Project Gutenberg's J.-K. Huysmans et le satanisme, by Joanny Bricaud

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Title: J.-K. Huysmans et le satanisme
       d'aprs des documents indits

Author: Joanny Bricaud

Release Date: March 30, 2006 [EBook #18085]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK J.-K. HUYSMANS ET LE SATANISME ***




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                            JOANNY BRICAUD


                            J.-K. HUYSMANS
                                ET LE
                              SATANISME


                    D'APRS DES DOCUMENTS INDITS


                               PARIS
                       BIBLIOTHQUE CHACORNAC
                      11, QUAI SAINT-MICHEL, 11
                              MCMXIII



  DU MME AUTEUR:

  POSIE

  Au Crpuscule du Soir (_puis_).

  PROSE

  Un disciple de Cl. de Saint-Martin: Dutoit-Membrini, _d'aprs des
     documents indits_.
  La Petite glise. _Son histoire. Son tat actuel._
  lments d'Astrologie.
  Premiers lments d'Occultisme.
  Un Illumin Martiniste: Cazotte (_puis_).
  Dom Pernty et les Illumins d'Avignon(_puis_).
  Exposition de la Religion chrtienne moderne.

  _EN PRPARATION:_

  La Messe Noire ancienne et moderne.
  Le Satanisme contemporain.
  La Cit Mystique, roman.

  DIJON, IMP. DARANTIERE






                           J.-K. HUYSMANS
                                ET LE
                              SATANISME




Parler de Satanisme au XXe sicle voil qui doit sembler un
anachronisme. C'est, la plupart du temps, bnvolement s'exposer  des
sourires d'ironie, de scepticisme et de ddain.

Ceux-l mme qui croient qu' des poques dj anciennes, le Prince
du Mal put pouvanter les mes simples, se persuadent volontiers
qu'il n'oserait s'aventurer en ce sicle de lumires et de progrs.
Sorcelleries et sabbats, pactes, possessions et envotements, incubes et
succubes, toutes choses qui firent trembler les ges de foi, sont bel et
bien finies. Satan est relgu dans les brumes du pass. Tout au
plus, le tolre-t-on encore dans _Faust_, sous le rouge pourpoint de
Mphistophls!

Erreur, profonde erreur!

Le Satanisme fut mme fort  la mode il y a quelques annes.

Il ne se passait gure de mois, que la presse ne nous entretnt
d'envotements, de messes noires, clbres par des sclrats, mystiques
 rebours, maniaques du sacrilge, perptrant secrtement les rites
immondes du Satanisme.

D'irrfutables documents attestent, en effet, de nos jours, l'existence
du Satanisme. Les messes noires, les envotements, qui furent les
scandales des sicles passs, sont pratiqus aujourd'hui encore.

Tout comme Dieu, Satan a ses fidles dvots, qui lui rendent un culte,
en de tnbreux sanctuaires.

Un des mieux renseigns sur ces effroyables rites, aussi bien pour le
pass que pour le prsent, tait sans contredit J.-K. Huysmans, l'auteur
de _L-Bas_.

Quand, en 1890, il publia ce livre, qui fit un bruit norme dans les
lettres, et avec lequel il atteignit la grande renomme, l'horreur de
la banalit, du dj vu, qui l'avait conduit jusqu' l'extase devant
l'artificiel--dans _A Rebours_--en lui faisant, par exemple, admirer
la forme d'une orchide parce que cette fleur a l'air de fumer sa
pipe, devait l'entraner jusqu'au trs rare, au trs trange, au
monstrueux--dans _L-Bas_--en lui faisant dcrire les sacrilges
obscnits de la messe noire et du Satanisme contemporain.

Huysmans avait l'obsession du document. Les grimoires, les in-folios,
les pices authentiques des procs de sorcellerie, conservs dans les
archives des bibliothques, lui fournirent, sur la Magie au moyen ge,
des documents prcis, d'o sortirent de remarquables pages.

Pour la Magie moderne, il se documenta dans les milieux occultistes et
spirites.

Il assista, d'abord en sceptique, aux sances spirites; mais son
scepticisme dut s'vanouir devant l'vidence d'incontestables faits de
matrialisations, d'apports, et de lvitation d'objets.

Il connaissait, au Ministre de la Guerre, un chef de bureau, M.
Franois, qui tait un extraordinaire mdium. Trs souvent, runissant
quelques amis dans son appartement de la rue de Svres, Huysmans
tentait, avec l'aide de M. Franois, des vocations. Un de ses
familiers, M. Gustave Boucher, a racont dans une petite brochure,
non mise dans le commerce, les troublantes pripties d'une sance de
spiritisme au cours de laquelle les assistants crurent tre tmoins de
la matrialisation du Gnral Boulanger[1].

[Note 1: Gustave Boucher: _Une sance de Spiritisme chez J.-K.
Huysmans_. Niort, 1908. Une plaquette in-32 carr, tire  200
exemplaires numrots, non mis dans le commerce.]

De toutes ces expriences, il lui resta l'impression d'une intelligence
trangre et d'une volont externe, se manifestant aux vocateurs;
mieux, il acquit la conviction qu'il y avait, malgr la diversit des
pratiques, des points communs entre le Satanisme et les vocations du
spiritisme. Enfin, un astrologue parisien, Eugne Ledos--le Gevingey de
_L-Bas_--et un ancien prtre habitant Lyon, l'abb Boullan, achevrent
de le documenter--faussement parfois, nous le verrons--sur le Satanisme
moderne.

_Le Matin_ a publi, quelque temps aprs la mort de Huysmans, la lettre
dans laquelle l'crivain demandait  l'abb Boullan des renseignements.
Par retour du courrier ce dernier lui rpondit que son concours lui
tait assur.

La correspondance entre Huysmans et l'abb Boullan est volumineuse; elle
date du 6 fvrier 1890 au 4 janvier 1893, date de la mort mystrieuse de
ce dernier. Mais n'anticipons pas.

_L-Bas_ parut en 1890. C'tait une dfense en rgle du surnaturel,
base sur deux ordres de faits:

1 Une srie de faits purement historiques, se rapportant  l'histoire
de Gilles de Rais et  la sorcellerie du moyen ge;

2 Une srie de faits relatifs au Satanisme moderne.

Les Spirites, les Occultistes, les Rose-Croix satanisent plus ou moins,
affirmait Huysmans: A force d'voquer des larves, les occultistes qui
ne peuvent, bien entendu, attirer les Anges, finissent par amener les
Esprits du Mal; et, qu'ils le veuillent ou non, sans mme le savoir,
ils se meuvent dans le diabolisme[2]. En tout cas, ajoutait-il, si le
Diable n'y est pas toujours, il en est bien prs!

[Note 2: Cf. _L-Bas_, page 427.]

La Messe de Satan, la Messe Noire se clbre de nos jours, disait-il
encore, et il en faisait une truculente description. Un chanoine, Docre,
la clbrait. Dans son ardeur sacrilge, ce monstrueux sacerdote s'tait
fait tatouer, sous la plante des pieds, l'image de la croix, de faon
 toujours marcher sur le Sauveur! Il entretenait, dans des cages, des
souris blanches, nourries d'hosties consacres et de poisons doss avec
science, dont le sang servait aux pratiques de l'envotement. L'incubat
et le succubat taient frquents dans les clotres. L'arme de Satan
se recrutait surtout dans le sacerdoce; Il n'y a pas, sans prtre
sacrilge, de Satanisme mr, disait Huysmans. Le chanoine Docre tait
disait-on, un prtre des environs de Gand.

La vrit est que si Huysmans assista  la messe noire, le rcit qu'il
en a fait n'est nullement une relation de choses vues. Certains dtails
sont emprunts  des documents anciens tirs des Archives de Vintras.

Mais la messe noire se disait. Malheureusement pour les curieux, cette
messe maudite avait pour temples des locaux hermtiquement ferms, et,
pour fidles, des gens lis par un secret absolument inviolable.
Quant au chanoine Docre, il tait fait avec diverses personnalits et
notamment deux ecclsiastiques que Huysmans avait beaucoup connus. L'un
fut, ainsi qu'il l'a crit dans _L-Bas_, chapelain d'une reine en
exil; il s'est pendu il y a quelques annes. L'autre, qui habitait
en Belgique,  Bruges, tait un prtre encore exerant, dans ce bijou
gothique qu'est la chapelle du Saint-Sang, o l'on montre aux fidles,
tous les vendredis, le sang de Jsus-Christ qui aurait t rapport des
Croisades par un comte de Flandre.

Tout en gardant la physionomie trs exacte du chapelain qui se suicida,
il assembla en un seul et mme personnage les dtails absolument
certains qu'il possdait sur l'un et l'autre de ces deux prtres. Il y
ajouta plusieurs traits relats dans des rapports dj classs, comme la
fameuse affaire de la voyante diabolique, Cantianille[3], o il prit
le dtail de la croix tatoue sous la plante des pieds pour la mieux
fouler.

[Note 3: Mme Cantianille B....., du diocse de Sens, morte il y
a quelques annes seulement, fut, ds l'ge de deux ans, pourrie de
larves. La maladie psychique atteignit son paroxysme  quinze ans, o
elle fut place dans un couvent de Mont-Saint-Sulpice, et viole par un
jeune prtre, qui la voua au diable.

Renvoye du couvent, elle fut exorcise par un certain abb Thorey,
d'Auxerre, dont la cervelle ne parat pas avoir bien rsist  ces
pratiques. Ce fut bientt,  Auxerre, de telles scnes scandaleuses,
que Cantianille fut chasse du pays et l'abb Thorey frapp
disciplinairement par son vque. Le malheureux prtre crivit deux
volumes sur sa pnitente, et l'affaire alla  Rome. Quant  Cantianille,
elle garda jusqu' la fin de sa vie le funbre don de propager sa
maladie psychique.]

En opposition au chanoine Docre, Huysmans rvlait un certain docteur
Johanns, qui n'tait autre que l'abb Boullan.

A la question: Quel est ce docteur? Huysmans fait rpondre par un des
personnages de son livre: C'est un trs intelligent et trs savant
prtre. Il a t suprieur de communaut et a dirig,  Paris mme,
la seule revue qui ait jamais t mystique. Il fut aussi un thologien
consult, un matre reconnu de la jurisprudence divine; puis il eut
de navrants dbats avec la Curie du Pape,  Rome, et avec le Cardinal
Archevque de Paris. Ses exorcismes, ses luttes contre les incubes qu'il
allait combattre dans les couvents de femmes, le perdirent[4].

[Note 4: Cf. _L-Bas_, page 283.]

Quel tait donc en vrit cet abb Boullan,  qui Huysmans s'tait
adress pour la documentation de son livre, et qu'il affirmait
missionn par le Ciel pour briser les manigances infectieuses du
Satanisme, pour prcher la venue du Christ glorieux et du divin
Paraclet[5]?

[Note 5: _L-Bas_, page 395.]

Un procs en escroquerie, jug en 1865 devant la Chambre des appels
correctionnels de Paris, va nous faire connatre de curieux dtails sur
notre abb et sur les tranges doctrines qu'il professait.

Prtre du diocse de Versailles, docteur en thologie, ancien suprieur
d'une communaut de Strasbourg, auteur de plusieurs ouvrages canoniques,
traducteur de la _Vie de la Sainte Vierge_ de la clbre visionnaire
Catherine Emmerich, fondateur du _Rosier de Marie_--dont fut accus, un
jour, M. Naquet d'avoir t l'assidu collaborateur--l'abb Boullan tait
un cerveau inquiet et assoiff d'absolu. Jeune encore, il avait eut,
en 1856,  s'occuper d'une religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve,
 Soissons, la soeur Adle Chevalier. Cette religieuse racontait
qu'abandonne par tous les mdecins, elle avait t gurie
miraculeusement d'une ccit et d'une congestion pulmonaire, par
l'intercession de Notre-Dame de la Salette. C'tait au mois de janvier
1854 que le miracle s'tait produit: elle tait alors soeur postulante
chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve.

La nouvelle s'en tait rapidement rpandue dans tout le diocse et
l'vque de Soissons avait dlgu son vicaire gnral pour procder 
une enqute. Les conclusions du rapport rdig par cet ecclsiastique
taient nettes et prcises: Aprs avoir mrement rflchi sur les
circonstances dans lesquelles Adle Chevalier a obtenu le recouvrement
de la vue et la gurison pulmonaire qui s'tait prsente avec des
caractres de gravit si alarmants, _je n'hsite pas  croire  une
intervention surnaturelle_ de la mre de Dieu.

A partir de cette poque, la soeur Chevalier affirma qu'elle ne cessait
d'tre inspire de la grce divine, qu'elle tait en communication avec
la Vierge, dont elle recevait frquemment des rvlations par une voix
mystrieuse.

En 1856, la suprieure de la Communaut des dames de Saint-Thomas
l'envoya  Notre-Dame de la Salette, o l'appelaient, disait-elle, des
voix surnaturelles.

Les Pres de la Salette examinrent son tat et en furent si frapps
qu'ils demandrent  l'vque de Grenoble l'autorisation de la confier
 la direction de l'abb Boullan dont la science thologique et mystique
leur tait, disaient-ils, bien connue.

L'abb Boullan eut foi, ds les premiers jours, dans l'tat surnaturel
de sa pnitente. Il conclut au miracle, et il fut dcid, qu'il se
rendrait  Rome pour prsenter ledit miracle  l'examen du Pape et du
Sacr Collge.

Mais cette mission ne fut pas la seule qu'il alla accomplir  Rome.

Vers la mme poque, il avait eu  s'occuper de la direction d'une
demoiselle Marie Roche, qui lui avait t confie par l'vque de Rodez:
elle aussi prtendait avoir une mission divine et recevoir du ciel des
inspirations prophtiques. Des vnements de la plus haute gravit lui
avaient t annoncs qui devaient frapper d'tonnement toute l'Europe.
Une partie de ces prophties s'appliquait au Pape qui devait mourir
de mort violente; une autre  l'empereur des Franais qui, s'il
n'accomplissait pas les ordres que Marie Roche tait charge de lui
rvler, devait prir de la main de ses officiers, pour faire place
 Henri V. Cette Marie Roche fut conduite  Rome par l'abb Boullan,
prsente au Sacr Collge, admise mme  expliquer sa mission devant le
Pape.

De retour de Rome, aprs deux annes, l'abb Boullan retrouva Adle
Chevalier et reprit sa direction. Prtendant avoir reu de la Vierge
une rvlation dans laquelle elle lui ordonnait de fonder une oeuvre
religieuse qui s'appellerait: _Oeuvre de la rparation des mes_, et
en avoir crit les rgles sous une dicte divine, la soeur Chevalier
s'occupait d'organiser cette oeuvre.

D'accord avec son directeur, elle l'installa  Bellevue, dans le
dpartement de Seine-et-Oise, avec l'approbation de plusieurs prlats
hauts placs.

Bientt, on signala dans l'intrieur de la communaut des pratiques
bizarres. L'abb Boullan y gurissait, par des procds tranges, des
maladies _diaboliques_, dont auraient t atteintes les religieuses: une
des soeurs tant tourmente par le Dmon, l'abb, pour l'exorciser,
lui crachait dans la bouche;  une autre, il faisait boire de son urine
mlange  celle de la soeur Chevalier;  une troisime il ordonnait des
cataplasmes de matire fcale.

De plus, des ecclsiastiques crivaient  l'abb Boullan et  la soeur
Chevalier pour leur demander--moyennant finances--comment ils pourraient
se concilier la faveur de la Sainte Vierge; des femmes du monde, enfin,
les consultaient sur des cas de conscience incroyables.

Il y eut bientt, auprs de l'vque de Versailles, des plaintes
nombreuses. Une instruction fut ouverte contre l'abb Boullan et la
soeur Chevalier, accuss d'escroquerie et d'outrage public  la pudeur.
Sur ce dernier chef, le Tribunal correctionnel de Versailles rendit une
ordonnance de non-lieu, et les condamna seulement pour escroquerie 
trois ans de prison.

Rendu  la libert, l'abb Boullan continua ses pratiques d'exorcisme.
Mand  l'archevch de Paris, o on le sommait de s'expliquer sur le
cas d'une pileptique qu'il disait avoir gurie  l'aide d'une relique
de la robe sans couture du Christ conserve  Argenteuil, le cardinal
Guibert, aprs avoir entendu ses explications sur les cures des
sortilges et les doctrines dont il tait le propagateur, le frappa
_d'interdit_. Il se rendit aussitt au Vatican pour protester contre la
mesure disciplinaire qui le frappait, mais il en fut chass: le Vatican
avait eu horreur de ce prtre qui osait soutenir avoir reu du ciel
la mission de combattre l'enfer par la profanation de l'hostie et par
l'ordure.

A la suite de ces aventures, notre abb quitta l'glise. Il s'en vint
 Lyon auprs du clbre prophte et mystique: Eugne Vintras, dont il
avait fait la connaissance  Bruxelles. Vintras a laiss une rputation
discute et troublante; mais ceux qui l'ont connu peuvent tmoigner de
la saintet de sa vie. Fils d'ouvrier, ouvrier lui-mme, sans fortune,
sans ducation, dpourvu de tout ce qui paraissait indispensablement
ncessaire  l'accomplissement d'une grande oeuvre, l'Esprit rvlateur
le cultiva, le faonna, le ptrit pour ainsi dire, l'leva  la
hauteur de sa mission et le fit atteindre aux plus hauts sommets de la
rvlation et de la mystique.

Prophte, ceux qui le connurent subirent le charme de son verbe et de
sa majest imprative; il exerait une puissance de fascination
extraordinaire. Mystique, il s'levait de terre, devant tmoins,
lorsqu'il priait; sa doctrine, il l'appuyait sur des miracles. Sur son
autel se produisaient des phnomnes tranges: quand il consacrait,
les hosties sortaient du calice et restaient suspendues dans l'espace;
d'autres, gardaient des stigmates sanglants[6].

[Note 6: Nous avons en notre possession des cahiers contenant la
reproduction exacte des 250 premires hosties miraculeuses apparues avec
des signes sanglants sur l'autel du prophte Vintras. Sur ces 250, 125
furent saisies en 1842 par l'vque de Bayeux; les autres, jusqu'
ces derniers temps, taient conserves  Lyon dans une chapelle
particulire, et n'taient, malgr les annes, ni dtriores ni
corrompues.]

Boullan se rallia  la doctrine d'Eugne Vintras, et  la mort de ce
dernier, survenue en 1875, se prtendit son successeur; mais il ne fut
pas reconnu par la majorit des Vintrasistes qui le considrrent comme
schismatique.

Comme Vintras, l'abb Boullan avait le don de fascination et il ne tarda
pas d'accomplir aussi d'incroyables prodiges. Il gurissait, au moyen
de pierres prcieuses, des enfants nous, et plusieurs femmes--dont une
Parisienne des plus cites dans le monde artistique--furent soulages
d'une maladie de matrice rpute incurable par les plus savants
docteurs, par l'imposition sur les ovaires d'hosties consacres. La
manire dont il s'y prenait pour combattre les envotements et les
malfices a t rvle par Huysmans dans _L-Bas_.

Ceux qui ont connu ce petit vieillard allgre, aux yeux de flamme, avec
un front d'inspir et une mchoire puissante, entendent encore sa parole
sybilline et voient encore son regard de feu, qui semblait fouiller dans
les cerveaux.

Il vivait trs retir  Lyon, rue de la Martinire, chez un architecte,
M. Misme, excellent vieillard proccup de retrouver l'lixir de
Paracelse. Il avait avec lui deux voyantes: Mme Laure et Mme Thibaut.

Mme Thibaut, paysanne au regard d'aigle, au verbe villageois, et qui,
depuis des annes, ne mangeait que du pain tremp dans du lait, avait
fait  pied les plerinages les plus lointains, et n'avait qu' soulever
les prunelles au-dessus de ses lunettes pour apercevoir les lgions
de l'invisible. Huysmans a trac d'elle un exact portrait dans _la
Cathdrale_, sous le nom de Mme Bavoil.

C'est  Lyon, dans l't de 1891, que Huysmans vint voir l'abb Boullan.
Il visita le modeste sanctuaire o celui-ci combattait,  l'aide des
sacrifices tablis par lie Vintras, ses ennemis de Paris, de Bruges et
de Rome.

Revtu de la grande robe rouge Vintrasienne que serrait  la taille une
cordelire bleue, tte nue et pieds nus, il prononait le Sacrifice de
gloire de Melchissdech qui devait confondre ses ennemis. Huysmans qui
assista  plusieurs de ces combats, dclara en avoir emport le souvenir
le plus tragique.

Les envoteurs se vengeaient de Boullan en ne le laissant jamais
tranquille. Il dsignait entre autres, parmi ses ennemis acharns, les
occultistes parisiens: le marquis Stanislas de Guaita, Oswald Wirth et
le Sar Pladan, fondateurs de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

Nous croyons, pour l'intelligence de ce qui va suivre, qu'il ne sera
pas compltement inutile de nous arrter quelques instants sur la
mystrieuse fraternit des Rose-Croix kabbalistes et la personnalit de
ses tranges fondateurs.

Fonde en la fin du quatorzime sicle, par Chrtien Rosencreuz, la
socit des Rose-Croix, qui fit surtout parler d'elle au dbut du
dix-septime sicle, en France et en Allemagne, tait une confrrie
alchimique, mdicale, kabbalistique et gnostique.

Les Frres de la Socit taient dous de pouvoirs tendus, et leur
grand secret portait principalement sur les quatre points suivants:
transmutation des mtaux; art de prolonger la vie; connaissance de ce
qui se passe dans les lieux loigns; application de la kabbale et de la
science des nombres  la dcouverte des choses les plus caches.

Dans le courant du dix-neuvime sicle la socit semblait devoir
s'teindre, lorsque vers 1888, elle fut rnove sous le nom d'_Ordre
kabbalistique de la Rose-Croix_ par des hritiers directs de ses
traditions.

_En apparence_ (et extra) _disait la_ CONSTITUTION SECRTE DE L'ORDRE,
_la Rose-Croix rnove est une socit patente et dogmatique pour la
diffusion de l'occultisme._

_En ralit_ (et intus) _c'est une socit secrte d'action pour
l'exhaussement individuel et rciproque; la dfense des membres qui la
composent; la multiplication de leurs forces vives par rversibilit;_
LA RUINE DES ADEPTES DE LA MAGIE NOIRE, _et enfin la lutte pour rvler
 la thologie chrtienne les magnificences sotriques dont elle est
grosse  son insu._

La Rose-Croix tait dirige par un Suprme Conseil dont faisaient partie
des littrateurs et des occultistes connus: le Sar Pladan, Stanislas de
Guaita, Papus, Paul Adam, Barlet, l'abb Alta, Polti, Albert Jounet.

Stanislas de Guaita tait leur chef.

Pote, il avait dbut dans les lettres par des vers adresss du lyce
de Nancy  quelques jeunes revues littraires de Paris. Maurice Barrs,
qui fut son ami intime, nous a racont jadis leurs longues annes
passes ensemble  lire les parnassiens et  rver.

Il tomba sur les livres d'liphas Lvy que lui indiqua, dit-on, Catulle
Mends. Ils furent pour lui une rvlation.

Dsormais, il abandonna les cnacles des potes pour s'enfermer dans
ce petit rez-de-chausse de l'avenue Trudaine,  Paris, o il vivait
entour de vieux grimoires et de livres de prix, manuscrits de Kabbale
et de Magie, dormant le jour, travaillant la nuit, s'aidant de morphine,
de cafine et de haschich, tout entier  crire ses _Essais de Sciences
Maudites_.

Aventurier du mystre, il aima risquer sa sant et sa raison en des
conflits avec l'inconnu. Les larves hantaient sa maison et Paul Adam,
Laurent Tailhade et le dlicat pote douard Dubus assistrent, chez
lui,  d'tranges sances.

A ce redoutable voisinage, le cerveau de Dubus ne rsista pas: il devint
dment. Guaita ne survcut gure non plus  ces apparitions insolites.
Lorsque nous le vmes, il tait dj malade. Il allait se retirer en son
chteau d'Alteville, en Lorraine, o il devait mourir peu aprs.

L'abb Boullan, qui se donnait comme un haut initi des sciences divines
et du plus pur occultisme, devait fatalement rencontrer de Guaita et ses
amis. Ce fut, croyons-nous, par l'intermdiaire du marquis d'Alveydre
qu'ils firent connaissance vers 1885. Ils furent d'abord trs lis.
Comment se brouillrent-ils? Nous l'ignorons[7]. Toujours est--il que
Boullan accusait ces derniers de le vouloir tuer par des moyens occultes
tels que l'envotement.

[Note 7: Nous possdons, provenant de la Bibliothque de l'abb
Boullan, la premire dition de l'ouvrage de St. de Guaita: _Au Seuil du
Mystre_, avec la ddicace:

Au docteur Jean-Baptiste Boullan,
Hommage de respectueuse et fraternelle affection en Jeschou.
Stanislas de Guaita.]

_Les Occultistes de Paris, Guaita particulirement_, crivait-il 
Huysmans, _sont venus ici m'arracher les secrets de la puissance.
Guaita, mme, s'agenouilla devant Mme Thibault et la conjura de lui
donner sa bndiction: Je ne suis qu'un enfant qui apprend disait-il._

_Pendant plus de quinze jours nous lui fmes une famille. A peine
tait-il parti, emportant le manuscrit du_ SACRIFICE DE GLOIRE, _le
livre magique par excellence, qu'une nuit je me rveillai frapp au
coeur. Mme Thibault, chez qui je_ _courus, me dit: C'est Guaita. Je
m'affaissai en criant: Je suis mort. Aprs quelque secours, je pus me
redresser et me fis porter  l'autel qui est toute ma force; je dis le
Sacrifice de Gloire qui rompt la complicit des mchants; je pris les
saintes espces, et, ranim, je me recouchai et dormis. Guaita lui-mme,
pratiquant la reconnaissance  rebours, me fit savoir qu'il avait voulu
exercer contre moi la puissance que je lui avais octroye..._

Il eut une fois la jambe traverse jusqu' l'os par des effluves
fluidiques. Une autre fois, l'autel manqua tre renvers, il tait
devenu le point de contact, le lieu d'explosion des deux fluides
antagonistes, celui de Boullan et celui des envoteurs.

Huysmans racontait lui-mme, qu'aprs la publication de _L-Bas_, il
n'avait pas chapp aux attaques des occultistes de la Rose-Croix.
Plusieurs fois, disait-il, il aurait t en danger de mort, sans
l'intervention de l'abb Boullan. Un jour (il tait alors chef de
division au Ministre de l'intrieur), il reut de Lyon une lettre
l'informant de n'aller  son bureau sous aucun prtexte. Il suivit ce
conseil, et bien lui en prit. Le jour mme, une lourde glace surmontant
le bureau qu'il occupait au Ministre, s'abattit sans qu'on st pourquoi
ni comment, fracassant tout et criblant le cabinet d'clats de verre.

Il et videmment t tu.

De cela, Huysmans accusait nettement le marquis de Guaita.

Huysmans disait encore, parlant de Guaita et de Pladan, qu'ils avaient
tout tent contre lui, avant et surtout aprs son roman _L-Bas_.

Je suis certain, affirmait-il, qu'ils ont fait tout ce qu'ils ont pu
pour me nuire. Et il racontait que chaque soir,  la minute prcise o
il allait s'endormir, il recevait sur le crne et sur la face des coups
de poings fluidiques.--Je voudrais croire, ajoutait-il, que je suis tout
bonnement en proie  de fausses sensations purement subjectives, dues
 l'extrme sensibilit de mon systme nerveux; mais j'incline  penser
que c'est bel et bien affaire de magie. La preuve, c'est que mon chat
qui ne risque pas, lui, d'tre hallucin a des secousses,  la mme
heure et de la mme sorte que moi!

Ces fluides, Huysmans les comparait au souffle d'une machine
d'lectricit statique. Ils l'importunaient et l'empchaient de dormir.

Il se rendit  Lyon, auprs de l'abb Boullan, lequel, aid de Mme
Thibault, accomplit le Sacrifice de Gloire et le libra du malfice.

Aprs la mort de Boullan, Huysmans affirmait que la sensation bizarre
de chaque soir avait redoubl, et que les attaques fluidiques avaient
repris de plus belle. Il dut avoir recours  Mme Thibault qui restait,
disait-il, son unique bouclier par sa saintet hors d'atteinte et qui
le dlivra dfinitivement.

La lutte entre Boullan et ses ennemis dura jusqu'en 1893, date de sa
mort.

Il se proposait de partir pour Paris, o il devait faire des confrences
sur la kabbale,  la salle des Capucines, lorsqu'une mort mystrieuse le
terrassa dans la nuit du 4 janvier 1893.

A en croire les amis de l'abb Boullan sa mort tait due  des pratiques
magiques: il avait t frapp par des mains invisibles et criminelles,
armes de foudres occultes, de forces redoutables et inconnues.--J'tais
 Lyon, disait Huysmans, lorsque parvint chez Boullan une des lettres de
la Rose-Croix, signe de Guaita, condamnant  mort par les fluides celui
qui vient de mourir. Mme Thibault assistait par la voyance aux coups
repousss de Lyon  Paris. Boullan, l'hostie  la main, invoquait les
grands Archanges pour qu'ils pulvrisent ces _ouvriers d'iniquit_!

Il semble d'ailleurs que Boullan ait eu de funestes pressentiments, 
en juger par les craintes dont il fit part dans une lettre adresse
 Huysmans et qui jette sur cet vnement un jour trange. En voici
quelques fragments:

_Quis est Deus?_

  _Lyon, 2 janvier 1893._

  _Bien cher ami J.-K. Huysmans,_

_Nous avons reu avec joie votre lettre qui nous apportait vos voeux de
cette nouvelle anne. Elle s'ouvre sous de tristes pressentiments, cette
anne fatidique, dont les chiffres 8-9-3 forment un ensemble
d'annonces terribles..................................................._
.......................................................................
_3 janvier.--Ma lettre en tait l hier au soir, pour attendre celle de
la chre Mme Thibault; mais cette nuit un accident terrible a eu lieu.
A trois heures du matin, je me suis veill suffoqu; j'ai cri: Madame
Thibault, j'touffe, deux fois. Elle a entendu, et en arrivant prs
de moi, j'tais sans connaissance. De 3 heures  3 heures 1/2 j'ai t
entre la vie et la mort.

A Saint-Maximin, Mme Thibault avait rv de Guaita, et le matin, un
oiseau de mort avait cri. Il annonait cette attaque. M. Misme avait
rv  cela. A 4 heures, j'ai pu reprendre mon sommeil, le danger
avait disparu..........................................................
......................................................................._

  _Dr J.-A. Boullan._

Il devait trouver la mort mme, le lendemain! Voici son agonie relate
par Mme Thibault, elle-mme, dans une lettre qu'elle adressait 
Huysmans. Nous la prendrons au moment o nous a laiss Boullan.

_... A quatre heures, aprs avoir bu une tasse de th, il a transpir
beaucoup; j'ai rallum le feu; je lui ai fait chauffer une chemise qu'il
a mise, et tout est rentr dans son tat normal.

Il s'est lev comme d'habitude, et il s'est mis  crire, aussitt le
jour venu, son article pour_ LA LUMIRE _que Lucie Grange lui avait
demand, puis une lettre  un ami; il voulait porter cela  la poste
lui-mme, je n'ai pas voulu; je lui ai dit qu'il faisait trop froid pour
lui..................................................................
L'heure du dner est venue; il s'est mis  table et a bien dn; il tait
trs gai; mme il est all rendre sa petite visite quotidienne aux dames
Gay, et lorsqu'il est rentr il m'a demand si j'allais tre bientt prte
pour la prire. Nous arrivons pour prier; quelques minutes aprs, il se
sent mal  l'aise; il pousse une exclamation et il dit: Qu'est-ce que
c'est?. En disant cela, il s'affaissait sur lui-mme. Nous n'avons eu
que le temps, M. Misme et moi, de le soutenir et de le conduire sur
son fauteuil, o il put rester pendant la prire que j'ai abrge pour
pouvoir le faire coucher plus vite.................................
La poitrine est devenue plus oppresse, la respiration plus difficile; au
milieu de toutes ces luttes, il avait une maladie de foie et de coeur.
Il me disait: Je vais mourir. Adieu. Je lui rpondais: Mais, mon
Pre, vous n'allez pas mourir; et votre livre que vous avez  faire?
Il faut bien que vous le fassiez[8]! Il tait content que je lui dise
cela... il m'a demand de_ L'EAU DU SALUT. _Aprs avoir bu une gorge,
il nous disait: C'est cela qui me sauve. Je ne m'effrayais pas trop:
nous l'avions vu tant de fois aux portes de la mort et se remettre
quelques heures aprs! Je croyais que ce ne serait que passager. Il
nous a parl jusqu'au moment de la dernire crise... Je lui dis: Pre,
comment vous trouvez-vous? Il me jeta son dernier regard d'adieu. Il
n'a plus pu nous parler. Il est entr en une agonie qui a dur  peine
deux minutes... Il est mort en saint et en martyr; toute sa vie n'a
t qu'preuves et souffrances depuis seize ans et plus que je le
connais...............................................................
j'apprhendais un triste dnouement avec toutes_ _ces luttes qu'il avait
soutenues pour lui et pour d'autres. Je suis tonne qu'il soit venu
jusqu'ici. Je crois qu'il avait rempli sa tche. Sa mort m'avait t
montre depuis plus de six ans, et, au moment o j'allais prendre le train
 Saint-Maximin pour partir aux Saintes-Maries, un oiseau est venu me
jeter plusieurs cris. Il n'tait pas jour. Il tait six heures du matin.
J'ai dit tout haut devant quelques personnes: Ah! mon Dieu! une mort
que cet oiseau m'annonce. Et j'ai senti que c'tait le pauvre Pre.
Je repoussais cette inspiration; je ne m'attendais pas qu'elle
allait arriver cinq jours aprs ma rentre  Lyon.....................
......................................................................
......................................................................_

[Note 8: L'abb Boullan s'apprtait, parat-il,  publier le _Zohar_
en franais.]

La mort mystrieuse de l'abb Boullan fut l'occasion d'une vive
polmique entre crivains occultistes: Huysmans et Jules Bois d'une
part, et Stanislas de Guaita de l'autre. Nous avons dit plus haut que
Huysmans attribuait nettement cette mort aux pratiques magiques de
Stanislas de Guaita. Jules Bois, de son ct, accusa formellement de
Guaita et ses collgues de la Rose-Croix d'avoir envot l'abb Boullan.

Tous les honntes gens ont t de mon ct quand j'ai dvoil les
agissements sataniques des Rose-Croix de Paris, disait Huysmans.

Jules Bois crivait dans le _Gil Blas_:

... Je crois de mon devoir de relater les faits: l'trange
pressentiment de Boullan, les visions prophtiques de Mme Thibault et de
M. Misme, ces attaques, parat-il, indiscutables, des Rose-Croix Wirth,
Pladan, Guaita, contre cet homme qui est mort.

On m'a assur que M. le marquis de Guaita vit seul et sauvage; qu'il
manie les poisons avec une grande science et la plus merveilleuse
sret; qu'il les volatilise et les dirige dans l'espace; qu'il a
mme--M. Paul Adam, M. Dubus, M. Gary de Lacroze l'ont vu--un esprit
familier enferm chez lui dans un placard et qui en sort visible sur son
ordre...

Ce que je demande sans incriminer qui que ce soit, c'est qu'on
claircisse les causes de cette mort. Le foie et le coeur par o Boullan
fut frapp, voil les points que les forces astrales pntrent.

Maintenant que des illustres savants tels que MM. Charcot, Luys et
particulirement de Rochas reconnaissent la puissance des envotements,
duss-je--moi qui suis un adepte de la magie--braver les fureurs
homicides, je veux de nettes explications; je les veux comme doivent les
vouloir MM. Pladan, de Guaita et Wirth, afin que leur conscience soit
lgre[9]!

[Note 9: _Gil Blas_, du 9 janvier 1893.]

Le lendemain de la publication par Jules Bois, dans le _Gil Blas_,
des accusations que l'on vient de lire, Huysmans les confirmait par
l'intermdiaire de M. Blanchon, du _Figaro_, auquel il disait au
cours d'une interview: Il est indiscutable que de Guaita et Pladan
pratiquent quotidiennement la magie noire. Ce pauvre Boullan tait en
lutte perptuelle avec les esprits mchants qu'ils n'ont cess, pendant
deux ans, de lui envoyer de Paris. Rien n'est plus imprcis que ces
questions de magie; mais il est tout  fait possible que mon pauvre ami
Boullan ait succomb  un envotement suprme.

Le 11 Janvier, Jules Bois revint  la charge dans le _Gil Blas_.

Je tiens  affirmer, crivait-il, que je ne suis pas l'ennemi de M. de
Guaita; et je ne reois pas non plus de mot d'ordre. Je n'ai eu avec le
mage de l'avenue Trudaine, jusqu'ici, que les plus courtois rapports;
mais devant les prsomptions importantes qui m'ont t fournies, j'ai
cru de mon devoir, et tout honnte homme l'aurait fait  ma place,
d'affirmer que M. de Guaita avait maintes fois, depuis plusieurs
annes, menac le docteur Boullan qui vient de mourir de cette mort si
mystrieuse et si subite, et qu'il y avait, dans l'esprit de Boullan, la
hantise, l'obsession, la douleur perscutrice de ces menaces.

Je ne veux pas en dire plus, mais ce que je dis l, je le maintiens
entirement. Le soir de mon article, M. J.-K. Huysmans a t plus
particulirement atteint par les fluides...

Stanislas de Guaita protesta, par une note parue dans le _Figaro_,
contre ces accusations d'envotement.

Jules Bois rpliqua, dans le _Gil Blas_ du 13 janvier, en ces termes:

M. Stanislas de Guaita prtend que les envotements ne sont point son
fait.

Eh bien, en voici un qui est trs clairement avou, et par lui-mme,
dans son propre livre _Le Serpent de la Gense_,  la page 477. Cet
envotement--le plus terrible parce qu'il est collectif--tait dirig
depuis longtemps dj contre l'abb Boullan, dit le docteur Baptiste,
ce vieillard  qui les douleurs et les preuves de sa vie avaient enlev
bien des forces.

M. de Guaita a crit ceci:

... Ds le retour de M. Wirth, examen fait des pices nouvelles, les
occultistes runis en Tribunal d'honneur, prononcrent la condamnation
du docteur Baptiste  l'unanimit des voix (23 mai 1889). Elle lui fut
signifie le lendemain...

... Que M. de Guaita ne vienne pas nous dire que sa condamnation tait
une condamnation platonique... La haine inexorable qu'il avait voue au
docteur Boullan, haine dont il avait cr le rseau serr et menaant
dans le coeur de tous ses amis,  lui Guaita, cette haine inexorable
se resserrait de plus en plus, comme un tau de courroux contre cette
victime solitaire.

De cette condamnation, il y a l'une de ces trois conclusions  tirer:

1 Ou M. de Guaita a plaisant... il n'y avait pas de quoi et je dois
dire que ce n'est point son habitude...;

2 Ou M. de Guaita est insens, condamnant quelqu'un en l'air, sans
efficacit, sans qu'il y ait une sanction  ses paroles;

3 Ou M. de Guaita a crit, en toute connaissance de cause et d'effet,
une sentence dont il savait la porte et dont il pouvait diriger les
funestes applications. Condamnant Boullan, il tait sr, dans ce cas, de
faire excuter cette condamnation. Et alors je laisse  mes lecteurs et
 lui-mme, Stanislas de Guaita, le soin de qualifier une aussi cruelle
conduite...

Cette fois, de Guaita s'mut. Aux accusations de Huysmans et de Jules
Bois, il rpondit, dans le _Gil Blas_ du 15 janvier:

Voici plusieurs jours que la presse colporte sur mon compte certains
ragots, d'un ridicule plus infamant, en vrit, pour les malveillants
ou les nafs qui ont lanc ce canard, que pour moi-mme, aux trousses
duquel il s'acharne.

Nul n'ignore plus que je me livre aux pratiques de la plus odieuse
sorcellerie; que je suis  la tte d'un Collge de Rose-Croix, fervents
du Satanisme, et qui dvouent leurs loisirs  l'vocation du Noir
Esprit; que ceux qui nous gnent tombent, l'un aprs l'autre, victimes
de nos malfices; que moi, personnellement, j'ai fru  distance nombre
de mes ennemis, qui sont morts envots, en me dsignant pour leur
assassin... Ce n'est pas tout. Je manipule et dose les plus subtils
poisons avec un art infernal, c'est convenu; je les volatilise avec un
bonheur particulier, en sorte d'en faire affluer,  des centaines de
lieues d'loignement, la vapeur toxique, vers les narines de ceux-l
dont le visage me dplat; je joue les Gilles de Rais au seuil du
vingtime sicle; j'entretiens des _relations d'amiti et autres_ avec
le redoutable Docre, le chanoine chri de M. Huysmans; enfin, je tiens
prisonnier en un placard un esprit familier qui en sort visible sur mon
ordre!

Est-ce assez?--Point. Tous ces beaux renseignements ne sont qu'une
prface. L'affaire o l'on en veut venir, c'est que l'ex-abb
Boullan--ce thaumaturge lyonnais dont la mort rcente a fait quelque
bruit--n'a succomb qu' mes infmes pratiques,  mes efforts combins
avec ceux de mes noirs confrres, les Frres de la Rose-Croix.

On va mme jusqu' laisser entendre qu'il serait expdient de pratiquer
l'autopsie du dfroqu, de qui certaines lettres, rendues publiques
avec l'assentiment de M. J.-K. Huysmans leur destinataire, me dnoncent
positivement comme le magicien provocateur de la crise cardiaque qui a
ravi au monde des dmoniaques son Roi des Exorcistes.

Car il faut bien dire que M. Boullan, dont j'ai dmasqu dans mon
dernier livre (avec preuves  l'appui) les oeuvres et les doctrines,
souffrait ds longtemps d'une double atteinte au coeur et au foie. Cette
affection suivait son cours normal, avec des hauts et des bas. Mais, 
chaque nouvelle atteinte, notre pontife criait  l'envotement nouveau.

M. Boullan est mort: paix  sa cendre!... J'ai dit d'ailleurs ce que
j'ai cru devoir dire, touchant nos relations et les vnements qui
succdrent... Cette parenthse tant close, revenons  ce qui me
concerne personnellement.

Les allgations produites dans les journaux, ces jours derniers,
seraient abominables, si elles ne respiraient la plus intense
bouffonnerie.

Me dfendre de pareils cancans, allons donc? Le bon sens public en a
fait justice et je n'ai peur que d'une chose, pour les auteurs de
ces naves calomnies: c'est que, curieux d'_pater_ les badauds et de
divertir les sceptiques, ils n'aient fait rire beaucoup plus  leurs
dpens qu'aux miens.

J'avais d'abord l'ide de m'en tenir au silence du plus parfait
ddain... Je me disais: laissons tomber ces plaisanteries d'un got
fcheux, et que nul ne rditera. Je me trompais. De toutes parts,
en dpit mme de la diversion du Panama, des feuilles quotidiennes
reproduisent gravement ces pauvrets!...

Donc, mon intention tait de me taire. Mais ces sottes histoires
menacent enfin de s'terniser. La patience a des bornes et c'est
dcidment trop de ridicule pour une fois:

On me demande  grands cris des explications... Les meilleures, en
pareil cas, se donnent sur le pr. C'est du moins mon avis.

Mais  qui m'en prendre?

A M. Huysmans d'abord:  tout seigneur, tout honneur! A M. Huysmans,
qui, dans son roman _L-Bas_, et depuis la publication de ce livre, n'a
cess de se faire l'cho central de ces invraisemblables calomnies;--
M. Huysmans, qui a permis qu'on publit les folles lettres o M.
Boullan me dsigne comme son perscuteur;-- M. Huysmans enfin, dont la
rectification parue dans un journal du matin souligne en quelque sorte
les calomnies qu'on lui prtait  mon endroit, plutt qu'elle ne les
attnue.

Donc  M. Huysmans tout d'abord. Puis ensuite,  M. Jules Bois, qui m'a
pris  partie par trois fois dans le _Gil Blas_.

En consquence j'ai envoy des tmoins  ces deux derniers...

Jules Bois riposta, toujours, dans le _Gil Blas_:

M. Stanislas de Guaita, le chef de la Rose-Croix, rpond enfin.

Il se dfend mme et mal; je dirai plus, il s'accuse encore. Il
s'emptre dans les piges qu'il tend et le magicien noir dcrit en
connaissance de cause ses propres malfices; il se mire dans ses
envotements...

Mais quand il s'agit de se dfendre de ce soupon de satanisme, M. de
Guaita recule et tente une diversion.

Il change de terrain; il sort de la discussion; il quitte la plume et
prend l'pe, dont il se croit plus sr.

Eh bien, je puis lui rpondre hautement que si je l'ai attaqu de face,
si je soutiens qu'il a poursuivi d'une haine implacable ce vieillard qui
maintenant n'est plus, je serai devant lui, Stanislas de Guaita, sur le
pr, avec la mme audace.

On ne calomnie pas, Monsieur de Guaita, quand on dfend un mort
et quand on protge une ide! Vous, vous jugez, vous condamnez, vous
excutez votre sentence. Votre tribunal, s'il n'est pas horrible, n'est
qu'une triste bouffonnerie, et puisque vous vous dclarez mage, je vous
citerai l'exemple de vos matres, de nos matres, de Jsus, de Boudha,
de Pythagore, de Platon, de Socrate, qui ne surent que mourir et
pardonner.

Et maintenant, paix  Boullan, qu'il repose dsormais tranquille; sa
querelle renat entre les vivants, et M. Stanislas de Guaita sait bien
que nous ne sommes pas des hommes politiques, que contre lui nous ne
commencerons pas une guerre mesquine de petits papiers...

Le duel avec Huysmans n'eut pas lieu; tout se borna  un change de
tmoins, Huysmans ayant dclar qu'il n'avait jamais song  discuter
le caractre de parfait galant homme de M. de Guaita (Procs-verbal
du 14 janvier 1893). Quant  Jules Bois, il tint parole. Les deux
adversaires descendirent sur le pr,  la Tour de Villebon, o ils
changrent deux balles sans rsultat[10].

[Note 10: M. Paul Foucher, neveu de Victor Hugo, qui fut un des
tmoins de Jules Bois dans son duel avec Stanislas de Guaita, a racont,
dans une de ses chroniques du _Sud-Ouest Toulouse_, les incidents
singuliers qui accompagnrent cette rencontre. Au moment de partir pour
la Tour de Villebon, Jules Bois dit  Paul Foucher: Vous verrez qu'il
arrivera quelque chose de singulier. Des deux cts, nos partisans
prient pour nous et s'adonnent  des conjurations!

Un vnement trange, raconte le chroniqueur, se produisit en effet sur
la route de Versailles. L'un des chevaux du landau s'arrta subitement
et se mit  trembler, flageolant sur ses jambes comme s'il avait aperu
le dmon en personne. Il fallut changer de cheval. Cette fois le
second cheval s'abattit. Ils durent changer de voiture. Le cheval qui
conduisait cette seconde voiture s'abattit comme les deux premiers; le
vhicule fut renvers et Jules Bois arriva sur le terrain tout meurtri
et tout sanglant. Le diable, disait M. Paul Foucher, paraissait
rellement s'en tre ml!]

Nous avons vu que l'abb Boullan ne mritait pas cette rputation de
_saint_ qui lui avait t faite. Nous savons aussi qu'il se livrait, 
sa manire, aux pratiques sataniques; et Huysmans put s'en convaincre
dans la suite, lorsqu'aprs la mort de Boullan, il prit connaissance des
papiers laisss par ce dernier. De notre ct, les documents que nous
avons eu entre les mains, et les faits que nous connaissons, ne nous ont
laiss aucun doute  cet gard.

Aussi put-il documenter Huysmans d'une faon presque complte sur les
rites secrets du Satanisme, mais en renversant parfois les rles, et
en mettant sur le compte du chanoine Docre ou des occultistes de la
Rose-Croix kabbalistique, ses propres pratiques dmoniaques.

C'est ainsi qu'il mit sur le compte du chanoine Docre l'action de
nourrir, avec des hosties consacres, des souris blanches dont le sang
devait plus tard servir aux envotements de haine, alors que c'est
lui-mme, Boullan, qui pratiquait ce sortilge impie.

Il se livrait aux rites secrets de l'incubat et du succubat qu'il
qualifiait _d'union de vie_, enfin il s'adonnait aux pratiques de la
sorcellerie et de la gotie la plus noire[11].

[Note 11: On peut voir dans une brochure publie par Papus en 1893
et intitule PEUT-ON ENVOUTER? une photogravure reprsentant un Pacte
d'envotement au XIXe sicle, avec ces mots d'explication: _Reproduction
photographique d'un document arrach  un sorcier contemporain:
l'ex-abb Boullan_.]

Il y avait de tout dans ses pratiques: du mysticisme dlirant, de
l'rotomanie, de la scatologie, du sadisme et du satanisme[12].

[Note 12: Consulter  ce sujet dans le SERPENT DE LA GENSE de St. de
Guaita, le chapitre consacr aux Modernes Avatars du Sorcier.]

On conoit qu'avec un tel informateur, Huysmans fut, en ses recherches
sur le satanisme, document d'une manire  peu prs complte.

Mais il s'en faut qu'il ait tout dit dans son livre. Nous savons qu'il
possdait sur la religion  rebours des documents qu'il n'a
jamais publis. Ceux qu'il a donns dans _L-Bas_ n'taient,
disait-il--compars  ceux qui taient rests en manuscrits dans sa
bibliothque--que des pistaches, des drages, des flans  la crme, des
_batilles_, comme on dit en termes ecclsiastiques.

Peut-tre les aurait-il un jour publis, s'il ne s'tait converti.

L'ordre surnaturel, qui ne lui tait apparu que par le ct diabolique,
devait se rvler  lui par le ct mystique, divin. Mais, jusqu'
la fin de sa vie, il fut hant par le Satanisme. C'tait un de ses
principaux sujets de conversation.

Mme Myriam Harry a racont, dans la _Revue de Paris_[13], une visite
qu'elle fit  Huysmans en dcembre 1902: La conversation ayant dvi,
crit-elle, il entama un de ses thmes favoris, celui du Satanisme,
des incubes et des succubes. Il parlait de ces tres mystrieux avec
familiarit; il prcisait comme s'il s'agissait de commensaux habituels.

[Note 13: _Revue de Paris_, 15 mai 1908.]

--Mais, demandai-je un peu ahurie, c'est donc l des cratures humaines?

--Non, rpliqua-t-il avec tranquillit. Pas exactement. Ce sont des
larves, des espces de diablotins d'essence terrestre, mais engendrs
par un pch spirituel. Aussi, pullulent-ils dans les couvents. Vous
n'en avez jamais vu? Il y en a plein cette bote; vous auriez pu en
rencontrer dans l'escalier. Vous n'avez pas remarqu cette odeur de
soutane? Il y a beaucoup de prtres et une oblate dans cette maison...
La larve, c'est peut-tre ce qu'on pourrait appeler le microbe
ecclsiastique...

Huysmans s'amusait-il  me mystifier, ou bien tait-il devenu fou?
Inquite, je regardais tantt lui, tantt la porte. Mais non, rien
dans sa figure ne trahissait le dsquilibre, et son raisonnement
tait logique. Sans doute, n'tais-je pas mre pour le royaume de
l'invisible.

Une des preuves principales de l'existence du Satanisme tait pour
Huysmans les vols d'hosties consacres. Pour quiconque observe,
disait-il, les vols d'hosties consacres dans les glises de campagne,
les prcautions prises par les vques, les tranges rvlations venues
de Suisse, de Belgique, et aussi de France, disent assez qu'il se passe
des choses o la police ne peut rien voir, mais qui ont leur importance.

Et il citait  l'appui de son opinion de nombreux cas de vols d'hosties
qu'il avait rcolt dans les _Semaines Religieuses_ de France. A
quelques mois de distance, les mmes attentats s'taient reproduits dans
la Nivre, dans le Loiret, dans l'Yonne, dans le diocse d'Orlans o
13 glises avaient t spolies, dans le Rhne,  tel point que dans le
diocse de Lyon l'archevque invitait, par un communiqu, les curs de
ses paroisses  veiller particulirement aux Saintes Espces.

A l'tranger il en tait de mme, et il racontait qu'aux approches de la
Semaine Sainte qui est l'poque partout attendue par les Sataniques pour
commettre leurs monstrueux sacrilges, toutes les hosties du Monastre
de Notre-Dame des Sept Douleurs,  Rome, avaient disparu; il en avait
t de mme  l'glise paroissiale de Varse en Ligurie et au couvent
des religieuses de Santa Maria delle Grazie,  Salerne.

A quoi bon chercher si loin:  Notre-Dame de Paris, pendant la semaine
de Pques, une vieille femme tapie dans la chapelle Saint-Georges,
situe  droite du coeur, dans l'abside, avait profit d'un moment o la
cathdrale tait quasi vide pour se ruer sur le tabernacle et emporter
deux ciboires contenant 50 hosties consacres.

Cette femme avait certainement des complices, car elle devait tenir
cach sous son manteau, un ciboire dans chaque main et,  moins d'en
dposer un sur le sol et risquer ainsi d'tre aperue, elle ne pouvait
elle-mme ouvrir l'une des portes de sortie pour s'chapper de l'glise.

D'autre part, il est vident que cette femme avait commis ce vol pour
s'emparer des hosties, car, dans la plupart des grandes villes, les
ciboires ne reprsentent plus maintenant une valeur suffisante pour
tenter les gens, et, dans les glises de campagne, o sont parfois
conservs de vieux vases d'argent ou d'or, le larron qui les drobe,
pour leur mtal, prend toujours soin de se dbarrasser des hosties parce
qu'elles peuvent le trahir, en les essaimant le long du chemin, pendant
sa fuite.

--Enfin, disait Huysmans, pourquoi des gens droberaient-ils des
hosties? Aucune rponse n'est possible si l'on n'admet pas que les
hosties sont emportes pour tre employes  des oeuvres de magie noire.
Que voulez-vous, par exemple, que des libres penseurs fassent d'hosties
qui, pour eux, ne sont que des azymes sans valeur? Ils n'achteraient
pas vingt-cinq centimes le lot soustrait  Notre-Dame! Il faut donc que
ceux qui les acquirent croient rellement qu'elles sont la Chair mme
du Christ. Or, dans cette condition, cette Chair ne peut tre utilise
que pour des actes d'excration, des crmonies sacrilges, et nous
sommes bien obligs de conclure, par le seul fait qu'on La vole, 
l'existence certaine du Satanisme.

Et puis, il possdait le tmoignage de plusieurs prtres qui lui avaient
fait l'aveu que des jeunes filles taient venues en confession leur
raconter qu'elles avaient reu l'offre, en change de sommes d'argent,
de se laver la bouche avec un mlange astringent qu'on se chargeait de
leur fournir, avant de communier, afin de rendre l'hostie intacte.

Pour quelle oeuvre, ajoutait Huysmans, ces hosties pourraient-elles
servir sinon pour des rites sataniques?

Nous avons dit que plusieurs des documents, que possdait Huysmans,
taient rests indits. Il avait des liasses de correspondances,
authentiques et signes, entre autres: la confession d'un mauvais
prtre, au Saint-Office, crite par lui-mme. C'tait un assemblage
d'immondices et de sacrilges, de sordides dmences aboutissant au
crime. En effet, si l'on en croit ce prtre lui-mme--Gilles de Raiz
moderne--il sacrifia un enfant, qui, de plus, tait de lui.

Ce prtre sataniste se plaisait  multiplier dans les clotres de femmes
les phnomnes de l'incubat. Devant certains troubles inexplicables des
soeurs, qui se disaient visites la nuit par des dmons, plusieurs mres
abbesses s'adressrent  ce prtre dont la rputation comme thologien
et mystique leur tait bien connue. Il rpondait aussitt qu'il se
chargeait de l'affaire, mais  une condition: qu'on n'en dt rien aux
confesseurs du couvent. Arriv auprs des malades, il se servait de
fumigations spciales et de pratiques sacrilges, qui, au lieu de gurir
les nonnes, perfectionnaient leur mal. Il leur enseignait les mthodes
d'auto-hypnose et d'auto-suggestion leur permettant de rver qu'elles
avaient des rapports avec les saints, avec Jsus-Christ. Il leur
indiquait des poses spciales, des procds occultes pour que des
entits de l'au-del, ou mme son propre corps astral,  lui, russisse
mieux  les visiter,  les possder. Dans leur exaltation mystique,
ces religieuses croyaient avoir affaire  des saints! La correspondance
entre le prtre sataniste et ces pauvres filles tait droutante par
la navet des aveux et l'abomination des conseils. L'trange, disait
Huysmans, c'est que ce prtre n'tait pas un vulgaire rotomane, et
qu'il agissait trs sincrement sur des tres invisibles qu'il pouvait 
volont dchaner ou restreindre.

Bien que Huysmans ait toujours soigneusement cach le nom de ce prtre,
nous pouvons dire qu'il n'tait autre que l'abb Boullan lui-mme, celui
qui accusait des pires manoeuvres de magie noire les occultistes de
la Rose-Croix. Cette correspondance tait la sienne que Huysmans avait
trouve dans ses papiers aprs sa mort.

Les dtails de cette confession taient si horribles, que Huysmans ne
voulut pas qu'elle ft un jour, peut-tre, livre  la publicit; et,
quelque temps avant sa mort, alors qu'il souffrait dj du terrible mal
qui devait l'emporter, il la brla.

Il fit de mme des nombreux documents qu'il possdait concernant les
prtres satanistes, diseurs de messes sacrilges, de _messes noires_,
et qui auraient t, nous en sommes persuads, du plus haut intrt pour
l'tude du satanisme contemporain.




                         CET OUVRAGE, TIR A
                       CINQ CENTS EXEMPLAIRES,
                       A T ACHEV D'IMPRIMER
                        LE XXVIII--XI--MCMXII
                          PAR M. DARANTIERE
                         A DIJON (COTE-D'OR).










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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
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     Chief Executive and Director
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