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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/18920-8.txt b/18920-8.txt new file mode 100644 index 0000000..050860e --- /dev/null +++ b/18920-8.txt @@ -0,0 +1,1909 @@ +The Project Gutenberg EBook of Project de restauration de Notre-Dame de +Paris, by Jean-Baptiste Lassus and Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Project de restauration de Notre-Dame de Paris + +Author: Jean-Baptiste Lassus and Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc + +Release Date: July 27, 2006 [EBook #18920] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROJECT DE RESTAURATION DE *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net + + + + + + + + + +PROJET DE RESTAURATION + +DE + +NOTRE-DAME DE PARIS + +Par MM. Lassus et Viollet-Leduc + +RAPPORT + +Adressé à M. le Ministre de la Justice et des Cultes, + +Annexé au projet de restauration, remis le 31 janvier 1845. + +PARIS. + +IMPRIMERIE DE Mme DE LACOMBE, + +RUE D'ENGHIEN, 12. + +1843. + + + + +=NOTRE-DAME DE PARIS.= + + * * * * * + + + + +=Première Partie.= + +=Considérations générales sur le système de la Restauration.= + + + MONSIEUR LE MINISTRE, + +En nous chargeant de la rédaction du projet de restauration de la +cathédrale de Paris, nous ne nous sommes dissimulé, ni l'importance de +la tâche que vous vouliez bien nous confier, ni la gravité des questions +et des difficultés que nous aurions à résoudre. + +Dans un semblable travail on ne saurait agir avec trop de prudence et de +discrétion; et nous le disons les premiers, une restauration peut être +plus désastreuse pour un monument que les ravages des siècles et les +fureurs populaires! car le temps et les révolutions détruisent, mais +n'ajoutent rien. Au contraire, une restauration peut, en ajoutant de +nouvelles formes, faire disparaître une foule de vestiges, dont la +rareté et l'état de vétusté augmentent même l'intérêt. + +Dans ce cas, on ne sait vraiment ce qu'il y a de plus à craindre, ou de +l'incurie qui laisse tomber à terre ce qui menace ruine, ou de ce zèle +ignorant qui ajoute, retranche, complète, et finit par transformer un +monument ancien en un monument neuf, dépouillé de tout intérêt +historique. + +Aussi comprend-on parfaitement qu'à la vue de semblables dangers, +l'archéologie se soit émue, et que des hommes entièrement dévoués à la +conservation de nos monumens, aient dit: «En principe, il ne faut pas +restaurer; soutenez, consolidez, remplacez, comme à l'arc d'Orange, la +pierre entièrement rongée par de la pierre neuve, mais gardez-vous d'y +tailler des moulures ou des sculptures.» + +Nous comprenons la rigueur de ces principes, nous les acceptons +complètement, mais seulement, lorsqu'il s'agira d'une ruine curieuse, +sans destination, et sans utilité actuelle. + +Car ils nous paraîtraient fort exagérés dans la restauration d'un +édifice dont l'utilité est encore aussi réelle, aussi incontestable +aujourd'hui, qu'au jour de son achèvement; d'une église, enfin, élevée +par une religion dont l'immuabilité est un des principes fondamentaux. +Dans ce cas, il faut non seulement que l'artiste s'attache à soutenir, +consolider et conserver; mais encore il doit faire tous ses efforts pour +rendre à l'édifice, par des restaurations prudentes, la richesse et +l'éclat dont il a été dépouillé. C'est ainsi qu'il pourra conserver à la +postérité l'unité d'aspect et l'intérêt des détails du monument qui lui +aura été confié. + +Cependant, nous sommes loin de vouloir dire qu'il est nécessaire de +faire disparaître toutes les additions postérieures à la construction +primitive et de ramener le monument à sa première forme; nous pensons, +au contraire, que chaque partie ajoutée, à quelque époque que ce soit, +doit, en principe, être conservée, consolidée et restaurée dans le style +qui lui est propre, et cela avec une religieuse discrétion, avec une +abnégation complète de toute opinion personnelle. + +L'artiste doit s'effacer entièrement, oublier ses goûts, ses instincts, +pour étudier son sujet, pour retrouver et suivre la pensée qui a présidé +à l'exécution de l'oeuvre qu'il veut restaurer; car il ne s'agit pas, +dans ce cas, de faire de l'art, mais seulement de se soumettre à l'art +d'une époque qui n'est plus. Sous peine d'être entraîné, malgré lui, +dans les voies les plus dangereuses, l'artiste doit reproduire +scrupuleusement non seulement ce qui peut lui paraître défectueux au +point de vue de l'art, mais même, nous ne craignons pas de le dire, au +point de vue de la construction. En effet, la construction se trouve +essentiellement liée à la forme, et le moindre changement dans cette +partie si importante de l'architecture gothique en entraîne bientôt un +autre, puis un autre encore, et, de proche en proche, on est amené à +modifier complètement le système primitif de construction pour lui en +substituer un moderne; et cela trop souvent aux dépens de la forme. +D'ailleurs, en agissant ainsi, on détruit une des curieuses pages de +l'histoire de l'art de bâtir, et plus la prétendue amélioration est +réelle, plus le mensonge historique est flagrant. + +Ce que nous disons pour la conservation du système de construction, nous +le dirons aussi pour la conservation rigoureuse des matériaux employés +dans les formes primitives, d'abord dans l'intérêt historique, et +surtout dans l'intérêt de l'art; car, en changeant la matière, il est +impossible de conserver la forme; ainsi, la fonte ne peut pas plus +reproduire l'aspect de la pierre que le fer ne peut se prêter à rendre +celui du bois. Au reste, il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un +coup d'oeil sur les essais qui ont été tentés dans ce sens, soit à +Rouen, pour la flèche de la cathédrale, soit à Séez, pour les pyramides +des contreforts, soit à Rheims, pour la chapelle de l'archevêché. +Partout enfin où la fonte a remplacé la pierre, l'oeil le moins exercé +ne peut s'y tromper. À Rouen, comme à Séez et à Rheims, la fonte n'a pu +reproduire que des formes dépouillées, tandis que les moulures et les +sculptures en pierre de ces monumens sont refouillées au ciseau et +impossibles à mouler d'une seule pièce. Mais ce ne sont là que de +faibles inconvéniens relativement à ceux bien plus graves que la fonte +offre sous le rapport de la solidité. En effet, sans parler du poids, +qui est beaucoup plus considérable qu'on avait pu le prévoir avant +l'exécution de grandes pièces, un brusque changement de température, une +commotion atmosphérique, suffisent pour briser la fonte fragile comme du +verre. De plus, cette matière non seulement ne se marie jamais avec la +pierre, mais elle est pour cette dernière une cause incessante de ruine, +par l'oxidation que l'on ne peut jamais empêcher. Comme couleur, nous +n'avons pas besoin de dire que la fonte ne peut jamais reproduire celle +de la pierre, puisque, lors même qu'on la couvre d'une couche épaisse de +peinture, l'oxide rouge du fer la détruit si promptement qu'il faut +continuellement la renouveler. Quant à la raison d'économie, elle tombe +facilement devant les résultats de l'expérience et les calculs que nous +donnons plus bas[1]. + +[Note 1: Tableau comparé des prix des fenêtres à meneaux en pierre +ou en fonte, présenté au conseil des bâtimens civils, à sa séance du 13 +février 1840. + +_Évaluation faite pour les fenêtres de Saint-Germain-l'Auxerrois._ + +PIERRE. + +Maçonnerie d'après un mémoire +réglé et accepté par l'entrepreneur. +Le résumé du mémoire +se monte à...........................................1,231 23 + +MENUISERIE. + +Pour les calibres en feuillets, taillés +sur l'épure, 27 00, courant +de feuillet sapin, 0,70 c vaut..........................18 70 + +La façon desdits pour corroyer, +joindre, coller, tracer et chantourner, +douze journées de +menuisier à 5 francs....................................60 » + +Fourniture de colle forte et +clous estimés............................................6 » + +SCULPTURE. + +8 chapiteaux à 10 fr. chaque............................80 » + +Fourniture de 17 lames de plomb +entre les joints et 26 goujons en +plomb...................................................90 » + +Total................................................1,485 93 + +FONTE. + +En supposant la répartition des modèles +sur 24 fenêtres identiquement semblables, +la fonte coûterait 65 fr. les 100 kil. +compris les frais de modèle. + +(Il faut remarquer ici, que si les fenêtres +étaient toutes variées, les frais de modèles +augmenteraient beaucoup le prix +du kil. de fonte.) + +Le poids total d'une fenêtre, dont toutes +les parties seraient fondues en coquilles +et ajustées comme l'indique la figure, serait +de 1,200 k. à 65 f. le k. vaut.........................780 » + +L'ajustement et assemblage de +toutes les parties boulonnées +avec 130 âmes de fer forgé, et +200 vis taraudées, retouché au +burin, estimé..........................................600 » + +Le double transport et montage +conjointement avec les maçons, +estimé pour le serrurier seulement......................80 » + +5 journées de compagnon, maçon +et garçon...............................................31 » + +PEINTURE. + +Première couche au minium et +deux couches couleur de pierre, +estimées, superficiel, à 1 f. 25 c......................30 » + +Plus value des chapiteaux...............................16 » + +Échafaudage.............................................25 » + +Total................................................1,562 » +] + +Un autre mode de restauration, tenté depuis quelques années, présente un +résultat encore plus déplorable; nous voulons parler des mastics, +cimens, et enfin toutes matières étrangères à la pierre, avec laquelle +on a vainement essayé de les souder à l'aide de moyens toujours +destructifs. L'application de ces cimens nécessite d'abord la +dégradation de toutes les parties que l'on veut restaurer, plus l'emploi +du fer, nouvelle cause de ruine, et tout cela, pour arriver à un +résultat qui n'offre aucune chance de durée, et qui ne laisse après lui +aucun vestige de ce qui existait d'abord. Admettant même que le moyen +soit durable, l'aspect du mastic ne sera jamais celui de la pierre; +difficile à employer, d'une sécheresse qui ne peut rendre, ni la +franchise, ni le grain de la pierre, cette matière conservera toujours +son apparence de pâte modelée. Ce que nous venons de dire, l'expérience +l'a prouvé. Partout où ils ont été employés, ces cimens se détachent de +la pierre, se gercent, se décomposent à l'air: que restera-t-il alors +qu'ils seront tombés? + +Mais on ne s'est pas borné à restaurer de la sculpture par ce moyen, on +a été jusqu'à remplacer de la vieille pierre par de la neuve, sur +laquelle on a collé des ornemens en mastic! Dans ce cas, nous pensons +que la raison d'économie était surtout invoquée. Eh bien! la sculpture +dans la pierre tendre n'est pas plus chère que de la sculpture en +ciment, et l'ouvrier habile préfère toujours le travail de la pierre. Il +n'y a donc que la différence du prix de la matière, mais cette +différence n'est pas à l'avantage du ciment, si l'on compte, et les +crampons qu'il faut employer, et la difficulté de sceller, et la perte +d'une grande partie de ce ciment, qui ne peut être employé que frais. + +Ces motifs, Monsieur le Ministre, sont plus que suffisans pour que nous +croyions devoir rejeter entièrement l'emploi de la fonte, du mastic et +de toutes les matières étrangères à la construction primitive, dans le +projet de restauration que nous avons l'honneur de vous soumettre. + +Quant à la restauration des bas-reliefs qui ornent extérieurement et +intérieurement la cathédrale de Paris, nous croyons qu'il est impossible +de l'exécuter dans le style de l'époque, et nous sommes convaincus que +l'état de mutilation, peu grave d'ailleurs, dans lequel ils se trouvent, +est de beaucoup préférable à une apparence de restauration, qui ne +serait que très éloignée de leur caractère primitif; car, quel est le +sculpteur qui pourrait retrouver, au bout de son ciseau, cette naïveté +des siècles passés! Nous pensons donc que le remplacement de toutes les +statues qui ornaient les portails, la galerie des rois, et les +contreforts, ne peut être exécuté qu'à l'aide de copies de statues +existantes dans d'autres monumens analogues, et de la même époque. Les +modèles ne manquent pas à Chartres, à Rheims, à Amiens, et dans tant +d'autres églises qui couvrent le sol de la France. Ces mêmes cathédrale +nous offriront aussi les modèles des vitraux qu'il faudra replacer à +Notre-Dame, modèles qu'il serait impossible d'imiter, et qu'il est +beaucoup plus sage de copier. + +Les principes que nous venons d'émettre, applicables, suivant nous, à +toute restauration, ne sauraient être oubliés, lorsqu'il s'agit d'un +monument aussi important que la cathédrale de Paris, de ce remarquable +édifice placé au centre de la capitale, sous les yeux de l'autorité, +visité chaque jour par tout ce qu'il y a de personnes intelligentes et +éclairées. Là, il ne faut ni hésiter, ni faire d'expériences, mais +marcher d'un pas sûr, ne rien risquer, réussir enfin. Pour arriver à ce +résultat, il était nécessaire de déchiffrer les textes, de consulter +tous les documens qui existent sur la construction de cet édifice, tant +descriptifs que graphiques, d'étudier surtout les caractères +archéologiques du monument, enfin de recueillir les traditions souvent +si précieuses. + +C'est ainsi que nous avons suivi l'édification lente de Notre-Dame, dont +nous avons restauré chaque partie d'après l'époque qui lui est propre, +et c'est par ces études sérieuses que nous avons pu constater les +différentes phases de sa construction depuis le XIIe jusqu'au XIVe +siècle. Nous avons reconnu les changemens considérables apportés dans la +disposition des fenêtres de la nef et du choeur, l'adjonction des +chapelles exécutées autour de l'abside dans le XIVe siècle, ainsi que la +construction de celles élevées à la fin du XIIIe siècle entre les +contreforts de la nef. Le plan de Turgot et les traces encore existantes +nous ont permis de rétablir la décoration extérieure de ces chapelles, +c'est avec le texte de Corrozet, et les fragmens en place que nous avons +refait les têtes d'éperons de la nef. + +L'ancien dessin[2] dont nous donnons la gravure en tête de ce rapport, +et quelque descriptions[3] nous ont servi de guide pour la restauration +de la grande porte de la façade occidentale. Puis, c'est à l'aide +d'anciennes gravures, et surtout du précieux dessin de feu Garneray, que +nous avons réédifié la flèche centrale. Enfin le texte de Sauval, +confirmé par une fouille que nous avons relevée à l'époque des +cérémonies funèbres du Prince royal, nous a permis de constater le +niveau du sol ancien du parvis de Notre-Dame, et la disposition des +treize marches indiquées par tous les historiens. + +[Note 2: Ce dessin appartient à M. Gilbert.] + +[Note 3: Sainte-Foix, Dubreul, Leboeuf.] + +Nous donnons ici le profil de la fouille. + +[Illustration] + + + + +=Deuxième Partie.= + +=Description historique de la cathédrale de Paris, depuis l'époque de sa +construction jusqu'à nos jours.= + + +Ainsi que nous venons d'avoir l'honneur de le dire, monsieur le +Ministre, cette partie importante et difficile de notre travail a +nécessité le dépouillement de tous les textes, de tous les renseignemens +graphiques et historiques relatifs à la cathédrale de Paris, mais c'est +surtout par l'étude sérieuse du monument, par l'examen archéologique des +formes qui le caractérisent, qu'il était possible d'arriver à +connaissance parfaite des différentes phases de sa construction. + +Il fallait que cette analyse minutieuse vint expliquer, compléter, et +souvent même rectifier les opinions résultant de l'examen des textes +seuls; car souvent un texte peut se prêter à des interprétations +diverses, ou paraître inintelligible, tandis que les caractères +archéologiques sont là, comme autant de dates irrécusables, gravées sur +l'ensemble et jusque sur les moindres détails du monument. + +Il suffira de citer un exemple bien frappant, pris dans le monument même +qui fait l'objet de ce travail. Si l'on s'en rapportait seulement aux +textes, il faudrait admettre que la porte rouge, côté du nord, a été +bâtie dans le XVe siècle. Or, cette porte est évidemment du XIVe, et du +commencement. Le caractère de son architecture, et la vigueur de +l'ornementation ne permettent aucun doute à cet égard. Dans cette +immense cathédrale, on distingue trois grandes époques, et cependant les +adjonctions qui, pendant trois siècles, sont venues se souder aux +premières constructions, n'ont pas ôté à l'édifice une certaine unité, +une grandeur de conception bien rares dans des monumens élevés avec tant +de lenteur. + +La partie la plus ancienne de l'église Notre-Dame est bâtie par Maurice +de Sully, dans la seconde moitié du XIIe siècle; avant lui, les +constructions n'étaient arrivées qu'au niveau du sol. Cet évêque employa +toute sa fortune à la construction du choeur et d'une partie de la nef. + +Plusieurs auteurs[4] et la tradition disent que Notre-Dame est bâtie sur +pilotis, et cependant, en 1699, des fouilles faites à l'occasion de la +construction du tour du choeur en marbre, et du maître-autel, prouvèrent +que cette opinion est erronée[5]. Ce qui fut encore confirmé par +d'autres fouilles exécutées en 1774[6]. + +[Note 4: Corrozet.] + +[Note 5: «Est à noter que la fondation où sont les piliers qui +portent les arcades et le mur en pourtour du choeur de l'église +Notre-Dame, a dix-huit pieds de profondeur au-dessous de leurs bases qui +sont enterrées six pouces plus bas que le rez-de-chaussée du pavé de la +même église, posées sur la glaise ferme, sans pilotis ni plates formes, +construites par le haut au-dessous du rez-de-chaussée avec trois assises +de pierre de taille dure dans tout le pourtour d'une égale hauteur, et +faisant retraite les unes sur les autres, posées et taillées proprement, +et le surplus au-dessus de gros moellons et mortier de chaux et sable +plus dur que la pierre.» (_Procès-verbal de la pose du maître-autel._)] + +[Note 6: À cette époque (en 1774), le sieur Boulland, architecte du +chapitre, fit faire, derrière le choeur, une fouille de vingt-quatre +pieds de profondeur et d'une grande longueur, et se trouva à un pied +au-dessous des fondations, et découvrit sous chaque pilier trois assises +égales de libages en pierre de Conflans, d'une grande hauteur, +parfaitement conservées et posées sur terre franche. Entre les piliers, +existe une bonne maçonnerie de moellon et de mortier.] + +Maurice de Sully, qui mourut en 1196, laissa 5,000 livres pour couvrir +le choeur en plomb; ainsi, à cette époque, le choeur était entièrement +terminé. Après lui, les constructions furent heureusement continuées +suivant les premières dispositions, pendant assez de temps pour +permettre l'achèvement du vaisseau. + +L'église de Maurice de Sully forme comme le noyau de la cathédrale de +Paris, et il est facile encore de la distinguer malgré la richesse de la +décoration dont les XIIIe et XIVe siècles sont venus l'envelopper. Ainsi +que nous le prouvons plus loin, c'est aux premières années du XIIIe +siècle que l'on doit faire remonter la construction de la magnifique +façade occidentale, celle des éperons et des galeries de la nef, ainsi +que l'arrangement des grandes fenêtres, et c'est encore dans la seconde +moitié de ce siècle que furent ajoutées les chapelles de la nef. Enfin +les deux façades des transcepts, les chapelles du choeur, et une grande +partie des arcs-boutans appartiennent au XIVe siècle. + +Un fait assez rare et qui peut être observé à Notre-Dame, c'est que les +XVe, XVIe et XVIIe siècles n'ont rien ajouté à cette église déjà +complète. + +Les grosses colonnes rondes intérieures, les galeries supérieures du +choeur et les grandes parties de murs élevés sur ces galeries +appartiennent à la construction primitive. Alors ces murs étaient percés +de fenêtres beaucoup moins longues que celles qu'on y voit aujourd'hui, +quoi qu'elles aient conservé leurs colonnettes et arcs anciens. Deux de +ces fenêtres à doubles biseaux se voient encore à l'entrée de la nef. +Par leur élévation au-dessus des galeries, elles avaient permis la +construction d'un comble d'une seule pente, dont on voit encore la trace +le long du mur de la tour; les filets et les jets d'eau existent encore +sur toute la face méridionale, et les deux grands éperons qui viennent +maintenir les deux extrémités du transcept étaient destinés, en même +temps qu'ils contrebutaient, à former les pignons de ces combles. Les +grandes fenêtres que l'on y voit les éclairaient ainsi que les galerie. +Cette disposition, plus simple que celle actuelle, laissait +intérieurement au-dessus de l'arcature des galeries supérieures, un +grand espace vide destiné peut-être à recevoir des peintures. + +Le choeur conserve, au-dessous de la corniche actuelle, une large +ceinture de damiers qui tiennent à la construction primitive. Quant aux +arcs-boutans, ils étaient probablement comme les deux qui existent +encore contre les murs du choeur, côté du midi, couvert de dalles, ornés +d'une dentelure peu saillante. Soit que les fonds aient manqué, soit que +l'architecte ait, après la mort de Maurice de Sully, changé la +disposition première, les galeries supérieures n'ont pas été terminées. + +Des arcs doubleaux, engagés dans les murs qui les ferment aujourd'hui, +feraient penser que ces galeries devaient être doubles comme les +bas-côtés; quoi qu'il en soit, elles ont été bouchées provisoirement, et +avec assez peu de soin, lorsque dans le XIIIe siècle les travaux furent +repris avec une grande activité. + +Du reste, il y a cela de remarquable dans cette première construction de +l'église Notre-Dame, depuis 1161 jusqu'en 1196, mort de Maurice, que +pendant cette période on peut suivre une des transitions les plus +curieuses de l'art chrétien. + +Le choeur, par lequel l'évêque fondateur commença son oeuvre, est encore +empreint du caractère roman, et la nef construite à la fin de sa vie, ou +peu de temps après sa mort, est déjà soumise au goût gothique. + +Un fait intéressant nous donne la date de la construction de la belle +façade occidentale. + +Leboeuf nous apprend que c'est en 1218 que l'on abattit la vieille +église St-Étienne, qui gênait la construction de la partie méridionale +de la nouvelle basilique, et que le bas-relief du tympan de la porte +Ste-Anne, sur la façade de Notre-Dame, provient de cette vieille église, +ainsi que les statues qui décoraient le parvis de cette porte avant +1793[7]. + +[Note 7: Ces statues, données par Montfaucon dans la monarchie +française, comme celles des rois de France, étaient, ainsi que le disent +très bien Leboeuf et Corrozet, celles des rois de Juda.] + +L'année de la démolition de l'église Saint-Étienne, et le replacement +des sculptures qui la décoraient, à la porte Sainte-Anne, nous donnent +la date positive de la construction de la façade occidentale de +Notre-Dame, ce qui du reste s'accorde parfaitement avec le caractère +architectonique de cette façade. Malheureusement, des statues si +curieuses, qui ornaient cette porte, il ne reste plus que celle de +Saint-Marcel, restaurée maladroitement en 1818. + +Nous pouvons donc regarder la façade occidentale de la cathédrale de +Paris comme bâtie dans la première moitié du XIIIe siècle; son style est +plein de grandeur et d'unité; la similitude des profils qui la décorent +depuis le bas jusqu'au sommet des Tours, ne peut pas laisser douter +qu'elle n'ait été construite d'un seul jet, et sans interruption. +Cependant les tours restèrent inachevées, les flèches en pierre qui +devaient les terminer, et dont on voit parfaitement la naissance dans la +construction intérieure, ne furent pas élevées. + +Le style particulier à cette façade se retrouve encore dans la grande +corniche qui pourtourne l'édifice, et dans les éperons de la nef. + +La flêche en bois, revêtue de plomb, qui s'élevait sur le comble au +milieu du transcept, devait être aussi, d'après les dessins et gravures +qui seuls peuvent nous en donner une idée, de l'époque de la façade, +ainsi que toute la charpente du grand comble. Un chapiteau fort curieux, +taillé dans le poinçon qui existe encore au centre de la souche de cette +flèche, suffit pour fixer d'une manière précise l'époque de sa +construction, ainsi celle de la charpente, évidemment du XIIIe siècle. +Cette flêche, qui contenait six cloches, fut détruite en 1793. + +C'est après la construction de la façade occidentale, et vers le milieu +du XIIIe siècle que des modifications graves furent apportées à la +basilique de Maurice de Sully. Les fenêtres de la nef et du choeur, dont +nous avons déjà parlé, furent alors élargies et allongées jusque sur +l'arcature des galeries, et des meneaux furent placés dans ces fenêtres +avec assez peu de goût. Cette nouvelle disposition eut cela de fâcheux, +qu'elle fit substituer aux combles simples qui couvraient les galeries +des terrasses avec doubles cheneaux, qui entretiennent une humidité +constante sur les voûtes. + +Là commencent déjà les mutilations innombrables que Notre-Dame a subies +depuis, car ces grandes fenêtres ogivales, non concentriques avec les +anciennes, outre qu'elles ne sont pas en proportion avec tout ce qui les +entoure, sont une cause de ruine pour l'édifice, et à laquelle il est +difficile d'apporter un remède efficace. + +Soit que les portails des transcepts n'aient pas été achevés ou même +construits par Maurice de Sully, soit que leur décoration ne fût plus +dans le goût du XIIIe siècle, soit que les fenêtres de la nef et du +choeur ayant déjà été agrandies, fissent paraître trop petits les jours +du transcept, c'est en 1257, sous le règne de Saint-Louis, que Regnault +de Corbeil, évêque de Paris, fit élever ou refaire par maître Jean de +Chelles le portail méridional du transcept, ainsi que le constate +l'inscription curieuse que l'on y voit encore, malgré toutes les +mutilations qu'elle subit chaque jour[8]. Tout le premier système +d'architecture fut modifié, et des roses furent substituées aux +fenêtres. + +[Note 8: ANNO. DOMINI. MCCLVII. MENSE. FEBRVARIO. IDUS. SECUNDO. +HOC. FUIT. INCEPTUM. CHRISTI. GENITRICIS. HONORE. KALLENSI. LATHOMO. +VIVENTE. JOHANNE. MAGISTRO.] + +Jusqu'en 1270, les bas côtés de la cathédrale n'étaient pas ornés de +chapelles, cette disposition plus simple et plus grandiose fut +abandonnée à cette époque. Jean de Paris, archidiacre de Soissons, mort +vers 1270, légua cent livres tournois pour élever ces chapelles[9] qui +furent construites entre les contreforts, et ornées extérieurement de +pignons et statues[10]. Il est probable que les chapelles qui sont au +commencement du choeur furent construites, sinon à la même époque que +celles des bas-côtés de la nef, du moins peu de temps après celles-ci, +car elles présentent les mêmes caractères. + +[Note 9: Leboeuf. _Observations sur l'antiquité de l'édifice de +Notre-Dame._] + +[Note 10: Plan de Turgot.--Corrozet. (_Voir les dessins, preuves à +l'appui._)] + +Le portail septentrional fut bâti cinquante ans après celui du midi, +c'est-à-dire vers l'an 1312 ou 1313. Philippe-le-Bel employa à sa +construction une partie des biens des Templiers, après la suppression de +l'ordre. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la construction de la +porte rouge doit être de cette époque, quoique le docteur Grancolas dans +son histoire abrégée de l'église et de l'université de Paris, prétende +qu'elle ait été bâtie par Jean-Sans-Peur, depuis 1404 jusqu'en 1419: + +Les chapelles qui font le tour du choeur ainsi que les fenêtres qui +décorent la galerie supérieure dans cette partie de l'édifice sont du +commencement du XIVe siècle. Cette époque fit pour les fenêtres de la +galerie ce qui avait été fait dans le XIIIe siècle pour les grandes +fenêtres; et tous les inconvéniens causés par les eaux pluviales sur les +galeries supérieures, se reproduisent sur les voûtes des chapelles du +choeur. Les actes de fondation de quelques-unes de ces chapelles, faits +en 1324, donnent l'époque de leur fondation, qui s'accordent +parfaitement avec leur caractère archéologique[11]. + +[Note 11: _Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique et civile de +Paris_, 1739, t. I, p. 75 et 112.--_Nécrologie du XIIIe siècle_. M. S., +fonds de N.-D., Bibliot. du Roi, n° 3883.] + +Intérieurement, les XIIe et XIIIe siècle dominent, l'importance de la +nef laisse à peine apercevoir toutes les constructions faites dans le +XIVe siècle. + +Il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie des bas-reliefs qui ornaient +le tour du choeur, ceux qui se trouvaient dans le rond-point ont été +détruits ainsi que le jubé qui en fermait l'entrée. Une inscription +placée du côté du nord, au-dessus d'une figure d'homme à genoux, donnait +la date de cette charmante imagerie[12]. + +[Note 12: C'est maître Jean Ravy, qui fut maçon de Notre-Dame de +Paris l'espace de vingt-six ans, et commença ces nouvelles histoires; et +maître Jean Bouteillier les a parfaites en l'an MCCCLI.] + +Le père Dubreul nous donne des renseignemens curieux sur cette partie +intéressante de l'ornementation de Notre-Dame, dont il ne reste que les +portions adossées aux stalles[13]. + +[Note 13: Le choeur de l'église Notre-Dame est clos d'un mur percé à +jour autour du grand autel, au haut duquel sont représentés en grands +personnages de pierre, dorés et bien peints, l'_Histoire du +Nouveau-Testament_, et, plus bas, l'_Histoire du Vieux-Testament_, avec +des écrits au-dessous qui expliquent lesdites histoires. Le grand +Crucifix qui est au-dessus de la grande porte du choeur avec la croix, +n'est que d'une pièce; et le pied d'iccluy, fait en arcade, d'une autre +seule pièce, qui sont deux chefs-d'oeuvre de taille et de sculpture. +(Dubreul.--_Théâtre des antiquités de Paris_.)] + +Il existe un procès-verbal, daté de 1699, de la démolition de l'ancien +autel qui indique d'une manière fort exacte la disposition si +intéressante de cet autel, de ce qui l'entourait, sa décoration, et +jusqu'aux plus menus détails. Ce procès-verbal décrit aussi très +minutieusement et la châsse de Saint-Marcel, qui était placée derrière +le maître-autel avec son riche dais supporté par quatre colonnes de +cuivre, et le petit autel des ardens, placé derrière cette châsse[14]. + +[Note 14: _Descriptions historiques des curiosités de l'église de +Paris_, par M. C. P. G., 1763. Paris.] + +Trois siècles avaient travaillé à l'achèvement de cette reine des +cathédrales de France, trois siècles avaient jeté dans ce grand monument +tout ce qu'ils avaient pu réunir de plus riche; tout leur art, toute +leur science. Trois siècles enfin étaient parvenus a parfaire l'oeuvre +commencée par le pieux évêque Maurice de Sully. Le monument était +complet. Pourquoi ne pas l'avoir conservé ainsi? À partir du XIIIe +siècle ce n'est plus, pour l'église Notre-Dame, qu'une suite de +mutilations, de changemens sous prétexte d'embellissemens. + +De cette époque, ce ne sont plus tant les intempéries des saisons qui +détruisent une si belle oeuvre que la main des hommes. + +Lorsqu'on énumère cette suite de destructions, on ne comprend pas +comment il reste encore de si beaux vestiges de l'ancien édifice. Nous +allons passer rapidement sur tous ces actes de vandalisme que notre +époque veut enfin réparer. + +En 1507, le parlement ordonna que la rue qui conduit du pont Notre-Dame +au Petit-Pont, serait remblayée jusqu'à dix pieds de hauteur, attendu +qu'il fallait _trop descendre_ pour arriver à Notre-Dame, et _trop +monter_ pour y entrer[15]. Ainsi furent enterrées les 13 marches qui +précédaient les portes de la façade occidentale. Peu après, le sol du +parvis finit par atteindre celui de l'église, et même par le dépasser. +En 1699, l'exécution par Louis XIV du voeu de Louis XIII, fit détruire +les bas-reliefs du rond-point, l'ancien maître-autel, les stalles en +boiseries du XIVe siècle, le dais de la châsse Saint-Marcel et l'autel +des ardens. Cette charmante décoration, dont quelques rares dessins, +tapisseries et gravures nous ont laissé l'aspect, fut remplacée par la +lourde architecture qui nous cache les belles colonnes du choeur. En +1725, le cardinal de Noailles fit refaire intérieurement la rose, une +partie du pignon et les clochetons du côté du midi, en modifiant tous +les profils et ornemens. + +[Note 15: Sauval.--_Histoire des Antiquités de Paris_, t. I.] + +Ce prélat, plein d'un zèle fatal au monument, fit abattre les saillies +et gargouilles qui ornaient les contreforts, et qui servaient à jeter +les eaux pluviales; il les fit remplacer par des tuyaux en plomb. + +L'ancien jubé, dont l'ensemble est indiqué dans une gravure de Viator et +quelques fragmens dans un dessin curieux[16], fut détruit par le +cardinal de Noailles, qui le fit remplacer par une lourde décoration +dont la révolution de 1789 a fait justice. C'est à cette époque que +l'église fut _badigeonnée_ pour la première fois! Cet archevêque de +Paris, nous devons lui rendre cette justice, ne borna pas ses soins à +_embellir_, suivant le goût de son époque, l'église de Notre-Dame. En +1726, il fit refaire toute la couverture en plomb[17], quelques parties +de la grande charpente, plusieurs arcs-boutans, les galeries, +terrasses, et reconstruire la grande voûte de la croisée qui menaçait +ruine. + +En 1741, les vitraux peints des fenêtres de la nef, qui représentaient +des évoques et personnages de l'ancien testament, furent détruits. En +1753, on enleva également ceux du sanctuaire qui représentaient le +Christ entre la Vierge et saint Jean-Baptiste. + +[Note 16: Bib. royale. Estampes.--Topographie, et Artifices de la +perspective, de Viator, trad. Pellegrin.] + +[Note 17: Poids total du plomb: 220,240 livres.] + +Le chapitre de Notre-Dame fit briser ces verrières, dont le père Dubreul +parle comme d'une merveille; ce fut un certain _Le Viel, +maître-vitrier_, fort versé dans la théorie de la _peinture sur verre_, +auteur d'un _Traité pratique et historique_ sur cet art[18], qui fut +chargé de remplacer cette magnifique décoration par des verres blancs, +entourés de bordures fleurdelisées. Nous ne savons si le sieur Le Viel +comprenait ainsi la _partie pratique et historique de son art_; mais ce +qu'il y a de curieux, c'est que ce malheureux ouvrier fut tellement +satisfait de son oeuvre de destruction, qu'il peignit sur l'une des +verrières une longue inscription latine, dans laquelle il dit +pompeusement que les vitraux ont été refaits en verres blancs de France, +et les bordures en verres bleus de Bohême; il termine ainsi: «Le tout +fait et peint par Pierre et Jean Le Viel frères, maîtres-vitriers à +Paris.» + +[Note 18: _Curiosités de l'église de Paris_, par M. C. P. G. 1765.] + +Nous ne comprenons pas ce que le mot peint peut avoir à faire ici. Cet +acte de barbarie fut malheureusement répété bien des fois, à cette +époque, dans nos cathédrales. Les chapitres voulurent trouver leurs +églises trop sombres; à Chartres, à Paris, à Reims, et dans cent autres +édifices, les verres blancs remplacèrent les verrières peintes, et le +badigeonnage acheva d'enlever à nos temples leur mystérieuse obscurité. +Mais, à Notre-Dame, on ne se contenta pas de briser les vitraux; les +meneaux des grandes croisées furent encore recoupés, retaillés de la +façon la plus déplorable, sans doute pour donner plus d'éclat et de +développement aux nouveaux _vitraux peints_ des sieurs Leviel. + +Ce fut probablement peu de temps après cette dernière destruction que +fut enlevé le curieux vitrail du XIVe siècle, placé dans la chapelle +d'Harcourt[19]. + +[Note 19: Ce vitrail représentait la cour céleste des papes, des +empereurs, des rois, des reines, des légats, des cardinaux, des +archevêques, des évêques, des religieux et religieuses de différens +ordres. Il n'en existe plus qu'une description dans les _Curiosités de +l'église de Paris_.] + +Nous voici arrivés à l'une des mutilations les plus importantes de +l'église Notre-Dame; nous voulons parler de celle qu'a subie la porte +principale du portail actuel. Ce fut le 1er juillet 1771 que Soufflot +posa la première pierre de la nouvelle construction, chose monstrueuse +qui coûta la destruction de la figure du Christ, posée sur le trumeau du +milieu, et d'une partie du beau bas-relief représentant le Jugement +dernier. Cet architecte avait déjà marqué son passage à Notre-Dame, en +1756, par la construction de la nouvelle sacristie, qui vient si +lourdement s'accoler aux chapelles méridionales de la cathédrale. C'est +vers la même époque, en 1766, que fut construite la grande cave +pratiquée sous la nef depuis les piliers de la tour jusqu'à ceux du +transcept. En 1772, le chapitre fait restaurer à ses frais plusieurs des +figures qui décorent les voussures de la porte de la Vierge, sur la +façade occidentale[20]. À partir de cette époque, les destructions +deviennent si fréquentes jusqu'à nos jours, que nous avons peiné à les +classer. + +[Note 20: _Recueil des conclusions du Chapitre_ de 1767 à 1772.] + +Le dallage du choeur est remplacé de 1769 à 1775, ainsi que celui de la +nef et des bas-côtés. En faisant cette opération, on élève le sol de +l'église, et les bases des colonnes sont plaquées en marbre de +Languedoc. Déjà, en 1699, en fondant le maître-autel, on avait constaté +l'existence de deux dallages superposés, dont l'un était composé de +petits carreaux octogones en marbre blanc; ainsi, le sol actuel de +l'église doit être beaucoup plus élevé que l'ancien. C'est en 1771 que +fut posée la grille qui se voyait devant le portail occidental. + +En 1773, l'architecte Boulland supprime toute la décoration du mur des +chapelles de la nef, du côté méridional, et la remplace par un mur lisse +surmonté d'un cheneau[21]. + +[Note 21: Ce travail coûta 40,000 livres.] + +En 1780, on badigeonne de nouveau toute l'église, et la statue colossale +de saint Christophe, placée devant le premier pilier à droite en +entrant, est enlevée et détruite. + +En 1782, le chapitre fait remplacer le petit pavé de grès qui formait le +sol de la galerie de la Vierge par un dallage en liais; puis les +arcs-boutans du choeur, du côté du midi, sont engagés dans une lourde +maçonnerie qui, faite dans le but de les consolider, les entraîne vers +une ruine certaine. + +En 1787, la façade occidentale[22] est livrée à un sieur Parvy, +architecte, qui imagina un moyen de restauration fort simple: il prit le +parti de couper toutes les saillies, gargouilles, moulures, colonnes +mêmes, chapiteaux, enfin, tout ce qui pouvait présenter quelques +difficultés à réparer. Cet architecte parvint encore à enlever à la +grande galerie à jour toute son élégance, en bouchant les trèfles de son +arcature avec de mauvaises dalles. Ce fut lui qui fit couper à vif tous +les ornemens et moulures qui décoraient la grande rose de cette façade; +qui reconstruisit, en la dénaturant, l'une des galeries de la cour des +réservoirs, et qui, par une raison impossible à deviner, transforma +toute l'arcature de la grande galerie, du côté de cette cour, en un +parement lisse. + +[Note 22: _Description historique de la basilique métropolitaine de +Paris_, par A. P. M. Gilbert.] + +Ces dévastations n'étaient que le prélude de celles que la révolution de +1789 devait faire subir à Notre-Dame de Paris. + +Des câbles, attachés aux statues de rois qui décoraient la galerie +occidentale, les arrachèrent de leurs niches séculaires. Les saints, les +apôtres des façades, furent jetés sur la place. Un grand nombre de ces +débris resta long-temps après la révolution amoncelé le long des +chapelles du nord. Les statues du portail méridional furent ensevelies +pour servir de bornes rue de la Santé. L'un de nous en constata +l'existence en décembre 1839, et les fit transporter, aux frais de la +ville, au Palais des Thermes. + +Les sépultures et monumens votifs intérieurs furent brisés et enlevés. +Quelques-uns de ces fragmens, déposés au musée des Petits-Augustins, +furent, depuis, transportés à Saint-Denis et à Versailles. Il serait +peut-être à désirer que ces objets fussent rendus à la cathédrale +dépouillée; dans tous les cas, nous en donnons ici une note exacte[23]. + +[Note 23: Monumens enlevés de l'église Notre-Dame de Paris, +transférés au musée des Petits-Augustins, leur destination actuelle. + +1° Une pierre octogone ayant servi de support à une statue de l'évêque +Matiffas de Bucy. Elle porte cette inscription: + + Ci est le ymage de bonne mémoire Simü + +Matiffas de Buci de le esveschie de Soissons jadis esveques de Paris par +qui furent fondées premièrement ces trois chapeles ou il gist en lä de +grace MCCXXIIII et XVI et puis lë fit toutes les autres envirñ le coeur +de ceste eglise. Pics pour lui. + +La statue de l'évêque, posée debout sur ce support, ne s'est pas +retrouvée; mais la pierre, dont l'inscription vient d'être reproduite, +est à Saint-Denis, dans la cour des Valois, où elle se dégrade. M. +Debret la tient, depuis plusieurs mois, à la disposition du Ministre de +l'Intérieur, afin qu'elle soit réintégrée à Notre-Dame. + +2° Une statue en pierre, de grandeur naturelle, représentant Adam. Cette +figure est nue. Adam se couvre les parties sexuelles d'une large feuille +de figuier. + +Monument de la fin du XIIIe siècle, provenant, suivant Lenoir, d'un des +portails de Notre-Dame. La statue a été portée à Saint-Denis, où elle +gît en ce moment couchée par terre dans la cour des Valois. Les déplace +mens qu'elle a subis l'ont privée des deux jambes, qui existent encore, +mais séparées du corps. + +3° Les deux statues à genoux, en pierre peinte, de Jean Juvenal des +Ursins, et de sa femme, Michelle de Vitry. XVe siècle. + +Ces deux statues font maintenant partie du musée de Versailles. + +4° Inscription funéraire en l'honneur de la famille des Ursins, sur +marbre blanc. XVIIIe siècle. + +Cette épitaphe, long-temps abandonnée dans une cour des +Petits-Augustins, a été, dit-on, employée comme un marbre ordinaire +pour servir de revêtement. Il pourrait se faire qu'elle eût été +simplement retournée, et qu'une nouvelle inscription eût été gravée sur +le revers de l'ancienne. + +5° La Figure agenouillée du chanoine Pierre de Fayel, avec ses +armoiries, et une inscription indicative des sommes données par lui pour +les sculptures de la clôture du choeur de Notre-Dame. XIVe siècle. + +Cette Figure, en demi-relief, qui faisait elle-même partie de la clôture +du choeur, a été portée à Versailles. Elle n'a point encore été placée +dans les galeries du musée, et se trouve au rez-de-chaussée, dans une +salle de dépôt, près de la galerie des tableaux-plans. + +6° Une Mort, squelette d'albâtre, peint couleur de bronze, attribuée par +Lenoir au sculpteur François Gentil. Ce monument, placé originairement +au cimetière des Innocens, fut transféré à Notre-Dame, lors de la +suppression du cimetière. + +La Mort tient une faulx, et s'appuie sur un cartel portant cette +inscription: + + Il n'est vivant tant soit plein d'art + Ni de force pour résistance, + Que je ne frappe de mon dart + Pour donner aux vers leur pitance. + Priez Dieu pour les trépassés. + +La figure de la Mort est déposée au palais des Beaux-Arts, dans une des +salles du rez-de-chaussée, au fond de la troisième cour, à droite en +regardant l'hémicycle. + +7° Une Vierge en marbre blanc de grandeur naturelle. XIVe siècle. + +On ignore ce que ce monument est devenu. + +8° Le célèbre tableau représentant toute la famille des Ursins. XVe +siècle. + +Ce tableau est au musée de Versailles, dans la première salle de la +collection des portraits. + +9° Plusieurs Vierges en pierre peinte ont été transportées du musée des +Petits-Augustins à Saint-Denis. Une de ces statues provenait de +Notre-Dame. + +10° Statue en marbre, à genoux, du cardinal Pierre de Gondi, évêque de +Paris, placée sur un entablement que portent quatre colonnes de marbre +noir, au milieu desquelles on voit un grand cénotaphe de pareil marbre, +chargé d'atributs et d'une inscription. XVIIe siècle. + +La Statue est à Versailles. Les autres parties du tombeau ont été +dispersées, l'entablement se voit encore au Salon des Beaux-Arts, dans +le cloître près de la chapelle. On fera remarquer à ce sujet que lors de +la translation des monumens historiques de l'ancien musée des +Petits-Augustins, à Versailles, on enleva un certain nombre de mausolées +dont les statues ont seules reparu dans le nouveau musée, dépourvues de +la décoration qui les accompagnait originairement. Pour citer quelques +exemples, les armoiries, l'épitaphe, les pilastres du tombeau du +cardinal Mazarin, la décoration architectorale du tombeau du commandant +de Souvré, les épitaphes de Caylus et de Chérin, l'écusson, l'épitaphe +et la tombe de Raymond Philippeaux, conseiller d'état, etc., etc., +transférés à Versailles, n'ont pas été rétablis dans les galeries du +musée. + +11° Statue en marbre blanc, à genoux, d'Albert de Gondi, duc de Retz, +maréchal de France. + +Monument composé comme celui du cardinal de Gondi. XVIIe siècle. + +Même observation. + +L'effigie du maréchal fait partie du musée de Versailles. + +12° Louis XIV, à genoux, statue en marbre blanc, par Coyzevoz. + +Rendu à Notre-Dame en 1816, enlevée en 1832, puis transportée dans la +chapelle de Versailles. + +13° Louis XIII, à genoux, sculpté en marbre blanc, par Guillaume +Coustou. + +Même observation que pour la statue de Louis XIV. + +14° Groupe de la descente de croix, par Nicolas Coustou. + +Réintégré à Notre-Dame. + +15° Mausolée du compte d'Harcourt, par Pigalle. + +Réintégré à Notre-Dame, maladroitement restauré. + +16 Le Christ au tombeau, bas-relief, par Vassé. + +À Notre-Dame, au maître-autel, + +17° Statues, en marbre blanc, de Saint-Louis et de Saint-Maurice, +sculptées en marbre blanc, par Jacques Rousseau, pour la chapelle de +Noailles, XVIIIe siècle. + +Ces figures ont été données à l'église de Choisy-le-Roy. + +(1) Il existe aux Archives du royaume des dessins très complets et très +bien exécutés de toutes ces tombes. M. Gilbert, conservateur de +Notre-Dame, possède un dessin, peut-être unique, de le statue de +Philippe-le-Bel. + +(2) Voir aux Archives du royaume, les procès-verbaux détaillés de tous +les objets qui composaient le trésor.] + +Tout le sol du choeur était pavé de tombes de cuivre très remarquables; +elles furent détruites et fondues, ainsi que la curieuse statue équestre +de Philippe-le-Bel. Les cercueils en plomb servirent à faire des balles; +enfin, le trésor, dont il ne reste que quelques morceaux, fut jeté dans +le creuset de la Monnaie ou dispersé. + +Retracer toutes ces dévastations est une chose impossible; et, +d'ailleurs, qui ne se les rappelle ou n'a entendu les raconter cent +fois? + +La belle flèche en bois du XIIIe siècle ne résista pas à l'orage +révolutionnaire, elle fut abattue, les plombs fondus, et aujourd'hui le +milieu du transcept n'en laisse plus voir que la souche mutilée. La +vieille basilique chrétienne, ainsi dépouillée de tout ce que la +religion y avait réuni pendant six cents ans, devint un temple à la +_Raison_. + +Depuis cette époque, des modifications sérieuses furent encore apportées +aux anciennes constructions. En 1809, un jubé en marbre, orné d'abeilles +de bronze doré, et des grilles d'une belle exécution, en fer poli, et +enrichies de cuivre, furent posées autour et devant le choeur. En 1811, +on fit placer à toutes les fenêtres des chapelles des grilles en fer, +qui masquent les meneaux de la manière la plus fâcheuse. + +En 1812 et 1813, le mur des chapelles de la nef, côté septentrional, fut +refait, les pignons en mauvais état furent remplacés par des frontons +qui n'appartiennent à aucune époque. La corniche ancienne fut déposée et +reposée dans de nouvelles conditions; les gargouilles supprimées et +remplacées par des tuyaux de descente, les arcatures des fenêtres +coupées à vif et modifiées, les gargouilles des piscines brisées, et les +murs incrustés de pierres neuves. Le portail du nord ne fut pas plus +respecté, des restaurations sans nom modifièrent entièrement le +caractère de son ornementation. Cette façade est aujourd'hui d'un effet +déplorable. + +En 1817, un des arcs-boutans du choeur, côté du midi, est restauré à +neuf, sans tenir compte de l'ancien appareil. + +En 1818, la chapelle de l'extrémité du choeur est modifiée, la fenêtre +centrale est bouchée par une niche portée extérieurement sur une trompe. +Ce changement fait à l'abside, au point le plus en vue, est une tache +choquante sur la gracieuse ceinture des chapelles qui entourent le +choeur. + +C'est à la même époque, en nettoyant les figures de la porte de la +Vierge, que l'on découvrit des traces de peinture et de dorure +parfaitement conservées[24]. + +[Note 24: Gilbert.] + +En 1819, la chapelle de la Vierge est décorée; elle se composait de +trois chapelles dédiées à saint Louis, à saint Rigobert, et à saint +Nicaise. Dans cette dernière se voyait l'apothéose de saint Nicaise, +peinte sur le mur. Cette peinture a été détruite, ou peut-être cachée +seulement par le badigeon. À l'entrée de cette chapelle se voyait la +statue de Matiffas de Bucy, évêque de Paris, puis de Soissons. Cette +statue, exhumée depuis peu des caveaux de la sacristie, était placée sur +un socle orné d'une inscription. + +En 1820, le département de la Seine alloue 50,000 fr. à la restauration +de Notre-Dame, mais malheureusement cette somme est dépensée à faire des +reprises en mastic de Dhil, qui aujourd'hui sont tombées presque +partout, et à badigeonner de nouveau tout l'intérieur de l'église. + +En 1831 les émeutes du mois de février détruisent l'archevêché et la +vieille chapelle de l'ancien évêché. + +La croix du chevet est renversée, elle brise en tombant une portion de +la balustrade du grand comble, et défonce une voûte des galeries +supérieures. L'un des auteurs de cet acte de vandalisme a écrit son nom +sur le mur de la galerie intérieurement, avec ses qualités et la +constatation du fait. + +La démolition de l'archevêché entraîna avec elle la mutilation du +portail du midi, si remarquable par ses bas-reliefs et son inscription. + +L'état d'abandon dans lequel resta si long-temps cette partie de +Notre-Dame, excita l'indignation de tous les amis de nos beaux édifices +du moyen-âge. Les murs de cette façade devinrent un dépôt d'immondices, +et les enfans brisèrent à coups de pierres les bas-reliefs de ce +portail, que le temps avait respectés l'espace de six cents ans. + +En 1837, par l'intervention de l'administration de l'intérieur, des +cultes, et de l'instruction publique, et sur le rapport de l'un de nous, +le remblai du jardin du côté du midi fut suspendu, et la préfecture de +la Seine fit faire une nouvelle étude du nivellement. + +Enfin, c'est en 1840 que furent exécutés les derniers essais de +restauration en mastic des clochetons du nord et de la première chapelle +de la nef, côté méridional. Malheureusement au lieu de chercher à +rétablir les pignons aigus qui existaient dans l'origine, on s'est +contenté de copier les lourds frontons ajoutés sur la face du nord en +1812 et 1813. + + * * * * * + + + + +=Troisième Partie.= + +=Restauration extérieure.= + + +Nous venons, monsieur le ministre, de tracer le tableau bien rapide et +bien triste des dégradations et des mutilations de toutes sortes qui +depuis si long-temps déshonorent notre belle cathédrale. Il nous reste à +parler des moyens que nous avons cru devoir employer pour réparer tant +de désastres. + +Dans l'exécution de l'important travail que nous avons l'honneur de vous +soumettre, travail composé de vingt-deux feuilles de dessins, et d'un +devis de toute la dépense, nous sommes restés constamment fidèles aux +principes que nous avons émis précédemment sur la restauration en +général. Nous avons repoussé complètement toute modification, tout +changement, toute altération, tant de la forme et de la matière que du +système de construction. C'est avec un respect religieux que nous nous +sommes mis à la recherche des moindres vestiges des formes altérées +soit par le temps, soit par la main des hommes. Et lorsque ces +renseignemens nous ont manqué, c'est à l'aide de textes positifs, de +dessins, de gravures et surtout en puisant des autorités dans le +monument même que nous avons procédé à là restauration. + +Loin de nous l'idée de compléter une oeuvre aussi remarquablement belle, +c'est là une prétention à laquelle nous avouons ne rien comprendre. +Croit-on, par exemple, que ce monument gagnerait à la reconstruction des +deux flèches (d'une forme d'ailleurs fort hypothétique) au-dessus des +deux tours? Nous ne le pensons pas. Et même, en admettant une réussite +complète, on obtiendrait peut-être par cette adjonction un monument +remarquable, mais ce monument ne serait plus Notre-Dame de Paris. + +Rendre à notre belle cathédrale toute sa splendeur, lui restituer toutes +les richesses dont elle a été dépouillée, telle est la tâche que nous +nous sommes imposée, elle est certes assez belle pour qu'il soit inutile +de vouloir y rien ajouter. + +Quant à la consolidation; nous n'en parlerons pas ici, tous les détails +de ce travail sont scrupuleusement consignés et appréciés dans le devis +estimatif. + +Nous ne nous occuperons donc que de la restauration proprement dite. +Nous avons déjà signalé les nombreuses dégradations qui marquent le +passage de l'architecte Parvy, dans les travaux faits à Notre-Dame. +C'est à l'aide d'un précieux dessin appartement à M. Dépaulis, et +surtout en consultant avec soin les restes qui avaient échappé au +marteau des maçons, que nous avons pu restaurer le riche encadrement de +la rose, et les belles gerbes de crochets qui s'épanouissaient à chaque +angle des contreforts. + +Avant cet architecte, Soufflot avait le premier osé porter la main sur +la sculpture si justement admirée de notre cathédrale. Enfin les +démolisseurs de 1793 vinrent achever l'oeuvre de destruction en +renversant toutes les statues; les rois et les saints, rien ne fut +épargné. Dans notre restauration nous proposons le rétablissement de +toutes ces sculptures; car tout se lie dans cet ensemble de statues et +de bas-reliefs, et l'on ne peut laisser incomplète une page aussi +admirable, sans risquer de la rendre inintelligible. C'est en prenant +des exemples dans nos anciennes cathédrales que nous avons rétabli les +28 rois dans leurs niches[25], le Christ bénissant, et les douze apôtres +dans les ébrasemens de la porte centrale, les huit figures de la porte +de la Vierge, et les huit statues romanes de celle sainte Anne. + +[Note 25: À Chartres, les statues des rois qui ornent le portail du +midi, sont des rois de Juda, ainsi que le prouve une figure de Jessé qui +est placée sous le premier. + +À la cathédrale de Paris, toutes les autorités que nous avons consultées +n'admettent, sur le portail, que des rois de France, et cependant la +statue de Pepin, placée au centre et montée sur un lion, est précisément +dans la même condition que celle de David, du portail de Chartres, posée +de même sur un lion; à Reims, les statues colossales du portail de +Notre-Dame étaient de même des rois de France. + +Pièce du XIIIe siècle, publiée par M. A. Juhinal, extraite des +vingt-trois manières de Vilain (_Manuscrit_). + +Li vilains Rabuins est cil ki va devant Nostre-Dame, à Paris, et regarde +les rois et dist: «Ves-là Pépin, vès-là Charlemainne,» et on li coupe sa +borse par derrière. + +Bib. royale: _Manuscrit_ 5921, écriture du XIIIe siècle. + +Extrait: _Hæc sunt nomina regum Francorum IN PORTA Beatæ Mariæ Parisius +scripta._ + +Primus rex. Clodoveus. +Secundus--Lotharius. +Tertius.--Chilpericus. +Quartus--Lotharius. +Quintus--Dagobertus. +Sextus--Clodoveus. +Septimus--Lotharius. +Octavus--Theodoricus. +Nonus--Hildericus. +X--Theodoricus. +XI--Clodoveus. +XII--Hildebertus. +XIII--Clodoveus. +XIV--Lotharius. +XV---Chilpericus. +XVI--Theodoricus. +XVII--Hildericus. +XVIII--Pippinus. +XIX--Karolus magnus. +XX--Lodovicus, filius ejus. +XXI--Lotharius. +XXII--Karolus. +XXIII--Lodovicus balbus. +XXIV--Karolus. +XXV--Odo. +XXVI--Karolus. +XXVII--Rudolfus. +XXVIII--Ludovicus. +XXIX--Lotharius. +XXX--Ludovicus regnavit anno uno. +XXXI--Hugo. +XXXII--Robertus. +XXXIII--Henricus. +XXXIV--Philippus. +XXXV--Ludovicus. +XXXVI--Ludovicus. +XXXVII--Philippus, bonus rex. +XXXVIII--Ludovicus, filius ejuz. +XXXIX--Ludovicus qui regnat. + +Il est à remarquer, dans ce catalogue, qu'il y a trente-neuf rois, et +que dans la galerie de la façade occidentale, il n'y a place que pour +vingt-huit; mais, dans le titre, le mot _in porta_ indique que ces noms +étaient inscrits soit sur le pied-droit de la porte principale, soit sur +les ventaux.] + +Dans les quatre niches des éperons nous replaçons saint Denis, la +religion juive, la religion chrétienne et saint Étienne[26], et sur les +piédestaux vides de la galerie de la Vierge, la belle statue qui lui +avait valu ce nom, puis les anges qui l'accompagnaient, ainsi que les +deux statues d'Adam et d'Ève entre les contreforts des tours. + +[Note 26: (Corrozet).--Le dessin, appartenant à M. Dépaulis, indique +d'une manière positive, sur l'éperon du côté de l'Hôtel-Dieu, une statue +d'évêque; sur ceux qui viennent ensuite, la Religion juive, puis la +Religion chrétienne, et enfin, sur le dernier, une figure drapée et +nimbée. + +(_Curiosités de Paris_, par M. C. P. G.).--Sur les quatre grands +pilastres sont représentées, en grandes figures, deux _Femmes +couronnées_, dont l'une représente la Religion; l'autre, la Foi (la +Religion chrétienne et la Religion juive); du côté de l'archevêché, +saint Denis, et du côté du cloître saint Étienne.] + +Nous avons remplacé les abat-sons hideux qui viennent aujourd'hui ronger +les faisceaux de colonnes des grandes fenêtres des tours par un système +analogue, qui, tout en préservant le beffroi, laisserait voir les +grandes proportions des fenêtres, et ne nuirait plus à l'ancienne +construction extérieure. + +Si de la façade occidentale nous passons aux façades latérales, des +dégradations plus importantes encore dénaturent presque complètement +l'aspect du monument; nous avons eu à rétablir les murs des chapelles de +la nef, avec leur ancienne décoration de pignons, niches, statues et +gargouilles[27], les contreforts, à couronner des pinacles et statues +qui les terminaient, ainsi que l'indiquaient les textes et surtout la +trace de cette décoration qui existe encore sur place. En effet les +contreforts ont conservé les supports de leurs gargouilles, et la +corniche qui recevait les pinacles, comme le prouve d'une manière +positive le texte de Corrozet que nous donnons en note[28]. Aux deux +extrémités du transcept, des travaux importans de restauration sont +commandés par le mauvais état des constructions. Les deux grandes roses, +surtout celle du nord, tombent en ruine, et celle du midi, quoique +refaite par le cardinal de Noailles, exigera bientôt une reconstruction +complète. + +[Note 27: Plan de la ville de Paris, par Turgot. + +Côté du nord, près le portail du transcept, le support du premier pignon +des chapelles de la nef existe: C'est une petite figure d'homme, +accroupie. De ce côté, quelques crochets de l'ancienne corniche se +voient encore dans la corniche neuve, refaite en 1812. + +(Voir le dessin: _Détail d'une travée de la nef_).] + +[Note 28: Tout le comble est appuyé d'arcs-boutans, au bout +desquels, en partie, sont des pyramides carrées et triangulaires, aux +effigies de rois et autres personnages qui sont dedans et dessus. +(Corrozet.)] + +La restauration de ces roses, ornées de si beaux vitraux, demande un +examen approfondi de leur construction, vicieuse dès l'origine, et à +laquelle il deviendra nécessaire d'apporter des modifications. Peut-être +pourrait-on, sans changer leurs profils intérieurs et extérieurs, leur +donner une solidité beaucoup plus grande en augmentant leur épaisseur. +La rosace supérieure et les deux clochetons du pignon septentrional sont +dans le plus triste état; le caractère de ces parties importantes de +l'édifice est tellement dénaturé, et leur solidité si précaire, que nous +avons dû les restaurer presque entièrement, et cela avec d'autant moins +de regret, que l'ornementation des deux portails a été gâtée et +totalement changée. Les restaurations que nous proposons rendront à ces +belles façades toute l'élégance qu'elles ont perdue. Dans la nef et le +choeur, le rétablissement des redens de toutes les grandes fenêtres +nécessitera la reconstruction de la partie supérieure de tous leurs +meneaux. Au-dessus des chapelles du choeur, du côté du midi et à +l'abside, les éperons qui reçoivent la poussée des arcs-boutans, ont été +flanqués de lourdes constructions en maçonnerie, dans le but de les +consolider. Ces placages, mal combinés, portant à faux et du plus +fâcheux effet, doivent être enlevés, et les éperons réparés, en se +renfermant dans leur ancienne épaisseur. + +Une des questions les plus graves de la restauration, est certainement +celle soulevée par la réparation des fenêtres des galeries. Ces +fenêtres, ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique de notre +rapport, n'appartiennent à aucun style. Cette construction provisoire, +faite à l'époque où l'on abandonna probablement l'idée de doubler les +galeries du premier étage, est dans un état de dégradation auquel il est +indispensable d'apporter remède. Déjà au XIVe siècle les architectes +frappés de la laideur de ces baies, ont remplacé celles de l'abside par +des grandes fenêtres à meneaux qui présentent les mêmes inconvéniens que +celles de la nef et du choeur, en rendant indispensable le remplacement +des combles simples par des terrasses et cheneaux. Or, ici, trois +questions se présentent: doit-on conserver les fenêtres actuelles des +galeries, et les réparer dans leur forme bâtarde? doit-on les restaurer +dans le style du XIXe siècle? ou bien doit-on les reconstruire dans +celui des galeries? + +Nous n'avons pas cru devoir trancher d'une manière positive une question +aussi délicate. Quoique dans nos dessins nous ayons indiqué la +restauration de ces fenêtres dans le style des galeries, nous ne donnons +cependant pas la question comme résolue. Voici les motifs qui nous ont +fait pencher vers ce parti. + +Continuer les fenêtres dans le style du XIVe siècle, ainsi que cela a +été commencé à l'abside, serait une chose défectueuse sous le rapport de +la construction, ainsi que nous venons de le dire. Les rétablir suivant +leur forme provisoire, ce serait constater un fait curieux, puisqu'il +donne la preuve d'un projet de galerie double. Mais sacrifier l'aspect +des faces latérales de Notre-Dame à ce fait, ne serait-ce pas une chose +puérile? une inscription, un figuré tracé sur la pierre, ne +suffiraient-ils pas aux exigences de l'archéologie? + +Dans tous les cas, nous avons pensé que dans _nos dessins_ il était +convenable de remplacer ces laides ouvertures par des fenêtres en +harmonie avec le style général des façades, ne fût-ce que pour faciliter +la solution de cette question difficile. + +À l'abside, une restauration importante doit compléter l'aspect si riche +des chapelles, c'est celle des deux derniers éperons, dont les +couronnemens enlevés ou détruits, ont été remplacés dans le XVe siècle, +par de petites pyramides maigres, et tout à fait en désaccord avec les +beaux clochetons du choeur. Ces pyramidions, en très mauvais état, +remplacent de grands pinacles ornés de colonnes et de statues, ainsi que +cela était pratiqué dans beaucoup de monumens du XIVe siècle. Il est +difficile sur ce point de ne pas restaurer à coup sûr, car le +soubassement et les bases mêmes des colonnes sont encore à leur place. +Il ne nous reste plus à parler que de la flèche centrale, construite en +charpente, couverte de plomb. Cette flèche, qui complétait si bien la +cathédrale de Paris, avait cent quatre pieds, depuis le faîtage du +comble jusqu'au coq[29]. + +[Note 29: _Curiosités de Paris_, par M. C. P. C. 1763.] + +Les gravures d'Israël Sylvestre, et surtout un précieux dessin de feu +Garneray[30] nous ont permis de la restaurer complètement. + +[Note 30: Nous possédons un calque de ce précieux dessin, fait avant +la révolution de 1789.] + + +=Restauration intérieure.= + +Un débadigeonnage complet nous paraît être la première opération à faire +à l'intérieur de Notre-Dame, et pour connaître l'état des voûtes qui +peuvent être moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les +traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de +l'espérer d'après les résultats obtenus par quelques essais partiels. +Toutefois le mode d'exécution de ce travail nous paraît être de la plus +grande importance. Il est évident que dans ce cas la brosse et l'éponge +peuvent être seuls employées, et que le grattage doit être totalement +exclu. Nous devons dire cependant qu'à moins que ce lavage ne nous donne +la preuve positive d'un système général de peinture adopté autrefois à +l'intérieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive être +adopté. Jusque là nous n'avons admis la peinture que comme décoration +des chapelles, ou de certaines parties de l'église. + +Quant à la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons +réservé un chapitre à part, nous croyons cependant que l'exécution de +verrières peintes serait un des plus splendides moyens de décoration +intérieure, rien ne pouvant égaler la richesse de ces peintures +transparentes, complément indispensable des monumens de cette époque. +Aussi parmi nos dessins en avons-nous donné un spécimen exécuté d'après +les vitraux de la cathédrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur +le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevêque, +relativement à l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les +premiers à reconnaître tous les inconvéniens de l'état actuel signalés +par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a été construite dès +le treizième siècle dans le but de maintenir la poussée des arcs des +galeries qui portent les deux énormes tours; la destruction, ou même +l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc présenter de grands +dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant à la question +archéologique, elle a trop peu d'importance, relativement à celle que +nous venons de donner, pour que nous en parlions. + +Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne +pas chercher à mettre en harmonie avec l'architecture de l'édifice tous +les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance réelle. +Ainsi, nous remplaçons les grilles contournées et de mauvais goût des +tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles +accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas à Rouen, à +Saint-Denis, à Saint-Germer, à Notre-Dame de Paris même, sur les belles +portes de la façade occidentale. + +Nous avons donné, dans nos dessins, une restauration du choeur de +Notre-Dame, tel qu'il était avant 1699; mais ce travail n'est qu'une +étude archéologique dont nous n'admettons pas l'exécution; car nous +pensons qu'il serait fâcheux de détruire, sans de bonnes raisons, un +souvenir historique aussi important que celui-là. D'ailleurs, il serait +peut-être hasardeux de détruire une chose exécutée avec un semblable +luxe, sinon avec goût, pour la remplacer par des formes sur lesquelles +il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens +assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose à +la décoration actuelle du choeur de Notre-Dame, ce ne pourrait être +qu'après l'achèvement de la restauration extérieure et l'entière +exécution des travaux intérieurs. Alors, pourrait-on peut-être dégager +seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppées dans ces +massifs revêtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et +déboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIVe siècle. Quant aux +stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'édifice, +tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas +permis de songer à les détruire ou à les déplacer. Si nous n'avons pas +donné dans nos dessins le choeur de Louis XIV, c'est qu'il ne présentait +aucun intérêt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune +utilité à le reproduire. + +Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait été surélevé, nous ne +pensons pas qu'il soit nécessaire de le baisser. Cette opération, fort +coûteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet à la grandeur du vaisseau, +aurait encore l'inconvénient de diminuer le nombre de marches que nous +sommes parvenus à placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup +de peine, à l'aide d'un travail consciencieux sur le nivèlement des +abords de la cathédrale, que nous avons pu replacer quatre marches +seulement devant les trois portes de la façade occidentale. Ce travail, +que nous avons indiqué dans un plan général, présentait de grandes +difficultés, parce qu'il fallait, avant tout, éviter le déchaussement +des maisons de la rue d'Arcole, déchaussement qui ne pourrait être +exécuté qu'à l'aide d'indemnités considérables. + + * * * * * + + + + +=Quatrième Partie.= + +=Sacristie.= + + +La démolition de l'Archevêché, en supprimant toutes les dépendances de +l'ancienne sacristie de Notre-Dame, a rendu indispensable la +construction d'un nouveau bâtiment destiné à cet usage. Plusieurs +projets ont déjà été présentés à l'administration des cultes. La +première difficulté qui se rencontrait pour l'exécution de ces différens +projets provenait de l'emplacement à choisir. + +Devait-on conserver le local actuel? devait-on élever la nouvelle +sacristie derrière l'abside ou la comprendre dans l'intérieur de +Notre-Dame, soit en occupant plusieurs chapelles, soit en modifiant +quelque partie du plan de l'église. + +L'emplacement situé derrière l'abside aurait l'inconvénient de masquer +l'un des points les plus beaux de l'église métropolitaine, et +éloignerait d'ailleurs les bâtimens de la sacristie du choeur, tellement +que le service serait toujours très difficile et deviendrait même +impossible les jours de fêtes, lorsque les bas-côtés sont remplis de +monde. + +Placer la sacristie dans l'intérieur même de Notre-Dame, ce serait +admettre que le plan de la basilique peut être modifié, et nous avons à +cet égard, repoussé toute idée de changement de l'ensemble ou des +détails de l'édifice. + +Quant à nous, nous avions déjà manifesté notre opinion à cet égard dans +le projet d'archevêché que nous avons eu l'honneur de soumettre à Votre +Excellence, en janvier 1842. À cette époque, comme aujourd'hui, nous +avons cru devoir nous en tenir à l'emplacement actuel comme le seul +possible. + +En agissant ainsi, nous nous sommes appuyés sur les dispositions +analogues des sacristies de Chartres, de la Sainte-Chapelle de +Paris[31], de celle de Vincennes, et de tant d'autres, toujours placées +sur le flanc du monument principal. Évidemment, ce parti est le seul qui +soit réellement dans le caractère de l'architecture gothique. On a +quelquefois parlé de déguiser, de masquer, autant que possible, cette +annexe indispensable, tout cela pour éviter de nuire à la symétrie du +monument; mais cette idée est tout-à-fait contraire à celle des +architectes gothiques, qui se sont toujours gardés de dissimuler un +besoin. C'est même grâce à cette liberté dans la composition de leurs +plans que ces artistes nous ont transmis des édifices aussi remarquables +par la variété motivée de leurs constructions que par la beauté de leurs +détails. + +[Note 31: Voir le _fac-simile_ d'un ancien dessin représentant la +sainte chapelle avec la sacristie, détruite sous Louis XVI.] + +Au reste, la disposition que nous proposons est celle qui a existé de +tout temps: et, pour construire la sacristie actuelle, Soufflot a +démoli, de ce côté, un passage qui communiquait avec l'ancienne +sacristie de la métropole, et tenait alors à l'évêché. La gravure que +nous avons fait exécuter, d'après une ancienne tapisserie du XVe siècle, +en donne la preuve, ainsi que plusieurs gravures d'Israël Sylvestre. + +[Illustration: LEVECHE NOSTRE-DAME] + +Le projet que nous avons aujourd'hui l'honneur de vous soumettre, +Monsieur le Ministre, n'est donc que l'étude en grand de la disposition +prise par nous dans notre projet d'archevêché. Nous avons choisi +l'emplacement actuel consacré par un long usage, parce qu'il est le plus +à proximité du choeur, et parce qu'il permet d'isoler ce bâtiment de +l'église, dont il ne masque qu'une faible partie, et sur un point qui, +d'ailleurs, l'a toujours été. + +Ce parti présente encore l'avantage de n'apporter aucun changement dans +la disposition générale du plan de Notre-Dame. + +Le choix de l'emplacement une fois arrêté, il nous restait encore à +résoudre la question du style à adopter pour cette annexe, si peu +importante relativement à l'ensemble de la cathédrale. Nous l'avouons, +Monsieur le Ministre, il ne nous a pas semblé possible d'hésiter un +instant; car nous avons la conviction qu'il fallait rester en harmonie +avec cette partie du monument. + +Il est évident que si l'on abandonne l'imitation de l'architecture de +Notre-Dame pour édifier une sacristie dans le style de notre époque, +autant vaut peut-être conserver celle de Soufflot en la complétant. + +Les formes de cette architecture ne sont certainement pas plus en +désaccord avec le monument que celles en usage aujourd'hui. Dans l'un et +l'autre cas, il est positif que ce serait là une tache sur le flanc de +Notre-Dame. Nous avons cru devoir considérer la sacristie comme partie +inhérente au monument, et, par conséquent, nous ne pouvions que nous +efforcer d'en imiter le style. + +Du reste, Monsieur le Ministre, nous avons fait tous nos efforts pour +satisfaire aux données du programme que vous avez bien voulu nous +adresser. Nous avons établi au rez-de-chaussée tous les services +journaliers de plein-pied avec le sol de l'église. Un grand vestibule et +le petit passage couvert permettraient aux processions de prendre leur +ordre avant d'entrer dans le choeur. Les latrines sont disposées le plus +en dehors possible du bâtiment, de manière à éviter la mauvaise odeur. +Une porte de service est réservée pour l'entrée directe du vin dans la +cave et pour la vidange de la fosse. Un large soupirail, donnant dans la +petite cour, du côté de l'ouest, permet l'introduction du bois et du +charbon qui seront nécessaires pour chauffer le calorifère établi dans +une des caves; enfin, l'escalier présente une communication facile du +grand vestibule à la salle capitulaire, qui, par son étendue, pourra, +dans certaines occasions solennelles, recevoir un grand concours de +monde: elle servira de bibliothèque et de lieu de réunion pour le +chapitre. + +Il nous reste, Monsieur le Ministre, à vous faire part des motifs qui +nous ont déterminés dans le choix des échelles adoptées pour l'exécution +des dessins. Nous avons pensé que l'échelle d'un centimètre pour un +mètre était celle qui convenait le mieux aux ensembles, d'abord parce +qu'elle est imposée par l'administration, puis parce qu'elle nous +permettait de saisir plus facilement l'aspect général de notre +restauration. Une échelle plus grande n'aurait pu l'être assez pour +faire voir dans les dessins de façades toutes les délicatesses de la +construction et de la forme, sous peine d'avoir des feuilles d'une +dimension démesurée et difficiles à embrasser d'un seul coup d'oeil. +Mais aussi, pour les détails, nous avons choisi une échelle beaucoup +plus grande, c'est-à-dire de quatre centimètres pour un mètre, ce qui +nous a permis d'indiquer d'une manière précise toutes les formes de +l'architecture et de l'ornementation des points importans que nous +proposons de restaurer. + +Quant à la dépense qu'entraînera l'exécution des travaux nécessaires +pour la restauration _complète_ de Notre-Dame et la construction d'une +sacristie neuve, nous avons cru devoir la prévoir aussi largement et +aussi complètement que possible; mais nous avons disposé nos devis de +façon à ce qu'il soit très facile d'établir toutes les coupures et +divisions que Votre Excellence pourra juger convenables pour fractionner +le travail. + +Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect, + + Monsieur le Ministre, + + De Votre Excellence, + + _Les très humbles et très obéissans serviteurs,_ + + LASSUS, VIOLLET-LEDUC. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Project de restauration de Notre-Dame +de Paris, by Jean-Baptiste Lassus and Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROJECT DE RESTAURATION DE *** + +***** This file should be named 18920-8.txt or 18920-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/8/9/2/18920/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Project de restauration de Notre-Dame de Paris + +Author: Jean-Baptiste Lassus and Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc + +Release Date: July 27, 2006 [EBook #18920] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROJECT DE RESTAURATION DE *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net + + + + + + +</pre> + + +<h2>PROJET DE RESTAURATION</h2> + +<h3>DE</h3> + +<h1>NOTRE-DAME DE PARIS</h1> + +<h3>Par MM. Lassus et Viollet-Leduc</h3> + +<hr style='width: 45%;' /> + +<h2>RAPPORT</h2> + +<h3><i>Adressé à M. le Ministre de la Justice et des Cultes,</i></h3> + +<h4>Annexé au projet de restauration, remis le 31 janvier 1845.</h4> + +<hr style='width: 45%;' /> + +<h3>PARIS.</h3> + +<h3>IMPRIMERIE DE M<sup>me</sup> DE LACOMBE,</h3> + +<h4>RUE D'ENGHIEN, 12.</h4> + +<h3>1843.</h3> +<hr style="width: 65%;" /> +<p><a name="table" id="table"></a></p> +<table summary="table"> +<tr><td> +<a href="#Premiere_Partie"><b>Première Partie.</b></a><br /> +<a href="#Deuxieme_Partie"><b>Deuxième Partie.</b></a><br /> +<a href="#Troisieme_Partie"><b>Troisième Partie.</b></a><br /> +<a href="#Quatrieme_Partie"><b>Quatrième Partie.</b></a><br /> +</td></tr> +</table> + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2>NOTRE-DAME DE PARIS.</h2> +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="Premiere_Partie" id="Premiere_Partie"></a><a href="#table">Première Partie.</a></h2> + +<h3>Considérations générales sur le système de la Restauration.</h3> + +<p><span style="margin-left: 8em;">MONSIEUR LE MINISTRE,</span></p> + +<p>En nous chargeant de la rédaction du projet de restauration de la +cathédrale de Paris, nous ne nous sommes dissimulé, ni l'importance de +la tâche que vous vouliez bien nous confier, ni la gravité des questions +et des difficultés que nous aurions à résoudre.</p> + +<p>Dans un semblable travail on ne saurait agir avec trop de prudence et de +discrétion; et nous le disons les premiers, une restauration peut être +plus désastreuse pour un monument que les ravages des siècles et les +fureurs populaires! car le temps et les révolutions détruisent, mais +n'ajoutent rien. Au contraire, une restauration peut, en ajoutant de +nouvelles formes, faire disparaître une foule de vestiges, dont la +rareté et l'état de vétusté augmentent même l'intérêt.</p> + +<p>Dans ce cas, on ne sait vraiment ce qu'il y a de plus à craindre, ou de +l'incurie qui laisse tomber à terre ce qui menace ruine, ou de ce zèle +ignorant qui ajoute, retranche, complète, et finit par transformer un +monument ancien en un monument neuf, dépouillé de tout intérêt +historique.</p> + +<p>Aussi comprend-on parfaitement qu'à la vue de semblables dangers, +l'archéologie se soit émue, et que des hommes entièrement dévoués à la +conservation de nos monumens, aient dit: «En principe, il ne faut pas +restaurer; soutenez, consolidez, remplacez, comme à l'arc d'Orange, la +pierre entièrement rongée par de la pierre neuve, mais gardez-vous d'y +tailler des moulures ou des sculptures.»</p> + +<p>Nous comprenons la rigueur de ces principes, nous les acceptons +complètement, mais seulement, lorsqu'il s'agira d'une ruine curieuse, +sans destination, et sans utilité actuelle.</p> + +<p>Car ils nous paraîtraient fort exagérés dans la restauration d'un +édifice dont l'utilité est encore aussi réelle, aussi incontestable +aujourd'hui, qu'au jour de son achèvement; d'une église, enfin, élevée +par une religion dont l'immuabilité est un des principes fondamentaux. +Dans ce cas, il faut non seulement que l'artiste s'attache à soutenir, +consolider et conserver; mais encore il doit faire tous ses efforts pour +rendre à l'édifice, par des restaurations prudentes, la richesse et +l'éclat dont il a été dépouillé. C'est ainsi qu'il pourra conserver à la +postérité l'unité d'aspect et l'intérêt des détails du monument qui lui +aura été confié.</p> + +<p>Cependant, nous sommes loin de vouloir dire qu'il est nécessaire de +faire disparaître toutes les additions postérieures à la construction +primitive et de ramener le monument à sa première forme; nous pensons, +au contraire, que chaque partie ajoutée, à quelque époque que ce soit, +doit, en principe, être conservée, consolidée et restaurée dans le style +qui lui est propre, et cela avec une religieuse discrétion, avec une +abnégation complète de toute opinion personnelle.</p> + +<p>L'artiste doit s'effacer entièrement, oublier ses goûts, ses instincts, +pour étudier son sujet, pour retrouver et suivre la pensée qui a présidé +à l'exécution de l'œuvre qu'il veut restaurer; car il ne s'agit pas, +dans ce cas, de faire de l'art, mais seulement de se soumettre à l'art +d'une époque qui n'est plus. Sous peine d'être entraîné, malgré lui, +dans les voies les plus dangereuses, l'artiste doit reproduire +scrupuleusement non seulement ce qui peut lui paraître défectueux au +point de vue de l'art, mais même, nous ne craignons pas de le dire, au +point de vue de la construction. En effet, la construction se trouve +essentiellement liée à la forme, et le moindre changement dans cette +partie si importante de l'architecture gothique en entraîne bientôt un +autre, puis un autre encore, et, de proche en proche, on est amené à +modifier complètement le système primitif de construction pour lui en +substituer un moderne; et cela trop souvent aux dépens de la forme. +D'ailleurs, en agissant ainsi, on détruit une des curieuses pages de +l'histoire de l'art de bâtir, et plus la prétendue amélioration est +réelle, plus le mensonge historique est flagrant.</p> + +<p>Ce que nous disons pour la conservation du système de construction, nous +le dirons aussi pour la conservation rigoureuse des matériaux employés +dans les formes primitives, d'abord dans l'intérêt historique, et +surtout dans l'intérêt de l'art; car, en changeant la matière, il est +impossible de conserver la forme; ainsi, la fonte ne peut pas plus +reproduire l'aspect de la pierre que le fer ne peut se prêter à rendre +celui du bois. Au reste, il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un +coup d'œil sur les essais qui ont été tentés dans ce sens, soit à +Rouen, pour la flèche de la cathédrale, soit à Séez, pour les pyramides +des contreforts, soit à Rheims, pour la chapelle de l'archevêché. +Partout enfin où la fonte a remplacé la pierre, l'œil le moins exercé +ne peut s'y tromper. À Rouen, comme à Séez et à Rheims, la fonte n'a pu +reproduire que des formes dépouillées, tandis que les moulures et les +sculptures en pierre de ces monumens sont refouillées au ciseau et +impossibles à mouler d'une seule pièce. Mais ce ne sont là que de +faibles inconvéniens relativement à ceux bien plus graves que la fonte +offre sous le rapport de la solidité. En effet, sans parler du poids, +qui est beaucoup plus considérable qu'on avait pu le prévoir avant +l'exécution de grandes pièces, un brusque changement de température, une +commotion atmosphérique, suffisent pour briser la fonte fragile comme du +verre. De plus, cette matière non seulement ne se marie jamais avec la +pierre, mais elle est pour cette dernière une cause incessante de ruine, +par l'oxidation que l'on ne peut jamais empêcher. Comme couleur, nous +n'avons pas besoin de dire que la fonte ne peut jamais reproduire celle +de la pierre, puisque, lors même qu'on la couvre d'une couche épaisse de +peinture, l'oxide rouge du fer la détruit si promptement qu'il faut +continuellement la renouveler. Quant à la raison d'économie, elle tombe +facilement devant les résultats de l'expérience et les calculs que nous +donnons plus bas<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<p>Un autre mode de restauration, tenté depuis quelques années, présente un +résultat encore plus déplorable; nous voulons parler des mastics, +cimens, et enfin toutes matières étrangères à la pierre, avec laquelle +on a vainement essayé de les souder à l'aide de moyens toujours +destructifs. L'application de ces cimens nécessite d'abord la +dégradation de toutes les parties que l'on veut restaurer, plus l'emploi +du fer, nouvelle cause de ruine, et tout cela, pour arriver à un +résultat qui n'offre aucune chance de durée, et qui ne laisse après lui +aucun vestige de ce qui existait d'abord. Admettant même que le moyen +soit durable, l'aspect du mastic ne sera jamais celui de la pierre; +difficile à employer, d'une sécheresse qui ne peut rendre, ni la +franchise, ni le grain de la pierre, cette matière conservera toujours +son apparence de pâte modelée. Ce que nous venons de dire, l'expérience +l'a prouvé. Partout où ils ont été employés, ces cimens se détachent de +la pierre, se gercent, se décomposent à l'air: que restera-t-il alors +qu'ils seront tombés?</p> + +<p>Mais on ne s'est pas borné à restaurer de la sculpture par ce moyen, on +a été jusqu'à remplacer de la vieille pierre par de la neuve, sur +laquelle on a collé des ornemens en mastic! Dans ce cas, nous pensons +que la raison d'économie était surtout invoquée. Eh bien! la sculpture +dans la pierre tendre n'est pas plus chère que de la sculpture en +ciment, et l'ouvrier habile préfère toujours le travail de la pierre. Il +n'y a donc que la différence du prix de la matière, mais cette +différence n'est pas à l'avantage du ciment, si l'on compte, et les +crampons qu'il faut employer, et la difficulté de sceller, et la perte +d'une grande partie de ce ciment, qui ne peut être employé que frais.</p> + +<p>Ces motifs, Monsieur le Ministre, sont plus que suffisans pour que nous +croyions devoir rejeter entièrement l'emploi de la fonte, du mastic et +de toutes les matières étrangères à la construction primitive, dans le +projet de restauration que nous avons l'honneur de vous soumettre.</p> + +<p>Quant à la restauration des bas-reliefs qui ornent extérieurement et +intérieurement la cathédrale de Paris, nous croyons qu'il est impossible +de l'exécuter dans le style de l'époque, et nous sommes convaincus que +l'état de mutilation, peu grave d'ailleurs, dans lequel ils se trouvent, +est de beaucoup préférable à une apparence de restauration, qui ne +serait que très éloignée de leur caractère primitif; car, quel est le +sculpteur qui pourrait retrouver, au bout de son ciseau, cette naïveté +des siècles passés! Nous pensons donc que le remplacement de toutes les +statues qui ornaient les portails, la galerie des rois, et les +contreforts, ne peut être exécuté qu'à l'aide de copies de statues +existantes dans d'autres monumens analogues, et de la même époque. Les +modèles ne manquent pas à Chartres, à Rheims, à Amiens, et dans tant +d'autres églises qui couvrent le sol de la France. Ces mêmes cathédrale +nous offriront aussi les modèles des vitraux qu'il faudra replacer à +Notre-Dame, modèles qu'il serait impossible d'imiter, et qu'il est +beaucoup plus sage de copier.</p> + +<p>Les principes que nous venons d'émettre, applicables, suivant nous, à +toute restauration, ne sauraient être oubliés, lorsqu'il s'agit d'un +monument aussi important que la cathédrale de Paris, de ce remarquable +édifice placé au centre de la capitale, sous les yeux de l'autorité, +visité chaque jour par tout ce qu'il y a de personnes intelligentes et +éclairées. Là, il ne faut ni hésiter, ni faire d'expériences, mais +marcher d'un pas sûr, ne rien risquer, réussir enfin. Pour arriver à ce +résultat, il était nécessaire de déchiffrer les textes, de consulter +tous les documens qui existent sur la construction de cet édifice, tant +descriptifs que graphiques, d'étudier surtout les caractères +archéologiques du monument, enfin de recueillir les traditions souvent +si précieuses.</p> + +<p>C'est ainsi que nous avons suivi l'édification lente de Notre-Dame, dont +nous avons restauré chaque partie d'après l'époque qui lui est propre, +et c'est par ces études sérieuses que nous avons pu constater les +différentes phases de sa construction depuis le XII<sup>e</sup> jusqu'au XIV<sup>e</sup> +siècle. Nous avons reconnu les changemens considérables apportés dans la +disposition des fenêtres de la nef et du chœur, l'adjonction des +chapelles exécutées autour de l'abside dans le XIV<sup>e</sup> siècle, ainsi que la +construction de celles élevées à la fin du XIII<sup>e</sup> siècle entre les +contreforts de la nef. Le plan de Turgot et les traces encore existantes +nous ont permis de rétablir la décoration extérieure de ces chapelles, +c'est avec le texte de Corrozet, et les fragmens en place que nous avons +refait les têtes d'éperons de la nef.</p> + +<p>L'ancien dessin<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a> dont nous donnons la gravure en tête de ce rapport, +et quelque descriptions<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a> nous ont servi de guide pour la restauration +de la grande porte de la façade occidentale. Puis, c'est à l'aide +d'anciennes gravures, et surtout du précieux dessin de feu Garneray, que +nous avons réédifié la flèche centrale. Enfin le texte de Sauval, +confirmé par une fouille que nous avons relevée à l'époque des +cérémonies funèbres du Prince royal, nous a permis de constater le +niveau du sol ancien du parvis de Notre-Dame, et la disposition des +treize marches indiquées par tous les historiens.</p> + +<p>Nous donnons ici le profil de la fouille.</p> + +<div class="center"> +<img src="images/001.png" width="30%" alt="image" /></div> + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="Deuxieme_Partie" id="Deuxieme_Partie"></a><a href="#table">Deuxième Partie.</a></h2> + +<p><b>Description historique de la cathédrale de Paris, depuis l'époque de sa +construction jusqu'à nos jours.</b></p> + + +<p>Ainsi que nous venons d'avoir l'honneur de le dire, monsieur le +Ministre, cette partie importante et difficile de notre travail a +nécessité le dépouillement de tous les textes, de tous les renseignemens +graphiques et historiques relatifs à la cathédrale de Paris, mais c'est +surtout par l'étude sérieuse du monument, par l'examen archéologique des +formes qui le caractérisent, qu'il était possible d'arriver à +connaissance parfaite des différentes phases de sa construction.</p> + +<p>Il fallait que cette analyse minutieuse vint expliquer, compléter, et +souvent même rectifier les opinions résultant de l'examen des textes +seuls; car souvent un texte peut se prêter à des interprétations +diverses, ou paraître inintelligible, tandis que les caractères +archéologiques sont là, comme autant de dates irrécusables, gravées sur +l'ensemble et jusque sur les moindres détails du monument.</p> + +<p>Il suffira de citer un exemple bien frappant, pris dans le monument même +qui fait l'objet de ce travail. Si l'on s'en rapportait seulement aux +textes, il faudrait admettre que la porte rouge, côté du nord, a été +bâtie dans le XV<sup>e</sup> siècle. Or, cette porte est évidemment du XIV<sup>e</sup>, et du +commencement. Le caractère de son architecture, et la vigueur de +l'ornementation ne permettent aucun doute à cet égard. Dans cette +immense cathédrale, on distingue trois grandes époques, et cependant les +adjonctions qui, pendant trois siècles, sont venues se souder aux +premières constructions, n'ont pas ôté à l'édifice une certaine unité, +une grandeur de conception bien rares dans des monumens élevés avec tant +de lenteur.</p> + +<p>La partie la plus ancienne de l'église Notre-Dame est bâtie par Maurice +de Sully, dans la seconde moitié du XII<sup>e</sup> siècle; avant lui, les +constructions n'étaient arrivées qu'au niveau du sol. Cet évêque employa +toute sa fortune à la construction du chœur et d'une partie de la nef.</p> + +<p>Plusieurs auteurs<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a> et la tradition disent que Notre-Dame est bâtie sur +pilotis, et cependant, en 1699, des fouilles faites à l'occasion de la +construction du tour du chœur en marbre, et du maître-autel, prouvèrent +que cette opinion est erronée<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>. Ce qui fut encore confirmé par +d'autres fouilles exécutées en 1774<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<p>Maurice de Sully, qui mourut en 1196, laissa 5,000 livres pour couvrir +le chœur en plomb; ainsi, à cette époque, le chœur était entièrement +terminé. Après lui, les constructions furent heureusement continuées +suivant les premières dispositions, pendant assez de temps pour +permettre l'achèvement du vaisseau.</p> + +<p>L'église de Maurice de Sully forme comme le noyau de la cathédrale de +Paris, et il est facile encore de la distinguer malgré la richesse de la +décoration dont les XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles sont venus l'envelopper. Ainsi +que nous le prouvons plus loin, c'est aux premières années du XIII<sup>e</sup> +siècle que l'on doit faire remonter la construction de la magnifique +façade occidentale, celle des éperons et des galeries de la nef, ainsi +que l'arrangement des grandes fenêtres, et c'est encore dans la seconde +moitié de ce siècle que furent ajoutées les chapelles de la nef. Enfin +les deux façades des transcepts, les chapelles du chœur, et une grande +partie des arcs-boutans appartiennent au XIV<sup>e</sup> siècle.</p> + +<p>Un fait assez rare et qui peut être observé à Notre-Dame, c'est que les +XV<sup>e</sup>, XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles n'ont rien ajouté à cette église déjà +complète.</p> + +<p>Les grosses colonnes rondes intérieures, les galeries supérieures du +chœur et les grandes parties de murs élevés sur ces galeries +appartiennent à la construction primitive. Alors ces murs étaient percés +de fenêtres beaucoup moins longues que celles qu'on y voit aujourd'hui, +quoi qu'elles aient conservé leurs colonnettes et arcs anciens. Deux de +ces fenêtres à doubles biseaux se voient encore à l'entrée de la nef. +Par leur élévation au-dessus des galeries, elles avaient permis la +construction d'un comble d'une seule pente, dont on voit encore la trace +le long du mur de la tour; les filets et les jets d'eau existent encore +sur toute la face méridionale, et les deux grands éperons qui viennent +maintenir les deux extrémités du transcept étaient destinés, en même +temps qu'ils contrebutaient, à former les pignons de ces combles. Les +grandes fenêtres que l'on y voit les éclairaient ainsi que les galerie. +Cette disposition, plus simple que celle actuelle, laissait +intérieurement au-dessus de l'arcature des galeries supérieures, un +grand espace vide destiné peut-être à recevoir des peintures.</p> + +<p>Le chœur conserve, au-dessous de la corniche actuelle, une large +ceinture de damiers qui tiennent à la construction primitive. Quant aux +arcs-boutans, ils étaient probablement comme les deux qui existent +encore contre les murs du chœur, côté du midi, couvert de dalles, ornés +d'une dentelure peu saillante. Soit que les fonds aient manqué, soit que +l'architecte ait, après la mort de Maurice de Sully, changé la +disposition première, les galeries supérieures n'ont pas été terminées.</p> + +<p>Des arcs doubleaux, engagés dans les murs qui les ferment aujourd'hui, +feraient penser que ces galeries devaient être doubles comme les +bas-côtés; quoi qu'il en soit, elles ont été bouchées provisoirement, et +avec assez peu de soin, lorsque dans le XIII<sup>e</sup> siècle les travaux furent +repris avec une grande activité.</p> + +<p>Du reste, il y a cela de remarquable dans cette première construction de +l'église Notre-Dame, depuis 1161 jusqu'en 1196, mort de Maurice, que +pendant cette période on peut suivre une des transitions les plus +curieuses de l'art chrétien.</p> + +<p>Le chœur, par lequel l'évêque fondateur commença son œuvre, est encore +empreint du caractère roman, et la nef construite à la fin de sa vie, ou +peu de temps après sa mort, est déjà soumise au goût gothique.</p> + +<p>Un fait intéressant nous donne la date de la construction de la belle +façade occidentale.</p> + +<p>Lebœuf nous apprend que c'est en 1218 que l'on abattit la vieille +église St-Étienne, qui gênait la construction de la partie méridionale +de la nouvelle basilique, et que le bas-relief du tympan de la porte +Ste-Anne, sur la façade de Notre-Dame, provient de cette vieille église, +ainsi que les statues qui décoraient le parvis de cette porte avant +1793<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<p>L'année de la démolition de l'église Saint-Étienne, et le replacement +des sculptures qui la décoraient, à la porte Sainte-Anne, nous donnent +la date positive de la construction de la façade occidentale de +Notre-Dame, ce qui du reste s'accorde parfaitement avec le caractère +architectonique de cette façade. Malheureusement, des statues si +curieuses, qui ornaient cette porte, il ne reste plus que celle de +Saint-Marcel, restaurée maladroitement en 1818.</p> + +<p>Nous pouvons donc regarder la façade occidentale de la cathédrale de +Paris comme bâtie dans la première moitié du XIII<sup>e</sup> siècle; son style est +plein de grandeur et d'unité; la similitude des profils qui la décorent +depuis le bas jusqu'au sommet des Tours, ne peut pas laisser douter +qu'elle n'ait été construite d'un seul jet, et sans interruption. +Cependant les tours restèrent inachevées, les flèches en pierre qui +devaient les terminer, et dont on voit parfaitement la naissance dans la +construction intérieure, ne furent pas élevées.</p> + +<p>Le style particulier à cette façade se retrouve encore dans la grande +corniche qui pourtourne l'édifice, et dans les éperons de la nef.</p> + +<p>La flêche en bois, revêtue de plomb, qui s'élevait sur le comble au +milieu du transcept, devait être aussi, d'après les dessins et gravures +qui seuls peuvent nous en donner une idée, de l'époque de la façade, +ainsi que toute la charpente du grand comble. Un chapiteau fort curieux, +taillé dans le poinçon qui existe encore au centre de la souche de cette +flèche, suffit pour fixer d'une manière précise l'époque de sa +construction, ainsi celle de la charpente, évidemment du XIII<sup>e</sup> siècle. +Cette flêche, qui contenait six cloches, fut détruite en 1793.</p> + +<p>C'est après la construction de la façade occidentale, et vers le milieu +du XIII<sup>e</sup> siècle que des modifications graves furent apportées à la +basilique de Maurice de Sully. Les fenêtres de la nef et du chœur, dont +nous avons déjà parlé, furent alors élargies et allongées jusque sur +l'arcature des galeries, et des meneaux furent placés dans ces fenêtres +avec assez peu de goût. Cette nouvelle disposition eut cela de fâcheux, +qu'elle fit substituer aux combles simples qui couvraient les galeries +des terrasses avec doubles cheneaux, qui entretiennent une humidité +constante sur les voûtes.</p> + +<p>Là commencent déjà les mutilations innombrables que Notre-Dame a subies +depuis, car ces grandes fenêtres ogivales, non concentriques avec les +anciennes, outre qu'elles ne sont pas en proportion avec tout ce qui les +entoure, sont une cause de ruine pour l'édifice, et à laquelle il est +difficile d'apporter un remède efficace.</p> + +<p>Soit que les portails des transcepts n'aient pas été achevés ou même +construits par Maurice de Sully, soit que leur décoration ne fût plus +dans le goût du XIII<sup>e</sup> siècle, soit que les fenêtres de la nef et du +chœur ayant déjà été agrandies, fissent paraître trop petits les jours +du transcept, c'est en 1257, sous le règne de Saint-Louis, que Regnault +de Corbeil, évêque de Paris, fit élever ou refaire par maître Jean de +Chelles le portail méridional du transcept, ainsi que le constate +l'inscription curieuse que l'on y voit encore, malgré toutes les +mutilations qu'elle subit chaque jour<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>. Tout le premier système +d'architecture fut modifié, et des roses furent substituées aux +fenêtres.</p> + +<p>Jusqu'en 1270, les bas côtés de la cathédrale n'étaient pas ornés de +chapelles, cette disposition plus simple et plus grandiose fut +abandonnée à cette époque. Jean de Paris, archidiacre de Soissons, mort +vers 1270, légua cent livres tournois pour élever ces chapelles<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a> qui +furent construites entre les contreforts, et ornées extérieurement de +pignons et statues<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>. Il est probable que les chapelles qui sont au +commencement du chœur furent construites, sinon à la même époque que +celles des bas-côtés de la nef, du moins peu de temps après celles-ci, +car elles présentent les mêmes caractères.</p> + +<p>Le portail septentrional fut bâti cinquante ans après celui du midi, +c'est-à-dire vers l'an 1312 ou 1313. Philippe-le-Bel employa à sa +construction une partie des biens des Templiers, après la suppression de +l'ordre. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la construction de la +porte rouge doit être de cette époque, quoique le docteur Grancolas dans +son histoire abrégée de l'église et de l'université de Paris, prétende +qu'elle ait été bâtie par Jean-Sans-Peur, depuis 1404 jusqu'en 1419:</p> + +<p>Les chapelles qui font le tour du chœur ainsi que les fenêtres qui +décorent la galerie supérieure dans cette partie de l'édifice sont du +commencement du XIV<sup>e</sup> siècle. Cette époque fit pour les fenêtres de la +galerie ce qui avait été fait dans le XIII<sup>e</sup> siècle pour les grandes +fenêtres; et tous les inconvéniens causés par les eaux pluviales sur les +galeries supérieures, se reproduisent sur les voûtes des chapelles du +chœur. Les actes de fondation de quelques-unes de ces chapelles, faits +en 1324, donnent l'époque de leur fondation, qui s'accordent +parfaitement avec leur caractère archéologique<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<p>Intérieurement, les XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècle dominent, l'importance de la +nef laisse à peine apercevoir toutes les constructions faites dans le +XIV<sup>e</sup> siècle.</p> + +<p>Il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie des bas-reliefs qui ornaient +le tour du chœur, ceux qui se trouvaient dans le rond-point ont été +détruits ainsi que le jubé qui en fermait l'entrée. Une inscription +placée du côté du nord, au-dessus d'une figure d'homme à genoux, donnait +la date de cette charmante imagerie<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<p>Le père Dubreul nous donne des renseignemens curieux sur cette partie +intéressante de l'ornementation de Notre-Dame, dont il ne reste que les +portions adossées aux stalles<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<p>Il existe un procès-verbal, daté de 1699, de la démolition de l'ancien +autel qui indique d'une manière fort exacte la disposition si +intéressante de cet autel, de ce qui l'entourait, sa décoration, et +jusqu'aux plus menus détails. Ce procès-verbal décrit aussi très +minutieusement et la châsse de Saint-Marcel, qui était placée derrière +le maître-autel avec son riche dais supporté par quatre colonnes de +cuivre, et le petit autel des ardens, placé derrière cette châsse<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<p>Trois siècles avaient travaillé à l'achèvement de cette reine des +cathédrales de France, trois siècles avaient jeté dans ce grand monument +tout ce qu'ils avaient pu réunir de plus riche; tout leur art, toute +leur science. Trois siècles enfin étaient parvenus a parfaire l'œuvre +commencée par le pieux évêque Maurice de Sully. Le monument était +complet. Pourquoi ne pas l'avoir conservé ainsi? À partir du XIII<sup>e</sup> +siècle ce n'est plus, pour l'église Notre-Dame, qu'une suite de +mutilations, de changemens sous prétexte d'embellissemens.</p> + +<p>De cette époque, ce ne sont plus tant les intempéries des saisons qui +détruisent une si belle œuvre que la main des hommes.</p> + +<p>Lorsqu'on énumère cette suite de destructions, on ne comprend pas +comment il reste encore de si beaux vestiges de l'ancien édifice. Nous +allons passer rapidement sur tous ces actes de vandalisme que notre +époque veut enfin réparer.</p> + +<p>En 1507, le parlement ordonna que la rue qui conduit du pont Notre-Dame +au Petit-Pont, serait remblayée jusqu'à dix pieds de hauteur, attendu +qu'il fallait <i>trop descendre</i> pour arriver à Notre-Dame, et <i>trop +monter</i> pour y entrer<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>. Ainsi furent enterrées les 13 marches qui +précédaient les portes de la façade occidentale. Peu après, le sol du +parvis finit par atteindre celui de l'église, et même par le dépasser. +En 1699, l'exécution par Louis XIV du vœu de Louis XIII, fit détruire +les bas-reliefs du rond-point, l'ancien maître-autel, les stalles en +boiseries du XIV<sup>e</sup> siècle, le dais de la châsse Saint-Marcel et l'autel +des ardens. Cette charmante décoration, dont quelques rares dessins, +tapisseries et gravures nous ont laissé l'aspect, fut remplacée par la +lourde architecture qui nous cache les belles colonnes du chœur. En +1725, le cardinal de Noailles fit refaire intérieurement la rose, une +partie du pignon et les clochetons du côté du midi, en modifiant tous +les profils et ornemens.</p> + +<p>Ce prélat, plein d'un zèle fatal au monument, fit abattre les saillies +et gargouilles qui ornaient les contreforts, et qui servaient à jeter +les eaux pluviales; il les fit remplacer par des tuyaux en plomb.</p> + +<p>L'ancien jubé, dont l'ensemble est indiqué dans une gravure de Viator et +quelques fragmens dans un dessin curieux<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>, fut détruit par le +cardinal de Noailles, qui le fit remplacer par une lourde décoration +dont la révolution de 1789 a fait justice. C'est à cette époque que +l'église fut <i>badigeonnée</i> pour la première fois! Cet archevêque de +Paris, nous devons lui rendre cette justice, ne borna pas ses soins à +<i>embellir</i>, suivant le goût de son époque, l'église de Notre-Dame. En +1726, il fit refaire toute la couverture en plomb<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>, quelques parties +de la grande charpente, plusieurs arcs-boutans, les galeries, +terrasses, et reconstruire la grande voûte de la croisée qui menaçait +ruine.</p> + +<p>En 1741, les vitraux peints des fenêtres de la nef, qui représentaient +des évoques et personnages de l'ancien testament, furent détruits. En +1753, on enleva également ceux du sanctuaire qui représentaient le +Christ entre la Vierge et saint Jean-Baptiste.</p> + +<p>Le chapitre de Notre-Dame fit briser ces verrières, dont le père Dubreul +parle comme d'une merveille; ce fut un certain <i>Le Viel, +maître-vitrier</i>, fort versé dans la théorie de la <i>peinture sur verre</i>, +auteur d'un <i>Traité pratique et historique</i> sur cet art<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>, qui fut +chargé de remplacer cette magnifique décoration par des verres blancs, +entourés de bordures fleurdelisées. Nous ne savons si le sieur Le Viel +comprenait ainsi la <i>partie pratique et historique de son art</i>; mais ce +qu'il y a de curieux, c'est que ce malheureux ouvrier fut tellement +satisfait de son œuvre de destruction, qu'il peignit sur l'une des +verrières une longue inscription latine, dans laquelle il dit +pompeusement que les vitraux ont été refaits en verres blancs de France, +et les bordures en verres bleus de Bohême; il termine ainsi: «Le tout +fait et peint par Pierre et Jean Le Viel frères, maîtres-vitriers à +Paris.»</p> + +<p>Nous ne comprenons pas ce que le mot peint peut avoir à faire ici. Cet +acte de barbarie fut malheureusement répété bien des fois, à cette +époque, dans nos cathédrales. Les chapitres voulurent trouver leurs +églises trop sombres; à Chartres, à Paris, à Reims, et dans cent autres +édifices, les verres blancs remplacèrent les verrières peintes, et le +badigeonnage acheva d'enlever à nos temples leur mystérieuse obscurité. +Mais, à Notre-Dame, on ne se contenta pas de briser les vitraux; les +meneaux des grandes croisées furent encore recoupés, retaillés de la +façon la plus déplorable, sans doute pour donner plus d'éclat et de +développement aux nouveaux <i>vitraux peints</i> des sieurs Leviel.</p> + +<p>Ce fut probablement peu de temps après cette dernière destruction que +fut enlevé le curieux vitrail du XIV<sup>e</sup> siècle, placé dans la chapelle +d'Harcourt<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<p>Nous voici arrivés à l'une des mutilations les plus importantes de +l'église Notre-Dame; nous voulons parler de celle qu'a subie la porte +principale du portail actuel. Ce fut le 1<sup>er</sup> juillet 1771 que Soufflot +posa la première pierre de la nouvelle construction, chose monstrueuse +qui coûta la destruction de la figure du Christ, posée sur le trumeau du +milieu, et d'une partie du beau bas-relief représentant le Jugement +dernier. Cet architecte avait déjà marqué son passage à Notre-Dame, en +1756, par la construction de la nouvelle sacristie, qui vient si +lourdement s'accoler aux chapelles méridionales de la cathédrale. C'est +vers la même époque, en 1766, que fut construite la grande cave +pratiquée sous la nef depuis les piliers de la tour jusqu'à ceux du +transcept. En 1772, le chapitre fait restaurer à ses frais plusieurs des +figures qui décorent les voussures de la porte de la Vierge, sur la +façade occidentale<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>. À partir de cette époque, les destructions +deviennent si fréquentes jusqu'à nos jours, que nous avons peiné à les +classer.</p> + +<p>Le dallage du chœur est remplacé de 1769 à 1775, ainsi que celui de la +nef et des bas-côtés. En faisant cette opération, on élève le sol de +l'église, et les bases des colonnes sont plaquées en marbre de +Languedoc. Déjà, en 1699, en fondant le maître-autel, on avait constaté +l'existence de deux dallages superposés, dont l'un était composé de +petits carreaux octogones en marbre blanc; ainsi, le sol actuel de +l'église doit être beaucoup plus élevé que l'ancien. C'est en 1771 que +fut posée la grille qui se voyait devant le portail occidental.</p> + +<p>En 1773, l'architecte Boulland supprime toute la décoration du mur des +chapelles de la nef, du côté méridional, et la remplace par un mur lisse +surmonté d'un cheneau<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + +<p>En 1780, on badigeonne de nouveau toute l'église, et la statue colossale +de saint Christophe, placée devant le premier pilier à droite en +entrant, est enlevée et détruite.</p> + +<p>En 1782, le chapitre fait remplacer le petit pavé de grès qui formait le +sol de la galerie de la Vierge par un dallage en liais; puis les +arcs-boutans du chœur, du côté du midi, sont engagés dans une lourde +maçonnerie qui, faite dans le but de les consolider, les entraîne vers +une ruine certaine.</p> + +<p>En 1787, la façade occidentale<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a> est livrée à un sieur Parvy, +architecte, qui imagina un moyen de restauration fort simple: il prit le +parti de couper toutes les saillies, gargouilles, moulures, colonnes +mêmes, chapiteaux, enfin, tout ce qui pouvait présenter quelques +difficultés à réparer. Cet architecte parvint encore à enlever à la +grande galerie à jour toute son élégance, en bouchant les trèfles de son +arcature avec de mauvaises dalles. Ce fut lui qui fit couper à vif tous +les ornemens et moulures qui décoraient la grande rose de cette façade; +qui reconstruisit, en la dénaturant, l'une des galeries de la cour des +réservoirs, et qui, par une raison impossible à deviner, transforma +toute l'arcature de la grande galerie, du côté de cette cour, en un +parement lisse.</p> + +<p>Ces dévastations n'étaient que le prélude de celles que la révolution de +1789 devait faire subir à Notre-Dame de Paris.</p> + +<p>Des câbles, attachés aux statues de rois qui décoraient la galerie +occidentale, les arrachèrent de leurs niches séculaires. Les saints, les +apôtres des façades, furent jetés sur la place. Un grand nombre de ces +débris resta long-temps après la révolution amoncelé le long des +chapelles du nord. Les statues du portail méridional furent ensevelies +pour servir de bornes rue de la Santé. L'un de nous en constata +l'existence en décembre 1839, et les fit transporter, aux frais de la +ville, au Palais des Thermes.</p> + +<p>Les sépultures et monumens votifs intérieurs furent brisés et enlevés. +Quelques-uns de ces fragmens, déposés au musée des Petits-Augustins, +furent, depuis, transportés à Saint-Denis et à Versailles. Il serait +peut-être à désirer que ces objets fussent rendus à la cathédrale +dépouillée; dans tous les cas, nous en donnons ici une note exacte<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<p>Tout le sol du chœur était pavé de tombes de cuivre très remarquables; +elles furent détruites et fondues, ainsi que la curieuse statue équestre +de Philippe-le-Bel. Les cercueils en plomb servirent à faire des balles; +enfin, le trésor, dont il ne reste que quelques morceaux, fut jeté dans +le creuset de la Monnaie ou dispersé.</p> + +<p>Retracer toutes ces dévastations est une chose impossible; et, +d'ailleurs, qui ne se les rappelle ou n'a entendu les raconter cent +fois?</p> + +<p>La belle flèche en bois du XIII<sup>e</sup> siècle ne résista pas à l'orage +révolutionnaire, elle fut abattue, les plombs fondus, et aujourd'hui le +milieu du transcept n'en laisse plus voir que la souche mutilée. La +vieille basilique chrétienne, ainsi dépouillée de tout ce que la +religion y avait réuni pendant six cents ans, devint un temple à la +<i>Raison</i>.</p> + +<p>Depuis cette époque, des modifications sérieuses furent encore apportées +aux anciennes constructions. En 1809, un jubé en marbre, orné d'abeilles +de bronze doré, et des grilles d'une belle exécution, en fer poli, et +enrichies de cuivre, furent posées autour et devant le chœur. En 1811, +on fit placer à toutes les fenêtres des chapelles des grilles en fer, +qui masquent les meneaux de la manière la plus fâcheuse.</p> + +<p>En 1812 et 1813, le mur des chapelles de la nef, côté septentrional, fut +refait, les pignons en mauvais état furent remplacés par des frontons +qui n'appartiennent à aucune époque. La corniche ancienne fut déposée et +reposée dans de nouvelles conditions; les gargouilles supprimées et +remplacées par des tuyaux de descente, les arcatures des fenêtres +coupées à vif et modifiées, les gargouilles des piscines brisées, et les +murs incrustés de pierres neuves. Le portail du nord ne fut pas plus +respecté, des restaurations sans nom modifièrent entièrement le +caractère de son ornementation. Cette façade est aujourd'hui d'un effet +déplorable.</p> + +<p>En 1817, un des arcs-boutans du chœur, côté du midi, est restauré à +neuf, sans tenir compte de l'ancien appareil.</p> + +<p>En 1818, la chapelle de l'extrémité du chœur est modifiée, la fenêtre +centrale est bouchée par une niche portée extérieurement sur une trompe. +Ce changement fait à l'abside, au point le plus en vue, est une tache +choquante sur la gracieuse ceinture des chapelles qui entourent le +chœur.</p> + +<p>C'est à la même époque, en nettoyant les figures de la porte de la +Vierge, que l'on découvrit des traces de peinture et de dorure +parfaitement conservées<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<p>En 1819, la chapelle de la Vierge est décorée; elle se composait de +trois chapelles dédiées à saint Louis, à saint Rigobert, et à saint +Nicaise. Dans cette dernière se voyait l'apothéose de saint Nicaise, +peinte sur le mur. Cette peinture a été détruite, ou peut-être cachée +seulement par le badigeon. À l'entrée de cette chapelle se voyait la +statue de Matiffas de Bucy, évêque de Paris, puis de Soissons. Cette +statue, exhumée depuis peu des caveaux de la sacristie, était placée sur +un socle orné d'une inscription.</p> + +<p>En 1820, le département de la Seine alloue 50,000 fr. à la restauration +de Notre-Dame, mais malheureusement cette somme est dépensée à faire des +reprises en mastic de Dhil, qui aujourd'hui sont tombées presque +partout, et à badigeonner de nouveau tout l'intérieur de l'église.</p> + +<p>En 1831 les émeutes du mois de février détruisent l'archevêché et la +vieille chapelle de l'ancien évêché.</p> + +<p>La croix du chevet est renversée, elle brise en tombant une portion de +la balustrade du grand comble, et défonce une voûte des galeries +supérieures. L'un des auteurs de cet acte de vandalisme a écrit son nom +sur le mur de la galerie intérieurement, avec ses qualités et la +constatation du fait.</p> + +<p>La démolition de l'archevêché entraîna avec elle la mutilation du +portail du midi, si remarquable par ses bas-reliefs et son inscription.</p> + +<p>L'état d'abandon dans lequel resta si long-temps cette partie de +Notre-Dame, excita l'indignation de tous les amis de nos beaux édifices +du moyen-âge. Les murs de cette façade devinrent un dépôt d'immondices, +et les enfans brisèrent à coups de pierres les bas-reliefs de ce +portail, que le temps avait respectés l'espace de six cents ans.</p> + +<p>En 1837, par l'intervention de l'administration de l'intérieur, des +cultes, et de l'instruction publique, et sur le rapport de l'un de nous, +le remblai du jardin du côté du midi fut suspendu, et la préfecture de +la Seine fit faire une nouvelle étude du nivellement.</p> + +<p>Enfin, c'est en 1840 que furent exécutés les derniers essais de +restauration en mastic des clochetons du nord et de la première chapelle +de la nef, côté méridional. Malheureusement au lieu de chercher à +rétablir les pignons aigus qui existaient dans l'origine, on s'est +contenté de copier les lourds frontons ajoutés sur la face du nord en +1812 et 1813.</p> + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="Troisieme_Partie" id="Troisieme_Partie"></a><a href="#table">Troisième Partie.</a></h2> + +<h3>Restauration extérieure.</h3> + + +<p>Nous venons, monsieur le ministre, de tracer le tableau bien rapide et +bien triste des dégradations et des mutilations de toutes sortes qui +depuis si long-temps déshonorent notre belle cathédrale. Il nous reste à +parler des moyens que nous avons cru devoir employer pour réparer tant +de désastres.</p> + +<p>Dans l'exécution de l'important travail que nous avons l'honneur de vous +soumettre, travail composé de vingt-deux feuilles de dessins, et d'un +devis de toute la dépense, nous sommes restés constamment fidèles aux +principes que nous avons émis précédemment sur la restauration en +général. Nous avons repoussé complètement toute modification, tout +changement, toute altération, tant de la forme et de la matière que du +système de construction. C'est avec un respect religieux que nous nous +sommes mis à la recherche des moindres vestiges des formes altérées +soit par le temps, soit par la main des hommes. Et lorsque ces +renseignemens nous ont manqué, c'est à l'aide de textes positifs, de +dessins, de gravures et surtout en puisant des autorités dans le +monument même que nous avons procédé à là restauration.</p> + +<p>Loin de nous l'idée de compléter une œuvre aussi remarquablement belle, +c'est là une prétention à laquelle nous avouons ne rien comprendre. +Croit-on, par exemple, que ce monument gagnerait à la reconstruction des +deux flèches (d'une forme d'ailleurs fort hypothétique) au-dessus des +deux tours? Nous ne le pensons pas. Et même, en admettant une réussite +complète, on obtiendrait peut-être par cette adjonction un monument +remarquable, mais ce monument ne serait plus Notre-Dame de Paris.</p> + +<p>Rendre à notre belle cathédrale toute sa splendeur, lui restituer toutes +les richesses dont elle a été dépouillée, telle est la tâche que nous +nous sommes imposée, elle est certes assez belle pour qu'il soit inutile +de vouloir y rien ajouter.</p> + +<p>Quant à la consolidation; nous n'en parlerons pas ici, tous les détails +de ce travail sont scrupuleusement consignés et appréciés dans le devis +estimatif.</p> + +<p>Nous ne nous occuperons donc que de la restauration proprement dite. +Nous avons déjà signalé les nombreuses dégradations qui marquent le +passage de l'architecte Parvy, dans les travaux faits à Notre-Dame. +C'est à l'aide d'un précieux dessin appartement à M. Dépaulis, et +surtout en consultant avec soin les restes qui avaient échappé au +marteau des maçons, que nous avons pu restaurer le riche encadrement de +la rose, et les belles gerbes de crochets qui s'épanouissaient à chaque +angle des contreforts.</p> + +<p>Avant cet architecte, Soufflot avait le premier osé porter la main sur +la sculpture si justement admirée de notre cathédrale. Enfin les +démolisseurs de 1793 vinrent achever l'œuvre de destruction en +renversant toutes les statues; les rois et les saints, rien ne fut +épargné. Dans notre restauration nous proposons le rétablissement de +toutes ces sculptures; car tout se lie dans cet ensemble de statues et +de bas-reliefs, et l'on ne peut laisser incomplète une page aussi +admirable, sans risquer de la rendre inintelligible. C'est en prenant +des exemples dans nos anciennes cathédrales que nous avons rétabli les +28 rois dans leurs niches<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a>, le Christ bénissant, et les douze apôtres +dans les ébrasemens de la porte centrale, les huit figures de la porte +de la Vierge, et les huit statues romanes de celle sainte Anne.</p> + +<p>Dans les quatre niches des éperons nous replaçons saint Denis, la +religion juive, la religion chrétienne et saint Étienne<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>, et sur les +piédestaux vides de la galerie de la Vierge, la belle statue qui lui +avait valu ce nom, puis les anges qui l'accompagnaient, ainsi que les +deux statues d'Adam et d'Ève entre les contreforts des tours.</p> + +<p>Nous avons remplacé les abat-sons hideux qui viennent aujourd'hui ronger +les faisceaux de colonnes des grandes fenêtres des tours par un système +analogue, qui, tout en préservant le beffroi, laisserait voir les +grandes proportions des fenêtres, et ne nuirait plus à l'ancienne +construction extérieure.</p> + +<p>Si de la façade occidentale nous passons aux façades latérales, des +dégradations plus importantes encore dénaturent presque complètement +l'aspect du monument; nous avons eu à rétablir les murs des chapelles de +la nef, avec leur ancienne décoration de pignons, niches, statues et +gargouilles<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>, les contreforts, à couronner des pinacles et statues +qui les terminaient, ainsi que l'indiquaient les textes et surtout la +trace de cette décoration qui existe encore sur place. En effet les +contreforts ont conservé les supports de leurs gargouilles, et la +corniche qui recevait les pinacles, comme le prouve d'une manière +positive le texte de Corrozet que nous donnons en note<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>. Aux deux +extrémités du transcept, des travaux importans de restauration sont +commandés par le mauvais état des constructions. Les deux grandes roses, +surtout celle du nord, tombent en ruine, et celle du midi, quoique +refaite par le cardinal de Noailles, exigera bientôt une reconstruction +complète.</p> + +<p>La restauration de ces roses, ornées de si beaux vitraux, demande un +examen approfondi de leur construction, vicieuse dès l'origine, et à +laquelle il deviendra nécessaire d'apporter des modifications. Peut-être +pourrait-on, sans changer leurs profils intérieurs et extérieurs, leur +donner une solidité beaucoup plus grande en augmentant leur épaisseur. +La rosace supérieure et les deux clochetons du pignon septentrional sont +dans le plus triste état; le caractère de ces parties importantes de +l'édifice est tellement dénaturé, et leur solidité si précaire, que nous +avons dû les restaurer presque entièrement, et cela avec d'autant moins +de regret, que l'ornementation des deux portails a été gâtée et +totalement changée. Les restaurations que nous proposons rendront à ces +belles façades toute l'élégance qu'elles ont perdue. Dans la nef et le +chœur, le rétablissement des redens de toutes les grandes fenêtres +nécessitera la reconstruction de la partie supérieure de tous leurs +meneaux. Au-dessus des chapelles du chœur, du côté du midi et à +l'abside, les éperons qui reçoivent la poussée des arcs-boutans, ont été +flanqués de lourdes constructions en maçonnerie, dans le but de les +consolider. Ces placages, mal combinés, portant à faux et du plus +fâcheux effet, doivent être enlevés, et les éperons réparés, en se +renfermant dans leur ancienne épaisseur.</p> + +<p>Une des questions les plus graves de la restauration, est certainement +celle soulevée par la réparation des fenêtres des galeries. Ces +fenêtres, ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique de notre +rapport, n'appartiennent à aucun style. Cette construction provisoire, +faite à l'époque où l'on abandonna probablement l'idée de doubler les +galeries du premier étage, est dans un état de dégradation auquel il est +indispensable d'apporter remède. Déjà au XIV<sup>e</sup> siècle les architectes +frappés de la laideur de ces baies, ont remplacé celles de l'abside par +des grandes fenêtres à meneaux qui présentent les mêmes inconvéniens que +celles de la nef et du chœur, en rendant indispensable le remplacement +des combles simples par des terrasses et cheneaux. Or, ici, trois +questions se présentent: doit-on conserver les fenêtres actuelles des +galeries, et les réparer dans leur forme bâtarde? doit-on les restaurer +dans le style du XIX<sup>e</sup> siècle? ou bien doit-on les reconstruire dans +celui des galeries?</p> + +<p>Nous n'avons pas cru devoir trancher d'une manière positive une question +aussi délicate. Quoique dans nos dessins nous ayons indiqué la +restauration de ces fenêtres dans le style des galeries, nous ne donnons +cependant pas la question comme résolue. Voici les motifs qui nous ont +fait pencher vers ce parti.</p> + +<p>Continuer les fenêtres dans le style du XIV<sup>e</sup> siècle, ainsi que cela a +été commencé à l'abside, serait une chose défectueuse sous le rapport de +la construction, ainsi que nous venons de le dire. Les rétablir suivant +leur forme provisoire, ce serait constater un fait curieux, puisqu'il +donne la preuve d'un projet de galerie double. Mais sacrifier l'aspect +des faces latérales de Notre-Dame à ce fait, ne serait-ce pas une chose +puérile? une inscription, un figuré tracé sur la pierre, ne +suffiraient-ils pas aux exigences de l'archéologie?</p> + +<p>Dans tous les cas, nous avons pensé que dans <i>nos dessins</i> il était +convenable de remplacer ces laides ouvertures par des fenêtres en +harmonie avec le style général des façades, ne fût-ce que pour faciliter +la solution de cette question difficile.</p> + +<p>À l'abside, une restauration importante doit compléter l'aspect si riche +des chapelles, c'est celle des deux derniers éperons, dont les +couronnemens enlevés ou détruits, ont été remplacés dans le XV<sup>e</sup> siècle, +par de petites pyramides maigres, et tout à fait en désaccord avec les +beaux clochetons du chœur. Ces pyramidions, en très mauvais état, +remplacent de grands pinacles ornés de colonnes et de statues, ainsi que +cela était pratiqué dans beaucoup de monumens du XIV<sup>e</sup> siècle. Il est +difficile sur ce point de ne pas restaurer à coup sûr, car le +soubassement et les bases mêmes des colonnes sont encore à leur place. +Il ne nous reste plus à parler que de la flèche centrale, construite en +charpente, couverte de plomb. Cette flèche, qui complétait si bien la +cathédrale de Paris, avait cent quatre pieds, depuis le faîtage du +comble jusqu'au coq<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>.</p> + +<p>Les gravures d'Israël Sylvestre, et surtout un précieux dessin de feu +Garneray<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a> nous ont permis de la restaurer complètement.</p> + + +<h3>Restauration intérieure.</h3> + +<p>Un débadigeonnage complet nous paraît être la première opération à faire +à l'intérieur de Notre-Dame, et pour connaître l'état des voûtes qui +peuvent être moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les +traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de +l'espérer d'après les résultats obtenus par quelques essais partiels. +Toutefois le mode d'exécution de ce travail nous paraît être de la plus +grande importance. Il est évident que dans ce cas la brosse et l'éponge +peuvent être seuls employées, et que le grattage doit être totalement +exclu. Nous devons dire cependant qu'à moins que ce lavage ne nous donne +la preuve positive d'un système général de peinture adopté autrefois à +l'intérieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive être +adopté. Jusque là nous n'avons admis la peinture que comme décoration +des chapelles, ou de certaines parties de l'église.</p> + +<p>Quant à la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons +réservé un chapitre à part, nous croyons cependant que l'exécution de +verrières peintes serait un des plus splendides moyens de décoration +intérieure, rien ne pouvant égaler la richesse de ces peintures +transparentes, complément indispensable des monumens de cette époque. +Aussi parmi nos dessins en avons-nous donné un spécimen exécuté d'après +les vitraux de la cathédrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur +le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevêque, +relativement à l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les +premiers à reconnaître tous les inconvéniens de l'état actuel signalés +par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a été construite dès +le treizième siècle dans le but de maintenir la poussée des arcs des +galeries qui portent les deux énormes tours; la destruction, ou même +l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc présenter de grands +dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant à la question +archéologique, elle a trop peu d'importance, relativement à celle que +nous venons de donner, pour que nous en parlions.</p> + +<p>Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne +pas chercher à mettre en harmonie avec l'architecture de l'édifice tous +les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance réelle. +Ainsi, nous remplaçons les grilles contournées et de mauvais goût des +tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles +accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas à Rouen, à +Saint-Denis, à Saint-Germer, à Notre-Dame de Paris même, sur les belles +portes de la façade occidentale.</p> + +<p>Nous avons donné, dans nos dessins, une restauration du chœur de +Notre-Dame, tel qu'il était avant 1699; mais ce travail n'est qu'une +étude archéologique dont nous n'admettons pas l'exécution; car nous +pensons qu'il serait fâcheux de détruire, sans de bonnes raisons, un +souvenir historique aussi important que celui-là. D'ailleurs, il serait +peut-être hasardeux de détruire une chose exécutée avec un semblable +luxe, sinon avec goût, pour la remplacer par des formes sur lesquelles +il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens +assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose à +la décoration actuelle du chœur de Notre-Dame, ce ne pourrait être +qu'après l'achèvement de la restauration extérieure et l'entière +exécution des travaux intérieurs. Alors, pourrait-on peut-être dégager +seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppées dans ces +massifs revêtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et +déboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIV<sup>e</sup> siècle. Quant aux +stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'édifice, +tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas +permis de songer à les détruire ou à les déplacer. Si nous n'avons pas +donné dans nos dessins le chœur de Louis XIV, c'est qu'il ne présentait +aucun intérêt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune +utilité à le reproduire.</p> + +<p>Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait été surélevé, nous ne +pensons pas qu'il soit nécessaire de le baisser. Cette opération, fort +coûteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet à la grandeur du vaisseau, +aurait encore l'inconvénient de diminuer le nombre de marches que nous +sommes parvenus à placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup +de peine, à l'aide d'un travail consciencieux sur le nivèlement des +abords de la cathédrale, que nous avons pu replacer quatre marches +seulement devant les trois portes de la façade occidentale. Ce travail, +que nous avons indiqué dans un plan général, présentait de grandes +difficultés, parce qu'il fallait, avant tout, éviter le déchaussement +des maisons de la rue d'Arcole, déchaussement qui ne pourrait être +exécuté qu'à l'aide d'indemnités considérables.</p> + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="Quatrieme_Partie" id="Quatrieme_Partie"></a><a href="#table">Quatrième Partie.</a></h2> + +<h3>Sacristie.</h3> + + +<p>La démolition de l'Archevêché, en supprimant toutes les dépendances de +l'ancienne sacristie de Notre-Dame, a rendu indispensable la +construction d'un nouveau bâtiment destiné à cet usage. Plusieurs +projets ont déjà été présentés à l'administration des cultes. La +première difficulté qui se rencontrait pour l'exécution de ces différens +projets provenait de l'emplacement à choisir.</p> + +<p>Devait-on conserver le local actuel? devait-on élever la nouvelle +sacristie derrière l'abside ou la comprendre dans l'intérieur de +Notre-Dame, soit en occupant plusieurs chapelles, soit en modifiant +quelque partie du plan de l'église.</p> + +<p>L'emplacement situé derrière l'abside aurait l'inconvénient de masquer +l'un des points les plus beaux de l'église métropolitaine, et +éloignerait d'ailleurs les bâtimens de la sacristie du chœur, tellement +que le service serait toujours très difficile et deviendrait même +impossible les jours de fêtes, lorsque les bas-côtés sont remplis de +monde.</p> + +<p>Placer la sacristie dans l'intérieur même de Notre-Dame, ce serait +admettre que le plan de la basilique peut être modifié, et nous avons à +cet égard, repoussé toute idée de changement de l'ensemble ou des +détails de l'édifice.</p> + +<p>Quant à nous, nous avions déjà manifesté notre opinion à cet égard dans +le projet d'archevêché que nous avons eu l'honneur de soumettre à Votre +Excellence, en janvier 1842. À cette époque, comme aujourd'hui, nous +avons cru devoir nous en tenir à l'emplacement actuel comme le seul +possible.</p> + +<p>En agissant ainsi, nous nous sommes appuyés sur les dispositions +analogues des sacristies de Chartres, de la Sainte-Chapelle de +Paris<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, de celle de Vincennes, et de tant d'autres, toujours placées +sur le flanc du monument principal. Évidemment, ce parti est le seul qui +soit réellement dans le caractère de l'architecture gothique. On a +quelquefois parlé de déguiser, de masquer, autant que possible, cette +annexe indispensable, tout cela pour éviter de nuire à la symétrie du +monument; mais cette idée est tout-à-fait contraire à celle des +architectes gothiques, qui se sont toujours gardés de dissimuler un +besoin. C'est même grâce à cette liberté dans la composition de leurs +plans que ces artistes nous ont transmis des édifices aussi remarquables +par la variété motivée de leurs constructions que par la beauté de leurs +détails.</p> + +<p>Au reste, la disposition que nous proposons est celle qui a existé de +tout temps: et, pour construire la sacristie actuelle, Soufflot a +démoli, de ce côté, un passage qui communiquait avec l'ancienne +sacristie de la métropole, et tenait alors à l'évêché. La gravure que +nous avons fait exécuter, d'après une ancienne tapisserie du XV<sup>e</sup> siècle, +en donne la preuve, ainsi que plusieurs gravures d'Israël Sylvestre.</p> + +<div class="center"> +<img src="images/002.png" width="30%" alt="LEVECHE NOSTRE-DAME" /></div> +<h3>LEVECHE NOSTRE-DAME</h3> + +<p>Le projet que nous avons aujourd'hui l'honneur de vous soumettre, +Monsieur le Ministre, n'est donc que l'étude en grand de la disposition +prise par nous dans notre projet d'archevêché. Nous avons choisi +l'emplacement actuel consacré par un long usage, parce qu'il est le plus +à proximité du chœur, et parce qu'il permet d'isoler ce bâtiment de +l'église, dont il ne masque qu'une faible partie, et sur un point qui, +d'ailleurs, l'a toujours été.</p> + +<p>Ce parti présente encore l'avantage de n'apporter aucun changement dans +la disposition générale du plan de Notre-Dame.</p> + +<p>Le choix de l'emplacement une fois arrêté, il nous restait encore à +résoudre la question du style à adopter pour cette annexe, si peu +importante relativement à l'ensemble de la cathédrale. Nous l'avouons, +Monsieur le Ministre, il ne nous a pas semblé possible d'hésiter un +instant; car nous avons la conviction qu'il fallait rester en harmonie +avec cette partie du monument.</p> + +<p>Il est évident que si l'on abandonne l'imitation de l'architecture de +Notre-Dame pour édifier une sacristie dans le style de notre époque, +autant vaut peut-être conserver celle de Soufflot en la complétant.</p> + +<p>Les formes de cette architecture ne sont certainement pas plus en +désaccord avec le monument que celles en usage aujourd'hui. Dans l'un et +l'autre cas, il est positif que ce serait là une tache sur le flanc de +Notre-Dame. Nous avons cru devoir considérer la sacristie comme partie +inhérente au monument, et, par conséquent, nous ne pouvions que nous +efforcer d'en imiter le style.</p> + +<p>Du reste, Monsieur le Ministre, nous avons fait tous nos efforts pour +satisfaire aux données du programme que vous avez bien voulu nous +adresser. Nous avons établi au rez-de-chaussée tous les services +journaliers de plein-pied avec le sol de l'église. Un grand vestibule et +le petit passage couvert permettraient aux processions de prendre leur +ordre avant d'entrer dans le chœur. Les latrines sont disposées le plus +en dehors possible du bâtiment, de manière à éviter la mauvaise odeur. +Une porte de service est réservée pour l'entrée directe du vin dans la +cave et pour la vidange de la fosse. Un large soupirail, donnant dans la +petite cour, du côté de l'ouest, permet l'introduction du bois et du +charbon qui seront nécessaires pour chauffer le calorifère établi dans +une des caves; enfin, l'escalier présente une communication facile du +grand vestibule à la salle capitulaire, qui, par son étendue, pourra, +dans certaines occasions solennelles, recevoir un grand concours de +monde: elle servira de bibliothèque et de lieu de réunion pour le +chapitre.</p> + +<p>Il nous reste, Monsieur le Ministre, à vous faire part des motifs qui +nous ont déterminés dans le choix des échelles adoptées pour l'exécution +des dessins. Nous avons pensé que l'échelle d'un centimètre pour un +mètre était celle qui convenait le mieux aux ensembles, d'abord parce +qu'elle est imposée par l'administration, puis parce qu'elle nous +permettait de saisir plus facilement l'aspect général de notre +restauration. Une échelle plus grande n'aurait pu l'être assez pour +faire voir dans les dessins de façades toutes les délicatesses de la +construction et de la forme, sous peine d'avoir des feuilles d'une +dimension démesurée et difficiles à embrasser d'un seul coup d'œil. +Mais aussi, pour les détails, nous avons choisi une échelle beaucoup +plus grande, c'est-à-dire de quatre centimètres pour un mètre, ce qui +nous a permis d'indiquer d'une manière précise toutes les formes de +l'architecture et de l'ornementation des points importans que nous +proposons de restaurer.</p> + +<p>Quant à la dépense qu'entraînera l'exécution des travaux nécessaires +pour la restauration <i>complète</i> de Notre-Dame et la construction d'une +sacristie neuve, nous avons cru devoir la prévoir aussi largement et +aussi complètement que possible; mais nous avons disposé nos devis de +façon à ce qu'il soit très facile d'établir toutes les coupures et +divisions que Votre Excellence pourra juger convenables pour fractionner +le travail.</p> + +<p> +Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect,<br /> +<br /> +<span style="margin-left: 2em;">Monsieur le Ministre,</span><br /> +<br /> +<span style="margin-left: 5em;">De Votre Excellence,</span><br /> +<br /> +<span style="margin-left: 1em;"><i>Les très humbles et très obéissans serviteurs,</i></span><br /> +<br /> +<span style="margin-left: 8em;">LASSUS, VIOLLET-LEDUC.</span><br /> +</p> +<hr style='width: 45%;' /> + +<div class="center"> +<img src="images/003.png" width="100%" alt="Port Principale De Notre Dame de Paris" /></div> +<h3>Port Principale De Notre Dame de Paris,<br /> +<i>d'après un dessin original fait avant la démolition du trumeau en 1771</i><br /> +Tiré du cabinet de M. Gilbert</h3> +<hr style='width: 45%;' /> + +<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Tableau comparé des prix des fenêtres à meneaux en pierre +ou en fonte, présenté au conseil des bâtimens civils, à sa séance du 13 +février 1840.</p> + +<h3><i>Évaluation faite pour les fenêtres de Saint-Germain-l'Auxerrois.</i></h3> + + +<table summary="evaluation" cellpadding="0" cellspacing="0"> + +<tr><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td><b>PIERRE.</b></td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">Maçonnerie d'après un mémoire +réglé et accepté par l'entrepreneur. +Le résumé du mémoire +se monte à</td> <td align="right">1,231</td><td align="right"> 23</td></tr> + +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td><b>MENUISERIE.</b></td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">Pour les calibres en feuillets, taillés +sur l'épure, 27 00, courant +de feuillet sapin, 0,70 c vaut</td><td align="right">18</td><td align="right"> 70</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">La façon desdits pour corroyer, +joindre, coller, tracer et chantourner, +douze journées de +menuisier à 5 francs</td> <td align="right">60</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">Fourniture de colle forte et +clous estimés</td><td align="right"> 6</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td><b>SCULPTURE.</b></td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +8 chapiteaux à 10 fr. chaque</td> <td align="right">80</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Fourniture de 17 lames de plomb +entre les joints et 26 goujons en +plomb</td> <td align="right">90</td><td align="right"> »</td></tr> +<tr><td> </td><td>====</td><td>==</td></tr> + +<tr><td align="center">Total</td> <td align="right">1,485 </td><td align="right">93</td></tr> + +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td><b>FONTE.</b></td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">En supposant la répartition des modèles +sur 24 fenêtres identiquement semblables, +la fonte coûterait 65 fr. les 100 kil. +compris les frais de modèle.</td><td> </td></tr> + +<tr><td style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;">(Il faut remarquer ici, que si les fenêtres +étaient toutes variées, les frais de modèles +augmenteraient beaucoup le prix +du kil. de fonte.)</td><td> </td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Le poids total d'une fenêtre, dont toutes +les parties seraient fondues en coquilles +et ajustées comme l'indique la figure, serait +de 1,200 k. à 65 f. le k. vaut</td><td align="right"> 780</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +L'ajustement et assemblage de +toutes les parties boulonnées +avec 130 âmes de fer forgé, et +200 vis taraudées, retouché au +burin, estimé</td><td align="right">600</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Le double transport et montage +conjointement avec les maçons, +estimé pour le serrurier seulement</td> <td align="right">80 </td><td align="right">»</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +5 journées de compagnon, maçon +et garçon</td> <td align="right">31</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td><b>PEINTURE.</b></td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Première couche au minium et +deux couches couleur de pierre, +estimées, superficiel, à 1 f. 25 c</td> <td align="right">30</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Plus value des chapiteaux</td> <td align="right">16</td><td align="right"> »</td></tr> + +<tr><td align="left" style="margin-left: 2em; text-indent: -1em;"> +Échafaudage</td> <td align="right">25 </td><td align="right">»</td></tr> +<tr><td> </td><td align="right">====</td><td align="left">==</td></tr> + +<tr><td align="center"> +Total</td> <td align="right">1,562</td><td align="right"> »</td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td> </td><td> </td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Ce dessin appartient à M. Gilbert.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Sainte-Foix, Dubreul, Lebœuf.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Corrozet.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> «Est à noter que la fondation où sont les piliers qui +portent les arcades et le mur en pourtour du chœur de l'église +Notre-Dame, a dix-huit pieds de profondeur au-dessous de leurs bases qui +sont enterrées six pouces plus bas que le rez-de-chaussée du pavé de la +même église, posées sur la glaise ferme, sans pilotis ni plates formes, +construites par le haut au-dessous du rez-de-chaussée avec trois assises +de pierre de taille dure dans tout le pourtour d'une égale hauteur, et +faisant retraite les unes sur les autres, posées et taillées proprement, +et le surplus au-dessus de gros moellons et mortier de chaux et sable +plus dur que la pierre.» (<i>Procès-verbal de la pose du maître-autel.</i>)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> À cette époque (en 1774), le sieur Boulland, architecte du +chapitre, fit faire, derrière le chœur, une fouille de vingt-quatre +pieds de profondeur et d'une grande longueur, et se trouva à un pied +au-dessous des fondations, et découvrit sous chaque pilier trois assises +égales de libages en pierre de Conflans, d'une grande hauteur, +parfaitement conservées et posées sur terre franche. Entre les piliers, +existe une bonne maçonnerie de moellon et de mortier.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Ces statues, données par Montfaucon dans la monarchie +française, comme celles des rois de France, étaient, ainsi que le disent +très bien Lebœuf et Corrozet, celles des rois de Juda.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> ANNO. DOMINI. MCCLVII. MENSE. FEBRVARIO. IDUS. SECUNDO. +HOC. FUIT. INCEPTUM. CHRISTI. GENITRICIS. HONORE. KALLENSI. LATHOMO. +VIVENTE. JOHANNE. MAGISTRO.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> Lebœuf. <i>Observations sur l'antiquité de l'édifice de +Notre-Dame.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Plan de Turgot.—Corrozet. (<i>Voir les dessins, preuves à +l'appui.</i>)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique et civile de +Paris</i>, 1739, t. I, p. 75 et 112.—<i>Nécrologie du XIII<sup>e</sup> siècle</i>. M. S., +fonds de N.-D., Bibliot. du Roi, n° 3883.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> C'est maître Jean Ravy, qui fut maçon de Notre-Dame de +Paris l'espace de vingt-six ans, et commença ces nouvelles histoires; et +maître Jean Bouteillier les a parfaites en l'an MCCCLI.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Le chœur de l'église Notre-Dame est clos d'un mur percé à +jour autour du grand autel, au haut duquel sont représentés en grands +personnages de pierre, dorés et bien peints, l'<i>Histoire du +Nouveau-Testament</i>, et, plus bas, l'<i>Histoire du Vieux-Testament</i>, avec +des écrits au-dessous qui expliquent lesdites histoires. Le grand +Crucifix qui est au-dessus de la grande porte du chœur avec la croix, +n'est que d'une pièce; et le pied d'iccluy, fait en arcade, d'une autre +seule pièce, qui sont deux chefs-d'œuvre de taille et de sculpture. +(Dubreul.—<i>Théâtre des antiquités de Paris</i>.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> <i>Descriptions historiques des curiosités de l'église de +Paris</i>, par M. C. P. G., 1763. Paris.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Sauval.—<i>Histoire des Antiquités de Paris</i>, t. I.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Bib. royale. Estampes.—Topographie, et Artifices de la +perspective, de Viator, trad. Pellegrin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> Poids total du plomb: 220,240 livres.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>Curiosités de l'église de Paris</i>, par M. C. P. G. 1765.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Ce vitrail représentait la cour céleste des papes, des +empereurs, des rois, des reines, des légats, des cardinaux, des +archevêques, des évêques, des religieux et religieuses de différens +ordres. Il n'en existe plus qu'une description dans les <i>Curiosités de +l'église de Paris</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Recueil des conclusions du Chapitre</i> de 1767 à 1772.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Ce travail coûta 40,000 livres.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Description historique de la basilique métropolitaine de +Paris</i>, par A. P. M. Gilbert.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Monumens enlevés de l'église Notre-Dame de Paris, +transférés au musée des Petits-Augustins, leur destination actuelle. +</p><p> +1° Une pierre octogone ayant servi de support à une statue de l'évêque +Matiffas de Bucy. Elle porte cette inscription: +</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ci est le ymage de bonne mémoire Simü<br /></span> +</div></div> + +<p> +Matiffas de Buci de le esveschie de Soissons jadis esveques de Paris par +qui furent fondées premièrement ces trois chapeles ou il gist en lä de +grace MCCXXIIII et XVI et puis lë fit toutes les autres envirñ le cœur +de ceste eglise. Pics pour lui. +</p><p> +La statue de l'évêque, posée debout sur ce support, ne s'est pas +retrouvée; mais la pierre, dont l'inscription vient d'être reproduite, +est à Saint-Denis, dans la cour des Valois, où elle se dégrade. M. +Debret la tient, depuis plusieurs mois, à la disposition du Ministre de +l'Intérieur, afin qu'elle soit réintégrée à Notre-Dame. +</p><p> +2° Une statue en pierre, de grandeur naturelle, représentant Adam. Cette +figure est nue. Adam se couvre les parties sexuelles d'une large feuille +de figuier. +</p><p> +Monument de la fin du XIII<sup>e</sup> siècle, provenant, suivant Lenoir, d'un des +portails de Notre-Dame. La statue a été portée à Saint-Denis, où elle +gît en ce moment couchée par terre dans la cour des Valois. Les déplace +mens qu'elle a subis l'ont privée des deux jambes, qui existent encore, +mais séparées du corps. +</p><p> +3° Les deux statues à genoux, en pierre peinte, de Jean Juvenal des +Ursins, et de sa femme, Michelle de Vitry. XV<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Ces deux statues font maintenant partie du musée de Versailles. +</p><p> +4° Inscription funéraire en l'honneur de la famille des Ursins, sur +marbre blanc. XVIII<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Cette épitaphe, long-temps abandonnée dans une cour des +Petits-Augustins, a été, dit-on, employée comme un marbre ordinaire +pour servir de revêtement. Il pourrait se faire qu'elle eût été +simplement retournée, et qu'une nouvelle inscription eût été gravée sur +le revers de l'ancienne. +</p><p> +5° La Figure agenouillée du chanoine Pierre de Fayel, avec ses +armoiries, et une inscription indicative des sommes données par lui pour +les sculptures de la clôture du chœur de Notre-Dame. XIV<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Cette Figure, en demi-relief, qui faisait elle-même partie de la clôture +du chœur, a été portée à Versailles. Elle n'a point encore été placée +dans les galeries du musée, et se trouve au rez-de-chaussée, dans une +salle de dépôt, près de la galerie des tableaux-plans. +</p><p> +6° Une Mort, squelette d'albâtre, peint couleur de bronze, attribuée par +Lenoir au sculpteur François Gentil. Ce monument, placé originairement +au cimetière des Innocens, fut transféré à Notre-Dame, lors de la +suppression du cimetière. +</p><p> +La Mort tient une faulx, et s'appuie sur un cartel portant cette +inscription: +</p> +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Il n'est vivant tant soit plein d'art<br /></span> +<span class="i0">Ni de force pour résistance,<br /></span> +<span class="i0">Que je ne frappe de mon dart<br /></span> +<span class="i0">Pour donner aux vers leur pitance.<br /></span> +<span class="i0">Priez Dieu pour les trépassés.<br /></span> +</div></div> +<p> +La figure de la Mort est déposée au palais des Beaux-Arts, dans une des +salles du rez-de-chaussée, au fond de la troisième cour, à droite en +regardant l'hémicycle. +</p><p> +7° Une Vierge en marbre blanc de grandeur naturelle. XIV<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +On ignore ce que ce monument est devenu. +</p><p> +8° Le célèbre tableau représentant toute la famille des Ursins. XV<sup>e</sup> +siècle. +</p><p> +Ce tableau est au musée de Versailles, dans la première salle de la +collection des portraits. +</p><p> +9° Plusieurs Vierges en pierre peinte ont été transportées du musée des +Petits-Augustins à Saint-Denis. Une de ces statues provenait de +Notre-Dame. +</p><p> +10° Statue en marbre, à genoux, du cardinal Pierre de Gondi, évêque de +Paris, placée sur un entablement que portent quatre colonnes de marbre +noir, au milieu desquelles on voit un grand cénotaphe de pareil marbre, +chargé d'atributs et d'une inscription. XVII<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +La Statue est à Versailles. Les autres parties du tombeau ont été +dispersées, l'entablement se voit encore au Salon des Beaux-Arts, dans +le cloître près de la chapelle. On fera remarquer à ce sujet que lors de +la translation des monumens historiques de l'ancien musée des +Petits-Augustins, à Versailles, on enleva un certain nombre de mausolées +dont les statues ont seules reparu dans le nouveau musée, dépourvues de +la décoration qui les accompagnait originairement. Pour citer quelques +exemples, les armoiries, l'épitaphe, les pilastres du tombeau du +cardinal Mazarin, la décoration architectorale du tombeau du commandant +de Souvré, les épitaphes de Caylus et de Chérin, l'écusson, l'épitaphe +et la tombe de Raymond Philippeaux, conseiller d'état, etc., etc., +transférés à Versailles, n'ont pas été rétablis dans les galeries du +musée. +</p><p> +11° Statue en marbre blanc, à genoux, d'Albert de Gondi, duc de Retz, +maréchal de France. +</p><p> +Monument composé comme celui du cardinal de Gondi. XVII<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Même observation. +</p><p> +L'effigie du maréchal fait partie du musée de Versailles. +</p><p> +12° Louis XIV, à genoux, statue en marbre blanc, par Coyzevoz. +</p><p> +Rendu à Notre-Dame en 1816, enlevée en 1832, puis transportée dans la +chapelle de Versailles. +</p><p> +13° Louis XIII, à genoux, sculpté en marbre blanc, par Guillaume +Coustou. +</p><p> +Même observation que pour la statue de Louis XIV. +</p><p> +14° Groupe de la descente de croix, par Nicolas Coustou. +</p><p> +Réintégré à Notre-Dame. +</p><p> +15° Mausolée du compte d'Harcourt, par Pigalle. +</p><p> +Réintégré à Notre-Dame, maladroitement restauré. +</p><p> +16 Le Christ au tombeau, bas-relief, par Vassé. +</p><p> +À Notre-Dame, au maître-autel, +</p><p> +17° Statues, en marbre blanc, de Saint-Louis et de Saint-Maurice, +sculptées en marbre blanc, par Jacques Rousseau, pour la chapelle de +Noailles, XVIII<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Ces figures ont été données à l'église de Choisy-le-Roy. +</p><p> +(1) Il existe aux Archives du royaume des dessins très complets et très +bien exécutés de toutes ces tombes. M. Gilbert, conservateur de +Notre-Dame, possède un dessin, peut-être unique, de le statue de +Philippe-le-Bel. +</p><p> +(2) Voir aux Archives du royaume, les procès-verbaux détaillés de tous +les objets qui composaient le trésor.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> Gilbert.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> À Chartres, les statues des rois qui ornent le portail du +midi, sont des rois de Juda, ainsi que le prouve une figure de Jessé qui +est placée sous le premier. +</p><p> +À la cathédrale de Paris, toutes les autorités que nous avons consultées +n'admettent, sur le portail, que des rois de France, et cependant la +statue de Pepin, placée au centre et montée sur un lion, est précisément +dans la même condition que celle de David, du portail de Chartres, posée +de même sur un lion; à Reims, les statues colossales du portail de +Notre-Dame étaient de même des rois de France. +</p><p> +Pièce du XIII<sup>e</sup> siècle, publiée par M. A. Juhinal, extraite des +vingt-trois manières de Vilain (<i>Manuscrit</i>). +</p><p> +Li vilains Rabuins est cil ki va devant Nostre-Dame, à Paris, et regarde +les rois et dist: «Ves-là Pépin, vès-là Charlemainne,» et on li coupe sa +borse par derrière. +</p><p> +Bib. royale: <i>Manuscrit</i> 5921, écriture du XIII<sup>e</sup> siècle. +</p><p> +Extrait: <i>Hæc sunt nomina regum Francorum IN PORTA Beatæ Mariæ Parisius +scripta.</i> +</p> +<br /> + +<table summary="rois"> +<tr><td align="left">Primus rex.</td><td align="left">—Clodoveus.</td></tr> +<tr><td align="left">Secundus</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">Tertius</td><td align="left">—Chilpericus.</td></tr> +<tr><td align="left">Quartus</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">Quintus</td><td align="left">—Dagobertus.</td></tr> +<tr><td align="left">Sextus</td><td align="left">—Clodoveus.</td></tr> +<tr><td align="left">Septimus</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">Octavus</td><td align="left">—Theodoricus.</td></tr> +<tr><td align="left">Nonus</td><td align="left">—Hildericus.</td></tr> +<tr><td align="left">X</td><td align="left">—Theodoricus.</td></tr> +<tr><td align="left">XI</td><td align="left">—Clodoveus.</td></tr> +<tr><td align="left">XII</td><td align="left">—Hildebertus.</td></tr> +<tr><td align="left">XIII</td><td align="left">—Clodoveus.</td></tr> +<tr><td align="left">XIV</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">XV</td><td align="left">—Chilpericus.</td></tr> +<tr><td align="left">XVI</td><td align="left">—Theodoricus.</td></tr> +<tr><td align="left">XVII</td><td align="left">—Hildericus.</td></tr> +<tr><td align="left">XVIII</td><td align="left">—Pippinus.</td></tr> +<tr><td align="left">XIX</td><td align="left">—Karolus magnus.</td></tr> +<tr><td align="left">XX</td><td align="left">—Lodovicus, filius ejus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXI</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">XXII</td><td align="left">—Karolus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXIII</td><td align="left">—Lodovicus balbus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXIV</td><td align="left">—Karolus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXV</td><td align="left">—Odo.</td></tr> +<tr><td align="left">XXVI</td><td align="left">—Karolus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXVII</td><td align="left">—Rudolfus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXVIII</td><td align="left">—Ludovicus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXIX</td><td align="left">—Lotharius.</td></tr> +<tr><td align="left">XXX</td><td align="left">—Ludovicus regnavit anno uno.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXI</td><td align="left">—Hugo.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXII</td><td align="left">—Robertus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXIII</td><td align="left">—Henricus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXIV</td><td align="left">—Philippus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXV</td><td align="left">—Ludovicus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXVI</td><td align="left">—Ludovicus.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXVII</td><td align="left">—Philippus, bonus rex.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXVIII</td><td align="left">—Ludovicus, filius ejuz.</td></tr> +<tr><td align="left">XXXIX</td><td align="left">—Ludovicus qui regnat.</td></tr> +</table> +<br /> +Il est à remarquer, dans ce catalogue, qu'il y a trente-neuf rois, et +que dans la galerie de la façade occidentale, il n'y a place que pour +vingt-huit; mais, dans le titre, le mot <i>in porta</i> indique que ces noms +étaient inscrits soit sur le pied-droit de la porte principale, soit sur +les ventaux.</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> (Corrozet).—Le dessin, appartenant à M. Dépaulis, indique +d'une manière positive, sur l'éperon du côté de l'Hôtel-Dieu, une statue +d'évêque; sur ceux qui viennent ensuite, la Religion juive, puis la +Religion chrétienne, et enfin, sur le dernier, une figure drapée et +nimbée. +</p><p> +(<i>Curiosités de Paris</i>, par M. C. P. G.).—Sur les quatre grands +pilastres sont représentées, en grandes figures, deux <i>Femmes +couronnées</i>, dont l'une représente la Religion; l'autre, la Foi (la +Religion chrétienne et la Religion juive); du côté de l'archevêché, +saint Denis, et du côté du cloître saint Étienne.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> Plan de la ville de Paris, par Turgot. +</p><p> +Côté du nord, près le portail du transcept, le support du premier pignon +des chapelles de la nef existe: C'est une petite figure d'homme, +accroupie. De ce côté, quelques crochets de l'ancienne corniche se +voient encore dans la corniche neuve, refaite en 1812. +</p><p> +(Voir le dessin: <i>Détail d'une travée de la nef</i>).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> Tout le comble est appuyé d'arcs-boutans, au bout +desquels, en partie, sont des pyramides carrées et triangulaires, aux +effigies de rois et autres personnages qui sont dedans et dessus. +(Corrozet.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Curiosités de Paris</i>, par M. C. P. C. 1763.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> Nous possédons un calque de ce précieux dessin, fait avant +la révolution de 1789.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> Voir le <i>fac-simile</i> d'un ancien dessin représentant la +sainte chapelle avec la sacristie, détruite sous Louis XVI.</p></div> + +</div> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Project de restauration de Notre-Dame +de Paris, by Jean-Baptiste Lassus and Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROJECT DE RESTAURATION DE *** + +***** This file should be named 18920-h.htm or 18920-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/8/9/2/18920/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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