diff options
| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:46:34 -0700 |
|---|---|---|
| committer | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:46:34 -0700 |
| commit | 505b7b8f985d88a1e21df0c61f583f462730c025 (patch) | |
| tree | b1589cacc382fe9a9db210110dc338b6f686e5e5 | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 3 | ||||
| -rw-r--r-- | 15361-8.txt | 2877 | ||||
| -rw-r--r-- | 15361-8.zip | bin | 0 -> 42728 bytes | |||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 |
5 files changed, 2893 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/15361-8.txt b/15361-8.txt new file mode 100644 index 0000000..c51e754 --- /dev/null +++ b/15361-8.txt @@ -0,0 +1,2877 @@ +The Project Gutenberg EBook of Félix Poutré, by Louis H. Fréchette + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Félix Poutré + Drame historique en quatre actes + +Author: Louis H. Fréchette + +Release Date: March 14, 2005 [EBook #15361] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLIX POUTRÉ *** + + + + +This text was adapted from that found at the Bibliothèque virtuelle. +http://www.fsj.ualberta.ca/biblio/default.htm + +Thank you to Donald Ipperciel and the Faculté Saint-Jean +(University of Alberta) for making it available. + + + + + + +Félix Poutré + +Drame historique en quatre actes + +Par Louis H. Fréchette + + + +PERSONNAGES + + Félix Poutré, 21 ans. + Poutré, père de Félix, 60 ans. + Béchard, 40 ans. + Cardinal, Membre du Parlement, 35 ans. + Duquette, Étudiant en Droit, 21 ans. + Toinon, paysan, 20 ans. + Camel, (un traître) 30 ans. + Dr. Arnoldi, 60 ans. + Le Shérif. + Le Geôlier. + Un Juge. + 1er Conjuré. + 2ème Conjuré. + 3ème Conjuré. + Un Policeman. + Le Bourreau, des Soldats Anglais, des Policemen, des Patriotes, + des Prisonniers, des Officiers de Justice. + + + +Acte I + +_Le décor représente la rue St-Jean-Baptiste à Montréal. +Il fait nuit._ + + +SCÈNE I + + _CAMEL, un POLICEMAN_ + +CAMEL, _enveloppé dans un grand manteau_--Vous voyez cette porte, +n'est ce pas? + +POLICEMAN--Oui. + +CAMEL--C'est là. Vous arriverez à minuit, entendez-vous? C'est à +cette heure-là à peu près que tous les Patriotes seront rassemblés. + +POLICEMAN--Sont-ils nombreux? + +CAMEL--Cela dépend; mais venez toujours en force, car les brigands +sont armés, et pourraient bien faire une chaude résistance. Vous +aurez le soin de me protéger si l'on veut porter la main sur moi . . . + +POLICEMAN--Soyez tranquille. Dans quelle partie de la maison +sont-ils assemblés? + +CAMEL--Vous y serez conduits. Comme l'usage de toute lumière est +strictement défendu dans les corridors, on ne verra vos uniformes +que lorsque vous serez introduits dans la salle des séances. Le mot +d'ordre est: «Vengeance et liberté.» Aux mots «Qui va là,» vous +répondrez: «Brutus!» + +POLICEMAN--Bien! . . . + +CAMEL--Voilà qui est convenu. A minuit. + +POLICEMAN--A minuit! (_Il sort._) + + +SCÈNE II + + _CAMEL seul_ + +CAMEL--Ah! Ah! Ah! . . . Je les tiens . . . Ils n'échapperont pas +cette fois . . . Presque tous pris dans un seul coup de filet . . . +Comme le gouvernement va m'avoir de l'obligation! Comme la récompense +sera belle . . . Aussi, comme il m'a fallu de la patience, de la +diplomatie et de l'audace pour en arriver là. Me faire passer pour un +patriote, me faire admettre au nombre des conjurés, les tromper tous +par mes protestations de dévouement à leur cause . . . J'ai tout +fait, avec habileté, avec talent, avec génie! . . . Camel, Camel, tu +es un grand homme! Tu es destiné à devenir un premier ministre pour +le moins! . . . Il est bien dix heures maintenant, ils doivent être +déjà assemblés. Entrons! (_Il frappe trois coups espacés à une porte +au fond._) + +UNE VOIX, _en dehors_--Qui va là? + +CAMEL--Brutus! + +UNE VOIX, _en dehors_--Le mot d'ordre? + +CAMEL--Vengeance et liberté. (_La porte s'ouvre et Camel entre._) + +_Le décor change et représente une salle souterraine. Plusieurs +conjurés sont autour d'une table. L'un d'eux est près de la porte +d'entrée. Des armes de toute espèce sont suspendues aux murs._ + + +SCÈNE III + + _CARDINAL, CAMEL, CONJURÉS_ + +CARDINAL--Avons-nous des nouvelles des États-Unis? + +1er CONJURÉ--Oui, deux des nôtres sont à New York, organisant des +comités de secours. Le No. 36 est parti pour Washington pour +s'aboucher avec les autorités. Le No. 17 m'écrit de Burlington +qu'une grande quantité d'armes doit lui être envoyée d'Albany, +et qu'il se prépare à nous les faire tenir au premier signal +d'insurrection. Enfin toutes les sympathies du peuple américain +sont pour nous, et nul doute qu'on nous fournira autant d'armes +et de munitions que nous en aurons besoin. + +LES CONJURÉS--Bravo! + +CARDINAL, _consultant ses notes_--Le No. 20 est-il revenu de Québec? + +2ème CONJURÉ--Me voici. J'ai assisté à l'assemblée des Frères +samedi. Je suis d'opinion que nous ne pouvons rien tenter à Québec +pour le moment. À part quelques jeunes gens enthousiastes et +dévoués, la population toute entière croupit dans une apathie +déplorable. L'avis général est qu'à moins d'un mouvement sérieux +dans tous les pays, il ne faut pas compter sur Québec. + +CARDINAL--C'est à peu près ce qu'on m'a déjà rapporté. Et +Trois-Rivières? + +2ème CONJURÉ--J'y suis arrêté. La population est encore plus nulle +qu'à Québec. Impossible de la remuer. Il existe cependant une +organisation assez active chez un petit nombre de patriotes zélés +qui s'entendent avec les Fidèles de Nicolet. Ils ont appris +par leurs affiliés de Québec que le gouvernement devait faire +transporter à Montréal une quantité considérable d'armes et de +munitions, et ils ont conçu le dessein de s'en emparer par un coup +de main hardi. Mais comme ils ne veulent pas agir inconsidérément +et surtout prématurément, ils attendent nos instructions. + +1er CONJURÉ--C'est une idée superbe, il nous faut ces armes à tout +prix! + +CAMEL--Des armes et des munitions: il n'y a que cela qui nous +manque. (_À part._) Encore une découverte! On dirait que la +Providence conspire avec moi. + +CARDINAL--Et le No. 27, est-il de retour à Montréal? + +1er CONJURÉ--Oui. Il est attendu ici de minute en minute. On dit +qu'il a fait des prodiges dans le sud. A sa voix les campagnes se +soulèvent comme un seul homme. Si nous réussissons, nous lui devrons +une bonne part de notre succès . . . + +CARDINAL--Noble coeur! . . . Si tous avaient le même courage et le +même dévouement! (_On frappe à la porte._) Du silence . . . C'est +peut-être lui. + +3ème CONJURÉ--Qui va là? + +DUQUETTE, _en dehors_--Brutus! + +CARDINAL--C'est sa voix; c'est lui. + +3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre? + +DUQUETTE, _en dehors_--Vengeance et liberté! . . . + +3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Duquette entre._) + + +SCÈNE IV + + _Les Précédents, DUQUETTE_ + +DUQUETTE--Frères, la paix soit avec vous, et Dieu sauve le Canada! + +LES CONJURÉS--Dieu sauve le Canada! + +CARDINAL, _conduisant Duquette sur le devant de la scène_--Mon cher +Duquette! . . . (_Il lui serre la main._) + +DUQUETTE--Mon cher Cardinal! . . . + +CARDINAL--Sois prudent; je ne sais ce qui me dit que nous avons un +traître parmi nous. + +DUQUETTE--Un traître! + +CARDINAL--Oui! Il y a longtemps que je l'épie et je suis à prendre +les moyens de le faire se trahir lui-même. J'espère l'y amener. + +DUQUETTE--Et que lui ferons-nous? + +CARDINAL--Nous verrons. En attendant, le plus important c'est de +le découvrir. + +CAMEL, _à part_--Je donnerais beaucoup pour savoir ce qu'ils se +communiquent si mystérieusement. Si ce sont des plans qu'ils +combinent, ils ne comptent guère avec ce qui doit leur arriver +ce soir. + +CARDINAL, _à Duquette_--Et ton voyage? On dit que tu as fait des +merveilles? . . . + +DUQUETTE--J'ai en effet réussi au-delà de mes espérances. Toutes +les populations sont admirablement disposées. Quatre mille hommes +sont déjà enrôlés et prêts à partir aussitôt que nous pourrons +leur fournir des armes; mais nous parlerons de tout cela à tête +reposée . . . J'ai vu ce jeune homme de Napierville dont vous +m'avez parlé . . . + +CARDINAL--Poutré? + +DUQUETTE--Oui. + +CARDINAL--Eh bien? + +DUQUETTE--Vingt-et-un ans, une taille d'athlète, un poignet d'acier +et un coeur de brave . . . Et de plus très populaire auprès des +habitants . . . C'est certainement l'homme qu'il nous faut dans +cet endroit-là. Le Docteur Côte a eu une entrevue avec lui et m'a +chargé de le conduire à Montréal pour prendre vos instructions . . . + +CARDINAL--Il est ici? + +DUQUETTE--Oui, dans l'appartement voisin. Vais-je l'introduire? + +CARDINAL--Immédiatement. (_Duquette sort._) Frères, les nouvelles +qui nous arrivent des campagnes du sud sont encourageantes au plus +haut point. Avant trois semaines, l'étendard de l'indépendance +sera déployé sur plusieurs points à la fois, et dans un mois, je +l'espère, le pays tout entier se lèvera comme un seul homme pour +écraser ses oppresseurs! + +LES CONJURÉS--Bravo! . . . + +CARDINAL--Point d'enthousiasme; c'est ce qui nous a perdus l'année +dernière. Notre cause a été compromise dans une tentative héroïque, +mais trop hâtive et mal calculée. Trop de coeur et pas assez de +tête . . . Non, point d'enthousiasme, mais de la froideur dans vos +calculs et de l'énergie dans l'exécution; surtout du dévouement! Et +ce que nous n'avons pu faire l'année dernière, nous le ferons cette +année. Mais il ne faut pas se le dissimuler, il nous faut du courage +et de la prudence, car c'est le sort de tout un peuple que nous +allons jouer à pile ou face. (_On frappe._) + +3ème CONJURÉ--Qui va là? + +DUQUETTE, _en dehors_--Brutus. + +3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre? + +DUQUETTE, _en dehors_--Vengeance et liberté! . . . + +3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Duquette et Félix +entrent._) + + +SCÈNE V + + _Les Précédents, FÉLIX_ + +DUQUETTE, _à Cardinal_--Le voici! + +CAMEL, _à part_--Félix Poutré! . . . L'être exécrable que l'enfer +s'est plu à jeter sans cesse en travers de ma route! C'est lui +surtout qu'il me faut! + +CARDINAL, _à Félix_--Bien, jeune homme! (_Il lui serre la main._) +Tu sais ce dont il s'agit; es-tu des nôtres? . . . + +FÉLIX--Messieurs, si votre intention est de renverser le +gouvernement et de faire avaler une pilule évacuative à Messieurs +les Anglais, vous pouvez compter sur moi. Il y a longtemps que ça me +démange, et nom d'un nom! j'ai hâte de me frotter un peu avec des +habits rouges. + +CARDINAL--A la bonne heure! Tu seras satisfait avant longtemps. Et +puis, comme tu es un garçon intelligent, plein de bonne volonté, et +surtout, bon patriote, tu peux jouer un grand rôle, si tu veux; mais +il faut que tu sois bien prêt à tout. + +FÉLIX--Soyez tranquille. Ça y est! + +CARDINAL--Songez-y bien. C'est une sérieuse affaire que nous +entreprenons. C'est notre tête que nous jouons tous. Une fois parti +on ne pourra plus reculer. Bon gré mal gré, il faudra aller jusqu'au +bout. + +FÉLIX--Je ne suis pas homme à reculer. Toutes mes réflexions sont +faites. Je veux délivrer mon pays, et je vous suis. Arrive que +pourra! Mais il serait assez bon de prendre nos précautions cette +fois; car, voyez-vous, les coups sont quelquefois pour nous. + +DUQUETTE--C'est justement parce que nous n'avons pas réussi l'année +dernière que l'expérience ne nous fera pas défaut cette fois-ci. +Vous comprenez que nous savons aujourd'hui par où nous avons péché. + +FÉLIX--Je vais vous le dire tout de suite, moi, par où vous avez +péché: c'est d'avoir envoyé les habitants se battre avec des fusils +sans plaque. Comment voulez-vous que nous déplantions un Anglais +avec un fusil qui ne vaut pas mieux qu'un bâton? Vous voulez que +nous nous battions; nous sommes prêts. Ah! vous en trouverez des +hommes, allez. Mais au moins donnez-nous des armes; des fusils, des +canons, de la poudre et des balles. Avec tout cela, je vous promets +qu'il en sautera des Anglais. + +CARDINAL--Vous en aurez des fusils et des balles. Toutes nos mesures +sont prises. Nous avons en ce moment aux États-Unis des affiliés +occupés à nous procurer tout cela. L'important pour le moment, c'est +d'obtenir quelques fonds. Deux choses sont pressantes: 1. organiser +des comités qui deviendront des compagnies plus tard; 2. lever +autant d'argent que possible pour l'achat des armes qu'il nous faut. +Tu es populaire dans les environs de Napierville: veux-tu te dévouer +à l'une et à l'autre? + +FÉLIX--Vous connaissez ma réponse. + +CARDINAL--Bien, je n'attendais rien moins de votre patriotisme, +Félix Poutré. Je vais vous assermenter et vous vous mettrez de suite +à l'oeuvre. (_Il lui présente une Bible, et tous les conjurés se +rangent autour de Félix, et lèvent la main droite._) «Vous jurez à +Dieu et à votre patrie d'employer toute votre énergie et tout votre +courage pour chasser les Anglais du soi du Canada, et de ne vous +arrêter que lorsqu'il n'en restera plus un seul dans ses limites!» +(_Il baise la Bible et se retire._) + +LES CONJURÉS--Ainsi soit-il! + +CARDINAL--Maintenant, Félix Poutré, le pays compte sur vous. Gardez +cet Évangile, et parcourez les campagnes pour administrer le même +serment à tous les patriotes qui voudront se joindre à nous. En même +temps, nous solliciterons quelques souscriptions dont le produit +sera employé à l'achat des armes qu'il nous faut pour réussir. +Voulez-vous faire cela avec zèle et discrétion? + +FÉLIX--Je le promets sur ma tête et sur mon honneur! (_On frappe._) + +3ème CONJURÉ--Qui va là? + +UNE VOIX, _en dehors_--Brutus! + +3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre? + +UNE VOIX, _en dehors_--Vengeance et liberté! + +3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Entrent dix Policemen._) + + +SCÈNE VI + + _Les Précédents, POLICEMEN_ + +LES CONJURÉS--Nous sommes trahis! . . . + +CAMEL, _à part_--Sitôt! Ils ne devaient pourtant pas être ici avant +minuit . . . + +DUQUETTE--Défendons-nous, mort au traître! . . . + +CARDINAL--Du calme, Duquette; laissez-moi faire! + +CAMEL, _se rangeant du côté de la Police_--Policemen, ces hommes +sont tous des conspirateurs; ils ont juré de renverser le +gouvernement de Sa Majesté . . . Je les dénonce . . . (_Montrant +Cardinal._) Voici leur chef; (_montrant Félix_) et voici le dernier +affilié, et peut-être le plus dangereux de tous! + +LES CONJURÉS--Le traître! + +CARDINAL--Le lâche! . . . + +CAMEL, _montrant un papier aux policemen_--Voici mes ordres signés +du Shérif. Policemen, arrêtez-les tous! (_Personne ne bouge._) +Arrêtez-les tous, vous dis-je, et que pas un seul ne puisse +s'échapper! . . . + +CARDINAL, _aux Policemen_--Frères, (_montrant Camel_) emparez-vous +de ce traître! (_À Camel._) Ah! . . . lâche, il y a longtemps que +je soupçonnais la trahison, et que j'avais l'oeil sur toi! Tu +nous tendais des pièges; tu t'y es laissé prendre toi-même comme +un imbécile. Ces hommes que tu as pris pour des mercenaires du +gouvernement dont tu t'es fait le servile valet, sont, des nôtres, +entends-tu? Je leur ai fait prendre ce costume pour te forcer à +lever le masque; et maintenant que nous t'avons vu tel que tu es, +nous savons ce qui nous reste à faire. + +LES CONJURÉS--A mort! à mort! + +CAMEL--Grâce! pour l'amour de Dieu! + +CARDINAL--Grâce? vil espion; si tu en valais la peine, je te ferais +sauter la cervelle comme une vieille calebasse pourrie, je jetterais +ta sale carcasse aux chiens; mais les armes que nous avons prises +pour délivrer la patrie, ne doivent pas commencer par se souiller du +sang d'un renégat. Au cachot, misérable! C'est là que tu attendras +le jugement que ta trahison mérite! (_On jette Camel à la cave._) + +LES CONJURÉS--C'est cela. Bravo! . . . + +CARDINAL--Frères, nous venons d'échapper à un grand danger. +Remercions la Providence qui protège aussi visiblement la cause pour +laquelle nous allons combattre. Allons nous mettre à l'oeuvre. +Voici les plis cachetés dans lesquels chacun de nous trouvera le +mot d'ordre, et les dispositions des chefs. Prenez: soyez prudents, +et Dieu sauve le Canada! + +LES CONJURÉS--Dieu sauve le Canada! + +CARDINAL, _à Duquette_--Toi, viens avec moi! (_À Félix._) Jeune +homme, c'est entendu, adieu! à la vie à la mort! . . . (_Il lui serre +la main._) Sortons.(_Tous sortent._) + +FÉLIX, _resté en arrière_--Dans six mois le Canada sera libre! . . . +Et moi? . . . Dans six mois, Félix Poutré sera mort, ou sera un grand +homme! . . . (_Il sort._) + + + +Acte II + +_Le décor représente une grande route._ + + +SCÈNE I + +_On entend un chant, d'abord lointain, se rapprochant, et une +troupe de patriotes entrant à droite en chantant:_ + +UN PATRIOTE--En avant! marchons, etc. + O Canadiens, peuple de braves, + La liberté rouvre ses bras! + On nous disait: soyez esclaves! + Nous avons dit: soyons soldats! + Aux armes donc, fiers patriotes, + Ressuscitons les sans-culottes! + En avant, marchons! + Contre les canons! + A travers le fer, le feu, les bataillons! + Marchons, sus aux despotes! (_bis_) + +LE CHOEUR--En avant, marchons, etc. + +(_Ils sortent à gauche en chantant._) + +TOINON, _resté seul en arrière, avec un grand sabre tout rouillé +sur l'épaule_--Ste Anne du Nord! Si je pouvais donc déplanter un +Anglais! . . . Ça serait-y rien qu'un petit. . . . avec le sabre +à mon grand-père. . . . Il m'semble que ça y ferait plaisir, +c'pauv'défunt! . . . (_Il chante sur un ton faux, en s'en allant à +gauche:_) En avant, marchant, à travers les champs . . . (_Cardinal +et Duquette entrent à droite._) + +CARDINAL, _à Toinon_--Garçon, attends! j'ai à te parler. (_À +Duquette._) Tu dis qu'il s'est échappé? + +DUQUETTE--Oui, et voici même la lettre que je viens de recevoir à ce +sujet. (_Il lit:_) «Camel s'est évadé hier de la prison où nous +l'avions enfermé. Il est probable qu'à l'heure où je t'écris, nous +sommes tous dénoncés. On m'assure que le traître est parti ce matin +pour Napierville. Ainsi, soyez sur vos gardes. (_Signé._) No. 12». +Vous voyez que nous n'avons pas de temps à perdre. + +CARDINAL--Ainsi, il est probable qu'il est en ce moment à +Napierville? + +DUQUETTE--C'est très possible. + +CARDINAL, _à Toinon_--Garçon, tu connais le capitaine Félix Poutré? + +TOINON--Ben, j'penserais! + +CARDINAL--Eh bien, cours à Napierville, et dis-lui que Camel s'est +échappé de prison; qu'il doit être en ce moment dans les environs, +et qu'il faut s'emparer de sa personne à tout prix. Va, tu seras +récompensé. + +TOINON--Ça y est. (_Il sort à gauche en chantant:_) «Quand le feu fut +dans les sapins, ça flambait ben, ça flambait ben.» + +(_Cardinal et Duquette le suivent._) + +_Le décor s'ouvre et représente l'intérieur de la demeure de +Poutré._ + + +SCÈNE II + + _POUTRÉ, père et CAMEL (assis)_ + +CAMEL--Je vous dis qu'il y était, moi; et que cette maudite +canaille a eu l'audace d'attaquer Odeltown où les volontaires +étaient retranchés; qu'ils se sont battus deux jours de suite +comme des enragés brigands qu'ils sont. Mais heureusement qu'ils +n'avaient pour armes que quelques mauvais fusils et les troupes +du gouvernement n'ont pas eu de peine à repousser leurs attaques. + +POUTRÉ--Pauvres enfants! + +CAMEL--Oui, pauvres enfants, des rebelles qui, s'ils tombent +maintenant sous la patte du gouvernement, recevront certainement ce +qu'ils méritent. Entendez-vous, père Poutré, et votre Félix pourrait +bien, avant longtemps, essayer une cravate plus dure qu'une cravate +de marié! + +POUTRÉ--Mais qui donc t'a dit, Camel, que Félix faisait partie des +révoltés? Il est parti depuis huit jours pour Lacolle où il règle +quelques-unes de mes affaires. + +CAMEL--Allons donc! allons donc! on sait ce qu'on sait. Et si je +vous disais, moi, que depuis un mois, il parcourt les campagnes pour +assermenté les rebelles et lever des fonds pour acheter des armes +aux États-Unis; qu'il a ainsi réuni plus de trois mille vauriens, +organisé des comités, tenu des conciliabules, et soulevé partout +cette canaille qui est heureusement dispersée maintenant! + +POUTRÉ, _à part_--Le traître sait tout! (_Haut._) C'est impossible +ce que tu me dis là, Camel. Mon fils ne s'est jamais mêlé des +troubles du pays. Mais, toi, tu fais un bien vil métier en décriant +ainsi tes compatriotes, et en essayant de faire planer de tels +soupçons sur la conduite de tes frères. + +CAMEL--Ta, ta, ta, ta! Tenez, le père, si j'écoutais mon devoir, je +devrais les dénoncer plutôt, et le gouvernement m'en saurait gré . . . +(_On entend chanter ait loin:_ En avant! marchons, _etc._) Tenez, +les voilà qui s'approchent! (_On entend des coups de fusil._) +Entendez-vous la fusillade? C'est sans doute quelque escarmouche +de l'autre côté de la rivière. Il est maintenant 7 heures du soir: +bien! avant qu'il soit 11 heures, les troupes se seront emparées +du village. Au revoir, père Poutré. (_Il sort._) + + +SCÈNE III + + _POUTRÉ seul_ + +POUTRÉ--Oui, au revoir, maudit pourvoyeur de potence! S'il fallait +chasser quelqu'un du pays, c'est bien par les chenapans de ton +espèce qu'il faudrait commencer! . . . Mais Félix ne revient toujours +pas . . . pourvu qu'il ne lui soit point arrivé malheur . . . qui sait +où sa mauvaise tête peut le conduire . . . O mon Dieu, conservez-moi +le seul espoir de mes cheveux blancs! (_Une troupe de patriotes +entrent en chantant. Ils sont armés de fourches, de faux et de +mauvais fusils._) + + +SCÈNE IV + + _POUTRÉ, BÉCHARD, TOINON, PATRIOTES_ + +POUTRÉ--Eh bien, Béchard? (_Il lui serre la main._) + +BÉCHARD--Et Félix? + +POUTRÉ--Il n'est pas avec vous? Mon Dieu, qu'est-il devenu? + +BÉCHARD--Il est parti hier soir, pour aller à Lacolle chercher des +fusils. Nous le cherchons; le temps presse; il devrait être de +retour depuis longtemps. + +(_Félix entre._) + + +SCÈNE V + + _Les Précédents, FÉLIX_ + +BÉCHARD--Le voilà! Eh bien, Félix, voilà quatre heures que nous +te cherchons . . . + +FÉLIX, _découragé_--Pas d'armes, pas d'armes! Pas un seul fusil, +pas une seule cartouche! . . . Mes amis, nous sommes trompés, +vendus, sacrifiés! . . . Où est-il, que je lui dise en face ce +qu'il est? . . . + +POUTRÉ--Qui donc? + +FÉLIX--Le Dr Côté. + +BÉCHARD--On dit qu'il est parti. + +FÉLIX--Malédiction! J'arrive trop tard. Comment donc ai-je pu faire +pour ne me douter de rien? Oh! Le lâche! Il a mis sa peau en sûreté. +Ah! si j'eusse été ici, misérable, tu ne serais pas parti comme +cela . . . + +BÉCHARD--Personne ne l'a vu partir . . . On croit qu'il a dû filer +avant le jour. + +FÉLIX--Le traître! . . . Écoutez-moi, mes amis, vous allez voir +jusqu'où peut aller la perfidie d'un homme! Vous savez toutes les +belles promesses qu'il nous avait faites . . . Et bien, après les +désastreuses attaques d'Odeltown, je me rendis à Napierville, chez +le Dr Côté, et je lui demandai si nous n'allions pas avoir des +armes, et surtout des canons. Que voulez que nous fassions, lui +dis-je, sans canons, pour déloger cette canaille-là de l'église? Si +nous n'avons point d'armes, mieux vaut tout abandonner. Quoiqu'il +essayât de faire bonne contenance, je vis bien à son expression +embarrassée qu'il n'avait rien de bon à m'apprendre, et je commençai +à me douter que quelque chose n'allait pas bien. Il me dit de +revenir le voir. Je le quittai assez mécontent. Nous allons voir +ce que l'on va me dire ce soir, me dis-je à moi-même. Il est temps +que ces bêtises-là finissent. Aller se battre contre des murs avec +des balles! . . . Mais nous y serions encore dans deux mois . . . +Si nous eussions eu seulement deux petits canons! . . . Et dire que +depuis plus d'un mois on nous promet des armes! Et qu'au moment +critique, il ne nous est pas encore venu un seul fusil . . . Et tous +ces braves gens confiants et honnêtes qui sont là compromis par des +fous ou des traîtres! Car enfin, il n'y a pas de milieu; s'ils ont +des armes et qu'ils ne les fassent pas venir de suite, c'est une +imbécillité qui n'a pas de nom! S'ils n'en ont pas, ces hommes-là +nous trahissent donc depuis un mois! S'ils nous avaient dit de suite: +nous ne pouvons pas nous procurer des armes, est-ce que vous auriez +songé à sortir de chez vous? + +PATRIOTES--Non! non! + +TOINON--Ben, j'pense pas! + +FÉLIX--Est-ce que nous sommes obligés de nous faire massacrer par +les soldats anglais, ou à danser au bout de la corde d'une potence +pour leur bon plaisir? + +PATRIOTES--Non! non! + +TOINON--Ben, j'pense pas! . . . + +FÉLIX--Mais voici la fin de l'histoire. Le soir arrivé, je retournai +chez le Dr Côté. Je ne pus obtenir l'entrée. Vers neuf heures, je +me présentai de nouveau; même résultat. Cela devenait inexplicable. +Enfin à 11 heures je partis, déterminé à passer sur le corps de dix +hommes, s'il le fallait, pour arriver à lui. A ma grande surprise, +j'entrai sans difficulté. «Mon cher Poutré, _me_ dit Côté, nous +venons d'être informés que les troupes du gouvernement se dirigent +sur Napierville. Elles sont encore à huit lieues d'ici, et +conséquemment elles arriveront demain sur les dix ou onze heures du +soir. Ils sont à peu près cinq mille hommes. Pars immédiatement et +rends-toi à Lacolle où les armes doivent être arrivées maintenant. +Il doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. » Je me donnai +bien de garde d'attendre le jour. Je partis aussitôt pour Lacolle, +déterminé à remplir ma mission avec honneur. Chemin faisant, je +m'arrêtai à chaque maison où j'espérais trouver un cheval et une +voiture, et j'ordonnai plutôt que je ne demandai aux gens de me +suivre pour aller chercher ces armes si longtemps attendues. Arrivé +à Lacolle, je m'informai . . . Rien! . . . La réalité me frappa comme +un coup de foudre . . . Rien! . . . Nous étions trahis et Côté avait +voulu m'éloigner pour s'évader plus facilement; c'était toujours deux +yeux de moins. + +BÉCHARD--Oh! le scélérat. + +POUTRÉ--Et maintenant qu'allez-vous faire, Félix? Les troupes +anglaises qui sont à quelques milles du village . . . + +FÉLIX--Que voulez-vous que nous fassions contre cinq mille hommes de +troupes régulières avec quatre cents mauvais fusils? Ah! si nous en +avions une fois des fusils! de vrais fusils de soldat! . . . Mais à +quoi sert? Tout est fini, c'est bien clair! . . . Séparons-nous, mes +pauvres amis, et que chacun prenne son côté! Malheur à qui sera +pris! . . . + +BÉCHARD--Tu as raison, Félix; tout est fini pour cette fois. L'heure +de la délivrance n'est pas encore sonnée. Séparons-nous. Adieu! +adieu, mes braves amis. + +(_Les patriotes serrent la main de Félix et sortent._) + +FÉLIX--Adieu, braves compagnons! Puisse la trahison ne pas avoir de +suites plus funestes! . . . + +TOINON, _à part_--Et puis dire que j'ai pas pu tant seulement en +déplanter la moquié d'un! . . . + + +SCÈNE VI + + _POUTRÉ, FÉLIX, TOINON_ + +FÉLIX--Allons, c'est donc fini . . . Oh! les traîtres! . . . (_Il +contemple son fusil et l'embrasse._) Adieu, mon fidèle mousquet, +voilà la deuxième fois que tu combats pour la patrie, puisses-tu, +dans des jours meilleurs, être encore le défenseur de la bonne +cause! (_Il suspend son fusil au mur et s'assied tristement._) + +TOINON--Mon capitaine . . . sans vous interboliser . . . (_Silence._) +Sus vot' respect, mon capitaine. + +FÉLIX--Que me veux-tu? + +TOINON--C'est que, mon capitaine . . . + +FÉLIX--Au diable avec ton capitaine, qu'est-ce que me veux? + +TOINON, _à part_--Ste Anne du Nord! comme il suspèque . . . (_Haut._) +C'est que j'aurais comme manière d'une petite commission . . . + +FÉLIX--Qu'est-ce que c'est? + +TOINON--Ben, c'est un grand monsieur . . . C'est ben . . . queuque +général, j'crois ben . . . qui m'a dit comme ça: Connais-tu Félix +Poutré?--Le p'tit Félisque au père Poutré, que j'dis, ben +j'penserais . . .--Tu vas aller le trouver, qui me dit.--Ça y est, +que j'dis . . . je vous ai t'y dit qu'y en avait deux générals? . . . + +FÉLIX--Vas-tu achever une fois? et ta commission? + +TOINON--Ben v'là; tu diras à monsieur Félisque, qui me dit, que +Camel . . . + +FÉLIX--Hein? + +TOINON--Que Camel est par icitte, épi qui faut que vous mettiez +la main dessus, passeque . . . + +FÉLIX--Camel, sorti de prison! . . . C'est impossible. + +POUTRÉ--C'est tellement possible qu'il était ici il n'y a pas +une heure. + +FÉLIX--Je suis perdu! . . . Cet homme-là a juré ma perte. Je suis déjà +dénoncé, j'en suis sûr. + +TOINON--Bon, à c't'heure que ma commission est faite, j'vas aller +serrer le sabre à mon grand-père. A la revue! (_S'en allant._) +C'Camel-là, allez, c'est p'tit! (_Il sort._) + + +SCÈNE VII + + _POUTRÉ, FÉLIX_ + +POUTRÉ--Eh bien, mon cher Félix, qu'est-ce-que tu vas faire +maintenant? + +FÉLIX--Je ne serais pas fâché de le savoir moi-même. + +POUTRÉ--Mais, tu vas être arrêté! + +FÉLIX--C'est bien probable, mais qu'y faire? Peut-être me +relâcheront-ils; je n'ai pas tant fait après tout. + +POUTRÉ--Tu n'as pas tant fait? Mais y penses-tu, Félix? Tu as +organisé des compagnies; tu as couru les villages pendant plus d'un +mois pour assermenté les patriotes; tu as fait des discours contre +le gouvernement; enfin tu étais capitaine d'une compagnie; tu t'es +battu à Odeltown, et tu dis que tu n'as pas tant fait! Ah bien! moi, +je te dis que tu en as fait bien plus qu'il n'en faut pour . . . +pauvre enfant (_il essaie une larme_) . . . Allons, pas de faiblesse; +plus le malheur est grand, et plus il faut se montrer courageux. +Tiens Félix, la seule chose qui te reste à faire . . . + + +SCÈNE VIII + + _POUTRÉ, FÉLIX, BÉCHARD_ + +BÉCHARD, _entrant_--Que Félix ne reste pas ici une minute de plus, +on le cherche. (_Apercevant Félix._) Va-t-en! va-t-en tout de suite, +le colonel X... vient de donner l'ordre de t'arrêter. . . . + +POUTRÉ--Mon Dieu, que faire? + +FÉLIX--Comment diable a-t-il pu savoir que j'étais arrivé? + +BÉCHARD--S'il ne t'a pas vu, il s'en doute. Dans tous les cas, en +passant devant ce vieux misérable de colonel, j'ai aperçu Camel qui +sortait de la maison . . . + +POUTRÉ--Oh! le gredin! . . . + +BÉCHARD--«Prends garde de les manquer, lui dit le bonhomme; je l'ai +vu comme je vous vois là, avec sa tuque rouge et ses gros yeux de +chat-huant. Craignez pas, lui répondit Camel, je vais commencer par +Félix; il y a longtemps que je le guette, celui-là!--Eh bien, va +chez son père tout de suite, reprit le colonel, car s'il est revenu, +le vieux a le nez long; il ne le gardera pas longtemps.» J'ai bien +vu qu'il s'agissait de nous autres, et j'ai piqué droit à travers +les champs pour venir les avertir. Si les chemins eussent été beaux, +je ne serais peut-être pas arrivé à temps; mais avec ces chemins-là, +ils doivent bien être encore à un bon quart de lieue d'ici. C'est +donc à peu près dix minutes qui te restent. Ainsi profites-en; tu +vois que ça presse. + +FÉLIX--Merci, merci, mon cher Béchard. (_Il lui serre la main._) + +BÉCHARD--C'est bon, c'est bon! allons, bonsoir. Je suis pressé, car +je ne suis pas trop clair de mon affaire, moi non plus. Mais tenez, +père Poutré, j'ai tant couru qu'une petite goutte ne me ferait pas +de mal! + +POUTRÉ, _apportant une bouteille et des verres_--Ah! pauvre enfant, +et moi qui suis assez sot pour n'y pas penser! . . . Tiens, vois-tu, +il y a des moments où l'on n'a pas la tête à soi. Je te prie bien +de m'excuser, car ce n'est pas mon habitude de mal recevoir mes +meilleurs amis. + +BÉCHARD--Ce n'est rien, père Poutré; je sais bien que ce n'est pas +le coeur qui manque. + +(_Ils trinquent._) + +POUTRÉ--A des jours meilleurs! + +(_Ensemble:_) +FÉLIX--A la liberté du Canada! +BÉCHARD--A la liberté du Canada! + +BÉCHARD--Là-dessus, braves amis, adieu, et bonne chance! +(_Il sort._) + +FÉLIX--Adieu! + + +SCÈNE IX + + _POUTRÉ, FÉLIX_ + +POUTRÉ--Tu vois, Félix, tu n'as pas un moment à perdre! Sauve-toi, +sauve-toi dans le bois des _Trente_. J'irai t'y porter à manger +demain. (_On frappe._) Sauve-toi au nom du ciel. (_Félix sort à +gauche._) Qui est là? + + +SCÈNE X + + _POUTRÉ, CAMEL_ + +CAMEL, _en dehors_--Ouvrez donc, père Poutré; vous n'avez pas peur +des amis? + +POUTRÉ--C'est lui, le gueux! (_Il ouvre._) + +CAMEL, _entrant_--Je vous souhaite le bonsoir, père Poutré. + +POUTRÉ--Bonsoir. + +CAMEL, _s'asseyant_--Les temps sont durs, père Poutré. + +POUTRÉ--Oui, les pauvres Canadiens vont avoir de bien mauvais quarts +d'heure à passer. + +CAMEL--C'est bien leur faute; quel besoin avaient-ils de se révolter +contre le gouvernement? Y a-t-il un pays au monde aussi heureux que +celui-ci? + +POUTRÉ--Hum! + +CAMEL--Comment? vous ne trouvez pas les Canadiens heureux de vivre +sous notre bon gouvernement? + +POUTRÉ--Écoute, Camel, ne viens pas me tendre des pièges. Je n'ai +pas bougé, moi; j'ai cru que c'était une folie. Je l'ai même dit aux +jeunes gens. Malheureusement une fois le branle donné, rien n'a pu +arrêter ces pauvres enfants-là . . . Mais de ce que je dis qu'ils ont +fait une folie, à dire que le gouvernement est bon, il y a loin. Je +ne dis pas, entendons-nous, qu'il soit mauvais; je ne dis rien du +tout. Mais avant de dire qu'il est bon, tu sais . . . mon cher . . . +Au reste il ne s'agit pas de tout cela; qu'y a-t-il à ton service? + +CAMEL--Ainsi, père Poutré, vous pensez que le gouvernement n'est pas +bon? + +POUTRÉ--Je ne dis rien, Camel, entends-tu? Laissons cela là et +dis-moi ce que tu viens faire ici! + +CAMEL--Oh! histoire de jaser en passant . . . mais vous vous couchez +bien tard, père Poutré; attendez-vous quelqu'un? + +POUTRÉ--Tu es bien curieux. J'ai bien le droit, je suppose, de me +coucher quand bon me semble. + +CAMEL--Allons donc, ne vous fâchez pas, père Poutré. Avez-vous +entendu parler des événements? On dit qu'il y a eu bien des +malheurs . . . bien des prisonniers faits surtout? + +POUTRÉ--Tant pis! + +CAMEL--Pourquoi donc tant pis? Est-ce que ces vauriens-là ne +méritent pas d'être punis pour leur conduite? + +POUTRÉ--Si l'on punissait les vrais coupables, ce ne serait +peut-être pas ceux-là qui en souffriraient. + +CAMEL--Et qui sont-ils les vrais coupables? + +POUTRÉ--Les vrais coupables, écoute, Camel, ce sont ceux qui vendent +et livrent leurs compatriotes pour de l'argent, des honneurs ou des +titres. + +CAMEL--Allons, allons, père Poutré, vous vous fâchez toujours. Je +n'ai certes pas l'intention de rien dire contre un homme comme vous; +mais quand il s'agit de la canaille qui est allée se battre à +Odeltown, il me semble qu'on peut bien lui dire son fait. + +POUTRÉ--Est-il juste de traiter de canaille de braves gens qui n'ont +été que trompés? Je trouve cent fois plus méprisables . . . + +CAMEL--Ceux qui les punissent? + +POUTRÉ--Non, mais ceux qui les cherchent! Tiens, Camel, quand on +voit à pareille heure un oiseau de mauvais augure comme toi, on sait +ce que cela veut dire. Si tu t'imagines me tromper par tes mines +innocentes, tu te trompes toi-même. Je connais ta scélératesse et +ta lâcheté, va, je sais que tu t'es faufilé parmi les patriotes pour +essayer ensuite de les livrer au gouvernement; je sais que, frustré +dans tes desseins, tu n'as dû la vie qu'à la clémence de ceux que tu +voulais perdre; je sais que tu es parvenu d'une façon ou d'une autre +à t'échapper du cachot où l'on t'avait enfermé; enfin, je sais ce +que tu viens faire ici aussi bien que toi-même, et ce qu'il y a de +plus vil de ta part, c'est que tu cherches à me tirer les vers du +nez, comme on dit, pour en emmener deux au lieu d'un. Ah! je te +connais depuis longtemps, Camel. + +CAMEL--Eh bien, faisons notre devoir alors. Je voudrais bien que ce +fût un autre que moi, père Poutré; mais comme on m'a choisi, il faut +bien que j'agisse. + +POUTRÉ--Pas d'hypocrisie, Camel! tu viens chercher Félix, eh bien tu +t'en iras comme tu es venu; il n'y est pas. Et si tu as peur en t'en +retournant, ce qui arrive souvent, chante: «J'ai trouvé le nid du +lièvre!» cela t'empêchera peut-être de frissonner au bruit des +feuilles. Ainsi Félix n'y est pas; va-t'en, car je ne suis pas +disposé à endurer plus longtemps dans ma maison ta face de valet +volontaire! + +CAMEL--Père Poutré, voici un _warrant_ qu'il faut que j'exécute; et +comme M. le colonel est informé que Félix est ici, car il le sait, +c'est inutile de le nier, je vais le chercher, père Poutré, car il +faut que je le trouve. + +POUTRÉ--Eh bien, cherche. + +CAMEL--Vous feriez mieux de vous épargner ce désagrément, père +Poutré. A quoi bon nier? Félix est arrivé ici aujourd'hui; on sait +ce qui se passe, allez. Pourquoi me forcer de faire le tour de la +maison et de fureter dans tous les coins? + +POUTRÉ, _prenant violemment le bras de Camel_--Plus de paroles, +entends-tu? Quant je te dis que Félix n'y est pas, c'est que c'est +vrai. Si tu ne me crois pas, cherche! Fais ton infâme métier, et +va-t'en vite. Tu finiras bien par aller où tu envoies les autres, +serpent! Ainsi fais ta recherche! + +CAMEL--Tenez, père Poutré, je sais que vous êtes incapable de +mentir . . . + +POUTRÉ--Pas de flagorneries! Tu as un devoir à remplir, dis-tu? eh, +bien, fais-le vite et délivre-moi de ta présence. + +CAMEL--Si vous me donnez seulement votre parole d'honneur que Félix +n'est pas ici, père Poutré, je m'en contenterai. + +POUTRÉ--Cherche, lâche! laisse-moi tranquille avec tes avances! +Je ne veux pas te devoir même l'apparence d'un ménagement! + +CAMEL--Je vois bien que toutes les recherches sont inutiles; le +luron est bien caché. Dans ce cas, père Poutré, je n'ai qu'un mot à +dire. Votre fils est un traître au gouvernement; il est caché; vous +devez savoir où il est, et puisque vous ne voulez pas le livrer j'ai +le droit de vous arrêter comme suspect et comme recelant un rebelle. +(_Il tire un sifflet de sa poche, siffle et plusieurs soldats +entrent._) Soldats, arrêtez cet homme! (_Les soldats obéissent._) +Maintenant, père Poutré, vous allez être conduit en prison, et vous +ne serez libre que lorsque vous aurez déclaré où est votre fils, et +si vous ne le faites pas, vos propriétés seront brûlées, et la loi +se chargera de votre personne! + +POUTRÉ--Infâme! + +CAMEL--Silence! . . . Père Poutré, encore une fois, je vous somme au +nom de la loi de déclarer où est votre fils, Félix Poutré. + + +SCÈNE XI + + _Les Précédents, FÉLIX_ + +FÉLIX, _entrant_--Le voici! + +POUTRÉ--Mon Dieu! + +CAMEL--Soldats, laissez cet homme, et arrêtez celui-ci. Félix +Poutré, au nom de la couronne d'Angleterre, je vous fais prisonnier. +Vous allez tenir compagnie à votre ami Béchard que je viens de faire +arrêter. + +FÉLIX--Pauvre Béchard, victime de son dévouement! + +POUTRÉ--Qu'as-tu fait, mon pauvre Félix? + +FÉLIX--Mon pauvre père, c'est moi qui ai tiré le vin, c'est à moi de +le boire'. Je ne consentirai jamais à ce que vous souffriez pour ce +dont je suis seul coupable. Pardonnez-moi tous les chagrins que je +vous cause, et laissons l'avenir entre les mains de la Providence; +elle veillera sur les jours de votre enfant. (_Il l'embrasse._) +Adieu! (_Le rideau tombe._) + + + +Acte III + +_Le décor représente l'intérieur de la prison de Montréal. +De nombreux prisonniers, parmi lesquels sont Cardinal et Duquette, +Béchard et Toinon, assis tristement. Félix est seul assis sur le +devant de la scène._ + + +SCÈNE I + +FÉLIX--Eh bien, mon pauvre Félix, que te reste-t-il de tous tes +beaux rêves de gloire et de grandeur? . . . Quelle dérision que la +destinée! . . . Il y a quelques semaines, je me voyais bientôt bel +officier armé de pied en cap, pistolets à la ceinture, épée au côté +ou bonne carabine au poing, marchant triomphant à la tête d'un +régiment de patriotes victorieux. Il me semblait déjà entendre les +acclamations du peuple sur mon passage: on me nommait déjà l'un des +libérateurs de mon pays! . . . Et maintenant, pauvre insensé, je n'ai +pour tout horizon que les murs d'un cachot où sont entassés mes +compagnons d'infortune, et le temps n'est peut-être pas éloigné où +je n'aurai d'autre piédestal que . . . la trappe d'une potence . . . +Perdu! . . . pendu! . . . voilà un mot qui n'est pas agréable; le fait +est que j'aimerais presque autant avoir toute ma vie la mine d'un +Anglais, que celle quej'aurai cejour-là! . . . pendu! . . . Et puis +dire que c'est aujourd'hui le tour de ce pauvre Cardinal et de ce +pauvre Duquette! Pauvres garçons! oui, c'est aujourd'hui, vendredi 21 +décembre! Le gouvernement a choisi ses premières victimes . . . mon +tour ne peut tarder d'arriver C'était affreux, hier, de voir ce +malheureux Cardinal embrasser sa femme et ses quatre enfants, et +Duquette sa pauvre vieille mère . . . C'était déchirant! A peine 21 +ans, être le seul soutien d'une vieille mère, et mourir . . . pendu! +oh! (_Il cache sa tête dans ses mains._) On ouvre! . . . Voilà le +shérif . . . oui, c'est à peu près l'heure . . . O mon Dieu . . . le +bourreau! . . . la sentence! . . . + +(_Le shérif entre suivi de plusieurs soldats, du geôlier et du +bourreau. Le shérif a l'épée au côté; le bourreau est enveloppé de +noir et masqué._) + + +SCÈNE II + + _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, le BOURREAU, SOLDATS_ + +SHÉRIF--Joseph Narcisse Cardinal, approchez et levez la main droite. +(_Il lit:_) «Ayant été bien et dûment convaincu du crime de haute +trahison, avec intention avouée de renverser le gouvernement de +notre Souveraine Dame la Reine, au Canada, vous, Joseph Narcisse +Cardinal, avez été condamné par la Cour Martiale légalement établie +en cette province à être conduit, vendredi, le vingt et unième jour +de décembre en l'année de Notre Seigneur mil huit cent trente-huit, +au lieu ordinaire des exécutions, pour là être pendu par le cou +jusqu'à ce que la mort s'en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme!» + +CARDINAL--Vive la liberté! + +SHÉRIF--Joseph Duquette, à votre tour, approchez et levez la main +droite. (_Il lit:_) «Ayant été bien et dûment convaincu du crime de +haute trahison, avec intention avouée de renverser le gouvernement +de notre Souveraine Dame la Reine, au Canada, vous, Joseph Duquette, +avez été condamné par la Cour Martiale légalement établie en cette +province, à être conduit, vendredi, le vingt et unième jour de +décembre en l'année de Notre Seigneur mil huit cent trente-huit, au +lieu ordinaire des exécutions, pour là être pendu par le cou jusqu'à +ce que la mort s'en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme.» + +DUQUETTE--Vive la liberté! + +SHÉRIF--Joseph Narcisse Cardinal et Joseph Duquette, préparez-vous +tous deux à me suivre. (_Cardinal et Duquette pressent la main aux +prisonniers dont quelques-uns pleurent._) + +CARDINAL--Ne pleurez pas, mes amis, nous nous reverrons dans un +monde meilleur, et en attendant, nous allons montrer à nos ennemis +comment savent mourir des chrétiens et des Canadiens-français . . . +Adieu! . . . priez pour nous et vive le Canada! (_Cardinal et Duquette +s'embrassent et se mettent à genoux._) + +DUQUETTE--J'offre mon âme à Dieu et ma vie à mon pays! + +CARDINAL--Ainsi soit-il! + +SHÉRIF--Êtes-vous prêts? + +(_Ensemble:_) +CARDINAL--Oui. +DUQUETTE--Oui. + +_Ils sortent escortés par les soldats et suivis par le bourreau, le +geôlier et le shérif. Tous les prisonniers restent silencieux; on +entend le brouhaha de la populace._ + +CARDINAL, _en dehors_--Canadiens, nous allons mourir pour la patrie; +puisse notre sang devenir une semence féconde pour l'avenir du +Canada! + +DUQUETTE, _en dehors et chantant_--«Allons, enfants de la patrie, le +jour de gloire est arrivé . . .» (_On entend un grand bruit suivi des +cris de la multitude en dehors. Les prisonniers se mettent à genoux +et chantent à la sourdine:_) + +LES PRISONNIERS--«Mourir pour la patrie, + C'est le sort le plus beau, + Le plus digne d'envie. (bis)» + +(_Les prisonniers se lèvent._) + + +SCÈNE III + + _FÉLIX, LES PRISONNIERS_ + +FÉLIX--Mes amis, écoutez-moi. Deux hommes irréprochables dans leur +conduite personnelle, deux hommes universellement estimés et +respectés, deux nobles coeurs et deux citoyens dévoués, viennent +de subir le sort des criminels, des voleurs et des meurtriers! +L'affreuse réalité est là devant nos yeux. Deux de nos amis viennent +de nous être arrachés et d'être immolés à des vengeances de partis; +car il y a si peu de crime réel dans une tentative d'insurrection, +que le gouvernement anglais sera tôt ou tard obligé, par la seule +force des choses et de l'opinion, de réhabiliter ces victimes d'une +atrocité presque sans exemple dans l'histoire des peuples. Des +exécutions pour cause purement politique sont, à tous les points +de vue possibles, de vrais meurtres, des cruautés inexcusables, et +le gouvernement qui les ordonne reste plus déshonoré que ceux qui +les subissent. Mais consolez-vous, amis; Cardinal et Duquette, et +tous ceux qui auront l'honneur de les suivre sur l'échafaud seront +toujours regardés comme des martyrs de la liberté, puisqu'ils auront +sacrifié leur vie à leurs convictions, et le procureur général +Ogden, le véritable auteur de ces meurtres, restera pour toujours +cloué au pilori de l'histoire, et voué à l'exécration publique, +pendant que des monuments de sympathie et de deuil national +s'élèveront à ses victimes! Mes amis, admirons le courage stoïque +avec lequel nos compagnons viennent de subir le dernier supplice, +et, s'il nous faut nous soumettre au même sort, jurons tous de +mourir comme eux le front haut et le mot de liberté sur les lèvres. + +LES PRISONNIERS, _levant la main_--Nous le jurons! + +(_Entrent le Shérif et le Geôlier._) + + +SCÈNE IV + + _Les Précédents, SHÉRIF, GEÔLIER_ + +SHÉRIF, _entrant_--Charles Hindeland, vous êtes appelé à subir un +interrogatoire; suivez-moi. + +(_Le Shérif et le Geôlier sortent avec l'un des prisonniers._) + + +SCÈNE V + + _Les Précédents, excepté le SHÉRIF et le GEÔLIER_ + +FÉLIX, _conduisant Béchard sur le devant de la scène_--Je crois, +mon cher Béchard, que nous avons grande chance de suivre bientôt +le pauvre Cardinal et le pauvre Duquette, et de partir par la +même route. + +BÉCHARD--Le fait est que je suis loin d'être rassuré. Le +gouvernement se venge, et puisqu'il y est décidé, il fera sa +vengeance la plus complète possible. Je ne sais vraiment quel +démon inspire ceux qui conduisent les affaires du pays. + +FÉLIX--Vous avez toujours plus de chance de vous en tirer que moi; +vous n'avez pas assermenté trois mille hommes, et surtout vous +n'avez pas chanté vos affaires à tout le monde. + +BÉCHARD--C'est vrai; mais on peut avoir de moindres chances que toi, +et en avoir encore d'assez belles. + +FÉLIX--Vous croyez donc que c'est une affaire faite pour moi? + +BÉCHARD--Pour te dire la vérité, mon cher, nous sommes des hommes +et nous pouvons la supporter, je suis même surpris qu'on n'ait pas +commencé par toi. + +FÉLIX--Diable! vous n'êtes pas consolant. + +BÉCHARD--Que veux-tu? Nous aurions tort de nous faire illusion; +il vaut mieux se tenir prêt à tout. + +FÉLIX--C'est vrai, et après ce qui vient d'arriver, je ne puis +m'empêcher de me dire que c'en est fait de moi. Cela fait penser . . . +Tenez, il y aurait pourtant un moyen . . . + +BÉCHARD--Un moyen de quoi faire? + +FÉLIX--Un moyen de sauver ma tête. + +BÉCHARD--Hum! . . . j'en doute fort. + +FÉLIX--Dites-moi, Béchard, vous êtes plus âgé que moi; avez-vous +jamais entendu dire qu'un fou ait été pendu? + +BÉCHARD--Non! mais nous ne sommes pas des fous, je suppose. + +FÉLIX--Non, sans doute, mais on peut faire semblant d'être fou. + +BÉCHARD--Bon, perds-tu la tête? faire semblant d'être fou, mon cher; +je t'assure que c'est plus difficile que tu penses. Une demi-heure, +passe encore; mais des semaines; mais des mois peut-être . . . C'est +une chose impossible, vois-tu; il n'y a pas un homme qui puisse +soutenir un pareil rôle. Comment s'empêcher de rire seulement? car +c'est précisément là la caractéristique de la folie, et le plus +difficile. Si tu manques seulement une fois au sérieux de ta figure, +tu es perdu. Ah! tu peux y renoncer, va, ton idée même est une +folie. + +FÉLIX--Écoutez-moi, Béchard, vous êtes le seul homme au monde à +qui j'oserais faire une pareille confidence; je vais vous dire ce +qui m'a mis ce projet en tête. Pendant la nuit qui précéda mon +arrestation, je rêvais que j'étais pris et qu'on faisait mon procès. +On allait me condamner à mort, quand un juge, plus humain que les +autres, s'avisa de dire que j'étais fou, et qu'il fallait me mettre +en liberté. Depuis ce temps-là, cette idée ne m'est pas sortie +de la tête; et, mon cher, je ferai le fou, je ferai toutes les +extravagances imaginables et je ne rirai pas! Pour tenir mon +sérieux, j'en suis sûr. Voyons, Béchard, tel que vous me voyez là, +je suis, en bon _canayen_, ce qu'on appelle _flambé_. Si l'on +découvre ma fraude, je ne serai pas pendu deux fois pour cela. +Ainsi je risque. Il y a longtemps que j'y pense, et je crois qu'un +bon moyen de sauver sa vie vaut la peine d'être essayé. + +BÉCHARD--Je ne veux certes pas t'en empêcher, mais je n'ai pas +confiance dans ton idée. Tant mieux si tu y réussis, car tu sauves +ta tête; mais pour croire que tu seras si longtemps sans rire, +jamais. Dans tous les cas, quand tu sentiras l'envie de rire +s'emparer de toi, pense à la corde; cela pourra peut-être en effet +te rendre sérieux. + +FÉLIX--C'est cela; eh bien, avant qu'il soit longtemps, je serai +fou, et tout de bon, vous pouvez en être sûr. Ah! par exemple, +prenez garde, ne me trahissez pas. Il faut que vous ayez l'air de me +croire bien fou au moins. + +BÉCHARD--Ah! pour cela, sois tranquille. Une fois la chose convenue, +je t'aiderai de mon mieux; car franchement tu n'as pas d'autre moyen +que celui-là. + + +SCÈNE VI + + _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, DEUX SOLDATS_ + +SHÉRIF--Félix Poutré, à votre tour, suivez ces hommes à la salle des +interrogatoires. (_Félix, les soldats et le geôlier sortent._) + + +SCÈNE VII + + _Les Précédents, excepté FÉLIX, les SOLDATS et le GEÔLIER_ + +SHÉRIF--Prisonniers, j'ai quelque chose à vous dire. Vous venez de +voir par le châtiment terrible qui vient de frapper deux de vos +compagnons, que le gouvernement de Sa Majesté est déterminé à sévir +avec la dernière rigueur contre ceux qui ont pris part à la récente +révolte. Néanmoins, en ma qualité de greffier de la cour martiale, +je suis autorisé à vous informer que la loi est disposée à agir avec +égard vis-à-vis de ceux qui feront des déclarations qui pourront +nous mettre en état de découvrir les principaux moteurs de la +rébellion. + +BÉCHARD--Monsieur le Shérif, c'est une lâcheté que vous venez de +commettre. Est-ce parce que nous sommes dans les fers que vous vous +croyez le droit de nous insulter? Si pour un misérable emploi, vous +avez renoncé à votre beau titre de canadien-français; si pour +quelques vils écus vous vous êtes fait le valet des bourreaux de vos +compatriotes, au moins n'essayez pas de faire rejaillir sur nous la +boue que vous avez au front. Regardez ces honnêtes citoyens. . . . +ils mourront peut-être demain, mais l'avenir les vengera, et tôt ou +tard, vous aussi, vous recevrez ce que vous méritez. En attendant, +si vous n'avez pas eu le courage de les imiter dans leur dévouement, +respectez au moins leur infortune! Chargez-nous de fers, +abreuvez-nous d'outrages, faites-nous souffrir tous les mauvais +traitements, faites tomber nos têtes sur l'échafaud. . . . oui, prenez +notre vie, nous vous laisserons faire. Mais si vous attentez à notre +honneur, halte-là! Allez dire à ceux qui vous envoient que les +traîtres sont dans leurs rangs, et non parmi ceux qui donnent leur +sang pour leur pays. Pour ma part, tant que la corde du bourreau ne +m'aura pas privé du dernier souffle, il me restera toujours assez de +coeur pour crier: Mort aux tyrans et vive la liberté! + +LES PRISONNIERS--Vive la liberté! + +BÉCHARD--Des traîtres parmi nous! Des traîtres parmi nous! Des +traîtres parmi des patriotes, jamais! + +LES PRISONNIERS--Non, non, jamais! + +TOINON--Ben, j'pense pas! . . . + +LES PRISONNIERS, _chantant avec enthousiasme:_ + Mourir pour la patrie (bis), + C'est le sort le plus beau, + Le plus digne d'envie. (bis) + + +SCÈNE VIII + + _Les Précédents, FÉLIX, SOLDATS, GEÔLIER_ + +(_On entend des cris et des piétinements dans le corridor, et les +soldats entrent portant Félix dans leurs bras. Tous les prisonniers +se précipitent au-devant de lui._) + +LES PRISONNIERS--Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que c'est? Qu'y +a-t-il? + +SHÉRIF--Une attaque d'apoplexie? . . . + +(_On pose Félix sur un siège; il est en proie à de violentes +convulsions._) + +GEÔLIER--Il est tombé de tout son long en poussant des cris +effrayants. Je n'ai jamais tant eu peur de ma vie. Avez-vous entendu +le bruit? + +BÉCHARD--Le pauvre garçon! je ne savais pas qu'il tombât du haut +mal. C'est dommage, car ce n'est pas un homme ordinaire. + +TOINON--Non, pour le sûr, c'est un homme qu'a d'la tête, gros! +quoiqu'y soit un peu facile à offusquer . . . + +SHÉRIF--Mais il faut pourtant lui donner des secours. . . . Qu'on +fasse venir immédiatement le médecin de la prison. Geôlier, allez +chercher le docteur Arnoldi. (_Le geôlier sort._) + +TOINON--Pourquoi faire le docteur? puisqu'on va tous être pendus. + +BÉCHARD--Allons au plus pressé . . . de l'eau! (_Il lui jette de l'eau +sur la figure._) Éloignez-vous, vous autres; donnez-lui de l'air. +(_Il lui arrose la figure et Félix revient à lui par degrés. Tout à +coup il se lève et se promène majestueusement._) + +FÉLIX, _d'une voix terrible_--Mettez-vous à genoux, voilà le +gouverneur! (_Personne ne bouge._) + +TOINON--Bon, y va-t-y nous faire faire la procession, à c't'heure? + +FÉLIX--Mettez-vous à genoux, vous dis-je! (_Comme personne ne bouge, +il se précipite sur tous ceux qu'il peut atteindre, et les assomme +à coups de poing. Le shérif, le geôlier et les soldats s'échappent +comme ils peuvent et se sauvent._) + +BÉCHARD--Diable! mais il est furieux; il a le délire; il va +certainement en tuer quelqu'un! + +FÉLIX--Ah! mes vauriens, je vais vous montrer, moi, à écouter le +commandement. (_Il recommence le même jeu; saisit Toinon, le +terrasse et veut l'étrangler._) + +TOINON--Aïe! Aïe! . . . ah! Ste Anne du Nord! aïe! . . . mon +capitaine! . . . Ne me faites pas de mal. J'sus-t-un honnête homme +. . . j'prierai le bon Dieu pour vous . . . aïe! aïe! au secours! +. . . au meurtre! . . . (_On se précipite à son secours; Félix se +laisse d'abord conduire, puis tout à coup en étend deux ou trois par +terre, et lutte en désespéré._) + +FÉLIX--Ah! mes drôles! . . . Ah! mes coquins! . . . Ah! mes vauriens! +. . . (_Tous se sauvent._) Bon! essayez maintenant à regimber! . . . +Vous allez voir à qui vous avez affaire! Je vous avertis que j'ai +reçu des leçons de Sa Majesté la Reine, qui n'a pas son pareil pour +la boxe . . . Il faut que les affaires changent . . . je ne suis pas +gouverneur pour rien, et je vais vous montrer comment un officier du +gouvernement sait se faire respecter . . . D'abord vous allez faire +l'exercice . . . prenez vos fusils, ho! . . . Allez-vous obéir? nom +d'un million de biscaïens! . . . + +LES PRISONNIERS, _entre eux_--Mais il est donc devenu fou? + +FÉLIX--Ah! vous ne voulez pas obéir, hein? . . . + +TOINON--Oui, oui, moi, je veux obéir . . . (_À part._) Ste Anne du +Nord, qu'est-ce qu'on va devenir? . . . + +(_Le geôlier entre._) + + +SCÈNE IX + + _Les Précédents, le GEÔLIER_ + +FÉLIX--Au voleur! au voleur! (_Il se jette sur le geôlier et le +terrasse._) + +GEÔLIER--Aïe! aïe! . . . + +TOINON--Bon, son affaire est pas dorée, à lui non plus! + +(_On va au secours du geôlier._) + +BÉCHARD--Il a failli le tuer! + +GEÔLIER--Mais c'est qu'il est furieux, il faut l'attacher! + +TOINON--Oui, l'attacher . . . Essayez-y, vous . . . Il est fort comme +deux paires de boeufs . . . C'est dommage qu'y soit pas v'nu fou plus +vite; c'est lui qui vous aurait tortillé ça, les Anglais. + +GEÔLIER--Est-ce qu'il aurait le _delirium tremens?_ + +TOINON--C'est nous autres qu'j'avons _l'dillaume trop mince_ pour lui! + +BÉCHARD--Ce sont les suites de son attaque d'épilepsie; il vaut +mieux le calmer par la douceur. + +GEÔLIER--Maudit fou! j'ai cru être à ma dernière heure. On ne peut +pas garder un pareil animal ici. Il faut qu'on nous en débarrasse, +ou bien je ne veux plus être geôlier. + +TOINON--Epi moi, j'veux plus être prisonnier. + +FÉLIX--Pas tant de bavardage, vous autres! Vous allez mettre ce +voleur-là à la porte! Entendez-vous, tonnerre d'un nom! Faut-il +que je vous torde le cou? + +TOINON--Ste-Anne du Nord! il va recommencer . . . + +BÉCHARD--Pour l'amour de Dieu, geôlier, allez-vous-en, car si +ses fureurs le reprennent, il finira par assommer quelqu'un. + +(_Le Geôlier sort._) + + +SCÈNE X + + _Les Précédents, excepté le GEÔLIER_ + +FÉLIX--Bon, c'est cela. C'est comme cela qu'il faut les recevoir les +voleurs. La reine va vous donner une médaille à tous quand je lui +aurai raconté cela. Allons, criez tous avec moi, là: Vive la Reine +d'Angleterre! . . . (_Personne ne dit rien._) Bon, c'est ça! bravo! +bravissimo! . . . Dites donc, qu'est devenu le foin du gouvernement? +tonnerre! je ne suis pas gouverneur pour rien, moi, il faut que j'en +aie ma part. En attendant, je vais le vendre à l'encan . . . Approchez +tous. (_Il monte sur un siège._) Nous allons mettre à l'enchère les +cinq cent mille meules de foin qui vont arriver ce matin dans le +port. Ah! c'est ça qu'est du foin, par exemple! du foin qui n'est +pas de paille! . . . du vrai foin! du foin en peinture! . . . + +(_Toutes ces extravagances et celles qui suivent sont interrompues à +chaque instant par le rire des prisonniers parmi lesquels Toinon se +distingue par ses éclats._) + +BÉCHARD--Mais c'est-il tout de bon qu'il serait devenu fou! + +TOINON--C'te d'mande! . . . que j'dois en avoir encore une côte de +cassée en queuque part . . . + +FÉLIX--Silence, vous autres! Si vous ne vous tenez pas tranquilles, +je vous mets tous à la porte et je fais mon encan tout seul. (_À +Béchard._) Ah! tandis que j'y pense, mon bedeau, fais-moi chauffer +une _tassée_ d'eau sur le poêle. Il faudra que je dise ma messe tout +à l'heure. (_À deux autres prisonniers._) Vous autres, vous serez +mes acolytes; je vous donnerai cent piastres par jour . . . Ah! vous +n'avez pas affaire à un gredin, allez; l'argent du gouvernement, +on n'y regarde pas . . . Et puis après la messe, comme j'aime que mes +employés aient du plaisir, je vous mènerai tous à la chasse à la +baleine et à la pêche à l'ours! . . . + +TOINON--A la pêche à l'ours! . . . Il appelle ça du plaisir. + +FÉLIX--Mais avant de dire la messe, il faut que je publie les bans! +Écoutez bien. Il y a promesse de mariage entre Félix Poutré, fils +majeur d'Ignace Poutré et de Charlotte Descarreau, de cette +paroisse, d'une part, et . . . la Reine d'Angleterre, d'autre part +. . . Ceux qui connaissent quelque empêchement à ce mariage, qu'ils +y viennent s'ils veulent se faire assommer! . . . on recommande à +vos prières Louis-Joseph Papineau, le docteur Chénier, le docteur +Côte, le docteur Nelson, le docteur . . . Arnoldi, et tous les +docteurs . . . et toute la canaille de cette paroisse. Mes frères, +j'ai une grande nouvelle à vous apprendre. J'ai été choisi par le +Tout-Puissant pour accomplir de grandes choses. Il m'a envoyé pour +faire la guerre au diable. Je me suis battu avec lui, et je l'ai +tué . . . et je vous tuerai tous aussi, vous autres, si vous ne +prenez pas garde à vous! . . . C'est le bonheur que je vous souhaite +de tout mon coeur, ainsi soit-il! (_À Béchard._) As-tu fait chauffer +l'eau pour la messe mon bedeau? + +BÉCHARD--Oui. + +FÉLIX--Bien, à l'asperges! (_Il trempe son mouchoir dans l'eau +bouillante et en jette sur les prisonniers qui se sauvent en +criant._) + +LES PRISONNIERS--Aïe! aïe! . . . Damné fou! il nous ébouillante! . . . + +TOINON, _assis dans un coin opposé_--Ah! ah! ah! comme ils se sauvent! +Ous'que vous allez donc vous autres? . . . Ça fait-il du bien, hein! +. . . Chacun son tour. Il faut que tout le monde y passe! + + +SCÈNE XI + + _Les Précédents le GEÔLIER_ + +GEÔLIER, _entrant_--Comment est-il maintenant? + +BÉCHARD--Il est toujours fou, mais fou furieux! Il nous ébouillante +et menace de nous assommer. Le docteur va-t-il venir? + +GEÔLIER--Nous l'avons fait prévenir. Il doit arriver bientôt. + +FÉLIX, _au geôlier_--Ah! . . . Comment vous portez-vous, illustre +champion des phalanges éternelles, sublime habitant des townships +célestes? Vous venez sans doute de la part du Très-Haut me féliciter +de la victoire insigne que je viens de remporter sur l'ennemi de +sa toute-puissance? Approchez, regardez et contemplez! (_Il montre +Toinon assis dans un coin._) Le voilà ce monstre détrôné, cet +archange déchu, Satan enfin! + +TOINON--Bon, en v'là un autre à c't'heure! + +FÉLIX--Je l'ai terassé; je l'ai foudroyé, je l'ai pulvérisé! et +maintenant il est là, comme un gladiateur vaincu, mordant la +poussière de l'arène rougie de son sang! . . . + +TOINON--Pour ça, c'est vrai, j'en peux pus! + +GEÔLIER--Il n'y a pas moyen de garder ce pauvre garçon-là ici si sa +folie continue. J'en parlerai au shérif. En attendant, tâchez de +ne pas l'irriter; il peut devenir dangereux avec la force qu'il a; +j'en sais quelque chose. Du reste, le médecin doit être ici dans +un instant. Nous verrons ce qu'il en dira. (_On ouvre._) Tiens, +le voici! + + +SCÈNE XII + + _Les Précédents, le DOCTEUR, le SHÉRIF_ + +FÉLIX, _à part_--Ciel! le docteur! Je suis perdu . . . mais c'est +égal, du courage! je n'ai rien à perdre et tout à gagner. + +LE DOCTEUR--What is it? Qu'est-ce que c'est? (_À part._) I'll be +glad when I get rid of all those damned Canadians! (_Haut._) +Qu'est-ce que c'est? + +LE SHÉRIF, _montrant Félix_--Voici l'individu; il est tombé tout à +l'heure d'une attaque d'épilepsie, je crois. + +LE DOCTEUR--Bien, bien, très bien! very well . . . et puis? + +BÉCHARD--Et puis, comme nous lui lavions la figure avec de l'eau +froide, il s'est relevé furieux, et depuis il a toujours continué à +extravaguer comme un fou. + +TOINON--Et puis à bourasser tout le monde . . . + +LE DOCTEUR--Bien, très bien, very well! + +TOINON--Bien, bien, very well! j't'en souhaite autant, à toi, maudit +brin d'avoine! + +DOCTEUR, _tâtant le pouls de Félix_--Bien, bien, very well! +Mange-t-il bien? + +TOINON--Ouais, du pain sec, comme les autres. + +DOCTEUR--Bien, bien, very well! + +TOINON, _à part_--Oui, bien, bien, very well! . . . j'sais pas si y +trouverait ça bien, lui, s'il n'avait rien que ça à manger! + +DOCTEUR--What do you say? Quoi c'est vous dire? + +TOINON--C'est moi dire . . . c'est moi dire . . . qu'y mangerait +encore bien mieux du poulet rôti s'il en avait, et nous autres étout. + +DOCTEUR--Oh! don't bother me, you damned rascal! Geôlier, c'est vous +aller chercher un seau d'eau froide; c'est va donner les douches. +(_Au shérif._) C'est donnera les douches, vous savez, and we'll see. +(_Le geôlier sort._) + +SHÉRIF--Pensez-vous que sa folie soit d'une nature dangereuse? + +DOCTEUR--Oh! non . . . no, no, not dangerous, pas dangereuse. + +TOINON--Non, non, _pas dangereuse!_ . . . hardi, quand on s'ra tous +morts, il y aura pas d'danger! Docteur . . . hum! hum! C'est vous pas +connaître quelque remède pour les coups de poing. (_Le docteur fait +un geste de dépit et tout le monde rit._) + +GEÔLIER, _entrant_--Un vieillard demande à voir le prisonnier Félix +Poutré; sa passe est en règle. + +SHÉRIF--Serait-il à propos de le faire entrer, docteur? + +DOCTEUR--Oh! yes, yes! + +SHÉRIF--Faites entrer. + +(_Le Geôlier fait entrer le père Poutré qui se jette dans les bras +de son fils._) + + +SCÈNE XIII + + _Les Précédents, POUTRÉ_ + +POUTRÉ--Félix! . . . Mon fils! + +FÉLIX, _se levant et regardant son père d'un oeil égaré_--Oui, en +effet, il me semble que nous nous sommes déjà vus . . . n'est-ce pas, +vieillard? . . . + +POUTRÉ--Mon pauvre Félix! . . . + +FÉLIX, _éclatant de rire_--Ah! Ah! Ah! . . . Que vois-je? mais c'est +indigne! . . . mais c'est infâme! Vous! C'est vous qui avez assassiné +Henri IV! . . . C'est vous qui avez décapité Marie Stuart! . . . Vous +avez souri en contemplant cette belle tête ensanglantée . . . + +POUTRÉ--Félix! + +FÉLIX--Messieurs, cet homme qui est là devant vous, cet homme +au regard fauve . . . c'est un lâche . . . un assassin . . . un +bourreau . . . + +POUTRÉ--Arrête, Félix! . . . + +FÉLIX--Cet homme, je le crucifie! (_Il retombe sur son siège._) + +POUTRÉ--Il ne manquait plus à mes cheveux blancs que cette dernière +épreuve . . . Mon Dieu, mon fils est fou! + +(_Le rideau tombe._) + + + +Acte IV + +_La scène représente une salle d'audience. Les avocat sont assis +autour d'une table avec le shérif. Un juge préside._ + + +SCÈNE I + + _Le SHÉRIF, le JUGE, AVOCATS_ + +LE JUGE--A-t-on fait venir le nommé Félix Poutré? + +LE SHÉRIF--Il va être ici dans un instant. + +LE JUGE--Bien, nous allons tâcher de lui faire subir un +interrogatoire quelconque. Peut-être que, dans sa folie, il pourra +faire quelques déclarations qui pourront nous être d'une grande +utilité. Il est toujours sous le coup d'une aliénation mentale, +m'a-t-on dit. Il est heureux, celui-là, car on peut dire que sa +sentence était déjà écrite. + +SHÉRIF--Votre Honneur me permettra de lui faire observer que voilà +déjà plus de deux mois que le pauvre jeune homme a perdu la raison. +Les soins du médecin de la prison ont été inutiles; son état va +toujours empirant et menace de devenir dangereux et pour lui et pour +les autres prisonniers qui sont à chaque instant exposés à toutes +sortes de mauvais traitements de sa part. Deux fois par jour, il a +des attaques d'épilepsie et se débat dans les convulsions les plus +épouvantables. Et quand ses crises sont passées, il se rue sur ses +compagnons et assomme tous ceux qu'il peut atteindre. Six hommes ne +lui pèsent guère au bout des bras. Il casse les vitres de la prison; +renverse l'eau des prisonniers, jette leurs vêtements au feu, et +assomme les tourne-clefs, tellement qu'il n'y a plus que le geôlier +en chef qui puisse mettre le pied dans cette chambre. Il n'y a que +quelques jours encore, il a failli mettre le feu à la prison; il +s'était mis dans la tête que le poêle n'était pas de niveau, qu'il +fallait le plomber. Après avoir mis cinq ou six quartiers de bois +sous les pattes du poêle, il le plomba et le replomba si bien que le +poêle finit par tomber par terre avec le tuyau, et que le feu était +déjà pris au plancher quand on parvint à l'éteindre. On voit sans +peine qu'une folie comme celle-là peut avoir les conséquences les +plus dangereuses, et mon avis serait de renvoyer le pauvre garçon +dans sa famille. Peut-être que son retour sous le toit paternel lui +fera recouvrer la raison que la crainte de l'échafaud lui aura sans +doute fait perdre. + +LE JUGE--C'est bien, j'en parlerai aux autorités, et nous verrons. + +LE SHÉRIF--Je l'ai fait venir avec un certain Béchard, prisonnier +comme lui, et qui est le seul qui semble avoir conservé quelque +empire sur son esprit. Il n'y a que lui qui ait pu l'engager à +sortir de sa prison. + +LE GEÔLIER, _entrant_--Voici les prisonniers. + +LE JUGE--Faites-les entrer! + +(_Le Geôlier fait entrer Félix et Béchard._) + + +SCÈNE II + + _Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD, le GEÔLIER_ + +LE SHÉRIF--Félix Poutré, approchez et répondez aux questions qu'on +va vous faire. + +FÉLIX--Oui, oui! Mais j'ai à vous dire d'abord que vous allez +commencer par laisser toutes ces places-là vides! Vous n'avez pas +d'affaires ici du tout. J'ai une armée de dix mille hommes qui va +arriver ici tout à l'heure: il n'y a pas de sièges de reste. + +LE SHÉRIF, _au juge_--Votre Honneur voit qu'il n'y a pas moyen de +tirer une parole de bon sens d'une cervelle comme celle-là. + +LE JUGE--Félix Poutré, vous êtes ici devant un tribunal; vous devez +savoir que nous avons le pouvoir de vous traiter comme bon nous +semblera. Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de répondre de +suite aux questions qu'on va vous poser. Premièrement dites-nous . . . + +FÉLIX--Premièrement . . . je vais vous dire . . . que vous êtes tous +une bande de fainéants avec vos grandes robes noires et vos fichus +blancs! Vous des juges! vous êtes des voleurs. Il y a longtemps que +vous volez l'argent du gouvernement à ne rien faire . . . Maintenant +que je suis gouverneur, il faut que ces bêtises-là finissent, +entendez-vous? . . . Je ne sais pas ce qui me retient de vous chasser +tout de suite. Je n'ai pas été placé à la tête du pays pour rien; +vous avez besoin de filer droit, je vous en avertis . . . C'est tout +ce que j'ai à vous dire. + +LE JUGE--Allons, allons, Félix Poutré, si vous continuez à insulter +la cour, je vais être obligé . . . + +FÉLIX--Tenez, je vois bien que vous ne connaissez pas ce qui vous +pend au bout du nez . . . je vous dis une fois pour toutes que je suis +gouverneur, que si vous ne vous gouvernez pas droit, je pourrais +bien vous gouverner de la bonne manière, moi! + +LE JUGE--Silence! Encore une fois, Félix Poutré . . . + +FÉLIX--Ah! vous voulez raisonner! Attendez un peu, ça va être fait +dans la minute, je vais vous payer d'abord, et vous chasser tout de +suite. Des fainéants, des bons à rien, des gredins, des chenapans, +des voleurs, des polissons comme vous autres, je n'en veux plus! +Vous allez tous faire vos paquets et décamper sans tambour ni +trompette . . . Ah! vous voulez regimber, hein! je vais tirer vos +comptes. + +(_Il prend un volume et veut écrire dedans._) + +SHÉRIF--Allons donc! il va gâter ce volume-là. (_Il le lui ôte._) + +FÉLIX--Ah! mais vous voulez donc vous rebeller pour tout de bon! . . . +Eh bien! nous allons avoir du plaisir . . . (_Il frappe le shérif._) +Tiens, toi attrape celui-ci d'abord! . . . (_Il culbute les avocats._) +A votre tour, vous autres! . . . (_Au juge_) Et toi, ma grande +épinette, espère un peu! (_Il culbute le juge, renverse tout, tables, +chaises, et jette tout dans les coulisses. Tout le monde se saute, +excepté Béchard._) Hourra pour moi! Vive le gouverneur! . . . Qu'il +en vienne encore des robes noires et des fichus blancs! Ah ça! bien +du plaisir, les messieurs aux gros livres! Des compliments à chez +vous . . . (_Il regarde de tous côtés, puis s'adresse à Béchard._) +Mon cher Béchard, nous sommes biens seuls enfin! (_Il lui serre la +main._) Eh bien, dites-moi, trouvez-vous que je sache bien faire le +fou? + +BÉCHARD--Comment! . . . tu n'es pas fou? . . . + +FÉLIX--Pas plus fou que lorsque je suis entré en prison. Mais parlez +moins haut, vous allez me trahir! . . . + +BÉCHARD--Ah! mais franchement, là, est-il possible que tu aies +véritablement ta raison? + +FÉLIX--Mais vous m'avez donc cru fou pour tout de bon? + +BÉCHARD--Eh! bon Dieu! fou à lier, plus fou que tous les fous +ensemble. Je n'ai rien vu de pareil. + +FÉLIX--Comment trouvez-vous que je les fais danser? + +BÉCHARD--Mais c'est pourtant vrai qu'il a sa raison . . . Ah! pour ça, +par exemple, tu ne fais pas semblant! il y a plusieurs prisonniers +qui t'ont souvent donné au diable. Le geôlier m'a dit qu'on ne +pourrait te garder plus longtemps. Mais tiens, tiens, c'est inutile +je ne puis pas croire que tu ne sois pas fou! + +FÉLIX--Mais je vous avais dit que je le serais . . . + +(_Camel paraît au fond de la scène._) + + +SCÈNE III + + _FÉLIX, BÉCHARD, CAMEL_ + +BÉCHARD--Je le sais bien, mon Dieu! mais comment s'imaginer qu'un +homme dans son bon sens puisse faire de pareilles extravagances. +Quand je t'ai vu si fou, vrai comme je m'appelle Béchard, j'ai cru +que le bon Dieu t'avait puni d'une pareille pensée et t'avait +réellement privé de la raison. J'aurais mis la main dans le feu pour +jurer de ta folie! Quoi! vrai, là, tu n'es pas fou? + +FÉLIX--Et non; tout ce que je fais, je le combine; tout ce que je +dis je l'arrange dans ma tête . . . + +CAMEL, _à part_--Tout ça c'est bon à savoir! . . . + +FÉLIX--Ah! je tape dur, hein! + +BÉCHARD--Sapristi! tu les assommes! C'est ça qui m'a tant fait +croire à ta folie; l'idée d'abîmer tout le monde comme ça. C'est que +tu ne ménages pas plus tes amis que les autres. + +FÉLIX--Excepté vous, Béchard. (_Il lui serre la main._) + +BÉCHARD--Tiens, et dire que cela ne m'a pas frappé . . . + +CAMEL, _à part_--Vieille bête! + +BÉCHARD--J'ai cru que comme nous étions grands amis, tu me +connaissais mieux que les autres, voilà tout! Mais, dis-moi, comment +diable fais-tu pour ne pas rire? Moi je ne riais pas parce que cela +me faisait trop de peine; mais toi, quand tu les vois te regarder +tout effarés, quand ils se sauvent, comme des moutons poursuivis par +un loup . . . + +FÉLIX--Ah! bien c'est là le plus difficile. Mais quand j'ai trop +envie de rire, je suis votre conseil, je me demande si je rirais +bien si je me voyais la corde au cou et le bonnet blanc sur la tête! +Une fois cette idée-là dans mon esprit, l'envie de rire s'en va +complètement. Comme ça, vous trouvez que je fais bien le fou . . . + +BÉCHARD--Comme si tu n'avais jamais fait autre chose de ta vie . . . + +CAMEL, _à part_--Pas tout à fait assez bien encore . . . + +BÉCHARD--Mais tu es d'une audace . . . t'attaquer au shérif . . . +au juge! . . . + +FÉLIX--C'est ce qui me sauve, vous comprenez. + +BÉCHARD--Il faut avouer que ce n'est pas ce qui leur donnera envie +de te garder plus longtemps. + +FÉLIX--Il y a cependant quelque chose qui m'inquiète . . . + +CAMEL, _à part_--Oui, hein! On dirait qu'il a des pressentiments. + +FÉLIX--C'est ce damné de docteur; le vieux coquin a l'air de me +regarder comme s'il se doutait de quelque chose. Il ne finit plus +de me tâter le pouls et de me regarder dans les yeux. S'il revient, +il faut que je lui serve un plat de ma façon. Croyez-vous que le +bonhomme puisse me deviner en me tâtant le pouls? + +BÉCHARD--Je ne crois pas: il a l'air trop bête pour cela. + +FÉLIX--Il me regarde drôlement tout de même, le vieux pince-maille. + +BÉCHARD--Ah, bah! si tu continues comme tu as toujours fait, tu es +sauvé! . . . + +CAMEL, _à part_--Nous allons voir ça! . . . + +FÉLIX--Je n'ai rien voulu lui faire, parce que je craignais toujours +qu'il ne s'aperçut de quelque chose. Après tout, un médecin doit +connaître un peu ça . . . un peu mieux que les autres, toujours! +Vous rappelez-vous la médecine qu'il m'a donnée hier soir? + +BÉCHARD--Eh bien? + +FÉLIX--Devinez ce que j'en fait. + +BÉCHARD--Tu ne l'a pas prise? + +FÉLIX--Non, je l'ai vidée dans mes bottes. + +BÉCHARD--Quelle idée! + +FÉLIX--Il m'aurait empoisonné, vous comprenez bien. Enfin, s'il +revient, je vais lui donner une sauce, le bonhomme! Il ne doit pas +en être plus exempt que mes amis. Tâchez d'être là, et quand vous +viendrez à son secours, j'arrêterai, mais pas avant! Jusque là, je +le secoue comme une vieille mitaine. Mince et long comme il est, il +ne doit pas faire grande résistance. + +BÉCHARD--C'est bon, secoue-le un peu; ça ne lui fera que du bien. +Il a le verbe pas mal haut le vieil _English_; il ne manque jamais +l'occasion de nous traiter de _damned Canadians_. Etouffe-le un peu. +Ça lui montrera à vivre. + +FÉLIX--Eh bien, puisque vous dites comme moi, il aura la sauce. +Je vous assure, mon cher Béchard, que je suis content de pouvoir +vous parler un peu; il y a près de deux mois que je brûle de vous +rencontrer seul à seul. Maintenant que vous savez tout prenez garde +au moins! car la moindre chose peut me faire découvrir . . . + +BÉCHARD--Oh! sois tranquille! (_Camel s'avance entre eux deux en +souriant._) Camel!!! . . . + +FÉLIX--Malédiction! je me suis trahi!! . . . + +CAMEL--Mille amitiés, messieurs; je suis charmé de voir que le la +. . . l'indisposition de notre ami Félix n'est pas aussi sérieuse +qu'on le disait . . . + +BÉCHARD, _à part_--Pauvre Félix, il peut dire que son affaire est +faite maintenant . . . + +FÉLIX, _au comble de l'exaspération_--Camel! . . . Tu m'as toujours +poursuivi comme mon mauvais génie; tu m'as fait jeter dans un +cachot, avec des centaines de mes frères dont deux sont déjà morts +sur l'échafaud. Demain j'y monterai moi-même et après-demain mon +vieux père mourra de chagrin . . . Es-tu content, Camel? Eh bien, en +attendant, à nous deux, une fois pour toutes!! (_Il se précipite sur +lui._) + +CAMEL--Aïe! aïe! Au secours! au meurtre! on m'assassine! Aïe! Aïe! + +BÉCHARD--Félix! Félix! Pour l'amour de Dieu, ne le tue pas! + +(_Le shérif, le geôlier, et des soldats entrent._) + + +SCÈNE IV + + _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, SOLDATS_ + +SHÉRIF--Qu'est-ce que c'est encore? bon Dieu! . . . + +GEÔLIER--Allons! allons! . . . il va le tuer, c'est sûr! + +BÉCHARD--Félix, mon cher Félix! . . . encore une fois, lâche-le! + +FÉLIX, _lâchant Camel_--Tiens, serpent, je t'écharperais bien; mais +je ne puis surmonter le dégoût que m'inspire ta sale charogne! +Retire-toi de devant mes yeux, chien! + +SHÉRIF--Mais il est toujours de plus en plus dangereux. + +CAMEL--Shérif, je vous dénonce un infâme mystificateur. Cet homme +qui a réussi à se faire passer pour fou, n'est pas plus fou que vous +et moi. C'est une supercherie. Il vous en impose à tous! . . . + +GEÔLIER--Ah! Ah! Ah! (_riant._) Allons donc! encore un autre qui a +la tête détraquée! . . . + +SHÉRIF--La preuve de ce que vous dites, Camel! + +FÉLIX--La preuve que je ne suis pas fou, c'est que j'ai eu un +instant l'envie de purger la terre d'un vaurien de son espèce! + +CAMEL--La preuve? . . . C'est qu'il l'a avoué lui-même . . . Je l'ai +entendu faire ses confidences à son ami Béchard. + +BÉCHARD--Bon! comme si les fous avaient l'habitude d'avouer qu'ils +le sont! . . . + +FÉLIX, _bas à Béchard_--Merci, Béchard, tu me sauves! + +GEÔLIER--Il n'a jamais dit qu'il était fou; bien loin de là, il +soutient toujours qu'il est gouverneur du pays. + +FÉLIX--Allons, allons, c'est assez de bavardage comme ça. Soldats, +vous allez prendre cet homme-là (_montrant Camel_) et vous allez +aller le pendre haut et court à la grande vergue de nia frégate qui +est dans le port; sinon vous serez fusillés, demain matin, tout ce +que vous en êtes! + +SHÉRIF, _à Camel_--Vous voyez bien qu'il est fou . . . + +CAMEL--Je vous dis qu'il ne l'est pas, moi. + +SHÉRIF--Vous êtes dans l'erreur, Camel. + +CAMEL--Je vous dis, Shérif, qu'il n'est pas fou; je sais ce que +je dis. + +SHÉRIF--Eh bien! si vous savez ce que vous dites, nous, nous savons +ce que nous faisons. Sortons. Geôlier, reconduisez les prisonniers à +la prison (_Il sort avec Camel._) + +CAMEL, _à part et sortant_--Bête que je suis! . . . (_Montrant le +poing à Félix._) Ah! je te repincerai, va! . . . + +FÉLIX, _à part_--Du courage! . . . je l'ai parée belle! + +GEÔLIER, _à Félix_--Monsieur le gouverneur, il paraît que vos gens +de là-haut ne se conduisent pas bien, et l'on vient demander votre +secours pour rétablir l'ordre. + +FÉLIX--J'y vais de suite. Ah! n'oubliez pas de dire à mon cocher de +mettre mes deux chevaux blancs à mon carrosse et de faire préparer +soixante et quinze paires de raquettes pour mes gens. Je pars pour +l'Angleterre ce soir: la reine me fait mander. (_Ils sortent._) + +(_Le décor change et représente l'intérieur de la prison; les +prisonniers sont au fond._) + + +SCÈNE V + + _TOINON, les Prisonniers_ + +TOINON--Y a un bon bout d'temps que not'fou est parti . . . C'est +toujours un moment de tranquillité . . . En v'la-t-y une idée de +devenir fou, comme ça, tout d'un coup! . . . et fou! . . . C'est pas +pour rire . . . Y nous cassera queuque membre dans l'corps à queuque +bon moment Tout ça, ça me fait ennuyer de chez nous, gros! C'est +embêtant d'mourir pour la patrie, comme y disent . . . j'aimerais +autant avoir jamais touché au sabre de mon grand-père . . . là . . . +vrai! . . . Epi on en a peut-être pas assez d'être enfermés comme +des malfaiteurs, nourris au pain sec, et pendus les uns après les +autres, sans se faire meurtrir à coups de pied et à coups de poing +par le fou! Moi, surtout, j'suis d'une constitution comme ça j'sais +pas . . . mais . . . j'ai la peau si délicate que le moindre coup +d'pied me fait mal . . . Epi, à la longue, c'est ça que ça vient +désagréable . . . Sans compter qu'on dirait qu'il le fait exprès, +quand il a queuque horison à distribuer, c'est toujours à moi qu'il +s'adresse . . . Ah! j'veux ben mourir pour la Patrie c'te fois-citte, +mais pour jamais me mêler de patriotisme, j'pense pas, minoux! . . . +C'est des vilains jeux, ça! (_On ouvre._) Bon, v'la not'fou! . . . +Ah! j'savais ben que ça ne serait pas pour longtemps. + +(_Le geôlier amène Félix et Béchard, et sort._) + + +SCÈNE VI + + _Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD_ + +FÉLIX--Comment, vous autres! il parait que vous en faites des +vôtres, pendant mon absence! vous savez pourtant bien que je n'ai +pas l'habitude de vous manquer (_À Béchard._) Ah! tenez, mon +lieutenant, je n'ai jamais eu tant de trouble qu'avec ces +individus-là. Si cela continue, je vais être obligé de les mettre +tous en prison. + +TOINON--Ben! Y manquait p'us que ça! + +FÉLIX--Approche, toi, polisson, je vais commencer par toi! + +TOINON--Bon! . . . encore moi! . . . j'vous demande pardon, monsieur +le fou! . . . + +FÉLIX--Monsieur le fou! . . . + +TOINON--Eh! . . . eh! . . . monsieur . . . monsieur l'gouverneur. +C'est ça que je voulais dire. + +FÉLIX--Tourne-toi que je te donne un coup de pied. + +TOINON--Ah! mon Dieu . . . grâce, monsieur l'fou . . . aïe! . . . +monsieur l'gouverneur! je l'dirai p'us; j'vous le promets, je +l'dirai p'us. + +FÉLIX--Tiens, ça te montrera à faire ton farceur! + +(_Il lui enfonce son chapeau jusqu'aux épaules._) + +TOINON--Ouf! . . . ouf! . . . ouf! . . . Ste Anne du Nord, c'est-il +possible d'avoir tant de tribulations! . . . Mon chapeau neuf! . . . +j'vais en avoir une mine pour aller voir les filles à c't'heure! + +FÉLIX--C'est comme Ça que je vais vous dompter, moi! Je ne peux pas +quitter la maison sans que vous meniez le diable à quatre. Je +finirai par être obligé de vous pendre! . . . + +TOINON--Bon! encore une invention! . . . Comme si y avait pas assez +d'Anglais pour ça! + +FÉLIX--Tandis que si vous vous étiez bien comportés, je vous aurais +tous menés en Angleterre avec moi, ce soir, pour voir la reine, ma +femme. Elle étrenne une robe neuve, ce soir, cette pauvre petite +chatte! . . . Tiens, qui a encore mis le poêle de travers? A-t-on juré +de faire brûler la maison? . . . Allons, je vais encore être obligé de +le plomber . . . Où est mon plomb? (_Il cherche dans sa poche._) Bon, +le voici! (_Il se met à plomber le poêle en fredonnant quelque +couplet populaire._) + +BÉCHARD--Félix, mais tu vois bien qu'il est à plomb. + +FÉLIX--Mêlez-vous de ce qui vous regarde, vous autres! Quels sont +les imbéciles qui peuvent placer un poêle de cette manière? Voyons! +(_Il place des morceaux de bois sous les pattes du poêle._) + +BÉCHARD--Arrête-toi donc! tu vois bien qu'il est à plomb. Tu vas le +renverser, et nous allons être encore enfumés. + +FÉLIX, _continuant toujours le même jeu_--Au diable, vous autres! +. . . Quels sont les imbéciles qui peuvent placer un poêle de cette +manière? . . . + +TOINON--Ah! Ste Anne du Nord! Y va tomber. De ce coup-là, nous +allons tous rôtir . . . Ah ben, j'aime encore mieux être pendu . . . +Mon Dieu, mon Dieu, y a-t-y du monde marchanceux! . . . + +(_Le docteur et le geôlier entrent._) + + +SCÈNE VII + + _Les Précédents, le DOCTEUR, le GEÔLIER_ + +BÉCHARD--Vite, geôlier, le voilà qui plombe encore le poêle. . . + +GEÔLIER--Ah! par exemple! . . . Laissez-moi faire, monsieur le +gouverneur, je vais vous aider. (_Il ôte les morceaux de bois de +dessous les pattes du poêle._) Tenez, comment le trouvez-vous +comme ça? + +FÉLIX--Très bien, très bien! vous voyez comme il est droit +maintenant. Si l'on avait toujours eu la bonne idée de le placer +comme ça, on ne m'aurait pas donné tant de peine. + +DOCTEUR, _à Béchard_--C'est lui prendre la médecine c'est moi donne +hier soir? + +BÉCHARD--Oui, je la lui ai donnée moi-même. + +DOCTEUR--Bien, bien, très bien! very well! . . . C'est faire +quelque chose? + +BÉCHARD--Rien du tout. + +DOCTEUR--Rien di tiout!!! . . . + +BÉCHARD--Non. + +DOCTEUR--C'est lui pire qu'un cheval! . . . Bien, bien, très bien, +very well; c'est donnera une plous bonne, bye and bye! (_Il va pour +tâter le pouls à Félix qui lui saisit la main et lui fait craquer +les os._) + +FÉLIX--Comment vous portez-vous, monsieur _l'English?_ + +DOCTEUR, _essayant de retirer sa main_--Hi! Hi! Hi! . . . + +FÉLIX, _lui retenant toujours la main_--Vos petits mangeurs de +plum-pudding sont tous en bonne santé? + +DOCTEUR--Aïe! aïe! . . . + +TOINON--Bon, bon! c'est au tour de _l'English_, au moins! + +FÉLIX--Tandis que je vous ai, vous allez dîner avec moi! + +DOCTEUR--Oh! oh! by God! . . . let me go . . . c'est faire mal . . . +Oh! oh! damned fool! . . . cré fou! . . . + +FÉLIX--Moi fou! ah! tu dis que je suis fou! Eh bien, attends un peu, +mon vieux pendard! Je vais te montrer, moi, ce que c'est qu'un +fou . . . (_Il terrasse le docteur et veut l'étrangler._) + +DOCTEUR--Oh! help! help! . . . murder! . . . for God's sake, take +me away! . . . + +TOINON--Ah! . . . bien, bien, très bien! very well! very well! . . . + +BÉCHARD--Félix, Félix! pour l'amour de Dieu ne l'étouffe pas! +(_Félix lâche le docteur._) + +TOINON--Laissez-le donc faire, vous autres; c'est un _English_ +d'abord. Y sont pas si pressés à venir quand c'est moi qui reçois +les coups! . . . N'importe il en a toujours mangé une bonne . . . + +BÉCHARD, _au Docteur_--Mon Dieu, j'ai cru qu'il allait vous +étrangler! Est-ce qu'il vous a fait mal? + +DOCTEUR--Comment mal! c'est toué presque! . . . C'est moi jamais voir +de chose pareille before. + +BÉCHARD--Ah! vous pouvez vous consoler: vous n'êtes pas le premier +à qui la chose arrive, allez! Quand ses accès le prennent, il peut +écharper dix hommes! Vous êtes bien heureux d'en être quitte à si +bon marché. + +DOCTEUR--Why did you not tell me . . . Eh . . . pourquoi c'est vous +pas dire c'est tomber d'un mal? + +TOINON--Ah ben, c'est tomber deux fois par jour . . . Docteur, c'est +vous pas connaître queuque bolbisses pour les coups de poing? + +DOCTEUR--Oh! the devil! I wish I was rid of those damned Canadians! +(_Il sort et tous les prisonniers éclatent de rire et applaudissent._) + + +SCÈNE VIII + + _Les Précédents, excepté le DOCTEUR_ + +GEÔLIER, _à Béchard_--Quel diable de fou! Il a une furieuse chance +tout de même, car il est sérieusement question de le renvoyer. Il a +failli tuer le Juge et le Shérif, et l'on ne demande pas mieux que +de s'en débarrasser. Quant à moi, lorsque j'arrive, j'ai toujours +peur de trouver quelqu'un de mort. Il faut absolument que ce pauvre +jeune homme-là sorte d'ici. D'ailleurs, l'aventure du Docteur ne +manquera pas de faire du bruit et peut-être. . . . Allons, il est +tranquille, je vous laisse; il faut que j'aille porter la ration +aux autres prisonniers. (_Il va pour sortir et revient._) Voici le +shérif; bonne nouvelle, je crois. + +(_Le shérif entre, suivi de quelques soldats._) + + +SCÈNE IX + + _Les Précédents, Le SHÉRIF, SOLDATS_ + +SHÉRIF--Félix Poutré, nous avons obtenu votre pardon du Gouverneur +Général. Voici votre mise en liberté, signée par Sir John Colborne. +Vous pouvez quitter la prison et retourner dans votre famille. +Geôlier, mettez cet homme en liberté! + +TOINON--Qu'est-ce que ça veut dire tout ce tripotage-là? + +FÉLIX, _à part_--De la prudence, mon Dieu! (_Haut._) Qu'est-ce +que vous me chantez là, vous, avec votre John Borgne? avec votre +gouverneur? C'est moi qui suis gouverneur, et vous avez besoin de +prendre garde à vous! . . . + +SHÉRIF--Ce sont vos lettres de grâce qu'on vous apporte . . . Vous +pouvez vous en aller . . . + +FÉLIX--Moi, m'en aller! Quitter le service de la reine, sans qu'elle +en soit prévenue! . . . Pour qui me prenez-vous? Tenez, vous pouvez +passer votre chemin, entendez-vous? + +SHÉRIF--Allons donc, serons-nous obligés de vous forcer? + +FÉLIX--Me forcer! . . . Vous auriez tous les canons de la citadelle +de Québec, que vous ne me forceriez pas! Je suis ici au service de +la reine, et j'y resterai. Ainsi passez votre chemin et mêlez-vous +de vos affaires! . . . + +SHÉRIF--Allons, il est inutile de parlementer plus longtemps. +Soldats, faites sortir cet homme! . . . + +FÉLIX, _frappant et bousculant les soldats_--Tenez, mes drôles, +attrapez ceci en passant! . . . (_Les soldats se sauvent._) C'est +comme ça que je vais vous arranger! (_À part._) Encore une petite +râclée aux habits rouges, toujours! . . . + +SHÉRIF--Voilà le comble, par exemple! Impossible de le faire +sortir . . . + +GEÔLIER--Laissez-moi faire! Je crois avoir trouvé le moyen, moi. +(_À Félix._) Voudriez-vous prendre un petit verre avec nous, monsieur +le gouverneur? + +FÉLIX--Hein! . . . + +GEÔLIER--Venez donc prendre un petit coup à la santé de la reine. + +FÉLIX--Hum!!! + +GEÔLIER--Une petite goutte sans cérémonie. + +FÉLIX--Hum! . . . ça ne se refuse pas . . . Mon lieutenant, veillez à +ce que tout se passe bien pendant mon absence. (_Il sort._) + + +SCÈNE X + + _Les Précédents, excepté FÉLIX_ + +TOINON--C'est ça, ces années icitte, les fous ont plus de chance +que les fins! . . . + +GEÔLIER, _referme la porte aussitôt que Félix est sorti, tout en +restant lui-même dans la prison, puis il se met au guichet_--Ah! +tu peux t'en aller, va, pauvre fou; nous en avons eu assez de toi! + +SHÉRIF--Dieu merci, nous en voilà débarrassés! . . . Allons, geôlier, +conduisez-nous, nous allons visiter les autres prisonniers. (_Le +shérif, le geôlier et les soldats sortent par le côté opposé._) + + +SCÈNE XI + + _Les précédents, excepté le SHÉRIF, le GEÔLIER et les SOLDATS_ + +TOINON, _se mettant au guichet_--Faut toujours ben que je voie queu +bord qui va prendre! Voyons . . . Ah! Ste Anne du Nord! le v'la qui +tape sue la sentinette! . . . (_Il rit._) Hein! hein! . . . ho! ho! +. . . bon! bon! (_Il rit._) v'la la sentinette sus l'dos. (_Il rit._) +C'est au tour des habits rouges à ce qui paraît! . . . Bon! . . . +le v'là qui lui ôte son fusil, épi qui se promène avec . . . Ah! +Ste Anne du Nord, en v'là une grosse gagne . . . Oh! . . . les +baïonnettes! . . . brrr . . . je regarde p'us! je regarde p'us! + +BÉCHARD--Allons! quelque plaisanterie encore? (_Il va pour +regarder._) + +TOINON, _l'arrêtant_--Ah! regardez pas! regardez pas! (_Il retourne +se mettre au guichet et se met à rire à gorge déployée._) + +BÉCHARD--Qu'y a-t-il donc? + +TOINON, _riant_--C'est-y-fou! . . . C'est-y-fou! . . . + +BÉCHARD--Quoi donc? + +TOINON, _riant_--Il ôte . . . il les ôte . . . il les a ôtées . . . +C'est-y fou! . . . C'est-y fou! + +BÉCHARD--Mais qu'y a-t-il donc, imbécile? + +TOINON, _toujours riant à s'en tenir les côtes_--Il les a ôtées, +épi il les a mises sur son dos! . . . + +BÉCHARD--Quoi? + +TOINON--Ses bottes! . . . et puis il est parti nu-pieds sur la +neige. . . . Ste Anne du Nord, j'plains ses pauv'es orteils! . . . + +BÉCHARD--Il est parti! . . . + +TOINON--Oui, épi, j'sais ben à qui c'qui ça fait point d'peine. + +BÉCHARD--Pauvre garçon, que le ciel le conduise! . . . + +TOINON--Ben, j'peux dire que j'en ai mangé des rinces! + +_Le décor change et représente l'intérieur de la demeure du père +Poutré._ + + +SCÈNE XII + + _POUTRÉ, seul_ + +POUTRÉ, _entrant_--Point de nouvelles! Encore un voyage inutile! . . . +Point de nouvelles! . . . Oh! j'en mourrai, sans doute . . . Mon +pauvre Félix, le dernier de mes enfants! . . . le seul espoir de mes +vieux jours, traîné sur la potence comme un meurtrier, et cela pour +avoir trop aimé son pays! . . . Oh! mon Dieu, vous ne le permettrez +pas; que je meure plutôt, mais sauvez mon fils! pauvre enfant dont +la crainte du supplice a égaré la raison. Je n'ai seulement pas eu +la consolation de l'embrasser une dernière fois; il m'a repoussé avec +des malédictions . . . Il n'a pas reconnu son vieux père . . . Voilà +donc la récompense de soixante et dix années de travail et de probité! +. . . Oh! les traîtres! . . . les tyrans! venez contempler votre +ouvrage! . . . venez vous repaître de mes souffrances! . . . Venez +jouir du désespoir d'un pauvre vieillard à qui l'on a arraché sa +dernière consolation! . . . Vous êtes avides des larmes de l'opprimé; +eh bien, on pleure ici, et c'est un vieillard aux cheveux blancs qui +pleure . . . Venez tous, le spectacle est digne de vous! . . . + + +SCÈNE XIII + + _POUTRÉ, CAMEL_ + +CAMEL, _entrant_--Eh bien, père Poutré, avez-vous appris la +nouvelle? + +POUTRÉ--Arrière, traître! . . . ou plutôt approche! Tu n'es pas +satisfait, je suppose . . . Eh bien, mets le comble à toutes les +infamies, lâche. Tu as conduit le fils à l'échafaud; il n'ira pas +seul; arrête le père aussi! Achève ton ouvrage! . . . je hais les +despotes dont tu t'es fait le vil valet, entends-tu? je les hais! +je les insulte, et je leur cracherais à la figure s'ils étaient +ici présents. Toi, tu es trop lâche! + +CAMEL--Allons donc, père Poutré, vous m'en voulez donc toujours? Je +n'ai pourtant fait que mon devoir. Mon intention n'a jamais été de +vous faire de la peine. Je sais bien que vous m'avez rendu service +plus d'une fois, et pour vous prouver que je ne suis pas ingrat, je +viens vous apporter des nouvelles de Montréal. + +POUTRÉ--Qu'as-tu encore à m'apprendre, renégat? La condamnation de +Félix, sans doute? . . . + +CAMEL--Oh! non, pas tout à fait; mais il y a dix de ses compagnons +qui viennent d'être condamnés à mort. Le notaire De Lorimier est du +nombre. + +POUTRÉ--Et l'on ne parle pas de Félix? On m'avait dit . . . + +CAMEL--Attendez donc? Ils ne peuvent pas en pendre vingt-cinq à +la fois . . . + +POUTRÉ--Le pauvre enfant! . . . + + +SCÈNE XIV + + _Les Précédents, FÉLIX_ + +FÉLIX, _entrant_--Mon père! + +POUTRÉ--Félix!!! + +CAMEL--Lui! + +(_Félix et son père tombent dans les bras l'un de l'autre._) + +POUTRÉ--Libre! . . . libre! . . . libre! . . . Merci mon Dieu! + +FÉLIX, _se tournant vers Camel_--Comment, c'est encore toi, +misérable! Tu vas vouloir m'arrêter encore, sans doute; mais je me +fiche pas mai de toi maintenant, va! Tiens, lis! (_Il lui montre +un papier._) + +CAMEL--Sa lettre de grâce! . . . + +POUTRÉ--Son pardon! + +FÉLIX--Oui! + +CAMEL--Ah bien! mon cher Félix, j'en suis heureux; j'espère que tu +ne m'en veux pas . . . Le devoir, vois-tu, le devoir! . . . + +FÉLIX--Comment, tu as l'effronterie? . . . (_Deux policemen entrent._) + + +SCÈNE XV + + _Les Précédents, deux POLICEMEN_ + +CAMEL--La police! . . . Je suis sauvé . . . Policemen, arrêtez cet +homme, c'est un échappé de la prison; il a une lettre de grâce obtenue +sous de faux prétextes: je le prouverai; arrêtez-le! + +UN POLICEMAN--Le nommé Joseph Camel est-il ici? + +CAMEL--C'est moi. + +UN POLICEMAN--Eh bien, je vous arrête comme faussaire; voici mon +_warrant_. + +CAMEL--Malédiction! . . . (_Les policemen l'entraînent._) + +FÉLIX--Bon! misérable! . . . C'est à ton tour . . . + +POUTRÉ--Dieu est juste! . . . (_Camel et les policemen sortent._) +Enfin, c'est donc bien toi, mon cher Félix; on m'avait dit que tu +étais condamné à mort . . . + +FÉLIX--Ah bien oui, on n'a seulement pas fait mon procès. J'ai fait +le fou: c'est très peu héroïque, mais c'est cela qui m'a sauvé . . . + +POUTRÉ--Comment, tu n'a pas été fou? + +FÉLIX--Pas plus qu'aujourd'hui, et j'ai à vous demander pardon pour +la manière dont je vous ai traité vous-même. C'était pour sauver ma +tête et pour vous épargner des pleurs. + +POUTRÉ--Ah! mon cher Félix, ne parlons pas de cela. (_Béchard entre._) + + +SCÈNE XVI + + _Les Précédents, BÉCHARD_ + +BÉCHARD--Sauvé, moi aussi!!! + +(_Ensemble:_) +FÉLIX--BÉCHARD! +POUTRÉ--BÉCHARD! + +(_Ils s'embrassent._) + +BÉCHARD--Point de preuves contre moi, Voilà tout! + +POUTRÉ--Mes enfants, remercions la Providence qui n'abandonne jamais +ceux qui ont confiance en elle. + +FÉLIX--Oui, père, remercions la Providence qui a veillé sur nous, et +prions pour ces pauvres victimes qui, moins heureuses, ont expié sur +l'échafaud le crime d'avoir trop aimé leur pays. Ils sont morts en +braves patriotes et en héros chrétiens; puisse leur mort devenir une +source féconde de patriotisme, et la terre qui a bu leur sang porter +les plus beaux fruits pour l'avenir du Canada! . . . + +(_Le rideau tombe._) + + +FIN + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Félix Poutré, by Louis H. Fréchette + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLIX POUTRÉ *** + +***** This file should be named 15361-8.txt or 15361-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/5/3/6/15361/ + +This text was adapted from that found at the Bibliothèque virtuelle. +http://www.fsj.ualberta.ca/biblio/default.htm + +Thank you to Donald Ipperciel and the Faculté Saint-Jean +(University of Alberta) for making it available. + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/15361-8.zip b/15361-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e23bcae --- /dev/null +++ b/15361-8.zip diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..7333f0f --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #15361 (https://www.gutenberg.org/ebooks/15361) |
