summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:46:34 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:46:34 -0700
commit505b7b8f985d88a1e21df0c61f583f462730c025 (patch)
treeb1589cacc382fe9a9db210110dc338b6f686e5e5
initial commit of ebook 15361HEADmain
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--15361-8.txt2877
-rw-r--r--15361-8.zipbin0 -> 42728 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
5 files changed, 2893 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/15361-8.txt b/15361-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..c51e754
--- /dev/null
+++ b/15361-8.txt
@@ -0,0 +1,2877 @@
+The Project Gutenberg EBook of Félix Poutré, by Louis H. Fréchette
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Félix Poutré
+ Drame historique en quatre actes
+
+Author: Louis H. Fréchette
+
+Release Date: March 14, 2005 [EBook #15361]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLIX POUTRÉ ***
+
+
+
+
+This text was adapted from that found at the Bibliothèque virtuelle.
+http://www.fsj.ualberta.ca/biblio/default.htm
+
+Thank you to Donald Ipperciel and the Faculté Saint-Jean
+(University of Alberta) for making it available.
+
+
+
+
+
+
+Félix Poutré
+
+Drame historique en quatre actes
+
+Par Louis H. Fréchette
+
+
+
+PERSONNAGES
+
+ Félix Poutré, 21 ans.
+ Poutré, père de Félix, 60 ans.
+ Béchard, 40 ans.
+ Cardinal, Membre du Parlement, 35 ans.
+ Duquette, Étudiant en Droit, 21 ans.
+ Toinon, paysan, 20 ans.
+ Camel, (un traître) 30 ans.
+ Dr. Arnoldi, 60 ans.
+ Le Shérif.
+ Le Geôlier.
+ Un Juge.
+ 1er Conjuré.
+ 2ème Conjuré.
+ 3ème Conjuré.
+ Un Policeman.
+ Le Bourreau, des Soldats Anglais, des Policemen, des Patriotes,
+ des Prisonniers, des Officiers de Justice.
+
+
+
+Acte I
+
+_Le décor représente la rue St-Jean-Baptiste à Montréal.
+Il fait nuit._
+
+
+SCÈNE I
+
+ _CAMEL, un POLICEMAN_
+
+CAMEL, _enveloppé dans un grand manteau_--Vous voyez cette porte,
+n'est ce pas?
+
+POLICEMAN--Oui.
+
+CAMEL--C'est là. Vous arriverez à minuit, entendez-vous? C'est à
+cette heure-là à peu près que tous les Patriotes seront rassemblés.
+
+POLICEMAN--Sont-ils nombreux?
+
+CAMEL--Cela dépend; mais venez toujours en force, car les brigands
+sont armés, et pourraient bien faire une chaude résistance. Vous
+aurez le soin de me protéger si l'on veut porter la main sur moi . . .
+
+POLICEMAN--Soyez tranquille. Dans quelle partie de la maison
+sont-ils assemblés?
+
+CAMEL--Vous y serez conduits. Comme l'usage de toute lumière est
+strictement défendu dans les corridors, on ne verra vos uniformes
+que lorsque vous serez introduits dans la salle des séances. Le mot
+d'ordre est: «Vengeance et liberté.» Aux mots «Qui va là,» vous
+répondrez: «Brutus!»
+
+POLICEMAN--Bien! . . .
+
+CAMEL--Voilà qui est convenu. A minuit.
+
+POLICEMAN--A minuit! (_Il sort._)
+
+
+SCÈNE II
+
+ _CAMEL seul_
+
+CAMEL--Ah! Ah! Ah! . . . Je les tiens . . . Ils n'échapperont pas
+cette fois . . . Presque tous pris dans un seul coup de filet . . .
+Comme le gouvernement va m'avoir de l'obligation! Comme la récompense
+sera belle . . . Aussi, comme il m'a fallu de la patience, de la
+diplomatie et de l'audace pour en arriver là. Me faire passer pour un
+patriote, me faire admettre au nombre des conjurés, les tromper tous
+par mes protestations de dévouement à leur cause . . . J'ai tout
+fait, avec habileté, avec talent, avec génie! . . . Camel, Camel, tu
+es un grand homme! Tu es destiné à devenir un premier ministre pour
+le moins! . . . Il est bien dix heures maintenant, ils doivent être
+déjà assemblés. Entrons! (_Il frappe trois coups espacés à une porte
+au fond._)
+
+UNE VOIX, _en dehors_--Qui va là?
+
+CAMEL--Brutus!
+
+UNE VOIX, _en dehors_--Le mot d'ordre?
+
+CAMEL--Vengeance et liberté. (_La porte s'ouvre et Camel entre._)
+
+_Le décor change et représente une salle souterraine. Plusieurs
+conjurés sont autour d'une table. L'un d'eux est près de la porte
+d'entrée. Des armes de toute espèce sont suspendues aux murs._
+
+
+SCÈNE III
+
+ _CARDINAL, CAMEL, CONJURÉS_
+
+CARDINAL--Avons-nous des nouvelles des États-Unis?
+
+1er CONJURÉ--Oui, deux des nôtres sont à New York, organisant des
+comités de secours. Le No. 36 est parti pour Washington pour
+s'aboucher avec les autorités. Le No. 17 m'écrit de Burlington
+qu'une grande quantité d'armes doit lui être envoyée d'Albany,
+et qu'il se prépare à nous les faire tenir au premier signal
+d'insurrection. Enfin toutes les sympathies du peuple américain
+sont pour nous, et nul doute qu'on nous fournira autant d'armes
+et de munitions que nous en aurons besoin.
+
+LES CONJURÉS--Bravo!
+
+CARDINAL, _consultant ses notes_--Le No. 20 est-il revenu de Québec?
+
+2ème CONJURÉ--Me voici. J'ai assisté à l'assemblée des Frères
+samedi. Je suis d'opinion que nous ne pouvons rien tenter à Québec
+pour le moment. À part quelques jeunes gens enthousiastes et
+dévoués, la population toute entière croupit dans une apathie
+déplorable. L'avis général est qu'à moins d'un mouvement sérieux
+dans tous les pays, il ne faut pas compter sur Québec.
+
+CARDINAL--C'est à peu près ce qu'on m'a déjà rapporté. Et
+Trois-Rivières?
+
+2ème CONJURÉ--J'y suis arrêté. La population est encore plus nulle
+qu'à Québec. Impossible de la remuer. Il existe cependant une
+organisation assez active chez un petit nombre de patriotes zélés
+qui s'entendent avec les Fidèles de Nicolet. Ils ont appris
+par leurs affiliés de Québec que le gouvernement devait faire
+transporter à Montréal une quantité considérable d'armes et de
+munitions, et ils ont conçu le dessein de s'en emparer par un coup
+de main hardi. Mais comme ils ne veulent pas agir inconsidérément
+et surtout prématurément, ils attendent nos instructions.
+
+1er CONJURÉ--C'est une idée superbe, il nous faut ces armes à tout
+prix!
+
+CAMEL--Des armes et des munitions: il n'y a que cela qui nous
+manque. (_À part._) Encore une découverte! On dirait que la
+Providence conspire avec moi.
+
+CARDINAL--Et le No. 27, est-il de retour à Montréal?
+
+1er CONJURÉ--Oui. Il est attendu ici de minute en minute. On dit
+qu'il a fait des prodiges dans le sud. A sa voix les campagnes se
+soulèvent comme un seul homme. Si nous réussissons, nous lui devrons
+une bonne part de notre succès . . .
+
+CARDINAL--Noble coeur! . . . Si tous avaient le même courage et le
+même dévouement! (_On frappe à la porte._) Du silence . . . C'est
+peut-être lui.
+
+3ème CONJURÉ--Qui va là?
+
+DUQUETTE, _en dehors_--Brutus!
+
+CARDINAL--C'est sa voix; c'est lui.
+
+3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre?
+
+DUQUETTE, _en dehors_--Vengeance et liberté! . . .
+
+3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Duquette entre._)
+
+
+SCÈNE IV
+
+ _Les Précédents, DUQUETTE_
+
+DUQUETTE--Frères, la paix soit avec vous, et Dieu sauve le Canada!
+
+LES CONJURÉS--Dieu sauve le Canada!
+
+CARDINAL, _conduisant Duquette sur le devant de la scène_--Mon cher
+Duquette! . . . (_Il lui serre la main._)
+
+DUQUETTE--Mon cher Cardinal! . . .
+
+CARDINAL--Sois prudent; je ne sais ce qui me dit que nous avons un
+traître parmi nous.
+
+DUQUETTE--Un traître!
+
+CARDINAL--Oui! Il y a longtemps que je l'épie et je suis à prendre
+les moyens de le faire se trahir lui-même. J'espère l'y amener.
+
+DUQUETTE--Et que lui ferons-nous?
+
+CARDINAL--Nous verrons. En attendant, le plus important c'est de
+le découvrir.
+
+CAMEL, _à part_--Je donnerais beaucoup pour savoir ce qu'ils se
+communiquent si mystérieusement. Si ce sont des plans qu'ils
+combinent, ils ne comptent guère avec ce qui doit leur arriver
+ce soir.
+
+CARDINAL, _à Duquette_--Et ton voyage? On dit que tu as fait des
+merveilles? . . .
+
+DUQUETTE--J'ai en effet réussi au-delà de mes espérances. Toutes
+les populations sont admirablement disposées. Quatre mille hommes
+sont déjà enrôlés et prêts à partir aussitôt que nous pourrons
+leur fournir des armes; mais nous parlerons de tout cela à tête
+reposée . . . J'ai vu ce jeune homme de Napierville dont vous
+m'avez parlé . . .
+
+CARDINAL--Poutré?
+
+DUQUETTE--Oui.
+
+CARDINAL--Eh bien?
+
+DUQUETTE--Vingt-et-un ans, une taille d'athlète, un poignet d'acier
+et un coeur de brave . . . Et de plus très populaire auprès des
+habitants . . . C'est certainement l'homme qu'il nous faut dans
+cet endroit-là. Le Docteur Côte a eu une entrevue avec lui et m'a
+chargé de le conduire à Montréal pour prendre vos instructions . . .
+
+CARDINAL--Il est ici?
+
+DUQUETTE--Oui, dans l'appartement voisin. Vais-je l'introduire?
+
+CARDINAL--Immédiatement. (_Duquette sort._) Frères, les nouvelles
+qui nous arrivent des campagnes du sud sont encourageantes au plus
+haut point. Avant trois semaines, l'étendard de l'indépendance
+sera déployé sur plusieurs points à la fois, et dans un mois, je
+l'espère, le pays tout entier se lèvera comme un seul homme pour
+écraser ses oppresseurs!
+
+LES CONJURÉS--Bravo! . . .
+
+CARDINAL--Point d'enthousiasme; c'est ce qui nous a perdus l'année
+dernière. Notre cause a été compromise dans une tentative héroïque,
+mais trop hâtive et mal calculée. Trop de coeur et pas assez de
+tête . . . Non, point d'enthousiasme, mais de la froideur dans vos
+calculs et de l'énergie dans l'exécution; surtout du dévouement! Et
+ce que nous n'avons pu faire l'année dernière, nous le ferons cette
+année. Mais il ne faut pas se le dissimuler, il nous faut du courage
+et de la prudence, car c'est le sort de tout un peuple que nous
+allons jouer à pile ou face. (_On frappe._)
+
+3ème CONJURÉ--Qui va là?
+
+DUQUETTE, _en dehors_--Brutus.
+
+3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre?
+
+DUQUETTE, _en dehors_--Vengeance et liberté! . . .
+
+3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Duquette et Félix
+entrent._)
+
+
+SCÈNE V
+
+ _Les Précédents, FÉLIX_
+
+DUQUETTE, _à Cardinal_--Le voici!
+
+CAMEL, _à part_--Félix Poutré! . . . L'être exécrable que l'enfer
+s'est plu à jeter sans cesse en travers de ma route! C'est lui
+surtout qu'il me faut!
+
+CARDINAL, _à Félix_--Bien, jeune homme! (_Il lui serre la main._)
+Tu sais ce dont il s'agit; es-tu des nôtres? . . .
+
+FÉLIX--Messieurs, si votre intention est de renverser le
+gouvernement et de faire avaler une pilule évacuative à Messieurs
+les Anglais, vous pouvez compter sur moi. Il y a longtemps que ça me
+démange, et nom d'un nom! j'ai hâte de me frotter un peu avec des
+habits rouges.
+
+CARDINAL--A la bonne heure! Tu seras satisfait avant longtemps. Et
+puis, comme tu es un garçon intelligent, plein de bonne volonté, et
+surtout, bon patriote, tu peux jouer un grand rôle, si tu veux; mais
+il faut que tu sois bien prêt à tout.
+
+FÉLIX--Soyez tranquille. Ça y est!
+
+CARDINAL--Songez-y bien. C'est une sérieuse affaire que nous
+entreprenons. C'est notre tête que nous jouons tous. Une fois parti
+on ne pourra plus reculer. Bon gré mal gré, il faudra aller jusqu'au
+bout.
+
+FÉLIX--Je ne suis pas homme à reculer. Toutes mes réflexions sont
+faites. Je veux délivrer mon pays, et je vous suis. Arrive que
+pourra! Mais il serait assez bon de prendre nos précautions cette
+fois; car, voyez-vous, les coups sont quelquefois pour nous.
+
+DUQUETTE--C'est justement parce que nous n'avons pas réussi l'année
+dernière que l'expérience ne nous fera pas défaut cette fois-ci.
+Vous comprenez que nous savons aujourd'hui par où nous avons péché.
+
+FÉLIX--Je vais vous le dire tout de suite, moi, par où vous avez
+péché: c'est d'avoir envoyé les habitants se battre avec des fusils
+sans plaque. Comment voulez-vous que nous déplantions un Anglais
+avec un fusil qui ne vaut pas mieux qu'un bâton? Vous voulez que
+nous nous battions; nous sommes prêts. Ah! vous en trouverez des
+hommes, allez. Mais au moins donnez-nous des armes; des fusils, des
+canons, de la poudre et des balles. Avec tout cela, je vous promets
+qu'il en sautera des Anglais.
+
+CARDINAL--Vous en aurez des fusils et des balles. Toutes nos mesures
+sont prises. Nous avons en ce moment aux États-Unis des affiliés
+occupés à nous procurer tout cela. L'important pour le moment, c'est
+d'obtenir quelques fonds. Deux choses sont pressantes: 1. organiser
+des comités qui deviendront des compagnies plus tard; 2. lever
+autant d'argent que possible pour l'achat des armes qu'il nous faut.
+Tu es populaire dans les environs de Napierville: veux-tu te dévouer
+à l'une et à l'autre?
+
+FÉLIX--Vous connaissez ma réponse.
+
+CARDINAL--Bien, je n'attendais rien moins de votre patriotisme,
+Félix Poutré. Je vais vous assermenter et vous vous mettrez de suite
+à l'oeuvre. (_Il lui présente une Bible, et tous les conjurés se
+rangent autour de Félix, et lèvent la main droite._) «Vous jurez à
+Dieu et à votre patrie d'employer toute votre énergie et tout votre
+courage pour chasser les Anglais du soi du Canada, et de ne vous
+arrêter que lorsqu'il n'en restera plus un seul dans ses limites!»
+(_Il baise la Bible et se retire._)
+
+LES CONJURÉS--Ainsi soit-il!
+
+CARDINAL--Maintenant, Félix Poutré, le pays compte sur vous. Gardez
+cet Évangile, et parcourez les campagnes pour administrer le même
+serment à tous les patriotes qui voudront se joindre à nous. En même
+temps, nous solliciterons quelques souscriptions dont le produit
+sera employé à l'achat des armes qu'il nous faut pour réussir.
+Voulez-vous faire cela avec zèle et discrétion?
+
+FÉLIX--Je le promets sur ma tête et sur mon honneur! (_On frappe._)
+
+3ème CONJURÉ--Qui va là?
+
+UNE VOIX, _en dehors_--Brutus!
+
+3ème CONJURÉ--Le mot d'ordre?
+
+UNE VOIX, _en dehors_--Vengeance et liberté!
+
+3ème CONJURÉ, _ouvrant la porte_--Entrez! (_Entrent dix Policemen._)
+
+
+SCÈNE VI
+
+ _Les Précédents, POLICEMEN_
+
+LES CONJURÉS--Nous sommes trahis! . . .
+
+CAMEL, _à part_--Sitôt! Ils ne devaient pourtant pas être ici avant
+minuit . . .
+
+DUQUETTE--Défendons-nous, mort au traître! . . .
+
+CARDINAL--Du calme, Duquette; laissez-moi faire!
+
+CAMEL, _se rangeant du côté de la Police_--Policemen, ces hommes
+sont tous des conspirateurs; ils ont juré de renverser le
+gouvernement de Sa Majesté . . . Je les dénonce . . . (_Montrant
+Cardinal._) Voici leur chef; (_montrant Félix_) et voici le dernier
+affilié, et peut-être le plus dangereux de tous!
+
+LES CONJURÉS--Le traître!
+
+CARDINAL--Le lâche! . . .
+
+CAMEL, _montrant un papier aux policemen_--Voici mes ordres signés
+du Shérif. Policemen, arrêtez-les tous! (_Personne ne bouge._)
+Arrêtez-les tous, vous dis-je, et que pas un seul ne puisse
+s'échapper! . . .
+
+CARDINAL, _aux Policemen_--Frères, (_montrant Camel_) emparez-vous
+de ce traître! (_À Camel._) Ah! . . . lâche, il y a longtemps que
+je soupçonnais la trahison, et que j'avais l'oeil sur toi! Tu
+nous tendais des pièges; tu t'y es laissé prendre toi-même comme
+un imbécile. Ces hommes que tu as pris pour des mercenaires du
+gouvernement dont tu t'es fait le servile valet, sont, des nôtres,
+entends-tu? Je leur ai fait prendre ce costume pour te forcer à
+lever le masque; et maintenant que nous t'avons vu tel que tu es,
+nous savons ce qui nous reste à faire.
+
+LES CONJURÉS--A mort! à mort!
+
+CAMEL--Grâce! pour l'amour de Dieu!
+
+CARDINAL--Grâce? vil espion; si tu en valais la peine, je te ferais
+sauter la cervelle comme une vieille calebasse pourrie, je jetterais
+ta sale carcasse aux chiens; mais les armes que nous avons prises
+pour délivrer la patrie, ne doivent pas commencer par se souiller du
+sang d'un renégat. Au cachot, misérable! C'est là que tu attendras
+le jugement que ta trahison mérite! (_On jette Camel à la cave._)
+
+LES CONJURÉS--C'est cela. Bravo! . . .
+
+CARDINAL--Frères, nous venons d'échapper à un grand danger.
+Remercions la Providence qui protège aussi visiblement la cause pour
+laquelle nous allons combattre. Allons nous mettre à l'oeuvre.
+Voici les plis cachetés dans lesquels chacun de nous trouvera le
+mot d'ordre, et les dispositions des chefs. Prenez: soyez prudents,
+et Dieu sauve le Canada!
+
+LES CONJURÉS--Dieu sauve le Canada!
+
+CARDINAL, _à Duquette_--Toi, viens avec moi! (_À Félix._) Jeune
+homme, c'est entendu, adieu! à la vie à la mort! . . . (_Il lui serre
+la main._) Sortons.(_Tous sortent._)
+
+FÉLIX, _resté en arrière_--Dans six mois le Canada sera libre! . . .
+Et moi? . . . Dans six mois, Félix Poutré sera mort, ou sera un grand
+homme! . . . (_Il sort._)
+
+
+
+Acte II
+
+_Le décor représente une grande route._
+
+
+SCÈNE I
+
+_On entend un chant, d'abord lointain, se rapprochant, et une
+troupe de patriotes entrant à droite en chantant:_
+
+UN PATRIOTE--En avant! marchons, etc.
+ O Canadiens, peuple de braves,
+ La liberté rouvre ses bras!
+ On nous disait: soyez esclaves!
+ Nous avons dit: soyons soldats!
+ Aux armes donc, fiers patriotes,
+ Ressuscitons les sans-culottes!
+ En avant, marchons!
+ Contre les canons!
+ A travers le fer, le feu, les bataillons!
+ Marchons, sus aux despotes! (_bis_)
+
+LE CHOEUR--En avant, marchons, etc.
+
+(_Ils sortent à gauche en chantant._)
+
+TOINON, _resté seul en arrière, avec un grand sabre tout rouillé
+sur l'épaule_--Ste Anne du Nord! Si je pouvais donc déplanter un
+Anglais! . . . Ça serait-y rien qu'un petit. . . . avec le sabre
+à mon grand-père. . . . Il m'semble que ça y ferait plaisir,
+c'pauv'défunt! . . . (_Il chante sur un ton faux, en s'en allant à
+gauche:_) En avant, marchant, à travers les champs . . . (_Cardinal
+et Duquette entrent à droite._)
+
+CARDINAL, _à Toinon_--Garçon, attends! j'ai à te parler. (_À
+Duquette._) Tu dis qu'il s'est échappé?
+
+DUQUETTE--Oui, et voici même la lettre que je viens de recevoir à ce
+sujet. (_Il lit:_) «Camel s'est évadé hier de la prison où nous
+l'avions enfermé. Il est probable qu'à l'heure où je t'écris, nous
+sommes tous dénoncés. On m'assure que le traître est parti ce matin
+pour Napierville. Ainsi, soyez sur vos gardes. (_Signé._) No. 12».
+Vous voyez que nous n'avons pas de temps à perdre.
+
+CARDINAL--Ainsi, il est probable qu'il est en ce moment à
+Napierville?
+
+DUQUETTE--C'est très possible.
+
+CARDINAL, _à Toinon_--Garçon, tu connais le capitaine Félix Poutré?
+
+TOINON--Ben, j'penserais!
+
+CARDINAL--Eh bien, cours à Napierville, et dis-lui que Camel s'est
+échappé de prison; qu'il doit être en ce moment dans les environs,
+et qu'il faut s'emparer de sa personne à tout prix. Va, tu seras
+récompensé.
+
+TOINON--Ça y est. (_Il sort à gauche en chantant:_) «Quand le feu fut
+dans les sapins, ça flambait ben, ça flambait ben.»
+
+(_Cardinal et Duquette le suivent._)
+
+_Le décor s'ouvre et représente l'intérieur de la demeure de
+Poutré._
+
+
+SCÈNE II
+
+ _POUTRÉ, père et CAMEL (assis)_
+
+CAMEL--Je vous dis qu'il y était, moi; et que cette maudite
+canaille a eu l'audace d'attaquer Odeltown où les volontaires
+étaient retranchés; qu'ils se sont battus deux jours de suite
+comme des enragés brigands qu'ils sont. Mais heureusement qu'ils
+n'avaient pour armes que quelques mauvais fusils et les troupes
+du gouvernement n'ont pas eu de peine à repousser leurs attaques.
+
+POUTRÉ--Pauvres enfants!
+
+CAMEL--Oui, pauvres enfants, des rebelles qui, s'ils tombent
+maintenant sous la patte du gouvernement, recevront certainement ce
+qu'ils méritent. Entendez-vous, père Poutré, et votre Félix pourrait
+bien, avant longtemps, essayer une cravate plus dure qu'une cravate
+de marié!
+
+POUTRÉ--Mais qui donc t'a dit, Camel, que Félix faisait partie des
+révoltés? Il est parti depuis huit jours pour Lacolle où il règle
+quelques-unes de mes affaires.
+
+CAMEL--Allons donc! allons donc! on sait ce qu'on sait. Et si je
+vous disais, moi, que depuis un mois, il parcourt les campagnes pour
+assermenté les rebelles et lever des fonds pour acheter des armes
+aux États-Unis; qu'il a ainsi réuni plus de trois mille vauriens,
+organisé des comités, tenu des conciliabules, et soulevé partout
+cette canaille qui est heureusement dispersée maintenant!
+
+POUTRÉ, _à part_--Le traître sait tout! (_Haut._) C'est impossible
+ce que tu me dis là, Camel. Mon fils ne s'est jamais mêlé des
+troubles du pays. Mais, toi, tu fais un bien vil métier en décriant
+ainsi tes compatriotes, et en essayant de faire planer de tels
+soupçons sur la conduite de tes frères.
+
+CAMEL--Ta, ta, ta, ta! Tenez, le père, si j'écoutais mon devoir, je
+devrais les dénoncer plutôt, et le gouvernement m'en saurait gré . . .
+(_On entend chanter ait loin:_ En avant! marchons, _etc._) Tenez,
+les voilà qui s'approchent! (_On entend des coups de fusil._)
+Entendez-vous la fusillade? C'est sans doute quelque escarmouche
+de l'autre côté de la rivière. Il est maintenant 7 heures du soir:
+bien! avant qu'il soit 11 heures, les troupes se seront emparées
+du village. Au revoir, père Poutré. (_Il sort._)
+
+
+SCÈNE III
+
+ _POUTRÉ seul_
+
+POUTRÉ--Oui, au revoir, maudit pourvoyeur de potence! S'il fallait
+chasser quelqu'un du pays, c'est bien par les chenapans de ton
+espèce qu'il faudrait commencer! . . . Mais Félix ne revient toujours
+pas . . . pourvu qu'il ne lui soit point arrivé malheur . . . qui sait
+où sa mauvaise tête peut le conduire . . . O mon Dieu, conservez-moi
+le seul espoir de mes cheveux blancs! (_Une troupe de patriotes
+entrent en chantant. Ils sont armés de fourches, de faux et de
+mauvais fusils._)
+
+
+SCÈNE IV
+
+ _POUTRÉ, BÉCHARD, TOINON, PATRIOTES_
+
+POUTRÉ--Eh bien, Béchard? (_Il lui serre la main._)
+
+BÉCHARD--Et Félix?
+
+POUTRÉ--Il n'est pas avec vous? Mon Dieu, qu'est-il devenu?
+
+BÉCHARD--Il est parti hier soir, pour aller à Lacolle chercher des
+fusils. Nous le cherchons; le temps presse; il devrait être de
+retour depuis longtemps.
+
+(_Félix entre._)
+
+
+SCÈNE V
+
+ _Les Précédents, FÉLIX_
+
+BÉCHARD--Le voilà! Eh bien, Félix, voilà quatre heures que nous
+te cherchons . . .
+
+FÉLIX, _découragé_--Pas d'armes, pas d'armes! Pas un seul fusil,
+pas une seule cartouche! . . . Mes amis, nous sommes trompés,
+vendus, sacrifiés! . . . Où est-il, que je lui dise en face ce
+qu'il est? . . .
+
+POUTRÉ--Qui donc?
+
+FÉLIX--Le Dr Côté.
+
+BÉCHARD--On dit qu'il est parti.
+
+FÉLIX--Malédiction! J'arrive trop tard. Comment donc ai-je pu faire
+pour ne me douter de rien? Oh! Le lâche! Il a mis sa peau en sûreté.
+Ah! si j'eusse été ici, misérable, tu ne serais pas parti comme
+cela . . .
+
+BÉCHARD--Personne ne l'a vu partir . . . On croit qu'il a dû filer
+avant le jour.
+
+FÉLIX--Le traître! . . . Écoutez-moi, mes amis, vous allez voir
+jusqu'où peut aller la perfidie d'un homme! Vous savez toutes les
+belles promesses qu'il nous avait faites . . . Et bien, après les
+désastreuses attaques d'Odeltown, je me rendis à Napierville, chez
+le Dr Côté, et je lui demandai si nous n'allions pas avoir des
+armes, et surtout des canons. Que voulez que nous fassions, lui
+dis-je, sans canons, pour déloger cette canaille-là de l'église? Si
+nous n'avons point d'armes, mieux vaut tout abandonner. Quoiqu'il
+essayât de faire bonne contenance, je vis bien à son expression
+embarrassée qu'il n'avait rien de bon à m'apprendre, et je commençai
+à me douter que quelque chose n'allait pas bien. Il me dit de
+revenir le voir. Je le quittai assez mécontent. Nous allons voir
+ce que l'on va me dire ce soir, me dis-je à moi-même. Il est temps
+que ces bêtises-là finissent. Aller se battre contre des murs avec
+des balles! . . . Mais nous y serions encore dans deux mois . . .
+Si nous eussions eu seulement deux petits canons! . . . Et dire que
+depuis plus d'un mois on nous promet des armes! Et qu'au moment
+critique, il ne nous est pas encore venu un seul fusil . . . Et tous
+ces braves gens confiants et honnêtes qui sont là compromis par des
+fous ou des traîtres! Car enfin, il n'y a pas de milieu; s'ils ont
+des armes et qu'ils ne les fassent pas venir de suite, c'est une
+imbécillité qui n'a pas de nom! S'ils n'en ont pas, ces hommes-là
+nous trahissent donc depuis un mois! S'ils nous avaient dit de suite:
+nous ne pouvons pas nous procurer des armes, est-ce que vous auriez
+songé à sortir de chez vous?
+
+PATRIOTES--Non! non!
+
+TOINON--Ben, j'pense pas!
+
+FÉLIX--Est-ce que nous sommes obligés de nous faire massacrer par
+les soldats anglais, ou à danser au bout de la corde d'une potence
+pour leur bon plaisir?
+
+PATRIOTES--Non! non!
+
+TOINON--Ben, j'pense pas! . . .
+
+FÉLIX--Mais voici la fin de l'histoire. Le soir arrivé, je retournai
+chez le Dr Côté. Je ne pus obtenir l'entrée. Vers neuf heures, je
+me présentai de nouveau; même résultat. Cela devenait inexplicable.
+Enfin à 11 heures je partis, déterminé à passer sur le corps de dix
+hommes, s'il le fallait, pour arriver à lui. A ma grande surprise,
+j'entrai sans difficulté. «Mon cher Poutré, _me_ dit Côté, nous
+venons d'être informés que les troupes du gouvernement se dirigent
+sur Napierville. Elles sont encore à huit lieues d'ici, et
+conséquemment elles arriveront demain sur les dix ou onze heures du
+soir. Ils sont à peu près cinq mille hommes. Pars immédiatement et
+rends-toi à Lacolle où les armes doivent être arrivées maintenant.
+Il doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. » Je me donnai
+bien de garde d'attendre le jour. Je partis aussitôt pour Lacolle,
+déterminé à remplir ma mission avec honneur. Chemin faisant, je
+m'arrêtai à chaque maison où j'espérais trouver un cheval et une
+voiture, et j'ordonnai plutôt que je ne demandai aux gens de me
+suivre pour aller chercher ces armes si longtemps attendues. Arrivé
+à Lacolle, je m'informai . . . Rien! . . . La réalité me frappa comme
+un coup de foudre . . . Rien! . . . Nous étions trahis et Côté avait
+voulu m'éloigner pour s'évader plus facilement; c'était toujours deux
+yeux de moins.
+
+BÉCHARD--Oh! le scélérat.
+
+POUTRÉ--Et maintenant qu'allez-vous faire, Félix? Les troupes
+anglaises qui sont à quelques milles du village . . .
+
+FÉLIX--Que voulez-vous que nous fassions contre cinq mille hommes de
+troupes régulières avec quatre cents mauvais fusils? Ah! si nous en
+avions une fois des fusils! de vrais fusils de soldat! . . . Mais à
+quoi sert? Tout est fini, c'est bien clair! . . . Séparons-nous, mes
+pauvres amis, et que chacun prenne son côté! Malheur à qui sera
+pris! . . .
+
+BÉCHARD--Tu as raison, Félix; tout est fini pour cette fois. L'heure
+de la délivrance n'est pas encore sonnée. Séparons-nous. Adieu!
+adieu, mes braves amis.
+
+(_Les patriotes serrent la main de Félix et sortent._)
+
+FÉLIX--Adieu, braves compagnons! Puisse la trahison ne pas avoir de
+suites plus funestes! . . .
+
+TOINON, _à part_--Et puis dire que j'ai pas pu tant seulement en
+déplanter la moquié d'un! . . .
+
+
+SCÈNE VI
+
+ _POUTRÉ, FÉLIX, TOINON_
+
+FÉLIX--Allons, c'est donc fini . . . Oh! les traîtres! . . . (_Il
+contemple son fusil et l'embrasse._) Adieu, mon fidèle mousquet,
+voilà la deuxième fois que tu combats pour la patrie, puisses-tu,
+dans des jours meilleurs, être encore le défenseur de la bonne
+cause! (_Il suspend son fusil au mur et s'assied tristement._)
+
+TOINON--Mon capitaine . . . sans vous interboliser . . . (_Silence._)
+Sus vot' respect, mon capitaine.
+
+FÉLIX--Que me veux-tu?
+
+TOINON--C'est que, mon capitaine . . .
+
+FÉLIX--Au diable avec ton capitaine, qu'est-ce que me veux?
+
+TOINON, _à part_--Ste Anne du Nord! comme il suspèque . . . (_Haut._)
+C'est que j'aurais comme manière d'une petite commission . . .
+
+FÉLIX--Qu'est-ce que c'est?
+
+TOINON--Ben, c'est un grand monsieur . . . C'est ben . . . queuque
+général, j'crois ben . . . qui m'a dit comme ça: Connais-tu Félix
+Poutré?--Le p'tit Félisque au père Poutré, que j'dis, ben
+j'penserais . . .--Tu vas aller le trouver, qui me dit.--Ça y est,
+que j'dis . . . je vous ai t'y dit qu'y en avait deux générals? . . .
+
+FÉLIX--Vas-tu achever une fois? et ta commission?
+
+TOINON--Ben v'là; tu diras à monsieur Félisque, qui me dit, que
+Camel . . .
+
+FÉLIX--Hein?
+
+TOINON--Que Camel est par icitte, épi qui faut que vous mettiez
+la main dessus, passeque . . .
+
+FÉLIX--Camel, sorti de prison! . . . C'est impossible.
+
+POUTRÉ--C'est tellement possible qu'il était ici il n'y a pas
+une heure.
+
+FÉLIX--Je suis perdu! . . . Cet homme-là a juré ma perte. Je suis déjà
+dénoncé, j'en suis sûr.
+
+TOINON--Bon, à c't'heure que ma commission est faite, j'vas aller
+serrer le sabre à mon grand-père. A la revue! (_S'en allant._)
+C'Camel-là, allez, c'est p'tit! (_Il sort._)
+
+
+SCÈNE VII
+
+ _POUTRÉ, FÉLIX_
+
+POUTRÉ--Eh bien, mon cher Félix, qu'est-ce-que tu vas faire
+maintenant?
+
+FÉLIX--Je ne serais pas fâché de le savoir moi-même.
+
+POUTRÉ--Mais, tu vas être arrêté!
+
+FÉLIX--C'est bien probable, mais qu'y faire? Peut-être me
+relâcheront-ils; je n'ai pas tant fait après tout.
+
+POUTRÉ--Tu n'as pas tant fait? Mais y penses-tu, Félix? Tu as
+organisé des compagnies; tu as couru les villages pendant plus d'un
+mois pour assermenté les patriotes; tu as fait des discours contre
+le gouvernement; enfin tu étais capitaine d'une compagnie; tu t'es
+battu à Odeltown, et tu dis que tu n'as pas tant fait! Ah bien! moi,
+je te dis que tu en as fait bien plus qu'il n'en faut pour . . .
+pauvre enfant (_il essaie une larme_) . . . Allons, pas de faiblesse;
+plus le malheur est grand, et plus il faut se montrer courageux.
+Tiens Félix, la seule chose qui te reste à faire . . .
+
+
+SCÈNE VIII
+
+ _POUTRÉ, FÉLIX, BÉCHARD_
+
+BÉCHARD, _entrant_--Que Félix ne reste pas ici une minute de plus,
+on le cherche. (_Apercevant Félix._) Va-t-en! va-t-en tout de suite,
+le colonel X... vient de donner l'ordre de t'arrêter. . . .
+
+POUTRÉ--Mon Dieu, que faire?
+
+FÉLIX--Comment diable a-t-il pu savoir que j'étais arrivé?
+
+BÉCHARD--S'il ne t'a pas vu, il s'en doute. Dans tous les cas, en
+passant devant ce vieux misérable de colonel, j'ai aperçu Camel qui
+sortait de la maison . . .
+
+POUTRÉ--Oh! le gredin! . . .
+
+BÉCHARD--«Prends garde de les manquer, lui dit le bonhomme; je l'ai
+vu comme je vous vois là, avec sa tuque rouge et ses gros yeux de
+chat-huant. Craignez pas, lui répondit Camel, je vais commencer par
+Félix; il y a longtemps que je le guette, celui-là!--Eh bien, va
+chez son père tout de suite, reprit le colonel, car s'il est revenu,
+le vieux a le nez long; il ne le gardera pas longtemps.» J'ai bien
+vu qu'il s'agissait de nous autres, et j'ai piqué droit à travers
+les champs pour venir les avertir. Si les chemins eussent été beaux,
+je ne serais peut-être pas arrivé à temps; mais avec ces chemins-là,
+ils doivent bien être encore à un bon quart de lieue d'ici. C'est
+donc à peu près dix minutes qui te restent. Ainsi profites-en; tu
+vois que ça presse.
+
+FÉLIX--Merci, merci, mon cher Béchard. (_Il lui serre la main._)
+
+BÉCHARD--C'est bon, c'est bon! allons, bonsoir. Je suis pressé, car
+je ne suis pas trop clair de mon affaire, moi non plus. Mais tenez,
+père Poutré, j'ai tant couru qu'une petite goutte ne me ferait pas
+de mal!
+
+POUTRÉ, _apportant une bouteille et des verres_--Ah! pauvre enfant,
+et moi qui suis assez sot pour n'y pas penser! . . . Tiens, vois-tu,
+il y a des moments où l'on n'a pas la tête à soi. Je te prie bien
+de m'excuser, car ce n'est pas mon habitude de mal recevoir mes
+meilleurs amis.
+
+BÉCHARD--Ce n'est rien, père Poutré; je sais bien que ce n'est pas
+le coeur qui manque.
+
+(_Ils trinquent._)
+
+POUTRÉ--A des jours meilleurs!
+
+(_Ensemble:_)
+FÉLIX--A la liberté du Canada!
+BÉCHARD--A la liberté du Canada!
+
+BÉCHARD--Là-dessus, braves amis, adieu, et bonne chance!
+(_Il sort._)
+
+FÉLIX--Adieu!
+
+
+SCÈNE IX
+
+ _POUTRÉ, FÉLIX_
+
+POUTRÉ--Tu vois, Félix, tu n'as pas un moment à perdre! Sauve-toi,
+sauve-toi dans le bois des _Trente_. J'irai t'y porter à manger
+demain. (_On frappe._) Sauve-toi au nom du ciel. (_Félix sort à
+gauche._) Qui est là?
+
+
+SCÈNE X
+
+ _POUTRÉ, CAMEL_
+
+CAMEL, _en dehors_--Ouvrez donc, père Poutré; vous n'avez pas peur
+des amis?
+
+POUTRÉ--C'est lui, le gueux! (_Il ouvre._)
+
+CAMEL, _entrant_--Je vous souhaite le bonsoir, père Poutré.
+
+POUTRÉ--Bonsoir.
+
+CAMEL, _s'asseyant_--Les temps sont durs, père Poutré.
+
+POUTRÉ--Oui, les pauvres Canadiens vont avoir de bien mauvais quarts
+d'heure à passer.
+
+CAMEL--C'est bien leur faute; quel besoin avaient-ils de se révolter
+contre le gouvernement? Y a-t-il un pays au monde aussi heureux que
+celui-ci?
+
+POUTRÉ--Hum!
+
+CAMEL--Comment? vous ne trouvez pas les Canadiens heureux de vivre
+sous notre bon gouvernement?
+
+POUTRÉ--Écoute, Camel, ne viens pas me tendre des pièges. Je n'ai
+pas bougé, moi; j'ai cru que c'était une folie. Je l'ai même dit aux
+jeunes gens. Malheureusement une fois le branle donné, rien n'a pu
+arrêter ces pauvres enfants-là . . . Mais de ce que je dis qu'ils ont
+fait une folie, à dire que le gouvernement est bon, il y a loin. Je
+ne dis pas, entendons-nous, qu'il soit mauvais; je ne dis rien du
+tout. Mais avant de dire qu'il est bon, tu sais . . . mon cher . . .
+Au reste il ne s'agit pas de tout cela; qu'y a-t-il à ton service?
+
+CAMEL--Ainsi, père Poutré, vous pensez que le gouvernement n'est pas
+bon?
+
+POUTRÉ--Je ne dis rien, Camel, entends-tu? Laissons cela là et
+dis-moi ce que tu viens faire ici!
+
+CAMEL--Oh! histoire de jaser en passant . . . mais vous vous couchez
+bien tard, père Poutré; attendez-vous quelqu'un?
+
+POUTRÉ--Tu es bien curieux. J'ai bien le droit, je suppose, de me
+coucher quand bon me semble.
+
+CAMEL--Allons donc, ne vous fâchez pas, père Poutré. Avez-vous
+entendu parler des événements? On dit qu'il y a eu bien des
+malheurs . . . bien des prisonniers faits surtout?
+
+POUTRÉ--Tant pis!
+
+CAMEL--Pourquoi donc tant pis? Est-ce que ces vauriens-là ne
+méritent pas d'être punis pour leur conduite?
+
+POUTRÉ--Si l'on punissait les vrais coupables, ce ne serait
+peut-être pas ceux-là qui en souffriraient.
+
+CAMEL--Et qui sont-ils les vrais coupables?
+
+POUTRÉ--Les vrais coupables, écoute, Camel, ce sont ceux qui vendent
+et livrent leurs compatriotes pour de l'argent, des honneurs ou des
+titres.
+
+CAMEL--Allons, allons, père Poutré, vous vous fâchez toujours. Je
+n'ai certes pas l'intention de rien dire contre un homme comme vous;
+mais quand il s'agit de la canaille qui est allée se battre à
+Odeltown, il me semble qu'on peut bien lui dire son fait.
+
+POUTRÉ--Est-il juste de traiter de canaille de braves gens qui n'ont
+été que trompés? Je trouve cent fois plus méprisables . . .
+
+CAMEL--Ceux qui les punissent?
+
+POUTRÉ--Non, mais ceux qui les cherchent! Tiens, Camel, quand on
+voit à pareille heure un oiseau de mauvais augure comme toi, on sait
+ce que cela veut dire. Si tu t'imagines me tromper par tes mines
+innocentes, tu te trompes toi-même. Je connais ta scélératesse et
+ta lâcheté, va, je sais que tu t'es faufilé parmi les patriotes pour
+essayer ensuite de les livrer au gouvernement; je sais que, frustré
+dans tes desseins, tu n'as dû la vie qu'à la clémence de ceux que tu
+voulais perdre; je sais que tu es parvenu d'une façon ou d'une autre
+à t'échapper du cachot où l'on t'avait enfermé; enfin, je sais ce
+que tu viens faire ici aussi bien que toi-même, et ce qu'il y a de
+plus vil de ta part, c'est que tu cherches à me tirer les vers du
+nez, comme on dit, pour en emmener deux au lieu d'un. Ah! je te
+connais depuis longtemps, Camel.
+
+CAMEL--Eh bien, faisons notre devoir alors. Je voudrais bien que ce
+fût un autre que moi, père Poutré; mais comme on m'a choisi, il faut
+bien que j'agisse.
+
+POUTRÉ--Pas d'hypocrisie, Camel! tu viens chercher Félix, eh bien tu
+t'en iras comme tu es venu; il n'y est pas. Et si tu as peur en t'en
+retournant, ce qui arrive souvent, chante: «J'ai trouvé le nid du
+lièvre!» cela t'empêchera peut-être de frissonner au bruit des
+feuilles. Ainsi Félix n'y est pas; va-t'en, car je ne suis pas
+disposé à endurer plus longtemps dans ma maison ta face de valet
+volontaire!
+
+CAMEL--Père Poutré, voici un _warrant_ qu'il faut que j'exécute; et
+comme M. le colonel est informé que Félix est ici, car il le sait,
+c'est inutile de le nier, je vais le chercher, père Poutré, car il
+faut que je le trouve.
+
+POUTRÉ--Eh bien, cherche.
+
+CAMEL--Vous feriez mieux de vous épargner ce désagrément, père
+Poutré. A quoi bon nier? Félix est arrivé ici aujourd'hui; on sait
+ce qui se passe, allez. Pourquoi me forcer de faire le tour de la
+maison et de fureter dans tous les coins?
+
+POUTRÉ, _prenant violemment le bras de Camel_--Plus de paroles,
+entends-tu? Quant je te dis que Félix n'y est pas, c'est que c'est
+vrai. Si tu ne me crois pas, cherche! Fais ton infâme métier, et
+va-t'en vite. Tu finiras bien par aller où tu envoies les autres,
+serpent! Ainsi fais ta recherche!
+
+CAMEL--Tenez, père Poutré, je sais que vous êtes incapable de
+mentir . . .
+
+POUTRÉ--Pas de flagorneries! Tu as un devoir à remplir, dis-tu? eh,
+bien, fais-le vite et délivre-moi de ta présence.
+
+CAMEL--Si vous me donnez seulement votre parole d'honneur que Félix
+n'est pas ici, père Poutré, je m'en contenterai.
+
+POUTRÉ--Cherche, lâche! laisse-moi tranquille avec tes avances!
+Je ne veux pas te devoir même l'apparence d'un ménagement!
+
+CAMEL--Je vois bien que toutes les recherches sont inutiles; le
+luron est bien caché. Dans ce cas, père Poutré, je n'ai qu'un mot à
+dire. Votre fils est un traître au gouvernement; il est caché; vous
+devez savoir où il est, et puisque vous ne voulez pas le livrer j'ai
+le droit de vous arrêter comme suspect et comme recelant un rebelle.
+(_Il tire un sifflet de sa poche, siffle et plusieurs soldats
+entrent._) Soldats, arrêtez cet homme! (_Les soldats obéissent._)
+Maintenant, père Poutré, vous allez être conduit en prison, et vous
+ne serez libre que lorsque vous aurez déclaré où est votre fils, et
+si vous ne le faites pas, vos propriétés seront brûlées, et la loi
+se chargera de votre personne!
+
+POUTRÉ--Infâme!
+
+CAMEL--Silence! . . . Père Poutré, encore une fois, je vous somme au
+nom de la loi de déclarer où est votre fils, Félix Poutré.
+
+
+SCÈNE XI
+
+ _Les Précédents, FÉLIX_
+
+FÉLIX, _entrant_--Le voici!
+
+POUTRÉ--Mon Dieu!
+
+CAMEL--Soldats, laissez cet homme, et arrêtez celui-ci. Félix
+Poutré, au nom de la couronne d'Angleterre, je vous fais prisonnier.
+Vous allez tenir compagnie à votre ami Béchard que je viens de faire
+arrêter.
+
+FÉLIX--Pauvre Béchard, victime de son dévouement!
+
+POUTRÉ--Qu'as-tu fait, mon pauvre Félix?
+
+FÉLIX--Mon pauvre père, c'est moi qui ai tiré le vin, c'est à moi de
+le boire'. Je ne consentirai jamais à ce que vous souffriez pour ce
+dont je suis seul coupable. Pardonnez-moi tous les chagrins que je
+vous cause, et laissons l'avenir entre les mains de la Providence;
+elle veillera sur les jours de votre enfant. (_Il l'embrasse._)
+Adieu! (_Le rideau tombe._)
+
+
+
+Acte III
+
+_Le décor représente l'intérieur de la prison de Montréal.
+De nombreux prisonniers, parmi lesquels sont Cardinal et Duquette,
+Béchard et Toinon, assis tristement. Félix est seul assis sur le
+devant de la scène._
+
+
+SCÈNE I
+
+FÉLIX--Eh bien, mon pauvre Félix, que te reste-t-il de tous tes
+beaux rêves de gloire et de grandeur? . . . Quelle dérision que la
+destinée! . . . Il y a quelques semaines, je me voyais bientôt bel
+officier armé de pied en cap, pistolets à la ceinture, épée au côté
+ou bonne carabine au poing, marchant triomphant à la tête d'un
+régiment de patriotes victorieux. Il me semblait déjà entendre les
+acclamations du peuple sur mon passage: on me nommait déjà l'un des
+libérateurs de mon pays! . . . Et maintenant, pauvre insensé, je n'ai
+pour tout horizon que les murs d'un cachot où sont entassés mes
+compagnons d'infortune, et le temps n'est peut-être pas éloigné où
+je n'aurai d'autre piédestal que . . . la trappe d'une potence . . .
+Perdu! . . . pendu! . . . voilà un mot qui n'est pas agréable; le fait
+est que j'aimerais presque autant avoir toute ma vie la mine d'un
+Anglais, que celle quej'aurai cejour-là! . . . pendu! . . . Et puis
+dire que c'est aujourd'hui le tour de ce pauvre Cardinal et de ce
+pauvre Duquette! Pauvres garçons! oui, c'est aujourd'hui, vendredi 21
+décembre! Le gouvernement a choisi ses premières victimes . . . mon
+tour ne peut tarder d'arriver C'était affreux, hier, de voir ce
+malheureux Cardinal embrasser sa femme et ses quatre enfants, et
+Duquette sa pauvre vieille mère . . . C'était déchirant! A peine 21
+ans, être le seul soutien d'une vieille mère, et mourir . . . pendu!
+oh! (_Il cache sa tête dans ses mains._) On ouvre! . . . Voilà le
+shérif . . . oui, c'est à peu près l'heure . . . O mon Dieu . . . le
+bourreau! . . . la sentence! . . .
+
+(_Le shérif entre suivi de plusieurs soldats, du geôlier et du
+bourreau. Le shérif a l'épée au côté; le bourreau est enveloppé de
+noir et masqué._)
+
+
+SCÈNE II
+
+ _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, le BOURREAU, SOLDATS_
+
+SHÉRIF--Joseph Narcisse Cardinal, approchez et levez la main droite.
+(_Il lit:_) «Ayant été bien et dûment convaincu du crime de haute
+trahison, avec intention avouée de renverser le gouvernement de
+notre Souveraine Dame la Reine, au Canada, vous, Joseph Narcisse
+Cardinal, avez été condamné par la Cour Martiale légalement établie
+en cette province à être conduit, vendredi, le vingt et unième jour
+de décembre en l'année de Notre Seigneur mil huit cent trente-huit,
+au lieu ordinaire des exécutions, pour là être pendu par le cou
+jusqu'à ce que la mort s'en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme!»
+
+CARDINAL--Vive la liberté!
+
+SHÉRIF--Joseph Duquette, à votre tour, approchez et levez la main
+droite. (_Il lit:_) «Ayant été bien et dûment convaincu du crime de
+haute trahison, avec intention avouée de renverser le gouvernement
+de notre Souveraine Dame la Reine, au Canada, vous, Joseph Duquette,
+avez été condamné par la Cour Martiale légalement établie en cette
+province, à être conduit, vendredi, le vingt et unième jour de
+décembre en l'année de Notre Seigneur mil huit cent trente-huit, au
+lieu ordinaire des exécutions, pour là être pendu par le cou jusqu'à
+ce que la mort s'en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme.»
+
+DUQUETTE--Vive la liberté!
+
+SHÉRIF--Joseph Narcisse Cardinal et Joseph Duquette, préparez-vous
+tous deux à me suivre. (_Cardinal et Duquette pressent la main aux
+prisonniers dont quelques-uns pleurent._)
+
+CARDINAL--Ne pleurez pas, mes amis, nous nous reverrons dans un
+monde meilleur, et en attendant, nous allons montrer à nos ennemis
+comment savent mourir des chrétiens et des Canadiens-français . . .
+Adieu! . . . priez pour nous et vive le Canada! (_Cardinal et Duquette
+s'embrassent et se mettent à genoux._)
+
+DUQUETTE--J'offre mon âme à Dieu et ma vie à mon pays!
+
+CARDINAL--Ainsi soit-il!
+
+SHÉRIF--Êtes-vous prêts?
+
+(_Ensemble:_)
+CARDINAL--Oui.
+DUQUETTE--Oui.
+
+_Ils sortent escortés par les soldats et suivis par le bourreau, le
+geôlier et le shérif. Tous les prisonniers restent silencieux; on
+entend le brouhaha de la populace._
+
+CARDINAL, _en dehors_--Canadiens, nous allons mourir pour la patrie;
+puisse notre sang devenir une semence féconde pour l'avenir du
+Canada!
+
+DUQUETTE, _en dehors et chantant_--«Allons, enfants de la patrie, le
+jour de gloire est arrivé . . .» (_On entend un grand bruit suivi des
+cris de la multitude en dehors. Les prisonniers se mettent à genoux
+et chantent à la sourdine:_)
+
+LES PRISONNIERS--«Mourir pour la patrie,
+ C'est le sort le plus beau,
+ Le plus digne d'envie. (bis)»
+
+(_Les prisonniers se lèvent._)
+
+
+SCÈNE III
+
+ _FÉLIX, LES PRISONNIERS_
+
+FÉLIX--Mes amis, écoutez-moi. Deux hommes irréprochables dans leur
+conduite personnelle, deux hommes universellement estimés et
+respectés, deux nobles coeurs et deux citoyens dévoués, viennent
+de subir le sort des criminels, des voleurs et des meurtriers!
+L'affreuse réalité est là devant nos yeux. Deux de nos amis viennent
+de nous être arrachés et d'être immolés à des vengeances de partis;
+car il y a si peu de crime réel dans une tentative d'insurrection,
+que le gouvernement anglais sera tôt ou tard obligé, par la seule
+force des choses et de l'opinion, de réhabiliter ces victimes d'une
+atrocité presque sans exemple dans l'histoire des peuples. Des
+exécutions pour cause purement politique sont, à tous les points
+de vue possibles, de vrais meurtres, des cruautés inexcusables, et
+le gouvernement qui les ordonne reste plus déshonoré que ceux qui
+les subissent. Mais consolez-vous, amis; Cardinal et Duquette, et
+tous ceux qui auront l'honneur de les suivre sur l'échafaud seront
+toujours regardés comme des martyrs de la liberté, puisqu'ils auront
+sacrifié leur vie à leurs convictions, et le procureur général
+Ogden, le véritable auteur de ces meurtres, restera pour toujours
+cloué au pilori de l'histoire, et voué à l'exécration publique,
+pendant que des monuments de sympathie et de deuil national
+s'élèveront à ses victimes! Mes amis, admirons le courage stoïque
+avec lequel nos compagnons viennent de subir le dernier supplice,
+et, s'il nous faut nous soumettre au même sort, jurons tous de
+mourir comme eux le front haut et le mot de liberté sur les lèvres.
+
+LES PRISONNIERS, _levant la main_--Nous le jurons!
+
+(_Entrent le Shérif et le Geôlier._)
+
+
+SCÈNE IV
+
+ _Les Précédents, SHÉRIF, GEÔLIER_
+
+SHÉRIF, _entrant_--Charles Hindeland, vous êtes appelé à subir un
+interrogatoire; suivez-moi.
+
+(_Le Shérif et le Geôlier sortent avec l'un des prisonniers._)
+
+
+SCÈNE V
+
+ _Les Précédents, excepté le SHÉRIF et le GEÔLIER_
+
+FÉLIX, _conduisant Béchard sur le devant de la scène_--Je crois,
+mon cher Béchard, que nous avons grande chance de suivre bientôt
+le pauvre Cardinal et le pauvre Duquette, et de partir par la
+même route.
+
+BÉCHARD--Le fait est que je suis loin d'être rassuré. Le
+gouvernement se venge, et puisqu'il y est décidé, il fera sa
+vengeance la plus complète possible. Je ne sais vraiment quel
+démon inspire ceux qui conduisent les affaires du pays.
+
+FÉLIX--Vous avez toujours plus de chance de vous en tirer que moi;
+vous n'avez pas assermenté trois mille hommes, et surtout vous
+n'avez pas chanté vos affaires à tout le monde.
+
+BÉCHARD--C'est vrai; mais on peut avoir de moindres chances que toi,
+et en avoir encore d'assez belles.
+
+FÉLIX--Vous croyez donc que c'est une affaire faite pour moi?
+
+BÉCHARD--Pour te dire la vérité, mon cher, nous sommes des hommes
+et nous pouvons la supporter, je suis même surpris qu'on n'ait pas
+commencé par toi.
+
+FÉLIX--Diable! vous n'êtes pas consolant.
+
+BÉCHARD--Que veux-tu? Nous aurions tort de nous faire illusion;
+il vaut mieux se tenir prêt à tout.
+
+FÉLIX--C'est vrai, et après ce qui vient d'arriver, je ne puis
+m'empêcher de me dire que c'en est fait de moi. Cela fait penser . . .
+Tenez, il y aurait pourtant un moyen . . .
+
+BÉCHARD--Un moyen de quoi faire?
+
+FÉLIX--Un moyen de sauver ma tête.
+
+BÉCHARD--Hum! . . . j'en doute fort.
+
+FÉLIX--Dites-moi, Béchard, vous êtes plus âgé que moi; avez-vous
+jamais entendu dire qu'un fou ait été pendu?
+
+BÉCHARD--Non! mais nous ne sommes pas des fous, je suppose.
+
+FÉLIX--Non, sans doute, mais on peut faire semblant d'être fou.
+
+BÉCHARD--Bon, perds-tu la tête? faire semblant d'être fou, mon cher;
+je t'assure que c'est plus difficile que tu penses. Une demi-heure,
+passe encore; mais des semaines; mais des mois peut-être . . . C'est
+une chose impossible, vois-tu; il n'y a pas un homme qui puisse
+soutenir un pareil rôle. Comment s'empêcher de rire seulement? car
+c'est précisément là la caractéristique de la folie, et le plus
+difficile. Si tu manques seulement une fois au sérieux de ta figure,
+tu es perdu. Ah! tu peux y renoncer, va, ton idée même est une
+folie.
+
+FÉLIX--Écoutez-moi, Béchard, vous êtes le seul homme au monde à
+qui j'oserais faire une pareille confidence; je vais vous dire ce
+qui m'a mis ce projet en tête. Pendant la nuit qui précéda mon
+arrestation, je rêvais que j'étais pris et qu'on faisait mon procès.
+On allait me condamner à mort, quand un juge, plus humain que les
+autres, s'avisa de dire que j'étais fou, et qu'il fallait me mettre
+en liberté. Depuis ce temps-là, cette idée ne m'est pas sortie
+de la tête; et, mon cher, je ferai le fou, je ferai toutes les
+extravagances imaginables et je ne rirai pas! Pour tenir mon
+sérieux, j'en suis sûr. Voyons, Béchard, tel que vous me voyez là,
+je suis, en bon _canayen_, ce qu'on appelle _flambé_. Si l'on
+découvre ma fraude, je ne serai pas pendu deux fois pour cela.
+Ainsi je risque. Il y a longtemps que j'y pense, et je crois qu'un
+bon moyen de sauver sa vie vaut la peine d'être essayé.
+
+BÉCHARD--Je ne veux certes pas t'en empêcher, mais je n'ai pas
+confiance dans ton idée. Tant mieux si tu y réussis, car tu sauves
+ta tête; mais pour croire que tu seras si longtemps sans rire,
+jamais. Dans tous les cas, quand tu sentiras l'envie de rire
+s'emparer de toi, pense à la corde; cela pourra peut-être en effet
+te rendre sérieux.
+
+FÉLIX--C'est cela; eh bien, avant qu'il soit longtemps, je serai
+fou, et tout de bon, vous pouvez en être sûr. Ah! par exemple,
+prenez garde, ne me trahissez pas. Il faut que vous ayez l'air de me
+croire bien fou au moins.
+
+BÉCHARD--Ah! pour cela, sois tranquille. Une fois la chose convenue,
+je t'aiderai de mon mieux; car franchement tu n'as pas d'autre moyen
+que celui-là.
+
+
+SCÈNE VI
+
+ _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, DEUX SOLDATS_
+
+SHÉRIF--Félix Poutré, à votre tour, suivez ces hommes à la salle des
+interrogatoires. (_Félix, les soldats et le geôlier sortent._)
+
+
+SCÈNE VII
+
+ _Les Précédents, excepté FÉLIX, les SOLDATS et le GEÔLIER_
+
+SHÉRIF--Prisonniers, j'ai quelque chose à vous dire. Vous venez de
+voir par le châtiment terrible qui vient de frapper deux de vos
+compagnons, que le gouvernement de Sa Majesté est déterminé à sévir
+avec la dernière rigueur contre ceux qui ont pris part à la récente
+révolte. Néanmoins, en ma qualité de greffier de la cour martiale,
+je suis autorisé à vous informer que la loi est disposée à agir avec
+égard vis-à-vis de ceux qui feront des déclarations qui pourront
+nous mettre en état de découvrir les principaux moteurs de la
+rébellion.
+
+BÉCHARD--Monsieur le Shérif, c'est une lâcheté que vous venez de
+commettre. Est-ce parce que nous sommes dans les fers que vous vous
+croyez le droit de nous insulter? Si pour un misérable emploi, vous
+avez renoncé à votre beau titre de canadien-français; si pour
+quelques vils écus vous vous êtes fait le valet des bourreaux de vos
+compatriotes, au moins n'essayez pas de faire rejaillir sur nous la
+boue que vous avez au front. Regardez ces honnêtes citoyens. . . .
+ils mourront peut-être demain, mais l'avenir les vengera, et tôt ou
+tard, vous aussi, vous recevrez ce que vous méritez. En attendant,
+si vous n'avez pas eu le courage de les imiter dans leur dévouement,
+respectez au moins leur infortune! Chargez-nous de fers,
+abreuvez-nous d'outrages, faites-nous souffrir tous les mauvais
+traitements, faites tomber nos têtes sur l'échafaud. . . . oui, prenez
+notre vie, nous vous laisserons faire. Mais si vous attentez à notre
+honneur, halte-là! Allez dire à ceux qui vous envoient que les
+traîtres sont dans leurs rangs, et non parmi ceux qui donnent leur
+sang pour leur pays. Pour ma part, tant que la corde du bourreau ne
+m'aura pas privé du dernier souffle, il me restera toujours assez de
+coeur pour crier: Mort aux tyrans et vive la liberté!
+
+LES PRISONNIERS--Vive la liberté!
+
+BÉCHARD--Des traîtres parmi nous! Des traîtres parmi nous! Des
+traîtres parmi des patriotes, jamais!
+
+LES PRISONNIERS--Non, non, jamais!
+
+TOINON--Ben, j'pense pas! . . .
+
+LES PRISONNIERS, _chantant avec enthousiasme:_
+ Mourir pour la patrie (bis),
+ C'est le sort le plus beau,
+ Le plus digne d'envie. (bis)
+
+
+SCÈNE VIII
+
+ _Les Précédents, FÉLIX, SOLDATS, GEÔLIER_
+
+(_On entend des cris et des piétinements dans le corridor, et les
+soldats entrent portant Félix dans leurs bras. Tous les prisonniers
+se précipitent au-devant de lui._)
+
+LES PRISONNIERS--Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que c'est? Qu'y
+a-t-il?
+
+SHÉRIF--Une attaque d'apoplexie? . . .
+
+(_On pose Félix sur un siège; il est en proie à de violentes
+convulsions._)
+
+GEÔLIER--Il est tombé de tout son long en poussant des cris
+effrayants. Je n'ai jamais tant eu peur de ma vie. Avez-vous entendu
+le bruit?
+
+BÉCHARD--Le pauvre garçon! je ne savais pas qu'il tombât du haut
+mal. C'est dommage, car ce n'est pas un homme ordinaire.
+
+TOINON--Non, pour le sûr, c'est un homme qu'a d'la tête, gros!
+quoiqu'y soit un peu facile à offusquer . . .
+
+SHÉRIF--Mais il faut pourtant lui donner des secours. . . . Qu'on
+fasse venir immédiatement le médecin de la prison. Geôlier, allez
+chercher le docteur Arnoldi. (_Le geôlier sort._)
+
+TOINON--Pourquoi faire le docteur? puisqu'on va tous être pendus.
+
+BÉCHARD--Allons au plus pressé . . . de l'eau! (_Il lui jette de l'eau
+sur la figure._) Éloignez-vous, vous autres; donnez-lui de l'air.
+(_Il lui arrose la figure et Félix revient à lui par degrés. Tout à
+coup il se lève et se promène majestueusement._)
+
+FÉLIX, _d'une voix terrible_--Mettez-vous à genoux, voilà le
+gouverneur! (_Personne ne bouge._)
+
+TOINON--Bon, y va-t-y nous faire faire la procession, à c't'heure?
+
+FÉLIX--Mettez-vous à genoux, vous dis-je! (_Comme personne ne bouge,
+il se précipite sur tous ceux qu'il peut atteindre, et les assomme
+à coups de poing. Le shérif, le geôlier et les soldats s'échappent
+comme ils peuvent et se sauvent._)
+
+BÉCHARD--Diable! mais il est furieux; il a le délire; il va
+certainement en tuer quelqu'un!
+
+FÉLIX--Ah! mes vauriens, je vais vous montrer, moi, à écouter le
+commandement. (_Il recommence le même jeu; saisit Toinon, le
+terrasse et veut l'étrangler._)
+
+TOINON--Aïe! Aïe! . . . ah! Ste Anne du Nord! aïe! . . . mon
+capitaine! . . . Ne me faites pas de mal. J'sus-t-un honnête homme
+. . . j'prierai le bon Dieu pour vous . . . aïe! aïe! au secours!
+. . . au meurtre! . . . (_On se précipite à son secours; Félix se
+laisse d'abord conduire, puis tout à coup en étend deux ou trois par
+terre, et lutte en désespéré._)
+
+FÉLIX--Ah! mes drôles! . . . Ah! mes coquins! . . . Ah! mes vauriens!
+. . . (_Tous se sauvent._) Bon! essayez maintenant à regimber! . . .
+Vous allez voir à qui vous avez affaire! Je vous avertis que j'ai
+reçu des leçons de Sa Majesté la Reine, qui n'a pas son pareil pour
+la boxe . . . Il faut que les affaires changent . . . je ne suis pas
+gouverneur pour rien, et je vais vous montrer comment un officier du
+gouvernement sait se faire respecter . . . D'abord vous allez faire
+l'exercice . . . prenez vos fusils, ho! . . . Allez-vous obéir? nom
+d'un million de biscaïens! . . .
+
+LES PRISONNIERS, _entre eux_--Mais il est donc devenu fou?
+
+FÉLIX--Ah! vous ne voulez pas obéir, hein? . . .
+
+TOINON--Oui, oui, moi, je veux obéir . . . (_À part._) Ste Anne du
+Nord, qu'est-ce qu'on va devenir? . . .
+
+(_Le geôlier entre._)
+
+
+SCÈNE IX
+
+ _Les Précédents, le GEÔLIER_
+
+FÉLIX--Au voleur! au voleur! (_Il se jette sur le geôlier et le
+terrasse._)
+
+GEÔLIER--Aïe! aïe! . . .
+
+TOINON--Bon, son affaire est pas dorée, à lui non plus!
+
+(_On va au secours du geôlier._)
+
+BÉCHARD--Il a failli le tuer!
+
+GEÔLIER--Mais c'est qu'il est furieux, il faut l'attacher!
+
+TOINON--Oui, l'attacher . . . Essayez-y, vous . . . Il est fort comme
+deux paires de boeufs . . . C'est dommage qu'y soit pas v'nu fou plus
+vite; c'est lui qui vous aurait tortillé ça, les Anglais.
+
+GEÔLIER--Est-ce qu'il aurait le _delirium tremens?_
+
+TOINON--C'est nous autres qu'j'avons _l'dillaume trop mince_ pour lui!
+
+BÉCHARD--Ce sont les suites de son attaque d'épilepsie; il vaut
+mieux le calmer par la douceur.
+
+GEÔLIER--Maudit fou! j'ai cru être à ma dernière heure. On ne peut
+pas garder un pareil animal ici. Il faut qu'on nous en débarrasse,
+ou bien je ne veux plus être geôlier.
+
+TOINON--Epi moi, j'veux plus être prisonnier.
+
+FÉLIX--Pas tant de bavardage, vous autres! Vous allez mettre ce
+voleur-là à la porte! Entendez-vous, tonnerre d'un nom! Faut-il
+que je vous torde le cou?
+
+TOINON--Ste-Anne du Nord! il va recommencer . . .
+
+BÉCHARD--Pour l'amour de Dieu, geôlier, allez-vous-en, car si
+ses fureurs le reprennent, il finira par assommer quelqu'un.
+
+(_Le Geôlier sort._)
+
+
+SCÈNE X
+
+ _Les Précédents, excepté le GEÔLIER_
+
+FÉLIX--Bon, c'est cela. C'est comme cela qu'il faut les recevoir les
+voleurs. La reine va vous donner une médaille à tous quand je lui
+aurai raconté cela. Allons, criez tous avec moi, là: Vive la Reine
+d'Angleterre! . . . (_Personne ne dit rien._) Bon, c'est ça! bravo!
+bravissimo! . . . Dites donc, qu'est devenu le foin du gouvernement?
+tonnerre! je ne suis pas gouverneur pour rien, moi, il faut que j'en
+aie ma part. En attendant, je vais le vendre à l'encan . . . Approchez
+tous. (_Il monte sur un siège._) Nous allons mettre à l'enchère les
+cinq cent mille meules de foin qui vont arriver ce matin dans le
+port. Ah! c'est ça qu'est du foin, par exemple! du foin qui n'est
+pas de paille! . . . du vrai foin! du foin en peinture! . . .
+
+(_Toutes ces extravagances et celles qui suivent sont interrompues à
+chaque instant par le rire des prisonniers parmi lesquels Toinon se
+distingue par ses éclats._)
+
+BÉCHARD--Mais c'est-il tout de bon qu'il serait devenu fou!
+
+TOINON--C'te d'mande! . . . que j'dois en avoir encore une côte de
+cassée en queuque part . . .
+
+FÉLIX--Silence, vous autres! Si vous ne vous tenez pas tranquilles,
+je vous mets tous à la porte et je fais mon encan tout seul. (_À
+Béchard._) Ah! tandis que j'y pense, mon bedeau, fais-moi chauffer
+une _tassée_ d'eau sur le poêle. Il faudra que je dise ma messe tout
+à l'heure. (_À deux autres prisonniers._) Vous autres, vous serez
+mes acolytes; je vous donnerai cent piastres par jour . . . Ah! vous
+n'avez pas affaire à un gredin, allez; l'argent du gouvernement,
+on n'y regarde pas . . . Et puis après la messe, comme j'aime que mes
+employés aient du plaisir, je vous mènerai tous à la chasse à la
+baleine et à la pêche à l'ours! . . .
+
+TOINON--A la pêche à l'ours! . . . Il appelle ça du plaisir.
+
+FÉLIX--Mais avant de dire la messe, il faut que je publie les bans!
+Écoutez bien. Il y a promesse de mariage entre Félix Poutré, fils
+majeur d'Ignace Poutré et de Charlotte Descarreau, de cette
+paroisse, d'une part, et . . . la Reine d'Angleterre, d'autre part
+. . . Ceux qui connaissent quelque empêchement à ce mariage, qu'ils
+y viennent s'ils veulent se faire assommer! . . . on recommande à
+vos prières Louis-Joseph Papineau, le docteur Chénier, le docteur
+Côte, le docteur Nelson, le docteur . . . Arnoldi, et tous les
+docteurs . . . et toute la canaille de cette paroisse. Mes frères,
+j'ai une grande nouvelle à vous apprendre. J'ai été choisi par le
+Tout-Puissant pour accomplir de grandes choses. Il m'a envoyé pour
+faire la guerre au diable. Je me suis battu avec lui, et je l'ai
+tué . . . et je vous tuerai tous aussi, vous autres, si vous ne
+prenez pas garde à vous! . . . C'est le bonheur que je vous souhaite
+de tout mon coeur, ainsi soit-il! (_À Béchard._) As-tu fait chauffer
+l'eau pour la messe mon bedeau?
+
+BÉCHARD--Oui.
+
+FÉLIX--Bien, à l'asperges! (_Il trempe son mouchoir dans l'eau
+bouillante et en jette sur les prisonniers qui se sauvent en
+criant._)
+
+LES PRISONNIERS--Aïe! aïe! . . . Damné fou! il nous ébouillante! . . .
+
+TOINON, _assis dans un coin opposé_--Ah! ah! ah! comme ils se sauvent!
+Ous'que vous allez donc vous autres? . . . Ça fait-il du bien, hein!
+. . . Chacun son tour. Il faut que tout le monde y passe!
+
+
+SCÈNE XI
+
+ _Les Précédents le GEÔLIER_
+
+GEÔLIER, _entrant_--Comment est-il maintenant?
+
+BÉCHARD--Il est toujours fou, mais fou furieux! Il nous ébouillante
+et menace de nous assommer. Le docteur va-t-il venir?
+
+GEÔLIER--Nous l'avons fait prévenir. Il doit arriver bientôt.
+
+FÉLIX, _au geôlier_--Ah! . . . Comment vous portez-vous, illustre
+champion des phalanges éternelles, sublime habitant des townships
+célestes? Vous venez sans doute de la part du Très-Haut me féliciter
+de la victoire insigne que je viens de remporter sur l'ennemi de
+sa toute-puissance? Approchez, regardez et contemplez! (_Il montre
+Toinon assis dans un coin._) Le voilà ce monstre détrôné, cet
+archange déchu, Satan enfin!
+
+TOINON--Bon, en v'là un autre à c't'heure!
+
+FÉLIX--Je l'ai terassé; je l'ai foudroyé, je l'ai pulvérisé! et
+maintenant il est là, comme un gladiateur vaincu, mordant la
+poussière de l'arène rougie de son sang! . . .
+
+TOINON--Pour ça, c'est vrai, j'en peux pus!
+
+GEÔLIER--Il n'y a pas moyen de garder ce pauvre garçon-là ici si sa
+folie continue. J'en parlerai au shérif. En attendant, tâchez de
+ne pas l'irriter; il peut devenir dangereux avec la force qu'il a;
+j'en sais quelque chose. Du reste, le médecin doit être ici dans
+un instant. Nous verrons ce qu'il en dira. (_On ouvre._) Tiens,
+le voici!
+
+
+SCÈNE XII
+
+ _Les Précédents, le DOCTEUR, le SHÉRIF_
+
+FÉLIX, _à part_--Ciel! le docteur! Je suis perdu . . . mais c'est
+égal, du courage! je n'ai rien à perdre et tout à gagner.
+
+LE DOCTEUR--What is it? Qu'est-ce que c'est? (_À part._) I'll be
+glad when I get rid of all those damned Canadians! (_Haut._)
+Qu'est-ce que c'est?
+
+LE SHÉRIF, _montrant Félix_--Voici l'individu; il est tombé tout à
+l'heure d'une attaque d'épilepsie, je crois.
+
+LE DOCTEUR--Bien, bien, très bien! very well . . . et puis?
+
+BÉCHARD--Et puis, comme nous lui lavions la figure avec de l'eau
+froide, il s'est relevé furieux, et depuis il a toujours continué à
+extravaguer comme un fou.
+
+TOINON--Et puis à bourasser tout le monde . . .
+
+LE DOCTEUR--Bien, très bien, very well!
+
+TOINON--Bien, bien, very well! j't'en souhaite autant, à toi, maudit
+brin d'avoine!
+
+DOCTEUR, _tâtant le pouls de Félix_--Bien, bien, very well!
+Mange-t-il bien?
+
+TOINON--Ouais, du pain sec, comme les autres.
+
+DOCTEUR--Bien, bien, very well!
+
+TOINON, _à part_--Oui, bien, bien, very well! . . . j'sais pas si y
+trouverait ça bien, lui, s'il n'avait rien que ça à manger!
+
+DOCTEUR--What do you say? Quoi c'est vous dire?
+
+TOINON--C'est moi dire . . . c'est moi dire . . . qu'y mangerait
+encore bien mieux du poulet rôti s'il en avait, et nous autres étout.
+
+DOCTEUR--Oh! don't bother me, you damned rascal! Geôlier, c'est vous
+aller chercher un seau d'eau froide; c'est va donner les douches.
+(_Au shérif._) C'est donnera les douches, vous savez, and we'll see.
+(_Le geôlier sort._)
+
+SHÉRIF--Pensez-vous que sa folie soit d'une nature dangereuse?
+
+DOCTEUR--Oh! non . . . no, no, not dangerous, pas dangereuse.
+
+TOINON--Non, non, _pas dangereuse!_ . . . hardi, quand on s'ra tous
+morts, il y aura pas d'danger! Docteur . . . hum! hum! C'est vous pas
+connaître quelque remède pour les coups de poing. (_Le docteur fait
+un geste de dépit et tout le monde rit._)
+
+GEÔLIER, _entrant_--Un vieillard demande à voir le prisonnier Félix
+Poutré; sa passe est en règle.
+
+SHÉRIF--Serait-il à propos de le faire entrer, docteur?
+
+DOCTEUR--Oh! yes, yes!
+
+SHÉRIF--Faites entrer.
+
+(_Le Geôlier fait entrer le père Poutré qui se jette dans les bras
+de son fils._)
+
+
+SCÈNE XIII
+
+ _Les Précédents, POUTRÉ_
+
+POUTRÉ--Félix! . . . Mon fils!
+
+FÉLIX, _se levant et regardant son père d'un oeil égaré_--Oui, en
+effet, il me semble que nous nous sommes déjà vus . . . n'est-ce pas,
+vieillard? . . .
+
+POUTRÉ--Mon pauvre Félix! . . .
+
+FÉLIX, _éclatant de rire_--Ah! Ah! Ah! . . . Que vois-je? mais c'est
+indigne! . . . mais c'est infâme! Vous! C'est vous qui avez assassiné
+Henri IV! . . . C'est vous qui avez décapité Marie Stuart! . . . Vous
+avez souri en contemplant cette belle tête ensanglantée . . .
+
+POUTRÉ--Félix!
+
+FÉLIX--Messieurs, cet homme qui est là devant vous, cet homme
+au regard fauve . . . c'est un lâche . . . un assassin . . . un
+bourreau . . .
+
+POUTRÉ--Arrête, Félix! . . .
+
+FÉLIX--Cet homme, je le crucifie! (_Il retombe sur son siège._)
+
+POUTRÉ--Il ne manquait plus à mes cheveux blancs que cette dernière
+épreuve . . . Mon Dieu, mon fils est fou!
+
+(_Le rideau tombe._)
+
+
+
+Acte IV
+
+_La scène représente une salle d'audience. Les avocat sont assis
+autour d'une table avec le shérif. Un juge préside._
+
+
+SCÈNE I
+
+ _Le SHÉRIF, le JUGE, AVOCATS_
+
+LE JUGE--A-t-on fait venir le nommé Félix Poutré?
+
+LE SHÉRIF--Il va être ici dans un instant.
+
+LE JUGE--Bien, nous allons tâcher de lui faire subir un
+interrogatoire quelconque. Peut-être que, dans sa folie, il pourra
+faire quelques déclarations qui pourront nous être d'une grande
+utilité. Il est toujours sous le coup d'une aliénation mentale,
+m'a-t-on dit. Il est heureux, celui-là, car on peut dire que sa
+sentence était déjà écrite.
+
+SHÉRIF--Votre Honneur me permettra de lui faire observer que voilà
+déjà plus de deux mois que le pauvre jeune homme a perdu la raison.
+Les soins du médecin de la prison ont été inutiles; son état va
+toujours empirant et menace de devenir dangereux et pour lui et pour
+les autres prisonniers qui sont à chaque instant exposés à toutes
+sortes de mauvais traitements de sa part. Deux fois par jour, il a
+des attaques d'épilepsie et se débat dans les convulsions les plus
+épouvantables. Et quand ses crises sont passées, il se rue sur ses
+compagnons et assomme tous ceux qu'il peut atteindre. Six hommes ne
+lui pèsent guère au bout des bras. Il casse les vitres de la prison;
+renverse l'eau des prisonniers, jette leurs vêtements au feu, et
+assomme les tourne-clefs, tellement qu'il n'y a plus que le geôlier
+en chef qui puisse mettre le pied dans cette chambre. Il n'y a que
+quelques jours encore, il a failli mettre le feu à la prison; il
+s'était mis dans la tête que le poêle n'était pas de niveau, qu'il
+fallait le plomber. Après avoir mis cinq ou six quartiers de bois
+sous les pattes du poêle, il le plomba et le replomba si bien que le
+poêle finit par tomber par terre avec le tuyau, et que le feu était
+déjà pris au plancher quand on parvint à l'éteindre. On voit sans
+peine qu'une folie comme celle-là peut avoir les conséquences les
+plus dangereuses, et mon avis serait de renvoyer le pauvre garçon
+dans sa famille. Peut-être que son retour sous le toit paternel lui
+fera recouvrer la raison que la crainte de l'échafaud lui aura sans
+doute fait perdre.
+
+LE JUGE--C'est bien, j'en parlerai aux autorités, et nous verrons.
+
+LE SHÉRIF--Je l'ai fait venir avec un certain Béchard, prisonnier
+comme lui, et qui est le seul qui semble avoir conservé quelque
+empire sur son esprit. Il n'y a que lui qui ait pu l'engager à
+sortir de sa prison.
+
+LE GEÔLIER, _entrant_--Voici les prisonniers.
+
+LE JUGE--Faites-les entrer!
+
+(_Le Geôlier fait entrer Félix et Béchard._)
+
+
+SCÈNE II
+
+ _Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD, le GEÔLIER_
+
+LE SHÉRIF--Félix Poutré, approchez et répondez aux questions qu'on
+va vous faire.
+
+FÉLIX--Oui, oui! Mais j'ai à vous dire d'abord que vous allez
+commencer par laisser toutes ces places-là vides! Vous n'avez pas
+d'affaires ici du tout. J'ai une armée de dix mille hommes qui va
+arriver ici tout à l'heure: il n'y a pas de sièges de reste.
+
+LE SHÉRIF, _au juge_--Votre Honneur voit qu'il n'y a pas moyen de
+tirer une parole de bon sens d'une cervelle comme celle-là.
+
+LE JUGE--Félix Poutré, vous êtes ici devant un tribunal; vous devez
+savoir que nous avons le pouvoir de vous traiter comme bon nous
+semblera. Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de répondre de
+suite aux questions qu'on va vous poser. Premièrement dites-nous . . .
+
+FÉLIX--Premièrement . . . je vais vous dire . . . que vous êtes tous
+une bande de fainéants avec vos grandes robes noires et vos fichus
+blancs! Vous des juges! vous êtes des voleurs. Il y a longtemps que
+vous volez l'argent du gouvernement à ne rien faire . . . Maintenant
+que je suis gouverneur, il faut que ces bêtises-là finissent,
+entendez-vous? . . . Je ne sais pas ce qui me retient de vous chasser
+tout de suite. Je n'ai pas été placé à la tête du pays pour rien;
+vous avez besoin de filer droit, je vous en avertis . . . C'est tout
+ce que j'ai à vous dire.
+
+LE JUGE--Allons, allons, Félix Poutré, si vous continuez à insulter
+la cour, je vais être obligé . . .
+
+FÉLIX--Tenez, je vois bien que vous ne connaissez pas ce qui vous
+pend au bout du nez . . . je vous dis une fois pour toutes que je suis
+gouverneur, que si vous ne vous gouvernez pas droit, je pourrais
+bien vous gouverner de la bonne manière, moi!
+
+LE JUGE--Silence! Encore une fois, Félix Poutré . . .
+
+FÉLIX--Ah! vous voulez raisonner! Attendez un peu, ça va être fait
+dans la minute, je vais vous payer d'abord, et vous chasser tout de
+suite. Des fainéants, des bons à rien, des gredins, des chenapans,
+des voleurs, des polissons comme vous autres, je n'en veux plus!
+Vous allez tous faire vos paquets et décamper sans tambour ni
+trompette . . . Ah! vous voulez regimber, hein! je vais tirer vos
+comptes.
+
+(_Il prend un volume et veut écrire dedans._)
+
+SHÉRIF--Allons donc! il va gâter ce volume-là. (_Il le lui ôte._)
+
+FÉLIX--Ah! mais vous voulez donc vous rebeller pour tout de bon! . . .
+Eh bien! nous allons avoir du plaisir . . . (_Il frappe le shérif._)
+Tiens, toi attrape celui-ci d'abord! . . . (_Il culbute les avocats._)
+A votre tour, vous autres! . . . (_Au juge_) Et toi, ma grande
+épinette, espère un peu! (_Il culbute le juge, renverse tout, tables,
+chaises, et jette tout dans les coulisses. Tout le monde se saute,
+excepté Béchard._) Hourra pour moi! Vive le gouverneur! . . . Qu'il
+en vienne encore des robes noires et des fichus blancs! Ah ça! bien
+du plaisir, les messieurs aux gros livres! Des compliments à chez
+vous . . . (_Il regarde de tous côtés, puis s'adresse à Béchard._)
+Mon cher Béchard, nous sommes biens seuls enfin! (_Il lui serre la
+main._) Eh bien, dites-moi, trouvez-vous que je sache bien faire le
+fou?
+
+BÉCHARD--Comment! . . . tu n'es pas fou? . . .
+
+FÉLIX--Pas plus fou que lorsque je suis entré en prison. Mais parlez
+moins haut, vous allez me trahir! . . .
+
+BÉCHARD--Ah! mais franchement, là, est-il possible que tu aies
+véritablement ta raison?
+
+FÉLIX--Mais vous m'avez donc cru fou pour tout de bon?
+
+BÉCHARD--Eh! bon Dieu! fou à lier, plus fou que tous les fous
+ensemble. Je n'ai rien vu de pareil.
+
+FÉLIX--Comment trouvez-vous que je les fais danser?
+
+BÉCHARD--Mais c'est pourtant vrai qu'il a sa raison . . . Ah! pour ça,
+par exemple, tu ne fais pas semblant! il y a plusieurs prisonniers
+qui t'ont souvent donné au diable. Le geôlier m'a dit qu'on ne
+pourrait te garder plus longtemps. Mais tiens, tiens, c'est inutile
+je ne puis pas croire que tu ne sois pas fou!
+
+FÉLIX--Mais je vous avais dit que je le serais . . .
+
+(_Camel paraît au fond de la scène._)
+
+
+SCÈNE III
+
+ _FÉLIX, BÉCHARD, CAMEL_
+
+BÉCHARD--Je le sais bien, mon Dieu! mais comment s'imaginer qu'un
+homme dans son bon sens puisse faire de pareilles extravagances.
+Quand je t'ai vu si fou, vrai comme je m'appelle Béchard, j'ai cru
+que le bon Dieu t'avait puni d'une pareille pensée et t'avait
+réellement privé de la raison. J'aurais mis la main dans le feu pour
+jurer de ta folie! Quoi! vrai, là, tu n'es pas fou?
+
+FÉLIX--Et non; tout ce que je fais, je le combine; tout ce que je
+dis je l'arrange dans ma tête . . .
+
+CAMEL, _à part_--Tout ça c'est bon à savoir! . . .
+
+FÉLIX--Ah! je tape dur, hein!
+
+BÉCHARD--Sapristi! tu les assommes! C'est ça qui m'a tant fait
+croire à ta folie; l'idée d'abîmer tout le monde comme ça. C'est que
+tu ne ménages pas plus tes amis que les autres.
+
+FÉLIX--Excepté vous, Béchard. (_Il lui serre la main._)
+
+BÉCHARD--Tiens, et dire que cela ne m'a pas frappé . . .
+
+CAMEL, _à part_--Vieille bête!
+
+BÉCHARD--J'ai cru que comme nous étions grands amis, tu me
+connaissais mieux que les autres, voilà tout! Mais, dis-moi, comment
+diable fais-tu pour ne pas rire? Moi je ne riais pas parce que cela
+me faisait trop de peine; mais toi, quand tu les vois te regarder
+tout effarés, quand ils se sauvent, comme des moutons poursuivis par
+un loup . . .
+
+FÉLIX--Ah! bien c'est là le plus difficile. Mais quand j'ai trop
+envie de rire, je suis votre conseil, je me demande si je rirais
+bien si je me voyais la corde au cou et le bonnet blanc sur la tête!
+Une fois cette idée-là dans mon esprit, l'envie de rire s'en va
+complètement. Comme ça, vous trouvez que je fais bien le fou . . .
+
+BÉCHARD--Comme si tu n'avais jamais fait autre chose de ta vie . . .
+
+CAMEL, _à part_--Pas tout à fait assez bien encore . . .
+
+BÉCHARD--Mais tu es d'une audace . . . t'attaquer au shérif . . .
+au juge! . . .
+
+FÉLIX--C'est ce qui me sauve, vous comprenez.
+
+BÉCHARD--Il faut avouer que ce n'est pas ce qui leur donnera envie
+de te garder plus longtemps.
+
+FÉLIX--Il y a cependant quelque chose qui m'inquiète . . .
+
+CAMEL, _à part_--Oui, hein! On dirait qu'il a des pressentiments.
+
+FÉLIX--C'est ce damné de docteur; le vieux coquin a l'air de me
+regarder comme s'il se doutait de quelque chose. Il ne finit plus
+de me tâter le pouls et de me regarder dans les yeux. S'il revient,
+il faut que je lui serve un plat de ma façon. Croyez-vous que le
+bonhomme puisse me deviner en me tâtant le pouls?
+
+BÉCHARD--Je ne crois pas: il a l'air trop bête pour cela.
+
+FÉLIX--Il me regarde drôlement tout de même, le vieux pince-maille.
+
+BÉCHARD--Ah, bah! si tu continues comme tu as toujours fait, tu es
+sauvé! . . .
+
+CAMEL, _à part_--Nous allons voir ça! . . .
+
+FÉLIX--Je n'ai rien voulu lui faire, parce que je craignais toujours
+qu'il ne s'aperçut de quelque chose. Après tout, un médecin doit
+connaître un peu ça . . . un peu mieux que les autres, toujours!
+Vous rappelez-vous la médecine qu'il m'a donnée hier soir?
+
+BÉCHARD--Eh bien?
+
+FÉLIX--Devinez ce que j'en fait.
+
+BÉCHARD--Tu ne l'a pas prise?
+
+FÉLIX--Non, je l'ai vidée dans mes bottes.
+
+BÉCHARD--Quelle idée!
+
+FÉLIX--Il m'aurait empoisonné, vous comprenez bien. Enfin, s'il
+revient, je vais lui donner une sauce, le bonhomme! Il ne doit pas
+en être plus exempt que mes amis. Tâchez d'être là, et quand vous
+viendrez à son secours, j'arrêterai, mais pas avant! Jusque là, je
+le secoue comme une vieille mitaine. Mince et long comme il est, il
+ne doit pas faire grande résistance.
+
+BÉCHARD--C'est bon, secoue-le un peu; ça ne lui fera que du bien.
+Il a le verbe pas mal haut le vieil _English_; il ne manque jamais
+l'occasion de nous traiter de _damned Canadians_. Etouffe-le un peu.
+Ça lui montrera à vivre.
+
+FÉLIX--Eh bien, puisque vous dites comme moi, il aura la sauce.
+Je vous assure, mon cher Béchard, que je suis content de pouvoir
+vous parler un peu; il y a près de deux mois que je brûle de vous
+rencontrer seul à seul. Maintenant que vous savez tout prenez garde
+au moins! car la moindre chose peut me faire découvrir . . .
+
+BÉCHARD--Oh! sois tranquille! (_Camel s'avance entre eux deux en
+souriant._) Camel!!! . . .
+
+FÉLIX--Malédiction! je me suis trahi!! . . .
+
+CAMEL--Mille amitiés, messieurs; je suis charmé de voir que le la
+. . . l'indisposition de notre ami Félix n'est pas aussi sérieuse
+qu'on le disait . . .
+
+BÉCHARD, _à part_--Pauvre Félix, il peut dire que son affaire est
+faite maintenant . . .
+
+FÉLIX, _au comble de l'exaspération_--Camel! . . . Tu m'as toujours
+poursuivi comme mon mauvais génie; tu m'as fait jeter dans un
+cachot, avec des centaines de mes frères dont deux sont déjà morts
+sur l'échafaud. Demain j'y monterai moi-même et après-demain mon
+vieux père mourra de chagrin . . . Es-tu content, Camel? Eh bien, en
+attendant, à nous deux, une fois pour toutes!! (_Il se précipite sur
+lui._)
+
+CAMEL--Aïe! aïe! Au secours! au meurtre! on m'assassine! Aïe! Aïe!
+
+BÉCHARD--Félix! Félix! Pour l'amour de Dieu, ne le tue pas!
+
+(_Le shérif, le geôlier, et des soldats entrent._)
+
+
+SCÈNE IV
+
+ _Les Précédents, le SHÉRIF, le GEÔLIER, SOLDATS_
+
+SHÉRIF--Qu'est-ce que c'est encore? bon Dieu! . . .
+
+GEÔLIER--Allons! allons! . . . il va le tuer, c'est sûr!
+
+BÉCHARD--Félix, mon cher Félix! . . . encore une fois, lâche-le!
+
+FÉLIX, _lâchant Camel_--Tiens, serpent, je t'écharperais bien; mais
+je ne puis surmonter le dégoût que m'inspire ta sale charogne!
+Retire-toi de devant mes yeux, chien!
+
+SHÉRIF--Mais il est toujours de plus en plus dangereux.
+
+CAMEL--Shérif, je vous dénonce un infâme mystificateur. Cet homme
+qui a réussi à se faire passer pour fou, n'est pas plus fou que vous
+et moi. C'est une supercherie. Il vous en impose à tous! . . .
+
+GEÔLIER--Ah! Ah! Ah! (_riant._) Allons donc! encore un autre qui a
+la tête détraquée! . . .
+
+SHÉRIF--La preuve de ce que vous dites, Camel!
+
+FÉLIX--La preuve que je ne suis pas fou, c'est que j'ai eu un
+instant l'envie de purger la terre d'un vaurien de son espèce!
+
+CAMEL--La preuve? . . . C'est qu'il l'a avoué lui-même . . . Je l'ai
+entendu faire ses confidences à son ami Béchard.
+
+BÉCHARD--Bon! comme si les fous avaient l'habitude d'avouer qu'ils
+le sont! . . .
+
+FÉLIX, _bas à Béchard_--Merci, Béchard, tu me sauves!
+
+GEÔLIER--Il n'a jamais dit qu'il était fou; bien loin de là, il
+soutient toujours qu'il est gouverneur du pays.
+
+FÉLIX--Allons, allons, c'est assez de bavardage comme ça. Soldats,
+vous allez prendre cet homme-là (_montrant Camel_) et vous allez
+aller le pendre haut et court à la grande vergue de nia frégate qui
+est dans le port; sinon vous serez fusillés, demain matin, tout ce
+que vous en êtes!
+
+SHÉRIF, _à Camel_--Vous voyez bien qu'il est fou . . .
+
+CAMEL--Je vous dis qu'il ne l'est pas, moi.
+
+SHÉRIF--Vous êtes dans l'erreur, Camel.
+
+CAMEL--Je vous dis, Shérif, qu'il n'est pas fou; je sais ce que
+je dis.
+
+SHÉRIF--Eh bien! si vous savez ce que vous dites, nous, nous savons
+ce que nous faisons. Sortons. Geôlier, reconduisez les prisonniers à
+la prison (_Il sort avec Camel._)
+
+CAMEL, _à part et sortant_--Bête que je suis! . . . (_Montrant le
+poing à Félix._) Ah! je te repincerai, va! . . .
+
+FÉLIX, _à part_--Du courage! . . . je l'ai parée belle!
+
+GEÔLIER, _à Félix_--Monsieur le gouverneur, il paraît que vos gens
+de là-haut ne se conduisent pas bien, et l'on vient demander votre
+secours pour rétablir l'ordre.
+
+FÉLIX--J'y vais de suite. Ah! n'oubliez pas de dire à mon cocher de
+mettre mes deux chevaux blancs à mon carrosse et de faire préparer
+soixante et quinze paires de raquettes pour mes gens. Je pars pour
+l'Angleterre ce soir: la reine me fait mander. (_Ils sortent._)
+
+(_Le décor change et représente l'intérieur de la prison; les
+prisonniers sont au fond._)
+
+
+SCÈNE V
+
+ _TOINON, les Prisonniers_
+
+TOINON--Y a un bon bout d'temps que not'fou est parti . . . C'est
+toujours un moment de tranquillité . . . En v'la-t-y une idée de
+devenir fou, comme ça, tout d'un coup! . . . et fou! . . . C'est pas
+pour rire . . . Y nous cassera queuque membre dans l'corps à queuque
+bon moment Tout ça, ça me fait ennuyer de chez nous, gros! C'est
+embêtant d'mourir pour la patrie, comme y disent . . . j'aimerais
+autant avoir jamais touché au sabre de mon grand-père . . . là . . .
+vrai! . . . Epi on en a peut-être pas assez d'être enfermés comme
+des malfaiteurs, nourris au pain sec, et pendus les uns après les
+autres, sans se faire meurtrir à coups de pied et à coups de poing
+par le fou! Moi, surtout, j'suis d'une constitution comme ça j'sais
+pas . . . mais . . . j'ai la peau si délicate que le moindre coup
+d'pied me fait mal . . . Epi, à la longue, c'est ça que ça vient
+désagréable . . . Sans compter qu'on dirait qu'il le fait exprès,
+quand il a queuque horison à distribuer, c'est toujours à moi qu'il
+s'adresse . . . Ah! j'veux ben mourir pour la Patrie c'te fois-citte,
+mais pour jamais me mêler de patriotisme, j'pense pas, minoux! . . .
+C'est des vilains jeux, ça! (_On ouvre._) Bon, v'la not'fou! . . .
+Ah! j'savais ben que ça ne serait pas pour longtemps.
+
+(_Le geôlier amène Félix et Béchard, et sort._)
+
+
+SCÈNE VI
+
+ _Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD_
+
+FÉLIX--Comment, vous autres! il parait que vous en faites des
+vôtres, pendant mon absence! vous savez pourtant bien que je n'ai
+pas l'habitude de vous manquer (_À Béchard._) Ah! tenez, mon
+lieutenant, je n'ai jamais eu tant de trouble qu'avec ces
+individus-là. Si cela continue, je vais être obligé de les mettre
+tous en prison.
+
+TOINON--Ben! Y manquait p'us que ça!
+
+FÉLIX--Approche, toi, polisson, je vais commencer par toi!
+
+TOINON--Bon! . . . encore moi! . . . j'vous demande pardon, monsieur
+le fou! . . .
+
+FÉLIX--Monsieur le fou! . . .
+
+TOINON--Eh! . . . eh! . . . monsieur . . . monsieur l'gouverneur.
+C'est ça que je voulais dire.
+
+FÉLIX--Tourne-toi que je te donne un coup de pied.
+
+TOINON--Ah! mon Dieu . . . grâce, monsieur l'fou . . . aïe! . . .
+monsieur l'gouverneur! je l'dirai p'us; j'vous le promets, je
+l'dirai p'us.
+
+FÉLIX--Tiens, ça te montrera à faire ton farceur!
+
+(_Il lui enfonce son chapeau jusqu'aux épaules._)
+
+TOINON--Ouf! . . . ouf! . . . ouf! . . . Ste Anne du Nord, c'est-il
+possible d'avoir tant de tribulations! . . . Mon chapeau neuf! . . .
+j'vais en avoir une mine pour aller voir les filles à c't'heure!
+
+FÉLIX--C'est comme Ça que je vais vous dompter, moi! Je ne peux pas
+quitter la maison sans que vous meniez le diable à quatre. Je
+finirai par être obligé de vous pendre! . . .
+
+TOINON--Bon! encore une invention! . . . Comme si y avait pas assez
+d'Anglais pour ça!
+
+FÉLIX--Tandis que si vous vous étiez bien comportés, je vous aurais
+tous menés en Angleterre avec moi, ce soir, pour voir la reine, ma
+femme. Elle étrenne une robe neuve, ce soir, cette pauvre petite
+chatte! . . . Tiens, qui a encore mis le poêle de travers? A-t-on juré
+de faire brûler la maison? . . . Allons, je vais encore être obligé de
+le plomber . . . Où est mon plomb? (_Il cherche dans sa poche._) Bon,
+le voici! (_Il se met à plomber le poêle en fredonnant quelque
+couplet populaire._)
+
+BÉCHARD--Félix, mais tu vois bien qu'il est à plomb.
+
+FÉLIX--Mêlez-vous de ce qui vous regarde, vous autres! Quels sont
+les imbéciles qui peuvent placer un poêle de cette manière? Voyons!
+(_Il place des morceaux de bois sous les pattes du poêle._)
+
+BÉCHARD--Arrête-toi donc! tu vois bien qu'il est à plomb. Tu vas le
+renverser, et nous allons être encore enfumés.
+
+FÉLIX, _continuant toujours le même jeu_--Au diable, vous autres!
+. . . Quels sont les imbéciles qui peuvent placer un poêle de cette
+manière? . . .
+
+TOINON--Ah! Ste Anne du Nord! Y va tomber. De ce coup-là, nous
+allons tous rôtir . . . Ah ben, j'aime encore mieux être pendu . . .
+Mon Dieu, mon Dieu, y a-t-y du monde marchanceux! . . .
+
+(_Le docteur et le geôlier entrent._)
+
+
+SCÈNE VII
+
+ _Les Précédents, le DOCTEUR, le GEÔLIER_
+
+BÉCHARD--Vite, geôlier, le voilà qui plombe encore le poêle. . .
+
+GEÔLIER--Ah! par exemple! . . . Laissez-moi faire, monsieur le
+gouverneur, je vais vous aider. (_Il ôte les morceaux de bois de
+dessous les pattes du poêle._) Tenez, comment le trouvez-vous
+comme ça?
+
+FÉLIX--Très bien, très bien! vous voyez comme il est droit
+maintenant. Si l'on avait toujours eu la bonne idée de le placer
+comme ça, on ne m'aurait pas donné tant de peine.
+
+DOCTEUR, _à Béchard_--C'est lui prendre la médecine c'est moi donne
+hier soir?
+
+BÉCHARD--Oui, je la lui ai donnée moi-même.
+
+DOCTEUR--Bien, bien, très bien! very well! . . . C'est faire
+quelque chose?
+
+BÉCHARD--Rien du tout.
+
+DOCTEUR--Rien di tiout!!! . . .
+
+BÉCHARD--Non.
+
+DOCTEUR--C'est lui pire qu'un cheval! . . . Bien, bien, très bien,
+very well; c'est donnera une plous bonne, bye and bye! (_Il va pour
+tâter le pouls à Félix qui lui saisit la main et lui fait craquer
+les os._)
+
+FÉLIX--Comment vous portez-vous, monsieur _l'English?_
+
+DOCTEUR, _essayant de retirer sa main_--Hi! Hi! Hi! . . .
+
+FÉLIX, _lui retenant toujours la main_--Vos petits mangeurs de
+plum-pudding sont tous en bonne santé?
+
+DOCTEUR--Aïe! aïe! . . .
+
+TOINON--Bon, bon! c'est au tour de _l'English_, au moins!
+
+FÉLIX--Tandis que je vous ai, vous allez dîner avec moi!
+
+DOCTEUR--Oh! oh! by God! . . . let me go . . . c'est faire mal . . .
+Oh! oh! damned fool! . . . cré fou! . . .
+
+FÉLIX--Moi fou! ah! tu dis que je suis fou! Eh bien, attends un peu,
+mon vieux pendard! Je vais te montrer, moi, ce que c'est qu'un
+fou . . . (_Il terrasse le docteur et veut l'étrangler._)
+
+DOCTEUR--Oh! help! help! . . . murder! . . . for God's sake, take
+me away! . . .
+
+TOINON--Ah! . . . bien, bien, très bien! very well! very well! . . .
+
+BÉCHARD--Félix, Félix! pour l'amour de Dieu ne l'étouffe pas!
+(_Félix lâche le docteur._)
+
+TOINON--Laissez-le donc faire, vous autres; c'est un _English_
+d'abord. Y sont pas si pressés à venir quand c'est moi qui reçois
+les coups! . . . N'importe il en a toujours mangé une bonne . . .
+
+BÉCHARD, _au Docteur_--Mon Dieu, j'ai cru qu'il allait vous
+étrangler! Est-ce qu'il vous a fait mal?
+
+DOCTEUR--Comment mal! c'est toué presque! . . . C'est moi jamais voir
+de chose pareille before.
+
+BÉCHARD--Ah! vous pouvez vous consoler: vous n'êtes pas le premier
+à qui la chose arrive, allez! Quand ses accès le prennent, il peut
+écharper dix hommes! Vous êtes bien heureux d'en être quitte à si
+bon marché.
+
+DOCTEUR--Why did you not tell me . . . Eh . . . pourquoi c'est vous
+pas dire c'est tomber d'un mal?
+
+TOINON--Ah ben, c'est tomber deux fois par jour . . . Docteur, c'est
+vous pas connaître queuque bolbisses pour les coups de poing?
+
+DOCTEUR--Oh! the devil! I wish I was rid of those damned Canadians!
+(_Il sort et tous les prisonniers éclatent de rire et applaudissent._)
+
+
+SCÈNE VIII
+
+ _Les Précédents, excepté le DOCTEUR_
+
+GEÔLIER, _à Béchard_--Quel diable de fou! Il a une furieuse chance
+tout de même, car il est sérieusement question de le renvoyer. Il a
+failli tuer le Juge et le Shérif, et l'on ne demande pas mieux que
+de s'en débarrasser. Quant à moi, lorsque j'arrive, j'ai toujours
+peur de trouver quelqu'un de mort. Il faut absolument que ce pauvre
+jeune homme-là sorte d'ici. D'ailleurs, l'aventure du Docteur ne
+manquera pas de faire du bruit et peut-être. . . . Allons, il est
+tranquille, je vous laisse; il faut que j'aille porter la ration
+aux autres prisonniers. (_Il va pour sortir et revient._) Voici le
+shérif; bonne nouvelle, je crois.
+
+(_Le shérif entre, suivi de quelques soldats._)
+
+
+SCÈNE IX
+
+ _Les Précédents, Le SHÉRIF, SOLDATS_
+
+SHÉRIF--Félix Poutré, nous avons obtenu votre pardon du Gouverneur
+Général. Voici votre mise en liberté, signée par Sir John Colborne.
+Vous pouvez quitter la prison et retourner dans votre famille.
+Geôlier, mettez cet homme en liberté!
+
+TOINON--Qu'est-ce que ça veut dire tout ce tripotage-là?
+
+FÉLIX, _à part_--De la prudence, mon Dieu! (_Haut._) Qu'est-ce
+que vous me chantez là, vous, avec votre John Borgne? avec votre
+gouverneur? C'est moi qui suis gouverneur, et vous avez besoin de
+prendre garde à vous! . . .
+
+SHÉRIF--Ce sont vos lettres de grâce qu'on vous apporte . . . Vous
+pouvez vous en aller . . .
+
+FÉLIX--Moi, m'en aller! Quitter le service de la reine, sans qu'elle
+en soit prévenue! . . . Pour qui me prenez-vous? Tenez, vous pouvez
+passer votre chemin, entendez-vous?
+
+SHÉRIF--Allons donc, serons-nous obligés de vous forcer?
+
+FÉLIX--Me forcer! . . . Vous auriez tous les canons de la citadelle
+de Québec, que vous ne me forceriez pas! Je suis ici au service de
+la reine, et j'y resterai. Ainsi passez votre chemin et mêlez-vous
+de vos affaires! . . .
+
+SHÉRIF--Allons, il est inutile de parlementer plus longtemps.
+Soldats, faites sortir cet homme! . . .
+
+FÉLIX, _frappant et bousculant les soldats_--Tenez, mes drôles,
+attrapez ceci en passant! . . . (_Les soldats se sauvent._) C'est
+comme ça que je vais vous arranger! (_À part._) Encore une petite
+râclée aux habits rouges, toujours! . . .
+
+SHÉRIF--Voilà le comble, par exemple! Impossible de le faire
+sortir . . .
+
+GEÔLIER--Laissez-moi faire! Je crois avoir trouvé le moyen, moi.
+(_À Félix._) Voudriez-vous prendre un petit verre avec nous, monsieur
+le gouverneur?
+
+FÉLIX--Hein! . . .
+
+GEÔLIER--Venez donc prendre un petit coup à la santé de la reine.
+
+FÉLIX--Hum!!!
+
+GEÔLIER--Une petite goutte sans cérémonie.
+
+FÉLIX--Hum! . . . ça ne se refuse pas . . . Mon lieutenant, veillez à
+ce que tout se passe bien pendant mon absence. (_Il sort._)
+
+
+SCÈNE X
+
+ _Les Précédents, excepté FÉLIX_
+
+TOINON--C'est ça, ces années icitte, les fous ont plus de chance
+que les fins! . . .
+
+GEÔLIER, _referme la porte aussitôt que Félix est sorti, tout en
+restant lui-même dans la prison, puis il se met au guichet_--Ah!
+tu peux t'en aller, va, pauvre fou; nous en avons eu assez de toi!
+
+SHÉRIF--Dieu merci, nous en voilà débarrassés! . . . Allons, geôlier,
+conduisez-nous, nous allons visiter les autres prisonniers. (_Le
+shérif, le geôlier et les soldats sortent par le côté opposé._)
+
+
+SCÈNE XI
+
+ _Les précédents, excepté le SHÉRIF, le GEÔLIER et les SOLDATS_
+
+TOINON, _se mettant au guichet_--Faut toujours ben que je voie queu
+bord qui va prendre! Voyons . . . Ah! Ste Anne du Nord! le v'la qui
+tape sue la sentinette! . . . (_Il rit._) Hein! hein! . . . ho! ho!
+. . . bon! bon! (_Il rit._) v'la la sentinette sus l'dos. (_Il rit._)
+C'est au tour des habits rouges à ce qui paraît! . . . Bon! . . .
+le v'là qui lui ôte son fusil, épi qui se promène avec . . . Ah!
+Ste Anne du Nord, en v'là une grosse gagne . . . Oh! . . . les
+baïonnettes! . . . brrr . . . je regarde p'us! je regarde p'us!
+
+BÉCHARD--Allons! quelque plaisanterie encore? (_Il va pour
+regarder._)
+
+TOINON, _l'arrêtant_--Ah! regardez pas! regardez pas! (_Il retourne
+se mettre au guichet et se met à rire à gorge déployée._)
+
+BÉCHARD--Qu'y a-t-il donc?
+
+TOINON, _riant_--C'est-y-fou! . . . C'est-y-fou! . . .
+
+BÉCHARD--Quoi donc?
+
+TOINON, _riant_--Il ôte . . . il les ôte . . . il les a ôtées . . .
+C'est-y fou! . . . C'est-y fou!
+
+BÉCHARD--Mais qu'y a-t-il donc, imbécile?
+
+TOINON, _toujours riant à s'en tenir les côtes_--Il les a ôtées,
+épi il les a mises sur son dos! . . .
+
+BÉCHARD--Quoi?
+
+TOINON--Ses bottes! . . . et puis il est parti nu-pieds sur la
+neige. . . . Ste Anne du Nord, j'plains ses pauv'es orteils! . . .
+
+BÉCHARD--Il est parti! . . .
+
+TOINON--Oui, épi, j'sais ben à qui c'qui ça fait point d'peine.
+
+BÉCHARD--Pauvre garçon, que le ciel le conduise! . . .
+
+TOINON--Ben, j'peux dire que j'en ai mangé des rinces!
+
+_Le décor change et représente l'intérieur de la demeure du père
+Poutré._
+
+
+SCÈNE XII
+
+ _POUTRÉ, seul_
+
+POUTRÉ, _entrant_--Point de nouvelles! Encore un voyage inutile! . . .
+Point de nouvelles! . . . Oh! j'en mourrai, sans doute . . . Mon
+pauvre Félix, le dernier de mes enfants! . . . le seul espoir de mes
+vieux jours, traîné sur la potence comme un meurtrier, et cela pour
+avoir trop aimé son pays! . . . Oh! mon Dieu, vous ne le permettrez
+pas; que je meure plutôt, mais sauvez mon fils! pauvre enfant dont
+la crainte du supplice a égaré la raison. Je n'ai seulement pas eu
+la consolation de l'embrasser une dernière fois; il m'a repoussé avec
+des malédictions . . . Il n'a pas reconnu son vieux père . . . Voilà
+donc la récompense de soixante et dix années de travail et de probité!
+. . . Oh! les traîtres! . . . les tyrans! venez contempler votre
+ouvrage! . . . venez vous repaître de mes souffrances! . . . Venez
+jouir du désespoir d'un pauvre vieillard à qui l'on a arraché sa
+dernière consolation! . . . Vous êtes avides des larmes de l'opprimé;
+eh bien, on pleure ici, et c'est un vieillard aux cheveux blancs qui
+pleure . . . Venez tous, le spectacle est digne de vous! . . .
+
+
+SCÈNE XIII
+
+ _POUTRÉ, CAMEL_
+
+CAMEL, _entrant_--Eh bien, père Poutré, avez-vous appris la
+nouvelle?
+
+POUTRÉ--Arrière, traître! . . . ou plutôt approche! Tu n'es pas
+satisfait, je suppose . . . Eh bien, mets le comble à toutes les
+infamies, lâche. Tu as conduit le fils à l'échafaud; il n'ira pas
+seul; arrête le père aussi! Achève ton ouvrage! . . . je hais les
+despotes dont tu t'es fait le vil valet, entends-tu? je les hais!
+je les insulte, et je leur cracherais à la figure s'ils étaient
+ici présents. Toi, tu es trop lâche!
+
+CAMEL--Allons donc, père Poutré, vous m'en voulez donc toujours? Je
+n'ai pourtant fait que mon devoir. Mon intention n'a jamais été de
+vous faire de la peine. Je sais bien que vous m'avez rendu service
+plus d'une fois, et pour vous prouver que je ne suis pas ingrat, je
+viens vous apporter des nouvelles de Montréal.
+
+POUTRÉ--Qu'as-tu encore à m'apprendre, renégat? La condamnation de
+Félix, sans doute? . . .
+
+CAMEL--Oh! non, pas tout à fait; mais il y a dix de ses compagnons
+qui viennent d'être condamnés à mort. Le notaire De Lorimier est du
+nombre.
+
+POUTRÉ--Et l'on ne parle pas de Félix? On m'avait dit . . .
+
+CAMEL--Attendez donc? Ils ne peuvent pas en pendre vingt-cinq à
+la fois . . .
+
+POUTRÉ--Le pauvre enfant! . . .
+
+
+SCÈNE XIV
+
+ _Les Précédents, FÉLIX_
+
+FÉLIX, _entrant_--Mon père!
+
+POUTRÉ--Félix!!!
+
+CAMEL--Lui!
+
+(_Félix et son père tombent dans les bras l'un de l'autre._)
+
+POUTRÉ--Libre! . . . libre! . . . libre! . . . Merci mon Dieu!
+
+FÉLIX, _se tournant vers Camel_--Comment, c'est encore toi,
+misérable! Tu vas vouloir m'arrêter encore, sans doute; mais je me
+fiche pas mai de toi maintenant, va! Tiens, lis! (_Il lui montre
+un papier._)
+
+CAMEL--Sa lettre de grâce! . . .
+
+POUTRÉ--Son pardon!
+
+FÉLIX--Oui!
+
+CAMEL--Ah bien! mon cher Félix, j'en suis heureux; j'espère que tu
+ne m'en veux pas . . . Le devoir, vois-tu, le devoir! . . .
+
+FÉLIX--Comment, tu as l'effronterie? . . . (_Deux policemen entrent._)
+
+
+SCÈNE XV
+
+ _Les Précédents, deux POLICEMEN_
+
+CAMEL--La police! . . . Je suis sauvé . . . Policemen, arrêtez cet
+homme, c'est un échappé de la prison; il a une lettre de grâce obtenue
+sous de faux prétextes: je le prouverai; arrêtez-le!
+
+UN POLICEMAN--Le nommé Joseph Camel est-il ici?
+
+CAMEL--C'est moi.
+
+UN POLICEMAN--Eh bien, je vous arrête comme faussaire; voici mon
+_warrant_.
+
+CAMEL--Malédiction! . . . (_Les policemen l'entraînent._)
+
+FÉLIX--Bon! misérable! . . . C'est à ton tour . . .
+
+POUTRÉ--Dieu est juste! . . . (_Camel et les policemen sortent._)
+Enfin, c'est donc bien toi, mon cher Félix; on m'avait dit que tu
+étais condamné à mort . . .
+
+FÉLIX--Ah bien oui, on n'a seulement pas fait mon procès. J'ai fait
+le fou: c'est très peu héroïque, mais c'est cela qui m'a sauvé . . .
+
+POUTRÉ--Comment, tu n'a pas été fou?
+
+FÉLIX--Pas plus qu'aujourd'hui, et j'ai à vous demander pardon pour
+la manière dont je vous ai traité vous-même. C'était pour sauver ma
+tête et pour vous épargner des pleurs.
+
+POUTRÉ--Ah! mon cher Félix, ne parlons pas de cela. (_Béchard entre._)
+
+
+SCÈNE XVI
+
+ _Les Précédents, BÉCHARD_
+
+BÉCHARD--Sauvé, moi aussi!!!
+
+(_Ensemble:_)
+FÉLIX--BÉCHARD!
+POUTRÉ--BÉCHARD!
+
+(_Ils s'embrassent._)
+
+BÉCHARD--Point de preuves contre moi, Voilà tout!
+
+POUTRÉ--Mes enfants, remercions la Providence qui n'abandonne jamais
+ceux qui ont confiance en elle.
+
+FÉLIX--Oui, père, remercions la Providence qui a veillé sur nous, et
+prions pour ces pauvres victimes qui, moins heureuses, ont expié sur
+l'échafaud le crime d'avoir trop aimé leur pays. Ils sont morts en
+braves patriotes et en héros chrétiens; puisse leur mort devenir une
+source féconde de patriotisme, et la terre qui a bu leur sang porter
+les plus beaux fruits pour l'avenir du Canada! . . .
+
+(_Le rideau tombe._)
+
+
+FIN
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Félix Poutré, by Louis H. Fréchette
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLIX POUTRÉ ***
+
+***** This file should be named 15361-8.txt or 15361-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/5/3/6/15361/
+
+This text was adapted from that found at the Bibliothèque virtuelle.
+http://www.fsj.ualberta.ca/biblio/default.htm
+
+Thank you to Donald Ipperciel and the Faculté Saint-Jean
+(University of Alberta) for making it available.
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/15361-8.zip b/15361-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..e23bcae
--- /dev/null
+++ b/15361-8.zip
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..7333f0f
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #15361 (https://www.gutenberg.org/ebooks/15361)