summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--15943-8.txt1121
-rw-r--r--15943-8.zipbin0 -> 22223 bytes
-rw-r--r--15943-h.zipbin0 -> 66039 bytes
-rw-r--r--15943-h/15943-h.htm1172
-rw-r--r--15943-h/images/001.pngbin0 -> 37506 bytes
-rw-r--r--15943-h/images/medallion.pngbin0 -> 4640 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
9 files changed, 2309 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/15943-8.txt b/15943-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..af70b40
--- /dev/null
+++ b/15943-8.txt
@@ -0,0 +1,1121 @@
+The Project Gutenberg EBook of Le conte futur, by Paul Adam
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le conte futur
+
+Author: Paul Adam
+
+Release Date: May 30, 2005 [EBook #15943]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONTE FUTUR ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+CONTE FUTUR
+
+PAUL ADAM
+
+Il a été tiré:
+
+10 exemplaires sur papier de Hollande à 4 fr.
+500 » » vélin blanc à 2 fr.
+
+
+Le Conte Futur
+
+OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
+
+I
+
+Les Volontés Merveilleuses 3 vol.
+
+II
+
+L'Epoque 6 vol.
+
+III
+
+Critique des Moeurs 1 vol.
+
+IV
+
+Princesses Byzantines (_sous presse_) 1 vol.
+
+ * * * * *
+
+E. Kolb, Firmin Didot, Tresse, Stock et Savine, éditeurs.
+
+PAUL ADAM
+
+Le Conte Futur
+
+PARIS
+
+
+_LIBRAIRIE DE L'ART INDÉPENDANT_
+
+11, RUE DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN, 11
+
+Tous droits réservés
+
+1893
+
+POUR ERNEST KOLB
+
+LE
+
+Conte Futur
+
+
+
+
+I
+
+
+Philippe pressentit dans les lettres de son oncle le dessein d'unir
+Philomène au commandant de Chaclos. L'angoisse extrême qui le prit alors
+au coeur l'étonna d'abord. Sa cousine comptait cinq ans de plus que lui.
+En outre, elle avait un caractère grave, et elle agréerait certes mal
+les turbulences du cornette aux Guides qu'il était.
+
+Mais, à l'encontre de ces raisonnements et à mesure que le colonel, par
+sa correspondance, dissipait l'espoir d'une négation, Philippe apprit à
+connaître la douleur. L'image de la jeune fille veilla sans pitié sur la
+torture de son esprit amoureux.
+
+Maintenant, le voici sans force, étendu contre les coussins du wagon.
+Avec hébétude, il suit les maigres allures du commandant attentif aux
+cent petits cartons rapportés de la capitale, et qui renferment les
+cadeaux de corbeille. Comment ne s'aperçoivent-ils pas de son désespoir,
+ni cet homme, ni le colonel? Comment ne le virent-ils pas blêmir,
+lorsqu'ils entrèrent au mess des Guides en brandissant la permission
+obtenue de son général «pour assister à un mariage dans la famille?»
+
+Ils ne remarquent rien, ni l'atroce crispation du sourire par lequel il
+répond à leurs phrases joyeuses, ni la sueur qui glace ses tempes, le
+cuir de son bonnet de police.
+
+Le colonel commence même à dormir en paix.
+
+Aux portières le paysage déroulé lui précise dans le souvenir les heures
+de ce même voyage fait naguère avec elle. Son oncle était venu le
+chercher à l'Ecole militaire après les examens de sortie, et, durant ce
+voyage, elle lui était apparue ainsi qu'une âme extraordinaire,
+instruite en toutes les sciences et portant sur le monde des jugements
+inattendus.
+
+--Oui, répond le commandant, des jugements inattendus. Elle a tout
+étudié, n'est-ce pas, recluse dans ce fort où l'attache la situation de
+son père.... Il n'y a plus un mur, chez elle, qui ne soit tapissé de
+livres....
+
+--Voici le centre de notre patrie, mon commandant, vous l'a-t-elle
+appris... ici même, où le sol ferrugineux se révèle par cette pente
+soudaine surgie devant les bâtisses plates des fabriques....
+
+--Le coeur de notre république du Nord? Voyez, comme il monte, ce sol,
+vers le pâle firmament de brumes. Il recouvre, peu à peu, sur l'horizon
+les tours fumantes des distilleries et des forges.
+
+--Elle vous a confié son amour pour les pauvres?
+
+--Elle a un extraordinaire amour pour les pauvres.
+
+--Ici, disait-elle, sur la hauteur, le pâtre vit plus heureux parce que
+la masse des terres abat le son des cloches industrielles, l'appel à la
+souffrance quotidienne des troupeaux ouvriers....
+
+--C'est une âme élue, Philippe, une âme élue.... Pourrai-je lui valoir
+assez de bonheur?
+
+Ils s'examinèrent; ils écoutèrent leur silence.
+
+--Le plateau! dit le commandant.
+
+Là, le sol semblait avoir bondi tout à coup hors des plaines brunes de
+labour, et avoir entraîné dans ce saut des falaises de craie,
+d'inaccessibles roches, des touffes de sapins et de bouleaux, des pans
+de prairie, un bois entier de hêtres, même quelques villages blottis
+dans des cavités pleines de fougères et d'yeuses.
+
+--Avez-vous connu sa mère?
+
+--Non, mon commandant, je n'ai pas connu sa mère. Elle est morte si
+jeune!
+
+--... Philomène lui ressemble d'âme. Sa mère contemplait toujours son
+idée de Dieu; elle contemple aussi la douleur du monde....
+
+--Le Christ, le même Christ sous ses deux formes....
+
+--Des mystiques!... Tenez, voici le plateau qui s'étale par dessus le
+pays.... La terre est rouge de matières ferrugineuses....
+
+--Ah! ah!... Le fer ne fait-il pas couler le sang, tout rouge....
+
+--N'empêche! La terre est si rouge que les gens, à force d'y peiner, en
+ont pris la couleur....
+
+--Oh! je comprends.... Elle vous l'a dit aussi, cette chose; qu'ici les
+petits enfants portent déjà sur leur corps rouge le blason du métal
+dispensateur de leur existence.
+
+--Philippe, pourquoi cette amertume dans votre voix?
+
+--Pour rien, commandant... pour rien.... Nous arrivons à la contrée des
+Hauts-Fourneaux, et des corons pleins de peuple, et des donjons
+flamboyants.
+
+--Regardez; cela forme un grand cercle étendu selon un périmètre fixe.
+
+--Sous les canons de la cité octogone dont voici, à ras de terre, les
+remparts.
+
+--Il faut de la prudence, Philippe, avec ce peuple de pauvres; car il
+lui arrive de s'exaspérer.
+
+--Descendons-nous? Nous nous promènerons devant les petites maisons si
+closes, où habitent les familles des magistrats, des percepteurs, des
+fonctionnaires... que sais-je?...
+
+--Réveillez-vous, colonel.... Quarante minutes d'arrêt pour la
+douane.... Nous allons nous dégourdir les jambes....
+
+--Hé quoi! fit le colonel.... Sommes-nous à la frontière?
+
+--Peu s'en faut... vous le savez bien: voici la dernière station avant
+le Fort.
+
+--Diable.... Tenez: à gauche, la maison en briques rouges... où l'on
+aperçoit des primevères dans le petit parterre, hein?... C'est la
+demeure du bourreau....
+
+--Ah! ah!... la demeure du bourreau.... Il y a beaucoup d'assassins
+parce qu'on mange peu.
+
+--Et puis le peuple manque de distractions....
+
+«Au fait, pense Philippe, si rien n'altère les traits de ma face, ni ne
+décèle ma douleur à leurs yeux, c'est que je m'exagère ma souffrance....
+Il faut croire que le malheur ne m'accable pas.... Pourtant il y a
+comme des cailloux sur ma poitrine quand elle se soulève pour le jeu de
+respirer...»
+
+Ils vont donc en promenade.
+
+Au pinacle de la cathédrale rococo, le symbole divin du supplice, la
+croix de fer, impose son signe sur des rues étroites et dures où circule
+la vie de la cité. Elles mènent du beffroi roidi dans ses dentelles de
+pierre aux casernes et aux lupanars, à un théâtre d'architecture
+attique, à un palais de justice Louis XV, à un hôpital de style Empire,
+à une prison très vaste et très simple, ornée seulement de quelques
+capucines entretenues, sur une croisée, par la femme du concierge. Ils
+rencontrent encore vers la citadelle, des manutentions et des magasins
+de guerre, des petits soldats imberbes qui, sous leurs longues capotes
+sanglées, ressemblent à des servantes en cotillons, et des officiers
+éperonnés, moustachus, ronds comme des oeufs, ou bien, fins comme des
+épis, avec de courtes cravaches à l'aisselle.
+
+Large, bien balayé, éclairé de globes électriques, le boulevard traverse
+la ville entre des bazars somptueux, qui alternent avec des palais pour
+Compagnies d'assurances, Sociétés métallurgiques, banques de crédit. Il
+s'y promène des messieurs évidemment orgueilleux de leurs soucis et des
+femmes promptes à aimer pour l'avantage de leur bourse ou de leur coeur.
+Il y court des gaillards chargés de ballots et légèrement ivres. Les
+étoffes des robes se drapent en harmonie dans les voitures.
+
+Le boulevard conduit hors de la ville, jusqu'à la gare. Après, il
+devient grand'route et suit, à peu près parallèlement, la direction de
+la voie ferrée. Les trains franchissent assez vite la région des
+Hauts-Fourneaux.... On passe entre des ruches humaines (briques brûlées,
+tuiles rouges, ciments).... Le colonel a repris son somme dans le coin
+de droite....
+
+--Là, mon commandant, là, dit Philippe: les enfants qui grouillent à
+terre.... on dirait un essaim de mouches sur une ordure.
+
+--Oh! Philippe, pourquoi parler ainsi des enfants?
+
+--Le linge que lessive cette vieille hideuse dans le baquet... ah!
+ah!... il se déchire.... Quelle mine désolée!... En vérité, ce linge
+s'est déchiré jusque dans mon coeur.
+
+--Pourquoi donc parler ainsi?
+
+--Rirez-vous cependant de cette mère si occupée.... A la fois, elle
+allaite du sein, mouche d'une main, gifle de l'autre, gronde de la
+bouche, berce du pied et rit de l'oeil au facteur qui passe.... Ces
+fillettes qui pleurnichent en épluchant des légumes, en tirant l'eau du
+puits; rirez-vous de leur laideur!... Et les adolescentes qui se nouent
+des rubans sales dans leurs maigres cheveux....
+
+--Philippe, pourquoi lorgnez-vous le monde avec un verre noir?
+
+--On ne voit pas de vieillards, mon commandant, dans cette cité de
+pauvres....
+
+--Non... c'est vrai... on n'en voit pas....
+
+--Mais il y a partout de petits cimetières carrés.... Un, deux,
+trois....
+
+--On ne voit pas non plus les adultes.... Philippe.
+
+--Ils demeurent apparemment tous dans la flamme féerique qui ronfle
+parmi les cris du métal, sous les dômes des usines....
+
+--Les estaminets aussi paraissent pleins de feux de pipes....
+
+--La douleur s'endort dans l'abrutissement....
+
+--Elle vous a tout dit aussi à vous, Philippe, Philomène vous a tout
+dit... et voilà que vous reflétez son âme presque autant que la reflète sa
+petite soeur Francine....
+
+Le cornette se détourne. Il regarde au carreau du wagon. Le plateau
+devient une bande bossuée de roches. Des fougères géantes y croissent.
+Peu à peu, le sol verdit. Les arbustes se pressent. Des treillis de fer
+gardent les faisans dans les chasses. Tout le long, afin de les empêcher
+de sortir, des gamins sifflent. L'air un peu vif a rendu violets leurs
+visages creux. Un garde les surveille.
+
+La forêt va naître. Elle court déjà sur les collines de l'horizon.
+Cependant, les cris du métal poursuivent la fuite du train.
+
+Quand ils cessent, on a franchi bien des lieues bordées de bouleaux et
+de frênes, entrevu bien des clairières où s'attardent les hordes de
+daims.
+
+Et, brusquement, le train débouche des branches. La forêt finit net.
+L'express glisse sur la crête d'un roc qui plonge à pic dans une vallée
+profonde, pleine de villages blanchissant la lisière des futaies. De
+très prés à très loin, se courbe un fleuve dont les eaux frisottent
+entre les arches fréquentes de ses ponts.
+
+Et le roc forme l'éperon du grand plateau rétréci, devenu la pointe
+défensive de la patrie sur le fleuve frontière. D'ailleurs, les
+mamelons couvrent les travaux stratégiques du Fort. Des coupoles d'acier
+s'érigent de la roche. La brique bouche les cavernes. D'arbre en arbre,
+des fils électriques courent. Par des poternes, les soldats émergent des
+souterrains. Les ravins sont des cours de caserne où les artilleurs se
+chamaillent avec des lazzis qui montent d'échos en échos.
+
+Au bout du roc, il y a un jardin devant une maison blanche, un jet d'eau
+irisé au-dessus d'une vasque, les filles du colonel-gouverneur parées de
+robes à pois et qui comptent les primevères nées du matin dans la
+pelouse.
+
+--Bonjour, Philippe... disent-elle, et plus bas: Nous avons senti votre
+douleur qui s'approchait....
+
+
+
+
+II
+
+
+Les soldats attachent des lampions à des mâts le long des chemins de
+ronde. On hisse des drapeaux pleins de noms de victoire. Les vétérans
+agacent les singes rapportés d'Asie par les troupes du commandant de
+Chaclos qui fêtent, ce soir-là, leurs succès aux pays d'Orient. Le fort
+contient mille animaux singuliers, des chiens dépourvus de tout poil,
+des bouquetins apprivoisés, des perruches loquaces habiles à réciter les
+poèmes des barbares. On a construit des trophées avec des armes
+étranges, des sortes de faux dentelées, des sabres courbes couverts de
+damasquinures, des cuirasses de fer et de laque. Les lunes et les
+dragons féeriques des étendards conquis flottent sur les arcs de
+triomphe en branches de sapin. Les chants patriotiques sonnent dans les
+cantines pleines de monde; et les papiers peints des lanternes dansent
+au vent.
+
+Chez le colonel, on achève le dessert. Comme la nuit se prépare à luire
+de tous ses astres, les fenêtres s'ouvrent.... Les deux soeurs viennent
+sur le balcon pour assister au ciel. En bas, on a ouvert les fenêtres
+aussi dans la salle des invités où dînent les adjudants.... Aidés par le
+vin, ils content leurs exploits. Une brave rumeur de gaieté éclate là,
+pour se propager ensuite par tout le fort, entre les ifs de feu, les
+lumières tricolores des lanternes, et les lampions des cantines....
+
+Plus bas, la musique prélude... et puis les cuivres donnent l'essor aux
+sons. Ils s'épandent vers le cours du fleuve qui chatoie dans les
+ombres....
+
+Francine et Philomène se sont accoudées. La plus jeune des soeurs
+retient le commandant par son babil.... Philomène murmure vers Philippe:
+
+--Puisque je ne saurais avoir de l'amour, puisque nul jamais ne
+possèdera mon âme entière, que vous importe?... Hors du monde et hors
+des hommes, seule ici, parmi ce misérable peuple en livrée de guerre, je
+me suis créé une vie seconde toute d'idées folles et magnifiques. Je m'y
+suis retirée pour toujours. Rien ne me touchera plus des choses
+humaines,--que superficiellement et selon le décor de l'existence.
+
+--La gloire du commandant vous a touchée.
+
+--Certainement je l'aime moins que je ne vous aime; oui, moins. Mais lui
+n'essaiera pas de pénétrer mon âme intime, de posséder au delà de ce que
+je lui donnerai de moi.
+
+--Votre corps....
+
+--Voilà où votre jeunesse se déclare et où elle m'effraie.... Qu'est-ce,
+le corps? Moins que rien. Je ne méconnais cependant pas ma beauté. Je
+prétends, toutefois, ne pas devenir, pour l'imprudente ardeur de votre
+âge, un seul instrument de joies.... Cela m'outragerait.
+
+--Laissons... et dites-moi, Philomène.... Vous croyez-vous à jamais
+incapable, soit d'une compassion, soit d'une admiration telles que vous
+consentiez au sacrifice de votre orgueil intellectuel et à vous absorber
+en celui-là....
+
+--Par compassion... qui sait! Par admiration... oui. Mais pour que je
+l'admire jusque l'adorer... quel héros inouï il me faudrait connaître!
+
+--Simplement celui dont les actes réaliseront le rêve de votre âme.
+
+--Je ne le chérirai donc que mort.... Car quiconque annonce aux hommes
+une foi nouvelle et agit afin de convertir, quiconque veut offrir,
+pareil au Christ, l'exemple vivant de la doctrine, celui-là encourt
+jusque la mort, la haine des hommes. Et il doit tenter le sacrifice pour
+le sacrifice, ignorant la consolation même de le savoir utile au rachat
+du monde. Il lui faut aimer le sacrifice en lui-même, sans appât de
+gloire, pour la seule beauté de mourir inutilement... Mais vous ne
+comprenez pas.
+
+--Je comprendrai, si vous m'initiez à vous.
+
+Le silence des musiques qui cessèrent alors interrompit leur propos.
+Dans le calme subit de l'air, on entendit les vantardises des adjudants.
+
+«Ah! ah! nous autres, pendant la campagne de l'Indus, nous mettions nos
+Asiatiques au bûcher, les pieds en avant; et on les poussait dans le feu
+à mesure que le bout se consumait.... Quels gaillards. Ils grimaçaient
+laidement, mais ils ne criaient pas...--Chez nous, dans la Légion, on
+leur coupait d'abord les tendons du pied avec un canif...--En Ethiopie,
+nous menions nos prisonniers par vingt au fond des grottes. Devant, on
+allumait du bois vert, et ils éternuaient leur vie dans la fumée... Tu
+te le rappelles, Firmin?
+
+«Quand le général nous eut interdit de dépenser la poudre à fusiller les
+Chinois, on les empilait dans les fosses des rizières et on cassait les
+têtes à coups de crosse de peur de fausser les baïonnettes.... Leurs
+crânes sortaient en rangs d'oignons.... Le premier m'a fait de la peine...
+si jeune, n'est-ce pas, avec de beaux yeux orientaux qui
+imploraient.... Quoi! la guerre, c'est la guerre. On ne pouvait les
+emmener en avant, ni les laisser derrière la colonne....--Et puis, quand
+on entrait dans leurs villages, trouvait-on pas, piquées sur des
+bambous, les têtes des camarades surpris aux avant-postes? Ça
+ressemblait même aux doubles files des lampadaires sur les boulevards
+de la ville. Seulement, les yeux des pauvres diables n'éclairaient plus
+guère.--Tout ça, mes vieux bougres, ça ne vaut pas encore le coup du
+commandant de Chaclos--Ah! Dieu de Dieu! mes enfants, j'y étais: quelle
+marmelade! Moi-même ai posé la cartouche sous la pile du pont.... On les
+a laissés s'engager, et quand ils y furent en bon nombre... le
+commandant poussa le bouton de la batterie électrique.... Vlan! Le
+paquet a sauté!
+
+«On retrouvait des doigts, des nez qui se promenaient tout seuls à plus
+de deux cents mètres, et des yeux collés contre les arbres, entre les
+morceaux de cervelle et des bouts de nerfs... et ces yeux-là vous
+regardaient.... C'était effrayant, mon cher, effrayant!... Du coup, ils
+battirent en retraite, les survivants. Nous eûmes sans peine leurs
+positions... et nous voilà ici, victorieux, le verre à la main.... On
+dresse des arcs de triomphe. Le commandant a eu sa croix.... Vive la
+guerre donc!... quand on en revient...»
+
+...Francine qui tenait en ses mains une touffe de primevères, les laissa
+soudain tomber... et elle se passa les paumes sur les tempes comme pour
+dissiper un cauchemar... Sans doute ne vit-elle pas le geste de M. de
+Chaclos relevant les corolles éparses afin de les lui remettre, car elle
+s'enfuit aussitôt; et, avant qu'elle eût gagné la porte, elle s'abattit
+contre le sol avec des cris affreux, secouée par la convulsion des
+nerfs.
+
+Durant la maladie qui suivit cette crise, la fillette subit des
+hallucinations sinistres. Elle voyait dans la fièvre se tracer en
+images tangibles les souvenirs de guerre contés par les adjudants. On
+dut écarter d'elle tout l'appareil militaire; les uniformes, les armes,
+les gravures signalant la bravoure historique. Le son lointain du
+tambour suffisait pour l'évocation sanglante; et c'était une chose
+horrible. Elle se dressait menue, hagarde, les mains ouvertes et tendues
+pour repousser la hideur du rêve... «Oh! disait-elle, que de pauvres
+vies tranchées... Le fleuve de sang saute les digues.... Les têtes
+roulent comme des boules.... Les doigts se crispent sur le sabre qui les
+coupe... Oh! les yeux des mourants... les yeux! les yeux! les yeux!...
+Le sang monte, monte... Il est à ma bouche... pouah!... il m'étrangle... je
+ne veux pas...» Et elle retombait dans des crises....
+
+Le mariage de Philomène se trouva retardé par l'état très grave de la
+petite soeur.... Elle ne la quitta plus. Son affection se fit même plus
+fervente pour l'être que tous maudissaient. Le colonel entrait dans de
+grandes fureurs où il souhaitait la mort de cette triste enfant. Les
+officiers de son entourage, bien qu'ils affectassent de l'indulgence et
+de la pitié, parlaient sans aisance de ce délire qui flétrissait leur
+gloire.
+
+D'ailleurs, la légende de la petite prophétesse avait bientôt visité les
+imaginations des soldats; et ils en causaient tout bas dans les
+chambrées, avant le couvre-feu. Leurs courages allaient mollir. Dans les
+rangs, à deux reprises, des recrues se révoltèrent contre les
+commandements; et on murmurait que l'heure viendrait bientôt où les
+hommes cesseraient d'apprendre l'art de tuer. On fondrait les canons
+pour fabriquer des charrues. La fraternité universelle ne tarderait plus
+à s'épanouir.
+
+
+
+
+III
+
+
+Or, cela était fort grave, parce qu'on redoutait comme prochain
+l'immense conflit des nations du Nord, attendu et préparé patiemment
+depuis plus de trente années. Des signes certains de bataille
+commençaient à paraître dans le ciel et dans les propos des diplomates.
+On atteignait aux premiers jours du printemps; et le printemps
+paraissait, de l'avis de tous les hommes de guerre, le moment le
+meilleur pour susciter le massacre mutuel des peuples. On redoublait
+d'activité dans les arsenaux et sur les polygones. Le colonel craignait
+que le mauvais esprit de sa troupe ne lui fût imputé par les maréchaux
+inspecteurs, et, pour détourner du raisonnement les intelligences de ses
+soldats, il les entraînait sans répit dans des marches et des manoeuvres
+propres à lasser leurs forces morales sous la fatigue physique, et à les
+rendre dociles à sa main.
+
+Eux, cependant, à courir par les villages et les corons des mineurs,
+prenaient une peine plus grande. Ils se lamentaient, disant: «En quelle
+époque barbare, nous vivons encore pour que tant de pauvreté demeure au
+monde. Nos mères nous enfantent dans le seul but d'un dur labeur, et
+nous trimons plus que les bêtes, sans avoir, comme les bêtes, le loisir
+de ne pas penser. Ah! maudite soit l'heure de brève joie où nos tristes
+pères jetèrent leur semence aux flancs de leurs épouses décharnées. De
+quel droit nous créèrent-ils puisqu'ils ne pouvaient nous léguer que le
+désir à jamais inassouvi?
+
+«Et les savants disent que les générations se succèdent dans une voie de
+progrès, et que l'homme marche à la conquête de Dieu.... Les
+pouvons-nous croire, puisque nous apprenons seulement l'art de nous
+égorger, alors que toutes nos forces employées à la seule fin
+d'améliorer notre sort, ne réussiraient que bien petitement. En vérité,
+elle a raison la jeune prophétesse qui crie par les nuits que nous
+demeurons barbares comme les loups, et que jamais nous ne tiendrons le
+bonheur, parce que nous aimons trop le sang.... Voilà maintenant qu'on a
+préparé les tambours et les drapeaux.... Il va falloir se ruer sur les
+pauvres diables des autres nations, sans que nous puissions même
+comprendre le motif de notre rage.... Nos pieds ont déjà été durcis sur
+les routes, et nos épaules ne sentent plus le poids du havresac...
+Voyons, ne se lèvera-t-il pas un homme fort, parmi nous, qui
+proclamerait enfin la révolution de l'Amour universel?»
+
+Et les petits soldats se poussaient l'un l'autre et ils disaient: «Toi,
+toi...» mais nul n'osait prendre la parole.
+
+Enfin, le délire de Francine s'atténua. Elle récupéra de la santé et de
+la raison. Mais quand M. de Chaclos voulut reparler des noces, Philomène
+lui affirma qu'elle resterait fille. Et il comprit bien qu'elle
+partageait alors le sentiment de sa soeur, et qu'il lui faisait horreur
+à cause du sang dont il s'était couvert.
+
+Un peu plus tard, il connut que Philomène s'était fiancée à Philippe....
+Cela ne le surprit point, parce qu'il avait entendu presque de leurs
+conversations, les soirs de primevères.
+
+Le cornette changea de garnison et vint au fort avec un détachement de
+Guides.
+
+Depuis lors, M. de Chaclos vécut tristement; car il chérissait Philomène
+selon la ténacité des dernières passions. La presque certitude qu'il
+avait eue de l'épouser avait rendu plus inébranlable cet amour de la
+quarantième année. Néanmoins, son âme était noble, il persuada au
+colonel de marier Philomène et Philippe. Et comme la jeune fille
+remarquait avec étonnement son entremise, il lui répondit qu'il
+l'aimait pour elle, non pour lui; et préférait la savoir heureuse aux
+bras d'un autre, plutôt que malheureuse aux siens. Cela lui vaudrait
+infiniment moins de douleur.
+
+Quand on sortit de l'église, le cornette dit à sa femme: «Voici que vous
+vous sacrifiez à moi par compassion. Je tâcherai maintenant de mériter
+votre admiration.»
+
+La guerre survint....
+
+Le Fort gardait la frontière. On tira de ses coupoles le premier coup de
+canon.
+
+Les troupes de la ville arrivèrent, et puis ce furent les troupeaux
+d'ouvriers et de paysans qui descendirent des trains. On les revêtit
+d'uniformes, on leur distribua des armes. Au dehors, les grandes routes
+se remplirent d'enfants et de mères qui mendiaient. Les jeunes filles se
+prostituaient presque pour rien. Sur l'horizon, les donjons des usines
+cessèrent de flamboyer pour la première fois depuis trente ans. Le
+boulevard de la ville était plein d'activité parce qu'on avait joué à la
+baisse des fonds publics, dans les palais des Compagnies d'assurances,
+Sociétés métallurgiques et banques de crédit. Les hommes d'argent
+rachetaient déjà en sous main les titres de rente afin de les revendre,
+avec prime, dès l'annonce du premier avantage.
+
+Pour obtenir ce premier avantage que les dépêches grossiraient
+habilement, les maréchaux se hâtaient de réunir des hommes sur ce point
+de frontière. On les arrachait des mines et des sillons. Les fanfares
+sonnaient. Les drapeaux claquaient. Les actrices en robe blanche,
+drapées dans les couleurs nationales, chantaient en plein vent, sur des
+tréteaux construits à la hâte, l'_Amour sacré de la Patrie_. Et les
+hommes rouges du sol ferrugineux défilaient par masses énormes,
+remplissant de leurs corps l'espace trop étroit des rues. Les
+administrateurs des Compagnies ordonnèrent qu'on défonçât des tonneaux
+de piquette pour échauffer l'enthousiasme. Il s'agissait d'enlever ce
+précieux avantage, de faire prime sur le marché....
+
+Les gendarmes pressaient les hordes misérables, une houle de têtes
+rouges battant les tréteaux où les actrices en robes blanches, drapées
+des couleurs nationales, et les cheveux épars par-dessus le marché, vous
+chantaient sans lassitude: _Le jour de gloire_....
+
+Encore quelques heures de train, quelques cahots de wagons, et le
+troupeau, garni de brandebourgs, de galons, de ferblanterie, coiffé de
+kolbacks, monté sur des chevaux de réquisition, est prêt à conquérir
+l'avantage (quarante dont un, à la Bourse de demain).
+
+Les caissons roulent sur le caillou des routes. Les escadrons galopent
+dans les cris clairs du métal. Les régiments tassent le sol sous les six
+mille souliers d'ordonnance. Les officiers caracolent parmi l'éclat de
+leur maroquinerie neuve; et voici, sur la cime des collines, où se
+déroulent des nuages bas, les courts éclairs des pièces ennemies.
+
+Parmi les lignes, il y a des gaillards qui culbutent soudain, en des
+grimaces de clowns, ou tombent à genoux, ainsi que des illuminés
+fanatiques, tout ahuris de voir au-delà. D'autres encore s'étalent
+comme pour dormir, en s'étirant. Et, quand les colonnes ont passé,
+quand les lignes se sont étendues, il reste, dans la poussière levée, de
+bonnes têtes rouges qui toussent leur souffle sur des flaques plus
+rouges....
+
+La campagne demeure verte et claire aux replis du fleuve vif. Les blés
+couvrent la plaine de leur herbe tendre; et c'est là, dans le creux de
+la grande vallée, un bon nid d'abondance, aux maisonnettes blanches, aux
+eaux lumineuses, avec le rebord propice des collines à douces pentes.
+
+A la tête de soixante cavaliers, Philippe commande un poste
+d'observation. Il voit les routes se noircir de grouillements humains,
+l'herbe se fleurir des taches éclatantes que donnent les uniformes, les
+attelages galoper effrénément par les chemins qui sonnent. Ici et là,
+d'un coup, la flamme se drape au faîte des métairies. Les lignes
+d'infanterie s'élargissent à travers les plaines. Elles avancent,
+courent, se couchent, crépitent et pétillent, se relèvent, courent
+encore, gagnent les abris, les quittent, laissant, à chaque reposoir,
+des corps crispés dans la verdure.... Autour de lui, il est tant de
+bruits de fusillade, que l'espace semble frire.
+
+Et tout près, les grosses têtes rougeâtres de ses hommes bleuissent,
+sous les gourmettes polies des kolbacks, sous l'apparat violent des
+pompons. Les bottes tremblent dans les étriers qui cliquettent. Les
+mains épaissies par les labeurs des forges, épongent la sueur des
+fronts. Il se fait dans les groupes de tristes trafics. Les célibataires
+prennent le premier rang pour ménager la vie plus utile des pères.
+«Va... recule, tu as des enfants.... Je n'en ai point... si je crève; tu
+recueilleras ma vieille mère...»--«Entendu... avance!»
+
+L'adjudant veut rétablir les rangs et il gronde avec d'affreux
+jurons....
+
+--Laissez, dit Philippe... laissez-les se préparer à la mort comme il
+leur convient, afin qu'ils ne nous exècrent pas, nous, les bourreaux!...
+
+Un murmure d'étonnement fait frissonner les épaules des Guides, et ils
+regardent le jeune cornette, dont la face douloureuse s'illumine....
+
+Il pense à ce désespoir humain; il souffre. La compassion de son épouse
+le navre, parce qu'elle ne peut lui offrir une autre sorte d'amour. Ah!
+conquérir son admiration par un grand sacrifice, par la beauté de la
+mort sans gloire....
+
+Un cavalier accourt vers sa troupe.... Le capitaine ordonne que le
+cornette entraîne ses hommes au galop de charge, en se dissimulant dans
+le chemin creux.... Sûrement, il atteindra, de la sorte, cette batterie
+ennemie qui trotte sans défiance pour prendre position.... Le régiment
+va s'élancer pour le soutenir....
+
+--Les voyez-vous, mon officier. Ils sont à un mille à peine.... Le bois
+de mélèzes nous dérobe à leurs éclaireurs. Nous les tenons.... Pour
+charger!! Au galop!!... En avant....
+
+Philippe sent son cheval bondir avec le commandement.... La bête
+remporte contre sa volonté hésitante. Il voudrait crier: «Arrière!...
+trêve de meurtre!... mes camarades...» La bête l'emporte dans la
+galopade forcenée du peloton. Elle l'emporte comme la force des choses,
+la fatalité de la vie, le rythme supérieur qui mène les hommes à la
+douleur, à la mort, à Dieu.
+
+Les talus passent, avec leurs saules étronçonnés, dont les branches
+divergent ainsi que des bras ivres. La terre saute sous le fer des
+chevaux. Les hommes soufflent de peur.... On n'arrivera jamais. On
+arrivera trop tôt....
+
+Le talus a cessé, et, devant eux, ce sont vingt pauvres rustres,
+couverts de boue, pendus aux courroies d'un canon, que l'attelage tire
+malaisément dans le labour... Des têtes effarées et livides se tournent
+vers les Guides.... Des hurlements incompréhensibles s'échangent. Un
+homme à cheval tire un coup de feu; la flamme semble jaillir de son
+poing.... Le peloton s'enlève dans un élan dernier, et va s'abattre sur
+les misérables, dont les mains tremblantes ne trouvent plus les
+gâchettes des carabines... «Halte!»
+
+Philippe a crié; les chevaux fléchissent sous le coup de bride.... Et,
+maintenant, il se trouve stupide dans le relatif silence, ne sachant
+plus pourquoi il a commandé cette halte... d'autant que les artilleurs
+le couchent en joue... «La paix!» crie-t-il encore... et il continue
+dans leur langage... «Nous aurions pu vous massacrer.... Mais le temps
+est venu de l'amour.... Il ne faut plus se tuer.... Il ne faut plus se
+tuer.... Nous ne voulons plus tuer, nous sommes frères... les pauvres
+frères humains.... La paix! ne la voulez-vous pas?... Prenons la paix!
+Aimons-nous!»
+
+Sans doute, les ennemis crurent-ils qu'il annonçait la bonne nouvelle
+d'une paix réelle, subitement conclue, car ils abaissèrent leurs armes,
+et puis ce fut un immense éclat de joie. Ils couraient les uns aux
+autres et ils s'embrassaient. Les Guides se mirent à rire aussi, sans
+savoir. L'adjudant piqua des deux et repartit vers le régiment.
+
+Philippe ne parlait plus.... Il pressait, entre ses doigts, la touffe de
+lilas donnée, à son départ, par Francine et Philomène..., et il se
+réjouissait, en songeant qu'il venait d'agir selon leurs voeux de
+bonté....
+
+Il allait reprendre ses exhortations à l'amour, lorsqu'il s'aperçut que
+la troupe ennemie grossissait. Bientôt, ses Guides furent enveloppés par
+les uniformes verts et blancs des artilleurs. Il voulut s'expliquer,
+mais un vieil officier survint... qui lui arracha son sabre.... Il
+était prisonnier....
+
+ * * * * *
+
+Par un dimanche, le dimanche qui suivit, au matin, dans le Fort, il
+passa devant la maison du colonel-gouverneur. L'épanouissement des lilas
+parait les murs d'une neige suspendue. Les soeurs étaient là qui
+l'attendaient à la grille. Francine fondit en pleurs, mais Philomène lui
+parut radieuse. Sa beauté grandie s'exaltait. Elle lui jeta une touffe
+de lilas qu'elle avait contre ses lèvres. Un soldat de l'escorte la
+ramassa et la lui remit. Il la porta vers sa bouche.... On descendit par
+le chemin de ronde. Philomène l'appela du haut de la terrasse...
+Pendant qu'il en longeait le mur, elle lui disait: «Je t'admire et je
+t'adore, parce que tu as ouvert l'ère nouvelle de l'amour, et que ton
+sang va la sanctifier...»
+
+Philippe se sentait tout ébloui, en dedans, d'une gloire indicible. Il
+se plaça de lui-même devant le poteau et il effeuillait les lilas
+pendant la lecture de l'arrêt de mort. Repris aux mains de l'ennemi, le
+conseil de guerre le condamnait pour trahison.
+
+--Vous n'avez rien à ajouter?
+
+--Non.... J'ai préféré mourir à tuer... Me voici prêt à subir... le
+sort....
+
+On s'écarta. Une minute, il embrassa du regard l'esplanade, le carré des
+troupes luisant sous le jeune soleil, et les douze exécuteurs qui
+s'avançaient. Au-dessus d'eux, sur la terrasse, Philomène se tenait
+droite contre le ciel, ses mains en baiser.
+
+Et elle lui fut l'ange noir qui ouvre aux âmes la porte de la vie
+nouvelle.
+
+Sans la quitter du regard, le coeur chantant, il commanda le feu.
+
+_On sait comment l'exemple du cornette Philippe émut les troupes des
+nations du Nord. Dans les plaines de Woerth, un mois plus tard, les deux
+armées, au lieu de se combattre, s'embrassèrent. L'ère de barbarie
+demeure close à jamais. Le Christ est redescendu_.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le conte futur, by Paul Adam
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONTE FUTUR ***
+
+***** This file should be named 15943-8.txt or 15943-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/5/9/4/15943/
+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
diff --git a/15943-8.zip b/15943-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..aeb0c30
--- /dev/null
+++ b/15943-8.zip
Binary files differ
diff --git a/15943-h.zip b/15943-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..55236b1
--- /dev/null
+++ b/15943-h.zip
Binary files differ
diff --git a/15943-h/15943-h.htm b/15943-h/15943-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..36176d6
--- /dev/null
+++ b/15943-h/15943-h.htm
@@ -0,0 +1,1172 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+ "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">
+ <head>
+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+ <title>
+ The Project Gutenberg eBook of Conte Futur, by Paul Adam.
+ </title>
+ <style type="text/css">
+/*<![CDATA[ XML blockout */
+<!--
+ p { margin-top: .75em;
+ text-align: justify;
+ margin-bottom: .75em;
+ }
+ h1,h2,h3,h4,h5,h6 {
+ text-align: center; /* all headings centered */
+ clear: both;
+ }
+ hr { width: 33%;
+ margin-top: 2em;
+ margin-bottom: 2em;
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ clear: both;
+ }
+
+ body{margin-left: 20%;
+ margin-right: 20%;
+ }
+
+ .center {text-align: center;}
+ // -->
+ /* XML end ]]>*/
+ </style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Le conte futur, by Paul Adam
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le conte futur
+
+Author: Paul Adam
+
+Release Date: May 30, 2005 [EBook #15943]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONTE FUTUR ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+<div class="center">
+ <img src="images/001.png"
+ alt="image de la premi&egrave;re page" title="image de la premi&egrave;re page" />
+</div>
+<h1>PAUL ADAM</h1>
+
+<h1><big>Le Conte Futur</big></h1>
+<h4>Il a &eacute;t&eacute; tir&eacute;:</h4>
+
+<h4>
+10 exemplaires sur papier de Hollande &agrave; 4 fr.<br />
+500 &raquo; &raquo; v&eacute;lin blanc &agrave; 2 fr.<br />
+</h4>
+
+<h4>PARIS</h4>
+<div class="center">
+ <img src="images/medallion.png"
+ alt="m&eacute;dallion" title="m&eacute;dallion" />
+</div>
+<h4><i>LIBRAIRIE DE L'ART IND&Eacute;PENDANT</i></h4>
+<h4>E. Kolb, Firmin Didot, Tresse, Stock et Savine, &eacute;diteurs.</h4>
+<h4>11, RUE DE LA CHAUSS&Eacute;E-D'ANTIN, 11</h4>
+
+<h4>1893</h4>
+
+<h4>POUR ERNEST KOLB</h4>
+
+<div class="center">
+<b>Chapitres:</b>
+<a href="#I"><b>I</b></a>
+<a href="#II"><b>II</b></a>
+<a href="#III"><b>III</b></a><br />
+</div>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="I" id="I"></a>I</h2>
+
+
+<p>Philippe pressentit dans les lettres de son oncle le dessein d'unir
+Philom&egrave;ne au commandant de Chaclos. L'angoisse extr&ecirc;me qui le prit alors
+au coeur l'&eacute;tonna d'abord. Sa cousine comptait cinq ans de plus que lui.
+En outre, elle avait un caract&egrave;re grave, et elle agr&eacute;erait certes mal
+les turbulences du cornette aux Guides qu'il &eacute;tait.</p>
+
+<p>Mais, &agrave; l'encontre de ces raisonnements et &agrave; mesure que le colonel, par
+sa correspondance, dissipait l'espoir d'une n&eacute;gation, Philippe apprit &agrave;
+conna&icirc;tre la douleur. L'image de la jeune fille veilla sans piti&eacute; sur la
+torture de son esprit amoureux.</p>
+
+<p>Maintenant, le voici sans force, &eacute;tendu contre les coussins du wagon.
+Avec h&eacute;b&eacute;tude, il suit les maigres allures du commandant attentif aux
+cent petits cartons rapport&eacute;s de la capitale, et qui renferment les
+cadeaux de corbeille. Comment ne s'aper&ccedil;oivent-ils pas de son d&eacute;sespoir,
+ni cet homme, ni le colonel? Comment ne le virent-ils pas bl&ecirc;mir,
+lorsqu'ils entr&egrave;rent au mess des Guides en brandissant la permission
+obtenue de son g&eacute;n&eacute;ral &laquo;pour assister &agrave; un mariage dans la famille?&raquo;</p>
+
+<p>Ils ne remarquent rien, ni l'atroce crispation du sourire par lequel il
+r&eacute;pond &agrave; leurs phrases joyeuses, ni la sueur qui glace ses tempes, le
+cuir de son bonnet de police.</p>
+
+<p>Le colonel commence m&ecirc;me &agrave; dormir en paix.</p>
+
+<p>Aux porti&egrave;res le paysage d&eacute;roul&eacute; lui pr&eacute;cise dans le souvenir les heures
+de ce m&ecirc;me voyage fait nagu&egrave;re avec elle. Son oncle &eacute;tait venu le
+chercher &agrave; l'Ecole militaire apr&egrave;s les examens de sortie, et, durant ce
+voyage, elle lui &eacute;tait apparue ainsi qu'une &acirc;me extraordinaire,
+instruite en toutes les sciences et portant sur le monde des jugements
+inattendus.</p>
+
+<p>&mdash;Oui, r&eacute;pond le commandant, des jugements inattendus. Elle a tout
+&eacute;tudi&eacute;, n'est-ce pas, recluse dans ce fort o&ugrave; l'attache la situation de
+son p&egrave;re.... Il n'y a plus un mur, chez elle, qui ne soit tapiss&eacute; de
+livres....</p>
+
+<p>&mdash;Voici le centre de notre patrie, mon commandant, vous l'a-t-elle
+appris... ici m&ecirc;me, o&ugrave; le sol ferrugineux se r&eacute;v&egrave;le par cette pente
+soudaine surgie devant les b&acirc;tisses plates des fabriques....</p>
+
+<p>&mdash;Le coeur de notre r&eacute;publique du Nord? Voyez, comme il monte, ce sol,
+vers le p&acirc;le firmament de brumes. Il recouvre, peu &agrave; peu, sur l'horizon
+les tours fumantes des distilleries et des forges.</p>
+
+<p>&mdash;Elle vous a confi&eacute; son amour pour les pauvres?</p>
+
+<p>&mdash;Elle a un extraordinaire amour pour les pauvres.</p>
+
+<p>&mdash;Ici, disait-elle, sur la hauteur, le p&acirc;tre vit plus heureux parce que
+la masse des terres abat le son des cloches industrielles, l'appel &agrave; la
+souffrance quotidienne des troupeaux ouvriers....</p>
+
+<p>&mdash;C'est une &acirc;me &eacute;lue, Philippe, une &acirc;me &eacute;lue.... Pourrai-je lui valoir
+assez de bonheur?</p>
+
+<p>Ils s'examin&egrave;rent; ils &eacute;cout&egrave;rent leur silence.</p>
+
+<p>&mdash;Le plateau! dit le commandant.</p>
+
+<p>L&agrave;, le sol semblait avoir bondi tout &agrave; coup hors des plaines brunes de
+labour, et avoir entra&icirc;n&eacute; dans ce saut des falaises de craie,
+d'inaccessibles roches, des touffes de sapins et de bouleaux, des pans
+de prairie, un bois entier de h&ecirc;tres, m&ecirc;me quelques villages blottis
+dans des cavit&eacute;s pleines de foug&egrave;res et d'yeuses.</p>
+
+<p>&mdash;Avez-vous connu sa m&egrave;re?</p>
+
+<p>&mdash;Non, mon commandant, je n'ai pas connu sa m&egrave;re. Elle est morte si
+jeune!</p>
+
+<p>&mdash;... Philom&egrave;ne lui ressemble d'&acirc;me. Sa m&egrave;re contemplait toujours son
+id&eacute;e de Dieu; elle contemple aussi la douleur du monde....</p>
+
+<p>&mdash;Le Christ, le m&ecirc;me Christ sous ses deux formes....</p>
+
+<p>&mdash;Des mystiques!... Tenez, voici le plateau qui s'&eacute;tale par dessus le
+pays.... La terre est rouge de mati&egrave;res ferrugineuses....</p>
+
+<p>&mdash;Ah! ah!... Le fer ne fait-il pas couler le sang, tout rouge....</p>
+
+<p>&mdash;N'emp&ecirc;che! La terre est si rouge que les gens, &agrave; force d'y peiner, en
+ont pris la couleur....</p>
+
+<p>&mdash;Oh! je comprends.... Elle vous l'a dit aussi, cette chose; qu'ici les
+petits enfants portent d&eacute;j&agrave; sur leur corps rouge le blason du m&eacute;tal
+dispensateur de leur existence.</p>
+
+<p>&mdash;Philippe, pourquoi cette amertume dans votre voix?</p>
+
+<p>&mdash;Pour rien, commandant... pour rien.... Nous arrivons &agrave; la contr&eacute;e des
+Hauts-Fourneaux, et des corons pleins de peuple, et des donjons
+flamboyants.</p>
+
+<p>&mdash;Regardez; cela forme un grand cercle &eacute;tendu selon un p&eacute;rim&egrave;tre fixe.</p>
+
+<p>&mdash;Sous les canons de la cit&eacute; octogone dont voici, &agrave; ras de terre, les
+remparts.</p>
+
+<p>&mdash;Il faut de la prudence, Philippe, avec ce peuple de pauvres; car il
+lui arrive de s'exasp&eacute;rer.</p>
+
+<p>&mdash;Descendons-nous? Nous nous prom&egrave;nerons devant les petites maisons si
+closes, o&ugrave; habitent les familles des magistrats, des percepteurs, des
+fonctionnaires... que sais-je?...</p>
+
+<p>&mdash;R&eacute;veillez-vous, colonel.... Quarante minutes d'arr&ecirc;t pour la
+douane.... Nous allons nous d&eacute;gourdir les jambes....</p>
+
+<p>&mdash;H&eacute; quoi! fit le colonel.... Sommes-nous &agrave; la fronti&egrave;re?</p>
+
+<p>&mdash;Peu s'en faut... vous le savez bien: voici la derni&egrave;re station avant
+le Fort.</p>
+
+<p>&mdash;Diable.... Tenez: &agrave; gauche, la maison en briques rouges... o&ugrave; l'on
+aper&ccedil;oit des primev&egrave;res dans le petit parterre, hein?... C'est la
+demeure du bourreau....</p>
+
+<p>&mdash;Ah! ah!... la demeure du bourreau.... Il y a beaucoup d'assassins
+parce qu'on mange peu.</p>
+
+<p>&mdash;Et puis le peuple manque de distractions....</p>
+
+<p>&laquo;Au fait, pense Philippe, si rien n'alt&egrave;re les traits de ma face, ni ne
+d&eacute;c&egrave;le ma douleur &agrave; leurs yeux, c'est que je m'exag&egrave;re ma souffrance....
+Il faut croire que le malheur ne m'accable pas.... Pourtant il y a
+comme des cailloux sur ma poitrine quand elle se soul&egrave;ve pour le jeu de
+respirer...&raquo;</p>
+
+<p>Ils vont donc en promenade.</p>
+
+<p>Au pinacle de la cath&eacute;drale rococo, le symbole divin du supplice, la
+croix de fer, impose son signe sur des rues &eacute;troites et dures o&ugrave; circule
+la vie de la cit&eacute;. Elles m&egrave;nent du beffroi roidi dans ses dentelles de
+pierre aux casernes et aux lupanars, &agrave; un th&eacute;&acirc;tre d'architecture
+attique, &agrave; un palais de justice Louis XV, &agrave; un h&ocirc;pital de style Empire,
+&agrave; une prison tr&egrave;s vaste et tr&egrave;s simple, orn&eacute;e seulement de quelques
+capucines entretenues, sur une crois&eacute;e, par la femme du concierge. Ils
+rencontrent encore vers la citadelle, des manutentions et des magasins
+de guerre, des petits soldats imberbes qui, sous leurs longues capotes
+sangl&eacute;es, ressemblent &agrave; des servantes en cotillons, et des officiers
+&eacute;peronn&eacute;s, moustachus, ronds comme des oeufs, ou bien, fins comme des
+&eacute;pis, avec de courtes cravaches &agrave; l'aisselle.</p>
+
+<p>Large, bien balay&eacute;, &eacute;clair&eacute; de globes &eacute;lectriques, le boulevard traverse
+la ville entre des bazars somptueux, qui alternent avec des palais pour
+Compagnies d'assurances, Soci&eacute;t&eacute;s m&eacute;tallurgiques, banques de cr&eacute;dit. Il
+s'y prom&egrave;ne des messieurs &eacute;videmment orgueilleux de leurs soucis et des
+femmes promptes &agrave; aimer pour l'avantage de leur bourse ou de leur coeur.
+Il y court des gaillards charg&eacute;s de ballots et l&eacute;g&egrave;rement ivres. Les
+&eacute;toffes des robes se drapent en harmonie dans les voitures.</p>
+
+<p>Le boulevard conduit hors de la ville, jusqu'&agrave; la gare. Apr&egrave;s, il
+devient grand'route et suit, &agrave; peu pr&egrave;s parall&egrave;lement, la direction de
+la voie ferr&eacute;e. Les trains franchissent assez vite la r&eacute;gion des
+Hauts-Fourneaux.... On passe entre des ruches humaines (briques br&ucirc;l&eacute;es,
+tuiles rouges, ciments).... Le colonel a repris son somme dans le coin
+de droite....</p>
+
+<p>&mdash;L&agrave;, mon commandant, l&agrave;, dit Philippe: les enfants qui grouillent &agrave;
+terre.... on dirait un essaim de mouches sur une ordure.</p>
+
+<p>&mdash;Oh! Philippe, pourquoi parler ainsi des enfants?</p>
+
+<p>&mdash;Le linge que lessive cette vieille hideuse dans le baquet... ah!
+ah!... il se d&eacute;chire.... Quelle mine d&eacute;sol&eacute;e!... En v&eacute;rit&eacute;, ce linge
+s'est d&eacute;chir&eacute; jusque dans mon coeur.</p>
+
+<p>&mdash;Pourquoi donc parler ainsi?</p>
+
+<p>&mdash;Rirez-vous cependant de cette m&egrave;re si occup&eacute;e.... A la fois, elle
+allaite du sein, mouche d'une main, gifle de l'autre, gronde de la
+bouche, berce du pied et rit de l'oeil au facteur qui passe.... Ces
+fillettes qui pleurnichent en &eacute;pluchant des l&eacute;gumes, en tirant l'eau du
+puits; rirez-vous de leur laideur!... Et les adolescentes qui se nouent
+des rubans sales dans leurs maigres cheveux....</p>
+
+<p>&mdash;Philippe, pourquoi lorgnez-vous le monde avec un verre noir?</p>
+
+<p>&mdash;On ne voit pas de vieillards, mon commandant, dans cette cit&eacute; de
+pauvres....</p>
+
+<p>&mdash;Non... c'est vrai... on n'en voit pas....</p>
+
+<p>&mdash;Mais il y a partout de petits cimeti&egrave;res carr&eacute;s.... Un, deux,
+trois....</p>
+
+<p>&mdash;On ne voit pas non plus les adultes.... Philippe.</p>
+
+<p>&mdash;Ils demeurent apparemment tous dans la flamme f&eacute;erique qui ronfle
+parmi les cris du m&eacute;tal, sous les d&ocirc;mes des usines....</p>
+
+<p>&mdash;Les estaminets aussi paraissent pleins de feux de pipes....</p>
+
+<p>&mdash;La douleur s'endort dans l'abrutissement....</p>
+
+<p>&mdash;Elle vous a tout dit aussi &agrave; vous, Philippe, Philom&egrave;ne vous a tout
+dit... et voil&agrave; que vous refl&eacute;tez son &acirc;me presque autant que la refl&egrave;te sa
+petite soeur Francine....</p>
+
+<p>Le cornette se d&eacute;tourne. Il regarde au carreau du wagon. Le plateau
+devient une bande bossu&eacute;e de roches. Des foug&egrave;res g&eacute;antes y croissent.
+Peu &agrave; peu, le sol verdit. Les arbustes se pressent. Des treillis de fer
+gardent les faisans dans les chasses. Tout le long, afin de les emp&ecirc;cher
+de sortir, des gamins sifflent. L'air un peu vif a rendu violets leurs
+visages creux. Un garde les surveille.</p>
+
+<p>La for&ecirc;t va na&icirc;tre. Elle court d&eacute;j&agrave; sur les collines de l'horizon.
+Cependant, les cris du m&eacute;tal poursuivent la fuite du train.</p>
+
+<p>Quand ils cessent, on a franchi bien des lieues bord&eacute;es de bouleaux et
+de fr&ecirc;nes, entrevu bien des clairi&egrave;res o&ugrave; s'attardent les hordes de
+daims.</p>
+
+<p>Et, brusquement, le train d&eacute;bouche des branches. La for&ecirc;t finit net.
+L'express glisse sur la cr&ecirc;te d'un roc qui plonge &agrave; pic dans une vall&eacute;e
+profonde, pleine de villages blanchissant la lisi&egrave;re des futaies. De
+tr&egrave;s pr&eacute;s &agrave; tr&egrave;s loin, se courbe un fleuve dont les eaux frisottent
+entre les arches fr&eacute;quentes de ses ponts.</p>
+
+<p>Et le roc forme l'&eacute;peron du grand plateau r&eacute;tr&eacute;ci, devenu la pointe
+d&eacute;fensive de la patrie sur le fleuve fronti&egrave;re. D'ailleurs, les
+mamelons couvrent les travaux strat&eacute;giques du Fort. Des coupoles d'acier
+s'&eacute;rigent de la roche. La brique bouche les cavernes. D'arbre en arbre,
+des fils &eacute;lectriques courent. Par des poternes, les soldats &eacute;mergent des
+souterrains. Les ravins sont des cours de caserne o&ugrave; les artilleurs se
+chamaillent avec des lazzis qui montent d'&eacute;chos en &eacute;chos.</p>
+
+<p>Au bout du roc, il y a un jardin devant une maison blanche, un jet d'eau
+iris&eacute; au-dessus d'une vasque, les filles du colonel-gouverneur par&eacute;es de
+robes &agrave; pois et qui comptent les primev&egrave;res n&eacute;es du matin dans la
+pelouse.</p>
+
+<p>&mdash;Bonjour, Philippe... disent-elle, et plus bas: Nous avons senti votre
+douleur qui s'approchait....</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="II" id="II"></a>II</h2>
+
+
+<p>Les soldats attachent des lampions &agrave; des m&acirc;ts le long des chemins de
+ronde. On hisse des drapeaux pleins de noms de victoire. Les v&eacute;t&eacute;rans
+agacent les singes rapport&eacute;s d'Asie par les troupes du commandant de
+Chaclos qui f&ecirc;tent, ce soir-l&agrave;, leurs succ&egrave;s aux pays d'Orient. Le fort
+contient mille animaux singuliers, des chiens d&eacute;pourvus de tout poil,
+des bouquetins apprivois&eacute;s, des perruches loquaces habiles &agrave; r&eacute;citer les
+po&egrave;mes des barbares. On a construit des troph&eacute;es avec des armes
+&eacute;tranges, des sortes de faux dentel&eacute;es, des sabres courbes couverts de
+damasquinures, des cuirasses de fer et de laque. Les lunes et les
+dragons f&eacute;eriques des &eacute;tendards conquis flottent sur les arcs de
+triomphe en branches de sapin. Les chants patriotiques sonnent dans les
+cantines pleines de monde; et les papiers peints des lanternes dansent
+au vent.</p>
+
+<p>Chez le colonel, on ach&egrave;ve le dessert. Comme la nuit se pr&eacute;pare &agrave; luire
+de tous ses astres, les fen&ecirc;tres s'ouvrent.... Les deux soeurs viennent
+sur le balcon pour assister au ciel. En bas, on a ouvert les fen&ecirc;tres
+aussi dans la salle des invit&eacute;s o&ugrave; d&icirc;nent les adjudants.... Aid&eacute;s par le
+vin, ils content leurs exploits. Une brave rumeur de gaiet&eacute; &eacute;clate l&agrave;,
+pour se propager ensuite par tout le fort, entre les ifs de feu, les
+lumi&egrave;res tricolores des lanternes, et les lampions des cantines....</p>
+
+<p>Plus bas, la musique pr&eacute;lude... et puis les cuivres donnent l'essor aux
+sons. Ils s'&eacute;pandent vers le cours du fleuve qui chatoie dans les
+ombres....</p>
+
+<p>Francine et Philom&egrave;ne se sont accoud&eacute;es. La plus jeune des soeurs
+retient le commandant par son babil.... Philom&egrave;ne murmure vers Philippe:</p>
+
+<p>&mdash;Puisque je ne saurais avoir de l'amour, puisque nul jamais ne
+poss&egrave;dera mon &acirc;me enti&egrave;re, que vous importe?... Hors du monde et hors
+des hommes, seule ici, parmi ce mis&eacute;rable peuple en livr&eacute;e de guerre, je
+me suis cr&eacute;&eacute; une vie seconde toute d'id&eacute;es folles et magnifiques. Je m'y
+suis retir&eacute;e pour toujours. Rien ne me touchera plus des choses
+humaines,&mdash;que superficiellement et selon le d&eacute;cor de l'existence.</p>
+
+<p>&mdash;La gloire du commandant vous a touch&eacute;e.</p>
+
+<p>&mdash;Certainement je l'aime moins que je ne vous aime; oui, moins. Mais lui
+n'essaiera pas de p&eacute;n&eacute;trer mon &acirc;me intime, de poss&eacute;der au del&agrave; de ce que
+je lui donnerai de moi.</p>
+
+<p>&mdash;Votre corps....</p>
+
+<p>&mdash;Voil&agrave; o&ugrave; votre jeunesse se d&eacute;clare et o&ugrave; elle m'effraie.... Qu'est-ce,
+le corps? Moins que rien. Je ne m&eacute;connais cependant pas ma beaut&eacute;. Je
+pr&eacute;tends, toutefois, ne pas devenir, pour l'imprudente ardeur de votre
+&acirc;ge, un seul instrument de joies.... Cela m'outragerait.</p>
+
+<p>&mdash;Laissons... et dites-moi, Philom&egrave;ne.... Vous croyez-vous &agrave; jamais
+incapable, soit d'une compassion, soit d'une admiration telles que vous
+consentiez au sacrifice de votre orgueil intellectuel et &agrave; vous absorber
+en celui-l&agrave;....</p>
+
+<p>&mdash;Par compassion... qui sait! Par admiration... oui. Mais pour que je
+l'admire jusque l'adorer... quel h&eacute;ros inou&iuml; il me faudrait conna&icirc;tre!</p>
+
+<p>&mdash;Simplement celui dont les actes r&eacute;aliseront le r&ecirc;ve de votre &acirc;me.</p>
+
+<p>&mdash;Je ne le ch&eacute;rirai donc que mort.... Car quiconque annonce aux hommes
+une foi nouvelle et agit afin de convertir, quiconque veut offrir,
+pareil au Christ, l'exemple vivant de la doctrine, celui-l&agrave; encourt
+jusque la mort, la haine des hommes. Et il doit tenter le sacrifice pour
+le sacrifice, ignorant la consolation m&ecirc;me de le savoir utile au rachat
+du monde. Il lui faut aimer le sacrifice en lui-m&ecirc;me, sans app&acirc;t de
+gloire, pour la seule beaut&eacute; de mourir inutilement... Mais vous ne
+comprenez pas.</p>
+
+<p>&mdash;Je comprendrai, si vous m'initiez &agrave; vous.</p>
+
+<p>Le silence des musiques qui cess&egrave;rent alors interrompit leur propos.
+Dans le calme subit de l'air, on entendit les vantardises des adjudants.</p>
+
+<p>&laquo;Ah! ah! nous autres, pendant la campagne de l'Indus, nous mettions nos
+Asiatiques au b&ucirc;cher, les pieds en avant; et on les poussait dans le feu
+&agrave; mesure que le bout se consumait.... Quels gaillards. Ils grima&ccedil;aient
+laidement, mais ils ne criaient pas...&mdash;Chez nous, dans la L&eacute;gion, on
+leur coupait d'abord les tendons du pied avec un canif...&mdash;En Ethiopie,
+nous menions nos prisonniers par vingt au fond des grottes. Devant, on
+allumait du bois vert, et ils &eacute;ternuaient leur vie dans la fum&eacute;e... Tu
+te le rappelles, Firmin?</p>
+
+<p>&laquo;Quand le g&eacute;n&eacute;ral nous eut interdit de d&eacute;penser la poudre &agrave; fusiller les
+Chinois, on les empilait dans les fosses des rizi&egrave;res et on cassait les
+t&ecirc;tes &agrave; coups de crosse de peur de fausser les ba&iuml;onnettes.... Leurs
+cr&acirc;nes sortaient en rangs d'oignons.... Le premier m'a fait de la peine... si
+jeune, n'est-ce pas, avec de beaux yeux orientaux qui
+imploraient.... Quoi! la guerre, c'est la guerre. On ne pouvait les
+emmener en avant, ni les laisser derri&egrave;re la colonne....&mdash;Et puis, quand
+on entrait dans leurs villages, trouvait-on pas, piqu&eacute;es sur des
+bambous, les t&ecirc;tes des camarades surpris aux avant-postes? &Ccedil;a
+ressemblait m&ecirc;me aux doubles files des lampadaires sur les boulevards
+de la ville. Seulement, les yeux des pauvres diables n'&eacute;clairaient plus
+gu&egrave;re.&mdash;Tout &ccedil;a, mes vieux bougres, &ccedil;a ne vaut pas encore le coup du
+commandant de Chaclos&mdash;Ah! Dieu de Dieu! mes enfants, j'y &eacute;tais: quelle
+marmelade! Moi-m&ecirc;me ai pos&eacute; la cartouche sous la pile du pont.... On les
+a laiss&eacute;s s'engager, et quand ils y furent en bon nombre... le
+commandant poussa le bouton de la batterie &eacute;lectrique.... Vlan! Le
+paquet a saut&eacute;!</p>
+
+<p>&laquo;On retrouvait des doigts, des nez qui se promenaient tout seuls &agrave; plus
+de deux cents m&egrave;tres, et des yeux coll&eacute;s contre les arbres, entre les
+morceaux de cervelle et des bouts de nerfs... et ces yeux-l&agrave; vous
+regardaient.... C'&eacute;tait effrayant, mon cher, effrayant!... Du coup, ils
+battirent en retraite, les survivants. Nous e&ucirc;mes sans peine leurs
+positions... et nous voil&agrave; ici, victorieux, le verre &agrave; la main.... On
+dresse des arcs de triomphe. Le commandant a eu sa croix.... Vive la
+guerre donc!... quand on en revient...&raquo;</p>
+
+<p>...Francine qui tenait en ses mains une touffe de primev&egrave;res, les laissa
+soudain tomber... et elle se passa les paumes sur les tempes comme pour
+dissiper un cauchemar... Sans doute ne vit-elle pas le geste de M. de
+Chaclos relevant les corolles &eacute;parses afin de les lui remettre, car elle
+s'enfuit aussit&ocirc;t; et, avant qu'elle e&ucirc;t gagn&eacute; la porte, elle s'abattit
+contre le sol avec des cris affreux, secou&eacute;e par la convulsion des
+nerfs.</p>
+
+<p>Durant la maladie qui suivit cette crise, la fillette subit des
+hallucinations sinistres. Elle voyait dans la fi&egrave;vre se tracer en
+images tangibles les souvenirs de guerre cont&eacute;s par les adjudants. On
+dut &eacute;carter d'elle tout l'appareil militaire; les uniformes, les armes,
+les gravures signalant la bravoure historique. Le son lointain du
+tambour suffisait pour l'&eacute;vocation sanglante; et c'&eacute;tait une chose
+horrible. Elle se dressait menue, hagarde, les mains ouvertes et tendues
+pour repousser la hideur du r&ecirc;ve... &laquo;Oh! disait-elle, que de pauvres
+vies tranch&eacute;es... Le fleuve de sang saute les digues.... Les t&ecirc;tes
+roulent comme des boules.... Les doigts se crispent sur le sabre qui les
+coupe... Oh! les yeux des mourants... les yeux! les yeux! les yeux!...
+Le sang monte, monte... Il est &agrave; ma bouche... pouah!... il m'&eacute;trangle... je
+ne veux pas...&raquo; Et elle retombait dans des crises....</p>
+
+<p>Le mariage de Philom&egrave;ne se trouva retard&eacute; par l'&eacute;tat tr&egrave;s grave de la
+petite soeur.... Elle ne la quitta plus. Son affection se fit m&ecirc;me plus
+fervente pour l'&ecirc;tre que tous maudissaient. Le colonel entrait dans de
+grandes fureurs o&ugrave; il souhaitait la mort de cette triste enfant. Les
+officiers de son entourage, bien qu'ils affectassent de l'indulgence et
+de la piti&eacute;, parlaient sans aisance de ce d&eacute;lire qui fl&eacute;trissait leur
+gloire.</p>
+
+<p>D'ailleurs, la l&eacute;gende de la petite proph&eacute;tesse avait bient&ocirc;t visit&eacute; les
+imaginations des soldats; et ils en causaient tout bas dans les
+chambr&eacute;es, avant le couvre-feu. Leurs courages allaient mollir. Dans les
+rangs, &agrave; deux reprises, des recrues se r&eacute;volt&egrave;rent contre les
+commandements; et on murmurait que l'heure viendrait bient&ocirc;t o&ugrave; les
+hommes cesseraient d'apprendre l'art de tuer. On fondrait les canons
+pour fabriquer des charrues. La fraternit&eacute; universelle ne tarderait plus
+&agrave; s'&eacute;panouir.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="III" id="III"></a>III</h2>
+
+
+<p>Or, cela &eacute;tait fort grave, parce qu'on redoutait comme prochain
+l'immense conflit des nations du Nord, attendu et pr&eacute;par&eacute; patiemment
+depuis plus de trente ann&eacute;es. Des signes certains de bataille
+commen&ccedil;aient &agrave; para&icirc;tre dans le ciel et dans les propos des diplomates.
+On atteignait aux premiers jours du printemps; et le printemps
+paraissait, de l'avis de tous les hommes de guerre, le moment le
+meilleur pour susciter le massacre mutuel des peuples. On redoublait
+d'activit&eacute; dans les arsenaux et sur les polygones. Le colonel craignait
+que le mauvais esprit de sa troupe ne lui f&ucirc;t imput&eacute; par les mar&eacute;chaux
+inspecteurs, et, pour d&eacute;tourner du raisonnement les intelligences de ses
+soldats, il les entra&icirc;nait sans r&eacute;pit dans des marches et des manoeuvres
+propres &agrave; lasser leurs forces morales sous la fatigue physique, et &agrave; les
+rendre dociles &agrave; sa main.</p>
+
+<p>Eux, cependant, &agrave; courir par les villages et les corons des mineurs,
+prenaient une peine plus grande. Ils se lamentaient, disant: &laquo;En quelle
+&eacute;poque barbare, nous vivons encore pour que tant de pauvret&eacute; demeure au
+monde. Nos m&egrave;res nous enfantent dans le seul but d'un dur labeur, et
+nous trimons plus que les b&ecirc;tes, sans avoir, comme les b&ecirc;tes, le loisir
+de ne pas penser. Ah! maudite soit l'heure de br&egrave;ve joie o&ugrave; nos tristes
+p&egrave;res jet&egrave;rent leur semence aux flancs de leurs &eacute;pouses d&eacute;charn&eacute;es. De
+quel droit nous cr&eacute;&egrave;rent-ils puisqu'ils ne pouvaient nous l&eacute;guer que le
+d&eacute;sir &agrave; jamais inassouvi?</p>
+
+<p>&laquo;Et les savants disent que les g&eacute;n&eacute;rations se succ&egrave;dent dans une voie de
+progr&egrave;s, et que l'homme marche &agrave; la conqu&ecirc;te de Dieu.... Les
+pouvons-nous croire, puisque nous apprenons seulement l'art de nous
+&eacute;gorger, alors que toutes nos forces employ&eacute;es &agrave; la seule fin
+d'am&eacute;liorer notre sort, ne r&eacute;ussiraient que bien petitement. En v&eacute;rit&eacute;,
+elle a raison la jeune proph&eacute;tesse qui crie par les nuits que nous
+demeurons barbares comme les loups, et que jamais nous ne tiendrons le
+bonheur, parce que nous aimons trop le sang.... Voil&agrave; maintenant qu'on a
+pr&eacute;par&eacute; les tambours et les drapeaux.... Il va falloir se ruer sur les
+pauvres diables des autres nations, sans que nous puissions m&ecirc;me
+comprendre le motif de notre rage.... Nos pieds ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; durcis sur
+les routes, et nos &eacute;paules ne sentent plus le poids du havresac...
+Voyons, ne se l&egrave;vera-t-il pas un homme fort, parmi nous, qui
+proclamerait enfin la r&eacute;volution de l'Amour universel?&raquo;</p>
+
+<p>Et les petits soldats se poussaient l'un l'autre et ils disaient: &laquo;Toi,
+toi...&raquo; mais nul n'osait prendre la parole.</p>
+
+<p>Enfin, le d&eacute;lire de Francine s'att&eacute;nua. Elle r&eacute;cup&eacute;ra de la sant&eacute; et de
+la raison. Mais quand M. de Chaclos voulut reparler des noces, Philom&egrave;ne
+lui affirma qu'elle resterait fille. Et il comprit bien qu'elle
+partageait alors le sentiment de sa soeur, et qu'il lui faisait horreur
+&agrave; cause du sang dont il s'&eacute;tait couvert.</p>
+
+<p>Un peu plus tard, il connut que Philom&egrave;ne s'&eacute;tait fianc&eacute;e &agrave; Philippe....
+Cela ne le surprit point, parce qu'il avait entendu presque de leurs
+conversations, les soirs de primev&egrave;res.</p>
+
+<p>Le cornette changea de garnison et vint au fort avec un d&eacute;tachement de
+Guides.</p>
+
+<p>Depuis lors, M. de Chaclos v&eacute;cut tristement; car il ch&eacute;rissait Philom&egrave;ne
+selon la t&eacute;nacit&eacute; des derni&egrave;res passions. La presque certitude qu'il
+avait eue de l'&eacute;pouser avait rendu plus in&eacute;branlable cet amour de la
+quaranti&egrave;me ann&eacute;e. N&eacute;anmoins, son &acirc;me &eacute;tait noble, il persuada au
+colonel de marier Philom&egrave;ne et Philippe. Et comme la jeune fille
+remarquait avec &eacute;tonnement son entremise, il lui r&eacute;pondit qu'il
+l'aimait pour elle, non pour lui; et pr&eacute;f&eacute;rait la savoir heureuse aux
+bras d'un autre, plut&ocirc;t que malheureuse aux siens. Cela lui vaudrait
+infiniment moins de douleur.</p>
+
+<p>Quand on sortit de l'&eacute;glise, le cornette dit &agrave; sa femme: &laquo;Voici que vous
+vous sacrifiez &agrave; moi par compassion. Je t&acirc;cherai maintenant de m&eacute;riter
+votre admiration.&raquo;</p>
+
+<p>La guerre survint....</p>
+
+<p>Le Fort gardait la fronti&egrave;re. On tira de ses coupoles le premier coup de
+canon.</p>
+
+<p>Les troupes de la ville arriv&egrave;rent, et puis ce furent les troupeaux
+d'ouvriers et de paysans qui descendirent des trains. On les rev&ecirc;tit
+d'uniformes, on leur distribua des armes. Au dehors, les grandes routes
+se remplirent d'enfants et de m&egrave;res qui mendiaient. Les jeunes filles se
+prostituaient presque pour rien. Sur l'horizon, les donjons des usines
+cess&egrave;rent de flamboyer pour la premi&egrave;re fois depuis trente ans. Le
+boulevard de la ville &eacute;tait plein d'activit&eacute; parce qu'on avait jou&eacute; &agrave; la
+baisse des fonds publics, dans les palais des Compagnies d'assurances,
+Soci&eacute;t&eacute;s m&eacute;tallurgiques et banques de cr&eacute;dit. Les hommes d'argent
+rachetaient d&eacute;j&agrave; en sous main les titres de rente afin de les revendre,
+avec prime, d&egrave;s l'annonce du premier avantage.</p>
+
+<p>Pour obtenir ce premier avantage que les d&eacute;p&ecirc;ches grossiraient
+habilement, les mar&eacute;chaux se h&acirc;taient de r&eacute;unir des hommes sur ce point
+de fronti&egrave;re. On les arrachait des mines et des sillons. Les fanfares
+sonnaient. Les drapeaux claquaient. Les actrices en robe blanche,
+drap&eacute;es dans les couleurs nationales, chantaient en plein vent, sur des
+tr&eacute;teaux construits &agrave; la h&acirc;te, l'<i>Amour sacr&eacute; de la Patrie</i>. Et les
+hommes rouges du sol ferrugineux d&eacute;filaient par masses &eacute;normes,
+remplissant de leurs corps l'espace trop &eacute;troit des rues. Les
+administrateurs des Compagnies ordonn&egrave;rent qu'on d&eacute;fon&ccedil;&acirc;t des tonneaux
+de piquette pour &eacute;chauffer l'enthousiasme. Il s'agissait d'enlever ce
+pr&eacute;cieux avantage, de faire prime sur le march&eacute;....</p>
+
+<p>Les gendarmes pressaient les hordes mis&eacute;rables, une houle de t&ecirc;tes
+rouges battant les tr&eacute;teaux o&ugrave; les actrices en robes blanches, drap&eacute;es
+des couleurs nationales, et les cheveux &eacute;pars par-dessus le march&eacute;, vous
+chantaient sans lassitude: <i>Le jour de gloire</i>....</p>
+
+<p>Encore quelques heures de train, quelques cahots de wagons, et le
+troupeau, garni de brandebourgs, de galons, de ferblanterie, coiff&eacute; de
+kolbacks, mont&eacute; sur des chevaux de r&eacute;quisition, est pr&ecirc;t &agrave; conqu&eacute;rir
+l'avantage (quarante dont un, &agrave; la Bourse de demain).</p>
+
+<p>Les caissons roulent sur le caillou des routes. Les escadrons galopent
+dans les cris clairs du m&eacute;tal. Les r&eacute;giments tassent le sol sous les six
+mille souliers d'ordonnance. Les officiers caracolent parmi l'&eacute;clat de
+leur maroquinerie neuve; et voici, sur la cime des collines, o&ugrave; se
+d&eacute;roulent des nuages bas, les courts &eacute;clairs des pi&egrave;ces ennemies.</p>
+
+<p>Parmi les lignes, il y a des gaillards qui culbutent soudain, en des
+grimaces de clowns, ou tombent &agrave; genoux, ainsi que des illumin&eacute;s
+fanatiques, tout ahuris de voir au-del&agrave;. D'autres encore s'&eacute;talent
+comme pour dormir, en s'&eacute;tirant. Et, quand les colonnes ont pass&eacute;,
+quand les lignes se sont &eacute;tendues, il reste, dans la poussi&egrave;re lev&eacute;e, de
+bonnes t&ecirc;tes rouges qui toussent leur souffle sur des flaques plus
+rouges....</p>
+
+<p>La campagne demeure verte et claire aux replis du fleuve vif. Les bl&eacute;s
+couvrent la plaine de leur herbe tendre; et c'est l&agrave;, dans le creux de
+la grande vall&eacute;e, un bon nid d'abondance, aux maisonnettes blanches, aux
+eaux lumineuses, avec le rebord propice des collines &agrave; douces pentes.</p>
+
+<p>A la t&ecirc;te de soixante cavaliers, Philippe commande un poste
+d'observation. Il voit les routes se noircir de grouillements humains,
+l'herbe se fleurir des taches &eacute;clatantes que donnent les uniformes, les
+attelages galoper effr&eacute;n&eacute;ment par les chemins qui sonnent. Ici et l&agrave;,
+d'un coup, la flamme se drape au fa&icirc;te des m&eacute;tairies. Les lignes
+d'infanterie s'&eacute;largissent &agrave; travers les plaines. Elles avancent,
+courent, se couchent, cr&eacute;pitent et p&eacute;tillent, se rel&egrave;vent, courent
+encore, gagnent les abris, les quittent, laissant, &agrave; chaque reposoir,
+des corps crisp&eacute;s dans la verdure.... Autour de lui, il est tant de
+bruits de fusillade, que l'espace semble frire.</p>
+
+<p>Et tout pr&egrave;s, les grosses t&ecirc;tes rouge&acirc;tres de ses hommes bleuissent,
+sous les gourmettes polies des kolbacks, sous l'apparat violent des
+pompons. Les bottes tremblent dans les &eacute;triers qui cliquettent. Les
+mains &eacute;paissies par les labeurs des forges, &eacute;pongent la sueur des
+fronts. Il se fait dans les groupes de tristes trafics. Les c&eacute;libataires
+prennent le premier rang pour m&eacute;nager la vie plus utile des p&egrave;res.
+&laquo;Va... recule, tu as des enfants.... Je n'en ai point... si je cr&egrave;ve; tu
+recueilleras ma vieille m&egrave;re...&raquo;&mdash;&laquo;Entendu... avance!&raquo;</p>
+
+<p>L'adjudant veut r&eacute;tablir les rangs et il gronde avec d'affreux
+jurons....</p>
+
+<p>&mdash;Laissez, dit Philippe... laissez-les se pr&eacute;parer &agrave; la mort comme il
+leur convient, afin qu'ils ne nous ex&egrave;crent pas, nous, les bourreaux!...</p>
+
+<p>Un murmure d'&eacute;tonnement fait frissonner les &eacute;paules des Guides, et ils
+regardent le jeune cornette, dont la face douloureuse s'illumine....</p>
+
+<p>Il pense &agrave; ce d&eacute;sespoir humain; il souffre. La compassion de son &eacute;pouse
+le navre, parce qu'elle ne peut lui offrir une autre sorte d'amour. Ah!
+conqu&eacute;rir son admiration par un grand sacrifice, par la beaut&eacute; de la
+mort sans gloire....</p>
+
+<p>Un cavalier accourt vers sa troupe.... Le capitaine ordonne que le
+cornette entra&icirc;ne ses hommes au galop de charge, en se dissimulant dans
+le chemin creux.... S&ucirc;rement, il atteindra, de la sorte, cette batterie
+ennemie qui trotte sans d&eacute;fiance pour prendre position.... Le r&eacute;giment
+va s'&eacute;lancer pour le soutenir....</p>
+
+<p>&mdash;Les voyez-vous, mon officier. Ils sont &agrave; un mille &agrave; peine.... Le bois
+de m&eacute;l&egrave;zes nous d&eacute;robe &agrave; leurs &eacute;claireurs. Nous les tenons.... Pour
+charger!! Au galop!!... En avant....</p>
+
+<p>Philippe sent son cheval bondir avec le commandement.... La b&ecirc;te
+remporte contre sa volont&eacute; h&eacute;sitante. Il voudrait crier: &laquo;Arri&egrave;re!..,
+tr&ecirc;ve de meurtre!... mes camarades...&raquo; La b&ecirc;te l'emporte dans la
+galopade forcen&eacute;e du peloton. Elle l'emporte comme la force des choses,
+la fatalit&eacute; de la vie, le rythme sup&eacute;rieur qui m&egrave;ne les hommes &agrave; la
+douleur, &agrave; la mort, &agrave; Dieu.</p>
+
+<p>Les talus passent, avec leurs saules &eacute;tron&ccedil;onn&eacute;s, dont les branches
+divergent ainsi que des bras ivres. La terre saute sous le fer des
+chevaux. Les hommes soufflent de peur.... On n'arrivera jamais. On
+arrivera trop t&ocirc;t....</p>
+
+<p>Le talus a cess&eacute;, et, devant eux, ce sont vingt pauvres rustres,
+couverts de boue, pendus aux courroies d'un canon, que l'attelage tire
+malais&eacute;ment dans le labour... Des t&ecirc;tes effar&eacute;es et livides se tournent
+vers les Guides.... Des hurlements incompr&eacute;hensibles s'&eacute;changent. Un
+homme &agrave; cheval tire un coup de feu; la flamme semble jaillir de son
+poing.... Le peloton s'enl&egrave;ve dans un &eacute;lan dernier, et va s'abattre sur
+les mis&eacute;rables, dont les mains tremblantes ne trouvent plus les
+g&acirc;chettes des carabines... &laquo;Halte!&raquo;</p>
+
+<p>Philippe a cri&eacute;; les chevaux fl&eacute;chissent sous le coup de bride.... Et,
+maintenant, il se trouve stupide dans le relatif silence, ne sachant
+plus pourquoi il a command&eacute; cette halte... d'autant que les artilleurs
+le couchent en joue... &laquo;La paix!&raquo; crie-t-il encore... et il continue
+dans leur langage... &laquo;Nous aurions pu vous massacrer.... Mais le temps
+est venu de l'amour.... Il ne faut plus se tuer.... Il ne faut plus se
+tuer.... Nous ne voulons plus tuer, nous sommes fr&egrave;res... les pauvres
+fr&egrave;res humains.... La paix! ne la voulez-vous pas?... Prenons la paix!
+Aimons-nous!&raquo;</p>
+
+<p>Sans doute, les ennemis crurent-ils qu'il annon&ccedil;ait la bonne nouvelle
+d'une paix r&eacute;elle, subitement conclue, car ils abaiss&egrave;rent leurs armes,
+et puis ce fut un immense &eacute;clat de joie. Ils couraient les uns aux
+autres et ils s'embrassaient. Les Guides se mirent &agrave; rire aussi, sans
+savoir. L'adjudant piqua des deux et repartit vers le r&eacute;giment.</p>
+
+<p>Philippe ne parlait plus.... Il pressait, entre ses doigts, la touffe de
+lilas donn&eacute;e, &agrave; son d&eacute;part, par Francine et Philom&egrave;ne..., et il se
+r&eacute;jouissait, en songeant qu'il venait d'agir selon leurs voeux de
+bont&eacute;....</p>
+
+<p>Il allait reprendre ses exhortations &agrave; l'amour, lorsqu'il s'aper&ccedil;ut que
+la troupe ennemie grossissait. Bient&ocirc;t, ses Guides furent envelopp&eacute;s par
+les uniformes verts et blancs des artilleurs. Il voulut s'expliquer,
+mais un vieil officier survint... qui lui arracha son sabre.... Il
+&eacute;tait prisonnier....</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Par un dimanche, le dimanche qui suivit, au matin, dans le Fort, il
+passa devant la maison du colonel-gouverneur. L'&eacute;panouissement des lilas
+parait les murs d'une neige suspendue. Les soeurs &eacute;taient l&agrave; qui
+l'attendaient &agrave; la grille. Francine fondit en pleurs, mais Philom&egrave;ne lui
+parut radieuse. Sa beaut&eacute; grandie s'exaltait. Elle lui jeta une touffe
+de lilas qu'elle avait contre ses l&egrave;vres. Un soldat de l'escorte la
+ramassa et la lui remit. Il la porta vers sa bouche.... On descendit par
+le chemin de ronde. Philom&egrave;ne l'appela du haut de la terrasse...
+Pendant qu'il en longeait le mur, elle lui disait: &laquo;Je t'admire et je
+t'adore, parce que tu as ouvert l'&egrave;re nouvelle de l'amour, et que ton
+sang va la sanctifier...&raquo;</p>
+
+<p>Philippe se sentait tout &eacute;bloui, en dedans, d'une gloire indicible. Il
+se pla&ccedil;a de lui-m&ecirc;me devant le poteau et il effeuillait les lilas
+pendant la lecture de l'arr&ecirc;t de mort. Repris aux mains de l'ennemi, le
+conseil de guerre le condamnait pour trahison.</p>
+
+<p>&mdash;Vous n'avez rien &agrave; ajouter?</p>
+
+<p>&mdash;Non.... J'ai pr&eacute;f&eacute;r&eacute; mourir &agrave; tuer... Me voici pr&ecirc;t &agrave; subir... le
+sort....</p>
+
+<p>On s'&eacute;carta. Une minute, il embrassa du regard l'esplanade, le carr&eacute; des
+troupes luisant sous le jeune soleil, et les douze ex&eacute;cuteurs qui
+s'avan&ccedil;aient. Au-dessus d'eux, sur la terrasse, Philom&egrave;ne se tenait
+droite contre le ciel, ses mains en baiser.</p>
+
+<p>Et elle lui fut l'ange noir qui ouvre aux &acirc;mes la porte de la vie
+nouvelle.</p>
+
+<p>Sans la quitter du regard, le coeur chantant, il commanda le feu.</p>
+
+<p><i>On sait comment l'exemple du cornette Philippe &eacute;mut les troupes des
+nations du Nord. Dans les plaines de Woerth, un mois plus tard, les deux
+arm&eacute;es, au lieu de se combattre, s'embrass&egrave;rent. L'&egrave;re de barbarie
+demeure close &agrave; jamais. Le Christ est redescendu</i>.</p>
+
+
+<h4>OUVRAGES DU M&Ecirc;ME AUTEUR</h4>
+
+<p>I</p>
+
+<p>Les Volont&eacute;s Merveilleuses 3 vol.</p>
+
+<p>II</p>
+
+<p>L'Epoque 6 vol.</p>
+
+<p>III</p>
+
+<p>Critique des Moeurs 1 vol.</p>
+
+<p>IV</p>
+
+<p>Princesses Byzantines (<i>sous presse</i>) 1 vol.</p>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le conte futur, by Paul Adam
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONTE FUTUR ***
+
+***** This file should be named 15943-h.htm or 15943-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/5/9/4/15943/
+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
diff --git a/15943-h/images/001.png b/15943-h/images/001.png
new file mode 100644
index 0000000..d39dba9
--- /dev/null
+++ b/15943-h/images/001.png
Binary files differ
diff --git a/15943-h/images/medallion.png b/15943-h/images/medallion.png
new file mode 100644
index 0000000..fe48861
--- /dev/null
+++ b/15943-h/images/medallion.png
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..a4d8995
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #15943 (https://www.gutenberg.org/ebooks/15943)