort
+douteuse.
+
+ [191] L'ancien plénipotentiaire du congrès de Vienne. M. de
+ Noailles, membre de la dernière Chambre de la restauration,
+ avait, comme député, prêté serment au nouveau gouvernement, mais
+ il ne fut pas réélu aux élections de 1831.
+
+ [192] Marc-Jean Demarçay, né en 1772, entra fort jeune au service
+ et prit sa retraite en 1810 comme général de brigade. Sous la
+ Restauration, il fut élu député des Deux-Sèvres (1819) et devint
+ l'un des membres les plus actifs de l'opposition. Il échoua aux
+ élections de 1824, mais fut élu dans la Seine en 1827. Il se
+ rallia un instant au gouvernement de Juillet, mais rentra peu
+ après dans l'opposition où il siégea jusqu'à sa mort (1839).
+
+ [193] Claude de Corcelles, né en 1768, était officier de
+ cavalerie en 1789. Il émigra en 1792 et, de retour en France,
+ vécut dans la retraite jusqu'en 1814. Nommé, pendant les
+ Cent-jours, colonel des gardes nationales du Rhône, il fut arrêté
+ après la seconde Restauration et, bien que relâché, dut quitter
+ la France où il ne revint qu'en 1818. En 1819, il fut élu député
+ du Rhône et fit, à la Chambre, une vive opposition au
+ gouvernement. Il demeura dans l'opposition après 1830, se retira
+ de la vie publique en 1835 et mourut en 1843.
+
+ [194] Anne-Joseph-Eusèbe Baconnière-Salverte, né en 1771, avait
+ été reçu tout jeune avocat au Châtelet. Il ne joua aucun rôle
+ pendant la Révolution. Compromis sous le Directoire dans la
+ réaction royaliste il fut, après le 13 vendémiaire, condamné à
+ mort par contumace, mais il se présenta devant ses juges et fut
+ acquitté. Il vécut très retiré sous l'empire, s'occupant
+ uniquement de travaux philosophiques et littéraires. Sous la
+ Restauration, il se fit un nom comme polémiste dans le parti
+ libéral et fut élu, en 1828, à la Chambre des députés où il
+ siégea dans les rangs les plus ardents de l'opposition. Réélu à
+ Paris, en 1831 et 1834, il conserva la même attitude vis-à-vis du
+ gouvernement de Juillet et mourut en 1839.
+
+»Quel sort est le vôtre, mon prince, et quelle glorieuse destinée
+politique a été celle de votre vie! Trois fois, dans les plus grandes
+circonstances, au milieu des menaces les plus prochaines de
+dissolution pour ce pays-ci, vous serez intervenu, dirigeant presque
+seul la barque. Vous l'aurez amenée au port. Cette fois, le service
+est d'autant plus grand que vous avez lutté et agi d'abord contre une
+opinion presque générale. Vous avez ramené à vous, non seulement les
+négociations et les événements, mais encore les opinions. La guerre,
+en ce moment, est en horreur en France. Le gouvernement peut tout dans
+l'intérêt de la paix. Tous les partis sont revenus à cette idée. On
+n'oserait en avouer une autre...»
+
+Écoutons maintenant le duc de Dalberg:
+
+
+ «Paris, le 3 mai 1831.
+
+»... Le vieux renard du Luxembourg (M. de Sémonville)[195] maintient
+sa prophétie que tout cela n'est pas tenable, et l'accompagne de
+tant de réflexions qu'on a quelque peine à ne pas se ranger de son
+avis. Il croit au rappel du petit _Aiglon_ (le duc de Reichstadt) qui
+ne tiendra pas plus, à ce qu'il croit, mais qui laissera le champ
+libre à d'autres combinaisons entre les prétendants.
+
+ [195] M. de Sémonville était alors grand référendaire de la Cour
+ des pairs.
+
+»J'ai la presque certitude que, pendant que nous menacions l'Autriche
+d'une guerre en Italie, le parti bonapartiste ici, très actif et très
+remuant, avait obtenu des assurances de secours. On tient maintenant
+un tout autre langage envers ce parti.
+
+»Si on exige que les Autrichiens quittent les États du pape, les
+émeutes reprendront sur tous les points. La conduite qu'on tient à
+Parme et à Modène est absurde[196].
+
+ [196] Le duc de Modène et la duchesse de Parme (l'ex-impératrice
+ Marie-Louise) avaient capitulé devant l'émeute et s'étaient
+ retirés.
+
+»Casimir Périer avance aussi bien qu'il le peut; mais il a plus de
+difficulté _au-dessus de lui_ qu'au-dessous.
+
+»Le rappel du général Guilleminot a fait quelque impression. On
+devrait y mettre Latour-Maubourg[197] qui est à Naples, mais on dit
+que Sébastiani y enverra son frère[198], ce qui ne conviendra qu'à
+cette famille...»
+
+ [197] Just de Fay, marquis de Latour-Maubourg, né en 1781, entra
+ dans la diplomatie sous le Consulat, fut secrétaire d'ambassade à
+ Copenhague, puis à Constantinople où il demeura comme chargé
+ d'affaires jusqu'en 1812. Il passa de là à Stuttgard comme
+ ministre (1813). Sous la Restauration, il fut nommé ministre à
+ Hanovre, puis ambassadeur à Dresde (1819) et à Constantinople
+ (1823). Le gouvernement de Juillet l'accrédita à Naples (1830),
+ puis à Rome où il demeura jusqu'à sa mort (1837). M. de
+ Latour-Maubourg était entré à la Chambre des pairs par droit
+ d'hérédité en 1831.
+
+ [198] Jean-André-Tiburce, vicomte Sébastiani, né en 1786, était
+ entré dans l'armée en 1806, général de brigade en 1823, il fut
+ mis en non activité et entra à la Chambre des députés en 1828. Il
+ n'obtint pas l'ambassade de Constantinople en 1831, mais fut
+ nommé lieutenant général et pair de France (1837). Il se retira
+ en Corse en 1848.
+
+
+ «Paris, le 10 mai 1831.
+
+»... L'esprit de parti qui règne ici et qui augmente par la faiblesse
+du gouvernement, lequel cependant fait ce qu'il peut, rend ce séjour
+de plus en plus odieux.
+
+»Le bonapartisme est à présent la couleur sous laquelle on travaille.
+On s'en sert pour agir sur l'armée et sur les classes inférieures,
+séduites par les succès de ceux qui en sortent pour monter sur des
+trônes et pour être décorés des faveurs de la fortune. Le gouvernement
+a tort de ne pas mieux éclairer l'opinion qu'elle ne l'est, sur le
+régime impérial. Tout le monde se fait bonapartiste, parce que le
+Palais-Royal et _sa camarilla_ n'ont peur et n'ont des égards que pour
+ce parti. Il en résulte qu'il prend de la consistance. Mauguin disait,
+il y a quelques jours, à un homme dont je le tiens: «Il nous faut un
+gouvernement provisoire et une régence au nom du duc de Reichstadt, et
+nous y arriverons.»
+
+»Croyez que si la guerre éclatait en Italie, l'Autriche animerait ces
+intrigues. D'un autre côté, comment comprimerez-vous l'ardeur de
+l'armée que vous avez réunie et celle de la population de la France
+qu'on a si sottement échauffée, en lui parlant des étrangers qui
+veulent marcher sur la France?
+
+»Enfin, à la prochaine session des Chambres, on verra comment tous ces
+éléments de discorde pourront être conjurés...»
+
+
+Je terminerai ces citations de lettres par celle, assez longue, que
+m'écrivait Madame Adélaïde d'Orléans, à la date du 11 mai, et qui est
+la plus importante de toutes, ainsi qu'on pourra en juger.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Saint-Cloud, le 11 mai 1831.
+
+»C'est bien à regret, mon cher prince, que je suis aussi en retard
+dans ma correspondance avec vous. Mais nous avons été si en mouvement
+pendant plusieurs jours, pour la fête de notre cher roi (qui s'est
+passée comme nous pouvions le désirer), puis à la suite, notre
+établissement ici, qu'il m'a été impossible de trouver, comme je
+l'aurais désiré, un instant pour vous écrire. J'ai eu le plaisir de
+voir hier madame de Dino, et de savoir par elle que vous êtes
+maintenant en parfaite santé et toujours bien occupé de cette
+malheureuse affaire de Belgique que je voudrais bien voir finie. Il me
+paraît, d'après ce que le prince de Cobourg m'écrit, qu'il est bien
+tenté de la chose, mais que l'expérience qu'il a eue de s'être trop
+hâté dans l'affaire de la Grèce l'empêche d'accepter avant que les
+arrangements soient faits, ce que, je vous avoue, je comprends[199].
+Ce qu'il me dit sur l'arrangement du Luxembourg me paraît très
+raisonnable; c'est qu'il serait extrêmement désirable que, pour la
+tranquillité de la France, de l'Allemagne et de la Belgique, on pût
+induire le roi de Hollande à céder ce pays contre ou pour une
+indemnité, et j'aurais bien désiré que cela fût obtenu par
+l'intervention de la France, par vous, si cela eût été possible, ou si
+cela l'est encore. Il me semble que cela serait bien et bon pour
+nous; mais, au reste, je raisonne peut-être sur cela comme une ignare
+que je suis en politique. Passez-le-moi, mon cher prince, en me disant
+ce que vous en pensez.
+
+ [199] Le prince Léopold avait été, en effet, sur le point d'être
+ nommé roi de Grèce. Agréé par les puissances et accepté par la
+ Grèce, il n'avait pas voulu se soumettre aux conditions imposées
+ par la conférence. Celle-ci, dans son protocole du 3 février
+ 1830, avait délimité la Grèce de telle sorte que l'Etolie et
+ l'Acarnanie étaient laissées à la Porte ainsi que les îles de
+ Candie et de Samos. Le prince Léopold protesta auprès de la
+ conférence (lettre du 11 février). Celle-ci ayant maintenu sa
+ décision, le prince refusa définitivement la couronne.
+
+»Je me félicitais de pouvoir vous mander que nous étions parfaitement
+tranquilles, et de fait, nous l'étions jusqu'à hier. Mais à la suite
+d'un repas donné aux chefs de la protestation sur la croix de Juillet,
+il y a eu dans la nuit avant celle-ci des chants, des cris, des
+rassemblements et du désordre[200]. Hier, les rassemblements ont été
+dispersés à plusieurs reprises; mais vers le soir, étant devenus plus
+considérables, sur la place Vendôme, après les sommations il y a eu
+une charge de cavalerie qui les a entièrement dissipés. La garde
+nationale et toute la population de Paris sont furieuses de ces
+tentatives de désordres excitées par un petit nombre de mauvais
+sujets. Cela ne présente aucune inquiétude réelle, mais cela est fort
+ennuyeux. J'espère que cette dernière tentative-ci, qui est désavouée
+et désapprouvée généralement, sera la dernière.
+
+ [200] L'ordonnance du 13 avril, conformément à la loi du 13
+ décembre précédent, avait créé une décoration spéciale pour les
+ combattants de Juillet. Les décorés devaient prêter serment de
+ fidélité au roi et d'obéissance à la charte. La croix portait
+ comme légende: «donnée par le roi des Français»; ces deux
+ dispositions (le serment et la légende) furent jugées
+ inconstitutionnelles par les citoyens appelés à porter la
+ décoration. Ils protestèrent et refusèrent de s'y soumettre.
+ L'affaire finit par s'arranger non sans beaucoup de bruit et
+ quelques manifestations autour de la colonne Vendôme. C'est à
+ cette occasion que le comte de Lobau fit disperser les
+ manifestants avec le jet des pompes à incendie.
+
+
+»Le roi doit partir lundi prochain, pour faire une tournée en
+Normandie, qui est depuis longtemps demandée et désirée et qui
+produira certainement un très bon effet. Il compte aller à Rouen, au
+Havre et revenir par la ville d'Eu. Son projet est d'être de
+retour ici le 26. Pendant ce temps, la reine et moi, nous restons à
+Saint-Cloud avec mes nièces et mes petits-neveux. Nous avons de bonnes
+nouvelles de notre cher petit marin (le prince de Joinville) qui doit
+être en ce moment à Toulon, où il s'embarquera vers le 15. Il ira
+premièrement en Corse, après à Livourne, Naples, la Sicile, Malte et
+Alger, puis à Mahon où il fera sa quarantaine. C'est un beau voyage
+qui, de toute manière, lui sera utile. Il sera de retour dans trois
+mois à peu près.
+
+»Je me réconcilie tout à fait avec le séjour de Saint-Cloud, pour
+lequel, avant d'y venir, je me sentais peu d'attrait. C'est un superbe
+séjour, les environs sont charmants et les promenades bien agréables;
+puis d'anciens souvenirs qui nous sont chers. Je crois que nous y
+resterons à peu près six semaines.
+
+»Adieu, mon cher prince...
+
+»_P.-S._--Je viens de lire à mon frère la politique que je vous fais
+dans ma lettre, et je n'en ai point obtenu les compliments que
+j'espérais pourtant un peu. Il m'a dit qu'il ne voulait plus se mêler
+de donner des conseils aux uns et aux autres, depuis qu'il avait
+abandonné à la conférence le soin de s'en débattre, parce qu'il avait
+été un peu fatigué des défiances qu'il avait aperçues et au-dessus
+desquelles il s'était flatté d'être placé; qu'il ne voulait pas en
+donner davantage au prince Léopold, non pas par défaut de confiance ou
+d'amitié pour lui, bien au contraire, mais parce qu'il ne voulait plus
+que ses conseils fussent dénaturés; parce qu'il craignait qu'on y
+cherchât encore autre chose que le sentiment qui les lui dicterait,
+qui n'était autre que son désir et même son impatience de voir
+l'affaire de la Belgique terminée par l'établissement d'un
+souverain qui assurera à la fois son indépendance et l'organisation
+d'un gouvernement capable d'y maintenir la paix et le bon ordre.
+
+»Il me dit de vous dire que vous avez surpassé son attente par
+l'habileté et la hardiesse avec lesquelles vous avez amené la
+conférence à _fendre_ le royaume des Pays-Bas et à détacher la
+Belgique de la Hollande, ou plutôt à faire reconnaître leur
+indépendance l'un de l'autre. Mais il croit que, depuis ce grand pas
+fait, l'antipathie que les Belges ont inspirée a faussé l'allure en ce
+point principal, que la difficulté de les manier a fait perdre de vue
+la nécessité d'obtenir d'eux, avant tout, le choix d'un souverain, car
+mon frère me dit qu'il n'a cessé de croire, de dire et de répéter,
+qu'une fois ce choix fait d'une manière qui convînt à l'Europe, aussi
+bien qu'à la France en particulier, tout était fini avec les Belges,
+parce que leur concours était assuré et devenait facile à obtenir pour
+le reste, au lieu qu'en exigeant des Belges d'agir par eux-mêmes, on
+se plongeait dans le dédale des assemblées gouvernantes; on courait
+risque ou de n'obtenir d'eux, comme cela est arrivé, que des choix
+spontanés et inacceptables, ou de voir se prolonger parmi eux l'état
+d'anarchie et d'ingouvernabilité où ils sont encore, et en les jetant
+de plus en plus dans les bras de la propagande et des chimères de la
+guerre et de la république.
+
+»Mon frère me dit qu'il n'a jamais hésité une minute sur le protocole
+du 20 janvier et qu'il n'a cessé de le dire aux Belges de sa propre
+bouche, mais qu'il n'aurait pas voulu retarder le choix du souverain,
+retard que le parti républicain n'a cessé de désirer, parce qu'il
+pensait, qu'une fois le souverain choisi, le parti républicain serait
+battu et qu'il devait être fort égal pour le souverain d'avoir exigé
+d'avance l'acceptation du protocole du 20 janvier, ou de l'exiger
+après son élection, car on verrait toujours qu'il l'avait exigé.
+
+»Mais en me permettant de vous transmettre ainsi sa manière de voir
+personnelle, mon frère me dit que c'est une marque de confiance qu'il
+est toujours bien aise de vous donner, et qu'il n'a pas besoin de vous
+recommander de la garder pour vous. Il veut que vous regardiez ceci
+comme une conversation qu'il aurait eue avec vous sur son canapé, et
+nullement comme une communication officielle dont il dit qu'il ne
+voudrait jamais que je fusse l'organe...»
+
+
+Je dois m'arrêter au long _post-scriptum_ de cette lettre de Madame
+Adélaïde qui avait été évidemment dicté par le roi. Cela me permettra,
+en rétablissant les faits, de rappeler succinctement le point où était
+parvenue l'affaire hollando-belge et ce qui menaçait de nous mettre
+dans une impasse.
+
+Le congrès belge avait voté une constitution dans laquelle se trouvait
+défini le territoire composant la Belgique, telle que les Belges
+l'entendaient[201]. Dans cette définition ils avaient compris des
+territoires qui ne leur appartenaient à aucun titre, sous le prétexte
+que les habitants de ces territoires s'étant associés à eux dans leur
+révolution, ils étaient engagés d'honneur à réclamer leur adjonction.
+C'était la constitution ainsi rédigée, que le souverain, élu par eux,
+devait jurer de maintenir en acceptant la royauté. En opposition
+à cette constitution, existait le protocole de la conférence du 20
+janvier qui avait déterminé la délimitation du territoire belge
+d'après les traités et les précédents historiques. Le roi de Hollande,
+dépossédé de la Belgique, avait donné, quoique à regret, son
+consentement à la délimitation fixée par la conférence. Voilà où en
+était l'état des choses lorsque dans le congrès belge on avait songé à
+offrir la couronne au prince Léopold. La prudence la plus ordinaire
+commandait clairement à ce prince de n'accepter la couronne qu'après
+que les Belges seraient revenus de leurs prétentions mal fondées. Une
+autre conduite l'aurait placé dans la position la plus fausse et la
+plus périlleuse. En effet, si après avoir accepté la couronne et la
+constitution, il insistait auprès des Belges pour les faire renoncer
+aux territoires qui ne pouvaient pas leur appartenir, il se mettait en
+dehors de la constitution; ou en supposant que les Belges se fussent
+soumis à ses instances, il commençait son règne sous les plus fâcheux
+auspices, parce qu'on lui reprocherait de n'avoir pas obtenu ce qu'on
+espérait obtenir en l'élisant. Si, au contraire, le prince Léopold
+devenu roi, appuyait et soutenait les prétentions mal fondées des
+Belges, il se mettait par là en opposition directe avec les cinq
+puissances représentées par la conférence de Londres, et avec la
+Confédération germanique qui réclamait le grand-duché de Luxembourg.
+Il était donc simple que le roi Léopold refusât d'accepter une
+position aussi compromettante. Ceci répond aux observations du roi
+Louis-Philippe, qu'on a lues dans la lettre citée plus haut de Madame
+Adélaïde.
+
+ [201] La constitution belge fut votée le 7 février, l'article 1er
+ énumérait les territoires revendiqués par le congrès, savoir: les
+ provinces d'Anvers, du Brabant, de la Flandre occidentale, de la
+ Flandre orientale, du Hainaut, de Liège, de Limbourg, de Namur et
+ le Luxembourg, sauf ses relations avec la Confédération
+ germanique.
+
+Il ne sera pas inutile de rappeler encore une fois les faits qui
+concernaient le grand-duché de Luxembourg. On ne doit pas perdre
+de vue que ce grand-duché appartenait personnellement au roi de
+Hollande; il lui avait été concédé en 1814, en échange des territoires
+qu'il avait droit, comme prince de la maison de Nassau, de réclamer en
+Allemagne, territoires dont une partie avait été cédée à la Prusse. En
+lui concédant le grand-duché de Luxembourg, on avait stipulé qu'il
+resterait rattaché à la Confédération germanique, à cause de la
+forteresse de Luxembourg qui y était située et qui avait été déclarée
+forteresse fédérale. Le roi de Hollande, alors roi des Pays-Bas, avait
+bien, en effet, pour faciliter son administration, réuni plus tard le
+grand-duché de Luxembourg au royaume des Pays-Bas; mais cette réunion
+n'était pas complète, puisqu'il restait, comme grand-duc de
+Luxembourg, membre de la Confédération germanique et, en cette
+qualité, obligé de fournir à l'armée fédérale un contingent militaire
+tiré du grand-duché même.
+
+La France, quoi qu'on en dît à Paris, n'avait qu'un intérêt très
+secondaire dans toutes ces questions. L'immense avantage qu'elle avait
+acquis par la dissolution du royaume des Pays-Bas, par la déclaration
+d'indépendance et de neutralité de la Belgique, et subsidiairement,
+par la démolition d'un certain nombre de forteresses belges[202], cet
+avantage lui était acquis, et elle l'avait obtenu sans guerre.
+Pouvait-il lui convenir de s'exposer à la guerre, pour assurer aux
+Belges une frontière plus ou moins bien limitée? Évidemment non. Aussi
+je ne m'embarrassais guère des déclarations venant de Bruxelles ou de
+Paris à ce sujet, et je poursuivis mon plan, de faire régler, aussi
+équitablement que possible, les affaires de la Belgique par la
+conférence. On avait heureusement fini par comprendre à Paris que le
+prince Léopold était de tous les prétendants celui qui offrait les
+meilleures garanties, et cela facilita ma tâche qui devait rester
+assez laborieuse encore pendant quelques mois.
+
+ [202] Sur la question des forteresses belges, voir pages 357, 363
+ et notes.
+
+Avant de reprendre la suite de mes dépêches, je dois faire mention
+d'un fait sans grande importance, mais qui donna lieu à de ridicules
+commentaires dans certains journaux et sur lequel je suis bien aise de
+rétablir la vérité en ce qui me concerne. On sait que la duchesse de
+Saint-Leu[203], après avoir perdu son fils aîné à Florence à la suite
+des troubles dans les États du pape auxquels il avait pris part, se
+rendit incognito à Paris, accompagnée du second de ses fils, le prince
+Louis Napoléon. Elle se trouva dans la nécessité de faire connaître au
+roi et à M. Casimir Périer sa présence dans la capitale, où on toléra
+son séjour jusqu'à ce que son fils, qui se disait malade, fût en état
+de se remettre en route. De Paris, elle se rendit à Londres et le
+gouvernement du roi m'informa de son arrivée, en me communiquant les
+détails de son séjour à Paris. Elle me fit témoigner le désir de me
+voir; mais je jugeai qu'il était plus convenable d'éviter une entrevue
+avec elle, et je priai ma nièce, madame de Dino, de passer chez elle,
+et de savoir en quoi je pouvais lui être utile. Elle voulait un
+passeport pour retraverser la France avec son fils et se rendre en
+Suisse où elle possédait une habitation. Je transmis sa demande à
+Paris, où après quelque hésitation, on se décida à me donner
+l'autorisation de lui donner un passeport, ce que je m'empressai
+de faire. Je n'aurais éprouvé aucun embarras à la voir, si cela avait
+eu quelque utilité pour elle; j'avais rencontré dans le monde à
+Londres, les deux frères de l'empereur Napoléon, Lucien et Joseph
+Bonaparte, et j'avais eu pour eux les égards que j'aurai toujours pour
+les membres de cette famille. Si je crois maintenant, comme en 1814,
+la politique napoléonienne dangereuse pour mon pays, je ne puis
+oublier ce que je dois à l'empereur Napoléon, et c'est une raison
+suffisante pour témoigner toujours aux membres de sa famille un
+intérêt fondé sur ma reconnaissance, mais qui ne peut exercer
+d'influence sur mes sentiments politiques.
+
+ [203] C'était le nom adopté en exil par la reine Hortense. On se
+ rappelle que son fils aîné, le prince Charles Napoléon était mort
+ en 1807 à Forli.
+
+Voici, au reste, la lettre que madame la duchesse de Saint-Leu
+m'écrivit, à l'occasion de ses passeports, et qui confirme ce que je
+viens de dire:
+
+
+LA DUCHESSE DE SAINT-LEU AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Tunbridge-wells, 1831.
+
+ »Prince,
+
+»Je suis autorisée à vous demander un passeport pour madame la
+comtesse d'Arenenberg (c'était le nom de sa possession en Suisse) et
+sa suite. Si vous croyez que les personnes qui composent cette suite
+doivent être désignées, vous pouvez ajouter: son fils, mademoiselle
+Masuyer, deux domestiques et une femme de chambre.
+
+»Je désire que mon passeport soit donné simplement pour la Suisse,
+dont je compte prendre la route les derniers jours de ce mois. Je suis
+fort aise de trouver cette occasion de vous remercier, prince, de
+l'obligeance que vous avez bien voulu me montrer dans cette
+circonstance. Je suis fâchée de n'avoir pas vu madame la duchesse
+de Dino avant mon départ. Veuillez lui en exprimer tous mes regrets et
+recevoir, ainsi qu'elle, l'expression de mes sentiments.
+
+ »HORTENSE.»
+
+
+Reprenons la suite de mes dépêches[204].
+
+ [204] Toutes les dépêches qui vont suivre jusqu'à la page 201
+ sont des dépêches officielles au département et ont déjà été
+ publiées.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.
+
+ «Londres, le 16 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»... On n'a pas attaché ici plus d'importance qu'ils ne devaient en
+avoir aux derniers mouvements de Paris; au contraire, on a remarqué la
+hausse continue des fonds publics. Cependant, il est bien à désirer
+que des scènes semblables ne viennent plus fixer sur nous l'attention
+des puissances étrangères.
+
+»Les journaux anglais annoncent aujourd'hui que le gouvernement de dom
+Miguel a accédé à toutes les demandes que le commandant des forces
+britanniques lui a adressées, et ils ajoutent que, probablement, il
+réclamera les bons offices de l'Angleterre pour régler ses différends
+avec nous. Il ne m'a encore été fait aucune communication qui puisse
+justifier cette allégation.
+
+»Lord Ponsonby est arrivé hier à Londres et m'a apporté une lettre du
+général Belliard qui m'informe de l'espèce d'impossibilité où ils se
+trouvaient tous deux de donner suite aux résolutions de la conférence,
+vu que le gouvernement de Bruxelles n'osait rien mettre en
+délibération à ce sujet. Cet état de choses devient de plus en
+plus critique, et il exige des mesures fortes, car l'on peut remarquer
+que plus on accorde de délais aux Belges, plus leur position
+s'aggrave. La conférence va prendre connaissance de l'exposé qu'aura
+fait lord Ponsonby à son gouvernement. De mon côté, je lui
+communiquerai les informations que m'a transmises le général Belliard,
+et nous chercherons quelles sont les mesures applicables à cet état de
+choses.
+
+»Les informations que l'on a, à Londres, sur les affaires de Bruxelles
+annoncent que des Français ont pris une part très active aux derniers
+troubles; que, sur dix-sept personnes arrêtées, douze se trouvaient
+appartenir à la France et que, sur l'une d'elles, on a saisi des
+valeurs pour une somme de vingt-deux mille francs. On ajoute que
+l'association de Paris correspond activement avec l'association de
+Bruxelles et lui fournit des armes et de l'argent. Je dois appeler
+votre attention sur ces bruits qui se répandent assez généralement.
+
+»J'ai vu hier, quelques heures avant leur départ, les trois députés
+belges qui étaient encore à Londres. J'ai renouvelé auprès d'eux
+toutes mes instances pour qu'ils emploient ce qu'ils ont d'influence à
+Bruxelles, afin de bien faire apprécier aux Belges leur position. J'ai
+discuté quelques objections qu'ils ont encore présentées sur les
+considérations d'honneur national que ne leur permettent pas
+d'abandonner le Luxembourg et de renoncer à la possession à venir de
+Maëstricht. Je leur ai dit qu'il ne fallait pas appliquer les idées
+d'honneur national à des territoires qui n'avaient jamais fait partie
+de leur pays; qu'il fallait, avant tout, entrer dans la société
+européenne et traiter ensuite les questions qui les occupaient, les
+unes après les autres, en raison de leur degré d'importance. Enfin,
+j'ai tout employé pour leur donner de bonnes impressions et des
+idées sages qu'ils pussent transmettre à Bruxelles, mais je les ai
+trouvés assez découragés et fort inquiets sur le sort à venir de leur
+pays...»
+
+
+ «Londres, le 18 mai 1831.
+
+»... Nous avons eu hier une conférence pour nous occuper de la
+situation de la Belgique et pour entendre l'exposé que lord Ponsonby
+avait à faire. Ayant reçu quelques heures auparavant votre dépêche du
+15, je m'étais rendu à cette conférence avec un vif désir de faire
+prévaloir les idées de conciliation que lord Ponsonby devait
+présenter. Vous verrez par ma réponse au général Belliard, à qui je
+donne beaucoup de détails sur les résultats de cette conférence, que
+l'on promet aux Belges d'entamer relativement à la cession du
+Luxembourg une négociation avec le roi de Hollande, mais qu'en même
+temps on leur fait bien sentir que toute agression sur le territoire
+de ce souverain serait repoussée par les moyens dont les puissances
+peuvent disposer.
+
+»Nous espérons qu'un langage aussi bienveillant et aussi positif
+pourra produire un bon effet à Bruxelles. Les autres membres de la
+conférence ont écrit dans le même sens.
+
+»Lord Ponsonby partira probablement ce soir, après avoir vu M. de
+Zuylen qui vient d'arriver ici; il est chargé par la cour de La Haye,
+de représenter la nécessité de faire exécuter par les Belges les
+conditions de la séparation de leur pays avec la Hollande. On
+s'inquiète, à La Haye, des délais que les Belges ont obtenus; on
+voudrait voir concerter les mesures qui seront la suite de leur refus;
+enfin, le gouvernement hollandais se plaint de quelques agressions
+partielles du côté d'Anvers, auprès de Luxembourg, etc.; vous
+trouverez sans doute des informations plus détaillées dans une dépêche
+que M. de Mareuil[205] vous adresse de La Haye et que j'ai l'honneur
+de vous transmettre...
+
+ [205] Le baron Durant de Mareuil était ministre à La Haye depuis
+ 1830. Il avait été précédemment accrédité une première fois à La
+ Haye en 1821, puis à Washington (1823) à Rio de Janeiro (1829).
+ En 1832 il devint ambassadeur à Naples.
+
+»Les membres de la conférence pour les affaires de Grèce[206] ont
+appris avec beaucoup de reconnaissance la mesure prise par le
+gouvernement du roi pour que cinq cents hommes de la brigade du
+général Schneider[207] portassent des secours au gouvernement du comte
+Capo d'Istria. Ils m'ont chargé de vous exprimer leur gratitude pour
+cette disposition...»
+
+ [206] Variante: _les membres de la conférence grecque_.
+
+ [207] Antoine Schneider, né en 1780 entra en 1799 dans l'arme du
+ génie. Il était colonel en 1815, fit en 1823 la campagne
+ d'Espagne. En 1828 il fut envoyé en Morée comme général de
+ brigade, et devint commandant en chef après le départ du maréchal
+ Maison. De retour en France, il devint lieutenant général (1831)
+ fut élu député en 1834, et siégea à la Chambre jusqu'à sa mort
+ (1847). Il fut un instant ministre de la guerre de 1839 à 1840.
+
+
+ «Londres, le 19 mai 1831.
+
+»L'arrivée de M. de Zuylen, qui paraît avoir la confiance particulière
+du roi de Hollande pour la question belge, retarde de deux jours le
+départ de lord Ponsonby. J'aurai l'honneur de vous rendre compte, par
+le premier courrier, du résultat des entretiens qu'ils doivent avoir
+aujourd'hui et demain.»
+
+
+ «Londres, le 20 mai 1831.
+
+»... L'exposé que lord Ponsonby nous a fait de la situation de la
+Belgique, de la faiblesse de son gouvernement et de l'anarchie à
+laquelle ce pays est livré, n'a pas besoin de vous être retracé, car
+vous l'avez parfaitement jugé en me faisant l'honneur de me mander,
+par votre dépêche du 15, que tout annonçait que la voix de la raison
+ne serait pas écoutée à Bruxelles. Le gouvernement du roi a pensé que
+cet état de choses exigeait encore de sa part des ménagements, et j'ai
+reçu l'ordre de chercher à prévenir l'emploi de la force et le
+renouvellement des hostilités. Je m'y suis conformé et vous avez vu,
+par ma dépêche numéro 143[208], que la conférence avait fait une
+concession marquée aux idées que vous désiriez faire prévaloir
+puisqu'elle a promis aux Belges d'ouvrir une négociation avec le roi
+de Hollande afin d'arriver, s'il se peut, à un arrangement pour le
+Luxembourg. Cependant, je ne dois pas vous cacher que les membres de
+la conférence pensent qu'une semblable concession, au lieu d'aplanir
+les difficultés, les rendra peut-être plus grandes encore en
+fournissant aux Belges et à leurs folles espérances un nouveau motif
+d'encouragement. Mais ils ont voulu donner encore une preuve de
+déférence pour le gouvernement de Sa Majesté et de leurs sentiments de
+conciliation.
+
+ [208] Voir page 183, la dépêche du 18 mai.
+
+»Si cette concession n'est pas convenablement appréciée par les
+Belges, si elle ne les porte pas à accéder aux justes demandes qu'on
+leur fait depuis plus de cinq mois; si, au contraire, elle les engage
+à persister encore plus dans leur système de résistance aux
+puissances, je vous avoue que, dans ce cas qu'elle a déjà prévu, la
+conférence penserait[209] qu'elle a épuisé tous les moyens de
+conciliation. Le gouvernement du roi aurait alors à me transmettre de
+nouvelles instructions...
+
+ [209] Variante: _serait conduite à penser_.
+
+»M. de Zuylen n'a pas de pouvoirs qui lui permettent d'avancer en
+aucune manière les affaires qui nous occupent. Il déclare que son
+souverain, ayant à craindre une agression de la part des Belges, s'est
+mis en mesure de la repousser.
+
+»Lord Ponsonby est toujours à Londres; il se rendra demain à
+Claremont, afin de voir le prince Léopold. J'ai lieu de croire que le
+gouvernement anglais a l'intention de faciliter à ce prince les moyens
+d'accepter la couronne de Belgique; mais je ne pense pas qu'il
+réussisse, parce que le prince Léopold n'est pas dans la disposition
+d'accepter quelque chose d'incertain...»
+
+
+ «Londres, le 22 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Ma dépêche numéro 143 vous a fait connaître la concession que la
+conférence était disposée à faire aux Belges, relativement au
+grand-duché de Luxembourg. Depuis, on s'est occupé avec soin des
+moyens à prendre pour faciliter au prince Léopold, l'acceptation du
+trône de Belgique. Ce prince a vu plusieurs membres de la conférence,
+et il leur a donné de nouvelles preuves de son désir d'accepter.
+
+»Nous nous sommes réunis hier, et nous avons arrêté le protocole
+numéro 24, dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie[210].
+
+ [210] Ce protocole signé le 21 mai, en suite d'un rapport de lord
+ Ponsonby sur la situation politique de la Belgique, traite deux
+ objets:
+
+ 1º L'acquisition à titre onéreux par la Belgique du Luxembourg;
+ 2º L'acceptation éventuelle de la couronne par le prince Léopold.
+
+ Sur le premier point, la conférence s'engage «à entamer avec le
+ roi des Pays-Bas une négociation, dont le but sera d'assurer s'il
+ est possible à la Belgique, moyennant de justes compensations, la
+ possession du Luxembourg qui conserverait ses rapports actuels
+ avec la Confédération germanique». Elle ajoute: «que son but en
+ agissant ainsi est d'aplanir les difficultés qui entraveraient
+ l'acceptation de la souveraineté de la Belgique par le prince
+ Léopold, dans le cas où comme, tout l'autorise à le croire, cette
+ souveraineté lui serait offerte.»
+
+»Vous verrez que le nom du prince Léopold de Saxe-Cobourg est placé
+dans ce protocole, de manière à montrer aux Belges que si, comme on a
+lieu de le supposer, leur choix se porte sur ce prince, les puissances
+y donneront leur assentiment. Je vous prie aussi de vouloir bien
+remarquer que ce protocole est signé par les deux plénipotentiaires du
+gouvernement russe qui, jusqu'ici, à cause de ses sentiments
+d'affection pour la maison d'Orange, avait fait des objections au
+choix du prince Léopold; et que, par conséquent, il se trouve
+maintenant avoir donné son adhésion à ce choix.
+
+»Il est aujourd'hui nécessaire que le gouvernement du roi emploie
+toute l'influence qu'il peut avoir à Bruxelles, afin de déterminer les
+Belges à accéder à des dispositions si bienveillantes.
+
+»Vous verrez aussi que l'action de la Confédération germanique est
+maintenant ajournée et subordonnée à la négociation avec la Hollande,
+ce qui deviendra un motif de tranquillité pour tout le monde.
+
+»Depuis quelque temps la question belge semblait ne présenter aucune
+issue[211]; elle me paraît aujourd'hui en offrir une qui, j'espère,
+pourra nous conduire[212] au but que nous nous sommes proposé. Je
+m'en félicite d'autant plus que rarement j'ai eu à traiter une affaire
+aussi difficile et qui ait exigé autant de soins. Je fais des voeux
+sincères pour que les négociations auxquelles j'ai pris part
+obtiennent tout le succès qu'on en peut espérer; je n'aurai, du moins,
+rien négligé dans l'intérêt de la France et du maintien de la paix.
+
+»Lord Ponsonby partira aujourd'hui pour Bruxelles...»
+
+ [211] Variante: _satisfaisante_.
+
+ [212] Variante: _aujourd'hui, nous en avons créé une qui pourra,
+ je l'espère, nous conduire..._
+
+
+ «Londres, le 24 mai 1831.
+
+»... Vous m'avez fait l'honneur de me mander le 21 de ce mois, que le
+gouvernement du roi avait appris avec satisfaction que la conférence
+s'était attachée au projet d'entamer une négociation relativement à la
+cession du Luxembourg à la Belgique. Vous aurez vu par le protocole
+numéro 24, joint à ma dépêche du 22, la suite qui a été donnée à cette
+idée qui devient un moyen d'avancer les affaires des Belges s'ils
+savent l'apprécier et en profiter en temps convenable.
+
+»Il ne serait pas entièrement exact, monsieur le comte, d'attribuer
+seulement à lord Ponsonby et à l'impression qu'il a produite sur la
+conférence l'adoption de la mesure à laquelle elle vient de s'arrêter:
+la lettre que j'avais reçue de M. le général Belliard et que j'ai
+communiquée à la conférence a produit beaucoup plus d'effet que
+l'exposé de lord Ponsonby; j'en ai pour preuve l'attention avec
+laquelle elle a été écoutée; et la demande que m'a faite lord
+Palmerston d'en donner une seconde lecture. Quelles que soient au
+surplus les circonstances qui ont agi sur l'esprit des
+plénipotentiaires, et quels que soient les moyens qui ont été
+employés, je crois que nous avons d'autant plus à nous féliciter de la
+décision qui a été prise que je n'aurais peut-être pas espéré
+l'obtenir la veille de la conférence, même quelques heures auparavant.
+Je pense, au reste, que la lassitude, comme le besoin de finir, ont pu
+y contribuer.
+
+»Je n'ai jamais compris que les rapports qui pourront subsister encore
+entre le grand-duché de Luxembourg et la Confédération germanique
+s'appliquassent[213] à autre chose qu'à la forteresse, car il serait
+impossible que la Belgique étant neutre, sa neutralité ne s'étendît
+pas au territoire du grand-duché de Luxembourg, comme aux autres
+acquisitions qu'elle pourrait faire par la suite.
+
+ [213] Variante: _jamais_.
+
+»J'ai eu l'honneur de voir ce matin le prince Léopold. Il m'a annoncé
+le départ de lord Ponsonby, dont je me suis assuré depuis. Ainsi,
+l'affaire de Belgique marche maintenant vers une solution à laquelle
+on pourrait facilement arriver, si on voulait sainement apprécier à
+Bruxelles toute la condescendance que les puissances, dont la
+conférence est l'organe, viennent de montrer aux Belges; car il est
+impossible de ne pas reconnaître que leur gouvernement a maintenant de
+justes motifs d'être satisfait, et des moyens de répondre aux
+exigences des factieux qui l'entourent. Enfin, les points principaux
+de difficultés sont aplanis et il ne reste plus que des conséquences à
+régler. Néanmoins, le prince Léopold sent, comme moi, que nous ne
+sommes pas encore sortis de la crise, et nous avons calculé qu'elle se
+prolongerait probablement jusqu'à mardi de la semaine prochaine, 31
+mai, veille du jour où expire le délai qui a été donné aux Belges pour
+faire connaître leur décision définitive.
+
+»L'entretien que j'ai eu avec le prince Léopold m'a encore fourni de
+nouvelles preuves de sa résolution d'accepter la souveraineté de la
+Belgique, résolution qui est toujours calculée sur le cas où les
+Belges accepteraient les bases fixées par le protocole du 20 janvier;
+dans l'hypothèse contraire, le prince ne se regarde pas comme
+engagé...»
+
+
+ «Londres, le 25 mai 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Il n'est pas douteux que le roi de Hollande espérait que, la
+résistance des Belges ayant enfin lassé la patience des puissances, il
+allait se présenter pour lui des chances de guerre qu'il aurait
+avidement saisies. J'ai eu l'honneur de vous mander que M. de Zuylen
+était arrivé ici afin de représenter au gouvernement anglais et à la
+conférence les considérations qui pouvaient les déterminer à recourir
+aux moyens de rigueur.
+
+»Les idées de conciliation ayant, au contraire, prévalu, et le
+protocole numéro 24 ayant été adopté, les espérances de guerre,
+nourries par la Hollande, doivent être affaiblies; mais, d'un autre
+côté, nous avons à craindre qu'elle n'admette pas, sans beaucoup de
+difficultés, l'idée d'entrer en négociation pour la cession du
+Luxembourg. C'est pour bien fixer son opinion sur la nécessité de
+cette transaction, et afin de diminuer autant que possible, les
+embarras de cette affaire que, depuis l'adoption du protocole numéro
+24, et depuis le départ de lord Ponsonby, j'ai, ainsi que quelques
+membres de la conférence, recherché plus particulièrement les
+ministres hollandais qui sont à Londres. leur témoignons le
+désir qu'ils expriment aussi, de voir le roi de Hollande, libre de
+toute inquiétude extérieure, pouvant se livrer tout entier à
+l'administration de ses États; nous ajoutons que l'intérêt général et
+le sien, qui ne peut en être séparé, semblent exiger qu'il se prête à
+la négociation qui s'ouvrira avec lui, dès que les Belges auront
+acquiescé aux propositions qu'on vient de leur faire, et aussitôt
+qu'ils auront fait choix d'un souverain.
+
+»Nous leur représentons aussi que le Luxembourg est un pays éloigné
+des autres États hollandais, mal disposé pour entrer sous l'autorité
+du roi Guillaume; que moins ils auront de points de contact avec les
+Belges, moins il s'élèvera entre eux de sujets de discussion; qu'un
+capital considérable, ou un revenu bien calculé, peuvent présenter de
+grands avantages pour un administrateur aussi éclairé que le roi de
+Hollande. Enfin, nous ne négligeons aucun raisonnement, bon ou
+mauvais, pour leur faire adopter notre opinion sur l'utilité d'une
+transaction à laquelle nos gouvernements attachent la plus grande
+importance, puisqu'elle devient le moyen, et peut-être le seul moyen
+de faire les affaires de la Belgique.
+
+»J'ai l'honneur de vous envoyer copie d'une note qu'un agent belge,
+nommé Michiels[214], résidant à Francfort, où il a pris un
+établissement, a remise au président de la Diète qui l'a communiquée à
+des membres de la conférence. On sait ici, par Francfort, que cet
+agent est en correspondance avec M. Lebeau[215], ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles. Vous verrez, par la lecture de cette
+pièce, que l'on serait autorisé à croire que le gouvernement belge
+désire s'unir intimement à la Confédération germanique, et qu'il met
+ses rapports avec l'Allemagne, bien au-dessus de ses relations avec la
+France. J'ai pensé que le gouvernement du roi, pourrait trouver dans
+ce document des indices utiles à recueillir...»
+
+ [214] T. Michiels, qui résidait à Francfort depuis le mois de
+ décembre 1830, n'était que l'agent officieux du ministre et
+ n'était pas reconnu par la Diète.
+
+ [215] Jean-Louis-Joseph Lebeau, homme d'État belge, né en 1794,
+ avait été avocat et journaliste sous le gouvernement du roi
+ Guillaume à qui il avait fait une vive opposition. En 1830, il
+ fut nommé avocat général à Liège en même temps que cette ville
+ l'envoyait au congrès. Il y fut l'adversaire de la réunion à la
+ France, et pour tâcher d'éviter l'élection du duc de Nemours il
+ fut de ceux qui provoquèrent la candidature du duc de
+ Leuchtenberg. M. Lebeau devint ministre des affaires étrangères
+ en 1831, et comme tel appuya le prince Léopold. Il fit partie de
+ la députation chargée d'offrir la couronne à ce prince. Il fut en
+ 1832 réélu député, fut nommé ministre de la justice, puis
+ gouverneur de la province de Namur (1834). En 1839 il fut
+ accrédité près de la Diète et en 1840 devint ministre des
+ affaires étrangères et président du conseil. Il se retira en
+ 1841, mais conserva sa place à la Chambre où il siégeait dans le
+ parti libéral.
+
+
+ «Londres, le 26 mai 1831.
+
+»Dans un moment où vous désirez sans doute recevoir de fréquentes
+informations sur tout ce qui se rattache aux affaires de Belgique qui
+approchent d'une décision, je ne veux pas rester un seul jour sans
+avoir l'honneur de vous écrire, lors même que je n'aurais que très peu
+de chose à vous mander...
+
+»... M. Van Praet[216], qui faisait partie de la dernière députation
+belge, et qui est resté ici, sort de chez moi. L'exposé qu'il m'a
+fait de l'état de son pays est des plus inquiétants, et se réduit à
+ceci:--c'est que le gouvernement est sans force, sans autorité et
+n'est maître de rien. Il m'a dit qu'un grand nombre de Français se
+trouvaient parmi les volontaires et qu'ils recevaient de l'argent
+d'une maison de banque de Paris, qui dispose, à ce qu'il paraît, de
+fonds considérables. Ce fait est consigné dans une lettre que M. Van
+Praet a reçue de son gouvernement et que j'ai lue. Le banquier n'y est
+pas nommé, mais M. le général Belliard pourrait se procurer des
+éclaircissements à cet égard. Cette circonstance est grave et mérite
+de fixer l'attention du gouvernement du roi.
+
+ [216] Jules Van Praet, né en 1806 à Bruges était secrétaire de
+ légation à Londres en 1831. Il devint peu après secrétaire du
+ cabinet du roi, puis en 1840, ministre de la maison du roi, poste
+ qu'il conserva jusque sous le règne du roi Léopold II.
+
+
+ «Londres, le 29 mai 1831.
+
+»... J'ai reçu de M. le général Belliard plusieurs lettres relatives à
+la situation des affaires de Belgique, dont il m'annonce qu'il a
+l'honneur de vous envoyer des copies; celle qui a suivi l'arrivée de
+lord Ponsonby à Bruxelles donnait beaucoup d'inquiétude sur l'accueil
+qui serait fait aux propositions contenues dans le protocole du 20
+mai. Cependant, une lettre du 27, qui m'est parvenue ce matin, fait
+concevoir plus d'espérance; vous avez dû en recevoir une copie.
+
+»La conférence s'est réunie aujourd'hui pour prendre connaissance de
+ces informations, ainsi que d'une dépêche de lord Ponsonby, qui est
+également arrivée ce matin. Elle a eu à examiner si, pour accélérer
+l'arrangement des affaires de Belgique, il y avait lieu de faire
+encore quelques concessions aux Belges, ainsi que ces rapports
+cherchaient à en faire sentir la nécessité; ces concessions auraient
+été relatives à des territoires que les Belges n'ont jamais
+possédés à aucun titre, et qu'ils ne possèdent même pas encore.
+
+»La conférence a décidé qu'elle ne pouvait rien ajouter aux
+dispositions qu'elle avait arrêtées par le dernier protocole, et que,
+dans le cas où les Belges n'auraient pas adhéré le 1er juin aux bases
+du protocole du 20 janvier, lord Ponsonby aurait à quitter Bruxelles,
+conformément aux instructions qui lui ont été données à ce sujet.
+
+»Je me suis empressé de faire part du résultat de cette conférence au
+général Belliard, en lui expédiant sur-le-champ M. le colonel
+Repecaud, qui était arrivé hier ici en courrier. J'ai l'honneur de
+vous envoyer copie de ma lettre, afin que vous puissiez juger des
+considérations que la conférence désire faire valoir à Bruxelles. Vous
+voudrez bien remarquer que j'engage M. le général Belliard à revoir
+les instructions que vous lui avez données lorsqu'il se trouvait
+encore à Paris, et qui s'appliquent au cas où les Belges refuseraient
+d'accéder aux bases du protocole du 20 janvier.»
+
+
+ «Londres, le 31 mai 1831.
+
+»On a reçu ici des nouvelles de La Haye, mais elles sont arrivées trop
+tard pour que j'aie pu vous en donner connaissance par le courrier
+d'hier.
+
+»Le roi de Hollande, en apprenant les dernières résolutions de la
+conférence et le projet de cession du grand-duché de Luxembourg,
+moyennant des compensations, a montré un grand mécontentement et une
+volonté assez prononcée de ne pas y souscrire.
+
+»Il fait remarquer, qu'ayant témoigné une grande déférence pour
+les décisions des puissances, en adhérant le premier, et il y a
+plusieurs mois, aux bases de la séparation, les Belges devraient se
+placer, sous ce rapport, dans une position analogue à la sienne; il se
+croit donc fondé à demander que les protocoles, devenus obligatoires
+pour lui, soient enfin exécutés par les Belges, et jusqu'à ce qu'ils
+soient rentrés dans leurs limites et se soient soumis aux conditions
+de la séparation, le roi ne pense pas qu'on puisse lui proposer[217]
+aucun échange de territoire, ni aucun arrangement pour le Luxembourg.
+Il ne voit même pas quels sont les moyens de compensation qu'on
+pourrait lui offrir pour le grand-duché.
+
+ [217] Variante: _demander_.
+
+»Ces informations sont de nature à nous faire penser que nous
+éprouverons des obstacles à La Haye, mais je ne doute pas que nous ne
+parvenions à les surmonter, si les Belges adhèrent aux bases de la
+séparation. Il serait bon, je crois, que notre légation à La Haye
+cherchât à vaincre l'opiniâtreté du roi de Hollande, disposition qui
+est encore augmentée dans les circonstances actuelles par l'irritation
+que lui cause la perte de quatre millions de sujets, par
+l'affaiblissement de sa consistance politique en Europe, et enfin par
+l'observation qu'il peut faire que, malgré les pertes qu'il a
+éprouvées, il a adhéré aux bases de la séparation, tandis que ceux qui
+recueillent tous les avantages font de continuelles difficultés pour
+les accepter.
+
+»Nous devons[218] mettre d'autant plus d'instance à nos démarches
+auprès du roi de Hollande, que nous ne pouvons pas douter qu'il
+ait la volonté de faire la guerre, si les Belges lui fournissent assez
+de motifs pour que l'agression ne puisse pas lui être reprochée.
+
+ [218] Variante: _je crois_.
+
+»Vous avez des données sur les forces militaires de la Hollande;
+celles de terre montent à environ soixante mille hommes, _sans y
+comprendre les milices_[219], et celles de mer sont très imposantes;
+car, outre quatorze bâtiments de guerre qui composent la croisière
+devant Anvers, il y a encore dans ces parages environ trois cents
+bouches à feu. On connaît ici le courage et l'impétuosité des Belges,
+mais on pense que leurs ressources militaires sont bien inférieures à
+celles de la Hollande. A la vérité, l'état des finances de ce royaume
+ne permettra pas de maintenir longtemps sur le pied de guerre des
+forces aussi considérables; mais c'est un motif de plus pour que les
+Hollandais souhaitent de voir s'engager promptement des hostilités...»
+
+ [219] Supprimé dans le texte des archives.
+
+
+ «Londres, le 3 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 31
+mai, relativement à la lettre que lord Ponsonby, à son arrivée à
+Bruxelles, a adressée au ministre des affaires étrangères de
+Belgique[220].
+
+ [220] Lord Ponsonby, dès son retour de Londres, avait écrit à M.
+ Lebeau une lettre particulière où il exagérait et dénaturait les
+ idées de la conférence. Cette lettre lue au congrès le 28 mai par
+ M. Lebeau suscita une vive émotion en Belgique. Lord Ponsonby
+ exhortait le gouvernement belge à se soumettre sur la question
+ des limites aux décisions de la conférence et à ne pas se jeter
+ dans des difficultés qui pourraient amener jusqu'à l'extinction
+ du nom belge. Il ajoutait que l'acceptation par le congrès du
+ protocole du 20 janvier serait récompensée par l'abandon du
+ Luxembourg, «Il y a une semaine, disait-il, la conférence
+ considérait la conservation de ce duché à la maison de Nassau
+ sinon comme nécessaire, au moins comme extrêmement désirable, et
+ à présent elle est disposée à une médiation avec l'intention
+ avouée de faire obtenir ce duché pour le souverain de la
+ Belgique.»
+
+ Cette transaction était en effet venue à la pensée de la
+ conférence, mais lord Ponsonby n'avait jamais été autorisé à tenir
+ un langage aussi catégorique ni à mettre aux Belges le marché à la
+ main. (Voir la lettre de lord Ponsonby dans les _Débats_ du 31
+ mai.)
+
+»Vous avez trop d'expérience des affaires, monsieur le comte, pour
+avoir pensé un moment que cette lettre pût être attribuée à la
+conférence, et je ne saurais croire que vous eussiez sérieusement
+exprimé quelque doute sur la part que j'aurais pu prendre à sa
+rédaction. Cette lettre n'a pas été préparée à Londres, et
+certainement, elle n'est pas de la conférence; pour s'en convaincre,
+il suffit d'une simple lecture; d'ailleurs, la conférence n'aurait pas
+pu dire ce que lord Ponsonby a écrit à M. Lebeau sur les changements
+qui, dans l'espace d'une seule semaine, se sont opérés dans ses
+dispositions, relativement au grand-duché de Luxembourg. Au surplus,
+lord Ponsonby annonce lui-même que sa lettre a été écrite avec
+beaucoup de précipitation, ce qui prouve encore qu'elle ne lui a pas
+été remise avant son départ de Londres.
+
+»Il aurait été dans les formes que M. le général Belliard en prît
+communication avant qu'elle fût adressée au gouvernement belge, et la
+manière dont lord Ponsonby s'était exprimé ici sur le général Belliard
+ne faisait pas prévoir qu'une telle omission pût avoir lieu; cependant
+elle peut jusqu'à un certain point s'expliquer, parce que cette lettre
+était une _lettre particulière_.
+
+»Nous voyons, par les informations qui parviennent ici de Bruxelles
+et que M. le général Belliard rend plus précises et plus intéressantes
+par les lettres qu'il veut bien m'écrire, que le prince Léopold est au
+moment d'être élu souverain de la Belgique, mais que le congrès mettra
+à son élection les mêmes conditions qu'à celle de M. le duc de
+Nemours; qu'en outre, s'il donne une sorte d'adhésion aux bases de la
+séparation, ce ne sera que d'une manière très indirecte, et sans
+prononcer le mot de protocole; enfin, que le congrès ne renonce pas à
+ses prétentions sur Venloo, Maëstricht, et sur le Limbourg.
+
+»Il est à craindre qu'en suivant cette marche, les Belges ne
+s'écartent du but qu'ils veulent atteindre et qu'ils n'éprouvent de
+grandes difficultés pour déterminer le prince Léopold à accepter la
+couronne qu'ils ont l'intention de lui offrir; on peut avoir cette
+opinion d'après les réponses qu'il a faites aux députés qui sont venus
+à Londres.
+
+»Au reste, il n'y a de difficultés sérieuses que pour Maëstricht et
+Venloo; car si, comme les Belges l'annoncent, ils étaient possesseurs
+avant 1790 des cinq sixièmes du Limbourg, et si cinquante-quatre
+communes disséminées dans cette province seulement appartenaient à la
+Hollande, ce sont des faits que pourront facilement vérifier les
+commissaires démarcateurs. Il semble que des droits aussi bien établis
+qu'ils paraissent l'être aux yeux des Belges, ne devraient pas arrêter
+leur adhésion aux bases de la séparation, d'autant plus que le
+protocole du 20 janvier pose un principe d'échange qui s'appliquera
+nécessairement aux communes hollandaises qui forment des enclaves.
+
+»Quant à l'idée de placer dans Maëstricht une garnison mixte ou une
+garnison étrangère, je ne pense pas qu'elle soit jamais adoptée. La
+prétention de souveraineté de la Belgique sur Maëstricht est bien
+nouvelle; celle de la Hollande bien ancienne, car elle date du traité
+de Munster[221]; et il y aurait d'ailleurs de graves inconvénients à
+mettre des troupes hanovriennes dans cette place, comme M. le général
+Belliard l'avait proposé.
+
+ [221] Maëstricht avait été prise en 1642 par le prince
+ Henri-Frédéric de Nassau, qui, en 1648, la céda à la Hollande.
+ Celle-ci la conserva toujours depuis, malgré une revendication
+ formulée en 1784 par l'empereur Joseph II.
+
+»Ainsi, monsieur le comte, les affaires de la Belgique présentent
+toujours des difficultés sérieuses. Cependant la majorité qui se
+prononce dans le congrès en faveur du prince Léopold, annonce qu'on
+sent en Belgique le besoin de faire cesser l'état pénible où se trouve
+le pays; mais l'obstination des Belges à ne pas adhérer ouvertement
+aux bases de la séparation et à ne céder sur aucune de leurs
+prétentions peut amener les fâcheux résultats que nous avons depuis
+longtemps cherché à prévenir. Je suis porté à croire que les mesures
+indiquées à la fin de votre dépêche, combinées avec le départ de lord
+Ponsonby et le rappel de M. le général Belliard, pourront être la
+meilleure voie à suivre pour sortir d'une situation si fatigante et si
+opposée aux vues conciliantes et pacifiques des principaux États de
+l'Europe.
+
+»Telle est l'opinion qu'expriment les membres de la conférence que
+j'ai vus en particulier, en l'absence des ministres qui sont aux
+courses d'Ascott...»
+
+
+ «Londres, le 4 juin 1831.
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2
+de ce mois; elle montre combien le gouvernement du roi s'attache à
+observer avec ponctualité les dispositions adoptées par la conférence
+relativement aux affaires de Belgique. Je mettrai ici beaucoup de soin
+à faire envisager la prolongation de délai accordée aux Belges, par le
+général Belliard, comme une détermination qui lui est purement
+personnelle. Je dois supposer qu'il se sera concerté sur ce point avec
+lord Ponsonby, puisque ses instructions le lui prescrivaient.
+Cependant, j'ai quelque inquiétude à cet égard parce que le général
+Belliard, en m'annonçant qu'il prenait sur lui de retarder jusqu'au 10
+de ce mois, le délai qui était fixé au 1er, ajoutait: «Je pense que
+lord Ponsonby sera de mon avis.»
+
+»Je suis fâché du retard qu'on a mis à l'exécution des ordres que vous
+et la conférence aviez donnés, parce que cela nous prive de l'effet
+probable qui aurait été produit par le départ des agents français et
+anglais. Les réflexions que leur éloignement aurait fait faire aux
+Belges auraient pu contribuer à les faire rentrer dans leurs vrais
+intérêts au lieu qu'aujourd'hui ils croiront plus difficilement aux
+menaces...
+
+»On vient de recevoir ici des nouvelles de Lisbonne à la date du 26
+mai; je vous les transmets parce qu'il serait possible que le bateau à
+vapeur qui les a apportées à Portsmouth ne fût pas chargé de dépêches
+pour votre département ou pour celui de la marine. »L'escadre
+française a pris trois bâtiments portugais; le commandant a fait
+prévenir le commerce par l'intermédiaire de M. Hoppner, consul
+anglais, qu'il n'avait pas l'ordre de bloquer Lisbonne, mais qu'il
+exercerait des représailles envers tous les bâtiments portugais qu'il
+rencontrerait en mer. Un embargo a été mis par dom Miguel, sur les
+navires portugais qui se trouvaient dans le port de Lisbonne; les
+neutres n'éprouvent aucun obstacle pour en sortir. Ces nouvelles ne
+viennent pas du gouvernement, mais du commerce anglais...»
+
+Il faut que j'interrompe encore ici la série de mes dépêches pour
+indiquer la nature et la cause des nouveaux embarras qui étaient venus
+entraver les négociations de la conférence avec le congrès belge.
+
+Lord Ponsonby, chargé des pouvoirs de la conférence, dans le but, sans
+doute, d'effrayer les Belges, avait commis la faute d'annoncer dans
+une _lettre particulière_ adressée par lui à M. Lebeau, ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles que si le congrès élisait le prince
+Léopold, aux conditions imposées par la conférence, le grand-duché de
+Luxembourg serait cédé à la Belgique; mais que, dans le cas contraire,
+les puissances étaient décidées à partager la Belgique. Je n'ai pas
+besoin de dire qu'il n'avait jamais été question dans le sein de la
+conférence, d'une pareille alternative. Le général Belliard, de son
+côté, dominé par les intrigues qui venaient de Paris, avait eu la
+faiblesse d'accorder, de son chef, une prolongation du délai fixé au
+congrès belge par la conférence, et de chercher avec les meneurs du
+congrès, des moyens d'échapper aux décisions de la conférence; c'est
+ainsi qu'il en était venu à l'étrange idée de proposer de laisser
+la ville de Maëstricht aux Belges, en plaçant une garnison hanovrienne
+dans cette forteresse qui était une possession hollandaise depuis la
+paix de Westphalie. On a vu, par mes dépêches, l'effet que toutes ces
+fausses démarches avaient produit sur la conférence.
+
+Je ne me bornai donc pas à mes dépêches, et j'écrivis directement à M.
+Casimir Périer qui me répondit à ce sujet.
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 2 juin 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je n'ai que le temps de répondre deux mots à la lettre que vous
+m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30 mai, ayant hâte de les joindre
+aux dépêches dont est chargé le courrier que vous expédie le ministre
+des affaires étrangères.
+
+»Vous verrez par ces dépêches, mon prince, que le gouvernement n'a
+modifié en rien ses principes sur les affaires belges, ni sa manière
+d'envisager les questions graves qui font l'objet de votre lettre, et
+que les instructions qui avaient été données au général Belliard sont,
+en tout, identiques avec l'esprit dans lequel vous avez concouru aux
+délibérations de la conférence.
+
+»Le général Belliard, ainsi que vous l'avez pressenti, aurait dépassé
+la mesure de ses instructions dans ses rapports à ce sujet avec le
+gouvernement belge. Le ministre des affaires étrangères lui adresse le
+juste blâme qu'il avait encouru par une telle imprudence[222].
+C'est une preuve de plus de la difficulté de fonder un pouvoir, qu'il
+s'agisse des hommes élevés ou des petits.
+
+ [222] _Le général Sébastiani au général Belliard._
+
+ ... J'apprends avec la plus vive surprise que vous avez cru
+ pouvoir prendre sur vous de prolonger de dix jours le délai que la
+ conférence avait accordé aux Belges pour adhérer à ses résolutions
+ et qu'elle avait fixé au 1er de ce mois. Cette démarche m'a paru
+ d'autant plus extraordinaire que vos instructions souvent
+ renouvelées vous prescrivent d'appuyer les démarches du
+ représentant de la conférence. Ma lettre du 31 mai vous prescrit
+ de quitter Bruxelles en même temps que lord Ponsonby si le refus
+ des Belges d'adhérer aux décisions de la conférence lui en
+ imposait la nécessité. Je m'empresse de vous renouveler cet ordre
+ de la manière la plus positive, et si, lorsque cette dépêche vous
+ parviendra, l'obstination des Belges avait obligé lord Ponsonby à
+ se retirer, vous devrez quitter aussi Bruxelles immédiatement et
+ sans adresser au gouvernement belge aucune espèce de communication
+ écrite.»
+
+ Le général Belliard quitta Bruxelles le jour même de la réception
+ de cette dépêche, c'est-à-dire le 11 juin; le ministre belge, sur
+ l'injonction du congrès, venait en effet, au lieu d'adhérer au
+ protocole de la conférence, d'ouvrir de nouvelles négociations.
+
+»Je répondrai demain à la partie de votre lettre relative aux moyens
+d'amener absolument le gouvernement belge à souscrire aux actes de la
+conférence, moyens sur lesquels vous avez besoin, me dites-vous, de
+connaître toute ma pensée...»
+
+
+ «Paris, le 5 juin 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Les dépêches que vous adresse le ministre des affaires étrangères,
+par le courrier porteur de ma lettre, satisfont entièrement, et de la
+manière la plus explicite, aux différentes questions sur lesquelles
+vous désiriez être fixé.
+
+»Vous y verrez, mon prince, que la pensée qui a présidé à notre
+approbation du protocole numéro 22 est toujours et entièrement la
+même; que notre détermination sur la nécessité de l'emploi des moyens
+qui y sont précisés, pour amener le gouvernement belge à souscrire aux
+délibérations de la conférence contenues dans ce protocole, n'a
+éprouvé aucun changement, et qu'enfin les instructions données au
+général Belliard d'après lesquelles, dans un cas donné, il devrait se
+retirer ainsi que lord Ponsonby, sont dans le même sens et tout à fait
+identiques.
+
+»Vous sentez toutefois que, si malheureusement l'emploi du dernier des
+moyens arrêtés par le protocole, l'entrée des troupes de la
+Confédération germanique dans le Luxembourg, pouvait devenir
+nécessaire, nous attendrons de votre prudence si éclairée, ainsi que
+vous le mandent les dépêches, qu'à raison de l'influence d'une telle
+mesure sur l'opinion publique en France, vous vouliez bien diriger
+votre concours aux délibérations de la conférence sur l'emploi des
+forces militaires, de manière à nous donner les moyens de juger,
+suivant les circonstances, ce qui serait le plus propre à atteindre un
+but que nous voulons entièrement d'ailleurs. Cette observation ne
+répond nullement, mon prince, à une modification que nos
+déterminations auraient subie, mais a pour objet seulement de prévenir
+des difficultés qui pourraient nous empêcher d'arriver plus sûrement
+au but.
+
+»Les choses sont graves, il ne faut pas se le dissimuler, mais on peut
+espérer que l'élection du prince de Saxe-Cobourg, dont les dépêches
+vous portent la nouvelle, aidera à améliorer la situation
+embarrassante où nous nous trouvons. Nous ne pouvons toutefois rien
+dire encore à ce sujet, puisque, n'ayant jusqu'à ce moment, qu'une
+dépêche télégraphique, nous ignorons quelles conditions ont pu être
+mises à l'élection du prince.
+
+»Le roi part demain pour un assez long voyage, ainsi que vous l'aurez
+appris par les journaux. Ce voyage politique servira, comme le
+premier, à resserrer les liens qui unissent la France au souverain
+qu'elle s'est donné; mais il place cependant le gouvernement dans une
+situation plus difficile relativement aux événements de l'extérieur,
+puisqu'il nous prive, pendant son absence, du haut appui et des
+lumières de Sa Majesté. C'est encore cette circonstance qui motive le
+désir dont je vous entretiens précédemment.
+
+»Dans ma première lettre, je prendrai, mon prince, la liberté de vous
+entretenir de notre situation intérieure qui semble s'améliorer sous
+beaucoup de rapports, mais qui laisse entrevoir à ceux qui sont à la
+tête des affaires des difficultés innombrables encore. Depuis
+cinquante ans, nous avons cherché à faire de la liberté; le problème à
+résoudre aujourd'hui, c'est de découvrir les moyens de fonder un
+pouvoir qui puisse se concilier avec les exigences de ceux qui veulent
+la liberté et qui la comprennent si peu...»
+
+
+Ces lettres de M. Casimir Périer me donnaient des motifs assez
+rassurants de pouvoir compter sur son ferme concours, mais je n'avais
+pas affaire qu'à lui seul; je sentais toujours à Paris un foyer
+d'intrigues, d'où, à l'aide de perfides insinuations, on cherchait à
+entraver ma marche. Ainsi, un journal, _le Courrier français_,
+patronné par le général Sébastiani, osait avancer que c'était moi qui
+avais inspiré la lettre inconvenante de lord Ponsonby à M. Lebeau,
+tandis que c'était par Paris que j'en avais eu connaissance et qu'elle
+avait été sévèrement blâmée par la conférence. Je ne sais jusqu'à quel
+point le général Sébastiani autorisait tout cela, et je suis porté à
+croire qu'il était au moins autant dupe que meneur de l'intrigue
+bonapartiste qui avait ses représentants autour du roi et de ses
+ministres.
+
+Le duc de Dalberg m'écrivait encore à cette époque:
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, 5 juin 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je ne sais rien du _congrès_ que ce qu'en disent les journaux. A mon
+avis, il ne conduirait à rien qu'à embrouiller les affaires et à finir
+par la guerre. Le véritable _congrès_ est à Londres. Qu'on y reste
+d'accord; qu'on ne fasse pas de nouvelles intrigues ici, et nous
+garderons la paix; sinon,--non!
+
+»La coalition est entière; et on se trompe si on croit ici que les
+_voltigeurs de l'empire_ ramèneront les victoires de Bonaparte. Le
+goût que Louis-Philippe a pour ces gens est inexplicable. Le duc de
+Rovigo dit qu'il a sa parole pour aller comme ambassadeur à
+Constantinople. Je sais qu'au conseil Sébastiani et Soult le
+soutiennent et que les autres ministres le repoussent comme une
+insulte que l'on ferait à l'Europe. C'est dans ce sens que j'en ai
+parlé à l'un d'eux. Le roi peut-il oublier la catastrophe du duc
+d'Enghien, et les négociations d'Espagne, et tant d'autres faits? Si
+on le nomme à la Chambre des pairs, je me demande si un galant homme
+peut y rester.
+
+»La question de l'hérédité de la pairie perd tous les jours des
+appuis. La fureur de l'égalité tourmente tellement les esprits qu'on a
+manqué avoir une émeute parce que l'administration des musées a donné
+des billets qui servent à d'autres heures qu'à celles où la foule
+rend impossible de se tenir dans les galeries. Pauvre pays! Restez à
+Londres.....»
+
+Ce dernier conseil de Dalberg était très bon et je ne l'avais pas
+attendu pour me décider à rester à Londres aussi longtemps qu'il me
+serait possible d'y être utile et d'assurer le maintien de la paix, de
+cette paix qui semblait toujours fuir devant nous au moment où nous
+croyions l'atteindre. C'était alors les Belges qui, par leurs folles
+prétentions, menaçaient de compromettre le prix de nos efforts. Ceci
+me ramène à la suite de mes dépêches adressées à Paris[223].
+
+ [223] Les dépêches qui vont suivre jusqu'à la page 236 sont des
+ dépêches officielles au département et ont déjà été publiées.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.
+
+ «Londres, le 6 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Un courrier anglais, expédié de Bruxelles, a apporté cette nuit une
+lettre par laquelle M. le général Belliard m'annonce que, dans la
+séance du 4, le congrès a élu le prince Léopold de Saxe-Cobourg roi de
+la Belgique, à la majorité de cent cinquante-cinq voix contre
+quarante-quatre, et qu'une députation de dix membres, présidée par M.
+de Gerlache, allait se rendre à Londres pour porter au prince le
+résultat de cette délibération.
+
+»Si, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le mander dans ma lettre du
+4, les agents français et anglais avaient quitté Bruxelles le 1er
+juin, ainsi que le leur prescrivaient les instructions de leurs
+gouvernements et celles de la conférence, cette détermination aurait
+probablement produit sur les Belges un effet moral tel qu'il aurait pu
+dispenser de l'emploi de la force; mais nous sommes entrés maintenant
+dans un autre ordre de faits qui exige l'examen d'autres questions.
+
+»Les nouvelles de Belgique qui avaient été reçues depuis quelques
+jours et l'arrivée du courrier de cette nuit ont donné lieu à une
+conférence. La conduite de lord Ponsonby dont, au surplus, les bonnes
+intentions ne sont pas mises en doute, a été unanimement blâmée, comme
+étant en opposition avec ses instructions, et son rappel immédiat a
+été décidé[224]. Je joins ici copie de la lettre qui lui est envoyée
+par un courrier qui partira dans quelques heures; elle n'indique pas
+les motifs de son rappel, parce que la conférence a pensé qu'en les
+laissant dans le vague, ils produiraient plus d'effet et que chaque
+parti pourrait leur donner une interprétation particulière[225].
+
+ [224] Lord Ponsonby avait refusé de présenter au gouvernement
+ belge le protocole du 10 mai (nº 23) qui fixait au 1er juin le
+ dernier délai accordé aux Belges pour accepter les limites
+ imposées par la conférence. On se rappelle en outre la lettre
+ singulière qu'il avait écrite à M. Lebeau.
+
+ [225] Variante: _lui attribuer une cause particulière_.
+
+»Les vues qui unissent si intimement la France aux résolutions des
+autres puissances, et les instructions qui, récemment encore, viennent
+d'être transmises au général Belliard, ne permettent pas de douter
+qu'il quittera Bruxelles en même temps que lord Ponsonby. Quant à M.
+Lehon[226], qui se trouve probablement à Paris en ce moment, je
+crois devoir vous faire observer que son gouvernement ayant donné à
+celui du roi de justes motifs de mécontentement, il ne paraît pas
+possible qu'il reste en France après le départ du général Belliard.
+J'ajouterai, au surplus, que le protocole numéro 22, qui avait eu à
+prévoir une partie des événements qui se réalisent aujourd'hui[227], a
+déclaré que dans le cas où lord Ponsonby serait forcé, par la conduite
+des Belges, à quitter Bruxelles, leur envoyé qui se trouve à
+Londres[228] serait engagé à partir sans nul retard. Lord Palmerston
+en a fait la demande ce matin[229].
+
+ [226] Charles, comte Lehon, né en 1792, fut d'abord avocat à
+ Liège, puis député de cette ville aux États généraux des
+ Pays-Bas. En 1831, il fit partie de la députation chargée d'aller
+ offrir la couronne au duc de Nemours, et fut peu après nommé
+ ministre à Paris. Il conserva ce poste jusqu'en 1852, revint
+ alors en Belgique et fut nommé député. Il mourut en 1868.
+
+ [227] Voir ce protocole, page 149.
+
+ [228] Variante: _Paris_.
+
+ [229] Variante: _Je dois vous faire connaître au reste que lord
+ Palmerston_.
+
+»La conférence a passé ensuite à l'examen des mesures que la position
+prise par les puissances vis-à-vis de la Belgique pourrait les mettre
+dans la nécessité d'adopter; mais les plénipotentiaires ont jugé
+d'abord qu'il était indispensable de connaître les intentions du
+gouvernement du roi sur différents points que je vais avoir l'honneur
+de vous indiquer, et sur lesquels je vous prie de vouloir bien me
+donner des réponses dans le plus court délai possible.
+
+»Le premier de ces points, ou la première question, a pour objet de
+savoir quelles sont les mesures coercitives que le gouvernement de Sa
+Majesté peut adopter à l'égard des Belges, sans qu'elles offrent pour
+lui des inconvénients.
+
+»_Deuxième question._--Ces mesures consisteront-elles à faire sortir
+des troupes hors du territoire français, ou à réunir des forces sur la
+frontière de la France?
+
+»A cet égard, je crois devoir faire observer que dans mon opinion, il
+suffirait de rassembler des forces sur notre frontière: d'abord, parce
+que des troupes ainsi réunies peuvent toujours entrer, s'il est
+nécessaire, sur le territoire voisin, et parce qu'ensuite leur seule
+présence peut produire l'effet qu'on chercherait à obtenir.
+J'ajouterai que ces troupes devraient être des troupes de choix
+placées sous le commandement d'un chef ferme et prudent.
+
+»_Troisième question._--Une escadre française prendra-t-elle part au
+blocus des côtes et ports de la Belgique?
+
+»Il me semble que si les puissances se décident pour ce blocus, il est
+convenable que la France y prenne part, et que ses forces agissent de
+concert avec celles de l'Angleterre. Je crois pouvoir vous rappeler
+que vous aviez eu l'idée de faire concourir ainsi les forces maritimes
+des deux nations, à l'époque où il s'agissait de faire lever le blocus
+d'Anvers à l'escadre hollandaise.
+
+»Les réponses que vous voudrez bien faire à ces différentes questions
+me mettront à portée de satisfaire aux demandes que la conférence
+pourra m'adresser. Il existe entre les puissances un parfait accord de
+vues et de dispositions, parce qu'elles veulent toutes se maintenir
+dans la même position et remplir des engagements qui leur sont
+communs, parce que la France, l'Angleterre et la Prusse, plus
+spécialement appelées par leur situation à exécuter ces engagements
+réciproquement obligatoires, tiennent à mettre en parfaite harmonie
+leurs déterminations.
+
+»Il y a ici un agent de dom Miguel, qui est venu prier le gouvernement
+anglais de s'interposer dans ses différends avec la France. Il lui a
+été répondu que le gouvernement ne voulait pas intervenir dans cette
+discussion, mais que s'il avait un conseil à donner au
+gouvernement du Portugal, c'était de céder aux demandes de la France.
+Les choses en sont restées là...»
+
+
+ «Londres, le 7 juin 1831.
+
+»Les ministres de Hollande à Londres ont adressé à lord Palmerston
+deux notes: l'une, pour demander quelle était la résolution prise par
+les Belges à l'expiration du délai qui leur avait été accordé pour se
+prononcer sur les bases de la séparation; l'autre, pour se plaindre de
+la lettre adressée par lord Ponsonby à M. Lebeau, ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles. Ces deux notes ayant été communiquées
+à la conférence, il a été résolu qu'il y serait répondu. J'ai
+l'honneur de vous envoyer des copies de ces différentes pièces
+auxquelles j'en joins une du protocole numéro 25 relatif au rappel de
+lord Ponsonby.
+
+»Vous verrez par les réponses de la conférence aux notes des ministres
+de Hollande, qu'elles ont pour but de maintenir le roi Guillaume dans
+la ligne de modération dont il ne s'est pas encore écarté, de calmer
+l'irritation que lui causent la conduite et les prétentions des
+Belges, et de lui donner sur le projet de cession, à titre onéreux, du
+Luxembourg, des explications satisfaisantes. Nous avons lieu d'espérer
+que ces notes produiront à La Haye l'effet qu'on s'en promet ici et
+qu'elles empêcheront, de la part des Hollandais, toute espèce
+d'agression.
+
+»Il a été convenu en même temps que les ministres des cinq puissances
+écriraient aux représentants de leurs cours à La Haye une lettre dont
+j'ai l'honneur de vous transmettre les bases, et qui a pour but de
+faire arriver au roi de Hollande, avec ensemble et d'une manière
+uniforme, les observations et les considérations qui paraissent de
+nature à le rassurer sur les dispositions des puissances et sur le
+maintien de ses droits. Je pense que le gouvernement du roi jugera
+utile d'envoyer à M. le baron de Mareuil des instructions puisées dans
+ces documents.
+
+»Je viens de recevoir la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 5. J'ai lieu de croire que, lors de l'expédition de cette
+dépêche, vous n'aviez pas une connaissance entière de l'acte qui nomme
+le prince Léopold, roi de la Belgique. Comme on veut l'astreindre à
+jurer l'intégrité d'un territoire qui n'est pas encore déterminé et
+auquel les Belges ajoutent même des villes qu'ils ne possèdent
+pas[230], j'ai peu de doute sur la détermination que prendra le prince
+Léopold, et je pense qu'elle sera conforme à ce qu'il a toujours
+répondu aux députés belges qui sont venus ici s'assurer de ses
+dispositions.
+
+ [230] Variante: On veut l'astreindre à juger l'intégrité d'un
+ territoire qui n'est pas encore _régulièrement_ déterminé, _et
+ qui dans les idées des Belges doit s'étendre à_ des villes qu'ils
+ ne possèdent _même_ pas. _J'ai peu de doute..._
+
+»Les Belges auraient dû comprendre que la première chose qu'ils
+avaient à faire était d'accéder aux bases de leur séparation avec la
+Hollande; et je remarque dans la lettre du chargé d'affaires de France
+à Berlin, _dont vous m'avez envoyé copie_[231], que ma manière de voir
+sur ce point est aussi celle du cabinet prussien, car M. de Bernstorff
+lui a dit que pour atteindre le but que se proposaient les puissances,
+il était nécessaire qu'elles fissent reconnaître préalablement aux
+Belges l'obligation de se conformer au protocole qui a fixé les
+limites de leur territoire. Tous les cabinets envisagent cette
+question sous le même point de vue.
+
+ [231] Supprimé dans le texte des archives.
+
+»Quant aux arrangements pour le Limbourg, ils peuvent suivre, mais ils
+ne peuvent précéder la reconnaissance des limites. Les projets que M.
+le général Belliard vous a communiqués, et sur lesquels il m'a écrit
+aussi, ont été présentés ici dès longtemps par les Belges, mais sans
+succès[232].
+
+ [232] Variante: _et n'ont obtenu_ aucun succès.
+
+Vous aurez vu par ma lettre d'hier que les dispositions que le
+gouvernement du roi pourra prendre, doivent être calculées d'après ses
+convenances intérieures; j'ai la certitude qu'il lui sera offert, sur
+ce point, toutes les facilités qu'il pourra désirer.
+
+»Vous verrez, par les pièces dont j'ai l'honneur de vous envoyer des
+copies, que personne ici ne doute du rappel du général Belliard que
+vous m'avez autorisé à annoncer comme une conséquence du rappel de
+lord Ponsonby...»
+
+
+ «Londres, le 9 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Vous m'avez fait l'honneur de me mander, par votre dépêche du 5, que
+le gouvernement du roi désirerait que la place de Luxembourg cessât
+d'être place fédérale et fût démantelée; et vous ajoutez que les soins
+de cette négociation me sont confiés.
+
+»Je sens toute l'importance de cette affaire, mais je ne pense pas
+qu'elle puisse se traiter à Londres, parce qu'elle tient aux intérêts
+particuliers de la Confédération germanique et qu'elle est étrangère
+aux questions que la conférence est appelée à examiner; elle n'a pas
+d'ailleurs de pouvoirs spéciaux de la Confédération germanique: à
+la vérité, deux de ses membres entretiennent avec elle des relations
+suivies et exercent quelque influence sur ses déterminations, mais ils
+n'ont pas de pouvoirs.
+
+»Je pense que cette négociation doit se suivre à Berlin ou à Paris, et
+je vois, par la lettre du chargé d'affaires de France dont une copie
+était jointe à votre dépêche, que le cabinet prussien paraît déjà
+disposé à donner son assentiment à la demande du gouvernement de Sa
+Majesté: c'est un motif de plus pour continuer de la traiter
+directement avec lui. M. de Bülow, avec qui je me suis entretenu en
+particulier de cette affaire, partage mon opinion et pense que c'est à
+Berlin qu'il convient d'en laisser la négociation.
+
+»Vous remarquerez sans doute, dans les pièces que j'ai eu l'honneur de
+vous transmettre avant hier, la manière dont la conférence repousse
+les allégations de quelques feuilles publiques qui ont cherché à faire
+penser qu'elle n'était pas étrangère à la lettre écrite par lord
+Ponsonby à M. Lebeau. La note adressée aux ministres de Hollande
+détruit toute espèce de doute à cet égard, s'il avait pu en exister.
+
+»Je n'ai pas dû faire connaître à M. le général Belliard les
+résolutions qui viennent d'être prises, parce que les explications
+donnent lieu à des interprétations et que, d'ailleurs, ce n'était que
+de vous qu'il pouvait recevoir des ordres.
+
+»La députation belge qui est chargée d'offrir la couronne au prince
+Léopold est arrivée hier soir à Londres[233]: deux commissaires,
+MM. Devaux et Nothomb[234], sont arrivés en même temps; ils ont vu le
+prince Léopold et lui ont annoncé qu'ils avaient des pouvoirs, mais
+ils n'en ont pas fait connaître l'objet spécial. Si ces pouvoirs
+avaient de l'étendue, il serait possible qu'il y eût plus de facilité
+pour régler[235] les affaires de Belgique.
+
+ [233] Cette députation belge était composée de M. de Gerlache,
+ président, de MM. F. de Mérode, Van de Weyer, l'abbé de Foere,
+ d'Arschot, H. Villain XIV, Osy, Destauvelles, Duval de Beaulieu
+ et Thorn.
+
+ [234] Jean-Baptiste Nothomb, né en 1805, d'abord avocat à
+ Luxembourg et rédacteur politique au _Courrier des Pays-Bas_,
+ membre du comité de constitution en 1830, député au congrès où il
+ était l'un des chefs du parti français. Il devint secrétaire
+ général du ministère des affaires étrangères (février 1831), se
+ rendit à Londres après l'élection du roi Léopold et négocia le
+ traité des dix-huit articles. Il conserva ses fonctions aux
+ affaires étrangères jusqu'en 1836, fut alors nommé ministre des
+ travaux publics (1837-1840), ministre plénipotentiaire à
+ Francfort (1840), ministre de l'intérieur (1841), ministre des
+ affaires étrangères et président du conseil en 1843. Il quitta le
+ pouvoir en 1845 et fut plus tard chargé de diverses missions
+ diplomatiques en Allemagne.
+
+ [235] Variante: ... _ils pourraient donner de la facilité à
+ l'arrangement des_ affaires de Belgique.
+
+»La conduite du prince Léopold est simple et convenable; il acceptera
+probablement les offres des Belges, si les pouvoirs des deux
+commissaires belges sont de nature à amener des résultats
+satisfaisants. Ces pouvoirs n'ont pas été communiqués aux membres de
+la députation[236]. Dans une conversation que j'ai eue hier avec le
+prince Léopold, il a annoncé le désir, si les choses s'arrangeaient,
+que le général Belliard fût envoyé auprès de lui.
+
+ [236] Variante: _Les commissaires n'ont pas communiqué ces
+ pouvoirs aux membres..._
+
+»On a appris ici, par un bâtiment de commerce venant du Brésil, que
+l'empereur dom Pedro, n'ayant pu comprimer les efforts d'un parti qui
+se donne le nom de parti national, s'était vu dans la nécessité de
+quitter Rio de Janeiro avec l'impératrice et presque toute sa
+famille. On ajoute qu'il a abdiqué en faveur de son fils, mais on ne
+sait pas dans quelles mains il l'a confié. Il paraît que l'empereur
+s'est embarqué pour l'Angleterre.
+
+»Cette révolution peut avoir de l'influence sur les affaires de
+Portugal: elle donne ici de l'inquiétude au commerce anglais qui a des
+intérêts considérables au Brésil, et les fonds publics en ont éprouvé
+quelque baisse.
+
+»On a reçu à Londres des nouvelles de Portugal en date du 29 mai;
+elles annoncent que le commandant de l'escadre française avait établi,
+devant le port de Lisbonne, un blocus, mais seulement pour les
+bâtiments portugais. Il paraît que le gouvernement de dom Miguel,
+devant renoncer à l'espoir d'obtenir la médiation de l'Angleterre dans
+ses différends avec la France, a maintenant l'intention de réclamer la
+médiation de l'Espagne.
+
+»Il y a des mouvements populaires assez sérieux dans le Yorkshire et
+le Northumberland. Le ministère prend des mesures pour les
+réprimer[237].
+
+ [237] C'étaient des émeutes locales dues à la surexcitation
+ produite par les élections.
+
+»_P. S._--Depuis que cette lettre est écrite, j'apprends que la
+révolution de Rio de Janeiro a éclaté le 7 avril, par suite du refus
+formel de l'empereur de renvoyer son ministère. Le 8, il s'est rendu à
+bord de la frégate anglaise _Warspite_, d'où il a signé un acte
+d'abdication en faveur de son fils et nommé un conseil de régence. Cet
+acte a été publié à Rio de Janeiro le 9, et le même jour, dom Pedro,
+accompagné de l'impératrice, de sa fille et de quelques autres
+personnes, s'est rendu à bord de la frégate anglaise _Volage_,
+devant faire route pour Portsmouth. On assure qu'on s'attendait à ce
+que le conseil de régence ne pourrait pas se maintenir, et qu'une
+union fédérale ou une république serait proclamée quelques jours
+après...»
+
+
+ «Londres, le 12 juin 1831.
+
+»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9
+de ce mois, et je me suis pénétré des instructions qu'elle contient...
+
+»Ici, il n'y a encore rien de décidé. Le prince Léopold[238] met une
+sage lenteur avant de donner une réponse qui doit, en effet, avoir un
+caractère de mûre réflexion. Les députés belges paraissent toujours
+satisfaits de ses manières, de sa franchise, et ils placent beaucoup
+d'espérance dans leur futur souverain; mais jusqu'ici ils n'ont fait
+aucune concession sur les points qui sont l'objet des difficultés.
+
+ [238] Variante: _Enfin, monsieur le comte_, il n'y a encore rien
+ de décidé _et vous voyez que le prince Léopold..._
+
+»En réfléchissant aux intérêts généraux que cette époque-ci peut faire
+naître, n'est-on pas amené à penser qu'il pourrait être utile que la
+France et l'Angleterre garantissent, par un traité spécial,
+l'existence de la Belgique, lorsqu'elle sera constituée et placée dans
+des limites certaines et reconnues? J'ai plusieurs fois examiné cette
+question, et il m'a semblé qu'on pourrait trouver dans les motifs de
+ce traité les moyens d'étendre ses stipulations à de plus hauts
+intérêts qui contribueraient à la grandeur de la France en assurant la
+tranquillité de l'Europe.»
+
+
+ «Londres, le 13 juin 1831.
+
+»J'ai reçu ce matin votre dépêche télégraphique du 11, qui confirme
+celles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 et le 9.
+
+»Vous pensez que la conférence a trop précipité l'application des
+mesures qu'elle a prises, et qu'elle a trop perdu de vue les
+modifications que des circonstances récentes devaient apporter à sa
+marche.
+
+»Ces observations ne me paraissent pas fondées et je crois pouvoir y
+répondre en vous priant de remarquer que la conférence, chargée
+essentiellement de veiller au maintien de la paix, n'a pas dû
+concentrer son attention sur la Belgique seulement; la Hollande
+exigeait aussi une grande surveillance, surtout quand il règne dans ce
+pays une irritation telle que la plus légère circonstance peut donner
+lieu aux plus fâcheuses résolutions. Il était donc nécessaire de
+chercher à calmer et l'irritation belge et l'irritation hollandaise;
+car il fallait empêcher que la collision que nous nous attachons à
+prévenir vînt d'un de ces deux côtés.
+
+»Ce sont ces considérations qui m'ont dirigé depuis que la conférence
+a été informée du refus opiniâtre des Belges d'adhérer aux bases de la
+séparation, refus qui animait si vivement les Hollandais et leur
+gouvernement. Je pense que les réponses qu'ont reçues leurs
+plénipotentiaires ici auront produit à La Haye l'effet qu'on s'en
+promettait, et, par conséquent, on aura encore retardé de quelques
+moments les motifs de trouble et d'hostilité.
+
+»Les difficultés que nous rencontrons ici, en Belgique et en Hollande
+proviennent, d'un côté, du cabinet de La Haye, qui veut engager les
+puissances à la guerre, et, de l'autre, du cabinet russe, qui a pour
+but de détourner l'attention des puissances en la portant forcément
+sur les affaires de l'ouest de l'Europe. Mon langage à la conférence
+est toujours celui-ci: «Nous ne voulons pas la guerre, mais nous
+sommes prêts à la faire et nous ne la craignons pas.» Je crois, du
+reste, que le gouvernement belge n'a pas de projet arrêté, et qu'il
+cherche à nous susciter des embarras pour voir s'il ne pourra pas en
+résulter pour lui quelque chose de favorable.
+
+»Dans cette situation des choses, je vois chaque jour le prince
+Léopold ainsi que les ministres anglais, parce que je suis convaincu
+que c'est là que nous pourrons trouver analogie de vues et d'intérêts.
+
+»En définitive, mon opinion est qu'il n'y aura pas nécessité de
+recourir aux mesures militaires pour lesquelles je vous ai invité à
+vous préparer. Il faut être prêt; mais je pense que par des moyens
+d'adoucissement et de conciliation nous parviendrons, sans qu'il y ait
+un coup de fusil tiré, à sortir de l'embarras où nous sommes en ce
+moment. Ceci est mon opinion positive...»
+
+
+ «Londres, le 14 juin 1831.
+
+»Avant son départ de Bruxelles, M. le général Belliard m'a mandé
+qu'une proposition allait être faite au congrès, tendant à ce qu'un
+commissaire belge et un commissaire hollandais se rendissent à Londres
+pour y traiter les questions de limites. Il paraissait croire que
+cette proposition serait admise.
+
+»Elle pourrait avoir un heureux résultat si les commissaires avaient
+des pleins pouvoirs et si les arrangements qu'ils régleraient ne
+devaient pas être soumis au congrès; mais vous sentez que, dans le cas
+contraire, ce ne pourraient être que des stipulations provisoires
+contre lesquelles le congrès pourrait protester.
+
+»Le prince Léopold a vu aujourd'hui les députés belges; chaque jour
+ils font quelques pas.
+
+»Le ministère anglais, en m'entretenant du désir qu'il aurait de
+reprendre bientôt les affaires de la Grèce, m'a donné à entendre qu'il
+pourrait être convenable de placer le prince Frédéric de Nassau,
+second fils du roi des Pays-Bas, sur le trône de Grèce, au lieu d'y
+appeler le prince Othon de Bavière. J'ai dû décliner cette proposition
+en faisant observer que, dans mon opinion, ce serait nommer un prince
+russe et que j'étais autorisé à le penser, d'après l'intérêt que
+depuis six mois la cour de Pétersbourg témoignait à la maison de
+Nassau...»
+
+
+ «Londres, le 15 juin 1831.
+
+»... Vous aurez vu par mes lettres d'hier et d'avant-hier que les
+affaires de Belgique faisaient quelques progrès, quoiqu'aucun
+arrangement définitif ne puisse encore être regardé comme certain. Les
+plénipotentiaires du roi des Pays-Bas opposent de la résistance et
+augmentent les difficultés que nous avons à surmonter. Dans cette
+situation et malgré l'espérance que je conserve d'obtenir un bon
+résultat, je pense, monsieur le comte, que le gouvernement du roi doit
+se tenir prêt; mais _mon opinion_ est qu'il ne sera pas dans la
+nécessité d'agir.
+
+»J'ai eu l'honneur de vous mander que l'on se prononçait ici dans
+un sens tout à fait favorable aux Polonais et que l'on blâmait
+généralement la conduite tenue à leur égard en Gallicie. Le
+gouvernement anglais s'appuyant sur l'opinion des jurisconsultes de la
+couronne qui ont déclaré qu'il y avait eu, de la part de la cour
+d'Autriche, violation du droit des gens, a fait et fera encore des
+représentations à Vienne. Mais il agira particulièrement, et il n'y
+aura pas lieu de former à ce sujet aucun concert, puisque l'Angleterre
+est la seule puissance avec laquelle nous pourrions agir d'accord.
+Tout le monde ici apprendra avec satisfaction que le gouvernement du
+roi a employé ses bons offices, le premier, en faveur du général
+Dwernicki et des Polonais qu'il commandait[239], mais il ne faut pas
+s'attendre à de grands efforts, parce que le gouvernement anglais ne
+s'occupe jamais fortement que d'une affaire et que, dans ce moment, il
+est surchargé parce qu'il en a deux: la réforme et la Belgique.
+
+ [239] Joseph Dwernicki, général polonais, né en 1779, fit la
+ plupart des campagnes de l'empire dans les armées françaises, et
+ devint colonel en 1814. Il rentra en Pologne en 1815. Général en
+ 1830, il reçut le commandement d'un corps de l'armée
+ insurrectionnelle. D'abord vainqueur et chargé de diriger le
+ soulèvement de la Volhynie, il finit par être cerné et accablé
+ sous le nombre et se retira en Gallicie. Le gouvernement
+ autrichien le fit arrêter et traiter en prisonnier de guerre
+ ainsi que ses soldats. Il recouvra la liberté après la fin de la
+ guerre, se retira en France puis se fixa à Lemberg où il mourut
+ en 1859. C'est la conduite du gouvernement autrichien à cette
+ occasion qui avait provoqué l'intervention de la France et de
+ l'Angleterre.
+
+»Par cette raison, l'arrivée de l'empereur dom Pedro et de sa famille
+en Europe n'a produit que très peu de sensation, et je puis vous
+assurer que l'on ne forme sur cet événement aucune combinaison
+politique, mais on y reviendra et l'on s'en occupera plus tard...»
+
+
+ «Londres, le 16 juin 1831.
+
+»Nous continuons de négocier avec les députés et les commissaires
+belges. Le prince Léopold les voit; ils viennent habituellement chez
+moi et vont aussi chez les autres membres de la conférence, sur la
+bienveillance desquels ils ont des motifs pour compter; enfin, on se
+rapproche et on peut espérer qu'il résultera de ces dispositions
+conciliantes quelque arrangement; mais les nouvelles de Belgique,
+reçues aujourd'hui par le commerce, viennent augmenter nos embarras.
+Il se répand que les Belges ont, à Anvers, attaqué les Hollandais et
+que, maîtres du fort Saint-Laurent, ils ont engagé un feu très vif
+avec les bâtiments qui sont devant le port. Le général Chassé[240] a
+eu heureusement assez de modération pour ne pas faire tirer de la
+citadelle, mais les habitants d'Anvers, justement alarmés, ont envoyé
+en toute hâte une députation à Bruxelles. Le régent a expédié des
+ordres; le ministre de la guerre s'est rendu à Anvers; mais leur
+autorité méconnue n'a pu arrêter les Belges; et tout tendrait à
+prouver que le parti anarchiste, le parti de la guerre a pris le
+dessus.
+
+ [240] Le baron Chassé, général hollandais, né en 1765, avait
+ d'abord servi dans les armées françaises jusqu'en 1814. Il ne
+ revint en Hollande qu'en 1815. Il était gouverneur d'Anvers pour
+ le roi Guillaume en 1830. C'est lui qui, en 1832, défendit cette
+ ville contre les Français. Il mourut en 1849.
+
+»Vous concevez à combien d'observations très fondées cet incident va
+donner lieu de la part des plénipotentiaires hollandais qui
+m'assuraient encore hier au soir, de la manière la plus positive,
+qu'il n'y aurait aucune attaque de leur côté. En effet, si les
+nouvelles sont exactes, ce sont positivement les Belges qui sont
+agresseurs.
+
+»Cet événement rendra sans doute plus difficiles les arrangements
+auxquels nous travaillions depuis plusieurs jours, et on objectera
+avec avantage que, pendant que les Belges ont à Londres une députation
+chargée d'une mission toute pacifique, ils attaquent et ne tiennent
+aucun compte d'un armistice qui est cependant rigoureusement exigé par
+les puissances qui s'occupent d'assurer leur indépendance. Cette
+conduite est évidemment le résultat de tous les mouvements que se
+donnent les ennemis de l'ordre et de la paix qui, n'ayant pu embraser
+la France, cherchent à porter l'incendie en Belgique...»
+
+
+ «Londres, le 18 juin 1831.
+
+»J'ai reçu les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le
+13 et le 16 juin, ainsi qu'une dépêche télégraphique du 14 au soir.
+
+»Lorsque j'ai pensé qu'on pourrait faire avec l'Angleterre quelques
+arrangements d'elle à nous, relatifs à la Belgique, ce n'était en
+quelque sorte qu'à bout de voie, et pour le cas seulement où les
+arrangements auxquels nous travaillons maintenant n'auraient pu se
+réaliser; c'était enfin pour faire avec l'Angleterre ce que nous
+n'aurions pas pu faire avec les autres puissances; mais la marche que
+suit aujourd'hui la négociation nous dispense de recourir à cette
+combinaison, et il n'y a pas lieu de s'occuper davantage de l'idée que
+j'avais indiquée dans ma lettre du 12 de ce mois.
+
+»Les membres de la conférence se concertent avec le prince Léopold et
+avec les deux commissaires belges pour aplanir les obstacles
+qu'éprouve encore l'arrangement des affaires de Belgique,--obstacles
+qui tiennent toujours à la possession de Maëstricht et aux enclaves
+appartenant à la Hollande. Si les commissaires et les députés belges
+étaient, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander déjà, des hommes
+moins nouveaux dans les négociations, et plus familiarisés avec la
+manière dont on les suit dans les gouvernements anciennement
+constitués, ces difficultés seraient plus facilement surmontées;
+cependant, j'espère que nous parviendrons à un résultat passablement
+bon.
+
+»J'ai annoncé à lord Palmerston, d'après ce que vous m'avez fait
+l'honneur de me mander le 13, qu'à son arrivée à Lisbonne, M. le
+contre-amiral Roussin[241] se mettra en rapport avec le consul
+d'Angleterre afin de concerter des mesures pour protéger les personnes
+et les intérêts des sujets de Sa Majesté britannique. Lord Palmerston
+a paru très satisfait de cette disposition de notre gouvernement, qui
+répond d'avance aux observations que je vous ai adressées, le 16, sur
+les inquiétudes que concevait le commerce anglais...»
+
+ [241] Le baron Roussin, né en 1781, à Dijon, engagé dans la
+ flotte à douze ans, capitaine de vaisseau en 1815, contre-amiral
+ en 1822, commanda en 1828 l'expédition dirigée contre Rio et, en
+ 1831 fut mis à la tête de la flotte envoyée dans le Tage. Promu
+ vice-amiral, il devint en 1834 ambassadeur à Constantinople,
+ amiral en 1840, puis ministre de la marine en 1840 et 1843. Il
+ mourut en 1854.
+
+
+ «Londres, le 21 juin 1831[242].
+
+ [242] Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+ Pallain.
+
+»J'ai été invité hier par lord Palmerston à me rendre au Foreign
+Office pour y tenir, avec le plénipotentiaire russe, une conférence
+sur les affaires de la Grèce; j'y étais préparé par la dépêche que
+vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 de ce mois.
+
+»Lord Palmerston nous a entretenus des derniers troubles qui ont agité
+la Grèce, et des embarras qu'ils avaient apportés à l'administration
+du comte Capo d'Istria. Il a exprimé le désir que devaient éprouver
+les puissances de rétablir l'ordre dans ce malheureux pays, et a
+particulièrement insisté, ainsi que le fait le comte Capo d'Istria
+dans sa lettre au prince Soutzo[243], sur la nécessité, soit de
+garantir un emprunt en faveur de la Grèce, soit de lui donner de
+prompts secours en argent. J'ai décliné la première de ces
+propositions, en me servant des indications de votre lettre du 10
+juin, et en rappelant que la garantie, consentie par les puissances,
+ne l'avait été qu'à cause de l'acceptation du prince Léopold avec
+lequel seul les puissances avaient été engagées.
+
+ [243] Agent du gouvernement grec en France. Il fut l'année
+ suivante accrédité officiellement à Paris.
+
+»Quant à la question de secours en argent, j'ai cherché à faire
+comprendre qu'elle s'appliquait également à la renonciation du prince
+Léopold, et j'ai éludé d'y répondre, quoique le cas ne soit pas le
+même, puisque de pareils secours ont été accordés depuis cette
+renonciation.
+
+»La conférence n'a, du reste, rien résolu dans cette séance, mais lord
+Palmerston n'a pas négligé de me faire sentir que la garantie d'un
+emprunt étant subordonnée au choix d'un souverain pour la Grèce, et ce
+choix à une nouvelle délimitation, on devait craindre que le départ de
+l'ambassadeur de France de Constantinople ne retardât
+indéfiniment la négociation qu'il était chargé de suivre à ce sujet en
+commun avec les plénipotentiaires russes et anglais. Je vous engage
+donc à me faire connaître le parti qui vous semblera le plus
+convenable pour arriver à une solution définitive des affaires de la
+Grèce...»
+
+
+ «Londres, le 21 juin 1831[244].
+
+ [244] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»J'ai l'honneur de vous envoyer le discours que le roi d'Angleterre a
+prononcé ce matin à la séance d'ouverture du Parlement[245].
+
+ [245] Ce discours est reproduit dans le _Journal des Débats_ du
+ 23 juin.
+
+»Ce discours est, comme vous le remarquerez, conçu dans un esprit très
+modéré et entièrement pacifique. Le roi a dit relativement aux
+affaires de Belgique, qu'elles n'étaient pas encore arrivées à une
+conclusion; mais que la meilleure intelligence continuait de subsister
+entre les puissances dont les plénipotentiaires formaient les
+conférences de Londres; que ces conférences avaient été conduites
+d'après le principe de non intervention dans les affaires intérieures
+de la Belgique, mais sous la condition que, dans l'exercice des droits
+du peuple belge, la sécurité des États voisins ne serait pas
+compromise.
+
+»Ce discours a été approuvé par tous les bons esprits...
+
+»Les conférences entre le prince Léopold, deux plénipotentiaires des
+puissances et les députés belges continuent toujours. Il n'y a plus de
+difficultés réelles, mais de pures chicanes, qui, sans tenir au fond,
+prolongent cependant des discussions qui devraient être terminées
+depuis plusieurs jours. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour
+arriver à une conclusion...»
+
+Et, en effet, je faisais tout ce qui dépendait de moi, tellement que
+je finis en ce moment-là même par tomber assez sérieusement malade,
+soit par suite des fatigues et des veilles que m'imposait cette
+pénible négociation, soit peut-être aussi par l'impatience que les
+tergiversations des commissaires belges me causèrent. Je fus obligé de
+garder le lit pendant plusieurs jours; mais je ne continuai pas moins
+à prendre part aux délibérations de la conférence qui se réunissait
+autour de mon lit. Je traitais aussi avec les commissaires belges,
+auxquels j'avoue que je n'épargnai pas les témoignages de mon
+mécontentement; j'allai même jusqu'à les menacer, s'ils persistaient
+dans leur résistance opiniâtre, de provoquer le partage de leur pays,
+qui pourrait se faire sans causer la guerre, tandis que leurs absurdes
+procédés devaient y conduire infailliblement. Comme je n'interrompis
+pas un seul jour ma correspondance avec Paris, on trouvera les reflets
+de ces diverses impressions dans les lettres qui suivent.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[246].
+
+ [246] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 22 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20
+et par laquelle vous faites observer que les nouvelles de Londres
+vous manquaient depuis deux jours. Ce reproche n'est pas fondé, car je
+ne suis jamais resté quarante-huit heures sans avoir l'honneur de vous
+écrire, et s'il y a eu un jour où je ne vous ai pas envoyé de dépêche,
+c'est que ce jour était celui d'une conférence qui avait été
+extrêmement longue et que je n'avais plus le temps nécessaire. Vous
+aurez, sans doute, reçu une lettre de moi peu de moments après le
+départ de votre estafette.
+
+»Les Belges n'apportent pas dans la négociation qui nous occupe un
+esprit de conciliation d'après lequel on puisse penser qu'ils ont un
+véritable désir de terminer, et vous pourrez en juger par ce fait. Il
+y a quelques jours, ils ont remis une note sur leurs demandes; les
+deux membres de la conférence qui suivent plus particulièrement avec
+eux les détails de la négociation, ont fait des observations sur ces
+demandes et ils devaient s'attendre à ce que leurs observations
+seraient discutées. Les commissaires belges n'ont pas suivi cette
+marche, et au lieu de répliquer, ils ont, dans une seconde note,
+renouvelé toutes leurs demandes, sans le moindre changement et sans la
+plus légère concession.
+
+»Si les Belges persévèrent dans cette marche, s'ils ne cèdent sur
+aucun point, s'ils s'affermissent, au contraire, dans un système
+d'exigence et d'obstination, il sera impossible de négocier avec eux
+et d'arriver à un arrangement. Après avoir épuisé tous les moyens de
+persuasion et de condescendance, après avoir recueilli si peu de
+fruits de tant de soins, je crois qu'il faudra peut-être en venir à
+l'idée[247] d'opérer une division de la Belgique, dans laquelle la
+France trouverait sans doute la part qui lui conviendrait le
+mieux. Vous pouvez être persuadé que ce moyen ne conduirait pas plus à
+la guerre que tout autre, si nous ne parvenons pas à finir, mais je ne
+renonce pas encore à tout espoir d'arrangement.
+
+ [247] Variante: _qui est mon idée favorite...$1
+
+»Je pense que les Belges se seraient montrés plus conciliants, s'ils
+avaient moins de confiance dans l'appui que leur font espérer les
+agitateurs de tous les pays, et s'ils n'étaient pas encouragés à
+penser que c'est par la ténacité seule qu'ils parviendront à leur but.
+Cet encouragement, ils le puisent aussi dans l'état général de
+l'Europe, dans les échecs éprouvés par la Russie[248] et dans la
+situation particulière de la France et de l'Angleterre.
+
+ [248] Dans la guerre de Pologne.
+
+qu'il serait utile qu'un langage sévère apprît à M. Lehon que la
+France a pu se prêter à l'espoir de voir les affaires de la
+Belgique se terminer par des négociations à Londres, mais qu'elle a
+dû penser que ce seraient des négociations franches et
+conciliantes, et que le gouvernement du roi apprend avec le plus
+juste mécontentement qu'au lieu de négocier, les députés belges ne
+répondent pas aux observations qui leur sont adressées et se
+renferment dans un cercle de demandes d'où ils ne paraissent
+nullement disposés à sortir. Le temps s'écoule, et il semble que
+les Belges aient quelque motif particulier pour ne pas en faire un
+meilleur usage.
+
+»Je vous remercie de m'avoir communiqué les informations que vous avez
+reçues de Pétersbourg, sous la date du 4 de ce mois. Les détails
+contenus dans la lettre de M. de Mortemart, que vous avez eu la bonté
+de m'envoyer, fournissent une nouvelle preuve de la portion de
+difficultés que nous avons ici à éprouver de la part de la
+Russie.
+
+»_P.-S._--Hier au soir, le prince Léopold et lord Melbourne croyaient
+que tout allait finir; ce matin, il y a des difficultés, mais je les
+vois de mon lit, car je suis malade...»
+
+
+ «Londres, le 24 juin 1831[249].
+
+ [249] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+»Quoique malade depuis six jours, je n'ai pas cessé un moment de voir le
+prince Léopold, les membres de la conférence et ceux de la
+députation belge; depuis quarante heures nous sommes en conférence,
+mais les députés sont si peu accoutumés au genre d'affaires qu'ils
+sont appelés à traiter maintenant, ils élèvent tant de difficultés,
+que rien n'avance, rien ne se termine, et je vous avoue que je suis
+au dernier degré de fatigue.
+
+»Une conférence a eu lieu aujourd'hui chez le prince Léopold elle a
+fini à huit heures; elle se continuera ce soir chez moi et se
+prolongera probablement dans la nuit, dès qu'il y aura quelque chose
+de décidé, j'aurai l'honneur de vous l'écrire.»
+
+
+ «Londres, le 26 juin 1831[250].
+
+ [250] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+Je crois que la direction qui vient d'être donnée aux affaires de Belgique
+pourra maintenant nous conduire au but que nous nous sommes
+proposés.
+
+»J'ai l'honneur de vous envoyer les articles qui ont été convenus
+entre la conférence et les députés belges[251]. Tous les points
+qui sont à régler comme une conséquence de la séparation de la
+Belgique et de la Hollande sont rappelés dans ces articles, de manière
+à lever les difficultés qui seront présentées sans blesser tellement
+les droits du roi de Hollande qu'il lui soit impossible d'y donner son
+adhésion. La Belgique est sensiblement favorisée par ces stipulations,
+et elle le doit à l'influence de la France. Vous verrez comme ses
+intérêts sont ménagés et assurés par la rédaction qui a été donnée aux
+articles de Maëstricht et du grand-duché de Luxembourg.
+
+ [251] C'est ce projet de traité qui, adopté par le
+ congrès le 9 juillet, est connu sous le nom de traité des
+ dix-huit articles.--Voir l'Annuaire de Lesur ou le Recueil de
+ traités de Martens.
+
+»Le prince Léopold a reçu ce soir à dix heures la députation belge et a fait
+au discours du président la réponse que j'ai l'honneur de vous
+envoyer. Le prince lui a remis les articles qui ont été
+précédemment arrêtés.
+
+»Les députés partent cette nuit pour Bruxelles afin de soumettre ces
+articles au congrès. Comme ils représentent les opinions et les
+nuances d'opinion qui y existent, ils paraissent persuadés qu'ils
+obtiendront l'assentiment de cette assemblée. Dès qu'il aura été
+donné, les députés reviendront à Londres, offrir la couronne au prince
+Léopold qui l'acceptera et qui se rendra sans délai à Bruxelles.
+
+»Je pense que lorsque le congrès aura approuvé les articles, la France
+pourra immédiatement reconnaître le prince Léopold comme roi de la
+Belgique; les autres puissances le reconnaîtront un peu plus tard,
+mais il ne résultera aucun inconvénient de ce délai.
+
+»M. le baron de Wessenberg, l'un des plénipotentiaires d'Autriche à la
+conférence et qui a longtemps résidé à la cour des Pays-Bas, part
+mardi pour La Haye afin d'employer toute l'influence qu'il a acquise
+sur le roi Guillaume et de le déterminer à accéder à nos articles. M.
+de Wessenberg est la personne qui peut avoir le plus de chances
+de succès en s'acquittant de cette mission. Si, malgré quelques
+concessions qui sont encore demandées au roi des Pays-Bas, on obtient
+son approbation, alors les affaires de la Belgique seront placées dans
+une position qui permettra _aux puissances_[252] de reconnaître son
+indépendance; et cette indépendance aura été fondée sans guerre, et
+même sans préparatifs militaires.
+
+ [252] Supprimé dans le texte des archives.
+
+»Vous jugerez peut-être convenable d'engager M. Lehon à écrire à Bruxelles
+et même à s'y rendre, afin que par son influence il contribue à
+l'adoption des articles par le congrès.
+
+»_2 heures du matin._--Je joins ici le discours du prince Léopold; il
+n'est pas tel que je l'aurais désiré et que je le lui avais suggéré.
+Tout ce qui s'est passé à cet égard entre le prince et moi vous sera
+expliqué en détail par la lettre que je viens d'écrire au prince, et
+dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie...»
+
+
+ DISCOURS
+
+ DU PRINCE LÉOPOLD A LA DÉPUTATION BELGE[253]
+
+ [253] Ce discours se trouve dans le recueil de M.
+ Pallain.
+
+ [<i>prononcé le 26 juin 1831._]
+
+ «Messieurs,
+
+»Je suis profondément sensible au voeu dont le congrès belge vous a
+constitué les interprètes.
+
+»Cette marque de confiance m'est d'autant plus flatteuse qu'elle
+n'avait pas été recherchée par moi.
+
+»Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus
+utile que celle d'être appelé à maintenir l'indépendance d'une nation
+et à consolider ses libertés.
+
+»Une mission d'une aussi haute importance peut seule me décider à
+sortir d'une position indépendante et à me séparer d'un pays auquel
+j'ai été attaché par les liens et les souvenirs les plus sacrés, et
+qui m'a donné tant de témoignages de bienveillance et de sympathie.
+
+»J'accepte donc, messieurs, l'offre que vous me faites, bien entendu
+que ce sera au congrès des représentants de la nation à adopter les
+mesures qui, seules, peuvent constituer le nouvel État et, par là, lui
+assurer la reconnaissance des États européens.
+
+»Ce n'est qu'ainsi que le congrès me donnera la faculté de me dévouer
+tout entier à la Belgique, et de consacrer à son bien-être et à sa
+prospérité les relations que j'ai formées dans les pays dont l'amitié
+lui est essentielle et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon
+concours, une existence indépendante et heureuse.
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU PRINCE LÉOPOLD[254].
+
+ [254] Cette lettre se trouve dans le recueil de M.
+ Pallain.
+
+ «Hanover Square, Londres, 27 juin 1831, une heure du matin.
+
+ »Monseigneur,
+
+»Je viens de lire à l'instant la réponse que Votre Altesse Royale a
+adressée dans la soirée aux députés belges. Je vais l'expédier à
+Paris. Mon gouvernement sera sans doute charmé de la conclusion d'une
+affaire aussi difficile et aussi compliquée; mais je regrette vivement
+que notre ministère ne trouve pas dans votre discours ce qu'il faut
+pour diminuer les préventions françaises. J'avais supplié Votre
+Altesse Royale de ne pas se montrer attachée uniquement à
+l'Angleterre, dans la réponse qu'elle devait faire aux Belges, et je
+vois avec beaucoup de peine, dans votre intérêt même, monseigneur, que
+vous avez omis au dernier moment la phrase conciliante, utile et
+prudente que vous aviez permis à l'ambassadeur de France de vous
+remettre par écrit, que je vous ai rappelée hier au soir et que vous
+m'aviez promis d'y insérer. Quand il s'agit de faciliter le présent et
+d'assurer l'avenir, il faut éviter avec soin de blesser les vanités et
+les préjugés.
+
+»Je suis...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[255].
+
+ [255] Dépêche officielle déjà publiée.
+
+ «Londres, le 27 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»J'avais remis au prince Léopold deux ou trois phrases qui devaient
+être placées dans sa réponse aux députés belges et qui, je crois,
+auraient produit un bon effet. Il m'avait promis de les y insérer, et
+cependant, je ne les y ai pas trouvées.
+
+»J'en ai été fort mécontent, et j'ai écrit immédiatement au prince
+Léopold la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous envoyer hier une
+copie. Ce matin, j'ai reçu une réponse que je joins ici parce qu'elle
+contient des explications dont on pourra tirer parti dans un temps ou
+dans un autre.
+
+»La question belge me paraît aujourd'hui posée aussi bien qu'elle peut
+l'être, et je pense que le gouvernement du roi sera à portée de
+repousser les attaques qui pourraient être faites à ce sujet. Quand
+des écrivains de parti viendront maintenant comparer la conférence de
+Londres à la Sainte-Alliance, ils seront de mauvaise foi, car la paix
+de l'Europe et l'indépendance de la Belgique ont été les résultats de
+cette conférence, et il n'y a rien de commun entre ces résultats et
+ceux qu'a obtenus la Sainte-Alliance.
+
+»Les députés belges sont partis cette nuit. M. le baron de Wessenberg
+qui, ainsi que je vous l'ai mandé hier, va se rendre à La Haye,
+quittera Londres ce soir. J'ai l'honneur de vous envoyer copie du
+protocole numéro 26[256] dont il sera porteur et des instructions qui
+lui sont remises. Elles sont confidentielles et doivent être secrètes.
+J'ai cru devoir écrire au chargé d'affaires de France à La Haye, pour
+qu'il contribuât, en tout ce qui pourrait dépendre de lui, au succès
+de la mission de M. de Wessenberg, et pour qu'il agît de concert avec
+lui, afin que la France ne parût pas étrangère aux démarches qui vont
+avoir lieu. Vous jugerez sans doute à propos de lui donner des
+instructions à ce sujet.
+
+ [256] C'est le protocole du 26 juin qui renfermait les
+ 18 articles que la conférence proposait comme préliminaires de
+ paix à la Hollande et à la Belgique.
+
+»Les motifs du voyage de l'empereur dom Pedro, à Londres, ne sont pas
+encore connus; il est logé en hôtel garni et prend le titre de duc
+de Bragance.
+
+»Je crois devoir encore inviter le gouvernement du roi à tenir
+extrêmement secrets les arrangements auxquels on s'est arrêté pour les
+affaires de la Belgique. Il ne faut pas que les ennemis de la paix
+puissent agir auprès de la population belge et des membres du congrès,
+pour empêcher l'adoption des articles que les députés portent à
+Bruxelles[257]...»
+
+ [257] C'est avec cette lettre que se termine le premier
+ volume de M. Pallain sur l'ambassade de Talleyrand à Londres, le
+ seul qui soit encore publié. Notre travail de comparaison des
+ deux textes doit donc forcément prendre fin.
+
+RÉPONSE DU PRINCE LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND[258].
+
+ [258] Cette lettre se trouve dans l'ouvrage de M.
+ Pallain. Voir à l'Appendice, p. 492, la lettre que M. de
+ Talleyrand écrivait à Madame Adélaïde en lui transmettant cette
+ réponse.
+
+ «Marlborough House, 27 juin 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Ce que j'ai dit par rapport à l'Angleterre est simplement la relation
+d'un fait historique _passé_. J'avais bien désiré dire quelque chose
+de plus positif sur la France; mais j'ai mis les mots que vos
+collègues disaient venir de vous, dans le projet de la conférence.
+
+»Mais, sentant la nécessité de faire quelque chose de plus _après mon
+discours, j'ai invité toute la députation à s'exprimer en mon nom,
+officiellement et fortement,_ sur une chose dans le congrès qui
+m'était d'une grande importance:
+
+»Que je savais que quelques journaux signalaient le présent
+arrangement comme hostile à la France: que rien ne pouvait _être plus
+faux_; que des relations très intimes avec la famille régnante
+actuellement en France avaient existé depuis de longues années; qu'il
+n'y avait que peu de pays que je connaissais mieux que la France, y
+ayant beaucoup habité depuis ma jeunesse, et que, loin d'être hostile
+contre elle, je la considérais une alliée aussi importante qu'utile
+pour la Belgique.
+
+»Ceci ne peut manquer d'être connu amplement quand ils seront arrivés
+_et d'être imprimé de suite_. Je pense que vous devriez communiquer ce
+que je viens vous dire à votre gouvernement, auquel je suis
+sincèrement reconnaissant pour toutes les marques de confiance et de
+bienveillance dont il m'a honoré.
+
+»Je dois ajouter que les députés m'ont prié de donner quelques mots
+d'explication au régent, qu'il était indispensable de dire au congrès
+que son adoption des articles me suffirait à moi, pour l'empêcher de
+croire que mon acceptation véritable serait soumise à l'adoption de la
+Hollande.
+
+ »Agréez...
+
+ »LÉOPOLD.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.
+
+ «Londres, le 29 juin 1831.
+
+ »Monsieur le comte,
+
+»Les plénipotentiaires hollandais se sont rendus hier soir chez lord
+Grey et lui ont exprimé des plaintes fort vives contre la conférence,
+mais ils ne lui ont pas remis de protestation par écrit, comme le
+bruit s'en était répandu. Aujourd'hui, au surplus, les
+difficultés ne peuvent plus venir de leur part; elles se développeront
+à La Haye; c'est par cette raison que nous devons être satisfaits que
+les articles joints au protocole numéro 26 y arrivent avec la
+signature des plénipotentiaires des cinq puissances; cette
+circonstance fera sentir au roi des Pays-Bas qu'il ne pourra être
+appuyé ouvertement, dans sa résistance, par aucun cabinet ayant de
+l'influence en Europe.
+
+»Si le gouvernement de Sa Majesté se détermine à reconnaître le prince
+Léopold comme roi de la Belgique, immédiatement après l'adoption des
+articles par le congrès de Bruxelles, je crois que cette
+reconnaissance sera utile à l'établissement de ce pays, et je crois
+aussi qu'il serait avantageux pour la France de pouvoir ranger les
+affaires de Belgique, sauf quelques questions de détail, au nombre des
+affaires terminées...»
+
+
+Les affaires de Belgique étaient moins _terminées_ que je le disais
+dans cette dépêche, et on ne le verra que trop par ce qui suit, mais
+j'aurais désiré que le gouvernement français s'en préoccupât moins et
+employât son habileté à détourner l'attention publique de ce côté.
+C'est à quoi tendait l'insinuation que je glissais dans ma dépêche,
+qui, je dois en convenir, vint fort mal à propos, car, au moment même
+où nous croyions toucher au terme de cette pénible négociation, de
+nouvelles et plus graves complications surgirent tout à coup et purent
+nous faire penser qu'elle allait nous échapper. J'ai donné
+précédemment de trop longs extraits, peut-être, de mes dépêches, mais
+je l'ai fait dans le double but, de bien éclairer les divers points
+qui se rattachaient aux affaires que j'avais à traiter, et aussi
+d'enseigner aux jeunes négociateurs entre les mains desquels ces
+souvenirs peuvent tomber un jour, que la patience doit être un des
+premiers principes de l'art de négocier. Je serai plus sobre désormais
+dans les citations de mes dépêches; les lettres que je recevais
+offriront sans doute plus d'intérêt et appuieront mieux mes récits.
+
+J'avais expédié mes dernières dépêches à Paris par un des secrétaires
+de l'ambassade, M. Casimir Périer fils, qui, aussitôt après son
+arrivée, m'écrivit:
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER FILS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 5 juillet 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Porteur de bonnes nouvelles, et jaloux, suivant le désir de Votre
+Altesse, d'être le premier à les annoncer, j'ai fait bonne diligence
+et rien n'était encore su avant mon arrivée. M. le ministre des
+affaires étrangères et mon père, que j'ai vu peu d'instants après lui,
+m'ont accueilli avec une satisfaction marquée et m'ont paru heureux de
+voir, au moment des élections, la question de Belgique, sinon
+terminée, du moins beaucoup simplifiée. Quoi qu'en puissent dire les
+journaux du _mouvement_, l'opinion de la majorité s'est déclarée ici
+en faveur des résultats de cette longue et fatigante négociation. Les
+gens raisonnables, et il y en a encore, malgré ce qui se voit tous les
+jours, savent rendre hautement hommage à ce que la France doit à son
+ambassadeur.
+
+»Quant aux affaires de l'intérieur, j'ai trouvé le ministère moins
+inquiet sur le résultat des événements de ce mois que je ne
+devais m'y attendre. On prend des mesures pour prévenir des scènes
+fâcheuses; des fêtes seront sans doute destinées à occuper le peuple
+en célébrant les anniversaires d'une révolution que quelques gens
+voudraient lui faire recommencer. Il n'y a rien encore de bien arrêté
+sur ces projets.
+
+»D'un autre côté, à la veille des élections, les partis sont en
+présence, sans qu'aucun d'eux ose se promettre la victoire. A Paris,
+mon père a beaucoup de chances dans le premier arrondissement; mais il
+est à craindre que les autres collèges se montrent moins modérés.
+
+»Au reste, le ministère, quel que soit le résultat de la lutte
+électorale, paraît décidé à se présenter devant les Chambres. Il sait
+que les hommes réunis en assemblée ne sont souvent plus les mêmes
+qu'ils se montraient isolément, et il sent trop bien à quel point la
+partie est sérieuse, pour ne pas voir s'évanouir, avant de se retirer,
+toutes les chances de succès...»
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 5 juillet 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Vous avez obtenu un succès dont je vous félicite et vous remercie au
+nom du roi qui en sent toute l'importance. Si, comme je l'espère, vous
+pouvez y ajouter celui de la démolition des places élevées contre nous
+depuis 1815, la France entière applaudira à un arrangement qui lui
+assure une paix longue et honorable. Le prince Léopold doit sentir que
+ce n'est qu'à ce prix qu'il peut compter sur l'amitié d'un voisin
+puissant et qui désire sincèrement s'unir avec lui par des liens
+indissolubles. Il faut calmer l'irritation d'un pays qui ne pourrait
+supporter plus longtemps les affronts de la Sainte Alliance, votre
+ennemie personnelle, et qui préluda par votre éloignement des affaires
+au système d'abaissement de notre patrie qu'elle a suivi depuis cette
+funeste époque. Le nouveau roi belge sera populaire en France, le jour
+où on y apprendra qu'il ne partage pas les passions haineuses de nos
+ennemis et que nous lui inspirons une confiance méritée. Il faut
+d'ailleurs qu'on nous aide à vaincre les ennemis de l'ordre social en
+Europe, et ce triomphe ne peut être obtenu que le jour où les
+défiances injustes auront fait place à des sentiments qui nous sont
+dus. C'est au nom de votre gloire, mon prince, que je vous recommande
+cette affaire, la plus délicate et la plus importante de toutes. Notre
+repos intérieur en dépend.
+
+»Le roi est enchanté de son voyage, qui a produit un excellent effet.
+Nous espérons que nos élections seront très bonnes; nous aurons
+toutefois beaucoup de nouveaux députés peu accoutumés aux affaires. On
+parle d'un mouvement pour le 14 juillet qui probablement n'aura pas
+lieu ou qu'il sera facile de réprimer. La présence de la Chambre et
+les précautions que prend le gouvernement, nous rassurent sur les
+journées des 27, 28 et 29.
+
+»Il paraît que le général russe veut tenter le passage de la Vistule
+près de la frontière prussienne. Le général polonais a trop disséminé
+ses forces. L'insurrection lithuanienne prend un caractère sérieux; la
+Volhynie, la Podolie exigent la présence de forces assez
+considérables, et l'Ukraine elle-même montre peu d'affection pour la
+Russie. Votre lettre m'a fait un plaisir que vous concevrez
+facilement...»
+
+
+Cette lettre du général Sébastiani offre cela de curieux qu'à
+travers l'encens dont il essayait assez maladroitement de m'enivrer,
+on retrouve les idées que les factions bonapartiste et républicaine
+travaillaient alors à faire prévaloir en France pour enflammer
+l'opinion publique, en réveillant d'anciennes passions au lieu de
+chercher à les apaiser. La question des forteresses belges qu'il
+recommandait si spécialement à mes soins avait été déjà réglée par un
+protocole secret de la conférence, du mois d'avril précédent[259],
+protocole auquel je n'avais bien entendu, pris aucune part, si ce
+n'est de le provoquer. Les plénipotentiaires des quatre cours
+d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, avaient
+reconnu qu'à la suite de la déclaration d'indépendance et de
+neutralité de la Belgique, un certain nombre de forteresses belges
+devraient être démolies. Cela devait nous suffire pour le moment;
+l'exécution du fait admis ne pouvait manquer de s'effectuer plus tard.
+Mais à Paris, on insistait pour qu'elle fût immédiate, afin de la
+publier pompeusement devant les Chambres et de s'en faire un moyen de
+popularité. Il fallait bien trouver une façon de satisfaire à cette
+exigence et j'obtins de la conférence que le roi pourrait dans
+son discours faire mention de la décision prise à l'égard de la
+démolition des forteresses.
+
+ [259] Protocole du 17 avril:
+
+ Les plénipotentiaires des quatre cours ont été unanimement d'avis que
+ la nouvelle situation de la Belgique, sa neutralité reconnue par
+ la France, doit changer son système de défense militaire; que les
+ forteresses sont trop nombreuses pour être efficacement défendues;
+ que l'inviolabilité du territoire belge offre une sécurité qui
+ n'existait pas auparavant, et qu'enfin une partie de ces
+ forteresses, élevées sous des circonstances différentes, pourront
+ être démolies.
+
+ En conséquence, les plénipotentiaires ont décidé qu'une
+ négociation aurait lieu entre la Belgique et les quatre grandes
+ puissances pour déterminer le nombre et le choix des forteresses
+ qui doivent être démolies.
+
+ ESTERHAZY, WESSENBERG, PALMERSTON,
+ BÜLOW, LIEVEN, MATUSIEWICZ.
+
+ Ensuite de ce protocole une convention fut signée le 16 décembre
+ 1831 entre les représentants des quatre cours et la Belgique, qui
+ ordonnait la démolition des forteresses de Menin, Ath, Mons,
+ Philippeville et Marienbourg. Les autres forteresses devaient être
+ entretenues en bon état par la Belgique.
+
+En général, et c'était là ma plus grande difficulté, à Paris on ne
+jugeait les affaires qu'à un point de vue exclusivement français, sans
+faire aux autres la part qui leur était due. S'agissait-il des
+affaires de la Belgique, on ne pensait qu'aux Belges, sans songer
+qu'il y avait un roi des Pays-Bas, des intérêts duquel les autres
+cabinets étaient obligés de tenir compte. On oubliait, ou on feignait
+d'oublier qu'il y avait un parlement anglais devant lequel le cabinet
+anglais devait répondre des mesures qu'il adoptait, et on ne
+s'occupait que de ce qu'on aurait à répondre à la Chambre des députés
+de France[260]. Dans la situation compliquée de l'Europe, une pareille
+disposition me créait constamment des embarras infinis; mon devoir
+était d'en sortir le mieux possible: ce n'était pas aisé. Dans la
+circonstance dont il s'agit ici, je pressai le prince Léopold de
+donner au gouvernement français des assurances qui pussent le
+tranquilliser, et je tirai de lui la lettre suivante:
+
+
+ «Marlborough-House, 11 juillet 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je ne perds pas de temps pour répondre aux observations que vous
+m'avez communiquées relativement à la destination future des
+places fortes construites en conséquence des traités de 1815. Mon
+opinion est que les relations entre la France et la Belgique doivent
+être basées _sur la confiance et l'amitié_.
+
+»Ne voyant aucune raison pourquoi la nation belge n'approuverait point
+les vues conciliatrices des cinq puissances, vous pouvez compter sur
+ma coopération sincère pour l'adoption de toute mesure qui aura pour
+objet l'adoption de ces bases.
+
+ »Agréez...
+
+ »LÉOPOLD.»
+
+ [260] «... Le gouvernement français nous répète sans
+ cesse qu'il faut faire ou ne pas faire de certaines choses, afin
+ de satisfaire l'opinion publique en France, mais il devrait se
+ rappeler qu'il existe un sentiment public en Angleterre aussi
+ bien qu'en France; et que, quoi que ce sentiment ne soit pas
+ aussi facilement excité par les petites choses que l'esprit
+ public en France, il y a cependant des points (et la Belgique en
+ est un) sur lesquels ce sentiment est extrêmement susceptible et
+ où une fois réveillé, il ne serait pas facile à apaiser.» (_Lord
+ Palmerston à lord Granville, 11 août 1831.--Correspondance intime
+ de lord Palmerston._)] e prince Léopold m'écrivait cette lettre
+ aussi prudente et réservée que lui-même, il était déjà roi des
+ Belges. Il avait été élu la veille par le congrès de
+ Bruxelles[261], qui avait préalablement adopté les dix-huit
+ articles préliminaires proposés par la conférence à la majorité
+ de cinquante-six voix; cent vingt-six voix contre soixante-dix.
+ C'était une grande victoire remportée sur ce point; on ne me
+ laissa pas beaucoup de temps pour en jouir: la lettre suivante,
+ fort remarquable, de M. Casimir Périer, appelait déjà mon
+ attention sur un autre point, où il n'y avait malheureusement pas
+ moyen d'espérer un succès.
+
+ [261] Voir à l'Appendice, p. 493, une lettre de lord
+ Palmerston à M. de Talleyrand, à ce sujet.
+
+
+LE PRÉSIDENT DU CONSEIL AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 7 juillet 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je profite, pour m'entretenir quelques moments avec vous du départ de
+mon fils qui vous porte une dépêche importante sur les affaires de
+Pologne, délibérée d'un commun accord en conseil des ministres.
+
+»Peut être trouverez-vous, mon prince, notre démarche un peu vive;
+mais la situation des Polonais, notre correspondance de
+Saint-Pétersbourg, la disposition des esprits en France, toujours de
+plus en plus sympathique pour la cause polonaise, et enfin l'attitude
+prise vis-à-vis de la France par notre article du _Messager_, ainsi
+que l'approche de la session, ne permettaient pas de ne pas donner
+suite, dans tous les cas, aux premières démarches que nous avons
+faites près le gouvernement russe, et le conseil a cru d'une bonne
+politique de faire une tentative près le cabinet de Londres, quel
+qu'en doive être le résultat. Nous attachons d'ailleurs un grand prix
+à recevoir une réponse prompte; et nous ne pouvons que nous en
+remettre, à cet égard, à vos soins et à votre sagesse[262].
+
+ [262] Une démarche toute platonique en faveur des
+ Polonais avait déjà été faite par la France auprès du czar dans
+ le courant de juin. Elle n'avait pas eu de résultat. C'est alors
+ que sous la pression de plus en plus violente de l'opinion
+ publique, le cabinet français proposa à l'Angleterre et à la
+ Prusse d'unir leurs efforts aux siens pour faire adopter une
+ médiation commune. La dépêche dont parle ici M. Casimir Périer
+ développait sur ce point le plan du gouvernement du roi. A Berlin
+ comme à Londres on refusa d'intervenir.
+
+Une dépêche télégraphique de M. de Sainte-Aulaire, arrivée à l'instant,
+nous annonce que d'un accord commun et par un engagement pris en
+présence de tous les ambassadeurs, les troupes autrichiennes auront
+évacué entièrement les États romains avant le 15 juillet[263].
+
+ [263] On se rappelle qu'à la suite des insurrections
+ survenues dans les États de l'Église, les Autrichiens étaient
+ entrés dans Bologne (21 mars). Le cabinet des Tuileries demanda
+ l'évacuation. L'Autriche répondit en exigeant que les puissances
+ garantissent le pouvoir temporel du pape. De son côté, la France
+ déclara ne vouloir souscrire un pareil engagement que si le pape
+ accordait les réformes libérales demandées par les insurgés.
+ L'Autriche finit par céder et retira ses troupes le 15 juillet.
+
+Restent les affaires de Belgique. Les nouvelles qui nous en
+parviennent aujourd'hui sont meilleures: on nous annonce pour demain
+ou après-demain une solution favorable, à une majorité de cent vingt
+voix sur cent quatre-vingts. Je l'espère, je le désire plus encore,
+mais je n'y croirai positivement qu'après l'événement. Si, toutefois,
+les choses se dénouent ainsi, il serait urgent que le prince Léopold
+prît la résolution de se rendre de suite en Belgique. L'esprit
+révolutionnaire anime les hommes du mouvement; et ceux de l'ordre et
+de la résistance manquent d'un chef et d'un point d'appui.
+
+»Le général Sébastiani vous entretient des places fortes; il nous
+tarde, mon prince, d'être fixés à cet égard.
+
+»Notre mouvement électoral touche à sa fin; mon fils vous porte la
+liste des députés nommés jusqu'à six heures du soir aujourd'hui. La
+première impression du public est favorable aux résultats connus; ce
+ne sera point encore la convention que nous promettait M. Odilon
+Barrot; j'espère que ce ne sera pas non plus l'assemblée législative.
+Les hommes modérés paraissent jusqu'à présent faire le plus grand
+nombre; nous espérons que les élections à connaître conserveront la
+même physionomie. Si ces hommes joignent à l'esprit de modération
+politique un patriotisme courageux, nous pourrons peut-être résister;
+mais la cause de tous les maux que l'on peut craindre tient surtout à
+l'audace de nos adversaires, fortifiée par l'attitude faible, et, l'on
+pourrait dire, peureuse de nos partisans. Tout dépendra, au surplus,
+du premier moment. Je crains bien d'ailleurs que le pays ne sente pas
+assez la gravité de la maladie dont il est atteint, et qu'il ne tienne
+les yeux fermés à la lumière, jusqu'à ce qu'il se réveille au bruit
+d'une catastrophe. Sans doute, elle est encore éloignée, mais je la
+regarderais comme inévitable, si, dès le début de la session qui
+va s'ouvrir, le gouvernement n'était soutenu par la Chambre dans
+l'attitude vigoureuse et ferme qu'il doit prendre.
+
+»Vous voyez, mon prince, avec quelle franchise je m'exprime sur la
+situation, à mon avis, de nos affaires. N'allez pas croire cependant
+que je désespère de nos efforts; je suis loin de cette pensée; et je
+dirai même que le remède serait encore assez facile peut-être, si la
+question intérieure n'était pas dominée, sans cesse, par la question
+étrangère et réciproquement; mais cette réaction de deux questions si
+vives, l'une sur l'autre, et l'appui que la question étrangère trouve
+dans le parti militaire, ainsi que dans la disposition un peu
+fanfaronne de notre nation, rendent évidemment la gravité de notre
+position très difficile à surmonter. On s'imagine que nous avons
+encore à notre disposition les armées de l'empereur et les finances de
+la restauration, et que nous pouvons payer tout à la fois la solde et
+la rente; en faisant une guerre partielle, les armées ne nous
+manqueraient pas, sans doute, mais on ne songe pas qu'il est
+impossible que le premier coup de canon n'entraîne une guerre
+générale. Espérons que le bon sens du pays, aidé du souvenir des maux
+passés, prévaudra pour le sauver de l'esprit de vertige qui ne s'est
+emparé que de trop des têtes.
+
+ »Agréez...»
+
+
+Je comprenais fort bien l'intérêt que le gouvernement du roi
+témoignait pour la cause polonaise que M. Périer me recommandait si
+fortement dans cette lettre. Je n'avais pas besoin d'être stimulé dans
+ce sens. Les efforts que j'avais faits près de l'empereur Napoléon en
+1807 et au congrès de Vienne en 1815 en faveur de la Pologne, j'étais
+tout prêt à les faire encore près du gouvernement anglais, mais
+je rencontrai là froideur et résistance. Les tories étaient nettement
+opposés à la Pologne et lord Grey, retenu par madame de Lieven,
+cherchait des prétextes pour éviter toute intervention de l'Angleterre
+dans une cause que l'on regardait comme perdue. Les motifs d'humanité
+n'ont guère qu'un poids relatif dans la politique anglaise; et
+personne n'aurait osé soutenir alors publiquement qu'il fallait
+entreprendre la guerre contre la Russie pour sauver la Pologne. A mon
+grand regret, je ne parvins pas à arracher une démarche un peu
+efficace pour cette belle cause de la part du cabinet anglais. Après
+en avoir informé M. Périer et le gouvernement, j'écrivis à Madame
+Adélaïde d'Orléans une lettre qui peint assez bien la situation du
+moment.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 20 juillet 1831.
+
+»Mademoiselle aura sûrement reçu du prince Léopold lui-même une lettre
+écrite sur le sol français qu'il a voulu traverser pour avoir une
+occasion de plus de témoigner au roi son respect et son attachement.
+Ses dernières paroles, la veille au soir du jour où il est parti pour
+Bruxelles, ont exprimé son désir d'appartenir au roi par les liens les
+plus plus directs[264]. J'ai laissé sans réponse aucune ce qu'il me
+disait, mais je dois l'écrire à Mademoiselle.
+
+ [264] M. de Talleyrand insistait sur ce point dans une
+ lettre à madame de Vaudémont. (Voir à l'Appendice, p. 493.)
+
+Dom Pédro avait la plus grande envie d'aller à Paris; il trouve dans le nom
+de sa femme quelques motifs qui l'en empêchent et il ne veut
+pas être un embarras[265]. Je lui donne à dîner demain; sa pente
+actuelle est toute française.
+
+ [265] L'empereur dom Pedro avait épousé en secondes
+ noces (1829) la princesse Amélie-Augusta-Eugénie de Beauharnais,
+ fille du prince Eugène.
+
+On est ici encore bien froid sur la cause polonaise. Les Russes abondent
+depuis l'arrivée de la grande-duchesse Hélène[266] et de madame de
+Nesselrode; ils font une course de vingt-quatre heures à Sidmouth
+où la grande-duchesse prend les bains, et ils reviennent à Londres
+parler contre la Pologne. Le prince Paul de Wurtemberg a été voir
+sa fille, et actuellement il est ici où il cherche à prouver que
+personne n'est plus propre que lui à être roi de Grèce. Je ne crois
+pas qu'aucun membre du corps diplomatique soit de son avis.
+
+ [266] Frédérique-Charlotte-Marie (Hélène-Pawlowna) née
+ en 1807, fille du prince Paul de Wurtemberg, mariée en 1824 à
+ Michel Pawlowitch, frère de l'empereur Nicolas.
+
+J'attends avec impatience le discours du roi; je crois que les places
+fortes de la Belgique y figureront d'une manière qui sera agréable
+à Mademoiselle. Le roi de Hollande se montre très difficile; j'ai
+été très fâché que pendant que M. de Wessenberg a été à La Haye, il
+ne s'y soit trouvé aucun ministre français. M. de Wessenberg l'a
+beaucoup regretté. Un Français avait des motifs différents à faire
+valoir pour amener l'acceptation. Nous éprouverons par la Hollande
+encore bien des difficultés. Des pertes réelles et une humeur
+naturelle rendent les bons conseils lents à se faire jour...»
+
+
+Les nouvelles de La Haye étaient, en effet, assez gênantes pour la
+conférence. M. de Wessenberg n'avait pu parvenir à surmonter la
+mauvaise humeur du roi, qui, après toutes les concessions qu'il
+avait faites précédemment, ne voulait plus en ajouter de nouvelles, et
+qui avait nettement refusé de consentir à celles que renfermaient les
+dix-huit articles préliminaires envoyés au congrès belge et adoptés
+par celui-ci. Il fallait donc chercher quelque biais pour sortir de
+l'impasse où nous nous trouvions arrêtés; il n'y en avait pas d'autre
+que de proposer un traité définitif, quoique les préliminaires ne
+fussent pas acceptés: cela était fort peu correct, mais les
+circonstances étaient assez extraordinaires pour obliger à sortir des
+voies ordinaires. Seulement, il était difficile d'espérer que
+l'Autriche, la Russie, la Prusse voudraient nous suivre sur ce
+terrain, qui, il faut le reconnaître, n'était pas précisément celui du
+droit; et il est probable que nous ne serions pas parvenus à maintenir
+la bonne harmonie sur ce point dans la conférence, si le roi Guillaume
+n'était venu lui-même à notre secours, en commettant, comme on le
+verra bientôt, une faute qui devait achever de gâter sa position.
+
+Il y avait du moins un fait résultant de ce refus du roi de Hollande:
+c'est que la conférence n'avait pas sacrifié les intérêts de la
+Belgique, ainsi que le prétendaient et les journaux français et
+l'opposition dans notre Chambre des députés. En attendant, voici la
+réponse que Madame Adélaïde me fit à la lettre que j'ai citée plus
+haut:
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 30 juillet 1831.
+
+»Il y a un an qu'à pareil jour, mon cher prince, nous étions dans une
+grande et juste agitation; et certes, nous ne pouvons que nous
+féliciter de la généreuse et courageuse résolution prise alors
+par mon frère, et du résultat qu'a sa loyale et noble conduite. Il
+vient d'en recevoir une douce récompense dans ce moment par la
+manifestation la plus franche et la plus vraie de l'amour que toute
+notre population ressent pour lui, pendant les trois jours de fête qui
+viennent de se passer.
+
+»Je n'ai jamais rien vu de pareil à l'enthousiasme raisonné, à
+l'affection, à la confiance qui lui ont été témoignés, qui étaient sur
+toutes les physionomies; c'est un véritable triomphe! Il est bien
+remarquable et bien consolant pour l'avenir, qu'au bout d'un an,
+malgré des souffrances réelles et les travaux faits pour induire cette
+bonne et brave population dans l'erreur, on retrouve chez elle encore
+plus d'enthousiasme et de volonté pour maintenir celui en qui elle a
+confiance et qu'elle a choisi. Cela prouve bien pour son bon sens et
+son bon jugement qui méritent vraiment toute confiance aussi. Je suis
+bien heureuse de ces trois jours qui ont été excellents. Je suis bien
+sûre que vous partagerez de tout votre coeur ma satisfaction; aussi
+est-ce avec bien de l'empressement que je viens m'en entretenir avec
+vous et vous remercier en même temps de vos deux bonnes lettres des 20
+et 25 juillet, ce qu'à mon grand regret je n'ai pu faire jusqu'à ce
+jour. Je suis enchantée que vous soyez assez content du discours de
+notre bien-aimé roi; à la Chambre, il a produit un excellent effet, et
+celui de l'annonce de la destruction des places fortes de la Belgique
+n'est pas moins bon et était bien nécessaire pour notre pays.
+
+»Je suis fâchée de la manière fausse dont les Belges ont pris cela
+dans le premier moment; c'est une fausse susceptibilité, dont à la
+réflexion ils reviendront sûrement, car c'est une vérité que
+c'est autant dans leur intérêt que dans le nôtre, et ils le sentiront.
+J'avoue que cela ne m'inquiète pas et je suis persuadée qu'ils seront
+bientôt d'accord et avec nous, sur cela.
+
+»Le prince Léopold m'a écrit une bonne et excellente lettre de Calais,
+en réponse à celle où je lui reprochais de n'avoir rien dit pour la
+France dans son premier discours à la députation belge. Cette fois-ci,
+il a dit un mot à la France; mais comment, en répondant au beau et
+juste discours de M. Surlet de Chokier, n'a-t-il pas parlé de notre
+roi dont le régent de la Belgique lui faisait un si bel et juste
+éloge? C'est une grande maladresse dont, je vous avoue, j'ai été
+étonnée, et j'en dirai certainement un petit mot au prince Léopold, en
+répondant à une petite lettre très aimable qu'il vient encore de
+m'écrire. Je connais depuis longtemps son désir d'appartenir à notre
+roi par les liens les plus directs; mais vous comprendrez que je ne
+puis rien dire à cet égard.
+
+»Dom Pedro est arrivé ici le 26, au moment où nous allions nous mettre
+à table; nous avions un grand dîner ce jour-là qui a été un peu
+retardé pour lui, et de la musique le soir, à laquelle il a aussi
+assisté, ainsi qu'aux trois jours de fête suivants: cela a été un beau
+et bon spectacle à lui donner; il a dû être très satisfait de la
+réception que lui a faite notre roi. J'aurais voulu qu'il nous laissât
+ici sa femme et la petite reine sa fille, et s'il entendait bien son
+véritable intérêt, après avoir fait sa visite en Angleterre, il
+reviendrait avec elle ici; mais je crains qu'il n'ait pas d'idée bien
+arrêtée.
+
+»Vous me demandez ce que je pense de la Chambre. La manifestation
+qu'elle a faite au roi, lors de son discours, me donne l'espoir
+qu'elle sera bonne. Je suis dans l'impatience d'avoir des
+nouvelles de ces si intéressants et braves Polonais; c'est sur cela
+que l'opinion est surtout bien vive dans ce moment, et je suis désolée
+de voir l'Angleterre si froide à leur égard.
+
+ »Adieu, mon cher prince...»
+
+
+J'ai voulu donner dans toute son étendue cette lettre qui témoigne si
+bien des illusions de plus d'un genre, qu'une personne même aussi
+sensée que Madame Adélaïde pouvait partager. Mais laissons là les
+illusions: les faits ne vinrent que trop promptement nous rappeler à
+la réalité. Le roi des Pays-Bas, irrité de voir l'indépendance de la
+Belgique se consolider par l'élection et l'acceptation du prince
+Léopold, blessé de n'être appuyé par aucune puissance dans ses
+résistances, et se flattant sans doute de l'espoir d'amener une guerre
+générale en Europe, prit tout à coup la résolution désespérée de faire
+attaquer la Belgique par l'armée que commandait son fils le prince
+d'Orange. Le 4 août, il faisait annoncer à la conférence la rupture de
+l'armistice, et le 5, ses troupes entraient sur le territoire belge.
+D'un autre côté, le roi Léopold, à peine entré en possession de la
+couronne, se trouvait aux prises avec d'inextricables difficultés. Il
+avait été convenu avant son départ de Londres, qu'aussitôt installé à
+Bruxelles, il enverrait deux commissaires belges, chargés des pouvoirs
+nécessaires pour négocier, sous la médiation de la conférence, un
+traité définitif de séparation entre la Hollande et la Belgique,
+d'après les bases des dix-huit articles. Le cabinet qu'il avait formé
+se refusait nettement à l'envoi des commissaires et prétendait que les
+Belges pouvaient traiter avec les Hollandais, sans se rencontrer. Le
+roi Léopold avait immédiatement fait connaître cette difficulté à
+la conférence, en lui rendant compte des hostilités des Hollandais et
+du secours qu'il avait réclamé de la France. Il fallait pourvoir avant
+tout aux effets de ces nouvelles et fâcheuses complications. Et, chose
+assez singulière dans un pareil moment, j'étais depuis douze jours
+sans aucune communication de mon gouvernement. Il n'y avait cependant
+pas de temps à perdre pour prendre une résolution. La conférence
+dressa un protocole, dans lequel, en blâmant sévèrement la rupture de
+l'armistice de la part des Hollandais, elle approuvait l'emploi pour
+un temps limité d'une armée française, dont l'entrée en Belgique avait
+été sollicitée par le roi Léopold, et décidait qu'une escadre anglaise
+irait défendre les côtes belges et repousser de ce côté les attaques
+des Hollandais[267]. Ce protocole était essentiel pour empêcher qu'une
+conflagration générale ne résultât de l'intervention armée de la
+France en Belgique.
+
+ [267] Protocole, numéro 31 (6 août 1831).
+
+ La conférence décidait en outre que les troupes françaises devaient se
+ borner à refouler les Hollandais hors du territoire belge sans
+ entrer en Hollande. De plus, elles ne devaient investir ni
+ Maëstricht, ni Venloo pour ne pas s'approcher de la frontière
+ allemande. Enfin le gouvernement français devait s'engager à
+ rappeler ses troupes aussitôt après la cessation des hostilités.
+
+ Ce protocole n'avait pas été aisé à obtenir de la conférence car
+ l'entrée des troupes françaises en Belgique causait une indicible
+ émotion au cabinet anglais. Lord Palmerston allait jusqu'à accuser
+ la France de s'entendre secrètement avec la Hollande. «Voilà,
+ écrivait-il le 5 août à lord Granville, une jolie escapade du roi
+ des Pays-Bas. Je ne puis deviner ce qui l'a mordu; nous
+ soupçonnons un peu la France... Talleyrand, si vous vous le
+ rappelez, m'a proposé il y a quelque temps d'exciter les
+ Hollandais à rompre l'armistice afin de soulever un cri de
+ réprobation contre eux, de couvrir la Belgique de troupes et
+ ensuite de tout arranger selon notre bon plaisir. Serait-ce la
+ réalisation du premier acte du complot?» (_Correspondance intime
+ de lord Palmerston._)
+
+Je ne puis mieux faire connaître les péripéties de cette grave
+affaire qu'en donnant la correspondance qu'elle amena entre Madame
+Adélaïde et moi.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 7 août 1831.
+
+»Je suis bien sûre, mon cher prince, que vous n'aurez pas été moins
+surpris que nous de l'inconcevable levée de boucliers du roi de
+Hollande, qui, certes, justifie bien entièrement et fait bien sentir
+l'immense avantage que nous donne la sage, noble et belle conduite de
+notre bien-aimé roi et de son gouvernement envers la Belgique; et
+combien il est heureux que vous ayez conduit et terminé, avec autant
+de zèle, de prudence et d'habileté, cette si importante et difficile
+négociation qui, par l'accord fait entre les cinq puissances, nous
+autorise à voler au secours de ce malheureux pays, son roi le
+réclamant, contre l'infâme agression qui lui est faite par le roi de
+Hollande, sans s'inquiéter des traités convenus et qui viennent d'être
+conclus entre les cinq puissances, ni sans même les consulter sur
+cette coupable et inconcevable démarche, que je ne puis m'expliquer
+qu'en le considérant comme fou.
+
+»Il me paraît impossible qu'à la demande de secours et d'assistance
+que le roi des Belges a demandée à l'Angleterre, elle n'envoie pas
+sur-le-champ son escadre dans l'Escaut, comme notre roi a envoyé ses
+deux fils et son armée en Belgique[268]; mais vous jugez avec quelle
+impatience nous attendons de le savoir par vous! Je suis bien
+convaincue que pour terminer par une paix stable cette lutte
+inconcevable et si inattendue, le meilleur moyen, c'est que
+l'Angleterre s'unisse franchement à nous, ce que je vous avoue que
+j'ai la confiance qu'elle fera. Il me paraît de toute impossibilité
+que la Prusse, malgré ses liens de parenté et son affection pour la
+maison de Nassau, l'appuie dans cette tentative, entreprise contre les
+traités qu'elle vient elle-même de signer et contre tout droit des
+gens[269]. Le mal est que, dans l'origine, les puissances ne lui ont
+pas parlé le langage franc et ferme qui l'eût persuadé; mais, au
+contraire, il a vu le désir de le ramener, de le maintenir en
+Belgique, et c'est ce qui lui donne la confiance de faire cette
+inconcevable entreprise; il se flatte d'entraîner ainsi une guerre
+générale.
+
+ [268] Le duc d'Orléans et le duc de Nemours. Le premier
+ commandait une brigade de cavalerie, et le second, un régiment de
+ lanciers. L'armée était sous le commandement du maréchal Gérard.
+
+ [269] Madame Adélaïde se trompe ici. Le roi des Pays-Bas
+ n'avait encore signé aucun traité avec personne; le tort qu'il
+ avait, était d'avoir rompu un armistice qu'il avait conclu huit
+ mois auparavant sous la médiation des cinq puissances. (_Note de
+ M. de Bacourt._)] notre roi désire particulièrement savoir de
+ vous, et qu'il me charge de vous demander directement et en
+ confiance, c'est ce que vous croyez qu'il y a à faire pour
+ terminer ceci par un arrangement définitif qui ne laisse plus dans
+ cette incertitude de la paix ou de la guerre, et qui nous permette
+ de faire revenir nos troupes de Belgique, le plus tôt possible, ce
+ que mon frère désire, sans que cela compromette nos intérêts et
+ ceux du roi des Belges, et l'indépendance de ce pays. Vous aurez
+ été content de l'admirable lettre que notre cher roi a écrite au
+ roi des Belges... De grâce, écrivez-moi le plus tôt possible...»
+
+
+ «Paris, le 9 août 1831.
+
+»J'étais loin de m'attendre, mon cher prince, quand je vous ai écrit
+avant-hier, à l'inconcevable conduite du roi Léopold envers notre roi,
+la France et notre armée! Comment, pour toute réponse à l'admirable
+lettre que notre roi lui écrit le 4, en réponse à la sienne du 3, dans
+laquelle il demande secours, nous ne voyons que le pauvre prétexte,
+pour ne pas dire plus, d'un article de la constitution belge, que le
+moindre raisonnement ne peut pas soutenir, mis en avant et appuyé par
+les inconvenants et sots articles de quelques gazettes belges! et, à
+l'heure qu'il est, pas encore une ligne de lui à notre roi! cela me
+passe[270]. En attendant, j'espère qu'en ce moment, notre armée entre
+en Belgique, en évitant les places fortes, mais en marchant droit
+contre les Hollandais qui dévastent et désolent ce malheureux pays.
+L'ordre de notre roi est de voler à son secours et d'en chasser les
+Hollandais. Je suis fière, je vous l'avoue, de la grandeur, de la
+générosité de notre roi et de sa conduite. Je suis certaine que vous
+le serez aussi et que vous la ferez bien valoir, que vous en tirerez
+bon parti pour nous amener une paix honorable et stable et avantageuse
+pour l'humanité et l'Europe.
+
+ [270] Il y avait en Belgique un parti qui supportait
+ impatiemment l'idée de devoir son salut à la France et qui
+ voulait garder pour soi l'honneur de repousser les Hollandais. M.
+ de Muelnaere, ministre des affaires étrangères, qui partageait
+ ces idées, déclara que la constitution interdisait à toute armée
+ étrangère d'occuper le territoire belge si ce n'est en vertu
+ d'une loi, et il supplia le roi Léopold de ne pas permettre que
+ l'armée française passât la frontière. Le roi céda et écrivit en
+ ce sens à Paris. Mais après la dispersion de l'armée de la Meuse,
+ il se ravisa et pria le maréchal Gérard de hâter sa marche.
+
+Je suis indignée du discours de lord Aberdeen à la Chambre des pairs,
+ce que, me connaissant bien, vous comprendrez et sentirez mieux qu'un
+autre. Mais je suis enchantée de la réponse que lui a faite lord Grey;
+notre roi en est très touché; vous ferez bien de le lui dire[271]. Il
+paraît, d'après les gazettes anglaises, que l'escadre a l'ordre
+d'entrer dans l'Escaut, et que le gouvernement anglais et la
+conférence jugent le coup de tête du roi de Hollande, comme il mérite
+de l'être, ce qui me fait un extrême plaisir; mais je ne serai bien
+satisfaite que quand je saurai tout cela par vous, et que vous m'aurez
+donné votre manière de voir, votre opinion sur tout cela; aussi,
+est-ce avec une indicible impatience que j'attends vos premières
+lettres. Je suis bien fâchée que le pauvre roi Léopold n'ait pas
+franchement suivi son premier mouvement, et qu'il n'ait pas eu un bon
+conseil auprès de lui pour lui faire sentir la maladresse et la faute
+qu'il faisait en se laissant aller au second, où je crois qu'il a été
+entraîné par de mauvaises insinuations.
+
+ [271] Chambre des pairs, séance du 6 août:
+
+ _Lord Aberdeen_ s'élève avec violence contre l'intervention française à
+ Lisbonne et l'inaction de l'Angleterre. Il somme le cabinet de
+ protéger l'indépendance de dom Miguel] «Le gouvernement, dit-il,
+ n'a pas à s'inquiéter du caractère du roi de Portugal, mais bien à
+ voir quel est de fait le souverain de ce pays. Notre position
+ vis-à-vis de dom Miguel est la même que vis-à-vis du roi des
+ Français après qu'il eût saisi l'héritage de son jeune neveu, en
+ faveur duquel Charles X avait abdiqué. Je dis plus: si au lieu du
+ duc d'Orléans actuel, on eût choisi ce monstre d'Égalité, notre
+ politique ne devrait-elle pas toujours être la même?...
+
+ _Lord Grey._--Je ne parlerai pas des expressions du noble comte
+ lorsqu'il a dit que le roi des Français a _saisi_ l'héritage de
+ son neveu...
+
+ _Lord Aberdeen._--Je n'ai pas dit _saisi_ mais _occupé_.
+
+ _Lord Grey._--Cela ne mérite pas de réponse. J'aime bien mieux
+ féliciter lord Aberdeen lui-même et ses anciens collègues de la
+ promptitude qu'ils ont mise à reconnaître le souverain actuel de
+ la France. La conduite de la France dans les affaires de Portugal
+ a été pleine de franchise et de loyauté...»] Je crains que le
+ retard de l'arrivée de nos troupes en Belgique n'ait exposé son
+ armée, car on dit que, malgré le sage conseil de notre roi, il
+ veut s'exposer à une bataille dont les conséquences seraient bien
+ funestes pour lui, s'il la perdait, ce qui est assez probable,
+ d'après ce que l'on dit de l'état de son armée. »Adieu, mon cher
+ prince...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 10 août 1831.
+
+»Je reçois la lettre de Mademoiselle du 7, et je m'empresse d'y
+répondre.
+
+»Mademoiselle me fait une question à laquelle le protocole porté par
+Neukomm répond en grande partie, car il indique la route à suivre pour
+arriver à un arrangement définitif. Ce protocole a été longuement et
+vivement discuté; les plénipotentiaires russes surtout ont été très
+difficiles à amener au système que nous avons adopté; nous y avons
+passé huit heures un jour et six le lendemain; je crois avoir obtenu
+tout le possible dans un moment où les esprits de tous les partis
+étaient fort agités. Si le roi de Hollande cède, nous n'aurons plus
+que des stipulations de détail, qui éprouveront, je l'espère, de moins
+grandes difficultés que celles qu'il a fallu surmonter dans cette
+épineuse affaire. Nos troupes pourront alors se retirer; et peut-être,
+finir elles-mêmes, en rentrant en France, la question des forteresses.
+Mon opinion est que cela déplaira, mais ne donnera que de l'humeur. Je
+ne parle que des forteresses élevées par la Sainte-Alliance contre
+nous. La marche de nos troupes a fort effrayé les esprits; mais
+c'était surtout la marche en avant qui inquiétait tout le monde; ce
+qu'elles feraient du côté de Maëstricht peut amener des complications
+graves; mais ce qu'elles feront en se retirant sera supporté, parce
+qu'on sera surtout bien aise qu'elles se retirent. On se paye par là
+des frais de la guerre; et il doit être plus commode au roi des Belges
+qu'une opération de cette nature, qui tôt ou tard doit se faire, soit
+faite par nous, dont il est obligé de demander les armées, tant les
+moyens militaires qu'il a à sa disposition sont faibles. Il me semble
+aussi que la destruction des forteresses par la main même des armées
+françaises plairait à tous les Français et satisferait les exigences
+les plus susceptibles...»
+
+
+ «Londres, le 11 août 1831.
+
+»J'ai fait ce matin à lord Grey la commission de Mademoiselle. Il en a
+été extrêmement touché, et m'a dit avec émotion: «Vous ne pouvez pas
+trop dire au roi combien je suis sensible à ce qu'il a la bonté de me
+faire dire.» Après quelques moments de silence, lord Grey m'a demandé
+si je connaissais les dépêches que lord Palmerston venait de recevoir
+de Hollande. Je lui ai dit que d'abord j'avais dû venir chez lui et
+que j'allais, en le quittant, chez lord Palmerston qui avait indiqué
+une conférence pour deux heures. «Vous allez, m'a-t-il dit, y lire une
+lettre de La Haye qui annonce que les ordres ont été donnés pour que
+les troupes hollandaises rentrent immédiatement en Hollande. Vous
+connaissez tous les embarras que nous avons ici; vous avez dû voir
+toute l'agitation produite par l'entrée de vos troupes en Belgique. Je
+vous conjure d'engager le roi à les rappeler en France, au moment
+où il aura connaissance officielle des ordres donnés par le roi de
+Hollande. Nous avons besoin de cette preuve de modération de votre
+part. Cela est essentiel pour nous et pour vous. Dites-le de ma part
+au roi. Deux gouvernements qui veulent être franchement d'accord se
+doivent des égards de circonstance; et je vous répète que nos embarras
+seraient extrêmes ici, si vous ne retiriez pas vos troupes.»
+
+»Je suis monté chez lord Palmerston, qui m'a lu la lettre de M.
+Verstolk[272]; elle est explicite sur le rappel des troupes
+hollandaises. Il me semblerait bien grave de refuser à l'Angleterre ce
+qu'elle demande aujourd'hui, car les dernières vingt-quatre heures ont
+changé la question. La retraite des troupes hollandaises, d'une part,
+et la demande du roi Léopold qu'il a fait connaître ici sont deux
+incidents considérables. Il est certain que le ministère anglais ne
+saurait affronter le récri général qui s'élèverait contre lui si, les
+Hollandais se retirant, nous restions en Belgique. Les tories ne sont
+pas les seuls qui blâment la conduite du cabinet anglais dans la
+question hollandaise; et le _leading article_ du _Times_ d'aujourd'hui
+(journal ministériel) en est un symptôme très remarqué. Mais, comme il
+ne faut pas cependant que notre mouvement militaire reste sans
+résultat pour la France, il faudrait, ce me semble, obtenir ou
+arracher de la Belgique et de son roi le consentement pur et simple,
+mais officiel, de la démolition des forteresses. Le maréchal
+Gérard[273] pourrait aisément faire ce traité en s'en allant. Le roi
+Léopold, avant de quitter Londres, m'avait écrit à ce sujet une lettre
+que j'ai envoyée à cette époque au gouvernement. Ce prince, arrivé à
+Bruxelles, n'a plus tenu le même langage; mais aujourd'hui, il faut
+que son langage soit positif.
+
+ [272] Jean Gilbert Verstolk van Soelen, homme d'État
+ hollandais, né en 1777, était juge à Rotterdam en 1801, puis
+ directeur de la Gueldre. Sous la domination française, il fut
+ nommé préfet de la Frise. En 1815 il devint administrateur du
+ grand-duché de Luxembourg, puis ministre à Pétersbourg. En 1825
+ il entra au ministère des affaires étrangères et y demeura
+ jusqu'en 1840. Il mourut en 1845.
+
+ [273] Maurice-Étienne comte Gérard né en 1773, engagé
+ volontaire en 1791, général de division en 1812; il se signala
+ particulièrement en 1814 et en 1815. Il quitta le service sous la
+ Restauration et fut élu député. En 1830, il devint maréchal de
+ France et ministre de la guerre, et fut mis en 1831 à la tête de
+ l'armée du Nord. Il fut en 1835 nommé grand chancelier de la
+ Légion d'honneur et il mourut en 1855.
+
+Quand une fois nous n'aurons plus à traiter la question des
+forteresses qu'avec les quatre puissances, les choses seront fort
+avancées, parce qu'elles sont fortement engagées dans le protocole du
+17 avril.
+
+»L'Angleterre devrait bien trouver, dans tout ce qui vient de se
+passer en Belgique, des motifs pour croire qu'il n'y a pas de Belgique
+possible, et que c'est par des idées de partage que l'Europe
+trouverait la garantie positive d'une paix générale. Mais l'Angleterre
+est bien éloignée de cette idée. On avait partout aussi d'autres
+idées; les ambitions avaient pris d'autres routes. Où en est-on à cet
+égard en France?
+
+»Voilà une lettre bien longue; les vieux serviteurs ne sont jamais
+courts, mais ils sont tendrement et sincèrement attachés...»
+
+Quels autres conseils pouvais-je donner au gouvernement français, dans
+des circonstances qui révélaient de pareilles complications? C'était
+le roi Léopold qui ne voulait plus aujourd'hui ce qu'il voulait hier,
+et les fanfaronnades des Belges qui aboutissaient à une fuite
+honteuse devant les Hollandais[274]. On pouvait bien certes être tenté
+de croire qu'il n'y avait point de Belgique, et point de roi des
+Belges. Mais cela était fort peu commode quand on n'avait voulu le
+partage d'aucun côté. En Angleterre, on craignait d'augmenter la
+puissance française; en France, on voulait M. le duc de Nemours; les
+Russes et les Prussiens voulaient le prince d'Orange; l'Autriche
+aurait assez aimé que le désordre se prolongeât afin de tenir la
+France gênée de ce côté. Tout cela avait conduit où l'on était. Mon
+affaire était que cela y conduisît sans guerre, et il n'y en avait
+point encore. Cela nous avait, en tout cas, donné le temps de faire
+une armée. L'essentiel était que M. Périer restât au pouvoir, parce
+que l'opinion du dehors était tout entière à lui; les gens tranquilles
+et le commerce en France lui appartenaient; il ne fallait donc pas se
+laisser faire la loi par une poignée de factieux. J'y étais bien
+résolu, ainsi qu'à tirer tout le parti possible de cette crise un peu
+vive, pour en finir avec cette fastidieuse affaire. Comme toujours, on
+ne m'y aidait guère du côté de la France où se manifestaient de
+nouvelles exigences, à mesure que j'obtenais des concessions à
+Londres. Les lettres suivantes le constateront suffisamment.
+
+ [274] Les Belges avaient été battus le 8 août à Hasselt
+ et le 12 à Louvain.
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 13 août 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Vous avez fait beaucoup jusqu'à présent, et à merveille. Le roi le
+mandait avant-hier dans une lettre au maréchal Gérard, et qu'il
+attendait que vous feriez encore plus, et que votre habileté
+parviendrait à obtenir ce qui est nécessaire pour obtenir une paix
+stable; et maintenant la seule démolition des places fortes en
+Belgique ne serait pas regardée comme une satisfaction suffisante, ni
+une sécurité assez grande d'après la tentative que vient de faire le
+roi de Hollande, qui, à la vérité, sans la décision prompte de notre
+roi et l'arrivée de notre armée en Belgique, aurait eu succès, du
+moins momentanément; cela est bien prouvé, le roi Léopold aurait été
+détrôné. Nous voulons le soutenir autant que cela dépendra de nous;
+mais pour que cela soit possible au roi, à son gouvernement, il faut
+que vous parveniez à obtenir une réparation, un dédommagement qui
+satisfasse l'amour-propre national et l'opinion générale à cet égard,
+de notre propre pays. C'est avec une parfaite conviction, et en toute
+amitié et confiance que je vous le dis: _c'est de la plus grande
+importance_ pour notre cher roi, son gouvernement, et votre propre
+existence comme son ambassadeur.
+
+»Nous savons ce matin par dépêche télégraphique que mes neveux
+Chartres et Nemours sont entrés hier à Bruxelles, à deux heures après
+midi, aux acclamations et à la joie de toute la population qui les
+attendait avec une impatience extrême, et qui était dans un tel état
+de terreur de l'arrivée des Hollandais, que, la veille, M. d'Arschot
+n'avait trouvé d'autre moyen de les calmer qu'en faisant préparer un
+dîner pour mes neveux à l'hôtel d'Arenberg, en disant qu'ils allaient
+arriver. Ici, la discussion de l'adresse dans la Chambre des députés
+se continue; l'on espère qu'il y aura une bonne majorité; il est
+certain que ces derniers événements ont été d'une grande utilité
+pour le gouvernement et lui ont donné beaucoup de force; mais il ne
+faut pas se dissimuler que tous ces avantages seraient perdus et nous
+feraient même tomber plus bas que nous ne l'étions avant, si, à la
+suite, il n'y avait pas un acte, un dédommagement qui satisfasse notre
+nation. Cela ne peut être en meilleures mains que dans les vôtres, mon
+cher prince; je sens que la tâche est difficile, mais vous la
+surmonterez, j'en suis sûre, surtout ayant force et bon droit de votre
+côté.»
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 14 août 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Ma dépêche officielle d'aujourd'hui vous fait connaître notre
+situation. Les débats de la Chambre des députés vous montreront nos
+embarras. La Belgique est une question délicate qui exige des
+ménagements de tous les genres et de tous les instants. Notre
+politique n'est ni changée ni modifiée; nous voulons conserver la paix
+sans exigences déraisonnables qui pourraient blesser les puissances;
+mais il faut ménager la susceptibilité d'un pays qui se croit offensé
+par des places qui ont été construites contre nous. C'est toujours le
+traité que vous avez repoussé en 1815 qui est notre grande difficulté.
+
+»Nous ne voulons pas le déchirer, mais les puissances doivent prouver
+à la France que le système de haine qui nous l'imposa n'est plus le
+sentiment qui les dirige. Vous pouvez seul leur faire entendre
+utilement cette vérité. Votre haute position en Europe et à Londres,
+la confiance que vous inspirez achèveront une union sincère entre
+les États dont le concert et l'accord peuvent préserver l'ordre social
+des dangers qui le menacent. Aussitôt que le territoire belge sera
+évacué par l'armée hollandaise, vingt mille hommes de l'armée
+française rentreront en France. Le maréchal Gérard ne conservera que
+trente mille hommes qui rétrograderont jusqu'à Nivelles, et en deçà.
+Cette diminution de nos forces est une garantie que nous nous
+empressons de donner à nos alliés de la loyauté de nos intentions.
+Vous voyez que vos observations ont exercé une grande influence sur
+nos résolutions. Nous désirons donner au cabinet anglais toutes les
+preuves d'intérêt; mais notre position est plus embarrassante encore
+que la sienne. Votre présence à Londres nous rassure sur la
+conservation d'une paix qui est l'objet de tous nos voeux et que vous
+avez désirée, comme nous, digne et honorable. La Chambre commence à se
+rapprocher du ministère, et si nos affaires étrangères deviennent plus
+faciles, une grande majorité nous est assurée. Ce n'est pas le cabinet
+français que nous désirons conserver, mais la paix.»
+
+C'étaient là de belles paroles, mais il était plus aisé de les écrire
+que de satisfaire aux prétentions qu'elles dissimulaient. J'avais
+obtenu de la conférence la sanction de l'entrée des troupes françaises
+en Belgique, pour secourir le roi Léopold contre l'invasion
+hollandaise; on reconnaissait que cette décision de la conférence
+avait donné une grande force au gouvernement français devant les
+Chambres. Maintenant, celui-ci demandait la démolition des forteresses
+qui avait été accordée en principe dès le mois d'avril par les
+puissances représentées dans la conférence de Londres, et il aurait
+voulu que l'occupation française en Belgique se prolongeât
+jusqu'à l'entière démolition des forteresses exécutée sur l'ordre des
+puissances. Évidemment c'était impossible à obtenir, du moment surtout
+où les troupes hollandaises s'étaient retirées dans leurs limites, sur
+l'ordre de la conférence. La sécurité des Belges et de leur nouveau
+roi étant assurée par cette mesure, la prolongation du séjour des
+troupes françaises en Belgique ne pouvait plus qu'exciter la méfiance
+de toutes les puissances et provoquer dans le parlement anglais des
+attaques sans réponse contre le ministère qui aurait succombé[275].
+Les tories qui lui auraient succédé, engagés par leurs attaques mêmes
+contre l'occupation de la Belgique par l'armée française, auraient été
+intraitables sur ce point, et la guerre devenait inévitable. Il
+fallait donc aider le cabinet anglais à se soutenir et ne pas mettre
+en avant des exigences mal fondées du côté de la France où une partie
+du gouvernement cédait à de malfaisantes influences. On pourra en
+juger par ce que m'écrivait à cet égard le duc de Dalberg.
+
+ [275] L'attitude que le cabinet anglais entendait
+ conserver sur la question de la retraite des troupes françaises
+ et de la démolition des forteresses ressort clairement de la
+ lettre suivante de lord Palmerston à lord Granville:
+
+ [_Particulière_]
+
+ «Foreign Office, 17 août 1831.
+
+ »Mon cher Granville,
+
+ »Je viens de causer avec Talleyrand, qui m'a donné à lire une
+ lettre particulière que Sébastiani lui a écrite le 14. Dans cette
+ lettre, Sébastiani annonçait le retour en France de vingt mille
+ Français, et le repliement du reste sur Nivelles, mais il y avait
+ un vilain passage relativement aux forteresses insinuant qu'il
+ fallait en venir à un arrangement avant que les Français
+ évacuassent entièrement la Belgique.
+
+ »Talleyrand m'a demandé ce que je pensais de cette lettre. J'ai
+ dit que son gouvernement se trompait s'il croyait que nous
+ puissions jamais mêler la question des forteresses avec celle de
+ l'évacuation de la Belgique; que le gouvernement français s'était
+ engagé à évacuer la Belgique, et que nous devions nous attendre à
+ le voir remplir son engagement; que quant aux forteresses, nous ne
+ pouvions même prendre en considération la question de leur
+ démolition avant que les troupes françaises soient hors de la
+ Belgique. Nous avons la ferme intention de démanteler plusieurs de
+ ces forteresses belges, mais nous ne souffrirons jamais que la
+ France nous fasse la loi à cet égard à la pointe de la
+ baïonnette.» (_Correspondance intime de lord Palmerston._)
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 13 août 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je n'ai que le temps de vous dire que la Providence veille sur la
+France plus que ceux qui la gouvernent. On s'occupe à faire
+l'éducation de deux cents nouveaux députés appelés plus convenablement
+à régir les affaires d'une commune qu'à décider celles d'un empire. Je
+crois qu'il y a depuis deux jours amélioration dans les esprits.
+L'invasion hollandaise donne un immense avantage, abat le caquet des
+révolutionnaires belges et français, fournit l'occasion au
+gouvernement de montrer un peu de vigueur, et prouve que l'Angleterre
+ne se sépare pas des intérêts créés par la révolution de Juillet. Je
+conseille de hâter un arrangement final entre la Hollande et les
+Belges, et de tenir une balance juste et équitable pour _la première_.
+Il vous faut le consentement du roi de Hollande, ou vous n'avez rien
+fini.
+
+»Le bavardage qui éclate de la tribune française devient insipide.
+D'un autre côté, il est plus que temps que la _camaraderie_ du
+Palais-Royal avec l'ordure de la révolution cesse. On se demande en
+Europe comment l'autorité peut se retremper ainsi. MM. d'Appony et
+Pozzo se plaignent du langage que tiennent hors de France, en Italie
+et en Allemagne, les agents français. Vous pouvez être sûr que, dès
+qu'en Italie il y a un autre mouvement insurrectionnel, les
+Autrichiens tomberont dessus. A mon avis, ils feront bien.
+
+»Cet excellent Casimir Périer que nous avons tenu par les cheveux pour
+qu'il ne nous échappe pas, ne parle que de sa retraite. Les plus
+plates intrigues s'ourdissent maintenant pour composer un ministère
+qui doit lui succéder. Les chefs en sont Odilon Barrot, Salverte,
+Clauzel[276] auquel on a donné bêtement le bâton de maréchal pour
+augmenter son influence. Tout cela s'écarte de toute raison; et vous
+pouvez vous croire heureux d'être éloigné de tant de folies...»
+
+ [276] Bertrand Clauzel, né en 1772, capitaine à la légion des
+ Pyrénées en 1792, devint général de brigade en 1799, et fit
+ toutes les campagnes de l'empire notamment en Espagne. Condamné à
+ mort par contumace en 1815 pour sa conduite pendant les
+ Cent-jours, il s'enfuit en Amérique, revint en France après
+ l'amnistie (1820) et fut élu député en 1827. En 1830, il reçut le
+ commandement de l'armée d'Algérie, fut rappelé en 1831 et nommé
+ maréchal de France (30 juillet). Nommé gouverneur général en
+ 1835, il revint en France l'année suivante à la suite de l'échec
+ de l'expédition de Constantine. Il mourut en 1842.
+
+Le duc de Dalberg indiquait dans cette lettre l'idée à laquelle
+j'avais résolu de m'attacher, aussitôt que nous serions sortis de la
+crise actuelle des affaires belges: c'était de poursuivre sans relâche
+la conclusion d'un traité définitif qui réglerait ces affaires;
+seulement, j'étais bien décidé, si le roi de Hollande persistait
+dans son système d'opposition à un arrangement final, à me contenter
+d'un traité solennel entre les cinq grandes puissances et la Belgique,
+convaincu que j'étais qu'un pareil traité mettrait les Belges à l'abri
+d'une nouvelle invasion hollandaise et assurerait le maintien de la
+paix. Mais il fallait, avant d'en arriver là, apaiser les
+effervescences de Paris, et satisfaire aux exigences de la situation
+vraiment embarrassante du cabinet anglais; dans ce but, j'écrivis à
+Madame Adélaïde:
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 17 août 1831.
+
+»Je ne songe qu'à une seule chose, c'est au service du roi, c'est au
+bien réel de la France que tant de passions compromettent étrangement.
+Les hasards aussi, il faut en convenir, trompent sans cesse nos
+calculs et nos efforts; et la complication actuelle me paraît sans
+contredit la plus fâcheuse de cette longue et pénible négociation. En
+effet, l'entrée de nos troupes en Belgique était forcée, et leur
+sortie présente des difficultés qui, à ce qu'il paraît, sont de nature
+à compromettre l'existence du ministère sage, ferme, pacifique et
+éclairé dont le roi s'est entouré. Il faut à notre esprit français
+excité par les démonstrations militaires, soit des victoires, soit des
+conquêtes. La retraite des Hollandais rend les victoires impossibles;
+et l'intérêt, bien ou mal entendu des puissances, s'oppose aux
+conquêtes. Pendant que ce dilemme occupe les conseils du roi, il se
+passe ici des choses qui ont aussi leur importance.
+
+»Le jour où nos troupes ont passé la frontière, ce jour-là même,
+a commencé une réaction dans l'esprit anglais, dont le _Times_, qu'il
+est bon que vous lisiez, offre des symptômes frappants[277].
+
+ [277] «... Vous aurez vu le langage violent du _Times_ contre la
+ France: nous ne pouvons l'empêcher. Le _Times_ éclate de temps en
+ temps et va son train, mais le ton qu'il a adopté dernièrement ne
+ peut pas avoir fait grand mal, car cela a dû servir à convaincre
+ les Français que le langage du gouvernement anglais dans la
+ question belge aurait pu être plus vif encore sans aller au delà
+ du sentiment général.» (Lord Palmerston à lord Granville, 26
+ août. _Correspondance intime de lord Palmerston._)
+
+»Cette réaction s'est visiblement étendue; elle menace essentiellement
+le cabinet actuel; elle devient nationale; elle place _la réforme_
+même sur le second plan. Les vieilles jalousies se réveillent, les
+susceptibilités se montrent partout, car il y a une fibre anglaise
+qui, depuis deux cents ans, appartient si complètement à la question
+de la Hollande et des Pays-Bas qu'on ne saurait la faire vibrer
+impunément. Lord Grey et le cabinet tout entier ne se dissimulent pas
+et ne me cachent pas qu'il y va non seulement de leur existence mais
+de la conservation de la paix. S'ils consentaient à la présence
+prolongée de nos troupes en Belgique, les tories, qui comprennent que
+la guerre seule peut éloigner la réforme, pousseraient à la guerre de
+tous leurs efforts, et trouveraient dans l'amour-propre national un
+écho qui leur a manqué jusqu'à présent dans le pays. Si le ministère
+de lord Grey quittait, il serait remplacé par des hommes qui seront
+hostiles à tout ce qui s'est fait pour maintenir la paix. Pour que
+lord Grey reste, il faut qu'il puisse dire que nos troupes rentrent en
+France, ou qu'il se décide à faire contre nous ce que voudra son pays.
+
+»Dans cette situation, quel est le moyen de tout concilier? Il ne se
+présente pas à mon esprit; je vois des inconvénients partout.
+Cependant, le parti qui me paraîtrait en avoir le moins serait
+celui-ci: c'est sur la demande du roi Léopold que les troupes du roi
+sont entrées en Belgique; c'est à son secours que nous nous sommes
+portés avec un empressement et avec des dépenses qu'il doit
+reconnaître. Il n'est pas moins certain que nous lui avons rendu des
+services signalés ainsi qu'à tout son pays qui devenait la proie de la
+guerre en peu d'heures. Une marque de reconnaissance nous est due,
+quelques dédommagements nous sont acquis. Les demander à la
+conférence, ce serait faire une démarche illusoire; les Anglais nous
+diraient: nous n'en demandons pas, et les autres membres de la
+conférence s'inquiéteraient. Il me semble que c'est au roi Léopold
+lui-même qu'il faut s'adresser. Une convention directe de souverain
+indépendant à souverain indépendant me paraîtrait propre à nous faire
+sortir de l'embarras dans lequel nous sommes. Si donc le maréchal
+Gérard et le général Belliard allaient droit au prince Léopold avec la
+force et la promptitude que l'on met à une convention militaire, et
+s'ils lui disaient: «La retraite de nos troupes dépend de telle chose;
+prenez l'avis de votre conseil; faites jurer le secret, nous le
+garderons avec Paris et signez dans deux heures», ce qui serait fait
+là serait fait; et il faudrait bien que, sans guerre, les puissances
+s'en accommodassent, car le traité aurait été fait entre princes
+reconnus et qui ont le droit de faire, en observant les formes fixées
+dans leur propre pays, tout ce qui leur convient. Le prince Léopold
+n'a pas consulté le congrès pour appeler les forces de la France à son
+secours; il n'aurait pas plus besoin de l'appeler pour les faire
+retirer. C'est l'urgence qui doit régler toute cette question.
+
+»Personne ici n'a été sensible à la retraite de vingt mille hommes de
+nos troupes, parce que trente mille suffisent pour conquérir toute la
+Belgique quand en Belgique, il n'y a que des Belges.
+
+»Je n'ai pas parlé, dans ma dépêche d'aujourd'hui, de l'idée que
+renferme cette lettre-ci parce que, avec le roi, il est de mon devoir
+de tout hasarder, et qu'avec un cabinet il faut rester dans les bornes
+de la prudence. Le roi verra si ce que j'ai aujourd'hui dans l'esprit
+vaut quelque chose. Je passe ma vie à chercher des expédients; si cela
+ne vaut rien, il vaudra peut-être mieux rester dans la ligne que
+demande lord Grey qui, encore ce matin, s'est engagé à la démolition
+des places fortes, lorsque le moment en sera venu. Il veut que cela
+soit fait, mais il ne veut pas que cela le soit par nous.
+
+»J'ai remis au chargé d'affaires de dom Pedro la lettre du roi; il
+doit l'envoyer aujourd'hui. Dom Pedro est parti hier avec toute sa
+famille; il est peu content de son dernier séjour en Angleterre...»
+
+
+ »Londres, le 19 août 1831.
+
+»J'avais, à la fin de ma dernière lettre, parlé à Mademoiselle de
+l'idée que l'on pouvait avoir de traiter avec le prince Léopold, mais
+ce que je proposais devait être parfaitement _secret_. Du moment que
+l'on veut faire quelque chose de patent, on échouera et l'on déplaira
+à toutes les puissances. Au point où en sont les choses, on ne peut
+plus, sans danger, s'occuper que de rendre officielle la lettre qui
+m'a été écrite par le prince Léopold au moment de son départ; la
+copie en est à Paris; soyez sûre que les places seront abattues: lord
+Granville en répétera l'assurance au roi; moi, personnellement, je
+n'en doute pas. Je crois, en vérité, qu'il n'y aurait aujourd'hui
+qu'un moyen de l'empêcher, ce serait de vouloir le faire soi-même.
+Cela deviendrait une question d'amour-propre et, entre grandes
+nations, on ne peut calculer ce que ce genre de blessure peut amener.
+
+»Le roi aura une bonne nouvelle à apprendre à dom Pedro: le comte de
+Villaflor est débarqué à Saint-Michel[278] avec quinze cents hommes et
+il est le maître de l'île, dans laquelle il y avait beaucoup
+d'artillerie et deux mille hommes de troupes réglées. Ainsi, voilà
+cinq mille hommes, y compris ce qui était à Terceira, qui sont à la
+disposition de la jeune reine dont la vie aventureuse exigeait qu'elle
+fût plus jolie.
+
+ [278] L'île de Saint-Michel est la plus importante de l'archipel
+ des Açores. Le comte de Villaflor s'en empara le 1er août, au nom
+ de la régence de Terceira. Le comte de Villaflor, général en chef
+ des troupes de dom Pedro, était né en 1790. Engagé à dix-huit
+ ans, il était général de brigade en 1826, au début de la guerre
+ civile. Il prit parti pour dom Pedro. En 1829 il se rendit à
+ Terceira, d'où il partit en 1831 à la tête de l'expédition qui
+ détermina la chute de dom Miguel et l'avènement de dona Maria. En
+ 1836, il devint premier ministre pendant quelques mois. Durant
+ toute la durée des troubles qui agitèrent si longtemps le
+ Portugal, il demeura constamment le défenseur de la reine dona
+ Maria et de la charte libérale. Il mourut en 1860. Le comte de
+ Villaflor avait été créé duc de Terceira en 1833.
+
+»Le ministère anglais vient d'avoir un échec parlementaire; il faut
+espérer qu'il s'en relèvera, nous en avons besoin[279]...»
+
+ [279] A la séance de la Chambre des communes du 19 août, le
+ marquis de Chandos avait présenté un amendement qui tendait à
+ accorder le droit de suffrage à tous les cultivateurs qui
+ possédaient à bail, depuis un an, une terre de la valeur de
+ cinquante livres sterling. Cet amendement, bien que combattu par
+ le ministère, avait passé à la majorité de deux cent
+ quarante-deux voix contre cent quarante-huit.
+
+Après de longues discussions dans la conférence, pendant lesquelles
+je soutins avec vigueur que la prolongation du séjour des troupes
+françaises était nécessaire à la sécurité de la Belgique, nous
+convînmes cependant d'imposer au roi de Hollande un nouvel armistice
+de six semaines, durant lequel un traité définitif serait conclu entre
+la Hollande et la Belgique sous la garantie des cinq puissances. Le
+protocole numéro 34, qui contenait ces stipulations, déclarait en même
+temps que, moyennant de pareilles garanties, la présence des troupes
+françaises en Belgique cessait d'être indispensable et qu'elles
+devraient se retirer sans cependant fixer un terme précis à leur
+retraite. Les ministres anglais avaient insisté pour obtenir cette
+déclaration comme vitale pour l'existence du cabinet. On va voir qu'à
+Paris on se considérait également comme perdu si les troupes
+françaises devaient se retirer de Belgique avant qu'on ait obtenu soit
+la démolition immédiate des forteresses, soit de nouvelles garanties
+de leur démolition future. Le roi Louis-Philippe lui-même,
+ordinairement plus calme et plus habile que son entourage, se laissa
+aller à des soupçons et à des inquiétudes qui se peignent très bien
+dans les lettres de lui que je vais donner, et qui, à mon sens, font
+plus d'honneur à son patriotisme et à sa loyauté qu'à sa prévoyance
+politique. Il m'expédia en toute hâte le général Baudrand, aide de
+camp de son fils, que je vis arriver à Londres porteur des lettres
+suivantes:
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce samedi 27 août 1831.
+
+»J'éprouve, mon cher prince, le besoin de m'ouvrir confidentiellement
+à vous sur le protocole que vous venez de signer. Si de pareils
+actes peuvent, comme je le conçois très bien, servir au maintien du
+cabinet anglais, je ne peux pas vous cacher qu'ils sont de nature à
+perdre mon gouvernement et à tout remettre en question parmi nous.
+L'honneur de la France qui m'est confié et qui est le mien, sa sûreté
+dont je suis le garant et qui fait la mienne, tout se réunit pour
+m'interdire de me regarder comme étant lié par ce protocole, si
+d'autres mesures ne viennent le modifier et le rendre acceptable à mes
+ministres. J'ai voulu vous en prévenir moi-même et vous demander de
+faire tous vos efforts pour les faire adopter. Ce sera un bien grand
+service que vous me rendrez, et je trouve que la rédaction du second
+paragraphe vous en laisse la latitude.
+
+»Je vous avoue, mon cher prince, qu'il y a quelque chose d'étrange à
+mes yeux dans la marche de la conférence. J'ai envoyé une armée en
+Belgique pour défendre son ouvrage; sans la présence de cette armée,
+la Belgique était conquise et Léopold était détrôné. J'ai promis de
+rappeler mes troupes dès qu'il n'y aurait plus de danger de voir les
+Belges et leur nouveau souverain à la merci des Hollandais, et la
+chose a été entendue ainsi; mais que peut-il et que doit-il même
+arriver si je me décidais à rappeler toute l'armée en France par suite
+de votre dernier protocole? Nous nous retrouverions dans la même
+position où il a fallu une décision instantanée et un miracle de
+rapidité dans l'exécution pour sauver la Belgique et le trône de
+Léopold. Nous ne devons pas nous exposer de nouveau à d'aussi grands
+dangers. La Hollande tient aujourd'hui plus de cent mille hommes aux
+portes de la Belgique, et les Belges n'ont rien, absolument rien à
+leur opposer. Ainsi, si, dédaignant de nouveau la foi de l'armistice,
+la Hollande envahissait une seconde fois le territoire belge, ou
+si seulement la suspension d'armes expirait sans qu'il y ait eu de
+traité de conclu, il est clair que le renversement du trône belge
+serait encore plus facile et plus certain qu'il ne l'était cette
+fois-ci; et on peut donc se demander si la conférence veut réellement
+laisser détruire ce qu'elle avait presque conduit à terme avec tant de
+soins et d'efforts, ou si elle veut que Léopold, livré à lui-même et
+dénué de moyens, tombe détrôné, sans défense, et que la Belgique, en
+proie à l'anarchie, désolée, ruinée par le double fléau de la guerre
+et des inondations, ne voie plus de salut pour elle qu'en retournant
+aux Nassau?
+
+»En vérité, mon cher prince, je dois vous le dire avec toute la
+franchise de l'amitié qui m'attache à vous, je ne comprends pas
+comment cette situation de la Belgique, comment celle de mon
+gouvernement et la mienne vous ont échappé à tel point que vous n'ayez
+fait nulle difficulté de signer ce singulier protocole. Il faut, de
+toute nécessité, que vous trouviez le moyen de nous tirer de cette
+crise qui menace, au plus haut degré, la paix de l'Europe. Mon
+ministère vous en indique un, qu'il me paraît facile de faire adopter;
+car, le repousser serait justifier des soupçons dont, je vous l'ai
+dit, je ne me défends pas sans peine[280].
+
+ [280] L'expédient proposé par le cabinet était que les troupes
+ françaises ne sortissent de Belgique qu'après avoir obtenu du
+ gouvernement belge l'engagement formel de procéder à la
+ démolition des forteresses. C'est dans ce but que M. de
+ Talleyrand obtint du gouvernement anglais qu'il ne presserait pas
+ outre mesure la retraite des troupes françaises, et qu'en même
+ temps le cabinet des Tuileries envoya à Bruxelles M. de
+ Latour-Maubourg, chargé de négocier sur la question des
+ forteresses un arrangement secret avec le roi Léopold.
+
+»Enfin, mon cher prince, soyez convaincu et sachez convaincre vos
+collègues de la conférence que tout ce qui m'était humainement
+possible de faire, je l'ai fait; qu'après avoir donné à mes alliés des
+garanties aussi fortes de la pureté de mes intentions, j'en dois à mon
+pays de plus efficaces que celles qui résultent de votre dernier
+protocole, et cela sous peine de me voir dans l'impuissance de
+contenir la fureur et l'impétuosité de la nation. C'est la
+connaissance parfaite que j'ai, mon cher prince, de cet état de choses
+qui m'a fait désirer et presser aussi vivement la démolition des
+places; car ce sont elles qui, considérées d'un côté et de l'autre
+comme des objets de tentation qu'il ne faut pas laisser à portée ou en
+vue des joueurs, sont aujourd'hui la cause de tous les embarras, la
+source de toutes les alarmes. Pesez bien tout ce que je vous dis là,
+et vous verrez que mon empressement à voir terminer cette affaire est
+la preuve la plus positive de la loyauté de mes intentions envers la
+Belgique et de la droiture de la politique de mon gouvernement envers
+l'Angleterre et les autres puissances. Croyez aussi que c'est la même
+droiture et la même loyauté qui nous portent à ne pas vouloir retirer
+toutes nos troupes de la Belgique avant qu'il ait été pris des mesures
+efficaces pour assurer la conservation de Léopold sur son trône. Vous
+connaissez ce prince; l'amitié que je lui porte ne doit pas m'empêcher
+de dire que son caractère est un sûr garant qu'il ne nous aurait pas
+demandé de garder nos troupes, s'il n'avait pas eu la conviction qu'il
+ne pouvait pas s'en passer.
+
+»Une autre considération bien forte, c'est que le roi de Hollande a eu
+bien de la peine à rassembler, à entretenir et à solder ses cent dix
+mille hommes, mais qu'il ne peut pas payer longtemps cette force
+_factice_; et que, par conséquent, il est évident qu'il ne la conserve
+sur pied que pour envahir la Belgique, où les distances sont si
+courtes qu'il est toujours probable que celui qui entre le premier
+devance partout son adversaire. Loin de diminuer cette armée
+disproportionnée, le roi de Hollande continue à l'augmenter et fait
+recruter à tout prix dans toute l'Allemagne. Or, je le demande, quelle
+confiance peut-on mettre dans un armistice avec lui, quand le
+licenciement de cette armée n'y serait pas stipulé?
+
+»Mais je m'aperçois, mon cher prince, que ma lettre est déjà plus
+longue que je ne l'aurais voulu. Ne l'attribuez qu'à mon désir de vous
+parler à coeur ouvert, et j'aime à croire que vous ne verrez dans ma
+franchise qu'une preuve de plus de mon amitié et de tous mes
+sentiments pour vous.
+
+ »Votre affectionné,
+
+ »LOUIS-PHILIPPE.»
+
+
+Le roi ajoutait dans une autre petite lettre de la même date du 27
+août, à quatre heures:
+
+
+«Après vous avoir écrit cette longue lettre, mon cher prince, je me
+suis décidé à vous l'envoyer par le lieutenant général Baudrand, aide
+de camp de mon fils aîné, qui est revenu hier de la Belgique avec lui.
+Il connaît parfaitement l'état de ce pays et la position pénible, même
+précaire, du roi Léopold qui n'a ni troupes ni administration, en
+sorte que ce serait le vouer à l'anéantissement que de lui refuser la
+force morale et réelle que la présence de notre corps de troupes peut
+seule lui assurer après la secousse terrible qu'il vient d'éprouver.
+
+»J'ai une grande confiance dans le général Baudrand, et je sais que
+les rapports qu'il a eus avec l'armée anglaise en 1816 l'ont fait
+connaître avantageusement en Angleterre, où il pourra, si vous le
+croyez utile, présenter un tableau vrai de l'état des choses tant en
+France qu'en Belgique...»
+
+Le général Baudrand m'apportait aussi des lettres de Mademoiselle et
+du général Sébastiani, écrites dans le même sens que celle du roi. Je
+ne donnerai que la lettre du général Sébastiani, plus alarmé peut-être
+encore que le roi.
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 27 août 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Le trente-quatrième protocole nous place dans une situation dont il
+est impossible de calculer les résultats. Le plus probable et le plus
+imminent est, sans doute, la dissolution du ministère. Il est
+impossible que nous résistions à l'évacuation immédiate de la
+Belgique, sans autre garantie que celle d'une suspension d'armes de
+six semaines, lorsque la Hollande conserve et augmente son armée de
+cent mille hommes et vient de montrer si peu d'égards pour les
+engagements qu'elle prend envers les puissances.
+
+»Il ne suffit pas que nous soyons convaincus que la suspension d'armes
+proposée nous conduirait, sans nouveaux dangers pour le roi Léopold, à
+une paix prochaine et durable; il faut encore que la nation et les
+chambres partagent cette conviction, et nous ne saurions l'espérer. La
+Belgique est dans l'anarchie; son armée est dissoute; le roi Léopold
+ne peut réorganiser ni son armée ni l'administration publique,
+s'il n'est pas protégé par une force quelconque. L'affaire des places
+nous donne des soupçons que trop de circonstances font naître.
+
+»L'indulgente et obligeante désapprobation dont le roi de Hollande est
+l'objet ne nous rassure pas. Tous les ministres des puissances à La
+Haye, y compris M. Bagot[281], ambassadeur d'Angleterre, se rendirent
+chez madame la princesse d'Orange pour la féliciter sur les victoires
+du prince, aussitôt que la nouvelle de la bataille de Louvain parvint
+dans cette résidence. Nous vous envoyons le général Baudrand pour vous
+faire connaître l'état actuel de nos affaires; vous nous le renverrez
+le plus tôt que vous le pourrez; il est à votre disposition.
+Arrangez-nous cette affaire si vous voulez prévenir la formation d'un
+ministère belliqueux. Nous attendons tout de votre habileté et de
+votre amour pour la paix. Nous sommes dans une véritable crise...»
+
+ [281] Sir Charles Bagot, né en 1781, membre du conseil privé,
+ ministre plénipotentiaire à La Haye, plus tard gouverneur général
+ du Canada. Il mourut en 1843.
+
+En même temps que le général Baudrand m'apportait ces cris d'alarme,
+on avait expédié M. de Latour-Maubourg à Bruxelles pour y faire signer
+par le roi Léopold et son gouvernement une convention dans laquelle
+ils s'engageraient à la démolition de certaines forteresses. J'avais
+été prévenu assez à temps, mais pas par mon gouvernement, pour pouvoir
+avertir M. de Latour-Maubourg des difficultés qu'il rencontrerait et
+des pièges qu'on lui tendrait.
+
+Aussi m'écrivit-il de Bruxelles le 28 août:
+
+
+M. DE LATOUR-MAUBOURG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 28 août 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»La lettre que vous avez bien voulu m'adresser ici m'est arrivée
+récemment. L'objet spécial pour lequel je suis venu en Belgique n'est
+point encore terminé; ici, sont des gens craintifs, méfiants,
+empressés d'obtenir plus que de donner, et préoccupés du soin
+d'assurer leur responsabilité contre les attaques futures de la
+tribune. On m'assurait, à mon départ de Paris, qu'il s'agissait d'une
+chose simple; à mon arrivée, j'ai pu me convaincre qu'elle était très
+compliquée. Je pressentais l'écueil que m'ont signalé vos paroles
+transmises par Paris; je l'ai évité avec soin, heureux d'avoir vos
+directions, et je crois y avoir réussi... Le ministre d'Angleterre, M.
+Adair[282], est mécontent des alarmes que montre le ministère belge, à
+l'occasion du dernier protocole numéro 34. Si les six semaines de
+l'armistice s'écoulent sans qu'on ait pu terminer la négociation, nous
+resterons désarmés, disent les ministres, et sans garantie contre les
+attaques de notre ennemi. La France ne pourra plus, comme elle l'a
+fait à présent, nous secourir de l'aveu de toutes les puissances et
+sans compromettre la paix générale. Nous leur disons que dans ce cas,
+un nouvel armistice protecteur comme les autres les mettra à l'abri
+des tentatives de la Hollande. Nous ne réussissons pas à les
+convaincre. Ils assurent que le roi Guillaume continue à recruter; que
+le Rhin est couvert de bateaux conduisant en Hollande des hommes sans
+uniforme, mais complètement équipés et provenant, selon eux, de
+régiments licenciés par la Prusse. Il est certain que, jusqu'au moment
+où la conférence aura réussi à amener la réduction de l'armée
+hollandaise, nous aurons de la peine à leur inspirer de la
+sécurité...»
+
+ [282] Sir Robert Adair, diplomate anglais, né en 1763, entra tout
+ jeune au parlement où il siégea dans les rangs des whigs, fut
+ chargé d'une mission spéciale à Vienne en 1806, puis à
+ Constantinople. De 1831 à 1851, il fut accrédité à Bruxelles. A
+ son retour, il fut nommé membre du conseil privé. Il mourut en
+ 1855.
+
+Je m'étais mis en mesure, même avant de recevoir les lettres du roi et
+du général Sébastiani du 27 août, de satisfaire autant du moins qu'il
+était possible de le faire, aux demandes que contenaient ces lettres;
+et sur mes très vives instances, la conférence consentit à fermer les
+yeux sur la prolongation du séjour des troupes françaises en Belgique,
+sans toutefois exprimer le consentement par écrit: c'était tout ce
+qu'il nous fallait. Après avoir obtenu de la conférence cette nouvelle
+concession, j'attendis quelques jours pour laisser au général Baudrand
+le temps de juger l'état des esprits à Londres et je répondis par lui,
+au roi Louis-Philippe, la lettre suivante:
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.
+
+ «Londres, le 2 septembre 1831.
+
+ »SIRE,
+
+»Votre Majesté m'écrit elle-même; c'est me traiter avec une bonté dont
+je sens tout le prix, et qui augmenterait encore mon attachement à sa
+personne et mon zèle pour son service, s'il en était besoin. L'un et
+l'autre m'ont dirigé vers la conservation honorable de la paix
+que le roi m'avait donnée pour mot d'ordre quand j'ai quitté la
+France. Les nombreux événements qui se sont succédé depuis sur tous
+les points du globe n'ont pas rendu cette paix moins nécessaire, mais
+ils ont contribué à la rendre plus difficile. Les dernières
+circonstances surtout, en mettant les intérêts de la France et de
+l'Angleterre en présence, nous ont fait arriver au point le plus
+délicat de la question. J'ose espérer qu'elle se résoudra
+pacifiquement et que, cette compétition éludée, nous arriverons enfin
+à un état définitif qui assurerait pour quelque temps la tranquillité
+de l'Europe. Cet état définitif ne sera cependant que relatif, car il
+ne faut pas nous dissimuler que nous ne faisons que du provisoire;
+mais, pour peu que ce provisoire se prolonge assez pour permettre à la
+France de reprendre tranquillement son niveau, la solution effective
+tournera nécessairement à son profit. C'est là l'esprit dans lequel
+j'ai conduit ici tout ce dont j'ai été chargé. J'ai cru, je l'avoue,
+avoir beaucoup avancé nos affaires par le trente-quatrième protocole
+qui a excité à Paris un mécontentement dont j'ai peine à me rendre
+compte. Il ne contient rien de plus qu'un armistice, et j'ai pensé que
+moins nous disions, mieux nous faisions; y stipuler officiellement
+quelque chose sur le séjour de nos troupes en Belgique, m'a paru
+impossible.
+
+»M. le général Baudrand que j'ai mené chez tous les membres du
+cabinet, et que j'ai ensuite engagé à y aller seul, vous fera
+connaître sûrement sa manière de voir à cet égard: et je m'en rapporte
+parfaitement à ce que son bon esprit lui aura fait observer. On ne
+pressera pas ostensiblement la rentrée de nos troupes. On fermera,
+autant que possible, les yeux sur le plus ou moins de lenteur de
+leur retraite; mais le cabinet anglais est dans l'impossibilité de
+rien accorder par écrit sur leur séjour prolongé; et toutes les
+démarches du roi Léopold, ainsi que toutes les miennes, resteront sans
+effet devant la question d'_être_ ou de _ne pas être_ que le parlement
+place chaque jour devant les ministres.
+
+»Je dois supplier le roi de me permettre une réflexion que je crois
+bien essentielle à son service. C'est que le plus grand danger, dans
+les moments de crise, vient du zèle des personnes nouvelles dans les
+affaires. Ce zèle-là empêche de distinguer les choses importantes de
+celles qui ne sont que d'un intérêt secondaire; je vois avec peine que
+Votre Majesté n'ait pas de ministre à La Haye. Ici, je ne suis occupé
+qu'à écarter et qu'à aplanir les difficultés. Si j'avais voulu
+attacher de l'importance aux récits officieux, aux inquiétudes
+bienveillantes des petits nouvellistes, nous aurions dû nous croire
+menacés par toute l'Europe, et toujours à la veille d'une guerre
+générale, dont heureusement il n'a été question que dans les journaux.
+Si Votre Majesté veut bien lire, avec l'attention qu'Elle porte à
+tout, la dépêche de ce jour que j'adresse au département, Elle y verra
+l'état réel des choses et des esprits. Je la supplie d'avoir confiance
+dans ce qu'elle renferme. J'ai toujours cru que la question des places
+fortes ne pourrait pas se traiter patemment par d'autres que par les
+quatre puissances dont les représentants sont réunis ici et que la
+mission trop évidente de M. de Latour-Maubourg se trouverait entravée
+par la susceptibilité qu'elle créerait chez les ministres de Russie,
+de Prusse et d'Autriche. Je crains que ma prévision ne soit juste,
+mais cela ne me fait pas douter un moment que les puissances ne
+tiennent les engagements qu'elles ont pris par le protocole du
+mois d'avril, et qu'elles ont renouvelés plusieurs fois avec moi
+depuis cette époque.
+
+»Je remercie le roi de m'avoir envoyé le général Baudrand. Je désirais
+qu'un homme de sa confiance particulière vît l'Angleterre dans ce
+moment-ci...»
+
+J'écrivis également à M. Casimir Périer.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 3 septembre 1831.
+
+»Il y a longtemps, monsieur, que je n'ai eu l'honneur de vous écrire,
+mais je vous savais si occupé de toutes nos grandes questions
+politiques que je n'ai pas voulu vous donner une lettre de plus à
+lire, et j'ai laissé M. votre fils, vous mander tout ce qui se passe
+ici; je suis sûr qu'il le fait bien et je m'en rapporte à ce qu'il
+vous écrit; je le mets en mesure de bien juger, je suis parfaitement
+content du travail dont je le charge. J'arrête son zèle, parce que
+dans notre carrière, le zèle n'est que nuisible. La réserve que je
+prescris n'est pas trop populaire, mais je la crois utile.
+
+»Nous sommes arrivés à un moment si important et si délicat que je ne
+saurais assez appeler votre attention sur la direction que j'ai à
+recevoir de Paris. Il est évident que si l'on est calme, si on laisse
+le temps agir, nous arriverons d'ici à six semaines, et en vérité,
+cela n'est pas long, à la signature d'un traité définitif qui nous
+assurera la paix que nous avons voulu avoir, sans avoir froissé les
+vanités anglaise et française qui sont aussi susceptibles l'une que
+l'autre. Si l'on n'était pas en France aussi ignorant des intérêts du
+dehors qu'on l'est, on serait bien persuadé que nous avons obtenu
+depuis un an une position que jamais on n'a pu espérer d'avoir dans la
+première année d'une révolution. Mais ne brusquons rien: nous serons
+refusés si nous demandons officiellement des choses que l'on est
+décidé à nous accorder. Les places fortes seront abattues, c'est sûr;
+une convention qui le dirait aujourd'hui nuirait au gouvernement
+anglais, assez pour menacer son existence. Ce que je demande, c'est
+que nous n'effarouchions pas trop par trop de mouvement. Votre
+présence au ministère est de tous les arguments, celui qui me sert le
+plus pour calmer les inquiétudes que les brouillons donnent et
+renouvellent sous toutes les formes depuis un an. Il est positif que
+tant que vous serez au ministère, personne ne croira que l'Europe
+puisse être troublée. Laissez-moi vous répéter que vous êtes
+essentiel, non seulement pour les destinées de la France, mais pour la
+conservation de l'ordre en Europe; vous rendez les gouvernements plus
+forts; c'est là ce qui m'est dit de tous côtés.
+
+»Adieu, monsieur, je vous renouvelle l'assurance...»
+
+Après avoir apaisé ainsi, au moins pour quelque temps les perpétuelles
+agitations qui se mêlaient toujours à Paris, dans la direction des
+affaires extérieures, je ne songeai plus qu'à la négociation d'un
+traité définitif entre la Hollande et la Belgique, sous la médiation
+des cinq puissances. Les circonstances étaient plus favorables pour
+cette oeuvre. Les grands cabinets avaient été mécontents de
+l'échauffourée hollandaise en Belgique, qui, un moment, avait menacé
+d'amener la guerre générale: ils seraient donc mieux disposés à
+imposer une solution au roi de Hollande; la Belgique, un peu honteuse
+de sa défaite et de la nécessité dans laquelle elle s'était
+trouvée de recourir à la protection de la France, devait, de son côté,
+être portée à en finir et à sortir de son pénible état d'incertitude.
+Aussi s'était-on décidé, à Bruxelles, à nommer un envoyé, chargé de
+pleins pouvoirs, pour conclure le traité définitif: c'était M. Van de
+Weyer qui arriva à Londres dans les premiers jours du mois de
+septembre. Ce mois était un peu trop rempli pour mon âge et mes
+forces, car, pendant qu'il fallait suivre notre fatigante négociation,
+le couronnement du roi d'Angleterre eut lieu le 8 septembre. La
+cérémonie, du reste fort belle, fut très fatigante. Il fallait être à
+Westminster à huit heures et demie du matin et y rester jusqu'à quatre
+heures et demie du soir, puis, dans la soirée, assister à un grand
+dîner au Foreign Office. Vers la fin du même mois, le bill de _Reform_
+devait être porté devant la Chambre des pairs, circonstance qui ne
+rendait pas les ministres anglais très maniables à traiter.
+
+Sous ce dernier rapport, un incident frivole en apparence, mais, pour
+moi sérieux dans ses résultats, était venu, depuis quelque temps,
+compliquer mes relations avec lord Palmerston et les rendre parfois
+assez difficiles. Je me vois obligé d'en faire mention, quelque
+ridicule qu'il puisse paraître, parce qu'il a eu réellement des
+conséquences très incommodes pour moi.
+
+Il existe en Angleterre une collection de caricatures politiques dont
+l'origine remonte, m'a-t-on dit, au ministère de lord Chatham. Un
+dessinateur habile de cette époque fit des caricatures sur les
+principaux personnages du temps à l'occasion des divers événements
+politiques qui se produisaient. Ces caricatures étaient signées _H.
+B._, ce qui a fait donner ce nom à cette collection. Une
+caricature qui en faisait partie, avait été publiée dans le courant de
+l'année 1831. Elle était intitulée: _The lame leading the blind_ (le
+boiteux dirigeant l'aveugle), et représentait la parfaite ressemblance
+de lord Palmerston et la mienne. Il n'y avait rien là qui sortît des
+bornes ordinaires du libelle et de la caricature, mais il paraît que
+lord Palmerston en fut profondément blessé, et je ne tardai pas à
+m'apercevoir qu'il était disposé, volontairement ou involontairement,
+à me le témoigner. Depuis lors, jusqu'à ce que je quittasse
+l'Angleterre en 1834, j'ai retrouvé bien des fois les traces de ce
+ressentiment. Je n'y pouvais rien changer; il n'y avait pas d'autre
+ressource que de n'y pas faire attention, si je ne voulais pas
+compromettre le succès des affaires que j'avais à traiter avec lui;
+c'est le parti que je pris et auquel je me tins scrupuleusement, mais
+je dois dire que cela était parfois assez incommode.
+
+Cette disposition de lord Palmerston, heureusement n'entrava pas mes
+efforts pour arriver à la conclusion du traité que je considérais
+comme le seul moyen d'assurer solidement le maintien de la paix. Le
+cabinet dont il faisait partie n'avait pas moins d'intérêt que nous à
+mettre fin à l'affaire belge. Les lettres qu'on va lire montreront
+que, pour le moment, c'était de Paris principalement que venaient les
+difficultés qui menaçaient de compromettre mon oeuvre.
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce samedi 3 septembre 1831.
+
+»J'ai travaillé, mon cher prince, à une carte que vous envoie le
+général Sébastiani, et quoiqu'il vous donne sûrement toutes les
+explications nécessaires, je suis bien aise de vous faire part des
+avantages que présente, selon moi, la démarcation que nous proposons.
+
+»Un des points auxquels je tiens le plus, c'est que nos propositions
+puissent non seulement obtenir l'assentiment cordial du gouvernement
+anglais, mais qu'elles lui facilitent de repousser les attaques
+intérieures auxquelles il est en butte, parce que nul ne désire plus
+que moi que lord Grey et ses collègues restent au ministère. J'ai cru
+qu'il fallait que la démarcation nouvelle conciliât les intérêts
+anglais avec les exigences naturelles et équitables de la Belgique.
+Ainsi, j'ai reconnu, que d'un côté, la Belgique avait le droit de
+demander que les écluses de ses cours d'eau et que les digues qui la
+protègent contre les inondations ne fussent pas au pouvoir des
+Hollandais, parce qu'il ne peut pas y avoir sûreté ou indépendance
+pour elle, tant qu'il dépend de son voisin d'inonder ses campagnes, de
+la ruiner pour des années et de mettre Bruges et Gand dans la mer.
+J'ai reconnu d'autre part que la Hollande avait droit de conserver de
+ce côté une frontière bien défendue, et j'ai cru qu'un des meilleurs
+moyens de satisfaire l'Angleterre et de mettre la responsabilité des
+ministres anglais à l'abri de toute attaque fondée, était que la
+Hollande continuât à posséder tout le cours du Hondt ou Escaut
+principal, et qu'elle eût même sur la rive gauche une barrière
+suffisante pour en garantir la possession.
+
+»Je crois, mon cher prince, qu'en examinant notre carte, vous
+trouverez ces divers avantages réunis par la nouvelle démarcation,
+car, s'il est vrai que, pour que la Belgique soit indépendante, il
+faille que la Hollande renonce au droit ou au pouvoir, que lui
+donnait la démarcation de 1790, de l'inonder quand cela lui convenait,
+il faut d'abord qu'elle abandonne: 1º l'écluse qui est littéralement
+l'écluse de Bruges et la clef de toutes les eaux de la West-Flandre;
+2º le sas de Gand (et sas veut dire écluse), qui est de même l'écluse
+de Gand et de même aussi la clef des eaux de l'Ost-Flandre, et par
+conséquent, que la frontière belge soit portée en avant de ces
+écluses, c'est-à-dire, à la limite du premier canal qui se trouve en
+avant des digues, à travers lesquelles on pourrait toujours faire des
+coupures comme on vient de le pratiquer d'une manière si déplorable,
+si ces digues n'appartenaient pas à la Belgique.
+
+»Je crois donc qu'on ne peut pas garantir la sûreté et l'indépendance
+de la Belgique, si on ne porte pas sa frontière à la ligne proposée;
+et je crois aussi, qu'en l'y arrêtant, la Hollande n'abandonne que des
+moyens d'attaque sur la Belgique, et qu'elle conserve tous les moyens
+de défense qu'elle peut désirer pour elle-même. Elle perd le sas de
+Gand, Philippine, Ardenbourg et l'Écluse et un territoire de douze à
+treize lieues carrées; mais elle conserve le cours de l'Escaut intact,
+tel qu'elle le possède aujourd'hui. Elle conserve toute l'île de
+Cadsand où se trouve la forteresse de Breskens qui garde l'embouchure
+de l'Escaut du côté du sud, comme Flessingue du côté du nord; elle
+conserve Terneuse et les places fortes de l'Ysendyke, Axel et Hulst,
+qui suffisaient pour lui constituer une barrière derrière la ligne des
+canaux de séparation, qui en forment déjà une excellente par
+eux-mêmes.
+
+»Je crois donc qu'en adoptant cette démarcation, sauf les légères
+modifications que les localités, mieux reconnues sur les lieux,
+pourraient indiquer, on établirait une neutralité parfaite entre
+les deux États depuis Anvers jusqu'à la mer; puisque tous les deux
+étant à l'abri de leurs agressions réciproques, toute collision entre
+eux deviendrait impossible.
+
+»Mais je ne puis assez vous répéter, mon cher prince, que c'est la
+situation actuelle des deux États qui m'inquiète plus que leur avenir.
+Je ne conçois pas comment, dans le dernier protocole, les puissances,
+qui, toutes, veulent et ont besoin de la paix, ne se sont pas occupées
+de la réduction de l'armée hollandaise. Une armée hollandaise de plus
+de cent mille combattants me paraît une monstruosité, dans l'ordre
+politique de l'Europe, dont l'existence ne peut être prolongée sans
+les plus grands dangers. Déjà, c'est à elle seule que doit être
+attribuée la nécessité où nous avons été placés d'entrer en Belgique;
+et c'est elle seule qui en retarde l'évacuation totale. Une fois cette
+armée réduite au taux raisonnable que comportent la sûreté et les
+ressources financières de la Hollande, il n'y aura plus de difficultés
+sur rien, parce qu'il y aura sécurité pour tous, et c'est la mesure la
+plus efficace pour parvenir à ce désarmement général que je désire
+vivement pour tant de raisons, et surtout parce que je le regarde
+comme le meilleur moyen d'assurer la paix de l'Europe. Dites bien à
+lord Grey et à lord Palmerston que la réduction de cette armée est
+aussi le meilleur moyen de rassurer en France et en Belgique, et que
+c'est cela qui calmerait toutes les exigences et toutes les craintes,
+aussi bien que _toutes les espérances de guerre_ pour ceux qui ont le
+travers de la désirer. Malheureusement, mon cher prince, je dois vous
+dire que tous les rapports que nous recevons, indiquent une marche
+contraire, et qu'il paraît que le roi de Hollande continue à recruter
+pour son armée tous les vagabonds qu'il peut ramasser en Europe,
+en telle sorte que le dernier état de sa force effective présente un
+total de cent quatorze mille hommes.
+
+»De tels faits, mon cher prince, sont plus frappants, selon moi, que
+tous les raisonnements que je pourrais présenter pour démontrer que ce
+n'est pas dans des vues de paix et de défense que le roi de Hollande
+s'est chargé d'un pareil fardeau, et qu'il n"y a pas un moment à
+perdre pour le contraindre à en exonérer ses États et ses voisins. Je
+suis convaincu que l'intérêt de l'Angleterre est bien d'accord avec le
+nôtre à cet égard, et que c'est même également celui de toutes les
+autres puissances.
+
+»Je vous remets une note explicative relativement à la carte de
+délimitation que le général Sébastiani vous envoie.
+
+»Je veux encore vous dire que j'ai engagé dom Pedro à faire une course
+à Londres, pour assister au couronnement du roi d'Angleterre, croyant,
+d'après ce que vous avez mandé, faire en cela une chose qui serait
+agréable au roi et à son gouvernement. Je ne sais pas encore ce qu'il
+fera.
+
+»Je vous renouvelle, de tout mon coeur, mon cher prince, l'assurance de
+toute mon amitié, et de tous mes sentiments pour vous.
+
+ »Votre affectionné,
+
+ »LOUIS-PHILIPPE.»
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 7 septembre 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je reçois dans cet instant vos dépêches du 5, sous les numéros 215 et
+216. Il paraît que la conférence et le cabinet de Londres ne se
+doutent pas de la situation de la France. Veuille le ciel que le fruit
+de tant de soins ne soit pas perdu! Le ministère whig pourrait bien
+avoir immolé à ses convenances le repos du monde. Je vais communiquer
+vos lettres au roi; le conseil se réunit demain. Dans quelques moments
+j'aurai un entretien avec M. Périer. Je suis bien fâché que votre voix
+ait été impuissante pour ramener aux conseils de la raison.
+Aurions-nous été seuls modérés et de bonne foi? Dieu seul pourrait
+nous dire où nous conduiront les affaires de la Belgique.
+
+ »Tout à vous...»
+
+
+ «Paris, le 10 septembre 1831.
+
+ »Mon prince.
+
+»Parmi les raisons qui nous portent à différer jusqu'au 30 de ce mois
+l'évacuation complète de la Belgique, il en est une qui ne pouvait
+trouver place dans ma dépêche officielle, mais que je ne veux pourtant
+pas vous laisser ignorer. Nous touchons au moment où les débats
+législatifs doivent s'ouvrir sur la question de la pairie.
+Nécessairement, ces débats mettront de nouveau les passions en jeu.
+Nous avons pensé que ce serait leur donner un aliment ou un prétexte
+de plus, si nous faisions coïncider avec cette discussion la rentrée
+en France de notre armée tout entière; et c'est ce que nous avons
+voulu éviter. Vous pourrez, mon prince, faire confidentiellement usage
+de cette considération près de vos collègues, dans le cas où vous le
+jugeriez nécessaire pour empêcher qu'il n'y eût réclamation de leur
+part contre l'époque assignée par nous à l'évacuation.
+
+»Je quitte à l'instant la Chambre. Quelques membres de l'opposition
+ont ramené sur le tapis les affaires de Belgique, la question de la
+Pologne, et celle de la conduite de la Prusse, à l'égard des Polonais.
+Nous avons évité de nous laisser entraîner sur ce terrain, et nous
+avons jugé d'autant plus inutile de répondre à nos adversaires, que la
+grande majorité de la Chambre se montrait fatiguée de les voir
+éternellement reproduire des opinions et des assertions, dont nous
+avions déjà fait bonne et complète justice...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 15 septembre 1831.
+
+»Vous êtes étonnée qu'ici on n'entre pas plus dans les convenances du
+ministère français. On vous trompe quand on vous dit cela. Le
+ministère français est aimé et soutenu ici par les gens qui comptent,
+dans quelque parti qu'ils soient. Cela est positif. Mais on trouve que
+nous avons trop d'activité et que nous sommes trop faiseurs; et un
+gouvernement nouveau qui est faiseur inquiète tout le monde. Nous
+avons besoin de nous vieillir, et l'action produit l'effet contraire.
+Quand on est conquérant, l'action continuelle s'explique; mais quand
+on arrive par le choix populaire, c'est la tranquillité que l'on
+demande au souverain. Les passions ne peuvent être étouffées par lui
+qu'au moyen de la paix. Il faut ne parler que de paix, la mettre dans
+tous les discours, dans tous les actes. C'est là, ce qui établit, et
+cela uniquement. On ne peut trop repousser toutes les fantaisies
+militaires des personnes qui entourent notre famille royale. Ces
+gens-là ne veulent et ne savent que cela; ce n'est pas notre intérêt
+de jamais les écouter. Il faut être bien pour eux, mais ne leur
+donner aucun crédit. Établissons-nous. Le roi et sa famille ont de
+quoi être aimés par la France; on a besoin d'eux. S'il y a paix, c'est
+par eux que le bien-être vient; s'il y a guerre, c'est par les hommes
+d'armée qui veulent plaire aux vanités du pays, et ces vanités-là ne
+durent qu'un temps. Le roi fonde, et la paix est son seul moyen.
+
+ »Adieu...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 17 septembre 1831.
+
+»... Au Palais-Royal, on devrait se rappeler que _tout, absolument
+tout_ ce qui a été entrepris par Paris, l'a été sans succès. On a même
+été obligé de revenir sur ce qu'on avait demandé; et ici, cela n'est
+jamais arrivé pour aucune chose que j'ai faite. Tout cela tient à une
+envie de faire qu'il faut bien passer aux personnes nouvelles dans les
+affaires. Pour les forteresses, ils sont bien obligés de revenir ici
+où tout était fait, comme je l'ai écrit depuis trois mois, sans que
+les choses fussent autrement qu'elles ne sont. L'action quand elle ne
+sert pas, nuit. Le désarmement du roi de Hollande aura lieu; mais il
+faut faire le traité, et il sera fait dans le mois d'octobre. Ne
+croyez pas à une rupture d'armistice; je déclare positivement que du
+côté de la Hollande, elle n'aura pas lieu. Les puissances ne le
+veulent pas et le roi est averti à ce sujet. Tenez cela pour sûr. Nous
+ferons le traité et il faut le faire tel, que le roi de Hollande
+puisse le signer; sans sa signature à lui, l'affaire de la Belgique
+reste en l'air. C'est là le principe; et quand cinq puissances
+prennent le pouvoir, il faut qu'elles restent dans les principes. La
+Hollande sera ce qu'elle était en 1790, ayant de plus une partie
+du Luxembourg. On pourrait faire mieux en faisant du nouveau, mais on
+entrerait dans une mer d'intrigues et de prétentions. Ce que je vous
+écris là, c'est uniquement pour vos conversations[283].
+
+ »Adieu...»
+
+ [283] Conversations avec Madame Adélaïde qui les rendait au roi.
+ (_Note du prince de Talleyrand._)
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Neuilly, ce 15 septembre 1831.
+
+»Il y a déjà quelques jours, mon cher prince, qu'en remettant des
+dépêches à lire, le général Sébastiani me remit très exactement une
+lettre de vous, mais elle se glissa dans la pile de papiers à lire et
+à signer dont mon bureau n'est que trop souvent encombré et, malgré
+mon impatience de la lire et de connaître votre opinion à laquelle
+j'attache toujours un grand prix, ce n'est qu'hier que j'ai pu la
+retrouver, et je ne perds pas un instant à vous en remercier. La scène
+a déjà changé d'aspect. Vous nous voyez arrivés au point le plus
+délicat de cette grande affaire de la Belgique, par la nécessité de
+tout compromettre dans un sens ou dans l'autre, soit en laissant nos
+troupes dans la Belgique par une avant-garde; soit en les retirant
+totalement, et, jamais, comme vous le dites avec raison, il n'y eut
+rien de plus délicat. Peut-être même m'est-il permis de dire qu'il a
+fallu plus de loyauté et de résolution pour décider que nos troupes
+évacueraient la Belgique le 30 septembre, qu'il n'en avait fallu, le 4
+août, pour les y faire entrer à l'instant même; et, ce qui est encore
+plus singulier et non moins vrai, c'est que ce sont les mêmes
+motifs et le même objet qui ont déterminé ces deux mesures que la
+présomptueuse superficialité de notre époque essaiera peut-être de
+représenter comme contradictoires. La première mesure a obtenu
+l'assentiment général et le succès l'a confirmée; et si la seconde
+n'obtient pas d'abord autant d'approbation, cependant, j'ai la
+confiance que ses résultats, dans l'une ou l'autre hypothèse de la
+reprise ou de la non reprise des hostilités par les Hollandais, lui
+assureront en définitive cette unanimité d'assentiment qui lui aura
+peut-être manqué dans le début.
+
+ ... et pour être approuvés,
+ De semblables desseins veulent être achevés.
+
+
+»C'est donc pour vous demander moi-même, mon cher prince, toute
+l'assistance que vous êtes si capable de me donner pour parvenir à cet
+heureux achèvement, que je vous écris encore.
+
+»Il me semble qu'il y a trois points principaux à négocier et à régler
+par le traité définitif entre la Hollande et la Belgique; car je ne
+parle pas de celui des dettes, dont la base, mal posée, selon moi, au
+mois de janvier, me paraît avoir été convenablement et équitablement
+rectifiée par les dix-huit articles[284].
+
+ [284] Sur la question du partage de la dette entre la Hollande et
+ la Belgique, la conférence avait eu à choisir entre deux
+ systèmes: ou bien «laisser subsister la communauté des charges,
+ confondre les dettes, et rendre chacun des États solidaire», ou
+ bien partager la dette eu égard à son origine, affranchir la
+ Belgique de ce qu'elle n'avait pas contracté et répartir entre
+ les deux pays, dans une juste proportion, les charges créées e n
+ commun depuis 1815. Le protocole du 27 janvier avait adopté le
+ premier système, se fondant sur un protocole du 21 juillet 1814
+ qui établissait la communauté des charges. Le traité des dix-huit
+ articles adopta le second que le congrès belge avait toujours
+ soutenu. Un protocole du 6 octobre suivant régla le partage de la
+ dette conformément à ce principe.]
+
+»Ces trois points sont:
+
+»1º L'attribution du pays de Luxembourg à la Belgique, moyennant un
+prix équitable, et la conservation de la forteresse de Luxembourg et
+de sa banlieue à la Confédération germanique.
+
+»2º La conservation de Maëstricht à la Hollande, en compensant
+ailleurs à la Belgique les droits de l'évêque de Liège, et en
+arrangeant une contiguïté de territoire entre Maëstricht et la
+Hollande, qui n'existait point en 1790.
+
+»3º Une garantie contre les inondations de la Flandre belge, en
+attribuant à la Belgique la possession des écluses de ses eaux et des
+digues qui la protègent contre la mer, sans laquelle son indépendance
+serait une chimère, puisque la possession des écluses et des digues en
+est la clef et le boulevard.
+
+»Je ne vois plus à craindre de difficulté sérieuse sur le premier
+point, et je crois qu'il n'y en aura aucune de la part du roi des
+Belges sur le second, si le troisième lui est accordé, mais il nous
+témoigne une grande répugnance à dire qu'il concédera le second
+jusqu'à ce qu'il ait acquis la certitude qu'on lui concédera le
+troisième. Je dois avouer que je le trouve raisonnable, car je pense,
+comme lui, qu'il ne peut pas se soutenir en Belgique, s'il ne
+l'obtient pas.
+
+»La possession de la forteresse de Maëstricht, est sans doute une
+grande gêne et même un grand danger pour la Belgique, mais des
+traités peuvent la protéger efficacement de ce côté, et pourvu que la
+frontière soit bien établie et que le transit de la forteresse soit
+bien assuré aux bateaux belges qui descendent et remontent la Meuse,
+je crois que la chose serait bien arrangée; tandis que du côté de la
+Flandre il ne peut y avoir de sûreté et d'indépendance pour la
+Belgique, qu'en portant sa frontière aux eaux mortes, et en lui
+attribuant ainsi la possession des écluses et des digues qui peuvent
+seules préserver son territoire _actuel_ du danger des inondations. La
+carte aux lignes rouges et jaunes a eu pour but de déterminer ce qui
+était rigoureusement nécessaire pour atteindre ce but, et pour
+démontrer que cette cession n'enlèverait à la Hollande que des moyens
+d'attaque et ne porterait aucun préjudice réel à ses moyens de
+défense. Elle ne lui coûterait que quatre petites villes, à la vérité
+fortifiées, quelques villages, moins de six mille habitants, et douze
+lieues et demie carrées d'un pays toujours désolé par la fièvre, ce
+que les souvenirs de Walcheren doivent bien établir en
+Angleterre[285].
+
+ [285] Expédition tentée en 1809 contre Anvers. Les troupes
+ anglaises furent entièrement décimées par les fièvres dans l'île
+ de Walcheren, située à l'embouchure de l'Escaut; leurs débris
+ assaillis par Bernadotte durent se rembarquer.
+
+»Je sais, mon cher prince, que la première objection à cette
+combinaison, c'est que, en 1790, la Hollande possédait ce territoire;
+mais il est juste aussi de considérer qu'à cette époque la Flandre
+belge faisait partie de cette grande monarchie autrichienne, dont la
+politique était toujours unie à celle de la Hollande, et, dans l'appui
+de laquelle la Hollande trouvait cette protection précieuse dont elle
+ne pouvait se passer; et il ne faut pas oublier que de son côté,
+l'Autriche sacrifiait le commerce et la richesse de la Belgique à
+ceux de la Hollande en consentant à la fermeture de l'Escaut, et en
+laissant ruiner Anvers, Gand et Bruges, au profit d'Amsterdam et de
+Rotterdam.
+
+»Un tel état de choses n'existant plus, et ne pouvant plus exister,
+les rapports réciproques qui en résultaient ne peuvent pas exister
+davantage; et la Belgique, devenue indépendante et neutre, ne peut
+plus exister sous les mêmes conditions et restrictions que quand elle
+était une ou plusieurs provinces autrichiennes.
+
+»J'ai voulu vous communiquer ces réflexions, mon cher prince, telles
+qu'elles se présentent à moi, pour vous convaincre que ce n'est pas en
+haine de la Hollande, sentiment qui est bien loin de moi; car je
+désire sa conservation autant que personne, ni de même, en
+prédilection pour la Belgique, que nous insistons pour cette cession
+des douze lieues carrées de la Flandre zélandaise à la Belgique; mais
+que c'est uniquement pour établir la séparation des deux États sur la
+seule base praticable, qui est la séparation des intérêts et
+l'indépendance réciproque, et en faisant cesser ainsi toutes les
+causes de collision entre eux. Je ne comprends pas de bon traité
+définitif, qui n'aurait pas cette base, et c'est ce qui nous porte à
+ne pas vouloir en admettre d'autre que celui où elle serait adoptée.
+Mais mon papier, qui finit, m'avertit de finir aussi en vous
+renouvelant de tout mon coeur, l'assurance de l'amitié que vous me
+connaissez pour vous.
+
+»_P.-S._--Veuillez aussi, mon cher prince, ne pas laisser perdre de
+vue que, même sous le point de vue commercial, la cession des douze
+lieues carrées ne porterait plus un préjudice matériel à la Hollande,
+depuis qu'elle a nécessairement perdu la fermeture de l'Escaut,
+et que l'ouverture de ce grand débouché rend à la ville d'Anvers le
+commerce qu'elle avait perdu. N'oubliez pas non plus l'état de
+désolation et de ruine où la Flandre belge a été précipitée pour
+plusieurs années et qu'il est pourtant juste qu'on trouve des
+compensations, tant pour ces inondations que rien ne justifiait[286]
+que pour les dépenses et les autres maux occasionnés et produits par
+l'invasion de l'armée hollandaise en Belgique que rien ne justifiait
+davantage. Il ne me paraît ni équitable en soi-même, ni conforme à la
+dignité des puissances, qu'il n'y ait aucune expiation pour la
+violation de l'armistice à _trois jours_ de notification au lieu d'_un
+mois_, et au mépris de la garantie de la conférence. Sans doute, il ne
+faut rien exiger de la Hollande qui puisse compromettre son existence
+future, mais il faut aussi ne pas compromettre celle de la Belgique,
+et je suis persuadé, non seulement que cet équilibre peut se concilier
+avec l'arrangement que nous proposons et que je vous recommande de
+soutenir, mais que c'est à peu près le seul moyen de l'établir.»
+
+ [286] Les Hollandais avaient, dès l'ouverture des hostilités,
+ rompu plusieurs digues aux environs d'Anvers pour arrêter les
+ mouvements de l'armée belge.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, lundi, 19 septembre 1831.
+
+»Je vous avais tellement accablé de mes lettres et de mon écriture,
+depuis quelque temps, mon cher prince, que j'ai voulu vous en laisser
+reposer, sachant surtout combien vous étiez occupé et tout ce que vous
+aviez à écrire. Mais aujourd'hui, je suis sûre de vous faire
+plaisir, en vous donnant de nos nouvelles et en vous disant ce qui se
+passe ici et qui vous arrive certainement d'une manière fort exagérée.
+Malheureusement depuis samedi soir les émeutes ont recommencé[287].
+Les agitateurs de tous les partis ont espéré trouver une chance
+favorable dans la triste nouvelle de la défaite des Polonais et de la
+prise de Varsovie, d'après la sympathie très grande qui existe pour
+eux ici. Ils ont donc lancé leur meute, car ce n'est véritablement que
+cela, et malgré tous leurs efforts, la population n'y prend aucune
+part. Il y a beaucoup de curieux, de badauds et des petits groupes
+d'agitateurs qui excitent à l'anarchie, au désordre: les carlistes,
+les bonapartistes, les soi-disant républicains sont parfaitement
+d'accord sur ce point; leur langage est le même et leur seul but est
+de renverser Louis-Philippe, c'est ce qui est certain. Heureusement
+ils ne trouvent pas d'écho; la population, le pays, ne veut pas de
+cela. Au milieu de la foule, vous ne voyez tout au plus qu'une
+centaine d'hommes, d'enfants, de misérables qui crient:--_Vive la
+Pologne! à bas les ministres!_
+
+ [287] Insurrection des 16-19 septembre.
+
+»Hier soir, il y en a eu beaucoup d'arrêtés, et entre autres deux
+chefs des _Amis du peuple_ qui avaient déjà figuré dans les autres
+émeutes. Tout est fort tranquille en ce moment, dans ce quartier-ci;
+la foule et les agitateurs se sont portés vers la Chambre des députés
+où on s'attend qu'il y aura émeute dans l'espoir d'effrayer la
+Chambre; et moi, j'ai celui que cela produira l'effet contraire sur la
+majorité et que, joint aux explications, aux discours que comptent y
+faire le président du conseil et le ministre des affaires
+étrangères, cela fera sentir à la saine partie de la Chambre la
+nécessité de se rallier et de soutenir fortement et franchement le
+gouvernement du roi et le ministère, pour réprimer tous ces partis et
+leur espoir qui est le renversement de tout. Dans ces derniers
+troubles, le carlisme y est pour beaucoup. Il est évident que ce sont
+des gens payés et que l'émeute se compose d'étrangers, de réfugiés et
+de tous les repris de justice.»
+
+
+ «Mardi, 10 septembre 1831.
+
+»Je reprends ma lettre que je n'ai pu finir hier. Ce que je prévoyais
+s'est heureusement vérifié hier à la séance de la Chambre qui a été
+excellente. Le discours du général Sébastiani a été parfait; il a
+répondu victorieusement à l'attaque et aux absurdes accusations de M.
+Mauguin qu'il a complètement battu. Le général a eu le plus grand
+succès, ainsi que le président du conseil et M. Barthe[288]. Le
+ministère a eu la victoire, et la Chambre a manifesté d'excellentes
+dispositions dans cette séance. Il y a eu des groupes et de
+l'agitation toute la journée, cette émeute est revenue le soir du côté
+du Palais-Royal, il y a eu des cris d'à bas les ministres... La garde
+nationale et la troupe de ligne les ont dissipés et la nuit a été très
+tranquille. La garde nationale est dans la meilleure disposition,
+furieuse contre les agitateurs; et voulant agir et en finir, ils
+ne demandent qu'à tomber dessus; ils sont pour cela et en tout dans la
+plus parfaite harmonie avec la ligne. Les journaux hostiles rendent
+compte ce matin, de ce qui s'est passé hier au soir, de la manière la
+plus mensongère: ils disent entre eux que les soldats étaient ivres:
+ils n'avaient pas eu une goutte de vin et on ne leur avait donné que
+de l'eau et du vinaigre, mais tout cela est toujours pour tâcher
+d'exciter la population, mais cela manquera.
+
+ [288] Félix Barthe, né en 1795, avocat à Paris sous la
+ Restauration, procureur général près la cour de Paris en 1830,
+ député, puis ministre de l'instruction publique (déc. 1830),
+ garde des sceaux (1831), pair de France et premier président de
+ la Cour des comptes (1834), de nouveau ministre de la justice
+ dans le cabinet Molé (1837-1839). En 1852 il fut nommé sénateur
+ et mourut en 1863.
+
+»Aujourd'hui il n'y a rien eu jusqu'à présent, mais il se forme encore
+de nouveaux petits groupes; ils enragent de voir que la Chambre leur
+échappe, et je crois bien qu'ils feront encore quelques tentatives de
+désordre. Ils voyent qu'ils perdent la partie, ils font tous leurs
+efforts, mais les mesures sont bien prises et cela sera réprimé. La
+bonne disposition de la Chambre est une grande chose. Le maréchal
+Soult doit parler aujourd'hui, et j'espère que demain ou après-demain,
+au plus tard, nous serons hors de ces odieux cris; je suis persuadée
+que s'il y a quelque chose encore, cela sera au moins fort peu de
+chose.
+
+»Chartres (le duc d'Orléans) est de retour de son petit voyage à
+l'armée et en Belgique, depuis hier matin. Le roi des Belges a été
+parfait pour lui: son armée s'organise et cela est bien nécessaire,
+car il est dans une position bien difficile.
+
+»Je veux encore vous dire, mon cher prince, que le roi n'est pas moins
+pressé que vous de voir le traité définitif conclu entre la Hollande
+et la Belgique, car c'est le gage de la paix. Il me dit qu'il n'a
+d'inquiétude que sur la partie de la Flandre Zélandaise, sans laquelle
+la Belgique ne peut pas exister. Il me disait tout à l'heure de vous
+faire apercevoir ce que sera l'établissement d'une ligne de
+douanes hollandaises entre Bruges et l'Écluse, et surtout entre Gand
+et le Sas de Gand qui, depuis plus de trente ans, sont en libre
+communication, mais il ajoutait: «Dites à mon ambassadeur que je
+compte sur lui pour obtenir de la conférence, ce à quoi aucun autre ne
+pourrait peut-être pas parvenir, c'est de bien reconnaître que Léopold
+en Belgique est le gage de la paix et que par conséquent, la cession
+par le roi de Hollande des douze lieues carrées doit être le _sine qua
+non_ du traité, car la raison dit, et Léopold en est bien convaincu,
+qu'il ne pourra pas se soutenir sans cela.»
+
+»Ainsi, mon cher prince, vous qui êtes si persuasif, déployez votre
+éloquence, et si vous réussissez, vous aurez rendu au roi, à la France
+et à l'Europe le plus grand service qui ait peut-être jamais été
+rendu.
+
+»Le roi des Belges a les mêmes craintes pour Maëstricht et la rive
+droite de la Meuse. On lui dit qu'il faut qu'il s'y résigne mais s'il
+n'obtient pas l'autre partie, il est bien probable qu'il succombera et
+ne pourra pas tenir. Si cela arrivait, il faut frémir, car, alors ne
+serait-ce pas inévitablement la guerre? J'ai bien besoin de savoir ce
+que vous en pensez.
+
+»Adieu...»
+
+Me faut-il encore répéter, après la lecture de pareilles lettres, ce
+qu'était ma position dans la conférence, dont les membres étaient
+aussi bien informés que moi de ce qui se passait à Paris? Représentant
+d'un gouvernement chaque jour menacé d'être renversé, je devais
+néanmoins me montrer exigeant pour obtenir des concessions et arracher
+de nouveaux territoires du roi des Pays-Bas, déjà dépouillé de la
+plus grande partie de ses États. Et on s'étonnait à Paris, quand je
+n'y parvenais pas immédiatement; on accusait les gouvernements
+représentés à Londres d'être méfiants envers la France, et moi d'être
+leur dupe. Mais poursuivons.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 23 septembre 1831.
+
+»Je ne vous ai pas écrit ces jours-ci parce que la ville de Londres et
+tous les journaux étaient remplis des choses les plus effrayantes
+arrivées à Paris. Aujourd'hui, il paraît, par les lettres, que l'on
+est un peu plus calme et j'écris. J'envoie par le courrier
+d'aujourd'hui un protocole signé le 19[289], et qui, dans mon opinion,
+replace le gouvernement français dans la position que les derniers
+jours de faiblesse lui ont ôtée. La route ouverte par ce protocole est
+la route du salut. Je désire que le roi en sente toute la valeur, et
+je crois qu'il le fera. C'est un protocole de principes qui nous met
+d'accord avec ce que nous avons fait, et qui établit que c'est
+l'ordre et la paix qui nous ont conduit. De plus, nous sommes d'accord
+avec tous les traités existants. Les Belges ont leurs droits, mais ils
+ne peuvent pas attaquer ceux des autres.
+
+ [289] Protocole numéro 41, signé le 15 septembre et non le 19. Il
+ prend acte de la déclaration du prince de Talleyrand qui annonce
+ que le gouvernement français retire de la Belgique le dernier
+ corps de troupes, lequel n'y avait été laissé que sur la demande
+ expresse du souverain de ce pays, et que la retraite de ce corps
+ commencera le 25 septembre pour être entièrement effectuée le 30.
+
+ En réponse à cette déclaration, les plénipotentiaires des quatre
+ cours «ont témoigné au plénipotentiaire de France, la satisfaction
+ avec laquelle ils la reçoivent. Cette nouvelle manifestation des
+ principes élevés que la France fait présider à sa politique et de
+ son amour pour la paix avait été attendue par ses alliés avec une
+ confiance entière, et les plénipotentiaires prient le prince de
+ Talleyrand d'être persuadé que leurs cours sauront apprécier à sa
+ juste valeur la détermination prise par le gouvernement français.»
+
+ »Depuis les événements de Juillet, rien n'avait causé à Londres
+ une pareille inquiétude à celle qui, dans toutes les classes, a
+ existé pendant trois jours, et cela n'est pas encore tout à fait
+ fini. Adieu, je suis fatigué. Dites bien à Mademoiselle que c'est
+ par une marche de principes que l'on prend une situation forte et
+ honorable. Sans cela, on est entouré d'intrigants de tous genres.
+ Je crois que le protocole d'aujourd'hui met le roi à son aise sur
+ toutes les affaires de la Belgique. Il peut toujours dire: «Ce
+ n'est pas moi, c'est la conférence.» Il vaudrait encore mieux ne
+ rien dire du tout. Ne perdez pas de temps pour voir Mademoiselle.»
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 24 septembre 1831.
+
+ »Vous avez, monsieur, remporté un triomphe dont l'Europe entière
+ vous sait gré[290]. Comme Français, je vous remercie au nom de
+ notre patrie commune: elle vous devra de reparaître brillante
+ et honorée. Nous faisons ici ce que nous croyons devoir conduire à
+ ce désarmement dont vous avez parlé si à propos. Il sera, si nous
+ l'obtenons, principalement dû à cette laborieuse semaine que vous
+ avez si heureusement terminée.
+
+ [290] Le ministère avait eu à subir dans les séances des 19, 20,
+ 21 et 22 septembre une série d'interpellations de plusieurs
+ députés de l'opposition. La question extérieure fit
+ particulièrement les frais du débat, car les événements de
+ Varsovie avaient surexcité les esprits. La politique intérieure
+ fut également vivement attaquée. Après de longs discours de MM.
+ Mauguin, Lamarque et Thiers, et les répliques de MM. Casimir
+ Périer et Sébastiani, la Chambre vota le 22 septembre par 221
+ voix contre 136 un ordre du jour par lequel «elle se déclarait
+ satisfaite des explications données par les ministres et se
+ reposait en leur sollicitude pour la dignité extérieure de la
+ France.»
+
+ »Je laisse à M. votre fils, à vous parler de nos angoisses passées
+ et de notre satisfaction actuelle. Tous les bons esprits de
+ l'Angleterre, et là ils sont nombreux, ont partagé notre
+ sollicitude.
+
+ »Adieu, monsieur, je n'ai à souhaiter pour vous et pour la France
+ que la santé...»
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 24 septembre 1831.
+
+»Mademoiselle a raison: je crois tout à fait à l'amitié de Sébastiani;
+il vient de m'en donner une preuve nouvelle en me faisant connaître
+par le télégraphe l'heureuse issue de la séance du 22, si importante
+pour nos affaires et dont j'attendais le résultat avec une agitation
+qui m'a donné la fièvre hier. Ce n'est pas la première fois, j'ose le
+dire, que je l'ai eue dans de semblables circonstances. A mon âge, les
+nerfs s'ébranlent aisément, mais j'espère n'avoir plus cette triste
+preuve de dévouement à donner aux intérêts du roi. Ces intérêts ont
+été noblement et habilement défendus dans la Chambre des députés; le
+retentissement ici en est heureux et je l'ai fait valoir autant que
+possible.
+
+»Dans le traité qui nous occupe, je vois chacun animé d'un bon esprit;
+tout le monde a envie de faire de la bonne besogne. Nous avons
+communiqué à chacune des parties la proposition de l'autre; ils
+nous présenteront, lundi 26, leurs observations, et c'est dans la
+discussion qui suivra que je ferai valoir les arguments que le roi a
+eu la bonté de me fournir. On est disposé à être juste et équitable
+pour tout le monde et à en finir.
+
+»Les arrivages de Lisbonne nous ont appris hier de nouvelles cruautés
+de dom Miguel; elles faciliteront les efforts de M. de Palmella[291],
+que j'ai revu hier avec grand plaisir et qui part dans peu de jours
+pour Paris.
+
+ [291] Le marquis de Palmella était alors l'ambassadeur de dom
+ Pedro à Londres. Il fut peu après mis à la tête de la régence de
+ Terceira, puis devint ministre des affaires étrangères et
+ président du conseil. M. de Palmella avait autrefois connu M. de
+ Talleyrand à Vienne où il représentait le Portugal au congrès.
+
+»Le ministère anglais n'est occupé que de _la réforme_; les pétitions
+arrivent de tous côtés: le 3 octobre est le jour où commencera le
+grand débat...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 27 septembre 1831.
+
+»L'affaire des forteresses donne de l'embarras et j'en suis très
+fâché; mais le fait est qu'elle a été gâtée par l'envoi de M. de
+Latour-Maubourg à Bruxelles. Depuis un an, je m'attache à montrer que
+nous ne sommes occupés que d'avoir une action commune avec les autres
+puissances et particulièrement avec l'Angleterre. Tout ce que j'avais
+obtenu de confiance à cet égard a été détruit par cette affaire à part
+que l'on a fait faire par M. de Latour-Maubourg à Bruxelles. Vous vous
+rappelerez qu'à cette époque je vous ai mandé tout cela. Aujourd'hui,
+il faut se tirer de la position où cela nous a mis, et tâcher de ne
+pas perdre la confiance que l'on avait en nous. C'est difficile, et
+cette fin de question m'est parfaitement désagréable.--Nous sommes
+dans le brouillard depuis huit jours; cela n'arrange pas ma tête qui
+est déjà fort en malaise par cette affaire des forteresses, qui aurait
+été toute seule si l'on n'était pas venu s'en mêler de Paris. J'ai
+voulu avant tout montrer que j'étais sans intrigue: c'était là ma
+force. A Paris, on n'a pas voulu de cette manière si simple et on a
+fait une petite intrigue de côté qui, aujourd'hui, a engagé les autres
+à prendre des précautions contre nous. Tout cela m'ennuie à la mort.
+
+»Adieu...»
+
+
+La lettre suivante d'un ami du général Sébastiani, d'un des
+conseillers très écoutés au Palais-Royal, et qui désirait plus encore
+me remplacer à Londres que de garder son poste de ministre à Berlin où
+il ne résida que trois mois, est un assez curieux témoignage de
+l'influence qu'exerce le changement de résidence sur certains esprits.
+
+
+LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Berlin, le 25 septembre 1831.
+
+»J'ai reçu hier le protocole numéro 41 que vous avez eu la bonté de
+m'envoyer; sans cette bonté, je ne saurais pas un mot de ce qui se
+fait, car le ministère ne donne aucune information à son ministre à
+Berlin. Je trouve que les termes (du protocole) en sont excellents et
+réparent la position ridicule, embarrassante où nous avait placé le
+discours du maréchal Soult[292]. Il eût fallu, pour agir
+conformément à ses paroles, manquer aux engagements les plus clairs et
+les plus solennels.
+
+ [292] Le maréchal Soult avait déclaré que l'armée française
+ resterait en Belgique jusqu'à ce que l'indépendance de ce pays
+ ait été solennellement proclamée et reconnue.
+
+»Je compte quitter Berlin ce soir pour profiter du congé que le roi
+m'a donné. Voilà trois semaines que je ne suis pas du tout bien et
+j'ai besoin aussi d'aller à Paris pour mes affaires. Vous y verrai-je?
+Il me semble que vous surtout avez le droit de vous reposer, si, le
+10, votre tâche est finie. Vous avez bien raison de dire qu'il n'y a
+de salut pour nous que dans la paix. La guerre nous livre soit aux
+étrangers, soit à nos brouillons. Les Polonais servent ces derniers de
+tout leur coeur et je commence à me détacher d'eux. Ils s'aliéneront,
+par cette conduite, leurs meilleurs amis. Ils nous font aujourd'hui un
+crime de nos bons sentiments pour eux. En attendant, leurs armées se
+flattent d'obtenir de meilleurs termes par la résistance, et je crois
+qu'ils ne font qu'un peu plus gâter leurs affaires, car, petit à
+petit, les soldats quittent leurs régiments et retournent chez eux. Il
+eût mieux valu profiter des bonnes dispositions de Paskiewicz[293];
+mais si le courage est l'attribut de cette belliqueuse nation, on ne
+peut pas dire qu'elle se distingue par la raison.
+
+ [293] Ivan Foderowitch Paskiewicz, feld-maréchal russe né en
+ 1777, fit les campagnes de 1805, 1806, 1812 et 1813. En 1826, il
+ reçut le commandement de l'armée du Caucase. En 1831, il remplaça
+ le maréchal Diebitsch à la tête de l'armée de Pologne, et reçut
+ après la paix le grade de feld-maréchal et le titre de prince de
+ Varsovie. Il fut en même temps nommé vice-roi de Pologne. En
+ 1849, il commanda les troupes russes envoyées en Hongrie. Enfin,
+ en 1854, mis à la tête de l'armée du Danube, il fut grièvement
+ blessé devant Silistrie. Il mourut en 1856.
+
+»On dit que Romarino est entré en Gallicie avec dix mille hommes et
+que l'armée de Modlin fait mine de vouloir se jeter en Prusse[294].
+Vous connaissez...
+
+ [294] Après la paix de Varsovie, les débris de l'armée polonaise
+ sous la conduite des généraux Romarino et Rybinski se retirèrent
+ sur Modlin. Après une résistance désespérée ils se dispersèrent
+ et se réfugièrent en Prusse et en Autriche. Le général Romarino
+ passa en Gallicie le 16 septembre.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 30 septembre 1831.
+
+»Lisez le _Times_ d'aujourd'hui 30. Il faut le lire dans l'original,
+parce que les journaux français le défigureront, avec ou sans mauvaise
+intention. Lord Londonderry[295] m'a attaqué sur l'influence que
+j'exerçais sur la conférence et sur le ministère anglais; et tout cela
+avec des épithètes d'adresse et de finesse qui étaient plutôt
+malveillantes. Le duc de Wellington s'est levé et a vivement repoussé
+les attaques faites contre moi; il a surtout insisté sur ce que
+je défendais avec fermeté les intérêts de la France, sans que jamais
+personne ait pu attaquer la loyauté et la franchise de mon caractère.
+(Cela vous apprendra que cet homme qui vous aime est très franc et
+très loyal). Lord Rolland a parlé après le duc de Wellington; il a
+parlé dans le même sens et avec beaucoup de force. Ainsi, tous les
+partis ce sont réunis d'une manière très flatteuse pour moi[296].
+
+ [295] Charles-William Stewart, marquis de Londonderry, le frère
+ de lord Castlereagh: on l'a déjà connu au congrès de Vienne sous
+ le nom de lord Stewart. Voici le passage de son discours qui a
+ trait à M. de Talleyrand.--Chambre des pairs; séance du 29
+ septembre: _Le marquis de Londonderry._--«La France cherche tous
+ les moyens de diminuer l'influence de l'Angleterre et de la
+ forcer à plier sous son ascendant. L'astucieux diplomate qui la
+ représente ici n'est pas plus tôt battu à un poste qu'il se
+ replie sur l'autre... Je me suis servi d'une forte expression en
+ parlant du personnage qui dirige maintenant chez nous les
+ négociations de la France. Je ne crois pas qu'on puisse trouver
+ dans le monde entier un caractère semblable à celui de ce
+ personnage. Il a été successivement ministre de Napoléon, de
+ Louis XVIII et de Charles X. Quand on voit les ministres de
+ l'Angleterre courir l'un après l'autre consulter un tel
+ personnage, on éprouve un dégoût qui est tout naturel. Si vos
+ seigneuries veulent savoir sur quelle base est fondée mon opinion
+ sur le prince de Talleyrand, je les invite à lire le mémoire
+ qu'il a adressé au premier consul le 15 brumaire an XI».
+
+ [296] Voici l'extrait du _Times_ avec la traduction dont il est
+ question dans ce passage:
+
+
+ HOUSE OF LORDS
+
+ _Thursday, september 29th 1831._
+
+ After lord Londonderry's attack on
+ M. de Talleyrand, Lord Goderich said
+ in the course of his speech:
+
+ Another part of his noble friend's
+ speech to which he desired to advert,
+ was that which related to prince de
+ Talleyrand, whom his noble friend had
+ supposed to have great influence upon
+ the councils of this country, and whom,
+ proceeding on that supposition and upon
+ certain parts of that illustrious person's
+ past life, this noble friend has thought
+ he was justified in pursuing with the
+ most acrimonious animadversion although
+ an ambassador from a friendly
+ power. (_Loud cries of «hear»_) His noble
+ friend, to do him justice, had not dipped
+ his arrows so deeply in gall on
+ this as on a former occasion; but still
+ he must say that he had, even on this
+ occasion, indulged in language the most
+ imprudent and the most indiscreet that
+ any public man could be betray'd into,
+ with regard to an ambassador of a
+ friendly power. (_Cheers._) He would not
+ willingly have touched upon this part
+ of his noble friend's speech because he
+ thought the sooner it was forgotten,
+ the better; but then, if he were silent,
+ with regard to it, it might be supposed
+ that the government were of opinion
+ that those animadversions were not misplaced;
+ and of that, were the case, the
+ plain inference was, that prince de
+ Talleyrand ought not to be allowed to
+ remain here. If the government entertained
+ the same opinion as his noble
+ friend of prince de Talleyrand, it would
+ be their duty to represent to His Majesty
+ the king of the French that they could
+ not transact business with such a person.
+ He felt it necessary, therefore, to speak
+ as he had spoken respecting these aspersions
+ of the character of an individual
+ whose station ought to have shielded
+ him from such an assault. (_Cheers._) He
+ knew that his noble friend would say
+ that, because he protested against this
+ indiscreet, imprudent and unjustifiable
+ language, the government was truckling
+ to France. Let him, however remind his
+ noble friend, that prince de Talleyrand
+ had been the Minister of the last two
+ kings of France; that prince de Talleyrand
+ had also had a large and important
+ share in the deliberations of the congress
+ of Vienna; the result of which deliberations
+ the noble marquis thought so
+ wise and so good. (_Cheers._) Surely,
+ the noble marquis might have thought
+ of these facts; but if he had, he would
+ never have inter'd upon the unjust as
+ well as the invidious occupation of
+ ransacking every portion of prince de
+ Talleyrand's life and bringing-up in
+ judgment against him as present deeds
+ and acts of this day, transactions which
+ had taken place when the circumstances
+ of France were so different, and when
+ no man could act as his reason or his
+ inclination dictated; but as the strong
+ and uncontrolable tide of affairs compelled
+ him to fashion his course.
+
+ THE DUKE OF WELLINGTON.--Before
+ he stated what his view of the subject
+ was (l'emploi d'officiers français dans
+ l'armée belge) he must be allow'd to
+ say a few words respecting an illustrious
+ individual (prince de Talleyrand) who
+ had been so strongly animadverted
+ upon by his noble friend near him.
+ True it was that that illustrious individual
+ had enjoy'd in a very high degree
+ the confidence of his noble friend's
+ deceased relative; and true it also was,
+ that none of the great measures which
+ had been resolved upon at vienna and
+ at Paris had been concerted or carried
+ on without the intervention of that
+ illustrious person. He had no hesitation
+ in saying that both at that time, in
+ every one of the great transactions that
+ took place then, and in every transaction
+ in which he had been engaged with
+ prince de Talleyrand since, the latest
+ of which had occured during the short
+ period in which he (the duke of Wellington)
+ had been in His Majesty's
+ councils after the late revolution in
+ France,--he had no hesitation in declaring
+ that in all those transactions,
+ from the first to the last of them, no
+ man could have conducted himself
+ with more firmness and ability with
+ regard to his own country, or with
+ more uprightness and honor in all his
+ communications with the ministers of
+ other countries, than prince de Talleyrand.
+ (_Cheers._) They had heard a good
+ deal of prince de Talleyrand from many
+ quarters; but he felt himself bound to
+ declare it to be his sincere and conscientious
+ belief that no man's public
+ and private character, had ever been so
+ much beleid as both the public and
+ the private character of that illustrious
+ individual had been. (_Much cheering._)
+ He had thought it necessary in common
+ justice, to say this much of an individual
+ respecting whose conduct and
+ character he had had no small means
+ of forming a judgment.
+
+ LORD HOLLAND--There was one part
+ of the noble Duke's speech which had
+ given him the greatest pleasure and
+ which reflected the highest credit upon
+ the noble Duke. He need hardly say that
+ he alluded to the temper, the manliness
+ and generosity with which the noble
+ Duke had animadverted upon what had
+ fallen from the noble marquis with
+ regard to prince de Talleyrand. On public
+ as well as on private grounds, he
+ thanked the noble Duke for that part of
+ his speech. There could be little difference
+ of opinion as to the injustice and the
+ want of generosity, of speaking in harsh
+ and insulting terms respecting the ambassador
+ of a friendly power, resident amongst
+ us. On the other hand he felt that there
+ could be no good taste in dwelling
+ upon the virtue and the merit of a man's
+ own acquaintance in an assembly like
+ that of their Lordships; yet he trusted
+ that he might be allowed to observe
+ that forty years acquaintance with the noble
+ individual who had been alluded to,
+ enabled him to bear his testimony to the
+ fact, that although those forty years had
+ been passed during a time peculiarly
+ fraught with calumnies of every description,
+ there had been no man's private
+ character more shamefully traduced,
+ and no man's public character more mistaken
+ and misrepresented, than the
+ private and public character of prince de
+ Talleyrand.
+
+
+ CHAMBRE DES LORDS
+
+ _Séance du jeudi 29 septembre 1831._
+
+ Après l'attaque de lord Londonderry
+ contre M. de Talleyrand, Lord Goderich
+ dit dans la suite de son discours:
+
+ Il y a un autre point du discours de
+ mon noble ami auquel je désire m'arrêter:
+ c'est celui qui concerne le prince de
+ Talleyrand qu'il suppose exercer une
+ grande influence sur les ministres de ce
+ pays; se fondant sur cette supposition et
+ sur certains faits de la vie passée de
+ cet illustre personnage, mon noble ami
+ a pensé qu'il pouvait l'accabler des plus
+ âpres censures quoiqu'il soit ambassadeur
+ d'une puissance amie. (_Cris,
+ écoutez._) Pour être juste, je dois reconnaître
+ que mon noble ami n'a pas aujourd'hui
+ trempé ses flèches aussi
+ profondément dans le fiel qu'il l'avait
+ fait à une autre occasion; cependant je
+ dois dire que dans cette occasion-ci
+ même, il s'est permis le langage le plus
+ imprudent et le plus inconvenant auquel
+ un homme public puisse se laisser
+ aller à l'égard de l'ambassadeur d'une
+ puissance amie. (_Applaudissements._) Je
+ me serais volontiers abstenu de toucher
+ à cette partie du discours de mon noble
+ ami, parce que je pense qu'il vaut mieux
+ qu'elle soit oubliée le plus tôt possible;
+ mais alors si je gardais le silence sur
+ ces attaques, on pourrait supposer que
+ le gouvernement croit quelles ne sont
+ pas mal fondées; et, si cela était le cas,
+ la conséquence naturelle serait qu'on
+ ne devrait pas supporter ici le prince
+ de Talleyrand. Car si le gouvernement
+ avait de lui la même opinion que mon
+ noble ami, son devoir serait de représenter
+ au roi des Français qu'il ne peut
+ pas traiter les affaires avec une telle
+ personne. J'ai donc jugé qu'il était nécessaire
+ de parler comme je l'ai fait,
+ au sujet d'attaques contre le caractère
+ d'un individu dont la position aurait dû
+ le mettre à l'abri. (_Applaudissements._)
+ Je sais que mon noble ami dira que
+ le gouvernement est soumis à la France,
+ parce que je proteste contre son inconvenant,
+ imprudent et injustifiable langage.
+ Mais je lui rappellerai que le prince
+ de Talleyrand a été le ministre des deux
+ derniers rois de France et qu'il a eu
+ aussi une grande et importante part
+ dans les délibérations du congrès de
+ Vienne, dont le résultat est considéré
+ comme si bon et si sage par le noble
+ marquis. (_Applaudissements._) Le noble
+ marquis aurait certainement pu penser
+ à ces faits; mais s'il y avait songé, il
+ ne se serait pas livré à des recherches
+ aussi injustes que haineuses sur toutes
+ les époques de la vie du prince de Talleyrand,
+ et il n'aurait pas été prendre
+ pour base de son jugement, sur les faits
+ actuels et les actes d'aujourd'hui, des
+ faits qui avaient eu lieu lorsque les circonstances
+ étaient si différentes en
+ France, et lorsqu'aucun homme ne
+ pouvait agir comme sa raison ou son
+ inclination l'y aurait porté; mais comme
+ le puissant et irrésistible courant des
+ affaires le forçait a régler sa conduite.
+
+ LE DUC DE WELLINGTON.--Avant que
+ j'expose ma manière de voir sur le sujet
+ en question (l'emploi d'officiers français
+ dans l'armée belge), il doit m'être permis
+ de dire quelques mots au sujet d'un
+ illustre individu qui a été si fortement
+ attaqué par mon noble ami qui siège
+ près de moi. Il est vrai que cet illustre
+ individu a joui à un très haut degré de
+ la confiance du parent décédé, lord
+ Castlereagh, de mon noble ami; et il est
+ également vrai qu'aucune des grandes
+ mesures qui ont été adoptées à vienne
+ et à Paris, n'a été concertée ou exécutée
+ sans l'intervention de cet illustre personnage.
+ Je n'ai aucune hésitation à
+ déclarer que, soit à cette époque, dans
+ les grandes négociations qui ont eu lieu,
+ soit dans celles que j'ai traitées depuis
+ lors avec le prince de Talleyrand, et
+ dont les dernières se sont passées durant
+ la courte période pendant laquelle
+ j'étais dans les conseils de Sa Majesté,
+ après la dernière révolution de France,--je
+ n'ai aucune hésitation, dis-je, à
+ déclarer que dans toutes ces négociations,
+ de la première à la dernière,
+ aucun homme ne pouvait se conduire
+ avec plus de fermeté et d'habileté dans
+ l'intérêt de son propre pays, ou avec
+ plus de droiture et d'honneur dans toutes
+ ses communications avec les ministres
+ des autres pays, que le prince de Talleyrand.
+ (_Applaudissements._) Vous avez
+ entendu dire beaucoup de choses sur le
+ prince de Talleyrand, et de bien des
+ côtés différents; mais je me sens obligé
+ de déclarer que ma conviction sincère
+ et consciencieuse est que jamais le caractère
+ public et privé d'un homme n'a
+ été autant travesti que l'a été le caractère
+ privé et public de cet illustre
+ individu. (_Grands applaudissements._)
+ J'ai pensé qu'il était nécessaire, équitablement,
+ de dire tout ceci d'une personne
+ sur la conduite et le caractère de
+ laquelle j'ai eu de nombreux moyens de
+ former mon jugement.
+
+ LORD HOLLAND.--Il y a une partie du
+ discours du noble duc qui m'a causé le
+ plus grand plaisir et qui lui fait le plus
+ grand honneur. J'ai à peine besoin de
+ dire que je veux parler de l'esprit, de la
+ fermeté et de la générosité avec lesquels
+ le noble duc avait repoussé ce qui a été
+ dit du prince de Talleyrand, par le noble
+ marquis. Dans l'intérêt public aussi bien
+ que comme homme privé, je remercie
+ le noble duc pour cette partie de son discours.
+ Il ne peut y avoir une opinion
+ différente sur l'injustice et le manque
+ de générosité qu'il y a à parler dans des
+ termes âpres et insultants de l'ambassadeur
+ d'une puissance amie résidant
+ parmi nous. D'un autre côté, je sens
+ qu'il ne serait pas de bon goût de m'étendre
+ sur les qualités et les mérites d'un
+ homme de ma connaissance, dans une
+ assemblée comme celle de vos seigneuries;
+ cependant j'espère qu'il me sera permis
+ de dire que quarante années de relation
+ avec le noble individu auquel il a
+ été fait allusion, m'ont mis en état de
+ rendre témoignage à ce fait, que, quoique
+ ces quarante années se soient écoulées
+ à une époque particulièrement fertile
+ en calomnies de toute espèce, il n'a
+ pas existé d'homme dont le caractère
+ privé ait été plus honteusement diffamé
+ et le caractère public plus méconnu et
+ plus faussement représenté que le caractère
+ privé et public du prince de Talleyrand.
+
+ Si on se rend compte de la droiture et de la véracité bien connues
+ du duc de Wellington et de l'amitié qui a existé pendant quarante
+ ans entre lord Holland et le prince de Talleyrand, l'esprit le
+ plus prévenu devra apprécier ce que cette séance de la Chambre des
+ pairs d'Angleterre a de particulièrement honorable pour M. de
+ Talleyrand. Il ne faut pas perdre de vue que le duc de Wellington
+ était le chef de l'opposition dont faisait partie l'attaquant, le
+ marquis de Londonderry, et que les lords Goderich et Holland
+ étaient membres du ministère. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+»A Paris pour lequel je me tue, personne n'imagine d'en faire autant.
+On se croit quitte de tout quand vous m'avez écrit quelques paroles
+douces et je suis porté à croire que l'on a raison.--Le sort du bill
+de _réforme_ est encore incertain: mais ce qu'il y a de sûr, c'est
+que, le bill adopté ou rejeté, les ministres resteront.--A présent,
+nous avons des conférences de cinq à six heures chaque jour; nous
+voulons finir et nous finirons.--Le roi de Hollande n'attaquera pas,
+quoi qu'en disent tous les journaux et tous les messieurs de Celles et
+Cie. Si même il était nécessaire de prolonger de quelques jours
+l'armistice, je crois qu'il s'y prêterait.--Qu'on nous laisse faire et
+l'on finira suffisamment bien.
+
+»Adieu...»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 1er octobre 1831.
+
+»J'ai reçu, mon prince, les deux lettres que vous avez bien voulu
+m'adresser; vous savez tout le plaisir que j'éprouve à avoir
+directement de vos nouvelles.
+
+»J'ai été extrêmement sensible à ce que vous voulez bien me dire
+d'obligeant à l'occasion des événements de la semaine dernière. Je
+n'ai fait dans cette circonstance, avec quelque danger peut-être, que
+ce que réclamaient la gravité des désordres et la nécessité de déjouer
+de coupables projets, armés du prétexte d'un événement extérieur.
+
+»Parvenus cette fois encore à rétablir l'ordre, à surmonter un mal qui
+a eu ses retentissements dans de tristes débats parlementaires, nous
+ne négligerons aucun effort de notre dévouement pour arracher la
+France aux périls dont ce mal la menace et avec elle la civilisation
+de l'Europe. Ainsi que de votre côté, mon prince, vous vous appliquez
+si noblement à le faire, aussi longtemps qu'il me sera donné de
+pouvoir rester à la tête des affaires, j'emploierai toutes les forces
+qui sont en moi à l'oeuvre si difficile de rasseoir l'ordre social si
+ébranlé par les attaques des partis, et, en général, si peu
+courageusement défendu par les hommes de bien.
+
+»Nous avons reçu, mon prince, votre dernière dépêche à laquelle était
+joint le quarante-quatrième protocole. La conférence, mue par le
+sentiment de la nécessité de terminer les affaires belges, s'est
+décidée à prendre l'initiative. Elle a résolu de dresser un projet de
+traité définitif entre les deux pays[297]. Nous ne pouvons méconnaître
+l'opportunité de cette mesure.
+
+ [297] En exécution du traité préliminaire des dix-huit articles,
+ la conférence avait proposé le 24 septembre un projet de traité
+ définitif qu'elle adressa aux plénipotentiaires hollandais et
+ belges. Ceux-ci répondirent le 26 par deux contre-projets
+ entièrement dissemblables. La conférence jugea que les deux
+ parties ne pourraient jamais s'entendre si on les laissait à
+ elles-mêmes; elle dressa un protocole (nº 44 du 26 sept.) dans
+ lequel elle décidait de fixer de sa propre autorité les articles
+ du projet de traité. C'est en suite de ce protocole que fut
+ arrêté le traité des vingt-quatre articles.
+
+»Nous sommes également pressés, sans doute, de voir enfin cette
+question résolue, et d'ôter ainsi aux passions les prétextes qu'elles
+y cherchent; mais par-dessus tout, nous tenons, mon prince, à ce que
+les bases établies par le général Sébastiani, dans ses diverses
+dépêches, puissent être consacrées dans le projet de traité, et si,
+pour obtenir plus complètement, plus sûrement ce résultat, le délai du
+10 octobre était trop rapproché, nous devrions alors désirer que ce
+terme pût recevoir une prorogation de quinze jours.
+
+»Il importe essentiellement dans la position où nous sommes placés,
+que la solution des affaires belges satisfasse aux vues comme aux
+nécessités du gouvernement. Cette solution renferme jusqu'à un certain
+point la question de notre maintien possible au pouvoir.
+
+»Pour cela, mon prince, une séparation entre les deux pays qui enlève
+à l'un et à l'autre tout motif ou prétexte de collision, la
+possibilité pour chacun d'eux de jouir en paix de l'indépendance qui
+lui est nécessaire et des avantages attachés à leur position
+respective, des conditions, en un mot, dont la France puisse exiger
+efficacement l'adoption, sont des nécessités dont votre haute sagesse
+est certainement bien pénétrée.
+
+»Des propositions ont été entendues par le gouvernement sur la pensée
+de placer un prince de la maison de Nassau sur le trône de la Grèce.
+Sans préjuger le sort de ces propositions, on pourrait les envisager
+comme une cause possible de plus de facilité dans les arrangements, en
+ce qui concerne la Hollande. Le gouvernement ne serait pas éloigné de
+les écouter dans cette vue.
+
+»Agréez...»
+
+M. Casimir Périer fait allusion, dans le dernier paragraphe de sa
+lettre, à l'idée qui avait été mise en avant par la Russie de
+dédommager le roi des Pays-Bas, en donnant le trône de Grèce au fils
+cadet de ce souverain, le prince Frédéric, qui était son fils de
+prédilection, mais le roi lui-même repoussa cette proposition qui
+n'eut pas d'autre suite.
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 3 octobre 1831.
+
+»Votre lettre en date du 29 passé, mon cher prince, m'a fait un
+véritable bien. Vous aviez observé un si long silence que je ne savais
+m'en expliquer le motif. Malgré la multiplicité de vos occupations,
+j'espérais toujours que vous trouveriez un moment pour me parler de
+votre santé et de votre bien-être. Vous ne pouvez douter que personne
+ne forme des voeux plus sincères pour votre bonheur que je ne le fais.
+
+»Je félicite l'Europe et la France en particulier si, par un
+_arbitrage équitable_, la question batave finit. Aussi longtemps que
+la question de la guerre est pendante, il ne faut pas croire qu'il
+soit possible de ramener la confiance. Personne ne se fait illusion
+sur les conséquences de la guerre. Elle doit amener des
+bouleversements sur plusieurs points, et la France aurait tort de se
+flatter qu'ils seraient à son avantage. Toutes mes relations en Italie
+et en Allemagne me confirment que si les peuples ont applaudi à la
+révolution de Juillet, tous voient et jugent les conséquences des
+fautes qui se commettent ici.
+
+»Un ami, dans une haute position en Allemagne, m'écrit: »Votre France
+et votre Paris commencent réellement à nous dégoûter. Prenez-y garde!
+un beau jour, vous pourriez facilement dans une guerre générale avec
+nous avoir le sort de la Belgique dans la dernière bagarre avec la
+Hollande. Il n'est pas écrit dans le ciel que, partout et toujours la
+victoire sera fidèle aux armées françaises. Rappelez-vous les
+dernières années de Louis XIV et de Napoléon. Cette soi-disant
+sympathie des peuples se perd de plus en plus. On est fatigué de vos
+émeutes, de vos intrigues, de vos inconséquences, et du bavardage
+insultant de vos factions.»
+
+»Des voyageurs reviennent de Cologne. Ils confirment cette même
+observation. A Cologne, les Prussiens tiennent un parc d'artillerie de
+deux cents pièces attelées. Le comte Nostitz[298] qui y commande une
+partie de l'armée, a dit à une personne que je ne puis nommer:--Nous
+défendrons contre la France notre traité. Qu'elle fasse ce qu'elle
+voudra chez elle, mais qu'elle cesse de troubler la situation de ses
+voisins. Notre armée désire la guerre, nous pouvons entrer en campagne
+avec deux cent mille hommes. Notre organisation et notre nombre nous
+assurent des succès. Le prince de Metternich s'est engagé avec nous.
+Les Autrichiens et les contingents allemands présenteront le même
+nombre sur le Rhin, et ils en auront autant avec les Piémontais en
+Italie. Si le roi de France ne veut être que le roi du jacobinisme
+qu'il cherche un autre théâtre que l'Europe. Nous nous défendrons.
+
+ [298] Le comte de Nostitz-Rieneck, général de cavalerie, né en
+ 1777. Il fit les campagnes de 1806, 1813,1814 et 1815. Après la
+ paix, il commanda la cavalerie de la garde. En 1830, le prince
+ Guillaume, frère du roi, ayant été envoyé dans les provinces
+ rhénanes comme gouverneur civil et militaire, le comte de Nostitz
+ l'accompagna en qualité de chef d'état-major. Il quitta l'armée
+ en 1848 et fut en 1850 nommé ministre à Hanovre. Il se retira en
+ 1859 et mourut en 1866.
+
+»A Munich, le roi s'est livré entièrement au prince de Wrède. Soixante
+mille Bavarois sont à la disposition du cabinet de Vienne.
+Pfeffel[299] n'a pas reçu depuis six mois un mot de réponse à toutes
+les balivernes qu'on lui débite ici au ministère des affaires
+étrangères. Il y a à Munich un M. Mortier[300] qui est haut et
+cassant, qui déplaît au roi et à tout le monde et auquel on tourne le
+dos. On y regrette Rumigny[301] qui était commère, mais qui ne
+tracassait pas.
+
+ [299] Chrétien Hubert, baron Pfeffel de Kriegelstein, fils de
+ l'historien et du diplomate de ce nom qui avait servi autrefois
+ dans les bureaux de M. de Vergennes. Né en 1765, il entra dans la
+ diplomatie au service de la Bavière, et mourut en 1835 à Paris
+ comme ministre plénipotentiaire de ce pays.
+
+ [300] Le baron Hector Mortier, neveu du maréchal duc de Trévise,
+ né en 1797, était premier secrétaire à Berlin sous la
+ Restauration. Après la révolution de Juillet, il fut nommé
+ ministre plénipotentiaire à Munich, puis à Lisbonne (1833), à la
+ Haye (1835), à Berne (1839) et à Parme (1844). Il avait été créé
+ pair de France en 1845. En 1851, il devint premier chambellan du
+ prince Jérôme Napoléon et mourut en 1864.
+
+ [301] M. de Rumigny était le frère du général de ce nom, aide de
+ camp du roi.
+
+»Louis de Rohan est de retour à Vienne. Il dit qu'on y est furieux
+contre tout ce qui est Français, et qu'on est prêt à la plus
+vigoureuse défense. Un de mes amis en Suisse, chef d'un des cantons,
+m'écrit en date du 20 septembre:
+
+«Les troubles qui nous agitent ont tous une origine qui part de vos
+clubs. Mauguin, qui a fait cet été un voyage en Suisse, a excité les
+esprits. Plusieurs de nos chefs qui sont allés à Paris, se vantent
+d'être encouragés par La Fayette, Lamarque, et poussent nos
+démagogues. Tout cela est odieux et vous préparera de grands malheurs.
+L'Europe ne peut pas vivre ainsi.»
+
+»Quant à la Pologne, mon cher prince, vous devez avoir de meilleures
+informations que je ne puis vous en offrir. Voici, au reste, ce que
+j'en pense et ce que je sais. La révolution de la Pologne était toute
+dans l'armée; la guerre, toute sur la Vistule. Les cabinets
+connaissent les noms de vingt-sept individus partis de Paris pour
+opérer le mouvement à Varsovie. Les premiers succès étaient dus à une
+brillante armée polonaise, fournie de tout, prête à entrer en
+campagne, et qui tenait vingt à trente millions en caisse. Des noms
+respectables furent entraînés; on croyait à des secours d'ici. Ils
+étaient promis!!! Le maréchal Diebitsch a attaqué avec des forces
+incomplètes. L'hiver a été l'allié des Polonais. Quand les Russes ont
+eu leur armée réunie et que la Vistule était passée, la victoire a
+fait ce qu'elle fait pour l'ordinaire: elle s'est décidée pour les
+gros bataillons. Les Polonais ont été malmenés; Varsovie s'est rendue;
+l'armée polonaise, que l'empereur Nicolas ne veut plus laisser
+subsister, s'est retirée; elle a négocié, mais en attendant les
+réponses de Saint-Pétersbourg, elle s'est presque dissoute. Il n'y a
+plus dix mille hommes sous les armes. En un seul jour six cents
+officiers ont fait leur soumission. La défection est générale. Cette
+révolution avait commencé par des assassinats et des crimes; elle a
+fini de même.
+
+»Voici, je crois, le système que le cabinet russe va suivre. 11
+n'admettra l'intervention d'aucun autre cabinet. Il laissera subsister
+_limite_ et _nom_ du royaume de Pologne; mais il ne consentira plus ni
+à l'existence d'une diète, ni à celle d'une armée polonaise. Et, à mon
+avis, il a raison. Dans le moment présent, il n'y a d'habileté qu'en
+organisant une autorité forte et en la maintenant. Le Palais-Royal a
+tellement ébranlé tous les liens de la société politique, qu'il est
+temps d'y regarder de près. Je conseille à notre ministère de se
+pénétrer de cette vérité. C'est dans ce même besoin que j'applaudis à
+toutes les dispositions favorables aux Hollandais. De plus, permettez
+que je vous soumette une observation fondée sur des faits historiques.
+La Hollande, forte et puissante, comme État qui a une marine, importe
+beaucoup plus à la France que la Belgique bavarde et turbulente comme
+elle l'est et le sera encore longtemps. Il y a quelques jours que j'ai
+fait cette observation à M. Casimir Périer. Cette sollicitude pour la
+révolution belge me paraît absurde. Tout ce qui sera rendu à la
+Hollande sera bien donné. Voilà, au moins, mon avis.
+
+»J'en étais là, mon cher prince, lorsqu'on m'a apporté les journaux
+anglais qui rendent compte des folies de lord Londonderry. Il est ce
+qu'il a toujours été, mais je vous fais mon compliment du résultat de
+ce débat parlementaire, aussi honorable que possible pour votre
+position et dont je me réjouis pour vous.
+
+»Tâchez, mon cher prince, que l'affaire batave finisse. Si le roi de
+Hollande insiste sur du territoire au lieu d'argent, il faut le lui
+donner. Le Luxembourg a deux cent quarante mille habitants. La
+forteresse reste avec un rayon; cela peut compter pour quarante mille
+habitants. Eh bien! les deux cent mille restant peuvent être donnés
+autour de Venloo et de Maëstricht. Quelle importance y a-t-il que les
+Belges aient quelques villages de plus ou de moins? L'essentiel est
+qu'on conserve la paix. Il y a eu avant-hier une assez vive discussion
+à ce sujet entre M. Sébastiani, Werther[302] (ministre de Prusse)
+et Pozzo. Une personne présente m'en a fait le récit. Le premier se
+soulevait contre le résultat de _l'arbitrage_. Il prétendait qu'il ne
+pouvait pas le défendre à la tribune; il disait même que plutôt que
+d'y adhérer, la France retirerait ses pouvoirs et verrait sans regret
+la fin de la conférence; M. de Werther le combattit; Pozzo dit peu;
+mais en sortant du salon, il dit à Werther: «Pourquoi vous
+disputiez-vous avec lui? vous savez bien que ce n'est pas avec lui
+qu'on fait les affaires.»
+
+ [302] Ministre de Prusse à Paris. Son fils fut plus tard
+ ambassadeur de Prusse à Paris. Il était encore accrédité en 1870,
+ au moment de la guerre.
+
+»Je pense donc, mon prince, que M. Périer ne vous laissera pas dans
+l'embarras. Il faut finir, comme vous l'observez très bien. Plus tard
+on reconnaîtra l'immense service que vous avez rendu à la France.
+
+»Je ne vous parle pas de nos Chambres. Celle des députés est stupide,
+et le ministère et le roi ont abandonné celle des des pairs. C'est une
+des plus grosses inconséquences dans le nombre de celles qui se
+commettent tous les jours.
+
+»Agréez...»
+
+
+Je n'acceptai pas comme complètement exact _tout_ ce que contenait
+cette lettre de M. de Dalberg; mais je dois reconnaître qu'il y avait
+beaucoup de vrai.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 3 octobre 1831.
+
+»Je trouve qu'à Paris on prend très mal les affaires de la Belgique
+dans le moment actuel. On veut faire une Belgique en prenant dans
+un endroit ou dans un autre; c'est bien aisé: tout le monde sait faire
+cela; mais, ce n'est pas la question. Il s'agit de remettre la
+Hollande et la Belgique dans la situation respective où elles étaient
+l'une vis-à-vis de l'autre en 1790. Avant cette époque, la Hollande
+n'inondait pas la Belgique; il y avait un traité de 1785 qui empêchait
+ce genre de désordre[303]. On peut le renouveler et la proximité de la
+France aura bien plus d'influence sur la Hollande que n'en avait
+l'Autriche qui était si éloignée. En vérité, toutes les difficultés
+que l'on fait à Paris et qui sortent du cerveau et des machinations de
+M. de Celles sont bien faibles; elles peuvent toutes être résolues par
+un enfant. Il est cependant singulier que l'on soit la dupe d'un
+mauvais sujet comme M. de Celles, qui ne peut pas retourner en
+Belgique, et qui craint que les affaires ne s'arrangent. C'est une
+affaire de laquelle dépend la paix ou la guerre, cette affaire belge;
+elle pourrait se finir bien; et j'appelle _bien_, à l'avantage des
+Belges, sans mettre le roi de Hollande dans la position de refuser son
+adhésion. Pourquoi prendre à quelqu'un? Est-ce là un traité juste? Ici
+on ne consentira pas à ce que l'on veut en France. C'est vraiment
+chercher des embarras. Ma raison ne me laisse voir que des malheurs si
+on reste dans les idées folles dans lesquelles les faiseurs nous
+jettent.
+
+ [303] Article VI du traité du 8 novembre 1785 entre les Pays-Bas
+ et l'empereur.
+
+»Adieu, je voudrais bien n'avoir que de l'humeur; mais j'ai plus que
+cela, j'ai du chagrin...»
+
+
+ «Londres, le 4 octobre 1831.
+
+»La première discussion du bill de _réforme_ a eu lieu hier à la
+Chambre des lords; elle continue aujourd'hui, et peut-être ne
+finira-t-on que demain. On est toujours dans la même incertitude;
+cependant, on croit que quelques évêques se sont rapprochés du
+ministère dans la soirée d'hier. Il y avait dans la Chambre et autour
+de la Chambre un monde prodigieux. Je vais maintenant à une
+conférence. Nous sommes près de finir, si à Paris on ne veut pas faire
+une Belgique chimérique; mais on peut, si on le veut, avoir une vraie
+Belgique. On fera des stipulations, pour empêcher les inondations; on
+aura aux écluses des commissaires belges et des commissaires
+hollandais; ainsi, il n'y aura plus de danger de ce côté. La Belgique
+aura deux routes de communication de plus pour déboucher ses produits
+et ses marchandises en Allemagne. Elle aura une augmentation de
+population de cinquante mille âmes, et la France verra détruire les
+forteresses que M. de Latour-Maubourg a désignées et pour lesquelles
+nous avons ici le général Goblet[304]. Il me semble que cela est assez
+pour être content. Enfin, finissons et cherchons dans la paix une
+force nouvelle. C'est là où le gouvernement trouvera des appuis
+et des forces de tout genre....»
+
+ [304] Albert-Joseph Goblet comte d'Alviella, général belge né en
+ 1790, sortit en 1811 de l'École polytechnique et servit jusqu'en
+ 1815 dans les armées françaises. A cette date, il passa au
+ service du roi des Pays-Bas. En 1830 il se rallia au gouvernement
+ provisoire belge qui le nomma général de brigade et ministre de
+ la guerre. En 1831, il fut envoyé à Londres comme commissaire
+ près la conférence. En 1832 il devint ministre des affaires
+ étrangères. En 1836 il fut élu député, et l'année suivante envoyé
+ à Lisbonne comme ministre plénipotentiaire. De retour en Belgique
+ (1843) il rentra aux affaires étrangères. Il se retira en 1845.
+ Il fut à plusieurs reprises élu député, et siégea toujours dans
+ le parti libéral. Il mourut en 1873.
+
+
+LE ROI LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 4 octobre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»J'avais chargé le baron de Stockmar[305] d'une lettre pour vous;
+comme il a été malade, il se peut bien qu'il n'ait pu encore vous la
+remettre.
+
+ [305] Christian-Frédéric baron de Stockmar, né à Cobourg en 1787,
+ était médecin dans cette ville. Il y fut connu du prince Léopold
+ qui en 1815 l'attacha à sa personne et l'emmena à Londres. Il
+ demeura auprès de lui durant tout son séjour en Angleterre, fut
+ choisi comme médecin par la famille royale et vécut
+ particulièrement dans l'intimité du duc de Kent, père de la reine
+ Victoria. Sa situation devint bientôt importante. Il fut le
+ conseiller et le confident influent et très écouté de la reine
+ Victoria. Aussi ses souvenirs et notes historiques qu'il a
+ laissés sont-ils une source d'informations très précieuses pour
+ l'histoire de cette époque. M. Saint-René-Taillandier en a tiré
+ matière pour une série d'articles qui ont paru dans la _Revue des
+ Deux Mondes_ de 1876 à 1878. Après être resté de longues années à
+ Londres, M. de Stockmar se retira à Cobourg où il mourut en 1863.
+
+»Nous nous trouvons ici dans l'attente du courrier de La Haye. Le
+temps pressant, j'ai dû faire mes arrangements militaires comme si la
+guerre était certaine, mais que faire? Je ne puis pas attendre le
+dernier moment. Poussez la conférence à quelque mesure _énergique_; il
+est évident que le roi de Hollande voudrait embrouiller les affaires
+pour y gagner. Cependant, il est bien désirable pour tout le monde que
+cette guerre ne se fasse point. Vous pouvez compter sur mes
+sentiments, vous les connaissez; je puis me flatter d'avoir contribué
+au maintien de la paix, et je ne cesserai de le faire. Mon objet a
+toujours été de maintenir la bonne harmonie entre la France et
+l'Angleterre; j'y ai réussi jusqu'à présent; soutenez-moi de votre
+côté. J'y trouve le _véritable salut_ de l'Europe entière. Il faut
+cependant que, dans la crise actuelle, la conférence montre de
+_l'énergie_; sans cela, la confusion dans les affaires _va être
+grande_.
+
+»Offrez mes hommages à madame de Dino; conservez-moi un peu de
+bienveillance, et agréez l'expression de mes sentiments distingués.
+
+ »LÉOPOLD.»
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 4 octobre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»M. de Mortemart est arrivé (de Pétersbourg). On répand qu'il a été
+très bien traité par l'empereur Nicolas à son départ. N'en croyez
+rien: l'empereur a été poli, voilà tout. Croyez encore que Pozzo n'a
+plus la confiance de son maître. L'empereur voulait le rappeler.
+Nesselrode l'a soutenu en priant l'empereur de consentir qu'il se
+retirât également de son poste de ministre des affaires étrangères.
+L'empereur, alors, a suspendu sa décision.
+
+»Si on ne met ici la plus grande prudence dans les relations avec la
+coalition, nous aurons la guerre au printemps. C'est mon opinion qu'on
+finisse l'affaire batave, ou _La Haye_ reste une boîte de Pandore.
+
+»A Berlin, le roi seul se refuse à faire la guerre; Flahaut y a fait
+une pauvre figure.
+
+»Ici, l'affaire de la pairie tourne vers l'adoption du projet de M.
+Teste[306], invention de Sémonville. On l'espérait hier. Je crois
+qu'on n'est sûr de rien.»
+
+ [306] M. Teste avait proposé un amendement aux termes duquel la
+ pairie se transmettait au fils aîné du pair à condition qu'il
+ serait déclaré _digne_ par un collège électoral. Cet amendement
+ fut repoussé.
+
+ Jean-Baptiste Teste, né en 1780, avait été avocat à Paris, puis à
+ Nîmes et commissaire général de police à Lyon sous les Cent-jours.
+ Proscrit à la deuxième Restauration il se réfugia à Liège où il
+ demeura jusqu'en 1830. Il revint alors à Paris, fut élu député en
+ 1831, devint vice-président de la Chambre, puis garde des sceaux
+ en 1839, ministre des travaux publics en 1840, pair de France et
+ premier président de la Cour de cassation en 1843. Impliqué en
+ 1847 dans le procès intenté au général Cubières, il fut traduit
+ devant la Cour des pairs, et condamné à trois ans de prison. Il
+ mourut en 1850.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 7 octobre 1831.
+
+»J'ai été plus longtemps que je ne voulais, mon cher prince, sans vous
+écrire; mais nous avons été dans un tel culbutis pour nous installer
+aux Tuileries, et j'y suis si en l'air encore et si mal établie, que,
+pour moi, et jusqu'à ce que je puisse aller dans le logement du
+capitaine des gardes que l'on arrange, autant que cela est possible,
+je suis, à la lettre, en campement. Mais, toute affaire cessante, j'ai
+besoin de vous exprimer combien je jouis du triomphe que vous venez
+d'avoir dans le parlement d'Angleterre, et de m'en féliciter de tout
+mon coeur avec vous. Maintenant, ce qu'il nous faut à la suite de cela,
+c'est un bon traité pour la Belgique, qui donne sécurité et assurance
+que le roi de Hollande n'aura plus autant de facilité pour inonder ce
+malheureux pays, ou y rentrer si la fantaisie lui en revenait, qu'il
+désarme, et que vous puissiez vous reposer un peu de toutes vos
+fatigues, que je vois avec peine, d'après ce que vous me mandez de
+votre santé qui nous est bien nécessaire. J'espère cependant que vous
+ne vous ressentez plus de cet accès de fièvre dont vous me parliez
+dans votre dernière lettre. Il me tarde bien d'en avoir l'assurance
+par vous-même. Nous attendons aussi avec impatience le résultat de la
+seconde lecture du bill de réforme.
+
+»Notre installation dans ces tristes et détestables Tuileries produit,
+à ce qu'on assure, un excellent effet. Nous avons bien besoin de cette
+consolation, car cela a été un bien grand sacrifice pour notre cher
+roi, de quitter son beau et charmant Palais-Royal, notre berceau, et
+que nous aimons tant, pour venir dans ce triste palais, le plus
+incommode du monde, où il est impossible de s'arranger d'une manière
+commode et agréable, sans y faire de grands changements et de grands
+travaux. Mais, patience! il ne faut avoir en vue que le but et y
+marcher sans s'arrêter à ce qui plaît ou ne plaît pas, et faire tous
+les sacrifices pour l'atteindre. C'est ce que fait notre bien-aimé
+roi, de la meilleure grâce du monde et d'une manière admirable et
+touchante; et j'ai toujours la confiance qu'il en sera amplement
+récompensé, ce dont j'ai un grand besoin, quand je vois que sa vie,
+depuis qu'il est roi, n'a été qu'une succession de sacrifices et de
+privations. Heureusement, au milieu de tout cela, sa santé se soutient
+très bonne; il me charge de mille et mille choses pour vous ainsi que
+la reine, qui trouve, avec trop de raison, une immense différence du
+logement qu'elle quitte au Palais-Royal, à celui qu'elle trouve ici:
+c'est celle du bien au mal. Chartres et Nemours sont partis dimanche
+dans la nuit pour Maubeuge; nous avons de très bonnes nouvelles de
+leur arrivée....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 8 octobre 1831.
+
+»Le bill de la réforme a été rejeté à la Chambre des lords; la
+majorité contre a été de quarante et une voix; c'est beaucoup plus
+qu'on ne croyait. Ce nombre empêchera probablement de faire des pairs.
+Tous les esprits sont en suspens et chacun se demande quel parti
+prendront le roi et le ministère. Il y a un conseil de cabinet en
+permanence depuis ce matin. On ignore quel en sera le résultat....»
+
+
+ «Londres, le 12 octobre 1831.
+
+»... Je reçois chaque jour des apologies sur ce que l'on a fait si
+étourdiment à Bruxelles, en affichant une lettre de Sébastiani qui
+disait qu'on ne reconnaît pas les décisions de la conférence. Cela a
+fait ici un si mauvais effet, que l'on est obligé d'abandonner cette
+démarche et de l'attribuer à des causes locales qui exigeaient que
+pour empêcher des folies, on fît une pareille communication. Tout cela
+ne fait pas respecter la marche du gouvernement; on se presse trop en
+toute chose. L'Angleterre n'estime pas cela. L'empereur Napoléon, qui
+était un homme de _mouvement_, me savait toujours gré de ce que je
+retardais l'exécution, ce qui lui donnait le temps d'abandonner des
+résolutions prises trop vite.--Je resterai jusqu'au bout dans ma
+manière de voir; je veux faire tout pour la paix: c'est là ma mission;
+et tout ce qu'il sera indispensable de faire pour cela, je le ferai,
+sans regarder qui je blesse ou ne blesse pas....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA DUCHESSE DE BAUFFREMONT.
+
+ «Londres, le 13 octobre 1831.
+
+»... Il y a eu hier soir quelque train à Londres. On a cassé les
+vitres du duc de Wellington, celles de lord Bristol[307] et du marquis
+de Londonderry. Aujourd'hui tout est tranquille. Dans les campagnes il
+y a eu aussi quelques désordres, mais ils n'ont pas été nombreux. Je
+crois que l'assurance que l'on a que le ministère restera, va faire
+finir tous ces troubles-là. Mais ce n'est pas moins un moment
+difficile et dont la vue est pénible pour ceux surtout qui savent ce
+que c'est que les mouvements politiques dont le peuple s'empare.
+
+ [307] Frédéric-William Hervey marquis de Bristol, né en 1769,
+ membre de la Chambre des communes de 1796 à 1803. A cette date,
+ il succéda à son père à la Chambre des lords. Il fut ministre des
+ affaires étrangères de 1801 à 1803. Lord Bristol était l'un des
+ membres les plus ardents du parti tory et l'adversaire du bill de
+ réforme. Il mourut en 1859.
+
+»J'ai des conférences ici tous les jours et je crois que nos affaires
+de Belgique seront finies de la part de la conférence dans huit jours.
+Mais après, il faudra les adhésions des rois de Hollande et de
+Belgique et les ratifications des grands cabinets de l'Europe....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 22 octobre 1831.
+
+»J'espère qu'enfin nous touchons au terme et que l'affaire si
+difficile de la Belgique va être terminée. Le jour où j'en aurai la
+certitude sera le plus beau jour de ma vie, car j'aurai servi à faire
+quelque chose qui, sous tous les rapports, doit convenir au roi et à
+Mademoiselle. Il me semble que tout va devenir plus facile en France;
+on ôte aux malveillants un grand moyen d'attaque, et le bienfait de la
+paix doit réunir tous les intérêts autour du trône. Je suis bien
+heureux, je vous vois grande et tranquille.
+
+»Il faut à présent jeter les esprits actifs vers les améliorations
+intérieures dont, par la paix, ils peuvent s'occuper sans crainte. La
+décentralisation de l'administration doit, à ce qu'il me semble, être
+la première occupation du roi. Il faut donner à tout le monde quelque
+chose à faire.
+
+»On est bien fort pour montrer, comme le roi d'Angleterre l'a fait
+dans son discours[308], à quel point la conférence a été utile et à
+quel point le travail de cette conférence est loin de tout ce qui est
+sorti de la Sainte-Alliance. J'écrirais des volumes sur tout cela et
+Mademoiselle le sait bien mieux que moi.
+
+ [308] Discours prononcé le 20 octobre pour proroger le parlement.
+
+»Je la prie....»
+
+Ainsi que cette lettre le dit, la conférence avait avancé dans l'oeuvre
+de médiation qu'elle poursuivait si péniblement depuis près d'un an,
+entre la Hollande et la Belgique. Elle avait dû nécessairement revenir
+sur quelques-unes de ses résolutions précédentes, dont les événements
+avaient modifié les bases. Elle en expliqua ses motifs dans ses
+protocoles du 15 octobre; je me bornerai à en citer ici quelques
+extraits:
+
+«Ne pouvant abandonner à de plus longues incertitudes des questions
+dont la solution immédiate est devenue un besoin pour l'Europe;
+forcés de les résoudre, sous peine d'en voir sortir l'incalculable
+malheur d'une guerre générale; éclairés, du reste, sur tous les points
+en discussion, par les informations que M. le plénipotentiaire belge,
+et MM. les plénipotentiaires des Pays-Bas leur ont données, les
+soussignés n'ont fait qu'obéir à un devoir dont leurs cours ont à
+s'acquitter envers elles-mêmes, comme envers les autres États, et que
+tous les essais de conciliation directe envers la Hollande et la
+Belgique ont encore laissé inaccompli; ils n'ont fait que respecter la
+loi suprême d'un intérêt européen du premier ordre; ils n'ont fait que
+céder à une nécessité de plus en plus impérieuse, en arrêtant les
+conditions d'un arrangement définitif que l'Europe, amie de la paix et
+en droit d'en exiger la prolongation, a cherché en vain, depuis un an,
+dans les propositions faites par les parties, ou agréées tour à tour
+par l'une d'elles et rejetées par l'autre....
+
+»... Les cinq cours se réservant la tâche et prenant l'engagement
+d'obtenir l'adhésion de la Hollande (et de la Belgique) aux articles
+dont il s'agit, quand même elle commencerait par les rejeter;
+garantissant de plus leur exécution et convaincues que ces articles
+fondés sur des principes d'équité incontestables offrent à la Belgique
+(et à la Hollande) tous les avantages qu'elle est en droit de
+réclamer, ne peuvent que déclarer ici leur ferme détermination de
+s'opposer, par tous les moyens en leur pouvoir, au renouvellement
+d'une lutte qui, devenue aujourd'hui sans objet, serait pour les deux
+pays la source de grands malheurs, et menacerait l'Europe d'une guerre
+générale que le premier devoir des cinq puissances est de prévenir.
+Mais, plus cette détermination est propre à rassurer la Belgique (et
+la Hollande) sur son avenir et sur les circonstances qui y causent
+maintenant de vives alarmes, plus elle autorisera les cinq cours à
+user également de tous les moyens en leur pouvoir, pour amener
+l'assentiment de la Belgique (de la Hollande) aux articles ci-dessus
+mentionnés, dans le cas où, contre toute attente, elle se
+refuserait....»
+
+A la suite des protocoles du 15 octobre, la conférence avait rédigé
+les bases de la séparation, entre la Hollande et la Belgique, en
+vingt-quatre articles qu'elle avait adressés à La Haye et à Bruxelles
+en réclamant l'adhésion des deux gouvernements à ces articles. Cette
+mesure de la conférence était irrévocable et mettait ainsi à l'abri
+d'un renouvellement des hostilités entre les deux parties, puisque
+c'était désormais l'Europe qui avait tranché leur différend. La
+correspondance qui suit fera voir que la question était jugée dans ce
+sens à Paris, ainsi qu'elle le fut partout.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Londres, le 19 octobre 1831.
+
+»C'est avec bien de l'empressement, et de bien bon coeur, mon cher
+prince, que je viens me féliciter avec vous de votre immense et beau
+succès en terminant d'une manière aussi heureuse, cette longue et si
+compliquée affaire de la Belgique. Notre cher roi me charge aussi de
+vous bien dire combien il en est heureux, et satisfait _de son
+ambassadeur_. Je suis sûre que c'est le meilleur remerciement que je
+puisse vous faire de sa part. Je regarde que cela nous assure la paix;
+et cela est tout, car, avec elle, la confiance renaîtra et avec cela
+la prospérité de notre chère et belle France. Cette bonne et grande
+nouvelle fait un effet prodigieux et cause une joie générale. J'espère
+que maintenant vous pourrez vous reposer et soigner votre santé, en
+jouissant de vos succès et des grands résultats qu'ils auront. Je ne
+doute pas un instant de l'acceptation du roi des Belges; certes, ils
+doivent être contents.
+
+»Quant au roi de Hollande, il faudra bien qu'il se contente de ce que
+la conférence a fait pour lui. Je vous avoue que ce côté ne me
+tourmente pas.
+
+»Ce qui est une bien bonne chose aussi, c'est que le ministère anglais
+reste, et que tout se calme et se tranquillise par la juste confiance
+qu'il inspire[309].
+
+ [309] On avait craint que le cabinet anglais ne se retirât devant
+ le vote de la Chambre des lords qui avait repoussé le bill de
+ réforme.
+
+»Dieu veuille que notre grande question de la pairie se termine bien!
+nous sommes dans la même incertitude à cet égard, que vous l'étiez en
+Angleterre sur le bill de réforme. Du reste, mon cher prince, je suis
+toujours remplie de confiance, et il me semble que nous marchons
+bien....»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 3 novembre 1831.
+
+»Je n'ai pas besoin de vous dire, mon prince, combien j'ai ressenti de
+satisfaction en recevant les dernières lettres que vous m'ayez fait
+l'honneur de m'écrire. Le retour de mon fils, porteur de la première
+de ces lettres, ne devait me rien laisser à désirer, puisque je
+recevais à la fois de vos nouvelles et la certitude que l'oeuvre si
+importante et si difficile confiée à votre haute sagesse était enfin
+accomplie.
+
+»Cette oeuvre, mon prince, vous l'avez menée à fin à notre plus grande
+satisfaction possible; elle est et demeurera, malgré les attaques des
+passions et des vils intérêts qu'elle déjoue, un nouvel et immense
+service rendu au pays. L'effet s'en est promptement fait sentir, bien
+que les partis aient cherché, comme ils cherchent encore, à inspirer
+des craintes sur l'accueil réservé à cette grande détermination par
+les parties qu'elle intéresse directement.
+
+»La paix maintenue, la paix reposant désormais sur de solides bases,
+est un événement qui ne peut avoir pour la France que des résultats
+favorables, sous le double rapport de sa politique au dehors et de son
+état intérieur; et cet événement, qui justifie si bien votre opinion
+sur l'utilité de la conférence, nous le devons, la France le doit, mon
+prince, à vos nobles efforts; et ce n'est pas ce qui me cause le moins
+de satisfaction. La postérité vous rendra cette justice entière que,
+dans les temps d'agitations sociales, les hommes chargés des intérêts
+publics ne doivent point attendre des contemporains.
+
+»Ainsi, mon prince, je vous le dis avec plaisir, notre situation est
+sans nul doute améliorée par le maintien de la paix en Europe; mais
+nous ne devons pas nous dissimuler qu'il nous reste beaucoup à faire
+encore; que le problème n'est pas encore résolu, et qu'il faut trouver
+le point d'appui.
+
+»Parmi les difficultés intérieures qui nous restent à surmonter, celle
+de la pairie n'est pas la moins ardue. Diverses considérations non
+sans gravité, et qui ne sauraient échapper à vos lumières, nous
+faisaient désirer de pouvoir éviter, jusqu'après l'adoption de la
+loi, de faire une adjonction à la Chambre des pairs, mais nous avons
+reconnu que cela n'était pas possible et qu'une promotion immédiate
+était indispensable....
+
+»Nous avons reçu hier la nouvelle de l'acceptation des vingt-quatre
+articles par la Chambre des représentants de la Belgique; tout annonce
+que le Sénat suivra immédiatement cet exemple[310]. La Hollande, nous
+devons le croire, acceptera. Ainsi vont se trouver aplanies les
+difficultés périlleuses du dehors; ainsi se trouvera accompli ce grand
+devoir qui, dans l'état actuel des peuples de l'Europe, était imposé
+aux hommes placés à leur tête: celui de prévenir entre eux toute
+collision. Heureux effet, mon prince, de cette confiance que vous avez
+su inspirer dans les vues franches et loyales du gouvernement du roi.
+
+ [310] Le traité des vingt-quatre articles fut adopté le 1er
+ novembre par la Chambre des députés à la majorité de 59 voix
+ contre 38, et le 3 novembre par le Sénat par 35 voix contre 8.
+
+»La fatigue que vous avez éprouvée, mon prince, pouvait me faire
+craindre pour votre santé. Vos dernières nouvelles, en se taisant à
+cet égard, me font espérer que vous ne vous en ressentez plus. Je ne
+puis, toutefois, me défendre de vous engager à ménager beaucoup une
+santé si précieuse à l'État et qui m'est particulièrement bien
+chère....»
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, 4 novembre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»... Le ministère continue à négocier avec la Chambre des pairs pour
+la faire consentir à se suicider. M. Périer est venu deux fois
+chez moi pour traiter cette question. Je n'ai pu admettre que le roi
+et le ministère n'aient, par leur faute, compromis cette question;
+mais j'ai pris l'engagement d'aider à écarter une trop grande
+dissidence entre les deux Chambres. Pour faire passer la loi, il
+faudra nommer trente ou quarante pairs, et, à ma connaissance, dix ou
+douze nominations ont été refusées. Cependant, je crois qu'on arrivera
+à une transaction.
+
+»M. Sébastiani nous a donné encore un nouvel échantillon de sa manière
+de diriger les affaires de son ministère. Personne ne conserve un
+doute que le _duplicata_ adressé au général Guilleminot n'ait point eu
+de _primata_[311]....»
+
+ [311] On se rappelle les motifs qui avaient provoqué le rappel du
+ général Guilleminot ambassadeur à Constantinople (voir page 153).
+ De retour à Paris le général prit la parole à la Chambre des
+ pairs (séance du 2 novembre) et pour se justifier, déclara que
+ n'ayant jamais reçu aucune instruction du gouvernement français,
+ il ne pouvait être accusé d'y avoir contrevenu; qu'à la vérité il
+ avait reçu avec son ordre de rappel le duplicata d'une dépêche
+ qui lui aurait été envoyée précédemment, mais que cette dépêche,
+ il ne l'avait jamais reçue. Le général Sébastiani protesta qu'il
+ avait envoyé cette dépêche, et la question ne fut pas élucidée.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 10 novembre 1831.
+
+»... Le roi de Hollande fera traîner son acceptation jusqu'au retour
+du courrier qu'il a envoyé à Pétersbourg, pour s'assurer de l'opinion
+du cabinet, qu'il croit différer de celle des plénipotentiaires russes
+à Londres. La réponse viendra dans les premiers jours de décembre, et
+celle qu'il fera faire à la conférence par ses plénipotentiaires
+suivra. Ainsi, nous avons naturellement vingt jours à attendre.
+Cela donne le temps aux journaux de dire et d'écrire toutes sortes de
+conjectures, toutes plus insensées les unes que les autres....»
+
+
+ «Londres, le 15 novembre 1831.
+
+»Nos articles sont signés. Les Belges vont crier, mais ils ont tort;
+tout est fait équitablement et, je crois, favorise les Belges, ce que
+je voulais, surtout du côté de la frontière qui touche la France. La
+Belgique paye beaucoup moins de la dette publique, qu'elle ne le
+faisait avant la séparation; ainsi, elle n'a rien à dire. Sa
+population est augmentée et le commerce intérieur, par les facilités
+qu'on lui donne, va beaucoup gagner; deux routes de commerce entre la
+Belgique et l'Allemagne, la jouissance de tous les canaux intérieurs,
+la jonction de l'Escaut au Rhin, et l'application de tout ce qui a été
+fait à Mayence pour la navigation des fleuves à la Belgique qui en
+jouira immédiatement.
+
+»Je suis horriblement fatigué; hier notre conférence jusqu'à cinq
+heures du matin, et avant-hier jusqu'à quatre. Je crois avoir obtenu
+tout ce qui était possible d'obtenir. Il faut que la France appuie par
+tous ses moyens à Bruxelles nos articles qui sont excellents....»
+
+
+Voici comment la conférence avait procédé pour arriver au résultat que
+j'indique dans ma lettre à madame de Vaudémont:
+
+Les Chambres belges après des débats très animés, avaient accepté les
+vingt-quatre articles que nous avions adressés le 15 octobre aux
+gouvernements hollandais et belge; mais le ministère belge avait
+pris l'engagement de ne donner son adhésion définitive:
+
+1º Qu'après avoir obtenu ou tenté d'obtenir quelques modifications aux
+articles;
+
+2º Qu'après avoir acquis la certitude que le roi, élu par les Belges,
+serait immédiatement reconnu.
+
+Le plénipotentiaire belge à Londres nous avait remis le 12 novembre
+une note pour faire valoir ces restrictions[312]. La conférence lui
+répondit le même jour que les vingt-quatre articles ne pouvaient subir
+de modification et qu'il n'était plus au pouvoir des cinq puissances
+d'en consentir une seule; par une seconde note du 14 novembre, la
+conférence prévint le plénipotentiaire belge que rien ne s'opposait à
+ce que les vingt-quatre articles reçussent la sanction d'un traité
+entre les cinq puissances et la Belgique, ce qui satisfaisait à la
+demande de reconnaître le roi élu par les Belges.
+
+ [312] Par sa note du 12 novembre, M. Van de Weyer demandait, sur
+ le premier chef:
+
+ 1º La revision des calculs qui avaient servi à la conférence de
+ base pour le partage de la dette entre la Hollande et la Belgique;
+
+ 2º Une rectification de frontières en faveur de la Belgique, sur
+ les points où la ligne frontière séparait des usines
+ métallurgiques du minerai nécessaire à leur exploitation;
+
+ 3º Le libre accès et la libre navigation de la Moselle pour les
+ habitants du Luxembourg.
+
+Cependant, la conférence informa le 13 novembre les plénipotentiaires
+hollandais de l'acceptation de la Belgique et leur offrit l'initiative
+de la signature du traité. Leur réponse ayant été négative, le 15
+novembre le traité fut signé entre les plénipotentiaires des cinq
+cours et celui de la Belgique[313].
+
+ [313] Voir ce traité dans l'Annuaire de Lesur ou le Recueil des
+ traités de Martens.
+
+Ce traité reproduisait d'abord les vingt-quatre articles auxquels on
+ajouta les trois suivants:
+
+ARTICLE XXV.--Les cours d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne,
+de Prusse et de Russie, garantissent à Sa Majesté le roi des Belges
+l'exécution de tous les articles qui précèdent.
+
+ARTICLE XXVI.--A la suite des stipulations du présent traité, il y
+aura paix et amitié entre Leurs Majestés l'empereur d'Autriche, le roi
+des Français, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et
+d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de Russie d'une part, et Sa
+Majesté le roi des Belges de l'autre part, leurs héritiers et
+successeurs, leurs États et sujets respectifs à perpétuité.
+
+ARTICLE XXVII.--Le présent traité sera ratifié et les ratifications en
+seront échangées à Londres dans le terme de deux mois, ou plus tôt, si
+faire se peut.
+
+Après la signature de ce traité, on aurait pu croire que la question
+du sort de la Belgique, qui depuis près d'un an tenait l'Europe en
+suspens, était définitivement réglée, sinon en ce qui concernait le
+Hollande, du moins en ce qui touchait la Belgique et les cinq
+puissances, mais on va voir que la chose n'était pas aussi simple, et
+que j'étais loin encore du terme de mes travaux. Comme précédemment,
+je laisserai parler la correspondance qui éclairera mieux que je ne
+pourrais le faire moi-même, sur les nouvelles difficultés qui
+survinrent.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 16 novembre 1831.
+
+»... Nous avons signé hier le traité avec la Belgique: voilà le prince
+Léopold reconnu ainsi que son pays. C'est une grande affaire de faite.
+La signature des cinq puissances à ce traité entraîne
+nécessairement l'adhésion du roi de Hollande. Il n'y a entêtement qui
+tienne, il faudra qu'il cède. Je crois qu'aux Tuileries on verra avec
+plaisir le courrier que j'envoie pour porter ce traité. C'est le
+premier que fait le roi, et il est utile à la France dont il couvre la
+frontière et à la Belgique qu'il rend indépendante.
+
+»Je suis loin de penser à retourner à Paris; je ne l'ai dit à
+personne; c'est un des contes que fait madame de Flahaut, qui pense
+toujours à venir en Angleterre où elle ne peut pas venir parce qu'elle
+y est détestée, et parce que son mari n'est pas un assez gros
+personnage pour l'ambassade de Londres; car, sous d'autres rapports,
+il conviendrait. Il est aimable, connaît assez de monde et parle bien
+anglais; mais ici ce n'est pas tout.
+
+»Je vais à Brighton respirer et faire ma cour au roi. Je viens de
+travailler outre mesure et j'ai besoin de repos. Dites-moi quel est le
+prétendu homme d'État qui a fait l'histoire de la Restauration? Cela
+n'est vrai que chronologiquement, c'est plein de faussetés et
+d'ignorance[314]....»
+
+ [314] Voir page 350.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 18 novembre 1831.
+
+»Le traité est arrivé hier soir, mon cher prince, je ne puis vous
+exprimer le plaisir que m'a fait la vue de la guirlande des cachets
+des représentants des cinq puissances, posés sur nos très chères
+couleurs. C'est une immense affaire que vous venez de terminer, j'ai
+besoin de m'en féliciter avec vous et de vous en faire mon compliment,
+du meilleur de mon coeur. Car, certes, il a fallu tout votre zèle,
+tout votre talent, votre habileté pour arriver à cet heureux résultat
+si important pour le bonheur de notre chère patrie et en vérité pour
+celui de toute l'Europe.
+
+»Ce qu'il faut maintenant, pour que cette grande affaire soit
+réellement terminée, c'est d'obliger le roi de Hollande à se prononcer
+et à exécuter le traité. Il est bien essentiel pour _tous_ que cela se
+fasse promptement, mais particulièrement pour le roi des Belges, car,
+si cette incertitude se prolongeait, elle le remettrait envers ses
+sujets, dans une position bien fâcheuse et qui serait tout à fait
+contraire à la dignité et aux engagements des cinq puissances qui
+viennent de signer ce traité. Je suis convaincue que vous voyez de
+même à cet égard et que tous vos efforts vont tendre à l'exécution
+prompte et parfaite du traité, ce qui est de la plus grande
+importance, du moins cela me paraît ainsi, comme de le faire signer au
+roi de Hollande.
+
+»Rien de nouveau encore sur notre loi de la pairie qui est aussi une
+bien grande affaire. Je suis dans la même ignorance et la même attente
+à cet égard que la dernière fois que je vous ai écrit. Madame de
+Vaudémont m'a fait part de votre dernière lettre et j'ai donné
+connaissance de ce que vous y mandiez, à qui de droit....»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce samedi 19 novembre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Le traité de Londres du 15 novembre 1831 sera une grande époque dans
+l'histoire. Plus ses conséquences se développeront, plus la
+France appréciera le grand service que vous venez de lui rendre, et je
+suis pressé de vous témoigner combien je m'associe à cette
+appréciation et à tous les sentiments que ce grand succès doit
+inspirer pour vous. C'est une belle réponse à toutes les attaques par
+lesquelles on a vainement essayé de fausser la marche de mon
+gouvernement et la vôtre pendant le cours de ces longues et
+laborieuses négociations. C'est pour moi la plus douce récompense de
+la constance et de la ténacité avec lesquelles je vous ai soutenu
+ainsi que le général Sébastiani dans toutes les phases de cette longue
+lutte. La voilà enfin terminée d'une manière aussi solide
+qu'honorable, car je regarde le traité que vous venez de signer comme
+la fin des coupables espérances de ceux qui se croyaient certains de
+tout bouleverser par la guerre et qui ne la proclamaient inévitable
+qu'afin de se donner plus de moyens de l'allumer. Il est remarquable
+que c'était à la fois le langage des absolutistes et celui des
+propagandistes dans tous les pays, et ne vous dissimulez pas que pour
+achever de paralyser leurs efforts, il faut encore obtenir que le roi
+de Hollande signe et exécute le traité dans le plus court délai.
+
+»Vous nous donnez l'assurance qu'il va s'y décider et j'en accepte
+l'augure avec d'autant plus de plaisir que je crois que ce n'est pas
+seulement notre intérêt particulier et même l'intérêt général de
+l'Europe qui doivent le faire désirer, mais que c'est éminemment le
+sien propre et celui de la Hollande qui lui prescrivent de renoncer au
+système de procrastination pour lequel il paraît pencher, et duquel je
+pense qu'on ne peut attendre que des malheurs pour lui-même et pour
+ses voisins. Il me semble que l'heureux accord qui s'est établi
+entre tous les plénipotentiaires de la conférence et que vous avez si
+efficacement contribué à maintenir, devrait suffire pour lui faire
+sentir que c'est le meilleur parti qu'il puisse prendre aujourd'hui.
+
+«Vous connaissez, mon cher prince, tous les sentiments....»
+
+
+LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 19 novembre 1831.
+
+«Vous voilà donc au but: ce n'est pas sans peine. Ce sera un bien
+grand résultat que d'être parvenu à maintenir la paix au milieu de
+toutes ces révolutions et ces déchirements. Qui aurait pu croire que
+le royaume des Pays-Bas, cette oeuvre de la Sainte-Alliance, hostile à
+la France, pût être anéantie sans une guerre générale? Il fallait
+toute votre habileté. Vous avez été bien servi par le ministère
+actuel; mais auparavant, vous n'avez pas été sans difficultés partant
+d'ici. Mais vous voilà au port; car je ne crois pas à une véritable
+opposition, ni de la Hollande, ni de la Belgique. On a envoyé hier le
+maréchal Gérard à Bruxelles, pour bien dire qu'il n'y avait aucun
+appui à attendre d'ici pour une résistance aux conditions stipulées.
+On avait songé à m'y envoyer; mais Gérard vaut infiniment mieux et
+aura une voix bien plus puissante.
+
+»La loi sur la pairie a été votée par les députés à une majorité de
+trois cent quarante-six voix; il n'y a guère moyen de résister à une
+manifestation aussi prononcée. Cependant, on ne sait pas encore ce que
+feront les pairs. Des folies, je présume....»
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 21 novembre 1831.
+
+»Votre petite lettre du 15 ne m'est parvenue qu'hier au soir. Je vous
+remercie du fond de mon coeur. Chaque fois que vous m'écrivez vous
+m'allumez un flambeau au milieu des ténèbres, et je vois que vous
+poursuivez avec vigueur la carrière que la conférence a entreprise. La
+séparation de la Belgique d'avec la Hollande brise une forte machine
+de guerre placée sur notre frontière et sur les points les plus
+vulnérables. _Cela vous est dû_: et il n'y a que la crasse ignorance
+de nos députés et de nos journalistes, leur mauvaise foi, leur
+inspiration passionnée qui empêchent qu'on le dise et qu'on le
+reconnaisse.
+
+»Le roi de Hollande a droit de ressentir vivement les façons peu
+courtoises de ses alliés. Comme la Prusse et la Russie consentent à
+sacrifier leurs relations de famille et que ces deux cabinets
+paraissent agir avec sincérité pour maintenir l'état de paix en
+Europe, je crois que le roi de Hollande accédera aux conventions déjà
+arrêtées; et si même, son consentement n'arrive pas dans les premiers
+jours de décembre, il ne peut tarder beaucoup au delà. Vous lui avez
+laissé, au reste, deux mois de temps, et je suppose que vous l'avez
+fait pour qu'il ait le temps de recevoir des réponses du nord. Il
+accédera donc, mais il restera, comme ses ancêtres Guillaume II et
+III, l'ennemi le plus irréconciliable de la France, et il formera
+autour de lui un foyer d'intrigues pour renverser ce qui existe ici.
+Il y a pour cela de puissants éléments, et l'alliance faite dans ce
+sens entre le carlisme et le bonapartisme, peut seconder et nourrir
+ses efforts.
+
+»Pour le moment, l'attitude des cabinets de l'Europe est calme.
+Ils réfléchissent sur leur position, et regardent autour d'eux. Mais
+le ressentiment et la défiance germent dans leurs entrailles, et
+comment pourrait-il en être autrement? Nos tribunes, les intrigues
+révolutionnaires qui partent d'ici sans que le gouvernement puisse ou
+veuille l'empêcher, le langage insensé et insultant de nos journaux,
+sont autant d'excitations pour eux, à resserrer fortement les traités
+de Chaumont, signés contre la _Révolution française_. Je crois être
+sûr que les trois grandes cours se sont entendues de nouveau à ce
+sujet. Le langage de leurs légations en Allemagne, et en Italie,
+mielleux avec nos agents, est très excitant avec les petits États. On
+représente la France comme exigeant la plus sévère surveillance et on
+cherche à assurer et à fortifier les liens d'une étroite alliance, en
+cas qu'ici le parti révolutionnaire et du mouvement reprendrait le
+dessus. Il est impossible qu'il en soit autrement. Jusqu'à ce que
+l'Europe ait la conviction que la révolution de Juillet se consolide,
+il n'y aura pour la France _accueil nulle part_.
+
+»Cependant, si dans deux ans ce qui a été établi est fortifié, croyez
+qu'à l'heure qu'il est, ici et à Pétersbourg, on pense déjà à un
+mariage, et que Pozzo, qui a vu manquer celui du duc de Berry,
+travaille celui qui peut être en projet. C'est même dans cet avenir
+que la demande du roi de Bavière pour son fils a été déclinée à
+Pétersbourg. Je ne doute pas que, si on pénètre ce projet à Londres et
+à Vienne, ces cours ne cherchent à le contrecarrer, comme cette
+dernière fait ce qu'elle peut à Naples pour en éloigner une princesse
+d'Orléans. Tout cela, mon cher prince, me prouve que la confiance a
+quelque peine à s'établir, et qu'il faut éviter tout ce qui peut
+l'altérer.
+
+»Vous me demandez, qui est _l'homme d'État_ qui publie la médiocre
+histoire de la Restauration? C'est un nommé Capefigue[315] journaliste
+et auteur de quelques autres ouvrages. Lié avec Mignet, il a eu, sous
+M. Molé, accès aux archives; il va chez Molé et Pasquier qui ont lu et
+corrigé sa publication. Il a cherché pendant plusieurs années à réunir
+un tas d'anecdotes en causant avec les uns et les autres; et il a
+conçu son plan pour se faire de l'argent. Après la publication des
+deux premiers volumes, j'ai fait sa connaissance, par M. Buchon[316];
+j'ai voulu lui faire corriger quelques faits avancés par lui, mais mes
+efforts ont été inutiles. Il écrit pour son libraire; il veut faire
+dix volumes; et, pour les remplir, il accapare tout ce qui lui vient
+sous la main. M. Decazes s'est maintenant emparé de lui, et il lui
+fournit des matériaux pour écrire ce qui regarde son ministère. M.
+Capefigue avait, il y a quelque temps, une note qu'il disait lui être
+venue de Londres et de gens qui vous sont attachés. Elle renfermait
+l'idée d'une alliance entre la France, l'Angleterre et l'Autriche, qui
+se négociait. Il en a fait des articles pour quelques journaux, on en
+a causé; mais les initiés ont tout de suite dit que c'était une
+mystification; que M. de Metternich, peut-être, en laissait percer la
+possibilité, mais que, dans le fond, il s'en tiendrait à
+l'alliance continentale avec les deux cours de Berlin et de
+Pétersbourg.
+
+ [315] Baptiste-Honoré-Raymond Capefigue, né à Marseille en 1801,
+ journaliste et publiciste. Il collabora sous la Restauration à un
+ grand nombre de journaux, principalement au _Messager des
+ Chambres_ qui défendait le ministère Martignac. Il se fit
+ également connaître par un grand nombre d'ouvrages historiques
+ que, dans les premiers temps, il signait habituellement du
+ pseudonyme: _un homme d'État_. Il mourut en 1872.
+
+ [316] Jean-Alexandre Buchon, journaliste et publiciste. Sous la
+ Restauration il écrivit dans le _Censeur européen_ et le
+ _Constitutionnel_. Il s'occupa également d'histoire et publia les
+ _Chroniques nationales françaises_, en 47 volumes.
+
+»A l'heure qu'il est, il ne faut pas vouloir jeter la division parmi
+les puissances. Le monde se fond, se dissout, sous les coups de
+l'anarchie mentale qui a envahi la société humaine. Il faut
+constamment parler de réformer les abus, y toucher un peu, mais
+recréer de l'autorité.
+
+»Les événements de Bristol[317] et ceux dont Londres peut être menacé,
+révèlent la plaie profonde qui ronge sourdement le sein de
+l'Angleterre. Lord Grey et son compère M. Brougham ont saisi la
+réforme sur une trop vaste échelle. C'est M. Necker avec son
+_doublement du tiers_. Quand les masses sont soulevées, sont poussées
+par des brouillons, par des La Fayette, qui peut les arrêter? C'est
+sous ce point de vue que le succès de la révolution belge produit un
+mauvais effet et il s'agit de le neutraliser. L'empereur Nicolas, en
+attendant, s'en est chargé en Pologne. Il faut ramener du repos dans
+les esprits, ou tout ira au diable.
+
+ [317] Une émeute sanglante avait éclaté le 29 octobre à Bristol,
+ à l'occasion de l'arrivée dans cette ville de sir Ch. Wetherell,
+ député aux Communes, qui s'était montré particulièrement ardent
+ contre le bill de réforme. Pendant deux jours, la ville avait été
+ dominée par les émeutiers qui incendièrent la plupart des
+ monuments publics.
+
+»En Allemagne, on commence à être fou. Les tribunes de Munich et de
+Carlsruhe sont en délire. On se demande, à Berlin et à Vienne, comment
+y parer? Je conseille d'établir, par la diète de Francfort, que les
+débats ne seront pas publics et que les droits de la _confédération
+générale_ ne sont pas sujets à être discutés. Cela servira d'arrêt.
+
+»Notre Chambre des pairs a enfin reçu aujourd'hui son coup de
+grâce[318]. M. Casimir Périer et le roi en font un cadavre. Le premier
+médite de dissoudre la Chambre des députés après que le budget de 1832
+sera voté. Je ne le conseille pas. On en aurait probablement une plus
+mauvaise. Il faut laisser celle-ci épuiser ses sottises.
+
+»Le prince Paul de Wurtemberg me prie de vous rappeler ses voeux et son
+ambition de courir les chances de ce malheureux Capo d'Istria. Je
+crois que le choix de sa personne comme roi de Grèce ne serait pas
+mauvais....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 2 décembre 1831.
+
+»... Je ne sais rien de cette affaire de Lyon que par les
+journaux[319]; elle inquiète ici. Le souvenir de Bristol et la crainte
+de Manchester[320] ne laissent pas le pays sans quelque souci. On
+désire ardemment que cela finisse et que l'on trouve quelque
+arrangement qui, sans être trop une concession, satisfasse les gens
+qui n'ont pas de quoi vivre avec la journée qui leur est payée dans
+les grandes fabriques. C'est un problème qui est difficile à
+résoudre. Mon opinion n'est pas que la population soit trop nombreuse
+pour la totalité du territoire, mais elle n'est pas bien distribuée et
+c'est de cette distribution dont le gouvernement devrait s'occuper.
+Et, pour le faire, au lieu de donner des secours en masse dans tel
+endroit, dans une grande ville, il faut ordonner un travail dans un
+département où il y a beaucoup de défrichements à faire, beaucoup de
+marais à dessécher. Ce travail-là, on le payerait à des hommes d'un
+autre département qui y viendraient, car on vient toujours où il y a
+un travail et un salaire. Ainsi en Auvergne, en Limousin, en
+Nivernais, en Berry, on n'a pas les bras suffisants; il faut faire des
+efforts là pour y appeler du monde. Cela soulagerait des provinces où
+il y a trop, et cela enrichirait les provinces qui manquent. En Berry,
+par exemple, nous avons besoin de trois cent mille âmes; en Nivernais,
+on manque aussi. Des avantages accordés à ceux qui iraient en
+appelleraient beaucoup: c'est là de la bonne administration....»
+
+ [318] Allusion à l'ordonnance du 20 novembre qui créait
+ trente-six nouveaux pairs. Cette ordonnance avait pour but de
+ modifier la majorité de la Chambre haute et la rendre favorable
+ au projet de loi voté par la Chambre des députés qui décidait
+ l'abolition de l'hérédité de la pairie.--Le 27 décembre suivant,
+ en effet, la Chambre des pairs se prononçait contre l'hérédité à
+ la majorité de trente-trois voix.
+
+ [319] Une insurrection avait éclaté à Lyon le 21 novembre,
+ provoquée par une baisse de prix sur les soies. Le mouvement
+ n'avait rien de politique. Après deux jours de combat les troupes
+ durent évacuer la ville. Il fallut attendre une armée de
+ trente-deux mille hommes commandée par le maréchal Soult et le
+ duc d'Orléans pour y rentrer.
+
+ [320] On craignait à Manchester une répétition des scènes de
+ Bristol.
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 4 décembre 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Il y a longtemps que j'éprouve le besoin de vous adresser de nouveau
+l'expression de la gratitude que nous devons à vos soins dans le cours
+difficile des négociations au milieu desquelles vous avez assuré au
+représentant de la France le rang et l'influence qui lui
+appartiennent.
+
+»Le gouvernement n'attendait pas moins de cette haute expérience dont
+les inspirations ont si heureusement préparé le traité qui vient
+de fonder les relations des grandes puissances sur le pied d'une
+égalité politique et d'une communauté d'intérêts désormais
+incontestable pour tout le monde.
+
+»Je me félicite, mon prince, d'avoir à vous remercier à la fois comme
+président du conseil du roi, comme député, comme Français, de la part
+notable que vous avez prise à cette importante transaction qui
+commence, en quelque sorte, l'ère nouvelle d'un autre droit public
+dont l'unique objet sera d'assurer le repos des peuples et le
+développement paisible des bienfaits de la civilisation.
+
+»Mais l'Europe, mon prince, entrée ainsi dans cette voie, ne peut plus
+permettre à personne, vous le sentez comme moi, d'y semer des
+obstacles. Je ne doute donc pas que vous n'ayez insisté, et que vous
+n'insistiez encore avec persévérance, pour écarter les vaines
+difficultés que le roi de Hollande semble essayer d'opposer encore aux
+déterminations des puissances. Il est temps d'en finir. Le roi le veut
+aussi sincèrement que ses alliés qui se sont engagés, comme lui, à
+assurer l'exécution des vingt-quatre articles, et j'ose réclamer de
+votre part les soins les plus actifs pour ajouter cette dernière
+garantie à l'oeuvre de pacification dont l'affermissement doit d'autant
+plus vous tenir à coeur que vous y avez eu le plus de part. C'est
+l'accompagnement indispensable du désarmement général qui est dans la
+volonté et dans l'intérêt de tous et dont un incident isolé ne doit
+pas contrarier plus longtemps l'exécution.
+
+»Je ne puis, mon prince, vous parler des intérêts de l'État sans y
+trouver, avec empressement, l'occasion de m'applaudir des relations
+plus étroites qu'ils ont établies entre nous deux et que la
+présence de mon fils près de vous me rend si précieuse. Je suis
+heureux de penser qu'il contribue, par son assiduité et son zèle, à
+vous rappeler sans cesse les sentiments de son père, et je fais des
+voeux ardents pour que son avenir témoigne à tous, un jour, sous quels
+auspices il est entré au service du roi et du pays....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 10 décembre 1831.
+
+ »Monsieur,
+
+»Dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 4 de ce
+mois, votre amitié vous fait dire des choses dont je sens tout le
+prix. Vous oubliez que ce que j'ai eu à faire a été bien moins
+difficile, du moment où l'administration de notre pays a été dirigée
+par une volonté forte et avec cet esprit de franchise auquel j'entends
+chaque jour donner les plus grands éloges et qui est devenu un gage de
+sécurité pour l'Europe.
+
+»L'obstination du roi de Hollande nous empêche de dire aujourd'hui que
+les affaires de Belgique sont terminées, mais le fait est que plus tôt
+ou plus tard, c'est-à-dire dans plus ou moins de semaines, il faudra
+qu'il cède. La marche méthodique que nous suivons nous a réussi avec
+la Belgique; en ne précipitant rien, nous réussirons de même avec la
+Hollande. L'accord qui existe et qu'il faut soigneusement entretenir
+entre les grandes puissances finira par écarter les difficultés qui
+existent encore. Les réponses de Pétersbourg doivent, à ce que dit le
+prince de Lieven, arriver sous peu de jours et dissiperont les
+illusions que le roi Guillaume se fait encore. Attendons, s'il
+est nécessaire. Ne pas se presser dans les démarches que l'on a à
+faire a un grand avantage: c'est que, quand on ne se presse pas, cela
+prouve qu'on est bien.
+
+»Permettez-moi de vous engager à laisser l'assemblée faire des
+économies tant que cela lui plaît; cela ne vaut pas la peine de rompre
+des lances tous les matins; le bon sens fera changer bientôt tout ce
+que l'amour de la popularité aura fait faire cette année. Comme la
+liste civile est fixée pour tout le règne, c'est elle seule qui mérite
+vos efforts.
+
+»Je suis fort aise que vous me laissiez encore quelque temps M. votre
+fils. Dans le courant de sa carrière, il trouvera bien peu de
+circonstances où il y ait tant à apprendre. Non seulement les affaires
+politiques qu'il suit avec moi, mais les discussions parlementaires de
+cette année, lui serviront toute sa vie. Je ne saurais donner trop
+d'éloges à son caractère, à son assiduité, au désir qu'il a d'être
+utile et aux développements que fait son esprit chaque jour.
+
+»Je vous renouvelle, monsieur....
+
+»_P.-S._--Ne vous découragez pas! C'est là tout ce que l'Europe vous
+demande.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 15 décembre 1831.
+
+Une réponse de Hollande est arrivée; elle a quarante pages in-folio
+et je suis obligé de la lire. Je vous assure que j'aimerais mieux lire
+quarante pages de votre mauvaise écriture.--En résultat, le roi de
+Hollande accepte les limites, se soumet à la répartition de la dette
+et demande qu'il soit fait, entre lui et la Belgique, un traité qu'il
+veut négocier, pour établir la navigation sur les rivières et les
+droits sur les canaux[321].... Cela veut dire qu'il adopte ce qui est
+bon pour lui, c'est-à-dire les limites, et qu'il se refuse à ce qui
+convient à la Belgique, c'est-à-dire à la libre navigation des fleuves
+et des canaux.
+
+ [321] Ce mémoire daté du 14 décembre, proteste contre la
+ communauté de la surveillance du pilotage, du balisage et de la
+ police de l'Escaut; il revendique le cours de ce fleuve sur le
+ territoire hollandais comme une propriété hollandaise; il s'élève
+ également contre la participation des Belges à la navigation des
+ eaux intermédiaires entre l'Escaut et le Rhin.
+
+Tout cela s'arrangera, mais avec peine. Le roi Léopold nous embarrasse
+un peu en déclinant son engagement sur les forteresses, engagement
+qu'il a pris avec M. de Latour-Maubourg et dans une lettre qu'il a
+écrite au roi Louis-Philippe[322]. Il faudra bien aussi que cela
+s'arrange sans trop se fâcher. Le principe de la démolition est établi
+et reconnu, l'injure faite à la France est réparée et
+quarante-cinq millions que coûtent aux alliés les forteresses sont
+perdus. Voilà le vrai résultat de ce traité qui serait meilleur sans
+la _négociation à part_ que l'on a voulu faire à Bruxelles et qui a
+mis ici tout le monde en méfiance....»
+
+ [322] Le gouvernement belge avait signé le 8 septembre
+ l'engagement suivant: «Sa Majesté le roi des Belges a autorisé le
+ soussigné, ministre des affaires étrangères à communiquer au
+ gouvernement français, par la voie de M. le marquis de
+ Latour-Maubourg, qu'elle consent et s'occupe, conformément au
+ principe posé dans le protocole du 17 avril 1831, à prendre de
+ concert avec les quatre puissances aux frais desquelles les
+ forteresses ont été en partie construites, des mesures pour la
+ prompte démolition des forteresses de Charleroi, Mons, Tournai,
+ Ath et Menin, érigées depuis 1815 dans le royaume des Pays-Bas.»
+
+ Or, au cours de la négociation engagée à Londres sur cette
+ question des forteresses, le général Goblet, plénipotentiaire
+ belge, voyant la répugnance de la conférence à admettre le
+ démantèlement de Tournai et de Charleroi, laissa substituer à ces
+ places celles infiniment moins importantes de Philippeville et de
+ Marienbourg. Le cabinet français protesta vivement, se fondant sur
+ l'engagement formel pris le 8 septembre par le gouvernement belge.
+ A quoi le roi Léopold répliqua que cette convention n'était pas un
+ engagement ferme, mais de simples préliminaires qui n'engageaient
+ à rien. La France dut accepter le fait accompli. La convention du
+ 14 décembre entre la Belgique d'une part et les quatre cours de
+ l'autre consacra cette substitution.--Les pages qui vont suivre
+ développeront la suite de ces négociations. Voir également sur
+ cette grave question des forteresses: _Une Mission à Londres en
+ 1831_ par le général Goblet.
+
+
+ «Londres, le 17 décembre 1831.
+
+»... Je vais aller entendre la lecture de la note de quarante pages,
+envoyée au Foreign Office avant-hier. Quand on a raison, on n'écrit
+pas quarante pages.--A Paris, on sera mécontent du traité sur les
+forteresses; mais cette affaire se traite sans moi dans des
+conférences des quatre puissances et du plénipotentiaire belge. La
+France recommande, mais ne répond pas et n'entraîne pas. C'est, du
+reste, lord Grey qui est effrayé de la motion de lord Aberdeen[323],
+soutenue par le duc de Wellington, ce qui rend plus difficile à
+défendre la question des forteresses. Depuis que l'on a transporté à
+Bruxelles la négociation des forteresses, on a ici de la méfiance.
+Cette affaire, _traitée à part_, a déplu depuis qu'elle est devenue
+publique. J'avais recommandé le secret, on ne l'a pas gardé....»
+
+ [323] Lord Aberdeen avait eu dès ce moment la pensée de proposer
+ à la Chambre des pairs une motion contre le traité des 24
+ articles et la convention du 14 décembre; mais une indisposition
+ du duc de Wellington qui lui avait promis son appui le détermina
+ à renvoyer sa motion après les vacances de Noël (séance du 16
+ décembre); elle eut lieu le 26 janvier. Lord Grey défendit
+ victorieusement la politique du cabinet, et la Chambre lui donna
+ raison par 132 voix contre 95.
+
+Pour l'intelligence de cette lettre et de celles qui vont suivre, il
+est indispensable de revenir encore une fois sur cette affaire de la
+démolition des forteresses belges. C'est à l'époque où je suis
+parvenu qu'elle me causa les plus graves difficultés, puisqu'elle
+retarda quelque temps l'envoi des ratifications françaises au traité
+du 15 novembre. Dussé-je répéter des explications déjà données, je
+reprendrai la question à son origine; elle était assez importante pour
+me valoir l'indulgence de ceux qui seront condamnés à lire ceci.
+
+J'ai déjà dit qu'à mon instigation et par un protocole que je n'avais
+point signé, les plénipotentiaires des quatre cours d'Autriche, de la
+Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie avaient admis le principe de
+la démolition d'un certain nombre de places fortes belges. Je crois
+devoir donner ici ce protocole même qui porte la date du 17 avril
+1831:
+
+«Les plénipotentiaires d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et
+de Russie s'étant réunis, ont porté leur attention sur les forteresses
+construites aux frais des quatre cours, depuis l'année 1815, dans le
+royaume des Pays-Bas, et sur les déterminations qu'il conviendrait de
+prendre à l'égard de ces forteresses, lorsque la séparation de la
+Belgique d'avec la Hollande serait définitivement effectuée.
+
+»Après avoir mûrement examiné cette question, les plénipotentiaires de
+quatre cours ont été unanimement d'opinion que la situation nouvelle
+où la Belgique serait placée et sa neutralité reconnue et garantie par
+la France devraient changer le système de défense militaire adopté
+pour le royaume des Pays-Bas; que les forteresses dont il s'agit
+seraient trop nombreuses pour qu'il ne fût pas difficile aux Belges de
+fournir à leur entretien et à leur défense; que d'ailleurs
+l'inviolabilité, unanimement admise, du territoire belge offrait une
+sûreté qui n'existait pas auparavant; qu'enfin une partie des
+forteresses construites dans des circonstances différentes
+pourrait désormais être rasée.
+
+»Les plénipotentiaires ont éventuellement arrêté, en conséquence, qu'à
+l'époque où il existerait en Belgique un gouvernement reconnu par les
+puissances qui prennent part aux conférences de Londres, il serait
+entamé entre les quatre cours et ce gouvernement une négociation à
+l'effet de déterminer celles desdites forteresses qui devraient être
+démolies.»
+
+
+Ce protocole est aussi net et catégorique que possible; j'en avais eu
+connaissance au moment de sa signature. Il existait donc un engagement
+décisif sur ce point de la part des quatre puissances. A l'époque du
+départ du prince Léopold pour Bruxelles, on se souviendra que j'avais
+cherché à obtenir de lui une déclaration écrite qui confirmât de sa
+part la résolution adoptée par les quatre puissances. Le prince ne me
+fit, j'en conviens, qu'une réponse assez vague, mais des termes de
+laquelle, cependant, il était possible de faire découler un
+engagement. Le gouvernement français ne s'était contenté ni de cette
+lettre, ni du protocole du 17 avril, qui, à la vérité, n'avait point
+été publié. Il voulait, à l'ouverture des Chambres françaises, pouvoir
+proclamer un fait qui était de nature à produire un certain effet sur
+la nouvelle Chambre qu'on réunissait et, en général, sur les esprits
+en France. Les plénipotentiaires des quatre cours consentirent encore,
+sur ma demande, à ce qu'on donnât la publicité au protocole du 17
+avril, qui me fut, en conséquence, notifié officiellement par eux le
+14 juillet. Ils en adressèrent également une notification au
+gouvernement belge, le 29 du même mois; mais avant cette dernière
+notification, le roi Louis-Philippe, en ouvrant les Chambres le
+23 juillet, avait annoncé la démolition des forteresses. De là, grande
+rumeur à Bruxelles et embarras du roi Léopold qui, en présence du
+récri des Belges, témoigna d'abord quelque hésitation à remplir la
+condition qui lui avait été imposée par les quatre cours. On s'alarma,
+à mon sens, inutilement à Paris, et on envoya sur-le-champ M. de
+Latour-Maubourg à Bruxelles pour arracher un consentement du
+gouvernement belge, qui se trouvait en même temps fort compromis par
+la malencontreuse expédition des Hollandais contre lui. Le roi des
+Belges, pressé par les circonstances, finit par donner, le 8
+septembre, une déclaration qui énonçait que, _conformément au principe
+posé dans le protocole du 17 avril_, il s'occupait à prendre, de
+concert avec les quatre puissances, des mesures pour la démolition
+d'un certain nombre de forteresses désignées. M. de Latour-Maubourg
+emporta cette déclaration à Paris, et le général Goblet arriva à
+Londres muni des pouvoirs du gouvernement belge, pour y suivre, avec
+les plénipotentiaires des quatre cours, la négociation indiquée dans
+le protocole du 17 avril.
+
+La publicité donnée à ce protocole par le discours du roi
+Louis-Philippe avait provoqué aussi des débats dans le parlement
+anglais sur cette question. Lord Grey, à la Chambre des pairs, et lord
+Palmerston, à la Chambre des communes, avaient dû déposer le protocole
+du 17 avril, en faisant bien remarquer qu'il ne s'agissait que d'une
+négociation entre les quatre cours et la Belgique, dont la France
+était exclue. Ils imposèrent ainsi le silence aux clameurs de
+l'opposition. Mais leurs inquiétudes s'éveillèrent lorsqu'ils
+apprirent qu'une négociation à part se suivait à Bruxelles entre M. de
+Latour-Maubourg et le gouvernement belge, pendant que les troupes
+françaises occupaient encore la Belgique; c'était un démenti donné à
+leurs assertions devant le Parlement. Lord Granville exprima ces
+inquiétudes à M. Sébastiani, qui, pour les apaiser, demanda que les
+quatre puissances fissent un nouveau protocole, confirmatif de celui
+du 17 avril, par lequel on lierait plus explicitement le gouvernement
+belge à l'obligation de démolir un certain nombre de forteresses et
+qui remplacerait la convention faite à Bruxelles. On y consentit, mais
+on oublia seulement, dans le protocole dressé à cette occasion, le 29
+août 1831, de faire mentionner les forteresses à démolir, comme on
+l'avait fait dans la convention de Bruxelles entre M. de
+Latour-Maubourg et le gouvernement belge.
+
+Non seulement, on me tint en dehors de toutes ces transactions, mais
+le gouvernement français lui-même en garda le secret envers moi. Je
+n'en ressentis pas moins les effets de la méfiance que ces manières de
+procéder ne pouvaient manquer d'inspirer aux plénipotentiaires des
+quatre cours; j'eus beaucoup de peine à la détruire pour ce qui me
+concernait personnellement.
+
+Cette méfiance exploitée par le général Goblet, plénipotentiaire belge
+à Londres, fit apporter des modifications dans la désignation des
+forteresses à démolir. Ainsi, dans la déclaration donnée par le roi
+des Belges à M. de Latour-Maubourg, c'étaient les forteresses de
+Charleroy, Mons, Tournai, Ath et Menin, qui devaient être démolies;
+tandis que, dans une convention signée le 14 décembre entre les
+plénipotentiaires des quatre cours et le général Goblet, c'étaient les
+forteresses de Menin, Ath, Mons, Philippeville et Marienbourg qui
+étaient désignées comme devant être démolies. C'est cette dernière
+convention qui donna lieu à la correspondance qui va suivre, et
+que nous croyons maintenant avoir élucidée[324].
+
+ [324] Il ne sera peut-être pas inutile de compléter cet exposé en
+ résumant les diverses phases de la négociation des forteresses
+ depuis la convention du 14 décembre jusqu'au règlement définitif
+ de la question. C'est qu'en effet cette convention, loin de clore
+ la discussion, la ranima. Les lettres qui vont suivre nous
+ mettent au fait des péripéties du débat, mais on en suivrait
+ difficilement le fil si l'on n'en connaissait par avance les
+ lignes principales.
+
+ Le cabinet français fut mécontent de la convention du 14 décembre,
+ et cela pour deux raisons: la première est qu'il eût voulu voir
+ substituer Charleroi et Tournai à Philippeville et à Marienbourg;
+ la deuxième et la plus importante c'est que, d'après le texte de
+ l'article 1er, les puissances semblaient s'adjuger «une sorte de
+ patronage présent et à venir sur les forteresses à démolir»,
+ d'autant plus que la France avait été exclue de cette convention.
+ On a vu, en effet, qu'elle avait été signée uniquement entre les
+ quatre puissances d'une part et la Belgique de l'autre.
+
+ M. de Talleyrand reçut l'ordre d'obtenir des puissances qu'elles
+ modifiassent la convention sur ces deux points et le cabinet des
+ Tuileries ajouta qu'il ferait attendre la ratification du traité
+ du 15 novembre jusqu'à ce que satisfaction ait été donnée à la
+ France. M. de Talleyrand différait sur cette question d'opinion
+ avec le ministère. Il craignait de voir pour un détail qu'il
+ assurait être secondaire compromettre toute son oeuvre. Aussi
+ voulut-il user d'un moyen dilatoire en proposant d'ajourner la
+ discussion sur Philippeville et Marienbourg (voir p. 388), mais ce
+ biais fut peu goûté à Paris où l'on réclamait une solution prompte
+ et franche. Ce n'est que le 23 janvier, et après bien des
+ atermoiements, que M. de Talleyrand obtint des puissances la
+ déclaration reproduite page 407 qui mit fin à la discussion.
+ Toutefois le cabinet français n'obtint pas gain de cause sur la
+ question de Philippeville et Marienbourg.
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 16 décembre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Les dépêches que le général Sébastiani vient de me communiquer, me
+font voir que la négociation relative à la démolition des forteresses
+prend une tournure qui me cause beaucoup d'inquiétude, et qui m'est
+personnellement doublement pénible, par suite de l'engagement
+solennel que j'ai pris à cet égard envers les Chambres et la nation
+sur la foi qui m'était donnée. C'est ce qui me détermine à vous en
+écrire moi-même, outre tout ce que le général Sébastiani vous mande
+officiellement, pour que vous soyez dépositaire de mes sentiments
+personnels et que vous puissiez même, au besoin, les faire connaître à
+ceux auprès desquels j'aime à croire qu'ils auraient quelque poids.
+
+»Je dois donc commencer par vous dire, mon cher prince, que je
+n'aurais pas signé les arrangements relatifs à la Belgique; que
+surtout je n'aurais pas accepté sa neutralité perpétuelle, si je ne
+m'étais pas fié à l'engagement de la démolition des places érigées
+pour nous menacer, et si j'avais pu croire qu'on voulût laisser
+subsister, sur un territoire neutre, des arsenaux d'hostilités. Et
+qu'on y pense bien, mon cher prince, en point de droit, cette
+conservation des places nous donne celui de ne pas les respecter, et
+après les promesses qui nous avaient été données, elle serait à mes
+yeux un objet de guerre légitime. Je n'ai pas besoin de vous dire que
+par là je prétende m'engager à la faire dans ce cas, mais seulement
+que le droit en serait incontestable, et que la question de la faire
+ou de ne pas la faire deviendrait optionnelle. Je ne crois pas qu'il
+convienne à l'Angleterre, ni à aucune des puissances de la conférence,
+de placer la France dans une position où elle croie avoir ce droit,
+surtout après la bonne foi et la loyauté que nous avons mises l'été
+dernier à évacuer ces places après les avoir occupées.
+
+»Actuellement on me demandera pourquoi je ne désire pas que
+Philippeville et Marienbourg soient rasées comme les autres places, et
+je répondrai à cette question, avec la même sincérité, que ces
+deux places n'ont pas été construites comme les autres avec les
+deniers des puissances, mais que la France les a cédées, et que c'est
+précisément parce qu'elles ont été françaises, que l'orgueil national
+considérera leur démolition comme une insulte[325]. Il ne faut pas se
+dissimuler, mon cher prince, que la cession de ces deux places est une
+plaie toujours saignante pour nos vanités nationales, que la voix du
+pays serait disposée à me reprocher ainsi qu'à mon gouvernement de
+n'en avoir pas exigé la restitution péremptoirement et à tous risques,
+et je crois pouvoir avancer qu'il n'y a de moyens de la calmer que de
+conserver Philippeville et Marienbourg et de détruire les autres
+places.
+
+ [325] Les deux places fortes de Philippeville et Marienbourg
+ avaient été réunies à la France par le traité des Pyrénées
+ (1659). Le traité de 1815 les lui avait enlevées.
+
+»Mais, si au lieu de cet arrangement sur lequel je croyais pouvoir
+compter, la France voit détruire Philippeville et Marienbourg, tandis
+qu'on conserve Ypres, Tournai et Charleroy, je crois qu'il en
+résultera une sensation dont les conséquences sont effrayantes; et, en
+fait, il est certain qu'Ypres d'une part, et de l'autre Charleroy et
+Namur, liées par le point central de Tournai, présentent à la France
+une ligne d'opérations qui réduit la neutralité belge à une illusion.
+La conservation de ces places est, d'ailleurs, un mauvais calcul tant
+pour la France que pour les puissances, dans l'état actuel des choses;
+car, il faut bien le dire, sans vouloir, à Dieu ne plaise! élever des
+soupçons contre personne, une perfidie ou une surprise peuvent
+toujours, tant que ces places subsistent, les faire tomber au pouvoir
+de l'une ou de l'autre partie, et, par conséquent, leur existence
+est tout à la fois une cause d'inquiétude et d'attraction dont il est
+désirable, de part et d'autre, de se débarrasser.
+
+»Il est d'ailleurs fort désirable, dans l'intérêt de la Belgique, et
+même dans celui de l'Europe, qu'elle ne soit pas écrasée de dépenses,
+qu'elle aurait de la peine et que même elle ne pourrait probablement
+pas supporter. Tel serait, cependant, l'entretien des places qu'on
+voudrait conserver, et surtout celui des garnisons, sans lesquelles il
+m'est, plus qu'à un autre, permis de dire qu'elles seraient à notre
+merci, ce dont je ne me soucie nullement. La France ne pourrait jamais
+consentir à ce que ces places fussent considérées comme un dépôt des
+puissances entre les mains du roi des Belges, et qu'à défaut de
+troupes belges, on s'avisât de vouloir en confier la garde à des
+étrangers, car ce serait non seulement créer une cause légitime de
+guerre, mais placer la France dans la nécessité de la faire pour s'y
+opposer. Mais l'exclusion du roi des Belges de la Confédération
+germanique est suffisante pour écarter toute crainte à cet égard, et
+seulement on doit dire que, plus il est évident que la Belgique est,
+par elle-même, hors d'état d'entretenir ces places à ses frais et d'y
+mettre des garnisons suffisantes, plus il est nécessaire, dans tous
+les intérêts, qu'elles soient démolies.
+
+»Je sais, mon cher prince, que votre opinion et celle de mes ministres
+sont d'accord avec celle que je viens de vous manifester, mais j'étais
+bien aise que vous connussiez mes sentiments personnels, car j'aime
+toujours à vous les confier et à saisir toutes les occasions de vous
+témoigner combien j'apprécie tout ce que vous avez fait dans la
+mission épineuse où vous venez d'obtenir un succès aussi brillant pour
+vous qu'important pour la France et pour moi. J'espère que vous allez
+achever de le consolider, en faisant prendre à la négociation sur les
+forteresses une meilleure direction que celle qu'on paraît disposé à
+lui donner. MM. Périer et Sébastiani vous seconderont de leur mieux,
+comme ils l'ont fait constamment; et vos efforts réunis préserveront
+la France et l'Europe des dangers que cette fausse direction pourrait
+faire naître; car, ne vous y trompez pas, ceci est grave; et nous
+avons affaire à des opinions très irritables.
+
+»Recevez, mon cher prince, l'assurance de tous les sentiments que vous
+me connaissez depuis longtemps pour vous, et qui sont bien
+sincères....»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 19 décembre 1831
+
+»Je vous remercie beaucoup, mon cher prince, de votre lettre du 15
+décembre, et je suis charmée que vous ayez été content de la mienne;
+mais je ne puis vous dire combien j'ai été surprise et affligée de la
+manière dont la conférence essaie de finir l'affaire des forteresses
+et de la conduite du roi Léopold, dans cette circonstance, qui est en
+opposition avec les engagements qu'il a pris. Tout cela est mal et
+vilain, surtout quand du côté de notre cher roi et de son
+gouvernement, il n'y a que loyauté et franchise. Il est _impossible_
+de se laisser jouer ainsi. Je suis bien fâchée que vous n'ayez pas
+assisté aux conférences où cette détestable décision a été prise, car
+je suis bien sûre que vous l'auriez empêchée. Maintenant c'est à
+vous d'en faire revenir. Je sens que c'est une tâche difficile, mais
+ce sont celles-là qui vous conviennent, et il me semble que vous avez
+de bonnes et belles armes à employer pour cela, en faisant valoir
+toute la franchise, la loyauté de notre cher roi dans toute cette
+affaire; et encore, au mois d'août, en retirant nos troupes de ces
+forteresses de la Belgique, se confiant en l'honneur de ceux qui
+faisaient alors de belles promesses, qu'il faut, mon cher prince, que
+vous fassiez exécuter. Cela est bien grave et de la plus grande
+importance pour notre bien-aimé roi et la France, et c'est une grande
+et belle tâche que vous avez à remplir; et je vous avoue que je crois
+que quand la conférence sera bien convaincue que le roi _ne veut pas_
+accéder à cet arrangement, elle fera celui qui peut convenir à la
+dignité de la France.
+
+»C'est parce que le roi voyait cette tendance, qu'il se décida à
+envoyer M. de Maubourg à Bruxelles, traiter directement cette affaire
+avec le roi Léopold, et obtenir de lui un _engagement_, ce que vous ne
+pouviez faire de Londres et que, vous conviendrez, il est bien bon
+d'avoir maintenant.
+
+»Je suis indignée de toute cette affaire, mais cependant, mon cher
+prince, j'ai toute confiance en notre bon droit, en votre zèle et en
+votre talent, pour seconder les efforts de notre cher roi, ce qui me
+donne la conviction intime qu'il sortira de cette vilaine affaire avec
+avantage. Il me tarde d'avoir de vos nouvelles et que vous me disiez
+ce que vous en pensez; mais, pour cette fois, il faut tout finir et
+faire expliquer ce roi de Hollande et tenir ce que l'on a promis.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.
+
+ «Londres, le 22 décembre 1831.
+
+ »SIRE,
+
+»Votre Majesté attache une grande importance à la démolition des
+places fortes en Belgique, qui ont été élevées pour rappeler nos
+défaites, et elle sent que c'est à Elle à effacer ces témoignages
+insultants de nos malheurs. Mais, Sire, ce serait voir d'une manière
+trop sombre ce qui vient de se passer que de l'attribuer à un retour
+vers la Sainte-Alliance.
+
+»Les gages de sagesse et de modération que votre gouvernement donne
+chaque jour à l'Europe ont détruit à jamais cette ligue formée contre
+la liberté des peuples.
+
+»Je suis désolé de ce qu'il arrive de ce côté-ci, où vous avez la
+bonté de me supposer quelque influence, de l'inquiétude ou même des
+peines pour Votre Majesté. Je voudrais n'avoir à lui annoncer que des
+résultats sur lesquels ses yeux se reposassent avec plaisir.
+
+»Les intrigues belges, où se laisse apercevoir toute la faiblesse d'un
+gouvernement nouveau et incertain, ont amené la convention dont nous
+avons à nous plaindre. Les graves circonstances où se trouve le
+ministère anglais, et la crainte exagérée que lui inspirent les
+attaques amères de lord Aberdeen ont également servi l'intrigue belge.
+Le mal est venu de Bruxelles, le remède ne peut venir que du même
+point. Ce que je dis là n'a pas pour objet de m'épargner aucune
+démarche, car j'en fais vis-à-vis de tous les hommes importants,
+non seulement auprès des membres de la conférence, mais aussi auprès
+de tout ce qui est influent dans le cabinet anglais. Le soir, quand je
+me rends compte de ma journée, ma conviction augmente, et je reste
+persuadé qu'une action utile ne peut venir que de la Belgique. Aussi,
+cela ne peut être que de l'influence de Votre Majesté sur le roi
+Léopold que pourront venir les changements que vous désirez.
+
+»Cette question est pleine de difficultés, parce que la manière
+d'arriver à une solution qui nous convienne serait que le gouvernement
+belge ne ratifiât pas, et ce moyen-là, qui peut-être est le seul
+véritable, a le danger de compromettre le sort du traité du 15
+novembre qui forme, entre nous et les puissances, des liens qu'il
+serait très malheureux de voir s'affaiblir dans l'état actuel de
+l'Europe.
+
+»Les observations si fortes et si sages que fait Votre Majesté m'ont
+fourni de nouveaux moyens de discussion avec lord Grey et lord
+Palmerston, et avec des formes plutôt tristes qu'animées, je crois
+n'avoir rien oublié de ce qui pouvait les bien convaincre de votre
+juste mécontentement. Lord Grey qui professe une sincère admiration
+pour Votre Majesté, a éprouvé une vive douleur de la manière dont
+cette affaire des forteresses était saisie en France. Lord Palmerston
+regrette aussi que la négociation donne des résultats qui déplaisent
+au gouvernement de Votre Majesté. C'est à tel point que je crois
+qu'ils disent sincèrement, quand ils assurent qu'ils ne comprennent ni
+l'un ni l'autre que le gouvernement du roi en soit aussi blessé que je
+leur ai dit qu'il devait l'être.
+
+»Je suis vraiment désolé, Sire, des contrariétés que Votre Majesté
+éprouve, mais j'ai besoin de croire que ce n'est ma faute en aucune
+manière. Tout aurait été évité, si les Belges avaient agi ici avec
+moins de mystère, pour ne pas dire, avec moins d'intrigue, et
+peut-être aussi si l'engagement de Bruxelles avait été tenu plus
+secret.
+
+»Je suis....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 27 décembre 1831.
+
+»A la manière dont a été conduite par les Belges l'affaire des
+forteresses, je crois qu'aujourd'hui il est impossible d'arriver à
+faire ce que désire le roi. Mademoiselle doit être bien sûre que j'y
+ai employé tous mes efforts. Mais, à présent, regardons bien l'affaire
+en elle-même, et nous trouverons que son importance n'est pas bien
+grande. On abat des forteresses, celles qui sont près de nous, Ath et
+Mons: ainsi, voilà une réparation faite à la France. Il faut prendre
+cela du bon côté et se souvenir, pour une autre occasion, qu'il ne
+faut pas abandonner à eux-mêmes les gouvernements nouveaux et faibles.
+
+»Dans la crise qui est toujours menaçante et qui le sera longtemps
+encore en Europe, il est du premier intérêt que les gouvernements, qui
+ont une analogie quelconque, marchent ensemble. L'affaire de la
+Pologne réunit, par leur intérêt, trois gouvernements; deux seuls ont
+un intérêt divers; il faut que ceux-là restent unis, et fassent même
+pour cela des sacrifices, si cela est nécessaire. Je confie mon
+opinion à Mademoiselle pour qu'elle veuille bien en faire usage avec
+qui de droit....»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce 26 décembre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Votre lettre du 22 me paraît exiger quelques explications de ma part,
+et je suis d'autant plus empressé de vous les donner, moi-même, que le
+général Sébastiani est bien malade[326], ce qui m'afflige
+profondément, qu'il est tout à fait hors d'état de vous écrire et de
+s'occuper d'aucune affaire, et que je tiens infiniment à vous
+développer ma manière de voir sur cette grande et importante affaire
+de la Belgique.
+
+ [326] Le général Sébastiani venait d'avoir une attaque
+ d'apoplexie. Voir à ce sujet une lettre de l'amiral de Rigny à M.
+ de Talleyrand (Appendice p. 494).
+
+»On nous fait quelques reproches, parmi lesquels un surtout vous
+paraît fondé; car, quoique vous m'ayez ménagé avec votre obligeance
+ordinaire pour moi, en ne m'en parlant pas dans votre lettre, vous en
+avez souvent parlé dans vos dépêches: c'est celui de la mission à
+Bruxelles de M. de Latour-Maubourg. Si cette mission avait un
+caractère de méfiance, ce ne pouvait être, dans ma manière de voir,
+qu'envers le roi Léopold ou le gouvernement belge, mais nullement
+envers vous, mon cher prince, ni même envers les quatre puissances.
+Relativement à vous, ni moi ni mes ministres, nous n'avions ni ne
+pouvions avoir ni soupçons, ni méfiance d'aucun genre. Le protocole du
+17 avril était en quelque sorte votre ouvrage, et c'était évidemment à
+vous que la France devait de l'avoir obtenu. Il y a plus: vous aviez
+eu l'heureuse idée de demander au roi Léopold une lettre qui
+contînt un engagement sur la démolition des forteresses, c'est-à-dire
+à peu près la même chose que ce qui était l'objet de la mission de M.
+de Latour-Maubourg; et la lettre qu'il vous a adressée était moins un
+engagement qu'un avertissement qu'il ne s'engageait à rien. Il était
+donc assez naturel, surtout après le petit service que nous lui avions
+rendu dans l'intervalle, que nous cherchassions à obtenir de lui à
+Bruxelles l'engagement qu'il ne vous avait pas donné à Londres.
+
+»Ce n'était pas plus un acte de méfiance envers les puissances que ne
+l'avait été votre demande au roi Léopold. C'était uniquement le désir
+d'obtenir de lui un engagement semblable à celui que les puissances
+nous avaient donné par le protocole du 17 avril, afin que les deux
+parties, qui devaient faire entre elles et sans nous un traité sur des
+objets qui ne nous étaient étrangers que sous le point de vue
+pécuniaire, fussent liées à nous par un engagement semblable. Certes,
+mon cher prince, nous avons quelque droit d'exiger des puissances de
+ne pas être accusés de méfiance envers elles, quand on considère en
+outre ce qu'a été la conduite de la France, dans tout le cours de
+l'affaire de la Belgique et surtout la manière dont les places belges
+ont été évacuées, après qu'il n'avait tenu qu'à nous de les faire
+sauter en l'air dix fois pour une. Si mes contemporains ne me rendent
+pas toute la justice que je crois mériter à cet égard, au moins, j'ai
+la confiance que je l'obtiendrai de la postérité.
+
+»Je vois aussi par une de vos dépêches, qu'on nous reproche d'avoir
+gâté l'affaire en ayant donné trop de publicité au protocole du 17
+avril.
+
+»Ici, mon cher prince, je vous rappelerai qu'avant que mon conseil eût
+décidé qu'il en serait parlé dans le discours du trône, le général
+Sébastiani vous a consulté, et que vous avez cru, comme nous, que cela
+pouvait se faire, et je puis vous assurer que si nous avons cru que
+cette communication serait utile pour satisfaire notre orgueil
+national, nous avons cru aussi qu'il était bon de montrer que les
+puissances ne cherchaient pas à le blesser, ni à léser en rien les
+intérêts de la France, mais nous avons cru surtout que rien n'était
+plus propre que cette communication pour réconcilier l'opinion
+publique au choix du prince Léopold, qui, comme vous savez, avait eu
+peu de succès en France, où, en général, on ne voyait en lui, qu'un
+lieutenant de l'Angleterre ou de la Sainte-Alliance. Nous avons voulu
+montrer à la France et à la Belgique où cela n'aurait pas mieux
+réussi, que le système de 1815 était abandonné par les puissances, que
+la dissolution du royaume des Pays-Bas qui suffisait pour le rendre
+impossible, en était un gage, aussi bien que la démolition des
+forteresses de 1815 et l'exclusion du roi des Belges de la
+Confédération germanique; et je n'ai aucun doute, mon cher prince, que
+tout cela n'ait été éminemment utile, tant pour maintenir la paix, que
+pour soutenir mon gouvernement dans l'intérieur et raffermir celui du
+roi Léopold en Belgique.
+
+»Ce n'est donc pas la valeur intrinsèque de ces actes qui a fait
+prendre à la négociation sur les forteresses, la tournure que nous
+déplorons à présent; mais c'est l'action simultanée et peut-être
+réunie de l'opposition des tories et des intrigues belges. Vous avez
+très bien fait de le faire sentir aux ministres anglais; car, c'est ce
+qui doit leur démontrer qu'il n'est pas plus conforme à leurs
+intérêts qu'aux nôtres, que le traité de M. Van de Weyer ou de M.
+Goblet, soit maintenu dans les termes où il a été signé. Le roi
+Léopold et son gouvernement devraient le sentir bien mieux encore;
+car, que deviendront-ils, si, par suite de cette malheureuse
+anicroche, ils amènent l'annulation du traité que la conférence des
+cinq puissances a signé le 15 novembre? Vous le dites avec raison, mon
+cher prince, et c'est d'autant plus à craindre, que c'est certainement
+ce que veut le roi de Hollande et peut-être ce que l'empereur de
+Russie veut aussi. C'est là ce que je crois que vous pouvez faire
+valoir avec beaucoup d'effet auprès du gouvernement anglais; et nul
+n'est plus capable que vous, de donner à ces craintes, qui ne sont que
+trop fondées, tout le développement dont elles sont susceptibles.
+
+»Je ne crains pas d'avancer, mon cher prince, qu'il n'est pas plus
+dans la pensée du gouvernement anglais que dans celle du gouvernement
+français de vouloir allumer la guerre, et qu'au contraire l'un et
+l'autre éprouvent également le besoin de la paix et le désir de la
+conserver; mais la paix est dans la solution à l'amiable de la
+question belge, et cette solution ne peut s'opérer que par l'union
+intime de la France et de l'Angleterre; mais pour que cette réunion se
+maintienne, il faut s'entendre à l'avance, avant de conclure avec
+d'autres des arrangements qui pourraient la troubler. Or, c'est là ce
+qui résulte de la cachotterie qu'on nous a faite à Londres et à
+Bruxelles, des arrangements qu'on faisait sur les places. On ne
+voulait pas que nous intervinssions dans cette négociation, parce que
+nous n'avions pas concouru à celle qui avait précédé; et c'était
+simple, mais, si on nous avait communiqué ce qu'on voulait conclure,
+on ne se serait pas mis, et on ne nous aurait pas mis dans la
+position embarrassante dont il faut tous vos efforts et tous vos
+moyens pour nous tirer aujourd'hui. Mais, si le gouvernement anglais
+se pénètre bien, d'une part, que nous n'avons _aucune arrière-pensée_
+dans ce que nous lui demandons, et que, de l'autre, nous ne lui
+demandons que de ne pas perpétuer ou renouveler un système impossible,
+qui est celui d'après lequel on avait constitué le royaume des
+Pays-Bas, il ne verra plus que le danger qui nous menace du côté de la
+Hollande et de la Russie, il fera modifier le traité des places de
+manière que le roi Léopold ne soit pas placé à l'avenir dans des
+rapports différents avec quatre des cinq puissances, de ceux qui sont
+établis avec toutes les cinq. Ceci doit être pour la France, un _sine
+qua non_, et le reste est secondaire.
+
+»Quoique cette lettre soit déjà beaucoup trop longue, je veux encore
+vous faire observer quelle serait la position du roi Léopold, s'il
+ratifiait un traité avec quatre puissances collectives, avant que la
+quatrième eût, non seulement ratifié ce traité particulier, mais, même
+le traité général des cinq puissances, qui établit l'indépendance de
+son État, et l'en reconnaît roi? Je crois donc que, par la force des
+choses, la ratification du traité avec les quatre puissances ne
+saurait avoir lieu tant que la Russie n'a pas adhéré à celui du 15
+novembre, d'autant plus que tant que la Russie n'y a pas adhéré,
+aucune des cinq puissances ne peut plus être appelée à le ratifier, et
+la France, moins qu'aucune, tant que le traité des places n'aura pas
+été modifié. Mais s'il l'était, ce qui me paraît devoir être possible,
+puisqu'en fait il n'y a aucune divergence réelle d'intérêts entre les
+cinq puissances sur les forteresses, alors, l'action réunie de la
+France et de l'Angleterre forcerait le roi de Hollande à ratifier
+et la Russie ne s'y refuserait plus. Sans cet accord croyez-le, mon
+cher prince, non seulement le roi de Hollande ne ratifiera pas, mais
+le roi Léopold aura peut-être beaucoup de peine à se maintenir en
+Belgique où, selon moi, il ne peut se soutenir que par l'appui et
+l'accord sincère de la France et de l'Angleterre. Cet appui et cet
+accord, mon gouvernement n'a cessé de le donner et désire vivement le
+continuer; mais il faut qu'on nous le rende possible et qu'on n'exige
+pas de nous ce qu'on n'accepterait pas soi-même.
+
+»Ceci est mille fois trop long, mais puisqu'il est écrit, qu'il parte.
+Je l'envoie tout ouvert à M. Périer, pour qu'il le lise avant de vous
+l'adresser, et je vous renouvelle, de tout mon coeur, l'assurance de
+tous les sentiments que vous me connaissez pour vous.
+
+»LOUIS-PHILIPPE.
+
+»_P.-S._--Savez-vous bien que ce Marienbourg qu'on classe dans les
+forteresses est une malheureuse bicoque qui a cinq bastions en
+_terre_, et dont la superficie est la même que celle du _parterre_ des
+Tuileries?»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 27 décembre 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai l'honneur de vous annoncer que le général Sébastiani étant assez
+gravement malade, le roi m'a chargé, par intérim, du portefeuille des
+affaires étrangères. Sans la triste circonstance qui a rendu
+nécessaire cette décision, je me féliciterais avec empressement de me
+voir ainsi appelé à entretenir avec vous des communications
+officielles et suivies. Veuillez m'excuser, d'ailleurs, si j'abrège
+cette lettre et n'entre pas ici dans quelques détails sur notre
+situation. Je vous annoncerai pourtant que la Chambre des pairs a,
+dans la séance de ce jour, adopté l'article 1er de la loi sur la
+pairie, à une majorité de cent trois voix contre soixante-sept.
+J'aurai l'honneur de vous écrire plus longuement demain....»
+
+
+LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 28 décembre 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je ne veux pas qu'une nouvelle année commence sans que mes voeux pour
+votre bonheur se confondent avec tous ceux qui vous seront offerts;
+croyez-les bien sincères.
+
+»La Chambre des pairs vient, comme on pouvait s'y attendre, de se
+suicider. C'est un monument de lâcheté qui peut compter parmi ceux du
+sénat de Napoléon. Une manifestation pénible a été observée à ce
+sujet. Tous les pairs disaient que c'était au roi seul qu'il fallait
+reprocher d'avoir amené de telles circonstances. Si, un jour, une
+nouvelle crise éclate, celui qui la dominera trouvera, avec le
+principe de l'hérédité, grand accueil au Luxembourg. C'est
+l'observation que m'a faite M. de Bassano qui a voulu être mon voisin.
+
+»Je ne me suis pas trompé sur les réponses venues de Pétersbourg pour
+les affaires belges. De nouveaux indices, venus de là et de Berlin,
+font désirer que d'autres protocoles satisfassent le roi de Hollande.
+
+»Le rapport de la navigation intérieure est inadmissible, même pour
+les Hollandais; elle resterait une source inépuisable de tracasseries;
+comment Wessenberg, qui connaît ces détails, ne l'a-t-il pas vu?
+
+»_Votre chef_ Sébastiani doit son accident aux manières bouffonnes
+avec lesquelles il s'est présenté à la tribune du Luxembourg. Il
+s'était gonflé comme un crapaud pour faire effet: le sang lui a porté
+à la tête. Le public et le corps diplomatique désirent que M. Périer
+le remplace. On avait pensé à joindre Mounier[327] à d'Argout; le
+premier se refuse à faire partie du ministère.
+
+ [327] Claude, baron Mounier, né en 1784, auditeur au Conseil
+ d'État en 1806, puis intendant de Saxe-Weimar et de Silésie,
+ intendant des bâtiments de la couronne, conseiller d'État (1815)
+ et pair de France en 1817. Il refusa le ministère en 1820, mais
+ fut nommé directeur général de l'administration départementale.
+ Sous la monarchie de Juillet il continua de siéger à la Chambre
+ des pairs jusqu'à sa mort (1843).
+
+»La confiance en l'avenir se perd de plus en plus. Le langage des
+agents russes y contribue beaucoup. On observe qu'évidemment le
+général Pozzo n'a plus le secret de son gouvernement. Les Autrichiens
+disent aussi que, tôt ou tard, il faudra faire revenir la Belgique à
+la Hollande.
+
+»Le public se demande comment sont gérées les affaires de la France au
+dehors, pendant qu'il n'y a de ministre ni à Pétersbourg, ni à Berlin,
+ni à Copenhague, ni à Madrid, ni à Constantinople. Les plaintes se
+multiplient dans les bureaux sur ce défaut complet de protection dans
+ces différents pays. Il est bon que vous sachiez tout cela....»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Berlin, le 29 décembre 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai reçu hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+le 20 du courant. Je n'ai pu voir MM. de Bernstorff et Ancillon,
+mais je me suis arrangé pour que cette lettre fût en leur possession
+assez longtemps pour qu'ils la communiquassent au roi, s'ils le
+jugeaient convenable. J'ai fait plus: ce sont des paroles si hautes et
+si sages que, partout où elles arriveront, elles ne peuvent produire
+que le bien, et l'empereur de Russie, lui-même, en recevra un extrait,
+moins le premier paragraphe. J'espère, mon prince, que vous daignerez
+m'approuver. Malheureusement, le temps possible n'y est plus pour que
+la démarche du roi de Prusse, s'il s'y détermine, amène, avant le 15
+janvier, un changement si désirable dans les résolutions de l'empereur
+de Russie[328].
+
+ [328] Il s'agissait d'une démarche directe du roi de Prusse près
+ de l'empereur de Russie pour le déterminer à ratifier le traité
+ du 15 novembre. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+»Le cabinet prussien, dont les intentions sont bien franches et bien
+loyales, n'a rien négligé pour faire apercevoir à Saint-Pétersbourg
+tous les dangers d'un désaccord sur l'acte important du 15 novembre,
+entre les cinq puissances dont les ministres l'ont signé. Nous n'avons
+plus qu'une faible espérance que ces représentations aient produit
+leur effet. Le roi de Prusse ne retire pas sa promesse de ratifier,
+mais MM. de Bernstorff et Ancillon pensent que la non ratification de
+l'une des cinq puissances annule le traité. Leur argument est que la
+solidarité a été la base de toutes les transactions de la conférence
+et que l'appel du roi des Pays-Bas a été adressé aux cinq puissances,
+ainsi que le voulait le protocole d'Aix-la-Chapelle. Je crois
+important, néanmoins, que la ratification de la Prusse soit donnée
+telle quelle, et j'espère qu'elle vous sera envoyée au terme
+péremptoire du traité. Si des incidents imprévus devaient détruire cet
+acte qui terminait tout, peut-être faudrait-il recourir aux deux
+moyens proposés par M. Ancillon. Je pense seulement que le second,
+c'est-à-dire _la déclaration unanime des cinq puissances, que la
+Hollande et la Belgique ne_ POURRONT _reprendre les hostilités_,
+serait le vrai point de départ à prendre: le premier ou son
+équivalent, c'est-à-dire _des offres de médiation de la conférence
+pour un traité entre la Hollande et la Belgique, sur les bases des
+vingt-quatre articles_, pourrait alors être essayé.
+
+»Quand M. Ancillon me fit l'honneur de me communiquer, en octobre, ces
+vingt-quatre articles, je mis aussitôt le doigt sur celui qui accorde
+aux Belges la navigation intérieure, et je lui prédis que toutes les
+difficultés y prendraient leur source. Il a eu pour effet de
+rapprocher le roi des Pays-Bas et ses sujets qui, avant cette clause,
+ne voyaient et ne sentaient pas de même dans la question belge...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 30 décembre 1831.
+
+»Je m'occupe sans relâche de l'affaire des forteresses dont je crois
+qu'aujourd'hui l'on exagère l'importance. Cette affaire a pris une
+fausse direction à Bruxelles; les soupçons, les méfiances, qui gâtent
+tout, ont porté chacun à prendre trop de sûretés. De là les reproches
+et les protocoles secrets. Du reste, il faut en sortir de notre mieux,
+et je crois que le roi aura été frappé des observations et des
+explications qui lui auront été données par lord Granville; mais il
+faut arriver à quelque chose de plus. J'aurai l'honneur d'écrire au
+roi dès que j'en saurai davantage...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 30 décembre 1831.
+
+»Je suis vraiment fâché de l'accident de Sébastiani; il avait
+quelquefois des inconvénients, mais il avait aussi des avantages. Il
+avait de l'habileté, du savoir vivre, et je suis sûr qu'il était
+amical; tout cela est quelque chose; c'est une perte pour le roi qu'il
+servait bien. Voilà l'affaire des pairs finie, et finie sans secousse
+ministérielle. A présent, il faut finir celle de la Belgique et nous y
+arriverons, quoi que l'on en dise. Je pourrai bien y mourir comme
+Sébastiani, mais c'est là mon champ de bataille. Plaise à Dieu que ce
+soit le champ d'honneur!--Vos Belges sont faibles et faux, de plus ils
+se font battre dans le pays de Luxembourg[329]; tout cela n'est pas
+bien honorable.--J'espère toujours les ratifications de Berlin avant
+le 15 janvier; et si nous avons celles de Berlin, nous n'attendrons
+pas longtemps celles de Vienne. Pétersbourg montrera sa puissance,
+comme à Paris on montre son élégance, en arrivant tard...»
+
+ [329] Une insurrection orangiste avait éclaté le 20 décembre dans
+ le Luxembourg sous la conduite du baron de Torcano. Les insurgés,
+ d'abord vainqueurs, avaient proclamé le rétablissement du roi
+ Guillaume. Les gardes civiques et les troupes belges eurent
+ bientôt raison de ce mouvement.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 2 janvier 1832.
+
+»J'ai reçu, monsieur, la dépêche du département en date du 30 du mois
+dernier, et je crois qu'outre la réponse officielle contenue dans
+ma dépêche d'aujourd'hui, il est du devoir de l'amitié si sincère que
+je vous ai vouée, d'appeler l'attention sur le manque d'exactitude
+dans les faits et les raisonnements de ce qui m'a été écrit de Paris.
+Le zèle s'y montre d'ailleurs un peu trop, et il me semble aussi qu'il
+ne faut pas que la plume d'un chef de division devienne jamais
+l'interprète de sa propre pensée. Dans le genre d'affaires que nous
+avons à suivre, il est important de ne pas bâtir de système, car un
+système dans les affaires politiques est bientôt appuyé sur des
+suppositions et alors on peut s'égarer. Il faut, au contraire, ne
+chercher dans les actes que ce qui s'y trouve véritablement. Si l'on
+se faisait dans les bureaux des affaires étrangères une étude de
+suivre les démarches des puissances, en leur supposant toujours des
+projets de Sainte Alliance, on créerait un fantôme qui finirait par
+tout dénaturer et tout embrouiller. Votre excellent esprit saura
+donner une meilleure direction aux travaux auxquels vous présidez.
+
+»Je vois avec le plus vif regret que l'affaire des forteresses, qui,
+si les journaux s'en emparent, peut donner quelque ennui au
+gouvernement, mais qui, au fond, n'est que très secondaire, ait
+retardé les progrès que faisait une affaire d'une bien autre
+importance, c'est celle du désarmement à laquelle vous aviez donné une
+si heureuse impulsion. Vous trouverez là, une réponse péremptoire à
+ceux qui ne voient partout que Sainte Alliance. Y a-t-il apparence
+d'une ligue semblable quand tous les cabinets, même celui de Russie,
+expriment le désir de diminuer leurs armées, afin de soulager les
+peuples? Craignons, monsieur, permettez-moi de le dire, qu'en
+attachant trop d'importance à l'affaire des forteresses, nous
+n'ayons l'air de flatter ou de ménager un peu trop le parti exagéré
+que les puissances regardaient comme vaincu depuis votre entrée au
+ministère. Le pavillon de la Sainte-Alliance s'est abaissé devant
+celui de la France dans le protocole du 17 avril; nous pourrions
+désirer, mais nous ferions mal de demander quelque chose de plus. Le
+principe de la destruction commence; la destruction commencée, nous
+devons, à tout prendre, être satisfaits.
+
+»De grâce, monsieur, reprenez bien vite le désarmement, qui ajoutera
+une gloire si pure à tous vos succès, et qui allégera si heureusement
+le budget de la France. Nous avons dû augmenter nos charges quand nous
+nous sommes crus menacés, mais, je ne pense pas que nous devions les
+prolonger pour des combinaisons assez indifférentes au résultat
+définitif, car ce qui reste de places en Belgique, ou tombera en
+ruine, ou deviendra notre propriété dans un temps quelconque. Tout ce
+qui est réellement utile à l'établissement de la France se
+consolidera, si nous conservons notre position actuelle avec
+l'Angleterre. C'est à la détruire que tendent les efforts des
+puissances: j'espère et je crois qu'elles échoueront....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 2 janvier 1832.
+
+»Je voudrais savoir au juste comment est Sébastiani. On me mande d'un
+côté qu'il est très malade, et d'autres disent que, avec quelques
+jours de repos, il se remettra, et pourra rentrer dans les affaires.
+Dites-moi ce qu'il y a de vrai, c'est toujours vous que je crois.
+Quand j'aime, je crois; j'ai eu tort quelquefois, mais c'est égal, ma
+nature est ainsi. L'affaire des forteresses qui agite tant les têtes
+de Paris, et surtout celles de nos chefs, n'est au fond qu'une affaire
+de second ordre. Ayons les ratifications de la Prusse et de
+l'Autriche, et soyons unis à l'Angleterre: voilà ce qui est
+véritablement notre affaire essentielle. Le reste est de la
+pointillerie qui arrivera tôt ou tard mais qui arrivera
+nécessairement. Il fallait obtenir le principe des forteresses; nous
+l'avons: ainsi le roi doit être content. J'ai fait tout au monde pour
+obtenir les ratifications au traité du 15 novembre: je les espère. Je
+ne me soucie beaucoup que de celles de Vienne et de Berlin: celles-là
+arrivées, les autres céderont; même votre bien-aimé roi de Hollande.
+Je travaille trop, j'écris tous les jours, je finirai par avoir, comme
+Sébastiani, quelque mauvaise aventure.»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 1er janvier 1832.
+
+ »Mon prince
+
+»Je profite du départ d'un courrier de MM. de Rothschild pour vous
+envoyer le discours du roi en réponse aux ambassadeurs. Ce discours
+est plus pacifique que nos rapports diplomatiques. Cependant nous
+pensons toujours que vous parviendrez à faire changer les dispositions
+du cabinet anglais, relativement aux places belges. Je crois que nous
+finirons par obtenir, sans condition, les ratifications de la Prusse
+et de l'Autriche.
+
+»J'attends en ce moment l'ambassadeur d'Angleterre qui doit me
+faire connaître la communication de son cabinet aux cours de Berlin et
+de Vienne, relativement aux retards apportés par la Russie à la
+ratification du traité du 15 novembre. Si cette communication est
+ferme et réclame impérieusement l'exécution des promesses faites, je
+ne doute nullement, qu'elle ne détermine la Prusse et surtout
+l'Autriche dont le système politique paraît se rapprocher davantage,
+sur cette question, du système anglais.
+
+»Des dépêches que je reçois aujourd'hui de M. Bresson, m'annoncent que
+la Prusse, au milieu de toutes ses hésitations, n'a pas osé,
+cependant, s'engager définitivement à suivre la marche que la Russie
+paraît adopter. Je pense donc que, si nous tenons ferme, ainsi que
+nous en avons le droit, nous parviendrons à vaincre cet obstacle.
+
+»Restera le traité des forteresses qu'il faudra nécessairement
+modifier et je désire vivement pour notre tranquillité comme pour
+celle de l'Europe, que vous parveniez, ainsi que j'ai eu l'honneur de
+vous le dire dans ma lettre confidentielle, à obtenir ces
+modifications que nous jugeons indispensables. Je dois ajouter que
+l'attitude que nous avons prise ici vis-à-vis des ambassadeurs, en
+témoignant notre mécontentement avec mesure, mais avec énergie, nous
+paraît avoir fait une grande impression.
+
+»Nous ne voulons pas abuser de notre situation, mais avec la franchise
+et la loyauté que nous avons mises dans toutes nos relations, nous
+avons droit de nous attendre à les voir respecter.
+
+»Recevez, mon prince....»
+
+
+M. DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 2 janvier 1832.
+
+»Je crois pouvoir vous annoncer le rétablissement de Sébastiani.
+Aujourd'hui, il est tellement mieux que j'espère pour lui une
+convalescence plus rapide que je n'osais d'abord m'en flatter. Sa
+maladie est arrivée dans un moment inopportun, mais je ne crois pas
+que cela amène de changement dans le ministère. Il sera en état de
+reprendre les affaires avant que son successeur intérimaire d'Argout,
+ait eu le temps de se mettre au fait.
+
+»On est inquiet ici du bruit qui se répand que les ratifications ne
+vous arriveront pas le 15. Ce serait bien malheureux, et donnerait
+beaucoup de force au parti de la guerre; et si une fois elle commence,
+au lieu de quelques millions de florins et d'une navigation de
+quelques canaux, il s'agira de la destruction de la France ou du
+renversement de tous les trônes de l'Europe; car, même les gens sages
+d'ici s'armeront d'un bâton surmonté d'un bonnet rouge. Après tous les
+efforts qu'on a faits pour la conservation de la paix, si les
+gouvernements étrangers se jouent de nous et désavouent leurs
+ambassadeurs, il n'y aura plus qu'à tirer l'épée.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 5 janvier 1832.
+
+»J'envoie aujourd'hui une énorme liasse de papiers qui probablement
+ennuieront encore plus à lire qu'ils ne m'ont ennuyé à écrire. J'ai
+trouvé un biais pour cette question des forteresses qui occupe
+beaucoup trop le roi[330]. J'ai obtenu là tout ce qu'il était possible
+d'obtenir dans des circonstances que, par les arrangements faits à
+Bruxelles, on avait rendues très difficiles. On doit être maintenant
+sans crainte du fantôme qu'on appelle Sainte-Alliance et qui jamais
+n'existera tant que nous serons bien avec l'Angleterre. C'est là le
+véritable appui de notre nouvelle dynastie. Tout ira sans guerre en
+Europe tant que nous serons unis à l'Angleterre. La France n'avait
+jamais eu ce système politique, il était réservé au roi de montrer sa
+valeur. Je finirai brillamment ma carrière en attachant mon nom à ce
+grand rapprochement....»
+
+ [330] M. de Talleyrand, voyant l'hostilité que rencontrait à
+ Paris la convention du 14 décembre, et devant le refus des
+ puissances de substituer Tournai et Charleroi à Philippeville et
+ Marienbourg avait proposé la rédaction suivante: «Les
+ plénipotentiaires des quatre cours ont commencé par arrêter la
+ démolition de Mons, Ath et Menin, se réservant de déterminer plus
+ tard le sort des autres places.» Le cabinet français n'admit pas
+ cette solution, car elle laissait toujours supposer que la France
+ reconnaissait aux puissances le droit ultérieur de disposer
+ souverainement des forteresses belges.
+
+
+NOTE REMISE PAR M. LE BARON PASQUIER, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES
+PAIRS, A MADAME LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ [_Pour être communiquée par elle à M. le prince de Talleyrand_]
+
+ «Paris, mercredi 4 janvier 1832.
+
+»Il est important que M. de Talleyrand sache ceci:
+
+»J'arrive de chez le président du conseil, et j'ai eu avec lui une
+longue conversation sur les affaires extérieures du moment. Sa
+position, relativement à ces affaires, est réellement fort difficile,
+et comme tout le monde, au dedans comme au dehors, a intérêt à le
+conserver, il est bon qu'on le sache pour agir en conséquence. Je l'ai
+trouvé plein de confiance en M. de Talleyrand et sentant bien que lui
+seul peut conduire jusqu'au port la barque de ces négociations dans
+lesquelles il a montré tant d'habileté. Cette habileté n'a jamais été
+plus nécessaire qu'en ce moment. Il y a deux points en litige: les
+ratifications et le traité signé entre les quatre puissances sur les
+places fortes de Belgique. En eux-mêmes, ces points ne sont peut-être
+pas aussi graves qu'on le suppose, mais qu'importe, si l'effet est le
+même? Ainsi, les ratifications arriveront un peu plus tôt, un peu plus
+tard, je n'en doute pas. L'affaire des places fortes touche plus aux
+amours-propres qu'aux intérêts réels, mais c'est à cause de cela
+précisément, qu'elle acquiert une véritable importance. S'il fallait
+avouer le traité tel qu'il est, je ne crois pas que le ministère
+actuel ni aucun ministère pût tenir a cet aveu. On y verrait trop
+clairement une humiliation, et il n'y aurait pas de bonne explication
+qui pût effacer ou seulement couvrir cet aperçu. Si donc l'Angleterre
+veut que l'ordre actuel se consolide en France, et il me semble
+qu'elle y a un véritable intérêt, il faut que son cabinet se prête à
+quelque arrangement sur ce point. Je ne doute pas que l'affaire dans
+l'un et l'autre pays, n'ait à lutter contre la même nature de
+difficultés; ainsi le ministère anglais veut ménager son opposition
+tory, comme celui de France veut ménager son opposition libérale et
+républicaine, mais la partie n'est pas égale et la position ici est
+bien autrement menaçante.
+
+»M. de Talleyrand a déjà rendu d'immenses services, mais, suivant moi,
+il n'en peut pas rendre à l'avenir un plus grand que celui qui en
+est attendu aujourd'hui, car celui-là consolidera tous les autres. Il
+consisterait à amener un nouvel arrangement et surtout une nouvelle
+forme d'arrangement sur les places fortes. A mon sens, quel que soit
+cet arrangement, il est indispensable qu'il soit consenti et _signé_
+par les cinq puissances; autrement on le tiendra toujours ici pour un
+affront et il y aura explosion. Dans la réalité, quand la France
+demande la démolition de quelques places fortes, on pourrait très
+bien, si on le voulait, voir dans cette demande une preuve de sa bonne
+foi, car il est évident qu'à une première rupture, ces places
+tomberont entre ses mains, et il vaudrait mieux, pour elle, les avoir
+fortifiées que rasées.
+
+»Qu'on y pense donc à deux fois, avant de faire d'une question si
+oiseuse en elle-même une cause de rupture. Que cette question
+s'arrange au contraire; et on ne voit pas ce qui pourrait ensuite
+s'opposer à une union fort intime entre la France et l'Angleterre,
+union dont les deux États ne tarderont pas à sentir les avantages.
+
+»M. de Talleyrand a déjà tant fait pour avancer cette oeuvre! il faut
+espérer qu'il l'accomplira. Autrement on ne peut s'empêcher
+d'entrevoir de grands embarras, pour ne pas dire plus.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 7 janvier 1832.
+
+»J'ai reçu votre lettre du 5 et la lettre de M. Pasquier qui y était
+jointe.--La mission de M. de Maubourg, qu'on me jette à la tête ici
+dans toutes mes conférences me gêne beaucoup. Le refrain est:
+«Vous vous servez de nous, quand cela vous convient, et vous faites
+vos affaires à part, quand vous jugez que cela vous est utile.» La
+confiance ne s'établit pas comme cela. J'envoie à Paris M. Tellier
+expliquer ce qu'on n'a pas l'air de comprendre. J'ai tant écrit,
+dicté, conféré que je suis à bout de force.--Les forteresses, le
+principe de démolition adopté, sont une très petite affaire, si l'on
+veut la bien comprendre; le fait est que personne n'y met
+d'importance. L'amour-propre seul, et assez bêtement, est engagé. S'il
+n'y a pas guerre, elles tomberont, parce que personne ne les réparera;
+s'il y a guerre, nous les prendrons, voilà le vrai. Faites mes amitiés
+à celui qui vous a donné la note.»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Berlin, le 7 janvier 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»La Prusse n'échangera les ratifications qu'elle envoie demain à
+Londres, que si les autres puissances sans exception ratifient.»
+
+»Le cabinet prussien est très embarrassé. Il aurait certainement
+désiré que l'empereur de Russie ratifiât purement et simplement.
+Aujourd'hui il ne veut se compromettre ni envers lui, ni envers nous,
+et il se croit à couvert par son interprétation de la nature des actes
+de la conférence. Dès le premier moment, il n'a pas approuvé le traité
+du 15 novembre. Il ratifiait toutefois, par amour de la paix, trait
+distinctif de sa politique et des inclinations du roi. Il n'aurait
+fait que deux réserves: la première, _des droits de la
+Confédération sur le Luxembourg_; la seconde, _que la Prusse ne
+participerait jamais à des mesures coercitives actives contre le roi
+des Pays-Bas_.--Le refus de Pétersbourg est survenu, accompagné de
+sollicitations pressantes à la Prusse et à l'Autriche de suivre cet
+exemple. Peut-être n'était-on pas éloigné de céder, mais j'ai
+sur-le-champ déclaré qu'il n'y aurait en pareil cas d'autre
+alternative pour notre gouvernement que de prendre sous sa garantie la
+Belgique, telle que les vingt-quatre articles l'avaient constituée, et
+d'annoncer hautement que la Hollande, pas plus que toute autre
+puissance, n'y toucherait. Alors l'on a fait de plus mûres réflexions,
+et, après bien des hésitations, l'on a pris le parti équivoque dont je
+rends compte à Paris, et que je vous communique, en résumé, par ma
+dépêche télégraphique.
+
+»L'empereur de Russie ne réussira pas à entraîner le cabinet prussien
+dans des résolutions violentes ou dans des mesures hostiles. L'on
+comprend ici tous les avantages que l'on retire du _statu quo_, et
+l'on veut les conserver. Je suis convaincu que M. de Bülow aura pour
+instructions de se prêter à tous les termes moyens, à toutes les
+combinaisons qui empêcheront la rupture des négociations ou la
+scission d'une ou plusieurs puissances. M. Ancillon m'a en propres
+termes déclaré, _que le roi de Prusse se considérait comme le gardien
+de la paix en Europe; que son système politique reposait tout entier
+sur l'impartialité et la défensive, et qu'il respecterait toujours les
+droits de ceux qui respecteraient les siens_.
+
+»Vous avez les ratifications: elles sont signées du roi, mais
+l'échange en sera suspendu aussi longtemps que toutes les autres
+puissances n'apporteront pas les leurs. Ce n'est pas ce que vous
+désirez, mon prince, mais c'est beaucoup cependant. L'empereur de
+Russie reste isolé dans son refus et il attendait plus de
+condescendance....»
+
+
+LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Stanhope Street, 3 janvier 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Le rapport qu'Esterhazy et Wessenberg viennent de me faire de la
+communication qu'ils ont reçue de leur cour est beaucoup moins mauvais
+que celui que votre gouvernement croit avoir reçu du comte Appony. Il
+paraît que la cour de Vienne admet que la conférence se trouvait dans
+la nécessité de faire un arbitrage entre la Hollande et la Belgique;
+que cette même cour approuve l'acte d'arbitrage soutenu dans les
+vingt-quatre articles; qu'elle considère ces articles, acceptés qu'ils
+sont par la Belgique, comme constituant une convention solennelle
+entre le gouvernement belge et les cinq puissances; et que, puisque le
+traité n'est effectivement que les articles, la cour de Vienne est
+résolue de ratifier le traité; que, cependant, elle veut ajourner la
+ratification pour le moment, dans l'espoir d'amener la cour de Russie.
+
+»Vous voyez que tout ceci n'a pas l'air d'une déclaration officielle,
+faite par l'Autriche, au nom de la Russie et de la Prusse.
+
+»Je suis bien fâché que votre cour pense à refuser sa ratification au
+traité du 15 novembre, parce que la convention du 14 décembre lui
+déplaît. Mais comment pourrait-elle trouver des raisons valables pour
+lier ensemble deux transactions entièrement différentes et
+séparées? Comment pourrait-elle refuser sa ratification sans vous
+désavouer et sans vous rappeler? Et quel serait le triomphe que cela
+donnerait à tous ceux qui ont toujours tâché de nous inspirer des
+soupçons de la France! Cette manière de traiter si à la légère les
+transactions solennelles entre les gouvernements est-elle bien propre
+à donner de la confiance à ceux qui auront affaire, à l'avenir, avec
+la France? Mais je suis sûr qu'il est inutile que je vous suggère
+toutes les considérations graves qui n'auront pas manqué de se
+présenter déjà à votre esprit par rapport à ce sujet désagréable....»
+
+On peut juger, par cette lettre de lord Palmerston, la nature des
+résistances que je rencontrais à Londres pour satisfaire aux exigences
+du gouvernement français à l'égard de la convention du 14 décembre
+relative à la démolition de certaines forteresses. J'étais parvenu
+cependant à obtenir quelques concessions, sous la forme d'un protocole
+interprétatif de la convention. Je l'envoyai à Paris par le premier
+secrétaire de mon ambassade, M. Tellier, que je chargeai en même temps
+d'explications développées. La suite des lettres mettra au fait des
+résultats de cette nouvelle tentative de négociation.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 10 janvier 1832.
+
+»J'espère que toutes les explications que j'ai données, et toutes
+celles que porte M. Tellier, amèneront notre cabinet à une
+détermination qui nous conservera en bons rapports avec l'Angleterre,
+car c'est ce à quoi je travaille depuis dix-huit mois, et ce qui fera
+notre salut.--Mon opinion est qu'il y aura retard, mais pas refus dans
+les ratifications. Une fois arrivées et échangées, il faudra laisser
+aller les choses un peu toutes seules. Il n'y aura plus qu'un roi de
+Grèce à faire. En avez-vous un dans la tête? On dit qu'il faut pour la
+Grèce, dans la situation où elle est, un roi qui ait des qualités et
+des défauts. Cela a fait, à ce que j'entends dire, penser un peu au
+prince Paul de Wurtemberg. Il a de tout cela; quelque peu de qualités,
+instruction, esprit, tout cela pas mal, et des défauts en
+abondance....»
+
+
+ «Londres, le 12 janvier 1832.
+
+»J'ai reçu, il y a une heure, votre lettre du 10; j'ai lu avec
+beaucoup d'attention les informations qu'elle contient. Voici où en
+sont les affaires. Le 31, positivement, nous aurons les ratifications
+de l'Autriche et de la Prusse; celles de la Russie, viendront plus
+tard; on ne les attendra pas pour faire l'échange.
+
+»Ce point obtenu, la Hollande entrera en quelques explications, et
+nous ferons tout ce qui sera possible; le fait est que nous voulons
+tout arranger et finir. Les difficultés ne peuvent pas venir de la
+Belgique; elles ne peuvent venir que de la France, qui, par de doubles
+intrigues, embarrasse toujours ses affaires. Il est de fait, que, sans
+la mission de M. de Latour-Maubourg à Bruxelles, et sans les
+conférences de Sébastiani avec lord Granville, qui ont amené le
+protocole du 29 août dont, à Paris, on ne m'a pas même donné
+connaissance, les choses ne seraient pas arrivées à une suite de
+difficultés dont il est très difficile de sortir.
+
+»Le protocole dont je parle n'est point mon oeuvre: c'est celui des
+quatre puissances, qui l'ont fait passer par lord Granville, qui l'a
+remis à Sébastiani. Je n'ai connu son existence que par une lettre de
+Belliard qu'il m'a écrite à la fin de décembre. Est-ce là faire et
+conduire des affaires? On embrouille tout, et puis l'on revient à moi.
+Tout cela commence à m'ennuyer. Cependant, j'irai jusqu'au bout. Je
+veux bien finir l'affaire dont je me suis chargé. On la gâtera après,
+si l'on veut....»
+
+
+Pendant que j'écrivais lettres et dépêches dans ce sens de Londres,
+voici celles qu'on m'adressait de Paris.
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 9 janvier 1832.
+
+ »Prince,
+
+»Ma dépêche officielle, qui vous parviendra en même temps que cette
+lettre, vous fait connaître quelles sont les diverses solutions que
+peut recevoir la difficulté grave qu'ont fait naître le traité du 14
+décembre et l'insuffisance des modifications qui y sont apportées par
+la note diplomatique que vous avez reçue des ambassadeurs des quatre
+puissances. Comme une dépêche ne comporte pas l'explication détaillée
+des motifs qui s'opposent à ce que le gouvernement du roi consente à
+l'échange des ratifications qui emporteraient son adhésion aux
+principes consacrés par le traité du 14 décembre, si, préalablement,
+il n'était modifié, j'ai prié mon frère Camille[331] de se rendre
+auprès de vous. Les entretiens que j'ai eus avec lui l'ont mis au fait
+de la question; il vous confirmera ce que j'ai eu l'honneur de vous
+dire sur les effets fâcheux de la faute grave qu'ont faites les
+puissances, en laissant l'opinion si longtemps incertaine sur leurs
+dispositions à échanger les ratifications, et sur la nécessité de
+donner aux actes qui termineront cette délicate négociation telle
+forme qui puisse les rendre irréprochables aux yeux d'un peuple,
+jaloux, à si juste titre, de ce qui peut toucher à l'honneur national.
+
+ [331] Camille Périer, ancien auditeur au conseil d'État et ancien
+ préfet sous l'Empire et la Restauration. Était député depuis
+ 1828. Créé pair en 1837.
+
+»Dans une conférence que j'ai eue ce matin avec lord Granville, j'ai
+réitéré l'assurance des dispositions du gouvernement du roi, de
+resserrer les liens qui unissent les deux peuples et de persévérer
+dans le système politique qui a concilié leurs intérêts depuis la
+révolution de Juillet; mais j'ai expliqué les motifs qui ne nous
+permettraient pas d'accepter le traité du 14 décembre. Mes
+communications se sont étendues confidentiellement jusqu'aux moyens de
+résoudre les difficultés nouvelles qu'il a fait naître. Ces moyens
+n'ont été, de sa part, le sujet d'aucune objection, ce qui me donne
+l'espoir que vous trouverez dans le concours du cabinet britannique,
+un appui efficace pour faire agréer l'un d'entre eux....»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 11 janvier 1832.
+
+ »Prince,
+
+»J'ai reçu avec un vif intérêt les dépêches que vous m'avez adressées
+par M. Tellier. Vous aurez vu, par celle que j'ai chargé mon
+frère de vous porter et que vous devez posséder au moment où j'écris,
+que nous nous étions en quelque sorte rencontrés sur la manière de
+sortir des embarras que cause au cabinet de Londres et au nôtre le
+traité du 14 décembre relatif aux forteresses. Je désire bien vivement
+que vous puissiez terminer cette importante affaire.
+
+»Vous verrez, prince, par ma dépêche officielle de ce jour que nous
+vous laissons une latitude de plus que par celles qui vous ont été
+portées par mon frère; puisque en définitive, si vous ne pouviez pas
+terminer, ainsi que nous vous l'avons indiqué par le protocole que je
+vous ai fait passer, nous nous contenterions de l'expédient qui nous
+est présenté dans votre dépêche numéro 291. Mais il est indispensable,
+prince, que la déclaration soit claire et explicite dans tout son
+contenu, comme le protocole que nous vous avons adressé[332]. Il faut
+que le royaume de Belgique et son roi soient entièrement affranchis de
+tout engagement antérieur ou postérieur aux actes des cinq puissances
+qui ont reconnu l'indépendance et la neutralité de la Belgique: c'est
+là ce que le pays demande à tort ou à raison: c'est ce qu'il veut, et
+amis ou ennemis, tout le monde nous abandonnerait si nous cédions sur
+ce point. Quant au fond de la question, nous n'y ajoutons pas plus
+d'importance qu'elle ne mérite; peu nous importe que, sauf
+Philippeville et Marienbourg, qui ne font point partie des places
+comprises dans les catégories du protocole du 17 avril, telle ou telle
+forteresse soit démolie; mais une fois que les quatre puissances
+auront déterminé les places qui doivent l'être, qu'elles n'aient aucun
+droit de suite sur ces forteresses, à moins que ce ne soit en commun
+pour les cinq puissances signataires du traité du 15 novembre.
+
+ [332] Le cabinet des Tuileries désirait obtenir des puissances
+ une déclaration explicite qu'elles n'entendaient, garder sur les
+ forteresses belges aucune espèce de suzeraineté. M. de Talleyrand
+ obtint gain de cause sur ce point (Voir page 407).
+
+»J'attendrai, avec bien de l'impatience pour notre pays et pour notre
+cabinet, la réussite de cette affaire; mais, lors même que les trois
+puissances viendraient à ne pas donner de suite leur ratification, il
+suffit que la France et l'Angleterre soient d'accord, par l'échange de
+leurs ratifications respectives, pour que l'effet moral de cette
+détermination prévienne toute idée sérieuse de collision qui pourrait
+amener la guerre, car, il serait évident pour tout le monde que, la
+France et l'Angleterre, une fois d'accord, il ne fût pas difficile,
+pour ne pas dire impossible, aux autres gouvernements de ne pas
+accéder aux déterminations de ces deux grandes puissances.
+
+»Je ne vous répéterai pas, prince, ce que j'ai déjà eu l'honneur de
+vous dire, que notre politique, à l'égard de l'Angleterre, est
+entièrement conforme à la vôtre. Je charge M. Tellier, avec qui je
+suis entré dans quelques détails, de vous le réitérer expressément, et
+de vous dire combien il est urgent pour l'Europe et pour nous, que
+nous puissions entrer franchement dans le système de désarmement que
+nous avons annoncé si positivement sur la foi des promesses de tous
+les ambassadeurs, lesquels nous avaient assuré de la manière la plus
+formelle que les ratifications de leurs cabinets au traité du 15
+novembre, ne seraient qu'une affaire de forme. Je veux bien croire
+encore qu'il n'y a aucune mauvaise intention de la part des
+différentes puissances et surtout de celle de l'Autriche et de la
+Prusse, mais elles ont commis une faute bien grande, si elles veulent
+sincèrement la paix, ainsi qu'elles nous en ont donné si souvent
+l'assurance, en ne ratifiant pas aux époques convenues, et en
+ébranlant ainsi la puissance et la force morale de notre cabinet, dans
+son système de paix et de désarmement. Si la difficulté relative aux
+forteresses disparaît entre nous et l'Angleterre, et que nos
+ratifications soient échangées, nous parerons encore une fois à ce
+danger. La chute de nos fonds publics, l'inquiétude générale qui règne
+dans les esprits, vous en révéleront l'imminence, mieux encore que je
+ne pourrais le faire.
+
+»Notre sort, prince, est dans vos mains. Je me confie sans réserve à
+votre haute sagesse et à votre patriotisme, pour amener à terme une
+négociation dont peuvent dépendre la paix de notre pays et la
+civilisation du monde. Je remets à M. Tellier la lettre de lord
+Palmerston qui n'a été lue que de Sa Majesté et de moi.
+
+ «Agréez....»
+ CASIMIR PÉRIER.
+
+»_P.-S._--Je recommande à vos bontés mon frère s'il se trouve encore
+auprès de vous.»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ »Paris, ce 11 janvier 1832.
+
+»Je reçois dans le moment, mon cher prince, votre lettre du 8 apportée
+par M. Tellier, et j'avais reçu celle du 5, il y a deux jours. Quoique
+j'eusse eu un grand plaisir à vous voir, à vous entendre, et aussi à
+me faire entendre de vous, cependant, je préfère infiniment que vous
+ne soyez pas venu, car, outre la fatigue et l'incommodité d'une course
+pareille par le temps qu'il fait, j'aurais regardé comme un véritable
+malheur que vous ne fussiez pas à Londres, lorsque les dépêches
+que M. Périer vous a adressées par son frère y seront parvenues.
+
+»Je pense qu'elles auront calmé vos inquiétudes, et que les
+propositions qu'elles contiennent vous auront paru de nature à
+trancher toutes les difficultés et à faire sortir _les cinq
+puissances_ de la fausse position où le déplorable traité du 14
+décembre les a placées les unes envers les autres. Je le désire
+vivement, et j'espère que le gouvernement anglais y aura vu une
+nouvelle preuve du prix que mon gouvernement met, ainsi que moi, à
+entretenir cordialement entre nous cette union qui est le meilleur
+garant de la paix de l'Europe et de la stabilité de l'ordre social.
+Arrangeons ce traité de manière à ce que les anciens engagements du
+roi des Pays-Bas ne soient pas contractés par le roi des Belges et à
+ce que, à l'avenir, sa position, ses rapports et ses engagements
+soient identiquement les mêmes avec toutes les cinq puissances; à ce
+qu'aucune de ces puissances ne conserve sur ses places et sur son
+territoire une suzeraineté particulière, et rien ne pourra plus
+troubler ni notre union avec l'Angleterre ni, par conséquent, la paix
+générale. Vous pouvez affirmer, mon cher prince, comme je sais au
+reste que M. Périer vous le mande, avec plus de détails, que c'est là
+tout ce que veut la France, mais que c'est ce qu'elle veut, et qu'il
+est vraiment extraordinaire qu'on puisse voir dans une demande aussi
+juste, aussi simple et aussi modérée, autre chose que ce qu'elle est
+et qu'on veuille y chercher des prétextes pour élever des soupçons et
+pour nous accuser d'arrière-pensées que notre propre proposition
+dément d'une manière aussi formelle et que, j'ose dire, toute ma
+conduite et celle de mon gouvernement aurait dû suffire pour
+repousser. Au reste, il est vraiment singulier que ce soit ceux
+qui nous ont fait un mystère de ce traité, tandis qu'on faisait de sa
+signature un _sine qua non_ de celle de celui du 15 novembre qui nous
+était commun, qui croient avoir le droit de nous soupçonner, et _qu'un
+défaut de sincérité_, qui tout au moins, n'est pas de notre côté, pût
+porter atteinte à la confiance que nous demandons, et dont il me
+semble que l'Angleterre a eu tant de preuves de notre part.
+
+»Il y a plus: c'est parce que nous avions la pleine conviction que les
+vues du gouvernement actuel, relativement à la Belgique, étaient
+entièrement conformes aux nôtres, que nous nous sommes endormis dans
+une sécurité aussi complète sur la négociation des places. C'est
+précisément parce que nous n'avions aucune inquiétude de son côté, que
+nous n'avons pas cherché à obtenir d'autre engagement de sa part que
+celui du protocole du 17 avril; mais c'est aussi parce que, d'après ce
+qui s'était passé, nous ne pouvions pas avoir la même confiance dans
+le gouvernement belge, que nous avons voulu avoir un gage spécial de
+sa part, que nous lui avons envoyé M. de Latour-Maubourg, mission à
+laquelle nous avons exprès donné la plus grande publicité, que nous
+avons communiquée dans tous ses détails à lord Granville et à sir
+Robert Adair qui ont eu une connaissance préalable de ce que nous
+demandions, avec lesquels on est convenu des formes et des termes de
+l'engagement demandé au roi des Belges, engagement qui a été contracté
+avec leur pleine connaissance et même avec leur approbation, sans
+laquelle le roi Léopold ne l'aurait pas signé.
+
+»J'avoue, mon cher prince, que je ne conçois pas encore, malgré toutes
+les explications qui nous ont été données sur les soupçons que
+cette mission avait excités, comment elle a pu en faire naître aucun.
+Mais laissons là le passé et occupons-nous exclusivement du présent et
+de l'avenir.
+
+»Nous sommes persuadés que c'est la crainte des attaques des tories,
+secondée par des intrigues belges, qui ont déterminé la forme et les
+termes du traité du 14 décembre. Nous croyons que le gouvernement
+anglais actuel a renoncé à tout système de Sainte-Alliance, et qu'il
+n'est pas plus favorable à celui de faire de la Belgique _une tête de
+pont_ contre la France, auquel a été substitué le système bien plus
+sage, et que nous avons adopté, de la neutralité permanente et de
+l'indépendance de ce nouvel État.
+
+»L'exécution franche, pleine et entière de ce système d'indépendance
+et de neutralité belge est pareillement tout ce que nous réclamons,
+tout ce que nous voulons. Nous n'avons aucune arrière-pensée ni sur
+Philippeville et Marienbourg, ni sur quoi que ce soit. Nous
+n'attachons pas la moindre importance à ces deux places qui n'ont
+d'autre valeur pour la France que celle des souvenirs qui s'y
+rattachent, souvenirs qu'on aurait dû ménager davantage au lieu d'en
+faire un sujet d'irritation. Mon gouvernement n'a jamais eu d'autre
+intention que de la calmer, et c'est uniquement dans cette vue qu'il
+en a parlé. C'était pour pouvoir dire qu'il l'avait fait, mais que
+quand il avait trouvé que cette réclamation pouvait entraver le grand
+objet de la paix générale, il s'en était désisté; et, en effet, vous
+savez qu'il n'en a pas été question depuis, ni à Londres, ni à
+Bruxelles, au moins _par nous_, car je crois que beaucoup d'autres
+s'en sont occupés en sens contraire, et le traité du 14 décembre en
+est une preuve suffisante.
+
+»Nous étions tellement soigneux d'éviter tout ce qui pourrait
+réveiller les souvenirs de Philippeville et de Marienbourg que, quand
+l'armée française est entrée en Belgique, il était défendu au maréchal
+Gérard de faire occuper ces deux places.
+
+»Je vous prie, mon cher prince, de vouloir bien dire de ma part à lord
+Palmerston, en lui faisant mes compliments, que telle est ma politique
+personnelle autant que celle de mon gouvernement, et vous pourrez
+ajouter, si cependant vous pouvez le faire sans que cela le pique, ce
+que je vous prie particulièrement d'éviter, que ce n'est que par votre
+dépêche que j'ai eu connaissance des assertions du _National_ que je
+ne lis pas plus que les autres journaux, et qui est l'ennemi le plus
+acharné de ma personne et de mon gouvernement. Je désire, s'il veut
+continuer à s'en faire rendre compte, que ce soit toujours pour
+prendre le _contre pied_ de tout ce qui sera extrait du _National_, de
+_la Tribune et Cie_.
+
+»Je vous renouvelle toujours bien sincèrement, mon cher prince,
+l'assurance de mon ancienne amitié pour vous.
+
+»LOUIS-PHILIPPE.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 14 janvier 1832.
+
+»Voilà la ratification de Prusse arrivée; un courrier de Berlin l'a
+apportée ce matin: ainsi voilà la question belge fortifiée d'une
+puissante adhésion. La ratification d'Autriche sera ici la semaine
+prochaine, à ce que l'on croit, mais sûrement avant la fin du
+mois. C'est une grande chose de faite: il faut croire que cette
+épineuse affaire de Belgique sera terminée sans guerre. Il faut que la
+paix joue son rôle qui est d'amortir les passions. Les hommes du
+mouvement perdront par la paix, la plus grande partie de leurs moyens
+de troubles....»
+
+
+ «Londres, le 17 janvier 1832.
+
+»... Je tâche de faire donner sur la démolition des forteresses les
+explications que l'on m'a demandées de Paris. Je crois que j'en
+obtiendrai de satisfaisantes, mais c'est très difficile. Vous savez ce
+que c'est qu'une affaire mal entamée et qu'on a voulu conduire dans
+deux endroits. J'ai eu ici plus de peine pour réparer que pour faire.
+Ce mot de _faiseur_, que l'on employait autrefois, me revient bien
+souvent à l'esprit; mais il faut s'en arranger, parce que c'est une
+nature d'esprit que l'on ne peut pas changer, et ce pauvre Sébastiani
+était né comme cela, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une assez bonne
+dose d'esprit.--Est-il vrai que l'on prépare de fortes attaques contre
+le budget? J'espère et je compte que tout le monde doit souhaiter que
+le ministère en sorte avec avantage, car nous avons tous besoin de
+tout ce que M. Périer a de force de caractère et de capacité pour
+ramener l'ordre. Le roi a essentiellement besoin de lui. C'est
+l'opinion de tout le monde ici. M. Périer hors du ministère, toutes
+les puissances croiraient à un nouvel ordre de choses. Le Parlement
+rentre aujourd'hui, mais il n'y aura rien d'important que la semaine
+prochaine....»
+
+
+ «Londres, le 19 janvier 1832.
+
+»Je crois que tous les cabinets se rapprochent un peu de nous et que
+les ratifications nous arriveront. Si quelques-unes traînent un peu,
+cela ne change rien à la résolution. Ce sont plutôt des égards pour le
+roi de Hollande que toute autre chose qui ont occasionné les retards.
+J'arriverai, je crois, à ce que désire notre gouvernement sur les
+forteresses; nous aurons des explications que les plus susceptibles ne
+pourront pas blâmer....»
+
+
+ «Londres, le 23 janvier 1832.
+
+»M. Camille Périer retourne ce soir à Paris. Il y porte des pièces
+qui, à ce que je crois, satisferont. C'est le résultat d'efforts
+continus pendant quinze jours. J'ai, ce que je n'aime guère, employé
+la ténacité la plus importune, mais j'ai réussi; il n'y avait aucun
+moyen d'obtenir davantage. Je vous assure que je travaille trop, mais
+j'en viendrai à mon honneur....»
+
+Pour faire comprendre ce que M. Camille Périer emportait à Paris, je
+dois placer ici un extrait de la convention du 14 décembre 1831, entre
+les quatre puissances et la Belgique, relativement aux forteresses. Je
+me bornerai à citer le texte de l'article 1er de cette convention, qui
+est le plus important:
+
+«ARTICLE PREMIER.--En conséquence des changements que l'indépendance
+et la neutralité de la Belgique ont apportés dans la situation
+militaire de ce pays, ainsi que dans les moyens dont il pourra
+disposer pour sa défense, les hautes parties contractantes conviennent
+de faire démolir parmi les places fortes élevées, réparées ou étendues
+dans la Belgique depuis 1815, en tout ou en partie, aux frais des
+cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie,
+celles dont l'entretien ne constituerait désormais qu'une charge
+inutile.
+
+»D'après ce principe, tous les ouvrages de fortification des places de
+Menin, Ath, Mons, Philippeville et Marienbourg seront démolis dans les
+délais fixés par les articles ci-dessous.»
+
+Les articles suivants règlent le mode de démolition.
+
+
+Le gouvernement français ayant voulu voir dans la rédaction de cet
+article que les quatre puissances proclamaient une sorte de patronage
+particulier, présent et à venir, sur les forteresses à démolir,
+patronage dont la France avait été exclue, je dus insister pour
+obtenir des plénipotentiaires de ces puissances une déclaration
+catégorique qui mît fin à toute incertitude à cet égard.
+
+Après des efforts infinis, je parvins à leur faire adopter la
+déclaration suivante qui porte la date du 23 janvier 1832:
+
+«Les plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de
+Prusse et de Russie, en procédant à l'échange des ratifications de la
+convention du 14 décembre dernier, déclarent à cette occasion:
+
+»1º Que les stipulations de la convention du 14 décembre dernier,
+motivées par le changement survenu dans la situation politique de la
+Belgique, ne peuvent et ne doivent être entendues que sous la réserve
+de la souveraineté pleine et entière de Sa Majesté le roi des Belges
+sur les forteresses indiquées dans ladite convention, ainsi que sous
+celle de la neutralité et de l'indépendance de la Belgique,
+indépendance et neutralité qui, garanties aux mêmes titres et aux
+mêmes droits par les cinq puissances, établissent sous ce rapport un
+lien identique entre elles et la Belgique;
+
+»2º Que les sommes dont il est question dans l'article V ne sont
+mentionnées que pour décompte, l'intention des cours étant que, si le
+décompte offrait un résidu, ce résidu serve à soulager la Belgique
+dans les dépenses qu'elle aura à faire pour la démolition des
+forteresses indiquées dans l'article premier;
+
+»3º Qu'enfin, la réserve faite par les quatre cours à l'article VI,
+n'ayant rapport qu'aux articles II et III, ne s'applique par
+conséquent qu'aux places à démolir.
+
+»Par cette déclaration sur les trois points qui précèdent, les
+plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de
+Prusse et de Russie placent hors de doute que toutes les clauses de la
+convention du 14 décembre sont en parfaite harmonie avec le caractère
+de puissance indépendante et neutre, qui a été reconnu à la Belgique
+par les cinq cours.»
+
+C'est cette déclaration que M. Camille Périer emporta à Paris et qu'on
+trouva enfin suffisamment explicite.
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 23 janvier 1832.
+
+»Prince, j'ai vu avec une vive satisfaction par votre dépêche
+officielle et surtout par votre lettre particulière, que vous comptiez
+obtenir les modifications que nous avions demandées, relatives à la
+convention du 14 décembre, si contraire à nos droits et, j'ose dire à
+notre dignité.
+
+»M. Van de Weyer doit avoir reçu maintenant les instructions les plus
+positives de son gouvernement qui lui ordonne de s'entendre avec vous
+pour vous faire modifier les articles qui nous avaient justement
+blessés.
+
+»Nous espérons donc, prince, que vous serez en mesure de lever les
+obstacles qui s'opposaient à l'échange des ratifications du traité du
+15 novembre, et que nous vous avions signalés par le modèle de
+protocole que nous avions fait passé, en vous exprimant, de la manière
+la plus formelle, l'impossibilité où nous serions de ratifier si nous
+n'obtenions pas une entière satisfaction sur tous ces points.
+
+»Maintenant, prince, que vous connaissez toutes nos difficultés, si
+elles sont résolues, ainsi que vous m'en donnez l'espérance, d'une
+manière conforme à nos voeux et à nos instructions, nous ne voyons
+aucun inconvénient à ce que vous échangiez les ratifications pour le
+31 de ce mois. Ce sera un immense service que vous aurez rendu et ce
+sera une obligation de plus que vous aura l'Europe.
+
+»Si l'Angleterre et nous ratifions seuls avant les puissances, il
+faut, je crois, nous réserver le moyen de ne pas refermer toute voie
+de conciliation entre la Hollande et la Belgique, en ce qui concerne
+la navigation; il faut surtout que l'Angleterre ne puisse pas nous
+opposer un jour, notre signature au traité du 15 novembre, comme un
+_sine qua non_ qui mettrait un obstacle invincible à ces modifications
+qui sont le seul prétexte raisonnable d'opposition que puisse faire le
+roi Guillaume dans la position où il se trouve placé.
+
+»J'approuve, prince, ce que vous me dites, de ne pas faire une chose
+trop importante de ces ratifications, vis-à-vis des autres cabinets;
+mais cette démarche leur donnera à penser, et tout en ne voulant
+point nous séparer d'eux, il est bon cependant qu'ils voient que nous
+pouvons marcher sans eux: il ne leur échappera pas, comme vous le
+dites fort bien, qu'un semblable accord entre nous et l'Angleterre,
+est, au fait, un traité offensif et défensif....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 27 janvier 1832.
+
+»Le ministère anglais s'est très bien tiré de l'attaque de lord
+Aberdeen[333]. Lord Grey qui lui a répondu, a placé dans son discours
+des choses très bien pour la France. Le duc de Wellington a soutenu
+lord Aberdeen, mais il a respecté toutes les convenances qui avaient
+été toutes violées par lord Aberdeen. Allez, n'écoutez pas les petits
+politiques de la société; le fait est que c'est de notre union avec
+l'Angleterre que sortira notre établissement et pas d'ailleurs; toute
+ma politique se borne à cela.
+
+ [333] Lord Aberdeen avait interpellé le cabinet sur les affaires
+ de Belgique et s'était élevé violemment contre l'intervention
+ française (Voir les _Débats_ du 30 janvier).
+
+»J'attends avec impatience des nouvelles de tout ce que j'ai envoyé
+par M. Camille Périer. Je crois que l'on fera ce que je demande; il
+faut que je reçoive les ratifications avant le 31....»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 29 janvier 1832.
+
+»C'est avec bien de l'empressement, mon cher prince, que je viens vous
+remercier de votre lettre du 23, et vous témoigner tout le
+plaisir qu'elle m'a fait en m'annonçant que la plus forte difficulté
+de cette longue et pénible négociation de la Belgique est surmontée.
+Je m'en félicite avec vous de bien bon coeur, et il est assurément bien
+juste de vous en adresser les compliments. Certes, c'est une belle et
+grande chose que cette question belge se soit terminée de cette
+manière, surtout ayant été, il faut malheureusement en convenir, si
+mal secondé par eux, car cette dernière difficulté est leur ouvrage,
+et je comprends parfaitement ce qu'elle a été pour vous. Il faut se
+consoler de ce qui froisse un peu la petite vanité, la gloriole
+nationale, si vous voulez, en se répétant ce que vous m'écrivez: «_Il
+n'y avait rien de plus à obtenir._» Et, certes, Philippeville et
+Marienbourg ne valent pas la guerre. L'essentiel est obtenu, voilà le
+vrai, grâce à votre zèle et à votre habileté.
+
+»J'espère et je désire bien, comme vous me le mandez, que le mois
+prochain soit le terme définitif de vos travaux. Je sais, mon cher
+prince que vous avez grand besoin de pouvoir vous soigner et vous
+reposer un peu, et c'est encore admirable que votre santé ait aussi
+bien supporté tant de fatigues morales et physiques. Je souhaite du
+fond de mon coeur, que vous n'ayez plus qu'à jouir de vos succès et des
+heureux résultats qu'ils auront pour notre chère France et pour notre
+bien-aimé roi qui aurait aussi grand besoin de repos.
+
+»Sébastiani est infiniment mieux, et même tout à fait bien. La
+difficulté maintenant est d'obtenir de lui qu'il se soigne assez
+longtemps et qu'il ne reprenne pas trop tôt les affaires, ce que je
+crois bien important pour consolider son rétablissement....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 31 janvier 1832.
+
+»J'ai échangé ce soir les ratifications de la France avec la Belgique,
+et, ce qui est excellent, c'est que l'Angleterre a échangé tout comme
+moi, ses ratifications avec les Belges: ainsi voilà une affaire bien
+finie. L'Angleterre et la France réunies en même temps, c'est plus que
+je n'osais l'espérer. A présent, il faut patienter: le reste viendra;
+n'exigeons rien; ne triomphons pas trop, n'embarrassons pas
+l'Angleterre de ce qu'elle a fait, et que tous les tories, petits et
+grands lui reprocheront demain. Ne lui laissons pas voir que d'être
+liée avec nous, lui fait faire plus de mouvement qu'elle ne veut.
+C'est une affaire de prudence et de conduite. Il faut ménager le
+ministère anglais; il a ici de grands embarras. Mon opinion est que
+les ratifications de Prusse et d'Autriche ne se feront pas attendre
+longtemps[334]; celles de Russie viendront plus tard, mais viendront.
+Cela fait, on attendra la Hollande, et ce qu'elle dira ne fera rien à
+personne. L'Espagne a mis une fois, quatre-vingts ans à faire une
+reconnaissance toute pareille, et cela n'a pas dérangé l'Europe qui
+avait fait ses affaires de son côté.--Je ne sais rien de la France au
+dedans; je ne lui trouve pas trop bonne mine, mais je sais qu'au
+dehors, nous sommes, par ce que nous venons de faire, placés comme le
+roi devait le désirer, sans trop l'espérer.
+
+ [334] Sur les sentiments du cabinet de Berlin à cet égard, voir à
+ l'Appendice page 495 une lettre de M. Bresson à M. de Talleyrand.
+
+»Cela doit bien étonner et bien fâcher les petits messieurs à non
+intervention, qui criaient et croyaient à la guerre.--Nous avons pris
+une forme excellente, c'est de laisser le protocole ouvert, et c'est
+sur la proposition de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche. On
+doit être content aux Tuileries de la rédaction de ce protocole...»
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 4 février 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»J'ai beaucoup entendu parler dans ma jeunesse, des talents du comte
+d'Avaux et de la longueur et de la difficulté des négociations du
+traité de Westphalie. C'était l'enfance de la diplomatie; et je crois
+que les quinze mois de la conférence de Londres, les cinquante-cinq
+protocoles toujours signés d'accord par les plénipotentiaires des cinq
+grandes puissances présentent un spectacle bien plus imposant de
+talents et de difficultés vaincues que tout ce qui l'avait précédé. Il
+sera beau pour vous, pour mes ministres et j'ose dire aussi pour moi,
+qu'en sortant de la révolution de Juillet, cette grande crise ait été
+conduite de manière à nous faire arriver au résultat que nous obtenons
+enfin, sans que la paix intérieure de la France, ait été troublée, et
+sans que l'Europe soit devenue la proie de l'embrasement dont elle
+était menacée.
+
+»Vous voyez, mon cher prince, que je partage votre opinion, que les
+ratifications de la France et de l'Angleterre échangées en même temps
+assurent l'échange des trois autres, car c'est presque devenu un lieu
+commun que de dire que, quand la France et l'Angleterre sont
+d'accord, il n'y a plus à craindre la guerre en Europe. J'ai toujours
+cru que nos deux puissances pouvaient s'entendre et se mettre
+d'accord, sans que ni l'une ni l'autre eussent rien à perdre de leur
+honneur national et de leurs intérêts politiques, mais j'ai cru aussi
+que pour que nos deux nations approuvassent cet accord, il fallait
+rendre évident que leurs gouvernements n'en avaient rien sacrifié; et
+voilà, mon cher prince, ce qui fait que j'ai souvent insisté avec tant
+de force sur quelques points de la négociation que mon gouvernement
+avait grande raison de vouloir rectifier. A présent, le succès a
+couronné ses efforts et les vôtres, et c'est là sans doute la
+meilleure réponse à toutes les invectives dont nous sommes tous les
+objets.
+
+»Je désire vivement, mon cher prince, que les ratifications des autres
+puissances ne se fassent pas attendre longtemps. C'est leur intérêt
+comme le nôtre, car c'est l'échange complet qui convaincra tous les
+incrédules qu'ils doivent renoncer à leurs espérances de guerre et de
+bouleversement. C'est là ce qui les convaincra de la stabilité de
+l'ordre de choses actuel et de l'impuissance de leurs efforts pour le
+renverser.
+
+»C'est toujours de tout mon coeur, mon cher prince, que je vous
+renouvelle l'assurance de toute mon amitié pour vous....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 6 février 1832.
+
+»Je supplie Mademoiselle de me donner de ses nouvelles. La nuit du 2
+février a dû être une nuit d'angoisses, et quoique le danger[335]
+n'ait été connu que lorsque déjà il n'existait plus, vous avez dû
+avoir des heures bien pénibles. Il est bien dur, quand on ne songe,
+comme vous le faites tous, qu'à faire du bien, de rencontrer à chaque
+pas des difficultés, des intrigues de tout genre. Je m'inquiète sans
+savoir rien; personne ne m'écrit. Je vous conjure, Mademoiselle, de ne
+pas me laisser, sur ce qui est d'un tel intérêt pour vous, dans une
+ignorance complète...»
+
+ [335] M. de Talleyrand fait ici allusion au complot dit de la rue
+ des Prouvaires. Deux à trois mille hommes avaient été embauchés
+ par l'agent légitimiste Poncelet pour tenter un coup de main sur
+ la famille royale. La police arrêta les chefs du complot dans la
+ nuit du 1er au 2 février dans une maison de la rue des
+ Prouvaires, et le mouvement fut étouffé.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, lundi 7 février 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»C'est vraiment bien aimable et bien bon à vous de m'avoir écrit, tout
+de suite, à deux heures du matin, au moment où les ratifications entre
+la Belgique, l'Angleterre et la France venaient d'être faites. Je ne
+puis assez vous dire combien j'en suis vivement touchée, et c'est de
+tout mon coeur que je vous en remercie. Cette bonne et importante
+nouvelle est arrivée bien à propos pour dédommager un peu notre
+bien-aimé roi de tout ce qu'il a à souffrir des infâmes complots des
+carlistes et des républicains qui, pour le moment, sont parfaitement
+d'accord dans leurs intrigues et leur bien coupable but. Vous savez
+par les journaux l'absurde mais exécrable conspiration qui vient
+d'être arrêtée, grâce à Dieu, au commencement de son exécution.
+La police, en cette occasion, a été parfaitement bien faite, car tout
+cela a été fait sans que cela causât la moindre agitation dans Paris.
+Cela s'est passé pendant notre grand bal du 2, qui n'en a pas moins
+duré jusqu'à cinq heures du matin. On disait tout bas dans le bal
+qu'on s'attendait à quelque tentative d'émeute pour la nuit, mais on
+était loin de croire que ce fût une chose aussi grave. Ce n'est qu'à
+trois heures, au moment où nous nous retirions du bal, la reine et
+moi, que nous avons appris les arrestations que l'on venait de faire
+de cette bande armée. Ils ne peuvent plus faire d'émeute dans la rue;
+la population n'en veut pas; ils en viennent aux conspirations, aux
+horreurs, comme la machine infernale du temps de Napoléon. Il y a cent
+dix personnes arrêtées, toutes prises les armes à la main. Ainsi, pour
+cette fois, il ne peut y avoir de doute sur leurs bonnes intentions.
+J'espère que cela mènera à un bon résultat, et je suis persuadée que
+cela sera avantageux pour le gouvernement. Le roi est d'un calme, d'un
+sang-froid admirable. Je vous avoue que je le trouve sans cesse
+beaucoup trop confiant; c'est un sujet de discussion entre nous...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.
+
+ «Londres, le 13 février 1832.
+
+»... L'empereur de Russie envoie le comte Orloff[336] à La Haye, pour
+déclarer au roi que, s'il ne se décide pas à adhérer aux articles de
+la conférence, il ne peut en aucune manière, ni dans aucun cas,
+compter sur son appui. Cela retardera l'envoi des ratifications russes
+probablement de huit ou dix jours, mais il est positif qu'on est
+décidé à les envoyer...»
+
+ [336] Alexis Foedorowitch, comte puis prince Orloff, né en 1786,
+ servit dans l'armée russe durant les guerres de l'empire. Il
+ devint général en 1828. En 1829, il signa le traité d'Andrinople
+ avec la Porte, et fut en 1830 nommé ambassadeur à Constantinople.
+ En 1832, il fut chargé d'une mission importante à La Haye et à
+ Londres; de retour en Russie, il reçut le commandement de l'armée
+ envoyée en Turquie contre Ibrahim-pacha, et signa le traité
+ d'Unkiar-Skelessi (1833). Il fut ensuite nommé conseiller d'État,
+ directeur de la police secrète, prit part aux conférences de
+ Berlin et d'Olmütz (1853) et représenta la Russie au congrès de
+ Paris (1856). Il reçut peu après le titre de prince, fut nommé
+ président du conseil de l'empire et du conseil des ministres. Il
+ mourut en 1861.
+
+
+ «Londres, le 14 février 1832.
+
+»... Je n'ai appris l'envoi de troupes en Italie que comme un fait;
+comme projet, je ne le savais pas[337]. Mais je suppose que l'on s'est
+entendu à cet égard avec le gouvernement autrichien; car, sans cela,
+il y aurait des complications qui donneraient plus d'embarras qu'il
+n'y aurait d'avantages. Du reste, je ne sais rien, et je raisonne sur
+tout cela un peu en aveugle, ce qui fait que je n'en parlerais pas à
+une autre personne qu'à vous. C'est bien assez d'avoir à se mêler
+de ce qu'on est chargé de faire; il serait fou de se mêler de ce qui
+regarde les autres, surtout quand on le sait mal.
+
+ [337] Il s'agit de l'expédition d'Ancône. Cette ville fut occupée
+ le 22 février 1832. On se rappelle qu'en juillet 1831, M. Périer
+ avait obtenu le retrait des troupes autrichiennes du territoire
+ pontifical. Mais peu de mois après, de nouveaux soulèvements
+ éclatèrent dans les États de l'Église. Le pape fit appel aux
+ Autrichiens qui accoururent aussitôt (janvier 1832) M. Périer vit
+ dans ce fait une atteinte à la dignité de la France, et voulut
+ que celle-ci partageai avec l'Autriche l'honneur de défendre le
+ Saint-Siège. De là l'expédition d'Ancône. La colère de l'Autriche
+ fut très vive mais impuissante, et les autres cabinets furent
+ également émus. M. Pozzo reçut l'ordre de quitter Paris si
+ l'ambassadeur d'Autriche demandait ses passeports. A Londres,
+ l'opposition tory fit entendre de violentes récriminations.
+ Toutefois, tout se borna en paroles.--M. de Talleyrand blâma
+ cette expédition, malgré une lettre de Madame Adélaïde qui lui
+ exposait les idées du roi et du cabinet à ce sujet. Voir à
+ l'Appendice, page 496.
+
+»Je vous ai écrit hier l'arrivée à La Haye du comte Orloff. Cette
+mission retardera probablement de dix ou douze jours les
+ratifications, mais elle les assure...»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 13 février 1832.
+
+ »Prince,
+
+»J'ai tardé plus que je l'aurais voulu à répondre aux deux lettres
+particulières que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, car les
+premières discussions du budget ont été pour moi pénibles et
+laborieuses. Nous avons jusqu'ici gagné toutes les questions
+importantes. Nous avons surtout à combattre la Chambre sur des
+retranchements et des économies qui pourraient devenir embarrassantes
+pour le gouvernement. Au reste, nous sommes toujours décidés à lutter
+jusqu'au bout, à ne pas faire de questions ministérielles de celles
+qui ne seront que purement financières, et nous continuerons à faire
+tous nos efforts pour consolider au dedans ce système politique, à
+l'affermissement duquel vous avez, prince, si puissamment contribué au
+dehors.
+
+»J'ai reçu hier, avec les ratifications belges que vous m'avez
+envoyées, votre dépêche du ... J'y ai vu avec la plus grande
+satisfaction, ce que vous me dites du discours de lord Palmerston, que
+je me suis fait représenter ce matin. Le gouvernement du roi
+s'applaudit vivement de cette conformité de vues et de sentiments,
+dont les deux pays peuvent attendre de si heureux résultats.
+Cette manifestation franche et sincère peut répondre à bien des choses
+et nous être véritablement utile. Nous y trouvons une confirmation de
+notre système de politique étrangère justifié par un aussi heureux
+succès dans son but le plus important.
+
+»Ma première dépêche officielle, prince, vous donnera des détails
+étendus sur les affaires d'Italie; mais pour répondre à votre désir,
+je m'empresse de vous informer aujourd'hui que nous avons lieu
+d'espérer que Sa Sainteté cédera aux pressantes instances que nous lui
+avons fait faire et sera déterminée par elles à ne pas laisser
+subsister définitivement le refus de nous permettre d'occuper Ancône,
+refus dont M. de Sainte-Aulaire fils nous avait apporté la
+nouvelle[338].
+
+ [338] Le général Cubières avait été envoyé à Rome pour aviser le
+ pape de l'occupation d'Ancône par les troupes françaises. Le pape
+ fut d'abord vivement irrité de ce coup de force, et fit entendre
+ de vives protestations à M. de Sainte-Aulaire. Ce n'est que le 16
+ avril qu'une convention intervint entre le cabinet des Tuileries
+ et la cour de Rome, aux termes de laquelle le pape autorisait
+ l'occupation française.
+
+»Nos troupes ont reçu provisoirement l'ordre _d'entrer_ à Ancône, le
+seul cas excepté où les Autrichiens les y auraient devancés. Dans
+cette supposition, elles se porteraient sur _Civita Vecchia_ qu'elles
+occuperaient.
+
+»Nous ne varierons pas du but que nous nous proposons: montrer à
+l'Autriche que nous ne pouvons consentir à l'occupation de la Romagne
+qu'autant qu'elle sera de courte durée; montrer au Saint-Siège que
+nous voulons obtenir de lui les concessions qu'il a solennellement
+promises aux puissances[339].
+
+ [339] L'occupation autrichienne n'avait pris fin en juillet 1831
+ que sur la promesse du pape faite à la France, médiatrice, et à
+ l'Autriche d'une amnistie et de réformes libérales.
+
+»Du reste, sans nous départir en rien de cette volonté bien constante,
+nous ne comptons pas nous éloigner de notre système politique que nous
+avons voulu rendre modéré et juste en même temps que ferme et digne de
+la France, et nous éviterons aussi longtemps que nous le pourrons, une
+collision contre laquelle ont toujours été dirigés nos efforts...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 17 février 1832.
+
+»... En Angleterre, jusqu'à présent, on ne fait autre chose que
+regarder la question portugaise; je suis étonné du peu d'intérêt que
+l'on y porte dans un sens ou dans l'autre. Quand le dénouement
+approchera, peut-être que cela changera. La réforme et la Belgique se
+sont emparé de toute la sollicitude du pays. Je commence à croire que
+j'ai quelque succès à Paris, car je vois qu'on me libellise dans les
+journaux et dans les pamphlets. Il faut se soumettre à cela quand on
+veut servir son pays et que l'on cherche les moyens d'arrêter le flot
+populaire. Au surplus, cela passera comme le reste...»
+
+
+ «Le 24 février 1832.
+
+»Il n'y aura pas de congrès quant à présent, personne n'y pense. Le
+comte Orloff tient en suspens: il ne s'est ouvert _tout à fait_ à
+personne à Berlin. Pozzo, s'il en parle, fait des contes; il n'en sait
+pas plus que M. de Liéven qui ne sait rien. Le comte Orloff a dû
+arriver le 20 à La Haye, il y restera cinq ou six jours, au plus huit,
+et de là, il vient ici. Si Lamb[340] et Esterhazy ont emporté
+l'envoi des ratifications de l'Autriche, comme ils ont dû le faire; si
+Metternich a le bon esprit de ne pas vouloir placer l'Autriche à la
+remorque de la Russie, alors nous n'aurons plus d'embarras d'aucun
+genre: il faudra bien que la morgue russe cède...»
+
+ [340] Ambassadeur d'Angleterre à Vienne.
+
+
+ «Le 25 février 1832.
+
+»On m'écrit que Maubreuil va reparaître sur la scène pour faire
+quelque plaidoyer rempli d'injures contre moi, en ma qualité de
+président du gouvernement provisoire en 1814[341]. Ce sera une ou deux
+matinées de scandale, et cela finira par une fin de non recevoir. Du
+reste, cela ne m'ennuie et ne me trouble guère. C'est dans les
+singularités du temps d'être attaqué par un homme que l'on n'a jamais
+vu et qui, en 1814, avait mis la décoration de la Légion d'honneur à
+la queue de son cheval, et que cet homme-là ait pour lui des libéraux
+de la fabrique actuelle.»
+
+ [341] Maubreuil, qui depuis plusieurs années était entièrement
+ oublié, essaya de rappeler l'attention sur lui en intentant un
+ procès à M. de Talleyrand. Il le perdit le 1er mars devant la
+ cour de Paris.--L'affaire, au reste, ne fit aucun bruit.
+
+
+ «Le 27 février 1832.
+
+»... Je ne sais rien du comte Orloff que des on-dit, mais je sais que
+quelque demande qu'il fasse, je ne soumettrai jamais la France à
+changer une virgule à un traité que j'ai signé. Il faut que les autres
+puissances ratifient; cela fait, je deviens coulant, je consens à ce
+que, de gré à gré, il soit fait des modifications entre la Belgique et
+la Hollande; je les facilite, je les encourage autant que je peux. Je
+vais plus loin, car je suis prêt à garantir, si l'Angleterre consent à
+le faire avec nous, le traité qui sera fait par la Hollande et la
+Belgique. Voilà toute ma marche: elle sera invariable. Je suis dans
+l'opinion que je parviendrai à ce que je veux faire, et cela ne sera
+pas bien long...»
+
+
+ «Le 28 février 1832.
+
+»... Nous avions obtenu du pape toutes les concessions que les
+libéraux pouvaient raisonnablement demander. Cela obtenu, les libéraux
+se révoltent encore; nous n'avons plus à nous en mêler. C'est une
+question de police que le pape fait faire comme cela lui convient le
+mieux. Mais nous avions fait ce que nous devions aux principes que
+nous professons en engageant le pape et en obtenant de lui d'entrer
+dans la route où les idées de l'époque dans laquelle il vit le forcent
+de se tenir. A présent cela ne nous regarde plus. C'est avec ce
+langage qu'on donnerait confiance à l'Europe et que l'on serait sûr de
+n'être inquiété par personne. Et puis, on fait connaître son système
+de gouvernement, ce qui est commode pour tout le monde. Voilà comme je
+raisonne au milieu de mes brouillards.
+
+»Savez-vous que l'expédition de dom Pedro, avec mon idée de
+neutralité, réussira très probablement si l'on s'en rapporte à tout ce
+qui vient de Lisbonne, qui est plus sûr que ce qui vient de
+Pozzo[342]. Tenons-nous unis à l'Angleterre et nous sommes maîtres de
+nous établir dans notre intérieur sans être dérangés par le dehors, ce
+dont Metternich enrage. L'Espagne dont on veut effrayer le monde n'a
+pas un écu et manque de souliers; c'est bien là l'armée de moines
+déchaussés, comme il y en a par douzaines dans ce qu'on appelle la
+péninsule.
+
+ [342] Dom Pedro venait de partir pour son expédition de Portugal.
+ Parti de Belle-Isle le 13 février, il aborda à Terceira le 3
+ mars. Il parut le 8 juillet devant Porto.
+
+»Ici, les partis s'aigrissent: chaque parti croit qu'il aura
+l'avantage lors de la discussion à la Chambre des pairs. Je crois que
+le ministère aura la majorité à la seconde lecture, mais, dans le
+comité où l'on ne vote plus par procuration, la question n'est pas
+aussi sûre[343]. Lord Grey a répondu dans le Parlement d'une manière
+qui doit convenir au gouvernement français, en versant beaucoup de
+dédain sur lord Aberdeen, qui a été d'une âcreté et d'un goût
+détestable dans son langage sur la France. Tenons-nous bien où nous
+sommes; disons-le, montrons-le et nous nous retirons de toutes nos
+difficultés.»
+
+ [343] On sait que, d'après la procédure parlementaire anglaise,
+ tout bill public doit être discuté successivement par la Chambre
+ des communes et par la Chambre _réunie en comité_. Ce mot
+ «comité» ne signifie nullement dans le cas présent une commission
+ élue par l'assemblée à l'effet de discuter le bill: le _comité_
+ comprend toute la Chambre. Lorsque la réunion du comité a été
+ prononcée, le speaker quitte le fauteuil, et à partir de ce
+ moment, par une fiction que l'usage a consacrée, la séance de la
+ Chambre est suspendue et celle du comité commence.
+
+
+Je ne m'arrêterai un moment sur ce qui concerne les affaires d'Italie
+et l'occupation d'Ancône dans les lettres qui précèdent et dans celles
+qui vont suivre, que pour constater que j'étais en dissentiment sur
+ces points avec le gouvernement français. Je croyais qu'il s'était
+engagé là précipitamment dans de nouvelles difficultés, avant d'avoir
+résolu celles qui tenaient depuis dix-huit mois la paix en suspens, et
+je ne trouvais pas cela une saine politique. Je n'ignorais pas qu'à
+Paris, l'opposition jetait les hauts cris à propos de l'entrée des
+troupes autrichiennes dans les légations, mais je pensais qu'avec
+un peu plus de fermeté, on aurait pu résister à ces cris et attendre
+le moment, où le traité du 15 novembre 1831 ratifié par toutes les
+puissances, le cabinet français aurait été mieux placé pour exiger la
+retraite des troupes autrichiennes des États pontificaux, en menaçant
+d'y transporter une expédition française pour obtenir leur libération.
+J'ai la certitude qu'il aurait obtenu l'assentiment du gouvernement
+anglais à une manière d'agir fondée sur les traités et sur le principe
+de non intervention, cette fois sagement appliqué. Quoi qu'on en ait
+dit, il y aurait eu plus de dignité et de véritable vigueur dans cette
+politique que dans la furtive prise d'Ancône, d'où il devait nous être
+plus difficile encore de sortir qu'il ne l'avait été d'y entrer.
+Chacun pourra apprécier mon opinion que je tenais à bien exprimer ici,
+et qui se trouvera d'ailleurs dans ma correspondance à travers ce qui
+se rapportait à l'affaire belge. Celle-ci qui était ma véritable
+préoccupation, continuait à passer par des péripéties qui auraient pu
+lasser le plus patient. Ainsi, M. Bresson m'écrivait de Berlin, le 23
+février, qu'il venait d'expédier un courrier à Paris, pour y annoncer
+que l'empereur Nicolas était décidé à désavouer ses plénipotentiaires
+à Londres, qu'il ne ratifierait pas le traité du 15 novembre, et qu'il
+l'avait signifié au gouvernement prussien; puis, quelques jours plus
+tard, je recevais de lui la lettre suivante qui disait tout le
+contraire:
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+
+ «Berlin, le 1er mars 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je n'ai qu'un moment avant le départ du courrier pour vous annoncer
+qu'un courrier russe, qui a passé ici ce matin à quatre heures,
+porte au comte Orloff l'ordre de déclarer au roi des Pays-Bas: «que
+l'empereur a vu avec une extrême affliction le projet de traité
+communiqué à la conférence par les plénipotentiaires hollandais[344];
+qu'il considère que le roi, en se refusant à admettre comme convenue
+la séparation politique de la Belgique, remet en question toutes les
+négociations suivies par les puissances depuis dix-huit mois; qu'agir
+ainsi, c'est vouloir la guerre et non la paix, et que, si le roi
+n'abandonne pas cette proposition _inadmissible_, l'empereur _pourra
+bien_ se considérer comme affranchi des engagements qui le lient et
+modifier sur plusieurs points les instructions du comte Orloff,
+particulièrement dans cette disposition essentielle de ne reconnaître
+le roi Léopold qu'après qu'il l'aurait été par le roi des Pays-Bas
+lui-même.»
+
+ [344] Projet de traité communiqué confidentiellement à la
+ conférence par les plénipotentiaires des Pays-Bas en date du 30
+ janvier 1832.--Martens, t. XXIII, p. 349.
+
+»Le chargé d'affaires de Russie à La Haye fera cette communication si
+le comte Orloff a déjà quitté cette ville pour se rendre à
+Londres....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 1er mars 1832.
+
+»Il n'y a point de nouvelles. La malle de Hollande est en retard de
+cinq jours. Je ne sais quel jour arrivera le comte Orloff, mais on
+l'attend chez les Lieven qui donnent des bals pour prouver que sa
+venue à Londres leur fait plaisir. Le fait est qu'ils en sont
+très peinés. Je persiste dans l'opinion que tout s'arrangera et, à peu
+de jours près, dans le temps que je vous ai indiqué.
+
+»Le roi de Bavière accepte pour son fils Othon la couronne de
+Grèce[345]; c'est un choix dans lequel le _désintéressement_ des
+puissances se montre, ce qui était nécessaire à faire, et d'ailleurs,
+le seul prince de l'Europe qui se soit montré favorable aux Grecs est
+le roi de Bavière. Je n'ai point indiqué ce choix, mais je m'y suis
+prêté, faute de mieux. Le prince Paul de Wurtemberg n'était pour
+personne un choix qui inspirât de la confiance; le prince Frédéric des
+Pays-Bas ne voulait pas; le prince de Saxe[346] et le margrave
+Guillaume de Bade[347] avaient refusé. Bolivar[348] était mort. Qui
+pouvait-on prendre?»
+
+ [345] La couronne de Grèce avait été offerte par la conférence au
+ prince Othon dans le courant de janvier. Son père accepta en son
+ nom, et le 7 mai suivant, une convention définitive fut signée en
+ ce sens à Londres entre la Bavière d'une part, la France, la
+ Russie et l'Angleterre de l'autre.
+
+ [346] Le prince Jean de Saxe, né en 1801, marié en 1822 à Amélie,
+ fille du roi Maximilien de Bavière. Il monta sur le trône en 1854
+ et mourut en 1873. Il avait été patronné pour le trône de Grèce
+ par la France.
+
+ [347] Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade né en 1792, marié
+ à Élisabeth princesse de Wurtemberg. Il mourut en 1859.
+
+ [348] Simon Bolivar, le fameux libérateur de l'Amérique du sud
+ (1783-1830). Il avait été en 1819 nommé dictateur de la Colombie
+ et du Venezuela. Il s'était démis de ses fonctions peu de mois
+ avant sa mort.
+
+
+ «Le 6 mars 1832.
+
+»Cette prise d'Ancône, me met dans un embarras extrême. Pourquoi donc
+y entrer par force? Est-ce que l'on n'était pas convenu avec
+l'Autriche de ce que l'on ferait? Il faut, pour sortir de là, que
+le pape fasse ce qu'il avait promis, que l'on désavoue l'officier qui
+commandait l'escadre, et que l'on fasse dire par l'Angleterre, à
+Vienne, que nous sommes prêts à nous retirer au moment où le pape aura
+tenu l'engagement qu'il a pris avec les plénipotentiaires d'Autriche,
+d'Angleterre et de France. Et tout cela doit être fait dans un moment.
+Le temps ne répare point les étourderies; il faut réparer avant qu'on
+ait pu s'aigrir et se porter à des mesures qui pourraient devenir
+embarrassantes. Si j'étais M. Périer, voilà ce que je ferais, et si
+j'étais auprès de lui, voilà ce que je lui conseillerais. Mais, comme
+j'ai le bonheur de ne pas m'être mêlé de cette affaire et de ne pas
+avoir eu mon opinion à donner, je ne veux pas que vous prononciez mon
+nom sur cela. Si l'on vous demande ce que dit M. de Talleyrand, vous
+répondrez: «Cela ne le regarde pas; il a assez d'affaires avec le
+comte Orloff, et je ne crois pas que ce qui se passe en Italie les
+rende plus faciles.»
+
+»Nos amis en Angleterre sont désolés; ils vont être attaqués au
+Parlement et ne sauront que répondre aujourd'hui sur cette diable
+d'expédition. Le ministère sera pressé fortement par les arguments
+âcres de lord Aberdeen. Les Autrichiens seront mal; cette affaire
+d'Ancône va leur servir de prétexte....»
+
+
+ «Le 7 mars 1832.
+
+»... On attend le comte Orloff par le bateau à vapeur du 9. Si vous
+voyez le roi, dites-lui que l'Angleterre a besoin que l'officier qui,
+à ce que l'on me mande, est entré à Ancône hors de ses instructions,
+soit désavoué. En tout, quand on a une affaire importante, il ne faut
+pas la compliquer par des intérêts qui lui nuisent, quoiqu'ils lui
+soient étrangers....»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 7 mars 1832. 8 heures du soir.
+
+»Mon prince, en sortant de la séance de la Chambre, je me hâte de vous
+envoyer le discours que je viens de prononcer dans la discussion
+générale sur le budget des affaires étrangères. Vous apprendrez avec
+plaisir, mon prince, que cet exposé de la politique du gouvernement a
+obtenu un plein succès.
+
+»J'ai reçu ce matin de Vienne, tant au sujet des ratifications que des
+affaires d'Italie, des nouvelles satisfaisantes. Cependant, comme on
+m'écrivait encore sous la première impression, je ne puis savoir quel
+parti on essayera peut-être de tirer de notre entrée un peu
+irrégulière à Ancône et surtout de ce que le consentement du
+Saint-Siège n'avait pas été donné d'une manière assez explicite.
+
+»Je ne vous écris pas longuement aujourd'hui, mon prince parce que je
+pense que vous serez bien aise de recevoir des premiers des nouvelles
+de la séance de ce jour....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 13 mars 1832.
+
+»Le roi des Pays-Bas se sert aujourd'hui de l'affaire d'Ancône et de
+l'espoir que la _Réforme_ ne passera pas, pour retarder le départ du
+comte Orloff; cela m'est insupportable.
+
+»M. Ouvrard[349] se mêle aussi avec M. de La Rochejacquelein[350] de
+toutes les affaires du roi de Hollande et tous les moyens d'intrigue
+qu'il fournit au roi sont accueillis. Je ne me découragerai pas, mais
+cette affaire-là me tuera. Cette nouvelle difficulté, qui arrête
+encore le comte Orloff à La Haye, m'est très désagréable. A présent,
+on doit convenir que si nous n'avions pas eu la ratification de
+l'Angleterre, et si nous n'étions pas liés avec elle, nous serions
+aujourd'hui dénués de toute force. En restant comme nous sommes,
+accolés à l'Angleterre, nous nous en tirerons; c'est là la base solide
+de notre dynastie. J'y attache le plus grand prix. Le bill de la
+_Réforme_ passera tel qu'il est, à la seconde lecture; il peut y avoir
+quelque amendement lorsqu'il sera porté au comité; sur cela, on n'est
+pas d'accord. Mon opinion n'est pas que les changements altèrent les
+principes du bill....»
+
+ [349] Julien Ouvrard (1770-1847), fameux financier dont la
+ fortune date de la Révolution et de l'empire. Après 1830 il fut
+ mêlé à toutes les intrigues politiques du temps et se mit au
+ service du roi de Hollande, de dom Miguel et de don Carlos.
+
+ [350] Henry, marquis de La Rochejacquelein, neveu du célèbre
+ général vendéen, né en 1805, pair de France sous la Restauration,
+ député en 1842, et sénateur sous l'empire.
+
+
+ «Le 15 mars 1832.
+
+»A la contrariété près, il ne faut voir dans le retard du comte Orloff
+qu'une douzaine de jours de plus de délai, car les ratifications
+arriveront, j'en suis sûr, et sans l'affaire d'Ancône, elles seraient
+déjà ici. Mais on a tant dit à La Haye que cela changerait les
+résolutions du cabinet de Pétersbourg et qu'il fallait attendre, avant
+de venir à Londres, l'effet que cela aurait produit et qui ferait
+peut-être changer les instructions qu'avait le comte Orloff, qu'il a
+consenti à rester. Mais nous serons si raides ici qu'il faudra bien
+qu'il arrive. Je donne à tout cela quinze jours. Sans la prise
+flibustière d'Ancône, tout aurait été fini le 10, comme je l'avais
+dit. S'il n'y a pas de nouvel incident, tout le sera le 30.--Voilà mon
+opinion fixe.--Je ne me soucie pas que vous parliez du mauvais effet
+d'Ancône, parce que cela ferait tort au ministère, et qu'il faut
+l'aider par tout moyen....»
+
+
+M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 14 mars 1832.
+
+ »Prince,
+
+»Cette lettre vous sera remise par mon fils qui va rejoindre son
+poste. Il vous annoncera que le général Sébastiani, dont la santé est
+meilleure, a repris ce matin son portefeuille. Je crois lui laisser
+les affaires étrangères dans un moment où la France a pris une
+attitude convenable sous tous les rapports vis-à-vis des puissances,
+et où nous avons plus que jamais l'espérance d'arriver à la paix, au
+désarmement, à ce résultat qui a été le but de tous nos voeux et de
+tous nos efforts. Nous comptons toujours pour y parvenir, prince, sur
+votre bonne et puissante coopération. Je vous avouerai que l'ardent
+désir de réussir à assurer cette paix, si nécessaire au pays, peut
+seul me faire résister à la pénible tâche dont je me trouve chargé. La
+session qui va finir a été bien fatigante pour moi. Nous avons trouvé
+dans la Chambre un esprit et une tendance qui sont la conséquence
+naturelle et prévue par nous d'un déplacement tel que celui qui est
+résulté de la dernière loi électorale. Nous avons, en grande
+partie, affaire à des hommes dont la tête ne pense point, dont les
+mains ne sont propres qu'à détruire, nullement à édifier. C'est avec
+cela qu'on peut faire facilement des révolutions sans les consolider.
+Nous avons donc trouvé sur notre route parlementaire bien des
+obstacles. Nous avons été, en dernier lieu, contrariés par des
+économies embarrassantes pour nous, sans profit aucun pour la France.
+Je dois le dire, cependant, la vérité, que nous n'avons pas hésité à
+faire entendre souvent tout haut, n'a pas été totalement perdue. On
+commence à revenir dans le pays à des idées d'ordre et de
+gouvernement. Sans qu'on nous accuse de nous avancer trop, nous
+pouvons affirmer qu'à aucune époque, notre position intérieure n'a été
+plus solide et plus forte contre les attaques qu'elle ne l'est
+aujourd'hui.
+
+»Je ne m'étendrai pas, prince, sur nos rapports avec les puissances;
+mes deux derniers discours vous auront tout dit sur notre système de
+politique intérieure. Avec l'échange des ratifications que nous
+attendons impatiemment, nous n'avons plus rien à coeur que de voir
+promptement terminer les affaires d'Italie. Je pense qu'on y arrivera
+avec l'aide des représentations des puissances auprès de la cour de
+Rome.
+
+»J'ai eu ce matin à ce sujet une réunion des ministres des cinq cours.
+Deux partis y ont été discutés: le premier, de continuer l'occupation
+simultanée des troupes autrichiennes et françaises, en sollicitant la
+prompte solution des différends du Saint-Siège avec les légations;--le
+second, de faire remplacer les troupes actuellement occupantes par des
+Suisses venant du royaume de Naples. Cependant, comme cette dernière
+mesure entraînerait de longs délais, nous désirons bien que les
+affaires soient terminées avant le temps nécessaire pour sa mise à
+exécution. Tout ceci n'a été cependant qu'une simple conversation
+entre les ministres des cinq cours et moi....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 17 mars 1832.
+
+»Aujourd'hui, malgré tous les moyens dilatoires employés par le roi
+des Pays-Bas, je dois croire que les ratifications du comte Orloff
+arriveront ici en même temps que lui, et qu'il sera ici au plus tard
+dans quinze jours. Les ministres hollandais ont reçu leur courrier et
+un mémoire, mais je crois qu'ils auront de la difficulté à nous faire
+une communication parce que le roi trouve qu'il n'est pas de sa
+dignité de nous faire une communication nouvelle avant que nous lui
+ayons fait une réponse à la note jointe au projet de traité qu'il nous
+a fait remettre il y a un mois. Mais comme je suis décidé, ainsi que
+l'Angleterre, à ne rien écouter avant que les ratifications soient
+arrivées[351], ils sont fort embarrassés de trouver un moyen pour
+entrer en matière avec nous. C'est cette résolution-là qui forcera les
+ratifications d'arriver.--Mais il faut qu'à Paris on finisse les
+affaires d'Ancône, qui servent de prétexte à tout ce que l'on aime à
+dire contre le gouvernement français à La Haye. Les malveillants
+attribuent toujours le système de délai de la Hollande à l'espoir
+que le ministère anglais ou le ministère français sera forcé de
+quitter les affaires....»
+
+ [351] Lord Palmerston et M. de Talleyrand marchaient absolument
+ ensemble sur ce point. (Voir à l'Appendice trois lettres qui en
+ font foi, pages 496, 497 et 498).
+
+
+ «Le 22 mars 1832.
+
+»L'effet produit par cette affaire d'Ancône augmente chaque jour. Tout
+le monde est effrayé et on a dans la bouche: «Voilà les formes
+révolutionnaires qui reviennent.»--Le dernier courrier envoyé par le
+comte Orloff a été motivé par les affaires d'Italie. Le pape a envoyé
+partout la proclamation du capitaine Gallois[352]; elle anime tout le
+monde, amis et ennemis. Si nous étions dans cette situation au moment
+où se décidera l'affaire de la réforme, je ne sais pas ce qui
+arriverait. Je vous avoue qu'il me paraîtrait bien dur, après dix-huit
+mois de difficultés vaincues d'échouer au port, par une fantaisie
+d'expédition dénuée de sens commun. Qu'est-ce que deux ou trois mille
+hommes, à Ancône quand les Autrichiens en ont soixante-mille dans le
+Milanais? C'est vraiment de la démence....»
+
+ [352] Le capitaine de vaisseau Gallois commandait l'escadre
+ envoyée à Ancône. Il devint contre-amiral en 1835.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.
+
+ «Londres, le 22 mars 1832.
+
+»La confiance, je dirai l'amitié que vous me témoignez, monsieur me
+font un devoir d'attirer votre attention sur l'extrême importance des
+circonstances actuelles; l'entreprise d'Ancône les a fort
+compliquées; il en est résulté un grand effarement chez nos amis, et
+une vive satisfaction chez les ennemis de notre gouvernement, qui y
+cherchent des arguments pour attaquer jusqu'à la loyauté de notre
+cabinet, ce qui n'avait pas été fait depuis que vous êtes à la tête du
+ministère. Votre grande droiture a donné à notre ministère une force
+qu'il ne faut pas perdre; vous en auriez moins pour combattre les
+folies intérieures, si vous cessiez d'être regardé par l'Europe comme
+le conservateur du bon droit et du bon ordre.
+
+»Terminons donc, je vous en supplie, l'affaire d'Ancône, et faites-en
+porter la peine à quelques subalternes qui se sont trop souvenus des
+temps révolutionnaires. L'opinion de tous les partis se prononce ici
+sur cette question d'une façon embarrassante; le cabinet anglais ne
+sait comment l'expliquer, ni comment la justifier. Vous verrez, par ma
+dépêche de ce jour, en termes adoucis, de quelle manière le roi
+d'Angleterre m'en a parlé ce matin. Si cette fâcheuse affaire n'était
+pas terminée avant la question de la réforme, et si la réforme
+tournait mal pour le ministère de lord Grey, je ne sais vraiment où
+nous en serions. En vérité, trois mille hommes à Ancône sont trop peu
+de chose pour que la France puisse y trouver une satisfaction
+d'amour-propre; et cependant, notre séjour sur ce point menace
+d'embraser tout le midi et augmente les difficultés et prolonge les
+délais dans les affaires du nord.
+
+»Vous verrez, monsieur, dans cette lettre que j'écris à regret,
+combien je suis préoccupé des intérêts de notre gouvernement, et de
+votre gloire en particulier.
+
+»Agréez....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 27 mars 1832.
+
+»Le comte Orloff arrive décidément demain à Londres. Il n'a rien
+obtenu à La Haye; le roi s'est refusé à tout. Nous aurons d'ici à peu
+de jours les ratifications de Prusse et d'Autriche, c'est sûr. La
+déclaration que le comte Orloff a donnée en partant s'exprime très
+fortement sur ce que l'empereur Nicolas a voulu être utile au roi. Il
+y dit que le roi s'étant refusé à ses conseils, il ne pouvait compter
+sur aucun appui de sa part.--Les choses marchent comme je l'ai voulu:
+nous triompherons, mais il ne faut pas que les Belges aillent faire
+des folies. Quel est le ministre qu'on veut envoyer de chez nous à
+Bruxelles? On ne saurait trop choisir un homme prudent. La séance
+d'hier sur la réforme a été bonne pour le ministère; le bill passera à
+la seconde lecture qui aura lieu jeudi le 5 avril; viendra ensuite le
+comité où se feront quelques propositions d'amendements....»
+
+
+ «Le 28 mars 1832.
+
+»Le comte Orloff est arrivé cette nuit, comme je vous l'annonçais
+hier. Il est venu chez moi ce matin. J'ai laissé, à cette première
+visite toute la réserve d'une visite de politesse. Il m'a parlé de son
+voyage en Hollande; il m'a dit du bien de M. de Mareuil (je l'ai cité
+dans ma dépêche) et tenait, à ce qu'il m'a paru, à dire qu'il avait
+catégoriquement demandé par _oui_ ou par _non_ au roi, s'il adoptait
+les vingt-quatre articles. Le roi lui ayant dit que _non_, il a remis
+une déclaration dont M. de Fagel a la copie, et il est parti pour
+Londres. C'est là tout ce que l'on sait aujourd'hui[353]....»
+
+ [353] Voici cette déclaration qui est assez décisive:
+
+ «Après avoir épuisé tous les moyens du persuasion et toutes les
+ voies de conciliation pour aider Sa Majesté le roi des Pays-Bas à
+ établir par un arrangement à l'amiable et conforme tout à la fois
+ à la dignité de sa couronne et aux intérêts de ses sujets qui lui
+ sont restés fidèles, la séparation des deux grandes divisions du
+ royaume des Pays-Bas, l'empereur ne se reconnaît plus dorénavant
+ la possibilité de lui prêter aucun appui ni secours.
+
+ »Quelque périlleuse que soit la situation où le roi vient de se
+ placer et quelles que puissent être les conséquences de son
+ isolement, Sa Majesté Impériale faisant taire quoique avec un
+ regret inexprimable, les affections de son coeur, croira devoir
+ laisser la Hollande supporter seule la responsabilité des
+ événements qui peuvent résulter de cet état de choses.
+
+ »Fidèle à ses principes, elle ne s'associera pas à l'emploi de
+ moyens coercitifs qui auraient pour but de contraindre le roi des
+ Pays-Bas par la force des armes à souscrire aux vingt-quatre
+ articles. Mais, considérant qu'ils renferment les seules bases sur
+ lesquelles puisse s'effectuer la séparation de la Belgique et de
+ la Hollande ... Sa Majesté Impériale reconnaît comme juste et
+ nécessaire que la Belgique reste dans la jouissance actuelle des
+ avantages qui résultent pour elle desdits articles et notamment de
+ celui qui stipule sa neutralité déjà reconnue en principe par le
+ roi des Pays-Bas lui-même. Par une conséquence naturelle de ce
+ principe, Sa Majesté Impériale ne saurait s'opposer aux mesures
+ répressives que prendrait la conférence pour garantir et défendre
+ cette neutralité, si elle était violée par une reprise des
+ hostilités de la part de la Hollande....»
+
+
+ «Le 30 mars 1832.
+
+»On avait promis d'envoyer des troupes françaises en Italie, si les
+Autrichiens entraient dans les États du pape.--Voilà ce qu'on vous a
+dit; eh bien, cela n'a pas le sens commun. A qui a-t-on promis? Est-ce
+au pape?--Il n'a rien demandé à la France.--Est-ce à
+l'Autriche?--C'est ridicule à penser.--C'est donc à M. Mauguin ou à M.
+Lamarque: voilà un bel engagement! Peut-on comparer la position de
+l'Autriche, vis-à-vis de Rome, à la position de la France? Quand il y
+a des mouvements populaires dans les légations, l'Autriche, qui
+est voisine, est menacée; la France l'est-elle?--Je vous le répète:
+lord Holland, sir Francis Burdett[354], lord Grey, trouvent que cette
+expédition ne peut pas se défendre, et ils le disent tous très
+amicalement, mais c'est leur opinion. Une affaire pour laquelle il
+faut toujours donner des explications est très certainement une très
+mauvaise affaire. Je la défends de mon mieux, mais parce qu'il est de
+mon devoir de défendre ce que fait le gouvernement; mais il ne sortira
+de là que des embarras, parce que cela change la position
+anti-propagandiste que nous avons voulu prendre. Et en vérité, dans un
+temps où il y a une Vendée en mouvement, un Midi qui s'y met dans
+beaucoup d'endroits, c'est une folie de faire intervenir les questions
+et les démêlés avec Rome, qui agit dans la Vendée et dans plusieurs
+villes du Midi. Finissons l'affaire d'Ancône, et tout ira bien pour le
+reste. Je m'en charge. Ce matin encore, le comte Orloff, me disait:
+«C'est une chose que nous ne pouvons pas comprendre d'une manière
+plausible, que cette expédition; du reste cela ne me regarde pas. Je
+vous parle de cela parce que n'étant qu'un voyageur bénévole, je puis
+parler de tout....»
+
+ [354] Sir Francis Burdett (1770-1844). Il entra à la Chambre des
+ communes en 1796 où il devint un des principaux leaders du parti
+ whig. Il représentait le bourg de Westminster en 1831, et soutint
+ énergiquement le bill de réforme.
+
+
+ «Le 4 avril 1832.
+
+»La Russie se fait bien attendre. L'ordre d'échanger les ratifications
+n'est pas encore arrivé; probablement on l'aura demain; mais cela
+plaît aux Russes, qui veulent croire qu'on les attend; ce qui n'est
+pas tout à fait vrai, quoique au fond cela convînt assez. Cela se
+borne là, car on peut compter la chose comme faite....»
+
+
+Dans l'intervalle de nos négociations, le choléra qui était depuis
+plusieurs mois à Londres, éclata à Paris et le président du conseil,
+M. Casimir Périer, en avait été atteint[355], ce qui donna lieu à la
+lettre suivante du général Sébastiani:
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 12 avril 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je puis vous parler aujourd'hui, en toute certitude et toute
+confiance de l'état de M. le président du conseil. Non seulement il
+est hors de danger, mais on ne met plus en doute qu'il ne puisse assez
+prochainement reprendre ses travaux. J'étais, quant à moi, très décidé
+à quitter les affaires, si sa santé eût exigé qu'il rentrât dans la
+vie privée. Fort heureusement pour la France et pour l'Europe, nous le
+conserverons à la tête du ministère, et tous les intérêts de premier
+ordre qui se rattachent d'une manière si étroite au système que nous
+avons adopté trouveront ainsi, dans la continuation assurée de ce
+système, les garanties dont ils ont besoin.
+
+ [355] Le choléra s'était répandu en Europe vers la fin de 1831.
+ En janvier 1832, il était à Londres. Le 29 mars, il fut signalée
+ Paris, où il prit immédiatement une intensité redoutable. Le 3
+ avril, M. Casimir Périer en fut atteint à la suite d'une visite
+ qu'il avait faite à l'Hôtel-Dieu avec le duc d'Orléans. Il lutta
+ six semaines contre le fléau et finit par succomber le 16 mai.
+
+»Au reste, mon prince, comme vous le pouvez croire, les adversaires du
+gouvernement n'ont pas manqué d'exploiter les incertitudes auxquelles
+devait d'abord donner lieu le malaise grave de M. le président du
+conseil, pour chercher à préparer les esprits à de nouvelles
+combinaisons ministérielles. Mais leur impuissance à cet égard était
+chose trop notoire pour qu'ils pussent faire impression, et bientôt,
+avertis eux-mêmes de leur peu d'influence par le caractère soutenu de
+l'anxiété publique, ils ont jugé devoir changer leurs batteries et
+exprimer le voeu que M. Périer restât aux affaires, pour le voir
+succomber plus tard, ont-ils dit, sous les efforts de son propre
+système.
+
+»Tout cela, mon prince, n'est que ridicule, et n'a rien d'alarmant. Le
+ministère continuera à marcher d'un pas ferme dans les mêmes voies, et
+si la convalescence de M. le président du conseil lui commande d'user,
+pendant quelque temps encore, de grands ménagements, les circonstances
+n'exigent plus heureusement de lui qu'il se prodigue en efforts et en
+travaux comme il a dû le faire depuis plus d'une année. La session
+touche à sa fin. Demain ou après-demain, la Chambre des députés sera
+close de fait: ils ont hâte de terminer et de retourner dans leurs
+foyers. Vous aurez pu en juger par la rapidité avec laquelle ils ont
+voté les derniers projets de loi.
+
+»Le gouvernement du roi va donc se trouver moins entravé, plus libre
+dans sa marche: il n'aura plus à perdre, en discussions si souvent
+oiseuses, quelquefois même si inopportunes, un temps que les intérêts
+positifs du pays réclament presque tout entier. La cause de la paix ne
+pourra qu'y gagner et il ne dépendra pas de nous, mon prince, que
+toutes les puissances ne mettent à profit cet intervalle pour
+resserrer et fortifier des liens dont la durée leur importe à toutes
+au même titre.
+
+ »Recevez....»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 16 avril 1832.
+
+»Les ratifications autrichienne et prussienne sont ici; le pouvoir de
+les échanger y est aussi, mais on exprime de Berlin un grand désir que
+l'on attende, si on le peut, la réponse au courrier russe. Tout cela a
+pour objet de placer la responsabilité sur MM. de Bülow et de
+Wessenberg, qu'on n'aime pas à Berlin et à Vienne, parce qu'ils ont
+signé le traité du 15 novembre. Je les presse, mais toutefois en les
+ménageant, parce que le fait est qu'à l'époque de la signature du
+traité ils ont été fort bien, très courageux et très décidés, croyant
+qu'ils faisaient ce qui était utile à leurs gouvernements. Tout sera
+décidé demain au soir. Attendra-t-on trois ou quatre jours de plus, ou
+finira-t-on demain? Je n'ai pas encore d'opinion sur cela....»
+
+
+ «Le 16 au soir.
+
+»Je vous ai écrit ce matin, à moitié endormi. La séance de la Chambre
+des lords n'a fini qu'à sept heures du matin, et j'ai voulu, avant de
+me coucher, faire annoncer le succès du ministère anglais par le
+télégraphe. Voilà une affaire bien finie, la majorité a été de neuf
+voix. Ainsi j'avais exactement annoncé au gouvernement quel serait le
+résultat de cette grande et importante affaire. Le comité pour régler
+les détails du bill de réforme, ne se réunira qu'après Pâques, car
+tout le monde est fatigué et veut aller à la campagne. Rien de nouveau
+de la Russie. On attend parce qu'on ne peut faire autrement, mais tout
+le monde est dans une forte impatience. Je tiendrai bon jusqu'à
+la fin. Je ne veux penser à mon âge que quand les ratifications seront
+venues; mais alors, j'y penserai un peu et je le dirai sérieusement.
+Je me suis plu à finir ma carrière par une grande chose et par une
+grande marque de dévouement: la grande chose, c'est la paix et notre
+union avec l'Angleterre: le dévouement, c'est d'avoir donné deux
+années de temps, de fatigue de tête, de changement de vie, à
+l'établissement au dehors de notre dynastie à qui il faut à tout prix
+donner des bases solides; et c'est en Angleterre qu'elle les trouvera;
+et je vous assure bien que ce n'est pas à Ancône, dont les embarras se
+feront sentir, quoi que l'on en dise. On a trop cru faire quelque
+chose d'agréable à l'opposition; tout cela a été mal compris: il ne
+faut pas chercher à lui plaire, parce qu'on ne lui plaira jamais. Il
+faut la contenir, et on le peut. Je raisonne là tout à mon aise, parce
+que je ne suis et ne voudrais être pour rien dans le pouvoir....»
+
+
+ «Le 17 avril au soir 1832.
+
+»La réponse au courrier du 14 mars envoyé par le comte Orloff
+lorsqu'il était à La Haye, est arrivée à l'ambassade russe, et, comme
+elle n'est pas définitive, demain nous passerons outre et nous
+engagerons les plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse à faire leur
+échange de ratifications avec le plénipotentiaire belge. Ainsi, demain
+18, à quatre heures, cela sera fini; il ne restera plus que la Russie
+qui viendra certainement à la fin du mois. Attendre plus longtemps
+aurait été une marque de déférence pour la Russie qui aurait été trop
+forte. Des égards, je les comprends; mais de la déférence qui aurait
+l'air d'une reconnaissance de supériorité, nous ne pouvons, nous
+ne voulons l'admettre. Ainsi demain, tout tranquillement, nous
+laisserons la Russie de côté, et nous aurons les deux autres
+ratifications échangées. Il ne faut être raide que quand il le faut;
+mais, quand il le faut, il faut être inébranlable....»
+
+
+ «Le 23 avril 1832.
+
+»Je ne comprends rien à ce qu'on m'écrit de notre ministère des
+affaires étrangères de Paris sur les ratifications de Prusse et
+d'Autriche. Le fait est que les ministres autrichien et prussien
+n'étaient autorisés à faire leur échange qu'avec le consentement des
+Russes, et ce consentement ils ne l'ont pas eu,--ou bien en même temps
+que les Russes, c'est-à-dire plus tard qu'ils ne l'ont fait, puisque
+les ratifications russes ne sont pas encore arrivées. Je me figure que
+c'est pour m'ôter le petit mérite de cette affaire que l'on se donne
+la peine de dire que M. de Bülow avait reçu l'ordre positif d'échanger
+sur-le-champ. Au reste, cela me fait peu de chose; ici on sait bien ce
+qui en est....»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 20 avril 1832.
+
+»Je vous remercie beaucoup, mon cher prince, d'avoir chargé madame de
+Vaudémont de me communiquer la lettre que vous lui écriviez le 17, ce
+qu'elle a fait hier avec un aimable empressement pour moi, et à six
+heures le roi a reçu, par dépêche télégraphique, la confirmation de
+l'importante et si bonne nouvelle de l'échange des ratifications de
+l'Autriche et de la Prusse, faite le 18, comme vous l'annonciez la
+veille[356]. J'ai besoin de vous en exprimer tout de suite ma
+satisfaction et de vous en faire tous mes compliments, car c'est bien
+à vos peines, à votre habileté et à votre fermeté, surtout dans cette
+dernière circonstance, que nous devons cet heureux résultat qui nous
+assure l'immense et incalculable avantage de la paix, à laquelle je
+croyais depuis longtemps. Mais le retard prolongé des ratifications de
+l'Autriche et de la Prusse donnait une arme puissante à tous nos
+ennemis pour en faire douter, et semer l'inquiétude à cet égard, ce
+qui était un grand mal. Grâce à vous, c'est enfin fini; et sans
+attendre la ratification de la Russie, ce qui est une grande et belle
+victoire pour vous, et je suis bien convaincue que personne autre que
+vous n'aurait pu la remporter.
+
+ [356] La ratification de l'Autriche contenait une réserve au
+ sujet _des droits de la Confédération germanique quant aux
+ articles qui concernent l'échange d'une partie du Limbourg contre
+ une partie du Luxembourg_. En outre, par une déclaration insérée
+ au protocole, le plénipotentiaire autrichien prévoyait la
+ _nécessité_ d'une négociation ultérieure entre la Hollande et la
+ Belgique pour la conclusion d'un traité comprenant les
+ vingt-quatre articles avec les modifications que les cinq
+ puissances auront jugé admissibles.
+
+ La ratification prussienne était pure et simple dans ses termes.
+ Toutefois, M. de Bülow adhéra verbalement à la réserve de
+ l'Autriche et, en outre, fit insérer au protocole une déclaration
+ témoignant des _vives sympathies_ de son gouvernement pour celui
+ de la Haye, et de son désir de voir ajouter ultérieurement au
+ traité des articles additionnels qui pourraient améliorer la
+ situation de la Hollande.
+
+»Cette bonne nouvelle est arrivée bien à propos pour dédommager et
+consoler un peu notre bon roi de toutes ses peines et de ses soucis.
+Ce malheureux choléra nous attaque ici d'une manière bien vive et bien
+cruelle et nous plonge dans la tristesse; c'est une affreuse calamité.
+M. Périer l'a eu bien fortement; il est en convalescence, mais il
+paraît que les convalescences de cette maladie sont bien longues. M.
+d'Argout aussi a été attaqué bien vivement. Vous jugez dans
+quelle anxiété cela met le roi...»
+
+
+ »Le samedi, 21 avril.
+
+»Je reprends cette lettre que je n'ai pu finir hier.--Toutes les
+difficultés étrangères tendent à s'aplanir, car la roi a reçu hier
+soir la nouvelle que le pape consent à ce que nos troupes restent à
+Ancône le temps que les troupes autrichiennes resteront dans ses
+États; et le matin il avait reçu celle du rappel du cardinal
+Albani[357]. Je suis contente de vous donner ces bonnes nouvelles qui,
+j'espère, vous réconcilieront un peu avec notre expédition d'Ancône,
+et que, si vous ne croyez pas qu'elle ait fait du bien (manière de
+voir que quelques personnes de votre connaissance et _de la mienne_
+ont), vous conviendrez au moins qu'elle n'a pas fait de mal, et c'est
+beaucoup.
+
+ [357] Joseph Albani, de l'illustre famille romaine de ce nom,
+ était commissaire apostolique dans la Romagne, où il s'était
+ signalé par des rigueurs excessives. Son rappel fut le signal
+ d'une détente et d'un apaisement dans le pays. Le cardinal mourut
+ en 1834.
+
+»Le _Courrier anglais_ a fait un bon article, que je lisais ce matin,
+sur le droit de Louis-Philippe au trône, au sujet de la détestable
+phrase[358] de sir Robert Peel, dans la discussion de lundi sur
+les captures brésiliennes. Mais je voudrais qu'on eût bien établi que
+dom Miguel avait accepté la régence et que, par conséquent, il n'avait
+qu'en dépôt la couronne de dona Maria, qu'il s'est appropriée; tandis
+que Louis-Philippe n'avait pris aucun engagement, qu'il ne voulait
+absolument pas de la royauté et qu'il ne s'est déterminé à l'accepter
+que quand il a eu la conviction qu'il n'y avait que ce moyen de sauver
+notre chère France de l'anarchie et des plus grands malheurs. Ce n'est
+qu'alors qu'il s'est rendu _au voeu unanime_; car il l'était à cette
+époque, dont vous avez été témoin comme moi...»
+
+ [358] A la séance de la Chambre des communes du 16 avril, il
+ s'éleva une discussion à propos des réclamations de sujets
+ anglais contre la capture de bâtiments de commerce anglais faite
+ par le gouvernement brésilien au moment où il était en guerre
+ avec la République Argentine. Le Brésil avait promis une
+ indemnité qui n'avait jamais été payée. Sir R. Peel prit la
+ parole et transporta immédiatement la question sur le terrain
+ politique: il protesta contre l'appui donné par l'Angleterre à
+ dom Pedro. Il compara dom Miguel à Louis-Philippe. «En quoi,
+ dit-il, ses droits sont-ils moins bons que ceux de Louis-Philippe
+ à la couronne de France. Certes, ce n'est pas sous le rapport de
+ la légitimité...»
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 24 avril 1832.
+
+»... La lettre que j'ai reçue de Mademoiselle est toute pleine
+d'Ancône. Je suis charmé que cette affaire prenne une tournure
+régulière; c'est la forme révolutionnaire qu'avait eue cette
+entreprise qui avait blessé tous nos amis. Les Autrichiens étaient
+appelés; nous ne l'étions pas; voilà l'énorme différence.
+
+»Quand l'empereur Napoléon est entré en Espagne, détestable entreprise
+d'où date le décroissement de sa puissance, il s'était fait appeler
+par le roi d'Espagne et il avait mis du soin à ce que cela fut
+observé. Nous sortons d'une révolution, et en pareille position, quand
+on veut s'établir, il faut montrer à tous les gouvernements,
+naturellement inquiets, que l'on n'est pas révolutionnaire. C'est à
+cela que je me suis attaché ici, et voilà pourquoi j'ai réussi...»
+
+
+LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 24 avril 1832.
+
+»... Nos affaires intérieures et extérieures iraient bien sans la
+fâcheuse complication produite par la maladie de M. Périer, celle de
+d'Argout, et l'état de Sébastiani, quoique ce dernier se soit fort
+remis depuis quelque temps. M. Périer n'a plus de choléra, mais une
+guérison de la façon de Broussais[359] équivaut à une maladie
+mortelle. En attendant, les intrigues ministérielles vont leur train,
+et il existe toujours des faux frères.»
+
+ [359] Le docteur Broussais, professeur à la faculté de Paris
+ (1772-1838), le chef de l'école physiologique qui, après avoir
+ été fort en vogue, était tombée dans un discrédit complet.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 1er mai 1832[360].
+
+ [360] M. de Talleyrand écrivait le soir de ce même jour une autre
+ lettre à madame de Vaudémont qu'on lira également avec
+ intérêt.--Voir à l'Appendice, p. 498.
+
+»Comment voulez-vous que je parle de ratifications russes avant qu'on
+les sache à Paris? Ce n'est que par Paris que je les sais et ce n'est
+que d'hier au soir qu'elles sont arrivées ici, tandis qu'à Paris, vous
+les connaissez depuis trois jours.
+
+»Lord Palmerston ne revient de la campagne que jeudi 3; d'ici là, nous
+ne saurons rien que mal. Le 3, nous aurons une conférence, et
+j'écrirai ce jour-là au département et à vous.»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 29 avril 1832.
+
+»Voilà la ratification de la Russie arrivée, c'est un beau triomphe,
+mon cher prince, et qui nous assure la première chose de toutes: la
+paix.--Notre roi avait besoin de cette grande et bonne nouvelle pour
+le consoler et le dédommager des nouveaux embarras que lui cause la
+maladie de M. Périer, qui l'afflige beaucoup. Malheureusement sa
+convalescence n'est réellement pas établie, et il est dans un état qui
+laisse la plus grande incertitude sur le résultat qu'il aura. Mais,
+qu'il se prolonge ou non, le roi tient à suivre le même système de
+gouvernement, qui, je sais, est le vôtre aussi. C'est pour cela que,
+même sans en rien dire à notre cher roi, à qui je ne veux pas, surtout
+dans ce moment, donner un nouveau tourment de plus, je viens vous
+consulter sur une nouvelle difficulté que l'état de santé de notre
+pauvre général Sébastiani, dont je ne suis pas tout à fait contente,
+me fait craindre.
+
+»S'il était dans le cas de ne pouvoir rentrer aux affaires étrangères,
+quel serait votre avis sur le choix bien important de la personne qui
+pourrait le remplacer? Je vous le demande en toute confiance, et vous
+pouvez me répondre de même, étant bien certain que cela restera _entre
+vous et moi_. Mais je tiens beaucoup à savoir votre avis sur cet objet
+que je regarde comme bien essentiel et sur lequel vous avez tant de
+lumières, avant que la chance arrive. Je remettrai cette petite
+lettre-ci à madame de Vaudémont, pour vous la faire passer d'une
+manière sûre, mais elle ignore entièrement son objet; et vous
+jugez combien je mets de prix à ce que cela soit tout à fait secret de
+vous à moi, et que personne ne puisse se douter de la demande que je
+vous fais, d'autant que ce n'est qu'une prévoyance pour l'avenir, et
+qu'une indiscrétion risquerait de troubler et de gâter le présent....»
+
+
+Cette lettre de Madame Adélaïde, quoi qu'elle contînt sur l'ignorance
+du roi, avait été probablement dictée par lui, pour me sonder sur les
+vues personnelles que je pouvais avoir dans la question qui en faisait
+le sujet. D'autres personnes m'avaient écrit de Paris, pour savoir si
+je ne voudrais pas entrer au ministère, soit à la place de M. Périer,
+soit à celle du général Sébastiani, si ces deux ministres se
+retiraient. On m'adressa même plusieurs envoyés, chargés de me faire
+des ouvertures de divers côtés, sur le même sujet. C'est ce qui me
+détermina à écrire la lettre suivante au baron Louis qui avait été
+employé comme intermédiaire près de moi, en le priant de faire de ma
+lettre l'usage qu'il jugerait utile.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND AU BARON LOUIS.
+
+ «Londres, le 3 mai 1832.
+
+»Il y avait bien longtemps que je n'avais vu de votre écriture, mon
+cher Louis. Votre lettre m'a fait plaisir; elle est de confiance, et
+me replace par là, dans la situation où j'ai toujours voulu être avec
+vous.
+
+»Voici mon opinion: il faut se dévouer pour ce qu'on sait faire et ne
+jamais entreprendre ce que l'on n'est pas sûr de faire mieux que les
+autres. C'est pour cela que je vous désirais aux finances; et
+personne ne pouvait y être mieux que vous: c'est pour cela aussi que
+je suis venu à Londres, croyant que j'étais plus propre qu'aucun autre
+à maintenir la paix. Nous avons eu raison tous deux, car nos finances
+vont bien, et la paix est assurée. J'en reste là pour ma vie
+politique. Il y a cinquante ans que je sers la France, car c'est
+toujours elle qu'on a dû servir. Vous avez pensé et agi de même. A
+toutes les époques il y a eu du bien à faire ou du mal à empêcher;
+voilà pourquoi, quand on aime son pays, on peut, et dans mon opinion,
+on doit le servir sous tous les gouvernements qu'il adopte.
+
+»A présent, je dois vous dire que je resterai ici jusqu'à ce que je me
+sois bien assuré que le but de mon voyage a été atteint, ou qu'il est
+au moment de l'être. Je demanderai ensuite un congé de quatre mois
+pour aller aux eaux, et pour mes propres affaires dont, depuis deux
+ans je ne sais rien, car, depuis que je suis à Londres, je ne pense
+pas une minute à autre chose qu'à ce qui conduit au résultat dont on
+avait tant de besoin, car sans la paix, personne ne peut dire où nous
+aurions été entraînés.
+
+»Ainsi, ne pensez pas à moi pour aucune place ministérielle; je
+refuserais, c'est positif. Vous me parlez d'un ministre des affaires
+étrangères; il n'y en a que deux que l'on puisse prendre: M. de Rigny
+ou M. de Sainte-Aulaire. Tout autre, dans les circonstances actuelles,
+serait un mauvais choix, et rejetterait le dehors dans son système de
+méfiance dont M. Périer et moi, l'avons tiré. M. de Bassano, serait un
+choix _funeste_, et d'anciens serviteurs de l'empereur, tels que vous
+et moi, doivent en être pénétrés plus que personne: car enfin, il a
+perdu son maître. On le tient avec raison pour incapable et
+hostile. Adieu. Écrivez moi le parti que l'on est disposé à prendre.
+
+ »Mille amitiés.... TALLEYRAND.»
+
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 5 mai 1832.
+
+»A trois heures du matin, les ratifications avec la Russie ont été
+échangées; et cela a été une très longue et très difficile affaire,
+parce que la ratification n'a pas été pure et simple[361]. Il a fallu
+la fortifier, et je crois que nous y sommes parvenus. Je n'ai été
+occupé que de cela pendant trente-six heures. Aujourd'hui les choses
+sont bien arrangées. Le comte Orloff est parti cette nuit.--J'écris
+officiellement et particulièrement pour demander un congé de quatre
+mois, avec liberté d'en faire usage à l'époque que je croirai la plus
+convenable. J'ai essentiellement besoin de repos; depuis vingt mois,
+je ne vis que pour arriver où je suis parvenu hier. Il faut que je
+pense à mes jambes, à mes yeux, et que j'aille regarder mes affaires.
+Je demande M. Durant de Mareuil pour me remplacer ici, sans que cela
+fasse tort à son avancement, le désignant comme seul qui soit propre à
+une chose difficile....»
+
+ [361] La ratification russe portait une réserve importante.
+ L'empereur Nicolas ne ratifiait que «sauf les modifications et
+ amendements à apporter dans un arrangement définitif entre la
+ Hollande et la Belgique aux articles 9, 12 et 13». Or les
+ articles en question relatifs à la navigation des eaux
+ intermédiaires et au partage de la dette étaient précisément ceux
+ que le cabinet de la Haye refusait de reconnaître.
+
+
+ «Londres, le 8 mai 1832.
+
+»La première schédule du bill de réforme est celle qui désigne un
+certain nombre de bourgs qui perdront leur privilège; la seconde
+schédule est celle qui désigne un certain nombre de grandes villes qui
+acquerront le privilège électoral.
+
+»Lord Lyndhurst[362] a proposé que la seconde schédule fût discutée la
+première. Cette motion, attaquée par le chancelier lord Holland et
+lord Grey et défendue par lord Harrowby et quelques autres de ce côté,
+a été adoptée par cent cinquante et une voix contre cent seize,
+c'est-à-dire à une majorité de trente-cinq voix contre le ministère.
+
+ [362] John Singleton Copley, baron de Lyndhurst, né en 1772,
+ avait d'abord été député aux Communes. Il fut lord chancelier
+ dans le cabinet Wellington. Il se démit en 1830 au moment de la
+ chute du cabinet tory, fut de nouveau revêtu de cette charge en
+ 1834 et en 1841. Il mourut en 1863.
+
+»Lord Ellenborough[363] a fait, en forme de proposition, des
+objections au bill dans le sens plus que libéral; c'était dans la vue
+de dépopulariser le ministère. Il a agi comme notre _Gazette de
+France_ avec son vote universel. Dans la peur d'être libéral, tous ces
+gens-là, de tous les pays, se font radicaux. N'est-il pas singulier
+que lord Ellenborough prenne ses formes politiques chez M.
+Genoude[364]? Quel singulier temps! Lord Grey et le chancelier sont
+partis ce matin pour Windsor avec la demande de faire soixante pairs
+ou l'offre de leur démission. Ils ne reviendront que dans la
+nuit. Voilà où en sont les choses...»
+
+ [363] Édouard Law, comte d'Ellenborough, succéda en 1818 à son
+ père à la Chambre des lords, où il siégea dans le parti tory. Il
+ fut, en 1834 et 1841, président du bureau des affaires de l'Inde,
+ gouverneur général de l'Inde en 1841, premier lord de l'amirauté
+ en 1846, et président du bureau de contrôle de l'Inde en 1858.
+
+ [364] Antoine-Eugène Genoude, né en 1792, fut d'abord professeur
+ de l'Université. Il se fit plus tard un nom comme publiciste et
+ journaliste ultra-royaliste sous la Restauration. Après 1830, il
+ continua la lutte en faveur de la légitimité dans la _Gazette de
+ France_ dont il était le propriétaire et le principal rédacteur.
+ Il fut élu député en 1846 et mourut en 1849. M. Genoude était
+ entré dans les ordres en 1834. Au moment de la discussion de la
+ loi électorale, la _Gazette de France_ avait demandé le suffrage
+ universel dans le seul but de faire de l'opposition au cabinet
+ qui réclamait le cens de deux cents francs.
+
+
+ «Londres, le 9 mai 1832, dix heures du matin.
+
+»Le roi a accepté la démission des ministres. Il n'a encore appelé
+personne pour former un nouveau gouvernement[365].
+
+»Il faut, chez nous, montrer une grande tranquillité, suivre la même
+marche, garder les mêmes ministres; attendre le retour de la santé de
+M. Périer et se féliciter de ce qu'on a fait un arrangement en Italie
+et de ce que toutes les ratifications sont échangées...»
+
+[Footnote 365: Le roi avait refusé le 8 mai de créer les soixante pairs
+que réclamaient lord Grey et lord Brougham. Il préféra accepter la
+démission des ministres. Le duc de Wellington fut chargé de composer un
+nouveau cabinet, mais ses négociations échouèrent, en même temps qu'une
+vive opposition contre tout changement de ministère se manifestait dans
+l'opinion publique. Finalement, après une crise qui dura dix jours,
+lord Grey retira sa démission, et le cabinet fut reconstitué.]
+
+ «Le 10 mai 1832.
+
+»... Ici, rien n'est encore décidé; on est dans les pourparlers et
+probablement la journée se passera comme cela. De grâce, faites que
+chez nous on ne montre que de la curiosité sur le changement du
+ministère anglais. Il faut être tranquille et c'est l'avantage de la
+tranquillité que de paraître, aux yeux des autres, sans inquiétude
+parce qu'on est inébranlable.
+
+«L'affaire de madame la duchesse de Berry prouve que c'est bien
+peu de chose que le parti carliste[366]. Il n'y a de parti dangereux
+que celui de la république, et celui-là a raison de croire que tous
+les mouvements, de quelque côté qu'ils viennent, lui sont bons. Notre
+gouvernement, au contraire, doit désirer la stabilité partout; c'est
+la manière de se bien établir. J'aurais bien des choses à dire sur
+cela, mais c'est trop pour une lettre...»
+
+ [366] Madame la duchesse de Berry avait débarqué le 29 avril sur
+ la côte de Provence; le lendemain, se produisit à Marseille une
+ tentative d'insurrection qui fut immédiatement réprimée. La
+ duchesse, voyant sa cause compromise dans le Midi, traversa
+ secrètement la France, gagna la Vendée et arriva vers le 15 mai
+ au château de Dampierre, en Saintonge. Là elle prépara le
+ soulèvement qui allait éclater dans l'ouest dans la nuit du 3 au
+ 4 juin.
+
+
+ «Le 12 mai 1832.
+
+»Rien n'est fait complètement. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le duc
+de Wellington et lord Lyndhurst sont nommés et ont accepté.
+
+»Si dans une pareille circonstance on cherche chez nous de la force
+dans les révolutionnaires, on rendra tout difficile et aucune
+difficulté ne peut être levée avec des hommes pris dans le mouvement.
+L'Europe s'arrangera de nous tranquilles et s'en arrangera
+parfaitement. De nous, propagandistes, elle ne s'en arrangera jamais.
+Il faut sortir de cette idée-là; il n'y a rien à faire si on verse de
+ce côté...»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce 12 mai 1832.
+
+»En effet, mon cher prince, et je jouis de vous le dire, vous
+avez bien heureusement atteint le but principal de la grande mission
+que je vous avais confiée. Aussi ce succès, qui a paru tant de fois
+s'éloigner de nous, est une réponse accablante à toutes les diatribes
+de nos journalistes, dont il a démenti les absurdes prédictions. Il ne
+fallait rien moins que votre persévérance, votre habileté et votre
+dévouement pour résoudre ainsi une des questions les plus difficiles
+et les plus épineuses que la diplomatie européenne ait jamais eu à
+trancher, et il est bien juste, à présent, que vous vous donniez un
+peu de relâche par le congé que vous me demandez. Je vous l'accorde
+avec d'autant plus de plaisir que cela me procurera celui de vous
+revoir, de causer avec vous et de vous parler de mon ancienne et
+constante amitié pour vous.
+
+»Mes ministres concourent entièrement dans le désir que vous me
+témoignez que M. de Mareuil soit chargé de l'intérim pendant votre
+absence qui ne sera que momentanée et, dont, comme vous me le
+demandez, vous jugerez la convenance quant à l'époque. M. de Mareuil
+ira vous rejoindre quand nous aurons pu le remplacer convenablement à
+La Haye, poste dont vous sentez sûrement l'importance, et d'où nous ne
+recevons que de mauvaises nouvelles ou de mauvais symptômes.
+
+»L'espoir d'allumer la guerre se conserve dans ce cabinet, et ils
+croient que tant que le roi de Hollande pourra prolonger son refus, il
+restera des chances de collision entre les puissances. Aussi, je crois
+que les chances de guerre ne seront tout à fait détruites que quand le
+roi de Hollande aura signé son traité avec le roi des Belges, et
+surtout quand la citadelle d'Anvers sera évacuée et le traité du 15
+novembre complètement exécuté, ce que nous pourrons bien encore
+avoir quelque peine à obtenir; d'autant plus que la dissolution du
+ministère de lord Grey va probablement ranimer l'espérance du roi de
+Hollande, qui devrait pourtant savoir que l'Angleterre ne changera pas
+son système de politique extérieure et que l'accord des cinq
+puissances ne sera point troublé.
+
+»Cependant, mon cher prince, il me semble que vous ne devez pas songer
+à quitter Londres jusqu'à ce que les choses aient repris leur
+assiette, et c'est un nouveau sacrifice que je n'hésite pas à vous
+demander. Dès que le ministère sera réorganisé, la conférence aura à
+s'occuper de la réponse du roi de Hollande qui sera encore un refus si
+j'en juge par ce qu'il vient de répondre au sujet de M. de Thorn[367].
+Je suis persuadé que cette arrestation et ces réponses altières ont
+pour cause l'espoir d'entraîner les Belges dans des hostilités et de
+parvenir ainsi à engager une guerre. J'espère que nous déconcerterons
+ces funestes projets; mais jusqu'à ce qu'ils soient déjoués, nous
+aurons grand besoin de vous à Londres et, je le répète, l'affaire ne
+sera finie que quand le roi de Hollande aura signé un traité avec le
+roi des Belges et évacué la citadelle d'Anvers. Tâchons que cela ait
+lieu le plus tôt possible.
+
+»En attendant, mon cher prince, je vous renouvelle...»
+
+ [367] M. de Thorn, sénateur et gouverneur pour le roi des Belges
+ de la province de Luxembourg, avait été arrêté par ordre du
+ gouvernement hollandais le 17 avril 1832. Le roi Guillaume par
+ une note du 7 mai, mettait comme conditions de sa libération,
+ l'élargissement des individus arrêtés en Belgique depuis la
+ révolution et le désistement de toutes poursuites contre les
+ contumaces. M. de Thorn ne fut mis en liberté que le 23 novembre
+ suivant.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 16 mai 1832.
+
+»Le ministère Grey reste; les détails de l'arrangement se font à
+l'heure où je vous écris. La crise se simplifie. Certainement, nous
+venons de passer les trois jours les plus singuliers que l'histoire
+d'aucun pays puisse fournir. Chacun reprend sa place ce soir. Je
+désire fort que tout ce qui s'est passé soit bien compris à Paris, et
+bien compris, cela ne fait pas tort au caractère du duc de Wellington,
+comme homme.--J'ai reçu mon congé et Durant partira pour Londres quand
+je lui écrirai; il est officiellement nommé. Lord Granville retourne à
+Paris. Je ne profiterai de mon congé que quand les choses seront bien
+établies ici, et auront repris la marche accoutumée.
+
+»Le dîner du roi hier a été singulier; nous n'avions ni ministres, ni
+grands officiers.--Les démissions subsistaient encore jusqu'à dix
+heures du soir...»
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, 16 mai 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai à vous annoncer une triste nouvelle. M. Périer a terminé ce
+matin son honorable et laborieuse carrière.
+
+»Vous partagerez avec moi, mon prince, avec tous ceux qui avaient
+apprécié le dévouement éclairé de ce généreux citoyen, la douleur
+profonde que nous cause sa perte prématurée--perte qui nous est
+d'autant plus sensible aujourd'hui, qu'une crise dont on espérait
+une heureuse issue, nous a fait conserver jusqu'aux derniers jours,
+l'espoir de le voir rendu aux affaires et au pays.
+
+»Dans ces premiers moments, donnés tous aux regrets d'une si noble
+existence si tristement tranchée, rien n'a pu encore être arrêté, dont
+il soit important, mon prince, que vous soyez informé.
+
+»Lorsque les rangs de ceux auxquels on aimait à rattacher son estime
+et ses affections, s'éclaircissent, c'est un besoin que de se
+rapprocher encore de ceux qui vous restent. Que la douloureuse
+nouvelle qui fait le sujet de ma lettre me soit une occasion de vous
+renouveler, mon prince, les expressions de mon attachement et de ma
+confiance dans le vôtre.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Le 23 mai 1832.
+
+»La séance d'hier à la Chambre des pairs s'est passée comme je l'avais
+prévu. Beaucoup de pairs de l'opposition se sont retirés, beaucoup
+n'ont pas voté, ce qui a donné au ministère une majorité de
+cinquante-cinq voix, dans la question assez importante qui a été
+décidée[368]. Les autres articles auront le même sort, très
+probablement, et la question sera terminée à ce que je crois, mercredi
+30.
+
+ [368] La Chambre avait voté l'article du bill qui conférait la
+ franchise électorale à l'un des faubourgs de Londres; cette
+ clause avait été combattue avec acharnement par l'opposition
+ tory, ainsi que toutes celles qui augmentaient le nombre des
+ représentants des grands centres de population.
+
+»La mort de M. Périer a fait ici une peine qui s'exprime de
+toutes les manières et dans toutes les classes. On a remarqué avec
+étonnement que M. le duc d'Orléans n'ait pas porté un des cordons du
+dais. Ici, cela a été dans plusieurs occasions, pour des hommes
+importants, le prince de Galles, le duc d'York[369]. Chaque pays, il
+est vrai, a ses habitudes, mais nous n'avons pas d'habitudes, et nos
+précédents sont en Angleterre. Du reste, c'est une chose peu
+importante et c'était plutôt une observation de la société, dont une
+partie aime à blâmer.--Mandez-moi quand Sébastiani va aux eaux. Je
+voudrais, et cela me paraît naturel, arriver avant son départ.»
+
+ [369] Frédéric duc d'York et d'Albany, deuxième fils du roi
+ George III, né en 1763, marié à la princesse Frédérique, fille du
+ prince royal de Prusse. Il mourut en 1827.
+
+
+ «Londres, le 24 mai 1832.
+
+»Les tories sont en petit nombre à la Chambre des pairs; le bill passe
+fort tranquillement: la discussion d'hier n'a pas été aussi aigre que
+celle des jours précédents. Cela n'atténue pas la haine qui est fort
+vive dans les partis, mais cela en ajourne l'action. Le roi a fait
+dire qu'il voulait que le bill fût adopté, et il le sera. Ceux qui
+sont opposés s'absentent.
+
+»M. de Rémusat[370] est arrivé ici avec sa femme: il m'apporte des
+lettres de Paris... Rien de nouveau sur la Hollande; les ministres
+hollandais ici n'ont point de réponse à la dernière communication
+qu'ils ont été chargés par la conférence de transmettre à La Haye.--Je
+n'ai ni affection ni le contraire pour les Belges; je les ai
+incontestablement plus servis que personne, mais je ne veux pas qu'ils
+fassent des folies qui nous conduiraient peut-être à une guerre
+générale, et ils ont assez peu de tête pour ne pas comprendre cela...»
+
+ [370] François-Marie-Charles comte de Rémusat, né en 1797, neveu
+ de Casimir Périer, était alors député de Muret. Il devint
+ sous-secrétaire d'État à l'intérieur en 1836, et ministre de
+ l'intérieur en 1840. Il vécut dans la retraite sous l'empire. En
+ 1871, il fut nommé ministre des affaires étrangères et mourut en
+ 1875.
+
+
+ «Le 25 mai 1832.
+
+»Depuis la mort de M. Périer, le ton des dépêches de notre département
+des affaires étrangères ne me convient pas; il y a un changement
+sensible. Je ne m'en apercevrai pas, mais cela m'engage à ne pas
+retarder mon départ. Je redoute le voyage de Compiègne[371]. Il va
+rendre les Belges plus difficiles et rien ne peut s'arranger qu'avec
+quelques facilités de leur part. On se croit bien habile quand on sait
+faire quelques difficultés! Belle science! Tout le monde sait faire
+cela. Mais ne résister que jusqu'où il faut, savoir s'arrêter, c'est
+ce que très peu de gens savent. Le roi de Hollande ne demande qu'à
+faire naître des motifs de délai, et le moyen n'est pas de le forcer,
+d'abord parce que cela n'est pas aisé, mais de plus, parce que cela
+n'est ni juste, ni profitable. Je persisterai dans ce sens-là tant que
+je serai chargé des affaires de France. Pendant mon absence, j'espère
+qu'on fera de même, mais je n'en suis pas sûr. Du reste, Durant, si on
+le laisse faire, est plus propre que personne à suivre ma ligne.
+
+ [371] Le roi Louis-Philippe se rendait à Compiègne pour y
+ rencontrer le roi des Belges, et convenir des préliminaires du
+ mariage de celui-ci avec la princesse Louise d'Orléans. (_Note de
+ M. de Bacourt._)
+
+»Nous sommes dans un singulier temps et singulier partout. Que de
+choses j'ai eu sous les yeux, depuis quinze jours! il y a pour parler
+un an.--Les Anglais envoient une flotte pour regarder le Tage: je
+suppose qu'on fera de même chez nous. Quand il y a des menaces de
+troubles quelque part, il faut protéger les hommes de son pays qui
+peuvent être exposés...»
+
+
+ «Londres, le 27 mai 1832.
+
+»Dans huit jours la troisième lecture du bill de réforme sera faite et
+le bill aura passé précisément comme il aura été proposé. Ainsi
+l'humeur des tories les privera de quelques améliorations qui auraient
+eu lieu dans la discussion.--Chaque jour j'ai une conversation avec
+madame de Rémusat, qui, au nom de tous les amis de M. Périer, me
+presse d'accepter la présidence du conseil à Paris. Je suis très
+flatté de leur opinion, mais je suis décidé à ne rien accepter. Je
+réponds cela doucement et tranquillement, comme l'on fait quand on est
+invariable...»
+
+
+ «Le 28 mai.
+
+»Nous avons eu ce matin une grande réunion à la cour pour fêter le
+jour de naissance du roi: la cour était fort brillante; les deux
+partis s'y trouvaient, et avec les formes de la meilleure compagnie.
+Je ne sais rien de Hollande, le roi veut inquiéter les Belges et
+espère par ce moyen que quelques hostilités ou du moins quelques pas
+faits sur son territoire, motiveront de sa part, sans qu'on puisse le
+lui reprocher quelque mouvement hostile...»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Saint-Cloud, ce dimanche soir, 27 mai 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je n'avais pas besoin de tout ce que vous me dites sur la réserve et
+la discrétion que vous comptez mettre à vous absenter du poste
+important où vous avez rendu de si grands services à la France et à
+moi, pour être bien sûr que vous ne vous en éloignerez que quand votre
+absence ne présentera plus de chances fâcheuses. Je désire vivement
+que ce moment ne soit pas trop retardé, mais j'avoue que je ne crois
+pas qu'il soit arrivé. Le général Sébastiani vous aura informé de
+l'entrevue qui va avoir lieu à Compiègne entre le roi Léopold et moi.
+Vous en connaissez les causes et vous pouvez en pressentir les objets.
+Une fois les ratifications des grandes puissances échangées, nous
+avons cru que l'entrevue ne devait pas être retardée davantage, et que
+cela était même important pour accélérer celle du roi de Hollande. Je
+ne mène aucune de mes filles à Compiègne et vous concevez que, plus
+cette entrevue peut influer sur la destinée de ma fille aînée, plus
+j'ai dû éviter de les y conduire. J'y vais donc seulement avec la
+reine, ma soeur et mon second fils.
+
+»J'avais écrit bien longuement au roi Léopold, et malheureusement sans
+succès, pour le presser d'accéder à la proposition de la conférence en
+déclarant qu'il était prêt à entrer en négociation avec le roi de
+Hollande; il a fait, ou du moins ses ministres lui ont fait faire tout
+le contraire; il prend sur lui bien maladroitement les chances de
+refus que le roi de Hollande paraissait décidé à lui
+épargner[372]. J'espère cependant que cela n'est pas irrévocable et
+qu'avec l'aide du général Sébastiani qui vient à Compiègne, nous
+parviendrons à le retirer de la fausse route où il s'est engagé. Mais
+il n'en est que plus pressant, mon cher prince, que la conférence
+agisse envers le roi de Hollande, de manière à faire cesser sa
+résistance dans le plus court délai. Il faut surtout lui faire évacuer
+la citadelle d'Anvers, car c'est là le noeud de l'affaire. C'est à
+l'Angleterre à frapper le coup décisif et c'est, dans tous les sens,
+ce qui nous convient le mieux à nous mêmes et ce qui me paraît le plus
+conforme à l'intérêt général de l'Europe.
+
+ [372] La conférence avait signé le 4 mai un protocole par lequel
+ elle invitait la Belgique et la Hollande à entamer immédiatement
+ des négociations pour signer un traité définitif. Le roi Léopold
+ répondit à cette invitation par une note en date du 11 mai, qui
+ déclarait qu'il ne se prêterait à des négociations qu'autant que
+ le traité du 15 novembre aurait eu un commencement d'exécution.
+ Il exigeait l'évacuation du territoire belge, notamment celle
+ d'Anvers, et la libre navigation de la Meuse. Par suite d'une
+ indiscrétion, cette note ayant été publiée dans les journaux
+ avant sa remise officielle à la conférence, le cabinet belge en
+ signa une autre que le général Goblet porta à Londres au
+ commencement de juin. Elle reproduisait en termes catégoriques la
+ première note du 11 mai. Quant au gouvernement hollandais, il
+ répondit également par une note en date du 7 mai à la conférence.
+ Par cette note, il déclarait «qu'il voyait avec un regret infini
+ les plénipotentiaires des cinq cours regarder le traité du 15
+ novembre comme la base invariable de la séparation, de
+ l'indépendance, et de l'état de possession de la Belgique, tandis
+ que de son côté il devait persister à considérer ce traité comme
+ essentiellement opposé au protocole du 27 janvier 1831».
+
+»Tout absorbé, comme de raison, dans l'énorme affaire du bill de
+réforme, le gouvernement anglais ne peut guère s'occuper avant qu'il
+soit passé, des intérêts continentaux; mais, une fois cette affaire
+terminée, il n'y a pas un moment à perdre pour adresser au roi de
+Hollande le langage catégorique qui peut seul le déterminer à en
+finir. Croyez bien qu'il est pénétré autant que nous que la paix de
+l'Europe ne sera entièrement assurée que quand le général Chassé sera
+sorti de la citadelle d'Anvers et qu'il aura traité avec Léopold.
+C'est donc sur ce point que vous devez diriger toutes vos batteries
+diplomatiques; et ce n'est qu'après avoir obtenu ce dernier succès,
+sans doute le plus difficile de tous, que vous aurez terminé la grande
+tâche que vous avez entreprise avec tant de dévouement et que vous
+avez conduite avec tant de talent et d'habileté.
+
+»Je n'en dirai pas davantage, mon cher prince, et je me bornerai à
+vous renouveler de tout mon coeur l'assurance de ma sincère amitié pour
+vous.
+
+ »LOUIS-PHILIPPE.
+
+»_P.-S._--J'ai signé, comme vous le désiriez, des lettres de créance
+pour M. de Mareuil, qui se rendra auprès de vous aussitôt que le
+marquis de Dalmatie[373] sera arrivé à La Haye.»
+
+ [373] Napoléon-Hector Soult, marquis, puis duc de Dalmatie, fils
+ du maréchal. Né en 1801, il servit dans l'armée, devint capitaine
+ d'artillerie, mais donna sa démission en 1830 et entra dans la
+ diplomatie. Il fut successivement accrédité à Stockholm (1831), à
+ la Haye (1832), à Turin et à Berlin. En 1813 il fut élu député.
+ Il mourut en 1857.
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, le 28 mai 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je pars dans quelques heures pour Compiègne, où je compte arriver
+dans la soirée. Nous y recevrons demain le roi Léopold, et nous
+traiterons avec lui de l'affaire qui l'y amène. Cette rencontre,
+dont vous aurez sans doute apprécié la valeur, me sera une occasion
+précieuse d'agir plus directement et sans intermédiaires sur les
+dispositions du chef du gouvernement belge et de le convaincre que le
+salut de son pays, auquel notre souverain consent à unir par un lien
+nouveau les destinées du nôtre, est attaché à sa confiance comme à son
+adhésion les plus entières aux projets de notre cabinet et à ceux de
+nos alliés. Ce sera continuer à Compiègne l'oeuvre que vous avez si
+habilement conduite à Londres et vous serez exactement informé de tous
+les résultats qui pourront vous intéresser.
+
+»Après les affaires de l'État, il faut encore, mon prince, que je vous
+dise quelques mots des nôtres. Mon médecin m'a ordonné les eaux de
+Bourbonne et mon projet est de m'y rendre vers le 2 juillet prochain.
+Parmi les motifs qui ont déterminé mes arrangements et qui m'ont
+décidé à retarder jusqu'à cette époque un voyage que je crois
+nécessaire à ma santé, vous voudrez bien compter, mon prince, mon
+désir de vous attendre à Paris et de m'y rencontrer avec vous. Après
+une absence, que les événements ont faite si longue en si peu de
+temps, vous devez vous douter de tout le prix que j'attache à quelques
+heures d'entretien avec vous, et aussi de la joie que j'aurai à vous
+renouveler de vive voix les expressions d'un attachement dont je vous
+prie, d'agréer ici...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 2 juin 1832.
+
+»Je me donne de la peine pour que Durant trouve notre affaire avec les
+Hollandais en disposition de rapprochement, et je crois que
+véritablement, l'intérêt hollandais forcera le roi de traiter. Tous
+les appuis sur lesquels il comptait lui manquent. Je resterai
+jusqu'après l'arrivée de Durant que j'établirai. On est ici fort en
+gracieusetés pour moi; on me fait donner ma parole d'honneur de
+revenir. Je promets, mais je dépends de l'état de la France: c'est là
+ce qui me décidera. J'ai fait ce qu'un autre ne pouvait pas faire,
+c'est d'avoir conservé les cinq puissances ensemble; elles y sont;
+ainsi, si je le veux, ma mission est remplie, et on la croyait plus
+que difficile. Le roi fera, j'espère, quelque acte qui prouve bien à
+toute l'Europe qu'il reste dans le système de M. Périer pour le
+dedans, et dans le mien pour le dehors...»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Saint-Cloud, le 2 juin 1832.
+
+»J'ai été si en l'air, depuis huit jours, mon cher prince, que, malgré
+le désir que j'en avais, il m'a été impossible de vous écrire. De
+retour depuis hier au soir de notre course à Compiègne, je viens avec
+empressement vous donner des nouvelles de ce petit voyage qui a été
+très satisfaisant sous tous les rapports. Notre cher roi a été
+accueilli sur toute sa route, comme il le mérite, avec les témoignages
+de la plus vive affection; et sa présence, ses discours, comme
+toujours ont produit à Compiègne le meilleur effet, ce qui me fait
+sincèrement regretter qu'il ne puisse voyager davantage; car, rien ne
+peut remplacer le bien que font ses paroles.--Nous sommes parfaitement
+contents du roi Léopold; il est impossible d'être mieux sur tous les
+points, qu'il ne l'est maintenant; il a été parfait et excellent.
+Aussi la grande affaire du mariage vient de se décider et je
+tiens à être la première à vous l'annoncer; seulement, l'époque où il
+se fera n'est pas encore décidée, mais ce sera, au plus tard, dans le
+mois d'août. Ce mariage, si convenable, sous les rapports politiques,
+est aussi, tant par le caractère du roi Léopold, son amitié pour nous
+et la proximité des deux pays, celui qui, d'après les goûts de notre
+chère Louise, peut lui offrir le plus de chances de bonheur. Mais la
+pauvre bonne petite est bien affectée de la perspective de se séparer
+de son père, de sa mère et de nous tous; cela ne peut être autrement.
+Ce qu'il faut, à présent, pour assurer la sécurité et le bonheur de
+cette union, c'est que vous obteniez l'évacuation d'Anvers par les
+Hollandais; cela est de la plus grande importance, non seulement pour
+la Belgique, qui est toujours inquiète tant qu'ils sont là, mais, pour
+nous aussi, car en France comme en Belgique, la généralité ne croira
+véritablement à la paix que lorsque le roi de Hollande sera mis à la
+raison et soumis au traité du 15 novembre. Il vous reste encore cette
+grande et bonne oeuvre à faire conclure, et il est bien essentiel pour
+le repos général que cela soit prompt.
+
+»Nous avons heureusement de très bonnes nouvelles des chouans et de la
+Vendée; grâce aux mesures prises par le gouvernement, et à la bonne
+disposition des masses et de toutes les gardes nationales de ces pays,
+le projet du soulèvement général y est entièrement déjoué et démontré
+impossible. Il y a certainement des malheurs partiels à déplorer; et
+ceux qui excitent ainsi à fomenter une guerre civile sont bien
+criminels; mais, en résultat, je ne doute pas que cela ne soit un mal
+pour un bien. Ce qui paraît incroyable, mais malheureusement ce qui
+est, c'est que l'on ignore encore d'une manière positive où est
+madame la duchesse de Berry, si elle est en France ou en Espagne[374].
+Cette incertitude est très fâcheuse, non pas pour ce qu'elle peut
+faire, mais pour l'inquiétude et l'agitation où cela laisse.
+
+ [374] On sait que la duchesse de Berry se trouvait alors en
+ Vendée.
+
+»Nous avons de très bonnes nouvelles de Chartres. Il fait très bien
+dans son voyage, et je crois qu'il est très utile dans ce moment dans
+le Midi. Il ne reviendra qu'à la fin de ce mois ou au commencement de
+l'autre. Et vous, mon cher prince, quels sont vos projets? Il me tarde
+de recevoir une lettre de vous, et que vous me mandiez aussi ce que
+vous pensez sur ce qui se passe en Angleterre. J'en reste là
+aujourd'hui, désirant que cette lettre puisse partir le plus tôt
+possible. Recevez, de nouveau, mon cher prince...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 7 juin 1832.
+
+»L'estafette est arrivée et je n'ai point de lettres de vous
+aujourd'hui, où toute la ville est remplie de nouvelles déplorables de
+Paris. Je suis horriblement inquiet[375]...»
+
+ [375] Il y eut à Paris, à la suite de l'enterrement du général
+ Lamarque, une émeute terrible qui éclata le 5 juin et qui se
+ prolongea jusqu'au milieu de la journée du 6; ces deux journées
+ sont connues historiquement sous le nom de _journées de juin_.
+ (_Note de M. de Bacourt._)
+
+
+LE ROI LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Bruxelles, le 5 juin 1832.
+
+ »Mon très cher prince,
+
+»J'ai reçu votre aimable lettre par M. de Bacourt peu de temps avant
+mon départ pour Compiègne, et je voulais attendre mon retour pour
+causer avec vous. Vous connaissez les liens d'amitié qui m'unissent
+depuis longtemps à la famille royale; vous pouvez donc facilement vous
+faire une idée de mon bonheur de passer plusieurs jours avec elle. Le
+roi, la reine et Madame Adélaïde vous sont également et sincèrement
+attachés, et nous avons beaucoup causé de vous.
+
+»Le mariage avec la princesse Louise a donc été finalement arrêté, à
+la satisfaction de tous les partis. Cet événement paraît faire du
+plaisir en France, et les masses, qu'on ne peut guère influencer,
+m'ont donné de grandes marques de bienveillance. Les affaires de la
+Vendée inspiraient quelque inquiétude; cependant, je pense que cela
+pourrait donner de la force au gouvernement. Veuillez, dans votre
+sagesse, donner quelques conseils pour qu'on agisse avec vigueur;
+l'extrême indulgence que le roi avait accordée jusqu'à présent à ce
+parti lui en donne doublement le droit.
+
+»Malgré une absence d'une semaine, et la distance considérable à
+laquelle je me trouvais, il n'y a pas eu le plus petit scandale en
+Belgique: je pense que j'ai droit de _faire sonner cela bien haut_.
+Mais il est temps qu'on finisse; l'armée et les chauds patriotes
+désirent vivement la guerre, et le cas pourrait arriver où il me
+serait impossible de les retenir.
+
+»L'Angleterre est déterminée à en finir; rien de plus facile. Qu'on
+stationne une flottille dans la Manche, et qu'on fasse connaître aux
+Hollandais qu'après un certain jour ils perdront l'arriéré de la
+dette, et que l'on déduira journellement une partie du capital de la
+dette; je crois que ces deux mesures exerceraient une grande influence
+sans offrir de danger. La dernière réponse de la Hollande rend
+l'exécution du traité urgente.
+
+»Pour moi, on peut être sûr que je ferai ce qui me sera possible pour
+le maintien de la paix, et j'ai sur ce point fidèlement exécuté ma
+tâche; mais qu'on se mette _bien en tête_, qu'on ne me renversera plus
+sans que je me défende à outrance et sans que j'en fasse tomber bien
+d'autres. J'ai pris là-dessus mes résolutions avec le plus grand
+sang-froid.
+
+»Pour la tranquillité de la France, il est de la plus haute importance
+que la question belge soit entièrement terminée. Louis-Philippe m'a
+dit lui-même, et avec raison, que la confiance ne renaîtra en France
+que quand on aura vu cette conclusion.
+
+»Les témoignages que vous donnez à M. Van de Weyer, m'ont fait
+beaucoup de plaisir; il les mérite et il a été bien injustement traité
+ici.
+
+»Veuillez me rappeler au souvenir de Madame de Dino, si toutefois elle
+ne m'a pas entièrement oublié, et soyez persuadé des sentiments
+d'estime et d'une sincère amitié que je vous porterai toujours.
+
+ »LÉOPOLD.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 8 juin 1832.
+
+»Je commence ma lettre avant d'avoir des nouvelles de Paris. Je ne
+sais rien depuis le 6, neuf heures du matin; jugez de mon tourment.
+J'espère que cela finira à l'avantage du pouvoir, et que le pouvoir
+saura en profiter pour rétablir par des moyens forts et
+constitutionnels l'ordre si gravement troublé. C'est dans l'ordre
+constitutionnellement établi qu'il faut chercher la popularité; c'est
+là où elle est bonne. Les caresses à la canaille l'enhardissent et ne
+produisent pas d'autre effet.
+
+»On dit que le roi s'est montré avec beaucoup de tranquillité et de
+fermeté le 5 au soir et toute la nuit du 6 qu'il a passée à cheval: on
+l'approuve beaucoup ici...»
+
+
+LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Paris, ce vendredi 7 juin 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je sais que le général Sébastiani vous a instruit en détail des
+événements dont Paris vient d'être le théâtre.--Vous partagerez ma
+douleur que le sang français ait coulé; mais vous partagerez aussi la
+juste satisfaction que j'éprouve de pouvoir me glorifier de n'avoir
+pas plus provoqué cette lutte que de n'avoir rien omis de ce qui
+pouvait la terminer heureusement et honorablement pour la France et
+pour moi. Ceux qui avaient tant répété au dedans et au dehors que le
+trône de Juillet tomberait, devant l'union des carlistes et des
+républicains, comme les murailles de Jéricho devant les trompettes de
+Gédéon, doivent maintenant reconnaître qu'une nationalité franche et
+complète, un respect religieux pour la foi jurée et pour les
+institutions, les lois et les libertés de son pays, sont de meilleurs
+boulevards pour le trône que le pouvoir absolu, avec sa tourbe de
+courtisans et tous ses satellites.
+
+»Mais après avoir remporté cette grande victoire, il faut la
+consolider en profitant de la force qu'elle nous donne pour faire
+cesser au dehors toutes les incertitudes et toutes les tergiversations
+qui pourraient encore compromettre notre sûreté extérieure et troubler
+la paix générale.
+
+»Je vous ai félicité bien sincèrement, mon cher prince, du grand
+succès que vous avez obtenu en faisant ratifier le traité du 15
+novembre par les cinq grandes puissances réunies; mais il est autant
+de leur dignité que d'une nécessité absolue pour la France et pour
+l'Angleterre que l'_exécution du traité_ ratifié suive immédiatement
+l'_échange déjà effectué des cinq ratifications_. Je vous avoue que le
+soixante-troisième protocole me paraît, sur ce point, d'une pâleur et
+d'une faiblesse qui m'ont étonné[376]. Mais, quoi qu'il en soit, à
+présent que cette marque d'égard a été encore donnée au roi de
+Hollande, la manière dont elle a été accueillie par lui est une raison
+de plus pour adopter un autre langage et lui fixer un terme précis
+pour remettre la citadelle d'Anvers au roi des Belges. Je crois que le
+gouvernement anglais est disposé, comme nous, à faire cette
+déclaration catégorique au roi de Hollande, et qu'il n'ignore pas plus
+que nous que ce n'est qu'en contraignant Sa Majesté néerlandaise à
+évacuer cette citadelle qu'on l'amènera à reconnaître l'indépendance
+de la Belgique et à signer le traité avec le roi Léopold.
+
+ [376] Ce protocole avait été dressé le 31 mai en réponse à une
+ note adressée à la conférence par les plénipotentiaires
+ hollandais, qui contenait de nouvelles propositions.
+
+ La conférence déclarait dans ce protocole «que les propositions de
+ cette note ne différaient en rien de celles qui, adressées il y
+ avait plus de deux mois au comte Orloff à la Haye, avaient motivé
+ de sa part la déclaration du 27 mars dernier»;
+
+ Qu'en conséquence, il n'y avait pas lieu pour la conférence de
+ tenir compte de ladite note «et qu'il lui restait à s'occuper des
+ résolutions que la gravité des circonstances réclamait de sa
+ part.»
+
+»Je suis persuadé que les trois puissances, la Prusse, l'Autriche et
+même la Russie, s'attendent à ce que la France et l'Angleterre se
+réunissent pour faire cette déclaration au roi de Hollande et qu'elles
+ne chercheront pas à y mettre obstacle, parce qu'elles n'ignorent pas
+plus que nous que cette déclaration est le seul moyen de faire cesser
+la résistance du roi de Hollande, et de lui arracher la triste
+espérance qu'il conserve toujours de devenir le perturbateur de la
+paix de l'Europe. Je crois d'ailleurs qu'il est facile défaire
+comprendre à ceux qui désirent que nous n'attaquions pas le roi de
+Hollande, que le seul moyen de l'empêcher est de ne lui laisser aucun
+doute qu'il sera attaqué, s'il n'évacue pas la citadelle d'Anvers au
+jour fixé par nous. De notre côté, vous pouvez bien assurer le
+gouvernement anglais et la conférence que nous désirons vivement être
+dispensés d'envoyer nos troupes assiéger cette citadelle, mais que
+nous sommes décidés à le faire s'il ne nous reste pas d'autre moyen de
+le contraindre à effectuer cette évacuation au jour nommé, et je le
+croirais très bien fixé au 1er de juillet prochain.
+
+»Si, comme je n'en doute guère, le gouvernement anglais s'accorde avec
+le mien pour adopter cette marche, alors je crois qu'il serait
+convenable que vous lissiez, de concert avec lord Palmerston, une
+déclaration aux plénipotentiaires hollandais, que vous ne recevrez
+plus aucune communication de leur part, jusqu'à ce que leur souverain
+ait donné un gage de sa disposition à accéder aux vues des cinq
+puissances en évacuant la citadelle d'Anvers, et que, si cette
+évacuation n'est pas effectuée le 1er juillet, les ports de la
+Hollande seront bloqués par nos escadres combinées.
+
+»Je crois savoir que ce mode conviendra à l'Angleterre, et quant à
+nous, nous le préférons infiniment à celui beaucoup plus dispendieux
+de faire rentrer nos troupes en Belgique, ce qui d'ailleurs nous
+exposerait à des complications que nous cherchons de toutes manières à
+éviter, mais dont nous sommes pourtant décidés à courir la chance, si
+on persistait dans le système de la tergiversation que nous ne devons
+ni ne pouvons tolérer plus longtemps.
+
+»Vous voyez, mon cher prince, que selon l'expression vulgaire, j'ai
+voulu vous _vider mon sac_ parce que je sais bien que vous n'en ferez
+qu'un bon usage, et que j'aime toujours à m'ouvrir à vous, en toute
+confiance, selon la vieille habitude que je désire conserver toujours
+avec vous. J'en étais d'autant plus pressé que la circonstance est
+grave après la crise dont nous venons de triompher, et qu'il est bien
+désirable que vous profitiez du peu de temps que vous serez encore à
+Londres pour donner à cette affaire la direction que vous avez plus de
+moyens que tout autre de lui imprimer.
+
+»Je n'ai plus le temps de vous parler de mon entrevue à Compiègne avec
+le roi Léopold. Je vous dirai seulement que nous y avons arrêté son
+mariage avec ma fille aînée, et que, d'ailleurs, je l'ai trouvé dans
+de si bonnes dispositions que j'ai facilement obtenu de lui tout ce
+que je vous avais annoncé que je lui demanderais. Il m'a promis en
+outre, de renvoyer M. Van de Weyer à Londres immédiatement.
+
+»Bonsoir, mon cher prince, vous connaissez toute mon amitié pour
+vous.»
+
+ »LOUIS-PHILIPPE.»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Tuileries, vendredi 8 juin 1832.
+
+»Je m'empresse, mon cher prince, aussitôt que j'en ai l'instant, de
+venir vous donner de nos nouvelles, étant bien sûre que vous en
+désirez vivement, après les événements aussi importants que ceux qui
+viennent de se passer. Il y a eu une soirée, une nuit et une journée
+bien pénibles et bien douloureuses par le sang qui a été versé. Cela
+était préparé de longue main par les deux factions qui n'en font
+qu'une maintenant, les carlistes et les républicains, et sans nul
+doute, cette conspiration se lie avec celle du Midi et de la Vendée.
+Notre cher bien-aimé roi, comme toujours, a décidé et enlevé la
+victoire par sa présence ici, sa détermination, son courage et son
+énergie. Aussitôt qu'il sut à Saint-Cloud, le mardi soir, ce qui se
+passait à Paris, il commanda ses chevaux et nous montâmes en voiture
+avec lui, la reine, Nemours, le maréchal Gérard et moi, et sur toute
+la route, toutes les personnes qui s'y trouvaient, toutes les
+charrettes, toutes les voitures publiques retentissaient de cris de:
+«Vive le roi!» de même en arrivant à Paris. Et rien ne peut vous
+donner une idée de l'enthousiasme de la troupe et de la garde
+nationale qui se trouvaient sur la place du Carrousel. Lorsqu'il alla
+les passer en revue, en les quittant, il leur dit: _A demain, mes
+chers camarades, je compte sur vous_. Ce mot fut répété avec
+transport: _Oui, oui, à demain, demain!_ Et en effet ils ont tous été
+admirables, et notre cher roi a été les animer de nouveau, en se
+montrant dans tout Paris et allant bien contre l'avis du maréchal
+Lobau qui voulait l'en empêcher, dans les lieux où les balles
+sifflaient encore; grâce au ciel, elles l'ont respecté. Le maréchal
+Gérard, qui était avec lui m'a dit qu'il n'avait jamais vu un
+enthousiasme comparable à celui de toute la population qui se portait
+en foule sur ses pas, et qui criait: _Vive le roi, à bas les
+carlistes, à bas les républicains!_ Ils disaient aussi : _Mettez Paris
+en état de siège_; et beaucoup se rapprochaient le plus possible du
+roi, en lui disant: _Surtout pas de grâce aux carlistes!_ Jamais notre
+cher roi n'a reçu plus de témoignages d'affection, de dévouement, que
+dans ce moment. Sur-le-champ, toutes les gardes nationales de la
+banlieue sont arrivées, et elles ont fait des merveilles; ils se sont
+battus comme des lions. Hier, toutes celles du département de
+Seine-et-Oise sont arrivées et celle du Havre, en apprenant les
+événements, voulait marcher. Ah! notre cher Louis-Philippe est bien
+fort et bien identifié avec notre bonne et chère nation. Ceci est une
+bonne réponse pour tous ceux qui doutaient qu'il pût se maintenir et
+qu'il eût la force de lutter contre les factions. J'espère que
+maintenant les puissances de l'Europe seront rassurées à cet égard et
+persuadées que Louis-Philippe sait être fort et énergique quand cela
+est nécessaire au salut de son pays.
+
+»Cette coupable et indigne conspiration a fait verser le sang; nous en
+gémissons; mais les résultats sont immenses. Je crois que c'est un bon
+moment pour obtenir de la conférence, d'en finir avec le roi de
+Hollande et de le mettre à la raison, de faire exécuter le traité
+signé par les cinq puissances. En vérité, l'on ne peut plus donner ni
+un motif ni une excuse pour prolonger davantage cet état d'incertitude
+si nuisible et si contraire aux intérêts de la France et de la
+Belgique. Votre zèle et votre habileté doivent emporter celte décision
+et j'espère que vous nous apporterez cette bonne nouvelle, mon
+cher prince.
+
+»Notre cher roi veut vous écrire et compte le faire, aussitôt qu'il en
+trouvera l'instant, parce qu'il est bien pressé de l'évacuation de la
+citadelle d'Anvers; et qu'à cet égard, la conférence ne tarde plus à
+prendre les moyens de le faire faire au roi de Hollande, par force, si
+l'on ne peut l'obtenir de bonne volonté.
+
+»Nous avons de très bonnes nouvelles de Chartres; il est très content
+de son voyage. Nous savons par dépêche télégraphique qu'il est arrivé
+à Marseille le 7 juin à trois heures, au milieu d'un concours immense
+de peuple, et des acclamations les plus vives. Toutes nos santés sont
+bonnes; je désire que vous puissiez m'en dire autant de la vôtre.
+Voilà donc le bill de réforme passé.
+
+ »Recevez, mon cher prince...»
+
+
+ LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.
+
+ «Londres, le 10 juin 1832.
+
+»A présent, tout le monde est convaincu ici que c'est le peuple à
+Paris, qui a attaqué; aussi, tout le monde approuve la conduite du
+gouvernement. Il faut qu'il tire de cette circonstance, assez de force
+pour que jamais pareille crise ne puisse arriver. Le roi doit se
+souvenir que dans toutes les crises où le pouvoir a eu le dessus, les
+élections ont été bonnes; et que dans toutes celles où il a eu le
+dessous, les élections ont été mauvaises.--Il faut de plus renvoyer
+tous les réfugiés sans exception; ils ne sont bons à rien à Paris. Il
+faut les diviser dans les départements, par petites portions; les
+réfugiés du Midi dans les villes du Nord, et les réfugiés du Nord dans
+celles du Midi. La Loire fait la démarcation. Espagnols et Portugais,
+en Normandie et en Picardie; Piémontais en Flandre; Polonais à Alger;
+ils s'y battront ou coloniseront...»
+
+
+ «Le 11 juin 1832.
+
+»Si l'on a distribué de l'argent et beaucoup d'argent aux émeutiers de
+Paris, il me paraît impossible que l'on ne découvre pas d'où cet
+argent-là est sorti. La discrétion n'est pas commune chez des gens qui
+reçoivent cinq, dix, vingt francs.--Je suis, relativement à la
+Hollande, disposé à presser une décision, mais je ne pense pas qu'il
+faille rien précipiter. Avant tout, dans notre position, plus que
+jamais, il ne faut pas nous séparer d'action d'avec les quatre
+puissances. C'est là la force du roi et de sa dynastie. Il ne faut pas
+perdre un moment cette idée de vue. Je suppose et je crois que
+l'Angleterre irait aujourd'hui avec nous; mais bientôt tous les
+cabinets feraient des efforts pour la séparer. Est-on sûr qu'elle
+résiste? qu'elle résiste longtemps? S'il y avait un changement de
+ministère ici, qu'arriverait-il? Il ne faut pas croire qu'ici il n'y
+ait pas un parti puissant contre nous. Tout cela donne à penser. Une
+décision prompte peut nous mener bien loin. Nous faisons encore une
+démarche; celle-là faite, tous les moyens de conciliation sont
+épuisés[377]; et alors il faudra se faire dire par les puissances
+qui n'agissent pas, que nous sommes libres et que nous pouvons agir.
+Voilà, ma manière de voir. Croyez bien qu'au dehors, les troubles,
+même les troubles les mieux réprimés, font croire qu'il peut y avoir
+d'autres troubles plus tard, dans un autre moment, et cela ne donne
+pas une confiance entière. Ainsi, ne nous séparons pas des quatre
+puissances, ou, que ce soit de leur avis...»
+
+ [377] La conférence avait, en effet, renoué des négociations avec
+ le roi des Pays-Bas par le protocole nº 65 du 11 juin. Il
+ renfermait les concessions que la conférence croyait pouvoir
+ accorder aux Pays-Bas. Le 30 juin, les plénipotentiaires
+ hollandais répondirent, mais leur réponse ne terminait pas encore
+ le différend. Toutes ces pièces se trouvent dans le
+ vingt-troisième volume de la collection de Martens, pages 415 et
+ suivantes.
+
+
+ «Le 12 juin 1832.
+
+»J'attends Durant, je lui remettrai dans les mains une position que je
+crois être excellente: l'union des cinq grandes puissances établie, et
+cette union formée sur le maintien des principes et de la propriété.
+Cela seul peut arrêter les efforts que l'esprit du temps fait pour
+détruire la civilisation actuelle et arriver à une civilisation
+chimérique. Dites-moi quand le roi m'attend. Je ne quitterai que quand
+je ne serai plus essentiel ici; cela est sûr, mais je voudrais savoir
+quand on m'attend. Comme je ne veux être rien en France, j'aime autant
+n'arriver que quand les choses seront complètement rentrées dans
+l'ordre, et quand toutes les places et situations seront fixées. Je ne
+suis bon qu'ici; il faut faire ce à quoi on est appelé; aussi j'y
+reviendrai quoi qu'on en dise. Je partirai d'ici au plus tard le 21,
+et je serai le 24 à Paris...»
+
+
+ «Londres, 15 juin 1832.
+
+»J'attends donc Durant dimanche 17. Je lui donnerai pour les
+présentations le 18 et 19. Cela fait, et quelques directions données,
+je m'acheminerai doucement vers Paris. J'arrange les choses de manière
+qu'après avoir épuisé tous les égards, l'Angleterre et nous soyons les
+maîtres d'agir comme cela nous conviendra et sans qu'il en
+résulte de froid, avec les autres puissances. J'ai pris sur moi le
+délai, jusqu'au 30 juin, parce que je regarde, comme affaire
+principale, l'union des trois puissances, et que je suis sûr qu'après
+avoir consenti à ce retard qu'elles désiraient, elles trouveront toute
+simple une action maritime combinée de la France et de l'Angleterre.
+Le cabinet français voulait aller plus vite, mais je crois qu'il
+cédait un peu à la précipitation belge, qui pousse notre ministère par
+M. Lehon. Le général Goblet qui est à Londres, et M. Van de Weyer qui
+est à Bruxelles, pensent de même. Ainsi je persiste, et, en vérité,
+quinze jours de retard ne sont pas grand chose, quand on est sûr
+d'avoir par cette complaisance, l'assentiment des grandes puissances
+qui sont engagées vis-à-vis de nous. Et puis, c'est fait, et je suis
+sûr que c'est bien fait. Je vous écris dans un intervalle de la
+conférence de ce matin où nous allons décider du sort de M.
+Thorn[378]. Nous engageons la Confédération germanique à ordonner
+qu'il soit mis en liberté, et de passer outre malgré les obstacles
+qu'y met le roi de Hollande. Il ne restera à Durant que de suivre ma
+ligne: union avec l'Angleterre, accord entre les cinq puissances,
+armement de concert avec l'Angleterre, pour forcer le roi de Hollande
+à rendre à la Belgique son territoire, et surtout pour le forcer à
+évacuer Anvers. Il me semble que c'est avoir mis et laissé les
+affaires de France de ce côté, en bonne position.»
+
+ [378] M. Thorn, sujet belge, avait été arrêté par les autorités
+ hollandaises dans la place de Luxembourg, dont le territoire
+ était au roi des Hollandais mais qui était une forteresse de la
+ Confédération. (_Note de M. de Bacourt._)
+
+Je partis en effet, de Londres le 20 juin, et quelques heures avant
+mon départ, je reçus le billet suivant de lord Palmerston:
+
+
+LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.
+
+ «Foreign Office, 19 juin 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je viens de recevoir les trois notes[379] que j'ai signées et que
+j'expédierai tout de suite.
+
+ [379] Note adressée en triple exemplaire aux plénipotentiaires
+ d'Autriche, de Prusse et de Russie de la part des
+ plénipotentiaires français et anglais, en date du 19 juin.
+
+ Cette note déclarait que les plénipotentiaires français et anglais
+ ne s'étaient prêtés à une nouvelle négociation avec le roi des
+ Pays-Bas que dans le seul but de ne pas rompre l'unité d'action
+ des cinq puissances; que le résultat de cette nouvelle négociation
+ était de suspendre l'exécution du traité du 15 novembre: qu'il
+ était regrettable que les plénipotentiaires des trois puissances
+ n'aient pu, faute d'instructions, assigner un terme à cette
+ suspension; que toutefois les soussignés croyaient devoir prévenir
+ les plénipotentiaires des trois cours, qu'ils ne pouvaient
+ considérer cette suspension comme illimitée, et que si au 31 août,
+ le roi des Belges réclamait l'exécution du traité du 15 novembre,
+ leurs gouvernements ne pourraient pas lui refuser satisfaction.
+
+»Adieu encore une fois, donnez de bons conseils où vous allez, soignez
+bien votre santé, remettez-vous vite des longues fatigues de nos
+conférences, et revenez ici bientôt, mais surtout revenez.
+
+ »Tout à vous. «PALMERSTON.»
+
+J'arrivai à Paris le 22 juin.
+
+
+
+
+FIN DE LA DIXIÈME PARTIE
+
+
+
+
+APPENDICE
+
+
+Nous avons consacré, comme nous l'avions déjà fait dans le volume
+précédent, un appendice à un certain nombre de lettres particulières
+ou confidentielles qui nous ont paru offrir un intérêt
+particulier.--Toutes ces lettres, extraites des papiers de M. de
+Talleyrand, ont été copiées sur les originaux autographes qui existent
+dans les papiers du prince.
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[380].
+
+ [380] Voir pages 6, 12 et 16.
+
+ «Paris, le 3 janvier 1831.
+
+»Cette malheureuse affaire de la Belgique tourmente notre cher roi,
+plus que je ne puis vous le dire, mon cher prince, et le met dans un
+embarras dont il ne voit pas comment il peut sortir. Vous connaissez
+toute notre amitié, tout notre attachement pour le prince de Cobourg,
+et certainement il serait celui qui conviendrait le mieux au roi, sous
+tous les rapports; mais malheureusement, on ne voit ici en lui qu'un
+agent anglais, et, il faut le dire, il est d'une impopularité extrême;
+s'il arrivait au trône de Belgique en épousant une de nos petites, on
+regarderait cela comme une vente faite de ce pays à l'Angleterre, et
+le roi ne peut ni ne veut s'exposer à cette chance, qui pourrait lui
+faire perdre toute sa popularité ici, et qui probablement par la même
+raison ne conviendrait pas non plus à la Belgique. Ce qu'elle veut
+c'est Nemours ou d'être réunie à la France: ce dernier parti
+amènerait infailliblement la guerre: il faut donc aussi l'éviter.
+Nemours, les puissances n'en voudraient sûrement pas non plus, et
+d'ailleurs, même quand elles y consentiraient, il présente des
+difficultés si grandes, que le roi est loin de le désirer. Il faudrait
+nommer une régence: comment et par qui la composer? Qui envoyer avec
+cet enfant? Cet avenir pour lui effraye son père et le roi, qui n'y
+voit qu'embarras, obstacles et difficultés sans avantages certains. De
+plus, la fâcheuse question du Luxembourg vient encore aggraver les
+difficultés; les Belges ne veulent point reconnaître la décision de la
+Diète à cet égard, cela les anime de plus en plus, et leur fait
+désirer d'amener la guerre, et ajoutez par-dessus tout cela la
+mauvaise foi du roi de Hollande qui ne cesse de tromper, et qui de son
+côté fait tout ce qu'il peut pour amener une guerre, et qui, par son
+indigne conduite envers eux, exaspère tout ce malheureux pays. Le
+prince Charles de Naples, personne n'en veut. Le roi ne sait
+véritablement où donner de la tête dans cette malheureuse affaire qui
+le désole, parce qu'il lui est impossible de voir quel parti il y a à
+prendre...
+
+»... De grâce, écrivez-moi en toute confiance votre avis, et ce que
+vous pensez qu'il y a de mieux à faire; mais pensez bien à
+l'irritation qui existe ici, et très grande, sur cette question belge,
+et le désir bien prononcé de notre nation de la voir redevenir
+française, car il n'y a que le roi qui y mette de la délicatesse, et
+il faut toute la confiance, et l'amour qu'on a pour lui, pour faire
+patienter à cet égard. Mais si dans les arrangements, on croyait y
+voir un accord fait à l'avantage d'une puissance étrangère, ce serait
+du plus grand danger pour le roi lui-même, et notre paix intérieure.
+Ayez bien cela dans la pensée, parce que cela est.»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[381].
+
+ [381] Voir page 8.
+
+ «Paris, le 5 janvier 1831.
+
+»Le parti ardent ici voudrait nous embarbouiller dans les affaires de
+la Belgique et entraîner la France dans la guerre, en faisant
+demander la réunion par la Belgique, et arborer la cocarde tricolore
+française: il se flatte que cet entraînement serait irrésistible, mais
+il se flatte en vain. Mon frère a déclaré qu'il ne céderait pas à cet
+entraînement et qu'on verrait si c'est le roi ou les étudiants de
+Paris qui doivent décider la question de la paix ou de la guerre...
+
+»Il était bien tourmenté avant-hier, ne voyant plus quelle combinaison
+pouvait convenir aux Belges, et vous demandait vos conseils pour en
+trouver une; mais une dépêche de M. Bresson lui ayant appris que les
+Belges étaient disposés à appeler le prince Othon de Bavière, il a
+immédiatement fait taire toute autre considération et s'est emparé de
+cette ouverture, non pas de manière à ce qu'on puisse dire qu'il
+voulait imposer ce prince ou tout autre à la Belgique, mais pour
+exprimer qu'il n'y avait aucune opposition, qu'il croyait instant d'en
+finir, et que, par conséquent, il verrait ce choix avec plaisir...»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[382].
+
+ [382] Voir page 11.
+
+ [_Particulière_] «Bruxelles, le 13 janvier 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»J'ai reçu avant-hier soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 9 courant et les documents qui l'accompagnaient. J'ai pris
+si à coeur le chagrin de vous avoir déplu que j'attache le plus grand
+intérêt à vous faire comprendre les circonstances qui ont amené la
+combinaison subite qui, je le sens bien aujourd'hui, ne pouvait
+convenir à la conférence. Les partis républicain et français avaient
+dressé toutes leurs batteries; nous étions serrés de près; nous
+craignions ou un mouvement populaire ou une proclamation de la réunion
+à la France du côté de Liège et de Verviers. L'on pensait qu'à la
+moindre complication, le congrès se prononcerait pour M. le duc de
+Nemours. Ces dangers étaient imminents, et ceux que redoutait le plus
+notre gouvernement. Il fallut faire une diversion, et offrir un but
+quelconque aux gens sages et modérés. On mit en avant le choix d'un
+prince de Bavière, et comme on m'avait écrit de Paris que tout
+valait mieux que M. le duc de Nemours ou la réunion, et que je crus
+que nous n'avions pas quarante-huit heures devant nous, je ne vis
+aucune objection à cette idée et je laissai faire. Mais, mon prince,
+je désire que la conférence comprenne bien que ce qui a été fait à cet
+égard l'a été en opposition aux manoeuvres infatigables du parti qui
+veut la guerre, sans autre vue et sans arrière-pensée. Lord Ponsonby
+qui a connu toutes mes démarches peut l'affirmer, et l'affirmera, j'en
+suis sûr.
+
+»Au reste, mon prince, aussitôt après avoir reçu votre lettre, j'ai
+fait tous mes efforts pour éclairer les membres qui adoptaient, cette
+combinaison sur les inconvénients si frappants que vous m'indiquiez,
+et ils l'ont abandonnée. Nous aurons maintenant le temps de nous
+reconnaître. Le congrès vient, il est vrai, de décider dans sa séance
+d'aujourd'hui qu'il ne serait pas envoyé de commissaires spéciaux, ni
+à Londres, ni à Paris, pour faciliter le choix du chef de l'État; mais
+la négociation reste confiée aux agents que vous avez près de vous, et
+nous n'avons plus à craindre de ces déterminations soudaines et
+précipitées dont nous avons été menacés il y a dix jours...»
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND[383].
+
+ [383] Voir page 14.
+
+ [_Cabinet_]
+
+ «Paris, le 14 janvier 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»... La nouvelle direction que lui (M. Bresson) ont imprimée vos
+dépêches a été un objet de surprise pour le roi, et celle que lord
+Ponsonby a reçue de son gouvernement nous inquiète sérieusement sur
+l'issue de la question belge[384]. Les conseils qu'il donne
+encouragent les partisans fort peu nombreux du prince d'Orange et
+irritent les partis catholique, républicain et constitutionnel. L'état
+révolutionnaire se prolonge, et il portera des fruits amers. Le
+renouvellement des hostilités ne pourra plus être prévenu, et il
+serait difficile de prévoir jusqu'où il peut conduire. Est-ce le
+prince de Cobourg, que l'on cache, que l'on prépare et que l'on
+espère?
+
+ [384] Sur le dissentiment qui existait alors entre M. de
+ Talleyrand et le cabinet français, et dont M. Bresson supportait
+ les conséquences, voir page 54. Lord Ponsonby recevait de son
+ côté des instructions en faveur du prince d'Orange.
+
+»Cette combinaison est devenue impossible. Nous avons été franchement
+pour celle des princes de la maison de Nassau, aussi longtemps que
+nous avons pensé qu'elle avait quelques chances de succès. Nous avons
+accueilli avec autant de sincérité et d'empressement celle du prince
+de Cobourg, mais le temps nous a révélé la vérité: il faut aux Belges
+un prince catholique. Qu'on le prenne dans les maisons de Saxe, de
+Naples ou de Bavière, peu nous importe, pourvu qu'il fasse cesser
+l'anarchie et qu'il commence immédiatement un gouvernement régulier.
+La ministère anglais respecte l'opinion publique, et il a raison; mais
+il doit sentir qu'il faut que nous la respections aussi; et la France
+a montré assez de générosité, de loyauté et de désintéressement pour
+qu'elle exerce quelque influence sur le choix d'un souverain qui doit
+régner à ses portes. Si les affaires de Belgique touchent la politique
+de l'Angleterre et des autres puissances, elles intéressent à la fois
+notre politique et notre propre sûreté. La conférence de Londres a
+trop présumé de son influence en Belgique; sa marche lente et mesurée
+a peut-être un peu trop rappelé la vieille politique et les pénibles
+négociations du traité de Westphalie...
+
+»Je suis sûr, mon prince, que vous commencez vous-même à vous fatiguer
+de ce rôle complaisant qu'on voudrait imposer à la France, et que vous
+ne voulez accepter que celui qui convient à un roi puissant et à une
+grande nation. L'Europe ne comprendra bien notre politique que
+lorsqu'elle saura que ce n'est pas la crainte de la guerre qui nous
+arrête, mais bien la crainte de voir bouleverser l'ordre social en
+Europe, de déchaîner toutes les tempêtes et de mettre partout aux
+prises les peuples et les gouvernements. Cette crainte seule est digne
+de nous, parce qu'elle est morale, parce qu'elle est politique et
+prévoyante. On oublie trop aussi que notre action sur les voeux du pays
+a ses bornes, et qu'il serait imprudent pour nous et funeste pour
+l'Europe de les dépasser...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[385].
+
+ [385] Voir page 22.
+
+ «Londres, le 16 janvier 1831.
+
+»J'envoie à Mademoiselle une pièce qui l'intéressera et dont, hors le
+roi et elle, personne ne doit avoir connaissance. Faite au nom du
+prince d'Orange, c'est lord Grey qui en est le véritable auteur. Il y
+met un tel prix et un intérêt tel, que nous n'avons pas pu nous
+opposer à ce que cette nouvelle tentative fût essayée. Si elle
+réussit, les choses s'arrangeront d'après les premiers souhaits du
+roi; si elle manque son effet, nous aurons le champ plus libre pour
+tout ce que nous croirons bon et utile de proposer et d'obtenir...»
+
+Pièce incluse dans la lettre précédente.
+
+
+LETTRE DU PRINCE D'ORANGE A ...[386]
+
+ [386] Cette lettre a été écrite par le prince d'Orange aux
+ personnes qu'il croit dévouées à sa cause en Belgique. (_Note du
+ prince de Talleyrand._)
+
+«Les derniers événements de la Belgique ont attiré sur moi, sur ma
+famille et sur la nation, des malheurs que je ne cesserai de déplorer.
+
+»Cependant, au milieu de ces calamités, je n'ai jamais renoncé au
+consolant espoir qu'un temps viendrait où la pureté de mes intentions
+serait reconnue et où je pourrais personnellement coopérer à
+l'heureuse entreprise de calmer les divisions et de faire renaître la
+paix et la prospérité d'un pays auquel m'unissent les liens à jamais
+sacrés du devoir et de la plus tendre affection.
+
+»Le choix d'un souverain pour la Belgique, depuis sa séparation d'avec
+la Hollande, a été accompagné de difficultés qu'il est inutile de
+décrire. Puis-je croire sans présomption que ma présence offre
+aujourd'hui la meilleure et la plus satisfaisante solution de ces
+difficultés?
+
+»Nul doute... que les cinq puissances, dont la confiance est si
+nécessaire à acquérir, ne voient dans un tel arrangement le plus sur,
+le plus prompt, le plus facile moyen de raffermir la tranquillité
+intérieure et d'assurer la paix générale de l'Europe.
+
+»Nul doute que des communications récentes et détaillées, venues des
+villes principales et de plusieurs provinces de la Belgique, n'offrent
+la preuve frappante de la confiance que m'accorde encore une grande
+partie de la nation...
+
+»Le passé, en autant qui me concerne, sera voué à l'oubli; je
+n'admettrai aucune distinction personnelle motivée par des actes
+politiques, et mes constants efforts tiendront à unir au service de
+l'État, sans exclusion et sans égard à leur conduite passée, les
+hommes que leurs talents et leur expérience rendent les plus capables
+de bien remplir des devoirs publics.
+
+»Je vouerai les soins les plus assidus à assurer à l'Église catholique
+et à ses ministres la protection attentive du gouvernement et à les
+entourer du respect de la nation...
+
+»Un de mes plus vifs désirs, comme un de mes premiers devoirs, sera de
+joindre mes efforts à ceux de la législature afin de compléter les
+arrangements qui, fondés sur la base de l'indépendance nationale,
+donneront de la sécurité à nos relations au dehors et viendront à la
+fois améliorer et étendre nos moyens de prospérité intérieure...
+
+»Je viens ainsi, avec toute la franchise et la sincérité que réclamait
+notre commune position, de me placer devant la nation belge. C'est sur
+les lumières qui la guident dans l'appréciation des besoins du pays,
+c'est sur son attachement à sa liberté que repose mon principal
+espoir. Il ne reste plus qu'à rassurer que, dans ma démarche
+d'aujourd'hui, j'ai bien moins consulté mon propre intérêt que mon vif
+et invariable désir de voir des mesures réparatrices, des mesures de
+paix et de conciliation mettre à jamais un terme à tous les maux dont
+la Belgique est encore affligée.»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[387].
+
+ [387] Voir page 28.
+
+ [_Particulière_]
+
+ «Bruxelles, le 20 janvier 1831 à une heure du matin.
+
+ »Mon prince,
+
+»Les partisans de M. le duc de Leuchtenberg avaient tout disposé
+pour frapper leur grand coup dans ces quarante-huit heures. M. le duc
+de Bassano et M. Mejan[388] sont les moteurs principaux de ce projet
+déplorable. Il m'a fallu, pour parer à ces dangers imminents, assumer
+une grande responsabilité que je ne puis justifier que par mon vif
+désir de prévenir de grands malheurs.
+
+ [388] Étienne, comte Mejan, né en 1766, avocat puis journaliste
+ sous la Révolution. Au 18 brumaire, il devint secrétaire général
+ de la préfecture de la Seine. Il suivit ensuite le prince Eugène
+ en Italie, devint secrétaire de ses commandements, puis
+ conseiller d'État, et en 1816 fut choisi par le prince pour être
+ gouverneur de ses enfants. Il mourut en 1846.
+
+»J'ai déclaré que si M. le duc de Leuchtenberg était élu, je romprais
+à l'instant même toute communication avec le gouvernement belge et que
+je quitterais Bruxelles dans les vingt-quatre heures. Cette
+déclaration nous a bien servis.
+
+»Il me paraît impossible qu'on vous ait laissé ignorer nos
+instructions sur le prince de Naples et le prince Othon de Bavière; je
+ne les spécifierai donc pas ici.
+
+»Il n'y avait pas force égale pour opposer le prince de Naples au
+prince de Leuchtenberg, mais force suffisante pour créer une
+diversion. Nous nous y sommes attachés en jetant au travers de ces
+intrigues la proposition d'un terme moyen. Les conclusions du rapport
+de la section centrale, qui tendaient à ce qu'on procédât dès
+aujourd'hui au choix du souverain, n'ont pas obtenu la priorité...»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[389].
+
+ [389] Voir page 31.
+
+«Le 24 janvier 1831.
+
+»L'arrivée de M. de Flahaut, qui a pu répondre à toutes mes questions
+et me dire de bonnes paroles sur le Palais-Royal et sur Paris, m'a
+fait grand plaisir. 11 a trouvé nos affaires de Belgique plus avancées
+qu'il ne le supposait, et il a déjà pu s'assurer que cette neutralité
+si péniblement obtenue apparaissait à tous les bons esprits, au milieu
+de toutes les discussions actuelles, comme la seule solution du
+grand problème. Je suis convaincu que l'esprit prompt et délicat de
+Mademoiselle en aura apprécié tous les avantages. Je crois, en effet,
+que cette mesure était la seule qui pût nous laisser avec la paix et
+la seule par laquelle nous désintéressons l'Angleterre sans établir sa
+suprématie. Lui abandonner une situation matérielle en Belgique, ce
+serait lui donner au nord un nouveau Gibraltar et nous nous
+trouverions un jour quelconque vis-à-vis d'elle clans une position
+analogue à celle de la péninsule. Un semblable expédient sacrifierait
+d'une manière trop dangereuse l'avenir au présent et nous coûterait un
+prix qu'on pourrait tout au plus accorder à dix batailles perdues. La
+réunion du reste de la Belgique serait un faible équivalent pour ce
+premier pas sur le continent. Si la France avait besoin do s'étendre,
+c'est vers la ligne du Rhin qu'elle devrait porter ses regards; c'est
+là que ses vrais intérêts l'appellent, c'est là qu'il y a de la vraie
+puissance et d'utiles frontières à acquérir; mais aujourd'hui la paix
+vaut de beaucoup mieux que tout cela: la Belgique nous apporterait
+plus d'embarras que d'avantages, et les avantages, la neutralité nous
+les assure presque tous...»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[390].
+
+ [390] Voir page 19.
+
+ «Paris, 28 janvier 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»... Certes, M. de Flahaut ne s'attendait pas, à son départ d'ici, de
+ce qu'il a trouvé fait en arrivant auprès de vous: c'est un brave
+succès[391]; il n'a pas fallu moins que votre zèle et votre talent
+pour y arriver et nous sommes bien touchés et bien convaincus du motif
+qui vous en fait doublement jouir. Certainement, comme vous le dites,
+toutes les personnes qui pensent, qui réfléchissent, sentent les
+avantages, pour nous de cette neutralité, qui sont très grands, et
+vous verrez que la discussion d'hier, à la Chambre des députés, a été
+très bonne et tout à fait à l'avantage du gouvernement[392] que
+la Chambre soutient surtout par la crainte d'un ministère de l'extrême
+gauche et pour l'en éloigner; car il ne faut pas se dissimuler que le
+voeu d'une grande masse, en France, pour ne pas dire de la généralité,
+est la réunion de la Belgique et que la traînasserie, la lenteur que
+l'Angleterre a mise à faire décider le congrès belge au choix d'un
+souverain nous met, et vis-à-vis de la France et vis-à-vis de la
+Belgique, dans un très grand embarras, et cela, de la part de
+l'Angleterre, par l'arrière-pensée de pouvoir ramener le prince
+d'Orange. La question inadmissible du duc de Leuchtenberg est arrivée:
+nous ne pouvions ne pas la rejeter. L'Angleterre le sent et l'avoue,
+mais en même temps, lord Ponsonby dit qu'il n'a pas d'instructions à
+cet égard. Voilà donc la question compliquée de nouveau d'une manière
+bien pénible et tourmentante, et cela à qui la faute? Pas à nous,
+certes, qui avons été bien franchement, bien loyalement et bien
+droitement...»
+
+ [391] Le protocole du 20 janvier qui assurait la neutralité de la
+ Belgique et qui avait été fort bien accueilli aux Tuileries.
+
+ [392] Séance du 27 janvier. M. Mauguin avait interpellé le
+ général Sébastiani sur l'attitude du gouvernement au sujet de la
+ question polonaise.
+
+
+ «Samedi matin, 29 janvier.
+
+»_P.-S._--Nous apprenons qu'il ne reste plus à Bruxelles d'alternative
+possible qu'entre Nemours et Leuchtenberg. Croirait-on qu'ainsi placé,
+lord Ponsonby donne une préférence décidée à Leuchtenberg? En vérité,
+cela passe toute croyance. C'est pourtant certain. Ce qui l'est moins,
+mais ce qu'on dit, et ce que le langage de lord Ponsonby ne rend que
+trop probable, c'est que M. Van de Weyer a apporté de Londres
+l'assurance que l'Angleterre reconnaîtrait Leuchtenberg s'il était
+élu[393].
+
+ [393] M. Van de Weyer se trompait, car huit jours plus tard, le 7
+ février, la conférence de Londres signait un protocole qui
+ excluait le duc de Leuchtenberg.
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[394]
+
+ [394] Voir page 69.
+
+ «Bruxelles, le 8 mars 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Ne pouvant obtenir de la conférence une décision à mon égard, je
+me détermine à aller au-devant. J'ai l'honneur de vous adresser ma
+démission des fonctions de son commissaire en Belgique. Je la lui
+transmets en même temps par lord Ponsonby.
+
+»Vous trouverez ci-jointe la lettre que j'écris à la conférence et que
+je vous prie de lui soumettre, et copies de mes lettres à lord
+Ponsonby et à M. Van de Weyer.
+
+»Je compte partir vendredi ou samedi pour Paris. J'y ferai un court
+séjour; mon plus vif désir est de me retrouver bientôt près de
+vous[395].»
+
+ [395] M. Bresson ne revint pas à Londres. Après un court séjour
+ en France, il fut envoyé à Berlin où au bout de quelques mois, il
+ fut définitivement accrédité.
+
+
+LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND[396].
+
+ [396] Voir page 98.
+
+ «Paris, le 20 mars 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Je n'ai rien à vous apprendre sur la formation du ministère. Vous
+connaissez comme moi les membres qui le composent: le parti de la paix
+y est fort jusqu'à l'unanimité. Je pense que vous feriez bien d'écrire
+un mot à M. Casimir Périer, qui sera charmé de recevoir une lettre de
+vous. Il donne de l'unité à l'action du gouvernement et se montre
+décidé à combattre les anarchistes avec vigueur...
+
+»... M. Laffitte a quitté les affaires avec peine et montre un peu
+d'irritation. L'état de sa fortune est la principale cause de sa
+défaite politique; la bourse poussait des clameurs qui avaient des
+échos dans les Chambres.
+
+»La grande affaire aujourd'hui est celle des élections, je crois
+qu'elles nous donneront une Chambre modérée et qui sera un véritable
+appui pour l'ordre et le gouvernement.
+
+»Je crois que nous éviterons la guerre. Si les Autrichiens n'entrent
+pas dans les États du Saint-Siège, la paix est assurée; je me suis
+dévoué à sa conservation.»
+
+
+TRADUCTION D'UNE DÉPÊCHE DE SIR R. GORDON[397] A LORD PALMERSTON[398].
+
+ [397] Sir R. Gordon, frère de lord Aberdeen, était ambassadeur de
+ la Grande-Bretagne près de la Porte.
+
+ [398] Voir page 153.--On se rappelle que le général Guilleminot,
+ ambassadeur de France à Constantinople, fut rappelé à la suite
+ des incidents qui font l'objet de cette dépêche.
+
+ [_Confidentielle_]
+
+ «Constantinople, 31 mars 1831.
+
+ »Milord,
+
+»Depuis ma dernière dépêche confidentielle du 25, le reis-effendi m'a
+assuré que l'ambassadeur de France a présenté une note à la Porte qui,
+quoique plus réservée que ses communications verbales contient les
+trois points importants qui suivent:
+
+»1º Les principes du gouvernement français sont si diamétralement
+opposés à ceux professés par la Russie et l'Autriche, qu'une guerre
+entre la France et ces deux puissances est inévitable;
+
+»2º Dans cette guerre, l'Angleterre restera neutre, ou se déclarera
+l'alliée de la France;
+
+»3º L'ambassadeur de France prie instamment la Porte, de la part de
+son gouvernement, de prendre les mesures nécessaires pour assurer son
+indépendance, avertissant le gouvernement ottoman que si, au
+contraire, il épousait la cause opposée aux principes et aux vues de
+la nation française, la Porte chercherait en vain plus tard, à être
+exemptée des pertes qu'elle aurait à subir comme une conséquence
+nécessaire de la guerre.
+
+»J'ai l'honneur...
+
+ »_Signé_: R. GORDON.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS[399].
+
+ [399] Voir page 230.
+
+ «27 juin 1831.
+
+»Après avoir ennuyé Mademoiselle des copies de ma correspondance
+nocturne par le courrier d'aujourd'hui, je dois encore lui
+communiquer la réponse du prince Léopold que je reçois à l'instant,
+quoiqu'elle ne satisfasse pas toutes mes exigences françaises, et que
+les conversations ne remplacent que faiblement ce qui aurait été bien
+plus utile à dire officiellement. Cependant il faut se tenir pour
+satisfait parce que le contraire serait maintenant sans but. Toujours
+est-il bon que ma lettre d'hier ait provoqué l'explication écrite du
+prince qui tient un peu de l'excuse. Il cherche à se justifier sur ce
+que d'autres membres de la conférence ont pu lui dire: il eût été plus
+simple et plus droit de s'arrêter à la phrase écrite de ma main, que
+je lui avais laissée.
+
+»A présent, espérons que les Belges si portés à l'indiscrétion
+n'oublieront pas les assurances de dévouement que le prince leur a
+faites pour la France...
+
+»Mademoiselle se souviendra que les premières nouvelles de tout ce que
+j'ai écrit ces jours-ci doivent venir de Bruxelles.
+
+»Wessenberg va rendre plus facile le roi des Pays-Bas. C'est une
+terrible tâche que nous lui donnons là.»
+
+
+LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND[400].
+
+ [400] Voir page 244.
+
+ «Samedi, 9 juillet 1831.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Nous avons des lettres de Bruxelles du 6, au soir. Tout allait bien,
+et on comptait sur une majorité très considérable. On croyait que de
+cent soixante-quatorze, qui voteraient, il y aurait cent vingt-cinq
+pour; mais ce qui prouve incontestablement que les propositions
+seraient acceptées, c'est que Van de Weyer s'était inscrit pour parler
+en leur faveur; et notre petit ami, comme les dieux de Caton, aime à
+se trouver du côté des vainqueurs, et il n'aurait pas changé de côté,
+s'il n'avait pas eu un fort pressentiment que la victoire allait se
+ranger avec les propositions et le prince.
+
+»Le discours de Lebeau a converti plusieurs, entre autres
+Rodenbach[401] et Coppens[402] et on disait à Bruxelles que ce
+discours avait fait parler un bègue et avait fait voir clair à un
+aveugle. On croyait cependant que la décision ne se ferait
+qu'aujourd'hui.»
+
+ [401] Alexandre Rodenbach, né en 1786, homme politique et
+ littérateur belge. Sous le gouvernement du roi Guillaume, il
+ s'était fait un nom comme journaliste libéral. Aussi fut-il élu
+ député en 1830. Il demeura à la chambre jusqu'en 1866 et mourut
+ en 1869. M. Rodenbach était aveugle depuis l'âge de onze ans.
+
+ [402] Député au congrès et l'un des membres les plus bouillants
+ de l'assemblée.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT[403].
+
+ [403] Voir page 248.
+
+«15 juillet 1831.
+
+»Le roi de Hollande n'a pas encore répondu; mais le pouvoir de
+Wessenberg n'a pas été plus loin que d'obtenir quelques jours de
+délai. Sa réponse ne sera donnée que jeudi au soir et alors Wessenberg
+partira le vendredi (qui est aujourd'hui). Mon opinion est que malgré
+quelques explications qui ont été données, la réponse du roi sera
+mauvaise. Quel parti tirera-t-il de son humeur? Je n'en sais rien, car
+les choses sont à tel point qu'il n'y a plus moyen de céder. On peut
+adoucir par des explications, mais il n'est pas possible d'aller plus
+loin. Le prince Léopold n'en part pas moins demain 16; il croit plaire
+chez vous, et c'est son projet en allant par Calais. Il désire
+passionnément épouser une de nos princesses; ce matin, il me le
+répétait encore. On est bien fou en France quand on veut faire du
+prince Léopold un prince anglais; il est parfaitement le contraire.
+Cette dernière difficulté du roi de Hollande nous est fort
+désagréable, et je crois qu'elle est fort inutile pour lui, il faut
+attendre les premières lettres, elles nous apprendront au plus juste
+sa disposition...»
+
+L'AMIRAL DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND[404].
+
+ [404] Voir page 372.
+
+ «Paris, le 28 décembre 1831.
+
+ »Mon prince,
+
+»Vous aurez vu, comment hier nous sommes sortis de la question de
+la pairie. Il y a dans l'autre Chambre une sorte de frémissement
+révolutionnaire qui indique assez ce qui fût arrivé du retour du rejet
+de la loi: tel est le pays.
+
+»Sébastiani a eu une fausse attaque d'apoplexie; il va mieux, mais on
+pense qu'il sera quelque temps hors d'état de s'occuper d'affaires.
+Son inquiétude, à cet égard, est manifeste. Pozzo s'en réjouit sans
+contrainte, et promet de plus grandes facilités pour les affaires.
+Demain, il doit réunir le corps diplomatique au sujet des plans
+belges, et il me promettait hier soir, qu'il parlerait de manière à
+substituer la démolition de Tournai à celle de Philippeville et
+Marienbourg. Si cet arrangement vous paraissait sortable, veuillez
+m'en faire dire un mot par madame de Dino; j'agirai ici en
+conséquence: cela m'est plus facile maintenant.
+
+»Veuillez...
+
+ »DE RIGNY.»
+
+
+M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[405].
+
+ [405] Voir page 412.
+
+ «Berlin, le 26 janvier 1832.
+
+ »Mon prince,
+
+»... J'ai su que votre lettre du 20 décembre avait été mise sous les
+yeux de Sa Majesté le roi de Prusse. Il a écrit à l'empereur pour le
+presser de se rattacher aux vues de ses alliés, _dans des termes
+plutôt trop vifs que trop doux_, m'a dit M. de Bernstorff. Ainsi, mon
+prince, l'effet que vous désiriez a été produit.
+
+»En apprenant l'ajournement de l'échange des ratifications au 31
+janvier, l'on a beaucoup regretté ici qu'on ne l'eût pas fixé au 1er
+mars. Hier, j'ai fait de nouvelles instances pour obtenir la
+ratification pure et simple au traité du 15 novembre; elles ont été
+infructueuses. M. le ministre d'Angleterre, chargé par son
+gouvernement d'une démarche analogue, n'a pas été plus heureux. La
+Prusse se maintient dans la position qu'elle a prise depuis le refus
+de l'empereur de Russie, et l'ajournement n'a rien changé à sa manière
+de voir. Il y a seulement une modification qui me paraît assez
+importante aux instructions de M. de Bülow. On le charge
+d'indiquer à la conférence si, le 31 janvier, une ou plusieurs
+puissances jugent à propos d'échanger leurs ratifications avec le
+plénipotentiaire belge, de laisser pour les autres le protocole ouvert
+jusqu'à un terme défini, le 15 mars par exemple, toujours avec la
+réserve de la part de la Prusse que le traité à cette époque même, ne
+serait valable qu'autant que toutes les puissances successivement
+auraient ratifié en toute forme. C'est un autre mode d'ajournement qui
+a ses inconvénients et ses avantages. M. Ancillon pense que cet
+intervalle de temps serait employé avec profit soit à ramener la
+Russie aux décisions prises par la conférence, soit à vaincre ou à
+satisfaire le roi des Pays-Bas. On minuterait un traité définitif
+entre la Hollande et la Belgique, et on le proposerait aux deux
+parties; ou bien encore, on ajouterait aux vingt-quatre articles
+quelques dispositions additionnelles et explicatives qui pourraient
+décider l'acceptation du cabinet de La Haye, ou déterminer la Russie à
+se considérer comme libre de tout engagement et de tout ménagement
+envers elle. Telles sont les idées du cabinet de Berlin. J'ai cru, mon
+prince, qu'il vous serait intéressant de les connaître.»
+
+
+MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[406].
+
+ [406] Voir page 417.
+
+ «Tuileries, 4 mars 1832.
+
+»... Nous voilà donc à Ancône, et en toute loyauté et franchise, car
+le pape et les Autrichiens savaient que s'ils rentraient une seconde
+fois dans les États du pape nous irions à Ancône; cela avait été
+annoncé depuis longtemps. Je crois bien, de vous à moi, qu'ils se
+flattaient que nous ne l'oserions pas, comme le roi de Hollande se
+flattait que nous n'entrerions pas en Belgique: ainsi, par cette même
+raison, je vous avoue, mon cher prince, que je suis bien aise que nous
+ayons tenu parole en cela comme en tout le reste. Tous les
+ambassadeurs ont été instruits, au même moment que l'ordre en a été
+donné, du départ de notre expédition, et comme nous ne voulons
+certainement pas de révolution en Italie, mais, au contraire, engager
+à prendre tous les moyens qui peuvent l'éviter, ce qui sera
+expliqué bien clairement et qui l'est certainement déjà, je ne puis me
+tourmenter du résultat de cette expédition qui prouve aux puissances
+que nous tenons ce que nous avançons, ce qui à mes yeux est un très
+grand avantage.
+
+
+LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND[407].
+
+ [407] Voir page 432.
+
+ «Stanhope-street, le 15 mars 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Notre cabinet a pris en considération, hier au soir, la question de
+savoir quelle serait la meilleure marche à suivre sur la proposition
+qu'on nous annonce de la part de la Hollande, et l'opinion de notre
+gouvernement est que je ne puis rien dire ni faire en conférence,
+excepté de demander aux plénipotentiaires des trois cours:
+ratifiez-vous, ou ne ratifiez-vous pas? Il nous paraît que tant que
+les cinq cours ne sont pas sur la même ligne par rapport à la question
+tout importante de la ratification, il est impossible pour la
+conférence de répondre à la communication hollandaise, ou de faire à
+la Hollande une communication quelconque.
+
+»Si nous sommions le roi de Hollande de nous donner réponse
+catégorique quant à l'acceptation des vingt-quatre articles dans un
+délai fixe, cela voudrait naturellement dire que, le terme échu, nous
+procéderions à l'exécution du traité, bon gré malgré la Hollande. Mais
+les trois cours seraient-elles prêtes à concourir avec nous, pour
+concerter des moyens coercitifs? Non, du moins à ce qu'il paraît. Donc
+la même demande ne signifierait pas la même chose pour toutes les
+cours. De notre part la question impliquerait: mesures coercitives; de
+la part des trois cours: abandon, mais inaction. Il nous paraît donc
+que nous ferions bien de nous tenir sur le terrain que nous occupons
+maintenant, et de ne pas nous laisser entraîner en aucune discussion
+ni en aucune action commune comme conférence, avant de savoir avec
+certitude si nous sommes deux ou cinq.
+
+»Si vous pouvez vous rendre au bureau aujourd'hui entre trois et
+quatre heures, vous pourrez me dire alors quel est votre avis sur cet
+affaire.
+
+»Tout à vous.»
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON[408].
+
+ [408] Voir page 432.
+
+[_Particulière_]
+
+ «Le 17 mars 1832.
+
+ »Dear lord Palmerston,
+
+»Je crois comme vous qu'après tant d'attente nous sommes
+rigoureusement obligés d'avoir une conférence pour demander aux
+plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse la détermination qu'ils
+auront prise relativement à l'échange des ratifications. Tous les
+égards ont été observés, tous les délais naturels ont été grandement
+accordés. Il me semble que les choses sont à leur terme, et que ce
+serait abuser de notre influence en Belgique que de retarder encore le
+moment de la délivrer de l'inquiétude qui l'agite.
+
+»Aujourd'hui, prolonger de nouveau les délais serait un excès de
+condescendance qui pourrait même être qualifié autrement.
+
+»Demain après le lever je me rendrai chez vous prêt à faire tout ce
+qui vous conviendra et à conserver intacte la dignité que nos deux
+pays réunis doivent avoir.»
+
+
+LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND[409].
+
+ [409] Voir page 432.
+
+ «Stanhope-street, le 5 avril 1832.
+
+ »Mon cher prince,
+
+»Je vous prie de vous rendre au bureau à trois heures. Bülow n'a pas
+encore son autorisation, et je crois qu'il faudra que nous fassions en
+conférence la demande dont nous avons parlé. Je voudrais vous proposer
+que nous disions aux plénipotentiaires des trois cours: deux mois se
+sont passés depuis le 31 janvier, le protocole de ratification reste
+encore ouvert; la saison est devenue meilleure, les routes se
+sont desséchées. Avez-vous tous, reçu vos ratifications, et êtes-vous
+prêts à les échanger? Et vous qui ne l'êtes pas, ayez la bonté de
+constater sur le protocole les raisons qui vous en empêchent.
+J'inviterai le comte Orloff afin que nous puissions lui parler.
+
+
+LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT[410].
+
+ [410] Voir page 446.
+
+ «1er mai au soir 1832.
+
+»Les ratifications sont arrivées, elles sont conditionnelles; mais
+j'arrangerai cela, et je les rendrai simples par les déclarations que
+j'obtiendrai des Russes: du reste ne parlez pas de cela à personne du
+tout, parce que les ordres que je pourrais recevoir de quelque nature
+et de quelque personne qu'elles fussent, me gêneraient et je veux
+avoir fini vendredi. Mais pour cela il faut qu'on ne m'écrive pas;
+ainsi parfait et complet silence. L'espoir de vous voir le mois
+prochain me donne tous les moyens de ma jeunesse et de mon expérience
+pour les affaires dont je suis chargé et à la fin desquelles je veux
+arriver bien. Adieu je me tue peut-être, mais le réussirai. Je
+voudrais que tous les employés du gouvernement en fissent autant pour
+assurer la paix.
+
+»Adieu chère amie.»
+
+FIN DE L'APPENDICE ET DU TOME QUATRIÈME
+
+
+
+
+TABLE DU TOME QUATRIÈME
+
+DIXIÈME PARTIE (_Suite_).
+
+RÉVOLUTION DE 1830 (_suite_)
+
+APPENDICE
+
+
+
+
+PARIS.--IMPRIMERIE CHAIX, RUE BERGÈRE, 20,--14876-10-91.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires du prince de Talleyrand,
+Volume IV (of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
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+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES DE TALLEYRAND, IV (OF V) ***
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+works. See paragraph 1.E below.
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+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
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+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+ The Project Gutenberg's eBook of Mémoires du Prince de Talleyrand IV, by le Duc de Broglie</title>
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+<pre>
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+The Project Gutenberg EBook of Mémoires du prince de Talleyrand, Volume IV
+(of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Mémoires du prince de Talleyrand, Volume IV (of V)
+
+Author: Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
+
+Annotator: Duc de Broglie
+
+Release Date: April 11, 2010 [EBook #31952]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES DE TALLEYRAND, IV (OF V) ***
+
+
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+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
+Online Distributed Proofreaders Europe at
+http://dp.rastko.net. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
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+
+
+
+
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+</pre>
+
+
+<div class="box">
+<p>Note de transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.<br />
+Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris dans ce livre électronique.</p></div>
+
+<p><span class="pagenum invisible"><a name="Page_I" id="Page_I">I</a></span></p>
+
+<h2 class="p4">MÉMOIRES</h2>
+
+<h3>DU PRINCE</h3>
+
+<h1>DE TALLEYRAND</h1>
+
+<h5 class="p4">PUBLIÉS AVEC UNE PRÉFACE ET DES NOTES</h5>
+
+<h5>PAR</h5>
+
+<h4 class="p2">LE DUC DE BROGLIE</h4>
+
+<h5>DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE</h5>
+
+<h3>IV</h3>
+<div class="figcenter"><img src="images/colophon.jpg" width="267" height="182"
+alt="colophon" title="" /></div>
+
+<h4 class="p2">PARIS<br />
+CALMANN LÉVY, ÉDITEUR</h4>
+
+<hr class="c15 p4" />
+
+<h5>RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15<br />
+A LA LIBRAIRIE NOUVELLE</h5>
+
+<h5>1891</h5>
+
+<h5>Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous les pays y
+compris la Suède et la Norvège.</h5>
+
+<p><span class="pagenum invisible"><a name="Page_II" id="Page_II">II</a></span></p>
+
+<h3 class="p4">DIXIÈME PARTIE (<i>Suite</i>)</h3>
+
+<h4 class="p2">RÉVOLUTION DE 1830 (<i>Suite</i>)</h4>
+
+<h4 class="p2">(1830-1832)</h4>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p><span class="pagenum invisible"><a name="Page_III" id="Page_III">III</a></span></p>
+
+<h2 class="p4">MÉMOIRES</h2>
+
+<h4 class="p2">DU</h4>
+
+<h3>PRINCE DE TALLEYRAND</h3>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum invisible"><a name="Page_IV" id="Page_IV">IV</a></span></p>
+
+<div class="figcenter"><img src="images/talleyrand_s.jpg" width="200" height="239"
+alt="Talleyrand" title="" /></div>
+
+<p class="center">LE PRINCE DE TALLEYRAND<br />
+<span class="smcap">Ambassadeur de France à Londres</span><br />
+<a href="images/talleyrand_b.jpg">Agrandissement</a>
+<span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span></p>
+
+<h3 class="p6">RÉVOLUTION DE 1830 (<i>Suite</i>)</h3>
+
+<h4 class="p2">(1830-1832)</h4>
+
+<p class="p2">En résumant les divers points de l'affaire belge au commencement du
+mois de janvier 1831, nous étions arrêtés à <i>La Haye</i>, par le roi des
+Pays-Bas, qui finissait par céder sur l'indépendance de la Belgique,
+mais qui y mettait des conditions inacceptables quant aux frontières,
+au partage de la dette; à <i>Bruxelles</i>, par le congrès qui menaçait
+toujours de voter la réunion de la Belgique à la France, c'est-à-dire
+la guerre européenne, ou d'appeler au trône le duc de Nemours pour
+s'assurer, par la protection de la France, l'annexion du grand-duché
+de Luxembourg, ce qui conduisait également à la guerre; à <i>Paris</i>, par
+la crainte que le choix du prince Léopold de Saxe-Cobourg ne parût une
+concession humiliante faite à l'Angleterre; enfin, à <i>Londres</i>, par
+les plénipotentiaires de Russie, qui, autorisés par leur souverain, à
+signer l'acte qui prononçait l'indépendance de la Belgique, avaient
+reçu <span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">4</a></span> défense expresse de consentir à un autre choix, comme
+souverain de ce pays, qu'à celui d'un prince de la maison de Nassau.</p>
+
+<p>Il fallait sortir de ce dédale par une marche nette et ferme. Je me
+décidai à proposer aux trois autres puissances dans la conférence de
+ne pas s'arrêter au refus de la Russie, quant au choix du souverain,
+car il n'était pas nécessaire que les reconnaissances arrivassent
+simultanément; et la Belgique serait un royaume, lorsque quatre des
+grandes puissances l'auraient reconnu pour tel. J'insistai également
+pour qu'on passât outre devant les résistances des Belges et des
+Hollandais, et j'écrivis ceci à Paris<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>:</p>
+
+<p>«... La question n'est plus dans telle et telle limite, dans une
+portion plus ou moins forte de la dette; elle n'est plus dans la
+maison de Nassau ou dans celle de Bavière,&mdash;elle est tout entière dans
+le système guerroyant ou dans le système pacifique. Le premier aura
+infailliblement ce qu'il veut, soit de la réunion de la Belgique à la
+France, soit du choix accepté de M. le duc de Nemours. Le second sera
+satisfait par le choix du prince de Naples que la conférence est
+disposée à adopter. Mais il faut que le gouvernement français, avec
+les formes de la décision, s'assure des dispositions de la Belgique.
+M. de Celles, s'il agit franchement dans cette vue, peut être utile à
+cette combinaison. Alors il faut que notre ministère se prépare à
+livrer au parti Mauguin et au parti Lamarque, bataille sur le terrain
+napolitain, car certainement il s'élèvera quelque opposition, soit à
+Bruxelles soit à Paris. Si pour nous embarrasser, les intrigants de
+Paris font proclamer M. le duc <span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span> de Nemours, un refus formel du roi
+nous met à l'aise vis-à-vis des puissances. La réponse dilatoire dont
+parle la dépêche du 2, que je viens de recevoir, porterait, je le
+crains, un coup très fâcheux à la confiance des cabinets. La Russie,
+toujours prête à s'emparer de la politique de l'Angleterre,
+profiterait de cette circonstance pour pousser à l'extrême les
+hostilités de sociétés qui ont ici une très grande influence. Si donc
+le roi, comme c'est mon opinion, se croit assez fort pour conserver la
+paix, il faut un refus absolu de M. le duc de Nemours. Il y a, ce me
+semble, en France, une erreur généralement répandue: c'est celle de
+croire que nous pouvons conserver la paix avec l'Angleterre en faisant
+la guerre contre le continent; il est bien certain cependant qu'il
+faudrait des sacrifices incompatibles avec notre dignité, et qui
+probablement seraient insuffisants pour la désintéresser. M. de
+Flahaut, qui n'en était pas convaincu à son arrivée, a fini par en
+être persuadé<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. Il s'agit donc de savoir si la France est en état de
+faire la guerre au continent: je pense que oui: mais est-elle en état
+de faire la guerre au continent et à l'Angleterre? Je ne le pense pas.
+Je suis effrayé, lorsque je lis nos journaux et nos discussions
+parlementaires, de la singulière ignorance, des préjugés et de
+l'aveugle présomption qui y règnent. On remarque ici que le ton de nos
+discussions s'altère; on nous blâme, on s'inquiète de notre
+effervescence, mais on ne nous redoute pas.</p>
+
+<p>»Voilà ce qu'il est de mon devoir de ne pas dissimuler. Je pourrais
+beaucoup ajouter sur la difficulté d'une position <span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span> qui fait qu'on
+est chargé des affaires d'un pays en ébullition, auprès de gens qui
+sont encore dans les vieilles routes. Mon dévouement me donne le
+courage de lutter ici contre la vieille jalousie anglaise, si prête à
+reparaître, sans espérer plaire à ma propre patrie...</p>
+
+<p>»M. le duc de Nemours refusé, si la Belgique persiste dans ce choix ou
+dans celui du duc de Leuchtenberg, on doit rappeller les commissaires
+anglais et français qui sont à Bruxelles et ne plus recevoir
+qu'ensemble les communications que les Belges voudraient faire. S'ils
+se remettent en guerre avec la Hollande, ou la Hollande avec eux,
+comme on ne veut pas avoir la guerre auprès de soi, il faut bloquer
+les ports du pays, quel qu'il soit, qui a attaqué. Et cela fait, on
+restera tranquille et on laissera le temps fournir quelque combinaison
+raisonnable...»</p>
+
+<p class="p2">Je crus que ces observations avaient produit quelque effet à Paris, en
+recevant la réponse suivante du général Sébastiani, en date du 5
+janvier:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Mon prince,</p>
+
+<p>»Nous n'avons jamais balancé sur le parti que nous prendrions
+relativement à la Belgique. Nous refuserons sans balancer, et sa
+réunion à la France, et la couronne pour M. le duc de Nemours<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>. Nous
+avons pensé, il est vrai, que d'autres arrangements que son
+indépendance affermiraient mieux la paix de l'Europe; mais nous
+attendrons que cette conviction <span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span> soit passée dans l'esprit des
+grandes puissances, et notamment dans celui de l'Angleterre. Quelque
+éloigné que puisse être ce moment, nous saurons l'attendre.</p>
+
+<p>»Le roi des Français donnera à l'Europe l'exemple d'un grand
+désintéressement et d'une loyauté politique qui pourra servir de
+modèle. Il en a la ferme volonté, mon prince, et il me charge de vous
+le dire. Ainsi, vous pouvez prendre des engagements positifs à cet
+égard avec les puissances, sans craindre que rien puisse ébranler sa
+résolution. La paix, mon prince, sera votre ouvrage, et après une
+telle déclaration, rien ne me paraît devoir en compromettre la
+conservation. Notre langage avec les Belges a toujours été net et
+positif. J'espère encore qu'ils ne feront pas de folies.</p>
+
+<p>»La confiance du roi dans votre haute sagesse et dans votre dévouement
+pour son service est telle, qu'il se repose sur vous du parti à
+prendre dans ce qui intéresse la dignité de sa couronne et l'intérêt
+de notre patrie.»</p>
+
+<p>Assuré par les déclarations contenues dans cette lettre, que je
+pouvais compter sur l'appui du roi, je m'inquiétais moins, en quoi
+j'avais tort, on va le voir, des entraînements auxquels pourraient se
+laisser aller le général Sébastiani et les autres ministres, et fort
+peu, je l'avoue, des dispositions des Belges que l'un des commissaires
+de la conférence à Bruxelles, M. Bresson, ne me dépeignait pas
+cependant sous des couleurs bien favorables. Je ne m'attendais donc
+pas à la surprise qu'on nous préparait de ce côté.</p>
+
+<p>Une nouvelle candidature au trône de Belgique avait tout à coup surgi
+à Bruxelles, celle du prince Othon de Bavière âgé de quatorze ans. Le
+général Sébastiani, informé de ce fait par <span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span> M. Bresson, lui avait
+écrit sur-le-champ que le gouvernement français verrait sans
+répugnance le choix du prince Othon, s'il était bien convenu qu'il
+épouserait une fille du roi des Français<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. M. Bresson avait
+communiqué aux membres principaux du congrès la lettre du général
+Sébastiani, qui ne tarda pas à être publiée, imprimée, affichée même
+dans les rues de Bruxelles.</p>
+
+<p>Une pareille communication empruntait un caractère de grande
+importance, quand elle était faite par un agent représenté comme ayant
+à la fois les pouvoirs de la conférence et ceux du gouvernement
+français<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<p>Dès que j'avais eu connaissance qu'il était question du prince Othon,
+j'avais écrit le 6 janvier à Paris qu'il n'aurait l'assentiment de
+personne<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. «... Ce prince, disais-je, ne peut monter sur le trône
+qu'entouré de conseillers, qui, par leur nombre et leurs relations,
+n'inspirent aucune confiance aux <span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span> cabinets de l'Europe<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. Nous
+n'avons pas encore la nouvelle de la détermination qui aura été prise;
+mais au départ du dernier courrier, il était annoncé comme probable
+que le choix tomberait sur lui<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> et comme il n'a que quatorze ans,
+c'est M. de Mérode qui devait être placé auprès de lui, faisant les
+fonctions de régent. Ce grand parti a été pris avec une légèreté qui
+paraît extraordinaire à tout le monde; car, premièrement, on ne sait
+pas si le roi de Bavière y consentirait; secondement, un royaume
+nouveau, placé entre les mains d'un enfant, ne paraît pas bien
+raisonnable; troisièmement, une royauté nouvelle qui commence par une
+régence est susceptible d'être entourée d'intrigues, et quatrièmement,
+M. de Mérode a en France des relations qui, probablement à tort,
+inquiéteraient quelques puissances.»</p>
+
+<p>Trois jours après, le 9 janvier, lorsque les détails de ce qui s'était
+passé à Bruxelles furent connus de la conférence, je renouvelai dans
+mes dépêches à Paris l'expression du blâme que causait à Londres la
+manière dont cette affaire avait été conduite. Je ne m'en tins pas là
+et j'écrivis à Madame Adélaïde, s&oelig;ur du roi, ce que je voulais
+qu'elle communiquât à Sa Majesté.</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 9 janvier 1831.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas importuné ces jours-ci Mademoiselle de toutes mes
+tribulations. Je dois le dire, j'ai été d'autant plus <span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span> peiné, que
+j'ai dû voir un dommage notable dans la marche des affaires; les
+défiances sont augmentées, et il faut beaucoup d'efforts et toute la
+confiance que l'on veut bien avoir ici en moi, pour que la position de
+l'ambassadeur de France ne soit pas changée. Mes propres
+susceptibilités sont bien peu de chose; mais je suis vivement atteint
+par ce qui peut nuire au service du roi. Mademoiselle va en avoir la
+preuve. C'est par le corps diplomatique que j'ai connu la lettre
+<i>affichée</i> à Bruxelles. Je suis resté fort embarrassé devant un fait
+aussi positif, et qui ôte à mes paroles le crédit dont elles ont tant
+besoin. Dans une semblable position, tout autre eût sans doute quitté
+son poste, et les membres de la conférence, qui craignaient mon
+départ, m'ont plusieurs fois déclaré que mon départ serait un signal
+de rupture. Je suis donc resté, et par le désir de n'entraver par
+aucune considération personnelle la marche des affaires, et parce que,
+ambassadeur de Mademoiselle, j'aurais cru lui faire quelque peine en
+quittant ainsi la place où elle m'avait désiré. Mais je ne saurais y
+rester utilement, si l'on ne trouve pas de moyen de rendre à mes
+paroles toute leur force et de donner une sorte de satisfaction aux
+puissances réunies ici. Il paraît, d'après les journaux, car les
+dépêches de Paris n'en parlent pas, que M. Bresson a, sans
+autorisation, fait placarder la lettre du général Sébastiani. Je
+demande donc que le zèle imprudent de M. Bresson soit blâmé; qu'il
+soit renvoyé à son poste de Londres, et que je sois autorisé à
+déclarer que l'intention du cabinet français n'est pas de s'isoler,
+dans la question belge, de la marche adoptée par les grandes
+puissances<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>. Je voudrais bien aussi qu'on lût plus <span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span>
+attentivement mes dépêches pour que l'on ne confondît pas de simples
+propositions avec des déterminations absolues. Cela éviterait de
+m'écrire que le protocole, <i>qui n'a pas existé, est entaché de
+partialité</i>. Il faut que l'affaire belge reste uniquement confiée à la
+conférence, sans quoi nous serons toujours accusés de jouer un jeu
+double. Le roi y gagnera de ne plus être importuné par les intrigues
+des Belges qui se remuent beaucoup trop à Paris...»</p>
+
+<p>Les membres de la conférence, rassurés par les déclarations très
+nettes que je dus leur faire au sujet du prince Othon de Bavière,
+signèrent sur ma proposition le protocole numéro 9 dans lequel,
+laissant de côté cette question, comme si elle n'existait pas pour
+nous, nous invitâmes de la manière la plus ferme, d'une part, le roi
+des Pays-Bas, à lever le blocus du port d'Anvers qui était une des
+grandes causes d'irritation pour les Belges; et, de l'autre, les
+Belges à faire cesser les hostilités qu'ils entretenaient aux environs
+de Maëstricht.</p>
+
+<p>J'insistai à Paris, pour qu'on laissât faire à lord Ponsonby à
+Bruxelles toutes les tentatives en faveur des princes de Nassau, dans
+la conviction où j'étais que, ces tentatives n'aboutissant à rien, le
+gouvernement anglais prendrait plus fortement parti pour le prince de
+Saxe-Cobourg, qui restait toujours pour moi le candidat préférable. Le
+comité diplomatique du congrès de Bruxelles avait chargé plusieurs de
+ses membres de se rendre à Paris et à Londres pour s'entendre avec
+nous sur le prince qui nous conviendrait le mieux, et c'était sur
+cette députation que je comptais pour faire prévaloir un choix
+raisonnable; je ne me trompai pas dans mes prévisions. L'homme le plus
+intelligent de cette députation, M. Van de <span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span> Weyer, entra dès lors
+en relation avec le prince de Cobourg et servit habilement ses
+intérêts à Bruxelles, en dépit de tous les incidents qui traversèrent
+la candidature du prince.</p>
+
+<p>Je cherchai à apaiser les inquiétudes qu'on me témoignait chaque jour
+de Paris, en écrivant à Mademoiselle le 12 janvier<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>:</p>
+
+<p>«Je n'ai pas écrit ces jours-ci à Mademoiselle parce que je voulais
+répondre en connaissance de cause. Mademoiselle a la bonté de me
+demander un conseil; il m'est impossible de répondre catégoriquement
+sur un état de choses qui non seulement est fort compliqué, mais qui
+se modifie d'heure en heure. La lenteur des Anglais, la mobilité des
+Belges, l'obstination des Hollandais, l'obligation de négocier avec
+des personnes qui n'arrivent que péniblement à des concessions
+opposées à leurs goûts et souvent à leurs intérêts, rendent tout
+difficile. Souvent, il faut reprendre le lendemain ce qui a été décidé
+la veille; il faut détruire avec de nouveaux raisonnements l'effet
+d'une lettre de lord Ponsonby qui ne voit pas toujours de même que M.
+Bresson. La présence et l'influence du prince d'Orange, le soutien que
+lui prête madame de Lieven, amie particulière de lord Grey: voilà des
+obstacles sans cesse renaissants, et qui décourageraient un zèle et
+une affection moins sincères et moins vifs que ceux que j'ai dans le
+c&oelig;ur. Je ne vois pas qu'il y ait dans ce moment-ci un conseil
+positif à donner. La marche du roi a été admirable dans tout ceci: je
+demande encore quelques jours d'une conduite aussi mesurée; je suppose
+que dans ce court délai, le gouvernement <span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span> anglais sera de nouveau
+détrompé sur les chances du prince d'Orange en Belgique; et c'est
+alors que nous pourrons soutenir avec avantage et autorité, soit le
+prince de Bavière, soit le prince de Naples, mais surtout ce
+dernier...»</p>
+
+<p>Le 13 janvier, de nouveau, je lui mandais:</p>
+
+<p>«... Je conçois bien que les lenteurs de la conférence de Londres
+déplaisent à Mademoiselle; j'ose dire que je n'en suis pas moins
+contrarié, quoique je ne sois pas obsédé, comme l'est le roi, de
+toutes les importunités et de tout le mouvement des faiseurs
+politiques, toujours si pressés chez nous et qui gênent tant nos
+ministres. Le cabinet anglais n'est jamais pressé de rien parce qu'il
+n'a point à satisfaire à des impatiences aussi importunes. A Paris, on
+ne songe qu'à pousser le gouvernement, et ici on ne songe qu'à
+retenir. Ce qui entrave aussi beaucoup notre marche, et nous fait
+employer un temps considérable en explications de toute nature, ce
+sont les communications faites et publiées par les Belges<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>. Il faut
+interpréter toutes les conversations plus ou moins exactes qu'ils
+livrent au public, et réparer le moins mal possible les fautes que ces
+débutants en politique font chaque jour. Le ministère anglais désire
+que la question belge soit terminée avant le 3 février. Le roi aura vu
+dans le protocole numéro 9 que, malgré les obstacles, nous arrivons à
+quelque résultat, et que tout le monde y arrive ensemble. Il n'y a
+point de conférence aujourd'hui, ce qui fait que je vais à Brighton
+faire ma cour au roi et prendre l'air...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span></p>
+
+<p>A mon retour de Brighton, j'eus un long entretien avec lord Grey; j'en
+rendis compte le 17 janvier à Paris<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>:</p>
+
+<p>«... J'ai vu ce matin lord Grey pendant très longtemps; j'ai pu
+m'expliquer avec lui d'une manière très nette; j'y étais autorisé, et
+par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 de ce
+mois<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> et par des renseignements que je me suis procurés ici, qui
+m'ont prouvé que les affaires de M. le prince d'Orange n'étaient pas
+en aussi bon état que le gouvernement anglais aime à se le persuader.
+J'ai dit à lord Grey que les lenteurs avaient changé la disposition
+des esprits; que le parti du prince d'Orange était moins fort qu'on ne
+le pensait; que les catholiques n'en voulaient point et n'en
+voudraient jamais; que ceux qui désiraient la réunion à la France
+étaient contre lui; que suivre la direction dans laquelle on était
+aujourd'hui, c'était s'exposer à tous les malheurs d'une guerre
+civile; qu'une guerre civile en Belgique touchait de trop près la
+France, pour ne pas finir par compliquer toutes les questions; qu'il
+fallait enfin en venir au choix d'un souverain; et que ce souverain ne
+pouvait être qu'un catholique, et choisi parmi les princes Jean de
+Saxe, Othon de Bavière ou Ferdinand de Naples<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<p>»Lord Grey m'a alors répondu qu'ils avaient tenu à voir le prince
+d'Orange pour suivre ses chances jusqu'à leur terme, afin qu'une fois
+perdu, la Russie n'eût plus à nous l'opposer <span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span> et se décidât à
+marcher avec nous; que, quant au prince de Bavière, il ne savait pas
+pourquoi nous ne préférions pas le prince Charles, frère du
+roi.&mdash;Parce que, lui ai-je dit, il s'est prononcé violemment contre la
+dernière révolution de France, et que nous ne voulons pas avoir près
+de nous un prince disposé à prendre part à tout ce que la politique
+anti-française pourrait concevoir.&mdash;Mais le prince Othon de Bavière
+est trop jeune, reprit lord Grey; il faudrait commencer une dynastie
+par une régence et quels seraient les régents? Quelques-uns de ces
+hommes turbulents dont nous avons tant à nous plaindre.&mdash;Pourquoi donc
+ne pas choisir le prince de Naples, ai-je dit, il n'a pas cet
+inconvénient, puisqu'il a dix-huit ans?&mdash;Il n'en a que dix-sept<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>,
+m'a-t-il répondu, et d'ailleurs il vous appartient de trop près pour
+ne pas nous embarrasser devant le parlement.&mdash;J'ai fait remarquer à
+lord Grey que ce n'était point un inconvénient réel; qu'une pareille
+objection aurait pu être faite lorsqu'il était question du prince
+Léopold de Saxe-Cobourg et qu'elle ne m'avait point arrêté<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16"></a><a href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>; que,
+du reste, notre intention était de nous entendre avec l'Angleterre;
+mais qu'il nous fallait sortir de l'état dangereux dans lequel la
+Belgique plaçait l'Europe, et la France en particulier; que bien
+certainement le choix fait par eux et par nous serait adopté, et qu'il
+fallait, pour y arriver, se faire des concessions réciproques. Les
+motifs que vous mettez en avant pour repousser les princes de Naples
+et de Bavière, lui ai-je <span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span> dit en terminant, ne me paraissent pas
+suffisants, et si l'Europe est embrasée pour de tels motifs, ce n'est
+pas à nous qu'on adressera des reproches.</p>
+
+<p>»Il m'est resté de cette longue conversation que, les chances du
+prince d'Orange évanouies, le choix s'établirait entre les trois
+maisons que j'ai désignées plus haut. Mes efforts porteront sur le
+prince de Naples; mais, pour conserver ma position vis-à-vis des
+membres de la conférence, je dois laisser épuiser la combinaison du
+prince d'Orange...»</p>
+
+<p>A côté, je devrais dire au-dessus de cette question, on le voit très
+compliquée, du choix du futur souverain de la Belgique, il y en avait
+une autre qui était plus immédiatement menaçante: c'était celle de la
+reprise des hostilités entre les Hollandais et les Belges, à laquelle
+se liait inévitablement une guerre générale et européenne. Le roi de
+Hollande, qui, comme nous l'avons dit, souhaitait par-dessus tout
+cette dernière, dans la pensée qu'elle amènerait la restauration de
+son gouvernement en Belgique, travaillait avec obstination à l'amener.
+En bloquant l'Escaut et le port d'Anvers, il suspendait tout le
+commerce de la Belgique, et causait ainsi une irritation extrême parmi
+les Belges, qui, par mesure de représailles, bloquaient la ville de
+Maëstricht, occupée par une faible garnison hollandaise. Ces deux
+faits étaient en opposition directe avec l'armistice conclu sous les
+auspices de la conférence. Aussi avions-nous, par un de nos
+protocoles, signifié au roi de Hollande d'avoir à lever le blocus de
+l'Escaut, au plus tard le 20 janvier, et aux Belges de cesser les
+hostilités autour de Maëstricht<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17"></a><a href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span></p>
+
+<p>On n'avait encore obéi ni d'un côté ni de l'autre. Le roi de Hollande
+faisait marcher des troupes sur Maëstricht, et la Prusse était assez
+disposée à l'aider dans cette entreprise. Les partis bonapartiste et
+républicain à Bruxelles, qui avaient profité de l'irritation qu'y
+causait le blocus de l'Escaut pour provoquer les hostilités du côté de
+Maëstricht, n'attendaient que le moment où la lutte serait engagée
+pour demander le secours de là France, avec l'espérance qu'ils
+nourrissaient, tout comme le roi de Hollande, mais dans un autre but,
+qu'une guerre générale conduirait au renversement du gouvernement
+français et à la réunion de la Belgique à la France, devenue
+république.</p>
+
+<p>Il était urgent de pourvoir à ces dangers. La conférence renouvela au
+roi de Hollande l'injonction formelle de lever le blocus de l'Escaut,
+et menaça les Belges, s'ils ne cessaient leurs tentatives sur
+Maëstricht, de faire bloquer leurs ports par une escadre
+anglo-française. Il avait été proposé par quelques membres de la
+conférence d'employer l'armée prussienne pour empêcher la marche des
+Belges sur Maëstricht; je m'y étais péremptoirement opposé, et c'est
+ainsi que j'avais fait prévaloir la menace du blocus des ports belges.
+Je trouvais dans ce moyen l'avantage qu'il avait été déjà proposé par
+moi, à l'égard des ports hollandais, lorsqu'il s'était agi de forcer
+le roi Guillaume à la levée du blocus d'Anvers, et que d'ailleurs mon
+intention était encore de le faire valoir, si le 20 janvier notre
+protocole du 9 n'avait pas reçu son exécution.</p>
+
+<p>Mais toutes ces mesures n'étaient que des palliatifs provisoires qui
+ne nous tiraient pas de dangers permanents. J'en avais médité une
+pendant plusieurs jours, que je regardais comme décisive, en ce
+qu'elle mettrait fin aux espérances du parti révolutionnaire en
+Belgique et en France, aussi bien <span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span> qu'aux tentatives
+réactionnaires du roi Guillaume; c'était une déclaration par les
+puissances de la neutralité de la Belgique. Je la soumis à la
+conférence dans sa séance du 20 janvier, où j'eus la satisfaction de
+la faire adopter et consigner dans le protocole de ce jour<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18"></a><a href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Le
+compte rendu de cette séance que j'adressai à Paris, le 21 janvier
+fera connaître l'importance du résultat que j'avais obtenu<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20"></a><a href="#Footnote_20" class="fnanchor"><span class="light">[20]</span></a>.</h4>
+
+<p class="left5">«Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole de notre <span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span>
+conférence d'hier. Vous y verrez que, m'attachant à l'idée que je vous
+avais exprimée dans ma dépêche du 10 de ce mois, numéro 70, nous
+sommes parvenus à faire reconnaître en principe par les
+plénipotentiaires la neutralité de la Belgique. J'ai été fort secondé
+par lord Palmerston, dans lequel je trouve toujours de la droiture et
+des dispositions pacifiques très réelles.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas besoin de vous dire que la lutte a été longue et
+difficile; l'importance de cette résolution était bien sentie par tous
+les membres de la conférence, ce qui fait que notre séance a duré huit
+heures et demie.</p>
+
+<p>»La neutralité reconnue de la Belgique place ce pays dans la même
+position que la Suisse, et renverse, par conséquent, le système
+politique adopté en 1815 par les puissances, et qui avait été élevé en
+haine de la France. Les treize forteresses de la Belgique, à l'aide
+desquelles on menaçait sans cesse notre frontière du Nord, tombent,
+pour ainsi dire, à la suite de cette résolution, et nous sommes
+désormais dégagés d'entraves importunes. Les conditions humiliantes
+proposées en 1815 décidèrent alors ma sortie des affaires, et j'avoue
+qu'il m'est doux aujourd'hui d'avoir pu contribuer à rétablir la
+position de la France de ce côté.</p>
+
+<p>»Vous jugerez comme moi, monsieur le comte, l'avantage immense que
+cette résolution produira pour le maintien de la paix. Les Belges, se
+trouvant isolés et libres de choisir une forme de gouvernement en
+harmonie avec leurs souvenirs et leurs habitudes, cesseront
+d'inquiéter l'Europe; ils deviendront sans doute plus faciles à
+diriger, lorsqu'ils sauront que leurs folies ne peuvent plus retomber
+que sur eux-mêmes. Quant à la France, j'ai lieu d'espérer qu'elle y
+verra une satisfaction éclatante pour le passé et un gage de sécurité
+pour l'avenir. <span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span></p>
+
+<p>»Les difficultés que j'ai éprouvées dans la discussion ont surtout
+porté sur la dernière partie du protocole dans laquelle j'ai fait
+insérer que d'autres pays seraient libres de s'associer à la
+neutralité reconnue de la Belgique. J'ai pensé que cela fournirait
+plus tard la meilleure solution possible à l'épineuse question du
+duché de Luxembourg. Le ministre de Prusse, prévoyant le même
+résultat, a résisté longtemps; mais je l'ai enfin emporté et le
+paragraphe a été rédigé, quoiqu'un peu plus vaguement, comme je le
+désirais<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21"></a><a href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<p>»Du reste, la question du duché de Luxembourg, ressortant de la
+Confédération germanique, ne doit pas être traitée ici où il n'y
+aurait que des difficultés de la part des personnes intéressées, sans
+pouvoirs pour les résoudre.</p>
+
+<p>»Il a été convenu avec lord Palmerston que nous n'enverrions pas avant
+quelques jours le protocole à Bruxelles; nous pensons qu'il est plus
+convenable de terminer d'abord quelques-uns des points qui y sont
+indiqués...»<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span></p>
+
+<p>Cette grande victoire, car aujourd'hui encore, je la considère comme
+telle, venait à point pour me permettre de calmer les inquiétudes
+qu'on m'exprimait incessamment de Paris et de Bruxelles et qui sont à
+peu près résumées dans les lettres suivantes du général Sébastiani et
+de M. Bresson.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, 16 janvier 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je vous prie de lire la séance d'hier avec une sérieuse attention (la
+séance de la Chambre des députés de France du 15 janvier). La pétition
+d'un Belge a fourni au général Lamarque l'occasion de prononcer un
+discours dans lequel il a examiné la politique extérieure du
+gouvernement depuis la révolution de Juillet. Les affaires de la
+Belgique étaient évidemment le sujet qu'il se proposait de traiter.
+Ses attaques ont été violentes, et il avait pour but de nous entraîner
+à la guerre. J'ai refusé de relever le gant, et la Chambre entière a
+approuvé ma réserve. Mais le parti doctrinaire, qui se proposait
+d'aborder ces questions, s'est dit offensé, et M. Guizot a occupé
+longtemps la tribune. M. Mauguin lui a répondu avec véhémence, avec
+passion, et, il faut le reconnaître, a fait vibrer ces cordes
+nationales si retentissantes dans le pays. M. Dupin n'a pas été
+heureux dans sa réponse, et le général La Fayette n'a pas montré son
+habileté accoutumée dans toutes les questions de parti. L'effet de
+cette séance sur la nation sera de nature à imposer au gouvernement
+une marche encore plus circonspecte, s'il est possible. Nous devons
+éviter, non seulement de blesser les intérêts et la dignité de la
+France, mais nous devons <span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span> encore ménager son orgueil, et, il faut
+le dire, ses v&oelig;ux.</p>
+
+<p>»La tentative que fait dans ce moment le ministère anglais en
+Belgique, il ne faut pas se le dissimuler, compromet la paix de
+l'Europe. Le prince d'Orange a un parti, mais faible, timide, vaincu,
+moins encore par les armes que par les haines nationales. Nous avons
+longtemps servi la cause de ce prince; nous avons cherché à la faire
+triompher dans sa personne ou dans celle de ses enfants; nos efforts
+ont été impuissants. Le désir sincère de la paix, qui est la base de
+notre politique, a dirigé et dirigera encore notre conduite à l'égard
+de la Belgique.</p>
+
+<p>»Le prince d'Orange va renouveler ses entreprises avec l'appui de
+l'influence anglaise<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>. Nous demeurerons étrangers à ce mouvement;
+mais nous prévoyons avec douleur que nous ne saurions l'être aux
+conséquences qu'il peut traîner à sa suite. Si le v&oelig;u libre des
+Belges appelle le prince d'Orange à la couronne, nous respecterons ce
+choix, parce que l'indépendance de la Belgique sera toujours l'objet
+de notre respect. Mais, vous avez vu, mon prince, quel a été le succès
+de la proposition faite au congrès par M. Maclagan<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23"></a><a href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span></p>
+
+<p>»Le ministère anglais s'est-il bien représenté toute la différence qui
+existe entre la situation de la Belgique avant l'exclusion des Nassau,
+et sa situation actuelle? Tout était possible et permis alors; mais
+aujourd'hui un armistice a été conclu et mis sous la garantie des
+grandes puissances, postérieurement à l'exclusion des Nassau; la
+séparation de la Hollande et de la Belgique a été prononcée, et
+l'indépendance de la Belgique reconnue. Comment le prince d'Orange
+pourrait-il, par exemple, recourir aux forces hollandaises sans
+blesser le principe de l'armistice, de la séparation et de
+l'indépendance? Le prince d'Orange voudra-t-il entreprendre la
+conquête de la Belgique, avec ses partisans belges? Mais alors il se
+trouve aux prises avec les forces du gouvernement provisoire, du
+congrès, et commence une guerre civile que la France ne peut pas voir
+d'un &oelig;il indifférent à ses portes. Qui saurait d'ailleurs prévoir
+tout ce qui pourrait naître de cette guerre civile? Avouez-le, mon
+prince, cette tentative a trop le caractère d'une imprudence, <span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span>
+pour que je puisse y reconnaître les pensées prévoyantes et sages d'un
+gouvernement tel que celui de l'Angleterre. Toutefois la prudence de
+lord Grey et de lord Palmerston me rassure. Trompés par de faux
+renseignements, par les espérances actives, inquiètes du prince
+d'Orange, ce qui vient de se passer dans le congrès les aura éclairés,
+et ils auront révoqué, je n'en doute pas, les instructions qu'ils ont
+données à lord Ponsonby.</p>
+
+<p>»Notre attitude sera calme, notre conduite loyale, mais notre anxiété
+se conçoit aisément. L'attitude de la conférence, la vôtre, mon
+prince, dans d'aussi graves circonstances, sont bien difficiles. Je
+conçois que vous soyez fatigué de tout ceci, quoiqu'on n'ait jamais
+montré un plus noble caractère, une plus haute capacité que vous
+l'avez fait. Qu'on ne perde jamais de vue, à Londres, que le canon de
+la Belgique retentit en France, et que dans le monde on ne peut pas
+être sage tout seul...»</p>
+
+<p>De son côte, M. Bresson m'écrivait le 17 janvier de Bruxelles:</p>
+
+<p class="left5">«Mon prince,</p>
+
+<p>»Je dois vous prévenir que lord Ponsonby écrit ce soir à lord
+Palmerston: <i>qu'il a reçu de bonne source l'information qu'un avis de
+mettre en état de siège et d'approvisionner les citadelles de Namur,
+Liège, Huy, a été envoyé du</i> <span class="smcap">DÉPARTEMENT DE LA GUERRE DE FRANCE</span> <i>au
+gouvernement belge</i>. J'ignore si ce fait a quelque fondement, et, s'il
+est exact, comment lord Ponsonby est parvenu à le connaître. Mais,
+comme il serait possible que des explications vous fussent demandées,
+j'ai cru prudent de vous avertir à l'avance. <span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span></p>
+
+<p>»J'ai lu avec un plaisir indicible, dans les journaux, la lettre de M.
+Sébastiani à M. F. Rogier<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24"></a><a href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>. Il ne fallait pas moins qu'une pareille
+leçon au congrès et au gouvernement belge<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25"></a><a href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<p>»Le parti français mécontent, M. de Stassart<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> en tète, se propose,
+pour se venger de nous, de tâcher de prendre le <span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span> congrès par
+surprise et de faire inopinément élire M. le duc de Leuchtenberg, sous
+prétexte que les Belges n'ont plus que ce moyen de faire acte
+d'indépendance. J'espère qu'ils échoueront; j'y mettrai, du moins,
+tous mes efforts.</p>
+
+<p>»Le parti du prince d'Orange se met de son côté en mesure. La crise
+approche et je suis loin d'être sans inquiétude. Il m'est bien
+important de connaître votre pensée sur le prince d'Orange et le
+prince Léopold. Nous avons affaire à forte partie et fort soutenue de
+Paris. Le bruit a couru pendant trois jours que les généraux
+Exelmans<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27"></a><a href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>, Fabvier<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> et Lallemand<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> étaient incognito à
+Bruxelles. On les dit maintenant partis pour Namur et Liège. C'est de
+ce côté qu'éclatera un mouvement français, si le mouvement orangiste a
+lieu à Gand et ici.</p>
+
+<p>»Nous aurons bien de la peine à arriver ici à une solution
+satisfaisante. C'est moins la bonne volonté que les lumières qui
+manquent au congrès, mais il est ingouvernable...»</p>
+
+<p class="p2">Tout cela était fort compliqué et il fallait, pour sortir de ce <span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span>
+dédale d'intrigues, s'attacher à une ligne de conduite ferme, sans se
+laisser détourner du but par des incidents journaliers. Il n'y en
+avait pas d'autre pour nous, dans mon opinion, que de rester
+solidement unis à l'Angleterre; notre union contenait les trois autres
+puissances et assurait la paix. J'étais d'ailleurs parfaitement
+convaincu que la répulsion contre la maison de Nassau était trop forte
+en Belgique pour que le prince d'Orange pût y être rétabli. Ainsi, je
+ne voyais aucun risque à laisser l'Angleterre poursuivre cette chance;
+je savais que le cabinet avait besoin qu'elle fût reconnue épuisée et
+impraticable pour se présenter devant le parlement, qu'un certain
+sentiment de pudeur l'obligeait à donner ce témoignage de
+condescendance à la Hollande, dont l'Angleterre gardait les colonies
+qui avaient servi d'équivalent aux provinces belges<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>, et j'étais
+sûr enfin que le ministère anglais me tiendrait compte, plus tard, de
+la bonne foi que nous montrions en ne nous opposant pas ouvertement à
+l'élection du prince d'Orange. Fort de toutes ces considérations, je
+résolus de ne pas me préoccuper autant du choix du souverain pour la
+Belgique que du soin d'élargir et d'affermir la séparation de ce pays
+de la Hollande.</p>
+
+<p>Le protocole du 20 janvier avait établi les premières bases de cette
+séparation en prononçant en même temps, la neutralité perpétuelle de
+la Belgique. C'était ce qu'il fallait développer et faire accepter par
+le roi de Hollande. Ce souverain venait déjà de se soumettre de fort
+mauvaise grâce, il est vrai, au protocole par lequel nous lui avions
+imposé <span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span> la levée du blocus de l'Escaut: c'était une cause
+permanente d'irritation pour les Belges qui se trouvait ainsi écartée.</p>
+
+<p>Je croyais avoir choisi la meilleure voie et je la suivais activement
+quand M. de Flahaut apparut de nouveau à Londres, porteur d'une lettre
+du général Sébastiani et chargé de reproduire le fameux projet de
+partage de la Belgique, que j'avais cru enseveli dans l'oubli. M. de
+Flahaut s'était croisé en route avec le courrier qui portait à Paris
+la déclaration de neutralité; il ne la connaissait pas, par
+conséquent. Une lettre du général Sébastiani du 21 janvier, était le
+thème au moyen duquel on voulait me faire partager les terreurs que
+causait à Paris la possibilité de l'élection du duc de Leuchtenberg;
+c'était sur ce thème que M. de Flahaut, devait s'étendre. Voici la
+lettre:</p>
+
+<p class="left5">«Mon prince,</p>
+
+<p>»Vous aurez appris presque aussitôt que nous la situation de la
+Belgique. C'est le 28 que le congrès élira un souverain, et tout fait
+craindre que son choix ne se déclare en faveur de M. le duc de
+Leuchtenberg. M. Bresson a reçu l'ordre de déclarer officiellement que
+son élection ne serait point reconnue par la France<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. Il doit
+renouveler le refus de consentir à l'élection de M. le duc de Nemours
+et à la réunion de la Belgique à la France. Ce que demandent les
+Belges, ce que désirent les Français est cependant cette réunion, et
+bientôt, peut-être, nous serons hors d'état de l'empêcher. Nous
+continuerons nos efforts pour la prévenir; mais nous n'osons plus
+croire à leur efficacité. Notre force est usée dans cette <span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span> lutte
+ingrate. Le v&oelig;u de la France s'exprime aujourd'hui par la bouche
+des hommes dont vous appréciez le plus la prudence et dont vous
+honorez le plus le caractère. Notre situation est telle que le roi et
+le conseil n'ont pas cru qu'elle pût vous être fidèlement représentée
+par des dépêches, et le gouvernement du roi s'est décidé à vous
+envoyer M. le comte de Flahaut, qui pourra vous faire connaître toute
+la vérité et la mettre sous les yeux de Sa Majesté britannique. C'est
+là sa mission; c'est à vous d'en tirer le parti le plus utile au
+service du roi et de la France. Il est inutile de vous écrire une
+longue lettre. M. de Flahaut vous dira tout ce qu'il vous importe de
+savoir. Le temps presse; sachons mettre à profit les jours, les
+heures, et conservons cette paix qui, seule, peut sauver l'ordre
+social en Europe.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Nous avons été tellement pris de court par le terme fatal du
+28 que nous n'avons pu vous consulter avant de prendre le parti
+d'envoyer à Londres.»</p>
+
+<p class="p2">Ce fut après avoir pris lecture de cette lettre que M. de Flahaut
+essaya de me démontrer qu'il n'y avait pas d'autre voie de salut pour
+la France et l'Europe que le partage de la Belgique. Je me prononçai
+de la manière la plus forte contre cette idée à mes yeux aussi
+impolitique qu'impraticable, et je répondis ensuite à M.
+Sébastiani<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>:</p>
+
+<p class="left5">«Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»M. le comte de Flahaut est arrivé avant-hier soir ici et m'a remis la
+lettre dont vous l'aviez chargée pour moi. Je vous remercie de l'avoir
+choisi pour me l'apporter.
+<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span></p>
+
+<p>»La levée du blocus d'Anvers et l'irritation du roi de Hollande
+prouvent que la conférence avait été, comme cela était son but, assez
+rigoureuse envers les deux parties pour obtenir le résultat qu'elle
+voulait.</p>
+
+<p>»La conversation de M. de Flahaut m'a fourni des informations
+précieuses sur les idées et les intentions du gouvernement du roi, au
+sujet des affaires que je suis chargé de suivre ici et sur la
+disposition des esprits en France. Je regrette toutefois qu'il ait
+quitté Paris avant que ma dépêche du 21 vous soit parvenue. La
+nouvelle qu'elle contenait de la résolution adoptée par la conférence,
+doit nécessairement influer sur les vues du roi et de son conseil,
+ainsi que sur la conduite que l'on devra tenir avec la Belgique. Je
+continue à me féliciter de la déclaration de neutralité qui, jusqu'à
+présent, a été accueillie avec une grande approbation par les hommes
+d'État de ce pays qui en ont eu connaissance. Tous, à quelque parti
+qu'ils appartiennent, la considèrent comme un acte de grande
+politique, honorable pour la civilisation moderne et fait pour assurer
+le maintien de la paix par la facilité qu'il offre de concilier, sinon
+toutes les prétentions, du moins, tous les intérêts essentiels. Je
+dois ajouter qu'en y accédant, ils pensent sans aucune exception que
+cet acte est tout entier à l'avantage de la France.</p>
+
+<p>»Je conçois qu'au point où l'état des choses est parvenu en Belgique,
+et que dans les embarras vers lesquels il semble entraîner la France
+et l'Europe, les esprits se soient jetés dans les combinaisons les
+plus opposées. La neutralité reconnue rend impossible aujourd'hui la
+plupart de ces combinaisons et m'a permis de reprendre avec avantage
+la question <span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span> du prince de Naples, à laquelle d'abord on avait mis
+ici tant d'opposition. Je crois même qu'on arriverait à un succès
+complet <i>sur ce point</i>, en rendant la ville d'Anvers, port franc, ou
+plutôt en en faisant une ville anséatique, et il ne m'est pas démontré
+<i>encore</i> qu'on ne puisse arriver à ce résultat, sans qu'Anvers cesse
+d'appartenir, comme port libre, à la Belgique. C'est, depuis le jour
+où le protocole a été signé, la ligne dans laquelle je suis entré et
+dans laquelle je persisterai à marcher, si vous ne me donnez pas des
+ordres contraires.</p>
+
+<p>»Cette combinaison a l'avantage de montrer à quel point serait inutile
+toute concession faite à l'Angleterre sur le continent. Je dirai même
+que c'est pour éloigner toute idée à cet égard que je me suis attaché
+au système que je poursuis actuellement. Je n'aurais jamais voulu que
+le nom du roi et le vôtre se trouvassent liés à une clause, qui, à mon
+sens, aurait placé notre gouvernement sur la ligne de ceux qui ne
+pensent pas aux jugements de l'avenir.</p>
+
+<p>»L'histoire est là pour témoigner des difficultés que traîna à sa
+suite l'occupation de Calais par les Anglais, et elle est là aussi
+pour rappeler la faveur qui entoura les Guise lorsqu'ils eurent
+délivré la France de cette honte. Ses leçons ne doivent point être
+perdues pour nous; les mêmes fautes pourraient produire les mêmes
+résultats et ternir l'éclat de cette fleur d'indépendance qui est
+attachée à tous les actes du gouvernement du roi. Je suis sûr que son
+haut esprit ne lui permettrait pas de s'arrêter longtemps à une
+pareille idée qui, sans avoir un effet direct sur notre propre pays,
+n'écarterait pas les reproches que l'on ferait à l'emploi de notre
+politique continentale. <span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">32</a></span></p>
+
+<p>»Personne ne serait tenté de nier que la réunion de la Belgique à la
+France offrirait des avantages à cette dernière, quoiqu'un
+agrandissement sur les bords du Rhin satisferait mieux mes idées sur
+la politique française; je conviens que cette réunion populariserait
+pendant quelque temps le gouvernement qui l'aurait obtenue, malgré les
+inconvénients qu'y trouverait l'industrie française; mais croyez
+aussi, monsieur le comte, que cette popularité serait bien passagère,
+s'il fallait l'acheter au prix qu'on propose. Il n'y a point de
+réputation qui ne fût ébranlée par un acte de cette espèce; il n'y a
+personne qui ne reproche à la paix de Teschen d'avoir introduit les
+Russes en Europe; quel jugement sévère ne porterait-on pas sur ceux
+qui introduiraient l'Angleterre sur le continent? Il ne faut jamais se
+mettre en contact avec ceux qu'on ne peut atteindre chez eux.</p>
+
+<p>»Je suis convaincu, monsieur le comte, que si vous étiez
+plénipotentiaire ici, vous ne mettriez jamais votre nom à un acte que
+les guerres les plus longues et les plus malheureuses ne pourraient
+pas même justifier<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>...»</p>
+
+<p class="p2">Je ne sais pas si cette dépêche convainquit ceux auxquels elle était
+adressée; mais elle eut du moins pour effet que je n'entendis plus
+parler du malencontreux projet de partager la Belgique.</p>
+
+<p>Pour être juste envers tous, il faut dire qu'il n'y avait rien de très
+singulier à ce que l'atmosphère de Paris, à cette <span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">33</a></span> époque,
+troublât les meilleurs esprits; j'en trouve la preuve dans quelques
+passages de la lettre suivante, que le duc de Dalberg m'écrivait sous
+la date du 22 janvier:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="left5">«Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Rien ici ne se relève ni ne se consolide. Les affaires de la Belgique
+compromettent tout le monde, à commencer par votre chef, si chef il y
+a. Les affaires de Laffitte le déconsidèrent tellement comme président
+du conseil, qu'elles nuisent beaucoup à ce qui est au-dessus. M.
+Thiers est montré au doigt pour ses turpitudes.</p>
+
+<p>»Je causais hier avec Pasquier et Sémonville. Nous étions à nous
+demander comment tout cela pourrait se soutenir? Sémonville disait: Je
+revois le temps du Directoire. Il n'y a que Soult qui fait sa besogne
+et qui organise quatre cent mille hommes aux dépens des finances.
+Lorsqu'ils seront sur pied, peut-on les entretenir sans guerre? Si on
+fait la guerre, peut-on reprendre le système de pillage et de
+réquisition? Ce sont des questions insolubles. Le désordre et
+l'anarchie sont derrière la toile, parce que l'autorité n'est nulle
+part. On a si étrangement échauffé les esprits, qu'on n'entend plus
+parler que des injures que la France a reçues en 1814 et en 1815 et
+qu'il faut venger en reprenant la ligne du Rhin. On est stationnaire,
+comme l'est un Chinois, lorsqu'on soutient que ce sont autant de
+folies qui finiront par bouleverser le pays.</p>
+
+<p>»Votre conférence de Londres est singulièrement commentée par le
+congrès de Bruxelles; il serait temps que cela <span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">34</a></span> finisse! Comment
+ne trouve-t-on pas un chef militaire qui marche sur Bruxelles et
+finisse l'existence de ce congrès?</p>
+
+<p>»La Pologne occupe beaucoup les esprits, mais elle n'épuise pas les
+bourses. Le comité polonais n'a pu réunir jusqu'ici que soixante mille
+francs, dont vingt mille de M. de La Fayette.</p>
+
+<p>»Ce pauvre M. de Mortemart<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34"></a><a href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> joue le rôle de M. de Caulaincourt avec
+moins de sagacité et de talent<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35"></a><a href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>.</p>
+
+<p>»Quelle est votre idée, mon prince, sur le chef à donner à la Grèce?
+Le prince Paul de Wurtemberg<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36"></a><a href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a> tourmente tout le monde par son
+impatience à y être appelé. On ne l'écoute guère ici; la minorité du
+prince de Bavière paraît favorable à Capo d'Istria qu'on devrait
+laisser en place.</p>
+
+<p>»Les nominations de M. de Bouillé à Calrsruhe et de M. Alleye à
+Francfort ont fort déplu. On regarde ce dernier appelé à désunir,
+autant qu'il le pourra, la Confédération. Il produira, je crois,
+l'effet opposé. On n'explique pas le goût du roi à faire de tels
+choix...»</p>
+
+<p class="p2">Il fallait une certaine persévérance pour ne pas se laisser <span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span>
+décourager, soit par ces échos de Paris, soit par les extravagances
+des Belges et par les résistances obstinées du roi des Pays-Bas. Je ne
+me sentis pas ébranlé néanmoins, et je poursuivis avec fermeté la
+ligne que je m'étais tracée, sans me soucier des velléités imprudentes
+de Paris, pas plus que du duc de Leuchtenberg qu'on voulait faire
+nommer à Bruxelles, sûr qu'il ne serait pas reconnu par les
+puissances, et je pressai la conférence de consolider l'&oelig;uvre de la
+séparation de la Belgique de la Hollande. Dans notre séance du 27
+janvier, nous abordâmes les questions financières et commerciales qui
+se rapportaient à cette séparation, et nous les résolûmes dans une
+mesure d'équité qui devait, plus tard, concilier les véritables
+intérêts des deux parties. En envoyant le protocole de cette séance à
+Paris, j'écrivis le 29 janvier<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37"></a><a href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.</span></h4>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Je vous envoie le protocole de notre conférence du 27; il traite de
+plusieurs questions financières et commerciales relatives à la
+séparation de la Hollande et de la Belgique. Ce travail a été rédigé
+par M. le baron de Wessenberg et par M. le comte de Matusiewicz, qui
+ont cru devoir attacher les mesures qu'ils ont proposé de prendre pour
+la séparation aux mêmes principes qui avaient dirigé l'union. Ces deux
+plénipotentiaires, et surtout M. de Wessenberg, possédaient sur cette
+matière des connaissances qui nous manquaient à tous, et à moi en
+particulier. Du reste, en l'adressant à nos commissaires à Bruxelles,
+nous y avons joint des instructions par <span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span> lesquelles nous les
+autorisons à juger le moment le plus opportun pour en faire la remise
+au gouvernement belge. Comme il serait possible que ce protocole
+soulevât des difficultés nouvelles à Bruxelles, je vous engage à en
+retarder la publication jusqu'à ce que vous connaissiez ce qu'auront
+fait nos commissaires à Bruxelles, après avoir sondé l'opinion des
+gens avec lesquels ils sont le plus en rapport<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38"></a><a href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>.</p>
+
+<p>»Il y aura probablement beaucoup de controverses sur plusieurs
+questions traitées dans ce protocole, mais nous avons cru qu'il
+satisfaisait à une grande partie des besoins des deux pays. Le roi de
+Hollande est suffisamment bien traité pour que les rapports entre lui
+et la Belgique n'occasionnent pas des difficultés continuelles qui
+finiraient par être insurmontables. De l'autre côté, les Belges,
+grands industriels et grands producteurs, auront des débouchés qui ne
+les mettront pas dans la nécessité de faire toujours la contrebande
+avec la France. L'opinion des gens les plus versés en ces matières, en
+Angleterre, est que, si on s'arrêtait à d'autres bases plus
+défavorables à la Hollande, il serait impossible à ce pays d'exister à
+cause des charges énormes dont il serait accablé. C'est à vous d'en
+juger dans votre sagesse; vous trouverez sans doute que cela touche à
+des questions de haute politique...»</p>
+
+<p class="p2">Je prévoyais bien que ces mesures, pas plus que la déclaration <span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span> de
+la neutralité de la Belgique, n'étaient de nature à satisfaire, pour
+le moment, ni aux impatiences de Paris, ni aux exigences de Bruxelles
+et de La Haye; mais l'essentiel était de maintenir la bonne harmonie
+entre nous et l'Angleterre, et d'imposer par là aux autres cabinets
+les résolutions raisonnables, et autant que possible équitables que
+nous aurions arrêtées entre nous deux. Le reste n'était, pour moi, que
+secondaire. Je cherchais les véritables intérêts de la France là où je
+croyais les trouver réellement, et non dans des rêves qui ne pouvaient
+conduire qu'à sa ruine.</p>
+
+<p>En effet, une guerre générale, fût-ce même seulement contre les trois
+puissances du Nord, devait nous être fatale, car elle aurait pris tout
+de suite un caractère révolutionnaire qui aurait détaché de nous
+l'Angleterre. Il fallait donc l'éviter par-dessus tout dans d'aussi
+fâcheuses conditions; mais il fallait l'empêcher par des moyens qui,
+non seulement ne fussent pas déshonorants pour la France, mais qui
+même tournassent à son avantage. Ce que j'avais fait jusqu'à présent
+entrait parfaitement dans ce but. Ainsi, au lieu du royaume des
+Pays-Bas, composé de sept millions d'habitants, avec une ligne
+formidable de forteresses tournées contre nous, nous avions déjà
+obtenu la séparation en deux de ce royaume et, sur notre frontière,
+une Belgique neutre réduite à quatre millions d'habitants. Cette
+neutralité, sur laquelle on essaya d'abord de plaisanter comme d'une
+impossibilité, est cependant plus solide et sera, j'espère, plus
+durable qu'on ne le suppose, tant que la France ne tentera pas des
+guerres générales et révolutionnaires contre l'Europe entière, ce
+qu'une saine politique ne doit pas admettre dans ses calculs. Si la
+France a une guerre contre l'Angleterre, nous aurions un intérêt égal
+<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span> à celui de l'Allemagne, à ce qu'on respectât la neutralité de la
+Belgique; et si, au contraire, c'est contre l'Allemagne que la France
+fait la guerre, sans que l'Angleterre y participe, celle-ci défendra
+la neutralité de la Belgique. Dans tous les cas donc, cette neutralité
+est garantie à condition, bien entendu, que nous, les premiers, nous
+la respecterons en tout temps. La neutralité de la Belgique assurée
+est, de Dunkerque à Luxembourg, une défense égale à celle que nous
+trouvons de Bâle à Chambéry par la neutralité de la Suisse. Cette
+neutralité, consentie à Londres par la conférence des grandes
+puissances, j'avoue que le choix du souverain qui régnerait en
+Belgique avait perdu beaucoup de son importance pour moi, parce que
+j'étais sûr d'avance que le premier intérêt de ce souverain, quel
+qu'il fût, serait de ménager la France et de vivre dans de bons
+rapports avec elle. Ce qu'il fallait surtout, c'est que la séparation
+de la Belgique de la Hollande fût faite sur des bases assez équitables
+pour que les deux pays pussent exister l'un et l'autre, et qu'après un
+certain temps donné à l'apaisement des passions, ils pussent reprendre
+entre eux des rapports convenables. C'est vers ce but qu'ont toujours
+tendu mes efforts pendant ma mission à Londres et, en cela, je ne
+crois pas m'être trompé. Après cette digression qui ne me semble pas
+inutile, rentrons dans le courant des faits qui devaient retarder bien
+longtemps encore l'accomplissement de mes vues et, pour commencer,
+citons une lettre de M. Bresson, du 30 janvier, de Bruxelles:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Mon prince,</p>
+
+<p>»Les choses empirent ici de moment en moment; les passions sont
+arrivées à leur dernier degré d'exaspération. Je <span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span> prévoyais bien
+que, d'un instant à l'autre, nous avions à craindre quelque
+combinaison funeste, quand j'appuyais celle du prince de Bavière,
+neutre et inoffensive de sa nature. Je vous le disais alors: tous les
+dangers nous environnent; nous les avons maintenant en face.
+Malheureusement la désapprobation est venue trop vite; l'incertitude a
+succédé à un plan fait; le champ s'est rouvert aux malveillants et aux
+intrigants, et leur temps n'a pas été perdu.</p>
+
+<p>»Le prince de Naples présenté à temps, ou toute autre combinaison
+neutre, il y a six semaines, quand je demandais que tout fût
+subordonné au choix du chef de l'État, aurait eu les meilleures
+chances. Mais il eût fallu le concours, l'assistance de l'Angleterre.
+Ce concours, cette assistance, nous ne les avons pas eus, <i>même contre
+le duc de Leuchtenberg</i>; on lui a laissé gagner du terrain; on n'a pas
+arrêté cette pensée <i>qu'il serait agréable aux puissances, précisément
+parce qu'il était hostile à la France</i>: et aujourd'hui on fait des
+v&oelig;ux et des démarches en sa faveur. Il en est résulté ce qui devait
+être, que les amis de la France, de leur propre mouvement, malgré nos
+déclarations antérieures, lui opposent le seul candidat qui puisse le
+vaincre, M. le duc de Nemours. Ainsi nous voilà placés entre un choix
+hostile à la France et un choix hostile aux puissances; cruelle
+alternative qui ne peut se résoudre, de part ou d'autre, que par
+d'affreux malheurs.</p>
+
+<p>»L'on s'est abusé, dès le principe, sur les chances du prince
+d'Orange, et l'on a persévéré, parce que l'on ne voyait que des gens
+d'une même couleur. Sans doute, et je l'ai pensé, et je vous l'ai
+écrit, le prince d'Orange, rappelé par l'opinion, tranchait toutes les
+difficultés. Mais, mon prince, ce n'était <span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span> plus de l'antipathie,
+c'était devenu de la fureur. J'ai entendu les propos les plus atroces;
+des misérables s'offraient publiquement pour lui porter le premier
+coup, s'il revenait. Le prince d'Orange était impossible sans la
+guerre civile. Ce peuple ne se rend ni à la raison, ni à l'intérêt; il
+obéit à la passion. Les jours du prince, au milieu de ces énergumènes,
+n'eussent point été en sûreté. C'est cependant à l'espoir de le
+ramener que l'on a sacrifié tous les termes moyens que nous avons
+offerts; aujourd'hui, l'on n'a plus que l'abîme devant soi.
+Qu'arrive-t-il? L'on veut rejeter sur autrui les fautes que l'on a
+soi-même commises. L'on y met de l'irritation et l'on s'oublie dans
+ses paroles. Mais qu'on prenne garde d'être rappelé à la modération!</p>
+
+<p>»Les circonstances étaient si graves, mon prince, que j'ai cru devoir
+aller à Paris les exposer moi-même au roi et au ministre. Mon voyage
+n'a duré que soixante-six heures. Pendant mon absence, le protocole du
+20 janvier (celui de la neutralité) est arrivé à lord Ponsonby et a
+été communiqué par lui. Vous le croirez à peine. Il renferme une
+grande pensée; il devait exciter la reconnaissance et l'admiration; eh
+bien, il provoque la colère! Jugez de ces hommes par ce seul fait. Le
+journal ci-joint vous donnera les détails. Demain ou après, la
+protestation sera discutée au congrès<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>...»
+ <span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span></p>
+
+<p>J'ai cité cette lettre, autant pour indiquer quel était l'état des
+choses à Bruxelles, que pour faire voir le danger que présentent
+souvent les rapports d'un agent trop passionné. M. Bresson était
+certainement un homme capable et intelligent; mais il voulait
+justifier la faute qu'il avait commise en appuyant la candidature du
+prince de Bavière, sans l'autorisation de la conférence dont il était
+le commissaire; et il lui fallait accuser avec emportement son
+collègue lord Ponsonby et dépeindre en traits de feu, et avec une
+évidente exagération, la disposition des esprits à Bruxelles. Il avait
+fait une course à Paris, où on avait cru à toutes ses paroles; et le
+contre-coup m'en vint ensuite à Londres. Heureusement que je ne me
+laissais ni affliger ni détourner de mes plans par les ardeurs
+intempestives des autres. Mon idée restait bien arrêtée, au sujet du
+choix du souverain de la Belgique. Mon candidat était et est resté
+constamment le prince Léopold de Saxe-Cobourg; et je ne m'agitais pas
+du bruit qu'on faisait partout sur cette question. J'avais l'espoir:
+1<sup>o</sup> que le roi Louis-Philippe refuserait le trône pour son fils, M. le
+duc de Nemours; 2º que les puissances repousseraient le duc de
+Leuchtenberg; 3º que jamais les Belges ne pourraient s'entendre pour
+rappeler le prince d'Orange. Aussi, sans me préoccuper de ce point, je
+voulais poursuivre, comme je l'ai dit, ce qui, à mes yeux, était la
+vraie question, la séparation complète et sans retour possible entre
+la Belgique et la Hollande. Mais, si j'étais tranquille de ce côté,
+les soucis ne me manquaient pas d'autre part; et tout le mois de
+février <span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span> se passa dans de perpétuelles inquiétudes sur la marche
+des événements intérieurs en France, et sur les hésitations du
+gouvernement français. Ceci demande quelques explications.</p>
+
+<p>J'ai dit que la conférence, par son protocole du 27 janvier, avait
+arrêté un partage des dettes entre la Hollande et la Belgique, et
+quelques autres arrangements commerciaux. Ce protocole était
+essentiellement provisoire; et sauf la question des limites que nous
+avions fixées d'après la situation des deux pays en 1790, la seule qui
+pouvait être admise, le reste de ce protocole était discutable, et
+pouvait être modifié selon les explications qui seraient fournies par
+les deux parties.</p>
+
+<p>J'avais écrit dans ce sens à Paris, mais là on prenait avec ardeur
+parti exclusivement pour les Belges; on avait donc blâmé les
+arrangements proposés dans le protocole, comme trop défavorables à la
+Belgique; et j'avais été, moi-même, blâmé pour avoir apposé ma
+signature au protocole.</p>
+
+<p>Quelques jours après la signature de ce protocole, plusieurs membres
+de la conférence, alarmés des nouvelles venues de Bruxelles, et qui
+représentaient comme incessantes les intrigues de la France en faveur
+de l'élection du duc de Nemours, proposèrent, le 1<sup>er</sup> février, de
+rédiger un protocole dans lequel les cinq puissances prendraient
+l'engagement formel, en imitation de ce qui avait été fait dans le
+temps pour le choix du souverain de la Grèce, qu'en aucun cas le
+souverain de la Belgique ne pourrait être choisi parmi les princes des
+familles qui régnaient dans les cinq cours représentées à la
+conférence de Londres. Je me refusai formellement à signer ce
+protocole qui semblait manifester de la méfiance envers la France,
+<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span> à laquelle, seule en ce moment, il paraissait devoir s'appliquer.</p>
+
+<p>Ces explications données pour l'éclaircissement de ce qui va suivre,
+je me bornerai maintenant à insérer chronologiquement les extraits de
+mes dépêches et de lettres écrites et reçues pendant le mois de
+février. La marche des faits y sera clairement suivie.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40"></a><a href="#Footnote_40" class="fnanchor"><span class="light">[40]</span></a></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 1<sup>er</sup> février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Je sors de notre conférence qui s'est prolongée aujourd'hui jusqu'à
+huit heures et demie du soir; l'heure de la marée presse le courrier
+que je vous expédie, et il me reste bien peu de temps pour vous
+écrire. Cependant, comme en prenant lecture du protocole que j'ai
+l'honneur de vous envoyer, vous verrez que j'ai refusé d'y apposer ma
+signature, je vous dois une explication de ce refus.</p>
+
+<p>»Lorsque le plénipotentiaire anglais a ouvert l'opinion qui a prévalu
+dans la conférence et qui se trouve consignée dans le protocole, je
+m'y suis opposé en déclarant que je ne pouvais voir dans cette
+résolution qu'une démarche directe contre la France; qu'elle ne me
+semblait pas favorable au maintien de la bonne harmonie entre les
+puissances, et que, d'ailleurs, les termes mêmes des protocoles
+numéros 11 et 12, sur lesquels on s'appuyait, développaient d'une
+manière suffisante les vues des cinq puissances; en effet, voici les
+termes de ces protocoles:</p>
+
+<p>«<i>Protocole nº 11.</i>&mdash;Les plénipotentiaires ont été unanimement
+<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span>
+d'avis que les cinq puissances devaient à leurs intérêts bien
+compris, à leur union, à la tranquillité de l'Europe et à
+l'accomplissement des vues consignées dans le protocole du 20
+décembre, une manifestation solennelle, une preuve éclatante de la
+ferme détermination où elles sont, de ne chercher dans les
+arrangements relatifs à la Belgique, comme dans toutes les
+circonstances qui pourront se présenter encore, aucune augmentation de
+territoire, aucune influence exclusive, aucun avantage isolé.»</p>
+
+<p>»<i>Protocole nº 42.</i>&mdash;Le souverain de la Belgique doit nécessairement
+satisfaire, par sa position personnelle, à la sûreté des États
+voisins.»</p>
+
+<p>»J'ai cru, monsieur le comte, qu'après des stipulations aussi
+formelles, il devenait inutile de donner de nouvelles explications;
+c'est pourquoi j'ai demandé à en référer au gouvernement du roi, et à
+provoquer des instructions que vous ne tarderez pas, je pense, à me
+transmettre.</p>
+
+<p>»L'article du protocole relatif à la Grèce auquel lord Palmerston a
+fait allusion, est ainsi conçu et se trouve sous la date du 22 mars
+1829: «En aucun cas, le chef ne pourra être choisi parmi les princes
+des familles qui règnent dans les cours signataires...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="p2 right">«Bruxelles, le 3 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>«Son Altesse Royale Monseigneur le duc de Nemours a été nommé et
+proclamé roi des Belges, à quatre heures vingt-cinq minutes précises
+de cet après-midi. <span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span></p>
+
+<p>»Il y avait cent quatre vingt-onze votants, au premier tour de
+scrutin: M. le duc de Nemours a obtenu quatre-vingt-neuf voix; M. le
+duc de Leuchtenberg, soixante-sept; et M. l'archiduc Charles
+d'Autriche, trente-cinq. Cent une voix étaient nécessaires.</p>
+
+<p>»Au second tour, il y avait cent quatre-vingt-douze votants. La
+majorité absolue nécessaire était de quatre-vingt-dix-sept suffrages:
+M. le duc de Nemours l'a précisément obtenue; M. le duc de
+Leuchtenberg a eu soixante-quatorze voix, et l'archiduc vingt et une.</p>
+
+<p>»Le président du congrès a proclamé le duc de Nemours roi des Belges,
+à la condition d'accepter la constitution décrétée par le congrès.</p>
+
+<p>»Le plus grand enthousiasme et la plus grande tranquillité règnent
+dans la ville...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class="fnanchor"><span class="light">[41]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 4 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu hier au soir votre lettre du 31 janvier et, ce matin, celle
+du 1<sup>er</sup> février auxquelles je m'empresse de répondre.</p>
+
+<p>»Vous verrez d'abord, par l'annexe ci-jointe au protocole numéro 12
+que je n'ai pu vous envoyer plus tôt, parce qu'elle n'a pu être
+expédiée qu'hier au soir de la chancellerie, que quelques-unes des
+objections que vous soulevez dans vos dépêches avaient été résolues
+par les principes renfermés dans cette annexe. Ainsi, vous remarquerez
+que, pour ne pas trop nous <span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span> éloigner du système qui a été adopté,
+le second paragraphe relatif aux affaires financières et commerciales
+porte pour titre: <i>Arrangements proposés</i>, ce qui laisse aux parties
+le temps et les moyens de fournir de nouvelles explications. Ce titre
+indique positivement que nous n'avons pas voulu trancher de notre
+propre autorité toutes les questions qui sont énumérées dans le
+protocole; et cela est tellement évident que, dans les instructions
+données à nos commissaires à Bruxelles, nous leur avons recommandé de
+sonder les personnes influentes avec lesquelles ils sont en rapport
+sur l'effet probable de ce protocole; et nous laissions en même temps
+à leur prudence de fixer le moment opportun pour en faire usage. Je
+vous ai écrit dans ce sens, par ma lettre du 29 janvier.</p>
+
+<p>»L'opinion que vous avez sur le peu d'importance, pour la Belgique, du
+commerce qui lui serait accordé avec les colonies hollandaises est en
+opposition avec celle de tous les négociants distingués de la cité de
+Londres. Ils pensent tous, et les plus habiles ont été consultés, que
+c'est à ce commerce que la Belgique a dû, pendant ces quinze dernières
+années, les développements de son industrie; les pétitions des deux
+Flandres confirment cette opinion. Les embarras que vous prévoyez de
+la part de la Hollande, dans l'exécution de cette condition, seraient,
+je crois, aisément levés lors du traité définitif: on imposerait alors
+des garanties auxquelles il serait impossible à la Hollande
+d'échapper.</p>
+
+<p>»Nous n'avons pu trancher, comme vous paraissez le supposer, la
+question du grand-duché de Luxembourg; elle a été renvoyée à ceux qui
+ont le droit et le pouvoir de la traiter. Les observations à ce sujet,
+contenues dans ma dépêche numéro 74, n'ont pu vous échapper. <span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span></p>
+
+<p>»Quant à la fixation du territoire et des frontières de la Belgique,
+il me semble qu'il était impossible de les arrêter autrement que nous
+l'avons fait. Nous voulions reconnaître l'indépendance de la Belgique;
+pour arriver à ce but, il fallait que l'on sût ce que c'était que la
+Belgique, et par conséquent déterminer les frontières du pays que nous
+appelions à l'indépendance. Aurions-nous pu, sans injustice, en fixer
+d'autres que celles qui existaient en 1790, lorsque la Hollande et la
+Belgique formaient deux États séparés? La conférence a d'ailleurs
+formellement déclaré, dans son protocole du 20 janvier, que les deux
+parties régleraient sous sa médiation les enclaves ou les cessions qui
+faciliteraient les arrangements définitifs. Cela rentre, comme vous le
+voyez, dans les bornes que vous attribuez à la conférence.</p>
+
+<p>»Vous m'annoncez, monsieur le comte, que le gouvernement du roi n'a
+point adhéré au protocole du 27 janvier. Je ne comprends pas, je
+l'avoue, dans quel but il aurait adhéré ou pas adhéré à un acte
+provisoire qui ne renferme que des stipulations éventuelles, ainsi que
+le démontre l'annexe que je vous envoie aujourd'hui.</p>
+
+<p>»En répondant à la partie de votre lettre du 1<sup>er</sup> février, relative
+au souverain futur de la Belgique, je ne dois pas vous dissimuler
+l'inquiétude que m'inspire la résolution à laquelle vous semblez vous
+être arrêté, dans le cas où le congrès désignerait M. le duc de
+Nemours. Je ne pense pas qu'il serait prudent d'apporter du retard à
+exprimer votre refus: une réponse dilatoire, en pareil cas, exciterait
+au plus haut point le mécontentement de l'Angleterre; elle y verrait
+la confirmation des intrigues qu'elle reproche à tort au gouvernement
+français; et la Russie ne manquerait certainement pas de profiter <span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span>
+de cette circonstance et de vous accuser d'entretenir des
+arrière-pensées. Voilà mon opinion, monsieur le comte, telle que je me
+la suis formée d'après mes rapports avec le cabinet anglais.</p>
+
+<p>»Quant à M. le prince de Naples, je ne crois pas qu'il soit nécessaire
+de suspendre votre décision pour rendre ses chances plus favorables.
+C'est à vous de juger quelle action il vous est utile d'exercer a
+Bruxelles pour ce choix. Vous avez pu voir, par ma correspondance, que
+j'ai préparé ici les dispositions des ministres anglais et des membres
+de la conférence pour lui, et je ne crains pas de trop m'avancer en
+vous déclarant que lorsqu'il s'agira de traiter cette question, nous
+n'éprouverons plus d'opposition de la part du gouvernement anglais,
+qui est sûr d'avoir l'assentiment de l'Autriche et de la Prusse; le
+temps nécessaire pour des instructions retardera celui de la Russie.
+On changerait ces heureuses dispositions par de l'irrésolution dans
+les démarches, et on compromettrait sans aucun doute le maintien de la
+paix avec l'Angleterre, qui aujourd'hui nous est encore assuré et qui
+doit être notre unique but...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 5 février 1831<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<p>»Une réflexion dont le roi me charge de vous faire part, mon cher
+prince, et dont je suis persuadée que vous sentirez <span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span> toute la
+justesse, relativement au dernier protocole que vous avez, avec tant
+de raison, refusé de signer, c'est que les puissances mêmes ne peuvent
+l'assimiler à celui qui avait été conclu pour la Grèce, en ce que la
+circonstance est tout à fait différente. Pour la Grèce, c'étaient les
+trois puissances qui choisissaient, qui nommaient le souverain; ici
+c'est le congrès belge et la Belgique, dont les cinq puissances ont
+reconnu l'indépendance, qui doit choisir librement son souverain.</p>
+
+<p>»Voilà Nemours élu, malgré le refus soutenu du roi et de son
+gouvernement; le courrier, persistant et réitérant ce refus et le
+portant de nouveau à M. Bresson, est parti hier pour Bruxelles, quatre
+heures avant que la nouvelle de l'élection de Nemours, par dépêche
+télégraphique, nous soit parvenue. Nous sommes par conséquent, franc
+et loyal, mon cher prince; nous avons le bon droit de notre côté; vous
+en ferez bon et habile usage, et j'ai la ferme confiance que nous en
+sortirons bien et avec honneur et gloire; nous ne voulons, ne
+souhaitons, et cela sincèrement, que le véritable bien de tous et sans
+intérêt personnel. La vérité triomphera de la ruse et de l'intrigue;
+et vous aurez la gloire et la satisfaction d'y contribuer puissamment
+par votre talent et tous vos moyens.</p>
+
+<p>Il me tarde, plus que je ne puis vous le dire, d'avoir de vos
+nouvelles; mais il faut parler maintenant des grosses dents à Londres,
+mon cher prince. On nous joue, on nous laisse dans un état qui n'est
+ni la paix ni la guerre, et la Belgique prête à tomber dans une
+anarchie affreuse. Cela n'est plus supportable; il faut qu'on
+s'entende et qu'on marche franchement à un arrangement, à une
+combinaison qui leur convienne et qui leur donne sécurité; et de cette
+manière, tout <span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span> ira bien. Mais pour eux, pour nous, et pour tout,
+cela presse plus que je ne puis vous le dire. L'expérience (si sur
+certaines personnes elle sert à quelque chose) doit bien leur prouver
+qu'il n'y a déjà eu que trop de temps perdu par un vilain et sot
+espoir du prince d'Orange, auquel on doit bien voir maintenant qu'il
+n'y a pas moyen de penser et qu'il faut absolument rejeter...»</p>
+
+<p>J'ai la certitude que Madame Adélaïde, en écrivant cette lettre, et le
+roi qui la dictait étaient parfaitement sincères dans leurs
+déclarations; mais que devais-je penser en recevant le même jour et de
+la même date cette lettre de Bruxelles?</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 5 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Forcés de changer notre position et de nous engager dans une lutte
+que nous aurions voulu éviter, nous n'avions plus qu'un parti à
+prendre: il fallait vaincre et nous avons vaincu. Mais aujourd'hui,
+nous avons à penser aux suites de ce succès non encore affermi.</p>
+
+<p>»Une pensée m'est venue, qui, si elle est accueillie par vous, peut
+porter quelque fruit. Le prince d'Orange peut, en quelque sorte, se
+considérer comme dépossédé par nous. Si nous lui trouvons quelques
+dédommagements dont la paix et l'équilibre de l'Europe s'arrangent, en
+même temps que lui; s'il les reçoit de notre influence, de notre
+intervention amicale, nous aurons à la fois fait un acte de
+bienveillance et <span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span> de politique; nous faciliterons la solution de
+toutes les questions compliquées qui vont sortir de l'élection de M.
+le duc de Nemours et nous adoucirons plus d'une irritation qu'elle va
+produire.</p>
+
+<p>»Le prince d'Orange est beau-frère de l'empereur de Russie<a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>; il est
+agréable à l'Angleterre; il est doux de caractère; ses manières ont du
+charme; son esprit du chevaleresque; ses légèretés, ses inconséquences
+qui, dans ce pays de rigidité catholique, lui ont porté des coups
+funestes, ailleurs, peuvent être vues d'un &oelig;il plus indulgent. La
+Pologne demande un roi; elle semble résolue à une longue et sanglante
+résistance. Si l'empereur de Russie peut, avant le combat, être amené
+à composition, il cédera en faveur du prince d'Orange plus facilement
+que pour tout autre; et si, sur notre initiative et par notre
+insistance, un pareil dénouement est donné à la révolution polonaise,
+nous aurons à la fois servi la cause d'une nation généreuse, ramené
+vers nous des esprits hostiles ou alarmés, recomposé le système
+européen détruit par le partage de la Pologne, et affermi le trône de
+M. le duc de Nemours. Avec vous, mon prince, il serait oiseux d'entrer
+dans tous les développements de cette idée. Je me borne à vous la
+soumettre. Toutefois, je vous expédie cette lettre par estafette; ce
+peut être un calmant bon à appliquer dans les premiers moments.</p>
+
+<p>»Je me suis déjà employé et je continuerai de m'employer pour que les
+chefs de l'insurrection de Gand ne soient pas <span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span> mis à mort<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44"></a><a href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>. Le
+règne de notre jeune et aimable prince commencerait bien par un acte
+de clémence; il faut le lui tenir en réserve.</p>
+
+<p>»Je ne pourrais vous peindre avec trop de force l'effet que produirait
+sur ce pays un refus, ou une acceptation seulement conditionnelle de
+Sa Majesté. Ce serait instantanément le bouleversement de toutes
+choses, la guerre civile, la cocarde orange, la cocarde française, le
+désordre, le meurtre et l'anarchie dans toutes leurs fureurs. Nous ne
+pouvons plus regarder en arrière, mon prince. Un mouvement rétrograde
+serait mille fois plus dangereux qu'une attitude ferme et décisive.</p>
+
+<p>»La protestation de notre gouvernement contre le protocole du 27
+janvier me destitue en quelque sorte de mes fonctions de commissaire
+de la conférence. Je l'avais communiquée à M. Van de Weyer; parce que
+je savais qu'elle nous donnerait les voix dissidentes du Limbourg et
+du Luxembourg; il l'a montrée; et puis il se l'est laissé arracher, et
+elle a été lue à la tribune et imprimée.</p>
+
+<p>»Il y a un point très délicat qui, si le roi accepte pour M. le duc de
+Nemours, entraîne une autre protestation contre le protocole du 20
+janvier; car dans nos quatre-vingt-dix-sept voix, il y en a vingt du
+Luxembourg; et si nous reconnaissons Luxembourg comme hollandais, nous
+invalidons l'élection. Un tendre engagement va plus loin qu'on ne
+pense. Mais <span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span>
+le prince d'Orange, <i>seulement proposé</i> par nous pour la Pologne,
+peut arranger bien des choses...»</p>
+
+<p>J'ignore si la belle conception politique exposée dans cette lettre
+sortait uniquement du cerveau de M. Bresson, mais l'aplomb avec lequel
+il la faisait valoir doit me faire supposer qu'il se sentait appuyé
+quelque part. Quoi qu'il en fût, je ne me donnai pas même la peine de
+répondre à de pareilles absurdités. Mais continuons les extraits de
+dépêches:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class="fnanchor"><span class="light">[45]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 6 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Le conseil des ministres anglais est assemblé en ce moment pour
+délibérer sur une dépêche qui vient d'être reçue de Lord Ponsonby et
+par laquelle il annonce que M. Bresson a fait répandre dans Bruxelles
+une espèce de déclaration du gouvernement français. Cette déclaration
+dont je n'ai pas connaissance renferme, dit-on, l'assurance positive
+de ne point reconnaître les derniers protocoles de la conférence de
+Londres<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46"></a><a href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>. Elle a produit ici le plus fâcheux effet, et c'est facile
+à concevoir. En chargeant leurs plénipotentiaires à Londres de
+pourvoir aux embarras qu'avait amenés le soulèvement de la Belgique,
+les cinq puissances ont eu en vue d'empêcher des complications qui
+devaient troubler la paix de l'Europe. <span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span> C'était par suite de
+traités entre toutes les puissances qu'en 1814, la Belgique avait été
+réunie à la Hollande; du moment où cette union était rendue impossible
+par la révolution belge, ces mêmes puissances ont eu l'obligation de
+rechercher quelles seraient les combinaisons les plus favorables au
+maintien de la bonne harmonie entre elles et qui offraient le plus de
+garanties pour les intérêts de chacun. Tel a été le principe dirigeant
+de la conférence de Londres. Une déclaration, telle que celle que l'on
+annonce avoir été faite à Bruxelles au nom du gouvernement français,
+attaquerait nécessairement ce principe et prouverait que la France
+n'est plus d'accord <span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span> avec les autres puissances. Nous nous
+trouverions ainsi séparés, par le fait, de la politique du reste de
+l'Europe.</p>
+
+<p>»On s'étonne avec raison, ce me semble, que le cabinet français qui
+voulait manifester sa désapprobation des derniers protocoles de la
+conférence, ne se soit pas adressé uniquement à cette conférence et
+non aux Belges, auxquels le dernier protocole même ne devait pas être
+communiqué. Une telle démarche, je ne dois pas vous le dissimuler,
+monsieur le comte, a excité ici les plaintes les plus amères et a
+rendu ma position extrêmement difficile. Vous ne devez pas perdre de
+temps à arrêter les conséquences funestes que cela pourrait avoir, si
+vous ne voulez pas laisser se développer les mauvaises dispositions de
+quelques puissances à notre égard. Ma dernière dépêche vous aura
+démontré qu'il n'avait jamais pu être question d'adhésion ou de non
+adhésion, de votre part, à un protocole renfermant seulement des
+propositions. Il sera donc aisé de revenir sur une démarche inutile
+et, au moins, imprudente.</p>
+
+<p>»J'ai appris ce matin par un courrier de M. Bresson le résultat des
+délibérations du congrès de Bruxelles; je suis convaincu que sans
+aucun retard le roi refusera la couronne qui est offerte à M. le duc
+de Nemours. Vous devez bien vous persuader que toutes les mesures qui
+tendraient à consulter les puissances seront regardées comme
+dilatoires, et qu'un refus net, spontané, pourra seul retenir
+l'Angleterre dont l'alliance est sur le point de nous échapper. Vos
+dépêches m'ont autorisé à déclarer que ce refus aurait lieu; je l'ai
+fait, et je persiste à croire que les assurances que j'ai données
+seront appuyées par le roi et par vous.</p>
+
+<p>»L'Angleterre repoussera M. le duc de Leuchtenberg et acceptera sans
+aucun doute le choix du prince de Naples, mais <span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span> je le répète,
+c'est au prix d'un refus prompt et décisif de votre part d'accorder M.
+le duc de Nemours aux Belges.</p>
+
+<p>»Vous le voyez, monsieur le comte, c'est une question de paix ou de
+guerre immédiate. Je vous avoue que je trouve que la Belgique n'est
+pas assez importante pour lui faire maintenant le sacrifice de la
+paix.</p>
+
+<p>»Je vous prie de m'écrire le plus promptement possible une lettre que
+je puisse montrer aux membres de la conférence et dans laquelle vous
+m'ordonnerez de déclarer que l'intention du gouvernement du roi n'est
+en aucune façon de s'isoler des autres puissances.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.</span><a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47"></a><a href="#Footnote_47" class="fnanchor"><span class="light">[47]</span></a></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 7 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Le conseil de cabinet dont j'ai eu l'honneur de vous parler hier a
+duré plus de trois heures, et on s'y est exclusivement occupé de la
+question de l'élection de M. le duc de Nemours. Tous les ministres
+sont tombés d'accord, en cas de reconnaissance de cette élection par
+la France, sur la nécessité d'une guerre immédiate. Si je suis bien
+informé, on aurait même résolu d'apporter la plus grande énergie dans
+cette guerre.</p>
+
+<p>»Telles étaient les résolutions adoptées par le cabinet anglais,
+monsieur le comte, lorsque j'ai reçu hier à sept heures du soir votre
+dépêche du 4. Averti comme je l'étais des décisions du conseil, je
+n'ai pas perdu de temps pour communiquer à lord Grey et à lord
+Palmerston les assurances que renfermait votre dépêche; <span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span> elles ont
+été accueillies avec la plus vive satisfaction par ces ministres,
+ainsi que par les membres du corps diplomatique à qui j'en ai donné
+connaissance. J'ai cherché à voir beaucoup de monde dans le courant de
+la soirée, afin de détruire l'effet du conseil du matin. On a
+généralement reconnu la loyauté qui dirigeait le gouvernement
+français, et on la regarde comme la garantie principale du maintien de
+la paix.</p>
+
+<p>»Il est de mon devoir cependant de vous faire connaître l'effet
+qu'avaient produit ici l'élection de M. le duc de Nemours, et surtout
+la déclaration qui aurait été faite au nom de la France, à Bruxelles,
+sur son refus de connaître nos derniers protocoles. Ces deux faits ont
+été considérés, non seulement dans la Cité et parmi les négociants,
+mais encore dans les classes élevées de la société comme une cause
+imminente de guerre. Tous les ambassadeurs des grandes puissances ont
+déclaré que la décision du cabinet anglais sur ce point servirait de
+règle de conduite à leurs gouvernements. Ce langage a totalement
+changé aujourd'hui, et les bruits de guerre ont cédé la place aux
+protestations de paix et d'amitié.</p>
+
+<p>»J'ai pu juger en cette circonstance, monsieur le comte, de
+l'importance que notre gouvernement a reprise en Europe; c'est de lui,
+évidemment, qu'on attend désormais la paix ou la guerre, car on compte
+pour peu la Belgique; on y fait trop de folies pour inspirer un grand
+intérêt. Vous voudrez garder la position avantageuse dans laquelle
+nous sommes, et pour y parvenir, je ne crains pas de vous répéter que
+c'est en fondant notre politique sur une union intime avec
+l'Angleterre. Cette union nous garantit contre toutes les dispositions
+hostiles que pourraient entretenir contre nous d'autres puissances;
+elle nous donne le temps et les moyens d'affermir notre gouvernement,
+<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span> tandis qu'en nous en séparant, nous amenons inévitablement une
+guerre générale dont il est aisé de saisir tous les dangers. En
+supposant même les plus grands succès sur le continent, pourront-ils
+compenser la ruine de notre commerce, de notre industrie?
+Empêcheront-ils les factions de soulever l'intérieur de la France? Les
+puissants armements que l'Angleterre serait en état de faire, et dont
+je vous ai rendu compte, peuvent vous donner une idée des résultats
+qu'aurait pour nous une guerre maritime.</p>
+
+<p>»Je suis convaincu, et je vous le déclare sous ma propre
+responsabilité, que nous pouvons obtenir l'union dont je viens de vous
+parler en adoptant une conduite tout à la fois ferme et prudente,
+telle qu'elle convient au roi et à la France. Mais il faut songer que
+le cabinet anglais n'est jamais dirigé que par ses intérêts, et que
+c'est en les ménageant habilement sans y mettre cependant une
+condescendance qui blesse les nôtres, qu'on peut espérer de sa part un
+rapprochement intime.</p>
+
+<p>»J'ai remarqué, et avec grand plaisir, le passage de votre dernière
+dépêche dans lequel vous exprimez l'intention de ne point isoler notre
+politique de celle des autres puissances de l'Europe. Je crois que
+cette résolution aura pour nous les plus heureux résultats. Il faut
+bien se pénétrer de l'idée qu'il n'y a point de sainte alliance quand
+la France est dans la conférence. Cela répond à beaucoup de phrases de
+tribune.</p>
+
+<p>»Je vous envoie le protocole de notre conférence de ce jour, que le
+roi, à ce que j'espère, lira avec plaisir<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class="fnanchor"><span class="light">[49]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 8 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai eu l'honneur de recevoir hier soir quelques instants après le
+départ de M. le comte de Flahaut, votre dépêche du 5 de ce mois. Je
+puis juger par son contenu, que vos inquiétudes se sont renouvelées au
+sujet de la Belgique. Je n'en suis point surpris. La position dans
+laquelle s'est placé le gouvernement, doit nécessairement lui créer
+chaque jour de nouveaux embarras. Il est un moyen facile, à ce que je
+crois, d'en sortir, mais il faut qu'il soit employé avec une
+résolution prompte et ferme.</p>
+
+<p>»Le refus de la couronne de Belgique pour M. le duc de Nemours fait à
+Paris, et l'assurance donnée à Londres que M. le duc de Leuchtenberg
+ne serait pas reconnu par les puissances, mettent le gouvernement du
+roi en état de déclarer que, comme il est d'accord avec la conférence
+sur la nécessité de régler les affaires de la Belgique d'une manière
+propre à concilier les intérêts de toutes les puissances, il abandonne
+désormais à la conférence le soin d'y pourvoir.</p>
+
+<p>»En faisant une telle déclaration, vous vous débarrassez d'une
+question qu'il est hors de votre pouvoir de terminer sans le concours
+des autres puissances. Si vous le tentiez, vous les indisposeriez
+contre vous et vous soulèveriez de nouvelles difficultés. Il est
+impossible, dans mon opinion, qu'aucune puissance puisse se charger
+seule de diriger la Belgique, <span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span> tandis que les pouvoirs réunis dans
+les mains de la conférence lui donnent l'espoir d'y parvenir. Cette
+conférence laissera divaguer, sans s'en embarrasser, sur les limites
+du droit d'intervention ou de non intervention; et elle croira avoir
+rempli religieusement ses devoirs si elle conserve la Belgique
+indépendante, la Belgique n'inquiétant pas ses voisins, et avec tout
+cela la paix en Europe.</p>
+
+<p>»Il me semble, monsieur le comte, que le roi ne doit trouver aucun
+inconvénient grave à la démarche que je conseille aujourd'hui; elle
+s'accorde tout à la fois avec sa dignité et avec ses intérêts.</p>
+
+<p>»Du reste, je dois vous dire que si cette démarche n'avait pas lieu,
+ma présence ici cesserait d'être utile au service du roi et aux
+affaires de la France. J'ai dû supporter les circonstances,
+désagréables pour moi, de la publication faite par M. Bresson à
+Bruxelles, parce que j'étais sûr que si je me retirais de la
+conférence, les quatre autres plénipotentiaires l'auraient quittée
+immédiatement; et je n'aurais pas voulu être cause d'un événement qui
+aurait eu les suites les plus fâcheuses. Mais vous devez comprendre
+qu'à l'avenir il me serait impossible de jouer ici un autre rôle que
+celui qui convient à l'ambassadeur du roi!...</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor"><span class="light">[50]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 9 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous adresser copie du protocole de notre
+conférence d'hier. Nous avons dû, comme vous le verrez en <span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span> en
+prenant lecture, réclamer l'exécution de l'armistice qui continue à
+être violé par les troupes belges aux environs de Maëstricht.
+L'ouverture de l'Escaut par le roi de Hollande ne laisse au
+gouvernement provisoire aucune justification pour la violation
+évidente d'un engagement pris envers les puissances. Les termes de cet
+engagement sont positifs. «La faculté sera accordée de part et d'autre
+de communiquer librement par terre et par mer, avec les territoires,
+places et points que les troupes respectives occupent hors des limites
+qui séparaient la Belgique des Provinces-Unies des Pays-Bas, avant le
+traité de Paris du 30 mai 1814.»</p>
+
+<p>«Lorsqu'il s'est agi de transmettre aux commissaires à Bruxelles les
+instructions dont vous trouverez également une copie jointe, on a
+encore considéré M. Bresson comme commissaire de la conférence; c'est
+un peu par égard pour moi, qu'on a fermé les yeux sur ce qui s'était
+passé à Bruxelles, mais cette situation ne peut pas durer. Je vous
+engage à renvoyer M. Bresson ici, où je lui ferai reprendre en bien
+peu de temps la position dans laquelle il était.</p>
+
+<p>»Nos conférences vont se ralentir un peu; il sera convenable de les
+suspendre pour donner aux esprits le temps de se calmer. Quand les
+Belges ne trouveront, soit à Paris soit à Londres, que de la froideur,
+il est probable que le langage de la raison se fera entendre, et c'est
+alors que des agents adroits pourront leur mettre dans l'esprit le
+choix du prince Charles de Naples que vous désirez, et auquel
+l'Angleterre ne s'oppose pas. Je crois que ce moment de relâche est
+utile pour arriver à la paix qui est et continuera d'être ici mon
+unique but...» <span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span></p>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 février 1831<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51"></a><a href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Vous m'avez chargé de témoigner au gouvernement anglais les
+inquiétudes que pouvaient donner les démarches que continuait à faire
+à Bruxelles lord Ponsonby dans l'intérêt du prince d'Orange. J'ai eu à
+ce sujet un entretien avec lord Palmerston à qui j'ai dit le motif que
+nous avions pour que des efforts, dont le résultat ne pouvait être
+qu'une guerre civile, ne fussent pas continués. Lord Palmerston m'a
+très bien compris et m'a dit que des ordres allaient être expédiés à
+lord Ponsonby pour qu'il eût à cesser de se mêler, à l'avenir, de ce
+qui concernait les affaires du prince d'Orange...</p>
+
+<p>»J'ai reçu<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52"></a><a href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> ce matin votre dépêche du 8, par laquelle vous
+m'annoncez que Sa Majesté, dans le but de prévenir, à Bruxelles, de
+fâcheuses scènes de trouble et de désordre, s'est déterminée à
+différer la communication officielle de son refus à la députation
+belge<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53"></a><a href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, venue à Paris pour offrir à M. le duc de Nemours la
+couronne de Belgique. Comme cette détermination est en tout point
+contraire aux déclarations que M. de Flahaut et moi avons faites aux
+ministres anglais pour obtenir l'exclusion du duc de Leuchtenberg, je
+me suis décidé <span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span> à ne point parler de votre dépêche de ce matin à
+lord Palmerston. Quelles que puissent être les raisons qui ont motivé
+la résolution du roi, tout retard dans le refus ne sera ici qu'une
+occasion de soupçon; et je crois que nous devons par-dessus tout les
+éviter. Depuis l'arrivée des journaux de Paris, j'ai reçu ce matin
+trois lettres de membres du cabinet anglais, les mieux disposés pour
+nous, qui me témoignent le désir qu'un refus net et ferme du
+gouvernement français fournisse une nouvelle preuve de sa loyauté et
+mette fin à toutes les incertitudes...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54" class="fnanchor"><span class="light">[54]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 12 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Je dois vous remercier de votre dépêche du 9; elle renferme des
+assurances de la part du roi et de la vôtre qui contribueront
+puissamment à ramener les esprits que les dernières circonstances
+avaient éloignés de nous.</p>
+
+<p>»Il est un point cependant de votre lettre qui ne satisfera pas
+complètement ici et sur lequel j'ai besoin d'avoir une explication
+précise. Vous me dites, au sujet de la démarche au moins imprudente de
+M. Bresson, à Bruxelles: «qu'il serait possible que le bruit du
+protocole du 27 janvier se fût répandu à Bruxelles; qu'il y eût
+produit un très mauvais effet et que M. Bresson, pour calmer les
+esprits ombrageux et très irritables, eût été amené à publier la non
+adhésion du gouvernement français aux stipulations de ce protocole.»</p>
+
+<p>»Je comprends et je parviendrai peut-être à faire comprendre <span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span> ici
+quelles sont les raisons qui ont déterminé la démarche de M. Bresson,
+mais il est absolument nécessaire que vous me déclariez dans une
+lettre ostensible, qu'elle n'a eu lieu que pour surmonter des embarras
+du moment qu'on est effectivement parvenu à éviter par ce moyen, et
+que vous n'avez jamais cessé d'être en tous points d'accord avec la
+conférence. C'est une déclaration dans ce sens qui seule pourra
+rassurer le cabinet anglais et les membres de la conférence; elle sera
+d'ailleurs en harmonie avec tout ce que M. de Flahaut et moi avons
+dit, et, sans appuyer sur l'intérêt personnel que j'y ai, je dois vous
+dire qu'elle est attendue ici par vos amis comme une garantie de leurs
+paroles...»</p>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 février 1831<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Hier soir, après le départ du courrier que je vous ai expédié, j'ai
+reçu de lord Palmerston communication d'une lettre écrite par lord
+Ponsonby, dans laquelle il annonce que M. Bresson a refusé de
+présenter au comité diplomatique du congrès le protocole numéro 15 de
+notre conférence du 7 février<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<p>»Cette nouvelle démonstration de M. Bresson me place ici dans les plus
+grands embarras. J'ai pu essayer de justifier jusqu'à <span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span> un certain
+point la publication faite à Bruxelles de votre lettre en la faisant
+considérer comme une mesure d'urgence; mais il ne peut en être de même
+pour le refus de présenter le protocole du 7 février.</p>
+
+<p>»M. Bresson est parti de Londres, chargé des pouvoirs de la
+conférence; c'est en cette qualité que pendant deux mois il a
+correspondu avec nous et, tout à coup, sans prévenir cette même
+conférence, il cesse sa correspondance avec elle et agit en opposition
+directe à ses ordres. Une pareille conduite doit paraître inexplicable
+aux esprits les moins prévenus. Aussi chacun ici répète qu'il est
+évident que M. Bresson n'a pu, de son propre mouvement, protester
+d'abord contre le protocole du 27 janvier, et refuser ensuite de
+présenter celui du 7 février. On attribue sa conduite à des ordres
+reçus du gouvernement français, et comme ces ordres seraient en
+opposition directe avec les communications que vous m'avez chargé de
+faire ici, cela répand sur la politique de notre cabinet une défiance
+qu'un gouvernement nouveau doit, par-dessus tout, chercher à éviter.</p>
+
+<p>»L'ignorance dans laquelle vous m'avez laissé sur les motifs qui ont
+dirigé M. Bresson dans ces derniers temps, a rendu ma position
+extrêmement difficile ici, car je parais ignorer les intentions du
+gouvernement du roi, ou bien être d'accord, soit avec Paris, soit avec
+Bruxelles, pour induire la conférence en erreur.</p>
+
+<p>»Ce que je viens de vous dire, monsieur le comte, ne naît pas d'une
+susceptibilité personnelle, mais j'y ai trouvé pour le gouvernement
+français des inconvénients réels qu'il était de mon devoir de vous
+faire connaître et que vous saurez sans doute apprécier. <span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span></p>
+
+<p>»J'ai besoin, je le répète, d'une explication franche et nette de tout
+ce qui s'est passé entre Paris et Bruxelles: ce n'est qu'avec cette
+explication que je pourrai reprendre près du cabinet anglais et de la
+conférence une position utile au service du roi. Il faut de plus
+montrer qu'on ne confond pas ce qui a été fixé, comme le protocole du
+20 janvier, avec ce qui n'a été que proposé, comme le protocole du 27.</p>
+
+<p>»Celui du 20 est basé sur l'ancienne division de la Hollande et de la
+Belgique, et, la carte à la main, elle ne peut pas être contestée.
+Celui du 27 peut être sujet à discussion, mais on a bien été obligé de
+proposer des bases, puisque, après avoir demandé que les commissaires
+belges qui ont été envoyés ici eussent des pouvoirs, quand on les leur
+a demandés, ils ont déclaré qu'ils n'en avaient pas. L'affaire
+devenait interminable sans cela.</p>
+
+<p>»Vous ne pouvez pas trop tôt faire revenir ici M. Bresson, car sa
+présence prolongée à Bruxelles ne fait qu'augmenter les inquiétudes de
+tous les cabinets...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 11 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai reçu avant hier et aujourd'hui, avec les documents qui les
+accompagnaient, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+sous les dates des 7 et 9 du courant.</p>
+
+<p>»Vous êtes si indulgent, mon prince, que vous ne laissez arriver
+jusqu'à moi l'expression de votre mécontentement <span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span> que sous une
+forme énigmatique. Je ne puis qu'être touché de ménagements si remplis
+de bienveillance, et si je pouvais me croire coupable, mes regrets
+s'en seraient accrus mille fois. Mais, je l'avoue, je n'ai pu un
+moment supposer que vous ne connaissiez pas à Londres, par le
+département, en même temps que moi à Bruxelles, la détermination
+adoptée par le ministre de ne pas adhérer au protocole du 27 janvier,
+et dans l'empressement que j'ai mis à vous expédier la nouvelle de
+l'élection de M. le duc de Nemours, j'ai oublié de vous adresser ce
+qui était, non pas un placard affiché dans les rues, mais un document
+imprimé du congrès<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57"></a><a href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>. Quant aux communications et publications
+usitées en pareil cas, il serait trop sévère d'en rendre ici un agent
+diplomatique responsable. Le gouvernement belge n'a, à cet égard,
+gardé aucune mesure.</p>
+
+<p>»Pour tout ce qui se rapporte au choix du chef de l'État, je croirais
+imprudent de confier des détails au papier. Je vous les donnerai tous
+verbalement, lorsque j'aurai le bonheur de vous revoir; et peut-être
+alors, quand vous connaîtrez surtout ceux de mon voyage à Paris,
+serez-vous plus porté à me plaindre qu'à me blâmer.</p>
+
+<p>»Combien je regrette que le protocole du 7 courant (celui qui
+repoussait le duc de Leuchtenberg) n'ait pas été arrêté il y a un
+mois! la crise qui se prépare et qui, je le crois, sera terrible,
+aurait probablement été évitée.</p>
+
+<p>»Ce protocole, mon prince, est arrivé avant-hier. Lord Ponsonby <span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span>
+l'a communiqué, sans même me consulter. M. Van de Weyer le lui a
+renvoyé hier, sous prétexte que le congrès ayant élu M. le duc de
+Nemours, ne pouvait recevoir de réponse à cette élection que par la
+députation en ce moment à Paris. Vous trouverez dans le journal
+ci-joint les débats auxquels cet incident a donné lieu dans le
+congrès. L'on m'assure, en ce moment, que lord Ponsonby veut
+aujourd'hui adresser directement la communication au président même de
+l'assemblée. Si j'eusse été consulté par lui, je l'aurais certainement
+prié de suspendre de quelques jours cette communication. Dans l'état
+d'extrême agitation du pays, elle arrivait trop dépouillée des
+ménagements désirables. Le roi seul peut adoucir l'effet du refus et
+calmer les susceptibilités qu'il va éveiller.</p>
+
+<p>»Mais, mon prince, je n'ai pas eu le choix. Voici une phrase du billet
+d'envoi de lord Ponsonby:</p>
+
+<p>«L'on m'a donné à entendre que la conférence n'avait pas jugé
+convenable de vous engager à coopérer avec moi à la communication de
+ce protocole; elle attend l'explication ou le désaveu de la lettre du
+1<sup>er</sup> février, c'est-à-dire celle du comte Sébastiani que vous avez
+communiquée au congrès.»</p>
+
+<p>»De ce moment, j'ai dû me considérer comme suspendu, jusqu'à nouvel
+éclaircissement, de mes fonctions de commissaire de la conférence; et
+c'est cet éclaircissement, mon prince, que je viens aujourd'hui vous
+prier de me donner. Hier, les instructions, sous la date du 8 février,
+sont bien arrivées adressées collectivement à lord Ponsonby et à moi.
+Mais je l'ai prié de les mettre seul à exécution jusqu'à ce que
+j'eusse référé à la conférence ce paragraphe de sa <span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span> lettre qui
+indique une distinction faite par elle entre lui et moi, et une sorte
+d'interruption de sa confiance. Ayez la bonté de me dire si elle me
+considère encore comme revêtu du même caractère et des mêmes pouvoirs
+que lord Ponsonby.</p>
+
+<p>»Votre lettre du 9, mon prince, me rend à l'espérance. Retourner près
+de vous, c'est tout ce que j'ambitionne depuis que je vous ai quitté.
+Ici, pour avoir tour à tour, fidèlement, rempli les instructions de la
+conférence et du gouvernement du roi, l'on me désigne ouvertement à
+l'animadversion des hommes de parti; une troupe de misérables m'a
+publiquement insulté il y a trois semaines; ma vie est tous les jours
+menacée par des lettres anonymes, dans les cafés et les tabagies. Le
+chagrin est au fond de mon c&oelig;ur; ma santé est délabrée. J'ai passé
+par de cruelles épreuves et je n'en recueillerai probablement que des
+reproches. Il est si commode de sacrifier un pauvre diable<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>!»</p>
+
+<p>Le <i>pauvre diable</i> n'eut pas autant à se plaindre qu'il le redoutait.
+On ne voulut pas le renvoyer près de moi, de peur qu'il ne me donnât
+des éclaircissements trop précis sur ce qui s'était passé entre lui et
+Paris; mais, à quelques semaines de là, on lui donna le poste de
+ministre plénipotentiaire à Hanovre, et peu de mois après, à Berlin.
+J'en fus bien aise, comme je l'étais aussi d'avoir été l'auteur de sa
+fortune en l'envoyant de Londres à Bruxelles. J'étais d'ailleurs <span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span>
+informé qu'à Paris la vérité finirait par se faire jour; ainsi le duc
+de Dalberg m'écrivait:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 12 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Votre lettre du 8 m'indique deux vérités dont depuis longtemps mon
+esprit est pénétré: l'une que les cinq puissances seules, d'accord
+entre elles, doivent dicter la loi aux Belges, livrés par leurs
+turbulentes passions à l'influence de nos jacobins de Paris;&mdash;l'autre,
+que d'ici partent de misérables intrigues, parce que ceux qui nous
+régissent sont désunis et incapables.</p>
+
+<p>»Vous avez bien fait d'avaler la couleuvre qui s'est élevée contre la
+conférence de Londres et ses actes. On vous en saura gré, parce que la
+France ne veut de la guerre, ni pour la réunion de la Belgique, ni
+bien moins pour l'élection du duc de Nemours.</p>
+
+<p>«Si la combinaison du prince de Naples peut réussir, tant mieux; mais
+j'en doute. Les députés belges ne la goûtent pas. Ce qui m'est resté
+des paroles que j'ai entendues des plus capables d'entre eux, c'est:
+1<sup>o</sup> que les trois quarts du pays ne se soucient pas de la réunion avec
+la France; 2<sup>o</sup> qu'à l'exception de ceux qui se sont compromis dans la
+révolution, tous désirent la séparation complète de la Hollande, en
+admettant la souveraineté de la maison de Nassau, pour reprendre les
+liens de commerce et d'industrie établis entre les deux pays.</p>
+
+<p>»Le prince de Naples ne les flatte pas, parce qu'ils disent <span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span> qu'il
+n'écarte aucun des embarras qui naissent pour eux des douanes qui les
+resserrent et les asphyxient...»</p>
+
+<p>Deux jours plus tard, le duc de Dalberg m'écrivait encore à la suite
+des scandaleux événements qui avaient eu lieu à Paris, le pillage et
+l'incendie de l'archevêché<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59"></a><a href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>... Sa lettre est caractéristique.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, 14 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Notre situation se gâte de plus en plus. Les scènes d'hier, que
+l'autorité pouvait prévoir et qu'elle devait prévenir, ont été graves.
+L'église de Saint-Étienne-du-Mont et de Saint-Germain-l'Auxerrois ont
+été pillées. L'archevêché est entièrement ravagé. Le séminaire de
+Saint-Sulpice a été également attaqué. L'autorité est méconnue
+partout. Les sottes intrigues à l'égard de la Belgique ont déconsidéré
+le roi et son ministère à un point que je ne puis vous l'exprimer. On
+risque de se faire des affaires en voulant les expliquer et les
+excuser par le désir d'un père qui veut obtenir des avantages pour le
+pays et pour sa famille. L'esprit public, qui a plus de sagacité que
+de calme, est profondément irrité et n'a pas été dupe un moment de
+tout cela.</p>
+
+<p>Le parti de la guerre veut, dans son délire, l'attirer à tout prix.
+Comme il a vu que la Belgique ne la donnait pas, il a <span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span> mis
+l'Italie en mouvement, et le <i>Fayettisme</i> a poussé sa pointe sur
+Modène et Bologne où tout était prêt et où se trouve le foyer des
+associations italiennes<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>. Mon avis est que les Autrichiens agiront
+et qu'il ne faut pas arriver bêtement avec le principe de <i>non
+intervention</i>, et que nous devons ramener le règlement des affaires
+italiennes à une nouvelle conférence.</p>
+
+<p>»Avant tout, il ne faut pas que les cinq puissances se brouillent et
+que la guerre éclate entre elles. Je ne suis pas bien persuadé qu'on
+puisse sauver l'ordre des choses en Europe; mais, s'il y a encore un
+salut, c'est bien décidément celui qui peut résulter d'une entente
+réfléchie entre les grands cabinets.</p>
+
+<p>»Si M. Sébastiani avait voulu me croire, il ne serait pas à présent la
+risée du corps diplomatique ni des Chambres; il aurait opposé du
+caractère aux intrigues du Palais-Royal. Il a agi dans l'affaire belge
+comme dans l'affaire de Grèce. Par une telle direction, on ne sait où
+on va. Les Belges, ici, ne paraissent pas disposés à accueillir le
+prince de Naples. Ils disent qu'ils ne veulent pas d'un prince qui ne
+peut leur apporter que du macaroni et des capucins. Les intrigues de
+M. de Celles les poussent, à ce que je crois, à attendre autre chose
+du <i>temps</i>. Qu'on hâte donc à Londres les décisions et qu'on se mette
+en mesure pour qu'elles soient plus que des paroles.</p>
+
+<p>M. Sébastiani disait à une personne dont je le tiens: «&mdash;Mais ces
+conférences de Londres sont des conversations, et rien de plus.»&mdash;Je
+suis sûr qu'il l'a dit <span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span> et cependant je suis sûr aussi qu'il ne le
+croit pas. Mais comme dit très bien Rigny<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>: <i>Il met ses pieds dans
+tous les souliers.</i> Il voit tous les matins, et Châtelain<a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>, et
+Bertin de Vaux<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>. Tout cela fait pitié. En attendant, le pays s'en
+va. Laffitte m'a avoué qu'il ne trouverait pas à emprunter dix
+millions à longue échéance pour le Trésor. Et puis, on parle de faire
+la guerre! La paix, mon cher prince, ou tout va au diable!
+<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span></p>
+
+<p>»Pozzo me disait hier: «J'ai bien prévenu Sébastiani que l'Angleterre
+ne comprendrait rien à l'intrigue de Bruxelles, et que Flahaut
+pèserait une once dans le poids d'une négociation. M. de Talleyrand,
+je lui rends cette justice, a été le seul qui ait vu les choses comme
+il fallait les voir...»</p>
+
+<p>Il paraît que M. Sébastiani n'avait pas été convaincu par les
+arguments de M. Pozzo, ou s'était irrité d'avoir été pris dans ses
+propres intrigues. Il m'écrivit pour se plaindre de la manière dont
+procédait la conférence et pour me prescrire de ne plus accepter
+désormais aucun protocole qu'<i>ad referendum</i>.</p>
+
+<p>Voici la dépêche par laquelle je lui répondis:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64" class="fnanchor"><span class="light">[64]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 15 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu ce matin votre dépêche du 12, et je ne puis mettre trop
+d'empressement à répondre à son contenu.</p>
+
+<p>»Il m'est facile de juger d'après votre lettre que la direction suivie
+par la conférence n'a point eu l'approbation du gouvernement du roi,
+et que, dans ce cas, j'aurais eu le tort d'adopter cette même manière
+de voir. Il devient nécessaire que je vous donne quelques explications
+à ce sujet.</p>
+
+<p>»Lorsque je quittai Paris au mois de septembre dernier, on me donna,
+un quart d'heure avant mon départ, quelques <span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span> instructions
+générales sur des questions qui n'ont point eu leur application depuis
+que je suis ici: on me promit de m'envoyer promptement des
+instructions détaillées; depuis cette époque, je les ai sollicitées en
+vain, et j'ai dû me guider sur la seule recommandation que renferment
+presque toutes les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de
+m'adresser, c'est-à-dire, de maintenir la paix en conservant intacte
+la dignité de la France. C'est de ce point que je suis parti, monsieur
+le comte, dans tous mes rapports avec la conférence, et je crois être
+parvenu, non sans quelque difficulté, à remplir le but que se
+proposait le roi. Vous ne partagez pas cette opinion, et vous désirez
+que je n'agisse désormais que d'après des instructions spéciales. Je
+me soumettrai à vos ordres, mais je croirais manquer à mon devoir, si
+je ne vous laissais pas entrevoir les inconvénients graves
+qu'entraînera à sa suite cette manière de traiter les affaires.</p>
+
+<p>»Elle ôtera à la conférence une partie de l'autorité qu'elle avait
+prise sur l'opinion, en plaçant chacun de ses membres dans une
+dépendance qui arrêtera toute négociation, et je puis vous en donner
+un exemple: le protocole de la neutralité de la Belgique a été signé
+après une conférence qui a duré dix heures et demie, et deux jours
+après, le plénipotentiaire prussien ne l'aurait probablement pas
+signé.</p>
+
+<p>»Ceci me conduit à vous dire que, dans la question des limites, il n'y
+a pas eu plus d'intervention qu'il n'y en a eu dans la reconnaissance
+de la Belgique<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65"></a><a href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> dont la fixation des limites était la conséquence.</p>
+
+<p>»Les limites sont un fait, et ce fait est ancien, la conférence <span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span>
+n'a fait autre chose que le déclarer: la géographie est là pour dire
+ce qu'était la Belgique et ce qu'était la Hollande, avant leur
+réunion. On n'a rien changé au territoire des deux pays, et on n'a pas
+même décidé la question des enclaves. Ce ne pourrait être qu'avec la
+pensée de donner ou de retrancher à l'une des deux parties quelque
+chose de son ancien territoire, ont dit tous les membres de la
+conférence, qu'on pourrait attaquer la base qui a été adoptée, et
+c'est ce changement-là qui serait une véritable intervention. Il est
+donc évident que dans le protocole du 20 janvier, la conférence ne
+s'est point écartée, et n'a pas voulu s'écarter du principe de la non
+intervention<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>. Je suis bien aise de vous faire remarquer, encore
+une fois, que la conférence, sur ces deux points qui paraissent avoir
+principalement fixé votre attention, ne s'est point écartée du
+principe de la non intervention.</p>
+
+<p>Le gouvernement anglais, qui depuis M. Canning est fort susceptible
+sur ce principe, établit la même doctrine, et n'aurait pas consenti
+plus que nous à s'en écarter. Lord Palmerston la soutient aujourd'hui,
+dans les mêmes termes que j'emploie avec vous, au parlement
+d'Angleterre.</p>
+
+<p>Du reste, je dois vous dire que, si dans ma propre opinion la guerre
+devenait trop imminente en refusant ma signature à un des protocoles
+proposés par les membres de la conférence et qui ne toucherait pas aux
+intérêts <i>réels</i><a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> de la France, je croirais retrouver dans mes
+anciennes instructions générales <span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span> le devoir de le signer. Je
+répondrai demain à ce que vous m'écrivez relativement à lord Ponsonby
+et à M. de Krüdener.<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 16 février 1831<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai, en exécution des ordres du gouvernement, parlé à lord
+Palmerston du rappel de lord Ponsonby; je crois qu'il aurait été aisé
+de l'obtenir avant la publication de votre lettre faite par M. Bresson
+et le refus de ce dernier d'exécuter les ordres de la conférence; mais
+aujourd'hui ce serait mettre lord Ponsonby et M. Bresson sur la même
+ligne vis-à-vis de la conférence et le cabinet anglais n'est pas
+disposé à y consentir.</p>
+
+<p>»Je vous ai déjà écrit que lord Palmerston avait transmis des ordres à
+lord Ponsonby pour continuer à observer les dispositions des esprits,
+sans se mêler en aucune manière des intérêts de M. le prince d'Orange.
+Lord Palmerston ne m'a, du reste, jamais dissimulé que la combinaison
+qui placerait ce prince sur le trône belge avait toujours paru à son
+gouvernement la plus propre à terminer promptement les affaires de
+Belgique, dont l'Angleterre, autant que nous, désire voir le terme;
+mais il ne croit plus à son succès. <span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span></p>
+
+<p>»J'ai aussi parlé au prince de Lieven, hier et ce matin, au sujet des
+menées qu'on attribue à M. de Krüdener à Bruxelles. Il m'a répondu que
+M. de Krüdener était à Londres, par congé, qu'il avait eu envie de
+connaître par lui-même l'état de choses en Belgique; qu'il l'avait
+chargé de lui en rendre compte; il m'a assuré positivement qu'il ne
+lui avait donné aucun ordre relatif aux affaires de M. le prince
+d'Orange, et qu'il devait se borner à instruire sa cour de ce qu'il
+aurait observé sur les chances que le prince pouvait avoir dans le
+pays. La partie active de l'intrigue favorable au prince d'Orange est
+conduite par des habitants des deux Flandres, dont plusieurs se
+trouvent en ce moment à Londres, agissant dans cet intérêt. M. de
+Krüdener serait bien peu propre à remplir une mission toute
+d'intrigue, car vous savez qu'il est presque complètement sourd. Vous
+vous rappellerez que, par le protocole numéro 15, que je vous prie de
+vous faire remettre sous les yeux, le gouvernement provisoire a été
+invité à faire arrêter les troupes qui se rapprochaient de Maëstricht
+et à les replacer, comme il en était convenu, dans les limites de
+l'armistice<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>. Comme la réponse se fait beaucoup attendre et que les
+Hollandais sont inquiets de la situation des approvisionnements de
+Maëstricht, si demain elle n'était pas arrivée, nous serions, pour
+être justes, obligés de laisser le roi de Hollande rétablir ses
+communications avec cette ville. Il avait précédemment arrêté la
+marche de ses troupes au reçu du protocole. Nous nous réunissons
+demain pour cet objet.
+<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span></p>
+
+<p>»Je vous envoie le numéro du <i>Times</i> de ce jour; vous y trouverez le
+premier discours de lord Palmerston depuis qu'il est ministre des
+affaires étrangères; il faut le lire attentivement parce qu'il a été
+remarqué par l'aplomb qu'il a mis dans sa réponse aux différentes
+questions qui lui avaient été faites<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>. Vous trouverez aussi dans ce
+même journal un article qui renferme l'opinion de toute l'Angleterre
+sur la mesure dans laquelle doivent se tenir les membres du parlement
+qui questionnent les ministres et les ministres qui leur répondent.
+Cet article me paraît utile à faire connaître...»</p>
+
+<p>Ma mémoire ne me rappelle pas que M. Sébastiani m'ait jamais répondu à
+ces deux dernières dépêches. Je continue à citer les miennes qui
+suivirent.</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 17 février 1831<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Je puis vous faire connaître les dispositions du cabinet anglais et
+des membres de la conférence sur le choix du prince de Naples comme
+souverain de la Belgique.</p>
+
+<p>»Les ministres anglais, malgré leur prédilection pour M. le prince
+d'Orange, qu'ils ne m'ont jamais cachée, ne mettront cependant aucune
+opposition au choix du prince de Naples; mais nous ne devons pas non
+plus compter sur leur concours pour le faciliter.</p>
+
+<p>»Le plénipotentiaire autrichien m'a exprimé son désir de <span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span> voir
+réussir cette combinaison; il a même ajouté, sur la demande que je lui
+ai faite s'il y avait un agent autrichien à Bruxelles, qu'il n'y en
+avait pas, et que s'il y en avait eu un, il n'aurait sûrement fait
+aucune difficulté de seconder les intérêts du prince de Naples.</p>
+
+<p>»Le ministre de Prusse n'a aucune instruction sur ce point; mais j'ai
+reçu de lui l'assurance que son souverain ne verrait qu'avec plaisir
+tout ce qui tendrait au rétablissement de l'ordre en Belgique et à
+mettre fin à des embarras dont il redoutait les conséquences pour les
+pays voisins.</p>
+
+<p>»Quant au prince de Lieven, quoique nous soyons dans les meilleurs
+rapports ensemble, il n'a pas dû me communiquer son opinion sur un
+choix qui n'entre pas dans les vues de sa cour. Mais le prince
+Esterhazy m'a dit que si nous nous accordions tous sur le prince de
+Naples, il était convaincu qu'on amènerait la Russie à le reconnaître
+plus tard, et je pense comme lui.</p>
+
+<p>»Vous pouvez juger d'après cela, monsieur le comte, de l'état des
+esprits sur cette question. C'est au gouvernement du roi qu'il
+appartient maintenant d'arrêter positivement le parti qu'il veut
+prendre et d'employer tous ses efforts à Bruxelles pour le faire
+réussir. S'il n'y trouve pas l'appui de toutes les puissances, il n'y
+rencontrera pas du moins de l'opposition de leur part, je m'en crois
+sûr.</p>
+
+<p>»Je dois vous dire que, dans toutes les conversations que j'ai eues
+ici, à ce sujet, on ne m'a exprimé que des intentions pacifiques. Les
+ministres anglais et tous les plénipotentiaires ont protesté du vif
+désir de leurs gouvernements de maintenir la paix, et qu'une agression
+quelconque de la France pourrait seule fournir des causes fondées de
+guerre. <span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span></p>
+
+<p>»Je sors d'une conférence dans laquelle a été rédigé le protocole que
+je vous ai annoncé hier. On se perdrait dans une foule d'embarras si
+on ne tenait pas aux choses précédemment convenues entre la
+conférence, la Belgique et la Hollande. Ce protocole n'est adressé
+qu'à lord Ponsonby, parce que M. Bresson a refusé de présenter le
+dernier et que la conférence ne le regarde plus comme son agent en
+Belgique. D'après la disposition des esprits, je vous engage même, si
+votre intention était de le renvoyer ici, de retarder son retour...</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 19 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73"></a><a href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole numéro 18 de notre
+conférence d'hier. Vous y trouverez l'adhésion du roi de Hollande aux
+protocoles du 20 et du 27 janvier. Cette adhésion est pleine et
+entière, mais elle n'a été obtenue qu'avec peine, et les résolutions
+dont il était menacé par la conférence l'ont décidé à céder.</p>
+
+<p>»Un schooner anglais débarqué à Poole a apporté la nouvelle qu'au
+moment où il a quitté Lisbonne, on se battait dans les rues; le
+mouvement était très prononcé; les prisons avaient été forcées. Dom
+Miguel s'était mis à la tête des troupes<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 21 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Si on vous demande où la France sera entraînée d'ici à six mois,
+dites hardiment que vous ne pouvez pas le calculer. Le roi marche avec
+la minorité, comme l'a fait Bonaparte, comme l'ont fait Louis XVIII et
+Charles X, et il me paraît à moi que M. Laffitte est un M. de Polignac
+avec les jacobins, comme M. de Polignac était l'aveugle instrument des
+émigrés.</p>
+
+<p>»Tous les partis provoquent la dissolution de la session actuelle, et
+elle ne peut plus ne pas avoir lieu. On disait hier que la querelle
+entre le ministre Montalivet<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75"></a><a href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a> et le préfet de la Seine (M. Odilon
+Barrot<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76"></a><a href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>) finirait par la retraite du <span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span> premier. M. d'Argout
+devait le remplacer, et Rigny était désigné pour la marine. Avec les
+hommes qui nous gouvernent, on peut s'amuser à répéter mille
+combinaisons de ce genre sans tomber juste. Il n'y a que les faits qui
+parlent. Tous les esprits sont noirs d'appréhensions diverses. Si nous
+avons le bonheur de conserver la paix, peut-être nous tirerons-nous
+encore de cette crise intérieure et verrons-nous reparaître un peu de
+calme; mais cela est dans les grandes incertitudes...</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77"></a><a href="#Footnote_77" class="fnanchor"><span class="light">[77]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 23 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>Les événements qui se sont passés à Paris pendant la semaine dernière
+ont causé dans Londres une inquiétude difficile à décrire. L'absence
+totale des nouvelles de France pendant les journées des 19, 20 et 21,
+a servi parfaitement les joueurs à la baisse, qui ont répandu les
+bruits les plus alarmants, et qui ont atteint leur but en produisant
+une dépréciation assez considérable dans les fonds publics. Depuis la
+révolution du mois de juillet, il n'y avait pas eu une semblable
+agitation à la Bourse, et parmi toutes les classes de la société; les
+idées de guerre se sont accréditées de façon à faire hausser les
+polices d'assurance à un prix très élevé. Je crois avoir tenu le
+langage le plus convenable en cette circonstance, mais l'ignorance
+dans laquelle j'étais de ce qui se passait à Paris a rendu ma position
+très difficile. Ma maison ne désemplissait pas de personnes qui
+venaient chercher des nouvelles. <span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span></p>
+
+<p>»J'ai reçu hier votre dépêche du 19 et je regrette de ne l'avoir pas
+eue plus tôt. D'après les ordres qu'elle renferme, je n'aurais
+probablement admis qu'<i>ad referendum</i> le protocole que j'ai l'honneur
+de vous envoyer aujourd'hui et dont j'avais arrêté la minute le 19.
+Si, conformément à votre lettre du 19 que je n'ai reçue que le 22,
+j'avais refusé de le signer, je me serais mis en opposition avec ce
+que vous m'avez écrit plusieurs fois, c'est que vous vouliez marcher
+avec la conférence. Du reste, en le lisant, vous remarquerez sûrement
+que la conférence n'a voulu faire que l'exposé des motifs qui l'ont
+guidée depuis qu'elle est assemblée; l'esprit de justice et la
+modération qui ont dirigé toutes ses délibérations y sont rappelés de
+manière à montrer qu'elle n'a point dépassé les bornes qui lui étaient
+imposées, tout à la fois par les droits des nations, et par le respect
+des traités. Ce protocole ne renferme exactement rien qui ne soit dans
+les protocoles précédents<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span></p>
+
+<p>»Je ne pense pas qu'il y ait lieu pour la conférence de se rassembler
+d'ici à quelque temps; mais quel que soit à l'avenir le but de ses
+réunions ou le résultat de ses résolutions, je n'apposerai plus ma
+signature sur aucun acte essentiel, avant d'en avoir reçu
+l'autorisation du roi, ainsi que vous me le recommandez par votre
+dépêche du 19.</p>
+
+<p>»J'avais fait part à la conférence et aux ministres anglais en
+particulier, de votre désir de voir rappeler de Bruxelles lord
+Ponsonby, en même temps que M. Bresson, qui maintenant ne se trouvent
+plus placés sur la même ligne. Il m'a été répondu qu'on ne pouvait pas
+établir de parité dans la position de ces deux agents; que lord
+Ponsonby, commissaire de la conférence, n'avait pas cessé d'exécuter
+les ordres qu'il avait reçus, tandis que M. Bresson, commissaire aussi
+de la conférence, a refusé de présenter les protocoles qu'il était
+chargé de communiquer. J'ai déjà essayé plusieurs fois de montrer
+combien la présence de lord Ponsonby était inutile à Bruxelles et même
+y avait été nuisible; mais ses relations de famille et sa position ici
+rendent le succès de mes démarches très difficile<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>; d'autant plus
+que lord Palmerston, tenant à la main une dépêche de lord
+Granville<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>, m'a dit: <span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span></p>
+
+<p>«Le gouvernement français commence à rendre justice à lord Ponsonby et
+ne croit plus qu'aucune de ses démarches soit faite en opposition à ce
+que peut désirer la France.» Du reste, ici personne n'a aucune
+confiance dans les chances du prince d'Orange...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 23 février 1831.</p>
+
+<p>»... Mademoiselle ne trouvera dans le protocole que j'envoie
+aujourd'hui à Paris aucune résolution nouvelle; il ne contient que le
+résumé de ce qui a été fait jusqu'ici, et que l'énoncé des principes
+fondamentaux et conservateurs d'après lesquels nous avons agi. Je me
+flatte que le roi sera satisfait de l'esprit qui nous a dirigés. J'ose
+assurer que ce n'est qu'en restant étroitement unis aux principes qui
+ont guidé les membres de la conférence que nous pourrons, non
+seulement terminer l'affaire belge, mais encore empêcher la vieille
+Europe de crouler de toutes parts et d'engloutir les trônes, les rois,
+les institutions et les libertés.</p>
+
+<p>»Je ne parlerai pas à Mademoiselle des tristes pensées qui m'ont
+préoccupé depuis quelques jours. Je ne veux me livrer à aucun
+découragement et, de quelque couleur qu'on peigne au dehors l'état de
+la France, je me repose sur la haute sagesse du roi pour faire
+triompher la sainte cause de la liberté, pure de toutes les taches
+dont on cherche à la souiller.</p>
+
+<p>»Je crois que le roi, restant, comme il le voulait, d'après ce que
+l'on m'a écrit, avec les quatre puissances, va être à l'aise avec
+toutes les affaires belges dont il faut se mêler le <span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span> moins
+possible; s'il y a de l'odieux, il faut le renvoyer à la conférence.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81"></a><a href="#Footnote_81" class="fnanchor"><span class="light">[81]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 24 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Je dois vous parler de l'effet qu'à produit le discours du roi en
+réponse à la députation belge. Il a eu beaucoup de succès à Londres,
+et ce matin à la grande réunion qui a eu lieu à la cour pour le jour
+de naissance de la reine, plusieurs personnes m'en ont parlé, et
+toutes avec éloge. On était encore fort occupé à cette réunion des
+nouvelles de Paris qui avaient donné une inquiétude extraordinaire. Je
+n'exagère pas en vous disant que si je m'étais séparé des quatre
+puissances en refusant de signer le protocole du 19, on aurait cru à
+la guerre et les fonds seraient tombés le même jour de trois à quatre
+pour cent, ce qui aurait eu une forte action sur ceux de Paris.</p>
+
+<p>»Vous aurez remarqué que dans le protocole du 19, on ne cite que le
+traité de 1814 qui a été aussi heureux que les circonstances pouvaient
+le permettre pour notre pays, car les ennemis, au bout de six
+semaines, avaient quitté le territoire français: l'ancienne France
+était agrandie, ses limites rectifiées à son avantage, et par la
+possession d'une grande partie de la Savoie, Lyon, préservé, n'était
+pas, comme aujourd'hui, si près d'être une frontière; le musée
+Napoléon était intact; les archives françaises restaient enrichies de
+<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span> celles de Venise et de Rome. On n'a pas parlé du traité de 1815,
+auquel je n'ai rien à réclamer, puisque j'ai donné ma démission pour
+ne pas le signer; mais je dois convenir cependant qu'il a été suivi de
+quinze ans de paix.</p>
+
+<p>»Vous m'avez écrit dans vos lettres du 9 et du 17 de ce mois qu'il
+fallait marcher avec les puissances; cela est nécessaire plus que
+jamais; je ne sais ce qui sortira de la grande crise européenne
+actuelle, mais il faut rester le plus longtemps possible avec les
+quatre puissances. Cette union est féconde en ressources et ne doit
+pas être difficile à soutenir devant les Chambres...»</p>
+
+<p>Je n'étais pas tout à fait exact quand j'écrivais que tout le monde
+avait approuvé le discours que le roi Louis-Philippe avait adressé à
+la députation belge, en refusant la couronne qu'elle venait lui offrir
+pour M. le duc de Nemours. Je retrouve un billet que le premier
+ministre lord Grey, m'adressait à l'occasion de ce discours, et qui
+laisse percer une méfiance que les faits seuls ont pu détruire plus
+tard.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD GREY TO PRINCE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82"></a><a href="#Footnote_82" class="fnanchor"><span class="light">[82]</span></a></h4>
+
+<p class="right">«Downing-Street, February 19, 1831.</p>
+
+<p class="left5">»<i>Dear prince Talleyrand,</i></p>
+
+<p>»<i>Accept my best thanks for sending me the answer of your king to the
+Belgians deputies. I think it will probably be</i> <span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span> <i>criticized as
+indicating under the expression of regret too much desire for the
+crown which is refused; but looking at the substance, I am quite
+satisfied with it.</i></p>
+
+<p>»<i>I will only add my sincere and earnest wish that nothing may arise
+to disappoint our endeavours to procure peace.</i></p>
+
+<p class="left5">»<i>I am, dear...</i></p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»GREY.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83"></a><a href="#Footnote_83" class="fnanchor"><span class="light">[83]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 25 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Le jour de naissance de Sa Majesté la reine a été célébré hier dans
+Londres avec beaucoup d'enthousiasme de la part des différentes
+classes de la nation. Des fêtes, de brillantes illuminations, les cris
+de joie du peuple, témoignaient l'attachement qu'on porte au souverain
+et démentaient les injurieuses publications de quelques pamphlétaires.</p>
+
+<p>»Les séances du Parlement prennent chaque jour plus d'intérêt; le
+ministère a éprouvé quelques échecs dans la discussion du budget.
+L'hésitation qu'il a montrée dans quelques-unes de ses démarches
+enhardit l'opposition et décourage ses partisans. C'est dans quelques
+jours que sera présenté le bill sur la réforme parlementaire; il
+devrait servir à fortifier le ministère, mais, comme probablement il
+ne satisfera pas toutes les <span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span> exigences du parti de la réforme, il
+deviendra un texte avantageux d'opposition pour ceux qui veulent une
+réforme complète comme pour ceux qui n'en veulent pas du tout. Dans
+leurs votes, il est bien possible que ces deux partis se réunissent et
+la position du cabinet anglais aurait à en souffrir.</p>
+
+<p>»L'état du continent occupe tous les esprits; les troubles de Paris,
+les attaques contre le clergé, la révolution d'Italie<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84"></a><a href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>,
+l'inquiétude qui règne en Allemagne, ont été de graves sujets de
+réflexion. Il ont eu une grande influence sur les transactions
+commerciales et les ont presque suspendues en ce moment<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85"></a><a href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>.</p>
+
+<p>»Tous les hommes qui prennent part aux affaires publiques pensent que
+c'est par le maintien de l'alliance des grandes puissances, qu'on
+pourra parvenir à arrêter les rapides progrès que fait partout le
+désordre. Je citerai l'opinion de sir James Mackintosh<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86"></a><a href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a> qui ne peut
+pas être suspect dans cette question. Cet homme distingué dont la
+carrière a été toute d'opposition aux divers gouvernements du
+continent, pense que c'est par l'union solide des cinq grandes
+puissances que peut se rétablir la tranquillité de l'Europe. C'est par
+elle seule, dit-il, qu'on doit espérer de dominer les dangers du
+despotisme, de l'anarchie et plus tard des gouvernements militaires
+qu'une guerre de principes attirerait sur le monde...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 25 février 1831<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87"></a><a href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a></p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai été appelé ce matin au Foreign Office, ainsi que les autres
+membres de la conférence. C'était pour y prendre connaissance d'une
+dépêche de lord Ponsonby qui annonce que le siège de Maëstricht
+continue et que les communications de cette place avec le Brabant
+septentrional et Aix-la-Chapelle sont complètement interrompues.</p>
+
+<p>»Après la lecture de cette dépêche on a ouvert l'avis de dresser un
+protocole dans lequel on déclarerait l'intention d'employer
+immédiatement contre les Belges, et conformément au protocole numéro
+10 du 18 janvier, des moyens de rigueur pour réprimer ce nouvel acte
+de rupture de l'armistice. D'après les ordres que j'avais reçus de
+vous, j'ai dit que je voulais en référer à ma cour avant de rien
+signer sur un objet aussi grave. Il a été alors décidé que lord
+Palmerston expédierait un courrier à lord Granville et que ce dernier
+serait chargé de vous faire connaître les intentions des
+plénipotentiaires, en vous demandant quel concours vous voudriez
+offrir pour faire exécuter les stipulations d'un acte consenti par le
+gouvernement belge lui-même. Lord Granville devra vous rappeler que
+vous avez approuvé la cessation des hostilités entre les Hollandais et
+les Belges et les conditions qui en étaient la garantie, et
+qu'aujourd'hui le but de la conférence était de maintenir la stricte
+exécution d'une convention adoptée par toutes les parties. <span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">92</a></span></p>
+
+<p>»La communication qui vous sera faite à ce sujet se fera, j'en suis
+sûr, avec toute la déférence que vous pouvez désirer, car on tient
+beaucoup, pour la tranquillité de l'Europe, si près d'être troublée, à
+agir sur toutes choses d'accord avec vous...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 27 février 1831<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88"></a><a href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Vous m'aviez chargé d'avoir une explication avec M. le prince de
+Lieven sur le voyage de M. de Krüdener à Bruxelles et sur les
+démarches qu'il aurait faites dans cette ville en faveur de M. le
+prince d'Orange. J'ai eu cette explication, ainsi que j'ai déjà eu
+l'honneur de vous le mander; et le résultat a été que le prince de
+Lieven a rappelé M. de Krüdener qui est en ce moment à Londres. Je
+puis ajouter, à ce sujet, qu'on a totalement abandonné ici toutes les
+tentatives et même toutes les espérances relatives à M. le prince
+d'Orange.</p>
+
+<p>»On répand le bruit que la mission de M. le duc de Mortemart à
+Pétersbourg a été sans succès<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89"></a><a href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>; c'est par des lettres de Francfort
+que cette nouvelle est parvenue ici. J'aime à croire qu'on ne doit pas
+y donner plus de confiance qu'à celle qui vous sera peut-être revenue,
+qu'en Russie on disait que les plénipotentiaires russes à Londres
+n'avaient admis les derniers protocoles qu'<i>ad referendum</i>. Il vous
+aura été facile de démentir ce bruit qui est tout à fait sans
+fondement: la signature du prince de Lieven et du comte Matusiewicz
+sur tous les protocoles a été simple et complète et, je crois, fort
+utile pour nous.
+ <span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span></p>
+
+<p>»La nomination de M. le baron Surlet de Chokier à la régence de la
+Belgique a été connue ici hier matin<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90"></a><a href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>. Si, comme on l'annonce, le
+roi a accrédité M. le général Belliard<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91"></a><a href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a> à Bruxelles, il me semble
+que rien ne peut plus s'opposer au retour de M. Bresson à Londres,
+après quelques semaines de séjour à Paris. Je me chargerai de lui
+refaire sa position et je pense que sa présence en Angleterre pourra
+être utile à sa carrière...</p>
+
+<p>»Je regrette que vous n'ayez pas reçu le protocole numéro 19 assez
+tôt, pour vous servir de plusieurs des faits et arguments qu'il
+renferme et qui auraient montré à quel point les attaques auxquelles
+vous avez eu à répondre dans la séance du... étaient peu
+fondées<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92"></a><a href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 27 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»La position des choses empire de jour en jour. Nul payement ne peut
+être obtenu. La France n'a jamais, depuis le Directoire, vu un tel
+état de choses. L'autorité n'est exercée nulle part; l'intrigue est
+partout.</p>
+
+<p>»Vous avez bien raison en disant que la conférence de Londres est le
+seul pouvoir en Europe qui ait quelque force, et qu'il faut la
+maintenir à tout prix. Mais comment peut-elle influer sur notre
+position intérieure? Le ministère, par sa complète incapacité et par
+son goût de s'appuyer sur l'extrême gauche, s'est placé avec la
+Chambre de manière que je ne vois plus la possibilité de replâtrer un
+accord entre les pouvoirs. Et comment le gouvernement évitera-t-il des
+bouleversements, s'il reste trois mois sans l'appui des Chambres?</p>
+
+<p>»Les derniers événements<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93"></a><a href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a> s'éclaircissent suffisamment pour prouver
+qu'il y avait essai de conspiration carliste qui a été exploité par le
+parti républicain bonapartiste. L'action est dans ce dernier, et il
+l'emportera si le roi ne pense et n'agit pour ramener la confiance et
+le respect vers lui. Ce qui se passe en Belgique donne de la force à
+ce parti, et si demain La Fayette voulait être président d'une régence
+de la France, il y serait appelé et renvoyé vingt-quatre heures après.</p>
+
+<p>»Votre correspondance avec le roi et avec le ministère doit vous faire
+connaître ce que l'on veut. Quant à moi et à mes <span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span> amis, nous nous
+demandons d'où partira le coup de tonnerre qui renversera le misérable
+édifice que nous avons devant nous. Une royauté qui ne sait se faire
+obéir; une Chambre des pairs qui est sans base, même dans la loi; une
+Chambre des députés qu'on insulte et qu'on veut renvoyer; une garde
+nationale qui se dégoûte et qu'on empêche de frapper au besoin; une
+troupe de ligne qui ne sait à qui elle a à obéir. Voilà ce qui se
+voit. Trouvez et indiquez des remèdes à une telle anarchie.</p>
+
+<p>»Quant aux affaires du dehors, on ne voit que de sourdes menées pour
+soulever les peuples, et nul accord, nulle force pour l'empêcher, ou
+pour rétablir l'ordre. Après le traité de Westphalie on avait
+constitué une armée d'exécution pour faire respecter les décisions
+prises. Il faudra bien en venir là; mais avant tout, il faudrait être
+convenu sur quelle base on veut consentir que les peuples
+s'établissent.</p>
+
+<p>»Il me paraît démontré que nous retournerons au régime militaire après
+de longues agitations anarchiques. Ma famille a quitté Gênes, le 18 de
+ce mois; tout, à cette époque, était encore tranquille; mais, quoique
+ici on ait connu la formation d'une colonne d'insurgés formée à Lyon
+pour envahir la Savoie<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94"></a><a href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>, on n'a agi pour l'arrêter que lorsqu'elle
+s'était mise en mouvement. Puis on s'étonne que l'Europe cherche de la
+sécurité en s'armant et combattant la révolution!...</p>
+
+<p>»Votre prétendu chef Sébastiani met, comme disent Rigny <span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span> et
+Rayneval<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95"></a><a href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>, ses pieds dans tous les souliers. Le rédacteur Châtelain
+déjeune tous les matins avec lui, aussi bien que Bertin de Vaux. Le
+premier fait aujourd'hui une bonne attaque contre vous<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96"></a><a href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>.</p>
+
+<p>»Le fait est qu'on ne fait pas ce qu'on veut... Si on fait <span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span> la
+guerre, comme le dit le bon vieux Jourdan<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97"></a><a href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>, ce sera à l'aide d'une
+convention. Que le roi y regarde!</p>
+
+<p>»Agréez mes félicitations de ne pas vivre au milieu du délire qui
+m'étourdit...»</p>
+
+<p class="p2">Un état de choses tel que celui décrit ici par le duc de Dalberg ne
+pouvait se prolonger, et le roi qui, je crois, n'avait pas été fâché
+de laisser s'user les hommes et les principes dont M. Laffitte était
+le représentant, se trouva dans l'obligation d'aviser aux moyens de
+sortir de cette espèce d'anarchie. Il fallait congédier le ministère,
+ou, au moins, quelques-uns de ses membres et choisir dans le parti
+conservateur de la Chambre des députés un homme énergique qui, fort
+heureusement, s'y trouvait à souhait: c'était M. Casimir Périer<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98"></a><a href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>.
+Quelques difficultés s'élevèrent entre lui et le maréchal Soult, au
+sujet de la présidence du conseil; elles devaient être aisément
+surmontées. Mais il n'en fut pas de même quant aux conditions que M.
+Périer mettait à son entrée aux affaires et qui ne plaisaient pas au
+roi. Celui-ci dut céder à la fin devant un danger qui menaçait de tout
+emporter, et le 13 mars on parvint à constituer <span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span> un ministère qui
+prit le nom de son chef, M. Périer<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99"></a><a href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>. Le roi obtint de conserver le
+général Sébastiani au ministère des affaires étrangères<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100"></a><a href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>.</p>
+
+<p>Pendant que ces arrangements se faisaient à Paris, la conférence de
+Londres eut un peu de relâche par suite de l'occupation que donnaient
+au cabinet anglais les premières discussions du bill de réforme. Ce
+bill avait été présenté à la séance de la Chambre des communes du
+1<sup>er</sup> mars par lord John Russell<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101"></a><a href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>, qui était, en général, écouté
+avec bienveillance par la <span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span> Chambre. Il serait inutile à mon but
+d'entrer ici dans les détails de cette grande mesure qui est appelée à
+exercer une influence grave sur l'avenir de l'Angleterre. Elle devint
+le sujet de discussions prolongées dans les deux chambres du
+Parlement: je me bornerai à en mentionner les résultats à mesure
+qu'ils se représenteront.</p>
+
+<p>J'avais de mon côté à continuer dans ma correspondance une discussion
+d'un autre genre, à l'occasion des affaires belges qu'à Paris on
+s'obstinait à ne pas vouloir envisager au même point de vue que moi.
+Ainsi, on insistait toujours pour que lord Ponsonby fût rappelé de
+Bruxelles en même temps que M. Bresson, et pour que la conférence se
+montrât plus favorable aux intérêts de la Belgique, à laquelle on
+prétendait donner un appui exclusif. On ne manquait pas d'accuser la
+conférence de partialité pour le roi de Hollande, tandis que celui-ci,
+avec plus de vérité peut-être, faisait retentir l'Europe de ses
+plaintes contre nous, parce que appelés par lui, disait-il, pour lui
+porter secours, nous avions sanctionné une révolution qui lui enlevait
+plus de la moitié de ses États.</p>
+
+<p>Le ministère Laffitte, ou plus exactement, le général Sébastiani,
+aurait bien voulu, je pense, séparer la politique de la <span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span> France de
+celle des quatre puissances dans la question belge, tant il était
+dupe, volontaire ou involontaire, des intrigants bonapartistes et
+républicains qui tour à tour le flattaient d'obtenir la réunion de la
+Belgique et de la France ou l'effrayaient d'une guerre
+révolutionnaire. Mais la nécessité des choses le ramenait toujours
+vers les puissances, et les incidents qui suivirent alors en Italie et
+en Espagne l'obligèrent à réclamer le concours, au moins de
+l'Angleterre.</p>
+
+<p>Les révolutionnaires italiens encouragés par leurs amis de Paris,
+avaient fait une levée de boucliers dans les États du pape<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102"></a><a href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>; deux
+membres de la famille Bonaparte s'y étaient rendus, et le gouvernement
+français, moins effrayé de la lutte qui s'y était engagée que de
+l'intervention autrichienne qui ne pouvait guère manquer d'en être la
+conséquence, m'invita à me concerter avec l'Angleterre pour empêcher
+par une entente commune des puissances si cela était possible,
+l'action particulière de l'Autriche. On désirait aussi à Paris que les
+affaires d'Espagne fussent traitées en commun entre la France et
+l'Angleterre.</p>
+
+<p>J'écrivis en réponse à ces ouvertures, le 5 mars 1831, au général
+Sébastiani<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103"></a><a href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu aujourd'hui 5 les deux dépêches que vous m'avez <span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span> fait
+l'honneur de m'adresser le 1<sup>er</sup> de ce mois<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104"></a><a href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>. (L'une concernait
+l'affaire du grand-duché de Luxembourg et l'autre les affaires
+d'Italie.)</p>
+
+<p>»Je me suis pénétré des instructions qu'elles renferment et je m'y
+conformerai en tout point. Je me vois à regret obligé de retarder les
+communications que ces dépêches me mettront dans le cas de faire au
+ministère anglais. La discussion de la réforme parlementaire qui se
+prolonge à la Chambre des communes absorbe tellement les ministres, la
+nuit et le jour, qu'il est impossible de les entretenir d'autres
+affaires sérieuses en ce moment<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105"></a><a href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>.</p>
+
+<p>»Un incident assez remarquable a eu lieu hier soir à la Chambre: M.
+Wynn, le ministre de la guerre, a déclaré qu'après avoir mûrement
+réfléchi sur le bill proposé de la réforme, il ne pouvait lui donner
+son approbation et qu'il se retirait du ministère<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106"></a><a href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>...</p>
+
+<p>»J'ai vu MM. de Bülow et de Wessenberg, relativement à l'affaire du
+Luxembourg<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107"></a><a href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. Ils m'ont dit l'un et l'autre qu'ils étaient
+embarrassés pour écrire <i>à Francfort</i><a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108"></a><a href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a> lorsqu'ils savaient que les
+engagements pris envers eux n'étaient pas tenus, et qu'à la date du 28
+février la place de Maëstricht continuait à être bloquée par les
+troupes belges, malgré les <span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span> assurances données par le gouvernement
+de la Belgique et les ordres qu'avait reçus le général Mellinet<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109"></a><a href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>.
+L'inexécution des ordres donnés par le gouvernement rend toute espèce
+de négociations difficile. Je les ai assurés que le régent avait
+ordonné, sous menace de destitution, au général Mellinet de reprendre
+les positions fixées par l'armistice, et ils m'ont répondu qu'aussitôt
+qu'ils auraient connaissance de la retraite des troupes belges, ils ne
+manqueraient pas d'écrire à Francfort pour retarder tous les
+mouvements proposés par la Diète germanique<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110"></a><a href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 8 mars 1831<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111"></a><a href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai lu avec une grande attention, dans la dépêche que vous m'avez
+fait l'honneur de m'adresser le 1<sup>er</sup> de ce mois, les informations
+que vous me donnez sur l'état de l'Italie. Je partage <span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span>
+complètement vos vues sur les rapports de la France avec le Piémont.
+Quant au plan que vous avez adopté à l'égard des États du pape, je
+crois qu'il serait très utile et possible à réaliser. J'en ai
+entretenu le prince Esterhazy et le baron de Wessenberg, les deux
+plénipotentiaires autrichiens; ils ne m'ont pas paru trop éloignés de
+ce projet, et quoiqu'ils n'aient aucunes instructions de leur cour sur
+ce point, j'ai pu juger qu'ils étaient disposés à adopter vos idées et
+qu'ils écriraient à Vienne dans ce sens.</p>
+
+<p>»J'ai eu ce matin avec lord Palmerston une longue conversation dans
+laquelle j'ai pu lui parler de tout ce que renfermait votre lettre du
+1<sup>er</sup>. L'impression qui m'est restée de cette conservation est qu'il
+sera possible de s'entendre sur les points principaux et que les
+difficultés qui ont été élevées par vous sur plusieurs de nos
+protocoles sont de nature à pouvoir être expliquées.</p>
+
+<p>»Lord Palmerston, au sujet des affaires d'Italie, m'a dit qu'il
+agirait volontiers, d'accord avec notre cabinet et celui de Vienne,
+dans le but d'amener le gouvernement pontifical à des concessions qui
+placeraient une partie de l'administration du pays dans des mains
+séculières. Il a fort loué notre conduite envers le Piémont et m'a
+exprimé une grande satisfaction des ordres donnés aux autorités
+françaises de la frontière pour le désarmement des réfugiés
+piémontais.</p>
+
+<p>»Les plaintes que vous portez contre l'Espagne nous ont conduits à
+l'idée qu'il serait sans doute facile de faire retirer les troupes
+espagnoles de la frontière des Pyrénées, si, de votre côté, vous
+obligiez les réfugiés espagnols à se rendre dans le nord de la France.
+Je suis fondé à croire que vous pouvez <span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span> traiter avec avantage
+cette question avec l'ambassadeur d'Espagne à Paris. Du reste, tout ce
+que vous demanderez dans le sens que je viens de vous exprimer sera
+soutenu par le ministère anglais.</p>
+
+<p>»Immédiatement après ma conversation avec lord Palmerston, la
+conférence s'est réunie pour entendre la lecture de la dépêche
+ostensible que j'ai reçue de vous; j'ai trouvé là aussi une impression
+assez favorable, et je crois que nous finirons par nous entendre. Nous
+avons dû remettre notre prochaine séance à vendredi, à cause des
+débats parlementaires qui ne laissent pas un instant de liberté à lord
+Palmerston. C'est vendredi que nous entrerons dans la discussion des
+différents points traités dans votre lettre. Si l'on propose la
+rédaction d'un protocole, je n'en accepterai aucun qu'<i>ad referendum</i>,
+et j'attendrai les ordres du roi avant de rien signer...»</p>
+
+<p class="p2">En même temps que j'écrivais ces dépêches, je mandais à Madame
+Adélaïde:</p>
+
+<p>«Mademoiselle doit trouver que nous sommes arrivés au point désirable
+vis-à-vis de toutes les puissances, car elles comprennent aujourd'hui
+que, pour leur propre repos, il est nécessaire que celui du roi ne
+soit plus troublé. Bien loin, par conséquent, de désirer ce qui
+pourrait ébranler son gouvernement, elles en sont à s'inquiéter de
+tout ce qui, dans les mouvements de Paris, des départements et de la
+Chambre, indique des dispositions au désordre. Aucune des puissances
+ne songe plus à troubler la paix; toutes en désirent la conservation,
+et si elle n'est pas préservée, ce sera l'esprit <span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span> inquiet et
+envahissant qui se montre en France, qui seul en sera la cause.</p>
+
+<p>»Cet esprit imprévoyant est toujours prêt sacrifier les besoins réels
+du pays à des rêves de gloire et d'agrandissement. On oublie, ou l'on
+ne sait pas en France que de mettre tout en question chez les autres,
+c'est finir par mettre tout en question chez soi. Le trône du roi
+Louis-Philippe est vieux aujourd'hui comme celui de Saint Louis;&mdash;avec
+la guerre, il naît d'hier. Cette guerre, vous m'avez ordonné de faire
+tout pour l'éviter; vous avez désiré que je rendisse la disposition
+des différentes cours amicale pour la nôtre; j'y suis parvenu
+complètement, et j'espère que Mademoiselle, que j'ai toujours eue en
+vue dans tout ce que je faisais, est satisfaite.</p>
+
+<p>»Je ne puis m'empêcher de remarquer que je n'ai point encore de
+réponse au protocole du 19 qui renferme tous les principes que l'on
+aime à voir sur un nouveau trône. Le corps diplomatique de Londres et
+Rothschild ont, depuis plus de quarante-huit heures, connaissance de
+l'arrivée de cette pièce à Paris. Nos journaux en parlent, ils en
+altèrent l'esprit, ils en changent les expressions; sa publication
+exacte devient de plus en plus nécessaire. Il est utile au service du
+roi que le pays sache à quel point, dans cette pièce, notre cour est
+placée en première ligne, et que, quand je parle d'un traité, c'est de
+celui de 1814. La France, par ce traité, restait grande et forte;
+c'est donc faussement qu'on cite celui de 1815 comme point de départ;
+je me suis retiré devant la tache qu'en 1815 on a imprimée au pays, et
+je crois avoir une aussi large part d'orgueil national que qui que ce
+soit...» <span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span></p>
+
+<p>J'écrivais également à la princesse de Vaudémont, mon amie, et qui
+était traitée avec confiance par Madame Adélaïde:</p>
+
+<p class="p2">«Il est possible que je voye les choses de trop haut, puisqu'on le dit
+à Paris; mais il n'y a moyen de s'établir bien qu'en se tenant dans la
+région élevée. Il n'y a point d'appui à trouver avec des gens étourdis
+et turbulents comme les Belges. La Belgique nous viendra peut-être,
+mais plus tard; aujourd'hui c'est un intérêt secondaire. La force des
+choses la mène à la France; mais il faut faire la France, et la France
+ne peut se faire bien et sûrement qu'en se mêlant avec les grandes
+puissances qui aujourd'hui <i>la réclament;</i> car voilà où j'ai mené les
+choses à Londres. Ne quittons pas cette position: je me suis donné
+beaucoup de peine pour la prendre, parce que je voulais bien servir le
+roi que j'aime et <i>Mademoiselle</i>. Laissons les petits intérêts et ne
+pensons qu'aux grands. Il vaut mieux être d'accord avec les grandes
+puissances, être sur le même pied qu'elles, être ami de l'ordre établi
+avec elles, que d'être ami de MM. Van de Weyer et C<sup>ie</sup>.</p>
+
+<p>»Convenez que notre protocole que votre Belgique vous a envoyé est
+raisonnable. Les difficultés que l'on fait chez nous sont bien
+petites. On dit qu'il y a partialité pour la Hollande. Cela est
+parfaitement faux, car on n'a rien voulu décider sur la question des
+dettes. <i>On propose des bases</i> susceptibles d'être changées quand les
+partis seront en présence. On nous reproche d'être Hollandais; la
+Hollande nous reproche d'être Belges. Le roi de Hollande nous dit des
+sottises tous les matins; il est parfaitement mécontent. On est bien
+près d'être juste quand tout le monde se plaint. En France, on
+n'écoute qu'un côté, c'est celui de M. de Celles, et en vérité
+celui-là n'est pas respectable.» <span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112"></a><a href="#Footnote_112" class="fnanchor"><span class="light">[112]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 mars 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»La conférence que nous devions avoir hier a été encore ajournée, et
+c'est seulement demain que nous nous réunirons au Foreign Office. Je
+vous ferai connaître ensuite le résultat de la communication de votre
+lettre ostensible aux membres de la conférence, ainsi que les
+résolutions qui seront proposées. Je prendrai <i>ad referendum</i> ce qui
+sera adopté par les autres membres, et le gouvernement du roi ayant
+fait des réserves aux protocoles des 20 et 27 janvier, je ne dois
+point signer sans ordres une pièce de laquelle il résulterait qu'il y
+a du dissentiment entre mon gouvernement et la conférence.</p>
+
+<p>»Je me suis rendu hier chez lord Palmerston pour l'entretenir des
+divers objets traités dans vos dernières dépêches. Je lui ai d'abord
+parlé des événements de Varsovie et des conséquences dangereuses
+qu'ils pouvaient avoir pour le repos de l'Europe, si l'empereur
+Nicolas n'adoptait pas envers les Polonais des principes de modération
+et de générosité. Lord Palmerston est entré entièrement dans nos idées
+à ce sujet: l'ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg sera chargé de
+demander au cabinet russe le maintien des stipulations de 1814, en
+vertu desquelles le royaume de Pologne a été joint à l'empire de
+Russie; il insistera surtout pour que la Pologne ne cesse pas de
+former un État distinct, et qu'elle ne puisse être réunie comme
+province russe. Lord Palmerston apprécie<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span>
+comme nous l'importance qu'il y a pour l'Europe à faire écouter
+la voix de la raison à Pétersbourg et je dois être assuré par son
+langage que les instructions envoyées à l'ambassadeur d'Angleterre en
+Russie, seront d'accord avec celles que vous avez données à M. le duc
+de Mortemart.</p>
+
+<p>»J'ai fait part ensuite à lord Palmerston des observations contenues
+dans votre lettre du 7, relative aux affaires de la Grèce. Il m'a
+répondu que le prince de Lieven venait précisément de lui communiquer
+une dépêche de sa cour, qui explique l'espèce d'embarras qu'éprouve la
+Russie dans la question de l'agrandissement des frontières de la
+Grèce. Comme il y aura, sur le prêt fait aux Grecs, une portion
+employée à indemniser le gouvernement turc pour le territoire qu'il
+perdra par l'effet de la nouvelle délimitation, la Russie à qui cet
+argent reviendra en définitive, puisqu'il servira à acquitter la
+contribution imposée par le traité d'Andrinople, a trouvé plus délicat
+de ne pas paraître en première ligne lorsqu'il s'est agi de réclamer
+une augmentation de territoire en faveur des Grecs. Voilà, m'a dit
+lord Palmerston, la raison qui a décidé le cabinet de Pétersbourg à
+laisser faire les premières démarches par l'Angleterre et la France
+réunies; mais il est disposé à y joindre les siennes pour appuyer la
+demande en faveur de la Grèce quand le moment en sera jugé opportun.
+Le prince de Lieven m'a fait demander un entretien pour une
+communication; j'ai lieu de croire que ce sera la même qu'il a faite à
+lord Palmerston et dont je viens de vous rendre compte.</p>
+
+<p>»Quant à la situation du Portugal et aux questions qui s'y rattachent
+et qui faisaient l'objet de votre dépêche du 4 de ce mois, lord
+Palmerston, auquel j'en ai parlé, m'a développé les <span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span> raisons qui
+s'opposent à ce que l'Angleterre agisse en commun avec la France pour
+obtenir le redressement des griefs que ces deux puissances ont à faire
+valoir contre le gouvernement portugais. L'Angleterre a des traités
+particuliers avec le Portugal qui lui donnent des avantages dont nous
+ne jouissons pas, et qui l'obligent à agir seule dans les affaires et
+les rapports qu'elle a avec ce pays. Ainsi, pour vous citer un
+exemple, lorsqu'il s'élève une difficulté au sujet d'une affaire qui
+intéresse essentiellement un Anglais, le gouvernement anglais a le
+droit, s'il le trouve convenable, de la faire juger par un magistrat
+portugais désigné par lui seul. Du reste, je puis vous dire que la
+reconnaissance de dom Miguel est plus éloignée que jamais, et que,
+quels que soient les projets futurs de l'Angleterre sur le Portugal,
+elle ne fera rien sans nous prévenir...</p>
+
+<p>»La question de la réforme a fait des progrès ces jours derniers; les
+pétitions en sa faveur arrivent de toutes parts et le ministère se
+croit assuré de la majorité dans le parlement...»</p>
+
+<p class="p2">Ainsi que je le disais précédemment, un nouveau ministère s'était
+formé le 13 mars à Paris, à la tête duquel était M. Périer, dans
+l'intervalle des négociations dont je viens de rendre compte. Le duc
+de Dalberg m'écrivait au sujet de ce ministère:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 15 mars 1831.</p>
+
+<p>»Une nouvelle administration se présente, mon cher prince; elle
+remplace la plus sotte, la plus incapable, la plus méprisable que la
+France a vu être chargée de ses intérêts. La <span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span> banqueroute arrivait
+à pas de géant. L'indignation était telle que probablement la Chambre
+eût hésité de confier à MM. Laffitte et Thiers les quatre douzièmes
+provisoires. Il serait bon que les journaux anglais la missent au
+néant. La camaraderie révolutionnaire ici est si forte que nos
+journaux n'ont pas le courage de la juger comme elle le mérite. M.
+Laffitte en attendant, <i>s'est laissé forcer la main</i> pour placer
+cinquante à soixante de ses parents et de ses habitués, et pour
+mettre, à l'époque de sa liquidation, neuf de ses commis dans les
+premières places de l'administration.</p>
+
+<p>»Le nouveau ministère se soutiendra-t-il au milieu du désordre des
+idées et de ce déchaînement d'insubordination qui dissout toute
+organisation? Il faut, pour qu'il se soutienne, deux choses:&mdash;qu'on ne
+transige pas avec les émeutes dans les rues; on y est décidé;
+soixante-dix mille hommes sont autour de Paris; trois régiments de
+cavalerie sont entrés dans la ville; espérons que les faits répondront
+aux intentions. Il faut après que la nouvelle Chambre (et il en faut
+une) donne la majorité au ministère. J'ai l'idée que les élections
+ramèneront en force les hommes du centre gauche, la victoire alors
+peut être assurée. Le midi enverra plus de carlistes; les visites
+domiciliaires ont irrité tous les partis. Voilà ce qu'on y a gagné.</p>
+
+<p>»Quant au dehors, le maintien du général Sébastiani est une faute. Il
+n'est que l'instrument de la faiblesse et de l'intrigue qui
+prédominaient au Palais-Royal. Le général Sébastiani ne veut pas la
+guerre et il n'a pas su assurer la paix. Voilà la grande faute.</p>
+
+<p>»Casimir Périer veut conserver la paix, mais les choses me paraissent
+bien gâtées. A force de motiver des armements disproportionnés, en
+répandant que l'Europe veut nous attaquer, <span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span> on a tellement monté
+les têtes qu'on ne sait plus les calmer. Les discours des gens qui
+entourent le roi, tels que les Vatout<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113"></a><a href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>, les Rumigny<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114"></a><a href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>, les
+Trévise, font pitié. On croirait qu'on n'a qu'à avaler l'Europe, et
+qu'elle est déjà à la barrière Saint-Denis...»</p>
+
+<p>Le 19 mars, j'écrivis au général Sébastiani<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115"></a><a href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu la nuit dernière la dépêche que vous m'avez fait l'honneur
+de m'adresser sous la date du 16 de ce mois. La proclamation du régent
+de Belgique au sujet du grand-duché de Luxembourg a produit ici la
+plus fâcheuse impression<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116"></a><a href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>, et <span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span> les explications pleines de
+sagesse que renferme votre lettre à cet égard me font vivement
+regretter que la proclamation n'ait pas paru quinze jours plus tôt.
+Les instructions que vous avez données au général Belliard m'auraient
+bien utilement servi pour calmer l'irritation que les nouvelles folies
+du gouvernement belge<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117"></a><a href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a> ont excitée ici. J'aurais pu peut-être
+arrêter l'envoi de quelques vaisseaux anglais dans l'Escaut, qui est
+annoncé aujourd'hui, et mettre le plénipotentiaire prussien en état de
+donner des assurances plus positives à la Diète de Francfort.</p>
+
+<p>»Quoi qu'il en soit, monsieur le comte, je ne négligerai pas de tirer
+tout le parti possible de votre dépêche du 16; la ferme résolution de
+marcher avec les puissances, exprimée à Bruxelles et à Londres,
+amènera, je l'espère, d'heureux résultats que des retards trop
+prolongés ont rendu plus difficiles à obtenir...»</p>
+
+<p class="p2">J'avais eu soin d'ailleurs, la veille, d'adresser à M. Casimir Périer
+la lettre suivante que je relis encore aujourd'hui avec plaisir, comme
+un exposé vrai des idées politiques qui ont dirigé ma conduite pendant
+ma mission à Londres.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 28 mars 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur,</p>
+
+<p>»Après quinze jours d'agitations, d'embarras, de tristes prévisions
+sur le sort de notre belle France, l'horizon s'éclaircit<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span>
+et toutes les espérances se raniment et se rattachent à votre
+nom, monsieur: c'est avec une joie réelle que je l'ai trouvé dans le
+<i>Moniteur</i>. Il satisfait tous les bons esprits de l'Angleterre; il
+convient aux hommes éclairés du continent que les grands intérêts de
+l'Europe ont réunis ici, et je puis ajouter aux nombreux amis de la
+France qui s'y trouvent: je suis presque chargé de vous en exprimer
+leur satisfaction.</p>
+
+<p>»Je dois maintenant au président du conseil de lui rendre compte de
+l'esprit qui a dirigé la conduite de l'ambassadeur de France à
+Londres.</p>
+
+<p>»Son but principal a été de conserver la paix qui, dans son opinion,
+peut seule affermir notre nouvelle dynastie, maintenir la France dans
+le rang qu'elle doit occuper et sauver toute cette vieille Europe
+d'une décomposition bien menaçante. Cette paix, je ne me résoudrais à
+la sacrifier qu'à l'indépendance de notre patrie; et jamais à aucune
+époque, elle n'a été moins attaquée. C'est ce qui m'a porté, en
+opposition avec nos jeunes exaltations françaises, à considérer la
+question belge comme moins importante qu'on n'a voulu le croire en
+France. J'ai regretté que le mouvement des esprits chez nous cherchât
+à s'appuyer sur une poignée de gens en pleine anarchie, et qu'on
+essayât par trop de complaisances à résoudre une question dont le
+temps et la force des choses nous rendront certainement les maîtres à
+une époque plus opportune, mais qui, jusque-là, ne nous donnerait que
+des embarras. Pour conserver la paix et le bon ordre, il faut un
+pouvoir quelque part et le malheur du moment c'est de n'en offrir
+presque aucun. Je n'en aperçois plus qu'un seul: il n'existe à mes
+yeux que dans l'accord des cinq puissances qui, tel qu'il est, n'a
+rien de commun avec la Sainte-Alliance. <span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">114</a></span> La non intervention,
+appliquée à l'intérieur des États qui changent ou modifient leur
+gouvernement, détruit la base sur laquelle s'appuyait la Sainte
+Alliance, et c'est là la non intervention dépouillée de ce qu'elle a
+de chimérique. Éclairées par l'expérience, les puissances réunies ici
+sauront faire les concessions nécessaires, tout en offrant à la
+société les garanties et les barrières dont il est impossible qu'elle
+puisse se passer; c'est là, dans ma manière de voir, le vrai point
+d'appui de notre nouveau gouvernement. Il a fallu faire désirer à
+l'Europe notre établissement et notre conservation, comme la chose
+dont elle avait elle-même le plus grand besoin: j'y suis parvenu.
+Bientôt, nous exercerons une influence première, mais il faut, avant,
+rassurer le dehors sur les projets de guerre que l'on nous suppose, et
+nous montrer plus maîtres du dedans que nous ne l'avons été depuis
+trois mois.</p>
+
+<p>»Le principe de la non intervention, fort commode en lui-même et fort
+approprié à telle circonstance, n'est plus qu'une absurdité quand on
+le regarde comme absolu, quand on veut l'étendre sur les points les
+plus éloignés les uns des autres. Ce principe est un moyen pour
+l'esprit, c'est à lui à l'écarter ou à l'appliquer. Voilà comme le
+comprenait M. Canning, et puisque c'est une affaire d'esprit, vous
+saurez mieux que personne manier ce nouvel instrument qui est plus
+souvent un expédient pour ne pas faire qu'il n'est une raison pour
+agir.</p>
+
+<p>»Je désire vivement que vous trouviez ma politique analogue à celle
+que vous voudrez adopter. Du reste, je suis trop vieux pour n'avoir
+pas appris le doute, et pour n'être pas tout disposé à m'éclairer de
+toutes les réflexions que vous voudrez bien me faire arriver, et à
+suivre la marche qui vous paraîtra utile.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous renouveler... <span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span></p>
+
+<p>J'ai lieu de croire que cette lettre produisit quelque impression sur
+M. Casimir Périer qui, d'ailleurs, était bien déterminé à suivre une
+politique plus sensée que celle du cabinet précédent. C'était à cette
+détermination qu'étaient dues les modifications dans le langage de M.
+Sébastiani qui se manifestaient déjà dans sa dépêche du 16 mars.
+Aussi, pour le maintenir dans ces nouvelles dispositions, je me hâtai
+de lui écrire sous la date du 20 mars<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118"></a><a href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai entretenu ce matin lord Palmerston, le prince Esterhazy et le
+baron de Bülow, de votre dépêche du 16<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119"></a><a href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>; ils ont été tous trois
+fort satisfaits de ce que je leur en ai dit, et m'ont témoigné le
+désir de voir enfin la France se dégager des embarras que lui
+suscitent les affaires de la Belgique. Ce pays, m'ont-ils dit chacun
+séparément, ne cherche qu'à entraîner la France; il est poussé par des
+intrigants dont le but est bien loin d'être favorable à la
+tranquillité de la France et qui voudraient la compromettre avec
+l'Europe. «La Belgique a prouvé, m'a dit M. de Bülow, que la
+conférence l'avait bien jugée, quand elle s'était servie dans le
+protocole numéro 7 du mot d'indépendance <i>future</i>.»</p>
+
+<p>»Je vous ai dit là l'opinion fixe des quatre puissances avec
+lesquelles il nous importe de marcher et qui sont bien disposées à
+marcher avec nous. Les trois membres de notre conférence que j'ai vus
+ce matin m'ont encore répété, chacun en particulier, les assurances
+les plus positives que leurs <span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span> gouvernements désiraient que l'ordre
+de choses actuel s'affermît en France, que la paix fût maintenue en
+Europe, et que la France y tînt la place que naturellement elle doit y
+occuper; tous en sentent le besoin et c'est là, m'ont-ils dit, ce qui
+motivera toujours leurs opinions. Du reste, les plénipotentiaires de
+Prusse et d'Autriche m'ont promis d'écrire à Francfort, et j'ai
+l'espoir que leurs avis arrêteront les entreprises que nous redoutons
+de la part de la Confédération germanique...</p>
+
+<p>»M. le prince d'Orange s'est embarqué ce matin à Londres pour la
+Hollande, après avoir joui de tous les genres de plaisirs de cette
+capitale; il exprimait assez hautement ses regrets de la quitter; sa
+manière de vivre ici lui a donné peu de considération...»</p>
+
+<p class="p2">La promesse que m'avaient faite les ministres d'Autriche et de Prusse
+d'écrire à Francfort, n'était pas superflue. La proclamation du régent
+du Belgique, dans laquelle il annonçait hautement l'intention de
+réclamer pour son pays la possession du grand-duché de Luxembourg,
+avait excité au plus haut point le mécontentement de la Diète
+germanique; elle allait probablement prendre des mesures de rigueur,
+mais, grâce aux communications que j'avais pu faire à MM. Esterhazy et
+de Bülow, ils arrêtèrent les résolutions hostiles qu'on préparait à
+Francfort, en insistant surtout sur la confiance que devait inspirer
+le nouveau ministère français.</p>
+
+<p>On m'avait chargé, de Paris, de proposer au gouvernement anglais
+d'envoyer un agent anglais en Italie pour y aider l'action que notre
+diplomatie exerçait afin d'apaiser les troubles qui venaient de se
+manifester, particulièrement dans <span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span> les États du pape, et
+d'empêcher, si cela était possible, l'intervention des Autrichiens. Je
+dus écrire quelques mots à ce sujet à lord Palmerston qui était retenu
+à la Chambre des communes par la discussion du bill de réforme. La
+Chambre adopta ce bill dans la nuit du 22 au 23 mars, à la majorité
+d'<i>une</i> voix<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120"></a><a href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>, et lord Palmerston à cette occasion me répondit le
+billet suivant:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je vous remercie de vos félicitations. Notre devise est: <i>Un me
+suffit.</i></p>
+
+<p>»Sir Brook Taylor, un diplomate excellent, se trouve maintenant à
+Florence, ayant passé l'hiver à Rome pour sa santé; il est précisément
+l'homme qu'il nous faut et je lui expédierai les instructions
+nécessaires sans délai, afin qu'il retourne à Rome pour coopérer avec
+vous et l'Autriche<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121"></a><a href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>.</p>
+
+<p>»Il paraît, d'après les dernières nouvelles de Florence, que Bologne
+n'est pas Varsovie, que la révolution s'y flétrit devant le vent qui
+souffle du Milanais, et que Bianchetti<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122"></a><a href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a> et un autre dont j'oublie
+le nom venaient d'arriver en Toscane, voulant s'embarquer à Livourne
+pour se réfugier en France ou en Angleterre. Nous n'aurons pas grande
+difficulté à faire <span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span> un raccommodement entre le pape et ces
+révoltés. Tout à vous.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»PALMERSTON.»</span></p>
+
+<p>C'est ainsi que toutes les questions qui agitaient alors l'Europe
+venaient, en définitive, aboutir à Londres et me mettaient dans
+l'obligation d'étudier ces questions, pour être en état de les
+discuter avec le cabinet anglais et de marcher d'accord avec lui.
+Cette affaire d'Italie était un nouvel et grave embarras pour le
+gouvernement français, mais avant de la traiter, je dois continuer à
+citer des dépêches indiquant la marche des autres questions.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123"></a><a href="#Footnote_123" class="fnanchor"><span class="light">[123]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 25 mars 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>Je n'ai pas négligé de parler à diverses reprises à lord Palmerston
+des affaires de Pologne, ainsi que vous me l'avez recommandé dans
+plusieurs de vos dépêches. D'après le langage de ce ministre, je suis
+fondé à croire que le cabinet anglais attache de l'intérêt à la cause
+polonaise et que des instructions ont été adressées par lui à lord
+Heytesbury<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124"></a><a href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>, son ambassadeur à Pétersbourg, pour y faire entendre
+la voix de la modération. Il me paraît qu'il serait utile de <span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span>
+charger M. le duc de Mortemart d'entrer en communication avec lord
+Heytesbury sur ce point, et je dois croire que celui-ci a des ordres
+qui ne contrarieront en aucune manière les instructions que vous avez
+données au duc de Mortemart. Des démarches officieuses faites
+simultanément par ces deux ambassadeurs ne manqueraient certainement
+pas de produire quelque effet. Le motif de ces démarches doit être de
+réclamer près du cabinet russe le maintien des traités de 1814 qui
+assurent à la Pologne une existence indépendante sous le sceptre de
+l'empereur de Russie. Comme le manifeste de ce souverain laisse
+supposer qu'en cas de non soumission des Polonais, il les réduirait
+par la force, pour les réunir ensuite à l'empire, une telle mesure
+anéantirait un article important du traité de 1814, dont les
+puissances ont le droit de demander l'exécution. Il me semble que ce
+point de départ donnera de la force à tout ce qui peut être dit en
+faveur des Polonais.</p>
+
+<p>J'ai vu ce matin le nouvel envoyé belge ici, M. le comte
+d'Arschot<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125"></a><a href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>; dans le cours de notre conversation, nous sommes peu
+entrés dans le fond des affaires qui l'amenaient à Londres, parce que
+la proclamation du régent a engagé tous les ministres qui sont à
+Londres à témoigner de la froideur au député belge. J'ai pu cependant
+me servir utilement d'une phrase de votre lettre du 16, qui dit que la
+France n'est disposée à accorder son appui à la Belgique qu'autant
+qu'elle ne se jettera pas sans provocation dans des voies propres à
+troubler <span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span> la paix de l'Europe. Cette phrase, riche en
+développements, dans lesquels je lui ai montré beaucoup d'intérêt, m'a
+conduit à finir l'entretien par l'idée que j'ai voulu lui laisser de
+la manière dont la conférence comprenait la position de son pays. «La
+Belgique d'aujourd'hui, lui ai-je dit, est la Belgique de 1790, plus
+l'évêché de Liège<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126"></a><a href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>; son indépendance est au moment d'être
+reconnue, et la neutralité lui est garantie par toutes les puissances;
+tous ces avantages lui sont assurés à la seule condition de ne pas
+troubler le repos des autres nations.»</p>
+
+<p>»J'attends le moment où vous m'informerez du résultat des dépêches
+écrites de Londres aux membres de la Diète germanique, pour les
+arrêter dans les résolutions hostiles que la proclamation du régent
+les avait disposés à prendre; vos démarches directes auront sûrement
+produit l'effet que vous en attendiez...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 28 mars 1831<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127"></a><a href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»... J'ai dû voir de nouveau séparément tous les membres de la
+conférence pour pressentir leur opinion sur le choix du futur
+souverain de la Belgique, et je me suis utilement servi des réflexions
+contenues dans votre lettre du 24. Ils m'ont tous répété ce que je
+vous mandais hier à ce sujet; c'est-à-dire qu'on ne peut s'arrêter au
+choix du souverain de la <span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span> Belgique, avant d'avoir déterminé les
+limites du pays sur lequel ce souverain doit régner. On s'exposerait,
+en agissant autrement, à placer ce prince dans le même embarras
+qu'éprouve aujourd'hui le régent; il serait obligé, en acceptant la
+souveraineté, de jurer une constitution dans laquelle se trouve un
+article qui énonce le maintien de l'intégrité d'un territoire qu'il a
+plu aux Belges d'étendre à leur gré. Il est facile de prévoir qu'un
+tel engagement jetterait dans de nouvelles difficultés. Les
+plénipotentiaires sont donc unanimes dans l'opinion qu'il est
+absolument nécessaire, avant tout, d'adopter purement et simplement le
+protocole qui fixe les limites du territoire de la Belgique. Ils
+reconnaissent, en même temps, que, plus tard, on devra entrer en
+arrangement sur les enclaves qui conviendront le mieux à la Belgique
+et à la Hollande. C'est alors que la question du duché de Bouillon
+sera aisément résolue<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128"></a><a href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>.</p>
+
+<p>»Le prince de Naples offre, pour le gouvernement du roi, des avantages
+et des inconvénients que vous êtes mieux que moi en position de juger.
+Quant au prince de Saxe-Cobourg, je n'ai vu paraître de la part des
+membres de la conférence devant lesquels j'ai prononcé son nom, aucune
+opposition contre sa personne. Le cabinet anglais, qui, comme je l'ai
+souvent écrit, pensait toujours que le prince d'Orange aurait été le
+choix le plus convenable, a cependant aujourd'hui abandonné cette
+idée; il se ralliera sans chaleur à la combinaison du prince de
+Saxe-Cobourg.</p>
+
+<p>»Je n'ai point pu parler nominativement du choix à faire à <span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span>
+l'ambassadeur de Russie, parce que ses instructions ne lui permettent
+pas de porter son intérêt sur un autre prince que le prince d'Orange.
+Cela, du reste, n'arrête rien dans les affaires de la Belgique. Ce
+qu'il nous fallait, c'est que la Russie ne fût point opposée à
+l'indépendance, et cela a été obtenu. La reconnaissance du souverain
+viendra plus tard.</p>
+
+<p>»La démolition des forteresses que vous réclameriez, dans le cas où le
+prince de Saxe-Cobourg serait élu, m'a toujours paru une chose que
+l'on obtiendrait facilement parce que, à mon sens, elle a perdu son
+intérêt depuis la déclaration de neutralité. Je sais qu'en France on
+n'a pas attaché à cette déclaration toute l'importance qu'elle mérite;
+je persiste à croire néanmoins que la neutralité était le meilleur
+moyen de finir la question des forteresses, qui, à mon départ de
+Paris, paraissait aux meilleurs esprits une question dans laquelle
+tous les amours-propres étaient engagés, beaucoup de millions perdus
+et qui devenait insoluble. Du reste, nous ne sommes point appelés à la
+traiter en ce moment et je devrai, sans doute, revenir sur ce
+point<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129"></a><a href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>.</p>
+
+<p>»Mon opinion personnelle sur le choix du prince, réduit, comme vous le
+faites dans votre dépêche, entre le prince de Naples et le prince de
+Saxe-Cobourg, est qu'il faut s'arrêter à celui des deux que vous aurez
+le plus de chances de faire élire. Au point où en étaient les choses
+il y a quatre mois, le prince de Saxe-Cobourg paraissait plus facile
+qu'aucun autre. Depuis ce temps-là, vos directions ayant été
+différentes, je ne m'en suis plus occupé... <span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 5 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130"></a><a href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>,</p>
+
+<p>»Dans les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire, j'ai
+dû souvent vous presser de répondre à la note qui vous a été adressée
+par MM. les plénipotentiaires des quatre cours, parce que le temps que
+l'on met à donner son assentiment ou des explications fournit à des
+interprétations quelquefois malveillantes et rend tout plus difficile.
+On cherche à mettre d'accord le silence de notre cabinet avec votre
+adhésion aux limites de la Hollande et de la Belgique, telle que j'ai
+dû la comprendre et en parler d'après votre dépêche du 30 mars, et
+telle qu'elle se trouve dans les lettres reçues ici des ambassadeurs
+qui sont en France.</p>
+
+<p>»Si cependant la question des forteresses vous laissait quelques
+doutes, pourquoi ne pas les exprimer dans la réponse que vous avez à
+faire aux plénipotentiaires des quatre puissances? La disposition des
+cabinets est de s'entendre. Il y a quelque inquiétude, mais je ne vois
+nulle part aucune irritation; je dois même dire que les explications
+données par notre cabinet, relativement à Bologne, ont plutôt rassuré
+qu'alarmé, et que tout le monde espère qu'elles produiront à Vienne
+l'effet que vous en attendez.</p>
+
+<p>»Je vois qu'ici on se refroidit chaque jour sur le choix du prince
+d'Orange comme souverain de la Belgique; on n'y prend plus d'intérêt
+réel, et il ne sera fait par aucun gouvernement (j'en excepte la
+Russie) des démarches en sa faveur.</p>
+
+<p>»Il vous est sans doute revenu que la cause des Belges <span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span> perd tous
+les jours en Angleterre des partisans; on les trouve bien peu préparés
+à recevoir l'indépendance. Dans un pays où le bon sens domine, comme
+en Angleterre, les délibérations du congrès de Bruxelles n'ont pas
+beaucoup de faveur.</p>
+
+<p>»Le discours de M. le président du conseil (M. Casimir Périer) a fait
+ici une grande sensation et tout le monde répétait hier cette phrase:
+«Les promesses de politique intérieure sont dans la constitution;
+s'agit-il des affaires du dehors, il n'y a de promesses que les
+traités<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131"></a><a href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>.»</p>
+
+<p class="left5">»Recevez...</p>
+
+<p class="p2">J'écrivais le même jour à Madame Adélaïde d'Orléans:</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 5 avril 1831.</p>
+
+<p>»J'ose supplier Mademoiselle d'avoir pitié de son vieux serviteur et
+d'exiger qu'on lui envoye, sans plus de délai, soit M. Bresson, soit
+quelqu'un pour le remplacer. Depuis le départ de M. Bresson pour
+Bruxelles, il y a cinq mois, je n'ai eu aucun premier secrétaire de
+légation et je n'ai eu auprès de moi que M. de Bacourt dont, à la
+vérité, j'ai été parfaitement content, mais qui, depuis dix jours, est
+gravement malade à la suite d'un travail forcé. La totalité du
+travail, conférences, rendez-vous, détails d'ambassade, roule sur moi
+maintenant et, malgré ma bonne volonté et le travail trop assidu
+auquel je me livre, je ne puis faire aller les choses comme je le
+voudrais.</p>
+
+<p>»Je ne voudrais pas fatiguer Mademoiselle d'une longue argumentation
+politique, mais j'oserai lui dire que nous<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span>
+sommes arrivés au point où il nous faut la paix assurée dans peu
+de temps, sans quoi nous serons entraînés par le mauvais esprit d'un
+petit nombre d'intrigants audacieux à une guerre dont les chances me
+font trembler pour les objets de mon plus tendre dévouement. La paix
+nous sera acquise par une déclaration bien faite de la France aux
+Belges. On y reconnaîtrait les anciennes limites de la Belgique, sauf
+à convenir de quelques échanges et de la démolition des forteresses.
+Il est essentiel que cette déclaration soit faite officiellement et à
+Bruxelles et à la conférence, et cela est d'autant plus nécessaire que
+toutes les informations reçues par le ministère anglais portent qu'on
+est tout près de céder, à Bruxelles, aux décisions de la conférence,
+lorsqu'on y saura que la France est d'accord avec les puissances en ce
+qui regarde la Belgique.</p>
+
+<p>»Je retarde par tout moyen une explosion du côté de la Confédération
+germanique, mais les jours sont comptés, et les retards qui
+viendraient de Paris pourraient être d'un grand danger. Je supplie
+Mademoiselle de porter toute son attention sur l'importance dont il
+est que les affaires de la Belgique se terminent. Je le lui demande
+avec une conviction prise dans une occupation continuelle et dans un
+dévouement complet...»</p>
+
+<p class="p2">L'entrée de M. Casimir Périer au pouvoir avait eu promptement une
+bonne influence sur la direction des affaires intérieures de France
+et, heureusement, ne tarda pas à en exercer une également favorable
+sur nos affaires extérieures et notamment sur ce qui concernait la
+question belge. Le gouvernement français se décida enfin à accepter le
+protocole de la conférence du 20 janvier qui fixait les limites entre
+la Hollande et la Belgique. Le général Sébastiani m'annonça cette <span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span>
+acceptation par une dépêche du 4 avril. On va voir ce qui l'avait
+motivée. Les dépêches et lettres qui suivent suffiront pour mettre au
+fait des divers incidents qui vinrent s'y mêler.</p>
+
+<p>Je commence par les lettres de M. Casimir Périer.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 2 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Vous m'excuserez d'employer la main d'un de mes fils, mais mon
+écriture est un chiffre dont aucun cabinet n'a la clef.</p>
+
+<p>»Je regrette vivement que d'innombrables occupations m'aient empêché
+de vous remercier plus tôt de tout ce que vous me dites d'aimable. Je
+n'ai nullement désiré ce qui m'arrive: dans les circonstances où nous
+sommes, le pouvoir n'a rien qui captive; mais puisque j'y suis appelé,
+je suis heureux de voir que je trouve confiance et appui dans le parti
+de l'expérience et des lumières. Je voudrais que votre bienveillance
+ne vous trompât pas et, qu'en effet, mon nom pût faire quelques amis
+de plus à mon pays.</p>
+
+<p>»Si cela peut arriver quelque part, c'est en Angleterre. A mon avis,
+les deux pays doivent s'unir de plus en plus; ils ont au fond même
+cause. C'est ce que les préjugés ne voient point, mais l'expérience le
+prouvera.</p>
+
+<p>»Je dirai maintenant à l'ambassadeur de France que nous tenons à la
+paix, mais que nous sommes portés à croire qu'on y doit tenir autant
+que nous. Ainsi, avec la ferme volonté d'être sages, nous ne
+transigerons sur aucun de nos droits. La France, en maintenant la
+paix, rend à l'Europe un assez grand service pour que l'Europe lui en
+tienne compte. <span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span> Je crois aussi que, par notre sagesse, nous sommes
+plus utiles aux nations qu'en faisant du prosélytisme à main armée.</p>
+
+<p>»J'ai dit, au reste, toute ma politique à la tribune. Je n'en ai pas
+deux. Je vous dirai toujours là-dessus toute ma pensée, et s'il
+survenait le moindre changement dans mes vues, je vous écrirais
+aussitôt.</p>
+
+<p>»Je sais que vous vous occupez en ce moment du trône de Belgique. On
+désire que, par un seul et même acte, les frontières du nouvel État
+soit définitivement fixées. Il est fort à souhaiter que des
+difficultés étrangères au fond de l'affaire n'en retardent pas la
+conclusion. En général, il importe aujourd'hui que la politique se
+décide à temps. Les tergiversations ont été jusqu'ici, je le sais,
+bien malgré vous, ce qui a le plus nui au succès de nos affaires. Il
+ne faut pas qu'elles se renouvellent, car elles pourraient amener des
+difficultés véritables.</p>
+
+<p>»Votre intime et profonde connaissance des hommes et des choses, mon
+prince, vous suggérera les moyens de faire prévaloir nos idées.
+Veuillez m'écrire souvent; j'ai besoin de bien savoir. Je compte en
+tout sur votre habile et franche coopération.</p>
+
+<p>»Je vous ai envoyé mon fils; je vous demande pour lui vos bontés. Je
+désire qu'il se forme au monde et aux affaires. Il ne pouvait être
+mieux nulle part qu'auprès de vous.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 4 avril 1831.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas dû, mon prince, céder sur-le-champ au désir que
+j'éprouvais d'établir avec vous des communications <span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span> directes dont
+je me promets les plus heureux résultats pour le bien du pays. Au
+moment où le roi m'a appelé à former son conseil et à prendre une part
+importante à la direction du gouvernement, les affaires intérieures
+ont réclamé mes premiers soins. Leur situation était connue; elle
+avait été depuis longtemps le sujet de mes réflexions; j'ai pu agir
+sans délai et sans hésitation et d'après des vues et des plans arrêtés
+à l'avance.</p>
+
+<p>»Nos relations avec l'étranger, non moins hérissées de difficultés,
+échappaient davantage, et par leur complication et par le secret qui
+doit les envelopper, aux investigations des hommes qui ne
+participaient pas à la direction des affaires.</p>
+
+<p>»Ces relations ont dû être pour moi, dès mon entrée au conseil,
+l'objet d'une étude sérieuse. Cette étude, qui ne rentre pas dans les
+spécialités du ministère qui m'est réservé, ne saurait être complète
+encore; j'ai besoin surtout de m'éclairer de lumières nouvelles.</p>
+
+<p>»La dépêche, délibérée au conseil, qui vous parviendra en même temps
+que cette lettre, m'est une occasion de réclamer de vous, celles qui
+vous permettent de me communiquer une expérience qui n'a point de
+rivale en Europe, et votre position comme représentant de la France
+dans ces conférences diplomatiques qui peuvent influer d'une manière
+si grave sur ses destinées.</p>
+
+<p>»J'ai approuvé la note diplomatique dont il s'agit; je l'ai crue
+appropriée à la situation générale de l'Europe, à l'état des
+négociations et aux événements récents qui sont venus compliquer la
+question de la paix ou de la guerre. Mais mon adhésion est l'effet de
+ma confiance dans l'opinion de mes <span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span> collègues qui, presque tous,
+ont fait partie du dernier cabinet, plus encore que d'une conviction
+fondée sur l'appréciation personnelle des faits diplomatiques
+antécédents et de la marche de négociations auxquelles j'étais resté
+étranger.</p>
+
+<p>»J'attends de vous, mon prince, que vous vouliez bien me communiquer
+confidentiellement, par l'un des prochains courriers, s'il est
+possible, votre opinion sur la convenance de la note qui vous est
+adressée. J'y ai adhéré surtout parce qu'il m'a été assuré qu'elle
+était parfaitement en harmonie avec l'esprit qui a dirigé les
+négociations relatives au sort de la Belgique, et qu'elle les
+seconderait dans le sens de l'impulsion que vous avez jugé utile de
+leur donner. Il me serait agréable d'acquérir par vous, mon prince, la
+certitude que la note est propre à nous faire avancer vers le but que
+le gouvernement s'est proposé. Si, au contraire, elle vous paraissait
+insuffisante ou incomplète, sous quelque rapport que ce soit, il
+m'importerait d'être fixé à cet égard, afin que les futures
+résolutions du cabinet pussent concourir d'une manière plus efficace à
+la solution heureuse d'une question qui est une difficulté grave dans
+les rapports de la France avec les grandes puissances, en même temps
+qu'elle ne cesse de fournir un aliment aux inquiétudes et à
+l'agitation qui travaillent dans l'intérieur.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...»</p>
+
+<p class="p2">M. Bresson, qui était venu passer quelques jours à Londres, à la fin
+du mois de mars, avant de quitter définitivement son poste, m'écrivait
+de son côté. <span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 5 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai mis la plus vive sollicitude à bien remplir vos instructions et
+vous saurez ce soir que la conférence aura satisfaction complète, à
+quelques formes près sur lesquelles je pense qu'il est bon de se
+montrer facile, par ménagement pour les amours-propres qui se trouvent
+compromis. Mon principal argument a été qu'aussi longtemps que les
+Belges se croiraient un point d'appui hors de la conférence, ils
+seraient moins disposés à se soumettre aux nécessités et à ouvrir les
+yeux à la raison. J'ai été stimulé par le désir de racheter mes torts
+involontaires et de témoigner de ma reconnaissance pour votre
+indulgente bonté et pour celle de MM. les membres de la conférence que
+j'ai eu l'honneur de voir à mon dernier séjour à Londres. Veuillez,
+mon prince, leur faire connaître les sentiments qui m'ont dirigé.</p>
+
+<p>»Le ministère entre franchement dans la voie qu'il s'est tracée et
+l'impulsion donnée par M. Périer est forte. Je ne doute pas que la
+dissolution de la Chambre ne lui renvoie une majorité, dans nos
+départements de l'Est même, qui sont sujets à caution. Quant à vous,
+personnellement, mon prince, tous ceux dont l'opinion peut vous être
+quelque chose vous regardent comme l'espoir et le gage de la paix à
+Londres; et la paix est non seulement le v&oelig;u presque général, elle
+est une nécessité. Les concessions faites au parti turbulent
+<i>n'engagent pas et ne conduisent pas</i> aussi loin que ce parti pense:
+vous comprendrez, mon prince, que je fais allusion à <span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span> <i>ce dont</i> M.
+Périer m'a promis de vous parler dans sa lettre particulière.</p>
+
+<p>»Les nouvelles de Belgique ne sont pas bonnes. Le parti de la réunion
+pure et simple s'est grossi des difficultés du moment et de ce qu'on
+appelle le morcellement du pays, qui rend, dit-on, l'existence
+d'indépendance impossible. Le prince de Saxe-Cobourg gagne; mais on
+écrit que son mariage avec une princesse française serait une
+condition <i>sine qua non</i>. Au reste, l'effet produit en France par son
+élection décidera de cette union...»</p>
+
+<p class="p2">Je ne retrouve pas la lettre par laquelle le général Sébastiani
+m'invitait à tenir pour non avenues les prescriptions qu'il m'avait
+imposées au sujet du protocole de la conférence du 20 janvier qui
+fixait les limites de la Belgique. La dépêche qu'on va lire fera
+deviner le sens de sa lettre.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132"></a><a href="#Footnote_132" class="fnanchor"><span class="light">[132]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">Londres, le 6 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu ce matin votre dépêche du 4 avril. Je ne doute pas qu'elle
+ne satisfasse, à beaucoup d'égards, la conférence à laquelle je dois
+la communiquer lundi ou mardi prochain. Vous serez peut-être étonné
+que je remette cette communication jusqu'à cette époque; mais cela est
+indispensable parce que plusieurs des membres de la conférence sont
+absents de Londres. <span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span></p>
+
+<p>»La grande difficulté <i>qui reste</i><a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133"></a><a href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a> sera celle qui surviendra des
+échanges que vous réclamez, à raison de la position de Maëstricht. Je
+ferai tous mes efforts, et me servirai de tous vos arguments pour
+obtenir ce que vous me prescrivez à cet égard dans votre dépêche du 4.
+Le succès aurait été plus facile il y a deux mois. Les Belges
+n'avaient pas encore autant excité qu'ils l'ont fait depuis, la
+défiance que je retrouve partout aujourd'hui. En général j'observe, et
+je crois qu'il est bon de remarquer que le temps est contre nous; il
+ne simplifie rien et il apporte des difficultés de plus.</p>
+
+<p>»Dans une de vos dépêches précédentes, vous me parliez des résolutions
+qui devaient être prises au sujet des places fortes; mon opinion à cet
+égard est que vous obtiendrez les démolitions que vous devez désirer,
+mais je croirais que cette question doit être remise après le choix du
+roi; l'amour-propre<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134"></a><a href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> pourrait aujourd'hui s'en offenser. Ce sera
+avec le roi, comme une exigence de la part de la conférence, que cette
+question sera le plus avantageusement traitée.</p>
+
+<p>»Lord Grey sera prévenu de la communication que vous me chargez de
+faire à la conférence avant tous les autres ministres, parce que je
+suis engagé à passer la journée de vendredi dans la maison de campagne
+où il se trouve, et j'aurai une occasion de l'entretenir de l'objet
+<i>de la réunion</i><a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135"></a><a href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> de la conférence que je vais demander. Pour les
+affaires qui sont en discussion, j'aime mieux parler qu'écrire.
+<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span></p>
+
+<p>»J'ai vu ce matin M. le baron de Bulow et M. le prince Esterhazy. Ils
+écriront demain à Francfort, comme vous le désirez. M. le prince
+Esterhazy écrira à M. de Münch<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136"></a><a href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a> lui-même pour l'engager à
+maintenir la Diète dans un système de lenteur et de conciliation au
+sujet du grand-duché de Luxembourg. J'ai beaucoup insisté pour que
+leur action fût prompte et décisive, parce que je sens combien sont
+importantes les considérations que renferme votre dépêche à cet
+égard...</p>
+
+<p>»Je vous remercie d'avoir rétabli les faits que n'a pas voulu se
+rappeler M. le général Lamarque lorsqu'il m'a attaqué à la
+Chambre<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137"></a><a href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. Je n'ai pas lu ce que vous avez répondu à cet égard
+parce que je n'ai pas encore reçu les journaux français du 5, qui sont
+les seuls qui rendent compte de cette séance; mais je suis sûr que j'y
+retrouverai les preuves de notre ancienne amitié. Il est singulier
+qu'on veuille me regarder comme ayant été membre de la
+Sainte-Alliance, tandis que c'est à Aix-la-Chapelle<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138"></a><a href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>, deux ans
+après mon ministère, que M. de Richelieu a adhéré à ce nouveau pacte.
+<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span></p>
+
+<p>»Si c'est pour dire que la conférence rappelle la Sainte-Alliance
+par ses actes, il y a là, en vérité, une trop forte erreur. Il ne
+faut, pour s'en convaincre, que comparer ce qui a été fait à Naples et
+en Espagne<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139"></a><a href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a> avec ce qui vient d'être fait en Belgique, dont la
+conférence, au bout de deux mois, a proclamé l'indépendance...»</p>
+
+<p class="p2">Le général Sébastiani, qui avait montré assez de mauvaise grâce à
+m'accorder le secrétaire d'ambassade que je demandais pour suppléer M.
+de Bacourt tombé gravement malade, dut céder devant l'impérieuse
+insistance de M. Casimir Périer. M. Sébastiani voulait m'imposer une
+de ses créatures, tandis que je lui avais demandé de m'envoyer M.
+Tellier, rédacteur, congédié par lui des bureaux du ministère des
+affaires étrangères, et qui m'était recommandé par M. Bourjot, son
+ancien chef. M. Tellier arriva enfin à Londres et m'apporta une lettre
+de M. Casimir Périer. Il était en même temps chargé par lui de me dire
+que le gouvernement du roi était fermement déterminé à maîtriser les
+Belges, comme il venait de dompter les émeutes à Paris; qu'il était
+temps de montrer <i>du c&oelig;ur</i> et <i>de la résolution</i>, mais que, pour
+faciliter l'action du gouvernement et le populariser, pour enlever des
+prétextes à ses détracteurs, il lui était nécessaire d'obtenir
+l'évacuation des parties des États pontificaux que les troupes
+autrichiennes occupaient.</p>
+
+<p>M. Périer désirait vivement que des stipulations fussent arrêtées
+promptement sur ce point. Il m'écrivait lui-même: <span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 8 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je vous confirme la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire
+dernièrement, et par laquelle je vous annonçais la dépêche relative
+aux affaires de Belgique, que vous avez dû recevoir du ministre des
+affaires étrangères. Je vous priais de m'indiquer quelles étaient les
+modifications que vous croiriez convenable de nous proposer quant au
+système de conduite que nous voulions adopter à l'égard de la
+Belgique, et qui nous a paru conforme au protocole que vous avez signé
+à Londres. Nous sommes décidés à parler haut à cette poignée
+d'individus qui, depuis trop longtemps, ont dominé notre politique
+extérieure, comme les faiseurs d'émeutes ont dominé notre politique
+intérieure. Nous pensons que, d'accord avec vous, il nous sera facile
+d'atteindre ce but.</p>
+
+<p>»Nos affaires vont très bien ici; nous sommes sûrs de l'intérieur et
+nous avons la certitude de maintenir la paix, si l'Autriche nous donne
+satisfaction pour l'occupation des États romains. Il doit y avoir
+moyen d'arranger les choses d'une manière honorable pour les deux
+pays. L'Angleterre, si elle est sincère, et si elle veut nous appuyer,
+peut seconder efficacement cet arrangement désirable.</p>
+
+<p>»Toutes les nouvelles que nous recevons de Vienne et de Russie sont
+des plus rassurantes. La dernière dépêche de M. le duc de Mortemart
+est des plus satisfaisantes, bien qu'elle soit partie avant qu'on ait
+connaissance en Russie de la composition du nouveau ministère. <span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span></p>
+
+<p>»La Chambre sera prorogée sous peu de jours<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140"></a><a href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>, et nous avons
+l'espoir d'obtenir toutes nos lois à une grande majorité. La séance
+d'aujourd'hui a été excellente; la loi sur le crédit extraordinaire de
+cent millions n'a eu contre elle que trente-deux boules noires.</p>
+
+<p>»Vous êtes placé si haut, mon prince, à l'extérieur et à l'intérieur,
+que j'attache le plus grand prix à connaître votre opinion sur la
+marche que nous voulons suivre; je vous serai donc très reconnaissant
+de me transmettre vos idées et vos vues à cet égard.</p>
+
+<p>»Vous aurez dû être satisfait du dernier discours du général
+Sébastiani à la Chambre; il vous a rendu la justice qui vous était
+due; il en était temps, et il l'a fait de la meilleure grâce du monde.</p>
+
+<p>»C'est M. Tellier qui est porteur de ma lettre. J'ai enfin décidé M.
+le général Sébastiani à le faire partir de préférence à M. Bresson,
+sachant que cela vous était agréable...»</p>
+
+<p class="p2">Cette lettre de M. Périer et les rapports qui me venaient de Paris,
+constataient que nous étions enfin sortis de la fâcheuse ornière où
+les affaires avaient été si longtemps arrêtées par le fait de quelques
+intrigants. Je pouvais compter sur le concours efficace de M. Périer
+et c'était très important pour le succès de ma mission en Angleterre.
+M. Périer n'avait pas ce qu'on est convenu d'appeler de l'esprit,
+mais, en revanche, il possédait à un haut degré le sens droit et ferme
+des gens qui ont fait eux-mêmes leur fortune; il cherchait son but, le
+découvrait et y marchait résolument. Il eut<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span>
+même cette rare bonne fortune que ses défauts devinrent des
+qualités dans la position difficile où il se trouvait. Il était
+entier, quelque peu obstiné et parfois emporté; mais tout cela prit
+l'apparence d'une volonté ferme et indomptable et produisit les
+meilleurs effets à une époque où les faiblesses des uns, les intrigues
+et les violences des autres, avaient besoin de rencontrer une
+puissante barrière. Je n'eus pour ma part qu'à me louer de mes
+relations avec lui, et je reconnais avec plaisir que sa présence aux
+affaires contribua beaucoup à faciliter la solution de celles qui
+m'étaient confiées.</p>
+
+<p>Je rendis compte à M. Sébastiani de la séance de la conférence dans
+laquelle j'avais communiqué sa dépêche du 4 avril.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141"></a><a href="#Footnote_141" class="fnanchor"><span class="light">[141]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Les membres de la conférence sont rentrés en ville avant-hier et se
+sont réunis hier. J'ai dû leur donner communication de la dépêche que
+vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 4 de ce mois. Cette
+communication a produit une impression favorable; on a vu avec plaisir
+le gouvernement du roi unir intimement ses intentions avec celles de
+la conférence; j'ai remarqué aussi que la situation générale de la
+France, les progrès de l'esprit public et les succès nombreux du
+gouvernement de Sa Majesté étaient justement et convenablement
+appréciés par chacun des membres. Il m'a été <span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span> demandé de laisser
+prendre copie de cette dépêche, mais je m'y suis refusé parce que le
+nom de M. d'Appony<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142"></a><a href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a> s'y trouvait, et que nous devons éviter tout
+ce qui pourrait mécontenter l'Autriche...</p>
+
+<p>»La prochaine séance aura lieu jeudi ou vendredi; les affaires du
+parlement ne permettent pas une réunion plus rapprochée. La conférence
+vous répondra promptement et, dans mon opinion, de manière à vous
+satisfaire.</p>
+
+<p>»Je crois, monsieur le comte, ne devoir pas encore occuper la
+conférence du contenu de votre dépêche du 8; mais j'en ai déjà
+entretenu séparément chacun de ses membres, et les dispositions dans
+lesquelles je les ai trouvés me donnent lieu de croire et d'assurer
+que la plus grande partie de nos demandes, et les plus importantes,
+seront admises.</p>
+
+<p>»J'ai prié l'ambassadeur d'Autriche, ainsi que le ministre de Prusse,
+de remarquer combien il était à désirer que leurs cabinets
+apportassent moins de délais dans l'examen des questions qui leur sont
+déférées, et dont l'intérêt général fait souhaiter la solution. Au
+reste, les dépêches que M. le prince Esterhazy m'a communiquées, et
+qui répondent aux demandes que je l'ai prié de faire parvenir à la
+cour de Vienne, ne permettent pas de douter que M. le prince de
+Metternich ne soit entièrement disposé à seconder les désirs et les
+espérances que le gouvernement du roi lui a fait connaître. Ces
+dépêches parlent aussi, de la manière la plus favorable, de la
+<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span>
+sécurité que la sagesse du gouvernement français est faite pour
+inspirer aux autres États de l'Europe. Quant aux dispositions de
+l'Angleterre à notre égard, elles ne cessent pas d'être bonnes, et ce
+cabinet nous secondera dans tout ce que M. de Sainte-Aulaire<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143"></a><a href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a> est
+chargé de demander à <i>Rome</i><a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144"></a><a href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>.</p>
+
+<p>»Le bill sur la réforme reparaîtra lundi; on s'attend à une discussion
+vive, parce que le ministère doit proposer des modifications qui ne
+diminueront pas les opposants, mais qui, au contraire, feront perdre
+des votes aux partisans de la réforme.»</p>
+
+<p class="p2">Nos affaires marchaient mieux du côté de Paris, du moins, pour ce qui
+concernait celles que j'avais à traiter. Les complications de tout
+genre ne manquaient pas cependant, tant à l'intérieur qu'au dehors; on
+ne sortait de l'une que pour tomber dans une autre. On ne pouvait pas
+espérer que la seule présence de M. Périer à la tête du cabinet
+apaiserait toutes les discordes et rétablirait le bon ordre. Aussi le
+duc de Dalberg m'écrivait-il:</p>
+
+<p class="right">«Paris, le 12 avril 1831.</p>
+
+<p>»On vous dira, mon cher prince, que les choses se fortifient ici; je
+n'en crois pas un mot; la dissolution de la société <span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span> va son train.
+M. Périer vient de faire une faute incalculable par son décret qui
+rétablit la statue de Bonaparte sur la colonne de la place
+Vendôme<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145"></a><a href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Le parti bonapartiste, dirigé par les républicains et
+les anarchistes, va prendre une nouvelle force. Il exigera la rentrée
+de toute la famille Bonaparte, et elle servira de prétexte à des
+intrigues dont le gouvernement ne sera pas le maître. Le nonce m'a dit
+qu'en Italie on ne voulait plus conserver cette famille. Si on ne
+s'était pas arrêté ici sur la <i>non intervention</i> dans les affaires de
+l'Italie, le prince de Metternich était prêt à se servir du duc de
+Reichstadt pour augmenter les divisions en France. Prenez cela pour
+positif.</p>
+
+<p>»Les affaires de Pologne donnent une nouvelle face à la situation
+générale. La coalition du dehors est pour le moment moins à craindre
+que les embarras du Trésor, qui sont croissants. L'emprunt du 19 doit
+se faire à tout prix ou les payements seront suspendus<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146"></a><a href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>. Et que
+faire alors de nos quatre cent cinquante mille hommes?»</p>
+
+<p>Sous l'humeur un peu exagérée de M. de Dalberg, il y avait un fond de
+vérité; il n'en fallait pas moins aller droit son chemin et pourvoir
+autant qu'on le pouvait aux difficultés incessantes que chaque jour
+apportait. On va en voir surgir <span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span> de nouvelles dont les dépêches
+suivantes rendaient compte.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147"></a><a href="#Footnote_147" class="fnanchor"><span class="light">[147]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu votre dépêche du 12<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148"></a><a href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>, qui a pour objet de faire sentir
+les graves motifs d'inquiétude que donnerait à la France l'entrée des
+troupes de la Confédération germanique dans le grand-duché de
+Luxembourg. Vous y exprimez aussi, monsieur le comte, la crainte que
+la Diète ne soit entraînée à la guerre par l'influence de son
+président, et vous faites observer avec raison que le mouvement des
+troupes fédérales ne doit pas être réglé isolément à Francfort, en
+ajoutant que les représentants des cinq puissances réunis à Londres
+sont appelés à juger le moment où cette grande mesure pourra être
+devenue indispensable.</p>
+
+<p>»Je crois pouvoir répondre d'une manière satisfaisante à ces
+différentes observations.</p>
+
+<p>»Le gouvernement du roi ayant désiré, dès l'origine du différend entre
+la Belgique et la Confédération germanique, que la Diète ne prît
+aucune résolution précipitée et adoptât, au contraire, pour système,
+une lenteur sagement calculée, j'ai agi dans ce sens auprès des
+membres de la conférence dont les souverains sont liés à la
+Confédération germanique; et je ne peux pas renoncer à croire que
+leurs conseils n'aient eu, <span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span> jusqu'à présent, une forte influence
+sur les délibérations de Francfort, car, si un corps fédéral a été
+désigné, il y a longtemps, vous aurez sans doute remarqué avec quelle
+lenteur on s'est occupé de son organisation définitive.</p>
+
+<p>»La Diète aurait persévéré probablement dans ce système de
+temporisation, si, dans ces derniers temps, la proclamation du régent
+de Belgique, relative au grand-duché de Luxembourg, les discussions et
+les actes du congrès, n'étaient pas venus donner au corps germanique
+des motifs de mécontentement assez graves pour déterminer la Diète à
+songer à l'emploi des moyens de rigueur, afin de se mettre à l'abri de
+tout reproche.</p>
+
+<p>»Cependant, monsieur le comte, d'après les ordres que vous m'avez
+transmis, j'ai eu une conférence avec M. le prince Esterhazy et M. le
+baron de Bülow que je trouve toujours disposés à se prêter aux vues de
+conciliation, et je les ai engagés à employer leurs bons offices
+auprès du président de la Diète, afin de faire suspendre toutes les
+résolutions hostiles que l'on avait été disposé à adopter à Francfort.</p>
+
+<p>»Les communications journalières que j'ai avec ces deux membres de la
+conférence me laissent peu de doute sur les dispositions actuelles de
+la Diète, et tout me porte à croire qu'elles ne sont pas de nature à
+nous inquiéter. Ses mesures militaires n'annoncent point l'intention
+d'agir immédiatement; ce ne sont encore que des <i>préparatifs</i>; et vous
+aurez remarqué, sans doute, à quelle distance elle va chercher ses
+soldats; ce sont les contingents du Holstein, d'Oldenbourg, des villes
+anséatiques et du Mecklembourg, qu'elle appelle à marcher au delà du
+Rhin, tandis qu'elle avait sous la main d'autres contingents qu'elle
+aurait pu faire agir bien plus <span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span> rapidement. Elle ne l'a pas voulu
+et elle a évité aussi de faire un appel aux Prussiens, prévoyant que
+leur intervention aurait entraîné des inconvénients.</p>
+
+<p>»Il me paraît donc démontré que les intentions de la Diète et ses
+mesures militaires n'ont aucun caractère qui puisse faire craindre une
+prochaine agression. Quant au président de cette assemblée, que des
+informations particulières vous dépeignent comme partisan d'une guerre
+contre la Belgique, je ne pense pas que son influence puisse
+l'emporter sur la volonté de son gouvernement, et nous savons
+parfaitement, soit par les démarches auxquelles s'est prêté le prince
+Esterhazy, soit par les communications directes et indirectes de sa
+cour, que l'Autriche n'a nulle envie d'allumer la guerre sur aucun
+point de l'Europe.</p>
+
+<p>»La Diète, au surplus, n'est pas maîtresse de prononcer seule dans une
+affaire aussi grave: la conférence conserve toujours la faculté de lui
+adresser des avis; et je puis certifier, monsieur le comte, qu'il ne
+partira de Francfort aucun ordre d'attaque avant que la conférence y
+ait fait connaître qu'il n'existe plus de moyen d'accommodement.</p>
+
+<p>»Les succès répétés et brillants des Polonais ont produit ici, comme
+en France, la plus vive sensation<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149"></a><a href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. Si les mouvements qui ont
+éclaté en Lithuanie, sur des points rapprochés de la Courlande, ont
+pour résultat de donner aux Russes un plus grand nombre d'adversaires,
+il faudra reconnaître que l'insurrection <span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span> de Varsovie aura eu des
+conséquences bien plus graves que celles qu'on avait d'abord
+calculées<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150"></a><a href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>.</p>
+
+<p>»Les amis de l'ordre et de la paix ne peuvent qu'applaudir, monsieur
+le comte, au langage que vous avez tenu dans les dernières séances de
+la Chambre des députés; c'est ainsi, comme vous le dites à la fin de
+votre dépêche, <i>que nous imposerons aux brouillons qui agitent la
+Belgique</i>.</p>
+
+<p>»Les discussions parlementaires ici offrent peu d'incidents
+remarquables depuis deux jours; mais, elles prendront un grand intérêt
+lundi ou mardi...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 19 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151"></a><a href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>.</p>
+
+<p>»J'ai reçu de lord Palmerston une communication de laquelle il résulte
+que quelques sujets de Sa Majesté Britannique ayant souffert en
+Portugal<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152"></a><a href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a> des insultes et des avanies que le gouvernement
+portugais a plutôt favorisées qu'arrêtées, le gouvernement anglais
+avait envoyé deux bâtiments de guerre avec ordre de demander des
+réparations et des indemnités. Dans le cas où elles ne seraient pas
+obtenues, le commandant de ces forces a été autorisé à déclarer qu'il
+se ferait <span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span> justice, lui-même, et qu'il agirait avec rigueur sur
+les bâtiments portugais qu'il rencontrerait en mer...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 20 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153"></a><a href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16
+de ce mois relativement aux traitements hostiles que des Français ont
+éprouvés en Portugal. Une communication que m'a donnée lord
+Palmerston, et dont je vous ai entretenu par ma lettre d'hier, vous
+prouvera que les Anglais n'hésitent point à agir eux-mêmes et seuls
+dans la question qu'ils ont avec le Portugal; ils demandent une
+réparation qu'ils détermineront; et s'ils ne l'obtenaient pas, la
+prise des navires portugais trouvés en mer serait la suite du refus
+qui serait fait par les agents de dom Miguel; mais on ne doute pas que
+la lâcheté qui accompagne toujours la cruauté, ne le fasse céder
+immédiatement et qu'il ne fasse toutes les réparations convenables.</p>
+
+<p>»Je vous fais connaître la marche que suit le gouvernement anglais
+parce que vous trouverez peut-être qu'une conduite analogue est celle
+qui convient davantage. Lord Palmerston est persuadé que des menaces
+suffiront.</p>
+
+<p>»J'ai donné beaucoup d'attention, monsieur le comte, aux informations
+que vous m'avez fait l'honneur de me transmettre, relativement aux
+habitants de Samos<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154"></a><a href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>, mais depuis quelque temps, sans perdre de vue
+les questions de la Grèce, <span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span> il a été moins possible de s'en
+occuper, soit à cause des affaires de la Belgique, soit par une
+conséquence naturelle des travaux parlementaires des ministres
+anglais. J'espère que nous aurons bientôt une conférence à ce sujet.</p>
+
+<p>»Le ministère vient de perdre la majorité sur un amendement du général
+Gascoyne, dans la question de la réforme<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155"></a><a href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>; il est assemblé en ce
+moment pour aviser aux moyens de sortir de l'embarras que cet échec
+lui donne; vous lirez avec plaisir les débats qui ont duré jusqu'à
+cinq heures du matin. Je ne saurai que trop tard pour l'heure de la
+poste, la résolution du conseil d'aujourd'hui; demain, j'aurai
+l'honneur de vous l'écrire...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 22 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156"></a><a href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>,</p>
+
+<p>»Je vous annonçais, par la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire
+hier, que le ministère avait éprouvé un échec et que le conseil était
+alors assemblé pour aviser aux moyens de sortir d'embarras. Sa
+position était devenue encore plus difficile dans le cours de la
+journée d'hier, parce qu'un membre de la Chambre de pairs, lord
+Wharncliffe<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157"></a><a href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a> avait annoncé qu'il <span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span> ferait la proposition d'une
+adresse au roi afin de supplier Sa Majesté de ne pas consentir à la
+dissolution du Parlement que ses ministres pourraient lui proposer.</p>
+
+<p>»Cet état de choses&mdash;le doute dans lequel on était sur les intentions
+du roi&mdash;les influences que des personnes de sa famille, dont les
+opinions sont fort opposées, pouvaient exercer sur Sa Majesté,&mdash;la
+gravité de la réforme en elle-même&mdash;tout avait contribué à répandre
+depuis vingt-quatre heures une grande incertitude dans les esprits.</p>
+
+<p>»Hier matin, cependant, le ministère avait obtenu du roi la promesse
+positive que le Parlement serait dissous, sous la condition<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158"></a><a href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a> que
+le bill relatif au douaire de la reine, serait voté avant la
+dissolution, ce qui aurait entraîné un délai d'un ou deux jours; mais
+l'annonce de la proposition de lord Wharncliffe ayant fait sentir au
+cabinet qu'on allait avoir à lutter contre de nouveaux embarras que
+tout délai ne ferait qu'accroître, Sa Majesté s'est déterminée à
+prononcer immédiatement la prorogation qui, d'après l'usage, est
+suivie dans les vingt-quatre heures de la dissolution. Le roi s'est
+rendu aujourd'hui à cet effet au Parlement.</p>
+
+<p>»Vous savez, monsieur le comte, qu'il doit s'écouler maintenant un
+délai de quarante jours, avant qu'une nouvelle chambre puisse être
+réunie; chaque parti va mettre ce délai à profit, pour s'assurer des
+suffrages; et les plus grands efforts vont avoir lieu pour faire
+triompher l'une ou l'autre opinion. Tous les membres du Parlement se
+disposent déjà à quitter <span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span> Londres pour se rendre sur les divers
+points où ils ont à préparer leur élection.</p>
+
+<p>»Il est arrivé hier à Londres quatre députés belges, M. le comte de
+Mérode, M. Villain XIV<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159"></a><a href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>, l'abbé de Foere<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160"></a><a href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a> et M. de
+Brouckère<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161"></a><a href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>. Ces députés viennent, à ce que l'on présume, proposer
+la couronne au prince Léopold de Saxe-Cobourg. Dans ma première
+dépêche j'aurai l'honneur de vous faire connaître l'objet positif de
+leur mission; la forme qu'ils auront adoptée pour la remplir et la
+réponse qui y sera faite <i>par le prince</i>. Il est probable que cette
+réponse sera conçue dans des termes évasifs et que Son Altesse Royale
+évitera d'exprimer une acceptation ou un refus positif avant que la
+Belgique ait adhéré au protocole du 20 janvier. <i>Telle est du moins
+l'opinion de ceux qui vivent dans l'intimité du prince</i><a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162"></a><a href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>...</p>
+
+<p>»Je vous envoie le discours prononcé ce matin par le roi au
+Parlement...» <span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">149</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 25 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163"></a><a href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai reçu ce matin<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164"></a><a href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a> la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 22 de ce mois.</p>
+
+<p>»J'ai éprouvé une véritable satisfaction, en voyant que le
+gouvernement du roi avait donné son adhésion aux protocoles numéros 21
+et 22<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165"></a><a href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>, et qu'il ne faisait que quelques légères observations que
+je présenterai à la conférence en les appuyant des arguments contenus
+dans votre dépêche.</p>
+
+<p>»J'aurais fait immédiatement cette communication si lord Palmerston
+n'était à Cambridge pour y préparer sa réélection; il ne doit être de
+retour qu'au milieu de la semaine prochaine mais, dans cet intervalle,
+j'aurai soin de voir séparément les autres membres de la conférence.</p>
+
+<p>»La demande que fait le gouvernement du roi, d'établir un concert
+entre les cinq puissances afin de régler le nombre de troupes qui
+pourront être employées dans le Luxembourg et pour fixer l'époque à
+laquelle elles devront agir, me paraît <span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span> juste et conforme aux
+conseils de la prudence; je pense que la conférence sera naturellement
+disposée à l'admettre<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166"></a><a href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>.</p>
+
+<p>»Quant à l'évacuation de Venloo et de la citadelle d'Anvers, il ne
+paraît pas qu'il puisse s'élever de difficultés à ce sujet, quand les
+Belges auront pleinement adhéré au protocole du 20 janvier.</p>
+
+<p>»A l'égard des échanges à opérer entre la Hollande et la Belgique,
+vous avez su, monsieur le comte, que, par le protocole numéro 21, la
+conférence avait déclaré qu'elle regardait cette question comme
+précoce, et qu'elle pensait qu'il fallait l'ajourner jusqu'au moment
+où elle aurait été éclaircie par les travaux des commissaires
+démarcateurs. Il me sera extrêmement difficile de changer ici la
+manière de voir<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167"></a><a href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a> sur ce point; il me sera sans doute objecté, que
+le roi de Hollande ayant déjà adheré au protocole des limites, ce
+serait s'exposer de sa part à beaucoup de difficultés s'y l'on
+cherchait aujourd'hui à y apporter des modifications<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168"></a><a href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>. Cependant
+je ferai tous mes efforts pour amener les plénipotentiaires à entrer
+dans les idées que vous m'exprimez.</p>
+
+<p>»Le délai que vous voudriez faire accorder aux Belges pour se
+prononcer définitivement me paraîtrait, je l'avoue, par trop prolongé,
+s'il allait jusqu'au 1<sup>er</sup> juin. Je penserais qu'il serait peut-être
+plus avantageux pour le gouvernement de Sa Majesté, comme pour le
+gouvernement anglais, de se présenter <span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span> devant les Chambres qui,
+dans chaque pays, se rassemblent à la même époque, après avoir terminé
+toutes les affaires principales de la Belgique.</p>
+
+<p>»Le prince Léopold a déclaré aux députés de ce pays qui sont venus lui
+offrir la couronne, qu'il l'accepterait le jour où la Belgique aurait
+adhéré au protocole des limites fixées par les cinq puissances, dont
+il ne voulait pas se séparer. Une partie de ces députés a déjà quitté
+Londres; ils ne se sont présentés, ni chez moi, ni chez aucun membre
+de la conférence.</p>
+
+<p>»L'Angleterre est livrée en ce moment à une agitation très grande et
+qu'elle n'avait pas éprouvée depuis la révolution de 1688. La question
+de la réforme parlementaire occupe tous les esprits, éveille tous les
+intérêts et place, pour ainsi dire, la nation dans deux camps opposés.
+Personne ne reste neutre, et chaque individu qui appartient à un
+parti, s'y abandonne sans réserve, en y livrant aussi sa fortune. Des
+souscriptions sont ouvertes de part et d'autre; elles s'élèvent déjà à
+des sommes immenses, et un seul engagement monte à cent mille livres
+sterling...</p>
+
+<p>»L'Irlande ajoute à son état habituel l'agitation que lui communique
+l'Angleterre, et de graves désordres en agitent en ce moment la partie
+méridionale. Il me semble que cet état de choses offre à la France le
+moyen de trouver dans la tranquillité tous les avantages que
+l'Angleterre perd par l'agitation.</p>
+
+<p>»Sir Frédéric Lamb est nommé ambassadeur à la cour de Vienne<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169"></a><a href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>.&mdash;Le
+duc de Broglie vient d'arriver ici...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 26 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170"></a><a href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai eu l'honneur de vous mander hier qu'une partie des députés
+belges avait quitté Londres. Cette information n'est pas exacte. Au
+moment où ces députés allaient partir, le prince Léopold les a fait
+inviter à dîner; ils se sont rendus chez lui. Lord Grey s'y trouvait
+aussi. On a beaucoup agité les affaires de la Belgique; la discussion
+qui avait eu lieu a été reprise, et le prince Léopold, en persistant
+dans la réponse que je vous ai fait connaître hier, a donné à son
+opinion de nouveaux motifs et de nouveaux développements.</p>
+
+<p>»Il a été décidé que l'abbé de Foere partirait seul ce soir et que les
+autres députés resteraient ici à attendre le résultat des efforts
+qu'il va faire à Bruxelles... Le langage qu'on a tenu à ces députés se
+réduit à ceci : «Adhérez d'abord au protocole du 20 janvier, faites
+élire votre souverain; ces deux choses terminées, vous négocierez des
+échanges et vous pouvez être assurés que vous trouverez des
+dispositions bienveillantes dans la conférence lorsqu'elle sera
+appelée à régler les points sur lesquels vous ne pourriez pas vous
+entendre.»</p>
+
+<p>»Lord Grey augure bien de la conversation que le prince Léopold et lui
+ont eue avec les députés, quoiqu'il ne se dissimule pas que les choses
+soient encore loin d'être terminées.</p>
+
+<p>»Lord Palmerston n'est pas encore de retour; ainsi, le jour de notre
+conférence n'est pas encore fixé. Je persiste dans les opinions que je
+vous exprimais dans ma lettre d'hier, et <span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span> je crois qu'en général
+vous serez content des réponses qui vous seront faites...</p>
+
+<p>»On fait grand bruit ici d'une note du général Guilleminot au
+Reis-Effendi, qui renferme, dit-on, trois déclarations. La première a
+pour objet de montrer à la Porte ottomane que les principes du
+gouvernement français étant diamétralement opposés à ceux que
+professent la Russie et l'Autriche, une guerre avec ces deux
+puissances est inévitable. La seconde déclaration annonce que
+l'Angleterre, ou demeurera neutre, ou se déclarera l'alliée de la
+France. La troisième a pour but de montrer à la Porte qu'elle doit
+songer à son indépendance et aux mauvaises chances que lui ferait
+courir une alliance avec les puissances opposées à la France<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171"></a><a href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>.</p>
+
+<p>»J'ai dû répondre, quand on m'a parlé de cette note, que je n'avais
+aucune connaissance de ce que l'on me disait avoir été fait à
+Constantinople, et que la loyauté de mon souverain et de son
+gouvernement ne permettait pas d'y croire...»</p>
+
+<p>Les démarches du général Guilleminot à Constantinople, dont il est
+question dans cette dépêche, m'avaient en effet valu des plaintes
+extrêmement vives de la part du cabinet anglais. En l'absence de lord
+Palmerston qui était occupé de son élection à Cambridge, le premier
+ministre lord Grey m'avait témoigné une grande irritation de la
+conduite de notre ambassadeur. Dans l'ignorance où j'étais des faits,
+je ne puis lui exprimer que de l'incrédulité. Le lendemain, en
+m'envoyant les rapports de l'ambassadeur d'Angleterre à
+Constantinople,<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span>
+qui étaient aussi précis que possible, il m'écrivait:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172"></a><a href="#Footnote_172" class="fnanchor"><span class="light">[172]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right"><i>«Downing-street, april 26, 1831.</i></p>
+
+<p class="left5"><i>»My dear prince,</i></p>
+
+<p><i>»I send herewith copies of the information which has reachen this
+government respecting the procedings of the French minister at
+Constantinople.</i></p>
+
+<p><i>»I feel confident that a conduct, so contrary to good faith, can
+never have been sanctioned by the king of the French, and the
+character of his first minister affords me an equal assurance, that it
+requires only to be known to him, to be disavowed in the most direct
+and effectual manner.</i></p>
+
+<p><i>»I thereford forbear to offer any remarks on the character of the
+accompanyings papers, which I schall be obliged to you to return to
+me, after having read them.</i></p>
+
+<p><i>»I am with the highest regard and consideration, dear prince de
+Talleyrand, your most faithfully.</i></p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»GREY.»</span>
+<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span></p>
+
+<p>Les pièces qu'il me communiquait constataient, en effet, que le
+général Guilleminot avait annoncé à la Porte que la France allait
+déclarer la guerre à la Russie et à l'Autriche et que l'Angleterre
+resterait neutre ou se joindrait à la France. Il est difficile de
+s'expliquer comment un homme aussi expérimenté que M. Guilleminot
+avait pu se hasarder à faire de pareilles déclarations, sans
+instructions de son gouvernement.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, dès que M. Casimir Périer eut connaissance de ce
+qui s'était passé, on rappela le général Guilleminot. Celui-ci, à son
+retour à Paris, se plaignit hautement d'avoir été désavoué et
+abandonné par le général Sébastiani; et le fait, qui des deux avait
+tort, n'a jamais été bien éclairci<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173"></a><a href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>. Mais il n'en reste pas moins
+vrai qu'un pareil incident n'était pas de nature à inspirer de la
+confiance dans notre gouvernement. Les dates, heureusement,
+constataient que les démarches du général Guilleminot avaient été
+faites à Constantinople, avant qu'on y connût le changement qui avait
+amené M. Casimir Périer à la présidence du conseil.</p>
+
+<p>Je reviens à mes dépêches.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174"></a><a href="#Footnote_174" class="fnanchor"><span class="light">[174]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 28 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»La convocation d'un nouveau Parlement a donné lieu hier soir à de
+nombreuses illuminations dans la ville de Londres et à quelques
+désordres: le peuple a brisé les vitres chez plusieurs <span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span> *membres
+du Parlement, connus pour leur opposition au bill de réforme; ce
+tumulte n'a eu, du reste, aucune conséquence et aucun caractère
+sérieux. Ce sont, vous le savez, les paroisses qui supportent, les
+frais de ces mouvements populaires qui sont assez fréquents à Londres;
+les derniers ont eu lieu lors du procès de la reine Caroline et lors
+du bill pour l'émancipation des catholiques. Ce qui prouve que cet
+événement a peu de gravité, c'est qu'il n'a eu sur les fonds publics
+aucune espèce d'influence<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175"></a><a href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>.&mdash;Les élections commencent demain dans
+la Cité...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 29 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176"></a><a href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>,</p>
+
+<p>»Je viens d'avoir avec les députés belges qui sont restés à Londres
+une longue conférence dont je dois vous rendre compte.</p>
+
+<p>»J'ai commencé par témoigner à ces messieurs l'intérêt que la France
+prenait au bien-être de la Belgique. J'ai ajouté que cet intérêt ne se
+démentirait pas et que, pénétré sur ce point des intentions de mon
+gouvernement, je serai toujours prêt à faire valoir leurs droits et à
+leur donner, en ce qui dépendrait de moi, des preuves de l'amitié
+sincère et désintéressée de la France.</p>
+
+<p>»M. de Mérode m'a exprimé alors que ses compatriotes et lui
+regardaient comme une affaire de conscience de ne pas abandonner les
+habitants du grand-duché de Luxembourg qui <span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">157</a></span> s'étaient associés si
+franchement à leur cause et en avaient partagé les chances.</p>
+
+<p>»J'ai cherché à le rassurer sur ce point en lui disant que la
+conférence avait pris dans la plus sérieuse attention la position
+particulière dans laquelle allait se trouver le Luxembourg, et que les
+droits des habitants de ce pays à une représentation nationale me
+paraissaient assurés, non seulement par le dernier protocole numéro
+21, mais encore par les actes fondamentaux de la Confédération
+germanique dont le grand-duché fait partie intégrante.</p>
+
+<p>»MM. les députés ayant passé ensuite à la question des échanges, je
+les ai priés de remarquer à cet égard, avec quel soin le protocole du
+20 janvier avait posé le principe de ces échanges et de la contiguïté
+qui devrait être procurée aux possessions de chaque État. Si, ai-je
+ajouté, l'exécution de cette clause a depuis été ajournée, c'est
+uniquement pour laisser aux commissaires démarcateurs le temps
+nécessaire pour rassembler sur ces questions d'échange les notions qui
+pourraient le mieux éclairer les cinq puissances, lorsqu'elles seront
+appelées à régler les points sur lesquels la Belgique et la Hollande
+n'auraient pu s'accorder.</p>
+
+<p>»J'ai terminé cette explication en déclarant aux députés belges que,
+lorsque la conférence aurait à s'occuper de cet important travail, ils
+pouvaient être certains que celles de leurs demandes qui seraient
+fondées sur la raison et l'équité seraient convenablement
+appréciées...</p>
+
+<p>»Enfin,les députés se sont étendus sur les difficultés dont le
+gouvernement actuel de la Belgique était environné, et ils ont
+hautement exprimé le désir d'avoir à leur tête un souverain qui pût
+faire valoir leurs droits. Je leur ai dit qu'en effet le <span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span> choix
+d'un souverain devait être l'objet de leurs v&oelig;ux, mais qu'ils
+devaient sentir que probablement le prince sur lequel ils porteraient
+leur choix, ne consentirait à accepter la couronne que lorsque la
+Belgique aurait adhéré au protocole du 20 janvier, parce qu'il
+reconnaîtrait que cette adhésion le placerait, dès le début de son
+règne, dans des rapports convenables envers les grandes puissances et
+utiles pour la Belgique. Tout cela s'est dit avec beaucoup de
+développements et en répétant tous les raisonnements que nous
+employons depuis un mois.</p>
+
+<p>»Telle est, monsieur le comte, la substance de mon entretien avec les
+députés belges. Je pense qu'ils auront dû y trouver la franche
+expression du désir que j'ai toujours éprouvé de seconder les
+intentions du gouvernement du roi, en servant ici leurs intérêts.
+L'impression qui m'est restée de cette conférence est, sans aucun
+doute, entièrement favorable au caractère d'honnêteté de ces députés;
+mais je ne peux pas m'empêcher de remarquer qu'ils m'ont paru bien
+nouveaux dans les affaires...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, 1<sup>er</sup> mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">«Monsieur le comte<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177"></a><a href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>,</p>
+
+<p>»Les élections marchent dans un sens entièrement favorable à la
+réforme. Il ne faut pas induire de là que cette mesure sera combinée
+comme celle qui avait été présentée au dernier Parlement, mais on peut
+en conclure que la majorité des Communes désirera une réforme et que,
+bien certainement, il y en aura une. <span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span></p>
+
+<p>»Lord Palmerston étant retourné aux élections de Cambridge où sa
+nomination n'est pas du tout assurée, et M. de Wessenberg étant assez
+sérieusement malade, les réunions de la conférence n'ont pas eu lieu
+depuis quelques jours et ne pourront être reprises que la semaine
+prochaine. Je chercherai, en attendant, à faire l'usage le plus
+convenable des observations contenues dans votre dépêche du 28 avril,
+sur les démarches attribuées au général Guilleminot.</p>
+
+<p>»Les députés belges ont dîné avant-hier chez moi; je n'en ai pas tiré
+grand'chose, parce qu'ils attendent des réponses de l'abbé de
+Foëre...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 3 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178"></a><a href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>,</p>
+
+<p>»... Le prince Léopold est venu chez moi ce matin et j'ai eu avec lui
+une très longue conversation.</p>
+
+<p>»Le prince paraît décidé à accepter le trône de Belgique, mais il sait
+parfaitement que pour faire admettre ce pays au nombre des États
+européens, il est nécessaire de le placer dans de bons rapports avec
+les grandes puissances et de le mettre d'abord dans une position
+analogue à celle du roi de Hollande, position qui peut seule faire
+cesser les difficultés qui subsistent depuis six mois.</p>
+
+<p>»Son Altesse Royale voit souvent les députés qui sont à Londres, et
+c'est toujours dans le sens que je viens d'indiquer qu'elle s'exprime
+avec eux. Le prince leur a rappelé les difficultés qui avaient eu lieu
+lors du blocus d'Anvers; les soins et les efforts qu'il avait été
+nécessaire d'employer auprès du <span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span> roi de Hollande pour les faire
+cesser; que, par conséquent, il fallait éviter de faire naître avec ce
+souverain de nouvelles causes de discussions, parce qu'on ne pouvait
+pas prévoir quel en serait le terme<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179"></a><a href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, et que le moyen de les
+prévenir était d'adhérer, comme il l'avait fait, au protocole du 20
+janvier. Le prince a déclaré, en outre, aux députés qu'aussitôt<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180"></a><a href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>
+qu'ils auraient rétabli des rapports convenables avec les puissances,
+il s'occuperait personnellement, avec le plus vif intérêt, des
+échanges et des autres arrangements qui sont l'objet de leurs v&oelig;ux.</p>
+
+<p>»Il leur a fait remarquer que le principe de ces échanges avait été
+posé dans le protocole du 20 janvier, puisqu'une de ses dispositions a
+pour but d'assurer aux Belges et au roi de Hollande la contiguïté de
+leurs possessions. Il leur a dit qu'il avait des raisons de croire
+que, sous ce rapport, ils auraient des marques de bienveillance de la
+part des puissances; qu'enfin il userait de toute l'influence qu'il
+pourrait avoir pour travailler sans relâche au bonheur de la Belgique,
+pour lui faire acquérir le rang qu'elle doit avoir en Europe et pour
+développer toutes les sources de prospérité de ce beau pays.</p>
+
+<p>»Quant au grand-duché de Luxembourg, il ne serait peut-être pas
+impossible, monsieur le comte, qu'en laissant à la Confédération
+germanique la forteresse, on parvînt à s'entendre avec le roi de
+Hollande, relativement à la partie territoriale. Vu la distance où
+elle se trouve de ses autres possessions, elle n'a peut-être plus pour
+lui un grand prix, et il pourrait se faire qu'on l'amenât à en traiter
+pour une somme d'argent, <span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span> après toutefois que les Belges auraient
+adhéré au protocole du 20 janvier...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, 6 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181"></a><a href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3
+de ce mois relativement au rappel de M. le général Guilleminot. Les
+informations contenues dans ma lettre du 26 avril laissaient peu de
+doute sur les faits dont j'avais l'honneur de vous parler et dont
+j'attribuais une partie aux intrigues des drogmans; la gêne que cette
+affaire mettait dans nos rapports ici a cessé.</p>
+
+<p>»Le roi ne se rendra pas au dîner que la Cité de Londres devait
+offrir. En général, on évite tout ce qui peut être une occasion de
+rassemblement populaire. Il y a lieu de croire que lord Palmerston
+échouera décidément aux élections de Cambridge<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182"></a><a href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>; l'influence du
+clergé est très grande dans cette université. Le ministère lui
+procurera une autre élection moins brillante, mais dont il dispose. Si
+l'on faisait quelques pairs, il pourrait aussi être du nombre de ceux
+que le roi choisirait<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183"></a><a href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>.</p>
+
+<p>»Lord Palmerston sera probablement ici demain. Je pense que nous
+pourrons alors avoir une conférence et que la santé de M. de
+Wessenberg lui permettra d'y assister...</p>
+
+<p>»Les députés polonais, qui sont à Londres, croient que si l'affaire
+qui paraît devoir avoir lieu sous peu de jours entre <span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span> les Russes
+et leurs compatriotes était favorable à ces derniers, l'Autriche et la
+Prusse offriraient leur médiation, ce qui les effraierait. Si la
+France et l'Angleterre faisaient partie de cette médiation, ils
+seraient rassurés; et il me semble que l'Angleterre ne pourrait pas se
+refuser à y entrer avec nous<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184"></a><a href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 9 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185"></a><a href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>,</p>
+
+<p>»Nos conférences ont été reprises aujourd'hui. On s'est occupé de la
+situation dans laquelle se tient toujours la Belgique envers la France
+et envers les autres puissances de l'Europe. On a rendu justice aux
+députés qui sont ici, et qui paraissent animés d'un esprit plus sage
+que ceux qui nous ont été envoyés jusqu'à présent; mais, comme eux,
+ils se trouvent sans pouvoirs et, par là, ne peuvent faire faire aucun
+progrès aux questions relatives à leur pays et qu'il faut enfin
+terminer.</p>
+
+<p>»Il a été convenu, ainsi que vous en exprimiez le désir <span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span> dans
+votre dépêche du 22 avril, que les Belges auraient jusqu'au 1<sup>er</sup>
+juin pour se prononcer définitivement sur les propositions contenues
+dans le protocole numéro 22. Ce délai sera déterminé dans le premier
+protocole qu'arrêtera la conférence.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous adresser, pour le cas où vous ne l'auriez pas
+déjà, l'état des troupes de la Confédération germanique qui doivent
+être employées dans le grand-duché de Luxembourg; elles sont sous le
+commandement du général Hinüber. Il paraît, d'après les nouvelles qui
+sont parvenues ici, que leur marche est lente.</p>
+
+<p>»J'ai vu aujourd'hui le prince Léopold, il ne varie pas dans sa
+résolution; il n'acceptera pas la Belgique, telle qu'elle est définie
+par le congrès, et dans laquelle se trouvent des pays que les Belges
+mêmes n'occupent pas; mais il accepte la Belgique telle qu'elle est
+définie par les cinq puissances, en en séparant la question du
+grand-duché de Luxembourg.</p>
+
+<p>»Le prince a eu de fréquents entretiens avec les députés et leur tient
+toujours le langage le plus convenable et le plus franc. De leur côté,
+ils prennent confiance en lui, et expriment, en toute circonstance, le
+désir de le voir incessamment placé à leur tête, parce qu'ils
+espèrent, seulement alors, que l'ordre pourra renaître dans leur pays;
+mais le prince Léopold ne leur cache pas qu'il ne se déterminera à se
+rendre parmi eux que lorsque les choses seront plus avancées et qu'il
+n'y aura plus surtout d'incertitude sur les résolutions du
+gouvernement provisoire relativement au protocole du 20 janvier. Vous
+voyez que les choses vont encore bien lentement. <i>En général,
+cependant, les membres</i> <span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span> <i>de la conférence sont pressés de finir,
+et tous ont exprimé aujourd'hui ce désir<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186"></a><a href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a></i>...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 10 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187"></a><a href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous transmettre le protocole que la conférence a
+arrêté ce matin et dans lequel vous retrouverez l'esprit des
+protocoles précédents<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188"></a><a href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>. Ce protocole&mdash;l'adhésion bien connue de la
+France aux résolutions prises à Londres,&mdash;l'acceptation du prince
+Léopold, conditionnellement annoncée aux députés belges, s'ils
+adoptent les limites déterminées par le protocole du 20 janvier,&mdash;le
+terme du 1<sup>er</sup> juin qui est fixé pour leur adhésion;&mdash;tout porte à
+croire que la raison se fera enfin entendre en Belgique.</p>
+
+<p>»Dans le cas cependant où les Belges pousseraient les choses à
+l'extrême, il a paru prudent d'engager les deux membres de la
+conférence qui sont en rapport régulier avec la Diète de Francfort, à
+écrire au président de cette assemblée, en lui envoyant textuellement
+ce que nous désirons trouver dans la réponse de M. de Münch. Voici la
+phrase qui sera insérée dans la lettre du président:</p>
+
+<p>»La Confédération ne fait entrer ses troupes dans le <span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span> Luxembourg,
+que pour y rétablir les droits du roi grand-duc et l'empire des
+traités. Agissant dans les intérêts connus et avoués des États
+limitrophes, elle respectera aussi la neutralité de la Belgique, à
+condition que la Belgique elle-même en respectera les principes.»</p>
+
+<p>»Vous voudrez bien remarquer que ces dispositions ne s'appliquent
+qu'au seul cas où, après le 1<sup>er</sup> juin, qui est l'expiration du délai
+accordé aux Belges, la Confédération se verrait obligé de repousser
+par la force ceux qui occupent le territoire qui lui appartient.</p>
+
+<p>»Mon opinion est que la Confédération désire beaucoup ne pas être
+obligée de recourir aux moyens d'exécution, et surtout de ne pas être
+forcée de faire passer le Rhin à ses divers contingents dont elle
+trouve les mouvements fort coûteux...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 12 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189"></a><a href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>,</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10
+de ce mois; elle peint l'état de la Belgique tel qu'il est et que le
+font connaître les informations parvenues ici. Je vous ai mandé, par
+ma lettre du 9, combien les membres de la conférence étaient pressés
+d'en finir; mais ils ont voulu vous donner une marque de
+condescendance, en reculant au 1<sup>er</sup> juin, ainsi que vous l'avez
+désiré, le dernier délai accordé aux Belges.</p>
+
+<p>»La députation belge vient de s'augmenter d'un membre; <span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span> M.
+Devaux<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190"></a><a href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>, qui fait partie du congrès et du conseil des ministres,
+est arrivé ici; mais il n'a pas plus de pouvoirs que ceux qui l'ont
+précédé.</p>
+
+<p>»Le prince Léopold a vu M. Devaux; il lui a dit, ainsi qu'à ses
+collègues qu'il était toujours disposé à accepter leurs offres, mais
+qu'il ne donnerait pas son acceptation tant que l'État belge serait
+vague, incertain; et surtout tant que les Belges ne seraient pas dans
+des rapports de bonne harmonie avec les principales puissances de
+l'Europe.</p>
+
+<p>»... Je crois qu'il serait utile que vous fissiez connaître au général
+Belliard l'état où se trouvent les choses en ce moment, ici, afin
+qu'il use de son influence pour amener les Belges aux moyens
+conciliatoires qui leur sont proposés...»</p>
+
+<p class="p2">Je n'ai rien à ajouter à ces dépêches qui retracent suffisamment les
+entraves que rencontraient nos négociations compliquées. Je tiens
+cependant à faire connaître aussi les impressions qu'on en recevait à
+Paris et les échos qui me venaient de ce côté.</p>
+
+<p>On les trouvera dans les lettres suivantes que je reçus à cette
+époque, et qui, on le remarquera, venaient de personnes assez opposées
+dans leurs idées et dans leurs vues. <span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span></p>
+
+<p>Ainsi, M. Casimir Périer m'écrivait:</p>
+
+<p class="p2 right">«Paris, le 23 avril 1831.</p>
+
+<p>»C'est, mon prince, avec une grande satisfaction que nous avons reçu
+vos dernières dépêches et les deux derniers protocoles que vous nous
+avez envoyés. Dans une conférence que nous avons eue hier, à ce sujet,
+nous avons réussi à les faire approuver. M. le ministre des affaires
+étrangères doit vous transmettre aujourd'hui quelques observations;
+nous serions surtout heureux que vous puissiez prendre en
+considération celle qui est relative aux échanges et obtenir, pour
+elle, l'assentiment de la conférence. Ces arrangements faciliteraient,
+nous le pensons, les négociations sur les affaires de Belgique; et si
+nous apprenions qu'ils ont été favorablement accueillis, nous y
+verrions un heureux acheminement vers une solution définitive que tous
+nos v&oelig;ux appellent. M. le général Belliard va partir avec des
+instructions conformes aux communications que vous fait M. le ministre
+des affaires étrangères; toutefois, il ne doit en faire usage que
+lorsque nous aurons reçu votre réponse à ce sujet.</p>
+
+<p>»La marche de nos affaires intérieures devient plus satisfaisante, et
+le gouvernement s'avance avec plus de succès vers le but qu'il s'est
+proposé. Notre position n'en est pas moins extrêmement grave, et au
+milieu de l'ébranlement général, la paix est une nécessité, non
+seulement pour la France, mais pour la stabilité de tous les États.
+Nous rencontrons des obstacles surtout dans cet esprit de désordre et
+d'innovation qui n'est plus seulement français, et que notre exemple
+paraît avoir rendu européen. Mais, avec de la persévérance, avec le
+maintien de la paix <span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span> pour lequel vous nous secondez si bien, nous
+sortirons de la position difficile où nous avons été placés. Tel est
+notre espoir, et, plus que jamais, nous sentons qu'il y a nécessité et
+devoir à remplir la mission que nous nous sommes imposée...»</p>
+
+<p>Le comte Alexis de Noailles<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191"></a><a href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>, que je puis tenir pour un
+représentant du faubourg Saint-Germain, m'écrivait le 30 avril:</p>
+
+<p class="p2 left5">«Mon prince,</p>
+
+<p>»... Je pars pour mon département, pour assister à la session de mon
+conseil général et aux élections. On en parle fort diversement; mais,
+toutes les idées se modifient chaque jour; les plus alarmés reviennent
+à la pensée qu'en général les élections seront fort modérées. On cite
+même que MM. Demarçay<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192"></a><a href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>, Corcelles<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193"></a><a href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a> et <span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span> Salverte<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194"></a><a href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a> ne
+seront pas réélus à Paris. Le dernier sera toujours réélu; je ne puis
+en douter à cause de son talent, de tous ceux de la gauche, le plus
+redoutable. Pour les autres, leur élection est, en effet, fort
+douteuse.</p>
+
+<p>»Quel sort est le vôtre, mon prince, et quelle glorieuse destinée
+politique a été celle de votre vie! Trois fois, dans les plus grandes
+circonstances, au milieu des menaces les plus prochaines de
+dissolution pour ce pays-ci, vous serez intervenu, dirigeant presque
+seul la barque. Vous l'aurez amenée au port. Cette fois, le service
+est d'autant plus grand que vous avez lutté et agi d'abord contre une
+opinion presque générale. Vous avez ramené à vous, non seulement les
+négociations et les événements, mais encore les opinions. La guerre,
+en ce moment, est en horreur en France. Le gouvernement peut tout dans
+l'intérêt de la paix. Tous les partis sont revenus à cette idée. On
+n'oserait en avouer une autre...»</p>
+
+<p class="p2">Écoutons maintenant le duc de Dalberg:</p>
+
+<p class="p2 right">«Paris, le 3 mai 1831.</p>
+
+<p>»... Le vieux renard du Luxembourg (M. de Sémonville)<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195"></a><a href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a> maintient
+sa prophétie que tout cela n'est pas tenable, et <span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span> l'accompagne de
+tant de réflexions qu'on a quelque peine à ne pas se ranger de son
+avis. Il croit au rappel du petit <i>Aiglon</i> (le duc de Reichstadt) qui
+ne tiendra pas plus, à ce qu'il croit, mais qui laissera le champ
+libre à d'autres combinaisons entre les prétendants.</p>
+
+<p>»J'ai la presque certitude que, pendant que nous menacions l'Autriche
+d'une guerre en Italie, le parti bonapartiste ici, très actif et très
+remuant, avait obtenu des assurances de secours. On tient maintenant
+un tout autre langage envers ce parti.</p>
+
+<p>»Si on exige que les Autrichiens quittent les États du pape, les
+émeutes reprendront sur tous les points. La conduite qu'on tient à
+Parme et à Modène est absurde<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196"></a><a href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p>
+
+<p>»Casimir Périer avance aussi bien qu'il le peut; mais il a plus de
+difficulté <i>au-dessus de lui</i> qu'au-dessous.</p>
+
+<p>»Le rappel du général Guilleminot a fait quelque impression. On
+devrait y mettre Latour-Maubourg<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197"></a><a href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a> qui est à Naples, mais on dit
+que Sébastiani y enverra son frère<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198"></a><a href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>, ce qui ne conviendra qu'à
+cette famille...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">«Paris, le 10 mai 1831.</p>
+
+<p>»... L'esprit de parti qui règne ici et qui augmente par la faiblesse
+du gouvernement, lequel cependant fait ce qu'il peut, rend ce séjour
+de plus en plus odieux.</p>
+
+<p>»Le bonapartisme est à présent la couleur sous laquelle on travaille.
+On s'en sert pour agir sur l'armée et sur les classes inférieures,
+séduites par les succès de ceux qui en sortent pour monter sur des
+trônes et pour être décorés des faveurs de la fortune. Le gouvernement
+a tort de ne pas mieux éclairer l'opinion qu'elle ne l'est, sur le
+régime impérial. Tout le monde se fait bonapartiste, parce que le
+Palais-Royal et <i>sa camarilla</i> n'ont peur et n'ont des égards que pour
+ce parti. Il en résulte qu'il prend de la consistance. Mauguin disait,
+il y a quelques jours, à un homme dont je le tiens: «Il nous faut un
+gouvernement provisoire et une régence au nom du duc de Reichstadt, et
+nous y arriverons.»</p>
+
+<p>»Croyez que si la guerre éclatait en Italie, l'Autriche animerait ces
+intrigues. D'un autre côté, comment comprimerez-vous l'ardeur de
+l'armée que vous avez réunie et celle de la population de la France
+qu'on a si sottement échauffée, en lui parlant des étrangers qui
+veulent marcher sur la France?</p>
+
+<p>»Enfin, à la prochaine session des Chambres, on verra comment tous ces
+éléments de discorde pourront être conjurés...»</p>
+
+<p class="p2">Je terminerai ces citations de lettres par celle, assez longue, que
+m'écrivait Madame Adélaïde d'Orléans, à la date du 11 mai, et qui est
+la plus importante de toutes, ainsi qu'on pourra en juger. <span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Saint-Cloud, le 11 mai 1831.</p>
+
+<p>»C'est bien à regret, mon cher prince, que je suis aussi en retard
+dans ma correspondance avec vous. Mais nous avons été si en mouvement
+pendant plusieurs jours, pour la fête de notre cher roi (qui s'est
+passée comme nous pouvions le désirer), puis à la suite, notre
+établissement ici, qu'il m'a été impossible de trouver, comme je
+l'aurais désiré, un instant pour vous écrire. J'ai eu le plaisir de
+voir hier madame de Dino, et de savoir par elle que vous êtes
+maintenant en parfaite santé et toujours bien occupé de cette
+malheureuse affaire de Belgique que je voudrais bien voir finie. Il me
+paraît, d'après ce que le prince de Cobourg m'écrit, qu'il est bien
+tenté de la chose, mais que l'expérience qu'il a eue de s'être trop
+hâté dans l'affaire de la Grèce l'empêche d'accepter avant que les
+arrangements soient faits, ce que, je vous avoue, je comprends<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199"></a><a href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>.
+Ce qu'il me dit sur l'arrangement du Luxembourg me paraît très
+raisonnable; c'est qu'il serait extrêmement désirable que, pour la
+tranquillité de la France, de l'Allemagne et de la Belgique, on pût
+induire le roi de Hollande à céder ce pays contre ou pour une
+indemnité, et j'aurais bien désiré que cela fût obtenu par
+l'intervention de la France, par vous, si cela eût été possible, ou si
+cela l'est <span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span> encore. Il me semble que cela serait bien et bon pour
+nous; mais, au reste, je raisonne peut-être sur cela comme une ignare
+que je suis en politique. Passez-le-moi, mon cher prince, en me disant
+ce que vous en pensez.</p>
+
+<p>»Je me félicitais de pouvoir vous mander que nous étions parfaitement
+tranquilles, et de fait, nous l'étions jusqu'à hier. Mais à la suite
+d'un repas donné aux chefs de la protestation sur la croix de Juillet,
+il y a eu dans la nuit avant celle-ci des chants, des cris, des
+rassemblements et du désordre<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200"></a><a href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>. Hier, les rassemblements ont été
+dispersés à plusieurs reprises; mais vers le soir, étant devenus plus
+considérables, sur la place Vendôme, après les sommations il y a eu
+une charge de cavalerie qui les a entièrement dissipés. La garde
+nationale et toute la population de Paris sont furieuses de ces
+tentatives de désordres excitées par un petit nombre de mauvais
+sujets. Cela ne présente aucune inquiétude réelle, mais cela est fort
+ennuyeux. J'espère que cette dernière tentative-ci, qui est désavouée
+et désapprouvée généralement, sera la dernière.</p>
+
+<p>»Le roi doit partir lundi prochain, pour faire une tournée en
+Normandie, qui est depuis longtemps demandée et désirée et qui
+produira certainement un très bon effet. Il compte aller à Rouen, au
+Havre et revenir par la ville d'Eu. Son <span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span> projet est d'être de
+retour ici le 26. Pendant ce temps, la reine et moi, nous restons à
+Saint-Cloud avec mes nièces et mes petits-neveux. Nous avons de bonnes
+nouvelles de notre cher petit marin (le prince de Joinville) qui doit
+être en ce moment à Toulon, où il s'embarquera vers le 15. Il ira
+premièrement en Corse, après à Livourne, Naples, la Sicile, Malte et
+Alger, puis à Mahon où il fera sa quarantaine. C'est un beau voyage
+qui, de toute manière, lui sera utile. Il sera de retour dans trois
+mois à peu près.</p>
+
+<p>»Je me réconcilie tout à fait avec le séjour de Saint-Cloud, pour
+lequel, avant d'y venir, je me sentais peu d'attrait. C'est un superbe
+séjour, les environs sont charmants et les promenades bien agréables;
+puis d'anciens souvenirs qui nous sont chers. Je crois que nous y
+resterons à peu près six semaines.</p>
+
+<p>»Adieu, mon cher prince...</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Je viens de lire à mon frère la politique que je vous fais
+dans ma lettre, et je n'en ai point obtenu les compliments que
+j'espérais pourtant un peu. Il m'a dit qu'il ne voulait plus se mêler
+de donner des conseils aux uns et aux autres, depuis qu'il avait
+abandonné à la conférence le soin de s'en débattre, parce qu'il avait
+été un peu fatigué des défiances qu'il avait aperçues et au-dessus
+desquelles il s'était flatté d'être placé; qu'il ne voulait pas en
+donner davantage au prince Léopold, non pas par défaut de confiance ou
+d'amitié pour lui, bien au contraire, mais parce qu'il ne voulait plus
+que ses conseils fussent dénaturés; parce qu'il craignait qu'on y
+cherchât encore autre chose que le sentiment qui les lui dicterait,
+qui n'était autre que son désir et même son impatience de voir
+l'affaire de la Belgique terminée par <span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span> l'établissement d'un
+souverain qui assurera à la fois son indépendance et l'organisation
+d'un gouvernement capable d'y maintenir la paix et le bon ordre.</p>
+
+<p>»Il me dit de vous dire que vous avez surpassé son attente par
+l'habileté et la hardiesse avec lesquelles vous avez amené la
+conférence à <i>fendre</i> le royaume des Pays-Bas et à détacher la
+Belgique de la Hollande, ou plutôt à faire reconnaître leur
+indépendance l'un de l'autre. Mais il croit que, depuis ce grand pas
+fait, l'antipathie que les Belges ont inspirée a faussé l'allure en ce
+point principal, que la difficulté de les manier a fait perdre de vue
+la nécessité d'obtenir d'eux, avant tout, le choix d'un souverain, car
+mon frère me dit qu'il n'a cessé de croire, de dire et de répéter,
+qu'une fois ce choix fait d'une manière qui convînt à l'Europe, aussi
+bien qu'à la France en particulier, tout était fini avec les Belges,
+parce que leur concours était assuré et devenait facile à obtenir pour
+le reste, au lieu qu'en exigeant des Belges d'agir par eux-mêmes, on
+se plongeait dans le dédale des assemblées gouvernantes; on courait
+risque ou de n'obtenir d'eux, comme cela est arrivé, que des choix
+spontanés et inacceptables, ou de voir se prolonger parmi eux l'état
+d'anarchie et d'ingouvernabilité où ils sont encore, et en les jetant
+de plus en plus dans les bras de la propagande et des chimères de la
+guerre et de la république.</p>
+
+<p>»Mon frère me dit qu'il n'a jamais hésité une minute sur le protocole
+du 20 janvier et qu'il n'a cessé de le dire aux Belges de sa propre
+bouche, mais qu'il n'aurait pas voulu retarder le choix du souverain,
+retard que le parti républicain n'a cessé de désirer, parce qu'il
+pensait, qu'une fois le souverain choisi, le parti républicain serait
+battu et qu'il devait être fort égal pour le souverain d'avoir exigé
+d'avance <span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span> l'acceptation du protocole du 20 janvier, ou de l'exiger
+après son élection, car on verrait toujours qu'il l'avait exigé.</p>
+
+<p>»Mais en me permettant de vous transmettre ainsi sa manière de voir
+personnelle, mon frère me dit que c'est une marque de confiance qu'il
+est toujours bien aise de vous donner, et qu'il n'a pas besoin de vous
+recommander de la garder pour vous. Il veut que vous regardiez ceci
+comme une conversation qu'il aurait eue avec vous sur son canapé, et
+nullement comme une communication officielle dont il dit qu'il ne
+voudrait jamais que je fusse l'organe...»</p>
+
+<p class="p2">Je dois m'arrêter au long <i>post-scriptum</i> de cette lettre de Madame
+Adélaïde qui avait été évidemment dicté par le roi. Cela me permettra,
+en rétablissant les faits, de rappeler succinctement le point où était
+parvenue l'affaire hollando-belge et ce qui menaçait de nous mettre
+dans une impasse.</p>
+
+<p>Le congrès belge avait voté une constitution dans laquelle se trouvait
+défini le territoire composant la Belgique, telle que les Belges
+l'entendaient<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201"></a><a href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. Dans cette définition ils avaient compris des
+territoires qui ne leur appartenaient à aucun titre, sous le prétexte
+que les habitants de ces territoires s'étant associés à eux dans leur
+révolution, ils étaient engagés d'honneur à réclamer leur adjonction.
+C'était la constitution ainsi rédigée, que le souverain, élu par eux,
+devait jurer de maintenir en acceptant la royauté. En opposition <span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span>
+à cette constitution, existait le protocole de la conférence du 20
+janvier qui avait déterminé la délimitation du territoire belge
+d'après les traités et les précédents historiques. Le roi de Hollande,
+dépossédé de la Belgique, avait donné, quoique à regret, son
+consentement à la délimitation fixée par la conférence. Voilà où en
+était l'état des choses lorsque dans le congrès belge on avait songé à
+offrir la couronne au prince Léopold. La prudence la plus ordinaire
+commandait clairement à ce prince de n'accepter la couronne qu'après
+que les Belges seraient revenus de leurs prétentions mal fondées. Une
+autre conduite l'aurait placé dans la position la plus fausse et la
+plus périlleuse. En effet, si après avoir accepté la couronne et la
+constitution, il insistait auprès des Belges pour les faire renoncer
+aux territoires qui ne pouvaient pas leur appartenir, il se mettait en
+dehors de la constitution; ou en supposant que les Belges se fussent
+soumis à ses instances, il commençait son règne sous les plus fâcheux
+auspices, parce qu'on lui reprocherait de n'avoir pas obtenu ce qu'on
+espérait obtenir en l'élisant. Si, au contraire, le prince Léopold
+devenu roi, appuyait et soutenait les prétentions mal fondées des
+Belges, il se mettait par là en opposition directe avec les cinq
+puissances représentées par la conférence de Londres, et avec la
+Confédération germanique qui réclamait le grand-duché de Luxembourg.
+Il était donc simple que le roi Léopold refusât d'accepter une
+position aussi compromettante. Ceci répond aux observations du roi
+Louis-Philippe, qu'on a lues dans la lettre citée plus haut de Madame
+Adélaïde.</p>
+
+<p>Il ne sera pas inutile de rappeler encore une fois les faits qui
+concernaient le grand-duché de Luxembourg. On ne doit <span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span> pas perdre
+de vue que ce grand-duché appartenait personnellement au roi de
+Hollande; il lui avait été concédé en 1814, en échange des territoires
+qu'il avait droit, comme prince de la maison de Nassau, de réclamer en
+Allemagne, territoires dont une partie avait été cédée à la Prusse. En
+lui concédant le grand-duché de Luxembourg, on avait stipulé qu'il
+resterait rattaché à la Confédération germanique, à cause de la
+forteresse de Luxembourg qui y était située et qui avait été déclarée
+forteresse fédérale. Le roi de Hollande, alors roi des Pays-Bas, avait
+bien, en effet, pour faciliter son administration, réuni plus tard le
+grand-duché de Luxembourg au royaume des Pays-Bas; mais cette réunion
+n'était pas complète, puisqu'il restait, comme grand-duc de
+Luxembourg, membre de la Confédération germanique et, en cette
+qualité, obligé de fournir à l'armée fédérale un contingent militaire
+tiré du grand-duché même.</p>
+
+<p>La France, quoi qu'on en dît à Paris, n'avait qu'un intérêt très
+secondaire dans toutes ces questions. L'immense avantage qu'elle avait
+acquis par la dissolution du royaume des Pays-Bas, par la déclaration
+d'indépendance et de neutralité de la Belgique, et subsidiairement,
+par la démolition d'un certain nombre de forteresses belges<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202"></a><a href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>, cet
+avantage lui était acquis, et elle l'avait obtenu sans guerre.
+Pouvait-il lui convenir de s'exposer à la guerre, pour assurer aux
+Belges une frontière plus ou moins bien limitée? Évidemment non. Aussi
+je ne m'embarrassais guère des déclarations venant de Bruxelles ou de
+Paris à ce sujet, et je poursuivis mon plan, de faire régler, aussi
+équitablement que possible, les <span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span> affaires de la Belgique par la
+conférence. On avait heureusement fini par comprendre à Paris que le
+prince Léopold était de tous les prétendants celui qui offrait les
+meilleures garanties, et cela facilita ma tâche qui devait rester
+assez laborieuse encore pendant quelques mois.</p>
+
+<p>Avant de reprendre la suite de mes dépêches, je dois faire mention
+d'un fait sans grande importance, mais qui donna lieu à de ridicules
+commentaires dans certains journaux et sur lequel je suis bien aise de
+rétablir la vérité en ce qui me concerne. On sait que la duchesse de
+Saint-Leu<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203"></a><a href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>, après avoir perdu son fils aîné à Florence à la suite
+des troubles dans les États du pape auxquels il avait pris part, se
+rendit incognito à Paris, accompagnée du second de ses fils, le prince
+Louis Napoléon. Elle se trouva dans la nécessité de faire connaître au
+roi et à M. Casimir Périer sa présence dans la capitale, où on toléra
+son séjour jusqu'à ce que son fils, qui se disait malade, fût en état
+de se remettre en route. De Paris, elle se rendit à Londres et le
+gouvernement du roi m'informa de son arrivée, en me communiquant les
+détails de son séjour à Paris. Elle me fit témoigner le désir de me
+voir; mais je jugeai qu'il était plus convenable d'éviter une entrevue
+avec elle, et je priai ma nièce, madame de Dino, de passer chez elle,
+et de savoir en quoi je pouvais lui être utile. Elle voulait un
+passeport pour retraverser la France avec son fils et se rendre en
+Suisse où elle possédait une habitation. Je transmis sa demande à
+Paris, où après quelque hésitation, on se décida à me donner
+l'autorisation de lui donner un <span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span> passeport, ce que je m'empressai
+de faire. Je n'aurais éprouvé aucun embarras à la voir, si cela avait
+eu quelque utilité pour elle; j'avais rencontré dans le monde à
+Londres, les deux frères de l'empereur Napoléon, Lucien et Joseph
+Bonaparte, et j'avais eu pour eux les égards que j'aurai toujours pour
+les membres de cette famille. Si je crois maintenant, comme en 1814,
+la politique napoléonienne dangereuse pour mon pays, je ne puis
+oublier ce que je dois à l'empereur Napoléon, et c'est une raison
+suffisante pour témoigner toujours aux membres de sa famille un
+intérêt fondé sur ma reconnaissance, mais qui ne peut exercer
+d'influence sur mes sentiments politiques.</p>
+
+<p>Voici, au reste, la lettre que madame la duchesse de Saint-Leu
+m'écrivit, à l'occasion de ses passeports, et qui confirme ce que je
+viens de dire:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LA DUCHESSE DE SAINT-LEU AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Tunbridge-wells, 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Prince,</p>
+
+<p>»Je suis autorisée à vous demander un passeport pour madame la
+comtesse d'Arenenberg (c'était le nom de sa possession en Suisse) et
+sa suite. Si vous croyez que les personnes qui composent cette suite
+doivent être désignées, vous pouvez ajouter: son fils, mademoiselle
+Masuyer, deux domestiques et une femme de chambre.</p>
+
+<p>»Je désire que mon passeport soit donné simplement pour la Suisse,
+dont je compte prendre la route les derniers jours de ce mois. Je suis
+fort aise de trouver cette occasion de vous remercier, prince, de
+l'obligeance que vous avez bien voulu me montrer dans cette
+circonstance. Je suis fâchée de <span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span> n'avoir pas vu madame la duchesse
+de Dino avant mon départ. Veuillez lui en exprimer tous mes regrets et
+recevoir, ainsi qu'elle, l'expression de mes sentiments.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»HORTENSE.»</span></p>
+
+<p>Reprenons la suite de mes dépêches<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204"></a><a href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»... On n'a pas attaché ici plus d'importance qu'ils ne devaient en
+avoir aux derniers mouvements de Paris; au contraire, on a remarqué la
+hausse continue des fonds publics. Cependant, il est bien à désirer
+que des scènes semblables ne viennent plus fixer sur nous l'attention
+des puissances étrangères.</p>
+
+<p>»Les journaux anglais annoncent aujourd'hui que le gouvernement de dom
+Miguel a accédé à toutes les demandes que le commandant des forces
+britanniques lui a adressées, et ils ajoutent que, probablement, il
+réclamera les bons offices de l'Angleterre pour régler ses différends
+avec nous. Il ne m'a encore été fait aucune communication qui puisse
+justifier cette allégation.</p>
+
+<p>»Lord Ponsonby est arrivé hier à Londres et m'a apporté une lettre du
+général Belliard qui m'informe de l'espèce d'impossibilité où ils se
+trouvaient tous deux de donner suite aux résolutions de la conférence,
+vu que le gouvernement de Bruxelles n'osait rien mettre en
+délibération à ce sujet. Cet<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span>
+état de choses devient de plus en plus critique, et il exige des
+mesures fortes, car l'on peut remarquer que plus on accorde de délais
+aux Belges, plus leur position s'aggrave. La conférence va prendre
+connaissance de l'exposé qu'aura fait lord Ponsonby à son
+gouvernement. De mon côté, je lui communiquerai les informations que
+m'a transmises le général Belliard, et nous chercherons quelles sont
+les mesures applicables à cet état de choses.</p>
+
+<p>»Les informations que l'on a, à Londres, sur les affaires de Bruxelles
+annoncent que des Français ont pris une part très active aux derniers
+troubles; que, sur dix-sept personnes arrêtées, douze se trouvaient
+appartenir à la France et que, sur l'une d'elles, on a saisi des
+valeurs pour une somme de vingt-deux mille francs. On ajoute que
+l'association de Paris correspond activement avec l'association de
+Bruxelles et lui fournit des armes et de l'argent. Je dois appeler
+votre attention sur ces bruits qui se répandent assez généralement.</p>
+
+<p>»J'ai vu hier, quelques heures avant leur départ, les trois députés
+belges qui étaient encore à Londres. J'ai renouvelé auprès d'eux
+toutes mes instances pour qu'ils emploient ce qu'ils ont d'influence à
+Bruxelles, afin de bien faire apprécier aux Belges leur position. J'ai
+discuté quelques objections qu'ils ont encore présentées sur les
+considérations d'honneur national que ne leur permettent pas
+d'abandonner le Luxembourg et de renoncer à la possession à venir de
+Maëstricht. Je leur ai dit qu'il ne fallait pas appliquer les idées
+d'honneur national à des territoires qui n'avaient jamais fait partie
+de leur pays; qu'il fallait, avant tout, entrer dans la société
+européenne et traiter ensuite les questions qui les occupaient, les
+unes après les autres, en raison de leur degré d'importance. Enfin,
+j'ai <span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span> tout employé pour leur donner de bonnes impressions et des
+idées sages qu'ils pussent transmettre à Bruxelles, mais je les ai
+trouvés assez découragés et fort inquiets sur le sort à venir de leur
+pays...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 18 mai 1831.</p>
+
+<p>»... Nous avons eu hier une conférence pour nous occuper de la
+situation de la Belgique et pour entendre l'exposé que lord Ponsonby
+avait à faire. Ayant reçu quelques heures auparavant votre dépêche du
+15, je m'étais rendu à cette conférence avec un vif désir de faire
+prévaloir les idées de conciliation que lord Ponsonby devait
+présenter. Vous verrez par ma réponse au général Belliard, à qui je
+donne beaucoup de détails sur les résultats de cette conférence, que
+l'on promet aux Belges d'entamer relativement à la cession du
+Luxembourg une négociation avec le roi de Hollande, mais qu'en même
+temps on leur fait bien sentir que toute agression sur le territoire
+de ce souverain serait repoussée par les moyens dont les puissances
+peuvent disposer.</p>
+
+<p>»Nous espérons qu'un langage aussi bienveillant et aussi positif
+pourra produire un bon effet à Bruxelles. Les autres membres de la
+conférence ont écrit dans le même sens.</p>
+
+<p>»Lord Ponsonby partira probablement ce soir, après avoir vu M. de
+Zuylen qui vient d'arriver ici; il est chargé par la cour de La Haye,
+de représenter la nécessité de faire exécuter par les Belges les
+conditions de la séparation de leur pays avec la Hollande. On
+s'inquiète, à La Haye, des délais que les Belges ont obtenus; on
+voudrait voir concerter les mesures qui seront la suite de leur refus;
+enfin, le gouvernement hollandais se plaint de quelques agressions
+partielles du côté <span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span> d'Anvers, auprès de Luxembourg, etc.; vous
+trouverez sans doute des informations plus détaillées dans une dépêche
+que M. de Mareuil<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205"></a><a href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a> vous adresse de La Haye et que j'ai l'honneur
+de vous transmettre...</p>
+
+<p>»Les membres de la conférence pour les affaires de Grèce<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206"></a><a href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a> ont
+appris avec beaucoup de reconnaissance la mesure prise par le
+gouvernement du roi pour que cinq cents hommes de la brigade du
+général Schneider<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207"></a><a href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a> portassent des secours au gouvernement du comte
+Capo d'Istria. Ils m'ont chargé de vous exprimer leur gratitude pour
+cette disposition...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 19 mai 1831.</p>
+
+<p>»L'arrivée de M. de Zuylen, qui paraît avoir la confiance particulière
+du roi de Hollande pour la question belge, retarde de deux jours le
+départ de lord Ponsonby. J'aurai l'honneur de vous rendre compte, par
+le premier courrier, du résultat des entretiens qu'ils doivent avoir
+aujourd'hui et demain.»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 20 mai 1831.</p>
+
+<p>»... L'exposé que lord Ponsonby nous a fait de la situation <span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span> de la
+Belgique, de la faiblesse de son gouvernement et de l'anarchie à
+laquelle ce pays est livré, n'a pas besoin de vous être retracé, car
+vous l'avez parfaitement jugé en me faisant l'honneur de me mander,
+par votre dépêche du 15, que tout annonçait que la voix de la raison
+ne serait pas écoutée à Bruxelles. Le gouvernement du roi a pensé que
+cet état de choses exigeait encore de sa part des ménagements, et j'ai
+reçu l'ordre de chercher à prévenir l'emploi de la force et le
+renouvellement des hostilités. Je m'y suis conformé et vous avez vu,
+par ma dépêche numéro 143<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208"></a><a href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>, que la conférence avait fait une
+concession marquée aux idées que vous désiriez faire prévaloir
+puisqu'elle a promis aux Belges d'ouvrir une négociation avec le roi
+de Hollande afin d'arriver, s'il se peut, à un arrangement pour le
+Luxembourg. Cependant, je ne dois pas vous cacher que les membres de
+la conférence pensent qu'une semblable concession, au lieu d'aplanir
+les difficultés, les rendra peut-être plus grandes encore en
+fournissant aux Belges et à leurs folles espérances un nouveau motif
+d'encouragement. Mais ils ont voulu donner encore une preuve de
+déférence pour le gouvernement de Sa Majesté et de leurs sentiments de
+conciliation.</p>
+
+<p>»Si cette concession n'est pas convenablement appréciée par les
+Belges, si elle ne les porte pas à accéder aux justes demandes qu'on
+leur fait depuis plus de cinq mois; si, au contraire, elle les engage
+à persister encore plus dans leur système de résistance aux
+puissances, je vous avoue que, dans ce cas qu'elle a déjà prévu, la
+conférence penserait<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209"></a><a href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a> qu'elle a <span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span> épuisé tous les moyens de
+conciliation. Le gouvernement du roi aurait alors à me transmettre de
+nouvelles instructions...</p>
+
+<p>»M. de Zuylen n'a pas de pouvoirs qui lui permettent d'avancer en
+aucune manière les affaires qui nous occupent. Il déclare que son
+souverain, ayant à craindre une agression de la part des Belges, s'est
+mis en mesure de la repousser.</p>
+
+<p>»Lord Ponsonby est toujours à Londres; il se rendra demain à
+Claremont, afin de voir le prince Léopold. J'ai lieu de croire que le
+gouvernement anglais a l'intention de faciliter à ce prince les moyens
+d'accepter la couronne de Belgique; mais je ne pense pas qu'il
+réussisse, parce que le prince Léopold n'est pas dans la disposition
+d'accepter quelque chose d'incertain...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 22 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Ma dépêche numéro 143 vous a fait connaître la concession que la
+conférence était disposée à faire aux Belges, relativement au
+grand-duché de Luxembourg. Depuis, on s'est occupé avec soin des
+moyens à prendre pour faciliter au prince Léopold, l'acceptation du
+trône de Belgique. Ce prince a vu plusieurs membres de la conférence,
+et il leur a donné de nouvelles preuves de son désir d'accepter.</p>
+
+<p>»Nous nous sommes réunis hier, et nous avons arrêté le protocole
+numéro 24, dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210"></a><a href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>.
+ <span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span></p>
+
+<p>»Vous verrez que le nom du prince Léopold de Saxe-Cobourg est placé
+dans ce protocole, de manière à montrer aux Belges que si, comme on a
+lieu de le supposer, leur choix se porte sur ce prince, les puissances
+y donneront leur assentiment. Je vous prie aussi de vouloir bien
+remarquer que ce protocole est signé par les deux plénipotentiaires du
+gouvernement russe qui, jusqu'ici, à cause de ses sentiments
+d'affection pour la maison d'Orange, avait fait des objections au
+choix du prince Léopold; et que, par conséquent, il se trouve
+maintenant avoir donné son adhésion à ce choix.</p>
+
+<p>»Il est aujourd'hui nécessaire que le gouvernement du roi emploie
+toute l'influence qu'il peut avoir à Bruxelles, afin de déterminer les
+Belges à accéder à des dispositions si bienveillantes.</p>
+
+<p>»Vous verrez aussi que l'action de la Confédération germanique est
+maintenant ajournée et subordonnée à la négociation avec la Hollande,
+ce qui deviendra un motif de tranquillité pour tout le monde.</p>
+
+<p>»Depuis quelque temps la question belge semblait ne présenter aucune
+issue<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211"></a><a href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>; elle me paraît aujourd'hui en offrir une qui, j'espère,
+pourra nous conduire<a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212"></a><a href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a> au but que nous nous <span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span> sommes proposé. Je
+m'en félicite d'autant plus que rarement j'ai eu à traiter une affaire
+aussi difficile et qui ait exigé autant de soins. Je fais des v&oelig;ux
+sincères pour que les négociations auxquelles j'ai pris part
+obtiennent tout le succès qu'on en peut espérer; je n'aurai, du moins,
+rien négligé dans l'intérêt de la France et du maintien de la paix.</p>
+
+<p>»Lord Ponsonby partira aujourd'hui pour Bruxelles...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 24 mai 1831.</p>
+
+<p>»... Vous m'avez fait l'honneur de me mander le 21 de ce mois, que le
+gouvernement du roi avait appris avec satisfaction que la conférence
+s'était attachée au projet d'entamer une négociation relativement à la
+cession du Luxembourg à la Belgique. Vous aurez vu par le protocole
+numéro 24, joint à ma dépêche du 22, la suite qui a été donnée à cette
+idée qui devient un moyen d'avancer les affaires des Belges s'ils
+savent l'apprécier et en profiter en temps convenable.</p>
+
+<p>»Il ne serait pas entièrement exact, monsieur le comte, d'attribuer
+seulement à lord Ponsonby et à l'impression qu'il a produite sur la
+conférence l'adoption de la mesure à laquelle elle vient de s'arrêter:
+la lettre que j'avais reçue de M. le général Belliard et que j'ai
+communiquée à la conférence a produit beaucoup plus d'effet que
+l'exposé de lord Ponsonby; j'en ai pour preuve l'attention avec
+laquelle elle a été écoutée; et la demande que m'a faite lord
+Palmerston d'en donner une seconde lecture. Quelles que soient au
+surplus les circonstances qui ont agi sur l'esprit des
+plénipotentiaires, et quels que soient les moyens qui ont été
+employés, je crois que nous avons d'autant plus à nous féliciter de la
+<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span> décision qui a été prise que je n'aurais peut-être pas espéré
+l'obtenir la veille de la conférence, même quelques heures auparavant.
+Je pense, au reste, que la lassitude, comme le besoin de finir, ont pu
+y contribuer.</p>
+
+<p>»Je n'ai jamais compris que les rapports qui pourront subsister encore
+entre le grand-duché de Luxembourg et la Confédération germanique
+s'appliquassent<a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213"></a><a href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a> à autre chose qu'à la forteresse, car il serait
+impossible que la Belgique étant neutre, sa neutralité ne s'étendît
+pas au territoire du grand-duché de Luxembourg, comme aux autres
+acquisitions qu'elle pourrait faire par la suite.</p>
+
+<p>»J'ai eu l'honneur de voir ce matin le prince Léopold. Il m'a annoncé
+le départ de lord Ponsonby, dont je me suis assuré depuis. Ainsi,
+l'affaire de Belgique marche maintenant vers une solution à laquelle
+on pourrait facilement arriver, si on voulait sainement apprécier à
+Bruxelles toute la condescendance que les puissances, dont la
+conférence est l'organe, viennent de montrer aux Belges; car il est
+impossible de ne pas reconnaître que leur gouvernement a maintenant de
+justes motifs d'être satisfait, et des moyens de répondre aux
+exigences des factieux qui l'entourent. Enfin, les points principaux
+de difficultés sont aplanis et il ne reste plus que des conséquences à
+régler. Néanmoins, le prince Léopold sent, comme moi, que nous ne
+sommes pas encore sortis de la crise, et nous avons calculé qu'elle se
+prolongerait probablement jusqu'à mardi de la semaine prochaine, 31
+mai, veille du jour où expire le délai qui a été donné aux Belges pour
+faire connaître leur décision définitive. <span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span></p>
+
+<p>»L'entretien que j'ai eu avec le prince Léopold m'a encore fourni de
+nouvelles preuves de sa résolution d'accepter la souveraineté de la
+Belgique, résolution qui est toujours calculée sur le cas où les
+Belges accepteraient les bases fixées par le protocole du 20 janvier;
+dans l'hypothèse contraire, le prince ne se regarde pas comme
+engagé...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 25 mai 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Il n'est pas douteux que le roi de Hollande espérait que, la
+résistance des Belges ayant enfin lassé la patience des puissances, il
+allait se présenter pour lui des chances de guerre qu'il aurait
+avidement saisies. J'ai eu l'honneur de vous mander que M. de Zuylen
+était arrivé ici afin de représenter au gouvernement anglais et à la
+conférence les considérations qui pouvaient les déterminer à recourir
+aux moyens de rigueur.</p>
+
+<p>»Les idées de conciliation ayant, au contraire, prévalu, et le
+protocole numéro 24 ayant été adopté, les espérances de guerre,
+nourries par la Hollande, doivent être affaiblies; mais, d'un autre
+côté, nous avons à craindre qu'elle n'admette pas, sans beaucoup de
+difficultés, l'idée d'entrer en négociation pour la cession du
+Luxembourg. C'est pour bien fixer son opinion sur la nécessité de
+cette transaction, et afin de diminuer autant que possible, les
+embarras de cette affaire que, depuis l'adoption du protocole numéro
+24, et depuis le départ de lord Ponsonby, j'ai, ainsi que quelques
+membres de la conférence, recherché plus particulièrement les
+ministres hollandais qui sont à Londres. <span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span> Nous leur témoignons le
+désir qu'ils expriment aussi, de voir le roi de Hollande, libre de
+toute inquiétude extérieure, pouvant se livrer tout entier à
+l'administration de ses États; nous ajoutons que l'intérêt général et
+le sien, qui ne peut en être séparé, semblent exiger qu'il se prête à
+la négociation qui s'ouvrira avec lui, dès que les Belges auront
+acquiescé aux propositions qu'on vient de leur faire, et aussitôt
+qu'ils auront fait choix d'un souverain.</p>
+
+<p>»Nous leur représentons aussi que le Luxembourg est un pays éloigné
+des autres États hollandais, mal disposé pour entrer sous l'autorité
+du roi Guillaume; que moins ils auront de points de contact avec les
+Belges, moins il s'élèvera entre eux de sujets de discussion; qu'un
+capital considérable, ou un revenu bien calculé, peuvent présenter de
+grands avantages pour un administrateur aussi éclairé que le roi de
+Hollande. Enfin, nous ne négligeons aucun raisonnement, bon ou
+mauvais, pour leur faire adopter notre opinion sur l'utilité d'une
+transaction à laquelle nos gouvernements attachent la plus grande
+importance, puisqu'elle devient le moyen, et peut-être le seul moyen
+de faire les affaires de la Belgique.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous envoyer copie d'une note qu'un agent belge,
+nommé Michiels<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214"></a><a href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>, résidant à Francfort, où il a pris un
+établissement, a remise au président de la Diète qui l'a communiquée à
+des membres de la conférence. On sait ici, par Francfort, que cet
+agent est en correspondance <span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span> avec M. Lebeau<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215"></a><a href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>, ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles. Vous verrez, par la lecture de cette
+pièce, que l'on serait autorisé à croire que le gouvernement belge
+désire s'unir intimement à la Confédération germanique, et qu'il met
+ses rapports avec l'Allemagne, bien au-dessus de ses relations avec la
+France. J'ai pensé que le gouvernement du roi, pourrait trouver dans
+ce document des indices utiles à recueillir...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 26 mai 1831.</p>
+
+<p>»Dans un moment où vous désirez sans doute recevoir de fréquentes
+informations sur tout ce qui se rattache aux affaires de Belgique qui
+approchent d'une décision, je ne veux pas rester un seul jour sans
+avoir l'honneur de vous écrire, lors même que je n'aurais que très peu
+de chose à vous mander...</p>
+
+<p>»... M. Van Praet<a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216"></a><a href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>, qui faisait partie de la dernière députation
+<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span> belge, et qui est resté ici, sort de chez moi. L'exposé qu'il m'a
+fait de l'état de son pays est des plus inquiétants, et se réduit à
+ceci:&mdash;c'est que le gouvernement est sans force, sans autorité et
+n'est maître de rien. Il m'a dit qu'un grand nombre de Français se
+trouvaient parmi les volontaires et qu'ils recevaient de l'argent
+d'une maison de banque de Paris, qui dispose, à ce qu'il paraît, de
+fonds considérables. Ce fait est consigné dans une lettre que M. Van
+Praet a reçue de son gouvernement et que j'ai lue. Le banquier n'y est
+pas nommé, mais M. le général Belliard pourrait se procurer des
+éclaircissements à cet égard. Cette circonstance est grave et mérite
+de fixer l'attention du gouvernement du roi.</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 29 mai 1831.</p>
+
+<p>»... J'ai reçu de M. le général Belliard plusieurs lettres relatives à
+la situation des affaires de Belgique, dont il m'annonce qu'il a
+l'honneur de vous envoyer des copies; celle qui a suivi l'arrivée de
+lord Ponsonby à Bruxelles donnait beaucoup d'inquiétude sur l'accueil
+qui serait fait aux propositions contenues dans le protocole du 20
+mai. Cependant, une lettre du 27, qui m'est parvenue ce matin, fait
+concevoir plus d'espérance; vous avez dû en recevoir une copie.</p>
+
+<p>»La conférence s'est réunie aujourd'hui pour prendre connaissance de
+ces informations, ainsi que d'une dépêche de lord Ponsonby, qui est
+également arrivée ce matin. Elle a eu à examiner si, pour accélérer
+l'arrangement des affaires de Belgique, il y avait lieu de faire
+encore quelques concessions aux Belges, ainsi que ces rapports
+cherchaient à en faire sentir la nécessité; ces concessions auraient
+été relatives à <span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span> des territoires que les Belges n'ont jamais
+possédés à aucun titre, et qu'ils ne possèdent même pas encore.</p>
+
+<p>»La conférence a décidé qu'elle ne pouvait rien ajouter aux
+dispositions qu'elle avait arrêtées par le dernier protocole, et que,
+dans le cas où les Belges n'auraient pas adhéré le 1<sup>er</sup> juin aux
+bases du protocole du 20 janvier, lord Ponsonby aurait à quitter
+Bruxelles, conformément aux instructions qui lui ont été données à ce
+sujet.</p>
+
+<p>»Je me suis empressé de faire part du résultat de cette conférence au
+général Belliard, en lui expédiant sur-le-champ M. le colonel
+Repecaud, qui était arrivé hier ici en courrier. J'ai l'honneur de
+vous envoyer copie de ma lettre, afin que vous puissiez juger des
+considérations que la conférence désire faire valoir à Bruxelles. Vous
+voudrez bien remarquer que j'engage M. le général Belliard à revoir
+les instructions que vous lui avez données lorsqu'il se trouvait
+encore à Paris, et qui s'appliquent au cas où les Belges refuseraient
+d'accéder aux bases du protocole du 20 janvier.»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 31 mai 1831.</p>
+
+<p>»On a reçu ici des nouvelles de La Haye, mais elles sont arrivées trop
+tard pour que j'aie pu vous en donner connaissance par le courrier
+d'hier.</p>
+
+<p>»Le roi de Hollande, en apprenant les dernières résolutions de la
+conférence et le projet de cession du grand-duché de Luxembourg,
+moyennant des compensations, a montré un grand mécontentement et une
+volonté assez prononcée de ne pas y souscrire.</p>
+
+<p>»Il fait remarquer, qu'ayant témoigné une grande déférence <span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span> pour
+les décisions des puissances, en adhérant le premier, et il y a
+plusieurs mois, aux bases de la séparation, les Belges devraient se
+placer, sous ce rapport, dans une position analogue à la sienne; il se
+croit donc fondé à demander que les protocoles, devenus obligatoires
+pour lui, soient enfin exécutés par les Belges, et jusqu'à ce qu'ils
+soient rentrés dans leurs limites et se soient soumis aux conditions
+de la séparation, le roi ne pense pas qu'on puisse lui proposer<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217"></a><a href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>
+aucun échange de territoire, ni aucun arrangement pour le Luxembourg.
+Il ne voit même pas quels sont les moyens de compensation qu'on
+pourrait lui offrir pour le grand-duché.</p>
+
+<p>»Ces informations sont de nature à nous faire penser que nous
+éprouverons des obstacles à La Haye, mais je ne doute pas que nous ne
+parvenions à les surmonter, si les Belges adhèrent aux bases de la
+séparation. Il serait bon, je crois, que notre légation à La Haye
+cherchât à vaincre l'opiniâtreté du roi de Hollande, disposition qui
+est encore augmentée dans les circonstances actuelles par l'irritation
+que lui cause la perte de quatre millions de sujets, par
+l'affaiblissement de sa consistance politique en Europe, et enfin par
+l'observation qu'il peut faire que, malgré les pertes qu'il a
+éprouvées, il a adhéré aux bases de la séparation, tandis que ceux qui
+recueillent tous les avantages font de continuelles difficultés pour
+les accepter.</p>
+
+<p>»Nous devons<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218"></a><a href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> mettre d'autant plus d'instance à nos démarches
+auprès du roi de Hollande, que nous ne pouvons <span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span> pas douter qu'il
+ait la volonté de faire la guerre, si les Belges lui fournissent assez
+de motifs pour que l'agression ne puisse pas lui être reprochée.</p>
+
+<p>»Vous avez des données sur les forces militaires de la Hollande;
+celles de terre montent à environ soixante mille hommes, <i>sans y
+comprendre les milices</i><a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219"></a><a href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>, et celles de mer sont très imposantes;
+car, outre quatorze bâtiments de guerre qui composent la croisière
+devant Anvers, il y a encore dans ces parages environ trois cents
+bouches à feu. On connaît ici le courage et l'impétuosité des Belges,
+mais on pense que leurs ressources militaires sont bien inférieures à
+celles de la Hollande. A la vérité, l'état des finances de ce royaume
+ne permettra pas de maintenir longtemps sur le pied de guerre des
+forces aussi considérables; mais c'est un motif de plus pour que les
+Hollandais souhaitent de voir s'engager promptement des hostilités...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 3 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 31
+mai, relativement à la lettre que lord Ponsonby, à son arrivée à
+Bruxelles, a adressée au ministre des affaires étrangères de
+Belgique<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220"></a><a href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span></p>
+
+<p>»Vous avez trop d'expérience des affaires, monsieur le comte, pour
+avoir pensé un moment que cette lettre pût être attribuée à la
+conférence, et je ne saurais croire que vous eussiez sérieusement
+exprimé quelque doute sur la part que j'aurais pu prendre à sa
+rédaction. Cette lettre n'a pas été préparée à Londres, et
+certainement, elle n'est pas de la conférence; pour s'en convaincre,
+il suffit d'une simple lecture; d'ailleurs, la conférence n'aurait pas
+pu dire ce que lord Ponsonby a écrit à M. Lebeau sur les changements
+qui, dans l'espace d'une seule semaine, se sont opérés dans ses
+dispositions, relativement au grand-duché de Luxembourg. Au surplus,
+lord Ponsonby annonce lui-même que sa lettre a été écrite avec
+beaucoup de précipitation, ce qui prouve encore qu'elle ne lui a pas
+été remise avant son départ de Londres.</p>
+
+<p>»Il aurait été dans les formes que M. le général Belliard en prît
+communication avant qu'elle fût adressée au gouvernement belge, et la
+manière dont lord Ponsonby s'était exprimé ici sur le général Belliard
+ne faisait pas prévoir qu'une telle omission pût avoir lieu; cependant
+elle peut jusqu'à un certain point s'expliquer, parce que cette lettre
+était une <i>lettre particulière</i>.</p>
+
+<p>»Nous voyons, par les informations qui parviennent ici de <span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span>
+Bruxelles et que M. le général Belliard rend plus précises et plus
+intéressantes par les lettres qu'il veut bien m'écrire, que le prince
+Léopold est au moment d'être élu souverain de la Belgique, mais que le
+congrès mettra à son élection les mêmes conditions qu'à celle de M. le
+duc de Nemours; qu'en outre, s'il donne une sorte d'adhésion aux bases
+de la séparation, ce ne sera que d'une manière très indirecte, et sans
+prononcer le mot de protocole; enfin, que le congrès ne renonce pas à
+ses prétentions sur Venloo, Maëstricht, et sur le Limbourg.</p>
+
+<p>»Il est à craindre qu'en suivant cette marche, les Belges ne
+s'écartent du but qu'ils veulent atteindre et qu'ils n'éprouvent de
+grandes difficultés pour déterminer le prince Léopold à accepter la
+couronne qu'ils ont l'intention de lui offrir; on peut avoir cette
+opinion d'après les réponses qu'il a faites aux députés qui sont venus
+à Londres.</p>
+
+<p>»Au reste, il n'y a de difficultés sérieuses que pour Maëstricht et
+Venloo; car si, comme les Belges l'annoncent, ils étaient possesseurs
+avant 1790 des cinq sixièmes du Limbourg, et si cinquante-quatre
+communes disséminées dans cette province seulement appartenaient à la
+Hollande, ce sont des faits que pourront facilement vérifier les
+commissaires démarcateurs. Il semble que des droits aussi bien établis
+qu'ils paraissent l'être aux yeux des Belges, ne devraient pas arrêter
+leur adhésion aux bases de la séparation, d'autant plus que le
+protocole du 20 janvier pose un principe d'échange qui s'appliquera
+nécessairement aux communes hollandaises qui forment des enclaves.
+<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span></p>
+
+<p>»Quant à l'idée de placer dans Maëstricht une garnison mixte ou une
+garnison étrangère, je ne pense pas qu'elle soit jamais adoptée. La
+prétention de souveraineté de la Belgique sur Maëstricht est bien
+nouvelle; celle de la Hollande bien ancienne, car elle date du traité
+de Munster<a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221"></a><a href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>; et il y aurait d'ailleurs de graves inconvénients à
+mettre des troupes hanovriennes dans cette place, comme M. le général
+Belliard l'avait proposé.</p>
+
+<p>»Ainsi, monsieur le comte, les affaires de la Belgique présentent
+toujours des difficultés sérieuses. Cependant la majorité qui se
+prononce dans le congrès en faveur du prince Léopold, annonce qu'on
+sent en Belgique le besoin de faire cesser l'état pénible où se trouve
+le pays; mais l'obstination des Belges à ne pas adhérer ouvertement
+aux bases de la séparation et à ne céder sur aucune de leurs
+prétentions peut amener les fâcheux résultats que nous avons depuis
+longtemps cherché à prévenir. Je suis porté à croire que les mesures
+indiquées à la fin de votre dépêche, combinées avec le départ de lord
+Ponsonby et le rappel de M. le général Belliard, pourront être la
+meilleure voie à suivre pour sortir d'une situation si fatigante et si
+opposée aux vues conciliantes et pacifiques des principaux États de
+l'Europe.</p>
+
+<p>»Telle est l'opinion qu'expriment les membres de la conférence que
+j'ai vus en particulier, en l'absence des ministres qui sont aux
+courses d'Ascott...»<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 4 juin 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2
+de ce mois; elle montre combien le gouvernement du roi s'attache à
+observer avec ponctualité les dispositions adoptées par la conférence
+relativement aux affaires de Belgique. Je mettrai ici beaucoup de soin
+à faire envisager la prolongation de délai accordée aux Belges, par le
+général Belliard, comme une détermination qui lui est purement
+personnelle. Je dois supposer qu'il se sera concerté sur ce point avec
+lord Ponsonby, puisque ses instructions le lui prescrivaient.
+Cependant, j'ai quelque inquiétude à cet égard parce que le général
+Belliard, en m'annonçant qu'il prenait sur lui de retarder jusqu'au 10
+de ce mois, le délai qui était fixé au 1<sup>er</sup>, ajoutait: «Je pense que
+lord Ponsonby sera de mon avis.»</p>
+
+<p>»Je suis fâché du retard qu'on a mis à l'exécution des ordres que vous
+et la conférence aviez donnés, parce que cela nous prive de l'effet
+probable qui aurait été produit par le départ des agents français et
+anglais. Les réflexions que leur éloignement aurait fait faire aux
+Belges auraient pu contribuer à les faire rentrer dans leurs vrais
+intérêts au lieu qu'aujourd'hui ils croiront plus difficilement aux
+menaces...</p>
+
+<p>»On vient de recevoir ici des nouvelles de Lisbonne à la date du 26
+mai; je vous les transmets parce qu'il serait possible que le bateau à
+vapeur qui les a apportées à Portsmouth ne fût pas chargé de dépêches
+pour votre département ou pour celui de la marine. <span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span> »L'escadre
+française a pris trois bâtiments portugais; le commandant a fait
+prévenir le commerce par l'intermédiaire de M. Hoppner, consul
+anglais, qu'il n'avait pas l'ordre de bloquer Lisbonne, mais qu'il
+exercerait des représailles envers tous les bâtiments portugais qu'il
+rencontrerait en mer. Un embargo a été mis par dom Miguel, sur les
+navires portugais qui se trouvaient dans le port de Lisbonne; les
+neutres n'éprouvent aucun obstacle pour en sortir. Ces nouvelles ne
+viennent pas du gouvernement, mais du commerce anglais...»</p>
+
+<p>Il faut que j'interrompe encore ici la série de mes dépêches pour
+indiquer la nature et la cause des nouveaux embarras qui étaient venus
+entraver les négociations de la conférence avec le congrès belge.</p>
+
+<p>Lord Ponsonby, chargé des pouvoirs de la conférence, dans le but, sans
+doute, d'effrayer les Belges, avait commis la faute d'annoncer dans
+une <i>lettre particulière</i> adressée par lui à M. Lebeau, ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles que si le congrès élisait le prince
+Léopold, aux conditions imposées par la conférence, le grand-duché de
+Luxembourg serait cédé à la Belgique; mais que, dans le cas contraire,
+les puissances étaient décidées à partager la Belgique. Je n'ai pas
+besoin de dire qu'il n'avait jamais été question dans le sein de la
+conférence, d'une pareille alternative. Le général Belliard, de son
+côté, dominé par les intrigues qui venaient de Paris, avait eu la
+faiblesse d'accorder, de son chef, une prolongation du délai fixé au
+congrès belge par la conférence, et de chercher avec les meneurs du
+congrès, des moyens d'échapper aux décisions de la conférence; c'est
+<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span> ainsi qu'il en était venu à l'étrange idée de proposer de laisser
+la ville de Maëstricht aux Belges, en plaçant une garnison hanovrienne
+dans cette forteresse qui était une possession hollandaise depuis la
+paix de Westphalie. On a vu, par mes dépêches, l'effet que toutes ces
+fausses démarches avaient produit sur la conférence.</p>
+
+<p>Je ne me bornai donc pas à mes dépêches, et j'écrivis directement à M.
+Casimir Périer qui me répondit à ce sujet.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 2 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je n'ai que le temps de répondre deux mots à la lettre que vous
+m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30 mai, ayant hâte de les joindre
+aux dépêches dont est chargé le courrier que vous expédie le ministre
+des affaires étrangères.</p>
+
+<p>»Vous verrez par ces dépêches, mon prince, que le gouvernement n'a
+modifié en rien ses principes sur les affaires belges, ni sa manière
+d'envisager les questions graves qui font l'objet de votre lettre, et
+que les instructions qui avaient été données au général Belliard sont,
+en tout, identiques avec l'esprit dans lequel vous avez concouru aux
+délibérations de la conférence.</p>
+
+<p>»Le général Belliard, ainsi que vous l'avez pressenti, aurait dépassé
+la mesure de ses instructions dans ses rapports à ce sujet avec le
+gouvernement belge. Le ministre des affaires étrangères lui adresse le
+juste blâme qu'il avait encouru <span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span> par une telle imprudence<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222"></a><a href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>.
+C'est une preuve de plus de la difficulté de fonder un pouvoir, qu'il
+s'agisse des hommes élevés ou des petits.</p>
+
+<p>»Je répondrai demain à la partie de votre lettre relative aux moyens
+d'amener absolument le gouvernement belge à souscrire aux actes de la
+conférence, moyens sur lesquels vous avez besoin, me dites-vous, de
+connaître toute ma pensée...»</p>
+
+<p class="p2 right">Paris, le 5 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Les dépêches que vous adresse le ministre des affaires étrangères,
+par le courrier porteur de ma lettre, satisfont entièrement, et de la
+manière la plus explicite, aux différentes questions sur lesquelles
+vous désiriez être fixé.</p>
+
+<p>»Vous y verrez, mon prince, que la pensée qui a présidé à notre
+approbation du protocole numéro 22 est toujours et entièrement <span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span> la
+même; que notre détermination sur la nécessité de l'emploi des moyens
+qui y sont précisés, pour amener le gouvernement belge à souscrire aux
+délibérations de la conférence contenues dans ce protocole, n'a
+éprouvé aucun changement, et qu'enfin les instructions données au
+général Belliard d'après lesquelles, dans un cas donné, il devrait se
+retirer ainsi que lord Ponsonby, sont dans le même sens et tout à fait
+identiques.</p>
+
+<p>»Vous sentez toutefois que, si malheureusement l'emploi du dernier des
+moyens arrêtés par le protocole, l'entrée des troupes de la
+Confédération germanique dans le Luxembourg, pouvait devenir
+nécessaire, nous attendrons de votre prudence si éclairée, ainsi que
+vous le mandent les dépêches, qu'à raison de l'influence d'une telle
+mesure sur l'opinion publique en France, vous vouliez bien diriger
+votre concours aux délibérations de la conférence sur l'emploi des
+forces militaires, de manière à nous donner les moyens de juger,
+suivant les circonstances, ce qui serait le plus propre à atteindre un
+but que nous voulons entièrement d'ailleurs. Cette observation ne
+répond nullement, mon prince, à une modification que nos
+déterminations auraient subie, mais a pour objet seulement de prévenir
+des difficultés qui pourraient nous empêcher d'arriver plus sûrement
+au but.</p>
+
+<p>»Les choses sont graves, il ne faut pas se le dissimuler, mais on peut
+espérer que l'élection du prince de Saxe-Cobourg, dont les dépêches
+vous portent la nouvelle, aidera à améliorer la situation
+embarrassante où nous nous trouvons. Nous ne pouvons toutefois rien
+dire encore à ce sujet, puisque, n'ayant jusqu'à ce moment, qu'une
+dépêche télégraphique, nous ignorons quelles conditions ont pu être
+mises à l'élection du prince. <span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span></p>
+
+<p>»Le roi part demain pour un assez long voyage, ainsi que vous l'aurez
+appris par les journaux. Ce voyage politique servira, comme le
+premier, à resserrer les liens qui unissent la France au souverain
+qu'elle s'est donné; mais il place cependant le gouvernement dans une
+situation plus difficile relativement aux événements de l'extérieur,
+puisqu'il nous prive, pendant son absence, du haut appui et des
+lumières de Sa Majesté. C'est encore cette circonstance qui motive le
+désir dont je vous entretiens précédemment.</p>
+
+<p>»Dans ma première lettre, je prendrai, mon prince, la liberté de vous
+entretenir de notre situation intérieure qui semble s'améliorer sous
+beaucoup de rapports, mais qui laisse entrevoir à ceux qui sont à la
+tête des affaires des difficultés innombrables encore. Depuis
+cinquante ans, nous avons cherché à faire de la liberté; le problème à
+résoudre aujourd'hui, c'est de découvrir les moyens de fonder un
+pouvoir qui puisse se concilier avec les exigences de ceux qui veulent
+la liberté et qui la comprennent si peu...»</p>
+
+<p class="p2">Ces lettres de M. Casimir Périer me donnaient des motifs assez
+rassurants de pouvoir compter sur son ferme concours, mais je n'avais
+pas affaire qu'à lui seul; je sentais toujours à Paris un foyer
+d'intrigues, d'où, à l'aide de perfides insinuations, on cherchait à
+entraver ma marche. Ainsi, un journal, <i>le Courrier français</i>,
+patronné par le général Sébastiani, osait avancer que c'était moi qui
+avais inspiré la lettre inconvenante de lord Ponsonby à M. Lebeau,
+tandis que c'était par Paris que j'en avais eu connaissance et qu'elle
+avait été sévèrement blâmée par la conférence. Je ne sais jusqu'à quel
+point le général Sébastiani autorisait tout cela, et je suis <span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span>
+porté à croire qu'il était au moins autant dupe que meneur de
+l'intrigue bonapartiste qui avait ses représentants autour du roi et
+de ses ministres.</p>
+
+<p>Le duc de Dalberg m'écrivait encore à cette époque:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, 5 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je ne sais rien du <i>congrès</i> que ce qu'en disent les journaux. A mon
+avis, il ne conduirait à rien qu'à embrouiller les affaires et à finir
+par la guerre. Le véritable <i>congrès</i> est à Londres. Qu'on y reste
+d'accord; qu'on ne fasse pas de nouvelles intrigues ici, et nous
+garderons la paix; sinon,&mdash;non!</p>
+
+<p>»La coalition est entière; et on se trompe si on croit ici que les
+<i>voltigeurs de l'empire</i> ramèneront les victoires de Bonaparte. Le
+goût que Louis-Philippe a pour ces gens est inexplicable. Le duc de
+Rovigo dit qu'il a sa parole pour aller comme ambassadeur à
+Constantinople. Je sais qu'au conseil Sébastiani et Soult le
+soutiennent et que les autres ministres le repoussent comme une
+insulte que l'on ferait à l'Europe. C'est dans ce sens que j'en ai
+parlé à l'un d'eux. Le roi peut-il oublier la catastrophe du duc
+d'Enghien, et les négociations d'Espagne, et tant d'autres faits? Si
+on le nomme à la Chambre des pairs, je me demande si un galant homme
+peut y rester.</p>
+
+<p>»La question de l'hérédité de la pairie perd tous les jours des
+appuis. La fureur de l'égalité tourmente tellement les esprits qu'on a
+manqué avoir une émeute parce que l'administration des musées a donné
+des billets qui servent à <span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span> d'autres heures qu'à celles où la foule
+rend impossible de se tenir dans les galeries. Pauvre pays! Restez à
+Londres.....»</p>
+
+<p>Ce dernier conseil de Dalberg était très bon et je ne l'avais pas
+attendu pour me décider à rester à Londres aussi longtemps qu'il me
+serait possible d'y être utile et d'assurer le maintien de la paix, de
+cette paix qui semblait toujours fuir devant nous au moment où nous
+croyions l'atteindre. C'était alors les Belges qui, par leurs folles
+prétentions, menaçaient de compromettre le prix de nos efforts. Ceci
+me ramène à la suite de mes dépêches adressées à Paris<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223"></a><a href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 6 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Un courrier anglais, expédié de Bruxelles, a apporté cette nuit une
+lettre par laquelle M. le général Belliard m'annonce que, dans la
+séance du 4, le congrès a élu le prince Léopold de Saxe-Cobourg roi de
+la Belgique, à la majorité de cent cinquante-cinq voix contre
+quarante-quatre, et qu'une députation de dix membres, présidée par M.
+de Gerlache, allait se rendre à Londres pour porter au prince le
+résultat de cette délibération.</p>
+
+<p>»Si, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le mander dans ma lettre du
+4, les agents français et anglais avaient quitté Bruxelles le 1<sup>er</sup>
+juin, ainsi que le leur prescrivaient les instructions
+<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span>
+de leurs gouvernements et celles de la conférence, cette
+détermination aurait probablement produit sur les Belges un effet
+moral tel qu'il aurait pu dispenser de l'emploi de la force; mais nous
+sommes entrés maintenant dans un autre ordre de faits qui exige
+l'examen d'autres questions.</p>
+
+<p>»Les nouvelles de Belgique qui avaient été reçues depuis quelques
+jours et l'arrivée du courrier de cette nuit ont donné lieu à une
+conférence. La conduite de lord Ponsonby dont, au surplus, les bonnes
+intentions ne sont pas mises en doute, a été unanimement blâmée, comme
+étant en opposition avec ses instructions, et son rappel immédiat a
+été décidé<a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224"></a><a href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>. Je joins ici copie de la lettre qui lui est envoyée
+par un courrier qui partira dans quelques heures; elle n'indique pas
+les motifs de son rappel, parce que la conférence a pensé qu'en les
+laissant dans le vague, ils produiraient plus d'effet et que chaque
+parti pourrait leur donner une interprétation particulière<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225"></a><a href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>.</p>
+
+<p>»Les vues qui unissent si intimement la France aux résolutions des
+autres puissances, et les instructions qui, récemment encore, viennent
+d'être transmises au général Belliard, ne permettent pas de douter
+qu'il quittera Bruxelles en même temps que lord Ponsonby. Quant à M.
+Lehon<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226"></a><a href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>, qui se trouve <span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span> probablement à Paris en ce moment, je
+crois devoir vous faire observer que son gouvernement ayant donné à
+celui du roi de justes motifs de mécontentement, il ne paraît pas
+possible qu'il reste en France après le départ du général Belliard.
+J'ajouterai, au surplus, que le protocole numéro 22, qui avait eu à
+prévoir une partie des événements qui se réalisent aujourd'hui<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227"></a><a href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>, a
+déclaré que dans le cas où lord Ponsonby serait forcé, par la conduite
+des Belges, à quitter Bruxelles, leur envoyé qui se trouve à
+Londres<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228"></a><a href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a> serait engagé à partir sans nul retard. Lord Palmerston
+en a fait la demande ce matin<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229"></a><a href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>.</p>
+
+<p>»La conférence a passé ensuite à l'examen des mesures que la position
+prise par les puissances vis-à-vis de la Belgique pourrait les mettre
+dans la nécessité d'adopter; mais les plénipotentiaires ont jugé
+d'abord qu'il était indispensable de connaître les intentions du
+gouvernement du roi sur différents points que je vais avoir l'honneur
+de vous indiquer, et sur lesquels je vous prie de vouloir bien me
+donner des réponses dans le plus court délai possible.</p>
+
+<p>»Le premier de ces points, ou la première question, a pour objet de
+savoir quelles sont les mesures coercitives que le gouvernement de Sa
+Majesté peut adopter à l'égard des Belges, sans qu'elles offrent pour
+lui des inconvénients.</p>
+
+<p>»<i>Deuxième question.</i>&mdash;Ces mesures consisteront-elles à faire sortir
+des troupes hors du territoire français, ou à réunir des forces sur la
+frontière de la France?</p>
+
+<p>»A cet égard, je crois devoir faire observer que dans mon <span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span>
+opinion, il suffirait de rassembler des forces sur notre frontière:
+d'abord, parce que des troupes ainsi réunies peuvent toujours entrer,
+s'il est nécessaire, sur le territoire voisin, et parce qu'ensuite
+leur seule présence peut produire l'effet qu'on chercherait à obtenir.
+J'ajouterai que ces troupes devraient être des troupes de choix
+placées sous le commandement d'un chef ferme et prudent.</p>
+
+<p>»<i>Troisième question.</i>&mdash;Une escadre française prendra-t-elle part au
+blocus des côtes et ports de la Belgique?</p>
+
+<p>»Il me semble que si les puissances se décident pour ce blocus, il est
+convenable que la France y prenne part, et que ses forces agissent de
+concert avec celles de l'Angleterre. Je crois pouvoir vous rappeler
+que vous aviez eu l'idée de faire concourir ainsi les forces maritimes
+des deux nations, à l'époque où il s'agissait de faire lever le blocus
+d'Anvers à l'escadre hollandaise.</p>
+
+<p>»Les réponses que vous voudrez bien faire à ces différentes questions
+me mettront à portée de satisfaire aux demandes que la conférence
+pourra m'adresser. Il existe entre les puissances un parfait accord de
+vues et de dispositions, parce qu'elles veulent toutes se maintenir
+dans la même position et remplir des engagements qui leur sont
+communs, parce que la France, l'Angleterre et la Prusse, plus
+spécialement appelées par leur situation à exécuter ces engagements
+réciproquement obligatoires, tiennent à mettre en parfaite harmonie
+leurs déterminations.</p>
+
+<p>»Il y a ici un agent de dom Miguel, qui est venu prier le gouvernement
+anglais de s'interposer dans ses différends avec la France. Il lui a
+été répondu que le gouvernement ne voulait pas intervenir dans cette
+discussion, mais que s'il <span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span> avait un conseil à donner au
+gouvernement du Portugal, c'était de céder aux demandes de la France.
+Les choses en sont restées là...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 7 juin 1831.</p>
+
+<p>»Les ministres de Hollande à Londres ont adressé à lord Palmerston
+deux notes: l'une, pour demander quelle était la résolution prise par
+les Belges à l'expiration du délai qui leur avait été accordé pour se
+prononcer sur les bases de la séparation; l'autre, pour se plaindre de
+la lettre adressée par lord Ponsonby à M. Lebeau, ministre des
+affaires étrangères à Bruxelles. Ces deux notes ayant été communiquées
+à la conférence, il a été résolu qu'il y serait répondu. J'ai
+l'honneur de vous envoyer des copies de ces différentes pièces
+auxquelles j'en joins une du protocole numéro 25 relatif au rappel de
+lord Ponsonby.</p>
+
+<p>»Vous verrez par les réponses de la conférence aux notes des ministres
+de Hollande, qu'elles ont pour but de maintenir le roi Guillaume dans
+la ligne de modération dont il ne s'est pas encore écarté, de calmer
+l'irritation que lui causent la conduite et les prétentions des
+Belges, et de lui donner sur le projet de cession, à titre onéreux, du
+Luxembourg, des explications satisfaisantes. Nous avons lieu d'espérer
+que ces notes produiront à La Haye l'effet qu'on s'en promet ici et
+qu'elles empêcheront, de la part des Hollandais, toute espèce
+d'agression.</p>
+
+<p>»Il a été convenu en même temps que les ministres des cinq puissances
+écriraient aux représentants de leurs cours à La Haye une lettre dont
+j'ai l'honneur de vous transmettre les bases, et qui a pour but de
+faire arriver au roi de Hollande, <span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span> avec ensemble et d'une manière
+uniforme, les observations et les considérations qui paraissent de
+nature à le rassurer sur les dispositions des puissances et sur le
+maintien de ses droits. Je pense que le gouvernement du roi jugera
+utile d'envoyer à M. le baron de Mareuil des instructions puisées dans
+ces documents.</p>
+
+<p>»Je viens de recevoir la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 5. J'ai lieu de croire que, lors de l'expédition de cette
+dépêche, vous n'aviez pas une connaissance entière de l'acte qui nomme
+le prince Léopold, roi de la Belgique. Comme on veut l'astreindre à
+jurer l'intégrité d'un territoire qui n'est pas encore déterminé et
+auquel les Belges ajoutent même des villes qu'ils ne possèdent
+pas<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230"></a><a href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>, j'ai peu de doute sur la détermination que prendra le prince
+Léopold, et je pense qu'elle sera conforme à ce qu'il a toujours
+répondu aux députés belges qui sont venus ici s'assurer de ses
+dispositions.</p>
+
+<p>»Les Belges auraient dû comprendre que la première chose qu'ils
+avaient à faire était d'accéder aux bases de leur séparation avec la
+Hollande; et je remarque dans la lettre du chargé d'affaires de France
+à Berlin, <i>dont vous m'avez envoyé copie</i><a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231"></a><a href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>, que ma manière de voir
+sur ce point est aussi celle du cabinet prussien, car M. de Bernstorff
+lui a dit que pour atteindre le but que se proposaient les puissances,
+il était nécessaire qu'elles fissent reconnaître préalablement aux
+Belges l'obligation de se conformer au protocole qui a fixé <span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span> les
+limites de leur territoire. Tous les cabinets envisagent cette
+question sous le même point de vue.</p>
+
+<p>»Quant aux arrangements pour le Limbourg, ils peuvent suivre, mais ils
+ne peuvent précéder la reconnaissance des limites. Les projets que M.
+le général Belliard vous a communiqués, et sur lesquels il m'a écrit
+aussi, ont été présentés ici dès longtemps par les Belges, mais sans
+succès<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232"></a><a href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.</p>
+
+<p>»Vous aurez vu par ma lettre d'hier que les dispositions que le
+gouvernement du roi pourra prendre, doivent être calculées d'après ses
+convenances intérieures; j'ai la certitude qu'il lui sera offert, sur
+ce point, toutes les facilités qu'il pourra désirer.</p>
+
+<p>»Vous verrez, par les pièces dont j'ai l'honneur de vous envoyer des
+copies, que personne ici ne doute du rappel du général Belliard que
+vous m'avez autorisé à annoncer comme une conséquence du rappel de
+lord Ponsonby...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 9 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Vous m'avez fait l'honneur de me mander, par votre dépêche du 5, que
+le gouvernement du roi désirerait que la place de Luxembourg cessât
+d'être place fédérale et fût démantelée; et vous ajoutez que les soins
+de cette négociation me sont confiés.</p>
+
+<p>»Je sens toute l'importance de cette affaire, mais je ne pense pas
+qu'elle puisse se traiter à Londres, parce qu'elle tient aux intérêts
+particuliers de la Confédération germanique et qu'elle est étrangère
+aux questions que la conférence est appelée à examiner; elle n'a pas
+d'ailleurs de pouvoirs spéciaux de la<span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span>
+Confédération germanique: à la vérité, deux de ses membres
+entretiennent avec elle des relations suivies et exercent quelque
+influence sur ses déterminations, mais ils n'ont pas de pouvoirs.</p>
+
+<p>»Je pense que cette négociation doit se suivre à Berlin ou à Paris, et
+je vois, par la lettre du chargé d'affaires de France dont une copie
+était jointe à votre dépêche, que le cabinet prussien paraît déjà
+disposé à donner son assentiment à la demande du gouvernement de Sa
+Majesté: c'est un motif de plus pour continuer de la traiter
+directement avec lui. M. de Bülow, avec qui je me suis entretenu en
+particulier de cette affaire, partage mon opinion et pense que c'est à
+Berlin qu'il convient d'en laisser la négociation.</p>
+
+<p>»Vous remarquerez sans doute, dans les pièces que j'ai eu l'honneur de
+vous transmettre avant hier, la manière dont la conférence repousse
+les allégations de quelques feuilles publiques qui ont cherché à faire
+penser qu'elle n'était pas étrangère à la lettre écrite par lord
+Ponsonby à M. Lebeau. La note adressée aux ministres de Hollande
+détruit toute espèce de doute à cet égard, s'il avait pu en exister.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas dû faire connaître à M. le général Belliard les
+résolutions qui viennent d'être prises, parce que les explications
+donnent lieu à des interprétations et que, d'ailleurs, ce n'était que
+de vous qu'il pouvait recevoir des ordres.</p>
+
+<p>»La députation belge qui est chargée d'offrir la couronne au prince
+Léopold est arrivée hier soir à Londres<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233"></a><a href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>: deux commissaires, <span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span>
+MM. Devaux et Nothomb<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234"></a><a href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>, sont arrivés en même temps; ils ont vu le
+prince Léopold et lui ont annoncé qu'ils avaient des pouvoirs, mais
+ils n'en ont pas fait connaître l'objet spécial. Si ces pouvoirs
+avaient de l'étendue, il serait possible qu'il y eût plus de facilité
+pour régler<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235"></a><a href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a> les affaires de Belgique.</p>
+
+<p>»La conduite du prince Léopold est simple et convenable; il acceptera
+probablement les offres des Belges, si les pouvoirs des deux
+commissaires belges sont de nature à amener des résultats
+satisfaisants. Ces pouvoirs n'ont pas été communiqués aux membres de
+la députation<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236"></a><a href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>. Dans une conversation que j'ai eue hier avec le
+prince Léopold, il a annoncé le désir, si les choses s'arrangeaient,
+que le général Belliard fût envoyé auprès de lui.</p>
+
+<p>»On a appris ici, par un bâtiment de commerce venant du Brésil, que
+l'empereur dom Pedro, n'ayant pu comprimer les efforts d'un parti qui
+se donne le nom de parti national, s'était vu dans la nécessité de
+quitter Rio de Janeiro avec <span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">216</a></span> l'impératrice et presque toute sa
+famille. On ajoute qu'il a abdiqué en faveur de son fils, mais on ne
+sait pas dans quelles mains il l'a confié. Il paraît que l'empereur
+s'est embarqué pour l'Angleterre.</p>
+
+<p>»Cette révolution peut avoir de l'influence sur les affaires de
+Portugal: elle donne ici de l'inquiétude au commerce anglais qui a des
+intérêts considérables au Brésil, et les fonds publics en ont éprouvé
+quelque baisse.</p>
+
+<p>»On a reçu à Londres des nouvelles de Portugal en date du 29 mai;
+elles annoncent que le commandant de l'escadre française avait établi,
+devant le port de Lisbonne, un blocus, mais seulement pour les
+bâtiments portugais. Il paraît que le gouvernement de dom Miguel,
+devant renoncer à l'espoir d'obtenir la médiation de l'Angleterre dans
+ses différends avec la France, a maintenant l'intention de réclamer la
+médiation de l'Espagne.</p>
+
+<p>»Il y a des mouvements populaires assez sérieux dans le Yorkshire et
+le Northumberland. Le ministère prend des mesures pour les
+réprimer<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237"></a><a href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>.</p>
+
+<p>»<i>P. S.</i>&mdash;Depuis que cette lettre est écrite, j'apprends que la
+révolution de Rio de Janeiro a éclaté le 7 avril, par suite du refus
+formel de l'empereur de renvoyer son ministère. Le 8, il s'est rendu à
+bord de la frégate anglaise <i>Warspite</i>, d'où il a signé un acte
+d'abdication en faveur de son fils et nommé un conseil de régence. Cet
+acte a été publié à Rio de Janeiro le 9, et le même jour, dom Pedro,
+accompagné de l'impératrice, de sa fille et de quelques autres
+personnes, s'est rendu à <span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span> bord de la frégate anglaise <i>Volage</i>,
+devant faire route pour Portsmouth. On assure qu'on s'attendait à ce
+que le conseil de régence ne pourrait pas se maintenir, et qu'une
+union fédérale ou une république serait proclamée quelques jours
+après...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 12 juin 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9
+de ce mois, et je me suis pénétré des instructions qu'elle contient...</p>
+
+<p>»Ici, il n'y a encore rien de décidé. Le prince Léopold<a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238"></a><a href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a> met une
+sage lenteur avant de donner une réponse qui doit, en effet, avoir un
+caractère de mûre réflexion. Les députés belges paraissent toujours
+satisfaits de ses manières, de sa franchise, et ils placent beaucoup
+d'espérance dans leur futur souverain; mais jusqu'ici ils n'ont fait
+aucune concession sur les points qui sont l'objet des difficultés.</p>
+
+<p>»En réfléchissant aux intérêts généraux que cette époque-ci peut faire
+naître, n'est-on pas amené à penser qu'il pourrait être utile que la
+France et l'Angleterre garantissent, par un traité spécial,
+l'existence de la Belgique, lorsqu'elle sera constituée et placée dans
+des limites certaines et reconnues? J'ai plusieurs fois examiné cette
+question, et il m'a semblé qu'on pourrait trouver dans les motifs de
+ce traité les moyens d'étendre ses stipulations à de plus hauts
+intérêts qui contribueraient à la grandeur de la France en assurant la
+tranquillité de l'Europe.» <span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 13 juin 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu ce matin votre dépêche télégraphique du 11, qui confirme
+celles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 et le 9.</p>
+
+<p>»Vous pensez que la conférence a trop précipité l'application des
+mesures qu'elle a prises, et qu'elle a trop perdu de vue les
+modifications que des circonstances récentes devaient apporter à sa
+marche.</p>
+
+<p>»Ces observations ne me paraissent pas fondées et je crois pouvoir y
+répondre en vous priant de remarquer que la conférence, chargée
+essentiellement de veiller au maintien de la paix, n'a pas dû
+concentrer son attention sur la Belgique seulement; la Hollande
+exigeait aussi une grande surveillance, surtout quand il règne dans ce
+pays une irritation telle que la plus légère circonstance peut donner
+lieu aux plus fâcheuses résolutions. Il était donc nécessaire de
+chercher à calmer et l'irritation belge et l'irritation hollandaise;
+car il fallait empêcher que la collision que nous nous attachons à
+prévenir vînt d'un de ces deux côtés.</p>
+
+<p>»Ce sont ces considérations qui m'ont dirigé depuis que la conférence
+a été informée du refus opiniâtre des Belges d'adhérer aux bases de la
+séparation, refus qui animait si vivement les Hollandais et leur
+gouvernement. Je pense que les réponses qu'ont reçues leurs
+plénipotentiaires ici auront produit à La Haye l'effet qu'on s'en
+promettait, et, par conséquent, on aura encore retardé de quelques
+moments les motifs de trouble et d'hostilité.</p>
+
+<p>»Les difficultés que nous rencontrons ici, en Belgique et en <span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span>
+Hollande proviennent, d'un côté, du cabinet de La Haye, qui veut
+engager les puissances à la guerre, et, de l'autre, du cabinet russe,
+qui a pour but de détourner l'attention des puissances en la portant
+forcément sur les affaires de l'ouest de l'Europe. Mon langage à la
+conférence est toujours celui-ci: «Nous ne voulons pas la guerre, mais
+nous sommes prêts à la faire et nous ne la craignons pas.» Je crois,
+du reste, que le gouvernement belge n'a pas de projet arrêté, et qu'il
+cherche à nous susciter des embarras pour voir s'il ne pourra pas en
+résulter pour lui quelque chose de favorable.</p>
+
+<p>»Dans cette situation des choses, je vois chaque jour le prince
+Léopold ainsi que les ministres anglais, parce que je suis convaincu
+que c'est là que nous pourrons trouver analogie de vues et d'intérêts.</p>
+
+<p>»En définitive, mon opinion est qu'il n'y aura pas nécessité de
+recourir aux mesures militaires pour lesquelles je vous ai invité à
+vous préparer. Il faut être prêt; mais je pense que par des moyens
+d'adoucissement et de conciliation nous parviendrons, sans qu'il y ait
+un coup de fusil tiré, à sortir de l'embarras où nous sommes en ce
+moment. Ceci est mon opinion positive...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 14 juin 1831.</p>
+
+<p>»Avant son départ de Bruxelles, M. le général Belliard m'a mandé
+qu'une proposition allait être faite au congrès, tendant à ce qu'un
+commissaire belge et un commissaire hollandais se rendissent à Londres
+pour y traiter les questions de limites. Il paraissait croire que
+cette proposition serait admise. <span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span></p>
+
+<p>»Elle pourrait avoir un heureux résultat si les commissaires avaient
+des pleins pouvoirs et si les arrangements qu'ils régleraient ne
+devaient pas être soumis au congrès; mais vous sentez que, dans le cas
+contraire, ce ne pourraient être que des stipulations provisoires
+contre lesquelles le congrès pourrait protester.</p>
+
+<p>»Le prince Léopold a vu aujourd'hui les députés belges; chaque jour
+ils font quelques pas.</p>
+
+<p>»Le ministère anglais, en m'entretenant du désir qu'il aurait de
+reprendre bientôt les affaires de la Grèce, m'a donné à entendre qu'il
+pourrait être convenable de placer le prince Frédéric de Nassau,
+second fils du roi des Pays-Bas, sur le trône de Grèce, au lieu d'y
+appeler le prince Othon de Bavière. J'ai dû décliner cette proposition
+en faisant observer que, dans mon opinion, ce serait nommer un prince
+russe et que j'étais autorisé à le penser, d'après l'intérêt que
+depuis six mois la cour de Pétersbourg témoignait à la maison de
+Nassau...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 15 juin 1831.</p>
+
+<p>»... Vous aurez vu par mes lettres d'hier et d'avant-hier que les
+affaires de Belgique faisaient quelques progrès, quoiqu'aucun
+arrangement définitif ne puisse encore être regardé comme certain. Les
+plénipotentiaires du roi des Pays-Bas opposent de la résistance et
+augmentent les difficultés que nous avons à surmonter. Dans cette
+situation et malgré l'espérance que je conserve d'obtenir un bon
+résultat, je pense, monsieur le comte, que le gouvernement du roi doit
+se tenir prêt; mais <i>mon opinion</i> est qu'il ne sera pas dans la
+nécessité d'agir.</p>
+
+<p>»J'ai eu l'honneur de vous mander que l'on se prononçait <span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span> ici dans
+un sens tout à fait favorable aux Polonais et que l'on blâmait
+généralement la conduite tenue à leur égard en Gallicie. Le
+gouvernement anglais s'appuyant sur l'opinion des jurisconsultes de la
+couronne qui ont déclaré qu'il y avait eu, de la part de la cour
+d'Autriche, violation du droit des gens, a fait et fera encore des
+représentations à Vienne. Mais il agira particulièrement, et il n'y
+aura pas lieu de former à ce sujet aucun concert, puisque l'Angleterre
+est la seule puissance avec laquelle nous pourrions agir d'accord.
+Tout le monde ici apprendra avec satisfaction que le gouvernement du
+roi a employé ses bons offices, le premier, en faveur du général
+Dwernicki et des Polonais qu'il commandait<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239"></a><a href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>, mais il ne faut pas
+s'attendre à de grands efforts, parce que le gouvernement anglais ne
+s'occupe jamais fortement que d'une affaire et que, dans ce moment, il
+est surchargé parce qu'il en a deux: la réforme et la Belgique.</p>
+
+<p>»Par cette raison, l'arrivée de l'empereur dom Pedro et de sa famille
+en Europe n'a produit que très peu de sensation, et je puis vous
+assurer que l'on ne forme sur cet événement aucune combinaison
+politique, mais on y reviendra et l'on s'en occupera plus tard...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 16 juin 1831.</p>
+
+<p>»Nous continuons de négocier avec les députés et les commissaires
+belges. Le prince Léopold les voit; ils viennent habituellement chez
+moi et vont aussi chez les autres membres de la conférence, sur la
+bienveillance desquels ils ont des motifs pour compter; enfin, on se
+rapproche et on peut espérer qu'il résultera de ces dispositions
+conciliantes quelque arrangement; mais les nouvelles de Belgique,
+reçues aujourd'hui par le commerce, viennent augmenter nos embarras.
+Il se répand que les Belges ont, à Anvers, attaqué les Hollandais et
+que, maîtres du fort Saint-Laurent, ils ont engagé un feu très vif
+avec les bâtiments qui sont devant le port. Le général Chassé<a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240"></a><a href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a> a
+eu heureusement assez de modération pour ne pas faire tirer de la
+citadelle, mais les habitants d'Anvers, justement alarmés, ont envoyé
+en toute hâte une députation à Bruxelles. Le régent a expédié des
+ordres; le ministre de la guerre s'est rendu à Anvers; mais leur
+autorité méconnue n'a pu arrêter les Belges; et tout tendrait à
+prouver que le parti anarchiste, le parti de la guerre a pris le
+dessus.</p>
+
+<p>»Vous concevez à combien d'observations très fondées cet incident va
+donner lieu de la part des plénipotentiaires hollandais qui
+m'assuraient encore hier au soir, de la manière la plus positive,
+qu'il n'y aurait aucune attaque de leur côté. <span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span> En effet, si les
+nouvelles sont exactes, ce sont positivement les Belges qui sont
+agresseurs.</p>
+
+<p>»Cet événement rendra sans doute plus difficiles les arrangements
+auxquels nous travaillions depuis plusieurs jours, et on objectera
+avec avantage que, pendant que les Belges ont à Londres une députation
+chargée d'une mission toute pacifique, ils attaquent et ne tiennent
+aucun compte d'un armistice qui est cependant rigoureusement exigé par
+les puissances qui s'occupent d'assurer leur indépendance. Cette
+conduite est évidemment le résultat de tous les mouvements que se
+donnent les ennemis de l'ordre et de la paix qui, n'ayant pu embraser
+la France, cherchent à porter l'incendie en Belgique...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 18 juin 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le
+13 et le 16 juin, ainsi qu'une dépêche télégraphique du 14 au soir.</p>
+
+<p>»Lorsque j'ai pensé qu'on pourrait faire avec l'Angleterre quelques
+arrangements d'elle à nous, relatifs à la Belgique, ce n'était en
+quelque sorte qu'à bout de voie, et pour le cas seulement où les
+arrangements auxquels nous travaillons maintenant n'auraient pu se
+réaliser; c'était enfin pour faire avec l'Angleterre ce que nous
+n'aurions pas pu faire avec les autres puissances; mais la marche que
+suit aujourd'hui la négociation nous dispense de recourir à cette
+combinaison, et il n'y a pas lieu de s'occuper davantage de l'idée que
+j'avais indiquée dans ma lettre du 12 de ce mois.</p>
+
+<p>»Les membres de la conférence se concertent avec le prince Léopold et
+avec les deux commissaires belges pour aplanir <span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span> les obstacles
+qu'éprouve encore l'arrangement des affaires de Belgique,&mdash;obstacles
+qui tiennent toujours à la possession de Maëstricht et aux enclaves
+appartenant à la Hollande. Si les commissaires et les députés belges
+étaient, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander déjà, des hommes
+moins nouveaux dans les négociations, et plus familiarisés avec la
+manière dont on les suit dans les gouvernements anciennement
+constitués, ces difficultés seraient plus facilement surmontées;
+cependant, j'espère que nous parviendrons à un résultat passablement
+bon.</p>
+
+<p>»J'ai annoncé à lord Palmerston, d'après ce que vous m'avez fait
+l'honneur de me mander le 13, qu'à son arrivée à Lisbonne, M. le
+contre-amiral Roussin<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241"></a><a href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a> se mettra en rapport avec le consul
+d'Angleterre afin de concerter des mesures pour protéger les personnes
+et les intérêts des sujets de Sa Majesté britannique. Lord Palmerston
+a paru très satisfait de cette disposition de notre gouvernement, qui
+répond d'avance aux observations que je vous ai adressées, le 16, sur
+les inquiétudes que concevait le commerce anglais...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 21 juin 1831<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242"></a><a href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>.</p>
+
+<p>»J'ai été invité hier par lord Palmerston à me rendre au Foreign
+Office pour y tenir, avec le plénipotentiaire russe, une <span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span>
+conférence sur les affaires de la Grèce; j'y étais préparé par la
+dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 de ce mois.</p>
+
+<p>»Lord Palmerston nous a entretenus des derniers troubles qui ont agité
+la Grèce, et des embarras qu'ils avaient apportés à l'administration
+du comte Capo d'Istria. Il a exprimé le désir que devaient éprouver
+les puissances de rétablir l'ordre dans ce malheureux pays, et a
+particulièrement insisté, ainsi que le fait le comte Capo d'Istria
+dans sa lettre au prince Soutzo<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243"></a><a href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a>, sur la nécessité, soit de
+garantir un emprunt en faveur de la Grèce, soit de lui donner de
+prompts secours en argent. J'ai décliné la première de ces
+propositions, en me servant des indications de votre lettre du 10
+juin, et en rappelant que la garantie, consentie par les puissances,
+ne l'avait été qu'à cause de l'acceptation du prince Léopold avec
+lequel seul les puissances avaient été engagées.</p>
+
+<p>»Quant à la question de secours en argent, j'ai cherché à faire
+comprendre qu'elle s'appliquait également à la renonciation du prince
+Léopold, et j'ai éludé d'y répondre, quoique le cas ne soit pas le
+même, puisque de pareils secours ont été accordés depuis cette
+renonciation.</p>
+
+<p>»La conférence n'a, du reste, rien résolu dans cette séance, mais lord
+Palmerston n'a pas négligé de me faire sentir que la garantie d'un
+emprunt étant subordonnée au choix d'un souverain pour la Grèce, et ce
+choix à une nouvelle délimitation, on devait craindre que le départ de
+l'ambassadeur <span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span> de France de Constantinople ne retardât
+indéfiniment la négociation qu'il était chargé de suivre à ce sujet en
+commun avec les plénipotentiaires russes et anglais. Je vous engage
+donc à me faire connaître le parti qui vous semblera le plus
+convenable pour arriver à une solution définitive des affaires de la
+Grèce...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 21 juin 1831<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244"></a><a href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous envoyer le discours que le roi d'Angleterre a
+prononcé ce matin à la séance d'ouverture du Parlement<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245"></a><a href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>.</p>
+
+<p>»Ce discours est, comme vous le remarquerez, conçu dans un esprit très
+modéré et entièrement pacifique. Le roi a dit relativement aux
+affaires de Belgique, qu'elles n'étaient pas encore arrivées à une
+conclusion; mais que la meilleure intelligence continuait de subsister
+entre les puissances dont les plénipotentiaires formaient les
+conférences de Londres; que ces conférences avaient été conduites
+d'après le principe de non intervention dans les affaires intérieures
+de la Belgique, mais sous la condition que, dans l'exercice des droits
+du peuple belge, la sécurité des États voisins ne serait pas
+compromise.</p>
+
+<p>»Ce discours a été approuvé par tous les bons esprits...</p>
+
+<p>»Les conférences entre le prince Léopold, deux plénipotentiaires des
+puissances et les députés belges continuent toujours. Il n'y a plus de
+difficultés réelles, mais de pures chicanes, qui, sans tenir au fond,
+prolongent cependant des <span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span> discussions qui devraient être terminées
+depuis plusieurs jours. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour
+arriver à une conclusion...»</p>
+
+<p>Et, en effet, je faisais tout ce qui dépendait de moi, tellement que
+je finis en ce moment-là même par tomber assez sérieusement malade,
+soit par suite des fatigues et des veilles que m'imposait cette
+pénible négociation, soit peut-être aussi par l'impatience que les
+tergiversations des commissaires belges me causèrent. Je fus obligé de
+garder le lit pendant plusieurs jours; mais je ne continuai pas moins
+à prendre part aux délibérations de la conférence qui se réunissait
+autour de mon lit. Je traitais aussi avec les commissaires belges,
+auxquels j'avoue que je n'épargnai pas les témoignages de mon
+mécontentement; j'allai même jusqu'à les menacer, s'ils persistaient
+dans leur résistance opiniâtre, de provoquer le partage de leur pays,
+qui pourrait se faire sans causer la guerre, tandis que leurs absurdes
+procédés devaient y conduire infailliblement. Comme je n'interrompis
+pas un seul jour ma correspondance avec Paris, on trouvera les reflets
+de ces diverses impressions dans les lettres qui suivent.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246"></a><a href="#Footnote_246" class="fnanchor"><span class="light">[246]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 22 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20
+et par laquelle vous faites observer que les <span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span> nouvelles de Londres
+vous manquaient depuis deux jours. Ce reproche n'est pas fondé, car je
+ne suis jamais resté quarante-huit heures sans avoir l'honneur de vous
+écrire, et s'il y a eu un jour où je ne vous ai pas envoyé de dépêche,
+c'est que ce jour était celui d'une conférence qui avait été
+extrêmement longue et que je n'avais plus le temps nécessaire. Vous
+aurez, sans doute, reçu une lettre de moi peu de moments après le
+départ de votre estafette.</p>
+
+<p>»Les Belges n'apportent pas dans la négociation qui nous occupe un
+esprit de conciliation d'après lequel on puisse penser qu'ils ont un
+véritable désir de terminer, et vous pourrez en juger par ce fait. Il
+y a quelques jours, ils ont remis une note sur leurs demandes; les
+deux membres de la conférence qui suivent plus particulièrement avec
+eux les détails de la négociation, ont fait des observations sur ces
+demandes et ils devaient s'attendre à ce que leurs observations
+seraient discutées. Les commissaires belges n'ont pas suivi cette
+marche, et au lieu de répliquer, ils ont, dans une seconde note,
+renouvelé toutes leurs demandes, sans le moindre changement et sans la
+plus légère concession.</p>
+
+<p>»Si les Belges persévèrent dans cette marche, s'ils ne cèdent sur
+aucun point, s'ils s'affermissent, au contraire, dans un système
+d'exigence et d'obstination, il sera impossible de négocier avec eux
+et d'arriver à un arrangement. Après avoir épuisé tous les moyens de
+persuasion et de condescendance, après avoir recueilli si peu de
+fruits de tant de soins, je crois qu'il faudra peut-être en venir à
+l'idée<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247"></a><a href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a> d'opérer une division de la Belgique, dans laquelle la
+<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span> France trouverait sans doute la part qui lui conviendrait le
+mieux. Vous pouvez être persuadé que ce moyen ne conduirait pas plus à
+la guerre que tout autre, si nous ne parvenons pas à finir, mais je ne
+renonce pas encore à tout espoir d'arrangement.</p>
+
+<p>»Je pense que les Belges se seraient montrés plus conciliants, s'ils
+avaient moins de confiance dans l'appui que leur font espérer les
+agitateurs de tous les pays, et s'ils n'étaient pas encouragés à
+penser que c'est par la ténacité seule qu'ils parviendront à leur but.
+Cet encouragement, ils le puisent aussi dans l'état général de
+l'Europe, dans les échecs éprouvés par la Russie<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248"></a><a href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a> et dans la
+situation particulière de la France et de l'Angleterre.</p>
+
+<p>»Je crois qu'il serait utile qu'un langage sévère apprît à M. Lehon
+que la France a pu se prêter à l'espoir de voir les affaires de la
+Belgique se terminer par des négociations à Londres, mais qu'elle a dû
+penser que ce seraient des négociations franches et conciliantes, et
+que le gouvernement du roi apprend avec le plus juste mécontentement
+qu'au lieu de négocier, les députés belges ne répondent pas aux
+observations qui leur sont adressées et se renferment dans un cercle
+de demandes d'où ils ne paraissent nullement disposés à sortir. Le
+temps s'écoule, et il semble que les Belges aient quelque motif
+particulier pour ne pas en faire un meilleur usage.</p>
+
+<p>»Je vous remercie de m'avoir communiqué les informations que vous avez
+reçues de Pétersbourg, sous la date du 4 de ce mois. Les détails
+contenus dans la lettre de M. de Mortemart, que vous avez eu la bonté
+de m'envoyer, fournissent une nouvelle preuve de la portion de
+difficultés <span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span> que nous avons ici à éprouver de la part de la
+Russie.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Hier au soir, le prince Léopold et lord Melbourne croyaient
+que tout allait finir; ce matin, il y a des difficultés, mais je les
+vois de mon lit, car je suis malade...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 24 juin 1831<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249"></a><a href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a>.</p>
+
+<p>»Quoique malade depuis six jours, je n'ai pas cessé un moment de voir
+le prince Léopold, les membres de la conférence et ceux de la
+députation belge; depuis quarante heures nous sommes en conférence,
+mais les députés sont si peu accoutumés au genre d'affaires qu'ils
+sont appelés à traiter maintenant, ils élèvent tant de difficultés,
+que rien n'avance, rien ne se termine, et je vous avoue que je suis au
+dernier degré de fatigue.</p>
+
+<p>»Une conférence a eu lieu aujourd'hui chez le prince Léopold elle a
+fini à huit heures; elle se continuera ce soir chez moi et se
+prolongera probablement dans la nuit, dès qu'il y aura quelque chose
+de décidé, j'aurai l'honneur de vous l'écrire.»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 26 juin 1831<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250"></a><a href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>.</p>
+
+<p>»Je crois que la direction qui vient d'être donnée aux affaires de
+Belgique pourra maintenant nous conduire au but que nous nous sommes
+proposés.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous envoyer les articles qui ont été convenus
+entre la conférence et les députés belges<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251"></a><a href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>. Tous les points <span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span>
+qui sont à régler comme une conséquence de la séparation de la
+Belgique et de la Hollande sont rappelés dans ces articles, de manière
+à lever les difficultés qui seront présentées sans blesser tellement
+les droits du roi de Hollande qu'il lui soit impossible d'y donner son
+adhésion. La Belgique est sensiblement favorisée par ces stipulations,
+et elle le doit à l'influence de la France. Vous verrez comme ses
+intérêts sont ménagés et assurés par la rédaction qui a été donnée aux
+articles de Maëstricht et du grand-duché de Luxembourg.</p>
+
+<p>»Le prince Léopold a reçu ce soir à dix heures la députation belge et
+a fait au discours du président la réponse que j'ai l'honneur de vous
+envoyer. Le prince lui a remis les articles qui ont été précédemment
+arrêtés.</p>
+
+<p>»Les députés partent cette nuit pour Bruxelles afin de soumettre ces
+articles au congrès. Comme ils représentent les opinions et les
+nuances d'opinion qui y existent, ils paraissent persuadés qu'ils
+obtiendront l'assentiment de cette assemblée. Dès qu'il aura été
+donné, les députés reviendront à Londres, offrir la couronne au prince
+Léopold qui l'acceptera et qui se rendra sans délai à Bruxelles.</p>
+
+<p>»Je pense que lorsque le congrès aura approuvé les articles, la France
+pourra immédiatement reconnaître le prince Léopold comme roi de la
+Belgique; les autres puissances le reconnaîtront un peu plus tard,
+mais il ne résultera aucun inconvénient de ce délai.</p>
+
+<p>»M. le baron de Wessenberg, l'un des plénipotentiaires d'Autriche à la
+conférence et qui a longtemps résidé à la cour des Pays-Bas, part
+mardi pour La Haye afin d'employer toute l'influence qu'il a acquise
+sur le roi Guillaume et de le déterminer à accéder à nos articles. M.
+de Wessenberg <span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span> est la personne qui peut avoir le plus de chances
+de succès en s'acquittant de cette mission. Si, malgré quelques
+concessions qui sont encore demandées au roi des Pays-Bas, on obtient
+son approbation, alors les affaires de la Belgique seront placées dans
+une position qui permettra <i>aux puissances</i><a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252"></a><a href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a> de reconnaître son
+indépendance; et cette indépendance aura été fondée sans guerre, et
+même sans préparatifs militaires.</p>
+
+<p>»Vous jugerez peut-être convenable d'engager M. Lehon à écrire à
+Bruxelles et même à s'y rendre, afin que par son influence il
+contribue à l'adoption des articles par le congrès.</p>
+
+<p>»<i>2 heures du matin.</i>&mdash;Je joins ici le discours du prince Léopold; il
+n'est pas tel que je l'aurais désiré et que je le lui avais suggéré.
+Tout ce qui s'est passé à cet égard entre le prince et moi vous sera
+expliqué en détail par la lettre que je viens d'écrire au prince, et
+dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie...»</p>
+
+<h4 class="p2">DISCOURS</h4>
+
+<h4><span class="smcap">DU PRINCE LÉOPOLD A LA DÉPUTATION BELGE</span><a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253"></a><a href="#Footnote_253" class="fnanchor"><span class="light">[253]</span></a><br />
+<span class="light">[<i>prononcé le 26 juin 1831.</i>]</span></h4>
+
+<p class="left5">«Messieurs,</p>
+
+<p>»Je suis profondément sensible au v&oelig;u dont le congrès belge vous a
+constitué les interprètes. <span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span></p>
+
+<p>»Cette marque de confiance m'est d'autant plus flatteuse qu'elle
+n'avait pas été recherchée par moi.</p>
+
+<p>»Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus
+utile que celle d'être appelé à maintenir l'indépendance d'une nation
+et à consolider ses libertés.</p>
+
+<p>»Une mission d'une aussi haute importance peut seule me décider à
+sortir d'une position indépendante et à me séparer d'un pays auquel
+j'ai été attaché par les liens et les souvenirs les plus sacrés, et
+qui m'a donné tant de témoignages de bienveillance et de sympathie.</p>
+
+<p>»J'accepte donc, messieurs, l'offre que vous me faites, bien entendu
+que ce sera au congrès des représentants de la nation à adopter les
+mesures qui, seules, peuvent constituer le nouvel État et, par là, lui
+assurer la reconnaissance des États européens.</p>
+
+<p>»Ce n'est qu'ainsi que le congrès me donnera la faculté de me dévouer
+tout entier à la Belgique, et de consacrer à son bien-être et à sa
+prospérité les relations que j'ai formées dans les pays dont l'amitié
+lui est essentielle et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon
+concours, une existence indépendante et heureuse.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU PRINCE LÉOPOLD</span><a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254"></a><a href="#Footnote_254" class="fnanchor"><span class="light">[254]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Hanover Square, Londres, 27 juin 1831, une heure du matin.</p>
+
+<p class="left5">»Monseigneur,</p>
+
+<p>»Je viens de lire à l'instant la réponse que Votre Altesse Royale a
+adressée dans la soirée aux députés belges. Je vais <span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span> l'expédier à
+Paris. Mon gouvernement sera sans doute charmé de la conclusion d'une
+affaire aussi difficile et aussi compliquée; mais je regrette vivement
+que notre ministère ne trouve pas dans votre discours ce qu'il faut
+pour diminuer les préventions françaises. J'avais supplié Votre
+Altesse Royale de ne pas se montrer attachée uniquement à
+l'Angleterre, dans la réponse qu'elle devait faire aux Belges, et je
+vois avec beaucoup de peine, dans votre intérêt même, monseigneur, que
+vous avez omis au dernier moment la phrase conciliante, utile et
+prudente que vous aviez permis à l'ambassadeur de France de vous
+remettre par écrit, que je vous ai rappelée hier au soir et que vous
+m'aviez promis d'y insérer. Quand il s'agit de faciliter le présent et
+d'assurer l'avenir, il faut éviter avec soin de blesser les vanités et
+les préjugés.</p>
+
+<p class="left5">»Je suis...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI</span><a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255"></a><a href="#Footnote_255" class="fnanchor"><span class="light">[255]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 27 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»J'avais remis au prince Léopold deux ou trois phrases qui devaient
+être placées dans sa réponse aux députés belges et qui, je crois,
+auraient produit un bon effet. Il m'avait promis de les y insérer, et
+cependant, je ne les y ai pas trouvées.</p>
+
+<p>»J'en ai été fort mécontent, et j'ai écrit immédiatement au prince
+Léopold la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous <span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span> envoyer hier une
+copie. Ce matin, j'ai reçu une réponse que je joins ici parce qu'elle
+contient des explications dont on pourra tirer parti dans un temps ou
+dans un autre.</p>
+
+<p>»La question belge me paraît aujourd'hui posée aussi bien qu'elle peut
+l'être, et je pense que le gouvernement du roi sera à portée de
+repousser les attaques qui pourraient être faites à ce sujet. Quand
+des écrivains de parti viendront maintenant comparer la conférence de
+Londres à la Sainte-Alliance, ils seront de mauvaise foi, car la paix
+de l'Europe et l'indépendance de la Belgique ont été les résultats de
+cette conférence, et il n'y a rien de commun entre ces résultats et
+ceux qu'a obtenus la Sainte-Alliance.</p>
+
+<p>»Les députés belges sont partis cette nuit. M. le baron de Wessenberg
+qui, ainsi que je vous l'ai mandé hier, va se rendre à La Haye,
+quittera Londres ce soir. J'ai l'honneur de vous envoyer copie du
+protocole numéro 26<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256"></a><a href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a> dont il sera porteur et des instructions qui
+lui sont remises. Elles sont confidentielles et doivent être secrètes.
+J'ai cru devoir écrire au chargé d'affaires de France à La Haye, pour
+qu'il contribuât, en tout ce qui pourrait dépendre de lui, au succès
+de la mission de M. de Wessenberg, et pour qu'il agît de concert avec
+lui, afin que la France ne parût pas étrangère aux démarches qui vont
+avoir lieu. Vous jugerez sans doute à propos de lui donner des
+instructions à ce sujet.</p>
+
+<p>»Les motifs du voyage de l'empereur dom Pedro, à Londres, <span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span> ne sont
+pas encore connus; il est logé en hôtel garni et prend le titre de duc
+de Bragance.</p>
+
+<p>»Je crois devoir encore inviter le gouvernement du roi à tenir
+extrêmement secrets les arrangements auxquels on s'est arrêté pour les
+affaires de la Belgique. Il ne faut pas que les ennemis de la paix
+puissent agir auprès de la population belge et des membres du congrès,
+pour empêcher l'adoption des articles que les députés portent à
+Bruxelles<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257"></a><a href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">RÉPONSE DU PRINCE LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258"></a><a href="#Footnote_258" class="fnanchor"><span class="light">[258]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Marlborough House, 27 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Ce que j'ai dit par rapport à l'Angleterre est simplement la relation
+d'un fait historique <i>passé</i>. J'avais bien désiré dire quelque chose
+de plus positif sur la France; mais j'ai mis les mots que vos
+collègues disaient venir de vous, dans le projet de la conférence.</p>
+
+<p>»Mais, sentant la nécessité de faire quelque chose de plus <i>après mon
+discours, j'ai invité toute la députation à s'exprimer en mon nom,
+officiellement et fortement,</i> sur une chose dans le congrès qui
+m'était d'une grande importance:</p>
+
+<p>»Que je savais que quelques journaux signalaient le présent <span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span>
+arrangement comme hostile à la France: que rien ne pouvait <i>être plus
+faux</i>; que des relations très intimes avec la famille régnante
+actuellement en France avaient existé depuis de longues années; qu'il
+n'y avait que peu de pays que je connaissais mieux que la France, y
+ayant beaucoup habité depuis ma jeunesse, et que, loin d'être hostile
+contre elle, je la considérais une alliée aussi importante qu'utile
+pour la Belgique.</p>
+
+<p>»Ceci ne peut manquer d'être connu amplement quand ils seront arrivés
+<i>et d'être imprimé de suite</i>. Je pense que vous devriez communiquer ce
+que je viens vous dire à votre gouvernement, auquel je suis
+sincèrement reconnaissant pour toutes les marques de confiance et de
+bienveillance dont il m'a honoré.</p>
+
+<p>»Je dois ajouter que les députés m'ont prié de donner quelques mots
+d'explication au régent, qu'il était indispensable de dire au congrès
+que son adoption des articles me suffirait à moi, pour l'empêcher de
+croire que mon acceptation véritable serait soumise à l'adoption de la
+Hollande.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LÉOPOLD.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 29 juin 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur le comte,</p>
+
+<p>»Les plénipotentiaires hollandais se sont rendus hier soir chez lord
+Grey et lui ont exprimé des plaintes fort vives contre la conférence,
+mais ils ne lui ont pas remis de protestation par écrit, comme le
+bruit s'en était répandu. Aujourd'hui, <span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span> au surplus, les
+difficultés ne peuvent plus venir de leur part; elles se développeront
+à La Haye; c'est par cette raison que nous devons être satisfaits que
+les articles joints au protocole numéro 26 y arrivent avec la
+signature des plénipotentiaires des cinq puissances; cette
+circonstance fera sentir au roi des Pays-Bas qu'il ne pourra être
+appuyé ouvertement, dans sa résistance, par aucun cabinet ayant de
+l'influence en Europe.</p>
+
+<p>»Si le gouvernement de Sa Majesté se détermine à reconnaître le prince
+Léopold comme roi de la Belgique, immédiatement après l'adoption des
+articles par le congrès de Bruxelles, je crois que cette
+reconnaissance sera utile à l'établissement de ce pays, et je crois
+aussi qu'il serait avantageux pour la France de pouvoir ranger les
+affaires de Belgique, sauf quelques questions de détail, au nombre des
+affaires terminées...»</p>
+
+<p class="p2">Les affaires de Belgique étaient moins <i>terminées</i> que je le disais
+dans cette dépêche, et on ne le verra que trop par ce qui suit, mais
+j'aurais désiré que le gouvernement français s'en préoccupât moins et
+employât son habileté à détourner l'attention publique de ce côté.
+C'est à quoi tendait l'insinuation que je glissais dans ma dépêche,
+qui, je dois en convenir, vint fort mal à propos, car, au moment même
+où nous croyions toucher au terme de cette pénible négociation, de
+nouvelles et plus graves complications surgirent tout à coup et purent
+nous faire penser qu'elle allait nous échapper. J'ai donné
+précédemment de trop longs extraits, peut-être, de mes dépêches, mais
+je l'ai fait dans le double but, de bien éclairer les divers points
+qui se rattachaient aux affaires que <span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span> j'avais à traiter, et aussi
+d'enseigner aux jeunes négociateurs entre les mains desquels ces
+souvenirs peuvent tomber un jour, que la patience doit être un des
+premiers principes de l'art de négocier. Je serai plus sobre désormais
+dans les citations de mes dépêches; les lettres que je recevais
+offriront sans doute plus d'intérêt et appuieront mieux mes récits.</p>
+
+<p>J'avais expédié mes dernières dépêches à Paris par un des secrétaires
+de l'ambassade, M. Casimir Périer fils, qui, aussitôt après son
+arrivée, m'écrivit:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER FILS AU PRINCE DE TALLEYRAND</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 5 juillet 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Porteur de bonnes nouvelles, et jaloux, suivant le désir de Votre
+Altesse, d'être le premier à les annoncer, j'ai fait bonne diligence
+et rien n'était encore su avant mon arrivée. M. le ministre des
+affaires étrangères et mon père, que j'ai vu peu d'instants après lui,
+m'ont accueilli avec une satisfaction marquée et m'ont paru heureux de
+voir, au moment des élections, la question de Belgique, sinon
+terminée, du moins beaucoup simplifiée. Quoi qu'en puissent dire les
+journaux du <i>mouvement</i>, l'opinion de la majorité s'est déclarée ici
+en faveur des résultats de cette longue et fatigante négociation. Les
+gens raisonnables, et il y en a encore, malgré ce qui se voit tous les
+jours, savent rendre hautement hommage à ce que la France doit à son
+ambassadeur.</p>
+
+<p>»Quant aux affaires de l'intérieur, j'ai trouvé le ministère moins
+inquiet sur le résultat des événements de ce mois que <span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span> je ne
+devais m'y attendre. On prend des mesures pour prévenir des scènes
+fâcheuses; des fêtes seront sans doute destinées à occuper le peuple
+en célébrant les anniversaires d'une révolution que quelques gens
+voudraient lui faire recommencer. Il n'y a rien encore de bien arrêté
+sur ces projets.</p>
+
+<p>»D'un autre côté, à la veille des élections, les partis sont en
+présence, sans qu'aucun d'eux ose se promettre la victoire. A Paris,
+mon père a beaucoup de chances dans le premier arrondissement; mais il
+est à craindre que les autres collèges se montrent moins modérés.</p>
+
+<p>»Au reste, le ministère, quel que soit le résultat de la lutte
+électorale, paraît décidé à se présenter devant les Chambres. Il sait
+que les hommes réunis en assemblée ne sont souvent plus les mêmes
+qu'ils se montraient isolément, et il sent trop bien à quel point la
+partie est sérieuse, pour ne pas voir s'évanouir, avant de se retirer,
+toutes les chances de succès...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 5 juillet 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Vous avez obtenu un succès dont je vous félicite et vous remercie au
+nom du roi qui en sent toute l'importance. Si, comme je l'espère, vous
+pouvez y ajouter celui de la démolition des places élevées contre nous
+depuis 1815, la France entière applaudira à un arrangement qui lui
+assure une paix longue et honorable. Le prince Léopold doit sentir que
+ce n'est qu'à ce prix qu'il peut compter sur l'amitié d'un voisin
+puissant et qui désire sincèrement s'unir avec lui par des liens
+indissolubles. Il faut calmer l'irritation d'un pays qui ne <span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span>
+pourrait supporter plus longtemps les affronts de la Sainte Alliance,
+votre ennemie personnelle, et qui préluda par votre éloignement des
+affaires au système d'abaissement de notre patrie qu'elle a suivi
+depuis cette funeste époque. Le nouveau roi belge sera populaire en
+France, le jour où on y apprendra qu'il ne partage pas les passions
+haineuses de nos ennemis et que nous lui inspirons une confiance
+méritée. Il faut d'ailleurs qu'on nous aide à vaincre les ennemis de
+l'ordre social en Europe, et ce triomphe ne peut être obtenu que le
+jour où les défiances injustes auront fait place à des sentiments qui
+nous sont dus. C'est au nom de votre gloire, mon prince, que je vous
+recommande cette affaire, la plus délicate et la plus importante de
+toutes. Notre repos intérieur en dépend.</p>
+
+<p>»Le roi est enchanté de son voyage, qui a produit un excellent effet.
+Nous espérons que nos élections seront très bonnes; nous aurons
+toutefois beaucoup de nouveaux députés peu accoutumés aux affaires. On
+parle d'un mouvement pour le 14 juillet qui probablement n'aura pas
+lieu ou qu'il sera facile de réprimer. La présence de la Chambre et
+les précautions que prend le gouvernement, nous rassurent sur les
+journées des 27, 28 et 29.</p>
+
+<p>»Il paraît que le général russe veut tenter le passage de la Vistule
+près de la frontière prussienne. Le général polonais a trop disséminé
+ses forces. L'insurrection lithuanienne prend un caractère sérieux; la
+Volhynie, la Podolie exigent la présence de forces assez
+considérables, et l'Ukraine elle-même montre peu d'affection pour la
+Russie. Votre lettre m'a fait un plaisir que vous concevrez
+facilement...»</p>
+
+<p class="p2">Cette lettre du général Sébastiani offre cela de curieux <span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span> qu'à
+travers l'encens dont il essayait assez maladroitement de m'enivrer,
+on retrouve les idées que les factions bonapartiste et républicaine
+travaillaient alors à faire prévaloir en France pour enflammer
+l'opinion publique, en réveillant d'anciennes passions au lieu de
+chercher à les apaiser. La question des forteresses belges qu'il
+recommandait si spécialement à mes soins avait été déjà réglée par un
+protocole secret de la conférence, du mois d'avril précédent<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259"></a><a href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>,
+protocole auquel je n'avais bien entendu, pris aucune part, si ce
+n'est de le provoquer. Les plénipotentiaires des quatre cours
+d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, avaient
+reconnu qu'à la suite de la déclaration d'indépendance et de
+neutralité de la Belgique, un certain nombre de forteresses belges
+devraient être démolies. Cela devait nous suffire pour le moment;
+l'exécution du fait admis ne pouvait manquer de s'effectuer plus tard.
+Mais à Paris, on insistait pour qu'elle fût immédiate, afin de la
+publier pompeusement devant les Chambres et de s'en faire un moyen de
+popularité. Il fallait bien trouver une façon de satisfaire à cette
+exigence et j'obtins de la conférence que <span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span> le roi pourrait dans
+son discours faire mention de la décision prise à l'égard de la
+démolition des forteresses.</p>
+
+<p>En général, et c'était là ma plus grande difficulté, à Paris on ne
+jugeait les affaires qu'à un point de vue exclusivement français, sans
+faire aux autres la part qui leur était due. S'agissait-il des
+affaires de la Belgique, on ne pensait qu'aux Belges, sans songer
+qu'il y avait un roi des Pays-Bas, des intérêts duquel les autres
+cabinets étaient obligés de tenir compte. On oubliait, ou on feignait
+d'oublier qu'il y avait un parlement anglais devant lequel le cabinet
+anglais devait répondre des mesures qu'il adoptait, et on ne
+s'occupait que de ce qu'on aurait à répondre à la Chambre des députés
+de France<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260"></a><a href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>. Dans la situation compliquée de l'Europe, une pareille
+disposition me créait constamment des embarras infinis; mon devoir
+était d'en sortir le mieux possible: ce n'était pas aisé. Dans la
+circonstance dont il s'agit ici, je pressai le prince Léopold de
+donner au gouvernement français des assurances qui pussent le
+tranquilliser, et je tirai de lui la lettre suivante:</p>
+
+<p class="p2 right">Marlborough-House, 11 juillet 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je ne perds pas de temps pour répondre aux observations que vous
+m'avez communiquées relativement à la destination <span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span> future des
+places fortes construites en conséquence des traités de 1815. Mon
+opinion est que les relations entre la France et la Belgique doivent
+être basées <i>sur la confiance et l'amitié</i>.</p>
+
+<p>»Ne voyant aucune raison pourquoi la nation belge n'approuverait point
+les vues conciliatrices des cinq puissances, vous pouvez compter sur
+ma coopération sincère pour l'adoption de toute mesure qui aura pour
+objet l'adoption de ces bases.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LÉOPOLD.»</span></p>
+
+<p>Quand le prince Léopold m'écrivait cette lettre aussi prudente et
+réservée que lui-même, il était déjà roi des Belges. Il avait été élu
+la veille par le congrès de Bruxelles<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261"></a><a href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>, qui avait préalablement
+adopté les dix-huit articles préliminaires proposés par la conférence
+à la majorité de cinquante-six voix; cent vingt-six voix contre
+soixante-dix. C'était une grande victoire remportée sur ce point; on
+ne me laissa pas beaucoup de temps pour en jouir: la lettre suivante,
+fort remarquable, de M. Casimir Périer, appelait déjà mon attention
+sur un autre point, où il n'y avait malheureusement pas moyen
+d'espérer un succès.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRÉSIDENT DU CONSEIL AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 7 juillet 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je profite, pour m'entretenir quelques moments avec vous du départ de
+mon fils qui vous porte une dépêche importante sur les affaires de
+Pologne, délibérée d'un commun accord en conseil des ministres. <span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span></p>
+
+<p>»Peut être trouverez-vous, mon prince, notre démarche un peu vive;
+mais la situation des Polonais, notre correspondance de
+Saint-Pétersbourg, la disposition des esprits en France, toujours de
+plus en plus sympathique pour la cause polonaise, et enfin l'attitude
+prise vis-à-vis de la France par notre article du <i>Messager</i>, ainsi
+que l'approche de la session, ne permettaient pas de ne pas donner
+suite, dans tous les cas, aux premières démarches que nous avons
+faites près le gouvernement russe, et le conseil a cru d'une bonne
+politique de faire une tentative près le cabinet de Londres, quel
+qu'en doive être le résultat. Nous attachons d'ailleurs un grand prix
+à recevoir une réponse prompte; et nous ne pouvons que nous en
+remettre, à cet égard, à vos soins et à votre sagesse<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262"></a><a href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>.</p>
+
+<p>»Une dépêche télégraphique de M. de Sainte-Aulaire, arrivée à
+l'instant, nous annonce que d'un accord commun et par un engagement
+pris en présence de tous les ambassadeurs, les troupes autrichiennes
+auront évacué entièrement les États romains avant le 15 juillet<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263"></a><a href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span></p>
+
+<p>»Restent les affaires de Belgique. Les nouvelles qui nous en
+parviennent aujourd'hui sont meilleures: on nous annonce pour demain
+ou après-demain une solution favorable, à une majorité de cent vingt
+voix sur cent quatre-vingts. Je l'espère, je le désire plus encore,
+mais je n'y croirai positivement qu'après l'événement. Si, toutefois,
+les choses se dénouent ainsi, il serait urgent que le prince Léopold
+prît la résolution de se rendre de suite en Belgique. L'esprit
+révolutionnaire anime les hommes du mouvement; et ceux de l'ordre et
+de la résistance manquent d'un chef et d'un point d'appui.</p>
+
+<p>»Le général Sébastiani vous entretient des places fortes; il nous
+tarde, mon prince, d'être fixés à cet égard.</p>
+
+<p>»Notre mouvement électoral touche à sa fin; mon fils vous porte la
+liste des députés nommés jusqu'à six heures du soir aujourd'hui. La
+première impression du public est favorable aux résultats connus; ce
+ne sera point encore la convention que nous promettait M. Odilon
+Barrot; j'espère que ce ne sera pas non plus l'assemblée législative.
+Les hommes modérés paraissent jusqu'à présent faire le plus grand
+nombre; nous espérons que les élections à connaître conserveront la
+même physionomie. Si ces hommes joignent à l'esprit de modération
+politique un patriotisme courageux, nous pourrons peut-être résister;
+mais la cause de tous les maux que l'on peut craindre tient surtout à
+l'audace de nos adversaires, fortifiée par l'attitude faible, et, l'on
+pourrait dire, peureuse de nos partisans. Tout dépendra, au surplus,
+du premier moment. Je crains bien d'ailleurs que le pays ne sente pas
+assez la gravité de la maladie dont il est atteint, et qu'il ne tienne
+les yeux fermés à la lumière, jusqu'à ce qu'il se réveille au bruit
+d'une catastrophe. Sans doute, elle est encore éloignée, mais je la
+<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span> regarderais comme inévitable, si, dès le début de la session qui
+va s'ouvrir, le gouvernement n'était soutenu par la Chambre dans
+l'attitude vigoureuse et ferme qu'il doit prendre.</p>
+
+<p>»Vous voyez, mon prince, avec quelle franchise je m'exprime sur la
+situation, à mon avis, de nos affaires. N'allez pas croire cependant
+que je désespère de nos efforts; je suis loin de cette pensée; et je
+dirai même que le remède serait encore assez facile peut-être, si la
+question intérieure n'était pas dominée, sans cesse, par la question
+étrangère et réciproquement; mais cette réaction de deux questions si
+vives, l'une sur l'autre, et l'appui que la question étrangère trouve
+dans le parti militaire, ainsi que dans la disposition un peu
+fanfaronne de notre nation, rendent évidemment la gravité de notre
+position très difficile à surmonter. On s'imagine que nous avons
+encore à notre disposition les armées de l'empereur et les finances de
+la restauration, et que nous pouvons payer tout à la fois la solde et
+la rente; en faisant une guerre partielle, les armées ne nous
+manqueraient pas, sans doute, mais on ne songe pas qu'il est
+impossible que le premier coup de canon n'entraîne une guerre
+générale. Espérons que le bon sens du pays, aidé du souvenir des maux
+passés, prévaudra pour le sauver de l'esprit de vertige qui ne s'est
+emparé que de trop des têtes.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...»</p>
+
+<p>Je comprenais fort bien l'intérêt que le gouvernement du roi
+témoignait pour la cause polonaise que M. Périer me recommandait si
+fortement dans cette lettre. Je n'avais pas besoin d'être stimulé dans
+ce sens. Les efforts que j'avais faits près de l'empereur Napoléon en
+1807 et au congrès de Vienne en 1815 en faveur de la Pologne, j'étais
+tout prêt à les faire encore <span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">248</a></span> près du gouvernement anglais, mais
+je rencontrai là froideur et résistance. Les tories étaient nettement
+opposés à la Pologne et lord Grey, retenu par madame de Lieven,
+cherchait des prétextes pour éviter toute intervention de l'Angleterre
+dans une cause que l'on regardait comme perdue. Les motifs d'humanité
+n'ont guère qu'un poids relatif dans la politique anglaise; et
+personne n'aurait osé soutenir alors publiquement qu'il fallait
+entreprendre la guerre contre la Russie pour sauver la Pologne. A mon
+grand regret, je ne parvins pas à arracher une démarche un peu
+efficace pour cette belle cause de la part du cabinet anglais. Après
+en avoir informé M. Périer et le gouvernement, j'écrivis à Madame
+Adélaïde d'Orléans une lettre qui peint assez bien la situation du
+moment.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 20 juillet 1831.</p>
+
+<p>»Mademoiselle aura sûrement reçu du prince Léopold lui-même une lettre
+écrite sur le sol français qu'il a voulu traverser pour avoir une
+occasion de plus de témoigner au roi son respect et son attachement.
+Ses dernières paroles, la veille au soir du jour où il est parti pour
+Bruxelles, ont exprimé son désir d'appartenir au roi par les liens les
+plus plus directs<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264"></a><a href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>. J'ai laissé sans réponse aucune ce qu'il me
+disait, mais je dois l'écrire à Mademoiselle.</p>
+
+<p>»Dom Pedro avait la plus grande envie d'aller à Paris; il trouve dans
+le nom de sa femme quelques motifs qui l'en <span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span> empêchent et il ne
+veut pas être un embarras<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265"></a><a href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>. Je lui donne à dîner demain; sa pente
+actuelle est toute française.</p>
+
+<p>»On est ici encore bien froid sur la cause polonaise. Les Russes
+abondent depuis l'arrivée de la grande-duchesse Hélène<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266"></a><a href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a> et de
+madame de Nesselrode; ils font une course de vingt-quatre heures à
+Sidmouth où la grande-duchesse prend les bains, et ils reviennent à
+Londres parler contre la Pologne. Le prince Paul de Wurtemberg a été
+voir sa fille, et actuellement il est ici où il cherche à prouver que
+personne n'est plus propre que lui à être roi de Grèce. Je ne crois
+pas qu'aucun membre du corps diplomatique soit de son avis.</p>
+
+<p>»J'attends avec impatience le discours du roi; je crois que les places
+fortes de la Belgique y figureront d'une manière qui sera agréable à
+Mademoiselle. Le roi de Hollande se montre très difficile; j'ai été
+très fâché que pendant que M. de Wessenberg a été à La Haye, il ne s'y
+soit trouvé aucun ministre français. M. de Wessenberg l'a beaucoup
+regretté. Un Français avait des motifs différents à faire valoir pour
+amener l'acceptation. Nous éprouverons par la Hollande encore bien des
+difficultés. Des pertes réelles et une humeur naturelle rendent les
+bons conseils lents à se faire jour...»</p>
+
+<p class="p2">Les nouvelles de La Haye étaient, en effet, assez gênantes pour la
+conférence. M. de Wessenberg n'avait pu parvenir à surmonter la
+mauvaise humeur du roi, qui, après toutes les <span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span> concessions qu'il
+avait faites précédemment, ne voulait plus en ajouter de nouvelles, et
+qui avait nettement refusé de consentir à celles que renfermaient les
+dix-huit articles préliminaires envoyés au congrès belge et adoptés
+par celui-ci. Il fallait donc chercher quelque biais pour sortir de
+l'impasse où nous nous trouvions arrêtés; il n'y en avait pas d'autre
+que de proposer un traité définitif, quoique les préliminaires ne
+fussent pas acceptés: cela était fort peu correct, mais les
+circonstances étaient assez extraordinaires pour obliger à sortir des
+voies ordinaires. Seulement, il était difficile d'espérer que
+l'Autriche, la Russie, la Prusse voudraient nous suivre sur ce
+terrain, qui, il faut le reconnaître, n'était pas précisément celui du
+droit; et il est probable que nous ne serions pas parvenus à maintenir
+la bonne harmonie sur ce point dans la conférence, si le roi Guillaume
+n'était venu lui-même à notre secours, en commettant, comme on le
+verra bientôt, une faute qui devait achever de gâter sa position.</p>
+
+<p>Il y avait du moins un fait résultant de ce refus du roi de Hollande:
+c'est que la conférence n'avait pas sacrifié les intérêts de la
+Belgique, ainsi que le prétendaient et les journaux français et
+l'opposition dans notre Chambre des députés. En attendant, voici la
+réponse que Madame Adélaïde me fit à la lettre que j'ai citée plus
+haut:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 30 juillet 1831.</p>
+
+<p>»Il y a un an qu'à pareil jour, mon cher prince, nous étions dans une
+grande et juste agitation; et certes, nous ne pouvons que nous
+féliciter de la généreuse et courageuse résolution <span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span> prise alors
+par mon frère, et du résultat qu'a sa loyale et noble conduite. Il
+vient d'en recevoir une douce récompense dans ce moment par la
+manifestation la plus franche et la plus vraie de l'amour que toute
+notre population ressent pour lui, pendant les trois jours de fête qui
+viennent de se passer.</p>
+
+<p>»Je n'ai jamais rien vu de pareil à l'enthousiasme raisonné, à
+l'affection, à la confiance qui lui ont été témoignés, qui étaient sur
+toutes les physionomies; c'est un véritable triomphe! Il est bien
+remarquable et bien consolant pour l'avenir, qu'au bout d'un an,
+malgré des souffrances réelles et les travaux faits pour induire cette
+bonne et brave population dans l'erreur, on retrouve chez elle encore
+plus d'enthousiasme et de volonté pour maintenir celui en qui elle a
+confiance et qu'elle a choisi. Cela prouve bien pour son bon sens et
+son bon jugement qui méritent vraiment toute confiance aussi. Je suis
+bien heureuse de ces trois jours qui ont été excellents. Je suis bien
+sûre que vous partagerez de tout votre c&oelig;ur ma satisfaction; aussi
+est-ce avec bien de l'empressement que je viens m'en entretenir avec
+vous et vous remercier en même temps de vos deux bonnes lettres des 20
+et 25 juillet, ce qu'à mon grand regret je n'ai pu faire jusqu'à ce
+jour. Je suis enchantée que vous soyez assez content du discours de
+notre bien-aimé roi; à la Chambre, il a produit un excellent effet, et
+celui de l'annonce de la destruction des places fortes de la Belgique
+n'est pas moins bon et était bien nécessaire pour notre pays.</p>
+
+<p>»Je suis fâchée de la manière fausse dont les Belges ont pris cela
+dans le premier moment; c'est une fausse susceptibilité, dont à la
+réflexion ils reviendront sûrement, car <span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span> c'est une vérité que
+c'est autant dans leur intérêt que dans le nôtre, et ils le sentiront.
+J'avoue que cela ne m'inquiète pas et je suis persuadée qu'ils seront
+bientôt d'accord et avec nous, sur cela.</p>
+
+<p>»Le prince Léopold m'a écrit une bonne et excellente lettre de Calais,
+en réponse à celle où je lui reprochais de n'avoir rien dit pour la
+France dans son premier discours à la députation belge. Cette fois-ci,
+il a dit un mot à la France; mais comment, en répondant au beau et
+juste discours de M. Surlet de Chokier, n'a-t-il pas parlé de notre
+roi dont le régent de la Belgique lui faisait un si bel et juste
+éloge? C'est une grande maladresse dont, je vous avoue, j'ai été
+étonnée, et j'en dirai certainement un petit mot au prince Léopold, en
+répondant à une petite lettre très aimable qu'il vient encore de
+m'écrire. Je connais depuis longtemps son désir d'appartenir à notre
+roi par les liens les plus directs; mais vous comprendrez que je ne
+puis rien dire à cet égard.</p>
+
+<p>»Dom Pedro est arrivé ici le 26, au moment où nous allions nous mettre
+à table; nous avions un grand dîner ce jour-là qui a été un peu
+retardé pour lui, et de la musique le soir, à laquelle il a aussi
+assisté, ainsi qu'aux trois jours de fête suivants: cela a été un beau
+et bon spectacle à lui donner; il a dû être très satisfait de la
+réception que lui a faite notre roi. J'aurais voulu qu'il nous laissât
+ici sa femme et la petite reine sa fille, et s'il entendait bien son
+véritable intérêt, après avoir fait sa visite en Angleterre, il
+reviendrait avec elle ici; mais je crains qu'il n'ait pas d'idée bien
+arrêtée.</p>
+
+<p>»Vous me demandez ce que je pense de la Chambre. La manifestation
+qu'elle a faite au roi, lors de son discours, me donne l'espoir
+qu'elle sera bonne. Je suis dans l'impatience <span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span> d'avoir des
+nouvelles de ces si intéressants et braves Polonais; c'est sur cela
+que l'opinion est surtout bien vive dans ce moment, et je suis désolée
+de voir l'Angleterre si froide à leur égard.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu, mon cher prince...»</p>
+
+<p class="p2">J'ai voulu donner dans toute son étendue cette lettre qui témoigne si
+bien des illusions de plus d'un genre, qu'une personne même aussi
+sensée que Madame Adélaïde pouvait partager. Mais laissons là les
+illusions: les faits ne vinrent que trop promptement nous rappeler à
+la réalité. Le roi des Pays-Bas, irrité de voir l'indépendance de la
+Belgique se consolider par l'élection et l'acceptation du prince
+Léopold, blessé de n'être appuyé par aucune puissance dans ses
+résistances, et se flattant sans doute de l'espoir d'amener une guerre
+générale en Europe, prit tout à coup la résolution désespérée de faire
+attaquer la Belgique par l'armée que commandait son fils le prince
+d'Orange. Le 4 août, il faisait annoncer à la conférence la rupture de
+l'armistice, et le 5, ses troupes entraient sur le territoire belge.
+D'un autre côté, le roi Léopold, à peine entré en possession de la
+couronne, se trouvait aux prises avec d'inextricables difficultés. Il
+avait été convenu avant son départ de Londres, qu'aussitôt installé à
+Bruxelles, il enverrait deux commissaires belges, chargés des pouvoirs
+nécessaires pour négocier, sous la médiation de la conférence, un
+traité définitif de séparation entre la Hollande et la Belgique,
+d'après les bases des dix-huit articles. Le cabinet qu'il avait formé
+se refusait nettement à l'envoi des commissaires et prétendait que les
+Belges pouvaient traiter avec les Hollandais, sans se rencontrer. Le
+roi Léopold avait immédiatement fait connaître cette difficulté <span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span> à
+la conférence, en lui rendant compte des hostilités des Hollandais et
+du secours qu'il avait réclamé de la France. Il fallait pourvoir avant
+tout aux effets de ces nouvelles et fâcheuses complications. Et, chose
+assez singulière dans un pareil moment, j'étais depuis douze jours
+sans aucune communication de mon gouvernement. Il n'y avait cependant
+pas de temps à perdre pour prendre une résolution. La conférence
+dressa un protocole, dans lequel, en blâmant sévèrement la rupture de
+l'armistice de la part des Hollandais, elle approuvait l'emploi pour
+un temps limité d'une armée française, dont l'entrée en Belgique avait
+été sollicitée par le roi Léopold, et décidait qu'une escadre anglaise
+irait défendre les côtes belges et repousser de ce côté les attaques
+des Hollandais<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267"></a><a href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>. Ce protocole était essentiel pour empêcher qu'une
+conflagration générale ne résultât de l'intervention armée de la
+France en Belgique.</p>
+
+<p>Je ne puis mieux faire connaître les péripéties de cette <span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">255</a></span> grave
+affaire qu'en donnant la correspondance qu'elle amena entre Madame
+Adélaïde et moi.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 7 août 1831.</p>
+
+<p>»Je suis bien sûre, mon cher prince, que vous n'aurez pas été moins
+surpris que nous de l'inconcevable levée de boucliers du roi de
+Hollande, qui, certes, justifie bien entièrement et fait bien sentir
+l'immense avantage que nous donne la sage, noble et belle conduite de
+notre bien-aimé roi et de son gouvernement envers la Belgique; et
+combien il est heureux que vous ayez conduit et terminé, avec autant
+de zèle, de prudence et d'habileté, cette si importante et difficile
+négociation qui, par l'accord fait entre les cinq puissances, nous
+autorise à voler au secours de ce malheureux pays, son roi le
+réclamant, contre l'infâme agression qui lui est faite par le roi de
+Hollande, sans s'inquiéter des traités convenus et qui viennent d'être
+conclus entre les cinq puissances, ni sans même les consulter sur
+cette coupable et inconcevable démarche, que je ne puis m'expliquer
+qu'en le considérant comme fou.</p>
+
+<p>»Il me paraît impossible qu'à la demande de secours et d'assistance
+que le roi des Belges a demandée à l'Angleterre, elle n'envoie pas
+sur-le-champ son escadre dans l'Escaut, comme notre roi a envoyé ses
+deux fils et son armée en Belgique<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268"></a><a href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>; mais vous jugez avec quelle
+impatience nous attendons <span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">256</a></span> de le savoir par vous! Je suis bien
+convaincue que pour terminer par une paix stable cette lutte
+inconcevable et si inattendue, le meilleur moyen, c'est que
+l'Angleterre s'unisse franchement à nous, ce que je vous avoue que
+j'ai la confiance qu'elle fera. Il me paraît de toute impossibilité
+que la Prusse, malgré ses liens de parenté et son affection pour la
+maison de Nassau, l'appuie dans cette tentative, entreprise contre les
+traités qu'elle vient elle-même de signer et contre tout droit des
+gens<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269"></a><a href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>. Le mal est que, dans l'origine, les puissances ne lui ont
+pas parlé le langage franc et ferme qui l'eût persuadé; mais, au
+contraire, il a vu le désir de le ramener, de le maintenir en
+Belgique, et c'est ce qui lui donne la confiance de faire cette
+inconcevable entreprise; il se flatte d'entraîner ainsi une guerre
+générale.</p>
+
+<p>»Ce que notre roi désire particulièrement savoir de vous, et qu'il me
+charge de vous demander directement et en confiance, c'est ce que vous
+croyez qu'il y a à faire pour terminer ceci par un arrangement
+définitif qui ne laisse plus dans cette incertitude de la paix ou de
+la guerre, et qui nous permette de faire revenir nos troupes de
+Belgique, le plus tôt possible, ce que mon frère désire, sans que cela
+compromette nos intérêts et ceux du roi des Belges, et l'indépendance
+de ce pays. Vous aurez été content de l'admirable lettre que notre
+cher roi a écrite au roi des Belges... De grâce, écrivez-moi le plus
+tôt possible...» <span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">257</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Paris, le 9 août 1831.</p>
+
+<p>»J'étais loin de m'attendre, mon cher prince, quand je vous ai écrit
+avant-hier, à l'inconcevable conduite du roi Léopold envers notre roi,
+la France et notre armée! Comment, pour toute réponse à l'admirable
+lettre que notre roi lui écrit le 4, en réponse à la sienne du 3, dans
+laquelle il demande secours, nous ne voyons que le pauvre prétexte,
+pour ne pas dire plus, d'un article de la constitution belge, que le
+moindre raisonnement ne peut pas soutenir, mis en avant et appuyé par
+les inconvenants et sots articles de quelques gazettes belges! et, à
+l'heure qu'il est, pas encore une ligne de lui à notre roi! cela me
+passe<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270"></a><a href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>. En attendant, j'espère qu'en ce moment, notre armée entre
+en Belgique, en évitant les places fortes, mais en marchant droit
+contre les Hollandais qui dévastent et désolent ce malheureux pays.
+L'ordre de notre roi est de voler à son secours et d'en chasser les
+Hollandais. Je suis fière, je vous l'avoue, de la grandeur, de la
+générosité de notre roi et de sa conduite. Je suis certaine que vous
+le serez aussi et que vous la ferez bien valoir, que vous en tirerez
+bon parti pour nous amener une paix honorable et stable et avantageuse
+pour l'humanité et l'Europe.
+<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">258</a></span></p>
+
+<p>»Je suis indignée du discours de lord Aberdeen à la Chambre des pairs,
+ce que, me connaissant bien, vous comprendrez et sentirez mieux qu'un
+autre. Mais je suis enchantée de la réponse que lui a faite lord Grey;
+notre roi en est très touché; vous ferez bien de le lui dire<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271"></a><a href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>. Il
+paraît, d'après les gazettes anglaises, que l'escadre a l'ordre
+d'entrer dans l'Escaut, et que le gouvernement anglais et la
+conférence jugent le coup de tête du roi de Hollande, comme il mérite
+de l'être, ce qui me fait un extrême plaisir; mais je ne serai bien
+satisfaite que quand je saurai tout cela par vous, et que vous m'aurez
+donné votre manière de voir, votre opinion sur tout cela; aussi,
+est-ce avec une indicible impatience que j'attends vos premières
+lettres. Je suis bien fâchée que le pauvre roi Léopold n'ait pas
+franchement suivi son premier mouvement, et qu'il n'ait pas eu un bon
+conseil auprès de lui pour lui faire sentir la maladresse et la faute
+qu'il faisait en se laissant aller au second, où je crois qu'il a été
+entraîné par de mauvaises insinuations.
+ <span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">259</a></span> Je crains que le retard de
+l'arrivée de nos troupes en Belgique n'ait exposé son armée, car on
+dit que, malgré le sage conseil de notre roi, il veut s'exposer à une
+bataille dont les conséquences seraient bien funestes pour lui, s'il
+la perdait, ce qui est assez probable, d'après ce que l'on dit de
+l'état de son armée.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu, mon cher prince...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 août 1831.</p>
+
+<p>»Je reçois la lettre de Mademoiselle du 7, et je m'empresse d'y
+répondre.</p>
+
+<p>»Mademoiselle me fait une question à laquelle le protocole porté par
+Neukomm répond en grande partie, car il indique la route à suivre pour
+arriver à un arrangement définitif. Ce protocole a été longuement et
+vivement discuté; les plénipotentiaires russes surtout ont été très
+difficiles à amener au système que nous avons adopté; nous y avons
+passé huit heures un jour et six le lendemain; je crois avoir obtenu
+tout le possible dans un moment où les esprits de tous les partis
+étaient fort agités. Si le roi de Hollande cède, nous n'aurons plus
+que des stipulations de détail, qui éprouveront, je l'espère, de moins
+grandes difficultés que celles qu'il a fallu surmonter dans cette
+épineuse affaire. Nos troupes pourront alors se retirer; et peut-être,
+finir elles-mêmes, en rentrant en France, la question des forteresses.
+Mon opinion est que cela déplaira, mais ne donnera que de l'humeur. Je
+ne parle que des forteresses élevées par la Sainte-Alliance contre
+nous. La marche de nos troupes a fort effrayé les esprits; <span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">260</a></span> mais
+c'était surtout la marche en avant qui inquiétait tout le monde; ce
+qu'elles feraient du côté de Maëstricht peut amener des complications
+graves; mais ce qu'elles feront en se retirant sera supporté, parce
+qu'on sera surtout bien aise qu'elles se retirent. On se paye par là
+des frais de la guerre; et il doit être plus commode au roi des Belges
+qu'une opération de cette nature, qui tôt ou tard doit se faire, soit
+faite par nous, dont il est obligé de demander les armées, tant les
+moyens militaires qu'il a à sa disposition sont faibles. Il me semble
+aussi que la destruction des forteresses par la main même des armées
+françaises plairait à tous les Français et satisferait les exigences
+les plus susceptibles...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 11 août 1831.</p>
+
+<p>»J'ai fait ce matin à lord Grey la commission de Mademoiselle. Il en a
+été extrêmement touché, et m'a dit avec émotion: «Vous ne pouvez pas
+trop dire au roi combien je suis sensible à ce qu'il a la bonté de me
+faire dire.» Après quelques moments de silence, lord Grey m'a demandé
+si je connaissais les dépêches que lord Palmerston venait de recevoir
+de Hollande. Je lui ai dit que d'abord j'avais dû venir chez lui et
+que j'allais, en le quittant, chez lord Palmerston qui avait indiqué
+une conférence pour deux heures. «Vous allez, m'a-t-il dit, y lire une
+lettre de La Haye qui annonce que les ordres ont été donnés pour que
+les troupes hollandaises rentrent immédiatement en Hollande. Vous
+connaissez tous les embarras que nous avons ici; vous avez dû voir
+toute l'agitation produite par l'entrée de vos troupes en Belgique. Je
+vous conjure d'engager le roi à les rappeler en <span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">261</a></span> France, au moment
+où il aura connaissance officielle des ordres donnés par le roi de
+Hollande. Nous avons besoin de cette preuve de modération de votre
+part. Cela est essentiel pour nous et pour vous. Dites-le de ma part
+au roi. Deux gouvernements qui veulent être franchement d'accord se
+doivent des égards de circonstance; et je vous répète que nos embarras
+seraient extrêmes ici, si vous ne retiriez pas vos troupes.»</p>
+
+<p>»Je suis monté chez lord Palmerston, qui m'a lu la lettre de M.
+Verstolk<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272"></a><a href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a>; elle est explicite sur le rappel des troupes
+hollandaises. Il me semblerait bien grave de refuser à l'Angleterre ce
+qu'elle demande aujourd'hui, car les dernières vingt-quatre heures ont
+changé la question. La retraite des troupes hollandaises, d'une part,
+et la demande du roi Léopold qu'il a fait connaître ici sont deux
+incidents considérables. Il est certain que le ministère anglais ne
+saurait affronter le récri général qui s'élèverait contre lui si, les
+Hollandais se retirant, nous restions en Belgique. Les tories ne sont
+pas les seuls qui blâment la conduite du cabinet anglais dans la
+question hollandaise; et le <i>leading article</i> du <i>Times</i> d'aujourd'hui
+(journal ministériel) en est un symptôme très remarqué. Mais, comme il
+ne faut pas cependant que notre mouvement militaire reste sans
+résultat pour la France, il faudrait, ce me semble, obtenir ou
+arracher de la Belgique et de son roi le consentement pur et simple,
+mais officiel, de la démolition des forteresses. <span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">262</a></span> Le maréchal
+Gérard<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273"></a><a href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a> pourrait aisément faire ce traité en s'en allant. Le roi
+Léopold, avant de quitter Londres, m'avait écrit à ce sujet une lettre
+que j'ai envoyée à cette époque au gouvernement. Ce prince, arrivé à
+Bruxelles, n'a plus tenu le même langage; mais aujourd'hui, il faut
+que son langage soit positif.</p>
+
+<p>»Quand une fois nous n'aurons plus à traiter la question des
+forteresses qu'avec les quatre puissances, les choses seront fort
+avancées, parce qu'elles sont fortement engagées dans le protocole du
+17 avril.</p>
+
+<p>»L'Angleterre devrait bien trouver, dans tout ce qui vient de se
+passer en Belgique, des motifs pour croire qu'il n'y a pas de Belgique
+possible, et que c'est par des idées de partage que l'Europe
+trouverait la garantie positive d'une paix générale. Mais l'Angleterre
+est bien éloignée de cette idée. On avait partout aussi d'autres
+idées; les ambitions avaient pris d'autres routes. Où en est-on à cet
+égard en France?</p>
+
+<p>»Voilà une lettre bien longue; les vieux serviteurs ne sont jamais
+courts, mais ils sont tendrement et sincèrement attachés...»</p>
+
+<p>Quels autres conseils pouvais-je donner au gouvernement français, dans
+des circonstances qui révélaient de pareilles complications? C'était
+le roi Léopold qui ne voulait plus aujourd'hui ce qu'il voulait hier,
+et les fanfaronnades des <span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">263</a></span> Belges qui aboutissaient à une fuite
+honteuse devant les Hollandais<a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274"></a><a href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>. On pouvait bien certes être tenté
+de croire qu'il n'y avait point de Belgique, et point de roi des
+Belges. Mais cela était fort peu commode quand on n'avait voulu le
+partage d'aucun côté. En Angleterre, on craignait d'augmenter la
+puissance française; en France, on voulait M. le duc de Nemours; les
+Russes et les Prussiens voulaient le prince d'Orange; l'Autriche
+aurait assez aimé que le désordre se prolongeât afin de tenir la
+France gênée de ce côté. Tout cela avait conduit où l'on était. Mon
+affaire était que cela y conduisît sans guerre, et il n'y en avait
+point encore. Cela nous avait, en tout cas, donné le temps de faire
+une armée. L'essentiel était que M. Périer restât au pouvoir, parce
+que l'opinion du dehors était tout entière à lui; les gens tranquilles
+et le commerce en France lui appartenaient; il ne fallait donc pas se
+laisser faire la loi par une poignée de factieux. J'y étais bien
+résolu, ainsi qu'à tirer tout le parti possible de cette crise un peu
+vive, pour en finir avec cette fastidieuse affaire. Comme toujours, on
+ne m'y aidait guère du côté de la France où se manifestaient de
+nouvelles exigences, à mesure que j'obtenais des concessions à
+Londres. Les lettres suivantes le constateront suffisamment.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 13 août 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Vous avez fait beaucoup jusqu'à présent, et à merveille. Le roi le
+mandait avant-hier dans une lettre au maréchal <span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">264</a></span> Gérard, et qu'il
+attendait que vous feriez encore plus, et que votre habileté
+parviendrait à obtenir ce qui est nécessaire pour obtenir une paix
+stable; et maintenant la seule démolition des places fortes en
+Belgique ne serait pas regardée comme une satisfaction suffisante, ni
+une sécurité assez grande d'après la tentative que vient de faire le
+roi de Hollande, qui, à la vérité, sans la décision prompte de notre
+roi et l'arrivée de notre armée en Belgique, aurait eu succès, du
+moins momentanément; cela est bien prouvé, le roi Léopold aurait été
+détrôné. Nous voulons le soutenir autant que cela dépendra de nous;
+mais pour que cela soit possible au roi, à son gouvernement, il faut
+que vous parveniez à obtenir une réparation, un dédommagement qui
+satisfasse l'amour-propre national et l'opinion générale à cet égard,
+de notre propre pays. C'est avec une parfaite conviction, et en toute
+amitié et confiance que je vous le dis: <i>c'est de la plus grande
+importance</i> pour notre cher roi, son gouvernement, et votre propre
+existence comme son ambassadeur.</p>
+
+<p>»Nous savons ce matin par dépêche télégraphique que mes neveux
+Chartres et Nemours sont entrés hier à Bruxelles, à deux heures après
+midi, aux acclamations et à la joie de toute la population qui les
+attendait avec une impatience extrême, et qui était dans un tel état
+de terreur de l'arrivée des Hollandais, que, la veille, M. d'Arschot
+n'avait trouvé d'autre moyen de les calmer qu'en faisant préparer un
+dîner pour mes neveux à l'hôtel d'Arenberg, en disant qu'ils allaient
+arriver. Ici, la discussion de l'adresse dans la Chambre des députés
+se continue; l'on espère qu'il y aura une bonne majorité; il est
+certain que ces derniers événements <span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">265</a></span> ont été d'une grande utilité
+pour le gouvernement et lui ont donné beaucoup de force; mais il ne
+faut pas se dissimuler que tous ces avantages seraient perdus et nous
+feraient même tomber plus bas que nous ne l'étions avant, si, à la
+suite, il n'y avait pas un acte, un dédommagement qui satisfasse notre
+nation. Cela ne peut être en meilleures mains que dans les vôtres, mon
+cher prince; je sens que la tâche est difficile, mais vous la
+surmonterez, j'en suis sûre, surtout ayant force et bon droit de votre
+côté.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 14 août 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Ma dépêche officielle d'aujourd'hui vous fait connaître notre
+situation. Les débats de la Chambre des députés vous montreront nos
+embarras. La Belgique est une question délicate qui exige des
+ménagements de tous les genres et de tous les instants. Notre
+politique n'est ni changée ni modifiée; nous voulons conserver la paix
+sans exigences déraisonnables qui pourraient blesser les puissances;
+mais il faut ménager la susceptibilité d'un pays qui se croit offensé
+par des places qui ont été construites contre nous. C'est toujours le
+traité que vous avez repoussé en 1815 qui est notre grande difficulté.</p>
+
+<p>»Nous ne voulons pas le déchirer, mais les puissances doivent prouver
+à la France que le système de haine qui nous l'imposa n'est plus le
+sentiment qui les dirige. Vous pouvez seul leur faire entendre
+utilement cette vérité. Votre haute position en Europe et à Londres,
+la confiance que vous inspirez <span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">266</a></span> achèveront une union sincère entre
+les États dont le concert et l'accord peuvent préserver l'ordre social
+des dangers qui le menacent. Aussitôt que le territoire belge sera
+évacué par l'armée hollandaise, vingt mille hommes de l'armée
+française rentreront en France. Le maréchal Gérard ne conservera que
+trente mille hommes qui rétrograderont jusqu'à Nivelles, et en deçà.
+Cette diminution de nos forces est une garantie que nous nous
+empressons de donner à nos alliés de la loyauté de nos intentions.
+Vous voyez que vos observations ont exercé une grande influence sur
+nos résolutions. Nous désirons donner au cabinet anglais toutes les
+preuves d'intérêt; mais notre position est plus embarrassante encore
+que la sienne. Votre présence à Londres nous rassure sur la
+conservation d'une paix qui est l'objet de tous nos v&oelig;ux et que
+vous avez désirée, comme nous, digne et honorable. La Chambre commence
+à se rapprocher du ministère, et si nos affaires étrangères deviennent
+plus faciles, une grande majorité nous est assurée. Ce n'est pas le
+cabinet français que nous désirons conserver, mais la paix.»</p>
+
+<p>C'étaient là de belles paroles, mais il était plus aisé de les écrire
+que de satisfaire aux prétentions qu'elles dissimulaient. J'avais
+obtenu de la conférence la sanction de l'entrée des troupes françaises
+en Belgique, pour secourir le roi Léopold contre l'invasion
+hollandaise; on reconnaissait que cette décision de la conférence
+avait donné une grande force au gouvernement français devant les
+Chambres. Maintenant, celui-ci demandait la démolition des forteresses
+qui avait été accordée en principe dès le mois d'avril par les
+puissances représentées dans la conférence de Londres, et il aurait
+voulu que <span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">267</a></span> l'occupation française en Belgique se prolongeât
+jusqu'à l'entière démolition des forteresses exécutée sur l'ordre des
+puissances. Évidemment c'était impossible à obtenir, du moment surtout
+où les troupes hollandaises s'étaient retirées dans leurs limites, sur
+l'ordre de la conférence. La sécurité des Belges et de leur nouveau
+roi étant assurée par cette mesure, la prolongation du séjour des
+troupes françaises en Belgique ne pouvait plus qu'exciter la méfiance
+de toutes les puissances et provoquer dans le parlement anglais des
+attaques sans réponse contre le ministère qui aurait succombé<a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275"></a><a href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>.
+Les tories qui lui auraient succédé, engagés par leurs attaques mêmes
+contre l'occupation de la Belgique par l'armée française, auraient été
+intraitables sur ce point, et la guerre devenait inévitable. Il
+fallait donc aider le cabinet anglais à se soutenir et ne pas mettre
+en avant des exigences mal fondées du côté de la France où une partie
+du gouvernement cédait à de malfaisantes influences. On pourra en
+juger par ce que m'écrivait à cet égard le duc de Dalberg.
+<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">268</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 13 août 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je n'ai que le temps de vous dire que la Providence veille sur la
+France plus que ceux qui la gouvernent. On s'occupe à faire
+l'éducation de deux cents nouveaux députés appelés plus convenablement
+à régir les affaires d'une commune qu'à décider celles d'un empire. Je
+crois qu'il y a depuis deux jours amélioration dans les esprits.
+L'invasion hollandaise donne un immense avantage, abat le caquet des
+révolutionnaires belges et français, fournit l'occasion au
+gouvernement de montrer un peu de vigueur, et prouve que l'Angleterre
+ne se sépare pas des intérêts créés par la révolution de Juillet. Je
+conseille de hâter un arrangement final entre la Hollande et les
+Belges, et de tenir une balance juste et équitable pour <i>la première</i>.
+Il vous faut le consentement du roi de Hollande, ou vous n'avez rien
+fini.</p>
+
+<p>»Le bavardage qui éclate de la tribune française devient insipide.
+D'un autre côté, il est plus que temps que la<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">269</a></span>
+<i>camaraderie</i> du Palais-Royal avec l'ordure de la révolution
+cesse. On se demande en Europe comment l'autorité peut se retremper
+ainsi. MM. d'Appony et Pozzo se plaignent du langage que tiennent hors
+de France, en Italie et en Allemagne, les agents français. Vous pouvez
+être sûr que, dès qu'en Italie il y a un autre mouvement
+insurrectionnel, les Autrichiens tomberont dessus. A mon avis, ils
+feront bien.</p>
+
+<p>»Cet excellent Casimir Périer que nous avons tenu par les cheveux pour
+qu'il ne nous échappe pas, ne parle que de sa retraite. Les plus
+plates intrigues s'ourdissent maintenant pour composer un ministère
+qui doit lui succéder. Les chefs en sont Odilon Barrot, Salverte,
+Clauzel<a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276"></a><a href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a> auquel on a donné bêtement le bâton de maréchal pour
+augmenter son influence. Tout cela s'écarte de toute raison; et vous
+pouvez vous croire heureux d'être éloigné de tant de folies...»</p>
+
+<p>Le duc de Dalberg indiquait dans cette lettre l'idée à laquelle
+j'avais résolu de m'attacher, aussitôt que nous serions sortis de la
+crise actuelle des affaires belges: c'était de poursuivre sans relâche
+la conclusion d'un traité définitif qui réglerait ces affaires;
+seulement, j'étais bien décidé, si le roi de Hollande <span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">270</a></span> persistait
+dans son système d'opposition à un arrangement final, à me contenter
+d'un traité solennel entre les cinq grandes puissances et la Belgique,
+convaincu que j'étais qu'un pareil traité mettrait les Belges à l'abri
+d'une nouvelle invasion hollandaise et assurerait le maintien de la
+paix. Mais il fallait, avant d'en arriver là, apaiser les
+effervescences de Paris, et satisfaire aux exigences de la situation
+vraiment embarrassante du cabinet anglais; dans ce but, j'écrivis à
+Madame Adélaïde:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 17 août 1831.</p>
+
+<p>»Je ne songe qu'à une seule chose, c'est au service du roi, c'est au
+bien réel de la France que tant de passions compromettent étrangement.
+Les hasards aussi, il faut en convenir, trompent sans cesse nos
+calculs et nos efforts; et la complication actuelle me paraît sans
+contredit la plus fâcheuse de cette longue et pénible négociation. En
+effet, l'entrée de nos troupes en Belgique était forcée, et leur
+sortie présente des difficultés qui, à ce qu'il paraît, sont de nature
+à compromettre l'existence du ministère sage, ferme, pacifique et
+éclairé dont le roi s'est entouré. Il faut à notre esprit français
+excité par les démonstrations militaires, soit des victoires, soit des
+conquêtes. La retraite des Hollandais rend les victoires impossibles;
+et l'intérêt, bien ou mal entendu des puissances, s'oppose aux
+conquêtes. Pendant que ce dilemme occupe les conseils du roi, il se
+passe ici des choses qui ont aussi leur importance.</p>
+
+<p>»Le jour où nos troupes ont passé la frontière, ce jour-là <span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">271</a></span> même,
+a commencé une réaction dans l'esprit anglais, dont le <i>Times</i>, qu'il
+est bon que vous lisiez, offre des symptômes frappants<a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277"></a><a href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p>
+
+<p>»Cette réaction s'est visiblement étendue; elle menace essentiellement
+le cabinet actuel; elle devient nationale; elle place <i>la réforme</i>
+même sur le second plan. Les vieilles jalousies se réveillent, les
+susceptibilités se montrent partout, car il y a une fibre anglaise
+qui, depuis deux cents ans, appartient si complètement à la question
+de la Hollande et des Pays-Bas qu'on ne saurait la faire vibrer
+impunément. Lord Grey et le cabinet tout entier ne se dissimulent pas
+et ne me cachent pas qu'il y va non seulement de leur existence mais
+de la conservation de la paix. S'ils consentaient à la présence
+prolongée de nos troupes en Belgique, les tories, qui comprennent que
+la guerre seule peut éloigner la réforme, pousseraient à la guerre de
+tous leurs efforts, et trouveraient dans l'amour-propre national un
+écho qui leur a manqué jusqu'à présent dans le pays. Si le ministère
+de lord Grey quittait, il serait remplacé par des hommes qui seront
+hostiles à tout ce qui s'est fait pour maintenir la paix. Pour que
+lord Grey reste, il faut qu'il puisse dire que nos troupes rentrent en
+France, ou qu'il se décide à faire contre nous ce que voudra son pays.
+<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">272</a></span></p>
+
+<p>»Dans cette situation, quel est le moyen de tout concilier? Il ne se
+présente pas à mon esprit; je vois des inconvénients partout.
+Cependant, le parti qui me paraîtrait en avoir le moins serait
+celui-ci: c'est sur la demande du roi Léopold que les troupes du roi
+sont entrées en Belgique; c'est à son secours que nous nous sommes
+portés avec un empressement et avec des dépenses qu'il doit
+reconnaître. Il n'est pas moins certain que nous lui avons rendu des
+services signalés ainsi qu'à tout son pays qui devenait la proie de la
+guerre en peu d'heures. Une marque de reconnaissance nous est due,
+quelques dédommagements nous sont acquis. Les demander à la
+conférence, ce serait faire une démarche illusoire; les Anglais nous
+diraient: nous n'en demandons pas, et les autres membres de la
+conférence s'inquiéteraient. Il me semble que c'est au roi Léopold
+lui-même qu'il faut s'adresser. Une convention directe de souverain
+indépendant à souverain indépendant me paraîtrait propre à nous faire
+sortir de l'embarras dans lequel nous sommes. Si donc le maréchal
+Gérard et le général Belliard allaient droit au prince Léopold avec la
+force et la promptitude que l'on met à une convention militaire, et
+s'ils lui disaient: «La retraite de nos troupes dépend de telle chose;
+prenez l'avis de votre conseil; faites jurer le secret, nous le
+garderons avec Paris et signez dans deux heures», ce qui serait fait
+là serait fait; et il faudrait bien que, sans guerre, les puissances
+s'en accommodassent, car le traité aurait été fait entre princes
+reconnus et qui ont le droit de faire, en observant les formes fixées
+dans leur propre pays, tout ce qui leur convient. Le prince Léopold
+n'a pas consulté le congrès pour appeler les forces de la France à son
+secours; il n'aurait pas plus besoin de l'appeler <span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">273</a></span> pour les faire
+retirer. C'est l'urgence qui doit régler toute cette question.</p>
+
+<p>»Personne ici n'a été sensible à la retraite de vingt mille hommes de
+nos troupes, parce que trente mille suffisent pour conquérir toute la
+Belgique quand en Belgique, il n'y a que des Belges.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas parlé, dans ma dépêche d'aujourd'hui, de l'idée que
+renferme cette lettre-ci parce que, avec le roi, il est de mon devoir
+de tout hasarder, et qu'avec un cabinet il faut rester dans les bornes
+de la prudence. Le roi verra si ce que j'ai aujourd'hui dans l'esprit
+vaut quelque chose. Je passe ma vie à chercher des expédients; si cela
+ne vaut rien, il vaudra peut-être mieux rester dans la ligne que
+demande lord Grey qui, encore ce matin, s'est engagé à la démolition
+des places fortes, lorsque le moment en sera venu. Il veut que cela
+soit fait, mais il ne veut pas que cela le soit par nous.</p>
+
+<p>»J'ai remis au chargé d'affaires de dom Pedro la lettre du roi; il
+doit l'envoyer aujourd'hui. Dom Pedro est parti hier avec toute sa
+famille; il est peu content de son dernier séjour en Angleterre...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 19 août 1831.</p>
+
+<p>»J'avais, à la fin de ma dernière lettre, parlé à Mademoiselle de
+l'idée que l'on pouvait avoir de traiter avec le prince Léopold, mais
+ce que je proposais devait être parfaitement <i>secret</i>. Du moment que
+l'on veut faire quelque chose de patent, on échouera et l'on déplaira
+à toutes les puissances. Au point où en sont les choses, on ne peut
+plus, sans danger, s'occuper que de rendre officielle la lettre qui
+m'a été écrite par le prince Léopold au moment de son <span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">274</a></span> départ; la
+copie en est à Paris; soyez sûre que les places seront abattues: lord
+Granville en répétera l'assurance au roi; moi, personnellement, je
+n'en doute pas. Je crois, en vérité, qu'il n'y aurait aujourd'hui
+qu'un moyen de l'empêcher, ce serait de vouloir le faire soi-même.
+Cela deviendrait une question d'amour-propre et, entre grandes
+nations, on ne peut calculer ce que ce genre de blessure peut amener.</p>
+
+<p>»Le roi aura une bonne nouvelle à apprendre à dom Pedro: le comte de
+Villaflor est débarqué à Saint-Michel<a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278"></a><a href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a> avec quinze cents hommes et
+il est le maître de l'île, dans laquelle il y avait beaucoup
+d'artillerie et deux mille hommes de troupes réglées. Ainsi, voilà
+cinq mille hommes, y compris ce qui était à Terceira, qui sont à la
+disposition de la jeune reine dont la vie aventureuse exigeait qu'elle
+fût plus jolie.</p>
+
+<p>»Le ministère anglais vient d'avoir un échec parlementaire; il faut
+espérer qu'il s'en relèvera, nous en avons besoin<a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279"></a><a href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>...»</p>
+
+<p>Après de longues discussions dans la conférence, pendant <span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">275</a></span>
+lesquelles je soutins avec vigueur que la prolongation du séjour des
+troupes françaises était nécessaire à la sécurité de la Belgique, nous
+convînmes cependant d'imposer au roi de Hollande un nouvel armistice
+de six semaines, durant lequel un traité définitif serait conclu entre
+la Hollande et la Belgique sous la garantie des cinq puissances. Le
+protocole numéro 34, qui contenait ces stipulations, déclarait en même
+temps que, moyennant de pareilles garanties, la présence des troupes
+françaises en Belgique cessait d'être indispensable et qu'elles
+devraient se retirer sans cependant fixer un terme précis à leur
+retraite. Les ministres anglais avaient insisté pour obtenir cette
+déclaration comme vitale pour l'existence du cabinet. On va voir qu'à
+Paris on se considérait également comme perdu si les troupes
+françaises devaient se retirer de Belgique avant qu'on ait obtenu soit
+la démolition immédiate des forteresses, soit de nouvelles garanties
+de leur démolition future. Le roi Louis-Philippe lui-même,
+ordinairement plus calme et plus habile que son entourage, se laissa
+aller à des soupçons et à des inquiétudes qui se peignent très bien
+dans les lettres de lui que je vais donner, et qui, à mon sens, font
+plus d'honneur à son patriotisme et à sa loyauté qu'à sa prévoyance
+politique. Il m'expédia en toute hâte le général Baudrand, aide de
+camp de son fils, que je vis arriver à Londres porteur des lettres
+suivantes:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce samedi 27 août 1831.</p>
+
+<p>»J'éprouve, mon cher prince, le besoin de m'ouvrir confidentiellement
+à vous sur le protocole que vous venez de <span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">276</a></span> signer. Si de pareils
+actes peuvent, comme je le conçois très bien, servir au maintien du
+cabinet anglais, je ne peux pas vous cacher qu'ils sont de nature à
+perdre mon gouvernement et à tout remettre en question parmi nous.
+L'honneur de la France qui m'est confié et qui est le mien, sa sûreté
+dont je suis le garant et qui fait la mienne, tout se réunit pour
+m'interdire de me regarder comme étant lié par ce protocole, si
+d'autres mesures ne viennent le modifier et le rendre acceptable à mes
+ministres. J'ai voulu vous en prévenir moi-même et vous demander de
+faire tous vos efforts pour les faire adopter. Ce sera un bien grand
+service que vous me rendrez, et je trouve que la rédaction du second
+paragraphe vous en laisse la latitude.</p>
+
+<p>»Je vous avoue, mon cher prince, qu'il y a quelque chose d'étrange à
+mes yeux dans la marche de la conférence. J'ai envoyé une armée en
+Belgique pour défendre son ouvrage; sans la présence de cette armée,
+la Belgique était conquise et Léopold était détrôné. J'ai promis de
+rappeler mes troupes dès qu'il n'y aurait plus de danger de voir les
+Belges et leur nouveau souverain à la merci des Hollandais, et la
+chose a été entendue ainsi; mais que peut-il et que doit-il même
+arriver si je me décidais à rappeler toute l'armée en France par suite
+de votre dernier protocole? Nous nous retrouverions dans la même
+position où il a fallu une décision instantanée et un miracle de
+rapidité dans l'exécution pour sauver la Belgique et le trône de
+Léopold. Nous ne devons pas nous exposer de nouveau à d'aussi grands
+dangers. La Hollande tient aujourd'hui plus de cent mille hommes aux
+portes de la Belgique, et les Belges n'ont rien, absolument rien à
+leur opposer. Ainsi, si, dédaignant de nouveau la foi de l'armistice,
+<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">277</a></span> la Hollande envahissait une seconde fois le territoire belge, ou
+si seulement la suspension d'armes expirait sans qu'il y ait eu de
+traité de conclu, il est clair que le renversement du trône belge
+serait encore plus facile et plus certain qu'il ne l'était cette
+fois-ci; et on peut donc se demander si la conférence veut réellement
+laisser détruire ce qu'elle avait presque conduit à terme avec tant de
+soins et d'efforts, ou si elle veut que Léopold, livré à lui-même et
+dénué de moyens, tombe détrôné, sans défense, et que la Belgique, en
+proie à l'anarchie, désolée, ruinée par le double fléau de la guerre
+et des inondations, ne voie plus de salut pour elle qu'en retournant
+aux Nassau?</p>
+
+<p>»En vérité, mon cher prince, je dois vous le dire avec toute la
+franchise de l'amitié qui m'attache à vous, je ne comprends pas
+comment cette situation de la Belgique, comment celle de mon
+gouvernement et la mienne vous ont échappé à tel point que vous n'ayez
+fait nulle difficulté de signer ce singulier protocole. Il faut, de
+toute nécessité, que vous trouviez le moyen de nous tirer de cette
+crise qui menace, au plus haut degré, la paix de l'Europe. Mon
+ministère vous en indique un, qu'il me paraît facile de faire adopter;
+car, le repousser serait justifier des soupçons dont, je vous l'ai
+dit, je ne me défends pas sans peine<a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280"></a><a href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">278</a></span></p>
+
+<p>»Enfin, mon cher prince, soyez convaincu et sachez convaincre vos
+collègues de la conférence que tout ce qui m'était humainement
+possible de faire, je l'ai fait; qu'après avoir donné à mes alliés des
+garanties aussi fortes de la pureté de mes intentions, j'en dois à mon
+pays de plus efficaces que celles qui résultent de votre dernier
+protocole, et cela sous peine de me voir dans l'impuissance de
+contenir la fureur et l'impétuosité de la nation. C'est la
+connaissance parfaite que j'ai, mon cher prince, de cet état de choses
+qui m'a fait désirer et presser aussi vivement la démolition des
+places; car ce sont elles qui, considérées d'un côté et de l'autre
+comme des objets de tentation qu'il ne faut pas laisser à portée ou en
+vue des joueurs, sont aujourd'hui la cause de tous les embarras, la
+source de toutes les alarmes. Pesez bien tout ce que je vous dis là,
+et vous verrez que mon empressement à voir terminer cette affaire est
+la preuve la plus positive de la loyauté de mes intentions envers la
+Belgique et de la droiture de la politique de mon gouvernement envers
+l'Angleterre et les autres puissances. Croyez aussi que c'est la même
+droiture et la même loyauté qui nous portent à ne pas vouloir retirer
+toutes nos troupes de la Belgique avant qu'il ait été pris des mesures
+efficaces pour assurer la conservation de Léopold sur son trône. Vous
+connaissez ce prince; l'amitié que je lui porte ne doit pas m'empêcher
+de dire que son caractère est un sûr garant qu'il ne nous aurait pas
+demandé de garder nos troupes, s'il n'avait pas eu la conviction qu'il
+ne pouvait pas s'en passer.</p>
+
+<p>»Une autre considération bien forte, c'est que le roi de Hollande a eu
+bien de la peine à rassembler, à entretenir et à solder ses cent dix
+mille hommes, mais qu'il ne peut pas payer <span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">279</a></span> longtemps cette force
+<i>factice</i>; et que, par conséquent, il est évident qu'il ne la conserve
+sur pied que pour envahir la Belgique, où les distances sont si
+courtes qu'il est toujours probable que celui qui entre le premier
+devance partout son adversaire. Loin de diminuer cette armée
+disproportionnée, le roi de Hollande continue à l'augmenter et fait
+recruter à tout prix dans toute l'Allemagne. Or, je le demande, quelle
+confiance peut-on mettre dans un armistice avec lui, quand le
+licenciement de cette armée n'y serait pas stipulé?</p>
+
+<p>»Mais je m'aperçois, mon cher prince, que ma lettre est déjà plus
+longue que je ne l'aurais voulu. Ne l'attribuez qu'à mon désir de vous
+parler à c&oelig;ur ouvert, et j'aime à croire que vous ne verrez dans ma
+franchise qu'une preuve de plus de mon amitié et de tous mes
+sentiments pour vous.</p>
+
+<p class="left5">»Votre affectionné,</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE.»</span></p>
+
+<p>Le roi ajoutait dans une autre petite lettre de la même date du 27
+août, à quatre heures:</p>
+
+<p>«Après vous avoir écrit cette longue lettre, mon cher prince, je me
+suis décidé à vous l'envoyer par le lieutenant général Baudrand, aide
+de camp de mon fils aîné, qui est revenu hier de la Belgique avec lui.
+Il connaît parfaitement l'état de ce pays et la position pénible, même
+précaire, du roi Léopold qui n'a ni troupes ni administration, en
+sorte que ce serait le vouer à l'anéantissement que de lui refuser la
+force morale et réelle que la présence de notre corps de troupes peut
+seule lui assurer après la secousse terrible qu'il vient d'éprouver.
+<span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">280</a></span></p>
+
+<p>»J'ai une grande confiance dans le général Baudrand, et je sais que
+les rapports qu'il a eus avec l'armée anglaise en 1816 l'ont fait
+connaître avantageusement en Angleterre, où il pourra, si vous le
+croyez utile, présenter un tableau vrai de l'état des choses tant en
+France qu'en Belgique...»</p>
+
+<p>Le général Baudrand m'apportait aussi des lettres de Mademoiselle et
+du général Sébastiani, écrites dans le même sens que celle du roi. Je
+ne donnerai que la lettre du général Sébastiani, plus alarmé peut-être
+encore que le roi.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 27 août 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Le trente-quatrième protocole nous place dans une situation dont il
+est impossible de calculer les résultats. Le plus probable et le plus
+imminent est, sans doute, la dissolution du ministère. Il est
+impossible que nous résistions à l'évacuation immédiate de la
+Belgique, sans autre garantie que celle d'une suspension d'armes de
+six semaines, lorsque la Hollande conserve et augmente son armée de
+cent mille hommes et vient de montrer si peu d'égards pour les
+engagements qu'elle prend envers les puissances.</p>
+
+<p>»Il ne suffit pas que nous soyons convaincus que la suspension d'armes
+proposée nous conduirait, sans nouveaux dangers pour le roi Léopold, à
+une paix prochaine et durable; il faut encore que la nation et les
+chambres partagent cette conviction, et nous ne saurions l'espérer. La
+Belgique est dans l'anarchie; son armée est dissoute; le roi Léopold
+ne peut <span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">281</a></span> réorganiser ni son armée ni l'administration publique,
+s'il n'est pas protégé par une force quelconque. L'affaire des places
+nous donne des soupçons que trop de circonstances font naître.</p>
+
+<p>»L'indulgente et obligeante désapprobation dont le roi de Hollande est
+l'objet ne nous rassure pas. Tous les ministres des puissances à La
+Haye, y compris M. Bagot<a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281"></a><a href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>, ambassadeur d'Angleterre, se rendirent
+chez madame la princesse d'Orange pour la féliciter sur les victoires
+du prince, aussitôt que la nouvelle de la bataille de Louvain parvint
+dans cette résidence. Nous vous envoyons le général Baudrand pour vous
+faire connaître l'état actuel de nos affaires; vous nous le renverrez
+le plus tôt que vous le pourrez; il est à votre disposition.
+Arrangez-nous cette affaire si vous voulez prévenir la formation d'un
+ministère belliqueux. Nous attendons tout de votre habileté et de
+votre amour pour la paix. Nous sommes dans une véritable crise...»</p>
+
+<p class="p2">En même temps que le général Baudrand m'apportait ces cris d'alarme,
+on avait expédié M. de Latour-Maubourg à Bruxelles pour y faire signer
+par le roi Léopold et son gouvernement une convention dans laquelle
+ils s'engageraient à la démolition de certaines forteresses. J'avais
+été prévenu assez à temps, mais pas par mon gouvernement, pour pouvoir
+avertir M. de Latour-Maubourg des difficultés qu'il rencontrerait et
+des pièges qu'on lui tendrait. <span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">282</a></span></p>
+
+<p>Aussi m'écrivit-il de Bruxelles le 28 août:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. DE LATOUR-MAUBOURG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 28 août 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»La lettre que vous avez bien voulu m'adresser ici m'est arrivée
+récemment. L'objet spécial pour lequel je suis venu en Belgique n'est
+point encore terminé; ici, sont des gens craintifs, méfiants,
+empressés d'obtenir plus que de donner, et préoccupés du soin
+d'assurer leur responsabilité contre les attaques futures de la
+tribune. On m'assurait, à mon départ de Paris, qu'il s'agissait d'une
+chose simple; à mon arrivée, j'ai pu me convaincre qu'elle était très
+compliquée. Je pressentais l'écueil que m'ont signalé vos paroles
+transmises par Paris; je l'ai évité avec soin, heureux d'avoir vos
+directions, et je crois y avoir réussi... Le ministre d'Angleterre, M.
+Adair<a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282"></a><a href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>, est mécontent des alarmes que montre le ministère belge, à
+l'occasion du dernier protocole numéro 34. Si les six semaines de
+l'armistice s'écoulent sans qu'on ait pu terminer la négociation, nous
+resterons désarmés, disent les ministres, et sans garantie contre les
+attaques de notre ennemi. La France ne pourra plus, comme elle l'a
+fait à présent, nous secourir de l'aveu de toutes les puissances et
+sans compromettre la paix générale. Nous leur disons que dans ce cas,
+un nouvel armistice protecteur comme les autres les mettra à l'abri
+<span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">283</a></span> des tentatives de la Hollande. Nous ne réussissons pas à les
+convaincre. Ils assurent que le roi Guillaume continue à recruter; que
+le Rhin est couvert de bateaux conduisant en Hollande des hommes sans
+uniforme, mais complètement équipés et provenant, selon eux, de
+régiments licenciés par la Prusse. Il est certain que, jusqu'au moment
+où la conférence aura réussi à amener la réduction de l'armée
+hollandaise, nous aurons de la peine à leur inspirer de la
+sécurité...»</p>
+
+<p>Je m'étais mis en mesure, même avant de recevoir les lettres du roi et
+du général Sébastiani du 27 août, de satisfaire autant du moins qu'il
+était possible de le faire, aux demandes que contenaient ces lettres;
+et sur mes très vives instances, la conférence consentit à fermer les
+yeux sur la prolongation du séjour des troupes françaises en Belgique,
+sans toutefois exprimer le consentement par écrit: c'était tout ce
+qu'il nous fallait. Après avoir obtenu de la conférence cette nouvelle
+concession, j'attendis quelques jours pour laisser au général Baudrand
+le temps de juger l'état des esprits à Londres et je répondis par lui,
+au roi Louis-Philippe, la lettre suivante:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 2 septembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»<span class="smcap">Sire</span>,</p>
+
+<p>»Votre Majesté m'écrit elle-même; c'est me traiter avec une bonté dont
+je sens tout le prix, et qui augmenterait encore mon attachement à sa
+personne et mon zèle pour son service, s'il en était besoin. L'un et
+l'autre m'ont dirigé vers <span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">284</a></span> la conservation honorable de la paix
+que le roi m'avait donnée pour mot d'ordre quand j'ai quitté la
+France. Les nombreux événements qui se sont succédé depuis sur tous
+les points du globe n'ont pas rendu cette paix moins nécessaire, mais
+ils ont contribué à la rendre plus difficile. Les dernières
+circonstances surtout, en mettant les intérêts de la France et de
+l'Angleterre en présence, nous ont fait arriver au point le plus
+délicat de la question. J'ose espérer qu'elle se résoudra
+pacifiquement et que, cette compétition éludée, nous arriverons enfin
+à un état définitif qui assurerait pour quelque temps la tranquillité
+de l'Europe. Cet état définitif ne sera cependant que relatif, car il
+ne faut pas nous dissimuler que nous ne faisons que du provisoire;
+mais, pour peu que ce provisoire se prolonge assez pour permettre à la
+France de reprendre tranquillement son niveau, la solution effective
+tournera nécessairement à son profit. C'est là l'esprit dans lequel
+j'ai conduit ici tout ce dont j'ai été chargé. J'ai cru, je l'avoue,
+avoir beaucoup avancé nos affaires par le trente-quatrième protocole
+qui a excité à Paris un mécontentement dont j'ai peine à me rendre
+compte. Il ne contient rien de plus qu'un armistice, et j'ai pensé que
+moins nous disions, mieux nous faisions; y stipuler officiellement
+quelque chose sur le séjour de nos troupes en Belgique, m'a paru
+impossible.</p>
+
+<p>»M. le général Baudrand que j'ai mené chez tous les membres du
+cabinet, et que j'ai ensuite engagé à y aller seul, vous fera
+connaître sûrement sa manière de voir à cet égard: et je m'en rapporte
+parfaitement à ce que son bon esprit lui aura fait observer. On ne
+pressera pas ostensiblement la rentrée de nos troupes. On fermera,
+autant que <span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">285</a></span> possible, les yeux sur le plus ou moins de lenteur de
+leur retraite; mais le cabinet anglais est dans l'impossibilité de
+rien accorder par écrit sur leur séjour prolongé; et toutes les
+démarches du roi Léopold, ainsi que toutes les miennes, resteront sans
+effet devant la question d'<i>être</i> ou de <i>ne pas être</i> que le parlement
+place chaque jour devant les ministres.</p>
+
+<p>»Je dois supplier le roi de me permettre une réflexion que je crois
+bien essentielle à son service. C'est que le plus grand danger, dans
+les moments de crise, vient du zèle des personnes nouvelles dans les
+affaires. Ce zèle-là empêche de distinguer les choses importantes de
+celles qui ne sont que d'un intérêt secondaire; je vois avec peine que
+Votre Majesté n'ait pas de ministre à La Haye. Ici, je ne suis occupé
+qu'à écarter et qu'à aplanir les difficultés. Si j'avais voulu
+attacher de l'importance aux récits officieux, aux inquiétudes
+bienveillantes des petits nouvellistes, nous aurions dû nous croire
+menacés par toute l'Europe, et toujours à la veille d'une guerre
+générale, dont heureusement il n'a été question que dans les journaux.
+Si Votre Majesté veut bien lire, avec l'attention qu'Elle porte à
+tout, la dépêche de ce jour que j'adresse au département, Elle y verra
+l'état réel des choses et des esprits. Je la supplie d'avoir confiance
+dans ce qu'elle renferme. J'ai toujours cru que la question des places
+fortes ne pourrait pas se traiter patemment par d'autres que par les
+quatre puissances dont les représentants sont réunis ici et que la
+mission trop évidente de M. de Latour-Maubourg se trouverait entravée
+par la susceptibilité qu'elle créerait chez les ministres de Russie,
+de Prusse et d'Autriche. Je crains que ma prévision ne soit juste,
+mais cela ne me fait pas douter un moment que les puissances ne
+tiennent les engagements <span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">286</a></span> qu'elles ont pris par le protocole du
+mois d'avril, et qu'elles ont renouvelés plusieurs fois avec moi
+depuis cette époque.</p>
+
+<p>»Je remercie le roi de m'avoir envoyé le général Baudrand. Je désirais
+qu'un homme de sa confiance particulière vît l'Angleterre dans ce
+moment-ci...»</p>
+
+<p class="p2">J'écrivis également à M. Casimir Périer.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 3 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Il y a longtemps, monsieur, que je n'ai eu l'honneur de vous écrire,
+mais je vous savais si occupé de toutes nos grandes questions
+politiques que je n'ai pas voulu vous donner une lettre de plus à
+lire, et j'ai laissé M. votre fils, vous mander tout ce qui se passe
+ici; je suis sûr qu'il le fait bien et je m'en rapporte à ce qu'il
+vous écrit; je le mets en mesure de bien juger, je suis parfaitement
+content du travail dont je le charge. J'arrête son zèle, parce que
+dans notre carrière, le zèle n'est que nuisible. La réserve que je
+prescris n'est pas trop populaire, mais je la crois utile.</p>
+
+<p>»Nous sommes arrivés à un moment si important et si délicat que je ne
+saurais assez appeler votre attention sur la direction que j'ai à
+recevoir de Paris. Il est évident que si l'on est calme, si on laisse
+le temps agir, nous arriverons d'ici à six semaines, et en vérité,
+cela n'est pas long, à la signature d'un traité définitif qui nous
+assurera la paix que nous avons voulu avoir, sans avoir froissé les
+vanités anglaise et française qui sont aussi susceptibles l'une que
+l'autre. Si l'on n'était pas en France aussi ignorant des <span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">287</a></span>
+intérêts du dehors qu'on l'est, on serait bien persuadé que nous avons
+obtenu depuis un an une position que jamais on n'a pu espérer d'avoir
+dans la première année d'une révolution. Mais ne brusquons rien: nous
+serons refusés si nous demandons officiellement des choses que l'on
+est décidé à nous accorder. Les places fortes seront abattues, c'est
+sûr; une convention qui le dirait aujourd'hui nuirait au gouvernement
+anglais, assez pour menacer son existence. Ce que je demande, c'est
+que nous n'effarouchions pas trop par trop de mouvement. Votre
+présence au ministère est de tous les arguments, celui qui me sert le
+plus pour calmer les inquiétudes que les brouillons donnent et
+renouvellent sous toutes les formes depuis un an. Il est positif que
+tant que vous serez au ministère, personne ne croira que l'Europe
+puisse être troublée. Laissez-moi vous répéter que vous êtes
+essentiel, non seulement pour les destinées de la France, mais pour la
+conservation de l'ordre en Europe; vous rendez les gouvernements plus
+forts; c'est là ce qui m'est dit de tous côtés.</p>
+
+<p>»Adieu, monsieur, je vous renouvelle l'assurance...»</p>
+
+<p class="p2">Après avoir apaisé ainsi, au moins pour quelque temps les perpétuelles
+agitations qui se mêlaient toujours à Paris, dans la direction des
+affaires extérieures, je ne songeai plus qu'à la négociation d'un
+traité définitif entre la Hollande et la Belgique, sous la médiation
+des cinq puissances. Les circonstances étaient plus favorables pour
+cette &oelig;uvre. Les grands cabinets avaient été mécontents de
+l'échauffourée hollandaise en Belgique, qui, un moment, avait menacé
+d'amener la guerre générale: ils seraient donc mieux disposés à
+imposer une solution au roi de Hollande; la Belgique, un peu honteuse
+<span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">288</a></span> de sa défaite et de la nécessité dans laquelle elle s'était
+trouvée de recourir à la protection de la France, devait, de son côté,
+être portée à en finir et à sortir de son pénible état d'incertitude.
+Aussi s'était-on décidé, à Bruxelles, à nommer un envoyé, chargé de
+pleins pouvoirs, pour conclure le traité définitif: c'était M. Van de
+Weyer qui arriva à Londres dans les premiers jours du mois de
+septembre. Ce mois était un peu trop rempli pour mon âge et mes
+forces, car, pendant qu'il fallait suivre notre fatigante négociation,
+le couronnement du roi d'Angleterre eut lieu le 8 septembre. La
+cérémonie, du reste fort belle, fut très fatigante. Il fallait être à
+Westminster à huit heures et demie du matin et y rester jusqu'à quatre
+heures et demie du soir, puis, dans la soirée, assister à un grand
+dîner au Foreign Office. Vers la fin du même mois, le bill de <i>Reform</i>
+devait être porté devant la Chambre des pairs, circonstance qui ne
+rendait pas les ministres anglais très maniables à traiter.</p>
+
+<p>Sous ce dernier rapport, un incident frivole en apparence, mais, pour
+moi sérieux dans ses résultats, était venu, depuis quelque temps,
+compliquer mes relations avec lord Palmerston et les rendre parfois
+assez difficiles. Je me vois obligé d'en faire mention, quelque
+ridicule qu'il puisse paraître, parce qu'il a eu réellement des
+conséquences très incommodes pour moi.</p>
+
+<p>Il existe en Angleterre une collection de caricatures politiques dont
+l'origine remonte, m'a-t-on dit, au ministère de lord Chatham. Un
+dessinateur habile de cette époque fit des caricatures sur les
+principaux personnages du temps à l'occasion des divers événements
+politiques qui se produisaient. Ces caricatures étaient signées <i>H.
+B.</i>, ce qui a fait donner ce <span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">289</a></span> nom à cette collection. Une
+caricature qui en faisait partie, avait été publiée dans le courant de
+l'année 1831. Elle était intitulée: <i>The lame leading the blind</i> (le
+boiteux dirigeant l'aveugle), et représentait la parfaite ressemblance
+de lord Palmerston et la mienne. Il n'y avait rien là qui sortît des
+bornes ordinaires du libelle et de la caricature, mais il paraît que
+lord Palmerston en fut profondément blessé, et je ne tardai pas à
+m'apercevoir qu'il était disposé, volontairement ou involontairement,
+à me le témoigner. Depuis lors, jusqu'à ce que je quittasse
+l'Angleterre en 1834, j'ai retrouvé bien des fois les traces de ce
+ressentiment. Je n'y pouvais rien changer; il n'y avait pas d'autre
+ressource que de n'y pas faire attention, si je ne voulais pas
+compromettre le succès des affaires que j'avais à traiter avec lui;
+c'est le parti que je pris et auquel je me tins scrupuleusement, mais
+je dois dire que cela était parfois assez incommode.</p>
+
+<p>Cette disposition de lord Palmerston, heureusement n'entrava pas mes
+efforts pour arriver à la conclusion du traité que je considérais
+comme le seul moyen d'assurer solidement le maintien de la paix. Le
+cabinet dont il faisait partie n'avait pas moins d'intérêt que nous à
+mettre fin à l'affaire belge. Les lettres qu'on va lire montreront
+que, pour le moment, c'était de Paris principalement que venaient les
+difficultés qui menaçaient de compromettre mon &oelig;uvre.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce samedi 3 septembre 1831.</p>
+
+<p>»J'ai travaillé, mon cher prince, à une carte que vous envoie le
+général Sébastiani, et quoiqu'il vous donne sûrement <span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">290</a></span> toutes les
+explications nécessaires, je suis bien aise de vous faire part des
+avantages que présente, selon moi, la démarcation que nous proposons.</p>
+
+<p>»Un des points auxquels je tiens le plus, c'est que nos propositions
+puissent non seulement obtenir l'assentiment cordial du gouvernement
+anglais, mais qu'elles lui facilitent de repousser les attaques
+intérieures auxquelles il est en butte, parce que nul ne désire plus
+que moi que lord Grey et ses collègues restent au ministère. J'ai cru
+qu'il fallait que la démarcation nouvelle conciliât les intérêts
+anglais avec les exigences naturelles et équitables de la Belgique.
+Ainsi, j'ai reconnu, que d'un côté, la Belgique avait le droit de
+demander que les écluses de ses cours d'eau et que les digues qui la
+protègent contre les inondations ne fussent pas au pouvoir des
+Hollandais, parce qu'il ne peut pas y avoir sûreté ou indépendance
+pour elle, tant qu'il dépend de son voisin d'inonder ses campagnes, de
+la ruiner pour des années et de mettre Bruges et Gand dans la mer.
+J'ai reconnu d'autre part que la Hollande avait droit de conserver de
+ce côté une frontière bien défendue, et j'ai cru qu'un des meilleurs
+moyens de satisfaire l'Angleterre et de mettre la responsabilité des
+ministres anglais à l'abri de toute attaque fondée, était que la
+Hollande continuât à posséder tout le cours du Hondt ou Escaut
+principal, et qu'elle eût même sur la rive gauche une barrière
+suffisante pour en garantir la possession.</p>
+
+<p>»Je crois, mon cher prince, qu'en examinant notre carte, vous
+trouverez ces divers avantages réunis par la nouvelle démarcation,
+car, s'il est vrai que, pour que la Belgique soit indépendante, il
+faille que la Hollande renonce au droit ou <span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">291</a></span> au pouvoir, que lui
+donnait la démarcation de 1790, de l'inonder quand cela lui convenait,
+il faut d'abord qu'elle abandonne: 1<sup>o</sup> l'écluse qui est littéralement
+l'écluse de Bruges et la clef de toutes les eaux de la West-Flandre;
+2<sup>o</sup> le sas de Gand (et sas veut dire écluse), qui est de même l'écluse
+de Gand et de même aussi la clef des eaux de l'Ost-Flandre, et par
+conséquent, que la frontière belge soit portée en avant de ces
+écluses, c'est-à-dire, à la limite du premier canal qui se trouve en
+avant des digues, à travers lesquelles on pourrait toujours faire des
+coupures comme on vient de le pratiquer d'une manière si déplorable,
+si ces digues n'appartenaient pas à la Belgique.</p>
+
+<p>»Je crois donc qu'on ne peut pas garantir la sûreté et l'indépendance
+de la Belgique, si on ne porte pas sa frontière à la ligne proposée;
+et je crois aussi, qu'en l'y arrêtant, la Hollande n'abandonne que des
+moyens d'attaque sur la Belgique, et qu'elle conserve tous les moyens
+de défense qu'elle peut désirer pour elle-même. Elle perd le sas de
+Gand, Philippine, Ardenbourg et l'Écluse et un territoire de douze à
+treize lieues carrées; mais elle conserve le cours de l'Escaut intact,
+tel qu'elle le possède aujourd'hui. Elle conserve toute l'île de
+Cadsand où se trouve la forteresse de Breskens qui garde l'embouchure
+de l'Escaut du côté du sud, comme Flessingue du côté du nord; elle
+conserve Terneuse et les places fortes de l'Ysendyke, Axel et Hulst,
+qui suffisaient pour lui constituer une barrière derrière la ligne des
+canaux de séparation, qui en forment déjà une excellente par
+eux-mêmes.</p>
+
+<p>»Je crois donc qu'en adoptant cette démarcation, sauf les légères
+modifications que les localités, mieux reconnues sur les lieux,
+pourraient indiquer, on établirait une neutralité <span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">292</a></span> parfaite entre
+les deux États depuis Anvers jusqu'à la mer; puisque tous les deux
+étant à l'abri de leurs agressions réciproques, toute collision entre
+eux deviendrait impossible.</p>
+
+<p>»Mais je ne puis assez vous répéter, mon cher prince, que c'est la
+situation actuelle des deux États qui m'inquiète plus que leur avenir.
+Je ne conçois pas comment, dans le dernier protocole, les puissances,
+qui, toutes, veulent et ont besoin de la paix, ne se sont pas occupées
+de la réduction de l'armée hollandaise. Une armée hollandaise de plus
+de cent mille combattants me paraît une monstruosité, dans l'ordre
+politique de l'Europe, dont l'existence ne peut être prolongée sans
+les plus grands dangers. Déjà, c'est à elle seule que doit être
+attribuée la nécessité où nous avons été placés d'entrer en Belgique;
+et c'est elle seule qui en retarde l'évacuation totale. Une fois cette
+armée réduite au taux raisonnable que comportent la sûreté et les
+ressources financières de la Hollande, il n'y aura plus de difficultés
+sur rien, parce qu'il y aura sécurité pour tous, et c'est la mesure la
+plus efficace pour parvenir à ce désarmement général que je désire
+vivement pour tant de raisons, et surtout parce que je le regarde
+comme le meilleur moyen d'assurer la paix de l'Europe. Dites bien à
+lord Grey et à lord Palmerston que la réduction de cette armée est
+aussi le meilleur moyen de rassurer en France et en Belgique, et que
+c'est cela qui calmerait toutes les exigences et toutes les craintes,
+aussi bien que <i>toutes les espérances de guerre</i> pour ceux qui ont le
+travers de la désirer. Malheureusement, mon cher prince, je dois vous
+dire que tous les rapports que nous recevons, indiquent une marche
+contraire, et qu'il paraît que le roi de Hollande continue à recruter
+pour son armée tous les vagabonds qu'il <span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">293</a></span> peut ramasser en Europe,
+en telle sorte que le dernier état de sa force effective présente un
+total de cent quatorze mille hommes.</p>
+
+<p>»De tels faits, mon cher prince, sont plus frappants, selon moi, que
+tous les raisonnements que je pourrais présenter pour démontrer que ce
+n'est pas dans des vues de paix et de défense que le roi de Hollande
+s'est chargé d'un pareil fardeau, et qu'il n"y a pas un moment à
+perdre pour le contraindre à en exonérer ses États et ses voisins. Je
+suis convaincu que l'intérêt de l'Angleterre est bien d'accord avec le
+nôtre à cet égard, et que c'est même également celui de toutes les
+autres puissances.</p>
+
+<p>»Je vous remets une note explicative relativement à la carte de
+délimitation que le général Sébastiani vous envoie.</p>
+
+<p>»Je veux encore vous dire que j'ai engagé dom Pedro à faire une course
+à Londres, pour assister au couronnement du roi d'Angleterre, croyant,
+d'après ce que vous avez mandé, faire en cela une chose qui serait
+agréable au roi et à son gouvernement. Je ne sais pas encore ce qu'il
+fera.</p>
+
+<p>»Je vous renouvelle, de tout mon c&oelig;ur, mon cher prince, l'assurance
+de toute mon amitié, et de tous mes sentiments pour vous.</p>
+
+<p class="left5">»Votre affectionné,</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 7 septembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je reçois dans cet instant vos dépêches du 5, sous les numéros 215 et
+216. Il paraît que la conférence et le cabinet de <span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">294</a></span> Londres ne se
+doutent pas de la situation de la France. Veuille le ciel que le fruit
+de tant de soins ne soit pas perdu! Le ministère whig pourrait bien
+avoir immolé à ses convenances le repos du monde. Je vais communiquer
+vos lettres au roi; le conseil se réunit demain. Dans quelques moments
+j'aurai un entretien avec M. Périer. Je suis bien fâché que votre voix
+ait été impuissante pour ramener aux conseils de la raison.
+Aurions-nous été seuls modérés et de bonne foi? Dieu seul pourrait
+nous dire où nous conduiront les affaires de la Belgique.</p>
+
+<p class="left5">»Tout à vous...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Paris, le 10 septembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince.</p>
+
+<p>»Parmi les raisons qui nous portent à différer jusqu'au 30 de ce mois
+l'évacuation complète de la Belgique, il en est une qui ne pouvait
+trouver place dans ma dépêche officielle, mais que je ne veux pourtant
+pas vous laisser ignorer. Nous touchons au moment où les débats
+législatifs doivent s'ouvrir sur la question de la pairie.
+Nécessairement, ces débats mettront de nouveau les passions en jeu.
+Nous avons pensé que ce serait leur donner un aliment ou un prétexte
+de plus, si nous faisions coïncider avec cette discussion la rentrée
+en France de notre armée tout entière; et c'est ce que nous avons
+voulu éviter. Vous pourrez, mon prince, faire confidentiellement usage
+de cette considération près de vos collègues, dans le cas où vous le
+jugeriez nécessaire pour empêcher qu'il n'y eût réclamation de leur
+part contre l'époque assignée par nous à l'évacuation.</p>
+
+<p>»Je quitte à l'instant la Chambre. Quelques membres de <span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">295</a></span>
+l'opposition ont ramené sur le tapis les affaires de Belgique, la
+question de la Pologne, et celle de la conduite de la Prusse, à
+l'égard des Polonais. Nous avons évité de nous laisser entraîner sur
+ce terrain, et nous avons jugé d'autant plus inutile de répondre à nos
+adversaires, que la grande majorité de la Chambre se montrait fatiguée
+de les voir éternellement reproduire des opinions et des assertions,
+dont nous avions déjà fait bonne et complète justice...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 15 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Vous êtes étonnée qu'ici on n'entre pas plus dans les convenances du
+ministère français. On vous trompe quand on vous dit cela. Le
+ministère français est aimé et soutenu ici par les gens qui comptent,
+dans quelque parti qu'ils soient. Cela est positif. Mais on trouve que
+nous avons trop d'activité et que nous sommes trop faiseurs; et un
+gouvernement nouveau qui est faiseur inquiète tout le monde. Nous
+avons besoin de nous vieillir, et l'action produit l'effet contraire.
+Quand on est conquérant, l'action continuelle s'explique; mais quand
+on arrive par le choix populaire, c'est la tranquillité que l'on
+demande au souverain. Les passions ne peuvent être étouffées par lui
+qu'au moyen de la paix. Il faut ne parler que de paix, la mettre dans
+tous les discours, dans tous les actes. C'est là, ce qui établit, et
+cela uniquement. On ne peut trop repousser toutes les fantaisies
+militaires des personnes qui entourent notre famille royale. Ces
+gens-là ne veulent et ne savent que cela; ce n'est pas notre intérêt
+de jamais les écouter. Il faut être bien pour eux, mais ne leur <span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">296</a></span>
+donner aucun crédit. Établissons-nous. Le roi et sa famille ont de
+quoi être aimés par la France; on a besoin d'eux. S'il y a paix, c'est
+par eux que le bien-être vient; s'il y a guerre, c'est par les hommes
+d'armée qui veulent plaire aux vanités du pays, et ces vanités-là ne
+durent qu'un temps. Le roi fonde, et la paix est son seul moyen.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 17 septembre 1831.</p>
+
+<p>»... Au Palais-Royal, on devrait se rappeler que <i>tout, absolument
+tout</i> ce qui a été entrepris par Paris, l'a été sans succès. On a même
+été obligé de revenir sur ce qu'on avait demandé; et ici, cela n'est
+jamais arrivé pour aucune chose que j'ai faite. Tout cela tient à une
+envie de faire qu'il faut bien passer aux personnes nouvelles dans les
+affaires. Pour les forteresses, ils sont bien obligés de revenir ici
+où tout était fait, comme je l'ai écrit depuis trois mois, sans que
+les choses fussent autrement qu'elles ne sont. L'action quand elle ne
+sert pas, nuit. Le désarmement du roi de Hollande aura lieu; mais il
+faut faire le traité, et il sera fait dans le mois d'octobre. Ne
+croyez pas à une rupture d'armistice; je déclare positivement que du
+côté de la Hollande, elle n'aura pas lieu. Les puissances ne le
+veulent pas et le roi est averti à ce sujet. Tenez cela pour sûr. Nous
+ferons le traité et il faut le faire tel, que le roi de Hollande
+puisse le signer; sans sa signature à lui, l'affaire de la Belgique
+reste en l'air. C'est là le principe; et quand cinq puissances
+prennent le pouvoir, il faut qu'elles restent dans les principes. La
+Hollande sera ce <span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">297</a></span> qu'elle était en 1790, ayant de plus une partie
+du Luxembourg. On pourrait faire mieux en faisant du nouveau, mais on
+entrerait dans une mer d'intrigues et de prétentions. Ce que je vous
+écris là, c'est uniquement pour vos conversations<a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283"></a><a href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Neuilly, ce 15 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Il y a déjà quelques jours, mon cher prince, qu'en remettant des
+dépêches à lire, le général Sébastiani me remit très exactement une
+lettre de vous, mais elle se glissa dans la pile de papiers à lire et
+à signer dont mon bureau n'est que trop souvent encombré et, malgré
+mon impatience de la lire et de connaître votre opinion à laquelle
+j'attache toujours un grand prix, ce n'est qu'hier que j'ai pu la
+retrouver, et je ne perds pas un instant à vous en remercier. La scène
+a déjà changé d'aspect. Vous nous voyez arrivés au point le plus
+délicat de cette grande affaire de la Belgique, par la nécessité de
+tout compromettre dans un sens ou dans l'autre, soit en laissant nos
+troupes dans la Belgique par une avant-garde; soit en les retirant
+totalement, et, jamais, comme vous le dites avec raison, il n'y eut
+rien de plus délicat. Peut-être même m'est-il permis de dire qu'il a
+fallu plus de loyauté et de résolution pour décider que nos troupes
+évacueraient la Belgique le 30 septembre, qu'il n'en avait fallu, le 4
+août, pour les y faire entrer à l'instant même; et, ce qui est encore
+plus singulier<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">298</a></span>
+et non moins vrai, c'est que ce sont les mêmes motifs et le même
+objet qui ont déterminé ces deux mesures que la présomptueuse
+superficialité de notre époque essaiera peut-être de représenter comme
+contradictoires. La première mesure a obtenu l'assentiment général et
+le succès l'a confirmée; et si la seconde n'obtient pas d'abord autant
+d'approbation, cependant, j'ai la confiance que ses résultats, dans
+l'une ou l'autre hypothèse de la reprise ou de la non reprise des
+hostilités par les Hollandais, lui assureront en définitive cette
+unanimité d'assentiment qui lui aura peut-être manqué dans le début.</p>
+
+<p class="left35"><span class="i4">... et pour être approuvés,</span><br />
+De semblables desseins veulent être achevés.</p>
+
+<p>»C'est donc pour vous demander moi-même, mon cher prince, toute
+l'assistance que vous êtes si capable de me donner pour parvenir à cet
+heureux achèvement, que je vous écris encore.</p>
+
+<p>»Il me semble qu'il y a trois points principaux à négocier et à régler
+par le traité définitif entre la Hollande et la Belgique; car je ne
+parle pas de celui des dettes, dont la base, mal posée, selon moi, au
+mois de janvier, me paraît avoir été convenablement et équitablement
+rectifiée par les dix-huit articles<a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284"></a><a href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">299</a></span></p>
+
+<p>»Ces trois points sont:</p>
+
+<p>»1<sup>o</sup> L'attribution du pays de Luxembourg à la Belgique, moyennant un
+prix équitable, et la conservation de la forteresse de Luxembourg et
+de sa banlieue à la Confédération germanique.</p>
+
+<p>»2<sup>o</sup> La conservation de Maëstricht à la Hollande, en compensant
+ailleurs à la Belgique les droits de l'évêque de Liège, et en
+arrangeant une contiguïté de territoire entre Maëstricht et la
+Hollande, qui n'existait point en 1790.</p>
+
+<p>»3<sup>o</sup> Une garantie contre les inondations de la Flandre belge, en
+attribuant à la Belgique la possession des écluses de ses eaux et des
+digues qui la protègent contre la mer, sans laquelle son indépendance
+serait une chimère, puisque la possession des écluses et des digues en
+est la clef et le boulevard.</p>
+
+<p>»Je ne vois plus à craindre de difficulté sérieuse sur le premier
+point, et je crois qu'il n'y en aura aucune de la part du roi des
+Belges sur le second, si le troisième lui est accordé, mais il nous
+témoigne une grande répugnance à dire qu'il concédera le second
+jusqu'à ce qu'il ait acquis la certitude qu'on lui concédera le
+troisième. Je dois avouer que je le trouve raisonnable, car je pense,
+comme lui, qu'il ne peut pas se soutenir en Belgique, s'il ne
+l'obtient pas.</p>
+
+<p>»La possession de la forteresse de Maëstricht, est sans doute une
+grande gêne et même un grand danger pour la Belgique,<span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">300</a></span>
+mais des traités peuvent la protéger efficacement de ce côté, et
+pourvu que la frontière soit bien établie et que le transit de la
+forteresse soit bien assuré aux bateaux belges qui descendent et
+remontent la Meuse, je crois que la chose serait bien arrangée; tandis
+que du côté de la Flandre il ne peut y avoir de sûreté et
+d'indépendance pour la Belgique, qu'en portant sa frontière aux eaux
+mortes, et en lui attribuant ainsi la possession des écluses et des
+digues qui peuvent seules préserver son territoire <i>actuel</i> du danger
+des inondations. La carte aux lignes rouges et jaunes a eu pour but de
+déterminer ce qui était rigoureusement nécessaire pour atteindre ce
+but, et pour démontrer que cette cession n'enlèverait à la Hollande
+que des moyens d'attaque et ne porterait aucun préjudice réel à ses
+moyens de défense. Elle ne lui coûterait que quatre petites villes, à
+la vérité fortifiées, quelques villages, moins de six mille habitants,
+et douze lieues et demie carrées d'un pays toujours désolé par la
+fièvre, ce que les souvenirs de Walcheren doivent bien établir en
+Angleterre<a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285"></a><a href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>.</p>
+
+<p>»Je sais, mon cher prince, que la première objection à cette
+combinaison, c'est que, en 1790, la Hollande possédait ce territoire;
+mais il est juste aussi de considérer qu'à cette époque la Flandre
+belge faisait partie de cette grande monarchie autrichienne, dont la
+politique était toujours unie à celle de la Hollande, et, dans l'appui
+de laquelle la Hollande trouvait cette protection précieuse dont elle
+ne pouvait se passer; et il ne faut pas oublier que de son côté,
+l'Autriche sacrifiait <span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">301</a></span> le commerce et la richesse de la Belgique à
+ceux de la Hollande en consentant à la fermeture de l'Escaut, et en
+laissant ruiner Anvers, Gand et Bruges, au profit d'Amsterdam et de
+Rotterdam.</p>
+
+<p>»Un tel état de choses n'existant plus, et ne pouvant plus exister,
+les rapports réciproques qui en résultaient ne peuvent pas exister
+davantage; et la Belgique, devenue indépendante et neutre, ne peut
+plus exister sous les mêmes conditions et restrictions que quand elle
+était une ou plusieurs provinces autrichiennes.</p>
+
+<p>»J'ai voulu vous communiquer ces réflexions, mon cher prince, telles
+qu'elles se présentent à moi, pour vous convaincre que ce n'est pas en
+haine de la Hollande, sentiment qui est bien loin de moi; car je
+désire sa conservation autant que personne, ni de même, en
+prédilection pour la Belgique, que nous insistons pour cette cession
+des douze lieues carrées de la Flandre zélandaise à la Belgique; mais
+que c'est uniquement pour établir la séparation des deux États sur la
+seule base praticable, qui est la séparation des intérêts et
+l'indépendance réciproque, et en faisant cesser ainsi toutes les
+causes de collision entre eux. Je ne comprends pas de bon traité
+définitif, qui n'aurait pas cette base, et c'est ce qui nous porte à
+ne pas vouloir en admettre d'autre que celui où elle serait adoptée.
+Mais mon papier, qui finit, m'avertit de finir aussi en vous
+renouvelant de tout mon c&oelig;ur, l'assurance de l'amitié que vous me
+connaissez pour vous.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Veuillez aussi, mon cher prince, ne pas laisser perdre de
+vue que, même sous le point de vue commercial, la cession des douze
+lieues carrées ne porterait plus un préjudice matériel à la Hollande,
+depuis qu'elle a nécessairement <span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">302</a></span> perdu la fermeture de l'Escaut,
+et que l'ouverture de ce grand débouché rend à la ville d'Anvers le
+commerce qu'elle avait perdu. N'oubliez pas non plus l'état de
+désolation et de ruine où la Flandre belge a été précipitée pour
+plusieurs années et qu'il est pourtant juste qu'on trouve des
+compensations, tant pour ces inondations que rien ne justifiait<a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286"></a><a href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>
+que pour les dépenses et les autres maux occasionnés et produits par
+l'invasion de l'armée hollandaise en Belgique que rien ne justifiait
+davantage. Il ne me paraît ni équitable en soi-même, ni conforme à la
+dignité des puissances, qu'il n'y ait aucune expiation pour la
+violation de l'armistice à <i>trois jours</i> de notification au lieu d'<i>un
+mois</i>, et au mépris de la garantie de la conférence. Sans doute, il ne
+faut rien exiger de la Hollande qui puisse compromettre son existence
+future, mais il faut aussi ne pas compromettre celle de la Belgique,
+et je suis persuadé, non seulement que cet équilibre peut se concilier
+avec l'arrangement que nous proposons et que je vous recommande de
+soutenir, mais que c'est à peu près le seul moyen de l'établir.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, lundi, 19 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Je vous avais tellement accablé de mes lettres et de mon écriture,
+depuis quelque temps, mon cher prince, que j'ai voulu vous en laisser
+reposer, sachant surtout combien vous étiez occupé et tout ce que vous
+aviez à écrire. Mais aujourd'hui, <span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">303</a></span> je suis sûre de vous faire
+plaisir, en vous donnant de nos nouvelles et en vous disant ce qui se
+passe ici et qui vous arrive certainement d'une manière fort exagérée.
+Malheureusement depuis samedi soir les émeutes ont recommencé<a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287"></a><a href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>.
+Les agitateurs de tous les partis ont espéré trouver une chance
+favorable dans la triste nouvelle de la défaite des Polonais et de la
+prise de Varsovie, d'après la sympathie très grande qui existe pour
+eux ici. Ils ont donc lancé leur meute, car ce n'est véritablement que
+cela, et malgré tous leurs efforts, la population n'y prend aucune
+part. Il y a beaucoup de curieux, de badauds et des petits groupes
+d'agitateurs qui excitent à l'anarchie, au désordre: les carlistes,
+les bonapartistes, les soi-disant républicains sont parfaitement
+d'accord sur ce point; leur langage est le même et leur seul but est
+de renverser Louis-Philippe, c'est ce qui est certain. Heureusement
+ils ne trouvent pas d'écho; la population, le pays, ne veut pas de
+cela. Au milieu de la foule, vous ne voyez tout au plus qu'une
+centaine d'hommes, d'enfants, de misérables qui crient:&mdash;<i>Vive la
+Pologne! à bas les ministres!</i></p>
+
+<p>»Hier soir, il y en a eu beaucoup d'arrêtés, et entre autres deux
+chefs des <i>Amis du peuple</i> qui avaient déjà figuré dans les autres
+émeutes. Tout est fort tranquille en ce moment, dans ce quartier-ci;
+la foule et les agitateurs se sont portés vers la Chambre des députés
+où on s'attend qu'il y aura émeute dans l'espoir d'effrayer la
+Chambre; et moi, j'ai celui que cela produira l'effet contraire sur la
+majorité et que, joint aux explications, aux discours que comptent y
+faire le président <span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">304</a></span> du conseil et le ministre des affaires
+étrangères, cela fera sentir à la saine partie de la Chambre la
+nécessité de se rallier et de soutenir fortement et franchement le
+gouvernement du roi et le ministère, pour réprimer tous ces partis et
+leur espoir qui est le renversement de tout. Dans ces derniers
+troubles, le carlisme y est pour beaucoup. Il est évident que ce sont
+des gens payés et que l'émeute se compose d'étrangers, de réfugiés et
+de tous les repris de justice.»</p>
+
+<p class="p2 right">Mardi, 10 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Je reprends ma lettre que je n'ai pu finir hier. Ce que je prévoyais
+s'est heureusement vérifié hier à la séance de la Chambre qui a été
+excellente. Le discours du général Sébastiani a été parfait; il a
+répondu victorieusement à l'attaque et aux absurdes accusations de M.
+Mauguin qu'il a complètement battu. Le général a eu le plus grand
+succès, ainsi que le président du conseil et M. Barthe<a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288"></a><a href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>. Le
+ministère a eu la victoire, et la Chambre a manifesté d'excellentes
+dispositions dans cette séance. Il y a eu des groupes et de
+l'agitation toute la journée, cette émeute est revenue le soir du côté
+du Palais-Royal, il y a eu des cris d'à bas les ministres... La garde
+nationale et la troupe de ligne les ont dissipés et la nuit a été très
+tranquille. La garde nationale est dans la meilleure disposition,
+furieuse contre les agitateurs; et voulant <span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">305</a></span> agir et en finir, ils
+ne demandent qu'à tomber dessus; ils sont pour cela et en tout dans la
+plus parfaite harmonie avec la ligne. Les journaux hostiles rendent
+compte ce matin, de ce qui s'est passé hier au soir, de la manière la
+plus mensongère: ils disent entre eux que les soldats étaient ivres:
+ils n'avaient pas eu une goutte de vin et on ne leur avait donné que
+de l'eau et du vinaigre, mais tout cela est toujours pour tâcher
+d'exciter la population, mais cela manquera.</p>
+
+<p>»Aujourd'hui il n'y a rien eu jusqu'à présent, mais il se forme encore
+de nouveaux petits groupes; ils enragent de voir que la Chambre leur
+échappe, et je crois bien qu'ils feront encore quelques tentatives de
+désordre. Ils voyent qu'ils perdent la partie, ils font tous leurs
+efforts, mais les mesures sont bien prises et cela sera réprimé. La
+bonne disposition de la Chambre est une grande chose. Le maréchal
+Soult doit parler aujourd'hui, et j'espère que demain ou après-demain,
+au plus tard, nous serons hors de ces odieux cris; je suis persuadée
+que s'il y a quelque chose encore, cela sera au moins fort peu de
+chose.</p>
+
+<p>»Chartres (le duc d'Orléans) est de retour de son petit voyage à
+l'armée et en Belgique, depuis hier matin. Le roi des Belges a été
+parfait pour lui: son armée s'organise et cela est bien nécessaire,
+car il est dans une position bien difficile.</p>
+
+<p>»Je veux encore vous dire, mon cher prince, que le roi n'est pas moins
+pressé que vous de voir le traité définitif conclu entre la Hollande
+et la Belgique, car c'est le gage de la paix. Il me dit qu'il n'a
+d'inquiétude que sur la partie de la Flandre Zélandaise, sans laquelle
+la Belgique ne peut pas exister. Il me disait tout à l'heure de vous
+faire apercevoir <span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">306</a></span> ce que sera l'établissement d'une ligne de
+douanes hollandaises entre Bruges et l'Écluse, et surtout entre Gand
+et le Sas de Gand qui, depuis plus de trente ans, sont en libre
+communication, mais il ajoutait: «Dites à mon ambassadeur que je
+compte sur lui pour obtenir de la conférence, ce à quoi aucun autre ne
+pourrait peut-être pas parvenir, c'est de bien reconnaître que Léopold
+en Belgique est le gage de la paix et que par conséquent, la cession
+par le roi de Hollande des douze lieues carrées doit être le <i>sine qua
+non</i> du traité, car la raison dit, et Léopold en est bien convaincu,
+qu'il ne pourra pas se soutenir sans cela.»</p>
+
+<p>»Ainsi, mon cher prince, vous qui êtes si persuasif, déployez votre
+éloquence, et si vous réussissez, vous aurez rendu au roi, à la France
+et à l'Europe le plus grand service qui ait peut-être jamais été
+rendu.</p>
+
+<p>»Le roi des Belges a les mêmes craintes pour Maëstricht et la rive
+droite de la Meuse. On lui dit qu'il faut qu'il s'y résigne mais s'il
+n'obtient pas l'autre partie, il est bien probable qu'il succombera et
+ne pourra pas tenir. Si cela arrivait, il faut frémir, car, alors ne
+serait-ce pas inévitablement la guerre? J'ai bien besoin de savoir ce
+que vous en pensez.</p>
+
+<p>»Adieu...»</p>
+
+<p>Me faut-il encore répéter, après la lecture de pareilles lettres, ce
+qu'était ma position dans la conférence, dont les membres étaient
+aussi bien informés que moi de ce qui se passait à Paris? Représentant
+d'un gouvernement chaque jour menacé d'être renversé, je devais
+néanmoins me montrer exigeant pour obtenir des concessions et arracher
+de <span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">307</a></span> nouveaux territoires du roi des Pays-Bas, déjà dépouillé de la
+plus grande partie de ses États. Et on s'étonnait à Paris, quand je
+n'y parvenais pas immédiatement; on accusait les gouvernements
+représentés à Londres d'être méfiants envers la France, et moi d'être
+leur dupe. Mais poursuivons.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 23 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Je ne vous ai pas écrit ces jours-ci parce que la ville de Londres et
+tous les journaux étaient remplis des choses les plus effrayantes
+arrivées à Paris. Aujourd'hui, il paraît, par les lettres, que l'on
+est un peu plus calme et j'écris. J'envoie par le courrier
+d'aujourd'hui un protocole signé le 19<a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289"></a><a href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>, et qui, dans mon opinion,
+replace le gouvernement français dans la position que les derniers
+jours de faiblesse lui ont ôtée. La route ouverte par ce protocole est
+la route du salut. Je désire que le roi en sente toute la valeur, et
+je crois qu'il le fera. C'est un protocole de principes qui nous met
+d'accord avec ce que <span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">308</a></span> nous avons fait, et qui établit que c'est
+l'ordre et la paix qui nous ont conduit. De plus, nous sommes d'accord
+avec tous les traités existants. Les Belges ont leurs droits, mais ils
+ne peuvent pas attaquer ceux des autres.</p>
+
+<p>»Depuis les événements de Juillet, rien n'avait causé à Londres une
+pareille inquiétude à celle qui, dans toutes les classes, a existé
+pendant trois jours, et cela n'est pas encore tout à fait fini. Adieu,
+je suis fatigué. Dites bien à Mademoiselle que c'est par une marche de
+principes que l'on prend une situation forte et honorable. Sans cela,
+on est entouré d'intrigants de tous genres. Je crois que le protocole
+d'aujourd'hui met le roi à son aise sur toutes les affaires de la
+Belgique. Il peut toujours dire: «Ce n'est pas moi, c'est la
+conférence.» Il vaudrait encore mieux ne rien dire du tout. Ne perdez
+pas de temps pour voir Mademoiselle.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 24 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Vous avez, monsieur, remporté un triomphe dont l'Europe entière vous
+sait gré<a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290"></a><a href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>. Comme Français, je vous remercie au nom de notre patrie
+commune: elle vous devra de reparaître <span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">309</a></span> brillante et honorée. Nous
+faisons ici ce que nous croyons devoir conduire à ce désarmement dont
+vous avez parlé si à propos. Il sera, si nous l'obtenons,
+principalement dû à cette laborieuse semaine que vous avez si
+heureusement terminée.</p>
+
+<p>»Je laisse à M. votre fils, à vous parler de nos angoisses passées et
+de notre satisfaction actuelle. Tous les bons esprits de l'Angleterre,
+et là ils sont nombreux, ont partagé notre sollicitude.</p>
+
+<p>»Adieu, monsieur, je n'ai à souhaiter pour vous et pour la France que
+la santé...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 24 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Mademoiselle a raison: je crois tout à fait à l'amitié de Sébastiani;
+il vient de m'en donner une preuve nouvelle en me faisant connaître
+par le télégraphe l'heureuse issue de la séance du 22, si importante
+pour nos affaires et dont j'attendais le résultat avec une agitation
+qui m'a donné la fièvre hier. Ce n'est pas la première fois, j'ose le
+dire, que je l'ai eue dans de semblables circonstances. A mon âge, les
+nerfs s'ébranlent aisément, mais j'espère n'avoir plus cette triste
+preuve de dévouement à donner aux intérêts du roi. Ces intérêts ont
+été noblement et habilement défendus dans la Chambre des députés; le
+retentissement ici en est heureux et je l'ai fait valoir autant que
+possible.</p>
+
+<p>»Dans le traité qui nous occupe, je vois chacun animé d'un bon esprit;
+tout le monde a envie de faire de la bonne besogne. Nous avons
+communiqué à chacune des parties la <span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">310</a></span> proposition de l'autre; ils
+nous présenteront, lundi 26, leurs observations, et c'est dans la
+discussion qui suivra que je ferai valoir les arguments que le roi a
+eu la bonté de me fournir. On est disposé à être juste et équitable
+pour tout le monde et à en finir.</p>
+
+<p>»Les arrivages de Lisbonne nous ont appris hier de nouvelles cruautés
+de dom Miguel; elles faciliteront les efforts de M. de Palmella<a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291"></a><a href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>,
+que j'ai revu hier avec grand plaisir et qui part dans peu de jours
+pour Paris.</p>
+
+<p>»Le ministère anglais n'est occupé que de <i>la réforme</i>; les pétitions
+arrivent de tous côtés: le 3 octobre est le jour où commencera le
+grand débat...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 27 septembre 1831.</p>
+
+<p>»L'affaire des forteresses donne de l'embarras et j'en suis très
+fâché; mais le fait est qu'elle a été gâtée par l'envoi de M. de
+Latour-Maubourg à Bruxelles. Depuis un an, je m'attache à montrer que
+nous ne sommes occupés que d'avoir une action commune avec les autres
+puissances et particulièrement avec l'Angleterre. Tout ce que j'avais
+obtenu de confiance à cet égard a été détruit par cette affaire à part
+que l'on a fait faire par M. de Latour-Maubourg à Bruxelles. Vous vous
+rappelerez qu'à cette époque je vous ai mandé tout cela. <span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">311</a></span>
+Aujourd'hui, il faut se tirer de la position où cela nous a mis, et
+tâcher de ne pas perdre la confiance que l'on avait en nous. C'est
+difficile, et cette fin de question m'est parfaitement
+désagréable.&mdash;Nous sommes dans le brouillard depuis huit jours; cela
+n'arrange pas ma tête qui est déjà fort en malaise par cette affaire
+des forteresses, qui aurait été toute seule si l'on n'était pas venu
+s'en mêler de Paris. J'ai voulu avant tout montrer que j'étais sans
+intrigue: c'était là ma force. A Paris, on n'a pas voulu de cette
+manière si simple et on a fait une petite intrigue de côté qui,
+aujourd'hui, a engagé les autres à prendre des précautions contre
+nous. Tout cela m'ennuie à la mort.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu...»</p>
+
+<p>La lettre suivante d'un ami du général Sébastiani, d'un des
+conseillers très écoutés au Palais-Royal, et qui désirait plus encore
+me remplacer à Londres que de garder son poste de ministre à Berlin où
+il ne résida que trois mois, est un assez curieux témoignage de
+l'influence qu'exerce le changement de résidence sur certains esprits.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Berlin, le 25 septembre 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu hier le protocole numéro 41 que vous avez eu la bonté de
+m'envoyer; sans cette bonté, je ne saurais pas un mot de ce qui se
+fait, car le ministère ne donne aucune information à son ministre à
+Berlin. Je trouve que les termes (du protocole) en sont excellents et
+réparent la position ridicule, embarrassante où nous avait placé le
+discours du maréchal <span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">312</a></span> Soult<a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292"></a><a href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a>. Il eût fallu, pour agir
+conformément à ses paroles, manquer aux engagements les plus clairs et
+les plus solennels.</p>
+
+<p>»Je compte quitter Berlin ce soir pour profiter du congé que le roi
+m'a donné. Voilà trois semaines que je ne suis pas du tout bien et
+j'ai besoin aussi d'aller à Paris pour mes affaires. Vous y verrai-je?
+Il me semble que vous surtout avez le droit de vous reposer, si, le
+10, votre tâche est finie. Vous avez bien raison de dire qu'il n'y a
+de salut pour nous que dans la paix. La guerre nous livre soit aux
+étrangers, soit à nos brouillons. Les Polonais servent ces derniers de
+tout leur c&oelig;ur et je commence à me détacher d'eux. Ils
+s'aliéneront, par cette conduite, leurs meilleurs amis. Ils nous font
+aujourd'hui un crime de nos bons sentiments pour eux. En attendant,
+leurs armées se flattent d'obtenir de meilleurs termes par la
+résistance, et je crois qu'ils ne font qu'un peu plus gâter leurs
+affaires, car, petit à petit, les soldats quittent leurs régiments et
+retournent chez eux. Il eût mieux valu profiter des bonnes
+dispositions de Paskiewicz<a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293"></a><a href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a>; mais si le courage est l'attribut de
+cette belliqueuse nation, on ne peut pas dire qu'elle se distingue par
+la raison.<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">313</a></span></p>
+
+<p>»On dit que Romarino est entré en Gallicie avec dix mille hommes et
+que l'armée de Modlin fait mine de vouloir se jeter en Prusse<a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294"></a><a href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.
+Vous connaissez...</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 30 septembre 1831.</p>
+
+<p>»Lisez le <i>Times</i> d'aujourd'hui 30. Il faut le lire dans l'original,
+parce que les journaux français le défigureront, avec ou sans mauvaise
+intention. Lord Londonderry<a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295"></a><a href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a> m'a attaqué sur l'influence que
+j'exerçais sur la conférence et sur le ministère anglais; et tout cela
+avec des épithètes d'adresse et de finesse qui étaient plutôt
+malveillantes. Le duc de Wellington s'est levé et a vivement repoussé
+les attaques faites contre moi; il <span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">314</a></span> a surtout insisté sur ce que
+je défendais avec fermeté les intérêts de la France, sans que jamais
+personne ait pu attaquer la loyauté et la franchise de mon caractère.
+(Cela vous apprendra que cet homme qui vous aime est très franc et
+très loyal). Lord Rolland a parlé après le duc de Wellington; il a
+parlé dans le même sens et avec beaucoup de force. Ainsi, tous les
+partis ce sont réunis d'une manière très flatteuse pour moi<a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296"></a><a href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">315</a></span></p>
+
+<p>»A Paris pour lequel je me tue, personne n'imagine d'en faire autant.
+On se croit quitte de tout quand vous m'avez <span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">316</a></span> écrit quelques
+paroles douces et je suis porté à croire que l'on a raison.&mdash;Le sort
+du bill de <i>réforme</i> est encore incertain: <span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">317</a></span> mais ce qu'il y a de
+sûr, c'est que, le bill adopté ou rejeté, les ministres resteront.&mdash;A
+présent, nous avons des conférences de cinq à six heures chaque jour;
+nous voulons finir et nous finirons.&mdash;Le roi de Hollande n'attaquera
+pas, quoi qu'en disent tous les journaux et tous les messieurs de
+Celles et C<sup>ie</sup>. Si même il était nécessaire de prolonger de quelques
+jours l'armistice, je crois qu'il s'y prêterait.&mdash;Qu'on nous laisse
+faire et l'on finira suffisamment bien.</p>
+
+<p class="left5">»Adieu...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 1<sup>er</sup> octobre 1831.</p>
+
+<p>»J'ai reçu, mon prince, les deux lettres que vous avez bien voulu
+m'adresser; vous savez tout le plaisir que j'éprouve à avoir
+directement de vos nouvelles. <span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">318</a></span></p>
+
+<p>»J'ai été extrêmement sensible à ce que vous voulez bien me dire
+d'obligeant à l'occasion des événements de la semaine dernière. Je
+n'ai fait dans cette circonstance, avec quelque danger peut-être, que
+ce que réclamaient la gravité des désordres et la nécessité de déjouer
+de coupables projets, armés du prétexte d'un événement extérieur.</p>
+
+<p>»Parvenus cette fois encore à rétablir l'ordre, à surmonter un mal qui
+a eu ses retentissements dans de tristes débats parlementaires, nous
+ne négligerons aucun effort de notre dévouement pour arracher la
+France aux périls dont ce mal la menace et avec elle la civilisation
+de l'Europe. Ainsi que de votre côté, mon prince, vous vous appliquez
+si noblement à le faire, aussi longtemps qu'il me sera donné de
+pouvoir rester à la tête des affaires, j'emploierai toutes les forces
+qui sont en moi à l'&oelig;uvre si difficile de rasseoir l'ordre social
+si ébranlé par les attaques des partis, et, en général, si peu
+courageusement défendu par les hommes de bien.</p>
+
+<p>»Nous avons reçu, mon prince, votre dernière dépêche à laquelle était
+joint le quarante-quatrième protocole. La conférence, mue par le
+sentiment de la nécessité de terminer les affaires belges, s'est
+décidée à prendre l'initiative. Elle a résolu de dresser un projet de
+traité définitif entre les deux pays<a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297"></a><a href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>. Nous ne pouvons méconnaître
+l'opportunité de cette mesure.
+<span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">319</a></span></p>
+
+<p>»Nous sommes également pressés, sans doute, de voir enfin cette
+question résolue, et d'ôter ainsi aux passions les prétextes qu'elles
+y cherchent; mais par-dessus tout, nous tenons, mon prince, à ce que
+les bases établies par le général Sébastiani, dans ses diverses
+dépêches, puissent être consacrées dans le projet de traité, et si,
+pour obtenir plus complètement, plus sûrement ce résultat, le délai du
+10 octobre était trop rapproché, nous devrions alors désirer que ce
+terme pût recevoir une prorogation de quinze jours.</p>
+
+<p>»Il importe essentiellement dans la position où nous sommes placés,
+que la solution des affaires belges satisfasse aux vues comme aux
+nécessités du gouvernement. Cette solution renferme jusqu'à un certain
+point la question de notre maintien possible au pouvoir.</p>
+
+<p>»Pour cela, mon prince, une séparation entre les deux pays qui enlève
+à l'un et à l'autre tout motif ou prétexte de collision, la
+possibilité pour chacun d'eux de jouir en paix de l'indépendance qui
+lui est nécessaire et des avantages attachés à leur position
+respective, des conditions, en un mot, dont la France puisse exiger
+efficacement l'adoption, sont des nécessités dont votre haute sagesse
+est certainement bien pénétrée.</p>
+
+<p>»Des propositions ont été entendues par le gouvernement sur la pensée
+de placer un prince de la maison de Nassau sur le trône de la Grèce.
+Sans préjuger le sort de ces propositions, on pourrait les envisager
+comme une cause possible de plus de facilité dans les arrangements, en
+ce qui concerne la Hollande. Le gouvernement ne serait pas éloigné de
+les écouter dans cette vue.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...»<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">320</a></span></p>
+
+<p>M. Casimir Périer fait allusion, dans le dernier paragraphe de sa
+lettre, à l'idée qui avait été mise en avant par la Russie de
+dédommager le roi des Pays-Bas, en donnant le trône de Grèce au fils
+cadet de ce souverain, le prince Frédéric, qui était son fils de
+prédilection, mais le roi lui-même repoussa cette proposition qui
+n'eut pas d'autre suite.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 3 octobre 1831.</p>
+
+<p>»Votre lettre en date du 29 passé, mon cher prince, m'a fait un
+véritable bien. Vous aviez observé un si long silence que je ne savais
+m'en expliquer le motif. Malgré la multiplicité de vos occupations,
+j'espérais toujours que vous trouveriez un moment pour me parler de
+votre santé et de votre bien-être. Vous ne pouvez douter que personne
+ne forme des v&oelig;ux plus sincères pour votre bonheur que je ne le
+fais.</p>
+
+<p>»Je félicite l'Europe et la France en particulier si, par un
+<i>arbitrage équitable</i>, la question batave finit. Aussi longtemps que
+la question de la guerre est pendante, il ne faut pas croire qu'il
+soit possible de ramener la confiance. Personne ne se fait illusion
+sur les conséquences de la guerre. Elle doit amener des
+bouleversements sur plusieurs points, et la France aurait tort de se
+flatter qu'ils seraient à son avantage. Toutes mes relations en Italie
+et en Allemagne me confirment que si les peuples ont applaudi à la
+révolution de Juillet, tous voient et jugent les conséquences des
+fautes qui se commettent ici.</p>
+
+<p>»Un ami, dans une haute position en Allemagne, m'écrit: »Votre France
+et votre Paris commencent réellement à <span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">321</a></span> nous dégoûter. Prenez-y
+garde! un beau jour, vous pourriez facilement dans une guerre générale
+avec nous avoir le sort de la Belgique dans la dernière bagarre avec
+la Hollande. Il n'est pas écrit dans le ciel que, partout et toujours
+la victoire sera fidèle aux armées françaises. Rappelez-vous les
+dernières années de Louis XIV et de Napoléon. Cette soi-disant
+sympathie des peuples se perd de plus en plus. On est fatigué de vos
+émeutes, de vos intrigues, de vos inconséquences, et du bavardage
+insultant de vos factions.»</p>
+
+<p>»Des voyageurs reviennent de Cologne. Ils confirment cette même
+observation. A Cologne, les Prussiens tiennent un parc d'artillerie de
+deux cents pièces attelées. Le comte Nostitz<a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298"></a><a href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a> qui y commande une
+partie de l'armée, a dit à une personne que je ne puis nommer:&mdash;Nous
+défendrons contre la France notre traité. Qu'elle fasse ce qu'elle
+voudra chez elle, mais qu'elle cesse de troubler la situation de ses
+voisins. Notre armée désire la guerre, nous pouvons entrer en campagne
+avec deux cent mille hommes. Notre organisation et notre nombre nous
+assurent des succès. Le prince de Metternich s'est engagé avec nous.
+Les Autrichiens et les contingents allemands présenteront le même
+nombre sur le Rhin, et ils en auront autant avec les Piémontais en
+Italie. Si le roi de France ne veut être que le roi du jacobinisme
+<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">322</a></span> qu'il cherche un autre théâtre que l'Europe. Nous nous
+défendrons.</p>
+
+<p>»A Munich, le roi s'est livré entièrement au prince de Wrède. Soixante
+mille Bavarois sont à la disposition du cabinet de Vienne.
+Pfeffel<a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299"></a><a href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a> n'a pas reçu depuis six mois un mot de réponse à toutes
+les balivernes qu'on lui débite ici au ministère des affaires
+étrangères. Il y a à Munich un M. Mortier<a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300"></a><a href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a> qui est haut et
+cassant, qui déplaît au roi et à tout le monde et auquel on tourne le
+dos. On y regrette Rumigny<a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301"></a><a href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a> qui était commère, mais qui ne
+tracassait pas.</p>
+
+<p>»Louis de Rohan est de retour à Vienne. Il dit qu'on y est furieux
+contre tout ce qui est Français, et qu'on est prêt à la plus
+vigoureuse défense. Un de mes amis en Suisse, chef d'un des cantons,
+m'écrit en date du 20 septembre:</p>
+
+<p>«Les troubles qui nous agitent ont tous une origine qui part de vos
+clubs. Mauguin, qui a fait cet été un voyage en Suisse, a excité les
+esprits. Plusieurs de nos chefs qui sont allés à Paris, se vantent
+d'être encouragés par La Fayette, Lamarque, et poussent nos
+démagogues. Tout cela est odieux et vous préparera de grands malheurs.
+L'Europe ne peut pas vivre ainsi.»<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">323</a></span></p>
+
+<p>»Quant à la Pologne, mon cher prince, vous devez avoir de meilleures
+informations que je ne puis vous en offrir. Voici, au reste, ce que
+j'en pense et ce que je sais. La révolution de la Pologne était toute
+dans l'armée; la guerre, toute sur la Vistule. Les cabinets
+connaissent les noms de vingt-sept individus partis de Paris pour
+opérer le mouvement à Varsovie. Les premiers succès étaient dus à une
+brillante armée polonaise, fournie de tout, prête à entrer en
+campagne, et qui tenait vingt à trente millions en caisse. Des noms
+respectables furent entraînés; on croyait à des secours d'ici. Ils
+étaient promis!!! Le maréchal Diebitsch a attaqué avec des forces
+incomplètes. L'hiver a été l'allié des Polonais. Quand les Russes ont
+eu leur armée réunie et que la Vistule était passée, la victoire a
+fait ce qu'elle fait pour l'ordinaire: elle s'est décidée pour les
+gros bataillons. Les Polonais ont été malmenés; Varsovie s'est rendue;
+l'armée polonaise, que l'empereur Nicolas ne veut plus laisser
+subsister, s'est retirée; elle a négocié, mais en attendant les
+réponses de Saint-Pétersbourg, elle s'est presque dissoute. Il n'y a
+plus dix mille hommes sous les armes. En un seul jour six cents
+officiers ont fait leur soumission. La défection est générale. Cette
+révolution avait commencé par des assassinats et des crimes; elle a
+fini de même.</p>
+
+<p>»Voici, je crois, le système que le cabinet russe va suivre. 11
+n'admettra l'intervention d'aucun autre cabinet. Il laissera subsister
+<i>limite</i> et <i>nom</i> du royaume de Pologne; mais il ne consentira plus ni
+à l'existence d'une diète, ni à celle d'une armée polonaise. Et, à mon
+avis, il a raison. Dans le moment présent, il n'y a d'habileté qu'en
+organisant une autorité <span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">324</a></span> forte et en la maintenant. Le
+Palais-Royal a tellement ébranlé tous les liens de la société
+politique, qu'il est temps d'y regarder de près. Je conseille à notre
+ministère de se pénétrer de cette vérité. C'est dans ce même besoin
+que j'applaudis à toutes les dispositions favorables aux Hollandais.
+De plus, permettez que je vous soumette une observation fondée sur des
+faits historiques. La Hollande, forte et puissante, comme État qui a
+une marine, importe beaucoup plus à la France que la Belgique bavarde
+et turbulente comme elle l'est et le sera encore longtemps. Il y a
+quelques jours que j'ai fait cette observation à M. Casimir Périer.
+Cette sollicitude pour la révolution belge me paraît absurde. Tout ce
+qui sera rendu à la Hollande sera bien donné. Voilà, au moins, mon
+avis.</p>
+
+<p>»J'en étais là, mon cher prince, lorsqu'on m'a apporté les journaux
+anglais qui rendent compte des folies de lord Londonderry. Il est ce
+qu'il a toujours été, mais je vous fais mon compliment du résultat de
+ce débat parlementaire, aussi honorable que possible pour votre
+position et dont je me réjouis pour vous.</p>
+
+<p>»Tâchez, mon cher prince, que l'affaire batave finisse. Si le roi de
+Hollande insiste sur du territoire au lieu d'argent, il faut le lui
+donner. Le Luxembourg a deux cent quarante mille habitants. La
+forteresse reste avec un rayon; cela peut compter pour quarante mille
+habitants. Eh bien! les deux cent mille restant peuvent être donnés
+autour de Venloo et de Maëstricht. Quelle importance y a-t-il que les
+Belges aient quelques villages de plus ou de moins? L'essentiel est
+qu'on conserve la paix. Il y a eu avant-hier une assez vive discussion
+à ce sujet entre <span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">325</a></span> M. Sébastiani, Werther<a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302"></a><a href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a> (ministre de Prusse)
+et Pozzo. Une personne présente m'en a fait le récit. Le premier se
+soulevait contre le résultat de <i>l'arbitrage</i>. Il prétendait qu'il ne
+pouvait pas le défendre à la tribune; il disait même que plutôt que
+d'y adhérer, la France retirerait ses pouvoirs et verrait sans regret
+la fin de la conférence; M. de Werther le combattit; Pozzo dit peu;
+mais en sortant du salon, il dit à Werther: «Pourquoi vous
+disputiez-vous avec lui? vous savez bien que ce n'est pas avec lui
+qu'on fait les affaires.»
+ »Je pense donc, mon prince, que M. Périer ne
+vous laissera pas dans l'embarras. Il faut finir, comme vous
+l'observez très bien. Plus tard on reconnaîtra l'immense service que
+vous avez rendu à la France.</p>
+
+<p>»Je ne vous parle pas de nos Chambres. Celle des députés est stupide,
+et le ministère et le roi ont abandonné celle des des pairs. C'est une
+des plus grosses inconséquences dans le nombre de celles qui se
+commettent tous les jours.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez...»</p>
+
+<p class="p2">Je n'acceptai pas comme complètement exact <i>tout</i> ce que contenait
+cette lettre de M. de Dalberg; mais je dois reconnaître qu'il y avait
+beaucoup de vrai.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT</span>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 3 octobre 1831.</p>
+
+<p>»Je trouve qu'à Paris on prend très mal les affaires de la Belgique
+dans le moment actuel. On veut faire une<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">326</a></span>
+Belgique en prenant dans un endroit ou dans un autre; c'est bien
+aisé: tout le monde sait faire cela; mais, ce n'est pas la question.
+Il s'agit de remettre la Hollande et la Belgique dans la situation
+respective où elles étaient l'une vis-à-vis de l'autre en 1790. Avant
+cette époque, la Hollande n'inondait pas la Belgique; il y avait un
+traité de 1785 qui empêchait ce genre de désordre<a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303"></a><a href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>. On peut le
+renouveler et la proximité de la France aura bien plus d'influence sur
+la Hollande que n'en avait l'Autriche qui était si éloignée. En
+vérité, toutes les difficultés que l'on fait à Paris et qui sortent du
+cerveau et des machinations de M. de Celles sont bien faibles; elles
+peuvent toutes être résolues par un enfant. Il est cependant singulier
+que l'on soit la dupe d'un mauvais sujet comme M. de Celles, qui ne
+peut pas retourner en Belgique, et qui craint que les affaires ne
+s'arrangent. C'est une affaire de laquelle dépend la paix ou la
+guerre, cette affaire belge; elle pourrait se finir bien; et j'appelle
+<i>bien</i>, à l'avantage des Belges, sans mettre le roi de Hollande dans
+la position de refuser son adhésion. Pourquoi prendre à quelqu'un?
+Est-ce là un traité juste? Ici on ne consentira pas à ce que l'on veut
+en France. C'est vraiment chercher des embarras. Ma raison ne me
+laisse voir que des malheurs si on reste dans les idées folles dans
+lesquelles les faiseurs nous jettent.</p>
+
+<p>»Adieu, je voudrais bien n'avoir que de l'humeur; mais j'ai plus que
+cela, j'ai du chagrin...» <span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">327</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 4 octobre 1831.</p>
+
+<p>»La première discussion du bill de <i>réforme</i> a eu lieu hier à la
+Chambre des lords; elle continue aujourd'hui, et peut-être ne
+finira-t-on que demain. On est toujours dans la même incertitude;
+cependant, on croit que quelques évêques se sont rapprochés du
+ministère dans la soirée d'hier. Il y avait dans la Chambre et autour
+de la Chambre un monde prodigieux. Je vais maintenant à une
+conférence. Nous sommes près de finir, si à Paris on ne veut pas faire
+une Belgique chimérique; mais on peut, si on le veut, avoir une vraie
+Belgique. On fera des stipulations, pour empêcher les inondations; on
+aura aux écluses des commissaires belges et des commissaires
+hollandais; ainsi, il n'y aura plus de danger de ce côté. La Belgique
+aura deux routes de communication de plus pour déboucher ses produits
+et ses marchandises en Allemagne. Elle aura une augmentation de
+population de cinquante mille âmes, et la France verra détruire les
+forteresses que M. de Latour-Maubourg a désignées et pour lesquelles
+nous avons ici le général Goblet<a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304"></a><a href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>. Il me semble que cela est assez
+pour être content. Enfin, finissons et cherchons dans la paix une
+force nouvelle. C'est là <span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">328</a></span> où le gouvernement trouvera des appuis
+et des forces de tout genre....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 4 octobre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»J'avais chargé le baron de Stockmar<a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305"></a><a href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a> d'une lettre pour vous;
+comme il a été malade, il se peut bien qu'il n'ait pu encore vous la
+remettre.</p>
+
+<p>»Nous nous trouvons ici dans l'attente du courrier de La Haye. Le
+temps pressant, j'ai dû faire mes arrangements militaires comme si la
+guerre était certaine, mais que faire? Je ne puis pas attendre le
+dernier moment. Poussez la conférence à quelque mesure <i>énergique</i>; il
+est évident que le roi de Hollande voudrait embrouiller les affaires
+pour y gagner. Cependant, il est bien désirable pour tout le monde que
+cette guerre ne se fasse point. Vous pouvez compter sur mes
+sentiments, vous les connaissez; je puis me flatter d'avoir contribué
+au maintien de la paix, et je ne cesserai de le faire. Mon objet a
+toujours été de maintenir la bonne harmonie <span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">329</a></span> entre la France et
+l'Angleterre; j'y ai réussi jusqu'à présent; soutenez-moi de votre
+côté. J'y trouve le <i>véritable salut</i> de l'Europe entière. Il faut
+cependant que, dans la crise actuelle, la conférence montre de
+<i>l'énergie</i>; sans cela, la confusion dans les affaires <i>va être
+grande</i>.</p>
+
+<p>»Offrez mes hommages à madame de Dino; conservez-moi un peu de
+bienveillance, et agréez l'expression de mes sentiments distingués.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LÉOPOLD.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 4 octobre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»M. de Mortemart est arrivé (de Pétersbourg). On répand qu'il a été
+très bien traité par l'empereur Nicolas à son départ. N'en croyez
+rien: l'empereur a été poli, voilà tout. Croyez encore que Pozzo n'a
+plus la confiance de son maître. L'empereur voulait le rappeler.
+Nesselrode l'a soutenu en priant l'empereur de consentir qu'il se
+retirât également de son poste de ministre des affaires étrangères.
+L'empereur, alors, a suspendu sa décision.</p>
+
+<p>»Si on ne met ici la plus grande prudence dans les relations avec la
+coalition, nous aurons la guerre au printemps. C'est mon opinion qu'on
+finisse l'affaire batave, ou <i>La Haye</i> reste une boîte de Pandore.</p>
+
+<p>»A Berlin, le roi seul se refuse à faire la guerre; Flahaut y a fait
+une pauvre figure.</p>
+
+<p>»Ici, l'affaire de la pairie tourne vers l'adoption du projet de <span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">330</a></span>
+M. Teste<a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306"></a><a href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>, invention de Sémonville. On l'espérait hier. Je crois
+qu'on n'est sûr de rien.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 7 octobre 1831.</p>
+
+<p>»J'ai été plus longtemps que je ne voulais, mon cher prince, sans vous
+écrire; mais nous avons été dans un tel culbutis pour nous installer
+aux Tuileries, et j'y suis si en l'air encore et si mal établie, que,
+pour moi, et jusqu'à ce que je puisse aller dans le logement du
+capitaine des gardes que l'on arrange, autant que cela est possible,
+je suis, à la lettre, en campement. Mais, toute affaire cessante, j'ai
+besoin de vous exprimer combien je jouis du triomphe que vous venez
+d'avoir dans le parlement d'Angleterre, et de m'en féliciter de tout
+mon c&oelig;ur avec vous. Maintenant, ce qu'il nous faut à la suite de
+cela, c'est un bon traité pour la Belgique, qui donne sécurité et
+assurance que le roi de Hollande n'aura plus autant de facilité pour
+inonder ce malheureux pays, ou y rentrer si la fantaisie lui en
+revenait, qu'il désarme, et que vous puissiez vous reposer un peu de
+toutes vos fatigues, que je vois avec peine, d'après ce
+<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">331</a></span>
+que vous me mandez de votre santé qui nous est bien nécessaire.
+J'espère cependant que vous ne vous ressentez plus de cet accès de
+fièvre dont vous me parliez dans votre dernière lettre. Il me tarde
+bien d'en avoir l'assurance par vous-même. Nous attendons aussi avec
+impatience le résultat de la seconde lecture du bill de réforme.</p>
+
+<p>»Notre installation dans ces tristes et détestables Tuileries produit,
+à ce qu'on assure, un excellent effet. Nous avons bien besoin de cette
+consolation, car cela a été un bien grand sacrifice pour notre cher
+roi, de quitter son beau et charmant Palais-Royal, notre berceau, et
+que nous aimons tant, pour venir dans ce triste palais, le plus
+incommode du monde, où il est impossible de s'arranger d'une manière
+commode et agréable, sans y faire de grands changements et de grands
+travaux. Mais, patience! il ne faut avoir en vue que le but et y
+marcher sans s'arrêter à ce qui plaît ou ne plaît pas, et faire tous
+les sacrifices pour l'atteindre. C'est ce que fait notre bien-aimé
+roi, de la meilleure grâce du monde et d'une manière admirable et
+touchante; et j'ai toujours la confiance qu'il en sera amplement
+récompensé, ce dont j'ai un grand besoin, quand je vois que sa vie,
+depuis qu'il est roi, n'a été qu'une succession de sacrifices et de
+privations. Heureusement, au milieu de tout cela, sa santé se soutient
+très bonne; il me charge de mille et mille choses pour vous ainsi que
+la reine, qui trouve, avec trop de raison, une immense différence du
+logement qu'elle quitte au Palais-Royal, à celui qu'elle trouve ici:
+c'est celle du bien au mal. Chartres et Nemours sont partis dimanche
+dans la nuit pour Maubeuge; nous avons de très bonnes nouvelles de
+leur arrivée....»<span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">332</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 8 octobre 1831.</p>
+
+<p>»Le bill de la réforme a été rejeté à la Chambre des lords; la
+majorité contre a été de quarante et une voix; c'est beaucoup plus
+qu'on ne croyait. Ce nombre empêchera probablement de faire des pairs.
+Tous les esprits sont en suspens et chacun se demande quel parti
+prendront le roi et le ministère. Il y a un conseil de cabinet en
+permanence depuis ce matin. On ignore quel en sera le résultat....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 12 octobre 1831.</p>
+
+<p>»... Je reçois chaque jour des apologies sur ce que l'on a fait si
+étourdiment à Bruxelles, en affichant une lettre de Sébastiani qui
+disait qu'on ne reconnaît pas les décisions de la conférence. Cela a
+fait ici un si mauvais effet, que l'on est obligé d'abandonner cette
+démarche et de l'attribuer à des causes locales qui exigeaient que
+pour empêcher des folies, on fît une pareille communication. Tout cela
+ne fait pas respecter la marche du gouvernement; on se presse trop en
+toute chose. L'Angleterre n'estime pas cela. L'empereur Napoléon, qui
+était un homme de <i>mouvement</i>, me savait toujours gré de ce que je
+retardais l'exécution, ce qui lui donnait le temps d'abandonner des
+résolutions prises trop vite.&mdash;Je resterai jusqu'au bout dans ma
+manière de voir; je veux faire tout pour la paix: c'est là ma mission;
+et tout ce qu'il sera indispensable de faire pour cela, je le ferai,
+sans regarder qui je blesse ou ne blesse pas....» <span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">333</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA DUCHESSE DE BAUFFREMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 octobre 1831.</p>
+
+<p>»... Il y a eu hier soir quelque train à Londres. On a cassé les
+vitres du duc de Wellington, celles de lord Bristol<a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307"></a><a href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a> et du marquis
+de Londonderry. Aujourd'hui tout est tranquille. Dans les campagnes il
+y a eu aussi quelques désordres, mais ils n'ont pas été nombreux. Je
+crois que l'assurance que l'on a que le ministère restera, va faire
+finir tous ces troubles-là. Mais ce n'est pas moins un moment
+difficile et dont la vue est pénible pour ceux surtout qui savent ce
+que c'est que les mouvements politiques dont le peuple s'empare.</p>
+
+<p>»J'ai des conférences ici tous les jours et je crois que nos affaires
+de Belgique seront finies de la part de la conférence dans huit jours.
+Mais après, il faudra les adhésions des rois de Hollande et de
+Belgique et les ratifications des grands cabinets de l'Europe....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 22 octobre 1831.</p>
+
+<p>»J'espère qu'enfin nous touchons au terme et que l'affaire si
+difficile de la Belgique va être terminée. Le jour où j'en aurai la
+certitude sera le plus beau jour de ma vie, car j'aurai <span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">334</a></span> servi à
+faire quelque chose qui, sous tous les rapports, doit convenir au roi
+et à Mademoiselle. Il me semble que tout va devenir plus facile en
+France; on ôte aux malveillants un grand moyen d'attaque, et le
+bienfait de la paix doit réunir tous les intérêts autour du trône. Je
+suis bien heureux, je vous vois grande et tranquille.</p>
+
+<p>»Il faut à présent jeter les esprits actifs vers les améliorations
+intérieures dont, par la paix, ils peuvent s'occuper sans crainte. La
+décentralisation de l'administration doit, à ce qu'il me semble, être
+la première occupation du roi. Il faut donner à tout le monde quelque
+chose à faire.</p>
+
+<p>»On est bien fort pour montrer, comme le roi d'Angleterre l'a fait
+dans son discours<a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308"></a><a href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a>, à quel point la conférence a été utile et à
+quel point le travail de cette conférence est loin de tout ce qui est
+sorti de la Sainte-Alliance. J'écrirais des volumes sur tout cela et
+Mademoiselle le sait bien mieux que moi.</p>
+
+<p class="left5">»Je la prie....»</p>
+
+<p class="p2">Ainsi que cette lettre le dit, la conférence avait avancé dans
+l'&oelig;uvre de médiation qu'elle poursuivait si péniblement depuis près
+d'un an, entre la Hollande et la Belgique. Elle avait dû
+nécessairement revenir sur quelques-unes de ses résolutions
+précédentes, dont les événements avaient modifié les bases. Elle en
+expliqua ses motifs dans ses protocoles du 15 octobre; je me bornerai
+à en citer ici quelques extraits:</p>
+
+<p>«Ne pouvant abandonner à de plus longues incertitudes des questions
+dont la solution immédiate est devenue un besoin <span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">335</a></span> pour l'Europe;
+forcés de les résoudre, sous peine d'en voir sortir l'incalculable
+malheur d'une guerre générale; éclairés, du reste, sur tous les points
+en discussion, par les informations que M. le plénipotentiaire belge,
+et MM. les plénipotentiaires des Pays-Bas leur ont données, les
+soussignés n'ont fait qu'obéir à un devoir dont leurs cours ont à
+s'acquitter envers elles-mêmes, comme envers les autres États, et que
+tous les essais de conciliation directe envers la Hollande et la
+Belgique ont encore laissé inaccompli; ils n'ont fait que respecter la
+loi suprême d'un intérêt européen du premier ordre; ils n'ont fait que
+céder à une nécessité de plus en plus impérieuse, en arrêtant les
+conditions d'un arrangement définitif que l'Europe, amie de la paix et
+en droit d'en exiger la prolongation, a cherché en vain, depuis un an,
+dans les propositions faites par les parties, ou agréées tour à tour
+par l'une d'elles et rejetées par l'autre....</p>
+
+<p>»... Les cinq cours se réservant la tâche et prenant l'engagement
+d'obtenir l'adhésion de la Hollande (et de la Belgique) aux articles
+dont il s'agit, quand même elle commencerait par les rejeter;
+garantissant de plus leur exécution et convaincues que ces articles
+fondés sur des principes d'équité incontestables offrent à la Belgique
+(et à la Hollande) tous les avantages qu'elle est en droit de
+réclamer, ne peuvent que déclarer ici leur ferme détermination de
+s'opposer, par tous les moyens en leur pouvoir, au renouvellement
+d'une lutte qui, devenue aujourd'hui sans objet, serait pour les deux
+pays la source de grands malheurs, et menacerait l'Europe d'une guerre
+générale que le premier devoir des cinq puissances est de prévenir.
+Mais, plus cette détermination est propre à <span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">336</a></span> rassurer la Belgique
+(et la Hollande) sur son avenir et sur les circonstances qui y causent
+maintenant de vives alarmes, plus elle autorisera les cinq cours à
+user également de tous les moyens en leur pouvoir, pour amener
+l'assentiment de la Belgique (de la Hollande) aux articles ci-dessus
+mentionnés, dans le cas où, contre toute attente, elle se
+refuserait....»</p>
+
+<p>A la suite des protocoles du 15 octobre, la conférence avait rédigé
+les bases de la séparation, entre la Hollande et la Belgique, en
+vingt-quatre articles qu'elle avait adressés à La Haye et à Bruxelles
+en réclamant l'adhésion des deux gouvernements à ces articles. Cette
+mesure de la conférence était irrévocable et mettait ainsi à l'abri
+d'un renouvellement des hostilités entre les deux parties, puisque
+c'était désormais l'Europe qui avait tranché leur différend. La
+correspondance qui suit fera voir que la question était jugée dans ce
+sens à Paris, ainsi qu'elle le fut partout.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 19 octobre 1831.</p>
+
+<p>»C'est avec bien de l'empressement, et de bien bon c&oelig;ur, mon cher
+prince, que je viens me féliciter avec vous de votre immense et beau
+succès en terminant d'une manière aussi heureuse, cette longue et si
+compliquée affaire de la Belgique. Notre cher roi me charge aussi de
+vous bien dire combien il en est heureux, et satisfait <i>de son
+ambassadeur</i>. Je suis sûre que c'est le meilleur remerciement que je
+puisse vous faire de sa part. Je regarde que cela nous assure la paix;
+et cela est tout, car, avec elle, la confiance renaîtra et avec cela
+la <span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">337</a></span> prospérité de notre chère et belle France. Cette bonne et
+grande nouvelle fait un effet prodigieux et cause une joie générale.
+J'espère que maintenant vous pourrez vous reposer et soigner votre
+santé, en jouissant de vos succès et des grands résultats qu'ils
+auront. Je ne doute pas un instant de l'acceptation du roi des Belges;
+certes, ils doivent être contents.</p>
+
+<p>»Quant au roi de Hollande, il faudra bien qu'il se contente de ce que
+la conférence a fait pour lui. Je vous avoue que ce côté ne me
+tourmente pas.</p>
+
+<p>»Ce qui est une bien bonne chose aussi, c'est que le ministère anglais
+reste, et que tout se calme et se tranquillise par la juste confiance
+qu'il inspire<a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309"></a><a href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>.</p>
+
+<p>»Dieu veuille que notre grande question de la pairie se termine bien!
+nous sommes dans la même incertitude à cet égard, que vous l'étiez en
+Angleterre sur le bill de réforme. Du reste, mon cher prince, je suis
+toujours remplie de confiance, et il me semble que nous marchons
+bien....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 3 novembre 1831.</p>
+
+<p>»Je n'ai pas besoin de vous dire, mon prince, combien j'ai ressenti de
+satisfaction en recevant les dernières lettres que vous m'ayez fait
+l'honneur de m'écrire. Le retour de mon fils, porteur de la première
+de ces lettres, ne devait me rien laisser à désirer, puisque je
+recevais à la fois de vos nouvelles <span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">338</a></span> et la certitude que
+l'&oelig;uvre si importante et si difficile confiée à votre haute sagesse
+était enfin accomplie.</p>
+
+<p>»Cette &oelig;uvre, mon prince, vous l'avez menée à fin à notre plus
+grande satisfaction possible; elle est et demeurera, malgré les
+attaques des passions et des vils intérêts qu'elle déjoue, un nouvel
+et immense service rendu au pays. L'effet s'en est promptement fait
+sentir, bien que les partis aient cherché, comme ils cherchent encore,
+à inspirer des craintes sur l'accueil réservé à cette grande
+détermination par les parties qu'elle intéresse directement.</p>
+
+<p>»La paix maintenue, la paix reposant désormais sur de solides bases,
+est un événement qui ne peut avoir pour la France que des résultats
+favorables, sous le double rapport de sa politique au dehors et de son
+état intérieur; et cet événement, qui justifie si bien votre opinion
+sur l'utilité de la conférence, nous le devons, la France le doit, mon
+prince, à vos nobles efforts; et ce n'est pas ce qui me cause le moins
+de satisfaction. La postérité vous rendra cette justice entière que,
+dans les temps d'agitations sociales, les hommes chargés des intérêts
+publics ne doivent point attendre des contemporains.</p>
+
+<p>»Ainsi, mon prince, je vous le dis avec plaisir, notre situation est
+sans nul doute améliorée par le maintien de la paix en Europe; mais
+nous ne devons pas nous dissimuler qu'il nous reste beaucoup à faire
+encore; que le problème n'est pas encore résolu, et qu'il faut trouver
+le point d'appui.</p>
+
+<p>»Parmi les difficultés intérieures qui nous restent à surmonter, celle
+de la pairie n'est pas la moins ardue. Diverses considérations non
+sans gravité, et qui ne sauraient échapper à vos lumières, nous
+faisaient désirer de pouvoir éviter, jusqu'après <span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">339</a></span> l'adoption de la
+loi, de faire une adjonction à la Chambre des pairs, mais nous avons
+reconnu que cela n'était pas possible et qu'une promotion immédiate
+était indispensable....</p>
+
+<p>»Nous avons reçu hier la nouvelle de l'acceptation des vingt-quatre
+articles par la Chambre des représentants de la Belgique; tout annonce
+que le Sénat suivra immédiatement cet exemple<a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310"></a><a href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>. La Hollande, nous
+devons le croire, acceptera. Ainsi vont se trouver aplanies les
+difficultés périlleuses du dehors; ainsi se trouvera accompli ce grand
+devoir qui, dans l'état actuel des peuples de l'Europe, était imposé
+aux hommes placés à leur tête: celui de prévenir entre eux toute
+collision. Heureux effet, mon prince, de cette confiance que vous avez
+su inspirer dans les vues franches et loyales du gouvernement du roi.</p>
+
+<p>»La fatigue que vous avez éprouvée, mon prince, pouvait me faire
+craindre pour votre santé. Vos dernières nouvelles, en se taisant à
+cet égard, me font espérer que vous ne vous en ressentez plus. Je ne
+puis, toutefois, me défendre de vous engager à ménager beaucoup une
+santé si précieuse à l'État et qui m'est particulièrement bien
+chère....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, 4 novembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»... Le ministère continue à négocier avec la Chambre des pairs pour
+la faire consentir à se suicider. M. Périer est venu <span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">340</a></span> deux fois
+chez moi pour traiter cette question. Je n'ai pu admettre que le roi
+et le ministère n'aient, par leur faute, compromis cette question;
+mais j'ai pris l'engagement d'aider à écarter une trop grande
+dissidence entre les deux Chambres. Pour faire passer la loi, il
+faudra nommer trente ou quarante pairs, et, à ma connaissance, dix ou
+douze nominations ont été refusées. Cependant, je crois qu'on arrivera
+à une transaction.</p>
+
+<p>»M. Sébastiani nous a donné encore un nouvel échantillon de sa manière
+de diriger les affaires de son ministère. Personne ne conserve un
+doute que le <i>duplicata</i> adressé au général Guilleminot n'ait point eu
+de <i>primata</i><a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311"></a><a href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 novembre 1831.</p>
+
+<p>»... Le roi de Hollande fera traîner son acceptation jusqu'au retour
+du courrier qu'il a envoyé à Pétersbourg, pour s'assurer de l'opinion
+du cabinet, qu'il croit différer de celle des plénipotentiaires russes
+à Londres. La réponse viendra dans les premiers jours de décembre, et
+celle qu'il fera faire à la conférence par ses plénipotentiaires
+suivra. Ainsi, nous avons <span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">341</a></span> naturellement vingt jours à attendre.
+Cela donne le temps aux journaux de dire et d'écrire toutes sortes de
+conjectures, toutes plus insensées les unes que les autres....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 15 novembre 1831.</p>
+
+<p>»Nos articles sont signés. Les Belges vont crier, mais ils ont tort;
+tout est fait équitablement et, je crois, favorise les Belges, ce que
+je voulais, surtout du côté de la frontière qui touche la France. La
+Belgique paye beaucoup moins de la dette publique, qu'elle ne le
+faisait avant la séparation; ainsi, elle n'a rien à dire. Sa
+population est augmentée et le commerce intérieur, par les facilités
+qu'on lui donne, va beaucoup gagner; deux routes de commerce entre la
+Belgique et l'Allemagne, la jouissance de tous les canaux intérieurs,
+la jonction de l'Escaut au Rhin, et l'application de tout ce qui a été
+fait à Mayence pour la navigation des fleuves à la Belgique qui en
+jouira immédiatement.</p>
+
+<p>»Je suis horriblement fatigué; hier notre conférence jusqu'à cinq
+heures du matin, et avant-hier jusqu'à quatre. Je crois avoir obtenu
+tout ce qui était possible d'obtenir. Il faut que la France appuie par
+tous ses moyens à Bruxelles nos articles qui sont excellents....»</p>
+
+<p class="p2">Voici comment la conférence avait procédé pour arriver au résultat que
+j'indique dans ma lettre à madame de Vaudémont:</p>
+
+<p>Les Chambres belges après des débats très animés, avaient accepté les
+vingt-quatre articles que nous avions adressés le 15 octobre aux
+gouvernements hollandais et belge; mais le <span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">342</a></span> ministère belge avait
+pris l'engagement de ne donner son adhésion définitive:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Qu'après avoir obtenu ou tenté d'obtenir quelques modifications aux
+articles;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Qu'après avoir acquis la certitude que le roi, élu par les Belges,
+serait immédiatement reconnu.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire belge à Londres nous avait remis le 12 novembre
+une note pour faire valoir ces restrictions<a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312"></a><a href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>. La conférence lui
+répondit le même jour que les vingt-quatre articles ne pouvaient subir
+de modification et qu'il n'était plus au pouvoir des cinq puissances
+d'en consentir une seule; par une seconde note du 14 novembre, la
+conférence prévint le plénipotentiaire belge que rien ne s'opposait à
+ce que les vingt-quatre articles reçussent la sanction d'un traité
+entre les cinq puissances et la Belgique, ce qui satisfaisait à la
+demande de reconnaître le roi élu par les Belges.</p>
+
+<p>Cependant, la conférence informa le 13 novembre les plénipotentiaires
+hollandais de l'acceptation de la Belgique et leur offrit l'initiative
+de la signature du traité. Leur réponse ayant été négative, le 15
+novembre le traité fut signé entre les plénipotentiaires des cinq
+cours et celui de la Belgique<a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313"></a><a href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">343</a></span></p>
+
+<p>Ce traité reproduisait d'abord les vingt-quatre articles auxquels on
+ajouta les trois suivants:</p>
+
+<p><span class="smcap">Article XXV</span>.&mdash;Les cours d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne,
+de Prusse et de Russie, garantissent à Sa Majesté le roi des Belges
+l'exécution de tous les articles qui précèdent.</p>
+
+<p><span class="smcap">Article XXVI</span>.&mdash;A la suite des stipulations du présent traité, il y
+aura paix et amitié entre Leurs Majestés l'empereur d'Autriche, le roi
+des Français, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et
+d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de Russie d'une part, et Sa
+Majesté le roi des Belges de l'autre part, leurs héritiers et
+successeurs, leurs États et sujets respectifs à perpétuité.</p>
+
+<p><span class="smcap">Article XXVII</span>.&mdash;Le présent traité sera ratifié et les ratifications en
+seront échangées à Londres dans le terme de deux mois, ou plus tôt, si
+faire se peut.</p>
+
+<p>Après la signature de ce traité, on aurait pu croire que la question
+du sort de la Belgique, qui depuis près d'un an tenait l'Europe en
+suspens, était définitivement réglée, sinon en ce qui concernait le
+Hollande, du moins en ce qui touchait la Belgique et les cinq
+puissances, mais on va voir que la chose n'était pas aussi simple, et
+que j'étais loin encore du terme de mes travaux. Comme précédemment,
+je laisserai parler la correspondance qui éclairera mieux que je ne
+pourrais le faire moi-même, sur les nouvelles difficultés qui
+survinrent.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 novembre 1831.</p>
+
+<p>»... Nous avons signé hier le traité avec la Belgique: voilà le prince
+Léopold reconnu ainsi que son pays. C'est une grande affaire de faite.
+La signature des cinq puissances à <span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">344</a></span> ce traité entraîne
+nécessairement l'adhésion du roi de Hollande. Il n'y a entêtement qui
+tienne, il faudra qu'il cède. Je crois qu'aux Tuileries on verra avec
+plaisir le courrier que j'envoie pour porter ce traité. C'est le
+premier que fait le roi, et il est utile à la France dont il couvre la
+frontière et à la Belgique qu'il rend indépendante.</p>
+
+<p>»Je suis loin de penser à retourner à Paris; je ne l'ai dit à
+personne; c'est un des contes que fait madame de Flahaut, qui pense
+toujours à venir en Angleterre où elle ne peut pas venir parce qu'elle
+y est détestée, et parce que son mari n'est pas un assez gros
+personnage pour l'ambassade de Londres; car, sous d'autres rapports,
+il conviendrait. Il est aimable, connaît assez de monde et parle bien
+anglais; mais ici ce n'est pas tout.</p>
+
+<p>»Je vais à Brighton respirer et faire ma cour au roi. Je viens de
+travailler outre mesure et j'ai besoin de repos. Dites-moi quel est le
+prétendu homme d'État qui a fait l'histoire de la Restauration? Cela
+n'est vrai que chronologiquement, c'est plein de faussetés et
+d'ignorance<a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314"></a><a href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 18 novembre 1831.</p>
+
+<p>»Le traité est arrivé hier soir, mon cher prince, je ne puis vous
+exprimer le plaisir que m'a fait la vue de la guirlande des cachets
+des représentants des cinq puissances, posés sur nos très chères
+couleurs. C'est une immense affaire que vous venez de terminer, j'ai
+besoin de m'en féliciter avec vous et de vous en faire mon compliment,
+du meilleur de mon c&oelig;ur. <span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">345</a></span> Car, certes, il a fallu tout votre
+zèle, tout votre talent, votre habileté pour arriver à cet heureux
+résultat si important pour le bonheur de notre chère patrie et en
+vérité pour celui de toute l'Europe.</p>
+
+<p>»Ce qu'il faut maintenant, pour que cette grande affaire soit
+réellement terminée, c'est d'obliger le roi de Hollande à se prononcer
+et à exécuter le traité. Il est bien essentiel pour <i>tous</i> que cela se
+fasse promptement, mais particulièrement pour le roi des Belges, car,
+si cette incertitude se prolongeait, elle le remettrait envers ses
+sujets, dans une position bien fâcheuse et qui serait tout à fait
+contraire à la dignité et aux engagements des cinq puissances qui
+viennent de signer ce traité. Je suis convaincue que vous voyez de
+même à cet égard et que tous vos efforts vont tendre à l'exécution
+prompte et parfaite du traité, ce qui est de la plus grande
+importance, du moins cela me paraît ainsi, comme de le faire signer au
+roi de Hollande.</p>
+
+<p>»Rien de nouveau encore sur notre loi de la pairie qui est aussi une
+bien grande affaire. Je suis dans la même ignorance et la même attente
+à cet égard que la dernière fois que je vous ai écrit. Madame de
+Vaudémont m'a fait part de votre dernière lettre et j'ai donné
+connaissance de ce que vous y mandiez, à qui de droit....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce samedi 19 novembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Le traité de Londres du 15 novembre 1831 sera une grande époque dans
+l'histoire. Plus ses conséquences se développeront, <span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">346</a></span> plus la
+France appréciera le grand service que vous venez de lui rendre, et je
+suis pressé de vous témoigner combien je m'associe à cette
+appréciation et à tous les sentiments que ce grand succès doit
+inspirer pour vous. C'est une belle réponse à toutes les attaques par
+lesquelles on a vainement essayé de fausser la marche de mon
+gouvernement et la vôtre pendant le cours de ces longues et
+laborieuses négociations. C'est pour moi la plus douce récompense de
+la constance et de la ténacité avec lesquelles je vous ai soutenu
+ainsi que le général Sébastiani dans toutes les phases de cette longue
+lutte. La voilà enfin terminée d'une manière aussi solide
+qu'honorable, car je regarde le traité que vous venez de signer comme
+la fin des coupables espérances de ceux qui se croyaient certains de
+tout bouleverser par la guerre et qui ne la proclamaient inévitable
+qu'afin de se donner plus de moyens de l'allumer. Il est remarquable
+que c'était à la fois le langage des absolutistes et celui des
+propagandistes dans tous les pays, et ne vous dissimulez pas que pour
+achever de paralyser leurs efforts, il faut encore obtenir que le roi
+de Hollande signe et exécute le traité dans le plus court délai.</p>
+
+<p>»Vous nous donnez l'assurance qu'il va s'y décider et j'en accepte
+l'augure avec d'autant plus de plaisir que je crois que ce n'est pas
+seulement notre intérêt particulier et même l'intérêt général de
+l'Europe qui doivent le faire désirer, mais que c'est éminemment le
+sien propre et celui de la Hollande qui lui prescrivent de renoncer au
+système de procrastination pour lequel il paraît pencher, et duquel je
+pense qu'on ne peut attendre que des malheurs pour lui-même et pour
+ses voisins. Il me semble que l'heureux <span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">347</a></span> accord qui s'est établi
+entre tous les plénipotentiaires de la conférence et que vous avez si
+efficacement contribué à maintenir, devrait suffire pour lui faire
+sentir que c'est le meilleur parti qu'il puisse prendre aujourd'hui.</p>
+
+<p class="left5">«Vous connaissez, mon cher prince, tous les sentiments....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 19 novembre 1831.</p>
+
+<p>«Vous voilà donc au but: ce n'est pas sans peine. Ce sera un bien
+grand résultat que d'être parvenu à maintenir la paix au milieu de
+toutes ces révolutions et ces déchirements. Qui aurait pu croire que
+le royaume des Pays-Bas, cette &oelig;uvre de la Sainte-Alliance, hostile
+à la France, pût être anéantie sans une guerre générale? Il fallait
+toute votre habileté. Vous avez été bien servi par le ministère
+actuel; mais auparavant, vous n'avez pas été sans difficultés partant
+d'ici. Mais vous voilà au port; car je ne crois pas à une véritable
+opposition, ni de la Hollande, ni de la Belgique. On a envoyé hier le
+maréchal Gérard à Bruxelles, pour bien dire qu'il n'y avait aucun
+appui à attendre d'ici pour une résistance aux conditions stipulées.
+On avait songé à m'y envoyer; mais Gérard vaut infiniment mieux et
+aura une voix bien plus puissante.</p>
+
+<p>»La loi sur la pairie a été votée par les députés à une majorité de
+trois cent quarante-six voix; il n'y a guère moyen de résister à une
+manifestation aussi prononcée. Cependant, on ne sait pas encore ce que
+feront les pairs. Des folies, je présume....» <span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">348</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 21 novembre 1831.</p>
+
+<p>»Votre petite lettre du 15 ne m'est parvenue qu'hier au soir. Je vous
+remercie du fond de mon c&oelig;ur. Chaque fois que vous m'écrivez vous
+m'allumez un flambeau au milieu des ténèbres, et je vois que vous
+poursuivez avec vigueur la carrière que la conférence a entreprise. La
+séparation de la Belgique d'avec la Hollande brise une forte machine
+de guerre placée sur notre frontière et sur les points les plus
+vulnérables. <i>Cela vous est dû</i>: et il n'y a que la crasse ignorance
+de nos députés et de nos journalistes, leur mauvaise foi, leur
+inspiration passionnée qui empêchent qu'on le dise et qu'on le
+reconnaisse.</p>
+
+<p>»Le roi de Hollande a droit de ressentir vivement les façons peu
+courtoises de ses alliés. Comme la Prusse et la Russie consentent à
+sacrifier leurs relations de famille et que ces deux cabinets
+paraissent agir avec sincérité pour maintenir l'état de paix en
+Europe, je crois que le roi de Hollande accédera aux conventions déjà
+arrêtées; et si même, son consentement n'arrive pas dans les premiers
+jours de décembre, il ne peut tarder beaucoup au delà. Vous lui avez
+laissé, au reste, deux mois de temps, et je suppose que vous l'avez
+fait pour qu'il ait le temps de recevoir des réponses du nord. Il
+accédera donc, mais il restera, comme ses ancêtres Guillaume II et
+III, l'ennemi le plus irréconciliable de la France, et il formera
+autour de lui un foyer d'intrigues pour renverser ce qui existe ici.
+Il y a pour cela de puissants éléments, et l'alliance faite dans ce
+sens entre le carlisme et le bonapartisme, peut seconder et nourrir
+ses efforts.</p>
+
+<p>»Pour le moment, l'attitude des cabinets de l'Europe est <span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">349</a></span> calme.
+Ils réfléchissent sur leur position, et regardent autour d'eux. Mais
+le ressentiment et la défiance germent dans leurs entrailles, et
+comment pourrait-il en être autrement? Nos tribunes, les intrigues
+révolutionnaires qui partent d'ici sans que le gouvernement puisse ou
+veuille l'empêcher, le langage insensé et insultant de nos journaux,
+sont autant d'excitations pour eux, à resserrer fortement les traités
+de Chaumont, signés contre la <i>Révolution française</i>. Je crois être
+sûr que les trois grandes cours se sont entendues de nouveau à ce
+sujet. Le langage de leurs légations en Allemagne, et en Italie,
+mielleux avec nos agents, est très excitant avec les petits États. On
+représente la France comme exigeant la plus sévère surveillance et on
+cherche à assurer et à fortifier les liens d'une étroite alliance, en
+cas qu'ici le parti révolutionnaire et du mouvement reprendrait le
+dessus. Il est impossible qu'il en soit autrement. Jusqu'à ce que
+l'Europe ait la conviction que la révolution de Juillet se consolide,
+il n'y aura pour la France <i>accueil nulle part</i>.</p>
+
+<p>»Cependant, si dans deux ans ce qui a été établi est fortifié, croyez
+qu'à l'heure qu'il est, ici et à Pétersbourg, on pense déjà à un
+mariage, et que Pozzo, qui a vu manquer celui du duc de Berry,
+travaille celui qui peut être en projet. C'est même dans cet avenir
+que la demande du roi de Bavière pour son fils a été déclinée à
+Pétersbourg. Je ne doute pas que, si on pénètre ce projet à Londres et
+à Vienne, ces cours ne cherchent à le contrecarrer, comme cette
+dernière fait ce qu'elle peut à Naples pour en éloigner une princesse
+d'Orléans. Tout cela, mon cher prince, me prouve que la confiance a
+quelque peine à s'établir, et qu'il faut éviter tout ce qui peut
+l'altérer. <span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">350</a></span></p>
+
+<p>»Vous me demandez, qui est <i>l'homme d'État</i> qui publie la médiocre
+histoire de la Restauration? C'est un nommé Capefigue<a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315"></a><a href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a> journaliste
+et auteur de quelques autres ouvrages. Lié avec Mignet, il a eu, sous
+M. Molé, accès aux archives; il va chez Molé et Pasquier qui ont lu et
+corrigé sa publication. Il a cherché pendant plusieurs années à réunir
+un tas d'anecdotes en causant avec les uns et les autres; et il a
+conçu son plan pour se faire de l'argent. Après la publication des
+deux premiers volumes, j'ai fait sa connaissance, par M. Buchon<a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316"></a><a href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>;
+j'ai voulu lui faire corriger quelques faits avancés par lui, mais mes
+efforts ont été inutiles. Il écrit pour son libraire; il veut faire
+dix volumes; et, pour les remplir, il accapare tout ce qui lui vient
+sous la main. M. Decazes s'est maintenant emparé de lui, et il lui
+fournit des matériaux pour écrire ce qui regarde son ministère. M.
+Capefigue avait, il y a quelque temps, une note qu'il disait lui être
+venue de Londres et de gens qui vous sont attachés. Elle renfermait
+l'idée d'une alliance entre la France, l'Angleterre et l'Autriche, qui
+se négociait. Il en a fait des articles pour quelques journaux, on en
+a causé; mais les initiés ont tout de suite dit que c'était une
+mystification; que M. de Metternich, peut-être, en laissait percer la
+possibilité, mais que, dans le fond, il s'en <span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">351</a></span> tiendrait à
+l'alliance continentale avec les deux cours de Berlin et de
+Pétersbourg.</p>
+
+<p>»A l'heure qu'il est, il ne faut pas vouloir jeter la division parmi
+les puissances. Le monde se fond, se dissout, sous les coups de
+l'anarchie mentale qui a envahi la société humaine. Il faut
+constamment parler de réformer les abus, y toucher un peu, mais
+recréer de l'autorité.</p>
+
+<p>»Les événements de Bristol<a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317"></a><a href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> et ceux dont Londres peut être menacé,
+révèlent la plaie profonde qui ronge sourdement le sein de
+l'Angleterre. Lord Grey et son compère M. Brougham ont saisi la
+réforme sur une trop vaste échelle. C'est M. Necker avec son
+<i>doublement du tiers</i>. Quand les masses sont soulevées, sont poussées
+par des brouillons, par des La Fayette, qui peut les arrêter? C'est
+sous ce point de vue que le succès de la révolution belge produit un
+mauvais effet et il s'agit de le neutraliser. L'empereur Nicolas, en
+attendant, s'en est chargé en Pologne. Il faut ramener du repos dans
+les esprits, ou tout ira au diable.</p>
+
+<p>»En Allemagne, on commence à être fou. Les tribunes de Munich et de
+Carlsruhe sont en délire. On se demande, à Berlin et à Vienne, comment
+y parer? Je conseille d'établir, par la diète de Francfort, que les
+débats ne seront pas publics et que les droits de la <i>confédération
+générale</i> ne sont pas sujets à être discutés. Cela servira d'arrêt.
+<span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">352</a></span></p>
+
+<p>»Notre Chambre des pairs a enfin reçu aujourd'hui son coup de
+grâce<a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318"></a><a href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>. M. Casimir Périer et le roi en font un cadavre. Le premier
+médite de dissoudre la Chambre des députés après que le budget de 1832
+sera voté. Je ne le conseille pas. On en aurait probablement une plus
+mauvaise. Il faut laisser celle-ci épuiser ses sottises.</p>
+
+<p>»Le prince Paul de Wurtemberg me prie de vous rappeler ses v&oelig;ux et
+son ambition de courir les chances de ce malheureux Capo d'Istria. Je
+crois que le choix de sa personne comme roi de Grèce ne serait pas
+mauvais....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 2 décembre 1831.</p>
+
+<p>»... Je ne sais rien de cette affaire de Lyon que par les
+journaux<a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319"></a><a href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a>; elle inquiète ici. Le souvenir de Bristol et la crainte
+de Manchester<a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320"></a><a href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a> ne laissent pas le pays sans quelque souci. On
+désire ardemment que cela finisse et que l'on trouve quelque
+arrangement qui, sans être trop une concession, satisfasse les gens
+qui n'ont pas de quoi vivre avec la journée qui leur est payée dans
+les grandes fabriques. C'est <span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">353</a></span> un problème qui est difficile à
+résoudre. Mon opinion n'est pas que la population soit trop nombreuse
+pour la totalité du territoire, mais elle n'est pas bien distribuée et
+c'est de cette distribution dont le gouvernement devrait s'occuper.
+Et, pour le faire, au lieu de donner des secours en masse dans tel
+endroit, dans une grande ville, il faut ordonner un travail dans un
+département où il y a beaucoup de défrichements à faire, beaucoup de
+marais à dessécher. Ce travail-là, on le payerait à des hommes d'un
+autre département qui y viendraient, car on vient toujours où il y a
+un travail et un salaire. Ainsi en Auvergne, en Limousin, en
+Nivernais, en Berry, on n'a pas les bras suffisants; il faut faire des
+efforts là pour y appeler du monde. Cela soulagerait des provinces où
+il y a trop, et cela enrichirait les provinces qui manquent. En Berry,
+par exemple, nous avons besoin de trois cent mille âmes; en Nivernais,
+on manque aussi. Des avantages accordés à ceux qui iraient en
+appelleraient beaucoup: c'est là de la bonne administration....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 4 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Il y a longtemps que j'éprouve le besoin de vous adresser de nouveau
+l'expression de la gratitude que nous devons à vos soins dans le cours
+difficile des négociations au milieu desquelles vous avez assuré au
+représentant de la France le rang et l'influence qui lui
+appartiennent.</p>
+
+<p>»Le gouvernement n'attendait pas moins de cette haute expérience dont
+les inspirations ont si heureusement préparé <span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">354</a></span> le traité qui vient
+de fonder les relations des grandes puissances sur le pied d'une
+égalité politique et d'une communauté d'intérêts désormais
+incontestable pour tout le monde.</p>
+
+<p>»Je me félicite, mon prince, d'avoir à vous remercier à la fois comme
+président du conseil du roi, comme député, comme Français, de la part
+notable que vous avez prise à cette importante transaction qui
+commence, en quelque sorte, l'ère nouvelle d'un autre droit public
+dont l'unique objet sera d'assurer le repos des peuples et le
+développement paisible des bienfaits de la civilisation.</p>
+
+<p>»Mais l'Europe, mon prince, entrée ainsi dans cette voie, ne peut plus
+permettre à personne, vous le sentez comme moi, d'y semer des
+obstacles. Je ne doute donc pas que vous n'ayez insisté, et que vous
+n'insistiez encore avec persévérance, pour écarter les vaines
+difficultés que le roi de Hollande semble essayer d'opposer encore aux
+déterminations des puissances. Il est temps d'en finir. Le roi le veut
+aussi sincèrement que ses alliés qui se sont engagés, comme lui, à
+assurer l'exécution des vingt-quatre articles, et j'ose réclamer de
+votre part les soins les plus actifs pour ajouter cette dernière
+garantie à l'&oelig;uvre de pacification dont l'affermissement doit
+d'autant plus vous tenir à c&oelig;ur que vous y avez eu le plus de part.
+C'est l'accompagnement indispensable du désarmement général qui est
+dans la volonté et dans l'intérêt de tous et dont un incident isolé ne
+doit pas contrarier plus longtemps l'exécution.</p>
+
+<p>»Je ne puis, mon prince, vous parler des intérêts de l'État sans y
+trouver, avec empressement, l'occasion de m'applaudir des relations
+plus étroites qu'ils ont établies <span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">355</a></span> entre nous deux et que la
+présence de mon fils près de vous me rend si précieuse. Je suis
+heureux de penser qu'il contribue, par son assiduité et son zèle, à
+vous rappeler sans cesse les sentiments de son père, et je fais des
+v&oelig;ux ardents pour que son avenir témoigne à tous, un jour, sous
+quels auspices il est entré au service du roi et du pays....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur,</p>
+
+<p>»Dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 4 de ce
+mois, votre amitié vous fait dire des choses dont je sens tout le
+prix. Vous oubliez que ce que j'ai eu à faire a été bien moins
+difficile, du moment où l'administration de notre pays a été dirigée
+par une volonté forte et avec cet esprit de franchise auquel j'entends
+chaque jour donner les plus grands éloges et qui est devenu un gage de
+sécurité pour l'Europe.</p>
+
+<p>»L'obstination du roi de Hollande nous empêche de dire aujourd'hui que
+les affaires de Belgique sont terminées, mais le fait est que plus tôt
+ou plus tard, c'est-à-dire dans plus ou moins de semaines, il faudra
+qu'il cède. La marche méthodique que nous suivons nous a réussi avec
+la Belgique; en ne précipitant rien, nous réussirons de même avec la
+Hollande. L'accord qui existe et qu'il faut soigneusement entretenir
+entre les grandes puissances finira par écarter les difficultés qui
+existent encore. Les réponses de Pétersbourg doivent, à ce que dit le
+prince de Lieven, arriver sous peu de jours et dissiperont les
+illusions que le roi Guillaume se fait encore. <span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">356</a></span> Attendons, s'il
+est nécessaire. Ne pas se presser dans les démarches que l'on a à
+faire a un grand avantage: c'est que, quand on ne se presse pas, cela
+prouve qu'on est bien.</p>
+
+<p>»Permettez-moi de vous engager à laisser l'assemblée faire des
+économies tant que cela lui plaît; cela ne vaut pas la peine de rompre
+des lances tous les matins; le bon sens fera changer bientôt tout ce
+que l'amour de la popularité aura fait faire cette année. Comme la
+liste civile est fixée pour tout le règne, c'est elle seule qui mérite
+vos efforts.</p>
+
+<p>»Je suis fort aise que vous me laissiez encore quelque temps M. votre
+fils. Dans le courant de sa carrière, il trouvera bien peu de
+circonstances où il y ait tant à apprendre. Non seulement les affaires
+politiques qu'il suit avec moi, mais les discussions parlementaires de
+cette année, lui serviront toute sa vie. Je ne saurais donner trop
+d'éloges à son caractère, à son assiduité, au désir qu'il a d'être
+utile et aux développements que fait son esprit chaque jour.</p>
+
+<p>»Je vous renouvelle, monsieur....</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Ne vous découragez pas! C'est là tout ce que l'Europe vous
+demande.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 15 décembre 1831.</p>
+
+<p>»Une réponse de Hollande est arrivée; elle a quarante pages in-folio
+et je suis obligé de la lire. Je vous assure que j'aimerais mieux lire
+quarante pages de votre mauvaise écriture.&mdash;En résultat, le roi de
+Hollande accepte les limites, se soumet à la répartition de la dette
+et demande qu'il soit fait, entre lui et la Belgique, un traité qu'il
+veut négocier, pour <span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">357</a></span> établir la navigation sur les rivières et les
+droits sur les canaux<a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321"></a><a href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>.... Cela veut dire qu'il adopte ce qui est
+bon pour lui, c'est-à-dire les limites, et qu'il se refuse à ce qui
+convient à la Belgique, c'est-à-dire à la libre navigation des fleuves
+et des canaux.</p>
+
+<p>Tout cela s'arrangera, mais avec peine. Le roi Léopold nous embarrasse
+un peu en déclinant son engagement sur les forteresses, engagement
+qu'il a pris avec M. de Latour-Maubourg et dans une lettre qu'il a
+écrite au roi Louis-Philippe<a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322"></a><a href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>. Il faudra bien aussi que cela
+s'arrange sans trop se fâcher. Le principe de la démolition est établi
+et reconnu, <span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">358</a></span> l'injure faite à la France est réparée et
+quarante-cinq millions que coûtent aux alliés les forteresses sont
+perdus. Voilà le vrai résultat de ce traité qui serait meilleur sans
+la <i>négociation à part</i> que l'on a voulu faire à Bruxelles et qui a
+mis ici tout le monde en méfiance....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 17 décembre 1831.</p>
+
+<p>»... Je vais aller entendre la lecture de la note de quarante pages,
+envoyée au Foreign Office avant-hier. Quand on a raison, on n'écrit
+pas quarante pages.&mdash;A Paris, on sera mécontent du traité sur les
+forteresses; mais cette affaire se traite sans moi dans des
+conférences des quatre puissances et du plénipotentiaire belge. La
+France recommande, mais ne répond pas et n'entraîne pas. C'est, du
+reste, lord Grey qui est effrayé de la motion de lord Aberdeen<a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323"></a><a href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a>,
+soutenue par le duc de Wellington, ce qui rend plus difficile à
+défendre la question des forteresses. Depuis que l'on a transporté à
+Bruxelles la négociation des forteresses, on a ici de la méfiance.
+Cette affaire, <i>traitée à part</i>, a déplu depuis qu'elle est devenue
+publique. J'avais recommandé le secret, on ne l'a pas gardé....»</p>
+
+<p>Pour l'intelligence de cette lettre et de celles qui vont suivre, il
+est indispensable de revenir encore une fois sur cette affaire de la
+démolition des forteresses belges. C'est à l'époque où je <span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">359</a></span> suis
+parvenu qu'elle me causa les plus graves difficultés, puisqu'elle
+retarda quelque temps l'envoi des ratifications françaises au traité
+du 15 novembre. Dussé-je répéter des explications déjà données, je
+reprendrai la question à son origine; elle était assez importante pour
+me valoir l'indulgence de ceux qui seront condamnés à lire ceci.</p>
+
+<p>J'ai déjà dit qu'à mon instigation et par un protocole que je n'avais
+point signé, les plénipotentiaires des quatre cours d'Autriche, de la
+Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie avaient admis le principe de
+la démolition d'un certain nombre de places fortes belges. Je crois
+devoir donner ici ce protocole même qui porte la date du 17 avril
+1831:</p>
+
+<p class="p2">«Les plénipotentiaires d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et
+de Russie s'étant réunis, ont porté leur attention sur les forteresses
+construites aux frais des quatre cours, depuis l'année 1815, dans le
+royaume des Pays-Bas, et sur les déterminations qu'il conviendrait de
+prendre à l'égard de ces forteresses, lorsque la séparation de la
+Belgique d'avec la Hollande serait définitivement effectuée.</p>
+
+<p>»Après avoir mûrement examiné cette question, les plénipotentiaires de
+quatre cours ont été unanimement d'opinion que la situation nouvelle
+où la Belgique serait placée et sa neutralité reconnue et garantie par
+la France devraient changer le système de défense militaire adopté
+pour le royaume des Pays-Bas; que les forteresses dont il s'agit
+seraient trop nombreuses pour qu'il ne fût pas difficile aux Belges de
+fournir à leur entretien et à leur défense; que d'ailleurs
+l'inviolabilité, unanimement admise, du territoire belge offrait une
+sûreté qui n'existait pas auparavant; qu'enfin une partie des
+forteresses <span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">360</a></span> construites dans des circonstances différentes
+pourrait désormais être rasée.</p>
+
+<p>»Les plénipotentiaires ont éventuellement arrêté, en conséquence, qu'à
+l'époque où il existerait en Belgique un gouvernement reconnu par les
+puissances qui prennent part aux conférences de Londres, il serait
+entamé entre les quatre cours et ce gouvernement une négociation à
+l'effet de déterminer celles desdites forteresses qui devraient être
+démolies.»</p>
+
+<p class="p2">Ce protocole est aussi net et catégorique que possible; j'en avais eu
+connaissance au moment de sa signature. Il existait donc un engagement
+décisif sur ce point de la part des quatre puissances. A l'époque du
+départ du prince Léopold pour Bruxelles, on se souviendra que j'avais
+cherché à obtenir de lui une déclaration écrite qui confirmât de sa
+part la résolution adoptée par les quatre puissances. Le prince ne me
+fit, j'en conviens, qu'une réponse assez vague, mais des termes de
+laquelle, cependant, il était possible de faire découler un
+engagement. Le gouvernement français ne s'était contenté ni de cette
+lettre, ni du protocole du 17 avril, qui, à la vérité, n'avait point
+été publié. Il voulait, à l'ouverture des Chambres françaises, pouvoir
+proclamer un fait qui était de nature à produire un certain effet sur
+la nouvelle Chambre qu'on réunissait et, en général, sur les esprits
+en France. Les plénipotentiaires des quatre cours consentirent encore,
+sur ma demande, à ce qu'on donnât la publicité au protocole du 17
+avril, qui me fut, en conséquence, notifié officiellement par eux le
+14 juillet. Ils en adressèrent également une notification au
+gouvernement belge, le 29 du même mois; mais avant cette dernière
+notification, le roi Louis-Philippe, en <span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">361</a></span> ouvrant les Chambres le
+23 juillet, avait annoncé la démolition des forteresses. De là, grande
+rumeur à Bruxelles et embarras du roi Léopold qui, en présence du
+récri des Belges, témoigna d'abord quelque hésitation à remplir la
+condition qui lui avait été imposée par les quatre cours. On s'alarma,
+à mon sens, inutilement à Paris, et on envoya sur-le-champ M. de
+Latour-Maubourg à Bruxelles pour arracher un consentement du
+gouvernement belge, qui se trouvait en même temps fort compromis par
+la malencontreuse expédition des Hollandais contre lui. Le roi des
+Belges, pressé par les circonstances, finit par donner, le 8
+septembre, une déclaration qui énonçait que, <i>conformément au principe
+posé dans le protocole du 17 avril</i>, il s'occupait à prendre, de
+concert avec les quatre puissances, des mesures pour la démolition
+d'un certain nombre de forteresses désignées. M. de Latour-Maubourg
+emporta cette déclaration à Paris, et le général Goblet arriva à
+Londres muni des pouvoirs du gouvernement belge, pour y suivre, avec
+les plénipotentiaires des quatre cours, la négociation indiquée dans
+le protocole du 17 avril.</p>
+
+<p>La publicité donnée à ce protocole par le discours du roi
+Louis-Philippe avait provoqué aussi des débats dans le parlement
+anglais sur cette question. Lord Grey, à la Chambre des pairs, et lord
+Palmerston, à la Chambre des communes, avaient dû déposer le protocole
+du 17 avril, en faisant bien remarquer qu'il ne s'agissait que d'une
+négociation entre les quatre cours et la Belgique, dont la France
+était exclue. Ils imposèrent ainsi le silence aux clameurs de
+l'opposition. Mais leurs inquiétudes s'éveillèrent lorsqu'ils
+apprirent qu'une négociation à part se suivait à Bruxelles entre M. de
+Latour-Maubourg et le gouvernement belge, pendant que les troupes <span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">362</a></span>
+françaises occupaient encore la Belgique; c'était un démenti donné à
+leurs assertions devant le Parlement. Lord Granville exprima ces
+inquiétudes à M. Sébastiani, qui, pour les apaiser, demanda que les
+quatre puissances fissent un nouveau protocole, confirmatif de celui
+du 17 avril, par lequel on lierait plus explicitement le gouvernement
+belge à l'obligation de démolir un certain nombre de forteresses et
+qui remplacerait la convention faite à Bruxelles. On y consentit, mais
+on oublia seulement, dans le protocole dressé à cette occasion, le 29
+août 1831, de faire mentionner les forteresses à démolir, comme on
+l'avait fait dans la convention de Bruxelles entre M. de
+Latour-Maubourg et le gouvernement belge.</p>
+
+<p>Non seulement, on me tint en dehors de toutes ces transactions, mais
+le gouvernement français lui-même en garda le secret envers moi. Je
+n'en ressentis pas moins les effets de la méfiance que ces manières de
+procéder ne pouvaient manquer d'inspirer aux plénipotentiaires des
+quatre cours; j'eus beaucoup de peine à la détruire pour ce qui me
+concernait personnellement.</p>
+
+<p>Cette méfiance exploitée par le général Goblet, plénipotentiaire belge
+à Londres, fit apporter des modifications dans la désignation des
+forteresses à démolir. Ainsi, dans la déclaration donnée par le roi
+des Belges à M. de Latour-Maubourg, c'étaient les forteresses de
+Charleroy, Mons, Tournai, Ath et Menin, qui devaient être démolies;
+tandis que, dans une convention signée le 14 décembre entre les
+plénipotentiaires des quatre cours et le général Goblet, c'étaient les
+forteresses de Menin, Ath, Mons, Philippeville et Marienbourg qui
+étaient désignées comme devant être démolies. C'est cette dernière
+<span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">363</a></span> convention qui donna lieu à la correspondance qui va suivre, et
+que nous croyons maintenant avoir élucidée<a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324"></a><a href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 16 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Les dépêches que le général Sébastiani vient de me communiquer, me
+font voir que la négociation relative à la démolition des forteresses
+prend une tournure qui me cause beaucoup d'inquiétude, et qui m'est
+personnellement doublement <span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">364</a></span> pénible, par suite de l'engagement
+solennel que j'ai pris à cet égard envers les Chambres et la nation
+sur la foi qui m'était donnée. C'est ce qui me détermine à vous en
+écrire moi-même, outre tout ce que le général Sébastiani vous mande
+officiellement, pour que vous soyez dépositaire de mes sentiments
+personnels et que vous puissiez même, au besoin, les faire connaître à
+ceux auprès desquels j'aime à croire qu'ils auraient quelque poids.</p>
+
+<p>»Je dois donc commencer par vous dire, mon cher prince, que je
+n'aurais pas signé les arrangements relatifs à la Belgique; que
+surtout je n'aurais pas accepté sa neutralité perpétuelle, si je ne
+m'étais pas fié à l'engagement de la démolition des places érigées
+pour nous menacer, et si j'avais pu croire qu'on voulût laisser
+subsister, sur un territoire neutre, des arsenaux d'hostilités. Et
+qu'on y pense bien, mon cher prince, en point de droit, cette
+conservation des places nous donne celui de ne pas les respecter, et
+après les promesses qui nous avaient été données, elle serait à mes
+yeux un objet de guerre légitime. Je n'ai pas besoin de vous dire que
+par là je prétende m'engager à la faire dans ce cas, mais seulement
+que le droit en serait incontestable, et que la question de la faire
+ou de ne pas la faire deviendrait optionnelle. Je ne crois pas qu'il
+convienne à l'Angleterre, ni à aucune des puissances de la conférence,
+de placer la France dans une position où elle croie avoir ce droit,
+surtout après la bonne foi et la loyauté que nous avons mises l'été
+dernier à évacuer ces places après les avoir occupées.</p>
+
+<p>»Actuellement on me demandera pourquoi je ne désire pas que
+Philippeville et Marienbourg soient rasées comme les autres places, et
+je répondrai à cette question, avec la même <span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">365</a></span> sincérité, que ces
+deux places n'ont pas été construites comme les autres avec les
+deniers des puissances, mais que la France les a cédées, et que c'est
+précisément parce qu'elles ont été françaises, que l'orgueil national
+considérera leur démolition comme une insulte<a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325"></a><a href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a>. Il ne faut pas se
+dissimuler, mon cher prince, que la cession de ces deux places est une
+plaie toujours saignante pour nos vanités nationales, que la voix du
+pays serait disposée à me reprocher ainsi qu'à mon gouvernement de
+n'en avoir pas exigé la restitution péremptoirement et à tous risques,
+et je crois pouvoir avancer qu'il n'y a de moyens de la calmer que de
+conserver Philippeville et Marienbourg et de détruire les autres
+places.</p>
+
+<p>»Mais, si au lieu de cet arrangement sur lequel je croyais pouvoir
+compter, la France voit détruire Philippeville et Marienbourg, tandis
+qu'on conserve Ypres, Tournai et Charleroy, je crois qu'il en
+résultera une sensation dont les conséquences sont effrayantes; et, en
+fait, il est certain qu'Ypres d'une part, et de l'autre Charleroy et
+Namur, liées par le point central de Tournai, présentent à la France
+une ligne d'opérations qui réduit la neutralité belge à une illusion.
+La conservation de ces places est, d'ailleurs, un mauvais calcul tant
+pour la France que pour les puissances, dans l'état actuel des choses;
+car, il faut bien le dire, sans vouloir, à Dieu ne plaise! élever des
+soupçons contre personne, une perfidie ou une surprise peuvent
+toujours, tant que ces places subsistent, les faire tomber au pouvoir
+<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">366</a></span> de l'une ou de l'autre partie, et, par conséquent, leur existence
+est tout à la fois une cause d'inquiétude et d'attraction dont il est
+désirable, de part et d'autre, de se débarrasser.</p>
+
+<p>»Il est d'ailleurs fort désirable, dans l'intérêt de la Belgique, et
+même dans celui de l'Europe, qu'elle ne soit pas écrasée de dépenses,
+qu'elle aurait de la peine et que même elle ne pourrait probablement
+pas supporter. Tel serait, cependant, l'entretien des places qu'on
+voudrait conserver, et surtout celui des garnisons, sans lesquelles il
+m'est, plus qu'à un autre, permis de dire qu'elles seraient à notre
+merci, ce dont je ne me soucie nullement. La France ne pourrait jamais
+consentir à ce que ces places fussent considérées comme un dépôt des
+puissances entre les mains du roi des Belges, et qu'à défaut de
+troupes belges, on s'avisât de vouloir en confier la garde à des
+étrangers, car ce serait non seulement créer une cause légitime de
+guerre, mais placer la France dans la nécessité de la faire pour s'y
+opposer. Mais l'exclusion du roi des Belges de la Confédération
+germanique est suffisante pour écarter toute crainte à cet égard, et
+seulement on doit dire que, plus il est évident que la Belgique est,
+par elle-même, hors d'état d'entretenir ces places à ses frais et d'y
+mettre des garnisons suffisantes, plus il est nécessaire, dans tous
+les intérêts, qu'elles soient démolies.</p>
+
+<p>»Je sais, mon cher prince, que votre opinion et celle de mes ministres
+sont d'accord avec celle que je viens de vous manifester, mais j'étais
+bien aise que vous connussiez mes sentiments personnels, car j'aime
+toujours à vous les confier et à saisir toutes les occasions de vous
+témoigner combien <span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">367</a></span> j'apprécie tout ce que vous avez fait dans la
+mission épineuse où vous venez d'obtenir un succès aussi brillant pour
+vous qu'important pour la France et pour moi. J'espère que vous allez
+achever de le consolider, en faisant prendre à la négociation sur les
+forteresses une meilleure direction que celle qu'on paraît disposé à
+lui donner. MM. Périer et Sébastiani vous seconderont de leur mieux,
+comme ils l'ont fait constamment; et vos efforts réunis préserveront
+la France et l'Europe des dangers que cette fausse direction pourrait
+faire naître; car, ne vous y trompez pas, ceci est grave; et nous
+avons affaire à des opinions très irritables.</p>
+
+<p>»Recevez, mon cher prince, l'assurance de tous les sentiments que vous
+me connaissez depuis longtemps pour vous, et qui sont bien
+sincères....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 19 décembre 1831</p>
+
+<p>»Je vous remercie beaucoup, mon cher prince, de votre lettre du 15
+décembre, et je suis charmée que vous ayez été content de la mienne;
+mais je ne puis vous dire combien j'ai été surprise et affligée de la
+manière dont la conférence essaie de finir l'affaire des forteresses
+et de la conduite du roi Léopold, dans cette circonstance, qui est en
+opposition avec les engagements qu'il a pris. Tout cela est mal et
+vilain, surtout quand du côté de notre cher roi et de son
+gouvernement, il n'y a que loyauté et franchise. Il est <i>impossible</i>
+de se laisser jouer ainsi. Je suis bien fâchée que vous n'ayez pas
+assisté aux conférences où cette détestable décision a été prise, car
+je <span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">368</a></span> suis bien sûre que vous l'auriez empêchée. Maintenant c'est à
+vous d'en faire revenir. Je sens que c'est une tâche difficile, mais
+ce sont celles-là qui vous conviennent, et il me semble que vous avez
+de bonnes et belles armes à employer pour cela, en faisant valoir
+toute la franchise, la loyauté de notre cher roi dans toute cette
+affaire; et encore, au mois d'août, en retirant nos troupes de ces
+forteresses de la Belgique, se confiant en l'honneur de ceux qui
+faisaient alors de belles promesses, qu'il faut, mon cher prince, que
+vous fassiez exécuter. Cela est bien grave et de la plus grande
+importance pour notre bien-aimé roi et la France, et c'est une grande
+et belle tâche que vous avez à remplir; et je vous avoue que je crois
+que quand la conférence sera bien convaincue que le roi <i>ne veut pas</i>
+accéder à cet arrangement, elle fera celui qui peut convenir à la
+dignité de la France.</p>
+
+<p>»C'est parce que le roi voyait cette tendance, qu'il se décida à
+envoyer M. de Maubourg à Bruxelles, traiter directement cette affaire
+avec le roi Léopold, et obtenir de lui un <i>engagement</i>, ce que vous ne
+pouviez faire de Londres et que, vous conviendrez, il est bien bon
+d'avoir maintenant.</p>
+
+<p>»Je suis indignée de toute cette affaire, mais cependant, mon cher
+prince, j'ai toute confiance en notre bon droit, en votre zèle et en
+votre talent, pour seconder les efforts de notre cher roi, ce qui me
+donne la conviction intime qu'il sortira de cette vilaine affaire avec
+avantage. Il me tarde d'avoir de vos nouvelles et que vous me disiez
+ce que vous en pensez; mais, pour cette fois, il faut tout finir et
+faire expliquer ce roi de Hollande et tenir ce que l'on a promis.»
+<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">369</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 22 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5"><span class="smcap">»Sire</span>,</p>
+
+<p>»Votre Majesté attache une grande importance à la démolition des
+places fortes en Belgique, qui ont été élevées pour rappeler nos
+défaites, et elle sent que c'est à Elle à effacer ces témoignages
+insultants de nos malheurs. Mais, Sire, ce serait voir d'une manière
+trop sombre ce qui vient de se passer que de l'attribuer à un retour
+vers la Sainte-Alliance.</p>
+
+<p>»Les gages de sagesse et de modération que votre gouvernement donne
+chaque jour à l'Europe ont détruit à jamais cette ligue formée contre
+la liberté des peuples.</p>
+
+<p>»Je suis désolé de ce qu'il arrive de ce côté-ci, où vous avez la
+bonté de me supposer quelque influence, de l'inquiétude ou même des
+peines pour Votre Majesté. Je voudrais n'avoir à lui annoncer que des
+résultats sur lesquels ses yeux se reposassent avec plaisir.</p>
+
+<p>»Les intrigues belges, où se laisse apercevoir toute la faiblesse d'un
+gouvernement nouveau et incertain, ont amené la convention dont nous
+avons à nous plaindre. Les graves circonstances où se trouve le
+ministère anglais, et la crainte exagérée que lui inspirent les
+attaques amères de lord Aberdeen ont également servi l'intrigue belge.
+Le mal est venu de Bruxelles, le remède ne peut venir que du même
+point. Ce que je dis là n'a pas pour objet de m'épargner aucune
+démarche, car j'en fais vis-à-vis de tous les hommes importants, <span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">370</a></span>
+non seulement auprès des membres de la conférence, mais aussi auprès
+de tout ce qui est influent dans le cabinet anglais. Le soir, quand je
+me rends compte de ma journée, ma conviction augmente, et je reste
+persuadé qu'une action utile ne peut venir que de la Belgique. Aussi,
+cela ne peut être que de l'influence de Votre Majesté sur le roi
+Léopold que pourront venir les changements que vous désirez.</p>
+
+<p>»Cette question est pleine de difficultés, parce que la manière
+d'arriver à une solution qui nous convienne serait que le gouvernement
+belge ne ratifiât pas, et ce moyen-là, qui peut-être est le seul
+véritable, a le danger de compromettre le sort du traité du 15
+novembre qui forme, entre nous et les puissances, des liens qu'il
+serait très malheureux de voir s'affaiblir dans l'état actuel de
+l'Europe.</p>
+
+<p>»Les observations si fortes et si sages que fait Votre Majesté m'ont
+fourni de nouveaux moyens de discussion avec lord Grey et lord
+Palmerston, et avec des formes plutôt tristes qu'animées, je crois
+n'avoir rien oublié de ce qui pouvait les bien convaincre de votre
+juste mécontentement. Lord Grey qui professe une sincère admiration
+pour Votre Majesté, a éprouvé une vive douleur de la manière dont
+cette affaire des forteresses était saisie en France. Lord Palmerston
+regrette aussi que la négociation donne des résultats qui déplaisent
+au gouvernement de Votre Majesté. C'est à tel point que je crois
+qu'ils disent sincèrement, quand ils assurent qu'ils ne comprennent ni
+l'un ni l'autre que le gouvernement du roi en soit aussi blessé que je
+leur ai dit qu'il devait l'être.</p>
+
+<p>»Je suis vraiment désolé, Sire, des contrariétés que Votre <span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">371</a></span>
+Majesté éprouve, mais j'ai besoin de croire que ce n'est ma faute en
+aucune manière. Tout aurait été évité, si les Belges avaient agi ici
+avec moins de mystère, pour ne pas dire, avec moins d'intrigue, et
+peut-être aussi si l'engagement de Bruxelles avait été tenu plus
+secret.</p>
+
+<p class="left5">»Je suis....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 27 décembre 1831.</p>
+
+<p>»A la manière dont a été conduite par les Belges l'affaire des
+forteresses, je crois qu'aujourd'hui il est impossible d'arriver à
+faire ce que désire le roi. Mademoiselle doit être bien sûre que j'y
+ai employé tous mes efforts. Mais, à présent, regardons bien l'affaire
+en elle-même, et nous trouverons que son importance n'est pas bien
+grande. On abat des forteresses, celles qui sont près de nous, Ath et
+Mons: ainsi, voilà une réparation faite à la France. Il faut prendre
+cela du bon côté et se souvenir, pour une autre occasion, qu'il ne
+faut pas abandonner à eux-mêmes les gouvernements nouveaux et faibles.</p>
+
+<p>»Dans la crise qui est toujours menaçante et qui le sera longtemps
+encore en Europe, il est du premier intérêt que les gouvernements, qui
+ont une analogie quelconque, marchent ensemble. L'affaire de la
+Pologne réunit, par leur intérêt, trois gouvernements; deux seuls ont
+un intérêt divers; il faut que ceux-là restent unis, et fassent même
+pour cela des sacrifices, si cela est nécessaire. Je confie mon
+opinion à Mademoiselle pour qu'elle veuille bien en faire usage avec
+qui de droit....» <span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">372</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce 26 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Votre lettre du 22 me paraît exiger quelques explications de ma part,
+et je suis d'autant plus empressé de vous les donner, moi-même, que le
+général Sébastiani est bien malade<a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326"></a><a href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>, ce qui m'afflige
+profondément, qu'il est tout à fait hors d'état de vous écrire et de
+s'occuper d'aucune affaire, et que je tiens infiniment à vous
+développer ma manière de voir sur cette grande et importante affaire
+de la Belgique.</p>
+
+<p>»On nous fait quelques reproches, parmi lesquels un surtout vous
+paraît fondé; car, quoique vous m'ayez ménagé avec votre obligeance
+ordinaire pour moi, en ne m'en parlant pas dans votre lettre, vous en
+avez souvent parlé dans vos dépêches: c'est celui de la mission à
+Bruxelles de M. de Latour-Maubourg. Si cette mission avait un
+caractère de méfiance, ce ne pouvait être, dans ma manière de voir,
+qu'envers le roi Léopold ou le gouvernement belge, mais nullement
+envers vous, mon cher prince, ni même envers les quatre puissances.
+Relativement à vous, ni moi ni mes ministres, nous n'avions ni ne
+pouvions avoir ni soupçons, ni méfiance d'aucun genre. Le protocole du
+17 avril était en quelque sorte votre ouvrage, et c'était évidemment à
+vous que la France devait de l'avoir obtenu. Il y a plus: vous aviez
+<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">373</a></span> eu l'heureuse idée de demander au roi Léopold une lettre qui
+contînt un engagement sur la démolition des forteresses, c'est-à-dire
+à peu près la même chose que ce qui était l'objet de la mission de M.
+de Latour-Maubourg; et la lettre qu'il vous a adressée était moins un
+engagement qu'un avertissement qu'il ne s'engageait à rien. Il était
+donc assez naturel, surtout après le petit service que nous lui avions
+rendu dans l'intervalle, que nous cherchassions à obtenir de lui à
+Bruxelles l'engagement qu'il ne vous avait pas donné à Londres.</p>
+
+<p>»Ce n'était pas plus un acte de méfiance envers les puissances que ne
+l'avait été votre demande au roi Léopold. C'était uniquement le désir
+d'obtenir de lui un engagement semblable à celui que les puissances
+nous avaient donné par le protocole du 17 avril, afin que les deux
+parties, qui devaient faire entre elles et sans nous un traité sur des
+objets qui ne nous étaient étrangers que sous le point de vue
+pécuniaire, fussent liées à nous par un engagement semblable. Certes,
+mon cher prince, nous avons quelque droit d'exiger des puissances de
+ne pas être accusés de méfiance envers elles, quand on considère en
+outre ce qu'a été la conduite de la France, dans tout le cours de
+l'affaire de la Belgique et surtout la manière dont les places belges
+ont été évacuées, après qu'il n'avait tenu qu'à nous de les faire
+sauter en l'air dix fois pour une. Si mes contemporains ne me rendent
+pas toute la justice que je crois mériter à cet égard, au moins, j'ai
+la confiance que je l'obtiendrai de la postérité.</p>
+
+<p>»Je vois aussi par une de vos dépêches, qu'on nous reproche d'avoir
+gâté l'affaire en ayant donné trop de publicité au protocole du 17
+avril. <span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">374</a></span></p>
+
+<p>»Ici, mon cher prince, je vous rappelerai qu'avant que mon conseil eût
+décidé qu'il en serait parlé dans le discours du trône, le général
+Sébastiani vous a consulté, et que vous avez cru, comme nous, que cela
+pouvait se faire, et je puis vous assurer que si nous avons cru que
+cette communication serait utile pour satisfaire notre orgueil
+national, nous avons cru aussi qu'il était bon de montrer que les
+puissances ne cherchaient pas à le blesser, ni à léser en rien les
+intérêts de la France, mais nous avons cru surtout que rien n'était
+plus propre que cette communication pour réconcilier l'opinion
+publique au choix du prince Léopold, qui, comme vous savez, avait eu
+peu de succès en France, où, en général, on ne voyait en lui, qu'un
+lieutenant de l'Angleterre ou de la Sainte-Alliance. Nous avons voulu
+montrer à la France et à la Belgique où cela n'aurait pas mieux
+réussi, que le système de 1815 était abandonné par les puissances, que
+la dissolution du royaume des Pays-Bas qui suffisait pour le rendre
+impossible, en était un gage, aussi bien que la démolition des
+forteresses de 1815 et l'exclusion du roi des Belges de la
+Confédération germanique; et je n'ai aucun doute, mon cher prince, que
+tout cela n'ait été éminemment utile, tant pour maintenir la paix, que
+pour soutenir mon gouvernement dans l'intérieur et raffermir celui du
+roi Léopold en Belgique.</p>
+
+<p>»Ce n'est donc pas la valeur intrinsèque de ces actes qui a fait
+prendre à la négociation sur les forteresses, la tournure que nous
+déplorons à présent; mais c'est l'action simultanée et peut-être
+réunie de l'opposition des tories et des intrigues belges. Vous avez
+très bien fait de le faire sentir aux ministres anglais; car, c'est ce
+qui doit leur démontrer qu'il n'est <span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">375</a></span> pas plus conforme à leurs
+intérêts qu'aux nôtres, que le traité de M. Van de Weyer ou de M.
+Goblet, soit maintenu dans les termes où il a été signé. Le roi
+Léopold et son gouvernement devraient le sentir bien mieux encore;
+car, que deviendront-ils, si, par suite de cette malheureuse
+anicroche, ils amènent l'annulation du traité que la conférence des
+cinq puissances a signé le 15 novembre? Vous le dites avec raison, mon
+cher prince, et c'est d'autant plus à craindre, que c'est certainement
+ce que veut le roi de Hollande et peut-être ce que l'empereur de
+Russie veut aussi. C'est là ce que je crois que vous pouvez faire
+valoir avec beaucoup d'effet auprès du gouvernement anglais; et nul
+n'est plus capable que vous, de donner à ces craintes, qui ne sont que
+trop fondées, tout le développement dont elles sont susceptibles.</p>
+
+<p>»Je ne crains pas d'avancer, mon cher prince, qu'il n'est pas plus
+dans la pensée du gouvernement anglais que dans celle du gouvernement
+français de vouloir allumer la guerre, et qu'au contraire l'un et
+l'autre éprouvent également le besoin de la paix et le désir de la
+conserver; mais la paix est dans la solution à l'amiable de la
+question belge, et cette solution ne peut s'opérer que par l'union
+intime de la France et de l'Angleterre; mais pour que cette réunion se
+maintienne, il faut s'entendre à l'avance, avant de conclure avec
+d'autres des arrangements qui pourraient la troubler. Or, c'est là ce
+qui résulte de la cachotterie qu'on nous a faite à Londres et à
+Bruxelles, des arrangements qu'on faisait sur les places. On ne
+voulait pas que nous intervinssions dans cette négociation, parce que
+nous n'avions pas concouru à celle qui avait précédé; et c'était
+simple, mais, si on nous avait communiqué ce qu'on voulait conclure,
+on ne se serait pas mis, <span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">376</a></span> et on ne nous aurait pas mis dans la
+position embarrassante dont il faut tous vos efforts et tous vos
+moyens pour nous tirer aujourd'hui. Mais, si le gouvernement anglais
+se pénètre bien, d'une part, que nous n'avons <i>aucune arrière-pensée</i>
+dans ce que nous lui demandons, et que, de l'autre, nous ne lui
+demandons que de ne pas perpétuer ou renouveler un système impossible,
+qui est celui d'après lequel on avait constitué le royaume des
+Pays-Bas, il ne verra plus que le danger qui nous menace du côté de la
+Hollande et de la Russie, il fera modifier le traité des places de
+manière que le roi Léopold ne soit pas placé à l'avenir dans des
+rapports différents avec quatre des cinq puissances, de ceux qui sont
+établis avec toutes les cinq. Ceci doit être pour la France, un <i>sine
+qua non</i>, et le reste est secondaire.</p>
+
+<p>»Quoique cette lettre soit déjà beaucoup trop longue, je veux encore
+vous faire observer quelle serait la position du roi Léopold, s'il
+ratifiait un traité avec quatre puissances collectives, avant que la
+quatrième eût, non seulement ratifié ce traité particulier, mais, même
+le traité général des cinq puissances, qui établit l'indépendance de
+son État, et l'en reconnaît roi? Je crois donc que, par la force des
+choses, la ratification du traité avec les quatre puissances ne
+saurait avoir lieu tant que la Russie n'a pas adhéré à celui du 15
+novembre, d'autant plus que tant que la Russie n'y a pas adhéré,
+aucune des cinq puissances ne peut plus être appelée à le ratifier, et
+la France, moins qu'aucune, tant que le traité des places n'aura pas
+été modifié. Mais s'il l'était, ce qui me paraît devoir être possible,
+puisqu'en fait il n'y a aucune divergence réelle d'intérêts entre les
+cinq puissances sur les forteresses, alors, l'action réunie de la
+France et de l'Angleterre forcerait <span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">377</a></span> le roi de Hollande à ratifier
+et la Russie ne s'y refuserait plus. Sans cet accord croyez-le, mon
+cher prince, non seulement le roi de Hollande ne ratifiera pas, mais
+le roi Léopold aura peut-être beaucoup de peine à se maintenir en
+Belgique où, selon moi, il ne peut se soutenir que par l'appui et
+l'accord sincère de la France et de l'Angleterre. Cet appui et cet
+accord, mon gouvernement n'a cessé de le donner et désire vivement le
+continuer; mais il faut qu'on nous le rende possible et qu'on n'exige
+pas de nous ce qu'on n'accepterait pas soi-même.</p>
+
+<p>»Ceci est mille fois trop long, mais puisqu'il est écrit, qu'il parte.
+Je l'envoie tout ouvert à M. Périer, pour qu'il le lise avant de vous
+l'adresser, et je vous renouvelle, de tout mon c&oelig;ur, l'assurance de
+tous les sentiments que vous me connaissez pour vous.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE</span>.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Savez-vous bien que ce Marienbourg qu'on classe dans les
+forteresses est une malheureuse bicoque qui a cinq bastions en
+<i>terre</i>, et dont la superficie est la même que celle du <i>parterre</i> des
+Tuileries?»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 27 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur de vous annoncer que le général Sébastiani étant assez
+gravement malade, le roi m'a chargé, par intérim, du portefeuille des
+affaires étrangères. Sans la triste circonstance qui a rendu
+nécessaire cette décision, je me féliciterais avec empressement de me
+voir ainsi appelé à entretenir avec vous des communications
+officielles et suivies. Veuillez m'excuser, d'ailleurs, si j'abrège
+cette lettre et n'entre <span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">378</a></span> pas ici dans quelques détails sur notre
+situation. Je vous annoncerai pourtant que la Chambre des pairs a,
+dans la séance de ce jour, adopté l'article 1<sup>er</sup> de la loi sur la
+pairie, à une majorité de cent trois voix contre soixante-sept.
+J'aurai l'honneur de vous écrire plus longuement demain....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 28 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je ne veux pas qu'une nouvelle année commence sans que mes v&oelig;ux
+pour votre bonheur se confondent avec tous ceux qui vous seront
+offerts; croyez-les bien sincères.</p>
+
+<p>»La Chambre des pairs vient, comme on pouvait s'y attendre, de se
+suicider. C'est un monument de lâcheté qui peut compter parmi ceux du
+sénat de Napoléon. Une manifestation pénible a été observée à ce
+sujet. Tous les pairs disaient que c'était au roi seul qu'il fallait
+reprocher d'avoir amené de telles circonstances. Si, un jour, une
+nouvelle crise éclate, celui qui la dominera trouvera, avec le
+principe de l'hérédité, grand accueil au Luxembourg. C'est
+l'observation que m'a faite M. de Bassano qui a voulu être mon voisin.</p>
+
+<p>»Je ne me suis pas trompé sur les réponses venues de Pétersbourg pour
+les affaires belges. De nouveaux indices, venus de là et de Berlin,
+font désirer que d'autres protocoles satisfassent le roi de Hollande.</p>
+
+<p>»Le rapport de la navigation intérieure est inadmissible, même pour
+les Hollandais; elle resterait une source inépuisable de tracasseries;
+comment Wessenberg, qui connaît ces détails, ne l'a-t-il pas vu? <span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">379</a></span></p>
+
+<p>»<i>Votre chef</i> Sébastiani doit son accident aux manières bouffonnes
+avec lesquelles il s'est présenté à la tribune du Luxembourg. Il
+s'était gonflé comme un crapaud pour faire effet: le sang lui a porté
+à la tête. Le public et le corps diplomatique désirent que M. Périer
+le remplace. On avait pensé à joindre Mounier<a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327"></a><a href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a> à d'Argout; le
+premier se refuse à faire partie du ministère.</p>
+
+<p>»La confiance en l'avenir se perd de plus en plus. Le langage des
+agents russes y contribue beaucoup. On observe qu'évidemment le
+général Pozzo n'a plus le secret de son gouvernement. Les Autrichiens
+disent aussi que, tôt ou tard, il faudra faire revenir la Belgique à
+la Hollande.</p>
+
+<p>»Le public se demande comment sont gérées les affaires de la France au
+dehors, pendant qu'il n'y a de ministre ni à Pétersbourg, ni à Berlin,
+ni à Copenhague, ni à Madrid, ni à Constantinople. Les plaintes se
+multiplient dans les bureaux sur ce défaut complet de protection dans
+ces différents pays. Il est bon que vous sachiez tout cela....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Berlin, le 29 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai reçu hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+le 20 du courant. Je n'ai pu voir MM. de Bernstorff
+<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">380</a></span>
+et Ancillon, mais je me suis arrangé pour que cette lettre fût en
+leur possession assez longtemps pour qu'ils la communiquassent au roi,
+s'ils le jugeaient convenable. J'ai fait plus: ce sont des paroles si
+hautes et si sages que, partout où elles arriveront, elles ne peuvent
+produire que le bien, et l'empereur de Russie, lui-même, en recevra un
+extrait, moins le premier paragraphe. J'espère, mon prince, que vous
+daignerez m'approuver. Malheureusement, le temps possible n'y est plus
+pour que la démarche du roi de Prusse, s'il s'y détermine, amène,
+avant le 15 janvier, un changement si désirable dans les résolutions
+de l'empereur de Russie<a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328"></a><a href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.</p>
+
+<p>»Le cabinet prussien, dont les intentions sont bien franches et bien
+loyales, n'a rien négligé pour faire apercevoir à Saint-Pétersbourg
+tous les dangers d'un désaccord sur l'acte important du 15 novembre,
+entre les cinq puissances dont les ministres l'ont signé. Nous n'avons
+plus qu'une faible espérance que ces représentations aient produit
+leur effet. Le roi de Prusse ne retire pas sa promesse de ratifier,
+mais MM. de Bernstorff et Ancillon pensent que la non ratification de
+l'une des cinq puissances annule le traité. Leur argument est que la
+solidarité a été la base de toutes les transactions de la conférence
+et que l'appel du roi des Pays-Bas a été adressé aux cinq puissances,
+ainsi que le voulait le protocole d'Aix-la-Chapelle. Je crois
+important, néanmoins, que la ratification de la Prusse soit donnée
+telle quelle, et j'espère qu'elle vous sera envoyée au terme
+péremptoire du traité. Si des incidents imprévus devaient détruire cet
+acte qui terminait tout, peut-être <span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">381</a></span> faudrait-il recourir aux deux
+moyens proposés par M. Ancillon. Je pense seulement que le second,
+c'est-à-dire <i>la déclaration unanime des cinq puissances, que la
+Hollande et la Belgique ne</i> <span class="smcap">pourront</span> <i>reprendre les hostilités</i>,
+serait le vrai point de départ à prendre: le premier ou son
+équivalent, c'est-à-dire <i>des offres de médiation de la conférence
+pour un traité entre la Hollande et la Belgique, sur les bases des
+vingt-quatre articles</i>, pourrait alors être essayé.</p>
+
+<p>»Quand M. Ancillon me fit l'honneur de me communiquer, en octobre, ces
+vingt-quatre articles, je mis aussitôt le doigt sur celui qui accorde
+aux Belges la navigation intérieure, et je lui prédis que toutes les
+difficultés y prendraient leur source. Il a eu pour effet de
+rapprocher le roi des Pays-Bas et ses sujets qui, avant cette clause,
+ne voyaient et ne sentaient pas de même dans la question belge...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 30 décembre 1831.</p>
+
+<p>»Je m'occupe sans relâche de l'affaire des forteresses dont je crois
+qu'aujourd'hui l'on exagère l'importance. Cette affaire a pris une
+fausse direction à Bruxelles; les soupçons, les méfiances, qui gâtent
+tout, ont porté chacun à prendre trop de sûretés. De là les reproches
+et les protocoles secrets. Du reste, il faut en sortir de notre mieux,
+et je crois que le roi aura été frappé des observations et des
+explications qui lui auront été données par lord Granville; mais il
+faut arriver à quelque chose de plus. J'aurai l'honneur d'écrire au
+roi dès que j'en saurai davantage...» <span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">382</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 30 décembre 1831.</p>
+
+<p>»Je suis vraiment fâché de l'accident de Sébastiani; il avait
+quelquefois des inconvénients, mais il avait aussi des avantages. Il
+avait de l'habileté, du savoir vivre, et je suis sûr qu'il était
+amical; tout cela est quelque chose; c'est une perte pour le roi qu'il
+servait bien. Voilà l'affaire des pairs finie, et finie sans secousse
+ministérielle. A présent, il faut finir celle de la Belgique et nous y
+arriverons, quoi que l'on en dise. Je pourrai bien y mourir comme
+Sébastiani, mais c'est là mon champ de bataille. Plaise à Dieu que ce
+soit le champ d'honneur!&mdash;Vos Belges sont faibles et faux, de plus ils
+se font battre dans le pays de Luxembourg<a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329"></a><a href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>; tout cela n'est pas
+bien honorable.&mdash;J'espère toujours les ratifications de Berlin avant
+le 15 janvier; et si nous avons celles de Berlin, nous n'attendrons
+pas longtemps celles de Vienne. Pétersbourg montrera sa puissance,
+comme à Paris on montre son élégance, en arrivant tard...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 2 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'ai reçu, monsieur, la dépêche du département en date du 30 du mois
+dernier, et je crois qu'outre la réponse officielle <span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">383</a></span> contenue dans
+ma dépêche d'aujourd'hui, il est du devoir de l'amitié si sincère que
+je vous ai vouée, d'appeler l'attention sur le manque d'exactitude
+dans les faits et les raisonnements de ce qui m'a été écrit de Paris.
+Le zèle s'y montre d'ailleurs un peu trop, et il me semble aussi qu'il
+ne faut pas que la plume d'un chef de division devienne jamais
+l'interprète de sa propre pensée. Dans le genre d'affaires que nous
+avons à suivre, il est important de ne pas bâtir de système, car un
+système dans les affaires politiques est bientôt appuyé sur des
+suppositions et alors on peut s'égarer. Il faut, au contraire, ne
+chercher dans les actes que ce qui s'y trouve véritablement. Si l'on
+se faisait dans les bureaux des affaires étrangères une étude de
+suivre les démarches des puissances, en leur supposant toujours des
+projets de Sainte Alliance, on créerait un fantôme qui finirait par
+tout dénaturer et tout embrouiller. Votre excellent esprit saura
+donner une meilleure direction aux travaux auxquels vous présidez.</p>
+
+<p>»Je vois avec le plus vif regret que l'affaire des forteresses, qui,
+si les journaux s'en emparent, peut donner quelque ennui au
+gouvernement, mais qui, au fond, n'est que très secondaire, ait
+retardé les progrès que faisait une affaire d'une bien autre
+importance, c'est celle du désarmement à laquelle vous aviez donné une
+si heureuse impulsion. Vous trouverez là, une réponse péremptoire à
+ceux qui ne voient partout que Sainte Alliance. Y a-t-il apparence
+d'une ligue semblable quand tous les cabinets, même celui de Russie,
+expriment le désir de diminuer leurs armées, afin de soulager les
+peuples? Craignons, monsieur, permettez-moi de le dire, qu'en
+attachant trop d'importance à l'affaire <span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">384</a></span> des forteresses, nous
+n'ayons l'air de flatter ou de ménager un peu trop le parti exagéré
+que les puissances regardaient comme vaincu depuis votre entrée au
+ministère. Le pavillon de la Sainte-Alliance s'est abaissé devant
+celui de la France dans le protocole du 17 avril; nous pourrions
+désirer, mais nous ferions mal de demander quelque chose de plus. Le
+principe de la destruction commence; la destruction commencée, nous
+devons, à tout prendre, être satisfaits.</p>
+
+<p>»De grâce, monsieur, reprenez bien vite le désarmement, qui ajoutera
+une gloire si pure à tous vos succès, et qui allégera si heureusement
+le budget de la France. Nous avons dû augmenter nos charges quand nous
+nous sommes crus menacés, mais, je ne pense pas que nous devions les
+prolonger pour des combinaisons assez indifférentes au résultat
+définitif, car ce qui reste de places en Belgique, ou tombera en
+ruine, ou deviendra notre propriété dans un temps quelconque. Tout ce
+qui est réellement utile à l'établissement de la France se
+consolidera, si nous conservons notre position actuelle avec
+l'Angleterre. C'est à la détruire que tendent les efforts des
+puissances: j'espère et je crois qu'elles échoueront....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 2 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Je voudrais savoir au juste comment est Sébastiani. On me mande d'un
+côté qu'il est très malade, et d'autres disent que, avec quelques
+jours de repos, il se remettra, et pourra rentrer dans les affaires.
+Dites-moi ce qu'il y a de vrai, c'est <span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">385</a></span> toujours vous que je crois.
+Quand j'aime, je crois; j'ai eu tort quelquefois, mais c'est égal, ma
+nature est ainsi. L'affaire des forteresses qui agite tant les têtes
+de Paris, et surtout celles de nos chefs, n'est au fond qu'une affaire
+de second ordre. Ayons les ratifications de la Prusse et de
+l'Autriche, et soyons unis à l'Angleterre: voilà ce qui est
+véritablement notre affaire essentielle. Le reste est de la
+pointillerie qui arrivera tôt ou tard mais qui arrivera
+nécessairement. Il fallait obtenir le principe des forteresses; nous
+l'avons: ainsi le roi doit être content. J'ai fait tout au monde pour
+obtenir les ratifications au traité du 15 novembre: je les espère. Je
+ne me soucie beaucoup que de celles de Vienne et de Berlin: celles-là
+arrivées, les autres céderont; même votre bien-aimé roi de Hollande.
+Je travaille trop, j'écris tous les jours, je finirai par avoir, comme
+Sébastiani, quelque mauvaise aventure.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 1<sup>er</sup> janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince</p>
+
+<p>»Je profite du départ d'un courrier de MM. de Rothschild pour vous
+envoyer le discours du roi en réponse aux ambassadeurs. Ce discours
+est plus pacifique que nos rapports diplomatiques. Cependant nous
+pensons toujours que vous parviendrez à faire changer les dispositions
+du cabinet anglais, relativement aux places belges. Je crois que nous
+finirons par obtenir, sans condition, les ratifications de la Prusse
+et de l'Autriche.</p>
+
+<p>»J'attends en ce moment l'ambassadeur d'Angleterre qui <span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">386</a></span> doit me
+faire connaître la communication de son cabinet aux cours de Berlin et
+de Vienne, relativement aux retards apportés par la Russie à la
+ratification du traité du 15 novembre. Si cette communication est
+ferme et réclame impérieusement l'exécution des promesses faites, je
+ne doute nullement, qu'elle ne détermine la Prusse et surtout
+l'Autriche dont le système politique paraît se rapprocher davantage,
+sur cette question, du système anglais.</p>
+
+<p>»Des dépêches que je reçois aujourd'hui de M. Bresson, m'annoncent que
+la Prusse, au milieu de toutes ses hésitations, n'a pas osé,
+cependant, s'engager définitivement à suivre la marche que la Russie
+paraît adopter. Je pense donc que, si nous tenons ferme, ainsi que
+nous en avons le droit, nous parviendrons à vaincre cet obstacle.</p>
+
+<p>»Restera le traité des forteresses qu'il faudra nécessairement
+modifier et je désire vivement pour notre tranquillité comme pour
+celle de l'Europe, que vous parveniez, ainsi que j'ai eu l'honneur de
+vous le dire dans ma lettre confidentielle, à obtenir ces
+modifications que nous jugeons indispensables. Je dois ajouter que
+l'attitude que nous avons prise ici vis-à-vis des ambassadeurs, en
+témoignant notre mécontentement avec mesure, mais avec énergie, nous
+paraît avoir fait une grande impression.</p>
+
+<p>»Nous ne voulons pas abuser de notre situation, mais avec la franchise
+et la loyauté que nous avons mises dans toutes nos relations, nous
+avons droit de nous attendre à les voir respecter.</p>
+
+<p class="left5">»Recevez, mon prince....» <span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">387</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 2 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Je crois pouvoir vous annoncer le rétablissement de Sébastiani.
+Aujourd'hui, il est tellement mieux que j'espère pour lui une
+convalescence plus rapide que je n'osais d'abord m'en flatter. Sa
+maladie est arrivée dans un moment inopportun, mais je ne crois pas
+que cela amène de changement dans le ministère. Il sera en état de
+reprendre les affaires avant que son successeur intérimaire d'Argout,
+ait eu le temps de se mettre au fait.</p>
+
+<p>»On est inquiet ici du bruit qui se répand que les ratifications ne
+vous arriveront pas le 15. Ce serait bien malheureux, et donnerait
+beaucoup de force au parti de la guerre; et si une fois elle commence,
+au lieu de quelques millions de florins et d'une navigation de
+quelques canaux, il s'agira de la destruction de la France ou du
+renversement de tous les trônes de l'Europe; car, même les gens sages
+d'ici s'armeront d'un bâton surmonté d'un bonnet rouge. Après tous les
+efforts qu'on a faits pour la conservation de la paix, si les
+gouvernements étrangers se jouent de nous et désavouent leurs
+ambassadeurs, il n'y aura plus qu'à tirer l'épée.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 5 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'envoie aujourd'hui une énorme liasse de papiers qui probablement
+ennuieront encore plus à lire qu'ils ne m'ont ennuyé à écrire. J'ai
+trouvé un biais pour cette question des <span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">388</a></span> forteresses qui occupe
+beaucoup trop le roi<a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330"></a><a href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>. J'ai obtenu là tout ce qu'il était possible
+d'obtenir dans des circonstances que, par les arrangements faits à
+Bruxelles, on avait rendues très difficiles. On doit être maintenant
+sans crainte du fantôme qu'on appelle Sainte-Alliance et qui jamais
+n'existera tant que nous serons bien avec l'Angleterre. C'est là le
+véritable appui de notre nouvelle dynastie. Tout ira sans guerre en
+Europe tant que nous serons unis à l'Angleterre. La France n'avait
+jamais eu ce système politique, il était réservé au roi de montrer sa
+valeur. Je finirai brillamment ma carrière en attachant mon nom à ce
+grand rapprochement....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">NOTE REMISE PAR M. LE BARON PASQUIER, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES PAIRS,<br />
+A MADAME LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span><br />
+[<i>Pour être communiquée par elle à M. le prince de Talleyrand</i>]</h4>
+
+<p class="right">«Paris, mercredi 4 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Il est important que M. de Talleyrand sache ceci:</p>
+
+<p>»J'arrive de chez le président du conseil, et j'ai eu avec lui une
+longue conversation sur les affaires extérieures du moment. Sa
+position, relativement à ces affaires, est réellement fort difficile,
+et comme tout le monde, au dedans comme au <span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">389</a></span> dehors, a intérêt à le
+conserver, il est bon qu'on le sache pour agir en conséquence. Je l'ai
+trouvé plein de confiance en M. de Talleyrand et sentant bien que lui
+seul peut conduire jusqu'au port la barque de ces négociations dans
+lesquelles il a montré tant d'habileté. Cette habileté n'a jamais été
+plus nécessaire qu'en ce moment. Il y a deux points en litige: les
+ratifications et le traité signé entre les quatre puissances sur les
+places fortes de Belgique. En eux-mêmes, ces points ne sont peut-être
+pas aussi graves qu'on le suppose, mais qu'importe, si l'effet est le
+même? Ainsi, les ratifications arriveront un peu plus tôt, un peu plus
+tard, je n'en doute pas. L'affaire des places fortes touche plus aux
+amours-propres qu'aux intérêts réels, mais c'est à cause de cela
+précisément, qu'elle acquiert une véritable importance. S'il fallait
+avouer le traité tel qu'il est, je ne crois pas que le ministère
+actuel ni aucun ministère pût tenir a cet aveu. On y verrait trop
+clairement une humiliation, et il n'y aurait pas de bonne explication
+qui pût effacer ou seulement couvrir cet aperçu. Si donc l'Angleterre
+veut que l'ordre actuel se consolide en France, et il me semble
+qu'elle y a un véritable intérêt, il faut que son cabinet se prête à
+quelque arrangement sur ce point. Je ne doute pas que l'affaire dans
+l'un et l'autre pays, n'ait à lutter contre la même nature de
+difficultés; ainsi le ministère anglais veut ménager son opposition
+tory, comme celui de France veut ménager son opposition libérale et
+républicaine, mais la partie n'est pas égale et la position ici est
+bien autrement menaçante.</p>
+
+<p>»M. de Talleyrand a déjà rendu d'immenses services, mais, suivant moi,
+il n'en peut pas rendre à l'avenir un plus grand <span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">390</a></span> que celui qui en
+est attendu aujourd'hui, car celui-là consolidera tous les autres. Il
+consisterait à amener un nouvel arrangement et surtout une nouvelle
+forme d'arrangement sur les places fortes. A mon sens, quel que soit
+cet arrangement, il est indispensable qu'il soit consenti et <i>signé</i>
+par les cinq puissances; autrement on le tiendra toujours ici pour un
+affront et il y aura explosion. Dans la réalité, quand la France
+demande la démolition de quelques places fortes, on pourrait très
+bien, si on le voulait, voir dans cette demande une preuve de sa bonne
+foi, car il est évident qu'à une première rupture, ces places
+tomberont entre ses mains, et il vaudrait mieux, pour elle, les avoir
+fortifiées que rasées.</p>
+
+<p>»Qu'on y pense donc à deux fois, avant de faire d'une question si
+oiseuse en elle-même une cause de rupture. Que cette question
+s'arrange au contraire; et on ne voit pas ce qui pourrait ensuite
+s'opposer à une union fort intime entre la France et l'Angleterre,
+union dont les deux États ne tarderont pas à sentir les avantages.</p>
+
+<p>»M. de Talleyrand a déjà tant fait pour avancer cette &oelig;uvre! il
+faut espérer qu'il l'accomplira. Autrement on ne peut s'empêcher
+d'entrevoir de grands embarras, pour ne pas dire plus.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 7 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'ai reçu votre lettre du 5 et la lettre de M. Pasquier qui y était
+jointe.&mdash;La mission de M. de Maubourg, qu'on me jette à la tête ici
+dans toutes mes conférences me gêne beaucoup. <span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">391</a></span> Le refrain est:
+«Vous vous servez de nous, quand cela vous convient, et vous faites
+vos affaires à part, quand vous jugez que cela vous est utile.» La
+confiance ne s'établit pas comme cela. J'envoie à Paris M. Tellier
+expliquer ce qu'on n'a pas l'air de comprendre. J'ai tant écrit,
+dicté, conféré que je suis à bout de force.&mdash;Les forteresses, le
+principe de démolition adopté, sont une très petite affaire, si l'on
+veut la bien comprendre; le fait est que personne n'y met
+d'importance. L'amour-propre seul, et assez bêtement, est engagé. S'il
+n'y a pas guerre, elles tomberont, parce que personne ne les réparera;
+s'il y a guerre, nous les prendrons, voilà le vrai. Faites mes amitiés
+à celui qui vous a donné la note.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Berlin, le 7 janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je viens de vous expédier par Metz la dépêche télégraphique suivante:</p>
+
+<p>»La Prusse n'échangera les ratifications qu'elle envoie demain à
+Londres, que si les autres puissances sans exception ratifient.»</p>
+
+<p>»Le cabinet prussien est très embarrassé. Il aurait certainement
+désiré que l'empereur de Russie ratifiât purement et simplement.
+Aujourd'hui il ne veut se compromettre ni envers lui, ni envers nous,
+et il se croit à couvert par son interprétation de la nature des actes
+de la conférence. Dès le premier moment, il n'a pas approuvé le traité
+du 15 novembre. Il ratifiait toutefois, par amour de la paix, trait
+distinctif de sa politique et des inclinations du roi. Il n'aurait
+<span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">392</a></span> fait que deux réserves: la première, <i>des droits de la
+Confédération sur le Luxembourg</i>; la seconde, <i>que la Prusse ne
+participerait jamais à des mesures coercitives actives contre le roi
+des Pays-Bas</i>.&mdash;Le refus de Pétersbourg est survenu, accompagné de
+sollicitations pressantes à la Prusse et à l'Autriche de suivre cet
+exemple. Peut-être n'était-on pas éloigné de céder, mais j'ai
+sur-le-champ déclaré qu'il n'y aurait en pareil cas d'autre
+alternative pour notre gouvernement que de prendre sous sa garantie la
+Belgique, telle que les vingt-quatre articles l'avaient constituée, et
+d'annoncer hautement que la Hollande, pas plus que toute autre
+puissance, n'y toucherait. Alors l'on a fait de plus mûres réflexions,
+et, après bien des hésitations, l'on a pris le parti équivoque dont je
+rends compte à Paris, et que je vous communique, en résumé, par ma
+dépêche télégraphique.</p>
+
+<p>»L'empereur de Russie ne réussira pas à entraîner le cabinet prussien
+dans des résolutions violentes ou dans des mesures hostiles. L'on
+comprend ici tous les avantages que l'on retire du <i>statu quo</i>, et
+l'on veut les conserver. Je suis convaincu que M. de Bülow aura pour
+instructions de se prêter à tous les termes moyens, à toutes les
+combinaisons qui empêcheront la rupture des négociations ou la
+scission d'une ou plusieurs puissances. M. Ancillon m'a en propres
+termes déclaré, <i>que le roi de Prusse se considérait comme le gardien
+de la paix en Europe; que son système politique reposait tout entier
+sur l'impartialité et la défensive, et qu'il respecterait toujours les
+droits de ceux qui respecteraient les siens</i>.</p>
+
+<p>»Vous avez les ratifications: elles sont signées du roi, mais
+l'échange en sera suspendu aussi longtemps que toutes les <span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">393</a></span> autres
+puissances n'apporteront pas les leurs. Ce n'est pas ce que vous
+désirez, mon prince, mais c'est beaucoup cependant. L'empereur de
+Russie reste isolé dans son refus et il attendait plus de
+condescendance....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Stanhope Street, 3 janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Le rapport qu'Esterhazy et Wessenberg viennent de me faire de la
+communication qu'ils ont reçue de leur cour est beaucoup moins mauvais
+que celui que votre gouvernement croit avoir reçu du comte Appony. Il
+paraît que la cour de Vienne admet que la conférence se trouvait dans
+la nécessité de faire un arbitrage entre la Hollande et la Belgique;
+que cette même cour approuve l'acte d'arbitrage soutenu dans les
+vingt-quatre articles; qu'elle considère ces articles, acceptés qu'ils
+sont par la Belgique, comme constituant une convention solennelle
+entre le gouvernement belge et les cinq puissances; et que, puisque le
+traité n'est effectivement que les articles, la cour de Vienne est
+résolue de ratifier le traité; que, cependant, elle veut ajourner la
+ratification pour le moment, dans l'espoir d'amener la cour de Russie.</p>
+
+<p>»Vous voyez que tout ceci n'a pas l'air d'une déclaration officielle,
+faite par l'Autriche, au nom de la Russie et de la Prusse.</p>
+
+<p>»Je suis bien fâché que votre cour pense à refuser sa ratification au
+traité du 15 novembre, parce que la convention du 14 décembre lui
+déplaît. Mais comment pourrait-elle trouver des raisons valables pour
+lier ensemble deux <span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">394</a></span> transactions entièrement différentes et
+séparées? Comment pourrait-elle refuser sa ratification sans vous
+désavouer et sans vous rappeler? Et quel serait le triomphe que cela
+donnerait à tous ceux qui ont toujours tâché de nous inspirer des
+soupçons de la France! Cette manière de traiter si à la légère les
+transactions solennelles entre les gouvernements est-elle bien propre
+à donner de la confiance à ceux qui auront affaire, à l'avenir, avec
+la France? Mais je suis sûr qu'il est inutile que je vous suggère
+toutes les considérations graves qui n'auront pas manqué de se
+présenter déjà à votre esprit par rapport à ce sujet désagréable....»</p>
+
+<p>On peut juger, par cette lettre de lord Palmerston, la nature des
+résistances que je rencontrais à Londres pour satisfaire aux exigences
+du gouvernement français à l'égard de la convention du 14 décembre
+relative à la démolition de certaines forteresses. J'étais parvenu
+cependant à obtenir quelques concessions, sous la forme d'un protocole
+interprétatif de la convention. Je l'envoyai à Paris par le premier
+secrétaire de mon ambassade, M. Tellier, que je chargeai en même temps
+d'explications développées. La suite des lettres mettra au fait des
+résultats de cette nouvelle tentative de négociation.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'espère que toutes les explications que j'ai données, et toutes
+celles que porte M. Tellier, amèneront notre cabinet à <span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">395</a></span> une
+détermination qui nous conservera en bons rapports avec l'Angleterre,
+car c'est ce à quoi je travaille depuis dix-huit mois, et ce qui fera
+notre salut.&mdash;Mon opinion est qu'il y aura retard, mais pas refus dans
+les ratifications. Une fois arrivées et échangées, il faudra laisser
+aller les choses un peu toutes seules. Il n'y aura plus qu'un roi de
+Grèce à faire. En avez-vous un dans la tête? On dit qu'il faut pour la
+Grèce, dans la situation où elle est, un roi qui ait des qualités et
+des défauts. Cela a fait, à ce que j'entends dire, penser un peu au
+prince Paul de Wurtemberg. Il a de tout cela; quelque peu de qualités,
+instruction, esprit, tout cela pas mal, et des défauts en
+abondance....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 12 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'ai reçu, il y a une heure, votre lettre du 10; j'ai lu avec
+beaucoup d'attention les informations qu'elle contient. Voici où en
+sont les affaires. Le 31, positivement, nous aurons les ratifications
+de l'Autriche et de la Prusse; celles de la Russie, viendront plus
+tard; on ne les attendra pas pour faire l'échange.</p>
+
+<p>»Ce point obtenu, la Hollande entrera en quelques explications, et
+nous ferons tout ce qui sera possible; le fait est que nous voulons
+tout arranger et finir. Les difficultés ne peuvent pas venir de la
+Belgique; elles ne peuvent venir que de la France, qui, par de doubles
+intrigues, embarrasse toujours ses affaires. Il est de fait, que, sans
+la mission de M. de Latour-Maubourg à Bruxelles, et sans les
+conférences de Sébastiani avec lord Granville, qui ont amené le
+protocole du 29 août dont, à Paris, on ne m'a pas même <span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">396</a></span> donné
+connaissance, les choses ne seraient pas arrivées à une suite de
+difficultés dont il est très difficile de sortir.</p>
+
+<p>»Le protocole dont je parle n'est point mon &oelig;uvre: c'est celui des
+quatre puissances, qui l'ont fait passer par lord Granville, qui l'a
+remis à Sébastiani. Je n'ai connu son existence que par une lettre de
+Belliard qu'il m'a écrite à la fin de décembre. Est-ce là faire et
+conduire des affaires? On embrouille tout, et puis l'on revient à moi.
+Tout cela commence à m'ennuyer. Cependant, j'irai jusqu'au bout. Je
+veux bien finir l'affaire dont je me suis chargé. On la gâtera après,
+si l'on veut....»</p>
+
+<p class="p2">Pendant que j'écrivais lettres et dépêches dans ce sens de Londres,
+voici celles qu'on m'adressait de Paris.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 9 janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Prince,</p>
+
+<p>»Ma dépêche officielle, qui vous parviendra en même temps que cette
+lettre, vous fait connaître quelles sont les diverses solutions que
+peut recevoir la difficulté grave qu'ont fait naître le traité du 14
+décembre et l'insuffisance des modifications qui y sont apportées par
+la note diplomatique que vous avez reçue des ambassadeurs des quatre
+puissances. Comme une dépêche ne comporte pas l'explication détaillée
+des motifs qui s'opposent à ce que le gouvernement du roi consente à
+l'échange des ratifications qui emporteraient son adhésion aux
+principes consacrés par le traité du 14 décembre, si, préalablement,
+il n'était modifié, j'ai prié mon frère <span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">397</a></span> Camille<a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331"></a><a href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a> de se rendre
+auprès de vous. Les entretiens que j'ai eus avec lui l'ont mis au fait
+de la question; il vous confirmera ce que j'ai eu l'honneur de vous
+dire sur les effets fâcheux de la faute grave qu'ont faites les
+puissances, en laissant l'opinion si longtemps incertaine sur leurs
+dispositions à échanger les ratifications, et sur la nécessité de
+donner aux actes qui termineront cette délicate négociation telle
+forme qui puisse les rendre irréprochables aux yeux d'un peuple,
+jaloux, à si juste titre, de ce qui peut toucher à l'honneur national.</p>
+
+<p>»Dans une conférence que j'ai eue ce matin avec lord Granville, j'ai
+réitéré l'assurance des dispositions du gouvernement du roi, de
+resserrer les liens qui unissent les deux peuples et de persévérer
+dans le système politique qui a concilié leurs intérêts depuis la
+révolution de Juillet; mais j'ai expliqué les motifs qui ne nous
+permettraient pas d'accepter le traité du 14 décembre. Mes
+communications se sont étendues confidentiellement jusqu'aux moyens de
+résoudre les difficultés nouvelles qu'il a fait naître. Ces moyens
+n'ont été, de sa part, le sujet d'aucune objection, ce qui me donne
+l'espoir que vous trouverez dans le concours du cabinet britannique,
+un appui efficace pour faire agréer l'un d'entre eux....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 11 janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Prince,</p>
+
+<p>»J'ai reçu avec un vif intérêt les dépêches que vous m'avez adressées
+par M. Tellier. Vous aurez vu, par celle que j'ai <span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">398</a></span> chargé mon
+frère de vous porter et que vous devez posséder au moment où j'écris,
+que nous nous étions en quelque sorte rencontrés sur la manière de
+sortir des embarras que cause au cabinet de Londres et au nôtre le
+traité du 14 décembre relatif aux forteresses. Je désire bien vivement
+que vous puissiez terminer cette importante affaire.</p>
+
+<p>»Vous verrez, prince, par ma dépêche officielle de ce jour que nous
+vous laissons une latitude de plus que par celles qui vous ont été
+portées par mon frère; puisque en définitive, si vous ne pouviez pas
+terminer, ainsi que nous vous l'avons indiqué par le protocole que je
+vous ai fait passer, nous nous contenterions de l'expédient qui nous
+est présenté dans votre dépêche numéro 291. Mais il est indispensable,
+prince, que la déclaration soit claire et explicite dans tout son
+contenu, comme le protocole que nous vous avons adressé<a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332"></a><a href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>. Il faut
+que le royaume de Belgique et son roi soient entièrement affranchis de
+tout engagement antérieur ou postérieur aux actes des cinq puissances
+qui ont reconnu l'indépendance et la neutralité de la Belgique: c'est
+là ce que le pays demande à tort ou à raison: c'est ce qu'il veut, et
+amis ou ennemis, tout le monde nous abandonnerait si nous cédions sur
+ce point. Quant au fond de la question, nous n'y ajoutons pas plus
+d'importance qu'elle ne mérite; peu nous importe que, sauf
+Philippeville et Marienbourg, qui ne font point partie des places
+comprises dans les catégories du protocole du 17 avril, telle ou telle
+forteresse soit démolie; mais une fois <span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">399</a></span> que les quatre puissances
+auront déterminé les places qui doivent l'être, qu'elles n'aient aucun
+droit de suite sur ces forteresses, à moins que ce ne soit en commun
+pour les cinq puissances signataires du traité du 15 novembre.</p>
+
+<p>»J'attendrai, avec bien de l'impatience pour notre pays et pour notre
+cabinet, la réussite de cette affaire; mais, lors même que les trois
+puissances viendraient à ne pas donner de suite leur ratification, il
+suffit que la France et l'Angleterre soient d'accord, par l'échange de
+leurs ratifications respectives, pour que l'effet moral de cette
+détermination prévienne toute idée sérieuse de collision qui pourrait
+amener la guerre, car, il serait évident pour tout le monde que, la
+France et l'Angleterre, une fois d'accord, il ne fût pas difficile,
+pour ne pas dire impossible, aux autres gouvernements de ne pas
+accéder aux déterminations de ces deux grandes puissances.</p>
+
+<p>»Je ne vous répéterai pas, prince, ce que j'ai déjà eu l'honneur de
+vous dire, que notre politique, à l'égard de l'Angleterre, est
+entièrement conforme à la vôtre. Je charge M. Tellier, avec qui je
+suis entré dans quelques détails, de vous le réitérer expressément, et
+de vous dire combien il est urgent pour l'Europe et pour nous, que
+nous puissions entrer franchement dans le système de désarmement que
+nous avons annoncé si positivement sur la foi des promesses de tous
+les ambassadeurs, lesquels nous avaient assuré de la manière la plus
+formelle que les ratifications de leurs cabinets au traité du 15
+novembre, ne seraient qu'une affaire de forme. Je veux bien croire
+encore qu'il n'y a aucune mauvaise intention de la part des
+différentes puissances et surtout de celle de l'Autriche et de la
+Prusse, mais elles ont commis une faute bien grande, si elles veulent
+sincèrement la paix, <span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">400</a></span> ainsi qu'elles nous en ont donné si souvent
+l'assurance, en ne ratifiant pas aux époques convenues, et en
+ébranlant ainsi la puissance et la force morale de notre cabinet, dans
+son système de paix et de désarmement. Si la difficulté relative aux
+forteresses disparaît entre nous et l'Angleterre, et que nos
+ratifications soient échangées, nous parerons encore une fois à ce
+danger. La chute de nos fonds publics, l'inquiétude générale qui règne
+dans les esprits, vous en révéleront l'imminence, mieux encore que je
+ne pourrais le faire.</p>
+
+<p>»Notre sort, prince, est dans vos mains. Je me confie sans réserve à
+votre haute sagesse et à votre patriotisme, pour amener à terme une
+négociation dont peuvent dépendre la paix de notre pays et la
+civilisation du monde. Je remets à M. Tellier la lettre de lord
+Palmerston qui n'a été lue que de Sa Majesté et de moi.</p>
+
+<p class="left5">«Agréez....» <span class="dalign smcap">CASIMIR PÉRIER</span>.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Je recommande à vos bontés mon frère s'il se trouve encore
+auprès de vous.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">»Paris, ce 11 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Je reçois dans le moment, mon cher prince, votre lettre du 8 apportée
+par M. Tellier, et j'avais reçu celle du 5, il y a deux jours. Quoique
+j'eusse eu un grand plaisir à vous voir, à vous entendre, et aussi à
+me faire entendre de vous, cependant, je préfère infiniment que vous
+ne soyez pas venu, car, outre la fatigue et l'incommodité d'une course
+pareille par le temps qu'il fait, j'aurais regardé comme un véritable
+malheur que vous ne fussiez pas à Londres, lorsque les <span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">401</a></span> dépêches
+que M. Périer vous a adressées par son frère y seront parvenues.</p>
+
+<p>»Je pense qu'elles auront calmé vos inquiétudes, et que les
+propositions qu'elles contiennent vous auront paru de nature à
+trancher toutes les difficultés et à faire sortir <i>les cinq
+puissances</i> de la fausse position où le déplorable traité du 14
+décembre les a placées les unes envers les autres. Je le désire
+vivement, et j'espère que le gouvernement anglais y aura vu une
+nouvelle preuve du prix que mon gouvernement met, ainsi que moi, à
+entretenir cordialement entre nous cette union qui est le meilleur
+garant de la paix de l'Europe et de la stabilité de l'ordre social.
+Arrangeons ce traité de manière à ce que les anciens engagements du
+roi des Pays-Bas ne soient pas contractés par le roi des Belges et à
+ce que, à l'avenir, sa position, ses rapports et ses engagements
+soient identiquement les mêmes avec toutes les cinq puissances; à ce
+qu'aucune de ces puissances ne conserve sur ses places et sur son
+territoire une suzeraineté particulière, et rien ne pourra plus
+troubler ni notre union avec l'Angleterre ni, par conséquent, la paix
+générale. Vous pouvez affirmer, mon cher prince, comme je sais au
+reste que M. Périer vous le mande, avec plus de détails, que c'est là
+tout ce que veut la France, mais que c'est ce qu'elle veut, et qu'il
+est vraiment extraordinaire qu'on puisse voir dans une demande aussi
+juste, aussi simple et aussi modérée, autre chose que ce qu'elle est
+et qu'on veuille y chercher des prétextes pour élever des soupçons et
+pour nous accuser d'arrière-pensées que notre propre proposition
+dément d'une manière aussi formelle et que, j'ose dire, toute ma
+conduite et celle de mon gouvernement aurait dû suffire pour
+repousser. Au <span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">402</a></span> reste, il est vraiment singulier que ce soit ceux
+qui nous ont fait un mystère de ce traité, tandis qu'on faisait de sa
+signature un <i>sine qua non</i> de celle de celui du 15 novembre qui nous
+était commun, qui croient avoir le droit de nous soupçonner, et <i>qu'un
+défaut de sincérité</i>, qui tout au moins, n'est pas de notre côté, pût
+porter atteinte à la confiance que nous demandons, et dont il me
+semble que l'Angleterre a eu tant de preuves de notre part.</p>
+
+<p>»Il y a plus: c'est parce que nous avions la pleine conviction que les
+vues du gouvernement actuel, relativement à la Belgique, étaient
+entièrement conformes aux nôtres, que nous nous sommes endormis dans
+une sécurité aussi complète sur la négociation des places. C'est
+précisément parce que nous n'avions aucune inquiétude de son côté, que
+nous n'avons pas cherché à obtenir d'autre engagement de sa part que
+celui du protocole du 17 avril; mais c'est aussi parce que, d'après ce
+qui s'était passé, nous ne pouvions pas avoir la même confiance dans
+le gouvernement belge, que nous avons voulu avoir un gage spécial de
+sa part, que nous lui avons envoyé M. de Latour-Maubourg, mission à
+laquelle nous avons exprès donné la plus grande publicité, que nous
+avons communiquée dans tous ses détails à lord Granville et à sir
+Robert Adair qui ont eu une connaissance préalable de ce que nous
+demandions, avec lesquels on est convenu des formes et des termes de
+l'engagement demandé au roi des Belges, engagement qui a été contracté
+avec leur pleine connaissance et même avec leur approbation, sans
+laquelle le roi Léopold ne l'aurait pas signé.</p>
+
+<p>»J'avoue, mon cher prince, que je ne conçois pas encore, malgré toutes
+les explications qui nous ont été données sur <span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">403</a></span> les soupçons que
+cette mission avait excités, comment elle a pu en faire naître aucun.
+Mais laissons là le passé et occupons-nous exclusivement du présent et
+de l'avenir.</p>
+
+<p>»Nous sommes persuadés que c'est la crainte des attaques des tories,
+secondée par des intrigues belges, qui ont déterminé la forme et les
+termes du traité du 14 décembre. Nous croyons que le gouvernement
+anglais actuel a renoncé à tout système de Sainte-Alliance, et qu'il
+n'est pas plus favorable à celui de faire de la Belgique <i>une tête de
+pont</i> contre la France, auquel a été substitué le système bien plus
+sage, et que nous avons adopté, de la neutralité permanente et de
+l'indépendance de ce nouvel État.</p>
+
+<p>»L'exécution franche, pleine et entière de ce système d'indépendance
+et de neutralité belge est pareillement tout ce que nous réclamons,
+tout ce que nous voulons. Nous n'avons aucune arrière-pensée ni sur
+Philippeville et Marienbourg, ni sur quoi que ce soit. Nous
+n'attachons pas la moindre importance à ces deux places qui n'ont
+d'autre valeur pour la France que celle des souvenirs qui s'y
+rattachent, souvenirs qu'on aurait dû ménager davantage au lieu d'en
+faire un sujet d'irritation. Mon gouvernement n'a jamais eu d'autre
+intention que de la calmer, et c'est uniquement dans cette vue qu'il
+en a parlé. C'était pour pouvoir dire qu'il l'avait fait, mais que
+quand il avait trouvé que cette réclamation pouvait entraver le grand
+objet de la paix générale, il s'en était désisté; et, en effet, vous
+savez qu'il n'en a pas été question depuis, ni à Londres, ni à
+Bruxelles, au moins <i>par nous</i>, car je crois que beaucoup d'autres
+s'en sont occupés en sens contraire, et le traité du 14 décembre en
+est une preuve suffisante. <span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">404</a></span></p>
+
+<p>»Nous étions tellement soigneux d'éviter tout ce qui pourrait
+réveiller les souvenirs de Philippeville et de Marienbourg que, quand
+l'armée française est entrée en Belgique, il était défendu au maréchal
+Gérard de faire occuper ces deux places.</p>
+
+<p>»Je vous prie, mon cher prince, de vouloir bien dire de ma part à lord
+Palmerston, en lui faisant mes compliments, que telle est ma politique
+personnelle autant que celle de mon gouvernement, et vous pourrez
+ajouter, si cependant vous pouvez le faire sans que cela le pique, ce
+que je vous prie particulièrement d'éviter, que ce n'est que par votre
+dépêche que j'ai eu connaissance des assertions du <i>National</i> que je
+ne lis pas plus que les autres journaux, et qui est l'ennemi le plus
+acharné de ma personne et de mon gouvernement. Je désire, s'il veut
+continuer à s'en faire rendre compte, que ce soit toujours pour
+prendre le <i>contre pied</i> de tout ce qui sera extrait du <i>National</i>, de
+<i>la Tribune et C<sup>ie</sup></i>.</p>
+
+<p>»Je vous renouvelle toujours bien sincèrement, mon cher prince,
+l'assurance de mon ancienne amitié pour vous.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE«</span>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 14 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Voilà la ratification de Prusse arrivée; un courrier de Berlin l'a
+apportée ce matin: ainsi voilà la question belge fortifiée d'une
+puissante adhésion. La ratification d'Autriche sera ici la semaine
+prochaine, à ce que l'on croit, mais sûrement <span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">405</a></span> avant la fin du
+mois. C'est une grande chose de faite: il faut croire que cette
+épineuse affaire de Belgique sera terminée sans guerre. Il faut que la
+paix joue son rôle qui est d'amortir les passions. Les hommes du
+mouvement perdront par la paix, la plus grande partie de leurs moyens
+de troubles....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 17 janvier 1832.</p>
+
+<p>»... Je tâche de faire donner sur la démolition des forteresses les
+explications que l'on m'a demandées de Paris. Je crois que j'en
+obtiendrai de satisfaisantes, mais c'est très difficile. Vous savez ce
+que c'est qu'une affaire mal entamée et qu'on a voulu conduire dans
+deux endroits. J'ai eu ici plus de peine pour réparer que pour faire.
+Ce mot de <i>faiseur</i>, que l'on employait autrefois, me revient bien
+souvent à l'esprit; mais il faut s'en arranger, parce que c'est une
+nature d'esprit que l'on ne peut pas changer, et ce pauvre Sébastiani
+était né comme cela, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une assez bonne
+dose d'esprit.&mdash;Est-il vrai que l'on prépare de fortes attaques contre
+le budget? J'espère et je compte que tout le monde doit souhaiter que
+le ministère en sorte avec avantage, car nous avons tous besoin de
+tout ce que M. Périer a de force de caractère et de capacité pour
+ramener l'ordre. Le roi a essentiellement besoin de lui. C'est
+l'opinion de tout le monde ici. M. Périer hors du ministère, toutes
+les puissances croiraient à un nouvel ordre de choses. Le Parlement
+rentre aujourd'hui, mais il n'y aura rien d'important que la semaine
+prochaine....» <span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">406</a></span></p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 19 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Je crois que tous les cabinets se rapprochent un peu de nous et que
+les ratifications nous arriveront. Si quelques-unes traînent un peu,
+cela ne change rien à la résolution. Ce sont plutôt des égards pour le
+roi de Hollande que toute autre chose qui ont occasionné les retards.
+J'arriverai, je crois, à ce que désire notre gouvernement sur les
+forteresses; nous aurons des explications que les plus susceptibles ne
+pourront pas blâmer....»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 23 janvier 1832.</p>
+
+<p>»M. Camille Périer retourne ce soir à Paris. Il y porte des pièces
+qui, à ce que je crois, satisferont. C'est le résultat d'efforts
+continus pendant quinze jours. J'ai, ce que je n'aime guère, employé
+la ténacité la plus importune, mais j'ai réussi; il n'y avait aucun
+moyen d'obtenir davantage. Je vous assure que je travaille trop, mais
+j'en viendrai à mon honneur....»</p>
+
+<p>Pour faire comprendre ce que M. Camille Périer emportait à Paris, je
+dois placer ici un extrait de la convention du 14 décembre 1831, entre
+les quatre puissances et la Belgique, relativement aux forteresses. Je
+me bornerai à citer le texte de l'article 1<sup>er</sup> de cette convention,
+qui est le plus important:</p>
+
+<p>«<span class="smcap">Article premier</span>.&mdash;En conséquence des changements que l'indépendance
+et la neutralité de la Belgique ont apportés dans la situation
+militaire de ce pays, ainsi que dans les moyens dont il pourra
+disposer pour sa défense, les hautes parties contractantes conviennent
+de faire démolir parmi les places fortes élevées, réparées ou étendues
+dans <span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">407</a></span> la Belgique depuis 1815, en tout ou en partie, aux frais des
+cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie,
+celles dont l'entretien ne constituerait désormais qu'une charge
+inutile.</p>
+
+<p>»D'après ce principe, tous les ouvrages de fortification des places de
+Menin, Ath, Mons, Philippeville et Marienbourg seront démolis dans les
+délais fixés par les articles ci-dessous.»</p>
+
+<p>Les articles suivants règlent le mode de démolition.</p>
+
+<p class="p2">Le gouvernement français ayant voulu voir dans la rédaction de cet
+article que les quatre puissances proclamaient une sorte de patronage
+particulier, présent et à venir, sur les forteresses à démolir,
+patronage dont la France avait été exclue, je dus insister pour
+obtenir des plénipotentiaires de ces puissances une déclaration
+catégorique qui mît fin à toute incertitude à cet égard.</p>
+
+<p>Après des efforts infinis, je parvins à leur faire adopter la
+déclaration suivante qui porte la date du 23 janvier 1832:</p>
+
+<p>«Les plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de
+Prusse et de Russie, en procédant à l'échange des ratifications de la
+convention du 14 décembre dernier, déclarent à cette occasion:</p>
+
+<p>»1<sup>o</sup> Que les stipulations de la convention du 14 décembre dernier,
+motivées par le changement survenu dans la situation politique de la
+Belgique, ne peuvent et ne doivent être entendues que sous la réserve
+de la souveraineté pleine et entière de Sa Majesté le roi des Belges
+sur les forteresses indiquées dans ladite convention, ainsi que sous
+celle de la <span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">408</a></span> neutralité et de l'indépendance de la Belgique,
+indépendance et neutralité qui, garanties aux mêmes titres et aux
+mêmes droits par les cinq puissances, établissent sous ce rapport un
+lien identique entre elles et la Belgique;</p>
+
+<p>»2<sup>o</sup> Que les sommes dont il est question dans l'article V ne sont
+mentionnées que pour décompte, l'intention des cours étant que, si le
+décompte offrait un résidu, ce résidu serve à soulager la Belgique
+dans les dépenses qu'elle aura à faire pour la démolition des
+forteresses indiquées dans l'article premier;</p>
+
+<p>»3<sup>o</sup> Qu'enfin, la réserve faite par les quatre cours à l'article VI,
+n'ayant rapport qu'aux articles II et III, ne s'applique par
+conséquent qu'aux places à démolir.</p>
+
+<p>»Par cette déclaration sur les trois points qui précèdent, les
+plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de
+Prusse et de Russie placent hors de doute que toutes les clauses de la
+convention du 14 décembre sont en parfaite harmonie avec le caractère
+de puissance indépendante et neutre, qui a été reconnu à la Belgique
+par les cinq cours.»</p>
+
+<p>C'est cette déclaration que M. Camille Périer emporta à Paris et qu'on
+trouva enfin suffisamment explicite.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="p2 right">Paris, le 23 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Prince, j'ai vu avec une vive satisfaction par votre dépêche
+officielle et surtout par votre lettre particulière, que vous comptiez
+obtenir les modifications que nous avions demandées, relatives à la
+convention du 14 décembre, si contraire à nos droits et, j'ose dire à
+notre dignité. <span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">409</a></span></p>
+
+<p>»M. Van de Weyer doit avoir reçu maintenant les instructions les plus
+positives de son gouvernement qui lui ordonne de s'entendre avec vous
+pour vous faire modifier les articles qui nous avaient justement
+blessés.</p>
+
+<p>»Nous espérons donc, prince, que vous serez en mesure de lever les
+obstacles qui s'opposaient à l'échange des ratifications du traité du
+15 novembre, et que nous vous avions signalés par le modèle de
+protocole que nous avions fait passé, en vous exprimant, de la manière
+la plus formelle, l'impossibilité où nous serions de ratifier si nous
+n'obtenions pas une entière satisfaction sur tous ces points.</p>
+
+<p>»Maintenant, prince, que vous connaissez toutes nos difficultés, si
+elles sont résolues, ainsi que vous m'en donnez l'espérance, d'une
+manière conforme à nos v&oelig;ux et à nos instructions, nous ne voyons
+aucun inconvénient à ce que vous échangiez les ratifications pour le
+31 de ce mois. Ce sera un immense service que vous aurez rendu et ce
+sera une obligation de plus que vous aura l'Europe.</p>
+
+<p>»Si l'Angleterre et nous ratifions seuls avant les puissances, il
+faut, je crois, nous réserver le moyen de ne pas refermer toute voie
+de conciliation entre la Hollande et la Belgique, en ce qui concerne
+la navigation; il faut surtout que l'Angleterre ne puisse pas nous
+opposer un jour, notre signature au traité du 15 novembre, comme un
+<i>sine qua non</i> qui mettrait un obstacle invincible à ces modifications
+qui sont le seul prétexte raisonnable d'opposition que puisse faire le
+roi Guillaume dans la position où il se trouve placé.</p>
+
+<p>»J'approuve, prince, ce que vous me dites, de ne pas faire une chose
+trop importante de ces ratifications, vis-à-vis des autres cabinets;
+mais cette démarche leur donnera à penser, <span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">410</a></span> et tout en ne voulant
+point nous séparer d'eux, il est bon cependant qu'ils voient que nous
+pouvons marcher sans eux: il ne leur échappera pas, comme vous le
+dites fort bien, qu'un semblable accord entre nous et l'Angleterre,
+est, au fait, un traité offensif et défensif....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 27 janvier 1832.</p>
+
+<p>»Le ministère anglais s'est très bien tiré de l'attaque de lord
+Aberdeen<a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333"></a><a href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>. Lord Grey qui lui a répondu, a placé dans son discours
+des choses très bien pour la France. Le duc de Wellington a soutenu
+lord Aberdeen, mais il a respecté toutes les convenances qui avaient
+été toutes violées par lord Aberdeen. Allez, n'écoutez pas les petits
+politiques de la société; le fait est que c'est de notre union avec
+l'Angleterre que sortira notre établissement et pas d'ailleurs; toute
+ma politique se borne à cela.</p>
+
+<p>»J'attends avec impatience des nouvelles de tout ce que j'ai envoyé
+par M. Camille Périer. Je crois que l'on fera ce que je demande; il
+faut que je reçoive les ratifications avant le 31....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">Paris, le 29 janvier 1832.</p>
+
+<p>»C'est avec bien de l'empressement, mon cher prince, que je viens vous
+remercier de votre lettre du 23, et vous témoigner <span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">411</a></span> tout le
+plaisir qu'elle m'a fait en m'annonçant que la plus forte difficulté
+de cette longue et pénible négociation de la Belgique est surmontée.
+Je m'en félicite avec vous de bien bon c&oelig;ur, et il est assurément
+bien juste de vous en adresser les compliments. Certes, c'est une
+belle et grande chose que cette question belge se soit terminée de
+cette manière, surtout ayant été, il faut malheureusement en convenir,
+si mal secondé par eux, car cette dernière difficulté est leur
+ouvrage, et je comprends parfaitement ce qu'elle a été pour vous. Il
+faut se consoler de ce qui froisse un peu la petite vanité, la
+gloriole nationale, si vous voulez, en se répétant ce que vous
+m'écrivez: «<i>Il n'y avait rien de plus à obtenir.</i>» Et, certes,
+Philippeville et Marienbourg ne valent pas la guerre. L'essentiel est
+obtenu, voilà le vrai, grâce à votre zèle et à votre habileté.</p>
+
+<p>»J'espère et je désire bien, comme vous me le mandez, que le mois
+prochain soit le terme définitif de vos travaux. Je sais, mon cher
+prince que vous avez grand besoin de pouvoir vous soigner et vous
+reposer un peu, et c'est encore admirable que votre santé ait aussi
+bien supporté tant de fatigues morales et physiques. Je souhaite du
+fond de mon c&oelig;ur, que vous n'ayez plus qu'à jouir de vos succès et
+des heureux résultats qu'ils auront pour notre chère France et pour
+notre bien-aimé roi qui aurait aussi grand besoin de repos.</p>
+
+<p>»Sébastiani est infiniment mieux, et même tout à fait bien. La
+difficulté maintenant est d'obtenir de lui qu'il se soigne assez
+longtemps et qu'il ne reprenne pas trop tôt les affaires, ce que je
+crois bien important pour consolider son rétablissement....»
+<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">412</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 31 janvier 1832.</p>
+
+<p>»J'ai échangé ce soir les ratifications de la France avec la Belgique,
+et, ce qui est excellent, c'est que l'Angleterre a échangé tout comme
+moi, ses ratifications avec les Belges: ainsi voilà une affaire bien
+finie. L'Angleterre et la France réunies en même temps, c'est plus que
+je n'osais l'espérer. A présent, il faut patienter: le reste viendra;
+n'exigeons rien; ne triomphons pas trop, n'embarrassons pas
+l'Angleterre de ce qu'elle a fait, et que tous les tories, petits et
+grands lui reprocheront demain. Ne lui laissons pas voir que d'être
+liée avec nous, lui fait faire plus de mouvement qu'elle ne veut.
+C'est une affaire de prudence et de conduite. Il faut ménager le
+ministère anglais; il a ici de grands embarras. Mon opinion est que
+les ratifications de Prusse et d'Autriche ne se feront pas attendre
+longtemps<a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334"></a><a href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a>; celles de Russie viendront plus tard, mais viendront.
+Cela fait, on attendra la Hollande, et ce qu'elle dira ne fera rien à
+personne. L'Espagne a mis une fois, quatre-vingts ans à faire une
+reconnaissance toute pareille, et cela n'a pas dérangé l'Europe qui
+avait fait ses affaires de son côté.&mdash;Je ne sais rien de la France au
+dedans; je ne lui trouve pas trop bonne mine, mais je sais qu'au
+dehors, nous sommes, par ce que nous venons de faire, placés comme le
+roi devait le désirer, sans trop l'espérer.</p>
+
+<p>»Cela doit bien étonner et bien fâcher les petits messieurs <span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">413</a></span> à non
+intervention, qui criaient et croyaient à la guerre.&mdash;Nous avons pris
+une forme excellente, c'est de laisser le protocole ouvert, et c'est
+sur la proposition de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche. On
+doit être content aux Tuileries de la rédaction de ce protocole...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 4 février 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»J'ai beaucoup entendu parler dans ma jeunesse, des talents du comte
+d'Avaux et de la longueur et de la difficulté des négociations du
+traité de Westphalie. C'était l'enfance de la diplomatie; et je crois
+que les quinze mois de la conférence de Londres, les cinquante-cinq
+protocoles toujours signés d'accord par les plénipotentiaires des cinq
+grandes puissances présentent un spectacle bien plus imposant de
+talents et de difficultés vaincues que tout ce qui l'avait précédé. Il
+sera beau pour vous, pour mes ministres et j'ose dire aussi pour moi,
+qu'en sortant de la révolution de Juillet, cette grande crise ait été
+conduite de manière à nous faire arriver au résultat que nous obtenons
+enfin, sans que la paix intérieure de la France, ait été troublée, et
+sans que l'Europe soit devenue la proie de l'embrasement dont elle
+était menacée.</p>
+
+<p>»Vous voyez, mon cher prince, que je partage votre opinion, que les
+ratifications de la France et de l'Angleterre échangées en même temps
+assurent l'échange des trois autres, car c'est presque devenu un lieu
+commun que de dire que, quand la France et l'Angleterre sont <span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">414</a></span>
+d'accord, il n'y a plus à craindre la guerre en Europe. J'ai toujours
+cru que nos deux puissances pouvaient s'entendre et se mettre
+d'accord, sans que ni l'une ni l'autre eussent rien à perdre de leur
+honneur national et de leurs intérêts politiques, mais j'ai cru aussi
+que pour que nos deux nations approuvassent cet accord, il fallait
+rendre évident que leurs gouvernements n'en avaient rien sacrifié; et
+voilà, mon cher prince, ce qui fait que j'ai souvent insisté avec tant
+de force sur quelques points de la négociation que mon gouvernement
+avait grande raison de vouloir rectifier. A présent, le succès a
+couronné ses efforts et les vôtres, et c'est là sans doute la
+meilleure réponse à toutes les invectives dont nous sommes tous les
+objets.</p>
+
+<p>»Je désire vivement, mon cher prince, que les ratifications des autres
+puissances ne se fassent pas attendre longtemps. C'est leur intérêt
+comme le nôtre, car c'est l'échange complet qui convaincra tous les
+incrédules qu'ils doivent renoncer à leurs espérances de guerre et de
+bouleversement. C'est là ce qui les convaincra de la stabilité de
+l'ordre de choses actuel et de l'impuissance de leurs efforts pour le
+renverser.</p>
+
+<p>»C'est toujours de tout mon c&oelig;ur, mon cher prince, que je vous
+renouvelle l'assurance de toute mon amitié pour vous....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 6 février 1832.</p>
+
+<p>»Je supplie Mademoiselle de me donner de ses nouvelles. La nuit du 2
+février a dû être une nuit d'angoisses, et <span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">415</a></span> quoique le danger<a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335"></a><a href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>
+n'ait été connu que lorsque déjà il n'existait plus, vous avez dû
+avoir des heures bien pénibles. Il est bien dur, quand on ne songe,
+comme vous le faites tous, qu'à faire du bien, de rencontrer à chaque
+pas des difficultés, des intrigues de tout genre. Je m'inquiète sans
+savoir rien; personne ne m'écrit. Je vous conjure, Mademoiselle, de ne
+pas me laisser, sur ce qui est d'un tel intérêt pour vous, dans une
+ignorance complète...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, lundi 7 février 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»C'est vraiment bien aimable et bien bon à vous de m'avoir écrit, tout
+de suite, à deux heures du matin, au moment où les ratifications entre
+la Belgique, l'Angleterre et la France venaient d'être faites. Je ne
+puis assez vous dire combien j'en suis vivement touchée, et c'est de
+tout mon c&oelig;ur que je vous en remercie. Cette bonne et importante
+nouvelle est arrivée bien à propos pour dédommager un peu notre
+bien-aimé roi de tout ce qu'il a à souffrir des infâmes complots des
+carlistes et des républicains qui, pour le moment, sont parfaitement
+d'accord dans leurs intrigues et leur bien coupable but. Vous savez
+par les journaux l'absurde mais exécrable conspiration qui vient
+d'être arrêtée, grâce à Dieu, au commencement <span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">416</a></span> de son exécution.
+La police, en cette occasion, a été parfaitement bien faite, car tout
+cela a été fait sans que cela causât la moindre agitation dans Paris.
+Cela s'est passé pendant notre grand bal du 2, qui n'en a pas moins
+duré jusqu'à cinq heures du matin. On disait tout bas dans le bal
+qu'on s'attendait à quelque tentative d'émeute pour la nuit, mais on
+était loin de croire que ce fût une chose aussi grave. Ce n'est qu'à
+trois heures, au moment où nous nous retirions du bal, la reine et
+moi, que nous avons appris les arrestations que l'on venait de faire
+de cette bande armée. Ils ne peuvent plus faire d'émeute dans la rue;
+la population n'en veut pas; ils en viennent aux conspirations, aux
+horreurs, comme la machine infernale du temps de Napoléon. Il y a cent
+dix personnes arrêtées, toutes prises les armes à la main. Ainsi, pour
+cette fois, il ne peut y avoir de doute sur leurs bonnes intentions.
+J'espère que cela mènera à un bon résultat, et je suis persuadée que
+cela sera avantageux pour le gouvernement. Le roi est d'un calme, d'un
+sang-froid admirable. Je vous avoue que je le trouve sans cesse
+beaucoup trop confiant; c'est un sujet de discussion entre nous...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 février 1832.</p>
+
+<p>»... L'empereur de Russie envoie le comte Orloff<a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336"></a><a href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a> à La Haye, pour
+déclarer au roi que, s'il ne se décide pas à adhérer aux articles de
+la conférence, il ne peut en aucune
+ <span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">417</a></span> manière, ni dans aucun
+cas, compter sur son appui. Cela retardera l'envoi des ratifications
+russes probablement de huit ou dix jours, mais il est positif qu'on
+est décidé à les envoyer...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 14 février 1832.</p>
+
+<p>»... Je n'ai appris l'envoi de troupes en Italie que comme un fait;
+comme projet, je ne le savais pas<a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337"></a><a href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>. Mais je suppose que l'on s'est
+entendu à cet égard avec le gouvernement autrichien; car, sans cela,
+il y aurait des complications qui donneraient plus d'embarras qu'il
+n'y aurait d'avantages. Du reste, je ne sais rien, et je raisonne sur
+tout cela un peu en aveugle, ce qui fait que je n'en parlerais pas à
+une autre <span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">418</a></span> personne qu'à vous. C'est bien assez d'avoir à se mêler
+de ce qu'on est chargé de faire; il serait fou de se mêler de ce qui
+regarde les autres, surtout quand on le sait mal.</p>
+
+<p>»Je vous ai écrit hier l'arrivée à La Haye du comte Orloff. Cette
+mission retardera probablement de dix ou douze jours les
+ratifications, mais elle les assure...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 13 février 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Prince,</p>
+
+<p>»J'ai tardé plus que je l'aurais voulu à répondre aux deux lettres
+particulières que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, car les
+premières discussions du budget ont été pour moi pénibles et
+laborieuses. Nous avons jusqu'ici gagné toutes les questions
+importantes. Nous avons surtout à combattre la Chambre sur des
+retranchements et des économies qui pourraient devenir embarrassantes
+pour le gouvernement. Au reste, nous sommes toujours décidés à lutter
+jusqu'au bout, à ne pas faire de questions ministérielles de celles
+qui ne seront que purement financières, et nous continuerons à faire
+tous nos efforts pour consolider au dedans ce système politique, à
+l'affermissement duquel vous avez, prince, si puissamment contribué au
+dehors.</p>
+
+<p>»J'ai reçu hier, avec les ratifications belges que vous m'avez
+envoyées, votre dépêche du ... J'y ai vu avec la plus grande
+satisfaction, ce que vous me dites du discours de lord Palmerston, que
+je me suis fait représenter ce matin. Le gouvernement du roi
+s'applaudit vivement de cette conformité de vues et de sentiments,
+dont les deux pays peuvent attendre <span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">419</a></span> de si heureux résultats.
+Cette manifestation franche et sincère peut répondre à bien des choses
+et nous être véritablement utile. Nous y trouvons une confirmation de
+notre système de politique étrangère justifié par un aussi heureux
+succès dans son but le plus important.</p>
+
+<p>»Ma première dépêche officielle, prince, vous donnera des détails
+étendus sur les affaires d'Italie; mais pour répondre à votre désir,
+je m'empresse de vous informer aujourd'hui que nous avons lieu
+d'espérer que Sa Sainteté cédera aux pressantes instances que nous lui
+avons fait faire et sera déterminée par elles à ne pas laisser
+subsister définitivement le refus de nous permettre d'occuper Ancône,
+refus dont M. de Sainte-Aulaire fils nous avait apporté la
+nouvelle<a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338"></a><a href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>.</p>
+
+<p>»Nos troupes ont reçu provisoirement l'ordre <i>d'entrer</i> à Ancône, le
+seul cas excepté où les Autrichiens les y auraient devancés. Dans
+cette supposition, elles se porteraient sur <i>Civita Vecchia</i> qu'elles
+occuperaient.</p>
+
+<p>»Nous ne varierons pas du but que nous nous proposons: montrer à
+l'Autriche que nous ne pouvons consentir à l'occupation de la Romagne
+qu'autant qu'elle sera de courte durée; montrer au Saint-Siège que
+nous voulons obtenir de lui les concessions qu'il a solennellement
+promises aux puissances<a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339"></a><a href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>.
+ <span class="pagenum"><a name="Page_420" id="Page_420">420</a></span></p>
+
+<p>»Du reste, sans nous départir en rien de cette volonté bien constante,
+nous ne comptons pas nous éloigner de notre système politique que nous
+avons voulu rendre modéré et juste en même temps que ferme et digne de
+la France, et nous éviterons aussi longtemps que nous le pourrons, une
+collision contre laquelle ont toujours été dirigés nos efforts...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 17 février 1832.</p>
+
+<p>»... En Angleterre, jusqu'à présent, on ne fait autre chose que
+regarder la question portugaise; je suis étonné du peu d'intérêt que
+l'on y porte dans un sens ou dans l'autre. Quand le dénouement
+approchera, peut-être que cela changera. La réforme et la Belgique se
+sont emparé de toute la sollicitude du pays. Je commence à croire que
+j'ai quelque succès à Paris, car je vois qu'on me libellise dans les
+journaux et dans les pamphlets. Il faut se soumettre à cela quand on
+veut servir son pays et que l'on cherche les moyens d'arrêter le flot
+populaire. Au surplus, cela passera comme le reste...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 24 février 1832.</p>
+
+<p>»Il n'y aura pas de congrès quant à présent, personne n'y pense. Le
+comte Orloff tient en suspens: il ne s'est ouvert <i>tout à fait</i> à
+personne à Berlin. Pozzo, s'il en parle, fait des contes; il n'en sait
+pas plus que M. de Liéven qui ne sait rien. Le comte Orloff a dû
+arriver le 20 à La Haye, il y restera cinq ou six jours, au plus huit,
+et de là, il vient ici. Si Lamb<a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340"></a><a href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a> <span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">421</a></span> et Esterhazy ont emporté
+l'envoi des ratifications de l'Autriche, comme ils ont dû le faire; si
+Metternich a le bon esprit de ne pas vouloir placer l'Autriche à la
+remorque de la Russie, alors nous n'aurons plus d'embarras d'aucun
+genre: il faudra bien que la morgue russe cède...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 25 février 1832.</p>
+
+<p>»On m'écrit que Maubreuil va reparaître sur la scène pour faire
+quelque plaidoyer rempli d'injures contre moi, en ma qualité de
+président du gouvernement provisoire en 1814<a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341"></a><a href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>. Ce sera une ou deux
+matinées de scandale, et cela finira par une fin de non recevoir. Du
+reste, cela ne m'ennuie et ne me trouble guère. C'est dans les
+singularités du temps d'être attaqué par un homme que l'on n'a jamais
+vu et qui, en 1814, avait mis la décoration de la Légion d'honneur à
+la queue de son cheval, et que cet homme-là ait pour lui des libéraux
+de la fabrique actuelle.»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 27 février 1832.</p>
+
+<p>»... Je ne sais rien du comte Orloff que des on-dit, mais je sais que
+quelque demande qu'il fasse, je ne soumettrai jamais la France à
+changer une virgule à un traité que j'ai signé. Il faut que les autres
+puissances ratifient; cela fait, je deviens coulant, je consens à ce
+que, de gré à gré, il soit fait des modifications entre la Belgique et
+la Hollande; je les facilite, je les encourage autant que je peux. Je
+vais plus loin, car je suis prêt à garantir, si l'Angleterre consent à
+le <span class="pagenum"><a name="Page_422" id="Page_422">422</a></span> faire avec nous, le traité qui sera fait par la Hollande et la
+Belgique. Voilà toute ma marche: elle sera invariable. Je suis dans
+l'opinion que je parviendrai à ce que je veux faire, et cela ne sera
+pas bien long...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 28 février 1832.</p>
+
+<p>»... Nous avions obtenu du pape toutes les concessions que les
+libéraux pouvaient raisonnablement demander. Cela obtenu, les libéraux
+se révoltent encore; nous n'avons plus à nous en mêler. C'est une
+question de police que le pape fait faire comme cela lui convient le
+mieux. Mais nous avions fait ce que nous devions aux principes que
+nous professons en engageant le pape et en obtenant de lui d'entrer
+dans la route où les idées de l'époque dans laquelle il vit le forcent
+de se tenir. A présent cela ne nous regarde plus. C'est avec ce
+langage qu'on donnerait confiance à l'Europe et que l'on serait sûr de
+n'être inquiété par personne. Et puis, on fait connaître son système
+de gouvernement, ce qui est commode pour tout le monde. Voilà comme je
+raisonne au milieu de mes brouillards.</p>
+
+<p>»Savez-vous que l'expédition de dom Pedro, avec mon idée de
+neutralité, réussira très probablement si l'on s'en rapporte à tout ce
+qui vient de Lisbonne, qui est plus sûr que ce qui vient de
+Pozzo<a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342"></a><a href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>. Tenons-nous unis à l'Angleterre et nous sommes maîtres de
+nous établir dans notre intérieur sans être dérangés par le dehors, ce
+dont Metternich enrage. L'Espagne dont on veut effrayer le monde n'a
+pas un écu et <span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">423</a></span> manque de souliers; c'est bien là l'armée de moines
+déchaussés, comme il y en a par douzaines dans ce qu'on appelle la
+péninsule.</p>
+
+<p>»Ici, les partis s'aigrissent: chaque parti croit qu'il aura
+l'avantage lors de la discussion à la Chambre des pairs. Je crois que
+le ministère aura la majorité à la seconde lecture, mais, dans le
+comité où l'on ne vote plus par procuration, la question n'est pas
+aussi sûre<a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343"></a><a href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>. Lord Grey a répondu dans le Parlement d'une manière
+qui doit convenir au gouvernement français, en versant beaucoup de
+dédain sur lord Aberdeen, qui a été d'une âcreté et d'un goût
+détestable dans son langage sur la France. Tenons-nous bien où nous
+sommes; disons-le, montrons-le et nous nous retirons de toutes nos
+difficultés.»</p>
+
+<p>Je ne m'arrêterai un moment sur ce qui concerne les affaires d'Italie
+et l'occupation d'Ancône dans les lettres qui précèdent et dans celles
+qui vont suivre, que pour constater que j'étais en dissentiment sur
+ces points avec le gouvernement français. Je croyais qu'il s'était
+engagé là précipitamment dans de nouvelles difficultés, avant d'avoir
+résolu celles qui tenaient depuis dix-huit mois la paix en suspens, et
+je ne trouvais pas cela une saine politique. Je n'ignorais pas qu'à
+Paris, l'opposition jetait les hauts cris à propos de l'entrée des
+troupes autrichiennes dans les légations, mais je <span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">424</a></span> pensais qu'avec
+un peu plus de fermeté, on aurait pu résister à ces cris et attendre
+le moment, où le traité du 15 novembre 1831 ratifié par toutes les
+puissances, le cabinet français aurait été mieux placé pour exiger la
+retraite des troupes autrichiennes des États pontificaux, en menaçant
+d'y transporter une expédition française pour obtenir leur libération.
+J'ai la certitude qu'il aurait obtenu l'assentiment du gouvernement
+anglais à une manière d'agir fondée sur les traités et sur le principe
+de non intervention, cette fois sagement appliqué. Quoi qu'on en ait
+dit, il y aurait eu plus de dignité et de véritable vigueur dans cette
+politique que dans la furtive prise d'Ancône, d'où il devait nous être
+plus difficile encore de sortir qu'il ne l'avait été d'y entrer.
+Chacun pourra apprécier mon opinion que je tenais à bien exprimer ici,
+et qui se trouvera d'ailleurs dans ma correspondance à travers ce qui
+se rapportait à l'affaire belge. Celle-ci qui était ma véritable
+préoccupation, continuait à passer par des péripéties qui auraient pu
+lasser le plus patient. Ainsi, M. Bresson m'écrivait de Berlin, le 23
+février, qu'il venait d'expédier un courrier à Paris, pour y annoncer
+que l'empereur Nicolas était décidé à désavouer ses plénipotentiaires
+à Londres, qu'il ne ratifierait pas le traité du 15 novembre, et qu'il
+l'avait signifié au gouvernement prussien; puis, quelques jours plus
+tard, je recevais de lui la lettre suivante qui disait tout le
+contraire:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Berlin, le 1<sup>er</sup> mars 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je n'ai qu'un moment avant le départ du courrier pour vous annoncer
+qu'un courrier russe, qui a passé ici ce matin <span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">425</a></span> à quatre heures,
+porte au comte Orloff l'ordre de déclarer au roi des Pays-Bas: «que
+l'empereur a vu avec une extrême affliction le projet de traité
+communiqué à la conférence par les plénipotentiaires hollandais<a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344"></a><a href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>;
+qu'il considère que le roi, en se refusant à admettre comme convenue
+la séparation politique de la Belgique, remet en question toutes les
+négociations suivies par les puissances depuis dix-huit mois; qu'agir
+ainsi, c'est vouloir la guerre et non la paix, et que, si le roi
+n'abandonne pas cette proposition <i>inadmissible</i>, l'empereur <i>pourra
+bien</i> se considérer comme affranchi des engagements qui le lient et
+modifier sur plusieurs points les instructions du comte Orloff,
+particulièrement dans cette disposition essentielle de ne reconnaître
+le roi Léopold qu'après qu'il l'aurait été par le roi des Pays-Bas
+lui-même.»</p>
+
+<p>»Le chargé d'affaires de Russie à La Haye fera cette communication si
+le comte Orloff a déjà quitté cette ville pour se rendre à
+Londres....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 1<sup>er</sup> mars 1832.</p>
+
+<p>»Il n'y a point de nouvelles. La malle de Hollande est en retard de
+cinq jours. Je ne sais quel jour arrivera le comte Orloff, mais on
+l'attend chez les Lieven qui donnent des bals pour prouver que sa
+venue à Londres leur fait plaisir. Le <span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">426</a></span> fait est qu'ils en sont
+très peinés. Je persiste dans l'opinion que tout s'arrangera et, à peu
+de jours près, dans le temps que je vous ai indiqué.</p>
+
+<p>»Le roi de Bavière accepte pour son fils Othon la couronne de
+Grèce<a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345"></a><a href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>; c'est un choix dans lequel le <i>désintéressement</i> des
+puissances se montre, ce qui était nécessaire à faire, et d'ailleurs,
+le seul prince de l'Europe qui se soit montré favorable aux Grecs est
+le roi de Bavière. Je n'ai point indiqué ce choix, mais je m'y suis
+prêté, faute de mieux. Le prince Paul de Wurtemberg n'était pour
+personne un choix qui inspirât de la confiance; le prince Frédéric des
+Pays-Bas ne voulait pas; le prince de Saxe<a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346"></a><a href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a> et le margrave
+Guillaume de Bade<a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347"></a><a href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a> avaient refusé. Bolivar<a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348"></a><a href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a> était mort. Qui
+pouvait-on prendre?»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 6 mars 1832.</p>
+
+<p>»Cette prise d'Ancône, me met dans un embarras extrême. Pourquoi donc
+y entrer par force? Est-ce que l'on n'était pas convenu avec
+l'Autriche de ce que l'on ferait? Il faut, pour
+<span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">427</a></span>
+sortir de là, que le pape fasse ce qu'il avait promis, que l'on
+désavoue l'officier qui commandait l'escadre, et que l'on fasse dire
+par l'Angleterre, à Vienne, que nous sommes prêts à nous retirer au
+moment où le pape aura tenu l'engagement qu'il a pris avec les
+plénipotentiaires d'Autriche, d'Angleterre et de France. Et tout cela
+doit être fait dans un moment. Le temps ne répare point les
+étourderies; il faut réparer avant qu'on ait pu s'aigrir et se porter
+à des mesures qui pourraient devenir embarrassantes. Si j'étais M.
+Périer, voilà ce que je ferais, et si j'étais auprès de lui, voilà ce
+que je lui conseillerais. Mais, comme j'ai le bonheur de ne pas m'être
+mêlé de cette affaire et de ne pas avoir eu mon opinion à donner, je
+ne veux pas que vous prononciez mon nom sur cela. Si l'on vous demande
+ce que dit M. de Talleyrand, vous répondrez: «Cela ne le regarde pas;
+il a assez d'affaires avec le comte Orloff, et je ne crois pas que ce
+qui se passe en Italie les rende plus faciles.»</p>
+
+<p>»Nos amis en Angleterre sont désolés; ils vont être attaqués au
+Parlement et ne sauront que répondre aujourd'hui sur cette diable
+d'expédition. Le ministère sera pressé fortement par les arguments
+âcres de lord Aberdeen. Les Autrichiens seront mal; cette affaire
+d'Ancône va leur servir de prétexte....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 7 mars 1832.</p>
+
+<p>» ... On attend le comte Orloff par le bateau à vapeur du 9. Si vous
+voyez le roi, dites-lui que l'Angleterre a besoin que l'officier qui,
+à ce que l'on me mande, est entré à Ancône hors de ses instructions,
+soit désavoué. En tout, quand on a une affaire importante, il ne faut
+pas la compliquer par des intérêts qui lui nuisent, quoiqu'ils lui
+soient étrangers....» <span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">428</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 7 mars 1832. 8 heures du soir.</p>
+
+<p>»Mon prince, en sortant de la séance de la Chambre, je me hâte de vous
+envoyer le discours que je viens de prononcer dans la discussion
+générale sur le budget des affaires étrangères. Vous apprendrez avec
+plaisir, mon prince, que cet exposé de la politique du gouvernement a
+obtenu un plein succès.</p>
+
+<p>»J'ai reçu ce matin de Vienne, tant au sujet des ratifications que des
+affaires d'Italie, des nouvelles satisfaisantes. Cependant, comme on
+m'écrivait encore sous la première impression, je ne puis savoir quel
+parti on essayera peut-être de tirer de notre entrée un peu
+irrégulière à Ancône et surtout de ce que le consentement du
+Saint-Siège n'avait pas été donné d'une manière assez explicite.</p>
+
+<p>»Je ne vous écris pas longuement aujourd'hui, mon prince parce que je
+pense que vous serez bien aise de recevoir des premiers des nouvelles
+de la séance de ce jour....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 13 mars 1832.</p>
+
+<p>»Le roi des Pays-Bas se sert aujourd'hui de l'affaire d'Ancône et de
+l'espoir que la <i>Réforme</i> ne passera pas, pour retarder le départ du
+comte Orloff; cela m'est insupportable. <span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">429</a></span></p>
+
+<p>»M. Ouvrard<a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349"></a><a href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a> se mêle aussi avec M. de La Rochejacquelein<a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350"></a><a href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a> de
+toutes les affaires du roi de Hollande et tous les moyens d'intrigue
+qu'il fournit au roi sont accueillis. Je ne me découragerai pas, mais
+cette affaire-là me tuera. Cette nouvelle difficulté, qui arrête
+encore le comte Orloff à La Haye, m'est très désagréable. A présent,
+on doit convenir que si nous n'avions pas eu la ratification de
+l'Angleterre, et si nous n'étions pas liés avec elle, nous serions
+aujourd'hui dénués de toute force. En restant comme nous sommes,
+accolés à l'Angleterre, nous nous en tirerons; c'est là la base solide
+de notre dynastie. J'y attache le plus grand prix. Le bill de la
+<i>Réforme</i> passera tel qu'il est, à la seconde lecture; il peut y avoir
+quelque amendement lorsqu'il sera porté au comité; sur cela, on n'est
+pas d'accord. Mon opinion n'est pas que les changements altèrent les
+principes du bill....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 15 mars 1832.</p>
+
+<p>»A la contrariété près, il ne faut voir dans le retard du comte Orloff
+qu'une douzaine de jours de plus de délai, car les ratifications
+arriveront, j'en suis sûr, et sans l'affaire d'Ancône, elles seraient
+déjà ici. Mais on a tant dit à La Haye que cela changerait les
+résolutions du cabinet de Pétersbourg et qu'il fallait attendre, avant
+de venir à Londres, l'effet que cela <span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">430</a></span> aurait produit et qui ferait
+peut-être changer les instructions qu'avait le comte Orloff, qu'il a
+consenti à rester. Mais nous serons si raides ici qu'il faudra bien
+qu'il arrive. Je donne à tout cela quinze jours. Sans la prise
+flibustière d'Ancône, tout aurait été fini le 10, comme je l'avais
+dit. S'il n'y a pas de nouvel incident, tout le sera le 30.&mdash;Voilà mon
+opinion fixe.&mdash;Je ne me soucie pas que vous parliez du mauvais effet
+d'Ancône, parce que cela ferait tort au ministère, et qu'il faut
+l'aider par tout moyen....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 14 mars 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Prince,</p>
+
+<p>»Cette lettre vous sera remise par mon fils qui va rejoindre son
+poste. Il vous annoncera que le général Sébastiani, dont la santé est
+meilleure, a repris ce matin son portefeuille. Je crois lui laisser
+les affaires étrangères dans un moment où la France a pris une
+attitude convenable sous tous les rapports vis-à-vis des puissances,
+et où nous avons plus que jamais l'espérance d'arriver à la paix, au
+désarmement, à ce résultat qui a été le but de tous nos v&oelig;ux et de
+tous nos efforts. Nous comptons toujours pour y parvenir, prince, sur
+votre bonne et puissante coopération. Je vous avouerai que l'ardent
+désir de réussir à assurer cette paix, si nécessaire au pays, peut
+seul me faire résister à la pénible tâche dont je me trouve chargé. La
+session qui va finir a été bien fatigante pour moi. Nous avons trouvé
+dans la Chambre un esprit et une tendance qui sont la conséquence
+naturelle et prévue par nous d'un déplacement tel que celui qui est
+résulté de <span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">431</a></span> la dernière loi électorale. Nous avons, en grande
+partie, affaire à des hommes dont la tête ne pense point, dont les
+mains ne sont propres qu'à détruire, nullement à édifier. C'est avec
+cela qu'on peut faire facilement des révolutions sans les consolider.
+Nous avons donc trouvé sur notre route parlementaire bien des
+obstacles. Nous avons été, en dernier lieu, contrariés par des
+économies embarrassantes pour nous, sans profit aucun pour la France.
+Je dois le dire, cependant, la vérité, que nous n'avons pas hésité à
+faire entendre souvent tout haut, n'a pas été totalement perdue. On
+commence à revenir dans le pays à des idées d'ordre et de
+gouvernement. Sans qu'on nous accuse de nous avancer trop, nous
+pouvons affirmer qu'à aucune époque, notre position intérieure n'a été
+plus solide et plus forte contre les attaques qu'elle ne l'est
+aujourd'hui.</p>
+
+<p>»Je ne m'étendrai pas, prince, sur nos rapports avec les puissances;
+mes deux derniers discours vous auront tout dit sur notre système de
+politique intérieure. Avec l'échange des ratifications que nous
+attendons impatiemment, nous n'avons plus rien à c&oelig;ur que de voir
+promptement terminer les affaires d'Italie. Je pense qu'on y arrivera
+avec l'aide des représentations des puissances auprès de la cour de
+Rome.</p>
+
+<p>»J'ai eu ce matin à ce sujet une réunion des ministres des cinq cours.
+Deux partis y ont été discutés: le premier, de continuer l'occupation
+simultanée des troupes autrichiennes et françaises, en sollicitant la
+prompte solution des différends du Saint-Siège avec les légations;&mdash;le
+second, de faire remplacer les troupes actuellement occupantes par des
+Suisses venant du royaume de Naples. Cependant, comme cette dernière
+<span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">432</a></span> mesure entraînerait de longs délais, nous désirons bien que les
+affaires soient terminées avant le temps nécessaire pour sa mise à
+exécution. Tout ceci n'a été cependant qu'une simple conversation
+entre les ministres des cinq cours et moi....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">Londres, le 17 mars 1832.</p>
+
+<p>»Aujourd'hui, malgré tous les moyens dilatoires employés par le roi
+des Pays-Bas, je dois croire que les ratifications du comte Orloff
+arriveront ici en même temps que lui, et qu'il sera ici au plus tard
+dans quinze jours. Les ministres hollandais ont reçu leur courrier et
+un mémoire, mais je crois qu'ils auront de la difficulté à nous faire
+une communication parce que le roi trouve qu'il n'est pas de sa
+dignité de nous faire une communication nouvelle avant que nous lui
+ayons fait une réponse à la note jointe au projet de traité qu'il nous
+a fait remettre il y a un mois. Mais comme je suis décidé, ainsi que
+l'Angleterre, à ne rien écouter avant que les ratifications soient
+arrivées<a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351"></a><a href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>, ils sont fort embarrassés de trouver un moyen pour
+entrer en matière avec nous. C'est cette résolution-là qui forcera les
+ratifications d'arriver.&mdash;Mais il faut qu'à Paris on finisse les
+affaires d'Ancône, qui servent de prétexte à tout ce que l'on aime à
+dire contre le gouvernement français à La Haye. Les malveillants
+attribuent toujours le système <span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">433</a></span> de délai de la Hollande à l'espoir
+que le ministère anglais ou le ministère français sera forcé de
+quitter les affaires....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 22 mars 1832.</p>
+
+<p>»L'effet produit par cette affaire d'Ancône augmente chaque jour. Tout
+le monde est effrayé et on a dans la bouche: «Voilà les formes
+révolutionnaires qui reviennent.»&mdash;Le dernier courrier envoyé par le
+comte Orloff a été motivé par les affaires d'Italie. Le pape a envoyé
+partout la proclamation du capitaine Gallois<a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352"></a><a href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>; elle anime tout le
+monde, amis et ennemis. Si nous étions dans cette situation au moment
+où se décidera l'affaire de la réforme, je ne sais pas ce qui
+arriverait. Je vous avoue qu'il me paraîtrait bien dur, après dix-huit
+mois de difficultés vaincues d'échouer au port, par une fantaisie
+d'expédition dénuée de sens commun. Qu'est-ce que deux ou trois mille
+hommes, à Ancône quand les Autrichiens en ont soixante-mille dans le
+Milanais? C'est vraiment de la démence....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 22 mars 1832.</p>
+
+<p>»La confiance, je dirai l'amitié que vous me témoignez, monsieur me
+font un devoir d'attirer votre attention sur l'extrême importance des
+circonstances actuelles; l'entreprise <span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">434</a></span> d'Ancône les a fort
+compliquées; il en est résulté un grand effarement chez nos amis, et
+une vive satisfaction chez les ennemis de notre gouvernement, qui y
+cherchent des arguments pour attaquer jusqu'à la loyauté de notre
+cabinet, ce qui n'avait pas été fait depuis que vous êtes à la tête du
+ministère. Votre grande droiture a donné à notre ministère une force
+qu'il ne faut pas perdre; vous en auriez moins pour combattre les
+folies intérieures, si vous cessiez d'être regardé par l'Europe comme
+le conservateur du bon droit et du bon ordre.</p>
+
+<p>»Terminons donc, je vous en supplie, l'affaire d'Ancône, et faites-en
+porter la peine à quelques subalternes qui se sont trop souvenus des
+temps révolutionnaires. L'opinion de tous les partis se prononce ici
+sur cette question d'une façon embarrassante; le cabinet anglais ne
+sait comment l'expliquer, ni comment la justifier. Vous verrez, par ma
+dépêche de ce jour, en termes adoucis, de quelle manière le roi
+d'Angleterre m'en a parlé ce matin. Si cette fâcheuse affaire n'était
+pas terminée avant la question de la réforme, et si la réforme
+tournait mal pour le ministère de lord Grey, je ne sais vraiment où
+nous en serions. En vérité, trois mille hommes à Ancône sont trop peu
+de chose pour que la France puisse y trouver une satisfaction
+d'amour-propre; et cependant, notre séjour sur ce point menace
+d'embraser tout le midi et augmente les difficultés et prolonge les
+délais dans les affaires du nord.</p>
+
+<p>»Vous verrez, monsieur, dans cette lettre que j'écris à regret,
+combien je suis préoccupé des intérêts de notre gouvernement, et de
+votre gloire en particulier.</p>
+
+<p class="left5">»Agréez....» <span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">435</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 27 mars 1832.</p>
+
+<p>»Le comte Orloff arrive décidément demain à Londres. Il n'a rien
+obtenu à La Haye; le roi s'est refusé à tout. Nous aurons d'ici à peu
+de jours les ratifications de Prusse et d'Autriche, c'est sûr. La
+déclaration que le comte Orloff a donnée en partant s'exprime très
+fortement sur ce que l'empereur Nicolas a voulu être utile au roi. Il
+y dit que le roi s'étant refusé à ses conseils, il ne pouvait compter
+sur aucun appui de sa part.&mdash;Les choses marchent comme je l'ai voulu:
+nous triompherons, mais il ne faut pas que les Belges aillent faire
+des folies. Quel est le ministre qu'on veut envoyer de chez nous à
+Bruxelles? On ne saurait trop choisir un homme prudent. La séance
+d'hier sur la réforme a été bonne pour le ministère; le bill passera à
+la seconde lecture qui aura lieu jeudi le 5 avril; viendra ensuite le
+comité où se feront quelques propositions d'amendements....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 28 mars 1832.</p>
+
+<p>»Le comte Orloff est arrivé cette nuit, comme je vous l'annonçais
+hier. Il est venu chez moi ce matin. J'ai laissé, à cette première
+visite toute la réserve d'une visite de politesse. Il m'a parlé de son
+voyage en Hollande; il m'a dit du bien de M. de Mareuil (je l'ai cité
+dans ma dépêche) et tenait, à ce qu'il m'a paru, à dire qu'il avait
+catégoriquement demandé par <i>oui</i> ou par <i>non</i> au roi, s'il adoptait
+les vingt-quatre articles. Le roi lui ayant dit que <i>non</i>, il a remis
+une déclaration dont M. de Fagel a la copie, et il est parti <span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">436</a></span> pour
+Londres. C'est là tout ce que l'on sait aujourd'hui<a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353"></a><a href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 30 mars 1832.</p>
+
+<p>»On avait promis d'envoyer des troupes françaises en Italie, si les
+Autrichiens entraient dans les États du pape.&mdash;Voilà ce qu'on vous a
+dit; eh bien, cela n'a pas le sens commun. A qui a-t-on promis? Est-ce
+au pape?&mdash;Il n'a rien demandé à la France.&mdash;Est-ce à
+l'Autriche?&mdash;C'est ridicule à penser.&mdash;C'est donc à M. Mauguin ou à M.
+Lamarque: voilà un bel engagement! Peut-on comparer la position de
+l'Autriche, vis-à-vis de Rome, à la position de la France? Quand il y
+a des mouvements populaires dans les légations, <span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">437</a></span> l'Autriche, qui
+est voisine, est menacée; la France l'est-elle?&mdash;Je vous le répète:
+lord Holland, sir Francis Burdett<a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354"></a><a href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>, lord Grey, trouvent que cette
+expédition ne peut pas se défendre, et ils le disent tous très
+amicalement, mais c'est leur opinion. Une affaire pour laquelle il
+faut toujours donner des explications est très certainement une très
+mauvaise affaire. Je la défends de mon mieux, mais parce qu'il est de
+mon devoir de défendre ce que fait le gouvernement; mais il ne sortira
+de là que des embarras, parce que cela change la position
+anti-propagandiste que nous avons voulu prendre. Et en vérité, dans un
+temps où il y a une Vendée en mouvement, un Midi qui s'y met dans
+beaucoup d'endroits, c'est une folie de faire intervenir les questions
+et les démêlés avec Rome, qui agit dans la Vendée et dans plusieurs
+villes du Midi. Finissons l'affaire d'Ancône, et tout ira bien pour le
+reste. Je m'en charge. Ce matin encore, le comte Orloff, me disait:
+«C'est une chose que nous ne pouvons pas comprendre d'une manière
+plausible, que cette expédition; du reste cela ne me regarde pas. Je
+vous parle de cela parce que n'étant qu'un voyageur bénévole, je puis
+parler de tout....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 4 avril 1832.</p>
+
+<p>»La Russie se fait bien attendre. L'ordre d'échanger les ratifications
+n'est pas encore arrivé; probablement on l'aura demain; mais cela
+plaît aux Russes, qui veulent croire qu'on les attend; ce qui n'est
+pas tout à fait vrai, quoique au fond <span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">438</a></span> cela convînt assez. Cela se
+borne là, car on peut compter la chose comme faite....»</p>
+
+<p class="p2">Dans l'intervalle de nos négociations, le choléra qui était depuis
+plusieurs mois à Londres, éclata à Paris et le président du conseil,
+M. Casimir Périer, en avait été atteint<a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355"></a><a href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a>, ce qui donna lieu à la
+lettre suivante du général Sébastiani:</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 12 avril 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je puis vous parler aujourd'hui, en toute certitude et toute
+confiance de l'état de M. le président du conseil. Non seulement il
+est hors de danger, mais on ne met plus en doute qu'il ne puisse assez
+prochainement reprendre ses travaux. J'étais, quant à moi, très décidé
+à quitter les affaires, si sa santé eût exigé qu'il rentrât dans la
+vie privée. Fort heureusement pour la France et pour l'Europe, nous le
+conserverons à la tête du ministère, et tous les intérêts de premier
+ordre qui se rattachent d'une manière si étroite au système que nous
+avons adopté trouveront ainsi, dans la continuation assurée de ce
+système, les garanties dont ils ont besoin.</p>
+
+<p>»Au reste, mon prince, comme vous le pouvez croire, les adversaires du
+gouvernement n'ont pas manqué d'exploiter les incertitudes auxquelles
+devait d'abord donner lieu le <span class="pagenum"><a name="Page_439" id="Page_439">439</a></span> malaise grave de M. le président du
+conseil, pour chercher à préparer les esprits à de nouvelles
+combinaisons ministérielles. Mais leur impuissance à cet égard était
+chose trop notoire pour qu'ils pussent faire impression, et bientôt,
+avertis eux-mêmes de leur peu d'influence par le caractère soutenu de
+l'anxiété publique, ils ont jugé devoir changer leurs batteries et
+exprimer le v&oelig;u que M. Périer restât aux affaires, pour le voir
+succomber plus tard, ont-ils dit, sous les efforts de son propre
+système.</p>
+
+<p>»Tout cela, mon prince, n'est que ridicule, et n'a rien d'alarmant. Le
+ministère continuera à marcher d'un pas ferme dans les mêmes voies, et
+si la convalescence de M. le président du conseil lui commande d'user,
+pendant quelque temps encore, de grands ménagements, les circonstances
+n'exigent plus heureusement de lui qu'il se prodigue en efforts et en
+travaux comme il a dû le faire depuis plus d'une année. La session
+touche à sa fin. Demain ou après-demain, la Chambre des députés sera
+close de fait: ils ont hâte de terminer et de retourner dans leurs
+foyers. Vous aurez pu en juger par la rapidité avec laquelle ils ont
+voté les derniers projets de loi.</p>
+
+<p>»Le gouvernement du roi va donc se trouver moins entravé, plus libre
+dans sa marche: il n'aura plus à perdre, en discussions si souvent
+oiseuses, quelquefois même si inopportunes, un temps que les intérêts
+positifs du pays réclament presque tout entier. La cause de la paix ne
+pourra qu'y gagner et il ne dépendra pas de nous, mon prince, que
+toutes les puissances ne mettent à profit cet intervalle pour
+resserrer et fortifier des liens dont la durée leur importe à toutes
+au même titre.</p>
+
+<p class="left5">»Recevez....»
+<span class="pagenum"><a name="Page_440" id="Page_440">440</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 avril 1832.</p>
+
+<p>»Les ratifications autrichienne et prussienne sont ici; le pouvoir de
+les échanger y est aussi, mais on exprime de Berlin un grand désir que
+l'on attende, si on le peut, la réponse au courrier russe. Tout cela a
+pour objet de placer la responsabilité sur MM. de Bülow et de
+Wessenberg, qu'on n'aime pas à Berlin et à Vienne, parce qu'ils ont
+signé le traité du 15 novembre. Je les presse, mais toutefois en les
+ménageant, parce que le fait est qu'à l'époque de la signature du
+traité ils ont été fort bien, très courageux et très décidés, croyant
+qu'ils faisaient ce qui était utile à leurs gouvernements. Tout sera
+décidé demain au soir. Attendra-t-on trois ou quatre jours de plus, ou
+finira-t-on demain? Je n'ai pas encore d'opinion sur cela....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 16 au soir.</p>
+
+<p>»Je vous ai écrit ce matin, à moitié endormi. La séance de la Chambre
+des lords n'a fini qu'à sept heures du matin, et j'ai voulu, avant de
+me coucher, faire annoncer le succès du ministère anglais par le
+télégraphe. Voilà une affaire bien finie, la majorité a été de neuf
+voix. Ainsi j'avais exactement annoncé au gouvernement quel serait le
+résultat de cette grande et importante affaire. Le comité pour régler
+les détails du bill de réforme, ne se réunira qu'après Pâques, car
+tout le monde est fatigué et veut aller à la campagne. Rien de nouveau
+de la Russie. On attend parce qu'on ne peut faire autrement, mais tout
+le monde est dans une forte <span class="pagenum"><a name="Page_441" id="Page_441">441</a></span> impatience. Je tiendrai bon jusqu'à
+la fin. Je ne veux penser à mon âge que quand les ratifications seront
+venues; mais alors, j'y penserai un peu et je le dirai sérieusement.
+Je me suis plu à finir ma carrière par une grande chose et par une
+grande marque de dévouement: la grande chose, c'est la paix et notre
+union avec l'Angleterre: le dévouement, c'est d'avoir donné deux
+années de temps, de fatigue de tête, de changement de vie, à
+l'établissement au dehors de notre dynastie à qui il faut à tout prix
+donner des bases solides; et c'est en Angleterre qu'elle les trouvera;
+et je vous assure bien que ce n'est pas à Ancône, dont les embarras se
+feront sentir, quoi que l'on en dise. On a trop cru faire quelque
+chose d'agréable à l'opposition; tout cela a été mal compris: il ne
+faut pas chercher à lui plaire, parce qu'on ne lui plaira jamais. Il
+faut la contenir, et on le peut. Je raisonne là tout à mon aise, parce
+que je ne suis et ne voudrais être pour rien dans le pouvoir....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 17 avril au soir 1832.</p>
+
+<p>»La réponse au courrier du 14 mars envoyé par le comte Orloff
+lorsqu'il était à La Haye, est arrivée à l'ambassade russe, et, comme
+elle n'est pas définitive, demain nous passerons outre et nous
+engagerons les plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse à faire leur
+échange de ratifications avec le plénipotentiaire belge. Ainsi, demain
+18, à quatre heures, cela sera fini; il ne restera plus que la Russie
+qui viendra certainement à la fin du mois. Attendre plus longtemps
+aurait été une marque de déférence pour la Russie qui aurait été trop
+forte. Des égards, je les comprends; mais de la déférence qui aurait
+l'air d'une reconnaissance de supériorité, nous ne <span class="pagenum"><a name="Page_442" id="Page_442">442</a></span> pouvons, nous
+ne voulons l'admettre. Ainsi demain, tout tranquillement, nous
+laisserons la Russie de côté, et nous aurons les deux autres
+ratifications échangées. Il ne faut être raide que quand il le faut;
+mais, quand il le faut, il faut être inébranlable....»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 23 avril 1832.</p>
+
+<p>»Je ne comprends rien à ce qu'on m'écrit de notre ministère des
+affaires étrangères de Paris sur les ratifications de Prusse et
+d'Autriche. Le fait est que les ministres autrichien et prussien
+n'étaient autorisés à faire leur échange qu'avec le consentement des
+Russes, et ce consentement ils ne l'ont pas eu,&mdash;ou bien en même temps
+que les Russes, c'est-à-dire plus tard qu'ils ne l'ont fait, puisque
+les ratifications russes ne sont pas encore arrivées. Je me figure que
+c'est pour m'ôter le petit mérite de cette affaire que l'on se donne
+la peine de dire que M. de Bülow avait reçu l'ordre positif d'échanger
+sur-le-champ. Au reste, cela me fait peu de chose; ici on sait bien ce
+qui en est....»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 20 avril 1832.</p>
+
+<p>»Je vous remercie beaucoup, mon cher prince, d'avoir chargé madame de
+Vaudémont de me communiquer la lettre que vous lui écriviez le 17, ce
+qu'elle a fait hier avec un aimable empressement pour moi, et à six
+heures le roi a reçu, par dépêche télégraphique, la confirmation de
+l'importante et si bonne nouvelle de l'échange des ratifications de
+l'Autriche et de la Prusse, faite le 18, comme vous l'annonciez la
+<span class="pagenum"><a name="Page_443" id="Page_443">443</a></span> veille<a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356"></a><a href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>. J'ai besoin de vous en exprimer tout de suite ma
+satisfaction et de vous en faire tous mes compliments, car c'est bien
+à vos peines, à votre habileté et à votre fermeté, surtout dans cette
+dernière circonstance, que nous devons cet heureux résultat qui nous
+assure l'immense et incalculable avantage de la paix, à laquelle je
+croyais depuis longtemps. Mais le retard prolongé des ratifications de
+l'Autriche et de la Prusse donnait une arme puissante à tous nos
+ennemis pour en faire douter, et semer l'inquiétude à cet égard, ce
+qui était un grand mal. Grâce à vous, c'est enfin fini; et sans
+attendre la ratification de la Russie, ce qui est une grande et belle
+victoire pour vous, et je suis bien convaincue que personne autre que
+vous n'aurait pu la remporter.</p>
+
+<p>»Cette bonne nouvelle est arrivée bien à propos pour dédommager et
+consoler un peu notre bon roi de toutes ses peines et de ses soucis.
+Ce malheureux choléra nous attaque ici d'une manière bien vive et bien
+cruelle et nous plonge dans la tristesse; c'est une affreuse calamité.
+M. Périer l'a eu bien fortement; il est en convalescence, mais il
+paraît que les convalescences de cette maladie sont bien longues. M.
+d'Argout <span class="pagenum"><a name="Page_444" id="Page_444">444</a></span> aussi a été attaqué bien vivement. Vous jugez dans
+quelle anxiété cela met le roi...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le samedi, 21 avril.</p>
+
+<p>»Je reprends cette lettre que je n'ai pu finir hier.&mdash;Toutes les
+difficultés étrangères tendent à s'aplanir, car la roi a reçu hier
+soir la nouvelle que le pape consent à ce que nos troupes restent à
+Ancône le temps que les troupes autrichiennes resteront dans ses
+États; et le matin il avait reçu celle du rappel du cardinal
+Albani<a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357"></a><a href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a>. Je suis contente de vous donner ces bonnes nouvelles qui,
+j'espère, vous réconcilieront un peu avec notre expédition d'Ancône,
+et que, si vous ne croyez pas qu'elle ait fait du bien (manière de
+voir que quelques personnes de votre connaissance et <i>de la mienne</i>
+ont), vous conviendrez au moins qu'elle n'a pas fait de mal, et c'est
+beaucoup.</p>
+
+<p>»Le <i>Courrier anglais</i> a fait un bon article, que je lisais ce matin,
+sur le droit de Louis-Philippe au trône, au sujet de la détestable
+phrase<a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358"></a><a href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a> de sir Robert Peel, dans la discussion de <span class="pagenum"><a name="Page_445" id="Page_445">445</a></span> lundi sur
+les captures brésiliennes. Mais je voudrais qu'on eût bien établi que
+dom Miguel avait accepté la régence et que, par conséquent, il n'avait
+qu'en dépôt la couronne de dona Maria, qu'il s'est appropriée; tandis
+que Louis-Philippe n'avait pris aucun engagement, qu'il ne voulait
+absolument pas de la royauté et qu'il ne s'est déterminé à l'accepter
+que quand il a eu la conviction qu'il n'y avait que ce moyen de sauver
+notre chère France de l'anarchie et des plus grands malheurs. Ce n'est
+qu'alors qu'il s'est rendu <i>au v&oelig;u unanime</i>; car il l'était à cette
+époque, dont vous avez été témoin comme moi...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 24 avril 1832.</p>
+
+<p>»... La lettre que j'ai reçue de Mademoiselle est toute pleine
+d'Ancône. Je suis charmé que cette affaire prenne une tournure
+régulière; c'est la forme révolutionnaire qu'avait eue cette
+entreprise qui avait blessé tous nos amis. Les Autrichiens étaient
+appelés; nous ne l'étions pas; voilà l'énorme différence.</p>
+
+<p>»Quand l'empereur Napoléon est entré en Espagne, détestable entreprise
+d'où date le décroissement de sa puissance, il s'était fait appeler
+par le roi d'Espagne et il avait mis du soin à ce que cela fut
+observé. Nous sortons d'une révolution, et en pareille position, quand
+on veut s'établir, il faut montrer à tous les gouvernements,
+naturellement inquiets, que l'on n'est pas révolutionnaire. C'est à
+cela que je me suis attaché ici, et voilà pourquoi j'ai réussi...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_446" id="Page_446">446</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE COMTE DE FLAHAUT AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="p2 right">Paris, le 24 avril 1832.</p>
+
+<p>»... Nos affaires intérieures et extérieures iraient bien sans la
+fâcheuse complication produite par la maladie de M. Périer, celle de
+d'Argout, et l'état de Sébastiani, quoique ce dernier se soit fort
+remis depuis quelque temps. M. Périer n'a plus de choléra, mais une
+guérison de la façon de Broussais<a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359"></a><a href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a>
+[359] équivaut à une maladie
+mortelle. En attendant, les intrigues ministérielles vont leur train,
+et il existe toujours des faux frères.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 1<sup>er</sup> mai 1832<a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360"></a><a href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>.</p>
+
+<p>»Comment voulez-vous que je parle de ratifications russes avant qu'on
+les sache à Paris? Ce n'est que par Paris que je les sais et ce n'est
+que d'hier au soir qu'elles sont arrivées ici, tandis qu'à Paris, vous
+les connaissez depuis trois jours.</p>
+
+<p>»Lord Palmerston ne revient de la campagne que jeudi 3; d'ici là, nous
+ne saurons rien que mal. Le 3, nous aurons une conférence, et
+j'écrirai ce jour-là au département et à vous.» <span class="pagenum"><a name="Page_447" id="Page_447">447</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 29 avril 1832.</p>
+
+<p>»Voilà la ratification de la Russie arrivée, c'est un beau triomphe,
+mon cher prince, et qui nous assure la première chose de toutes: la
+paix.&mdash;Notre roi avait besoin de cette grande et bonne nouvelle pour
+le consoler et le dédommager des nouveaux embarras que lui cause la
+maladie de M. Périer, qui l'afflige beaucoup. Malheureusement sa
+convalescence n'est réellement pas établie, et il est dans un état qui
+laisse la plus grande incertitude sur le résultat qu'il aura. Mais,
+qu'il se prolonge ou non, le roi tient à suivre le même système de
+gouvernement, qui, je sais, est le vôtre aussi. C'est pour cela que,
+même sans en rien dire à notre cher roi, à qui je ne veux pas, surtout
+dans ce moment, donner un nouveau tourment de plus, je viens vous
+consulter sur une nouvelle difficulté que l'état de santé de notre
+pauvre général Sébastiani, dont je ne suis pas tout à fait contente,
+me fait craindre.</p>
+
+<p>»S'il était dans le cas de ne pouvoir rentrer aux affaires étrangères,
+quel serait votre avis sur le choix bien important de la personne qui
+pourrait le remplacer? Je vous le demande en toute confiance, et vous
+pouvez me répondre de même, étant bien certain que cela restera <i>entre
+vous et moi</i>. Mais je tiens beaucoup à savoir votre avis sur cet objet
+que je regarde comme bien essentiel et sur lequel vous avez tant de
+lumières, avant que la chance arrive. Je remettrai cette petite
+lettre-ci à madame de Vaudémont, pour vous la faire passer d'une
+manière sûre, mais elle ignore entièrement son objet; et vous <span class="pagenum"><a name="Page_448" id="Page_448">448</a></span>
+jugez combien je mets de prix à ce que cela soit tout à fait secret de
+vous à moi, et que personne ne puisse se douter de la demande que je
+vous fais, d'autant que ce n'est qu'une prévoyance pour l'avenir, et
+qu'une indiscrétion risquerait de troubler et de gâter le présent....»</p>
+
+<p class="p2">Cette lettre de Madame Adélaïde, quoi qu'elle contînt sur l'ignorance
+du roi, avait été probablement dictée par lui, pour me sonder sur les
+vues personnelles que je pouvais avoir dans la question qui en faisait
+le sujet. D'autres personnes m'avaient écrit de Paris, pour savoir si
+je ne voudrais pas entrer au ministère, soit à la place de M. Périer,
+soit à celle du général Sébastiani, si ces deux ministres se
+retiraient. On m'adressa même plusieurs envoyés, chargés de me faire
+des ouvertures de divers côtés, sur le même sujet. C'est ce qui me
+détermina à écrire la lettre suivante au baron Louis qui avait été
+employé comme intermédiaire près de moi, en le priant de faire de ma
+lettre l'usage qu'il jugerait utile.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND AU BARON LOUIS.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 3 mai 1832.</p>
+
+<p>»Il y avait bien longtemps que je n'avais vu de votre écriture, mon
+cher Louis. Votre lettre m'a fait plaisir; elle est de confiance, et
+me replace par là, dans la situation où j'ai toujours voulu être avec
+vous.</p>
+
+<p>»Voici mon opinion: il faut se dévouer pour ce qu'on sait faire et ne
+jamais entreprendre ce que l'on n'est pas sûr de faire mieux que les
+autres. C'est pour cela que je vous désirais <span class="pagenum"><a name="Page_449" id="Page_449">449</a></span> aux finances; et
+personne ne pouvait y être mieux que vous: c'est pour cela aussi que
+je suis venu à Londres, croyant que j'étais plus propre qu'aucun autre
+à maintenir la paix. Nous avons eu raison tous deux, car nos finances
+vont bien, et la paix est assurée. J'en reste là pour ma vie
+politique. Il y a cinquante ans que je sers la France, car c'est
+toujours elle qu'on a dû servir. Vous avez pensé et agi de même. A
+toutes les époques il y a eu du bien à faire ou du mal à empêcher;
+voilà pourquoi, quand on aime son pays, on peut, et dans mon opinion,
+on doit le servir sous tous les gouvernements qu'il adopte.</p>
+
+<p>»A présent, je dois vous dire que je resterai ici jusqu'à ce que je me
+sois bien assuré que le but de mon voyage a été atteint, ou qu'il est
+au moment de l'être. Je demanderai ensuite un congé de quatre mois
+pour aller aux eaux, et pour mes propres affaires dont, depuis deux
+ans je ne sais rien, car, depuis que je suis à Londres, je ne pense
+pas une minute à autre chose qu'à ce qui conduit au résultat dont on
+avait tant de besoin, car sans la paix, personne ne peut dire où nous
+aurions été entraînés.</p>
+
+<p>»Ainsi, ne pensez pas à moi pour aucune place ministérielle; je
+refuserais, c'est positif. Vous me parlez d'un ministre des affaires
+étrangères; il n'y en a que deux que l'on puisse prendre: M. de Rigny
+ou M. de Sainte-Aulaire. Tout autre, dans les circonstances actuelles,
+serait un mauvais choix, et rejetterait le dehors dans son système de
+méfiance dont M. Périer et moi, l'avons tiré. M. de Bassano, serait un
+choix <i>funeste</i>, et d'anciens serviteurs de l'empereur, tels que vous
+et moi, doivent en être pénétrés plus que personne: car enfin, il a
+perdu son maître. On le tient avec raison pour <span class="pagenum"><a name="Page_450" id="Page_450">450</a></span> incapable et
+hostile. Adieu. Écrivez moi le parti que l'on est disposé à prendre.</p>
+
+<p class="left5">»Mille amitiés.... <span class="dalign smcap">TALLEYRAND.»</span>»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 5 mai 1832.</p>
+
+<p>»A trois heures du matin, les ratifications avec la Russie ont été
+échangées; et cela a été une très longue et très difficile affaire,
+parce que la ratification n'a pas été pure et simple<a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361"></a><a href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>.
+Il a fallu la fortifier, et je crois que nous y sommes parvenus. Je n'ai été
+occupé que de cela pendant trente-six heures. Aujourd'hui les choses
+sont bien arrangées. Le comte Orloff est parti cette nuit.&mdash;J'écris
+officiellement et particulièrement pour demander un congé de quatre
+mois, avec liberté d'en faire usage à l'époque que je croirai la plus
+convenable. J'ai essentiellement besoin de repos; depuis vingt mois,
+je ne vis que pour arriver où je suis parvenu hier. Il faut que je
+pense à mes jambes, à mes yeux, et que j'aille regarder mes affaires.
+Je demande M. Durant de Mareuil pour me remplacer ici, sans que cela
+fasse tort à son avancement, le désignant comme seul qui soit propre à
+une chose difficile....»</p>
+
+<p class="right">«Londres, le 8 mai 1832.</p>
+
+<p>»La première schédule du bill de réforme est celle qui désigne un
+certain nombre de bourgs qui perdront leur <span class="pagenum"><a name="Page_451" id="Page_451">451</a></span> privilège; la seconde
+schédule est celle qui désigne un certain nombre de grandes villes qui
+acquerront le privilège électoral.</p>
+
+<p>»Lord Lyndhurst<a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362"></a><a href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>
+a proposé que la seconde schédule fût discutée la
+première. Cette motion, attaquée par le chancelier lord Holland et
+lord Grey et défendue par lord Harrowby et quelques autres de ce côté,
+a été adoptée par cent cinquante et une voix contre cent seize,
+c'est-à-dire à une majorité de trente-cinq voix contre le ministère.</p>
+
+<p>»Lord Ellenborough<a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363"></a><a href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>
+a fait, en forme de proposition, des
+objections au bill dans le sens plus que libéral; c'était dans la vue
+de dépopulariser le ministère. Il a agi comme notre <i>Gazette de
+France</i> avec son vote universel. Dans la peur d'être libéral, tous ces
+gens-là, de tous les pays, se font radicaux. N'est-il pas singulier
+que lord Ellenborough prenne ses formes politiques chez M.
+Genoude<a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364"></a><a href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>?
+Quel singulier temps! Lord Grey et le chancelier sont
+partis ce matin pour Windsor avec la demande de faire soixante pairs
+ou l'offre <span class="pagenum"><a name="Page_452" id="Page_452">452</a></span> de leur démission. Ils ne reviendront que dans la
+nuit. Voilà où en sont les choses...»</p>
+
+<p class="p2 right">«Londres, le 9 mai 1832, dix heures du matin.</p>
+
+<p>»Le roi a accepté la démission des ministres. Il n'a encore appelé
+personne pour former un nouveau gouvernement<a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365"></a><a href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>.</p>
+
+<p>»Il faut, chez nous, montrer une grande tranquillité, suivre la même
+marche, garder les mêmes ministres; attendre le retour de la santé de
+M. Périer et se féliciter de ce qu'on a fait un arrangement en Italie
+et de ce que toutes les ratifications sont échangées...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 10 mai 1832.</p>
+
+<p>»... Ici, rien n'est encore décidé; on est dans les pourparlers et
+probablement la journée se passera comme cela. De grâce, faites que
+chez nous on ne montre que de la curiosité sur le changement du
+ministère anglais. Il faut être tranquille et c'est l'avantage de la
+tranquillité que de paraître, aux yeux des autres, sans inquiétude
+parce qu'on est inébranlable.</p>
+
+<p>«L'affaire de madame la duchesse de Berry prouve que c'est <span class="pagenum"><a name="Page_453" id="Page_453">453</a></span> bien
+peu de chose que le parti carliste<a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366"></a><a href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>.
+Il n'y a de parti dangereux
+que celui de la république, et celui-là a raison de croire que tous
+les mouvements, de quelque côté qu'ils viennent, lui sont bons. Notre
+gouvernement, au contraire, doit désirer la stabilité partout; c'est
+la manière de se bien établir. J'aurais bien des choses à dire sur
+cela, mais c'est trop pour une lettre...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 12 mai 1832.</p>
+
+<p>»Rien n'est fait complètement. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le duc
+de Wellington et lord Lyndhurst sont nommés et ont accepté.</p>
+
+<p>»Si dans une pareille circonstance on cherche chez nous de la force
+dans les révolutionnaires, on rendra tout difficile et aucune
+difficulté ne peut être levée avec des hommes pris dans le mouvement.
+L'Europe s'arrangera de nous tranquilles et s'en arrangera
+parfaitement. De nous, propagandistes, elle ne s'en arrangera jamais.
+Il faut sortir de cette idée-là; il n'y a rien à faire si on verse de
+ce côté...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce 12 mai 1832.</p>
+
+<p>»En effet, mon cher prince, et je jouis de vous le dire,
+<span class="pagenum"><a name="Page_454" id="Page_454">454</a></span>
+vous avez bien heureusement atteint le but principal de la grande
+mission que je vous avais confiée. Aussi ce succès, qui a paru tant de
+fois s'éloigner de nous, est une réponse accablante à toutes les
+diatribes de nos journalistes, dont il a démenti les absurdes
+prédictions. Il ne fallait rien moins que votre persévérance, votre
+habileté et votre dévouement pour résoudre ainsi une des questions les
+plus difficiles et les plus épineuses que la diplomatie européenne ait
+jamais eu à trancher, et il est bien juste, à présent, que vous vous
+donniez un peu de relâche par le congé que vous me demandez. Je vous
+l'accorde avec d'autant plus de plaisir que cela me procurera celui de
+vous revoir, de causer avec vous et de vous parler de mon ancienne et
+constante amitié pour vous.</p>
+
+<p>»Mes ministres concourent entièrement dans le désir que vous me
+témoignez que M. de Mareuil soit chargé de l'intérim pendant votre
+absence qui ne sera que momentanée et, dont, comme vous me le
+demandez, vous jugerez la convenance quant à l'époque. M. de Mareuil
+ira vous rejoindre quand nous aurons pu le remplacer convenablement à
+La Haye, poste dont vous sentez sûrement l'importance, et d'où nous ne
+recevons que de mauvaises nouvelles ou de mauvais symptômes.</p>
+
+<p>»L'espoir d'allumer la guerre se conserve dans ce cabinet, et ils
+croient que tant que le roi de Hollande pourra prolonger son refus, il
+restera des chances de collision entre les puissances. Aussi, je crois
+que les chances de guerre ne seront tout à fait détruites que quand le
+roi de Hollande aura signé son traité avec le roi des Belges, et
+surtout quand la citadelle d'Anvers sera évacuée et le traité du 15
+novembre <span class="pagenum"><a name="Page_455" id="Page_455">455</a></span> complètement exécuté, ce que nous pourrons bien encore
+avoir quelque peine à obtenir; d'autant plus que la dissolution du
+ministère de lord Grey va probablement ranimer l'espérance du roi de
+Hollande, qui devrait pourtant savoir que l'Angleterre ne changera pas
+son système de politique extérieure et que l'accord des cinq
+puissances ne sera point troublé.</p>
+
+<p>»Cependant, mon cher prince, il me semble que vous ne devez pas songer
+à quitter Londres jusqu'à ce que les choses aient repris leur
+assiette, et c'est un nouveau sacrifice que je n'hésite pas à vous
+demander. Dès que le ministère sera réorganisé, la conférence aura à
+s'occuper de la réponse du roi de Hollande qui sera encore un refus si
+j'en juge par ce qu'il vient de répondre au sujet de M. de Thorn<a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367"></a><a href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>.
+Je suis persuadé que cette arrestation et ces réponses altières ont
+pour cause l'espoir d'entraîner les Belges dans des hostilités et de
+parvenir ainsi à engager une guerre. J'espère que nous déconcerterons
+ces funestes projets; mais jusqu'à ce qu'ils soient déjoués, nous
+aurons grand besoin de vous à Londres et, je le répète, l'affaire ne
+sera finie que quand le roi de Hollande aura signé un traité avec le
+roi des Belges et évacué la citadelle d'Anvers. Tâchons que cela ait
+lieu le plus tôt possible.</p>
+
+<p>»En attendant, mon cher prince, je vous renouvelle...»
+<span class="pagenum"><a name="Page_456" id="Page_456">456</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 mai 1832.</p>
+
+<p>»Le ministère Grey reste; les détails de l'arrangement se font à
+l'heure où je vous écris. La crise se simplifie. Certainement, nous
+venons de passer les trois jours les plus singuliers que l'histoire
+d'aucun pays puisse fournir. Chacun reprend sa place ce soir. Je
+désire fort que tout ce qui s'est passé soit bien compris à Paris, et
+bien compris, cela ne fait pas tort au caractère du duc de Wellington,
+comme homme.&mdash;J'ai reçu mon congé et Durant partira pour Londres quand
+je lui écrirai; il est officiellement nommé. Lord Granville retourne à
+Paris. Je ne profiterai de mon congé que quand les choses seront bien
+établies ici, et auront repris la marche accoutumée.</p>
+
+<p>»Le dîner du roi hier a été singulier; nous n'avions ni ministres, ni
+grands officiers.&mdash;Les démissions subsistaient encore jusqu'à dix
+heures du soir...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, 16 mai 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai à vous annoncer une triste nouvelle. M. Périer a terminé ce
+matin son honorable et laborieuse carrière.</p>
+
+<p>»Vous partagerez avec moi, mon prince, avec tous ceux qui avaient
+apprécié le dévouement éclairé de ce généreux citoyen, la douleur
+profonde que nous cause sa perte prématurée&mdash;perte qui nous est
+d'autant plus sensible aujourd'hui, <span class="pagenum"><a name="Page_457" id="Page_457">457</a></span> qu'une crise dont on espérait
+une heureuse issue, nous a fait conserver jusqu'aux derniers jours,
+l'espoir de le voir rendu aux affaires et au pays.</p>
+
+<p>»Dans ces premiers moments, donnés tous aux regrets d'une si noble
+existence si tristement tranchée, rien n'a pu encore être arrêté, dont
+il soit important, mon prince, que vous soyez informé.</p>
+
+<p>»Lorsque les rangs de ceux auxquels on aimait à rattacher son estime
+et ses affections, s'éclaircissent, c'est un besoin que de se
+rapprocher encore de ceux qui vous restent. Que la douloureuse
+nouvelle qui fait le sujet de ma lettre me soit une occasion de vous
+renouveler, mon prince, les expressions de mon attachement et de ma
+confiance dans le vôtre.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Le 23 mai 1832.</p>
+
+<p>»La séance d'hier à la Chambre des pairs s'est passée comme je l'avais
+prévu. Beaucoup de pairs de l'opposition se sont retirés, beaucoup
+n'ont pas voté, ce qui a donné au ministère une majorité de
+cinquante-cinq voix, dans la question assez importante qui a été
+décidée<a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368"></a><a href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>. Les autres articles auront le même sort, très
+probablement, et la question sera terminée à ce que je crois, mercredi
+30.</p>
+
+<p>»La mort de M. Périer a fait ici une peine qui s'exprime <span class="pagenum"><a name="Page_458" id="Page_458">458</a></span> de
+toutes les manières et dans toutes les classes. On a remarqué avec
+étonnement que M. le duc d'Orléans n'ait pas porté un des cordons du
+dais. Ici, cela a été dans plusieurs occasions, pour des hommes
+importants, le prince de Galles, le duc d'York<a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369"></a><a href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>. Chaque pays, il
+est vrai, a ses habitudes, mais nous n'avons pas d'habitudes, et nos
+précédents sont en Angleterre. Du reste, c'est une chose peu
+importante et c'était plutôt une observation de la société, dont une
+partie aime à blâmer.&mdash;Mandez-moi quand Sébastiani va aux eaux. Je
+voudrais, et cela me paraît naturel, arriver avant son départ.»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 24 mai 1832.</p>
+
+<p>»Les tories sont en petit nombre à la Chambre des pairs; le bill passe
+fort tranquillement: la discussion d'hier n'a pas été aussi aigre que
+celle des jours précédents. Cela n'atténue pas la haine qui est fort
+vive dans les partis, mais cela en ajourne l'action. Le roi a fait
+dire qu'il voulait que le bill fût adopté, et il le sera. Ceux qui
+sont opposés s'absentent.</p>
+
+<p>»M. de Rémusat<a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370"></a><a href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a> est arrivé ici avec sa femme: il m'apporte des
+lettres de Paris... Rien de nouveau sur la Hollande; les ministres
+hollandais ici n'ont point de réponse à la dernière <span class="pagenum"><a name="Page_459" id="Page_459">459</a></span> communication
+qu'ils ont été chargés par la conférence de transmettre à La Haye.&mdash;Je
+n'ai ni affection ni le contraire pour les Belges; je les ai
+incontestablement plus servis que personne, mais je ne veux pas qu'ils
+fassent des folies qui nous conduiraient peut-être à une guerre
+générale, et ils ont assez peu de tête pour ne pas comprendre cela...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 25 mai 1832.</p>
+
+<p>»Depuis la mort de M. Périer, le ton des dépêches de notre département
+des affaires étrangères ne me convient pas; il y a un changement
+sensible. Je ne m'en apercevrai pas, mais cela m'engage à ne pas
+retarder mon départ. Je redoute le voyage de Compiègne<a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371"></a><a href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>. Il va
+rendre les Belges plus difficiles et rien ne peut s'arranger qu'avec
+quelques facilités de leur part. On se croit bien habile quand on sait
+faire quelques difficultés! Belle science! Tout le monde sait faire
+cela. Mais ne résister que jusqu'où il faut, savoir s'arrêter, c'est
+ce que très peu de gens savent. Le roi de Hollande ne demande qu'à
+faire naître des motifs de délai, et le moyen n'est pas de le forcer,
+d'abord parce que cela n'est pas aisé, mais de plus, parce que cela
+n'est ni juste, ni profitable. Je persisterai dans ce sens-là tant que
+je serai chargé des affaires de France. Pendant mon absence, j'espère
+qu'on fera de même, mais je n'en suis pas sûr. Du reste, Durant, si on
+le laisse faire, est plus propre que personne à suivre ma ligne.</p>
+
+<p>»Nous sommes dans un singulier temps et singulier partout. <span class="pagenum"><a name="Page_460" id="Page_460">460</a></span> Que de
+choses j'ai eu sous les yeux, depuis quinze jours! il y a pour parler
+un an.&mdash;Les Anglais envoient une flotte pour regarder le Tage: je
+suppose qu'on fera de même chez nous. Quand il y a des menaces de
+troubles quelque part, il faut protéger les hommes de son pays qui
+peuvent être exposés...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, le 27 mai 1832.</p>
+
+<p>»Dans huit jours la troisième lecture du bill de réforme sera faite et
+le bill aura passé précisément comme il aura été proposé. Ainsi
+l'humeur des tories les privera de quelques améliorations qui auraient
+eu lieu dans la discussion.&mdash;Chaque jour j'ai une conversation avec
+madame de Rémusat, qui, au nom de tous les amis de M. Périer, me
+presse d'accepter la présidence du conseil à Paris. Je suis très
+flatté de leur opinion, mais je suis décidé à ne rien accepter. Je
+réponds cela doucement et tranquillement, comme l'on fait quand on est
+invariable...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 28 mai.</p>
+
+<p>»Nous avons eu ce matin une grande réunion à la cour pour fêter le
+jour de naissance du roi: la cour était fort brillante; les deux
+partis s'y trouvaient, et avec les formes de la meilleure compagnie.
+Je ne sais rien de Hollande, le roi veut inquiéter les Belges et
+espère par ce moyen que quelques hostilités ou du moins quelques pas
+faits sur son territoire, motiveront de sa part, sans qu'on puisse le
+lui reprocher quelque mouvement hostile...» <span class="pagenum"><a name="Page_461" id="Page_461">461</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Saint-Cloud, ce dimanche soir, 27 mai 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je n'avais pas besoin de tout ce que vous me dites sur la réserve et
+la discrétion que vous comptez mettre à vous absenter du poste
+important où vous avez rendu de si grands services à la France et à
+moi, pour être bien sûr que vous ne vous en éloignerez que quand votre
+absence ne présentera plus de chances fâcheuses. Je désire vivement
+que ce moment ne soit pas trop retardé, mais j'avoue que je ne crois
+pas qu'il soit arrivé. Le général Sébastiani vous aura informé de
+l'entrevue qui va avoir lieu à Compiègne entre le roi Léopold et moi.
+Vous en connaissez les causes et vous pouvez en pressentir les objets.
+Une fois les ratifications des grandes puissances échangées, nous
+avons cru que l'entrevue ne devait pas être retardée davantage, et que
+cela était même important pour accélérer celle du roi de Hollande. Je
+ne mène aucune de mes filles à Compiègne et vous concevez que, plus
+cette entrevue peut influer sur la destinée de ma fille aînée, plus
+j'ai dû éviter de les y conduire. J'y vais donc seulement avec la
+reine, ma s&oelig;ur et mon second fils.</p>
+
+<p>»J'avais écrit bien longuement au roi Léopold, et malheureusement sans
+succès, pour le presser d'accéder à la proposition de la conférence en
+déclarant qu'il était prêt à entrer en négociation avec le roi de
+Hollande; il a fait, ou du moins ses ministres lui ont fait faire tout
+le contraire; il prend sur lui bien maladroitement les chances de
+refus que le roi de <span class="pagenum"><a name="Page_462" id="Page_462">462</a></span> Hollande paraissait décidé à lui
+épargner<a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372"></a><a href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a>. J'espère cependant que cela n'est pas irrévocable et
+qu'avec l'aide du général Sébastiani qui vient à Compiègne, nous
+parviendrons à le retirer de la fausse route où il s'est engagé. Mais
+il n'en est que plus pressant, mon cher prince, que la conférence
+agisse envers le roi de Hollande, de manière à faire cesser sa
+résistance dans le plus court délai. Il faut surtout lui faire évacuer
+la citadelle d'Anvers, car c'est là le n&oelig;ud de l'affaire. C'est à
+l'Angleterre à frapper le coup décisif et c'est, dans tous les sens,
+ce qui nous convient le mieux à nous mêmes et ce qui me paraît le plus
+conforme à l'intérêt général de l'Europe.</p>
+
+<p>»Tout absorbé, comme de raison, dans l'énorme affaire du bill de
+réforme, le gouvernement anglais ne peut guère s'occuper avant qu'il
+soit passé, des intérêts continentaux; mais, une fois cette affaire
+terminée, il n'y a pas un moment à perdre pour adresser au roi de
+Hollande le langage catégorique <span class="pagenum"><a name="Page_463" id="Page_463">463</a></span> qui peut seul le déterminer à en
+finir. Croyez bien qu'il est pénétré autant que nous que la paix de
+l'Europe ne sera entièrement assurée que quand le général Chassé sera
+sorti de la citadelle d'Anvers et qu'il aura traité avec Léopold.
+C'est donc sur ce point que vous devez diriger toutes vos batteries
+diplomatiques; et ce n'est qu'après avoir obtenu ce dernier succès,
+sans doute le plus difficile de tous, que vous aurez terminé la grande
+tâche que vous avez entreprise avec tant de dévouement et que vous
+avez conduite avec tant de talent et d'habileté.</p>
+
+<p>»Je n'en dirai pas davantage, mon cher prince, et je me bornerai à
+vous renouveler de tout mon c&oelig;ur l'assurance de ma sincère amitié
+pour vous.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE.</span></p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;J'ai signé, comme vous le désiriez, des lettres de créance
+pour M. de Mareuil, qui se rendra auprès de vous aussitôt que le
+marquis de Dalmatie<a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373"></a><a href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a> sera arrivé à La Haye.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 28 mai 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je pars dans quelques heures pour Compiègne, où je compte arriver
+dans la soirée. Nous y recevrons demain le roi Léopold, et nous
+traiterons avec lui de l'affaire qui l'y <span class="pagenum"><a name="Page_464" id="Page_464">464</a></span>
+amène. Cette rencontre, dont vous aurez sans doute apprécié la
+valeur, me sera une occasion précieuse d'agir plus directement et sans
+intermédiaires sur les dispositions du chef du gouvernement belge et
+de le convaincre que le salut de son pays, auquel notre souverain
+consent à unir par un lien nouveau les destinées du nôtre, est attaché
+à sa confiance comme à son adhésion les plus entières aux projets de
+notre cabinet et à ceux de nos alliés. Ce sera continuer à Compiègne
+l'&oelig;uvre que vous avez si habilement conduite à Londres et vous
+serez exactement informé de tous les résultats qui pourront vous
+intéresser.</p>
+
+<p>»Après les affaires de l'État, il faut encore, mon prince, que je vous
+dise quelques mots des nôtres. Mon médecin m'a ordonné les eaux de
+Bourbonne et mon projet est de m'y rendre vers le 2 juillet prochain.
+Parmi les motifs qui ont déterminé mes arrangements et qui m'ont
+décidé à retarder jusqu'à cette époque un voyage que je crois
+nécessaire à ma santé, vous voudrez bien compter, mon prince, mon
+désir de vous attendre à Paris et de m'y rencontrer avec vous. Après
+une absence, que les événements ont faite si longue en si peu de
+temps, vous devez vous douter de tout le prix que j'attache à quelques
+heures d'entretien avec vous, et aussi de la joie que j'aurai à vous
+renouveler de vive voix les expressions d'un attachement dont je vous
+prie, d'agréer ici...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 2 juin 1832.</p>
+
+<p>»Je me donne de la peine pour que Durant trouve notre affaire avec les
+Hollandais en disposition de rapprochement, <span class="pagenum"><a name="Page_465" id="Page_465">465</a></span> et je crois que
+véritablement, l'intérêt hollandais forcera le roi de traiter. Tous
+les appuis sur lesquels il comptait lui manquent. Je resterai
+jusqu'après l'arrivée de Durant que j'établirai. On est ici fort en
+gracieusetés pour moi; on me fait donner ma parole d'honneur de
+revenir. Je promets, mais je dépends de l'état de la France: c'est là
+ce qui me décidera. J'ai fait ce qu'un autre ne pouvait pas faire,
+c'est d'avoir conservé les cinq puissances ensemble; elles y sont;
+ainsi, si je le veux, ma mission est remplie, et on la croyait plus
+que difficile. Le roi fera, j'espère, quelque acte qui prouve bien à
+toute l'Europe qu'il reste dans le système de M. Périer pour le
+dedans, et dans le mien pour le dehors...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Saint-Cloud, le 2 juin 1832.</p>
+
+<p>»J'ai été si en l'air, depuis huit jours, mon cher prince, que, malgré
+le désir que j'en avais, il m'a été impossible de vous écrire. De
+retour depuis hier au soir de notre course à Compiègne, je viens avec
+empressement vous donner des nouvelles de ce petit voyage qui a été
+très satisfaisant sous tous les rapports. Notre cher roi a été
+accueilli sur toute sa route, comme il le mérite, avec les témoignages
+de la plus vive affection; et sa présence, ses discours, comme
+toujours ont produit à Compiègne le meilleur effet, ce qui me fait
+sincèrement regretter qu'il ne puisse voyager davantage; car, rien ne
+peut remplacer le bien que font ses paroles.&mdash;Nous sommes parfaitement
+contents du roi Léopold; il est impossible d'être mieux sur tous les
+points, qu'il ne l'est maintenant; il a été parfait et excellent.
+Aussi la grande affaire du mariage vient <span class="pagenum"><a name="Page_466" id="Page_466">466</a></span> de se décider et je
+tiens à être la première à vous l'annoncer; seulement, l'époque où il
+se fera n'est pas encore décidée, mais ce sera, au plus tard, dans le
+mois d'août. Ce mariage, si convenable, sous les rapports politiques,
+est aussi, tant par le caractère du roi Léopold, son amitié pour nous
+et la proximité des deux pays, celui qui, d'après les goûts de notre
+chère Louise, peut lui offrir le plus de chances de bonheur. Mais la
+pauvre bonne petite est bien affectée de la perspective de se séparer
+de son père, de sa mère et de nous tous; cela ne peut être autrement.
+Ce qu'il faut, à présent, pour assurer la sécurité et le bonheur de
+cette union, c'est que vous obteniez l'évacuation d'Anvers par les
+Hollandais; cela est de la plus grande importance, non seulement pour
+la Belgique, qui est toujours inquiète tant qu'ils sont là, mais, pour
+nous aussi, car en France comme en Belgique, la généralité ne croira
+véritablement à la paix que lorsque le roi de Hollande sera mis à la
+raison et soumis au traité du 15 novembre. Il vous reste encore cette
+grande et bonne &oelig;uvre à faire conclure, et il est bien essentiel
+pour le repos général que cela soit prompt.</p>
+
+<p>»Nous avons heureusement de très bonnes nouvelles des chouans et de la
+Vendée; grâce aux mesures prises par le gouvernement, et à la bonne
+disposition des masses et de toutes les gardes nationales de ces pays,
+le projet du soulèvement général y est entièrement déjoué et démontré
+impossible. Il y a certainement des malheurs partiels à déplorer; et
+ceux qui excitent ainsi à fomenter une guerre civile sont bien
+criminels; mais, en résultat, je ne doute pas que cela ne soit un mal
+pour un bien. Ce qui paraît incroyable, mais malheureusement ce qui
+est, c'est que l'on ignore encore <span class="pagenum"><a name="Page_467" id="Page_467">467</a></span> d'une manière positive où est
+madame la duchesse de Berry, si elle est en France ou en Espagne<a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374"></a><a href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>.
+Cette incertitude est très fâcheuse, non pas pour ce qu'elle peut
+faire, mais pour l'inquiétude et l'agitation où cela laisse.</p>
+
+<p>»Nous avons de très bonnes nouvelles de Chartres. Il fait très bien
+dans son voyage, et je crois qu'il est très utile dans ce moment dans
+le Midi. Il ne reviendra qu'à la fin de ce mois ou au commencement de
+l'autre. Et vous, mon cher prince, quels sont vos projets? Il me tarde
+de recevoir une lettre de vous, et que vous me mandiez aussi ce que
+vous pensez sur ce qui se passe en Angleterre. J'en reste là
+aujourd'hui, désirant que cette lettre puisse partir le plus tôt
+possible. Recevez, de nouveau, mon cher prince...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 7 juin 1832.</p>
+
+<p>»L'estafette est arrivée et je n'ai point de lettres de vous
+aujourd'hui, où toute la ville est remplie de nouvelles déplorables de
+Paris. Je suis horriblement inquiet<a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375"></a><a href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a>...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LÉOPOLD AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 5 juin 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon très cher prince,</p>
+
+<p>»J'ai reçu votre aimable lettre par M. de Bacourt peu de temps avant
+mon départ pour Compiègne, et je voulais <span class="pagenum"><a name="Page_468" id="Page_468">468</a></span> attendre mon retour pour
+causer avec vous. Vous connaissez les liens d'amitié qui m'unissent
+depuis longtemps à la famille royale; vous pouvez donc facilement vous
+faire une idée de mon bonheur de passer plusieurs jours avec elle. Le
+roi, la reine et Madame Adélaïde vous sont également et sincèrement
+attachés, et nous avons beaucoup causé de vous.</p>
+
+<p>»Le mariage avec la princesse Louise a donc été finalement arrêté, à
+la satisfaction de tous les partis. Cet événement paraît faire du
+plaisir en France, et les masses, qu'on ne peut guère influencer,
+m'ont donné de grandes marques de bienveillance. Les affaires de la
+Vendée inspiraient quelque inquiétude; cependant, je pense que cela
+pourrait donner de la force au gouvernement. Veuillez, dans votre
+sagesse, donner quelques conseils pour qu'on agisse avec vigueur;
+l'extrême indulgence que le roi avait accordée jusqu'à présent à ce
+parti lui en donne doublement le droit.</p>
+
+<p>»Malgré une absence d'une semaine, et la distance considérable à
+laquelle je me trouvais, il n'y a pas eu le plus petit scandale en
+Belgique: je pense que j'ai droit de <i>faire sonner cela bien haut</i>.
+Mais il est temps qu'on finisse; l'armée et les chauds patriotes
+désirent vivement la guerre, et le cas pourrait arriver où il me
+serait impossible de les retenir.</p>
+
+<p>»L'Angleterre est déterminée à en finir; rien de plus facile. Qu'on
+stationne une flottille dans la Manche, et qu'on fasse connaître aux
+Hollandais qu'après un certain jour ils perdront l'arriéré de la
+dette, et que l'on déduira journellement une partie du capital de la
+dette; je crois que ces deux mesures exerceraient une grande influence
+sans offrir de danger. <span class="pagenum"><a name="Page_469" id="Page_469">469</a></span> La dernière réponse de la Hollande rend
+l'exécution du traité urgente.</p>
+
+<p>»Pour moi, on peut être sûr que je ferai ce qui me sera possible pour
+le maintien de la paix, et j'ai sur ce point fidèlement exécuté ma
+tâche; mais qu'on se mette <i>bien en tête</i>, qu'on ne me renversera plus
+sans que je me défende à outrance et sans que j'en fasse tomber bien
+d'autres. J'ai pris là-dessus mes résolutions avec le plus grand
+sang-froid.</p>
+
+<p>»Pour la tranquillité de la France, il est de la plus haute importance
+que la question belge soit entièrement terminée. Louis-Philippe m'a
+dit lui-même, et avec raison, que la confiance ne renaîtra en France
+que quand on aura vu cette conclusion.</p>
+
+<p>»Les témoignages que vous donnez à M. Van de Weyer, m'ont fait
+beaucoup de plaisir; il les mérite et il a été bien injustement traité
+ici.</p>
+
+<p>»Veuillez me rappeler au souvenir de Madame de Dino, si toutefois elle
+ne m'a pas entièrement oublié, et soyez persuadé des sentiments
+d'estime et d'une sincère amitié que je vous porterai toujours.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LÉOPOLD.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 8 juin 1832.</p>
+
+<p>»Je commence ma lettre avant d'avoir des nouvelles de Paris. Je ne
+sais rien depuis le 6, neuf heures du matin; jugez de mon tourment.
+J'espère que cela finira à l'avantage du pouvoir, et que le pouvoir
+saura en profiter pour rétablir par des moyens forts et
+constitutionnels l'ordre si gravement <span class="pagenum"><a name="Page_470" id="Page_470">470</a></span> troublé. C'est dans l'ordre
+constitutionnellement établi qu'il faut chercher la popularité; c'est
+là où elle est bonne. Les caresses à la canaille l'enhardissent et ne
+produisent pas d'autre effet.</p>
+
+<p>»On dit que le roi s'est montré avec beaucoup de tranquillité et de
+fermeté le 5 au soir et toute la nuit du 6 qu'il a passée à cheval: on
+l'approuve beaucoup ici...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Paris, ce vendredi 7 juin 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je sais que le général Sébastiani vous a instruit en détail des
+événements dont Paris vient d'être le théâtre.&mdash;Vous partagerez ma
+douleur que le sang français ait coulé; mais vous partagerez aussi la
+juste satisfaction que j'éprouve de pouvoir me glorifier de n'avoir
+pas plus provoqué cette lutte que de n'avoir rien omis de ce qui
+pouvait la terminer heureusement et honorablement pour la France et
+pour moi. Ceux qui avaient tant répété au dedans et au dehors que le
+trône de Juillet tomberait, devant l'union des carlistes et des
+républicains, comme les murailles de Jéricho devant les trompettes de
+Gédéon, doivent maintenant reconnaître qu'une nationalité franche et
+complète, un respect religieux pour la foi jurée et pour les
+institutions, les lois et les libertés de son pays, sont de meilleurs
+boulevards pour le trône que le pouvoir absolu, avec sa tourbe de
+courtisans et tous ses satellites.</p>
+
+<p>»Mais après avoir remporté cette grande victoire, il faut la
+consolider en profitant de la force qu'elle nous donne pour <span class="pagenum"><a name="Page_471" id="Page_471">471</a></span> faire
+cesser au dehors toutes les incertitudes et toutes les tergiversations
+qui pourraient encore compromettre notre sûreté extérieure et troubler
+la paix générale.</p>
+
+<p>»Je vous ai félicité bien sincèrement, mon cher prince, du grand
+succès que vous avez obtenu en faisant ratifier le traité du 15
+novembre par les cinq grandes puissances réunies; mais il est autant
+de leur dignité que d'une nécessité absolue pour la France et pour
+l'Angleterre que l'<i>exécution du traité</i> ratifié suive immédiatement
+l'<i>échange déjà effectué des cinq ratifications</i>. Je vous avoue que le
+soixante-troisième protocole me paraît, sur ce point, d'une pâleur et
+d'une faiblesse qui m'ont étonné<a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376"></a><a href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>. Mais, quoi qu'il en soit, à
+présent que cette marque d'égard a été encore donnée au roi de
+Hollande, la manière dont elle a été accueillie par lui est une raison
+de plus pour adopter un autre langage et lui fixer un terme précis
+pour remettre la citadelle d'Anvers au roi des Belges. Je crois que le
+gouvernement anglais est disposé, comme nous, à faire cette
+déclaration catégorique au roi de Hollande, et qu'il n'ignore pas plus
+que nous que ce n'est qu'en contraignant Sa Majesté néerlandaise à
+évacuer cette citadelle qu'on l'amènera à reconnaître l'indépendance
+de la Belgique et à signer le traité avec le roi Léopold.
+<span class="pagenum"><a name="Page_472" id="Page_472">472</a></span></p>
+
+<p>»Je suis persuadé que les trois puissances, la Prusse, l'Autriche et
+même la Russie, s'attendent à ce que la France et l'Angleterre se
+réunissent pour faire cette déclaration au roi de Hollande et qu'elles
+ne chercheront pas à y mettre obstacle, parce qu'elles n'ignorent pas
+plus que nous que cette déclaration est le seul moyen de faire cesser
+la résistance du roi de Hollande, et de lui arracher la triste
+espérance qu'il conserve toujours de devenir le perturbateur de la
+paix de l'Europe. Je crois d'ailleurs qu'il est facile défaire
+comprendre à ceux qui désirent que nous n'attaquions pas le roi de
+Hollande, que le seul moyen de l'empêcher est de ne lui laisser aucun
+doute qu'il sera attaqué, s'il n'évacue pas la citadelle d'Anvers au
+jour fixé par nous. De notre côté, vous pouvez bien assurer le
+gouvernement anglais et la conférence que nous désirons vivement être
+dispensés d'envoyer nos troupes assiéger cette citadelle, mais que
+nous sommes décidés à le faire s'il ne nous reste pas d'autre moyen de
+le contraindre à effectuer cette évacuation au jour nommé, et je le
+croirais très bien fixé au 1<sup>er</sup> de juillet prochain.</p>
+
+<p>»Si, comme je n'en doute guère, le gouvernement anglais s'accorde avec
+le mien pour adopter cette marche, alors je crois qu'il serait
+convenable que vous lissiez, de concert avec lord Palmerston, une
+déclaration aux plénipotentiaires hollandais, que vous ne recevrez
+plus aucune communication de leur part, jusqu'à ce que leur souverain
+ait donné un gage de sa disposition à accéder aux vues des cinq
+puissances en évacuant la citadelle d'Anvers, et que, si cette
+évacuation n'est pas effectuée le 1er juillet, les ports de la
+Hollande seront bloqués par nos escadres combinées. <span class="pagenum"><a name="Page_473" id="Page_473">473</a></span></p>
+
+<p>»Je crois savoir que ce mode conviendra à l'Angleterre, et quant à
+nous, nous le préférons infiniment à celui beaucoup plus dispendieux
+de faire rentrer nos troupes en Belgique, ce qui d'ailleurs nous
+exposerait à des complications que nous cherchons de toutes manières à
+éviter, mais dont nous sommes pourtant décidés à courir la chance, si
+on persistait dans le système de la tergiversation que nous ne devons
+ni ne pouvons tolérer plus longtemps.</p>
+
+<p>»Vous voyez, mon cher prince, que selon l'expression vulgaire, j'ai
+voulu vous <i>vider mon sac</i> parce que je sais bien que vous n'en ferez
+qu'un bon usage, et que j'aime toujours à m'ouvrir à vous, en toute
+confiance, selon la vieille habitude que je désire conserver toujours
+avec vous. J'en étais d'autant plus pressé que la circonstance est
+grave après la crise dont nous venons de triompher, et qu'il est bien
+désirable que vous profitiez du peu de temps que vous serez encore à
+Londres pour donner à cette affaire la direction que vous avez plus de
+moyens que tout autre de lui imprimer.</p>
+
+<p>»Je n'ai plus le temps de vous parler de mon entrevue à Compiègne avec
+le roi Léopold. Je vous dirai seulement que nous y avons arrêté son
+mariage avec ma fille aînée, et que, d'ailleurs, je l'ai trouvé dans
+de si bonnes dispositions que j'ai facilement obtenu de lui tout ce
+que je vous avais annoncé que je lui demanderais. Il m'a promis en
+outre, de renvoyer M. Van de Weyer à Londres immédiatement.</p>
+
+<p>»Bonsoir, mon cher prince, vous connaissez toute mon amitié pour
+vous.»</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»LOUIS-PHILIPPE.»</span>
+<span class="pagenum"><a name="Page_474" id="Page_474">474</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Tuileries, vendredi 8 juin 1832.</p>
+
+<p>»Je m'empresse, mon cher prince, aussitôt que j'en ai l'instant, de
+venir vous donner de nos nouvelles, étant bien sûre que vous en
+désirez vivement, après les événements aussi importants que ceux qui
+viennent de se passer. Il y a eu une soirée, une nuit et une journée
+bien pénibles et bien douloureuses par le sang qui a été versé. Cela
+était préparé de longue main par les deux factions qui n'en font
+qu'une maintenant, les carlistes et les républicains, et sans nul
+doute, cette conspiration se lie avec celle du Midi et de la Vendée.
+Notre cher bien-aimé roi, comme toujours, a décidé et enlevé la
+victoire par sa présence ici, sa détermination, son courage et son
+énergie. Aussitôt qu'il sut à Saint-Cloud, le mardi soir, ce qui se
+passait à Paris, il commanda ses chevaux et nous montâmes en voiture
+avec lui, la reine, Nemours, le maréchal Gérard et moi, et sur toute
+la route, toutes les personnes qui s'y trouvaient, toutes les
+charrettes, toutes les voitures publiques retentissaient de cris de:
+«Vive le roi!» de même en arrivant à Paris. Et rien ne peut vous
+donner une idée de l'enthousiasme de la troupe et de la garde
+nationale qui se trouvaient sur la place du Carrousel. Lorsqu'il alla
+les passer en revue, en les quittant, il leur dit: <i>A demain, mes
+chers camarades, je compte sur vous</i>. Ce mot fut répété avec
+transport: <i>Oui, oui, à demain, demain!</i> Et en effet ils ont tous été
+admirables, et notre cher roi a été les animer de nouveau, en se
+montrant dans tout Paris et allant bien contre l'avis du maréchal
+Lobau qui voulait l'en empêcher, dans les <span class="pagenum"><a name="Page_475" id="Page_475">475</a></span> lieux où les balles
+sifflaient encore; grâce au ciel, elles l'ont respecté. Le maréchal
+Gérard, qui était avec lui m'a dit qu'il n'avait jamais vu un
+enthousiasme comparable à celui de toute la population qui se portait
+en foule sur ses pas, et qui criait: <i>Vive le roi, à bas les
+carlistes, à bas les républicains!</i> Ils disaient aussi : <i>Mettez Paris
+en état de siège</i>; et beaucoup se rapprochaient le plus possible du
+roi, en lui disant: <i>Surtout pas de grâce aux carlistes!</i> Jamais notre
+cher roi n'a reçu plus de témoignages d'affection, de dévouement, que
+dans ce moment. Sur-le-champ, toutes les gardes nationales de la
+banlieue sont arrivées, et elles ont fait des merveilles; ils se sont
+battus comme des lions. Hier, toutes celles du département de
+Seine-et-Oise sont arrivées et celle du Havre, en apprenant les
+événements, voulait marcher. Ah! notre cher Louis-Philippe est bien
+fort et bien identifié avec notre bonne et chère nation. Ceci est une
+bonne réponse pour tous ceux qui doutaient qu'il pût se maintenir et
+qu'il eût la force de lutter contre les factions. J'espère que
+maintenant les puissances de l'Europe seront rassurées à cet égard et
+persuadées que Louis-Philippe sait être fort et énergique quand cela
+est nécessaire au salut de son pays.</p>
+
+<p>»Cette coupable et indigne conspiration a fait verser le sang; nous en
+gémissons; mais les résultats sont immenses. Je crois que c'est un bon
+moment pour obtenir de la conférence, d'en finir avec le roi de
+Hollande et de le mettre à la raison, de faire exécuter le traité
+signé par les cinq puissances. En vérité, l'on ne peut plus donner ni
+un motif ni une excuse pour prolonger davantage cet état d'incertitude
+si nuisible et si contraire aux intérêts de la France et de la
+Belgique. Votre zèle et votre habileté doivent emporter celte décision
+et <span class="pagenum"><a name="Page_476" id="Page_476">476</a></span> j'espère que vous nous apporterez cette bonne nouvelle, mon
+cher prince.</p>
+
+<p>»Notre cher roi veut vous écrire et compte le faire, aussitôt qu'il en
+trouvera l'instant, parce qu'il est bien pressé de l'évacuation de la
+citadelle d'Anvers; et qu'à cet égard, la conférence ne tarde plus à
+prendre les moyens de le faire faire au roi de Hollande, par force, si
+l'on ne peut l'obtenir de bonne volonté.</p>
+
+<p>»Nous avons de très bonnes nouvelles de Chartres; il est très content
+de son voyage. Nous savons par dépêche télégraphique qu'il est arrivé
+à Marseille le 7 juin à trois heures, au milieu d'un concours immense
+de peuple, et des acclamations les plus vives. Toutes nos santés sont
+bonnes; je désire que vous puissiez m'en dire autant de la vôtre.
+Voilà donc le bill de réforme passé.</p>
+
+<p class="left5">»Recevez, mon cher prince...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.</span></h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 10 juin 1832.</p>
+
+<p>»A présent, tout le monde est convaincu ici que c'est le peuple à
+Paris, qui a attaqué; aussi, tout le monde approuve la conduite du
+gouvernement. Il faut qu'il tire de cette circonstance, assez de force
+pour que jamais pareille crise ne puisse arriver. Le roi doit se
+souvenir que dans toutes les crises où le pouvoir a eu le dessus, les
+élections ont été bonnes; et que dans toutes celles où il a eu le
+dessous, les élections ont été mauvaises.&mdash;Il faut de plus renvoyer
+tous les réfugiés sans exception; ils ne sont bons à rien à Paris. Il
+faut les diviser dans les départements, par petites portions; les <span class="pagenum"><a name="Page_477" id="Page_477">477</a></span>
+réfugiés du Midi dans les villes du Nord, et les réfugiés du Nord dans
+celles du Midi. La Loire fait la démarcation. Espagnols et Portugais,
+en Normandie et en Picardie; Piémontais en Flandre; Polonais à Alger;
+ils s'y battront ou coloniseront...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 11 juin 1832.</p>
+
+<p>»Si l'on a distribué de l'argent et beaucoup d'argent aux émeutiers de
+Paris, il me paraît impossible que l'on ne découvre pas d'où cet
+argent-là est sorti. La discrétion n'est pas commune chez des gens qui
+reçoivent cinq, dix, vingt francs.&mdash;Je suis, relativement à la
+Hollande, disposé à presser une décision, mais je ne pense pas qu'il
+faille rien précipiter. Avant tout, dans notre position, plus que
+jamais, il ne faut pas nous séparer d'action d'avec les quatre
+puissances. C'est là la force du roi et de sa dynastie. Il ne faut pas
+perdre un moment cette idée de vue. Je suppose et je crois que
+l'Angleterre irait aujourd'hui avec nous; mais bientôt tous les
+cabinets feraient des efforts pour la séparer. Est-on sûr qu'elle
+résiste? qu'elle résiste longtemps? S'il y avait un changement de
+ministère ici, qu'arriverait-il? Il ne faut pas croire qu'ici il n'y
+ait pas un parti puissant contre nous. Tout cela donne à penser. Une
+décision prompte peut nous mener bien loin. Nous faisons encore une
+démarche; celle-là faite, tous les moyens de conciliation sont
+épuisés<a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377"></a><a href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>; et alors il faudra <span class="pagenum"><a name="Page_478" id="Page_478">478</a></span> se faire dire par les puissances
+qui n'agissent pas, que nous sommes libres et que nous pouvons agir.
+Voilà, ma manière de voir. Croyez bien qu'au dehors, les troubles,
+même les troubles les mieux réprimés, font croire qu'il peut y avoir
+d'autres troubles plus tard, dans un autre moment, et cela ne donne
+pas une confiance entière. Ainsi, ne nous séparons pas des quatre
+puissances, ou, que ce soit de leur avis...»</p>
+
+<p class="p2 right">Le 12 juin 1832.</p>
+
+<p>»J'attends Durant, je lui remettrai dans les mains une position que je
+crois être excellente: l'union des cinq grandes puissances établie, et
+cette union formée sur le maintien des principes et de la propriété.
+Cela seul peut arrêter les efforts que l'esprit du temps fait pour
+détruire la civilisation actuelle et arriver à une civilisation
+chimérique. Dites-moi quand le roi m'attend. Je ne quitterai que quand
+je ne serai plus essentiel ici; cela est sûr, mais je voudrais savoir
+quand on m'attend. Comme je ne veux être rien en France, j'aime autant
+n'arriver que quand les choses seront complètement rentrées dans
+l'ordre, et quand toutes les places et situations seront fixées. Je ne
+suis bon qu'ici; il faut faire ce à quoi on est appelé; aussi j'y
+reviendrai quoi qu'on en dise. Je partirai d'ici au plus tard le 21,
+et je serai le 24 à Paris...»</p>
+
+<p class="p2 right">Londres, 15 juin 1832.</p>
+
+<p>»J'attends donc Durant dimanche 17. Je lui donnerai pour les
+présentations le 18 et 19. Cela fait, et quelques directions données,
+je m'acheminerai doucement vers Paris. J'arrange les choses de manière
+qu'après avoir épuisé tous les égards, l'Angleterre et nous soyons les
+maîtres d'agir comme cela <span class="pagenum"><a name="Page_479" id="Page_479">479</a></span> nous conviendra et sans qu'il en
+résulte de froid, avec les autres puissances. J'ai pris sur moi le
+délai, jusqu'au 30 juin, parce que je regarde, comme affaire
+principale, l'union des trois puissances, et que je suis sûr qu'après
+avoir consenti à ce retard qu'elles désiraient, elles trouveront toute
+simple une action maritime combinée de la France et de l'Angleterre.
+Le cabinet français voulait aller plus vite, mais je crois qu'il
+cédait un peu à la précipitation belge, qui pousse notre ministère par
+M. Lehon. Le général Goblet qui est à Londres, et M. Van de Weyer qui
+est à Bruxelles, pensent de même. Ainsi je persiste, et, en vérité,
+quinze jours de retard ne sont pas grand chose, quand on est sûr
+d'avoir par cette complaisance, l'assentiment des grandes puissances
+qui sont engagées vis-à-vis de nous. Et puis, c'est fait, et je suis
+sûr que c'est bien fait. Je vous écris dans un intervalle de la
+conférence de ce matin où nous allons décider du sort de M.
+Thorn<a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378"></a><a href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>. Nous engageons la Confédération germanique à ordonner
+qu'il soit mis en liberté, et de passer outre malgré les obstacles
+qu'y met le roi de Hollande. Il ne restera à Durant que de suivre ma
+ligne: union avec l'Angleterre, accord entre les cinq puissances,
+armement de concert avec l'Angleterre, pour forcer le roi de Hollande
+à rendre à la Belgique son territoire, et surtout pour le forcer à
+évacuer Anvers. Il me semble que c'est avoir mis et laissé les
+affaires de France de ce côté, en bonne position.»</p>
+
+<p>Je partis en effet, de Londres le 20 juin, et quelques heures avant
+mon départ, je reçus le billet suivant de lord Palmerston: <span class="pagenum"><a name="Page_480" id="Page_480">480</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h4>
+
+<p class="right">«Foreign Office, 19 juin 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je viens de recevoir les trois notes<a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379"></a><a href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a> que j'ai signées et que
+j'expédierai tout de suite.</p>
+
+<p>»Adieu encore une fois, donnez de bons conseils où vous allez, soignez
+bien votre santé, remettez-vous vite des longues fatigues de nos
+conférences, et revenez ici bientôt, mais surtout revenez.</p>
+
+<p class="left5">»Tout à vous. «<span class="dalign smcap">»PALMERSTON.»</span>»</p>
+
+<p class="p2">J'arrivai à Paris le 22 juin.</p>
+
+<h5 class="p6">FIN DE LA DIXIÈME PARTIE</h5>
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_481" id="Page_481">481</a></span></p>
+
+<h3 class="p4">APPENDICE</h3>
+
+<p class="p2">Nous avons consacré, comme nous l'avions déjà fait dans le volume
+précédent, un appendice à un certain nombre de lettres particulières
+ou confidentielles qui nous ont paru offrir un intérêt
+particulier.&mdash;Toutes ces lettres, extraites des papiers de M. de
+Talleyrand, ont été copiées sur les originaux autographes qui existent
+dans les papiers du prince.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380"></a><a href="#Footnote_380" class="fnanchor"><span class="light">[380]</span></a>.</h4>
+
+<div class="font90">
+<p class="right">«Paris, le 3 janvier 1831.</p>
+
+<p>»Cette malheureuse affaire de la Belgique tourmente notre cher roi,
+plus que je ne puis vous le dire, mon cher prince, et le met dans un
+embarras dont il ne voit pas comment il peut sortir. Vous connaissez
+toute notre amitié, tout notre attachement pour le prince de Cobourg,
+et certainement il serait celui qui conviendrait le mieux au roi, sous
+tous les rapports; mais malheureusement, on ne voit ici en lui qu'un
+agent anglais, et, il faut le dire, il est d'une impopularité extrême;
+s'il arrivait au trône de Belgique en épousant une de nos petites, on
+regarderait cela comme une vente faite de ce pays à l'Angleterre, et
+le roi ne peut ni ne veut s'exposer à cette chance, qui pourrait lui
+faire perdre toute sa popularité ici, et qui probablement par la même
+raison ne conviendrait pas non plus à la Belgique. Ce qu'elle veut
+c'est <span class="pagenum"><a name="Page_482" id="Page_482">482</a></span> Nemours ou d'être réunie à la France: ce dernier parti
+amènerait infailliblement la guerre: il faut donc aussi l'éviter.
+Nemours, les puissances n'en voudraient sûrement pas non plus, et
+d'ailleurs, même quand elles y consentiraient, il présente des
+difficultés si grandes, que le roi est loin de le désirer. Il faudrait
+nommer une régence: comment et par qui la composer? Qui envoyer avec
+cet enfant? Cet avenir pour lui effraye son père et le roi, qui n'y
+voit qu'embarras, obstacles et difficultés sans avantages certains. De
+plus, la fâcheuse question du Luxembourg vient encore aggraver les
+difficultés; les Belges ne veulent point reconnaître la décision de la
+Diète à cet égard, cela les anime de plus en plus, et leur fait
+désirer d'amener la guerre, et ajoutez par-dessus tout cela la
+mauvaise foi du roi de Hollande qui ne cesse de tromper, et qui de son
+côté fait tout ce qu'il peut pour amener une guerre, et qui, par son
+indigne conduite envers eux, exaspère tout ce malheureux pays. Le
+prince Charles de Naples, personne n'en veut. Le roi ne sait
+véritablement où donner de la tête dans cette malheureuse affaire qui
+le désole, parce qu'il lui est impossible de voir quel parti il y a à
+prendre...</p>
+
+<p>»... De grâce, écrivez-moi en toute confiance votre avis, et ce que
+vous pensez qu'il y a de mieux à faire; mais pensez bien à
+l'irritation qui existe ici, et très grande, sur cette question belge,
+et le désir bien prononcé de notre nation de la voir redevenir
+française, car il n'y a que le roi qui y mette de la délicatesse, et
+il faut toute la confiance, et l'amour qu'on a pour lui, pour faire
+patienter à cet égard. Mais si dans les arrangements, on croyait y
+voir un accord fait à l'avantage d'une puissance étrangère, ce serait
+du plus grand danger pour le roi lui-même, et notre paix intérieure.
+Ayez bien cela dans la pensée, parce que cela est.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381"></a><a href="#Footnote_381" class="fnanchor"><span class="light">[381]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 5 janvier 1831.</p>
+
+<p>»Le parti ardent ici voudrait nous embarbouiller dans les affaires de
+la Belgique et entraîner la France dans la guerre, en
+<span class="pagenum"><a name="Page_483" id="Page_483">483</a></span>
+faisant demander la réunion par la Belgique, et arborer la
+cocarde tricolore française: il se flatte que cet entraînement serait
+irrésistible, mais il se flatte en vain. Mon frère a déclaré qu'il ne
+céderait pas à cet entraînement et qu'on verrait si c'est le roi ou
+les étudiants de Paris qui doivent décider la question de la paix ou
+de la guerre...</p>
+
+<p>»Il était bien tourmenté avant-hier, ne voyant plus quelle combinaison
+pouvait convenir aux Belges, et vous demandait vos conseils pour en
+trouver une; mais une dépêche de M. Bresson lui ayant appris que les
+Belges étaient disposés à appeler le prince Othon de Bavière, il a
+immédiatement fait taire toute autre considération et s'est emparé de
+cette ouverture, non pas de manière à ce qu'on puisse dire qu'il
+voulait imposer ce prince ou tout autre à la Belgique, mais pour
+exprimer qu'il n'y avait aucune opposition, qu'il croyait instant d'en
+finir, et que, par conséquent, il verrait ce choix avec plaisir...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382"></a><a href="#Footnote_382" class="fnanchor"><span class="light">[382]</span></a>.</h4>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="dalign">«Bruxelles, le 13 janvier 1831.</span></p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»J'ai reçu avant-hier soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
+m'écrire le 9 courant et les documents qui l'accompagnaient. J'ai pris
+si à c&oelig;ur le chagrin de vous avoir déplu que j'attache le plus
+grand intérêt à vous faire comprendre les circonstances qui ont amené
+la combinaison subite qui, je le sens bien aujourd'hui, ne pouvait
+convenir à la conférence. Les partis républicain et français avaient
+dressé toutes leurs batteries; nous étions serrés de près; nous
+craignions ou un mouvement populaire ou une proclamation de la réunion
+à la France du côté de Liège et de Verviers. L'on pensait qu'à la
+moindre complication, le congrès se prononcerait pour M. le duc de
+Nemours. Ces dangers étaient imminents, et ceux que redoutait le plus
+notre gouvernement. Il fallut faire une diversion, et offrir un but
+quelconque aux gens sages et modérés. On mit en avant le choix d'un
+prince<span class="pagenum"><a name="Page_484" id="Page_484">484</a></span>
+de Bavière, et comme on m'avait écrit de Paris que tout valait
+mieux que M. le duc de Nemours ou la réunion, et que je crus que nous
+n'avions pas quarante-huit heures devant nous, je ne vis aucune
+objection à cette idée et je laissai faire. Mais, mon prince, je
+désire que la conférence comprenne bien que ce qui a été fait à cet
+égard l'a été en opposition aux man&oelig;uvres infatigables du parti qui
+veut la guerre, sans autre vue et sans arrière-pensée. Lord Ponsonby
+qui a connu toutes mes démarches peut l'affirmer, et l'affirmera, j'en
+suis sûr.</p>
+
+<p>»Au reste, mon prince, aussitôt après avoir reçu votre lettre, j'ai
+fait tous mes efforts pour éclairer les membres qui adoptaient, cette
+combinaison sur les inconvénients si frappants que vous m'indiquiez,
+et ils l'ont abandonnée. Nous aurons maintenant le temps de nous
+reconnaître. Le congrès vient, il est vrai, de décider dans sa séance
+d'aujourd'hui qu'il ne serait pas envoyé de commissaires spéciaux, ni
+à Londres, ni à Paris, pour faciliter le choix du chef de l'État; mais
+la négociation reste confiée aux agents que vous avez près de vous, et
+nous n'avons plus à craindre de ces déterminations soudaines et
+précipitées dont nous avons été menacés il y a dix jours...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383"></a><a href="#Footnote_383" class="fnanchor"><span class="light">[383]</span></a>.</h4>
+
+<p class="left5">[<i>Cabinet</i>] <span class="dalign">«Paris, le 14 janvier 1831.</span></p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»... La nouvelle direction que lui (M. Bresson) ont imprimée vos
+dépêches a été un objet de surprise pour le roi, et celle que lord
+Ponsonby a reçue de son gouvernement nous inquiète sérieusement sur
+l'issue de la question belge<a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384"></a><a href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>. Les conseils qu'il donne
+encouragent les partisans fort peu nombreux du prince d'Orange et <span class="pagenum"><a name="Page_485" id="Page_485">485</a></span>
+irritent les partis catholique, républicain et constitutionnel. L'état
+révolutionnaire se prolonge, et il portera des fruits amers. Le
+renouvellement des hostilités ne pourra plus être prévenu, et il
+serait difficile de prévoir jusqu'où il peut conduire. Est-ce le
+prince de Cobourg, que l'on cache, que l'on prépare et que l'on
+espère?</p>
+
+<p>»Cette combinaison est devenue impossible. Nous avons été franchement
+pour celle des princes de la maison de Nassau, aussi longtemps que
+nous avons pensé qu'elle avait quelques chances de succès. Nous avons
+accueilli avec autant de sincérité et d'empressement celle du prince
+de Cobourg, mais le temps nous a révélé la vérité: il faut aux Belges
+un prince catholique. Qu'on le prenne dans les maisons de Saxe, de
+Naples ou de Bavière, peu nous importe, pourvu qu'il fasse cesser
+l'anarchie et qu'il commence immédiatement un gouvernement régulier.
+La ministère anglais respecte l'opinion publique, et il a raison; mais
+il doit sentir qu'il faut que nous la respections aussi; et la France
+a montré assez de générosité, de loyauté et de désintéressement pour
+qu'elle exerce quelque influence sur le choix d'un souverain qui doit
+régner à ses portes. Si les affaires de Belgique touchent la politique
+de l'Angleterre et des autres puissances, elles intéressent à la fois
+notre politique et notre propre sûreté. La conférence de Londres a
+trop présumé de son influence en Belgique; sa marche lente et mesurée
+a peut-être un peu trop rappelé la vieille politique et les pénibles
+négociations du traité de Westphalie...</p>
+
+<p>»Je suis sûr, mon prince, que vous commencez vous-même à vous fatiguer
+de ce rôle complaisant qu'on voudrait imposer à la France, et que vous
+ne voulez accepter que celui qui convient à un roi puissant et à une
+grande nation. L'Europe ne comprendra bien notre politique que
+lorsqu'elle saura que ce n'est pas la crainte de la guerre qui nous
+arrête, mais bien la crainte de voir bouleverser l'ordre social en
+Europe, de déchaîner toutes les tempêtes et de mettre partout aux
+prises les peuples et les gouvernements. Cette crainte seule est digne
+de nous, parce qu'elle est morale, parce qu'elle est politique et
+prévoyante. On oublie trop aussi que notre action sur les v&oelig;ux du
+pays a ses bornes, et qu'il serait imprudent pour nous et funeste pour
+l'Europe de les dépasser...» <span class="pagenum"><a name="Page_486" id="Page_486">486</a></span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE</span><a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385"></a><a href="#Footnote_385" class="fnanchor"><span class="light">[385]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Londres, le 16 janvier 1831.</p>
+
+<p>»J'envoie à Mademoiselle une pièce qui l'intéressera et dont, hors le
+roi et elle, personne ne doit avoir connaissance. Faite au nom du
+prince d'Orange, c'est lord Grey qui en est le véritable auteur. Il y
+met un tel prix et un intérêt tel, que nous n'avons pas pu nous
+opposer à ce que cette nouvelle tentative fût essayée. Si elle
+réussit, les choses s'arrangeront d'après les premiers souhaits du
+roi; si elle manque son effet, nous aurons le champ plus libre pour
+tout ce que nous croirons bon et utile de proposer et d'obtenir...»</p>
+
+<p>Pièce incluse dans la lettre précédente.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LETTRE DU PRINCE D'ORANGE A ...</span><a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386"></a><a href="#Footnote_386" class="fnanchor"><span class="light">[386]</span></a></h4>
+
+<p>«Les derniers événements de la Belgique ont attiré sur moi, sur ma
+famille et sur la nation, des malheurs que je ne cesserai de déplorer.</p>
+
+<p>»Cependant, au milieu de ces calamités, je n'ai jamais renoncé au
+consolant espoir qu'un temps viendrait où la pureté de mes intentions
+serait reconnue et où je pourrais personnellement coopérer à
+l'heureuse entreprise de calmer les divisions et de faire renaître la
+paix et la prospérité d'un pays auquel m'unissent les liens à jamais
+sacrés du devoir et de la plus tendre affection.</p>
+
+<p>»Le choix d'un souverain pour la Belgique, depuis sa séparation d'avec
+la Hollande, a été accompagné de difficultés qu'il est inutile de
+décrire. Puis-je croire sans présomption que ma présence offre
+aujourd'hui la meilleure et la plus satisfaisante solution de ces
+difficultés?</p>
+
+<p>»Nul doute... que les cinq puissances, dont la confiance est si
+nécessaire à acquérir, ne voient dans un tel arrangement le plus sur,
+le plus prompt, le plus facile moyen de raffermir la tranquillité
+intérieure et d'assurer la paix générale de l'Europe.
+<span class="pagenum"><a name="Page_487" id="Page_487">487</a></span></p>
+
+<p>»Nul doute que des communications récentes et détaillées, venues des
+villes principales et de plusieurs provinces de la Belgique, n'offrent
+la preuve frappante de la confiance que m'accorde encore une grande
+partie de la nation...</p>
+
+<p>»Le passé, en autant qui me concerne, sera voué à l'oubli; je
+n'admettrai aucune distinction personnelle motivée par des actes
+politiques, et mes constants efforts tiendront à unir au service de
+l'État, sans exclusion et sans égard à leur conduite passée, les
+hommes que leurs talents et leur expérience rendent les plus capables
+de bien remplir des devoirs publics.</p>
+
+<p>»Je vouerai les soins les plus assidus à assurer à l'Église catholique
+et à ses ministres la protection attentive du gouvernement et à les
+entourer du respect de la nation...</p>
+
+<p>»Un de mes plus vifs désirs, comme un de mes premiers devoirs, sera de
+joindre mes efforts à ceux de la législature afin de compléter les
+arrangements qui, fondés sur la base de l'indépendance nationale,
+donneront de la sécurité à nos relations au dehors et viendront à la
+fois améliorer et étendre nos moyens de prospérité intérieure...</p>
+
+<p>»Je viens ainsi, avec toute la franchise et la sincérité que réclamait
+notre commune position, de me placer devant la nation belge. C'est sur
+les lumières qui la guident dans l'appréciation des besoins du pays,
+c'est sur son attachement à sa liberté que repose mon principal
+espoir. Il ne reste plus qu'à rassurer que, dans ma démarche
+d'aujourd'hui, j'ai bien moins consulté mon propre intérêt que mon vif
+et invariable désir de voir des mesures réparatrices, des mesures de
+paix et de conciliation mettre à jamais un terme à tous les maux dont
+la Belgique est encore affligée.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387"></a><a href="#Footnote_387" class="fnanchor"><span class="light">[387]</span></a>.</h4>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="dalign">«Bruxelles, le 20 janvier 1831 à une heure du matin.</span></p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Les partisans de M. le duc de Leuchtenberg avaient tout disposé <span class="pagenum"><a name="Page_488" id="Page_488">488</a></span>
+pour frapper leur grand coup dans ces quarante-huit heures. M. le duc
+de Bassano et M. Mejan<a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388"></a><a href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a> sont les moteurs principaux de ce projet
+déplorable. Il m'a fallu, pour parer à ces dangers imminents, assumer
+une grande responsabilité que je ne puis justifier que par mon vif
+désir de prévenir de grands malheurs.</p>
+
+<p>»J'ai déclaré que si M. le duc de Leuchtenberg était élu, je romprais
+à l'instant même toute communication avec le gouvernement belge et que
+je quitterais Bruxelles dans les vingt-quatre heures. Cette
+déclaration nous a bien servis.</p>
+
+<p>»Il me paraît impossible qu'on vous ait laissé ignorer nos
+instructions sur le prince de Naples et le prince Othon de Bavière; je
+ne les spécifierai donc pas ici.</p>
+
+<p>»Il n'y avait pas force égale pour opposer le prince de Naples au
+prince de Leuchtenberg, mais force suffisante pour créer une
+diversion. Nous nous y sommes attachés en jetant au travers de ces
+intrigues la proposition d'un terme moyen. Les conclusions du rapport
+de la section centrale, qui tendaient à ce qu'on procédât dès
+aujourd'hui au choix du souverain, n'ont pas obtenu la priorité...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE</span><a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389"></a><a href="#Footnote_389" class="fnanchor"><span class="light">[389]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Le 24 janvier 1831.</p>
+
+<p>»L'arrivée de M. de Flahaut, qui a pu répondre à toutes mes questions
+et me dire de bonnes paroles sur le Palais-Royal et sur Paris, m'a
+fait grand plaisir. 11 a trouvé nos affaires de Belgique plus avancées
+qu'il ne le supposait, et il a déjà pu s'assurer que cette neutralité
+si péniblement obtenue apparaissait à tous les bons esprits, au milieu
+de toutes les discussions actuelles, comme <span class="pagenum"><a name="Page_489" id="Page_489">489</a></span> la seule solution du
+grand problème. Je suis convaincu que l'esprit prompt et délicat de
+Mademoiselle en aura apprécié tous les avantages. Je crois, en effet,
+que cette mesure était la seule qui pût nous laisser avec la paix et
+la seule par laquelle nous désintéressons l'Angleterre sans établir sa
+suprématie. Lui abandonner une situation matérielle en Belgique, ce
+serait lui donner au nord un nouveau Gibraltar et nous nous
+trouverions un jour quelconque vis-à-vis d'elle clans une position
+analogue à celle de la péninsule. Un semblable expédient sacrifierait
+d'une manière trop dangereuse l'avenir au présent et nous coûterait un
+prix qu'on pourrait tout au plus accorder à dix batailles perdues. La
+réunion du reste de la Belgique serait un faible équivalent pour ce
+premier pas sur le continent. Si la France avait besoin do s'étendre,
+c'est vers la ligne du Rhin qu'elle devrait porter ses regards; c'est
+là que ses vrais intérêts l'appellent, c'est là qu'il y a de la vraie
+puissance et d'utiles frontières à acquérir; mais aujourd'hui la paix
+vaut de beaucoup mieux que tout cela: la Belgique nous apporterait
+plus d'embarras que d'avantages, et les avantages, la neutralité nous
+les assure presque tous...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390"></a><a href="#Footnote_390" class="fnanchor"><span class="light">[390]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Paris, 28 janvier 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»... Certes, M. de Flahaut ne s'attendait pas, à son départ d'ici, de
+ce qu'il a trouvé fait en arrivant auprès de vous: c'est un brave
+succès<a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391"></a><a href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>; il n'a pas fallu moins que votre zèle et votre talent
+pour y arriver et nous sommes bien touchés et bien convaincus du motif
+qui vous en fait doublement jouir. Certainement, comme vous le dites,
+toutes les personnes qui pensent, qui réfléchissent, sentent les
+avantages, pour nous de cette neutralité, qui sont très grands, et
+vous verrez que la discussion d'hier, à la Chambre des députés, a été
+très bonne et tout à fait <span class="pagenum"><a name="Page_490" id="Page_490">490</a></span> à l'avantage du gouvernement<a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392"></a><a href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a> que
+la Chambre soutient surtout par la crainte d'un ministère de l'extrême
+gauche et pour l'en éloigner; car il ne faut pas se dissimuler que le
+v&oelig;u d'une grande masse, en France, pour ne pas dire de la
+généralité, est la réunion de la Belgique et que la traînasserie, la
+lenteur que l'Angleterre a mise à faire décider le congrès belge au
+choix d'un souverain nous met, et vis-à-vis de la France et vis-à-vis
+de la Belgique, dans un très grand embarras, et cela, de la part de
+l'Angleterre, par l'arrière-pensée de pouvoir ramener le prince
+d'Orange. La question inadmissible du duc de Leuchtenberg est arrivée:
+nous ne pouvions ne pas la rejeter. L'Angleterre le sent et l'avoue,
+mais en même temps, lord Ponsonby dit qu'il n'a pas d'instructions à
+cet égard. Voilà donc la question compliquée de nouveau d'une manière
+bien pénible et tourmentante, et cela à qui la faute? Pas à nous,
+certes, qui avons été bien franchement, bien loyalement et bien
+droitement...»</p>
+
+<p class="p2 right">Samedi matin, 29 janvier.</p>
+
+<p>»<i>P.-S.</i>&mdash;Nous apprenons qu'il ne reste plus à Bruxelles d'alternative
+possible qu'entre Nemours et Leuchtenberg. Croirait-on qu'ainsi placé,
+lord Ponsonby donne une préférence décidée à Leuchtenberg? En vérité,
+cela passe toute croyance. C'est pourtant certain. Ce qui l'est moins,
+mais ce qu'on dit, et ce que le langage de lord Ponsonby ne rend que
+trop probable, c'est que M. Van de Weyer a apporté de Londres
+l'assurance que l'Angleterre reconnaîtrait Leuchtenberg s'il était
+élu<a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393"></a><a href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394"></a><a href="#Footnote_394" class="fnanchor"><span class="light">[394]</span></a></h4>
+
+<p class="right">«Bruxelles, le 8 mars 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Ne pouvant obtenir de la conférence une décision à mon <span class="pagenum"><a name="Page_491" id="Page_491">491</a></span> égard, je
+me détermine à aller au-devant. J'ai l'honneur de vous adresser ma
+démission des fonctions de son commissaire en Belgique. Je la lui
+transmets en même temps par lord Ponsonby.</p>
+
+<p>»Vous trouverez ci-jointe la lettre que j'écris à la conférence et que
+je vous prie de lui soumettre, et copies de mes lettres à lord
+Ponsonby et à M. Van de Weyer.</p>
+
+<p>»Je compte partir vendredi ou samedi pour Paris. J'y ferai un court
+séjour; mon plus vif désir est de me retrouver bientôt près de
+vous<a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395"></a><a href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a>.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396"></a><a href="#Footnote_396" class="fnanchor"><span class="light">[396]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 20 mars 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Je n'ai rien à vous apprendre sur la formation du ministère. Vous
+connaissez comme moi les membres qui le composent: le parti de la paix
+y est fort jusqu'à l'unanimité. Je pense que vous feriez bien d'écrire
+un mot à M. Casimir Périer, qui sera charmé de recevoir une lettre de
+vous. Il donne de l'unité à l'action du gouvernement et se montre
+décidé à combattre les anarchistes avec vigueur...</p>
+
+<p>»... M. Laffitte a quitté les affaires avec peine et montre un peu
+d'irritation. L'état de sa fortune est la principale cause de sa
+défaite politique; la bourse poussait des clameurs qui avaient des
+échos dans les Chambres.</p>
+
+<p>»La grande affaire aujourd'hui est celle des élections, je crois
+qu'elles nous donneront une Chambre modérée et qui sera un véritable
+appui pour l'ordre et le gouvernement.</p>
+
+<p>»Je crois que nous éviterons la guerre. Si les Autrichiens n'entrent
+pas dans les États du Saint-Siège, la paix est assurée; je me suis
+dévoué à sa conservation.»
+<span class="pagenum"><a name="Page_492" id="Page_492">492</a></span></p>
+
+<h4 class="p2">TRADUCTION D'UNE DÉPÊCHE DE SIR R. GORDON<a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397"></a><a href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a> A LORD PALMERSTON<a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398"></a><a href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>.</h4>
+
+<p class="left5">[<i>Confidentielle</i>] <span class="dalign">«Constantinople, 31 mars 1831.</span></p>
+
+<p class="left5">»Milord,</p>
+
+<p>»Depuis ma dernière dépêche confidentielle du 25, le reis-effendi m'a
+assuré que l'ambassadeur de France a présenté une note à la Porte qui,
+quoique plus réservée que ses communications verbales contient les
+trois points importants qui suivent:</p>
+
+<p>»1<sup>o</sup> Les principes du gouvernement français sont si diamétralement
+opposés à ceux professés par la Russie et l'Autriche, qu'une guerre
+entre la France et ces deux puissances est inévitable;</p>
+
+<p>»2<sup>o</sup> Dans cette guerre, l'Angleterre restera neutre, ou se déclarera
+l'alliée de la France;</p>
+
+<p>»3<sup>o</sup> L'ambassadeur de France prie instamment la Porte, de la part de
+son gouvernement, de prendre les mesures nécessaires pour assurer son
+indépendance, avertissant le gouvernement ottoman que si, au
+contraire, il épousait la cause opposée aux principes et aux vues de
+la nation française, la Porte chercherait en vain plus tard, à être
+exemptée des pertes qu'elle aurait à subir comme une conséquence
+nécessaire de la guerre.</p>
+
+<p>»J'ai l'honneur...</p>
+
+<p class="left5">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">R. Gordon.</span>»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS</span><a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399"></a><a href="#Footnote_399" class="fnanchor"><span class="light">[399]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«27 juin 1831.</p>
+
+<p>»Après avoir ennuyé Mademoiselle des copies de ma correspondance
+nocturne par le courrier d'aujourd'hui, je dois encore <span class="pagenum"><a name="Page_493" id="Page_493">493</a></span> lui
+communiquer la réponse du prince Léopold que je reçois à l'instant,
+quoiqu'elle ne satisfasse pas toutes mes exigences françaises, et que
+les conversations ne remplacent que faiblement ce qui aurait été bien
+plus utile à dire officiellement. Cependant il faut se tenir pour
+satisfait parce que le contraire serait maintenant sans but. Toujours
+est-il bon que ma lettre d'hier ait provoqué l'explication écrite du
+prince qui tient un peu de l'excuse. Il cherche à se justifier sur ce
+que d'autres membres de la conférence ont pu lui dire: il eût été plus
+simple et plus droit de s'arrêter à la phrase écrite de ma main, que
+je lui avais laissée.</p>
+
+<p>»A présent, espérons que les Belges si portés à l'indiscrétion
+n'oublieront pas les assurances de dévouement que le prince leur a
+faites pour la France...</p>
+
+<p>»Mademoiselle se souviendra que les premières nouvelles de tout ce que
+j'ai écrit ces jours-ci doivent venir de Bruxelles.</p>
+
+<p>»Wessenberg va rendre plus facile le roi des Pays-Bas. C'est une
+terrible tâche que nous lui donnons là.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400"></a><a href="#Footnote_400" class="fnanchor"><span class="light">[400]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Samedi, 9 juillet 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Nous avons des lettres de Bruxelles du 6, au soir. Tout allait bien,
+et on comptait sur une majorité très considérable. On croyait que de
+cent soixante-quatorze, qui voteraient, il y aurait cent vingt-cinq
+pour; mais ce qui prouve incontestablement que les propositions
+seraient acceptées, c'est que Van de Weyer s'était inscrit pour parler
+en leur faveur; et notre petit ami, comme les dieux de Caton, aime à
+se trouver du côté des vainqueurs, et il n'aurait pas changé de côté,
+s'il n'avait pas eu un fort pressentiment que la victoire allait se
+ranger avec les propositions et le prince.</p>
+
+<p>»Le discours de Lebeau a converti plusieurs, entre autres <span class="pagenum"><a name="Page_494" id="Page_494">494</a></span>
+Rodenbach<a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401"></a><a href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a> et Coppens<a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402"></a><a href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a> et on disait à Bruxelles que ce
+discours avait fait parler un bègue et avait fait voir clair à un
+aveugle. On croyait cependant que la décision ne se ferait
+qu'aujourd'hui.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT</span><a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403"></a><a href="#Footnote_403" class="fnanchor"><span class="light">[403]</span></a>.</h4>
+
+<p>«15 juillet 1831.</p>
+
+<p>»Le roi de Hollande n'a pas encore répondu; mais le pouvoir de
+Wessenberg n'a pas été plus loin que d'obtenir quelques jours de
+délai. Sa réponse ne sera donnée que jeudi au soir et alors Wessenberg
+partira le vendredi (qui est aujourd'hui). Mon opinion est que malgré
+quelques explications qui ont été données, la réponse du roi sera
+mauvaise. Quel parti tirera-t-il de son humeur? Je n'en sais rien, car
+les choses sont à tel point qu'il n'y a plus moyen de céder. On peut
+adoucir par des explications, mais il n'est pas possible d'aller plus
+loin. Le prince Léopold n'en part pas moins demain 16; il croit plaire
+chez vous, et c'est son projet en allant par Calais. Il désire
+passionnément épouser une de nos princesses; ce matin, il me le
+répétait encore. On est bien fou en France quand on veut faire du
+prince Léopold un prince anglais; il est parfaitement le contraire.
+Cette dernière difficulté du roi de Hollande nous est fort
+désagréable, et je crois qu'elle est fort inutile pour lui, il faut
+attendre les premières lettres, elles nous apprendront au plus juste
+sa disposition...»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">L'AMIRAL DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404"></a><a href="#Footnote_404" class="fnanchor"><span class="light">[404]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Paris, le 28 décembre 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»Vous aurez vu, comment hier nous sommes sortis de la question <span class="pagenum"><a name="Page_495" id="Page_495">495</a></span> de
+la pairie. Il y a dans l'autre Chambre une sorte de frémissement
+révolutionnaire qui indique assez ce qui fût arrivé du retour du rejet
+de la loi: tel est le pays.</p>
+
+<p>»Sébastiani a eu une fausse attaque d'apoplexie; il va mieux, mais on
+pense qu'il sera quelque temps hors d'état de s'occuper d'affaires.
+Son inquiétude, à cet égard, est manifeste. Pozzo s'en réjouit sans
+contrainte, et promet de plus grandes facilités pour les affaires.
+Demain, il doit réunir le corps diplomatique au sujet des plans
+belges, et il me promettait hier soir, qu'il parlerait de manière à
+substituer la démolition de Tournai à celle de Philippeville et
+Marienbourg. Si cet arrangement vous paraissait sortable, veuillez
+m'en faire dire un mot par madame de Dino; j'agirai ici en
+conséquence: cela m'est plus facile maintenant.</p>
+
+<p>»Veuillez...</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»DE RIGNY.»</span></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405"></a><a href="#Footnote_405" class="fnanchor"><span class="light">[405]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Berlin, le 26 janvier 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon prince,</p>
+
+<p>»... J'ai su que votre lettre du 20 décembre avait été mise sous les
+yeux de Sa Majesté le roi de Prusse. Il a écrit à l'empereur pour le
+presser de se rattacher aux vues de ses alliés, <i>dans des termes
+plutôt trop vifs que trop doux</i>, m'a dit M. de Bernstorff. Ainsi, mon
+prince, l'effet que vous désiriez a été produit.</p>
+
+<p>»En apprenant l'ajournement de l'échange des ratifications au 31
+janvier, l'on a beaucoup regretté ici qu'on ne l'eût pas fixé au 1er
+mars. Hier, j'ai fait de nouvelles instances pour obtenir la
+ratification pure et simple au traité du 15 novembre; elles ont été
+infructueuses. M. le ministre d'Angleterre, chargé par son
+gouvernement d'une démarche analogue, n'a pas été plus heureux. La
+Prusse se maintient dans la position qu'elle a prise depuis le refus
+de l'empereur de Russie, et l'ajournement n'a rien changé à sa manière
+de voir. Il y a seulement une modification qui me paraît assez
+importante aux instructions de M. de Bülow. On le <span class="pagenum"><a name="Page_496" id="Page_496">496</a></span> charge
+d'indiquer à la conférence si, le 31 janvier, une ou plusieurs
+puissances jugent à propos d'échanger leurs ratifications avec le
+plénipotentiaire belge, de laisser pour les autres le protocole ouvert
+jusqu'à un terme défini, le 15 mars par exemple, toujours avec la
+réserve de la part de la Prusse que le traité à cette époque même, ne
+serait valable qu'autant que toutes les puissances successivement
+auraient ratifié en toute forme. C'est un autre mode d'ajournement qui
+a ses inconvénients et ses avantages. M. Ancillon pense que cet
+intervalle de temps serait employé avec profit soit à ramener la
+Russie aux décisions prises par la conférence, soit à vaincre ou à
+satisfaire le roi des Pays-Bas. On minuterait un traité définitif
+entre la Hollande et la Belgique, et on le proposerait aux deux
+parties; ou bien encore, on ajouterait aux vingt-quatre articles
+quelques dispositions additionnelles et explicatives qui pourraient
+décider l'acceptation du cabinet de La Haye, ou déterminer la Russie à
+se considérer comme libre de tout engagement et de tout ménagement
+envers elle. Telles sont les idées du cabinet de Berlin. J'ai cru, mon
+prince, qu'il vous serait intéressant de les connaître.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406"></a><a href="#Footnote_406" class="fnanchor"><span class="light">[406]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Tuileries, 4 mars 1832.</p>
+
+<p>»... Nous voilà donc à Ancône, et en toute loyauté et franchise, car
+le pape et les Autrichiens savaient que s'ils rentraient une seconde
+fois dans les États du pape nous irions à Ancône; cela avait été
+annoncé depuis longtemps. Je crois bien, de vous à moi, qu'ils se
+flattaient que nous ne l'oserions pas, comme le roi de Hollande se
+flattait que nous n'entrerions pas en Belgique: ainsi, par cette même
+raison, je vous avoue, mon cher prince, que je suis bien aise que nous
+ayons tenu parole en cela comme en tout le reste. Tous les
+ambassadeurs ont été instruits, au même moment que l'ordre en a été
+donné, du départ de notre expédition, et comme nous ne voulons
+certainement pas de révolution en Italie, mais, au contraire, engager
+à prendre tous les<span class="pagenum"><a name="Page_497" id="Page_497">497</a></span>
+moyens qui peuvent l'éviter, ce qui sera expliqué bien clairement
+et qui l'est certainement déjà, je ne puis me tourmenter du résultat
+de cette expédition qui prouve aux puissances que nous tenons ce que
+nous avançons, ce qui à mes yeux est un très grand avantage.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407"></a><a href="#Footnote_407" class="fnanchor"><span class="light">[407]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Stanhope-street, le 15 mars 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Notre cabinet a pris en considération, hier au soir, la question de
+savoir quelle serait la meilleure marche à suivre sur la proposition
+qu'on nous annonce de la part de la Hollande, et l'opinion de notre
+gouvernement est que je ne puis rien dire ni faire en conférence,
+excepté de demander aux plénipotentiaires des trois cours:
+ratifiez-vous, ou ne ratifiez-vous pas? Il nous paraît que tant que
+les cinq cours ne sont pas sur la même ligne par rapport à la question
+tout importante de la ratification, il est impossible pour la
+conférence de répondre à la communication hollandaise, ou de faire à
+la Hollande une communication quelconque.</p>
+
+<p>»Si nous sommions le roi de Hollande de nous donner réponse
+catégorique quant à l'acceptation des vingt-quatre articles dans un
+délai fixe, cela voudrait naturellement dire que, le terme échu, nous
+procéderions à l'exécution du traité, bon gré malgré la Hollande. Mais
+les trois cours seraient-elles prêtes à concourir avec nous, pour
+concerter des moyens coercitifs? Non, du moins à ce qu'il paraît. Donc
+la même demande ne signifierait pas la même chose pour toutes les
+cours. De notre part la question impliquerait: mesures coercitives; de
+la part des trois cours: abandon, mais inaction. Il nous paraît donc
+que nous ferions bien de nous tenir sur le terrain que nous occupons
+maintenant, et de ne pas nous laisser entraîner en aucune discussion
+ni en aucune action commune comme conférence, avant de savoir avec
+certitude si nous sommes deux ou cinq. <span class="pagenum"><a name="Page_498" id="Page_498">498</a></span></p>
+
+<p>»Si vous pouvez vous rendre au bureau aujourd'hui entre trois et
+quatre heures, vous pourrez me dire alors quel est votre avis sur cet
+affaire.</p>
+
+<p class="left"></p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON</span><a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408"></a><a href="#Footnote_408" class="fnanchor"><span class="light">[408]</span></a>.</h4>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="dalign">«Le 17 mars 1832.</span></p>
+
+<p class="left5">»Dear lord Palmerston,</p>
+
+<p>»Je crois comme vous qu'après tant d'attente nous sommes
+rigoureusement obligés d'avoir une conférence pour demander aux
+plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse la détermination qu'ils
+auront prise relativement à l'échange des ratifications. Tous les
+égards ont été observés, tous les délais naturels ont été grandement
+accordés. Il me semble que les choses sont à leur terme, et que ce
+serait abuser de notre influence en Belgique que de retarder encore le
+moment de la délivrer de l'inquiétude qui l'agite.</p>
+
+<p>»Aujourd'hui, prolonger de nouveau les délais serait un excès de
+condescendance qui pourrait même être qualifié autrement.</p>
+
+<p>»Demain après le lever je me rendrai chez vous prêt à faire tout ce
+qui vous conviendra et à conserver intacte la dignité que nos deux
+pays réunis doivent avoir.»</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND</span><a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409"></a><a href="#Footnote_409" class="fnanchor"><span class="light">[409]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«Stanhope-street, le 5 avril 1832.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je vous prie de vous rendre au bureau à trois heures. Bülow n'a pas
+encore son autorisation, et je crois qu'il faudra que nous fassions en
+conférence la demande dont nous avons parlé. Je voudrais vous proposer
+que nous disions aux plénipotentiaires des trois cours: deux mois se
+sont passés depuis le 31 janvier, le protocole de ratification reste
+encore ouvert; la saison est devenue <span class="pagenum"><a name="Page_499" id="Page_499">499</a></span> meilleure, les routes se
+sont desséchées. Avez-vous tous, reçu vos ratifications, et êtes-vous
+prêts à les échanger? Et vous qui ne l'êtes pas, ayez la bonté de
+constater sur le protocole les raisons qui vous en empêchent.
+J'inviterai le comte Orloff afin que nous puissions lui parler.</p>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT</span><a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410"></a><a href="#Footnote_410" class="fnanchor"><span class="light">[410]</span></a>.</h4>
+
+<p class="right">«1<sup>er</sup> mai au soir 1832.</p>
+
+<p>»Les ratifications sont arrivées, elles sont conditionnelles; mais
+j'arrangerai cela, et je les rendrai simples par les déclarations que
+j'obtiendrai des Russes: du reste ne parlez pas de cela à personne du
+tout, parce que les ordres que je pourrais recevoir de quelque nature
+et de quelque personne qu'elles fussent, me gêneraient et je veux
+avoir fini vendredi. Mais pour cela il faut qu'on ne m'écrive pas;
+ainsi parfait et complet silence. L'espoir de vous voir le mois
+prochain me donne tous les moyens de ma jeunesse et de mon expérience
+pour les affaires dont je suis chargé et à la fin desquelles je veux
+arriver bien. Adieu je me tue peut-être, mais le réussirai. Je
+voudrais que tous les employés du gouvernement en fissent autant pour
+assurer la paix.</p>
+
+<p>»Adieu chère amie.»</p>
+</div>
+
+<h5 class="p4">FIN DE L'APPENDICE ET DU TOME QUATRIÈME <span class="pagenum"><a name="Page_500" id="Page_500">500</a></span></h5>
+
+<hr class="c15 p4" />
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+<div class="footnote">
+
+<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Le prince de Talleyrand à Madame Adélaïde (3 janvier
+1831).</p>
+
+<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> On se rappelle que le comte de Flahaut avait été envoyé à
+Londres par le général Sébastiani pour proposer à M. de Talleyrand un
+plan de partage de la Belgique. (Voir tome III, p. 410.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Sur les sentiments du roi et de la famille royale au
+sujet de l'élection du duc de Nemours, voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_481">481</a>, une
+lettre de Madame Adélaïde à M. de Talleyrand.</p>
+
+<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Voir à ce sujet une lettre de Madame Adélaïde à M. de
+Talleyrand. (Appendice, p. <a href="#Page_482">482</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> En outre de cette publication, M. le comte d'Arschot
+avait lu à la tribune du congrès, le 8 janvier, deux lettres de MM.
+Gendebien et Rogier, dans lesquelles les envoyés belges à Paris
+disaient que M. Sébastiani leur avait formellement promis de
+reconnaître le prince Othon qui épouserait la princesse Marie
+d'Orléans (voir les <i>Débats</i> du 11 janvier). Cette candidature du
+prince Othon n'eut pas de suite. Le parti qui le soutenait ne tarda
+pas à lui substituer le duc de Leuchtenberg.</p>
+
+<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Le prince de Talleyrand au comte Sébastiani.</i>&mdash;Cette
+lettre est datée du 7 janvier dans le texte des archives.&mdash;Nous
+continuerons comme précédemment à indiquer les variantes des deux
+textes. On remarquera que M. de Talleyrand n'a généralement inséré ici
+que des fragments de sa correspondance avec M. Sébastiani. Il
+n'entrait pas dans notre plan de rétablir en note le texte intégral
+des dépêches, et nous nous en sommes tenus aux variantes existant dans
+les passages cités. Des points de suspension indiqueront les
+coupures.</p>
+
+<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Variante:... <i>et à Bruxelles on s'occupe de faire un roi
+qui vraisemblablement n'aura l'assentiment de personne s'il ne doit</i>
+monter sur le trône qu'entouré de conseillers, qui par <i>leurs noms</i>...
+etc.</p>
+
+<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Variante:... <i>sur le jeune prince Othon de Bavière qui
+déjà était destiné au trône de la Grèce</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_483">483</a>, une lettre de M. Bresson à M.
+de Talleyrand.</p>
+
+<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Cette lettre est une réponse à la lettre de Madame
+Adélaïde du 3 janvier qui est insérée à l'Appendice, p. <a href="#Page_481">481</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Allusion à plusieurs faits qui s'étaient passés à
+Bruxelles. Voir page <a href="#Page_8">8</a>. Voir également, page <a href="#Page_25">25</a>, l'incident
+Sébastiani-Rogier.</p>
+
+<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Le prince de Talleyrand au général Sébastiani.</i>
+(Dépêche déjà publiée.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13"></a><a href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Voir cette lettre à l'Appendice, p. <a href="#Page_484">484</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14"></a><a href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Charles-Ferdinand prince de Capoue. Il est généralement
+connu dans ces <i>Mémoires</i> sous le nom de prince Charles.</p>
+
+<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15"></a><a href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Le prince Charles de Naples était né le 10 octobre
+1811$1</p>
+
+<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16"></a><a href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> C'était en effet ce qu'on reprochait on France au prince
+de Cobourg qui passait pour très anglais. Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_481">481</a>,
+une lettre de Madame Adélaïde au prince de Talleyrand.</p>
+
+<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17"></a><a href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Protocole du 9 janvier 1831.</p>
+
+<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18"></a><a href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Le protocole du 20 janvier comprenait deux séries de
+décisions. Il fixait les limites de la Belgique et de la Hollande sur
+le pied du <i>statu quo</i> 1790; il proclamait ensuite en ces termes la
+neutralité du nouvel État:</p>
+
+<p>»... Les plénipotentiaires... sont unanimement d'avis que les cinq
+puissances devaient à leur intérêt bien compris, à leur union, à la
+tranquillité de l'Europe, et à l'accomplissement des vues consignées
+dans leur protocole du 20 décembre, une manifestation solennelle, une
+preuve éclatante de la ferme détermination où elles sont, de ne
+rechercher dans les arrangements relatifs à la Belgique comme dans
+toutes les circonstances qui pourront se présenter encore, aucune
+augmentation de territoire, aucune influence exclusive, aucun avantage
+isolé, et de donner à ce pays lui-même ainsi qu'à tous les États qui
+l'environnent les meilleures garanties de repos et de sécurité. C'est
+par suite de ces maximes, c'est dans ces attentions salutaires que les
+plénipotentiaires ont résolu d'ajouter aux articles précédents ceux
+qui se trouvent ci-dessous:</p>
+
+<p>»<span class="smcap">ARTICLE</span> V.&mdash;La Belgique, dans les limites telles qu'elles seront
+arrêtées et tracées conformément aux bases posées dans les articles
+1,2 et 4 du présent protocole, formera un État perpétuellement neutre.
+Les cinq puissances lui garantissent cette neutralité perpétuelle
+ainsi que l'intégrité et l'inviolabilité de son territoire dans les
+limites mentionnées ci-dessus.</p>
+
+<p>»<span class="smcap">ARTICLE</span> VI.&mdash;Par une juste réciprocité, la Belgique sera tenue
+d'observer cette même neutralité envers tous les autres États, et de
+ne porter aucune atteinte à leur tranquillité intérieure ou
+extérieure.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19"></a><a href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Voir à ce sujet une lettre de Madame Adélaïde à M. de
+Talleyrand (Appendice, p. <a href="#Page_489">489</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20"></a><a href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21"></a><a href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Le même jour, 21 janvier, lord Palmerston écrivait à
+lord Granville:</p>
+
+<p class="left5">«Mon cher Granville,</p>
+
+<p>»Le protocole que je vous envoie est le résultat de deux longues
+journées de travail... Talleyrand voulait que le Luxembourg fût
+compris dans la neutralité, mais à cela on objecta que ce duché
+appartient à un souverain qui est indépendant et à une confédération
+dont il est membre; que la conférence n'a pas le droit de traiter de
+guerre et de paix pour le Luxembourg, ce droit n'appartenant qu'au
+souverain du pays et à la confédération...</p>
+
+<p>»... Talleyrand s'est débattu comme un lion, a prétendu qu'il ne
+consentirait pas à la neutralité de la Belgique, si le Luxembourg
+n'entrait pas dans cette neutralité, et a fini par dire qu'il voulait
+en échange Philippeville et Marienbourg... Enfin, nous avons fini par
+le faire entrer en arrangement par le moyen qui rend les jurés
+unanimes, par la faim. Entre neuf et dix heures il s'est rendu à nos
+propositions, très content au fond du c&oelig;ur, j'en suis sûr, de voir
+la neutralité de la Belgique établie...» (<i>Correspondance intime de
+lord Palmerston</i> traduite en français par Aug. Craven, I, 9.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22"></a><a href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> M. de Talleyrand avait envoyé à Paris la preuve de
+l'intervention anglaise en Belgique en faveur du prince d'Orange.
+(Appendice, p. <a href="#Page_486">486</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23"></a><a href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> M. Maclagan était alors député d'Ostende. A la séance du
+12 janvier, il présenta une motion en faveur du prince d'Orange, ce
+qui provoqua un violent tumulte.</p>
+
+<p>Voici en quels termes le compte rendu officiel relate cet incident:</p>
+
+<p><i>M. Maclagan</i> ne veut pas des combinaisons présentées (le duc de
+Leuchtenberg et le prince Othon). Les puissances se réservent de nous
+faire la loi; nous ne sommes pas indépendants. Le prince d'Orange nous
+rapporterait le Limbourg, le Luxembourg, la rive gauche de l'Escaut,
+et les puissances... (Au mot de prince d'Orange, des cris à l'ordre! à
+bas, se font entendre de toutes parts. La plus grande effervescence
+règne dans l'assemblée...)</p>
+
+<p><i>M. le président.</i>&mdash;Je rappelle à M. Maclagan, qu'il a sans doute
+oublié que le congrès a exclu à jamais toute la famille d'Orange.
+(Bravo, bravo!) (On entend dans le tumulte la voix de M. A. de
+Rodenbach qui crie:&mdash;Il est Anglais, M. Maclagan, il est Anglais! il
+n'est pas Belge, à l'ordre!)</p>
+
+<p><i>M. le président.</i>&mdash;Je connais mon devoir, je rappelle M. Maclagan à
+l'ordre...</p>
+
+<p><i>M. Maclagan</i> prétend qu'il faudrait que le congrès revînt sur sa
+décision de l'exclusion pour donner liberté entière à ses
+commissaires. (Les cris recommencent de nouveau et M. Maclagan quitte
+définitivement la tribune.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24"></a><a href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Firmin Rogier, diplomate belge, né en 1791, fut d'abord
+professeur de l'Université de France. Après 1815, il entra dans le
+journalisme, et combattit le gouvernement du roi Guillaume. En 1830,
+il fut nommé secrétaire de légation à Paris et fit pendant quelque
+temps fonction de chargé d'affaires. Il devint plus tard ministre
+plénipotentiaire et ne se retira qu'en 1864.</p>
+
+<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25"></a><a href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Un incident peu correct avait à ce moment jeté quelque
+aigreur entre le cabinet français et le gouvernement belge. M. de
+Celles avait lu à la tribune des lettres de M. Firmin Rogier et de M.
+Bresson, relatives à la candidature du duc de Leuchtenberg. Le comte
+Sébastiani avait été à juste titre mécontent que le gouvernement belge
+livrât à la publicité des documents essentiellement secrets, et que
+des paroles qu'il avait prononcées dans une conversation familière
+avec M. Rogier eussent été rapportées officiellement. Il s'en plaignit
+vivement à M. Rogier et lui écrivit la lettre suivante:</p>
+
+<p class="right">«Paris, 14 janvier.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur,</p>
+
+<p>»Vous m'avez dit, il y a quelques jours, que les journaux avaient
+rendu compte d'une manière infidèle des lettres que vous aviez écrites
+au gouvernement provisoire; mais ils vous attribuent aujourd'hui une
+nouvelle dépêche où il m'est impossible de reconnaître ce qui a été
+dit dans nos derniers entretiens.</p>
+
+<p>»Comme ministre, je n'ai jamais eu à entretenir le roi d'aucun
+arrangement relatif à sa famille. Le roi n'a donc pu m'accorder ni
+refuser ce qui ne lui a point été demandé. J'ajouterai que soit comme
+homme, soit comme interprète des pensées royales, je ne me serais
+jamais expliqué avec une telle légèreté sur la famille d'un prince
+dont le roi estime la mémoire, et sous les ordres duquel je m'honore
+d'avoir longtemps combattu pour la gloire et l'indépendance de la
+France.</p>
+
+<p>»Je me plais à croire, monsieur, que la lettre dont il s'agit n'est
+pas votre ouvrage: s'il en était autrement, je me verrais obligé de
+n'avoir plus de relations avec vous que par écrit.</p>
+
+<p class="left5">»J'ai l'honneur, etc.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»HORACE SÉBASTIANI.»</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26"></a><a href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> M. de Stassart, gouverneur de la province de Namur,
+était alors vice-président du congrès.</p>
+
+<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27"></a><a href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Le général comte Exelmans (1775-1852), l'un des plus
+brillants généraux de cavalerie de Napoléon. Il était alors pair de
+France. Il devint en 1849 grand chancelier de la Légion d'honneur,
+maréchal de France et sénateur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28"></a><a href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Le général baron Fabvier, né en 1782, entré à l'armée en
+1804, fut sous l'empire chargé de diverses missions en Turquie, puis
+en Perse. En 1814 il dut signer la capitulation de Paris. Mis en
+disponibilité sous la Restauration, il passa en Grèce en 1823, et prit
+du service dans la guerre de l'indépendance. En 1830, il devint
+maréchal de camp, commandant de place à Paris, puis lieutenant général
+(1839) et pair de France (1845). En 1848, il fut élu député et nommé
+ambassadeur à Constantinople, puis à Copenhague. Il mourut en 1855.</p>
+
+<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29"></a><a href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> Le général Charles Lallemand, né en 1774, s'engagea en
+1793, et était général de brigade en 1815. Condamné à mort par
+contumace à la deuxième Restauration, il passa en Amérique, revint en
+France en 1830, devint membre de la Chambre des pairs et mourut en
+1839.</p>
+
+<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30"></a><a href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Par convention en date du 13 août 1814, l'Angleterre
+s'engageait à restituer au roi des Pays-Bas les colonies dont elle
+s'était emparée au cours de la guerre, à l'exception de la colonie du
+Cap et de diverses possessions sur la côte de Guyane et sur la côte de
+Malabar.</p>
+
+<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31"></a><a href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Voir la lettre de M. Bresson au prince de Talleyrand.
+(Appendice p. <a href="#Page_487">487</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32"></a><a href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33"></a><a href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_488">488</a>, la lettre que M. de
+Talleyrand écrivait dans le même sens à Madame Adélaïde.</p>
+
+<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34"></a><a href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart, duc de
+Mortemart, né en 1787, émigra en 1791, revint en France sous le
+Consulat, et devint officier d'ordonnance de l'empereur. A la
+Restauration il fut nommé pair de France (1814) et maréchal de camp,
+puis ambassadeur en Russie. Le 29 juillet 1830, Charles X le chargea
+de former un cabinet, mais ses efforts échouèrent et il se rallia à
+Louis-Philippe. Il fut chargé d'une mission extraordinaire à
+Pétersbourg et accrédité définitivement à ce poste en 1831. Il devint
+sénateur en 1852 et mourut en 1876.</p>
+
+<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35"></a><a href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> M. de Caulaincourt avait été ambassadeur sous l'empire
+où il avait la mission délicate de ramener l'opinion des Russes au
+régime de la France d'alors. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36"></a><a href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Paul prince de Wurtemberg, né en 1785, marié en 1805 à
+la princesse Catherine, fille du duc de Saxe-Altenbourg, mort le 16
+avril 1852. Il était le frère du roi de Wurtemberg.</p>
+
+<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37"></a><a href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38"></a><a href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Ce protocole du 27 janvier ne renfermait pas des
+<i>décisions</i> mais de simples <i>propositions</i> de la conférence, qui
+n'avaient aucune force exécutoire. Il proposait un projet pour le
+partage des dettes entre les deux pays, et donnait le droit à la
+Belgique de participer au commerce colonial hollandais.&mdash;Il ne faut
+pas perdre de vue cette circonstance sur laquelle M. de Talleyrand
+reviendra plus tard.</p>
+
+<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39"></a><a href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Le congrès avait été fort irrité de l'intention
+manifestée par la conférence de régler elle-même les questions
+intéressant la Belgique. Cette phrase notamment du protocole du 20
+janvier: «La Hollande et la Belgique possédant des enclaves sur leurs
+territoires respectifs, il sera effectué par les soins des cinq cours
+tels échanges et arrangements entre les deux pays qui leur assureront
+l'avantage réciproque d'une entière contiguïté de possession...» etc.,
+avait éveillé les susceptibilités de l'assemblée. Enfin la question du
+Luxembourg avait irrité le patriotisme des députés. Aussi, à la séance
+du 29 janvier, la lecture du protocole souleva de violentes
+protestations. «La souveraineté nationale, disait un député, M.
+Nothomb, est transférée de Bruxelles au Foreign Office.&mdash;Le 30, une
+protestation fut votée par 163 voix contre 9.</p>
+
+<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40"></a><a href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41"></a><a href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42"></a><a href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer qu'en
+suivant l'ordre chronologique dans lequel les lettres sont écrites, M.
+de Talleyrand ne pouvait pas placer les réponses exactement à la suite
+des lettres mêmes et qu'il fallait dans ce temps-là, de deux à trois
+jours, selon l'état de la mer, pour qu'une lettre parvînt de Londres à
+Bruxelles ou à Paris et <i>vice versa</i>. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43"></a><a href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> On se rappelle que le prince d'Orange avait épousé la
+grande-duchesse Anne, s&oelig;ur de l'empereur Nicolas.</p>
+
+<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44"></a><a href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Le 2 février un mouvement orangiste avait éclaté à
+Bruges et à Gand. Le lieutenant-colonel Grégoire souleva son régiment
+cantonné à Bruges. A sa tête, il pénétra dans Gand et força le
+gouverneur à proclamer le prince d'Orange. Mais il fut aussitôt
+attaqué dans la ville, battu et arrêté. Le mouvement n'eut pas de
+suite.</p>
+
+<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45"></a><a href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46"></a><a href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Il est nécessaire de faire ressortir ici la situation
+singulièrement délicate de M. Bresson à Bruxelles. Dépendant à la fois
+de la conférence et du général Sébastiani, il lui était souvent bien
+difficile d'obéir également aux ordres de Londres et de Paris. Ainsi
+le cabinet français avait tout d'abord refusé de reconnaître les
+protocoles des 20 et 27 janvier et celui du 7 février: le premier,
+fixant les limites de la Hollande et de la Belgique; le deuxième,
+réglant certaines questions commerciales et financières résultant de
+la séparation; le troisième, confirmant la résolution déjà annoncée du
+roi Louis-Philippe de refuser la couronne offerte au duc de Nemours.
+M. de Talleyrand avait signé ces protocoles et les avait envoyés à M.
+Bresson pour être communiqués au gouvernement belge. Or, presque le
+même jour, le général Sébastiani, qui avait fait prévaloir à Paris une
+ligne de conduite opposée à celle de M. de Talleyrand, écrivait à M.
+Bresson:</p>
+
+<p class="right">«Paris, 1<sup>er</sup> février.</p>
+
+<p class="left5">»Monsieur,</p>
+
+<p>»Si comme je l'espère, vous n'avez pas encore communiqué au
+gouvernement belge le protocole du 27 janvier, vous vous opposerez à
+cette communication parce que le gouvernement du roi n'a pas adhéré à
+ses dispositions. Dans la question des dettes comme dans celle de la
+fixation de l'étendue et des limites des territoires belges et
+hollandais, nous avons toujours entendu que le concours et le
+consentement libre des deux États étaient nécessaires. La conférence
+de Londres est une médiation, et l'intention du gouvernement du roi
+est qu'elle n'en perde jamais le caractère.</p>
+
+<p class="left5">»Recevez, etc.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»HORACE SÉBASTIANI.»</span></p>
+
+<p>M. Bresson communiqua cette lettre à M. Van de Weyer, président du
+comité diplomatique, qui la lut au congrès, le 3 février. C'est à cet
+incident, qui dut à juste titre étonner M. de Talleyrand, qu'il fait
+allusion dans sa lettre du 6 février.</p>
+
+<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47"></a><a href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48"></a><a href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Ce protocole déclarait que les puissances ne
+reconnaîtraient en aucun cas le duc de Leuchtenberg comme roi des
+Belges. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49"></a><a href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50"></a><a href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51"></a><a href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52"></a><a href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Seconde dépêche officielle du 10 février déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53"></a><a href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> Cette députation était composée de dix membres: MM.
+Surlet de Chokier, Félix de Mérode, d'Arschot, Gendebien, Lehon, de
+Brouckère, Marlet, l'abbé Bouqueau, Barthélémy et de Rodes. Les
+députés arrivèrent à Paris le 6 février. Ce n'est que le 17 qu'ils
+furent reçus officiellement, et que leur roi leur notifia son refus.
+(Voir les <i>Débats</i> du 19 février.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54"></a><a href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55"></a><a href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56"></a><a href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Ce protocole contenait, de la part de M. de Talleyrand,
+une nouvelle affirmation, faite au nom de son gouvernement, que le roi
+n'accepterait pas la couronne offerte au duc de Nemours. Il ajoutait,
+au sujet de la candidature du duc de Leuchtenberg que ce prince ne
+serait reconnu par aucune des cinq cours. M. Bresson, en agissant
+comme il le faisait, se bornait à obéir aux ordres qu'il avait reçus
+de Paris. (Voir à ce sujet p. <a href="#Page_53">53</a> et note <a href="#FNanchor_46">46</a>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57"></a><a href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> C'est-à-dire que la lettre du général Sébastiani à M.
+Bresson du 1<sup>er</sup> février n'avait pas été placardée dans les rues,
+comme l'avait cru M. de Talleyrand d'après les bruits qui couraient à
+Londres, mais seulement lue au congrès et naturellement imprimée dans
+le compte rendu de la séance.</p>
+
+<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58"></a><a href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> A la suite de ces incidents M. Bresson dut quitter
+Bruxelles. (Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_490">490</a>, la lettre qu'il écrivit à
+cette occasion à M. de Talleyrand.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59"></a><a href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> Une émeute avait éclaté à Paris le 14 février à
+l'occasion de l'anniversaire de la mort du duc de Berry. Un service
+avait eu lieu à Saint-Germain-l'Auxerrois. Le peuple dévasta cette
+église et l'archevêché.</p>
+
+<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60"></a><a href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> La révolution éclata à Modène le 3 février. Le duc fut
+contraint de s'enfuir, et un gouvernement provisoire s'établit avec un
+dictateur et trois consuls. Le 4 février, l'insurrection triompha
+également à Bologne. Le prolégat pontifical dut se retirer, et un
+gouvernement provisoire fut installé.</p>
+
+<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61"></a><a href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Henry Gauthier, comte de Rigny, né en 1782, entra dans
+la marine en 1798. Il était capitaine de vaisseau en 1816,
+contre-amiral en 1825 et vice-amiral après la bataille de Navarin, où
+il commandait la flotte française. Le 13 mars 1831, il fut nommé
+ministre de la marine. En 1834, il passa aux affaires étrangères. Il
+quitta ce poste l'année suivante, mais garda le titre de ministre
+d'État jusqu'à sa mort (1835).</p>
+
+<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62"></a><a href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Propriétaire du <i>Courrier français</i>, journal de
+l'opinion la plus violente dans l'opposition révolutionnaire. (<i>Note
+de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p>René Théophile Châtelain, né en 1790, avait servi dans les armées de
+l'empire. Il quitta le service en 1830 et entra dans le journalisme,
+collabora longtemps au <i>Courrier français</i> et au <i>National</i>, et mourut
+en 1838.</p>
+
+<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63"></a><a href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> Propriétaire du <i>Journal des Débats</i>, qui soutenait le
+gouvernement. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p>Louis-François Bertin de Vaux, né en 1766, débuta dès 1793 dans le
+journalisme en combattant les partis révolutionnaires dans le <i>Journal
+français</i>, l'<i>Éclair</i> et le <i>Courrier universel</i>. Après le 18
+brumaire, il fonda le <i>Journal des Débats</i>, qui tout d'abord s'occupa
+presque exclusivement de littérature et d'art. Impliqué dans une
+conspiration royaliste, Bertin passa huit mois au Temple, et fut
+ensuite déporté à l'île d'Elbe. De retour à Paris au bout de peu de
+temps, il reprit la direction de son journal, mais le gouvernement ne
+tarda pas à s'approprier cet organe de publicité. Il lui imposa un
+nouveau directeur, Fievée, et changea son nom en celui de <i>Journal de
+l'Empire</i>. Malgré cela, le <i>Journal de l'Empire</i> fut saisi en 1811 et
+la propriété en fut confisquée au profit de l'État. M. Bertin ne la
+recouvra qu'en 1814. En 1815, il suivit le roi à Gand où il rédigea le
+<i>Moniteur</i> de Gand. Sous la Restauration, M. Bertin se rangea dans
+l'opposition modérée. En 1830, il adopta avec empressement la
+monarchie nouvelle. Le <i>Journal des Débats</i> était à cette époque le
+premier organe du parti monarchique, et il le demeura pendant toute la
+durée du gouvernement de juillet. Bertin mourut en 1841.</p>
+
+<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64"></a><a href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65"></a><a href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Variante: <i>de l'indépendance</i> de la Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66"></a><a href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Variante: <i>Quant à la question des dettes, on a fait
+seulement des propositions d'après lesquelles on demande à être
+conduit dans une route juste et équitable.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67"></a><a href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68"></a><a href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> Le général Sébastiani avait annoncé à M. de Talleyrand
+que M. de Krüdener, envoyé par le prince de Lieven, avait ouvertement
+proposé à Bruxelles le prince d'Orange et que lord Ponsonby l'appuyait
+énergiquement.&mdash;M. de Krüdener était un ancien diplomate russe. Il se
+trouvait à Bruxelles sans mission officielle, et était l'agent actif
+du prince d'Orange dont la Russie défendait les intérêts. Il avait
+proposé de le faire excepter de l'exclusion prononcée contre sa
+famille. M. de Krüdener fut expulsé par ordre du congrès. (Voir <span class="smcap">Juste</span>,
+<i>Congrès de Bruxelles</i>, I, 275)</p>
+
+<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69"></a><a href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70"></a><a href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> Le protocole numéro 15 ne contient aucune stipulation de
+ce genre. (Voir page <a href="#Page_64">64</a>). M. de Talleyrand n'a-t-il pas plutôt en vue
+le protocole numéro 9 du 9 janvier (voir page <a href="#Page_17">17</a>) ou celui (n<sup>o</sup> <a href="#Page_16">16</a>) du
+8 février? (Voir page <a href="#Page_60">60</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71"></a><a href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Séance de la Chambre des communes du 15 février. Lord
+Palmerston répond à une interpellation sur les affaires de Belgique et
+notamment sur la concentration de troupes françaises dans le
+département du Nord.</p>
+
+<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72"></a><a href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73"></a><a href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74"></a><a href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Le 7 février, le gouvernement de dom Miguel avait donné
+l'ordre d'activer le jugement des prisonniers politiques. Un décret du
+9 février établissait à cet effet des commissions militaires munies de
+pouvoirs exorbitants. Cette conduite provoqua une émeute et un
+mouvement en faveur de dona Maria. La répression fut rigoureuse et
+sanglante. Deux Français furent arrêtés et déportés en Afrique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75"></a><a href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Le comte Bachasson de Montalivet, né en 1801, entra en
+1823, par hérédité, à la Chambre des pairs. En 1830, il devint
+ministre de l'intérieur (2 novembre), puis ministre de l'instruction
+publique et des cultes (13 mars 1831), et de nouveau ministre de
+l'intérieur après la mort de Casimir Périer (1832). Il se retira le 10
+octobre 1832, devint intendant général de la liste civile, et reprit
+deux fois encore le portefeuille de l'intérieur, en 1836 et 1837. Il
+rentra dans la vie privée en 1848. En 1879, il fut nommé sénateur
+inamovible et mourut l'année suivante.</p>
+
+<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76"></a><a href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Odilon Barrot, né en 1791, fils du conventionnel de ce
+nom, avait été, sous la Restauration, avocat à la Cour de cassation.
+En 1830, il était secrétaire de la commission municipale, et fut comme
+tel l'un des commissaires chargés d'escorter Charles X. Il devint
+ensuite député et préfet de la Seine; à la suite de l'émeute du 14
+février contre laquelle il ne sut ou ne voulut rien faire; il fut
+publiquement pris à partie par M. de Montalivet, alors ministre de
+l'intérieur, et révoqué peu de jours après. Il conserva son siège à la
+Chambre jusqu'en 1852. En février 1848, il avait été chargé par le roi
+de former un cabinet avec M. Thiers, mais ne put y réussir. Au mois de
+décembre, il entra dans le premier cabinet du prince président. Il se
+retira de la vie publique en 1852. En 1872, il devint vice-président
+du Conseil d'État et mourut l'année suivante.</p>
+
+<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77"></a><a href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78"></a><a href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Le protocole du 19 février n'est qu'une longue
+déclaration de principes par laquelle la conférence expose les motifs
+qui l'ont déterminée à intervenir en Belgique. Elle déclare que les
+traités ne perdent pas leur puissance quels que soient les changements
+qui surviennent dans l'organisation intérieure des peuples; qu'en
+particulier l'esprit du traité de 1814 survivait à la dislocation du
+royaume des Pays-Bas, et qu'il appartenait aux puissances d'aviser à
+rétablir l'équilibre de l'Europe; que la tranquillité et la sécurité
+de la communauté européenne limitent les droits de chaque État; que
+les puissances ont le droit et le devoir de prévenir toute source de
+conflit qui pourrait dégénérer en guerre générale.</p>
+
+<p>En conséquence de ces principes, la conférence décide:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Que les arrangements arrêtés par le protocole du 20 janvier étaient
+fondamentaux et irrévocables;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Que l'indépendance de la Belgique ne serait reconnue qu'aux
+conditions dudit protocole;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Que le principe de la neutralité de la Belgique était obligatoire
+pour les cinq puissances;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> Que les cinq puissances se reconnaissaient le plein droit de
+déclarer que le souverain de la Belgique doit répondre par sa
+situation personnelle au principe d'existence de la Belgique,
+satisfaire à la sûreté des autres États, accepter le protocole du 20
+janvier, et être à même d'en assurer aux Belges la libre jouissance.</p>
+
+<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79"></a><a href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Lord Ponsonby était en effet le beau-frère de lord
+Grey.</p>
+
+<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80"></a><a href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> Thomas Leveson Gower, comte Granville, né en 1773, entra
+à la Chambre des communes à vingt-deux ans, fut lord de la trésorerie
+en 1800, puis chancelier de l'échiquier en 1802, et ambassadeur à
+Pétersbourg en 1804. En 1815, il entra à la Chambre des lords et fut
+nommé ministre à La Haye, alla ensuite à Paris, quitta ce poste en
+1828, mais y fut de nouveau envoyé de 1831 à 1834 et de 1835 à 1841.
+Il mourut en 1846.</p>
+
+<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81"></a><a href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82"></a><a href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a></p>
+
+<h5><span class="smcap">LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND</span></h5>
+
+<p class="right">«Downing-Street, 19 février 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Cher prince Talleyrand,</p>
+
+<p>»Agréez mes meilleurs remerciements pour m'avoir envoyé la réponse de
+votre roi aux députés belges. Je pense qu'elle sera probablement
+critiquée, comme indiquant, sous des expressions de regret, trop de
+désir pour la couronne qu'on refuse; mais en s'attachant à la
+substance même de cette réponse, j'en suis complètement satisfait.</p>
+
+<p>»J'ajouterai seulement mon souhait sincère et ardent pour que rien ne
+survienne qui puisse tromper nos efforts à maintenir la paix.</p>
+
+<p class="left5">»Je suis...</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»GREY.»</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83"></a><a href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84"></a><a href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Les insurrections de Modène, de Parme et de la Romagne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85"></a><a href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Variante: <i>Les polices d'assurance augmentent chaque
+jour.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86"></a><a href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Sir James Mackintosh, né en 1765, orateur et publiciste
+anglais. Il entra à la Chambre des communes en 1802 et fut nommé
+assesseur à Bombay. De retour en Angleterre, il rentra au parlement,
+et devint l'un des orateurs les plus influents du parti whig. En 1830,
+il fit partie du cabinet whig comme commissaire pour l'Inde. Il mourut
+en 1832. Sir James Mackintosh était un jurisconsulte éminent. Son nom
+brilla égale ment dans les lettres et la philosophie.</p>
+
+<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87"></a><a href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88"></a><a href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89"></a><a href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> On se rappelle que le duc de Mortemart avait été envoyé
+en ambassade extraordinaire à Londres, avec mission de négocier un
+rapprochement entre les deux gouvernements.</p>
+
+<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90"></a><a href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Après le vote de la constitution belge et le refus de la
+couronne par le duc de Nemours, le congrès décréta qu'une régence
+serait établie pour gouverner le pays jusqu'à ce que la nation se soit
+mise d'accord avec les cinq puissances sur le choix d'un souverain (23
+février). Le lendemain, M. Surlet de Chokier fut élu régent par le
+congrès par 108 voix contre 43 à M. de Mérode et 5 à M. Gerlache.</p>
+
+<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91"></a><a href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Le général comte Belliard, né en 1769, s'engagea en
+1792, prit part à toutes les campagnes de la Révolution et de
+l'Empire. Général depuis 1796, il devint en mars 1814 colonel général
+de la cavalerie de la garde. Louis XVIII le nomma pair de France et
+major général. Il reprit du service sous les Cent-jours et vécut à
+l'écart sous la deuxième Restauration. En 1831, il fut nommé ministre
+plénipotentiaire à Bruxelles. Il mourut peu après, le 28 janvier
+1832.</p>
+
+<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92"></a><a href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> C'est la séance du 23 février. Le général Sébastiani
+avait fait à la Chambre une communication sur la politique étrangère
+et exposé les motifs pour lesquels le roi avait refusé la couronne
+pour le duc de Nemours. Le général Lamarque et M. Mauguin s'étaient
+élevés avec véhémence contre la conduite du cabinet en cette
+circonstance. «Je ne puis que m'affliger, avait conclu le premier, du
+refus du trône de la Belgique; je ne puis surtout que gémir de la
+marche incertaine, des hésitations, des contradictions qui, mises au
+grand jour, nous ont fait voir notre diplomatie dans une nudité dont
+elle ne doit pas s'enorgueillir.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93"></a><a href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> L'émeute des 14 et 15 février à Paris.</p>
+
+<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94"></a><a href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> A la suite de désordres qui avaient éclaté en Savoie,
+les réfugiés sardes qui étaient en grand nombre sur la frontière
+française, voulurent tenter un coup de main et rentrer en armes dans
+leur patrie. Cinq à six cents d'entre eux entraînant un certain nombre
+de gardes nationaux de Lyon, tentèrent de mettre ce projet à
+exécution. Ils furent dispersés le 25 février par un escadron de
+cavalerie, et l'incident n'eut pas de suite.</p>
+
+<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95"></a><a href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> François-Maximilien Gérard, comte de Rayneval, né en
+1778, successivement secrétaire d'ambassade à Stockholm, à
+Pétersbourg, à Lisbonne, puis de nouveau à Pétersbourg, secrétaire de
+la légation française au congrès de Châtillon, consul général à
+Londres (1814), chef de la chancellerie au ministère (1810),
+sous-secrétaire d'État (1821). Il fut ensuite ministre à Berlin, à
+Berne, puis ambassadeur à Vienne (1829). Rappelé en 1830, il vivait à
+Paris dans la retraite, lorsque Casimir Périer, sur la recommandation
+de M. de Talleyrand, l'envoya à Madrid. Il y mourut en 1836.</p>
+
+<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96"></a><a href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> Voir le <i>Courrier français</i> du 28 février. Nous allons
+citer quelques extraits de cet article pour montrer quel était l'état
+d'opinion de l'opposition républicaine contre laquelle le cabinet
+français et M. de Talleyrand avaient à lutter:</p>
+
+<p>«Une lettre de Londres du 24, que nous avions hier sous les yeux,
+parlait d'un protocole qui venait d'être signé et qui bouleversait
+tous les principes qui avaient paru jusqu'ici diriger notre
+politique... On concevrait à peine qu'une réunion diplomatique dont
+les actes sont destinés à être connus de l'Europe entière, osât
+proclamer que les traités de 1815 ont été faits de nation à nation, au
+moment même où les nations parquées, morcelées, partagées et traitées
+comme un vil bétail, se soulèvent dans la moitié de l'Europe, pour
+sortir d'une situation antipathique à leurs intérêts et à leur nature.
+Mais M. de Talleyrand est là, et sa présence rend probable tout ce qui
+sera tenté pour le maintien des traités auxquels il a pris part... Il
+est certain, que la politique de l'Europe, que la politique de la
+France se fait à Londres d'une manière contraire à nos intérêts,
+puisque c'est M. de Talleyrand qui y préside... S'il a été signé à
+Londres quelque chose de semblable à ce qu'annonce le <i>Temps</i>, le
+ministère n'a plus rien à faire qu'à rappeler son ambassadeur, et à
+user de la liberté qu'on veut bien nous laisser au prix d'une guerre
+générale. Nous aurons d'abord l'avantage de ne plus être représentés
+par M. de Talleyrand et ensuite celui de recouvrer notre
+indépendance... La diplomatie paraît trop disposée à oublier ce qu'est
+la France, ce qu'elle a fait, ce qu'elle peut faire encore, ce qu'elle
+peut donner d'impulsion à l'Europe quand elle le voudra. Il n'y a
+qu'un mot à dire pour qu'elle s'en souvienne. Si l'on veut des
+bouleversements, soit! il suffit de donner le signal, et, avant un an,
+on verra qui sera debout.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97"></a><a href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Le maréchal Jourdan, alors âgé de soixante-neuf ans,
+avait dans les premiers jours de la monarchie de Juillet, passé un
+instant aux affaires étrangères. Il se retira dès le 11 août, fut
+nommé gouverneur des Invalides et mourut le 23 novembre 1833.</p>
+
+<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98"></a><a href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Casimir Périer, né à Grenoble en 1777, avait d'abord été
+officier du génie. Après avoir quitté le service, il fonda avec son
+frère une grande maison de banque, dont l'importance devint rapidement
+considérable. En 1817, il entra à la Chambre des députés, et siégea
+dans l'opposition jusqu'en 1830. Après les journées de Juillet, il
+devint président de la Chambre et ministre sans portefeuille dans le
+cabinet du 11 août. Chef du cabinet du 13 mars, il ne garda le pouvoir
+qu'un an, et mourut du choléra le 16 mai 1832.</p>
+
+<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99"></a><a href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Le cabinet du 13 mars fut ainsi composé: MM. Casimir
+Périer, président du conseil et ministre de l'intérieur; Barthe, garde
+des sceaux; le général Sébastiani, ministre des affaires étrangères;
+le baron Louis, ministre des finances; le maréchal Soult, ministre de
+la guerre; l'amiral de Rigny, ministre de la marine; le comte de
+Montalivet, ministre de l'instruction publique et des cultes; le comte
+d'Argout, ministre du commerce et des travaux publics.&mdash;Il n'est pas
+sans intérêt de constater quel fut l'effet produit en Angleterre par
+l'avènement du nouveau cabinet. Voici ce qu'écrivait lord Palmerston à
+lord Granville:</p>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="dalign"><i>Foreign Office</i>, 15 mars 1831.</span></p>
+
+<p class="left5">Mon cher Granville,</p>
+
+<p>Nous sommes ravis de la nomination de Casimir Périer; cet événement
+est, nous l'espérons, de nature à procurer la paix à la France et à
+l'Europe. Veuillez cultiver, je vous prie, le nouveau ministre et
+faites-lui comprendre que le gouvernement anglais a grande confiance
+en lui et considère sa nomination comme un gage de paix...
+(<i>Correspondance intime de lord Palmerston.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100"></a><a href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_491">491</a>, la lettre par laquelle le
+général Sébastiani annonçait au prince de Talleyrand la formation du
+nouveau ministère.</p>
+
+<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101"></a><a href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Lord John Russell, troisième fils du duc de Bedford, né
+en 1792, entra à vingt et un ans à la Chambre des communes, et siégea
+dans le parti whig. En 1830, il fut nommé trésorier général militaire
+et, bien qu'il n'eût pas de siège dans le cabinet, fut chargé avec
+trois membres du ministère de préparer le projet de loi de réforme
+électorale, au sujet de laquelle il avait récemment, comme simple
+député, présenté une motion.</p>
+
+<p>Le bill fut présenté aux Communes le 1<sup>er</sup> mars 1831, voté en
+première lecture à la majorité d'une voix, puis repoussé à la deuxième
+lecture. Après la dissolution du parlement et l'élection d'une
+nouvelle assemblée, il fut adopté par 345 voix contre 236 (21
+septembre). Porté le 22 septembre à la Chambre des pairs, il fut
+rejeté. Présenté de nouveau en décembre avec de légères modifications,
+la Chambre renvoya la discussion à trois mois. Enfin, le 4 juin 1832,
+il fut adopté par les pairs. C'est en grande partie à lord Russell que
+fut dû ce résultat. En 1835, celui-ci devint ministre de l'intérieur,
+et en 1839 ministre des colonies. En 1846, il fut nommé premier lord
+de la trésorerie et resta à la tête des affaires jusqu'en 1852. En
+décembre de la même année, il passa aux affaires étrangères, puis fut
+successivement ministre sans portefeuille, président du conseil, et
+ministre des colonies (1855). Il quitta le pouvoir la même année,
+demeura le chef du parti whig dans le parlement, signa en 1860 le
+traité de commerce avec la France, et fut créé pair en 1861. Il
+succéda à lord Palmerston comme chef du cabinet (1865-1868) et mourut
+en 1878.</p>
+
+<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102"></a><a href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> Bologne s'était insurgée le 2 février 1831 contre le
+gouvernement pontifical. La Romagne entière et l'Ombrie suivirent son
+exemple. Les deux fils de Louis Bonaparte, le prince Charles et le
+prince Louis, prirent part au mouvement. Le premier mourut de maladie
+à Forli; le second, qui fut plus tard l'empereur Napoléon III, faillit
+également périr à Ancône.</p>
+
+<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103"></a><a href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104"></a><a href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> Variante: <i>ainsi que les pièces qui y étaient
+jointes</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105"></a><a href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> Variante: <i>On pense que les débats finiront dans la
+séance du 7. Je verrai aussitôt après lord Palmerston.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106"></a><a href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> M. Wynn fut remplacé par sir Henry Parnell qui, dans la
+session suivante se retira pour le même motif.</p>
+
+<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107"></a><a href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Variante: ... <i>dont vous me parlez dans votre lettre du
+22</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108"></a><a href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109"></a><a href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> François-Aimé Mellinet né en 1769, fils du
+conventionnel de ce nom, était colonel en 1793. Il devint
+sous-inspecteur aux revues en 1800 et, sous les Cent-jours, fut chef
+d'état-major de la jeune garde. Il vécut dans la retraite jusqu'en
+1830, passa alors en Belgique à la tête d'un corps de volontaires,
+commanda l'artillerie de Bruxelles dans les journées de septembre, et
+fut mis à la tête des troupes qui bloquaient Maëstricht. Le régent lui
+ayant retiré son commandement, il se fixa à Bruxelles, où il devint le
+chef du parti républicain. En 1848, il provoqua un mouvement
+révolutionnaire, fut arrêté, condamné à la détention et mourut peu
+après (1852).</p>
+
+<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110"></a><a href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> La Diète venait d'être saisie par le roi Guillaume, qui
+en sa qualité de grand-duc de Luxembourg faisait partie de la
+Confédération germanique, d'une demande de secours. Dans la séance du
+18 mars, elle allait décréter la formation d'un corps de vingt-quatre
+mille hommes, pour rétablir dans le grand-duché l'autorité du roi des
+Pays-Bas. En même temps elle donnait des ordres pour approvisionner et
+mettre en état les forteresses de la Confédération.</p>
+
+<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111"></a><a href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112"></a><a href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113"></a><a href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Jean Vatout, né en 1792, était entré sous l'empire dans
+l'administration préfectorale. En 1822 il fut attaché à la maison du
+duc d'Orléans; en 1831 il fut élu député, et siégea à la Chambre
+jusqu'en 1848. Il fut, sous le gouvernement de Juillet, nommé
+président du conseil des bâtiments civils. Il entra à l'Académie en
+1848, mais mourut la même année.</p>
+
+<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114"></a><a href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> Marie-Théodore de Gueulluy comte de Rumigny, né en
+1789, entra en 1805 à l'armée et était colonel en 1814. Sous la
+Restauration, il devint l'aide de camp du duc d'Orléans. Il fut nommé
+général de brigade en 1830, et chargé de la pacification de la Vendée
+et de la Bretagne. Il prit part à l'expédition d'Anvers et fut élu
+député en 1831. Il accompagna Louis-Philippe en exil en 1848, et fut
+mis à la retraite par le gouvernement provisoire. Il mourut en 1860.</p>
+
+<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115"></a><a href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116"></a><a href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Le 5 mars, le gouverneur général envoyé dans le
+Luxembourg par le roi des Pays-Bas, le duc Bernard de Saxe-Weimar,
+publia une proclamation du roi qui promettait une amnistie pour tous
+les habitants du grand-duché qui feraient acte de soumission. En
+réponse à cet acte le régent de Belgique, M. Surlet do Chokier, lança
+à son tour une proclamation où il adjurait les Luxembourgeois de
+rester unis à la Belgique et de repousser les avances du roi. Il
+concluait ainsi: «Au nom de la Belgique, acceptez l'assurance que vos
+frères ne vous abandonneront jamais.» Ce défi porté aux décisions de
+la conférence causa une vive émotion en Europe et irrita
+singulièrement les plénipotentiaires de Londres.</p>
+
+<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117"></a><a href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> Variante... <i>des Belges</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118"></a><a href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119"></a><a href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Voir page <a href="#Page_111">111</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120"></a><a href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> Ce n'est pas le bill de réforme lui-même qui fut ainsi
+voté dans la nuit du 22 mars, mais seulement le passage à la deuxième
+lecture. Le principe du bill était donc admis, mais le projet du
+ministère devait échouer à la deuxième lecture.</p>
+
+<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121"></a><a href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> On se rappelle que le cabinet français avait invité
+l'Angleterre à agir de concert avec lui en Italie pour prévenir une
+intervention de l'Autriche. (Voir pages <a href="#Page_100">100</a> et <a href="#Page_103">103</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122"></a><a href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> Le comte César Bianchetti, ancien chambellan de
+l'empereur Napoléon, qui était l'un des chefs de l'insurrection de la
+Romagne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123"></a><a href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124"></a><a href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> William A'Court, baron Heytesbury né en 1779, entra à
+la Chambre des communes en 1817, fut en 1820 nommé ambassadeur à
+Madrid, puis à Lisbonne (1824). De retour à Londres il fut créé pair
+d'Angleterre (1828), et peu après, accrédité à Pétersbourg. Il y resta
+jusqu'en 1833. Après dix ans de retraite il fut nommé vice-roi
+d'Irlande (1844) mais ne resta que deux ans en fonctions.</p>
+
+<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125"></a><a href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> Le comte d'Arschot-Schoonhoven, né en 1771, membre de
+la commission chargée de reviser la loi fondamentale (1815) membre de
+la première Chambre des états généraux de 1825 à 1830, grand maréchal
+du palais et sénateur sous le règne de Léopold I<sup>er</sup>. Il mourut en
+1846.</p>
+
+<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126"></a><a href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> Liège était autrefois le siège d'un évêché souverain.
+L'évêque était prince de l'Empire. En 1801, la principauté avait été
+réunie à la France par la paix de Lunéville. En 1815, elle avait été
+cédée au roi des Pays-Bas. En 1831, elle échut à la Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127"></a><a href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128"></a><a href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> Le duché de Bouillon faisait alors partie du
+grand-duché de Luxembourg. En 1831, il fut attribué à la Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129"></a><a href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> Voir pages <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_363">363</a> et notes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130"></a><a href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131"></a><a href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> Discours prononcé à la Chambre des députés, le 30 mars
+1831.</p>
+
+<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132"></a><a href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133"></a><a href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134"></a><a href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> Variante: <i>belge</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135"></a><a href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136"></a><a href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> Édouard-Joachim, comte de Münch-Bellinghausen,
+diplomate autrichien, était d'abord entré dans la carrière
+administrative et avait été maire de Prague. En 1823, il fut nommé
+plénipotentiaire à la Diète germanique. On sait que l'Autriche avait
+la présidence de la Diète, ce qui donnait à son plénipotentiaire une
+situation considérable. M. de Münch devint ministre d'État en 1841. Il
+se retira en 1848.</p>
+
+<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137"></a><a href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Le général Lamarque dans la séance du 4 avril avait
+violemment attaqué la politique extérieure du cabinet. M. de
+Talleyrand était pris à partie et accusé de défendre l'&oelig;uvre du
+congrès de Vienne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138"></a><a href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> C'est le congrès d'Aix-la-Chapelle (septembre-octobre
+1818) qui mit fin à l'occupation étrangère de la France, moyennant une
+indemnité pécuniaire de la part de celle-ci. En outre, un traité
+formel fit entrer la France dans la Sainte-Alliance dont elle avait
+été écartée en 1815.</p>
+
+<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139"></a><a href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> Intervention de l'Autriche à Naples en 1821; le général
+Frimont rétablit le pouvoir absolu du roi Ferdinand IV; guerre
+d'Espagne (1823): la France vient au secours de Ferdinand VII et
+l'aide à triompher des constitutionnels.</p>
+
+<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140"></a><a href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> La Chambre fut prorogée au 15 juin par ordonnance du 20
+avril.</p>
+
+<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141"></a><a href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142"></a><a href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Antoine-Rudolphe, comte d'Appony, était alors
+ambassadeur d'Autriche à Paris. Né en 1782, il avait été précédemment
+accrédité à Florence, à Rome et à Londres. Il demeura plus de vingt
+ans à Paris qu'il ne quitta qu'en 1849. Il mourut en 1852. Le comte
+d'Appony était l'un des plus intimes confidents du prince de
+Metternich.</p>
+
+<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143"></a><a href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> Louis Clair de Beaupoil, comte de Sainte-Aulaire, né en
+1778, avait été chambellan de l'empereur et préfet de la Meuse (1813).
+Sous la première Restauration, il fut préfet de la Haute-Garonne. Il
+entra à la Chambre en 1815, fut écarté en 1816 par la limite d'âge,
+fixée à quarante ans, mais fut réélu en 1818, et siégea dans
+l'opposition modérée. Il échoua aux élections en 1823, mais rentra au
+Parlement en 1827 et devint vice-président de la Chambre, puis pair de
+France en 1829. En 1830, il entra dans la diplomatie, fut accrédité à
+Rome (1831), puis à Vienne (1833) et à Londres (1841). Il se retira en
+1847 et vécut dans la retraite jusqu'à sa mort (1854). M. de
+Sainte-Aulaire était membre de l'Académie française. Sa fille avait
+épousé le duc Decazes, en 1818.</p>
+
+<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144"></a><a href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145"></a><a href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> Voir le rapport de Casimir Périer précédant
+l'ordonnance du roi ordonnant le rétablissement de la statue de
+Napoléon (<i>Journal des Débats</i>, du 12 avril).</p>
+
+<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146"></a><a href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> Emprunt de cent vingt millions en cinq pour cent qui
+fut réalisé le 19 avril. On avait d'abord voulu le réaliser par
+souscription publique, mais on ne reçut ainsi que vingt millions. Une
+société se forma alors, composée de toutes les notabilités financières
+de Paris, qui accepta l'emprunt au taux de quatre-vingt-quatre francs,
+et sauva ainsi la situation.</p>
+
+<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147"></a><a href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148"></a><a href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> Variante: ... <i>la dépêche que vous m'avez fait
+l'honneur de m'adresser le 12 de ce mois. Cette dépêche avait pour
+but</i>...</p>
+
+<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149"></a><a href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Les Polonais avaient été vainqueurs à Grochow (19
+février). Après la bataille indécise de Praga (25 février), ils eurent
+de nouveau l'avantage à Waver, à Dembe-Wilkie (30 et 31 mars) et à
+Inganie (10 avril). Varsovie était dégagée et les Russes rejetés au
+delà du Bug. En même temps, la Lithuanie s'insurgeait, et une armée
+polonaise allait soulever la Volhynie.</p>
+
+<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150"></a><a href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> Variante: <i>qu'on avait pu d'abord entrevoir</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151"></a><a href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152"></a><a href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> Depuis plusieurs mois, l'Angleterre avait à se plaindre
+des offenses du Portugal. Dès l'automne de 1830, un vaisseau anglais
+avait été capturé par des navires portugais. A Lisbonne, les résidents
+anglais étaient en butte à toutes sortes de vexations. En avril 1831,
+le cabinet anglais envoya une escadre dans le Tage. Le gouvernement
+portugais capitula (2 mai).&mdash;La France suivit cet exemple et demanda
+satisfaction pour les traitements indignes qu'avaient subis à Lisbonne
+deux négociants français. Sur le refus du Portugal, les navires de ce
+pays qui se trouvaient dans les ports français furent saisis. En
+outre, une escadre sous les ordres de l'amiral Roussin se disposait à
+partir pour l'entrée du Tage (9 juillet).</p>
+
+<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153"></a><a href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154"></a><a href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> L'île de Samos avait été laissée à la Turquie, ainsi
+que Candie, mais la conférence s'occupait d'imposer à la Porte des
+conditions propres à sauvegarder la liberté des habitants de ces
+îles.</p>
+
+<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155"></a><a href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> C'est le 19 avril que le bill reparut aux Communes. On
+y discuta l'amendement du général Gascoyne, qui tendait à conserver à
+l'Angleterre et au pays de Galles le même nombre de représentants,
+c'est-à-dire à maintenir tous les <i>bourgs pourris</i>. Le ministère
+s'opposa à cet amendement qui fut néanmoins voté par 299 voix contre
+291.</p>
+
+<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156"></a><a href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157"></a><a href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> James Stuart, lord Wharncliffe, né en 1776, entra
+d'abord à l'armée, mais quitta le service en 1801 et fut élu aux
+Communes où il siégea dans le parti tory. En 1826, il succéda à son
+père à la Chambre des lords. Il fut en 1831 l'un des adversaires du
+bill de réforme. En 1834, il devint lord du sceau privé dans le
+cabinet de M. Peel. En 1841, il revint aux affaires comme président du
+conseil. Il mourut en 1845.</p>
+
+<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158"></a><a href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> Variante: ... <i>et Sa Majesté désirait seulement que</i> le
+bill relatif au douaire de la reine <i>fût voté avant la dissolution</i>,
+ce qui aurait entraîné, etc...</p>
+
+<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159"></a><a href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> Charles-Hippolyte Villain XIV, diplomate belge, né en
+1796. Il avait siégé dans les états de la Flandre occidentale, et, en
+1830, fut élu au congrès. Sous le règne du roi Léopold, il fut
+ministre à Florence (1840), à Turin et à Naples (1855).</p>
+
+<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160"></a><a href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> Léon de Foere, né en 1787, était vicaire à Bruges. Dès
+1815, il se mêla à la politique et fonda une revue «pour réveiller
+l'esprit national», qui lui valut de nombreuses poursuites. En 1830,
+il fut élu député de Bruges. Au congrès, il fut un des chefs du parti
+anti-français. Constamment réélu jusqu'en 1848, il se retira alors de
+la vie publique et mourut en 1851.</p>
+
+<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161"></a><a href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> Henry de Brouckère, né en 1801, était procureur du roi
+en 1830. Il se rallia avec empressement à la révolution et fut élu
+député. En 1840, il devint gouverneur civil d'Anvers. Il fut nommé
+ministre d'État en 1847 et président du conseil en 1852. Il se retira
+en 1855. Il rentra à la Chambre en 1857, mais ne revint plus aux
+affaires. Il était le chef du parti libéral.</p>
+
+<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162"></a><a href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163"></a><a href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164"></a><a href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> Variante: <i>par M. Casimir Périer</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165"></a><a href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> Le protocole numéro 21 (17 avril) constatait l'adhésion
+officielle de la France au protocole du 20 janvier, et réglait
+quelques points de détail relatifs aux arrangements territoriaux à
+intervenir entre la Belgique et la Hollande. Le protocole numéro 22,
+signé le même jour, décidait que le commissaire de la conférence à
+Bruxelles recevrait l'ordre de communiquer au gouvernement belge le
+protocole du 27 janvier, qui fixait la base de séparation des deux
+États et qu'il lui demanderait son adhésion formelle à cet acte, en
+exigeant de la part de la Belgique l'abandon de toute prétention sur
+le Luxembourg. En cas de refus, le commissaire avait l'ordre de
+quitter immédiatement Bruxelles, et les puissances avertissaient le
+gouvernement de Belgique qu'elles se réservaient de forcer par les
+armes les troupes belges à évacuer le territoire hollandais.</p>
+
+<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166"></a><a href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> Variante: ... <i>est si juste et si conforme</i> aux
+conseils de la prudence <i>que la conférence sera sans doute</i>
+naturellement disposée à l'admettre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167"></a><a href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> Variante: ... de changer la manière de voir <i>des
+plénipotentiaires</i> sur ce point, <i>qui m'objecteront</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168"></a><a href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> Variante: <i>à modifier cet acte</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169"></a><a href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> Sir Frédéric Lamb était le frère de lord Melbourne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170"></a><a href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171"></a><a href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> Voir au sujet de cet incident une dépêche de
+l'ambassadeur anglais à Constantinople. (Appendice p. <a href="#Page_491">491</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172"></a><a href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a></p>
+<h5><span class="smcap">LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.</span></h5>
+
+<p class="right">«Downing-street, le 26 avril 1831.</p>
+
+<p class="left5">»Mon cher prince,</p>
+
+<p>»Je vous envoie ci-jointes les copies de l'information qui est
+parvenue à notre gouvernement sur les démarches du ministre de France
+à Constantinople.</p>
+
+<p>»Je me persuade qu'une conduite si contraire à la bonne foi ne peut
+jamais avoir été sanctionnée par le roi des Français et le caractère
+de son premier ministre m'offre également la certitude qu'il suffira
+qu'elle lui soit connue pour être désavouée par lui de la manière la
+plus directe et la plus efficace.</p>
+
+<p>»C'est pourquoi, je m'abstiens de toute réflexion sur le caractère des
+papiers ci-joints, que je vous serai obligé de me renvoyer après que
+vous les aurez lus.</p>
+
+<p>»Je suis avec la plus haute considération...</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">»GREY.»</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173"></a><a href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> Voir à ce sujet page <a href="#Page_340">340</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174"></a><a href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175"></a><a href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Variante : <i>ils sont aujourd'hui à 79. Aujourd'hui tout
+est rentré dans l'ordre</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176"></a><a href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177"></a><a href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178"></a><a href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179"></a><a href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> Variante: <i>dont on ne pourrait pas calculer le terme</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180"></a><a href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> <i>Il leur a annoncé en outre</i> qu'aussitôt <i>que par cette
+adhésion</i>...</p>
+
+<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181"></a><a href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182"></a><a href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> Lord Palmerston échoua en effet à Cambridge, mais il
+fut élu par le bourg de Bletchingby.</p>
+
+<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183"></a><a href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> Variante: <i>ainsi que lord Sefton qui a une promesse
+ancienne</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184"></a><a href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> Sur la politique que lord Palmerston entendait suivre
+vis-à-vis de la Pologne, on lira avec intérêt la lettre suivante qu'il
+écrivait à lord Granville:</p>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="fdalign">Foreign Office, 29 mars 1831.</span></p>
+
+<p>»... Les Polonais se battent galamment et les Russes ont souffert plus
+qu'on ne le suppose, mais l'empereur doit l'emporter à la fin. J'ai eu
+des conversations avec Wielopolski et Waleski et je leur ai dit qu'il
+fallait nous en tenir à nos traités et que, puisque d'un côté nous
+protesterions si la Russie essayait d'éluder le traité de Vienne, de
+l'autre nous ne pourrions le faire nous-mêmes en aidant la Pologne à
+se rendre entièrement indépendante». (<i>Correspondance intime de lord
+Palmerston</i>, I, 32.)</p>
+
+<p>Lord Palmerston était donc très loin d'accéder aux demandes des
+députés polonais qui auraient voulu provoquer une intervention active
+de l'Angleterre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185"></a><a href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186"></a><a href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187"></a><a href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188"></a><a href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> Le protocole du 10 mai (n<sup>o</sup> 23), confirmant le protocole
+22 du 17 avril et le complétant, fixait au 1<sup>er</sup> juin le délai
+accordé aux Belges pour accepter ledit protocole. Passé ce délai, les
+puissances déclaraient devoir rompre avec la Belgique et laisser toute
+liberté à la Confédération germanique d'agir à sa guise dans le
+Luxembourg. Le protocole ajoutait que la violation par les Belges de
+l'armistice avec la Hollande serait regardée par les puissances comme
+un <i>casus belli</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189"></a><a href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190"></a><a href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> Paul-Isidore Devaux, né à Bruges en 1801, se fit de
+bonne heure un nom comme journaliste dans le parti libéral. Député au
+congrès en 1830, ministre sans portefeuille sous la régence de M.
+Surlet de Chokier, il alla à Londres, en mai 1831, comme commissaire
+près la conférence, se démit à son retour, de ses fonctions de
+ministre, mais demeura à la Chambre des représentants jusqu'en 1863.
+Il fut, à cette époque, atteint de cécité et contraint de se retirer
+de la vie politique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191"></a><a href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> L'ancien plénipotentiaire du congrès de Vienne. M. de
+Noailles, membre de la dernière Chambre de la restauration, avait,
+comme député, prêté serment au nouveau gouvernement, mais il ne fut
+pas réélu aux élections de 1831.</p>
+
+<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192"></a><a href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> Marc-Jean Demarçay, né en 1772, entra fort jeune au
+service et prit sa retraite en 1810 comme général de brigade. Sous la
+Restauration, il fut élu député des Deux-Sèvres (1819) et devint l'un
+des membres les plus actifs de l'opposition. Il échoua aux élections
+de 1824, mais fut élu dans la Seine en 1827. Il se rallia un instant
+au gouvernement de Juillet, mais rentra peu après dans l'opposition où
+il siégea jusqu'à sa mort (1839).</p>
+
+<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193"></a><a href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> Claude de Corcelles, né en 1768, était officier de
+cavalerie en 1789. Il émigra en 1792 et, de retour en France, vécut
+dans la retraite jusqu'en 1814. Nommé, pendant les Cent-jours, colonel
+des gardes nationales du Rhône, il fut arrêté après la seconde
+Restauration et, bien que relâché, dut quitter la France où il ne
+revint qu'en 1818. En 1819, il fut élu député du Rhône et fit, à la
+Chambre, une vive opposition au gouvernement. Il demeura dans
+l'opposition après 1830, se retira de la vie publique en 1835 et
+mourut en 1843.</p>
+
+<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194"></a><a href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> Anne-Joseph-Eusèbe Baconnière-Salverte, né en 1771,
+avait été reçu tout jeune avocat au Châtelet. Il ne joua aucun rôle
+pendant la Révolution. Compromis sous le Directoire dans la réaction
+royaliste il fut, après le 13 vendémiaire, condamné à mort par
+contumace, mais il se présenta devant ses juges et fut acquitté. Il
+vécut très retiré sous l'empire, s'occupant uniquement de travaux
+philosophiques et littéraires. Sous la Restauration, il se fit un nom
+comme polémiste dans le parti libéral et fut élu, en 1828, à la
+Chambre des députés où il siégea dans les rangs les plus ardents de
+l'opposition. Réélu à Paris, en 1831 et 1834, il conserva la même
+attitude vis-à-vis du gouvernement de Juillet et mourut en 1839.</p>
+
+<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195"></a><a href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> M. de Sémonville était alors grand référendaire de la
+Cour des pairs.</p>
+
+<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196"></a><a href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> Le duc de Modène et la duchesse de Parme
+(l'ex-impératrice Marie-Louise) avaient capitulé devant l'émeute et
+s'étaient retirés.</p>
+
+<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197"></a><a href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> Just de Fay, marquis de Latour-Maubourg, né en 1781,
+entra dans la diplomatie sous le Consulat, fut secrétaire d'ambassade
+à Copenhague, puis à Constantinople où il demeura comme chargé
+d'affaires jusqu'en 1812. Il passa de là à Stuttgard comme ministre
+(1813). Sous la Restauration, il fut nommé ministre à Hanovre, puis
+ambassadeur à Dresde (1819) et à Constantinople (1823). Le
+gouvernement de Juillet l'accrédita à Naples (1830), puis à Rome où il
+demeura jusqu'à sa mort (1837). M. de Latour-Maubourg était entré à la
+Chambre des pairs par droit d'hérédité en 1831.</p>
+
+<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198"></a><a href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> Jean-André-Tiburce, vicomte Sébastiani, né en 1786,
+était entré dans l'armée en 1806, général de brigade en 1823, il fut
+mis en non activité et entra à la Chambre des députés en 1828. Il
+n'obtint pas l'ambassade de Constantinople en 1831, mais fut nommé
+lieutenant général et pair de France (1837). Il se retira en Corse en
+1848.</p>
+
+<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199"></a><a href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> Le prince Léopold avait été, en effet, sur le point
+d'être nommé roi de Grèce. Agréé par les puissances et accepté par la
+Grèce, il n'avait pas voulu se soumettre aux conditions imposées par
+la conférence. Celle-ci, dans son protocole du 3 février 1830, avait
+délimité la Grèce de telle sorte que l'Etolie et l'Acarnanie étaient
+laissées à la Porte ainsi que les îles de Candie et de Samos. Le
+prince Léopold protesta auprès de la conférence (lettre du 11
+février). Celle-ci ayant maintenu sa décision, le prince refusa
+définitivement la couronne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200"></a><a href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> L'ordonnance du 13 avril, conformément à la loi du 13
+décembre précédent, avait créé une décoration spéciale pour les
+combattants de Juillet. Les décorés devaient prêter serment de
+fidélité au roi et d'obéissance à la charte. La croix portait comme
+légende: «donnée par le roi des Français»; ces deux dispositions (le
+serment et la légende) furent jugées inconstitutionnelles par les
+citoyens appelés à porter la décoration. Ils protestèrent et
+refusèrent de s'y soumettre. L'affaire finit par s'arranger non sans
+beaucoup de bruit et quelques manifestations autour de la colonne
+Vendôme. C'est à cette occasion que le comte de Lobau fit disperser
+les manifestants avec le jet des pompes à incendie.</p>
+
+<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201"></a><a href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> La constitution belge fut votée le 7 février, l'article
+1<sup>er</sup> énumérait les territoires revendiqués par le congrès, savoir:
+les provinces d'Anvers, du Brabant, de la Flandre occidentale, de la
+Flandre orientale, du Hainaut, de Liège, de Limbourg, de Namur et le
+Luxembourg, sauf ses relations avec la Confédération germanique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202"></a><a href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Sur la question des forteresses belges, voir pages <a href="#Page_357">357</a>,
+<a href="#Page_363">363</a> et notes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203"></a><a href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> C'était le nom adopté en exil par la reine Hortense. On
+se rappelle que son fils aîné, le prince Charles Napoléon était mort
+en 1807 à Forli.</p>
+
+<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204"></a><a href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> Toutes les dépêches qui vont suivre jusqu'à la page 201
+sont des dépêches officielles au département et ont déjà été
+publiées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205"></a><a href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Le baron Durant de Mareuil était ministre à La Haye
+depuis 1830. Il avait été précédemment accrédité une première fois à
+La Haye en 1821, puis à Washington (1823) à Rio de Janeiro (1829). En
+1832 il devint ambassadeur à Naples.</p>
+
+<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206"></a><a href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> Variante: <i>les membres de la conférence grecque</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207"></a><a href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> Antoine Schneider, né en 1780 entra en 1799 dans l'arme
+du génie. Il était colonel en 1815, fit en 1823 la campagne d'Espagne.
+En 1828 il fut envoyé en Morée comme général de brigade, et devint
+commandant en chef après le départ du maréchal Maison. De retour en
+France, il devint lieutenant général (1831) fut élu député en 1834, et
+siégea à la Chambre jusqu'à sa mort (1847). Il fut un instant ministre
+de la guerre de 1839 à 1840.</p>
+
+<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208"></a><a href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Voir page <a href="#Page_183">183</a>, la dépêche du 18 mai.</p>
+
+<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209"></a><a href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> Variante: <i>serait conduite à penser</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210"></a><a href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> Ce protocole signé le 21 mai, en suite d'un rapport de
+lord Ponsonby sur la situation politique de la Belgique, traite deux
+objets:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> L'acquisition à titre onéreux par la Belgique du Luxembourg;<br />
+2<sup>o</sup> L'acceptation éventuelle de la couronne par le prince Léopold.</p>
+
+<p>Sur le premier point, la conférence s'engage «à entamer avec le roi
+des Pays-Bas une négociation, dont le but sera d'assurer s'il est
+possible à la Belgique, moyennant de justes compensations, la
+possession du Luxembourg qui conserverait ses rapports actuels avec la
+Confédération germanique». Elle ajoute: «que son but en agissant ainsi
+est d'aplanir les difficultés qui entraveraient l'acceptation de la
+souveraineté de la Belgique par le prince Léopold, dans le cas où
+comme, tout l'autorise à le croire, cette souveraineté lui serait
+offerte.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211"></a><a href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> Variante: <i>satisfaisante</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212"></a><a href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> Variante: <i>aujourd'hui, nous en avons créé une qui
+pourra, je l'espère, nous conduire...</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213"></a><a href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> Variante: <i>jamais</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214"></a><a href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> T. Michiels, qui résidait à Francfort depuis le mois de
+décembre 1830, n'était que l'agent officieux du ministre et n'était
+pas reconnu par la Diète.</p>
+
+<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215"></a><a href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> Jean-Louis-Joseph Lebeau, homme d'État belge, né en
+1794, avait été avocat et journaliste sous le gouvernement du roi
+Guillaume à qui il avait fait une vive opposition. En 1830, il fut
+nommé avocat général à Liège en même temps que cette ville l'envoyait
+au congrès. Il y fut l'adversaire de la réunion à la France, et pour
+tâcher d'éviter l'élection du duc de Nemours il fut de ceux qui
+provoquèrent la candidature du duc de Leuchtenberg. M. Lebeau devint
+ministre des affaires étrangères en 1831, et comme tel appuya le
+prince Léopold. Il fit partie de la députation chargée d'offrir la
+couronne à ce prince. Il fut en 1832 réélu député, fut nommé ministre
+de la justice, puis gouverneur de la province de Namur (1834). En 1839
+il fut accrédité près de la Diète et en 1840 devint ministre des
+affaires étrangères et président du conseil. Il se retira en 1841,
+mais conserva sa place à la Chambre où il siégeait dans le parti
+libéral.</p>
+
+<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216"></a><a href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> Jules Van Praet, né en 1806 à Bruges était secrétaire
+de légation à Londres en 1831. Il devint peu après secrétaire du
+cabinet du roi, puis en 1840, ministre de la maison du roi, poste
+qu'il conserva jusque sous le règne du roi Léopold II.</p>
+
+<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217"></a><a href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> Variante: <i>demander</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218"></a><a href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> Variante: <i>je crois</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219"></a><a href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220"></a><a href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> Lord Ponsonby, dès son retour de Londres, avait écrit à
+M. Lebeau une lettre particulière où il exagérait et dénaturait les
+idées de la conférence. Cette lettre lue au congrès le 28 mai par M.
+Lebeau suscita une vive émotion en Belgique. Lord Ponsonby exhortait
+le gouvernement belge à se soumettre sur la question des limites aux
+décisions de la conférence et à ne pas se jeter dans des difficultés
+qui pourraient amener jusqu'à l'extinction du nom belge. Il ajoutait
+que l'acceptation par le congrès du protocole du 20 janvier serait
+récompensée par l'abandon du Luxembourg, «Il y a une semaine,
+disait-il, la conférence considérait la conservation de ce duché à la
+maison de Nassau sinon comme nécessaire, au moins comme extrêmement
+désirable, et à présent elle est disposée à une médiation avec
+l'intention avouée de faire obtenir ce duché pour le souverain de la
+Belgique.»</p>
+
+<p>Cette transaction était en effet venue à la pensée de la conférence,
+mais lord Ponsonby n'avait jamais été autorisé à tenir un langage
+aussi catégorique ni à mettre aux Belges le marché à la main. (Voir la
+lettre de lord Ponsonby dans les <i>Débats</i> du 31 mai.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221"></a><a href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> Maëstricht avait été prise en 1642 par le prince
+Henri-Frédéric de Nassau, qui, en 1648, la céda à la Hollande.
+Celle-ci la conserva toujours depuis, malgré une revendication
+formulée en 1784 par l'empereur Joseph II.</p>
+
+<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222"></a><a href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> <i>Le général Sébastiani au général Belliard.</i></p>
+
+<p>... J'apprends avec la plus vive surprise que vous avez cru pouvoir
+prendre sur vous de prolonger de dix jours le délai que la conférence
+avait accordé aux Belges pour adhérer à ses résolutions et qu'elle
+avait fixé au 1<sup>er</sup> de ce mois. Cette démarche m'a paru d'autant plus
+extraordinaire que vos instructions souvent renouvelées vous
+prescrivent d'appuyer les démarches du représentant de la conférence.
+Ma lettre du 31 mai vous prescrit de quitter Bruxelles en même temps
+que lord Ponsonby si le refus des Belges d'adhérer aux décisions de la
+conférence lui en imposait la nécessité. Je m'empresse de vous
+renouveler cet ordre de la manière la plus positive, et si, lorsque
+cette dépêche vous parviendra, l'obstination des Belges avait obligé
+lord Ponsonby à se retirer, vous devrez quitter aussi Bruxelles
+immédiatement et sans adresser au gouvernement belge aucune espèce de
+communication écrite.»</p>
+
+<p>Le général Belliard quitta Bruxelles le jour même de la réception de
+cette dépêche, c'est-à-dire le 11 juin; le ministre belge, sur
+l'injonction du congrès, venait en effet, au lieu d'adhérer au
+protocole de la conférence, d'ouvrir de nouvelles négociations.</p>
+
+<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223"></a><a href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> Les dépêches qui vont suivre jusqu'à la page 236 sont
+des dépêches officielles au département et ont déjà été publiées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224"></a><a href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> Lord Ponsonby avait refusé de présenter au gouvernement
+belge le protocole du 10 mai (n<sup>o</sup> 23) qui fixait au 1<sup>er</sup> juin le
+dernier délai accordé aux Belges pour accepter les limites imposées
+par la conférence. On se rappelle en outre la lettre singulière qu'il
+avait écrite à M. Lebeau.</p>
+
+<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225"></a><a href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> Variante: <i>lui attribuer une cause particulière</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226"></a><a href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Charles, comte Lehon, né en 1792, fut d'abord avocat à
+Liège, puis député de cette ville aux États généraux des Pays-Bas. En
+1831, il fit partie de la députation chargée d'aller offrir la
+couronne au duc de Nemours, et fut peu après nommé ministre à Paris.
+Il conserva ce poste jusqu'en 1852, revint alors en Belgique et fut
+nommé député. Il mourut en 1868.</p>
+
+<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227"></a><a href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> Voir ce protocole, page <a href="#Page_149">149</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228"></a><a href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> Variante: <i>Paris</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229"></a><a href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> Variante: <i>Je dois vous faire connaître au reste que
+lord Palmerston</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230"></a><a href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> Variante: On veut l'astreindre à juger l'intégrité d'un
+territoire qui n'est pas encore <i>régulièrement</i> déterminé, <i>et qui
+dans les idées des Belges doit s'étendre à</i> des villes qu'ils ne
+possèdent <i>même</i> pas. <i>J'ai peu de doute...</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231"></a><a href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232"></a><a href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> Variante: <i>et n'ont obtenu</i> aucun succès.</p>
+
+<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233"></a><a href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> Cette députation belge était composée de M. de
+Gerlache, président, de MM. F. de Mérode, Van de Weyer, l'abbé de
+F&oelig;re, d'Arschot, H. Villain XIV, Osy, Destauvelles, Duval de
+Beaulieu et Thorn.</p>
+
+<p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234"></a><a href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> Jean-Baptiste Nothomb, né en 1805, d'abord avocat à
+Luxembourg et rédacteur politique au <i>Courrier des Pays-Bas</i>, membre
+du comité de constitution en 1830, député au congrès où il était l'un
+des chefs du parti français. Il devint secrétaire général du ministère
+des affaires étrangères (février 1831), se rendit à Londres après
+l'élection du roi Léopold et négocia le traité des dix-huit articles.
+Il conserva ses fonctions aux affaires étrangères jusqu'en 1836, fut
+alors nommé ministre des travaux publics (1837-1840), ministre
+plénipotentiaire à Francfort (1840), ministre de l'intérieur (1841),
+ministre des affaires étrangères et président du conseil en 1843. Il
+quitta le pouvoir en 1845 et fut plus tard chargé de diverses missions
+diplomatiques en Allemagne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235"></a><a href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> Variante: ... <i>ils pourraient donner de la facilité à
+l'arrangement des</i> affaires de Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236"></a><a href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> Variante: <i>Les commissaires n'ont pas communiqué ces
+pouvoirs aux membres...</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237"></a><a href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> C'étaient des émeutes locales dues à la surexcitation
+produite par les élections.</p>
+
+<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238"></a><a href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> Variante: <i>Enfin, monsieur le comte</i>, il n'y a encore
+rien de décidé <i>et vous voyez que le prince Léopold...</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239"></a><a href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> Joseph Dwernicki, général polonais, né en 1779, fit la
+plupart des campagnes de l'empire dans les armées françaises, et
+devint colonel en 1814. Il rentra en Pologne en 1815. Général en 1830,
+il reçut le commandement d'un corps de l'armée insurrectionnelle.
+D'abord vainqueur et chargé de diriger le soulèvement de la Volhynie,
+il finit par être cerné et accablé sous le nombre et se retira en
+Gallicie. Le gouvernement autrichien le fit arrêter et traiter en
+prisonnier de guerre ainsi que ses soldats. Il recouvra la liberté
+après la fin de la guerre, se retira en France puis se fixa à Lemberg
+où il mourut en 1859. C'est la conduite du gouvernement autrichien à
+cette occasion qui avait provoqué l'intervention de la France et de
+l'Angleterre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240"></a><a href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> Le baron Chassé, général hollandais, né en 1765, avait
+d'abord servi dans les armées françaises jusqu'en 1814. Il ne revint
+en Hollande qu'en 1815. Il était gouverneur d'Anvers pour le roi
+Guillaume en 1830. C'est lui qui, en 1832, défendit cette ville contre
+les Français. Il mourut en 1849.</p>
+
+<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241"></a><a href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> Le baron Roussin, né en 1781, à Dijon, engagé dans la
+flotte à douze ans, capitaine de vaisseau en 1815, contre-amiral en
+1822, commanda en 1828 l'expédition dirigée contre Rio et, en 1831 fut
+mis à la tête de la flotte envoyée dans le Tage. Promu vice-amiral, il
+devint en 1834 ambassadeur à Constantinople, amiral en 1840, puis
+ministre de la marine en 1840 et 1843. Il mourut en 1854.</p>
+
+<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242"></a><a href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M.
+Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243"></a><a href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> Agent du gouvernement grec en France. Il fut l'année
+suivante accrédité officiellement à Paris.</p>
+
+<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244"></a><a href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245"></a><a href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> Ce discours est reproduit dans le <i>Journal des Débats</i>
+du 23 juin.</p>
+
+<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246"></a><a href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247"></a><a href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> Variante: <i>qui est mon idée favorite...</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248"></a><a href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> Dans la guerre de Pologne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249"></a><a href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250"></a><a href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251"></a><a href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> C'est ce projet de traité qui, adopté par le congrès le
+9 juillet, est connu sous le nom de traité des dix-huit
+articles.&mdash;Voir l'Annuaire de Lesur ou le Recueil de traités de
+Martens.</p>
+
+<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252"></a><a href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> Supprimé dans le texte des archives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253"></a><a href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> Ce discours se trouve dans le recueil de M. Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254"></a><a href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> Cette lettre se trouve dans le recueil de M. Pallain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255"></a><a href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> Dépêche officielle déjà publiée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256"></a><a href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> C'est le protocole du 26 juin qui renfermait les 18
+articles que la conférence proposait comme préliminaires de paix à la
+Hollande et à la Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257"></a><a href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> C'est avec cette lettre que se termine le premier
+volume de M. Pallain sur l'ambassade de Talleyrand à Londres, le seul
+qui soit encore publié. Notre travail de comparaison des deux textes
+doit donc forcément prendre fin.</p>
+
+<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258"></a><a href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> Cette lettre se trouve dans l'ouvrage de M. Pallain.
+Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_492">492</a>, la lettre que M. de Talleyrand écrivait à
+Madame Adélaïde en lui transmettant cette réponse.</p>
+
+<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259"></a><a href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> Protocole du 17 avril:</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des quatre cours ont été unanimement d'avis
+que la nouvelle situation de la Belgique, sa neutralité reconnue
+par la France, doit changer son système de défense militaire; que
+les forteresses sont trop nombreuses pour être efficacement
+défendues; que l'inviolabilité du territoire belge offre une
+sécurité qui n'existait pas auparavant, et qu'enfin une partie de
+ces forteresses, élevées sous des circonstances différentes,
+pourront être démolies.</p>
+
+<p>En conséquence, les plénipotentiaires ont décidé qu'une
+négociation aurait lieu entre la Belgique et les quatre grandes
+puissances pour déterminer le nombre et le choix des forteresses
+qui doivent être démolies.</p>
+
+<p class="right"><span class="smcap">ESTERHAZY, WESSENBERG, PALMERSTON,</span><br />
+<span class="smcap">BÜLOW, LIEVEN, MATUSIEWICZ.</span></p>
+
+<p>Ensuite de ce protocole une convention fut signée le 16 décembre
+1831 entre les représentants des quatre cours et la Belgique, qui
+ordonnait la démolition des forteresses de Menin, Ath, Mons,
+Philippeville et Marienbourg. Les autres forteresses devaient être
+entretenues en bon état par la Belgique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260"></a><a href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> «... Le gouvernement français nous répète sans cesse
+qu'il faut faire ou ne pas faire de certaines choses, afin de
+satisfaire l'opinion publique en France, mais il devrait se rappeler
+qu'il existe un sentiment public en Angleterre aussi bien qu'en
+France; et que, quoi que ce sentiment ne soit pas aussi facilement
+excité par les petites choses que l'esprit public en France, il y a
+cependant des points (et la Belgique en est un) sur lesquels ce
+sentiment est extrêmement susceptible et où une fois réveillé, il ne
+serait pas facile à apaiser.» (<i>Lord Palmerston à lord Granville, 11
+août 1831.&mdash;Correspondance intime de lord Palmerston.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261"></a><a href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_493">493</a>, une lettre de lord
+Palmerston à M. de Talleyrand, à ce sujet.</p>
+
+<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262"></a><a href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> Une démarche toute platonique en faveur des Polonais
+avait déjà été faite par la France auprès du czar dans le courant de
+juin. Elle n'avait pas eu de résultat. C'est alors que sous la
+pression de plus en plus violente de l'opinion publique, le cabinet
+français proposa à l'Angleterre et à la Prusse d'unir leurs efforts
+aux siens pour faire adopter une médiation commune. La dépêche dont
+parle ici M. Casimir Périer développait sur ce point le plan du
+gouvernement du roi. A Berlin comme à Londres on refusa d'intervenir.</p>
+
+<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263"></a><a href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> On se rappelle qu'à la suite des insurrections
+survenues dans les États de l'Église, les Autrichiens étaient entrés
+dans Bologne (21 mars). Le cabinet des Tuileries demanda l'évacuation.
+L'Autriche répondit en exigeant que les puissances garantissent le
+pouvoir temporel du pape. De son côté, la France déclara ne vouloir
+souscrire un pareil engagement que si le pape accordait les réformes
+libérales demandées par les insurgés. L'Autriche finit par céder et
+retira ses troupes le 15 juillet.</p>
+
+<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264"></a><a href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> M. de Talleyrand insistait sur ce point dans une lettre
+à madame de Vaudémont. (Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_493">493</a>.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265"></a><a href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> L'empereur dom Pedro avait épousé en secondes noces
+(1829) la princesse Amélie-Augusta-Eugénie de Beauharnais, fille du
+prince Eugène.</p>
+
+<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266"></a><a href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> Frédérique-Charlotte-Marie (Hélène-Pawlowna) née en
+1807, fille du prince Paul de Wurtemberg, mariée en 1824 à Michel
+Pawlowitch, frère de l'empereur Nicolas.</p>
+
+<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267"></a><a href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> Protocole, numéro 31 (6 août 1831).</p>
+
+<p>La conférence décidait en outre que les troupes françaises devaient se
+borner à refouler les Hollandais hors du territoire belge sans entrer
+en Hollande. De plus, elles ne devaient investir ni Maëstricht, ni
+Venloo pour ne pas s'approcher de la frontière allemande. Enfin le
+gouvernement français devait s'engager à rappeler ses troupes aussitôt
+après la cessation des hostilités.</p>
+
+<p>Ce protocole n'avait pas été aisé à obtenir de la conférence car
+l'entrée des troupes françaises en Belgique causait une indicible
+émotion au cabinet anglais. Lord Palmerston allait jusqu'à accuser la
+France de s'entendre secrètement avec la Hollande. «Voilà, écrivait-il
+le 5 août à lord Granville, une jolie escapade du roi des Pays-Bas. Je
+ne puis deviner ce qui l'a mordu; nous soupçonnons un peu la France...
+Talleyrand, si vous vous le rappelez, m'a proposé il y a quelque temps
+d'exciter les Hollandais à rompre l'armistice afin de soulever un cri
+de réprobation contre eux, de couvrir la Belgique de troupes et
+ensuite de tout arranger selon notre bon plaisir. Serait-ce la
+réalisation du premier acte du complot?» (<i>Correspondance intime de
+lord Palmerston.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268"></a><a href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> Le duc d'Orléans et le duc de Nemours. Le premier
+commandait une brigade de cavalerie, et le second, un régiment de
+lanciers. L'armée était sous le commandement du maréchal Gérard.</p>
+
+<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269"></a><a href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> Madame Adélaïde se trompe ici. Le roi des Pays-Bas
+n'avait encore signé aucun traité avec personne; le tort qu'il avait,
+était d'avoir rompu un armistice qu'il avait conclu huit mois
+auparavant sous la médiation des cinq puissances. (<i>Note de M. de
+Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270"></a><a href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> Il y avait en Belgique un parti qui supportait
+impatiemment l'idée de devoir son salut à la France et qui voulait
+garder pour soi l'honneur de repousser les Hollandais. M. de
+Muelnaere, ministre des affaires étrangères, qui partageait ces idées,
+déclara que la constitution interdisait à toute armée étrangère
+d'occuper le territoire belge si ce n'est en vertu d'une loi, et il
+supplia le roi Léopold de ne pas permettre que l'armée française
+passât la frontière. Le roi céda et écrivit en ce sens à Paris. Mais
+après la dispersion de l'armée de la Meuse, il se ravisa et pria le
+maréchal Gérard de hâter sa marche.</p>
+
+<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271"></a><a href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> Chambre des pairs, séance du 6 août:</p>
+
+<p><i>Lord Aberdeen</i> s'élève avec violence contre l'intervention française
+à Lisbonne et l'inaction de l'Angleterre. Il somme le cabinet de
+protéger l'indépendance de dom Miguel: «Le gouvernement, dit-il, n'a
+pas à s'inquiéter du caractère du roi de Portugal, mais bien à voir
+quel est de fait le souverain de ce pays. Notre position vis-à-vis de
+dom Miguel est la même que vis-à-vis du roi des Français après qu'il
+eût saisi l'héritage de son jeune neveu, en faveur duquel Charles X
+avait abdiqué. Je dis plus: si au lieu du duc d'Orléans actuel, on eût
+choisi ce monstre d'Égalité, notre politique ne devrait-elle pas
+toujours être la même?...</p>
+
+<p><i>Lord Grey.</i>&mdash;Je ne parlerai pas des expressions du noble comte
+lorsqu'il a dit que le roi des Français a <i>saisi</i> l'héritage de son
+neveu...</p>
+
+<p><i>Lord Aberdeen.</i>&mdash;Je n'ai pas dit <i>saisi</i> mais <i>occupé</i>.</p>
+
+<p><i>Lord Grey.</i>&mdash;Cela ne mérite pas de réponse. J'aime bien mieux
+féliciter lord Aberdeen lui-même et ses anciens collègues de la
+promptitude qu'ils ont mise à reconnaître le souverain actuel de la
+France. La conduite de la France dans les affaires de Portugal a été
+pleine de franchise et de loyauté...»</p>
+
+<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272"></a><a href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> Jean Gilbert Verstolk van Soelen, homme d'État
+hollandais, né en 1777, était juge à Rotterdam en 1801, puis directeur
+de la Gueldre. Sous la domination française, il fut nommé préfet de la
+Frise. En 1815 il devint administrateur du grand-duché de Luxembourg,
+puis ministre à Pétersbourg. En 1825 il entra au ministère des
+affaires étrangères et y demeura jusqu'en 1840. Il mourut en 1845.</p>
+
+<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273"></a><a href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> Maurice-Étienne comte Gérard né en 1773, engagé
+volontaire en 1791, général de division en 1812; il se signala
+particulièrement en 1814 et en 1815. Il quitta le service sous la
+Restauration et fut élu député. En 1830, il devint maréchal de France
+et ministre de la guerre, et fut mis en 1831 à la tête de l'armée du
+Nord. Il fut en 1835 nommé grand chancelier de la Légion d'honneur et
+il mourut en 1855.</p>
+
+<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274"></a><a href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> Les Belges avaient été battus le 8 août à Hasselt et le
+12 à Louvain.</p>
+
+<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275"></a><a href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> L'attitude que le cabinet anglais entendait conserver
+sur la question de la retraite des troupes françaises et de la
+démolition des forteresses ressort clairement de la lettre suivante de
+lord Palmerston à lord Granville:</p>
+
+<p class="left5">[<i>Particulière</i>] <span class="fdalign">«Foreign Office, 17 août 1831.</span></p>
+
+<p class="left5">»Mon cher Granville,</p>
+
+<p>»Je viens de causer avec Talleyrand, qui m'a donné à lire une lettre
+particulière que Sébastiani lui a écrite le 14. Dans cette lettre,
+Sébastiani annonçait le retour en France de vingt mille Français, et
+le repliement du reste sur Nivelles, mais il y avait un vilain passage
+relativement aux forteresses insinuant qu'il fallait en venir à un
+arrangement avant que les Français évacuassent entièrement la
+Belgique.</p>
+
+<p>»Talleyrand m'a demandé ce que je pensais de cette lettre. J'ai dit
+que son gouvernement se trompait s'il croyait que nous puissions
+jamais mêler la question des forteresses avec celle de l'évacuation de
+la Belgique; que le gouvernement français s'était engagé à évacuer la
+Belgique, et que nous devions nous attendre à le voir remplir son
+engagement; que quant aux forteresses, nous ne pouvions même prendre
+en considération la question de leur démolition avant que les troupes
+françaises soient hors de la Belgique. Nous avons la ferme intention
+de démanteler plusieurs de ces forteresses belges, mais nous ne
+souffrirons jamais que la France nous fasse la loi à cet égard à la
+pointe de la baïonnette.» (<i>Correspondance intime de lord
+Palmerston.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276"></a><a href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> Bertrand Clauzel, né en 1772, capitaine à la légion des
+Pyrénées en 1792, devint général de brigade en 1799, et fit toutes les
+campagnes de l'empire notamment en Espagne. Condamné à mort par
+contumace en 1815 pour sa conduite pendant les Cent-jours, il s'enfuit
+en Amérique, revint en France après l'amnistie (1820) et fut élu
+député en 1827. En 1830, il reçut le commandement de l'armée
+d'Algérie, fut rappelé en 1831 et nommé maréchal de France (30
+juillet). Nommé gouverneur général en 1835, il revint en France
+l'année suivante à la suite de l'échec de l'expédition de Constantine.
+Il mourut en 1842.</p>
+
+<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277"></a><a href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> «... Vous aurez vu le langage violent du <i>Times</i> contre
+la France: nous ne pouvons l'empêcher. Le <i>Times</i> éclate de temps en
+temps et va son train, mais le ton qu'il a adopté dernièrement ne peut
+pas avoir fait grand mal, car cela a dû servir à convaincre les
+Français que le langage du gouvernement anglais dans la question belge
+aurait pu être plus vif encore sans aller au delà du sentiment
+général.» (Lord Palmerston à lord Granville, 26 août. <i>Correspondance
+intime de lord Palmerston.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278"></a><a href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> L'île de Saint-Michel est la plus importante de
+l'archipel des Açores. Le comte de Villaflor s'en empara le 1<sup>er</sup>
+août, au nom de la régence de Terceira. Le comte de Villaflor, général
+en chef des troupes de dom Pedro, était né en 1790. Engagé à dix-huit
+ans, il était général de brigade en 1826, au début de la guerre
+civile. Il prit parti pour dom Pedro. En 1829 il se rendit à Terceira,
+d'où il partit en 1831 à la tête de l'expédition qui détermina la
+chute de dom Miguel et l'avènement de dona Maria. En 1836, il devint
+premier ministre pendant quelques mois. Durant toute la durée des
+troubles qui agitèrent si longtemps le Portugal, il demeura
+constamment le défenseur de la reine dona Maria et de la charte
+libérale. Il mourut en 1860. Le comte de Villaflor avait été créé duc
+de Terceira en 1833.</p>
+
+<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279"></a><a href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> A la séance de la Chambre des communes du 19 août, le
+marquis de Chandos avait présenté un amendement qui tendait à accorder
+le droit de suffrage à tous les cultivateurs qui possédaient à bail,
+depuis un an, une terre de la valeur de cinquante livres sterling. Cet
+amendement, bien que combattu par le ministère, avait passé à la
+majorité de deux cent quarante-deux voix contre cent quarante-huit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280"></a><a href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> L'expédient proposé par le cabinet était que les
+troupes françaises ne sortissent de Belgique qu'après avoir obtenu du
+gouvernement belge l'engagement formel de procéder à la démolition des
+forteresses. C'est dans ce but que M. de Talleyrand obtint du
+gouvernement anglais qu'il ne presserait pas outre mesure la retraite
+des troupes françaises, et qu'en même temps le cabinet des Tuileries
+envoya à Bruxelles M. de Latour-Maubourg, chargé de négocier sur la
+question des forteresses un arrangement secret avec le roi Léopold.</p>
+
+<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281"></a><a href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> Sir Charles Bagot, né en 1781, membre du conseil privé,
+ministre plénipotentiaire à La Haye, plus tard gouverneur général du
+Canada. Il mourut en 1843.</p>
+
+<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282"></a><a href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> Sir Robert Adair, diplomate anglais, né en 1763, entra
+tout jeune au parlement où il siégea dans les rangs des whigs, fut
+chargé d'une mission spéciale à Vienne en 1806, puis à Constantinople.
+De 1831 à 1851, il fut accrédité à Bruxelles. A son retour, il fut
+nommé membre du conseil privé. Il mourut en 1855.</p>
+
+<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283"></a><a href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> Conversations avec Madame Adélaïde qui les rendait au
+roi. (<i>Note du prince de Talleyrand.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284"></a><a href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> Sur la question du partage de la dette entre la
+Hollande et la Belgique, la conférence avait eu à choisir entre deux
+systèmes: ou bien «laisser subsister la communauté des charges,
+confondre les dettes, et rendre chacun des États solidaire», ou bien
+partager la dette eu égard à son origine, affranchir la Belgique de ce
+qu'elle n'avait pas contracté et répartir entre les deux pays, dans
+une juste proportion, les charges créées en commun depuis 1815. Le
+protocole du 27 janvier avait adopté le premier système, se fondant
+sur un protocole du 21 juillet 1814 qui établissait la communauté des
+charges. Le traité des dix-huit articles adopta le second que le
+congrès belge avait toujours soutenu. Un protocole du 6 octobre
+suivant régla le partage de la dette conformément à ce principe.</p>
+
+<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285"></a><a href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> Expédition tentée en 1809 contre Anvers. Les troupes
+anglaises furent entièrement décimées par les fièvres dans l'île de
+Walcheren, située à l'embouchure de l'Escaut; leurs débris assaillis
+par Bernadotte durent se rembarquer.</p>
+
+<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286"></a><a href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Les Hollandais avaient, dès l'ouverture des hostilités,
+rompu plusieurs digues aux environs d'Anvers pour arrêter les
+mouvements de l'armée belge.</p>
+
+<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287"></a><a href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> Insurrection des 16-19 septembre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288"></a><a href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> Félix Barthe, né en 1795, avocat à Paris sous la
+Restauration, procureur général près la cour de Paris en 1830, député,
+puis ministre de l'instruction publique (déc. 1830), garde des sceaux
+(1831), pair de France et premier président de la Cour des comptes
+(1834), de nouveau ministre de la justice dans le cabinet Molé
+(1837-1839). En 1852 il fut nommé sénateur et mourut en 1863.</p>
+
+<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289"></a><a href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> Protocole numéro 41, signé le 15 septembre et non le
+19. Il prend acte de la déclaration du prince de Talleyrand qui
+annonce que le gouvernement français retire de la Belgique le dernier
+corps de troupes, lequel n'y avait été laissé que sur la demande
+expresse du souverain de ce pays, et que la retraite de ce corps
+commencera le 25 septembre pour être entièrement effectuée le 30.</p>
+
+<p>En réponse à cette déclaration, les plénipotentiaires des quatre cours
+«ont témoigné au plénipotentiaire de France, la satisfaction avec
+laquelle ils la reçoivent. Cette nouvelle manifestation des principes
+élevés que la France fait présider à sa politique et de son amour pour
+la paix avait été attendue par ses alliés avec une confiance entière,
+et les plénipotentiaires prient le prince de Talleyrand d'être
+persuadé que leurs cours sauront apprécier à sa juste valeur la
+détermination prise par le gouvernement français.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290"></a><a href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> Le ministère avait eu à subir dans les séances des 19,
+20, 21 et 22 septembre une série d'interpellations de plusieurs
+députés de l'opposition. La question extérieure fit particulièrement
+les frais du débat, car les événements de Varsovie avaient surexcité
+les esprits. La politique intérieure fut également vivement attaquée.
+Après de longs discours de MM. Mauguin, Lamarque et Thiers, et les
+répliques de MM. Casimir Périer et Sébastiani, la Chambre vota le 22
+septembre par 221 voix contre 136 un ordre du jour par lequel «elle se
+déclarait satisfaite des explications données par les ministres et se
+reposait en leur sollicitude pour la dignité extérieure de la
+France.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291"></a><a href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> Le marquis de Palmella était alors l'ambassadeur de dom
+Pedro à Londres. Il fut peu après mis à la tête de la régence de
+Terceira, puis devint ministre des affaires étrangères et président du
+conseil. M. de Palmella avait autrefois connu M. de Talleyrand à
+Vienne où il représentait le Portugal au congrès.</p>
+
+<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292"></a><a href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> Le maréchal Soult avait déclaré que l'armée française
+resterait en Belgique jusqu'à ce que l'indépendance de ce pays ait été
+solennellement proclamée et reconnue.</p>
+
+<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293"></a><a href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> Ivan Foderowitch Paskiewicz, feld-maréchal russe né en
+1777, fit les campagnes de 1805, 1806, 1812 et 1813. En 1826, il reçut
+le commandement de l'armée du Caucase. En 1831, il remplaça le
+maréchal Diebitsch à la tête de l'armée de Pologne, et reçut après la
+paix le grade de feld-maréchal et le titre de prince de Varsovie. Il
+fut en même temps nommé vice-roi de Pologne. En 1849, il commanda les
+troupes russes envoyées en Hongrie. Enfin, en 1854, mis à la tête de
+l'armée du Danube, il fut grièvement blessé devant Silistrie. Il
+mourut en 1856.</p>
+
+<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294"></a><a href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> Après la paix de Varsovie, les débris de l'armée
+polonaise sous la conduite des généraux Romarino et Rybinski se
+retirèrent sur Modlin. Après une résistance désespérée ils se
+dispersèrent et se réfugièrent en Prusse et en Autriche. Le général
+Romarino passa en Gallicie le 16 septembre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_295" id="Footnote_295"></a><a href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> Charles-William Stewart, marquis de Londonderry, le
+frère de lord Castlereagh: on l'a déjà connu au congrès de Vienne sous
+le nom de lord Stewart. Voici le passage de son discours qui a trait à
+M. de Talleyrand.&mdash;Chambre des pairs; séance du 29 septembre: <i>Le
+marquis de Londonderry.</i>&mdash;«La France cherche tous les moyens de
+diminuer l'influence de l'Angleterre et de la forcer à plier sous son
+ascendant. L'astucieux diplomate qui la représente ici n'est pas plus
+tôt battu à un poste qu'il se replie sur l'autre... Je me suis servi
+d'une forte expression en parlant du personnage qui dirige maintenant
+chez nous les négociations de la France. Je ne crois pas qu'on puisse
+trouver dans le monde entier un caractère semblable à celui de ce
+personnage. Il a été successivement ministre de Napoléon, de Louis
+XVIII et de Charles X. Quand on voit les ministres de l'Angleterre
+courir l'un après l'autre consulter un tel personnage, on éprouve un
+dégoût qui est tout naturel. Si vos seigneuries veulent savoir sur
+quelle base est fondée mon opinion sur le prince de Talleyrand, je les
+invite à lire le mémoire qu'il a adressé au premier consul le 15
+brumaire an XI».</p>
+
+<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296"></a><a href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> Voici l'extrait du <i>Times</i> avec la traduction dont il
+est question dans ce passage:</p>
+
+<table width="100%" border="0" cellpadding="10" cellspacing="10" summary="House of Lords">
+<colgroup span="2">
+<col width="400" align="justify"></col>
+<col width="360" align="justify"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<th>HOUSE OF LORDS</th>
+<th>CHAMBRE DES LORDS</th>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="p2"><i>Thursday, september 29<sup>th</sup> 1831.</i></td>
+ <td><i>Séance du jeudi 29 septembre 1831.</i></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="p2">After lord Londonderry's attack on
+ M. de Talleyrand, Lord Goderich said
+ in the course of his speech:</td>
+ <td>Après l'attaque de lord Londonderry
+ contre M. de Talleyrand, Lord Goderich
+ dit dans la suite de son discours:</td>
+</tr>
+<tr>
+ <td>Another part of his noble friend's
+ speech to which he desired to advert,
+ was that which related to prince de
+ Talleyrand, whom his noble friend had
+ supposed to have great influence upon
+ the councils of this country, and whom,
+ proceeding on that supposition and upon
+ certain parts of that illustrious person's
+ past life, this noble friend has thought
+ he was justified in pursuing with the
+ most acrimonious animadversion although
+ an ambassador from a friendly
+ power. (<i>Loud cries of «hear»</i>) His noble
+ friend, to do him justice, had not dipped
+ his arrows so deeply in gall on
+ this as on a former occasion; but still
+ he must say that he had, even on this
+ occasion, indulged in language the most
+ imprudent and the most indiscreet that
+ any public man could be betray'd into,
+ with regard to an ambassador of a
+ friendly power. (<i>Cheers.</i>) He would not
+ willingly have touched upon this part
+ of his noble friend's speech because he
+ thought the sooner it was forgotten,
+ the better; but then, if he were silent,
+ with regard to it, it might be supposed
+ that the government were of opinion
+ that those animadversions were not misplaced;
+ and of that, were the case, the
+ plain inference was, that prince de
+ Talleyrand ought not to be allowed to
+ remain here. If the government entertained
+ the same opinion as his noble
+ friend of prince de Talleyrand, it would
+ be their duty to represent to His Majesty
+ the king of the French that they could
+ not transact business with such a person.
+ He felt it necessary, therefore, to speak
+ as he had spoken respecting these aspersions
+ of the character of an individual
+ whose station ought to have shielded
+ him from such an assault. (<i>Cheers.</i>) He
+ knew that his noble friend would say
+ that, because he protested against this
+ indiscreet, imprudent and unjustifiable
+ language, the government was truckling
+ to France. Let him, however remind his
+ noble friend, that prince de Talleyrand
+ had been the Minister of the last two
+ kings of France; that prince de Talleyrand
+ had also had a large and important
+ share in the deliberations of the congress
+ of Vienna; the result of which deliberations
+ the noble marquis thought so
+ wise and so good. (<i>Cheers.</i>) Surely,
+ the noble marquis might have thought
+ of these facts; but if he had, he would
+ never have inter'd upon the unjust as
+ well as the invidious occupation of
+ ransacking every portion of prince de
+ Talleyrand's life and bringing-up in
+ judgment against him as present deeds
+ and acts of this day, transactions which
+ had taken place when the circumstances
+ of France were so different, and when
+ no man could act as his reason or his
+ inclination dictated; but as the strong
+ and uncontrolable tide of affairs compelled
+ him to fashion his course.</td>
+ <td>Il y a un autre point du discours de
+ mon noble ami auquel je désire m'arrêter:
+ c'est celui qui concerne le prince de
+ Talleyrand qu'il suppose exercer une
+ grande influence sur les ministres de ce
+ pays; se fondant sur cette supposition et
+ sur certains faits de la vie passée de
+ cet illustre personnage, mon noble ami
+ a pensé qu'il pouvait l'accabler des plus
+ âpres censures quoiqu'il soit ambassadeur
+ d'une puissance amie. (<i>Cris,
+ écoutez.</i>) Pour être juste, je dois reconnaître
+ que mon noble ami n'a pas aujourd'hui
+ trempé ses flèches aussi
+ profondément dans le fiel qu'il l'avait
+ fait à une autre occasion; cependant je
+ dois dire que dans cette occasion-ci
+ même, il s'est permis le langage le plus
+ imprudent et le plus inconvenant auquel
+ un homme public puisse se laisser
+ aller à l'égard de l'ambassadeur d'une
+ puissance amie. (<i>Applaudissements.</i>) Je
+ me serais volontiers abstenu de toucher
+ à cette partie du discours de mon noble
+ ami, parce que je pense qu'il vaut mieux
+ qu'elle soit oubliée le plus tôt possible;
+ mais alors si je gardais le silence sur
+ ces attaques, on pourrait supposer que
+ le gouvernement croit quelles ne sont
+ pas mal fondées; et, si cela était le cas,
+ la conséquence naturelle serait qu'on
+ ne devrait pas supporter ici le prince
+ de Talleyrand. Car si le gouvernement
+ avait de lui la même opinion que mon
+ noble ami, son devoir serait de représenter
+ au roi des Français qu'il ne peut
+ pas traiter les affaires avec une telle
+ personne. J'ai donc jugé qu'il était nécessaire
+ de parler comme je l'ai fait,
+ au sujet d'attaques contre le caractère
+ d'un individu dont la position aurait dû
+ le mettre à l'abri. (<i>Applaudissements.</i>)
+ Je sais que mon noble ami dira que
+ le gouvernement est soumis à la France,
+ parce que je proteste contre son inconvenant,
+ imprudent et injustifiable langage.
+ Mais je lui rappellerai que le prince
+ de Talleyrand a été le ministre des deux
+ derniers rois de France et qu'il a eu
+ aussi une grande et importante part
+ dans les délibérations du congrès de
+ Vienne, dont le résultat est considéré
+ comme si bon et si sage par le noble
+ marquis. (<i>Applaudissements.</i>) Le noble
+ marquis aurait certainement pu penser
+ à ces faits; mais s'il y avait songé, il
+ ne se serait pas livré à des recherches
+ aussi injustes que haineuses sur toutes
+ les époques de la vie du prince de Talleyrand,
+ et il n'aurait pas été prendre
+ pour base de son jugement, sur les faits
+ actuels et les actes d'aujourd'hui, des
+ faits qui avaient eu lieu lorsque les circonstances
+ étaient si différentes en
+ France, et lorsqu'aucun homme ne
+ pouvait agir comme sa raison ou son
+ inclination l'y aurait porté; mais comme
+ le puissant et irrésistible courant des
+ affaires le forçait a régler sa conduite.</td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="p2"><span class="smcap">The duke of Wellington.</span>&mdash;Before
+ he stated what his view of the subject
+ was (l'emploi d'officiers français dans
+ l'armée belge) he must be allow'd to
+ say a few words respecting an illustrious
+ individual (prince de Talleyrand) who
+ had been so strongly animadverted
+ upon by his noble friend near him.
+ True it was that that illustrious individual
+ had enjoy'd in a very high degree
+ the confidence of his noble friend's
+ deceased relative; and true it also was,
+ that none of the great measures which
+ had been resolved upon at vienna and
+ at Paris had been concerted or carried
+ on without the intervention of that
+ illustrious person. He had no hesitation
+ in saying that both at that time, in
+ every one of the great transactions that
+ took place then, and in every transaction
+ in which he had been engaged with
+ prince de Talleyrand since, the latest
+ of which had occured during the short
+ period in which he (the duke of Wellington)
+ had been in His Majesty's
+ councils after the late revolution in
+ France,&mdash;he had no hesitation in declaring
+ that in all those transactions,
+ from the first to the last of them, no
+ man could have conducted himself
+ with more firmness and ability with
+ regard to his own country, or with
+ more uprightness and honor in all his
+ communications with the ministers of
+ other countries, than prince de Talleyrand.
+ (<i>Cheers.</i>) They had heard a good
+ deal of prince de Talleyrand from many
+ quarters; but he felt himself bound to
+ declare it to be his sincere and conscientious
+ belief that no man's public
+ and private character, had ever been so
+ much beleid as both the public and
+ the private character of that illustrious
+ individual had been. (<i>Much cheering.</i>)
+ He had thought it necessary in common
+ justice, to say this much of an individual
+ respecting whose conduct and
+ character he had had no small means
+ of forming a judgment.</td>
+ <td><span class="smcap">Le duc de Wellington</span>.&mdash;Avant que
+ j'expose ma manière de voir sur le sujet
+ en question (l'emploi d'officiers français
+ dans l'armée belge), il doit m'être permis
+ de dire quelques mots au sujet d'un
+ illustre individu qui a été si fortement
+ attaqué par mon noble ami qui siège
+ près de moi. Il est vrai que cet illustre
+ individu a joui à un très haut degré de
+ la confiance du parent décédé, lord
+ Castlereagh, de mon noble ami; et il est
+ également vrai qu'aucune des grandes
+ mesures qui ont été adoptées à vienne
+ et à Paris, n'a été concertée ou exécutée
+ sans l'intervention de cet illustre personnage.
+ Je n'ai aucune hésitation à
+ déclarer que, soit à cette époque, dans
+ les grandes négociations qui ont eu lieu,
+ soit dans celles que j'ai traitées depuis
+ lors avec le prince de Talleyrand, et
+ dont les dernières se sont passées durant
+ la courte période pendant laquelle
+ j'étais dans les conseils de Sa Majesté,
+ après la dernière révolution de France,&mdash;je
+ n'ai aucune hésitation, dis-je, à
+ déclarer que dans toutes ces négociations,
+ de la première à la dernière,
+ aucun homme ne pouvait se conduire
+ avec plus de fermeté et d'habileté dans
+ l'intérêt de son propre pays, ou avec
+ plus de droiture et d'honneur dans toutes
+ ses communications avec les ministres
+ des autres pays, que le prince de Talleyrand.
+ (<i>Applaudissements.</i>) Vous avez
+ entendu dire beaucoup de choses sur le
+ prince de Talleyrand, et de bien des
+ côtés différents; mais je me sens obligé
+ de déclarer que ma conviction sincère
+ et consciencieuse est que jamais le caractère
+ public et privé d'un homme n'a
+ été autant travesti que l'a été le caractère
+ privé et public de cet illustre
+ individu. (<i>Grands applaudissements.</i>)
+ J'ai pensé qu'il était nécessaire, équitablement,
+ de dire tout ceci d'une personne
+ sur la conduite et le caractère de
+ laquelle j'ai eu de nombreux moyens de
+ former mon jugement.</td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><span class="smcap">Lord Holland</span>&mdash;There was one part
+ of the noble Duke's speech which had
+ given him the greatest pleasure and
+ which reflected the highest credit upon
+ the noble Duke. He need hardly say that
+ he alluded to the temper, the manliness
+ and generosity with which the noble
+ Duke had animadverted upon what had
+ fallen from the noble marquis with
+ regard to prince de Talleyrand. On public
+ as well as on private grounds, he
+ thanked the noble Duke for that part of
+ his speech. There could be little difference
+ of opinion as to the injustice and the
+ want of generosity, of speaking in harsh
+ and insulting terms respecting the ambassador
+ of a friendly power, resident amongst
+ us. On the other hand he felt that there
+ could be no good taste in dwelling
+ upon the virtue and the merit of a man's
+ own acquaintance in an assembly like
+ that of their Lordships; yet he trusted
+ that he might be allowed to observe
+ that forty years acquaintance with the noble
+ individual who had been alluded to,
+ enabled him to bear his testimony to the
+ fact, that although those forty years had
+ been passed during a time peculiarly
+ fraught with calumnies of every description,
+ there had been no man's private
+ character more shamefully traduced,
+ and no man's public character more mistaken
+ and misrepresented, than the
+ private and public character of prince de
+ Talleyrand.</td>
+ <td><span class="smcap">Lord Holland</span>.&mdash;Il y a une partie du
+ discours du noble duc qui m'a causé le
+ plus grand plaisir et qui lui fait le plus
+ grand honneur. J'ai à peine besoin de
+ dire que je veux parler de l'esprit, de la
+ fermeté et de la générosité avec lesquels
+ le noble duc avait repoussé ce qui a été
+ dit du prince de Talleyrand, par le noble
+ marquis. Dans l'intérêt public aussi bien
+ que comme homme privé, je remercie
+ le noble duc pour cette partie de son discours.
+ Il ne peut y avoir une opinion
+ différente sur l'injustice et le manque
+ de générosité qu'il y a à parler dans des
+ termes âpres et insultants de l'ambassadeur
+ d'une puissance amie résidant
+ parmi nous. D'un autre côté, je sens
+ qu'il ne serait pas de bon goût de m'étendre
+ sur les qualités et les mérites d'un
+ homme de ma connaissance, dans une
+ assemblée comme celle de vos seigneuries;
+ cependant j'espère qu'il me sera permis
+ de dire que quarante années de relation
+ avec le noble individu auquel il a
+ été fait allusion, m'ont mis en état de
+ rendre témoignage à ce fait, que, quoique
+ ces quarante années se soient écoulées
+ à une époque particulièrement fertile
+ en calomnies de toute espèce, il n'a
+ pas existé d'homme dont le caractère
+ privé ait été plus honteusement diffamé
+ et le caractère public plus méconnu et
+ plus faussement représenté que le caractère
+ privé et public du prince de Talleyrand.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="p2">Si on se rend compte de la droiture et de la véracité bien connues du
+duc de Wellington et de l'amitié qui a existé pendant quarante ans
+entre lord Holland et le prince de Talleyrand, l'esprit le plus
+prévenu devra apprécier ce que cette séance de la Chambre des pairs
+d'Angleterre a de particulièrement honorable pour M. de Talleyrand. Il
+ne faut pas perdre de vue que le duc de Wellington était le chef de
+l'opposition dont faisait partie l'attaquant, le marquis de
+Londonderry, et que les lords Goderich et Holland étaient membres du
+ministère. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297"></a><a href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> En exécution du traité préliminaire des dix-huit
+articles, la conférence avait proposé le 24 septembre un projet de
+traité définitif qu'elle adressa aux plénipotentiaires hollandais et
+belges. Ceux-ci répondirent le 26 par deux contre-projets entièrement
+dissemblables. La conférence jugea que les deux parties ne pourraient
+jamais s'entendre si on les laissait à elles-mêmes; elle dressa un
+protocole (n<sup>o</sup> 44 du 26 sept.) dans lequel elle décidait de fixer de sa
+propre autorité les articles du projet de traité. C'est en suite de ce
+protocole que fut arrêté le traité des vingt-quatre articles.</p>
+
+<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298"></a><a href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> Le comte de Nostitz-Rieneck, général de cavalerie, né
+en 1777. Il fit les campagnes de 1806, 1813,1814 et 1815. Après la
+paix, il commanda la cavalerie de la garde. En 1830, le prince
+Guillaume, frère du roi, ayant été envoyé dans les provinces rhénanes
+comme gouverneur civil et militaire, le comte de Nostitz l'accompagna
+en qualité de chef d'état-major. Il quitta l'armée en 1848 et fut en
+1850 nommé ministre à Hanovre. Il se retira en 1859 et mourut en
+1866.</p>
+
+<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299"></a><a href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> Chrétien Hubert, baron Pfeffel de Kriegelstein, fils de
+l'historien et du diplomate de ce nom qui avait servi autrefois dans
+les bureaux de M. de Vergennes. Né en 1765, il entra dans la
+diplomatie au service de la Bavière, et mourut en 1835 à Paris comme
+ministre plénipotentiaire de ce pays.</p>
+
+<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300"></a><a href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> Le baron Hector Mortier, neveu du maréchal duc de
+Trévise, né en 1797, était premier secrétaire à Berlin sous la
+Restauration. Après la révolution de Juillet, il fut nommé ministre
+plénipotentiaire à Munich, puis à Lisbonne (1833), à la Haye (1835), à
+Berne (1839) et à Parme (1844). Il avait été créé pair de France en
+1845. En 1851, il devint premier chambellan du prince Jérôme Napoléon
+et mourut en 1864.</p>
+
+<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301"></a><a href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> M. de Rumigny était le frère du général de ce nom, aide
+de camp du roi.</p>
+
+<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302"></a><a href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> Ministre de Prusse à Paris. Son fils fut plus tard
+ambassadeur de Prusse à Paris. Il était encore accrédité en 1870, au
+moment de la guerre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303"></a><a href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> Article VI du traité du 8 novembre 1785 entre les
+Pays-Bas et l'empereur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304"></a><a href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> Albert-Joseph Goblet comte d'Alviella, général belge né
+en 1790, sortit en 1811 de l'École polytechnique et servit jusqu'en
+1815 dans les armées françaises. A cette date, il passa au service du
+roi des Pays-Bas. En 1830 il se rallia au gouvernement provisoire
+belge qui le nomma général de brigade et ministre de la guerre. En
+1831, il fut envoyé à Londres comme commissaire près la conférence. En
+1832 il devint ministre des affaires étrangères. En 1836 il fut élu
+député, et l'année suivante envoyé à Lisbonne comme ministre
+plénipotentiaire. De retour en Belgique (1843) il rentra aux affaires
+étrangères. Il se retira en 1845. Il fut à plusieurs reprises élu
+député, et siégea toujours dans le parti libéral. Il mourut en 1873.</p>
+
+<p><a name="Footnote_305" id="Footnote_305"></a><a href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> Christian-Frédéric baron de Stockmar, né à Cobourg en
+1787, était médecin dans cette ville. Il y fut connu du prince Léopold
+qui en 1815 l'attacha à sa personne et l'emmena à Londres. Il demeura
+auprès de lui durant tout son séjour en Angleterre, fut choisi comme
+médecin par la famille royale et vécut particulièrement dans
+l'intimité du duc de Kent, père de la reine Victoria. Sa situation
+devint bientôt importante. Il fut le conseiller et le confident
+influent et très écouté de la reine Victoria. Aussi ses souvenirs et
+notes historiques qu'il a laissés sont-ils une source d'informations
+très précieuses pour l'histoire de cette époque. M.
+Saint-René-Taillandier en a tiré matière pour une série d'articles qui
+ont paru dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> de 1876 à 1878. Après être
+resté de longues années à Londres, M. de Stockmar se retira à Cobourg
+où il mourut en 1863.</p>
+
+<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306"></a><a href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> M. Teste avait proposé un amendement aux termes duquel
+la pairie se transmettait au fils aîné du pair à condition qu'il
+serait déclaré <i>digne</i> par un collège électoral. Cet amendement fut
+repoussé.</p>
+
+<p>Jean-Baptiste Teste, né en 1780, avait été avocat à Paris, puis à
+Nîmes et commissaire général de police à Lyon sous les Cent-jours.
+Proscrit à la deuxième Restauration il se réfugia à Liège où il
+demeura jusqu'en 1830. Il revint alors à Paris, fut élu député en
+1831, devint vice-président de la Chambre, puis garde des sceaux en
+1839, ministre des travaux publics en 1840, pair de France et premier
+président de la Cour de cassation en 1843. Impliqué en 1847 dans le
+procès intenté au général Cubières, il fut traduit devant la Cour des
+pairs, et condamné à trois ans de prison. Il mourut en 1850.</p>
+
+<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307"></a><a href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> Frédéric-William Hervey marquis de Bristol, né en 1769,
+membre de la Chambre des communes de 1796 à 1803. A cette date, il
+succéda à son père à la Chambre des lords. Il fut ministre des
+affaires étrangères de 1801 à 1803. Lord Bristol était l'un des
+membres les plus ardents du parti tory et l'adversaire du bill de
+réforme. Il mourut en 1859.</p>
+
+<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308"></a><a href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> Discours prononcé le 20 octobre pour proroger le
+parlement.</p>
+
+<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309"></a><a href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> On avait craint que le cabinet anglais ne se retirât
+devant le vote de la Chambre des lords qui avait repoussé le bill de
+réforme.</p>
+
+<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310"></a><a href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> Le traité des vingt-quatre articles fut adopté le
+1<sup>er</sup> novembre par la Chambre des députés à la majorité de 59 voix
+contre 38, et le 3 novembre par le Sénat par 35 voix contre 8.</p>
+
+<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311"></a><a href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> On se rappelle les motifs qui avaient provoqué le
+rappel du général Guilleminot ambassadeur à Constantinople (voir page
+153). De retour à Paris le général prit la parole à la Chambre des
+pairs (séance du 2 novembre) et pour se justifier, déclara que n'ayant
+jamais reçu aucune instruction du gouvernement français, il ne pouvait
+être accusé d'y avoir contrevenu; qu'à la vérité il avait reçu avec
+son ordre de rappel le duplicata d'une dépêche qui lui aurait été
+envoyée précédemment, mais que cette dépêche, il ne l'avait jamais
+reçue. Le général Sébastiani protesta qu'il avait envoyé cette
+dépêche, et la question ne fut pas élucidée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312"></a><a href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> Par sa note du 12 novembre, M. Van de Weyer demandait,
+sur le premier chef:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> La revision des calculs qui avaient servi à la conférence de base
+pour le partage de la dette entre la Hollande et la Belgique;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Une rectification de frontières en faveur de la Belgique, sur les
+points où la ligne frontière séparait des usines métallurgiques du
+minerai nécessaire à leur exploitation;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Le libre accès et la libre navigation de la Moselle pour les
+habitants du Luxembourg.</p>
+
+<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313"></a><a href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> Voir ce traité dans l'Annuaire de Lesur ou le Recueil
+des traités de Martens.</p>
+
+<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314"></a><a href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> Voir page <a href="#Page_350">350</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315"></a><a href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> Baptiste-Honoré-Raymond Capefigue, né à Marseille en
+1801, journaliste et publiciste. Il collabora sous la Restauration à
+un grand nombre de journaux, principalement au <i>Messager des Chambres</i>
+qui défendait le ministère Martignac. Il se fit également connaître
+par un grand nombre d'ouvrages historiques que, dans les premiers
+temps, il signait habituellement du pseudonyme: <i>un homme d'État</i>. Il
+mourut en 1872.</p>
+
+<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316"></a><a href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> Jean-Alexandre Buchon, journaliste et publiciste. Sous
+la Restauration il écrivit dans le <i>Censeur européen</i> et le
+<i>Constitutionnel</i>. Il s'occupa également d'histoire et publia les
+<i>Chroniques nationales françaises</i>, en 47 volumes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317"></a><a href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> Une émeute sanglante avait éclaté le 29 octobre à
+Bristol, à l'occasion de l'arrivée dans cette ville de sir Ch.
+Wetherell, député aux Communes, qui s'était montré particulièrement
+ardent contre le bill de réforme. Pendant deux jours, la ville avait
+été dominée par les émeutiers qui incendièrent la plupart des
+monuments publics.</p>
+
+<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318"></a><a href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> Allusion à l'ordonnance du 20 novembre qui créait
+trente-six nouveaux pairs. Cette ordonnance avait pour but de modifier
+la majorité de la Chambre haute et la rendre favorable au projet de
+loi voté par la Chambre des députés qui décidait l'abolition de
+l'hérédité de la pairie.&mdash;Le 27 décembre suivant, en effet, la Chambre
+des pairs se prononçait contre l'hérédité à la majorité de
+trente-trois voix.</p>
+
+<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319"></a><a href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> Une insurrection avait éclaté à Lyon le 21 novembre,
+provoquée par une baisse de prix sur les soies. Le mouvement n'avait
+rien de politique. Après deux jours de combat les troupes durent
+évacuer la ville. Il fallut attendre une armée de trente-deux mille
+hommes commandée par le maréchal Soult et le duc d'Orléans pour y
+rentrer.</p>
+
+<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320"></a><a href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> On craignait à Manchester une répétition des scènes de
+Bristol.</p>
+
+<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321"></a><a href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> Ce mémoire daté du 14 décembre, proteste contre la
+communauté de la surveillance du pilotage, du balisage et de la police
+de l'Escaut; il revendique le cours de ce fleuve sur le territoire
+hollandais comme une propriété hollandaise; il s'élève également
+contre la participation des Belges à la navigation des eaux
+intermédiaires entre l'Escaut et le Rhin.</p>
+
+<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322"></a><a href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> Le gouvernement belge avait signé le 8 septembre
+l'engagement suivant: «Sa Majesté le roi des Belges a autorisé le
+soussigné, ministre des affaires étrangères à communiquer au
+gouvernement français, par la voie de M. le marquis de
+Latour-Maubourg, qu'elle consent et s'occupe, conformément au principe
+posé dans le protocole du 17 avril 1831, à prendre de concert avec les
+quatre puissances aux frais desquelles les forteresses ont été en
+partie construites, des mesures pour la prompte démolition des
+forteresses de Charleroi, Mons, Tournai, Ath et Menin, érigées depuis
+1815 dans le royaume des Pays-Bas.»</p>
+
+<p>Or, au cours de la négociation engagée à Londres sur cette question
+des forteresses, le général Goblet, plénipotentiaire belge, voyant la
+répugnance de la conférence à admettre le démantèlement de Tournai et
+de Charleroi, laissa substituer à ces places celles infiniment moins
+importantes de Philippeville et de Marienbourg. Le cabinet français
+protesta vivement, se fondant sur l'engagement formel pris le 8
+septembre par le gouvernement belge. A quoi le roi Léopold répliqua
+que cette convention n'était pas un engagement ferme, mais de simples
+préliminaires qui n'engageaient à rien. La France dut accepter le fait
+accompli. La convention du 14 décembre entre la Belgique d'une part et
+les quatre cours de l'autre consacra cette substitution.&mdash;Les pages
+qui vont suivre développeront la suite de ces négociations. Voir
+également sur cette grave question des forteresses: <i>Une Mission à
+Londres en 1831</i> par le général Goblet.</p>
+
+<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323"></a><a href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> Lord Aberdeen avait eu dès ce moment la pensée de
+proposer à la Chambre des pairs une motion contre le traité des 24
+articles et la convention du 14 décembre; mais une indisposition du
+duc de Wellington qui lui avait promis son appui le détermina à
+renvoyer sa motion après les vacances de Noël (séance du 16 décembre);
+elle eut lieu le 26 janvier. Lord Grey défendit victorieusement la
+politique du cabinet, et la Chambre lui donna raison par 132 voix
+contre 95.</p>
+
+<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324"></a><a href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Il ne sera peut-être pas inutile de compléter cet
+exposé en résumant les diverses phases de la négociation des
+forteresses depuis la convention du 14 décembre jusqu'au règlement
+définitif de la question. C'est qu'en effet cette convention, loin de
+clore la discussion, la ranima. Les lettres qui vont suivre nous
+mettent au fait des péripéties du débat, mais on en suivrait
+difficilement le fil si l'on n'en connaissait par avance les lignes
+principales.</p>
+
+<p>Le cabinet français fut mécontent de la convention du 14 décembre, et
+cela pour deux raisons: la première est qu'il eût voulu voir
+substituer Charleroi et Tournai à Philippeville et à Marienbourg; la
+deuxième et la plus importante c'est que, d'après le texte de
+l'article 1<sup>er</sup>, les puissances semblaient s'adjuger «une sorte de
+patronage présent et à venir sur les forteresses à démolir», d'autant
+plus que la France avait été exclue de cette convention. On a vu, en
+effet, qu'elle avait été signée uniquement entre les quatre puissances
+d'une part et la Belgique de l'autre.</p>
+
+<p>M. de Talleyrand reçut l'ordre d'obtenir des puissances qu'elles
+modifiassent la convention sur ces deux points et le cabinet des
+Tuileries ajouta qu'il ferait attendre la ratification du traité du 15
+novembre jusqu'à ce que satisfaction ait été donnée à la France. M. de
+Talleyrand différait sur cette question d'opinion avec le ministère.
+Il craignait de voir pour un détail qu'il assurait être secondaire
+compromettre toute son &oelig;uvre. Aussi voulut-il user d'un moyen
+dilatoire en proposant d'ajourner la discussion sur Philippeville et
+Marienbourg (voir p. <a href="#Page_388">388</a>), mais ce biais fut peu goûté à Paris où l'on
+réclamait une solution prompte et franche. Ce n'est que le 23 janvier,
+et après bien des atermoiements, que M. de Talleyrand obtint des
+puissances la déclaration reproduite page 407 qui mit fin à la
+discussion. Toutefois le cabinet français n'obtint pas gain de cause
+sur la question de Philippeville et Marienbourg.</p>
+
+<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325"></a><a href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> Les deux places fortes de Philippeville et Marienbourg
+avaient été réunies à la France par le traité des Pyrénées (1659). Le
+traité de 1815 les lui avait enlevées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326"></a><a href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> Le général Sébastiani venait d'avoir une attaque
+d'apoplexie. Voir à ce sujet une lettre de l'amiral de Rigny à M. de
+Talleyrand (Appendice p. <a href="#Page_494">494</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327"></a><a href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> Claude, baron Mounier, né en 1784, auditeur au Conseil
+d'État en 1806, puis intendant de Saxe-Weimar et de Silésie, intendant
+des bâtiments de la couronne, conseiller d'État (1815) et pair de
+France en 1817. Il refusa le ministère en 1820, mais fut nommé
+directeur général de l'administration départementale. Sous la
+monarchie de Juillet il continua de siéger à la Chambre des pairs
+jusqu'à sa mort (1843).</p>
+
+<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328"></a><a href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> Il s'agissait d'une démarche directe du roi de Prusse
+près de l'empereur de Russie pour le déterminer à ratifier le traité
+du 15 novembre. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329"></a><a href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> Une insurrection orangiste avait éclaté le 20 décembre
+dans le Luxembourg sous la conduite du baron de Torcano. Les insurgés,
+d'abord vainqueurs, avaient proclamé le rétablissement du roi
+Guillaume. Les gardes civiques et les troupes belges eurent bientôt
+raison de ce mouvement.</p>
+
+<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330"></a><a href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> M. de Talleyrand, voyant l'hostilité que rencontrait à
+Paris la convention du 14 décembre, et devant le refus des puissances
+de substituer Tournai et Charleroi à Philippeville et Marienbourg
+avait proposé la rédaction suivante: «Les plénipotentiaires des quatre
+cours ont commencé par arrêter la démolition de Mons, Ath et Menin, se
+réservant de déterminer plus tard le sort des autres places.» Le
+cabinet français n'admit pas cette solution, car elle laissait
+toujours supposer que la France reconnaissait aux puissances le droit
+ultérieur de disposer souverainement des forteresses belges.</p>
+
+<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331"></a><a href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> Camille Périer, ancien auditeur au conseil d'État et
+ancien préfet sous l'Empire et la Restauration. Était député depuis
+1828. Créé pair en 1837.</p>
+
+<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332"></a><a href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> Le cabinet des Tuileries désirait obtenir des
+puissances une déclaration explicite qu'elles n'entendaient, garder
+sur les forteresses belges aucune espèce de suzeraineté. M. de
+Talleyrand obtint gain de cause sur ce point (Voir page <a href="#Page_407">407</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333"></a><a href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> Lord Aberdeen avait interpellé le cabinet sur les
+affaires de Belgique et s'était élevé violemment contre l'intervention
+française (Voir les <i>Débats</i> du 30 janvier).</p>
+
+<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334"></a><a href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> Sur les sentiments du cabinet de Berlin à cet égard,
+voir à l'Appendice page <a href="#Page_495">495</a> une lettre de M. Bresson à M. de
+Talleyrand.</p>
+
+<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335"></a><a href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> M. de Talleyrand fait ici allusion au complot dit de la
+rue des Prouvaires. Deux à trois mille hommes avaient été embauchés
+par l'agent légitimiste Poncelet pour tenter un coup de main sur la
+famille royale. La police arrêta les chefs du complot dans la nuit du
+1<sup>er</sup> au 2 février dans une maison de la rue des Prouvaires, et le
+mouvement fut étouffé.</p>
+
+<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336"></a><a href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> Alexis Foedorowitch, comte puis prince Orloff, né en
+1786, servit dans l'armée russe durant les guerres de l'empire. Il
+devint général en 1828. En 1829, il signa le traité d'Andrinople avec
+la Porte, et fut en 1830 nommé ambassadeur à Constantinople. En 1832,
+il fut chargé d'une mission importante à La Haye et à Londres; de
+retour en Russie, il reçut le commandement de l'armée envoyée en
+Turquie contre Ibrahim-pacha, et signa le traité d'Unkiar-Skelessi
+(1833). Il fut ensuite nommé conseiller d'État, directeur de la police
+secrète, prit part aux conférences de Berlin et d'Olmütz (1853) et
+représenta la Russie au congrès de Paris (1856). Il reçut peu après le
+titre de prince, fut nommé président du conseil de l'empire et du
+conseil des ministres. Il mourut en 1861.</p>
+
+<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337"></a><a href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> Il s'agit de l'expédition d'Ancône. Cette ville fut
+occupée le 22 février 1832. On se rappelle qu'en juillet 1831, M.
+Périer avait obtenu le retrait des troupes autrichiennes du territoire
+pontifical. Mais peu de mois après, de nouveaux soulèvements
+éclatèrent dans les États de l'Église. Le pape fit appel aux
+Autrichiens qui accoururent aussitôt (janvier 1832) M. Périer vit dans
+ce fait une atteinte à la dignité de la France, et voulut que celle-ci
+partageai avec l'Autriche l'honneur de défendre le Saint-Siège. De là
+l'expédition d'Ancône. La colère de l'Autriche fut très vive mais
+impuissante, et les autres cabinets furent également émus. M. Pozzo
+reçut l'ordre de quitter Paris si l'ambassadeur d'Autriche demandait
+ses passeports. A Londres, l'opposition tory fit entendre de violentes
+récriminations. Toutefois, tout se borna en paroles.&mdash;M. de Talleyrand
+blâma cette expédition, malgré une lettre de Madame Adélaïde qui lui
+exposait les idées du roi et du cabinet à ce sujet. Voir à
+l'Appendice, page <a href="#Page_496">496</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338"></a><a href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> Le général Cubières avait été envoyé à Rome pour aviser
+le pape de l'occupation d'Ancône par les troupes françaises. Le pape
+fut d'abord vivement irrité de ce coup de force, et fit entendre de
+vives protestations à M. de Sainte-Aulaire. Ce n'est que le 16 avril
+qu'une convention intervint entre le cabinet des Tuileries et la cour
+de Rome, aux termes de laquelle le pape autorisait l'occupation
+française.</p>
+
+<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339"></a><a href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> L'occupation autrichienne n'avait pris fin en juillet
+1831 que sur la promesse du pape faite à la France, médiatrice, et à
+l'Autriche d'une amnistie et de réformes libérales.</p>
+
+<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340"></a><a href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> Ambassadeur d'Angleterre à Vienne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341"></a><a href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> Maubreuil, qui depuis plusieurs années était
+entièrement oublié, essaya de rappeler l'attention sur lui en
+intentant un procès à M. de Talleyrand. Il le perdit le 1<sup>er</sup> mars
+devant la cour de Paris.&mdash;L'affaire, au reste, ne fit aucun bruit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342"></a><a href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> Dom Pedro venait de partir pour son expédition de
+Portugal. Parti de Belle-Isle le 13 février, il aborda à Terceira le 3
+mars. Il parut le 8 juillet devant Porto.</p>
+
+<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343"></a><a href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> On sait que, d'après la procédure parlementaire
+anglaise, tout bill public doit être discuté successivement par la
+Chambre des communes et par la Chambre <i>réunie en comité</i>. Ce mot
+«comité» ne signifie nullement dans le cas présent une commission élue
+par l'assemblée à l'effet de discuter le bill: le <i>comité</i> comprend
+toute la Chambre. Lorsque la réunion du comité a été prononcée, le
+speaker quitte le fauteuil, et à partir de ce moment, par une fiction
+que l'usage a consacrée, la séance de la Chambre est suspendue et
+celle du comité commence.</p>
+
+<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344"></a><a href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> Projet de traité communiqué confidentiellement à la
+conférence par les plénipotentiaires des Pays-Bas en date du 30
+janvier 1832.&mdash;Martens, t. XXIII, p. 349.</p>
+
+<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345"></a><a href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> La couronne de Grèce avait été offerte par la
+conférence au prince Othon dans le courant de janvier. Son père
+accepta en son nom, et le 7 mai suivant, une convention définitive fut
+signée en ce sens à Londres entre la Bavière d'une part, la France, la
+Russie et l'Angleterre de l'autre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346"></a><a href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> Le prince Jean de Saxe, né en 1801, marié en 1822 à
+Amélie, fille du roi Maximilien de Bavière. Il monta sur le trône en
+1854 et mourut en 1873. Il avait été patronné pour le trône de Grèce
+par la France.</p>
+
+<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347"></a><a href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade né en 1792,
+marié à Élisabeth princesse de Wurtemberg. Il mourut en 1859.</p>
+
+<p><a name="Footnote_348" id="Footnote_348"></a><a href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> Simon Bolivar, le fameux libérateur de l'Amérique du
+sud (1783-1830). Il avait été en 1819 nommé dictateur de la Colombie
+et du Venezuela. Il s'était démis de ses fonctions peu de mois avant sa mort.</p>
+
+<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349"></a><a href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Julien Ouvrard (1770-1847), fameux financier dont la
+fortune date de la Révolution et de l'empire. Après 1830 il fut mêlé à
+toutes les intrigues politiques du temps et se mit au service du roi
+de Hollande, de dom Miguel et de don Carlos.</p>
+
+<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350"></a><a href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> Henry, marquis de La Rochejacquelein, neveu du célèbre
+général vendéen, né en 1805, pair de France sous la Restauration,
+député en 1842, et sénateur sous l'empire.</p>
+
+<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351"></a><a href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> Lord Palmerston et M. de Talleyrand marchaient
+absolument ensemble sur ce point. (Voir à l'Appendice trois lettres
+qui en font foi, pages <a href="#Page_496">496</a>, <a href="#Page_497">497</a> et <a href="#Page_498">498</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352"></a><a href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> Le capitaine de vaisseau Gallois commandait l'escadre
+envoyée à Ancône. Il devint contre-amiral en 1835.</p>
+
+<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353"></a><a href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> Voici cette déclaration qui est assez décisive:</p>
+
+<p>«Après avoir épuisé tous les moyens du persuasion et toutes les voies
+de conciliation pour aider Sa Majesté le roi des Pays-Bas à établir
+par un arrangement à l'amiable et conforme tout à la fois à la dignité
+de sa couronne et aux intérêts de ses sujets qui lui sont restés
+fidèles, la séparation des deux grandes divisions du royaume des
+Pays-Bas, l'empereur ne se reconnaît plus dorénavant la possibilité de
+lui prêter aucun appui ni secours.</p>
+
+<p>»Quelque périlleuse que soit la situation où le roi vient de se placer
+et quelles que puissent être les conséquences de son isolement, Sa
+Majesté Impériale faisant taire quoique avec un regret inexprimable,
+les affections de son c&oelig;ur, croira devoir laisser la Hollande
+supporter seule la responsabilité des événements qui peuvent résulter
+de cet état de choses.</p>
+
+<p>»Fidèle à ses principes, elle ne s'associera pas à l'emploi de moyens
+coercitifs qui auraient pour but de contraindre le roi des Pays-Bas
+par la force des armes à souscrire aux vingt-quatre articles. Mais,
+considérant qu'ils renferment les seules bases sur lesquelles puisse
+s'effectuer la séparation de la Belgique et de la Hollande ... Sa
+Majesté Impériale reconnaît comme juste et nécessaire que la Belgique
+reste dans la jouissance actuelle des avantages qui résultent pour
+elle desdits articles et notamment de celui qui stipule sa neutralité
+déjà reconnue en principe par le roi des Pays-Bas lui-même. Par une
+conséquence naturelle de ce principe, Sa Majesté Impériale ne saurait
+s'opposer aux mesures répressives que prendrait la conférence pour
+garantir et défendre cette neutralité, si elle était violée par une
+reprise des hostilités de la part de la Hollande....»</p>
+
+<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354"></a><a href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> Sir Francis Burdett (1770-1844). Il entra à la Chambre
+des communes en 1796 où il devint un des principaux leaders du parti
+whig. Il représentait le bourg de Westminster en 1831, et soutint
+énergiquement le bill de réforme.</p>
+
+<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355"></a><a href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> Le choléra s'était répandu en Europe vers la fin de
+1831. En janvier 1832, il était à Londres. Le 29 mars, il fut signalée
+Paris, où il prit immédiatement une intensité redoutable. Le 3 avril,
+M. Casimir Périer en fut atteint à la suite d'une visite qu'il avait
+faite à l'Hôtel-Dieu avec le duc d'Orléans. Il lutta six semaines
+contre le fléau et finit par succomber le 16 mai.</p>
+
+<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356"></a><a href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> La ratification de l'Autriche contenait une réserve au
+sujet <i>des droits de la Confédération germanique quant aux articles
+qui concernent l'échange d'une partie du Limbourg contre une partie du
+Luxembourg</i>. En outre, par une déclaration insérée au protocole, le
+plénipotentiaire autrichien prévoyait la <i>nécessité</i> d'une négociation
+ultérieure entre la Hollande et la Belgique pour la conclusion d'un
+traité comprenant les vingt-quatre articles avec les modifications que
+les cinq puissances auront jugé admissibles.</p>
+
+<p>La ratification prussienne était pure et simple dans ses termes.
+Toutefois, M. de Bülow adhéra verbalement à la réserve de l'Autriche
+et, en outre, fit insérer au protocole une déclaration témoignant des
+<i>vives sympathies</i> de son gouvernement pour celui de la Haye, et de
+son désir de voir ajouter ultérieurement au traité des articles
+additionnels qui pourraient améliorer la situation de la Hollande.</p>
+
+<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357"></a><a href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Joseph Albani, de l'illustre famille romaine de ce nom,
+était commissaire apostolique dans la Romagne, où il s'était signalé
+par des rigueurs excessives. Son rappel fut le signal d'une détente et
+d'un apaisement dans le pays. Le cardinal mourut en 1834.</p>
+
+<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358"></a><a href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> A la séance de la Chambre des communes du 16 avril, il
+s'éleva une discussion à propos des réclamations de sujets anglais
+contre la capture de bâtiments de commerce anglais faite par le
+gouvernement brésilien au moment où il était en guerre avec la
+République Argentine. Le Brésil avait promis une indemnité qui n'avait
+jamais été payée. Sir R. Peel prit la parole et transporta
+immédiatement la question sur le terrain politique: il protesta contre
+l'appui donné par l'Angleterre à dom Pedro. Il compara dom Miguel à
+Louis-Philippe. «En quoi, dit-il, ses droits sont-ils moins bons que
+ceux de Louis-Philippe à la couronne de France. Certes, ce n'est pas
+sous le rapport de la légitimité...»</p>
+
+<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359"></a><a href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> Le docteur Broussais, professeur à la faculté de Paris
+(1772-1838), le chef de l'école physiologique qui, après avoir été
+fort en vogue, était tombée dans un discrédit complet.</p>
+
+<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360"></a><a href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> M. de Talleyrand écrivait le soir de ce même jour une
+autre lettre à madame de Vaudémont qu'on lira également avec
+intérêt.&mdash;Voir à l'Appendice, p. <a href="#Page_498">498</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361"></a><a href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> La ratification russe portait une réserve importante.
+L'empereur Nicolas ne ratifiait que «sauf les modifications et
+amendements à apporter dans un arrangement définitif entre la Hollande
+et la Belgique aux articles 9, 12 et 13». Or les articles en question
+relatifs à la navigation des eaux intermédiaires et au partage de la
+dette étaient précisément ceux que le cabinet de la Haye refusait de
+reconnaître.</p>
+
+<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362"></a><a href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> John Singleton Copley, baron de Lyndhurst, né en 1772,
+avait d'abord été député aux Communes. Il fut lord chancelier dans le
+cabinet Wellington. Il se démit en 1830 au moment de la chute du
+cabinet tory, fut de nouveau revêtu de cette charge en 1834 et en
+1841. Il mourut en 1863.</p>
+
+<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363"></a><a href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> Édouard Law, comte d'Ellenborough, succéda en 1818 à
+son père à la Chambre des lords, où il siégea dans le parti tory. Il
+fut, en 1834 et 1841, président du bureau des affaires de l'Inde,
+gouverneur général de l'Inde en 1841, premier lord de l'amirauté en
+1846, et président du bureau de contrôle de l'Inde en 1858.</p>
+
+<p><a name="Footnote_364" id="Footnote_364"></a><a href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> Antoine-Eugène Genoude, né en 1792, fut d'abord
+professeur de l'Université. Il se fit plus tard un nom comme
+publiciste et journaliste ultra-royaliste sous la Restauration. Après
+1830, il continua la lutte en faveur de la légitimité dans la <i>Gazette
+de France</i> dont il était le propriétaire et le principal rédacteur.
+Il fut élu député en 1846 et mourut en 1849. M. Genoude était entré
+dans les ordres en 1834. Au moment de la discussion de la loi
+électorale, la <i>Gazette de France</i> avait demandé le suffrage universel
+dans le seul but de faire de l'opposition au cabinet qui réclamait le
+cens de deux cents francs.</p>
+
+<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365"></a><a href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> Le roi avait refusé le 8 mai de créer les soixante pairs que réclamaient
+lord Grey et lord Brougham. Il préféra accepter la démission des ministres.
+Le duc de Wellington fut chargé de composer un nouveau cabinet, mais
+ses négociations échouèrent, en même temps qu'une vive opposition
+contre tout changement de ministère se manifestait dans l'opinion publique.
+Finalement, après une crise qui dura dix jours, lord Grey retira
+sa démission, et le cabinet fut reconstitué.</p>
+
+<p><a name="Footnote_366" id="Footnote_366"></a><a href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> Madame la duchesse de Berry avait débarqué le 29 avril
+sur la côte de Provence; le lendemain, se produisit à Marseille une
+tentative d'insurrection qui fut immédiatement réprimée. La duchesse,
+voyant sa cause compromise dans le Midi, traversa secrètement la
+France, gagna la Vendée et arriva vers le 15 mai au château de
+Dampierre, en Saintonge. Là elle prépara le soulèvement qui allait
+éclater dans l'ouest dans la nuit du 3 au 4 juin.</p>
+
+<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367"></a><a href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> M. de Thorn, sénateur et gouverneur pour le roi des
+Belges de la province de Luxembourg, avait été arrêté par ordre du
+gouvernement hollandais le 17 avril 1832. Le roi Guillaume par une
+note du 7 mai, mettait comme conditions de sa libération,
+l'élargissement des individus arrêtés en Belgique depuis la révolution
+et le désistement de toutes poursuites contre les contumaces. M. de
+Thorn ne fut mis en liberté que le 23 novembre suivant.</p>
+
+<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368"></a><a href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> La Chambre avait voté l'article du bill qui conférait
+la franchise électorale à l'un des faubourgs de Londres; cette clause
+avait été combattue avec acharnement par l'opposition tory, ainsi que
+toutes celles qui augmentaient le nombre des représentants des grands
+centres de population.</p>
+
+<p><a name="Footnote_369" id="Footnote_369"></a><a href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> Frédéric duc d'York et d'Albany, deuxième fils du roi
+George III, né en 1763, marié à la princesse Frédérique, fille du
+prince royal de Prusse. Il mourut en 1827.</p>
+
+<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370"></a><a href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> François-Marie-Charles comte de Rémusat, né en 1797,
+neveu de Casimir Périer, était alors député de Muret. Il devint
+sous-secrétaire d'État à l'intérieur en 1836, et ministre de
+l'intérieur en 1840. Il vécut dans la retraite sous l'empire. En 1871,
+il fut nommé ministre des affaires étrangères et mourut en 1875.</p>
+
+<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371"></a><a href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> Le roi Louis-Philippe se rendait à Compiègne pour y
+rencontrer le roi des Belges, et convenir des préliminaires du mariage
+de celui-ci avec la princesse Louise d'Orléans. (<i>Note de M. de
+Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372"></a><a href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> La conférence avait signé le 4 mai un protocole par
+lequel elle invitait la Belgique et la Hollande à entamer
+immédiatement des négociations pour signer un traité définitif. Le roi
+Léopold répondit à cette invitation par une note en date du 11 mai,
+qui déclarait qu'il ne se prêterait à des négociations qu'autant que
+le traité du 15 novembre aurait eu un commencement d'exécution. Il
+exigeait l'évacuation du territoire belge, notamment celle d'Anvers,
+et la libre navigation de la Meuse. Par suite d'une indiscrétion,
+cette note ayant été publiée dans les journaux avant sa remise
+officielle à la conférence, le cabinet belge en signa une autre que le
+général Goblet porta à Londres au commencement de juin. Elle
+reproduisait en termes catégoriques la première note du 11 mai. Quant
+au gouvernement hollandais, il répondit également par une note en date
+du 7 mai à la conférence. Par cette note, il déclarait «qu'il voyait
+avec un regret infini les plénipotentiaires des cinq cours regarder le
+traité du 15 novembre comme la base invariable de la séparation, de
+l'indépendance, et de l'état de possession de la Belgique, tandis que
+de son côté il devait persister à considérer ce traité comme
+essentiellement opposé au protocole du 27 janvier 1831».</p>
+
+<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373"></a><a href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> Napoléon-Hector Soult, marquis, puis duc de Dalmatie,
+fils du maréchal. Né en 1801, il servit dans l'armée, devint capitaine
+d'artillerie, mais donna sa démission en 1830 et entra dans la
+diplomatie. Il fut successivement accrédité à Stockholm (1831), à la
+Haye (1832), à Turin et à Berlin. En 1813 il fut élu député. Il mourut
+en 1857.</p>
+
+<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374"></a><a href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> On sait que la duchesse de Berry se trouvait alors en
+Vendée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375"></a><a href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> Il y eut à Paris, à la suite de l'enterrement du
+général Lamarque, une émeute terrible qui éclata le 5 juin et qui se
+prolongea jusqu'au milieu de la journée du 6; ces deux journées sont
+connues historiquement sous le nom de <i>journées de juin</i>. (<i>Note de M.
+de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376"></a><a href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> Ce protocole avait été dressé le 31 mai en réponse à
+une note adressée à la conférence par les plénipotentiaires
+hollandais, qui contenait de nouvelles propositions.</p>
+
+<p>La conférence déclarait dans ce protocole «que les propositions de
+cette note ne différaient en rien de celles qui, adressées il y avait
+plus de deux mois au comte Orloff à la Haye, avaient motivé de sa part
+la déclaration du 27 mars dernier»;</p>
+
+<p>Qu'en conséquence, il n'y avait pas lieu pour la conférence de tenir
+compte de ladite note «et qu'il lui restait à s'occuper des
+résolutions que la gravité des circonstances réclamait de sa part.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377"></a><a href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> La conférence avait, en effet, renoué des négociations
+avec le roi des Pays-Bas par le protocole n<sup>o</sup> 65 du 11 juin. Il
+renfermait les concessions que la conférence croyait pouvoir accorder
+aux Pays-Bas. Le 30 juin, les plénipotentiaires hollandais
+répondirent, mais leur réponse ne terminait pas encore le différend.
+Toutes ces pièces se trouvent dans le vingt-troisième volume de la
+collection de Martens, pages 415 et suivantes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378"></a><a href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> M. Thorn, sujet belge, avait été arrêté par les
+autorités hollandaises dans la place de Luxembourg, dont le territoire
+était au roi des Hollandais mais qui était une forteresse de la
+Confédération. (<i>Note de M. de Bacourt.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379"></a><a href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> Note adressée en triple exemplaire aux
+plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie de la part des
+plénipotentiaires français et anglais, en date du 19 juin.</p>
+
+<p>Cette note déclarait que les plénipotentiaires français et anglais ne
+s'étaient prêtés à une nouvelle négociation avec le roi des Pays-Bas
+que dans le seul but de ne pas rompre l'unité d'action des cinq
+puissances; que le résultat de cette nouvelle négociation était de
+suspendre l'exécution du traité du 15 novembre: qu'il était
+regrettable que les plénipotentiaires des trois puissances n'aient pu,
+faute d'instructions, assigner un terme à cette suspension; que
+toutefois les soussignés croyaient devoir prévenir les
+plénipotentiaires des trois cours, qu'ils ne pouvaient considérer
+cette suspension comme illimitée, et que si au 31 août, le roi des
+Belges réclamait l'exécution du traité du 15 novembre, leurs
+gouvernements ne pourraient pas lui refuser satisfaction.</p>
+
+<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380"></a><a href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> Voir pages <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_12">12</a> et <a href="#Page_16">16</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381"></a><a href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> Voir page <a href="#Page_8">8</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382"></a><a href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> Voir page <a href="#Page_11">11</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383"></a><a href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> Voir page <a href="#Page_14">14</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384"></a><a href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> Sur le dissentiment qui existait alors entre M. de
+Talleyrand et le cabinet français, et dont M. Bresson supportait les
+conséquences, voir page <a href="#Page_54">54</a>. Lord Ponsonby recevait de son côté des
+instructions en faveur du prince d'Orange.</p>
+
+<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385"></a><a href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> Voir page <a href="#Page_22">22</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386"></a><a href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> Cette lettre a été écrite par le prince d'Orange aux
+personnes qu'il croit dévouées à sa cause en Belgique. (<i>Note du
+prince de Talleyrand.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387"></a><a href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> Voir page <a href="#Page_28">28</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388"></a><a href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> Étienne, comte Mejan, né en 1766, avocat puis
+journaliste sous la Révolution. Au 18 brumaire, il devint secrétaire
+général de la préfecture de la Seine. Il suivit ensuite le prince
+Eugène en Italie, devint secrétaire de ses commandements, puis
+conseiller d'État, et en 1816 fut choisi par le prince pour être
+gouverneur de ses enfants. Il mourut en 1846.</p>
+
+<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389"></a><a href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> Voir page <a href="#Page_31">31</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390"></a><a href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> Voir page <a href="#Page_19">19</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391"></a><a href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> Le protocole du 20 janvier qui assurait la neutralité
+de la Belgique et qui avait été fort bien accueilli aux Tuileries.</p>
+
+<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392"></a><a href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> Séance du 27 janvier. M. Mauguin avait interpellé le
+général Sébastiani sur l'attitude du gouvernement au sujet de la
+question polonaise.</p>
+
+<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393"></a><a href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> M. Van de Weyer se trompait, car huit jours plus tard,
+le 7 février, la conférence de Londres signait un protocole qui
+excluait le duc de Leuchtenberg.</p>
+
+<p><a name="Footnote_394" id="Footnote_394"></a><a href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a> Voir page <a href="#Page_69">69</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395"></a><a href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a> M. Bresson ne revint pas à Londres. Après un court
+séjour en France, il fut envoyé à Berlin où au bout de quelques mois,
+il fut définitivement accrédité.</p>
+
+<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396"></a><a href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a> Voir page <a href="#Page_98">98</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397"></a><a href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a> Sir R. Gordon, frère de lord Aberdeen, était
+ambassadeur de la Grande-Bretagne près de la Porte.</p>
+
+<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398"></a><a href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a> Voir page <a href="#Page_153">153</a>.&mdash;On se rappelle que le général
+Guilleminot, ambassadeur de France à Constantinople, fut rappelé à la
+suite des incidents qui font l'objet de cette dépêche.</p>
+
+<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399"></a><a href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a> Voir page <a href="#Page_230">230</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400"></a><a href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a> Voir page <a href="#Page_244">244</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401"></a><a href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a> Alexandre Rodenbach, né en 1786, homme politique et
+littérateur belge. Sous le gouvernement du roi Guillaume, il s'était
+fait un nom comme journaliste libéral. Aussi fut-il élu député en
+1830. Il demeura à la chambre jusqu'en 1866 et mourut en 1869. M.
+Rodenbach était aveugle depuis l'âge de onze ans.</p>
+
+<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402"></a><a href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a> Député au congrès et l'un des membres les plus
+bouillants de l'assemblée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403"></a><a href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a> Voir page <a href="#Page_248">248</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404"></a><a href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a> Voir page <a href="#Page_372">372</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405"></a><a href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a> Voir page <a href="#Page_412">412</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_406" id="Footnote_406"></a><a href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a> Voir page <a href="#Page_417">417</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407"></a><a href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a> Voir page <a href="#Page_432">432</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408"></a><a href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a> Voir page <a href="#Page_432">432</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409"></a><a href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a> Voir page <a href="#Page_432">432</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410"></a><a href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a> Voir page <a href="#Page_446">446</a>.</p></div>
+</div>
+
+<hr class="p4 c15" />
+
+<h2 class="p6">TABLE DU TOME QUATRIÈME</h2>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>DIXIÈME PARTIE (<i>Suite</i>).</h3>
+
+<div class="left30">
+<table border="0" cellpadding="10" cellspacing="20" summary="TOC">
+<tr>
+ <td class="p2" align="left"><span class="smcap">Révolution de 1830</span> (<i>suite</i>)</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_3"><small>3</small></a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="p2" align="left"><span class="smcap">Appendice</span></td>
+ <td align="right"><a href="#Page_481"><small>481</small></a></td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<hr class="p2 c15" />
+
+<h5 class="p6">PARIS.&mdash;IMPRIMERIE CHAIX, RUE BERGÈRE, 20,&mdash;14876-10-91.</h5>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires du prince de Talleyrand,
+Volume IV (of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Périgord
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES DE TALLEYRAND, IV (OF V) ***
+
+***** This file should be named 31952-h.htm or 31952-h.zip *****
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+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
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+de France (BnF/Gallica)
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
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+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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Binary files differ
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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